Grammaire Du Sens J Courtillon ELA 122 0153
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ISSN 0071-190X
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Pour citer cet article : Courtillon Janine, La mise en oeuvre de la grammaire du sens dans l'approche communicative Analyse de grammaires et de manuels, Ela. tudes de linguistique applique, 2001/2 no 122, p. 153-164.
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LA MISE EN UVRE DE LA GRAMMAIRE DU SENS DANS LAPPROCHE COMMUNICATIVE ANALYSE DE GRAMMAIRES ET DE MANUELS
1. LA GRAMMAIRE DU SENS Si lapprentissage de la grammaire, grammaire du sens ou tout autre type de grammaire, tait envisag du point de vue de lapprenant ce qui est le vritable changement apport par lapproche communicative (A.C.) , il serait plus opratoire de centrer les discours sur lacquisition graduelle des rgles, cest--dire de la prcision ou de la correction de la forme dans la production de la parole, plutt que sur lobjet apprendre : la grammaire. Or, nous sommes obligs de constater que de nos jours, dans les discours des didacticiens et dans les manuels qui, implicitement ou explicitement se revendiquent de lA.C., la notion dobjectif grammatical est toujours prsente, pour ne pas dire omniprsente. Si les nouvelles orientations avaient t rellement prises en compte, elle aurait d disparatre en tant quobjectif en soi. Pour les tenants de lA.C., la grammaire nest pas un objectif en soi, ce qui lest cest la comptence grammaticale, dfinie comme la capacit dorganiser des phrases pour transmettre du sens , capacit qui est partie intrinsque de la comptence communicative .
Rsum : Lauteur examine laspect notionnel et laspect fonctionnel du sens qui ont servi dcrire les contenus linguistiques dapprentissage dfinis, en remplacement des contenus grammaticaux traditionnels, par les tenants de lapproche communicative. Deux lments de cette grammaire notionnelle sont passs en revue : la quantification de lobjet et les aspects temporels couverts par limparfait/pass compos. Le point de vue soutenu ici est que la comptence grammaticale de lapprenant nest pas garantie par la prsence de lappareil mtalinguistique traditionnel, lourd, qui prdomine toujours dans les mthodes actuelles. Celles-ci, au lieu de fournir la possibilit daccs immdiat au sens de la forme par une explication notionnelle simple, ont rintroduit massivement des concepts grammaticaux non opratoires. Par ailleurs, laspect fonctionnel du sens a rarement t mis en uvre de manire efficace.
154 Il faut donc sinterroger sur la survivance de ce quil faut bien appeler un objet mythique dapprentissage : la grammaire. Pourquoi consacret-on tant defforts en tant quenseignants aussi bien quapprenants vouloir enseigner/apprendre la grammaire ? Sans doute parce que nous sommes incapables de penser de manire satisfaisante lapprentissage de la communication linguistique, qui implique un savoir-faire communicatif en situation, mettant en jeu des savoirs phontiques, lexicaux, syntaxiques et morphologiques aussi bien que des savoir-faire de type interrelationnels, cest--dire psychosociaux, et des savoir-faire extra-linguistiques. Ces objectifs sont entrs rcemment en tant que tels dans lenseignement des langues, tandis que lenseignement grammatical existe depuis des sicles, constituant un terrain sr, pour lequel nous avons de nombreux exercices en rserve. Sans entrer dans la polmique, il fallait toutefois signaler cet aspect des choses, pour offrir une rponse ceux qui dplorent la faillite de lA.C. , faillite qui, selon eux, est due labsence constate de grammaire dans les mthodes de langue. Mais nous allons voir que lexpression grammaire du sens permet en fait de rejoindre les objectifs du Conseil de lEurope, organisme lorigine des mises en uvre de lA.C.
