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Déploiement National du Très Haut Débit

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DEPLOIEMENT DES RESEAUX TRES HAUT DEBIT SUR LENSEMBLE DU TERRITOIRE NATIONAL RAPPORT DTUDE

TECHNOLOGIES ET COUTS DE DEPLOIEMENT MECANISMES DE SOUTIEN POSSIBLES

Etude ralise pour le compte de la DATAR Par les cabinets TACTIS et SEBAN & ASSOCIES Avec le soutien du CETE de l'Ouest A la demande du Ministre de lEspace Rural et de lAmnagement du Territoire Janvier 2010

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Rsum
Le dploiement du trs haut dbit constitue un enjeu conomique majeur pour le dveloppement de la socit de l'information, l'attractivit des territoires, les entreprises de travaux publics, les quipementiers tlcoms, les oprateurs et les fournisseurs de services valeur ajoute, et toutes les entreprises et organisations utilisatrices. Dans le cadre de la stratgie de Lisbonne visant au dveloppement de l'conomie de la connaissance, les enjeux lis au dveloppement du trs haut dbit peuvent justifier une intervention vigoureuse des pouvoirs publics au cours des prochaines annes, aux niveaux communautaire, national et territorial, comme lindiquent les lignes directrices adoptes par la Commission. Le trs haut dbit peut tre fourni de plusieurs manires complmentaires : par dploiement de nouveaux rseaux tout optique jusqu'aux abonns ; ces rseaux permettent d'acheminer plusieurs centaines de mgabits par seconde, de manire symtrique en voies montante et descendante ; par modernisation des rseaux cuivre tlphonique et coaxial existants ; cette modernisation permet d'couler plusieurs dizaines de mgabits par seconde en voie descendante, et quelques mgabits en voie montante ; et par les technologies hertziennes de nouvelle gnration ; chaque station de base a une capacit de plusieurs centaines de mgabits, mais le dbit est partag entre les usagers desservis par la station de base mobile.

Le tableau ci-dessous prsente les cots de dploiement pour diffrents niveaux de couverture :

Taux de couverture et technologies utilises

Cot total

dont financement public

80% de la population et des entreprises couverts en fibre optique labonn (FTTH) 100% de la population et des entreprises couverts dont 80% en FTTH et 5% par quipement des sous-rpartiteurs et 15% en 4G/LTE (mobile de prochaine gnration)

15 Mds

6 Mds

18 Mds

8 Mds

100 % de la population et des entreprises couverts en fibre optique labonn

30 Mds

15Mds

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La rentabilit du trs haut dbit et notamment de la fibre optique est obre par la perspective d'une concurrence durable avec le rseau cuivre tlphonique existant et les offres haut dbit que supporte ce dernier. Ceci explique que dans plusieurs pays soit considre lhypothse dune sparation structurelle de l'oprateur historique entre linfrastructure passive et les autres activits. Cette sparation structurelle permet au propritaire de linfrastructure de financer la transition vers le trs haut dbit en y rinvestissant les revenus du monopole de la boucle locale tlphonique en cuivre, tout en prvenant les distorsions de concurrence entre oprateurs utilisateurs de la boucle. Compte-tenu de la structure de march actuelle, les oprateurs de tlcommunication ne peuvent quilibrer les cots lis un dploiement du trs haut dbit sur lensemble du territoire national. Le besoin de financement public est de l'ordre de 8 milliards deuros pour couvrir tout le territoire en trs haut dbit. La couverture en fibre optique serait complte en zone rurale par l'quipement des sous rpartiteurs et le dploiement des technologies hertziennes de prochaine gnration. A ces 8 milliards de financement public, sajoutent des possibilits de soutien en termes dautres interventions publiques (capital public, prts bonifis et garanties demprunt) qui peuvent prendre des formes et montants trs varis. Lintervention publique viserait dune part dynamiser le dploiement de la fibre dans les zones o les rseaux peuvent tre rentables et dautre part permettre son dploiement dans les zones non rentables pour les acteurs privs. La modulation du financement public permettrait dtablir une forme de prquation entre les zones. LEtat pourrait intervenir aux cts de collectivits, dans le cadre de dlgations de services publics (DSP) ou de partenariats public priv (PPP). Dans ce type de montage, la participation publique est souvent accorde en contrepartie dun Service dIntrt Economique Gnral (SIEG) et de la proprit des rseaux terme, s'assimilant donc un investissement public direct offrant une rentabilit diffre. Si un fonds de soutien au trs haut dbit tait cr, il pourrait intervenir en capital, en prts taux bonifis et en financement de DSP ou PPP en fonction de la nature des projets qui lui seraient soumis. Le besoin dinvestissements publics est de lordre de 500 millions deuros par an sur 15 ans. Le fonds de soutien pourrait tre abond pour partie par le grand emprunt et pour partie par une taxe opportuniste, par exemple de la mme manire qua t aliment le fonds national de dveloppement des adductions d'eau.

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Sommaire

IIIA) B) C) IIIA) B) C) D)

INTRODUCTION............................................................................................. 6 RSEAUX ET TECHNOLOGIES TRS HAUT DBIT ............................................. 8 LES RESEAUX TELEPHONIQUE ET CABLE MODERNISES ...................................................... 9 LES RESEAUX TOUT OPTIQUE ................................................................................... 10 LES TECHNOLOGIES HERTZIENNES ............................................................................. 11 COUTS DE DPLOIEMENT DU TRS HAUT DBIT .......................................... 12 RESEAU TOUT OPTIQUE : TRENTE MILLIARDS DEUROS .................................................. 12 COMPARAISON AVEC LE RESEAU TELEPHONIQUE.......................................................... 15 TECHNOLOGIES TRES HAUT DEBIT ALTERNATIVES ......................................................... 17 SYNTHESE DES COUTS DE DEPLOIEMENT..................................................................... 20

IV- EQUILIBRES CONOMIQUES ........................................................................ 21 A) B) C) VA) B) C) D) E) F) ECONOMIE DE LA BOUCLE LOCALE ............................................................................ 21 UN PROBLEME DE RECETTES, PAS DE COUTS ............................................................... 21 CAPACITE DE FINANCEMENT DES ACTEURS PRIVES ........................................................ 23 LE DPLOIEMENT DES AUTRES INDUSTRIES DE RSEAU .............................. 24 OCTROI DE PREROGATIVES DE PUISSANCE PUBLIQUE .................................................... 24 OCTROI DUNE SITUATION DE MONOPOLE OU DOLIGOPOLE LEGAL.................................. 25 MECANISMES DE PEREQUATION............................................................................... 26 FACILITES DE FINANCEMENT .................................................................................... 29 ATTRIBUTION DES AIDES ET ORGANISATION INSTITUTIONNELLE ....................................... 30 SYNTHESE ........................................................................................................... 31

VI- LES SOUTIENS POSSIBLES AU DPLOIEMENT DU TRS HAUT DBIT ............. 32 A) B) C) D) E) F) STRUCTURATION INDUSTRIELLE DES OPERATEUR DE FIBRE OPTIQUE ................................. 32 LES TECHNOLOGIES ALTERNATIVES............................................................................ 38 AIDES NON FINANCIERES ........................................................................................ 41 AIDES EN CAPITAL ET EN PRET .................................................................................. 44 AIDES EN APPORTS PUBLICS..................................................................................... 46 BESOIN ET SCENARIO DINTERVENTION PUBLIQUE...50

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ANNEXE 1 COUTS DE DEPLOIEMENT DES RESEAUX TRES HAUT DEBIT ................. 53 IIIIIIDONNES SOURCES..................................................................................... 54 DFINITION DE LCHANTILLON................................................................... 54 DFINITION DES SCNARII DE COUVERTURE ............................................... 55

IV- MTHODOLOGIE DE MODLISATION DU RSEAU OPTIQUE A DPLOYER .... 56 VRSULTATS DE LA MODLISATION............................................................... 58

VI- COTS UNITAIRES RETENUS DANS LE MODLE ........................................... 59 VII- COMPLMENTS DE COUVERTURE A LA DESSERTE FTTH............................... 60 ANNEXE 2 LES MECANISMES DE FINANCEMENT DES INFRASTRUCTURES ............ 63 IA) B) C) D) E) F) G) H) I) J) IIA) B) C) D) E) MECANISMES DE PEREQUATION HORIZONTALE EXISTANT ......................... 64 ELECTRICITE ......................................................................................................... 64 GAZ ................................................................................................................... 68 COMMUNICATIONS ELECTRONIQUES ......................................................................... 68 TRANSPORTS AERIENS ............................................................................................ 70 TRANSPORTS FERROVIAIRES .................................................................................... 71 AUTOROUTES ET GRANDS RESEAUX DE TRANSPORTS..................................................... 73 POSTE ................................................................................................................ 76 EAU ................................................................................................................... 79 PRESSE ............................................................................................................... 80 AUDIOVISUEL ....................................................................................................... 82 AUTRES TYPES DAIDES ENVISAGEABLES POUR LES OPERATEURS ............... 85 PRETS A TAUX BONIFIE ........................................................................................... 85 GARANTIES DEMPRUNT ......................................................................................... 85 GARANTIES DEMPRUNTS ACCORDEES PAR LES BANQUES AUX ENTREPRISES ...................... 87 PARTICIPATION ET DOTATIONS EN FAVEUR DUN FONDS DE GARANTIE ............................. 88 APPORTS EN CAPITAL ............................................................................................. 88

ANNEXE 3 LEMENTS CARTOGRAPHIQUES.......................................................... 90 IIIIIIARRONDISSEMENT DE FAIBLE DENSIT : RODEZ.......................................... 91 ARRONDISSEMENT DE DENSIT MOYENNE : SAINT-OMER .......................... 96 ARRONDISSEMENT DE DENSIT SUPRIEURE LA MOYENNE : ETAMPES . 101

IV- IMBRICATION DES ZONES RENTABLES ET NON RENTABLES ....................... 106

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I- INTRODUCTION

Le soutien au dploiement des rseaux trs haut dbit sur le territoire national est peru comme un enjeu stratgique par les pouvoirs publics pour plusieurs raisons principales : Le dploiement des rseaux de fibre optique, et plus gnralement des rseaux trs haut dbit, suppose des oprations de gnie civil, de tirage de cble puis dinstallation dans les immeubles et les logements. Elles reprsentent plus de la moiti du cot de dploiement du trs haut dbit et sont gnratrices de croissance et demplois, moyennement qualifis, non dlocalisables. Le dveloppement du march entrainera un besoin dquipement en quipements actifs de nouvelle gnration, de transmission sur les rseaux daccs fixe et mobile ou dquipement des mnages en terminaux mobiles ou box optiques. Des quipementiers peuvent bnficier dun march national dynamique et prcoce pour initier des chaines de production leur permettant de se renforcer ensuite linternational. Le dveloppement rapide dun march national du trs haut dbit peut, de mme, favoriser le dveloppement dentreprises innovantes sur de nouveaux services ou la constitution dune base de savoir faire susceptible dessaimer linternational. Les Etats-Unis, menant une politique volontariste sur Internet au milieu des annes 90, alors que la France pensait encore disposer dune avance sur les services tlmatiques dancienne gnration, servent ici de rfrence. Les technologies de linformation et de la communication permettent de gains de productivit importants et sont gnratrices du quart de la croissance des pays les plus avancs. Le passage au trs haut dbit, en permettant lhbergement et la maintenance de donnes et surtout dapplications distantes, favorisera la comptitivit des petites et moyennes entreprises franaises. Plus largement, lamlioration de la connectivit participe du dveloppement de lconomie de la connaissance et sinscrit dans la stratgie de Lisbonne. Les applications en devenir lies lenseignement, la mdecine, la suret, la gestion de lespace publique, la domotique, supposent le dploiement de rseaux large bande, plus performants et fiables que les rseaux haut dbit existants. Finalement, une politique publique volontariste mene ds le dbut du cycle dinvestissement vers le trs haut dbit est susceptible danticiper et de limiter les disparits territoriales, vitant ainsi lapparition dune fracture numrique prenne entre des grandes villes dotes de moyens de tlcommunications

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performants et de zones moins denses structurellement en retard par rapport aux standards internationaux. Le prsent rapport vise clairer les dcisions qui pourraient tre prises pour favoriser le dploiement des rseaux trs haut dbit. Dans un premier temps, les technologies pertinentes sont identifies ainsi leurs cots de dploiement respectifs et le besoin de financement public attach. Des scnarios de rfrence sont proposs pour leurs articulations possibles dans le temps et sur le territoire. Ensuite, le rapport rappelle les principaux mcanismes de soutien et de prquation historiquement mis en uvre pour le dploiement des grandes infrastructures, notamment pour leau, llectricit ou le rail. La dernire partie propose diffrents mcanismes de soutien et de prquation envisageables pour favoriser le dveloppement du trs haut dbit, de manire la plus homogne possible, sur le territoire national.

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II- RESEAUX ET TECHNOLOGIES TRES HAUT DEBIT

Il nexiste pas de dfinition normalise du terme trs haut dbit. Les liaisons classiques dites haut dbit fournies actuellement par les oprateurs aux abonns rsidentiels culminent 20 Mbits sur les rseaux fixes, ce qui fixe donc une limite basse pour le trs haut dbit. Les attentes portent en outre sur une meilleure rsilience des futurs rseaux vis--vis des perturbations extrieures, une plus grande symtrie des capacits de transmission entre labonn et le cur de rseau et un temps de latence, c'est--dire de traverse du rseau, infrieur celui des rseaux actuels. Le trs haut dbit permet d'acheminer

plusieurs chanes haute dfinition et de travailler avec des donnes et applications hberges par des serveurs distants

Les usages et applications du trs haut dbit rsidentiel sont encore largement inconnus. A moyen terme, les rseaux trs haut dbit se distingueront des prcdents par leur capacit vhiculer plusieurs flux audiovisuels haute dfinition simultanment et permettre une quasi instantanit de transmission entre labonn et le rseau, ce qui permet daccder des applications ou des donnes stockes sur des serveurs distants, par exemple une vidothque, avec le mme confort que si elle demeurait chez labonn. Le niveau dexigence vis--vis du trs haut dbit sera probablement volutif dans le temps en fonction des usages, et donc sa dfinition. A ce jour, lAutorit de rgulation a retenu un dbit minimal de 50 Mbits. Dans ce document, nous considrons quun rseau trs haut dbit doit tre capable dacheminer 30 Mbits vers chaque abonn, soit deux flux audiovisuels haute dfinition, disposer dun canal montant haut dbit et avoir un temps de traverse du rseau court permettant ainsi lhbergement et lutilisation dapplications distantes sans dlais de latence perceptible par lutilisateur. En suivant ces critres, il existe trois principales technologies industrielle candidates pour vhiculer, grande chelle, des offres trs haut dbit au cours de la prochaine dcennie : la modernisation des rseaux historiques du tlphone et du cble, le dploiement des nouveaux rseaux intgralement en fibre optique jusquaux abonns et les technologies mobiles hertziennes de quatrime gnration, dites LTE ou 4G. Ces trois technologies sont dtailles dans le prsent rapport. D'autres solutions peuvent exister ou tre en cours de dveloppement. Parmi cellesci, on peut citer le satellite et les boucles locales en Wi-Fi, WiMax et courant porteurs en ligne (CPL). Il s'agit de technologies plutt adaptes la distribution du haut dbit que du trs haut dbit au sens de la dfinition prcdente. Elles pourraient tre mises en uvre de manire ponctuelle ou transitoire. Leur succs commercial dpendra en outre de l'intgration de ces technologies dans les gammes d'offres commerciales des grands oprateurs, ce qui n'est pas le cas ce jour.

