Coste 3
Coste 3
-2enverra soit savant, intrieur, judicieux et quil sache faire le sminaire, ou pour le moins le moins loign de ces qualits que se pourra. Monsieur Dufestel (2) sest retir chez lui cause de la continuelle opposition quil avait et quil donnait aux autres contre le rgime de la compagnie, jusques menacer quaprs moi il la renverserait, et effectivement il jetait des fondements pour cela. Il y a assez long temps quil mavait promis maintes fois de sajuster ; mais au lieu de le faire, il faisait tout le contraire. Lon lui a fait donner le doyenn de Lillers, en Artois. Cest une ville de conqute (6), Il est content et la compagnie en paix. Monsieur Codoing (7) va toujours son train. Je crains bien ce que vous et Monsieur Martin men dites, quoiquil paraisse revenir. Nous suivrons vos avis tous deux touchant sa demeure et son emploi (8), Il avait g t dj si fort M. Dunots (9) que celui-ci lui proposa de sen aller tous deux Genve. Mais, mon Dieu ! Monsieur, que me dites-vous de lhorrible mchancet de ce pauvre f[rre] P[ascal] (10) ! Lesprit malin a-t-il eu le pouvoir de faire dire par un Le <asseur, pr&tre de la Mission, apr1s avoir fait lloge de sa grande pit, de sa parfaite rgularit et de sa mortification, qui le portait , faire usage dinstruments de pnitence, a8outait " =Il est 0ien difficile quun homme puisse arriver en cette vie , une plus grande puret et innocence que ce 0on serviteur de %ieu.> /um0ert %unots tait scrupuleu! et peu propre , lenseignement. ?ous voyons par cette lettre quil su0it la f@cheuse influence de *ernard Codoing. Ce ne fut heureusement que pour un temps tr1s court. A$ Le nom de %ufestel est ratur dans loriginal 7$ Brise sur les )spagnols. :$ Le nom de Codoing se lit difficilement sous les ratures qui le recouvrent. C$ Il fut mis , la t&te du sminaire de 2aint Men. 9$ Dn a cherch , rendre ce nom illisi0le sur loriginal par des ratures. #E$ 4ean Bascal 'oret.
-3prtre de la compagnie ce quil dit (11), et lui cette imposture ! Bon Dieu ! de quel mal nest-il capable, ou lautre coupable ! Renvoyez-nous, sil vous plat, au plus tt et le plus doucement que vous pourrez, et servez-vous cependant de quelquautre, en attendant que celui que jespre faire partir demain ou trois jours aprs, soit arriv. Ce ne sera pas celui dont je vous ai ci-devant crit (12) ; car nous lavons envoy au Mans, en suite de ce que vous mavez mand, que vous vous en passeriez. Je vois bien que ces Messieurs ont eu raison de conclure comme ils ont fait ; mais cui fini mavez-vous envoy le projet de la fondation ? Est-ce que S. E. soit dispose faire la fondation au plus tt ? Il y a dans ce projet des conditions qui pourraient altrer lordre de la compagnie et peut- tre le renverser en ce lieu-l. Je vous prie me mander cui fini cet crit (je ne lai pas bien pu colliger de la lecture de votre lettre), et alors je vous dirai mes petites penses sur ces difficults. Je vous cris dOrsigny (13), o je suis depuis hier, et men retourne dans deux heures Paris, do jai envoy votre lettre Madame la duchesse dAiguillon, qui la dsir voir. Je ne me ressouviens point des autres points de votre lettre pour vous y rpondre. Nos petites nouvelles sont que, par la grce de Dieu, la compagnie fait assez bien partout (14), ce que vous me dites prs de ce frre ; elle a toujours Paris environ 60 prtres, au sminaire des Bons-Enfants ; et le petit sminaire du petit Saint-Lazare (15) est denviron quarante, ##$ Le saint avait a8out les mots " D Jsus ! Monsieur, quelle mchancet ! quil a ensuite raturs. #($ Le fr1re ?icolas ou le fr1re Le -ogueu!. 3Cf. #. C(:.$ #+$ %ans la commune de 2aclay. #.$ Bremi1re rdaction " partout, par la gr@ce de %ieu #A$ Le petit 2aint Lazare, ou sminaire 2aint Charles, donnait sur
-4qui commence assez bien, par la grce de Dieu ; que lon nous appelle Notre-Dame de Plancot, cest un lieu de notable dvotion, qui sest trouv depuis peu Saint-Malo ; que M. Nouelly et le frre Barreau sont partis pour lassistance des pauvres esclaves chrtiens dAlger, et que lon est sur le point denvoyer un prtre et un frre Sal, au royaume de Maroc, en Barbarie. Voil, Monsieur, ce que je vous puis dire peu prs, et mon chtif cur, qui chrit plus le vtre que soi-mme et qui est, dune affection invariable, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. de la Mission. Jcris M. Dehorgny que, toutes choses cessantes, il vous envoie quelquun qui sache faire le sminaire, et je vous prie de nous renvoyer le frre P [ascal au plus tt aprs la prsente reue. Nous ferons partir notre bon frre (16) dans trois jours. Il y a long temps quon vous a envoy par la voie de Marseille des ciseaux, des canifs, des petits livrets et des feuilles de dvotion. Je crois que M. Chrtien (17) diffre de vous les envoyer, attendant celui qui vous doit aller visiter. Si vous en tes press, crivez-lui Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron, prtre de la Mission, Gnes. la rue du Fau0ourg 2aint %enis et occupait langle form au8ourdhui, dun cGt des numros impairs, par la rencontre de cette rue et du 0oulevard de la Chapelle. #7$ Le fr1re 20astien ?odo. #:$. 4ean Chrtien, n le 7 aoHt #7E7 , Dncourt 3<osges$, ordonn pr&tre le A avril #7+# re5u dans la congrgation de la Mission le (7 novem0re #7.E, suprieur , Marseille de #7.A , #7A+, sous assistant , la maison m1re en #7A., suprieur , La -ose de #7AA , #77(. Il faisait partie de la maison de Iroyes le (7 novem0re #77:.
-5830. A LOUISE DE MARILLAC De Paris, ce 4 aot 1646. Mademoiselle, Voici une semaine et demie de passe depuis votre dpart, sans que nous ayons de vos nouvelles. Tout le monde en veut avoir ici, et je ne sais que dire ceux qui men demandent ; moi-mme, plus que tous, jen suis en peine et ne puis madresser qu vous pour en apprendre. Je crains tant que les grandes chaleurs quil a fait et les incommodits du coche ne vous aient attnue, ou pour le moins beaucoup affaiblie, que jen attends le rcit avec grande impatience et avec rsolution de bien remercier Notre-Seigneur, si vous tes encore en mme disposition quen partant (1). Lettre 830. Manuscrit 2aint Baul p. 7.. La lettre suivante nous apprend que celle ci tait de lcriture du fr1re %ucournau. #$ Louise de Marillac avait quitt Baris le (7 8uillet, en compagnie de Fran5oise ?oret, de sJur Iurgis, destine , -ichelieu, et des sJurs qui devaient former la petite communaut de ?antes " )lisa0eth Martin, Claude, Marguerite ?oret, Catherine *agard, Berrette, de 2edan, et 6ntoinette, de Montreuil. La petite troupe arrivait , Drlans le lendemain soir. )lle y passa la matine du (C puis repartit, sarr&ta le soir , Meung sur Loire, fit de nouveau halte , Cour sur Loire et , Mont Louis. 6u port d60levoie, sJur Iurgis se dtacha du groupe et prit la direction de -ichelieu. 6 Iours, arr&t de si! ou sept heures. ?ouvelle tape , 2aumur et p1lerinage , ?otre %ame des 6rdilliers. Les voyageuses pass1rent la nuit suivante au! Bonts de C, chez la femme dun chirurgien. 6u lever du 8our, elles prirent le 0ateau, qui les dposa, le + aoHt, , 6ngers, oK, trois 8ours durant, elles vcurent en compagnie des sJurs de lhGpital. %6ngers , ?antes, le tra8et, coup par trois courtes haltes, se fit encore par voie fluviale. )lles arriv1rent au terme de leur voyage le mercredi. 3Cf. Lettres de Louise de Marillac, pp (7# (:+.$
-6831. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Monsieur, je reus hier une lettre qui me parut en quelque faon tre de votre charit ; mais parce que je ny vis aucune marque de votre criture, je neus pas une petite peine, pour lapprhension que vous fussiez bien malade mais jai t un peu soulage par ce que le bon frre Ducournau ma fait la charit me mander. Au nom de Dieu, Monsieur, vous savez la ncessit que vous avez de prendre un peu de temps pour recouvrer votre sant et pour essayer en avoir pour le service de Dieu. Je suis bien tonne que vous nayez pas reu la lettre que jcrivis votre charit Orlans, o nous ne sjournmes que la matine du samedi, pour gagner pays tandis que notre bon Dieu me donnait a assez de force. 0 mon trs honore Pre, si votre charit savait les assistances de sa divine conduite, elle en serait reconnaissante pour suppler mes infidlits et ingratitudes. Je vous en supplie trs humblement, par le saint amour de Dieu. Je ne sais ce qui arrivera de cet tablissement (1), auquel je nai point encore vu dpines que de petits murmures populaires, mais tant dapplaudissements de tout le monde que cela nest pas croyable. Nous navons s journ que trois jours Angers, do je me suis encore donn lhonneur de vous crire, 4 ou 5 heures Tours, et si nous ne sommes arrivs Nantes que le huitime jour daot, tant il nous a fallu tre sur leau, cause quelle est extraordinairement basse. Et quoique nous ayons fait tout ce que nous avons pu pour que lon ne sut point le jour de notre arriv e la bonne Mademoiselle La Carisire avait donn tel ordre que lon nous est venu treuver au bateau et mener, aprs la visite du Saint Sacrement chez Mademoiselle des Rochers qui vous salue trs humblement ; et ma tmoign un peu de douleur de navoir point eu de rponse de deux lettres quelle sest donn lhonneur de vous crire depuis le dcs de son bon mari, qui tait fort aim et estim en cette ville. Je vous avais mand quelque difficult de demander Monsieur des Jonchres pour directeur de nos surs ; mais, si Lettre 831 L a %ossier des Filles de la Charit, original #$ Lta0lissement de ?antes
-7je n ai point dautre ordre de votre charit que celui quelle nous donna, je ne vois point dapparence de faire de choix que par son avis et lui faire la proposition de dsirer cela de sa charit (2). Il nest pas comme lon navait dit, et je ne vois point que Mademoiselle sa sur put rien gter, car elle est trs zle et raisonnable et fait du bien non seulement en cet hpital, mais par toutes les maisons de pit et ncessit. Plut Dieu, mon trs honor Pre que jeusse assez de puissance et damour pour reconnatre le soin de la conduite de la divine Providence sur nous ; oh ! que je chanterais hautement ses louanges ! Il faut demeurer court et me contenter dinviter la cour cleste en rendre la gloire a Dieu quelle pourra, et vous, notre tr s honor Pre auquel notre bon Dieu fait connatre ses conduites sur nous de suppler notre dfaut. Cette sainte Providence qui sait mes attaches mes rsolutions, a permis que nous ayons treuve malade du genou notre sur que nous voulions amener ici, pour nous en faire prendre une autre, quil tait ncessaire de changer Oh ! bnissons Dieu jamais pour ses misricordes et moi trs particulirement, de la grce dtre, Monsieur, votre trs obissante fille et trs oblige servante. L. DE MARILLAC. Je crois que quinze jours de sjour ici avanceront bien nos affaires. Ce 11 aot [1646] (3) Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
832. A ANTOINE PORTAIL De Paris, ce 12 aot 1646. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je vous cris un peu en hte ; cest pour vous dire que ($ Il y avait alors , lhGpital un ancien aumGnier, que dsirait remplacer M. des 4onch1res, confesseur ordinaire des religieuses de la <isitation. Louise de Marillac avait 8usque l, t peu favora0le , ce choi! pour les motifs quelle laisse entrevoir ici, et aussi parce quelle craignait de dplaire au! <isitandines +$ %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau. Lettre 332. L. a. %ossier de la Mission, original.
-8je loue Dieu de votre conduite dans votre emploi et le prie quil la b nisse de plus en plus Richelieu et ailleurs. Je suis en doute, il y a quelques jours, si je vous dois prier de revenir pour toucher nos rgles, si besoin est, touchant ce que vous mavez mand quil faut changer ; et pource que je suppose que vous vous en ressouviendrez, je vous prie de me le mander, ny ayant pu faire lattention requise lorsque vous me lavez mand, et que maintenant jaurais peine dajuster cela moi-m me. Cest pource que Monseigneur le coadjuteur (1), qui est maintenant en pouvoir dapprouver nos rgles, ayant un vicariat de Monseigneur larchevque pendant son absence, y va travailler. Vous me manderez donc de nouveau ce que vous pensez quil faut changer nos rgles et celles des Filles de la Charit. Vous trouverez de la besogne Saintes et La Rose. Nous avons envoy M. Dufour pour suprieur au premier et lui avons donn M. des Noyelles, qui sest choqu de lesprit dudit sieur Dufour un point qui est fort touchant, et le bon M. Le Soudier (2) symbolise avec lui, qui ma crit dun style qui parat indispos ; et selon cela, il semble quil est propos que vous preniez quelquun Richelieu, si cela se peut, la place dudit sieur des Noyelles, que vous leur enverrez. Il faut que ce soit un homme qui pr che, cause quil faudra quil conduise la mission Saintes, tandis que M. Dufour fera le sminaire. M. Bourdet saccommoderait bien de M. des Noyelles ; mais je ne vois pas qui vous pourriez ter dauprs de lui ; je ne dis plus, de Saint-Men, car les Bndictins rforms les en ont chasss par arrt du #$ 4ean Fran5ois Baul de 'ondi, le futur cardinal de -etz ($ 2amson Le 2oudier.
-9parlement. Lon est aprs travailler les rtablir ; il y a arrt du Conseil pour cela (3). +$ Les *ndictins de 2aint Maur avaient vu de mauvais Jil la transformation de la00aye de 2aint Men en sminaire et fait leurs protestations devant le parlement de *retagne, auquel les lettres patentes royales de scularisation taient adresses, suivant lusage, pour quil les vrifi@t et les enregistr@t. Luand lv&que de 2aint Malo vit lopposition qui sy manifestait, il craignit pour son pro8et, et, au lieu de prsenter les lettres, se tourna du cGt de la cour et en en demanda dautres, qui renverraient pour lenregistrement et le!cution, au grand conseil et non au parlement. Cependant, les nouvelles dmarches demandaient du temps, et le parlement de *retagne, press par les *ndictins de 2aint Melaine, sommait le prlat de montrer les lettres quil disait avoir re5ues du roi. %evant ses rponses dilatoires sans cesse renouveles, le parlement lui interdit, le #er 8uin #7.7, de faire aucune innovation dans la00aye, le condamna au! dpens, valus , quarante livres, et ordonna que le procureur du roi demanderait au suprieur gnral de la congrgation de 2aint Maur denvoyer autant de religieu! quil en faudrait =pour satisfaire au! charges et surtout , celles du service divin, suivant la pieuse intention. des fondateurs> Le (( 8uin, apr1s enqu&te de commodo et incommodo, le grand conseil rendait son arr&t, dans le sens des dsirs de lv&que. Ctait le conflit ouvert entre les deu! pouvoirs. Le #: 8uillet, le parlement confirma sa dcision du #er 8uin, fit dfense , qui que ce soit de mettre , e!cution celle du grand conseil, sous peine de +.EEE livres damende, et intima au! pr&tres de la Mission lordre de quitter la00aye. Le (+ 8uillet, M. de Mont0ourcher, conseiller au parlement, commissaire, M. Monneraye, su0stitut du procureur gnral, un conseiller ad8oint, un huissier de la cour, le visiteur des *ndictins rforms, le prieur du Mont 2aint Michel, celui de 2aint Mlaine, le nouveau prieur de 2aint Men, cinq autres pr&tres 0ndictins et un fr1re lai taient de grand matin au! portes du monast1re. Ioutes les issues taient 0arricades, et si 0ien, crit dom 'ermain Morel =qu, peine pouvait on simaginer que les 0arricades de Baris, tant renommes dans lhistoire, en pussent approcher>. Les assigs durent 0ientGt cder la place et se rfugier dans lhGtel a00atial. Les parties 0elligrantes vcurent ainsi cGte , cGte 8usquau! premiers 8ours daoHt. Les passions taient sure!cites et les querelles clataient , tout propos. Les sminaristes et les domestiques prenaient un malin plaisir , e!asprer les moines, , linsu des directeurs. Mn 8our, ils remplirent lunique puits de lenclos de toutes sortes dimmondices. Les moines ny tinrent plus. Ils port1rent leurs plaintes devant le parlement N et le : aoHt #7.7, paraissait un arr&t par lequel la cour ordonnait que dhum0les remontrances seraient adresses au roi sur la dcision du grand conseil et que commandement serait fait au! pr&tres de la Mission, au! sminaristes et , leurs partisans de sortir de la00aye et de remettre au! *ndictins les saintes reliques, les meu0les et les ornements, sous peine demprisonnement. Les directeurs
- 10 Pour M. Le Soudier, il vous sera facile de le raccommoder. Et pour La Rose, Dieu a dispos du bon M. Jegat, qui tait une perle dans la compagnie. Il sest noy dans la rivire du Lot, qui passe auprs, o il stait all baigner par ordonnance du mdecin. Vous ferez faire les prires et les confrences accoutumes, sil vous plat. Il ne reste que quatre missionnaires de sept quils doivent tre ; nous en ferons partir trois au plus tt pour remplir les places vides. Et si nous le pouvons, nous vous enverrons M. Michel, cur de Normandie, fort judicieux, mais qui nest au sminaire que depuis trois ou quatre mois (4). Je prie Notre-Seigneur quil vous bnisse en ce lieu-l, comme partout ailleurs. Il faut un peu sexpdier ; Monsieur Dehorgny presse pour Rome. du sminaire et leurs l1ves o0irent. Les choses en taient l, quand saint <incent crivait la lettre ci dessus. Ious les renseignements que nous donnons ici sont tirs dun manuscrit de dom 'ermain Morel 0ndictin de la congrgation de 2t Maur et prieur de 2aint Mlaine, de -ennes, un des principau! opposants , lentre des pr&tres de la Mission dans la00aye de 2aint Men. 3*i0l. ?at., fr. #9C+#.$ Louvrage de dom Morel nest pas un livre dhistoire N cest une apologie. ?ous ne lui en faisons pas un reproche. Il est dans son droit en soutenant une cause qui lui est ch1re et quil croit 0onne, et en la soutenant avec verve et chaleur. Mais ces sortes de livres sont de ceu! quil faut lire avec 0eaucoup de circonspection, car ils ne dcouvrent quune partie de la vrit historique et contiennent souvent plus dune e!agration. Cest ce que na pas suffisamment compris M. -opartz, qui a connu le manuscrit du fougueu! *ndictin par un e!emplaire conserv avant #9E+ au grand sminaire de -ennes 3in .; de +EE pages$ et la rsum dans une 0rochure intitule " Dom Germain Morel. Histoire de la scularisation de labbaye de aint!Men. Ioutefois, sil faut se dfier des apprciations de dom Morel, nous pouvons avoir foi au! nom0reu! documents que nous a conservs son crit. .$. 'uillaume Michel, n , )steville 32eine Infrieure$ quitta sa cure de 2aint <alery pour entrer dans la congrgation de la Mission le #9 8uin #7.7, , l@ge de trente neuf ans. Il sortit de son propre mouvement avant davoir fait les vJu! et rentra depuis. Il tait de la maison de 2edan en #7A: et de celle de Fontaine0leau en #777.
- 11 Je ne puis crire de ma main M. Almras. Je le salue du cur avec la tendresse que Notre-Seigneur sait, et toute la maison aussi, prostern en esprit aux pieds dun chacun et aux vtres, qui je suis, en lamour de NotreSeigneur, Monsieur, trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prtre de la Mission, Richelieu.
833. A LOUISE DE MARILLAC De Paris, la veille de lAssomption Notre-Dame (1) [1646] (2) Mademoiselle, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je nai encore reu aucune de vos lettres, et si je ne puis croire que vous ne men ayez envoy (3). Je vous donne penser en quelle peine nous serions si nous navions appris dailleurs de vos nouvelles. La M re dpose de la Visitation dOrlans (4), passant ici pour aller Dieppe, nous a assur quelle vous avait vue et M. labb de Vaux a crit dAngers que vous avez t l et en tes partie en bonne disposition ; ce qui nous a un Lettre 833 L s. %ossier des Filles de la Charit, orignal. Le post scriptum est de la main du saint. #$ #. aoHt. ($ 6nne du voyage de Louise de Marillac , ?antes. Ious les autres dtails confirment cette date. +$ Louise de Marillac avait crit dDrlans 3 L. ettres de Louise de Marillac, I. #.:$, d6ngers et le II de ?antes .$ Marie -ene -ousseau avait dirig le monast1re dDrlans du (. mai #7.E au (# mai #7.+. La M1re Claude )sprance lui succda pendant deu! triennats successifs.
- 12 peu consols et nous fait esprer que vous tes maintenant Nantes (5). Dieu veuille que ce soit avec les forces convenables pour travailler cet tablissement, pour lequel je prie sa divine misricorde de vous donner une ample participation son esprit, pour le pouvoir communiquer vos chres filles et rpandre avec elles les odeurs de la trs sainte dvotion dans les mes ! Je ne vous dis rien de particulier sur ce que vous aurez faire avec ces Messieurs (6), sur la confiance que jai que N.-S. vous donnera assez de lumire et de conseil pour cela ; lui seul sait de quelle affection je lui recommande tous les jours votre me et votre voyage, et combien grandes sont les bndictions que je lui demande pour vous et votre petite troupe, laquelle je salue en esprit avec toute la tendresse qui mest possible. Je nai pu voir quune fois vos assistantes dici (7). Aujourdhui je les dois voir, sil plat Dieu. Tout y va assez bien, la rserve dun peu dintemprie qui parat en quelques-unes ; mais votre prsence remettra tout, et peut-tre aussi la confrence que je me suis propos de leur donner la semaine prochaine (8). M. votre fils est incommod et tient le lit chez son mdecin (9). Je lui ai fait offrir la maison et tout ce qui dpend de nous, pour son plus grand soulagement, ou bien deux surs pour le servir, au cas quil voul t demeurer au lieu o il est. Il a mieux aim le secours des surs, lesquelles sont auprs de lui depuis quelques A$ )lle y tait arrive le C. 7$ Les administrateurs de lhGpital. :$ Ctaient 4eanne Lepeintre, , laquelle Louise de Marillac avait pass ses pouvoirs, 4ulienne Loret, =une grande @me dans un petit corps>, et )lisa0eth /ellot, la si dvoue et si intelligente secrtaire de la fondatrice. C$ Cette confrence nous a t conserve. )lle traite du respect mutuel et cordial. 9$ M. <acher 3cf Lettres de Louise de Marillac, I #AA$
- 13 jours. Monsieur Brin vient de le voir tout prsentement ; il ma assur quil se porte mieux et quil ny a rien craindre. Cest pourquoi je vous prie de ne vous en point mettre en peine, mais bien de faire en sorte que je puisse sortir bientt de celle o je suis lgard des dames de la Charit de lHtel-Dieu, qui me font une rude guerre pour vous avoir laisse aller, particulirement Madame de Nesmond. Si vous revenez en sant, comme je lespre de la bont de Dieu, la paix sera bientt faite. Je vous supplie donc de vous conserver autant quil vous sera possible. Employez tout le temps quil faudra pour ne rien presser, ni vous incommoder en votre retour. Notre-Seigneur laura trs agrable, puisque vous le ferez pour son amour. Cest en ce mme amour que je suis vritablement, Mademoiselle, votre trs humble et affectionn serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. de la Mission. Depuis la prsente crite jai reu votre lettre dAngers, qui contient deux choses principales : lune, la difficult de sur Perrette (10), et lautre touchant le confesseur de vos filles de Nantes. Pour le premier, il faudra voir si elle changera, et eh user comme vous dites. Quant au second, je my trouve un peu empch ; nanmoins, toutes choses peses et considres, je pense quil vaudra mieux se tenir la proposition que nous prmes ici, #E$ 2Jur Berrette donnait 0eaucoup de soucis , Louise de Marillac. "Lettres de Louise de Marillac, #. #:C 0is et #C( 0is.$ %ans lespoir quun dplacement lui serait utile, on la mit , ?antes. -ien ny fit. ?ous verrons plus loin quelle senfuit de ?an et rentra dans sa famille, , 2edan
- 14 cause de ce commencement, et pource quon a quelque pense de lemployer ailleurs dans quelque temps ; et ainsi vous pourrez alors prendre le Pre spirituel de la Visitation (11), si ce nest que vous jugez propos, par les connaissances que vous avez de del, den user autrement ; et cest ce que je vous prie de faire. Je viens tout prsentement dapprendre que M. votre fils est quasi guri, et men vas mander vos officires quelles se rendent cans aprs le dner incontinent pour traiter avec elles de ce quil y aura faire. Je vous supplie davoir soin de votre sant et de prier Dieu pour le plus grand pcheur du monde, qui est v. s. V. D. Derechef je vous prie de suivre la pense que Notre-Seigneur vous donnera sur le sujet du confesseur des filles. Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras suprieure des Filles de la Charit, chez Messieurs les gouverneurs de lhpital de Nantes, Nantes.
834. JULIEN GUERIN, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT [Tunis], aot 1646. Je crois tre oblig de vous faire savoir que, le jour de sainte Anne, un second Joseph (1) fut sacrifi en cette ville de Tunis pour la conservation de sa chastet , aprs avoir rsist plus dun an aux violentes sollicitations de son impudique ##$ M. des 4onch1res. Lettre 834. 60elly, op. cit., #. II, chap. I, sect. <II, O C, #er d., p #(A #$. 6ntonin de la Bai!.
- 16 patronne et reu plus de cinq cents coups de bton pour les faux rapports que faisait cette louve. Enfin il a remport la victoire en mourant glorieusement pour navoir voulu offenser son Dieu. Il fut trois jours attach une grosse chane, o je lallai visiter, afin de le consoler et de lexhorter souffrir plutt tous les tourments du monde que de contrevenir la fidlit quil devait Dieu. Il se confessa et communia, et aprs il me dit : Monsieur, quon me fasse souffrir tant quon voudra ; je veux mourir chrtien. Et quand on le vint prendre pour le conduire au supplice, il se confessa encore une fois, et Dieu voulut, pour sa consolation, quil nous fut permis de lassister la mort ; ce qui navait jamais t accord parmi ces inhumains. La dernire parole quil dit, en levant les yeux au ciel, fut celle-ci : O mon Dieu, je meurs innocent. Il mourut trs courageusement, nayant jamais fait paratre aucuns signes dimpatience parmi les cruels tourments quon lui fit souffrir ; aprs quoi nous lui fmes des obsques trs honorables. Sa mchante et impudique patronne ne porta pas loin la peine due sa perfidie ; car le patron tant de retour en sa maison, la fit promptement trangler pour achever de dcharger sa colre. Ce saint jeune homme tait portugais de nation, g de vingtdeux ans jinvoque son secours ; et comme il nous aimait sur la terre, jespre quil ne nous aimera pas moins dans le ciel (2).
835. AU CARDINAL MAZARIN De Paris, ce 20 aot 1646. Monseigneur, Voici Monsieur de Saintes (1) qui sen va trouver [Votre minence]. Il lui confirmera ce que je me suis donn lh[onneur] dcrire V[otre] E[minence] touchant Bordeaux et M[aillezais] (2) pour La Rochelle, et lui dira ($ Ce martyre est racont avec plus de dtails dans la notice de 4ulien 'urin. "#otices, t. III, p. 7: et suiv$ Lettre 835. L. s %ossier de la Mission, minute. Luelques additions sont de la main du saint. #$ 4acques -aoul de la 'ui0ourg1re ($ 6u8ourdhui chef lieu de canton en <ende, dans larrondissement de Fontenay.
- 16 comme les par [tisans de] Monsieur de Maillezais (3) agrent ce trait (4) [et en] remercieront V[otre] E[minence], et comme mondit sieur [de] Maillezais dsirerait quil plt la bont [de Votre minence] de lui faire esprer quelque abbaye avec [un bnfice], pour suppler la diminution du revenu qu[il] souffre en ce trait, en sorte nanmoins quil se soumet la volont de V[otre] E[minence]. Il a fort bien fait [Maillezais] et se propose de faire encore mieux Bordeaux. Et moi, Monseigneur, je continue mes [pauvres] prires pour la conservation de V[otre] E[minence], [pour le] bien de cet tat et pour la sanctification de sa chre me, qui suis, par la grce [de Dieu], son, Monseigneur, trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission.
836. A LOUISE DE MARILLAC De Paris, ce 21 aot 1646 Mademoiselle, Jai reu la lettre que vous mavez crite de Nantes (1). Je loue Dieu de tout ce que vous me dites, particulirement de votre bonne disposition, laquelle je prie sa divine +$. /enri de *thune, v&que de Maillezais. .$. Irait important, par lequel le si1ge piscopal de Maillezais tait transfr , la -ochelle, lv&que de Maillezais nomm , *ordeau! et celui de 2aintes , La -ochelle. Dn esprait porter un coup dcisif au protestantisme en rigeant en v&ch un de ses principau! 0oulevards. 3Cf. I. *ertrand, La $ie de Messire Henri de %thune arche$&que de %ordeau', ( vol. in C;, Baris, #9E(.$ Lettre 836. Manuscrit 2aint Baul, p. 7. #$ La lettre C+#.
- 17 bont de vous conserver, et vous dy faire, de votre ct, tout ce qui vous sera possible. Je suis bien aise que vous ayez trouv la dame dont vous me parlez (2) autre quon ne vous lavait figure. Cela tant, vous ferez bien de vous tenir votre premire rsolution pour la conduite de nos surs, au cas nanmoins que rien ne soit survenu qui vous ait fait changer davis (3). M. de Vaux ma mand quune des surs dAngers (4) est dangereusement malade ; peut-tre aussi quil vous en a avertie ; et ainsi vous aurez pu penser qui nous pourrons envoyer sa place, au cas quil soit ncessaire. La reine nous a command de lui envoyer deux surs pour la Charit de Fontainebleau ; quoi nous avons satisfait, et choisi la sur Barbe (6), avec une autre (6), qui, pour tre trop jeune, me fait croire quil la faudra retirer (7).
837. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Nantes, ce mardi 22 aot [1646] (1) Monsieur, Je crois que vous aurez reu la lettre par laquelle je vous mandais que je croyais que la divine Providence voulait que nous suivissions lordre que votre charit nous avait donn pour la direction de nos surs, et a grce que sa bont nous a faite lgard des difficults dont je vous avais crit au sujet de ma sur Perrette. Je crois que nos ($ Mademoiselle des 4onch1res. +$. Le premier nom mis en avant pour la direction des sJur, tait celui de M. des 4onch1res. .$. La sJur Marie Marthe P Irumeau. A$. *ar0e 6ngi0oust. )lle tait charge des pauvres et des malades. 7$. 6nne 2coli1ge, directrice de lcole des filles. :$ Luelques mois apr1s, trois autres sJurs furent envoyes , Fontaine0leau pour le service de lhGpital. Lettre 837. L. a %ossier des Filles de la Charit, original. #$ %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau.
- 18 surs auront pour confesseur ordinaire celui des religieuses de la Visitation (2), qui se veut donner lhpital pour aumnier, la place de celui qui y est depuis y a longtemps. Japprhende bien que ces bonnes religieuses ne nous attribuent tre la cause du dplaisir quelles en recevront. Elles ne le savent pas encore, et je ferai bien tout ce que je pourrai pour avoir lhonneur de les voir avant, crainte quelles men fassent reproche, encore que je ny aie rien contribu. Je vous remercie trs humblement, mon trs honor Pre, de la bont que vous avez pour mon fils ; que ce mest un grand repos. Le jour que je re us lhonneur de votre chre lettre, javais eu une plus forte pense de le donner Dieu et lui abandonner entirement. Cela maida porter la nouvelle que votre charit me donna. Jespre que demain nos affaires avec ces Messieurs seront termin es. Il ny aurait plus qu voir parfaire les accommodements que jai demands ces Messieurs, et voir nos surs dans lexacte pratique, un peu de temps, de leur rgle, chacune dans sa charge. Mais la crainte que jai de me satisfaire sans ncessit et de demeurer malade, me fait prendre rsolution de partir la semaine prochaine pour aller prendre le carrosse dAngers, si jai la sant que Dieu me donne. Ma sur Jeanne Lepeintre ma mand quun homme dglise a t chez nous pour que lon me mandat de passer par Le Mans, ce que je ne ferai pas, au moins pour my arr ter, si votre charit ne me lordonne et mavertisse de ce que jaurais y faire. Je suis bien fche que mon fils nait pas accept lhonneur que vous lui avez fait de ladmettre chez vous. Mon Dieu ! je pense que je ne serai point exauce, demandant son entire conversion. Il me semble que le mal quil a eu est plus dangereux quil ne pense ; mais je crains bien quil fasse la sourde oreille et quil ne veuille laisser entrer en son esprit la crainte, de peur quelle ne lengage un heureux retour. Je ne sais rien de votre sant ; cela me met un peu en soin. Pour lamour de Dieu, Monsieur, je vous supplie que jen sois assure. Je crois que Mesdames de lHtel-Dieu seront bien satisfaites de moi, quand elles auront vu que je nai point manqu dcrire. Je mtonne de tant de peine, vu que je sais bien me le pas mriter ; et Dieu, qui le sait, comment le souffre-t-il ? Cest pour mhumilier. #$ M des 4onch1res
- 19 Je me prends un peu votre charit des honneurs que lon nous rend ici. Au nom de Dieu, ne trompez plus personne en mon sujet Lon me prend pour grande dame. Je pense quil ny a gu de dame de qualit qui ne nous soit venue voir, et mme des personnes venir exprs des champs. Oh ! que je brlerai un jour et que je recevrai de grandes confusions ! La volont de Dieu soit faite, en laquelle je suis, Monsieur, votre trs obissante servante et indigne fille. L. DE MARILLAC. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
838.--A DES PARENTS (1) Ce nest pas sans une conduite bien particulire de la Providence que vous avez t diffams ; Dieu la ainsi permis pour sa gloire et pour votre bien : pour sa gloire, afin que vous soyez conformes son Fils, qui a t calomni au point quon lappelait sducteur, ambitieux et possd du dmon ; pour votre bien, afin de satisfaire la justice de Dieu pour dautres pchs que vous pouvez avoir commis et que vous ne connaissez pas peut- tre, mais que Dieu connat.
839. A JEAN BARREAU De Paris, ce jour saint Barthlemy (1) 1646. Bni soit Dieu, Monsieur, de ce quil vous a rendu heureusement Lettre 838. 60elly, op. cit., #. III, chap. QIQ, p. (9#. #$. 2ur les accusations de misra0les calomniateurs, dit 60elly, un parlement cl10re, celui de *ordeau! pro0a0lement, intenta des poursuites contre quelques parents de saint <incent. Malgr les pri1res de ses amis, le saint refusa dintervenir sinon pour modrer la svrit des 8uges, qui condamn1rent les diffamateurs, et pour engager ses parents, par la lettre ci dessus, , 0ien supporter cette pni0le preuve. Lettre 839. L. a. %ossier de la Mission, original. #$ (. aoHt
- 20 Alger, votre consulat ! Je prie sa divine bont de vous y donner son esprit pour y servir Sa Majest et le public en ce mme esprit, dans la conduite de son Fils et de lange gardien quil vous a donn. Je ne puis vous exprimer la consolation que mon me a reue la rception de votre chre lettre. Oh ! que je prie bien Dieu quil bnisse le sjour, comme il a fait votre arrive de del, et tout ce que vous ferez de del ! Jcris Monsieur Nouelly touchant ce que lon fait pour ces pauvres rachet s et captifs, qui nest encore rien. Votre bonne tante nous est venue voir pour apprendre de vos nouvelles. Elle a t ravie de celles que je lui ai dites de votre arrive, et moi de la bont que jai vue en cette chre me. Elle se recommande vos prires. Et moi, Monsieur, je vous recommande la mienne, ce quil plaise Dieu la faire participante au bien que vous faites de del. Jen attends des nouvelles avec dvotion, et prie cependant Notre-Seigneur quil bnisse de plus en plus votre chre me et quil la sanctifie. Nous navons rien qui mrite vous tre crit pour le prsent, sinon la bndiction quil plat Notre-Seigneur donner aux petits travaux de la petite compagnie. Il vient de se faire une mission par M. Gallais de trois ou quatre mois durant. Je ne puis vous exprimer les bndictions extraordinaires que Notre-Seigneur lui a donnes, comme aussi celle de Gnes. Sa divine bont, qui vivifie et mortifie, nous a mis dans la souffrance et la confusion, cause de la perscution que nous recevons dans ltablissement de Saint-Men, ou plutt Monseigneur de Saint-Malo (2), qui nous (. 6chille de /arlay de 2ancy.
- 21 y a tablis. Bni soit sa divine bont, qui en dispose ainsi ! Je suis, en son amour, votre trs humble serviteur, VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Suscription : A Monsieur Monsieur Barreau, consul dAlger, Alger.
840. A ETIENNE BLATIRON, SUPRIEUR, A GENES De Paris, ce jour saint Barthlemy (1) 1646. Monsieur, Il ny a que Dieu seul, Monsieur, qui vous puisse exprimer la consolation que jai de vous et de M. Martin et de tout ce que vous faites. O Monsieur, que je men vas dire la sainte messe de bon cur ce que sa divine bont sanctifie vos chres mes de plus en plus ! Je viens dcrire M. Dehorgny ce que je vous viens de dire, et le prie, si dj il ne la fait, quil vous envoie celui quil vous a destin (2). Le bon M. Jegat, que M. Martin a connu, est mort La Rose. Je le recommande vos prires. Notre tablissement (3) de Saint-Men souffre perscution par les religieux rforms (4) pour nous chasser dune abbaye, la mense des religieux, laquelle Monseigneur lvque, aprs la permission du roi et celle du Grand Conseil, a offerte la compagnie pour son sminaire. Lettre 840. L. a. %ossier de la Mission, original #$ (. aoHt ($ Fran5ois -ichard. +$. Le saint avait da0ord crit notre maison .$ Le saint avait a8out de aint!%eno(t, puis il ratura ces mots.
- 22 Aidez-nous honorer le dchassement de Notre-Seigneur de certaines provinces et les actes de vertu quil a pratiqus l dedans ; et priez pour ces Pres, je vous en supplie, que je chris plus que moi-mme et que jai tch de servir en toutes les occasions, comme notre petite compagnie. En mme temps Notre-Seigneur, qui vivifie et mortifie, nous a consol s des merveilleuses et quasi miraculeuses bndictions quil a donnes une mission quon vient de faire, quatre mois durant, en m me lieu, au fin fond du Maine par M. Gallais. Jen envoie la lettre M. Gurin, Tunis. Lon vous a envoy les choses que vous avez demandes, il y a assez longtemps. Je crois que vous les avez reues et que le bon frre que nous vous avons envoy (5) sera vous aussitt que la prsente. Je pense quil vaut mieux que vous nous renvoyiez notre frre Pascal (6) et que vous preniez plutt quelque petit garon pour vous servir, en attendant que nous vous envoyions quelquautre. Jembrasse ici le bon M. Martin avec dvotion et vous, Monsieur, que je chris aussi plus que moi-mme, qui suis, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Vous retiendrez ce bon frre Pascal le temps que vous [aurez besoin de lui] (7). A$ 20astien ?odo ou 20astien %rugeon, n , *riancon l6rchev&que 3Ronne$, entr , 2aint Lazare le #er novem0re #7.A, re5u au! vJu! en novem0re #7.C. 7$. 4ean Bascal 'oret. :$. Ces mots ou dautres quivalents ont disparu de loriginal par suite dune maladroite dcoupure des 0ords de la feuille.
- 23 841. A LOUISE DE MARILLAC Paris, le jour de saint Louis (1) 1646. Mademoiselle, Je rends grces Dieu de celles quil vous fait et notamment de la sant quil vous donne. Monsieur des Jonchres ma crit lagrment de la prire que vous lui avez faite touchant la direction de nos chres surs. Il mest impossible de lui crire ; le courrier va partir. Faites-lui le renouvellement de mon obissance, je vous en prie. Vous trouverez votre nombre de surs augment de trois, dont les deux me paraissent bien bonnes. Je me dfie un peu de la troisime. Mais quoi ! elle est venue de cent lieues dici. Je leur ai dit toutes que nous en essaierons. Elles sont du Poitou. Monsieur votre fils fut hier cans. Il est entirement guri. Je ne le vis pas, parce que je ne descendis pas assez temps. Mais quand viendrez-vous, Mademoiselle ? Voici le rsultat de la confrence de nos chres surs, rdig par ma chre sur Hellot (2), Je viens den lire une partie. Je vous avoue que jen ai un peu pleur deux ou trois diverses reprises. Si vous ne venez bientt, renvoyezle-nous aprs lavoir lu. Nous vous attendons avec laffection que Notre-Seigneur sait. Je suis, en son amour Lettre 841 %ossier de la Mission, copie prise sur loriginal, chez M. *utel, avocat, , Bau 3#., rue Marca$. #$ (A aoHt. ($ 2Jur )lisa0eth /ellot, ne , Baris, entre chez les Filles de la Charit en #7.A, morte en #7A(. )lle sut mriter la confiance de Louise de Marillac, qui la prit pour secrtaire.
- 24 842. A GILBERT CUISSOT De Paris, ce jour saint Louis (1) 1646. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je vous demande trs humblement pardon, prostern en esprit vos pieds, de ce que je ne vous ai pas fait rponse plus tt au dtail de ce que vous mcrivez du premier de ce mois. Laffaire de M. Vasse est une indemnit quil a droit de prendre sur Coffort (2) au changement du suprieur. Nous avons convenu avec un chanoine du Mans et matre des requtes quatre cents livres et lui donner homme vivant et mourant. M. Gallais vous expliquera cela, et il est n cessaire quil soit satisfait au plus tt. Je ne savais pas tous ces dettes. Ce que nous pouvons faire est de tcher satisfaire ici M. labb Lucas (3), et vous pourrez vous aider de ce que M. le fermier gnral lu doit. Je lcris M. Gallais. Je dirai M. Bajoue (4) ce que vous me dites de nos frres pour apprendre servir la sainte messe. Lettre 842. L. a. %ossier de la Mission, original. #($ (A aoHt. ($. ?otre %ame de CoSffort, glise collgiale du Mans, unie , la Congrgation de la Mission. +$ Conseiller et aumGnier du roi, a00 commenditaire de 2aint /ilaire au dioc1se de Carcassonne. Il ha0itait Baris, rue ?euve 2aint /onor, sur la paroisse 2aint -och. Cest de lui que les pr&tres de la Mission tenaient la prvGt de lglise collgiale de ?otre %ame de CoSffort et leurs droits sur l/Gtel %ieu. .$. )merand *a8oue, n , Cau! 3<ienne$, entr pr&tre dans la congrgation de la Mission le #er dcem0re #7.E, , l@ge de trente et un ans, re5u au! vJu! le (. avril #7A:, mort le (C fvrier #7:#. Il fut suprieur , La -ose 3#7.9 #7A($ et , ?otre %ame de lDrme ou de Lorm 3#7A( #7A.$.
- 25 M. Gallais vous pourra instruire de laffaire de M. Pousset, et prendre rsolution avec vous de ce quil y a faire, et me le mander. M. Alain est travaill dune fivre tierce. Il eut hier le 5 accs. Lon espre que ce ne sera rien. Ds quil se portera mieux, je le prierai de rpondre votre lettre. M. Gallais et vous, Monsieur, jugerez sil est exp dient de donner la conduite intrieure et extrieure du sminaire M. Le Blanc. M. votre neveu (5) se porte bien, Dieu merci. Il est rentre dans le s minaire de son propre mouvement et y fait Et moi, je prie Notre-Seigneur quil vous fortifie de plus en plus, et suis, en son amour, plus tendrement que je ne saurais vous exprimer, Monsieur, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Au bas de la premire page : M. Cuissot.
843. A ANTOINE PORTAIL De Paris, ce 25 aot 1646. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je ne puis vous exprimer la consolation que jai reue du succs de votre visite de Richelieu. Je prie Notre-Seigneur quil bnisse les autres lavenant et quil vous A$ 4ean Cuissot, n , Moulins, entr dans la congrgation de la Mission le (C novem0re #7.(, , l@ge de vingt trois ans, re5u au! vJu! le ## novem0re #7... Il avait quitt la compagnie et o0tenu sa radmission. Lettre 843. L. a. %ossier de la Mission, original.
- 26 fortifie, M. Almras et vous. Je salue mondit sieur Almras et le prie de demander pardon M. son pre (1), pour lui et pour moi, de ce quil nest all prendre cong de lui, dont il est plus fch contre moi que je ne vous puis expliquer. Vous trouverez quoi travailler Saintes, Messieurs Soudier et Noyelles ne vivant pas bien dans lordre, ni avec M. Dufour. La grande r collection de celui-ci a choqu ceux-l. Il peut y avoir de lexcs en M. Dufour. Tout le monde ne peut pas sajuster cette sainte exactitude quil a. Mais le principal dfaut vient de la libert, quoique honnte, des autres. Vous tcherez de les ajuster. Que si M. des Noyelles ne vous donne pas esprance de sajuster lexacte observance de la rgularit, il vaudrait mieux lenvoyer Saint-Men ; M. Bourdet sera fort satisfait de cela. Mais je ne sais qui lon pourra envoyer sa place Saintes, qui puisse parler en public. Pensez-y, Monsieur, je vous en prie. Je viens dcrire M. du Coudray a que vous serez bientt lui, aprs avoir expdi Saintes, et le prie de vous bien recevoir et de faire usage de vos ordonnances. Je lai pri daller ensuite faire la visite Cahors en la mme manire quil vous verra faire. Monseigneur de Cahors (3) est mal satisfait de M. Delattre (4) et #$. -en 6lmras, n , Baris le #( novem0re #A:A, avait pous en premi1res noces Marguerite Fayet et en secondes Marie Leclerc, qui lui donna si! enfants. %a0ord secrtaire du roi, puis trsorier de France , Baris 3#9 8anvier #7EC$, secrtaire de Marie de Mdicis, maTtre des comptes de #7(( , #7A7, contrGleur gnral des postes 3#7(9 #7+($, secrtaire des commandements de Marie de Mdicis , il remplit dignement tous ces emplois. 6pr1s avoir donn son fils , la congrgation de la Mission, il y entra lui m&me le ( mars #7A:, , l@ge de quatre vingt un ans. Il termina ses 8ours , 2aint Lazare le . 8anvier #7AC. "#otices, t. II, p. .A+ .7#.$ ($ 2uprieur , La -ose. +$ 6lain de 2olminihac. .$ 2uprieur du sminaire.
- 27 demande quelquautre sa place, et cest ce qui mempche. Je ne sais si vous avez su la mort de feu M. Jegat. (11) sest noy , stant all baigner, par lordre du mdecin, une rivire qui passe auprs de La Rose. Je ne vous puis dire quelle perte nous avons faite. Vous en ferez faire la confrence, si M. du Coudray ne la faite, quand vous y arriverez, ainsi que je lui ai mand, et ferez crire ce quon dira de ses vertus, et le nous enverrez pour faire la ntre sur celle-l. Il y en a peu cans qui le [connaissent]. Je ne sais si je vous ai crit le dpart de M. Le Soudier (5) pour Sal, qui est en Afrique, par del le dtroit, sur la mer Ocane, et comme les religieux rforms de Saint-Benot nous ont chasss de Saint-Men, de lautorit du parlement. Je viens de recevoir une lettre de M. de Saint-Malo (6), par laquelle il me mande quil a avis que les ntres sont rtablis de lautorit du roi, cela avec lassistance du capitaine des gardes de M. le gouverneur de la province (7). Si la chose dpendait de nous, nous rappellerions les ntres ; mais cest laffaire de mondit seigneur, qui a agi en son nom et a interdit l glise de Saint-Men, et a dfendu, sur peine dexcommunication, son peuple dy entrer, pendant que ces Pres y seront. Mon Dieu, Monsieur, que cela mafflige ! Eussiez-vous jamais dit que nous eussions eu cet exercice par ces bons Pres, que nous avons tch de servir avec autant daffection que si ce fussent t nos propres affaires ? Jespre A$ 4acques Le 2oudier. Il nalla pas plus loin que Marseille. 7$ 6chille de /arlay. :$ Le marchal de la Maillerraye, gouverneur de *retagne, avait, , la demande d6chille de /arlay, envoy quinze cavaliers , 2aint Men, sous les ordres de 'rand Misons, pour chasser les *ndictins de la00aye.
- 28 que Notre-Seigneur regardera ce peu que nous avons tch de faire pour eux, comme venant de la charit, quae patiens est (8), Plaise la misricorde de Dieu que cela soit ainsi et me donner le moyen de les servir lavenir ! ce que je me propose de faire plus afftectionnment que jamais, moyennant laide de Dieu, que je vous prie de lui demander pour moi. Voil lendroit o je finis, aprs mtre recommand vos prires et celles de ces Messieurs, que jembrasse, prostern en esprit leurs pieds et aux vtres, qui suis, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prtre de la Mission, tant de prsent la Mission de Saintes, Saintes.
844. LE CARDINAL MAZARIN A SAINT VINCENT Du 27 aot [1646]. Monsieur, Jai rendu compte la reine de ce que vous avez arrt avec M. de Maillezais. Elle lapprouve entirement et dsire que le tout sexcute de point en point. Je vous envoie pour cet effet le brevet de nomination quelle a faite de la personne de mondit sieur de Maillezais larchevch de Bordeaux, ne doutant point que, de son cot, il ne soit bien aise de vous remettre sa dmission entre les mains. Quant aux deux mille livres de pension et 400 en bnfices dont vous tes convenus, Sa Majest ma command de vous en assurer de sa part, afin que rien ne retarde la conclusion de cet affaire. Cependant je suis.. C$ Bremi1re pTtre de saint Baul au! N Corinthiens QIII, . Lettre 844. 6rch. des 6ffaires Utrang1res, Mmoires et documents, France, #7.7 #7.:, Lettres de Mazarin, -eg. (7#, f; #C7 v;, copie.
- 29 845. JEAN GARRON A SAINT VINCENT 27 aot 1646. Voici lun de vos enfants en Jsus-Christ, qui a recours votre bont paternelle, dont il a ressenti autrefois les effets, lorsque, lenfantant lglise par labsolution de lhrsie, que votre charit lui donna publiquement en lglise de Chtillon-lesDombes lanne 1617, vous lui enseigntes les principes et les plus belles maximes de la religion catholique, apostolique et romaine, en laquelle, par la mis ricorde de Dieu, jai persvr et espre de continuer le reste de ma vie. Je suis ce petit Jean Garron, neveu du sieur Beynier, de Chatillon, en la maison duquel vous logiez pendant que vous ftes sjour audit Chatillon (1). Je vous supplie de me donner le secours qui mest ncessaire pour mempcher de rien faire contre les desseins de Dieu. Jai un fils unique qui, aprs avoir achev ses classes, a form le dessein de se faire jsuite. Cest le fils le plus avantag des biens de la fortune qui soit en toute cette province. Que dois-je faire ? Mon doute procde de deux choses Je crains de faillir, et jai cru que vous me feriez la grce de donner vos avis l-dessus lun de vos enfants, qui vous en supplie trs humblement. Vous agrerez que je vous dise que dans Chatillon lassociation de la Charit des servantes des pauvres est toujours en vigueur.
846. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Monsieur, Nous navons presque rien faire et nanmoins je ne saurais faire hter ces Messieurs, qui mont encore retenue pour cette semaine. Nous avons une grande difficult, qui est que la coutume de cette ville est davoir un pourvoyeur. Lettre 845. 60elly, op. cit., #. I, chap. QI #er d., p. .9. #$ 60elly a consacr plusieurs chapitres de son ouvrage 3l. I, chap. IQ, Q, QI, QII$ au s8our de cinq mois que saint <incent fit , Ch@tillon en #7#:. Lettre 846. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original
- 30 qui avance ses deniers pour la dpense de l'hpital gratuitement, dont la femme avait accoutum de venir faire les portions des malades et vient encore les distribuer sa volont, d'autant que cela rpugne nos articles. Je proposai cette difficult aux pres, qui m'accordaient tout ce que je leur demandais. Je crains bien que cela ne nous accroche et arrte un peu plus que le ne pensais, cause que je prvois de grands inconvnients pour la tranquillit et union de nos surs, d'autant que cette femme n'est pas contente de leur mnagement et se veut faire d'intelligence tantt avec l'une, tantt avec l'autre, et je ne pense pas les devoir laisser, qu'elles ne soient dcharges de cet empchement. Si cela se fait cette semaine, j'espre que nous partirons lundi, mais, parce que cela n'est pas trs assur, je vous supplie trs humblement, Monsieur, prendre la peine me mander ce que j'aurai faire, parce que cette femme et son mari achvent dans 3 ou 4 mois et que Messieurs proposent supprimer cette charge pour plusieurs autres inconvnients ; savoir si, sur cette esprance, je les dois laisser, quoique je craigne que les dsordres les plaintes et manque de bon service aux pauvres ce temps-l ne mettent impression dans les esprits que toutes ces fautes viendraient de nos surs. Si vous me faites l'honneur de m crire, je vous supplie trs humblement, Monsieur que votre charit adresse cette lettre Sainte-Marie (1) crainte qu'elle ne tombe entre d'autres mains, au cas que toutes ces difficults soient bien et srement leves et que je partisse le jour que je vous ai marqu. Il est vrai que Monsieur l'abb de Vaux m'a avertie de la maladie et rechute de notre bonne sur Marie-Marthe (2) Angers, et, depuis la semaine passe, je n'ai point eu de nouvelles. Quand bien Dieu en aurait dispos, je pense, Monsieur, qu'il ne serait pas encore besoin d'en envoyer une autre, d'autant que nos surs m'avaient fait entendre la ncessit des quatre surs qu'elles demandent y a longtemps. Messieurs les pres des pauvres, de leur mouvement me les ont demandes, me voyant sur le point de sortir d'Angers sans leur en parler, me promettant tout ce que j'ai cru ncessaire leur demander pour leur accommodation. Je leur ai promis vous en parler mon retour et comme assur de leur en envoyer le plus tt qui se pourra, comme aussi deux cet hpital ici de Nantes, tellement, Monsieur, que #$ Couvent de la <isitation. ($. Marie Marthe Frumeau.
- 31 ce sera sept qu'il nous faut demander a divine Providence. Dieu soit ternellement glorifi des bndictions qu'il donne notre petite compagnie ! J'en espre toujours l'augmentation, puisque votre charit s'exerce si fortement pour sa perfection. Je ne vous saurais dire la consolation que mon cur en ressent, Dieu me faisant conna tre que je n'y suis nullement ncessaire et trs peu utile. J'ai bien ressenti la douleur de Monsieur et Madame de Liancourt : mais j'apprhende bien que la manire dont a t la mort de leur fils (3) soit longtemps grande affliction cette bonne mre. J'esprais que la maladie du pensionnaire de Monsieur Vacherot (4) lui aurait servi ; mais, a ce que l'on me mande, il se prom ne et mme il dcouche de la maison. Il m'a crit et me fait paratre un nouveau ressentiment d'avoir t arrt, et, mon petit sentiment, ici a mis et met une garde son cur pour l'empcher qu'il ne reoive connaissance de l'tat auquel est son me. Je vois tout ce mal, mais assez tranquillement, et me semble n'avoir plus rien en lui, duquel pourtant je dsire beaucoup le salut. Je supplie trs humblement votre charit le demander notre bon Dieu, par les mrites de son Fils ; c'est une affaire de toutepuissance, je le crois. Ma sant est un peu meilleure que losque je me donnai l'honneur de vous crire la dernire fois. Tous savez tous mes besoins, non pas mes infid lits, qui me tiennent, presque sans aucun exercice de dvotion, toujours avec le monde ou dans le soin de ma sant. C'est piti de moi, quoique je sois vritablement, et Dieu veuille que ce ne soit ma grande confusion Monsieur, votre trs humble et trs oblige fille et servante. L. DE MARILLAC. [Nantes] ce 28 aot 1646 (5) ] Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent. +$ /enri -oger du Blessis, comte de la -oche 'uyon, marquis de Montfort, tu au si1ge de MardicV le 7 aoHt #7.7. .$ Michel Le 'ras. A %ate a8oute au dos de lWoriginal par le fr1re %ucournau.
- 32 847. A LOUIS CALLON Paris, 28 aot 1646. La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je rends grces Dieu de celle que vous nous faites esprer, de venir bientt vous reposer en suite de vos grands travaux. O Monsieur, que vous serez le bien venu et que je vous embrasserai volontiers ! Venez donc et ne tardez pas, s'il vous plat, Monsieur ; et je vous assure que nous aurons un soin tout particulier de votre sant et que vous serez le matre de la maison pour dire et faire tout ce qu'il vous plaira, et particulirement le mien, qui vous ai toujours chri avec plus de tendresse que mon propre pre. Que si tant est que vous ayez besoin des quatre mille livres que vous avez donnes aux Feuillants (1) rentes et affectes la Mission, trs volontiers nous vous en ferons la rtrocession, tant juste, ce me semble, qu'un fondateur qui se trouve en ncessit, s'aide du revenu de la fondation qu'il a faite. Et nous ferons plus; car si vous avez besoin du fonds pour vous subvenir en votre vieillesse, nous le vous transporterons, comme nous avons fait M. le cur de Vernon (2), lequel nous ayant donn six cents livres de rente et les nous ayant demandes depuis, assurant en avoir besoin, nous lui avons rtrocd et la rente et le fonds. Mais si vous n'en avez pas Lettre 847. -ecueil du proc1s de 0atification. #$ La donation remontait au (+ aoHt #7(9. )lle tait faite , cette fin que deu! pr&tres de la Mission donneraient tous les ans une mission dans le dioc1se de -ouen, plus spcialement dans le doyenn d6umale. La somme fut rem0ourse au! B1res Feuillants ie (+ novem0re #7AE. 36rch. ?at. M (## liasse l.$ ($. 6u8ourdhui chef lieu de canton dans I)ure.
- 33 besoin, jouissez toujours du revenu, Monsieur, ainsi que vous avez fait jusqu' prsent; et nous continuerons les missions que nous avons commences et continues avec tant de bndictions. L'on nous a fait quelques ouvertures d'un tablissement en ces quartiers-l ; et ceci pourra y servir. Et moi, Monsieur, n'aurai jamais plus grande consolation que celle de vous pouvoir complaire, comme mon bon et trs cher pre, que je chris plus que moi-mme, qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission
848. A JEAN MARTIN, PRTRE DE LA MISSION, A GENES [Fin aot 1646] (1) Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Votre lettre m'a infiniment consol, comme toutes les autres que vous m'crivez, dont je rends grces Dieu, et le prie qu'il sanctifie de plus en plus votre chre me. Je suis en peine du petit voyage de Monsieur Blatiron dans les grandes chaleurs, quoique bien consol qu'il ait rendu ce petit service Dieu en la personne de Madame de Gubriant (2), qui est une personne de notable considration. Lettre 848. %ossier de ia Mission, copie. #$. CWest videmment entre les lettres C.E et CA+, cest , dire entre le (. aoHt et le 7 septem0re #7.7, que se place la lettre ci dessus 2aint <incent ayant lWha0itude dcrire tous les huit 8ours, il est assez pro0a0le quelle est du +# aoHt. ($. -ene du *ec crespin, veuve de 4ean *aptiste de *udes, comte
- 34 Je viens d'crire prsentement Monsieur Dehorgny qu'il se hte de vous envoyer Monsieur Richard ; et je pense que vous aurez reu notre frre Bastien avant la prsente ; vous le trouverez fort bon enfant. Voil, Monsieur, ce que l'embarras que j'ai me permet de vous dire en fort grande hte et en renouvellement des offres de mon obissance, que je vous fais avec toute l'humilit et l'affection que je le puis, qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL.
849. A JEAN DEHORGNY, SUPRIEUR, A ROME De Paris, ce 31 aot 1646. Monsieur, L.a grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je n'ai point reu votre paquet cette semaine. Je vous fais ces lignes nanmoins pour entretenir le commerce de lettres par tous les courriers ordinaires, comme aussi pour vous dire que j'ai vu le R. P. Charlet, qui m'a dit, pour nos vux, qu'il s'en faut tenir pour le prsent ce que nous en avons. Je serai bien aise de savoir l'avis de del, s'il est ncessaire que la perptuit du gnral (1) soit autorise par de 'u0riant, marchal de France, mort, le (. novem0re #7.+, des suites dune 0lessure re5ue au si1ge de -otXeil et inhum , 2aint Lazare. La reine 6nne d6utriche lui confia la dlicate mission de mener au roi de Bologne en #7.A la princesse Marie de 'onzague, quWil avait pouse par procuration. Madame de 'u0riant rentra , Baris en octo0re #7.7 et mourut , Brigueu! le ( septem0re #7A9. Lettre 849. L. a. Colleclion de M /enri de -othschild, orlginal #$ Le suprieur gnral de la congrgation de la Mission est lu , vie.
- 35 le Pape, ou s'il suffit qu'elle le soit par Monseigneur de Paris. Je me trouve empch du refus qu'on vous fait de donner les facults aux missionnaires d'Alger, desquels j'ai reu lettre qu'ils ont t bien reus et ont commenc dj y faire bien du bien. M. Le Soudier (2) est parti pour Sal, qui est une ville sur la cte d'Afrique, sur la mer d'Ocan, au del du dtroit. Que ferons-nous cela ? Les choses continueront-elles comme cela aprs M. Ingoli ? Les Capucins demandent ici que nulle autre communaut se puisse tablir aux villes de Grce, d'Afrique et d'Asie, o le roi a des consuls, o ils sont tablis, qui n'apporte lettres du roi au consul. J'ai moyenn cela; mais, la chose n'tant pas encore expdie, j'y penserai. Je vous avoue que j'ai beaucoup d'affection et de dvotion, si me semble, la propagation de l'Eglise aux pays infidles par l'apprhension que j'ai que Dieu l'anantisse peu peu de de et qu'il n'en reste point ou peu d'ici cent ans, cause de nos moeurs dpraves, de ces nouvelles opinions, qui croissent de plus en plus, et cause de l'tat des choses. Elle a perdu depuis cent ans, par deux nouvelles hrsies (3), la plupart de l'Empire et les royaumes de Sude, de Danemark et Norvge, d'Ecosse, d'Angleterre, d'Irlande, de Bohme et Hongrie, de sorte qu'il reste l'Italie, la France, l'Espagne et la Pologne, dont la France et la Pologne font beaucoup des hrsies. Or, ces pertes d'Eglises depuis cent ans nous donnent sujet de craindre, dans les misres prsentes, que dans ($ 4acques Le 2oudier. +$ Les hrsies de Luther et de Calvin.
- 36 autres cent ans nous ne perdions tout fait l'Eglise en Europe ; et en ce sujet de crainte, bienheureux sont ceux qui pourront cooprer tendre l'Eglise ailleurs. Monsieur Martin me mande que vous avez mand M. Blatiron que vous lui envoyez M. Richard, dont ils sont contents. Je vous prie de l'ex cuter au plus tt et de prier Dieu pour moi, qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Au bas de la premire page : M. Dehorgny.
850. A JEAN BOURDET, SUPRIEUR, A SAINT-MEEN De Paris, ce 1er de septembre 1646. Monsieur, La grce de Notre Seigneur soit avec vous pour jamais ! [Votre lettre] du mois pass m'a consol d'un ct et Lettre 850. L. a. 6rch. de la Mission, minute. Cette minute est en mauvais tat. L, oK le te!te fait dfaut nous le reconstituons dWapr1s une copie donne par le registre (, p. (C:. #$. Bour se rendre compte de lWtat dWesprit de 4ean *ourdet au moment oK saint <incent crivait cette lettre, il faut savoir que les religieu! de 2aint *enoTt, chasss de lWa00aye, le (E aoHt, par les soldats du marchal de la Meilleraye, avaient demand aide et protection au parlement de *retagne. Le ((, la cour ordonnait une enqu&te. Le (C, elle dcrtait de prise de corps MM. dWDrgeville, grand vicaire, *ourdet, *eaumont, 'rand Maisons et plusieurs autres. Bour viter sans doute une collision sanglante, le marchal de la Meilleraye rappela ses soldats. Bierre *eaumont resta seul pour garder lWa00aye. 4ean *ourdet, crit dom Maurel 3cit par -opartz, p.#9A$, = fut saisi dWune terreur panique qui le fit , lWinstant mettre le pied dans lWtrier et porter un 8our et une nuit sans d0rider, nWosant mettre le pied , terre, crainte de tom0er entre les mains de la 8ustice, 8usquW, ce quWenfin, ni homme ni cheval nWen pouvant plus, il descendit , la porte dWune hGtellerie quWil rencontra dans un village de
- 37 mis en peine d'un autre. [La consolation] venait de ce que l'on n'avait rien fait contre vous [des choses] dont vous attendiez la violence le lendemain ; [et la peine] venait de ce que vous me mandez que vous ne p[ouvez retenir] la compagnie dans le danger dans lequel elle est. [sur quoi je vous dirai] que si la chose dpendait de la compagnie, que n[ous vous eussions] rappel s au premier exploit ; mais qu'tant [lis avec] un prlat qui est en cause, et la chose regardant le bien des [autres], qu'en pensant observer le conseil de l'Evangile, de ne point plaider, [nous tomberions] dans l'ingratitude, qui est le crime des crimes ; que le sujet est juste. De plus quelle risque encourt en cela la compagnie ? C'est de souffrir emprisonnement, me direz-vous ; car c'est le pis. Hlas ! [Monsieur], de quoi sommes-nous capables, si nous ne le sommes de cela pour [Dieu] ? Est-il possible que nous voyions des cent mille hommes qui [s'exposent] en chaque campagne, depuis le moindre du peuple jusques [aux princes] du sang, pour le service de l'tat, non seulement l'emprisonnement, mais la mort, et que Notre-Seigneur ne trouvera pas cinq ou six serviteurs fidles et assez courageux pour son service ! Oui, mais cela est contre la maxime de l'Evangile, qui nous dfend de plaider, et contre l'usage de la compagnie. Saint Paul et Notre-Seigneur ont conseill de tout perdre plutt que de plaider. Mais l'un et l'autre ont t contraints d'en venir l et ont perdu leurs [procs] et leur vie dans leurs procs. La maxime de la compagnie lWv&ch de <annes, oK voulant s8ourner quelque temps pour prendre haleine et se rafraTchir, il trouva par malheur deu! chevau! dans lWcurie, quWon lui dit appartenir , deu! huissiers qui venaient dWarriver N ce qui lWtonna de telle sorte que, sans sWinformer dWoK ils venaient, oK ils allaient, ni qui les menait, il replie 0agage, remonte sur sa 0&te et recommence tout de nouveau , lui donner des deu!, 8usquW, la faire, comme on mYa dit, mourir entre ses 8am0es >.
- 38 est d'aimer plutt perdre que de plaider ; cela est vrai; et je prie Dieu qu'il nous fasse la grce d'tre bien fidles la pratique de cette maxime; mais cela [est pour] quand cela dpend de nous. Mais quoi ! ce n'est pas nous qui sommes en cause; c'est un prlat qui nous a appels pour servir Dieu av[ec lui] dans son diocse, tandis que des personnes qui n'ont point droit vous en chassent. Une abbaye de Saint-Benot qui n'est point en la congrgation des rforms, ni en quelqu'autre, ne dpend point d'une autre ; et nul abb a droit de s'introduire dans l'abbaye d'un autre, non plus qu'au bnfice d'un autre Ordre. De plus, ces bons Pres n'ont point permission de s'introduire dans une abbaye pour y tablir leur rforme, que du consentement des religieux, de l'abb et de l'vque. Or, les religieux ont trait avec M. de Saint-Malo, [et M. de Saint-Malo] (2), en qui leur droit, celui d'abb, comme il est, et celui d'vque rside, contredit leur introduction. In qua ergo potestate (3) ? Oui ; mais le parlement [les porte] et les introduit l dedans. Il est vrai ; mais ce souverain snat [n'a pas le pou]voir d'introduire ni de maintenir le particulier dans un bien, [s'il ne lui] appartient de droit ; et il y a apparence que celui de Bretagne, [qui] a la rputation d'tre des plus grands justiciers du royaume, [ne soutiendra] pas ces Pres, quand [il sera] bien inform. Et puis, le roi, en qui rside le souverain pouvoir [sur le] pouvoir des parlements et celui de prononcer par-dessus eux, [nous auto]rise. Comment pouvez-[vous] (4) mieux connatre la volont de [Dieu aux] choses temporelles que par l'ordonnance ($ Ces mots, demands par le sens, ne se trouvent pas dans le te!te. +$. lvangile de saint Mathieu QQI,(+ .$ Mot ou0li dans lWoriginal.
- 39 des princes, et aux spirituelles que par celle de Nosseigneurs les pr lats, chacun dans son diocse ? Oui, mais ce bien est de Saint-Benot ; et par consquent ses enfants ont droit de le rclamer quand on le veut aliner de son Ordre et appliquer d'autres usages. [Je rponds] le bien de l'Eglise appartenir l'Eglise ; et si saint Benot vivait encore, il serait bien marri de nier cette proposition, lui qui est enfant de l'Eglise, joint d'ailleurs que le bien de son Ordre lui est donn par l'Eglise cause des secours qu'il lui donnait pour lors par des s minaires d'ecclsiastiques qu'il levait pour lors pour le service de l'Eglise et pour en remplir les bnfices. Or ils ne font plus cela, et l'Eglise a ordonn que cela se fasse par les vques, et les ordonnances du roi les y obligent pareillement, comme aussi d'appliquer cela des bnfices et autres revenus. Est-il pas juste que la mme Eglise, qui a donn ce bien-l cet Ordre pour faire lesdits sminaires, et qu'eux ne le faisant plus et n'tant plus dans l'tat de ce faire, que la mme : Eglise se serve [de ce] quelque peu de bien, de l'autorit du prince et du prlat, pour suppler ce que ces Pres ont fait d'autrefois et qu'ils ne font plus, pourvu qu'ils le fassent du consentement des justes possesseurs. Selon cela, Monsieur, vous tes fond en droit, en autorit, en un besoin de l'Eglise et dans l'excution de son intention. Et aprs cela, il se trouvera quelques-uns d'entre nous qui ne voudront rien souffrir pour cela ! Eh! bon Dieu ! quelle occasion meilleure attendez-vous de souffrir quelque chose pour Dieu ? Certes, je n'en vois point. Au nom de Dieu, Monsieur, ne soyons pas si peu affectionns au service de Dieu, de nous laisser [aller] une vaine peur, qui nous fasse abandonner le poste [qu'il] nous a donn . Oui ; mais la compagnie sera blme et dans le dcri.
- 40 O Monsieur, quel or [gueil serait-ce] si, sous apparence de d frence et dhumilit, nous [abandonnions] lhonneur de Dieu pour ne pas risquer le ntre ! Oh ! que [saint Paul] en tait loign quand il disait quil fallait servir Dieu [per] infamiam et bonam famam, quasi seductores et tamen veraces (5) ! Je viens de dire que vous tes [fonds en justice], et, cela pos, comme chacun lestime, bien [heureux serez-vous] de souffrir quelque chose propter justitiam (6) [puisque par ce] moyen le royaume du ciel vous appartient, qui est la [fin pour] laquelle vous avez t appels de Dieu pour ltablissement et la manutention des choses de sa gloire, non certes comme [des] lions entre des brebis, mais comme des brebis entre les [lions], pour tre dchirs et dvors. Plaise [ sa bont nous faire cette grce ! Je suis, en son amour.
851. AU CARDINAL MAZARIN De Paris, ce 4 septembre 1646. Monseigneur, La prsente est pour faire savoir Votre minence quil est mort depuis peu un professeur en thologie dans la Sorbonne. Il est question de proc der nouvelle lection dans la mme facult. Monsieur le pnitencier (1) ma dit que les jansnistes font grandbrigue pour en faire lire un de leur parti. Ceux de lopinion commune de lglise ont concert entre eux et jet les yeux sur un nomm M. Le Maistre, qui est fort savant, qui prche A$ %eu!i1me pTtre au! Corinthiens <I, C. 7$ Uvangile de saint Mathieu <,#E Lettre 851 L s. 6rch de la Mission, original.
- 41 bien et a une des meilleures plumes du royaume et est du bon parti (2), On lui a demand si, tant lu, il acquiescerait llection. Il en a fait difficult, pource quun prlat lui offre une condition beaucoup plus avantageuse. Ce qui fait, Monseigneur, que ces Messieurs du bon parti ont dsir que je propose V [otre] E [minence] si elle aura agrable de lui assurer prsentement douze cents livres de pension sur quelque bnfice, ou de lui donner parole quelle le fera dans quelque temps. Les avantages qui arriveront en ceci lglise, Monseigneur, sont que V [otre] E [minence] empchera que cette opinion dangereuse ne senseigne publiquement en Sorbonne, quelle opposera un puissant gnie ces gens-l, quelle usera de sa providence ordinaire en tous les affaires dimportance, en un qui regarde la gloire de Dieu et le bien de son glise, et quenfin elle fera une crature au roi et V [otre] E [minence]. Llection se doit faire lundi prochain. Il est ncessaire que je sache la volont de V [otre] E [minence] dans vendredi au Soir (3). Je prie Dieu cependant, Monseigneur, quil conserve V [otre] E [minence] et sanctifie sa chre me de plus en plus, qui suis, en son amour, Monseigneur, votre trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. ($. ?icolas Le Maistre accepta la place qu on lui offrait Il fut propos le . 8uillet #77# pour lv&ch de Lom0ez et mourut le #. octo0re suivant. +$ : septem0re.
- 42 852. A JEAN BARREAU De Paris, ce 6 septembre 1646. Monsieur, Il ny a que Dieu seul qui vous puisse faire comprendre la consolation que nous avons de votre heureux voyage, du commencement et du progr s de votre arrive. Jen rends grces la bont infinie de Jsus-Christ, qui vous a fait celle-ci, et le prie quil sanctifie votre chre me de plus [en plus], afin que vous agissiez toujours saintement et en toutes choses. Voici les petits avis que je pense vous devoir donner. Cest quil semble que vous vous tes un peu trop ht promettre largent du droit de la poste : 1 pource quil pouvait arriver que vous ne vous trouveriez pas cet argent dans le temps prfix ; 2 en ce quil se pouvait faire quempruntant cette somme de del aux marchands pour leur rendre Marseille, il pouvait arriver que largent ne serait pas prt leur arrive Marseille ; ce qui apporterait du dcri de votre personne et de votre ministre. Le contraire est nanmoins, parce que la Providence a fait trouver du crdit aux Mathurins rforms pour fournir douze mille livres dans dix ou douze jours Marseille celui auquel vous auriez envoy lordre de le prendre. Le second avis est de ne jamais crire ni parler des conversions de del, et, qui plus est, de ne pas tenir la main celles qui se font contre la loi du pays. Vous avez sujet de craindre que quelquun ne feigne cela pour exciter une avanie. Ressouvenez-vous, sil vous plat, Monsieur, de ce que je vous ai dit que les Jsuites ont Lettre 852. cette lettre a t pu0lie dans la )e$ue des documents historiques, 8uin #C:+, p. .A, dapr1s loriginal, qui a t mis en vente chez M. Charavay.
- 43 fait dautre fois Pra (1) sur pareil rencontre. Il est bien souhaiter que nous ayons un chiffre, si vous en savez lusage, ou je vous en enverrai un. L me de votre affaire est lintention de la pure gloire de Dieu ; ltat continuel dhumiliation intrieure, ne vous pouvant pas beaucoup employer aux extrieures ; la soumission intrieure du jugement et de la volont celui qui vous a t donn pour vous conseiller ; et, autant que vous le pourrez, ne rien faire sans lui proposer, si vous ntes oblig de rpondre sur-le-champ. JsusChrist tait le souverain seigneur [de Marie] et de saint Joseph, et cependant il ne faisait rien que de leur avis. Cest, Monsieur, ce myst re que vous devez honorer dune manire particulire, ce quil plaise son infinie bont vous conduire, dans ltat auquel vous tes. Je vous ai crit que jai vu votre bonne tante, et ldification que jen ai eue, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Je minute vous envoyer une personne pour servir de chancelier. Nous pressons les Pres de la Merci ; mais le dsordre est si grand entre eux, ce quils mont dit, quil ny a point apparence de rien faire avec eux. Le roi a commis M. de Morangis (2) pour en connatre. Cela va. Nous verrons y faire ce que nous pourrons Je loue Dieu de ce que vous avez retir ce Pre chez vous (3). Suscription : A Monsieur Monsieur Barreau, consul dAlger, Alger. #$ Luartier de Constantinople ($. 6ntoine *arrillon, sieur de Morangis, maTtre des requ&tes en #7(A, conseiller dUtat en #7.C. +$ Mne note crite de la main du fr1re *arreau nous apprend que cette lettre fut re5ue le (( 8anvier et quil y fut rpondu le (A.
- 44 853. A JEAN MARTIN De Paris, ce 6 septembre 1646. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je ne puis vous exprimer la consolation que vos lettres mapportent, particulirement la dernire que jai reue, du 17 daot. Je vous prie de men crire souvent. Je suis en peine de ce que M. Blatiron nest encore de retour daupr s de Madame la marchale de Gubriant, et crains quil ny soit tomb malade, ou que lincommodit de cette bonne dame naille empirant ; ce que Dieu ne veuille ! Jai nouvelles de M. Dehorgny, sur la prire que je lui ai faite, il y a long temps, de vous envoyer quelquun. Il mcrit quil attendait la premire pluie pour faire partir M. Richard, qui est un bon sujet et duquel jesp re que vous recevrez grand soulagement. Jai certes beaucoup de douleur des longs travaux que vous souffrez, et nen sens point de plus grande. Jai toujours pri M. Blatiron de faire en sorte que Monseigneur le c [ardinal]-arch [ev que] modrt son zle et vos occupations, et me propose de lui en crire encore de bonne sorte au prochain ordinaire. Cependant, Monsieur, je vous prie de vous conserver autant quil vous sera possible. Je loue Dieu de la disposition quil donne ces deux Messieurs qui sont avec vous, de se donner la compagnie, et prie Notre-Seigneur de leur communiquer de plus en plus son esprit. Saluez-les bien cordialement de ma part, sil vous plat, comme je fais votre chre me, que Lettre 853 L s %ossier de Iurin, original
- 45 a mienne chtive embrasse avec tendresse et affection particulire. Jai envoy votre lettre Madame votre mre ; si elle menvoie rponse, je la vous ferai tenir. Nous ne cessons ici de prier Dieu pour vous et pour vos emplois. Faitesen de mme pour moi, qui suis de tout mon cur, en lamour de NotreSeigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission, Gnes.
854. LE CARDINAL MAZARIN A SAINT VINCENT Monsieur, Je vous dirai, pour rponse la lettre que vous avez pris la peine de mcrire, du 4e de ce mois, que je ne puis que louer le zle que vous faites paratre en tout ce qui regarde la gloire de Dieu et le bien de son glise. Le soin que vous prenez de rompre la brigue des jansnistes par llection de M. Le Maistre men est une nouvelle preuve, et je suis bien aise quon fasse choix dune personne qui, par le tmoignage que vous men rendez est si digne de remplir la place qui vaque dans la Sorbonne. Vous pouvez cependant lassurer de ma part des douze cents livres de pension que vous jugez propos quon lui donne sur quelque bnfice, et que cela seffectuera aux premires occasions que jen aurai. Croyez en votre particulier que je serai toujours bien vritablement, Monsieur, votre trs affectionn vous faire service. Le cardinal MAZARINI. A Fontainebleau, ce 7e septembre 1646. Suscription : Monsieur Monsieur Vincent, suprieur gnral de la Mission, SaintLazare, faubourg Saint-Denis Paris Lettre 854. L. s. %ossier de la Mission, original.
- 46 855. A CLAUDE DE MARBEUF (1) De Paris, ce 8 septembre 1646. Monseigneur, Je suis le suprieur indigne de la congrgation de la Mis[sion et je me] donne la confiance de vous crire la prsente, pros[tern] vos pieds et ceux de Nosseigneurs de votre par[lement], pour vous supplier, par les entrailles de Notre-Seigneur, [de vouloir bien] protger linnocence dun des plus hommes de [bien qui soient] au monde et qui travaille au salut du pa[uvre peuple avec] autant de bndiction de Dieu. Cest M[onsieur de] Beaumont, lun des prtres de notre compag[nie. Les religieux] rforms de Saint-Benot lont fait mettre dans vos p[risons], o il a les fers aux pieds, pour avoir t trouv da[ns Saint-Men] (2). Je vous supplie de considrer, Monseigneur, que lui Lettre 855. L. non s. %ossier de la Mission, minute de la main du secrtaire. Le document est en mauvais tat #$ Bremier prsident au parlement de -ennes. ($ ?ous avons vu plus haut qu, la suite dun dcret de prise de corps, prononc par le parlement de -ennes, Bierre de *eaumont resta seul , la00aye de 2aint Men. La Fontaine, sergent royal venu dans cette localit , la t&te dune petite troupe pour faire e!cuter les ordres du parlement, se saisit de lui et le conduisit dans les prisons de -ennes. Mcontent davoir laiss chapper les personnages de marque quil comptait surprendre, il fit tom0er sa mauvaise humeur sur son unique prisonnier et ordonna au geGlier de lui mettre 0rutalement les fers au! pieds. cest ce que raconte dom Morel, et il a8oute que, sur sa propre intervention, Bierre de *eaumont fut trait avec gards et m&me rel@ch apr1s avoir su0i un interrogatoire en la cham0re criminelle le . septem0re. La dtention du prisonnier navait dur que quatre ou cinq 8ours. Il tait en li0ert quand saint <incent crivait cette lettre. 3Cf. Collet op cit. p. .#7$ La conduite de saint vincent lors de laffaire de 2aint Men fut une des principales o08ections que souleva lavocat du dia0le au proc1s de 0atification. "*+. #o$ae animad$ersationes ). ,. D. )idei promotoris super dubio $irtutum tam theologalium quam cardinalium,
- 47 [et ses] confrres ont t appels en ce lieu par Mgr de [Saint-Malo], dessein de faire un sminaire de jeunes ecclsiastiques, de les faire instruire de toutes les choses ncessaires [ leur] condition, conformment au concile de Trente [et aux] ordonnances de nos rois, qui veulent que les [ vques] instituent des sminaires decclsiastiques dans [leur diocse], o ils soient levs suivant lancien usage de lglise, et daffecter des bnfices pour lentretien diceux. Mondit seigneur de Saint-Malo a rig le sien dans labbaye de Saint-Men et affect ce bon uvre la mense des religieux, de leur consentement, la rserve des pensions portes dans le concordat fait avec eux ; ce que le roi a confirm par ses lettres patentes et par divers arrts. En quoi je pense, Monseigneur, que vous et Nosseigneurs de la cour ayant t bien in [form] de la chose, ne trouverez rien dire, si ce nest peut-tre ce que ces bons Pres disent que M[onsieur] de Saint-Malo na pu faire lunion de ladite mense, ni lapprouver, attendu quelle appartient lordre de Saint-Benot et non mondit seigneur de Saint-Malo. A quoi lon rpond, Monseigneur, quelle appartient tellement Saint-Benot quelle dpend de la juridiction de lvque, en sorte que le gnral des R[guliers] na juridiction que sur les religieux des abbayes de sa congrgation et na aucune autorit sur les autres qui [nen sont] pas ; et par consquent il na point eu droit de sopposer lunion de ladite mense audit sminaire, ni nul autre de lOrdre, attendu quelle ne dpend daucune congrgation. Jajoute une autre raison celle-ci, Mgr, que, labbaye [de] Saint-Men tant dpendante de la juridiction des quarta di++icultas, p. 9, et -ltimae animad$ersationes, p. +.$ Lavocat de la cause neut pas de peine , montrer que non seulement il n y avait rien , reprendre , ses actes, mais quil stait comport en saint. Cette lettre admira0le en est une preuve.
- 48 vques de Saint-Malo, il est vraisemblable que les vques sont les [fondateurs] de cette abbaye, quils lui ont donn les dmes [quelle] possde et une bonne partie du bien, en considration [de ce] que cette maison servait de sminaire au diocse [pour] y lever les jeunes ecclsiastiques, et fournissait de bons curs aux cures qui en dpendaient. Et cela tant, [ne] semble-t-il pas raisonnable, Monseigneur, que, puisquils ne font plus ni lun ni lautre, ains que les rforms ont chang leur tat douvriers de la vigne du Seigneur en moins, que lglise rentre dans ses droits et quelle applique le bien quelle leur a donn, des ouvriers qui tchent faire ce quils ne font pas. Ajoutons cela, Mgr, quils nont pu demander la congrgation la permission dentrer dans ladite abbaye, attendu que la bulle de l rection de leur congrgation ne leur permet dentrer dans aucune abbaye, quoiquils y soient appels par les religieux, si labb et lvque ny consentent. Et tant sen faut quils aient demand cette permission Mgr de Saint-Malo, qui est labb et qui appartient la juridiction de Saint-Men, quau contraire il a lettre en main du gnral de Saint-Maur, par laquelle il parat comme mondit seigneur de Saint-Malo lavait pri de mettre de ses rforms dans ladite abbaye, et comme ce bon Pre sen excuse sur ce quil manquait de sujets pour y mettre. Ce quayant vu, mondit seigneur de Saint-Malo, tant pour rem dier aux dsordres qui taient dans cette abbaye, que pour faire son sminaire pour le bien de son diocse, il en a us de la sorte. Aprs cela, Mgr, ces bons Pres ont-ils eu raison de procder avec tant de chaleur contre leur prlat et les ouvriers quil a placs dans sa vigne, [de les faire] emprisonner et mettre les fers aux pieds. Je ne [dis pas] ceci, Mgr, par plainte que je fasse contre eux. [il nest]
- 49 homme au monde qui les honore ni qui les [ch risse aussi] affectionnment que je tche de faire, par l[a grce de Dieu], comme ils vous pourront dire eux-mmes. Que si lon trouve redire ce [que M. de Beaumont] est rentr dans SaintMen contre les [arrts du parlement], assurez-vous, Mgr, quil en a us de [la sorte avec la] simplicit dun pauvre prtre de la Mission, [qui ne] sait que cest de procs et qui pensait [bien faire] en suivant lordre de son vque et du roi. Vous pouvez croire, Mgr, que, si la chose eut dp[endu de] nous, qui ne sommes point en cause, nous [les aurions] rappels au premier exploit. Tout cela tant ainsi, Mgr, jai [recours ] votre bont, puisque vous tes le principal [ministre] de la justice souveraine de Dieu en votre [province], pour lui demander trs humblement sa protection pour ledit sieur de Beaumont et pour notre compagnie. Et outre le mrite que vous en aurez devant Dieu, vous acquerrez sur nous tous une perptuelle obligation, qui nous fera chercher les occasions de vous rendre nos trs humbles services, desquels, Mgr, je vous supplie, avec toute lhumilit et laffection que je le puis, dagrer les offres que je vous en fais et votre famille. Je commencerai les prires que je me propose de faire toute la vie pour vous, Mgr, et pour la sanctification de votre chre me, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monseigneur, votre trs humble et trs obissant serviteur.
856. A N*** 12 septembre 1646. Saint Vincent de Paul annonce son correspondant quaprs Lettre 856. Collet, op. cit., t. I, p. .#A. Le destinataire est pro0a0lement 6ntoine Bortail N nous savons par M. Charavay que
- 50 quatre ou cinq jours de dtention, Pierre de Beaumont, prtre de la maison de Saint-Men, a t mis en libert.
857. A JEAN DE FONTENEIL A Paris, ce 13 septembre 1646. Monsieur, Je vous supplie, au nom de Notre-Seigneur, de donner adresse ce paquet pour tre envoy et rendu M. du Coudray, La Rose. Je sais que je vous importune ; mais vous savez aussi que mes services vous sont d dis, aussi bien que mon cur, qui salue le vtre avec toute lhumilit et laffection possible, tant vritablement, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission.
858. A CLAUDE DUFOUR De Paris, ce 13 septembre 1646. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Jespre de vous crire amplement de ma main au premier jour, ne le pouvant prsent, cause quil est heure tarde et que le courrier va partir. Je ne puis vous exprimer la consolation que jai de ce saint <incent lui crivit, le #( septem0re #7.7, une lettre de trois pages in .;. Lettre 857. L. s. %ossier de la Mission, original. Lettre 858. L. s. %ossier de la Mission. original.
- 51 que M. Portail ma crit de vous et que je savais dj. Je prie Notre-Seigneur de vous communiquer de plus en plus sa conduite et son esprit. J cris Messieurs Le Soudier et des Noyelles ; donnez-leur, sil vous plat, mes lettres fermes, comme on fait ailleurs. Je mande au dernier, dans les difficult s quil trouve Saintes, de sen aller La Rose ; et pour cela, je vous prie, Monsieur, de lui donner ce qui lui faudra. Et pour M. Le Soudier, je le conjure de faire son possible pour unir son cur au vtre et vivre avec vous dans lintelligence et la soumission requises. Que sil en usait autrement et quenfin vous nen soyez pas satisfait, mandez-le-moi, sil vous pla t ; je vous enverrai quelquun sa place ; et effectivement nous vous enverrons au premier jour un prtre et un frre clerc. Je me recommande humblement vos prires et vous salue avec toute laffection de mon cur, tant, en lamour de NotreSeigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission.
859. A JEAN MARTIN Paris, ce 14 septembre 1646. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je suis si consol de recevoir de vos lettres que je ne Lettre 859. L. s. %ossier de Iurin. original.
- 52 puis me passer de me plaindre quand je nen reois pas, comme cette semaine-ci, cette privation me mettant en peine et de vous et de M. Blatiron, duquel je nai aucune nouvelle depuis quil est all au secours de Madame de Gubriant. Pour moi, je tcherai continuer, autant que je pourrai, le commerce des lettres par tous les ordinaires, encore qu prsent je naie rien vous dire que ce que je vous crivis il y a huit jours, qui est que M. Dehorgny nattend que la premire pluie pour vous envoyer M. Richard, ainsi quil ma assur par deux fois, ce qui me fait croire que, sil nest dj arriv Gnes, il y arrivera bientt. Le sujet est si bon que M. Dehorgny ne sen dfait qu regret ; et faute de vous en pouvoir donner un autre qui vous soit propre, nous vous avons aussi envoy dici un frre coadjuteur de bon exemple et de grand support ; mandez-moi, sil vous plat, sil est arriv et ce quil vous en semble. Jai bonne esprance maintenant que vos travaux se modreront un peu, surtout si Monsieur Blatiron reprsente Monseigneur le cardinal-archevque le danger o il vous expose par la continuelle occupation laquelle il vous oblige, quen cela il vous fait contrevenir la pratique ordinaire de la compagnie et la recommandation que je vous ai tant de fois ritre de vous reposer de temps en temps. Je prie ledit sieur Blatiron de lui bien faire entendre cela pour une bonne fois ; car jespre quil y aura gard. Monsieur Gurin, qui est Tunis, me mande quil peut facilement avoir la communication des lettres avec vous par le frquent abord que font en ce lieul quelques barques de la principaut de Gnes. Je serais bien aise que cela ft, pour servir dautant de divertissement audit sieur Gurin, qui nen a quasi point, et aussi cause de la consolation que vous aurez de la lecture de ses lettres.
- 53 Quand jen reois, cest toujours avec une particulire satisfaction. Je ncris point M. Blatiron, dans le doute o je suis quil soit de retour. Si daventure il lest, cette lettre servira, sil vous plat, pour vous et pour lui. Je vous salue tous deux, prostern en esprit vos pieds, me recommandant humblement vos prires. Les miennes tendent ce quil plaise Dieu vous conserver et vous donner de plus en plus une ample participation son esprit, et moi la grce de vous faire connatre combien je suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission de Gnes, Gnes.
860. A JEAN-FRANOIS DE GONDI, ARCHEVQUE DE PARIS [Entre aot et novembre 1646] (1) Supplie humblement Vincent Depaul, suprieur gnral de la congrgation des prtres de la Mission, disant quayant plu votre charit pastorale donner auxdits prtres de la Mission le pouvoir dtablir la confrrie de la Charit pour lassistance des pauvres malades en toutes les paroisses de votre dioc se o elle se pouvait convenablement Lettre 860. %ossier des Filles de la Charit, copie du temps. Louise de Marillac a elle m&me crit au dos du document =copie de requeste prsente , Monseigneur de Baris pour lesta0lissement des Filles de la Charit.> Cette supplique est une seconde rdaction N la premi1re a t pu0lie sous le no ::+. #$ La premi1re date est celle de lentre des sJurs , lhGpital de ?antes N la seconde, celle de lappro0ation de la supplique.
- 54 tablir, aprs avoir fait ledit tablissement en plusieurs villages avec bndiction, quelques dames charitables de Paris en ont t si touches quelles ont moyenn par Messieurs leurs curs un pareil tablissement dans leurs paroisses, comme sont Saint-Germain-lAuxerrois, Saint-Nicolas-duChardonnet, Saint-Leu, Saint-Sauveur, Saint-Mdric (2), Saint-Etienne, SaintSulpice, Saint-Gervais, Saint-Paul et autres, o ladite Charit est tablie et sexerce avec bndiction. Mais pource que les dames dont elle est compose sont la plupart de condition qui ne leur permet pas de faire les plus basses et viles fonctions quil convient exercer, comme de porter le pot par la ville, faire les saign es, les lavements, panser les plaies, faire les lits et veiller les malades qui sont seuls et tendent la mort, elles ont pris quelques bonnes filles des champs qui Dieu avait donn le dsir dassister les pauvres malades, lesquelles vaquent tous ces petits services, aprs avoir t dresses cet effet par une vertueuse veuve nomme Mademoiselle Le Gras, et ont t entretenues, pendant quelles ont demeur en la maison de ladite demoiselle, par lassistance de quelques charitables veuves et autres personnes, qui y ont contribu de leurs aumnes, de sorte que, depuis treize ou quatorze ans que cet uvre est commenc, Dieu y a donn sa bndiction, si bien qu prsent il y a en chacune desdites paroisses deux ou trois de ces filles, lesquelles travaillent tous les jours lassistance desdits pauvres malades et mme quelquefois linstruction des pauvres filles, quand elles le peuvent, et vivent aux dpens de ladite confrrie des paroisses o elles sont employes, mais si frugalement quelles ne dpensent que cent livres au plus par an pour leur nourri ($. 2aint Merry.
- 55 ture et vtement, et en quelques paroisses vingt-cinq cus seulement. Outre lemploi desdites filles dans les paroisses, il y en a trois qui sont employes par les dames de la Charit de lHtel-Dieu pour y servir les pauvres malades et leur apprter les petites douceurs quelles leur portent tous les jours audit Htel-Dieu. De plus, il y en a dordinaire dix ou douze employes pour lever les petits enfants trouvs de cette ville et deux ou trois pour lassistance des pauvres forats. Et outre celles qui sont employes s choses susdites en cette ville, il y en a qui le sont encore lhpital dAngers, celui de Nantes, Richelieu, Saint-Germain-en-Laye, lHtel-Dieu de Saint-Denis en France et en dautres lieux de la campagne, o elles font peu prs les mmes exercices pour ce qui regarde le traitement des malades, la gurison des plaies et linstruction des petites filles. Et pour fournir desdites filles en tous ces lieux et en tous les autres o lon en demande, ladite demoiselle en lve dautres chez elle et en a dordinaire plus de trente, quelle emploie, les unes instruire les petites filles pauvres qui vont chez elle lcole, les autres visiter les malades de la paroisse pour leur porter leur nourriture et des mdicaments, ou pour les soigner, les autres pour panser les maux des pauvres de dehors qui les viennent trouver cet effet, les autres apprendre lire et crire, et les autres faire le petit mnage de la maison. Et elle les entretient partie de largent que lesdites filles gagnent par leur travail manuel, quand elles ont du temps de reste aprs leurs emplois ordinaires, partie par lassistance desdites veuves, qui y contribuent selon leurs facults, partie par les aumnes ordinaires, mais particulirement par le revenu que le feu roi et Madame la duchesse dAiguillon leur ont charitablement donn perptuit,
- 56 qui se monte environ deux mille livres par an. Et Ce qui est encore bien considrable dans les emplois de ces pauvres filles, cest quoutre le service corporel quelles rendent aux pauvres malades, elles tchent de contribuer au spirituel en la manire quelles le peuvent, particulirement en leur disant de fois autre quelque bon mot, et donnant quelques avis ceux qui sont pour mourir ce quils partent de ce monde en bon tat, et ceux qui gurissent pour leur aider bien vivre. Et Notre-Seigneur bnit tellement le petit service quelles apportent dans leur simplicit, quil y a sujet de le glorifier pour les effets qui en russissent (3). Mais parce que les uvres qui regardent le service de Dieu finissent dordinaire en ceux qui les commencent, sil ny a quelque liaison spirituelle entre les personnes qui sy emploient, le suppliant craint quil narrive de mme de cette compagnie, si elle nest rige en confrrie. Cest pourquoi il reprsente Votre Seigneurie Illustrissime, avec tout le respect qui lui est possible, quil semble tre souhaiter quil vous plaise riger ladite assemble de filles et de veuves en confrrie, sous le titre de Confrrie de la Charit des servantes des pauvres malades des paroisses, et de leur bailler pour rglement les articles suivants, selon lesquels elles ont vcu jusques maintenant et se proposent de vivre le reste de leurs jours (4). VINCENT DEPAUL, suprieur gnral de la congrgation de La Mission trs indigne.
Suscription : A Monseigneur Monseigneur lIllustrissime et Rvrendissime archevque de Paris. +$ Le saint a supprim ici un assez long passage de la premi1re supplique, pro0a0lement parce quil contenait lloge de son Juvre. .$. Le r1glement sera pu0li au volume des documents.
- 57 861. A ANTOINE PORTAIL Ce 22 septembre 1646. Monsieur, La grce de N.-S. soit avec vous pour jamais ! Je vous cris la hte de Fontainebleau (1), o je suis venu pour les affaires qui me sont commises, pour vous continuer mes lettres et vous donner de nouvelles assurances de laffection de mon pauvre cur pour le v tre trs cher, et pour vous dire, Monsieur, que Monseigneur de Cahors me mande quil sera bien aise que vous alliez faire un tour jusqu Cahors, pour voir ltat de notre maison et comme toutes choses sy passent. Cest de quoi jai voulu vous prier par ces lignes, afin de vous y en aller au plus tt que vous pourrez. Je salue le plus tendrement quil mest possible Monsieur Alm ras, Monsieur du Coudray et le reste de la famille, me recommandant humblement vos prires et aux leurs, et suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Puisque Monseigneur a cette affection, voyez avec le bon M. du Coudray, que je salue tendrement, sil est expdient quil soit de la partie ; et si cela est, je len prie.
Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prtre de la Mission, tant NotreDame de La Rose, La Rose. Lettre 861. L s. %ossier de la Mission, original. Le post scriptum est de la main du saint. #$. -sidence de la cour.
- 58 862. A JEAN DEHORGNY, SUPRIEUR, A ROME DOrsigny, ce 27 septembre 1646. Monsieur, Aprs avoir parl de diverses affaires relatives sa congrgation, le saint remercie Jean Dehorgny de lenvoi de Franois Richad Gnes : Cette petite communaut (1) est en notable considration, ce que ma rapport lintendant de la Justice de larme du roi en Italie. La petite perscution de Bretagne nest pas encore apaise, quoique Monseigneur lvque (2) et M. le coadjuteur de Saint-Malo (3) soient alls sur les lieux exprs pour cela. Notre prisonnier (4) a t dlivr cinq jours aprs, et la compagnie est parse par-ci par-l. Notre-Seigneur la rassemblera quand il lui plaira.
863. A JEAN MARTIN DOrsigny, ce 27 septembre 1646. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Jai reu la vtre du 11e de ce mois, avec la consolation Lettre 862. Catalogue de vente de M. Laverdet, 8anvier #CA., n; #E7E. Il dcrit ainsi loriginal " =Lettre autographe signeZ, deu! pages in .;, dchirure au haut de la marge e!trieure enlevant la fin de sept lignes au recto et le commencement de quatre lignes au verso. #$ La communaut de '&nes. ($ 6chille de /arlay de 2ancy. +$ Ferdinand de ?eufville. .$ Bierre de *eaumont. Lettre 863. L. s. %ossier de Iurin, original.
- 59 que vos lettres ont accoutum de me donner, tant votre me mest chre et ce qui me vient de sa part agrable. Je loue Dieu de larrive du frre Sbastien et du bon accueil que lui ont fait Messieurs les ecclsiastiques qui sont avec vous, et Monseigneur le cardinal mme. Je prie Notre-Seigneur quil lui fasse la grce de les satisfaire toujours et les difier de ses bons exemples. M. Dehorgny ma mand que M. Richard tait aussi parti pour venir Gnes. Je crois quil est meshui (1) auprs de vous et quil sera arriv temps pour vous soulager dans les travaux de lordination, au dfaut de M. Blatiron, lequel vous dites tre toujours arrt par Madame la marchale de Gubriant. Je loue Dieu pareillement de ce quelle est satisfaite de se, services, et japprouve volontiers quil les y continue pendant quelle en aura besoin. Vous ne laisserez pas, moyennant laide de Dieu, de bien russir dans votre conduite et dans vos emplois, parce que luvre de Notre-Seigneur ne se fait pas tant par la multitude des ouvriers que par la fidlit du petit nombre quil appelle. Et comme je vous sais plein de zle et de charit, jattends aussi de voir russir de vos soins grande bndiction, sil plat notre Matre commun vous dpartir les grces que je lui demande. Je vous supplie, Monsieur, de lui bien recommander ma pauvre me, puisque je suis, en son amour, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission, Gnes. Lettre 863. L. s. %ossier de Iurin, original.
- 60 864. A REN ALMRAS, PRE De Saint-Lazare [28, 29 ou 30 septembre 1646] (1) Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je me prosterne en esprit vos pieds et vous demande pardon avec toute lhumilit et laffection que je le puis, de ce que je vous ai donn sujet, sans y penser, de vous plaindre de moi, de ce que M. Alm ras, votre fils, nest all prendre cong de vous avant son dpart. Je vous ai dit, Monsieur, que jai fait cette faute sans y penser ; et il est vrai que je ny fis point de rflexion pour tout avant son dpart. Voici comme la chose se passa. Nous fmes longtemps en doute sil irait la campagne, tant cause de son indisposition que dans le doute des lieux o ii irait. Au commencement, nous avions pense de lenvoyer visiter si peu de maisons que nous avons, commencer par Sedan, et de l aller Toul, Troyes, Annecy, Marseille et Rome, non tant pour faire les visites que pour essayer si ce divertissement lui rendrait la sant . Nous consultmes sur cela les mdecins, qui furent bien davis de lenvoyer la campagne, mais non pas Rome, si ce ntait quil se trouvt en parfaite sant arrivant Marseille, vers la fin de lautomne. Il se passa ensuite bien Lettre 864. L. a. Loriginal appartient , M. Morel, entrepreneur , -ouen. #$ Mne main trang1re a a8out , cGt de la suscription " septembre ./0/. Cest, en effet, la seule date qui convienne , la lettre. Comme la lettre a t crite apr1s le voyage de Fontaine0leau et que le saint ntait pas encore de retour le (: septem0re, nous ne pouvons choisir quentre les trois derniers 8ours du mois.
- 61 du temps penser la route de Sedan ; mais, les grandes chaleurs survenant, nous apprhendmes de lenvoyer de ce ct-l, cause quil ny a pas des coches pour tre couvert que depuis Troyes ; Ce qui nous fit changer de dessein du jour au lendemain sur loccasion qui se prsenta de lenvoyer Angers, o il pouvait aller couvert par le coche jusques Orlans et de l par la rivire, de sorte que, la rsolution prise le soir, il partit le lendemain, sans que je fisse aucune rflexion lobligation filiale quil avait daller recevoir vos commandements ; et je pense que ce fut de mme de lui ; pour le moins il ne men parla point pour tout. Vous voyez par l , Monsieur, comme ma faute nest pas volontaire, ains de manque de rflexion ce que je dois. La lettre que je vous envoie de mondit sieur votre fils vous fera voir un autre manquement, Monsieur, qui est de lavoir reue il y a environ vingt jours, et ne la vous ai point envoye qu prsent. Cest encore ici une faute qui ne procde pas tant de mon fait que dun de nos frres, auquel je lavais donne avant mon dpart pour Fontainebleau, et lequel oublia de la vous envoyer ; de quoi jai t bien tonn mon retour, que je lui ai demand sil la vous avait envoye. Il ma dit que non ; et quoiquil soit bien soigneux, Dieu merci, il ne la pas t en cette occasion ; et je pense que notre soudain dpart pour Fontainebleau, o il vint avec moi, en fut cause. Je vous rends compte de tout ceci, Monsieur, afin quil vous plaise de croire que je nai point manqu en cette occasion de bonne volont, ains de mmoire, et que par consquent vous me fassiez la grce de maccorder plus volontiers le pardon que je vous demande pour mondit sieur votre fils et pour moi. Monsieur Portail mcrit de notre maison de La Rose, du diocse dAgen, du 8 de ce mois, que M. votre fils et
- 62 lui ne se sont jamais mieux ports, ce sont ses mmes paroles, et quils partiraient huit jours de l pour Marseille, et de l lun pour Gnes et pour Rome, et lautre pour Annecy, diocse de Genve, selon lordre que je leur enverrais Marseille. Or, je suis en doute lequel des deux ira Rome, ou bien sils y iront tous deux. Je vous assure, Monsieur, que Monsieur votre fils nira point Rome, si Monsieur Merlet et notre mdecin, M. Vacherot, y jugent le moindre inconvnient du monde. La vie de M. votre fils nous est trop ch re, Monsieur, et votre satisfaction aussi. Et quoique les m decins estiment quil puisse passer, je manderai nanmoins quil ne le fasse pas, si sa sant nest aussi bonne arrivant Marseille que lorsquil est arriv La Rose. Voil, Monsieur, notre petite conduite lgard de Monsieur votre fils, que jhonore comme Dieu sait, et chris plus que moi-mme, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mre, Monsieur, votre trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de La Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Almras, conseiller du roi et son matre de la Chambre des Comptes.
865. AU SUPRIEUR DE LA MAISON DE TOUL (1) 1646. Nous plaidons le moins que nous pouvons, et quand Lettre 865. Collet, op, cit., t. II, p. (+7. #$ La maison de Ioul eut deu! suprieurs en #7.7 " 4ean *cu 3#7.( #7.7$ et Charles 6ulent 3#7.7 #7.:$. Celui auquel cette lettre est adresse, dit Collet, =stait em0arqu dans une affaire oK il avait chou> ?ous pensons que cest 4ean *cu.
- 63 nous sommes contraints plaider, ce nest quaprs avoir pris conseil et du dedans et du dehors. Nous aimons mieux relcher du ntre que de maldifier le prochain (2)
866. A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION (1) [Entre le 1er et le 6 octobre 1646] (2) Ma chre sur, ]e loue Dieu de ce que vous me dites de la disposition de notre M re 3 et de ce quelle me mande quelle ne fera rien Chartres si ses elles ne len prient de la bonne sorte (4) ; et pour ce qui est de La Perrine (5), je regarderai la r solution qui sy sera prise comme venant de Dieu. Quant ce que vous me dites, daller chez vous pour assister votre confrence, avant que votre Mre vienne, cest, ma chre sur, de quoi je vous prie de mexcuser, ($ 6pr1s avoir rapport ces paroles du saint, Collet a8oute " =%ieu a cependant permis quil ait eu quelques proc1s, quil en ait gagn et quil en ait perdu N mais cest que la Brovidence voulait faire de lui un mod1le pour tous les tats et que celui des plaideurs a 0esoin des grands e!emples.> 6 vrai dire, saint <incent na eu de proc1s que lorsquil y a t pouss non par son propre intr&t, mais par lintr&t des autres. 3Cf. lettre CAE.$ Lettre 866. -eg. #, f; (+ v;, copie prise sur la minute autographe #$ La lettre C:+ nous porte , penser que celle ci est adresse , une sJur du premier monast1re de Baris, tr1s pro0a0lement , la sJur Louise )ugnie de Fonteines, qui en tait prcdemment suprieure ($ Lannonce du retour prochain d/ippolyte Fret, le su8et m&me de la lettre et le fait quelle a t crite sur la fin de la retraite annuelle, qui se clGtura le 7 octo0re en #7.7, ne laissent aucun doute sur la date que nous donnons ici. +$. /l1ne 6nglique Lhuillier. .$ Dn travail ait alors , lta0lissement dun monast1re de la <isitation dans cette ville. A$ 6u dioc1se du Mans. La sJur Louise de Fonteines avait autrefois fait revivre lo0servance monastique dans la00aye de religieuses ta0lie en ce lieu.
- 64 cause que je scandaliserais nos gens, si je sortais pendant la retraite. Je vas plus avant, ma chre sur, et vous prie de faire mes excuses notre Mre et votre chre communaut si je nai le bonheur de lui continuer mes petits services, tant pource que cette retraite ma fait voir clair comme le jour que je suis en demeure vers notre compagnie pour mtre appliqu dautres soins quaux siens, dont jaurai rendre compte devant Dieu. Il y a encore une autre raison qui ne me presse pas moins, cest que la compagnie a pour r gle de ne se pas appliquer au soin des religieuses, pour se r server entirement au service des pauvres gens des champs ; et cependant me voil dans La contravention cette rgle. Et pource quaprs moi il est craindre que lon ne regarde pas tant la teneur des rgles que la faon que jen aurai us, cest ce qui moblige consciencieusement me retirer. Que si jen ai us autrement, ce na pas t sans syndrse. Et si jai de plus grands embarras (6), jespre que N.-S. men dlivrera aussi. Il y a tant dautres personnes Paris qui vous serviront avec bndiction. Voil M. Fret qui va venir pour tre cur de Saint-Nicolas-du-Chardonnet (7), et voil encore M. Abelly. Ce sont des gens qui vous serviront dans lesprit de notre bienheureux Pre (8) et avec plus de grce que moi incomparablement ; et je moffre mme si les en prier, condition que votre Mre ni vous ne mcrirez point, ni ne men ferez crire ni parler par personne pour reprendre lemploi, et que vous me dispenserez daller chez vous, ayant pris rsolution de ny 7$ Lemploi au conseil de conscience. :$ /ippolyte Fret tait , 6let depuis plusieurs annes. 2aint <incent, qui lavait envoy aupr1s de ?icolas Bavillon, le rappelait , Baris, pro0a0lement , la demande de larchev&que 4ean Fran5ois de 'ondi. C$ 2aint Fran5ois de 2ales.
- 65 plus aller, vous protestant, ma chre sur, que ce nest pas par aucun mcontentement ; oh ! non, je vous en assure devant Dieu, ains que cest par principe de conscience, par] es raisons que je vous ai dites. Vous navez eu que trop de charit et de support pour mes misres. Je prie Notre-Seigneur quil vous en rcompense et quil me pardonne les fautes que jy ai faites. Et assurez-vous, ma chre sur, que je vous honorerai et chrirai en N.-S. autant et plus que jamais et que je serai la vie et la mort
867. AU CARDINAL GRIMALDI (1) De Paris, ce 4 octobre 1646. Monseigneur, Le sujet de la prsente est pour faire un renouvellement de mon obissance V[otre] E[minence] et pour la supplier trs humblement dagrer que je lui adresse quelques crits touchant les deux chefs saint Pierre et saint Paul, lesquels ont t faits par un des plus savants thologiens que nous ayons, et des plus hommes de bien, et qui ne veut pas tre nomm (2), Il a fait ces crits dans le doute sil les ferait imprimer ; et ayant appris Lettre 867. -eg. #, f; #. v;, copie prise sur la minute autographe. Mne autre minute autographe de la m&me lettre se trouve au! archives de la Mission. Comme elle prsente plus dune lacune, nous prfrons suivre le te!te du registre l, et mettre en note les variantes de la minute. #$ Le nom du destinataire nous est connu par les Mmoires du B. -en -apin, Baris #C7A, + vol. in C;, t. I, p. ##A. I. e cardinal 'rimaldi avait t nonce en France. ($ -aoul 6llier prtend , tort dans la cabale des d$ots, Baris, #9E(, in l7, p. #7C, que le saint a en vue Fran5ois de -aconis, v&que de Lavaur, qui a dfendu la doctrine orthodo!e dans deu! ouvrages " 1'amen et 2ugement du li$re de la +rquente communion, Baris, #7.., in .;, et de la primaut et sou$erainet singuli3re de saint ,ierre, Baris, #7.A, in .;. Fran5ois de -aconis tait mort le 7 8uillet #7.7 et a sign ses crits.
77 par la Gazette de Rome que lon y examine le livre le lauteur desdits deux chefs (3), que deux docteurs de Sorbonne, qui sont prsent Rome (4), soutiennent tre la doctrine de leur facult, et que dailleurs la mme facult ayant t informe quon lui attribuait cette opinion, sest assemble et a dput vers Monseigneur le nonce pour dsavouer ces docteurs (5), lassurer du contraire et le supplier de faire en sorte que la prochaine gazette fasse mention que lon lui attribue faux cette doctrine (6) ; cest ce qui a mu ce bon et vertueux personnage mapporter aujourdhui ces crits, dessein que je les envoie Rome, pour servir de mmoire ceux que Sa Saintet a dputs pour examiner ledit livre. Ils trouveront dans cet ouvrage tous les auteurs allgus pour la prtendue galit de saint Paul avec saint Pierre, rfuts par les mmes auteurs dont ils allguent les passages, tous les uns aprs les autres (7). Or, qui puis-je mieux adresser cet ouvrage +$ La doctrine de lgalit de saint Bierre et de saint Baul, soutenue da0ord dans la prface du livre De la 4rquente communion, avait t com0attue, comme nous venons de le voir, par Fran5ois de -aconis, v&que de Lavaur. )lle fut reprise en #7.A dans deu! ouvrages anonymes que les uns attri0uent , *arcos, neveu de la00 de 2aint Cyran, les autres , 6ntoine 6rnauld " De lautorit de ,ierre et de ,aul, qui rside dans le ,ape, successeur de ces ap5tres, et La grandeur de l6glise romaine tablie sur lautorit de . ,ierre et de ,aul. Lintervention dIsaac /a0ert, thologal de Baris, et de dom Bierre de 2aint 4oseph, feuillant, en faveur de la doctrine traditionnelle provoqu1rent en #7.7 les 1sclaircissements de quelques ob2ections quon a +ormes contre le li$re de La grandeur de lUglise romaine. .$ Les v&ques qui avaient approuv le livre De la +rquente communion, envoy1rent , -ome, pour emp&cher la condamnation de cet ouvrage, 4ean *ourgeois et 4rGme %uchesne. A$. Les mots dsa$ouer ces docteurs manquent dans la minute. 7$ Inform par le nonce Mar *agni que 4ean *ourgeois et 4rGme %uchesne prtendaient , -ome que la doctrine du livre de *arcos avait lappro0ation de la 2or0onne, ?icolas Cornet, docteur de ?avarre et syndic de la Facult, en informa ses coll1gues, qui smurent de cette imputation et condamn1rent sur le champ lerreur quon leur attri0uait. 3Cf -apin, ibid7. :$ Cette phrase, , une petite modification pr1s, on trou$era, au
- 67 qu V[otre] E[minence], Monseigneur, pour en faire faire lusage que ce bon docteur souhaite (8), puisque V[otre] E[minence] est le prince et protecteur des choses de notre sainte religion, et qui mavez fait lhonneur de me mander que je madressasse V[otre] E[minence] en tous les affaires qui regarderont le service de Dieu ? Cela me fait esprer, Monseigneur, quelle ne laura pas dsagrable, ni que je marroge toujours la qualit quelle me souffre de son trs humble et trs obissant serviteur (9). VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission Ce bon docteur sera consol sil plat V[otre] E[minence] de me faire lhonneur de me faire crire la rception et le succs de ses mmoires (10). lieu de ils trou$eront a t crite par le saint lui m&me au dos dune lettre , lui adresse par le cardinal Mazarin le : septem0re #7.7. Dn a a8out au dessous " =#ota quod haec $erba sunt scripta manu 8incentii a ,aulo. 8idetur quod opus illud de quo loquitur ser$us Dei +uerat editum a D. Le Maitre, de quo sermo est in libris Dupin9 liber Magistri Morel, doctoris orbonici, edit apud )ecolet ann : ./0/, in aquo +alsi+icationis te'tuum9; 3Cf. -upin, op. cit., t #, pp ##. ##A$ C$. Le saint avait crit dans la minute, , la suite de ces mots, quelques lignes, quil a ensuite ratures pour tourner autrement sa phase Les voici " =que ce 0on docteurZ lauteur prtend que 8eZ derechef au dire du pu0lic, des plus savants du monde et des plus hommes de 0ien. 4e vous supplie tr1s hum0lement lavoir agra0le, Monseigneur, et de me faire souffrir tou8ours la qualit, gr@ce que <otre Uminence ma fait esprer, qui est de me tenir pour son tr1s hum0le et tr1s o0issant 9$ ?ous trouvons ici encore dans la minute trois lignes ratures =Ces opinions, Monseigneur, trou0lent tou8ours un peu lUglise de de5,, non pas pourtant avec la chaleur, si me sem0le, quelles faisaient au commencement N et apr1s %ieu ce qui sem0le y avoir le plus contri0u, cest la *ulle de 2a 2aintet.> #E$ La doctrine des deu! chefs fut censure par Innocent Q, le (. 8anvier #7.:, comme dangereuse et oppose , la constitution de lUglise N mais la condamnation de -ome ne mit pas fin , la polmique. 3Cf. Histoire ecclsiastique du <8==e si3cle par Louis )llies %upin, Baris, #:#., A vol. in C;, t. II, p. #.A et suiv.$
- 68 868. A MONSIEUR DESGORDES De Saint-Lazare, ce 4 octobre 1616. Monsieur, Madame Desgordes, votre mre, et Messieurs vos parents ayant dsir que je leur adresse, et vous, Monsieur, un ecclsiastique pour tre auprs de vous et vous servir vos tudes. Jai fait voir Madame votre mre M. Le Noir, prsent porteur, ecclsiastique de cette ville, laquelle lagre. Il a les qualits requises pour cela, et jespre, Monsieur, que vous en aurez pleine satisfaction, aprs que vous laurez connu. Au nom de Dieu, Monsieur, recevez-le et obissez en cela madite dame ; la nature vous y oblige, Dieu vous le commande, et vous savez, Monsieur, que cest lintention de la cour ; et je vous puis assurer que la reine en aura une particuli re satisfaction et que, sil se prsente jamais occasion de vous servir, que je le ferai de tr s bon cur, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission.
869. A ANDR PRAT, CONSUL DE FRANCE, A SAL De Paris, ce 5 octobre 1646. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je ne puis vous exprimer, Monsieur, la reconnaissance Lettre 868. La La minute de cette lettre appartient au! Filles de la Charit de Castelsarrasin. Lettre 869. L. a *i0l. ?at, n. a. f. +A++, pi1ce +9A, minute.
- 69 que j'ai de la charit dont il vous plat honorer notre petite compagnie, de la vouloir employer au service de Dieu, l'assistance de nos pauvres esclaves de Sal et votre service. Je vous en remercie trs humblement, Monsieur, et vous offre les petits services de notre petite compagnie et les miens avec toute l'humilit et l'affection que je le puis. Je ne sais que dire au procd de ce bon Pre qui a gagn le devant (1), Monsieur, sinon que nous avons pour maxime de cder aux autres les bonnes uvres qu'ils s'offrent faire, estimant avec sujet qu'ils les feront mieux que nous. Et puis, nous craignons qu'il arrive quelque contestation sur le lieu et que cela ne soit plutt scandale qu' dification aux chrtiens et aux infidles. Que s'il arrive que Monsieur votre fils (2) n'ait pas reu ce bon Pre, ou si son voyage ne tend qu'au rachat des esclaves, ainsi qu'il l'a dit en partant, ce qu'on m'a mand, en ce cas ou semblable trs volontiers nous ferons ce que vous commanderez, qui tes choisi du roi et par consquent de Dieu pour faire connatre sa volont par la vtre en ces occasions ; et si, en reconnaissance de cette obligati[on, se] prsente quelque occasion de vous honorer, nous le ferons trs volontiers, Monsieur. Nous prierons Dieu cependant pour la c[onservation] de votre personne et celle de M. votre [fils, qui] vous reprsente Sal, ce qu'il vous conserve tous deux et sanctifie de plus en plus votre chre me et celles du reste de votre famille, et suis, en son amour, Monsieur, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. #$ Mn -colle.. 3Cf. #. C:E.$ ($./enri Brat. Il succda , son p1re le (E octo0re #7.C.
- 70 870. A ANTOINE PORTAIL, PRTRE DE LA MISSION, A LA ROSE Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Te reus hier deux de vos lettres, lune du 21 et lautre du 22 de septembre. Je men vas crire M. [du Coudray]. Je vous envoie la prsente par homme exprs. Mon Dieu ! Monsieur, que ferons-nous ?.. Vous nous dites de faire revenir cette personne (1) de ses opinions (2), Il ny a pas dapparence, cause de la qualit de son esprit et que dj il en est venu l destimer que les conciles ont moins bien entendu les Saintes critures. De le mettre en retraite, il nest pas de la trempe de son esprit. Lautre (3) est pituiteux et changement ; celui-ci un peu atrabilaire et arrt. De le tenir, cela est fcheux, et fcheux encore de le renvoyer ; et nanmoins, toutes choses considres, on sera contraint den venir l. Vous verrez par celle que je lui cris, que je vous envoie ouverte et que vous cachetterez ensuite de notre cachet, comme je le prie de se rendre Richelieu, o je me propose de tcher de laller voir et daviser ce quil faudra faire. Vous la lui donnerez quand et de la mani re que vous le jugerez propos. Et, quoi quil dise ou fasse, demeurez toujours dans lesprit de douceur et dhumilit. Pour M. Boucher, sil le veut suivre, vous lui direz quil Lettre 870. Lettre et *on+rences de . 8incent de ,aul "supplment7, p. 7#, #. +D.D. Lditeur reconnaTt avoir eu sous les yeu! une copie fautive. #$. Fran5ois du Coudray. ($ La lettre CCA nous en fait connaTtre quelques unes +$ Lonard *oucher.
- 71 faut ordre de moi pour cela. Il nest pas expdient quil laccompagne ; que sil le fait par lui-mme, nous verrons. Quant celui que vous laisserez sa place, ce que vous me dites de M. Dufour Cahors et de M. Delattre La Rose nest pas faisable du ct dudit sieur Dufour ; cela mortifierait trop Monseigneur de Saintes. Mais voyez ce qui mest tomb dans la pense : cest de mettre M. Testacy Cahors, si Monseigneur lagre et si vous ny voyez pas de linconvnient, eu gard sa conduite et la proximit de sa bonne mre (4). Il parat homme de bon sens, fidle ses pratiques, form et entendu aux affaires. [Il est vrai que ce] fut hier quil vient dtre fait prtre et que [peut-tre on] aura peine de le voir dun plein saut [arriver] un premier emploi ; mais comme Messieurs. sont bons et sans ambition, vous le leur pourriez faire trouver bon par la consid ration de lintelligence quil a aux affaires. Quant Monseigneur de Cahors, peuttre ly trouverez-vous dispos ; sinon, nous tcherons de vous envoyer M. Grimal ou M. Dufestel (5) ou M. Berthe. Javais pens M. Bourdet ; mais je pense que nous lenverrons en Hibernie, o nous sommes presss denvoyer des missionnaires du pays, sous la direction dun sup rieur franais. Ils pourront partir dans quinze jours, si M. Bourdet est prt. Il vous restera l M. Rivet (6) un bon petit prtre de Normandie (7), M. des .$ Charles Iestacy tait de Condom. A$ Ce nom ne doit pas se trouver sur loriginal Fran5ois %ufestel avait quitt la compagnie et o0tenu la cure de 2aint Dmer de <illers. Il ny a gu1re apparence quil ait demand sa radmission N car nous ne retrouvons plus son nom dans la correspondance du saint. 7$ Louis -ivet, n , /oudan 32eine et Dise$ le #9 fvrier #7#C, entr dans la congrgation de la Mission le #+ 8uin #7.E, re5u au! vJu! le #7 octo0re #7.(, ordonn pr&tre le #9 septem0re #7.+. Il fut plac , -ichelieu en #7.7, puis au sminaire de 2aintes, quil dirigea pendant plusieurs annes 3#7.C #7AE, #7A7 #77(, #77A #7:A$. :$, 'uillaume Michel.
- 72 Noyelles. M. Le Soudier (8), [destin] pour la Barbarie, est encore Marseille, dans le doute sil passera, et par suite du rencontre dun R collet, qui la supplant ; et puis, nous tions en doute lequel, de lui ou de M. Lesage (9), partirait. Que si M. Le Soudier ne va pas La Rose, M. Cuissot (10), qui va sa place et fait fort bien prsent, ira La Rose et M. Perraud (11) Saintes. Nous tcherons denvoyer au plus tt les autres. Nous voil rtablis pour la deuxime fois Saint-Men, par arrt du Conseil ; mais le parlement, dont le commissaire qui a chass les ntres (12) et le procureur gnral (13) ont ajournement, a mis un tel svice (?) quon juge que nous naurons jamais repos en cette province-l, si lon ne saccommode cet emploi (14). M. Codoing, que nous y avons envoy (15), travaille Monseigneur de Cahors ma mand quil dsirait que vous fassiez la visite chez lui. Il vous dchargera [son cur]. Il a un peu de peine contre [nous]. Je pense C$ 4acques Le 2oudier 9$. 4acques Lesage, ne , 6uffray 32eine lnfrieure, entr pr&tre dans la congrgation de la Mission le : octo0re #7+9, , l@ge denviron vingt cinq ans, re5u au! vJu! le (7 novem0re #7.A. Il sem0arqua pour 6lger en 8anvier ou fvrier #7.C et sadonna tout entier, sans regarder les fatigues et les dangers, au minist1re des pauvres esclaves. 6pr1s une visite. au! pestifrs, il fut lui m&me atteint par le terri0le mal, qui lemporta le #( mai #7.C. #E$ 4ean Cuissot. ?ous verrons plus loin quil fut plac , 2aintes. ##$. /ugues Berraud, n , 6rguel 3%ou0s$ le . octo0re #7#A entr dans la congrgation de la Mission le A 8anvier #7.E, re5u au! vJu! le (+ mars #7.., ordonn pr&tre en #7.7. Il fut plac , 2aintes 3#7.7$, , -ichelieu 3#7A#$ et mourut , Baris le (7 dcem0re #7A9. #($. M. de La Iouche[Frlon, conseiller au parlement. #+$. M. /uchet de la *doy1re. #.$. Cette phrase est 0ien o0scure et 0ien incorrecte. )lle ne doit pas reproduire fid1lement loriginal. #A$. )n qualit de suprieur.
- 73 que je ne lai pas assez servi, au gr de ces bons Pres (16) au procs quils ont ici. Vous navez jamais rien fait plus propos que de rester La Rose jusqu ce que toutes les choses soient au meilleur tat que vous les pourrez mettre. Je pense que nous naurons pas de difficult faire changer ce que vous et M. Dehorgny trouvez propos de changer aux offices que vous me marquez, ni aux autres. Je ne laisserai pas de presser le coadjuteur (17), qui est bien long. Nous sommes environ quarante en retraite. Jassiste la bande des prtres ; Dieu ma donn des forces pour cela. Voici le huitime jour. Il ny aura que notre visite, que jai pense de diffrer votre retour, que je prie Dieu quil soit au plus tt que faire se pourra. Je vous crirai Marseille et vous y enverrai les rgles communes en latin. Jembrasse cependant cette petite communaut avec toute lhumilit et laffection que je le puis. M. Bourdet ma fait de grandes excuses de ce quil vous a contredit, et proteste de son obissance aux ordonnance (18). Sil ne va en Hibernie, nous le pourrons envoyer La Rose, si vous narrtez lun ou lautre de ceux que je vous ai marqus. Jai crit Monseigneur de Cahors, en suite de ce quil avait mand , de rappeler M. Delattre, que javais pense de le lui reprendre, que vous nen aviez point dautre qui entende les affaires que lui, et que nous ferons nanmoins ce quil recommandera. #7$ Les religieu! des monast1res qui dpendaient de la00aye de Chancelade. #:$ 4ean Fran5ois Baul de 'ondi, plus tard cardinal de -etz. #C$ 6u! ordonnances de la visite laisses par M. Bortail , 2aint Men
- 74 871 A FRANOIS DU COUDRAY (1) [6 octobre 1616] (2) Je ne puis, non, je ne puis, mon cher petit Pre, vous exprimer la douleur que jai de vous contrister. Je vous supplie de croire que, si ce n tait limportance des choses, jaimerais mille fois mieux en porter la peine que vous la donner.
872 ETIENNE BLATIRON, SUPRIEUR A GENES, A SAINT VINCENT Nous avons crit, de la part de M. le cardinal Duranzo archevque de cette ville, tous les archiprtres des lieux o sest faite la mission, de donner avis tous les curs et prtres de leur archiprtr que les exercices spirituels se doivent commencer tel jour en la raison de la Mission et loue tous ceux qui voudraient se servir de cette bonne occasion se pourraient tendre ici telle heure. Plusieurs sont venus et se sont dj retirs. le ne vous puis exprimer la grande consolation quils ont revue, ni labondance des grces que Notre-Seigneur leur a communique, ni la grande modestie et le silence exact quils ont observs, ni leur humilit et sincrit rendre compte de leurs oraisons, ni les conversions admirables et presque miraculeuses qui sy sont faites. Entre autres il sy est trouv un cur qui ma dit, et presque eu public quil tait venu, pensant se moquer, et plutt par hypocrisie que par dvotion, afin que M. le cardinal lui procurt quelque augmentation de revenu. Il a dit de plus que la Mission na pas eu de plus grand ennemi que lui, quil en Lettre 871. Collet, op. cit., t. II, p. #7(. #$ Collet dit que la lettre dont nous avons ici un e!trait a t adresse , un missionnaire. Le!pression mon cher petit ,3re, nous permet daffirmer que ce missionnaire est Fran5ois du Coudray. ($ Le!trait ci dessus convient 0ien au! circonstances dans lesquelles fut crite la lettre du 7 octo0re #7.7 adresse , Fran5ois du Coudray et annonce , M. Bortail dans la lettre C:E Lettre 872. 60elly, op. cit, #. II, chap. I<, #er d., p. (9E.
- 75 avait dit tout le mal quil stait pu imaginer, et mme de Son minence. Ctait un homme fort adonn au vice, qui avait obtenu un bnfice par simonie, reu les ordres sans aucun titre que ce bnfice, exerc les ordres, administr les sacrements, fait tous les offices curiaux et demeur plusieurs annes en cet tat ; un homme de ngoce et dintrigue, etc. Mais enfin Dieu la touch, et la touch trs efficacement : il sest converti, il a pleur, il sest humili et a donn de grands tmoignages de son changement. Tous ceux qui lont vu dans ces exercices, ou qui en ont entendu parler sont rests extrmement difis ; et nous ne le sommes pas moins de tous les autres, qui ont fait beaucoup de fruit, chacun selon ses besoins. De vous dire maintenant, Monsieur, combien grande a t la joie et la consolation quen a reue Son minence, certes, les larmes qui sortaient de ses yeux, quand quelques-uns de ces Messieurs lui ont dit leurs sentiments, le peuvent mieux tmoigner que mes paroles ; ce qui a fait un tel clat dans la ville et encore aux environs, que plusieurs autres se prsentent pour venir faire le mme.
873. A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION (1) Ce jour saint Denis (2) [1646 (3)] Ma chre Mre, La grce de N.-S. soit avec vous pour jamais Le sujet, ma chre Mre, pour lequel je vous ai pri de faire mes excuses Madame Fouquet (4) de ce que je Lettre 873. -eg. #, f; +., copie prise sur la minute autographe. #$ Ir1s pro0a0lement Marie 6gn1s Le -oy, suprieure du second monast1re de Baris. ($ 9 octo0re. .+$ %ans sa lettre du #9 mai #7.: , la M1re Catherine de *eaumont, saint <incent dit quil a essay de se dcharger, sept ou huit mois auparavant, des fonctions quil remplissait aupr1s des monast1res de la <isitation. Il y a donc lieu de croire que celle ci est de #7.7 Cette conclusion se trouve corro0ore par ce fait que sJur Madeleine 6ugustine, la derni1re des filles de Madame Fouquet, religieuse au second monast1re de la <isitation, fit profession en #7.7. .$ ?e Marie de Maupeou. 2aint <incent disait que =si par malheur lUvangile tait perdu, on en retrouverait lesprit et les ma!imes dans les mJurs et les sentiments de Madame Fouquet> Il
- 76 ne pouvais assister la profession de notre chre sur sa fille (5), et de prendre tel autre que vous et elle choisirez, est de ce que la retraite que je viens de faire ma fait voir que je ne puis satisfaire mon obligation vers notre compagnie et au service que je dois votre maison, et dailleurs que, notre petite congrgation ayant pour rgle que nous ne nous appliquerons point au service des religieuses, afin de ntre pas dtourns du service que nous devons au pauvre peuple des champs, je me sens oblig en conscience de lobserver, pource quon ne se rglera pas tant par la teneur de nos rgles lavenir que par la faon que je les aurai observes ; que si jen ai us autrement, ce na pas t sans quelque syndrse, quoique lon me let promis pour quelque temps, cause de laffection que jai pour votre saint Ordre ; et si jai de plus grands embarras (6), jespre que N.-S. men dlivrera aussi. Cest ce qui fait, ma chre Mre, que je vous supplie trs humblement dagrer de bon cur la rsolution que jai prise de me retirer, et de penser quelquautre qui vous serve de Pre spirituel. Il y a tant de personnes Paris qui sont pleines de lesprit de Dieu et de celui de notre bienheureux P re (7), et qui vous serviront avec bien plus de grce de Dieu que moi. a8outait " =)lle rend la pit si aima0le quelle anime tout le monde , sy attacher.> ">nne sainte, t. I, p. 7(:.$ La nouvelle de la disgr@ce de son fils lui arracha ce cri " =4e vous remercie, G mon %ieu. 4e vous avais demand le salut de mon fils N en voil, le chemin.> A$ Madeleine 6ugustine Fouquet, alors @ge de seize ans. %u second monast1re elle passa au troisi1me, lors de sa fondation. )lle y fut conseill1re pendant trente ans et successivement directrice, assistante et conome. Irois de ses sJurs, 6nne Madeleine, )lisa0eth 6nglique et Marie Ihr1se taient religieuses au premier monast1re. une autre, Louise 6gn1s, fut avec elle da0ord au second, puis au troisi1me. )lle mourut le ( novem0re #:EA, , l@ge de soi!ante quinze ans. L>nne sainte nous a transmis le souvenir de ses vertus. 7$ Lemploi au conseil de conscience. :$ 2aint Fran5ois de 2ales
- 77 874. REN ALMERAS, PRE, A SAINT VINCENT [Octobre 1646] (1) Quand je considre de quelle sorte et acquiescement je consentis la vocation de mon fils, sans que les tendresses naturelles maient empche de le consigner en vos matres, que, depuis prs de dix ans, je nai exig aucune visite, ni aucun des devoirs que les enfants doivent leurs pres ; que je ne lui ai jamais parl de sa vocation quen lapprouvant et me rjouissant de ly avoir si bien confirm, je vous proteste devant Dieu, qui est le scrutateur des curs, que je ne trouve rien redire aux desseins que vous avez sur la personne de mon fils, aux commissions et aux emplois que vous lui donnez, ni aux voyages que vous lui faites faire, fussent-ils jusques aux Indes, croyant assurment que vous ne faites rien en tout cela que pour la gloire de Dieu. Et ayant une fois, qui fut la premire que je vous le menai, dpos entre les mains de Dieu et les vtres lautorit paternelle que javais sur lui, pour vous en rendre le matre absolu, je ne puis ni ne dois rvoquer loffrande que jen ai si volontairement faite. Ainsi il me reste seulement prier Dieu quil bnisse ses actions, quil fasse prosprer ses voyages, et vous, Monsieur, de me donner quelque part vos prires.
875. A ANTOINE PORTAIL De Paris, ce 13 octobre [1646] (1) Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit [avec vous pour] jamais ! La prsente est pour vous [assurer de ce que] je vous ai Lettre 874. <ie manuscrite de M. 6lmras, p. #A. 3Cf. #otices, t. III, p. (+..$ #$, Lauteur de la notice imprime date cette lettre de #7.:. Lauteur de la notice manuscrite se contente de dire que -en 6lmras, p1re, lcrivit =pour rpondre au! e!cuses> que saint <incent =lui avait faites de ce que son fils tait all , -ome sans lui en donner avis ni prendre cong de lui>. Cest donc non loin de la lettre C7. quil faut placer celle ci. Lettre 875. L. a. %ossier de la Mission, original. #$ Le contenu demande cette date.
- 78 dit par ma dernire [lettre touchant] la personne dont est question (2), et [aussi pource] que jai crit Richelieu quon le re[oive avec] le respect et la cordialit quil mrite. Vous en userez pour cela et pour toutes choses selon que votre prudence jugera propos. Notre frre Champion (3) ma dit la mme chose que vous touchant lascension et la croix de Notre-Seigneur. Il sera bon que vous en fassiez un mot dinformation votre nom, faisant mention des erreurs du personnage, et que vous receviez les d positions de M. Almras et des autres qui lui ont ou dire et soutenir cet erreur ; et faudra que vous et eux le signiez et que vous me lenvoyiez cachet. Vous avez bien fait de prendre les cent cus quon vous a mis en main ; nous les rendrons en cette ville. Et il faudra que vous fassiez la visite Cahors. Que si M. Delattre est destin La Rose et M. Testacy Cahors, vous men donnerez avis, afin que nous en louions Dieu, si vous lavez fait ; sinon, que nous vous envoyions quelquun pour diriger La Rose. Voil ce que je vous puis dire pour le prsent en hte, qui suis, vous et M. Almras, Monsieur, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prtre de la Mission, La Rose. ($ Fran5ois du Coudray. +$ Il y avait alors deu! Champion dans la compagnie Louis clerc, et -en, fr1re coad8uteur. ?ous pensons quil sagit ici de Louis Champion, n , Ch@teaudun, entr dans la congrgation de la Mission le #( avril #7.+, , l@ge de vingt ans, re5u au! vJu! le #: 8uin #7.7. Il ntait encore que tonsur en #7AE et enseignait nanmoins la morale au! *ons )nfants. Il fut suprieur , Montmirail de #7A( , #7A. et passa de l, , la maison de Marseille, oK il tait en #7AA
- 79 876. A EDMOND DWYER, VQUE DE LIMERICK (1) PREMIRE RDACTION De Paris, ce 15 [octobre 1646] (2) Monseigneur, Voici enfin huit missionnaires (3), qu [i sen vont] en Hib[ernie Parmi eux], les cinq sont hibernois, [un prtre et un clerc franais] et un frre anglais. Le p[rtre franais va pour] diriger la compagnie, selon lavis de feu M. Skyddie, qui me manda, avant mourir, quil croyait quil en fallait user de la sorte ; et le clerc a [appris] le chant. Les uns et les autres craignent et aiment Dieu et ont du zle pour le salut du prochain, par la grce de Notre-Seigneur. Ils sen vont se jeter vos pieds, Monseigneur, et soffrir au service de V[otre] S[eigneurie] Illustrissime et de Nosseigneurs les prlats, auxquels ils pourront rendre quelque petit service avec le temps. Nous en levons ici dautres, que nous vous pourrons envoyer quand ils seront forms, sil se trouve le moyen de les faire subsister par laffectation de quelque bnfice, sans quils soient charge au peuple auquel ils iront faire la mission. Et plt Dieu, Monseigneur, que je fusse digne dtre de la partie ! Dieu sait de quel cur jirais et de quelle affection je lui offre cette petite troupe, et vous, Lettre 876. L a %ossier de la Mission. 6pr1s une premi1re minute, qui ne le satisfit pas, saint <incent en crivit une seconde de sa main. ?ous donnons ici les deu! rdactions. #$ -ichard 6rthur, v&que de LimericV, mort le (+ mai #7.7 avait eu pour successeur son coad8uteur )dmond %Xyer, qui traversa les mauvais 8ours de la perscution religieuse en donnant le!emple dune foi in0ranla0le et dun courage sans gal D0lig de se!iler apr1s la chute de LimericV, il mourut , *ru!elles deu! ans apr1s, en #7A.. ($ Mois et anne du dpart des missionnaires pour lIrlande. +$ Les noms sont donns dans la lettre C::.
- 80 Monseigneur, mon obissance perptuelle (4) ! Je vous supplie, trs humblement, Monseigneur, de lavoir agrable.
DEUXIME RDACTION Je me donnai lhonneur de dire Votre S [eigneurie] Illustrissime tant en cette ville, lordre que javais reu de la part de notre Saint-Pre denvoyer quelques missionnaires de notre compagnie en Hibernie. Divers embarras nous ont empchs de les envoyer plus tt. En voici huit, Monseigneur, qui sen vont se prosterner vos pieds, vous demander votre sainte bndiction (5). Lon nous dit ici des merveilles de la conduite de V [otre] S [eigneurie], Monseigneur, et que delle seule, aprs celle de Dieu, viennent les heureux succs de la religion et de ltat en ces pays-l. Hlas ! Monseigneur, cela nest pas malais croire ceux qui ont eu le bonheur dapprocher V (otre) S [eigneurie], comme moi, qui ne suis jamais sorti daupr s delle quavec la pense que lesprit de Dieu et sa sainte opration rsident en elle. Sil plat Notre-Seigneur de faire russir la chose selon vos saintes intentions, votre mmoire en sera immortelle en la terre et au ciel. Cest de quoi je le prie, Monseigneur, qui me donne lhonneur de baiser les mains sacr es de V [otre] S [eigneurie] Illustrissime, prostern en esprit ses pieds, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mre .$ 2aint <incent a eu de la peine , trouver sa phrase. Il avait da0ord crit =de quel cJur 8e travaillerais, selon les commandements desquels il plairait , <otre 2eigneurie Illustrissime mhonorer>, puis =de quel CJur 8irais sous vous, Monseigneur> A$ Luand il eut termin sa seconde minute, le saint, mcontent, ratura tout ce quil avait crit, sauf les mots qui prc1dent, et rempla5a la partie rature par Ce qui suit
- 81 877. A ANTOINE PORTAIL, PRTRE DE LA MISSION, A LA ROSE [De Paris, ce 20 octobre 1646] (1) Monsieur, Jai t bien consol de vos dernires lettres, crites de Cahors, et je suis en attente du succs. Je vous ai moi-mme crit deux fois Cahors, et, aprs avoir rpondu vos questions, je vous disais, en outre, ce que je pense que vous deviez faire La Rose, et notamment de faire en sorte que le personnage dont est question (2) vienne Richelieu, et aviserons sil le faudra faire venir ici. Je vois bien, de la faon que vous me parlez de M. Testacy, quil ne faut tenter ce que je vous ai crit par ma dernire, de lui confier la direction de La Rose, ni celle de Cahors. Il faut esprer que Notre-Seigneur fera ce qui sera pour le mieux. Jtais en pense dy envoyer M. Lucas ou M. Grimal, ou bien M. Le Soudier le jeune (3), lequel je doute quil aille en Barbarie, y ayant un Rcollet Lettre 877. Bmartin, op. cit., t. #, p. A9# lettre AEA. Il a pris son te!te sur loriginal chez M. Charavay. #$ ?ul doute que cette lettre ne soit docto0re ou de novem0re #7.7. Bendant ces deu! mois, le saint crivit chaque semaine , M. Bortail. ?ous avons ses lettres du 7, du #+ et du (: octo0re, ainsi que celles du +, du #E et du (+ novem0re, qui fut suivie de celle du premier dcem0re. La lettre ci dessus sem0le donc devoir se placer ou le (E octo0re ou le #: novem0re. Les deu! premi1res phrases porteraient , prfrer cette derni1re date N mais ce qui suit ne peut convenir qu, la premi1re. Cest , cette derni1re solution que nous nous arr&tons. La difficult que soul1vent les premi1res lignes svanouirait vraisem0la0lement si nous pouvions consulter loriginal. M Charavay crit dans son catalogue en signalant cette lettre " =%chirure dans un angle, emportant un certain nom0re de mots.> M. Bmartin a eu le tort de suppler au! mots qui manquaient par des mots de son choi!, sans sparer par des crochets ce quil supposait de ce quil lisait. ?ous le soup5onnons davoir crit *ahors l, oK il y avait La )ose et deu' +ois l, oK il fallait deu' ou trois +ois. ($. Fran5ois du Coudray. +$. 4acques Le 2oudier.
- 82 qui la supplant, a pris le devant et la condition qui lui tait destine Sal. Un mot de votre avis sur tout cela, sil vous pla t, le plus promptement que vous le pourrez. M. Brin, M. Barry (4), le frre [OBrien] (5), le frre Leclerc (6) et notre frre Patriache (7) sont partis pour lHibernie et doivent prendre MM. Le Blanc et Duiguin (8) et le frre Vacher (9) au Mans et peut-tre M. Bourdet en ..$ )dme *arry, n au dioc1se de Cloyne, en Irlande, le (. 8uin #7#+, ordonn pr&tre , Cahors en #7+9, re5u dans la congrgation de la Mission le (# 8uillet #7.#. Il fit les vJu! , 2aint Lazare quelques 8ours avant de partir en Irlande, doK il revint en #7A(, apr1s la prise de LimericV par larme de CromXell. Il dirigea le sminaire du dioc1se de Montau0an de #7A7 , #77. et de #7:A , #7CE, anne de sa mort. A$ M. Bmartin crit >ubrie?. Il sagit certainement de lIrlandais %ermot D*rien, n , )mly entr dans la congrgation de la Mission le (+ octo0re #7.A, , l@ge de vingt quatre ans, mort pr&tre en novem0re #7.9. 7$. Bierre Leclerc, fr1re coad8uteur, n , Meau! le (. 8uin #7(. entr dans la congrgation de la Mission le (C avril #7.., re5u au! vJu! le (# novem0re #7.7. :$ 2alomon Batriarche, n , lTle de 4ersey, entr dans la Congrgation de la Mission, comme fr1re coad8uteur, le (. 8uillet #7.(, , l@ge de vingt deu! ans, re5u au! vJu! en #7.7. Il revint en France en #7.9 , la suite de trou0les cr0rau!, fut plac , 2aint Men et perdit compl1tement la raison en #7A#. C$. %ermot %uiguin 3ou %uggan$, n en Irlande, entr pr&tre dans la congrgation de la Mission le (7 aoHt #7.A, , l@ge de vingt cinq ans. Il revint en France en #7.C, mais pour repartir deu! ans apr1s en )cosse, oK il passa le reste de sa vie, au milieu de dangers sans nom0re, anim du z1le des apGtres et du courage des martyrs. Il mourut le #: mai #7A: dans lTle de Mist, oK une. ancienne chapelle porte encore son nom et rappelle son souvenir. "#otices, t. III, pp. ##. #(#.$ 9$. Bhilippe Le <acher, n , Ucouen 32eine et Dise$ le (+ mars #7((, entr dans la congrgation de la Mission le A octo0re #7.+, re5u au! vJu! le A aoHt #7.7. -appel en France en #7.9, il fut envoy , Marseille, y fut ordonn pr&tre le ( avril #7AE et sem0arqua pour 6lger avec les titres de vicaire apostolique et de grand vicaire de Carthage. %e retour en France en #7A:, il qu&ta en faveur des esclaves. 2on a0sence, qui devait &tre de quelques mois, dura deu! ans. Il repartit en septem0re #7A9, rentra de nouveau dans son pays, puis accompagna , 6lger en #77# le fr1re %u0ourdieu, qui allait prendre la place du fr1re *arreau consul de France dans cette ville. Il paya les dettes de ce dernier, arrangea diverses affaires et quitta dfinitivement la *ar0arie en #77(, en compagnie de soi!ante
- 83 Bretagne (10) Nous avons t presss et du ct de Rome et des prlats du pays pour cela, et cest pour ne faire aucune autre fondation de longtemps ; car nous avons dispos de tous ceux qui pouvaient travailler. Je trouve que vous avez raison de faire partir le bon M. Alm ras pour Annecy, si sa sant lui permet le voyage. Pourtant je fais attention ce que vous me marquez, et vous pouvez lui dire que, sil sent quelque tendance prouver les fatigues de lanne passe, il vaut mieux ne sjourner que peu de temps La Rose et aller Richelieu, do il sera prt revenir, et envoyer quelque autre Annecy et aux autres maisons, o lon demande incessamment quon les visite. Le capital que je vous prie de regarder ici, cest la sant ; Notre-Seigneur pourvoira au reste. Vous apprendrez Marseille la faute qua faite le frre Barreau, consul dAlger, de stre oblig au payement de quarante mille livres, pour la rdemption de quelque captif, contre lexpresse dfense quon lui en avait faite (11) Cet affaire nous met en peine. Et ce qui di! esclaves, quil venait de racheter Il fut plac , la maison de Fontaine0leau, oK il mena 8usquau A aoHt #7:9, 8our de sa mort, la vie la plus e!emplaire. "#otices, t. ===, p. @A@!/B/.7 #E$. 60elly nous a conserv 3 op. cit, t. II, p. #C:$ les avis que saint <incent donna de vive voi! au! missionnaires qui le quittaient pour aller travailler en Irlande. 6pr1s un arr&t forc , ?antes, oK ils occup1rent leurs loisirs aupr1s des pauvres et des malades, ils sem0arqu1rent sur un vaisseau hollandais, qui les conduisit sans incident au terme de leur voyage. L,, ils se partag1rent en deu! groupes pour vangliser, les uns le dioc1se de LimericV, les autres celui de Cashel ##$ Le fr1re *arreau avait eu la fai0lesse de sengager pour un religieu! de la Merci, le B1re 20astien *rugi1re, qui, apr1s s&tre imprudemment couvert de dettes pour li0rer des esclaves, avait t poursuivi par ses cranciers, 8et dans un cachot, puis, vu ltat de sa sant, enferm dans la maison du consul, avec dfense den sortir. 3%an, Histoire de %arbarie et de ses corsaires, Baris #7.9, p. #A# N Documents algriens, *erti+icat des sou++rances du ,3re bastien, dans la )e$ue a+ricaine, t. QQQ<, #C9#.
- 84 est plus fcheux, cest que le bon M. Nouelly (12) lavait conjur de ne le pas faire une heure auparavant. Je vous prie de faire clbrer une messe [par] (13) chacun de la famille de La Rose pour cela, comme aussi pour la mission dIrlande. Lon est rtabli dans Saint-Men par lordre du roi ; mais je ne sais pas si cela durera. Nous venons de faire nos retraites avec fruit, par la gr ce de Dieu, en lamour duquel je suis 878. AU MARQUIS DE MIREPOIX, GOUVERNEUR DU COMT DE FOIX De Paris, ce 20 (octobre 16461). Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit [avec vous pour jamais !] Je vous fais ici un renouvellement des (offres de mon) obissance avec toute lhumilit et laffection que je le puis. Je vous supplie trs humblement, Monsieur, de lavoir agrable, ensemble la trs humble prire que je vous fais, de considrer Monseigneur lvque de Pamiers (2) comme lun des plus zls vques pour la gloire de Dieu que je connaisse dans le royaume. Il a su lhonneur que vous me faites de mavouer pour votre serviteur et souhaite beaucoup que je vous fasse savoir quil vous estime et affectionne au del de tout ce que je #($. 2uprieur du fr1re *arreau. #+$. M Bmartin a lu pour : il faut par. Lettre 878. L. a %ossier de la Mission, minute. #$ Les contours des parties attaques par lhumidit sur le document original montrent que cette lettre doit &tre rapproche des lettres crites dans les trois derniers mois de lanne #7.7 N elle est tr1s pro0a0lement du (E octo0re. ($. Fran5ois de Caulet, sacr v&que de Bamiers le A mars #7.A.