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On pourrait stonner de lutilisation dun concept tel celui de grammaire du sens . En effet, pour le sens commun, la grammaire est ce qui dcrit le systme de la langue et concerne principalement ltude de la morphologie, de la syntaxe et des valeurs des formes qui en rsultent. En didactique franaise, lexpression grammaire du sens (et de lexpression) est apparue sous la plume de Patrick Charaudeau, autour de louvrage dont lintitul est justement Grammaire du sens et de lexpression (Hachette 1992). Dans cet ouvrage, P. Charaudeau la dfinit ainsi :
Le langage est donc la fois sens, expression et communication. Il nest pas lun et lautre successivement, mais les trois la fois. Une grammaire du sens et de lexpression doit donc sintresser dcrire les faits de langage en fonction : des intentions du sujet parlant quils sont susceptibles dexprimer, des enjeux communicatifs quils rvlent, des effets de discours quils peuvent produire.
Dans la prface dun autre ouvrage (G.D. de Salins, 1996) quil situe dans la filiation de sa propre grammaire, il me semble que P. Charaudeau dfinit encore mieux ce quil entend par grammaire du sens :
[La grammaire du sens] se dfinit essentiellement par trois caractristiques : un mouvement de pense qui doit traiter les faits de langue comme rsultant dintentions de communication. Dcrire ces faits de langue exige alors de partir des notions de sens qui les originent et de mettre en regard les formes qui permettent de les exprimer ; une mthodologie particulire qui doit aboutir catgoriser ces notions dune manire propre, diffrente de celle que suivent les grammaires morphologiques. On peut qualifier ce nouveau genre de grammaire smantique ; un type dexplication qui doit tre adquat ce nouveau genre de description, car expliquer les phnomnes de sens nest pas du mme ordre quexpliquer ceux de forme.
G.D. de Salins donne, dans lavant-propos de son ouvrage, les raisons du choix dune grammaire smantique :
155
Les points de vue thoriques des diffrentes linguistiques ne rpondent pas ncessairement aux besoins dapprenants trangers venant des quatre coins du monde. Mais il est une thorie linguistique qui subsume les descriptions grammaticales formelles pour atteindre le plus directement possible le sens vhicul par lensemble des langues Cette linguistique nous importe par son approche smantique de la grammaire. Elle recherche les notions quasi universelles qui permettent de regrouper en catgories de sens les diverses formes que la grammaire traditionnelle a lhabitude de sparer.
Ces deux ouvrages reprsentent une tape capitale dans la mise disposition des usagers des notions fondamentales qui avaient t dcrites prcdemment dans la section intitule Grammaire de Un Niveau Seuil pour le franais, publie par le Conseil de lEurope en 1976, et qui ntait quun inventaire, une esquisse sous forme de liste invitant reconsidrer lapproche des phnomnes grammaticaux pour lenseignement aux trangers. Les implications de ce type de grammaire peuvent se rsumer en une phrase : elle impose une description et une explication par le sens des phnomnes grammaticaux. Puisque le sens donne accs la notion, il doit dj tre indiqu dans la description : mettre en regard les formes et les notions , cest la raison mme de la dmarche. Nous allons examiner cette mise en uvre dabord dans les grammaires, et ensuite dans les manuels rcents de franais langue trangre. 