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A) L E S R E S E A U X T E L E P H O N I Q U E E T C A B L E M O D E R N I S E S

Les offres daccs haut dbit se sont dveloppes sur des rseaux de communications lectroniques prexistants. La trs grande majorit des accs haut dbit est fournie sur la paire de cuivre tlphonique, initialement ddie lacheminement de la voix. Le rseau cbl, conu pour diffuser des services audiovisuels, est galement en mesure de supporter des accs haut dbit, mme si sa part de march effective reste faible en France. Pour permettre la fourniture de connectivit sur les rseaux mtalliques, les oprateurs ont d procder au cours de la dernire dcennie une premire mise niveau. Il sagissait pour le cuivre tlphonique dinstaller des quipements de transmission dans les rpartiteurs, et de relier ceux-ci aux rseaux centraux par des rseaux trs haute capacit en fibre optique. Pour le cble, cela suppose de passer dun mode de diffusion analogique un mode de diffusion numrique, ncessitant l aussi le dploiement de fibre optique pour Le ramnagement du rseau interconnecter les plaques cbles aux rseaux tlphonique permettra de monter un peu mondiaux de donnes.

en dbit, mais ne permettra pas de fournir du trs haut dbit de manire homogne, notamment en zones rurales

Les rseaux mtalliques peuvent tre moderniss une nouvelle fois pour supporter des dbits plus levs, pouvant tre qualifis de trs haut dbit au regard de la dfinition prcdente. La modernisation a pour objectif de remplacer, sur le segment de desserte des abonns constitutif dune boucle locale, une partie du mtal, cuivre tlphonique ou cble coaxial, par de la fibre optique. Le lien mtallique est maintenu sur les dernires centaines de mtres uniquement, alors quil vhiculait prcdemment le signal sur plusieurs kilomtres. Laffaiblissement du signal tant moindre sur la partie mtallique, le dbit est plus lev. La boucle locale tlphonique peut ainsi tre modernise en substituant le cble de transport mtallique entre les rpartiteurs et les sous-rpartiteurs, qui sont des armoires de rue concentrant les lignes, par des liens optiques, puis installer les quipements de transmission trs haut dbit ce niveau. Le dbit rellement disponible pour les abonns sera alors fonction de la longueur rsiduelle de la ligne tlphonique en cuivre. Malheureusement, cette longueur rsiduelle a tendance tre courte en zone urbaine dense, mais reste relativement longue en zone rurale. La modernisation du rseau tlphonique peut permettre de fournir de manire relativement homogne sur le territoire, une connectivit haut dbit quelques Mbits. Elle ne permettra pas, en revanche, sauf rinvestir trs lourdement, de fournir en milieu rural des accs trs haut dbit aussi performants que ceux qui commencent tre dploys en zone urbaine.

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Par ailleurs, le principal cblo-oprateur a lanc un plan modernisation de son rseau qui consiste, de la mme faon, rduire la longueur de la boucle mtallique en apportant la fibre jusquau dernier amplificateur. On parle de technologie FTTLA (Fibre To The Last Amplifier). La boucle locale mtallique rsiduelle est dune longueur nettement infrieure celle de la sous-boucle locale tlphonique, permettant datteindre un dbit de lordre 100 Mbits, donc rellement trs haut dbit. Les rseaux cbls ne couvrent quune dizaine de millions de mnages, situs en zone urbaine.

B) L E S R E S E A U X T O U T O P T I Q U E
A long terme, la cration dune boucle locale fibre jusquaux domiciles et aux entreprises, selon une technologie dite FTTH (acronyme de langlais Fibre To The Home) est la seule manire damener une offre de trs haut dbit filaire avec des performances homognes sur tout le territoire national. Techniquement, le rseau est intgralement en fibre optique, du rpartiteur jusqu labonn. Le faible affaiblissement du signal transmis sur une fibre, par rapport au mtal, permet de proposer un dbit homogne, indpendant de la distance au rpartiteur. Dans le prsent rapport, nous A long terme, les rseaux seront qualifions ces rseaux de tout optique .

intgralement en fibre optique. Ces rseaux sont dits FTTH (acronyme de langlais Fibre To The Home)

On distingue deux sous familles de boucle locale en fibre optique. La technologie PON (acronyme de langlais Passive Optical Network) est la plus rpandue lchelle mondiale pour la clientle rsidentielle. Elle consiste amener une seule fibre entre le rpartiteur et les immeubles ou groupes de logement et utiliser un coupleur optique passif pour diviser le dbit de cette fibre entre les abonns desservis. Cette technique est conome en fibre, mais un peu complexe et donc coteuse au niveau lectronique, pour synchroniser les flux de plusieurs utilisateurs sur une mme fibre. La technologie alternative, dite Point Point, consiste tirer une fibre ddie, par logement, entre labonn et le rpartiteur. Il sagit de la technologie la plus rpandue pour les entreprises. Elle est recommande et gnralement mise en uvre dans le cadre des projets publics, car la cohabitation de plusieurs oprateurs sur le mme rseau est plus facile organiser quavec la technologie PON. La technologie Point Point est en revanche plus coteuse, surtout si les points de concentration regroupent plusieurs milliers de lignes. Le diamtre des cbles de fibre qui en sortent est alors important et ils peuvent tre difficiles dployer dans le gnie civil existant ou sur les appuis ariens. Les principaux oprateurs ont commenc dployer des rseaux tout optique, concurrents les uns des autres, dans les plus grandes agglomrations. Cette multiplication des dploiements est intrinsquement peu rentable. Pour rentabiliser le dploiement de ces rseaux en zone de faible densit, un partage des cots entre

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oprateurs est indispensable. Le fait que les oprateurs soient concurrents et leurs diffrences de capacit de financement, de position sur le march, et donc de stratgie, rend difficile la conclusion spontane daccords de coinvestissement. Audel de la zone urbaine rassemblant une quinzaine de millions de mnages, aucune perspective de dploiement tout optique sur fonds privs nexiste ce jour.

C) L E S T E C H N O L O G I E S H E R T Z I E N N E S

Plusieurs technologies hertziennes sont utilises pour fournir des accs haut dbit. Les technologies satellitaires sont intrinsquement limites par les dlais de traverse du rseau et la bande passante disponible, partage en un grand nombre dutilisateurs potentiels. Les technologies terrestres permettent en thorie de fournir des accs haut dbit de relativement bonne qualit. En France, lutilisation de la tlphonie mobile de troisime gnration (3G) pour le transfert de donnes a connu une explosion au cours de la dernire anne, avec la gnralisation des smartphones, comme li-phone, et des clefs 3G pour Les technologies LTE ou 4G dployes dans ordinateurs portables. Les performances restent la bande de frquences du dividende cependant en de de celles des rseaux filaires haut numrique permettront de fournir du trs dbit actuels.

haut dbit en zone rurale, l'exception de la diffusion audiovisuelle haute dfinition

Les industriels fondent de grands espoirs dans la 4G (ou LTE) voque plus haut. Cette technologie pourrait en particulier tre utilise dans la bande spectrale libre par lextinction de la diffusion analogique de la tlvision, communment appele dividende numrique , qui est bien adapte une transmission longue distance, donc lamnagement du territoire. Le dbit maximal thorique serait de 300 Mbits en voie descendante par site, en supposant quun mme oprateur occupe lintgralit du dividende numrique. Le fait de devoir partager le dbit chaque instant entre les diffrents utilisateurs de la station de base est une contrainte forte. Fournir une connexion permanente 30 Mbits tous les mnages par lintermdiaire du LTE supposerait de multiplier par trente le nombre actuel de stations de base. Dit autrement, le LTE ne permet de fournir du trs haut dbit que si moins dun mnage sur trente lexploite au maximum de ses capacits lheure de pointe. En pratique, le LTE offrira du haut dbit de bonne qualit au regard des standards actuels, mais en excluant la diffusion audiovisuelle haute dfinition, qui est l'application la plus gourmande en bande passante. Le LTE sera performant pour la desserte trs haut dbit des habitats les plus isols, o il ny aura que quelques dizaines de mnages abonns et actifs par station de base.

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III- COUTS DE DEPLOIEMENT DU TRES HAUT DEBIT

A) R E S E A U T O U T O P T I Q U E : T R E N T E M I L L I A R D S D E U R O S

Les cots dinvestissement pour construire un rseau tout optique portent sur les postes suivants : la construction des locaux techniques des oprateurs et des points de brassage de la fibre, le tirage de la fibre dans les fourreaux existants ou sur des appuis ariens, de manire marginale la construction de nouvelles tranches, ladduction des btiments et, finalement, le dploiement de la fibre dans les colonnes montantes jusquaux paliers ou, pour le tissu pavillonnaire, jusqu la dernire chambre de tirage ou Les cots de dploiement du FTTH sont le dernier appui arien. inversement proportionnels la densit de

logements. En zone rurale, le cot est de plusieurs milliers d'euros par mnage

La fourniture de services suppose ensuite la ralisation du raccordement client. Pour les logements neufs, ce raccordement est la charge du propritaire. Pour les logements anciens, le cot de construction est actuellement support par les oprateurs qui peuvent le rpercuter partiellement sur leurs clients finals. La dpense correspondante nest engage que lorsquun client sabonne la fibre optique. Les oprateurs considrent cette dpense comme une charge rcurrente plutt que comme un investissement de premier tablissement du rseau. Le principal poste de cot de construction, reprsentant plus de quatre vingt pourcents du total, est le dploiement du rseau horizontal entre les locaux techniques des oprateurs et les logements. Ce cot reste raisonnable en zone urbaine, de quelques centaines deuros par prise. En revanche en zone rurale, il est 250 frquent de devoir Mtre linaire du rseau horizontal par prise parcourir plusieurs 200 centaines de mtres, voire plusieurs 150 kilomtres, pour desservir le hameau 100 suivant. Les cots de 50 construction sont alors de plusieurs milliers 0 deuros par abonn 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100% potentiel.
Taux de couverture des foyers

Au total, la desserte de lintgralit des btiments en France, lexception des btiments uniques isols, tels que les hangars agricoles, suppose de dployer un rseau denviron 1 100 000 kilomtres, rpartis comme suit : 500 000 kilomtres pour desservir la population vivant en zone urbaine et priurbaine, reprsentant quatre vingt pourcents des mnages ; 300 000 kilomtres supplmentaires pour

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atteindre un taux de couverture de quatre vingt quinze pourcents de la population ; 300 000 kilomtres supplmentaires pour desservir les cinq derniers pourcents, habitant pour lessentiel en hameaux de moins de cinq logements.
Taux de couverture : 50% Taux de couverture : 80%

Taux de couverture : 95%

Taux de couverture : 100%

Linair e op tique nc essair e pour un arro ndissemen t repr sen tatif

Trente milliards d'euros pour couvrir intgralement la France en fibre optique, quinze milliards pour couvrir quatre-vingts pour cent de la population

Le dploiement seffectue en zone urbaine dense, pour lessentiel, dans des fourreaux existants, qui reprsentent 300 000 milles kilomtres de linaire, et sur rseaux ariens moyenne tension, basse tension, sur des appuis tlcom existants ou en faade pour un linaire trois quatre fois suprieur. La moiti des mnages vit dans une zone o les rseaux sont enterrs et lautre moiti avec une desserte arienne. Les trois quarts du rseau optique crer pour couvrir la France entire seraient dploys en arien.

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Couverture Cot de la tranche (Mds) Cot cumul (Mds)

20% 1,5 1,5

40% 2,5 4

60% 4 8

80% 7 15

100% 15 30

Au sein de la dernire tranche, les cinq derniers pourcents de couverture cotent 7 milliards deuros. Le cot de construction dun rseau couvrant quatre vingt quinze pourcents de la population est donc de 23 milliards deuros.

Milliards

35 Cot du dploiement d'une boucle locale optique (en milliards d'euros constants)

30

25

20

15

10

0 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%
Taux de couverture des foyers

Dans la dure, les oprateurs du rseau optique auront supporter des charges rcurrentes, qui ne font pas partie du primtre du prsent modle et sont encore largement inconnues ce stade, faute de recul. Les trois principaux postes de charges rcurrentes sont les suivants : Le cot de construction support par les oprateurs pour le raccordement final dun logement situ dans un immeuble collectif est actuellement de lordre de deux cents euros par abonn. Le cot de raccordement des pavillons devrait tre sensiblement plus lev. Avec un million de clients raccords par an, le cot annuel serait de 300 millions deuros. Il nest pas impossible que, dans la dure, le lgislateur transfre cette charge de construction du rseau intrieur aux propritaires, comme cela sest fait pour les autres rseaux. Cette responsabilit a dailleurs dj t transfre aux promoteurs pour les immeubles neufs.

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Le cot de location du gnie civil de loprateur historique dans les zones o les rseaux sont enterrs est plus difficile estimer. Aujourdhui, la charge annuelle de ce gnie civil, telle quelle apparat dans la comptabilit de loprateur, recouvre son amortissement et la rmunration du capital immobilis, pour un montant de lordre du milliard deuros. Au-del de cette valorisation comptable, pour dterminer un cot de location de ce gnie civil, deux variables sont dterminantes : la rpartition de la charge du gnie civil entre le cuivre tlphonique et la fibre dune part et, dautre part, lamortissement progressif des investissements raliss il y a quarante ans, qui devrait rduire sensiblement les dotations annuelles aux amortissements recouvrer par lintermdiaire dun tarif de location. Les recettes annuelles que tirera loprateur historique de loccupation de son gnie civil par les rseaux tout optique devraient varier progressivement de quelques dizaines millions deuros en 2010, puisque peu de rseaux sont dploys, une somme de l'ordre de 500 millions deuros en 2030, en supposant que la contribution du cuivre sera alors ngligeable. Enfin, les cots de maintenance des rseaux en fibre optique sont largement inconnus ce jour. Le cot de maintenance des rseaux optiques de collecte est de lordre de 20 centimes deuros par mtre et par an. La boucle locale fibre sera vraisemblablement plus coteuse entretenir, car davantage dploye en arien et dans les logements et parties communes, donc plus exposes aux intempries dune part et aux erreurs de manipulation dautre part. L encore, les cots volueront avec les dploiements, passant de quelques millions deuros en 2010 peut tre 600 millions deuros long terme, soit deux pourcents du cot dinvestissement.