- 85 vous en pourrais dire, et quil dsire avoir intelligence avec vous, Monsieur, pour les choses qui regardent le service de Dieu dans son dioc se, qui fait partie de votre gouvernement ; et quoique je laie assur quil na pas besoin de mdiateur, [pource que vous avez l]esprit plus ecclsiastique que [qui ce soit], je ne laisse pas pourtant de vous [ crire, selon le d]sir de mondit seigneur. Lexprience [montre que,] tandis que les vques et les gouverneurs [vivent en bonne] intelligence, le rgne de Jsus-Christ [stablit puis]samment dans les mes, et que, (quand cela n) est pas, les affaires du bon Dieu nen vont [pas bien.] Il a diffrend avec les ecclsiastiques [syndiqus] de son diocse, avec un entre les autres (3), [puissam] ment appuy de quelques personnes de condition, qui favorisent limpunit de ces scandales. Ce serait une chose digne de votre incomparable pit, Monsieur, si vous aviez agrable de lui faire dire de votre part quil se soumette aux ordres de son pr lat et quil vive en sorte que mondit seigneur ne soit pas oblig par sa conscience dagir contre lui. Et peut-tre, Monsieur, que Dieu bnira votre entremise, non seulement lgard de cet ecclsiastique, mais aussi de beaucoup dautres qui sont quasi en mme tat. Certes, Monsieur, il me semble que cela vaut fait, et dj jen rends grces Dieu, et vous supplie, Monsieur, de me regarder comme la personne du monde [sur laquelle vous avez un] pouvoir absolu ; et, [si je puis vous servir en] quelque chose, honorez-moi [de vos commandements, je vous en] supplie. Je prierai Notre-Seigneur cependant quil [vous bnisse +$. Bro0a0lement larchipr&tre d6!. 3Cf. %ou0let 'eorges, Fran5ois de Caulet, v&que de Bamiers, et la vie ecclsiastique dans un dioc1se arigeois sous Louis QI<, Foi!, #C97, in C;, p. +9 et suiv$
879. A UN PRTRE DE LA MISSION (1) De Paris, ce octobre 1646 (2) Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec nous pour jamais ! Vous pouvez juger de laffliction que vos lettres mont Lettre 879 -eg. (, p. (C9 N dossier de la Mission, minute autographe. La minute a souffert des ravages du temps. Comme fort pro0a0lement le copiste du registre ( a pris son te!te sur loriginal cest ce te!te que nous suivons ici, tout en mettant en note les variantes de la minute. #$ La minute ne donne aucune indication sur le destinataire de la lettre. Le registre ( note quelle est adresse = , un pr&tre de la compagnie qui tait sorti sous prte!te dinfirmit> Le manuscrit d6vignon, qui la reproduit galement, porte " , 6 M. ?. au Mans> 2i ce dernier renseignement est e!act comme il ny avait alors au Mans, du moins , notre connaissance, que MM. 'allais, Le *lanc et Cuissot N comme dautre part, ainsi que lindique le contenu de la lettre, le destinataire ntait pas suprieur et avait fait les vJu! le nom de 'il0ert Cuissot sem0le simposer. Cest ce que pense lauteur de sa notice. "#otices, t. II, p. C:.$ Cependant cette conclusion ne saccorde gu1re avec le registre (. ?ous y voyons, en effet, que cette lettre et la lettre C97 du (. novem0re, ont eu le m&me destinataire. Dr la lettre C97 na pu &tre adresse , 'il0ert Cuissot, qui se trouvait alors , 2aint Lazare, ainsi quil rsulte du rapprochement des lettres C9#, C99, 9EE %eu! missionnaires quitt1rent la compagnie en novem0re 4ean *ourdet, suprieur de 2aint Men, et Ihomas *erthe. Les lettres C:9 et C97 ne peuvent sappliquer , 4ean *ourdet, , qui saint <incent offrait la direction de la Mission d/i0ernie. Mais ne conviendraient. elles pas , Ihomas *erthe, que saint <incent eut la pense denvoyer , Cahors et qui, plac , 2edan, rentra dans sn famille de dpit de n&tre pas nomm suprieur \ 3Cf. #. CCC.$ ($. %ans la minute, le coin sur lequel se trouvait la date a disparu. Le registre ( ne donne que le mois et lYanne. 2eul le manuscrit d6vignon indique le 8our N mais nous soup5onnons fort le copiste davoir choisi le premier 8our docto0re sans fondement srieu!. La lettre sem0le mieu! place , la fin du mois quau commencement.
- 87 apporte, par laffection que jai eue pour vous et que jaurai toute ma vie. Toutes les raisons que vous mallguez sont fondes sur votre indisposition et sur lesprance que vous avez de vous mieux porter en votre air natal, auquel cas vous faites tat de revenir, pour accomplir les promesses (3) que vous avez faites Dieu. Souffrez que je vous die, Monsieur, que nous navons pas tant dintrt vivre longtemps qu marcher dans la vocation dans laquelle Notre-Seigneur nous a appels, selon le conseil de lAptre, et tenir ce que nous avons promis Dieu. Vovete et reddite Deo vestro (4). Et puis, pensez-vous (5) que lair natal allonge les jours de votre vie au del du compte que Dieu en a fait ? O Dieu ! Monsieur, quun peu du cur de ceux qui vont chercher la maladie et se faire tuer aux armes par vanit, conviendrait bien notre pit ! Trois personnes de la compagnie (6) se sont flatt es de cette esprance, quelles se porteraient bien en leur pays, dont la premire (7) y hta sa mort et mourut trois jours aprs son retour. Ctait M. Perdu. M. Senaux (8) a pass quatre mois chez ses parents (9), o il ne se trouva pas mieux, et M. Dubuc (10), qui est prsentement chez les siens, me mande (11) quil sy trouve mal de lesprit +$. Ie!te de la minute " vous faites tat daccomplir la promesse. .$ Bsaume LQQ<, #(, A$ Minute " pensez vous, Monsieur. 7$ Minute " de la maison. :$ Minute " de cette esprance quelles se porteraient en leur pays, dont la premi1re.. C$. ?icolas 2enau!, n , 6uffay 32eine Infrieure$ le 9 mai #7#9, entr dans la congrgation le (( 8uin #7+9, ordonn pr&tre le (E fvrier #7.E, re5u au! vJu! le (+ mars de la m&me anne, mort , Iroyes le (C mars #7AC. 2aint <incent fait un 0el loge de sa rgularit, de sa rsignation et de son esprit dindiffrence dans une lettre du #( avril #7AC et dans la confrence du (C 8uin suivant. 9$. Minute " quatre mois en son pays. #E$ Louis %u0uc, n , )u 32eine Infrieure$, re5u dans la congrgation en #7+7 ##$ Minute " et M. %u0uc y est , prsent, qui me mande.
- 88 et du corps. Peut-tre quil en arrivera autrement de vous. Quoi quil en soit, je ne vois pas, selon ce que je viens de vous dire, quil y ait raison (12) de dispense en cela, ni par consquent de sret pour vous. Et vous devez vous en mfier dautant plus comme le fond de votre rsolution vient de ce quayant t flatt de lattente de la supriorit, et la chose ayant tourn autrement, votre esprit a dsir de sortir premirement du lieu o nous vous avions envoy (13) ; et secondement, la tentation vous poussant plus avant, vous a port sortir de la congrgation ; car voil le fond de laffaire, quoique la nature tricheuse vous ait fait voir le contraire. Et si vous eussiez montr (14) ce repli ceux de qui vous avez pris avis, vraisemblablement ils vous auraient conseill de demeurer (15), notamment si vous leur eussiez dit le soin que lon a cans, Dieu merci, des personnes infirmes, non seulement lgard de la nourriture et des remdes, mais aussi lgard des changements de lieu et des emplois ; et selon cela, jcrivis Monseigneur (16) de Cahors (17) le jour avant que jaie reu votre lettre, comme nous vous destinions pour aller prendre la direction de son sminaire (18) Cela tant ainsi, revenez-vous-en, Monsieur, je vous en conjure, par la promesse que vous avez faite Dieu de vivre et de mourir dans la compagnie et par le jugement adorable quil doit faire de votre me lheure #($ Minute " Beut &tre quil en arrivera autrement de vous. 8e prie ?otre 2eigneur 4sus Christ que cela soit ainsi, et len prierai tous les 8ours de ma vie. 2elon ce que 8e viens de vous dire, 8e ne vois pas quil y ait de raison de dispense en cela. #+$ 2edan. Le mot se trouve en toutes lettres dans la minute, mais ratur. #..$ Minute " et si vous eussiez fait voir. #A$. Minute " ils vous en auraient conseill autrement. #7$. Minute " Monsieur. #:$ 6lain de 2olminihac. #C$ Minute " de sa mission.
- 89 de la mort. Vous avez deux exemples notables dans la m me compagnie de deux personnes lesquelles, ayant cd la tentation de sortir, se sont releves bientt et sont rentres (19) dont lun est all faire un tablissement en son pays (20), lui sept ou huitime, et lautre (21) travaille avec bndiction, et nous lui avons la mme confiance quauparavant, et la vous aurons vous de mme, pource que je sais la bont de votre cher cur, que je prie Dieu quil sanctifie de plus en plus, qui suis, en son amour.
880. NICOLAS PAVILLON, VQUE DALET, A SAINT VINCENT Monsieur, Voil que je vous rends Monsieur Fret, quil vous a plu nous prter pour quelques annes. Je vous en rends trs humbles grces, reconnaissant ingnuement vous en avoir une particulire obligation. Il a rendu de trs grands services Dieu dans ce diocse et y a rpandu, par ses instructions et par lexemple de ses vertus, la bonne odeur ddification en tous tats. Aussi a-t-il t gnralement aim et regrett de tous. Il sen va se jeter entre vos bras, dans lesprit dindiff rence, pour tre dtermin, par vos avis et rsolutions, quoi que vous jugerez le devoir employer. Il ne peut quy russir heureusement et procurer avantageusement le service de Dieu et de lglise. Vous en reconnatrez, comme jespre dedans lexprience beaucoup plus que je ne puis vous exprimer. Quoique la perte que nous en allons faire pour ce pauvre diocse nous en soit rude, nous lacceptons pourtant avec douceur et patience, comme de la bonne et paternelle main de Dieu, qui nous donne et nous te comme il lui plat. Il vous entretiendra de toutes nos petites ncessits, auxquelles je vous supplie trs humblement de nous vouloir donner vos assistances ; ce que jespre que vous ferez, Monsieur, dautant plus volontiers qui regardent le rtablissement du service #9$ Minute " lesquelles ayant cd , la tentation, ils sen sont relevs 0ientGt et sont rentrs dans la compagnie, dont lunZ (E$. )n Irlande. (#. Marc Cogle. Lettre 880. L. a. %ossier de la Mission, original
- 90 de Dieu et de la discipline de son glise. Monsieur Fret vous informera plus nettement de toutes ces affaires et des expdients quon pourrait employer pour en venir bout. Je ne doute point, Monsieur, que votre zle et vos adresses, conjoints au crdit que Dieu vous a donn, ne contribuent beaucoup leur avancement. Cest ce qui moblige de limplorer en cette occasion, comme aussi vos pri res et sacrifices, pour nos extrmes ncessits spirituelles. Je supplierai Notre-Seigneur en contrechange de vous remplir de ses plus saintes bndictions, et vous de me faire lhonneur de me croire de plus en plus, en son amour, Monsieur, votre tr s humble et trs obissant serviteur. NICOLAS, [vque] dAlet. DAlet, ce 25 octobre 1646 Suscription : A. Monsieur Monsieur Vincent, suprieur gnral de la congrgation des prtres de la Mission
881. A TIENNE BLATIRON De Paris, ce 26 octobre 1646. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je nai point de vos lettres cette semaine, et si je ne puis discontinuer les miennes votre gard. Jai si grande joie de la lecture des vtres et dapprendre ce qui se passe en vos emplois que je vous prie, Monsieur, de mcrire par tous les ordinaires. Cette joie nest pas pour moi seul ; jen fais part toute la compagnie, lorsquil y a quelque chose de particulier, et prends de l sujet vous recommander aux prires dun chacun. Je trouve bonne la raison de Monseigneur le c [ardinal-] archev que (1) pour ne vous point accorder le relche Lettre 881. L. s %ossier de la Mission, original. #$. Le cardinal %urazzo.
- 91 en vos travaux, la considrant dans son zle ou (2) dans la disposition et la chaleur prsente des peuples ; mais il faut regarder plus loin et conserver les ouvriers pour faire durer le travail. Faites donc encore, sil vous pla t, quelques efforts pour avoir cette modration. Que si mondit seigneur persvre, au moins retenez-vous pour agir plus doucement dans la chaire et dans les fonctions. Parlez-leur plus familirement et plus bas, les faisant approcher de vous ; car enfin la vertu ne se trouve point dans les extr mits, mais dans la discrtion, laquelle je vous recommande autant que je le puis, vous et Monsieur Martin. M. Portail vous ira voir bientt. Il est encore La Rose, mais sur le point den partir pour aller Marseille et puis Gnes. Notre frre Pascal (3) nest pas encore arriv ; quand il le sera, nous le recevrons en la manire que vous lentendez et quil le dsire. Je salue votre chre me et votre petit troupeau, avec une consolation et une tendresse de mon cur tout extraordinaire, et prostern aux pieds adorables de NotreSeigneur. Je le supplie de vous recevoir tous en sa protection et vous animer de plus en plus de son esprit et de son amour, dans lequel je suis, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron, prtre de la Mission, Gnes. ($ Le saint avait da0ord crit " ou m&me : rfle!ion faite, il ratura le second mot. +$ 4ean Bascal 'oret.
- 92 882. A ANTOINE PORTAIL De Paris, ce 27 octobre 1646. Monsieur, La grce de N.-S. soit avec vous pour jamais ! Jai reu votre lettre crite de Cahors, qui moblige rendre grces Dieu de toutes les choses que vous me dites et de tous les biens que Dieu op re par vous, et je prie sa divine bont de vous continuer ses lumires et sa conduite pour russir en ce qui vous reste faire, comme en ce que vous avez fait. Jai crit Richelieu quon y reoive M. du Coudray et quil y demeure jusqu ce que la disposition des choses nous en fasse user autrement. Pour le surplus, qui regarde La Rose et Cahors, je ne puis rien conclure que vous nayez tout fait et que je ne sache vos sentiments. Je prie M. Almras de sen aller Annecy, puisque sa disposition (I) le permet, et vous, Monsieur, Marseille ; mais ce sera aprs que vous aurez achev o vous tes. M. Brin avec 4 ou 5 autres de nos Hibernois (2) sont partis pour lIrlande, et M. Bourdet les doit aller joindre Nantes, pour les diriger. Le f[rre] Vacher (3), qui tait au Mans, en est aussi, et le frre Patriarche. Je les recommande vos prires. Nous avons maintenant M. Lambert suprieur au collge (4) et M. du Chesne est en mission avec Monsieur lvque de Trguier (5). M. Bcu (6) nous aide cans, do Lettre 882. L s %ossier de la Mission, original #$. 2a sant. ($ <oir leurs noms I C::. +$. Bhilippe L e <acher. .$. 6u sminaire des *ons )nfants A$. *althazar 'rangier de Liverdi. 7$ 4ean *cu
- 93 la plupart de nos prtres partent prsentement pour les missions ; et M. Bajoue reste pour le sminaire. Nous avons renvoy au Mans M. Alain avec quelques autres, et rappelons M. Cuissot, cause de son incommodit (7). Son neveu (8) est all Saintes avec M. Perraud et le f[rre] David (9). Je ne puis vous dire autre chose, tant press pour le conseil, vous suppliant, Monsieur, de recommander mon me Notre-Seigneur, puisquelle chrit la vtre trs intimement et que je suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prtre de la Mission, Cahors.
883. A FRANOIS PERROCHEL, VQUE DE BOULOGNE De Paris, ce dernier doctobre 1646. Monseigneur, Je rends grces Dieu de toutes celles quil vous fait, et par vous, Monseigneur, aux mes quil vous a commises, et gnralement toute son glise, et prie sa divine bont quil la sanctifie de plus en plus. Monsieur de. Villequier (1) a dit ici des merveilles de :.$ Il tait su8et , des acc1s de fi1vre quarte. C$ 4ean Cuissot C$ %avid Levasseur, fr1re coad8uteur, n , %anc 3Drne$ en #7EC, re5u dans la congrgation de la Mission le ( 8anvier #7+C. Lettre 883. L. a. Driginal , Banningen 3/ollande$, chez les pr&tres de la Mission. #$ 6ntoine, marquis de <illequier, puis duc d6umont, gouverneur de la ville et du territoire de *oulogne, n en #7E# marchal de camp en #7+C, lieutenant gnral en #7.A, marchal de France en #7A#, cr duc et pair en #77A, mort le ## 8anvier #779.
- 94 Monseigneur son vque la reine et Monseigneur le cardinal (2) de sorte que, quand ils parlent des bons vques, ils ont accoutume de nommer Messeigneurs de Boulogne et dAlet (3). Cest ce qui fait, Monseigneur, que je pense que vous userez de tous les moyens imaginables pour conserver cette bonne intelligence entre vous deux, et, cause de lui, avec ceux qui prennent connaissance de votre Htel-Dieu. Jen ai dit mes petites penses au bon M. labb de Colugri, qui les vous pourra dire. Votre dernire me fait mention de la surcharge que vous avez des pays conquis (4), et la difficult dy faire ce quil faut, attendu le peu de revenu ; jen parlerai la reine, ce quil lui plaise de vous assister dailleurs. Quand je dis ici que vous faites votre visite, six personnes un cheval, cela tonne et donne de ladmiration un chacun. Oh ! que lvque est riche qui attire en admiration tous ceux non seulement qui voient, mais mme qui entendent parler des trsors de leurs vertus ! Cest un grand cas que le monde mme publie plus estimable la sainte pauvret dun vque qui conforme sa vie celle de Notre-Seigneur, lvque des vques, que les richesses, le train et la pompe dun vque qui possde de grands biens. Ce que je dis, Monseigneur, nempchera pas que je ne prenne occasion de reprsenter vos besoins dans les occasions. Je me prosterne en esprit vos pieds sacrs et vous ($ Le cardinal Mazarin. +$ ?icolas Bavillon. Les deu! prlats staient connus , Baris. Ils avaient frquent ensem0le les confrences des mardis et donn ensem0le plus dune mission. .$. 2ur les )spagnols. Cette partie du dioc1se de *oulogne tait tr1s pauvre et souvent dvaste par les garnisons espagnoles de 2aint Dmer, 6ire et -enty, qui pillaient les glises ou m&me les incendiaient.
- 95 demande votre sainte bndiction, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monseigneur, votre trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission.
884. A JEAN MARTIN De Paris, ce jour des trpasss (1) [1646] (2) Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je vous cris la hte, mais non sans grande consolation de toutes les choses que vous mavez crites, dont je vous remercie, et prie Notre-Seigneur de vous donner la plnitude de son esprit pour le rpandre par vous ces bons ecclsiastiques que sa divine providence vous donne conduire. Croyez-moi, ayez grande confiance en lui et ne vous tonnez pas de voir en vous de linsuffisance ; car cest bon signe et un moyen ncessaire pour lopration de la grce que Dieu vous a destine. Nous ne cesserons de prier pour vous et je vous ferai envoyer les rglements et les pratiques du sminaire, pour vous donner de la facilit en ce commencement. Je vous supplie surtout de vous conserver et de prendre ce mme soin de M. Blatiron et des autres, que je salue affectionnment, et en particulier votre chre [personne] (3), qui mest en la considration que Dieu sait. Je prie Notre-Seigneur Lettre 884. L. s. %ossier de Iurin, original. #$. ( novem0re. ($. Ce fut en #7.7 que 4ean Martin commen5a , soccuper des ordinands de '&nes. +$. Mot ou0li dans loriginal.
- 96 de la combler de ses grces et de son amour, auquel et par lequel je suis, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission, Gnes.
885. A ETIENNE BLATIRON De Paris, ce 2 de novembre [1646] (1) Bni soit Dieu, Monsieur, de toutes les choses [que vous] me redites et que vous m,aviez dj crites ! et (je le prie) quil soit son remerciement luimme de to [ut le bien] quil vous fait en toutes les mani res que vous [me mandez]. Mon Dieu ! Monsieur, que cela me parat bien, par [la grce de] Dieu, qui conduit votre famille par vous ! Je ne suis quen peine de cette chre san[t. Au nom de] Dieu, Monsieur, mnagez-la dans la longueur des travaux o il] vous dsire occups, et consolez-moi de [vos nouvelles en] toutes les occasions que vous en aurez. Nous avons fait partir sept missi[onnaires pour] lHibernie, et javais crit M. Bourdet en B[retagne] de faire le huitime. Je suis en doute sil y pourra aller. Dieu bnit de plus en plus la conduite et les travaux de M. Gu rin Tunis ; et notre consul dAlger (2) sest Lettre 885. L. a. Loriginal appartient au! Filles de la Charit espagnoles de Madrid, calle de 4sus. Le coin suprieur de droite a t rong par lhumidit. #$ Lanne ne fait aucun doute, elle a t crite anciennement au dos de la lettre et est demande par le contenu. ($. Le fr1re 4ean *arreau.
- 97 oblig environ 7 mille piastres pour la rdemption qui a t faite et non paye de plusieurs captifs, dont nous sommes en peine, mais plus dune certaine personne de la compagnie (3), autre que M. C [odoing], qui sest laisse emporter quelques opinions non orthodoxes ; et qui plus est, cest quil sy opinitre Il croit que Notre-Seigneur nest pas encore mont au ciel, et dit que Rome, les conciles, ni les Pres nont pas si bien entendu lEcriture Sainte, et dautres rveries semblables. Nous sommes en peine de ce que nous en ferons. La curiosit de la langue hbraque et des rabbins la mis dans ces extravagances quil soutient. Lon pense (4) quil le faut mettre hors de la compagnie, sil ne revient de ces erreurs ; et nous y serons contraints. O Monsieur, que la vanit de lesprit est un trange dmon ! Je recommande cet affaire vos prires. Nous avons en notre sminaire des Bons-Enfants soixante-dix prtres, parmi lesquels il y a mme un bachelier ; et celui de la compagnie cans est denviron trente. Dieu bnit les uns et les autres. Je le prie quil bnisse les vtres de Gnes et suis, en son amour et celui de sa sainte M re, vous et M. Martin, lequel jembrasse, prostern en esprit ses pieds et aux vtres, et suis, Monsieur, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron, prtre de la Mission, Gnes. +$. Fran5ois du Coudray .$ Bremi1re rdaction " M le pnitencier dit
- 98 886. A ANTOINE PORTAIL De Paris, ce 3 de novembre 1646. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! [Je suis] tonn de navoir reu de vos lettres touchant (ce que) vous avez fait Cahors, tant avec Mgr lvque que [touchant le bon] ordre et la conduite de la maison, et ne puis (nullement) croire que vous ne men ayez envoy la relation, [ moins que] les choses ne soient pas encore termin es [et que vous] en attendiez la fin. Quoi quil en soit, je [dsire beaucoup] de savoir ce que vous y avez fait. Comment, si vous tes retourn La Rose a[vez-vous arrang] ce qui reste pour remettre cette maison en [ordre] ? Jai nouvelles que M. du Coudray est arriv Quand il sera Richelieu, je vous donnerai avis de ce qui se passera son gard (1) Cependant jattendrai de vos nouvelles et le secours de vos pri res et saints sacrifices pour moi et pour tous les besoins de la compagnie. Et prostern vos pieds, jembrasse en esprit votre chre me, qui mest en particulire considration devant Lettre 886. L. s. %ossier de la Mission, original #$ Le secrtaire avait da0ord crit quand il sera C )ichelieu et que 2e saurai ce qui sy passera C son gard 2e $ous en donnerai a$is. La phrase ntant pas de son goHt, le saint 0arra les mots et que 2e saurai ce qui sy passera C son gard.
- 99 Dieu, en lamour duquel je suis, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prtre de la Mission, La Rose.
887. A JEAN DEHORGNY, SUPRIEUR, A ROME Paris, ce 8 novembre 1646. Monsieur La grce de Notre-Seigneur soit [avec] vous pour jamais ! Je nai point reu lettre de vous cette semaine. (Voici) le sujet de la prsente. Le parlement de Rennes s[est trouv] embarrass par les arrts du Conseil, qui cassent les leurs et portent ajournement personnel au p[rocureur] g nral et au commissaire qui a excut les arrts [de ce] parlement contre nous. On a donn enfin un a[rrt, dans] lequel il est dit entre autres choses que le s [eigneur] vque de Saint-Malo ne pourrait nous ta[blir ] Saint-Men que par bulles du Pape, couches aux tats de la province et vrifies a[u parlement] de Rennes (1) M. Codoing, qui est prsent S[aint-Men, est la tte] de la famille, qui y est tablie par arrt [du Conseil], excut par un huissier du Conseil dtat (2) en la prsence de Monseigneur lvque dAuguste, coadjuteur de Saint-Malo (3) frre de Monsieur le marchal Lettre 887. L. a. %ossier de la Mission, original #$ Cet arr&t tait dat du C octo0re N il fut confirm par un second, le (C. ($. Il se nommait Luique0Juf. +$. Ferdinand de ?eufville tait depuis #7.. coad8uteur de son oncle 6chille de /arlay, que la mort devait enlever le (E novem0re #7.7.
- 100 de Villeroi, gouverneur du roi (4), qui porte cet affaire. Il est question, pour tre en pleine paix, dobtenir Rome des bulles dunion de la mense religieuse de Saint-Men au sminaire rig par mondit seigneur de SaintMalo, dont la direction perptuelle est donne la (5) congrgation des prtres de la Mission. Voici lhistoire et ensuite les raisons. Monseigneur de Saint-Malo, voyant le misrable tat auquel sont la plupart des ecclsiastiques de son diocse, obtint permission du roi, conformment aux ordonnances de nos rois et du concile de Trente, dunir la mense des religieux au sminaire decclsiastiques quil avait institu dans Saint-Men, o il y avait douze ecclsiastiques, et donn la direction aux prtres de la Mission, que les lettres patentes du roi ont t adresses et vrifies au grand conseil et lunion faite par mondit seigneur de Saint-Malo, et que le parlement, provoqu par les religieux rforms de Saint-Benot et fch de ce que mondit seigneur de Saint-Malo avait fait adresser les lettres patentes au grand Conseil, ont fait toutes les violences dont je vous ai crit, et quenfin, ayant vu que le Conseil (du roi) tait fortement contraire, ils ont trouv [un ex]pdient de se mettre en quelque faon couvert. [Ils ont] trouv cet expdient pour nous donner lieu de nous accommoder avec ces P res, ou de nous tablir selon [leur] sens ; et cest ce que M. le premier prsident Il lui succda et occupa le si1ge de 2aint Malo 8usquen #7A:. .$. ?icolas de ?eufville, marquis de <illeroi, n le #. octo0re #A9C, servit avec succ1s dans larme. Il gagna la confiance de Mazarin, devint marchal de France 3(E octo0re #7.7$, gouverneur de Louis QI< 3#7.7$ et duc de <illeroi 3septem0re #77+$. Il mourut , Baris le (C novem0re #7CA A$. Bremi1re rdaction au! pr&tres de la.
- 101 a dit Monseigneur lvque de Rennes (6), qui me la crit. Outre lindisposition de Rome aux unions, vous y trouverez opposition du ct de ces bons Pres ; et allgueront que le concile et les rois de France ordonnent que les vques uniront des bnfices leurs sminaires, nentendant pas que ce soit des bnfices qui dpendent des Ordres, ains seulement de ceux qui dpendent deux. A quoi il se peut rpondre que cette abbaye dpend des vques de SaintMalo, et non daucune congrgation, ni dautre suprieur, quel quil soit ; 2 que vraisemblablement les vques ont donn labbaye de Saint-Men les dmes quils ont, en considration de ce quils faisaient alors les sminaires et faisaient ce quon tche de faire. Cette dernire raison ne sera pas de mise ; vous ne lallguerez point, ains seulement que les religieux de labbaye, qui taient en trs grand dsordre, ayant consenti cela et tant contents de la condition quon leur a faite, que nul autre y a intrt. Lon vous dira quil ny a que le Pape, et que les vques ne peuvent point supprimer une rgularit par quelque union un corps. A quoi lon rpond quil est vrai, communment parlant, mais que les conciles donnant les pouvoirs aux vques [au sujet] des bnfices ordinaires et ne limitant pas le [nombre] des bnfices, quil est vraisemblable que l [vque] a pu faire cette union, attendu, comme jai dit, que cette abbaye dpend de sa juridiction et est cense dpendre de lui. De dire que cest le bien de Saint-Benot et (que le) gnral des rforms (7) a eu droit de rclamer (pour sa) 7$. /enri de la Motte /audancourt 3#7.( #77($. :$. %om 'rgoire Iarrisse. Il gouverna di! huit ans la congrgation de 2aint Maur et mourut , Baris le (. septem0re #7.C Collet fait remarquer que les enfants de saint *enoTt furent des premiers , demander au saint si1ge la 0atification de <incent de Baul
- 102 communaut, lon rpond que la bulle [dinstruction] de leur congrgation porte quils stabliront [dans les] abbayes o les religieux, labb et lvque [les demanderont]. Or est-il que les religieux de la maison ne demandent point cette rforme, labb ni lvque ny [consentent] point, qui est M. de Saint-Malo, lequel est abb et le suprieur de la maison. Il sensuit que ledit gnral ni les religieux rforms nont point droit de sopposer aux bulles que vous demanderez, ni de faire ce quils ont fait. Ajoutez cela quune mense de religieux (8) nest pas un b nfice, que la cour de Rome na point dintrt cette union, pource que, ntant bnfice, le Pape ne donne point des bulles jamais pour lesdites menses. Voil, Monsieur, peu prs les raisons de cette union. Il y a deux voies pour faire cet affaire : ou de faire juger Rome si lunion faite par M. de Saint-Malo est bonne ou non, et, suppos quelle ne le soit pas, quil plaise Sa Saintet de lapprouver et suppler aux dfauts ; ou bien de donner une bulle qui ne fasse mention de celle qui a dj t faite. Je vous supplie, Monsieur, de consulter [sur] cet affaire et de me mander ce que vous en trouverez, au plus tt. Et, sil [est bes]oin, lon en fera crire dici Sa Saintet. Messieurs de Saint-Malo [sont] fort rsolus demployer tout ce quils pourront, cet affaire. Et pour vous dire vrai, je pense que NotreSeigneur en serait bien glorifi et que lglise en recevrait du secours non petit, cause des sminaires qui se pourraient tablir par ce moyen et non gure par autre. LAssemble du clerg a agit la question de limportance des sminaires ecclsiastiques et trait des moyens C$. Bremi1re rdaction " quune mense a00atiale.
- 103 de les faire subsister, et nen a point trouv de plus avantageux que celui de lunion de quelques bnfices o les religieux sont dans le dsordre et o ils nont point disposition dappeler les rforms, ou squels les rforms ne veulent pas stablir cause de la pauvret des menses quils ne veulent pas (9). Voici le mmoire du nom, surnom et du diocse de ce jeune gentilhomme polonais (10) que la reine de Pologne (11) nous a laiss ici et qui sest mis dans le sminaire des coliers, au petit Saint-Lazare (12), Je vous prie, Monsieur, de lui moyenner un dimissoire ad omnes ordines. Il a quelque disposition dtre de la compagnie, et moi dtre toute ma vie, en lamour de Notre-Seigneur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. de la M.
888. A ANTOINE PORTAIL De Paris, ce 10 novembre [1646] (1) Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Jai reu la vtre et celles que v [ous mavez crites] de La Rose, ensemble la pice q [ue je vous avais] demande, 9$. La question des sminaires avait t agite la veille dans lassem0le du clerg au su8et dun mmoire prsent par les pr&tres du sminaire de Caen. 3*ollection des proc3s!$erbau' des assembles gnrales du clerg de 4rance, Baris, #:79, t. III, p. +:(.$ #E$ Beut &tre 2tanislas Casimir ]elazeXsVi. ##$ Louise Marie de 'onzague. #($. 6u sminaire 2aint Charles. Lettre 888. L a %ossier de la Mission, original. #$ Ious les dtails de cette lettre supposent lanne #7.7 " la visite de M. Bortail , La -ose, la prsence de -en 6lmras dans cette maison, laffaire de Fran5ois du Coudray et de Lonard *oucher, etc.
- 104 et ai appris lordre q [ui a t tabli] La Rose par M. Almras [et celui quil] a donn Cahors, dont je suis [fort content] et en rends gr ces Dieu et [le prie quil] vous exauce toujours dans les prires que vous lui faites incessamment pour la conduite que vous lui demandez dans vos visites. Je vous dirai par la premire mes petites penses sur ce quil y a faire lgard de M. B [oucher], quoique je pense quil est propos que lon vide laffaire de M. du C [oudray] avant la sienne. Celui-ci est encore Richelieu. Je lui ai crit et pri dattendre quelque temps, ayant jug propos den user ainsi, en attendant le papier que vous mavez envoy , qui le regarde. Ma pense prsente est de le faire venir Frneville et de traiter l avec lui de son affaire, jugeant quelque inconvnient le faire venir en cette ville. Nous examinerons nanmoins une autre fois la chose. Peut-tre serait-il [bon d]en user avec lui comme lon a fait avec M. C[odoing], qui ne se sent plus de ces opinions et [fait maintena]nt avec bndiction ce qui lui a t commis [en Bre]tagne, o il fait la charge de M. [Bourdet] (2), qui est Nantes, o il fait sa retraite, en [attendant le] cong quil ma demand de se retirer, [ cause] dun fcheux rencontre qui est arriv [entre lui] et M. de Saint-Malo, dans les sentiments duquel M. Codoing est entr, et quelques-uns de la famille, qui trouvent redire son manment. Ceci est secret. Hors M. Almras, vous nen parlerez personne, ($ Loriginal porte " %runet : mais il est vident que le saint a crit un nom pour un autre. 4ean *ourdet quitta la compagnie N et dom Morel nous apprend que saint <incent lui fit o0tenir un e!cellent 0nfice qui dpendait de la00aye de Marmoutiers. 32. -opart, op. cit., p. #97.$ 2i M. -opartz avait lu la correspondance du saint, il naurait pas a8out, apr1s avoir rapport ce fait " =Cest la seule intervention de saint <incent dans toute cette affaire "la++aire de aint!Men7 et la seule occasion quait eue dom Morel de prononcer son nom. )st il 0esoin de dire que 8e men suis senti tout heureu! \>
- 105 sil vous plat. Nous lavions destin pour lHibernie, pour y conduire la compagnie que nous y envoyons, lui huiti me ; mais il sen excuse. Nous verrons le succs de sa retraite. Je lai conjur par tous les moyens imaginables de demeurer dans la compagnie et de sen venir ici. Douze cents livres, cest beaucoup pour La Rose. Vous ne sauriez vous reprsenter la pauvret en laquelle nous sommes. Je vous prie de disposer la famille honorer les incommodits de Notre-Seigneur. Les dpenses quon a faites au Mans ont rduit cette maison-l et celle-ci en la ncessit. Les accommodements se font par eux-mmes avec le temps. Il nappartient qu Dieu davoir toutes choses souhait, et ses serviteurs en user comme Notre-Seigneur a fait. Vous ferez prendre cinq ou six cents livres de lettre de [change, sil vous] plat. Si cest peu pour la maison, ass [urez-vous] que cest beaucoup pour nous. Bon Dieu ! Monsieur, que vous [avez bien fait de donner] lordre que vous avez donn lgard [de.] Je pense vous avoir cr [it que] Monsieur Berthe sest retir, nayant pu [souffrir, l] o nous lavions envoy (3) lopinion qu [avait plus d]un externe et le bruit quil avait fait cour [ir par] la ville quil allait l pour tre suprieur ; dont layant dsabus et mand ici, il feignit Reims dtre malade, do il sen retourna Donchery, chez ses parents ; cest une lieue de Sedan. Vous voil donc bientt sur le point de partir pour Rome. Dieu sait de quel cur vous y tes attendu, et aux autres maisons, et M. Almras Annecy. Je prie Notre-Seigneur quil vous bnisse tous deux et quil sanctifie vos chres mes de plus en plus. Je suis en son amour, et salue trs humblement la petite +$ La maison de 2edan.
- 106 famille de La Rose, o jestime que la prsente vous trouvera, et cela prostern en esprit ses pieds et aux vtres, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Je me trouve en peine vous envoyer les deux personnes que vous demandez pour Cahors et pour La Rose. Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prtre de la Mission, La Rose.
889. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Novembre 1646] (1) Monsieur, Nous avons grand besoin dinstruction de votre charit sur le sujet dune faute assez notable dune de nos surs ; cest une nomme Marthe, fille dun jardinier, qui demeure sur le chemin du village dIssy. Elle a t fort longtemps sur la paroisse StLeu, qui paraissait assez simple et bonne fille, mais est plut t, ce que je crains, un peu fine et rserve. Peu de temps aprs avoir t dans les paroisses, la curiosit la prise de vouloir beaucoup savoir, et delle-mme sest avance la chirurgie ; nous dit sa mre, pauvre femme, lui avoir donn la garniture dun grand tui ; et depuis lavoir mise St-Paul, elle a encore eu une lancette, et dit sa m re lui avoir encore donne. Et, au du de sa sur servante, a saign, quoique jamais lon ne lui ait montr, si ce nest des chirurgiens, tant aux paroisses. Et lorsque sa sur lui a demand sa lancette, elle (la) lui a refuse, disant quelle me la baillerait ; et moi elle ma dit lavoir jete, comme ne voulant plus voir le sujet qui lavait fait offenser Dieu. Je lai retenue cans pour savoir de vous, Monsieur, ce que nous devons taire pour telles fautes, me semblant bien ncessaires lavenir ces exemples pour le bien de la compagnie, Lettre 889. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$. %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau.
- 107 et que nous soyons averties de procder en telles affaires avec justice et charit. Faites-moi celle de demander notre bon Dieu que mon fils, par sa misricorde, participe un jour au mrites de la vie et mort de Jsus crucifi, vive source de toute saintet, et moi aussi, misrable et infidle Dieu, qui suis, quoique trs indigne, Monsieur, votre trs oblige fille et obissante servante. L. DE MARILLAC Joubliais vous dire que jai empch cette sur de se confesser et communier aujourdhui, et attends lordre que votre charit me donnera, avant ly envoyer. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
890. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Avant 1650] (1) Monsieur, Le petit garon de mon fils me vient de dire quil le renvoya hier et quil ne sait o il est. Vous pouvez penser ma peine, que je supplie trs humblement votre charit soulager et aider devant Dieu et recommander sa misricorde ltat o il peut tre pour le prsent et lavenir. Si vous vouliez me faire la charit denvoyer quelquun de chez vous pour savoir sil na rien dit et ce quil a fait, sans que lon s t mes apprhensions, ni les dispositions quil vous a dites, ce me serait un grand soulagement dapprendre quelque chose. Comme je crains tout, cela me donne pens e quil ne fasse emporter le meuble de sa chambre pour se retirer tout fait, sans que je sache o. Je suis bien fche de vous donner tant de peine, mais il mest impossible de chercher soulagement ailleurs ; et non seulement cela, mais japprhende si fort que lon sache mon dplaisir, pour la crainte que jai que lon vienne pour men dire quelque chose ; ce qui augmentera ma peine. Que ma douleur est grande ! Si Dieu ne maide, je ne sais ce que je ferai. Aidez-moi me tenir fortement attache Jsus crucifi, Lettre 890. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$. %ate du mariage de Michel Le 'ras.
auquel je suis, Monsieur, votre trs humble fille et trs oblige servante. L. DE M. Un mot que jai dit mon fils cause de ma grande peine. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
891. A MICHEL ALIX De Paris ce 23 novembre [1646] (1) Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous [pour jamais !] Jai reu votre lettre avec grande joie ; (cependant elle) ma laiss de la douleur, cause de [ce que vous] souffrez par la fivre et par les t [racas quon vous] donne. Mais grces Dieu ! Il est plein de bont] et pour vous et pour moi : po (ur vous, car cest pource) que de tout cela vous en faites [bon usage, quil le] demande de vous, pour une plus [grande perfection et] sanctification de votre chre me ; [ce qui parat] en ce que telles afflictions portent une p [articulire] marque de la bont de Dieu sur vous, vous donnant sujet dhonorer les actions plus amoureuses de la vie et de la mort de son Fils Notre-Seigneur. Oh bien ! Monsieur, exercez-vous donc en cette divine vertu de patience et de soumission son bon plaisir. Cest la pierre de touche par laquelle il vous prouve, et cest par l quil vous mne en son pur amour. Pendant que vous lui demanderez la force de bien souffrir, je lui demanderai la grce de vous Lettre 891. L. s. %ossier de la Mission, original. Le post scriptum est de la main du saint. #$ Cette date est demande et par la date de la ddicace dont parle saint <incent 3(( novem0re #7.7$ et par le contenu de la lettre.
- 109 soulager ; et tout maintenant, prostern en esprit devant son infinie misricorde, je la supplie humblement de vous rendre la sant du corps et la paix (2) intrieure de votre cur (3). Nous avons deux personnes en la compagnie qui ont aussi la fivre quarte ; lune est cans prsent (4) mais lautre na pas laiss dentreprendre le voyage dHibernie, avec le mme courage que les autres, qui sont bien sains ; et je ne doute pas que Dieu ne len dlivre bientt, tant il se plat faire du bien ceux qui pour le servir se dtachent deux-mmes. Plt Dieu, Monsieur, que jeusse le moyen de contribuer [ vo]tre soulagement ! Il sait de quelle affection je my [emploie]rais. Et si loccasion se prsente de vous faire changer de lieu, vous verrez que je npargnerai [rie]n de ce qui dpendra de moi. [Je] vous eusse aussi volontiers rendu mes services [concern]ant la fondation quon veut faire en votre paroisse, [si jav]ais su le nom de la fondatrice ou quelle sorte [de re]ligion sy veut tablir ; et faute de cela, [je m]contenterai du moyen que vous me marquez, [en parlant] Madame la duchesse dAiguillon [et enco]re aux magistrats de Pontoise ; ce que je ferai le plus tt quil me sera possible. Mais que me dites-vous, Monsieur, quand vous me mandez que vous mavez ddi un livre (5) ? Si vous aviez pens que je suis fils dun pauvre laboureur, vous ne mauriez pas donn cette confusion, ni vous nauriez pas fait ce tort votre livre de mettre en son frontispice le nom dun pauvre prtre qui na dautre lustre que des misres et des pchs. Au nom de Notre-Seigneur, Monsieur, ($. Bremi1re rdaction " la pai! de lesprit. +$. Bremi1re rdaction " de votre @me. .$. 'il0ert Cuissot. 3Cf #. C99 et 9EE$ A$. Mne nouvelle dition de lHorus pastorum de 4acques Marchant.
- 110 si cet uvre est encore en tat de pouvoir tre ddi quelque autre, ne me surchargez pas de cette obligation. Il y a longtemps que je connais assez votre bonne volont pour moi ; et vous nignorez pas que je ne sois plein de reconnaissance pour vous et de dsir dtre jamais, en lamour de NotreSeigneur, Monsieur, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Je tiendrai bndiction de vous servir lgard du changement dont vous parlez, et vous promets dy penser, quoique je ne voie rien pour le pr sent et que jaie sujet de craindre que mes pchs me rendent indigne. Suscription : A Monsieur Monsieur Alix, cur dAumne (6) Aumne.
892. A ETIENNE BLATIRON De Paris, ce 23 novembre 1646. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous po[ur jamais !] Jai reu deux de vos lettres en mme temps. [Lune] et lautre ont contribu ma conso[lation, m]apprenant la continuation et de votre sant [et de votre] bonne conduite, dont je rends grces Di[eu, et] le prie de vous conserver et bnir de [del]. Mon me a reu un surcrot de [consolation] de ce que Monseigneur le cardinal v [ous donne la] libert de prendre 7.$ 2aint Duen l6umGne, pr1s de Bontoise 32. et D.$ Lettre 892. L. s. %ossier de la Mission, original.
- 111 le repos qui ser[ait ncessaire] aprs chaque mission. Usez-en donc, [je vous en] prie, et vous conservez comme une personne trs chre la compagnie, particulirement mon cur, qui garde des tendresses daffection pour vous, qui ne sont pas ordinaires. Je salue trs cordialement Messieurs Martin et Richard et me recommande humblement leurs prires et aux vtres, comme aussi celles de ces bons Messieurs les ecclsiastiques qui vont travailler avec vous, auxquels je vous supplie de renouveler les offres de mes services. Je vous ai envoy, la huitaine passe, le trait de votre tablissement, o jai fait quelques remarques. Vous me manderez que vous ferez en cela, et me croirez, en lamour de Notre-Seigneur, sil vous plat, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron, prtre de la Mission, Gnes.
893. -- A GUILLAUME DELATTRE De Paris, ce 23 novembre 1646. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit a[vec vous] pour jamais ! Je vous fais ces lig[nes] pour vous dire que jai re u v[otre] dernire et que je ne pourrai p[as vous] faire rponse au dtail de ce [quelle contient], sinon quen vous disant quon [peut tomber dans lexcs en la pratique des v[ertus, et que] lexcs est quelquefois un p[lus grand] Lettre 893. L.a. %ossier de la Mission, original.
- 112 mal que le dfaut de les pratiquer, [et quen] ce genre-l il sest vu des personnes, et jen connais, qui y trouvent de la volupt sensuelle et criminelle, quil suffira que vous en usiez comme je le vous ai permis, une fois le jour, lespace dun Miserere, absque emissione sanguinis, non enim meritum tam in dolore quam in amore consistit. Au nom de Dieu, Monsieur, rglez-vous cela et observez les conseils que M. Portail vous donnera, et faites g nralement tout ce quil vous ordonnera. Je vous fais cette prire dautant plus volontiers que je sais que la sainte obissance est lme de votre me et que je suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Delattre, suprieur des prtres de la Mission, Cahors.
894. A ANTOINE PORTAIL, PRTRE DE LA MISSION, A CAHORS De Paris, ce 23 novembre [1646] (1) Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je reus hier la vtre du ; et toutes les autres que vous mavez crites, je pense aussi les avoir toutes re [ues et aussi] avoir rpondu toutes. Si vous navez fait Ca [hors, je vous prie] de conclure Lettre 894. L. a. *i0l. ?at., n a. f. #.:+, original. Le document est en mauvais tat. Mne copie ancienne nous a aid , complter les phrases mutiles #$. 6nne de la visite de M. Bortail , La -ose et , Cahors.
- 113 au plus tt et de [vous rendre] La Rose pour y conclure ce[lle] que vous y avez commence. [Les visites] qui tranent comme cela sont pour lordinaire de peu de fruit. Les esprits se lassent [vite]. Qui veut rem dier aux maux du corps et rtablir une meilleure sant, il faut quil donne les remdes peu peu, ou autrement il est craindre quon ne lui fasse plus de mal que de bien. Il suffit en une visite quon connaisse le mal, quon impose et ordonne les remdes et que lon en laisse lexcution au suprieur. Vous avez eu raison de leur expliquer les rgles et den voir lusage deux ou trois jours seulement ; mais, aprs cela, il faut commettre la chose Dieu et au suprieur. Huit ou dix jours au plus en chaque lieu suffisent. Vous avez bien fait de faire connatre lexcs quon a commis dans les disciplines, et de leur modrer le nombre, de leur prescrire le temps et la manire. Vous pouvez sans difficult consentir que Monsieur Delattre la prenne tous les jours lespace dun Miserere, mais quelle soit simple et sans pingles. Et pour les autres, vous leur en permettrez moins et les consolerez dans leur fidlit aux pratiques de cette sorte de pnitence si rigoureuse et les rglerez Je vous supplie de plus, Monsieur, de faire partir Monsieur Alm ras au plus tt pour Annecy. Il ne saurait traverser les montagnes dAuvergne. Il faudra quil tire droit Bziers, Montpellier et quil passe Nmes et de l au SaintEsprit (2), Lyon et puis Annecy. Je ne vous dis rien de lordre que vous avez tablir La Rose ici, parce que Monsieur Delattre (3) lexcutera. [Voil] longtemps quon na fait la mission [ Ai]guillon. ($. 6u Bont 2aint )sprit, arrondissement dMz1s 3'ard$. +$. Le nouveau suprieur de lla0lissement de La -ose.
- 114 Je vous prie que ce soit la premire [quon] y fera, et quon y fasse ce qui se pourra, (afin de) les accorder avec Madame la duchesse et ses [gens] et entre eux, et dy passer cet Avent jusques (aux grandes ftes de Nol pour faire plein fond. [Dieu comble de] grces ceux qui devront parler, qui donnent plus forts et qui ont grce pour vi [siter les ennemis ! Ils ne diront point personne que cest par ordre de moi ; ils diront quon est oblig dy aller de 5 en 5 ans, et quon ne compte point pour mission ce que Monsieur du Coudray y fit quand il y alla avec Monsieur Drouard. Vous me mandez que nous devons trois cents livres Cahors. Je ne sais pourquoi nous donnmes ici 400 livres Monseigneur de Cahors, quil nous devait renvoyer son arrive. Je ne sais sil la fait, et lon ne lui en parlera point. Voil, Monsieur, ce que je vous puis dire pour le prsent, sinon que je vous embrasse, prostern en esprit vos pieds, et fais le mme la petite famille de La Rose, et suis vous et eux, Monsieur, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission.
895. A BONIFACE NOUELLY De Paris, ce 2 [ novembre 1646] (1) Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit [avec vous pour jamais !] Lettre 895 L. s. %ossier de la Mission, original #$ La date crite en t&te a disparu, avec le coin suprieur de droite, par suite des ravages de lhumidit N il ne reste que le premier chiffre du quanti1me du mois. 2i nous a8outions foi , celle qui a t
- 115 Jcris M. le consul (2) [lembarras o nous] sommes pour avoir largent auq (uel il sest engag). Le conseil a ordonn quil sera pay avec les] deniers qui se lveront, ds que [lon aura qut] dans Paris pour les esclaves. se veut charger desdites qu [tes] de la Merci ni des Mathurins, (lesquels) nous font esprer plus de secours que les [autres] ; et cest avec eux que nous tachons de nous accommoder. Nous ne perdrons point de temps, sil pla t Dieu ; et ds que largent sera prt, nous vous lenverrons par la voie de Tunis, ainsi que vous nous mandez. Je prie ledit sieur Barreau de ne jamais plus sengager rien, ni mme de sentremettre du rachat daucun esclave, ains de bien exercer son office. Je le prie aussi de nentreprendre aucune affaire, petite ni grande, sans vous en communiquer. Et je vous prie, Monsieur, de faire de mme, vivant ensemble avec grande dfrence, ouverture de cur et pleine confiance, comme deux personnes unies en Jsus-Christ. Jai crit aussi par ce mme ordinaire M. Gurin, Tunis, de vous crire quelque chose de la mthode et de la manire avec laquelle il agit envers les pauvres esclaves, afin de vous conformer cela autant quil vous sera [possi] ble. Je vous cris bien la hte, cause [quil] est nuit. Je prie Notre-Seigneur dtre [de] plus en plus votre lumire, votre force et votre esprit et enfin votre rcompense. anciennement a8oute au dos du document, la lettre serait du C mars #7.:. Mais cette date soul1ve quelques difficults N elle est en opposition avec le ( du d0ut N de plus les contours de la partie mutile rapprochent trangement cette lettre des lettres dates du (+ novem0re #7.7, et par son contenu elle sem0le mieu! , sa place non loin de la lettre C::. ($. Le fr1re 4ean *arreau.
- 116 [Je suis], en lui, de toutes les forces de mon me, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Nouelly. prtre de la Mission, Alger.
896. A UN PRTRE DE LA MISSION (1) Du 24 novembre 1646. Jai reu deux de vos lettres, qui ont redoubl ma douleur, voyant que vous persvrez vous sparer de nous ; ce qui moblige de persvrer aussi vous reprsenter le danger o vous vous exposez, mais cest avec toute lhumilit et laffection dont je suis capable, et avec un plein dsir de votre salut. Je vous dirai donc dans ce sentiment : 1 Que je ne vois aucune raison qui vous rende dispensable des vux, et, pour une seule que vous en cotez, qui est trs faible, plusieurs fortes me persuadent que vous devez revenir. Vous tes infirme, il est vrai ; mais ce prtexte est-il suffisant pour obliger Dieu vous tenir quitte de la promesse que vous lui avez faite ? Vous nignoriez pas alors que vous ne fussiez sujet aux infirmits corporelles, comme le reste des hommes. Et, puisque vous avez franchi le pas, faut-il maintenant quune lgre incommodit vous dcourage ? 2 Votre retraite chez vous ne vous gurira pas. De quels remdes userezvous que vous nayez ici ? Lair de votre pays nest pas meilleur que celui de Paris, et Lettre 896. -eg. (, p. P(9E. #$. Bro0a0lement Ihomas *erthe. 3Cf. #. C:9, note l.$
- 117 vous savez bien que vous ne trouverez pas chez vos parents plus de repos et de bons secours que nos infirmes en ont dans la compagnie. 3 Je vous prie de considrer la bont de Dieu vous appeler du monde. Combien y a-t-il dmes qui se perdront, faute dune pareille grce ! Mais combien plus mriteront de se perdre celles qui lauront mprise aprs lavoir reue ! 4 Vous avez confess tant et tant de fois que vous tiez touch de reconnaissance envers Dieu du bienfait de votre vocation ; pourquoi le rejetez-vous maintenant ? 5 Dieu vous a dparti assez libralement des talents pour tous les emplois de la compagnie ; et, vous en retirant, les peuples et les ecclsiastiques seront frustrs des assistances spirituelles pour lesquelles peut- tre il vous les a donns. Et quoique vous pensiez les faire valoir en assistant le prochain en votre particulier, ce sera nanmoins sans grand effet, parce que] a grce de la vocation vous manquera ; lexprience de quelques autres me fait craindre cela de vous. 6 Combien de victoires perdrez-vous, si vous perdez votre vocation, puisquavec elle vous pouvez surmonter le diable, le monde et la chair, et mme temps enrichir votre me de la perfection chrtienne, pour laquelle les anges sincarneraient, sils pouvaient, afin de venir imiter sur la terre les exemples et les vertus du Fils de Dieu ! 7 Je veux croire quil vous semble que votre sortie ne procde pas du motif que jai dit, quoique vous ayez sujet destimer le contraire ; car, si cela ntait pas, do pourrait venir un si prompt changement ? Car, en partant dici pour cette maison-l, vous tiez si content de votre vocation quil ne se pouvait davantage, et jen tais fort difi. Mais quand il serait vrai que ce mal viendrait de quelquautre cause, et non de celle-l,
- 118 comme vous dites que je le verrai au jour du jugement, que direz-vous en ce grand jour, quand il vous sera demand compte de vos promesses, des lumires que vous avez reues et de lemploi que vous aurez fait de votre temps et de vos talents ? Pensez-vous que le soin de votre sant vous en dcharge, puisque cest Dieu qui la donne et qui lte quand bon lui semble, et quil est dit que qui voudra sauver sa vie la perdra ? Au nom de Notre-Seigneur, Monsieur, pensez tout ceci et ne rsistez point aux reproches de votre conscience ; mettez-vous en ltat auquel vous voudriez mourir, et jespre de la bont de Dieu quil vous donnera la force de vaincre la nature, qui ne cherche que sa libert , au prjudice de votre pauvre me, pour laquelle Dieu ma donn des tendresses daffection inexplicables. Cest pourquoi je vous conjure derechef, au nom de J sus-Christ et par lamour quil vous porte, de vous en venir ici. Jaurai en vous plus de confiance que jamais, parce que je naurai plus crainte de vous perdre, vous voyant garanti dun cueil si dangereux. Choisissez telle maison quil vous plaira ; vous serez reu partout bras ouverts, et vous me donnerez occasion de vous tmoigner que je suis, en son amour, Monsieur, votre
897. A UN PRTRE DE LA MISSION De Paris, ce 27 novembre [1646] (1) Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous [pour jamais !] Jai t consol de voir dans votre lettre [que M.] le cur sest un peu relch de la rso [lution de] ne point Lettre 897. L. s. %ossier de la Mission, original. #$ Ce qui est dit dans cette lettre de Louis Ihi0ault nous porte , la rapprocher de la lettre 9EE, qui est du ( dcem0re #7.7. Ltat
- 119 souffrir la communion des en [fants. Jespre] quil se rendra tout fait si v [ous avez soin de lui] reprsenter : 1 que par nos rgles [nous sommes tenus] cela ; 2 quil a t toujours p [ratiqu ainsi en] toutes les missions que nous avons (faites ; 3 que les enfants) sont bien instruits et en tat de bien [se prparer la] communion, laquelle sert par aprs de dis [position bien] faire les autres ; 4 que cest un des princip [aux moyens] que nous ayons pour toucher les personnes plus ges, qui ont le cur dur et obstin, lesquelles se laissent vaincre cette dvotion des enfants et du soin quon prend aprs eux. Et, propos de ceci, on me mande de Gnes que Monseigneur le cardinalarchevque (2) a une telle affection la communion des enfants quil se trouve en la plupart et y pleure de tendresse, comme sil tait lui-mme un enfant. Enfin lexprience que nous avons de la bndiction que Dieu donne cette action doit servir de motif mondit sieur le cur de lapprouver en sa paroisse. Que sil dit quil veut faire cela lui-mme, et que pendant le carme il les instruira pour les faire communier Pques, on lui peut rpondre quil est vrai quil sen acquittera bien mieux que nous, mais que ce que nous en ferons nempchera pas quil ne fasse alors la mme chose. Que sil craint que nous admettions la communion des enfants qui ne soient assez instruits et naient les autres dispositions ncessaires, vous lui direz, sil vous plat, que notre coutume est de les examiner tous [en] la prsence de Messieurs les curs, lesquels jugent [eux]-mmes si on les doit recevoir ce sacrement ou non, [qu] ainsi mondit sieur pourra remettre un de mutilation de loriginal, compar , celui des originau! des lettres qui prc1dent et qui suivent, enl1ve tout doute. ($ Le cardinal %urazzo
- 120 autre temps [ceux] quil nen trouvera pas capables. Que si enfin il trouve redire la solennit de la procession, [on la fera le] plus simplement quil se pourra, sans [clat et s] ans habiller certains enfants en forme [danges], comme on a fait en quelques endroits ; (lui rsister) en cela ne me semble pas faisable (3). [Je] vous prie donc de lui bien reprsenter toutes ces choses, et jespre quil vous donnera toute libert pour ce regard ; sinon, nous verrons avec la compagnie sil est expdient de continuer la mission sans ladite communion (4). Quant aux confessions, il ny aura rien de perdu les diffrer jusqu lundi. Et pour faire durer la mission jusqu la fin de lan, la bonne heure, on le fera aussi, sil est ncessaire. Nous enverrons de largent M. Thibault et le ferons avertir de faire ce que vous dites vers M. Raisin, pour savoir si rien na t laiss par mgarde en sa maison. Puisque vous navez point assez de lits, voyez, Monsieur, si vous pourrez en envoyer quelques-uns coucher aux Bons-Enfants. Nous vous renvoyons notre frre Laisn (5). Sil est inutile, vous le pourrez renvoyer dans deux ou trois jours. +$. La00 <illien, le savant professeur , lInstitut catholique de Baris, estime que saint <incent a le premier introduit lusage de donner de la solennit , la premi1re communion 3La discipline des sacrements dans la )e$ue du clerg +ranDais,.er 8anvier #9#(, t. LQIQ, p. +E.$ .$. Cette fin de phrase, depuis sinon nous $errons, est de la main du saint. A$. Le catalogue du. personnel signale deu! missionnaires du nom de Laisn, ?icolas et Bierre, ns tous deu! , %reu!, lun le 9 novem0re #7(+, lautre en #7(A, entrs dans la congrgation de la Mission le (. septem0re #7.# et admis. au! vJu! le . octo0re #7.+. Bierre re5ut tous les ordres sacrs en dcem0re #7.C. Cest de lui pro0a0lement quil est ici question. Il faisait partie de la maison de 2aint Men en #7A:.
- 121 Nous vous enverrons demain des surplis et des bonnets Les deux pistoles que vous avez envoyes ont t reues. Je salue toute la compagnie et vous particulirement, tant, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission.
898. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [1646] (1) Monsieur, Je ne me suis point avise de vous demander si je communiquerai ceci (2) nos surs, et ne lai pas fait. Permettez-moi de dire votre charit que lexplication porte dans notre rglement de Filles de la Charit me fait dsirer la continuation de ce titre, qui est omis, peut-tre par mgarde dans le mmoire des termes de ltablissement (3). Ce terme si absolu de dpendance de Monseigneur (4) ne nous peut-il point nuire lavenir, donnant libert de nous tirer de la direction du suprieur gnral de la Mission ? Nest-il pas ncessaire, Monsieur, que par cet tablissement, votre charit nous soit donne pour directeur perptuel. ? Et ces rglements qui nous doivent tre donns, est-ce lintention de Lettre 898. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ Le mot du d0ut =Monsieur> montre que la lettre a t crite avant #7AE. La note ( permet de prciser lanne. ($. Lacte du (E novem0re #7.7, par lequel 4ean Fran5ois de 'ondi, archev&que de Baris, rigeait en confrrie la compagnie des Filles de la Charit. +$. Le coad8uteur, qui a sign lacte drection, au nom de son oncle larchev&que de Baris, donne au! sJurs le nom de =servantes des pauvres de la Charit>. .$. Le coad8uteur spcifie que la compagnie =demeurera , perptuit sous lautorit et dpendance> des archev&ques de Baris. Il a8oute quil confie et commet , <incent de Baul =la conduite et direction de la susdite socit et confrrie tant quil plaira , %ieu de lui conserver la vie>
- 122 Monseigneur que ce soient ceux marqus en suite la requte ? Cela requiert-il un acte part, ou bien en veut-on former dautres, puisquil en fait mention sparment ? Au nom de Dieu, Monsieur, ne permettez pas quil se passe rien qui donne tant soit peu de jour de tirer la compagnie de la direction que Dieu lui a donn e, car vous tes assur que aussitt ce ne serait plus ce que cest, et les pauvres malades ne seraient plus secourus ; et ainsi je crois que la volont de Dieu ne serait plus faite parmi nous, par laquelle jai le bien dtre, Monsieur, votre trs obissante fille et trs oblige servante (5).
899. A ANTOINE PORTAIL De Paris, ce 1er dcembre [16461] (1) Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec [vous pour jamais !] Jai reu votre lettre avec grande co[nsolation, voyant] tout ce que vous mcrivez, et n[e cesse de remercier] Dieu du bon ordre que vous av[ez mis] dans nos maisons. Je prie sa divine [bont de donner sa] bndiction pour les m[aisons qui restent voir] d[ans ce] que vous leur a[llez prescrire. Maintenant], Monsieur, vous voil donc [prt partir, ainsi] que je vois par votre lettre. Jen [ai une consolation] que je ne vous puis exprimer, parce [que vous] tes attendu ailleurs avec patience et besoin, sur A$ Les craintes de Louise de Marillac ntaient pas e!agres. 6u sortir de la -volution, les <icaires gnrau! de Baris, sappuyant sur les termes m&mes de lappro0ation donne en #7.7 et en #7AA, revendiqu1rent le droit de diriger la compagnie des Filles de la Charit et provoqu1rent un schisme, qui dura des annes. Lautorit traditionnelle du suprieur gnral de la Mission sur les sJurs fut enfin mise hors de discussion, le (A 8uin #CC(, par cette rponse de -ome " =#ihil esse inno$andum quoad regimen enuntiatae associationis ,uellarum *haritatis quod per ,onti+icia indulta uperiori Generali *ongregationis ,resbyterorum Missionis, $ulgo Lazzaristi, a . 8incentio a ,aulo institutae, pertinet; Lettre 899. L. s. %ossier de la Mission, original. #$. 6nne de la visite de M. Bortail , Cahors.
- 123 tout Rome, o je prie Notre-Seigneur Jsus-Christ de vous conduire et de vous continuer les mmes grces, pour ramener les choses au point quil les dsire, dans ce qui vous reste faire, comme dans ce que vous avez fait. M. B[oucher] ma crit par deux fois de La Rose les bons sentiments et la reconnaissance que Dieu lui donne. Je vous prie, Monsieur, de me mander si je me dois appuyer l-dessus. Je nai rien vous dire davantage qu vous assurer que tout va bien ici, grce Dieu. Je nai point dautres nouvelles vous donner. Vous saurez seulement que M. Cuissot a la fivre quarte, et M. Bcu la goutte, et moi la grce dtre, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT D EPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prtre de la Mission, Cahors.
900. A LOUIS THIBAULT De Paris, ce 2 [dcembre 1646] (1). Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec [vous pour jamais !] Nous vous envoyons ce porteur pour ap[prendre de vos nouvelles et vous en donner des ntres, [qui sont] bonnes, grces Dieu. La com[munaut est en bonne] sant, la rserve de M. [Bcu, qui a la goutte, et de] Lettre 900. L. s. %ossier de la Mission, original #$. Cette lettre doit &tre rapproche de la lettre C99.
- 124 M. Cuissot, qui a la fivre q[uarte. Et vous, allez-vous] bi (en, aprs) tant de longs tr[avaux ? Peut-tre ntes-vous pas sans] quelque incommodit ; mais j[e prie Notre-Seigneur] de vous conserver pour sa gloire. Je [le remercie de] la bndiction avec laquelle vous les a[vez accomplis], dont nous avons t avertis de de. Et plaise sa bont infinie faire la grce tant de pauvres mes den faire usage pour leur salut ! Voici cent livres que nous vous envoyons, tant pour payer ce que vous devez Villeneuve-Saint-Georges, si daventure M. Gentil (2) ne vous a envoy de quoi pour cela, que pour satisfaire la dpense et autres dettes que vous avez faites depuis, comme aussi pour vous donner moyen de vous en revenir ; ce que je vous supplie de faire au plus tt, et tout au plus tard jeudi. Cest assez travaill pour ce coup ; et puis nous avons affaire de vous ici. Nous enverrons quelquautre Villejuif (3) et la mission dOrsay (4) se peut remettre la Nol. Je vous attends donc avec dsir de vous embrasser chrement et avec esprance de vous voir bien reposer aprs tant de fatigues. Dieu nous fasse la grce de nous reposer ternellement en lui, en lamour duquel je suis, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Suscription : A Monsieur Monsieur Thibault, prtre [de la Mission, Mont]geron (5). ($ Brocureur , la Brocureur , la maison m1re. +$. 'rosse commune des environs de Baris. .$. Commune de larrondissement de <ersailles 32. et D.$. A$. Commune de larrondissement de Cor0eil 32. et D.$.
- 125 901. A JEAN MARTIN De Paris, ce 7 dcembre [1616] (1) Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Vous voil donc seul, Monsieur, dans votre nouvel emploi. Oh ! que bni soit Dieu de vous avoir donn un moyen si propre de le consulter sur la mani re davancer en son amour ceux quil vous a confis ! O le secours des hommes manque, le sien abonde. Et bnie soit jamais sa bont tant aimable de vouloir tre servi en mme temps la ville et la campagne par trois personnes seulement, en des affaires si importantes comme sont les siennes ! Cest signe quil y veut mettre la main lui-mme et faire russir de leurs travaux des fruits dternelle bndiction. Jai lme tout attendrie quand je pense vous et au choix quil en a fait, pour vous appliquer, tout jeune que vous tes, un si haut ministre que celui de perfectionner des prtres. Je rends grces Notre-Seigneur de vous avoir mrit cette grce, et le prie de parachever en vous ses desseins ternels. Et vous, Monsieur, humiliez-vous bien fort en vue de la vertu et suffisance quil faut avoir pour enseigner les autres et lever les enfants du Roi du ciel en la milice chrtienne ; mais confiez-vous hardiment en celui qui vous a appel, et vous verrez que tout ira bien. Il semble quen ce commencement Dieu vous ait voulu faciliter lentre en cette sainte occupation par la disposition quil donne vos sminaristes la Lettre 901 L a %ossier de Iurin, original #$ Ce fut , la fin de lanne #7.7 que 4ean Martin fut charg du sminaire
- 126 pit et aux exercices, pour vous obliger lentreprendre avec plus de courage. Il faut adorer sa conduite et nanmoins sattendre ne trouver pas toujours des personnes si souples et si aises gouverner, mais esprer aussi qu proportion que les difficults saugmenteront, Dieu vous augmentera ses grces. Et afin, Monsieur, que, de votre part, vous soyez muni de toute sorte darmes, exercez-vous la douceur et la patience, vertus fort propres vaincre les esprits revches et durs. Vous pouvez penser si, de mon ct, je ferai instance auprs de Notre-Seigneur pour vous obtenir la plnitude de son esprit. Recommandez-lui, sil vous plat, mon me et rendez lincluse au frre Sbastien. Je lui cris, selon votre avis, et suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission, Gnes.
902. A ANTOINE PORTAIL De Paris, ce 8e dcembre (1646) (1). Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous [pour jamais !] Encore que je sois en doute si celle-ci vous [trouvera] Cahors ou La Rose, je ne Laisse pas de [vous crire] pour me trouver par elle votre dpart [de del, si] elle vous y rencontre, et v[ous souhaiter pour votre voyage] une [particu] lire protection (de Dieu). Lettre 902. L. s. %ossier de la Mission, original. #$ La date est marque " au dos de loriginal, et le contenu la confirme.
- 127 [Jai c]rit Mars[eille pour annoncer votre arrive] bien[tt ; ma]is je pense, M[onsieur, que vous ferez bien] de ny pas faire la visite jusqu[ votre retour. Il faut] aller au plus press, qui est Rome. Vous [ne vous arrterez] pas mme Gnes pour cela, vous con[tentant de] voir M. Martin, qui fait le s minaire, et [de dire] un mot . M. Blatiron et M. Richard, pour les saluer, au lieu o ils feront la mission, sinon quen passant vous les puissiez voir sans d tour. Je vous crirai plus particulirement entre ci et l. La prochaine ordination se doit faire Saint-Lazare ; je la recommande vos prires, sans oublier ma pauvre me, ni la compagnie, laquelle va bien, grces Dieu. Je suis en grande peine de M. du Chesne, que nous avons envoy , comme vous savez, Nantes, pour conduire la mission dHibernie ; et depuis trois semaines quil est parti, nous ne savons o il est, nen ayant aucune nouvelle. Dieu nous en veuille donner de bonnes et vous conserver, vous, Monsieur, pour qui sa divine bont me donne des sentiments daffection et destime extraordinaires, mayant rendu, en son amour, Monsieur, votre tr s humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prtre de la Mission, Cahors.
- 128 903. A JACQUES THOLARD De Saint-Lazare, ce 8 [dcembre 1646]. La grce de No[tre-Seigneur soit avec vous] pour Jamais ! Il faut bien dire, Monsieur, quen [infligeant au dmon le] mauvais traitement que vous lui fai[tes subir et en lui] faisant la rude guerre que vous lui f[aites] et le ch[assant des mes quil] a rvoltes et que vous (2) Notre[-Seigneur Jsus-Christ bnit] le [secours] que vous rendez [aux mes quil a] rachetes de son sang prcieux. [Au nom de Dieu], tenez bon, ne rendez point les armes ; [il y va de la] gloire de Dieu, du salut peut- tre dun million [dmes] et de la sanctification de la vtre. Ressouvenez-vous, Monsieur, que vous avez Dieu avec vous, quil combat avec vous et quinfailliblement vous vaincrez. Il peut aboyer, mais non pas mordre ; il vous peut faire peur, mais non pas du mal ; et de cela je vous en assure devant Dieu, en la prsence duquel je vous parle ; je douterais fort autrement de votre salut, ou, pour le moins, que vous vous rendissiez indigne de la couronne que Notre-Seigneur vous va faonnant, tandis que vous travaillez si heureusement pour lui. La confiance en Dieu et lhumilit vous obtiendront la grce quil vous faut pour cela. Que si vous tes si fort press de la tentation, suspendez la confession et appliquez-vous aux accommodements. Lettre 903 . L. a. %ossier de la Mission, original. #$. Les dg@ts faits au document original par lhumidit correspondent trop , ceu! dont a souffert la lettre 9E(, pour quil ne soit pas, comme celle ci, du C dcem0re #7.7. Cest, au reste, la conclusion , laquelle conduit ltude du contenu. ($. %es deu! lignes qui suivent dans loriginal il ne reste que quelques mots pars, quil nous a t impossi0le de relier ensem0le.
- 129 Dites M. Gentil (3) que je vous ai pri den user de la sorte et que, sil le faut, je vous enverrai un prtre ou deux des Bons-Enfants pour confesser votre place. Je vous fais cependant une nouvelle oblation de mon cur et salue M. Gentil (4) et le reste de la famille, prostern en esprit ses pieds et aux vtres, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Tholard (5), prtre de la Mission, Villejuif (6).
904. A JEAN MARTIN, PRTRE DE LA MISSION, A GENES De Paris, ce 14 dcembre 1646. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Voici une bien petite lettre, mais qui porte mon cher Monsieur Martin des assurances de la grande affection que Dieu me donne pour lui. Je ne la puis exprimer, et pourtant je la sens vivement au milieu de mon cur. Celui qui la voit vous, la fasse connatre comme il a fait moi la bont de votre me et les grces dont il la remplie, qui font le sujet de mes plus ordinaires consolations ! Souvent et tout prsentement je supplie Notre-Seigneur +$ Mot ratur sur loriginal, pro0a0lement pour quon ne connaisse pas le destinataire de la lettre. .$. Mot ratur sur loriginal. A$. Mot ratur sur loriginal. 7$. Mot ratur sur loriginal. Lettre 904. L. s. %ossier de Iurin, original.
- 130 quil soit tout vtre, et vous tout sien, quil bnisse votre emploi et que votre emploi lhonore et le glorifie en soi et en ces jeunes eccl siastiques que sa providence vous a confis, que vos paroles soient autant de semences jet es dans leurs curs, qui portent au centuple des fruits de charit et de bon exemple vers les pauvres fidles, afin quils fassent des uvres dignes de ce nom. Vous voyez bien, Monsieur, que, si mes dsirs sont accomplis, les biens que vous ferez iront linfini et dureront aprs vous. Je lespre de la bont de Dieu, qui se veut servir de vous en choses si importantes (1). Et pour cela humiliez-vous et vous confiez en lui. Je suis, en son amour, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Au bas de la premire page : M. Martin.
905. A BERNARD CODOING, SUPRIEUR, A SAINT-MEEN De Paris, ce 15 dcembre [1646 (1)] Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit av[ec vous pour jamais !] Jai reu deux de vos lettres, [qui mont] tt fait prendre part aux peines que [vous prouvez], et m[ont fait] #$ Le secrtaire avait crit grandes : le saint ratura ce mot pour le remplacer de sa propre main par si importantes. Lettre 905. L. s. %ossier de la Mission, original. Le document est en tr1s mauvais tat. #$ Cette date simpose. Ce fut, en effet, , la fin de lanne #7.7. que *ernard Codoing devint suprieur de lta0lissement de saint Men et que Ferdinand de ?eufville monta, apr1s la mort de son oncle, sur le si1ge de 2aint Malo.
- 131 prier Notre-[Seigneur quil vous fasse la grce] de [vous en d]livrer (2) [Jai eu l]occasion [de] lui (3) dcouvrir les [besoins de la] compagnie. Il ma promis de lui co [ntinuer la] mme assistance que son prdcesseur [et de nous] faire le bien quil pourra. Je lui ai parl aussi de Plancot (4). Il veut tre sur le lieu avant que de vous accorder la retraite de ceux qui y sont, et doit y aller dans un mois ou six semaines. Cependant, Monsieur, je vous prie davoir patience, faisant comme vous pourrez. Il serait pourtant dsirer que vous fissiez continuer les missions et le sminaire en mme temps. Je sais bien que vous tes trop peu ; mais vous pouvez vous allier quelques prtres, qui vous aideront, quand ce ne serait que pour dire loffice. Je vous ai dj crit que nous avions exemple pour cela dune maison (5) o il ny a que trois personnes des ntres, dont lune conduit le sminaire et les autres sont quasi toujours en mission. Si vous pouviez faire de mme, jen serais consol. Je remets nanmoins cela votre discrtion, sachant bien que vous avez incomparablement plus daffection que moi au bien et avancement du prochain. Je nai pu encore vous envoyer le secours que vous mavez demand , tant pource [que nous n]avons ici plus de monde quil nous faut, [que par la crai] nte o jai [t que] la tempte [ne revnt. Mainten]ant je su[is tenu] de le diffrer. (6) en la bonne volont quil (7) a de nous faire [du bi]en. ($ cest , peine si nous avons pu saisir quelques mots dtachs dans les trois lignes que nous omettons ici. +$ Ferdinand de ?eufville, le nouvel v&que de 2aint Malo. .$ 2aint <incent avait vu de mauvais Jil lengagement pris par 4ean *ourdet de desservir la chapelle de BlancoSt. 3cf. I C#A$ faisait des dmarches pour se li0rer de cette promesse. A.$ La maison de '&nes. 7$ Les deu! lignes qui suivent sur loriginal sont trop incompl1tes pour que nous puissions les reconstituer. :$. Bro0a0lement le nouvel v&que de 2aint Malo.
- 132 Adieu, Monsieur ; conservez-vous, je vous en supplie, pour la plus grande gloire de Notre-Seigneur. Je salue trs affectueusement votre petite troupe, laquelle je prie sa divine bont de bnir de ses ternelles bndictions, et particulirement votre chre me, que la mienne embrasse cordialement. Je suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Au bas de la premire page : M Codoing.
906. A LOUIS RIVET, PRTRE DE LA MISSION A RICHELIEU (1) De Paris, ce 19e dcembre 1646 (2). Monsieur, La grce [de Notre-Seigneur] soit av [ec vous pour jamais ! Il y a] dj bien des [jours que] jai reu r [ponse de vous, et je suis] encore plein de la consolation quelle ma [procure, voyant les sentiments] que vous avez de vous-mme, qui sont trs ncessaires en [lemploi] que Dieu vous a donn, en labsence de M. Gautier (3). Je [suis trs reconnaissant] sa divine bont des lumires quelle vous dpart, et la supplie daccomplir en vous ses desseins ternels. Mais vous savez, Monsieur, que cette Lettre 906. %ossier de la Mission, copie du Q<IIe si1cle. #$ Cest , tort que le registre ( 3p. #E:$ fail adresser la lettre =, M. -ivet, suprieur , 2aintes>. Louis -ivet ne fut nomm suprieur , 2aintes que plus tard. Il tait , -ichelieu en #7.7. ($ %ans la copie que nous suivons, une dchirure du coin suprieur droit a emport le dernier chiffre de lanne. La date nous est connue par le registre (. +$ 2uprieur de la maison de -ichelieu.
- 133 dfiance de vos propres forces doit tre le fondement de la confiance que vous devez avoir en Dieu, sans laquelle nous nous trouvons souvent pires que nous ne pensions tre ; et avec icelle on fait beaucoup, ou plutt Dieu fait luimme ce quil prtend de nous. Narrtez donc plus votre vue ce que vous tes, mais regardez Notre-Seigneur auprs de vous et dans vous, prt mettre la main luvre si tt que vous aurez recours lui, et vous verrez que tout ira bien. Pensez-vous que, puisque lordre de sa providence vous a tabli en cette charge, il ne vous donne pas aussi les gr ces convenables pour la bien faire, si, pour son amour, vous lentreprenez courageusement ? Nen doutez point, Monsieur, non plus que de la sincre affection que mon cur a pour le vtre, qui est telle que je ne puis vous lexprimer. Dieu vous la fasse conna tre, sil lui plat, et veuille vous remplir de plus en plus de son esprit pour le rpandre par vous dans les mes que vous conduisez, et pour la plus grande sanctification de la vtre ! Jembrasse en esprit toute la famille et suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission.
907. A DENIS GAUTIER, SUPRIEUR, A RICHELIEU De Paris, ce 23 dcembre [1646] (1) Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit a[vec vous pour jamais !] Je ne sais si cette lettre v[ous arrivera pendant les] Lettre 907. L. s. %ossier de la Mission, original #$ %ate a8oute au dos de loriginal et donne par le registre ( p. #:7$ N elle a disparu de cet endroit par suite des dg@ts occasionns par lhumidit.
- 134 travaux de la mission (2). [Dieu soit] donc jamais bni ! [Je le prie que vous soyez de plus en] plus anim de son esprit pour [travailler sa] gloire. Votre lettre, que jai reue hier au soir, mapprend la bndiction particulire quil a plu Dieu donner son uvre, dont je ne puis le remercier assez. Plaise sa divine misricorde tirer son remerciement du fruit de cette mission, faisant la grce ces pauvres mes de connatre et de reconnatre ses libralits, et nous de lui continuer nos petits services en tout ce qui pourra tendre et affermir lempire de Jsus-Christ ! La proposition que vous mavez faite de recevoir pension des coliers qui ont dessein sur ltat ecclsiastique, et non dautres, ma fait penser que peuttre Dieu se veut servir de nous en votre maison pour donner racine ces jeunes plantes, et ma fait dsirer mme temps quil ait agrable de nous donner grce pour le faire utilement. Vous pourrez donc en [faire] un essai ; mais que la pension soit de cinquante [cus] ; vous ne pouvez en prendre meilleur compte, [et en]core moins gratis, crainte demployer cela ce [qui est ncessaire] lentretien des prtres destins [ vangliser les peu]ples et [conduire] la cure. (3). Je me suis enfin rendu au dsir quon a de nous avoir Luon (4). La prire que Mgr de Luon (5) et son chapitre ($ La suite manque sur une longueur de quatre lignes. +$ %es sept lignes qui suivaient sur loriginal il ne reste plus que des mots isols sans lien apparent. .$ %1s #7.E, quelques pr&tres de la Mission staient ta0lis , Lu5on sous la direction de 'il0ert Cuissot, auquel avait succd 4acques Chiroye, qui dirigeait encore cette maison le + mai #7.A. 3Cf. #. :.9.$ ?ous ignorons , la suite de quelles circonstances 4acques Chiroye et les siens a0andonn1rent Lu5on et se retir1rent , -ichelieu. Il est fort pro0a0le que cet a0andon fut dH , la g&ne dans laquelle se trouva la maison , la suite de la perte quelle fit, la mort du cardinal ministre, du revenu des greffes de Loudun quelle partageait avec la maison de -ichelieu. A$ Bierre ?ivelle 3#7+: #77#$.
- 135 nous en font, la nouvelle proposition de M. larchidiacre (6) sont des marques que Dieu le veut, et des moyens qui facilitent lex cution de cet tablissement. Je prie M. Chiroye de sy en aller, accompagn de quelque frre seulement, pour rsoudre avec ces Messieurs ce quil faudra ; et, quand il en sera temps, nous enverrons les ouvriers ncessaires. Jai dj lil sur un de nos prtres, qui me semble bien propre, et sur deux bons ecclsiastiques du sminaire des Bons-Enfants, qui ont dsir daller rendre gloire Dieu, un ou deux ans durant, dans lexercice de nos fonctions. Jattendrai plut t les nouvelles du succs du voyage de M. Chiroye. Donnez-lui, sil vous plat, ma lettre. Je trouve raisonnable le soulagement [que Monsieur] Lucas demande, et il y a autant de jus [tice que de charit] de le lui accorder. Je vous supplie donc, [Monsieur, de] le dispenser de toute sorte de travail [et fonction] autre que dentendre quelques [confessions], les ftes et les dimanches (7). Continuez M. du C[oudray vos charits]. Vous et la compagnie lui avez [bien servi ; je vous en] remercie. Jai t bien aise que vous [en usiez] de la sorte. Laissez-lui donc faire ce quil voudra ; car jespre quil ny aura rien dire en ses dportements. Je lui cris aussi, et, si je puis, jcrirai Monsieur Gobert pour lui tmoigner la joie que jai de sa sant, et combien jai t touch de sa 7.$ Claude Ihouvant, conseiller et aumGnier du roi, archidiacre daizenay. La discussion de sa proposition devait a0outir au contrat du : mars #7.: 36ch. ?at. 2 7:E7,, par lequel il donnait , 4acques Chiroye, suprieur, une somme de #.CEE livres et lui faisait la remise des droits quil avait sur lhGtel de Bont de <ie, maison achete par les pr&tres de la Mission en dcem0re #7.#, le tout , condition que lesdits pr&tres feraient chaque anne une mission de trois semaines dans son archidiacon. :$. ?ous omettons ici quatre lignes de loriginal, dont il ne reste plus que quelques mots pars.
- 136 ferveur, le voyant si tt dans le travail. Dieu le bnisse et lui et toute la compagnie, que jembrasse en esprit avec beaucoup de tendresse et de consolation, particulirement votre chre me, pour laquelle la mienne a des affections que Dieu seul connat et que je voudrais bien vous faire connatre, en son amour, comme tant en lui, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Nous vous enverrons quelquun la place de M. Chiroye au plus tt. Au bas de la premire page : M. Gautier.
908. A JACQUES CHIROYE, PRTRE DE LA MISSION. A RICHELIEU De Paris, ce 23 dcembre 1646. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec [vous pour jamais !] Qui ne recevrait chrement les lettres [que vous crivez], et qui ne serait consol de [voir que vous ne cessez de] c[herche]r le salut [des mes ? Votre zle] m[a touch et] produit [en moi une telle joie que je ne puis vous] la [dire. Je ne cesse] de r[emercier Dieu et de lui deman]de[r quil] vous [continue les grces quil vous] donne [en lta]blissem[ent de Luon. Ayez confiance], Monsieur ; la bonne [heure ! vous aller donner] commencement un uvre du[quel Notre-Seigneur] veut tirer le salut dune infinit d[mes et] lentire sanctification de Lettre 908. L. s. %ossier de Ia Mission, original.
- 137 la vtre. Pendant que vous ngocierez cet affaire, nous vous prparerons les ouvriers ncessaires, savoir un de nos prtres, que jai dj en vue, avec quelque frre clerc et deux bons ecclsiastiques de notre sminaire des BonsEnfants, qui veulent passer un ou deux ans au service des pauvres de la campagne et qui vous donneront bien de la satisfaction, comme jesp re. Mais auparavant de vous envoyer personne, vous mettrez, sil vous pla t, les choses en tat, sans toutefois conclure les conditions qui vous seront propos es soit par Mgr lvque ou son clerg, soit par M. larchidiacre, que premirement je nen sois averti. Je prie Notre-Seigneur Jsus-Christ que, puisquil a agrable de vous commettre le soin dun affaire qui le regarde, il vous donne la pl nitude de son esprit et de sa conduite pour le traiter son honneur et en sa vue Monsieur larchidiacre [dsirerait la] mission tous [les an] s dans son archidiacon (1) [Pour le premier], vous pourrez volontiers vous y obliger, [mais] non pas au second, sinon pour deux ou trois villages au plus. Vous mexpliquerez, sil vous plat, son intention. Je me donne lhonneur de lui crire et de lui tmoigner notre soumission aux volonts de ces Messieurs et la sienne, et le ressentiment que jai de la gr ce quil nous prsente. Je vous prie de lui en donner toutes les assurances possibles, comme je fais vous des affections que mon cur a pour le vtre. Plaise Dieu les unir de son amour dans le temps et dans lternit ! Je suis en lui, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. #$ 2uivait ici lnonc des dsirs de larchidiacre N mais il reste si peu de mots en cet endroit de loriginal quil nous est impossi0le de reconstituer le te!te.
-138 Jai diffr lenvoi de la lettre M. larchidiacre et les autres jusquau premier jour que je vous les enverrai Richelieu ou a Luon. Vous ne direz point que ces prtres ne sont pas de la compagnie. Au bas de la premire page : M. Chiroye.
909. JULIEN GUERIN, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT [Tunis, entre 1645 et mai 1648] (1). Nous attendons une grande quantit de malades au retour des galres Si ces pauvres gens souffrent de grandes misres dans leurs courses sur la mer, ceux qui sont demeurs ici nen endurent pas de moindres. on les fait travailler scier le marbre tous les jours, exposs aux ardeurs du soleil, qui sont telles que je ne les puis mieux comparer qu une fournaise ardente. Cest une chose tonnante de voir le travail et la chaleur excessive quils endurent, qui serait capable de faire mourir des chevaux, et nanmoins que ces pauvres chrtiens ne laissent pas de subsister, ne perdant que la peau, quils donnent en proie ces ardeurs dvorantes. on leur voit tirer la langue comme feraient les pauvres chiens, cause du chaud insupportable dans lequel il leur faut respirer. Et le jour dhier, un pauvre esclave fort g, se trouvait accabl de mal et nen pouvant presque plus, demanda cong de se retirer ; mais il neut dautre rponse sinon quencore quil dut crever sur la pierre, quil fallait quil travaille. Je vous laisse penser combien ces cruauts me touchent sensiblement le cur et me donnent de laffliction. Et cependant ces pauvres esclaves souffrent leurs maux avec une patience inconcevable et bnissent Dieu parmi toutes ces cruauts quon exerce sur eux ; et je vous puis dire avec vrit que nos Franais emportent le dessus en bont et en vertu sur toutes les autres nations. Nous en avons deux malades lextrmit et qui, selon toutes les apparences, nen peuvent chapper, auxquels nous avons administr tous les Lettre 909. 60elly, op cit., #. II, chap. I, sect. <II, O :, #er d., p. ##C #$ %ure du s8our de 4ulien 'urin , Iunis.
- 139 sacrements. Et la semaine passe, il en mourut deux autres en vrais chr tiens ; et lon peut dire deux que : pretiosa in conspectu Domini mors senctorum ejus . La compassion que je porte ces pauvres affligs, qui travaillent scier le marbre, me contraint de leur distribuer une partie des petits rafrachissements que je leur donnerais sils taient malades, etc. Il y a dautres esclaves qui ne sont pas si maltraits, dont les uns sont sdentaires dans les maisons de leurs patrons et servent tout de nuit et de jour, comme cuire le pain, faire la lessive, apprter le boire et le manger, et autres petits services dun mnage. Il y en a dautres que leurs patrons emploient leurs affaires du dehors. Il y en a encore dautres qui ont la libert de travailler pour eux, en donnant leurs patrons une certaine somme par mois quils tchent de gagner et dpargner sur leur petite dpense.
910. A LOUISE DE MARILLAC [Entre 1645 et 1651] (1) Mademoiselle Le Gras est prie de mander Mademoiselle de Lamoignon quil est ncessaire quelle sen aille prier Madame de Brienne de se trouver lassemble, en laquelle lon a besoin de son avis et de celui de Madame la duchesse dAiguillon aussi ; et pource que la dernire est en affaires qui la pressent aujourdhui, il faudra pour le moins insister la premire. VINCENT DEPAUL. Suscription : Pour Mademoiselle Le Gras. Lettre 910. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. Louise de Marillac remit cette lettre , Mademoiselle de Lamoignon, qui crivit en marge " =Bour men avertir, sil vous plaTt. 4e suis toute vGtre. M. de L. Ce mercredi , une heure.> #$ Cette lettre sem0le du temps oK Madame de Lamoignon tait prsidente des dames de la Charit.
- 140 A ETIENNE BLATIRON, SUPRIEUR, A GNES De Paris, ce 28 dcembre [1646] (1). Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec [vous pour] jamais ! Jai reu votre lettre du [. Je remercie] Dieu de (tout ce) que vous (me marquez au sujet) des (succs que vous]) avez dans vos missions] (2) ; car, ce que je vois, (cest un des plus grands] saints qui soient dans son [ glise (3). Jai un] sensible ressentiment de la modration que vous montrez] larticle de la fondation dont vous me parlez, lequel je vous envoie en la forme quil le faudra passer, sil lui plat. Jai t certes beaucoup consol dapprendre le bon ordre du sminaire et le progrs qui sy fait. Cest une grce spciale de Dieu, pour laquelle je prie sa divine bont de se glorifier elle-mme et dagrer la reconnaissance que je lui en rends, particulirement de la bonne conduite du bon M. Martin, qui a besoin dtre soutenu et fortifi du Saint-Esprit dans les divers emplois quil a. Dieu sait si japprhende quil succombe sous le faix, aussi bien que vous sous le vtre. Jcris par ce mme ordinaire M. Dehorgny de vous envoyer celui que vous demandez, ou un autre qui le vaille sans aucun retardement ; et, pour ly obliger davantage ; je lui envoie votre lettre, afin que vos raisons le conseillent Lettre 911. L. s. %ossier de la Mission, original. #$ %ate a8oute au dos de loriginal N elle a disparu de cet endroit par suite des dg@ts occasionns par lhumidit. ($ Les quelques mots qui restent sur huit lignes de loriginal ne nous permettent pas de reconstituer le te!te. +$ Il sagit fort pro0a0lement du cardinal %urazzo.
- 141 sur le besoin quil en peut avoir. Jespre quil vous donnera contentement. Je ne sais si vous vous souvenez quon a ci-devant donn le prieur de SaintNicolas-de-Champvant, du diocse de Poitiers, ( la maison de) Richelieu et que les provisions furent expdies ( Rome pour prsent[ement) faire venir ledit [prieur] la con[grgation des] prtres de la [Mission tablie ] Ri[chelieu. Il] est ncessaire [que vous en] fassiez [renonciatio]n par devant [notaire] po[ur la remettre entre] les mains de [M.], et un, suivant [ce qu] en ont [rgl les] abbs et religieux [de Notre]-Dame-des-Noyers (4), de qui ledit prieur [dpend], tant leur nomination, par acte du 6e de novembre dernier, par devant Girard, notaire royal ; laquelle dmission vous enverrez, sil vous plat, en diligence, M. Dehorgny, afin que sur icelle et sur la copie dudit consentement que je lui dois envoyer, il obtienne le bref de ladite union. Je veux croire que cette lettre vous trouvera sur la fin de votre grande mission ; et plaise Dieu quelle vous trouve dans une pleine disposition et dans un heureux succs de vos travaux pour le salut des pauvres que vous instruisez, et la sanctification de votre me ! Je ne fais pas un moindre souhait pour ces messieurs qui travaillent avec vous, pour lesquels Dieu ma donn de particulires et tendres affections, voyant leur bont et le bon exemple quils donnent toute notre congrgation, laquelle je fais souvent le rcit de leur vertu et de leur zle. Je vous supplie de les saluer humblement et cordialement de ma part, leur renou[velant les] offres de mon obissance. .$ 600aye de *ndictins rforms de la congrgation de 2aint Maur, au dioc1se de Iours.
- 142 Jembrasse [aussi] M. Richard et le frre Sbastien et p[rie Notre-Seigneur] de les bnir de plus en plus. Je suis, [en son amour, Monsieur], votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission.
912. A TIENNE BLATIRON, SUPRIEUR, A GNES 4 janvier 1647. Vous pouvez dire Monseigneur le cardinal (1) que Mes. seigneurs les prlats sont nos matres pour tous nos emplois extrieurs et que nous sommes obligs de leur obir, comme les serviteurs de lvangile obissaient leur matre : sils nous commandent daller, nous sommes obligs daller ; si de demeurer, nous sommes obligs de demeurer ; si de travailler, nous sommes obligs de le faire ; et si nous y manquons, ils ont droit de nous punir. Bref, nous devons obissance Nosseigneurs les vques en toutes les choses qui regardent nos emplois des missions, des ordinands, etc. ; mais pour la direction spirituelle et domestique, elle est au suprieur gnral.
913. ALAIN DE SOLMINHIAC, VQUE DE CAHORS, A SAINT VINCENT [1647] (1) le voudrais bien que M. Testacy et les autres de notre sminaire Lettre 912. -eg. (, p. :7. #$ Le cardinal %urazzo, archev&que de '&nes. Lettre 913. 6rchives de lv&ch de Cahors, liasse A, n; 7, original. #$ La lettre a t crite pendant que Charles Iestacy tait suprieur du sminaire de Cahors et peu apr1s le passage en cette ville d6ntoine Bortail, qui sy trouvait en dcem0re #7.7.
- 143 ne vous rompissent pas la tte, comme ils font, pour beaucoup de choses, ny ayant aucune ncessit. Lintendant de ma maison ma toujours dit quon pouvait nourrir les pensionnaires pour cent livres, et je le crois ainsi. Mais, quand ce ne serait pas, leur ayant fait entendre que cest une ordonnance synodale faite de lavis de tout notre synode, il faudrait avoir patience jusquau prochain synode pour la changer. Il y a vingt-cinq braves ecclsiastiques dans notre sminaire, et dans peu de jours ils seront bien prs de trente-cinq. Cest pourquoi il est tout fait ncessaire denvoyer quelquun des vtres pour aider les autres, et particulirement pour le chant ; ce qui est ncessaire. Javais pri M. Portail de vous le dire. Jespre que vous y pourvoirez. Ce quattendant, croyez-moi votre trs humble serviteur. ALAIN, vque de Cahors.
914. A JEAN MARTIN De Paris, ce 11e janvier 1647. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Jai reu votre chre lettre dune affection trs sincre et fort tendre pour votre chre me, qui me parat de plus en plus bnie et choisie de la main de Dieu pour procurer sa gloire dans celles que vous conduisez, et par elles dans une infinit dautres, qui le loueront dans le temps et lternit. Travaillons donc hardiment et amoureusement pour un si bon Matre que le ntre ; imitons-le en ses vertus, surtout en son humiliation, en sa douceur et sa patience ; et vous verrez un heureux progrs en votre conduite. Je vous parle certes avec compassion des grands travaux que vous avez ; mais je me console dans la confiance Lettre 914. L. s. %ossier de Iurin, original.
- 144 que jai, que Dieu redouble vos forces et conserve votre cur en paix. Cest la grce que je lui demande, attendant que le secours qui vous doit venir de Rome soit arriv. Il y a dj 15 jours que jai pri M. Dehorgny de vous en envoyer quelquun en diligence ; et par le prochain ordinaire je vous enverrai les rgles de notre sminaire des Bons-Enfants. Il y a longtemps que javais donn ce soin-l quelquun. Excusez son oubliance et la mienne. M. Portail vous ira voir bientt. Il est dj Marseille. Il nattend quune commodit pour partir. M. Almras ira Rome avec lui. Je les recommande vos prires, et moi avec eux, qui suis de tout mon cur, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission, Gnes.
915. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Ce mercredi. [Entre 1643 et 1649] (1) Jai envoy votre billet, que lon a baill Madame de Lamoignon, Mlle ny tant pas ; laquelle dame ma mand que le jour de lassemble dpendait de vous et que Mlle Viole eut bien dsir que ce pt tre vendredi. Je suis, Monsieur, votre trs obissante fille et servante. L. DE MARILLAC. Lettre 915. L. a. Driginal communiqu par M. la00 Le 'ras, C, avenue du Barc, Lyon. #$ 6vant #7.+, Madame de Lamoignon ntait pas encore prsidente des dames de la Charit N. apr1s #7.9, Louise de Marillac nappelait plus saint <incent =Monsieur> au d0ut de ses lettres.
- 145 916. A JEAN MARTIN Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Vous me faites un plaisir singulier de me consoler de vos lettres, cause des effets quelles produisent en moi, nen lisant jamais aucune que je ne sois touch de reconnaissance vers Dieu et de tendresse pour vous voyant les sentiments quil vous donne, dhumilit et de confiance, qui font natre la sainte gnrosit avec laquelle vous soutenez le poids dun sminaire. Plaise Dieu, Monsieur, vous fortifier de plus en plus et vous donner la pl nitude de son esprit pour animer ce petit corps et le mouler selon les maximes de J susChrist ! Je ne pense jamais vous, que je ne vous donne lui, avec actions de grces pour celles quil vous fait. Et si je ne voyais sur vous une particuli re assistance de Dieu, je croirais faire un songe quand je me repr sente quun jeune homme comme vous (1) conduit si heureusement lint rieur et lextrieur de plusieurs autres. Je prie derechef Notre-Seigneur dex cuter ses desseins en vous et par vous, et de me faire misricorde par vos prires. Je suis, en son amour, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission, Gnes. Lettre 916. L. s. %ossier de Iurin, original. #$ M. Martin tait n le #E mai #7(E N il avait donc vingt. sept ans.
- 146 917. A JEAN MARTIN De Paris, ce 18 fvrier 1647. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! O Monsieur, que vos lettres me consolent toujours ! Certes, Monsieur, cest un point que je ne le vous puis exprimer. Hlas ! Monsieur, que vous avez raison dans la description que vous me faites de ltat de votre intrieur ! Mais bni soit Dieu du bon usage que vous en faites ! tandis que nous serons dans cette valle de misre, fussions-nous des saints, nous sentirons toujours ce que vous sentez ; et Dieu le permet afin de nous tenir toujours en haleine dans lexercice de la sainte mortification et de lhumiliation. Tenons-nous ferme l dedans, et Notre-Seigneur restera vainqueur de nos passions en nous et rgnera souverainement en nous et, par nous, dans les mes au service desquelles sa providence nous a destins. Tenons-nous donc ferme et marchons toujours dans les voies de Dieu, sans nous y arrter. O Monsieur, que dirons-nous de votre saint prlat (1), duquel vous me dites tant de choses ! Certes, jadmire cela et jespre que, si Notre-Seigneur le conserve dix ans son glise, quil renouvellera tout son diocse, ainsi qua fait Monseigneur dAlet (2), Jcris M. Blatiron quil est souhaiter quon propose Lettre 917 L a Loriginal a t donn en #CC7 au! pr&tres de la Mission de la maison de Chieri par M. Bierre Marietti, en reconnaissance de lhospitalit re5ue chez eu! lorsquil y fit les e!ercices spirituels pour se prparer au! ordres sacrs. #$ Le cardinal %urazzo ($ ?icolas Bavillon.
- 147 ce saint prlat ltablissement des confrences entre Messieurs les curs et autres ecclsiastiques de la campagne. Jespre que, sil plat Notre-Seigneur de continuer sa sainte bndiction sur les travaux de ce saint prlat, comme il a fait jusques prsent, et notamment lgard de ces sortes de confrences que M. Blatiron sait, pour avoir t des premiers qui y ont travaill, quil en russira de grands biens. Mais quoi ! il faut faire les choses peu peu. La grce a ses commencements petits et ses progrs. Pour la mission dans la ville, vous avez eu raison de lui en dire la mani re. Je vous prie, Monsieur, de lui faire de temps en temps des renouvellements de mon obissance et de lui demander pour moi sa bndiction, que je lui demande, prostern en esprit aux pieds de Son minence, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur, votre trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission, Gnes.
918. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Entre 1639 et 1649] (1) Monsieur, Je ne vous saurais que dire de ma sant, mais je vous assure que jai grand besoin de vous parler au sujet des ncessits de plusieurs filles, avant de penser a aucune chose. Lettre 918. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ )n #7+9, la sJur *cu tait encore vivante 3cf. # +C:$ N apr1s #7.9, toutes les lettres de Louise de Marillac , saint <incent commencent par =Mon tr1s honor B1re> et non par =Monsieur>,.
- 148 Nous avons ici notre sur Charlotte bien mal depuis longtemps ; cest la sur de ma sur Genevive, de lHtel-Dieu qui y servait aussi la collation. Je crains bien quelle ne fasse comme notre dfunte sur Bcu. Lon lui a plusieurs fois ordonn la saigne du pied mais personne na pu avoir du sang. Si votre charit nous voulait envoyer ce bon frre Alexandre peut-tre en aurait-il. Sa fivre est dordinaire plus grande le soir que le matin. Nos surs qui sont en retraite feront, quand il vous plaira leur confession, qui ne sera pas gnrale, ni de lune ni de lautre La Lorraine qui vous parla samedi Htel-Dieu, ne trouve point de condition. Il y a bien quinze jours quelle est lHtel-Dieu pour cela. Quen ferons-nous ?. Ne lui baillez point dargent, si vous plat. Jai dit ma sur Genevive de lui faire faire ce quelle a besoin. Elle ne de manderait pas mieux que de vivre l ne rien faire et avoir de largent. Je vois tant de dsordre partout quil me semble que jen suis accable ; jespre pourtant et me veux confier sa divine Providence avec les saintes Marthe et Marie. Cest en lamour du bon Jsus que je suis, Monsieur votre trs humble fille et trs oblige servante. L. DE M. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
919. A JEAN MARTIN De Paris, ce dernier de fvrier 1647. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Jai reu une lettre de votre part, cette semaine, et non de celle de M. Blatiron, qui, tant absent et dans les grandes occupations o il est, ne peut fournir tout. Et certes, jadmire votre soin de ce que, dans les embarras dune maison et dun sminaire, vous ne manquez pas me donner cette consolation, qui a t extraordinaire Lettre 919. L. s %ossier de Iurin, original.
- 149 ce coup, en ce quelle mapprend les bndictions quil plat Dieu de continuer tant sur les travaux dudit sieur Blatiron que sur sa propre personne, en sorte que ce qui sopre en lui et par lui semble un petit miracle, et les grces singulires quil plat ce mme Seigneur de vous faire aussi, bnissant, comme il fait, votre conduite et remplissant votre cher cur dune parfaite confiance en son secours, qui est le moyen des moyens pour faire heureusement son uvre. Vous avez trouv le secret ; et quiconque nagira dans cet esprit, quelque capacit quil ait, il ne russira jamais, ni pour lui, ni pour les autres. Tenons-nous donc, Monsieur, tenons-nous ferme cette chre confiance en Dieu, qui est la force des faibles et lil des aveugles. Et, quoique les choses naillent pas selon nos vues et nos penses, ne doutons point que la Providence ne les ramne au point quil faut pour notre plus grand bien Que les discours quon vous fera ne vous tonnent nullement. Ce bon ecclsiastique qui a le premier travaill dans les missions et qui vous a entretenu du dgot quil en a maintenant, ne doit pas mesurer les autres par lui, ni croire quils semploient ce saint exercice pour complaire purement Mgr le cardinal. Et quand cela serait, Dieu ne laisse pas de tirer sa gloire de ces intentions tortues, et plusieurs mes en seront sauves. Que sils viennent discontinuer, comme il arrivera, sils ne regardent Dieu, Monseigneur le cardinal reconnatra pour lors que, pour faire un solide tablissement, il lui faut des personnes qui se soient donnes Notre-Seigneur en ces emplois, et non pas des ecclsiastiques du pays, qui ont dautres prtentions. Plaise sa bont infinie nous faire la grce que toutes les ntres tendent lavancement de sa gloire et notre propre anantissement !
- 150 Je suis, en son amour, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission, Gnes.
920. A FRANOIS ADHEMAR DE MONTEIL, ARCHEVQUE DARLES De Paris, ce 29 fvrier (1) 1647. Monseigneur, Jai reu la lettre dont vous mavez honor, avec tout le respect que je dois un si digne prlat. Javais dj su, par la voix publique et par lun des dputs de Marseille, lheureux succs de votre entremise dans la pacification de cette ville-l, laquelle reconnat quaprs Dieu elle en a lobligation votre prudente conduite. Et pour moi, jen ai rendu grces Notre-Seigneur, ne doutant pas quen rcompense il ne vous donne la perfection et lattribut de cette batitude. Je le prie aussi quil vous conserve longues ann es pour sa gloire et le bien de son glise. Quant labbaye de Saint-Csaire, assurez-vous, Monseigneur, quen ce que je pourrai contribuer votre dessein, je le ferai de tout mon cur, tant parce que vous me le commandez, qu cause de la dvotion que jai ce grand saint Csarius, et que dailleurs je sais depuis Lettre 920. L. s. *i0l. mun. d6rles, ms #.(, t. III, original. ce manuscrit vient de la 0i0lioth1que de Laurent *onnemant, pr&tre d6rles, et a pour titre >ctes anciens et modernes concernant larche$&ch d>rles. #$ %istraction du secrtaire N ctait vraisem0la0lement le #er mars.
- 151 longtemps le besoin de ce monastre, votre prdcesseur y ayant voulu remdier (2). Mais Dieu, par sa mort, vous a rserv lexcution et le mrite de ce bon uvre. Plaise sa bont infinie accomplir en vous ses desseins ternels ! Je ne devrais vous offrir que mes chtives prires, attendu que cest tout ce que je puis pour votre service ; nanmoins, Monseigneur, je prends la libert de vous faire ici un renouvellement des offres de mon obissance avec toute lhumilit et laffection que je le puis, dans la confiance que jai que vous ne laurez pas dsagrable, puisque Notre-Seigneur ma rendu au point que je suis, en son amour, Monseigneur, votre trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monseigneur Monseigneur larchevque dArles, en Arles.
921. ALAIN DE SOLMINIHAC, VQUE DE CAHORS A SAINT VINCENT A Mercus, ce 3 mars 1647. Monsieur, Jai fait la mme difficult que vous de recevoir dans le sminaire ces deux jeunes garons desquels je vous ai crit, ($ Bour rta0lir la rgularit dans le monast1re de 2aint Csaire, oK staient glisss les plus lamenta0les a0us, 4au0ert de *arrault archev&que d6rles, y avait introduit en #7+9 des religieuses de *illom en 6uvergne. "Gallia christiana no$issima, 6rles, <alence, #9E#, in f;, Pcol. 97:, n; ((A9, dapr1s les 6rch. des *ouches du -hGne, 2 Csaire d6rles, -eg. QQQ<I, pi1ce (.$ Mal vues et 8alouses par leurs compagnes, perscutes par la00esse, qui allait 8usqu, les priver de nourriture, les malheureuses rformatrices navaient pu, malgr les remontrances de larchev&que et la volont du roi, remdier au! dsordres dont elles taient, tous les 8ours, les tmoins attrists. 36rch. ?at. <e #C:, n; +7.$ Lettre 921. 6rch. de lv&ch de Cahors, cahier, copie.
- 152 et lavais dit M. Testacy mais jai cru tre oblig vous crire, remettant tout votre jugement. Cependant le seigneur du lieu et partie des habitants qui r sistaient ont donn les mains Je les entretiendrai dans ce bon dessein, attendant que Dieu nous fasse connatre sa volont pour avoir un collge dans Cahors, afin dy lever et instruire les personnes qui se ddient son service en ltat ecclsiastique, et vous fournisse des moyens pour lexcuter comme il fera, si cest sa volont. Cette fondation de mille cus pour ces deux jeunes hommes est un commencement. Vous avez bien fait de ne point parler M. de la Marguerie (1) de ce que je vous ai crit de son fils (2) puisquil est dans lopinion que vous me mandez. Le provincial des Capucins nest pas bien connu de vous. Il ne vous a pas dit les plaintes que les siens me font, non seulement par lettres, mais de vive voix. Je vous envoie une copie de la lettre que le roi ma crite sur son sujet, et une autre de Monsieur le nonce, afin que vous les lisiez quelque heure perdue ; ce qui vous fera connatre cet esprit. Ignorez tout cela, sil vous plat et laissez parler le monde. Vous savez ma maxime sur ce sujet, de laquelle je ne me dpars pas. Je vous prie de vouloir recevoir ces deux bons religieux aux Bons-Enfants en pension, comme les autres pendant quils sjourneront Paris. Ils sen vont pour faire juger laffaire de Sainte-Genevive, auquel je vous supplie de nous continuer vos assistances. Vous seriez ravi de joie si vous saviez le bien que fait notre sminaire. Le bon M. Testacy en est tout extasi. Cest un fort bon ecclsiastique. le serais bien aise quil eut autant dexprience que de bont. Je vous prie, au nom de Dieu, davoir piti des diocses de Montauban et de Sarlat et du mien, qui souffre de leur dsordre. Un mot de recommandation M. de Morangis pour nos bons religieux leur sera fort utile. Cependant croyez-moi, Monsieur ALAIN, v. de Cahors. #$ )lie Laisn, sieur de la Marguerie. ($ Louis Laisn.
- 153 922. A JEAN DEHORGNY, SUPRIEUR, A ROME Mars 1647. Dieu vous fournir dautres ouvriers, quand il en sera temps. Le besoin ne vous en a pas fort press jusqu maintenant, puisque vous navez pas fait dordination et que vous en avez passablement pour les missions, quoique non pas souhait. Nous faisons ici et ailleurs comme nous pouvons. Serait-il raisonnable que nous fussions dans labondance des hommes, laquelle les rend inutiles une partie du temps, pendant que Dieu en manque en dautres lieux o il nous appelle ? Saint Ignace ne fit-il par cent tablissements, avant sa mort, de deux ou trois personnes chacun ? Ce ntait pas sans beaucoup dinconvnients, puisquil y envoyait des novices et que parfois il tait oblig de les tablir suprieurs ; mais ce ntait pas aussi sans fruit ni sans providence. Si nous en avons entrepris quelques-uns, ce na pas t, Dieu merci, par aucun dsir de nous tendre, sa divine bont le sait, mais seulement de correspondre ses desseins. Ce na pas t, non plus, de notre choix, ni par notre sollicitation, mais par la seule disposition den haut, que notre indiffrence nous a donn loisir dprouver et de reconnatre. Qui nous assurera que Dieu ne nous appelle point prsentement en Perse ? Il ne le faut pas conjecturer de ce que nos maisons ne sont pas remplies ; car celles qui le sont davantage ne font pas le plus de fruit. Navons-nous pas occasion de croire plutt le contraire, mme de craindre que Dieu nabandonne lEurope la merci des hrsies qui combattent lglise depuis un sicle et qui Lettre 922. -eg. (, p. :(
- 154 ont fait de si grands ravages quelles lont rduite comme un petit point ? Et par un surcrot de malheur, ce qui en reste semble se disposer une division par les opinions nouvelles qui pullulent tous les jours. Que savons-nous, disje, si Dieu ne veut pas transfrer la mme glise chez les infidles, lesquels gardent peut-tre plus dinnocence dans leurs murs que la plupart des chrtiens, qui nont rien moins cur que les saints mystres de notre religion ? Pour moi, je sais que ce sentiment me demeure depuis longtemps. Mais quand Dieu naurait pas ce dessein, ne devons-nous pas contribuer lextension de lglise ? Oui, sans doute ; et cela tant, en qui rside le pouvoir denvoyer ad gentes ; ? Il faut que ce soit au pape ou aux conciles ou aux vques. Or ceux-ci nont de juridiction que dans leurs diocses ; des conciles, il nen est point en ce temps ; il faut donc que ce soit en la personne du premier. Si donc il a droit de nous envoyer, nous avons aussi obligation daller ; autrement, son pouvoir serait vain. Vous savez, Monsieur, depuis quel temps la Sacre Congrgation a jet les yeux sur nous, combien de fois elle nous a fait solliciter, combien peu nous nous sommes hts pour ne mler rien dhumain dans la rsolution de cette sainte entreprise ; mais, comme nous sommes de nouveau presss et par lettres et par Monseigneur le nonce (1), je ne doute plus quil nen faille venir lexcution. Javais dispos pour Babylone M. Fret ; mais Monseigneur de Paris le voulant avoir pour Saint-Nicolas-du-Chardonnet (2), ma fait plainte de ce que je voulais le lui ter. Je vous ai mand que, ne sachant qui madresser hors la compagnie, javais pens M. Gil #$ ?icolas *agni. ($ Il occupa cette cure du : septem0re #7.7 au #7 8anvier #7:7.
- 155 les ; ce qui na pas t trouv convenable. Jen ai sond dautres parmi ces Messieurs de notre confrence ; mais je nen ai trouv ni dassez rsolus ni dassez propres. Il me reste seulement voir M. Brandon ; si celui-ci manque (3), je me vois oblig de rentrer dans la compagnie pour en prendre un. Priez Dieu pour cela, sil vous plat Quand le choix sera dtermin dedans ou dehors, je vous en donnerai avis. Cependant jattendrai le m moire que M. de Montheron vous a promis au sujet de ce voyage. Je suis.
923. A JEAN MARTIN De Paris, ce 8 mars 1617. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Ce nest que pour bnir Dieu des bndictions quil donne votre conduite du sminaire et aux bonnes dispositions de votre me, qui vous font agir avec tant de confiance en Notre-Seigneur, qu la voir dans vos lettres elle me remplit de son odeur. Cette vertu, avec celles dhumilit et de douceur, pratiques vers ces bons ecclsiastiques, feront des effets admirables dans leurs esprits, parce que Dieu mme animera du sien vos exemples et vos paroles, et remplira le vtre de ses lumires et de sa force ; et enfin il vous comblera de ses consolations ternelles. Cest la prire que je lui fais, prostern devant lui, et que je lui ferai toute ma vie, tant il vous a rendu +$. *randon naccepta pas. Lettre 923. L. s. %ossier de Iurin, original.
- 156 cher ma pauvre me et tant il ma fait, en son amour Monsieur, votre tr s humble serviteur. VINCENT DEPAUL indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission, Gnes.
924. A ETIENNE BLATIRON, SUPRIEUR, A GNES (1) 8 mars 1647. Trois de vos lettres me sont arrives en mme temps ; je les ai reues comme de vous, Monsieur, cest--dire avec joie et consolation, et certes avec reconnaissance envers Dieu de ce quil vous conserve parmi tant de travaux et quil bnit toujours ces mmes travaux, nonobstant les empchements que lesprit malin sefforce dy apporter. Vous pouvez penser si de tout cela jen remercie souvent son infinie bont et si, en lui offrant les fruits quelle opre par vous, je lui prsente aussi les dsirs et les affections de votre charitable cur et mme tout ce cher cur, afin quelle le dtrempe dans les suavits de son amour ; car, me trouvant rempli de tendresse pour votre personne et dapprhension quelle succombe ses pnibles emplois, je me trouve aussi sans cesse sollicit dinvoquer sur vous le secours divin, encore que mes pchs me fassent craindre linefficacit de mes prires. Lettre 924. -eg. (, p. #9C. #$ Le manuscrit d6vignon donne comme destinataire de celte lettre =M. ?., suprieur, , -ichelieu> N mais il est clair que cette dsignation provient dune distraction du copiste, car le registre (, que suit dordinaire le manuscrit d6vignon, la dit adresse , )tienne *latiron, suprieur, , '&nes, et plusieurs passages seraient ine!plica0les, si le destinataire tait le suprieur de -ichelieu.
- 157 925. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Ce 10 mars [1647] (1) Monsieur, Lembarras auquel vous tes pour le grand monde qui est chez vous mempche de vous envoyer la lettre de Monsieur des Jonchres, en ayant aussi quelques autres communiquer votre charit pour en avoir son avis. Je ne pense pas que ce que mon fils a dit ait t trouv mauvais ntant pas, mon avis, sorti des termes du respect quil doit ; mais je crois tre tout fait impossible que laffaire se fasse sans que votre charit donne son consentement, et je prvois bien que le retardement sera trs prjudiciable mon fils pour plusieurs raisons que je ne puis pas crire. II faut se rsoudre tous les. vnements que jen apprhende, quoique trs fcheux. Ce que je vous mandais qui mavait t dit tait pour faire empcher que lon ne continut des invectives et mdisances contre les murs de ceux de qui la doctrine est souponne, et que lon avait remarqu que ceux de ce parti avaient protest en chaire ny entrer quavec esprit dunion et de charit, et ne parlaient aussi quen ces termes. Madame la comtesse de Maure ma mand que je prisse soin dun livre quelle vous a envoy, qui est lApologie de Jansnius (2), pour le lui renvoyer. Elle vous envoie aussi celui-ci pour le voir comme elle vous a promis. Si je pensais vous pouvoir demain parler quelque heure je vous supplierais trs humblement me la donner, pour quelque besoin de notre compagnie, outre celui de Nantes qui est assez grand. Notre sur Madeleine (3) est beaucoup mieux, Dieu merci et tout va assez bien Angers. Je cause bien des dsordres partout. Je crains que votre charit oublie mes besoins, qui me font souhaiter plus que jamais que votre charit croie que je suis, par la volont de Dieu, Monsieur, votre trs obissante et trs oblige fille. L. DE M. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent. Lettre 925. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original #$ %ate a8oute au dos de loriginal par ie fr1re %ucournau. ($. Duvrage pu0li par 6rnauld en #7... +$ Madeleine Monget, suprieure des sJurs d6ngers
- 158 926. A MONSEIGNEUR INGOLI De Paris, ce 15 mars 1647. Monseigneur, Jai reu la lettre de laquelle il a plu Votre Seigneurie Illustrissime mhonorer, avec le respect et la dvotion que Notre-Seigneur me donne pour lun des prlats de lglise qui travaillent le plus lextension de lempire de Jsus-Christ par toute la terre, et me suis donn Dieu pour lui obir lgard du commandement que Votre Seigneurie Illustrissime me fait de destiner quelquun de la compagnie pour la coadjutorerie de Babylone. Nayant pu trouver aucun externe en qui les qualits requises me paraissent, qui ait voulu ou pu entreprendre ce bon uvre, celui que je destine cet effet, Monseigneur, est lun des deux assistants que la compagnie ma donn s pour me servir de conseil la direction dicelle (2), en qui il a plu la divine bont mettre peu prs les qualits requises ce saint ministre, ce me semble. Je vous avoue, Monseigneur, que la privation de cette personne est marracher lun il et me couper moi-mme lun bras ; mais la dvotion que jai vers le pouvoir que Notre-Seigneur a donn son glise et qui rside en la personne de notre Saint-Pre, qui est denvoyer ad gentes, et lobligation quont par consquent de lui obir tous les ecclsiastiques de lglise en ce cas-l, et la pense quAbraham sest mis en tat de sacrifier son fils unique, et que le Pre ternel nous a donn son propre Fils, cela ensemble ma Lettre 926. L. s 6rch. de la Bropagande, <I, Lettre di 4rancia, =nghiltera co?ia, =bernia et =ndia, #7.:, n; #.A, f; C#, original #$ 2ecrtaire de la Bropagande ($ Lam0ert au! Couteau! Lautre assistant tait. 6ntoine Bortail.
- 159 fait rsoudre destiner ce bon missionnaire pour un tel uvre et moffrir moi-mme, si jen tais digne. Voil, Monseigneur, la disposition en laquelle nous sommes pour cet affaire, duquel jespre parler au premier jour la reine et Monseigneur le cardinal, pour savoir lintention de Sa Majest sur cela, dont je donnerai avis Votre Seigneurie Illustrissime, laquelle joffre lobissance de notre petite compagnie et la mienne, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur Jsus-Christ, Monseigneur, votre trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL indigne suprieur de la congrgation de la Mission. Au bas de le premire page : Mgr Ingoli.
927. UN PRTRE DE LA MISS0N A SAINT VINCENT Marseille, 1647.. Nous sortons dune mission qui nous a tenus, lespace de cinq semaines, attach s aux confessionnaux, la chaire et aux accommodements des procs, avec tant de succs et de fruit, que je puis dire sans exagration quon nen peut pas souhaiter davantage. on y a rhabilit neuf ou dix mariages clandestins, fait environ vingt-cinq ou trente accommodements de procs, o il y allait, en quelques-uns, de sommes fort notables, en dautres de lhonneur, et en dautres de la vie ils se sont quasi tous faits de gr gr, sans lentremise de personne ; quelques-uns mme dans lglise publiquement et pendant la prdication, avec tant de sentiments et de larmes que celui qui prchait en tait interrompu. Il arriva aussi quun homme de condition mdiocre, ayant, par une motion de colre rpondu quelquun des ntres avec moins de discrtion et ajout sa rponse un blasphme publiquement devant la porte de lglise il en conut un tel regret, quinze jours aprs, que, de son propre mouvement, Lettre 927. 60elly, op. cit., #. II, chap. I, sect. II, O ., #er d., p +C
- 160 pour satisfaction de ce pch, il simposa lui-mme de payer cent cus pour la rparation de lglise devant laquelle il avait profr ce blasphme.
928. A JEAN MARTIN De Paris, ce 15 mars 1647. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Ce nest que pour continuer me consoler avec vous dans lentretien de nos lettres. Les vtres me donnent plus de joie que toute autre chose, parce quen elles il me semble que je vois votre cur, et dans icelui beaucoup de d sir et de disposition pour aimer notre bon Seigneur, qui, de son ct, ne manquera vous donner de plus en plus communication son amour et ses vertus pour en remplir votre me ; et cest de quoi je le prierai toute ma vie. Je ncris point Messieurs Portail et Almras, parce que je pense quils sont plus proches de Rome que de Gnes, lheure que jcris. Je ne doute point que vous nayez t consol de les voir. Jattends nouvelles de leur dpart et de ce quils ont fait. Ce que vous demandez, den faire rester lun Gnes, nest pas maintenant faisable, tant parce quils ont faire ailleurs, que parce que Dieu vous fera la grce, et vous et aux autres, de correspondre aux desseins de Dieu sur notre tablissement en ce lieu o vous tes, comme il a fait jusqu prsent ; dont je len remercie. Ne dsirons point que la compagnie ait du bruit et de lestime pour son extension ; lhumilit et la confusion nous sont plus propres, Lettre 928. L. s. %ossier de Iurin, original.
- 161 et Dieu na pas besoin de la faveur des hommes ni de notre cr dit pour nous appeler o il lui plaira. Je vous prie de lui recommander mon me et de croire que la vtre mest trs chre, et que je suis, en son amour, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission, Gnes.
929 A UN PRTRE DE LA MISSION * A ROME *1657 (la lettre devrait tre reporte au tome VI) Je ressens beaucoup votre peine, et nanmoins je suis bien aise que vous me layez dcouverte. La conduite de Dieu est telle sur ceux quil destine quelque chose de grand ou de bien particulier pour son service, quil les exerce auparavant par des dgots, traverses, aversions *(2) et mouvements dinconstance, tantt pour les prouver, tantt pour leur faire exprimenter leur faiblesse, tantt pour les dtacher davantage des cratures *(3), dautres fois pour abattre les fumes de quelque vaine complaisance, et toujours pour les rendre plus agrables ses yeux. Ne doutez pas, Monsieur, que la tentation que vous souffrez ne contribue votre avancement spirituel, si vous lui rsistez. Mais peut-tre que vous ne pensez pas que ce soit une tentation, se cachant, comme elle fait, sous lapparence dun bien, car vous dites que vous ne voulez plus donner scandale la compagnie. Je vous prie de croire que vous Lettre 929 -eg. (, p. (9.. P Dn trouve dans le dossier de Iurin la minute de cette lettre, crite de la main du fr1re %ucourneau. P#$ %ate crite par le fr1re %ucourneau en marge de la minute. La lettre nest donc pas de #7.:, comme la cru le copiste du registre (. P($ Ie!te de la minute " par des dgoHts f@cheu!. P+$ Ie!te de la minute " des choses cres.
- 162 ne lui en pouvez donner un plus grand que de vous en s parer pour aller faire votre propre volont. Vous dites aussi que vous aimez la rgle, mais ensuite vous tmoignez le contraire, disant que vous ne voulez pas tre oblig de lobserver. Il est vrai que la vraie charit fait aimer les bonnes choses, mais il est vrai aussi que la nature rebute celles qui captivent sa libert ; et il est craindre que vous adhriez plutt ce rebut de la chair qu lattrait de cette vertu, puisque vous dites que vous naccomplissez plus le rglement par un pur amour de Dieu, et quau lieu de vous redresser de ce dfaut, vous voulez passer outre et aller mme contre cet amour, en secouant tout fait le joug de Jsus-Christ et vous reprenant vous-mme, aprs vous tre quitt pour lui. Je prie sa divine bont quelle ne le permette pas. Vous avez grand besoin de reconna tre lesprit qui vous pousse, et de considrer en mme temps quil ny a homme, pour parfait et pour affermi quil puisse tre en sa vocation, qui ne souffre parfois de fcheuses secousses. Lennemi fut bien si tmraire que dentreprendre mme le Fils de Dieu, pour se faire adorer de lui, qui est la plus horrible tentation que la malice ait pu inventer. Y a-t-il eu quelquun entre les ap tres, ni entre tous les saints, qui nait eu besoin de se faire violence pour r sister aux attaques de la chair et du monde ? Vous nous avez racont vous-mme que pour entrer dans notre congrgation vous ftes un grand effort sur vous, venant plusieurs fois cans demander dtre reu, malgr la nature qui dsirait un refus de notre part ; vous lavez dit avec reconnaissance de ce que le mouvement de Dieu avait prvalu, et nous lavons ou avec consolation, comme un prsage de vos futures victoires sur vos passions. En effet, vous les avez depuis beaucoup mortifies, par sa grce ; et si vous comparez votre vie de missionnaire
- 163 celle dauparavant, vous y trouverez grande diffrence. Courage donc, Monsieur ! tenons ferme ; car maintenant que nous sommes prtres, nous sommes obligs une plus grande perfection et secourir davantage les mes. Serait-il bien possible que, d. ans les belles occasions que Dieu nous en donne, une petite rpugnance nous ft tout abandonner ! A Dieu ne plaise, puisque lAptre dit quil est impossible que ceux qui ont t clairs et se sont retirs de la lumire, retournent en ltat duquel ils sont dchus *(4) ! Conformment cela, nous en voyons plusieurs qui, pour bonne intention quils aient, et pour belles que soient leurs rsolutions, se trouvent nanmoins courts quand il faut en venir aux effets, ou quil sagit de vaincre les difficults, parce quayant manqu la grce, la grce leur manque, et alors les scrupules les rongent, leur amour-propre se forme une conscience qui saccommode avec la sensualit, et la nature reprend le dessus. Je nexagre rien ; lexprience le montre journellement. Je vous en dis pourtant trop, mon cher Monsieur, parce qu lheure o je vous cris, vous tes peut-tre dlivr de la suggestion qui vous travaillait. Si cela est, jen loue Dieu ; et, si cela nest pas, je le prie quil vous en dlivre. Demandez-lui vous-mme cette grce, cest le premier moyen que je vous donne ; et le second est quen cas que le sjour o vous tes, ou les personnes qui sont avec vous, vous fassent quelque peine, vous vous en alliez . Jcris au suprieur quil vous y reoive avec toute la cordialit possible ; ce quil fera volontiers, cause de lestime et de laffection quil me tmoigne avoir pour vous. #$. UpTtre au! /0reu! <I, . 7.
- 164 930. UN PRTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT La mission de Gmozac (1) a donn de trs consolants rsultats : sept ou huit hrtiques ont abjur leurs erreurs ; dautres les auraient imits sils navaient craint dtre surchargs de tailles par les principaux de la localit, qui sont de la religion rforme. Ceux des habitants qui ne vont pas la messe par respect humain seraient bien aises que le roi les obliget remplir ce devoir. Lun de ces Convertis est un vieillard, lequel nous avions exhort plusieurs fois, mais inutilement ; et aprs avoir fait notre dernier effort, un peu avant notre dpart, voyant que nous ne pouvions rien gagner sur lui, nous e mes la pense de recourir la sainte Vierge et la supplier demployer ses intercessions pour obtenir la conversion de ce pauvre dvoy. Nous allmes cette intention nous prosterner genoux et rciter les litanies ; et voil que, les ayant acheves, nous voyons notre vieillard revenir nous et nous avouer quil reconnaissait la vrit et quil tait en volont dabjurer son hrsie ; ce que nous lui fmes faire, et ensuite sa confession gnrale ; et puis nous le remes la sainte communion. Et en nous disant adieu, il nous pria instamment de le recommander aux prires de tous les catholiques.
931. A CLAUDE DUFOUR Du 31 mars 1647. Je rends grces Dieu, Monsieur, de tant et tant de bndictions que Dieu donne vos emplois des missions et des ordinands, et je le prie quil b nisse de mme le sminaire que vous commencez, et quil ne permette pas que la tentation que vous avez contre votre vocation Lettre 930. 60elly, op. cil., #. II, chap. I, sect. II, O (, #er d., p. (C. #$. Chef lieu de canton de larrondissement de 2aintes. Lettre 931. -eg. (, p. (9#. Mn te!te quelque peu diffrent nous est donn par le registre intitul " )ecueil de pi3ces ces relati$es au' 4illes de la *harit, p. 7:A. 36rch. des Filles de la Charit.$
- 165 trouble la paix de votre me. Je sais bien que lOrdre des Chartreux est plus parfait en soi ; mais je ne crois pas que Dieu vous demande l , aprs vous avoir appel ici, et que vous avez rpondu et acquiesc au mouvement de cet appel, que sa bont vous y a bni dune bndiction toute particulire, et telle que, si vous la considrez, elle est pour vous affermir invariablement dans la congrgation, surtout si vous vous mettez en ltat auquel vous voudriez tre trouv au jugement de Dieu. Mettez, sil vous plat, dans une balance les biens de la solitude dun cot, et de lautre ceux que Notre-Seigneur fait et fera de plus en plus par vous ; vous verrez que ceux-ci lemporteront. Mettez aussi en considration votre conformit de vie prsente avec celle que Notre-Seigneur a mene sur la terre, que cest l votre vocation et que le plus grand besoin quait aujourdhui lglise est davoir des ouvriers qui travaillent retirer la plupart de ses enfants de lignorance et des vices o ils sont, et lui donner de bons prtres et de bons pasteurs, qui est ce que le Fils de Dieu est venu faire au monde, et vous vous estimerez trop heureux dtre appliqu comme lui et par lui-mme ce saint ouvrage. Vous savez, Monsieur, que, quoique la vie contemplative soit plus parfaite que lactive, elle ne lest pas toutefois plus que celle qui embrasse tout ensemble la contemplation et laction, comme fait la vtre, par la grce de Dieu. Mais quand le contraire serait, il est certain que Dieu nappelle pas tout le monde aux choses plus parfaites. Tous les membres du corps ne sont pas la tte, et tous les anges ne sont pas de la premire hirarchie ; ceux des infrieures ne voudraient pas tre des suprieures ; ils sont contents de celle o Dieu les a mis ; et les bienheureux qui ont moins de gloire nenvient pas ceux qui en ont une plus grande. Nous devons de mme
- 166 nous contenter de ltat o nous sommes par la disposition de la Providence et auquel Dieu nous bnit. Certes, lenfant dune pauvre femme laisse l toutes les autres mres pour se tenir coll au sein de la sienne. De dire que vous avez grandpeine la Mission ; hlas ! Monsieur, il ny a point de condition au monde o il ny ait souffrir. Qui est lhomme qui ne sent pas des difficults et des contradictions dans la plupart des choses de son tat et qui ne pense quil serait plus heureux dans un autre emploi quil nest pas dans le sien ? Assurez-vous, Monsieur, que cest ici une ruse du diable, pour vous dtourner du bien que vous faites pour lglise. Cest sa finesse de tenter les plus gens de bien dune plus grande perfection, pour leur faire quitter celle o Dieu les veut. Demeurez donc constamment dans votre tat et ambula vocatione qua vocatus es (1) et noli flectere ad dexteram neque ad sinistram (2), et assurez-vous que votre vocation oprera votre justification et enfin votre glorification. Faites-moi savoir ce quil faut faire pour vous conforter l dedans ; car si quelquun des ntres trouble votre repos, nous vous enverrons quelquautre sa place. Je vous prie de faire une heure doraison sur ce que je vous dis et de me mander les sentiments que Dieu vous donnera l -dessus, et ne my oubliez pas, sil vous plat, ce que Dieu daigne faire misricorde ma pauvre me. Je suis, en lamour. #$. UpTtre au! )phsiens I<, I. ($ 2econd livre des Baralipom1nes QQQI<, (,
- 167 932. A UN SUPRIEUR (1) Du 9e avril 1647. Il y a cinq ou six mois que je reus deux paquets de vos lettres, et depuis peu jen ai reu un autre. Je ne fis point rponse aux premiers, pource que je ne savais que vous dire tant de choses que vous me proposiez. Ltat que jai toujours fait de votre pit ma fait avoir du respect pour les choses que vous mavez dites et crites, en sorte que je lus ces deux paquets genoux, en la prsence du Saint Sacrement, et priai Dieu quil me ft la grce de reconnatre si les choses que vous me disiez venaient de lui, et, si cela tait, de les embrasser. Mais je vous avoue, Monsieur, que, si cela est, mes p chs mont rendu indigne de le connatre ; au contraire, il me semble que nous renverserions le peu de bien quil plat Dieu de faire lgard des ecclsiastiques, tant comme vident que l o les choses approchent de la sorte que vous les proposez, il ny a point de diffrence de tels ecclsiastiques avec les boursiers des collges. Nous en avons essay de plusieurs faons ; mais lexprience nous a fait voir que la manire dont lon sy prend est celle qui russit le mieux. Nous avons soixante prtres au collge des Bons-Enfants, quarante petits sminaristes au sminaire de Saint-Charles, trente ecclsiastiques au sminaire de Cahors, dont Mgr lvque me mande quil est satisfait, par Lettre 932. -eg. (, p. (9+. #$ Le suprieur auquel sadresse cette lettre tait vraisem0la0lement , la t&te dun sminaire. Dr, parmi les suprieurs des si! sminaires confis , la congrgation de la Mission en dehors de Baris nous ne voyons gu1re que *ernard Codoing, alors , 2aint Men, qui eHt des ides sem0la0les , celles que critique ici saint <incent.
- 168 la grce de Dieu. Il y en a huit Annecy, qui commencent bien aussi, et autant au Mans, douze ou quinze Saint-Men. Ces petits essais nous font esprer que Notre-Seigneur bnira son ouvrage, sil plat sa misricorde de navoir pas gard labomination de ma vie. Oserai-je vous dire, Monsieur, que ce qui me fait le plus dfier de vos avis est lesprit de mdisance et injurieux qui y parat et qui me semble tout fait loign de la vraie charit dont nous avons un tableau qui la reprsente au vif dans le bienheureux vque de Genve. Ne croyez pas, Monsieur, que je prenne injure ce que vous me dites de moi ; Jsus ! nenni ; mais seulement ce que vous dites des corps de lglise en gnral et de plusieurs en particulier, ce qui est directement oppos la seconde condition de la charit, qui est la bnignit. Et puis, Monsieur, NotreSeigneur vous a-t-il rvl ces manires que vous proposez ?
933. A FRANOIS ADHEMAR DE MONTEIL, ARCHEVQUE DARLES [1647] (1) Monseigneur, Comme Dieu ma donn pour vous une entire et perptuelle obissance, je suis oblig vous en renouveler les offres de temps en temps. Je le fis ces jours passs (2) lorsquen rponse de lhonneur de votre lettre, je vous assurai que je memploierais volontiers pour avoir un ordre de la reine tendant la rformation de Saint-Csaire. Et je continue de le faire prsent, Monseigneur, Lettre 933 Lettres et Confrences de 2aint <incent de Baul 32upplment$, p. A(7, #. +#++. #$ <oir note (. ($. Bar la lettre du (9 fvrier #7.:.
- 169 avec toute la rvrence que je dois, vous suppliant de lavoir agrable, puisque cest pour accompagner la lettre que Sa Majest vous crit au sujet de ladite rforme. Elle ne peut tre que bien, tant du style de M. de Verthamon (3). Au nom de Dieu, Monseigneur, usez en toutes occasions du pouvoir que vous avez sur moi, qui suis, en son amour sacr, Monseigneur, votre
934. JULIEN GUERIN, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT [Tunis, entre 1645 et mai 1648] (1) Vous seriez ravi dentendre, tous les jours des ftes et dimanches, chanter en nos glises et chapelles lExaudiat et les autres prires pour le roi de France, pour qui les trangers mmes tmoignent du respect et de laffection ; comme aussi de voir avec quelle dvotion ces pauvres captifs offrent leurs oraisons pour tous leurs bienfaiteurs, quils reconnaissent pour la plupart tre en France, ou venir de France ; et ce nest pas un petit sujet de consolation de voir ici presque toutes sortes de nations dans les fers et les chanes prier Dieu pour les Franais.
935. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Entre 1642 et 1649] (1) Monsieur, Je vous supplie trs humblement prendre la peine me mander +$ Beut &tre 6ntoine de <erthamon, archidiacre de lUglise mtropolitaine de Baris, chanoine de lUglise de Cahors, conseiller clerc du roi en son Barlement. Lettre 934. 60elly, op cit., #. II, chap. I, sect. <II, O :, #er d., p. #((. #$. %ure du s8our de 4ulien 'urin , Iunis. Lettre 935. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ La lettre a t crite apr1s la fondation des ta0lissements dIssy et de Fontenay au! -oses 3#7.($ et avant la fermeture de lta0lissement dIssy 3#7.9$
- 170 si ce sera pour demain mercredi que lassemble de nos surs pourra se faire, ce que je les fasse avertir, et celles dIssy et Fontenay (2). Mademoiselle de Lamoignon me manda hier de savoir de vous quand elle pourra dcharger entirement son cur, vous venant treuver ; mais elle ne dsire pas que lon le sache chez elle. Je len avertirai si vous me faites lhonneur me le mander. Elle voudrait que ce fut au plus tt. Donnez-moi, sil vous plat, votre sainte bndiction, puisque je suis, Monsieur. votre trs humble et trs oblige fille et servante. L. DE M. Ce mardi. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
936. A LOUISE DE MARILLAC [Entre 1642 et 1649] (1) Vous ferez avertir lassemble pour demain laprs-dne, sil vous plat, Mademoiselle, et Mademoiselle de Lamoignon pour ce soir, six heures ; mais il me serait plus commode que ce ft une heure aprs midi aujourdhui cans.
937. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Ce jour de Pques [21 avril 1647] (1) Monsieur, Jai pens quil tait ncessaire que votre charit prt la peine de voir cette lettre de Monsieur dAnnemont avant que nos surs partent pour Nantes. Deux choses me semblent aussi tre sues de vous : sil nest point ncessaire de comumuniquer ($. Ces deu! localits se trouvent dans la 0anlieue de Baris. Lettre 936. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ Cette lettre rpond , la prcdente, , la suite de laquelle saint <incent la crite. Lettre 937. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau.
- 171 notre pense du changement de la sur Catherine (2) Messieurs des Jonchres et dAnnemont, et mme Mlle de la Carisire, ou, si les choses demeuraient dans le calme, il ne serait point propos de mander ma sur lisabeth (3), qui est toujours malade, comme vous verrez ; ou bien, sil faudra laisser ngocier ce changement ma sur Jeanne (4), selon lordre que votre charit lui en donnera. Une autre chose, que je crois trs ncessaire et de grande utilit, cest que votre charit prenne la peine d crire une lettre pour toutes nos surs, si vous le jugez propos, pour leur tmoigner un peu de mcontentement et pour les encourager. Aussi vrai, mon trs honor Pre, cette pauvre compagnie souffre bien sous ma chtive conduite ; aussi pens-je que tt (5) Dieu la dlivrera de cette captivit, qui est si grand empchement le perfection de son uvre ; et moi jai grand sujet de craindre de mourir en mon endurcissement, si votre charit ne maide. Ne pouvons-nous point esprer le bien dune confrence, ces ftes, pour achever celle de linstruction des devoirs des surs soumises aux surs servantes, et de la conduite et support des surs servantes aux surs soumises (6) ? Il me semble que cela, bien entendu et bien pratique, serait un empchement tous les petits dsordres de la compagnie, comme aussi que nous eussions nos petits rglements (7) pour en faire lecture de temps en temps la compagnie. Une dame ma donn charge de minformer sil ne pouvait y avoir cinquante arpents de terre vendre entre la maison ($ Catherine *agard. +$ )lisa0eth Martin, suprieure , ?antes. .$ 4eanne Lepeintre. )lle fut nomme, quelques 8ours apr1s, suprieure des sJurs de ?antes. A$. E5t 0ientGt. 7$. 2aint <incent avait trait ce su8et le ( fvrier prcdent dans une confrence qui nous a t conserve. :$ Les r1glements ou statuts de la Compagnie, approuvs le (E novem0re #7.7 par 4ean Fran5ois Baul de 'ondi, coad8uteur, au nom de son oncle larchev&que de Baris. 2aint <incent les lut , ses filles au cours de la confrence quil leur fit le +E m. ai #7.:. 6 quoi attri0uer cette attente de si! mois, qui se serait prolonge, sem0le t il, sans les instances de Louise de Marillac \ Ce nest pas, au moins e!clusivement, au! grandes occupations du fondateur, puisquil avait trouv le temps de runir les sJurs le ( fvrier. Beut &tre a t il nourri quelque temps lespoir do0tenir certaines modifications de dtail N peut &tre aussi le document pontifical lui fut t il communiqu plusieurs mois apr1s la date dappro0ation.
- 172 o logent les petits enfants treuvs (8), et La Chapelle, et je lui ai propos votre maison vers les Rcollets (9), en esprance quil sy pourrait trouver proche les terres quelle souhaite y compris la maison. Je vous supplie trs humblement, Monsieur, si vous pensez que la chose soit faisable, prendre la peine me le mander par fr re Ducournau (10), cause que cette dame doit envoyer, aprs ces ftes, un homme pour visiter la place. Sil plat votre charit se souvenir de Madame la comtesse de Maure pour mon fils, cause que lautre affaire svente fort ? Il me semble que vous nentendez parler que de cette affaire. Mon Dieu ! que mon orgueil me fait souffrir en ce sujet, et que ce meut t un grand repos den tre exempte ! La trs sainte volont de Dieu ne la pas permis. Il en soit bni jamais, et de quoi jai lhonneur dtre, Monsieur, votre trs obissante et trs oblige fille et servante. LOUISE DE MARILLAC. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent. C$ Lhospice des )nfants trouvs donnait sur la rue du fau0ourg 2aint %enis N il slevait vis , vis lenclos de 2aint Lazare, , pro!imit de lemplacement occup par la gare du ?ord. Le 0oulevard de La Chapelle, situ un peu au dessus, suit les limites de ce qui tait alors le village de ce nom. 9$ Ce couvent a donn son nom , la rue actuelle des -collets il est devenu lhGpital militaire 2aint Martin. #E$. *ertrand %ucournau, n en #7#. , 6mou 3Landes$, fut re5u dans la congrgation de la Mission le (C 8uillet #7.., en qualit de fr1re coad8uteur, et fit les vJu! le 9 octo0re #7.7. Comme il avait une 0elle criture, un esprit 8udicieu!, une intelligente ouverte et une certaine e!prience des affaires par les situations diverses quil avait occupes dans le monde, saint <incent le prit pour secrtaire. Barmi les lettres du saint qui nous ont t conserves, la premi1re qucrivit le fr1re %ucournau est adresse , 4acques Chiroye et date du + mai #7.A. Bar son dvouement, son savoir faire et son amour du travail, ce 0on fr1re rendit des services inapprcia0les au saint et , sa congrgation. ?ous avons vu plus haut comment il sy prit pour arracher , lhumilit de saint <incent les originau! des deu! premi1res lettres. Blus que tout autre , 2aint Lazare peut &tre, il comprit ce que le saint serait pour la postrit. Il gardait la minute de ses lettres et prenait ou faisait prendre copie de ses entretiens au! missionnaires. Dn peut dire que, par la prparation des matriau! et par ses notes personnelles, il a plus contri0u qu60elly lui m&me , la premi1re vie de saint <incent. 6pr1s la mort du saint, il resta secrtaire du suprieur gnral et archiviste de la maison. Il mourut
- 173 938. - A CLAUDE DUFOUR, SUPRIEUR, A SAINTES Du 23 avril 1647. Je vous remercie trs humblement, Monsieur, de la confiance que vous me tmoignez, demandant mon avis sur la pense que vous avez dentrer aux Chartreux. Je vous dirai tout simplement ce que je voudrais vous avoir conseill lheure de ma mort, qui est que vous marchiez dans la vocation dans laquelle il a plu Dieu de vous appeler, sans couter dsormais la suggestion de lesprit ennemi de la persvrance finale au bien commenc, son dessein tant de vous tirer de l o Dieu vous a mis, sous prtexte de la plus grande sret de votre salut, afin que vous entriez dans un plus grand danger de le faire, car, sil vous tire du lieu o vous tes, il vous empchera ensuite dentrer l o vous prtendez, ou bien il vous en fera sortir aprs que vous y serez. On ma dit quil y a cent Jsuites dans Paris qui sont sortis du sein de leur sainte mre, sous prtexte de faire des merveilles ailleurs, et la plupart sont scandale et en grand pril de se perdre. Au nom de Dieu, Monsieur, tenez-vous ferme dans ltat auquel Notre Seigneur vous a mis, et rejetez la pense contraire comme ennemie des desseins ternels de Dieu sur vous et sur tant dmes que sa divine Majest veut sauver par votre moyen. Que si le sjour de Saintes, ou lemploi que vous avez, ne vous agrent pas, mandez-le-moi, sil vous plat ; nous vous destinerons ailleurs. Je vous dis derechef, Monsieur, que je me donne , Baris le + 8anvier #7::. 2on aide au secrtariat, le fr1re Chollier, a crit sa vie, que lon trouve au tome premier des #otices, p +:: et suiv Lettre 938 reg (, p (9.
- 174 Dieu pour rpondre sa divine Majest, pour vous et pour moi, du conseil que je vous donne. Cependant je prie Notre-Seigneur quil vous fasse voir la malignit de cette tentation, comme il me semble que je la vois, qui tend a vous faire perdre le certain pour lincertain, et qui vous fait prendre lopinion pour inspiration et la lassitude pour sollicitude.
939. AUX FILLES DE LA CHARIT DE LHPITAL DE NANTES DOrsigny, 4 lieues de Paris, ce 24e avril 1647. Mes chres Surs, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je ne pense jamais vous et au bonheur que vous avez dtre Filles de la Charit et dtre employes des premires, au lieu o vous tes, pour lassistance des pauvres, quavec consolation. Mais quand jentends dire que vous vivez en vraies filles de Dieu, qui est dire en vraies Filles de la Charit, cest ce qui maugmente la consolation jusqu un point quil ny a que Dieu seul qui vous le puisse faire connatre. Continuez, mes chres Lettre 939. %ossier des Filles de la Charit, copie prise par sJur /ellot. Cette lettre, crite , la demande de Louise de Marillac et , la suite do0servations prsentes par M. d6nnemont, 0ienfaiteur des sJurs 3cf. Lettres de Louise de Marillac #. #:+$, fut envoye par la fondatrice, qui voulut, elle aussi, a8outer son mot et donner ses conseils 3cf. ibid., #. #:.$. =D mes 2Jurs, disait elle, parlant de la lettre du saint, la douceur du style, la remarque des gr@ces que %ieu vous a faites et , nous, et les instructions que sa charit nous donne si suavement, mont donn un tel effroi que 8e ne le vous puis dire, me souvenant que tant de fois %ieu nous a fait avertir par lui de nos o0ligations, tant de fois a su et voulu ou0lier nos fautes et manquements, ne se lassant point de nous e!citer et dencourager, ni davoir des soins de nous tout paternels.>
- 175 Surs, et perfectionnez-vous de plus en plus dans votre saint tat. Voici les raisons qui vous y doivent porter. Cest premirement la saintet de votre tat, qui consiste tre vraies filles de Dieu, pouses de son Fils et vraies mres des pauvres ; et cet tat, mes chres Surs, est si grand que lentendement humain ne peut comprendre rien de plus grand en une pure crature sur la terre. La seconde raison est en ce que, pour vous lever ce bonheur, Dieu vous a tires de la masse corrompue du monde. La troisime est la fidlit que vous avez eue de correspondre la sainte inspiration que Notre-Seigneur vous a donne pour vous y appeler, l"ardeur avec laquelle vous avez demand au commencement dy tre reues, les rsolutions que nous prtes pour lors dy vivre et dy mourir saintement. En quatrime lieu, mes chres Filles, la bndiction quil a plu Dieu de donner vos exercices de dvotion et lassistance des pauvres ; tant de bons exemples que vous avez donns au dedans de la maison ; tant de bonnes filles que vous y avez attires, qui y vivent saintement ; tant de pauvres malades que vous menez a une bonne vie ; et tant dautres que vous avez rconcilies a Dieu par vos bons conseils dans leurs maladies ; et encore tant dautres qui sont maintenant bienheureux au ciel et prient incessamment pour la sanctification de vos chres mes. Ce sont l, mes chres Surs, des raisons entre une infinit dautres que plusieurs rames de papier ne pourraient contenir, qui vous doivent animer de plus en plus persvrer et vous perfectionner en votre sainte vocation. Il me semble, mes chres Surs, que vous me dites toutes que vous le voudriez bien, mais que vous tes agites
- 176 dune infinit de tentations qui vous accablent. A quoi je rponds, mes chres Surs, que toutes ces tentations vous sont envoy es ou permises de Dieu pour les mmes raisons quil a envoy et permis son Fils celles quil a souffertes, qui a t pour donner preuves de son amour infini pour la gloire de son Pre et pour la sanctification de son glise. Oui, mais il me semble, direz-vous, que tant dautres bonnes mes qui sont dans le monde et dans les religions (1), non pas mme dans votre communaut, ne sont peines intrieurement au point que vous ltes. Or je vous rponds quil ny a point dmes sur la terre qui fassent profession dtre tout Dieu et ses pauvres membres, qui ne souffrent autant de peines intrieures et extrieures comme vous faites, car cest un arrt donn de Dieu, non contre, mais en faveur des bonnes et saintes mes, que toutes, tant quelles sont, souffriront tentation et perscution. Baste ! me direz-vous, mes chres Surs, quon soit tent parfois, mais que ce soit toujours, en tous lieux, et par quasi toutes les personnes avec lesquelles je vis, cela mest insupportable. Le bon plaisir de Dieu est, mes ch res Surs, que ces bnites mes dlite quil chrit tant soient tentes et affliges tous les jours ; et cest ce qui il montre et quoi il nous exhorte quand il dit en lvangile que ceux qui veulent aller aprs lui, il faut quils renoncent euxmmes, quils portent la croix (2), qui est dire quils souffrent affliction tous les jours. Pesez ce mot de tous les jours, mes chres Surs. Je supporte cela volontiers des personnes externes, Monsieur, direz-vous ; mais que ce soit de mes propres #$ )eligion, communaut religieuse. ($. Uvangile de saint Mathieu Q<I, (..