2. LA MISE EN UVRE DE LA GRAMMAIRE DU SENS DANS LES GRAMMAIRES Cette analyse va essentiellement porter sur le mtalangage utilis et sur lexamen de quelques aspects prcis de deux chapitres de la grammaire : la quantification et la situation dans le temps. Les deux ouvrages prcdemment cits ont une finalit diffrente, et leur rapport au mtalangage grammatical traditionnel est par consquent quelque peu diffrent. Dans louvrage de P. Charaudeau, qui est une description grammaticale (et discursive) explicative statut thorique, lexplication des phnomnes est entirement smantique. Louvrage de G.D. de Salins, destin tre utilis par des enseignants et des tudiants, a lui une autre finalit. Il comporte souvent des sous-catgories traditionnelles regroupes lintrieur dune grande catgorie smantique : il sagissait en effet, pour lauteur, de faire un pont entre lapproche notionnelle de la grammaire et les catgories traditionnelles travers lesquelles les tudiants ont commenc apprendre les formes de la langue-cible. On ne saurait donc comparer ces deux grammaires du point de vue de la recherche systmatique dun mtalangage smantique cohrent. Cest le but poursuivi par P. Charaudeau. La grammaire de G.D. de Salins, selon lexpression de lauteur, constitue une transition entre grammaires savantes et grammaires appliques . 2. 1. La quantification Dans un chapitre intitul La quantit et lintensit indtermine, P. Charaudeau runit les notions de quantit et dintensit avec des degrs neutre, fort, faible, ainsi que les notions dtres dnombrables/non dnomDocument tlcharg depuis www.cairn.info - - - 81.34.242.35 - 20/11/2013 10h45. Klincksieck
156 brables, de manire rendre compte non seulement de tous les quantificateurs de la langue incluant les partitifs , mais aussi certains adjectifs et verbes qui impliquent la notion de quantit ( il mange , il est grand ). Il applique la notion de quantit aux tres dnombrables et non dnombrables et lintensit aux proprits (adjectifs) et aux processus (verbes), ce qui se comprend puisque les mmes lments ( peu , un peu , beaucoup ) reprsentant les mmes valeurs sappliquent lensemble de ces formes. Cela garantit la cohrence de lexplication smantique, mais cela ne signifie pas quil faille enseigner lensemble des quantificateurs dans une mme unit pdagogique. Pour montrer la valeur dune explication purement smantique donnant exactement le sens de la particule examine, je prendrai lexemple des partitifs extraits de la page 251 :
De + article (de le, de la, du, de l), traditionnellement appel partitifs , sapplique des tres non dnombrables et exprime une certaine quantit considre en masse sans prcision de degr : Il a du temps devant lui. Aujourdhui je boirai volontiers du vin.
Pourquoi prcisment les partitifs ont-ils besoin dune explication notionnelle adquate ? Parce que dans certaines langues trs communment parles et qui sont les langues maternelles de bon nombre dtudiants qui apprennent le franais, ces particules nexistent pas. Comment un anglophone peut-il utiliser sans se tromper : Jaime le pain et Je mange du pain lorsque dans sa langue ni le partitif ni le dfini gnrique ne sont marqus grammaticalement ? ( I like bread et I eat bread ). Plutt que dexpliquer les emplois en faisant dinnombrables listes impossibles mmoriser et de ce fait non disponibles pour un locuteur en situation de communication, il est prfrable de motiver ces particules par le sens. Cela ne signifie pas que lexplication fournie dans une grammaire thorique comme celle de P. Charaudeau soit immdiatement accessible un apprenant. Une tape intermdiaire simpose o lon devrait tenter de paraphraser lexplication smantique correcte en une dfinition notionnelle, utilisant les termes du langage courant, comprhensible par tous. Cest ce qui a t fait dans certaines mthodes de franais en particulier dans Archipel et Libre change (Didier, 1978 et 1991), bien que de manire incomplte. Le partitif y a t dfini comme une certaine quantit , non prcise . Laspect non dnombrable na pas t inclus dans la dfinition. Il aurait sans doute suffi dajouter : du, de la ne sapplique qu des objets considrs globalement ou comme un tout . Cependant on a oppos du fromage des fromages , en montrant
Si on rapproche cette explication de lexplication traditionnelle ( une partie dun ensemble ), on se rend compte quel point celle-ci ne rend pas compte de la reprsentation de la forme : Une partie ? De quelle partie sagit-il ? Alors quune certaine quantit non prcise , considre en masse , cest--dire sans prise en compte dunits, permet dy accder.