Au total, la valeur actuelle nette, un taux de dix pourcents, de ces diffrentes charges rcurrentes est de lordre de 6 milliards deuros, avec une hypothse de construction rgulire du rseau optique sur trois dcennies, et une bascule de lintgralit des abonns du cuivre vers la fibre optique sur la mme priode.

B) C O M P A R A I S O N A V E C L E R E S E A U T E L E P H O N I Q U E

La boucle locale tlphonique a t construite dans les annes soixante dix et quatre vingt sous limpulsion de lEtat. Le cycle dinvestissement a dur une vingtaine danne et a culmin plus de 2 milliards deuros par an la fin des annes soixante dix. Depuis une dcennie, le rythme dinvestissement est relativement stable, moins de 500 millions deuros par an. Ces investissements couvrent la desserte des constructions neuves et le maintien niveau du rseau. Linvestissement cumul sur la priode de construction proprement dite est de 33 milliards, exprims en euros constants.

15 / 107

2500

Investissements annuels dans la boucle locale cuivre (en millions d'euros constants)

2000

1500

1000

500

0 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000

Les ordres de grandeurs sont relativement proches de ceux anticips prcdemment pour la construction neuf dune boucle locale optique desservant tous les foyers. La rpartition des masses est nanmoins un peu diffrente. Pour la boucle locale cuivre, la moiti des investissements a port sur la cration de gnie civil, qui existe aujourdhui et nest plus reconstruire. A linverse, la cration de normes de scurit et environnementales Il a fallu vingt ans pour dployer la boucle et laugmentation du cot du travail faiblement locale cuivre tlphonique. Elle a cot qualifi renchrissent les cots de dploiements trente trois milliards, en euros constants actuels par rapports aux cots de dploiements des annes soixante dix. Le dploiement de la boucle locale cuivre sest tal sur plus de vingt ans, et ce en situation de monopole, avec une pression politique constante et une forte demande du march, les abonns sinscrivant plusieurs mois, voire annes lavance pour tre raccords au rseau. Il est peu probable que le dploiement de la boucle locale optique se droule sur une chelle de temps plus courte, car le contexte est aujourdhui moins favorable. Il convient nanmoins de rappeler que la moiti des investissements sont suffisants pour raccorder quatre vingt pourcents de la population. Un objectif ambitieux pour la fibre, au moins autant que ltait le plan de rattrapage pour le tlphone, consisterait souhaiter le dploiement de la fibre optique pour quatre vingt pourcents des mnages en dix ans, puis finir la couverture au cours des dix annes suivantes. Peut tre serait-il plus raliste dimaginer un cycle un peu plus long, d'une trentaine d'annes, vu lexistence de technologies concurrentes.

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C) T E C H N O L O G I E S T R E S H A U T D E B I T A L T E R N A T I V E S

Compte tenu des masses financires et de lchelle de temps ncessaire la construction dun rseau tout optique, la question se pose de la mise en uvre de technologies alternatives, de manire transitoire ou avec lobjectif de se substituer de manire durable une boucle locale optique qui ne serait jamais dploye dans certaines zones. La prsente section vise donner quelques ordres de grandeur sur leurs cots de dploiement. La modernisation de la boucle locale cuivre La premire tape de la modernisation de boucle locale cuivre pour fournir du trs haut dbit suppose dinstaller de la fibre entre les rpartiteurs et les sous rpartiteurs, puis dinstaller des quipements actifs cot des sous rpartiteurs. Il y a environ cent mille sous rpartiteurs en France.

Exemple de rs eau de dess erte de sous rpartiteurs cuivre

Deux scnarii peuvent tre envisags : soit lquipement de tous les sous rpartiteurs, soit lquipement dune fraction dentre eux. Un scnario possible, tudi par loprateur historique, consiste quiper un tiers des sous rpartiteurs, ceux tant loigns de leur rpartiteur de plus de deux kilomtres. Ces sous rpartiteurs concentrent en effet la majorit des lignes longues ne supportant actuellement pas des dbits levs.

Le ramnagement de la boucle locale cuivre de loprateur historique est une option moins coteuse qu'un dploiement tout optique FTTH ...

Le cot de desserte optique des seuls sous rpartiteurs situs plus de deux kilomtres de leur rpartiteur de rattachement couterait de lordre de 1,5 milliards deuros et la desserte optique de tous les sous rpartiteurs environ 2,5 milliards deuros. Le cot de dploiement nest pas proportionnel au nombre de sous rpartiteurs concerns, car lquipement dun plus grand nombre dentre eux permet doptimiser les trajets de desserte, et donc de rduire la longueur moyenne de fibre par sous rpartiteur.

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Les cots de reconfiguration et dinstallation de locaux destins accueillir les quipements actifs ont t en moyenne de lordre de 60 000 euros par sous rpartiteur, au vu des quelques centaines de premiers sites raliss par France Tlcom. Ces cots peuvent encore tre optimiss mesure que le processus sera industrialis. Loprateur historique nerlandais, qui a lanc un plan dquipement de plusieurs dizaines de milliers de sous rpartiteurs, supporte un cot infrieur 30 000 euros par site, chiffre que nous retiendrons ici dans la perspective dun plan denvergure nationale permettant de diminuer les ... mais celle-ci n'est performante qu'en cots unitaires de production.

zone urbaine dense (moins que la fibre toutefois). En zone rurale, mme ramnage, la boucle locale tlphonique n'est pas adapte pour fournir du trs haut dbit

Au total, le cot dquipement dun plan de monte en dbit par reconfiguration et quipement des sous rpartiteurs est compris entre 3 milliards d'euros pour quiper le tiers des sous rpartiteurs et 5 milliards d'euros pour en quiper la totalit. Pour complter un plan de dploiement fibre couvrant quatre vingt pourcents des mnages, le cot serait de l'ordre de 3 milliards d'euros.
100%

80%

60%

40% Affaiblissement des lignes tlphoniques et impact de l'opticalisation des sous-rpartiteurs plus de 2 km du NRA de rattachement

20%

0% 0 10 20 30 40 Affaiblissement en dB 50 60 70 80

Proportion d es lignes (en Y) situes mo ins de X dB du rpar titeur En po intill, aprs ramnagem ent de 35 000 sous r partiteurs

Il convient nanmoins de rappeler que lquipement des sous rpartiteurs ne permet pas de fournir des services trs haut dbit lensemble des mnages de la zone. En effet, en zone rurale, le quart des lignes environ est situ plus dun kilomtre du sous rpartiteur de rattachement. Ces lignes peuvent disposer dun service haut dbit de bonne qualit, mais pas de services trs haut dbit au sens de la prsente tude. En particulier, la diffusion simultane de deux flux audiovisuels haute dfinition nest pas garantie et le dbit ne peut pas tre symtrique.

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Dans un scnario o quatre vingt pourcents de la couverture serait assure en fibre optique, la couverture additionnelle apporte par les sous rpartiteurs est faible, de l'ordre du quart des mnages non couvert en fibre. La plus grande partie des mnages couverts en fibre sont en zones urbaine ou en bourg, proches de rpartiteurs. A contrario, les mnages non desservis en fibre sont loigns de leur sous rpartiteur et son quipement ne permet pas d'apporter le S OUS - R EP AR T IT EUR S A CR EER EN ZON E R UR AL E trs haut dbit. L'quipement des sous rpartiteurs et le dploiement de fibre jusqu' l'abonn sont donc des technologies essentiellement concurrentes et non complmentaires. Leurs zones de pertinence technologique et conomique se recouvrent largement mais ne se compltent pas. Ltape suivante consiste crer de nouveaux sous rpartiteurs, pour que chaque abonn soit situ moins dun kilomtre de son sous rpartiteur de rattachement, celui-ci tant raccord en fibre et hbergeant des quipements trs haut dbit. Les points figurant sur la carte ci-dessus reprsentent les nouveaux sous rpartiteurs crer. Chacun ne dessert que quelques dizaines de lignes. Nous estimons que le nombre de sous rpartiteurs devrait tre tripl pour atteindre cet objectif en milieu rural. Les cots de dploiement reprsenteraient environ le tiers du cot de dploiement dun rseau tout optique, soit 5 milliards deuros pour couvrir les vingt pourcents de mnages situs dans les zones les moins denses. Le tableau ci-dessous prsente une synthse du nombre de sous rpartiteurs quiper en fonction des objectifs de couverture, et hors dploiement fibre.

Objectif

Nombre de sous rpartiteurs 8 000 35 000 100 000 300 000 (cration)

Couverture des zones blanche ADSL 2 Mbits pour tous Trs haut dbit sur cuivre pour 85% des mnages Trs haut dbit pour tous

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Les rseaux hertziens de prochaine gnration Les frquences du dividende numrique libres par le passage la tlvision numrique terrestre sont en passe dtre ralloues aux services de tlcommunication, pour y dployer des rseaux mobiles de nouvelle gnration, susceptibles de vhiculer des services trs haut dbit. Ainsi quexpos prcdemment, le service trs haut dbit ne peut tre Les quipements des rseaux hertziens de fourni effectivement que si peu dusagers sollicitent nouvelle gnration (dits LTE ou 4G) seront simultanment le rseau, ce qui exclut a priori la dploys sur les sites 2G et 3G existants. diffusion audiovisuelle.

Les dploiements seront donc peu coteux pour les oprateurs

Les frquences du dividende numrique sont proches des frquences des rseaux de deuxime gnration. Les oprateurs dploieront donc leurs quipements sur les mmes pylnes et appuis ariens, dj construits et aliments en nergie. En revanche, la fourniture de services trs haut dbit supposera probablement le remplacement des liens de raccordements de ces pylnes aux grands rseaux nationaux. La plupart des stations de base, en zone rurale, sont raccordes en faisceau hertzien ou par une liaison loue sur cuivre. Ces liens devraient tre remplacs par de la fibre optique.

Le cot de dploiement dun rseau optique de collecte vers les dix sept milles pylnes ncessaires pour la France coterait environ 3 milliards deuros. Sy ajoute le cot des stations de base. Le cot dun dploiement complet est donc compris entre 4 et 5 milliards deuros. Dans la dure, la dpense relle sera suprieure, car il sera ncessaire de densifier le rseau pour supporter la charge de trafic dans les grandes villes. La moiti de cette somme, soit environ 2 milliards deuros, serait ncessaire pour couvrir les vingt pourcents de mnages situs dans les zones les moins denses.

D) S Y N T H E S E D E S C O U T S D E D E P L O I E M E N T .

Scnario 80% FTTH* + 5% SR** 80% FTTH + 5% SR + 15% LTE*** 80% FTTH + 20% SR 100 % FTTH

Couverture 85% 100% 100% 100%

Cot 17 Mds 18 Mds 22 Mds 30 Mds

* FTTH : dploiement d'un rseau tout optique jusqu'aux abonns finals ** SR : monte en dbit par quipement de la sous boucle locale cuivre *** LTE : rseau hertzien de prochaine gnration, dits 4G

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Les scnarii prsents ci-dessus sont optimaux, en supposant un coinvestissement des oprateurs. En Un dploiement trs haut dbit pratique, les investissements seront en partie incluant de la fibre optique (FTTH), le concurrents et redondants. Par exemple, les ramnagement de plusieurs dizaines de oprateurs alternatifs pourraient dployer un rseau milliers de sous rpartiteurs cuivre et de la tout optique couvrant les quatre cinquimes du 4G dans le dividende numrique coterait territoire les plus denses, auxquels loprateur 18 milliards d'euros historique rpondrait en modernisant son cuivre. Dans le mme temps, trois licences mobiles de nouvelle gnration seraient attribues, avec de fortes obligations de dploiement. Le cot complet du dploiement du trs haut dbit serait alors plus proche de 40 milliards deuros.

IV- EQUILIBRES ECONOMIQUES

A) E C O N O M I E D E L A B O U C L E L O C A L E

Il nest pas inutile, avant dtudier les conditions de rentabilit des futures boucles locales optiques, de rappeler les ordres de grandeurs conomiques attachs la boucle locale du cuivre tlphonique et la ventilation des cots et revenus correspondants. Le cot de construction de la boucle locale cuivre a t, en euros constants, de 33 milliards. Avec un taux dactualisation de lordre dix pourcents et un taux de progrs technique ngatif de deux pourcents, la somme de la dotation aux amortissements et de la rmunration du capital reprsente entre 2 et 3 milliards par an. Sy ajoutent environ 600 millions deuros de cot dexploitation et une contribution aux cots communs de lentreprise. Le cot complet de la boucle locale cuivre est donc lgrement suprieur 3 milliards deuros par an. Les revenus des services de tlcommunications sur rseaux fixes sont de 16 milliards deuros par an, dont environ la moiti pour la tlphonie et un peu plus du tiers pour le haut dbit, le reste tant compos des liaisons loues et des services valeur ajoute. Lautorit de rgulation estime que les revenus correspondant laccs, donc la boucle locale dont lutilisation est ouverte aux concurrents de loprateur historique, reprsente un chiffre daffaire annuel de 6 milliards deuros.

B) U N P R O B L E M E D E R E C E T T E S , P A S D E C O U T S

Construire et exploiter la boucle locale cuivre est une activit rentable. De la mme manire, construire et exploiter une boucle locale optique qui serait en monopole sur le territoire serait une activit extrmement rentable, mme en rmunrant

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dix pourcents les capitaux immobiliss. Engager une dpense de 30 milliards deuros pour un revenu rcurrent de 6 milliards ne pose pas de problme de rentabilit ni de mobilisation des capitaux. Les ordres de grandeurs sont quivalents ceux engags dans les autoroutes, avec une rentabilit suprieure et un risque moindre. La principale fragilit de la rentabilit de la future boucle locale optique rsulte de son absence de monopole, car elle sera en concurrence avec la boucle locale cuivre, la diffusion audiovisuelle hertzienne terrestre et satellitaire et les rseaux mobile de 3G et bientt 4G. Cette boucle locale sera sous utilise au dbut de son exploitation, et sans doute pour une dure relativement longue. Il convient de rappeler quen dix ans, il ny a que dix huit millions dabonnement haut dbit, soit moins de deux tiers des lignes actives. La Les revenus de la boucle locale sont de six migration vers le trs haut dbit ne sera pas milliards d'euros par an. Le dploiement instantane. d'une nouvelle boucle locale trs haut

dbit pour vingt trente milliards d'euros ne devrait donc pas tre un problme ...