- 177 surs, qui me devraient tre consolation et qui me sont peine, croix et affliction, et cela en tout ce quelles disent, en tout ce quelles font et ne font pas ! Hlas ! mes chres Surs, de qui souffrirons-nous que de ceux avec qui nous sommes ? Sera-ce des personnes qui sont loignes, de celles que nous navons vues et ne verrons jamais ? De qui souffre le membre dun corps, si ce nest par le mal que lui fait souffrir un autre membre ? De qui et par qui Notre-Seigneur a-t-il souffert, si ce nest par ses aptres, par ses disciples et par ces peuples parmi lesquels il vivait, qui taient le peuple de Dieu ? Un bon homme, se confessant un jour, disait son confesseur, qui Lui demandait quel usage il faisait des afflictions quil recevait du ct du prochain : Hlas ! mon Pre, je ne souffre rien de ce ct-l. Depuis que ma femme et mes enfants sont morts, je suis tout seul et ne saurais me f cher contre personne, quand je le voudrais. Cest pour vous dire, mes ch res Surs, que nos croix de tous les jours du ct du prochain ne nous peuvent arriver que du ct de ceux avec qui nous vivons. Eh bien ! me direz-vous, je supporte plus volontiers les peines qui marrivent de mes surs que quand elles viennent de la part de notre sur servante (3), sa froideur, ses incommodits, sa taciturnit et de ce quelle ne me dit jamais une parole gracieuse, et, si elle me parle, cest toujours avec une parole s che et fcheuse ; cest ce que je ne puis supporter et qui me fait chercher ma consolation parmi quelques-unes de nos surs qui ont +$. )lisa0eth Martin. 2on tat maladif tait sans doute la principale cause des dsordres qui staient glisss dans la petite communaut de ?antes.
- 178 la mme peine que moi, et qui me fait entretenir le plus que je puis avec mon confesseur et dire mes peines des externes. A cela je rponds, ma chre Sur, que cest l une marque que nous sommes bien faibles ou malades, puisque nous avons besoin d tre flatts de nos suprieurs dans tout ce quils nous disent et ordonnent, et que, tant sen faut quune Fille de la Charit doive affecter ces caresses comme avantageuses, quau contraire elles ont raison de penser, quand la servante les caresse, quelle les traite en enfants ou en malades. Notre-Seigneur conduisait les siens dune manire ferme et sche et quelque fois avec de grosses paroles et injurieuses en apparence, jusques en traiter dhypocrites quelques-uns et dautres de satans et dautre fois il prit des cordes et frappa sur ceux qui vendaient la porte du temple, et, qui plus est, il ne leur prdisait que des maux et des afflictions extrmes qui leur devaient arriver. Et aprs cela nous voudrons tre flatts de nos suprieurs et nous retirerons deux comme fit ce malheureux qui trahit Notre-Seigneur, pour faire bande part avec quelques mcontents et avec nos confesseurs ! O Jsus ! mes trs chres Surs, Dieu vous en garde ! Il me semble, mes trs chres Surs, que vous me dites que vous ntes pas tombes dans ce malheureux tat, par la grce de Dieu, ou que vous me demandez quelques avis pour vous en retirer, si vous y tes tombes, et pour vous runir votre chef et chaque sur de votre famille et par consquent Notre-Seigneur, qui ne souffre point dunion avec lui si lon nen a avec celles qui le reprsentent et avec ses membres. Si vous ntes pas tombes en ce misrable tat, jen rends grces Dieu et men vas clbrer pour cela ; mais, si vous y tes tombes, voici, mes chres Surs, les moyens de vous en retirer,
- 179 avec laide de Dieu, que je men vas lui demander la sainte messe pour cet effet. Le premier moyen est de faire votre oraison deux ou trois fois sur ce que je vous cris, dont la premire se fera sur la premire partie de cette lettre, la deuxime sur la seconde, la troisime sur la troisime. Le second moyen est de vous confesser toutes Monsieur des Jonchres de toutes les fautes que vous avez faites en cela, non seulement depuis votre dernire confession, mais aussi depuis que vous tes Nantes, et de vous rsoudre bien prendre les bons avis quil vous donnera et les accomplir. Le troisime est de vous embrasser toutes aprs la sainte communion et vous entredemander pardon les unes aux autres et vous entredonner les curs. Le quatrime, de faire votre oraison tous les mois, un an durant, sur le m me sujet. Le cinquime est de ne pas suivre le mouvement de votre affection au choix des surs avec lesquelles vous vous entretiendrez et de plutt fuir la communication de celles pour qui vous auriez de linclination, pour vous lier avec les autres. Le sixime, de ne point parler votre confesseur quau confessionnal, si ce nest une parole ou deux, pour des choses ncessaires, et non autrement, faisant en ce cas comme font les surs de votre maison de Paris avec leurs confesseurs de Saint-Lazare. Le septime, de mcrire chacune les sentiments que Notre-Seigneur lui aura donns en suite de vos trois oraisons et de la confession et communion que vous ferez cet effet, comme je vous ai dit. Le huitime, que la suprieure crive Mademoiselle Le Gras tous les mois le progrs de sa famille en ces pratiques.
- 180 Et le dernier moyen est que vous fassiez votre communication int rieure Monsieur des Jonchres tous les mois et notamment touchant les dfauts contre les choses ci-dessus. Voil, mes chres Surs, mes petites penses sur le sujet que vous avez de louer Dieu de votre vocation, dy persvrer et de vous y perfectionner, un mmoire des dfauts auxquels une famille de la Charit peut tomber en son nouvel tablissement, et les moyens dy remdier. Je vous supplie trs humblement, mes chres Surs, dagrer ce que je vous en dis, pour lamour de Notre-Seigneur Jsus-Christ, qui suis, en son mme amour, mes chres Surs, votre trs humble serviteur (4) VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A nos trs chres surs les Filles de la Charit servantes des pauvres malades de lhpital de Nantes.
940. JACQUES LESC0T, VQUE DE CHARTRES, A SAINT VINCENT Je ne puis recevoir une nouvelle plus agrable, ni plus avantageuse que celle quon me mande, que vous dsirez faire continuer les missions en mon diocse, si je le trouve ..$ Lam0ert au! Couteau! et la sJur 4eanne Lepeintre all1rent faire la visite , lhGpital de ?antes N et cette derni1re y resta comme suprieure, , la place de la sJur )lisa0eth Martin, qui se rendit , lhGpital d6ngers. Lettre 940. 60elly, op. cit # II,., chap.I, sect I, #er d., p. (
- 181 bon. Il ny a point de diocse en France dont vous puissiez disposer plus absolument ; et je ne sais sil y en a o les missions puissent tre plus utiles et plus ncessaires pour les ignorances tranges que je rencontre en mes visites lesquelles me font horreur. Je ne dtermine rien, ni lieu, ni temps ni pouvoir ; tout est vous ; et pour parler aux termes dAbraham : ecce universa coram te sunt ; et je suis moi-mme en vrit et de cur votre
841. A JEAN MARTIN DOrsigny, 4 lieues de Paris, ce 26 avril 1647. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je nai que deux mots vous dire, me trouvant aux champs depuis quatre ou cinq jours ; cest seulement pour vous assurer quen quelle p. art que je me trouve, votre souvenir mest trs cher et trs frquent, et mon cur toujours et entirement vtre. Dieu sait de quelle affection je le prie pour vous et avec quelle consolation je lui offre toute votre personne, sachant combien vous tes lui et combien fidlement vous rpondez ses desseins ternels. Prenez soin de votre conservation et saluez cordialement de ma part M. Richard et notre f[rre] Sbastien. Je vous ai dit que javais fait rendre votre lettre Mademoiselle votre mre ; si elle a envoy au logis sa rponse, je la vous enverrai. On ma dit que M. votre frre tant all Toulouse avec Mgr larchevque, demeure encore avec lui. Lettre 941 L. s. %ossier de Iurin, original.
- 182 Dieu nous fasse la grce de demeurer inviolablement en son amour, par lequel je suis, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission, Gnes.
942. A JEAN DEHORGNY, SUPRIEUR, A ROME 2e de mai 1647. Je ne cherche que la volont de Dieu, comme vous pouvez penser, en laffaire de Perse. Je vous en ai crit toutes les particularits. Jai fait ce que jai pu pour avoir quelque externe pour lvch de Babylone, qui nous est offert, et nul ny veut entendre, ou ne le peut, par la disposition de sa personne, ou par sa condition, ou par ltat de ses affaires. Cette uvre me semble fort importante la gloire de Dieu. Il nous y appelle par le Pape, qui seul a pouvoir denvoyer ad gentes, et auquel il y a conscience de ne pas obir. Je me sens press intrieurement de le faire, dans la pense quen vain ce pouvoir que Dieu a donn son glise denvoyer annoncer lvangile par toute la terre, rsiderait en la personne de son chef, si relativement ses sujets ntaient obligs daller aux lieux o il envoie travailler lextension de lempire de Jsus-Christ. De plus (peut-tre que je me trompe) je crains bien fort que Dieu permette lanantissement de Lettre 942. F )eg. (, p. :.
- 183 lglise en Europe, cause de nos murs corrompues, de tant de diverses et tranges opinions que nous voyons slever de tous cts, et du peu de progrs que font ceux qui semploient pour tcher de remdier tous ces maux-l. Les opinions nouvelles font un tel ravage quil semble que la moiti du monde soit l dedans ; et il est craindre que, sil slevait quelque parti dans le royaume, il nentreprt la protection de celui-ci. Que ne devons-nous pas craindre en la vue de tout cela, Monsieur, et que ne devons-nous pas faire pour sauver lpouse de Jsus-Christ de ce naufrage ! Si nous ne pouvons tout cela autant que fit No la conservation du genre humain dans le dluge universel, nous contribuerons au moins aux moyens dont Dieu se pourra servir pour la conservation de son glise, en mettant, comme la pauvre veuve, un denier dans le tronc. Et quand je me tromperais, comme je le veux esp rer de la sagesse de Dieu, qui semble vouloir perdre pour mieux sauver, nous ferons un sacrifice Dieu, comme Abraham, qui, au lieu dIsaac, sacrifia un mouton, dans la sainte ignorance de la fin pour laquelle il semblait vouloir le premier pour avoir le dernier. Ces motifs et plusieurs autres mont fait rsoudre cette sainte entreprise et de passer par-dessus la considration du peu douvriers que nous sommes et du besoin que nous avons ici de celui que nous destinons pour ce lieu-l . Et ce qui me dtermine dans cette difficult est la vue du sacrifice quAbraham * se proposait de faire de son fils, quoiquil net que celui-l et quil st que Dieu lavait destin pour tre la souche de la bndiction de son peuple. Jai encore pass par-dessus le danger quil y a que cet exemple ne donne sujet quelques personnes de la compagnie dambitionner les pr latures, ayant estim que P Cf. Fran5ois de 2ales, ^Introduction_ p. (C7 3d de la Bliade$ ?. cl.L
- 184 lloignement du lieu dont il sagit, les risques quon y court en y allant et en y rsidant, et lhumilit apostolique selon laquelle pourra se comporter celui qui est destin pour cela, qui sera comme celle des vques dIrlande, teront le sujet dambitionner ces emplois, et plu sieurs autres inconvnients. Lon dira peut-tre que, si lvque ne marche en ce pays-l in magnis, la cour du prince, les chrtiens et les religieux lauront mpris, et quil ne sautorisera pas au point que Sa Saintet prtend peut-tre, pour ngocier avec la biensance requise la liaison entre le roi de France et ce prince-l contre lennemi commun des chrtiens. A quoi je rponds que jespre quil supplera au dfaut de ce brillant et de cet tat pompeux par la vertu, et que les vques armniens qui sont de del et qui ne paraissent, non plus que leur patriarche, que comme les simples prtres de de, nauront pas tant daversion de notre vque, comme sils le voyaient pompeux, tant pource que Notre-Seigneur et les saints aptres ont renonc et fait renoncer tous les chrtiens la pompe, que pource que quasi naturellement les chrtiens se prennent garde de la diffrence quil y a de cet tat pompeux celui de JsusChrist humili, et sen scandalisent. De dire si ce sera M. Lambert que je regarde pour cet emploi, il est vrai que jy ai pens ; mais je ne my suis pas rsolu ; et quoique je lui aie parl du dessein en gnral et pris son avis pour cela, et que souvent il soffre daller aux extrmits de la terre, si lon ly envoie, je ne lui ai jamais dit que jaie aucune pens e sur lui, et il nen sait encore rien. Pour le temporel, cet vch a neuf cents cus de revenu ; et afin que lancien vque, qui en jouit et ne rside pas, en transporte la moiti son successeur, on lui donnera dailleurs treize ou quatorze cents livres en bnfice
- 185 ou pension viagre, pour le ddommager de cette moiti. Voil ltat de laffaire. Je suspendrai nanmoins la rsolution jusqu ce que jaie vu ce que vous me voulez crire sur cela, dessein de [donner] (1) les mains vos raisons, si elles sont meilleures que les miennes.
943. A JEAN MARTIN De Paris, ce 3e mai 1647. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je rends grces Dieu de la bndiction quil a donne la mission de Quarto (1), et vous de lassistance que vous avez rendue en icelle au bon M. Blatiron, qui men tmoigne grande satisfaction et reconnaissance. Le voil maintenant de retour Gnes, et vous en tat de lassister dune autre sorte, prenant soin de le faire reposer autant et si longuement quil se pourra. Je ne doute pas quil ne vous rende la mme charit ; car il me mande la crainte o il est que le travail ne vous accable. Certes, je nen ai pas moins que lui ; ce qui fait que trs souvent je prie et fais prier pour votre conservation, de laquelle je vous conjure de prendre vous-mme tous les soins possibles. Jespre que Messieurs Portail et Almras ayant vu le besoin que vous avez tous dun peu de support (2), feront hter le dpart de celui que M. Dehorgny vous doit envoyer. Il y a longtemps que #$. Mot ou0li dans le reg. (. Lettre 943 L s. %ossier de Iurin, original. #$ Luarto al Mare, 0ourg situ , di! Vilom1tres de '&nes ($ upport, aide.
- 186 je len ai pri, et je continue encore aujourdhui, pour contribuer de ce que je puis votre soulagement. Et plt Dieu que je le pusse faire en propre personne ! Jirais me joindre volontiers a vous pour participer au bonheur que vous avez dtre continuellement appliqu lexercice de lamour divin (3). Oh ! qu jamais votre cur puisse-t-il goter les suavits de celui de NotreSeigneur ! Je le prie quil vous en remplisse, pour le communiquer ceux vers lesquels vous lui rendez service. Pour moi, je suis tout en lui, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission, Gnes.
944. ETIENNE BLATIRON, SUPRIEUR A GNES, A SAINT VINCENT 6 mai 1647. Nous voici de retour de la mission de Elle comprenait cinq paroisses, outre le concours du voisinage. Il sy est fait un trs grand nombre de conversions et de confessions gnrales, nonobstant la duret du peuple, lequel tait trs difficile mouvoir, si rien que nous perdions presque courage au commencement. Mais NotreSeigneur nous a voulu consoler, sur la fin de la mission, touchant ces curs endurcis, et rpandant sur eux des grces si abondantes, que ceux qui, au commencement, ne voulaient point nous couter, la fin de la mission ne pouvaient consentir se sparer de nous. Encore que, le jour de notre dpart, tant alls lglise pour recevoir +.$ 2aint <incent a a8out ce mot en interligne de sa main. Lettre 944 F 60elly, op. cit, # II, chap. I, sect. I<, #er d., p. :E.
- 187 la bndiction de M. le cur, tout le peuple vint lglise et se mit pleurer et crier Misricorde, comme si en nous en allant, nous lui eussions t la vie ; tellement que nous emes bien de la peine nous chapper. Il y a eu quantit de noblesse de la ville de Gnes qui est venue en ce lieu et qui a assist aux actions de la mission, dont elle a t fort difie. M. le cardinal-archevque de Gnes (1) y est venu donner la confirmation, en suite de quoi, comme il prenait sa rfection avec les missionnaires et quelques gentilshommes qui lavaient accompagn un seigneur du voisinage lui ayant envoy un prsent, il sexcusa de le prendre, disant que les missionnaires avaient pour rgle de ne rien recevoir en mission, et le renvoya.
945. A JEAN DEHORGNY, *PRTRE DE LA MISSION, A ROME 9 mai 1647. Javoue que les supriorits de nos maisons ne sont pas bien remplies ; mais assurez-vous que cest ce qui arrive dordinaire aux compagnies naissantes et que celle des Jsuites, hors les neuf premiers Pres et quelque petit nombre dautres, tait en pareil tat au commencement. la grce imite la nature en plusieurs choses, laquelle les fait natre brutes et mal agrables ; mais avec le temps elle les perfectionne. Qui aurait dit que le peu de science, la pauvret de biens et de condition et la sainte rusticit des prlats du premier sicle de lglise eussent fait ce quils ont fait ? Et qui aurait pens que notre chtive compagnie, qui nest quun avorton des autres de lglise, ft ce quil plat Dieu de faire par elle, non seulement en France, mais aux pays trangers ? Cest chose admirable de la bndiction que Notre-Seigneur donne nos missionnaires dHibernie, de Gnes, #$ Le cardinal %urazzo. Lettre 945. -eg. (, p. (:
- 188 de Tunis et dAlger. Or, cela se faisant par la grce que Dieu a donne la mme compagnie, nous avons sujet desprer que sa divine bont lui donnera aussi des sujets comme il les faut pour la conduire. Ce qui tant ainsi, nous ne devons pas juger des desseins de Dieu sur elle selon le raisonnement humain ; quoi nanmoins nos petits esprits sattachent.
946. A REN ALMERAS De Paris, ce 10 mai 1647. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je loue Dieu de ce que vous voil arriv en parfaite sant, et le prie quil vous donne son esprit de direction pour celle de la compagnie de del. O Monsieur, que je souhaite quelle, soit loigne des maximes du monde et avec un entier abandon entre les bras de la providence de Dieu ! Quand je pense parfois la conduite de la petite compagnie, jai une consolation toute sensible de ce quil me semble que lon a tch de suivre la mme providence en toute sa petite conduite, en sorte que lon ne sappuie non plus sur les moyens humains que sur des roseaux ; et je vous puis dire, Monsieur, que je ny crois non plus qu notre ennemi ; et si la compagnie men croit, jamais elle nen usera autrement. O Monsieur, quel bonheur de ne vouloir rien que ce que Dieu veut, de ne faire rien que selon que la Providence en prsente loccasion, et de navoir rien que ce que Dieu nous a donn par sa providence ! Lettre 946. -ecueil du proc1s de 0atification.
- 189 Lesprit humain vous dira que ce nest pas Rome comme ailleurs, quil faut sinsinuer, quil se faut rendre considrable, quil se faut autoriser, quil faut agir humainement avec les humains et se servir avec eux de moyens humains. Mais ne le croyez pas, Monsieur ; toutes ces maximes portent faux lgard dune compagnie que Notre-Seigneur sest suscite, quil anime de ses maximes et qui prtend agir selon son esprit. Ce que je vous dis semble paradoxal ; assurez-vous, Monsieur, que lexprience vous le fera voir. Jcris Monsieur Dehorgny et le prie de demeurer cet t auprs de vous, pour vous aider de son assistance. Je vous prie, Monsieur, de lui avoir confiance, comme aussi aux bons avis que Monsieur Portail vous laissera. Mais que dis-je ? Hlas ! Monsieur, jai tort de vous faire cette prire, puisque je sais que, par la grce de Dieu, cest votre esprit. Jaurais consolation de vous en pouvoir dire davantage ; mais voil que Monsieur de Chalcdoine (1) mattend l-bas, il y a prs dune heure ; cest ce qui me fait finir, en me recommandant, prostern vos pieds en esprit et ceux de la compagnie, qui, comme vous, je suis, du cur que sa divine bont sait, Monsieur, votre trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Almras, suprieur des prtres de la Mission, Rome. #$ -ichard 2mith, v&que in partibus de Chalcdoine, ancien vicaire apostolique en 6ngleterre, oK lavait envoy Mr0ain <III.
- 190 947. A JEAN MARTIN De Paris, ce 10e mai 1647. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Non, je ne puis cesser de vous crire, encore que je naie aucun nouveau sujet pour le faire. Pour le prsent, je prends celui de vous recommander le soin de votre conservation et de celle de M. Blatiron ; ce que jai encore fait par ma dernire, et continuerai tant que je serai dans la crainte que vos excessifs travaux vous accablent. Et en vrit, Monsieur, vous ne pouvez mobliger en chose au monde plus quen celle-l. Il vous doit suffire que Dieu le veut, puisque de votre bonne disposition dpend lavancement de plusieurs. Je la demande instamment Notre-Seigneur, avec la continuation de ses faveurs et consolations pour votre chre me, que la mienne embrasse tendrement. Je reus hier lettres de M. Gurin, de Tunis. Dieu le bnit extraordinairement. Il me mande que ceux dAlger font aussi fort bien. Je ne puis vous dire combien cela et ce que nous apprenons de votre petite famille console et encourage toute la compagnie. Nous avons aussi nouvelles de nos Messieurs dHibernie. Ils me mandent que la guerre et la pauvret du pays leur sont de grands empchements ; nanmoins, ayant fait une mission, le cours du peuple a t si grand quils ne pouvaient suffire pour les confessions, encore quils soient cinq ou six confesseurs, cause que plusieurs des lieux circonvoisins ont accouru au bruit de la Lettre 947. L. s. %ossier de Iurin, original.
- 191 parole vanglique, et quelques-uns, loigns denviron dix lieues, ont attendu les quatre et cinq jours pour se pouvoir confesser. Je les recommande aux prires de toute votre compagnie, et particulirement ma pauvre me vos saints sacrifices. Je suis uniquement, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission, Gnes.
948. A BERNARD CODOING, SUPRIEUR, A SAINT-MEN 11 mai 1647. Monseigneur lvque de Trguier (1) dsire avoir pour un mois ou deux quelquun de notre compagnie qui le pousse et laide se mettre dans ses fonctions piscopales dabord quil entrera dans son vch, o il doit tre huit ou dix jours avant la Pentecte. Il na encore parl en public que deux ou trois fois, par ladresse de M. du Chesne, qui la men exprs une mission et la duit (2) dans notre petite mthode, en sorte quil ne veut jamais parler autrement. Cest un esprit bon, judicieux et ais. Il a beaucoup de charit pour la compagnie, quil a pense dtablir en son vch, sil en trouve le moyen. Il craint, sil nest port par ce secours ces exercices spirituels, comme visites, exhortations, prdications, catchismes, etc., quil ne commence ni continue rien. Or Lettre 948. -eg. (, p. #:+. #$ *althazar 'rangier de Liverdi 3#7.7 #7:9$. ($ Duit, form.
- 192 je viens vous pour ce dessein et je vous prie de vous rendre Trguier avant la Pentecte et de prendre pour second le frre je ne vous parle point de la faon quil est expdient dagir avec ce bon seigneur ; lhumilit, la douceur, le zle et le respect que Notre-Seigneur vous a donns, feront en vous ce quil faudra.
949. A LA MRE CATHERINE DE BEAUMONT (1) De Paris, ce 19 mai 1647. Ma trs chre Mre, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Jai reu vos deux chres lettres, avec beaucoup de Lettre 949. L. a. Driginal au couvent de la <isitation de Ioulouse. Mgr %ouais en a donn un fac simil dans son ouvrage La 8isitation de Eoulouse G 6tudes, sou$enirs et documents, Baris, #9EA, in C;. #$. 6nne Catherine de *eaumont Carra tait lune des colonnes de la <isitation. %u monast1re d6nnecy, oK elle avait pass les premi1res annes de sa vie religieuse, elle avait accompagn sainte Chantal , *ourges pour la fondation dun nouvel ta0lissement. Le premier monast1re de Baris la mit , sa t&te en #7(( et en #7(A. Bendant son second triennat, elle fonda dans cette ville le second monast1re, dont elle fut lue et rlue suprieure. )lle dirigea ensuite le couvent de 'reno0le 3#7(9 #7+A$ et celui de Bignerol 3#7..$, puis alla fonder un ta0lissement , Ioulouse 3#7.:$. Cest dans cette ville quelle mourut le +E 8anvier #7A7. La M1re Fa0er a crit et Mgr %ouais pu0li des mmoires sur le temps que la M1re de *eaumont passa , Ioulouse. ?ous lisons dans l>nne sainte 3t. <, p. A++$ " =2aint <incent de BaulZ avait con5u 0eaucoup de vnration pour son mrite, vnration dont la connaissance parvint 8usqu, la reine 6nne d6utriche. Cette grande princesse, , son tour, favorisa lhum0le M1re de ses 0onts et ne crut pas indigne de sa Ma8est de lhonorer de ses visites.> La sainte fondatrice de la <isitation avait souvent recours au! lumi1res de la M1re de *eaumont, comme le montre sa correspondance. ?ous voyons par ses lettres que la M1re de *eaumont tait =s1che, trop ferme et srieuse> et que le 0esoin dactivit lui faisait parfois ngliger ses e!ercices de pit.
- 193 consolation, comme vous pouvez croire, ma chre Mre, et rends grces Dieu de ce que sa providence vous a donne un prlat des plus excellents de lglise (2) et ii une ville des plus dvotes que voie le soleil, ce que jai ou dire Monseigneur lvque de Lisieux (3), qui tait vque de Nantes, quand vous tiez en cette ville (4). Vous voil donc en notre pays, ma chre Mre, ou bien proche. Oh ! que jen loue Dieu de bon cur, et le prie quil y sanctifie de plus en plus votre ch re me et par vous celles de tant de bonnes filles que la mme providence vous a destines. Laffaire dont votre charit me parle, ma chre Mre, je dis celui du collge de Maguelonne (5), me semble impossible, cause qutant destin pour lever des ecclsiastiques, lon ne consentira point quil soit appliqu un autre usage. Et nimporte de dire quil y a un grand d sordre l-dedans ; lon vous dira que le temps viendra peut-tre auquel lon le rformera. Et vous pouvez croire, ma chre Mre, que, quoique Monseigneur de Toulouse y ait eu quelque pense dautre fois pour nous, et que le principal du collge mait vu plusieurs fois pour cela, que trs volontiers je men dporte, et louerai Dieu, si la chose peut russir votre souhait, et vous y offre mes petits services avec laffection que je le puis, ($ Charles de Montchal. +$ Bhilippe Cospan, v&que d6ire du #C fvrier #7E: au #C mars #7((, de ?antes du #C mars #7(( , #7+A, et de Lisieu! du (A 8uillet #7+7 au C mai #7.7, 8our de sa mort. PIl avait administr quelque temps le dioc1se de Ioulouse. .$ La M1re de *eaumont, du temps oK elle tait suprieure du monast1re de 'reno0le, avait dH se rendre , ?antes pour y traiter de la fondation dun couvent en cette ville, oK elle laissa plusieurs de ses filles. A$ Coll1ge fond , toulouse en #+7+ N comme dautres coll1ges de la m&me ville, il servait de maison dha0itation au! coliers de lMniversit. 2ur cet ta0lissement voir *oll3ge de Maguelonne par M. 2aint Charles dans les Mmoires de l>cadmie des ciences inscriptions et %elles!Lettres de Eoulouse, #CC+, pp. ##E #(C.
- 194 quoique, comme je vous ai dit, la chose me paraisse impossible, selon que je vois la disposition du Conseil du roi et la suite des affaires de pareille condition. Hlas ! ma chre Mre, nous navons garde de ne pas vous y servir pour notre intrt. Savez-vous bien, ma chre Mre, que nous sommes dans la maxime et dans la pratique de ne pas demander aucune fondation et que cest Notre-Seigneur seul qui nous a tablis l o nous sommes ? Et si la compagnie men croit, elle en usera toujours de la sorte. Monseigneur larchevque vous pourra dire lui-mme lindiffrence avec laquelle il ma vu agir en cet affaire ; et peut-tre que nous lui avons donn sujet de penser que nous navions pas assez de reconnaissance de la gr ce que sa bont nous offrait, faute de ne lui avoir dit ce que je vous dis, que nous t chons de suivre ladorable providence de Dieu en toutes choses et de ne la pas devancer. Aidez-moi, ma chre Mre, je vous en prie, devant Dieu, nous bien tablir dans cette pratique. Il est vrai, ma chre Mre, que jai pri nos chres surs (6) de mexcuser si je ne les pouvais plus servir de pre spirituel, cause de lembarras auquel je suis, qui mempche de faire les choses auxquelles je suis oblig ; et de cette prire il y a sept ou huit mois (7) ; et Dieu sait que ce nest pas faute daffection, et que je nai jamais eu sujet de m contentement delles, ains toute sorte de douceur, de bont et de charit. Sa divine bont sait encore que je mcorche moi-mme en faisant cela ; mais quoi ! la conscience me presse marrter ce que je puis et honorer la toute-puissance de Dieu par la reconnaissance de mon impuissance. Elles nont point encore Les filles de la <isitation de Baris. :$. <oir lettres C77 et C:+.
- 195 pris personne. Jai tch jusques prsent de faire le ncessaire sans aller chez elles, en attendant quelles prennent quelquun. Vous pouvez croire, ma ch re Mre, quil ny a personne qui ait plus de pouvoir de me faire passer pardessus mes difficults que vous, ntait la raison que je vous ai dite, qui vous fais ici un renouvellement des offres de mes petits services, avec toute laffection et lhumilit que je le puis, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur, ma chre Mre, votre trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A ma Rvrende ma Rvrende Mre Anne-Catherine de Beaumont, suprieure de la Visitation Sainte-Marie de Toulouse, Toulouse.
950. A ETIENNE BLATIRON, SUPRIEUR, A GNES Du 24 mai 1647. Je ne sais si je vous dois presser pour prendre quelque repos, puisque vous savez que le plus grand contentement que vous me puissiez d sirer en ce monde consiste en votre conservation. Ayez-en donc soin, pour lamour de Notre-Seigneur, et souffrez que je vous invite la modration du travail, pendant que dautres vous poussent lexcs. Parlez hardiment de ma part ; et sans vous plaindre, dites que cest trop. Lettre 950. -eg. (, p. (#C
- 196 951. JULIEN GUERIN, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT On me donna avis, le jour de Pques, quune galre dAlger tait arrive Bizerte, et aussitt je partis pour aller visiter les pauvres chrtiens qui taient enchans. Jen trouvai environ trois cents, et le capitaine me permit de leur faire une petite mission de dix jours. Javais pris avec moi un prtre, qui maida catchiser et confesser ces pauvres gens, qui firent tous leur devoir, la rserve de quelques Grecs schismatiques. O grand Dieu, quelle consolation de voir la d votion de ces pauvres captifs, desquels la plupart navaient pu se confesser depuis longtemps ! Et il y en avait qui ne staient point approchs de ce sacrement depuis huit et dix ans, et dautres mme depuis vingt ans. Je les faisais tous les jours dchaner et sortir de la galre pour venir en terre recevoir la sainte communion dans une maison particuli re o je clbrais le sainte messe ; et aprs que la mission fut acheve, je les rgalai et leur donnai pour cinquante-trois cus de vivres. Jtais log dans la maison dun Turc, qui me nourrit pendant le temps que dura la mission ; et nanmoins il ne voulut jamais prendre aucun argent de moi, disant quil fallait faire la charit ceux qui la faisaient aux autres ; qui est une action bien digne de remarque en la personne dun infidle. Ce qui vous tonnera encore davantage est que presque tous les Turcs de ce lieu-l furent tellement touchs et difis de cette mission, que plusieurs dentre eux me venaient baiser le visage et les mains, et je ne doute point que votre cher cur ne se fut pm de joie en voyant cela. Que si le fruit de cette petite mission de Bizerte me fut doux, le chemin pour y aller me fut bien rude et pineux ; car nayant pas voulu prendre des janissaires pour mescorter, je fus rencontr par des Arabes, qui me chargrent de coups ; et un dentre eux mayant pris la gorge, me serra si fort que je croyais quil mallait trangler ; et me tenais pour mort ; mais comme je ne suis quun misrable pcheur, Notre-Seigneur ne me jugea pas digne de mourir pour son service. Lettre 951 60elly, op cit, # II, chap I, sect <II, O 9, #er d p #+E
- 197 952. A JEAN MARTIN De Paris, ce dernier de mai 1647. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Votre lettre a produit en moi deux contraires effets : elle ma rjoui, parce quelle venait de vous, que mon me chrit tendrement, et ma contrist de voir quon ne laisse sur pied le pauvre M. Blatiron. Je crains avec raison que mal nen advienne sa sant, si Dieu ne le conserve, comme jespre quil fera, puisque tant de travail ne se fait que par pure obissance. Je nai pas moins dapprhension pour vous, car, au dire mme dudit sieur Blatiron, vous tes accabl de soins et le peine (1) ; mais je prie sans cesse Notre-Seigneur quil soit votre force en tant dembarras et ternellement votre rcompense. Je pensais que dj vous aviez eu du secours de Rome, en sorte que mon esprit restait soulag du soulagement dans lequel je vous croyais ; mais pourquoi ne vient-il pas, y ayant si longtemps que jai pri ceux de Rome de vous lenvoyer ? Or sus, Monsieur, prions Notre-Seigneur que toutes choses se fassent au gr de sa providence, que nos volonts lui soient tellement soumises quentre lui et nous il nen soit quune seule, laquelle nous fasse jouir de son unique amour dans le temps et dans lternit. Lettre 952 L a %ossier de Iurin, original #$ ,eine, travail
- 198 Je suis, dans ce dsir, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission, Gnes.
953. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Juin 1647] (1) Monsieur, Si votre charit avait agrable de proposer au matre. de la maison proche de SaintLaurent quil se loget au dpartement quil a baill au brasseur de bire, au cas que les dames le voulussent ddommager, cela accommoderait bien les petits enfants. Je ne me puis empcher de vous dire que jai eu aujourdhui grande peine pour la crainte de la prdestination, sur quelque pense que jai eue en loraison ; cela a press de telle sorte mon esprit quil ma fait faire un acte dacquiescement au dessein de Dieu pour mon fils et moi tre jamais objet de sa justice. Jai oublie de vous demander permission de communier toute la neuvaine que lon dit la sainte messe au Saint-Esprit. Elle commena vendredi. Et me servant de la permission que votre charit ma donne de communier quand ma sant me le permet, jai aussi communi depuis ce temps-l de la neuvaine. Je ne lose continuer sans votre permission plus particulire, que je vous demande pour lamour de Dieu, avec le secours dont nous avons besoin, et suis, Monsieur votre tr s oblige fille et trs humble servante Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent. Lettre 953. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ Cette lettre a t crite entre l6scension et la BentecGte N elle sem0le de m&me anne que la lettre 9+:.
- 199 954. A LOUISE DE MARILLAC Mademoiselle Le Gras est prie denvoyer ce paquet chez Madame la duchesse dAiguillon ; cest pour ces bonnes religieuses. Si elle nest en ville, lon recommandera de ma part au Suisse quil lenvoie par le premier qui ira Rueil, o elle est.
955. A LOUISE DE MARILLAC [Vers 1647] (1) Mademoiselle, Madame la duchesse (2) a obtenu cent cus de M. le surintendant pour ces bonnes religieuses. Lon les leur fera [porter], la charge quelles sen retournent. Faites-leur faire votre cole cependant, sil vous plat, et voyez comme elles font. Elles ont grce de Dieu pour cela. Ne leur dites rien, sil vous plat, des cent cus.
956. A LOUISE DE MARILLAC Mademoiselle, Je verrai ces bonnes religieuses dans deux ou trois jours, Dieu aidant. Pourriez-vous pas les induire se retirer dans leur monastre ? Lettre 954. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. Lettre 955. Manuscrit 2aint Baul, p. :E. #$ Cette lettre a t crite vers la fin des trou0les qui agit1rent la Lorraine. ($.L.a duchesse d6iguillon. Lettre 956. Manuscrit 2aint Baul, p. :E
- 200 957. A LOUISE DE MARILLAC [Vers 1647] (1) Mademoiselle, Lintention de Madame la duchesse dAiguillon est que ces bonnes religieuses sen retournent en Lorraine, et leur a fait donner cette somme en [cette] considration, et non autrement. Elle ma envoy pareillement deux cents livres cette mme en et trouve bon quelles ne portent sur elles que ce qui leur est ncessaire pour leur nourriture, et que nous leur fassions tenir Toul tant les cent cus quelles ont touchs, que les deux cents livres que nous avons. Je vous supplie de leur dire quelles me mandent quand elles seront prtes sen retourner, et quil ny en a pas eu une de toutes celles qui sont venues qui en remporte tant que cela de Paris, pour le moins de ma connaissance.
958. A JEAN MARTIN De Paris, ce 7 juin 1647. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Ce nest que pour me consoler avec vous du secours qui vous est arriv , ne doutant point que M. Patrice (1) Lettre 957. Manuscrit 2aint Baul, p. :#. #$ Cette lettre a suivi de peu de 8ours la lettre 9AA. Lettre 958. L. s. %ossier de Iurin, original. #$ Batrice <alois 3nom francis de `alsh$, n , LimericV 3Irlande$, re5u dans la congrgation de la Mission le (# dcem0re #7.. , l@ge de vingt cinq ans, ordonn pr&tre en #7.7.
- 201 ne soit prsent Gnes, puisquil est parti de Rome il y a plus dun mois, selon que M. Portail mcrit. Je vous prie de lembrasser de ma part, comme je vous embrasse tous en esprit, suppliant Notre-Seigneur de nous lier de son pur amour, afin quensemblement nous laimions uniquement, fortement et ternellement. Mon Dieu ! Monsieur, que mon me dsire La perfection de la votre ! Oui, certes, autant que son propre avancement, puisque je ne sais demander lun sans lautre. Je ne cesse aussi dimplorer sur vous et en vos travaux les effets dune spciale protection de Notre-Seigneur, qui ma rendu invariablement, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission, Gnes.
959. A ANTOINE PORTAIL, PRTRE DE LA MISSION, A ROME 14 juin 1647. Selon votre lettre, nous ne devons plus considrer Messieurs et (1) que comme personnes entames de la tentation et auxquelles il ny a plus dassurance, le premier ayant le venin du bien temporel dans le cur, et lautre ayant son cur dans la corruption de la chair et du sang. Donc attendons-en de Dieu la disposition et demeurons en paix. Lettre 959. -eg. (, p. #E# #$ Beut &tre Bierre de Fondimare et M. de -estal. 3<oir la lettre #E7C$
- 202 960. A CLAUDE DUFOUR, SUPRIEUR, A SAINTES Du 15e de juin 1647. Je ne puis vous dire la consolation que mon me a reue par la dernire lettre que vous mavez crite, et de la rsolution que Notre-Seigneur vous a donne. Certes, Monsieur, je pense que le ciel mme sen rjouit ; car, hlas ! lglise a assez de personnes solitaires, par sa misricorde, et trop dinutiles, et plus encore qui la dchirent ; son grand besoin est davoir des hommes vangliques, qui travaillent la purger, lilluminer et lunir son divin poux ; et cest ce que vous faites, par sa divine bont. Je fus attendri dernirement de ce que le R [vrend] prieur de la chartreuse du Mont-Dieu (1) tant venu passer un jour entier cans pendant lordination, pour voir les exercices qui sy font, il sen trouva si touch quil me dit des paroles tellement avantageuses du bonheur de cet emploi, que la modestie ne me permet pas de vous les redire ; et je ne vous puis exprimer les soupirs quil faisait pendant le pontifical (2), entendant ce qui se disait du devoir du diacre. Je vous assure, Monsieur, que ce bon Pre a plus lesprit dun missionnaire que moi, et que, sil lui tait permis, il sortirait de sa celle (3) pour aller annoncer Jsus-Christ au pauvre peuple et pour travailler linstruction des prtres. Travaillons-y, Monsieur, de toute ltendue de nos forces, je vous en prie, dans la confiance que Notre-Seigneur, qui nous a appel s sa manire de vie, nous fera plus participants son esprit et enfin sa gloire. Rejetez Lettre 960. -eg. (, p. (9( #$ Commune de larrondissement de 2edan 36rdennes$ ($ Bendant le!plication du pontifical. + *elle, cellule.
- 203 donc absolument toutes ces penses ; et quand vous serez las de la rsidence au lieu o vous tes, mandez-le-moi ; je contribuerai votre consolation en tout Ce qui me sera possible. Vous savez lestime et laffection que NotreSeigneur ma donnes pour vous, et que je vous chris plus que moi-mme.
961. JULIEN GUERIN, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT Tunis, juin 1647. Nous avons tant fait que de largent que vous mavez envoy, nous avons rachet cette pauvre femme franaise qui a souffert si longtemps la tyrannie dun barbare patron ; cest un vrai miracle de lavoir tire des mains de ce tigre, qui ne la voulait donner pour or ni pour argent. Il savisa un matin de menvoyer qurir ; et comme je fus chez lui, nous accordmes trois cents cus, que je lui baillai lheure mme ; et lui fis faire sa carte de franchise ; et je la menai aussitt en lieu de sret. Deux heures aprs, ce misrable sen repentit et il pensa enrager de regret ; cest vritablement un coup de la main de Dieu. Nous avons pareillement rachet un garon des Sables-dOlonne, qui tait sur le point de renier sa foi. Je pense vous avoir crit comment deux ou trois fois nous lavons empch de le faire. Il coute cent cinquante cus. Jen ai donn trente-six, pour ma part ; nous avons mendi le reste o nous avons pu. Jai aussi retir cette jeune femme sicilienne qui tait esclave Bizerte, le mari de laquelle stait fait turc. Elle a endur trois ans entiers des tourments inexprimables, plutt que dimiter lapostasie de son mari. Je vous crivis, vers le temps de la fte dernire de Nol, le pitoyable tat o je lavais trouve, toute couverte de plaies. Elle a cot deux cent cinquante cus qui ont t donns par aumnes dont jai contribu une partie. Lettre 961 60elly, op cit, # II, chap I, sect <II, O #(, #er d, p #+9
- 204 962. A ETIENNE BLATIRON, SUPRIEUR, A GNES Du 21 juin 1647. Oui, oui, Monsieur, nous prierons Dieu pour vous et pour la rconciliation de ces personnes si fort acharnes la vengeance, et ferons dire des messes pour cela. La mienne, si je puis, se clbrera Notre-Dame, selon votre intention ; mais, aprs tout, voulez-vous pas bien agrer que nos soins et nos prires soient sans effet, si tel est le bon plaisir de Dieu ? Car, Monsieur, que serait-ce si tout nous succdait, et quelle raison avons-nous, pauvres gens que nous sommes, de prtendre russir toujours ? Nous en avons encore moins de nous troubler quand quelquun rsiste nos petites persuasions. Puisque Dieu se contente de notre bonne volont et de nos justes efforts, contentonsnous aussi des vnements quil leur donne, et jamais nos actions seront sans fruit. Je vous dis tout ceci sur le dplaisir que vous avez de ce quaucuns ne profitent pas de vos missions ; car il ne sen faut pas tonner ; mais plutt, Monsieur, estimons que tout va le mieux du monde quand nous nen sommes pas satisfaits, pourvu que nous sachions nous en humilier et redoubler notre confiance en Dieu Il est pourtant vrai que nous avons sujet de louer Dieu de la continuation de ses grces sur vous. Je len remercie donc et je le prie de vous conserver et dans vos forces ordinaires et dans le dsir de lavancement de sa gloire. Lettre 962 -eg (, p (#C
- 205 9133. A JEAN MARTIN De Paris, ce 21 juin 1617 Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Vous tes-vous propos quelque chose de plus exprs que de vouloir invariablement ce que Dieu veut ? Je ne le crois pas. Quel sujet donc, Monsieur, pouvez-vous avoir de perdre courage quand les choses ne vous russissent pas ? Jusqu prsent, vous avez grand sujet den remercier Dieu ; et certes, de mon ct, je vous aide le faire de ce que je puis, tant jai du ressentiment des grces quil vous a faites. Je sais la fidlit et le soin que vous avez pour luvre de Dieu. Que vous reste-t-il donc qu demeurer en paix ? Il ne vous demande que cela, avec un humble acquiescement au succ s quil y donne, lequel je ne puis douter quil ne soit entier en votre me. A quel propos doncques entrer en dfiance ? Vous me reprsentez vos misres ; hlas ! et qui nen est plein ? Tout est de les connatre et den aimer labjection, comme vous faites, sans sy arrter que pour y tablir le fondement dune ferme confiance en Dieu ; car alors le btiment est fait sur une roche, en sorte que, la tempte venant, il demeure ferme. Ne craignez donc point, Monsieur ; vous tes fond l-dessus, je le sais ; car pour ces timidits ou dfiances que vous sentez, elles sont de la nature et napprochent que de loin votre cur, qui est bien plus gnreux que cela. Que Dieu fasse donc de nous et de nos emplois son gr, que nos peines soient vainement prises lgard des hommes, et que les mmes Lettre 963 . L s. %ossier de Iurin, original.
- 206 hommes naient pour nous que de lingratitude et du m pris, nous ne laisserons, pour tout cela, de continuer nos exercices, sachant que par iceux nous accomplissons la loi, qui est daimer Dieu de tout son cur et son prochain comme soi-mme. Jen demande Dieu la grce pour vous et pour moi, qui suis, en son amour, Monsieur, votre trs humble et affectionn serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de La Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, prtre de la Mission, Gnes.
964. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Mon trs honor Pre, Jai bien t surprise de votre partement avant que nous ayons eu les ordres ncessaires pour le partement de nos surs Montreuil. Ntait que les places du coche sont retenues, nous diffrerions ; mais ce doit tre mercredi ; et que feront elles sans la bndiction et linstruction de votre charit, dont elles ont si grand besoin ? Si notre bon Dieu ne vous inspire de nous mander toute leur conduite, nous serons bien en peine. Je vous assure, Monsieur, que jai lesprit si accabl que javoue que je suis cause que nos pauvres surs souffriront ce dplaisir. Pour le partement de nos surs pour Nantes (2), nous ne Lettre 964. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ Les Filles de la Charit taient appeles , Montreuil sur Mer 3Bas de Calais$ par le comte Charles de Lannoy, gouverneur de cette ville. Louise de Marillac y envoya 6nne /ardemont et Marie Lullen, du Mans, qui partirent le (7 8uin, apr1s avoir re5u les avis de leur fondatrice. ",enses de Louise de Marillac, p. (##$ 2aint <incent leur avait d8, donn les siens au conseil du #9 8uin #7.:. ($ %es trois sJurs qui devaient partir , ?antes nous nen connaissons quune seule, sJur 4eanne Lepeintre, qui allait faire la visite des hGpitau! de cette ville et d6ngers. 2aint <incent lui avait dit au conseil du #9 8uin " =Dr 5a, pour ma sJur 4eanne, il faudrait 0ien
- 207 saurions du tout le taire que nous nayons encore eu lavis de votre charit sur une nouvelle qui nous donne avis de ne pas changer ma sur Cathe[rine] Ba[gard] (3), celle qui a commenc le trouble dans lhpital, et quelle croit quil faut absolument faire revenir ma sur Elisabeth (4) et envoyer une sur de conduite (5). Je crois que vous savez larrive de nos surs dAngers, qui sont de retour, mais laccuse parat la plus innocente du monde. Je nai os crire son pre sans savoir de votre charit ce que nous en ferons ; je crois quil ne sera pas longtemps sans venir. le supplie notre bon Dieu que votre charit soit de retour en bonne sant avant ce temps-l. votre sainte bndiction, mon Pre, sil vous plat, pour nos surs et pour nous ! La sur Marguerite Tourneton sen alla dimanche sans dire mot, et la M re prieure (6) ma crit quelle tait alle ce matin lHtel-dieu et quelle lavait reue, demande un autre habit pour nous renvoyer le notre (7). Je nai point fait rponse et nen ferai point qu votre retour. Dieu seul sait ltat de mon pauvre esprit sur tous ces dsordres, car il semble que notre bon Dieu veut enti rement nous dtruire. Je le mrite et mtonne que sa justice diffre tant tre excute. Pourvu que sa misricorde sauve mon me, il me suffit. Obtenez-moi cette grce par votre charit, puisque je suis, Monsieur, votre trs obissante fille et trs humble servante. Ce 24 juin 1647 (8). L. DE MARILLAC. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, suprieur gnral des prtres de la Mission. quatre esprits N si elle pouvait emporter celui de Mademoiselle Le 'ras, cela lui ferait 0ien plaisir N nest il pas vrai, ma fille \> +$ La sJur Catherine *agard tait , lhGpital de ?antes depuis la premi1re entre des Filles de la Charit dans lta0lissement. Bar sa conduite irrguli1re, son mauvais esprit et les imperfections de son caract1re elle avait caus 0ien des ennuis , ses suprieurs et , ses compagnes. 3Cf. Lettres de Louise de Marillac, #. #:+, #C#$ .$ )lisa0eth Martin, suprieure des Filles de la Charit , ?antes A$ Le choi! de Louise de Marillac se porta sur 4eanne Lepeinte 7$ La prieure des sJurs augustines de lhGtel %ieu. :$ )lle se repentit de son acte, rentra et mourut lanne suivante. C$ %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau.
- 208 965. A LOUISE DE MARILLAC De Frneville, ce 26 juin 1647. Mademoiselle, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je partis si inopinment quil ne me fut possible de vous dire adieu ; votre bont men excusera bien, comme jespre. Je serai de retour lundi ou mardi matin, sil plat Dieu. Cependant je vous supplie de me faire savoir de vos nouvelles par un de nos frres, qui partira demain pour venir ici. Je vous envoie une ou deux lettres que jai reues avant partir, mais que je nai pu voir jusqu mon arrive en ce lieu. Je prie Notre-Seigneur quil vous conserve. Je me porte bien et suis entirement, en son amour, Mademoiselle, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission.
966. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Ce 26 juin [1647] (1) Monsieur, Nos pauvres surs (2) sont parties ce matin, avec grand dplaisir de navoir point votre bndiction, mais nanmoins avec soumission ma conduite de la divine Providence. Notre Lettre 965. L. a. %ossier de la Mission, original. Lettre 966. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$. Cette date correspond au contenu de la lettre. ($. Les sJurs destines , la fondation de Montreuil.
- 209 bon Dieu veuille, par sa bont, que votre retour soit si tt et en bonne sant ! Toute notre pauvre compagnie est en grande douleur, tonnement et crainte pour la perte de notre sur (3). Le murmure de chacune est la sourdine, car personne nen ose parler, et jattends le retour de votre charit pour leur faire entendre de quelle sorte elles doivent regarder ce changement. Il me semble, Monsieur, que je commence me fortifier un peu, pourvu que rien ne me survienne ! Mais jai un trange soin de moi et nai point de plus srieuse occupation qu me faire du bien, il nen est pas de mme pour les intrts de mon me, quoique, par la grce de Dieu, jaie un peu plus de calme que quand je me donnai lhonneur de vous crire pour faire voir votre charit ltat de celle qui na autre consolation que celle du bonheur dtre, Monsieur, votre trs obissante et trs oblige fille et servante. LOUISE DE MARILLAC. Je pense quil y a quelque chose redire la libert de nos surs de Serqueux (4). Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, suprieur gnral des prtres de la Mission.
967. A LOUIS SERRE, PRTRE DE LA MISSION, A CRCY Du 2e de juillet 1647. Lorsque ces Messieurs qui se veulent donner la compagnie, seront en tat de venir ici, nous les recevrons au sminaire, o il est ncessaire quils passent, quelque bont quils aient, lexprience nous ayant fait voir que la vertu ne prend que de faibles racines en ceux qui ny sont que peu de temps. Et plusieurs qui nous ont paru bien rguliers dans le sminaire, pour avoir t employs +$ La sJur Marguerite Iourneton. .$ Commune de larrondissement de ?eufch@tel 32eine Infrieure$. Les Filles de la Charit y avaient un ta0lissement. Lettre 967. -eg. (, p. .E.
- 210 ailleurs trop tt, en ont perdu leur vocation. Vous voyez donc la n cessit quil y a quils passent par cette preuve.
968. A UN PRTRE DE LA MISSION DE LA MAISON DE RICHELIEU 7 juillet 1647. Vous nous avez parl de trois filles qui postulent pour entrer la Charit. Si elles sont propres et bien rsolues, envoyez-les, sil vous plat ; et sil sen prsente dautres, crivez-men, car cette petite compagnie est en disette de sujets, tant on en demande de toutes parts. Faites ressouvenir Monsieur de ce que vous lui avez mand touchant les Filles de la Charit, de lincommodit o elles sont, et combien il est dsirer quon assure leur petit fait.
969. A LOUISE DE MARILLAC [7 juillet 1617] (1) Mademoiselle Le Gras est prie par les dames de la Charit denvoyer demain dimanche, une heure, quatre enfants, deux garons et deux filles, avec deux Filles de la Charit au chteau de Bictre (2), avec les hardes et Lettre 968. Le te!te de cette lettre est tir dun manuscrit intitul Lettres choisies du %ienheureu'. 8incent de ,aul instituteur et premier suprieur gnral de la congrgation de la Mission. ce recueil, crit entre #9(9 et #9+:, se trouve , la maison m1re des Filles de la Charit. Il est de la m&me famille que le manuscrit d6vignon, en reproduit toutes les lettres dans le m&me ordre et a8oute une neuvi1me partie, qui contient di! neuf lettres, toutes relatives , la direction des Filles de la Charit. si nous navons pas parl de ce manuscrit dans lIntroduction, non plus que dun autre recueil sem0la0le en espagnol, possd par les pr&tres de la Mission de Madrid, cest que nous ignorions leur e!istence. Lettre 969. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ %ate du transfert des enfants trouvs , *ic&tre ($ Il sem0le 0ien que les quatre enfants dont il est ici question furent les premiers placs , *ic&tre
- 211 sans les couches des enfants, et ce quil faudra pour vivre le jour et le lendemain. Madame Truluy ira prendre les enfants avec un carrosse, lheure ci-dessus marque, et le linge quil faudra, et les amnera chez Madame de Romilly, o Madame la chancelire (3) et les autres dames les iront prendre et les amneront. Elles ont quelque raison particulire den user de la sorte et souhaiteraient bien que Mademoiselle Le Gras ft en tat dtre de cette conduite ; mais il ny faut pas penser, comme je crois.
970. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Juillet 1617] (1) Monsieur, Enfin lexprience nous fera voir que ce ntait pas sans raison que japprhendais le logement de Bictre. Ces dames ont dessein de tirer de nos surs limpossible. Elles choisissent pour logement des petites chambres, o lair sera incontinent corrompu, et laissent les grandes ; mais nos pauvres surs nosent rien dire. Elles ne veulent point que lon dise la messe mais que nos surs laillent entendre Gentilly. Et que feront les enfants en attendant ? et qui fera louvrage ? Voil ma sur Genevive (2) ; je vous supplie prendre la peine lui parler. Elle vous fera entendre toute la peine quelles ont et les prtentions des dames. Je crains bien quil nous taille quitter le service de ces pauvres petits enfants. La volont de Dieu soit faite par laquelle je suis, Monsieur votre trs obissante et trs oblige fille et servante. L. DE MARILLAC. Sil plat votre charit se souvenir de nos deux dames, qui seront pr tes faire leur confession demain matin, si cela se peut ? Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent. +$ Madame 2guier. Lettre 970 L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau. ($ 'enevi1ve Boisson.
- 213 971. LES FILLES DE LA CHARIT DE LA MAISON-MRE A SAINT VINCENT Monsieur, Cest pour avertir votre charit que deux de nos surs sen sont alles ce matin sans dire mot. Lune est Perrette, revenue dAngers, et lautre Marguerite revenue de Fontainebleau. Nous avons envoy au coche de Sedan, sur la pense quelles y pourraient tre ; mais comme notre sur na pas ordre de les arr ter par force, en cas quelle les treuve, et Mademoiselle jugeant quil est n cessaire, elle supplie votre charit nous prter un de vos frres, si vous jugez quil soit propos, sinon, prendre la peine, pour lamour de Dieu, de nous mander ce que nous avons faire, ce quattendant, nous demeurons, Monsieur, vos trs humbles et obissantes servantes. Les Filles de la Charit Ce 23e juillet [1647] (1) Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
972. A LOUISE DE MARILLAC [Juillet 1647] (1) Bnissons Dieu, Mademoiselle, de ce quil purge la compagnie des sujets faits de la sorte, et honorons la disposition de Notre-Seigneur, quand ses disciples labandonnaient. Il disait ceux qui restaient : voulez-vous pas vous en aller aprs eux (7) ? Je ne vois pas ce quon peut faire ces filles, quand Lettre 971. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$. %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau. Lettre 972. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ 2aint <incent a crit ces mots sur la lettre m&me des sJurs de la maison m1re, dont il donnait Communication , Louise de Marillac, alors , *ic&tre. ($ Uvangile de saint 4ean <I, 7C
- 213 lon les trouvera ; nous navons point dautorit de les arrter ; elles sont libres ; laissez-les aller. Je men vas envoyer quelquun au coche de Sedan, qui ne part qu neuf heures. M. Gallais a nest pas ici ; il y a dix jours, il est en Picardie. Elles niront pas toutes deux de ce ct-l. Il faudra donner avis au pre de Perrette de ce quelle a fait et Angers et Nantes. Je ne vois pas que vous ayez dire quelque chose de nouveau Jeanne Lepeintre (4), ains seulement quelques paroles de plainte de son mal (5), et dencouragement, et aussi quelle fasse son possible de renvoyer C[atherine] Bagard. Et quand il en arriverait [quelque chose] (6) la bonne heure ! Au nom de Dieu, ne [nous tonnons] de rien. Dieu fera tout pour le mieux.
973. LAMBERT AUX COUTEAUX A SAINT VINCENT A Nantes, ce 26 juillet 1647. Monsieur, Votre bndiction sil vous plat ! Nous voici sur le point de partir de Nantes, aprs avoir fait les choses desquelles je men vais vous rendre compte. Je vous puis assurer que nos surs ont t beaucoup agites ; et certes, si elles ont commis quelques petites fautes, les occasions o la Providence de Dieu les a mises ont t de grands sujets pour prouver leurs esprits. La sur servante stait divise davec le confesseur, et lui pareillement. Cela tait ouvertement. Chacun avait son parti et au dedans et au dehors de la maison. Cest assez de vous dire cela pour +$ 'uillaume 'allais avait t suprieur , 2edan, doK tait originaire la sJur Berrette N peut &tre m&me lavait il envoye en communaut .$ 6lors suprieure , ?antes. A$ Mne flu!ion. "Lettres de Louise de Marillac, p.+(+.$ 7$ Le mauvais tat de loriginal ne nous permet pas de donner comme certaine la lecture de ces mots et des mots =nous tonnons> Lettre 973 L. a. %ossier des Filles de la Charit, original.
- 214 vous faire connatre tout le reste, et surtout que tout ce qui sest dit de part et dautre na point t toujours selon la vrit mais bien selon la passion. Nous avons envoy trois de nos surs : deux Paris, qui sont les surs Catherine Bagard et Antoinette Larcher, lautre Richelieu, qui est la sur Isabelle (1). Nous leurs avons donn jusqu Saumur, pour les divertir, nos surs Claude et Brigitte et avons mis ordre que la sur de Turgis se treuve la fontaine Saumur, laquelle y sera dimanche prochain au soir pour joindre nos deux surs Catherine et Antoinette. Les deux autres sen reviendront. Jai reu la sur Brigitte faire vu. I a t ncessaire de faire ce changement non seulement de nos deux surs, mais aussi de notre sur Isabelle, laquelle est une excellente fille, mais aussi qui a, par imprudence, grandement contribu tous les petits dsordres qui sont arrivs. Il reste ici encore la sur Henriette (2), laquelle a un engagement horrible avec le bon Monsieur laumnier, quoiquil soit trs innocent et en sa suite et en sa source ; car pour Monsieur laumnier, il est trs homme de bien, et elle fille trs sage. Mais cependant cela trouble cette pauvre fille, dans lordre que je laisse, quelle se prive de toute communication avec ce bon Monsieur. Il faudra un peu voir comme cela pourra prendre, et en tout cas, si elle ne peut sen abstenir, on la pourra rappeler, quoiquil soit trs difficile de larracher dici. Jespre pourtant que tout saccommodera et que la sur Jeanne Lepeintre mnagera tout. Jai stipul avec ces Messieurs les pres des pauvres quils iront treuver Monsieur le grand vicaire pour lui demander ou proposer un confesseur du dehors. Je lai fait agrer Monsieur laumnier et mondit sieur le grand vicaire. Ils mont de plus promis de congdier le bon frre que Mademoiselle Le Gras ou vous avez envoy. Voil, Monsieur, peu prs ce que nous avons fait et jespre de la bont de Dieu quil me pardonnera le mal que jy ai apport, et quil tirera sa gloire du reste. Au reste, Monsieur, je ne vous saurais dire combien toute la petite compagnie a dobligation en particulier au bon Monsieur des Jonchres et en gnral toute sa famille, soit pour laffection quil porte nos pauvres surs, soit pour la bont quils ont [eue] pour notre gard pendant que nous avons sjourn ici. Nous avons t logs chez la mre de Monsieur des Jonchres. #$ )lisa0eth Martin. ($ /enriette 'esseaume.
- 215 Lesquels en outre sont trs signals en pit et bont. Ces Messieurs les pres des pauvres sont aussi pleins de bont lgard de nos surs ; et certes si Dieu nous faisait la grce quelles pussent vivre en bonne intelligence, ce serait ici un petit tablissement qui sanctifierait beaucoup les filles de la Charit ; car je crois que Dieu leur fera encore longtemps la gr ce de souffrir pour le dehors. Je recommande, Monsieur, ce bien vos prires et celles de Mademoiselle Le Gras. Si Dieu fait la grce nos pauvres surs daller jusqu Paris, oh ! certes, il les faudra bien recevoir, car elles nont point fait les maux dont on les a soup onnes ; et si le tout avait t bien conduit, je crois que la faute ne serait point tombe sur elles. Je ncris point Mademoiselle Le Gras, quoiquelle mait crit jespre que cette lettre servira, si vous le trouvez bon, pour elle. Je men vais dire adieu nos surs, et vous, Monsieur, je vous demande la continuation de vos prires. Jespre que nous serons, dans le commencement du mois daot, Luon et que de la nous irons Saintes, o nous esprons recevoir de vos nouvelles. Encore un coup votre bndiction ; cest votre trs humble et trs obissant serviteur. LAMBERT, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, suprieur gnral de la congrgation de la Mission au collge des Bons-Enfants, proche la porte Saint-Victor, Paris.
974. JEAN BARREAU, CONSUL A ALGER, A SAINT VINCENT En Alger, ce 27 juillet 1647. Par la dernire que le bon Monsieur Nouelly vous a crite, par la voie de Gnes et de Livourne, vous avez pu savoir comme, le 26 juin dernier, le bacha (1) nouvellement arriv mavait fait mettre en prison pour raison du cautionnement que jai t oblig de faire pour les Rvrends Pres de la Merci. Lettre 974. Ms. de Lyon, f; (EC et suiv #$ Dn dirait au8ourdhui pacha. Les pachas taient nomms pour trois ans.
- 216 Celle-ci est pour vous le confirmer encore et vous donner avis que jen suis sorti le 20 du prsent, par la grce de Notre-Seigneur, avec autant de ressentiment (2) que si javais fait les exercices ; quoi na pas peu servi lentretien que me donna alors ledit sieur Nouelly, qui tait le trait de la conformit la volont de Dieu, lequel il ne ma sans doute donn que par une inspiration toute particulire, pour me prparer lorage qui mest arriv du depuis et dont je ne suis pas encore chapp. Or le moyen dont il a plu Notre-Seigneur [user] pour me faire sortir est tel que, la maladie contagieuse stant augmente et ayant dautant plus allum le dsir de mondit sieur secourir les pauvres chrtiens malades, tant pour ladministration des sacrements quautres secours temporels, il en fut enfin frapp le mercredi 19 du prsent, sur les 9 10 heures du matin, quil revint la maison, saisi dune grande lassitude et tout tremp de sueur ; ce qui me fut rapport la prison, o je fus encore. A laquelle nouvelle je me rsolus den sortir, quel prix que ce fut, pour laller secourir. Enfin, moyennant 45 piastres quil me fallut donner quelques personnes de crdit auprs du roi et quelques-uns de ses officiers, il fut ordonn que jen sortirais, ce qui fut linstant excut. Et de cette faon je me rendis la maison le samedi 20, sur les 3 heures aprs midi, o je trouvai quil ntait pas si extravague quil avait t la nuit et le matin ; ce qui me consola grandement, parce que chacun me disait que, si je ne faisais diligence pour sortir, je ne le trouverais pas en vie, stant fait apporter le matin le sacr viatique et les saintes huiles. Ma prsence lui donna quelque espce de consolation, et membrassa dabord fort tendrement sens me dire mot, ne me connaissant presque plus n anmoins, quelque temps aprs, tant revenu soi, il me dit quil croyait que ctait fait de lui et quil croyait que Notre-Seigneur en voulait disposer, quil navait aucun regret de mourir, sinon quil prvoyait que les pauvres chrtiens seraient abandonns et sans secours. Aprs que je leus encourag le mieux quil me fut possible je minformai de lui-mme quel tait son mal, et les remdes quon lui avait donns la nuit et le jour prcdents. Je ne minformai point de la cause, parce que les pleurs et les g missements des chrtiens taient des tmoignages assez assurs que le soin quil apportait les secourir, et particulirement les plus abandonns, comme taient ceux qui ($. )essentiment, sentiment.
- 217 taient touchs de la peste, en tait la premire cause aprs Dieu. Et certes, je ferais une signale injure sa mmoire si je ne publiais ainsi quest la vrit. A quoi na pas peu contribue le peu de soin quil avait de sa personne, ne se donnant pas le loisir, le matin, avant que de porter le Saint Sacrement aux malades, de prendre un petit doigt de vin, ou autre chose, tant tait grand le dsir quil avait de secourir ses enfants. Et peu de temps avant sa maladie, tant dner avec moi dans ma prison, ainsi que ctait sa coutume, minformant de lui quelle prcaution il apportait pour se garantir du mal, qui tait si violent que les malades ne duraient pas deux fois vingt-quatre heures, il me rpondit quil nen avait point dautre que celui de la confiance en Dieu. Et comme je lui eus rpliqu qu la vrit ctait un excellent remde, que toutefois Dieu ne nous dfendait pas, avec celui-l, de prendre un petit doigt de vin avant que de sortir, il me rpartit que, voyant quaussitt quil avait achev la messe, chacun sortait de la chapelle, il lui semblerait commettre une grande irrvrence sil le laissait seul ; quoi nous pouvons ajouter lapprhension quil avait que ce mal ne presst trop les malades et quil narrivt trop tard leur secours. Et quoique je lui reprsentasse quil tait ici extrmement ncessaire et que, sil ne voulait se conserver pour soi-mme, il se conservt au moins pour les autres et pour moi, qui en avais si grand besoin dans ltat o jtais, jusque-l mme que jeus la tmrit de lui dire que cest tenter Dieu que de se hasarder de la sorte, mais ce fut en vain, parce que le respect quil portait au Saint Sacrement et lamour quil avait pour les pauvres tait incomparablement plus grand que lamour quil avait pour lui-mme. Et tout ce que ses amis lui conseillaient ntait pas capable de diminuer lun, ni altrer lautre. Ce quil fit encore paratre avant que de mourir. Le seigneur Ortensio Gaulteri, qui tient ici la place de vicaire gnral de lvque de Carthage, lui dit que, si Dieu lui faisait la grce de revenir en sant, il lui dfendrait, mme sous peine dexcommunication, davoir tant de frquentation avec les malades, mais bien de sinformer deux et de les assister par un tiers. Il lui r pondit avec un grand soupir que cela ne pouvait tre, tant tait grand en lui le zle du salut des mes, dont voyez encore une preuve. Environ huit jours avant sa maladie, tant venu dner avec le Pre Sbastien, religieux de Notre-Dame de la Merci (3), +$ Le -. B. 20astien *rugi1re tait venu , 6lger en mars #7.. , avec les B1res Fran5ois Faure et Fran5ois Faisan, ses confr1res,
- 218 pour lequel jtais prisonnier, comme nous lavions nos mains, il survint un pauvre Provenal implorer son secours pour un nomm Pierre Boquit, esclave depuis 25 ans et qui aidait porter les morts en terre, et le pria de le venir confesser. Soudain, quittant la serviette, il le suivit, prfrant le bien de lme de ce pauvre chrtien son propre besoin et ncessit. Je ne vous rapporte pas cet exemple comme le seul, mais comme ordinaire et quotidien. Combien de fois lavons-nous vu, tout tremp de sueur aprs avoir t en course toute la matine, chercher quelque prise, ainsi appelait-il cet exercice, pensant se donner une petite demi-heure de repos, quaussitt il rentrait dans la maison dun autre chrtien, qui demandait secours pour un autre, et y volait mme temps, sans aucune remise. Je vous puis assurer que ce ntait pas en vain quil donnait cet exercice le nom de course, parce quil y allait avec autant dardeur, et plus encore, que ne font les corsaires dAlger pour attraper quelque vaisseau marchand. Et comme ils nont exception de personne et quils prennent tout ce qui sy trouve indiff remment, ainsi le faisait notre bon corsaire, car il ny avait espagnol, italien et autre nation quil ne tcht de gagner Notre-Seigneur et mettre en bon tat. Sa maladie commena avec une grande douleur destomac et de reins, avec une grande lassitude jusquaux extrmits, qui lui causrent une fivre si violente que chacun croyait quil ne passerait pas le jour. Ensuite il eut quelques vomissements, qui donnrent aussitt connatre la qualit de sa maladie. pour soccuper de la rdemption des captifs. Les sommes quil avait en mains lui permirent de payer la ran5on de deu! cents esclaves. Luatre vingt seize autres chrtiens furent dlivrs, moyennant promesse de C 99E piastres et lchange de vingt deu! Iurcs. -etenu en otage , 6lger, tandis que ses confr1res retournaient en France pour sy procurer les sommes promises, quils ne trouv1rent pas, il dut recourir , des emprunts onreu!, au tau! de AE p. #EE, afin de contenter les plus e!igeants de ses cranciers. 2es dettes saccumul1rent. )n mai #7.A, un rengat fran5ais, qui lui rclamait vainement cinquante piastres sur le pri! dun esclave, se prcipita sur lui, un couteau , la main, pr&t , le tuer. Le B1re 20astien senfuit et tom0a si malheureusement quil se rompit deu! cGtes et scrasa la rate. Les plaintes affluant , la douane de la ville, il fut saisi, condamn, 8et dans une affreuse prison, oK il resta deu! mois N puis, comme sa sant donnait des inquitudes, il re5ut lautorisation daller ha0iter la maison du consul fran5ais, , condition de nen pas sortir. Cest l, quil se trouvait a le (A novem0re #7.A, quand il fit devant Fran5ois Constans, chancelier du consul d6lger, la dclaration dont la )e$ue a+ricaine a pu0li le proc1s ver0al dans son tome QQQ<, sous ce titre *erti+icat des sou++rances du ,3re bastien.
- 219 Cette fivre qui dura jusques au dimanche au soir, avec de grandes inquitudes et rveries et quelques sueurs extraordinaires, quil eut tout le dimanche, qui lui diminurent la fivre. Sur le soir, il revint en son bon sens, en telle sorte que nous le croyions hors du danger de mort. Je le veillai la nuit et comme je fus seul avec lui, jeus le bonheur de jouir, lespace de deux ou trois heures, de sa conversation, pendant laquelle il me donna quelques avis pour me gouverner dans ce pays, dans le temps que je serai seul. L il me fit voir la consolation que reoit une me qui meurt dans les fonctions de sa vocation. Il me tmoigna une trs grande constance recevoir la mort, laquelle il stait attendu ds lors que nous nous embarqumes Marseille pour venir en cette ville, et ainsi quil me le dit plusieurs fois, d tre brl et empal, avec une parfaite rsignation la volont de Dieu, mais avec une tendresse si grande que je souhaitais tre en sa place. Enfin, le lundi au matin, la fivre lui redoubla ; et vous remarquerez que cette journe fut si fcheuse, loccasion dune petite pluie, qui dura un quart dheure, apr s un an de scheresse, que lon dit quil mourut 8250 personnes. Au commencement donc du mauvais temps, qui commena environ sur les deux heures aprs midi, il retourna lagonie, avec des grands efforts et violences. Il se tenait assis sur son lit et, le crucifix la main, il se figurait tre en chaire pour prcher. En cet tat, il prononait quelques paroles que nous ne pouvions entendre. De temps en temps je lui faisais baiser le crucifix et dire Sancta Maria, etc., ou Maria mater, etc., mais je ne puis vous exprimer avec quelle ardeur et affection il les exprimait du mieux quil savait. Apr s avoir demeur en ces efforts environ une heure, les forces lui manqurent ; sa chaleur le quitta peu aprs, et aprs un demi-quart dheure de tranquillit il expira, ou plutt sendormit tant il passa doucement. Voil peu prs le progrs de sa maladie. Aussitt quil fut expir le bruit de sa mort spandit si fort par la ville quen mme temps toute la maison fut remplie de chrtiens tant franais, italiens, espagnols, que dautres nations, qui tmoignaient par leurs larmes que la perte quils faisaient leur tait bien sensible et, aprs quelque prire quon leur fit de se retirer, cause du mauvais air, il ny eut aucun moyen. Enfin nous le port mes en terre dans un lieu quon appelle Bab-Azoun (4), sur le rivage de la mer, o il fut mis auprs du dfunt Pre Lucien (5). L assistaient sept .$ Borte du ruisseau. Cest l, qutait le cimeti1re des chrtiens. A$ %ans son premier voyage , 6lger, en 8anvier #7.+, le B1re
- 220 huit cents chrtiens de diverses nations, tous les larmes aux yeux, comme aussi plusieurs Turcs, desquels il tait encore fort regrett, cause du secours quil donnait leurs esclaves dans leurs maux, ce qui ne me donnait pas peu de consolation, dans ltat o jtais. Et certes, ils auraient t bien ingrats sils ne lavaient fait. Il stait acquis du crdit parmi eux par les grces particulires que Dieu lui avait donnes pour toucher le cur de ces barbares tre ports de compassion envers leurs esclaves. Il entrait aussi librement dans leur maison comme il aurait fait dans la notre ; et la bndiction que Dieu donnait ses travaux par la convalescence de quelques-uns, le faisait passer pour mdecin ; et sous ce manteau il allait librement visiter, consoler et assister les pauvres chrtiens, pour cachs quils fussent, et leur administrait les sacrements en prsence de leurs patrons, qui il donnait entendre que ctaient des remdes ; en quoi il ne les trompait aucunement, puisquils oprent plus efficacement que ceux du corps. Aprs lui avoir donn les derniers devoirs, nous pensmes conserver le reste et apporter le soin et la diligence qui ft possible. Le R. P. Sbastien Brugire, religieux de Notre-Dame de la Merci, me conseilla de faire des parfums de br ler beaucoup de bois de senteur dans la maison et particulirement dans la chambre o il tait mort. Le lendemain de sa mort, je me trouvai saisi dune grande d faillance de cur, avec des sueurs extraordinaires sans aucun repos ; et limagination, qui tait encore plus blesse, me figurait dj que jtais mort, et, dans cette pense, je commenai disposer de toute chose comme si je devais mourir le jour mme. Cela fait, je commenai me dtacher de toutes les choses de la terre et me remettre entre les mains de notre bon Dieu. Cest la o je me ressouvins de ce que lavais lu, dans la prison, du trait de la conformit la volont de Dieu. Et quelquefois, faisant rflexion linspiration quavait eue feu M. Nouelly de me donner ce trait, je me figurai que ctait un effet de sa divine et singulire prudence, par laquelle il me voulait disposer recevoir la mort avec patience, quoique destitu de mon principal secours, loign de mes plus Lucien /rault trinitaire, avait rachet quarante huit esclaves. %e retour dans cette ville en #7.A, il fit de nouveau! rachats et se donna comme caution. Comme largent promis tardait , venir, il fut mis en prison. Il succom0a 0ientGt apr1s, le (C 8anvier #7.7. 2on corps fut inhum hors la ville, au cimeti1re des chrtiens, qui tait pr1s de la porte de *a0 el Dued. 3%an, Histoire de la %arbarie et de ses corsaires, p.#+7.$
- 221 proches ou intimes amis, sans aucune consolation, dans un pays o jai t si vivement perscut. Nanmoins je ressentais en moi-mme que toutes ces considrations me donnaient davantage de courage, me croyant dautant plus conforme a sa volont, qui lordonnait ainsi. Il y a toutefois apparence, depuis un jour, quil me veut garder pour une autre occasion. Le lendemain de sa mort, il fut chant un service solennel dans le bain (6) du roi, o se trouva quantit de monde, autant que le lieu et le temps le pouvaient permettre L il fut prononc une oraison funbre par le R. P. Pierre, religieux de Notre-Dame-desCarmes, qui traita fort amplement de la cause de sa maladie ; et puis tant tomb sur le psaume Beatus qui intelligit super egenum et pauperem, il exagra *tant le secours quil avait port tant aux ecclsiastiques quaux sculiers, quil le fit passer pour un saint. Deux jours aprs, il en fut chant un autre dans le bain de Cheleby (7), o fut aussi prononc une oraison funbre par le R. P. Ange, religieux de SaintFranois, qui prit pour son sujet le deuil que fit autrefois saint J rme sur la mort de sainte Paule et sur ce quil est rapport in morte ejus omnes defecisse virtutes . Il sest fort tendu sur sa charit envers les pauvres chrtiens ; sa douceur et affabilit, ntant jamais parti aucun chrtien davec lui quil nait t satisfait ; sa modestie, par laquelle il gagnait les curs dun chacun ; ainsi des autres. Entre les personnes qui lont charitablement et cordialement secouru, je ne puis vous cacher le zle du R. P. Sbastien et celui du R. P. Corse, directeur dudit dfunt, qui lont assist jusquau dernier soupir et ne lont jamais abandonn, quelque danger quil y ait eu. Je serais ingrat envers le nomm Gabriel Mirsane, chirurgien de La Flche, en Anjou, pour le rachat duquel Madame la duchesse dAiguillon ma donn ordre jusqu la somme de 500 livres, le soin et la diligence duquel ne se peuvent dire, ni lassiduit avec laquelle il la gard ayant toujours couch dans la maison pour tre plus prompt son secours. Cest dans cette occasion o jai prouv la fidlit des nomms Ren Duchesne, pauvre gentilhomme du Poitou (8), qui vogue depuis douze ans la galre et demeure dans la maison depuis un an nous servir dcrivain, et de Jean Benot, qui 7$ %ain, 0agne. :$ Batron du 0agne. C$ -en %uchesne, n , 2aint 4uire Champgillon 3<ende$ en aoHt #7E:. Il entra dans la congrgation de la Mission le #7 fvrier #7A., comme fr1re coad8uteur et fit les vJu! N le #er novem0re #7AC.
- 222 nous sert de cuisinier depuis le mme temps. A lenvi lun de lautre, ctait qui tmoignerait plus daffection. Il a aussi t secouru par trois autres chrtiens nomms Jean Petit, de Boulogne, Lpine, de Picardie, et Guillaume Mobavec, de lvch de Coutances, lesquels nous ont secourus et continuent encore leurs services. Voil peu prs le succs de ce qui est arriv en Alger en la personne de feu M. Nouelly ; je dis peu prs, parce que jaurais trop faire si je voulais spcifier les services quil a rendus aux pauvres ncessiteux et malades. Ils taient trop considrables devant Dieu pour en diffrer la rcompense. Pour moi, je rends grces Dieu de ce quil ma encore donn le temps de faire pnitence. Ceci soit la plus grande gloire de Dieu, comme je le pense et que la v rit est telle que jai lhonneur de me dire, Monsieur, votre tr s humble et trs obissant serviteur. BARREAU.
975. JULIEN GUERIN, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT [Tunis, entre 1645 et mai 1648] (1) Nous avons ici un petit garon de Marseille, g de treize ans, lequel, depuis quil a t pris et vendu par les corsaires a reu plus de mille coups de bton pour la foi de Jsus-Christ quon voulait lui faire renier par force. On lui a, pour ce m me sujet, dchir la chair dun bras, comme on ferait une carbonnade pour la mettre dessus le gril ; aprs quoi, ayant t condamn quatre cents coups de bton, cest--dire mourir ou se faire turc, jallai promptement trouver son patron ; je me jetai trois ou quatre fois genoux devant lui les mains jointes, pour le lui demander. Il me le donna pour deux cents piastres ; et, nen ayant point, jempruntai cent cus intrt, et un marchand donna le reste. Lettre 975 60elly, op cit, # II, chap I, sect <II O #(, p #.E #$ %ure du s8our de 4ulien 'urin , Iunis
- 223 976 A ALAIN DE SOLMINIHAC, VQUE DE CAHORS 30 juillet 1647. Monseigneur, Voici vos bons religieux de Chancelade qui sen retournent avec leur arrt. Ils ont fait des merveilles en la sollicitation de cet affaire et donn grande dification tous ceux avec lesquels ils ont trait. Il y a une clause dans larrt qui vous donne beau jour pour obtenir lrection de votre congrgation. Le Conseil ordonne que les religieux de Chancelade, Sablonceaux (1) et SaintGirard (2) vivront sous la direction du suprieur ou labb dudit Chancelade, qui est, proprement parler, lrection dune congrgation entre ces trois maisons. Et pource que le magistrat temporel ne peut donner la juridiction spirituelle requise un suprieur de plusieurs maisons, et quil faut quelle soit donne par le Pape, en qui rside ce droit, les religieux desdites maisons doivent retourner Sa Saintet, pour lui demander, en faveur de labb de Chancelade, lautorit de diriger spirituellement les trois maisons susdites. Et pource que ledit sieur abb de Chancelade, vque de Cahors, a fond une maison dans le diocse dudit Cahors, pour vivre sous la direction du suprieur ou abb de Chancelade (3) et quil y a plusieurs autres maisons du mme Ordre qui Lettre 976. -eg. I, f; (, copie prise sur la minute, qui tait de la main du saint. #$ Betite localit de la Charente Infrieure. 6lain de 2olminihac y avait envoy deu! de ses religieu!, , la demande de M de 2ourdis, archev&que de *ordeau!, a00 commendataire de la00aye. ($ 6 Limoges. +$ Lv&que de Cahors venait dappeler dans cette ville, le mois prcdent, douze chanoines rguliers de la rforme de Chancelade. Irois dentre eu!, parmi lesquels leur suprieur, qui tait le -. B. 'arat, taient hospitaliss , lv&ch N cinq ou si! logeaient dans une maison de louage, au fau0ourg de la *arre N les autres devaient
- 224 demandent vivre sous la direction dudit suprieur de Chancelade, lon supplie Sa Saintet driger en congrgation lunion desdites 3 maisons faite par le Conseil du roi, pour vivre sous la direction dudit sup rieur de Chancelade, et dattribuer ladite congrgation les droits et privilges attribus aux autres congrgations religieuses, avec pouvoir de recevoir en ladite congrgation les maisons non rformes, ni dautre congrgation, de lOrdre des chanoines rguliers de Saint-Augustin, qui demanderont tre unis icelle, conformment ce que [dit] le saint concile de Trente, qui ordonne que les maisons religieuses qui ne sont daucune congr gation, seront tenues de sunir en corps de congrgation. Voil, Monseigneur, mes petites penses sur le sujet de cet affaire. Et pource que la prsence dun homme presse le succs dun affaire et le fait russir plus tt et plus assurment, je pense que la chose mrite que vous y envoyiez quelquun qui ne paraisse pas l avec lhabit, en sorte que la chose soit plus tt faite que les explorateurs quon tient de del nen soient avertis. Lon dit que Mgr lvque du Puy (4) doit aller Rome pour la batification du bienheureux vque de Genve, cet automne ou au printemps ; si cela est, je le prierai de travailler cela. Voil, Monseigneur, ce que je vous puis offrir, et mon pauvre cur, que je plie en cette lettre, avec laquelle je le vous envoie, qui suis, en lamour de N.S., Monseigneur, votre trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, i.p.d.l. M. aller en mission toute lanne, sauf , lpoque des moissons. Luelques annes apr1s, ils sta0lirent au! Cadurques, dans un 0@timent que lv&que de Cahors avait fait 0@tir pour eu!. .$. /enri de Maupas du Iour 3#7.# #77#$.
- 225 977. A UN PRTRE DE LA MISSION, [1647] (1) Nous navons rien de nouveau, sinon la mort de Monsieur Aulent, qui tait suprieur de notre maison de Toul, o il a fini ses jours avec des marques presque infaillibles de son bonheur ternel. Aussi a-t-il vcu en vritable serviteur de Dieu et aussi saintement quun vritable missionnaire puisse faire. Je nen puis dire le dtail ; mais vous pouvez vous le reprsenter en vous imaginant un homme en qui on ne peut remarquer des d fauts et qui est dans la pratique de toutes les vertus. Cela se peut dire de lui sans exag ration, et je vous le dis avec grand sentiment de douleur de la perte que la compagnie a faite en lui. Dieu nous fasse la grce de limiter, et moi celle dobtenir misricorde par ses prires et par les vtres !
978. JULIEN GURIN, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT [Tunis, entre 1645 et mai 1648] (1) Je ne puis mempcher de vous faire savoir ce quun Turc me dit ces jours pass s, pour la confusion des mauvais chrtiens. Je mefforais de rconcilier deux chrtiens qui se voulaient mal lun lautre ; et comme il voyait que javais de la peine les accorder, il me dit devant eux en sa langue. Mon P re, entre nous autres Turcs il ne nous est pas permis de demeurer trois jours mal avec notre prochain, encore bien Lettre 977 Ms. de Lyon. #$ 6nne de la mort de M. 6ulent. Lettre 978. 60elly, op cit, #. II, chap. I, sect. <II, O C #er d. p #(. #$ %ure du s8our de 4ulien 'urin , Iunis.
- 226 quil et tu quelquun de nos plus proches parents. Et en effet, jai plusieurs fois remarqu cette pratique parmi eux, les voyant sembrasser incontinent aprs quils staient battus. Je ne sais pas si lintrieur rpondait lextrieur ; mais il ny a point de doute que ces infidles condamneront, au jour du jugement, les chrtiens lesquels ne veulent point se rconcilier ni intrieurement, ni extrieurement ; et en retenant leur haine au dedans de leurs curs contre leur prochain, la t moignent encore au dehors avec scandale et mm se glorifient de la vengeance quils ont prise ou quils dsirent prendre de leurs ennemis. Et cependant ces gens, que nous estimons des barbares, tiennent grande honte de retenir dans leurs curs aucune haine et de ne vouloir pas se rconcilier avec ceux qui leur ont fait du mal.
979. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Bictre, aot 1647] (1) Monsieur, Je mexcusai hier Monsieur Le Roy de vous faire un message de sa part, et pense vous devoir dire nanmoins tout ce quil mavait dit et que je lui avais rparti ; ce quil me serait bien difficile de vous mander. Mais le principal est quil fait tat que cest lui qui est le directeur et administrateur de lhpital des enfants ; et comme tel, il prtend y aller faire linstruction quand bon lui semblerait, y mettre un pr tre et en avoir tout le soin spirituel ; que lon lui ferait plaisir de lui treuver un prtre et lui prsenter [pour] quil lapprouve ; et que de cela il tait plus jaloux que dun vch ou cardinalat ; que si lon lui dniait, quil irait faire ses plaintes Monsieur le procureur gnral (2) et se dmettrait de ladministration que lon lui avait donne. Je fis ltonne de ce quil navait point parl de cela plus tt, lui disant que ces dames (3) avaient toujours eu gal souci jusques prsent du spirituel comme du temporel, comme il parait par les baptmes, confessions Pques et instructions pour la premire communion, de leur faire dire la sainte messe, tant pour les enfants que pour les nourrices, et que Lettre 979. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau ($ *laise Mliand 3#7.# #7AE$. +$ Les dames de la Charit.
- 227 je croyais que Messieurs du chapitre staient entirement dchargs de toute la conduite de cette uvre sur le soin de ces dames, la rserve des douze cents livres dont elles leur rendaient compte ; et que, depuis plus de cinquante ans que Messieurs du chapitre avaient ce soin, quil ne paraissait point autre administration que celle de ladite somme ; que nanmoins je parlais sans avoir entendu parler de tout cela aux dames, que je voyais trs peu ; et seulement ce que je lui en disais tait dans le sens commun. Il se plaignit de navoir t averti de Bictre. Je lui reprsentai que je croyais que les dames n ; en eurent pas seulement la pense de le devoir faire, et que cela fut extrmement prcipit. Il me dit quantit dautres choses, et moi lui, que je ne puis mander ; il ne manqua pas de mallguer la rponse de ma sur Genevive (4) ces Messieurs sur leur demande, et lui fis entendre comme quoi elle le disait. Si quelque bonne personne pouvait obtenir de la reine cette place pour un tablissement de la Mission, lon empcherait beaucoup de contradictions, et ferait-on un grand bien. Joubliais vous dire que, sur mon refus de vous parler, Monsieur Le Roy se r solut daller trouver ces dames et leur parler fortement. Sil plat votre charit prendre la peine de voir la lettre de Mme de Romilly, je lenverrai, si vous le treuvez bon. Bnissez-nous, sil vous plat, et me croyez, Monsieur, votre trs obissante servante et trs oblige fille. L. DE MARILLAC. Me venant en lesprit la grande ncessit, je lui dis que je crois que bientt les dames seraient contraintes de remettre tout luvre qui le pourrait faire. Nous fmes toujours bons amis, car je lui parlai comme neutre. Je pense quil serait ncessaire de penser au vin au plus tt. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
980. ALAIN DE SOLMINHIAC A SAINT VINCENT A Toulouse, ce 20 aot 1647. Monsieur, Jai reu celle que vous avez pris la peine de mcrire du .$ 'enevi1ve Boisson. Lettre 980. 6rch. de lv&ch de Cahors, cahier, copie prise sur loriginal.
- 228 4 courant. Il ny a rien dire aux commissaires que vous avez nomms pour laffaire de mes religieux. Depuis que Monsieur labb dEstrades a t nomm lvch de Prigueux, je nai cess de lexhorter, prier et presser dapporter toute la diligence qui lui serait possible pour avoir promptement les bulles et sen aller dans son diocse. Enfin, voyant par ses lettres quil se laissait conduire par le mouvement de son fr re, qui tait de les obtenir gratis et de nen presser lexpdition quautant quil lesprait obtenir par cette voie, je lui crivis en ces termes, il peut y avoir deux mois, que je le priais de proposer cette vrit M. son frre, de laquelle il ne devait pas douter, que, depuis le temps quil demande le gratis pour les bulles, il y a plusieurs mes de ce diocse qui sont damnes, qui ne le seraient pas sil y eut t, que jusques au temps quil obtiendra ses bulles gratis plusieurs se damneront, qui se sauveraient sil tait dans son diocse ; sil en veut rpondre Dieu, que je ne le croyais pas ; et quand M. son frre en voudrait rpondre, sil en serait dcharg devant Dieu ; que je lui crivais cela avec un ressentiment sensible, etc. Cinq semaines ou environ apr s, il mcrivit quil tait rsolu de pourvoir au diocse de Prigueux dune fa, con ou dautre et quil en traite avec Monseigneur de Condom (1) pour avoir sa dmission. Et peu de jours aprs, il mcrivit que ledit trait tait conclu, quil baillait son abbaye au neveu de mondit seigneur de Condom, lequel lui baillerait la dmission de sondit vch, avec la rserve de douze mille livres de pension, et me priait de vous en crire pour vous prier de faire accepter ladite dmission ; ce que je fais, puisquil le dsire, quoique je croie quil nen soit besoin, sachant assez laffection avec laquelle vous souhaitez que ce dsol diocse de Prigueux soit promptement rempli dune personne qui ait les qualits requises pour le rgir. Lon craint que M. le neveu de Monseigneur de Condom y aspire ; de quoi on a dsir que je vous donnasse avis, afin que, si cela est, vous vous y opposiez autant quil vous sera possible. Cest celui qui avait trait avec Monseigneur lvque dAgde (2) pour lvch de Bayonne, duquel vous le jugetes indigne pour une action quil fit sortant de faire les exercices de chez vous, indigne de sa profession. On a rapport Monseigneur lvque de Valence (3) que vous vous tiez employ pour lui dans le Conseil de conscience, #$ 6ntoine de Cous, mort le #A fvrier #7.C. ($ Fran5ois Fouquet, transfr de *ayonne , 6gde en #7.+. +$ Charles 4acques de 'elas de Le0eron
- 229 de quoi il se sent fort votre oblig. Il vous prie, et moi avec lui, de continuer lui rendre vos bons offices dans le Conseil prs son minence (4) afin quelle lui donne moyen daller faire avec libert ses fonctions dans son diocse. Il est bien facile de trouver de bons gouverneurs de villes, mais trs difficile de trouver de bons vques, zls pour le salut des mes comme lui. Et puisque ce gouverneur ne peut se contenir de commettre des violences contre lui ou ses officiers, il est bien juste et plus raisonnable quon baille quelquautre emploi ce gouverneur que non pas dobliger mondit seigneur de Valence quitter son diocse. Il y a deux mois que je suis ici poursuivre ce grand affaire duquel je vous ai parl, contre Monseigneur le comte de Rastignac, mon hommager (5), sans avoir pu avoir arrt ; et possible ne laurai de ce parlement, tant il y a de chicanes dans la justice Que je laie ou non, je me retirerai dans peu de jours dans mon dioc se. Ce quattendant, je suis, Monsieur, etc. ALAIN DE SOLMINIHAC, v. de Cahors.
981. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Bictre, 22 aot 1647] (1) Monsieur, Je pense, si votre charit le treuve bon, quil est propos que je ne men retourne point que je ne laisse ici une matresse dcole en train dapprendre coudre et lire les enfants, au cas que rien ne me presse daller la maison ; et pour cela, Monsieur, jai une trs humble supplication faire votre charit, pour lamour de Dieu, qui est de prendre la peine de visiter nos cinq surs que jai laisses en retraite, sans les avoir beaucoup servies, et je leur avais fait esprer de retourner ce soir ou demain du matin. Il y en a une de St-Germain-en-Laye, une de Nanteuil (2), une du village dIssy et celle que je crois quil nous faudra renvoyer St-Denis, ne pensant pas quelle nous soit propre. Les autres sont extrmement presses .$ Le cardinal Mazarin A$ 4ean Fran5ois Chapt, marquis de -astignac, marchal des camps et armes du roi Lettre 981. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ Le fr1re %ucournau a a8out au dos de la lettre " aoHt ./0I. Le post scriptum permet de prciser le 8our. ($ ?anteuil le /audoin.
- 230 de sen retourner, et il faudrait, au plus tard, que ce ft samedi prochain. La cinquime est celle que je destine pour une des matresses de nos petits enfants. Jai pens, Monsieur, quil serait bien ncessaire que votre charit nous donnt promptement un ecclsiastique, pour deux raisons : lune, pour quil instruise les garons ; et lautre est, Monsieur, quil. me semble que le premier qui sera en possession dy pourvoir y demeurera. Il nous est mort, ce matin, un enfant. Jai pris la libert de faire prier le bon prtre qui le viendra enterrer, que, si ce nest sa commodit de venir lenterrer sur le soir, quil nous fasse la charit de nous venir demain dire la sainte messe par mme moyen. Si vous jugiez ncessaire que nos surs vous allassent treuver pour vous parler chez vous, plutt que de ne leur point parler, je supplie trs humblement prendre la peine le mander. Ce serait nanmoins une grande consolation toute la famille que ce ft au logis. Si votre charit est davis que nos surs aillent parler Monsieur le procureur gnral (3) pour lui ramentevoir (4) les ncessits quelle lui a reprsentes, je crois quil faudrait que ce fut ma sur Genevive (5), les autres ne font pas si bien. Il serait ncessaire de lui reprsenter quil, faut faire la provision d e bois entirement. Nos dames nont point pens de disposer un lieu pour lcole. Nous en avons vu un qui serait bien propre en bas, pour les garons, quil faut sparer des filles ; il ny parait avoir faire que la porte et fermer les fentres ; et celle des filles, lon la fera en haut. Je voudrais bien que nous eussions de ces criteaux alphabtiques ; nous les mettrons contre les murailles ; cest la mthode des Ursulines de quelque lieu. Je ne dis pas pour lcriture, car je ne pense pas quil soit expdient que les filles apprennent crire. Il est vrai, mon trs honor Pre, quil y a sujet desprer beaucoup de bien de cette uvre, sil plat notre bon Dieu y continuer ses saintes b ndictions. Je vous demande de tout mon cur, pour son saint amour, la vtre, pour laccomplissement en moi de sa sainte volont en ce sujet, et suis, Monsieur, votre trs obissante et trs oblige fille et servante LOUISE DE MARILLAC. Jai oubli de vous demander permission de faire maigre +$ *laise Mliand. .$ )amente$oir, rappeler. A$ 'enevi1ve Boisson.
- 231 demain, qui est vendredi, et jene, cause que je pense le pouvoir. Je le ferai, si votre charit ne me le dfend. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
982. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Monsieur, Mon cur, encore tout plein de joie de lintelligence quil me semble que notre bon Dieu lui a donne de ces mots Dieu est mon Dieu, et du sentiment que jai eu de la gloire que tous les bienheureux lui rendent en suite de cette vrit, ne peut sempcher de vous parler ce soir et de vous supplier maider faire usage de ces excs de joie, et de menseigner quelque pratique pour demain, jour du saint que jai lhonneur de porter le nom (1), jour de la rnovation de mes vux (2), souhaitant, et pour lun et pour lautre, entendre de vous la sainte messe, sil plat votre charit me mander lheure, comme je len supplie trs humblement, dans lesprance, mon trs honor Pre, que vous savez que tout ce que je suis est entre vos mains, pour tre donn ce bon Dieu, de qui lamour ma, par sa grande misricorde, fait tre votre trs humble et trs oblige fille et servante. LOUISE DE MARILLAC. Ce soir saint Barthlmy 3. Lettre 982. L. a. Driginal au sminaire de 2aint 2ulpice , Baris. #$ 2aint Louis, roi de France, dont la f&te est le (A aoHt. ($ Le . mai #7(+, Louise de Marillac avait fait vJu de rester dans ltat de viduit, si elle survivait , son mari. 3Cf. ,enses de Louise de Marillac, p. 7$ Ce vJu, elle le renouvelait tous les ans , pareil 8our 3cf. 'o0illon, op. cit, p. (:$, le premier samedi de chaque mois 3cf. ,enses, p. .$ et au! principau! anniversaires. )lle y avait a8out plus tard celui de se consacrer au service des pauvres. +$ (. aoHt.
- 232 983. A LOUISE DE MARILLAC [25 aot] (1) Bni soit Dieu, Mademoiselle, des caresses dont sa divine Majest vous honore ! Il faut les recevoir avec respect et dvotion, et en la vue de quelque croix quil vous va prparant. Sa bont a accoutum de prvenir les mes quil aime, de la sorte, quand il dsire les crucifier. Oh ! quel bonheur davoir une providence si paternelle de Dieu sur soi, et que cela vous doit augmenter la foi, la confiance en Dieu et laimer plus que jamais ! Faites-le donc, Mademoiselle. Laction que vous devez faire aujourdhui vous en dira beaucoup. Je participerai votre consolation, comme je me propose de le faire votre croix par le saint sacrifice que jespre lui prsenter aujourdhui, entre huit et neuf. Bon jour, Mademoiselle. V. s. V. D.
984. A JEAN FRANOIS DE GONDI, ARCHEVQUE DE PARIS 3 septembre 1647. Monseigneur, Voici un renouvellement que je vous fais du vu de mon ob issance, avec toute lhumilit et laffection que je le puis. Je vous supplie trs humblement, Monseigneur, Lettre 983. L. a. Driginal au sminaire de 2aint 2ulpice, , Baris. #$ Cette lettre rpond , la prcdente, , la suite de laquelle elle est crite. Lettre 984 -eg. #, f; 7+ v;, copie prise sur loriginal, qui tait de la main du saint.
- 233 de lavoir agrable, comme aussi la trs humble prire que M. Ribier, prsent porteur, vous va faire touchant lunion de son prieur de *Bruyres-leChteau (1) Il y a trois raisons, Monseigneur, qui semblent demander cela votre bont, outre celle de ce que nous sommes vos pauvres petites cratures, dont la premire est le long temps quil y a que mondit le prieur a cette volont, car il y a 6 ou 7 ans, outre que M. son feu pre lui donna ce conseil en mourant ; la seconde est notre besoin, cause de la surcharge de nos emplois : dun sminaire de 40 prtres externes que nous avons aux Bons-Enfants, qui ne paient quenviron le tiers de ce quils dpensent, sept sols par jour ; celle des ordinands, qui sen va redoubler par la rception de tous ceux qui prendront les ordres mineurs de votre diocse, que vous, Monseigneur, avez trouv bon que nous prenions ; et la troisime est, Monseigneur, que ce bnfice est la collation de labb de Saint-Florent-lez-Saumur (2), et non de vous, Monseigneur ; de sorte que vous ntez pas aucune chose des droits de votre dignit. Ajoutez cela, Monseigneur, que ce nous sera une station pour ceux de la compagnie qui iront faire la mission en ces quartiers-l. Votre bont, Monseigneur, nous a donn ltre en nous tablissant Saint-Lazare ; et nous faisant la charit dont il sagit, elle nous donnera le moyen de mieux tre et de plus travailler pour son service. Javoue, Monseigneur, que je suis indigne que vous ayez aucun gard ma prire pour cela ; mais la bont paternelle que N.-S. vous a donne pour votre Mission et pour le bien des mes de votre diocse supplera mon indignit, qui suis, en lamour de N.-S., Monseigneur, votre #$ Localit de 2eine et Dise, arrondissement de Cor0eil. P Cest le mot que porte la copie. 2agirait il de *ruy1res le Ch@tel comme la cru Bmartin \ Le prieur dont parle ici saint <incent a M. -i0ier comme titulaire, il est englo0 dans larchidioc1se de Baris, et la00 de 2aint Florent lez 2aumur en est le collateur. Le prieur de *rienne le Ch@teau ne ralise que la premi1re condition N celui de *ruy1res le Ch@tel les ralise toutes les trois. Il ne saurait donc y avoir de doute. ($ 2aint Florent est au8ourdhui englo0 dans la ville de 2aumur. PMazarin tait a00 de 2aint Florent.
- 234 985. A MATHURIN GENTIL De Paris, ce 17 septembre 1647. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Jachve de rpondre deux de vos lettres, car par ma dernire je vous ai parl sur beaucoup de choses qui y sont contenues ; particulirement pour la dcharge de votre maison, je vous ai pri de nous renvoyer nos frres Laisn (1), Dupont (2), Denis (3) et les deux petits coliers ; ce que je continue de faire, au cas quils ne soient partis. Je suis certes tonn de la libert de notre frre Laisn prendre de largent, aussi bien que de lemploi quil en a fait. Nous penserons un peu ce que nous aurons faire son gard. Nous vous enverrons pour rgent notre frre Gurlet (4) aprs la retraite quil va commencer. Il pourra mener les enfants de M. Prudhomme et quelquautre avec eux, sil sen prsente (5). Je vous ai mand quen nous faisant savoir o demeure M. Gautier, ou celui qui il nous faut adresser pour le Lettre 985. L. s. %ossier de Iurin, original. #$ Bro0a0lement ?icolas Laisn. ($ Louis %upont, n , ?emours, entr dans la Congrgation de la Mission le (+ octo0re #7.#, , l@ge de vingt deu! ans, re5u au! vJu! en novem0re #7.., suprieur , Ioul 3#7A( #7A+$ Irguier 3#7A. #77#$, 6nnecy 3#77( #77+$, et 2aint Charles 3#77. #7:#$. +$ Beut &tre %enis 'igot, n , %onnemarie 32eine et Marne$, entr dans la congrgation de la Mission le (( 8uillet #7.:, , l@ge de vingt deu! ans, re5u au! vJu! , Iroyes le 9 octo0re #7.9. .$ Claude 'urlet, n , Lyon, re5u dans la congrgation de la Mission le #( 8uin #7.7, , l@ge de vingt quatre ans, mort le ( fvrier #7A+ A$. Bro0a0lement pour le sminaire des *ons )nfants.
- 235 rachat de Valobron, nous tcherons de vous faire donner du temps pour le payer. Si M. le prvt de la Couture (6) est davis quon laisse le bail Madame Gremy pour 29 annes, moyennant quelque haussement du prix, et que le logis soit rendu la fin en bon tat, jen suis content et men remets ce que ledit sieur prvt en ordonnera. M. Aubert (7) a tort de demander deux pistoles pour le fumier quil a mis aux jardins ; M. Gallais assure quelles lui ont t dduites ds la premire anne, sen tant pay lui-mme par ses mains. Et au regard des quatre pistoles que vous dites lui avoir promises pour la non-jouissance desdits jardins, ledit sieur Gallais sen tait dfendu, parce que ledit sieur Aubert ne peut prtendre aucune non-jouissance par le contrat de son bail. Pour moi, je [ne] le sais pas ; confrez-en, je vous prie, avec ledit sieur prvt. Quant lchange quon vous demande faire avec la petite maison et le quartier de vigne de feu M. de Saint-Jacques (8) Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Suscription : A Monsieur Monsieur Gentil, prtre de la Mission, au Mans. 7$ Baroisse du Mans. :$. Bierre 6u0ert, marchand au Mans. 36rch. ?at. 2 [Link]$ C$ La phrase est telle quelle dans loriginal N par distraction le secrtaire la laisse inacheve
986. A ANTOINE PORTAIL, PRTRE DE LA MISSION, A ROME Du 20 septembre 1647. Je vous supplie, Monsieur, de partir de Saint-Sauveur (1) et de nemployer pas Rome plus de six jours pour achever la visite (2). Cest bien assez, tant pource que plus vous abrgerez, moins vous y aurez de peine, que pour la ncessit que nous avons ici de vous. Je suis seul soutenir le faix, nayant que M. Cuissot qui me puisse aider (3). Je vous supplie aussi de vous contenter dautres six jours pour revoir nos rgles avec Messieurs Dehorgny et Almras, pour reprendre ensuite le chemin de France. Si, passant Gnes, vous estimez quune seconde visite y soit n cessaire, vous la pourrez faire, sil vous plat, pendant huit jours seulement. Celle de Marseille se fera de m me dans huit ou dix jours. Et quoique je sache que plusieurs consid rations pourront requrir plus de temps, nanmoins jai sujet de dsirer absolument et de vous conjurer, Monsieur, comme je fais, au nom de Notre-Seigneur, de ny en pas mettre davantage en aucun de ces lieux-l, non tant pour les raisons que jai dites, que parce quil russit plus de bien dune visite faite promptement, pendant que les esprits sont encore dans la chaleur de laction, que lorsquelle trane trop. Le temps qui passe celui que jai dit, sert plutt lasser les personnes Lettre 986. -eg. (, p. #E.. #$ 600aye situe , quinze lieues de -ome, dans la 2a0ine N 6ntoine Bortail sy tait retir pour viter les chaleurs de la capitale dont il avait 0eaucoup souffert. ($ La visite, commence le (+ avril, ne se termina que le #7 novem0re. Les chaleurs furent cause de plusieurs interruptions. 3<oir la notice d6ntoine Bortail, pp. AA, A9.$ +$. Lam0ert au! Couteau! tait en tourne de visites. 3Cf. #. 9C:$
- 237 visites et attidir la ferveur de luvre, qu produire quelque fruit ; nous en avons quelque exprience, et la pratique des autres communauts nous le fait croire ainsi. Je vous supplie derechef den user de la sorte ; jen aurai une singulire consolation (4).
987. CHARLES TESTACY, SUPRIEUR, A CAHORS (1) De Paris, ce 21 septembre 1647. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! La prsente est seulement pour vous demander nouvelles de trois choses : la premire est de ltat de votre sant et de lopration des remdes que vous avez pris, la seconde est du succs de votre ordination, et la troisime est de ce quest devenu M. Lambert et quelle route il a prise (2). Je croyais avoir de ses lettres par ce dernier courrier et mme des vtres, lordinaire ; mais nen ayant reu aucune, je reste en peine de toutes les choses ci-dessus, particulirement de celle qui vous regarde, ce qui fait que je vous supplie de men dire quelque chose. Ce nest pas que je naie grande esp rance que tout va bien ; nous lavons demand Dieu par les prires de la compagnie et par celles de celui qui est, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre tr s humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. .$ Les circonstances ne favoris1rent pas les dsirs du saint, qui ne devait pas revoir 6ntoine Bortail de deu! ans. Lettre 987. L. s. %ossier de la Mission, original. #$. Cest par le contenu de la lettre que nous devinons le nom du destinataire. ($. Le 7 aoHt prcdent, Lam0ert au! Couteau! faisait la visite de la maison de 2aintes N il tait le (E septem0re , Cahors.
- 238 988. ALAIN DE SOLMINIHAC, VQUE DE CAHORS, A SAINT VINCENT De Mercus, ce 21 septembre 1647. Monsieur, Je vous crivis hier un mot par le bon M. Lambert, qui a visit notre sminaire avec grand fruit. Il vous en dira les particularits. Je viens de recevoir celle que vous avez pris la peine de mcrire, du 7 du courant. Je suis trs aise que llection de la prieure du Pouget soit agre. Cest une bonne religieuse qui y remettra et maintiendra la rforme, sil plat la reine de lui accorder le brevet ncessaire pour cela. La religieuse pour laquelle on fait quelque bruit est celle pour laquelle Monseigneur lvque dUtique (1) vous parla en ma prsence, laquelle, outre les dfauts gnraux et communs toutes les religieuses de cette maison, de ne savoir ni par thorie, ni par pratique encore moins, ce que cest que la religion, en a dautres particuliers. Ainsi je vous supplie de vous opposer ce dessein et de faire ressouvenir Sa Majest de ce quelle ma si souvent assur, quelle nommerait un homme apostolique lvch de Prigueux, qui est entirement abandonn en pillage. Les mes se damnent milliers et non est qui recogitet. Oh ! que la foi est rare en ce sicle ! Clama, ne cesses. Et souvenez-vous que tant plus le combat sera rude, dautant plus glorieuse en sera la victoire, et la rcompense plus grande, laquelle je sais bien que vous ne pensez pas. Jtais prt me mettre lautel quand jai reu la vtre. A linstant jai annonc nos ordinands que je voulais que dornavant ceux qui prendraient les 4 moindres assistassent aux ordinations, tant bien juste que notre sminaire se conforme sa mre. Je donnerai avis Monseigneur de Valence (2) des soins que vous avez pris pour lui faire recevoir quelque satisfaction. Il est fort piqu de ce quon a donn, par arrt du Conseil, au prsidial ou snchal la place quil occupait au sermon dans son glise. Il est fort ncessaire quil soit dans son vch ; Lettre 988. 6rch. de lv&ch de Cahors, cahier, copie prise sur loriginal. #$ Bierre *ertier, v&que titulaire dMtique, coad8uteur de lv&que de Montau0an. ($ Charles 4acques de 'elas de Le0eron.
- 239 mais je crois aussi quon doit tcher de lui donner quelque satisfaction. Si vous jugez propos que le roi lui en crive, en semble quil serait expdient que Sa Majest lui mandat quelle avait fait trs exprs commandement au gouverneur de Valence de ne le troubler en sa charge et ce qui est du sa dignit, etc. Lon nous a mand de Sarlat que laffaire de Monsieur Sevin pour cet vch tait termin et que les expditions devraient tre dlivres le 20 du courant ; do jen ai reu grande joie. Je pars demain matin pour aller visiter mon diocse de ce ct-l et Chancelade pendant les vendanges. Quand vous verrez la reine, je vous supplie de dire Sa Majest que lvch de Couserans (3), qui est prsent vacant, est dans une extrme dsolation. Je suis, Monsieur, etc. ALAIN, v. de Cahors.
989. A ETIENNE BLATIRON, SUPRIEUR, A GNES 27 septembre 1647. Je ne pense jamais vous ou quelquun des vtres quavec grande consolation. Vous dsirez tous dtre entirement Dieu, et Dieu vous dsire aussi tous pour lui ; il vous a appels les premiers Gnes pour le service quil veut de la compagnie en ce lieu ; et pour cela il vous donnera des grces particulires qui serviront comme de fondement toutes celles quil fera jamais cette nouvelle maison. Oh ! quel sujet de louange sa bont ! Quelle confiance ne devez-vous pas avoir en sa protection ! Mais quelle humilit, quelle union et quel respect les uns pour les autres ! O Dieu, mon Seigneur, soyez, sil vous plat, le lien de leurs curs ; faites clore les effets de tant de saintes affections que +$ Bierre de Marca monta sur le si1ge piscopal de Couserans en #7.C. Lettre 989. -eg. (, p. #9C.
- 240 vous leur faites concevoir et donnez croissance aux fruits de leurs travaux pour le salut des mes ; arrosez de vos bndictions ternelles cet tablissement, comme un nouvel arbre plant de votre main ; fortifiez ces pauvres missionnaires dans leurs fatigues ; enfin, mon Dieu, soyez vousmme leur rcompense, et par leurs prires tendez sur moi votre immense misricorde. Je reviens vous, Monsieur, seulement pour vous assurer que je suis en Notre-Seigneur
990. A JEAN BARREAU, CONSUL DE FRANCE, A ALGER (Fin septembre ou dbut doctobre 1647 1) Je reus hier au soir la triste quoiquheureuse nouvelle de la mort de feu M. Nouelly, laquelle ma fait pancher bien des larmes diverses reprises, mais des larmes de reconnaissance envers la bont de Dieu sur la compagnie, de lui avoir donn un prtre qui aimait si parfaitement Notre-Seigneur et qui a fait une si heureuse fin. Oh ! que vous tes heureux de ce que le bon Dieu vous a choisi pour une si sainte uvre, lexclusion de tant dautres gens inutiles au monde ! Vous voil donc quasi prisonnier pour la charit, ou, pour mieux dire, pour Jsus-Christ. Quel bonheur de souffrir pour ce grand monarque, et que de couronnes vous attendent en persvrant jusqu la fin ! Lettre 990. 60elly, op. cit., #, II, chap. I, sect. <II, O III, p, #E(. #$ Cette lettre rpond , celle quavait crite 4ean *arreau le (: 8uillet #7.: et qui tait arrive , Baris pendant la retraite annuelle ou fort peu de 8ours avant 3cf. #. 99#$.
- 241 991. A UN PRTRE DE LA MISSION [fin septembre ou dbut doctobre 1647] (1) Quoique je sois en retraite, je ne laisse p. as de vous crire pour recommander vos prires une personne de la compagnie trpasse : cest Monsieur Nouelly, prtre, dcd Alger, o il avait t envoy pour assister les pauvres esclaves chrtiens, dont il sest si dignement acquitt, quil a mieux aim sexposer au danger dune maligne contagion qui tait parmi les pauvres affligs, que de manquer les secourir jusqu leur dernier soupir, en sorte quayant t saisi du mme mal, il en est mort. Notre frre Barreau, son compagnon, men a crit des choses grandement touchantes et de grande dification.
992. A JACQUES DESCLAUX, VQUE DE DAX 7 octobre 1647. Monseigneur, Jai reu avec une grande joie, comme toujours, lhonneur quil vous a plu me faire, de me faire part de votre accommodement avec Messieurs de votre chapitre, et prie N.-S. quil cimente cette union et celle dont il est et sera ternellement uni son Pre (1), et prie sa divine Lettre 991. Ms. de Lyon. #$ Celte lettre , t crite lanne de la mort de M. ?ouelly et pendant les huit 8ours que saint <incent employait , sa retraite annuelle. Lettre 992. -eg. #, f; (7, copie prise sur la minute autographe. #$ Lv&que de %a! tait en proc1s avec ses chanoines au su8et du li0elle des titres de nomination pour les pr0endes du chJur, de la portion congrue , payer au chapelain ma8or et des honneurs au!quels il prtendait avoir droit de leur part pendant les offices pontificau!. Le parlement de *ordeau!, saisi de laffaire, lui avait donn raison par arr&t du . avril #7.:. 6ppel fut inter8et devant le Conseil du roi. Mais les chanoines voyant que l, aussi leur cause prenait mauvaise tournure, firent proposer , 4acques %esclau! un
- 242 bont quil fasse de mme lgard de M. de Poyanne (2). Le bnfice dOrthez est toujours l, quoique jen aie parl au dernier conseil ; N.-S. en disposera comme et quand il lui plaira. M. de Vignoles, de B arn, et ses amis font instance pour un sien neveu ; et un autre Barnais (3) secrtaire du prince Casimir, cardinal de Pologne (4) le demande, et avec grande instance ; et partagent lesprit de celui qui y peut tout (5) Laffection que vous, Monseigneur, me tmoignez avoir pour ltablissement dune mission dans votre diocse, par la plupart de vos lettres, my a fait penser plus srieusement depuis votre dernire, que jai reue dans ma retraite, en laquelle je suis encore, [et] me fait vous proposer, Monseigneur, savoir si un petit prieur simple que accommodement dont les v&ques d6ire et de *azas seraient les ar0itres. Les deu! prlats rendirent leur sentence le #+ 8uillet #7.:, et laccord fut scell par la rdaction de nouveau! statuts. 3Cf. %egert, Histoire des $&ques de Da', Baris, #9E+, in C;, p +(C N et notre Histoire des cathdrales de Da' dans le %ulletin de la ocit de %orda, anne #9EC, p. (:A.$ ($. 4ean /enri 'a0riel de *aylens, marquis de Boyanne, commandeur des ordres du roi, gouverneur de %a!, 2aint 2ever et ?avarren!, lieutenant gnral du roi dans le *arn et la ?avarre, mort , 2aint 2ever Ple + fvrier #77:, laissant la rputation dun vaillant capitaine. +$. Isaac *artet Il devint secrtaire du ca0inet, conseiller du roi et rsident de Bologne en France. Mademoiselle de Montpensier lui vendit, le (A novem0re #779, le marquisat de Mzi1res en *renne, quil revendit, le #: mars #79(, , Louis de -ochechouart, duc de Mortemart. Il mourut en septem0re #:E: .$. Beu de princes connurent comme le cardinal Casimir les vicissitudes du sort. ? en #7E9 il vint en France pendant sa 8eunesse, y fut mis en prison par -ichelieu, entra chez les 4suites, re5ut le chapeau de cardinal, monta sur le trGne de Bologne apr1s la mort de `ladyslaX I<, se fit relever de ses vJu!, pousa sa 0elle sJur Louise Marie et gouverna sous le nom de Casimir <. 2on r1gne fut malheureu!. La Bologne, attaque tour , tour par les Cosaques, la 2u1de, le *rande0ourg, la -ussie, la Iransylvanie et mine par les discordes intestines, dut laisser , ses ennemis une partie importante de son territoire. <euf en #77:, Casimir < a0diqua et se retira en Flandre, puis dans la00aye de 2aint 'ermain des Brs et de 2aint Martin de ?evers. Il mourut dans cette ville en #7:( A$ Le cardinal Mazarin.
- 243 nous avons deux lieues dOrlans pourrait servir cet tablissement, soit que M. le cur de Poy (6) ou quelquautre de del voult permuter et sen pt accommoder. Il consiste en une ferme, o il y a deux fermiers, dont chacun a deux charrues de labour pour environ quatre cents [arpents] (7) de terre, qui sont en une pice tout lentour. Le service que vous en pourrez retirer, ce seront les missions depuis la Toussaint jusques Pques, dans les paroisses du diocse o vous, Monseigneur, les enverrez, [et] les ordinands ; et si vous, Monseigneur, ordonnez que nul sera reu aux saints ordres qui nait pass six mois pour le moins dans votre sminaire, dans quinze ans vous aurez la consolation de voir que votre clerg aura chang de face, sil plat N.-S. de donner sa bndiction sur son uvre et le reste, et de navoir pas gard la chtivet des ouvriers. Monseigneur de Cahors (8) en use de la sorte, sans quil lui en cote rien. Chaque ecclsiastique paye sa pension selon la taxe que mondit seigneur ordonne ; ils ne payent que cent livres ou 40 cus par an. Aussi ny a-t-il pas province en France o lon vive meilleur march quen ce lieu-l, o il est ncessaire dy consommer tous les vivres ; il ny a point de transport du tout. Ce qui pourra coter, ce sont les btiments et lameublement, sil ny en a assez Burglosse (9), ou l o vous, Monseigneur, les tablirez. Quant lentretien des 7$ Bierre de Larroque 3#7+. #7AA$. Les curs de Boy ou Bouy taient aussi directeurs de la chapelle de *uglose. :$. Mot ou0li dans loriginal C$. 6lain de 2olminihac. 9$ *urglosse ou *uglose tait et est encore un quartier de lancienne commune de Bouy, au8ourdhui 2aint <incent de Baul. 6u temps de lenfance de saint <incent, de laveu de tous les historiens locau!, il ny avait , *uglose ni chapelle ni p1lerinage. 4ean 4acques du 2ault, v&que de %a!, mH par le 0ruit des miracles oprs en ce lieu, ordonna une enqu&te et fit lever, en lhonneur de la sainte <ierge, un modeste sanctuaire, quil 0nit lui m&me solennellement le #7 mai #7(( et qui devint d1s lors le centre de sa dvotion , Marie dans la rgion. 2aint <incent, de passage dans son village
- 244 missionnaires, il me semble quil ne monte qu 16 ou 1.800 livres. Lon ma dit que la cure de Poy vaut 1.000 livres. Peut-tre que les messes qui se diront Burglosse pourront suffire au surplus (10) Voil, Monseigneur, mes petites penses sur ce sujet, que je vous propose laventure, pource que vous me faites lhonneur de me commander dy penser. Je me viens de ressouvenir que M. Sanguinet, le cur dauprs de Tartas (11) ma dit quil a quelque pense de sen venir demeurer Paris ; et me semble quon me le mande de del ; si la cure vaut celle de Poy et est de votre diocse, peut-tre sera-t-il bien aise den traiter. Je vous dis ceci laventure, Monseigneur, et que vous navez personne sur la terre qui Dieu ait donn plus destime et plus daffection qu moi, qui suis, en son amour
993. A ANTOINE PORTAIL, A ROME Du 4 octobre 1647. Nous sortons de retraite. Nous tions dix-huit en une bande natal deu! ou trois mois apr1s cette inou0lia0le manifestation, alla prier devant la madone des landes et cl0rer la messe dans sa chapelle. 3Cf. Collet, op. cit, t. I, p. #E9 note l.$ Lhistoire de ?otre %ame de *uglose a t crite en #:(7 par -aymond Mauriol, pr&tre de la Mission. "Histoire de la sainte chapelle et des miracles de #otre!Dame de %uglose, *ordeau!, in #($, puis par la00 %anos "Le p3lerinage de aint!8incent!de!,aul et de #otre!Dame de %uglose, sui$i de lart de sancti+ier le p3lerinage, Baris, #C.., in #7$ et le chanoine La0arr1re Histoire de #otre!dame de %uglose et ou$enir du %erceau de t!8incent!de!,aul, Baris, #CA:, in C;$. Bour se faire des ides 8ustes sur lorigine du p1lerinage, il vaut mieu! consulter la00 'a0arra ",onton'!sur!l>dour et le prieur de *aprais dans la )e$ue catholique d>ire et de Da', .JI07, la00 %egert "op. cit., p. +#+ et suiv$ et 4ules *onhomme "lorigine de %uglose dans la )e$ue de Gascogne, #CC(, t. QQIII, pp. +:+ +C+$. #E$ Les pr&tres de la Mission ne devaient sta0lir , *uglose quen #:E7 ##$ 4oseph 2anguinet, cur de 2aint Raguen, pr1s Iartas, dans larrondissement de 2aint 2ever et le dioc1se de %a!. Lettre 993. -eg. (, p. 7, copie prise sur loriginal autographe
- 245 et trente-deux en une autre. Nous venons de faire le renouvellement de nos vux. Et pource que quelques uns ont dit quils sont nuls, et avaient difficult de les renouveler (M. et un clerc taient les principaux), jai empch que ce dernier les ait renouvels. Et mondit sieur mtant venu trouver pour me dire que toutes ses difficults taient tombes en suite de quelque chtif discours que je leur fis hier au soir tous, il ma demand, ce matin, de bonne faon la permission de les renouveler, et effectivement ma apport quantit de choses quil avait en particulier, pour sen dpouillez, lesquelles je lui ai nanmoins laisses, et lui ai permis de renouveler ses vux avec les autres. La petite exhortation que jai faite contenait deux points : le premier tait des raisons que nous avions de faire cette rnovation, en sorte quil plt Dieu nous donner la grce qui accompagne les vux ; et le second tait des moyens, o jai dit deux choses : lune, que je priais ceux qui ne sentaient pas en eux la rsolution dy persvrer, de sen retirer ; et lautre, quune marque davoir cette grce, ctait dtre rsolu de ne jamais parler contre cette sainte action et de la dfendre dans les occasions contre ceux qui limprouveraient, pource que sans doute lon fera ce qui se pourra pour impugner ces vux et au dedans et au dehors. Dieu a bni, ce me semble, cet entretien. Je nai jamais vu plus de sentiment de dvotion quil en a paru en tous, except en moi misrable, le plus grand pcheur du monde. Si donc lon impugne la chose, ce sera cause de la rserve de la dispense au Pape ; et nanmoins les docteurs de dec nous disent quon la pu faire, que chacun peut renoncer son droit de recourir lOrdinaire et se rapporter Sa Saintet pour la dispense. Il appartient au Pape primitivement de dispenser des vux, et
- 246 privativement lgard de ceux de chastet et du plerinage de Rome. Jamais je nai mieux vu limportance de nos vux quaujourdhui. Monseigneur Ingoli (1) nous peut beaucoup aider pour lapprobation, comme il a fait pour notre bulle et pour notre tablissement Rome. Je vous prie que M. Dehorgny, M. Almras et vous, Monsieur, lui fassiez bien entendre que nous avons t en peine pour laffermissement de notre Institut, duquel il est assez inform, Messieurs les prlats ne dsirant pas que nous soyons religieux, et les religieux nous conseillant le contraire, fonds sur La lgret humaine et les grands travaux de notre tat ; que la providence de Dieu a enfin inspir la compagnie cette sainte invention de nous mettre dans un tat auquel nous avons le bonheur de ltat religieux par les vux simples, et de demeurer nanmoins dans le clerg et dans lobissance Nosseigneurs les prlats, comme les moindres prtres de leurs diocses, quant nos emplois. Je tcherai de vous envoyer aujourdhui ou vendredi lavis des docteurs, Messieurs le pnitencier (2), Duval, Pereyret (3), Cornet (4) et Coqueret. Jai confiance que, si lon instruit bien ce saint prlat, lui seul pourra informer Sa Saintet et la Congr #$ 2ecrtaire de la Bropagande. ($ 4acques Charton, docteur en thologie, directeur du sminaire des Irente Irois et mem0re du conseil de conscience. +$. 4acques Breyret, n , *illom 3Buy de %Gme$ Pen #ACE, fut da0ord thologal de Mende Il professa avec clat la philosophie et la thologie au coll1ge de ?avarre et fut lev , la dignit de grand maTtre. )nvoy , Clermont en qualit de vicaire gnral, il y travailla activement , la rforme des a0us 8usqu, sa mort, qui survint le #A 8uillet #7AC. Il a crit en #7AE contre les 8ansnistes un trait latin sur la gr@ce ">pparatus ad tractatum de gratia7. .$ ?icolas Cornet, n , 6miens le #( octo0re #A9(, fut, lui aussi, grand maTtre de la maison et socit de ?avarre. Il refusa larchev&ch de *ourges et le titre de confesseur de -ichelieu. Il mourut au coll1ge de *oncourt le #C avril #77+. *ossuet a prononc son oraison fun10re.
- 247 gation des Rguliers et faire notre affaire ; car qui pourra impugner raisonnablement une chose qui nest pas contre les conciles, ni les canons, ni les dcrets des Papes, ains conforme lusage de lglise avant les vux solennels, auquel temps on les faisait simples, et par cons quent dispensables ? Que si lon dit que ceux-l taient censs religieux, la rponse est bonne, disant quencore que ces vux constituassent ltat de religion en ce temps-l, ils ne le peuvent faire maintenant, parce que lglise dfend linstitution de nouvelles religions, si ce nest quelles professent une des quatre r gles approuves de lglise qui embrassent les vux solennels, ou que le Pape lautorise, comme celle des Jsuites (5). Or, nous ne prenons point aucune de ces quatre rgles de religion, et le Saint-Pre ne nous a point rigs en tat religieux, ains de clercs sculiers. Il sensuit que nous ne sommes point dans un tat de religion, attendu mme que nous dclarons quencore que nous fassions ces vux simples, nous nentendons pas tre religieux, mais de demeurer toujours dans le clerg. Que si lon objecte que les vux seuls, de leur nature, constituent une personne en ltat religieux, je rponds que cela est vrai des vux solennels, mais non pas des simples, une personne particuli re, voire plusieurs, pouvant faire les trois vux simples en particulier, sans A$ Linterdiction de fonder un Drdre religieu! quelconque sans lautorisation du 2aint 2i1ge, porte par les QIIe et QI<e conciles Jcumniques, nest accompagne daucune restriction. Ioutefois 0eaucoup de canonistes pensent avec <ermeersch "De religiosis institutis et personis, *ruges, #9E(, ( vol. in C;, t I, p. .A$, que cette r1gle ne sappliquait pas au! Instituts qui em0rassaient la r1gle de saint *asile, de saint 6ugustin, de saint *enoTt ou de saint Fran5ois. Ielle nest pas lopinion de *oui!. "Eractatus de 2ure regularium, Baris, #CA:, ( vol in C;, t. I, p. (EA.$
- 248 pour cela tre religieux. Si donc des personnes particulires le peuvent, pourquoi non une compagnie ? Au nom de Dieu, Monsieur, pesez cette vrit et la faites peser. Priez Dieu pour cet affaire et ny perdez pas temps. Si Monseigneur Ingoli le go te et lentreprend, jai une parfaite confiance quil en viendra bout.
994. LE CARDINAL MAZARIN A SAINT VINCENT Du 10 octobre 1647.. Monsieur, Jai vu la lettre que vous avez crite de Lionne (1) sur le sujet de la promotion lpiscopat de M. labb de Chailli (2) ; et comme la difficult que vous y trouvez consiste en une question de fait, dont mtant enquis avec soin, jai trouv que la chose quon vous a dite navait jamais t, et en suis assur tous les jours par personnes dignes de foi, je vous prie de faire, de votre cot , sans perte de temps, les diligences que vous croirez ncessaires pour la satisfaction de votre esprit afin que vous vous en claircissiez pleinement et que vous mcriviez ce que vous aurez appris, Sa Majest dsirant, pour plusieurs considrations importantes, que je vous dirai notre premire vue, mettre fin cette affaire sans plus de dlai (3). Cependant je demeure Lettre 994. *i0l. Maz., ms. ((#7, f; .E., copie #$ /ugues de Lionne, confident de Mazarin, quil avait connu , -ome. 6pr1s avoir t secrtaire des commandements de la reine rgente il devint grand maTtre des crmonies et commandeur des ordres du roi, fut envoy en Italie 3#7A. #7A7$ et en 6llemagne 3#7AC$ en qualit dam0assadeur e!traordinaire, contri0ua , llection d6le!andre <II, ngocia les prliminaires de la pai! des Byrnes, fut nomm ministre dUtat en #7AC, poste quil continua doccuper apr1s la mort de Mazarin, et mourut , Baris le #er septem0re #7:#, , l@ge de soi!ante ans. ($ Charles Louis de Lorraine, a00 de Chailli, cl10re a00aye de lordre de CTteau!, dans le dioc1se de 2enlis, mort , Baris le #er 8uin #77C. Il tait propos pour lv&ch de Condom. +$. 2aint <incent tint 0on. Lv&ch de Condom fut donn , 4ean d)strades, v&que de Brigueu!, qui cda son si1ge , Charles Louis de Lorraine en #7AC en change de la00aye de Chailli, Pen un temps oK le saint ne faisait plus partie du Conseil de Conscience.
- 249 995. A GUILLAUME DELVILLE De Paris, ce 11 octobre 1647. Monsieur La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Nous vous envoyons six ou sept prtres, cinq de la compagnie et les deux autres du sminaire des Bons-Enfants. Des cinq il y en a deux de Montmirail, et des trois restants lun est Monsieur Watebled (1), dont vous connaissez la bont. Celui-ci pourra servir lobservance de la rgularit sous vous, qui ne manquez pas dautres occupations. Il importe que lon observe bien les r gles, cause que plusieurs dentre eux sont destins pour dautres maisons, o il importe quils portent ce qui sobserve de de dans les missions. Il sera bon qu cet effet aussitt vous fassiez lire table les rgles quon doit lire au commencement des missions. Monsieur le thologal (2) est capable de cela ; il y a t dautres fois ; mais il le faut prier, lui, de ne pas sassujettir au temps du coucher, ni aux autres emplois. Vous me mandez que Monsieur le thologal ne parlera que trois fois par semaine et quil faut que vous souteniez le reste pour le soir et la pr dication du matin. Cela me parat difficile. Jespre vous envoyer M. Tholard dans trois ou quatre jours, qui pourra vous soulager et faire le matin. Il a gr ce de Dieu pour disposer les peuples Lettre 995. -ecueil du proc1s de 0atification. #$ Bierre `ate0led, fr1re du cl10re <ata0le, n , Iully 32omme$, entr dans la congrgation de la Mission le #9 8anvier #7.#, , l@ge de di! neuf ans, re5u au! vJu! le #. 8uin #7.+, suprieur du sminaire de 2aintes de #7AE , #7A#, mort victime de son dvouement , <illeneuve 2aint 'eorges 32eine et Dise$ en octo0re #7A(. ($. 6ntoine Caignet.
- 250 recevoir les misricordes quil rpand dans les missions bien faites, et qui est autant dire aux missions o la rgularit sobserve. Il ne confessera point (3) ; il pourra servir aux accommodements. Si un rhume quil a lui permet et Dieu bnit une saigne quon lui a faite aujourdhui, il pourra partir dans trois jours. Vous me mandez que Madame de Longueville veut faire les frais. O mon Dieu ! Monsieur, faut-il commencer du temps de Monsieur Delville et du mien et par Monsieur Delville la dissipation et la ruine de lesprit de la Mission ! O Jsus ! Dieu ne plaise que vous soyez linstrument dun tel malheur ! Nous ne sommes pas moins obligs faire gratis nos missions, que les Capucins vivre daumnes. Eh ! bon Dieu ! que dirait-on dun Capucin qui toucherait de largent, et que na-t-on pas raison de dire des missionnaires qui se laisseront dfrayer par quelques-uns dans les missions, et cela par Monsieur Delville et de mon temps ! O Jsus ! absit hoc a nobis ! Voici vingt cus, que jai dit quon vous dlivre, dduits les frais du voyage. Vous fournirez ce quil faudra. Cest pour vous donner le temps denvoyer qurir ce quil faudra pour toute la dpense. Cest votre dpartement. Que si lon vous y fait quelque empchement, quittez, Monsieur, aprs que vous en aurez demand la permission Monseigneur de Meaux (4). Changez de logis et prenez-en un o vous ayez la libert de faire votre dpense. Sachez, Monsieur, que je me suis trouv dans pareil rencontre et que je dis tout franc la dame qui avait procur la mission que, si elle ne permettait que nous nous unissions, que nous nous en retournerions ce +$ Bour le motif indiqu dans la lettre .(.. .$ %ominique 2guier, v&que de Meau!.
- 251 mme jour-l ; en effet, nous laurions fait, si cette bonne dame ne nous et dit quelle consentait que nous fissions ce que nous voudrions. Et de cela elle resta fort difie, et je vous assure de la mme chose du ct de Madame de Longueville ; et je vous dis plus : quelle et tous ceux qui le sauront resteront difis de votre fidlit lobservance de nos rgles, et que vous maldifieriez tout le monde si vous vous laissiez aller leffet de sa bont de vous laisser tenter. Au nom de Dieu, Monsieur, usez-en comme je vous le dis, maintenant et toujours. Que si vous navez pas ce quil faut pour cela, mandez-le-moi ; nous y pourvoirons. Je vous dis ceci avec une trs grande douleur de voir de mon temps ce malheur arriv en notre compagnie, et cela par Monsieur Delville, que je chris plus que moi-mme un million de fois, et qui suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, son trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Delville, suprieur des prtres de la Mission de Crcy, Coulommiers.
996. A JEAN CHRTIEN, SUPRIEUR, A MARSEILLE [Entre septembre et novembre 1647] (1) Prvenu par Jean Chrtien que Jean Le Vacher (2) malade, Lettre 996. <ie manuscrite de 4ean Le <acher, p. +. Cette vie se trouve au! archives de la Mission. #$. <oir note (. ($. 4ean Le <acher, n , )couen 32eine et Dise$ le #A mars #7#9, entra dans la congrgation de la Mission, ainsi que son fr1re Bhilippe, le A octo0re #7.9, fit les vJu! en #7.7 et fut ordonn pr&tre
- 252 ntait pas en tat daller de Marseille Tunis, Vincent de Paul rpond que le voyage ne doit pas tre diffr (3).
997 A JEAN LE VACHER, PRTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE [Entre septembre et novembre 1647] (1) Vincent de Paul invite Jean Le Vacher prendre les prcautions que demande son tat de sant et sembarquer sans crainte. en #79:. 4ulien 'urin, missionnaire , Iunis, ayant 0esoin dun aide, saint <incent lui envoya 4ean Le <acher. Le (+ aoHt #7.:, comme le fondateur et son 8eune disciple quittaient ensem0le la maison de 2aint Lazare ils se trouv1rent en prsence du nonce ?bcolas *agni. =Monseigneur, dit le saint, vous venez fort , propos pour donner votre 0ndiction , ce 0on pr&tre, qui part pour la Mission de Iunis. Luoi a cet enfant a scria le nonce tonn. Monseigneur, reprit le saint il a vocation pour cela.> 4ean Le <acher arriva , Iunis le (( novem0re #7.:. La mort de 4ulien 'urin, puis, deu! mois apr1s, celle de Martin de Lange consul, firent reporter sur lui la dou0le charge de chef de la Mission et de consul. Il a8outa , ces titres, en #7AE celui de vicaire apostolique. Comme le 2aint 2i1ge nadmettait pas que le consulat fHt gr par des pr&tres, saint <incent y envoya un labque, Martin /usson, qui arriva , Iunis en #7A+ et en repartit en avril #7A:, chass par le 0ey. 4ean Le <acher reprit pendant deu! ans les fonctions de consul. Il rentra en France en #777 et fut envoy , 6lger en #77C comme vicaire gnral de Carthage et vicaire apostolique d6lger et de Iunis. 2a vie , 6lger fut celle dun apGtre et sa mort celle dun martyr. Le (7 8uillet #7C+, pendant le 0om0ardement de cette ville par %uquesne, les Iurcs, apr1s avoir mis tout en Juvre pour o0tenir de lui un acte dapostasie, lattach1rent , la 0ouche dun canon, qui pro8eta son corps dans la mer. 3Cf. -aymond 'leizes, Jean le 8acher, Baris, #9#. in #7.$ +$. %apr1s le premier 0iographe de 4ean Le <acher, saint <incent aurait rpondu en su0stance " =2i M. Le <acher est trop fai0le pour aller 8usquau vaisseau, quon ly porte a 2i durant le tra8et il ne peut rsister , lair de la mer, quon le 8ette dedans a> Cette fa5on de parler est tellement trange sous la plume du saint quon est port , se demander si sa pense a t 0ien rendue. Lettre 997. <ie manuscrite de 4ean Le <acher, p. +. #$. Cette lettre est de m&me date que la prcdente.
- 253 998. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Monsieur, Ce 19 octobre [1647] (1) Je fus bien fche de navoir point su que lon vous eut t treuver pour vous mander que, par la grce de Dieu, je nai point t plus mal que votre charit me laissa, et toujours mieux ; ce qui fut cause que jallai la messe le jour saint Luc. Mesdames de Herse, Traversay, de St-Mand (2) et Viole sassemblrent encore hier cans, sans que je susse pourquoi, ni quelles le dussent, que environ une heure auparavant. Je crois que ctait pour se rjouir que la Providence avait fait paratre le soin quelle veut avoir des pauvres petits enfants. Il est venu plusieurs petites aumnes, et le meilleur secours est quelles devaient recevoir aujourdhui cinq mille livres ; je crois que cest des 8000, car cest le receveur de lH tel Dieu qui doit recevoir la quittance. Elles sattendent bien la confrence que votre [charit] rsolut avant son partement. Leur cur sest tout renouvel en la vue de ce secours, et se sont rsolues de faire continuer leur ouvrage Bictre, et pour cela Madame Traversay et Mademoiselle Viole y doivent aller lundi passer la journe. Elles mont charge de solliciter Monsieur Drouard pour recevoir 500 livres dune part, et deux cents de lautre, et cela par lordre de Madame la duchesse dAiguillon. lespre que votre retour achvera de donner trve aux grands besoins de luvre de Notre-Seigneur, par lamour duquel je suis, Monsieur, votre trs obissante fille et trs oblige servante. LOUISE DE MARILLAC. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, suprieur gnral des prtres de la congrgation de la Mission. Lettre 998. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$. %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau. ($. Marie de Fortia, pouse de 4rGme de l6rche, seigneur de 2aint Mand, lieutenant gnral civil et criminel au 0aillage du palais , Baris
- 254 999. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Octobre 1647] (1) Monsieur, Une bonne dame, excite par Mademoiselle de Lamoignon et par la conduite de la divine Providence nous a envoy cent cus pour ces pauvres petits enfants. Soyez-luien reconnaissant pour nous, sil vous plat, Monsieur, et me permettez faire souvenir votre charit de notre sur Jeanne Lepeintre. Je vous supplie, si vous le jugez propos, nous laisser les 3 mmoires que nous vous avons envoys pour lassemble des dames, crainte quils ne soient brouills en votre absence Mon incommodit me continue, et jai pens que notre bon Dieu, par ces si frquents changements dun peu mieux et plus mal, veut que le men serve pour faire conna tre votre charit linconstance de mes passions, de qui je suis si d pendante que, quelque rsolution que je fasse, [elles] ne me donnent point libert de les assujettir la raison, tant quelques jours un peu remise, et aussitt je mchappe. Je supplie trs humblement votre charit, si elle a, dans quelques-uns de ses livres, quelque image approchante de la ressemblance des images de la Charit (2), me faire le bien men donner une, et vous demande pardon de cette libert . Cest que je nen puis recouvrer comme je la souhaite, et jespre que cela maiderait beaucoup, aide aussi des prires de votre charit, de qui je suis, mon trs honor Pre, trs obissante servante et tout indigne fille. Faites-moi, sil vous plat la charit de me donner la bndiction de notre bon Dieu et la votre la sainte messe. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1000. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Novembre 1647] (1) Monsieur, Il ma semble que Dieu a mis mon me dans une grande Lettre 999. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original ($ %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau. ($. <oir t. II, p. #E, note 7. Lettre 1000. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau.
- 255 paix et simplicit loraison, trs imparfaite de ma part, que jai faite sur le sujet de la ncessit que la compagnie des Filles de la Charit soit toujours successivement sous la conduite que la divine Providence leur a donne, tant pour le spirituel que temporel, en laquelle je pense avoir vu quil serait plus avantageux sa gloire que la compagnie vint manquer entirement, que dtre en une autre conduite, puisquil semble que ce serait contre la volont de Dieu. Les marques sont quil y a sujet de croire que Dieu inspire et fait connatre sa volont pour la perfection des uvres que sa bont veut faire, au commencement quil fait connatre ses desseins, et vous savez, Monsieur, quen ces commencements de celui-ci, quil a t propos que le temporel de ladite compagnie, sil venait manquer par malversation, retournerait la Mission, ce quil fut employ pour linstruction du peuple des champs. Jespre que, si votre charit a entendu de Notre-Seigneur ce quil me semble vous avoir dit en la personne de saint Pierre, que ctait sur elle quil voulait difier cette compagnie, quelle persvrera au service quelle lui demande pour linstruction des petits et le soulagement des malades. Pour ce qui est du parloir je nai point vu en mon esprit aucune rsolution ; mais pour llection des dames, oh ! je vois toujours plus ncessaire celle dont jai parl votre charit, de qui je suis, Monsieur, votre trs obissante fille et trs oblige servante. LOUISE DE MARILLAC. Je supplie trs humblement votre charit, sil y a moyen, nous donner demain la confrence et nous faire le bien de nous en avertir. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1001. ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT De Mercus, ce 4 dcembre 1647 Monsieur, Je vous rends grces de tout mon cur de tous les soins que vous avez pris de nous donner Monsieur de Sevin pour vque de Sarlat. Cest un uvre de si grand mrite quil Lettre 1001. 6rch. de lv&ch de Cahors, cahier, copie prise sur loriginal.
- 256 ne se peut dire. Dieu soit votre rcompense ! Jai mis dans votre paquet la rponse dune lettre quil ma crite, nayant point dadresse ; jai cru que vous auriez agrable de prendre la peine de la lui faire tenir. Monsieur dEstrades nomm lvch de Condom, ma crit depuis peu que vous aviez rsist puissamment au Conseil ce que labb duquel je vous avais crit par son avis (1) ne ft nomm vque de Prigueux. Je ne puis concevoir comment il est possible quon pense donner des vchs des personnes de cette sorte, et un vch de telle importance que celui de Prigueux, et en ltat auquel il est et quon sait bien, layant dit et dclar si souvent, et la ncessit dy pourvoir dun homme apostolique ; quoi je vous conjure de vous employer et ne vous lasser jamais pour une si sainte uvre. La Mre de Laroque, lue prieure du monastre du Pouget par les religieuses de cette maison fait bien sa charge. Jai dit un sien beau-frre, quelle mavait envoy pour me visiter de sa part, quil fallait avoir le brevet du roi, suivant ce que vous maviez crit. Ils enverront ou donneront ordre quelquun de Paris de le demander. Celui qui aura cette charge sadressera vous pour savoir lordre quil faut quil tienne pour le retirer. Je suis toujours, Monsieur, etc. ALAIN, v. de Cahors.
1002. A TIENNE BLATIRON, SUPRIEUR, A GNES Du 13 dcembre 1647. Je rends grces Dieu de laccroissement de votre sant au milieu de tant de travaux. Vous tes dlicat et faible et sans cesse dans des exercices pnibles ; nanmoins sa divine bont se plat vous conserver. Ce nest pas sans raison, ni sans mavoir fait penser quil en va presque de vous comme de Mademoiselle Le Gras, laquelle je considre comme morte naturellement depuis dix ans ; et, la voir, on dirait quelle sort du tombeau, 1$ <oir la lettre 9CE. Lettre 1002. -eg. (, p. (#C.
- 257 tant son corps est faible et son visage ple ; mais Dieu sait quelle force desprit elle na pas. Il ny a pas longtemps quelle a fait un voyage de cent lieues (1) ; et sans les maladies frquentes quelle a et le respect quelle porte lobissance, elle irait souvent dun ct et dautre visiter ses filles et travailler avec elles, quoiquelle nait de vie que celle quelle reoit de la grce. Cest la mme grce aussi, Monsieur, qui vous fortifie pour vous sanctifier, et qui vous sanctifie afin que vous confortiez les autres dans les voies du salut. Japprouve infiniment le petit support que vous vous donnez, vous et M. Martin, dans les prdications et catchismes que vous et lui faites journellement. O bont divine, unissez ainsi tous les curs de la petite compagnie de la Mission, et puis commandez ce quil vous plaira ; la peine leur sera douce et tout emploi facile, le fort soulagera le faible et le faible chrira le fort et lui obtiendra de Dieu accroissement de force ; et ainsi, Seigneur, votre uvre se fera votre gr et ldification de votre glise, et vos ouvriers se multiplieront, attirs par lodeur dune telle charit.
1003. TIENNE BLATIRON, SUPRIEUR A GNES, A SAINT VINCENT 16 dcembre 1647. La mission de a pleinement russi ; sept bandits se sont convertis et un Turc employ au service dun gentilhomme a demand le baptme, quon lui a donn, aprs lavoir convenablement prpar. #$ Bour conduire les Filles de la Charit , lhGpital de ?antes. Lettre 1003. 60elly, op. *it, #. II, chap. I, sect. I<, p. :E.
- 258 1004. A ANTOINE PORTAIL, PRTRE DE LA MISSION, A GNES 20 dcembre 1647. Que dirons-nous de la maison de Marseille ? Elle a grand besoin de votre secours ; venez-vous-y-en donc sil vous plat, au plus tt ; vous y trouverez indigence douvriers et, comme vous savez, dun bon sup rieur (1) particulirement cette heure que lon projette dy tablir un sminaire, lequel sans doute y sera fort utile. Mais quel remde ces besoins ? Nous y allons bien envoyer deux ou trois personnes aprs lordination ; et notre frre Get (2), qui fait lentretien du matin aux ordinands avec grande clart et beaucoup de tmoignages de sa suffisance, sera du nombre, ainsi que, je lespre, pour aller diriger ledit sminaire ; mais dy envoyer un chef capable, il nous est impossible. Nous avions pens M. [Cuissot], qui a la vigilance aux choses extrieures, mais peu donction pour le dedans, bien quil soit tout Dieu ; et voil que Monseigneur de Cahors nous la enlev , ne pouvant goter M. [Testacy], qui est maintenant Saintes. M. du Chesne serait bien propre, sil tait ici, car la diversit des emplois de cette maison-l requiert un esprit agissant ; mais il y a six mois que nous Lettre 1004 -eg. (, p. #E(. #$. Le suprieur tait 4ean Chrtien. ($. Firmin 'et, n , Chpy 32omme$ le #9 8anvier #7(#, entr dans la congrgation de la Mission le 7 8anvier #7.#, re5u au! vJu! en 8anvier #7.+. Il fut plac , la maison de Marseille en #7.C, en prit la direction en #7A. et la garda 8usqu, #77(, sauf un temps tr1s court pass , Montpellier pour fonder un sminaire qui ne dura que quelques mois 3#7A9 #77E$. Il devint ensuite suprieur , 2edan 3#77+ #77C, #7:+ #7C#$, suprieur au Mans 3#7:E #7:+$, et visiteur de la province du Boitou, poste quil occupa 8usquau . avril #7C(.
- 259 navons reu de ses lettres (3), ce qui nous met bien en peine. Dun autre ct, la Providence nous te les moyens dy laisser pour un temps M. Dehorgny, comme nous avions projet ; enfin elle nous contraint dy laisser encore M. [Chrtien] (4). Cela tant, je vous supplie de le mnager et de considrer deux choses : lune, quil a auprs de lui une personne qui, par antipathie, fait voir ses fautes plus grandes que peut-tre elles ne sont ; et lautre, quil est difficile de se bien possder et dtre exact tout parmi la multiplicit des affaires. Vous y aurez gard, sil vous plat, et le traiterez le plus doucement quil vous sera possible, pour ne le pas dcourager. Si nanmoins, vous jugez que M soit pour mieux russir en la conduite que lautre, vous en pourrez faire un essai. Il sera bon que vous apportiez une grande circonspection, en ce qui regarde lhpital, envers Messieurs les administrateurs, et surtout et pour toutes choses envers Monseigneur de Marseille (5). Notre-Seigneur vous inspirera le reste et vous donnera part son esprit. Je lespre dautant plus que cette visite est plus importante que les prcdentes, comme cette maison est aussi la plus difficile que nous ayons, cause de la diversit extraordinaire de ses emplois : de lhpital, des missions sur les galres, des missions sur le terroir, des aumniers, du sminaire, des affaires de Barbarie, des lettres quil faut envoyer et recevoir, et de quelques autres circonstances. +$ <incent de Baul ne tarda pas , recevoir des nouvelles de Bierre du Chesne, qui tait malade en Irlande. .$. Il continua 8usquen #7A+. A$. )tienne du Buget 3#7.. #77C$.
- 260 1005. A NICOLAS PAVILLON, VQUE DALET De Paris, ce [3e] janvier (1) 1648. Monseigneur, Agrez, sil vous plat, quen ce commencement danne, je vous renouvelle les offres de mon obissance perptuelle, et que, prostern en esprit vos pieds, Monseigneur, je vous demande votre bndiction, ce quil plaise Dieu faire misricorde mon me, maintenant que sa sparation est proche davec ce misrable corps. Cest ce que je fais, Monseigneur, avec toute lhumilit et la confiance que le peut un pauvre prtre vers lun des plus dignes prlats quil connaisse au monde. Japprends de plus en plus, Monseigneur, la bndiction que Dieu donne vos conduites tout apostoliques et qui rpandent partout tant de suaves odeurs que mon chtif cur ne peut contenir la joie quil en ressent. Je prie Notre-Seigneur quil continue de se glorifier par elles. Jai t pri par M. de Benjamin, fils de feu M. de Benjamin, qui tenait de lAcadmie du roi, de vous parler de lui et de vous supplier, comme je fais, Monseigneur, de le recevoir pour quelque temps prs de votre sacre personne. Il est ecclsiastique, diacre, g de 28 ou 30 ans, pieux, savant, qui a lesprit bon et qui ne cherche qu se perfectionner en sa profession ; ce quil tmoigne particulirement par le choix quil fait dune si bonne cole. Je ne vous en parle, Monseigneur, qu Lettre 1005. 'ossin, op. *it., p. .A+, dapr1s loriginal communiqu par la marquise de Brier #$ Ie!te de 'ossin " +#. cette date est videmment fautive, car la rponse est du (9 8anvier.