157 que des fromages contient lide dunits comptables, dsignant des objets distincts, des fromages diffrents. Dans le chapitre de sa grammaire intitul La quantification, G.D. de Salins traite les quantificateurs en opposant ds labord les tres dnombrables, ceux quon peut compter ou additionner et les tres non dnombrables tels que des masses et des volumes et qui sont quantifis par le partitif. Elle explique ensuite que selon la situation demploi, les tres non dnombrables peuvent tre envisags comme des units individualises : On mange du pain tous les repas et la boulangerie : Je voudrais un pain sil vous plat . Ou encore : Jai trouv un travail dans une entreprise de jouets , Les jeunes gens cherchent du travail . G.D. de Salins a sans doute voulu ne pas trop dpayser les utilisateurs de grammaires qui recherchent toujours des emplois plutt que des sens. Cependant, lapproche notionnelle de la grammaire nest pas lie la situation demploi, mais la vision, au point de vue du sujet sur lobjet. Rien ne mempche de dire Jai trouv du travail dans une entreprise de jouets . la boulangerie je pourrais aussi dire, aprs avoir achet des croissants, Je voudrais du pain, une baguette sil vous plat . Ceci a t trs bien vu dans un autre exemple, donn par G.D. de Salins : Le terme de vision massive et non massive ou dnombrable est aussi utilis pour expliquer pourquoi on peut dire : Jai renvers de luf sur mon pull, montrant quun objet naturellement nombrable peut tre ou non vu comme non dnombrable . On voit la simplicit et lefficacit de ce genre dexplication. Cest la seule utile mettre en place dans le cas de grammaticalisations diffrentes entre deux langues. 2. 2. Les temps du pass Dans ce chapitre, comme dans tous les autres, ce qui intresse le mthodologue nest pas ncessairement lexplication de toutes les formes, mais lexplication de celles qui peuvent poser un problme parce que le sens nest pas grammaticalis de la mme faon dune langue lautre. Ce peut tre le cas pour un certain nombre de temps des verbes, mais cest surtout le cas, en ce qui concerne le franais, pour le pass compos et limparfait. La grammaticalisation est la mme dans les langues latines, mais elle nest pas identique en langlais et en allemand. Il faut donc prsenter le sens de ces formes aprs une tude aussi prcise que possible du sens de base, en cherchant mettre en place la reprsentation du temps quen ont les locuteurs de langue maternelle. Il est intressant dutiliser pour cela le concept de vision fondamentale quon opposera signification contextuelle. Par exemple, cest parce que le sens de limparfait est une vision daction en cours , daccomplissement ou dtat au pass quon peut lutiliser dans la phrase : Cinq minutes de plus et je partais . Mais on ne saurait inclure dans les sens de limparfait la notion dirrel du pass (G.D. de Salins) ou la capacit dcrire un fait qui a failli se produire (P. Charaudeau). La signification prsente dans la phrase ci-dessus est rendue possible par le segment cinq minutes de
158 plus qui signifie sil stait pass cinq minutes de plus (je serais parti) . Cet emploi de limparfait montre simplement que le locuteur se voit partant, en train de partir. Alors que dans la phrase Cinq minutes plus tard lavion se posait , il y a bien une signification daccompli au pass, avec toujours la mme vision daction en cours daccomplissement. Celui qui narre le fait utilise limparfait pour faire vivre laction dans son droulement, procd narratif banal, utilis par les crivains et rendu possible par la vision fondamentale de limparfait. Ce quil faut retenir de ces exemples, cest quon ne doit pas confondre la reprsentation du temps grammaticalise dans la forme, avec les diverses significations dues aux contextes. En le faisant, on ne peut que perturber les tudiants qui on enseigne les mille et un prtendus sens dune forme, au lieu de leur enseigner le sens de base qui rend possible les significations en contexte. laide de quels termes P. Charaudeau dcrit-il les valeurs du pass compos et de limparfait dans la rubrique de sa grammaire intitule la situation temporelle ? Les concepts qui permettent de dcrire le pass sont runis sous le terme gnral d antriorit . Pour les temps qui nous intressent, ils sont au nombre de trois :