Le problme est aggrav par le fait que la plus grande partie des mnages et entreprises, environ les trois quarts, sont abonns aux services de loprateur historique. La moiti des mnages na jamais eu dautres fournisseurs de services. Les oprateurs alternatifs ont intrt voir se dployer ou dployer eux-mmes une boucle locale concurrente de celle de France Tlcom, mais leur capacit le faire de manire rentable est obre par leur relativement faible nombre dabonns. Leurs projets de dploiements sont structurellement cantonns la zone urbaine en labsence de coinvestissement de la part de France Tlcom.

Or loprateur historique na aucun intrt voir se dployer une boucle locale concurrente de la sienne. Mme si une boucle locale devait tre dploye grande chelle, il nest pas vident que France Tlcom accepte de la cofinancer. Les chiffrages prcdents montrent que la modernisation de son rseau cuivre lui coterait moins cher, sur une grande partie du territoire, que le tiers du cot de construction dune boucle locale optique. Dailleurs, les services pouvant tre fournis via un rseau tout optique ne devant pas tre, au moins pendant quelques annes, radicalement diffrents de ceux pouvant tre fournis sur une boucle locale cuivre modernise, cela tend ... mais les futures boucles locales optiques conforter une posture attentiste de loprateur seront concurrences par la boucle locale historique. cuivre de l'oprateur historique. Celle-ci

captera durablement la plus grande partie des dpenses tlcoms des mnages

Le propos nest bien videmment pas de considrer que tel ou tel acteur aurait un comportement plus vertueux quun autre. Le problme fondamental est que la boucle locale cuivre a pu tre dploye relativement facilement parce quelle tait en monopole et que, tant que celle-ci ne sera pas dmonte, la boucle locale optique sera en concurrence et donc moins facile financer et dployer. Une activit de construction et de gestion dautoroute est en gnral rentable. En revanche, peu dindustriels prendraient le risque de construire une nouvelle autoroute parallle une autoroute existante et non sature, et encore moins le gestionnaire de celle-ci.

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C) C A P A C I T E D E F I N A N C E M E N T D E S A C T E U R S P R I V E S
Les oprateurs alternatifs construisent en zone trs dense des boucles locales optiques dont le cot est compris entre deux cent et deux cent cinquante euros par prise. Lquation conomique intgre les revenus quils tireront de la commercialisation de la partie terminale du rseau, dans les immeubles, auprs des autres oprateurs ainsi que les conomies de location de la boucle locale cuivre auprs de loprateur historique. En zone moins dense, leur disposition payer est plus faible, car leur part de march est infrieure et les cots de raccordement des clients vraisemblablement Les oprateurs privs pourraient couvrir plus levs dans le tissu pavillonnaire.

en fibre, sur fonds propres, environ la moiti des mnages. Au del, des apports publics seront ncessaires

Prenons ici lhypothse que les deux principaux oprateurs alternatifs du haut dbit ont chacun une disposition payer de cent cinquante euros par prise. Considrons ensuite lhypothse, non fonde ce stade, que loprateur historique est prt financer la construction dune boucle locale optique pour un montant quivalent pour lutiliser plutt que de moderniser son rseau cuivre. La disposition payer des autres oprateurs est ngligeable, compte tenu de leurs parts de march. La communaut des oprateurs est donc dispose payer environ 500 euros par prise.
6 000 Cot par prise du dploiement d'une boucle locale optique (en euros constants)

5 000

4 000

3 000

2 000

1 000

0 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%
Taux de couverture des foyers

Leur disposition payer pour couvrir quatre vingt pourcents des mnages, soit vingt trois millions de prises, serait de lordre de 11,5 milliards deuros, comparer un cot de construction de 15 milliards deuros. Le plan daffaire de construction du rseau nest pas trop dsquilibr. Un talement du paiement des oprateurs, par exemple au moyen dun prt taux bonifi ou dune garantie demprunt, peut

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suffire couvrir une large partie de cette premire zone, peut tre la moiti des mnages franais. Pour les vingt pourcents les moins denses en revanche, lquation conomique est inverse. La disposition payer des oprateurs est infrieure six milliards deuros, alors que le cot de construction est de 15 milliards galement. Le besoin de financement public est vident. La mise en place de mcanismes de prquation entre les deux zones, les quatre vingt pourcents les plus denses et le vingt pourcents les moins denses ne serait pas oprants, la premire zone ne pouvant dj tre quen partie couverte en saturant la disposition payer des oprateurs. Un financement public externe prlev soit sur le consommateur dautres segments du march, soit sur le contribuable, est ncessaire.

V- LE DEPLOIEMENT DES AUTRES INDUSTRIES DE RESEAU

Le dploiement des autres infrastructures de rseau a presque toujours bnfici de facilits accordes par les pouvoirs publics, quil sagisse de mcanismes non financiers facilitant leur implantation puis leur commercialisation ou de mcanismes de prquation horizontale assurant une solidarit territoriale pour le dploiement des infrastructures.

A) O C T R O I D E P R E R O G A T I V E S D E P U I S S A N C E P U B L I Q U E
Tous les oprateurs dployant des infrastructures ont bnfici de prrogatives exorbitantes du droit commun. Lexemple-type est le rgime de larticle 12 de la loi du 15 juin 1906 sur les distributions dnergie, qui permet loctroi, aprs enqute publique, de servitudes dimplantation des lignes lectriques sur les proprits prives, toujours en vigueur aujourdhui. Des mcanismes similaires existent aussi pour linstallation doloducs et de gazoducs. Pour les rseaux de tlcommunications, tous les oprateurs disposent dsormais, dun droit de passage sur le domaine public routier, tendu rcemment au domaine public non routier. Les oprateurs bnficient aussi de la possibilit dobtenir loctroi de servitudes sur les Tous les oprateurs d'infrastructures, proprits prives, mais cela est trs peu utilis par les y compris tlcoms, disposent de droits oprateurs en pratique. de passage sur le domaine public Les cblo-oprateurs ont par ailleurs longtemps bnfici dune servitude leur permettant dinstaller leurs rseaux lintrieur des immeubles collectifs, leur pargnant ainsi loctroi dune autorisation expresse de lassemble gnrale des copropritaires. En loccurrence, pour le trs haut dbit, la loi de modernisation de lconomie du 4 aot 2008 a, dune part, modifi le rgime des immeubles en coproprit des

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immeubles btis, en rservant des rgles de majorit assouplies pour linstallation de rseaux optiques internes et, dautre part, institu un droit la fibre pour tout occupant dun logement souhaitant tre raccord en trs haut dbit. Ces deux dispositifs ne concernent toutefois que lintrieur des immeubles collectifs, et sinscrivent dans le cadre plus large de mutualisation de la partie terminale des rseaux optiques, le plus souvent verticale ( lintrieur des immeubles). Aucun mcanisme similaire na toutefois t prvu pour le dploiement de la partie horizontale des rseaux.

B) O C T R O I D U N E S I T U A T I O N D E M O N O P O L E O U D O L I G O P O L E L E G A L
Il sagit dune voie permettant de faciliter le dploiement dune infrastructure, les pouvoirs publics accordant un droit exclusif de fourniture du service qui lui est associ. Ce monopole permet en principe loprateur de fixer ses prix en fonction du seul consentement payer de ses clients et non doffres concurrentes. Cette libert tarifaire est totale ds lors quaucun service substituable celui fourni par le monopole nexiste. Lexemple-type est le service tlphonique avant lapparition du mobile, ou encore la fourniture dlectricit en France avant sa libralisation. Cette libert est moindre en revanche si le consommateur peut saffranchir de la prestation du monopole. Typiquement, la SNCF doit prendre en compte la concurrence du transport arien, pour certaines La plupart des grandes infrastructures ont liaisons TGV, et du transport routier, notamment pour t dployes par un monopole, libre de le fret.

fixer des tarifs suffisamment levs pour quilibrer ses cots. Ce ne sera pas le cas pour la fibre optique

Des mcanismes de modrations tarifaires sont souvent mis en place, par exemple par des procdures dhomologation des hausses par les pouvoirs publics. Dans la dure, ceux-ci savrent en gnral moins contraignants et moins alatoires que la pression tarifaire dun march concurrentiel. Enfin, le monopole tend luniformit tarifaire sur sa zone demprise, que celle soit impose ou non par la puissance publique. En labsence dobligation lgale, il est parfois plus simple, voire plus conome, de procder une forme de prquation interne que de tenter didentifier les cots de chaque unit produite pour laborer des tarifs diffrencis. Mais le monopole est gnralement contraint luniformit tarifaire par la puissance publique, qui lui impose de fournir un tarif identique quelle que soit la localisation de sa dlivrance. Cest dans ce cadre que sont mis en place les mcanismes de prquation. Enfin, loctroi de ressources rares un nombre limit dacteurs permet aussi dimposer des contraintes de couverture. Lexemple-type est fourni par les licences

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de tlphonie mobile, leurs dtenteurs, membres dune forme doligopole lgal, sont soumis des obligations de couverture de lensemble du territoire. En revanche, loligopole exclut tout mcanisme de contrle et de prquation tarifaire, ses tant rputs concurrents.

C) M E C A N I S M E S D E P E R E Q U A T I O N

La logique de prquation La plupart des grandes infrastructures de rseaux ont t finances par le mcanisme dit de la prquation horizontale (ou gographique), qui suppose pour simplifier, que les recettes tires de lexploitation dune infrastructure dans les zones plus denses dun territoire viennent financer le dploiement de cette infrastructure, et dans certains cas le dficit de son exploitation, dans les zones moins rentables. Cette logique a gouvern la construction de la plupart des grandes infrastructures de rseaux, quelles aient t dployes dans un cadre national, rgional ou local, qui a t confie gnralement un oprateur conomique disposant, sur un territoire donn, dun monopole de fourniture du service. Cette mme logique a aussi t applique dautres secteurs nimpliquant pas la construction dune infrastructure, toujours pour garantir la fourniture dun service dans une zone que linitiative prive ne couvrirait pas En monopole, les mcanismes de spontanment.

prquation tarifaire sont internaliss par l'entreprise soumise une obligation de tarification homogne sur le territoire

Dans la mise en place dun mcanisme de prquation, la structuration du march est dterminante. Elle permet dabord de circonscrire lassiette dun ventuel prlvement au niveau matriel et gographique. Elle peut aussi servir segmenter verticalement un mme secteur pour limiter lintensit concurrentielle certaines prestations, de sorte que dautres puissent permettre aux oprateurs protgs de raliser cette prquation dans leur comptabilit interne. En fonction de la structuration du march, la prquation est interne ou externe. Au niveau national, loctroi par la puissance publique dun monopole un oprateur unique et verticalement intgr conduit celui-ci raliser cette prquation au sein de sa propre comptabilit, sans autre mcanisme de redistribution externe. Lexemple-type de la prquation interne est celui du rseau tlphonique avant la libralisation. Le systme coopratif mis en place entre les entreprises de presse, au sein des Nouvelles messageries de la presse parisienne, ralise galement une prquation entre la distribution des magazines, activit rentable, et celle de la presse quotidienne nationale, qui ne lest pas. Ce systme coopratif a ses limites, car il repose sur le volontariat : un diteur de magazines peut, sil ne souhaite pas supporter indirectement le cot de la presse quotidienne nationale, sadresser un distributeur dont lactivit repose uniquement sur les magazines.

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En revanche, ds lors quun march est structur, horizontalement et/ou verticalement, sur une base infranationale, des mcanismes de redistribution externes sont souvent institus, bien quils ne soient pas exclusifs de prquation interne sur certains segments. Dans ce schma, tous les oprateurs locaux sont censs, en fonction de leurs capacits financires, contribuer un fonds de prquation pour financer linvestissement ou lexploitation des oprateurs locaux devant supporter des charges particulires. Un mcanisme de ce type a t mise en uvre pour favoriser le dploiement des rseaux de distribution dlectricit, dont les communes (souvent runies dans le cadre de syndicats) ont la charge. Les concessionnaires de ces rseaux sont soumis un prlvement proportionnel au nombre de kilowatts heure fournis abondant le Fonds damortissement des charges de llectricit (FACE), dont les recettes sont ensuite redistribues au Les fonds de prquation ou de soutien niveau national, puis dpartemental, pour assurer la sont en revanche ncessaires et couverture des zones rurales.

gnraliss lorsqu'il n'existe pas de monopole national, par exemple pour la distribution lectrique ou pour la distribution d'eau

Pour le dploiement des rseaux de distribution deau, un mcanisme similaire a t mis en place via le Fonds national dadduction en eau (FNDAE), comme pour celui des autoroutes. Ces deux mcanismes ont t aujourdhui abandonns.

Enfin, lorsque la prquation intra-sectorielle sest rvle insuffisante couvrir un besoin de financement, des ressources opportunistes extra-sectorielles ont pu tre utilises pour abonder ces fonds : les recettes du PMU pour le FNDAE, ou encore la part des recettes des radars automatiques alloue lAgence franaise de financement des infrastructures de France (AFTIF), affecte notamment aux lignes grande vitesse. Les recettes fiscales non-affectes permettent quant elles de financer, travers le budget de lEtat certaines infrastructures routires, l encore dans un souci damnagement du territoire. Les oprateurs dployant ces rseaux ont aussi bnfici, en plus de subventions, doutils de financement spcifiques : avances remboursables pour le rseau tlphonique et les rseaux dadduction deaux, des prts taux bonifis et lmission demprunts obligataires (pour les autoroutes notamment). Limpact de la libralisation La libralisation dun secteur remet gnralement plat ces modalits de financement. Sa structuration historique clate, au niveau horizontal comme vertical, en imposant a minima une adaptation des mcanismes historiques de prquation, sinon leur suppression. Trois options sont ouvertes pour perptuer le financement des missions de service public datant du monopole : la sanctuarisation dun secteur rserv dont les acteurs pratiquent toujours une prquation interne, leur prise en charge par la

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communaut des acteurs du secteur et leur fiscalisation, en faisant porter cette charge sur les consommateurs. On retrouve notamment des secteurs rservs dans les transports ferroviaires, les services postaux et llectricit. Pour les transports ferroviaires, linfrastructure a t dissocie ds 1997 de lexploitation, avec la cration de Rseau ferr de France (RFF), ce qui a permis une Dans les secteurs libraliss, la tendance libralisation progressive et limite certains est la fiscalisation des mcanismes de segments : fret et transport international de prquation voyageurs, avec possibilit de cabotage lintrieur dun mme Etat sont ou seront trs prochainement ouverts la concurrence, mais le transport rgional demeure soumis un monopole dexploitation. Par ailleurs, au niveau rgional, les dpenses dinfrastructures sont prises en charge par lEtat, par RFF et par la Rgion. La sparation structurelle fut ici le pralable la libralisation. Dans le secteur postal, La Poste bnficie dun secteur rserv (pour les courriers et colis les plus lgers) uniquement titre transitoire, la libralisation totale tant prvue en 2011. Pour llectricit, la distribution demeure un secteur rserv, car il nexistera toujours, mme si Electricit rseau de distribution France (ERDF) vient tre mise en concurrence, quun exploitant du rseau. De mme, le transport est aussi confi uniquement Rseau de transport dlectricit (RTE). Les tarifs de ces deux segments demeurent rglements par le biais du Tarif dutilisation des rseaux publics dlectricit (TURPE), dont la fixation rsulte Les fonds de prquation peuvent tre notamment dune prquation interne. Un Fonds de abonds par une taxe prleve sur les prquation de llectricit (FPE) destin compenser consommateurs (lectricit), sur les les charges dexploitation des distributeurs non oprateurs (service tlphonique) nationaliss a par ailleurs t mis en place ; il est aliment par ERDF. ou par un financement extra-sectoriel

(PMU pour l'eau, budget gnral pour la presse, la route ou le rail ...)