- 261 condition que vous le puissiez faire sans vous incommoder. Il ne vous sera nullement charge pour sa dpense, car il a 5 ou 6.000 livres de rente de son patrimoine. Faites-moi la grce, sil vous plat, Monseigneur, de me mander votre intention et de mhonorer de vos commandements. Vous savez quils me seront trs chers et que je suis la vie et la mort, en lamour de NotreSeigneur et de sa glorieuse Mre, Monseigneur, votre trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission.
1006. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Entre 1644 et 1649] (1) Se souvenir davertir les dames quelles prennent garde, dans les instructions, de ne pas beaucoup parler aux extrmement malades, quoiquils naient pas fait de confession gnrale, mais seulement les avertir de se confesser des p chs quils auraient oublis ou retenus autrefois, sils sen souviennent, avec volont de se confesser de tous ceux quils ont commis contre Dieu et le prochain ; si elles pouvaient leur faire prononcer des actes de foi, esprance et charit ncessaires salut et employer beaucoup de temps disposer ceux qui gurissent, faire des rsolutions de vivre en bonnes chrtiennes. et leur enseigner comment il faudra quelles fassent. Voil, Monsieur, lavis de la Mre dite des Sacrements (2) donn Mademoiselle de Villenant. Mais je viens de recevoir cette lettre de Mademoiselle de Lamoignon, qui dit que Lettre 1006. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original Bar cette lettre, Louise de Marillac sugg1re , saint vincent les avis quil conviendrait de donner au! dames de la Charit dans la runion du lendemain #$ Lempreinte appose sur la cire qui a servi , cacheter cette lettre ne se trouve sur aucune des lettres antrieures , lanne #7.. N Ie!pression =Monsieur> indique quil faut la placer avant #7AE (.La religieuse augustine de l/Gtel %ieu charge davertir laumGnier quand un malade demandait les sacrements.
- 262 Mademoiselle de St-Mand propose de nen rien dire la grande assemble. Sil plat votre charit, Monsieur, se souvenir de faire entendre le bien que cest daider la continuation dun bon uvre commenc aussi bien aprs sa mort que durant que lon y agit en sa vie, quand il est entrepris pour lamour de Dieu, comme celui des Enfants treuvs, et que pour cela ceux qui, par leur testament, font du bien en ont mme mrite quand il est fait en parfaite charit, que de ce quils ont fait en leur vie, ayant eu la volont de le faire sils eussent pu, pourvu que cela soit vritable ? Je pense que cela pourra servir, reprsentant le danger que tout demeure. Sil plat aussi votre charit me mander la demeure de Madame la prsidente du Sault pour lui envoyer le billet pour lavertir de lassemble de demain, que vous noublierez pas, sil vous plat. ? Les dames se relchent bien de se treuver la collation, et quelques-unes mritent louange pour y tre bien soigneusement. Pardonnez, Monsieur, votre trs petite fille et servante. L. DE MARILLAC. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1007. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Ce mercredi matin [15 janvier 1648] (1) Monsieur, Nous sommes arrivs Bictre en bonne sant, Dieu merci, mais pour ny gure tre. Je supplie trs humblement votre charit nous envoyer ds demain le frre boulanger qui jai parl, pour nous instruire et aider faire faire un bon four et nous trouver une personne qui sy entende bien. Il serait bien n cessaire aussi de commencer vendre le vin ; il sen fait un trs grand dbit en ce quartier, en barils et grosses bouteilles, cause des soldats (2), Que si lon attendait Lettre 1007. L. a %ossier des Filles de la Charit, original. #$. %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau. ($. Les ca0aretiers de Baris ne virent pas cette vente de 0on Jil N ils firent tom0er leur col1re sur les sJurs et all1rent 8usqu, les insulter et les maltraiter. Les coupa0les, dfrs , la 8ustice, nchapp1rent au ch@timent que sur lintervention de <incent de
- 263 davantage, il est craindre que la vente ne soit pas si bonne. Ma sur Genevi ve (3) dit quelle croit que ces dames veulent attendre davoir du vin de moindre prix pour le mler. Je ne pense pas que ce ft un mnage, parce quil serait ncessaire dun garon pour cela, qui pourrait bien emporter tout le profit, outre que ce serait un grand embarras pour nos surs, qui auraient prendre garde que lon ne fit point de tort, ce qui serait bien difficile viter. Je supplie trs humblement votre charit se souvenir que cest daujourdhui en huit jours quelle nous a promis la confrence (4). Je vis hier la sur de Monsieur Vacherot bien fort malade. Elle me dit de la recommander en vos saintes prires et que, si elle osait, elle vous supplierait de lui faire la charit de prendre la peine de laller voir. Si elle empirait, je vous en supplierais volontiers. Je prie notre sur Julienne (5) de vous en avertir si vous le jugez propos. Je pense que cela ferait beaucoup de bien nos surs que vous prissiez aussi la peine de donner une visite nos surs Baul. 3%position de sJur 'enevi1ve %oinel, di! septi1me tmoin au proc1s de 0atification de saint <incent.$ +$. 'enevi1ve Boisson. .$. 2aint <incent donna sa confrence le (( 8anvier. A$. 4ulienne Loret tait ne , Baris. Drpheline de 0onne heure, elle fut recueillie par les parents de 4acques de la Fosse, pr&tre de la Mission. =Ctait un petit corps qui renfermait une grande @me>, est il dit dans la confrence qui fut faite apr1s son dc1s. ")ecueil des principales circulaires des s. uprieurs gnrau< de la Mission, Baris, #C:: #CCE, + vol. in ., t. II, p. A(.$ )lle entra en communaut le 9 8uin #7.. et fit les premiers vJu! le (A dcem0re #7.9. 2on mrite et sa vertu taient si remarqua0les que, trois ans , peine apr1s son admission, le +E octo0re #7.:, elle tait charge de la formation des nouvelles sJurs. Louise de Marillac la prit en m&me temps pour son assistante. =Ctait elle qui conduisait toute la communaut, dira plus tard Mathurine 'urin, parce que Mademoiselle ntait point en tat dassister , aucun e!ercice.>")ecueil des principales circulaires, t. II, p.A+E$ 4ulienne Loret faisait en m&me temps les fonctions de secrtaire 6 ce titre, elle tait charge de prendre les entretiens de saint <incent, quelle coutait, la plume en main. )n #7A#, elle fut envoye , Chars 32eine et Dise$ pour mettre ordre , une situation particuli1rement dlicate. Luand elle revint , Baris en #7A+, apr1s deu! ans de dures preuves, ce fut pour recevoir sa nomination de suprieure , Fontenay au! -oses 32eine$, oK elle tait encore en #7AA. -appele , la maison m1re, elle y remplit de nouveau les fonctions dassistante,
- 264 du logis, pour faire entendre ma sur Hellot le bien qui peut arriver la compagnie que les surs shabituent la soumission les unes aux autres, et que celles qui paraissent avoir quelquautorit servent dexemple. Le travail de nos pauvres surs de cans nest presque pas croyable, non tant pour la grande peine comme pour les rpugnances que naturellement lon a cet exercice. Cest pourquoi il est trs juste de leur aider les encourager et faire connatre ce quelles font et ce que cest de leur exercice devant Dieu, comme aussi de les aider de prires. Jen ai plus de besoin que pas une, tant la plus infirme de corps et de courage, quoique jaie le bonheur dtre, Monsieur, votre trs humble servante et trs oblige fille. Suscription : A Monsieur, Monsieur Vincent, suprieur gnral de la Mission.
1008. A PLUSIEURS PRTRES (1) De Paris, ce 17 janvier 1618. Messieurs, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Ayant su les travaux que vous avez pris en la mission sur les gal res et la bonne part que vous avez la bndiction quil a plu Dieu dy donner, je nai pu dnier mon cur le tmoignage de reconnaissance que jen dois votre zle. Quel bonheur, Messieurs, dimiter de si prs Notre-Seigneur, qui est venu en ce monde pour quelle conserva apr1s la mort de la fondatrice, sous la M1re Chtif, et quelle reprit plus tard sous la M1re ?icole /aran. )lle mourut , Fontaine0leau le 9 aoHt #799. 2a vie manuscrite, Juvre d6ntoine %urand, pr&tre de la Mission, se trouve , la maison m1re des Filles de la Charit. Lettre 1008. L. s. Driginal , lhGpital 2aint )loi de Montpellier #$ Beut &tre des pr&tres de la congrgation fonde par Christophe d6uthier.
- 265 les mmes fins pour lesquelles vous vous tes donns lui dans lemploi que vous avez, dautant plus grand que les besoins sont extrmes parmi ces pauvres mes ! Certes, votre couronne sera grande, et plus grande si vous lacqurez par la. persvrance. Je prie Notre-Seigneur quil vous anime de plus en plus de son esprit, et quil me donne les occasions de vous rendre mes services, dsirant de tout mon cur de vous tmoigner que je suis, en lamour de Notre-Seigneur, Messieurs, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission.
1009. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Ce 23 janvier [1648] (1) Monsieur, Voil la lettre de Mademoiselle Poulaillon qui donne tmoignage de la fidlit de cet homme qui se prsente pour Bictre (2), Il dit, outre cela, quil sait bien faire le pain, travailler au jardin, labourer et charrier. Tout cela est faire en ce lieu-l, et le tout fort cher, quand il faut faire travailler journe. Si votre charit le treuve propos, elle parlera de limpossibilit de faire la porte pour vendre Le vin au lieu o Madame la prsidente de Herse lavait marqu, cause quil faudrait des degrs au moins de deux toises, ou peu prs. Il est mort 52 enfants dans Bictre depuis que lon y est, et bien encore 15 ou 16 qui ne valent gure mieux. Jespre Lettre 1009. L. a. %ossier des Fille, de la Charit, original. #$ La lettre de Mademoiselle de Bollalion, , la suite de laquelle Louise de Marillac a crit la sienne, porte la date du (( 8anvier #7.C. ($. La lettre de Mademoiselle de Bollalion a t pu0lie par la sJur de 'eoffre dans le volume autographi des Lettres de Louise de Marillac p. +AE
- 266 que, quand tout sera bien accommod selon le dsir de ces bonnes dames, ils niront pas si vite. Peut-tre quelles diront que jai parl du besoin quil y a que le Saint Sacrement y soit, non seulement pour la n cessit, mais pour que Notre-Seigneur prenne possession de cette maison, la vue du peuple , qui a intrt luvre en quelque manire. Ce qui me fait prendre la libert de vous dire quil mest venu en la pense que non seulement les dames devaient tre averties du jour mais aussi de faire dire efficacement aux prnes des paroisses, pour obliger le monde y faire du bien. Car comme lon voit ce magnifique lieu, que lon croit tre aux petits enfants, que toutes les personnes qui le gouvernent sont de grande condition, la plupart croient quil y a de grands biens, et il nous faut emprunter ce que lon ach te pour les provisions, outre toutes les autres ncessits que vous savez. Sil plat votre charit se souvenir de nous demander des filles nous en sommes dans une ncessit bien pressante, car louvrage de la maison et dailleurs augmente tous les jours. Faites-moi toujours lhonneur de me croire, Monsieur, votre trs obissante servante et trs oblige fille. LOUISE DE MARILLAC. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1010. A LA DUCHESSE DAIGUILLON 24 janvier 1648. Madame, Il ny a que Notre-Seigneur seul qui vous puisse faire comprendre la consolation que jai reue de la bndiction quil a donne aux armes de Mgr le duc de Richelieu (1), ni la tendresse avec laquelle je lui demande sa Lettre 1010. -eg I, f; 7:, copie prise sur la minute autographe. #$ 6rmand 4ean du Blessis, duc de -ichelieu, n le ( octo0re #7+#, avait succd , son p1re Fran5ois de <ignerod, fr1re de la duchesse d6iguillon, dans la charge de gnral des gal1res. %ans a a 0ataille dont parle ici saint <incent, le duc avait sous ses ordres une trentaine de vaisseau! fran5ais, trois vaisseau! portugais et quatre 0rHlots. Il mit le feu , cinq vaisseau! espagnols, qui avaient 8et lancre sous Castellamare N et comme le gros de la flotte
- 267 conservation et la sanctification linfini de votre chre me. Voici des lettres de Marseille. Jai grande peine denvoyer l (2) M. Lambert, pour beaucoup de raisons. M. Codoing est dangereusement malade et peuttre devant Dieu. Cest Saint-Men o il est tomb malade. Nous avons cans un homme qui a quelques qualits plus accommodantes pour le dehors que M. Delattre ; cest le suprieur de La Rose ; je dis M. Delattre ; il est vrai que M. Delattre est plus intrieur et rgulier. Nous verrons en suite de la visite de M. Portail, dont il me doit envoyer le rsultat par le premier courrier. Je lui dis hier, par ma lettre que jcrivis au soir, quil partt pour Annecy aussitt quil aurait achev la visite Marseille ; mais ayant relu sa lettre, que je vous envoie ce matin, jai pens quil est propos quil demeure jusques ce que les affaires de la maison et du sminaire soient claircis (3), et je lui mande quil demeure. Madame la princesse (4) doit assister, 3 heures prcisment aujourdhui, chez Madame de Lamoignon, lassemble. Y serez-vous, Madame ? Si cela est, nous aurons ennemie approchait, il la canonna, la repoussa sur *aia et sur le ch@teau de lcuf et coula trois ou quatre navires. Cette victoire fut sans lendemain, , cause du manque de vivres, qui o0ligea la flotte , revenir sur les cGtes de France. Le duc de -ichelieu mourut le #E mai #:#A. ($ 6 Marseille comme suprieur. +$. Le sminaire de Marseille souvrit dans le courant de lanne #7.C. Ce fut un des motifs qui retinrent si longtemps 6ntoine Bortail dans cette ville, oK il dut encore soccuper de procurer un logement convena0le au! missionnaires, qui taient , ltroit dans une maison loue au voisinage de larsenal. Il acheta pour eu! un vaste terrain, situ au8ourdhui au centre de la ville, entre la rue du Iapis <ert la rue Ihu0aneau, le 0oulevard %ugommier et la rue Longue des Capucines, et fit commencer les constructions, qui devaient durer une dizaine dannes. 3Cf. 2imard, op. cit, p. 9A.$ .$. Charlotte de Montmorency, princesse douairi1re de Cond.
- 268 le bonheur de vous parler de toutes ces choses. Vous verrez ici une lettre de M. Barreau.
1011. NICOLAS PAVILLON A SAINT VINCENT DAlet, ce 29 janvier 1648. Monsieur mon trs cher et trs honor Pre, Je chris et respecte dautant plus les lettres qui me viennent maintenant de votre part, que je sais quelles sont comme tires de la presse de vos saintes et trs importantes occupations pour le service de Dieu et de lglise, qui vont, comme japprends, croissant de jour en jour. Aussi, quand ce bonheur marrive, je le re ois comme un effet de votre charit paternelle vers moi, qui me sens oblig par consquent de vous en faire un remerciement trs particulier avec toute lhumilit affection et rvrence qui mest possible. Si la disposition de notre pauvre et chtive famille et la condition de nos divers petits emplois souffraient que je reusse des ecclsiastiques parmi nous pour y faire servir, autres que ceux qui nous sont ncessaires pour ladministration du diocse et des affaires qui en dpendent, jagrerais de bien bon cur une telle occasion quil vous plat me proposer et qui, mon avis, ne pourrait russir qu la commune dification de tous nos domestiques et de notre clerg. Mais me trouvant ci-devant oblig de mexcuser, pour ces mmes raisons, envers plusieurs, des principales et des plus remarquables familles de ce pays, qui staient prsents pour cette mme fin, je devrais, ce me semble, apprhender de leur donner quelque sujet de mcontentement, en recevant quelques autres dailleurs, et de faire encore un pr jug pour lavenir en semblables rencontres. Examinez, Monsieur, vous-mme, sil vous plat, le fondement de cette difficult. Cependant mon trs cher et trs honor Pre, je ne vous puis dissimuler quun des plus grands dsirs qui me pourraient rester en cette vie serait davoir lhonneur de vous revoir encore et de jouir, au moins pour quelque peu de temps, de votre sant et amiable conversation, ce qui serait sans doute dune singulire consolation et trs grande utilit spirituelle pour moi. Mais si la divine Providence en dispose autrement, comme il y a de lapparence, au moins la suppliai-je Lettre 1011. L. a. %ossier de la Mission, original.
- 269 trs humblement de navoir pas gard mon extrme indignit pour me priver de cette grce dedans lternit. Vous me pouvez, mon trs cher Pre, par vos saintes prires et sacrifices, obtenir cette misricorde, et cest de quoi je vous conjure tr s instamment comme aussi de me croire plus que jamais, en lamour de notre cher Sauveur et de sa sainte Mre, Monsieur mon trs cher et trs honore Pre, votre trs humble, trs obissant et trs oblig serviteur et fils. NICOLAS, indigne vque dAlet. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, suprieur gnral de la congrgation des prtres de la Mission, Saint-Lazare-lez-Paris.
1012. UN PRTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT Les habitants de Sach (1), commune de 600 communiants, ont suivi avec dification les exercices de la mission : 1200 fidles se sont trouvs la communion gnrale ; nombreuses ont t les rconciliations, restitutions et conversions ; le cur, son vicaire et cinq autres ecclsiastiques ont fait leur confession gnrale ; un des plus riches du lieu, dont le cur tait rest jusqualors ferm la compassion, a fait annoncer au prne quil donnerait du pain, trois fois la semaine, aux pauvres qui se prsenteraient sa porte.
1013. BALTHAZAR GRANGIER, VQUE DE TRGUIER, A SAINT VINCENT Guingamp, 1648. Votre lettre nous a trouvs tous occups dans notre mission, de laquelle jespre beaucoup. Lun de vos prtres y prche le soir admirablement et dvotement ; un autre fait le principal Lettre 1012. 60elly, op. cit., #. II, chap. I, sect. II, O C, #er d., B A+ #$ Commune de larrondissement de Chinon 3I et L.$. Lettre 1013. 60elly, op cit., #. II, chap. I, sect. II, O 7, #er d., p ..
- 270 catchisme une heure aprs-midi, o il se fait admirer et aimer des petits et des grands ; un autre fait le petit catchisme, et mon thologal prche le matin en bas breton enfin tout le monde travaille et on na pas mme voulu me laisser oisif, car je prche deux jours la semaine. Nous commencerons tous confesser demain, Dieu aidant. Les gens de ce pays sont fort tonns, ntant pas accoutums aux missions, chacun en dit son avis diversement mais avec respect. Jesp re quavec la grce de Dieu tout ira bien.
1014. A UN PRTRE DE LA MISSION [1648] (1) Voil que nous allons enterrer le corps de notre bon Monsieur du Chastel, qui dcda hier, une heure aprs midi, aprs avoir si longtemps difi de sa patience dans une aussi fcheuse maladie que la sienne. Je vous prie de lui rendre les assistances des saints sacrifices et des prires de votre famille.
1015. A ANTOINE PORTAIL, PRTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE De Paris, ce 7 fvrier 1648. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Mon Dieu ! Monsieur, que je suis consol de la confrence que vous avez faite sur les dfauts des missions des galres ! Le fruit qui en a russi (1) est une marque que Dieu a eu bien agrable cette action. Je len remercie de Lettre 1014. Ms. de Lyon. #$ 6nne de la mort de Bierre %uchastel. Lettre 1015. L. s. %ossier de Iurin, original. #$ Kui en a russi, qui sen est ensuivi.
- 271 tout mon cur, et vous, Monsieur, de ce que vous avez : assist lassemble de Messieurs les administrateurs (2). Je nai pu achever de lire les articles quils vous ont proposs ; je les verrai, Dieu aidant, ensemble la fondation de Madame la duchesse (3). Afin que sur les obligations dicelle je vous puisse dire mes penses avant que vous dressiez aucun rglement touchant lhpital, je vous prie de nous envoyer une copie de la patente de sa fondation, laquelle nous servira bonne fin ; je dis la fondation ou dclaration du roi lgard de lhpital (4). Il sera bon que vous fassiez entendre auxdits sieurs administrateurs que la compagnie na point de visiteur g nral, mais seulement un en chaque province. Je ne suis pas marri que M. Tyrry naille Alger et serais bien aise de savoir si M. Lesage y est all et quel temps il a eu. Dans cinq ou six jours, Dieu aidant, nous vous allons envoyer une belle carrosse de monde, la plus grande partie pour Rome et lautre pour Marseille. Je vous prie de les attendre et de me recommander NotreSeigneur, en lamour duquel je suis, Monsieur, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Monseigneur de Marseille (5) est-il de retour ? Lui avez-vous rendu ma lettre et fait la proposition du sminaire ? En ce cas, quel accueil et quelle disposition avez-vous remarqus ? Au bas de la premire page. M. Portail. ($ Les administrateurs de lhGpital des galriens. +$ La duchesse d6iguillon. .$ Ce mem0re de phrase est de la main du saint. A$ )tienne de Buget.
- 272 1016. A ANTOINE PORTAIL De Paris, ce 14 fvrier [1618] (1) La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais Je ne doute point que Messieurs les administrateurs (2) naient dessein de prdominer en tout. Quand ils vous reparleront des rgles de lhpital, ditesleur, sil vous plat, comme de vous-mme, quune bonne maxime de ceux que Dieu emploie ltablissement des uvres saintes et nouvelles est de diffrer autant quils peuvent le rglement quils font, cause que lexprience montre que ce qui est faisable au commencement est parfois nuisible dans le progrs, ou sujet des inconvnients fcheux ; que pour cela quelques communauts nont fait leurs constitutions que cent ans aprs, comme les Chartreux. Saint Ignace ne fit quun petit projet des siennes ; mais sa compagnie les a mises depuis en ltat quelles sont, selon les lumires que le temps leur a dcouvertes. M. de Genve, pour stre trop ht faire le rglement des filles de Sainte-Marie, a t oblig de faire un directoire (3). Si, aprs cette raison gnrale, lesdits sieurs administrateurs Lettre 1016. L. s. %ossier de Iurin, original #$ La lettre est de #7.C, 0ien que le secrtaire lait, par distraction, date de #7.:. Irois raisons plus particuli1rement nous portent , faire cette modification au te!te " #; Les missionnaires d/i0ernie nont pu crire au saint en septem0re #7.7, vu quils nont quitt la France que deu! mois apr1s, en novem0re 3cf. # 9E($ N (; Firmin 'et ntait pas pr&tre le (E dcem0re #7.: 3cf # #EE.$ N +; Louis Callon vivait encore le #. fvrier #7.:. Il faut donc a0andonner lanne #7.:, et seule lanne #7.C peut convenir. ($. Les administrateurs de lhGpital des galriens. +$ Le directoire de la <isitation fut prpar dans une assem0le plni1re tenue , 6nnecy en mai #7(+, sous la prsidence de sainte Chantal, la vnra0le fondatrice sinspira surtout de notes laisses
- 273 vous pressent, venez au particulier et leur dites, sil vous pla t, que nous ne pouvons nous obliger dentretenir deux prtres de la compagnie (4) dans lhpital : 1 parce que la fondation de Madame la duchesse (5) ne le dtermine pas ; 2 que le revenu nest suffisant pour cela et pour les autres charges ; 3 que notre institut na que deux fins principales, savoir est linstruction du pauvre peuple de la campagne et les s minaires ; quen cela git notre devoir, et non en la direction des hpitaux qui nest quun accessoire ; que nanmoins nous avons entrepris celle dont est question, dans la pense dy employer des prtres externes, quand les ntres ne pourraient suffire, ainsi que nous faisons dans les missions. Je vous envoie un extrait de ce quoi la fondation nous oblige. Certes, lentretien de deux prtres lhpital nous serait une grande charge, puisque, si lun deux tombait malade, comme il arriverait souvent, il en faudrait un troisime. Dieu vous inspirera le reste. Notre monde partira, Dieu aidant, au premier voyage du coche de Lyon. M. Gallais sera de la partie, comme jespre. M. Get est assez bon et sage pour servir dassistant. Ce ntait pas mon intention quon nourrt si longtemps le prtre armnien ; mais, puisque cest faire une charit, in nomine Domini ! 2 ou 3 sminaristes du collge (6) taient tout disposs daller sur les galres ; mais sur ce que M. Chrtien nous manda quil ne les fallait envoyer et quil trouve par saint Fran5ois de 2ales, mort le (C dcem0re #7((. ce directoire a t dit en #CAE sous le litre *outumier et directoire pour les sLurs religieuses de la 8isitation ainte!Marie. .$ Les mots =de la compagnie> sont en interligne et de la main du saint A.$ La duchesse d6iguillon 7$ Le coll1ge des *ons )nfants
- 274 rait suffisamment des prtres du pays pour cela, nous les avons dcourags et divertis de leur rsolution ; si bien que je crains quil ne sen trouvera point prsent qui veuillent y aller. Jai nanmoins fait prier M. Berthe 7 den sonder quelques-uns. Jai reu les papiers de M. de Trbizonde (8) et lindulgence demande par feu M. Callon (9). Nous navons rien de nouveau, sinon de vieilles nouvelles dHibernie, arrives depuis deux jours et dates des mois de septembre et de novembre. M. du Chesne est incommod dun flux de sang depuis un mois avant sa dernire lettre, et notre frre Le Vacher (10) depuis quil est en Hibernie. Les autres sont bien disposs, grces Dieu. Les misres du pays sont grandes en toute faon et les ennemis environnent le lieu o nos gens rsident, en sorte que, quand ils vont en mission, ils sont en danger (11) Je les recommande vos prires, et en particulier mon me. Je suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prtre de la Mission, Marseille. :$ 2uprieur du coll1ge des *ons )nfants. C$ Lv&que in paribus de Ir0izonde 9$ Il tait mort , 6umale le (7 aoHt #7.: #E$ Bhilippe Le <acher ##$ Les troupes confdres taient entres, en septem0re #7.:, , Iipperary et , Caher, puis, se portant sur Cashel, avaient pris la ville et massacr une partie de ses ha0itants. Le #+ novem0re, elles inflig1rent une sanglante dfaite , larme irlandaise masse , danturV. Les catholiques irlandais qui chapp1rent au! com0ats ou au! massacres ne pouvaient chapper , la mis1re. Les pr&tres taient plus e!poss N ils devaient se cacher pour pratiquer leur religion, sous peine de prison et de mort.
- 275 1017. A ETIENNE BLATIRON, SUPRIEUR, A GNES Du 14 fvrier 1648. Les grces que Dieu verse sur vos travaux sont des effets de sa pure misricorde et non de nos chtives prires ; nous sommes de pauvres gens, plus capables de dtourner ses bndictions que de les attirer. Je remercie sa divine bont du zle et de la fidlit quelle donne votre cur et ceux qui sont avec vous. Certes, Monsieur, je suis si touch de lusage que vous faites de ces vertus et de beaucoup dautres, que, quand loccasion se prsente dexciter la communaut de Saint-Lazare sa propre perfection, je lui rapporte les exemples que la vtre nous en donne ; je lui raconte vos longs travaux, nonobstant les infirmits daucuns, votre patience dans les difficults, la charit et le support que vous avez les uns pour les autres, le gracieux accueil, la prvention dhonneur et les services que les externes trouvent en chacun de vous. Do vous voyez, Monsieur, que le miel de votre ruche scoule jusques dans cette maison et sert la nourriture de ses enfants. O Dieu ! quel sujet de consolation pour toute la compagnie ! mais quel motif notre petite famille de shumilier devant Dieu et de faire toujours de mieux en mieux, puisquil se plat tendre et multiplier ainsi les biens quelle fait, aux lieux mmes o elle nest point ! Les prsents que lon vous apportera dans Gnes, vous les pourrez recevoir, quoiquils viennent des lieux o vous avez fait la mission ; mais ceux que lon vous pourrait offrir en faisant lesdites missions, refusez-les honntement. Lettre 1017. -eg. (, p. #99.
- 276 1018. A LA MARQUISE DE MAIGNELAY De Saint-Lazare, ce samedi matin [1647 ou 1648] (1). Madame, Cest avec toute lhumilit et le respect qui mest possible, que je vous supplie, prostern en esprit vos pieds, de me pardonner si je ne me rends aujourdhui chez Monsieur du Fresne, selon votre commandement, pour ce que, ne pouvant faire ce quil a propos, de suite, pour les raisons de conscience que je vous ai dites, Madame, jaurais trop daffliction de refuser en prsence la personne du monde laquelle jai plus dobligation et daffection dobir, du fait dont il sagit, vous protestant, Madame, que jaimerais mieux mourir que de vous dsobir, sil y allait de moins que de mon salut, et que, tant sen faut que ce soit manquer daffection pour ces bonnes filles (2), que, si je me Laissais aller aux mouvements de ma nature, je men irais les trouver lheure que je vous parle. Et pour ce qui regarde Mademoiselle dAnse (3), je ne Lettre 1018. L. a. Driginal au *ritish Museum, )gleton ms #7E9, f; +A. Cette lettre a t tire en fac simil , un grand nom0re de!emplaires #$ <oir note (. ($ Les filles de la <isitation, que saint <incent cessa de visiter pendant di! huit mois, , la suite dune rsolution prise pendant sa retraite de #7.7. ?ous savons, par la confrence du #+ novem0re #7A. au! missionnaires, que ces religieuses eurent recours , la marquise de Maignelay pour faire flchir le saint et que ce moyen leur russit. +$. Marie Lam0ert, demoiselle d6nse, fille dhonneur de la reine 6nne d6utriche et dame de la Charit. %isgracie et renvoye de la cour , lpoque de la Fronde, pour avoir laiss paraTtre ses sentiments vis , vis de Mazarin, elle sut si 0ien regagner la faveur de la reine que celle ci lui donna di! mille livres par testament. Louise de Marillac et saint <incent eurent plus dune fois recours , ses 0ons offices.
- 277 manquerai, Madame, daller recevoir vos commandements demain ou aprs, Dieu aidant, en lamour duquel je suis, Madame, votre trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Madame Madame la marquise de Maignelay.
1019. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Monsieur, Il y a plus dun mois que nous sommes averties que Monsieur labb de Vaux doit venir en cette ville au commencement du mois de mai, et quil est n cessaire quil ordonne dun directeur pour nos surs, ce qui ne fait (1) avant que je vous aie fait toutes ses propositions, avant quil parte et que le changement des surs soit fait. Mon peu dexprience et capacit empchent que je ne puis donner sujet votre charit de prvoir (2) aux dangers o je vois souvent toute la compagnie dprir petit petit plutt que stablir ; ce qui me donne souvent les penses dAgar sur la crainte de la mort de son fils pour ne le voir prir ; mais plus justement quelle, puisque ce sont mes pchs qui sont cause de tous les dsordres. Je vous demande trs humblement pardon de la surcharge de peine que je vous donne. Si je ne pensais que cest la volont de Dieu, jessaierais de voir en paix tous ces dangers. Je supplie sa bont y remdier et votre charit croire toujours que je suis, Monsieur, votre trs humble fille et trs oblige servante. L. DE M. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent. Lettre 1019 L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ Bro0a0lement pour =ce quil ne fera>
- 278 1020. A CHARLES NACQUART, PRTRE DE LA MISSION, A RICHELIEU (1) De Paris, ce 22 mars 1648 (2) Monsieur, Il y a longtemps, Monsieur, que Notre-Seigneur a donn votre cur les sentiments pour lui rendre quelque signal service ; et quand on fit Richelieu louverture des missions parmi les gentils et idol tres (3), il me semble que Notre-Seigneur fit sentir votre me quil vous y appelait, comme pour lors vous me lcrivtes, ensemble avec quelquautre de la famille de Richelieu. Il est temps que cette semence de la divine vocation sur vous ait son effet. Et voil que M. le nonce, de lautorit de la Sacre Congrgation de la Propagation de la Foi, de laquelle notre Saint-Pre le Pape est chef, a choisi la compagnie pour aller servir Dieu dans lle Saint-Laurent, Lettre 1020. 6rch. de la Mission, dossier de Madagascar, copie ancienne. #$ Charles ?acquart, n , Ireslon 3Marne$ tait entr dans la congrgation de la Mission le 7 avril #7.E, , l@ge de vingt trois ans. 6rriv , Madagascar le . dcem0re #7.C, il tudia si 0ien la langue du pays, avec laquelle il avait d8, fait connaissance sur le 0ateau quen peu de temps il fut capa0le de rdiger un court a0rg de la doctrine chrtienne. Il convertit plusieurs protestants, 0aptisa soi!ante di! sept malgaches et rgularisa la situation de Fran5ais qui vivaient en concu0inage avec des femmes indig1nes. Il vanglisa non seulement Fort %auphin, mais tout le pays dalentour, dans un rayon de plus de di! lieues. Iant de travau! lpuis1rent. Il mourut le (9 mai #7AE. Les Mmoires de la *ongrgation de la Miss G on 3Baris, #C7+ #C99, II vol. in C;$ ont pu0li 3t. IQ$ ses lettres, son 8ournal et son testament, sur danciennes copies conserves au! archives de la Mission ($. 60elly, qui reproduit cette lettre en entier "op. cit., t. II, chap. I, sect. IQ, O I, p. #A7$, non sans la retoucher sur plusieurs points, la date davril #7.C. +$. Le sens est " quand on annon5a , la maison de -ichelieu quon allait commencer la Mission de Madagascar.
- 279 autrement dite Madagascar (4) ; et la compagnie a jet les yeux sur vous, comme sur la meilleure hostie quelle ait, pour en faire hommage notre souverain Crateur, pour lui rendre ce service, avec un autre bon prtre de la compagnie. O mon plus que trs cher Monsieur, que dit votre cur cette nouvelle ? A-til la honte et la confusion convenables pour recevoir une telle gr ce du ciel ? vocation aussi grande et aussi adorable que celle des plus grands ap tres et des plus grands saints de lglise de Dieu ; desseins ternels accomplis dans le temps sur vous ! Lhumilit, Monsieur, est seule capable de porter cette grce ; le parfait abandon de tout ce que vous tes et pouvez tre, dans lexubrante confiance en votre souverain Crateur doit suivre. La gnrosit et grandeur de courage vous est ncessaire. Il vous faut une foi aussi grande que celle dAbraham ; la charit de saint Paul vous fait grand besoin ; le zle, la patience, la dfrence, la pauvret, la sollicitude, la discrtion, lintgrit des murs et le grand dsir de vous consommer tout pour Dieu vous sont aussi convenables quau grand saint Franois Xavier. Cette le [est] (5) sous le Capricorne. Elle a 400 lieues .$ Le dpart des missionnaires fut si prcipit que saint <incent nayant pas le temps de recourir , -ome, se contenta de demander les pouvoirs , ?icolas *agni, nonce en France. Le nonce ignorait que la Bropagande rservait la Mission de Madagascar au! Carmes dchausss et leur avait d8, accord toutes les facults ncessaires. Bar dcret du (E 8uillet #7.C, la Bropagande suspendit les pouvoirs donns par le nonce , Charles ?acquart et , ?icolas 'ondre. Ioutefois, pour ne pas les condamner , une oisivet force, elle leur permit de!ercer toutes les fonctions curiales, pour les catholiques de lTle seulement, 8usqu, ce que les Carmes eussent renonc , leurs droits. La situation fut rgularise par le dsistement de ces religieu! et un nouveau dcret de la Bropagande. A$. Mot ou0li dans la copie.
- 280 de long et environ cent soixante de large (6). Il y a des pauvres gens dans lignorance dun Dieu, que lon trouve pourtant fort simples, bons esprits et fort adroits. Pour y aller, on passe la ligne de l quateur. Ceux qui ont la direction de cette le sont des marchands de Paris, qui sont comme les rois du pays (7). La premire chose que vous aurez faire, ce sera de vous mouler sur le voyage que fit le grand saint Franois Xavier, de servir et difier ceux des vaisseaux qui vous conduiront ; y tablir les prires publiques, si faire se peut ; avoir grand soin des incommods et sincommoder toujours pour accommoder les autres ; porter le bonheur de la navigation, qui dure quatre ou cinq mois (8), autant par vos prires et la pratique de toutes les vertus, que les mariniers feront par leurs travaux et leur adresse ; et lgard de ces messieurs (9) leur garder toujours grand respect ; tre pourtant fidle Dieu pour ne pas manquer ses intrts, et jamais ne trahir sa conscience par aucune considration, mais se prendre soigneusement garde de ne pas gter les affaires du bon Dieu, pour les trop prcipiter ; prendre bien son temps et le savoir attendre. Quand vous serez arriv en cette le (10) vous aurez 7$ LTle mesure e!actement # A#A Vilom1tres du nord au sud et .:E de largeur moyenne. :$. Mne socit de capitalistes, la ocit de lMrient compose de vingt quatre mem0res, avait o0tenu de -ichelieu, le (( 8anvier #7.(, le droit e!clusif de faire le commerce , Madagascar et au! Tles ad8acentes pendant di! ans. Ils avaient envoy des colons dans lTle, sous lautorit de M. de Bronis, qui da0us en a0us avait o0lig la Compagnie , lui chercher un successeur. M. %e Flacourt fut choisi. Il alla prendre possession de son poste par le 0ateau qui conduisit MM. ?acquart et 'ondre. 3Cf. Mmoire sur la *ompagnie des =ndes Mrientales, #7.( #:(E, *i0l. nat. f.f. 7(+#$. C$. )lle dura plus de si! mois. 9$. MM. de Flacourt, de *loye, 'aliot, -uffin et autres compagnons de voyage. #E$ Le copiste a crit $ille, par distraction sans doute.
- 281 1 vous rgler selon que vous pourrez. Il faudra peut-tre vous diviser, pour servir en diverses habitations ; il faudra vous voir lun et lautre le plus souvent que vous pourrez, pour vous consoler et vous fortifier. Vous ferez toutes les fonctions curiales lgard des Franais et des idoltres convertis. Vous suivrez en tout lusage du concile de Trente et vous servirez du rituel romain. Vous ne permettrez quon nintroduise aucun usage ; et si dj il y en avait, vous tcherez doucement ramener les choses ce point. Pour cela, il sera bon que vous emportiez au moins deux rituels de Rome. Le capital de votre tude, aprs avoir travaill vivre parmi ceux que (11) vous devrez converser en odeur de suavit et de bon exemple, sera de faire concevoir ces pauvres gens, ns dans les tnbres de lignorance de leur Crateur, les vrits de notre foi, non pas par des raisons subtiles de la th ologie, mais par des raisonnements pris de la nature ; car il faut commencer par l, tchant de leur faire connatre que vous ne faites que dvelopper en eux les marques que Dieu leur a laisses de soi-mme, que la corruption de la nature, depuis longtemps habitue au mal, leur avait effaces. Pour cela, Monsieur, il faudra souvent vous adresser au Pre des lumires et lui rpter ce que vous lui dites tous les jours : Da mihi intellectum ut sciam testimonia tua (12), Vous rangerez par la mditation les lumires quil vous donnera, et pour montrer la vrit du premier et souverain tre et les convenances pour le mystre de la Trinit, la ncessit du mystre de lIncarnation, qui nous fait natre un second homme parfait, aprs la corruption du premier, pour nous rformer et redresser sur lui. Je voudrais leur faire voir les ##$ Kue, avec qui #($ Bsaume CQ<III, #(A
- 282 infirmits de la nature humaine par les dsordres condamnent ; car ils ont des lois, des rois et des chtiments. queux-mmes
Quoiquil y ait quelques livres qui traitent ces matires, comme le catchisme de Grenade (13) ou autre, que nous tcherons de vous envoyer, je ne puis que je ne vous rpte, Monsieur, que le meilleur sera loraison : Accedite ad eum et illuminamini (14) ; sabandonner lesprit de Dieu, qui parle en ces rencontres. Sil plat sa divine bont vous donner grce pour cultiver la semence des chrtiens qui y sont dj et qui y vivent avec ces bonnes gens dans la charit chrtienne, je ne doute nullement, Monsieur, que Notre-Seigneur ne se serve de vous de del pour prparer la compagnie une ample moisson. Allez donc, Monsieur, et, ayant mission de Dieu par ceux qui vous le repr sentent sur la terre, jetez hardiment les rets. Je sais combien votre cur aime la puret. Il vous en faudra faire de del un grand usage, [attendu que ces peuples (15) vicis en beaucoup de choses, le sont particulirement de ce ct-l, jusque-l que lon dit que les maris mnent leurs propres femmes aux Europens, pour avoir des enfants deux. La grce infaillible de votre vocation vous garantira de tous ces dangers. Nous aurons tous les ans de vos nouvelles, et nous vous en donnerons des ntres. Encore quil ne faille point dargent en ces pays pour y vivre, n anmoins, Monsieur, la compagnie a ordonn quon vous envoyt cent cus en or pour les ncessits #+$. *atchisme ou instruction du symbole de la +oy, traduction par le chanoine ?icole Colin, Baris, Chaudi1res, #AC:, in f; #.$ Livre des Bsaumes QQQIII, 7. #A$ Ces mots, ncessaires au sens de la phrase, ne sont pas dans la copie N nous les empruntons au! te!te d60elly.
- 283 qui peuvent survenir. Nous vous enverrons aussi une chapelle compl te, deux rituels romains, deux petites Bibles, deux conciles de Trente (16) deux Binsfeld (17) des images de tous nos mystres, qui servent merveilleusement faire comprendre ces bonnes gens ce quon leur veut apprendre, et qui se plaisent en voir. Nous avons ici un jeune homme de ce pays-l, denviron vingt ans, que Monseigneur le nonce doit baptiser aujourdhui. Je me sers dimages pour linstruire, et il me semble que cela lui sert pour lui lier limagination. Je ne sais sil ne serait pas ncessaire de porter des fers pour faire des pains dire la sainte messe, des pingles, des tuis de poche, chacun trois ou quatre, des huiles saintes pour le baptme et lextrme-onction, chacun un Buse (18) quelques Introduction la vie dvote (19) des abrgs des vies des saints. Vous avez une obdience (20) de nous, un plein pouvoir de Monsieur le nonce, lequel a grandement cette uvre cur. Avec cela je me donne absolument vous, sinon pour vous suivre en effet, dautant que jen suis indigne, au moins pour prier Dieu, tous les jours quil plaira Dieu de me laisser sur la terre, pour vous, et, sil pla t Dieu me faire misricorde, pour vous revoir dans lternit et #7$ Les premi1res ditions des canons et dcrets du concile de Irente avaient paru , -ome en #A7.. Les plus rcentes taient celles d6nvers 3#7.E$ et de Cologne 3#7..$. #:$ 6uteur dun enchiridion theologiae pastoralis, Ir1ves, #A9#, in C;, rdit , Baris en #7.7 #C$ Manuel des Mditations d$otes sur tous les $angiles des dimanches et +&tes de lanne. Cet ouvrage, compos en latin par le B. *use, avait t traduit et augment par 6ntoine Bortail en #7... #9$. Mne 0elle dition de =ntroduction C la $ie d$ote venait de paraTtre , Baris en #7.# (E.$ La lettre do0dience fut envoye le (C mars , MM ?acquart et 'ondre. )lle a t pu0lie dans les Mmoires, t. IQ, p. .(, note l.
- 284 vous y honorer comme une personne qui sera place par la dignit de sa vocation au nombre des personnes apostoliques. Je finis, prostern en esprit vos pieds, demandant quil vous plaise aussi moffrir notre commun Seigneur, afin que je lui sois fidle et que jachve en son amour le chemin de lternit, qui suis dans le temps et serai jamais, Monsieur, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Celui que nous vous destinons est M. Gondre, lequel vous avez peut-tre vu Saintes, o il a demeur, tant encore clerc ; cest un des meilleurs sujets de la compagnie, en qui la dvotion quil avait, entrant en icelle, se conserve toujours ; il est humble, charitable, cordial et zl ; bref il est tel que je ne puis vous en dire le bien que jen pense. Quelques marchands partiront dici mercredi ou jeudi pour aller La Rochelle, o lembarquement se doit faire. Sils dsirent passer Richelieu, Monsieur Gondre pourra aller avec eux pour vous y aller joindre, et eux sen iront devant disposer leur vaisseau et vous attendre vers le (15) ou le 20 du mois prochain, auquel temps ils doivent faire voile (21). Je vous supplie, Monsieur, de vous tenir prt. Nous ajouterons aux livres j nomms la vie et les ptres de lAptre des Indes (22), (#$ Le vaisseau ne leva lancre que le (# mai, 8our de l6scension (($ Barmi les vies fran5aises de saint Fran5ois Qavier, saint <incent pouvait connaTtre celles de Martin Christophe 3#7EC$, Michel Coissard 3#7#($, )tienne *inet 3#7(($, du B. de *alinghem et une vie anonyme pu0lie , Mons en #7#9. La premi1re dition fran5aise de ses lettres avait paru , Baris en #7(C.
- 285 Ne divulguez ceci, sil vous plat, non plus que nous ne lavons encore divulgu de de. Lun des messieurs qui cette le est donne par le roi sen va au voyage (23) ; il fera votre dpense sur mer et sur les lieux. Vous verrez sur les lieux si, avec le temps, vous y pourrez avoir du bien, pour vous y entretenir en votre particulier. Il y fait si bon vivre que cinq sols de riz, qui tient lieu de pain, suffisent pour nourrir cent hommes par jour. Que vous dirai-je davantage, Monsieur, sinon que je prie Notre-Seigneur, qui vous a donn part sa charit, quil vous la donne de mme sa patience, et quil ny a condition que je souhaitasse plus sur la terre, sil m tait loisible, que celle de vous aller servir de compagnon la place de M. Gondre.
1021. A DENIS GAUTIER, SUPRIEUR, A RICHELIEU De Paris, ce 29 de mars 1648. La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Jcris M. Nacquart par M. Gondre, qui part aujourdhui dans un coche pour Richelieu, afin de se rendre ensemblement La Rochelle avec ces messieurs qui les doivent mener aux Indes, environ le 20e du mois prochain. Monseigneur larchevque de Reims (1) est dans votre voisinage ; il ma crit que vous ne lavez point visit. (+$ M. de Flacourt. La ocit de lMrient avait promis de procurer au! missionnaires le logement, des vivres et des v&tements. Le nouveau gouverneur ne tint pas ces engagements. Lettre 1021. L s. %ossier de Iurin, original. #$ Lonord d)stampes de <alen5ay
- 286 Je vous supplie, Monsieur, de laller voir, et, vous prosternant ses, pieds, de lui demander pardon de ne lui avoir rendu plus tt vos devoirs ; que vous venez lui offrir votre obissance et celle de votre compagnie, comme celui qui vous a tablis Richelieu (2) et qui, pour cette raison, vous devez toute sorte de respect et de soumission. Vous lui ferez aussi de ma part, sil vous plat, un renouvellement des offres de mon obissance perptuelle. Je vous ai recommand M. du Coudray et je le vous recommande encore ; je ne le puis faire assez selon ltendue de laffection que Dieu me donne pour lui (3). Je vous prie de lui en donner tmoignage et de me mander en quel tat il est. Nous avons demand Notre-Seigneur sa conservation et sa sant. Je ne sais si M. Chiroye (4) a recouvr la sienne ; je lui ai demand des nouvelles il y a huit jours. Je vous prie de men crire, au cas quil ne le fasse, et de saluer de ma part toute la famille, de laquelle et de vous en particulier je suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. M. Gondre est parti sans la lettre de M. Nacquart ; je la vous envoie (5). Voyez La lettre du frre Cruoly (6) et la lui rendez, si vous le jugez propos. Au bas de la premire page : M. Gautier. ($ <oir t. I, pp. .+E et ..:. +$ Dn sait que Fran5ois du Coudray avait sur certains points dogmatiques des ides singuli1res. .$. 2uprieur , Lu5on. A$. <oir lettre #E(E 7$. %onat Cruoly, n , CorV 3Irlande$ le (. 8uillet #7(+, entr dans la congrgation de la Mission le 9 mai #7.+, re5u au! vJu!
- 287 1022. CHARLES NACQUART A SAINT VINCENT Du 1er avril 1648. Monsieur Votre sainte bndiction, sil vous plat ! Il me semble en lisant et relisant la vtre que les termes dicelle ntaient point dun homme mais des paroles de lesprit de Dieu, qui me communiquent, la vrit, que cest son bon plaisir de se servir de moi en une si noble et relev e vocation dont la vrit, je me reconnais trs indigne, et ny ai pas senti de rpugnance de la part de la chose, sinon que jaurais bien dsir et souhaiterais bien encore dtre sous la conduite de quelquun et navoir point de direction, dont je me vois totalement incapable, faute de vertu et de prudence et de science, ce qui me donne tr s grande apprhension de gter. luvre de Dieu et dempcher beaucoup sa gloire, quun autre procurerait bien plus avantageusement, et serais en grand repos de navoir qu obir. Hlas ! jai bien de la peine de me persuader que ce soit moi, pauvre Charles Nacquart, que sadresse cette signification du dessein de Dieu. Oh bien ! pourtant, puisque vous me tenez lieu de pre sur terre, aprs celui que jai au ciel, je nen doute pas Que M. Gondre vienne quand il lui plaira ; jirai avec lui comme un enfant perdu, laveugle pour dcouvrir si cette terre est de promission. Et quoique jaie vu ma main toute l preuse, je me confie que Dieu nous donnera sa verge toute puissante pour op rer ce quil lui plaira. Mais au moins, si vous nenvoyez un suprieur, ajoutez, sil vous plat, un troisime compagnon, afin que ce triple cordon soit plus fort et indissoluble. Vous nen avez peut-tre pas nous donner, dites-vous. Vous navez qu mettre (1) une lettre ici M. Maillard (2) qui, sil en novem0re #7.A, ordonn pr&tre en #7AE. Il fut du nom0re des missionnaires envoys en Bicardie en #7A# pour porter secours au! populations rduites , la mis1re. 2aint <incent le nomma ensuite directeur des tudiants et professeur de thologie , 2aint Lazare 3#7A+ #7A.$, puis lenvoya comme suprieur au Mans, doK il revint , 2aint Lazare en #7A: pour professer la morale. %onat Cruoly fut , la t&te de la maison de 2aint *rieuc de #77: , #7:E. Lettre 1022 . 6rch. de la Mission, dossier de Madagascar, copie. #$. Mettre, envoyer. ($. 6ntoine Maillard, n , <eney 3Meurthe$, entr dans la congrgation de la Mission le (# mai #7.., , l@ge de vingt si! ans, re5u au! vJu! en #7.7, longtemps procureur de la maison de 2aint Lazare, procureur gnral de #7:9 , #7C7.
- 288 vous en souvient, il y a deux ans, vous le demanda aussi instamment que pas un et qui tout prsentement, comme javais la main la plume, ayant, par quelque conjecture souponn, par quelque chose quil a reconnu de M. Gautier, na pri instamment de vous dire quil y a encore son cur plus port que jamais, si vous le trouvez bon. En vrit aussi je crois quil aurait beaucoup de grces, raison de sa vertu et douceur et autres qualits, par lesquelles nous ne serions quun cur. Si vous dites quil est trop ncessaire pour procureur Richelieu, il a mis tout en si bon ordre quun autre naurait pas peine de lui succder ; ce frre Vageot qui a lestomac dvoy pour ltude (3), peut-tre sen acquittera bien. Donnez-le-nous (4) et pour suprieur ; il nest point capable de vanit. Il y a des hommes qui senivrent dun verre de vin et qui se noient dans 4 doigts deau. La moindre fum e dhonneur est capable de mtourdir. Je puis dire : qui datus est mihi stimulus carnis (5), en entendant lautre sexe ; ce qui me fait apprhender dtre quelquefois seul. Comme vous dites, il ne cotera pas plus 3 que 2 ; mais fiat voluntas Domini ! Mais voici des demandes, au cas que vous confirmiez en moi votre premire proposition. Faudra-t-il choisir un lieu de rsidence duquel, comme dun centre, nous allions la circonfrence de lle faire des missions, comme en ce pays, pour y revenir ? Y a-t-il l des villes, des paroisses, des glises, dautres prtres que nous (6) dautre religion de controverse ? Y a-t-il dautres seigneurs que les Franais, dont il faille dpendre ? Comment faut-il faire les fonctions curiales ? De mme quen ce pays ? Faut-il observer nos mmes crmonies entirement, et il ny a pas (7) de livre de plainchant ? Dirons-nous la messe tous les jours dans le vaisseau ? Aurons-nous partout de la matire de conscration ? Si nous navons quune chapelle, comment faire, quand nous serons diviss ? Ny a-t-il point dobstacles notre religion pour toutes nos fonctions, nos habits de prtres ? Faut-il avoir +$ Bhilippe <ageot, clerc, n , *ellegarde 36in$, entr dans la congrgation de la Mission le + mai #7.A, , l@ge de vingt et un ans, re5u au! vJu! le #( octo0re #7.:, ordonn pr&tre en septem0re #7.C, plac , la maison de 2aintes peu apr1s son ordination, suprieur de cet ta0lissement de #7A# , #7AA, anne de sa sortie de la compagnie. .$ 6ntoine Maillard. A$. 2econde pTtre au! Corinthiens QII, :. 7$. Il ny avait , Madagascar, dans la rgion quallaient ha0iter les missionnaires, quun seul pr&tre, M. de *elle0ar0e. :$. =l ny a pas, ny a t il pas \
- 289 des bonnets carrs, des surplis ? Pourrons-nous tablir des confrries de la Charit, recevoir des exercitants ? Comment rglerons-nous notre temps sans horloge ou montres ? Pourriez-vous nous envoyer le rglement de la Mission comme on y a mis la dernire main (8) ? Pourrons-nous admettre des compagnons de ce pays, ou pour tre prtres et instruire ? Y a-t-il des vques, ou aurons-nous quelques coadjuteurs dici ou de l ? Le frre J. Bance (9) stait offert, comme vous savez. Faut-il accepter quelque fondation pour notre subsistance en particulier et faire b tir sans vous en avoir crit ? Cela serait bien long. Il y aurait possible (10) dautre chose vous proposer, auxquelles vous supplerez en nous donnant de nouveaux avis, si vous ny avez dj pourvu par M. Gondre. Vous aurez encore assez de temps pour rpondre la prsente, avant que nous partions, si vous en prenez la peine, par la premire poste, quoi nous nous attendrons. Auronsnous un encensoir, de lencens, un soleil pour honorer N.-S. au Saint Sacrement de lautel ? Laurons-nous toujours consacr dans le vaisseau ? Tcherons-nous de faire faire des confessions gnrales tous ceux du vaisseau ? Ferons-nous lecture de table sur le chemin et l. ? Pourrons-nous avoir sur le chemin et au pays la libert de garder lordre de la journe dun missionnaire, faire des confrences entre nous et en faire avec ces messieurs du vaisseau, sils y sont disposs, et aussi, dans le pays, aux enfants, aux hommes (11) ? Si nous avions des indulgences beaucoup distribuer et des messes privilgies, des prires de 40 h., etc., cela exercerait la dvotion. Jattendrai la vtre pour vous dire adieu et faire mon testament (12) avant que mourir moralement tout le pays. Offrez-nous derechef aux prires de la compagnie, sans lesquelles jaurais bien moins de confiance pour une telle entreprise, laquelle ces marchands qui y vont pour le temporel me serviront daiguillon ou de confusion, si je ne fais pour la gloire de Dieu et le salut des mes autant comme eux pour C$ 6vec les derni1res modifications. 9$. 4ean *ance, n , Mnonval 32eine Infrieure$ en #7##, re5u dans la congrgation de la Mission, comme fr1re coad8uteur, le 9 novem0re #7+:. #E$ ,ossible, peut!&tre. ##$ La rponse de saint <incent fut affirmative, et Charles ?acquart eut la 8oie de voir matelots et passagers rpondre , son appel. #($ Le seul testament que nous ayons de Charles ?acquart est du (. 8uin #7.9. Il a t pu0li dans les Mmoires, t. IQ, p. #+:.
- 290 leur trafic, quoique je craigne extrmement de me perdre, sachant mes infirmits et lincapacit la conduite des mes. N.-S. me veuille tenir la main et me donner ce que vous mavez dj souhait et que vous lui demanderez avec tant dautres bonnes mes, dont par vous je mendie le secours. Je suis, en son amour, inviolablement et de tout mon cur, en celui de sa sainte M re et de saint Joseph, Monsieur et trs honor Pre, votre trs humble et trs obissant et trs affectionn fils. CHARLES NACQUART, trs indigne prtre de la Mission. Y a-t-il danger dcrire un petit mot mon pre pour lui demander sa bndiction et quil fasse prier Dieu pour moi
1023. NICOLAS GONDRE, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT De Tours, ce 3 avril 1648. Monsieur, Votre bndiction ! Je suis arriv Tours heureusement, en la compagnie de Monsieur de Bloye, qui nous conduit, par lordre de M. de Flacourt (1) II ne pouvait nous donner un homme de meilleure conduite, non seulement pour le temporel, mais aussi pour le spirituel. Je vous puis assurer que jai reu de lui autant ddification comme jamais jai reu de personnes de sa condition, chantant et excitant les autres soir et matin et toute heure la dvotion. Jespre que Dieu se veut servir de lui en Madagascar ; car il ma fait paratre autant dardeur comme je pourrais esprer, et autant de dsir damplifier la gloire de Dieu en ces peuples, non seulement par les autres les d fendant par sont autorit, mais aussi par les instructions familires quil a dessein de leur faire. II commence dj sa mission, Lettre 1023. 6rch. de la Mission, copie du Q<IIe si1cle. #$. )tienne de Flacourt, n , Drlans en #7E:, gouverna la colonie de Madagascar, au nom de la Compagnie des Indes, de #7.C , #7AA, au milieu de mille difficults, suscites surtout par les colons, qui attent1rent plus dune fois , sa vie. 6pr1s son retour en France, il fut employ dans ladministration de la Compagnie. Il a laiss une Histoire de la grande (sle de Madagascar 3Baris, #7A., in .$ et un Dictionnaire de la langue de Madagascar 3Baris, #7AC, in C$, quil a ddi , 2aint <incent.
- 291 enseignant communier, le Pater et le Credo ; en un mot, cest un soleil au milieu de plusieurs toiles ; et moi ne suis que tnbres, cause de mes imperfections, au milieu de ces lumires. Il voudrait que plusieurs ecclsiastiques voulussent se donner Dieu pour la conversion de lle ; ce quil ma manifest ; car ayant fait rencontre dun honnte prtre qui cherchait condition, il fut ravi de connatre la bonne volont quil avait de servir Dieu en ce pays, et aprs avoir sond son intrieur, qui est trs bon car il nous proteste que ce nest point son intrt propre qui le fait aller en ce quartier, mais la pure gloire de Dieu. avec dsir de souffrir, dobir, de travailler et dendurer le martyre sil en est de besoin. Bni soit Dieu de lui avoir communiqu cet esprit ! Il espre de vos nouvelles le plus tt que vous pourrez car il pourra acheter quelque rafrachissement pour cela, pourvu que vous le fassiez trouver bon Monseigneur le nonce (2), qui, comme vous, Monsieur, [je suis] votre trs humble serviteur. N. GONDRE, prtre indigne de la Mission. Monsieur de Bloye, M. Galiot, M. Rufin et le reste de notre bande se recommandent vos saintes prires et celles de toute la compagnie. Vous pensez que nous allions seulement deux missionnaires, mais ils mont assur que nous ne serions point seuls ; et en quoi ils nous pourront assister, ils feront de bon cur, et que, pour couronner leur travail, ils vous iront saluer, comme quelquuns mont promis, afin de remercier Dieu de leur voyage faisant une bonne retraite, comme quelquuns ont d j fait. Plaise Dieu quils puissent excuter ces desseins. ! Monsieur de Bloye vous prie de prendre la peine dadresser les v tres M. Henry, dans La Rochelle, o il a men ce bon prtre, qui ma montr toutes ses lettres en bonne forme. Ce bon prtre ma fait vous dire quil attend avec impatience vos rponses ; et nous sommes dans les mmes dsirs de savoir les succs de cette affaire. Le nom de ce bon prtre est Abraham Louvel, de lvch du Mans. Monsieur, je ne vous envoie la prsente que pour satisfaire la volont de M. de Bloye, qui la ainsi dsir pour savoir votre volont touchant ce bon prtre, qui a t vicaire en quantit de villes, parait trop fin un peu ignorant, a t refus Orlans ; bref, je ne pense point que nous nous puissions accommoder avec lui. Nous attendons vos rponses. ($. ?icolas *agni.
- 292 1024. A LOUISE DE MARILLAC [Entre 1645 et 16491] Mademoiselle, Je trouve bon et vous promets de faire tout ce que vous me mandez. Je men vas dire cette fille que je pense quil est bon quelle demeure ici ; et cela est conforme lvangile. Puisque celle de cette paroisse (2) sen veut aller, la bonne heure, mettez sur Jeanne de la Croix (3) sa place et parlez-lui en la manire que vous dites. Jai soin de ma sant et en aurez encore davantage ; je le vous promets, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur, v. s. V. D. Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
1025. JEAN-JACQUES OLIER A SAINT VINCENT [Avril 1648] (1) Qui a Dieu a tout. Monsieur, Jai vous donner avis que le Pre Maurice (2) a t visit Lettre 1024 L. a %ossier des Filles de la Charit, original. #$. <oir note +. ($. La paroisse 2aint Laurent. +$. 2Jur 4eanne de la Croi!, ne au Mans, tait entre chez les Filles de la Charit en #7.A ou #7.7. )lle fut place , 2erqueu! au plus tard en #7.9, devint assistante de Louise de Marillac en #7A# puis dirigea lta0lissement de Ch@teaudun et fut encore une fois nomme assistante. Lettre 1025. L. a. 6rch. du sminaire de 2aint 2ulpice original. #$. %ate a8oute au dos de loriginal. ($ Carme dchauss de la maison de Baris, sur la paroisse 2aint 2ulpice.
- 293 par M. du Bosquet (3) et, que M. labb de Crisy (4) conserve avec lui grande intelligence, par le moyen de Madame Seguin, qui est la p nitente affide dudit Pre Maurice, qui ne souffrira quavec violence que le bon P re lui soit t, et fera ce quelle pourra sur lesprit de M. le chancelier (5) par ces messieurs et par elle-m me, pour se le conserver Cette bonne dame est affectionn e au parti nouveau, autant quon le peut tre et comme, ces jours passs, je faisais avertir, par un de nos messieurs, Madame la chancelire de donner avis M. son mari quon voulait faire venir en cette ville le Pre Sguenot (6), qui serait une chose prilleuse, la bonne Madame Seguin se dclara porter avec peine quon soppost ce parti et ses suppts. Et peut-tre, Monsieur, serait-il important que vous vissiez M. le chancelier pour le prvenir sur ceci, selon que la divine sagesse vous en pourrait ouvrir les voies. Je suis libre vous faire savoir ces choses comme des intrigues ncessaires dcouvrir dedans luvre de Dieu, que vous aimez et quil vous charge de maintenir OLIER. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, suprieur gnral de la Mission.
1026. ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT Au mois davril 1648. Monsieur, Jcris Madame la marquise de Senecey (1) et la supplie de +$ Le futur v&que de Lod1ve. .$. 'ermain /a0ert, a00 de Crisy 3Manche$, mem0re de l6cadmie fran5aise, auteur dune vie du cardinal de *rulle, mort en #7AA. A$. Bierre 2guier. 7$. Claude 2guenot, n , 6vallon le 7 mai #A97, quitta le 0arreau pour entrer , lDratoire en #7(.. Il se lia de 0onne heure avec la00 de 2aint Cyran. 2a traduction fran5aise du livre de saint 6ugustin sur la virginit lui valut quatre ans demprisonnement , la *astille 3#7+C #7.+$ et la censure de la 2or0onne. Il fut suprieur , ?ancy, %i8on, -ouen, 2aumur, Iours, fut nomm assistant du gnral en #77#, #777 et #779 et gouverna lDratoire de Baris de #77: , #7:+. Il mourut dans cette ville le : mars #7:7. Blusieurs de ses ouvrages sont rests manuscrits Lettre 1026. 6rch. de lv&ch de Cahors, copie prise sur loriginal. #$ Marie Catherine de la -ochefoucauld, comtesse, puis duchesse
294 reprsenter la reine ltat dplorable du diocse de Rodez, qui est quasi aussi ruin que celui de Prigueux, except que les glises ny sont pas si ruines et quil y a plus decclsiastiques, les murs desquels sont si dpraves que ds lors que Mgr de Rodez (2) fut mort, ils quittrent lhabit clrical. Les uns pendaient leurs soutanes aux fentres des cabarets, les autres buvaient sa sant, et ceux qui avaient quitt leurs concubines les reprirent La premire action que firent les vicaires gnraux fut de casser toutes les ordonnances que ce prlat avait faites pour la rforme de son diocse ; ce qui a rempli dun si grand scandale toute cette province, que je ne saurais lexprimer, que cest un des plus grands diocses de ce royaume et de la plus difficile conduite qui se puisse voir cause des esprits des personnes de ce pays-l, qui sont trs, fcheux, et quil (est) tout fait ncessaire que Sa Majest y pourvoie dun homme apostolique, et que je la supplie de dire Sa Majest, ou comme venant dellemme, ou comme len ayant supplie. Je vous ai voulu mettre ici ce que je lui ai crit, afin que vous vous en serviez dans loccasion. Je vous supplie, au non de Dieu, dapporter tout le soin qui vous sera possible afin que ce dioc se soit pourvu dun pasteur tel que ltat auquel il est rduit le requiert. Il nest pas seulement n cessaire que ce soit une personne apostolique, mais encore quil soit dou dune grande force desprit et dun grand cur. Serait-il possible que la reine, par quelque consid ration dtat, voulut mettre l une personne qui neut pas les qualits requises pour rformer ce diocse ? Je ne le puis croire de cette bonne princesse, et en aurais grande douleur, si cela arrivait. Si vous voulez lui dire ce que je vous ai crit, vous pouvez bien assurer Sa Majest que cela est trs vritable. Il y a bien peu de personnes qui sachent mieux ltat de ce diocse que moi. Il entoure le mien plus de vingt lieues de France et il cause des maux que je ne saurais vous dire. Quelque diligence que jy apporte de mettre sur les frontires de bons vicaires forains dy faire de frquentes visites et y envoyer souvent nos missionnaires, nanmoins cela nempche pas quil nen reoive de grands dommages tant les murs des ecclsiastiques de ce pays sont scandaleuses et dpraves. de -endan, premi1re dame dhonneur de la reine 6nne d6utriche, gouvernante de Louis QI< durant son 0as @ge, marie , /enri de *auffremont, 0aron de 2enecey, quelle perdit en #7((, morte le #E avril #7:: , l@ge de quatre vingt neuf ans. ($. Charles de ?oailles, mort le (: mars #7.C. Dn lui donna pour successeur, le #E 8uin #7.C, /ardouin de Brfi!ce, le futur archev&que de Baris.
- 295 Le bon Monsieur Ferrier (3) sest retir, qui avait, dans le peu de temps quil y a demeur, travaill beaucoup pour la rforme de ce clerg, et stait acquis une grande rputation et crance dans tout ce pays, etc. Laissera-t-on toujours le pauvre diocse de Prigueux dans la misre ? Javais envie dcrire Madame la Marquise de Senecey ; et si voulez le dire la reine, que je vous lai mand et quil ny a rien de quoi Dieu lui fasse tant rendre compte que de ne pourvoir les vchs de pasteurs qui aient les qualits requises et de ny avoir assez tt pourvu. Dieu inspire Sa Majest de faire choix de personnes qui soient selon son cur. ! Je suis cependant, Monsieur, etc. ALAIN, v de Cahors.
1027. A ANTOINE PORTAIL, PRTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE Du 24 avril 1648. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! (a) Je vous prie de terminer toutes choses avec Messieurs les administrateurs de lhpital avant votre retour. A ce que je vois, il ny aura pas de grandes difficults. Ils approuvent dj que la direction spirituelle nous demeure tout entire ; et en cela ils se conforment ceux de lHtel-Dieu de Paris, qui ne prennent aucune connaissance que du temporel, laissant le reste aux +$ %isciple du B1re de Condren et colla0orateur de 4ean 4acques Dlier, un des fondateurs du sminaire de 2aint 2ulpice. <enu , -odez , la demande de lv&que, Charles de ?oailles, qui lui confra les titres de grand vicaire et dofficial. PIl fit reconnaTtre comme sminaire diocsain le sminaire , <illefranche, fond par -aymond *onal. et travailla , la rforme du dioc1se avec tant de succ1s, quapr1s si! mois de s8our il 8ugea son Juvre accomplie et retourna , Baris. Lettre 1027. )ecueil des e'hortations et lettres de saint 8incent, premi1re partie, p. (C7. P-eg.(, p. #E+. a$ Coste demande de supprimer les lignes #9 , (#Z. \\\ <III, 7(:.
- 296 soins de Messieurs de Notre-Dame (1), et ceux-ci ne servent pas ledit H telDieu par eux-mmes, mais ils le font desservir par dautres ; ils se contentent den dputer un dentre eux pour voir en gnral si tout va bien. Nous ferons volontiers de mme, et jassure Monsieur de la Coste que je nai jamais entendu faire autrement, cause que le service des hpitaux ne saccorde pas avec nos fonctions. Nous mettrons dans celui des forats des prtres externes, que nous choisirons dans les sminaires, et un des ntres veillera sur eux et travaillera avec eux.
1028. A DENIS GAUTIER, SUPRIEUR, A RICHELIEU De Paris, ce 26 avril 1648. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Oui, Monsieur, allez remercier, sil vous plat, Monseigneur larchevque de Tours ; sa charit et sa courtoisie exerce vers les vtres mritent bien ce voyage. En lui tmoignant votre reconnaissance, faites-lui conna tre la mienne et le suppliez dagrer le renouvellement des offres de mon obissance, que je lui fais par vous avec toute lhumilit quil mest possible. Je rends grces Dieu de la nouvelle dignit de Messieurs Constantin (1) et Manceau (2) ; saluez-les de ma part #$ Les chanoines de ?otre %ame de Baris. Lettre 1028. L. s. %ossier de Iurin, original #$ Fran5ois Constantin, n , Limoges, entr dans la congrgation de la Mission le #9 dcem0re #7.+, , l@ge de vingt. ans, re5u au! vJu! le (A dcem0re #7.A, ordonn pr&tre le +# mars #7.C. ($. 2imon Manceau, n , dalem0ourg hameau de la commune de Laumesfeld 3Moselle$, re5u dans la congrgation de la Mission le #: 8anvier #7.A , l@ge de vingt quatre ans, ordonn pr&tre le +# mars #7.C. Il tait encore , -ichelieu en #7A#.
- 297 et leur dites, sil vous plat, que jai pri et prierai encore Notre-Seigneur quil leur donne toujours de nouvelles dispositions pour le Sacrifice, et la gr ce de ne loffrir jamais par coutume ; que je les supplie de se souvenir de moi, quand ils prononceront Nobis quoque peccatoribus, comme du plus grand pcheur qui soit sur la terre. Cest en cette vue, Monsieur, que je me recommande pareillement vos prires et celles de votre communaut, laquelle et vous en particulier je fais don de mon cur et de tout ce que je suis, quoique tel que je viens de dire. Je suis bien aise que M. du Coudray se porte mieux, et de la libert que vous lui donnez de demeurer Bois-Bouchard (3). Je vous conjure, Monsieur, de le supporter en cela et au reste (4) autant que vous le pourrez, et moi particulirement, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre tr s humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. M. Lambert ne vous fait point de rponse, parce quau sortir de sa retraite, o il honorait celle de Notre-Seigneur au ventre de son incomparable M re, il a voulu encore honorer son enfance, en demeurant au sminaire, o il est rentr depuis 4 ou 5 jours, Dieu sait avec quelle humilit et avec quelle dification pour la compagnie. Au bas de la premire page : M. Gautier. +$ Le fief de *ois *ouchard, situ dans le voisinage de Marie de l)toile, appartenait au! missionnaires de -ichelieu, qui y avaient ta0li leur maison de campagne. .$. <oir p. (C7, note +.
- 298 -1029. LOUISE DE. MARILLAC A SAINT VINCENT Ce jour sainte Monique [4 mai 1648] (1). Monsieur, Je crois que Mlle Viole proposera un boulanger pour cuire Bictre ; si votre charit treuve bon de dire que dj y en a eu un qui boulange fort bien, et que lon sest bien treuv de sa faon ? car japprhenderais bien que lon en introduisit un autre qui ne serait pas si propre tant pour le bien des enfants que pour nos surs. Monsieur le cur de St-Laurent (2) se plaint toujours de navoir pas ce qui lui appartient pour les baptmes. Les dames veulent quil intente un procs contre Monsieur le cur de St-Christophe (3) ; mais, comme il na aucune copie du contrat de fondation, il ne le peut pas, outre que mondit sieur de St-Christophe se plaignait de nen pouvoir rien tirer. Je crois Monsieur, quil serait ncessaire que ces dames prissent la peine den savoir la raison, et serait aussi bien ais de faire donner les papiers ncessaires Monsieur de St-Laurent. Il mest venu en pense depuis hier de proposer votre charit si elle treuverait bon pour ne pas tant choquer Monsieur le cur de Chars (4), denvoyer ma sur JeanneChristine la place de ma sur Turgis et de rserver la sur Jacquette pour Chantilly (5), car je prvois quil nous faudra encore ter de Chars celle qui y est demeure pour ne pas ngliger lavertissement de la personne inconnue mais lune et lautre demandent faire les vux y a longtemps, et je crois que ce serait trop les affliger de les remettre ; il y a grande apparence que ce sera utilement, tant lune et lautre desprit assez mr et dge assez avanc. Lettre 1029. L. a. Driginal chez les sJurs de la Misricorde de Montpellier #$ %ate a8oute au dos de la lettre par le fr1re %ucoumau. ($. 'uillaume de Lestocq. +$. Baroisse de Baris. )lle comprenait dans son enceinte, pr1s de l/Gtel %ieu, la maison dans laquelle taient ports les enfants nouvellement trouvs. Il y avait une autre maison denfants trouvs sur la paroisse 2aint Laurent. .$. Commune de larrondissement de Bontoise. Les Filles de la Charit, ta0lies dans la localit depuis #7.:, avaient 0eaucoup , souffrir des tendances 8ansnistes de M. Bouvot, cur de la paroisse. A$ Les Filles de la Charit y avaient un ta0lissement depuis lanne prcdente. 3Cf. *hantilly par le chanoine )ug1ne Muller 2enlis, #9#+, in C;$
- 299 Sil vous plat prendre la peine nous donner rponse en ce sujet au plus tt cause que le temps presse pour Chars et moi de me dire, Monsieur, votre tr s obissante servante et indigne fille. LOUISE DE MARILLAC. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1030. A ANTOINE PORTAIL, PRTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE Du 8e mai 1648. Cest bien dit, Monsieur, quil ne faut pas que le suprieur de la maison de Marseille demande avis Messieurs les administrateurs, quand il sera question de mettre ou de changer des prtres externes dans lhpital : je veux dire quil ne faut pas que cela lui soit une obligation. Il aura droit de les tablir et de les destituer par lui-mme, comme un cur son vicaire. Vous ajusterez donc toutes choses conformment au mmoire que je vous ai envoy, et en conviendrez par crit, si ces messieurs le dsirent, particulirement au cas que les patentes de la fondation, ou les rglements quils ont faits, nous obligeassent ou dautres choses, ou faire autrement que ledit mmoire ne porte, lequel crit se pourra insrer la suite de leur rglement, si vous le jugez propos. Vous pourrez aussi convenir des autres circonstances, comme du temps et des occupations, non toutefois pour nous obliger faire aucun service solennel dans la chapelle, bon pour y prcher une fois le mois et y faire le catchisme parfois. Notre maison est trop pauvre pour entretenir les prtres quil faudrait, sil fallait chanter et faire tout ce que ces messieurs demandent. Lettre 1030. -eg. (, p. #E.
- 300 Dites-leur que nous ferons le mieux que nous pourrons, et avec le plus dajustement ce quils dsireront. Aprs cela ne nous amusons point vouloir pntrer dans leurs intentions pour lavenir ; car pour voir en eux tant de circonspection en ce commencement, il ne faut pas simaginer quils aient dessein dempiter sur le spirituel, mais seulement de bien faire les choses, selon leurs lumires prsentes.
1031. JULIEN GURIN, PRTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT Tunis, mai 1648. Il mest impossible de vous exprimer combien grands ont t les gmissements et les pleurs des pauvres esclaves, de tous les marchands et de M. le consul (1) et combien de consolation nous recevons de leur part. Les Turcs mmes nous viennent visiter dans notre affliction, et les plus grands de la ville de Tunis mont envoy offrir de leur part secours et service. Enfin, Monsieur, je vois videmment quil fait bon servir fidlement Dieu, puisque dans la tribulation il suscite ses ennemis m mes pour secourir et assister ses pauvres serviteurs. Nous sommes afflig s de la guerre, de la peste et de la famine, mme excessivement, et avec cela nous sommes sans argent ; mais pour ce qui regarde notre courage il est trs bon, Dieu merci ; nous ne craignons non plus la peste que sil ny en avait point. La joie que nous avons, notre fr re et moi, de la sant de notre bon M. Le Vacher, nous a rendus forts comme les lions de nos montagnes.
1032. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT 13 mai 1648 Monsieur, Nous sommes presses denvoyer deux de nos surs, lune Lettre 1031. 60elly, op cit., #. II, chap. I, sect. <II, O I, #er d., p. 9. #$ Martin de Lange. Ces gmissements avaient eu pour cause la crainte de perdre 4ean Le <acher, que la peste avait failli emporter. Lettre 1032. /ospice de %ourdan, copie.
- 301 Crespires (1) et lautre Maule ; et ce sont de celles qui ont demand, il y a bien longtemps, votre charit de se donner Dieu par les vux. Il y a bien six sept ans quelles sont dans la compagnie, sans avoir jamais tmoign aucun dgot, mais, au contraire, elles ont toujours t de trs bon exemple Sil plat votre charit leur permettre demain matin, avant de partir entendre la messe et faire cette sainte action ? Elles ne partiront que sur les midi. Vous nous ferez, ssil vous pla t, la charit de nous faire avertir, si vous lagrez, et si nous aurons le bien dentendre de vous la sainte messe pour ce sujet. Jai bien grand besoin que Dieu me fasse la grce de vous parler et que votre charit me croie toujours, Monsieur, votre trs obissante fille et trs humble servante. LOUISE DE MARILLAC. Lune de nos surs sappelle Andre, qui est prs de Tours, et lautre Catherine de Gesse, qui servait les pauvres Saint-Gervais.
1033. A JEAN MARTIN, PRTRE DE LA MISSION, A GNES De Paris, ce 15 mai 15 1648. Je ne puis cesser, Monsieur, de vous recommander votre sant ; elle mest si chre et si utile aux mes, que je vous supplie derechef de faire votre possible pour la recouvrer, suspendant toute sorte de travail et suivant exactement les avis des mdecins. Souvenez-vous, Monsieur, que saint Augustin dit que qui nobit aux mdecins fait ce qui est en lui pour se donner la mort ; nous lirons cela un de ces jours loffice. Jespre donc que vous serez fidle leurs ordonnances et que vous donnerez cette consolation la compagnie, aprs tant dautres quelle en a reues de vous, qui je suis, en lamour de #$ Commune de larrondissement de <ersailles. Les sJurs venaient dy fonder un ta0lissement. Lettre 1033. L. s. %ossier de Iurin, original.
- 302 Notre-Seigneur, Monsieur, trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. M. le premier prsident de la cour des Aides ma dit beaucoup de bien de M. votre frre. Au bas de la premire page. M. Martin.
1034. DENIS GAUTIER, SUPRIEUR A RICHELIEU, A SAINT VINCENT 1648. Pendant deux missions donnes dans le Bas-Poitou trois missionnaires ont eu le bonheur de convertir douze hrtiques notables
1035. JEAN BARREAU, CONSUL A ALGER, A SAINT VINCENT [Alger, mai 1648] (1) Voici une histoire qui ne vous semblera pas moins belle que celle de lann e passe, par lissue de laquelle vous pourrez reconnatre le secours que jai reu de la main toute puissante de notre bon Dieu, qui ma guri encore cette fois du mal contagieux, qui va tous les jours en augmentant Je ne puis pntrer dans les dlibrations de ses conseils mais japprhende avec juste raison quil ne jette la paille dans le feu, aprs en avoir cueilli le froment Il semblait que les grands et importants services que feu monsieur Lesage, mon tr s cher et bien-aim pre et matre rendait notre bon Dieu, dans la personne des pauvres chrtiens esclaves, dans cette ville dAlger, lui devaient donner un Lettre 1034 60elly, op. cit., #, II, chap. I, sect. Il, O C,#er d p A+ Lettre 1035. Ms. de Lyon, f; (E+ et suiv. #$ 4ean *arreau crit cette lettre apr1s le #( mai #7.C, 8our de la mort de 4acques Lesage, dans le courant de ce m&me mois.
- 303 sicle de vie, et que les lchets devaient bientt trouver leur fin dans la fin de la mienne. Je vois tout le contraire, ma confusion. Il na paru en cette ville que comme un clair, mais qui a laiss des marques trs sensibles de ses effets et qui lont dautant plus fait consid rer quil sont plus considrables. Sa mission na pas t si longue que celle de feu Monsieur Nouelly ; mais son travail a bien t aussi grand, cause de la grande quantit doccasions que Notre-Seigneur lui a prsentes depuis le jour des Cendres dernier, quil est entr en cette ville, jusques au 12 du prsent mois, quil est all la gloire, tout ce temps nayant t quune suite continuelle de soins et de sollicitudes pour le secours tant spirituel que temporel des pauvres malades tant de la peste que dautre maladie. Son premier soin aprs son arrive fut de sinformer exactement de la manire avec laquelle mondit sieur Nouelly se comportait lgard des pauvres chrtiens esclaves et sa mthode pour les secourir, et aprs, pour les porter faire des fruits dignes de pnitence par de salutaires exhortations quil faisait dans les bains de Cheleby et du Collorgli, qui sont deux personnes puissantes dans la ville, tant la fin de la messe que des vpres, la fin desquelles il leur faisait faire quelquefois les prires du soir, ainsi quil avait fait, au commencement de sa messe, celles du matin ; ce qui ne stait encore pratiqu dans cette ville ; et pour obliger un chacun entrer en cette sainte coutume, il avait fait traduire les prires en langue espagnole, comme tant la plus vulgaire en cette ville, quoi nous travaillions lheure mme que la violence de son mal lobligea se mettre au lit. A la fin de ses exhortations, il suppliait tous les assistants de le faire avertir quand quelquun dentre eux ou de leur connaissance serait tomb malade, soit de peste, ou dautre mal, et quil les assisterait mme au pril de sa vie. Cette supplication tait faite avec un si grand sentiment damour quil tirait les larmes des yeux dun chacun. Mais ce ntait encore rien au regard du zle avec lequel il excutait ce quil leur avait promis ; ce qui lui donna un tel crdit parmi les pauvres chrtiens quils accouraient lui de tous cots pour tre secourus ou spirituellement ou corporellement, selon leurs ncessites et comme il apprhendait que ses paroles neussent pas assez defficace sur leurs esprits, il leur promettait de rcompenser de quelque somme dargent ceux qui lui feraient la faveur dont il tait si fort altr, quil avait toujours des chrtiens sa solde, qui ne faisaient autre chose que daller par la ville sinformer o il y avait des malades,
- 304 tellement que ce que sa faiblesse ne lui permettait pas de faire par lui-m me, il le faisait par lentremise dautrui ; et pour ce qui dpendait de son ministre il le faisait avec une ardeur trs grande, tant en lad ministration des sacrements quautres secours /I savait accompagner son zle avec une telle discrtion et prudence quil envoyait premirement le sieur Claude Didier, apothicaire, quil avait amen avec lui de France, pour trouver quelques moyens de parler aux malades. Que si en effet, il y avait de la peine dentrer, il faisait entendre au patron quil ne pouvait donner rem de son esclave que le mdecin ne leut visit, et qu cet effet il lui en amnerait un. Et de cette manire, il avait entre o il y avait pril de la vie. A la faveur donc de cette invention ils entrrent tous deux dans la maison dun Turc, lequel dabord les repoussa rudement ; mais lui ayant dit quils taient lun mdecin, lautre chirurgien, quils venaient visiter son chrtien malade, il leur permit et voulut entrer avec eux. Le sieur Didier, voyant que sa prsence les pouvait empcher, se mit discourir avec lui, et insensiblement le fit sortir du trou o gisait ce pauvre malade, cependant que notre mdecin faisait son pieux office. Le Turc croyait bonnement tout ce quon lui disait touchant la personne qui tait avec son esclave. Mais les femmes tant survenues sur ces entrefaites reconnurent que ctait un papas ; cest ainsi quils appellent les prtres. Notre bon Dieu toutefois, qui voyait de bon il tout cet artifice, leur donna assez de retenue pour ne le point d celer, moins de quoi il y avait grand danger pour lun et pour lautre. Ainsi leur invention russit, lavantage du pauvre chrtien, la plus grande gloire de Dieu Une autrefois, il se servit du mme artifice pour entrer dans la maison dun Turc puissant, o il y avait un pauvre chrtien et un rengat espagnol, tous deux frapps de peste, et, nonobstant les deux dangers apparents, lun de la peste, lautre du feu, il se rsolut dy entrer, quelque prix que ce fut. En effet, il lui russit en telle faon que le rengat, qui tait couch cot du chrtien, entendant les exhortations quil lui faisait et les regrets quil tmoigna alors, il fut touch dun trs sensible dplaisir davoir quitt notre sainte foi, et demanda instamment le sacrement de p nitence ; ce que notre bon mdecin jugea bon de diffrer jusquau soir pour prendre ce petit avis et conseil sur ce quil avait faire en telle occurrence. Il lui fit faire cependant quelques actes de contrition, dans lesprance quil avait de retourner sur le soir ; quoi il ne manqua pas, quoique je lui eusse repr
- 305 sent quil ny allait pas moins que du feu et que, si le ren gat, en mourant, refusait de dire certaines paroles quils ont entre eux, on attribuerait cela sa visite ; ou quil revint en convalescence, toujours il y avait du pril. Tout cela nempcha pas quil ne retournt le soir mme. Mais, hlas. ! que les jugements de Dieu sont quitables ! il trouva que Notre-Seigneur en avait dj dispos et quil tait mort. De la part du chrtien, il ny avait pas moins de danger, cause que le patron avait dessein de le rendre turc Ledit sieur Didier y est retourn plusieurs fois, sans que jamais on lui ait voulu permettre de le revoir. Notre bon mdecin voulut tenter encore une fois pour exhorter ce pauvre chrtien tenir ferme en la foi. Mais le jour mme quil devait excuter son dessein, il tomba malade ; et ainsi du depuis nous nen avons pas ou parler du tout Ce qui nous donne sujet dapprhension est que certaines femmes avaient grand soin de lui pendant sa maladie et que, se faisant fortes de sa faiblesse, elles ne le pervertissent. Il me semble, Monsieur, quen voil assez pour faire un martyr desiderio. Ce nest pas la seule occasion o il sest offert la mort. Il y en a quantit dautres, que son humilit nous a caches. Peu de temps avant que de tomber malade, son zle le porta entrer dans une maison o taient des personnes frappes de peste, pour aller secourir un pauvre chrtien mourant. Et ce mme zle le fit entrer dans une autre maison do tout le monde avait fui ; et trouvant tout raide mort celui quil cherchait, sans seffrayer aucunement, se mit genoux ses pieds, et ayant dit un De profundis pour son me sen alla chercher son aventure ailleurs. O Monsieur, que je la trouve heureuse ! Si ses forces avaient t gales son courage, il nous aurait bien donn de la matire pour nous entretenir, encore que je nen manque pas, par la gr ce de Dieu. Si je voulais spcifier en dtail toutes ses actions hroques y ayant eu peu de jours auxquels il ne lui soit arriv quelque chose digne de remarque, si je pouvais ressusciter les chrtiens qui sont morts de peste dans lhpital de Cheleby ou dans le bain de la Douane, ils nous dcouvriraient bien des choses quil nous a tenues caches. Enfin, je pense tout dire en disant quil ny a aucun chr tien, de quelque nation quil soit qui ait implor son secours dans sa maladie, telle quelle ft qui nait t assist par lui avec une charit incroyable. Parmi ses hautes occupations, il se ressouvenait toujours de ses bains, dans lesquels il prchait avec tant de bndiction que nous avons vu des esclaves qui ne staient confesss de 10, 12 et 14 annes, se venir jeter ses pieds Pques
- 306 et faire leurs devoirs avec des gnreuses rsolutions de se dfaire de leurs mauvaises habitudes. La semaine sainte arrivant il redoubla ses exhortations quil faisait apr s les tnbres, que nous chantmes ces trois jours accoutums. Le jeudi saint, il fit la crmonie du lavement des pieds avec une telle dvotion quil tirait les larmes des yeux dun chacun. Et comme jtais l prsent, jen versai aussi une petite part. Le lendemain, il prcha la passion, tenant le crucifix la main, la fin de laquelle il demanda justice, lencontre de ceux qui ngligeraient leur devoir. Ensuite il fit faire une protestation gnrale tous ses auditeurs de se mettre en tat de bons chrtiens ; quoi la plupart ont t fidles. Et pour en faciliter les moyens, comme ils ntaient que deux prtres, il rsolut de. coucher la nuit dans le bain pour entendre les confessions de ceux qui se prsenteraient. Le jour suivant, il clbra loffice avec toutes les crmonies et dvotion que le temps et le lieu pouvaient permettre. Aprs avoir parl au mieux quil ma t possible, mais non pas comme limportance du sujet le mrite, de la manire quil a trait avec les trangers il me semble quil ne sera pas hors de propos de dire trois mots de sa douceur rgler les choses domestiques, par le moyen de laquelle il a su me rduire peu peu ce que bon lui a sembl, comme aussi tous ceux de la maison. Je me suis donn lhonneur de vous crire ci-devant les dispositions que javais apportes le recevoir, et la grande tranquillit quelle mavait cause. Cest pourquoi je nen parlerai point ici. jamais quil ne la oui contredire quoi que ce soit. Il approuvait avec flatterie tout ce qui sy faisait ; et la sympathie qui tait entre nous tait si grande que, quand il tait dehors, jtais en peine, et, lorsquil ne me voyait point, il ntait point en repos. Nos affections taient si unies que nous navions tous deux quun cur, avec cette diffrence toutefois que le mien tait bien loign de la laffection du sien. Mais, hlas ! que ce bonheur na pas dur ! Il me semble que ce nest quun songe. Par tout ce que dessus il est ais juger que son mal nest provenu que de son assiduit secourir les pauvres malades de peste et autres maladies qui lobligrent, le vendredi cinq du prsent mois se mettre au lit. La nuit prcdente, il avait ressenti quelque douleur en laine droite, qui lavait oblig dappeler ledit sieur Didier pour le visiter, qui lui conseilla de se remettre dans le lit ; mais comme il prfra le salut des mes celui de son corps, il neut pas assez de force sur son esprit pour lemp cher daller dire
- 307 la messe au bain de la Douane, et quil ne repasst, au retour, au bain de Cheleby, o Le R. P. prfet des capucins stait rendu pour chanter une grandmesse de saint Roch, linstance des majordomes dudit bain, laquelle il devait faire Loffice de diacre. La sainte messe acheve, avec beaucoup de fatigue pour lui, nous retournmes la maison o il me dclara son mal ; et aprs avoir travaill avec lui fort longtemps la traduction des prires dont jai parl ci-dessus, il fut contraint de se mettre au lit, sur les deux heures aprs midi, avec une certaine joie et allgresse de se voir arrt pour un si beau sujet ; ce qui me fit rpandre des larmes dune douce consolation, faisant rflexion que M. Nouelly tait tomb malade un pareil jour de vendredi. Aprs quoi nous le visitmes et trouvmes que la peste tait dj toute grosse. Environ une heure aprs, le charbon parut au dessus, la distance dun travers de doigt, ce qui nous donna dabord bonne opinion. Aussitt ledit sieur Didier lui appliqua les remdes, pour aider la nature, qui semblait vouloir faire son effet delle-mme. Nous lui fmes prendre cependant des potions cordiales avec des bouillons ; mais la faiblesse de son estomac les lui fit vomir ; ce qui obligea ledit sieur Didier de lui appliquer un pithme sur lestomac de thriaque, etc. Il avait fort peu de fivre sans mal de cur, ni de tte ; ce qui nous laissait esprer que ce ne serait rien, ou au plus quil en serait quitte pour le mal. Nous ne laissmes pas que de le faire confesser sur le soir et, le lendemain, lui donner le sacr viatique. Nanmoins, comme il dormait peu et avec de grandes inquitudes, on jugea que son mal stait dj empar du cur. Cest pourquoi on jugea propos de lui donner dimanche matin, lextrme-onction, pendant quil avait encore le jugement bon, aprs laquelle il me demanda la formule des vux que ceux de la compagnie font entre vos mains, quil me pria de lire mot mot et quil rpta avec une trs grande ardeur, et de vous assurer quil mourait avec tous les sentiments que la compagnie demande de ses sujets ; et quand il plairait notre bon Dieu de lui renvoyer la sant, il protestait de lemployer au salut des mes jusquau dernier soupir de sa vie. le vous assure que cela me tira les larmes des yeux. Apr s lui avoir demand genoux sa bndiction et me lavoir donne, je lui rptai mot mot la mme formule des vux et le priai quarrivant devant Dieu au ciel il port t pareil tmoignage devant sa divine Majest quil me commandait de porter devant les hommes. Je lembrassai, lheure mme, avec toute la cordialit quil me fut possible, protestant de mourir plutt ses
- 308 pieds que de labandonner. Et stant ressouvenu dune certaine croix dargent quil portait son col, dans laquelle il y avait des reliques, il se larracha lui-m me, disant quil faisait scrupule de mourir avec ce trsor et me le remit entre mes mains pour en disposer ainsi quil vous plairait. Et lui ayant demand sil ne la portait pas avec permission il me dit qu la vrit vous la lui aviez bien donne, mais que vous ne pensiez pas quelle fut de telle consquence. Voil, Monsieur, jusquo a t son dtachement. Cependant la faiblesse de son estomac lui ayant fait rejeter jusquaux restaurants que nous lui avions faits, voyant quil ne pouvait supporter les bouillons, enfin le mardi 12 du prsent mois, il lui survint une petite sueur, qui lui dura environ un quart dheure, et que nous pensions tre une crise, aprs laquelle il demeura froid par les extrmits. Puis nous lui demandmes comment il se trouvait, et nous dit quil lui semblait tre en repos Et lorsque nous le croyions ainsi un quart dheure aprs il se trouva lagonie. Aussitt je me saisis de son crucifix et le lui fis baiser en faisant un acte de contrition, quil rpta mot mot. Puis je lui fis dire Maria mater gratiae et dix ou douze fois le sacr nom de Jsus et de Marie. En suite de quoi le R. P. Sbastien (2) religieux de Notre-Dame de la Merci, lui donna indulgence pl nire, en vertu de son Ordre, avec absolution gnrale ; et un moment aprs il mourut, les mains jointes, sans aucune violence, ni perte de jugement. Voil, Monsieur, une mort autant souhaiter que la vie a t exemplaire et imiter, et qui nous fait bien reconnatre que in brevi explevit tempora multa, tant mort lge de 36 ans, ainsi que, peu de temps auparavant, il mavait dit son ge. Si feu Monsieur Nouelly a t regrett, il ne la pas moins t ; les pleurs des pauvres chrtiens en sont de vritables tmoins, qui disent tout haut avoir perdu leur pre. Le lendemain, nous le portmes Bab-Azoun, auprs de feu M. Nouelly, en compagnie de quatre ou cinq cents chrtiens, pleurant de se voir abandonns dans le danger quils courent dautant que les autres prtres ne se veulent pas tant hasarder ; et moins que des curs pareils ces deux Messieurs, peine seront-ils secourus. Le jour mme fut dite sur son corps la premire messe dans notre chapelle, que javais fait mettre dans un autre lieu, ($ 20astien *rugi1re.
- 309 cause quelle tait trop petite. La messe fut dite par un religieux bndictin qui est le seul prtre que nous ayons de ces trois que lon disait tre observantins, pris depuis peu. Notre dfunt a eu un avantage par dessus les autres, parce quaussit t quun chrtien meurt, il est porte en terre. Ce matin a t chant un service solennel au bain du roi o a assist un bon nombre de chrtiens, autant que le loisir leur a pu permettre. Le R. P. capucin a parcouru en trois mots quelquune de ses actions les plus principales ; mais, comme il y a peu de temps quil est en cette ville, il ne pouvait pas avoir la connaissance de tout ce qui lui est arriv. Voici peu prs ce que jai pu retenir de son langage : que plus les choses sont parfaites, plus elles doivent tre regrettes, quand nous les perdons. Il prouva sa perfection par sa mortification, tant mort lui-mme, puisque, sans considrer les intrts de sa sant, il sest expos pour le salut de ses frres ; et a allgu Le passage de lApocalypse Beati mortui et avec lapplication de saint Ambroise. Il la prouva aussi par sa simplicit et sa douceur, en le comparant cet enfant de lvangile auquel Notre-Seigneur disant les commandements de Dieu, il lui fit r ponse : hac hora, etc. ; et quand ce viendrait au jugement notre dfunt pourrait bien dire la mme chose. Il la prouva aussi par sa charit, stant expos si gnreusement venir en cette ville, sachant bien que le mal tait si grand, Majorem caritatem, etc. Et enfin il conclut quil y en avait assez pour faire un martyr. Mais queut-il dit sil eut su ce qui est ci-dessus ! Le R. P. Sbastien lui a donn tout le secours qui lui a t possible. Je puis dire que sa charit est grande, puisquaussitt quil apprit sa maladie, il se vint offrir lui et ne labandonna quen le mettant en terre. Ledit sieur Didier, qui avait une inclination particulire pour ses vertus, a fait humainement tout ce qui lui a t possible pour contribuer sa sant ayant toujours couch en sa chambre pour tre plus prompt le secourir,, quelque danger quil y eut eu. Les pauvres Ren Duchesne et Jean Benot, qui nesprent point de libert que de votre secours, se sont employs de toute leur affection. Enfin, Monsieur, tous y ont fait leur devoir. Il ny a que moi qui men suis tr s mal acquitt dont je vous demande trs humblement pardon. Ce sont les sentiments avec lesquels je suis oblig de fermer la prsente, qui va par voie du bastion, en vous assurant que je mestimerai bienheureux si, aprs une si belle vie, je pouvais avoir une si belle mort, que le vous prie dobtenir pour moi de notre bon Dieu, en
- 310 lamour duquel je suis, de tout mon cur, Monsieur votre tr s humble et trs obissant serviteur. BARREAU. Je vous demande pardon de la prcipitation avec laquelle la prsente est acheve. Nous pensions que la galre ne dt partir que demain. Il vient de venir un ordre de la faire partir tout lheure Le R. P. capucin est fort malade ; on ne sait ce que cest. Lautre prtre est en galre o sont alls Ren Duchesne et Jean Benot. Je suis prsent seul.
1036. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Monsieur, Il est vrai que jai une affection toute particulire pour la fte de la Pentecte et que ce temps-ci de son attente mest trs cher. Je me souviens davoir eu, y a quelque temps, une grande consolation, Oyant un prdicateur dire que ce fut en ce jour-l que Dieu donna sa loi crite Mose, et quen la loi de grce il avait donn, en ce mme jour, son glise la loi de son amour, qui portait puissance de leffectuer. Et parce que, en ce mme jour, il a plu Dieu mettre en mon cur une loi qui nen est jamais sortie, nonobstant toutes mes mchancets (2), je souhaiterais volontiers, sil mtait permis, quen ce mme jour sa bont fit entendre les moyens dobserver cette loi selon sa sainte volont. Je ne sais si ce na point t pour cela que jai eu pense de vous demander permission de nous disposer cette fte par la privation de la sainte communion ces onze jours que la sainte Vierge, les ap tres et saintes femmes ont t spars de leur cher Matre nous servant aussi de cette occasion pour penser au mauvais usage que nous avons fait toute lanne de nos communions, afin dexciter en nous un nouveau dsir de communier avec plus de ferveur et dutilit pour la gloire de Dieu, et afin aussi de participer avec les aptres au baptme quils reurent damour et de ferveur pour le service Lettre 1036. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$. 6pr1s #7.9, Louise de Marillac emploie tou8ours en t&te de ses lettres le!pression " =Mon tr1s honor B1re.> ($, <oir lettre :A+, note l.
- 311 du prochain. Je vous supplie trs humblement, Monsieur, que les faiblesses de mon esprit que je vous ai fait paratre, nexigent point de votre charit la condescendance qui vous pourrait donner pense que je voudrais que vous dfrassiez mes penses ; car cela est tout fait extorqu de mon dsir, et nai point plus grand plaisir que quand je suis raisonnablement contrarie, Dieu me faisant la grce presque toujours de connatre et estimer les avis dautrui tout autres que les miens, et particuli rement quand cest une charit. Je suis assure de voir videmment cette vrit, quoique ce soit en des sujets qui me soient cachs pour un temps.
1037. A JEAN MARTIN, PRTRE DE LA MISSION, A GNES De Paris, ce 22 mai 1648. La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Jai reu votre lettre, crite en labsence de M. Blatiron ; elle ma donn une joie particulire, mapprenant votre meilleure disposition ; mais je demeure contrist de vous voir dlibr (1) retourner dj au travail, o je crains que vous retombiez en pire tat. Je vous supplie davoir patience, et de vous fortifier tant que vous pourrez, par le repos et les remdes ; vous ne me pouvez donner une plus grande consolation, ni rendre plus de service au prochain, quen vous mettant en tat de lui en rendre longuement. Ces Messieurs, qui vous pensez donner scandale, seront, au contraire, difis de vous savoir bien obissant en ceci, comme vous ltes aux grandes et difficiles occasions. Jai crit M. Blatiron quil retienne pour encore M. Brunet, bien que nous en ayons grand besoin ailleurs Lettre 1037. L. s. %ossier de Iurin, original. #$ Dlibr dcid.
- 312 Je vous supplie de recommander mon me Notre-Seigneur, puisque je suis, en son amour, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, Au bas de la premire page. M. Martin.
1038. A JEAN MARTIN, PRTRE DE LA MISSION, A GNES De Paris, ce 12e juin 1648. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je vous remercie du soin que vous prenez de mcrire, en labsence de M. Blatiron. Je suis aprs pour trouver le moyen de vous faire tenir nos lettres, sans quil vous en cote rien. Il nest pas raisonnable que le port se paye 2 fois. Jcris M. Almras quil vous donne, sil peut, un de ses frres, en change dun autre que vous lui enverrez. Vous savez que la famille de Gnes mest trs chre et que je suis trs consol quand les sujets dicelle sont contents et quen gnral tout y va bien. Je la recommande pour cet effet trs souvent Notre-Seigneur, et en particulier votre chre me, Monsieur, laquelle la mienne est colle fort intimement. Je songe tout de bon vous envoyer un homme dge, tel que vous et M. Blatiron mavez crit quil le faut, afin que ceux qui viendront la maison aient confiance en lui. Vous ne me dites rien de votre sant ; plaise Dieu Lettre 1033 L. s. %ossier de Iurin, original.
- 313 quil la perfectionne de plus en plus pour sa gloire et pour ma consolation, qui suis, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, Au bas de la premire page : M. Martin.
1039. A MATHURIN GENTIL, PRTRE DE LA MISSION, AU MANS De Paris, ce 14 juin 1648. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Puisque M. Lucas (1) est all en mission, je vous supplie denvoyer par un exprs la lettre ci-incluse Monsieur de Saint-Aignan, qui la lui rende en main propre. Vous donnerez aussi M. Charpentier celle que je lui cris ; peut-tre se pourra-t-il rendre le porteur de la premire. Nous navons personne vous donner pour les orgues, notre frre Dufresne (2) tant ncessaire de de. Puisque cest une coutume de donner djeuner M. le lieutenant gnral, officiers et autres qui se trouvent avec lui au jour du Saint-Sacrement, cette coutume-l acquiert droit, et partant il le faut payer ; il serait difficile de sen dispenser. Je vous cris la hte, mais non sans consolation de Lettre 1039. L. s. %ossier de Iurin, original #$ 6ntoine Lucas, suprieur de la maison. ($. Beut &tre %enis %ufresne, coad8uteur, n , 6rgenteuil 32eine et Dise$, entr dans la congrgation de la Mission le #er novem0re #7.(, , l@ge de quarante et un ans
- 314 vous assurer que votre cur mest cher et que je suis de tout le mien, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Au bas de la premire page : M. Gentil.
1040. THOMAS TURCHI, SUPRIEUR GNRAL DES DOMINICAINS, A SAINT VINCENT Reverendissime Pater et Domine Tot vestrae in me meumque OrdineM pietatis titulis Vestrae Reverendissimae Paternitatis debitor factus, saepius cogor mea gratitudine vestras curas publicas sanctioresque interpellare vestramque gravare modestiam dum beneficia vestra gratus recolo. Inter haec urgent me maxime ad referendas vobis gratias quae non ita pridem effecistis pro fundatione cathedrae theologicae in studio generali Casseliensi Ordinis nostri, in Hibernia ad usum publicum tam regularium quam saecularium, id que ad instantiam Reverendi Patris Fratris Fabiani Ryan, Hiberni, Ordinis nostri, pro illo negotio a provinciali suo deputati. Et vestrum in Ordinem beneficium eo magis sensi quo publicum quoque ad Dei cognitionem et gloriam multorumque eruditionem et salutem tam proficuum quam Ordini nostro utile erit et honorificum est quod orem et sperem ut tam pio operi ab ea manu imponatur a qua meruit fundari, totisque profusae charitatis incentivis caeptum urgentibus flammis consummetur. In utriusque gratiae factae et speratae vicem, mea meique Ordinis hic et ubique, maxime vero in Hibernia, offero et spondeo vota pro Vestrae Reverendissimae Paternitatis totiusque vestrae sacrae societatis conservatione et prosperitate, ut habeat ubique gratum quem sibi ubique fecit esse debitorem dum majora possim et plura quam vota quibus vobis efficaciter probem quod vere et sincere sim Vestrae Reverendissimae Paternitatis humillimus et devotissimus servus in Domino. Romae, in conventu Sanctae-Mariae super Minervam, 15a junii 1648. Lettre 1040 6rch. de la Mission, copie prise , la maison gnralice des B1res dominicains, 1pistolae ). ,. Eurchi, I< p. 9#.
- 315 TRADUCTION Trs Rvrend Pre et Monsieur, Le pieux dvouement de votre Paternit Rvrendissime envers ma personne et mon Ordre vous donne tant de droits ma gratitude que je suis souvent press, quand je me rmmore vos bienfaits, de venir vous distraire, par mes remerciements, de vos saintes et publiques occupations et blesser votre modestie. Ce qui me presse surtout de vous tmoigner ma reconnaissance, cest la fondation dune chaire de thologie, pour lusage public tant des rguliers que des sculiers luniversit que notre Ordre dirige Cashel, en Hibernie, et cela sur les instances du R. P. frre Fabien Ryan, Irlandais, de notre Ordre dput cet effet par son provincial. Jai senti dautant plus fortement ce bienfait envers notre Ordre que, public de sa nature, il est aussi profitable la connaissance et la gloire de Dieu, lrudition et au salut de beaucoup quutile et honorable notre Institut. Je demande, et cest la mon espoir, que ce pieux ouvrage soit soutenu par la main qui la fond, et que, commenc sous linspiration dune abondante charit, il soit consomm par les flammes ardentes de la mme vertu. En retour des services rendus et de celui que jespre, joffre Votre Paternit Rvrendissime les vux que je forme, ainsi que mon Ordre, ici et partout, en Irlande surtout, pour la conservation de votre personne et de votre pieuse compagnie. Elle aura partout la reconnaissance de celui quelle fait partout son oblig, en attendant que je puisse vous prsenter plus que des vux et vous prouver efficacement que je suis vraiment et sincrement de Votre Paternit Rvrendissime le serviteur trs humble et trs dvou en NotreSeigneur. A Rome, au couvent Sainte-Marie de la Minerve, le juin 1648.
- 316 1041. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Juin 1648] (1) Monsieur, Monsieur Lambert vous dira lextrmit de notre chre sur Louise, de Saint-jacques (2). Je supplie trs humblement votre charit lui faire entendre ce que cest que la bndiction que notre Saint-Pre nous a accorde, et la manire de lappliquer, afin que notre pauvre sur ait part ce grand bien. Je vous supplie trs humblement me permettre de laller demain voir, si je puis avoir commodit, et Madame de Marillac (3), et, par mme moyen, faire les trois saintes stations dans la rue Saint-Denis, tout proche lune de lautre ; et si votre charit se voulait donner la peine de me parler samedi, jen serais bien aise, pour communier dimanche, lintention du jubil. Je vous supplie trs humblement prendre la peine me mander sil est ncessaire que jcrive ma sur Barbe (4) au sujet de la petite quelle nous envoye, vu ce quelle men mande (5), comme aussi ce que je lui manderai de cette femme Lettre 1041. Ms. 2aint Baul, p. (.. #$. La prsence , Baris de Lam0ert au! Couteau! et de Louis Ihi0ault et la mention du 8u0il ne laissent aucun doute sur lanne. %autre part, la lettre prc1de de fort peu de 8ours le (. 8uin, date de celle qui porte le n; #C# 0is dans la correspondance de Louise de Marillac. ($. 2aint 4acques de la *oucherie. 3Cf. Lettres de Louise de Marillac, #. #C# 0is.$ +$. 4eanne Botier, pouse de Michel de Marillac, petit fils du garde des sceau! de m&me nom. .$. *ar0e 6ngi0oust, qui tait alors , Fontaine0leau. A$. Cette =0onne petite fille>, comme lappelle la fondatrice "Lettres de Louise de Marillac, #. #C# 0is$, <int. , Baris, et Mademoiselle, la trouvant trop 8eune, la renvoya , *ar0e 6ngi0oust =4e crois que vous ferezZ 0ien, lui crivait elle le (. 8uin #7.C, de la mettre en quelque condition, pourvu que ce soit chez des gens de 0ien, comme chez quelque la0oureur, quand elle ne serait du commencement qu, garder les vaches N et puis, , mesure quelle croTtra, on lui pourra faire faire quelque chose de plus N et quand elle aura servi trois ou quatre ans, si %ieu lui donne la volont de le servir parmi nous, nous la pourrons prendre N et il sera 0ien mieu! que ce soit elle qui le dsire, quand elle sera en @ge capa0le, que dy venir , prsent quelle ne sait encore ce quelle veut.>
- 317 et 2 filles dont elle nous parle dans sa lettre que jai reue hier, que je vous envoie. Si Monsieur Lambert me fait la charit vous dire toutes les plaintes que lon lui a faites de moi, vous verrez bien le besoin que jai que vous maccordiez la demande que je vous fais pour samedi. Monsieur laumnier de Mademoiselle (6) me vient de mander de bouche quil se donnerait la peine de venir en ce quartier pour vous communiquer la lettre de ma sur Barbe, et quil me la ferait voir aussi. Je ne lui avais rien mand de votre part.
1042. A LOUISE DE MARILLAC [Juin 1648] (1) Monsieur Lambert fut voir hier notre bonne sur de Saint-Jacques, quil trouva en trs grand danger, mais dispose lgal au bon plaisir de Dieu. Je ne sais pas [encore] (1) ce qui se pratique en cette nature dindulgence que notre Saint-Pre vous a donne ; je men informerai. Aussi bien cette bonne fille a-t-elle gagn le jubil, pendant lequel toutes autres indulgences cessent. Si votre sant le vous permet et vous aviez un carrosse, vous la pourriez aller voir et faire vos stations en deux ou trois lieux au plus. Il sera bon de mander ma sur Barbe quelle vous envoie ces deux filles, si M. Thibault les juge propres, et ne lui rien dire de la fille qui a accompagn cette sur. 7$ La duchesse de Montpensier, fille de 'aston dDrlans, fr1re de Louis QIII. Lettre 1042 Ms. 2aint Baul, p. (.. Cette lettre rpond , la prcdente, , la suite de laquelle saint <incent la crite. #$. Le manuscrit porte " a$oir : cest videmment une faute de copiste.
- 318 1043. A JEAN DEHORGNY * De Paris, ce 25 juin 1648. Monsieur, La grce de N.-S. soit avec vous pour jamais ! Votre dernire lettre dit deux choses : lune, que nous donnons des emplois trop considrables nos frres coadjuteurs, et lautre, que nousavons mal fait de nous dclarer contre les opinions du temps. Je vous dirai pour le premier, Monsieur, que je remercie trs humblement Notre-Seigneur de ce quil vous fait faire attention la conduite de la compagnie, et vous prie de continuer, quoiquil me semble que nous ayons raison den user comme nous faisons lgard des deux points ci-dessus. Il ny a en toute la compagnie que notre frre Alexandre (1) qui ait la recette et la mise entre les mains, que nous lui donnmes quand (2) nous envoymes M. Gentil au Mans (3), et cela faute dun prtre quon pt appliquer cela ; et il sest appliqu cet emploi en sorte quil y a sujet den (4) louer Dieu. Ce bon frre Nicolas (5) que vous me marquez, de la maison de Crcy, navait pas largent entre ses mains, quoiquon vous ait dit. Largent se garde l dans un coffre deux serrures, dont M. Tournisson (6) avait lune Lettre 1043 6rch. dp. de <aucluse, % (97, copie ancienne prise sur loriginal. ?ous signalerons en note les variantes du te!te pu0li par les Mmoires de Er$ou' en avril #:(7 3p. :.( et suiv.$. * Voir le texte de cette lettre et son commentaire par Bernard KOCH la fin du volume XIII. pp. 863 & sq. #$. 6le!andre <ronne. ($ Mmoires de Er$ou' G lorsque. +$ Mmoires G Maine. .$ Mmoires G G de. A$. Blusieurs fr1res coad8uteurs portaient ce petit nom. 7$ Ce nom ne se trouve pas dans le catalogue du personnel.
- 319 et son assistant avait lautre ; et il en va de mme partout, notamment o M. Portail a fait sa visite. Cela nempche pas que nous ne mettions cet emploi entre les mains dun prtre dans quelque temps et que nous ne fassions attention ce que vous me dites. Je pense que ce qui trouble les ordres par les frres vient de ce quon les tient trop bas. Saint Franois ordonne que les frres lais auraient voix llection des gardiens ; mais les Capucins et les Rcollets ont t cela, et cest ce qui dsespre ces pauvres frres et qui les a obligs de sen plaindre au Pape. Le Fils de Dieu traitait ses aptres damis, quoiquils ne fussent pas encore prtres ; et nous voulons traiter les ntres de serviteurs, quoiquil soit vrai de dire que la plupart aient plus de vertu que la plupart dentre nous, pour le moins plus que moi (7) ! Quant au 2 point (8) qui concerne la faute que nous avons faite de nous dclarer contre les opinions du temps, voici, Monsieur, les raisons qui my ont port. La premire est celle de mon emploi au Conseil des choses eccl siastiques, dans lequel chacun sest dclar contre : la reine, Mgr le cardinal (9), M. le chancelier (10) et M. le pnitencier (11). Jugez de l si jai pu demeurer neutre. Le succs a fait voir quil tait expdient den user de la sorte. La seconde raison est celle de la connaissance que jai du dessein de lauteur de ces opinions nouvelles (12), danantir ltat prsent de lglise et de la remettre en son pouvoir. Il me dit un jour que le dessein de Dieu :$ Iout cet alina manque dans les Mmoires de Irvou!. C$ Mmoires G second point. 9$ Le cardinal Mazarin. #E$ Bierre 2guier. ##$ 4acques Charton. #($ 4ean du <erger de /auranne, a00 de 2aint Cyran.
- 320 tait de ruiner lglise prsente et que ceux qui semployaient pour La soutenir faisaient contre son dessein ; et, comme je lui dis que ctait Le prtexte que prenaient pour lordinaire la les hrsiarques, comme Calvin, il me rpartit que Calvin navait pas mal fait en tout ce quil avait entrepris, mais quil stait mal dfendu (14) Le troisime a t que jai vu que trois ou quatre Papes (15) avaient condamn les opinions de Baus (16), que Jansnius soutient, comme avait fait aussi la Sorbonne en lanne 1560, et que la plus sainte partie de la mme facult, qui sont tous les anciens, se dclarent contre ces opinions nouvelles (17), et que notre Saint-Pre a condamn celle des deux chefs, quon voulait tablir avec mauvais dessein (18). Et la quatrime, que je mets ici La dernire, outre plusieurs autres, est ce que dit Clestin, pape (Epistola 2 ad Episcopos Galliae), contre quelques prtres qui #+$ Mmoires G ctaient pour lordinaire les prte!tes que prenaient les. #.$ 60elly nous a conserv le rcit de cet entretien, op. cit., t. II, chap. QII, p. .#E #A$ Bie <, 'rgoire QIII et Mr0ain <III. #7$. Michel *abus tait n , Melin 3*elgique$ en #A#+. ?omm professeur dUcriture 2ainte , lMniversit de Louvain, puis chancelier de ce corps, il sut si 0ien se faire apprcier de ses coll1gues que ceu! ci le dput1rent au concile de Irente. Cest encore sur lui quon 8eta les yeu! pour remplir les fonctions dinquisiteur gnral. 2es opinions tranges sur ltat de la nature rpare, la 8ustification, lefficacit des sacrements et le mrite des 0onnes Juvres, opinions quil rpandait par ses enseignements et ses crits, murent plusieurs docteurs de Louvain et lui suscit1rent des attaques. %i! huit de ses propositions furent condamnes par la Facult de Baris 3(: 8uin #A7E$, soi!ante seize par Bie < 3#er octo0re #A7:, #+ mai #A79$. 'rgoire QIII dut intervenir de nouveau le (9 8anvier #A:9. *abus mourut le #9 septem0re #AC9, apr1s avoir rtract ses erreurs de vive voi! et par crit. 2es Nu$res, imprimes , Cologne en #797 par les 8ansnistes Luesnel et 'er0eron, furent mises , linde! le C mai #79: #:$. Le 8ansnisme avait des adhrents en 2or0onne, surtout parmi les 8eunes docteurs. 3<oir -apin, Mmoires, t. I, p. .+ .7.$ #C$. La condamnation dInnocent Q est du (. 8anvier #7.:.
- 321 avanaient quelques erreurs contre la grce et lesquelles ces vques avaient condamnes. Ce bon Pape, aprs les avoir lous de stre opposs la doctrine de ces prtres, il (19) dit ces mmes paroles : Timeo ne connivere sit hoc tacere, timeo ne illi magis loquantur qui permittunt illis taliter loqui, in lalibus causis non caret suspicione taciturnitas, quia occurreret veritas, si falsitas displiceret ; merito namque causa nos respicit, si silentio faveamus errori (20). Que si lon me dit que cela est vrai lgard des vques, et non pas celui dun particulier, je rponds que, vraisemblablement, cela sentend non seulement des vques, mais aussi de ceux qui voient le mal et qui, en tant quen eux est, ne lempchent pas. Voyons maintenant de quoi il sagit. Vous me dites que cest du livre De la frquente communion de Jansnius (21) ; que, pour le premier (22), qui lavez lu par deux fois et que peut-tre le msusage quon fait de ce divin sacrement a donn lieu cela. Il est vrai, Monsieur, quil ny a que trop de gens qui abusent de ce divin sacrement, et moi misrable plus que tous les hommes du monde, et je vous prie de maider en demander pardon Dieu ; mais La lecture de ce livre, au lieu daffectionner les hommes la frquente #9$ Ce mot ne se trouve pas dans le te!te de Irvou!. (E$ ,atrologiae *ursus completus, d. Migne, Baris, #CA: #C7., ((# vol. in .;, t. I<, col. A(9. Migne a prfr la variante +o$eamus errorem (#$. -arement livre fit plus de 0ruit et eut plus de succ1s que le livre De la +rquente communion, compos par 6ntoine 6rnauld selon lesprit de 4ansnius, pu0li , Baris en #7.+ et d8, parvenu , sa si!i1me dition en #7.C. M. %ehorony lavait re5u des mains de son ami le 8ansniste *ourgeois, docteur en thologie, qui tait venu , -ome pour en p&cher une condamnation. Il lavait lu, sen tait pntr et en trouvait les principes e!cellents. 3/ermant, Mmoires9 sur lhistoire ecclsiastique du Q<IIe si1cle, #7+E #77+, d. 'azier, Baris, #9EA #9EC, 7 vol. in C;, t. I, p. +C9.$ (($. Mmoires G la premi1re.
- 322 communion, elle (23) en retire plutt. Lon ne voit plus cette hantise des sacrements quon voyait dautres fois, non pas mme Pques. Plusieurs curs de Paris se plaignent de ce quils ont beaucoup moins de communiants que les annes passes. Saint-Sulpice en a 3.000 de (24) moins ; Monsieur le cur de Saint-Nicolas-du-Chardonnet (25) ayant visit les familles de la paroisse aprs Pques, en personne et par dautres, nous dit dernirement quil a trouv 1.500 de ses paroissiens qui nont point communi ; et ainsi des autres. Lon ne voit quasi plus personne qui sen approche les premiers dimanches du mois et les bonnes ftes, ou trs peu, et gure plus aux religions (26), si ce nest encore un peu aux Jsuites. Aussi est-ce ce qua prtendu feu M. de Saint-Cyran pour desaccrditer (27) les Jsuites. M. de Chavigny disait, ces jours passs, un intime ami que ce bon Monsieur lui avait dit que lui et Jansnius avaient entrepris leur dessein pour dsaccrditer ce saint Ordre-l lgard de la doctrine et de ladministration des sacrements. Et moi je lui ai ou tenir quasi tous les jours quantit de discours conformes cela. Ds que M. Arnauld (28), qui a donn son nom ce (+$ Ce mot ne se trouve pas dans les Mmoires de Er$ou'. (.$. Ce mot manque galement dans les Mmoires de Er$ou'. (A$. /ippolyte Fret. (7$. )eligions, communauts religieuses. (:$. Dsaccrditer, discrditer. (C$. 6ntoine 6rnauld, n , Baris le 7 fvrier #7#(, ordonn pr&tre en #7.#, admis dans la socit de 2or0onne en #7.+, devint, , la mort de 2aint Cyran, le clef du parti 8ansniste, dont il tait d8, lapGtre et le thologien. 2on premier ouvrage de controverse fit 0eaucoup parler de lui N ctait le livre de la +rquente communion. Il a crit, depuis, la Grammaire gnrale, la Logique ou l>rt de penser et un si grand nom0re dautres traits que, 8oints , ses lettres, ils forment une collection de quarante cinq volumes in .;. Il mourut en e!il , *ru!elles le C aoHt #79.. 2es fr1res et ses sJurs furent tous dardents 8ansnistes N quelques uns m&me, comme P6rnauld d6ndilly, /enri 6rnauld, v&que d6ngers, Catherine 6rnauld,
- 323 livre, vit lopposition quil rencontra de divers cts sur le sujet de la pnitence publique et sur celle quil voulait introduire avant la communion, il sexpliqua lgard de cela de labsolution simplement dclaratoire ; mais, quoi quil en soit, il y reste encore des erreurs, ce que nous dit dernirement Monsieur le grand matre de Navarre (29), qui est un des plus savants du sicle, comme aussi M. le pnitencier (30), Messieurs Cornet et Coqueret, qui taient assembls cans pour ces sortes daffaires et que cette dclaration est captieuse et contient quantit de choses qui ne valent gure mieux que ce quil dit (31) dans le premier livre. Ce quil dit : que lglise, ayant, au commencement, pratiqu la pnitence publique avant labsolution, avait toujours affection de rtablir cet usage, et quautrement elle ne serait pas la colonne de vrit, toujours semblable elle-mme, ains une synagogue derreurs, cela, Monsieur, ne porte-t-il pas faux ? Lglise, qui ne change jamais dans les (32) choses de la foi, ne le peut-elle pas faire lgard de la discipline ; et Dieu, qui est immuable en lui-mme, na-t-il pas chang ses conduites lgard des hommes ? Notre-Seigneur, son Fils, na-t-il pas chang quelquefois les siennes, et les aptres les leurs ? A quel propos cet homme ditil donc que lglise serait en erreur, si elle ne retenait laffection de r tablir ces sortes de pnitences quelle pratiquait au pass ? Cela est-il orthodoxe ? Quant Jansnius, il le faut considrer ou comme soutenant les opinions de Baus, tant de fois condamnes m1re de Le Maistre de 2acy, la M1re 6nglique et la M1re 6gn1s ont 8ou un rGle important dans le parti. 3Cf. Bierre <arin, La $rit sur les >rnauld ,aris, #C.:, ( vol. in C;.$ (9$. 4acques Breyret. +E$ 4acques Charton +#$ Mmoires G a dit. +($ Mmoires G Luant au!.
- 324 par les Papes et par la Sorbonne, comme je lai (33) dit, ou comme soutenant dautres doctrines quil traite l dedans. Quant au premier, navons-nous pas obligation de nous tenir la censure que les Papes et ce docte corps ont faite de ces opinions-l et de nous dclarer contre ? Quant au reste du livre, le Pape dfendant de le lire, le Conseil des choses ecclsiastiques na-t-il pas d conseiller la reine de tenir la main ce que [ce que] (34) le Pape Urbain huitime a ordonn sexcute, et faire profession ouverte de se dclarer contre les opinions de Baus censures et ces sortes de nouvelles opinions de ce docteur, qui soutient hardiment celles que lglise na point (35) encore dtermines touchant la grce ? Vous me dites par la vtre que Jansnius a lu dix fois toutes les uvres de saint Augustin et trente fois les traits de la grce, et quil ny a pas dapparence que les missionnaires se mlent de juger des opinions de ce grand homme. Je vous rponds cela, Monsieur, que dordinaire ceux qui veulent tablir de nouvelles doctrines sont hommes fort savants et quils tudient avec grande assiduit et application les auteurs desquels ils se veulent servir ; quil faut avouer que ce prlat tait fort savant, et quayant le dessein que jai dit de dsaccrditer les Jsuites, il a pu lire saint Augustin le nombre de fois que vous me dites ; mais cela nempche pas quil ne soit pu tomber dans lerreur et que nous ne serions pas excusables dadhrer ses opinions, qui sont contraires aux censures qui ont t faites contre sa doctrine. Les prtres ont obligation de ne pas adhrer et de contredire la doctrine de Calvin et des autres ++$ Mmoires " 8ai. +.$ Mots ou0lis dans la copie. +A$ Mmoires " pas.
- 325 hrsiarques, quoiquils naient jamais lu les auteurs sur lesquels ils se sont fonds, non pas mme ses livres. Vous me dites de plus que les opinions que nous disons anciennes sont modernes, quil y a environ 70 ans que Molina (36) a invent les opinions quon dit anciennes, touchant le diffrend. Je vous avoue, Monsieur, que Molina est auteur de la science quon dit mdienne (37), qui nest, proprement parler, que le moyen par lequel on fait voir comme cela se fait et do vient que deux hommes qui ont pareil esprit, m mes dispositions et pareil degr de grce pour faire les uvres de leur salut, et que nanmoins lun le fait et que (38) lautre ne le fait pas, lun est sauv et lautre se perd. Mais quoi ! Monsieur, il ne sagit pas de cela, qui nest pas article de foi. La doctrine quil combat, que J.- C. est mort pour tout le monde, est-elle nouvelle ? Nest-elle pas de saint Paul et de saint Jean ? Lopinion contraire na-t-elle pas t condamne au concile de Mayence (39) et en plusieurs autres (40) contre Godeschalcus (41) ? Saint Lon ne +7$. Louis Molina, cl10re 8suite espagnol n en #A++, mort , Madrid en #7EE, connu surtout par son livre De concordia gratiae et liberii arbitrii, qui dveloppe sa thorie de la science moyenne. Cet ouvrage, attaqu d1s son apparition, donna lieu , de violentes polmiques entre 4suites et %ominicains. Laffaire fut porte devant le tri0unal de Clment <III, qui institua, pour la 8uger, la congrgation de >u'iliis. 6pr1s 0ien des discussions sans rsultat, Baul < laissa li0re lenseignement des doctrines contestes et interdit au! deu! coles, sous menace de graves peines, de se censurer mutuellement +:$. La science moyenne, ainsi appele, parce quelle tient en quelque sorte le milieu entre la science divine du possi0le et celle des faits qui doivent a0solument arriver, est la Connaissance par laquelle %ieu sait infailli0lement, avant tout dcret a0solu de sa volont, ce que lhomme fera sous quelque condition et avec quelque secours de la gr@ce que ce soit. +C$. Mot omis dans les Mmoires de Er$ou'. +9$. )n C.C .E$. Bar e!emple au concile de Luiercy sur Dise, en C.9. .#$. 'odescale, 'otescale ou Fulgence, savant *ndictin, n en 6llemagne en CE7, enseigne des doctrines htrodo!es sur la prdestination.
- 326 dit-il pas dans les leons de Nol, que Notre-Seigneur est n pro liberandis hominibus (42) ? et la plupart des saints Pres tiennent-ils pas ce langage-l ? Le concile de Trente, en la session 6e, De Justificatione, chapitre 2e, napporte-til pas les paroles de saint Jean sur ce sujet : Hunc proposuit Deus propitiationem per fidem in sanguine ipsius pro peccatis nostris, non solum autem pro nostris, sed etiam pro totius mundi (43) ? Et au troisime : Verum etsi ille pro omnibus mortuus est ; il dit ensuite quencore que cela soit ainsi, non omnes tamen mortis ejus beneficium recipiunt, sed ii dumtaxat quibus meritum passionis ejus communicatur. Aprs cela, Monsieur, dirons-nous cette doctrine nouvelle ? Dirons-nous encore nouvelle celle quil combat, contre la possibilit de lobservance des commandements de Dieu, contre le canon 18 du m me concile (44) et de la mme session, qui dit que, si quis dixerit Dei praecepta homini etiam justificato et sub gratia constituto esse ad observandum impossibilie, anathema sit. Et celle que vous dites, Monsieur, quil nous importe peu de savoir sil y a des grces suffisantes, ou si elles sont toutes efficaces, est-elle nouvelle ? Nest-elle pas contenue dans le second concile dOrange, chapitre 25 ? Voici, Monsieur, les paroles de ce concile, par lequel vous verrez, sinon les mots propres de grce suffisante, pour le moins lquivalence du sens. Hoc etiam secundun fidem catholicam credimus quod, accepta per baptismum gratio, omnes baptizati, Christo auxiliante et cooperante, quae Condamn par plusieurs conciles il fut dgrad, fouett pu0liquement et enferm dans la00aye Pd/autvilliers. Il mourut dans sa prison en C7C, sans avoir renonc , ses ides. .($. Mmoires G omnibus. .+$. Bremi1re pTtre de saint 4ean, II, (. ..$. Mmoires. G les canons saints du m&me concile.
- 327 ad salutem pertinent, possint et debeant, si fideliter laborare voluerint, adimplere. Et quant ce que vous dites, quil nous importe peu de savoir cela, je vous supplie (45), Monsieur, de souffrir que je vous dise quil me semble quil est de grande importance que tous les chrtiens sachent et croient que Dieu est si bon que tous les chrtiens peuvent, avec la grce de Jsus-Christ, oprer leur salut, quil leur donne les moyens par Jsus-Christ et que cela manifeste et magnifie beaucoup linfinie bont de Dieu. Lon ne peut non plus dire nouvelle lopinion de lglise qui croit que toutes les grces ne sont pas efficaces, puisque lhomme les peut refuser, chap. 4, De Justificatione. Vous dites que Clment VIII et Paul V ont dfendu que lon dispute des choses de la grce (46). Je vous rpondrai (47), Monsieur, que cela sentend des choses qui ne sont pas dtermines, comme le sont celles que je viens de dire ; et pour les autres qui ne sont pas dtermines par lglise, pourquoi Jansnius lattaque-t-il ? Et en ce cas, nest-il pas du droit naturel de dfendre lglise et de soutenir les censures fulmines contre ? Vous dites que ce sont des matires dcole. Il est vrai de quelques-unes ; et quoique dautres soient telles, faut-il pour cela sen taire et laisser alt rer le fond des vrits par ces subtilits ? Le pauvre peuple nest-il pas oblig de croire et par consquent dtre instruit des .A$ Mmoires " prie. .7$. Bour mettre fin au! discussions, qui trou0laient deu! Drdres cl10res de lUglise apr1s lapparition du livre de Molina, Clment <III voqua laffaire et interdit au! deu! parties la discussion des questions controverses, 8usqu, ce quil eHt fait connaTtre sa dcision. .:$. Mmoires " dirai.
- 328 choses de la Trinit et du Saint Sacrement, qui sont si subtiles ? Voil, Monsieur, ce qui me vient en lesprit pour vous faire voir la raison que nous avons de nous tre dclars en ce rencontre contre ces opinions nouvelles, contre lesquelles je nen vois point, sinon deux, dont lune est le sujet de craindre quen pensant arrter ce torrent des nouvelles opinions, lon enflamme davantage les esprits. A quoi je rponds que, si cela tait, il ne faudrait point sopposer aux hrsies, ceux qui nous veulent ravir la vie ou le bien, et que le berger ferait mal de crier au loup, lorsquil voit quil est pr t (48) dentrer dans la bergerie. Lautre est celle de la prudence, qui est purement humaine, tant fonde sur le que dira-t-on ? Lon se fera des ennemis. O Jsus ! Monsieur, j (49) nadvienne que les missionnaires ne dfendent pas les intrts de Dieu et de lglise pour ces chtifs et misrables motifs, qui ruinent] es intrts de Dieu et de son glise et remplissent dmes les enfers (50). Oui, mais, me direz-vous, faut-il que les missionnaires prchent contre les opinions du temps et le monde, quils sen entretiennent, quils disputent, attaquent et dfendent cor et cri les anciennes opinions ? O (51) Jsus, nenni ! Voici comme nous en usons : jamais nous ne disputons de ces matires, jamais nous nen prchons, ni jamais nous nen parlons dans les compagnies, si lon ne nous en parle ; mais si lon le fait, lon tche den parler avec le plus de retenue que lon peut, M. G[illes] except , qui se laisse un peu emporter par son zle ; quoi je tcherai de remdier, Dieu aidant (52). .C$ Mmoire G au loup, quand il est pr&t. .9$. Mmoires G ah a AE$. Mmoires G et qui remplissent les enfers. A#$. Mmoires G 6h a A($.M. 'illes professait la thologie , 2aint Lazare et donnait des entretiens
- 329 Quoi donc ! me direz-vous, dfendez-vous quon dispute sur ces matires ? Je rponds que oui et quon en (53) dispute point cans pour tout. Mais quoi ! dsirez-vous quon nen parle point la Mission de Rome ni ailleurs ? Cest quoi je prie les officiers de tenir la main et de donner pnitence ceux qui le feront, si ce nest au cas que jai dit. Et pource que vous me dites, Monsieur, quil faut laisser chacun de la compagnie croire de ces matires ce quil lui plaira (54), Jsus ! Monsieur, il nest pas expdient quon soutienne diverses opinions dans la compagnie ; il faut que nous soyons toujours unius labii, autrement nous nous dchirerions tous les uns les autres dans la mme compagnie. Et le moyen de sassujettir lopinion dun suprieur ? Je rponds que ce nest pas au suprieur quil se soumet, ains Dieu et au sentiment des Papes, des conciles, des saints. Et si quelquun ne voulait pas dfrer, il ferait mieux (55) de se retirer, et la compagnie de len prier. Beaucoup de compagnies de lglise de Dieu nous donnent lexemple de cela. Les Carmes dchausss, en (56) leur chapitre quils tinrent lanne passe, ordonnrent que leurs professeurs en thologie enseigneraient les opinions anciennes de l glise et agiraient contre les nouvelles. Chacun sait que les Rvrends Pres jsuites en usent de la sorte, comme, au contraire, la congrgation de Sainte-Genevive ordonne au! ordinands. 6pr1s plusieurs avertissements, saint <incent, voyant quil ne pouvaient le corriger de son z1le immodr contre les opinions nouvelles, lloigna de 2aint Lazare. A+$. Mmoires G quon nen. A.$ Mmoires G li0re de croire de ces mati1res ce quil lui sem0lera. AA$. Mmoires G 0ien. A7$. Mmoires G dans.
- 330 leurs docteurs de soutenir les opinions de saint Augustin, ce que nous prtendons faire aussi en expliquant saint Augustin par le concile de Trente, et non le concile par saint Augustin, pource que le premier est infaillible et le second ne lest pas. Que si lon dit que quelques Papes ont ordonn que lon croie (57) saint Augustin lgard des choses de la grce, cela sentend au plus des matires disputes et rsolues alors (58) ; mais, comme il sen fait de temps en temps des nouvelles, il faut sen tenir pour celles-l la dtermination dun concile (59), qui a dtermin toutes choses selon le vrai sens de saint Augustin, quil lentendait mieux que Jans nius et ses sectaires (60). Voil, Monsieur, la rponse votre lettre, laquelle je nai point communique qui que ce soit, ni (61) la communiquerai jamais ; je vous dis de plus que je nen ai parl qui que ce soit et que je ne me suis fait aider par qui que ce soit au monde en ce que je vous dis, et que vous le jugerez bien par mon ch tif style et par mon ignorance, qui ne parat que trop. Que sil y a quelque chose qui semble (62) au-dessus de cela, je vous avoue, Monsieur, que jai fait quelque petite tude touchant ces A:$. Mmoires G croira. AC$. %ans une lettre , saint Csaire, v&que d6rles, le pape *oniface II, met saint 6ugustin au nom0re des B1res qui ont e!pos la vraie doctrine de la gr@ce " =*um de hac re multii ,atres et prae caeteris beatae reordationis >ugustinus, episcopus, sed et ma2ores nostri apostolicae sedis antistites ita ratione probentur disseruisse latissima ut nulli ulterius deberet esse ambiguum, +idem quoque nobis ipsam $enire de gratia supersedendum du'imus responsione multiiplici; 3Migne, ,atrologiae cursus completus, t. LQ<, col. +#$. A9$ Le concile de Irente. 7E$. Barmi les propositions condamnes par le 2aint Dffice le : dcem0re #79E nous trouvons celle ci 3prop. +E$ " -bi quis in$enerit doctrinam in >ugustinus clare +undatam illam absolute potest tenere et docere, non respiciendo ad ullam ,onti+icis bullam. 7#$. Mmoires : et ne. 7($. Les mots qui semble sont omis dans les Mmoires de Er$ou'.
- 331 questions et que cest le sujet ordinaire de mes chtives oraisons (63). Je vous supplie, Monsieur, de la communiquer M. Almras (64) ; et ceux que vous jugerez propos de la compagnie, ce quon voie les raisons que jai eues dentrer dans les sentiments anciens de lglise et de me dclarer contre les nouvelles (65) et que nous demandions Dieu et fassions (66) tout ce qui sera en nous pour tre cor unum et anima una (67) en ce fait comme en tout le reste. Je vivrai dans cette esprance et aurais une affliction que je ne vous puis exprimer, si quelquun, quittant les vives sources des vrits de lglise, se fabriquait des citernes des opinions nouvelles, du danger desquelles il ny a gure personne qui ait mieux t inform par lauteur que moi, qui suis, Monsieur, en lamour de Notre-Seigneur, votre trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Jose vous dire, Monsieur, que M. Fret (68) stant embarrass dans ces opinions nouvelles, il a dit Monsieur le cur de Saint-Josse (69) que ce qui len a retir, cest la fermet quil a vue en (70) ce misrable pcheur contre cela, 7+$ 2aint <incent a crit sur la gr@ce un travail tr1s su0stantiel, que nous pu0lierons en son lieu. 7.$. %apr1s ce que nous verrons plus loin 3I #E7C$, il est fort pro0a0le que 4ean %ehorgny prfra ne pas communiquer , son suprieur. 7A$. Contre les nouvelles opinions. 77$. Mmoires G et que nous fassions. 7:$ Livre des >ctes =<, +(. 7C$ Collet crit , tort " 4roger "op cit., t I, p A+9, note$ tait mort en septem0re #7.7. 79$ Louis 60elly, le 0iographe de saint <incent :E$ Mmoires G dans.
- 332 dans deux ou trois confrences que nous avons eues sur ce sujet ; cest M. le cur de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, qui fut reconnu, dabord quil revint dAlet, par un chacun quil tait dans ces opinions, desquelles il est tel point hors de ces sentiments quil a propos M. de Saint-Josse quil faut que nous fassions quelque manire de congrgation secrte pour dfendre les vrits anciennes. Je vous supplie de tenir ceci secret. Je nai point eu le loisir de lire ma lettre, et je ne lai os faire transcrire ; vous aurez peine la lire ; excusezmoi. Suscription : A Monsieur Monsieur Dehorgny, prtre de la Mission, Rome.
1044. CHARLES NACQUART, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT De lle Saint-Vincent du Cap-Vert (1) [25 juin 1648] (2) Monsieur, Votre sainte bndiction sil vous plat ! Nous voici pour quatre ou cinq jours en terre pour prendre des eaux. Notre d part de La Rochelle fut le jour de lAscension, auquel lancre fut leve. Nous sommes en bonne sant, Dieu merci, aprs quelque peu de mal de mer ou vomissement ds le commencement. Nous avons eu la consolation de voir la pit de ceux de notre vaisseau, qui ont fait leur devoir pour gagner le jubil que javais appris avoir t concd par Sa Saintet, dont nous fmes ouverture depuis la Pentecte jusqu la Fte-Dieu. Nous arrivmes en cette le la veille de saint Jean, o nous avons clbr la messe tous Lettre 1044. %ossier de la Mission, copie du Q<IIe si1cle. #$ ele de larchipel portugais du Cap <ert, dans la partie occidentale du groupe. ($. La lettre a t certainement crite entre le (+ et le (9 8uin #7.C. La date du (A sem0le rsulter de la comparaison de ce qui est dit ici avec le contenu de la lettre ##:9.
- 333 les jours comme aussi avons-nous fait dans le vaisseau tant que le temps nous la permis. Nous avons ici rencontr des Portugais fort bon chrtiens, quoiquesclaves, qui sont ici envoys pour la chasse des cabris. Nous esprons les confesser par interprte et les communier demain pour leur faire part du jubil comme nous avons fait hier et aujourdhui environ une douzaine dun vaisseau qui est de Dieppe, venu mme le pour des eaux. Ce que nous avons admir en ces Portugais est quils sont bons musiciens, et chantrent des psaumes avec bonne harmonie. Mais nous voil prts de remettre en mer pour encore quatre mois environ. Priez Notre-Seigneur quil nous fasse arriver au but quil prtend, comme des sagesses lues. Nous esprons beaucoup de fruit en ce pays, avec la grce de Dieu, vu nommment que Monsieur notre commandeur (3) (qui vous prsente ici ses trs humbles recommandations) nous tmoigne un grand dsir dy contribuer. Nous vous crirons de ce pays, et si vous nous voulez crire et envoyer quelque chose quand il partira quelque vaisseau pour ces Messieurs Nous clbrons la messe ordinairement en particulier pour vous et pour la compagnie en gnral et pour Monsieur Lambert et autres particuliers de notre connaissance, sans oublier le sminaire afin quil laugmente en nombre et en vertu et quil fasse crotre des plantes, pour venir peupler lle Saint-Laurent (4) et autres lieux qui ont si grand besoin douvriers. Entre autres, je vous prie de vous enqurir, sil y a moyen, dun nomm Monsieur Roze, marchand de Rouen, demeurant rue aux Ours, qui a la direction, pour les Franais, des les de Sngal, o lon dit quil y a quantit dmes gagner J.- C., et aussi aux Iles de Cap-de-Vert et de Gambie, o il ny a point de prtres, sinon peuttre un aumnier pour le vaisseau quon y envoie. Tout cela d pend de ce M. Roze, quon dit tre homme vertueux et bon chrtien. Notre capitaine de navire dit quil y a autant dassurance et de libert dy prcher lvangile comme dans Paris. Tous ces pauvres gens sont mahomtans et bons, fort dociles. Dieu y veuille pourvoir ! Adieu, Monsieur. Nous apprenons la langue de Madagascar. Recommandez-nous derechef aux prires de toute la Compagnie et spcialement Monsieur Lambert et Monsieur Gautier, auxquels jcrirais si le loisir me le permettait. Le porteur de la prsente est un capitaine de Dieppe. +$ M de Flacourt. ..$ 6ncien nom de lTle de Madagascar.
- 334 le suis de tout mon cur, en lamour sacr de Notre-Seigneur et de sa sainte Mre, Monsieur et trs honor Pre votre trs humble et trs obissant fils. C. JACQUART, indigne prtre de la Mission de lle Saint-Laurent.
1045. A JEAN MARTIN, PRTRE DE LA MISSION, A GNES De Paris, ce 26 juin 1648. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Jai reu votre lettre du 1er de ce mois avec celles de M. Blatiron. Nous avons aujourdhui recommand fort expressment aux prires de la compagnie Mgr le cardinal (1), ce quil plaise Dieu lui donner la paix en son diocse et, pour le bien de ce mme diocse, le conserver longuement. Dieu sait si nous vous avons oubli, vous ni nos chers confrres, et si nous continuerons fidlement lui demander labondance de ses bndictions sur un chacun de vous en particulier. Je crois, comme vous, Monsieur, quil sera utile daller aux lieux o lon a fait la mission, faire de temps en temps une prdication en passant et rtablir la confrrie de la Charit, au cas quelle soit dchue ; mais il faut concerter cela auparavant et ne pas quitter quelque chose de meilleur. Je rends grces Dieu de ce quil a redonn la sant au signor Baliano (2) ; je men suis beaucoup rjoui et je Lettre 1045. L s F %ossier de Iurin, original. #$ Le cardinal %urazzo, archev&que de '&nes. ($. Bierre Baul *aliano, n , '&nes le + fvrier #7(C, entra dans la congrgation de la Mission , '&nes le ler novem0re #7.9 et fut re5u au! vJu! le C septem0re #7A(. Beut &tre est il question ici de son p1re ou dun parent.
- 335 prie Notre-Seigneur quil le conserve et pour sa gloire et pour notre consolation. La mienne sera toujours de vous t moigner que je suis, en lamour de ce mme Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Au bas de la premire page. M. Martin.
1046. A LA PROPAGANDE [1648] (1) Eminentissimi e Reverendissimi Signori, Non essendo per ancora date ad alcuna religione o Preti secolari le tre Arabie Felice, Petrea e Deserta da coltivarsi e ridursi alla fede cristiana, Vincenzo a Paolo, superiore della Congregazione della Missione, offerisce di mandare dei suoi a dette Arabie quando lEminenze Vostre restino servite daffidargliele a coltivare a lui, la Missione sub noimine propri0, accio la possa andar provvedendo di tempo in tempo delle cose necessarie, e concedergli le facolt solite, con potest ancora di fare un vice-Ejrefetto, che abbia da risiedere in bocca di un porto confine allArabia Felice, ove colle navigazioni deglOlandesi ed Inglesi si potranno mandar i Missionari, i quali, per ora supplico, siano al numero di sei sacerdoti della sua Congregazione da proporsi ed approvarsi da Monsignore Nunzio di Francia, il quale dara la nota dei soggetti scelti, accio la Sacra Congregazione Lettre 1046. 2upplique non signe. 6rch. de la Bropagande, original. #$ <oir lettre #E7C, p. +CE.
- 336 li possa dichiarare Missionari, ed approvare per vice prefetto quello che sar pi idoneo (2). Che e Quas Deus, etc. TRADUCTION Eminentissimes et Rvrendissimes Seigneurs, Les trois parties de lArabie connues sous le nom dArabie Heureuse, Arabie Ptre et Arabie Dserte nayant encore t confies aucun Ordre religieux ni aucun prtre sculier, pour tre vanglises et ramenes la foi chrtienne, Vincent de Paul, suprieur de la congrgation de la Mission, offre dy envoyer plusieurs de ses prtres. A cet effet, il supplie Vos minences de vouloir bien lui donner cette Mission, quil dirigerait en son nom propre et quil pourvoirait de temps en temps des choses ncessaires, de lui accorder les facults habituelles et aussi le pouvoir dtablir un vice-prfet, qui aurait sa rsidence lentre dun port, sur les confins de lArabie Heureuse, o les missionnaires pourraient dbarquer, amens par des vaisseaux hollandais ou anglais. Ils seraient, pour commencer, au nombre de six. Leur liste, dress e par le suppliant, serait remise au nonce de France, qui t moignerait d laptitude des sujets proposs et la prsenterait la Sacre Congrgation, pour quelle donnt aux missionnaires les pouvoirs ncessaires et choist parmi eux le plus digne de remplir les fonctions de vice-prfet.
1047. A TIENNE BLATIRON, SUPRIEUR, A GNES Du 3 juillet 1648. Notre pauvre nature nest-elle pas misrable ? Tout le monde est content Gnes de notre frre [Sbastien] (1). Il ny a que lui seul qui ne se peut supporter ; il en veut sortir pour se satisfaire, quoiquil voie bien quil ne le peut sans dplaire et sans incommoder ceux envers ($ Le pro8et na0outit pas. Lettre 1047. -eg. (. p. #99. #$. Le fr1re 20astien ?odo.
- 337 lesquels il pourrait exercer une continuelle charit, comme il a fait jusqu maintenant. Il se pourra faire nanmoins que Dieu tirera sa gloire dune telle faute ; je len prie de tout mon cur, etc. Cest la vrit, Monsieur, que ceux-l feront bien aux pays trangers lgard des pauvres et des captifs sils se plaisent faire ici les mmes choses auprs des malades et des affligs. Je loue Dieu de ce que vous prouvez le frre Sbastien dans le mouvement quil a daller en Barbarie.
1048. JEAN LE VACHER, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT Tunis, 1648. Parmi les esclaves capturs par les corsaires et emmens Tunis se trouvent deux jeunes garons, de quinze ans environ lun Franais, lautre Anglais ; les maisons de leurs matres tant assez proches, ils avaient la facilit de se voir souvent Ils saimaient comme deux frres. LAnglais, converti du luthranisme par le Franais, avait t instruit par Jean Le Vacher. Il sattacha si fortement sa nouvelle foi qu des marchands anglais hrtiques venus pour racheter des esclaves de leur pays et de leur religion, il d clara prfrer lesclavage lapostasie. Les deux amis continurent de se frquenter et de sencourager lun lautre dans leurs bonnes dispositions. Il arriva plus dune fois que leurs patrons, aprs avoir vainement tent de les entraner dans le mahomtisme, les brutalisrent au point de les faire tomber vanouis terre. LAnglais vint un jour chez le Franais, au moment o celui-ci gisait inanim. Il lappela. Je suis chrtien pour la vie, rpondit le Franais, qui reprenait ses sens. Le jeune visiteur se pencha pour baiser les pieds ensanglant s de son ami. Sur ces entrefaites, des Turcs entrrent. A leurs questions, il rpondit : Jhonore les membres qui viennent de souffrir pour Jesus-Christ, mon Sauveur et mon Dieu. Les infidles furieux le chassrent en linjuriant. Lettre 1048. 60elly, op. cit., #. II, chap. II, sect. <II O QI, #er d., p. #+A
- 338 Quelque temps aprs, le Franais trouva, son tour, lAnglais tendu sur une natte de jonc, le corps meurtri des coups que venait de lui donner son patron. A ct, devisaient des Turcs et le patron lui-mme. Le Franais sapprocha. Qui aimes-tu davantage, demanda-t-il son ami, Jsus-Christ ou Mahomet ? LAnglais rpondit : Jsus-Christ. Je suis chrtien et je veux mourir chrtien. A ces mots, les Turcs entrrent dans une violente colre. Lun deux, qui portait deux couteaux ses ctes, fit mine de vouloir couper les oreilles du Franais. Lenfant prit lui-mme un des couteaux et, sans hsiter, se trancha une oreille. Pour lempcher daller plus loin, on s ! empressa de le dsarmer. Ds ce jour, les Turcs cessrent leurs sollicitations ; ils jugeaient toute tentative voue linsuccs. Les deux jeunes martyrs moururent lanne suivante, emports par une maladie contagieuse.
1049. A BERNARD CODOING, SUPRIEUR, A SAINT-MEN 11 juillet 1648. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Voici dans un billet la rponse de Mademoiselle Le Gras et la mienne touchant les filles de Moncontour (1) et celles de Saint-M en qui se veulent donner Dieu dans la compagnie des Filles de la Charit. Il ne se peut dire la bonne dification que les trois dfuntes ont donne pendant le peu de temps quelles ont vcu depuis leur arrive ; nous en avons fait des confrences o il fut rapport des choses admirables de ces bonnes filles, en sorte que leur vie et leur mort nous ont laiss des marques et des sentiments de leur sanctification. Lettre 1049. -ecueil de lettres choisies, e!emplaire de la maison. m1re des Filles de la Charit #$ 6u8ourdhui chef lieu de canton dans les CGtes du ?ord. Mathurine 'urin tait du nom0re de ces filles N elle seule persvra.