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1. Le pass rvolu , compltement coup de la sphre du prsent actuel , sur laquelle il na plus aucune rpercussion psychologique. Il sexprime laide du pass simple et du pass compos. 2. Le prsent accompli ou pass rcent qui tout en faisant partie du pass garde encore une prsence (physique ou psychologique) dans lactivit du sujet parlant . Il a dj un pied dans le pass et encore un pied dans le prsent . Lexemple qui en est donn est le dbut de Ltranger dAlbert Camus : Aujourdhui maman est morte, Jai reu un tlgramme, Jai pris lautobus , etc. 3. L actualit dans le pass ou le prsent dans le pass sont les termes qui dcrivent limparfait. Il sagit dun prsent transpos dans un moment non actuel. Dans une nouvelle description, le mtalangage par lequel les temps sont nomms joue en fait le rle de description de ces temps. La description semble trs juste, mais on peut sans doute se demander, comme le fait P. Charaudeau, sil ny a pas risque de confusion entre pass rvolu et le pass rcent. Jaurais tendance rpondre que ce nest pas trs important puisque, de toute faon, on nutilise quune seule forme. Par ailleurs, il est difficile de savoir la valeur explicative de ce mtalangage pour un tranger. On pourrait sans doute trouver une manire plus concrte de prsenter ces temps (cf. ci-dessous). Chez G.D. de Salins, les descriptions du pass compos et de limparfait font partie du dossier La situation dans le temps et la vision du procs. Chapitre 5 : Les valeurs et emplois des temps de lindicatif . Deux termes sont utiliss pour parler du sens, celui de valeur et celui
159 de vision . La description qui est donne du pass compos est celle daccompli du prsent pour Jai djeun. Pierre est arriv. Ils ont fini leur maison et daccompli du pass, o il devient lquivalent du pass simple , dans Christophe Colomb a atteint lAmrique en 1492 . Enfin, il peut avoir une valeur rsultative lorsquil est utilis avec depuis et il y a que . On le voit, comme dans louvrage de P. Charaudeau, le mtalangage reflte le sens, mais il nest pas accompagn dexplication. Ce qui est au contraire le cas pour limparfait, qui est dcrit comme une action en cours ou en accomplissement spcifique au pass : Il ne signale ni le dbut, ni la fin dune action . Il peut tre aussi imparfait dhabitude dcrit comme accomplissement gnrique, hors chronologie ou discours rapport au pass . Pour cette description, G.D. de Salins utilise des lments notionnels, tels que action en cours , ne signalant ni le dbut ni la fin . Les valeurs sont prsentes de manire synthtique et claire, mais, comme dans toutes les grammaires, loubli des verbes dtat, auxquels sappliquent aussi bien les deux temps, ne permet pas de rsoudre un problme de grammaire difficile pour les locuteurs de nombreuses langues qui narrivent pas diffrencier Javais peur/Jai eu peur . Je savais/Jai su , Je voulais/Jai voulu, etc. . On peut se demander si la notion daccompli au pass est trs signifiante lorsquon lapplique un verbe dtat. Il serait prfrable, pour ces verbes, de parler de vision dun tat pass sans envisager les limites de cet tat (imparfait) ou en envisageant des limites (pass compos). Ce qui se comprend aisment, surtout avec un schma tel que : <---------> et [---------]. Dans la grammaire de G.D. de Salins, la notion de vision est utilise dans la formulation vision continue/vision discontinue pour rendre compte des effets de toile de fond et de focalisation dans lexemple : Je descendais, il est mont . L encore, comment sera comprise cette notion ? Concluons cette partie sur lapproche notionnelle de la grammaire en disant quelle nest utile que pour tenter de rsoudre des problmes de reprsentation. Elle na pas pour fonction dexpliquer les valeurs stylistiques. Et rappelons quelle na dintrt que si elle est utilise bon escient, cest--dire aprs une analyse dinterfrences qui la rend ncessaire ou inutile : l o la grammaticalisation prend les mmes formes dans la langue maternelle et la langue cible, les sens se mettent en place naturellement. Il ne sagit pas de perdre du temps expliquer ce qui est clair, mais il faut tre attentif fournir du sens l o les apprenants nen peroivent pas. Ctait le cas pour la quantification, qui a t plus clairement mise en uvre que la comparaison imparfait/pass compos, quon aurait sans doute pu dcrire plus efficacement en oubliant le mtalangage classique. 2. 2. 3. Laspect fonctionnel du sens Nous avons jusquici dcrit le sens notionnel , celui qui sapplique la grammaire. Mais il y a un autre volet cette approche du sens, et
160 cest celui que P. Charaudeau a en vue lorsquil crit que la grammaire du sens et de lexpression doit sintresser dcrire les faits de langage en fonction des enjeux communicatifs quils rvlent et des effets de discours quils peuvent produire . Il sagit l du volet expression de sa grammaire. On pourrait parler de sens fonctionnel ou communicatif en remontant aux sources, cest--dire lappellation donne par le Conseil de lEurope cette nouvelle approche : notional-functional communicative approach . Cette approche visait bien rendre conscient lapprenant non seulement des sens grammaticaux, mais aussi des valeurs communicatives que pouvaient avoir les noncs produits dans une situation de communication donne. Enseigner ce savoir-faire imposait de faire varier les situations dans leurs diffrents constituants : objectifs et droulement des changes, prise en compte des statuts et des rles sociaux, pour