Ensuite, la prise en charge du financement des missions de service public historiquement attaches au monopole par les acteurs dun march libralis, cest la logique du service universel. Si ces missions ont un cot, les ressources dgages sont attribues aux acteurs acceptant de continuer les excuter. Le service universel a t mis en place dans le secteur des communications lectroniques, et le sera probablement dans le secteur postal une fois la libralisation acheve. Le service universel est conu comme un service de base fourni partir dune infrastructure pour l'essentiel dj existante. En France, le cot net du service universel des communications lectroniques est faible : 880 000 euros en 2007. Le mcanisme de service universel pourrait tre peu oprant pour soutenir le dploiement d'une nouvelle infrastructure filaire. Dans les pays o le rseau

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cuivre est peu dvelopp, le service universel tlphonique est le plus souvent fourni par voie hertzienne. Enfin, la rpercussion directe sur le consommateur de charges auparavant supportes par les oprateurs est galement pratique. En effet, pour la production dlectricit, les obligations tarifaires pesant sur la production fournie par EDF sont dsormais, compte tenu de louverture la concurrence de ce segment, rpercutes sur le consommateur final par le biais de la contribution pour le service public de llectricit (CSPE). En outre, les cots des extensions et du branchement lis au raccordement dun nouvel usager au rseau de distribution ne sont pris en compte qu 40% par le TURPE, de sorte que l encore les 60% restant de ces deux postes sont pris en charge directement par la collectivit concdante et lusager. Ces diffrents mcanismes montrent que la libralisation complique le financement du maintien, sur la totalit du territoire, dun niveau de service homogne. Si la garantie dun service universel de base peut, dans une certaine mesure, tre supporte uniquement par les acteurs du march, aller au-del implique de mobiliser des financements complmentaires ou de sanctuariser des secteurs rservs un monopole, lgal ou de fait. Pour les communications lectroniques, donc le trs haut dbit, le march nest structur horizontalement ou verticalement que par les logiques propres des oprateurs privs, non un cadre rglementaire particulier. Le financement du trs haut dbit sur le territoire implique ncessairement la combinaison de plusieurs mcanismes, que ce soit loctroi de versements compensatoires pour dploiement de services dintrt conomique gnral, de participations en capital ou de facilits de financement tel que les prts taux bonifis.

D) F A C I L I T E S D E F I N A N C E M E N T
En complment des mcanismes de prquation horizontale, de nombreux modes de financement autres que laide directe aux oprateurs dployant les infrastructures ont t utiliss. Ils ont dj t partiellement voqus plus haut, et fournissent des L'octroi de prts taux bonifis ou de outils pertinents permettant de rpondre, dans garanties d'emprunts sont des outils certains cas, des besoins de financement quil nest efficaces pour allger la charge financire pas forcment ncessaire de satisfaire par le biais d'une infrastructure en construction, daides directes.

n'ayant pas encore beaucoup de clients et donc de recettes

Ces outils tels que les avances remboursables, les prts taux bonifis ou les garanties demprunt ont rcemment t remis au gout du jour par la crise financire de lautomne 2008. Lmission dun grand emprunt national pour financer des projets dinfrastructures sinscrit dailleurs dans cette logique, et les collectivits utilisent dailleurs souvent la possibilit daccorder des garanties demprunt.

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Ces outils offrant une relle souplesse. Ltat la dailleurs rcemment prouv en accordant sa garantie et, via la Caisse des dpts, des prts des conditions prfrentielles, dans le cadre de la loi de la loi du 17 fvrier 2009 pour lacclration des programmes dinvestissement et de construction publics et privs. Lusage combin de ces outils est ncessaire au vu des importants besoins de financement ncessaires la construction dun rseau trs haut dbit fixe lchelle nationale. Si ces facilits de financement ne sont pas octroyes dans le cadre de contrats publics, elles devront tre lies des contreparties pour leur bnficiaire, comme par exemple une obligation douverture et de neutralit des infrastructures dployes, mme de favoriser la concurrence sur le march de dtail.

E) A T T R I B U T I O N D E S A I D E S E T O R G A N I S A T I O N I N S T I T U T I O N N E L L E
Dans chacun des secteurs analyss, un matre douvrage public a t clairement identifi ds lorigine pour piloter et planifier le dploiement de linfrastructure : les communes pour la distribution dlectricit et leau, la rgion pour les transports ferroviaires locaux, lEtat pour les autoroutes, les liaisons ariennes, la production et le transport dlectricit. Cet lment est essentiel pour asseoir un mcanisme de financement du dploiement et des dsquilibres des charges dexploitation, car la matrise douvrage unique facilite la rcolte des fonds et leur redistribution. Pour le trs haut dbit, la dsignation dun chelon unique pour assurer la matrise douvrage de projets ports par les collectivits et/ou lEtat napparat pas essentielle. Larticle L.1425-1 du code gnral des collectivits territoriales, vot en 2004, institue un service public local facultatif dont tous les chelons (Commune, Dpartement, Rgion) peuvent devenir autorit organisatrice. Au vu de la centaine de projets lancs depuis, cette souplesse na jamais conduit des duplications de rseaux publics, mais a au contraire permis des interventions complmentaires. Les collectivits ont trs majoritairement respect lobligation lgale de cohrence de leurs actions. Pour le trs haut dbit, cette complmentarit peut tre conforte par llaboration concerte de schmas directeurs damnagement, comme cela sera vu plus loin. Dsigner a posteriori un chelon unique risque de perturber lquilibre des projets dj lancs, alors mme que le trs haut dbit implique une mobilisation de tous ces chelons. Ensuite, la redistribution des fonds, prlevs en principe sur les recettes tires des zones rentables, sorganise lchelon national dans un premier temps, puis local dans un second temps. Sur ce point, le mcanisme du FACE parat robuste et il permet une rpartition des recettes auprs des collectivits sous lgide de lEtat. La dcentralisation pourrait justifier une augmentation du pouvoir des collectivits, mais seul lEtat est lgitime assurer, par la redistribution, une vritable solidarit nationale entre zones urbaines et rurales.

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F) S Y N T H E S E

Type de prlvement, contributeurs et assiette Secteurs Nom Intrasectoriel Fonds d'amortissement des charges d'lectrification (FACE) Fonds de prquation de l'lectricit (FPE) Extrasectoriel

Montant annuel collect

Forme de l'aide

Bnficiaires de l'aide

Distributeurs (kWh)

350 M

Subvention

Autorits organisatrices (communes) Distributeurs non nationaliss

Electricit

Distributeurs (recette nettes)

7 M

Subvention

Contribution au service Consommateurs public de l'lectricit (CSPE) (kWh) Distributeurs (m d'eau distribus) Transporteurs (nombre de passagers) Contributeur (abattement fiscalit locale) Chanes hertziennes nationales Oprateurs (chiffre d'affaires) Budget gnral Etat Oprateurs tlcom Prlvement des recettes PMU

1 400 M

Subvention

EDF

Eau

FNDAE (supprim en 2005)

175 M

Subventions Prts taux rduits

Autorits organisatrices (communes) Exploitants des lignes

Transport arien

Fonds de prequation des transports ariens (FPTA) Supprim en 1999 Fonds postal national de prquation territoriale Compensation de la suppression partielle de la publicit

150 M

Subvention

Poste

140 M

La Poste

Audiovisuel public

350 M

Subvention

France Tlvisions Oprateur(s) dsign(s) par appel d'offres

Tlcom

Fonds de service universel

22 M

Subvention

Routes nationales

Entretien du rseau routier national non concd

1 025 M

Investissements directs

Secteur du BTP

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VI- LES SOUTIENS POSSIBLES AU DEPLOIEMENT DU TRES HAUT DEBIT

A) S T R U C T U R A T I O N I N D U S T R I E L L E D E S O P E R A T E U R D E F I B R E O P T I Q U E
Nous distinguerons dans cette partie concurrence par les infrastructures et concurrence par les services. On parle de concurrence par les infrastructures lorsque deux rseaux au moins ont t dploys sur la mme zone, par exemple le cble et le rseau tlphonique. Lorsqu'il y a un seul rseau en monopole, il peut nanmoins exister une concurrence par les services. Plusieurs fournisseurs utilisent le mme rseau pour proposer Il est possible d'organiser une concurrence leurs services. Le march de l'ADSL est organis de par les services entre plusieurs oprateurs, cette manire. mme si l'infrastructure sous jacente est

unique. Ainsi, il y a plusieurs oprateurs ADSL mais une seule boucle locale cuivre

Pour la fibre optique, une notion de concurrence par les rseaux pourrait tre introduite, intermdiaire entre la concurrence par les infrastructures et la concurrence par les services. Il s'agit d'un dploiement de rseaux et de cbles optiques dans lesquels chaque oprateur disposerait du droit d'usage de long terme d'une partie des fibres. Il n'y aurait pas duplication d'infrastructures lourdes, comme les tranches. Chaque oprateur disposant de ses fibres, il n'aurait pas tre, la diffrence de lADSL, durablement locataire des lignes d'un concurrent, ce qui diminue le besoin de rgulation et assainit les conditions de march sur le long terme. Les infrastructures de rseaux sont souvent perues comme tant des monopoles naturels. Les tudes conomiques et l'exprience ont montr que la situation n'tait pas aussi simple. Le cot de construction de l'infrastructure est videmment moins lev si un seul rseau est dploy que si plusieurs oprateurs construisent chacun leur infrastructure, multipliant les rseaux et les investissements. Cette notion s'applique presque toute industrie. Par exemple, il serait moins coteux de n'avoir en France qu'une seule chane de production de voitures que d'avoir plusieurs industries concurrentes. Ce modle de production a d'ailleurs historiquement t retenu en Europe de l'est. L'exprience a montr, pour l'industrie automobile, que le march fonctionnait de manire plus satisfaisante en concurrence qu'en monopole. De mme, le dgroupage, impliquant la

Niveau des tarifs

Nombre doprateurs

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duplication des rseaux de collecte, a probablement conduit un march du haut dbit plus satisfaisant que si l'oprateur historique tait rest en monopole. Il existe en effet une autre variable prendre en compte : la pression concurrentielle du march, d'autant plus importante que le nombre d'industriels est lev. Cette pression concurrentielle tend diminuer les prix et stimuler l'innovation, chaque industriel cherchant prendre l'avantage sur ces concurrents. Le schma ci-contre prsente une vision simplifie de ces deux dynamiques. Pour une boucle locale fixe, la question de l'organisation industrielle optimale dpend de la densit. Dans les zones denses de la plupart des pays, deux boucles locales concurrentes ont t dployes, le tlphone et le cble. Les pays o le taux de pntration du haut dbit est le plus lev sont ceux o la concurrence entre ces deux rseaux a t la plus vive, comme aux Pays Bas. La boucle locale optique n'est donc vraisemblablement pas un monopole naturel en ville dense, typiquement sur l'emprise actuelle du cble en France. Si le cblooprateur et tous les oprateurs alternatifs fusionnaient, ils auraient les moyens de dvelopper un rseau tout optique sur une large partie de la zone d'emprise du cble. Ce rseau aurait un concurrent : le rseau trs haut dbit qu'y dploierait vraisemblablement l'oprateur historique. Une telle concentration du march n'est toutefois pas En zones priurbaines et rurales, souhaitable pour le dynamisme du march de il ne serait pas raisonnable de dployer tlcommunications dans son ensemble.

plusieurs boucles locales optiques concurrentes. Des mcanismes de coinvestissement ou de partage (dgroupage) d'une infrastructure unique devront tre privilgis

En revanche, dans les zones moins denses, lquilibre conomique du dploiement du trs haut dbit parait fragile voire impossible si plusieurs infrastructures concurrentes devaient se dployer simultanment. En ltat actuel de la connaissance des cots de dploiement et de la disposition payer des mnages, la zone la moins dense, typiquement la zone rurale hbergeant vingt pourcents de la population, constitue vraisemblablement une zone de monopole naturel du trs haut dbit filaire. Sur les zones les plus rurales, il n'est pas exclu que le trs haut dbit hertzien soit galement un monopole naturel. Le schma ci-dessous synthtise le propos en matire d'organisation industrielle optimale pour le dploiement du trs haut dbit, selon les principes conomiques exposs prcdemment.
Taux de couverture Types de zones Organisation optimale Grandes villes Concurrence 20 % Urbain dense 40 % 60 % Priurbain et petites villes 80 % Rural Monopole 100 %

Pas de certitude conomique

En zone rurale, loptimum conomique et social consisterait ne construire quune seule boucle locale optique, ouverte tous les oprateurs et neutre, afin de minimiser les investissements et de maintenir un certain degr de concurrence sur le march de dtail auprs des clients finals. Lexemple du haut dbit sur la paire de