- 339 1050. AU *BUREAU DES FINANCES DE LA VILLE DE PARIS [Vers le 14 juillet 1648] (1) Lesdits suppliants vous remontrent que ledit chemin de Saint-Maur (2) ntant que chemin de chasse, qui ne doit avoir que trente pieds de largeur, conformment vos ordonnances, et mme que ledit chemin, en plusieurs endroits de son tendue, il ny ait que quatre toises au plus de large et m me en son embouchure, vers la valle de Fcamp (3), l o il se perd pour entrer dans le grand chemin de la porte Saint-Antoine (4), allant audit Saint-Maur, lendroit de laquelle valle de Fcamp jusques lentre de Picpus icelui chemin de Saint-Maur na quune charrire de largeur, qui nest pas seulement un chemin carrire, qui doit avoir quinze pieds ; ce qui vous aurait t fait rapport par Jacques Bouzauct, commis lexercice de ladite voirie de la ville et faubourg de Paris, suivant votre ordonnance du huiti me novembre mil six cent quarante-cinq. Ce considr, mesdits sieurs, il vous plaise permettre auxdits suppliants de faire assigner par devant vous ledit Vincent Thibaut, pour voir dire et ordonner quattendu quil sest recul dudit chemin de Saint-Maur de quatre toises par haut vers son embouchure, vers la chauss e du Bourget (5), et de quatre toises deux pieds Lettre 1050. -equ&te signe. Loriginal appartient au! Filles de la Charit de la rue Dudinot, +, Baris. #$. <oir note 7. ($. 6u8ourdhui rue 2aint Maur. +$ Il y avait autrefois , Baris une rue de la <alle de Fcamp. Cest au8ourdhui la partie de la rue de Charenton qui va de la rue de Montgallet , la 0arri1re. .$. La porte 2aint 6ntoine se trouvait pr1s de la *astille. A$. Ce nom tait port autrefois par la partie de la rue du fau0ourg
- 340 par en bas, et avoir par ce moyen entrepris sur les terres desdits suppliants jusques la quantit de quatre-vingt-treize toises et demie de terre en superficie, que lesdits suppliants reprendront pareille quantit de terre, qui est entre ledit chemin de Saint-Maur et la maison de clture dudit Thibaut, pour en faire et disposer comme du propre et de lancien domaine dudit Saint-Lazare, et ordonner que ledit chemin de Saint-Maur aura en son embouchure, vers ladite chausse du Bourget, telle largeur quil est port par vos ordonnances, qui est de trente pieds de large, et ordonner que ci-apr s aucun alignement ne soit donn aux particuliers qui voudront btir de lautre ct dudit chemin de Saint-Maur, vis--vis des terres desdits suppliants, sans quiceux y soient appels, ce que lavenir aucun ne fasse entreprise sur leurs terres et que les chemins aient leurs largeurs conformes vos ordonnances ; et vous ferez justice (6). VINCENT DEPAUL,
1051. A UN CLERC DE LA MISSION 15 juillet 1648. Je veux suspendre mon jugement au sujet de votre lettre, 2aint Martin qui va de lglise 2aint Laurent , la rue de Flandre. 7$ Dn lit , la suite de la requ&te " =La prsente requ&te sera communique audit Ihi0aut, et lui assign au premier 8our par devant nous, pour &tre oub et rpondre sur icelle N auquel 8our ledit Ihi0aut rapportera lalignement qui lui a t donn pour sa clGture et 0@timent. Fait au 0ureau des finances , Baris, le quatorzi1me 8our de 8uillet mil si! cent quarante huit et dfenses , tous autres de faire aucun 0@timent sans notre permission. %evavoquier, /ard, Longuer. Bar mesdits sieurs.. 2ensier. Lan mil si! cent quarante huit, le si!i1me 8our daoHt, , la requ&te des vnra0les pr&tres de la Congrgation de la Mission.> Lettre 1051. -eg. (, p. (97.
- 341 tandis que M. ne men dira mot. Jai peine croire que son procd soit tel que vous le dcrivez, ou que la parole qui vous est si sensible soit sortie de lui sans beaucoup de sujet. Je sais que sa conduite est assez douce, gr ces Dieu ; personne que vous ne men a encore fait plainte ; et je trouve la vtre dautant plus trange que sa douceur a t considrable en votre endroit, non seulement pour supporter vos fautes, mais pour les cacher aux autres, comme il voulut faire moi-mme, lorsque vous mcrivtes une lettre moins digre quil ne fallait ; car il men fit une pour votre justification. Mais supposons quil se soit chapp, comme il vous semble ; faut-il salarmer de si peu de chose ? De qui supporterez-vous les imperfections et quelle injure tes-vous capable de souffrir, si, de votre propre suprieur, une parole inconsidre vous est insupportable ? Peut-tre la-t-il dite exprs pour vous prouver ; et en ce cas cette preuve ne lui a pas mal russi, puisque votre indisposition a paru aussitt en plusieurs manires : 1 vous excusez votre faute par la comparaison de celle de votre frre ; 2 vous vous plaignez que la leon des enfants vous est une pesante surcharge ; 3 vous demandez changer de maison ; 4 vous vous montrez plein de propre estime, et vous prsumez que toute la communaut rendre tmoignage de navoir jamais rien remarqu en vous qui mrite la correction qui vous a t faite. Toutes ces choses sont bien loignes des sentiments du pauvre publicain et de ceux que doit avoir un bon missionnaire, et nanmoins vous me les crivez, dites-vous, pour conserver votre vocation. Dieu veuille, mon cher frre, que vous en ayez le dessein ! mais ce nen est gure le chemin. La pratique de la patience, de lhumilit et de lexactitude au rglement est la bonne marque de notre persvrance.
- 342 Nous verrons si dsormais vous travaillerez lacquisition de ces vertus et si vous donnerez votre suprieur plus de satisfaction que par le pass. Je vous assure, mon cher Frre, que ce serait l une de mes plus sensibles consolations. Je demanderai Dieu quil vous fasse cette grce ; car votre me mest plus chre que je ne vous puis exprimer.
1052. ALAIN DE SOLMINHIAC A SAINT VINCENT De Mercus, ce 15 juillet 1648. Monsieur, A prs vous avoir rendu de trs humbles grces, comme je fais par celle-ci, de laffection avec laquelle vous nous donnez vos assistances en laffaire que nos religieux de Chancelade et nous avons contre ceux de Ste-Genevive, laquelle je vous supplie de nous continuer, agrez que je vous die que tant sen faut que jaie jamais eu la pense de ne vouloir pas que vous receviez en votre congrgation des ecclsiastiques de mon diocse, quau contraire jai toujours cru quil tait juste et ncessaire que vous en reussiez : juste, parce que votre congrgation le sert bien ; ncessaire, parce que les vtres qui conduisent notre sminaire ne pourront pas faire les missions utilement sil ny a aucun de mon diocse avec eux cause du langage du pays, auquel il est ncessaire quelles se fassent, pour tre utiles, lequel ils ne savent pas. Et vous pourrez vous ressouvenir quentre les raisons que je vous ai dites, pour lesquelles vous deviez faire tat de notre sminaire, cest que vous en pouviez retirer, comme il est vritable, beaucoup de sujets pour faire faire des missions dans tout ce pays et le Languedoc, que cest presque la mme langue. Il est vrai que jestimai quil tait ncessaire que ce fut avec certaines conditions : lune cause de la fondation de huit cents livres que mon clerg donne annuellement pour lentretnement de six sminaristes destins au service de notre diocse par notre emploi ; jai cru quil tait ncessaire que ce nombre fut rempli avant que vous en pensussiez prendre dautres ; et vous en tes demeur daccord avec moi, et.M. Lambert aussi, Lettre 1052. 6rch. de lv&ch de Cahors, cahier, copie prise sur loriginal.
- 343 quand il fut ici. Lautre, qui est plut t un avis que non pas une condition, que vous ayez gard la ncessit que ce diocse avait de prtres ; car vous ne sauriez croire combien elle tait grande lorsque jy vins. A prsent il est presque pourvu de ceux qui lui sont ncessaires, ou le sera dans peu de temps ; et il y en aurait de reste si les autres diocses ne les prenaient. Vous seriez ravi de voir mon clerg, et bniriez Dieu mille fois si vous saviez le bien que les vtres ont fait dans notre sminaire, qui sest rpandu par toute la province. Je vous prie donc dexaminer encore si cette condition est juste, de nen prendre point jusques ce que ce nombre de six soit complet. Il ny en a que deux ; encore sont-ils trangers, convertis notre religion, lesquels veulent embrasser ltat ecclsiastique. Je nai pas voulu que les vtres se missent jusques prsent en peine de procurer que ce nombre ft rempli, mais bien tout au contraire, au moins du temps du gouvernement de M. Delattre et de M. Testacy. Aprs tout, je nai qu vous dire deux choses : lune que laffection que jai pour votre congrgation, qui ne cdera jamais celle daucun des vtres, me fait vous supplier de considrer trs mrement si vous ne devez point mettre quelque condition dans le pouvoir que vous donnerez aux vtres de recevoir des ecclsiastiques des diocses dans lesquels vous serez tabli s ; car jai toujours cru, et ce que les vtres ont fait en mon endroit me le fait croire davantage, que cest absolument ncessaire, afin de vivre en bonne intelligence avec les vques qui vous appelleront dans leurs diocses. Ne mesurez pas, je vous prie, les autres votre aune ; vous vous y tromperiez assurment. Plt Dieu quil en et cot une partie de mon sang, que je baillerais volontiers pour votre compagnie, quils eussent votre esprit ! et Dieu veuille par sa grce, quils en aient une partie, sinon le tout ! Il me semble bien que le bon M. Lambert tche de le prendre, je souhaiterais bien que les autres en fissent de mme. Lautre chose que jai vous dire est quil ny aura point de condition pour vous ; vous aurez toujours tout pouvoir sur ce qui dpendra de moi ; mais je vous supplie, que cela soit dit entre vous et moi seulement, et de me croire, Monsieur, etc. ALAIN v. de Cahors.
- 344 1053. ALAIN DE SOLMINHIAC A SAINT VINCENT De Mercus, ce 22 juillet 1648. Monsieur, Je vous rends mille grces des continuels soins quil vous plat prendre pour nos religieux et pour moi en laffaire que nous avons avec ceux de. Sainte-Genevive. Puisque vous navez pu obtenir la confirmation perptuelle de la Mre de Laroque (1), nous tcherons de la faire continuer par le moyen des suprieurs de lOrdre. Je vous ai crit au long touchant la rception des ecclsiastiques de mon diocse en votre congrgation. Vous verrez comme je nai pas entendu que vous nen receviez absolument ni eu la pense. Nanmoins permettez-moi de vous dire quil me semble que vous ne pourvoirez pas assez aux inconvnients qui arriveront, si vous najoutez quelque condition ce rglement que vous trouvez juste, quil nen sera pas re u de ceux qui sont dans le sminaire, pendant quils y seront, ce que ma fait M. Delattre, qui tait engag pendant quil y tait, et les a remis tre reus jusqu ce quils en fussent dehors. Pourvoyez, je vous prie, cet inconvnient ; car pour ceux qui sont aux tudes chez vous ou ailleurs, ou qui sont hors le s minaire et ny ont pas demeur, je nen ai jamais fait de difficult, mais seulement dit, par forme davis, quils doivent tre retenus en recevoir jusques ce que le diocse fut pourvu de ceux qui lui sont ncessaires. Voil mes petits sentiments, que je soumets aux vtres. Cependant je vous rends mille millions de grces de tant de soin que vous avez pris pour nous donner M. Brandon pour Prigueux, lequel enfin Dieu a bni. Jespre quil en sera glorifi et vous rcompens. Et parce que mon diocse prend part au bien cause du voisinage, je vous supplie, quand vous verrez la reine, si vous le jugez propos, de dire Sa Majest que je lui en rends de trs humbles grces. Je prie Dieu de lui faire la grce de pourvoir toujours de bons pasteurs aux vchs de ce royaume. Je suis toujours, Monsieur, etc. ALAIN, v. de Cahors. Lettre 1053. 6rch. de lv&ch de Cahors, cahier, copie prise sur loriginal. #$. Comme prieure du monast1re du Bouget.
- 345 1054. - A CLAUDE DUFOUR, PRTRE DE LA MISSION, A SAINTES 24 juillet 1648. Jai reu votre lettre avec joie, voyant la fidlit que vous avez eue me dcouvrir les penses qui agitent votre cur. Ce nest pas merveille que vous soyez tent ; au contraire, ce serait chose nouvelle si vous ne ltiez point, pource que la vie des hommes nest autre chose que tentation, et nul nen est exempt, particulirement de ceux qui se sont donns Dieu ; son propre Fils mme a pass par cette preuve. Mais si cest une ncessit pour tous, cest aussi un sujet de mrite pour les personnes qui Dieu fait la grce de rduire tout en bien, comme vous faites. Vous savez assez, Monsieur, que sans les dsordres il ny aurait point de rglements ; mais nos inclinations se portent au mal en tant de manires quil a t de la prudence divine et humaine de leur opposer des remdes spcifiques. Cest pour cela que lAncien et le Nouveau Testament sont pleins de commandements, de conseils et de r gles de salut, que lglise a tant fait dordonnances et de dcrets, et que les jurisconsultes ont tabli des lois pour les choses civiles. Les rgles que vous avez sont maximes vangliques et moyens pour les garder, peu prs les mmes que nous pratiquons de de, o personne, grces Dieu, ne sen est encore plaint. Que si le nombre vous en semble excessif, je vous supplie de considrer combien grand est celui des prceptes divins, des canons, dcrets, lois et admonitions dont je viens de parler ; plusieurs gros volumes ne les peuvent contenir. Il se peut faire nanmoins que Lettre #EA. -eg (, p +#
- 346 vous ayez peine de la diversit des choses qui vous sont recommandes et de ce que peut-tre on vous presse trop pour les observer. Je suis bien aise que vous men ayez crit, parce que je prierai les visiteurs de faire attention ciaprs ne rien ordonner que fort propos ; comme je prie votre suprieur (1) de vous faire traiter doucement, en cas que par le pass on ait manqu le faire, mme de vous faire changer de lieu, si vous le dsirez. La compagnie a toujours t bien satisfaite de votre exactitude ; ceux qui vous ont vu ici en ont t fort difis, et, ce que japprends, ceux qui habitent maintenant avec vous ne le sont pas moins ; ce qui me fait juger que la petite rpugnance que vous avez est une production du mauvais esprit, qui veut vous ennuyer dans un si beau chemin. Je vous prie, Monsieur, ne l coutez point ; car si deux ou trois rgles vous dplaisent pour tre superflues votre gard, un autre les affectionne parce quelles lui conviennent. Les enfants de Notre-Seigneur marchent bonnement dans ses voies ; ils ont confiance en lui ; aussi quand ils tombent, il les relve ; et si, au lieu de sarrter maugrer la pierre o ils ont bronch, ils shumilient dans leur chute, il les fait avancer grands pas en son amour. Cest ce que jespre de vous, Monsieur, qui tes tout lui, par sa misricorde, et qui ne respirez que sa sainte volont. Il y a grande diffrence entre la vie apostolique et la solitude des Chartreux. Celle-ci, la vrit, est trs sainte, mais elle nest pas convenable ceux que Dieu a appels la premire, qui en soi est plus excellente ; autrement saint Jean-Baptiste et Jsus-Christ mme ne lauraient pas prfre lautre, comme #$ Louis -ivet
- 347 ils ont fait, en quittant le dsert pour prcher aux peuples ; outre que la vie apostolique nexclut pas la contemplation, mais lembrasse et sen pr vaut pour mieux connatre les vrits ternelles quelle doit annoncer ; et dailleurs elle est plus utile au prochain, lequel nous avons obligation daimer comme nous-mmes, et par consquent de laider dune autre manire que ne font pas les solitaires. Et quoiquil vous semble que vous vous acquitteriez plus volontiers des devoirs de cette sainte religion que de ceux de notre petit institut, vous y seriez sans doute tromp, comme beaucoup dautres qui ont quitt leur vritable vocation pour entrer dans une manire de vie diffrente, en laquelle ils ont trouv moins de satisfaction. Pourquoi ? parce que les difficults quils ont pens fuir ntaient pas en la chose quils ont dlaisse, mais dans leur propre imagination, la qualit de lesprit se trouvant la mme partout, faute de la corriger par une continuelle mortification. Au reste, Monsieur, vous savez que nous ne sommes pas religieux et navons pas intention de ltre ; Dieu ne nous a pas jugs propres pour cet tat. Prions-le quil nous rende dignes de celui o il nous a mis.
1055. A UN PRTRE DE LA MISSION, A ROME Du 24 juillet 1648. Vos incommodits maffligent bon escient ; je pense que le changement dair vous sera bon ; mais avant de reprendre celui de France, je vous prie dessayer celui de la campagne de Rome par le moyen des missions quon y fera cet hiver. Si ce remde est sans effet, je Lettre 1055. -eg. (, p. (9:.
- 348 vous assure, Monsieur, que nous vous prierons de vous en revenir, et d s maintenant je le ferais, sans que je crains de contrevenir au dessein de Dieu sur vous, en vous rappelant ici, avant que davoir tent de del les moyens possibles pour vous bien porter. Quant la seconde raison que vous avez de repasser en France, croyez, Monsieur, que les chaleurs du climat ne contribuent gure aux mouvements dshonntes, la chair trane partout ses infinits. Quand vous seriez ici, vous en ressentiriez les misres de mme quen Italie ; cest un exercice que Dieu permet en vous, comme il la permis en saint Paul, et peut- tre pour la mme fin, ou au moins pour vous donner sujet de mrite.
1056. ALAIN DE SOLMINHIAC A SAINT VINCENT De Mercus, ce 28 juillet 1648. Monsieur, Le soin que javais apport quon ne parlt point de ces nouvelles opinions dans cette ville de Cahors ni dans tout le reste de mon diocse, a t cause que nous avons vcu en grand repos jusques prsent. Mais comme lennemi commun de la paix ne cesse jamais de travailler semer des troubles il est arriv depuis peu quun des professeurs en thologie de notre universit (1) a enseign la doctrine et les opinions de Jansenius. En ayant eu avis pendant la retraite de mes exercices, le mandai au grand archidiacre de mon glise cathdrale (2), qui a de grandes qualits et est grand ennemi de toutes ces nouveauts, de lui aller dire de ma part que je mtonnais fort quil enseignt cette doctrine et lui faire commandement de cesser ; ce quil fit incontinent. Mais ce docteur au lieu dobir, lui rpondit avec arrogance quil avait dj Lettre 1056. 6rch. de lv&ch de Cahors, cahier, copie prise sur loriginal. #$. Le B1re Louis Mespl1de, dominicain. Dn garde au! archives de lv&ch de Cahors le proc1s ver0al dress sur les opinions de ce religieu! ($ Claude 6ntoine /0rard de 2aint 2ulpice.
- 349 baill ce trait, et lui dit beaucoup de choses l-dessus pour soutenir ces opinions. Le grand archidiacre mayant rapporte cela, je mandai incontinent mon promoteur de faire commandement de ma part tous les coliers de mapporter leurs crits et leur faire dfense, peine de dsobissance, den aller plus prendre sous ce professeur, qui est un religieux de lOrdre de St-Dominique ; quoi ils obirent incontinent ; et fallut quil cesst faute dcoliers. Le thologal de mon glise, qui ne laime pas, ayant appris cela, prcha contre ces opinions ; ce qui le mit aux champs. En ayant eu avis, je donnai charge mon promoteur de faire dfense audit thologal de prcher plus de la sorte, dsirant assoupir cela, comme cest le mieux, et daller dire ce professeur que je napprouvais pas ce que le thologal avait fait, et que, sil nen parlait pas de son cot et quil se reconnut, je tcherais dassoupir cela et lui conserver son honneur. Il me remercia fort par mon promoteur ; mais en mme temps, ayant appris que luniversit tait assemble, part de son couvent et sen va dans la salle o ils taient et leur reprsenta que javais fait enlever ses crits, fait faire dfense ses coliers de laller plus our et que bien que je lui eusse envoy faire faire des excuses par mon promoteur, nanmoins il ne se sentait pas satisfait et quil les priait de se joindre lui pour plaider contre moi, offrant de fournir tout largent ncessaire. Luniversit layant fait sortir pour opiner, il fut rsolu dune commune voix de ne souffrir jamais que cette doctrine fut enseigne dans luniversit, et se joignirent tous moi, et, layant fait rentrer, il fut fort rabrou. Jen envoyai donner avis tous les couvents, lesquels se joignirent aussi tous moi ; et toutes les personnes de condition qui surent son procd, le blmrent fort de sorte quil sest trouv tout seul ; et peine sest-il trouv quelques esprits qui se soient seulement voulu informer dans le particulier que ctait. Il ne sest pas nanmoins arrt l, car il a cri hautement quil ferait imprimer ces opinions pour les dfendre. Sur ce temps Messeigneurs les vques de Bazas (3) et de Condom (4) mayant fait lhonneur de me venir voir, je mandai le grand archidiacre et le chancelier (5) de se rendre ici ; ce quayant fait, ils rapportrent devant eux les opinions des autres professeurs ; et ayant vu que ctaient les mmes opinions +$ 2amuel Martineau .$ 4ean d)strades. A$ Bierre Barriel, chancelier de luniversit de Cahors
- 350 de Jansnius, il fut rsolu que je lui manderais de me venir trouver, et, sil venait, je lui ferais une bonne rprimande de ce quil avait enseign cette doctrine, et lui ferais trs expresses inhibitions et dfenses de lenseigner jamais plus et lui ordonnerais de tmoigner ceux qui il en avait parl, quil en tait bien marri ; que sil n obissait pas, je ferais un dcret portant inhibitions et dfenses de ne lenseigner plus, peine dtre procd contre lui par toutes voies de droit, et aux coliers de ne lcouter plus, peine dexcommunication ni de retenir ses crits ; et luniversit ferait un autre dcret, par lequel elle le priverait de voix active et passive et lui d fendrait de plus enseigner. Ayant eu connaissance de cette rsolution il est revenu soi, et hier il vint cans avec le chancelier et me tmoigna le dplaisir quil avait davoir enseign cette doctrine et de mavoir dplu. Je lui fis une bonne rprimande et lui fis connatre sa faute, de faon que, par la grce de Dieu, ce feu qui sallait allumer dans notre ville sest teint, et jespre que dans peu de jours il ne sen parlera pas. Cet affaire ma donn grande douleur au commencement ; mais, grces Dieu, il a t touff dans sa naissance. Je vous lai voulu mander, parce que je serai bien aise que vous sachiez les affaires de cette nature qui se passeront dans mon dioc se, et afin que vous vous ressouveniez de ce que je vous ai dit si souvent, que ma pr sence tait si ncessaire dans mon diocse que je nen devais jan sais sortir que pour de trs grandes et urgentes affaires, et pour vous dire aussi que Messeigneurs de Bazas et de Condom mont extraordinairement press de men aller la cour pour les dfendre contre les violences quils souffrent de Monsieur dEpernon (6), particulirement Monseigneur de Bazas et plusieurs autres de la province ; que les prlats qui sont l-bas leur crivent quil faut que tous ceux de la province y aillent en foule et me nomment en particulier. Je leur ai rpondu que je serai toujours eux insparablement pour la dfense de leur dignit et de leurs personnes, mais que, pour aller Paris, je ne croyais pas que je le pusse, cause de la ncessit que mon diocse a de ma prsence ; que jy avais quatre grandes affaires, la moindre desquelles requ rait ma prsence, sans que je my sois pu rsoudre, quoique peut-tre jy serai contraint. Je leur ai remontr beaucoup de choses l-dessus et leur ai dit que je vous en crirais. Ils mont dit de recommander laffaire Notre-Seigneur et quils sen remettaient moi. Je vous dirai doncques que 7$ Le duc d)pernon, gouverneur de 'uyenne.
- 351 je nai jamais pu connatre que ce ft la volont de Dieu que jy allasse pour ce sujet. Au contraire il me semble que ce serait contre sa volont ; car je ne me souviens point davoir vu d exemple dans lhistoire ecclsiastique que tous les vques dune province laient quitte pour aller porter, leurs plaintes aux princes des pers cutions des gouverneurs, non pas mme de celles des tyrans, mais bien de dputer quelquun ; et les autres demeuraient dans leurs diocses ou, sils ne pouvaient y tre en sret, se retiraient dans les voisins, et de l donnaient leurs assistances leurs peuples. Je ne vois pas aussi que cela ft approuv la cour, particulirement au temps o nous sommes, qui nous obligerait, si nous y tions, den partir pour revenir en nos diocses ; et moi particulirement je ne voudrais pas pour de mon sang en avoir t absent pendant que ce docteur y enseignait cette mauvaise doctrine, que peut- tre je neusse jamais pu extirper, et dautant plus que tout Toulouse est en feu. Je vous prie me mander l-dessus vos sentiments. Cependant je vous dirai que mondit seigneur de Bazas, voyant que les violences de dEpernon saugmentent de jour autre et quil se prvaut du temps, sest rsolu de se retirer Paris pour quelque temps, mais avec intention de ne se plaindre point pendant ces troubles. Cest un grand prlat et qui mrite bien dtre assist et que la reine lappuie. Cest pourquoi je vous supplie de disposer lesprit de Sa Majest pour cela, afin que, quand il sera temps, elle prenne la cause. Au nom de Dieu, employez tout ce que vous avez de pouvoir et crdit pour empcher que Monsieur de Laverdin ne soit vque du Mans (7), pour les raisons que Monseigneur de Bazas vous dira. Cependant croyez-moi, etc. ALAIN, v. de Cahors. :$ Bhili0ert )mmanuel de *eaumanoir de Lavardin avait une assez mauvaise rputation, il fut toutefois nomm v&que du Mans le (E fvrier #7.9, malgr les rsistances de saint <incent
- 352 1057. A DENIS GAUTIER, SUPRIEUR, A RICHELIEU [Juillet 1648] (1) Monsieur, La grce de N.-S. soit avec vous pour jamais ! Voici une nouvelle bien affligeante, mais qui est mle dune grande consolation. Dieu a dispos du bon M. Gurin Tunis et peut-tre de M. Lesage en Alger (2), lun et lautre frapps de peste, laquelle depuis longtemps est fort chauffe en ces lieux-l ; M. Le Vacher et notre frre Franois (3) en ont aussi ressenti le venin ; mais il a plu sa divine bont de les conserver quasi par miracle. Nous attendions la nouvelle de la mort dudit sieur Le Vacher, lorsque luimme nous a mand celle dudit sieur Gurin, qui arriva le mois de mai dernier (4). Sa fin, comme sa vie, a rendu de v ritables tmoignages de son zle et de sa charit, qui nous donnent une assurance moralement infaillible de la rception de son me dans Lettre 1057. L. s. %ossier de Iurin, original. Cette lettre a t envoye au! diverses maisons de la congrgation de la Mission. #$. Lanne ne fait aucun doute, car 4ulien 'urin est mort le (A mai #7.C. Il ny a pas la m&me certitude pour le mois. 2i nous donnons la prfrence au mois de 8uillet, cest que le saint na pu recevoir avant 8uillet la lettre crite le (E 8uin par 4ean Le <acher et eut vraisem0la0lement avant le mois daoHt celle que le fr1re *arreau lui adressa le #( mai ou dans les huit 8ours qui suivirent. ($. Il tait mort, en effet, le #( mai prcdent, victime de son dvouement pour les pestifrs, quil visitait et consolait, sans se soucier de sa propre sant. +$. Fran5ois Francillon, n , Cau! 3<ienne$ en 8anvier #7(#, re5u dans la congrgation de la Mission, comme fr1re coad8uteur, en avril #7.A. Il accompagna 4ulien 'urin , Iunis, revint en France, fut envoy , 6lger et sy dvoua 8usquau 7 8uillet #7CC, 8our oK les Iurcs lattach1rent , la 0ouche dun canon. .$. Le (A mai, date donne par 4ean Le <acher lui m&me dans une lettre quil adressa de Iunis , -en 6lmras le (( 8uin #7.C.
- 353 lternit bienheureuse. Je vous prie nanmoins de lui rendre le secours accoutum. Ce que nous savons de M. Lesage est que notre frre Barreau, son compagnon, nous a mand, par lettres du quatrime de mai, quil tait tomb malade de la contagion deux jours auparavant ; et Monsieur Le Vacher, par une lettre du vingtime de juin, en parle en ces termes : Jestime, dit-il, que vous avez prsent reu des lettres dAlger sur la mort de M. Lesage. Or, bien que nous nen ayons reu dautre que celles de sa maladie, nous craignons pourtant que le trpas sen soit ensuivi, et qutant venu la connaissance dudit sieur Le Vacher, lavis quil nous en donne en si peu de mots ne soit que trop vritable. Il se peut faire aussi que ce nest quun faux bruit ; car il est loign dAlger de cent lieues. Tandis, Monsieur, que nous en attendons la dernire nouvelle, M. Le Vacher est donc en bonne disposition, grces Dieu. Il a t pourtant telle extrmit quon la tenu pour mort, en sorte que le bon M. Gurin, qui ntait encore malade, avait dj donn ordre sa spulture, et chacun stait retir de sa chambre, la rserve de notre frre Franc, ois, lequel, le regardant de fois autre, aperut en lui, deux heures aprs, quelques signes de vie ; et linstant il sortit dehors pour en avertir ceux qui lavaient abandonn comme mort, lesquels accoururent pour sassurer de la vrit, et layant reconnue, ils en restrent galement tonns et consoles. Peu de jours aprs, ce bon frre fut attaqu de deux pestes et de la fivre continue. M. Gurin ensuite tomba malade ; si bien que les voil tous trois dans le lit ; ce qutant rapport audit frre Franois, sa charit le pressa si fort quau mme temps il se leva pour assister les autres ; et comme on le voulut empcher, cause
- 354 quil tait bien mal, il rpondit : Dieu fera de moi ce quil lui plaira ; mais il faut quen ltat o ils sont, je leur fasse le bien que je pourrai. En effet, il les a toujours servis jusquau dcs de lun et jusqu la bonne disposition de lautre, leur donnant des bouillons et des remdes, allant tantt en ville, tantt ailleurs ; il a fait enfin pour leur soulagement comme sil neut eu aucun m. al. Quelques jours aprs, pour rcompense de sa charit, Dieu permit quil se trouvt guri dune de ses pestes. Lapptit lui revint, et peu peu lautre peste se dissipa aussi, sans quil ait pris aucun rem de quaprs que ledit sieur Le Vacher sest bien port, lequel le fit saigner et purger. Il parle de ce frre comme dune merveille, et le bon M. Gurin ne men a jamais parl quavec louanges. Voil, Monsieur, de grands sujets de louer Dieu et pour la sant des uns et pour le dcs des autres : de celle-l, pource quelle donne moyen ces deux bons serviteurs de Dieu de lui continuer leurs services en la personne des esclaves malades et abandonns, qui est un degr de charit le plus lev qui se puisse exercer en ce monde ; et de celui-ci, pour ce quune telle mort est prcieuse au ciel et la terre, et qui sera, Dieu aidant, la semence des missionnaires, comme le sang des martyrs a t celle des chrtiens ; aussi estce un martyre damour de mourir pour lassistance corporelle et spirituelle des membres vivants de J.- C. Nous nous sommes entretenus vendredi au soir des vertus de feu M. Gu rin et continuerons la prochaine confrence ; nous faisons recueillir ce qui sen dit pour en faire part toutes nos maisons. Le sujet le mrite bien ; ctait une me des plus pures, des plus dtaches et des plus Dieu et au prochain que jaie jamais reconnue.
- 355 O Monsieur, quelle perte pour les pauvres, mais quelle perte pour nous de navoir plus cet exemple de zle et de charit ! Souvent je men suis servi comme du plus efficace pour animer la compagnie la pratique de ces vertus. Nous ne lavons plus ; Dieu nous la t ; peut-tre que cest pour nous punir du msusage que nous en avons fait ; mais, comme il est vrai que la plupart en ont profit, Dieu veut nous exciter une plus grande mulation pour aller tablir partout lempire de son Fils Notre-Seigneur, ainsi qua fait notre bon M. Gurin, qui jouit maintenant de la rcompense due ses travaux et qui nous obtiendra la grce de limiter, si, en effet, nous commenons ds prsent dans les occasions journalires que nous en avons. Ce bon serviteur de Dieu na pas attendu quil ft en Barbarie pour aimer et consoler les pauvres ; il la toujours fait en France et en Lorraine, autant quil la pu ; et cest ce qui lui a mrit le bonheur daller mourir au service des pauvres esclaves, ainsi que plusieurs ont remarqu en notre confrence. Je prie N.-S. quil soit la vie de nos curs et quil me fasse digne de la gr ce que jai reue de sa divine misricorde, dtre, en elle, comme je suis, et de vous et de votre petite compagnie, que jembrasse tendrement en esprit, Monsieur, trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Au bas de le premire page. M. Gautier.
- 356 1058. A TIENNE BLATIRON, SUPRIEUR, A GNES 15 aot 1648. Je loue Dieu de votre vigilance et bonne conduite procurer que ces Messieurs les ecclsiastiques de Gnes quon appelle missionnaires ne soient plus appels ainsi, pour empcher la confusion des mmes noms et prvenir les inconvnients qui arrivent de la multiplicit de ceux qui les portent. Vous ferez bien dinsister aussi ce quil plaise Monseigneur le cardinal de changer le nom aux exercices quils font, de crainte que, les appelant missions, on ne vienne encore avec le temps nommer ceux qui les feront, missionnaires, parce que souvent les ouvriers tirent leur nom de celui de leurs ouvrages, et lon passe facilement de lun lautre ; outre que cest lusage de lglise dassigner toutes les compagnies et leurs fonctions divers noms, pour les distinguer les uns des autres.
1059. EDMOND DWYER, VQUE DE LIMERICK, A SAINT VINCENT Vers aot 1648] (1) Il est juste, Monsieur, que je vous rende des actions de gr ces, de tout mon cur, du bienfait que jai reu de vous par vos prtres, et que je vous dise le trs grand besoin que lon a de les avoir en ce pays. Je puis vous assurer confidemment que leurs travaux y ont fait plus de fruit et quils ont converti plus d mes que tout le reste des ecclsiastiques ; Lettre 1058 -eg. (, p. CA. Lettre 1059. 60elly, op. cit, #. II, chap. I, sect. <III, #er d., p. #.9 #$ 60elly dit que cette lettre est du m&me temps que la lettre #E7E.
- 357 et de plus, que, par leur exemple et leur bonne conduite, la plupart de la noblesse de lun et lautre sexe est devenue un modle de vertu et de dvotion, qui ne paraissait point parmi nous devant larrive de vos missionnaires en ces quartiers. Il est vrai que les troubles et les armes de ce royaume ont t un grand empchement leurs fonctions ; et nanmoins la mmoire des choses qui regardent Dieu et le salut est tellement grave, par leur moyen dans les esprits des habitants des villes et des gens de la campagne, quils bnissent Dieu galement dans leurs adversits aussi bien que dans leurs prosprits. Jespre de me sauver moi-mme par leur assistance.
1000. THOMAS WALSCH, ARCHEVQUE DE CASHEL (1) A SAINT VINCENT 16 aot [1648] (1) Le dpart de vos missionnaires me donne occasion de vous tmoigner mes humbles reconnaissances accompagnes dactions de grce, de ce que, par votre grande charit, vous avez daign secourir par vos prtres missionnaires le petit troupeau que Dieu ma commis ; ce qui sest fait, non seulement dans un temps trs propre pour nos besoins, mais aussi dans une occurrence entirement ncessaire. Aussi est-il vritable que par leurs travaux et emplois les peuples ont t excits la dvotion, qui saugmente tous les jours. Et quoique ces bons prtres aient souffert beaucoup dincommodits depuis leur arrive en ce pays, ils nont pas laiss pour cela de sappliquer continuellement aux travaux de leur Mission, comme des ouvriers infatigables, lesquels aids de la grce, ont glorieusement tendu et augment le culte et la gloire de Dieu. Jespre que ce mme Dieu, qui est bon et tout-puissant, sera lui-mme votre ample rcompense et la leur. Et de mon cot je le prierai quil vous conserve longuement, vous ayant choisi pour le bien et utilit de son glise. Lettre 1060. 60elly, op. cit, #. II, chap,. I, sect. <III. #er d., p. #.C. Cet crivain note que la lettre fut crite en latin #$. ? dans le dioc1se de `aterford en #ACE, nomm , larchev&ch de Cashel en #7(7, emprisonn pour la foi , la fin de lanne #7A( et, apr1s neuf mois de captivit, e!il en )spagne, oK il mourut le A mai #7A.. ($ Ie!te d60elly " #7AC. La rectification simpose.
- 358 1061. JEAN LE VACHER, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT [Tunis, 1648] (1) Moyennant quelque argent que jai donn aux patrons ou gardiens de ces pauvres esclaves je les ai assembls en chaque lieu ; et l, je les ai instruits, consols, confesss et confirms en la foi, par la grce de Dieu. Et ayant accommod les lieux le plus dcemment que jai pu, jy ai clbr la sainte messe, o ils ont tous communi ; et nous sommes demeurs les uns et les autres pleins de consolation, quil a plu Dieu dpartir ces pauvres esclaves au milieu des misres de leur captivit, qui sont fcheuses et pesantes au del de ce que des personnes libres peuvent se reprsenter ; et par consquent les joies et consolations quils ont gotes parmi leurs peines ne peuvent tre que des fruits de la grce de Dieu. Je les ai tous embrasss ; et pour les remettre un peu de leurs fatigues, je les ai rgals autant que notre pauvret la pu permettre, et outre cela jai donn aux plus pauvres, chacun, un quart de piastre.
1062. A LA SUR MADELEINE-ELISABETH DE MAUPEOU RELIGIEUSE DE LA VISITATION Ma chre sur, La grce de Notre-Seigneur soit jamais avec vous ! Vous tes souhaite ici ; on vous demande de l, et vous tes indiffrente, comme le doit tre une bonne Lettre 1061. 60elly, op. cit., # II, chap. I, sect., <III, O 9, #er d., p. #+#. #$. 4ean Le <acher crivit cette lettre au retour de son premier voyage au! maceries de la campagne, cest , dire, sans aucun doute, dans lanne de son arrive , Iunis. Lettre 1062 F >nne sainte, t. <II, p. (A+. #$. Madeleine )lisa0eth de Maupeou, fille de 'illes de Maupeou, intendant et contrGleur gnral des finances sous /enri I<, quitta le monde en 8anvier #7(C, , l@ge de trente deu! ans, pour entrer au premier monast1re de la <isitation , Baris. Les religieuses du couvent de Caen llurent pour leur suprieure le (. mai #7+A et la rlurent le (E mai #7+C. )n #7.#, elle alla fonder un monast1re
- 359 servante de Dieu et une bonne fille de Sainte-Marie. Votre monast re dici vous demande pour la fondation de Compigne (6) ; vos chres filles de Bayonne pensent que vous leur tes ncessaire et font instance a ce que vous demeuriez avec elles. Vous ferez ce que vous jugerez devant Dieu tre pour le mieux ; vous vous en viendrez, ou vous demeurerez. La pense que jai, que vous cherchez Dieu et sa sainte volont uniquement, fait que jestime la faire moi-mme, en vous remettant le discernement dicelle. Si vous venez, ce qui est souhaiter, je vous prie de men donner avis, la prsente reue, et que vous veniez au plus tt, si quelque chose dimportance ne vous arrte, pour que lon dispose selon cela les choses de la fondation. Oh ! ma chre sur, que vous serez reue cordialement, si vous venez ! Que si vous ne venez pas, ne le pouvant, on sen remettra au bon plaisir de Dieu, qui nous sera connu par le choix que vous ferez. Dieu vous remplisse de plus en plus de son esprit, ma trs chre sur ! Je suis, en son amour, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL. De Paris, ce 3e septembre 1648. de son Drdre , *ayonne, oK lappelait son neveu Fran5ois Fouquet, v&que de cette ville. 2on second triennat avait pris fin depuis un an, quand saint <incent lui crivait cette lettre. )lle resta , *ayonne, et les sJurs la mirent de nouveau , leur t&te le ( 8uin #7AE. %e retour , Baris, elle dirigea le premier monast1re de #7AA , #7AC et y termina ses 8ours, , l@ge de soi!ante di! huit ans, le + 8uillet #7:.. 3Cf. >nne sainte, t. <II, pp. (.9 (A.$ ($ Le monast1re de Compi1gne stait ouvert le #+ 8uin #7.C.
- 360 1063. A LOUISE DE MARILLAC De Paris, ce 5 septembre 1648. Bni soit Dieu, Mademoiselle, de la sollicitude que Notre-Seigneur vous donne pour vos chres filles et pour moi, dans ces motions populaires (1) ! Nous voil tous, par la grce de Dieu, sans que Notre-Seigneur nous ait faits dignes de souffrir quelque chose pour lui en ce rencontre. Assurez-vous au reste quil ny a rien que jaie pens devoir dire que je naie dit, par la grce de Dieu ; je dis lgard de toutes choses. Le mal, cest que Dieu na pas bni mes paroles, quoique je croie fausses celles quon dit de la personne dont vous entendez me parler (2), Il est vrai que je t che de les dire la manire que font Lettre 1063. L. a. Driginal au *erceau de saint <incent de Baul #$ 2aint <incent fait ici allusion au! 8ournes des (7, (: et (C aoHt. La nouvelle de larrestation de *roussel, conseiller , la 'randCham0re, avait soulev le peuple contre la cour. %ans les rues, des 0arricades staient leves. La milice 0ourgeoise, appele au! armes pour rta0lir lordre, sympathisait avec les insurgs. Il fallut que la reine cd@t et fit revenir *roussel, alors en route vers 2edan ($. Il serait difficile de dire au 8uste , quoi saint <incent fait ici allusion 2erait ce au! relations de Mazarin et d6nne d6utriche \ Le 0ruit courut, rpandu par les frondeurs, que la reine et son ministre taient lis par un mariage de conscience N et certains a8outaient que saint <incent lui m&me avait 0ni leur union. Dn en causa , 2aint Lazare, et le fr1re -o0ineau nhsita pas , interroger le saint, qui lui rpondit " =Cela est fau! comme le dia0le.> 3Cahier ms. du +r3re -o0ineau, p. #E, arch. de la Mission.$ La question de ce mariage secret a t tudie par 4ules Loiseleur ",robl3mes hitoriques. Ma?arin a!t!il pous >nne d>utricha O Gabrielle d1stres est!elle morte empoisonne O #C7:, in l($ et par <ictor Molinier "#otice sur cette question historique G >nne d>utriche et Ma?arin taientPils secr3tement maris O Baris, #CC: in C;$ Il sem0le ta0li que Mazarin ntait pas dans les ordres sacrs. 3Cf. Chruel 6dolphe, Lettres du *ardinal Ma?arin, 9 vol. in .;, Baris, #C:( #9E7, t. I, p. Q<I, note (.$
- 361 les bons anges, qui proposent, sans se troubler, lorsquon ne fait pas usage de leurs lumires. Cest La leon que ma apprise le bienheureux cardinal de Brulle, et lexprience que jai, que je nai pas grce, ains que je gte tout, quand jen use autrement. Si vous dsirez passer chez Madame de Saint-Simon (3) pourquoi non ? Les choses vont ici tout doucement. Vos malades commencent se mieux porter partout. Je tcherai de dire un mot M. le comte de Maure (4). Jai peur pourtant de gter la chose par ma misre. Je ne descendrai point au particulier nanmoins. Notre-Seigneur supplera ce qui me dfaudra, sil lui plat. Je loue Dieu de ce que vous me dites des visites de Charit s. Oh ! que je suis mortifi de ne les pouvoir faire ! Notre-Seigneur y pourvoira par ailleurs, sil lui plat. Je suis en son amour, Mademoiselle, votre trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. De Paris, cette +$ Louise de Crussol, marie en secondes noces au marquis de 2aint 2imon, qui devint lieutenant gnral des armes du roi, gouverneur et 0ailli de 2enlis et capitaine du ch@teau de Chantilly. .$ Barent par alliance de Louise de Marillac. Il prit une part active au! trou0les de la Fronde. 2aint <incent voulait il lui donner des conseils de sagesse politique \
- 362 1064. A JEAN DEHORGNY DOrsigny, ce 10e septembre 1648. Monsieur, La grce de N.-S. soit avec vous pour jamais ! Jai reu la vtre du 17e aot (1), qui est pour achever de rpondre aux miennes touchant les diversits dopinions, celle-ci tant lgard du livre de Le communion (2), pour rponse laquelle je vous dirai, Monsieur, quil peut tre, ce que vous dites, que quelques personnes ont pu profiter de ce livre en France et en Italie ; mais que dune centaine quil y en a peut- tre qui en ont profit Paris, en les rendant plus respectueux en lusage de ce sacrement, quil y en a pour le moins dix mille auxquels il a nui en les en retirant tout fait ; que je loue Dieu de ce que vous en usez comme je fais, qui est de ne point parler de ces choses en la famille et de ce quelle va son train Rome comme ici. Il est vrai, ce que vous dites, que saint Charles Borrom e a suscit lesprit de pnitence dans son diocse, de Lettre 1064. 6rch. dp. de <aucluse, % (97, copie du Q<IIe ou du Q<IIIe si1cle. Dn trouvera en note les variantes du te!te pu0li en mars #:(7 par les Mmoires de Er$ou' 3p. ..C$. ?i le manuscrit des archives dpartementales, ni les Mmoires de Er$ou' ne donnent le post scriptum, que nous avons emprunt au supplment des Lettres et con+rences de t 8incent de ,aul 3p. :E$. Lditeur de ce supplment a eu en main loriginal de la lettre, que lui avait communiqu Mademoiselle d/aussonville et que lon na pu retrouver. * Voir le texte de cette lettre et son commentaire par Bernard KOCH la fin du volume XIII. pp. 863 & sq. #$. Mmoires G du : aoHt. ($. Louvrage avait pour titre " De la +rquente communion, oQ les sentimens des ,3res des ,apes et des *onciles touchant lusage des sacrements de ,nitence et d1ucharistie sont +id3lement e'pose?, pour ser$ir dadresse au' personnes qui pensent srieusement C se con$ertir C Dieu et au' pasteurs et con+esseurs ?ls pour le bien des Rmes, par M. 6ntoine 6rnauld, docteur en thologie, de la maison de 2or0onne. ancta anctis. F 6 Baris, chez 6ntoine <itr, #7.+
- 363 son temps, et lobservance des canons dicelle, et que cest ce qui mutina le monde contre lui et mme des bons religieux, cause de la nouveaut ; mais il na pas constitu la pnitence ou, quoi que ce soit, la satisfaction, se retirer de la sainte confession et de ladorable communion, si ce nest aux cas port s par les canons, que nous tchons dobserver (3) en cas des occasions prochaines, des inimitis, des pchs publics ; mais il est (4) bien loign de ce quon dit, quil ordonnait des pnitences publiques pour des pchs secrets et faire la satisfaction avant labsolution, comme le livre dont est question (5) prtend faire. Venons au particulier. Il est vrai, Monsieur, quoi que vous me disiez du livre de La frquente communion, quil a t fait principalement pour renouveler la pnitence ancienne comme ncessaire pour rentrer en grces (6) avec Dieu ; car, quoique lauteur fasse quelquefois semblant de proposer cette pratique ancienne seulement comme plus utile, il est certain nanmoins quil la veut pour ncessaire, puisque par tout son (7) livre il la reprsente comme une des grandes vrits de notre religion, comme la pratique des aptres et de toute lglise durant douze sicles, comme une tradition immuable, comme une institution de Jsus-Christ, et quil ne cesse de faire entendre quil est oblig de la garder et dinvectiver continuellement contre ceux qui sopposent au rtablissement de cette pnitence. Dailleurs, il enseigne manifestement quanciennement il ny avait point dautre pnitence pour toute sorte de pchs mortels que la +$ Mmoires. G de pratiquer. .$ Mmoires G tait. A$ Mmoires G dont il est question. 7$ Mmoires G pour entrer en gr@ce :$ Mmoires G le.
- 364 publique, comme on voit par le 3e chapitre de la seconde partie, o il prend pour une vrit lopinion qui porte quon ne trouve dans les anciens Pres, et principalement dans Tertullien, que la pnitence publique en laquelle lglise exert la puissance de ses clefs ; do il sensuit par une consquence trs claire, que M. Arnauld a dessein dtablir la pnitence publique pour toutes sortes de pchs mortels et que ce nest pas une calomnie de laccuser de cela, mais une vrit que lon tire aisment de son livre, pourvu quon le lise sans proccupation desprit. Et vous, Monsieur, me dites que cela est faux. Vous tes excuser, parce que vous ne saviez (8) pas le fond des maximes de lauteur et de toutes ces doctrines, qui tait de rduire lglise en ses premiers usages, disant que lglise a cess dtre depuis ces temps-l. Deux des coryphes (9) de ces opinions ont dit la Mre de Sainte-Marie de Paris (10), laquelle on leur avait fait esprer quils pourraient attirer ii leurs opinions, quil y a cinq cents ans quil ny a point dglise ; elle me la dit et crit. Vous me dites, en second lieu, quil est faux que M. Arnauld ait voulu introduire lusage de faire la pnitence avant labsolution pour les gros pcheurs. Je rponds que M. Arnauld ne veut pas seulement introduire la pnitence avant labsolution pour les gros pcheurs, mais il en fait une loi gnrale pour tous ceux qui sont coupables dun pch mortel, ce qui se voit par ces paroles tires de la 2e partie, chapitre 8 : Qui ne voit combien ce Pape juge ncessaire que le pcheur fasse pnitence de ses pchs, non seulement avant que de communier, mais C.$ Mmoires " savez. 9$ M. de 2aint Cyran ne serait il pas un de ces coryphes \ #E$. /l1ne 6nglique Lhuillier.
- 365 mme avant que de recevoir labsolution ? Et un peu plus bas, il ajoute : Ces paroles ne nous montrent-elles pas clairement que, selon les rgles saintes que ce grand Pape a donnes toute lglise, aprs les avoir apprises dans la perptuelle tradition de la mme glise, lordre que les prtres doivent garder dans lexcution de la puissance que le Sauveur (11) leur a donne de lier et de dlier les mes, cest de nabsoudre les pcheurs quaprs les avoir laisss dans les gmissements et dans les larmes, et leur avoir fait accomplir une pnitence proportionne la qualit de leurs pchs. Il faut tre aveugle pour ne pas connatre, par ces paroles et par beaucoup dautres qui suivent, que M. Arnauld croit quil est ncessaire de diffrer labsolution pour tous les pchs mortels jusqu laccomplissement de la pnitence ; et en effet, nai-je pas vu faire pratiquer cela par M. de Saint-Cyran, et le fait-on pas encore lgard de ceux qui se livrent entirement leur conduite ? Cependant cette opinion est une hrsie manifeste. Pour ce qui est de labsolution dclaratoire, vous me dites quil na point besoin que de son premier livre pour faire voir le contraire, et mall guez trois ou quatre autorits pour cela. Je rponds que ce nest pas de merveille que M. Arnauld parle quelques fois comme les autres catholiques ; il ne fait en cela quimiter Calvin, qui nie trente fois quil fasse Dieu auteur du pch, quoiquil fasse ailleurs tous ses efforts pour tablir cette maxime dtestable, que tous les catholiques lui attribuent. Tous les novateurs (12) font de mme ; ils sment des contradictions dans leurs livres, afin que, si on les reprend ##$ Mmoires G le 2eigneur. #($. Les Mmoires de Er$ou' a8outent ici le mot en.
- 366 sur quelque point, ils puissent schapper, en disant quils ont ailleurs le contraire. Jai ou dire feu M. de Saint-Cyran que, sil avait dit des vrits dans une chambre des personnes qui en seraient capables, que, passant en une autre o il en trouverait dautres qui ne le seraient pas, quil leur dirait le contraire ; que Notre-Seigneur en usait de la sorte et recommandait quon f t de mme (13). Comment est-ce que M. Arnauld peut soutenir srieusement que labsolution efface vritablement les pchs, puisquil enseigne, comme je viens de montrer, que le prtre ne doit point donner labsolution au p cheur quaprs laccomplissement de la pnitence, et que la raison principale pour laquelle il veut quon observe cet ordre est afin de donner temps au pcheur dexpier ses crimes par une satisfaction salutaire, comme il le prouve amplement dans le chapitre 2e de la seconde partie ? Un homme judicieux qui veut quon expie des pchs par une satisfaction salutaire, avant que de recevoir labsolution, peut-il croire srieusement que les pchs soient expis par labsolution ? Vous me dites que M. Arnauld dit que lglise retient dans le cur le dsir que les pcheurs fassent pnitence selon les rgles anciennes, et que M. Arnauld dit que la #+$ -aoul 6llier "La cabale des d$ots, Baris, #9E(, in #7, p. #7A$ a peine , croire que 2aint Cyran ait pu tenir pareil propos. Il prf1re admettre que saint <incent la mal compris. =2aint Cyran sentait si 0ien, crit il, que sa pense allait contre les doctrines courantes, que pour viter les condamnations sommaires et les scandales inutiles, il ne sen ouvrait qu, des amis sHrs et en tat de le comprendre.> <oil, , quoi se rduirait ce que 2aint Cyran aurait dit , saint <incent. 2aint <incent tait l,, prsent devant la00 quand celui ci parlait N tel que nous le connaissons, nous savons quil tait plutGt port , e!cuser qu, accuser, , attnuer la gravit dactes ou de paroles rprhensi0les qu, le!agrer. 2on autorit est, sem0le t il, dun autre poids que celle de -aoul 6llier.
- 367 pratique ancienne et nouvelle de lglise sont toutes deux bonnes, mais que lancienne est meilleure (14), et quelle, tant une bonne mre, qui ne respire que le plus grand bien de ses enfants, leur dsire toujours le meilleur, au moins dans son cur. Je rponds quil ne faut point confondre la discipline eccl siastique avec les dsordres qui se peuvent rencontrer. Tout le monde bl me ces dsordres ; les casuistes ne cessent de sen plaindre et de les remarquer, afin quon les connaisse ; mais cest un abus de dire que ne point pratiquer la pnitence de M. Ar [nauld], ce soit un relchement que lglise tolre avec regret. Nous navons pas grande assurance de la pratique dOrient dont vous parlez ; mais nous savons que, par toute lEurope, on pratique les sacrements de la mani re que M. Arnauld condamne, et que le Pape et tous les vques approuvent la coutume de donner labsolution aprs la confession et de ne point faire pnitence publique que pour des pchs publics. Nest-ce pas un aveuglement insupportable de prfrer, en une chose de telle consquence, les penses dun jeune homme, qui navait aucune exprience dans la conduite des mes lorsquil a crit, la pratique universelle de toute la chrtient ? Si la pratique de la pnitence publique a dur en Allemagne jusques au temps de Luther, comme vous dites, ce na t que pour les pchs publics ; et personne ne trouve mauvais que cette pnitence soit rtablie partout, puisque le concile de Trente lordonne expressment (15). Et quel rapport a lordonnance de saint Ignace, que vous mallguez aussi, avec la conduite de ceux qui loignent tout le monde de la communion, #.$ Mmoires G est la meilleure #A$ 2es. QQI<, chap. <III.
- 368 non pour huit ou dix jours, mais pour cinq ou six mois, non seulement les grands pcheurs, mais de bonnes religieuses qui vivent en une grande puret , comme nous avons appris (16) de lptre de M. de Langres M. de SaintMalo (17). Ce nest pas sarrter des pointilles que de remarquer des dsordres si notables et qui ne tendent qu la ruine entire de la sainte communion ; et tant sen faut que des gens de bien doivent mettre en pratique ces (18) maximes pernicieuses, quils ont juste sujet de les m priser et de concevoir mauvaise opinion de ceux qui les autorisent. Saint Charles navait garde de les approuver, puisquil ne recommande rien tant, dans ses conciles et dans ses actes, que la frquente communion, et quil ordonne plusieurs fois de grives peines contre tous les prdicateurs qui dtournent les fidles directement ou indirectement de la frquente communion. Et jamais lon ne trouvera quil ait tabli la pnitence publique ou lloignement de la communion pour toutes sortes de pchs mortels, ni quil ait voulu quon mt trois ou quatre mois entre la confession et labsolution, comme il se pratique trs souvent et pour des pchs ordinaires par ces nouveaux rformateurs ; de sorte quencore quil y puisse avoir de lexcs donner facilement labsolution toutes sortes de pcheurs, qui est ce que saint Charles dplore, il ne faut pas conclure de l que ce grand saint approuvt les extrmits dans lesquelles M. Ar [nauld] sest jet, #7$ Mmoires G comme nous lavons appris. #:$. Le mmoire envoy par 20astien ]amet, v&que de Langres, , 6chille de /arlay de 2ancy, v&que de 2aint Malo, tait, croit la00 Brunel " bastien Samet, p. (7., note ($, la rponse , un questionnaire prpar par M. de /arlay, sur lordre de -ichelieu, au su8et de 2aint Cyran. Dn le trouve en entier dans cet ouvrage pp. (7A (7C. #C$ Mmoires G des.
- 369 puisquelles sont entirement opposes quantit dordonnances quil a faites. Quant ce quon attribue au livre de La frquente communion, de retirer le monde de la frquente hantise des saints sacrements, je vous rponds quil est vritable que ce livre dtourne tout le monde puissamment de la hantise de la sainte communion et de la sainte confession, quoiquil fasse semblant, pour mieux couvrir son jeu, dtre fort loign de ce dessein. En effet, ne loue-t-il pas hautement dans sa prface, page 36, la pit de ceux qui voudraient diffrer la communion jusques la fin de leur vie, comme sestimant indignes de sapprocher (19) du corps de Jsus-Christ, et nassure-t-il pas quon satisfait plus Dieu par cette humilit que toutes (20) sortes de bonnes uvres ? Ne dit-il pas, au contraire, dans le chapitre 2e de la 3" partie, que cest parler indignement du Roi du ciel que de dire quil soit honor par nos communions et que Jsus-Christ ne peut recevoir que de la honte et de loutrage par nos frquentes communions qui se font selon les maximes du Pre Molina, chartreux (21), quil combat par tout son livre, sous lapparence dun crit fait plaisir ? De plus, ayant prouv par saint Denis, dans le chapitre 4 de la premire partie, que ceux qui communient doivent tre entirement purifis des images qui leur restent de leur vie passe par un amour divin pur et sans aucun mlange, quils doivent tre parfaitement unis (22) Dieu seul, entirement parfaits et entirement irrprochables, tant sen faut quil ait aucunement adouci les paroles si hautes 9$. Mmoires dapprocher. (E$ Mmoires G que par toutes. (#$. 6ntoine Molina, auteur dun trait de l=nstruction des pr&tres, qui fut traduit en plusieurs langues, mort en #7#(. (($. Mmoires G unis parfaitement.
- 370 et si loignes de notre faiblesse, que, les ayant donnes toutes crues, il a toujours soutenu dans son livre de La frquente communion qu'elles contiennent les dispositions qui sont ncessaires pour communier dignement. Cela tant, comment se peut-il faire qu'un homme qui considre ces maximes et ce procd de M. Arnauld, puisse s'imaginer qu'il souhaite avec v rit que tous les fidles communient fort souvent ? Il est certain, au contraire, qu'on ne saurait tenir ces maximes pour vritables, qu'en mme temps l'on ne se trouve trs loign de frquenter les sacrements. Et pour moi, j'avoue (23) franchement que, si je faisais autant d'tat du livre de M. Arnauld que vous en faites, non seulement je renoncerais pour toujours la sainte messe (24) et la communion, par esprit d'humilit, mais mme j'aurais de l'horreur du sacrement, tant vritable qu'il le reprsente, l'gard de ceux qui communient avec les dispositions ordinaires que l'Eglise approuve, comme un pige de Satan et comme un venin qui empoisonne les mes, et qu'il ne traite tous ceux qui en approchent en cet tat de rien moins que de chiens, de pourceaux et d'antechrists (25). Et quand on fermerait les yeux toute autre considration pour remarquer seulement ce qu'il dit en plusieurs endroits des dispositions admirables sans lesquelles il ne veut pas qu'on communie, se trouvera-t-il homme sur la terre qui et si bonne opinion de sa vertu qu'il se croie (26) en tat de pouvoir communier dignement ? Cela n'appartient qu' M. Arnauld, qui, aprs (+$ Mmoires G 8e vous avoue. (.$.Mmoires G , la messe. (A$.MmoiresG et quWil ne traite rien moins tous ceu! qui en approchent en cet tat que de chiens, de pourceau! et dWantchrists (7$.Mmoires G crHt.
- 371 avoir mis ces dispositions un si haut point qu'un saint Paul et apprhend de communier, ne laisse pas de se vanter par plusieurs fois dans son apologie qu'il dit la messe tous les jours ; en quoi son humilit est autant admirable qu'on doit estimer sa charit et la bonne opinion qu'il a de tant de sages directeurs, tant sculiers que rguliers, et de tant de vertueux pnitents, qui pratiquent la dvotion, dont les uns et les autres servent de sujet ses invectives ordinaires. Au reste, j'estime que c'est une hrsie de dire que ce soit un grand acte de vertu de vouloir diffrer la communion jusques la mort, puisque l'Eglise nous commande de communier tous les ans. C'est aussi une h rsie de prfrer cette humilit prtendue toutes sortes de bonnes uvres, tant visible que pour le moins le martyre est beaucoup plus excellent; comme aussi de dire absolument que Dieu n'est point honor par nos communions et qu'il n'en reoit que de la honte et de l'outrage. Comme cet auteur loigne tout le monde de la communion, il ne tiendra pas lui que toutes les glises ne demeurent sans messes, pource qu'ayant vu ce que dit le vnrable Bde, que ceux qui laissent de clbrer ce saint sacrifice sans quelque lgitime empchement, privent la Sainte Trinit de louange et de gloire, les anges de rjouissance, les pcheurs de pardon, les justes de secours et de grces, les mes qui sont en purgatoire de rafrachissement, l'Eglise des faveurs spirituelles de Jsus-Christ, et eux-mmes de mdecine et de remde, il ne fait point de scrupules d'appliquer tous ces effets admirables aux m rites d'un prtre qui se retire de l'autel par esprit de pnitence, comme on le voit dans le chapitre 40 de la premire partie ; il parle mme plus avantageusement de cette pnitence que du sacrifice de la messe. Or, qui ne voit que ce discours est trs puissant
- 372 pour persuader tous les prtres de ngliger de dire la messe, puisqu'on gagne autant sans la dire qu'en la disant, et qu'on peut dire m me, selon les maximes de M. Arnauld, qu'on gagne davantage ? Car, comme il rel ve l'loignement de la communion beaucoup au-dessus de la communion, il faut aussi qu'il estime beaucoup plus excellent l'loignement de la messe que la messe mme. Et la morale de tout ceci est que ce nouveau rformateur n'loigne les prtres et les laques de l'autel sinon sous ce beau prtexte de faire pnitence ; mais pour savoir en quoi il met cette grande pnitence, qu'il estime si avantageuse aux mes, il parat en paroles expresses dans la prface, page 18, que, de toutes les rigueurs de l'ancienne discipline, il n'en garde quasi autre chose que la sparation du corps du Fils de Dieu, qui est la partie la plus importante, selon les Pres, parce qu'elle reprsente la privation de la batitude, et la plus aise, selon les hommes, parce que tout le monde en est susceptible. M. Ar[nauld] pourrait-il montrer plus manifestement que son livre n'a t fait qu' dessein de ruiner la messe et la communion, puisqu'il emploie toute l'antiquit pour nous prcher la pnitence (dont jamais je n'ai vu faire un seul acte l'auteur de cette doctrine, ni ceux qui l'assistaient l'introduire), et qu'aprs toutes ces fanfares il se contente qu'on ne communie point ? Certes, ceux qui lisent son livre et qui n'y remarquent pas ce dessein sont du nombre de ceux dont parle le prophte : Oculos habent et non videbunt ; et je ne comprends pas comment vous, Monsieur, pouvez accuser les adversaires de M. Ar[nauld] de ruiner la pnitence, puisqu'on se plaint, au contraire, avec raison, de ce que cet auteur a fait des efforts extraordinaires pour prouver qu'il tait ncessaire de faire de longues et rigoureuses
- 373 pnitences avant que de communier et de recevoir l'absolution, et qu'en mme temps il a dclar en paroles expresses (afin que personne n'en prtende cause d'ignorance), qu'il ne rserve autre chose de l'ancienne pnitence que l'loignement de l'autel. Voil, Monsieur, la rponse que je fais votre lettre, avec tant d'empressement que je n'ai pas le loisir de la relire. Je m'en vas en ce moment clbrer la sainte messe, afin qu'il plaise Dieu de vous faire connatre les vrits que je vous dis, pour lesquelles je suis prt de donner ma vie. J'aurais beaucoup d'autres choses vous dire sur ce sujet, si j'en avais le loisir. Je prie Notre-Seigneur (27) qu'il vous les dise lui-m me. Je vous prie de ne me pas faire rponse sur ce sujet, si vous persvrez dans de telles opinions (28), qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Vous ne serez plus matre et administrateur du Saint-Esprit de Toul, si ce parlement ne reoit l'vocation au Conseil du roi de votre procs contre MM. Thierry et.... dont le dernier a obtenu permission de prendre possession (29). Or, qu'il admette votre vocation, celui qui fait (:$ Mmoires G 8e prie ?otre 2eigneur 4sus Christ. (C$.Mmoires G dans ces opinions. (9$.Le 0nfice du 2aint )sprit chappa, en effet, , M %ehorgny. 2aint <incent le fit demander plus tard , -ome pour M. 4olly, qui avait lWintention de le rsigner en faveur de la congrgation de la Mission. 3Cf. #. du #E octo0re #7A+.$ LWaffaire traTna. 2aint <incent crivait , M des 4ardins le (9 dcem0re #7A: " = ?ous ne sommes pas encore , 0out des lettres de lWunion, mais nous sommes tou8ours apr1s et dans lWesprance de les avoir.>
- 374 la charge de premier prsident mande que le parlement ne le veut point faire, l'ayant refus pour la deuxime fois et dchir ladite vocation ; pour le moins, l'avocat gnral a fait cela ; de sorte que, s'ils ne renoncent ce dernier arrt fait, je m'en vais mander que l'on sauve ce que l'on pourra des meubles. Ils ont pris le temps de la rvolte quasi gnrale de nos parlements. Enfin, si nous ne sommes condamns avant que ma lettre arrive, cela ne saurait tarder huit jours aprs. In nomine Domini ! Suscription : A Monsieur Monsieur Dehorgny, prtre de la Mission, Rome.
1065. A ETIENNE BLATIRON De Paris, le 25 septembre 1648. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Vous m'excuserez bien si je vous cris par une autre main que la mienne, d'autant que je suis fort press. Je loue Dieu des sentiments de Monseigneur le cardinal (1), pour lequel j'ai de trs grands sentiments de respect et de rvrence, et dsirerais volontiers qu'il puisse voir d'o ils procdent ; il connatrait que jamais personne n'en a eu pour un autre de plus grands, comme aussi je bnis Dieu de la charit de ces Messieurs nos cofondateurs et le prie de bnir la chapelle de la maison. Lettre 1065. L. s. %ossier de Iurin, original. La fin, , partir des mots" Je suis, en lTamour de #otre! eigneur du cLur, est de la main du saint. #$. Le cardinal %urazzo.
- 375 Je suis fort consol du bon ordre que Monseigneur a rsolu de mettre au sminaire en leur faisant faire des exercices spirituels. Je prie Notre-Seigneur de les sanctifier par sa sainte misricorde. Vous avez raison de faire quelque difficult de recevoir ce bon religieux. Je vous prie de ctoyer cet affaire et de laisser agir la providence divine. Si pourtant vous connaissez que cela doive russir bien et qu'il fasse beaucoup d'instance, vous en pourrez essayer, s'il vous plat. Nous vous enverrons le frre Claude le plus tt que faire se pourra; il est all aux eaux Moulins ; s'il et t ici, nous vous l'eussions renvoy. Il dsire apprendre faire du pain et saigner. Il lui faudra viron (2) quinze jours pour apprendre cela. Cependant nous vous en enverrons deux, afin que vous n'en manquiez pas ; si vous en avez trop, vous les enverrez Rome. Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, du cur que vous savez, qui est plus attendri pour vous que je ne vous puis expliquer, qui salue votre famille, prostern en esprit ses pieds et aux vtres, et suis, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. J'oubliais vous dire que j'ai t fort attendri sur ce que vous me dites de cet accident qui est arriv G[nes] (3), que je l'ai dit la compagnie, que les prtres ont clbr chacun pour rendre grces Dieu de ce que le mal n'a pas t si grand qu'on le nous a fait [craindre] d'abord, et ce qu'il plaise la bont de Dieu de con ($ 8iron, environ. +$.Dn lit en marge tour0illon de vent arriv le 8our de la f&te saint 6ugustin.
- 376 server cette ville sans danger ; et nos frres communieront cette mme intention, Dieu aidant. Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur. Suscription : A Monsieur Monsieur Blatiron, suprieur de la Mission de Gnes, Gnes.
1066.A LOUISE DE MARILLAC De Saint-Lazare, [Octobre 1648] (1) Mademoiselle Le Gras est trs humblement remercie par son serviteur Vincent du remde qu'elle lui envoie, duquel il propose de faire usage, Dieu aidant. Nous travaillerons l'affaire du Monstrel (2) et de la foire (3). Je ne me ressouviens point du sujet de la lettre de M. le cur de Serqueux (4) ; si vous le savez, je lui ferai rponse ds aujourd'hui. Je pense que l'air me pourra profiter ; si peu que je fus derni rement en notre voyage de Saint-Germain (5), je m'en trouvai mieux. Si je ne vas demain Saint-Germain, je pourrai partir pour aller voir nos ch res surs de Frneville (6) ; c'est un grand cas que cet air m'a toujours [profit (7)] en nos petites infirmits. Lettre 1066. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original #$ %ate de la rponse , cette lettre. ($.Beut &tre Montreuil. 6u QIIIe si1cle on disait Monsteriolum ou Monsterolum, de Monasteriolum, petit monast1reN doK le mot Monsterel ou Monstrel, encore usit au Q<IIe si1cle. +$.La cl10re foire de 2aint Laurent dpendait de la maison de 2aint Lazare. .$.)n 2eine Infrieure. %eu! Filles de la Charit y furent ta0lies par Mgr de 2aint Luc, ch@telain de Iaillefontaine, par contrat du #+ novem0re #7.A. A$.2aint 'ermain en Laye, oK tait la cour. 7$.Les Filles de la Charit sWtaient ta0lies , Frneville en #7.:. :$.Mot ou0li dans loriginal.
- 377 Feriez-vous pas bien, Mademoiselle, de vous en aller prendre l'air en quelque lieu de ces quartiers, Liancourt, Saint-Denis ou ailleurs ? Je vous prie d'y penser et de me mander quelle est la racine que vous m'envoyez et comme il en faut user.
1067. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Octobre 1648] (1) Monsieur, Il ne me souvient pas bien de l'affaire dont M. le cur de Serqueux (2) vous a crit, mais il m est rest en l'esprit que c'tait des religieuses d'auprs de Forges (3), qui sont accuses de quelque grande faute, pour laquelle je crois que ~on veut ter l'abbaye celle qui la possde, qu'il tient trs innocente de ce dont on l'accuse. C'est de la rglisse dont l'on fait de la tisane, dont je vous ai envoy petits morceaux pour en rendre l'usage plus facile mais il faut qu'elle soit nouvelle et n'en couper qu' mesure que l'on en use, cause qu'elle noircit. Je n'oserais me vanter que nous en avons dans notre jardin, cause que nous n'en avons vu encore que la fleur et les feuilles. J'avais oubli de vous mander que la prieure de Montmartre, qui est sur de Mlle Channelain et toute proche de mourir du poumon, se recommande vos saintes prires et vous supplie lui faire la charit la faire recommander aussi celles de Messieurs de votre compagnie, pour qu'il plaise Dieu lui faire misricorde. Je vous renvoie cette lettre crainte que vous croyiez qu'elle ait t porte qui elle est. Je supplie Dieu que votre voyage ne soit pas long et que votre retour soit en parfaite sant. Nos soeurs nous demandent quelque sirop dont nous n'avons pas de provision ; j'enverrai savoir si le frre Alexandre (4) en pourrait donner. Lettre 1067. L. a. Driginal chez les Filles de la Charit de Ch@teaudun. #$ %ate marque au dos de loriginal par le fr1re %ucournau. ($ Fran5ois du Marche. +$.6u8ourdWhui chef lieu de canton dans larrondissement de ?eufch@tel en *ray 3 2. I .$ . .$.6le!andre <ronne.
- 378 Puisque votre charit me le permet, je pourrai aller St-Denis et peut-tre Bictre , je n'ai plus que faire cette anne Liancourt; je crois aussi que Monsieur et Madame s'en vont la Roche-Guyon pour un mois. Si vous partez demain, je n'aurai point l'honneur de vous voir avant. Que deviendra ma pauvre conscience en attendant, et l'tat auquel mes relchements, paresses et infidlits ont rduit mon me, qui ferait peur sainte Catherine, si elle tait sur terre, puisqu'elle lui paratrait sans amour, sans cet amour que je devrais tant avoir, et qui, par sa grce, m'a fait tre Monsieur, votre trs obissante servante et trs humble. LOUISE DE MARILLAC. Ce vendredi. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1068. A REN ALMRAS 23 octobre 1648. Monsieur, J'ai reu deux de vos lettres la fois, l'une concernant la sortie de M. de Fondimare (1), la rponse du frre Doutrelet (2), le sentiment de M. de Restal sur nos rgles et notamment le jugement qu'on fait des vux ; et l'autre regarde la dcharge de l'emploi que vous avez. Je commence vous rpondre qu'il faut se soumettre la disposition de la Providence l'gard des entres et des sorties de la compagnie et imiter l'acquiescement au bon plaisir de Dieu qu'on voit en Notre-Seigneur au bon plaisir de son Pre, dans la dsolation de sa divine compagnie ; et que selon ce bon plaisir, il fait et pour Lettre 1068 Bmartin, op cit.,t II, p. #(#, #. 7#( #$ Bierre Fondimare, n au /avre, re5u dans la congrgation de la Mission le #C octo0re #7.., , lW@ge de vingt trois ans. ($.Michel %outrelet, n , -ouen, re5u dans la congrgation de ia Mission le #. mai #7.., , l@ge de di! huit ans, admis au! voeu! le #. mai #7.7.
- 379 voit toutes les choses toujours pour sa gloire et pour le bien des personnes que cela regarde. Selon cela, nous devons regarder la sortie de ces personnes comme un bien pour la compagnie et peut-tre le leur. Quant Doutrelet, vous savez de lui la raison pourquoi il ne veut pas renouveler ses vux; et s'il est ferme en cela, vous le renverrez au plus t t, suppos que Sa Saintet l'approuve. Du reste il faut se soumettre au bon plaisir de Dieu, qui n'aura fait vouloir ce moyen que pour faire subsister la compagnie, et je pense que cela, et tous les divers jugements qu'on a port s de del sur cet affaire, vous doit faire admettre cet affaire le plus que l'on pourra. Le Pape (3), dit-on, n'aime pas l'tat religieux. A la bonne heure ; mais peuttre que, considrant que nos vux ne nous font pas religieux, il les approuvera, surtout la chose dpendant de lui (je dis, de sa disposition) ; et il sera bon de lui faire entendre qu'il sera difficile de faire subsister la compagnie, eu gard aux divers, importants, rudes et loigns emplois qu'elle a. La diversit parat en ce qu'on se donne au service du pauvre peuple et celui des ecclsiastiques, et ceux-ci par les retraites ceux qui sont en tat d'entrer dans les ordres, et d'autres pour les jeunes enfants qui aspirent l'tat ecclsiastique, comme est celui du petit Saint-Lazare, celui de Saint-M en et du Mans, et les deux ensemble qu'on va commencer Agen (4), et enfin par les ordinands. Quant aux missions des champs, vous en connaissez la diversit, la rudesse et l'importance des unes et des autres. Le moyen de conserver des hommes +$ Innocent Q .$.Le sminaire d6gen souvrit, en effet, quelques 8ours apr1s, sous la direction de 'uillaume %elattre N mais il ne fut fond quen #7AE.
- 380 libres au milieu de tant de si rudes et si importants emplois ! Ajoutez celui de Barbarie, de Perse et de lArabie Heureuse, o la Propagande nous envoie, et celui de Madagascar. Notez, Monsieur, quil est bien difficile de la pouvoir faire subsister en sret dans des emplois si difficiles. Que si Sa Saintet , ou la Congrgation laquelle elle enverra la connaissance de cet affaire, improuve ces vux simples, quelle nous fasse] a charit de nous donner un moyen pour cela. La congrgation est rgie par Sa Saintet ; cest elle de nous donner les moyens de subsister, si elle ne trouve pas bon celui que nous proposons. Que si, aprs tout, elle ne lagre pas, nous devons nous soumettre demeurer en simple congrgation sous ses lois. Nous nous y soumettrons, et peut-tre que lexprience leur fera reconnatre le besoin quelle en a. Que si Sa Saintet pourvoit l-dessus et approuve ce que nous avons fait, cela fera cesser toutes ces petites motions et ces prtextes dabandonner la vocation. Joubliais de vous dire, lgard de Doutrelet, que je ne me ressouviens pas si on lui a donn son titre de la maison, parce que, si cela est, il faut aviser au moyen quon prendra pour en tre dcharg. M. [Carcireux] (5) nous a fait assigner ce que nous ayons a lui payer le sien, ensemble les arr rages (6), sous le prtexte de lobligation que nous lui avons faite de len tenir quitte (cest--dire de lui en conserver la possession). Voyez cette noire ingratitude et ce quil y aura faire lgard dudit Doutrelet. A$ M. Bmartina a lu " Curtivau! N mais ce nom na t port par aucun missionnaire. 7$. Ces points remplacent un passage que na pas su lire M Bmartin, ou plutGt quil a mal lu. <oici son te!te " =..les arrrages depuis que nous avions fait, ou quoi que ce soit M. Chomel , notre prior, et sous le prte!te de lo0ligationZ>
- 381 Au reste je trouve que vous avez surexcd en ce que vous avez donn au sieur de Fondimare. A quel propos donner des largesses ceux qui dsertent la compagnie ? Baste pour ceux que lon renvoie ; encore ne suffit-il pas quon leur donne huit ou dix cus au plus ? Il sera bon que vous fassiez entendre cela la famille, afin quon le sache et quon sy attende. Les P res jsuites ne donnent rien ceux qui sortent, non plus que les Pres de lOratoire, ni pas un Ordre que je sache. Quant nos rgles, je pense, Monsieur, quil est ncessaire que vous commenciez les faire approuver, ou, pour le moins, celle des vux et celle de la perptuit du gnralat, lgard de ceux qui viendront lavenir. Que sil y a tant de difficult faire recevoir toutes les rgles, il faudrait les faire rduire en ces abrgs que vous mavez envoys, y ajoutant les deux points cidessus. Au nom de Dieu, Monsieur, ne perdez pas le temps en cela. Venons votre petite lettre. Je vous promets quelle ma bien fait faire des examens sur ce qui vous peut avoir m demander votre dcharge de votre emploi. Quelquefois le cur ma dit que vous aviez voulu imiter MM. Dehorgny et Codoing, qui ont demand, comme vous, dtre dchargs de leur supriorit ; dautres, que vous pensiez que votre conduite est la cause de la sortie de ces messieurs, et dautres, que ce nest point tout cela, mais que la cause vritable est quelque intelligence particulire que jai avec M. Dehorgny, dont je ne vous donne pas connaissance ; que les paquets de lettres que jai crites audit sieur Dehorgny (7) vous font penser que je traite quelque chose avec M. Dehorgny, de laquelle :$ Les lettres du (A 8uin et du #E septem0re et peut &tre dautres que nous navons plus
- 382 lui ni moi ne vous donnons point de connaissance de cet affaire, faute de confiance en vous. Mais je vous dirai, quant au premier point, que, sil ny a que cette raison que je vous allgue, je nai pas raison de me mettre en peine, mais de louer Dieu de ce que je ne sache pas un suprieur qui ne demande dtre dcharg de la supriorit ; quant au second, que jamais cette pense ne sest prsente mon esprit, et que tant sen faut, que je rends grces Dieu de votre bonne conduite et le prie quil vous la continue ; et pour la troisime, que laffaire dont je lui crivais est de telle nature, quil ny a personne sur la terre avec laquelle je puisse traiter de cet affaire, non pas mme avec M. Lambert, qui me tient lieu dassistant, et auquel jai une parfaite confiance, comme jen ai, de raison, ceux qui je me communique. Mais je nai point parl qui que ce soit de la compagnie, et lai pri, lui, de nen parler qui que ce soit. Il sagit du salut et de la rputation dune personne qui ne veut pas que jen parle autre que lui. Voil, Monsieur, la nature de laffaire que je traite avec lui. Au nom de Dieu, Monsieur, assurez-vous quil ny a personne au monde en laquelle Dieu me donne plus de confiance qu vous, ni pour qui jai plus destime. Aprs cela, je vous supplie de ranger cette icelle pense celle que lesprit malin vous donna lorsque vous tiez malade ; je vous assure quelles viennent toutes deux de la mme source et tendent la mme fin ; et de cela je vous en assure en la prsence de Notre-Seigneur, en lamour duquel je suis M. Brisacier a aversion aux vux ; il men a parl autrefois de la sorte. Il fut pourtant satisfait quand je lui dis que nous ne prtendions pas entrer en ltat religieux. Il ma dit quil pourrait tre employ dans les
- 383 affaires du roi, de del ; si cela a lieu, il faudra procder avec prcaution avec lui. Vous pourrez lui en dire quelque chose, comme votre pens e ; tout leffort doit tre lgard de ceux de la Congrgation. Il suffit que vous dressiez vos principales forces de ce ct-l et que vous fassiez agir par Monsieur lambassadeur (8) vers Sa Saintet. Il y a dj quelque factum nouveau dautre ct notre gard. Que si Monsieur lambassadeur nest pas si got de Sa Saintet, il suffira quil lui en parle une fois dabord et que vous fassiez vos sollicitations particulires, pas tant par raisons que par recommandations auprs de Nosseigneurs, le plus que vous pourrez lgard de nos Franais. Mitte sapientiam et nihil deerit.
1069. A ANTOINE PORTAIL, PRTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE 30 octobre 1648. La pratique de porter le chapelet la ceinture sobserve toujours en cette maison ; je vous prie que cela sobserve de del. Nos autres maisons y sont fidles ; cest un usage saint et ddification.
1070. A TIENNE BLATIRON, SUPRIEUR, A GNES Du 30 octobre 1648. Je prie Dieu quil vous inspire la manire dagir utilement avec M. ; il me semble que la meilleure sera celle qui aura plus de douceur et de support, comme C$ Le marquis de Fontenay Mareuil. Lettre 1069. -eg. (, p. #E.. Lettre 1070. -eg. (, p. (EE
- 384 plus conforme lesprit de Notre-Seigneur et plus propre gagner les curs. Si vous gagnez le sien, vous aurez de lui toute satisfaction. L tat o il est nest quune tentation qui passe, pour laquelle il faut prier Dieu pour lui. Je vous prie de suspendre les retraites dun jour par mois auxquelles vous dsirez que votre famille sadonne. Nous sommes aprs pour examiner sil est convenable, ou non, de continuer celles qui se font ici, cause de quelques inconvnients qui en sont arrivs.
1071. A UN VQUE NOUVELLEMENT LU (1) Non parum aegre tuli quod me invaletudo corporis et negotiorum multiplic[ium] ingruentium accumulata turba prohibuerit, ne ei quo me praevenire dignata est Dominatio Sua Ill[ustrissi] ma honori meis utcumque satisfacerem litteris. Huic gratiae impares in me gratias agnosco, ut et iis quibus nostros antehac Romae in dies prosecuta est beneficiis. Sed D[omi]nus retribuet pro me ; imo jam pauperum fidejussor Christus exuberantissime respondit ad votum et ad m[eritum], eum eligens in episcopum, qui prodesse velit et praeesse sciat, qui, prudent[ia et] moribus praeeminens, cathedram sanctorum implere sufi~ciat. Laetat[us sum] in his et superabundo gaudio quod sic magnifice exaltaverit Deus [provi]dentiam suam, ut eum qui de virtute profecerat in virtutem, de [honore] etiam promoveret in honorem. Lettre 1071 L. s. *i0l. <aticane, fonds *ar0erini, Latinorum (#:(, original. 6 lorthographe de certains mots, on devine que la lettre a t crite par un secrtaire italien. #$. Bro0a0lement 4ean *aptiste 2pinola, lu v&que de Matera le #. mai #7.C, transfr , '&nes en #77., puis promu au cardinalat, mort le . 8anvier #:E..
- 385 Confidimus autem in D[omi]no et speramus [ut qui] vos ad magna in bonum Ecclesiae provexit, etiam in idipsum sublim [et] ad majora. Cum multa gratiarum actione preces affectuosas offerim [us pro h]is. Qui segregavit vos ad dandam scientiam salutis plebi suae, ipse in b[onum] v[est]ros continuet Ecclesiamque v[est]ram sine maculis et rugis sub v[est]ra prov[identia] conservet. Hacc eo vel maxime speramus quo Deus tumultuantes ibi [discordiarum] et belli nascentis fluctus tranquillavit ad pacem, pro qua eum incessanter [deprecari] non desinimus. Quod autem nostros suis continuo juvat consiliis et specia[li prose] quitur benevolentia, his ego non quales volo sed quales valeo, refero grati [as] ; precibus respondebo et votis ; et quod meae exiguitatis impotentia non prae[bet], exuberans munificentia illius exolvet qui de thesauris suae gratiae multi[plicis] erogat universis. Interim, si quando me jussis suis cohonestare dignetur, [me] semper in obsequio suae Dominationis Ill [ustrissi] mae experietur promptissimum. V[est] rae Ill[ustrissi]mae et R[everendissi] mae Dominationis humillimus necnon devotissimus in D[omi]no. VINCENTIUS A PAULO, indignus superior generalis congregationis Missionis Parisiis, nonis novembris (1) 1648.
TRADUCTION Grande a t ma peine de ne pouvoir, cause de ma maladie et de la multiplicit des affaires, rpondre plus tt, par lettre, lhonneur dont Votre Grandeur a daign me prvenir. Je me reconnais incapable de vous remercier dignement, tant de cette faveur, que des bienfaits dont jusqu prsent vous avez combl nos confrres de Rome. Mais Dieu acquittera #$ A novem0re
- 386 pour moi cette dette de reconnaissance ; et Notre-Seigneur, qui sest fait caution pour les pauvres, rpond dj surabondamment mes vux en choisissant pour lpiscopat un prlat qui veut se rendre utile, sait gouverner, est remarquable par sa prudence et lintgrit de ses murs et promet dtre un digne successeur des saints. Quel nest pas mon bonheur et ma joie de voir que Dieu a si bien dirig le cours des vnements quaprs vous avoir fait crotre de vertu en vertu, il vous mne dhonneur en honneur ! Confiant dans le Seigneur, nous esprons quaprs vous avoir conduit de hautes destines, pour le bien de son glise, il vous lvera plus haut encore. Avec nos actions de grces, nous lui offrons aussi nos affectueuses prires. Puisse Celui qui vous a choisi pour donner la science son peuple, maintenir vos ouailles dans le bien et conserver votre glise sans tache ni ride sous votre conduite pastorale ! Nous lesprons dautant plus que Dieu a apais les troubles qui slevaient ici comme des flots tumultueux et fait cesser la guerre qui commenait. Nous jouissons maintenant de la paix, dont nous lui demandons avec instance le maintien. Quant aux conseils et la bienveillance dont vous daignez favoriser nos confrres, je vous en remercie, non dans la mesure de mon devoir, mais dans celle de mes forces ; jy rpondrai par mes vux et mes prires. Ce que limpuissance de ma petitesse ne peut vous offrir, vous le recevrez de la libralit surabondante de Celui qui fait participer tous les hommes au tr sor de ses grces. Si cependant Votre Grandeur veut mhonorer de ses commandements, elle me trouvera toujours dans la disposition de la plus prompte obissance. De Votre Seigneurie Illustrissime et Rvrendissime le trs humble et trs dvou serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne suprieur gnral de la congrgation de la Mission. De Paris, ce jour des nones de novembre 1648.
1072. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Ce 6 novembre [1648] (1) Monsieur, Une personne de Fontainebleau nous manda, y a quelques Lettre 1072. L. a. Driginal chez les Filles de la Charit de la maison centrale d6ns, pr1s Lige
- 387 jours, que notre sur Barbe Angiboust avait la fivre depuis la Notre-Dame de septembre, et hier lon nous dit de Saint-Germain-de-lAuxerrois que son confesseur avait mand une dame de la paroisse quelle se mourait et que lon lui allait donner lextrme-onction. Treuvez-vous bon Monsieur, que, sur ces nouvelles, nous y envoyions aujourdhui une sur ? car nous avons crit, et une de nos surs partit, y a huit jours, pour y tre sa compagne, et nous nen avons eu aucune nouvelle. Sil plat votre charit nous donner promptement rponse ? Je vous demande aussi, pour lamour de Dieu, votre bndiction, tant, Monsieur, votre trs obissante et trs oblige fille et servante. L. DE M. Sil vous plat vous souvenir de la rponse de Monsieur de Beauvais (2).
1073. A LOUISE DE MARILLAC [6 ou 7 novembre 1648] (1) PREMIRE RDACTION Mademoiselle, Il y aurait charit et encouragement pour les autres surs si vous envoyiez visiter notre pauvre malade par une fille (2), par le coche, sil y en a, sinon par eau (3) jusques Melun et de l pied trois lieues jusques Fontainebleau, avec quelquun qui laccompagne. ($ 6ugustin Botier. Lettre 1073. L. a. Driginal chez les Filles de la Charit d6ns pr1s Li1ge. #$ Cette lettre rpond , la prcdente. 2aint <incent avait da0ord crit sa rponse autour du te!te m&me de Louise de Marillac N mais soit que ce ne fHt pas assez lisi0le, soit quil neHt pas assez 0ien e!prim sa pense, il la recommen5a sur la feuille reste en 0lanc. ($. Louise de Marillac fit choi! d6nne /ardemont. +$. Bar la 2eine.
- 388 DEUXIME RDACTION Je suis bien touch de la maladie extrme de notre pauvre sur Barbe. Il y aura pit de lui envoyer une fille et encouragement pour les autres. Vous pourrez donc lenvoyer, sil vous plat, Mademoiselle, par le coche, sil y en a, ou par eau jusques Melun, do une commodit sy trouve le lundi ou le mardi au port Saint-Paul (4), et de l il faudra quelle aille pied dans les bois jusques Fontainebleau, o il ny a point de danger prsent que la cour ny est pas. Et le coche est la rue de la Cossonneries (5).
1074. A MATHURIN GENTIL, PRTRE DE LA MISSION, AU MANS De Paris, ce 7 novembre 1648. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je rponds la vtre trs chre du 26 du mois pass, press de sortir pour aller Saint-Denis, o je fais la visite chez les filles de la Visitation. Nous navons rien re u de la partie due feu M. Le Bourgais (1) que 100 livres, lesquelles lui furent envoy es, comme vous savez. Il y a peu de sujet desprer le reste, .$ 2ur le quai des Clestins, en face de ## rue 2aint Baul. Cest l, qutaient d0arqus les vins, les fers, le char0on de terre et les denres dpicerie. A$. Cette rue e!iste encore sous le m&me nom N elle a0outit, du cGt du 0oulevard 20astopol, de lautre au! /alles centrales. Lettre 1074. L. s. %ossier de Iurin, original. #$ 4acques Le *ourgais, n , Coutances, re5u pr&tre dans la congrgation de la Mission le #: septem0re #7.A, , l@ge de trente huit ans.
- 389 vu que nous navons point lobligation et quil est juste que cela revienne aux parents du dfunt. Son pre vit, ce me semble. Vous ferez bien de sortir daffaires avec M. Voseillan, pour les rachats des viviers. Sil ne veut relcher jusquaux 125 livres, il faudra lui donner quelque chose de plus plutt que de plaider. Il est vrai que nos affaires sont comme faites avec M. Rivi re, et vous devez agir en ce qui regarde ses chapelles ainsi que vous faites au reste, sauf que vous devez paratre agissant comme procureur dudit sieur Rivire, attendant que nous ayons tout fait conclu et arrt avec lui. Nous faisons notre possible pour vous envoyer des prtres et des frres. Notre intention nest pas que nul de votre maison offre le sacrifice pour nos dfunts au prjudice des obligations que vous avez, auxquelles il faut satisfaire pralablement ; et au lieu des messes, on pourra faire des prires pour nos dfunts. M. Bajoue envoie M. Cornaire (2) trois livres et M. Roujon un rglement de la Charit, le tout empaquet et couvert de papier, dont ladresse vous en est faite par le messager ; faites-le retirer, sil vous plat, et continuez prier pour moi, qui suis, du cur que Dieu sait, en son amour, Monsieur, votre tr s humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Au bas de la premire page : M. Gentil. #$ 'uillaume Cornaire, n le . 8uin #7#. , Iincey 3/aute 2aGne$, ordonn pr&tre au car&me de lanne #7+9, entr dans la congrgation de la Mission le ( dcem0re #7.:, re5u au! vJu! au Mans le (+ novem0re #7A+, plac , Fontaine0leau en novem0re #77#. Le fr1re Chollier a crit sa notice, qui ne nous a pas t conserve.
- 390 1075. A LOUIS RIVET, SUPRIEUR, A SAINTES Du 15 novembre 1648. Il se faut garder de donner aucun sujet de mcontentement Messieurs les grands vicaires ; ils sont nos matres ; nous devons nous ajuster leurs volonts, autant quil nous est possible. Lors donc quils vous enverront des ecclsiastiques, la compagnie les doit recevoir volontiers et les tenir le temps quils ordonneront, et mme les prtres quils y enverront pour recevoir correction, sauf leur reprsenter humblement que vous tes surchargs, sil en est ainsi, ou les autres inconvnients qui peuvent survenir. Il est aussi fort convenable que la compagnie suive leurs intentions touchant les missions, pour nen entreprendre aucune sans leur consentement, ni sans leur demander les lieux. Nous devons avoir pour maxime de ne jamais nous tonner des difficults prsentes, non plus que dun vent qui passe, pource quavec un peu de patience on les verra dissiper. Le temps change tout. Jai lu dans lhistoire des Jsuites que le Pape qui succda celui qui rigea leur compagnie en religion (1), les obligea porter un chaperon ; cela leur tait un peu dur, et pourtant il fallut passer par l durant sa vie ; mais aprs sa mort ils quittrent aussitt le chaperon (2). De mme, si maintenant on exige de vous quelque chose qui ne vous revienne pas, coulez doucement un peu de jours ; la vicissitude des choses vous dlivrera bientt de cette sujtion. Dieu nous lve et nous abaisse, il nous console et nous afflige, selon quil nous voit disposs profiter de ces tats. Lettre 1075. -eg. (, p. #E:. #$ )eligion Drdre religieu!. ($. Lha0it de chJur. Baul I< avait quatre vingt trois ans, quand il prit cette mesure. Il mourut lanne suivante.
- 391 1076 - HENRI DE MAUPAS DE TOURS, VQUE DU PUY, A SAINT VINCENT Monsieur, Deux affaires trs importantes a la gloire de Dieu mobligent de vous faire ces lignes. Les dsordres de labbaye de Monestier (1), Ordre de St-Benot, dans ce diocse, 4 lieues du Puy. Elle dpend de Messieurs de Sansterre. Les Pres de la rforme de StMaur qui demeurent labbaye de St-Germain-des-Prs, vous en diront toutes nouvelles. Jen revins hier o jai fait sommation au prieur de chtier un religieux (2) qui avait sa concubine dans sa chambre quand jarrivai, laquelle doit accoucher dans huit jours. Les violences et les sacrilges que les soldats du rgiment du Languedoc, commands par le sieur de Valon ont commis dans une glise de mon diocse depuis trois jours en . Je vous supplie trs humblement den informer la reine au plus tt. Jen cris Monsieur largentier plus au long. Je crois quil vous montrera ma lettre. Il y va de la gloire de Dieu. Les autels ont t profans, le saint ciboire drob, et le calice dans lequel on consacrait tous les jours. Japprhende que Dieu ne fasse sentir sa colre ceux qui ont lautorit en main, sils narrangent sa querelle. Jenverrai homme exprs dans huit jours la cour pour porter les informations et les plaintes. Cest, Monsieur votre trs humble serviteur. HENRY, vque du Puy. Du Puy, ce 18 novembre 1648. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, suprieur gnral de la Mission Paris. Lettre 1076. L. a %ossier de la Mission. original. #$. Commune de larrondissement d6m0ert 3Buy de %Gme$. P6u8ourdhui Le Monastier, chef lieu de canton de la /aute Loire. ($ Ce mauvais religieu! avait donn un tel scandale que, par respect pour le lecteur nous sommes o0ligs darr&ter ici la phrase de lv&que du Buy. 2uite a8oute , sa place, Cl. L.
- 392 1077. THOMAS TURCHI, SUPRIEUR GNRAL DES DOMINICAINS, A SAINT VINCENT 26 novembre [1648] (1) Rmus D. Vincent de Paul, Congregationis Missionis superior generalis. Monet ut audivit P. Labat, Biarrotte et fratrem Bernardum, consuluisse, imo remisisse in suam provinciam, ut reconciliarentur et colloquerentur ; exspectare se definitionem colloquii, ut, negotium si illi placet, definiat unionem et pacem illorum, rem sane gratissimam Regi, Reginae et D. Cardinali. TRADUCTION 26 novembre 1648. Thomas Turchi prvient Vincent de Paul quaprs avoir entendu les Pres Labat, Biarrotte et le frre Bernard, il leur a conseill de retourner dans leur province, ou mieux les y a renvoys, les engageant ngocier en vue de la rconciliation. Il attend le rsultat des pourparlers pour dcrter lunion et la paix, si les conditions proposes lui plaisent, mesure qui sera trs agrable au roi, la reine et Monsieur le cardinal.
1078. A JEAN BARREAU, CONSUL DE FRANCE, A ALGER 4 dcembre 1648. Nous ne pouvons mieux assurer notre bonheur ternel quen vivant et mourant au service des pauvres, entre les bras de la Providence et dans un actuel renoncement de nous-mmes, pour suivre Jsus-Christ. Lettre 1077. 6rch. de la Mission, copie prise , la maison gnralice des B1res dominicains, 1pistolae ). ,. Eurchi, I<, CC, p. (E. #$. %ate impose par la place du document dans le registre. Lettre 1078. -eg. (, p. +..
- 393 1079. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Dcembre 1648] (1) Monsieur, Nous sommes bien empches de donner une personne pour aller lassemble chez Madame la duchesse dAiguillon, ne lui pouvant donner autre instruction que lui mettre nos papiers entre les mains. Et comme je crois que lint rt de tous les autres est semblable au ntre, jai pens que peut-tre mon fils pourrait sy trouver et faire comme les autres, si ce ntait Monsieur, que votre charit treuvt bon que nous baillassions nos papiers celui qui sy treuvera pour votre maison. Nous attendrons lordre quil vous plaira nous donner, priant Dieu quil vous donne parfaite sant pour sa gloire, tant Monsieur, votre trs obissante et trs oblige fille et servante. LOUISE DE MARILLAC. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1080. TIENNE BLATIRON A SAINT VINCENT Gnes, 10 dcembre 1648. Pendant une mission donne Lavagna (1), plusieurs bandits se sont convertis.
1081. A REN ALMRAS, SUPRIEUR, A ROME Du 11e dcembre 1648. Dieu soit bni, Monsieur, de ce que votre famille marche prsentement de bon pas ! Il plat Dieu que quelquefois les communauts tombent en telle dsolation quil semble que tout est perdu ; mais aprs il les Lettre 1079. L. a. Drigina a communiqu par la suprieure des Filles de la Charit de la rue Dudinot, +, Baris. #$. %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau. Lettre 1080. 60elly, op. cit., #. II, chap. I, sect. I<, #er d., p. :# #$. Betite ville de la province de '&nes et patrie dInnocent I<. Lettre 1081. -eg. (, p. ((9.
- 394 lve en meilleur tat quelles ntaient. Les touches den haut sont toujours salutaires. Je vous prie de demander Dieu pour moi, comme je ferai pour vous, que jamais notre esprit stonne de voir de la dcadence en nos maisons. Il abat et redresse quand bon lui semble ; et labaissement quil fait de quelque [personne] dont il prtend se servir, est un prsage de sa future lvation. La dfiance de votre conduite est bonne ; mais ne faut-il pas se confier en NotreSeigneur et ne faut-il pas le laisser faire, puisque cest lui qui conduit, et non pas nous ?
1082 THOMAS TURCHI A SAINT VINCENT Rome, ce 21 dcembre 1648. Monsieur et Rvrendissime Pre Vincent, Je me sens trs oblig votre zle pour le bien des affaires de mon Ordre, et au soin que vous avez pris de remettre les Pres anciens de la province toulousaine dans les voies de leur devoir, dont la vanit et le libertinage les a dtraqus et leur a fait inventer des griefs o ils auraient eux-mmes mis leur bien et leur repos. le nai fait, Monsieur, lunion dont ils se plaignent qu leur instance et par leur consentement pour accorder leurs querelles et diffrends particuliers, o ils taient depuis deux ans, sans provincial, dans la confusion et dans les factions et partialit s o les prtentions de quelques-uns et entre autres des Pres Biarrotte et Marrin (1) les avaient jets. Le piteux tat o je trouvais les couvents de cette province, y faisant ma visite, tant pour le temporel que pour le spirituel, les dbris des maisons qui tombaient en ruines Marciac (2) La Role, le Port Sainte-Marie (3), etc., par la mauvaise conomie Lettre 1082. 6rch. de la Mission, copie prise , la maison gnralice des B1res dominicains, 1pistolae ). ,. Eurchi I<, CC, p. ##C. #$ Beut &tre Martin. ($. Chef lieu de canton dans larrondissement de Mirande 3'ers$. +$. Chef lieu de canton dans larrondissement d6gen 3Lot et 'aronne$.
- 395 et le peu de zle du bien commun et de lobservance des officiers, les scandales arriv s de tous cts, comme Bergerac, Agen, Marciac, La Role, le Port Sainte-Marie, etc., les plaintes gnrales des sculiers, qui ntaient ni servis ni difis, enfin les prires communes de tous et eux-mmes se voyant sans novices, sans tudes et sans moyens ni esprance den pouvoir avoir, cause de la petitesse et pauvret de leurs couvents, mobligrent apporter ce remde efficace et unique tant de maux prsents et venir par ladite union de cette province si misrable et au reste la deuxime de lOrdre, la congrgation de Saint-Louis de dec la Loire, dont les couvents sont en bonne odeur et pour le spirituel et pour le temporel et ont moyen d lever dans lobservance et la science nombre de novices et coliers, pour rparer les brches de cette province autrement irrparables, et y insinuer insensiblement et amoureusement les principes et pratiques de la vie rgulire, qui est le fondement et lunique arcboutant des maisons religieuses. Ces considrations, Monsieur, qui avaient ciment cette union, les eussent ports lentretenir et chrir si lambition et vanit de quelques messieurs ou docteurs ne les et changs, se voyant privs de la charge de provincial [tant] pour navoir rien (?) qui tendt lobservance rgulire qui tait lunique chemin pour le bien et conservation de lobservance dans les couvents o elle tait dj que pour obliger les autres la recevoir et embrasser et ce conformment aux ordres et volonts des rois trs chrtiens dheureuse mmoire Henry IV et Louis XIII, qui ont toujours fait instance aux chapitres g nraux et aux gnraux de lOrdre que les provinciaux de France fussent de lobservance et les novices levs dans les maisons de ltroite observance, qui est un de leurs autres griefs, pour lesquels ils ont bien os ici par les artifices du P. Labat, lors leur procureur en cette cour, extorquer sous faux exposs et subrepticement, des bulles de Committimus in partibus contre le bref du Pape Urbain VIII, dheureuse mmoire, les ordres des chapitres gnraux et le dcret de la Congrgation des Rguliers tout frachement donn qui les condamne de mobir, sur et aprs avoir vu tous leursdits griefs. Si bien, Monsieur, quen cette affaire porte avec tant de violence et de hardiesse contre lhonneur de cette cour, fort indigne davoir t surprise, contre lautorit de la Congrgation des cardinaux, contre les ordres du Roi, qui a bien daign , par ses patentes, confirmer ledit dcret dunion, et contre la disposition des parlements de Toulouse et Bordeaux, qui lont homologu, enfin contre les bonnes intentions de M. le cardinal, par lavis duquel jai nou toute cette affaire, je ne puis me relcher en chose quelconque quils
- 396 naient auparavant obi et rpar, par leur obissance et leurs soumissions, les mauvaises semences de rbellion et irrvrence que leurs violences et surprises ont jet dans les esprits des religieux, de trs dangereuse suite et exemple si jy dfrais le moins du monde, quand bien mon devoir et ma conscience me le permettraient. Et partant, Monsieur, je vous prie trouver bon quils mob issent, et aprs je leur ferai connatre que je suis leur pre et toujours en tat de leur faire grce, quand ils seront dans les termes de la recevoir, cest--dire dans leur devoir. Je ne puis prsent autre chose, tant oblig aux intrts de cette cour et de mon Ordre, vous tant beaucoup oblig davoir voulu les porter leur devoir. Dieu veuille quils vous croient ! Et de ces difficults vous voyez Monsieur, combien il y a de peine de contenter tout le monde et que, lorsque Messeigneurs les vques font instance pour la rforme des couvents, a combien daffres et de difficults il faut se rsoudre, et quil est beaucoup plus ais de souhaiter ce bien que de lexcuter, et que, si je ne rponds pas de leurs bons dsirs sitt que comme ils le souhaitent, que cest plus faute de moyen que de bonne volont, puisque ce mest une de mes plus grandes consolations de voir mon Ordre dans lobservance et dans ltat de sa vocation. Je prie Dieu quil vous continue ses grces et bnisse vos saintes intentions, pour lesquelles si je puis ici quelque chose, je vous prie memployer ici avec autant de libert que jai de confiance en votre pit. je [me] suis dj offert ici pour tout ce que je puis vos bons Pres et enfants qui sont ici. Je vous prie me croire.
1083. A ETIENNE BLATIRON, SUPRIEUR, A GNES De Paris, ce jour de [Nol 1648] (1). M [onsieur,] [La grce de] Not[re-Seigneur soit avec vous pour j[amais]. [Puisqu]il a p[lu Dieu bnir les travaux] q[ue vous avez] Lettre 1083. L. s. %ossier de la Mission, original. Ce document est en tr1s mauvais tat #$ La date se trouvait sur la partie de loriginal ronge par lhumidit N elle a t reproduite au dos de la lettre.
- 397 faits [et leur donner bon succs], je le prie quil soit lui-mme votre rcompense] et que toutes ses cratures len g[lorifient]. Il voit la reconnaissance que jen ai, et cela me console, dans limpuissance ou je suis de lexprimer par paroles. Plaise sa divine bont que les mes que vous avez secourues fassent un saint usage des lumires quelles ont reues, et que celles que vous allez secourir ressentent les effets de sa misricorde ! Je nai pas regret de Ce que vous tes pass de lune mission lautre sans retourner au logis, sinon pource que vous vous privez dun peu de repos, craignant fort que lexcs du travail vous accable. Au nom de N.-S., Monsieur, mnagez-vous. Mardi dernier partirent dici notre frre Ennery (2), notre fr[re] Claude et un autre bon frre coadjuteur, tous bien aises de vous aller rendre leurs services et soumissions. Ils se mirent dans le coche de Lyon avec un pr tre et un clerc de [notre compagnie] qui sen vont en Barbarie. [Le premier, qui se nomme M.] Dieppe (3) [va A]lger la place [de M. Lesage,] et la[utre ] Tunis pour [faire loffice de] cons[ul de la nat]ion franaise ; [en cette qualit, il est char]g de [fa]ciliter [le rachat des esc]laves. [Il se nom] me Huguier (4), [ la] connaissance des affaires dans le monde et est bien craignant Dieu. ($ 4ean )nnery, n en dcem0re #7#7, , Castle MaV )nnery 3dioc1se de LimericV, Irlande$, entr dans la congrgation de la Mission le (+ septem0re #7.(, re5u au! vJu! le ## octo0re #7.A. Ctait : au dire de saint <incent 360elly, op. cit., #. III, p. .C$ un =homme sage, pieu! et e!emplaire> Il professa la thologie , 2aint Lazare 3#7A($, secourut les malheureu! ha0itants de la Champagne prouvs par la guerre 3#7A+$ et assista ceu! de ses compatriotes qui staient rfugis , Iroyes 3#7A.$. )nvoy , '&nes, il y mourut de la peste en #7A: +$. 4ean %ieppe, n , Cancale 3Ille et <ilaine$, re5u dans la congrgation de la Mission le A aoHt #7.:, , l@ge de trente ans, mort de la peste , 6lger le ( mai #7.9. Il avait quitt Baris le (( dcem0re. .$. *en8amin 4oseph /uguier, n , 2zanne 3Marne$ le #E mars #7#+,
- 398 Il a plu Dieu de disposer du bon M. de Fargis (5), qui tait parmi nous depuis un an et qui nous consolait beaucoup, tant fort pieux et de bon exemple. Nous nous entretiendrons de lui un de ces jours. Je vous prie de prier et de faire prier Dieu pour son me, sans oublier la mienne, qui chrit tendrement la vtre et votre petite famille, que je salue en esprit dhumilit et daffection. Si notre frre Robert se veut faire religieux, la procureur au Ch@telet de Baris avant son admission dans la congrgation de la Mission, oK il entra le #A septem0re #7.:, re5u au! vJu! en #7A# apr1s son retour en France, ordonn pr&tre en fvrier #7AA. 6pr1s son ordination, il devint aumGnier des galriens de Ioulon. Cependant la *ar0arie lattirait. Il fut envoy , 6lger le #9 septem0re #77(, avec le titre de vicaire apostolique. La peste y e!er5ait alors de terri0les ravages. Il contracta la maladie au chevet des mourants quil allait assister et succom0a lui m&me en avril #77+. "Mmoires de la congrgation de la Mission, t. II, p. ((# (+E.$ A$. La famille de Charles d6ngennes, seigneur de Fargis, stait fait un nom dans les armes et la diplomatie. Bar son mariage avec Madeleine de 2illy, sJur de Madame de 'ondi 3vers #7#E$, il devint comte de la -ochepot. Il est pro0a0le que saint <incent le vit plus dune fois chez le gnral des gal1res, quand il y tait aumGnier. M. de Fargis fut am0assadeur en )spagne de #7(E , #7(7. Le #er 8anvier #7(7, il signa le trait de Mon5on, qui fut dsavou par -ichelieu et conclu sur de nouvelles 0ases le 7 mars. Dn sait que la reine m1re, mcontente de la politique et de linfluence de -ichelieu, avait group autour delle un certain nom0re de personnages disposs , renverser le puissant ministre. Madame de Fargis, sa dame dhonneur, qui tait de lopposition, prit part au! intrigues. Condamne , mort en #7+#, elle senfuit , ltranger et mourut , Louvain en #7+9. 2on mari fut enferm pour le m&me motif , la *astille le #. fvrier #7++. Beu dannes apr1s, il eut la douleur de perdre son fils, tu au si1ge d6rras, le ( 8uin #7.E, , l@ge de vingt sept ans. Il lui restait une fille /enriette, alors au Bort -oyal. Malgr les pressantes dmarches de son p1re, elle refusa de se marier, prfrant passer sa vie dans cette a00aye, oK elle mourut le + 8uin #79#, apr1s en avoir t longtemps a00esse. M. de Fargis quitta le monde et entra dans la congrgation de la Mission le +# dcem0re #7.:. Il mena au sminaire une conduite si e!emplaire que saint <incent avoue =ne lui avoir 8amais vu commettre un seul pch vniel>. Il mourut le (E dcem0re #7.C "#otices, t. II, pp. .(A .+E$
- 399 bonne heure, laissez-le faire, attendu que depuis si longtemps on na pu lui ter la fantaisie dtudier. Notre-Seigneur nous fasse part de son humilit, de sa patience et de sa charit, en lamour de laquelle je suis, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Suscription : [A Mo] nsieur [Monsieur] Blatiron, suprieur [des prtres] de la Mission, Gnes.
1084. A UN PRTRE DE LA MISSION [Dcembre 1648 ou janvier 1649] (1) Monsieur, Il a plu Dieu nous ter le bon frre de Fargis un an aprs que sa bont nous lavait donn. Il tait comte de Rochepot et seigneur de Fargis ; il avait pous la sur de Madame la Gnrale des galres, notre premire fondatrice ; il avait t ambassadeur du roi en Espagne. Il dcda le 20e du mois de dcembre. En sa mort comme en sa vie, il a paru fort d tach et tout plein de Dieu. Certes, Monsieur, il nous a t un grand exemple pendant que nous avons eu le bonheur de le possder, en sorte que je ne lui ai jamais vu commettre un seul pch vniel. Je recommande son me vos prires et je prie Notre-Seigneur quil sanctifie la vtre de plus en plus. Je ne doute point de votre courage pour limiter. Lettre 1084. Manuscrit de Lyon.
- 400 1085. AU MARQUIS DESPORTES Ce dernier jour de lan 1648. Monsieur, La lettre que vous mavez fait lhonneur de mcrire est digne dune me vraiment chrtienne comme la vtre. Je ne puis vous exprimer, Monsieur, combien je reste difi de vos sentiments pour la prlature et de vos dispositions touchant la pension, pour laquelle je vous rendrai tous les services qui me seront possibles. Le bon usage que vous en voulez faire my oblige doublement ; quoi nanmoins je prvois deux difficults : la premire est que lon ne donne point de pensions eccl siastiques qu ceux qui le sont, qui en portent lhabit et qui en effet vivent conformment cela. Je sais, Monsieur, que vous avez lesprit ecclsiastique et que cette difficult na point de lieu votre gard. Mais en voici une seconde qui est fort craindre ; cest que la reine et Mgr le cardinal (1) se trouvent si fort accabl s de demandeurs de toute sorte quils nont aucune libert de considrer ceux qui le mritent le plus. On leur arrache les pensions comme les bnfices, et on les empche de disposer leur gr des uns et des autres. Je ne laisserai pas, Monsieur, de leur parler de vous aux occasions et en la manire que Dieu sait. Il est vrai que votre nom est trop illustre et votre mrite trop connu pour avoir besoin dtre prconiss, et peut-tre que lestime que Sa Majest et S [on] E [minence] en font les obligera de vous donner contentement plus t t que je nose esprer. Je prie N.-S. que cela soit. Lettre 1085. -eg I, f; +E. Le copiste note que la lettre a t crite par le secrtaire et signe par le saint. #$. Le cardinal Mazarin.
- 401 Il a plu sa divine bont nous ter le bon M. de Fargis, un an aprs quelle nous lavait donn ; il dcda le 19 de ce mois (2). En sa mort comme en sa vie, il nous a paru fort dtach et tout plein de Dieu. Certes, Monsieur, il nous a t grand exemple pendant que nous avons eu le bonheur de le poss der, en sorte que je ne lui ai jamais vu commettre un simple p ch vniel. Je recommande son me vos prires et je prie N.-S. quil sanctifie la vtre de plus en plus. Je ne doute point, Monsieur, de votre courage pour limiter en sa retraite, sil vous tait possible ; ains je crois que vous vivez chez vous aussi pieusement et religieusement que vous feriez dans un clo tre. O Dieu ! Monsieur, quil fait bon se disposer ainsi lternit bienheureuse, en lamour de laquelle je suis, Monsieur, votre VINCENT DEPAUL.
1086. A LAMBERT AUX COUTEAUX, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT-LAZARE De Frneville, ce 18 janvier (1) 1649. Vincent de Paul crit quil nest pas expdient de mettre en vente le bl conserv dans les greniers de Saint-Lazare. Mieux vaut le prter usure au bon Dieu en faisant laumne aux pauvres. Si laumne dun setier de bl par jour ne suffit pas, quon en donne deux. ($ ?ous lisons dans la lettre prcdente que M. de Fargis est mort le (E. La contradiction serait elle due , une erreur de copiste ou a un ou0li du saint \ Lettre 1086. Lettre signale par le fr1re Bierre Chollier dans sa dposition au proc1s de 0atification de saint <incent #$ Le #C 8anvier, saint <incent tait encore , <illepreu! N par suite il y a ici erreur ou sur la localit ou sur la date. La lettre pourrait 0ien &tre du (C.
- 402 1087. A ANTOINE PORTAIL De Villepreux, ce 22 janvier 1649. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je ne sais si vous mavez crit par lordinaire qui arriva la semaine passe ; je nai point reu lettre de votre part, mais oui bien de M. Chrtien et de Tunis. Je ne vous crivis point la semaine passe ; vous en savez la cause, comme je crois. Je partis de Paris le 14e de ce mois pour aller Saint-Germain, dessein dy rendre quelque petit service Dieu ; mais mes pchs men ont rendu indigne ; et aprs 3 ou 4 jours de sjour, je me suis rendu en ce lieu, do je partirai aprs demain pour aller visiter nos maisons (1) Il plat Dieu que je sois maintenant inutile toute autre chose. Jirai Lettre 1087. [ L s %ossier de Iurin, original. #$ 2e sentant peu en sHret dans Baris, la reine stait retire , 2aint 'ermain en Laye, suivie de la plus grande partie de la cour. Le parlement, les grands et le peuple taient pr&ts , tout pour o0tenir le renvoi de Mazarin. Iout Baris tait sous les armes. 2aint <incent, mu des malheurs qui se prparaient et de ceu! qui dsolaient d8, la capitale, rsolut une dmarche aupr1s d6nne d6utriche, qui lcoutait volontiers. Il partit le #., avant le 8our, accompagn de son fid1le secrtaire, le fr1re %ucournau, qui a laiss de ce voyage un rcit utilis par Collet. 6 Clichy, des gens arms de piques et de fusils se prcipit1rent sur les deu! voyageurs. Le saint naurait peut &tre pas chapp au danger si lun des assaillants neHt reconnu en lui son ancien cur et calm ses compagnons. 6 ?euilly, la 2eine tait d0orde N <incent de Baul la traversa courageusement sur son cheval. Il arriva , 2aint 'ermain entre neuf et di! heures, vit la reine et lui dit nettement que son devoir tait de renvoyer son ministre. Introduit devant Mazarin, il lui parla avec la m&me franchise. Mazarin, un moment tonn, lui rpondit il se sacrifierait volontiers si tel tait lavis de Le Iellier. Lavis de Le Iellier, on le devine, fut ngatif. Irois 8ours apr1s, le saint, muni dun passeport et protg par une escorte, prenait le chemin
- 403 droit au Mans, et puis en Bretagne. Je vous ai mand que M. du Chesne irait Marseille ; mais, certes, il est trop ncessaire Saint-Lazare. Je vous prie, Monsieur, davoir patience et de faire comme vous pourrez et pour les sujets et pour la subsistance ; nous sommes dans limpossibilit de vous rien fournir, non plus quaux autres maisons qui ont leur revenu sur les coches, lesquels ne vont plus ; et, selon les apparences, nous nen retirerons de longtemps aucune chose, non pas mme de ce que les fermiers nous doivent. Ceux des aides ne nous payeront non plus, tandis que ces troubles dureront. Tout cela ne vous exprime pas encore assez lextrmit o se trouve le pauvre Saint-Lazare (2), Dieu soit lou ! Quel moyen donc, me direz-vous, que la maison de Marseille sentretienne ? Il faut premirement et sans barguigner renvoyer tous vos sminaristes qui ne payent une pension suffisance ; 2 dire Mgr de Marseille (3) ce qui se passe, afin de lexciter vous subvenir de quelque chose ; et en troisime lieu, tcher de trouver des messes. Jai regret de vous dire ceci ; mais la de <illepreu! Il ne pouvait retourner , Baris, oK la nouvelle de sa visite , la cour risquait de soulever contre lui la col1re du peuple, d8, e!cit par le 0ruit du mariage secret de la reine et de Mazarin 0ni, disait on, par <incent lui m&me. 3Cf. Collet, op. cit., t. I, p. .7C$ La dmarche du saint supposait 0eaucoup de courage, car la reine sirritait contre tous ceu! qui lui parlaient de sadoucir. 3Cf. la 4rance au milieu du Q<IIe si3cle, dapr3s la correspondance de Guy ,atin, Baris, #9E#, in l7, p. ##$ ($. Luand il crivait ces lignes, saint <incent ignorait encore que si! cents soldats, logs , 2aint Lazare, avaient pill et saccag la maison, enlev les portes, vendu une partie du 0l et mis le feu au! provisions de 0ois. 3Cf. 60elly, op. cit., #. I, chap. QQQIQ, p. ##C($ Collet, op. cit. t. I, p. .:#$ 6 cette nouvelle, la ville avait ordonn au colonel de Lamoignon denvoyer chaque 8our des soldats, 8usqu, nouvel ordre, , la maison de 2aint Lazare pour sa =sHret et conservation> 3Cf. )egistres de lh5tel de $ille de U,aris pendant la 4ronde, d. par MM. Le -ou! de Lincy et %ouet d6rcq, Baris, #C.:, + vol. in C;, t. I, p. (E..$ +$. )tienne de Buget 3#7.. #77C$.
- 404 ncessit prvaut toute autre considration. Enfin faites votre possible pour ne pas nous engager. Ceux de Barbarie doivent tre avertis de ce qui se passe, afin quils mnagent leur dpense. Jen cris M. Le Vacher (4). Et pource quil me mande que le frre qui va pour proconsul (5) a besoin de faire plusieurs prsents en entrant en charge, et que nous ne pouvons lui rien envoyer pour cela, jestime quil fera bien de diffrer son passage, et je vous prie de le retenir pour encore. Je suis en peine de la faute qua faite M. Le Vacher, permettant limposition sur les barques de France, pour payer les dettes dun particulier. Les marchands de Marseille ont raison de sen plaindre. Je vous prie de les voir de ma part, et, aprs leur avoir demand pardon, savoir deux quel moyen il y a de remdier cette faute ; quoi je memploierai volontiers ; et ds maintenant je men vais crire en cour pour avoir une lettre du roi au day, ce quil ne souffre point aucune leve sur les vaisseaux franais, pour laisser le commerce libre. Je prierai aussi Madame la duchesse dAiguillon de presser les expditions et pour la survivance et pour la commission du consulat de Tunis (6). Le doute que les postes aillent et que la prsente vous soit rendue, moblige finir pour vous assurer que je suis, en N.-S., Monsieur, votre tr s humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i.p.d.l.M. Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prtre de la Mission, Marseille. .$ 4ean Le <acher. A$ *en8amin /uguier, clerc de la Mission. 7$. Martin de Lanne, consul , Iunis, tait mort sur la fin de
- 405 1088. A LOUISE DE MARILLAC De Frneville, ce 4 fvrier 1649. Mademoiselle, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Me voici encore Frneville (1) o ce temps si froid ma surpris, loccasion de la fte que jy ai voulu passer, pour aider disposer ces bonnes gens pour se donner Dieu, afin quil lui plaise leur faire la grce de faire bon usage des afflictions quils attendent. Nos chres surs (2) me paraissent de plus en plus unies et aimant leur vocation, et sen acquittent bien, Dieu merci ; elles nous donnent de leur pain bis, o le fermier mle de lorge dans le sien ; cela est venu de leur charit ; nous leur donnerons du bl en rcompense. Elles nous ont aussi envoy des pommes, que les bonnes gens leur ont donnes. Elles se confessent M. Le Gros (3), depuis le temps quelles avaient t quelquun de 8uillet #7.C. La duchesse d6iguillon, qui avait d8, achet le consulat d6lger, fit, pour les m&mes motifs, lacquisition du consulat de Iunis, quelle offrit, avec la permission du roi, , la congrgation de la Mission . Lettre 1088. Cette lettre a t pu0lie, dapr1s loriginal, dans la #otice sur la conser$ation et la translation des reliques de saint 8incent de ,aul p 9. #$. Forc par le froid et les neiges de s8ourner , Frneville, saint <incent ny resta pas inoccup. 6 la suite dun sermon sur les moyens de calmer la col1re de %ieu et sur lattitude , garder au milieu des ruines que mena5ait de causer la guerre civile, les ha0itants de <alpuiseau! firent presque tous leur confession. 3Cf. Collet, op. cit., t. I, p. .:( .:+.$ ($. La sJur Ioussainte et la sJur 4eanne Four, de Loudun. +$. 4ean *aptiste Le 'ros, n en #7#. au dioc1se de Coutances, entr pr&tre , 2aint Lazare le (. 8uin #7.., re5u au! vJu! le (9 8uin #7.7, procureur de la maison m1re de #7.C , #7A#, suprieur au sminaire 2aint Charles en #7A#, , -ichelieu de #7A# #7AA, mort le A novem0re #7AA , Montech 3I. et '.$ 3Cf. #otices, t. III, pp. #.7 #.C N ms. de Lyon, f; ((7 (+E$
- 406 nous, et ont fait de mme nous, depuis quelles ont t M. Le Gros. Cette pratique me parat bonne. Je vous trouve bien courageuse de tenir ainsi bon dans votre maison. Lon parlait du fou (4) dautrefois, et cest ce qui me fit vous crire ce que je vous ai crit. Lon nen viendra pas cet excs, comme je crois. Notre-Seigneur vous donne de la sant parmi tout cela ; je len remercie de tout mon cur et le prie la sainte messe, o je vous vois devant Dieu tous les jours, quil vous conserve. Ds que le beau temps sera venu, jespre partir et daller droit Angers, Dieu aidant, o Dieu sait de quel cur jy verrai vos filles. M. Escart ma parl dune, qui est Bictre, qui gne bien les autres ; il sera bon que vous voyiez ce quil y aura faire. Voil, Mademoiselle, ce que je vous dirai pour le prsent, sinon que je me recommande vos prires et celles de nos chres surs, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL. Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
1089. A JACQUES NORAIS (1) [De Frneville, ce] 5 fvrier 1649. Monsieur, La grce de N.-S. soit avec vous pour jamais ! Mon Dieu ! Monsieur, que jai senti et sens, au moment .$. Cest le mot que porte le te!te. La lecture est sans doute fautive Lettre 1089. -eg. I, f; #A, copie prise sur la minute autographe. #$ Coseigneur dDrsigny, secrtaire honoraire du roi.
- 407 que je vous parle, de la douleur de La perte que vous avez faite au pillage qui a t fait en votre maison dOrsigny ! Je vous avoue, Monsieur, que le dommage que nous avons reu et que nous pouvons encore recevoir ne mest rien en comparaison. Nos pchs nous ont rendus coupables de toutes ces pertes. Mais vous, Monsieur, quavez-vous fait et qua fait notre bonne Mademoiselle, que N.-S. a charge dune si pesante croix que celle de sa longue et douloureuse maladie ! Il vous a visits tous deux par vos propres entrailles, par une longue et fcheuse maladie, et en vos biens ; quel nom donnerons [-nous] (3) cette conduite de Dieu sur vous ? Certes, Monsieur, je nen vois point de plus rapportante en quelque faon que celle quil a tenue sur Job, quil a afflig en ces trois manires. O Monsieur, quel bonheur dtre trait en ce monde comme ce grand saint, que Dieu montrait comme le parangon des justes, qui ne dit ni ne fit jamais rien qui d plt sa divine Majest ! Ajoutez cela, Monsieur, que cest un Dieu qui la fait, sans lordre duquel rien ne se fait, et que sa divine bont, qui vous chrit plus tendrement que jamais pre naima son enfant, la fait pour se glorifier en vous deux, pour sanctifier vos chres mes de plus en plus et pour faire voir au ciel et la terre lamour quil a pour vous, et lestime quil fait de votre vertu, puisquil la met une telle preuve. Un paen nous apprend quen ces occasions il se faut soumettre la Providence ; et le Fils de Dieu, qui lentendait mieux que lui, nous dit que cest tre bien heureux que de souffrir en pareils rencontres, et que sa gloire est la rcompense de ceux qui le font avec patience pour lamour de lui. Il le faut bien dire : un esprit moins bien appris en lcole de JsusChrist que ($ )lisa0eth Merault, pouse de 4acques ?orais +$ Mot ou0li par le copiste.
- 408 Monsieur et Mademoiselle Norais [laccepterait] (4) puisque cest une ncessit et quil ny a point de remde ; mais je massure que votre pit, qui sait bien que la charit convertit la ncessit en vertu, par lagrment du bon plaisir de Dieu, dans toutes les afflictions que ncessairement nous souffrons, saura bien entrer en cette batitude et en rapporter le mrite de la gloire. Selon cela, Monsieur, il est vrai de dire que ce qui parat une perte pour vous selon la chair, est un grand avantage selon lesprit et un sujet grand de rendre grces Dieu.
1090. AUX DAMES DE LA CHARIT [De Frneville, ce] 11 fvrier 1649. Mesdames, La grce de N.-S. soit avec vous pour jamais ! La providence de Dieu mayant loign de vous, je ne laisse pas de vous voir souvent au saint autel et de vous offrir, vous et vos familles, N.-S., dans la confiance que jai que votre charit demande Dieu misricorde pour moi. Je vous supplie trs humblement, Mesdames, de me faire cette grce et de vous assurer que, sil plat Dieu davoir gard aux prires que je lui offre et continuerai de lui offrir incessamment pour vous, que vous serez consol es et protges de sa spciale protection, dans les communes afflictions dont il plat sa divine Majest de nous prouver. Vous aurez pu savoir, Mesdames, comme Dieu ma donn loccasion daller visiter les maisons de notre petite compagnie, o je men vas, avec dessein de revenir, lorsque ltat des choses] le permettra. Que ferons .$ Mot ou0li par le copiste. Lettre 1090. -eg. I, f; (: v;.
- 409 nous cependant, Mesdames, des uvres que le bon Dieu vous a commises, particulirement de la Charit de lHtel-Dieu et des pauvres enfants trouvs ? De vrit, il semble que les misres particulires nous dispensent du soin des publiques, et que nous aurions un bon prtexte devant les hommes pour nous retirer de ce soin ; mais certes, Mesdames, je ne sais pas comme il en irait devant Dieu, lequel nous pourrait dire ce que saint Paul disait aux Corinthiens, qui se trouvaient en pareil accessoire (1) : Avez-vous encore rsist jusques au sang (2) ? ou pour le moins, avez-vous encore vendu une partie des joyaux que vous avez ? Que dis-je, Mesdames ? Je sais quil y en a plusieurs entre vous, et je crois le mme de tant. que vous tes, qui avez fait des charits, lesquelles seraient trouves trs grandes, non seulement en des personnes de votre condition, mais aussi en des reines ; les pierres le diraient si je men taisais ; et cest pour lexcellence de vos curs incomparablement charitables que je vous parle de la sorte. Je me garderais bien den user ainsi lendroit dautres personnes moins animes de lesprit de Dieu que vous tes. Mais que ferons-nous donc ? Il semble quil est propos de mettre en question, Mesdames ! sil est expdient que vous fassiez la grande assemble quon avait propose. Quand, o et comment ? Il y a des raisons pour et contre. Il semble premirement quelle se doit faire, cause que cest lusage den faire une environ ce temps-ci ; et en second lieu, les besoins tant extraordinaires, il semble que les moyens dy remdier doivent tre aussi extraordinaires, comme ceux dune assemble gnrale. #$ >ccessoire, circonstance ($ UpTtre au! /0reu! QII, .
- 410 Contre cela, il semble quelle ne soit pas de saison prsentement, cause du trouble dans lequel lon est, qui inquite les esprits et refroidit la charit ; peut-tre que plusieurs dames apprhendent de sy rendre et que celles qui sy trouveront, si elles nont une charit qui passe le commun, sentrefroidiront les unes les autres ; et puis, Madame la princesse (3) ny tant pas, ni Mesdames dAiguillon et de Brienne (4), il semble quil y aurait quelque chose souhaiter, surtout si lon pensait faire quelque changement en la substance de luvre. Voil, Mesdames, le pour et le contre qui me tombe dans lesprit prsentement. Vous examinerez cela, sil vous plat, la pluralit des voix. Madame la duchesse dAiguillon me dit, lorsque je partis de Saint-Germain, ou ma crit depuis, que la reine lui avait dit quelle enverrait quelque chose pour les pauvres enfants trouvs. Je ne sais si elle la fait. Jai pri M. Lambert de leur envoyer un peu de bl, et ai crit Madame la prsidente de Lamoignon, afin quelle ait agrable de semployer vers Messieurs de la ville pour donner escorte au bl, au dedans et au dehors de la ville ; je ne sais, non plus, ce qui en a t fait ; si cela nest excut, je prie lun et lautre par celle-ci de faire ce quil faudra pour cet effet. Et pource que cela ne suffit pas, voyez, Mesdames, sil est propos demprunter, comme officires de la Charit, quelque somme de deux ou trois mille livres, pour subvenir aux besoins plus pressants. Jcris +$ Charlotte de Montmorency, princesse de Cond. .$. Louise de *on, femme d/enri 6uguste de Lomnie, comte de *rienne, seigneur de *assy, secrtaire dUtat au! affaires trang1res. Madame de *rienne prit une part active, comme dame de la Charit, au! 0onnes Juvres de saint <incent et de Louise de Marillac. LJuvre des Filles de la Brovidence lui doit aussi 0eaucoup. )lle mourut le ( septem0re #77A.
- 411 M. Lambert quil soblige aussi notre nom ; que si lon a peine de sobliger, il est expdient de faire un effort chacun de nous cet effet ; en ce cas, je prie M. Lambert de faire ce quil faudra de notre part. Javoue, Mesdames, que ce que je dis est un peu chargeant ; mais cela serait encore plus vrai si je le disais des personnes moins charitables que vous. Aprs tout, je prie N.-S., qui prside s assembles qui se font en son nom, comme la vtre, quil vous fasse connatre ce quil dsire de vous en cette occasion et vous fasse la grce de laccomplir. Ces grandes froidures mont retenu en ce lieu (5) et le feront encore jusqu ce que le temps soit adouci ; alors jespre partir pour Le Mans ou pour Angers ou pour tous les deux ; jespre recevoir l le rsultat de votre assemble, si M. Lambert ne me lenvoie ici par un exprs. Je prie Dieu cependant quil bnisse et sanctifie de plus en plus votre mme assemble et vos chres personnes. Je suis, en lamour de N.-S., Mesdames, votre. VINCENT DEPAUL.
1091. A DENIS GAUTIER DOrlans, ce 25 fvrier 1649. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! La providence de Dieu vous a rendu le refuge de la A$. Frneville. Lettre 1091. -ecueil du proc1s de 0atification.
- 412 pauvre Mission de Paris. Voici Monsieur Escart et nos fr res Jean Geneset (1) et Ambroise (2) qui vont pour jouir de la charit que vous faites au sminaire. Tous connaissent lesprit de pit et de lexacte rgularit dudit sieur Escart, et serez difi, comme jespre, de nos frres. Monsieur Lambert ma crit que vous avez dessein de faire valoir par vos mains le bois de Bouchard et que vous lui avez demand ci-devant des frres pour cela. Lun de ceux-ci gouvernait le mange dOrsigny, do vous avez retir les chevaux que Monsieur Testacy vous amne ; et lautre est vigneron, qui pourra faire vos vignes. Et moi jespre partir demain pour aller commencer la visite par Le Mans. La misricorde de Dieu ma donn le temps pour cela. Je suis parti de Paris, il y a plus de six semaines, pour Saint-Germain-en-Laye, o jai pass trois ou quatre jours ; et mtant mis en chemin pour Le Mans, lon me manda que lon attendait le pillage dOrsigny, ce que je mandasse nos frres ce quils feraient. Cela mobligea de prendre le chemin de Frneville, o, la rigueur de lhiver mayant surpris, jai t contraint de passer un mois ; et voici le troisime jour que jen suis parti, avec un troupeau de deux cent quarante moutons, que je vous envoyais ; mais le mauvais temps nous a contraints de les laisser par les chemins, chez une dame de connaissance. Cest le troupeau que nous avons sauv du pillage dOrsigny (3). #$ 4ean 'eneset, fr1re coad8uteur, n , 2aint Mihiel, re5u dans la congrgation de la Mission vers #7.+, , l@ge denviron vingt ans, mort en septem0re #7A(. ($. 6m0roise Iumy, fr1re coad8uteur, n , 6rgenteuil 32eine et Dise$, entr dans la congrgation de la Mission le #E aoHt #7.. , l@ge de vingt ans, re5u au! vJu! en dcem0re #7A(. +$ La ferme dDrsigny tait la principale ressource de la maison
- 413 Me voici donc sur le point daller commencer ma visite au Mans. De l jespre passer Angers pour tcher de retirer ce qui nous est d par le fermier des aides et vous envoyer ce quon vous a destin . Et de l je pourrai tirer sur Saint-Men et Trguier et revenir de l chez vous ou Luon et tcher de continuer, Dieu aidant, la visite par Tours, si mes forces me le permettent. O Monsieur, que je me suis afflig de la mort de feu Monsieur du Coudray ! Javais pense de le prendre en passant et de lamener quand et moi, et voil que Notre-Seigneur en a dispos autrement. Je vous prie, Monsieur, de mcrire Angers le dtail comme Dieu en a dispos, et dadresser votre lettre aux filles de Sainte-Marie, si vous trouvez occasion, et non autrement. Je vous prierais de vous y rendre, si jtais assur du temps que jy pourrais tre. Je ne vous dis point des nouvelles de Saint-Lazare, ni de nos petits coll ges de Paris (4) ; M. Escart vous les pourra dire ; il en est parti depuis moi. Ce qui est arriv depuis son dpart, cest que lon a dcharg cette maison de tout le monde quon a pu, pour avoir moyen de continuer laum ne plus longtemps deux mille tant de pauvres, auxquels lon la fait tous les jours, par la gr ce de Dieu, en sorte quil faut chaque jour quatre setiers de bl, mesure de Paris, pour le moins. Crcy, Troyes et Montmirail secourent leurs pauvres, ms en cette occasion par lexemple que vous leur avez donn. Plaise NotreSeigneur Jsus-Christ conserver ce support de 2aint Lazare. %es soldats de larme royale lavaient mise au pillage. =Le 0tail, le froment, les meu0les de quelques fr1res qui la faisaient valoir, ceu! m&me dun riche particulier, qui y taient en dpGt, tout fut enlev.> 3Collet, op. cil., t. I, p. .:#. .$ Le coll1ge des *ons )nfants et 2aint Charles.
- 414 la compagnie, tant quelle durera, et faire la grce aux maisons de pouvoir subsister ! Jembrasse votre communaut prostern en esprit ses pieds et aux vtres, et vous prie, et elle aussi, de me donner sa divine bont, laquelle me fasse misricorde et la grce de le mieux servir que jen ai fait par le pass . Je suis, en son amour et celui de sa sainte M re, Monsieur, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Gautier, suprieur des prtres de la Mission, Richelieu.
1092. LA DUCHESSE DAIGUILLON A SAINT VINCENT De Saint-Germain (1) ce 2 de mars 1649. Jtais extrmement en peine de navoir de vos nouvelles et de ne pouvoir vous en mander des ntres ; mais le bon frre Mathieu (2) vient darriver pour avoir du bl pour les pauvres enfants trouvs, qui ma donn cet avis, dont je me sers pour vous dire quil semble que Dieu nous donne quelque lieu desp rer quil veut, par sa misricorde, nous donner laccommodement, les choses semblant sy disposer MM. du Parlement ayant envoy des dputs la reine qui a eu la bont de leur accorder quon leur donnerait du bl pour chaque jour que la confrence durerait, sils voulaient envoyer des personnes qui ils donnassent pouvoir absolu de terminer les affaires sans plus redlibrer ni retourner au Parlement aprs le retour et la relation de cette proposition. Ils ont enfin donn pouvoir comme on le dsirait, Messieurs le premier prsident (3) de Mesmes (4), de Nesmond (9) et le Coigneux (6), Lettre 1092. L. a. %ossier de Iurin, original #$ 2aint 'ermain en Laye. ($. Mathieu -gnard. +$. Mathieu Mol. .$. /enri de Mesmes, comte d6vau!, prsident , mortier au parlement, mort en #7AE. A$. Fran5ois Ihodore de ?esmond, prsident , mortier au parlement.
- 415 prsident Viole (7), Longueil (8), Menardeau (9), Le Cocq (10), Bitault (11), Lefebvre (12). Cette confrence se doit tenir Rueil jeudi o Monsieur (13), M. le Prince (14), M. le cardinal (15), M. le chancelier (16) et M. de la Rivire (17) doivent aller. Il faut prier Dieu quil y prside pour y faire la paix (18). On a chant ici aujourdhui le Te Deum de celle dAllemagne, dont la ratification est arrive. Je pense quil serait bon que vous attendissiez Orlans ou au Mans leffet de cette confrence afin que si elle russit, comme nous dsirons, vous nalliez pas plus loin. Je prendrai soin de vous avertir de ce qui arrivera. Je vous envoie une lettre du gardien des Capucins de Chinon, o vous verrez comme il se plaint de laumnier de Champigny (19). M. du Rivau (20) ma mand la mme chose. Faites-moi savoir, sil vous plat, ce que je dois faire, car ils craignent quil nemporte largent des pauvres. Priez, sil vous plat, pour moi et me croyez toujours votre trs humble servante. 7$. 4acques le Coigneu!, prsident , mortier au parlement, mort le (# aoHt #7A#. :$ Brsident de la quatri1me cham0re des enqu&tes au parlement. C$. -en de Longueil, marquis de Maisons, second prsident au parlement, plus tard surintendant des finances, ministre dUtat et chancelier de la reine m1re, mort le #er septem0re #7::. 9$. Claude Menardeau, conseiller au parlement. #E$ 4ean Le Cocq, seigneur de Cour0eville, conseiller au parlement ##$ Conseiller au parlement #($ Louis Lefe0vre de Caumartin, conseiller au parlement. #+$ 'aston, duc dDrlans. #.$ Le prince de Cond #A$ Le cardinal Mazarin. #7$ Bierre 2guier. #:$ Louis *ar0ier, a00 de la -ivi1re, n en #A9+, rgent au coll1ge du Blessis, puis favori du duc dDrlans, ministre dUtat en #7.7, v&que de Langres en #77A, mort en #7:E. #C$. Laccord entre la cour et les dlgus du parlement fut conclu le ## mars N il ne fut scell que le #er avril, apr1s avoir t modifi par le parlement. #9$ Champigny sur <eude, pr1s de -ichelieu. LhGpital avait pour aumGnier M. -omillon. (E$ Le chevalier 4acques de *eauvat, sieur du -ivau
- 416 4093. A ANTOINE PORTAIL Du Mans, ce 4e de mars 1649. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je vous connais trop attach au bon plaisir de Dieu pour vous tonner de navoir reu de mes lettres depuis un ou deux mois ; cest bien malgr moi, car je neusse point discontinu de vous crire si les postes navaient cess daller. Vous avez su mon dpart de Paris et lune des causes dicelui, laquelle nayant pas russi cause de mes pchs, je tche de mettre la seconde en excution, qui est de visiter nos maisons. Je suis venu commencer par celle-ci, aprs un mois de sjour Frneville, o les grands froids et les neiges mont assig. Je navais dessein dy tre que deux ou trois jours, pour y loger un troupeau de moutons et deux chevaux sauvs du pillage dOrsigny ; mais je crois que la Providence my a retenu si longtemps pour me faire conna tre quils ny taient pas en assurance ; car les gens de guerre sont venus un quart de lieue enlever les chevaux dune ferme ; ce qui ma oblig den partir, en un temps fort rude, et de faire mener les moutons en un village ferm , au de dEtampes, 4 ou 5 lieues. Pour les chevaux, je les ai men s ici, o jarrivai le second de ce mois, en bonne sant , grces Dieu, nonobstant les difficults du temps et des chemins. Le lendemain au soir, jy ai Lettre 1093. L. s. %ossier de Iurin, original. Le post scriptum et les mots M. le consul d6lger ait de quoi soutenir la dpense et 8e ne sais pas ce qui sest pass , celle de M. du Coudray, sont de la main du saint.
- 417 fait louverture de la visite. Celles que jai reues de la ville mont empch de la continuer sans intermission. Je ne sais encore comme il en va ; mais laspect tout me semble bien. Jespre en partir dans 10 ou 12 jours pour Bretagne, et de l Richelieu, et ensuite aux autres maisons ; et sil plat Dieu de me continuer la sant, jespre avoir le bonheur de vous voir Marseille. Ce me serait une grande consolation, aprs les travaux (1) dun si long voyage et les sujets daffliction que nous voyons. Vous savez, comme je crois, les pertes que nous souffrons, non seulement des bls que nous avions Orsigny et Saint-Lazare (2), mais par la privation de toutes nos rentes, ce qui nous a obligs de dcharger Saint-Lazare et les BonsEnfants, o il ny a plus que 7 ou 8 prtres, 18 ou 19 coliers et quelques frres ; le reste a t envoy Richelieu, ici et ailleurs ; et encore ceux-l seront-ils obligs de sortir, quand il ny aura plus rien. De si peu quil y a de bl, lon en distribue tous les jours 3 ou 4 setiers deux ou trois mille pauvres ; ce qui nous est une trs sensible consolation et un grand bonheur dans lextrmit o nous sommes, et qui nous donne esprance que Dieu ne nous abandonnera pas, surtout la maison de Marseille, quoique nous soyons hors dtat de la secourir. Oui, Monsieur, mon grand regret, je vous lai dj mand et vous le voyez. Faites-le savoir Mgr lvque, afin quil vous subvienne pour le sminaire. Il vous en faut dcharger ; sinon, de ceux qui payeront pension suffisante. La chose parle delle-m me, et je ne sais sil ne faudra pas que quelques-uns de la compagnie aillent exercer sur les gal res les offices daumniers, #$ -daction primitive " tracas. ($ Mots raturs en cet endroit " qui nous eussent presque dur toute lanne.
- 418 pour jouir des gages et, par ce moyen, faire subsister cette maison. Enfin, Monsieur, je prie Notre-Seigneur quil vous en dcouvre les moyens et que de plus en plus il vous donne participation sa patience et sa conduite, pour continuer dassister cette pauvre famille en cette fcheuse occurrence, pendant laquelle il semble expdient que notre frre Huguier naille point Tunis, ni M. Dieppe en Alger, sinon que M. le consul dAlger ait de quoi soutenir la dpense (3), ne leur pouvant rien envoyer de de. Retenez-les donc, si vous le jugez propos. Il a plu au bon Dieu disposer de M. du Coudray Richelieu et de notre frre Dumesnil (4) Saint-Lazare. Jai grand regret du premier, pour ne lavoir pu voir auparavant. Vous savez les obligations que lui a la compagnie. Je le recommande particulirement vos prires et celles de la famille, et de rendre lun et lautre les devoirs accoutums. Le dernier est mort comme il a vcu. Je ne sais pas ce qui sest pass celle de M. du Coudray. Je suis press de finir en me recommandant moi-mme vos saints sacrifices. Jembrasse tendrement M. Chrtien et toute sa famille, de laquelle et de vous particulirement je suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre tr s humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Je suis en quelque pense, si les choses se pacifient, de faire une assemble de tous ou de partie des suprieurs. +$ -daction primitive " sinon que ceu! qui y sont les puissent entretenir et eu! aussi, des revenus du consulat. .$. 4acques %umesnil, clerc, n , ?i0as 32omme$, re5u dans la congrgation de la Mission le 7 8anvier #7.# , l@ge de di! neuf ans.
- 419 Dites-men votre pense, sil vous plat, et adressez vos lettres Madame la duchesse dAiguillon en cour. Poisez (5) sil est propos que vous importuniez Monseigneur de vos besoins, et sil est exp dient que vous employiez quelques-uns sur les galres en attendant, ou den envoyer quelques-uns Gnes, si M. le cardinal lagre. Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prtre de la Mission, Marseille.
1094. A LOUISE DE MARILLAC Du Mans, ce 14e de mars 1649. Mademoiselle, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Cest pour vous donner de mes nouvelles et pour vous en demander des vtres. Les miennes sont que je me porte bien, grces Dieu, et que dans trois ou quatre jours jespre partir pour aller Angers, o je verrai vos filles. Monsieur Gautier est venu de Richelieu ici, qui ma dit la disposition que Dieu a faite de la pauvre sur Elisabeth (1), dont jai t fort touch. Il juge expdient de rappeler lautre et den envoyer deux de Paris, mais jestime que cela est fort difficile faire en cette mauvaise saison, de laquelle je ne doute point que vous ne receviez beaucoup de peine et que votre famille nen souffre avec vous. Lettre 1094. L. s. Loriginal appartenait en #CC# , M. le comte Rvert, de 2aint 'ermain en Laye. Le post scriptum est de la main du saint. #$. )lisa0eth Martin, dcde , -ichelieu.
- 420 Je prie Notre-Seigneur Jsus-Christ que lui-mme soit votre force et votre consolation et quil tire sa gloire des afflictions publiques et particuli res. Jai toujours confiance aux prires de votre communaut et spcialement aux vtres. Je suis, en lamour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. L M. Monsieur Gautier ma dit quil a vu vos bonnes surs en passant Angers, que cela va assez bien, que ma sur Ccile (2) fait toujours des merveilles et quil y en a deux qui exercent le reste (3), dont lune est lexcs de la scrupulosit ; jespre les voir dans quatre ou cinq jours, Dieu aidant.
1095. EDMOND DWYER, VQUE DE LIMERICK, A SAINT VINCENT [1649 ou 1650] (1) Jai souvent crit Votre Rvrence ltat de vos missionnaires en ce royaume. Il est tel ( dire la vrit comme elle est devant Dieu) que jamais, de mmoire dhomme, nous navons ou dire quil se soit fait un si grand progrs et avancement en la foi catholique, que celui que nous remarquons avoir t fait ces dernires annes par leur industrie, par leur pit et par leur assiduit ; et surtout au commencement ($ Ccile 6ngi0oust, suprieure des sJurs de lhGpital d6ngers 3#7.: #7A:$ +$ 2Jur 4eanne, de Loudun, et sJur *ar0e, de Iroyes. Lettre 1095 60elly, op, cit., #. Il, chap. I, sect. <III, #er d., p. #A#. La lettre a t crite en latin N nous donnons ici la traduction d60elly. #$ %ans son rcit, 60elly laisse clairement entendre que la mission de LimericV dont parle cette lettre, sest donne au commencement dune anne, entre le #7 aoHt #7.C et avril #7AE.
- 421 de la prsente anne, que nous avons ouvert la mission en cette ville, o il ny a pas moins de vingt mille communiants, et cela avec tant de fruit et dapplaudissement de tous les habitants, que je ne doute point que, gr ces Dieu, la plupart naient t dlivrs des griffes de Satan par le remde quon a apport tant d confessions invalides, ivrogneries, jurements, adultres et autres dsordres, qui ont t entirement abolis ; en telle sorte que toute la ville a chang de face, tant oblige de recourir la pnitence par la peste, famine, guerre et dangers qui nous serrent de tous cts, et que nous recevrons comme des signes manifestes de la col re de Dieu. Sa bont nanmoins a voulu nous faire cette faveur, quoique serviteurs inutiles, de nous employer cet ouvrage qui, la vrit, a t difficile son commencement, et quelques-uns mme ont cru que nous nen pourrions venir bout ; mais Dieu sest servi des faibles pour confondre les forts de ce monde. Les premiers de cette ville se rendent si assidus aux prdications, aux catchismes et tous les autres exercices de la mission, qu peine lglise cathdrale est-elle assez grande. Nous ne saurions mieux apaiser la colre de Dieu quen extirpant les pchs qui sont le fondement et la cause de tous les maux. Et certes, cest fait de nous si Dieu ne nous tend la main. Cest lui qui il appartient de faire misricorde et de pardonner. Mon Pre, javoue que je suis redevable vos enfants du salut de mon me. crivezleur quelques paroles de consolation. Je ne sache sous le ciel Mission plus utile que celle-ci dIbernie ; car, quand il y en aurait cent, la Mission serait toujours grande pour si peu douvriers. Nos pchs sont trs griefs. Qui sait si Dieu ne nous veut pas arracher de ce royaume et donner le pain des anges aux chiens, notre blme et confusion !
1096. A LOUISE DE MARILLAC DAngers, ce 23 mars 1649. Mademoiselle, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Jai reu ici une de vos lettres, du 3 de mars, par ladresse Lettre 1096. L. a. Loriginal appartient au! Filles de la Charit de la rue Mage, (E, , Ioulouse.