arriver dfinir les rgles socio-pragmatiques. Naturellement, on aurait pu le faire de manire scientifique, mais ce ntait pas la tche dun auteur de mthode pour qui dautres priorits existent. On pouvait aussi le faire de manire empirique en esprant quen faisant varier les situations, on arriverait couvrir plus ou moins bien diffrents registres. Cest peu prs ce qui sest produit dans certains cas, trop peu nombreux, hlas. Cette description schmatique du problme nous permettra daborder la partie mise en uvre de la grammaire du sens dans les mthodes de FLE sous ses deux aspects, notionnel et fonctionnel , en nous intressant la quantification et limparfait/pass compos pour le sens notionnel, et en dcrivant de manire globale et quelque peu intuitive les orientations adoptes par quelques mthodes courantes pour sensibiliser les apprenants au sens fonctionnel . Cette description ne saurait tre considre comme une tude, mais comme un aperu trs global visant plutt montrer des lacunes qu analyser minutieusement les orientations adoptes. Prcisons quen ce qui concerne le sens notionnel , la description sera trs brve car aucun manuel, sauf ceux labors par lauteur de ces lignes (Archipel et Libre change), na vraiment cherch enseigner la grammaire par le sens. 2. 3. La mise en uvre du sens dans les manuels de franais 2. 3. 1. Le sens notionnel Lexplication du partitif Lorsquil est expliqu, il se trouve le plus souvent dans un dossier o on traite de la quantification. Mais il est le plus souvent expliqu de manire traditionnelle : du, de la indiquent une partie dun ensemble , suivi dexemples :
- Voulez-vous du caf ? (la quantit nest pas prcise). - Voulez-vous un caf ? (la quantit est prcise : une tasse) (Accord, Didier).
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Lexplication est adquate. Deux visions sont possibles dans la mme situation : vision globale, non quantifie (du caf), vision quantifie (un
161 caf). Mais alors pourquoi avoir donn lexplication prcdente de partie dun ensemble ? Aucun locuteur de franais na comme intention de communication de proposer une partie dun objet lorsquil utilise cet nonc. Les routines sont les plus fortes, on le voit. Le poids du mtalangage est tel quil semble empcher toute rflexion de bon sens sur la valeur des lments grammaticaux. Plutt que de continuer une description lassante, je me contenterai dune remarque gnrale : les grammaires qui apparaissent dans les manuels sont axes sur la forme, qui est prioritaire. Cest dans notre tradition grammaticale en langue maternelle. Malgr leurs efforts pour intituler les dossiers de manire smantique, les auteurs de mthodes, ds quils sattaquent au traitement dun problme grammatical, reviennent aux habitudes anciennes. Au lieu de se demander comment on exprime en franais la dsignation dun objet prcis (article dfini/article dmonstratif) et la dsignation dune classe dobjets (article dfini), ils partent dun article formel, larticle dfini, et sefforcent de lui trouver des sens en attribuant larticle les significations en contexte. Par exemple, cette explication de le, la, l qui peut avoir trois valeurs :
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- Dj connu : Pascal, cest le nouveau locataire. - Prcis, dfini : Cest la chambre de Pascal. - Unique : Le soleil. (Reflets, Hachette)
Comment ce genre dexplication pourra-t-il se transformer en intention de communication ? De qui Pascal est-il connu ? Et si je montre une photo en disant Ici cest la chambre , par quoi est-elle dfinie ? Lexplication de limparfait et du pass compos Les remarques prcdentes peuvent sappliquer la description des temps. voici quelques explications releves. a) Le pass compos indique des actions prcises, dlimites dans le temps , et Limparfait indique des actions passes dont on ne connat pas les limites dans le temps . avec en exemple : Jtais trs fatigu (tat), Le ciel tait nuageux (description), Je jouais au football (action habituelle ou narration). (Accord, Didier). Lexplication est correcte, mais insuffisante. Llve comprendra-t-il un jour quon peut dire Jai t trs fatigue la suite de ce traitement, mais maintenant a va ? Et pourtant il pourrait le comprendre trs simplement si on rapprochait cet nonc de Jtais trs fatigue en montrant que les limites dans le temps existent bien pour Jai t trs fatigue . Ce sont la fin du traitement et le maintenant , le moment de lnonciation. Malgr tout, cette explication est une de celles qui tentent dutiliser lapproche notionnelle. b) Une autre mthode dcrit ainsi trois valeurs du pass compos : action passe prsente comme acheve ; rsultat actuel dune action passe ; action qui va se terminer dans un avenir immdiat. (Espace 2, Hachette). Cette dernire explication en est une de trop, pourrait-on dire, puisque l aussi, il y a attribution la forme dune valeur du contexte ( dans cinq minutes ).