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cuivre, caractris par la comptition fonde sur le dgroupage, a montr que lintensit concurrentielle rsultant de lusage dune seule boucle locale passive partage tait satisfaisante, condition toutefois dune rgulation contraignante pour son dtenteur. Les oprateurs se font concurrence sur les services, en utilisant tous la mme infrastructure en monopole. Poursuivant cette logique, il est tentant de penser que la constitution dun monopole de rseau filaire trs haut dbit couvrant quatre vingt pourcents des mnages rsidant l'extrieur des plus grandes agglomrations constituerait une rponse adapte. La cration dun tel acteur permettrait la fois d'acclrer la couverture en fibre optique et de limiter les mouvements de concentration spontans du secteur autour de deux acteurs, comme prcdemment voqu. L'oprateur historique, intgr ou structurellement spar Il sagit de demander loprateur historique de faire migrer son rseau vers la fibre optique, en finanant cette mutation par la rente de monopole du cuivre et en tant que de besoin des financements publics. Dans la mesure o la rente de situation du cuivre serait prleve, en partie, sur les oprateurs concurrents par le maintien du tarif du dgroupage au dessus des cots du cuivre seul, des gages devraient leur tre donns sur la neutralit du nouveau rseau vis vis de lensemble des oprateurs, de fait financeurs. Ces gages peuvent tre gradus : maintien d'un oprateur historique verticalement intgr, mais rgulation asymtrique des rseaux optiques qu'il dploie, permettant leur dgroupage et leur utilisation par les oprateurs concurrents. En droit europen, le rgulateur peut avoir des difficults rguler et spcifier les caractristiques d'une infrastructure qui n'existe pas encore. Si cette voie devait tre retenue, les pouvoirs de l'Autorit de rgulation en matire de rgulation et de dgroupage des rseaux optiques dploys par France Tlcom devraient probablement tre renforcs par voie lgislative. sparation fonctionnelle du rseau de boucle locale ou de sous boucle locale au sein de loprateur historique garantissant une non discrimination en matire dapprovisionnement des oprateurs de services ; cette option ne garantit toutefois pas que les caractristiques structurelles du rseau dploy par loprateur historique navantagent pas, de manire dcisive, sa propre activit sur le march de dtail au dtriment de celle de ses concurrents ; sparation structurelle, avec ouverture du capital et des organes de dcision de lentit cre des investisseurs neutres, voire plus directement aux concurrents de loprateur historique ; il sagit vraisemblablement dune opration positive moyen terme pour lensemble des acteurs, oprateur historique et ses actionnaires compris, mais risque long terme pour France Tlcom qui y perd sa base arrire de monopole verticalement intgr sur le march fixe franais ; de fait, loprateur historique sest toujours oppos une telle scission ;

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Une sparation structurelle a t systmatiquement mise en uvre en Europe pour les rseaux lectriques. En France, une sparation t mise en uvre pour le rail, plutt sur un modle fonctionnel dans la mesure o RFF sous-traite la totalit des oprations dexploitation et de maintenance la SNCF. Les dtracteurs de la sparation fonctionnelle estiment quil est trs difficile, dans le secteur des tlcommunications, de dissocier rseaux et services. La solution la plus efficace serait que Cette difficult tend s'amoindrir si la disjonction l'oprateur historique dploie les futures sopre entre infrastructures passives dune part et boucles locales optiques, en finanant ces rseau activ et services dautre part.

investissements par la rente de monopole de la boucle locale cuivre

Au Royaume-Uni, la construction d'un rseau trs haut dbit fixe est mise en uvre par la division Open Reach de British Telecom, dans le cadre dune sparation fonctionnelle. Le problme du financement crois entre le cuivre et loptique sy pose de manire moins aigue quen France, car le dgroupage est moins utilis. Le principal oprateur alternatif y est le cblo-oprateur, qui nutilise pas le rseau de loprateur historique du tlphone. Lentit rseau tant quasiment en monopole sur son segment de march, elle na que peu dintrt, dans la dure, amliorer ses performances, tant en termes de cots que de qualit de service, et doit tre rgule durablement.

En France, il semble difficile de contraindre loprateur historique une sparation structurelle sil nest en est pas lui-mme moteur. France Tlcom pourrait arguer dune ingalit de traitement par rapport ses concurrents directs, Telefonica et Deutsche Telekom, qui sont, et resteront probablement, verticalement intgrs, alors quil serait fragilis par une telle opration. Cration dune socit de coinvestissement Ce scnario consiste en la cration d'une socit projet, en charge de la construction d'un rseau passif trs haut dbit, dont les oprateurs seraient clients et, dans la mesure du possible, actionnaires. Une telle socit peut tre mise en place de manire spontane par les oprateurs pour couvrir les zones dans lesquelles linvestissement priv est rentable, condition de le mutualiser. Les estimations prcdentes laissent penser que les trois ou quatre De mme, les oprateurs de boucles principaux oprateurs pourraient coinvestir dans un locales n'ont que peu d'intrt participer rseau couvrant environ la moiti des mnages.

une socit de coinvestissement dployant un rseau de fibre optique venant concurrencer leurs rseaux existant

A ce stade, les oprateurs ne semblent pas sengager spontanment dans la constitution dune telle socit. Il convient de noter que les oprateurs possdant une boucle locale y ont objectivement peu intrts, surtout sils estiment que le blocage des projets de coinvestissement leur permettra de faire perdurer leur oligopole sur la boucle locale : soit parce que labsence de projet de coinvestissement bloque les initiatives de lEtat et vite donc une acclration du dploiement de la fibre ;

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soit parce que lEtat, pour acclrer le dploiement de la fibre, naurait dautre solution que de ngocier un plan dinvestissement avec loprateur historique.

Ds lors les moyens dont disposent les pouvoirs publics impulser la cration dune socit en charge de la construction de la boucle locale optique sont peu nombreux. Deux scnarii polaires peuvent tre envisags. Le scnario maximaliste consisterait pour lEtat se dsengager progressivement de loprateur historique, en ce quil nest plus un outil permettant de mettre en uvre la politique industrielle souhaite pour le trs haut dbit, et sengager massivement dans la cration dune nouvelle structure en charge du dploiement de la fibre optique. La valeur des parts dtenue par lEtat dans loprateur historique est comprise entre 10 et 15 milliards deuros. En attirants des fonds dinvestissement privs et en levant de la dette, lEtat aurait donc, budget constant, largement les moyens de dployer un rseau fibre dampleur nationale. Ce scnario est moins satisfaisant que la sparation structurelle, la fois pour lEtat et pour loprateur historique. En effet, le nouveau rseau optique et le rseau cuivre potentiellement modernis seraient en concurrence sur le long terme, ce qui obrerait leur rentabilit. Par ailleurs, les consquences politiques et sociales dune telle dcision sont difficiles anticiper en France. Un scnario maximaliste de ce type a t retenu par le gouvernement australien qui a annonc en 2009 la cration dune socit commune lchelle nationale charge de la construction dun rseau trs haut dbit couvrant quatre vingt dix pourcents de la population dici huit ans. LEtat et les collectivits locales dtiendront la majorit des capitaux pendant la phase de construction, avant de les cder au secteur priv une fois le rseau rentable. Cette initiative, repoussoir pour l'oprateur historique, pourrait l'amener accepter une sparation structurelle pour pouvoir bnficier du programme d'aides gouvernemental.

A terme, il pourra exister une tension entre la politique industrielle de l'Etat tendant favoriser le dploiement des rseaux de fibre optique et sa politique patrimoniale tendant prserver la situation de France Tlcom sur la boucle locale ...

Un scnario minimaliste consisterait constituer une socit de coinvestissement lambition mesure, susceptible de construire une boucle locale optique desservant quelques millions de mnages uniquement. Un tel scnario pourrait soit tre accept comme un moindre mal par loprateur historique soit tre mis en uvre en sappuyant uniquement sur les oprateurs alternatifs. Lampleur du projet est suffisamment faible pour ne pas mettre en danger la viabilit de loprateur historique, mme si celui-ci ny participe pas. Pour couvrir quatre millions de mnages, lapport par lEtat de 500 millions deuros en capital et denviron 1 milliard en prts bonifi un taux de quatre pourcents permet dquilibrer le plan daffaire dune socit projet monte avec des investisseurs privs, mme dans l'hypothse o seuls les oprateurs alternatifs taient clients du rseau. Nanmoins, ici encore, la rentabilit et donc la capacit de

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couverture du territoire est structurellement dgrade par la concurrence potentielle avec le rseau de loprateur historique. Organisation de monopoles locaux Dans lhypothse o il serait impossible darriver une structuration industrielle satisfaisante pour la construction du rseau optique, une version dgrade consisterait tenter dtablir, de fait, des situations de monopoles locaux limitant la duplication des rseaux. Ces monopoles locaux pourraient se constituer spontanment, si chaque oprateur se dployait sur une zone et louait le rseau dploy pas ses concurrents sur les autres territoires. En pratique, les oprateurs semblent tous dployer dans les mmes zones. Aucun accord n'a pu encore tre trouv en matire d'architecture de rseau permettant de garantir que le rseau dploy par chaque oprateur dans sa zone serait effectivement utilisable par ses concurrents. L'mergence de monopoles locaux peut ventuellement tre facilite par lorganisation dappels doffres rgionaux. Le laurat bnficierait davantages qui rendraient ensuite difficile la construction dun rseau concurrent par un autre oprateur, ds lors contraint de louer le premier rseau construit. En change des avantages accords, le laurat se verrait imposer des obligations de couverture et douverture de son rseau aux oprateurs concurrents, comme cest le cas pour les rseaux dinitiative publique dploys depuis 2004 par les collectivits. Le niveau daide publique sera proportionnel aux surcots imposs au laurat. Un mode de fonctionnement sous forme de guichet o le premier oprateur dployant dans une zone pourrait solliciter et bnficier d'une aide que n'obtiendraient pas les suivants pourrait aboutir au mme rsultat. Dans une approche maximaliste, les pouvoirs publics interviennent massivement en capital ou autres formes de financement dans la socit laurate. Le cas le plus extrme est lorganisation dun contrat de partenariat dans lequel les pouvoirs publics financent lintgralit ... ds lors, l'mergence de rseaux FTTH de la construction du rseau et peroivent lintgralit semi publics, concurrents du rseau cuivre des recettes potentielles. historique, dploys dans le cadre de

partenariats public priv et cofinancs par les collectivits, voire par l'Etat lui mme, n'est pas exclue

Economiquement, ce scnario nest pas aberrant puisquil revient faire porter le risque commercial au capital public, dont le taux de rmunration est moins lev que ce que demanderait un actionnaire priv pour un risque quivalent. En fait, il sagit sous un autre habillage, dun scnario proche du projet mis en uvre par le gouvernement australien. Il sagit intrinsquement dune renationalisation des rseaux. Compte tenu des montants en jeu, la sparation structurelle de loprateur historique, voire sa renationalisation, paraitrait plus efficace et sensiblement plus conome en argent public. Dans une approche minimaliste, les aides accordes sont des apports en capital, en prts bonifis ou en garantie demprunt, accordes loprateur laurat. Au premier

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abord, cela permet de mettre sur un pied dgalit les oprateurs alternatifs et loprateur historique dans le processus dattribution de ces contrats, ce dernier disposant dj de capitaux publics et donc dune quasi garantie demprunt. En fait, la situation nest pas symtrique. Loprateur historique peut soumissionner en tant quasiment certain de louer le rseau quil construira, moyen terme, ses concurrents. A linverse, ceux-ci ne peuvent tre certains que loprateur historique ne prfrera pas moderniser son rseau cuivre plutt que de louer le rseau tout optique construit par un ou plusieurs oprateurs alternatifs. Ce scnario minimaliste revient donc confier pour lessentiel la construction du rseau fibre loprateur historique. Celui-ci nayant que peu gagner, obtenir des aides en capital ou en garantie demprunt dont il dispose dj, les rsultats des appels doffres pourraient tre dcevants.

B) L E S T E C H N O L O G I E S A L T E R N A T I V E S
Comme cela a t vu prcdemment, le principal obstacle au dploiement de la boucle locale optique rsulte de sa concurrence avec le rseau cuivre modernis de loprateur historique et, dans une moindre mesure, avec les technologies hertziennes de quatrime gnration. Loptimum conomique, pour la zone de monopole naturel, serait de confier le dploiement de ces diffrentes technologies une seule et mme structure, charge de fournir des offres de gros non discriminatoires tous les oprateurs. Cette structure pourrait tre la filiale de loprateur historique en charge des rseaux en cas de sparation structurelle, ou une nouvelle socit en charge du trs haut dbit. Les arbitrages entre le dploiement des diffrentes technologies suivant les zones pourraient tre internaliss, rduisant les risques de concurrence intermodale et favorisant les complmentarits gographiques. La constitution dune telle structure globale est loin d'tre garantie et la question se pose de la rgulation de la concurrence ou des complmentarits entre les futurs rseaux optiques, le rseau cuivre modernis et les futurs rseaux hertziens. Le rseau cuivre tlphonique La modernisation du rseau mtallique permet une augmentation significative de la qualit de service un cot moindre que celui dun rseau tout optique, dans un dlai plus court. Cette modernisation tend exclure le dploiement, sur la mme emprise, dun rseau tout optique. Les financements publics de la modernisation du rseau tlphonique devraient donc se concentrer sur les zones pour lesquelles le dploiement dun rseau Il sera ncessaire de veiller ce que les prix optique nest pas envisag au cours de la prochaine pratiqus pour la location de fourreaux et dcennie.

les concours publics mobiliss ne dcouragent pas les dploiements fibre

Par ailleurs, les rseaux tout optiques seront en partie dploys dans les fourreaux de France Tlcom, qui

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accueillent dj le rseau tlphonique. Il conviendra de sassurer que le tarif doccupation appliqu la fibre optique ne la dsavantage pas vis--vis du cuivre. Ce tarif est actuellement fond sur une clef dallocation technique, proportionnelle la surface des cbles optiques dploys. Il nest pas vident que la mme formule soit applique de manire non discriminatoire pour les cbles en cuivre. Une tarification alternative pourrait tre envisage, fonde sur une clef dallocation conomique. Les redevances doccupation de la fibre et du cuivre seraient fixes en fonction du nombre de clients ou du chiffre daffaires gnr par chaque technologie. Le choix dune clef dallocation conomique a le double mrite de faciliter au dmarrage le dploiement de la fibre optique et dviter ensuite les effets de cliquet, lors de la rduction du nombre dabonns cuivre, puis lors du dmontage du rseau tlphonique, dici une deux dcennies. Enfin, il pourrait tre tentant dimposer un page sur le cuivre, pnalisant les oprateurs et les abonns lutilisant, afin de les inciter basculer sur des liaisons optiques. Les recettes du page pourraient tre ralloues la construction du rseau optique. Le Royaume Uni a ainsi rcemment mis en place une taxe sur les abonns haut dbit. Il nest pourtant pas conseill de taxer spcifiquement un bien ou un service dont on veut dvelopper lusage. Or le taux de pntration du haut dbit est en France encore bien infrieur celui des pays les plus avancs, et notamment ceux du nord de lEurope. De la mme manire, il pourrait tre envisag daugmenter le tarif du dgroupage pour inciter les oprateurs alternatifs dployer des rseaux optiques. Comme nous lavons vu prcdemment, le principal frein au dploiement des rseaux optiques par les oprateurs alternatifs provient du refus de loprateur historique de participer des projets de coinvestissement. Augmenter le tarif du dgroupage naurait donc que peu dincidence. En outre, la dmarche consistant augmenter la rente de monopole cuivre de loprateur historique en consquence de son refus de dployer des boucles locales optiques paraitrait trange, voire contestable. Les technologies hertziennes Les technologies hertziennes de nouvelle gnration dployes dans la bande du dividende numrique seront susceptibles de supporter des offres haut dbit de bonne qualit et, sous rserve Les frquences du dividende numrique de faible densit de population, des offres trs haut reprsentent un enjeu majeur pour dbit, diffusion audiovisuelle haute dfinition exclue.

l'amnagement du territoire et le trs haut dbit en zones rurales

Les technologies hertziennes sont moins perturbatrices pour le dploiement de la fibre que la modernisation du rseau cuivre, et paraissent plus complmentaires que concurrentes de la fibre optique. Leur performance est en effet inversement proportionnelle la densit, le dbit dune station de base tant partag entre les utilisateurs un instant donn : en zone relativement dense, les technologies hertziennes ne pourront pas dstabiliser durablement le march du trs haut dbit filaire, car le rseau

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hertzien ne pourrait supporter un grand nombre dabonns consommant beaucoup de dbit ; la densification du rseau y est en outre devenue difficile compte tenu de laversion des riverains limplantation de nouvelles antennes ; en zone rurale, les technologies hertziennes peuvent a priori supporter des services trs haut dbit performants ; dans ces zones, au-del de quatre vingt pourcents de couverture, la fibre optique ne peut se dployer sans concours publics massif ; le risque de dissuasion par l'hertzien de linvestissement priv dans la fibre optique nexiste donc pas.