- 422 de la Mre de Sainte-Marie (1), qui ma beaucoup consol, voyant la sant que Notre-Seigneur vous donne, la bndiction quil donne vos travaux, ceux de Madame et Mademoiselle de Lamoignon et g nralement toutes les dames des Charits des paroisses de Paris. Vous pouvez croire, Mademoiselle, que jen rends bien volontiers gr ces Dieu et que je le prie quil leur fasse celle de continuer. Mais jai t bien afflig, ayant appris comment vos pauvres filles et vos pauvres enfants trouvs Bictre sont encore assigs de tous cts dune grosse arme (2). Je me console en lesprance que Notre-Seigneur, qui les a reus en sa protection spciale, naura pas permis quil leur soit msarriv. Il y a trois ou quatre jours que je travaille ici la visite de nos chres surs de lHtel-Dieu, et fis hier au soir la dernire action, qui est de conclure la visite ; et voil que jen fais transcrire les avis que je leur laisse. Au reste, je vous puis dire que cela va bien, par la grce de Dieu. Vous le jugerez bien en vous disant quelles observent exactement leur emploi de la journ e et quil ne sest trouv quune seule faute quelles y ont faite, qui est de manquer au silence depuis les huit heures du soir jusques aux prires. Enfin cela va si bien que jen ai #$ La M1re Marie 6ugustine *ouvard, suprieure de la <isitation d6ngers. )lle avait t professe au. second monast1re de Baris. ($. Les soldats de Cond, au nom0re de douze , quinze mille, taient disperss autour de la capitale. Il y en avait , 2aint %enis, tout pr1s de la maison m1re, et , *ourg la -eine, pr1s de *ic&tre. Blusieurs tent1rent de pntrer , diverses reprises dans la maison des enfants trouvs, oK les sJurs vivaient dans des alarmes continuelles. Louise de Marillac recommanda , 'enevi1ve Boisson et , ses compagnes de prendre les prcautions les plus rigoureuses contre les e!c1s de la soldatesque. =Faites 0ien tenir toutes nos sJurs ensem0le, disait elle dans une de ses lettres 3#. (+.$, et ayez grand soin des grandes filles, que vous devez tenir tou8ours devant vos yeu! ou enfermes , lcole.>
- 423 mon cur plein de consolation. Il y en a pourtant une ou deux que je pense quil faudra changer ; nous verrons. Je ne vous dis point le dtail de la conduite de Notre-Seigneur sur elles, dans le doute que jai que ce billet vienne jusques vous. Jespre partir demain pour Saint-Men et de passer Nantes et de voir l nos chres surs, que je souhaite quil plaise Dieu que je trouve en aussi bon tat que sont celles-ci. Je salue cependant nos bonnes dames de la Charit et me recommande aux prires de nos chres surs, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, suprieure des Filles de la Charit, Paris.
1097. A LOUISE DE MARILLAC De Saint-Men, ce lundi de Pques (1) 1699. Mademoiselle, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Loccupation de la visite que je fais ici mempche de vous crire de ma main. Je loue Dieu de la conservation de nos surs de Bictre et de Saint-Denis (2) et du bon tat o les autres se Lettre 1097. L. s. %ossier de la Mission, original. #$ A avril ($. La fondation de 2aint %enis tait due , Mademoiselle de Lamoignon et , Madame de ?esmond. MadameIurgis, Fran5oise
- 424 trouvent ; surtout je remercie sa divine bont de votre bonne disposition, et vous des prires que vous faites pour la mienne (3). Je suis grandement touch de la charit et de la persvrance du bon M. Alain, aussi bien que des dgts de Bictre et de la pauvret des enfants. Dieu soit la rcompense du premier et veuille pourvoir au reste ! Puisque ce lieu est inhabitable, il serait souhaiter quil plt au Parlement ou la ville den donner un autre ; mais vraisemblablement ils ne le feront pas. Il ne faut nanmoins laisser de le demander, si tel est lavis des dames, lequel il faut prendre en cette occasion ; ce que vous ferez, sil vous plat, par Madame de Lamoignon, qui leur en parlera. Si Madame la princesse (4), Madame la duchesse dAiguillon et Madame de Brienne peuvent tre consultes pour cela, on fera bien de savoir leurs sentiments ; le mien est quelles sen rapporteront ce que les autres dames rsoudront. Je nai reu quune de vos lettres Angers, laquelle je fis rponse du mme lieu ; si je me souvenais des points, je vous rpterais ici ce que je vous ai crit. Sur le dsir que vous avez de vous dcharger des filles inutiles, je nentends pas bien de quelle inutilit vous vous plaignez ; si cest de celles qui ne valent ou ne savent agir aprs avoir t exerces quelque temps, ?oret, de Liancourt, et Marguerite Le 4oint, d6rras, Filles de la Charit, avaient pris possession de lhGpital le (( aoHt #7.A. +$. 2ont ratures en cet endroit les cinq lignes qui suivent " =laquelle a t altre de quelque fi1vre pendant la nuit, en suite dune chute que 8e fis dans leau le cheval sy tant couch, et doK 8e neusse pu me retirer, si 8e neusse t reconnu. 4e me porte maintenant assez 0ien, gr@ces , %ieu.> Ctait , une demi lieu de %urtal, dit Collet "op. *it., t. I, p. .:.$, ou plutGt le fr1re %ucournau, dont il suit le rcit. Le saint fut sauv par un de ses pr&tres qui laccompagnait. Il remonta , cheval tout tremp et alla st scher dans une petite chaumi1re. .$. Charlotte de Montmorency.
- 425 et qui, en effet, nont aucune qualit qui donne esprance damendement, vous ferez bien de les renvoyer ; mais si cest de celles qui ne sont encore assez bien dresses aux emplois de la charit, et pour cela ny peuvent vaquer, ou qui en sont empches par quelque infirmit dont elles peuvent gurir, je crois, Mademoiselle, quil faut patienter leur gard autant quil se pourra. La revue (5) se fera avec la retraite, la Pentecte, Dieu aidant. Je suis bien aise du sjour que vous avez fait Paris ; ce na pas t sans sujet, je le sais bien. Entre nos surs dAngers, il ny en a que deux qui aient des peines desprit ; et encore est-ce peu de chose, et jespre que ce ne sera rien ; les autres sont contentes et toutes fort exactes leur petit fait. La sur Ccile (6) ne se peut estimer, ni la consolation quelles mont donne comprendre ; je vous lai dj mand. Sil fallait en sparer la sur Jeanne, il ne la faudrait pas renvoyer tout dun coup en son pays (7), mais en essayer encore Richelieu, do elle en serait proche. Quand je serai Nantes, je verrai ce que cest de la sur Marie, de Tours, et vous en crirai. Si vous jugez expdient de renvoyer ici celle dont vous me parlez, faites-le ; et pour la sur Mathurine (8), je la prie de ne se donner aucune peine de ses parents. A$. La confession de lanne ou du moins des mois couls depuis la retraite prcdente. 7$. Ccile 6gn1s 6ngihoust. :$. )lle tait de Loudun. C$. Mathurine 'urin, qui fut secrtaire de Louise de Marillac et quatre fois suprieure gnrale. )lle tait entre chez les Filles de la Charit le . septem0re #7.C, malgr la rsistance opini@tre de ses parents. 2a notice a t pu0lie dans les *irculaires des suprieurs gnrau' et des sLurs suprieures au' 4illes de la *harit et remarques ou notices sur les sLurs d+untes de la *ommunaut, Baris, #C.:, in .;, pp AA7 A7C.
- 426 M. Thibault les doit voir (9), pour leur ter celle quils peuvent avoir pour elle. Jai grande confiance en vos prires et en celles de toutes nos surs ; je leur eh demande la continuation et vous particulirement, qui je suis, en lamour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
1098. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Ce 6 avril 1649. Mon trs honor Pre, Nous sommes en trs grande peine du lieu et de ltat o vous tes. Je supplie la bont de Dieu que votre disposition et vos affaires de votre communaut vous permettent de venir bientt. Vous tes bien dsir Paris pour les uvres de charit. Madame la prsidente de Lamoignon particulirement vous prie de revenir promptement. Je laisse aux autres vous dire les nouvelles de la paix nen sachant autre chose que ce qui nous en fait louer Dieu avec le peuple. Le bon Monsieur Alain est trpass, et nos surs se disposent [] retourner un de ces jours Bictre pour y toujours occuper la place et semer la terre. Dieu veuille quelles y puissent demeurer le temps que la Providence la ordonn ! Madame la prsidente du Sault vous salue trs humblement ; elle vous souhaite bien fort ici avant quelle parte pour sen retourner chez elle. Je vous supplie trs humblement, mon trs honor Pre, si vous approcher de Nantes, ne pas oublier nos pauvres surs ; et sil y a moyen quelles se passent de changer de 9$ M Ihi0ault tait suprieur de lta0lissement de 2aint Men. Lettre 1098. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original.
- 427 surs, et, comme je vous avais mand par deux prcdentes lettres, que, au moins, si votre charit trouvait ncessaire que la sur Marie, de Tours, fut change, quelle fut renvoye Tours plutt que de revenir Paris. Nous en avons essay en plusieurs endroits, et, lenvoyant Nantes, je lui dis que ctait le dernier essai. Vous en ordonnerez ainsi que votre charit le treuvera propos, selon que Notre-Seigneur vous linspirera. Au nom de Dieu, mon cher Pre, priez pour nous. Je vous avais crit et fait connatre nos besoins et les miens particuliers ; mais je crains bien que nos lettres ne vous aient pas t rendues. Pourvu quil plaise Dieu nous faire misricorde et nous redonner ce que, par sa justice, il nous a t ! et suis, en son trs saint amour, mon trs honor Pre, votre trs obissante et trs oblige fille et servante LOUISE DE MARILLAC Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, gnral des prtres de la Mission.
1099. A LOUISE DE MARILLAC De Saint-Men, ce 9 avril 1649. Mademoiselle, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Jespre partir dans trois ou quatre jours pour Nantes et de vous crire de l de ltat auquel je trouverai nos chres surs. Monsieur des Jonchres (1) a crit Monseigneur de Saint-Malo (2) quil moffrait logement chez lui et que je lui donne avis du jour que je pense arriver l . Mondit seigneur pense que cest cause de lmotion. Notre-Seigneur sera notre conduite, sil lui plat. Jai appris ici avec douleur la mort du bon M. Alain. Lettre 1099. 6tudes religieuses, t <III, p. #C:A, pl (C., dapr1s loriginal. #$. 6umGnier de lhGpital de ?antes et directeur des sJurs. ($. Ferdinand de ?eufville 3#7.7 #7A:$.
- 428 O Mademoiselle, que cela ma touch ! Il faut prier Dieu quil nous en envoie quelquautre qui lui [ressemble (3)]. Lon ma crit comme lon a tir les pauvres enfants de Bictre (4). Je suis en peine de savoir o lon les a transports. Mon Dieu ! que dembarras que ce changement vous aura donns ! Je ne puis que je ne vous rpte par celle-ci la consolation que jai reue dans la visite de nos chres surs dAngers. O Mademoiselle, quil y a grand sujet de louer Dieu de son adorable conduite sur ces bonnes filles ! Notre sur Jeanne, de Loudun, et notre sur Barbe, qui est de Troyes, si me semble, taient un peu remises, et la dernire quasi tout fait ; il faut attendre lvnement. Je continue me porter bien, Dieu merci. Jai pris loccasion ici de me faire purger et saigner. Je ne doute pas que vous ne me recommandiez NotreSeigneur, et nos chres surs aussi. Je vous vois [toutes] devant Dieu (5) au saint sacrifice de la messe. Si vous voyez la bonne Madame de Lamoignon et nos bonnes dames de la Charit, vous les assurerez, sil vous plat, que je ne les oublie point devant Dieu, en lamour duquel je suis votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, +$ Ie!te des 6tudes G reporte. .$ Les enfants trouvs furent transfrs provisoirement , la maison m1re des Filles de la Charit, , cause du si1ge de Baris. A$ Celui qui a pu0li cette lettre dans les 6tudes religieuses a lu 2e $ous $ois $ous &tes de$ant Dieu. ?ous croyons que le vrai te!te est celui que nous donnons.
- 429 1100 A LOUISE DE MARILLAC De Saint-Men, ce 15 avril 1649. Mademoiselle, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Cest pour vous donner encore de mes nouvelles et vous en demander des vtres. Je continue me bien porter, grces Dieu. Je suis assig ici par le mauvais temps et le dbordement des eaux ; sans cela je serais parti pour Nantes mardi pass, et en partirai si tt que ce petit dluge sera coul, pour aller visiter nos surs, comme celles dAngers, qui mont donn plus de consolation que je nen ai reu longtemps il y a. Je vous lai mand et ne puis cesser de vous le dire. Elles ont besoin dune sur propre pour enseigner les mystres aux pauvres, si tt quils sont arrivs, ainsi que font les dames de lHtel-Dieu ; nous en reparlerons, Dieu aidant. Je continuerai cependant demander Dieu votre conservation et ses bndictions sur vous et vos filles, lesquelles je salue, et suis, en lamour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, suprieure des Filles de la Charit, Paris. Lettre 1100. L. s. %ossier des Filles de la Charit, original.
- 430 1101. A LOUISE DE MARILLAC De Nantes, ce 28 avril 1649. Mademoiselle, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Voici le dixime jour que je suis arriv en cette ville, et jen espre partir demain, Dieu aidant, pour Luon. Jai trouv les pauvres Filles de la Charit la sortie dune grande perscution quon leur a faite. Lon les accuse dune infinit de choses ; la principale est quelles sapproprient le bien des pauvres. Les 3 prtres qui sont dans la maison et M. Valton de Lafosse (cest le mari de cette femme qui la sur Jeanne Saint-Albin (1) avait dit quelque chose qui loffensait), qui tait pre des pauvres (2) lanne passe, leur ont suscit cette pice (3) par le moyen de celui-ci, lequel, sortant de charge et allant remercier Messieurs de la maison de ville (4), leur dit que tout irait bien lhpital sans les Filles de la Charit, qui faisaient fort mal leur devoir, et, qui pis est, quelles ruinaient lhpital et faisaient leur main (5), et soffrit donner largent pour les renvoyer. La maison de ville dputa vers Messieurs du chapitre et vers le prsidial, pour faire une assemble, ce que les trois corps dputassent pour vrifier cette accusation et dterminer du Lettre 1101. L. a. %ossier de la Mission, original. #$ La sJur 4eanne 2aint 6l0in fut rappele , Baris en dcem0re #7AE. Beu sen fallut quelle ne quitt@t la Communaut en octo0re #7AA. 3Cf. Lettres de Louise de Marillac, #. .A:.$ ?ous retrouvons encore son nom sur la liste des Filles de la Charit apr1s #77E. ($. 6dministrateur de lhospice. +$. ,i3ce, perscution. .$. Les chevins. A$. Cest , dire, dro0aient ce qui ne leur appartenait pas.
- 431 renvoi ou de la rtention des filles ; ce qui fut fait. Mais, par la grce de Dieu, Messieurs les pres d prsent firent voir clairement que laccusation tait fausse, et dputrent M. le doyen (6) pour le dire aux filles et les encourager. Mais tout cela na pas [fait] (7) perdre cur aux accusateurs, lesquels ont vu Monseigneur de Nantes (8) depuis deux jours, son retour, et lui ont dit des merveilles contre ces pauvres filles. Or, lon ma dit aujourdhui que mondit seigneur de Nantes, qui a eu toujours peine cet tablissement, veut prendre derechef connaissance de toutes les plaintes quon fait contre elles. Je me suis donn lhonneur de le voir avant cette dernire plainte, et lui dis que javais vu ces bonnes filles de lhpital, que javais trouv quantit de choses souhaiter en elles, mais que, par la grce de Dieu, elles taient innocentes des choses dont on les accusait ; quoi il me rpondit quelles sont bonnes filles, et cela dassez bonne grce. Je suis prsentement dans le doute si je le dois retourner voir pour lui parler plus au long de cet affaire ; mais parce que, lun ct, je vois que, quoi que je lui die, il ne se d prendra pas de la rsolution quil a prise de prendre connaissance de ces accusations, quoi que je lui die, et que je ne pourrai pas lui lever laversion quil a de cet uvre, et quelques autres raisons particulires, que je vous dirai, cest ce qui fit, je pense, quil nest pas expdient que je le voie ; je le ferai nanmoins, si Messieurs des Jonchres (9) en sont davis. Voil pour la perscution de ces pauvres filles. 7$. Le doyen du chapitre. :$. Mot ou0li dans loriginal. C$ 'a0riel de *eauvau de -ivarennes. 9$.M. des 4onch1res, directeur des filles de la Charit de ?antes avait un fr1re prsident au prsidial de cette ville.
- 432 Jai fait la visite et les ai vues tous les jours, un ou deux except s. Il faut avouer quelles ne sont pas dans ltat quil serait dsirer : 1 elles se sont oublies de lobservance de la rgularit ; 2 elles nont point t exactes loraison, a la lecture, aux examens, ni au silence ; il ny avait point ou peu de charit entre elles, dobissance ni de support, ni, vrai dire, lapplication quil fallait lassistance des malades (10). Jeanne, la servante (11), est une fort bonne fille, judicieuse et douce ; quelques-unes dentre elles estiment quelle na pas t assez fort prvoyante. Henriette (12) est une fille pleine dardeur et de charit, mais peu respectueuse, peu soumise la servante, ou point du tout, et fcheuse au mdecin et quantit de personnes, et peu rgulire ; et, comme je le pense, elle est la cause de la plupart du drglement des filles. Je ne puis continuer vous dire ltat de chacune des autres ; je le ferai de vive voix, Dieu aidant. Je suis press. Elles sont maintenant en meilleur tat, par la grce de Dieu, et rsolues de bien faire. Il est absolument ncessaire de rappeler Henriette et denvoyer quelquune sa place, qui sache faire lapothicairerie. Il est ncessaire denvoyer Marie (13) Richelieu ; et y tant, nous penserons la manire de la renvoyer chez elle ; les choses ne sont point en tat de le faire dici, non pas mme de len retirer, que lorsque celle que vous destinez sa place sera arrive. Il en faut une huitime. Sil y a moyen, je vous prie den envoyer deux comme il les faut ; et tant Paris, nous aviserons au reste des choses. #E$ ?ous avons encore la minute autographe des avis que le saint laissa au! sJurs de ?antes , la fin de cette visite. ##$. 4eanne Lepeintre, suprieure , lhGpital de ?antes. #($ )lle tait , ?antes depuis #7.7, charge de la pharmacie. #+$. Marie, de Iours.
- 433 Lon ma parl dun autre tablissement dans le diocse de Vannes ; jai dit M. des Jonchres quil ny faut pas penser, au moins si tt. Jespre partir demain pour Luon et ensuite revenir Richelieu, Dieu aidant, et de l Paris, si quelque chose pressante ne requiert que je passe outre ; auquel cas ce nest que le voyage dun mois pour aller et revenir Richelieu. Lorsque nous serons Paris, nous parlerons de toutes les choses quil faudra pour ici. Je vous prie cependant, Mademoiselle, davoir soin de votre sant , pour lamour de Notre-Seigneur, en lamour duquel je suis, Mademoiselle, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, Paris.
1102. A ANTOINE PORTAIL De Richelieu, ce 11 mai 1649. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Jai trouv en cette maison deux de vos lettres. Je ne me souviens pas que vous mayez fait aucune proposition sur laquelle vous ayez prendre le conseil dautrui, si vous navez le mien, comme vous dites tre oblig de le faire dans le 20e de ce mois ; et je viens de lire les points de 4 ou 5 lettres de votre part qui ont prcd Lettre 1102. L. s. %ossier de Iurin, original. Le post scriptum est de la main du saint.
- 434 les dernires, o je nai rien trouv de cela. Si la chose est telle quelle ne se puisse crire, ou quelle soit si presse que vous ne men puissiez donner avis et en attendre ma rponse auparavant que de la rsoudre, prenez le sentiment des consulteurs de la maison et celui de M. de la Coste, et moi je prierai Dieu quil vous fasse la grce de suivre en toutes choses ses desseins ternels. Dieu sait quel est mon souhait pour les visites des maisons de del et que le regret que jai de ne les pouvoir faire me touche sensiblement, la reine mayant fait commander diverses fois de retourner Paris. Or, je ne vois pas comment je puis faire la volont de Dieu, en nobissant pas, moi qui ai toujours cru et enseign que lon doit obir aux princes, mme aux mchants, comme dit lcriture. Tout ce que je puis faire est de faire prier Sa Majest, comme je fais, de me permettre de continuer mon voyage, non pas jusqu Marseille, mais seulement jusqu Cahors. Jen attendrai ici la rponse. Quand je serai Paris, nous tcherons de vous envoyer M. du Chesne ou quelquautre, accompagn dun frre. Je ne sais si ce pourra tre le frre Jean Parre (1) A propos de frre, on me mande de Gnes que vous avez retenu le frre Claude, qui sy en retournait. Je men tonne, puisque vous savez le besoin quils en ont ; ils me le demandent avec grande instance ; je vous prie de leur envoyer #$ ? , Chatillon en %unois 3)ure et Loir$, entr dans la congrgation de la Mission le #7 avril #7+C, , l@ge de vingt sept ans re5u au! vJu! en #7.+, mort apr1s #77E. Il est, parmi les fr1res coad8uteurs, avec le fr1re Mathieu -gnard, lun des plus intelligents et des plus actifs instruments que la divine providence ait mis dans les mains de saint <incent. Il parcourut en tous sens la Bicardie et la Champagne, se rendant compte des 0esoins et y portant rem1de.
- 435 Tout le reste de vos lettres, jusqu 6 ou 7, ne dsirent autre chose de moi que mille louanges Dieu de tout ce que vous me mandez, particulirement du succs de lordination, de la mission de Frjus, des confrences avec les ecclsiastiques externes, du zle de M. Brunet, de la satisfaction de M. de la Coste, de sa charit pour la famille et enfin des bndictions que Dieu rpand sur icelle. Je prie donc son infinie misricorde quelle soit elle-mme son action de grces et quelle sanctifie de plus en plus vos mes, singulirement la vtre, de laquelle je suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p.d. l. M. Puisque voici la paix (2), par la grce de Dieu, il me semble quil ny a rien qui nous doive empcher de faire la congrgation des suprieurs de la compagnie Paris. Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, prtre de la Mission, Marseille.
1103. A LOUISE DE MARILLAC De Richelieu, ce lendemain de lAscension [1649] (1). Mademoiselle, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! M. Lambert vous aura pu dire mon arrive en ce lieu. ($ La pai! de -ueil conclue, dans les premiers 8ours de mars, entre la cour et le parlement. Lettre 1103. L. a. Loriginal est e!pos dans la salle des Confrences de 2aint <incent de Baul , Metz. #$. Le contenu de la lettre et le lieu doK elle est crite ne permettent
- 436 Je fus press de visites le lendemain au matin que le courrier partait pour vous crire, et lai t en sorte depuis et appliqu au fait de notre visite que je nai pu encore entretenir notre bonne sur (2) ; je le ferai, Dieu aidant, au premier jour. Jcris M. Lambert et un mot Madame la duchesse pour la remercier de ses chevaux (3) et leur dis les raisons que jai de souhaiter de pouvoir aller jusques Notre-Dame de la Rose et en trois ou quatre maisons que nous avons de del, et me soumets pourtant leur avis, qui voient, comme vous, les besoins de del. Le sujet de crainte daller cheval et au soleil en seront ts par lusage du carrosse quon ma envoy. Ce qui presse le plus, cest loger les enfants trouv s. Jai dit madite dame les raisons que je ne vous redis pas ; elle les vous aura pu dire, ou M. Lambert. Il ny va que dun mois, ou environ. En un mot, je lui propose une assembl e gnrale des dames, pour rsoudre si lon fera instance vers la reine, si lon demandera une qute gnrale, ou si lon prsentera requte au parlement pour pourvoir aux besoins, au nom des officires ; ce qui rendra la chose plus considrable que votre nom seul ; et je dis que M. Lambert pourra faire cela, sil y a inconvnient mattendre, et quaprs tout je ferai ce quon me mandera. aucun doute sur sa date. )n #7.9, le lendemain de l6scension tait le #. mai. ($. Les deu! Filles de la Charit de -ichelieu taient sJur Fran5oise Carcireu!, de *eauvais, et sJur Charlotte -oyer, de Liancourt. +$. La duchesse d6iguillon avait eu la dlicate attention denvoyer au saint pour son retour deu! chevau!, attels au carrosse quelle lui avait prcdemment donn. Luand <incent de Baul voulut rendre les chevau!, la duchesse d6iguillon le pria de les garder. Le saint ne put refuser et il dut sen servir, par ordre de la reine. 3Cf. 60elly, op. cit, #. I, chap. QQQIQ, p. #C7.$
- 437 Je vous ai crit ltat de nos surs de Nantes. M. labb de Vaux mcrit que celles dAngers font bien, dont je rends grces Dieu. M. Gautier ma dit quil y a ici quantit de filles qui demandent dtre reues la Charit. Plaise Notre-Seigneur nous recevoir en la sienne et vous conserver en bonne sant ! Je suis, en son amour, Mademoiselle, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, ind. p. d. l. M. Au nom de Dieu, Mademoiselle, ne soyez pas en peine de M. le bailli (4). Voyez-vous pas la conduite extraordinaire que Notre-Seigneur a prise de lui quasi sans vous ? Laissez faire sa divine Majest ; il saura bien faire voir la mre, qui a soin de tant denfants, la satisfaction quil en a, par celui quil prendra du sien, et quelle ne le pourra prvenir ni surpasser en bont. Ressouvenez-vous de ce que je vous ai dit dautrefois de la bonne et bienheureuse Madame de Chantal sur le sujet de feu M. son fils. Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras Paris. .$ Bour donner une situation au fils de Louise de Marillac, saint <incent lavait nomm 0ailli de 2aint Lazare. Michel Le 'ras tait charg, , ce titre, de rendre la 8ustice dans les dpendances de ce fief. Il garda cet office 8usquen #7A7. 2a m1re, proccupe avant tout du salut de son @me, songeait , le marier et na0outissait pas assez vite, au gr de ses dsirs.
- 438 1104. CHARLES NACQUART, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT [Du fort Dauphin, 27 Mai 1649] (1) Monsieur et trs honor Pre, Votre bndiction, sil vous plat ! La mmoire du juste devant tre ternelle cest bien le moindre devoir que je suis oblig de rendre la mmoire de mon cher frre et compagnon Monsieur Gondre, dfunt que de vous envoyer lextrmit de sa vie et les vertus quil a pratiques dans la maladie qui me la ravi dans le printemps de son ge et dans lesprance que javais de voir travailler ce bon ouvrier. Ce sera donc ici un chantillon pour joindre la confrence qui se fera son sujet, afin que vous ne manquiez pas des dernires actions, qui sont la couronne de toutes les prcdentes. Je ne rpterai point ici les vertus quil a pratiques sur le chemin, tant La Rochelle et dans le voyage de notre navigation de six mois et demi sur mer ; car il y a pratiqu les vertus dun bon missionnaire lhumilit, la mortification, la charit, la douceur, la simplicit et le zle, sans en laisser passer doccasion ; et de tout ce qui sest fait ici dans les six mois quil y a vcus selon que vous avez vu dans le journal que jen ai fait la meilleure partie lui est due. Mais laissant part la pit, la modestie, la douce conversation, lexactitude et le soin tant des Franais que des ngres en toutes les rencontres de les servir et instruire, je viens au premier voyage quil fit Fanshre avec Monsieur de Flacourt vers Andian Ramach, qui est le roi de cette contre o est notre habitation. Ce fut le vendredi avant les Rogations. Je lui laissai aller, parce que jy avais dj t deux fois. tant l, nayant pu dire la messe le dimanche, il fit la prire publique avec les Franais qui avaient accompagn Monsieur de Flacourt. Ctait devant la maison de ce roi, qui y assista avec plusieurs ngres en grand silence et ritra la promesse quil mavait faite de se remettre dans le devoir Lettre 1104. L. a. %ossier de la Mission, original. #$ %ate a8oute au dos de loriginal. Fort %auphin 3on disait alors le fort %auphin$ est situ au sud de Madagascar, sur la cGte orientale.
- 439 dun bon chrtien quand il y aurait des prtres avec lui et une glise btie en ce lieu. Mais comme ce voyage se fit dans un temps dabstinence de viande et quil ne se trouve pas de poisson et des lgumes comme lon veut en ce pays, ainsi quen France, quoiquil eut donn dispense aux Franais, il voulut garder labstinence et ne mangea quun peu de riz cuit leau ; ce qui, joint la chaleur du chemin, lui causa la maladie de laquelle il nest pas relev. Regardons comme Notre-Seigneur a affin cet or dans le creuset et comme il a fait paratre la patience dans son infirmit. Le mercredi, qui tait la veille de lAscension de Notre-Seigneur, quoiquil se trouv t fort indispos il voulut clbrer la messe quil eut peine dachever ; et ce nonobstant il ne laissa pas daller encore confesser un Fran ais moribond qui lavait pri de cela, do il revint en grand frisson et se mit sur le lit, me disant quil avait t fort inquiet de rveries la nuit, et entre autres quil stait imagin faire quantit de croix ; sur quoi il dit que ctait un prsage quil lui en faudrait bientt une. Je lui demandai la cause de son mal. Il me dit que ctait en partie ce voyage, qui lavait constip, et que, en rentrant chez nous, quil avait senti la puanteur dun malade que nous avions retir, faute quil ny avait point dautre lieu pour le mettre, dont il avait eu grand mal au cur. Le voil donc attaqu dune fivre si violente que laprs-midi il perdit le jugement en vint en frnsie, qui le fit lever, voulant sortir tout effar , ayant perdu la parole. Je courus lui et, layant embrass, je le remis sur son lit, o il fut encore un quart dheure sans pouvoir parler, quoiquil y fit son effort ; et de sa bouche sortait comme de lcume rouge marque quil tait pulmonique ; aussi avait-il la courte haleine et peine chanter lglise. La parole lui tant revenue, il navait point de mmoire de ce quil venait de faire. La premire chose quil demande fut de se confesser. Le vendredi, la fivre ne fut pas si violente. Mais ce fut pour reprendre de nouvelles forces pour le battre en ruine, car elle redoubla le soir ; et lui ayant donn un grand cours de ventre, aprs avoir t retenu, il fut tellement affaibli tout coup quil ne se pouvait plus soutenir ; et il avait une douleur si cuisante en toutes les jointures quil disait tre impossible de souffrir davantage ; et cependant ses plus hauts cris taient de que bni soit Dieu ! glorifi soit Dieu ! Si vous prenez plaisir me voir tant souffrir, cest aussi mon contentement ; si vous augmentez la douleur, augmentez aussi la patience.
- 440 Et comme je lui disais : Courage, mon cher frre ! notre bon Dieu regarde comme vous combattez. Il vous prouve dans le feu de cette fivre. Ne vaut-il pas mieux, comme il est dit en une oraison du carme (2), ut temporaliter maceremur in corpore quam suppliciis deputemur aeternis ? Vous avez bien raison ; ah ! que Dieu est bon ! disait-il, et quil maime ! Je ne suis pas digne de son amour. Ces douleurs quil souffrait mobligrent y chercher remde, et par bonheur je rencontrai une huile de fruit de sang-de-dragon, que les n gres font, et bien chaude. Lon oignait le lieu de sa douleur, dont il recevait soulagement. Apr s quoi il ne cessait de remercier le Crateur. Mais ce relche ntait pas pour longtemps ; car cette mme douleur commenait et lempchait de prendre aucun repos. Sur quoi je lui dis quil pouvait dire : Deus meus, ad te de luce vigilo (3). Il me dit : Je puis bien dire aussi : De nocte vigilo. Le lendemain de lAscension je lui dis quil se fallait mettre in manu Domini et recevoir les sacrements, qui sont les remdes divins lorsque les humains ne peuvent rien. Trs volontiers, dit-il ; je remets cela votre volont. Tant il avait lobissance en recommandation. Et aimant mieux prvenir que de diffrer trop tard, je lui apportai Notre-Seigneur ; et en prsence de la plupart de nos Franais, qui eurent dvotion daccompagner le Saint Sacrement, je lui dis, ayant le cour attendri et la parole entrecoup e de tendresse : Eh bien ! mon cher frre, voici ce grand mdecin de lme et du corps qui vous vient visiter. Cest prsent quil faut pratiquer ce que vous avez si souvent enseign aux malades, savoir des actes de foi, dhumilit, de contrition, de charit. Je le dsire ainsi, dit-il. Et comme je lui dis que, dans lincertitude du succ s de sa maladie, je lui donnais pour viatique et quil se donnt tout celui qui se donnait tout lui, je ne suis point moi, dit-il gnreusement ; quil fasse de moi tout ce qui lui plaira ; je suis totalement lui ; et ainsi le reut avec grande dvotion. De l en avant ses forces diminuant, son esprit ntait pas moins fort pour soccuper en Dieu par des aspirations qui seraient trop longues dduire. On npargnait rien qui put contribuer sa sant, et lui, de son cot, ne refusait rien de tout ce quon le priait de prendre pour lamour de notre bon Dieu. ($ Le vendredi apr1s le dimanche de la Bassion. +$. Bsaume LQII, (.
- 441 La fte de la Pentecte tant arrive, jexposai le Saint Sacrement pour les prires de quarante-heures et priai un chacun, par lintrt quils avaient sa sant, de solliciter le cur de Notre-Seigneur pour lobtenir, si elle lui tait ncessaire. Et de ma part, je faisais la prire des Aptres : Ne derelinquas nos orphanos (l), double intention, tant pour ntre point priv des grces du Saint-Esprit, que pour ntre orphelin de mon Pre spirituel. Navez-vous pas dit, Seigneur, que ctait un malheur celui qui demeurait seul, sans compagnon pour lchauffer dans sa froideur ou le relever dans sa chute ? Mais aprs avoir laisse sortir les gmissements de mon cur et que javais demand la conservation dun ouvrier si ncessaire en un pays o il ny en avait que trop de besoin, lorsque jtais retourn au logis, je navais aucune rponse que de mort voyant que la maladie augmentait, avec une si grande d bilit que ce ntait plus que rveries, qui pourtant taient toutes pieuses comme de dire la messe, dinstruire quelquun. Sur quoi, je prenais occasion de laider lever son cur Dieu par quelque verset des psaumes ou autres ; et en moi-mme je faisais rflexion que cest bien vrai que le moulin rend la farine du bl quon y a mise, et que lesprit soccupe naturellement aux choses et aux pens es quon y a souvent admises. Mais ce ntait pas une rverie lorsquil me disait, et ceux qui le venaient voir : Oh ! quil fait bon servir Dieu, quand on est en sant ; car croyez. moi quon a bien de la peine dans la maladie, qui abat le pauvre esprit. Et dautres fois il disait avec sentiment : Il semble quon soit misrable quand le corps souffre ; mais pourtant cest un bonheur, qui est grand, de souffrir le mal pour lamour de Dieu. On ach te lternit de gloire par un moment de tribulation. Il faisait bien paratre quil tait dans cette pratique de souffrir avec plaisir ; car encore que ses douleurs, dont jai parl ci-dessus, dans toutes les jointures, qui lui avaient fait dire au commencement quon ne pouvait pas souffrir davantage quoique, dis-je ces douleurs augmentassent, il disait : Je ne souffre pas tant, car je sens une force au dedans de moi et une gr ce qui fait que tout ce mal nest presque comme rien. Eh bien ! cest pour vrifier ce qui est dit : Juxta est Dominus iis qui tribulato sunt corde ( 5) ; cum ipso sum in tribulatione (6). Et lui disais-je. Et lui dune douceur rpondait presque toujours tous ces versets : .$ 2aint 4ean QI<, #C. A$ Bsaume QQQIII, 9. 7$. Bsaume QC, #A.
- 442 Eh ! vous avez bien raison, mon cher Monsieur, il est bien vrai. Et aprs avoir rentr en rverie, il parlait tout bas et disait : Comment pourra-t-on convertir ces huguenots ? Et je lui rpondais : Ce sera par une douce conversation. Et ce qui est digne de remarque, cest quen effet peu de temps apr s sa mort, de dix quil y avait ici, il sen est converti cinq, qui successivement sont revenus en suite davoir convers doucement et humblement avec eux. Possible aussi ai-je tort davoir cru que ctait en rvant quil parlait de la conversion de ces huguenots, car peut-tre ctait une prire quil faisait exprs, qui ds lors fut exauce dans son affection, quoique depuis excute. Il y avait dix jours quil avait communi, et je lui ai demand sil ne voulait pas ritrer la communion, pour recevoir Celui qui avait envoy le Saint-Esprit sur les Aptres. Oh ! que trs volontiers ! dit-il. Mais ayant t occup, le jour de Pentecte, chanter matines et la messe solennelle et la rconciliation de ceux qui firent leurs dvotions, et laprs-dne, aprs vpres, lexhortation des Franais et linstruction des ngres, ce fut le lendemain que je lui apportai Notre-Seigneur, quil reut avec pareille dvotion que la premire fois. Et comme presque tous les Franais y taient prsents, il leur recommanda avec affection de cur la d votion envers la sainte Vierge, encore quil ne parlt quavec peine et me pria de leur recommander. Je ne puis passer sans dire ici ce que je crois quon remarquera dans la conf rence de sa vie que cette dvotion envers la bonne sainte Vierge tait si fervente quil en a laiss ici par crit quantit de pratiques, que je crois quil avait prises dans la retraite ; et il me semble quil stait associ avec trois ou quatre des sminaristes de St-Lazare pour sy encourager les uns les autres et en parler dans les r crations et colloques spirituels. Aprs quil eut communi, je le trouvai si extnu que je lui parlai de recevoir lextrme-onction, esprant plutt la sant par la vertu des sacrements que par les remdes, et aussitt je lui apportai, et la reue avec telle dvotion, en prsentant ce quil fallait oindre et en rpondant aux paroles, que jtais attendri, la larme lil, et toute la compagnie aussi. Ce quayant achev, je fus clbrer la sainte messe, la fin de laquelle je reus au baptme une fille adulte, pour tre donne en mariage un ngre baptis en France, Nantes, qui tait le compagnon de celui qui fut baptis Paris, qui depuis sest aussi mari peu aprs une ngresse dici, que jai baptise.
- 443 tant de retour de lglise et nayant rien de quoi consoler ce pauvre ami languissant, dont linfirmit tait la mort, je lui dis ce que je venais de faire lglise : Eh bien ! mon cher ami, voil que nous venons de commencer luvre de Notre-Seigneur en baptisant une adulte, et nous en recevrons bientt une autre, quand jaurai achev de linstruire ; nen tes-vous pas bien aise. ? Il renfora sa parole : O mon Dieu, qui nen serait joyeux ? Nest-ce pas pour cela que nous avons t envoys ici ? Mais mon plus grand regret prsent est sil me faut quitter ces pauvres gens, dans lesquels il y a si grande disposition. O bon Dieu, que cest un grand honneur ! Eh ! ne me ferezvous point la grce de vous servir en cela !" Ces sentiments et ce zle du salut des habitants de ce pays se peuvent mieux penser quexprimer ; car cest de quoi il mentretenait souvent dans sa sant, et ne me parlait de notre Mission en ce pays quavec des termes de gratitude envers Dieu, du grand honneur quil nous avait fait ; et le seul ressouvenir de la dvotion avec laquelle il en parlait, me tire prsent que jcris, les larmes des yeux ; et je ressens bien de la confusion de men acquitter si mal. Je reviens notre malade, qui, aprs avoir dit de si belles paroles dans un petit intervalle, en forant beaucoup sa voix, retombait aussitt dans lassoupissement, pendant lequel se vrifiait encore davantage laffection de la conversion de ces pauvres infidles. Et comme il stait adonn apprendre la langue du pays, il disait en rvant : Oui, cest un bon mot, Aka alino, qui signifie : noubliez pas. Ntait-ce pas en ce seul mot donner connatre laffection quil avait eue dans linstruction bien inculquer la doctrine chrtienne ? Et incontinent il disait en sursaut : Oui-da, Messieurs, je vous en appelle tmoins, si jai tout quitt en France et fait six mille lieues sur mer avant que darriver ici avec tant de peine, si ce nest pour la conversion de ces pauvres gens ! Je lui disais que nous avions commenc cultiver la terre, et quayant sem, la moisson viendrait quand il plairait Notre-Seigneur. Oui, mais cela est bien long, disait-il. Quoi ! disais-je, pensez-vous que ceux qui se disposent selon leur possible et qui disposent aussi les choses pour lavenir, comme nous tchons de faire fassent moins que ceux qui avanceront davantage, cause quils trouveront le chemin fray ? La dernire des ftes, je vis bien quil ne pouvait pas rsister davantage la violence dune fivre si maligne dont il tait presque consomm depuis quatorze jours, que la chaleur, la douleur excessive de tte et de tous les membres de son pauvre corps lavaient extnu. Aprs tre revenu du
- 444 service de lglise, je lui demandai : En cas quil plaise Notre-Seigneur vous retirer de cet exil, que dsirez-vous dire notre bon Pre Monsieur Vincent ? Mandezlui que je le remercie trs humblement de ce quil ma admis et souffert au nombre des missionnaires, et particulirement de ce quil ma choisi pour menvoyer en ce pays, au lieu de tant dautres qui sen fussent mieux acquitt s que je nai fait. Que dites-vous Monsieur Lambert et tout le sminaire ? Dites-leur quils remercient Dieu pour le mme sujet. Et Madame votre mre et vos parents ? Je les prie de faire clbrer un bon nombre de messes pour moi mme intention. Et si vous me laissez ici seul, quel testament me laissez-vous ? Il me demanda si je ne dirais pas trs bien des messes pour lui. Oui-da, cela vous est acquis ; vous prierez pour moi l-haut, et moi pour vous ici-bas ; et quand la mort sparera nos corps, elle ne divisera pas nos curs, qui taient si bien unis pour un mme dessein de servir Dieu et de le faire servir. Mais navez-vous que cela me dire ? Et aprs avoir un peu rumin, il me dit en prsence de deux ou trois Franais : Je vous dis pour vrai testament que je vous avertis quil vous faudra beaucoup souffrir ici (et le ritra : oui, bien souffrir), non pas pour un peu, mais je vous dis encore une fois trs bien. Je ne lui en demandai pas la raison et je fus content de conserver dans mon cur ce cher testament suppliant Notre-Seigneur que sa volont se fit en moi de moi et par moi, et que ce fut tout pour la gloire du mme Dieu. Je ne dis mot si ce testament sest trouv vritable car pour les peines du corps quil faut ici souffrir pour la chaleur et pour la disette de beaucoup de choses dont on abonde en France, cela est toujours fort peu. Mais je b nis Dieu de la grce quil ma faite davoir surmont beaucoup de peines desprit, de me voir seul in terra ali na et tre priv de la bonne compagnie du dfunt et de lesprance d en avoir dautres de longtemps aprs, pour recevoir les sacrements, et de ne pouvoir pas beaucoup avancer (tant seul et engag avec des Franais) dans un ouvrage qui demande des ouvriers sans dlai. Enfin sur le soir, aprs le salut, o chacun se trouva pour le dernier effort de presser Notre-Seigneur dter linfirmit de celui quil aillait et que nous aimions tous, je revins [le] lui dire. Comme il semblait perdre connaissance, je lui demandais sil me connaissait bien. Oui-da, vous vous appelez Nacquart Et comme je t chais de lexciter la gaiet, je lui demandais sil savait bien son nom. Il me fit, en souriant un peu une rponse qui fait connatre lhabitude quil avait de lhumilit :
- 445 Pour moi dit-il, je mappelle une personne qui ne vaut pas grand [Link] soit bni, qui vous donne ces sentiments-l disais-je ; vous nen serez pas moins devant lui. Et quoique son esprit ft dans lextravagance pour les choses temporelles, il soccupait sans relche dautant plus aux spirituelles et du profond centre de son humilit il slevait la confiance de la misricorde divine, et, serrant le crucifix, disait en balbutiant : Oui, Dieu me pardonnera, car sans cela je serais perdu. Et parce que je touchais seulement son crucifix, il le serrait davantage, comme sil eut dit intrieurement : inveni quem diligit anima mea ; teneo et non dimittam (7). Et prvoyant quil ne la ferait pas longue et que je naurais de longtemps occasion de me rconcilier Notre-Seigneur, je lui demandai sil pourrait madministrer le sacrement de pnitence et sil pourrait bien diriger son intention et mentendre et prononcer labsolution. Oui-da, oui da. Et aussit t se dcouvrit et je reus le sacrement de lui, sans quil hsitat ; et mayant aussi exhort au regret de mes pchs, je reus sa dernire bndiction. Je demeurais auprs de lui pour lencourager cette extrmit, et lui-mme soccupait assez, car il retournait son crucifix ; et aprs lavoir regard il tait son bonnet avec peine, tant il tait faible ; et les mains tremblantes en tenant limage de son Matre, il voulait sefforcer de rciter les litanies de son saint nom ; mais, la mmoire lui manquant je prononais, et il rpondait avec dvotion. Mais je tchais de le modrer et le faire un peu prendre du repos, car il stait un peu tourment. Et sur les dix heures du soir, je lui fis quelque reste desprance, quoique dailleurs je craignais pour cette nuit ; ce qui fit que je mis deux gardes pour le veiller. Et comme je me sentais un peu abattu, pour avoir t sur pied presque nuit et jour, tant lglise durant les ftes, outre la tristesse qui mavait empch de prendre de la nourriture lordinaire, on me dit que jallasse reposer et que je me conservasse pour le public. A quoi je me laissai aller ayant pri les gardes dy bien prendre du soin et quon mavertit la moindre apparence, et me suis jet sur le lit, ayant donn le bonsoir au malade et pri quil fit son possible de reposer. Cependant il survint un grand vent, qui faisait du bruit en soufflant sur les feuilles dont la case tait couverte, ainsi que sont les maisons de ce pays. Les Fran ais qui le veillaient stant un peu retirs, lon lentendait souvent rpter ces paroles :$ Livre des Cantiques III, ..
- 446 quil avait mises en son esprit ds le commencement de sa maladie : Deus, Deus meus, ad te de luce vigilo ! (8) Et son crucifix tant attach la natte cot de lui, il y portait la main, la faveur dune corde qui tait suspendue pour laider se remuer, et disait beaucoup de paroles quon ne pouvait distinguer. Oh ! paresseux que je suis de mtre lchement laisse persuader daller reposer, cependant que mon frre ritrait si souvent quil veillait Notre-Seigneur pendant la nuit aussi bien que le jour ! Et qui doute que cette main faible quil portait avec artifice sur limage du crucifix, ne chercht ce que laptre saint Thomas voulut toucher et quil ne dit avec lui : Deus meus et Deus meus, et que le cur qui avait si tendrement aim et si fidlement servi le Seigneur et si courageusement combattu se voyant la fin de sa carrire dans le temps quil esprait la commencer dans ce pays, ne scrit : Cupio dissolvi et esse cum Christo (9) ! Mais il vaut mieux que je laisse penser ce quil a pu dire et penser dans ce dernier intervalle o, tant plus prt de son centre, sans doute ces mouvements taient bien plus violents, lorsque tout coup les gardes layant interrog sil dsirait quelque chose, ils ne reurent aucune rponse. Sur quoi mayant veill environ une heure aprs minuit, je ne trouvai plus que le corps de celui dont l me tait alle recevoir la rcompense non seulement des services quil avait rendus et des vertus quil avait pratiques envers Dieu, son prochain et envers soi-mme. Je vous laisse penser en quel tat se trouva mon pauvre cur qui frmit encore prsent que jcris, et quel surcrot daffliction ce me fut densevelir ce bni corps, qui avait servi non seulement confesser Notre-Seigneur devant les hommes, mais qui avait aussi souffert le martyre de tant de mortifications que volontairement il avait choisies et quil avait aussi endures avec une patience admirable, spcialement en cette dernire preuve o il avait t affin et achev dtre purifi comme lor dans le creuset. Mais je sais bien que je ne puis exprimer la peine que je ressentis par tendresses et regrets, lorsque je faisais les funrailles, tant en chantant loffice des morts, que clbrant la messe, et encore plus lorsquil fallut donner la terre celui que jeusse voulu racheter par ma vie. Oh ! combien de sanglots interrompirent le chant de loffice et enfin mobligrent sur la fin de prier les assistants, qui ne pouvaient contenir C$ Bsaume LQII, (. 9$. UpTtre de saint Baul aus Bhilippiens I, (+
- 447 leurs larmes, de mexcuser dans mon infirmit, sur ce que Notre-Seigneur mme avait t excus, lorsquon lui dit la rsurrection de son ami le Lazare : Ecce quomodo amabas eum (10) ! Ce ntaient pas seulement les Franais qui avaient la face couverte de deuil, mais aussi les ngres, qui ne commenaient qu le connatre qui se trouvrent en bon nombre sans pouvoir sempcher de pleurer la mort de celui pendant la vie duquel ils disaient quon navait point encore vu de semblables hommes qui ne fussent point colres et fcheux et qui leur parlassent avec affection des choses de leur salut, comme nous tchions de faire en les instruisant. Je sais bien que ma mort, arrive quand il plaira Dieu, ne me sera pas si sensible qua t la sienne, et que les causes de tristesse ont entr si avant dans mon me quelles meussent submerg si je navais pens quil ntait pas mort, mais quil dormait et quil fallait fermer la bouche, puisque ctait Dieu qui lavait fait pour le mieux, quoique jeusse la pense que ce fut un chtiment rigoureux quil me donnt, pour navoir pas bien profit de son bon exemple pendant sa vie. Mais peu peu jai absorb ma tristesse dans la rsignation au bon plaisir de Dieu et dans labandon sa sainte providence, en demandant la portion des grces quil avait prpares un si fidle serviteur, duquel je ne parle plus sinon pour achever de me consoler, et toute la compagnie, par les paroles qui serviront de canonisation au dfunt : Beatus ille servus quem, cum venerit dominus ejus, invenerit vigilantem, etc. Je crois que chacun de ceux qui lont connu Paris et ailleurs rendront tmoignage quil a toujours veill in prima vigilia de son sminaire ; in secunda vigilia, quand il tait Saintes ; in tertia vigilia, quand il retourna depuis encore Paris, o il a reu la prtrise ; et vous verrez que, pendant que jai eu le bonheur d tre en sa compagnie, jai remarqu le soin quil a eu de tenir son corps et son me dans une puret incomparable et anglique, et son cur dans la pratique de toutes les vertus dun bon missionnaire. Et enfin aprs avoir fait beaucoup de bien, point de mal que jaie pu connatre, aprs avoir t droit Dieu dans ses actions et y en avoir tant conduit dautres, finissant ses jours dans le regret de ne pas souffrir pour semployer en la conversion de ce nouveau royaume gagner si facilement pour Notre-Seigneur, et aprs avoir souffert Ce quun corps peut souffrir dans sa #E$ 2aint 4ean QI, +7.
- 448 maladie, et avec une joie comme il tmoignait, en quoi il est plus louable de ce quil tait dun naturel prompt, quil avait parfaitement dompt et rduit une douceur cordiale, enfin aprs avoir veill nuit et jour, comme il rptait souvent pendant sa maladie et jusqu la fin, qui peut douter quil nait t trouv veillant pour ce Seigneur qui, au chant du coq o il mourut, aprs la minuit, sans doute la fait incontinent entrer dans la lumire de sa gloire et dans la possession de tous ses biens ? Et si je ne puis pas dire quil est saint, suppos ce que dessus, je puis assurer quil est Beatus selon lcriture. Je noublierai pas une remarque, qui est quincontinent apr s sa mort, lastre qui prside la nuit sclipsa bien lespace de trois heures ; ce qui me donna penser que le ciel, aussi bien que nous, contribuait au deuil de celui qui tait si ncessaire pour contribuer dissiper la nuit et les tnbres de lignorance de cette terre. Et de l je finis et conclus que, sil ny a si bel astre qui ne s clipse, il ny a si juste qui ne pche et qui nait besoin aprs sa mort des prires et suffrages de lglise ; ce que je suis assur quil ne lui sera pas retard de toute la compagnie, en toutes nos maisons, de lui rendre les devoirs et les prires ordinaires, incontinent quon en sera averti, comme je crois que vous ferez, par une lettre circulaire, de laquelle jai sujet de d sirer le commencement et tout le progrs quon aura remarqu, pour joindre le tout cette fin que jenvoie, souhaitant que ce bni testament de souffrances qui ma t laiss, soit excut en moi pour marque assure dlection faite de moi pour porter en ce pays ou ailleurs le nom de celui en lamour duquel je dsire finir ma vie comme a fait le dfunt, et demeurer jamais, Monsieur et trs honor Pre, votre trs humble et trs obissant serviteur. NACQUART, indigne prtre de la Mission.
1105. A LOUISE DE MARILLAC Richelieu, 29 mai 1649. Mademoiselle, Jai reu la vtre, qui ma afflig et consol en mme temps, apprenant votre indisposition et votre gurison Lettre 1105 Bmartin, op cit, t II, p #7(, I 7.C
- 449 au mme moment ; jen rends grces Dieu et le prie quil vous fortifie de plus en plus. Ma petite fivrotte ma quitt, Dieu merci. Jachve ma visite et espre partir dans quatre ou cinq jours, Dieu aidant. Je ne suis pas encore sorti de c ans pour faire mes visites et nai point vu notre sur ; ce sera demain ou aprs, Dieu aidant. Je loue Dieu de la charit que vous a faite Madame la chancelire (1). Jai grande douleur de la perte de notre bonne sur qui est revenue malade de Saint-Denis, et bnis Dieu de la retraite (2) de celles quil na pas appeles. Si laffaire de Saint-Germain nest point faite, nous en parlerons au retour, Dieu aidant. Il me semble dabord quil vaut mieux que M. le bailli coule tout doucement, que demployer tout ce quil a en cet office (3) ; peut-tre le vendra-t-on plus cher. Je verrai avec plus dapplication les filles dici qui se pr sentent. Je me recommande cependant vos prires, qui suis en lamour de NotreSeigneur
1106. UN PRTRE DE LA MISSION DE BARBARIE A SAINT VINCENT [Entre 1645 (1) et 1660] Notre-Seigneur nous a fait la grce de retrouver deux de nos pierres prcieuses qui staient perdues ; elles sont de grand prix et lclat en est tout cleste. Jen ai reu un trs grand contentement. #$ Madame 2guier. ($. )etraite, dpart. +$. %es dmarches furent faites en #7.9 pour procurer , Michel Le 'ras, 0ailli de 2aint Lazare, un office , la cour des monnaies. Mais celui ci navait pas encore largent suffisant pour cet achat Lettre 1106. 60elly, op. cit, #. II, chap. I sect <II, O #E #er d., p #+A. #$ Commencement de la Mission de *ar0arie.
- 450 1107. BENJAMIN HUGUIER, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT A Tunis, ce 5 juin 1649. Monsieur, Votre bndiction ! Monsieur Le Vacher (1) mayant aujourdhui fait lecture dune lettre quil venait de recevoir de Monsieur Barreau, par laquelle il lui donne part de la mort du bon M. Dieppe, qui fut le 2 mai dernier, jai pens quayant eu le bien de vivre longtemps avec lui au sminaire et davoir t envoy le mme jour pour la Barbarie, il tait de mon devoir de vous crire les vertus quil a pratiques, dont jai eu connaissance et que son humilit na pu cacher. Son zle premirement se sanctifier pour Dieu et pour le soulagement des pauvres chrtiens me parut lorsque deux jours avant que nous partissions de Paris, il me tmoigna la joie dtre choisi, prvoyant, ce que Dieu a permis, que, dans son emploi parmi les esclaves malades ou dans la difficult dexercer ses fonctions chez les Turcs, il serait en peu de temps consomm comme un holocauste. Cela lui fit supporter gnreusement les peines du voyage jusqu Marseille o il fut la plupart du temps incommod en sa sant, sans nanmoins manquer clbrer la sainte messe et rciter son office, bien que, pour son indisposition dans le coche, il f t oblig dy donner le temps que nous donnions au repos employant le temps o il semblait se rcrer, nous faire entretenir par chants spirituels et sinstruire de la langue espagnole, travaillant toujours et se reposant ainsi. Monsieur Portail layant pri dinstruire un pauvre hrtique, qui disait se vouloir convertir et que Monseigneur de Marseille (2) avait envoy, on ne peut voir plus de douceur et de charit que celle que tous ceux de la maison lui virent exercer ; comme aussi lorsque loccasion se prsenta heureusement de pouvoir tre employ, sur la fin dune mission qui se faisait dans une galre entendre les confessions gnrales, o il prit tout ce quil y a de fatigue dans les exercices comme grand sujet de joie. Lettre 1107. Ms. de Lyon, f; (#( et suiv. #$. 4ean Le <acher. ($. )tienne de Buget 3#7.., ## 8anvier #77C$.
- 451 Il tait dvt la trs sainte Vierge, en sorte quayant ordre de se prparer pour le voyage, il ne fit point de visite quune, o je lui fus donn pour compagnon, NotreDame des Vertus (3), o il clbra aprs cela. Il tmoigna, par une certaine allgresse extrieure, procdant, comme je crois, dune intrieure, que, dans toutes les temptes futures, cette Mre-Vierge lui donnerait, en son Fils, un port de salut. M. barreau lappelle homme paisible, sans dol et vrai isralite. Cest ce que jai vu dans le sminaire, tout le voyage et depuis. Vous lavez trs justement nomm pour notre suprieur dans le voyage ; mais il nen sembla jamais user, quoiquil gardt et fit garder ce que nous avions prescrit, ce qui se faisait avec tant de suavit et de condescendance quil se quittait, et ses commodit s, o il trouvait que nous suivions vos ordres, et quil nous contentait dune douceur, accompagne de ce sel que demande N.-S., comme nous le remarqu mes Lyon, o, soupant par occasion imprvue avec trois ou quatre externes, aprs avoir gard ce qui se pouvait dhonneur et de civilit, il quitta la table avant la fin du souper, parce quun capitaine allemand huguenot, inconnu jusqualors entreprit de faire un conte au dsavantage dun religieux. En quoi nous accompagnmes M. Dieppe, la confusion de lhrtique qui pourra une autre fois tre plus discret. Il savait que la convoitise est la reine des vices, et embrassait son contraire, pratiquant la pauvret en ce quil pouvait. Sans parler de ce que jai vu de lui au sminaire, puisque mes frres lont aussi vu, je len vis sortir, avec cette confusion pour moi, qutant bien fourni et tout de neuf, un de nos Messieurs me mit devant les yeux quil navait que son vieux chapeau, son habit et chaussure ordinaires, pour me faire connatre que je devais avoir soin de lui. Tout ce quil emporta, apr s trois petits livres que nous avons au sminaire, fut un vieux brviaire et une discipline, dont je maperus en chemin, se confirmant dans ce mme esprit durant le voyage, o il ne voulut pas se servir de sa supriorit pour acheter ce que lon trouve en quelques villes o nous passions, mais bien pour faire le chemin pied depuis Avignon jusqu Marseille, non pas que largent nous manqut, mais pour imiter, en quelquune de ces choses, les voyages de N-S. Jai lou Dieu et lai remerci, dans le service solennel que nous avons aussitt fait, de ce quil a voulu ainsi dans une carrire commenante, retirer lui le bon Monsieur Dieppe. +$ 6 6n0ervilliers, pr1s Baris.
- 452 Cette mort m est un puissant sermon Dieu veuille que jen fasse mon profit et que, non content de mourir dans la Barbarie, je meure en vrai missionnaire, serviteur de Dieu et imitateur de N.S..J. C. Je le demande Dieu par vos saintes prires tant, Monsieur, en N.-S. J.- C., votre obissant. HUGUIER, f. i. d. l M
1108. A MICHEL THPAULT DE RUMELIN (1) De Paris, ce 7 juin 1649 (2). Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Voici un petit mot de remercment pour un grand nombre de biens que nos missionnaires de Trguier (3) reoivent continuellement de vous, Monsieur, par le logement, les aumnes, les conseils et la protection que vous leur donnez, mais remercment pouss dun cur plein de reconnaissance et de respect pour le vtre, comme limage vivante de la charit de Dieu. M. Tholard (4) ne pouvant contenir le ressentiment quil en a, la Lettre 1108. L. s. %ossier de la Mission, dcalque de loriginal. #$. Messire Michel Ihpault, sieur de -umelin, licenci en droit civil et canonique, da0ord recteur de Bleumeur *odou et de Blougasnou, puis chanoine de la cathdrale de Irguier et pnitencier du dioc1se, fut un grand 0ienfaiteur des missionnaires et le fondateur du sminaire de Irguier. Il mourut le +E aoHt #7::. 3<oir le discours du chanoine %aniel dans les >nnales de la *ongrgation de la Mission, t. LQIII, #9EC, p. #9# (E#$ ($. 2aint <incent ne fut de retour , Baris que le #+ 8uin. 3Cf. I, ###E$ Du la lettre est mal date, ou elle nest pas partie de Baris. La premi1re hypoth1se nous sem0le la plus pro0a0le. +$. *ien quil ny eHt pas encore de maison fonde , Irguier, les missionnaires sy taient ta0lis en fait, pour rpondre , lappel de lv&que, 'rangier de Liverdi. .$. 2uprieur de la maison de Irguier.
- 453 rpandu jusqu nous, afin que nos actions de grces accompagnent les siennes, et nos prires celles quil fait pour votre plus grande sanctification. Nous prierons donc Dieu, Monsieur, comme je fais, quil soit lui-m me votre remercment et votre rcompense et quil nous fasse dignes de vous rendre service. Sa divine bont sait de quelle affection nous le ferons. Pour mon particulier, Monsieur, je vous offre mon obissance, avec toute lhumilit que je le puis, vous suppliant trs humblement den user aux occasions et de continuer votre paternelle protection audit sieur Tholard et son confrre, ce quils correspondent aux saintes instructions de Monseigneur l vque et ne soient inutiles aux mes, dont le zle vous fait tant contribuer leur salut Notre-Seigneur me fasse part vos vertus et vos prires, et me rende digne de lhonneur que jai dtre, en son amour, Monsieur, votre trs humble et trs obissant serviteur ! VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur de Rumelin, chanoine en lglise cathdrale de Trguier, Trguier.
1109. A REN ALMRAS, SUPRIEUR, A ROME Du 18 juin 1649. Jai vu par deux de vos lettres ltat des choses de del. Il ne se faut nullement rebuter pour le peu dapparence quil y a dy russir ; cest un nuage qui passe ; le jour viendra auquel la compagnie aura plus de crance et plus dappui, et que ceux qui pourront lui faire du Lettre 1109 -eg (, p (+E
- 454 bien auront plus de charit pour elle quils nen ont prsentement. Les Jsuites furent assez traverss en leur commencement pendant le pontificat de [Paul IV] (1) qui les obligea de porter un capuchon ; et ils le portrent, en effet, pendant sa vie ; mais aprs sa mort ils le laissrent, le nouveau Pape leur ayant t plus favorable. Soumettons-nous la Providence ; elle fera nos affaires en son temps et en sa manire.
1110. A GABRIEL DELESPINEY (1) De Paris, ce 19 juin 1649. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Me voici de retour depuis dimanche, en bonne sant, grces Dieu. Je viens de recevoir vos lettres avec consolation et grande reconnaissance vers la bont divine de la bonne conduite quelle vous donne et du soin et diligence avec lesquels vous agissez. Je prie Notre-Seigneur quil en tire sa gloire, et vous la sanctification de votre chre me. M. le gouverneur de Toul nest pas encore arriv ; quand il le sera, je lui ferai les remerciements que nous lui devons ; je verrai quel est son sentiment touchant lvocation. Jattends la dernire rsolution que doivent prendre sur ce sujet Messieurs Trlon et Midot. Je me donne lhonneur dcrire au premier pour rponse sa lettre. Il faudra bien suivre leurs avis. Comment ferions #$ ?om omis dans la copie. Lettre 1110. L. s. %ossier de Iurin, original #$. ? , 'randchamp 3Calvados$, re5u dans la congrgation de la Mission le A aoHt #7.A, suprieur , Ioul de #7.C , #7A( et , Marseille de #7A9 , #77E.
- 455 nous donc ? Ne vaut-il pas mieux faillir avec conseil que de hasarder de notre tte ? On ma dit que Plenevaux est ici ; jai charg quelquun de prendre garde quil ne nous surprenne au Conseil, y faisant quelque poursuite. Jestime comme inutile dcrire M. Midot ; sa charit le pousse assez nous bien faire, et il sait que la reconnaissance que nous en avons sera ternelle. Donnez-lui tous les tmoignages possibles de la mienne et de mon obissance, et dites votre chre famille que, prostern ses pieds en esprit, je lembrasse avec toute la tendresse de mon cur et que je prie instamment NotreSeigneur quil la comble de plus en plus de ses consolations et de ses lumires. Je me recommande aussi ses prires et aux vtres. Je suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Jcris nanmoins M. Midot. Suscription : A Monsieur Monsieur Delespiney, suprieur de la Mission de Toul, Toul.
1111. AU FRRE JACQUES RIVET (1) Du 19 juin 1649. Dieu sait que la consolation que jai reue de votre lettre surpasse ce que jen puis dire. Vous ne doutez pas Lettre 1111. -eg. (, p. (9:. #$. 2aint <incent lavait pr&t , =lv&que de Condom pour lui servir de maTtre dhGtel pendant la0sence> de celui qui remplissait dordinaire cet office N et ce prlat en tait si satisfait =quil le voulait retenir pour tou8ours N et , la fin on le pressa pour le marier> 3?ote du -eg. ($
- 456 que toutes celles qui me viennent de votre part ne me soient tr s chres, puisque vous savez la singulire affection que Dieu ma donne pour vous, laquelle et reu un notable accroissement, si dj elle net t entire, comme elle est, en voyant par votre lettre la sincrit de votre cur et sa fidlit Dieu, dont je remercie sa divine bont. Oh ! je le crois bien, mon cher frre, que vous aimeriez mieux mourir que de quitter Dieu pour les hommes ; car enfin les hommes passent et Dieu demeure. Cest un essai que Notre-Seigneur fait de votre fermet, pour vous donner une plus grande participation son amour. La connaissance quon ma donne, que vous tes ncessaire La Rose, fait que je vous prie de vous y en retourner, la prsente reue, et, quand vous y serez arriv, de me le faire savoir. Vous avez appris, comme je pense, le voyage que jai fait en Bretagne et en Poitou. Jesprais de vous aller voir ; mais la Providence en a dispos autrement et ma ramen Paris depuis quelques jours en bonne disposition, par sa divine bont. Nos maisons o jai pass mont donn sujet de louer Dieu de la rgularit qui sy observe et de lunion qui y parat. Celles de Paris vont toujours bien, grces Dieu, et en gnral toute la compagnie, selon quon me le mande. Ce nest pas quil ny en ait quelquun par-ci par-l en qui il y a redire ; et de cela il ne sen faut pas tonner, puisquentre les disciples de Notre-Seigneur il sy est trouv des dfauts. La tendresse de mon cur ma fait ainsi parler au vtre, quoique je neusse pas dessein de vous en dire tant. Jai toujours confiance en vos prires. Adieu, mon cher frre, tenons-nous bien lui.
- 457 1112. A UN PRTRE DE LA MISSION Vers juin (1649) (1) Jai tressailli daise en la ressouvenance du bon Monsieur Dieppe, qui est mort Alger (2). Je ny pense jamais que je ne reste embaum de lodeur de sa vertu. Le frre Barreau men parle par sa dernire lettre, avec de nouveaux sentiments destime et de regret, tant il la reconnu plein de bonnes intentions et propre lemploi quil avait entrepris. Plaise Dieu donner la compagnie des sujets aussi enflamms dans notre chre vocation ! Je prie Notre-Seigneur quil soit votre force pour continuer jusqu laccomplissement de son dessein ternel sur vous.
1113. AU FRRE JACQUES RIVET Du 27 juin 1649. A Dieu soit la gloire, mon cher frre, et vous mille bndictions du ciel pour la fermet que vous avez votre vocation, en laquelle sa bont infinie veut sans doute sanctifier votre chre me ! Hlas ! que votre consolation sera grande lheure de la mort, davoir ainsi surmont les difficults ! Je prie Notre-Seigneur quil vous fortifie de plus en plus de son esprit, pour lui tre toujours fidle. Je vous ai dj pri de vous en retourner La Rose, et peut-tre que la prsente vous y trouvera ; en ce cas, jen loue Dieu par avance ; mais si vous tes encore Lettre 1112. Manuscrit de Lyon. #$ <oir note (. ($ Le ( mai #7.9. Lettre 1113. -eg. (, p. (9C.
- 458 Condom, prenez honntement cong de Monseigneur lvque (I) au plus tt, et quoi quil vous dise ; il vous estimera toujours de vous voir rsolu suivre la voix de Dieu, qui vous appelle La Rose. Je vous assure, mon cher frre, que M. votre frre (3) est Saintes et quil y vit content et en trs bon missionnaire. Il a auprs de lui votre petit frre (3), o nous lavons envoy pour changer dair, parce quil ne se portait pas bien ici. Adieu, mon cher frre. Priez Dieu pour moi, sil vous plat.
1114. A LA MERE JEANNE-MARGUERITE CHAHU (1) (Vers juin 1649 (2). Je pensais, ma chre sur, avoir la consolation de #$ 4ean d)strades, ($. Louis -ivet. pr&tre de la Mission. +$. Fran5ois -ivet, n , /oudan 32eine et Dise$ le (C 8uillet #7(C, entr dans la congrgation de la Mission le #( octo0re #7.:, re5u au! vJu! le 7 novem0re #7AE, ordonn pr&tre le #er avril #7A7. Lettre 1114. -eg. #, f; 7, copie prise sur la minute autographe. #$. Le nom du destinataire se laisse deviner par le contenu. La lettre a t crite, apr1s la mort de sainte Chantal, , une religieuse de la <isitation professe dun des monast1res de Baris. Dr, des quatre sJurs qui furent places , la t&te de la <isitation de Meau! de #7.# , #77E, et cest parmi elles que nous devons choisir, toutes ayant t lues au! dates rguli1res, la M1re 4eanne Marguerite Chahu est la seule que Baris ait pr&te , Meau!. -e5ue au premier monast1re de la <isitation en #7(#, elle lavait quitt en #7(: pour aller fonder , %ol, en *retagne, un ta0lissement, qui fut transfr , Caen en #7+#. Les suffrages des sJurs de -iom lenlev1rent au monast1re de Caen un an apr1s la fin de son second triennat. )lle fut suprieure , -iom de #7+7 , #7.(, , %i8on de #7.( , #7.C, , Meau! de #7.9 , #7A(, , Caen de #7A+ , #7A9 et mourut le (: 8anvier #77E, , l@ge de soi!ante trois ans. 6pr1s son dpart de %i8on, elle passa si! mois au couvent de la Conception, rue 2aint /onor, , Baris, avec mission dy ta0lir la rforme. ">nne sainte, pp. :CA CE($ ($. La M1re Chahu fut lue suprieure du monast1re de Meau! le (E mai #7.9
- 459 voir votre chre personne tant dsire, au lieu des lettres que vous mavez envoyes, lesquelles javoue votre cher cur quelles mont beaucoup contrist, voyant la personne du monde que jai toujours regarde des plus soumises la providence de Dieu mettre en difficult si elle doit consentir au choix que N.-S. a fait delle pour la direction de ses ch res pouses et vos filles de Meaux ; car il parat, ma chre sur, que cette lection est une vraie vocation de Dieu : 1 parce quelle est canoniquement faite, cause que toutes les conditions ncessaires cela sy rencontrent. Elle a t faite en la prsence du suprieur, du mutuel consentement de la communaut, de celui de votre suprieur, de celui de la suprieure de votre chre maison dici, laquelle lon a fait plusieurs instances pour vous obtenir, avant quelle ait consenti ; que vous tes libre, et non ncessaire, au lieu o vous tes, ainsi que vous nous avez mand par plusieurs fois ; et que tout cela est conforme votre saint coutumier, au saint concile de Trente, aux avis de notre bienheureuse M re de Chantal et lusage, sans que jaie jamais ou dire quaucune de votre saint Ordre ait refus dobir Dieu en pareils rencontres, quoiquil y en ait quelques-unes qui y aient fait difficult dabord ; et cest ce qui a donn sujet notre bienheureuse Mre de dire, en ses rponses celles qui en feraient de pareilles, ce quelle dit sur la constitution 47, Des lections des suprieures, feuillet 647, tout au bas. Et certes, ma chre sur, ce nest pas tant notre bienheureuse Mre qui dit cela, comme le Saint-Esprit, qui dit en la session 9e, canon 7, que, si on ne trouve point au mme monastre des filles qui aient les qualits quil marque quil faut une lection canonique, quon en puisse lire une autre du mme Ordre.
- 460 Au nom de Dieu, ma chre [Mre 3] souffrez que je vous demande ce que vous rpondrez Dieu au moment que vous lui irez rendre compte, la mort, s'il vous demande pourquoi vous n'avez pas obi votre saint coutumier, aux avis de notre bienheureuse Mre, l'usage invariable de l'Ordre et, qui plus est, au Saint-Esprit mme, qui vous parle par la bouche du saint concile. Que si vous dites qu'on n'a pas demand votre avis avant que de consentir ce que vous ayez t mise sur le catalogue, il s'en faut prendre moi, qui n'y ai pas fait attention, pour n'avoir jamais vu l'usage de demander telles permissions aux surs dont il s'agit. Mais mon incivilit , s'il y en a, ma chre sur, ne vous excusera pas devant Dieu. Si vous me dites que votre cher monastre a besoin de vous, je vous rponds, ma chre sur, qu'il est vrai que notre bienheureuse Mre veut, en ses rponses, que les suprieures des filles aient gard cela, mais que j'ai vu, par les lettres que vous m'crivtes l'anne passe, que vos chres surs se pouvaient passer de vous ; et queIques-unes que vous avez crites depuis peu disent la mme chose. Toutes ces raisons font, ma chre Mre, que je vous prie de faire vos exercices spirituels sur cela, pour imptrer de sa divine Majest la force de lui obir en cette occasion, ou pour le moins une heure d'oraison mentale, que je vous prie de faire sur ce sujet, que vous pourrez faire une heure durant sur les points suivants : 1 les raisons que vous avez de faire en cette occasion ce que vous voudriez avoir fait l'heure de la mort ; 2 savoir s'il y a raison de douter que la volont de Dieu soit en ce qui vous est ordonn par votre saint coutumier, +$ Mot ou0li par le copiste.
- 461 conseill par notre bienheureuse Mre, confirm par l'usage de votre saint Ordre et par le saint-concile de Trente ; 3 de regarder au fond de votre me et devant Dieu si vous n'avez pas quelque autre dessein que celui [d'ob ir 4] plutt vos sentiments qu' Dieu ; auquel cas je vous conjure, ma chre sur, de passer par-dessus vos sentiments et de donner la gloire Dieu que lui doit rendre une vraie fille de Sainte-Marie en cette occasion. Je suis dans l'esprance que vous le ferez, et aurai la constante rsolution d'tre toute ma vie, en l'amour de Notre-Seigneur... Que si vous dites, ma chre sur, par votre dernire que vous tes prte partir, mais que les paysans de del vous en empchent ; au nom de Dieu, ma chre Mre, faites vos efforts et ne laissez pas ce prtexte de dsobissance votre saint Ordre. Monseigneur l'vque est trop bon pour vous en empcher, M. Duvergier trop raisonnable pour n'y pas consentir; et enfin, quand l'on vous fermerait les portes de la ville, M. le gouverneur et Madame la gouvernante auront assez de discrtion pour vous les faire ouvrir. Notre bienheureuse Mre blmait ces prtextes et se proposait pour exemple que, quand les suprieurs des maisons o l'on l'aurait envoye l'enfermeraient dans une tour, qu'elle trouverait, avec l'aide de Dieu, moyen d'en sortir pour obir son suprieur.
1115. A BERNARD CODOING, SUPRIEUR, A RICHELIEU Dernier juin 1619. J'ai oubli, tant Richelieu, de vous laisser par crit .$ Mot ou0li par le copiste. Lettre 1115. -eg. (, p. (7+.
- 462 les matires sur lesquelles se doivent faire vos rcrations ; je viens de m'en souvenir, et en voici la liste. Le moyen de s'en bien servir est que le sup rieur ou celui qui le reprsente en son absence, comme l'assistant ou le plus ancien, propose une difficult et que chacun rapporte bonnement et simplement son opinion sur le sujet, sans rpliquer ce que les autres auront dit, et qu'ensuite celui qui a propos la question dise son avis et donne conclusion la pluralit des voix ; ce que nous avons autrefois pratiqu ici fort utilement et de bonne grce. Je ne sais si je vous ai pri de destiner quelqu'un qui fasse compagnie M. ..., quand il va aux religieuses. En cas que vous ne l'ayez pas fait, je vous prie de le faire et de ne permettre pas que qui que ce soit sorte de la maison sans un compagnon qui soit de la compagnie, non tant pour le danger que pour l'exemple.
1116. - A LOUIS THIBAULT, SUPRIEUR, A SAINT-MEN Paris, 3 juillet 1649. Monsieur, Il y a tantt quinze ou vingt jours que je suis de retour; mais encore suis-je peine en tat de me reconnatre et de prendre le loisir de vous crire. Je le fais nanmoins, pour rpondre celle que vous avez crite M. Lambert. Nous allons disposer un prtre et un clerc, sinon tels que vous les dsirez, du moins des plus propres que nous avons. Ils partiront dans huit ou quinze jours. Quand ils seront arrivs chez vous, vous nous renverrez, s'il Lettre 1116. Bmartin, op. cit., t. II, p.#7: #. 7A..
- 463 vous plat, MM. Bureau (1) et Le Blanc (2), et avec eux frre Joseph, en cas que vous ayez assez de frres sans lui. Quant au frre Pascal (3) je souhaite fort qu'il vous donne satisfaction, ou que vous le supportiez quelque temps, en essayant de le ranger son devoir ; car, s'il est incorrigible, il le faudra enfin renvoyer. J'ai dit Mademoiselle Le Gras la peine o vous tes pour cette fille qu'elle a renvoye ; elle fera dsormais usage de votre avertissement et crira aux parents de celles qui ne lui seront pas propres, auparavant leur sortie. Si elle ne l'a fait pour celle-ci, elle espre que vous rparerez la faute et que peu peu vous apaiserez son frre. C'est une bonne fille, la vrit, mais elle n'a pas le sens commun en certaines choses, qui est une grande infirmit des filles qui conversent avec le prochain, et pour laquelle cette bonne demoiselle a t oblige de la faire retirer. Cela n'empchera pas, Monsieur, que celles qui postulent n'y soient reues, quand vous jugerez qu'il est temps, et que vous nous assurerez de leurs bonnes qualits. Je suis plein de reconnaissance vers la bont de Dieu des forces qu'il vous donne aprs tant de travaux, des grces qu'il fait votre famille et des bndictions qu'il a donnes vos missions; et je l'en remercie de tout mon cur, le suppliant qu'il vous les continue et vous sanctifie tous de plus en plus. Je salue et embrasse trs affectueusement MM. Serre (4) #$ 4ean *ureau, n au mois dWaoHt #7E9 , )nglesqueville 3Calvados$, entr pr&tre dans la congrgation de la Mission le : octo0re #7+9 ($ 'eorges Le *lanc. +$ 4ean pascal 'oret. .$ Louis 2erre, n , )pinal, ordonn pr&tre en septem0re #7.+, entr dans la congrgation de la Mission le (+ mars #7.., , lW@ge de vingt si! ans, re5u au! vJu! en 8uillet #7.7. 2on premier poste fut Crcy, oK il fut suprieur de #7.7 , #7.C. )nvoy de l, ,
- 464 de Beaumont, Le Blanc, Turbot (5) et autres, particulirement et plus tendrement vous, Monsieur, qui je suis, en l'amour de N.-S... Il nous sera difficile de vous envoyer un prtre, ce que je viens de penser, et en ce cas, nous vous enverrons deux frres. Je serai consol de savoir de combien de personnes vos deux sminaires sont composs.
1117. A HUGUES PERRAUD, PRTRE DE LA MISSION, A RICHELIEU Du 4 juillet 1649 Je suis bien aise de savoir que vous vous disposez au voyage des eaux ; plaise Dieu qu'elles vous soient salutaires et que lui-mme soit votre force pour aller, pour venir et pour bien user des difficults que sa providence vous fera rencontrer ! Allez donc, Monsieur, allez la bonne heure, non pour chercher la sant, mais pour accomplir le bon plaisir de Dieu, et revenez aussi content d'tre toujours incommod que si vous tiez guri, dans l'esprance que Notre-Seigneur n'en sera pas moins glorifi. Je ne sais pourquoi vous craignez que le suprieur ne vous donne raisonnablement ce qu'il faudra ; il ne voudrait pas vous faire demander l'aumne, quoiqu'il ne veuille pas aussi vous refuser l'occasion d'honorer la pauvret de Notre-Seigneur en votre dpense. Soyons 2aint Men, il y passa presque toute sa vie de missionnaire. Il dirigea cette maison de #7AA , #77A, de #7:# , #7:A et de #7:7 , #7C#. A$.4ean Iur0ot, n , *eaumesnil 3)ure$, entr dans la congrgation de la Mission le C mars l79., , lW@ge de vingt trois ans, re5u au! vJu! en 8uillet #7.7, ordonn pr&tre en mars #7.C. Lettre 1117. -eg. (, p. (9C.
- 465 bien Dieu, Monsieur, il sera tout nous, et avec lui nous aurons toutes choses.
1118. A UN PRTRE DE LA MISSION, DE LA MAISON DE GENES (1) Vous tes bien heureux, Monsieur, d'tre si fort occup en votre office et par consquent faire la volont de Dieu, que vous n'avez pas le loisir de penser vous. Lui-mme y pense assez, et il fait les affaires de votre me, pendant que vous faites celles de votre vocation, en laquelle je le prie qu'il vous b nisse de plus en plus
1119. A REN ALMERAS, SUPRIEUR, A ROME Du 9 juillet 1649. Je vous prie, Monsieur, comptons pour rien les difficults prsentes de votre tablissement. Ce qui ne se fait dans un temps se fait dans un autre, particulirement Rome. Vous pouvez relcher les poursuites, mais ne vous en dsistez pas. Je vois bien qu'il ne faut plus s'attendre la maison dont vous pensiez traiter ; mais voyez ailleurs, et ne perdez pas quelqu'autre occasion, si elle se prsente, sans pourtant la chercher pour encore avec trop d'empressement. Ce qui m'tonne plus, Monsieur, est que ces bons Pres (I) qui autrefois ont souhait de s'incorporer nous, Lettre 1118. -eg. (, p. +AE. #$.La date du A fvrier #7.9 que donne le )ecueil des 1'hortations et Lettres de aint 8incent, deu!i1me partie, p. #+(, nWoffre aucune garantie N elle sem0le m&me tout , fait impro0a0le. Lettre 1119. -eg. (, p. (+E. #$ Les pr&tres de la congrgation fonde par dW6uthier de 2isgau.
- 466 aient travers votre dessein. J'ai peine le croire ; mais quand il serait vrai, nous ne devons rien ter du respect et du service que nous devons aux grands serviteurs de Dieu, tels qu'ils sont ; et autant que vous pourrez leur t moigner estime et affection, je vous prie de le faire.
1120.A TIENNE BLATIRON, SUPRIEUR, A GENES Du 9e juillet 1649. Il n'y a remde, Monsieur ; vous voil donc malade, et malade hors de Gnes, loign de secours, dans un lieu o les maladies sont grandes et prilleuses par l'intemprie de l'air, a;ainsi que vous-mme m'avez crit. Dieu en soit bni ! Vous me cachez pourtant votre mal ; et si M. Manin ne me l'avait fait savoir, je n'aurais que la crainte de vous savoir dans le danger ; mais Dieu n'a pas voulu me voir sans affliction, pendant qu'il vous tient dans la souffrance ; et la sainte union de nos curs ne le permettait pas. Ce que j'ai fait aprs cette nouvelle est de prsenter Dieu vos douleurs et les miennes, de lui demander pour vous et pour moi l'acquiescement son bon plaisir et enfin votre sant, si elle est pour sa plus grande gloire, ou bien un parfait usage de sa visite. Je vous ai aussi recommand pour tout cela aux prires de la compagnie le plus tendrement que j'ai pu, et je crois qu'un chacun a bien fait son devoir devant Notre-Seigneur, qui sait combien vous nous tes cher tous et combien nous serons consols, s'il a agrable de vous conserver. Lettre 1120. -eg. (, p. (#9.
- 467 1121. - ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT De Mercus, ce 9 juilIet 1649. Monsieur Ayant appris par Monsieur Cuissot que vous tiez prsent Paris, je n'ai pas voulu diffrer vous crire comme j'eusse fait il y a longtemps, si les occasions se fussent offertes, desquelles les troubles qui ont agit l'tat depuis quelque temps, m'ont priv. J'ose bien vous dire que, si je n'ai pas eu le bonheur de communiquer avec vous par lettres, je n'ai pas laiss de le faire en esprit. Il est vrai qu'ayant appris que vous avez pris la campagne pour visiter nos maisons, j'avais eu de l'apprhension que le peu de sant que vous avez, ne fut altr en une saison et un temps si rude comme il a fait cet hiver. Dieu soit bni de ce qu'il vous a conserv pour son service! Nos deux dputs de Chancelade (1) m'avaient rempli de joie et de consolation, leur arrive en ce lieu, en m'ayant rapport que vous leur aviez dit Richelieu que vous nous feriez la faveur de visiter votre maison de Cahors. Je ne saurais dire la joie et la consolation que cette nouvelle me causa. Je me proposais de vous garder quelque temps en ce lieu, qui est des meilleurs airs du royaume, pour y recouvrer une parfaite sant, et de vous entretenir de beaucoup de choses. B ni soit notre bon Matre, qui nous a privs de cette consolation Je croyais encore que vous eussiez re u de la consolation de voir notre sminaire, o vous eussiez trouv trente-cinq sminaristes, qui vous eussent donn de la satisfaction. Ceux des vtres qui l'ont vu disent que c'est le plus beau du royaume ; et depuis peu on m'a dit que l'ordre y est mieux observ mme qu'en ceux de Paris. M. Cuissot s'acquitte bien de sa charge ; il est important que vous l'y laissiez. Je crois qu'il vous aura fait savoir comme quoi le grand archidiacre de mon Eglise donna par son testament une sienne mtairie notre sminaire, une lieue de Cahors, un des plus beaux lieux du voisinage et o il y a un corps de logis bien logeable et assorti de tout ce qu'il faut (2). Ce bien Lettre 1121. 6rch. de lv&ch de Cahors, cahier copie prise sur loriginal. #$ Les B1res <ilet et Barrot. ($ Bar testament du #er fvrier #7.9, Claude 6ntoine /0rard de 2aint 2ulpice, grand archidiacre de Cahors, avait donn au sminaire sa mtairie de Cayran, pr1s de Cieurac.
- 468 vaut richement huit mille livres, dans .la jouissance duquel ils sont d s prsent. Il est vrai qu'ils sont obligs d'entretenir un jeune homme pour tre d'Eglise, etc. ALAIN, v. de Cahors.
1122. A BERNARD CODOING, SUPRIEUR, A RICHELIEU Du 25 juillet 1649. Je persvre en ce que je vous ai dit touchant ceux qui vont et viennent hors de la maison, qu'il est bon de se tenir la pratique de Notre-Seigneur, lorsqu'il envoyait ses disciples deux deux. Il vous est ais, pendant que vous avez le sminaire interne, de donner un compagnon ceux qui sortent pour aller la ville ou aux environs; et ce sera autant de divertissement pour les sminaristes, qui parfois en ont besoin. Et quand m me vous n'auriez pas le sminaire, la chose mrite bien que l'on vous donne une personne exprs pour servir de second, autant que se pourra, ou pour faire au logis ce qu'un autre y ferait pendant qu'il en accompagnera quelques-uns de et del. Je dis ceci pour ceux qui sortent pied ; car, quant ceux qui vont plus loin cheval, il suffira qu'un domestique les accompagne. Il ne se faut nullement tonner des petites msintelligences qui arrivent ; les anges et les aptres sont tombs en diffrend ; et Notre-Seigneur le permet dedans et dehors les communauts pour un plus grand bien ; mais c'est nous d'en viter les suites fcheuses et nous rallier le plus tt et le plus intimement qu'il est possible. Que serait-ce, Monsieur, si tout le monde approuvait notre procd en toutes choses et si jamais nous ne Lettre 1122. -eg. (, p. #::.
- 469 trouvions redire aux dportements des autres ? Il faudrait que Dieu changet la nature humaine. Je sais que ces deux messieurs ont bonne intention et que l'union se conservera entire entre eux, s'ils veulent donner, comme je n'en doute pas, quelque chose la douceur et au support tant recommands par Notre-Seigneur.
[Link] DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT De Mercus, ce 28 juillet 1649. Monsieur, Je vous crivis par le dernier courrier une longue lettre. Celle-ci sera seulement pour vous dire que, n'ayant pu trouver en ce pays un ecclsiastique qui eut les qualits requises pour tre directeur du monastre des Ursulines de Cahors, et sachant que vous ne vous lassez jamais de travailler pour la gloire de Dieu, je m'adresse vous pour vous supplier, comme je fais par celle-ci, de men procurer un qui ait tout ce qui est ncessaire pour la direction de ce monastre. J'ai tant de confiance en vous que je crois que vous ne m'en adresserez pas d'autre. Je vous prie d'y travailler le plus t t que vous pourrez, et, en ayant fait rencontre, me donner avis des qualit s que vous remarquerez en lui ... Je souhaiterais bien qu'il ft g pour le moins de 40 ans, qu'il eut l'exprience de la conduite des religieuses et qu'il fut homme d'oraison. ALAIN, v. de Cahors. 1123 bis PRSENTATION LA CURE DE ROMAGN (prs de Fougres, Ille-et-Vilaine) 28 juillet 1649 voir le texte la fin du volume
Lettre 1123. 6rch. de lv&ch de Cahors, cahier, copie prise sur lWoriginal.
- 470 1124. AU FRERE FRANCOIS FOURNIER, CLERC DE LA MISSION, A AGEN (1) 1er aot 1649. Mon cher frre, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je me rjouis d'apprendre que vous tes ail visiter le sminaire de Cahors, et que, ayant t difi du bon ordre que vous y avez remarqu, vous avez rsolu de le faire tablir au sminaire d'Agen, o vous tes directeur. Pour cela et pour la sanctification de toutes vos actions, je supplie Notre-Seigneur qu'il vous anime de son esprit. Voyant votre cur si empress et si plein de bonnes intentions, j'ai conu dans le mien une estime de votre personne bien au-dessus de celle que j'avais dj. Continuez donc, mon cher frre, vous donner tout Dieu, procurer sa gloire et le salut du prochain et travailler pour le pauvre peuple, en formant de bons ecclsiastiques, qui soient la lumire du monde et les dispensateurs des trsors du ciel et de la terre. De grce, considrez les obligations que vous avez Dieu, qui Lettre 1124. ?otice manuscrite italienne de Fran5ois Fournier 36rch. de lWta0lissement principal des pr&tres de la Mission , -ome.$ Le te!te que nous donnons ici est une traduction de lWitalien. #$.Fran5ois Fournier, n , Laval le ( fvrier #7(A, entr dans la congrgation de la Mission le #( aoHt #7.., re5u au! vJu! le (. septem0re #7.7, ordonn pr&tre le (A septem0re #7AE, professeur de thologie au sminaire dW6gen de #7.9 , #7AC, puis , celui de Cahors de #7AC , #77+, secrtaire gnral de sa congrgation de #77+ , #7::, assistant gnral de #77: au . avril #7::, 8our de sa mort. Dn en a fait , tort lWauteur de la vie de saint <incent communment et 8ustement attri0ue , 60elly. LuWil ait eu, comme secrtaire gnral, ulle certaine part dans la prparation des matriau!, cWest fort possi0le, pro0a0le m&me N mais l, se 0orna son rGle N et encore y a t il des raisons de croire que, sur ce point, le fr1re %ucournau fit 0eaucoup plus que lui. "#oliees, t. I, p (.: (7:. $
- 471 vous a lev un emploi si sublime. Souvenez-vous que les moyens de vous comporter utilement dans votre office sont la dfiance de vous-mme et la confiance dans le Seigneur, qui, s'il avait besoin de l'aide des hommes pour faire russir ses desseins, aurait mis en votre place un docteur et un saint.
1125. A ANTOINE PORTAIL De Paris, ce aot 1649. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je vous cris dans une affliction aussi sensible que j'en ai eue longtemps y a. Je viens d'apprendre la perte que nous avons faite du bon M. Brunet (1) ce bon ouvrier du Seigneur, ce grand ami des pauvres et cette lumire de la compagnie. Oh bien ! puisque c'est Dieu qui nous l'a t, il faut adorer sa conduite et demeurer en paix. Ce qui augmente ma peine est la crainte que la compagnie de del soit en danger de la maladie ou dans le mal mme ; ce qu' Dieu ne plaise (2)! Le secours que nous vous pouvons donner, Monsieur, en cette fcheuse conjoncture, est de prier sa divine bont, comme je fais et comme nous ferons tous, qu'elle soit votre lumire et votre force ; car de vous donner des avis, nous ne le pouvons pas, ne sachant l' tat prsent o vous tes, ni l'vnement du mal commenc ; et puis auparavant que Lettre 1125. L. s. %ossier de Iurin, original #$ 2ur les dtails de cette mort voir la lettre suivante. ($.La peste de #7.9, porte , Marseille par des vaisseau! venus d6lger et du Levant, fit plus de C EEE victimes, une seule parmi les pr&tres de la Mission. )lle dura 8usquWau! premiers 8ours de lWanne #7AE.
- 472 vous receviez la prsente, j'espre que vous aurez donn ordre tout, non seulement la conservation de la compagnie, mais encore l'hpital et au reste de ses emplois. Si les galres sont sorties du port de Marseille, comme on nous a dit, il est ais de pourvoir et de satisfaire au surplus, avec la gr ce de Dieu, qui je vous recommande derechef, pour que lui-mme soit votre consolation et celle de toute la famille. Madame la duchesse d'Aiguillon vous doit envoyer 500 livres, savoir 400 livres pour des messes clbres ou clbrer, selon l'ordre que vous en avez dj reu, et cent livres pour d'autres messes qu'elle vous demande pour l'me de feu M. de la Coste (3). Si vous avez besoin davantage d'argent, mandez-lemoi, nous vous en enverrons incontinent, et, si besoin est, nous vendrons nos croix et nos calices pour vous secourir. J'estime que vous tes dj parti pour Annecy, et avec vous M. Chrtien, conformment ce que je vous ai mand, et que vous aurez laiss la conduite M. Le Soudier (4) si quelque raison particulire ne vous en a fait user autrement. Et au cas que vous soyez encore Marseille et que vous puissiez vous dgager, je vous +$ Mort le (. 8uillet. %1s les premi1res atteintes du mal, M. de la Coste avait mis ordre , sa conscience et , ses affaire Il eut la force de dicter son testament, dans lequel nous lisons ces mots " = 4e donne , la maison des pr&tres de la Mission de France... la somme de seize mille livres..., pour la rente en provenant &tre employe annuellement et perptuellement par lesdits pr&tres de la Mission de France , lWentret1nement du sminaire quWils dsirent ta0lir pour instruire les ecclsiastiques de toutes les choses qui regardent le perfectionnement de leur tat... 2i ledit sminaire nWtait pas encore pleinement ta0li .au temps de mon dc1s, ils emploieront... le revenu desdites #[Link] livres, partie pour faire des missions et remdier au! plus urgentes ncessits quWils trouveront en icelles, partie pour lWentretien des ecclsiastiques qui se feront promouvoir au! ordres , chaque ordination > "8ie de M le *he$alier de la *oste, pp. #9C #99 $ .$. 4acques Le 2oudier.
- 473 prie de le faire et d'accomplir ce dessus. Je vous cris Annecy par ce mme ordinaire, afin que, de quel ct que ce soit, vous ayez de mes nouvelles. Dieu nous en donne bientt des vtres, aussi bonnes que je les souhaite ! J'allais finir sans la pense qui me vient du bon M. de la Coste, dont Dieu a dispos et dont je ne puis parler qu'avec des sentiments d'estime et de rvrence inexprimables, raison de sa pit, de son zle et de tant de grces clestes dont il tait rempli. Oh ! qu'il est bienheureux et que j'ai sujet de m'tonner de voir la perte que nous faisons de ces deux grands serviteurs de Dieu, et que je sois encore au monde, inutile que je suis ! Voire m me, j'ai raison de craindre que mes pchs ne soient la cause de cette affliction. Je vous prie, Monsieur, de demander misricorde pour moi, qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur VINCENT DEPAUL, i.p.d.l.M. Priez M. Le Soudier qu'il nous envoie une procuration par devant notaire, conforme au mmoire que je vous envoie. Le frre Alexandre (5) vous prie de lui porter une ou deux livres d'huile de scorpion, et le frre Jean Besson vous demande autre chose. Si vous pouvez faire l'un et l'autre, faites-le, sil vous plat, ou celui qui verra la prsente en votre absence. Suscription : A Monsieur Monsieur Portail, ou, en son absence, au suprieur de la Mission de Marseille, Marseille. A$ 6le!andre <ronne.
[vers le 6 aot 1649] (1) Nous sommes dans une trs sensible affliction pour une perte notable que la compagnie vient de faire en la personne du bon Monsieur Brunet, de qui vous m'avez crit tant de bien et de qui, certes, il ne s'en peut dire assez. Dieu en a dispos le 24 de juillet, et avec lui d'un grand serviteur de Dieu, qui avait le principal soin de l'hpital des forats de Marseille et qui en tait comme l'auteur et le protecteur. C'est Monsieur le chevalier de la Coste. Voyez comment. Une barque tant venue d'Alger avec la peste, on lui a fait faire la quarantaine la rade. Pendant ce temps, tous les matelots sont morts, et les hardes et les cordages ont t jets dans la mer. Quelques pcheurs ayant rencontr un matelas qui surnageait, ils l'ont pris, l'ont fait s cher, s'en sont servis et sont morts de la peste. De l leurs voisins la prirent. Monsieur Brunet les tant all confesser, ils moururent en sa prsence, ds qu'il les eut absous. Lui s'en tant all l'hpital, dna avec Monsieur de la Coste, lui racontant ce qu'il venait de faire; et incontinent la maladie les prit tous deux. C' tait le jour de sainte Madeleine ; et tous deux moururent deux ou trois jours aprs, quasi la mme heure (3). 0 Monsieur, quelle Lettre1126. Manuscrit de Lyon. #$.Le manuscrit de Lyon ne donne pas le nom du destinataire. Les mots = Monsieur *runet, de qui vous mWavez tant crit de 0ien > dsignent clairement )tienne *latiron, que 4ean *runet venait de quitter pour aller , Marseille. ($.Cette lettre, si elle nWest du m&me 8our que la lettre ##(A lWa suivie de tr1s pr1s. +$.Il y a quelques divergences de dtails entre ce rcit et celui de -uffi dans la 8ie de le che$alier de la *oste 3BB. #CA #C7$. -uffi crit que le #9 8uillet on fit = prier M. *runet,... qui demeurait
- 475 perte pour nous, pour l'hpital et pour toute la ville ! Mais aussi c'est Dieu qui les a appels ; son saint nom soit bni !
1127.A UN PRTRE DE LA MISSION [Vers le 6 aot 1649] (1) Avant que de rpondre vos lettres, permettez-moi que je communique votre cur l'amertume du mien. Nous venons de perdre Marseille le bon Monsieur Brunet, qui, aprs avoir assist au trpas de quelques pestifrs le jour de sainte Madeleine, s'est trouv atteint de cette maladie et en est mort deux jours aprs. C'est Madame la duchesse d'Aiguillon que l'on a mand cette triste nouvelle par un courrier exprs. Ce qui augmente notre peine, c'est l'incertitude de l'tat de cette pauvre famille, qui souffre dans l'affliction commune et qui est plus expose au danger que le reste du peuple, lequel se sauve et se cache le mieux qu'il peut.
[Link] DE MARLLAC A SAINT VINCENT~ Ce samedi. [Aot 1649] (1). Monsieur, L'ouverture que Madame la duchesse fit de faire nourrir les enfants de lait de ch vre ma fait penser un autre expdient, dans lWhGpital... dWaller au! Tles confesser quelques personnes qui y faisaient quarantaine. > Il = y alla,... et , son retour... confessa aussi une pauvre femme, qui mourut d1s quWelle eut re5u lWa0solution Il ne se fut pas plus tGt acquitt de cet office quWil se trouva saisi dWune fi1vre si violente quWil eut peine de pouvoir gagner lWhGpital. M. de la Coste le conduisit lui m&me dans sa cham0re.> )t -uffi a8oute que, sans regarder au danger qui le mena5ait, M. de la Coste soigna 4ean *runet et contracta la maladie , son chevet. Lettre 1127. Manuscrit de Lyon. #$ M&me remarque qu, la lettre ##(7, note (. Lettre 1128. L a. Driginal , lWhGpital dW)vreu!. #$ %ate a8oute au dos de lWoriginal par le fr1re %ucournau.
- 476 que, s'il russissait, l'on les pourrait faire nourrir pour un cu; mais il en faudrait faire un essai avant de proposer et les bailler quand il plaira votre charit, je vous dirai comment, cause que cela serait long vous le mander. Je vous supplie trs humblement, mon trs honor Pre, vous souvenir de la supplication que je vous fis hier, et prendre la peine me mander si votre charit accorde notre sur Franoise la jardinire ce qu'elle lui demanda hier, et offrir Dieu au saint autel le renouvellement de quelques autres, nous donner votre sainte bndiction, comme tant, mon trs honor Pre, votre trs obissante et trs oblige fille et servante. L. DE M.
1129. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Aot 1649] (1) Monsieur, Depuis cette lettre crite (2), j'ai pens qu'il valait mieux ladresser votre charit, pour le besoin que cette affaire a d'tre vide promptement; et pour cela je vous envoie celle de ma sur Julienne (3), qui vous fera connatre le tout. Monsieur Lambert sait ce que c'est ; et tout le mal n'est arriv que par attache aux confesseurs. Il est bien ncessaire de penser ce que l'on pourra faire pour viter ces fcheux rencontres. J'ai grand dplaisir de vous causer tant dennui par mes mauvaises conduites. Votre charit se souviendra, s'il lui plat, que je lui ai dj parl de cette pauvre jeune sur (4) et que vous proposez de la renvoyer Mais elle est tr s rsolue de ne s'en point retourner, et le conseil que la Ren e lui a donn est de se lasser mettre dans le coche et en descendre un peu aprs que l'on l'aura quitte. Ce sont des esprits hardis capables de beaucoup de mal ; cest pourquoi il en faut avoir piti Ma pense est que ce malheur leur arrive pour la hardiesse. Lettre 1129. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ %ate a8oute au dos de lWoriginal par le fr1re %ucournau. ($ Mne lettre , 4ulienne Loret. +$.4ulienne Loret. .$ La sJur 6nne Marie. La lettre de Louise de Marillac ,4ulienne Loret "Lettres de Louise de Marillac, #. (A7$ prcise ce quWon lui reprochait.
- 477 qu'elles ont de recevoir les sacrements dans toutes ces mauvaises dispositions. Dieu nous fasse misricorde, et moi la grce d'tre toujours, mon trs cher Pre, votre trs obissante servante et trs oblige fille. L. DE MARILLAC. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1130. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Ce 30 aot [1649] (1). Monsieur et trs honor Pre, Je me doutais bien du besoin que j'avais de venir en ce lieu, duquel je ne vous saurai rendre compte que quand j'aurai l'honneur de vous voir. Monsieur Delahodde, chapelain de Chantilly (2), m'est venu trouver pour me donner quelques avis. Il semble que toute la famille de part et d'autre soit attaqu e. Je ne sais ce que notre bon Dieu nous veut dire par ce moyen. Je supplie tr s humblement votre charit prendre la peine me mander si je passerai Chantilly pour ce sujet; je crois qu'il serait ncessaire. J'ai su que Madame de Romilly a appris que la famille de Monsieur Portier qui demeure devant Saint-Paul, est toute telle que nous la saurions dsirer (3). Elle vous doit parler de leur part. Je vous supplie trs humblement, mon trs cher Pre, ne lui point parler du bien, si elle ne vous en parle, cause que ceux qui ont parl mon fils de cette affaire lui ont dit que les parents taient contents du bien, et l'on observe en toutes ces occasions de ne pas dire si clairement ce que l'on a, cause que cela prjudicie quand les affaires ne se font pas. Les esprances de l'avenir, tant en biens qu'emplois, sont considrables. Ce n'est pas que j'aie intention ni volont de tromper personne ; Dieu m'en garde ! mais il me semble que la d pense du pass qui a servi rendre un homme capable d'tre employ, est considrable, comme aussi ses dispositions Lettre 1130. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original #$ %ate marque au dos de lWoriginal par le fr1re %ucournau. ($ Les Filles de la Charit y taient ta0lies depuis deu! ou trois ans. +$ Il sWagit dWun pro8et de mariage. Les pourparlers nWa0outirent pas .
- 478 ne pas dissiper ce que l'on a mais travailler pour en acqurir ; et c'est ce que j'espre qu'il fera fortement, quand il sera tabli. Je supplie trs humblement votre charit recommander cette affaire notre bon Dieu et tous les besoins de notre compagnie, pour y attirer ses grces et bndictions et me donner la votre pour son amour par lequel je suis, mon trs honor Pre, votre trs obissante servante et trs oblige fille L. DE MARILLAC. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1131. A N *** 31 aot 1649. Vincent de Paul parle dans cette lettre de rparations faire a l'occasion d'hosties odieusement profanes par les troupes aux environs de Paris (l). Lettre 1131. Collet, op. cit., t. I, p. .:9. #$ Les sacril1ges et les profanations sWtaient multiplis au! environs de la capitale durant le 0locus de Baris. %es soldats indisciplines taient entrs dans les glises, avaient vol les ornements 0rise les ta0ernacles, emport les vases sacrs, avec les hosties Limeil, Croissy, Frolles, <illa0, 6ntony et Chatillon sur Marne furent particuli1rement prouvs. La Compagnie du 2aint 2acrement mu, ordonna une enqu&te et convia ses mem0res et m&me le pu0lic , faire amende honora0le , ?otre 2eigneur. %es missionnaires furent envoys, par ses soins, dans les localits qui avaient eu le plus , souffrir de la soldatesque. 3Cf. dW6rgenson, op. cit, p. #E7 et suiv.$
- 479 1132. A LOUISE DE MARILLAC De Paris, ce 2 de septembre [1649] Mademoiselle, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Vous tes un peu trop sensible la sortie de vos filles. Au nom de Dieu, Mademoiselle, travaillez acqurir la grce de l'agrment de pareils rencontres. C'est une misricorde que Notre-Seigneur fait la compagnie de la purger de la sorte, et ce sera une des premi res choses que Notre-Seigneur vous fera voir au ciel. Vous tes assure cependant que nulle de celles que Notre-Seigneur a appeles dans la compagnie abandonnera sa vocation; qu'avez-vous faire des autres ? Il est vrai que Rene et Mathurine sont sorties et que Anne-Marie ne la fera pas longue, comme il y a apparence ; laissons-la aller; vous ne manquerez pas de filles. M. Thibault me mande qu'il en a trois ou quatre en main, si l'on veut qu'il les envoie. Je lui ai fait r ponse que nous rsoudrons cela votre retour, auquel vous pourrez passer Chantilly ; faites-le donc, s'il vous plat. Nous fmes hier la grande assemble ; jamais je n'ai vu les dames si animes ce bon uvre. Madame de Romilly m'a parl de l'affaire que vous savez. Elle dit qu'on donnera quinze mille livres cette bonne fille et qu'elle en peut esprer encore autant aprs la mort de ses pre et mre. Je lui dis le dtail du bien de M. le bailli (2) en la prsence de Madame d'Aiguillon, Lettre 1132 L. a. Driginal chez les Filles de la Charit de Ioulouse, (E, rue Mage. #$ 2aint <incent rpond au! lettres ##(9 et ##+E. ($. Michel Le 'ras, 0ailli de [Link]. (1).
- 480 qui fut davis quon ne dt pas les choses quen gros, comme vous. Cette bonne dame avait charge, du ct de la fille, de sinformer et de la personne et du bien. Jai vu ensuite le Pre Delahaie et lui ai confi cet affaire il men doit informer de son ct. Voil, Mademoiselle, ce que je vous puis dire pour le prsent, si me semble, sinon que je vous prie derechef de remercier Dieu de ce quil purge ainsi votre petite compagnie, que je prie Notre-Seigneur quil bnisse, qui suis, en son amour, Mademoiselle, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras Liancourt.
1133. A MONSIEUR DES VERGNES De Paris, ce 4 septembre 1649. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Jai reu votre paquet (1) avec le respect et la joie que je dois et votre personne et aux sujets de consolation quil contient. Vous pouvez penser, Monsieur, si cest de bon cur que jai rendu grces Dieu de celles quil fait Mgr de Prigueux (2) et des services signals que rciproquement il rend sa divine Majest. Vous mavez fort oblig, Monsieur, de menvoyer ses ordonnances Lettre 1133. L. s. Driginal , lasile 2aint <incent , Montpellier. #$ Bremi1re rdaction " lettre. ($ Bhili0ert de *randon 3#7.C #7A($.
- 481 synodales. Je les ai trouves dignes de leur auteur et dun grand prsage de bndiction sur son diocse. Sa pit et son zle incomparables ont toujours fait esprer des actions semblables. Dieu le conserve lglise un sicle tout entier ! Je ne rponds rien, Monsieur, la congratulation que vous me faites son occasion, sinon que je ne la mrite aucunement. Il parat assez que sa vocation est purement de Dieu et non de louvrage des hommes. Je nai gure tard denvoyer au gazetier votre billet sur la conversion du seigneur que vous savez. Plaise Dieu bnir de plus en plus les travaux de ce grand prlat, afin quils portent de tels fruits ! Vous savez, Monsieur, que nous sommes tous ddis au service de Nosseigneurs les vques. Si Monseigneur de Prigueux nous commande de prendre soin de son sminaire, nous lui enverrons des meilleurs sujets que nous aurons, et cela quand il lui plaira. Si vous jugez quil soit propos de len assurer, je vous prie de le faire ; je veux dire, au cas quil le souhaite, et non autrement. Il est souhaiter que tels affaires se fassent par le seul mouvement de Dieu, plutt que par la persuasion de quelquun. Je prie Notre-Seigneur quil nous rende dignes de lhonneur de votre bienveillance, et moi de celui que jai dtre, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Au cas que mondit seigneur ait agrable de se servir de nous, il nous obligerait de nous le faire savoir deux mois auparavant l tablissement, afin que nous disposions autant douvriers quil en dsirera.
- 482 Suscription : A Monsieur Monsieur des Vergnes, official de Cahors, tant de prsent Prigueux chez Mgr lvque, Prigueux.
1134. AU FRRE JACQUES RIVET Du 5 septembre 1649. Jai reu votre lettre avec consolation dun ct, pource que ctait votre lettre, et dun autre avec affliction, pour le sujet quil y a de craindre que vous succombiez aux attraits qui vous invitent quitter votre vocation. Vous voyant dans ce danger, jai obligation de vous prter la main pour vous en tirer, comme je fais par mes prires et par mes lettres. Je vous ai dj crit deux fois (1), et voici la troisime, ce que vous retourniez La Rose ou Agen. Jai pri Monseigneur de Condom (2) de lavoir agrable, et il y a consenti, aprs que son matre dhtel serait de retour. Or, je sais quil est maintenant chez lui ; et vous, mon frre, vous ntes pas chez vous. A quoi tient-il ? Vous souvenez-vous point des lumires que Dieu vous a donnes tant de fois dans vos oraisons, qui vous ont fait r soudre devant sa divine Majest et tmoigner publiquement toute la compagnie que vous mourriez plutt que den sortir ? Et voil qu la moindre occasion, o il ne sagit ni de mort, ni de sang, ni de menaces, vous vous rendez sans une r sistance telle que le mrite une promesse faite Dieu, qui est un Dieu ferme, jaloux de son honneur et qui veut tre servi son gr. Il vous a appel en la compagnie ; vous nen doutez pas ; il vous y a mme conserv contre Lettre 1134. -eg, (, p. (9C. #$ Lettres #### et ###+. ($ 4ean d)strades 3#7.: #77E$.
- 483 les efforts de votre propre pre, qui a voulu vous avoir auprs de lui ; et vous avez mieux aim suivre lvangile que de le contenter. Vous avez vcu parmi nous avec dification, en sorte que Notre-Seigneur a toujours t honor en votre personne. Voulez-vous maintenant vous en ddire, abuser de ses grces, vous jouer de sa bont et tomber dans les repentirs o dautres sont tombs par le dsordre ? Je nen ai point vu sortir daucune communaut qui Dieu ait fait les grces que vous avez reues de sa bont, quun mois aprs il nait ressenti en sa conscience les reproches de Dieu, et en sa vie mille dplaisirs. Mais jai intention de toujours plaire Dieu, me direz-vous. Hlas ! on ne manque jamais de bons prtextes ; et si vous vous examinez bien, vous trouverez que ce nest pas pour vous rendre meilleur, plus soumis, plus dtach du monde et de vos aises, plus humble, plus mortifi et plus uni au prochain par charit, ainsi quil le faut tre pour devenir plus agrable Dieu. Vous pensez nanmoins, mon cher frre, lui faire service et faire votre salut en vous loignant de la voie de perfection ; cest un abus. Si dj vous ntiez pas entr dans cette voie des parfaits, la bonne heure ; mais saint Paul dit que ceux qui ont t une fois illumins et ont got la parole de Dieu, sils retombent, ne peuvent que trs difficilement tre renouvels pnitence (3). Comment vous persuadez-vous de vous pouvoir conserver en retournant au monde, puisque, ny tant pas, vous avez tant de peine vous surmonter ? Je nappelle pas monde la maison de Monseigneur de Condom ; mais vous nen seriez pas loin et peut-tre que vous ny seriez pas longtemps. +$ UpTtre au! h0reu! <I, . 7
- 484 Dieu nous laisse aller de mal en pis, quand nous sortons de l tat o il nous a mis. La dfunte reine mre (4) fit un jour commandement Monseigneur le cardinal de Brulle de lui renvoyer un page qui stait retir lOratoire. Ce saint personnage lui fit rponse quil ne pouvait pas ter Dieu un jeune homme qui stait donn lui, et quil ne voulait pas tre responsable de son salut. Je me suis servi de cet exemple envers Monseigneur de Condom, afin quil mexcuse si je ne puis consentir votre retraite. Non, mon cher frre, je ne puis y consentir, pour cette raison que ce nest pas la volont de Dieu et quil y aurait du risque pour votre chre me. Si vous croyez le contraire, au moins ne sortez point que par la mme porte que vous tes entr en la compagnie. Cette porte sont les exercices spirituels, lesquels je vous prie de faire auparavant que de vous rsoudre une sparation de cette importance. Si la maison de La Rose ne vous revient pas, ni celle dAgen aussi, venezvous-en Richelieu ; vous serez bien reu partout. La bont de votre cur a gagn toutes les affections du mien, et ces affections nont autre but que la gloire de Dieu et votre sanctification. Vous le croyez ainsi, je le sais bien, et vous savez aussi que je suis en Notre-Seigneur
1135. A LA SUPRIEURE DU SECOND MONASTRE DE LA VISITATION DE PARIS De Saint-Lazare, ce jour de la Nativit de la Sainte Vierge. Je prie notre chre Mre la suprieure de la Visitation Sainte-Marie du faubourg Saint-Jacques de permettre .$ Marie de Mdicis, m1re de Louis QIII. Lettre 1135. L. a Driginal chez les Filles de la Charit de la rue des *ourdonnais, , <ersailles.
- 485 lentre de son monastre une fois aux Rvrendes Mres de Saint-Jean et de Saint-Joseph, de labbaye de Montmartre. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission.
1436. A REN ALMRAS De Paris, ce 11e septembre 1649. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Vous avez juste sujet de vous exclamer, comme vous faites, de voir les services de M. Ferentilli (1) si peu reconnus de la France ; mais aussi y a-t-il de quoi excuser M. le C [ardinal] (2), soit cause des empchements que les troubles lui ont donns, que de ceux qui lui restent, pour les raisons que je vous ai crites. Certes, ce nest pas faute de bonne volont ; je lui en ai toujours trouv beaucoup pour ce bon prlat ; mais par impuissance, il ne lui tmoigne pas. La dispense de M. de La Haye-Aubert, touchant le vicariat dAumale, sera scelle au premier jour de sceau, comme jespre ; je vous ferai savoir ce quelle cotera. Nous attendons avec patience cette bnite rponse du Pape et croyons avec foi que la volont de Dieu nous sera connue par icelle ; et partant nous nous y conformerons Lettre 1136. L. s. %ossier de Iurin, original. #$ Brlat romain tr1s dvou , saint vincent et , sa congrgation ($ Le cardinal Mazarin.
- 486 sans rplique, moyennant sa sainte grce. Je suis ravi que votre sentiment soit contraire celui de donner de largent pour russir en cet affaire (3), et que vous veuillez en attendre le succs de la seule Providence. Mon Dieu ! Monsieur, que je souhaite fort que la compagnie soit fortement tablie sur cette maxime, qui a la foi pour fondement ! Je ne vous ai crit cette proposition tortue que pour vous dire quelle mavait t suggre par M. le C [ardinal] Gr [imaldi], et derechef je vous assure que je suis fort difi de ce que vous la rejetez. Je le suis encore beaucoup des stations que vous avez faites aux sept glises en considration du dshonneur rendu ici au Saint Sacrement, dont je vous remercie (4). M. Duiguin, qui tait en Hibernie, est ici depuis quelques jours ; il a laiss Saint-Men le frre Patriarche, non encore remis de laltration de son esprit, pour laquelle M. Brin nous les a renvoys, bien quil sen trouve mieux notablement. On me mande que ce bon frre, tel quil est, est grande dification la compagnie, tant il est cordial, gracieux, agissant et tout Dieu. Nous venons den perdre un quasi semblable ; il est mort cans, il ny a que 3 ou 4 jours, et au bout de 18 ou 20 mois quil y a t reu. Toute la communaut le regrette, et moi jen suis encore afflig, bien quen cela et en toute autre chose jadore de tout mon cur la conduite de Dieu. Ce bon enfant sappelait Simon, venu +$ Bro0a0lement laffaire des vJu!. Les vJu! de pauvret, chastet, o0issance et sta0ilit taient facultatifs parmi les mem0res de la congrgation de la Mission. 2aint <incent travaillait , les rendre o0ligatoires pour tous ceu! qui entreraient dornavant dans la compagnie. 2i! ans devaient scouler avant quil eHt compl1te satisfaction. .$. <oir lettre ##+# note l.
- 487 du Mans (5). Je vous prie de prier et de faire prier pour son me et pour la mienne aussi, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre tr s humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Suscription : A Monsieur Monsieur Almras, suprieur des prtres de la Mission de Rome, Rome.
1137. A UN PRTRE DE LA MISSION DE LA MAISON, DE ROME [1649] (1) La congrgation saugmente en nombre et en vertu, par la mis ricorde de Dieu, ainsi quil ma paru dans les visites et que chacun le reconna t. Il ny a que moi, misrable, qui vais toujours me chargeant de nouvelles iniquits et abominations. O Monsieur, que Dieu est misricordieux de me supporter avec tant de patience et de longanimit, et que je suis chtif et misrable dabuser si fort de sa misricorde ! Je vous supplie, Monsieur, de moffrir souvent sa divine Majest. A$ Ce fr1re 2imon ne peut &tre, si nous consultons le catalogue du personnel, que =2imon *usson, n en la ville et dioc1se du Mans, @g denviron (( ansZ, re5u , Baris vers le car&me #7.C> Il ny avait pas dautre fr1re 2imon. La notice du fr1re *usson "#otioes, t. II, pp. .+# .+C$ est errone sur deu! points " il nest pas mort le #( septem0re et nest pas rest trois ans dans la congrgation de la Mission. Lettre 1137. 60elly, op. cit., (e dition, (e partie, p. #.7. #$. %ate impose par le mot du saint sur les visites quil vient de faire.
- 488 1138. A TIENNE BLATIRON, SUPRIEUR, A GNES Du 17 septembre 1649. Si vous tes enfin logs autrement qu louage, il y aura grand sujet de croire que cest par la puissante main de Dieu et par sa sp ciale bont ; car qui pourrait vaincre sans lui tant et de si grandes difficults ? Et qui pourrait, sans une grce particulire du ciel, persvrer constamment en cette entreprise, comme font vos incomparables fondateurs ? Si aussi la chose ne russit pas aprs tant defforts et de prires, ce sera une vidente marque que Dieu ne le veut pas ; et partant, Monsieur, attendons-en lissue avec grande indiffrence Javoue quil est difficile que nos frres se contiennent dans laccablement du travail ; nous en avons ailleurs qui ne font que peu et qui se plaignent beaucoup, qui exercent la patience de leurs suprieurs. Je loue Dieu de celle que vous avez pratique envers les vtres, et en particulier envers le frre, lorsque vous avez laiss passer le soulvement de sa bile. Je massure quil aura reconnu sa faute ; car le support gagne cela, plutt que les rprhensions, lesquelles nanmoins se doivent faire en leur saison et avec la prudence que Dieu vous a donne. O Dieu ! Monsieur, que le support nous est ncessaire gnralement pour tous et en toutes choses, et que de bon cur je rends grces Dieu de celui quil vous a donn ! Demandez-lui-en pour moi, sil vous plat, autant quil en faut, pour mriter celui que je lui fais exercer depuis 69 ans quil me souffre sur la terre. Lettre 1138 -eg (, p (EE
- 489 1139. A CLAUDE DUFOUR, PRTRE DE LA MISSION, A SAINTES Du 18 septembre 1649. Les lettres que je reois de vous me donnent une trs grande consolation, Dieu le sait, cause de la disposition quil vous donne pour les esclaves et les forats, qui est une grce si prcieuse quil ne sen voit point de plus grande sur la terre ; et ce qui men fait remercier Dieu avec un double sentiment de reconnaissance est la fidlit de votre cur, qui plie et se raidit selon le bon plaisir divin. Or, le service de ces pauvres gens tant dune vocation extraordinaire, il la faut bien examiner et prier Dieu quil nous fasse conna tre si vous y tes appel ; cest ce que je vous prie de faire de votre ct et ce que je me propose de faire du mien, non que je doute aucunement de votre rsolution, mais pour plus dassurance de la volont de Dieu. Aussi nest-il pas temps dy aller : la peste de Marseille a fait enfuir les galres et a rendu lhpital sans malades ; et la peste qui est en Barbarie nous fera diffrer dy envoyer. Voil donc un peu de patience prendre en cette attente et une occasion de mieux mriter le bonheur dun si saint emploi par le bon usage des moindres o vous tes appliqu, qui sont nanmoins trs grands, puisquen la maison de Dieu tout y est suprme et royal. Lettre 1139. -eg. (, p. +EE.
- 490 1140. AU R. P. FRANOIS BLANCHART (1). De Saint-Lazare, ce jour saint Jrme (2) 1649. Mon Rvrend Pre, Voici Monsieur de Saint-Paul, religieux de votre saint Ordre et frre de M. de La Bourlerie, sous-gouverneur du roi, qui a dsir de passer un mois chez vous, pour voir vos saintes observances et pratiquer celles qui seront conformes au dessein quil a de vivre et de faire vivre une petite communaut dans lobservance des rgles de saint Augustin, non pas dans lexactitude de votre sainte congrgation, mais le mieux qui se pourra sans cela. Je lui ai donn la confiance que votre bont lui fera cette grce. Je vous supplie trs humblement, mon R[vrend] Pre, de lavoir agrable ; en quoi faisant, vous contribuerez la sanctification de son me, au salut de celles qui lui seront commises, obligerez une personne qui le mrite et mondit sieur de La Bourlerie, son frre ; et je vous assure, mon R [vrend] Pre, que je men sentirai aussi fort votre oblig que si vous maviez fait cette grce moimme, qui suis, mon Lettre 1140. L. a. Driginal chez les Filles de la Charit de Mill /ill, Londres. #$. Fran5ois *lanchart tait d6miens, oK il naquit en #7E7. 6pr1s un s8our de courte dure au couvent de 2aint 6cheul 3#7(.$, puis , la00aye 2aint <incent de 2enlis, il vint , la00aye 2ainte 'enevi1ve, quil quitta pour introduire la rforme et remplir loffice de suprieur au couvent de 2ainte Catherine de Baris, puis , celui de 2aint %enis de -eims. 2on mrite le fit choisir pour de plus hautes charges N il devint assistant, visiteur, gnral coad8uteur 3#C dcem0re #7..$ et enfin a00 de 2ainte 'enevi1ve et suprieur de tout lDrdre 3fvrier #7.A$. La congrgation des chanoines rguliers de 2ainte 'enevi1ve leut , sa t&te de #7.A , #7AE, de #7A+ , #77A et de #77: , #7:A. ($.+E septem0re.
- 491 R[vrend] Pre, votre trs humble et obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne suprieur de la congrgation de la Mission. Suscription : A mon Rvrend Pre le Rvrend Pre abb de la congrgation de Sainte-Genevive.
1141. A PHILIBERT DE BEAUMANOIR DE LAVARDIN, VQUE DU MANS Octobre 1649 Monseigneur, Je me donne la confiance de vous crire la prsente pour vous faire offre, avec toute lhumilit et le respect que je le puis, de mon obissance perptuelle. Je vous supplie trs humblement, Monseigneur, de lavoir agrable et que je vous donne avis quil y a ici quantit decclsiastiques, mme de quelque condition, qui demandent les bnfices qui ont vaqu et que vous avez donns depuis votre sacre, et entre les autres larchidiacon et la chanoinie que vous avez donns, faute par vous, Monseigneur, Lettre 1141. -eg. #, f; #E copie prise sur loriginal autographe. #$ Ce prlat avait encore sur le cJur lattitude de saint <incent, qui navait pas cru devoir le recommander pour lpiscopat. Il tait venu sta0lir au Mans, avant m&me davoir re5u ses 0ulles. 6ussi grand fut ltonnement de <incent de Baul quand, arrivant dans cette ville le ( mars #7.9, il sut que lv&que tait l,. Il lui fit demander, par deu! de ses pr&tres, la permission de rester sept ou huit 8ours au sminaire. Bhili0ert de Lavardin, flatt de cette dmarche, acquies5a volontiers et a8outa m&me quil aurait t tr1s heureu! de recevoir saint <incent chez lui. Celui ci se disposait , aller remercier le prlat quand il apprit son dpart. Bhili0ert de Lavardin ne fut pas un v&que mod1le. 6ussi, le 0ruit ayant couru apr1s sa mort que, de son propre aveu, il navait 8amais eu lintention dordonner qui que ce soit, 0eaucoup se laiss1rent convaincre et se firent rordonner. #$ Le 0ruit tait fau!. 3Cf. Collel, op cit., t. I B .:+$
- 492 davoir manqu de faire enregistrer la Chambre des Comptes votre serment de fidlit ; faute de quoi, lon prtend que vous, Monseigneur, navez pu disposer de ces bnfices. Le dernier qui ma press pour cela, cest un aumnier du roi, qui le demande pour un sien frre, et mamena un docteur de Sorbonne fort intelligent en ces matires bnficiales, pour me persuader que cest au roi donner ces bnfices ; mais, par la grce de Dieu, je tins ferme, et, comme je le pense, avec raison. N anmoins, pource que les gens qui les demandent sont en grand nombre [et] pourraient obtenir ces b nfices par quelquautre moyen, jai pens, Monseigneur, que, faisant profession particulire de servitude lgard de Nosseigneurs les vques et particulirement vers ceux qui nous font la grce de nous supporter dans leurs diocses, comme vous faites avec beaucoup de bont dans le vtre, Monseigneur, que je vous en dois donner avis, leffet quil vous plaise, Monseigneur, de faire enregistrer votre serment de fid lit, pour ter le prtexte de ces gens ici et des autres qui se pourront remuer pour cela. Jai fait difficult de me donner la hardiesse que je prends de vous crire, Monseigneur, dans le doute si vous, Monseigneur, lauriez agr able ; mais limportance de la chose et la crainte de manquer ce que je vous dois, mont fait aimer mieux tomber dans la tmrit que dans le dfaut de fidlit au service que je vous dois, Monseigneur, qui suis, en lamour de NotreSeigneur, Monseigneur, votre trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, i. P. d l. M.
- 493 1142. A JACQUES CHIROYE Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je suis bien aise que vous ayez reu payement de la lettre de change que je vous ai envoye de 1.500 livres et que de cela vous ayez rembours les sommes que vous aviez auparavant prises, pensant que nous les acquitterions de de. Mais je suis certes plus tonn dapprendre que Monseigneur (1) ne se lasse jamais de vous donner. Seigneur Dieu, quelle charit ! Jai eu le bonheur de communiquer avec feu Mgr de Genve (2) plusieurs fois pendant sa vie. Il avait une si grande bont que celle de Dieu se voyait sensiblement au travers de la sienne ; mais avant ni depuis lui, je nai jamais vu personne en qui cette mme bont divine ait mieux paru quelle parat en Monseigneur de Luon. Je lui fais un mot de remerciement a loccasion de ses dernires libralits, plutt pour viter lingratitude, que pour lui tmoigner ma reconnaissance, puisquelle est telle que je ne la puis exprimer. Dieu nous fasse la gr ce de rendre au diocse de Luon les services que cet insigne prlat sattend de nous et que nous lui devons par tant et tant de raisons ! Je suis consol de savoir que vous vous tudiez lui rendre toute la rvrence, la soumission et lobissance possibles ; aussi ne seriez-vous point excusable, si vous manquiez un si juste devoir. Lettre 1142. L. s. %ossier de Iurin, original. #$ Bierre ?ivelle, v&que de Lu5on. ($ 2aint Fran5ois de 2ales
- 494 Jcris Richelieu que lon vous envoie en diligence un prtre pour la mission de M. Thouvant (3) ; jespre quil sera chez vous deux ou trois jours aprs que la prsente vous sera rendue. Avant la fin de cette mission, nous penserons la proposition que vous nous faites touchant M. L., et je vous en crirai. Plaise Dieu bnir vos travaux et votre conduite et me faire participant au mrite de vos prires et saints sacrifices ! Je salue cordialement votre petite famille, de laquelle et de vous en particulier je suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A Monsieur Monsieur Chiroye, suprieur des prtres de la Mission, Luon.
1143. A REN ALMERAS, SUPRIEUR, A ROME Du 8 octobre 1649. M. Frentilli vous a parl en Romain quand il vous a conseill davoir des hommes de mise, et certes en ami. Mais quoi ! que feraient Rome M. et semblables de cette sorte ? Il ne vous est pas loisible dy prcher, ni de confesser dans la maison, ni denseigner les ordinands en public ; cui ergo fini ? Pour avoir seulement des gens de bonne mine lautel et au rfectoire, et les tirer des emplois quils ont de de ! Certes, Monsieur, cette montre dhommes serait cher vendue la compagnie, et je ne sais sil ny aurait pas quelque chose +$ Claude Ihouvant, chanoine et archidiacre d6izenay. 3<oir lettre 9E:, note 7.$ Lettre 1143. -eg. (, p. (+E.
- 495 souhaiter devant Dieu. De dire quils paratront dans la paroisse, si une fois vous en avez une, cui fini encore cela ? Et puis, si je ne me trompe, lon fait peu doffices et de prdications dans les paroisses de la ville. Que si tant est que la Providence nous donne de lemploi dans Rome, vous verrez bient t vous, non pas de nos anciens, mais ce que nous avons de personnes plus rapportantes au bien de la Mre des glises. O Jsus ! Monsieur, il faudrait bien vous assortir.
1144. A MATHURIN GENTIL, PRTRE DE LA MISSION, AU MANS De Paris, ce 12e octobre 1619. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Nous avions dj la parole de Mgr le chancelier (1) et un arrt sign du rapporteur, pour arrter les poursuites de Hossard jusqu la vrification de notre tablissement au parlement (2) ; mais en ayant parl M. le premier prsident (3), il ma dit que le mme parlement casserait tout ce qui pourrait venir du Conseil ; que dans 15 jours il ferait prier M. le procureur g nral (4) de le venir voir et quil tcherait de le rsoudre donner ses conclusions, lesquelles il nous refuse depuis 2 ou 3 ans. Vous Lettre 1144. L. s. %ossier de Iurin, original. #$. Bierre 2guier. ($. Le parlement enregistra, le #A 8anvier #7AE, les lettres patentes par lesquelles le roi avait uni , la congrgation de la Mission, au mois daoHt #7.A, la maTtrise ou prvGt de lglise collgiale et royale de ?otre %ame de CoSffort au Mans et les 0nfices en dpendants. +$. Mathieu Mol. .$. *laise Mliand.
- 495 voyez, Monsieur, que cela requiert que vous tiriez de longue avec M. Hossard. Comment pourrais-je faire payer M. Aubert les 20 livres que le fermier a, sil lui doit, puisque nous ne pouvons nous-mmes rien avoir de ce quil est oblig de nous dlivrer ? Il nous excusera, sil lui plat. Je suis bien en peine de ce quon a dtourn lordination, et prie Dieu quil vous fasse la grce de rparer cette faute la prochaine occasion. Jen crirai, afin quon voie les moyens de la faire, et me ! semble lavoir dj fait, comme aussi quon contribue de ce quon pourra (5) la multiplication du petit et du grand sminaire. Je ne lui cris pas maintenant, ne le croyant pas de retour de son voyage. Je salue et embrasse cordialement votre chre me et toute la famille, de laquelle et de vous en particulier je suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Je viens dapprendre votre indisposition ; jen ai certes grand dplaisir et laurais encore plus grand si je nesprais qu prsent vous vous portez mieux. Jen prie Notre-Seigneur de toute mon affection ; et vous, Monsieur, je vous conjure de vous bien aider vous gurir, npargnant rien de ce qui pourra contribuer cela. Jattends nouvelles plus rcentes de ltat de votre sant. Aurez-vous place et trouverez-vous cent lits emprunter A$ Bremi1re rdaction " =%ieu pardonne , M. L., sil a dtourn lordination, et lui fasse la gr@ce de rparer cette faute , la prochaine occasion a 4e lui crirai quil sy dispose, et me sem0le lavoir d8, fait, comme aussi quil contri0ue , ce quil pourra.> La correction est de la main du saint.
- 497 pour une partie des ordinands ? Je vous prie de men crire ; ils sont obligs de payer leur dpense (6). Au bas de la premire page. M. Gentil.
1145. MAZARIN A SAINT VINCENT Du 13 octobre 1649. Monsieur, Je vous suis bien oblig de vos bons avis et de tout ce que vous mavez crit par votre lettre du quatrime de ce mois. Je les ai reus avec la confiance et lestime quils mritent ; et vritablement il ne se peut voir un raisonnement plus judicieux, ni plus rempli daffection pour moi. Je vous en rends mille grces, vous priant de me continuer dans les rencontres les effets dun soin si officieux, cependant que pour men revancher je chercherai les occasions de vous tmoigner, mieux que par ces lignes, que je suis
1146. ETIENNE BLATIRON, SUPRIEUR A GNES, A SAINT VINCENT 19 octobre 1649. Monsieur, Il y a quelque temps que je vous crivis quelque chose touchant la vertu que javais reconnue en Monsieur Brunet pendant sa vie, et voudrais prsent me pouvoir ressouvenir de cela mme et dune grande multitude [dactes de vertu] que je lui ai vus faire et que jaurais nots et tch dimiter si jeusse t assez soigneux de mon bien. Nous avons fait une confrence sur ce sujet, et mon dessein tait de vous en envoyer un recueil au net, mais les continuelles occupations que nous avons ne nous permettent pas de faire aucune chose 7$ Ces derniers mots, depuis 6uriez vous place, sont de la main du saint Lettre 1145 6rch des 6ff Utrang., Mmoires et %ocuments, France, ms (7., f; .C:, copie Lettre 1146 Ms de Lyon, f; ((+ et suiv
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avec loisir, mais tout la hte, ainsi que je fais la prsente, vous suppliant dagrer plus ma bonne volont que mon travail, et tout ce que je vous saurais dire de ce bon serviteur de Dieu nest rien quune ombre en comparaison de la v rit. Javais prie Monsieur Almras de faire le recueil des actes principaux de ses vertus ; mais il ma rpondu que ctait une demande trop difficile et que ses actes de vertu taient en si grand nombre et si excellents quon ne pouvait les coucher en une main de papier, que ses vertus se peuvent mieux admirer qucrire, parce quelles taient solides et caches et que sa vie ntait pas tant apparente et pompeuse que solide et intrieure. Entre autres choses, dit-il, jadmirais sa grande humilit, sa douceur admirable, sa rsignation et conformit la volont de Dieu trs parfait e ; mais ce qui a t plus considrable, cest sa continuelle et uniforme persvrance en ces vertus-l, de faon qutant vieux et ancien il ne le faisait pas connatre et ne faisait lemeritus miles mais il paraissait un enfant et un sminariste en la pratique de lhumilit, de lobissance et en tout le reste. Jusquici ce sont les paroles de Monsieur Almras. Voici quelque chose de ce que les Messieurs qui sont Gnes ont remarqu en ce bon serviteur de Dieu : 1 Une trs profonde humilit, sestimant toujours le moindre. Il prenait un plaisir singulier d tre employ aux offices les plus bas et cherchait toutes les occasions de les pratiquer. Quand il fallait balayer, il tait le premier pour lordinaire et retranchait souvent de sa rcration pour aller la cuisine laver la vaisselle. Il sestimait heureux quand il ne se trouvait personne pour servir aux messes, afin de les servir lui-m me ; et, si parfois il faisait quelque petite faute en les servant, il shumiliait au plus tt et se jetait au pied du prtre pour lui demander pardon. Sil sapercevait que quelquun et les pieds crotts, il prenait le temps que personne ne sen apercevait et nettoyait les souliers en cachette. Il recevait avec grande humilit les habits quon lui portait, et rapportait lui-mme ceux quil laissait, sans en vouloir donner la peine aux fr res qui avaient soin de les venir prendre. Il ne se plaignait jamais, quune soutane fut longue ou courte ou mal faite. Allant dehors se promener avec quelquun de la compagnie, quoique plus jeune, il tchait toujours de donner la main droite son compagnon et sil ne pouvait obtenir le plus bas lieu, il se confondait et rougissait, faisant bien voir par l que ce quil en faisait ntait pas par compliment, mais par un vrai sentiment dhumilit. Cette mme vertu faisait quon ne lentendait
- 499 jamais disputer avec personne. Que si parfois en la conversation il se rencontrait quelquun qui et une opinion contraire la sienne, il condescendait incontinent avec un souris gracieux, soumettant son jugement celui dautrui. Faisant voyage dAlet Marseille un jour pied, il se fit mal une jambe auprs de Narbonne, et, ayant sjourn huit jours avec son compagnon, avec lesprance de sembarquer, ils furent contraints daller par terre, et ne pouvant aller tous deux cheval, pour tre courts dargent, et, dautre part, le bon Monsieur Brunet ne pouvant plus marcher pied, ils achetrent un ne pour le porter avec leurs manteaux, sans selle ni trier. En cette faon il alla six-vingts lieues. Or je ne saurai jamais vous exprimer la joie quil avait en son cur et quil tmoignait au dehors de se voir sur cet animal quoiquil fut souvent moqu et suivi des enfants, qui le montraient au doigt et criaient apr s lui. Dans les missions, encore quil fut incommod dune jambe, comme lon sait, il ne voulait pas aller cheval que tous les autres ny allassent ; et, en tel cas, il choisissait le pire cheval, et le plus mal accommod et prenait plaisir daller cheval sans selle et sans bride, par les lieux o il tait le plus connu, non sans admiration et tonnement de ceux qui le voyaient et le connaissaient. On peut connatre sa grande obissance de la parfaite rsignation quil avait pour demeurer en quelque lieu qui lut fut assign et faire quelquoffice ou exercice quon et voulu. Il fut envoy de Notre-Dame de La Rose Alet, o il jouissait dun contentement indicible pour la conversation de Monseigneur dAlet (1) et pour le grand fruit quil pouvait faire pour les mes. Il y fut trois mois seulement ; et, ayant reu ordre den partir, il ne se troubla aucunement. tant aprs envoy de Rome Gnes, il ny fut pas plus tt arriv quon parla de le rappeler Rome. Il se montra toujours indiffrent et prt daller o lobissance lappellerait. Il fut un jour assign pour compagnon un prtre qui allait dehors. Il se mit aussitt en devoir de laccompagner nonobstant quil et une diarrhe, qui le travaillait depuis trois jours ; de quoi son compagnon stant aperu, il lui demanda pourquoi il ne lavait pas averti de son incommodit. Il lui rpondit quil navait pas estim se devoir excuser lorsque lobissance lappelait montrant en ceci combien tait grande son obissance et sa mortification. Il tait grandement mortifi en tout, et, ce qui tait le plus admirable, cest quil studiait tellement cacher sa vertu que nous nen savons que la moindre partie. #$ ?icolas Bavillon.
- 500 Sa mortification le rendait si ponctuel et obissant tous les ordres de la maison quil semblait navoir point de sentiment, sinon pour obir, de faon quil semble que ce texte de lcriture ne se peut pas vrifier en lui : proni sunt sensus hominis ad malum ab adolescentia. Il tait si mortifi en la langue quon ne le trouvait jamais parler hors le temps, et suivait fort bien le conseil du sage : os sapientis in corde suo. Que si la ncessit lobligeait parler, ctait bas et en peu de mots. Il tait fort sobre au manger ; et, quand on servait des fruits nouveaux ou quelque portion un peu meilleure qu lordinaire, il ny touchait pas de sorte que les frres sentredisaient en tel cas : la portion de Monsieur Brunet demeurera entire ; ce quils ont vu arriver souvent ainsi quils avaient pens. Il portait une petite chane de fer sur la chair et disait quil tait esclave de Jsus-Christ. Il portait un crucifix au col dun demi-pied, sans croix et qui avait trois clous pointus assez longs, lesquels souvent il mettait contre la chair nue pour ressentir et honorer les souffrances de Notre-Seigneur J susChrist, mortificationem Jesu Christi in corpore circumferens, selon le conseil de saint Paul (2). Il ne se plaignait jamais ni de froid, ni de chaud, ni de lassitude ni du manger, ni du boire, ni du coucher, ni de lincommodit de la chambre, tant loge dans un petit recoin, au-dessous dun degr o il ny avait quune petite fentre et pas une chaise pour sasseoir ; et personne ne sen apercevait. Il nen disait mot et nen voulait prendre lui-mme jusqu ce quun de la maison layant trouv quil crivait genoux, lui en apporta une. Si le paradis est la rcompense des pauvres desprit, Monsieur Brunet y aura bonne part, puisquil navait aucune affection aux choses de la terre ; ce qui se voyait assez. Lorsquil recevait quelque mdaille livret ou chapelet et chose semblable pour son usage, il ne lacceptait point qu condition de le pouvoir donner, lorsque la charit le requerrait. Et, en effet, il donnait tout ce quil avait au premier qui le lui demandait, et lui ayant t demand pourquoi il donnait si facilement ces choses il rpondit quun acte de charit vaut plus que tous les biens du monde. Si, par aventure, il oubliait ou perdait quelque chose il ne sen affligeait nullement, mais disait que, si quelquun lavait trouv, il en ferait meilleur usage que lui. Quant la manire des habits il tait dans cette pratique de ne rien demander, ni refuser, et montrait plus grande allgresse lorsquon lui donnait de vieux habits. Il tait extrmement ponctuel et exact en lobservance des ($ 2econde pTtre de saint Baul au! Corinthiens I<, #E.
- 501 rgles, et encore bien quil ft log dans les chambres les plus loignes, il se trouvait toujours des premiers loffice divin et aux autres actions de la communaut. Il ne laissait jamais passer le mois, non plus aux champs qu la maison, sans se prsenter au suprieur pour faire la communication intrieure, quoique bien souvent il ne savait que dire tant il avait sa vie et son me bien rgles, et, aussitt quil entendait sonner la cloche, il se mettait genoux et laissait une chose commence pour courir o lobissance lappelait. Sa simplicit tait extraordinaire, non feinte ni dissimule de faon que qui le voyait ou lentendait pntrait jusque dans son coeur. Il ne savait ce que c tait ququivoque, et fuyait lexagration aux choses quil avait vues et entendues. Mais qui pourrait expliquer sa douceur, sa bnignit et cordialit ? Si quelquun tant en colre voyait ce bon serviteur de Dieu, il fallait quil sapaist, et se vrifiaient en lui ces paroles de Jsus-Christ : Beati mites quoniam ipsi possidebunt terram (3), cest--dire, selon saint Augustin possidebunt corda hominum vel subjugabunt. Il aimait fort la solitude ce qui faisait quil avait loraison et mditation fort familires. On ne le voyait jamais courir dune part ni dautre par la maison ; et qui avait besoin de lui navait pas grande peine le trouver, tant dordinaire sa chambre et quasi toujours genoux ou debout, lisant et faisant oraison en cette solitude et retraite. Il avait acquis une grande union avec Dieu, avec lequel il sentretenait si souvent et si amoureusement quon lui voyait les yeux tout baigns de larmes et une face toute lumineuse qui mouvait dvotion. Jamais on ne le vit triste ou mlancolique, quoiquil se prsentt souvent des occasions de ltre, suivant lordre de la nature corrompue, mais bien avec la gr ce de Dieu en la pratique continuelle des vertus. Il ne se troublait point et conservait sa gaiet , se conformant en tout la volont de Dieu et recevant de sa main les choses contraires comme les favorables. Je finis, parce que lon me lve la plume de la main, et je suis certain que ce que jai dit est fort peu de chose eu gard ce qui pourrait se dire. Je prie ce bon serviteur de Dieu de vouloir prier pour nous au ciel, o je crois quil jouit de la gloire qui ne finira jamais, en lamour de laquelle je suis Monsieur, votre tr s humble et trs obissant serviteur. ETIENNE BLATIRON, indigne prtre de la Mission. +$ Uvangile de saint Mathieu < .
- 502 1147. A GUILLAUME DELATTRE, SUPRIEUR, A AGEN Du 23 octobre 1649. Je ne vois pas que le mal soit si grand La Rose quon le fait ; il est vrai quil sest pass quelque chose dans lesprit de M. ; mais il en est dlivr. A ce propos, je vous dirai, non tant pour cela que pour toutes les autres brouilleries, que je crains que quelque mauvais esprit, pour insinuer divorce dans nos maisons et entre nos frres, vous donne des avis peu charitables. Si cela est, Monsieur, donnez-vous Dieu pour ne le point couter ; vous en ressentirez une pareille consolation celle que jai eue davoir un jour dfendu un serviteur que javais avant la naissance de la compagnie, de me faire aucun rapport qui ft prjudiciable personne, cause que je reconnus en lui cette pente et que dj il mavait voulu donner de mauvaises impressions contre un honnte homme avec lequel je vivais ; il nosa plus mapporter de telles nouvelles. Toutes les fois que jy pense, jai le cur attendri de reconnaissance vers Dieu de cette grce-l. Les mdisances nuisent souvent autant ceux qui les coutent qu ceux qui les inventent, quand elles ne feraient autre mal quinquiter lesprit, comme elles font, et donner sujet de tentation den parler ou den crire dautres. Je pense bien que lpargne vous a fait subsister. Je sais que vous avez peu de revenu, que les pensions ne vous aident que petitement et que, la chert tant grande cette anne, il vous sera difficile de vous en tirer ; mais je sais bien aussi que, si vous connaissiez notre impuissance vous secourir, vous en auriez compassion et ne Lettre 1147. -eg. (, p. +EE.
- 503 songeriez rien moins qu nous demander. Les guerres passes et la disette prsente de quasi tout le royaume empchent que nous soyons pays et fassions notre petite provision. Je serais certes plus tonn que je ne fus jamais, si Dieu ne mavait donn un peu de confiance et de soumission sa providence, voyant dune part notre pauvret et dune autre la grande dpense que nous avons soutenir. Vous devez rgler la vtre vos forces et nen entreprendre quautant que vous en pouvez faire. Je dis cela au sujet des pauvres prtres passants que vous voudriez assister. A la vrit, ce serait trs bien fait si vous le pouviez faire ; mais vous devez plutt satisfaire la ncessit. De demander Monseigneur permission dexercer cette hospitalit, il nest pas expdient ; il approuvera volontiers les propositions que vous lui ferez pour le bien de son sminaire, mais il nest pas dhumeur se contenter des autres qui ne le touchent pas ; si nanmoins vous estimez quil lui faille crire votre besoin, je men remets votre prudence.
1148 A MONSEIGNEUR DENIS MASSARI (1) De Paris, ce 5e novembre 1649. Monseigneur, Je ne saurais vous exprimer avec quelle joie et respect tout ensemble jai re u la lettre quil vous a plu me faire lhonneur de mcrire, venant dune personne qui mest si chre et que jhonore tant. Si auparavant javais de lestime pour Votre Seigneurie Illustrissime, sur la relation Lettre 1148. L. s. 6rch. de la Bropagande, II 6frica, n; (.C, f; #(E, original. #$. Il venait de succder , Monseigneur Ingoli comme secrtaire de la propagande.
- 504 qui mtait faite de ses vertus, maintenant je suis oblig davoir de lamour pour elle et de la reconnaissance, laquelle jajoute ici un renouvellement des offres de mon obissance perptuelle, que je vous supplie trs humblement, Monseigneur, davoir pour agrable, avec celle de notre petite congrgation, qui est toute vtre Jai pri Dieu de tout mon cur, conformment votre dsir, quil bnisse lemploi si important dans lequel sa providence vous a mis. Et parce que jai appris des ntres de del que Votre Seigneurie Illustrissime, en son entre dans le collge de Propaganda Fide, avait eu la dvotion de faire faire une communion gnrale pour cette fin, afin dy correspondre de notre ct, jen ai fait faire aussi une cans ; et tous les prtres de la maison ont clbr pareillement votre intention. Et sil plat Dieu, nous renouvellerons de temps en temps les mmes prires, ne pouvant tre employes, ce me semble, pour un meilleur sujet. Permettez-moi, sil vous plat, Monseigneur, que je vous demande pour moi lassistance de vos prires et que je vous assure que je suis et serai toujours, Monseigneur, votre trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne suprieur de la congrgation de la Mission.
1140. A MATHURIN GENTIL, PRTRE DE LA MISSION, AU MANS Du 9 novembre 1649. Jai nouvelles dune de nos maisons (1) que la mauvaise Lettre 1149. F -eg. (, p. #+#. #$. Cette maison sem0le 0ien &tre le sminaire du Mans, dont Mathurin 'entil tait conome.
- 505 nourriture quon y donne fait de mauvais effets dans les corps et dans les esprits, en sorte que, si la personne qui a le soin de la d pense et qui, pensant pargner, se porte a cet excs de mnagerie (3), ne fait un meilleur ordinaire, aprs lavertissement que je lui en fais et la lettre que je lui en cris, je serai contraint den mettre un autre sa place, qui donne raisonnablement de quoi sustenter la famille, comme lon fait Saint-Lazare et ailleurs ; car, faute de cela, plusieurs en sont indisposs. Je vous dis ceci, Monsieur, cause que vous tes en pareil office, et afin que vous ayez soin, sil vous pla t, dviter semblables inconvnients, tchant de donner de bon pain, bonne viande et de ne pas vendre le meilleur vin pour en donner de pire, ni exposer la communaut aux plaintes dun avare traitement. Jai t si touch de celles quon ma faites de la maison dont je parle, que japprhende grandement que dautres me donnent un mme sujet daffliction ; jespre que ce ne sera pas de votre ct ; je vous prie dy faire attention.
1150. ETIENNE BLATIR0N, SUPRIEUR A GNES, A SAINT VINCENT Gnes, novembre 1649. LEminentissime Cardinal (1) a t huit jours avec nous et a fait les exercices spirituels avec les missionnaires, au nombre de dix. Oh ! que cest un grand serviteur de Dieu ! On ne saurait croire avec quelle exactitude et ponctualit il a observ lordre des exercices, quoiquil soit dune complexion fort faible et g de 56 ans, mais qui montre en avoir davantage par ses continuels travaux, tant spirituels que corporels. Il faisait oraison le matin en commun avec les autres, et genoux, (.$ Mnagerie, conomie. Lettre 1150. 60elly, op. cit., #. II, chap. I<, #er d., p. (9# #$ Le cardinal %urazzo.
- 507 sans se mouvoir depuis le commencement jusqu la fin bien que quelques-uns se levassent. Et quant aux autres mditations, que chacun faisait dans sa chambre il les faisait genoux ou, si parfois il se trouvait un peu fatigu, il me demandait sil pourrait se lever ; je lui avais dj dit quil le pouvait et que mme il tait a propos quil sassit quelque peu de temps pour ne se pas trop incommoder ; et il ne laissait pas chaque fois de me le demander, pour avoir le mrite de lobissance. Lorsquil communiquait les penses et les bons sentiments de ses oraisons il le faisait avec autant de simplicit, dhumilit et de dvotion quaucun de nous. Sitt quil entendait la cloche pour loffice ou pour les autres exercices de la communaut , il laissait tout et se trouvait des premiers la chapelle. A table, il voulait tre trait comme les autres ; je le suppliai de permettre que nous le traitassions diffremment ; quoi enfin il condescendit. Il montrait avoir peine quon lui donn t laver part, se voulant conformer aux autres. Sur la fin des exercices, je le priai de nous donner tous sa bndiction, pour imptrer de Dieu la persvrance ; ce quil ne voulait pas faire ; mais, au contraire, il voulait absolument que je la donnasse moi-mme. Toutefois, aprs beaucoup dimportunits, il nous la donna. Oh ! mon cher Pre, quel exemple de vertu avons-nous devant les yeux !