162 c) Enfin, dans une mthode rcente, on a choisi de motiver linguistiquement les deux temps en attribuant limparfait la valeur de circonstances , alors que le pass compos dcrit des vnements (Reflets, Hachette). Dans cette rubrique, comme dans les autres, on privilgie le mtalangage classique et on continue ignorer que, pour le sujet parlant, lutilisation dun forme part dune intention de communication. 2. 3. 2. Le sens fonctionnel Sa mise en uvre, nous lavons dit, passe par une exposition de ltudiant des situations de communication varies, comportant des changes ayant une certaine authenticit et des locuteurs ayant des rles sociaux diversifis, et ensuite par des propositions dactivits ou dexercices permettant danalyser et de dgager des rgles demplois du discours afin dapprendre ragir de manire adquate dans des situations de communication diverses. Ce volet fonctionnel du sens, plus facile raliser empiriquement, a t mieux mis en uvre que le volet notionnel, mme sil a t souvent mal compris. Dans lensemble, les donnes ont augment de volume, ce qui permet une exposition plus importante aux discours de la langue parle et un apprentissage implicite ou subconscient. Malgr tout, certaines mthodes rcentes ne proposent au dbut que des changes trs schmatiques, nayant aucune authenticit, et tendent refuser le dialogue comme tant dune utilisation trop banale. Mais alors, par quoi le remplacer, si le but recherch est bien linstauration dune comptence de communication orale ? Il est vrai que des dialogues authentiques extraits de films par exemple pourraient remplacer les dialogues fabriqus. Mais on se heurte aux problmes de progression. Les rles sociaux sont parfois varis, mais ils ne sont pas toujours systmatiquement opposs pour assurer une analyse des formes qui mettent ces rles en vidence. Lintroduction du sens fonctionnel a t particulirement russie dans une mthode rcente (Reflets, Hachette), o lon propose, dans la liste des objectifs de chaque dossier, les actes qui y sont raliss. On doit reprer la fonction que les noncs des situations remplissent. Ensuite des exercices sont proposs o des noncs sont regroups par listes, ce qui permet aux lves de varier les ralisations de chaque acte de parole en faisant varier les situations. Il y a l une amorce trs srieuse de la mise en place dune comptence de communication associe une comptence culturelle, grce aux informations qui sont fournies dans les pages de civilisation. Mais dautres mthodes, mme parmi les plus rcentes, ont une approche trs schmatique du problme. On y propose une liste strotype dactes de parole, et llve na qu les assembler pour crire une lettre dinvitation par exemple. Il faut noter que ces mthodes restent trs orientes vers la comptence linguistique. On y trouve encore de nombreux exercices permettant, par exemple, dutiliser toutes les personnes les futurs des verbes irrguliers, et ceci ds lunit 2, sans regard critique sur les besoins en morphologie grammaticale. Les prfaces
163 nen revendiquent pas moins explicitement que la mthode a t labore pour permettre dacqurir une relle comptence de communication (Accord, Didier), comme si lacquisition de la comptence se rduisait apprendre par cur quelques modles discursifs, et non apprendre ragir en situation. Peut-tre ce type de mthode vise-t-il satisfaire les enseignants qui ont une attitude trs critique envers lapproche communicative ? Dans ce cas la cohrence consisterait nier son utilit, et non la revendiquer. En tout cas, on constate dans beaucoup de mthodes un retour au tout grammatical : ds labord, les verbes sont conjugus tous les temps, les donnes entres sont identiques ce qui est attendu comme production de la part des lves, ce qui les condamne ne mmoriser que ce qui est dans les mini-situations de dpart, et prendre les mots et les actes de parole dans les listes prsentes chaque unit et donc ne produire que ce qui leur est suggr. Cest sans doute ce qui est dcrit dans une prface comme des