Il semblerait ds lors naturel que les pouvoirs publics intgrent largement le dploiement des futures technologies hertziennes dans leur vision du dploiement du trs haut dbit sur le territoire national. Lenjeu du futur appel doffre pour lattribution du dividende numrique pourrait autant tre la couverture du territoire que laugmentation de lintensit concurrentielle et du dbit en zone dense. Un scnario consisterait rserver au sein du dividende numrique un lot de frquences pour l'amnagement du territoire. Son attribution serait conditionne une obligation de couverture de la totalit du territoire et la formulation d'une offre de gros permettant tous les oprateurs de fournir leurs services haut dbit sur ce rseau. Ces offres de bande passantes en gros sont techniquement possibles, et sont classiquement appeles offres de roaming data ou offres daccs Full MVNO data. Loprateur en charge du dploiement naurait pas le droit de commercialiser les accs sur le march de dtail, afin de ne pas entrer en concurrence avec ses clients oprateurs. Il serait ainsi possible de structurer le trs haut dbit hertzien en zone rurale en monopole de fait, en change dobligations de couverture et douverture du rseau leves. Ce qui apparait aujourdhui difficile raliser, en matire de structuration industrielle, pour les rseaux fixes peut tre mis en place pour les rseaux mobiles de prochaine Un lot de frquences pourrait ainsi gnration en bande basse, et pour la zone rurale.

tre attribu sous conditions de couverture quasi intgrale du territoire et doffre de gros ouverte tous les oprateurs de dtail

La question dun ventuel allotissement du dividende numrique non pas en bande de frquences mais de manire gographique pourrait se poser. Il pourrait sagir dun allotissement rgional ou dune segmentation entre zones urbaines et zones rurales. Lexprience de la dernire dcennie a montr que lallotissement gographique des frquences conduisait systmatiquement un chec industriel. Lattribution d'un lot de frquences destin l'amnagement du territoire mais couvrant l'intgralit du territoire national parait prfrable. Un autre lot pourrait tre mis aux enchres, sans tre assorti d'obligations de couverture contraignantes.

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C) A I D E S N O N F I N A N C I E R E S

Planification territoriale La mise en place de schmas directeurs damnagement numrique lchelle dpartementale ou rgionale, telle que prvue par la relative la lutte contre la fracture numrique dpose par le snateur Pintat devraient permettre aux pouvoirs publics de formaliser leurs prvisions et attentes en matire de dploiement haut et trs haut dbit sur le territoire. La circulaire du Premier ministre du 31 juillet 2009 anticipe ce mouvement, en demandant dores et dj aux prfets de susciter llaboration de documents de planification stratgique. Il existe deux chelles pertinentes pour dvelopper une vision territoriale du dveloppement des rseaux trs haut dbit. L'chelle de la rgion ou du dpartement est ncessaire pour identifier les zones o une initiative prive est probable et celles dans lesquelles une intervention publique sera ncessaire pour favoriser le dploiement du rseau. Il sera utile d'laborer une stratgie territoriale visant privilgier, zone par zone, le soutien au dploiement des rseaux fibre, le soutien la modernisation du rseau cuivre ou le soutien au dploiement des rseaux hertziens de nouvelle gnration. De manire plus oprationnelle, une analyse rgionale ou dpartementale devrait permettre d'identifier les barreaux interurbains sur lesquels les oprateurs ne disposent pas de fibre optique disponible et le cas chant d'y planifier la pose de fourreaux ou de fibres en attente lors des oprations d'enfouissements de lignes ariennes ou de rfection de voiries interurbaines. Compte tenu des chelles de temps prvisionnel du dploiement du trs haut dbit, lhorizon de ces schmas devrait tre compris entre dix et vingt ans, avec une ractualisation priodique. Ce type de documents pourrait, terme, tre repris et constituer une annexe des schmas de cohrence territoriale. En aval, une rflexion une chelle plus fine, typiquement la maille de la commune, de la communaut de communes ou de l'agglomration, peut galement s'avrer ncessaire pour prparer le dploiement des rseaux optiques. A cette chelle, il est possible grce des schmas dingnierie trs haut dbit d'identifier la maille de la rue l'existence de fourreaux disponibles ou saturs, dans le cadre du droit dinformation dont disposent dsormais les collectivits, et d'identifier les secteurs o les rseaux sont ariens, sur poteaux ou en faade. Instaur un lien entre ces schmas directeurs et les oprations et rgles durbanisme serait ainsi naturel. Oprations et rgles d'urbanisme Des infrastructures tels que des fourreaux et des chambres de tirage peuvent tre dployes en attente, c'est dire en avance de phase par rapport l'arrive

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effective des rseaux trs haut dbit. Ces infrastructures permettent une diminution ultrieure des cots de dploiements. Les opportunits de pose d'infrastructures en attente sont lies aux travaux de grande ampleur, typiquement l'effacement du rseau lectrique sur l'ensemble d'un quartier, une opration de renouvellement urbain ou l'enfouissement d'une ligne lectrique interurbaine. En revanche, hors cas particulier, la pose des segments de quelques dizaines ou centaine de mtres de fourreaux est inutile car ils s'avreront difficiles grer et vraisemblablement inexploitables par les oprateurs. Dans le pass, les rseaux du tlphone et du cble ont en grande partie t dploys en faade. Le rseau tlphonique franais est encore pour un quart enterr et pour trois quarts arien. Les plans locaux durbanisme interdisent aujourdhui souvent ce mode de dploiement. Surtout, en l'absence de servitude de passage, le rseau ne peut tre dploy en faade qu'aprs les accords formels de tous les bailleurs et coproprits de la rue, ce qui est long et coteux, voire impossible. A droit et pratiques constantes, la fibre ne sera donc probablement pas dploye dans les rues o les rseaux sont actuellement dploys en faade. Pour lever ce blocage, l'instauration de servitudes de passage par les pouvoirs publics peut tre ncessaire. Les maires disposent aujourd'hui de la facult d'instaurer une servitude sur le domaine priv, mais sont fort logiquement rticents l'utiliser. Une certaine forme d'automaticit, l'instauration d'un droit de recours des oprateurs ou un transfert de responsabilit subsidiaire vers le prfet pourrait permettre de faciliter l'tablissement de ce type de servitudes. Par ailleurs, le dploiement des rseaux optiques suppose l'installation de points de mutualisation, qui constituent en gnral des points de brassage dans le rseau. Pour les premiers dploiements dans les plus grandes agglomrations, ces points de mutualisation ont t installs soit dans les immeubles de grande taille soit dans des locaux privs spcifiquement achets cet effet. Aucun de ces deux modes de dploiement n'est soutenable grande chelle et en zone de moindre densit. Il sera donc probablement ncessaire d'installer des armoires de brassage et de mutualisation sur le domaine public. Ces armoires auront vraisemblablement des caractristiques proches des sous rpartiteurs tlphoniques, qui sont des armoires de brassage du cuivre, occupant environ un mtre carr au sol et Il sera probablement ncessaire de permettant de desservir entre deux et cinq cents dployer des armoires de mutualisation et mnages. de brassage de la fibre optique sur le

domaine public. Un dialogue entre collectivits et oprateurs serait utile

En vertu de larticle L.113-3 du code de la voirie routire, les ouvrages de tlcommunications disposent simplement dune possibilit, mais non d'un droit, doccupation au sol de la voirie. Le gestionnaire de la voirie, dans la majorit

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des cas la Commune, dispose du pouvoir de refuser une implantation. Les maires sont en gnral hostiles l'installation d'quipements sur le domaine public, qui risque d'en rendre plus difficile l'entretien ou de gner la circulation pitonne. L'instauration d'un droit d'occupation du domaine public, en surface, au bnfice des oprateurs paraitrait disproportionne. Il pourrait en revanche tre demand que, dans le cadre de llaboration des schmas directeurs, les gestionnaires de voirie (communes et intercommunalits principalement) identifient les emplacements possibles dimplantation de SRO, permettant ainsi aux oprateurs de les intgrer dans leurs plans de dploiement. Cette identification permettra de prparer avec le ou les oprateurs, dans le cadre de llaboration des schmas directeurs : l'tablissement de servitudes de passage sur le domaine priv dans certaines rues pour le dploiement de rseaux en faade ou la programmation doprations d'enfouissement coordonn des rseaux existants et futurs ; l'identification d'emplacements dans lesquels les oprateurs seraient susceptibles d'installer, sur le domaine public, des armoires de brassage de la fibre optique permettant la mutualisation du rseau.

A terme, il paraitrait relativement naturel d'annexer au plan local d'urbanisme un document graphique, ralis dans le cadre de llaboration dun schma directeur dagglomration, localisant les ventuelles servitudes de passage en faade et les lieux d'implantation privilgis des futures armoires de brassage de la fibre optique. Commande publique Le levier de la commande publique a t utilis plusieurs reprises pour faciliter le dploiement des rseaux, en France et l'tranger. Les collectivits peuvent par exemple passer un march pour faire raccorder une partie des btiments publics un rseau trs haut dbit. Le rseau ainsi construit peut ensuite tre rutiliss par les oprateurs pour desservir, cot incrmental, les logements situs proximit. Au stade actuel de dveloppement du march du trs haut dbit, ce levier est vraisemblablement inefficace. Les oprateurs concentrent leurs investissements dans les plus grandes villes afin d'y viter une premption du march par leurs concurrents. Ils n'investiraient pas pour quiper en fibre des logements situs en zone peu dense, mme si ceux taient proximit immdiate de rseaux optiques existants et donc trs peu coteux raccorder. Enfin, le parc de logements sociaux est en gnral dense, car form dimmeubles de grande taille. Il est donc rentable pour les oprateurs d'y dployer de la fibre optique. Les collectivits disposant d'un parc de plusieurs milliers de logements sociaux sur leur territoire peuvent organiser un appel d'offres group, visant slectionner un oprateur en charge de l'quipement en fibre de ce patrimoine. Si le parc est consquent et relativement proche des rseaux existants, les oprateurs ne demanderont pas de compensation financire. L'oprateur laurat pourra, aprs

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avoir dploy son rseau, desservir plus facilement le parc immobilier priv environnant.

D) A I D E S E N C A P I T A L E T E N P R E T

La prise de participations minoritaires au capital de socit Le projet de la ville d'Amsterdam, valid par la Commission europenne, a illustr lutilit, pour les pouvoirs publics, dintervenir en tant quactionnaire minoritaire dune socit constitue avec des investisseurs privs et qui a pour objet dtablir et de dployer Une prise de participation publique une boucle locale optique mise disposition de tous minoritaire au capital d'un oprateur les oprateurs.

dployant de la fibre optique fournit un bon poste d'observation avant, le cas chant, d'intervenir en aides compensatoires de services dintrt conomique gnral.

Une prise de participation publique au capital d'une socit n'entre en effet pas dans le champ des aides d'Etat, ce qui vite un risque de veto communautaire. Les lignes directrices publies par la Commission europenne en septembre 2009 en matire d'aides au dploiement du trs haut dbit lont confirm. En outre, elles autorisent d'autres modes d'intervention, mme en zone relativement dense, comme cela sera vu plus loin. Le principal intrt d'une prise de participation en capital est de procurer aux pouvoirs publics une position d'observation sur l'conomie et la dynamique de dploiement du trs haut dbit ainsi qu'une certaine influence sur la gouvernance du projet. Le cot d'intervention est nul puisque le capital public immobilis est rput un taux normal, identique celui des actionnaires privs. Au regard des incertitudes actuelles sur le dveloppement du trs haut dbit, la participation publique au capital de socits en charge du dploiement de rseaux passifs de fibre est une approche raisonnable. Si ces premiers dploiements s'avrent rentables, les bnfices raliss par les pouvoirs publics pourront tre rinvestis en financements dans les zones plus rurales. Surtout, les pouvoirs publics auront eu une place leur permettant de monter en comptence et en connaissance sur l'conomie du trs haut dbit, avant de basculer vers une logique de partenariat public-priv. L'Etat est d'ores et dj actionnaire de l'oprateur historique, dtenant le quart de son capital. Cette participation ne semble toutefois pas dcisive pour amener France Tlcom dployer un rseau optique neutre et ouvert tous les oprateurs sur une large partie du territoire. Dans l'hypothse de la cration d'une autre structure, trois voies permettent denvisager une prise de participation minoritaire des pouvoirs publics dans une socit prive : A loccasion de la discussion de la proposition de loi relative la fracture numrique dpose par le Snateur Pintat, un amendement autorisant la prise

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de participations minoritaires de collectivits au capital de socits ayant pour objet de dployer des infrastructures et rseaux trs haut dbit a t adopt. La collectivit se comporte alors comme un investisseur avis, mais participe la gouvernance de la socit et l'laboration de son plan de dploiement. L'Etat est susceptible de prendre une participation minoritaire dans une socit de droit priv. L'Etat intervient relativement frquemment sous cette forme, pour stabiliser une socit ou s'assurer un certain contrle sur une activit juge stratgique. Les modalits fixes par les statuts ou le pacte d'actionnaire jouent un rle dterminant pour la dfinition des objectifs du projet et de sa gouvernance. La notion de partenariats publics privs institutionnels permet une collectivit ou lEtat de prendre une participation au capital d'une socit ad hoc retenue lissue dune procdure de mise en concurrence, pour tablir et exploiter un rseau. Dans ce schma, les pouvoirs publics octroient en gnral une participation, permettant d'quilibrer le plan d'affaire et d'atteindre les objectifs de l'appel d'offre initial. En contrepartie, ils disposent d'un double contrle contractuel et capitalistique sur la socit. Ce mode dintervention a t jug compatible avec le droit communautaire de la commande publique par une communication de la Commission europenne de fvrier 2008, mais il reste encore intgrer pleinement dans le droit franais. Le rgime des contrats de partenariats exclut en effet expressment une prise de participation de la personne publique dans le capital de la socit laurate. Ensuite, dans une dlgation de service public, cela serait envisageable, a priori, si la prise de participation minoritaire dune collectivit au capital dune socit ayant pour objet de dployer un rseau trs haut dbit, voque ci-dessus, tait dfinitivement entrine par le lgislateur. Cela est enfin en tout tat de cause possible pour une socit dconomie mixte capital public majoritaire, mais une telle opration a moins dattrait pour un oprateur priv.