1151. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Entre 1647 et 1649] (1) Mon trs honor Pre, Pardonnez ma trop violente apprhension de la chose que jai toujours le plus crainte en la personne de qui je vous ai parl. Les rflexions que je fais en ce sujet (qui augmentent ma douleur) ont t cause que la consolation que Dieu me donne par votre charit ne vous a pas paru. Si vous croyez quil y a eu de la conduite de la divine Providence en ma vie, au Lettre 1151. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$. 6vant #7.:, Louise. de Marillac crit tou8ours =Monsieur>, en t&te de ses lettres , saint <incent N apr1s #7.9, elle ne lappelle plus que =Monsieur et tr1s honor B1re>, ou =mon tr1s honor B1re>, ou =mon tr1s -vrend B1re>. Ici nous trouvons =Mon tr1s honor B1re> au d0ut, =Monsieur> , la fin N ce qui indique la priode #7.: #7.9
- 507 nom de Dieu, mon trs cher Pre, ne mabandonnez pas en ce besoin, sinon faites-moi la charit de me faire connatre ma tromperie, pour que je ne meure pas impnitente. Jai oubli de vous trs humblement supplier pour lamour de Dieu de dire demain la sainte messe pour mon fils et de faire ce quil plaira Dieu vous inspirer pour lui aider sortir de la grande peine en laquelle je crois quil est, et qui vous ferait grande compassion, si vous la voyiez comme moi. Je fais tout ce que je puis pour entrer dans les pens es que vous mavez fait lhonneur de me donner. Jai soup mieux que je ne pensais, et veux essayer de donner Dieu ce quil me demande par ce rencontre-ci, que jespre connatre par les avertissements que votre charit me donnera dont jai grand besoin, et dtre autant que Dieu le veut, Monsieur, votre trs oblige fille et humble servante. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1152. AU FRRE JACQUES RIVET, FRRE COADJUTEUR A LA ROSE 13 novembre 1649. Jai reu vos lettres et par elles une consolation que je ne puis vous exprimer, de vous savoir de retour La Rose, o je vous adresse la prsente, pour vous dire que vous y soyez le bien revenu. Certes, quoi que lon mait crit de vous, jai toujours cru que vous feriez ce que vous avez fait. A la v rit, le pas a t dangereux ; mais la grce de Dieu a t forte, et vous fidle la vocation, dont je bnis mille et mille fois sa misricorde. Vous eussiez fait du bien auprs de ce bon prlat (1), mais vous en ferez incomparablement davantage, demeurant dans le premier tat o vous savez que Dieu vous a mis ; et bien que ce seigneur-l soit grandement vertueux, vous eussiez nanmoins t oblig converser avec des gens Lettre 1152. -eg. (, p. +E#. #$ 4ean d)strades, v&que de Condom.
- 508 qui ne le sont pas tant que lui, dont lexemple et la conversation vous eussent peut-tre trop endommag. Notre affaire va gagner le ciel ; le reste nest quun pur amusement ; allons-y donc par les voies plus courtes et plus s res, comme sont celles dune vie retire, de lacquisition des vertus chrtiennes et vangliques, et enfin de lobservance de notre petit rglement. Or sus, mon cher frre, je prie Notre-Seigneur, qui vous a conserv dans un tel pril, quil accomplisse en vous ses desseins ternels ; sans doute quil vous veut lever en sa maison et vous rendre tout sien dans le temps et dans lternit. Amen.
1153. A MARC COGLE, SUPRIEUR, A SEDAN 15 novembre [1649] (1). Quant lalliance ternelle que vous dsirez contracter avec Notre-Seigneur dans la compagnie, Jsus ! Monsieur, je le veux bien, et de tout mon cur, qui chrit le vtre plus que je ne vous puis exprimer.
1154. - LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Novembre 1649 (1) Mon trs honor Pre, Je suis extrmement fche de vous tre tant importune, mais limpossibilit de continuer recevoir ; les petits enfants Lettre 1153. -eg. (, p. #C. #$. Le manuscrit date la lettre de #7.A. Il est fort pro0a0le que le copiste a pris un 9 pour un A. Le #A novem0re #7.A, en effet, Marc Cogle tait , Marseille, non , 2edan. %e plus, il na fait les vJu! que le #+ dcem0re #7.9. Lettre 1154 L. a. %ossier des Filles de la Charit, original #$ %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau.
- 509 nous presse trop. Il y en a prsentement sept, nos deux nourrices, qui ne veulent point boire au biberon, et lon na pas un double (2) pour les mettre en nourrice, ni aucune provision de drap ni linge, et nous n avons aucune esp rance den pouvoir plus emprunter. Faites-nous la charit, mon trs honor Pre, de nous mander si nous pouvons en conscience les voir mettre en tat de mourir, car les dames ne font aucun cas de nous donner secours, et je massure quelles croient que nous faisons nos affaires leurs dpens, ce qui est bien contraire la vrit, car de largent quil fut rsolu que nous recevrions pour la nourriture des nourrices, nous nen avons retenu que cent livres. Je ne sache quun seul moyen pour le soulagement de tous ceux qui souffrent en cette uvre, qui est que nous, au nom de notre compagnie, pr sentions requte Monsieur le premier prsident (3) pour nous faire dcharger de recevoir les enfants et en charger qui il lui plaira. Mais il faudrait que les dames agr assent cette action, pour ne choquer personne : sans cela, il me semble que nous sommes en continuel pch mortel. Il fut hier apport 4 enfants, et, outre les 7 la mamelle, y en a trois sevrs, tout nouveau treuvs dont y en a un en chartre (4), et les faut remettre en nourrice sil se peut. Si nous pouvions porter cette peine sans vous en faire part, je le ferais tr s volontiers, mais notre impuissance ne le permet pas. Ces bonnes dames ne font pas ce quelles peuvent ; pas une na rien envoy, ni il ne se reoit rien de celles de la compagnie, cause que la plupart ont avanc leur anne. Je supplie Dieu nous faire misricorde ; je commence craindre que toute cette misre vienne cause de moi, qui suis toute telle que je suis, mon trs honor Pre, votre trs obissante et trs oblige fille. L. DE MARILLAC. Je pense quil faudrait faire une grande assemble. La collation de lHtel-Dieu sen va aussi prir. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent. ($ Betite pi1ce de cuivre de la valeur de deu! deniers. +$ Mathieu Mol. .$ Maladie du carreau ou de latrophie msentrique.
- 510 1155. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT Novembre 1649 (1) Mon trs honor Pre, Je supplie trs humblement votre charit de me donner demain quelque quart dheure, pour que je puisse regagner ce quil ma sembl que javais perdu hier par loccasion que la divine Providence men donnait. Je ne sais si je dois en accuser la crainte ou mon orgueil, qui me fait toujours reculer parler de moi. Voil la rponse de Madame de Romilly. Je vous supplie prendre la peine me mander si je ne laisserai pas denvoyer votre lettre Madame la prsidente de Lamoignon encore que Madame la princesse ( 2) ne vienne pas, et sil est expdient de prier Madame de Brienne, qui est de retour en cette ville. Voil un petit mmoire que jai fait ce que vous preniez la peine, si vous le jugez propos, den parler lassemble et nous avertir o elle se fera pour le mander Mademoiselle de Lamoignon. Sil plat votre charit nous mander si nous avertirons nos surs de Serqueux de nous envoyer la fille dont elles nous parlent ? Voil aussi une lettre de Messieurs de Gien. Que leur dirons-nous ? Madame la duchesse de Ventadour ( 3) ne presse-t-elle point davantage ? Il sen alla encore hier une de nos surs, avec son habit, Lettre 1155. L a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$. %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau. ($. Charlotte de Montmorency, princesse de Cond. +$. La duchesse de <entadour, ne Marie de la 'uiche de 2aint 'rand, avait pous, le C fvrier #7.A, Charles de Lvis, duc de <entadour, veuf de 2uzanne de Ihmines de Montluc, qui avait lgu par testament .[Link] livres , saint <incent pour la fondation dune mission , Cauna 3Landes$. 6pr1s la mort de son mari 3#9 mai #7.9$ Marie de la 'uiche chercha sa consolation dans les Juvres de charit. Ce fut une des principales au!iliaires et des meilleures amies de Louise de Marillac. La veille du 8our oK celle ci allait rendre son @me , %ieu, la duchesse de <entadour accourut. )lle soigna la mourante avec tout le dvouement dune Fille de la Charit, passa une partie de la nuit aupr1s delle, puis, apr1s un court repos revint et resta au chevet de la vnre malade 8usqu, la derni1re minute. )lle voulut tenir elle m&me le cierge 0ni. 3Cf. 'o0illon, op cit, pp. #:C et #CE$ La duchesse de <entadour fut lue en #7C+ prsidente
- 511 sans dire mot, cest celle de St-Cloud. Que veut dire cela ? Ne faudrait point de ncessit faire quelque rprhension sensible quelques-unes pour que cela ft perdre cette coutume ? car celle-ci une fois nous a demand de sen aller ; nous lui accordmes et demeura de sa libre volont. Il me semble que Dieu nous parle par ces rencontres, ou pour dtruire luvre, ou pour laffermir. Sil plat votre charit y penser et me dire en toute libert si je suis le Jonas quil faille en tirer ? Je suis Dieu pour tout ce qui lui plaira et, Monsieur, votre tr s obissante servante et trs oblige fille. L. DE MARILLAC. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1156. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Novembre 1649] (1). Mon trs honor Pre, Je suis trop importune mais nous sommes tout fait au point quil faut avoir du secours sans retarder, ou tout quitter. Il fut n cessaire hier de bailler tout largent de la dpense de cans, 15 ou 20 livres prs, pour avoir du bl pour le, enfants de Bictre, et den emprunter pour avoir jusques a 4 setiers ; et lon ne saurait recevoir quoi que ce soit dun mois dici. Il y a cans 12 ou 13 enfants, et lon na point de langes pour les changer. Il faut, sil vous plat, que lassemble des dames de demain fasse quelque chose, soit la rsolution de quter aux paroisses tous les dimanches, y poser de petits troncs en quelque lieu minent, les faire recommander par Messieurs les curs et prdicateurs et faire cette qute la des dames de la Charit. )lle mourut en son ch@teau de 2ainte Marie du Mont en ?ormandie, dans la nuit du (( au (+ 8uillet #:E#, @ge de soi!ante di! huit ans. 'r@ce , ses li0ralits, cette localit eut d1s #7AA son ta0lissement de Filles de la Charit. Lettre 1156. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$. %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau. ($. Charlottte de Montmorency, princesse de Cond. +$ Marie de /autefort, femme remarqua0le par sa grande 0eaut, qui lui avait valu dans sa 8eunesse les adulations de la cour et les faveurs de Louis QIII, marie au duc de 2chom0erg, pair et marchal de France, comte de ?anteuil, morte le #er aoHt #79#. "Madame de Haute+ort par <ictor Cousin, Baris, #C7C, in C;$
- 512 cour qui fut propose. Je crois que si lon allait parler Madame la princesse ( 2) sur ces extrmes besoins, quelle donnerait quelque chose. Cela est pitoyable que les dames se mettent si peu en peine ; il faut quelles croient que nous avons bien de quoi faire subsister, ou quelles nous veuillent contraindre tout quitter ; et pour ces raisons je pense quelles ont rsolu de ne rien faire du tout. Sil plat votre charit nous faire avertir si nous enverrons des billets pour lAssemble et si vous treuvez bon que lon y mande Madame de Schomberg (3) et Madame de Verthamon (7) ? Pour le reste que javais vous dire, cela serait trop long ; ce sera plus tt fait demain de vous en dire un mot, si jai lhonneur de vous voir. Jai grand besoin de tr s particulire assistance de Dieu, ne voyant, en tout ce qui me touche, que mis re et affliction. Dieu en soit bni ! Cest assez vous faire connatre le besoin que jai, qui na autre esprance de secours et consolation que de votre charit, de qui la Providence a voulu que je sois, mon trs honor Pre trs obissante fille et trs oblige servante. L. DE MARILLAC. Sil plat votre charit nous mander si le billet pour la confrence est bien le sujet quelle ma donn, sur la plainte que je vous faisais des surs qui demandent dtre changes (7) Je crains que vous alliez aux champs. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1157. A JEAN GICQUEL, PRTRE DE LA MISSION, AU MANS (1) Du 5 dcembre 1649. La difficult que vous avez faire le dbit de la dpense des missions moblige vous prier de vous bien donner Dieu pour agrer toute sorte demplois. Vous Lettre 1157. -eg. (, p. +E#. #$ 4ean 'icquel, n , Miniac 3Ille et <ilaine$ le (. dcem0re #7#:, ordonn pr&tre au car&me de lanne #7.(, entr dans la congrgation de la Mission le A aoHt #7.:, re5u au! vJu! le 7 mai #7A#, suprieur au sminaire du Mans de #7A# , #7A:, directeur de la compagnie des Filles de la Charit de #77C , #7:(. Dn lui attri0ue un 8ournal tr1s intressant des derniers 8ours de saint <incent, 8ournal conserv , la maison m1re de la Mission.
- 513 devez estimer, Monsieur, que vous faites sa volont quand vous accomplissez les ordres quon vous donne, et vous persuader quon s loigne de cette divine volont, quand on suit son propre choix. Ce serait assez de vous dire cela mme, au regard des crmonies ; mais il y a plus, cest quelles sont grandement recommandes dans les Saintes critures, o elles vont quasi de pair avec les divins commandements ; ce qui a fait penser que Dieu est autant honor par les crmonies, quand elles sont faites dans son esprit, comme il lest par lobservance de sa loi. Et de l vous pouvez juger de quelle importance est cet exercice et sil ny a pas de la tentation sen faire exempter. Au nom de Dieu, Monsieur, tenons-nous dans lindiff rence ; appliquons-nous dune gale affection tout ce que lobissance nous marquera, soit agrable ou dsagrable. Nous sommes Dieu, par sa grce ; que dsirons-nous autre chose que de lui plaire ? Si lon nous contredit, ce nest pas merveille ; quel mrite y a-t-il de ne ltre pas ? Et qui est celui qui sen peut garantir ? Faut-il, pour quelque petite contradiction, dsister de faire le bien, et un bien tel quest celui de glorifier Dieu ? La personne dont vous mcrivez, qui trouve redire vos crmonies, a grand tort dagir comme il agit ; mais jespre quil ne le fera plus. Je lui en ai touch un mot, et peut-tre que je lui ferai encore mieux connatre sa faute la premire occasion. Nous vous enverrons quelquun bientt, Dieu aidant, pour convenir des mmes crmonies que nous faisons ici, afin quen cela, comme au reste, nous tchions dtre uni formes. Je loue Dieu du bien que lon me mande de vous, qui tes exemple de del. Jen ai le cur plein de consolation.
- 514 1158. A LOUIS RIVET, SUPRIEUR, A SAINTES Du 8 dcembre 1649. Si M. mcrit, je prendrai sujet, en lui faisant rponse, de lui faire sentir quil ne nous donne pas la satisfaction quil nous a fait esp rer, et je tcherai de lui insinuer un peu plus de soumission et dindiffrence quil nen tmoigne ; mais, comme cest plutt loffice du Saint-Esprit que celui des hommes, qui peuvent dire, mais non pas toucher, nous prierons Dieu pour cela ; et cest ce que je vous prie de faire, Monsieur, ce quil lattire fortement la pratique des vertus, surtout de lhumilit et de la condescendance ; quoi vos bons exemples contribueront aussi. Sa correction sera peut- tre de longue venue, cause de son ge bouillant et de la vivacit de son esprit ; mais patience ! cela mme nous le doit faire doucement supporter, dans lesprance quun ge plus avanc rabattra les fumes de la prsomption et la vigueur de lapptit, qui, dordinaire, se trouve dans les jeunes gens. Je sais assez, Monsieur, combien il y a souffrir dans loffice o vous tes, et je prie Notre-Seigneur quil vous fortifie dans les difficult s ; cest dans ces occasions ou nous acqurons les vertus ; et l o il ny a point de peine, il y a peu de mrite. Je voudrais quil plt Dieu nous donner une grande indiffrence pour les emplois. O Monsieur, que nous serions pour lors assur de faire sa sainte volont, qui est notre unique prtention, et que nous aurions de paix et de contentement, ce me semble ! Je vous supplie de lui demander instamment cette grce pour moi et pour toute la compagnie. Je lui Lettre 1158 -eg (, p #EC
- 515 lui offre souvent votre me, qui mest trs chre, pource quelle est bien bonne et bien prcieuse Notre-Seigneur, en qui je suis votre
1159. A REN ALMERAS, SUPRIEUR, A ROME 10 dcembre 1649. Je ne puis pas bien vous rpondre, au sujet du frre [Doutrelet] (1), que je ne sache quoi il sest dtermin et jusques o peuvent aller ses bonnes intentions pour la compagnie, si tant est quil soit rsolu dy demeurer. Je vous dirai nanmoins, Monsieur, que, si sa conversion est v ritable et si tendue quelle embrasse un dessein arrt de mourir en sa vocation et dy vivre selon nos usages, une soumission enti re aux suprieurs, et lindiffrence aux lieux et aux emplois, et enfin le dsir de travailler incessamment lacquisition des vertus, si, dis-je, tout cela vous parat dans la solidit quil faut, je consens que vous le reteniez et en essayiez quelque temps. Que sil se rsout sortir, je nai rien dire, sinon in nomine Domini, et quil faut, en mme temps quil sortira, lui faire signifier la rvocation de son titre. Mais sil veut encore ctoyer ces deux extrmits, marchander avec Dieu et avec la compagnie, naller que dun pied, vouloir faire une chose et non pas une autre, bref, nous tre peine, comme il est depuis quelque temps, je crois quil nen faut pas faire deux fois et que vous devez tcher le rsoudre doucement la retraite et tirer de lui, si vous pouvez, une dclaration par crit que, le titre ne lui ayant t fait que pour lui donner moyen de travailler dans la compagnie, il nentend point Lettre 1159. -eg (, p. (7C #$ <oir la lettre #E7C
- 516 sen servir, ni en rien demander, attendu sa sortie. Et sil ne le veut pas faire, ne laissez pas de le mettre dehors, sil vous pla t ; et dans cet instant, faites-lui notifier la rvocation que nous faisons dudit titre et en faites avertir ceux auxquels il se pourrait adresser pour se faire donner les saints ordres, afin dempcher quil y soit admis. Il est aussi propos quen mme temps vous fassiez un procs-verbal de sa mauvaise conduite, marquant les actions plus scandaleuses quil a faites, et ltat prsent o il se trouve. Vous le ferez signer par quelques-uns de vos prtres qui ont remarqu ses drglements. Vous verrez comment il faudra faire cet acte ; prenez-en avis. Si je ne puis aujourdhui, je vous enverrai au premier jour la procuration de la compagnie pour faire ladite rvocation.
1160. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Dcembre 1649] (1) Monsieur, Voil une lettre de Mademoiselle de Villenant par laquelle vous verrez ce que jai appris de laffaire (2). Ce qui minquite est la difficult que les veuves ont se dfaire de leur office aprs la mort de leur mari ; largent quil nous faut treuver pour se faire recevoir et pour la taxe aux parties casuelles ou la peine en obtenir le don que lon ma dit se pouvoir faire ; et de plus la bonne demoiselle qui ngocie cette affaire, ma dit aujourdhui que ce qui pressait davoir rsolution est que la personne qui avait t en pourparler de cette affaire devant nous tait alle en son pays, et que lon Lettre 1160. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$. %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau. ($. 6 la veille du 8our oK, devait se faire le mariage de Michel Le 'ras, sa m1re cherchait. , lui assurer une situation honora0le. Le pro8et dont elle parle dans cette lettre na0outit pas. Il fallut chercher autre chose. -en Michel de la -ochemaillet, oncle de celle que Michel devait pouser, consentit , cder au 8eune homme loffice de conseiller , la cour des Monnaies.
- 517 serait bien aise que, son retour, il treuvat laffaire faite un autre. Cela me donne un peu de crainte que lon ne pense rompre avec nous. Si cela est, je ne saurai plus que dire. Toutes les difficults ci-dessus ne sont quen vue du peu dexprience de mon fils ; mais il a besoin dperon pour travailler bon escient et de quelque moyen de soccuper par lui-mme. Il a, comme moi, lesprit paresseux ; et pour agir il faut que nous soyons presss, soit par les affaires ncessaires, soit par nos inclinations, qui, par saillies, nous font entreprendre de faire mme des choses assez difficiles. Monsieur de Marillac (3) voyant les articles (4), a bien vu y avoir quelque chose dsirer, mais nanmoins ne ma pas conseill de rompre, encore que lon ne maccordt pas ce quil ma conseill de demander voyant en cette affaire de grands avantages pour nous. Si votre charit venait samedi matin en ce quartier, je la supplie trs humblement men faire avertir ; ce doit tre ce jour-l que loncle (5) et la fille (6) doivent venir, et je pense quil faudra convenir de tout. Votre cher et bon avis maidera beaucoup prendre rsolution. Je vous supplie trs humblement me le donner de la part de Notre-Seigneur, par lequel je suis, Monsieur, votre tr s humble fille et trs oblige servante. L. DE M. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1161. A SIMON LE GRAS, VQUE DE SOISSONS De Paris, ce 15e dcembre 1649. Monseigneur, Jai reu votre lettre et vos commandements comme sils me fussent venus de la part de Notre-Seigneur. +$ Michel de Marillac, conseiller au parlement. .$ Les articles du contrat de mariage. A$ -en Michel de la -ochemaillet. 7$ %emoiselle 'a0rielle Le Clerc, fille du seigneur de Chennevi1res et de feu dame Musset de la -ochemaillet. Lettre 1161. *i0l. de 2ainte 'enevi1ve, ms. +(A#, f; +(+, copie. Lorthographe de la copie montre que loriginal tait en entier de la main du saint.
- 518 Jtais entr dans vos sentiments, Monseigneur, touchant Madame labbesse de Biaches (1), auparavant que je les connusse, et je mtais servi peu prs des mmes raisons que vous mavez fait lhonneur de mcrire, vers ceux qui mont parl pour elle, et vers elle-mme, pour la faire dsister de Saint-Jeandes-Bois (2) et rsoudre daccepter Argensolles (3) ; quoi, Monseigneur, elle sest enfin dtermine, pourvu que Madame dArgensolles et ses religieuses y donnent consentement. Je lui dis que jy travaillerais, et, en effet, jen fis la proposition bientt aprs M. de Montmaur, beau-frre de ladite dame dArgensolles (4), lequel jai instruit plein fond du mrite de laffaire, ce quil sentremette vers elle, comme volontiers il ma fait esp rer. Du depuis il ma dit quil en a confr avec une religieuse de lOrdre, qui fait les affaires de ladite dame, et quil la prie daller Saint-Germain et de lui en parler, dont nous attendons la rponse. Entre les difficults que mondit sieur de Montmaur a prvu que lesdites religieuses dArgensolles nous feront, la principale est le. sujet quelles ont de craindre que, livrant leur maison des religieuses de pareil Ordre, elles ne veuillent quelque jour passer du positoire au possessoire, et quainsi la proprit leur soit conteste par celles qui ny ont aucun droit. A cela, Monseigneur, jai rpondu quil en sera fait un trait si authentique que jamais cette prtention naura lieu, lequel sera homologu #$ *lanche d)stourmel. )lle gouverna le monast1re de *iaches, au dioc1se de ?oyon, de #7#. , #77.. ($. %ans lDise, pr1s Compi1gne. 2aint 4ean des *ois et 6rgensolles taient du dioc1se de 2oissons. +$. 6rgensolles est , une lieue d)pernay. Le monast1re avait alors , sa t&te Claude de *uade 3#7+E #7C#$. Il tait, comme celui de *iaches, de lDrdre de CTteau!. .$. MaTtre des requ&tes
- 519 en parlement et ailleurs o besoin sera, et o elles dclareront quelles nentrent dans ce monastre que par simple hospitalit, et sobligeront de sortir lorsquil plaira Dieu nous donner la paix. Je me donnerai lhonneur, Monseigneur, de vous faire savoir la suite de cette ngociation, qui mest bndiction particulire, puisquelle me donne sujet de vous demander la vtre, comme je fais, Monseigneur, trs humblement prostern en esprit vos pieds, vous suppliant de croire quil ny a pr tre en votre diocse qui vous rende obissance avec plus de soumission et de joie que je ferai, quand vous aurez agrable de men donner les occasions ; et cest ce que jattends, qui suis, en lamour de Notre-Seigneur, Monseigneur, votre trs humble et trs obissant serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission.
1162. A BERNARD CODOING, SUPRIEUR, A RICHELIEU 15 dcembre 1649. Ayant vu la lettre que vous avez crite M. Lambert, je prends sujet de vous dire que nous ne devons point nous entremettre pour les affaires de M. le duc (1) : 1 pource que cela donne jalousie ses officiers de del ; 2 que ce serait nous rendre importuns envers Madame (2), qui sera fort difie, si nous la laissons ; 3 votre prdcesseur (3) ayant donn sujet de penser quil sautorisait Lettre 1162. -eg. (, p. #:C. #$ 6rmand 4ean du Blessis, duc de -ichelieu, neveu de la duchesse d6iguillon. ($. La duchesse d6iguillon. +$. %enis 'autier.
- 520 un peu trop de la faveur de madite dame, il a attir sur lui et sur la compagnie la malveillance du peuple et lenvie des principaux de la ville ; 4 notre profession nous doit faire abstenir de ngocier aucune affaire sculire. Et puis, si je ne me trompe, le procureur dont vous parlez me vint trouver quand jtais Richelieu et dsira de moi la mme assistance ; mais jappris quil y avait des raisons particulires pour lesquelles on ne lui doit pas accorder sa demande. Vous nen parlez aussi, Monsieur, que par simple proposition, et seulement pour ne le pas dsobliger par un refus dcrire pour lui ; ni moi je ne vous dis pas tout ceci tant pour son sujet que pour dautres occasions qui se prsenteront. Dans la nouveaut dun sjour et dun emploi, nous avons toujours besoin de quelques avertissements. Je vous dirai encore, Monsieur, touchant la nourriture du prdicateur, quil nest pas temps de sen plaindre et encore moins de la rejeter sur les habitants, de crainte quils se confirment dans lopinion quils ont, que nous sommes des gens avares, et quils nous reprochent que la maison est bien rent e, et que, recevant dautres personnes en retraite gratis, nous pouvons bien faire la charit un pauvre Capucin. On verra avec le temps si lon pourra procurer quelque fonds la fabrique pour cela et pour le reste. Cependant je vous prie derechef de laisser les choses comme elles sont, sans rien changer ni innover, et cela pour cause. Ceci vous servira de rponse la pense que vous avez eue de faire un papier terrier, un arpentement des terres, etc. Ce nest pas quil nen faille venir l , mais non de quelque temps ; il nous faut auparavant obtenir lamortissement du seigneur.
- 521 1163. ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT De Mercus, le 15 dcembre 1649. Aprs vous avoir rendu mille grces du soin quil vous a plu prendre de parler Monsieur le chancelier et lui avoir si bien expos les raisons qui le peuvent mouvoir maccorder la grce que je lui demande, et vous avoir suppli de me vouloir continuer les mmes soins prs la reine je vous dirai que je tiens mon vocation aussi assure que si je lavais entre les mains, parce quil ne faut pour cela quun commandement de Sa Majest Monsieur le chancelier, car, ne mayant jamais refus aucune chose que je lui aie demande, ce qui a t toujours pour les autres comment pourrais-je douter quelle me refuse cette grce que je lui demande pour ma chre pouse, aprs avoir fait et souffert, comme jai fait, pour le service du roi et de Sa Majest pouvant dire avec vrit que, depuis le commencement de ce trouble jusqu prsent, je nai laiss passer aucune occasion que je naie mnage et employe pour cela. Je nai pas mme attendu quelles se prsentassent mais les ai recherches et me suis oppos fortement et constamment tout ce que jai connu contraire au service de Leurs Majests, et quaprs cela, me trouvant dans lextrmit dans laquelle je me vois, elle me refuse sa protection, je ne le saurais croire. Vous recevrez par les mains des dputs une copie de notre confrence, que je nai encore envoye aucun de Messeigneurs les prlats qui y ont assist, qu Monseigneur de Prigueux, nayant pas eu le temps de la revoir et lexaminer ; ce que je ferai aprs tre sorti de mes exercices, que je fais prsentement. Jai ajout, aprs vous lavoir envoye, au commencement de larticle de la visite, les mots que vous verrez dans le billet ci-inclus, que jai jug propos dinsrer comme tant conformes aux conciles et aux saints dcrets. Vous verrez comme quoi il a t rsolu dtablir des sminaires et que ceux qui ne le pourront enverront les eccl siastiques de leur diocse dans le plus prochain Et pour ce qui est de la conduite, nous avons toujours entendu quelle ft donne aux vtres. Nous demeurmes aussi daccord quil fallait tablir un collge ou maison pour y recevoir les personnes Lettre 1163 6rch. de lv&ch de Cahors, cahier, copie prise sur loriginal
- 522 qui se ddieront au service de Dieu, pour tre leves la pit et dans lesprit de lglise pendant leurs tudes ; et ce fut pour lors que je dis quil en fallait donner la conduite aux vtres, et apportai plusieurs raisons pour cela. Aussi fut-ce une proposition agre de toute la compagnie, etc. ALAIN DE SOLMINHIAC, vque de Cahors.
1164. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Dcembre 1649] (1) Monsieur, Je crois que votre charit se souviendra que je lui ai parl de cette bonne file de StCloud, pour laquelle est cette lettre, que vous prendrez la peine de voir, sil vous pla t. La divine Providence na pas permis quelle ait trouv vendre ses hritages ; mais elle les donne loyer sa sur, qui est bien solvable et qui lui en doit rendre par an trente cus. Nos surs laffectionnent et ne treuvent pas dinconv nient de la recevoir, pourvu que votre charit lagre. Nous dsirerions bien savoir si les pauvres nourriciers auront quelquargent ces f tes et si les enfants quils rapportent encore la mamelle, faute de payement, ne seront pas mis en nourrice sur largent donn pour y mettre les nouveaux trouvs. Lon fera tout ce que lon pourra pour leur faire remporter si lon a quelque chose ; mais dj il nous en est demeur. Nous avons grand besoin de la conduite de Dieu pour laffaire de mon fils (2) qui, je crois, se donnera lhonneur de vous en parler ayant pris la libert de demeurer ce soir chez vous, crainte de mauvais rencontre. Il vous dira les incidents f cheux de cette affaire, quil me semble avoir toujours soumise la volont de Dieu, en laquelle jai lhonneur dtre, Monsieur, votre trs obissante et trs oblige fille et servante. L. DE MARILLAC. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent. Lettre 1164. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau. ($ <oir lettre ##7E note (
- 523 1165 LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Dcembre 1649] (1) Monsieur, Je supplie trs humblement votre charit bien recommander Dieu notre affaire (2). Jai treuv Mesdames de Marillac (3) bien disposes nous faire plaisir ; mais la religieuse treuve propos que je voie Mlle dAtri (4), pour la faire souvenir des services que feu M. Le Gras a rendus feu Mme sa mre, et essayer quelle fasse pour mon fils quelque disposition, comme M. le comte de. Maure (5) ; et pour cela, je vous prie me permettre daller Port-Royal avec Madame sa femme, qui my veut bien mener demain ou aprs. Je crains bien que Madame de Herse ait loign les dames de se trouver lassemble, par la proposition quelle a faite dy apporter de largent. Je pense, Monsieur, quil serait ncessaire quelle ft entendre que sa pense nest pas que ce soit de leur bourse, ni que lon y voulut obliger personne. Plus je pense ce que lon doit, et plus je crains que laffaire nous demeure sur les bras. Les nourrices commencent nous fort menacer et rapporter les enfants, et les dettes se multiplieront tel point quil ny aura pas desprance de les payer ; et puis la compagnie sera dcrie par la campagne plus que la fausse monnaie. Je pense cette bonne pauvre femme grosse. Je crois quelle pourrait tre reue prsentement ; sil vous plat que jen parle, de votre part, la Rvrende. Mre prieure (6) et Madame Le Vacher, je le ferai trs volontiers. Je nai pas eu le temps de voir M. Desbordes (7) comme je Lettre 1165. %ossier de la Mission, copie prise chez M. 4ulien %urand, (7+ 0oulevard 2aint 'ermain, Baris. #$ %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau. ($ Lemploi que Louise de Marillac dsirait pour son fils. +$. 4eanne Botier, pouse de Michel de Marillac, et Marie de Creil, veuve de -en de Marillac, alors religieuse au Carmel. .$. Marie 6nglique d6tri, fille de 'enevi1ve d6ttichy. Le mari de Louise de Marillac avait 0eaucoup fait pour les d6ttichy, apr1s la mort de leurs parents. Il =avait tout consomm, crit la fondatrice son temps et sa vie, au soin des affaires de> leur =maison, ngligeant enti1rement les siennes propres>. A$. Upou! d6nne d6ttichy, tante de Mademoiselle d6tri. 7$. La prieure des 6ugustines de l/Gtel %ieu. :$ <icomte de 2oud et auditeur des comptes
- 524 mtais propos. M..de Marillac ma donn claircissement du plus press. Ntait que cette affaire est de la conduite de la divine Providence, je lappr henderais grandement Vous savez mes besoins pour obtenir de notre bon Dieu les moyens dattirer la gr ce pour lexcution, et quil veut toujours, ce me semble, que je remette ma volont et mon petit pouvoir dagir entre les mains de votre charit pour lui tout offrir ; ce que je fais trs particulirement en ce sujet et tout autre, pour laccomplissement de ses saints desseins sur celle qui est par sa grce, Monsieur votre trs obissante servante et trs oblige fille. LOUISE DE MARILLAC.
1166 A LOUISE DE MARILLAC De Saint-Lazare, ce jeudi, onze heures. [Dcembre 1649 (1)] Mademoiselle, Vous avez raison de craindre quelque chose en la nature du dot qui est cet office. Ce qui me fait vous dire ceci, cest cause quil y a longtemps quil est vacant, que cela procde peut-tre de ce quils nont trouv de marchand qui le voult acheter. Vraisemblablement ils le devaient vendre, puisquil appartient plusieurs ; je ne sais point sil ne serait pas de ceux de nouvelle cration, desquels peu de gens veulent acheter ; il est propos que vous vous en informiez. Mademoiselle Lunis a un neveu de feu M. son mari, qui est de la cour des Monnaies, qui se nomme M. Cocquerel. Celui-ci, par ladresse de madite demoiselle Lunis, vous pourra dire de quelle nature il est, ce quils valent de prix, combien de gages ils ont, sils en sont pay s, sil ny a point de saisie pour dette, ou dopposition au sceau. Luvre des enfants est entre les mains de Notre Lettre 1166 L a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ Cette lettre rpond , la prcdente
- 525Seigneur. Nous verrons vendredi leffet de la proposition de Madame de Herse (2) Pour les injures que la compagnie aura souffrir, puisque cest en bien faisant, elle sera bien heureuse Vous me ferez plaisir de parler ces bonnes religieuses de lHtel-Dieu pour cette pauvre crature, qui nest pas encore en cette ville et ny sera de dix ou douze jours. Vous ferez bien de voir Mademoiselle dAtri. Je prie Notre-Seigneur quil bnisse vos travaux et votre affaire, qui suis v. s. V. D. Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
1167. A BERNARD CODOING, SUPRIEUR, A RICHELIEU Du 18 dcembre 649. Je pensais que notre frre Admirault (1) sen tiendrait ce que jai dj mand M. Benot (2) pour lui dire, qui ($ %apr1s Mgr *aunard "op. cit., p. +99$, ce serait au discours tenu dans cette assem0le que se rapporterait lmouvante proraison si souvent et si 8ustement cite comme un mod1le dloquence =Dr sus, Mesdames, la compassion et la charit, etc.>, et ce discours ne serait autre que celui dont le canevas nous a t conserv dans le recueil des Lettres de Louise de Marillac, p. ..9 et suiv Cette dou0le affirmation est gratuite et m&me errone. 3Cf. aint 8incent de ,aul et les Dames de la *harit par B. Coste, Baris, #9#:, in C, p. +(, note (.$ Lettre 1167. -eg. (, pp. +E(, #:C Le second fragment commence au! mots " #y a!t!il pas moyen, Monsieur, de ren$oyer C M. *uissot. Brcdait il ou suivait il dans loriginal le fragment que nous mettons ici en premier lieu \ ?ous ne saurions le dire. #$ Claude 6dmirault, n , Chinon, entr dans la congrgation de la Mission le (E septem0re #7.C, , l@ge de seize ans, re5u au! vJu! en #7A#, ordonn pr&tre en dcem0re #7A7, plac au sminaire d6gen, suprieur du sminaire de Montau0an de #77A , #7:A et de #7C7 , #79E, du sminaire d6gen de #79E , #79.. ($. *enoTt *cu.
- 526 est que nous avons en pratique le conseil de lvangile, de ne retourner chez nos parents, aprs les avoir quitts pour suivre Notre-Seigneur. Vous savez ce quil a dit sur ce sujet et comme il dtournait ses disciples daller en leur pays ; il y voyait de linconvnient pour eux, et nous en avons toujours trouv pour les ntres en telles occasions. Si vous me dites, Monsieur, pourquoi donc nous vous avons envoy chez vous, je vous rpondrai que cest parce que vous ne le demandiez pas, comme en effet vous ny tes all que par obissance. Et puis il y a grande diffrence de vous un jeune homme ; vous tes ancien et, par manire de dire, confirm dans la compagnie ; et lui au contraire est frle et commenant. Je vous prie donc de le dtourner de cette visite et den ter lesprance ses parents. Ny a-t-il pas moyen, Monsieur, de renvoyer M. Cuissot (3) le frre quil vous a prt ? Ce mot de prter noblige-t-il pas rendre ? Et si vous le lui avez promis, ntes-vous pas doublement oblig vous en acquitter ? Il ne sert de dire que vous lui avez laiss Robin (4) puisquil ne cesse de rclamer Bernard (5). La bonne foi doit tre garde parmi nous. Quelque besoin que la maison de Richelieu ait de ce frre, il est toujours vrai quil appartient celle de Cahors, qui dailleurs en a grandement faire. Vous savez quil y a environ 40 personnes et quil ny a que trois ou quatre fr res, au lieu que vous en avez pour le moins cinq. Sil vous en faut davantage, prenez un domestique et renvoyez ce frre ; je vous +$ 2uprieur du sminaire de Cahors. .$. 4acques -o0in, n , Mortiers 3Charente Infrieure$, entr dans la congrgation de la Mission le C mars #7.., re5u au! vJu! le : septem0re #7.C. A$. *ernard 'azet, n , 2ainte Livrade 3Lot et 'aronne$, re5u dans la congrgation de la Mission , La -ose le (7 fvrier #7.:, , l@ge de vingt deu! ans.
- 527 supplie que ce soit au plus tt. Lordre veut que les frres ne puissent, non plus que les prtres, quitter une maison pour aller dans une autre, ni demeurer dans cette autre par leur choix ni par celui des suprieurs particuliers, si le gnral ne la ainsi dtermin ; cest ce que jcrivis dernirement Cahors, Agen et La Rose, o il est arriv des noises par le changement des frres.
1168. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT. Ce 20 dcembre 1649. Monsieur, Jai eu assurance que la charge est ceux qui en disposent, et que personne ne la saurait acqurir sans leur dmission. Notre affaire continue. Jai trouv la personne dont je vous parlai hier, hors de passion, et a bien fait ce matin ce quil devait faire. Je supplie tr s humblement votre charit continuer de la recommander Dieu. Mademoiselle de Villenant vous supplie trs humblement quelle vous puisse parler avant jeudi ; et pour cela, Monsieur, sil vous plat lui dire le lieu auquel elle se donnera lhonneur de vous aller trouver, vous prendrez la peine me le mander sil y a moyen par notre sur qui porte la prsente. Cest une affaire dimportance, pour la gloire de Dieu et presse. Jai t bien fche de navoir point pass chez Monsieur Desbordes le cocher sest mpris, ne sachant pas le chemin. Voil lclaircissement du doute que nous avions, sil plat votre charit quil ne soit pas gar et me faire toujours lhonneur de me croire, Monsieur, votre tr s obissante et trs oblige fille et servante. L. DE MARILLAC. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent, gnral des vnrables prtres de la Mission. Lettre 1168. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original #$ %ate a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau
- 528 1169. A ETIENNE BLATIRON, SUPRIEUR, A GNES Du dernier de lan 1649. Javais bien prvu que votre voyage de Rome se ferait contretemps si vous lentrepreniez dans la conjoncture prsente de vos affaires ; et je vous ai mand de le diffrer, si vous le jugiez convenable Votre compagnie a eu raison aussi de le dsirer, mais elle a mal procd dans la manire de vous retenir : 1 parce quelle doit dfrer la conduite du suprieur et aux ordres du gnral ; 2 quelle ne sest pas adresse moi pour me reprsenter les inconvnients de votre loignement ; 3 de ce que pour lempcher elle a eu recours des moyens extrieurs, ayant implor laide de ceux qui ne sont pas de la congrgation ; car encore que nous devions obissance aux prlats quant nos emplois envers le prochain, la direction intrieure appartient nanmoins au suprieur et aux officiers de la compagnie ; 4 dans une famille, on ne voit que les raisons particulires qui la regardent ; et nous voyons non seulement celles-l, mais les raisons gnrales pour lesquelles on doit ordonner les choses, lesquelles tant inconnues aux particuliers, ils ne doivent pas aussi mettre empchement ce qui nest pas de leur ressort. Enfin, Monsieur, la compagnie est tombe en sa naissance dans le dsordre o dautres ne se trouvent quaprs plusieurs sicles ; et le chemin la division demeure ouvert, quand les sujets improuvent ce que font les sup rieurs. Je veux croire que les vtres nont pas fait rflexion cela, et partant je les excuse ; mais ne laissez pas de faire entendre au visiteur, qui sera bient t chez vous, ce que je viens de Lettre 1169. -eg (,. p (7.
- 529 vous crire, afin quil leur en parle de si bonne faon quils ne tombent plus dans une telle faute. Vous me dites quil y a un surveillant chez vous qui remarque et qui rapporte ce qui se passe ; je vous prie de me dire si cest un Franais, et son nom en termes couverts. Je sais que vous menez tous une vie o non seulement il ny a rien reprendre, mais qui est pleine ddification ; nanmoins je confesse quil est bien fcheux dtre ainsi syndiqus (1), pource que les esprits adonns cela ne jugent jamais des choses selon quelles sont, mais selon quils sont eux-mmes.
1170. ALAIN DE SOLMINIHAC A SAINT VINCENT De Mercus, 5 janvier 1650. Monsieur, Je vous rends trs humblement grces des offres que vous me faites de vos assistances tant pour laffaire de Chancelade que pour notre vocation. La croyance que jai eue que vous auriez cette bont pour moi, ma fait en user comme je fais en votre endroit ; et comme je nai pas moins daffection pour votre service et dvote congrgation que pour mes propres affaires, je ne fais pas difficult de vous employer, comme je fais, dans les occasions. Si Monsieur le chancelier refuse de maccorder ce que je lui demande, et que la reine ne lui commende pas de me le donner, cela refroidira bien en ce pays les esprits au service du roi, quand on le saura ; car si, aprs mtre expos comme jai fait, on mabandonne, que croiront les autres quon fera deux ? Nous en attendrons lvnement. Lapprobation que vous donnez notre confrence fera que je len estimerai davantage. Il sy est bien rsolu beaucoup dautres choses qui ny sont pas couches par crit entre autres une qui vous regarde et que peut- tre jajouterai, si vous le jugez propos cest de faire instance notre Saint-Pre ce quil ne donne plus de rescrits de promovendo a quocumque #$ yndiqus, censurs. Lettre 1170. 6rch. de lv&ch de Cahors, cahier, copie prise sur loriginal
- 530 episcopo, sur les Vertus de lOrdinaire ni d extra tempora. Monseigneur de Prigueux sest charg den crire, de ma part de lassemble, Monseigneur le cardinal Dataire, auquel jen ai crit par avance et lui mande les grands maux que cela cause dans nos diocses, que cest la ruine de nos sminaires, qui sont tablis principalement pour prouver la vocation des ecclsiastiques ; ce qui est tant recommand par les saints canons. Tous les prlats du royaume se devraient joindre nous pour cela. Lon se bat tous les jours Bordeaux (1), et la dsolation est si grande en ce pays-l que cela nest pas croyable. Je ne me suis jamais plaint du Pre Faure, jacobin, de ce quil refusa de prcher dans notre chaire, ne le pouvant pas faire, parce que je ne lui avais jamais parl , ni vu, ni crit ; cest de son provincial, auquel javais promis notre chaire, et qui mavait assur que le P. Faure viendrai prcher. Ce nest pas le vicaire de Puy-lEvque (2) qui demande dentrer dans votre compagnie ; cest un autre qui sert une des annexes de cette paroisse, natif de ce lieu, les esprits duquel sont bien diffrents de ceux de Gourdon. Celui-ci est doux et vertueux et a tudi en thologie. Il a ce dfaut de ny voir que dun il sans difformit. Nanmoins il a eu un rescrit de Rome pour avoir la dispense, parce que cest celui du canon et je lui ai baill les ordres. Monsieur Cuissot ma dit quil ne stait pas adress lui pour lui dcouvrir son dessein, que ctait M. Water. Je lui dirai ou ferai savoir de lui mander de laller trouver, afin quil examine sa vocation et quil vous mande ce quil jugera, pour savoir si vous dsirez quon vous lenvoie ; ce que nous ferons de bon cur, dsirant vous tmoigner, en cette occasion et les autres qui soffriront pour votre service, que je suis, etc. ALAIN v. de Cahors.
1171. A MARC COGLE, SUPRIEUR, A SEDAN Du 7 janvier 1650. Pour le rencontre arriv avec Messieurs du bureau #$ <oir *ordeau! sous la Fronde 3#7AE$, dapr1s les Mmoires de Lenet, par 6ntoine 2aintmarc, *ordeau!, #CA7, in #C. ($. Chef lieu de canton de larrondissement de Cahors. Lettre 1171. -eg. (, p. #...
- 531 de Sedan, qui veulent la disposition de la recette de la confr rie du Rosaire, il sera bon quen pareilles mulations publiques qui regarderont la compagnie, vous nous en donniez avis aussitt. Cependant vous ferez bien de vous ajuster au dsir de ces Messieurs touchant cette recette, pour les adoucir et vous conserver en bonne intelligence avec eux, puisque vous les voyez rsolus ne pas souffrir que cette direction demeure au cur si absolue quils nen prennent connaissance, et que dailleurs ce quils demandent est juste, suppos le rglement. Le public mme, qui contribue ces aumnes, le doit dsirer. Le religieux qui a fait ltablissement na pu droger par ses ordonnances, ni par lusage des autres lieux o cette confrrie est tablie, aux rgles de la paroisse, si ce nest que les marguilliers dalors y aient consenti.
1172. A JACQUES CHIROYE, SUPRIEUR, A LUON 9 janvier 1650. On ma dit ici quil sen faut bien que la Motte vaille cinquante cus de rente, comme vous mavez crit ; et quand elle vaudrait davantage, cela mrite-t-il que vous fassiez un double mnage, ni la dpense quil faut pour les achats et les agencements quil convient faire ? Je vous en ai dj crit ma pense. Je crains fort que ce que Monseigneur (1) en fait, ce que vous dites, que ce soit par votre induction, ouverte ou tacite, plutt que par son mouvement propre. Cela tant, je vous prie de dtourner lexcution de ce projet, qui pourrait tre plus onreux quavantageux ; et, au nom de Lettre 1172. -eg. (, p. #7E. #$ Bierre ?ivelle, v&que de Lu5on.
A+( Dieu, Monsieur, ayons plus de soin dtendre lempire de Jsus-Christ que nos possessions. Faisons ses affaires ; il fera les ntres ; et honorons sa pauvret, au moins par notre modration, si nous ne le faisons pas par une entire imitation.
1173. A LOUIS SERRE, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT-MEEN Du 1er janvier 1650. Vous mavez sensiblement consol de me mander ltat de votre maison ; mais ce que vous me dites de M. Thibault mafflige : il expose trop sa sant ; il ne se portait pas bien, et nanmoins il est all au travail ; je crains quenfin il ny succombe. Au nom de Dieu, Monsieur, prenez soin de lui et faites quil se repose et se mnage mieux ; vous ferez service la compagnie et grand nombre de personnes qui en doivent recevoir de lui pour leur salut. Je vous fais la mme prire lgard des autres qui ont besoin de se modrer.
1174. A UN VQUE (1) [Entre 1643 et 1652] (2) Qui est-ce qui ne reconnatra que cest une bndiction de Dieu bien manifeste sur le diocse de de lui avoir Lettre 1173. -eg. (, p. #:+. Lettre 1174. 60elly, op. cit., #. III, chap. QI, sect. I<, p. #+C. #$. 60elly dit que la lettre est adresse , un prlat de grand mrite nomm par linfluence de saint <incent, auquel il avait fait connaTtre les premiers fruits de ses travau!. ($ Iemps pendant lequel saint vincent fut mem0re du Conseil de conscience
- 533 donn un vque qui porte la paix aux mes en des lieux o, depuis cent ans, on navait point ou parler ni dvques, ni de visites. Et aprs cela, Monseigneur, puis-je concevoir une estime assez grande de votre personne, ni vous rendre des respects assez profonds ? Mais ne dois-je pas dire que vous tes vraiment un vque Dieu-donn, un prlat de grce, un homme tout apostolique, qui par Jsus-Christ sest fait connatre aux peuples les plus dsols ? Que son saint nom en soit jamais bni et vous conserve une longue suite dannes, pour tre enfin rcompens dune ternit de gloire et reconnu dans le ciel parmi un trs grand nombre dmes bienheureuses qui auront eu entre en ce sjour de gloire par votre moyen et qui vous y reconna tront pour leur second sauveur aprs Jsus-Christ !
1175. A LA MRE ANNE-MARIE BOLLAINI, SUPRIEURE, AU COUVENT DE LA MADELEINE Ma chre Mre, La grce de N.-S. soit avec vous pour jamais ! Ce que vous me demandez touchant ce bon ecclsias Lettre 1175. -eg. #, fo 7( <; copie prise sur loriginal autographe. #$. 6nne Marie *ollain tait ne le +E septem0re #A99 Luand elle se prsenta , saint Fran5ois de 2ales, alors , Baris, pour se faire recevoir au premier monast1re de la <isitation, celui ci lui demanda son nom. =*ollain> rpondit elle. =ma fille lui dit le saint, le lin est une petite graine qui multiplie e!tr&mement N vous devez &tre ainsi dans la terre de la sainte religion, oK 8e promets place.> son esprit tait si mHr d1s le noviciat que 2ainte Chantal rgla dapr1s ses avis divers articles du coutumier. )n #7(9, elle alla, en qualit de suprieure, au couvent de 2ainte Madeleine, quelle quitta en #7++, appele au premier monast1re par les suffrages des sJurs qui la voulaient , leur t&te. Irois ans apr1s, elle reprit sa place au
- 534 tique pour la direction de la maison (2) souffre deux difficult s : lune, du ct de lautorit, quil voudra prendre plus grande quil nest pas exp dient, cause quil se tiendra suprieur-n ; et peut-tre que ses successeurs prtendront la mme chose de droit ; la seconde, et que je mets la dernire, est sa personne qui, tant un peu dlicate et infirme, fera difficult de se charger dabord de votre maison. Il vaut mieux observer comme la chose ira en ce commencement. Jai dit notre frre qui fait les affaires, quil vous rapporte aujourdhui les papiers que vous mavez envoys, qui ne sont que des copies. Vous mavez fait proposer de nous rapporter des arbitres, et que vous preniez M. Deffita (3) pour vous. Je vous ai mand que trs volontiers nous nous tiendrons son jugement. Je nai trouv que M. Pepin qui estime que nous navons pu faire le bail de Verneuil ; M. Blavet dit en sa prsence que nous le pouvions ; et tous ceux qui jen ai parl depuis, qui sont entendus au fait des coches, estiment quil nest pas juste que vos coches de Dreux empchent ltablissement de celles de Verneuil, ni de Lisieux, Bayeux, Coutances et Valognes, qui sont au del, o les propritaires des coches de Rouen auxquelles vous avez part, ont droit den mettre, et par toute la Normandie. Jugez vous-m me, ma chre Mre, quelle raison a Dreux dexclure toutes ces autres villes, qui nen ont point, den avoir pour leur commodit, quand couvent de 2ainte Madeleine, dont elle sloigna de nouveau en #77. pour gouverner la communaut de Chaillot pendant si! ans. Le premier monast1re la redemanda en #7:+. )lle y mourut le #A 8anvier #7C+, apr1s avoir servi %ieu dans le cloTtre durant soi!ante trois ans. 2ainte Chantal disait delle que ctait =une @me tr1s fervente et vertueuse qui allait droit , %ieu> ">nne ainte, t. I, pp. +7E +:A.$ ($. Le couvent de la Madeleine. +$ 6vocat de Baris et ami du saint.
- 535 ils voudront Et puis, il y a quantit dexemples de cela : les coches dAbbeville et de Calais ne laissent pas de passer sur La route de Beauvais, o il y en a dtablies. Oui, dit-on, mais les propritaires auront moins de leur ferme. Et quand cela serait, votre intrt particulier doit-il porter prjudice aux autres villes qui sont au del, puisque ltablissement des coches regarde la commodit publique ? Il y a une chose qui nest pas juste, cest que les autres coches prennent des personnes Dreux ; et pour cela, il doit tre permis au coche de Dreux de saisir les autres coches, sils le faisaient. Voil, ma chre Mre, mes petites penses, que je vous cris tout simplement. Lon mte la plume de la main et me contraint finir. Que si M. Deffita juge autrement, je my soumets, qui suis, en lamour de N.-S., votre tr s humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. Mission.
1176. AUX SUPRIEURS DES MAISONS DE LA COMPAGNIE (1) Du 15 janvier 1650. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Vous savez que toutes les choses de ce monde sont sujettes quelque altration, que lhomme mme nest Lettre 1176. -eg. (, p. +E(. Il e!iste dautres copies anciennes concordantes, dont une au! archives dpartementales de <aucluse, % (97. #$ %apr1s Collet, op. cit, t. II, p. (9A.
- 536 jamais en mme tat et que Dieu permet souvent du dchet dans les compagnies les plus saintes ; il en est arriv ainsi en quelques-unes de nos maisons, dont nous nous sommes aperus depuis certain temps, par les visites qui ont t faites, sans que dabord nous en ayons connu la source. Il a fallu, pour la dcouvrir, un peu de patience et dattention de notre part ; mais enfin Dieu nous a fait voir que la libert de quelques uns reposer davantage que la rgle ne porte, a produit ce mauvais effet ; dautant que, ne se trouvant pas loraison avec les autres, ils taient privs des avantages quil y a de la faire en commun, et souvent ils nen faisaient que peu ou point en particulier. De l venait que, telles personnes tant moins attentives sur elles, leurs actions en taient plus languissantes et la communaut ingale en ses pratiques. Pour remdier ce dsordre, il en faut ter la cause, et, cet effet, recommander lexactitude du lever et y faire tenir la main, en sorte que peu peu chaque maison change de face, se rendant plus affectionne au rglement, et que chacun en particulier soit plus soigneux de son bien spirituel ; ce qui nous a donn sujet de faire notre premire confrence en cette nouvelle anne sur cette premire action de la journe, pour nous confirmer davantage dans la rsolution de nous lever tous indispensablement ds les quatre heures et ainsi entrer plus avant dans les heureuses suites de cette fidlit, lesquelles, avec les inconvnients qui arrivent du contraire, nous ayant servi de motifs en notre entretien, jai pens, Monsieur, vous en devoir faire part, ensemble des objections et des rponses quon peut faire l-dessus et des moyens dont on se peut servir, ce que vous en donniez connaissance votre famille, pour la maintenir dans le mme usage,
- 537 ou pour y entrer, si elle ny tait pas, afin quelle participe au mme bonheur. Le premier avantage qui revient de se lever au moment o lon entend le rveil, est que lon accomplit la rgle et par consquent la volont de Dieu. 2 Lobissance rendue cette heure-l tant dautant plus agrable Dieu quelle est prompte, elle attire aussi bndiction sur les autres actions du jour, comme il parat en la promptitude de Samuel, qui stant lev trois fois en une nuit, il en a t lou du ciel et de la terre et grandement favoris de Dieu. 3 La prmice des bonnes uvres est la plus honorable. Or, tout honneur tant d Dieu, il est raisonnable de lui donner celui-l ; si nous le lui refusons, nous faisons la premire part au diable et le prfrons Dieu. De l vient que ce lion rde le matin autour du lit pour attraper cette action, afin que, sil ne peut avoir autre chose de nous pendant le jour, il se puisse pour le moins vanter davoir eu la premire de nos actions. 4 On contracte habitude quand on saccoutume lheure. Elle fait que par aprs on est prompt au rveil, et elle sert mme dhorloge aux lieux o il ny en a point, et on na pas de peine sauter du lit. Et au contraire, la nature se prvaut des avantages quon lui donne : reposant un jour, elle demande le lendemain la mme satisfaction et la demandera tandis quon ne lui en tera pas tout fait lesprance. 5 Si Notre-Seigneur a quitt le paradis pour nous et sest rduit en cette vie une telle pauvret quil navait pas o reposer sa tte, combien davantage devons-nous quitter un lit pour aller lui ! 6 Un sommeil rgl sert la bonne disposition du corps et de lesprit ; et qui dort longtemps se rend
- 538 effmin ; aussi les tentations arrivent-elles en ce temps-l. 7 Si la vie de lhomme est trop courte pour servir Dieu dignement et pour rparer les mauvais usages quil a faits de la nuit, cest chose d plorable de vouloir encore retrancher du peu de temps que nous avons pour cela. Un marchand se lve de bon matin pour devenir riche ; tous les instants lui sont chers ; les voleurs en font bien autant et passent les nuits pour surprendre le passant ; faut-il que nous ayons moins de diligence pour le bien quils en ont pour le mal ? Les mondains font leurs visites ds le matin et se trouvent au lever dun grand avec grand soin. Mon Dieu ! quelle honte si la paresse nous fit perdre lheure assigne pour converser avec le Seigneur des seigneurs, notre appui et notre tout ! 8 Quand on assiste loraison et aux rptitions, on participe aux bndictions de Notre-Seigneur, qui sy communique abondamment, se trouvant, comme il dit, au milieu de ceux qui sont assembl s en son nom. Le matin est le temps le plus propre pour cette action et le plus tranquille de la journe ; aussi les anciens ermites et les saints, lexemple de David, lont employ prier et mditer. LIsralite se devait lever matin pour cueillir la manne ; et nous qui sommes sans grce et sans vertu, pourquoi ne feronsnous pas de mme pour en avoir ? Dieu ne dpart pas en tout temps galement ses faveurs. Certes, depuis quil nous a fait la grce de nous lever tous ensemble, nous voyons cans plus de ponctualit, de recueillement et de modestie ; ce qui nous fait esprer que, tant que ce bel accord durera, la vertu ira toujours augmentant et que chacun saffermira davantage en sa vocation. La nonchalance en a fait
- 539 sortir plusieurs, qui, ne se pouvant dorloter souhait, ne pouvaient saffectionner leur tat. Quel moyen daller volontiers loraison, si lon ne se lve qu regret ; de mditer utilement, quand on nest lglise qu demi et seulement par biensance ! Au contraire, ceux qui ont affection au lever persvrent dordinaire, ne se relchent gure et font dheureux progrs. La grce de la vocation tient loraison, et la grce de loraison celle du lever. Si donc nous sommes fidles cette premire action, si nous nous trouvons ensemble devant Notre-Seigneur et nous prsentons tous ensemblement lui, ainsi que faisaient les premiers chrtiens, il se donnera rciproquement nous, il nous illustrera de ses lumires et fera lui-mme en nous et par nous les biens que nous avons obligation de faire en son glise ; enfin il nous fera la grce de parvenir au degr de perfection quil dsire de nous, pour le pouvoir un jour pleinement possder dans lternit des sicles. Voil, Monsieur, combien il est important que toute la compagnie se l ve exactement quatre heures, puisque loraison tire sa valeur de cette premire action et que les autres actions ne valent que ce que loraison les fait valoir. Celui-l le savait bien qui disait que de son oraison il jugeait quel serait le reste de sa journe. Mais dautant que la dlicatesse daucuns ne se rendra pas sans rplique, pource quelle nest sans prtexte, je prvois quelle me dira que la rgle du lever ne doit pas obliger galement les personnes de faible complexion comme les plus robustes, et que celles-l ont besoin dun plus long repos que les autres. A quoi joppose lavis des mdecins, qui tous conviennent que sept heures suffisent toute sorte de personnes, et
- 540 lexemple de tous les Ordres de lglise, qui ont leur repos limit sept heures ; aucun nen prend pas davantage, et il y en a qui nen ont pas tant, et la plupart ne les ont quinterrompues ; car ils se lvent une ou deux fois dans la nuit pour aller au chur. Et ce qui condamne notre l chet, cest que les filles nont pas un plus grand privilge, bien quelles soient plus faibles et aient t leves plus dlicatement. Mais ne reposent elles pas quelquefois plus qu lordinaire ? Non, jamais je ne lai ou dire, et je le puis assurer des filles de Sainte-Marie ; jexcepte les malades qui sont aux infirmeries. Un autre me dira : quoi ! Monsieur, faut-il se lever quand on se sent incommod ? Jai un grand mal de tte, une douleur de dents, un accs de fivre qui mont empch de dormir presque toute la nuit..- Oui, mon frre, mon ami, il se faut lever, si vous ntes dans linfirmerie, ou navez ordre de demeurer plus longtemps en votre lit ; car, si sept heures de repos ne vous ont pas soulag, une ni deux heures davantage, prises de votre propre mouvement, ne vous guriront pas. Mais quand, en effet, vous en seriez soulag, il est expdient que vous donniez gloire Dieu, comme les autres, vous trouvant au lieu destin pour loraison, et que l vous reprsentiez votre besoin au suprieur ; autrement, nous serions toujours recommencer, pource que souvent plusieurs sentent quelque incommodit et que dautres pourraient feindre den avoir, pour se dlicater, et ainsi ce serait une occasion continuelle de dsordre. Si lon manque dormir une nuit, la nature se saura bien rparer une autre nuit. Entendez-vous aussi, Monsieur, rpliquera quelquun, retrancher toute sorte de repos extraordinaire ceux qui arrivent de voyage, ou qui sortent de quelque long
- 541 travail ? Oui, pour le matin ; que si le suprieur juge que la lassitude soit telle quelle require plus de sept heures de repos, il les fera coucher ds le soir plus tt que les autres. Mais ils arrivent fort tard et fort harasss. en ce cas, il y aura pas de mal de les faire reposer le matin, car la ncessit sert de rgle. Quoi ! toujours se lever quatre heures, et la coutume est de reposer jusqu six une fois la semaine, ou tout au moins en quinze jours, afin de se refaire un peu ; cela est bien fcheux et capable de nous faire malades ! Voil le langage de lamour-propre et voici ma rponse. Notre rglement et la coutume mme veulent que nous nous levions tous en mme temps ; sil y a eu du relchement, ce nest que depuis quelque temps et seulement dans quelques maisons, par labus des particuliers et la tol rance des suprieurs ; car en dautres la pratique du lever a t toujours fidlement observe ; aussi sont-elles en bndiction. De penser que lon soit malade pour ne donner pas quelque intervalle cette exactitude, cest une Imagination ; lexprience fait voir le contraire. Depuis que tous se lvent, nous navons aucun malade cans qui ne le ft auparavant, et nen savons point ailleurs ; mais nous savons, et les mdecins le disent, que le trop dormir nuit aux pituiteux et cacochymes. Finalement, si on mobjecte quil peut arriver quelque affaire qui emp chera quelquun de se coucher neuf et voire dix heures, et quil est raisonnable quil prenne le matin le repos quil a perdu le soir, je r ponds quil faut viter, sil est possible, ces empchements-l, pour se retirer lheure ; et si on ne le peut pas, cest si rarement, que la privation dune, ni deux heures de sommeil nest pas considrable, en comparaison du scandale
- 542 quon donne, demeurant au lit, lorsque les autres font loraison. Nai-je pas tort, Monsieur, de ntre tant tendu en votre endroit pour montrer lutilit et limportance du lever, puisque votre famille est peut- tre des plus ferventes et plus rgulires de la compagnie ? Cela tant, mon dessein nest pas aussi de lui persuader autre chose quune tendre et humble reconnaissance envers Dieu de la fidlit quil lui donne ; mais si elle est tombe dans le dfaut que nous combattons, jai raison, si me semble, de linviter sen relever, et de vous prier, comme je fais, dy tenir la main. En voici brivement les moyens pour vous et pour elle. Les siens sont : 1 De se convaincre que lexactitude du lever est une pratique des plus importantes de la compagnie, et que tel quest le commencement, tel est le reste de la journe ; 2 de se bien donner Dieu le soir, en se couchant, lui demandant la force de se vaincre le matin et dobir sa voix sans aucun retardement, invoquant cet effet la protection de la sainte Vierge par un Ave Maria, dit genoux, et se recommandant son ange gardien ; plusieurs se sont bien trouvs den user ainsi ; 3 se reprsenter que la cloche est la voix de Dieu, et, au moment que lon lentend, se jeter au bas du lit, en faisant le signe de la croix, se prosterner terre, et, en la baisant, adorer Dieu unanimement avec le reste de la communaut, qui, en ce mme instant, ladore, et, quand on y manque, simposer quelque pnitence. Il y en a qui se sont disciplins autant de temps quils en avaient perdu disputer avec le chevet. Le dernier moyen pour chaque particulier est de ne jamais dmordre de cette exactitude ; car plus on diffre, plus on se rend inhabile.
- 543 Les moyens gnraux qui dpendent de vos soins, Monsieur, et des officiers de la maison sont : en premier lieu, quil y ait toujours un excitateur qui aille de chambre en chambre porter de la lumire, quand il en faut, et dire hautement : Benedicamus Domino, et le rpter jusqu ce quon rponde ; quaprs cela un autre fasse la visite, voire une double visite, quand la communaut est grande, et que ceux qui seront nomms pour cela le fassent exactement ; secondement et enfin, que ceux qui ont la conduite tiennent ferme et ne permettent personne de reposer jamais aprs les quatre heures du matin, sous quelque prtexte que ce soit, hors linfirmerie, sil y en a, sinon, en cas de grande ncessit. Et propos de conduite, lexactitude au lever a t trouve si belle et tant utile quon a jug que ceux qui ny taient pas fidles ne devaient jamais tre employs aux charges de la compagnie, pource que leur exemple serait bientt suivi en ce relchement et quils auraient mauvaise grce de prendre pour eux ce quils seraient obligs de refuser aux autres. Plaise Dieu, Monsieur, de, nous pardonner les manquements passs et de nous faire la grce de nous en corriger, en sorte que nous soyons comme ces bienheureux serviteurs que le matre trouvera veillant, quand il viendra ! Je vous dis en vrit, dit Notre-Seigneur (2) quil les fera seoir table, et, savanant, les servira ; et sil vient en la seconde veille et pareillement en la troisi me, et quil les trouve ainsi, bienheureux seront ces serviteurs-l ; en vrit je vous dis quil les commettra sur tout ce quil a En voil assez, Monsieur, pour une lettre. Offrez-moi, sil vous pla t, Dieu et aux prires de votre petite ($ )vangile de saint Luc QII, +: +C.
- 544 compagnie, de laquelle et de vous en particulier je suis Monsieur, tr s humble et affectionn serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M.
1177. A LOUISE DE MARILLAC [Janvier 1650] (1) Je nentends non plus rien dans ces sortes de choses que vous me proposez, Mademoiselle, quaux articles que vous mavez fait voir. Que si vous jugez quil faut que M. le prieur (2) et moi soyons nomms dans le contrat, il le faut nommer avant moi. Je prie Notre-Seigneur quil bnisse les maris (3) et quil vous donne les dispositions quil donna la sainte Vierge, lorsquelle assista avec son fils au mariage de Cana. Votre bonne fille de Vienne mest venue presser ce matin pour les nourriciers. Je lui ai dit que nous faisons tout ce que nous pouvons, et quil faut avoir patience pour quelque temps et faire le moins mal quon pourra ; Lettre 1177. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original #$. <oir note +. ($. 6drien Le *on, ancien prieur de 2aint Lazare. +$. Louise de Marillac voyait enfin la ralisation de ses vJu! les plus chers. Le #+ 8anvier #7AE elle crivait , 4eanne Lepeintre, suprieure , ?antes " =4e vous supplie faire la sainte communion toutes nos sJurs , lintention de mon fils, qui 8e crois, recevra le sacrement de mariage un de ces 8ours. %ieu lui a choisi, ce sem0le, une 8eune demoiselle 0ien vertueuse, qui nest pas de Baris.> )n effet, le #C, Michel Le 'ras pousait, dans lglise 2aint 2auveur, 'a0rielle Le Clerc, fille du seigneur de Chennevi1res et de feu dame Musset de la -ochemaillet. -en Michel de la -ochemaillet, oncle de sa femme, lui cdait en m&me temps loffice de conseiller , la cour des Monnaies. Lanne suivante, naissait une petite fille, quon appela )ene Louise en famille, et chez les Filles de la Charit la petite sLur. -ene Louise deviendra plus tard Mlle dDrmilly N elle vivait encore en #797, anne du dc1s de son p1re.
545 mais, comme ce nest pas de largent comptant, je pense quelle est rest e un peu mortifie.
1178. A REN ALMRAS, SUPRIEUR, A ROME 4 fvrier 1650. Jai envoy votre lettre M. Ce que vous lui crivez au sujet de Florence est bien propos. Dieu nous a fait La grce de ne rechercher jusqu cette heure aucun tablissement directement, ni indirectement ; et si la compagnie men croit, elle se conservera inviolablement dans cette maxime ; car, si nous sommes bons, nous nen manquerons pas ; et si nous ne sommes pas tels, nous nen avons dj que trop ; et peine pouvons-nous remplir le peu de maisons que nous avons. On ma dit que Monseigneur larchev que de Toulouse (1) attend il y a longtemps que je lui t moigne quelque souhait que la compagnie travaille en son diocse, pour nous y tablir et nous donner la conduite de son sminaire mais je nai garde den donner le moindre signe Monsieur son frre tait cans il y a peu de jours, qui me ctoya longtemps sur ce sujet, et je mempchai exprs de parler. Il faut que la Providence nous appelle et que nous la suivions, pour aller srement.
1179. CHARLES NACQUART, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT Monsieur et trs honor Pre, Votre bndiction ! Puisquuns si long espace de mer qui nous spare ne permet Lettre 1178. -eg. (, p. 7E #$ Charles de Montchal. Lettre 1179. %ossier de la Mission, copie du Q<IIe si1cle. 2aint
- 546 pas que je puisse de bouche vous rendre compte de ma mission jai recours la prsente, laquelle fera votre charit et, par mette moyen, la Sacre Congrgation de Propaganda fide, le rcit quelle attend dun explorateur envoy en cette terre pour savoir si elle est de promission et capable dencourager les hommes vangliques la conqurir Notre-Seigneur Jsus-Christ. Je sais bien que lhumilit devrait couvrir la face de confusion et fermer la bouche un si chtif instrument comme je suis, me voyant employ un uvre de si grande consquence et dont je me reconnais autant indigne quincapable. Mais mon devoir et la charit, joints lattente de Sacre Congrgation, mobligent dimiter la simplicit de ceux qui ont crit ce que Dieu avait fait en eux et par eux en de semblables emplois, comme je remarque qua fait le grand saint Franois Xavier par ses admirables aptres, me reconnaissant dailleurs oblig de marcher sur ses pas en considration de ce quil a t mon prdcesseur, non deffet, mais de volont car il avait un extrme dsir de venir en cette le ; mais il en fut pouss et conduit ailleurs par des vents contraires ou plut t par lEsprit de Dieu. Je vous dduirai tout simplement et sans ornement quelles furent nos occupations auparavant notre embarquement, et sur terre et sur mer, avec une bri ve description du pays, des habitants et de leurs murs et superstitieuses c rmonies, et de ce que la bont de Dieu a fait par notre moyen en ce pays. La gloire du bien en soit Dieu, et moi pardon et misricorde du mal commis et du bien omis ! 1. De ce qui se passa avant notre embarquement. Monsieur Gondre, mon compagnon, et moi nous partmes de Richelieu lieu de notre habitation, le 18 avril 1648 pour La Rochelle et sur les chemins nous f mes, selon la coutume de notre congrgation, la doctrine chrtienne devant la porte des htelleries et ailleurs, quand loccasion sen prsenta. Nous arrivmes La Rochelle le vendredi saint o nayant pas trouv le vaisseau prt, nous y sjournmes prs dun mois, non toutefois sans exercice, car, nous tant prsents . Mgr lvque dudit lieu (1), il nous donna permission de nous occuper dans la ville ou la campagne ce que nous penserions tre le plus expdient pour la gloire de Dieu. Ce quayant accept avec remerciement, limitation de saint Franois Xavier, que <incent fit prendre plusieurs copies de cette lettre pour la communiquer au! maisons de sa compagnie et m&me , des personnes du dehors. #$. 4acques -aoul de la 'ui0ourg1re 3#7.7, #A mai #77#$.
- 547 vous nous avez donn pour modle en notre voyage, nous choismes les hpitaux, dans lesquels, quoique nous ny fussions pas logs, nous passions une bonne partie de la matine la visite et service des malades, avec la permission des pres de la Charit, qui nous faisaient la faveur de nous y employer avec eux. Les prisonniers furent nos paroissiens dans le temps pascal auxquels, apr s avoir administr les sacrements, nous servions de pieds, pour aller visiter, de leur part, ceux dont ils leur dlivrance. 2 Des choses plus remarquables de notre navigation. Le 21 mai, jour de lAscension de N.-S., ds le matin, on leva lancre, et la messe, qui fut aussitt clbre jexhortai la compagnie de confier notre voyage la providence de Dieu, qui rendrait la mer et les vents favorables notre vaisseau proportion du soin que nous aurions de possder nos curs dans la puret de la grce et fidlit son service. La fte de Pentecte sapprochant, je disposai notre troupeau, compos de cent vingt personnes, recevoir le Saint-Esprit par la pnitence, et fis louverture du jubil que Sa Saintet avait pour lors concd aux fidles pour la paix. Chacun ft son devoir par des confessions gnrales ; en quoi nous nous occupmes jusques la fte du SaintSacrement, aimant mieux prvenir, cause des prils de la mer, que dattendre avec incertitude que nous fussions arrivs o on prtendait aller Un petit vaisseau de Dieppe qui allait Saint-Christophe (2) mouilla lancre SaintVincent (3) au Cap-Vert, la veille de saint Jean-Baptiste, o nous nous tions arrts pour prendre des eaux. Une bonne partie des passagers gagnrent le jubil terre o nous clbrions la messe. Le lendemain, jour de saint Jean-Baptiste, douze Portugais noirs, bons chr tiens, vinrent entendre la messe, la fin de laquelle ils chantrent en musique le Te Deum laudamus et demandrent les sacrements que nous ne pmes leur administrer, cause que nous nentendions pas leur langage. De cette le, je vous crivis, Monsieur, et vous reprsentai la ncessit de prtres quil y avait au pays de Sngal proche du Cap-Vert, o les habitants, qui sont ngres, montrent beaucoup de disposition recevoir lvangile Il a aucun danger sinon quen une ($.ele des petites 6ntilles anglaises. +$ ele de larchipel du Cap <ert.
- 548 saison lair y est un peu malsain. Si on dsirait savoir les voies et les moyens de stablir en ce pays, il faudrait sadresser M. Roze, demeurant Rouen, qui est un des directeurs et seigneurs qui ont la concession de ce pays et qui y envoient les navires. Aprs avoir demeur six jours pour prendre des rafrachissements, nous entrmes en mer, et, ayant eu le vent contraire depuis le commencement de juillet jusquau 16 daot, nous nous vmes presque dans la ncessit de relcher et quoique proche de la ligne ; mais nous emes recours Celui qui tire les vents de ses trsors et ltoile de la mer, la sainte Vierge, en lhonneur de laquelle nous f mes vu public Dieu de nous confesser et communier dans la semaine prcdant sa glorieuse Assomption et de btir une glise Madagascar sous linvocation de cette reine du ciel ; quoi on ajouta une aumne, la volont de chaque particulier. Aussitt que chacun eut jet le Jonas dans la mer de pnitence la tempte cessa et le vent se tourna notre faveur, de sorte que, la veille de Notre-Dame nous nous trouvmes sous la ligne. Nous exprimentmes le mme secours du ciel vers la Notre-Dame de septembre : le vent, qui nous tait contraire devint favorable incontinent aprs les prires publiques que nous fmes lhonneur de la sainte Vierge, lassistance de laquelle nous avons exprimente en plusieurs autres occasions tant la vue du cap de Bonne-Esprance, Dieu nous prserva du danger dtre briss contre un rocher, qui tait deux lieues de terre cach ; un matelot le dcouvrit, et on lvita promptement ; et en abordant pour mouiller lancre, notre vaisseau schoua sur un autre rocher, o nous demeurmes six ou sept heures dans la crainte de demeurer dans un pays strile et inconnu ; mais enfin la mare le releva, sans tre endommag, pour aller jeter lancre au port quon appelle la baie de Saldanha (4). 3. De la baie de Saldanha et de ses habitants Plusieurs, par la longueur du voyage et lusage des viandes sales et des eaux, qui se corrompent la longue, avaient contract un mal dans les nerfs et jointures, quon appelle scorbut. La terre gurit cette maladie. Dans ce lieu, allant prendre des eaux, nous vmes certains ngres habitants du pays, vtus de peaux danimaux, arms darcs et de flches dont ils se servent pour la chasse, fort maigres et si affam s quils se ruaient .$ *aie de la cGte sud ouest de l6frique dans la colonie du Cap. Le copiste crit " 0aie de 2ardaigne.
- 549 comme des chiens sur la viande quon leur jetait. Je fus sensiblement touch de compassion, voyant ces pauvres gens dans lignorance de leur Cr ateur ; et prostern a terre, je priai Celui qui veut que tout le monde soit clair et sauv de leur pourvoir des moyens ncessaires salut. Ils remarqurent cette action et dirent entre eux. Voil des saterons cest--dire des grands prtres, ce qui me fit croire quil y a entre eux des personnes destines quelque espce de culte, quoique je ny aie pas remarqu aucun signe, sinon que les hommes sont circoncis et les femmes se coupent une jointure dun doigt quand le premier et second enfants viennent au monde ; mais je crois que ces choses sobservent plutt par coutume que par motif de religion Je remarquai entre eux quelquordre, car, en leur repas, les hommes, les femmes et petits enfants taient tous spars chacun mangeant avec son semblable. Le moyen daider ces pauvres barbares serait, ce me semble, de tcher en passant, davoir par amiti un ou deux garons de douze ou quinze ans et leur apprendre notre langue. On se pourrait ainsi peu peu informer de leurs murs et des moyens de les instruire. Si quelques-uns des ntres passent par l, je les supplie de tenter cette voie ou quelquautre meilleure. Aprs avoir demeur huit jours au cap de Bonne-Esprance, nous en sortmes et nous mmes en pleine mer, mais tout coup le vent contraire nous contraignit de jeter lancre Dieu peut-tre punissant notre ngligence ou froideur le remercier des commodits que nous venions de prendre terre ; car, ayant clbr la sainte messe en cette intention, nous emes si bon vent quen peu de temps nous pass mes le cap des Aiguilles (5) qui dordinaire est trs difficile et dangereux. Ce en quoi jai beaucoup admir la sagesse de Dieu pendant notre navigation est la multitude innombrable de divers poissons, fort semblables aux animaux de la terre entre lesquels nous en avons vu qui elle a donn des ailes, par le moyen desquelles, tant poursuivis presque de tous les autres poissons, ils se sauvent Il en est venu mme dans notre vaisseau. Enfin aprs six mois de navigation nous dcouvrmes la terre de Madagascar. jexhortai pour lors tous ceux du vaisseau doublier rciproquement toutes les petites offenses survenues dans un si long et si ennuyeux voyage ; ce quun chacun promit de faire ; et le quatrime de dcembre, nous jetmes lancre au port si ardemment et si longtemps dsir. tant arrivs au port, je mis pied terre des premiers ; et A$ Bointe e!tr&me du sud de l6frique
- 550 au premier pas, je flchis le genou en terre pour moffrir Dieu dans lexcution de ses desseins et prendre possession spirituelle de cette le et de toutes les autres, en son nom, par lautorit de notre Saint-Pre le Pape, afin dy tablir lempire de J.-C. en dtruisant celui du prince des tnbres. Jallai tout droit la chapelle du fort pour y clbrer la messe qui ny avait point t dite depuis cinq mois, faute de matire de conscration. Le lendemain, cinquime de dcembre M. de Flacourt, notre conducteur et envoy gouverneur du pays, avec M. Gondre, mon compagnon et tous ceux du vaisseau tant venus au fort, je clbrai la messe haute en actions de grces ; et le Te Deum laudamus fut chant, comme nous en avions fait vu sur mer Dieu. Les Franais que nous trouvmes, nous reurent avec grande joie ; et chacun stant log nous primes quartier dans une petite case qui restait. 4. De notre emploi dans le vaisseau. Je ne doute pas, Monsieur, que vous ne dsiriez savoir par quels exercices, pendant six mois et demi que nous avons demeure sur mer nous avons tach de procurer la gloire de Dieu. Cest pourquoi je vous les dduirai ici tout simplement. Depuis notre embarquement jusqu notre abord Madagascar, lorsque le temps ntait douteux, nous disions la sainte messe et faisions, le matin et soir, les pri res publiques en la manire que notre congrgation observe dans les missions. Javais fait imprimer des petits livrets cet effet, que je distribuai ceux du vaisseau. Nous les disposmes gagner le jubil et procurmes quils fissent leur confession gnrale cet effet. Depuis notre dpart du Cap-Vert, qui fut quelques jours aprs la saint Jean-Baptiste, considrant quen notre compagnie il y avait des gens ramasss tant matelots que passagers, qui avaient besoin dinstruction, nous faisions trois ou quatre fois la semaine des exhortations touchant les principaux mystres de la foi et autres matires plus ncessaires, en la manire que nous observons en nos missions en Europe, interrogeant aprs lexorde la jeunesse des choses principales qui avaient t traites dans linstruction prcdente puis finissant par un discours continu sur quelquautre point important salut ; ce quayant continu par lespace de six semaines avec un notable profit, nous cessmes, crainte dtre ennuyeux et pour donner quelque relche. Notre emploi de la journe tait peu prs rgl comme dans nos maisons, except quil fallait quelquefois nous accommoder au temps, au lieu et aux personnes. Aprs loraison mentale et loffice divin, nous faisions lecture dun chapitre de la Sainte criture et nous nous communiquions
- 551 les moralits qui nous taient venues, pour les appliquer tant notre profit qu celui du prochain. Et comme dans un vaisseau o lon est fort press, il ne manque pas de malades, un de nous les visitait le matin, et lautre laprs-dne. Sur les neuf heures et demie, nous faisions ensemble lecture des ptres de saint Franois Xavier et nous remarquions ce qui tait notre usage. Nos confrences se faisaient sur nos besoins et sur ceux du vaisseau, pour y remdier. Afin de passer utilement le temps qui est ennuyeux dans loisivet , nous avions dispos notre peuple sassembler trois ou quatre ensemble, dont lun faisait lecture aux autres de lIntroduction la vie dvote du serviteur de Dieu Monseigneur Franois de Sales et de lImitation de N.-S., ce qui se faisait avec dification. Nous fmes en sorte de persuader une bonne partie de notre monde de faire des confrences spirituelles, deux ou trois fois la semaine, sur divers sujets, particulirement touchant les occasions doffenser Dieu et les moyens particuliers dy r sister. Nous y remarquions sensiblement par les rponses des passagers et matelots, que N.-S. tait au milieu de nous ; et la fin, reprenant les paroles qui avaient t dites, nous y ajoutions les ntres familirement et concluions par une histoire de la Sainte criture ou quelque exemple de la vie des saints. Aprs souper, sur le tillac, lun se joignait une troupe et lautre une autre, pour cooprer aux bons discours en faisant cesser les mauvais et inutiles. A cette m me fin, la pratique tait commune que, quand quelquun avait jur ou dit quelque parole moins honnte, de tendre la main et recevoir une frule sur les doigts, aprs avoir promis de sen amender. Cela se faisait sans svrit et du consentement dun chacun. Ayant donn le temps suffisant la conversation, nous nous retirions dans nos petites cabines, o cinq ou six petits garons nous venaient trouver souvent pour faire des colloques spirituels dhistoires que nous leur disions les leur appliquant leur profit, aprs quoi nous rcitions ensemble alternativement le chapelet. Voil, Monsieur, comme nous avons employ le temps durant notre voyage ; mais vous pouvez bien penser que, si Dieu nous a fait la gr ce de cooprer ainsi ce petit ordre pendant notre navigation, le zle de M. de Flacourt notre trs sage gouverneur et commandeur, y a beaucoup contribu, puisque le tout naurait pu aller de la sorte si nous neussions t appuys de son autorit ; et certes nous devons sa pit la meilleure part du bonheur de notre voyage.
- 552 5. Brve description de lle de Madagascar et de ses habitants. Auparavant que de dire ce que nous avons fait en ce pays je crois quil est n cessaire de faire une petite description de lle, de ses habitants, de leurs murs et coutumes, afin que vous voyiez en quel tat nous avons trouv les choses de la religion. Cette le de Madagascar est autrement appele de Saint-Laurent, cause qu tel jour elle fut dcouverte. Sa longueur est de six cents milles italiens ; sa largeur, en des endroits, de deux cents en dautres, de quatre cents ; son circuit est de quatorze cents milles. La chaleur y est fort grande, mais non pas intolrable. Elle est divise en plusieurs contres, dont des montagnes fort hautes font les sparations. Ceux qui ont plus vu le pays tiennent quil y a plus de quatre cent mille mes. Notre habitation est en un bout de lle nomme Tholanghare. Nous sommes proche le Tropique par les 25 degrs de latitude ; ce qui fait que nous avons les saisons opposes celles de France. Dans chaque contre, il y a un grand, que lon reconnat pour matre et en est comme petit roi. Les vassaux de ces roitelets sont trois ou quatre mille hommes. Leur richesse consiste en trois ou quatre mille bufs, quils ont en propre, et dans le tribut que leur rendent leurs sujets, savoir la cinquime partie de leurs victuailles de rie et de racines. Le nom de roi ne leur convient pas, tant cause quils ne sont pas bien absolus, que parce quils vivent si pauvrement quil ny a si petit seigneur en France qui ne vive plus honorablement que le plus grand de Madagascar. La royaut nest pas hrditaire aux enfants, sils ne sont bien gs quand leur pre meurt. Sous ces roitelets il y a dautres grands quasi aussi puissants et riches queux. Tous ces grands sont menuisiers. Il y a deux sortes dhabitants. Les uns sont noirs les cheveux fris s, comme celui qui fut baptis Paris, qui est au service des Franais et continue dans le christianisme, et ceux-ci sont les originaires du pays. Il y en a dautres qui sont blancs les cheveux longs, comme les Franais ; et ceux-l sont venus du cot de Perse environ depuis cinq cents ans. En des contres, ils se sont rendus matres des noirs, comme ici o nous sommes ; en dautres, ils sont au-dessous des noirs, comme aux Matatanes et ailleurs. Ils disent que leur gnalogie vient dun certain Ramini, qui avait t engendr de lcume de la mer et que ce grand personnage tait ami de Mahomet. Par toute lle, la plupart habitent dans les villages, aux pieds des montagnes, desquelles tombent des eaux en telle quantit quil sen forme des rivires, qui se vont dgorger
- 553 dans la mer voisine. Il y a quelques hommes errants quon appelle Ombilambo, qui sont un peu sauvages et habitent dans les bois pour drober ce quils peuvent ; ils fuient ds quils voient une personne inconnue. Il ny a point de villes, une de forteresses, ni dhtelleries. Toutes les maisons sont faites de bois et couvertes de feuilles et fort basses. A peine peut-on entrer et sortir par les portes tant elles sont petites. Le feu et la cuisine se font dans la maison sans chemin e. Ils nont point dautres lits, ni siges que le plancher de bois, o ils couchent ; boivent et mangent sur une nappe de jonc. Les victuailles du pays sont le riz, les bufs, moutons, cabris en assez petite quantit . Au pays o nous sommes, il y en a en abondance. Plus loin, o lon va ngocier, les volailles y sont communes. Il ny a point de bl, ni de vin ; mais ils font une certaine boisson avec du miel. Les racines, les fves, melons deau, citrons et oranges y sont en quantit. Il ny a point danimaux pour la chasse, sinon quelques sangliers et bufs sauvages et fort peu doiseaux aquatiques. Les rivires sont poissonneuses ; mais il y a du pril presque partout les passer, cause des crocodiles, qui y sont frquents et dangereux. Tous les habitants vont tte nue et pieds nus. Ils ne portent point de linge. Leurs vtements sont diffrents des ntres ; car ils se couvrent de pagnes, qui est une robe longue environ dune aune et demie et trois quartiers de large. Les femmes semblablement se vtent de pagnes cousus, pendants depuis les paules jusquaux talons. Quoique la forme des vtements soit semblable, toutefois la qualit en est diverse ; car chacun shabille selon sa condition. Les grands se vtent de soie, les autres de coton. Les enfants vont tout nus jusques lge de sept ou huit ans. Ils ont tous les oreilles perces dun trou fort large, quils remplissent dun bois fait expr s, quils enrichissent selon leur qualit qui dune plaque dor qui dune coquille orientale. Ils se parent aussi avec du harais, dont ils font des bracelets. Ils vivent longtemps. On y voit quantit de vieillards, qui disent quils ont tant dannes quon ne les peut compter. 6. Quelle est la secte ou religion du pays et leurs observances superstitieuses ? Quoiquil ny ait parmi ce peuple aucune religion stable et d termine puisquon ne voit dans toute lle ni temple ni prtre, il y a toutefois quelques crmonies et observances superstitieuses qui y ont t introduites depuis cinq cents ans lorsque les blancs, qui sont proprement cafres, vinrent des c tes de Perse sduire les originaires du pays ; car les trouvant
- 554 simples de leur nature, sans loi et sans religion, ils les tir rent facilement aux superstitions du mahomtisme, dont les uns et les autres en observent encore quelques-unes comme de ne point manger de porc, de sacrifier les bufs avant que den manger, et dautres, dont je parlerai ci-aprs. Il y a encore une certaine sorte didoltrie. Premirement, ils disent que Zanahary, cest--dire Dieu, est matre de tout le monde ; mais ils le resserrent dans le ciel, o il est, disent-ils, comme un roi dans son royaume. Toutefois en plusieurs endroits, comme ils ne connaissent ni Dieu, ni le diable, que de nom, ils donnent la prfrence au diable dans les sacrifices, lui donnant la premire part. Voil disent-ils, voil pour Andian Rabilo, cest--dire pour Monseigneur le diable ; et cette autre part est pour Kanahary, cest--dire Dieu. Je nen sais pas la raison, sinon quils craignent plus lun que lautre, cause quil se trouve parmi eux des possds, ou au moins battus, se disent-ils, par Zachare et Drimi, qui sont en ce pays des noms de diables. Les grands se laissent appeler dieux ; et quand ils veulent louer les Franais, ils les appellent Kanahary ; mais on ne le souffre pas. Les plus intelligents dentre les blancs ont quelque connaissance imparfaite des choses qui regardent la cr ation du monde, du pch de nos premiers parents et de quelques autres choses semblables. Ils disent que les mchants gnralement pariant, iront dans le feu, sans savoir o, ni pour combien de temps. II y a des Ombiasses. Cette parole signifie crivains ; et ils sont ainsi appels parce quils savent lire et crire en arabe. Ils sont respects comme parmi nous les prtres Ils sont les matres des crmonies, coutumes et superstitions du pays. La populace les craint cause de leur criture et de leurs livres, dans lesquels il ny a pas grande suite, ni raison ni doctrine, mais seulement par-ci par-l que Dieu est grand, et quelque chose de lAlcoran, quils appellent Ala Koran. Le reste du contenu de ces livres ne consiste quen certaines figures mal trac es, que ces crivains font croire tre propres gurir les maladies, deviner les choses futures et trouver celles qui sont perdues. La coutume de circoncire les enfants est gnrale par toute lle, non par principe de religion, mais par un motif purement humain ; et ils ne la font pas au bout de huit jours, mais en quelques endroits ils attendent un an, en dautres deux, trois quatre, cinq, six et sept ans aprs leur naissance. Cette crmonie se fait par les Ombiasses en des assembles. Les pres et mres portent leurs enfants avec des provisions de bouche pour donner ces crivains, comme bufs, chapons.
- 555 Sitt que lenfant est circoncis, on met du sang de buf et chapon gorgs sur la plaie du circoncis. La grande et gnrale circoncision se fait lanne du vendredi ; car ils distinguent les annes comme nous faisons les jours de la semaine, et nous sommes prsent en lanne du vendredi. Les blancs observent une espce de jene en deux mois diffrents, lequel consiste ne point manger entre deux soleils ; mais toute la nuit ils en prennent pour tout le jour. Ils sabstiennent de manger du buf et de boire du vin ; mais les chapons et leau-devie ne leur sont pas dfendus ; et sil y a quelquun qui ne veuille pas je ner, il en est quitte pour faire jener quelquautre sa place. Ils ne donnent aucune origine, ni raison de cette superstition, sinon que cest une coutume de leurs anc tres et quil est port dans leurs livres que ceux qui manqueront cela iront dans le feu. Ils observent une autre superstition quils appellent Missanath, cest--dire assemble de banquets, qui se fait lorsquun grand fait b tir une maison neuve, ou restaurer une vieille, et cest lune de leurs principales f tes, dont je ferai ici le rcit, pour plus grande intelligence des choses suivantes. Voici comme se passe cette crmonie. Le temps destin faire lentre de cette maison neuve ou restaure tant venu, les sujets de ce grand sassemblent et se prsentent devant lui avec des prsents, les uns avec des bufs, les autres avec du vin de miel, des pots de terre et autres ustensiles de mnage, la mode du pays Le grand reoit ces donatifs par un de ses fidles, qui lui montre au doigt pice pice ce que celui-ci et celui-l ont apport ; puis, tant sa porte, il leur fait un discours de souhaits de bonheur temporel quils puissent prosprer et vivre, et longtemps, puis les encourage vivre et continuer leurs services et prsents. Les autres Roandries ou grands, qui sont au-dessous du roi, ou premiers grands de la contre, viennent aussi en ce rencontre, avec une partie de leurs sujets, faire leurs prsents. A larrive, ils font leurs exercices avec les armes du pays, qui sont les pertuisanes et javelots ferrs ; puis le matre de la maison va audevant, et, leur ayant port un javelot vers le cur, les embrasse avec des cris rciproques dallgresse. Deux ou trois jours stant passs recevoir le peuple et les prsents, et le jour destin faire lentre la maison tant venu, lon amne quinze ou seize bufs, que lon saisit force dhommes, en quelque furie quils puissent tre ; on les abat et lie par les pieds, et, leur ayant plant les cornes en terre, on les tient tout pr ts tre gorgs, en les flattant de la main sur le col. Cependant les Ontbiasses, au nombre de trois ou quatre, revtus de belles robes avec une riche ceinture, dont
- 556 ils mettent les bouts sur les paules marchent gravement, un grand couteau la main vers le lieu o lou tient Ces bufs, lentour desquels ils font trois tours. Au premier ils leur jettent du sable de la mer ; au second, de lherbe prise au rivage de la mer ; et au troisime, de leau de mer, puis ils les gorgent promptement et font recevoir le sang dans des plats de bois, que lon va pr senter aux grands, qui sen marquent le front et la poitrine, priant que cela leur apporte bonheur et longue vie. Cela fait, le matre du logis marche le premier, un grand couteau la main, suivi des principaux en forme de procession, puis font trois tours en passant dessus le sang des animaux et entrent tous dans la maison, o ils font trois autres tours, avec des cris dallgresse, frappant des pieds avec grand bruit sur le plancher pour montrer que la maison est solide et bien faite et quon y peut demeurer avec assurance. Aprs cela viennent les Ombiasses, faisant porter devant eux des flambeaux en fa on de torches de cire et portant avec gravit leurs soratra, cest--dire leurs livres desquels jai dj parl. En passant, ils donnent de lpouvante au peuple et se font faire place, menaant de quoique sinistre accident ceux qui ne se retirent pas assez tt. Jtais prsent cette folie, dont je souriais. On me voulut faire retirer comme les autres. Mon, dis-je, je ne crains point vos livres qui ne sont que dencre et de papier ; ils ne peuvent faire mal personne non plus que la poussire qui est vos pieds. Ils taient tonns de mon discours et mpris de leur crmonie, sans toutefois me rien expliquer, comme il est arriv en beaucoup dautres rencontres, o jai blm leurs tromperies par lesquelles ils attrapent le bien du peuple, et les assistants disaient que lOmbiasse des Vazaha, cest--dire le prtre des Franais, surpasse autant en science et doctrine leurs crivains, que le commun des Franais surpasse les ngres en capacit. Ces porteurs de livres tant arrivs la maison font trois tours lentour et laspergent cependant avec du sang, afin quelle dure plus longtemps et que rien ne nuise ceux qui lhabiteront. Ensuite le Raoandrie se vient pr senter la porte et, assis sur le plancher, fait une harangue au peuple pour lencourager son service, et leur va distribuer environ quatre ou cinq cents bufs, pour repa tre quatre ou cinq mille personnes. Le cuir de la bte se mange avec la viande, comme celui du porc en Europe. Et ainsi la matine se passe, et chacun va faire bouillir ou rtir sa portion. Les femmes des Roandries prparent cependant le festin pour la maison du grand et font porter par des esclaves trois ou quatre cents portions de riz et de viandes dans des feuilles,
- 557 quils tiennent sur la main ; et dautres plus grands services sont ports par des hommes dans de grandes feuilles de diverses formes ; ces feuilles sont faites dcorce rouge. Enfin sur les deux heures aprs midi, le monde sassemble derechef devant la porte du grand, o, au son dun tambour fait du tronc dun arbre creus, couvert dune peau, que lon frappe dun bton par un bout et de la main par lautre, ils font des danses, avec des postures grotesques, chantant ce qui sest pass dans le pays. Cependant on apporte grande quantit de vin de miel, que lon distribue la populace ; et dans cette confusion divrognerie se termine la journe et la crmonie ; et le lendemain chacun sen retourne chez soi. Je menquis dun Ombiasse des raisons de chaque particularit et neus autre rponse sinon que ctait la coutume de leurs anctres. Il y a entre eux quelques autres ftes ou assembles, pendant lesquelles on fait festin, comme avant et aprs la rcolte de leur riz. Jajouterai la crmonie prcdente la forme quils observent dlivrer les nergumnes. Jallai, il y a quelque temps, 30 ou 32 milles dici pour instruire la campagne ; on me vint avertir quil y avait deux femmes poss des. Je ny vis aucun signe de possession, mais seulement un visage mlancolique. On disait aussi quelles ne pouvaient parler. Je voulus voir en quelle faon ils se comportent en ce rencontre, qui fut telle. On courut un Ombiasse qui ft aussitt prendre ceux qui taient prsents et ces deux femmes chacun un javelot en main puis cet exorciste se mit en train de mener le branle dune danse qui se faisait avec une telle posture quil semblait quils voulussent chasser des pieds et des mains quelque chose quon a en horreur. Stant tous bien chauffs la danse, le vieil trompeur dOmbiasse ft semblant de lancer sa pertuisane dans un vaisseau plein deau de laquelle ayant donn boire ces femmes, il leur donna un coup de genou pour chasser le diable qui ny avait point t ; car, mon avis ce ntait quune humeur mlancolique, que ce gaillard ft dissiper par la chaleur de sa danse. Cest ainsi quils font leurs miracles pour se faire respecter et noubliant pas de se faire bien payer, particulirement lorsquil y a des malades riches. Voici comme ils les gurissent. Premirement, ils font les pensifs et les empchs, et, prenant un ais, ils y rpandent du sable, sur lequel ils font quantit de points compts ; ce quils appellent Sakilo ; et les ritrent souvent pour savoir lvnement de la maladie. Ils vendent une partie de ce sable dans un morceau de cire, quils font porter au col pour obtenir la sant ; et ayant fait venir bon nombre de bufs et de chapons, ils disent quil faut plutt
- 558 tirer celui-ci que celui-l. Limportant est quils choisissent toujours les meilleurs, dans le dsir den manger leur part. Aprs cela, ils font des critures sur des feuilles, enlacent les lettres et font boire leau au malade. Et si le malade revient naturellement en sant, on attribue sa gurison ces sottises Qui ne porterait compassion la simplicit de ces peuples qui se laissent ainsi tromper leurs dpens et qui pourrait contenir une juste indignation contre ces fourbes qui connaissent fort bien que ces choses sont frivoles et impertinentes ? Ce qui est plus directement contre lhonneur de Dieu et qui nous donnera bien de la peine ter, cest une espce de culte galement ridicule et damnable que les grands du pays et leurs sujets rendent certaines idoles lesquelles ils appellent olis, comme qui dirait onguents. Les Ombiasses les font et les vendent. La mati re de ces petites idoles est un morceau de bois ou racine creus quils attachent une ceinture. Ils y mettent de la poudre et de lhuile ils font quelques-uns des figures de petits hommes, simaginant quils sont vivants et capables de leur donner tout ce quils peuvent souhaiter, comme le beau temps ou la pluie, les prserver de maladies, dennemis. Ils ne manquent pas de leur donner manger, tantt du miel autre fois le cur dune telle volaille plutt que dune autre. Et comme souvent je leur ai fait voir que ces olis taient choses mortes, quils ne peuvent manger, ni avoir aucune vertu non plus quun caillou pris indiffremment ils sen fchent et comme ils ne peuvent empcher que je ne fasse voir leur abus ils sefforcent de dtourner le discours ; et tant presss ils confessent en particulier que cela est vrai mais que, si cela est mort, leur me est avec Dieu. Un chacun en a en sa maison et les porte avec soi la campagne ; ils y ont recours en leurs ncessits comme nous avons Dieu ; ils ne font rien dans leur doute sans en prendre conseil ; aprs quoi la premire pense qui leur vient, ils croient quelle leur a t suggre par leurs olis. Quand ils sment leur riz et autres lgumes, ils portent leurs olis aux champs, lui sacrifient une bte, aspergent leur champ du sang de cette victime et prient lolis de leur donner du beau riz en quantit. Quand ils veulent passer les rivires premirement ils ont recours leur olis les priant de les garantir des crocodiles qui y sont puis sadressent aux crocodiles m mes, leur font une harangue, leur disant haute voix : coute, tu sais bien que jamais moi, ni les miens nont fait aucun mal tes pre et mre ni toi-mme ; je te prie de ne men point faire moi.) Puis ils saccusent du mal quils ont fait : Il est vrai que jai drob ceci et cela ; mais jy satisferai. Ils jettent
- 559 puis aprs de leau et du sable de quatre parts et passent en assurance et quand il y en a quelquun de pris, ils disent que son olis ntait pas bon. Je leur dis quen quittant cette abominable superstition ils nont qu recourir dans leurs besoins a Dieu, qui est tout-puissant, et attribuer sa bont ce quils attribuent cette idole. La plupart du peuple dici lentour est, grces Dieu dsabus en ce point. Dieu mme qui sest toujours montr jaloux de son honneur ne laisse pas ces abominations impunies, car il leur envoie comme il ft autrefois en gypte une si prodigieuse quantit de sauterelles, quelles remplissent et obscurcissent en m me temps lair comme les flocons de la plus paisse neige que lon voit en hiver s pays septentrionaux, et qu prsent que jcris, la terre en est toute couverte, et comedunt fructus terrae eorum et omne faenum ( 6) ; aprs quoi la terre est comme si le feu y avait pass. Les Ombiasses et quelques-uns des grands, bien loin de reconnatre que cest un chtiment par lequel Dieu punit leur idoltrie, font accroire au peuple quils ont la puissance de faire venir ces sauterelles et de les emp cher ; et quand on ne leur donne point ce quils demandent comme du riz et autres choses, ils menacent de les faire venir ; aprs quoi si elles viennent, ils disent ces simples : Ne vous lavais-je pas bien dit ? Et quand elles ont tout mang et quelles sen vont ailleurs ils se vantent de les avoir chasses. Il y a sujet desprer de la bont de Dieu quil dlivrera ces pauvres gens de ce flau, sils se soumettent au joug de la foi et lobservance de ses commandements. 7. Des coutumes civiles du pays. Ils se font la guerre entre eux pour avoir les bufs les uns des autres. Les grands tiennent leurs esclaves comme des chiens ils vendent les hommes au m me prix que les bufs et les enfants comme les veaux. Les blancs, partout o ils sont les matres se sont rserv le droit de couper la gorge aux animaux quon veut manger, en sorte quil nest pas permis un ngre de couper la gorge ses propres btes. Ces gorgeurs sont pour lordinaire des ombiasses qui ont une portion de lanimal occis et ne prennent pas la moindre. Les lieux o les ngres sont demeurs matres les blancs noseraient non plus gorger les animaux. Cette coutume est une invention pour empcher le larcin et pour faire que les grands aient plus de btail aprs la mort 7$ Bsaume QI<, +A.
- 560 de leurs sujets, car ils prennent tout, sans rien laisser eux enfants de celui qui a travaill toute sa vie amasser quelque chose. Lartifice duquel se servent les grands pour tenir les petits toujours sujets, est quils se sont saisis des meilleures terres, o ils sment leur riz, lgumes et autres victuailles et leur tent de plus en plus les possessions qui leur restent, afin de les appauvrir et les obliger davoir recours leurs magasins, que sont bien garnis. On punit les voleurs en diverses faons ; car si ce sont des grands ou des matres du village ils se rachtent en donnant des bufs ; si cest un pauvre, on le tue, ou, si on lui fait grce, lui, sa femme et ses enfants sont faits esclaves de celui auquel le tort a t fait. Le vice gnral du pays est la luxure. Toutes les espces ne sont point dshonneur, except que quand on prend un homme en adultre, on le punit de mme que le voleur ; car, sil est grand ou riche, il se rachte ; sil est pauvre, on le fait mourir, ou il devient esclave. Celui qui a tu en est quitte pour se racheter ; ou il est fait esclave, ou on le fait mourir sil est pauvre et sans amis ; mais quand le fils dun grand aurait tu son pre, on ne le ferait pas mourir. Le mariage sy contracte entre les parents except au premier degr. Il nest pas stable ; il est permis de se quitter mutuellement et de se marier dautres comme il arrive souvent. La polygamie est permise, quoiquelle ne soit pas g nrale, mais seulement dans une bonne partie des grands, qui ont moyen de nourrir plusieurs femmes. Parmi les noirs, il ny a pas grande crmonie faire un mariage, sinon que le choix dpend des parties et non pas des parents. Le mari dordinaire ach te sa femme donnant pour elle quelques bufs ou autre chose aux parents. Mais parmi les grands il se fait une assemble de parents amis et de sujets, de part et dautre ; et bien souvent laccord et promesse de mariage se fait par les parents d s la naissance du garon et de la fille. Ils se marient fort jeunes. On tue des bufs le jour du mariage, comme en leurs Missanats ; et en prsence des parents, les 0mbiasses leur souhaitent quantit de commodits temporelles. On lie les cheveux de lun et de lautre, et se tenant par la main, le mari met le genou sur celui de lpouse. Suit aprs le banquet, et la danse termine la crmonie. Les anciens Franais mont assur que les mres jettent leurs enfants. qui. naissent tous les samedis de lanne, depuis le soleil couch jusquau chant du coq ; et ainsi ces pauvres exposs
- 561 meurent, si par hasard quelquun ne les trouve, comme il arrive ici quelquefois. Ces mres dnatures apportent pour raison de ce fait inhumain que cette heure est malheureuse et que, si ces enfants vivaient, ils tueraient leurs p res et mres. Il les laissent nanmoins quelquefois vivre ; mais ils les font servir leurs frres. On dit encore que dans lle de Sainte-Marie, qui est au bout de celle-ci, les mres jettent aussi leurs enfants qui naissent aux jours quils estiment malheureux, qui sont trois jours de la semaine ; mais cela nest pas venu encore ma connaissance ; car cela se fait secrtement, ainsi que font les mres dnatures en Europe pour couvrir leur honneur ; ce que lon dit aussi tre commun en ce pays, lorsque la mre est de la race des grands et quelle a conu dun esclave. On ne donne point de nom aux petits enfants jusques sept ou huit ans sinon ceux damboa lambo aux garons, cest--dire petit chien, petit cochon, ayant en cet gel plus de la bte que de lhomme. Mais tant grandelets un Ombiasse observe la plante sous laquelle lenfant est n et donne le nom aux garons de Radama qui signifie Adam ; de Raby, Ramose, Elie Mose ; ainsi des noms des prophtes. On donne aux filles le nom de Rahona, qui signifie ve ; Ramary, Marie ; et dautres noms, qui signifient quelles sont belles, fort riches et quelles vivront longtemps. Les funrailles se font selon la qualit des personnes. Si cest un grand Roandrie, ils lensevelissent dans une belle robe, la face dcouverte et orne, la mode du pays, de collier de corail et de grains dor et dargent. Les parents et amis du dfunt sassemblent et viennent faire lexercice et tout coup jettent leurs armes et boucliers, sen viennent au cadavre, vers lequel penchant la t te, ils pleurent bon escient avec des chants lugubres. On brle des parfums et bois odorifrants, puis on porte le mort au lieu destin pour la spulture, o tant arrivs ils redoublent leurs cris et gmissements et lenterrent. Aprs quoi lon tue des bufs, et on se rjouit plus quon ne stait attrist. Incontinent les menuisiers, qui sont tous les grands du pays, travaillent faire une espce de maison sur la fosse, et les esclaves en grand nombre apportent une grande pierre en forme de pyramide, quils lvent devant la spulture, en haut de laquelle pyramide ils mettent une corne de buf. Cette mme crmonie sobserve gnralement la mort de toutes sortes de personnes, except que la pompe des funrailles saugmente ou diminue selon la qualit du dfunt. Tant les pauvres que les riches portent ces premiers fruits quils recueillent sur la fosse de leur pre et laissent des arbres fruitiers
- 562 autour des spultures, sans que personne y ose cueillir des fruits. Quand ils ont quelque mauvais songe, ils font tuer une bte lintention de leur pre dfunt. Au pays o nous sommes, ils ont ignor jusqu prsent ce que devient lme la mort et si elle se spare du corps pour toujours. Maintenant que nous leur disons ce que la foi nous enseigne, ils sont bien tonns, particulirement dentendre parler dune ternit bienheureuse ou malheureuse. Voil ce que nous avons pu remarquer de leurs murs et superstitions, tant pour nous en tre enquis, que pour en avoir vu la plupart. Il y a beaucoup dautres contres au bout de lle, dont nous navons pas connaissance. On dit quil y a des Portugais en un endroit et des Hollandais en lautre. Quand on aura t par toute la terre et fait le circuit de lle avec un vaisseau nous en ferons savoir toutes les particularits. Mais quand il ny aurait de pays ni dhommes que ce que nous en connaissons, ce grand nombre de brebis sans pasteur, expos es la furie et cruaut des loups ne suffit-il pas pour attendrir et mouvoir un chacun une chrtienne compassion, principalement considrant quil y a des grandes dispositions et que les filets dun chtif pcheur et pcheur tel que je suis, ne sont pas capables de tenir une si grande multitude de poissons, si quelques ouvriers zls et adroits ne viennent mon aide, comme on le pourra connatre de ce que je dirai ci aprs. 8. En quel tat nous trouvmes les choses de la religion chrtienne. Aprs avoir parl du pays, des habitants, de leurs coutumes et superstitions, il est propos de vous dduire en quel tat nous avons trouv les choses qui regardent notre sainte religion pour la propagation de laquelle nous sommes venus ici. Messieurs de la Compagnie des Indes ayant eu connaissance de cette le par le moyen de quelque personne hrtique, laquelle avait les habitudes ncessaires pour stablir ici, furent obligs pour la premire fois de lui confier la conduite et commandement de ceux quils y envoient, qui taient catholiques, la rserve de neuf ou dix hrtiques, que ce commandant y avait mens. Ces Messieurs ont toujours tenu quelque prtre pour servir au spirituel des Franais ; et nous y en avons trouv un, qui sappelle M. de Bellebarbe. Il y a travaill selon son talent, mais avec peu de progrs, parce quil ntait pas appuy du commandeur, lequel, laissant dire messe aux catholiques, faisait faire le prche en sa maison , ce qui, joint quelques dsordres domestiques, faisait que ces infidles nallaient ni aux prires des catholiques, ni celles
- 563 du commandeur, stonnant de voir deux sortes de religions en des personnes de mme pays. Ces Messieurs mont lev cet empchement lavancement de la gloire de Dieu rappelant ce commandeur et dfendant quaucun hrtique fut admis au vaisseau pour passer. Et M. de Flacourt, un de ces Messieurs ayant re u ce commandeur, sest port ce voyage autant pour lintrt de la gloire de Dieu que pour le service de la mme compagnie ; et on doit esprer que le ciel le bnira en lun et en lautre. Et Dieu, par sa grande misricorde nous a choisis ouvriers pour avoir soin des mes des Franais qui sont en ce pays, et travailler la conversion des infidles. Nous navons trouv en ce pays que cinq enfants baptiss, savoir une petite fille abandonne dans les bois, le fils naturel dun Franais et trois petites esclaves ramenes de la guerre et retires du massacre, lesquelles furent baptises par un diacre, qui est mort. 9. De nos occupations en ce pays. Nous tchmes dabord ddifier et gagner un chacun par une douce et amiable conversation. Il a plu la bont de Dieu se servir principalement de ce moyen pour la conversion de cinq hrtiques. Notre premire occupation fut de disposer les Franais que nous avons trouvs ici, gagner le jubil pour la paix. Ensuite nous nous appliqumes lintelligence de la langue du pays ; en quoi nous avons eu beaucoup de peine ; car le dictionnaire quon nous prta dans le navire, outre quil contenait fort peu de mots, ntait ni en bon ordre ni assur et il y a grande diffrence de la prononciation lcriture et cest autre chose de savoir la signification dun mot spar et connatre sa force dans la construction, et le distinguer et entendre dans le discours des naturels du pays. Voil pourquoi il nous fallut avec beaucoup de peine assembler les interprtes, qui se trouvaient bien empchs trouver des mots pour expliquer notre foi en un pays o on ne parle point de religion. Nous avons tch den faonner deux, qui sappellent Claude Hastier et Franois Grand-Champ. Ce dernier sexplique mieux. Sitt que nous avons pu bgayer, nous avons commenc instruire les infidles, entre lesquels les ngres sont beaucoup plus dociles que les blancs, qui sestiment personnages de grand esprit et ncoutent pas quand on parle des choses de la foi ; ou, sils le font, ce nest que par curiosit et avec indiffrence ; les Roandries, tout de mme, se vrifiant en eux la parole de notre Sauveur. Vae vobis divitibus (7) ; et ces autres : :$ 2aint Luc <I, (.
- 564 Abscondisti haec a sapientibus et prudentibus et revelasti ea parvulis (8) ; car ces bons ngres, aprs avoir bien cout, se disent les uns aux autres : il ne faudra donc plus jurer, travailler aux dimanches, ni drober. Ces grands disent que leurs esclaves sont incapables dapprendre servir Dieu, et voudraient nous empcher de les instruire, et les tenir dans lignorance, crainte quon ne vienne dcouvrir leur malice. Mais parce que vous dsirez peut-tre, Monsieur, que je vous dduise ici quelques cas particuliers par lesquels vous puissiez connatre plus clairement la manire que nous tenons instruire ces pauvres barbares et comme ils correspondent de leur part la grce de Dieu, jen rapporterai ici quelques-uns. 10. De quelques particularits touchant linstruction des insulaires depuis le 15 dcembre 1648 jusques aprs Pques 1649. Six jours aprs notre arrive, ayant ou dire que le grand de cette contre nomm Andian Ramach, avait t trois ans Goa, do les Portugais le ramenrent ici, g de dix-sept ans, et est maintenant de cinquante, je lallai voir avec quelques Fran ais Fanshere, lieu de son habitation une journe et demie dici, de la part de M. de Flacourt. Il nous fit bon accueil et ayant fait trois signes de croix sur le front la bouche et le cur, dit : Per signum sanctae crucis de inimicis nostris libera nos, etc., et rcita le Pater, Ave et Credo en portugais. Je lui demandai par interprte pourquoi il ny avait que lui seul en ce pays qui sut prier Dieu, et la cause pour laquelle il navait pas soin de faire instruire ses sujets. Il me rpondit quils taient incapables et quil ny avait point de prtre pour les enseigner. Je lui rpliquai que jtais venu le trouver pour le servir et tous ses sujets aussi qui en deviendraient capables aprs avoir t enseigns comme lui. Il me dit quil en tait content quil assisterait aux prires quand je les ferai en son village. Autant men dirent dautres grands qui taient en ce lieu, et me prirent que je vinsse instruire leurs enfants. Ce roitelet dit quil fut baptis Goa, en un collge o il y avait plusieurs Pres et qutant malade, le baptme lui restitua la sant ; a prs quoi il se confessa et communia une seule fois ; puis fut ramen ici par un marchand portugais avec lequel vinrent deux prtres, qui demeurrent dans une lette deux lieues dici o lon voit les murailles dune maison btie par les Portugais il y a plus de cent ans, comme il appert par une inscription dune croix de marbre. C$ 2aint Mathieu QI, (A
- 565 Lun de ces prtres mourut et lautre sen retourna avec le marchand aprs avoir baptis un homme seulement, auquel jai parl, qui porte trois croix sur la peau de lestomac. Andian Ramach, huit ans aprs reprit ses superstitions. Aprs quelques discours de part et dautre, je caressai la jeunesse, leur tendant la main la mode du pays, bgayant quelques mots de leur langue, puis leur fis des petits prsents de bracelets de verre, de quoi ils taient ravis, mappelant leur pre, et moi mes enfants. Chacun deux me considrait attentivement ; et quand jallais lcart pour faire loffice divin, ils venaient me voir prier Dieu, et sarr taient autour de moi. Ce premier voyage me remplit de joie et desprance. tant de retour, je consolai mon cher compagnon de toutes ces bonnes nouvelles. Et les f tes de Nol se passrent en gagnant notre jubil, administrant les sacrements et prchant aux Franais, comme nous avons accoutum de faire. Le jour des Rois tant venu, pour correspondre au mystre de la vocation des Gentils, nous commenmes baptiser les enfants non adultes. M. de Flacourt nomma le premier Pierre ; et voil la premire pierre de notre glise spirituelle. Environ ce temps-l, partit un navire, avec douze Franais, envoys pour demeurer Sainte-Marie, qui est une petite le deux cents lieues dici, o il y a un Roandrie, qui en est le matre, et quatorze villages et environ six ou sept cents personnes tr s sociables. Ils ont presque la mme langue quici. Ce pays est malsain, et la terre, quoique bonne cultiver est difficile dfricher, cause de lpaisseur des bois. M. de Bellebarbe y fut envoy pour avoir soin deux, lequel je priai dy mettre plus de disposition quil pourrait pour le christianisme ; mais il ny a pas demeur longtemps ; et voil quil sen retourne en France. Quelque temps aprs, ayant eut peu dintelligence de la langue, nous parlions aux ngres dapprendre prier Dieu. Ils taient honteux et sexcusaient sur leur incapacit, mais prenant leur main, on leur faisait faire le signe de la croix et prononcer les paroles ; aprs quoi ils taient ravis davoir fait et dit ce quils croyaient auparavant impossible. Nous faisions le mme la jeunesse ; et le dimanche nous leur faisions dire par truchement un mot de la doctrine chr tienne, et en peu de temps ils furent dsabuss de lopinion quils avaient dtre incapables dapprendre. Plusieurs Roandries des environs vinrent visiter M. le commandeur et lui firent de petits prsents, dans lesprance den recevoir davantage, comme cest la coutume du pays. Nous prenions occasion de la curiosit de ces grands de les attirer,
- 566 avec leurs esclaves et vassaux qui les accompagnaient, venir voir notre chapelle, o par interprte nous leur parlions de notre foi. Ils disaient que ces choses taient belles et quils dsiraient les apprendre. Quelques-uns, stant trouvs aux grandes messes, demandaient ce que ctait, et pourquoi, le prtre ayant chant, tous les Franais rpondaient dune mme faon. On leur rpondait que nous tions tous daccord demander nos besoins Dieu et uniformes chanter ses louanges. Quelquun nous dit quautrefois dans cette terre leurs anctres avaient eu de grandes maisons o ils sassemblaient comme nous dans nos glises, et quau jour du vendredi, aprs avoir chant comme nous, on tuait des bufs, moutons et cabris pour un banquet public, mais que les guerres avaient aboli ces choses depuis cent ans. Je pris de l occasion de leur dire quon leur enseignerait une manire de prier Dieu plus excellente que celle de leurs anctres, qui ntait que charnelle, et la faon de le servir comme il nous le commande, sans quil soit ncessaire de faire d es festins. Le plus savant des Ombiasses de ce pays, g de cinquante ans, se trouva ici avec les autres. Nous lui demandmes par interprte comme il servait Dieu. Il nous dit que Ramofamade, cest--dire Mahomet, tait leur prophte, et Mose le notre ; que nous faisions bien de suivre la loi de Moise et eux celle de Mahomet. Il nous raconta lhistoire de notre premier pre Adam peu prs comme elle est dans la Gense, except une circonstance impertinente, savoir quil y avait une rivire de lait, lautre de miel, la troisime de vin, et que le sujet pour quoi Dieu se fcha fut cause de la puanteur provenue de ce quAdam et ve avaient purg leur ventre dans le jardin. Il disait de plus quentre les enfants dAdam quelques uns taient blancs et grands seigneurs, desquels les Franais et les blancs de ce pays taient descendus, les autres noirs, et les esclaves, desquels les ngres tiraient leur origine. Nous lui parlmes de Jsus-Christ, Fils de Dieu incarn. Il rpondit que leurs livres faisaient mention dun prophte nomm Raissa, qui tait venu en terre immdiatement de Dieu, sans tre n parmi les hommes, et quil tait plus grand que Mahomet, quil lui avait cd. Lui ayant dit que ctait Notre-Seigneur Jsus-Christ, Fils de Dieu, que nous adorons, il rpondit que Dieu navait point de fils et quil tait seul quau reste ils espraient aussi bien que nous aller au ciel en gardant leurs crmonies. Mais il ny avait personne entre les interprtes capable dexpliquer le mystre de la Trinit, comme jespre quon le pourra avec le temps, saccommodant aux comparaisons et fa on de parler de ce pays. La conclusion de
- 567 notre visite fut quil tait content dapprendre notre crance et nous laisser son fils, g de quinze ans, pour apprendre de lui par aprs. Jacceptai volontiers son offre ; mais ce petit libertin ne voulut pas demeurer. Il me dit que son p re ne lui permettait pas de boire du vin jusques ce quil et appris leurs superstitions. Voil ce que jai appris du plus savant du pays, qui pourtant ne dit mot de Dieu aux ngres, se contentant de les piper avec ses olis et salis. Qui pourrait gagner un Ombiasse tel que celui-ci, et le dsintresser des petits profits quil tire de ses tromperies, tout le reste serait bientt gagn ; mais il faut de bons interprtes qui sachent entendre et dire les raisons de part et dautre ; ce qui ne se peut faire que par long usage, la langue ntant pas rduite en prceptes et ny ayant pas longtemps que ce pays est habit des Franais. Jespre quavec le temps Dieu nous fera la grce de vaincre ces difficults. Les premires visites que jai faites la campagne furent pendant le carme, loccasion de quelques Franais malades, trois ou quatre lieues dici. En passant par les villages, les ngres sassemblaient par curiosit, pour voir une petite montre que javais emprunte. Ils ladmiraient et croyaient quelle tait anime, et disaient que nous tions des dieux ; ce qui nous obligeait, comme Paul et Barnab, de leur dire que nous tions des hommes comme eux ; et prenais de l occasion de leur parler de Dieu selon mon possible Ces pauvres gens disaient aussi quils taient incapables dapprendre ; et quand je leur voulais faire faire le signe de la croix, ils senfuyaient. Un plus hardi, qui tait le matre du village, layant fait et prononc les paroles, chacun demandait puis aprs le faire. 11. Des visites faites en la campagne depuis les ftes de Pques 1649 jusques au mois de juin. Les ftes de Pques tant passes, jappris que Andian Ramach faisait un Nissanath de sa maison, qui avait t rpare. Je jugeai propos de my trouver, tant pour voir ce qui se passait en cette crmonie, que pour prendre occasion de parler de la foi en une si bonne compagnie, en la prsence du roi et dautres grands qui y devaient assister. Je menai avec moi un interprte pour leur parler plus facilement. Je priai le roi de leur dire lui-mme ce quil en avait appris, vu quils avaient plus de crance en lui. Il me le promit par plusieurs et diverses fois ; mais il nen fit rien et fut cause que, pour nous tre attendus lui, loccasion se perdit par la grande confusion de leur banquet ; mais jen parlai aux grands du pays et aux ombiasses qui taient en sa maison, et je tirai encore cet avantage de cette visite, que le peuple mayant toujours
- 568 vu auprs de leur roi, crut que jtais en crdit auprs de lui ; ce qui ma depuis beaucoup servi, leur disant mmement, comme il est vrai, que leur roi mavait pri de les instruire ; et lui-mme me fit de plus instance que je vinsse tout fait demeurer avec lui, que je lui donnasse des heures en portugais et quil prierait Dieu comme autrefois En partant, il me dit que jcrivisse Louis de Bourbon quil lui fit un beau prsent. Je lui dis quil ny manquerait pas, sil se remettait en tat de bon chrtien et contribuait avec nous au salut de ses sujets, que, lorsque nous irions demeurer avec lui nous ne lui serions point charge. Car ces gens ici sont si mesquins quil serait plus propos de leur donner que recevoir deux. En men retournant, un matre de village nomm Ramanore aprs les blancs un des plus riches et considrables du pays qui avait autrefois assist aux instructions notre habitation aprs avoir expriment toutes les superstitions des Ombiasses sans aucun effet, me fit prier dentrer chez lui et dobtenir de Dieu sa sant . Lui ayant remontr que Dieu permet souvent les maladies de nos corps pour le salut de nos mes et quil tait tout-puissant pour le gurir, sil quittait la superstition du pays et voulait servir Dieu comme nous, il demanda aussitt quon lenseignt. Je fis assembler ceux du village pour venir couter. Je leur dclarai, par linterprte que javais conduit avec moi les choses plus substantielles de la foi et plus n cessaires salut. Le malade, aprs avoir cout le tout, dit que son cur tait soulag et quil croyait tout ce quil venait dentendre, et quil portait grande compassion au Fils de Dieu, mort pour nous, et quil len remercierait et ne loublierait point. Il demanda si Jsus-Christ tait assez puissant pour lui restituer la sant. Oui, dis-je si vous croyez de tout votre cur et que votre me soit lave de tous vos pchs par le saint baptme. Il fit apporter de leau et me fit presser de le baptiser. Mais, craignant, ce qui arriva depuis quil ne chercht plus la sant corporelle que la spirituelle je la diffrai, lui disant quil fallait prouver si son dsir de servir Dieu tait vritable, et quil paratrait tel si, ayant reu la sant, comme jesprais que Notre-Seigneur la lui donnerait, il se faisait entirement instruire et lui et toute sa famille. La femme, entendant lexplication des commandements de Dieu, dit quil y avait longtemps quils avaient recours Dieu, et quen tout, particulirement en plantant et recueillant leur riz levant les yeux au ciel, ils disaient Dieu : Cest toi qui peux faire venir ce que je recueille ; si tu en avais besoin, je te le donnerais, et jen donnerai ceux qui en auront besoin, comme aux Franais qui passeront par chez moi, et aux
- 569 pauvres esclaves. Je pensais pour lors Cornetius, mais je navais pas eu de vision pour le baptiser. Tous les assistants taient ravis des choses quon leur avait dites, et disaient que ces choses valaient mieux que lor et largent, quon peut prendre celui qui doit ; mais ceci, qui nous le peut ter ? Nous le retrouverons toujours dans notre cur apr s le sommeil. Je reconnus par ces discours quencore que le Saint-Esprit ne fut visiblement descendu en eux, il sy faisait nanmoins sensiblement paratre par les lumires quil rpandait dans leurs mes. Je pris cong, laissant au malade lesprance de sa gurison et tous celle dtre instruits. Peu de temps aprs, jappris la sant de ce bonhomme qui ne ma point press de linstruire, comme il mavait promis, quoique nanmoins il tmoigne dtre toujours dans le mme dsir. Je crois que le respect humain et la crainte dtre mal avec les grands quil sert le fait diffrer. Il vit moralement bien, et jai depuis baptis deux de ses enfants. Quelques-uns me disaient, aprs, que je le devais baptiser et que sa sant aurait donn crdit au baptme, mais je crus quil en donnerait davantage, le recherchant de bonne sorte en sant. 12. De quelques visites que nous fmes les mois de juin et de juillet, et de la mort de Monsieur Gondre. Vers les Rogations M. de Flacourt allant Fanshere, dsira dtre accompagn de quelquun de nous. M. Gondre y alla et ptit beaucoup ; car la chaleur le voyage pied et labstinence nayant mang quun peu de riz cuit avec de leau, layant affaibli, il revint avec la fivre et des douleurs intolrables par toutes les jointures ; et au fort de tous ses maux, il ft paratre une grande constance et des sentiments vraiment chrtiens. Pendant les ftes de la Pentecte bien que je fusse extrmement afflig de la maladie de ce bon serviteur de Dieu, Notre-Seigneur me donna les forces pour satisfaire la dvotion des Franais et de nos catchumnes, confessant prchant et chantant la messe le matin, et laprs-dne chantant vpres et instruisant les insulaires. Je reus deux filles adultes au baptme, qui furent maries deux ngres, baptiss lun Paris par Monseigneur le nonce, lautre Nantes ; ce qui consola notre malade, qui reut lextrme-onction avec une grande dvotion. Il dit que tout son dplaisir tait dabandonner ces pauvres infidles. Il recommanda ensuite avec grande ferveur aux Franais la crainte de Dieu et la dvotion la sainte Vierge, de laquelle il fut trs dvot. Il me pria de vous crire, Monsieur et de vous remercier trs humblement en son nom de la grce que vous lui
- 570 aviez faite de ladmettre et supporter entre vos enfants, et surtout de lavoir choisi entre tant dautres, qui en taient plus capables, pour lenvoyer ici, quil priait ceux de notre congrgation den remercier Dieu pour lui ; puis il me dit : Je vous laisse cet avis par testament, que vous souffrirez beaucoup en ce pays et non pas pour peu, mais beaucoup. Et ayant pass une partie de la nuit en continuelles inspirations Dieu, en souriant il lui rendit son me le quatorzime de sa maladie. Le lendemain, il fut enterr avec les pleurs de tous les Franais et des infidles, qui disaient quils navaient point vu jusques notre venue des hommes qui ne fussent point colres et fcheux, et qui leur enseignassent les choses du ciel avec tant daffection et douceur comme nous leur faisions. Je vous supplie de faire ici une pause pour vous reprsenter les ressentiments de mon pauvre cur dans la perte de celui que jaimais comme moi-mme, en qui tout tait aimable, et qui tait en ce pays, aprs Dieu, toute ma consolation. Je demandai Notre-Seigneur Jsus-Christ la portion des grces du dfunt pour faire seul louvrage de deux. lai ressenti aprs sa mort leffet de ses prires et une double force de corps et desprit pour travailler la gloire de Dieu. Ensuite la crainte de mourir avant que jeusse mis en tat luvre de Dieu, me pressa de travailler au plus ncessaire, qui tait de composer en cette langue des instructions de ce quil faut croire et faire, afin de me les rendre familires, et les laisser ceux qui viendront, au cas que Dieu dispost de moi. Aprs beaucoup de peines dexprimer les choses de la religion dans un pays sans religion, jachevai le plus ncessaire, et envoyai une copie M. de Bellebarbe, Sainte-Marie, afin de sen servir ; mais il ne la pu, faute dinterprte. Depuis que jeus dress les instructions en ordre, jassemblai les infidles de notre congrgation les dimanches et ftes, qui stonnaient de me voir en si peu de temps parler en leur langue, quoique je ne fasse que b gayer ce que javais appris de plus ncessaire. Les enfants dun grand, nomm Andian Panole, loigns de deux cents lieues dici, venus ici pour leurs affaires, nous venaient voir et assistaient aux instructions. Au dpart, ils dirent quils dsiraient tre aussi instruits et rapporteraient leur pre ce quils avaient entendu de notre religion. Je leur donnai esprance quavec le temps nous irions. On y ferait grand profit ; car ce pays est meilleur et mieux peupl que la contre o nous sommes ; et ces habitants sont fort curieux d assister aux prires des Franais qui y vont ngocier. Je ne perds aucune occasion dannoncer Jsus-Christ en personne
- 571 et par autrui, soit aux ngres loigns o vont les Franais, auxquels aprs les avoir exhorts se confesser et communier avant leur dpart, et recommand tous la crainte de Dieu et de donner bon exemple aux infidles, je chargeai les plus intelligents de ne laisser passer aucune occasion de parler de notre foi, et leur donnai par crit les instructions ncessaires cet effet. Jallai, au mois de juin, la campagne voir si la semence cleste que javais jete par les villages, commenait germer, et jappris quon faisait solennelle assemble Fanshere pour lentre de la maison dAndian Sero, quon tient devoir succder Andian Ramach. Ayant ou dire que ce matre de village nomm Ramanore, duquel jai ci-devant parl, avait t guri incontinent aprs que je leus visit, il me ft instance daller son logis pour prier Dieu pour la sant de son petit-fils. Que veuxtu, lui dis-je, que je fasse ? Penses-tu que Dieu le puisse gurir sans ces olis de ce pays ? (car cest un des plus superstitieux) Fais et dis ce que tu voudras, pourvu que mon fils gurisse. Ayant lev mon cur Dieu avec confiance, je fus trouver Andian Famach et lui dis : Tu sais bien ce que cest que le baptme et comme tu y as reu la sant de lme et du corps. Voil ton petit-fils malade. Si tu veux que je le baptise, fais venir en ta maison ton gendre et ta fille et lenfant ; et je leur dis ce que cest que le baptme ; et donnerai quel nom il te plaira. Il le fit et le nomma donc Jrme, et me dit de bien prononcer les paroles, lesquelles il pronon a aussi. le fis dire par linterprte que lenfant serait tenu de vivre en bon chrtien ; et le pre me dit : Je te le donne et veux que tu sois son pre et sa mre, quand il sera grand. Je le baptisai ensuite, faisant entendre aux Roandries qui taient prsents que, quoiquon baptist les enfants sans disposition de leur part, quil fallait nanmoins que les adultes fussent auparavant instruits. Lenfant peu apr s revint en sant et, par la grce de Dieu, il nen est point encore mort ici aprs le baptme, comme il arrive en Canada. Voil pourquoi les paens nont point de rpugnance quon baptise leurs enfants, croyant que cela leur conserve la sant, en suite de ce qui arriva un ngre, auquel je dis que son enfant mourrait sil le faisait circoncire ; ce qui arriva. Aprs quoi il me vint trouver avec sa femme, me disant en pleurant : Tu me lavais bien dit. Ces pauvres gens pleuraient la perte du corps de leur enfant, et moi celle de son me. Andian Ramach, avant mon dpart, parla des commandements de Dieu au peuple ; et je confirmai son dire moffrant de les instruire. Les Roandries qui taient venus la fte dirent quils voulaient tre baptiss avant que partir. Jentrai la maison neuve,
- 572 que je trouvai pleine de femmes de Roandries. le leur pariai de la foi. Elles me rpliqurent que les 0mbiasses du pays exemptaient les femmes dapprendre, comme incapables. Mais leur ayant dit que les femmes de France taient aussi bien apprises servir Dieu, que les hommes, elles me dirent quelles voudraient bien quil y en eut ici pour les instruire 13. Des autres visites faites s mois daot, septembre, octobre, novembre, dcembre. Depuis la mort de mon cher compagnon sur lequel je me reposais et mettais le soin de notre habitation et des environs je ne puis aller si loin quauparavant ; car il faut me trouver les dimanches et ftes lhabitation, pour clbrer la sainte messe et loffice divin et faire les exhortations aux Franais et instructions aux infidles des environs. Voil pourquoi mes voyages ne sont que de six jours. Je fus le mois daot aux montagnes les plus proches de nous. Jinstruisais le jour ceux qui taient aux villages et le soir, au clair de la lune, tant ceux-ci, que les autres qui retournaient du travail. Je fus extrmement consol, voyant dun cot quils croient de tout leur cur, et je disais, les larmes aux yeux : Quid prohibet eos baptizari (9) ? Mais craignant quils nabusassent du baptme, nayant point de prtre pour les entretenir la pit chrtienne je remis le tout ladorable providence de Dieu. Jeusse baptis des enfants ; mais je craignais quon ne les put plus discerner des autres, vu principalement que les paens changent souvent de demeure ; et je crois quil sera propos de leur faire quelque marque pour les discerner. Ceux que jai baptiss aux villages voisins de nous se reconnaissent, et on les appelle dans le pays par leur nom de baptme : Nicolas, Franois, Jean, etc. Ce serait une chose trop longue et ennuyeuse si je voulais particulariser les noms, les voyages, les villages, les gens auxquels jai annonc Notre-Seigneur Jsus-Christ, et les particularits qui sy passrent. Je vous puis dire quon ne peut dsirer plus de disposition pour recevoir lvangile. Tous se plaignent de ce que les Franais depuis quils sont en leur pays, ne leur ont point parl de la foi, et portent une sainte envie ceux qui sont voisins de notre habitation. Je rapporterai seulement ce qui se passa en quelques rencontres particuli res. A la fin du mois de novembre, jallai visiter les villages qui sont nu del de Fanshere. Javais port 9$ 6ctes <III, +7.
- 573 une grande image du jugement final et du paradis et de lenfer. A chaque village, je leur criais que jtais venu afin que leurs yeux vissent et que leurs oreilles entendissent les choses de leur salut. Aprs leur avoir expliqu ce quil fallait croire et les commandements de Dieu, je leur montrai les demeures de l ternit et les pressai de choisir le haut ou le bas, lenfer ou le paradis. Ils s criaient : Tsiary aminy Rabilo ; aminy lanahary tiako andeha (cest--dire je nai garde de choisir daller avec le diable ; cest avec Dieu que je veux demeurer). Ils se disaient que leurs Ombiasses ne leur parlaient point de Dieu et ne les visitaient que par intrt et pour les tromper ; et que moi je les enseignais gratis. Ils admiraient comme on avait pu faire des figures sur le papier. Ayant entendu parler du p ch de nos premiers parents, les uns leur donnaient des maldictions et disaient : Oh. ! que cet t une belle chose de demeurer comme Dieu nous avait crs, sans avoir besoin de travailler, ni tre sujets aux maux de cette vie, ni la mort ! Dautres sen prenaient au diable, disant que, sils leussent pu attraper ils leussent br l. Quand quelquun arrivait tard et que limage tait plie, ils lui disaient : Ah ! tu nas pas vu la richesse. Et il fallait la dplier et expliquer derechef. En men retournant, je passai par Fanshere et montrai mes images au roi, qui les connaissait et expliquait, puis je le priai de permettre que je baptisasse les enfants de son village, et de dfendre la circoncision. Il me dit quil nempcherait pas le baptme, mais que je laissasse faire la circoncision. Il faut avoir un peu de patience pour les dsabuser avec le temps. Si nous pouvons rduire ce roitelet en son premier tat de chrtien, les autres grands le suivront, et il y aura de quoi se lasser les bras baptiser. Comme les moins disposs recevoir lvangile sont les blancs, et entre eux les grands et les Ombiasses, je tachai de ne perdre aucune occasion de leur parler de la foi ; car ceux-ci tant gagns Dieu le reste sera facile. Voil pourquoi, tant all la pointe de lle deux journes dici, o je fus extrmement consol de voir tant de dispositions dans le peuple, je fus chez Andian Madamboro, frre an du roi qui a t supplant par son cadet. Ce grand est un Ombiasse et grand superstitieux, qui on attribue le pouvoir de faire venir et chasser les sauterelles. Il me pria dabord de lui donner quelque remde pour les gouttes, desquelles il tait alors travaill, et lui ayant dit que Dieu seul le pouvait gurir, ou lui donner patience en son mal, je lui vanglisai ensuite Jsus-Christ. Et lui disant quil fallait croire en Celui dont il tenait limage, il la prit, la baisa, la mit sur sa t te et
- 574 sur son cur et me pria de demeurer avec lui pour linstruire. Je ne pus le payer que desprance. Jeus dsir de voir ses livres qui taient tous enfums. Tous les assistants, me tenant par la soutane, me criaient : Que vas-tu faire ? tu nous porteras malheur, lave donc tes mains et ta bouche. Me moquant de leur crainte, je pris ces livres, o je ne vis que des figures mal traces. Et lui demandant la signification de lcriture il me dit quil y avait les noms des plantes. Je lui dis quil fallait quitter toutes ces superstitions et tromperies, dont il abusait le peuple. Il r pondit quil ne savait aucun mal et navait intention de servir au diable, mais dobserver les coutumes de leurs anctres, que je lui enseignasse mieux et quil quitterait tout cela, que je le vinsse voir souvent pourvu que ce ne fut le vendredi auquel jour il ne parlait personne parce quil avait observ que tous ceux qui lui avaient parle ce jour-l sen taient trouvs mal par la suite de quelque sinistre accident. Et moi je lui dis que je t cherais de venir ce jour-l, auquel Notre-Seigneur Jsus-Christ nous avait rachets par sa mort. Lui ayant fait faire un signe de croix je le laissai en cette bonne disposition. Je men allai ensuite visiter Andian Machicore gendre du roi, en un autre village. (On attribue celui-ci le pouvoir de faire venir la pluie, de sorte quayant plu une fois, on lui prsenta des boeufs en remerciements.) Discourant avec lui en pr sence de plusieurs habitants du lieu, il me demanda sil pleuvrait bient t, cause que leur riz tait tout brl faute deau. Je vis la lune ple et le ciel qui se couvrait. Je lui dis qu mon avis il tomberait bientt de leau, mais que je nen savais rien au vrai, parce que cela nappartient qu Dieu seul, qui envoie et retient la pluie comme il lui pla t. Mais toi, lui dis-je, si tu as le pouvoir de faire venir la pluie pourquoi permets-tu que les riz du pays et les tiens se schent et se perdent ? Il en attribua la vertu ses olis qui ont tous leur nom. Je me souviens dun, quil appelle Andian Valotomboko cest--dire Monseigneur qui a huit pieds. Jtais un peu en chaleur et justement indign contre ces piperies et dis que ctaient des diables quils honorent sous ces figures ridicules et que ctaient inventions des magiciens, pour transfrer aux dmons lhonneur qui appartient Dieu seul. Et loquebar de testimoniis tuis in conspectu regum et non confundebar (10) Il ny a pas de danger de leur dire la vrit, dautant quils noseraient faire tort aucun Franais encore moins moi, #E$ Bsaume CQ<III, .7.
- 575 qui converse doucement avec eux, sans toutefois les flatter, quand il sagit de la gloire de Dieu. La plus grande difficult sera convertir ces superbes, qui sont incapables de raisonnement ; car il ny a aucune science en ce pays ; et la coutume et lintrt temporel lemportent par-dessus la raison ; de quoi nanmoins nous ne devons pas nous tonner en des personnes qui nont encore quune tincelle de connaissance, vu quil sen trouve en Europe des parfaitement clairs qui exprimentent les mmes difficults se retirer du vice. Je fus, il y a quelque temps, au del des montagnes, en une contre quon appelle la valle dAmboule, o il y a un seul grand. Lui et tous ses sujets, qui sont environ quatre mille sont ngres. Il ny a point dOmbiasse, mais ils y vont vendre leurs olis. tant chez le roi, je lui montrai limage du jugement g nral, disant que Dieu ferait ainsi brler les polygames lui et ses femmes (car il en a cinq). Il changea de visage ; il me pria de venir linstruire et quil obligerait ses vassaux recevoir lvangile. Je visitai, les ftes de Nol, le pays dAnossi, o il y a environ dix mille hommes. Il ne me reste plus que deux visites faire pour achever de rparer les voies, in omnem locum in quem est ipse Dominus venturus. Jirai au plus tt, afin que ceux qui viendront trouvent au moins la terre dfriche, ce qui na pas t fait sans grande fatigue ; mais celui qui a donn aux vanglistes nivem sicut lanam (11) fait ici que la chaleur parait une douce rose ceux qui sont dans la fournaise de la charit. Conclusion. Voil le vaisseau qui va lever lancre, aprs mavoir donn le loisir de faire ces remarques. Pour conclusion je vous dirai Monsieur, que tous ces pauvres languissants nattendent que aquae motum (12) et la main de quelques bons ouvriers pour les plonger dans la piscine du baptme. Combien de fois, vanglisant la campagne, ai-je entendu, non sans larmes ces pauvres gens crier : O est donc cette eau qui lave les mes, que tu nous a promise ? fais-en venir et y fais les prires.~ Mais je diffre, craignant quils ne la demandent encore matriellement, comme celle qui, pour tre exempte de venir aux puits, demandait Notre-Seigneur de leau qui te la soif, et ne connaissait pas encore celle qui teint le feu de la concupiscence et rejaillit la vie ternelle. ##$ Bsaume CQL<II, #7. #($. 2aint 4ean <, +.
- 576 Jai dit, au commencement, que nous avons trouve cinq enfants baptiss. Il a plu N.S. den ajouter cinquante-deux autres. Quoiquil y ait beaucoup dadultes suffisamment disposs, je diffre jusques ce quon puisse les marier incontinent aprs le baptme, pour remdier au vice du pays, comme nous avons dj fait ceux qui furent baptiss en France. Jaurai soin cependant quaucun suffisamment dispos ne meure sans baptme. Je baptisai, il y a quelque temps, une pauvre vieille grivement malade, dans laquelle Dieu ft voir les effets de sa grce par les grands sentiments quil lui donna tout coup de sa bont. Elle est alle, la premire de ce pays, lternit bienheureuse, et son corps a t le premier enterr au cimetire des Franais. Le jour de la Purification, nous avons bni et pos la premire pierre fondamentale de lglise quon va btir pour notre habitation, aprs avoir remerci Dieu de nous avoir choisis pour btir un temple sa divine Majest dans un si grand royaume, o il ny a aucun vestige dglise, quoiquil y ait plus de quatre cent mille mes, quon peut tailler pour tre des pierres vives de ldifice spirituel que nous esprons riger sa gloire. Jattendrai du secours et les ordres de la Sacre Congrgation de la Propagation de la Foi et les vtres. Cependant, si je ne puis pas beaucoup avancer, je tacherai de ne pas laisser perdre ce qui est commenc. O sont tant de docteurs, comme disait autrefois saint Franois Xavier, qui perdent le temps dans des Acadmies, pendant que tant de pauvres infidles petunt panem, et non est qui frangat eis (13) ? Le matre de la maison y veuille bien pourvoir ! Car moins que davoir quantit de prtres pour instruire et entretenir le fruit, on ne peut gure avancer, parce quencore que le peuple soit crdule et facile attirer au giron de lglise, lattache quils ont au temporel touffe, comme les pines, la semence jete dans leurs curs. Et quoiquils la reoivent avec joie, cito arescit, quia non habet humorem (14), Je ne doute point, Monsieur, que tous les sujets de notre congrgation ne tressaillent de joie des nouvelles si dsirables leur zle et ne dsirent cooprer avec Dieu la conqute de ce nouveau royaume Jsus-Christ, et que, dans la compassion de me voir seul, dans un pays si loign, administrer les sacrements aux autres, sans en pouvoir recevoir dautres que la sainte Eucharistie, ils ne prient la bont de Dieu de me fortifier en sa grce. #+$ Livre des Lamentations I<, .. #.$ 2aint Luc <III, 7.
- 577 Ce qui sera le plus capable de me consoler aprs Dieu, sera de savoir ce qui sest pass de plus considrable en notre congrgation au bien de la sainte glise et en la gloire de Dieu, que je continuerai de prier pour vous Monsieur, afin quil lui plaise, avant que vous appeler soi vous faire voir vos enfants multiplis comme les toiles du firmament, et que tous puissent tre pres de plusieurs gnrations pour le ciel o jespre vous voir, par les mrites de Notre-Seigneur Jsus-Christ et lassistance de vos prires et de tous nos confrres et suis, Monsieur, votre trs humble et trs obissant serviteur. CHARLES NACQUART, prtre de la congrgation de la Mission et missionnaire apostolique en cette le. A Madagascar du fort Dauphin, Tholanghare habitation des Franais, ce cinquime fvrier 1650.
1180. A GUILLAUME DELATTRE, SUPRIEUR, A AGEN Du 6 fvrier 1650. Je crois bien que ce que lon vous a imput au sujet des Pres Jsuites nest quune calomnie, et que vous ne voudriez pas choquer une compagnie si sainte et tant utile lglise de Dieu comme elle est. Je loue Dieu de ce quon a aussi reconnu la vrit. Jespre que ce qui sest pass ne servira que pour vous lier plus intimement avec ces Pres, auxquels je souhaite que vous tmoigniez grande estime, affection et dfrence, comme je tche de faire ici ; ce que je fais avec grande consolation. Lettre 1180. -eg. (, p. #(A.
- 578 1181. A UN PRTRE DE LA MISSION Et moi, comment ma-t-on souffert, si cela est, jusques cette heure dans lemploi que jai, qui suis le plus rustique, le plus ridicule et le plus sot des hommes, parmi ces gens de condition, avec lesquels je ne saurais dire six paroles de suite, quil ne paraisse que je nai point desprit, ni de jugement ! Mais qui pis est, je nai aucune vertu qui approche de la personne dont est question.
1182. A MATHURIN GENTIL, PRTRE DE LA MISSION, AU MANS Du 9 fvrier 1650. On ne ma fait aucune plainte, comme vous pensez, de la chambre que vous avez fait paver ; et je nen sais autre chose que ce que vous-m me men crivez, qui est assez pour me faire juger que le suprieur (1) nest pas content de cette rparation, non plus que des autres faites pendant son absence ; ce qui me donne sujet de vous prier de ne rien faire de quelque importance que de concert avec lui ; et lorsquil nen conviendra pas, si la chose vous semble ncessaire ou fort utile, faites-moi savoir vos raisons et les siennes ; nous aviserons sil la faudra faire ou la remettre. Lettre 1181. Manuscrit du fr1re -o0ineau, pp. (( et 7#. #$ Le missionnaire stait plaint de son nouveau suprieur, disant quil ntait pas assez civilis. 6pr1s avoir fait de ce dernier un loge mrit, saint <incent a8oute les mots ci dessus. 2i, comme il est assez vraisem0la0le, le suprieur en question nest autre que Bierre `ate0led, la lettre est de #7AE. Lettre 1182. -eg. (, pp. +E:, #+( Le second fragment, qui tait peut &tre le premier dans loriginal, commence au! mots Je suis bien aise que. #$ 6ntoine Lucas.
- 579 Je ne reois des lettres de M. que rarement, et jamais il ne ma fait mention de vous, pour le moins au sens que vous pensez ; aussi ne souffrirais-je pas que telles personnes entreprissent mavertir de ce qui se passe dans la famille, dont ils ne se doivent pas mler. Et puis, vous tes trop sage et retenu pour quon trouve beaucoup redire vos actions ; mais si quelquun venait les blmer sans sujet, ne seriez-vous pas bien aise de souffrir pour la justice, Notre-Seigneur ayant dit que ceux-l sont bienheureux qui sont ainsi perscuts ? Je vous prie, Monsieur, de tenir votre cur en paix ; vous tes Dieu, par sa grce, et rsolu de vivre et de mourir pour sa plus grande gloire. Ne voil [-t-il] pas un grand bonheur et de quoi vous rjouir incessamment, quelques peines que vous puissiez avoir ? Je suis bien aise que vous ayez pressenti la disposition de Monseigneur du Mans (2) sur la taxe de vos chapelles. Je vois bien quil se pourra r soudre quelque jour un procs. Pour maintenant, jy trouve quelquinconvnient craindre ; cest pourquoi je vous prie de payer cette taxe, sans prjudice de votre dcharge. Nous avons pay plusieurs annes celle qui fut faite du commencement sur Saint-Lazare, attendant le temps opportun pour nous en faire exempter, ainsi que nous avons fait depuis, nous tant contents dabord de nous plaindre simplement, tantt Monseigneur de Paris, tantt aux commissaires du clerg et tantt dautres, tchant de les disposer ainsi loisir nous ter cette corve. Il ne faudra peut-tre quune bonne mission, de laquelle Monseigneur lvque sera bien satisfait, pour vous concilier sa bienveillance, et, par sa faveur, vous faire dcharger de cette taxe excessive tant fonds en justice, comme vous tes ($ Bhili0ert de *eaumanoir de Lavardin.