savoir-faire langagiers dfinis et identifiables ? (Accord, Didier). En rsum, pour conclure ce bref parcours, je dirai quil ne suffit pas de revendiquer la mise en uvre de lA.C. dans une mthode pour que celle-ci soit effective. Ce qui devrait guider lenseignant qui recherche une telle mthode, cest le volume, la varit et lauthenticit des situations utilises comme donnes au dpart ainsi que des documents qui les accompagnent, et cest le nombre et la qualit des activits destines rendre ltudiant conscient de ses choix et lamener produire du discours de manire autonome, ce qui implique une rduction du volume des exercices grammaticaux faits indpendamment dune situation de production, car chacun sait que la comptence grammaticale sacquiert au cours de la production, condition quelle soit suivie dun regard critique du locuteur sur ses propres productions (cest ce quon appelle la stratgie dauto-valuation ). 3. CONCLUSION La mise en uvre de la grammaire du sens se fait selon une dmarche qui consiste dfinir les objectifs en termes notionnels et fonctionnels et se donner les moyens de les raliser. Cette conception des objectifs revient privilgier lintention du locuteur dans les activits de production. Elle implique autonomie et initiative de la parole. Ce sont les principes de base de lapproche communicative. Si lon examine les objectifs tels quils sont dfinis par les auteurs des manuels de franais depuis les annes 80, dans lensemble cest bien une comptence de communication qui est revendique, parfois grce une approche notionnelle-fonctionnelle . Mais lapprentissage de la communication ne simprovise pas. Mthodologiquement parlant, ctait une revendication nouvelle pour laquelle on avait peu ou pas doutils. Alors les pesanteurs ont jou, la grammaire continu occuper une
164 place prpondrante, et elle est demeure, dans la majeure partie des cas, une grammaire formelle. Ce qui a volu, ce sont les contenus des textes, leur abondance et leur varit. Le traitement de ces textes, pour permettre une relle comptence de communication, a parfois t ralis, assez rarement cependant. On peut considrer deux orientations dans les mthodes actuelles : il y a celles qui continuent croire que lobjectif peut tre atteint et sefforcent duvrer dans cette direction, et celles qui se mfient et prnent un retour grammatical rassurant. Esprons que la demande du public fera pencher la balance dans le sens des premires. Mais ceci ne sera possible que si lon opre un certain tournant mthodologique qui tienne compte des donnes nouvelles : donnes fournies par les recherches sur lapprentissage, qui montrent que la grammaire sapprend surtout au contact des textes et dans des situations de production personnalises ; donnes relatives aux besoins des apprenants, qui sont devenus plus exigeants. Cela suppose quon sorte de l clectisme sans mthode , non pour retourner une mthodologie rigide, mais pour introduire dans les programmes les notions de souplesse et dattention aux nouveaux besoins. Pour intresser les tudiants en maintenant leur motivation grce des rsultats rapides, il faut dgraisser les mthodes de leur encombrant appareil grammatical et orienter leurs contenus et leurs propositions mthodologiques vers lacquisition rapide par les tudiants des capacits de leurs choix : lire et/ou comprendre loral, produire loral et lcrit si cest leur souhait, et non apprendre cette entit abstraite quest la langue . Dans cette perspective, il faut admettre que la grammaire nest pas un objectif en soi, elle est au service de la comprhension et surtout de la production. Lexplication grammaticale doit donc tre rduite mais efficace. Lapproche notionnelle fournit un fil conducteur qui permet ltudiant de se dconditionner de lappareil mtalinguistique trs lourd qui retarde lapprentissage, pour enfin sintresser la communication. Janine COURTILLON Docteur en Linguistique applique lenseignement des langues
BIBLIOGRAPHIE
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