- 580 1183. CHARLES NACQUART, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT Monsieur, Votre sainte bndiction, sil vous plat ! Ayant eu crainte que lon ne lt les lettres et les dtournt, jai cart celle-ci du paquet et lai confie un ami, pour vous la faire tenir vous seul raison de ce que vous y trouverez, que je nai pas trouv propos de mler avec ce qui est dans mon journal. Cest ici une espce de communication intrieure pour vous demander conseil dans les occasions qui me sont survenues, afin dapprendre comme il sy faut comporter, et qui vous fera voir quel il faut tre pour demeurer en cette habitation. Il me souvient que vous mavez souhait part la patience de N.-S., et je vous dirai ici les petites difficults qui sont survenues mon esprit pour lexercer. Vous nous aviez mand que ces Messieurs nous donneraient les choses n cessaires non seulement ad victum, mais encore ad vestitum, et M. de Flacourt, ce quil ma dit La Rochelle et ici, nentend pas fournir de vtements, en sorte que, pour ne le pas contrister, jai employ La Rochelle, soit toffe et linge et autres menues ncessits, environ les deux tiers de ce que vous nous aviez envoy dargent, sans quoi je ne porterais plus de marque de prtre non plus que M. de Bellebarbe, qui est prsent vtu de gris ; et jai ici employ le reste except dix cus qui me restent, pour avoir les choses ncessaires et suppler au trop peu que lon ma donn pour aller visiter les malades la campagne. claircissez-vous de cela, si vous envoyez ici quelquun, et spcifiez tout, afin quil ny ait pas de msintelligence. Jai mieux aim employer tout que davoir la moindre parole, et me suis engag de cent francs envers le capitaine de notre vaisseau, comme je vous manderai dans une lettre expr s pour lui. Je nai pas trouv peu de difficult pratiquer ce que vous maviez crit touchant la conversation douce, respectueuse, mais fidle tenir le parti de Dieu et ne point trahir ma conscience ; car comme vous savez que les discours des sculiers sont trop souvent de choses qui ne devraient pas tre entendues dun prtre lorsque, limpuret ou la mdisance, qui dordinaire va sur les ecclsiastiques ou autres personnes, se mlait dans les entretiens, jai tch de la divertir au mieux et Lettre 1183. %ossier de la Mission, copie du Q<IIe si1cle.
- 581 le plus doucement que jai pu, et en voulant tre fidle Dieu et ma conscience, ce na pas t sans me rendre odieux. Mais des deux jai plutt choisi de plaire Dieu quaux hommes crainte de perdre la qualit de serviteur de Jsus-Christ Il ny a eu que M. de Flacourt qui la trouv mauvais, le reste en a t bien aise et men a su gr. Innocentes et recti adhaeserunt mihi, qui sustinui te, Domine (1). Quand on travaille ici les dimanches et ftes sans permission et avant la messe, jai averti quil fallait suivre la coutume de lglise, qui est de ne le faire sans ncessit, sans dispense et aprs la messe. Pour cela, jai pass pour vouloir donner la loi et entreprendre sur le temporel par ambition. Lorsque, pour remdier aux plaintes et murmures de plusieurs, jen ai averti celui qui pouvait y donner ordre jai pass pour lauteur de tout cela. Lorsque, par compassion dentendre les malades qui se plaignaient de mourir faute de nourriture et de remde, je me suis adress avec respect, de leur part au pre de famille, jai t renvoy Dieu sait de quelle faon comme si ctait moi qui leur fis dire. Cest une piti de voir si peu dordre cela, quil faut que ceux qui on a promis en France de les mdicamenter en leurs maladies, vendent leur chemise pour avoir des volailles, qui ne cotent pas un sol en monnaie de ce pays qui est du verrot quon apporte de France, ou il faut quils dchirent leur linge sils ont des plaies. Quel moyen de voir cela ? Vous verrez dans une lettre ici incluse qui sadresse aux Messieurs de la Compagnie de Paris, que je vous prie de lire et ne leur montrer (2) sinon au cas que je sois calomni, comme jai sujet de craindre que ce ne soit le payement des petits services que jai rendus ces. Messieurs, aprs avoir expos ma vie sur mer et sur terre ; mais il ny a rien de perdu devant Dieu. Comment faudra-t-il faire touchant ces misrables guerres dont je parle ces Messieurs ? On dit ici quon y trouvera bien des prtextes pour le pass et pour lavenir, et je sais bien quil ny en peut avoir que de faux et capables de d truire luvre de Dieu et de perdre le salut de ceux qui les continueront. Sil sen fait, cest pour pargner un peu de marchandise. Il ny a pas grandchose faire pour la religion en ce pays avec un gouverneur seulement pieux en apparence et qui ne songe quau temporel. Il ne faut pas seulement des paroles, mais #$ Bsaume QQI< (#. ($. Cette lettre a t pu0lie dans les Mmoires de la *ongrgation de la Mission, t. IQ, p. 9. et suiv., dapr1s une copie conserve au! archives de la Mission.
- 582 une personne qui contribue en effet par son exemple et par son autorit aux desseins de Dieu, qui sont de si grande consquence, comme [vous] pouvez le juger. Saint Franois Xavier a beaucoup fait par sa vertu et sont zle, mais lautorit de ceux qui lappuyaient et lui fournissaient lib ralement les choses ncessaires, y a beaucoup contribu. Il ny a point ici de punition pour les Fran ais scandaleux, ni pour les vilains et vilaines du pays qui sont au service de lhabitation. Les Fran ais sont quittes pour dire. Je nirai point confesse. Et lon dit que les autres sont des chiens. N y a-t-il pas moyen que ces Messieurs tablissent une justice ? Je nai pas sujet de me plaindre de ma nourriture, qui ne saurait tre que trop bonne. Mais sil faut attirer quelque ngre ou des petits enfants par des prsents, on dit que cest tout gter ; et sous ce prtexte davarice, je nai point damorce pour pcher les hommes, et si les frais ne seraient que fort petits pour fournir avec lib ralit les choses ncessaires comme vous apprendrez mieux de ceux qui ont demeur ici, que je ne le vous saurais spcifier par crit. Pour un morceau de cristal que jai reu dun ngre, je suis souponn de vouloir entreprendre un trafic en ce pays ; et je le destinais pour faire une petite croix mettre lglise ! La faon met plus cot que la matire ne valait ; et elle net pas eu quatre doigts de long sur deux de large. Encore lai-je donn , aprs quon me la demand, me souciant aussi peu des pierreries que de paille. Quand Monsieur navait pas fait faire son poil le dimanche, il fallait retarder la messe ; et il ma fait ses plaintes, que je le considrais peu de ne le pas avertir pour prendre sa commodit, et quil y aurait quelque jour dautres prtres ici. Je lui fis voir que javais donn charge son serviteur de prendre garde quand il ne serait pas pr t, et quil men avertt avant le dernier sonn ; quand chacun est assembl et le prtre habill il nest plus temps davertir. Il a tant de fois dit quil y avait eu des religieux qui s taient offerts de payer leur passage et de se dfrayer entirement ici, et quil dirait la Compagnie quil ny a pas de danger den laisser venir de toutes sortes ! Je ne sais si cest par reproche ou autre dessein. Jai rpondu que je ne souhaitais sinon que Dieu y envoyt ceux qui lui rendraient meilleur service. Dautres y seront autant emp chs comme nous, et la multitude et diversit ne sera que de la confusion. Tout ceci, joint la difficult que je trouve la conduite des Franais fait que je vous propose savoir sil est propos de nous charger lavenir des Franais, que lon mettra dornavant en
- 583 plusieurs habitations mal rgles et en des cantons malsains bien loigns les uns des autres. Le moyen de suffire cela et aux ngres ? Ne serait-ce point mieux fait que ces, Messieurs pour leurs habitations eussent de bons prtres sculiers gages et que nous autres fussions assez bon nombre pour tablir une Communaut et faire habitation aux lieux o il y a plus dapparence de gagner des mes, et ntre occups quaux ngres. car il ne faut point parler des rgles de la Mission ni de rcollection un prtre seul, et, quand on serait deux avec les Franais dune habitation qui font un tintamarre divrogneries, de chansons, de leur travail, et des brouillements qui surviennent dans le soin quil faut avoir pour la vie et la conversation avec les sculiers. Certes, vous en ferez ce quil vous plaira ; mais pour mon particulier, jen suis bien las ; et je ne crois pas quon puisse faire grand profit avec les n gres, si lon nest dgag totalement de ces Messieurs pour ne vaquer quaux missions. Aussi bien cest contre notre rgle davoir des cures, et lon ne peut bien sacquitter de lun et de lautre. Vous savez quelle brouillerie cela donne Richelieu, encore quil y ait une si grande communaut pour vaquer lun et lautre. Aussi bien comme je crois, les Franais dornavant se marieront aux femmes du pays et iront choisir des lieux carts et loigns Le moyen de fournir tout ? Audian Ramach ma dit souvent quon allt demeurer Fanshere auprs de lui, et cest un lieu pour faire une habitation de six prtres pour fournir aux missions de cette contre, que lon ferait, avec un bon interprte, dans les villages peu peu. Et lon pourrait l entretenir un sminaire de petits enfants, dont on aurait une grande quantit, qui ne coteraient pas beaucoup nourrir, dans lge quils seraient capables dinstruction. Il ne faut point de linge et dhabits comme en France ; ils vont tout nus, except une charpe de droguet, dont ils se cacheraient. Ils sont accoutums coucher sur terre et vivre de riz, de racines du pays. Je ne sais que vous dire des filles pour la conduite desquelles il faudrait quelques vertueuses veuves ou filles de France pour en avoir soin ; mais ce serait encore un embarras pour nous, car vous savez limportunit de ce sexe. Des surs de la Charit bien fondes en vertu seraient propres, mais il ne faudrait pas quelles demeurassent avec nous, ne crederentur uxores sacerdotum par ces peuples souponneux et par les Franais. Mais cest une chose bien ncessaire dinstruire et de contribuer rprimer le libertinage de la luxure en donnant de la pudeur aux filles, qui partout sont effrontes, ds leur jeunesse, autant ou plus que les petits garons Et de
- 584 cette jeunesse lon ferait des mariages honntes, dont les enfants seraient encore meilleurs chrtiens que leurs pres car il faudra faire ici comme lon fait pour rformer une communaut ; on tirera ce quon pourra des vieux, mais ce seront les enfants qui instruiront leurs pres et qui rformeront le pays. On ne me dit partout autre chose : Nous sommes trop grands ; viens instruire nos enfants. Et les enfants ne demandent pas mieux, quoiquils soient fort libertins. Car le trop grand amour de leurs parents, qui leur souffrent tout sans chtiement, les gte. Il serait ncessaire de quatre coadjuteurs dont lun ft apothicaire et chirurgien, un peu vers traiter les malades, quil ft provision des mdicaments ncessaires ; car il ny en a aucun en ce pays. Lautre, un tailleur, fourni de linge et d toffe pour nous, et pour les petits enfants du droguet, et des soutanes de couleur, si lon fait un sminaire Le troisime, capable de vaquer linstruction de la jeunesse, avec laide dun interprte, pour leur montrer lire et crire dans des heures de caractre de France, pour en introduire la coutume, comme elle est ici de lire et crire cette langue en arabe, qui est trop malais. Pour cet effet, on peut faire imprimer seulement une centaine de copies du catchisme que jenvoie en cette langue, en attendant quil soit mieux, ou quon puisse faire des livres de prires bien relis en grosses lettres. Et le quatrime, un conome, avec tous les meubles qui sont ncessaires nos communauts ; car on ne trouve rien ici que ce que lon y apporte, except le buf et le riz et des racines ; encore faut-il de quoi acheter tout jusqu temps quon puisse planter, en prenant, avec permission de Sa Majest et des Messieurs, autant de terre quil sera ncessaire ; ce quon peut sans faire tort ni aux Messieurs de France, ni personne, car il y en a de reste. Le riz cuit leau, comme on le mange en ce pays, nest pas de si bonne nourriture ; il nest pas facile de sy accoutumer. Le vin de miel nest pas sain, et il est bien rare. On peut apporter des farines de France de pur froment, qui se gardent trois et quatre ans, tant pour servir de matire de conscration, que pour faire du pain sur mer et ici dans un petit four. Le vin de garde nest pas moins n cessaire pour la messe et pour conserver la sant en ce pays, o lon est fort sujet de grandes maladies et la mort, moins que davoir de bons aliments et mdicaments et autres rafrachissements que vous pourrez apprendre de ceux qui ont t sur mer, et de ceux qui ont vcu dans ce pays. Car de se fier, comme nous avons fait, de belles promesses, cela est fcheux dacheter des Franais au quadruple de ce quil coterait en France ; et
- 585 encore ne trouve-t-on quelquefois pour quoi que ce soit ce quon pouvait facilement apporter de France bon march et qui est pourtant ncessaire, comme il a fallu que jaie fait pour me conserver, sans pourtant me dlicater. Et quand on aurait pour donner quelque soulagement aux malades franais ou ngres, ce serait encore le mieux. Cela fait trop de piti de ne pouvoir secourir ceux qui Sont doublement affligs de mal et de pauvret leur pouvant sauver la vie pour peu. Il y devrait avoir ici une infirmerie bien rgle, de la part de ces Messieurs, qui sauverait, pour leur profit, la vie a beaucoup. Il faudrait, outre ce quon peut apporter de France dans le vaisseau avoir suffisamment de marchandises de ce pays, dont vous ne pouvez tre inform sinon par quelquun qui ait lexprience de ce pays. Jesprais vous adresser quelquun qui sut la langue du pays, pour vous en communiquer mais on lui a refus le passage, encore quil soit des plus anciens habitants Je nen sais pas la raison ou si lon sest dout de quelque chose ; mais cest le meilleur interprte, qui de bon cur sest donn Dieu pour demeurer avec moi lorsquil pourra se dgager, qui sera larrive du premier vaisseau, aprs que celui-ci sera de retour. Je crois quil serait bon que nous eussions la permission de recevoir ici quelque Franais, quand son temps de service est achev et quil est appel au service de Dieu, comme il y en a ici deux ou trois qui me lont demand. Ils sont tous ports et savent un peu de la langue et la faon de vivre dans le pays. Il ny aura pas trop de monde o il y a tant travailler ; et il meurt beaucoup de monde ; en voil 57 de notre nombre qui sont morts depuis douze ou treize mois. Car encore quil sen pr sente de vraiment appels, on dira que nous les avons dbauchs sans cette permission, comme on croit que jai fait lgard de cet interprte, qui de lui-mme sest offert et a toujours persist par dvotion, quoiquon lui offrit des gages, quil a refus s, pour se joindre avec moi, qui ne saurais rien faire, sil nest tout moi ; car on ne peut tre deux matres, et il faut choisir le meilleur, qui est Dieu. Il faudrait encore deux bons charpentiers et un menuisier pour b tir des glises et maisons de bois, et apporter les serrures, cadenas, clous, et tout faits, de France, bref tout ce qui est ncessaire pour se loger et ameubler en ce pays, o lon ne trouve pas plus quen un dsert. Et lon ferait bien dapporter de tout ce qui se peut planter et semer en France, comme froment, de la vigne, des graines, des ppins et noyaux, lgumes, etc.., mais le tout bien enferm, cause de lair de la
- 586 mer, qui corrompt beaucoup, et les mettre lair quelquefois par beau temps. Lorsque jai t la campagne, jai toujours eu un Franais, interprte ou non qui portait un fusil, non autre dessein que de se dfendre, tant attaqu des voleurs ou ivrognes. Et je crois quil ny aurait pas de mal, sil y a des s culiers avec nous en quelque habitation, si lon en fait, davoir de quoi se dfendre en cas de ncessit, car la crainte de nos armes les tient tous en bride, et noseraient approcher, quelque grand nombre fussent-ils, lorsquils voient une arme feu. Il y a eu des Franais massacrs, faute de se mfier Voil le plus ncessaire pour faire une habitation et il ny a pas dautre moyen de subsister, ce me semble Je suis honteux davoir spcifi tant de choses dont on se peut passer et mortifier en France ; mais puisque nous avons des corps pour servir dorganes semployer au service de Dieu en ce pays o il y a si grand besoin douvrir, il faut avoir de quoi sY conserver, puisquil y a de la peine y venir Mais la vraie habitation quil faudra faire au plus tt pour bien avancer les affaires de notre religion, cest aux Matatanes qui est au milieu de lle, o les Franais ont demeur o il fait fort bon vivre, o sont tous les meilleurs esprits, do viennent les Ombiasses et do lon peut aller facilement par toute la terre. Il ny a point de Franais prsent ayant permission de Sa. Majest de sy tablir Pour le spirituel, cest o est la meilleure moisson de tout le pays et les plus capables dinstruction. Il faudrait l une douzaine de prtres, avec linterprte dont je vous ai parl, qui y a demeur, car il y a un peu de diffrence de la langue selon les pays, comme en France, le picard et le normand, etc ; et qui pourrait avoir quelquun des ntres qui st larabe ou au moins le lire et le bien crire, cela serait bien ncessaire. Je men vais tcher dapprendre lire et crire par le moyen dun Ombiasse qui me lenseignera, afin de pouvoir connatre ce qui est dans leur livre, et leur crire quelque chose dinstruction ; mais je ne sais si jen viendrai bout. Les moyens de subsister aux Matatanes sont les mmes que jai dits ci-dessus ; mais la difficult est quon ne peut pas venir plus de trois ou quatre la fois dans un vaisseau, et lon est longtemps recouvrer une personne morte, comme je suis dans lattente, tant demeur seul. Si vous demandez la qualit des ouvriers pour ce pays, vous jugerez mieux cela que moi, qui suis indigne den tre du nombre. Je dirai seulement mon avis, quil faut les qualits que requrait saint Franois Xavier, des personnes qui excellent plus en vertu quen science. La science quil faut,
- 587 cest celle que Dieu donne aux saints. Quand il ny aura pas de grand pr dicateur, passe, si ce nest quil faille avoir soin des Franais ; en ce cas, il faut quelquun potens in opere et sermone pour rprimer des gens ramasss, libertins et qui sont envoys la plupart en ce pays par leurs parents, qui nen savent que faire, ou y sont venus eux-mmes par dbauche ou curiosit, qui, se voyant ici tromps de leur esprance de voir un bon pays, ne font que maudire lheure dy tre venus. Et encore, quand leur temps est achev, il faut demeurer encore autant, faute quil ny vient pas de navire les retirer, comme on leur avait promis. Je vous laisse penser quelle vie en ce dsespoir, en un pays o il y a si grande facilit de se laisser aller la corruption de nature. Il ny aurait que plaisir de navoir pas soin de telles gens, auxquels on ne perd souvent que sa peine et dont on est pay dingratitude et de calomnie, comme des frntiques envers le mdecin qui les veut gurir, qui sirritent contre lui au lieu de prendre ses remdes. Si nous navions qu instruire les ngres, il ne faudrait que des catchistes, quand mme il y en aurait quelquun dune mmoire heureuse qui ne voult pas tre prtre et qui et la volubilit de langue pour se rendre capable dapprendre celle-ci en peu de temps, comme il est facile une personne qui naurait que cela faire ; car il ny a pas de prononciation difficile ; il ne faut que de la mmoire retenir les mots, qui ne se dclinent, ni conjuguent, et que lon peut faire rduire en dictionnaire et en prcepte avec le temps, comme jespre, quand nous aurons un interprte nous et quon demeurera ailleurs quen ce lieu de brouillerie, sous la captivit de ceux qui sont toujours en mfiance et qui, au lieu de contribuer, empchent plutt, et qui croiraient stre fait grand tort de nous donner un interprte, quils emploient plutt des vtilles. Je veux dire quun laque, tant conduit et styl dun prtre, se rendra capable dinstruire en attendant que les prtres, plus occups loffice et autres choses, se puissent rendre capables denseigner seuls sans interpr tes. Je ne saurais ici apprendre jamais la langue parfaitement, moins que de demeurer parmi les ngres. Je sais un peu les matires de catchisme que jai tudies ; mais je nentends pas leurs raisons entirement sans interprte. Il faut un long usage dans ces commencements pour bien connatre la signification propre des mots. La sant du corps et les forces sont requises ceux quon emploiera, tant cause de la fatigue du long voyage sur mer, que des incommodits quil y a ici la campagne. On a remarqu que les plus jeunes et les plus robustes meurent plut t que ceux qui sont de force mdiocre, quoique de bonne
- 588 sant ; et les personnes ges de 35, 40 et 50 ans sont plus sains que ceux qui sont plus jeunes, a cause de la chaleur du pays. Il ny a pas si grand danger de la chastet comme on croit. Il ne faut pas aller seul et se tenir srieux et sur ses gardes,. quoique la longue habitude la chastet soit requise en beaucoup doccasions, o lon offre des sujets de la perdre. Les esprits impatients, comme le mien, ne sont gu re propres ; encore moins ceux qui demanderaient venir ici par boutade et qui agiraient de mme ; bene patientes ut annuntient, principalement ici ou le peuple est seul comprendre ces matires nouvelles. De vivre seul, comme moi, sans compagnon, il ny a gure dapparence ; car il me souvient que saint Xavier demandait des personnes de vertu extraordinaire pour cela ; ce que vous savez ntre pas en moi. Il ny a point craindre de perscutions ni de dangers, quand on a quelque Fran ais qui porte des armes avec nous ; mais seul, il ny fait pas trop sur, particulirement si lon allait o lon a pill ; et brl ces pauvres gens, qui seront toujours sur la mfiance et quon aura peine aborder ; car ils fuient devant un seul Franais, comme un grand troupeau devant un seul chien. On a tu des grands vers le milieu de la terre, quand on leur a fait la guerre, et des femmes et des enfants, et lon dit quon ne pourra avoir des bufs pour faire subsister lhabitation sans faire la guerre lavenir, et que pour se rendre matres aucuns disent quil faut mettre main basse sur les principaux et que cest m me le moyen de mieux tablir la religion, comme ont fait les Portugais. Quod si aequum est, judica. Et quel remde cela si nous demeurons encore ici ? Cest quoi jai toujours contredit par lexemple de N. S., qui na pas commande aux aptres de lever des armes pour tablir le christianisme, mais dtre agneaux parmi les loups. Et encore que les blancs se soient, ou par industrie, ou par force rendus ma tres il ne faut que subsister ici et maintenir les noirs dans la jouissance de leurs biens et acquits pour dtruire toute la puissance des grands, qui la vrit ne sont riches quaux dpens des enfants, frustrs du bien de leur pre ; encore font-ils des avances de btes aux maires des villages, dont ils prennent le profit aprs leur mort, en retirant tout ce quils trouvent au dfunt. Jassure bien que pour faire subsister notre sminaire, si on ltablit, tant aux Matatanes quici, il ne sera pas besoin de guerres, car on peut traiter avec les choses propres au pays tout ce qui sera ncessaire de btes et autres victuailles quon
- 589 ne peut pas apporter de France et qui croissent ici. Jai bien achet six vaches, qui me cotent un cu la pice environ, et quelques volailles pour avoir des ufs le vendredi et samedi, avec un peu de lait, pour ntre point oblig de manger de la viande, comme lon en mange presque toujours et le carme aussi, non seulement la table du gouverneur, mais de tous les Franais, qui vivent en cela comme huguenots, faute de soin davoir du poisson et autres choses que des personnes pieuses auraient facilement et dont la plupart ne font aucune conscience, quoique je leur aie fait entendre souvent que je ne donnais dispense qu ceux qui taient infirmes, ou qui ayant fait leur possible dy pourvoir, nauraient pu, ou enfin ceux qui auraient une lgitime excuse devant Dieu en leur conscience. Je suis contraint de laisser tout aller apr s ny avoir pu remdier, car les particuliers me renvoient tous au chef, qui, quand jen ai parl, jen ai t querell, disant que, sil avait des marchandises, ce ntait pas pour cela. Et il nen faudrait pas beaucoup, sinon pour tous, au moins pour sa table. Ce nest que faute de donner ordre, comme il est facile. Et jusqu prsent je nai point rompu labstinence, sinon que, faute quon ne veut pas prendre la peine de faire du beurre, comme je tcherai quand je le pourrai, jai pris dispense de me servir de graisse de buf, ou du poisson, que bien souvent jai t pcher moi-mme sur les roches, pensant la pche spirituelle et aux aptres, qui quelquefois y allaient pour vivre ; et le bon Dieu ma pourvu des choses ncessaires pour vivre. Comment faudra-t-il faire touchant les jeunes et abstinences des Fran ais et lgard des ngres quon recevra au christianisme ? Un mot de votre avis sur ceci, sil vous plat ? Car cela me met en peine pour ma conscience. Il ne faut que faire p cher avec une seine la mer. Car je sais bien que qui peut et ne veut pas est indigne dabsolution. Il y en a qui la vrit sont excusables ; mais ceux qui le peuvent favorisent leur sensualit, impit et ngligence par de faux prtextes quils ne peuvent, ou cause de la Compagnie, ou crainte dtre malades et mourir ; que dire cela ? Au lieu dempcher les ngres de travailler les ftes et dimanches, on reoit le trafic ces jours-l et on dit quil vaut mieux quils travaillent et ceux qui dentre eux sont chrtiens aussi ; et il faut des Franais les conduire ; et le plus souvent ce ne sont pas choses ncessaires. Si les Franais demandent cong de saller promener, on les remet aux dimanches et aux ftes. Ils partent la veille et perdront la messe pour des vtilles et disent que, si on leur donnait dautres jours, quils nemploieraient pas ceux-l. Que faire cela ?
- 590 De ceci vous jugerez le pauvre ordre quil y a, et le peine que mon pauvre cur a reue de tout ceci ensemble. Ce qui ma fait dire bien des fois que si ce n tait que je suis ici par obissance, usquedum dicatur mihi, jaurais secou ce joug insupportable un pygme, pour men dcharger sur quelque plus fort spcialement pour le traitement de M. de Flacourt qui pourtant commence reconnatre la vrit et linnocence de ce quil mavait impos. Ne lui en dites mot, sil ne commence le premier (comme je crains, encore quil mait dit : pax, pax). Si ce nest de son ct, je vous assure bien, du mien que jai bu lamertume de ce calice travers celui de N-S. et des aptres faisant en ceci exprience de la prdiction que mon cher compagnon me fit par testament un peu avant sa mort. Quand je lui eus demand ce quil me laissait devant que mourir, il me dit que ctaient des souffrances : Oh ! que vous aurez souffrir ! Ce ne sera pas pour un peu ; mais je vous assure que ce sera trs bien. Oh ! je men contente ; et cest peu de chose au prix de ce quil faudra peut- tre souffrir lavenir pour imiter les vaisseaux dlection qui sont choisis pour porter le nom de N.S. parmi les Gentils. Si M. de Flacourt se plaint de moi, je sais quil est seul ; car tout le reste seraient prts de me donner leurs curs et leurs yeux, les plus libertins m mes. Demandez-lui pardon pour moi de ce quil vous dira que jai fait de mal. Sur quoi je recevrai votre correction car encore que ma conscience ne me reprenne sinon de l chet au service de Dieu en mon particulier, jai tch de ne pas manquer au prochain. Et pourtant je ne me dis pas juste, car je sais que je suis homme et le plus infirme et fautif de tous ceux que vous pourriez envoyer ; et Dieu sait que je ne mens point ; que ce que jai toujours le plus apprhend mest arriv dans le choix quon a fait de moi, non pour menvoyer ici, car je nai pas eu peine de passer par-dessus les objections de la chair et du sang pour me soumettre lobissance, quand jai connu la volont de Dieu, mais de ce que vous avez mis la charge sur le plus faible. Aussi ai-je toujours cru, et crois encore, que je ne suis envoy que comme explorateur et que vous enverrez celui quem missurus es, auquel je ne serai pas digne dobir si vous envoyez des prtres par le premier navire. Je sais bien que cest chose inutile de prvenir ce qui narrivera pas que jaie aucune conduite daucune chose, sinon de servir de pieds et de bras pour me soumettre et excuter tout ce que me commanderont ceux que vous me donnerez pour suprieurs ; car je sais que vous tes trop raisonnable pour me donner la dernire place et non pas de tenir le gouvernail, et quau cas que vous tablissiez ici un corps, vous naurez garde de mettre un membre
- 591 infrieur hors de sa place, pour le faire continuellement gmir jusqu ce quil y ft remis, et que vous ne voudriez pas tre responsable des fautes que je commettrais en une uvre de si grande consquence nayant ni science, ni jugement, ni exprience pour me conduire en des affaires si pineuses et en des principes desquels, comme lon dit tant mal poss, s ensuivraient plusieurs absurdits. II faut un savant architecte pour mettre ici le fondement, et je nai que trop de sujet de croire que jai t loign des autres pour mes folies. Je ne dis point ceci par humilit crochet, pour finement procurer davoir quelque direction en quelque faon que ce soit car il ny a rien plus capable de mabattre le courage que de me voir hors de la conduite dun sup rieur, et si ne men envoyez un, comme je nen doute point, je crois que je tomberais cur failli, car jai dj trop fait de mal sans laugmenter pour ma perte et celle du salut de plusieurs au lieu que, si lon me commande, il me semble que je serai retir de la mort, qui est ma propre volont et quayant le cur dilat, je courrai dans la voie de lobissance, nayant rien qui me puisse peser, aprs que je me verrai dlivr de ce fardeau, que japprhende plus que toutes les peines inimaginables pource que je ne vois pas dapparence dy faire mon salut que je dois prfrer celui de tout le monde au lieu que je ne crains pas le naufrage dans le vaisseau de lobissance. De tout ce que dessus, je vous prie de faire un extrait de ce qui est le principal, et y apportez le remde par celui que vous enverrez, que vous en pourrez pleinement informer ou de paroles ou par crit. Pour ce qui est du temporel, il faudrait, si lon envoie trois ou quatre pr tres avec deux ou trois coadjuteurs, ce sera bien le plus quon pourra passer, et autant un autre voyage, enqutez-vous et faites que ceux qui viendront sinforment de quelquun qui sache les choses ncessaires en ce pays pour y avoir t et non par ouidire ; et surtout voyez sil est propos de continuer le soin des Franais. Sil y a une raison pour, il y en a deux contre. Quon fasse si bien quon voudra ce ne sera jamais rien qui vaille leur gr et de plus, cest que de tous les hommes celui qui est ici est le plus difficile converser et contenter cause des jugements et soupons tmraires ombrages ou rapports ; ou si cela ne se peut sparer et quil faille demeurer lhabitation donnez ordre quon ait son fait assur ds la France sans sattendre aucunement ici ; car on noserait pas ouvrir la bouche, quoique le plus doucement du monde, quon ne soit renvoy devant tout le monde ; ntant pas aussi bien notre Institut dtre fonds pour ne dpendre de personne, pour vivre de jour en jour, comme je suis
- 592 ici tant engag avec des sculiers, qui dans le repas et en tout ne gardent aucune rgle, ni temps, ni mesure que leur apptit. Avec cela lon y perd tout le temps, et lesprit se sche trop tt de leurs discours frivoles. Voici bien de la confusion que jai crite bton rompu esprant lcrire avec plus dordre, si le vaisseau net pas press. Tirez de tout ce poison un thriaque, et sur toutes mes fautes donnez-moi des instruction, si vous me retenez encore en ce pays. Possible que, si Dieu et conserv M. Gondre vous aurais-je t rendre compte moimme, non pas pour quitter le pays, mais pour y mieux revenir. Et si vous trouvez propos que je fasse un tour en France par le premier navire, cest faire quatre mois de temps et autant en France, et autant revenir, pour ne plus quitter, tant bien tablis. La volont de Dieu soit faite en tout et partout ! Monsieur Flacourt demeure encore pour trois ans ; et quand jai crit ceci, je pensais quil sen retournait. Comme il en avait fait ses prparatifs, cette rsolution a chang tout coup. Je ne lui ai point parl sil manderait des prtres, ou si lon ferait ici des sminaires ; je lui en ai dit pourtant tout mon sentiment et les moyens que je croyais ncessaires pour cela. il ny a pas bien longtemps ; mais comme il ma cout froidement, je laisse cela sa dvotion den mander ce quil lui plaira ces Messieurs, qui vous le communiqueront, comme vous leur communiquerez, de tout ce que je vous cris, ce que vous jugerez de plus ncessaire, en laissant le superflu. Je vois bien que je ne pourrai aller gure loin ; mais je tcherai de disposer les pres des villages dici lentour au baptme de leurs enfants et de visiter, quand je pourrai, ceux que jai dj vus. Aurons-nous un interprte portugais pour Andian Ramach et ce quil faudra pour faire l une glise, et Dieu nous fera-t-il la grce de le remettre ? Lui pourra-t-on faire quelque prsent pour le gagner, comme de quelques cristaux taills en olives, de quelque toffe de soie, de quelque tasse dargent ou mnilles dargent, quelques grains dor, fausses perles, du corail, dont il ma demand un chapelet, et des heures en Portugais ? Ce que nous lui distribuerions successivement pour lentretenir en amiti et lattirer par l mieux couter et recevoir les voies de son salut et de plusieurs autres. Ensuite pourrait-on avoir quelque chose semblable ce que dessus pour gagner quelque Ombiasse et layant instruit en le d sintressant de ses olis, sen servir pour attirer ceux quils ont autrefois tromp s. ? La somme de 100 ou 200 livres irait bien loin en cela, tant pour le roi que pour les Ombiasses. Dieu sait quelle consquence il sensuivrait de l et combien lon gagnerait dmes, dont une vaut mieux que
- 593 tous les trsors de la terre. Ces Messieurs auront peine dapprouver cette faon, que je crois bien propre parmi des personnes attaches leur intrt comme sont ces gens ici. Jai bien peur quon ne fasse entendre quon fait de grands frais pour nous et pour la religion qui est le principal motif de la concession de cette le et que lon nexposez cela pour avoir exemption des droits des entres des vaisseaux et marchandises en France, et que lon ne se soucie pas assez de contribuer m diocrement luvre de Dieu. quil il lui plaise quil nen soit pas ainsi ! Je ne sais si vous enverrez des missionnaires Sainte-Marie o il y a des Franais ; mais il ny a pas moyen de se communiquer dici-l sinon par mer ; il y fait fort malsain, et cest l o il faut de bonne nourriture cause du mauvais air, des frquentes pluies. Il y a du changement la langue, et je tcherai par quelques Franais qui sont ici et qui y ont demeur, de mettre les mots de ce pays-l dans le catchisme qui est dj fait la faon dici. On dit quon fera plusieurs habitations des Franais, entre autres deux grandes, lune aux Antavares, proche des Matatanes trois journes de l. jugez de ce que je vous ai propos si vous donnerez le soin des Franais des prtres de la Mission ou des prtres sculiers, et que le tout aille la plus grande gloire de Dieu en lamour duquel je suis de tout mon cur, Monsieur et trs honor Pre votre trs humble et trs obissant fils. CHARLES NACQUART, trs indigne prtre de la Mission de Madagascar. Au fort Dauphin, ce 9 fvrier 1650.
1184. AUX FILLES DE LA CHARIT DE VALPUISEAUX (1) De Paris, ce 10 fvrier 1650. Mes bonnes Surs, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour Jamais ! Je suis bien consol davoir reu votre lettre. Je prie Lettre 1184. L. s. %ossier de la Mission, original. #$ <illage voisin P Comme de larrondissement dUtampes. Les Filles de la Charit y taient ta0lies depuis lanne #7.C.
- 594 Notre-Seigneur quil redonne la sant ma sur Perrette et quil la conserve ma sur Marguerite, afin que vous puissiez ensemble continuer les services que vous rendez Dieu. Je vous remercie de la charit que vous avez eue pour nous, de veiller la garde de notre petit fait, et de la peine que ma sur Marguerite a prise de visiter les livres et le linge ; sil y en a dgar, il faut avoir patience et tcher de conserver le reste. Ce pauvre homme vnt hier au matin prendre ses hardes la porte, sans entrer cans, ni parler dautres quau portier. Vous pouvez vous assurer, mes Surs. que jamais vous ne le reverrez de del par mon consentement ; et sil tait si inconsidr que dy retourner, je vous prie de me le faire savoir aussitt, afin que je fasse pourvoir son loignement Je ne crois pas quil vienne davantage me voir, et jen serai bien aise. Je prie Notre-Seigneur quil vous donne sa paix et son esprit, et moi quelque part vos prires, qui suis, en son amour, mes bonnes Surs, votre affectionn serviteur. VINCENT DEPAUL, indigne prtre de la Mission. Suscription : A nos surs les surs de la Charit, servantes des pauvres malades, au Val de Puiseau.
1185. A REN ALMERAS, SUPRIEUR, A ROME Du 11 fvrier 1650. Je suis afflig de la manire dagir de M., mais non pas tonn ; ceux qui une fois ont fait faux bond Lettre 1185. -eg. (, p. (77.
- 595 la vocation, rarement reviennent-ils au point quils doivent tre. Il y a pour lordinaire en ces gens-l un certain fonds oppos la rgularit, qui fait quils se rebutent chaque bout de champ, et le pis est quils en indisposent dautres, afin quayant des compagnons en leur dgot, ils aient de quoi prsumer quils ont raison. Il y a longtemps que je suis comme r solu de nen plus recevoir aucun ; et tout nouvellement nous en avons mis deux dehors, qui ont fait de grandes instances pour rentrer : mais Dieu ma fait la grce de tenir ferme ; et ce que vous me mandez de M.. me confirme dans cette rsolution, duquel je vous dirai encore ce mot, quil vaut mieux le laisser aller une seconde fois, pour la dernire, que de le garder, si vous navez de grandes conjectures de son amendement
1186. LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT [Fvrier 1650] (l) Mon trs honor Pre, le crois que Monsieur le bailli (2) vous ft entendre hier ltat de sa mauvaise affaire, qui parat toute dpendre de la manire que Monsieur Lesguier fera entendre Monsieur dEmery (3) la volont de la reine en ce sujet, lequel en a eu un nouveau commandement de Sa Majest. Je supplie trs humblement votre charit prendre la peine me mander sil ne serait point ncessaire de lui faire parler et par qui. Mais il faudrait que ce ft ds aujourdhui. Ce qui moblige ne rien ngliger, cest quil faudra bien 12 ou 15 cents livres, outre cette taxe, pour les frais de sa r ception ; encore nous a-t-on dit 2.000 livres (4). Lettre 1186. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ %ate. a8oute au dos de loriginal par le fr1re %ucournau. ($ Michel Le 'ras, 0ailli de 2aint Lazare. +$ Michel Barticelli, sieur d)mery, contrGleur gnral des finances de #7.+ , #7.C, n , Lyon, mort , Baris en #7AE. .$. Michel de la. -ochemaillet, conseiller , la cour des Monnaies,
- 596 Au nom de Dieu, mont trs Rvrend Pre, pensez un peu sil ne faut point penser disposer ces dames laisser de prendre les enfants exposs de nouveau, pour sacquitter et retirer tous les sevrs des champs car je vous assure eu conscience quil ny a plus de moyen de rsister la piti que ces pauvres gens nous font en demandant ce qui leur est justement d, non seulement par leurs peines, mais pour avoir avanc le leur auprs duquel ils se voient mourir de faim et sont contraints de venir des 3 ou 4 fois de bien loin sans avoir de largent. Nous y sommes pour beaucoup pour la nourriture des nourrices ; et souvent 7 ou 8 enfants sevrs et argent prt ! Mais ce nest pas notre intrt qui nous fait parler, quoique, si la chose continue, il faudra bien nous consommer ne pouvant refuser de leur en donner pour peu que ce soit. Pardonnez mes ordinaires importunits, sil vous plat, et mhonorez toujours de la croyance que je suis mon trs honor Pre, votre trs humble et trs obissante fille et servante. Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.
1187. ALAIN DE SOLMINIHAC, VQUE DE CAHORS, A SAINT VINCENT De Mercus, ce 15 fvrier 1650. Monsieur, Aprs vous avoir remerci trs affectueusement des soins quil vous plat prendre pour nous en laffaire de Ste-Genevive et vous avoir suppli, comme je fais trs humblement, de nous les y continuer et vos assistances, agr ez que je vous die ici en secret et confidemment que le Pre Vitet, syndic de Chancelade, a une si violente passion de voir promptement (la fin de) cet affaire quil ny a rien quil ne fasse et quil ne hasarde pour cela ; et comme il voit que la voie de Rome y rsiste et que lappel comme dabus* au parlement est un moyen propre pour cela, il sest r solu ly porter quel prix avait rsign son office , son fr1re -en Michel de la -ochemaillet, qui lavait lui m&me cd , Michel Le 'ras, avocat au Barlement. Les lettres de provision furent signes le #+ 8uin #7AE N apr1s lenqu&te dusage sur sa =vie, mJurs et religion>, le nouveau conseiller fut autoris le #. 8uillet , pr&ter serment. 36rch nat. ]#* A77.$ Lettre 1187. 6rch. de lv&ch de Cahors, cahier, copie prise sur loriginal. P ^appel comme da0us_ " recours devanty un pouvoir contre les a0us dun autre pouvoir. Cl.L
- 597 que ce soit ; et cest pourquoi dabord que ceux de Sainte-Genevive nous firent intimer lappel par eux interjet de la sentence de Beauvais, et assigner Grosbois il me lenvoya avec plusieurs mmoires, contenant diverses causes dappel comme dabus, et mcrivit quil en allait appeler au parlement de lobtention du bref adressant labb de Grosbois (1) ensemble des ordonnances de M. le cardinal de la Rochefoucauld. Jenvoyai la copie de ce bref avec lesdits mmoires, Paris pour les consulter avec Messieurs Camus et Montelon, et les fis consulter encore ici avec mon avocat de Cahors,. qui est un grand personnage. Son avis et celui de Paris se trouvrent conformes, quil ny avait point lieu dappel comme dabus au bref obtenu par ceux de Ste-Genevive adressant audit sieur abb de Grosbois, mais que, se trouvant obreptice et subreptice il fallait se pourvoir devant Se Saintet pour le faire dclarer nul, et en se prsentant devant ledit abb de Grosbois requrir quil et nous renvoyer devant Sa Saintet attendu la nullit dudit bref qui le commettent, et en cas de refus, protester quon en tait appelant et coter les nullits dicelui bref. Jenvoyai audit Pre Vitet lavis desdits avocats, tant de Paris que de Cahors avec lacte tout dress et ordre de suivre ponctuellement cet avis il me fait rponse comme quoi il la reu, et persiste quil faut appeler comme dabus au parlement. Mon vicaire gnral lui crivit par mon ordre et au Pre prieur de Chancelade que je trouvais la proposition tort trange et mtonnais quil ne suivit les ordres que je lui envoyais qui portaient, entre autres choses, de ne rien produire devant ledit sieur abb de Grosbois, suivant lesdits avis du Conseil. Il sen alla faire cette r quisition audit abb lequel ne voulut point dire droit sur ledit renvoi. mais ordonna que les parties produiraient dans trois jours, au lieu que ledit Pre Vitet devait en mme temps avoir fait lacte de protestation dappel suivant lordre quil en avait et lavis des avocats. Il produisit notre arrt du Conseil contre les dfenses expresses quil en avait, et sen va de l la Couronne faire signifier ceux de Sainte-Genevive les protestations dappeler en cas que ledit sieur abb de Grosbois passe outre puis sen revient Grosbois, o il trouva que ledit sieur abb avait donn la sentence. tant de retour Chancelade le Pre prieur me lcrivit ici Je lui fis rponse que je mtonnais fort de ce procd du Pre #$ 'ro0osc ou 'ros0ois, a00aye dhommes de lordre de CTteau!, dans le dioc1se d6ngoul&me, pr1s des confins du Brigord. 4ean de la Font en tait a00 depuis le #C mai #7.#.
- 598 Vitet, davoir quitt lavis du Conseil pour suivre ses sentiments, et davoir produit, contre les dfenses expresses quil en avait. Il sexcusa par lettre, disant que cela ne se pouvait faire autrement parce quil fallait plutt intimer ces protestations ceux de Sainte-Genevive quaudit abb ; qui est une chose trs impertinente et trs ridicule. Je lui mandai de me venir trouver ici o tant je lui dis quelle raison il avait de dire quil fallait plutt signifier les protestations ceux de Sainte-Genevive qu labb de Grosbois et pourquoi il navait suivi nos ordres. Toute la r ponse que jen eus, cest quil leva les paules et baissa la tte. Et parce que lui seul a nourri cet affaire et que cest le seul que nous ayons qui lentende bien, je ne voulus lui faire la r primande quil mritait, et le traitai avec grande douceur aprs une telle faute et lui dis quil fallait quil allt Paris pour se pourvoir au Conseil priv contre ladite sentence. Pendant le temps quil demeura ici, il avait toujours dans son esprit et parlait de temps en temps de son appel comme dabus tant de ladite sentence donn e par labb de Grosbois que de celle de Monseigneur le cardinal de la Rochefoucauld. Je lui renvoyais toutes ces propositions et lui allguais ce quil mavait rapport son retour de Paris, aprs avoir obtenu notre arrt du mois de juillet 1647, qui est que tous nos amis de Paris lui avaient dit de ne se pourvoir point au parlement, cause des grandes habitudes que ceux de Sainte-Genevive y avaient raison du grand nombre de religieux et pensionnaires quils ont, parents de ceux qui seraient nos juges, comme il est vritable. Avant son dpart dici, je lui fis crire quelques ordres et avis, que je lui donnai pour sen servir en la poursuite de cet affaire, et lui dis de ne faire rien sans conseil et de le suivre et ajoutai en m me temps quil ne portait point cet affaire au parlement, o lui-mme mavait dit que nos amis de Paris ne nous conseillaient pas daller, et lui allguai quelques raisons qui me regardent en particulier et qui mobligent de ne ly porter pas. tant arriv Paris, il fait une consultation, suivant lordre quil avait de nous, avec Messieurs Camus et Montelon, lesquels trouvrent que nous tions fort bien fonds nous pourvoir au Conseil contre la sentence de labb de Grosbois. Par le courrier suivant, il manda au contraire, que M. Montelon tait davis dappeler au parlement et que M. Camus ntait pas encore rsolu ; et, par lautre courrier, il mcrivit que tous demeuraient daccord dappeler comme dabus au parlement de Paris, tant de la sentence de Grosbois que des ordonnances de Monseigneur le cardinal de la Rochefoucauld, et quil faisait dresser des lettres dappel cet effet et mme
- 599 en anticipation dune assignation que ceux de Sainte-Genevive lui avaient fait donner audit parlement. Je vous laisse penser si cette nouvelle me surprit. Jenvoyai incontinent mon vicaire gnral Cahors voir avec notre Conseil ce que nous avions faire, lequel fut si tonn de ce procd que je ne vous le saurais dire. II dressa sur heure m me un acte de dsaveu de ce procd, lequel jenvoyai au sieur Lefvre, mon procureur Paris, pour le faire intimer ceux de Sainte-Genevive, et crivis sur ce sujet une grande lettre audit Pre Vitet, auquel je mandais que je mtonnais fort que, contre nos ordres, il et port cet affaire au parlement. Il ma fait rponse et sexcuse disant que je lui avais fait crire trois fois par mon vicaire gnral de suivre le Conseil, et mme je lui avais dit, ce qui est vritable ; mais il fait la dfense expresse quil avait de ne porter cet affaire au parlement. Il a crit mon vicaire gnral une lettre toute pleine de plaintes, et la crite dans un esprit troubl. car il sy contredit ses autres lettres et, aprs stre chapp en beaucoup dautres paroles, il lui mande de lui envoyer un peu dargent pour se retirer mme temps, parce quil noserait plus paratre aprs ce dsaveu que jai fait. Vous remarquerez, sil vous plat que les lettres quil avait rsolu de prsenter au parlement en appel et anticipation, nont t prsentes encore, le Conseil ayant t davis dattendre que lassignation donne par ceux de Sainte-Genevive ft chue ; et par ainsi il ny a point de dsaveu et rvocation, puisquon navait encore agi au parlement. Mais au lieu de faire ledit dsaveu, il lest all publier et a fait voir mes lettres et de mon vicaire gnral auxdits sieurs Camus et Montelon, et mande quils ont trouv fort mauvais que jaie fait rformer leur avis par un avocat de Cahors. Je lui avais crit, en lui envoyant le susdit dsaveu, de prendre des lettres de quadrimestre du parlement, pour avoir dlai de quatre mois nous pourvoir devers Sa Saintet avec cependant inhibitions et dfenses aux parties de rien attenter, et de les faire signifier ceux de Ste-Genevive. Il ne nous a fait aucune rponse l-dessus, de faon que je me trouve prsent bien empch et ai besoin de votre avis et de votre assistance ; car, comme je vous ai dj dit, je nai personne qui entende cet affaire comme lui. Le P re Parrot son compagnon, est aussi bien dput que lui, mais il ne lentend pas si bien, lui layant toujours conduit seul, sans souffrir que ledit P re Parrot sen mlt, il a aussi tous les actes devers soi. Je vous supplie, au nom de Dieu, de travailler ramener cet esprit et lui faire perdre, sil se peut, la pense daller plus au parlement, ni mme au Conseil en ce temps, car il nous renverrait
- 600 au parlement, mais quil agisse par la voie de Rome, suivant lordre expr s que je lui en ai donn, attendant que l Conseil reprenne son autorit. Il vous a surpris, vous faisant entendre que larrt denregistrement de lrection de la congrgation de Sainte-Genevive portait que ladite congrgation ne pourrait stablir en dautres maisons que du consentement des vques diocsains, ensemble des abbs et religieux dicelles comme vous mcrivez ; ce qui nest pas, comme vous verrez par le dictum dudit arrt ci-inclus, o je vous prie remarquer ce qui est dit lgard des maisons qui sont prsentement en ladite congrgation. Or par la sentence de labb de Grosbois nos maisons y sont comprises, et, quoique nous soyons appelants, elle subsiste jusques ce que nous layons fait cesser et notre Conseil de Cahors, qui est trs habile et trs prudent, a toujours cru que ctait une amorce. Et pour moi, il faut que je vous avoue que lai toujours cru que cet arr t nous tait trs prjudiciable ; et tous ceux auxquels je lai fait voir en ont fait le m me jugement ; et cependant ledit Pre Vitet fait triomphe de cet arrt et publie comme ville gagne pour nous, et sous ce prtexte me voulait obliger consentir que laffaire se portt au parlement. Sil neut pas donn, comme il a fait, la sentence de labb de Grosbois, il semble que ledit arrt pourrait nous tre favorable Mais en ltat que les affaires sont il ne me le persuadera jamais. Et nanmoins quand mme ladite sentence de Grosbois ny serait pas, je me garderais bien daller au parlement, parce que, comme ce sont des clauses apposes audit arrt proprio motu, le parlement les lvera ou interprtera comme bon lui semblera, tant contre le gnral que contre les particuliers. Il vous a aussi surpris en ce quil vous a dit que nous avions appel comme dabus ; ce qui nest point ; car il ny a quun simple acte de protestation dappeler. Il faudrait, sil ntait au Conseil, requte pour cela et arrt sur icelle pour y faire appeler les parties. Si ctait au parlement il faudrait des lettres. Or, il ny a rien de tout cela si bien que nous sommes en pleine libert de nous pourvoir Rome, comme il faut faire, ainsi que je lui ai ci-devant mand et vous prie de lui ordonner absolument, avec dfenses trs expresses daller au parlement. Et si vous voulez lui en reprsenter les raisons, qui sont les grandes habitudes (2) de ceux de Ste-Genevi ve au moyen de nombre de religieux ou pensionnaires, si bien que nous aurions tous leurs parents qui solliciteraient contre nous, ($ -ichelieu
- 601 les difficults provenant du genre de cet affaire, ses circonstances et d pendances. La plupart de nos griefs dappel sont de choses spirituelles, observation de rgulariser, ou esprit de rgles et ny a avocat en France qui soit capable de plaider cet affaire ni M. lavocat gnral, et ne crois pas mme que les juges laques le puissent entendre ; affaire qui tiendrait plus de deux audiences pour tre bien plaid, car ceux de SteGenevive le grossiraient et embrouilleraient leur possible. Il y a de grandes raisons de mon ct pour naller au parlement : vous savez la censure du livre des Liberts de lglise gallicane (3), de laquelle censure je fus lun des commissaires avec Messeigneurs larchevque de Sens (4) et lvque dUzs (3) pour la faire condamner, la faon avec laquelle jai agi en ce pays pour le service du roi un intendant des finances ma crit de Paris que jtais connu de tous ; et quantit dautres raisons qui me regardent. Que si aprs tout cela vous ne pouvez ramener cet esprit, je vous prie de men donner avis, et envoyer cependant qu rir Lefvre le jeune, mon procureur au grand Conseil, pour pouvoir prendre du parlement lesdites lettres de quadrimestre au plus tt et envoyer Rome. Je souhaiterais bien de vous pouvoir faire savoir la fin qui porte cet esprit vouloir promptement voir la fin de cet affaire, bonne ou mauvaise, et de hasarder tout pour cela ; mais cest un mystre secret qui ma t rvl en secret et que je nai dit qu mon vicaire gnral, qui vous crit celle-ci sous moi, et que je ne puis confier au papier et que je voudrais bien vous pouvoir suggrer loreille et qui na pris sa naissance que depuis environ deux ans. Ainsi je vous prie prendre bien garde cet esprit et vous faire rendre compte de temps en temps de ce quil a fait en cet affaire, et ne lui donner permission de partir quil nait fait lesdites lettres de quadrimestre et envoy en cour de Rome pour faire venir le bref, et avoir les commissionnaires que je lui ai marqus, et attendre encore quelque temps pour voir si ceux de Ste-Genevi ve remueront rien au parlement. Je vous cris une autre lettre par ledit Pre Vitet. Quand il vous portera ma lettre, je vous prie lui parler selon, que le +$ Eraite? des droits et liberte? de l6glise gallicane Vpar Bierre %upuyf, s #, #7+9, ( vol in f; Cet ouvrage lgitimait tous les empitements de la puissance sculi1re sur le pouvoir des v&ques et du Bape. Il fut censur le 9 fvrier #7+9 par une portion nota0le de lpiscopat .$. Dctave de 2aint Lary de *ellegarde, mort en #7.7. A$ ?icolas de 'rille.
- 602 Saint-Esprit vous inspirera, et prendre garde, en lui pariant, quil ne connaisse point que je vous ai donn aucuns mmoires. On ma assur que le plus fameux docteur rgent de luniversit de Toulouse a commenc denseigner la doctrine de Jansnius par le premier article de ses erreurs. Lon ma dit aussi que Mgr lvque de Comminges (6) y avait fait trois prdications de cette doctrine. Le lendemain un anonyme lui crivit une lettre qui lui rfutait tout ce quil avait dit. Un Pre de lOratoire a prch depuis peu que Jsus-Christ ntait point mort pour les damns et pour les rprouvs. Cette ville nous fera du mal. Je prie Dieu quil ait piti de son glise. Je ne puis assez admirer la bont de Dieu sur mon diocse, que, parmi le grand commerce quil y a avec ceux de Toulouse, que ceux qui en reviennent, ou de Paris, napportent aucune infection et disent seulement quil y a quelque nouvelle religion qui divise les esprits et puis cela stouffe de faon que, par la grce de Dieu, je nen vois pas un seul dans mon diocse qui sen meuve, ni qui en parle, et qui ne suive entirement mes sentiments, pour ce qui regarde la foi et la doctrine de lglise ; dont jen loue Dieu, que je prie de vous vouloir donner autant de gr ces que je vous en souhaite. Je suis confus de vous crire une si longue lettre ; mais la ncessit my a contraint. Jai cru vous devoir dire, toujours sous le secret, que cette grande passion qua le P re Vitet de voir promptement une fin bonne ou mauvaise de notre affaire, nest pas quil ait aucune inclination pour ceux de Ste-Genevive ; au contraire, il en a grande aversion ; mais cest afin que, si le succs en est bon, ce quil souhaiterait bien, il puisse excuter le mystre dont je vous ai parl, que je ne puis confier au papier et pour lequel il faudrait beaucoup de temps et en cas quil ne russisse, il est assur dune retraite sur un bon bnfice. Voil pourquoi il hasarde tout pour le terminer. Je pense quil est expdient quaprs avoir lu mon autre lettre que ledit Pre Vitet vous rendra, vous la lui fassiez voir, ou la lui lisiez tout haut afin de prendre de l occasion de lui parler Je suis, Monsieur, etc ALAIN vque de Cahors. 7$ 'il0ert de Choiseul
- 603 1188 CHARLES NACQUART, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT Du fort Dauphin, 16 fvrier 1650. Votre sainte bndiction, sil vous plat. Depuis toutes mes lettres crites, celle-ci vous apprendra quil a failli y avoir bien du changement ; car vous saurez que, le jour de la septuagsime, comme je lisais durant la messe vangile des ouvriers envoys la vigne, cette vigne o lon ma envoy ma paru si grande, et je vis une si grande n cessit douvriers, que, tout durant la messe, je fus vivement touch au cur quil ne la fallait pas laisser languir faute douvriers, puisquil y a si longtemps que le ma tre reproche aux paresseux. quid hic statis tota die otiosi ? Ite in vineam meam (1) ; ce qui me fit faire rflexion quassurment Dieu demandait quelque chose de ma part pour y contribuer plus que je navais fait par le pass. Or, comme je crois, outre que je le reus comme une inspiration, priant N.-S. quelle et son effet, cela provenait de la tristesse que javais davoir si peu avanc, et de voir que je ferais encore moins lavenir. Mais examinant la cause pourquoi jtais envoy, pour les Franais et pour les ngres, je faisais le premier avec si peu de fruit, et le second, que je ny pouvais plus que faire tant seul, outre ma ngligence ignorance et incapacit, je trouvai que je navais pas lassistance possible et ncessaire du temporel, en ce que je voyais que M ; de Flacourt, tant empch la direction temporelle, ne se mlait gure de contribuer lavancement du spirituel vu qutant sur son dpart, ou dcrire en France, ayant chang de rsolution dy aller ne me parlait de rien, quoique je lui eusse propos mon sentiment touchant de rtablir le roi baptis, en faisant une habitation Fanshere et entretenant un sminaire, il maurait dit que ctaient bien des frais pour la Compagnie et que ctait une entreprise de roi. Quoique dailleurs lui et tous ces Messieurs de Paris eussent volont dy contribuer, lexclusion de toutes autres personnes je nen voyais point deffets outre les petites choses daversion quil avait tmoignes contre moi sans sujet de navoir pas voulu me donner un interpr te pour ne vaquer qu la version des instructions, quil a fallu faire bton rompu, et quon avait encore engag celui qui pressait si fort de demeurer avec moi Lettre 1188. %ossier de la Mission, copie du Q<IIe si1cle. #$ 2aint Mathieu QQ, 7 :.
- 604 gratis et sans gages de personne, et dailleurs le besoin que je voyais de ne men pouvoir passer, afin quau moins tant seul je puisse prparer selon mon possible avec lui les instructions par crit en cette langue, non seulement pour moi, mais pour la postrit ; car ce garon est celui qui parle le mieux et qui a gr ce de Dieu de se fort bien faire entendre prsent dans ces matires qui lui taient difficiles au commencement faute dhabitude, nen ayant jamais parl, et qui ne pouvait presque plus aller la campagne et quitter lhabitation. Je ne pourrais pas seulement instruire les ngres de lhabitation, qui, sachant bien les mystres, ont besoin de lexplication des autres matires ncessaires salut, que je ne puis pas bien leur dbiter, ni entendre leurs raisons sans un bon interprte. Tout cela serrait mon cur si fort que, voyant que je ne pouvais que demeurer inutile tant seul, et mme je craignais pour mes lettres, quelles ne fussent suspectes et retenues pour emp cher lexcution de tout ce que jai propos faire en ce pays ; certes, dis-je, il fallut que, comme un feu enferm dans la nue qui le serre ft son effet pour la rsoudre en pluies de larmes ou en clats de prires et de gmissements, tels que je sens encore prsent. Il y avait longtemps que la crainte de contrister celui qui par respect lche, je nosais dire librement mes sentiments, de peur de gter quelque chose en matire si importante que de perdre quelquefois lhonneur de continuer un si bel emploi pour toute la compagnie, comme il est arriv aux bons Pres capucins lle de Saint-Christophe ; de sorte que dans ces deux extrmits, je vis quil ny avait que deux ou trois moyens dy remdier, qui me vinrent en prsence de N. S. et que je communiquai trois personnes que je crus tre du meilleur conseil. Je pris le capitaine le Bourg pour mon mdiateur, qui a dispos tout la paix qui suit. Et voici ce que cest, que je fis incontinent aprs avec un cur plein de confiance que Dieu ferait russir tout pour le mieux ; et mtant prpar tout le respect possible pour le communiquer M. de Flacourt, auquel je promis den suivre la rsolution comme il la donnerait : Monsieur, vous savez le dessein de Dieu et de vos Messieurs et de mes suprieurs en cette Mission, qui est pour deux fins auxquelles je dois travailler : la premire est de vous rendre les services de ma profession, et toute lhabitation des Franais ; la seconde est dattirer les ngres et habitants du pays. Pour ces deux fins, il en faut avoir les moyens. Du premier vous voyez que, si ce nest comme il faut, cest au moins selon ma petite puissance, quoique tr s mal ; et en cela je ne me puis plaindre que de ma ngligence et incapacit, qui me fait dsirer un autre plus digne. Pour
- 605 ce qui est de lautre quoique jaie bonne volont dy faire mon possible, tant nouveau et ignorant de la langue, je ne puis sans interpr te qui soit attach cela seul, sans tre interrompu, comme jai t jusqu prsent, quand on a envoy la traite et aux champs celui qui est le plus propre, qui ne demande pas mieux que de se donner Dieu pour cela, car il ma bien des fois dit quil ne pouvait pas servir deux matres. Vous pouvez avoir dautres personnes que lui pour vaquer votre besoin dans les choses temporelles ; et moi je nen puis trouver dautre que lui, que Dieu y a dispose ; sans cela je perdrai mon temps en attendant des prtres, qui ne trouveront rien de prt, comme je croyais leur envoyer beaucoup de choses par ce premier retour de navire, et je nai pu. Dailleurs, ceux quon pourrait envoyer ne sont pas inform s des besoins de ce pays ; et cela ne se peut pas crire comme dire. Quand jcrirai, je serai peut-tre suspect ; et nanmoins il faut que je dise librement mes sentiments mon suprieur, auquel il faut que je communique mon intrieur et que je demande les avis pour ma conduite et de ceux quon ma donn s en charge. Il ny a que deux voies, et vous ferez pencher la balance de quel cot vous trouverez le meilleur cest ou que je men aille faire un tour en France pour dire ce que je pense devant Dieu tre ncessaire pour sa gloire en ce pays ; ou que jcrive, avec assurance de ntre point suspect, ou bien, si je demeure ici, que jaie les choses bonnement n cessaires qui sont en votre possible de maccorder, savoir que, comme je dois avoir confiance en vous, vous, vous layez en moi, et que votre bras aide le mien, et moi le v tre, bref que vous me permettiez de me retirer cent pas du fort, hors du bruit avec cet interpr te pour vivre en mon particulier et vaquer aux fonctions de la profession dun chtif missionnaire que je suis. Sa conclusion pour lors fut que je men allasse en France. Quoique ce bon pr tre (2) eut grande affection de retourner, sachant mon intention que c tait pour avancer davantage et aller qurir des ouvriers le plus que je pourrais, avec dessein de procurer le bien dun chacun, il consentit, et devant M. de Flacourt qui en fut content. Le voil tout conclu quil demeurerait. Je lui laisse tout en sa disposition ; je fais mon paquet, le plus lger que je peux, et M. de Flacourt me pria de prendre cong des Franais aprs vpres, le dimanche mme de la septuagsime ; ce que je fis, en disant le sujet. Cela fait, voil chacun dans des sentiments divers, aussi bien que moi, qui avais peine de quitter et dentreprendre laller et revenir, qui ($ M. de *elle0ar0e
- 606 est si long et dangereux. Ceux du navire taient joyeux que je leur tinsse compagnie ; ceux de lhabitation me voulaient, dune part, retenir pour leur service ; et dailleurs ils donnaient les mains aux raisons de lvangile, qui demandait promptement des ouvriers, que jallais qurir tels quil fallait pour faonner cette vigne, en souffrant le poids et la chaleur de plusieurs jours ; tellement que voil un pauvre prtre tir deux et quatre chevaux de ses sentiments divers et ceux dautrui. Mais pourtant, encore que la rsolution fut donne et accepte de toutes parts, jtais dans le sentiment dindiffrence, suppliant le matre de la vigne de me dire : allez ds le matin, ou attendez midi, pour ne point perdre le prix de lobissance sa seule volont. Deus scit quia non mentior, que je ne tenais rien dassur, sinon quil ferait tout pour le mieux et quil avait des ressorts et des voies de faire r ussir les desseins de sa providence, qui taient infaillibles, sans y pouvoir rsister. Le lendemain, je recommande cela la sainte messe. Point de rponse. Jenvoie mon paquet au navire ; je me prparais dtre le porteur de mes lettres ; et tout coup voil bien toutes les cartes renverses : on me dit quil fallait demeurer pour contenter ceux qui ntaient pas contents du prtre qui restait, qui pouvait pourtant fort bien entretenir passablement ce quil fallait lgard de lhabitation seule. Les ngres mmes me venaient trouver. Quoi ! tu ten vas ! Qui est-ce qui nous fera prier Dieu ? Et cela mit les fers aux pieds de ma volont, qui demeura prisonnire de celle de Dieu dans la voix du peuple. Mais lautre que javais propos, de demeurer seul avec linterprte, me fut accord, sans que ce fut pour droger au respect et lamiti de M. Flacourt, mais plutt pour laugmenter et lui donner moins de sujet de faire tant de fautes son gard. Voil nos curs runis, avec promesse, de part et dautre, que ce sera pour la plus grande gloire de Dieu. On me va faire un petit presbytre auprs de lglise. Mais ce pauvre compagnon qui est pour me servir de langue, est malade dune pleur sie, quil ma dit tre venue de tristesse de se voir spar de moi. Mais la nouvelle de mon sjour selon son dsir, joint la saigne et au bon traitement que je lui fais, a fait d j dissiper plus de la moiti de son mal, puisquil dit que la cause en est te. Dieu veuille que ceci soit sans changements ! car je ne sais si cest le pays qui le donne, o nous voyons force camlons qui ne changent pas si souvent de couleurs, que certains esprits de rsolutions et dhumeurs ; tantt vous voil bien, tantt mal, mais toujours plus mal que bien ; et nonobstant les belles apparences, je ne suis pas
- 607 hors de soupon davoir dbauch cet interprte pour quelque fin dsavantageuse ces Messieurs. Mais que pourrais-je faire sinon memployer avec lui tout fait la langue et linstruction des ngres, dont lhonneur retournera sur eux, comme en Canada sur M. de Montmagny (3). Oh ! que ny en a-t-il un semblable ici ! Je crains fort, selon les apparences, que ces Messieurs ne se contentent de faire de belles propositions pour la conversion de ce pays et quils ne nous amusent en diff rant trop longtemps ce que lon peut faire sans retardement. Si vous ne voyez pas dapparence quon ne puisse faire subsister une ou deux habitations, comme je vous ai dit, soit par eux, soit par autrui est-ce la peine denvoyer si loin par tant de peine et d ranger de pauvres prtres mourir pour servir des habitations si mal rgles ? Navons-nous pas des Franais assez notre porte ? Nest-ce pas assez quils aient un prtre, quils dfraieront et gageront, sans que nous soyons captifs et retenus de travailler comme il faut la conversion des ngres, qui nattendent que cela ? Voyez une dernire lettre que jadresse ces Messieurs o je leur propose les moyens, peut-tre trop leur avantage et votre charge ; faites-en ce quil vous plaira ; ma conscience est dcharge aprs avoir dit ce que je sais, et fait ce que je puis. Si vous prenez la peine dcrire Madame Gondre, adressez la lettre Dieppe, chez le capitaine le Bourg ; et si vous voulez crire un petit mot mon pauvre pre, sil est encore vivant, ladresse est sur la lettre que je lui cris. Ne laissez pas refroidir le dessein de Dieu sur ce pays, quand ces Messieurs tiendront cela indiffrent. Sa providence vous fournira des moyens de lentreprendre par autres voies, que vous apprendrez du capitaine le Bourg. Ce ne serait peut- tre que le mieux, si cela se peut. Tout ce que jai rapport de ce pays ne sera-t-il pas capable de mettre toute la compagnie dans le dessein, et particulirement nos sminaristes, dapprendre le mtier de saint Pierre pour apprendre faire et refaire des filets propres pcher tant dmes ? Vous maviez envoy lcher les rets ; il ny a encore que 57 poissons de pris, qui sont tous petits, hormis trois grands ; mais il y en a tant prendre, que je ne doute pas que vous ne mettiez sur mer des personnes qui en viendront prendre rompre les filets. Je ne dis mot de M. Maillard, qui avait tant demand de +$ Charles /uault de Montmagny, chevalier de Malte, gouverneur du Canada, tr1s zl pour la propagation de la foi.
- 608 venir. Il a les dispositions de lesprit et la sant du corps. Je crois quil est de voix un peu faible et sujet la constipation ; mais il est bien propre enseigner les petits enfants et bon conome. Je laisse tout votre disposition, ne souhaitant que ceux que N. S. a bien disposs pour en faire des pcheurs dhommes qui sachent ce quil faut faire en la conduite de cet ouvrage et qui puissent r soudre les difficults qui se prsentent ici, o lon ne peut facilement crire pour en tre clairci. Jai bien sujet de me jeter aux pieds de N.-S comme un pauvre p cheur et un grand pcheur. Je vous prie de vous y jeter, afin quil ne se retire pas de moi, comme je ne lui en donne que trop de sujet. Et quand il vous plaira de me relever de dessous le fardeau qui maccable sil est ncessaire que jaille faire pnitence de mes fautes, que ce soit daller au sminaire pour rformer un monstre par lexemple et ferveur de ceux au pied desquels je fais les humiliations, pour obtenir, par eux et par vous, lesp rance en la misricorde et grce de N.-S, de la charit duquel je prie que nos curs soient presss pour excuter les desseins quil a sur la compagnie, et dans lamour duquel je suis mon trs honor Pre, votre trs humble et trs obissant fils. C. NACQUART, trs i. p. d. l. Mission de Madagascar.
1189. CHARLES NACQUART, PRTRE DE LA MISSION, A SAINT VINCENT Du fort Dauphin, 16 fvrier 1650 Monsieur, Votre sainte bndiction sil vous plat ! Dieu soit bni si celui pour qui jcris la prsente en est lui-mme le porteur, comme il me la promis (1) car aprs les obligations que je lui ai, davoir reu tout le plaisir, lhonneur et laffection et les prsents de beaucoup de commodits, tant dans son navire que depuis plus dun an quil a fallu rsider la cte, ayant compassion de moi, comme un bon pre de son enfant dans la ncessit, il ma encore press daccepter cent francs pour les besoins que je pourrais avoir en ce pays. Sil tait ncessaire de lui rendre au centuple, ou quil le voulut Lettre 1189 %ossier de la Mission, copie du Q<IIe si1cle #$ Le capitaine le *ourg
- 609 accepter, qui doute que vous ne lui donnassiez ? Mais il ne veut accepter que simplement cette somme, que je nemploierai que bien propos ma ncessit, et pour viter ce que vous savez et quil vous pourra dire. O Monsieur, refaites mes entrailles en le recevant, non comme il mrite et que je voudrais, mais au superlatif de toute la cordialit possible et lassurez que, si loccasion se prsente de lui rendre quelque service, vous le ferez ou ferez faire compte mon propre pre. Et je connais tellement son bon naturel que je sais bien quil est pour contribuer beaucoup luvre de Dieu en ce pays, non seulement pour le spirituel, comme jen ai communiqu avec lui et reu avec honneur ses sentiments, comme de celui qui ma mieux conseill en ce pays et ma servi de mdiateur, comme jai dit ailleurs. Mais si ctait lui qui et la conduite du premier vaisseau qui viendra, comme il en est tr s capable, il ny a personne que je connaisse plus propre pour vous entretenir de tout et pour effectuer la promesse quil ma faite de contribuer aux petites provisions temporelles, sil vient et quand mme ce ne serait pas lui, il ne laisserait den donner le conseil, voire un mmoire ; et sil tait Dieppe, il sacquitterait fidlement de pourvoir ce qui serait de son pouvoir. Cest assez dire sa louange. Plt Dieu que, comme il le mrite il y eut quelquun qui put lui procurer une charge de capitaine du roi, qui ne co te quune parole demander et accorder par Sa Majest, gouvernante et tutrice du royaume ! Si vous y pouvez contribuer pour ce loyal homme ou en autre chose, vous naurez pas oblig un ingrat, et je le ressentirai fait comme celui qui est, dans la charit de N.-S. qui sera sa rcompense et la vtre, Monsieur et trs honor Pre, votre trs obissant serviteur et trs affectionn fils C. NACQUART i. p. d. l. M. Au cas quil ne soit le porteur, je sais que vous le remercierez par lettre et lui ferez tenir la somme contenue, sans avoir moins daffection de lobliger en toute rencontre. Plaise a Dieu que je le revoie en ce pays, au premier embarquement, avec quatre prtres et trois coadjuteurs ! Et sic deinceps diu usque impleatur numerus fratrum nostrorum.
- 610 1190. A LOUIS RIVET, PRTRE DE LA MISSION, A SAINTES Du 20 fvrier 1650. Je vous remercie des avis que vous mavez donns. Jcris la personne (1) et jespre quelle reviendra de sa faon dagir. Cest un orage qui passe, excit par lge et les passions. Dieu merci, le fond en est bon et m rite quon supporte les faiblesses d la nature, comme vous faites ; dont je rends grces Notre-Seigneur, de qui vous honorez la patience par celle que vous exercez lgard des manquements dautrui, les supportant comme il supportait la rusticit de ses disciples et supporte tous les jours les plus grands p cheurs comme moi. O Monsieur, que je suis consol de ce que vous travaillez incessamment la vertu ! Lamour que vous avez pour elle parat en la peine que vous ressentez de ce que les autres ny travaillent pas assez. Quand avec cela je considre votre frquente application au ministre de lvangile, pour gagner les mes Jsus-Christ, je ne puis assez estimer et chrir la vtre ; et les tendres affections que jai conues pour elle depuis longtemps, font que trs souvent je loffre Dieu, afin que de plus en plus il la sanctifie et sauve par vous les peuples que vous servez. Certes, Monsieur, il est fort difficile de trouver des suprieurs accomplis. Le vtre (2) est sans exprience, il est vrai, et mme sans beaucoup dapparence extrieure ; mais il est sage et vertueux, ainsi que vous le Lettre 1190. -eg. (, p. #EC. #$ La lettre annonce ici est fort pro0a0lement la lettre ##9#. ($ Bierre `ate0led.
- 611 reconnaissez vous-mme ; et cest cela qui ma toujours fait esprer que Notre-Seigneur supplerait au reste, attendant que par lexercice il et acquis une partie de ce qui lui manque. Je vous prie, Monsieur, de contribuer de parole et dexemple ce que la famille lui ait confiance et quelle se porte nos petites observances. Je lui recommanderai que, de sa part, il agisse plus humblement et suavement ; ce qui lui sera bien ais y ayant beaucoup de disposition, ce me semble.
1191. A UN PRTRE DE LA MISSION DE LA MAISON DE SAINTES Du 20 fvrier 1650. Je ne puis que je ne vous tmoigne ma consolation de ce que vous tes quasi sans cesse appliqu au salut des mes, que la vtre savance par ce moyen en lamour de Dieu et quil plat son infinie bont de bnir vos travaux. Je len remercie, certes, avec autant de reconnaissance quelle ma donn destime et de tendresse pour vous. Je vous cris aussi pour un autre sujet : cest le doute o je suis, si je vous ai fait rponse la lettre que vous mcrivtes il y a quelque temps. Dun ct, je sais que jai eu lintention de le faire, et quil ny a que mes grands embarras qui aient pu me faire omettre cette obligation ; mais, dun autre, voyant que, pour bien que je fasse, je tombe pour le moins dans le retardement de quelques rponses, je crains davoir commis cette faute votre gard. Si cela est, Monsieur, je vous en demande pardon ; et si cela nest pas, je vous prie de me le mander. Lettre 1191. -eg. (, p. +E:.
- 612 Vous me ftes votre communication intrieure par cette lettre, o je trouvai sujet de louer Dieu, tant du zle quil vous donne pour procurer la correction des dfauts qui sont dans la famille, quen particulier des bonnes dispositions o il vous a mis dans son service. Et pource que ltat de lhomme change tous les jours, surtout en ceux qui travaillent, comme vous, leur propre avancement, je vous prie, si vous tes encore dans la mme dvotion de vous communiquer moi, de le faire selon que vous vous trouvez prsentement, vous assurant que je vous ferai rponse, non seulement ce qui regardera votre intrieur, mais toute autre chose, et toutes les fois que vous mcrirez. Grces Dieu, je tche de le faire tout le monde, combien plus vous, qui mtes ce que Notre-Seigneur sait et en qui je vous suis tout ce que je puis ; nen doutez point, sil vous plat. Si nanmoins vous aimez mieux vous dcouvrir M. Watebled, pour ne vous pas dpartir de la voie ordinaire, jen serai consol et vous en serez satisfait, comme jespre, pource que, Notre-Seigneur ayant fort agrable la confiance que vous aurez en votre suprieur, comme reprsentant sa divine personne, il lui inspirera tout ce qui vous sera plus convenable. Et bien quil nait pas lexprience que je puis avoir, ni toutes les autres bonnes parties qui sont souhaiter en une personne de conduite, ne rabattez rien pour cela, Monsieur, dune si sainte pratique, ni de toutes celles que le plaisir de Dieu nous impose dans notre condition ; elles sont de grand prix, tant faites en esprit damour et dobissance ; et vous savez quil y a danger suivre dautres lumires. Je ne vous en parle aussi que pour nous exciter la reconnaissance de la grce que Dieu nous a faite, de nous donner la rsolution de marcher sur les traces
- 613 de Notre-Seigneur et des saints. Demandons-lui celle daller jusquau bout. Je veux croire que la nature vous fournit plusieurs penses contre lestime et la dfrence que vous devez M. Watebled ; mais je veux croire aussi que vous passez par-dessus ces sentiments corrompus et que vous faites profit de ces rpugnances, qui donnent un surcrot de mrite votre fidlit. Il est vrai quil est encore nouveau dans la charge et quil na pas la mine, ni peut- tre la douceur quelle requiert ; mais je puis vous assurer que cest une me des plus Dieu que je connaisse et en qui nous avons toujours remarqu beaucoup de vertu. Il nest pas facile trouver des hommes tout faits, en qui il ny ait rien redire. Ce qui manque ce serviteur de Dieu nest pas considrable, au prix de ce quil a ; et Notre-Seigneur supplera cela mme quil na pas, en ce qui vous regarde, si vous le regardez en lui, et lui en Notre-Seigneur, comme je vous en supplie de tout mon cur.
1192. A LA SUR JEANNE LEPEINTRE De Paris, ce 23 fvrier 1650. Ma bonne Sur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Jai t bien consol de recevoir votre lettre, mais, dun autre ct, elle ma donn sujet daffliction de vous voir dans une continuelle incommodit pour le peu de logement que vous avez. Si Dieu lui-m me ny met remde, il nen faut pas chercher ailleurs. Voyez nanmoins M. dAnnemont (1), dites-lui les inconvnients qui Lettre 1192 L s. %ossier des Filles de la Charit, original. #$. 6umGnier du marchal de la Meilleraye.
- 614 arrivent dtre ainsi ltroit et avoir tant de malades, afin quil y fasse faire rflexion Messieurs les pres et quil voie avec eux si on pourrait ajuster quelque lieu proche, ou bien au-dessus des salles, pour vous donner un peu plus de libert. Jai t consol aussi de linstance que vous faites, quon vous dcharge du soin principal, pource que toute personne qui conduit fait bien de demander de temps en temps sa dposition, bien quelle doive demeurer dans lindiffrence, et cest ce que vous faites, grces Dieu. Continuez vous y bien tablir, vous confiant toujours au soin de la Providence, qui vous tirera de cet office quand il sera expdient, et vous donnera les grces requises pour Le bien faire, tandis que vous lexercerez. Oui, ma Sur, estimez que, demeurant ainsi en ltat o lobissance vous a mise, le mrite de la mme obissance stend sur tout ce que vous faites, et donne chaque action un prix inestimable, encore que les choses ne succdent pas selon votre souhait. Il est vrai, ma Sur, la direction spirituelle est grandement utile ; cest un lieu de conseil dans les difficults, dencouragement dans les dgots, de refuge dans] es tentations, de force dans les accablements ; enfin cest une source de biens et de consolations, quand le directeur est bien charitable, prudent et expriment : mais savez-vous bien que l o les hommes manquent, l commence le secours de Dieu ? Cest lui qui nous instruit, qui nous fortifie, qui nous est tout et qui nous mne lui par lui-mme. Sil ne permet pas que vous ayez un pre spirituel qui vous puissiez recourir tous rencontres, pensez-vous que ce soit pour vous priver du bnfice de la direction dun tel pre ? Point du tout. Au contraire, cest Notre-Seigneur qui prend sa
- 615 place et qui a la bont de vous diriger. Il parat bien quil la fait jusques prsent, et ne doutez pas quil ne le fasse jusqu ce quil y pourvoie autrement ; jai toujours remarqu ce soin particulier de la Providence sur quantit de personnes de pit destitues de semblable secours de la part des hommes, et je pourrais vous en rapporter quantit de beaux exemples et vous dire des choses admirables sur ce point ; mais il nest pas ncessaire vous, qui nen doutez pas et qui ressentez tous les jours les effets de la protection divine. Le temps nest pas venu auquel nous puissions rappeler la sur Henriette ; je vous prie davoir patience son sujet. Il est fort souhaiter que vous nayez toutes quun mme confesseur ; il me semble que M. Cheneau est bien capable de cela et quil est fort homme de bien ; et partant, continuez de temps en temps persuader cette sur quelle se confesse lui, afin que, si elle va un autre, Monseigneur de Nantes (2) sache que ce nest point de votre ordre, ni de votre consentement. Je vois bien que ce qui vous a empche de faire votre petit rglement et de suivre les avis que je vous ai laisss sont les petits troubles que vous avez soufferts jusqu prsent ; jespre de la bont de Dieu qu lavenir il vous donnera plus de paix et plus de grce pour tre bien exactes, et que vous en donnerez lexemple nos surs. Si lentre des garons dans votre cuisine est un mal ncessaire, il le faut supporter pour lamour de Dieu, qui le permet ; sil se peut viter, il faut attendre cela du soin de Messieurs les pres, et pour cet effet ($ 'a0riel de *eauvau de -ivarennes
- 616 vous en devez prier de fois autre M. Truchart, avec soumission nanmoins ce qui en arrivera. Vous dites que lon vous a donn un espion, qui vous fait de la peine. Javoue que cela est fcheux ; mais aprs leffort que vous avez fait pour vous rdimer de cette sujtion, il faut avoir patience. Hlas ! ma Fille, je ne sais qui na point de surveillant : les plus grands en ont jusques dans leurs chambres ; et la misre est aujourdhui si grande dans le monde que quasi autant de personnes que nous voyons, ce sont autant despions, dont nous devons tirer cet avertissement que nous devons agir avec grande retenue et prsence de Dieu. Je veux croire que vous et nos surs en usez ainsi, ce qui fera que ceuxl mmes qui prennent garde vos actions publieront votre vertu. Avez-vous fait faire dans votre chambre la clture qui devait servir vos petites assembles, ainsi que nous le trouvmes propos quand jtais Nantes ? Et si cela est fait, ny pouvez-vous pas faire chaque jour un peu de rcration ? Je vous prie de mclaircir de cela. Cependant japprouve votre discrtion donner un peu de libert nos surs pour rire et parler quand loccasion sen prsente, si tant est que vous ne preniez pas une petite heure pour vous rcrer ensemblement ; car il faut un peu de relche vos continuelles occupations. Je loue Dieu de ce que votre sur malade se porte mieux et de ce que toutes les autres sont eh bonne disposition, et vous particuli rement. Je vous salue en gnral et chacune en particulier avec toute laffection quil mest possible. Je vous prie de demander Dieu misricorde pour moi, comme, de ma part, je vous offre souvent lui, ce quil vous donne la force et gnrosit desprit pour surmonter les
- 617 difficults qui se rencontrent au service de Dieu et en celui des pauvres, pour tre enfin votre ternelle rcompense au ciel, en lamour duquel je suis, ma bonne Sur, votre affectionn serviteur VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Suscription : A ma sur la sur Jeanne Lepeintre, servante des pauvres et des Filles de la Charit de lhpital de Nantes, Nantes.
1193. A BERNARD CODOING, SUPRIEUR, A RICHELIEU De Paris, ce 23 fvrier 1650. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Jai demand Madame la duchesse dAiguillon le canonicat vacant ou pr t vaquer Champigny (1) pour le fils de M. votre mdecin ; elle ma dit quelle stait engage le donner un jeune homme de Tours, mais que, une autre occasion, elle sera bien aise dobliger ledit sieur m decin, quoi je tiendrai la main de mon ct, souhaitant de lui pouvoir rendre service, comme jy suis oblig. Je le salue trs humblement (2). Je vous ai dit que madite dame approuve fort le changement faire lhpital de Champigny, la retraite de laumnier (3) et ltablissement de nos surs et tout le reste des choses que vous avez marques pour Lettre 1193. L. s. %ossier des Filles de la Charit, original. #$. Champigny sur <eude, Commune de larrondissement de Chinon 3Indre et Loiire$. ($. Ces mots, depuis *omme 2y suis, sont de la main du saint. +$.M. -omillon.
- 618 lordre et le bien des pauvres. Disposez toutes choses cela, attendant que Mademoiselle Le Gras vous prparera deux de ses filles, dont je lui ai dj parl ; nous vous manderons le temps quelles pourront partir. Madite dame trouvera bon ce que vous dites quil faut faire de cette fille qui reste dans lhpital ; nanmoins, auparavant que de la mettre dehors, je vous prie dattendre que je lui en aie encore parl une fois, pour savoir prcisment sa volont. Depuis ce qui est ci-dessus crit, jai reparl Madame ; elle trouve bien quen retire cette fille de la maison, voire mme de ne lapprocher, car elle est dans le dsordre de la vie (4). Je ne sais si, en crivant M. Drouard, vous lui avez fait la proposition des terres vagues de Richelieu en faveur de la fabrique ; si vous voyez facilit cela de la part des habitants et des intresss, crivez-en audit sieur Drouard, si dj vous ne lavez fait ; car, pour moi, je nen veux point faire louverture madite dame. Il est expdient que vous menvoyiez les lettres ouvertes (5). Je saurai de Mademoiselle Le Gras si elle veut recevoir la fille qui se pr sente de del pour venir la Charit, et je vous le manderai. Jai reu la copie du bail de Bois-Bouchard ; javoue que je ne puis comprendre comme il est conu. Cette maison-l avec ses dpendances est estime du revenu de mille ou onze cents livres, et votre bail est fait pour cent quatre-vingt-quinze livres de ferme seulement. Il faudrait donc que les rserves que vous avez faites vous donnassent par an huit ou neuf cents livres, ce .$ Cette derni1re phrase est de la main du saint. A$ M&me remarque.
- 619 que je ne puis croire ; et si cela tait, fallait-il faire un bail du reste pour si peu de chose ? Il faut quil y ait du malentendu en tout cela. Je vous prie, Monsieur, de men claircir au plus tt. A ce propos, je vous renouvelle la prire que je vous ai faite de ne rien changer ni innover aux choses principales. Les compagnies bien r gles (9) particulirement les Jsuites, ont pour maxime, quand un nouveau suprieur va dans une maison, dy laisser les choses en ltat que ses prdcesseurs les ont laisses, surtout quand le visiteur y a pass. Si vous me dites que vous lavez ainsi pratiqu Richelieu, comme dj vous me lcrivez, et que je vous ai permis de passer ce bail, je vous ferai remarquer, sil vous pla t, quil est vrai que je vous ai vraiment donn cette permission, mais que ce bail est fait tout autrement que vous ne me lavez propos. Jattends sur cela de vos nouvelles, et sur ltat de la famille, que je salue avec vous, Monsieur, qui je suis in Domino votre trs humble serviteur VINCENT DEPAUL i. p. d. l. M. Au bas de la premire page : M. Codoing.
1194. MATHURIN GENTIL, PRTRE DE LA MISSION, AU MANS De Paris, ce 23 fvrier 1650. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je suis bien aise que vous voil dehors cette taxe du Lettre 1194. L. s. %ossier de Iurin, original
- 620 clerg pour cette arme, au moyen du payement que vous en avez fait ; nous verrons une autre anne. Puisque les 800 ou 1.000 livres que vous voulez emprunter doivent se consommer en lacquit de vos dettes, que les ordinations sapprochent et que vous ne faites aucun prparatif pour navoir de quoi, je suis davis que vous empruntiez encore mille livres pour acheter des lits et autres choses de ce quil convient avoir. Peut-tre que M. de Beaug vous pourra fournir ces deux sommes ensemble, ou que vous trouverez ailleurs ce quil vous refusera ; pour cet effet, je ferai faire une procuration et la vous enverrai au premier jour. Si ledit sieur Beaug voulait recevoir pour son payement, ou pour partie dicelle, les petites rentes que vous me marquez, je serais davis quon les y donnt ; mais je doute fort quil le fasse. Mandez-moi pour quelle somme M. Planchois vous veut quitter la moiti de sa pension et de combien est cette pension. Quand vous demeureriez daccord de cela, je ne crois pas quil faille rompre le premier concordat fait avec lui, en passant le nouveau, comme vous dites, pource quil doit tre attach aux patentes du roi vrifies en parlement (1), o il ne faut pas toucher, particulirement cause que lesdites patentes en font mention. Je ferai voir sur le livre de notre dpense si ledit sieur Planchois a raison de dire quil a donn deux quittances pour une somme de 18 livres et que vous les y comptez deux fois, afin que, sil ne les a reues quune fois, on ne lui fasse tort. Jattends nouvelles de M. Lucas (2) sur sa mission. #$ Le #A 8anvier #7AE. 36rch. ?at. MM A+A.$ ($ 2uprieur de la maison.
- 621 Je vous souhaite tous une parfaite sant et une grande bndiction sur vous et vos travaux. Je suis in Domino, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Au bas de la premire page : M. Gentil.
1195 A LOUISE DE MARILLAC [Entre 1645 (1) et 1660] (1) Si Mademoiselle Le Gras a agrable que je me rende au parloir, je le ferai trs volontiers, quoique je sois dans un frisson ; et lexprience ma fait voir que je ne me prsente lair en cet tat quil ne se fasse un nouveau frisson, suivi quelquefois de fivre. Je ferai nanmoins ce quil plaira madite demoiselle. Et sil lui plat de mcrire ce quelle dsire me dire, je le recevrai du cur que Notre-Seigneur ma donn pour faire ce quelle pensera que je puis faire pour Dieu. Je vous enverrai tantt notre frre Ducournau.
1196. UN PRTRE DE LA MISSION A SAINT VINCENT 1650 le dois vous rendre compte du fruit que vos prires et saints sacrifices ont opr tant Joigny qu Longron (1), o nous faisons Lettre 1195 L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$. Ce fut en #7.A que le fr1re %ucournau devint secrtaire de saint <incent. Lettre 1196. 60elly, op cit., # II, chap I, sect II, O :, #er d, B. .7 #$ Le 'rand Longueron, hameau de la commune de Champlay, pr1s 4oigny 3Ronne$
- 622 maintenant la mission. Je nai rien dire de Joigny, si ce nest que jadmire lassiduit des habitants entendre les prdications et catchismes et leur diligence se lever matin, car on a commenc quelquefois sonner la prdication deux heures aprs minuit, et nanmoins lglise se trouvait pleine. Il faut pourtant que javoue franchement que je trouve encore plus de b ndiction dans les champs que dans les villes et que jy reconnais plus de marques dune vritable et sincre pnitence et de la premire droiture et simplicit du christianisme naissant. Ces bonnes gens ne se prsentent ordinairement la confession que fondant en larmes ; ils sestiment les plus grands pcheurs du monde et demandent de plus grandes pnitences que celles quon leur impose. Hier, une personne qui stait confesse un autre missionnaire me vint prier de lui imposer une plus grande pnitence que celle qui lui avait t donne, et de lui ordonner de jener trois jours la semaine pendant toute cette ann e ; un autre, que je lui donnasse pour pnitence de marcher nu-pieds sur la terre pendant le temps de la gele. Et en la mme journe dhier, un homme me vint trouver, qui me dit ces paroles : Monsieur, jai entendu la prdication quil ny avait point de meilleur moyen pour ne plus jurer que de se jeter aussit t genoux en prsence de ceux devant qui on avait jur ; cest ce que je viens de faire car aussit t que je me suis avis que javais jur ma foi, je me suis mis genoux et jai demand misricorde Dieu.
1197. A LOUISE DE MARILLAC Je nai point de fivre, Mademoiselle ; je nai que la fluxion que javais, qui est de beaucoup diminue, Dieu merci. Voici la quatrime purgation que jai prise, et je pense que cest assez. Je ne vous ai pas oubli e aujourdhui ; Dieu ma fait la grce de clbrer la sainte messe votre intention (1) Je suis bien aise de ce que vous me dites de Madame la chancelire (2), Lettre 1197. L. a. %ossier des Filles de la Charit, original. #$ Ctait pro0a0lement la f&te de Louise de Marillac ou lanniversaire de quelque vnement mmora0le de sa vie. ($. Madame 2guier.
- 623 Il sera bon que vous soyez demain ici lassemble (3) et que vous voyiez le matin Madame de Marillac (4). Que si vous ne pouviez faire les deux, diff rez mardi la visite de cette bonne dame, sil vous pla t. Bon soir, Mademoiselle Je suis V. D. P. Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
1198. A MATHURIN GENTIL, PRTRE DE LA MISSION, AU MANS De Paris, ce 16 mars 1650. Monsieur, La grce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Je vous envoie les deux pices que vous mavez demandes : la premire est une copie collationne de larrt du parlement sur la vrification de votre tablissement (1) ; et la seconde, la quittance de M. Planchois pour le dernier argent que je lui ai fait donner en deux fois, montant (2), livres, sur ce que vous lui devez. Je lui ai dit que nous ne lui baillerons plus rien et quil sadresse vous ; et quant laccommodement quil nous a propos pour la moiti de sa pension, nous nen avons pas convenu, comme vous pensez ; au contraire, je lui ai tmoign que nous ny pouvons aucunement entendre, et il ne sy attend plus. M. Pousset ne ma pas crit de lassister en aucune +$ Lassem0le des dames de la Charit .$. Marie de Creil, pouse de -en de Marillac, ou 4eanne Botier, pouse de Michel de Marillac. Lettre 1198. L. s. %ossier de Iurin, original. #$ Cf. 6rch. nat 2 [Link].
- 624 affaire au parlement ; aussi ne puis-je pas lui rendre aucun service en cela, pource que je ne sollicite jamais pour personne, et il ne mest pas permis de le faire. Si nanmoins en autre occasion je pouvais lui tre utile, je my emploierais volontiers. Nous avons deux frres clercs capables de rendre Service lglise, comme ils font en effet ; car ils enseignent la morale, lun au collge des Bons-Enfants et lautre au sminaire dAgen ; celui-l se nomme [Louis] Champion et celui-ci [Franois] Fournier (2) ; le premier est de Chteaudun et lautre de Laval, au diocse du Mans, tous deux de bon ge et qui travaillent lacquisition des vertus. Ils ne sont que tonsurs. Je vous prie, vous ou Monsieur Lucas, de demander pour eux Mr du Mans lettres dimissoires ad omnes, sil y a moyen. Je crains que je ne puisse pas vous envoyer aujourdhui leurs lettres de tonsure ; ce sera une autre fois. Gardez-vous bien, Monsieur, de lever les serrures mises aux greniers par Messieurs les administrateurs, ainsi que vous me proposez, ni de faire faire aucune clef pour les ouvrir. Il ne faut du tout point plaider avec eux, mais vivre en la meilleure intelligence quil se pourra, quand m me ils auraient dessein de vous priver tout fait desdits greniers ; ce quils ne feront pas, vivant en paix, laquelle vaut plus que tous les biens du monde, outre que Dieu la rcompense ds ce monde mme. Cest quoi je vous prie de travailler et de ne pas songer donner aucunes rentes en payement, ni en vente, ni en change, ni autrement, pour ne rien dmembrer de la maison ; mais faites vous-mme les diligences quil faut pour empcher que ces rentes mal assures ne se perdent pas. ($ Le secrtaire a laiss en 0lanc la place des petits noms, quil ne connaissait pas ou quil avait ou0lis.
- 625 Je suis si press que je nai aucun loisir dcrire M. Lucas ; peine en ai-je assez pour lembrasser, et avec lui toute la famille. Celle-ci se porte assez bien. Je suis in Domino, Monsieur, votre trs humble serviteur. VINCENT DEPAUL, i. p. d. l. M. Au bas de la premire page : M. Gentil.
1199. A ANTOINE LUCAS, SUPRIEUR, AU MANS Du 23 mars 1650 La proposition que vous me faites du prieur de Laval est contraire notre maxime et lusage o nous sommes de ne rechercher aucun tablissement directement, ni indirectement. La Providence seule nous a appel s en tous ceux que nous avons par ceux qui avaient droit la chose ; et si la compagnie men croit, elle se conservera inviolablement dans cette retenue. Si mondit seigneur vous en parle encore, dites-lui que je vous ai fait cette rponse. Jai pri le procureur de votre maison (1) quil laisse les choses comme elles sont avec Messieurs les administrateurs, quil se garde bien de toucher aux serrures des greniers, et plus encore de faire aucun procs. La paix vaut plus que tout ce quon vous te. Et si nous la procurons en autrui, nest-il pas plus raisonnable que nous la conservions chez nous, afin quon ne nous rebute avec ce reproche que nous lmes hier dans lvangile : Lettre 1199. -eg. (, pp. AC et #(+ Le second fragment commence au! mots " Jai pri : il tait peut &tre le premier dans loriginal #$ Mathurin 'entil.
- 626 mdecin, guris-toi toi-mme (2) ? Au nom de Dieu, Monsieur, supportons plutt semblables pertes que de donner scandale. Dieu prendra notre cause en main, si nous pratiquons le conseil de Notre-Seigneur.
1200. A REN ALMERAS, SUPRIEUR, A ROME Du 25 mars 1650. Si la maison de Rome est orpheline, comme vous dites, par labsence de M. Dehorgny, Notre-Seigneur en sera le pre, le conseil et le protecteur ; nen doutez point, mais redoublez votre confiance en sa bont , et laissez-le faire ; il sera lui-mme cet homme de grce et dindustrie que vous estimez devoir tre mis votre place. Vous savez, Monsieur, que le succs des affaires dpend tout de lui, et je sais que, sil eut dpendu de nous, ce que vous avez entrepris et trs bien russi, dautant que vous y avez apport toute la prcaution, le soin et la diligence quon pouvait attendre dun homme de vertu. Les uvres de Dieu ne se font pas quand nous les souhaitons, mais lorsquil lui pla t. Croyez-vous que les Jsuites aient nglig quelque chose, quand ils sont venus Paris, pour avoir une prompte permission de sy tablir ? Point du tout ; et nanmoins ils ont t quatre ans sans voir aucun fruit de leurs sollicitations et de leur adresse. Les Pres de lOratoire sont Rome depuis longtemps ; ont-ils encore pu obtenir dy avoir un petit tablissement qui leur soit propre ? Non, ils sont bien dans Saint-Louis, mais sujets la confrrie (1) ($ Uvangile de saint Luc I<, (+. Lettre 1200. -eg. (, p. (+(. #$ 2ur les vingt quatre pr&tres qui constituaient le corps des chapelains de 2aint Louis des Fran5ais si! taient pris, depuis #7#C,
- 627 Dieu retarde souvent la fin dune sainte poursuite pour en faire m riter la grce ceux qui la font, par la longueur du travail, par leur patience et par leurs prires. Cest pourquoi je vous prie de ne vous point lasser dans les vtres. Quoiquil tarde, il fera voir que cela lui plat, si toutefois il est fait avec rsignation pour lvnement.
1201. AU PRE BLANCHART De Saint-Lazare, ce 26 mars 1650. Le R. P. gnral de la congrgation de Sainte-Genevive est trs humblement suppli par son serviteur Vincent de donner audience favorable ce gentilhomme, qui va lui parler dun affaire qui importe son salut. VINCENT DEPAUL, prtre indigne de la Mission.
1202. A UN PRTRE DE LA MISSION DE LA MAISON DE SAINTES (1) Du 27 mars 1650. Je rponds votre lettre du 16. Jai trop de douleur davoir tard ci-devant vous crire, pour tomber encore dans cette faute, de laquelle je vous demande derechef pardon, trs humblement prostern en esprit vos pieds. parmi les B1res de lDratoire de France. 3Cf. Mmoire historique sur les =nstitutions de 4rance C )ome par Mgr Bierre La Croi! Baris, #C7C, in C, p. .:$ Lettre 1201. *i0l. de 2ainte 'enevi1ve, ms. (AAA, copie. Lettre 1202. -eg. (, p. +EC. #$ Le destinataire de la lettre du (E fvrier.
- 628 Je ne mtonne point que vous ayez t tent, car cest le propre de ceux qui veulent servir Dieu ; Notre-Seigneur lui-mme la t ; et aprs lui je ne sais qui en peut tre exempt ; si je savais quelquun qui ne le ft, je men tonnerais. Les grands biens de grce, non plus que ceux de fortune, ne se conservent quavec peine. et le diable na garde de vous laisser en repos ; il ne manquera. pas de vous dtourner, sil peut, de vos saintes rsolutions, pource quelles embrassent le salut dune grande multitude dmes, que vous pourrez dlivrer de sa tyrannie par la force de la sainte parole que vous leur dbitez, et par la grce de votre vocation. Le dessein de Dieu sur vous est grand, tendant vous faire exercer loffice de Jsus-Christ sur la terre ; ce qui mrite que vous rsistiez fortement la tentation, et avec une particulire confiance au secours de sa divine bont. Courage donc, Monsieur, soyez-lui fidle, et elle vous sera propice. Je la supplie trs humblement quelle vous fasse cette grce et quelle vous fasse connatre lestime et laffection que jai pour votre personne, vous assurant quelles vont au del de ce que vous pouvez penser. Quant la difficult que vous faites de vous communiquer M. Watebled, il est propos que vous fassiez effort pour vous surmonter, en la vue de la communication que le Fils de Dieu a eue avec la sainte Vierge et saint Joseph, et depuis avec les aptres, mme avec les scribes, les pharisiens et les tribuns. Si Dieu a priv ce bon prtre dune grande grce extrieure, il a enrichi son intrieur de beaucoup de vertu, ainsi que vous reconnaissez vous-m me. Sil y a des personnes dans la ville qui stonnent de ce quon se soumet lui, ce sont gens qui repaissent leurs yeux de la grandeur des corps ; mais vous, qui pntrez plus avant, qui savez
- 629 combien une me pure, tout applique au service de Dieu et qui est le temple de son Saint-Esprit, est prcieuse et digne de vnration, vous ne devez point vous arrter ce dehors matriel, ni mme vous ne devez vous soumettre un homme pour sa vertu, quelque saintet quil puisse avoir, mais pour Dieu seul, que vous regardez en lui ; cest ce que je vous prie de faire en la personne de M. Watebled et de celui qui lui pourra succder. Je crois bien, Monsieur, que la vie sdentaire vous est nuisible ; cela vient dun sang chaud et dun esprit vif, qui se modrent avec lge et non par le changement de demeure ; car on porte partout son temprament ; et cette chaleur et vivacit sont des sources dennuis et dinquitudes. Il y a des personnes qui se contentent de toutes choses, et il y en a dautres qui ne se contentent quasi de rien ; celles-ci ont besoin de patience pour se supporter elles-mmes. Jestime que la prsente vous trouvera presque hors du carme ; et ainsi il serait inutile de vous donner quelque remde lincommodit que vous en recevez ; et puis vous ne voulez pas tre dispens de son obligation. Je prie Notre-Seigneur, Monsieur, que nous puissions mourir nous-mmes pour ressusciter avec lui, quil soit la joie de votre cur, la fin et l me de vos actions et votre gloire au ciel. Cela sera si dsormais nous nous humilions comme il sest humili, si nous renonons nos propres satisfactions pour le suivre, en portant nos petites croix, et si nous donnons volontiers notre vie, comme il a donn la sienne, pour notre prochain, quil aime tant et quil veut que nous aimions comme nous-mmes. Je suis plein de confiance en vos prires.
- 630 1203. BALTAZAR GRANGIER, VQUE DE TRGUIER, A SAINT VINCENT Je vous remercie du ministre fidle de Messieurs vos quatre prtres en ma mission de ce lieu. Leur capacit, leur zle et leur assiduit prcher et confesser ont t si grands quils ont t suivis dun fort bon succs ; je puis dire que tous les habitants de ce lieu, de tout ge, sexe et condition, se sont convertis, et jai grand sujet de louer Dieu de mavoir donn, par votre moyen, de si bons ouvriers. M a une vigueur en chaire, laquelle rien ne rsiste ; je le retiens dj pour la mission de pour lanne qui vient.
1204. A UN VQUE [Entre 1646 et 1652] (1). Monseigneur, Un religieux de cette ville ayant fait une th se o il a avanc une proposition qui tient du jansnisme et qui a t condamne par la Sorbonne, M. le chancelier (2) a fait dfendre lassemble et les disputes qui se devaient faire sur ce sujet. A quoi le suprieur ayant fait quelque difficult, il lenvoya qurir et lui dit que, sil y contrevenait, il savait bien le moyen de le ranger son devoir, lui et tous les siens. Il lui ordonna daller trouver M. le nonce, lequel lui fit de grands reproches de navoir pas empch que cette thse part, et le menaa, avec tous ceux des siens qui favoriseraient cette Lettre 1203. 60elly, op cit., #. II, chap. #, sect. II, O 7, #er d., p .A Lettre 1204. 60elly, op. cit., t. II, chap. QII, p. .#: #$. 2aint <incent parle ici du 8ansnisme sur un ton dcid et arr&t qui ne lui tait pas ha0ituel avant #7.7 N dautre part, la lettre sem0le &tre du temps oK il faisait partie du Conseil de Conscience. ($ Bierre 2guier.
- 631 doctrine, de les faire chtier et den crire au Pape et au gnral. Ce suprieur et toute sa communaut ont ensuite eux-mmes puni ce religieux, layant dclar incapable de toutes charges et offices dans lOrdre et priv de voix active et passive ; et puis ils lont chass de leur maison. Cela fait esprer que, si lon tient dsormais la main de la sorte pour empcher de telles entreprises, cette pernicieuse doctrine pourra enfin se dissiper.
1205. A UN VQUE [Entre 1643 et 1652] (1). Il y a un an, ou environ, que je me donnai lhonneur de vous crire au sujet de llection de pour abb de. afin quil vous plt prendre la peine de venir jusqu Paris, pour informer la reine des qualits du personnage et des besoins de labbaye ; mais, cause de quelque incommodit qui vous en empcha, vous etes la bont de me marquer par une lettre les justes raisons quon avait dempcher que cette lection net son effet. La chose a tran depuis, sur lopposition de deux religieux lecteurs appels llection un jour plus tard quelle ne sest faite, laquelle opposition vient d tre vide au parlement, par surprise, au gr dudit lu, qui en est dautant plus chauff la poursuite de sa confirmation, pressant grandement lexp dition de son brevet. Et parce quil est port de beaucoup de personnes puissantes, il y a sujet de craindre quil ne lemporte ; ce qui fait que votre prsence est fort dsirer ici, pour en dire un mot la reine et donner poids aux raisons Lettre 1205. 60elly, op. cit., t. II, chap. QIII, sect. <II, p. .A:. #$. Iemps pendant lequel saint <incent fit partie du Conseil de conscience.
- 632 quon a dempcher ce mal. Je sais que Sa Majest, qui vous estime beaucoup, laura fort agrable, et M. le garde des sceaux a trouv bon que je vous supplie, comme je fais humblement, dy venir au plus tt, pour lamour de Dieu. Je prends cette confiance, sachant combien ses int rts vous sont cur. Peut-tre que de ce moment, ainsi que vous mavez fait lhonneur de me mander, dpend la rforme de cette maison et de celles de sa filiation, et que Notre-Seigneur veut que le mrite dun succs si dsirable vous soit imput, comme lun des prlats du royaume qui a le plus de zle pour la gloire de son glise
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APPENDICES
1. REQUTE DE SAINT VINCENT AU PARLEMENT [Avril 1647] (1) A Nosseigneurs de Parlement. Supplie humblement Vincent de Paul, prtre, suprieur de la Mission tablie Saint-Lazare, disant que jusques prsent il a fait ce qui lui a t possible pour excuter larrt contradictoire du 2 juin 1646 au rapport de M. Gontier, conseiller en la cour, et, tout au contraire, Nol Bonhomme, pour lempcher ; de sorte que le suppliant, quoiquil soit entr en payement sur la somme de onze mille livres mentionnes audit arrt, la libration dudit Bonhomme, vers une partie de ses cranciers, et quil se ft oblig de fournir des mainleves des autres qui avaient saisi le surplus de ladite somme de onze mille livres, nanmoins il a si bien fait quil est toujours demeur en possession de la maison, jardin et lieux dont est question adjuger au suppliant. Et pour plus grande illusion, lui-mme aurait fait saisir s mains du suppliant ce que le nomm Nicolas Janot prtendait lui appartenir sur les deniers dus par le suppliant, si bien que cette saisie et les contentions qui taient entre lui et le dit Janot, ont donn lieu plusieurs vexations souffertes par le suppliant, qui, sans avoir intrt icelles, se serait trouv engag se dfendre tantt en un lieu, tantt en un autre, o il aurait perptuellement dit : premirement, Bonhomme, quil tait prt de payer le surplus, en fournissant les mainleves des saisies faites sur lui et comme Appendice 1. 6rch. nat. 2. 7##., copie. #$ %ate donne dans le corps de la requ&te.
- 634 il sy tait oblig ; et audit Janot il lui aurait pareillement dclar quen faisant vider les contestations quil avait avec ledit Bonhomme, il tait prt pareillement de vider ses mains de ce qui lui serait adjug , jusques concurrence de ce qui restait en ses mains. Ainsi le suppliant, clans cette bonne foi, navait point besoin d tre compris en leurs procdures. Nanmoins Janot laurait poursuivi, sur un sommaire, par devant M. Ferrand, conseiller, o le suppliant aurait ritr ses offres ; et afin quil y ft prononc avec Bonhomme mme sur la possession que le suppliant requrait des biens lui adjugs pour ladite somme de onze mille livres par ledit arrt du 2e juin mil six cent quarante-six, le suppliant laurait somm et conclu contre lui en telle sorte que, par arrt donn au rapport dudit sieur Ferrand, conseiller, le 8e janvier 1647, il aurait entre autres choses t ordonn quen payant par le suppliant ce qui tait d par Bonhomme Hlne Bonhomme, sa fille, et pour raison de quoi elle avait saisi s mains du suppliant, il en demeurerait bien et valablement dcharg, et quen consignant par ledit suppliant, s mains dun bourgeois dont serait convenu ou nomm doffice, ce qui restait de la somme de 1.100 livres en question, ou retenant par le suppliant, pendant six mois, lesdits deniers restants et payant lintrt, le suppliant, audit nom, pourrait entrer en la possession et jouissance de la maison, jardin et lieux dont est question, ledit Bonhomme condamn de dlivrer les clefs et lesdits lieux au mme tat quils taient lors de la visitation faite en excution du dit arrt du 11e juin, sauf contester, en tout ou partie, la prise des choses y contenues, par devant Monsieur Gontier, conseiller, rapporteur dudit arrt. En excution duquel arrt le suppliant a pay ce qui tait d Hlne Bonhomme, et en consquence a fait option de retenir le surplus des deniers pour le temps et aux conditions dudit arrt du 8e janvier. Mais ledit Bonhomme, qui ne se rend pas facilement, voyant quil tait oblig de souffrir que ledit suppliant, audit nom, entrt en jouissance des lieux en question, au lieu de lui en dlivrer les clefs, aux termes dudit arrt, il en aurait fait refus, pour raison de quoi, le suppliant ayant baill sa requte le 19e mars 1647, la cour aurait ordonn que les parties
- 635 seraient oues sommairement devant Monsieur Ferrand, conseiller, o ledit Bonhomme se voyant poursuivi, il aurait repris et poursuivi lopposition quil avait, ds le 21e janvier prcdent, forme lexcution dudit arrt du 8e du mme mois, et sur son opposition, poursuivi de rpondre et procder par devant Monsieur Gontier, qui nest pas ce dont le suppliant se plaint ; car il ne lui importe pas devant qui, mais bien de ce quil souffre vexation sans sujet, ne pouvant comme faire pour payer srement ce quil a en ses mains et entrer en jouissance de ce qui lui est adjug, tellement que ce qui est arriv depuis cette opposition et la demande des clefs pour lentre des lieux dont il sagit, doit, ce semble, changer la contestation et mettre fin aux diff rends dentre les parties ; car au moyen du payement fait par le suppliant Hlne Bonhomme, comme il a t dit, lon a signifi au suppliant, le 3e du prsent mois davril, trois actes, en date des 21 janvier, 11 et 26 mars derniers, qui portent mainleves des saisies et oprations faites et formes s mains du suppliant par Nicolas Cavelier et Anne Fort, Nicolas Janot et Marguerite Caulier, Jean de Bournay, sa veuve et hritiers, et ladite Hlne Bonhomme, si bien que le suppliant na plus dsirer que parachever lexcution dudit arrt du 2e juin 1646 et requrir dudit Bonhomme la mainleve de quelques autres saisies et arrts qui sont encore faits en ses mains, entre autres dun nomm Nicolas Simon, batteur de pltre, pour une somme de 60 livres, par exploit du 27e juin 1646, dun nomm Nicolas Simon (2), par autre exploit du 27e novembre 1646, dont les clauses ne sont point exprimes, comme aussi liquider les amliorations adjuges audit Bonhomme et les dgradations compenser sur icelles, pareillement les arrrages de trois annes et demie, chus au premier de ce prsent mois davril 1647, des cens et rentes dus par ledit Bonhomme, cause des lieux dont il sagit, raison de soixante-cinq livres de rente et deux sols neuf deniers de cens montant la somme de 227 livres 19 sols 8 deniers, plus des arrrages depuis chus et qui cherront jusques au jour de la possession actuelle qui sera faite par le suppliant, plus dune somme de sixvingts livres et ($ Il est vraisem0la0le que ce nom a t mis pour un autre par distraction.
- 636 consignes par le suppliant et qui ont t employes, au jugement de linstance, sur laquelle est intervenu larrt du 2e juin, au rapport de Monsieur Gontier, conseiller, comme aussi de lintrt, raison de lordonnance, des deniers pays par le suppliant aux nomms Paillet, Soulet et Hlne Bonhomme, commencer du jour quils ont t fournis, attendu que ledit Nol Bonhomme a joui des lieux en question et que le suppliant, en payant comme il a fait, est demeur subrog au lieu et droits desdits Paillet, Soulet et Bonhomme, auxquels lintrt leur tait d ; et en dernier lieu remboursant, dduisant et compensant les frais que ledit suppliant a t contraint de faire supporter pour lexcution des arrts et jusques au jour des mainleves fournies et fournir par ledit Nol Bonhomme et de son fait, nayant, comme suppliant, jamais t en demeure de payer les onze mille livres en question. Ce considr, nosdits seigneurs, et que par ce qui est ci-dessus reprsent, il est ais de voir quil ny a plus de questions juger entre les parties, qui ne puissent tre facilement vides et termines, ledit suppliant tant tout prt de bailler et payer ce qui reste en ses mains au nomm Janot, s noms quil procde, la dcharge dudit Bonhomme et de son consentement, comme aussi de venir compte et compensation avec ledit Bonhomme des choses dont il doit tenir compte, tant sur le restant desdites 1.100 livres que sur ce qui lui sera adjug pour ses amliorations, les dgradations dduites, et, cette fin, que les parties seront tenues se retirer en ltude de Paisant, notaire, qui a reu les premires quittances jour certain, auquel ledit Bonhomme sera tenu faire trouver ledit Janot pour recevoir ce qui lui est d, et bailler quittance, et audit jour fournir toutes les autres mainleves des saisies qui peuvent avoir t faites s mains du suppliant pour le fait dudit Bonhomme, autres que celles dont il a fait bailler copie le 3e du prsent mois davril, mme de celles ci-dessus remarques, et qu faute de se trouver lassignation qui sera donne, ou de refus et contestation par ledit Bonhomme de sa part, sans quil soit besoin dautre diligence faire de la part du suppliant, retenant les deniers restants et en faisant intrt, ainsi quil est dit par larrt du huitime janvier dernier, il sera permis au suppliant entrer en possession et
- 637 jouissance des lieux en question, ledit Bonhomme contraint par corps, apr s une simple sommation, den rendre les clefs, sinon user par voie de serrure en la forme ordinaire, ledit Bonhomme condamn en tous les dommages et intrts du suppliant soufferts et souffrir, le tout nonobstant lopposition dudit Bonhomme, dont il sera dbout, condamn aux dpens. Il vous plaise de vos grces donner acte au suppliant de ce que pour toutes critures et production sur ladite opposition, mme sur lexcution darrt du 2e juin 1646, il emploie celles quil avait faites, tant par devant ledit sieur Ferrand, sur la requte du 17e mars, rgler et mettre le 26e dudit mois, que celle sur la requte dudit Bonhomme, du 6e septembre 1646, rgle pardevant M. Gontier, avec le contenu en la prsente requte, pour sur le tout tre fait droit par un seul et mme arrt, ainsi que la cour verra tre faire par raison, et vous ferez bien (3).
2. REQUTE DE SAINT VINCENT AU PARLEMENT [Juillet 1647] (1) A Nosseigneurs du Parlement. Supplie humblement Vincent de Paul, prtre, suprieur gnral de la congrgation des prtres de la Mission, tablie Saint-Lazare-lez-Paris, disant quayant eu communication des contredits qui ont t fournis par Nol Bonhomme, signifis au procureur du suppliant, le onzime du prsent mois de juillet, il a trouv que les raisons et moyens qui y sont contenus ne sont que redites ennuyeuses, contraires ce qui est de la vrit ; car cest une pure supposition, sauf la rvrence de la cour, de la part dudit Bonhomme, de dire et soutenir que les saisies qui ont t faites entre les mains du suppliant, ont t par lui mandes leffet de ne point payer la somme adjuge audit Bonhomme. Le contraire parat +$ ?ous lisons , la suite de la requ&te " =6it acte et soit signifi. Le 9e avril #7.:.> Appendice 2. 6rch. nat. 2. 7##., copie. #$. <oir note (.
- 638 tant par la vrit desdites saisies qui sont rapportes par ledit suppliant et par lui produites, que parce que ceux qui ont fait saisie sont v ritables cranciers dudit Bonhomme. Et de fait les arrts ont ordonn que ledit suppliant les payera, comme il a fait ; et il y a encore prsent des saisies qui subsistent et dont ledit Bonhomme avoue lui-mme quil poursuit les mainleves. Aprs quoi il est trange quil allgue hardiment que ce sont des chicaneries dont on use son endroit. Mais il est encore plus draisonnable de dire quil lui faut pour ce regard des dommages, intrts et dpens ; car, au contraire, ils sont dus audit suppliant, pour double raison : lune, quil est contraint dessuyer une infinit de procdures de la part desdits cranciers, ce qui provient du fait dudit Bonhomme, lequel est accabl de dettes ; et par consquent il doit porter tous les frais qui se font, et en indemniser ledit suppliant ; lautre est que, par le moyen de toutes ces traverses et vexations, ledit suppliant se trouve r duit une trange extrmit ; car encore quil ait pay le prix dudit remboursement, nanmoins il ne jouit pas de la chose, et ledit Bonhomme, par une injustice sans exemple, se maintient toujours en la possession et jouissance de la maison et lieux dont il est vinc par arrt ; ce qui ne peut avoir lieu, car le prtexte quil prend dailleurs de prtendues mliorations (qui consistent plus dans son imagination que dans aucune solidit) nest pas suffisant pour appuyer cette injuste dtention et possession, puisque ledit suppliant a pay ledit prix principal et quil nen reste que fort peu de chose ; ce qui le rend matre et propritaire de ladite maison. Et pour le surplus de la pr tention dudit Bonhomme touchant lesdites mliorations, il ne doit venir quen excution darrt ; ce qui se peut aussi bien faire quand ledit suppliant sera en jouissance que ny tant pas ; car autrement il arrivera que les arrts qui ont t rendus concernant ladite viction seront inutiles et illusoires, puisquils nont pas deffet et que survient toujours quelque incident de la part des cranciers dudit Bonhomme, lequel dailleurs fera tout ce qui lui sera possible pour ne se point dsister et dpartir de ladite maison ; en quoi ledit suppliant se trouvera beaucoup ls ; car encore que la cour lui adjuge (comme il espre et attend de sa justice) des dommages
- 639 et intrts, nanmoins le plus expdient serait quil entrt en possession du bien qui lui est si justement acquis et a titre si fort on reux que, sil et pu prvoir tous ces divers incidents de chicaneries qui lui ont t faits, il naurait point entrepris le retrait desdits lieux, parce quen effet il estimait quil ny avait autre chose faire qu compter ses deniers ; de quoi il a toujours t prt. Ce considr, Nosseigneurs, il vous plaise donner acte au suppliant de ce que, pour salvations contre les susdits contredits, il emploie la pr sente requte et ce quil a crit et produit. Et vous ferez bien. (2) ( 2uivent les mots " =6it acte et soit mis au sac. Fait ce 8uillet #7.:. ?ota que les salvations ne se signifient point.> Lecture critique de la lettre 1064 Jean DEHORGN !ar "ernard #OCH$ %&'rier 1((( S. V. III - 362 -
a0rviations " en italiqueN mots prsents dans loriginal et pas dans Coste " en e!posant rouge N mots a0sents ou dffrents dans loriginal " 0arrs. Ee'te de ldition *oste " =6rch. dp. de <aucluse, % (97, copie du Q<IIe ou du Q<IIIe si1cle. Dn trouvera en note les variantes du te!te pu0li en mars #:(7 par les Mmoires de Er$ou' 3p. ..C$. ?i le manuscrit des archives dpartementales, ni les Mmoires de Er$ou' ne donnent le post scriptum, que nous avons emprunt au supplment des Lettres et con+rences de t 8incent de ,aul 3p. :E$. Lditeur de ce supplment a eu en main loriginal de la lettre, que lui avait communiqu Mademoiselle d/aussonville et que lon na pu retrouver> La premi1re page de loriginal a disparu " perdue \ ou supprime par un confr1re qui ne la trouvait pas opportune \ i partir du folio (, les n; de folios sont indiqus. #. Mmoires G du : aoHt. %t a"ec rai#&n " =le courrier de -ome mettait au moins un mois.> g-. Chal.h (. Louvrage avait pour titre " De la +rquente communion, oQ les sentimens des ,3res des ,apes et des *onciles touchant lusage des sacrements de ,nitence et d1ucharistie sont +id3lement e'pose?, pour ser$ir dadresse au' personnes qui pensent srieusement C se con$ertir C Dieu et au' pasteurs et con+esseurs ?ls pour le bien des Rmes, par M. 6ntoine 6rnauld, docteur en thologie, de la maison de 2or0onne. ancta anctis. F 6 Baris, chez 6ntoine <itr, #7.+
- 363 son temps, et lobservance des canons dicelle, et que cest ce qui mutina le monde contre lui et mme des bons religieux, cause de la nouveaut ; mais il na pas constitu la pnitence ou, quoi que ce soit, la satisfaction, se retirer de la sainte confession et de ladorable communion, si ce nest aux cas port s par les canons, que nous tchons dobserver 3 en cas des occasions prochaines, des inimitis, des pchs publics ; mais il est 4 bien loign de ce quon dit, quil ordonnait des pnitences publiques pour des pchs secrets et faire la satisfaction avant labsolution, comme le livre dont est question 5 prtend faire. Venons au particulier. Il est vrai, Monsieur, quoi que vous me disiez du livre de La frquente communion, quil a t fait principalement pour renouveler la pnitence ancienne comme ncessaire pour rentrer en grces 6 avec Dieu ; car, quoique lauteur fasse quelquefois semblant de proposer cette pratique ancienne seulement comme plus utile, il est certain n anmoins quil la veut pour ncessaire, puisque par tout son 7 livre il la reprsente comme une des grandes vrits de notre religion, comme la pratique des aptres et de toute lglise durant douze sicles, comme une tradition immuable, comme une institution de Jsus-Christ, et quil ne cesse de faire entendre quil est oblig de la garder et dinvectiver continuellement contre ceux qui sopposent au rtablissement de cette pnitence. Dailleurs, il enseigne manifestement quanciennement il ny avait point dautre pnitence pour toute sorte de pchs mortels que la +. Mmoires. G de pratiquer. .. Mmoires G tait. A. Mmoires G dont il est question. 7. Mmoires G pour entrer en gr@ce :. Mmoires G le.
- 364 publique, comme on voit par le 3e chapitre de la seconde partie, o il prend pour une vrit lopinion qui porte quon ne trouve dans les anciens Pres, et principalement dans Tertullien, que la pnitence publique en laquelle lglise exert la puissance de ses clefs ; do il sensuit par une consquence trs claire, que M. Arnauld a dessein dtablir la pnitence publique pour toutes sortes de pchs mortels et que ce nest pas une calomnie de laccuser de cela, mais une vrit que lon tire aisment de son livre, pourvu quon le lise sans proccupation desprit. Et vous, Monsieur, me dites que cela est faux. Vous tes excuser, parce que vous ne saviez 8 pas le fond des maximes de lauteur et de toutes ces doctrines, qui tait de rduire lglise en ses premiers usages, disant que lglise a cess dtre depuis ces temps-l. Deux des coryphes 9 de ces opinions ont dit la Mre de Sainte-Marie de Paris 10, laquelle on leur avait fait esprer quils pourraient attirer leurs opinions, quil y a cinq cents ans quil ny a point dglise ; elle me la dit et crit. 2 r
<une autre main a crit ici : >
Sur les erreurs de Mr Arnauld Vous me dites, en second lieu, quil est faux que M. Arnauld ait voulu introduire lusage de faire la pnitence avant labsolution pour les gros pcheurs. Je vous <inexistant> rponds que M. Arnauld ne veut pas seulement introduire la pnitence avant labsolution pour les gros pcheurs, mais il en fait une loi gnrale pour tous ceux qui sont coupables dun pch mortel, ce qui se voit par ces paroles tires de la 2e partie, chapitre 8 : Qui ne voit combien ce Pape juge ncessaire que le pcheur fasse pnitence de ses pchs, non seulement avant que de communier, mais C. Mmoires " savez. 9. M. de 2aint Cyran ne serait il pas un de ces coryphes \ #E. /l1ne 6nglique Lhuillier.
- 365 mme avant que de recevoir labsolution ? Et un peu plus bas, il ajoute : Ces paroles ne nous montrent-elles pas clairement que, selon les rgles saintes que ce grand Pape a donnes toute lglise, aprs les avoir apprises dans la perptuelle tradition de la mme glise, lordre que les prtres doivent garder dans lexcution de la puissance que le Sauveur 11 leur a donne de lier et de dlier les mes, cest de nabsoudre les pcheurs quaprs les avoir laisss dans les gmissements et dans les larmes, et leur avoir fait accomplir une pnitence proportionne la qualit de leurs pchs. Il faut tre aveugle pour ne pas connatre, par ces paroles et par beaucoup dautres qui suivent, que M. Arnauld croit quil est ncessaire de diffrer labsolution pour tous les pchs mortels jusqu laccomplissement de la pnitence ; et en effet, nai-je pas vu faire pratiquer cela par M. de Saint-Cyran, et le fait-on pas encore lgard de ceux qui se livrent entirement leur conduite ? Cependant cette opinion est une hrsie manifeste. Pour ce qui est de labsolution dclaratoire, vous me dites quil na point besoin que de <absent> son premier livre pour faire voir le contraire, et mallguez trois ou quatre autorits pour cela. Je rponds que ce nest pas de merveille que M. Arnauld parle quelques fois comme les autres catholiques ; il ne fait en cela quimiter Calvin, qui nie trente fois quil fasse Dieu auteur du pch, quoiquil fasse ailleurs tous ses efforts pour tablir cette maxime dtestable, que tous les catholiques lui attribuent. Tous les novateurs 12 en font de mme ; ils sment des contradictions dans leurs livres, afin que, si on les reprend ##. Mmoires G le 2eigneur. #(. Les Mmoires de Er$ou' a8outent ici le mot en. =avec raison> g*. d.h
- 366 sur quelque point, ils puissent schapper, en disant quils ont ailleurs le contraire. Jai ou dire 2 v feu M. de Saint-Cyran que, sil avait dit des vrits dans une chambre des personnes qui en seraient capables, que, passant en une autre o il en trouverait dautres qui ne le seraient pas, quil leur dirait le contraire ; que Notre-Seigneur en usait de la sorte et recommandait quon ft de mme 13. Comment est-ce que M. Arnauld peut soutenir srieusement que labsolution efface vritablement les pchs, puisquil enseigne, comme je viens de montrer, que le prtre ne doit point donner labsolution au pcheur quaprs laccomplissement de la sa pnitence, et que la raison principale pour laquelle il veut quon observe cet ordre est afin de donner temps au p cheur dexpier ses crimes par une satisfaction salutaire, comme il le prouve amplement dans le chapitre 2e II (ij) <P. C.> de la seconde partie ? Un homme judicieux qui veut quon expie des pchs par une satisfaction salutaire, avant que de recevoir labsolution, peut-il croire srieusement que les pchs soient expis par labsolution ? Vous me dites que pour ce que M. Arnauld dit que lglise retient dans le cur le dsir que les pcheurs fassent pnitence selon les rgles anciennes, et que M. Arnauld dit que la #+. -aoul 6llier "La cabale des d$ots, Baris, #9E(, in #7, p. #7A$ a peine , croire que 2aint Cyran ait pu tenir pareil propos. Il prf1re admettre que saint <incent la mal compris. =2aint Cyran sentait si 0ien, crit il, que sa pense allait contre les doctrines courantes, que pour viter les condamnations sommaires et les scandales inutiles, il ne sen ouvrait qu, des amis sHrs et en tat de le comprendre.> <oil, , quoi se rduirait ce que 2aint Cyran aurait dit , saint <incent. 2aint <incent tait l,, prsent devant la00 quand celui ci parlait N tel que nous le connaissons, nous savons quil tait plutGt port , e!cuser qu, accuser, , attnuer la gravit dactes ou de paroles rprhensi0les qu, le!agrer. 2on autorit est, sem0le t il, dun autre poids que celle de -aoul 6llier. *. d. " <oir dailleurs M. <incent lui m&me, 9 ans plus tGt, le #r avril #7+9, QIII C:. Luant au fait, M. <incent lui aussi ne voulait pas quon divulgue ses points de vue en mati1res controverses " , propos dusures, , Louis -ivet, . aoHt #7AC, 2. <. <II ((7. 3$
- 367 pratique ancienne et nouvelle de lglise sont toutes deux bonnes, mais que lancienne est meilleure 14, et quelle, tant une bonne mre, qui ne respire que le plus grand bien de ses enfants, leur dsire toujours le meilleur, au moins dans son le cur. Je rponds quil ne faut point confondre la discipline ecclsiastique avecque les dsordres qui se peuvent rencontrer. Tout le monde blme ces dsordres ; les casuistes ne cessent de sen plaindre et de les remarquer, afin quon les connaisse ; mais cest un abus de dire que ne point pratiquer la pnitence de M. Arnauld, ce soit un relchement que lglise tolre avecque regret. Nous navons pas grande assurance de la pratique dOrient dont vous parlez ; mais nous savons que, par toute lEurope, on pratique les sacrements de en la manire que M. Arnauld condamne, et que le Pape et tous les vques approuvent la coutume de donner labsolution aprs la confession et de ne point faire pnitence publique que pour des pchs publics. Nest-ce pas un aveuglement insupportable de prfrer, en une chose de telle consquence, les penses dun jeune homme, qui navait aucune exprience dans la conduite des mes lorsquil a crit, la pratique universelle de toute la chrtient ? Si la pratique de la pnitence 3 r a dur en Allemagne jusques au temps de Luther, comme vous dites, ce na t que pour les pchs publics ; et personne ne trouve mauvais que cette pnitence soit rtablie partout, puisque le concile de Trente lordonne expressment 15. Et quel rapport a lordonnance de saint Ignace, que vous mallguez mallguerez aussi, avec la conduite de ceux qui loignent tout le monde de la communion,
des pnitences publiques
- 368 non pour huit ou dix jours, mais pour cinq ou six mois, non seulement les grands pcheurs, mais de bonnes religieuses qui vivent en une grande puret, comme nous avons appris 16 de lptre de M. de Langres M. de Saint-Malo 17. Ce nest pas sarrter des pointilles que de remarquer des dsordres si notables et qui ne tendent qu la ruine entire de la sainte communion ; et tant sen faut que des gens de bien doivent mettre en pratique ces 18 maximes si pernicieuses, quils ont juste sujet de les mpriser et de concevoir mauvaise opinion de ceux qui les autorisent.
des
Saint Charles navait garde de les approuver, puisquil ne recommande rien tant, dans ses conciles et dans ses actes, que la fr quente communion, et quil ordonne plusieurs fois de grives peines contre tous les prdicateurs qui dtournent les fidles directement ou indirectement de la frquente communion. Et jamais lon ne trouvera quil ait tabli la pnitence publique ou lloignement de la communion pour toutes sortes toute sorte de pchs mortels, ni quil ait voulu quon mt trois ou quatre mois entre la confession et labsolution, comme il se pratique trs souvent et pour des pchs ordinaires par ces nouveaux rformateurs ; de sorte quencore quil y puisse avoir de lexcs donner facilement labsolution toutes sortes de pcheurs, qui est ce que saint Charles dplore, il ne faut pas conclure de l que ce grand saint approuvt les extrmits <rpt dans loriginal, non barr> dans lesquelles M. Arnauld s est jet, #7. Mmoires G comme nous lavons appris. #:. Le mmoire envoy par 20astien ]amet, v&que de Langres, , 6chille de /arlay de 2ancy, v&que de 2aint Malo, tait, croit la00 Brunel " bastien Samet, p. (7., note ($, la rponse , un questionnaire prpar par M. de /arlay, sur lordre de -ichelieu, au su8et de 2aint Cyran. Dn le trouve en entier dans cet ouvrage pp. (7A (7C. #C. Mmoires G des. g, torth
- 369 puisquelles sont entirement opposes quantit dordonnances quil a faites. Quant ce quon lattribue au livre de La frquente communion, de retirer le monde 3 v de la frquente hantise des saints sacrements, je vous rponds quil est vritable que ce livre dtourne tout le monde puissamment de la hantise 18 bis frquente de la sainte communion <inexistant> confession et de la sainte confession <inexistant> communion, quoiquil fasse semblant, pour mieux couvrir son jeu, d tre fort loign de ce dessein. En effet, ne loue-t-il pas hautement dans sa pr face, page 36, la pit de ceux qui voudraient diffrer la leur communion jusques la fin de leur vie, comme sestimant indignes de sapprocher 19 du corps de Jsus-Christ, et nassure-t-il pas quon satisfait plus Dieu par cette humilit que par toutes 20 sortes de bonnes uvres ? Ne dit-il pas, au contraire, dans le chapitre 2e II (ij) de la 3 partie, que cest parler indignement du Roi du ciel que de dire quil soit honor par nos communions et que Jsus-Christ ne peut recevoir que de la honte et de loutrage par nos frquentes communions qui se font selon les maximes du Pre Molina, chartreux 21, quil combat par tout son livre, sous lapparence dun crit fait plaisir ? De plus, ayant prouv par saint Denis, dans le chapitre 4 de la premire partie, que ceux qui communient doivent tre entirement purifis des images qui leur restent de leur vie passe par un amour divin pur et sans aucun mlange, quils doivent tre parfaitement unis 22 Dieu seul, entirement parfaits et entirement irrprochables, tant sen faut quil ait aucunement adouci les ces paroles si hautes
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#C 0is. ^/antise_ ne signifiait pas ^o0session_, mais ^frquentation_N cf. ^dis moi qui tu hantes, et 8e te dirai qui tu es_. M. <incent a 0ien crit deu! fois =frquente hantise> et =hantise frquente>. #9. Mmoires dapprocher. (E. Mmoires G que par toutes. (#. 6ntoine Molina, auteur dun trait de l=nstruction des pr&tres, qui fut traduit en plusieurs langues, mort en #7#(. ((. Mmoires G unis parfaitement.
- 370 et si loignes de notre faiblesse, que, les ayant donnes toutes crues, il a toujours soutenu dans son l ivre de La frquente communion qu'elles contiennent contenaient les dispositions qui sont ncessaires pour communier dignement. Cela tant, comment se peut-il faire qu'un homme qui considre ces maximes et ce procd de M. Arnauld, puisse s'imaginer qu'il souhaite avec que vrit que tous les fidles communient fort souvent ? Il est certain, au contraire, qu'on ne saurait tenir ces maximes pour vritables, qu'en mme temps l'on ne se trouve trs loign de frquenter les sacrements. Et pour moi, j'avoue 23 franchement que, si je faisais autant d'tat du livre de M. Ar nauld que vous en faites, non seulement 4 r je renoncerais pour toujours la sainte <absent> Messe 24 et la Sainte communion, par esprit d'humilit, mais mme j'aurais de l'horreur du sacrement, tant vritable qu'il le reprsente, l'gard de ceux qui communient avec les dispositions ordinaires que l'Eglise approuve, comme un pige de Satan et comme un venin qui empoisonne les mes, et qu'il qui ne traite de rien moins tous ceux qui en approchent en cet tat de rien moins que de chiens, de des pourceaux et d' des antechrists 25. Et quand on fermerait les yeux toute autre considration pour remarquer seulement ce qu'il dit en plusieurs endroits des dispositions admirables sans lesquelles il ne veut pas point qu'on communie, se trouvera-t-il trouverait-il homme sur la terre qui et si bonne opinion de sa vertu qu'il se croie 26 en tat de pouvoir communier dignement ? Cela n'appartient qu' M. Arnauld, qui, aprs
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(+. Mmoires G 8e vous avoue. (..Mmoires G , la messe. ([Link] et quWil ne traite rien moins tous ceu! qui en approchent en cet tat que de chiens, de pourceau! et dWantchrists ([Link] G crHt.
- 371 avoir mis ces dispositions un si haut point qu'un saint Paul et apprhend de communier, ne laisse pas de se vanter par plusieurs fois dans son apologie qu'il dit la messe tous les jours ; en quoi son humilit est autant admirable qu'on doit estimer sa charit et la bonne opinion qu'il a de tant de sages directeurs, tant sculiers que rguliers, et de tant de vertueux pnitents, qui pratiquent la dvotion, dont les uns et les autres servent de sujet ses invectives ordinaires. Au reste, j'estime que c'est une hrsie de dire que ce soit un grand acte de vertu de vouloir diffrer la communion jusques la mort, puisque l'Eglise nous commande de communier tous les ans. C'est aussi une h rsie de prfrer cette humilit prtendue toutes sortes de bonnes uvres, tant visible que pour le moins le martyre est beaucoup plus excellent; comme aussi de dire absolument que Dieu n'est point honor par nos communions et qu'il n'en reoit que de la honte et de l'outrage. Comme cet auteur loigne tout le monde de la communion, il ne tiendra pas lui que toutes les glises 4 v ne demeurent sans Messes, pource qu'ayant vu ce que dit le vnrable Bde Beda , que ceux qui laissent de clbrer ce saint sacrifice sans quelque lgitime empchement, privent la Sainte Trinit de louange et de gloire, les anges de rjouissance, les pcheurs de pardon, les justes de secours et de grces grce, les mes qui sont en purgatoire de rafrachissement, l'Eglise des faveurs spirituelles de Jsus-Christ, et eux-mmes de mdecine et de remde, il ne fait point de scrupules scrupule d'appliquer tous ces effets admirables aux mrites d'un prtre qui se retire de l'autel par esprit de pnitence, comme on le <absent> voit dans le chapitre 40 de la premire partie ; il parle mme plus avantageusement de cette pnitence, plus avantageuse censment, que du sacrifice de la messe. Or, qui ne voit que ce discours est trs puissant - 372 pour persuader tous les prtres de ngliger de dire la messe, puisqu'on gagne autant sans la dire qu'en la disant, et qu'on peut dire m me, selon les maximes de M. Arnauld, qu'on gagne davantage ? Car, comme il relve l'loignement de la communion beaucoup au-dessus de par dessus la communion, il faut aussi qu'il estime beaucoup plus excellent l'loignement de la messe que la messe mme. Et la morale de tout ceci est que ce nouveau rformateur n'loigne les prtres et les laques de l'autel sinon sous ce beau prtexte de faire pnitence ; mais pour savoir en quoi il met cette grande pnitence, qu'il estime si avantageuse aux mes, il parat en paroles expresses dans la prface, page 18, que, de toutes les rigueurs de l'ancienne discipline pnitence, il n'en garde quasi
autre chose que la sparation du corps du Fils de Dieu, qui est la partie la plus importante, selon les Pres, parce qu'elle reprsente la privation de la batitude, 5 r et la plus aise, selon les hommes, parce que tout le monde en est susceptible. M. Arnauld pourrait-il montrer plus manifestement ouvertement que son livre n'a t fait qu' dessein de ruiner la messe et la communion, puisqu'il emploie toute l'antiquit pour nous prcher la pnitence (dont jamais je n'ai vu faire un seul acte l'auteur de cette doctrine, ni ceux qui l'assistaient l'introduire), et qu'aprs toutes ces fanfares il se contente qu'on ne communie point ? Certes, ceux qui lisent son livre et qui n'y remarquent pas ce dessein sont du nombre de ceux dont parle le prophte : Oculos habent et non videbunt ; et je ne comprends pas comment vous, Monsieur, pouvez accuser les adversaires de M. Ar[nauld] de ruiner la pnitence, puisqu'on se plaint, au contraire, avec raison, de ce que cet auteur a fait des efforts extraordinaires pour prouver qu'il tait ncessaire de faire de longues et rigoureuses - 373 pnitences avant que de communier et de recevoir l'absolution, et qu'en mme temps il a dclar en paroles expresses (afin que personne n'en prtende cause d'ignorance), qu'il ne rserve autre chose de l'ancienne pnitence que l'loignement de l'autel. Voil, Monsieur, la rponse que je fais votre lettre, avec tant d'empressement que je n'ai pas le loisir de la relire. Je m'en vas en ce moment clbrer la sainte messe, afin qu'il plaise Dieu de vous faire connatre les vrits que je vous dis, et pour lesquelles je suis prt de donner ma vie. J'aurais beaucoup d'autres choses vous dire sur ce sujet, 5 v si j'en avais le loisir. Je prie Notre-Seigneur 27 qu'il les vous les dise die luimme. Je vous prie de ne me pas faire rponse sur ce sujet, si vous persvrez dans de en ces telles <absents> opinions 28, qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, Monsieur, <suscription interrompue> Vous ne serez plus matre et administrateur du Saint-Esprit de Toul, si ce parlement ne reoit l'vocation au Conseil du roi de votre procs contre MM. Mrs Thierry et Plainevaux 28 bis dont le dernier a obtenu permission de prendre possession 29. Or, qu'il admette votre 29 bis vocation, celui qui fait - 374 -
la charge de premier prsident mande que le parlement ne le la veut point faire <absent> 29, l'ayant refuse pour la deuxime 2e fois & dchir ladite vocation, pour le moins, l'avocat gnral a fait cela; de sorte que, s'ils ne renoncent ce dernier cette dernire arrt 29 cen est fait, je m'en vais mander que l'on sauve ce que l'on quon pourra des meubles. Ils ont pris le temps de la rvolte quasi gnrale de nos parlements. Enfin, si nous ne sommes condamn s avant que ma lettre arrive, cela ne saurait tarder huit jours aprs. In nomine Domini ! votre trs humble serviteur Vincens Depaul i. p. d. l. M.
Suscription
''''''''''''''''''''''' (:. Mmoires G 8e prie ?otre 2eigneur 4sus Christ. ga8out indH des Mmoires *. d.h (C..Mmoires G dans ces opinions. giciles Mmoires qui ont raison ah (C 0is. Blainevau! ou Bl1nevau! " cf. 2. <. QI<, p. .:E. g*. d.h (9..Le 0nfice du 2aint )sprit chappa, en effet, , M %ehorgny. 2aint <incent le fit demander plus tard , -ome pour M. 4olly, qui avait lWintention de le rsigner en faveur de la congrgation de la Mission. 3Cf. #. du #E octo0re #7A+.$ LWaffaire traTna. 2aint <incent crivait , M des 4ardins le (9 dcem0re #7A: " = ?ous ne sommes pas encore , 0out des lettres de lWunion, mais nous sommes tou8ours apr1s et dans lWesprance de les avoir>. (9 0is. M. <incent avait crit =nostre> et il a a8ou le ^v_ devant, sans 0arrer le ^n_N ce qui donne =vnostre>. Dn peut supposer que cest la8out du ^v_ qui lemporte " =votre vocation>. (9YYY. ^Faire_ nest pas du tout dans le te!teN M. <incent avait crit" =ne la veut point admettre>, il a 0arr ^admettre_, sans plus. Le te!te est donc 0ien =ne la veut point>. (9. Lcriture de M. <incent est de plus en plus heurte, mais la lecture du copiste, donne dans ldition Coste, ne se 8ustifie tout de m&me gu1re " le ^e_ final de ^cette_ et de ^derni1re_ est tr1s net, et il nest pas facile de lire ^arr_ l, oK il y a ^cen_ 3^arrest_ au lieu de ^cenest_$.
AJOUT dun document complet p. 469 trouvpar B. KOCHen aot 1998 1123 bis PRSENTATION LA CURE DE ROMAGN (prs de Fougres, Ille-et-Vilaine) 28 juillet 1649
Reverendissimo in XRisto Patri & Domino Domino Rhedonensi Episcopo 1, seu vestris in spiritualibus et temporalibus Dominis Vicariis Generalibus seu Domino Vicario Generali, Vincentius de Paul, presbyter, Congregationis Missionis Superior generalis necnon Reverendi Domini Amadori Joannis Baptistae de Vuignerod, Abbatis seu perpetui commendatarii Monasterii Majorismonasterii prope & extra muros turronenses, Ordinis Sancti Benedicti Vicarius generalis, salutem cum honore & reverentia debitis. Ad curam seu parr ochialem ecclesiam de Romagn, diocesis vestrae Rhedonensis, cujus ocurrente vacatione praesentatio & nominatio seu jus praesentandi & nominandi ad praefatum Reverendum Dominum Abbatem dicti Monasterii Majorismonasterii, collatio vero, provisio 2 & quaevis alia dispositio, ad vos ad causam 3 dict Vestrae Episcopalis dignitatis respective spectant & pertinent, liberam nunc et vacantem per mortem seu obitum defuncti Magistri <la place du nom est en blanc >4, illius ultimi Rectoris et immediati possessoris pacifici, Dilectum nostrum Magistrum Petrum Bouvier de St Hilaire, presbyterum diocesis, parisiensis, in jure canonico Doctorem, sufficien tem , capacem & idoneum ad dictam curam seu parrochialem Ecclesiam obtinendum, regendum et gubernandum, harum serie litterarum praesentamus, vos obnix rogantes quatenus praesentatum nostrum et praesentationem nostram recipere et admittere, litterasque collationis seu provisionis ac alias necessarias expediri 5 mandare velitis et dignemini, seu velit & dignetur vestrum alter desuper requisitus, adhibitis solemnitatibus assuetis jureque cujuslibet salvo. In quorum prmissorum fidem has p raesentes litteras manu nostra obsignatas per Magistrum Joannem Roger, publicum auct oritate Apostolica Curiaeque Archiepiscopalis parisiensis notarium juratum, Parisiis debite immatriculatum et commorantem, nostrum in hac parte secretarium assumptum s cribi et signari sigillique # praefati Reverendi Domini Abbatis6# jussimus et fecimus appositione communiri. Datum Parisiis anno Domini millesimo sexcentesimo quadragesimo nono, die vigesima octava mensis Julii, praesentibus ibidem Magistris Francisco Cailteau & Joanne Baptista Boise, clericis Andegavensis et Bajocensis respective dioceseum, Parisiis commorantibus, testibus,
Vincentius Depaul
De mandato praefati Domini Vicarii generalis Roger <et paraphe > notarius et secretarius praefatus
TRADUCTION
Vincent de Paul, prtre, Suprieur gnral de la Congrgation de la Mission et Vicaire gnral du Rvrend seigneur Amador Jean Baptiste de Vuignerod, Abb ou perptuel commendataire du monastre de Marmoutier, proche et hors les murs de Tours, de lOrdre de saint Benot, au Rvrendissime Pre dans le Christ et Seigneur, le Seigneur vque de Rennes1, ou vos Vicaires Gnraux pour le spirituel et le temporel, ou au seigneur Vicaire Gnral, salut avec lhonneur et due rvrence. la cure ou glise paroissiale de Romagn, de votre diocse de Rennes, lorsquelle est vacante, la prsentation et la nomination, ou le droit de pr senter et de nommer, <appartient> au susdit Rvrend Seigneur Abb dudit monastre de Marmoutier, mais la collation, la provision 2 et toute autre disposition reviennent et appartiennent respectivement vous, cause de 3 votre dignit piscopale. <Elle est> maintenant libre et vacante par la mort ou dcs de Matre <la place du nom est en blanc >4, son dernier recteur et immdiat possesseur pacifique. Par la srie de ces lettres, nous prsentons notre am matre Pierre Bouvier de St Hilaire, prtre du diocse de Paris, docteur en Droit Canonique, suffisant, capable et apte obtenir,
diriger et gouverner ladite cure ou glise paroissiale, vous priant instamment de bien vouloir et daigner recevoir et admettre celui que nous pr sentons et notre prsentation, et ordonner dexpdier 5 les lettres de collation ou provision et <toutes> autres ncessaires, ou que le veuille et daigne lautre de vous voqu ci-dessus, tant utilises les formalits dusage et sauf le droit de tout un chacun. En fois de quoi nous avons ordonn dcrire et signer ces prsentes lettres, signes de notre main, par matre Jean Roger, notaire jur public, de lautorit apostolique et de la Curie archipiscopale de Paris, dment enregistr Paris et y demeurant, pris comme notre secr taire en cette affaire, et <avons ordonn de les> munir de lapposition du sceau #dudit Rvrend Seigneur Abb6#. Donn Paris, lan du Seigneur mille six cent quarante neuf, le vingt-huiti me jour du mois de juillet, tant prsents l mme matres Franois Cailteau et Jean Baptiste Boisle, clercs respectivement des diocses dAngers et de Bayeux, demeurant Paris, tmoins
Vincent Depaul
Par mandement du susdit seigneur Vicaire gnral Roger <et paraphe > notaire et secrtaire susdit ___________________________
#. -ennes alors ntait pas encore archev&ch. (. La collation 3driv du participe du ver0e latin ^conferre_, comparer, et confrer$ dsigne le fait de confrer une charge, un officeN la provision 3du ver0e ^pouvoir_$ dsigne le fait de concder des moyens de su0sistance, ici, un 0nfice ecclsiastique, cest , dire les revenus lis , la charge ou , loffice ecclsiastique en question. +. <oil, un 0eau gallicisme " littralement ^, cause de votre dite dignit piscopale_. Les autres actes, antrieurs et ultrieurs, chez le m&me notaire, mais avec dautres secrtaires, portent en 0on latin =ratione vestrae etc.> " en raison de votre dignit. .. Il nest pas rare que le nom du futur titulaire reste en 0lanc, car les actes sont souvent rdigs davance, alors quon ne sait pas encore qui sera dsign et accept. Mais cest apparemment la seule fois oK le prdcesseur nest pas nomm, car en principe on sait qui ctait a Cette ignorance, ici, peut se!pliquer par le fait que lacte est rdig , BarisN elle pourrait aussi confirmer quil ny eut personne de nomm depuis la vacance voque par M. <incent le #A 8uillet #7.7, pro0a0lement sans quil sache le nom du cur prcdent, ni davantage trois ans apr1sZ A. ^)!pdier_ est ici un terme technique, signifiant non le simple fait denvoyer, mais de dlivrer une copie conforme, authentique, dun acte. 7. Ce signe renvoie , ces quatre mots, crits dune deu!i1me main , la fin du te!te, en dessous de ^testi0us_, et munis du m&me renvoi.