Pour l'oprateur priv, le principal avantage d'ouvrir son capital aux pouvoirs publics est de bnficier d'une garantie implicite ou explicite de la dette de la socit projet. Si plusieurs investisseurs privs sont prsents, chacun peut tre suffisamment minoritaire pour ne pas avoir consolider les rsultats et la dette de la socit projet. Dans cette hypothse toutefois, la garantie publique peut tre interprte comme une aide d'Etat. Alternativement, l'octroi direct d'un prt peut tre envisag, par exemple dans le L'oprateur priv obtient une garantie de cadre d'un futur grand emprunt national. Le cot pour la dette du projet par les pouvoirs publics les pouvoirs publics est plus lev que le simple octroi et donc un abaissement de son taux d'une garantie d'emprunt. d'emprunt. Leffet levier sur l'quilibre

conomique et donc l'extension possible des dploiements est important

Le schma ci-contre illustre l'effet levier d'un emprunt taux faible. Nous reprenons l'hypothse de la partie II, en supposant que la disposition cumule des trois

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principaux oprateurs investir est de 450 euros par prise. Avec un taux de rentabilit interne de 10%, ce qui est classique pour un oprateur, cette dpense est quivalente un cot de location de 4,5 euros par mois et par prise.

+ 45 %

Disposition investir 450

Possibilit de construire Avec TRI 10% Location 4,5 par mois Avec TRI 5% 660

Chaque que oprateur louerait le rseau construit par une socit projet un tarif de 1,5 euros par prise, soit 180 millions deuros par an si la socit a construit dix millions de prises. A titre de comparaison, les oprateurs alternatifs verseront en 2010 environ 1 milliards deuros France Tlcom au titre du dgroupage. La socit projet dispose d'un capital propre rmunr 10% et de quatre fois plus de dette 4%. Son taux de rentabilit interne est donc de l'ordre de 5%. Cette socit peut construire de manire rentable des prises cotant jusqu' 660 euros. L'effet levier de la dette faible taux sur le cot des prises pouvant tre construites est donc de l'ordre de 45%. En investissant de manire coordonne dans le rseau, les trois oprateurs auraient t capables de couvrir 9 millions de mnages. En levant de la dette faible taux, garantie par l'Etat, ils peuvent couvrir jusqu' 14 millions de mnages.

E) A I D E S E N A P P O R T S P U B L I C S
Les concours financiers ventuellement apports par les pouvoirs publics recouvrent une large gamme de modes d'intervention. Il peut dabord s'agir d'aides directes aux entreprises. Dans ce cas, les aides peuvent avoir une rentabilit indirecte sur l'emploi ou, d'un point de vue Des apports publics (DSP, PPP, marchs financier, sur les recettes fiscales. Dans le cadre du de travaux) seront indispensables pour dploiement des rseaux dinitiative publique de dployer le trs haut dbit en dehors larticle L.1425-1 du code gnral des collectivits des centres urbains territoriales, les aides ont pour l'essentiel t attribues dans le cadre de dlgations de service public ou de contrats de partenariats, formes qui donnent aux personnes publiques de vritables contreparties patrimoniales au versement de leurs concours financiers. Le matre

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d'ouvrage public peroit l'intgralit des recettes commerciales en contrat de partenariat et une partie de celles-ci en concession, par l'intermdiaire de clauses de retour meilleure fortune. En outre, il sera au terme du contrat propritaire du rseau et pourra l'exploiter. D'un point de vue conomique, ces aides s'apparentent alors un investissement public direct rentabilit diffre. Les lignes directrices de la Commission europenne de septembre 2009 ont confirm la possibilit daccorder, aux oprateurs dployant des rseaux dinitiative publique trs haut dbit, des versements ayant pour objet de compenser les surcots induits par les missions de service public qui leur sont imposes. La Commission a ainsi affirm que, linstar du haut dbit, ltablissement et lexploitation de rseaux trs haut dbit constitue bien un service dintrt conomique gnral (SIEG). Loctroi de compensations dtermines dans les conditions prvues par larrt Altmark de la Cour de justice des communauts europennes de 2003 est donc possible. Ces lignes directrices prcisent toutefois, en fonction des territoires concerns, les prcautions prendre avant de dcider de lancer un projet soutenu par des fonds publics. Sur les zones blanches, qui ne verront a priori, aucun rseau tre spontanment dploy par linitiative prive, les rgles dintervention demeurent souples. Sur les zones grises (au moins un rseau trs haut dbit projet par les oprateurs privs) ou noires (au moins deux), il sera au pralable ncessaire de demander aux oprateurs leurs projets de dploiement sur les trois ans venir, calendrier et plan de financement lappui. En outre, une dmonstration des insuffisances de la seule initiative prive, en termes de niveau de concurrence, de services et de tarifs, est requise. Cela autorise, comme la Commission la fait pour le Dpartement des Hauts-deSeine, une intervention publique couvrant galement la zone 1 circonscrite par lARCEP et organisant une prquation interne entre zones rentables et non rentables. Au vu du cot de dploiement dun rseau optique sur certains territoires, on peut sinterroger, pour respecter les lignes directrices et le principe duniversalit de couverture induit par la notion de SIEG, sur lexistence dune obligation de desserte, par une mme technologie, de lintgralit du ressort territorial de la collectivit qui agit. Sur ce point, il nexiste pas de principe intangible. Si la notion de SIEG induit, en matire dindustrie de rseaux, une couverture territoriale tendue, justement pour permettre la prquation tarifaire, elle nimpose pas une logique de tout ou rien . En matire de haut dbit, la Commission a par exemple qualifi de SIEG les projets du Dpartement des Pyrnes-Atlantiques et du Syndicat mixte Dorsal, en Limousin, alors quils noffraient pas un accs haut dbit identique sur lensemble des zones rurales couvertes.

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Pour le trs haut dbit, un quilibre la fois territorial et financier devra tre recherch pour tout projet ayant comme ambition de couvrir des agglomrations et des zones rurales, afin dassurer un minimum de prquation. Cela tant, il est possible de justifier de traiter diffremment certaines zones au vu des cots induits par leur desserte optique, par exemple en leur offrant dans un premier temps une modernisation de la boucle locale en cuivre ou une couverture hertzienne. Lchelle de temps de construction dune boucle locale stalant sur dix vingt ans, il serait conomiquement aberrant de nautoriser loctroi daides que pour les projets assurant une couverture complte et immdiate du territoire. Enfin, la Commission europenne requiert que tout rseau tabli grce des fonds publics soit ouvert tous les oprateurs, en insistant notamment sur le caractre vertueux de la mise disposition de fibres nues, sans toutefois limposer. En droit franais, cela ne pose pas de difficults pour les collectivits, larticle L.1425-1 du code gnral des collectivits privilgiant lintervention sur le march de gros. En revanche, pour des aides qui seraient attribues directement par lEtat aux oprateurs, une rflexion sur le support juridique des contreparties imposes sera ncessaire. En tout tat de cause, une politique ambitieuse de soutien de l'Etat et/ou des collectivits au trs haut dbit devrait faire lobjet dune notification, la Commission europenne, dun rgime daide spcifique prenant en compte ces lignes directrices. Une telle notification assurera la scurit juridique de la politique gouvernementale et permettra de faire l'conomie dune notification particulire de chaque projet, la fois longue et lourde pour les autorits qui les portent. Dans tous les scnarii prcdemment voqus, sauf peut tre la sparation structurelle de loprateur historique, le besoin de financement public pour le dploiement du trs haut dbit filaire en zone rurale est irrductible. Les aides visant un amnagement numrique du territoire sont actuellement apportes par les collectivits territoriales avec des financements europens. Les sources de financement sont donc pour l'essentiel les impts locaux, fonciers et la taxe professionnelle. Il s'agit d'un prlvement sur une base large, ce qui est conomiquement efficace. Dans l'hypothse o les pouvoirs publics souhaiteraient se doter d'un fond de prquation venant complter ou abonder l'action des collectivits, la prsente partie sattache proposer des mcanismes et la structuration institutionnelle envisageables pour la collecte et lattribution des financements. Sources de financement La source de financement la plus efficace, ainsi qu'voque prcdemment, est le budget gnral des collectivits ou de l'Etat. A titre d'exemple, le seul rinvestissement par l'Etat des dividendes qu'il peroit en tant qu'actionnaire de l'oprateur historique lui permettrait de financer, en vingt ans, le dploiement de la boucle locale optique sur l'ensemble du territoire.

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L'instauration de nouvelles taxes sur les acteurs des communications lectroniques est aussi voque de manire rcurrente, notamment pour financer le dploiement de la fibre optique. Le secteur des tlcommunications, au sens large, compte une multiplicit d'industriels et d'acteurs : oprateurs, quipementiers, entreprises de gnie civil, fournisseurs de contenus et de services et, Le besoin de financement est relativement bien videmment, les clients, rsidentiels et modeste, de quelques centaines de professionnels.

millions par an. Il peut tre couvert par une taxe opportuniste

Lever un impt supplmentaire sur des biens ou services dont les producteurs et fournisseurs sont en concurrence l'chelle mondiale, ou qui peuvent tre dlocalises dans un autre pays, peut tre contreproductif. Il semble donc difficile d'instaurer une taxe sur les quipementiers ou sur les diteurs de services en ligne. Une exception serait toutefois justifie pour les jeux en ligne, pour lesquels une rglementation plus stricte peut imposer aux acteurs actifs sur le march franais une prsence nationale permettant une taxation spcifique. Les entreprises de jeux en ligne sont des bnficiaires potentiels du dploiement du trs haut dbit et pourraient tre imposs ce titre. Ensuite, les oprateurs, les entreprises de gnie civil et les clients finals seront les principaux bnficiaires du remplacement des rseaux cuivre par les rseaux optiques. Un prlvement spcifique pourrait tre impos aux oprateurs, sur le modle de la taxe finanant le service public audiovisuel. Un impt nouveau sur les entreprises de gnie civil n'est pas vident cibler, car toutes ne sont pas actives dans le domaine du dploiement des rseaux. Enfin, sur le modle du Royaume-Uni prcdemment voqu, ou encore de la contribution au service public de llectricit, il est possible de taxer les clients finals en prlevant une somme de quelques euros par mois sur les consommateurs de service haut dbit, ou plus gnralement aux consommateurs de services de communications lectroniques, en incluant ventuellement les abonnements la tlphonie mobile. Compte tenu de la gnralisation et du caractre quasi indispensable des services tlcoms, un tel prlvement serait proche d'un impt obligatoire. Le besoin de financement public est d'environ 500 millions d'euros sur les vingt prochaines annes avec un dploiement utilisant les technologies alternatives la fibre pour les zones les plus rurales. Les fonds de lEtat viendraient en complment des investissements des collectivits, qui s'lvent en moyenne 200 millions deuros par an sur les dernires annes. Un plan de financement possible pourrait tre le suivant.
Fonds national damnagement numrique Fond national damnagement numrique

Investissements des collectivits (niveau actuel +50%)

Subvention EtatEtat fonde Financement sur une taxe opportuniste (taxe opportuniste) (jeux en ligne)

Investissement rentable de lEtat en capital et en prts bonifis

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La participation de l'Etat pourrait, alternativement, tre remplace par l'octroi d'un crdit d'impt proportionnel aux investissements raliss par les oprateurs pour dployer du trs haut dbit en zone peu dense. Un mcanisme similaire existe dj pour les cbles sous marins. Les diffrentes sources de financement de lEtat, en capital en prts et sous toutes formes de concours, pourraient tre gres par le fonds national damnagement numrique institu par la proposition de loi du Snateur Pintat. Ensuite, il reviendrait ce fonds daccorder diffrents types daides en fonction des projets et des territoires concerns. Structuration institutionnelle La diversit des acteurs publics intresss, lEtat et tous les chelons de collectivits, implique une structure institutionnelle d'allocation des concours financiers proche de celle mise en place pour le dploiement du rseau de distribution lectrique (FACE) ou pour les rseaux dassainissement (FNDAE). Une dconcentration de la prise de dcision pourrait aussi tre organise, mais ne saurait se traduire par une tutelle entre collectivits, ce qui milite pour rserver lEtat, par le biais du prfet de rgion, au moins un rle darbitre en cas de difficult. La prsence de certains oprateurs au comit de gestion de ce fonds ne parait pas indispensable, d'autant plus qu'ils pourraient tre bnficiaires des fonds accords. En revanche, il paraitrait utile, au moins les premires annes, que le fonds s'appuie sur un conseil scientifique indpendant des oprateurs et permettant de garantir que les rseaux financs seront bien utilisables par tous les oprateurs trs haut dbit pour fournir leurs services. Compte tenu des difficults rencontres ces deux dernires annes par les oprateurs pour sentendre sur des principes communs de mutualisation, une action nergique de lEtat sur ce point devient indispensable, au risque de voir se dployer des rseaux ntant utilisables que par leur propritaire.

F) B E S O I N E T S C E N A R I O D I N T E R V E N T I O N P U B L I Q U E
Le besoin de financement public dpendra de l'ambition fixe pour les dploiements. Dans cette partie, nous ferons l'hypothse d'un objectif de couverture en fibre de quatre-vingts pourcents des mnages et entreprises. Les derniers vingt pourcents sont couverts par les technologies alternatives d'quipement de la sous boucle locale cuivre et de rseaux hertziens de prochaine gnration. L'investissement total est de l'ordre de 18 milliards deuros, dont 15 milliards pour la fibre. La capacit de financement du secteur priv est estime 450 euros par prise optique, soit 150 euros par oprateurs avec trois oprateurs cofinanceurs ou clients de l'infrastructure. En revanche, la capacit de financement pour l'quipement en dbit de la sous boucle est quasi nul. Finalement, nous faisons l'hypothse que le secteur priv prendra en charge intgralement les cots de dploiement des rseaux

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mobile hertzien de prochaine gnration. Des obligations de couverture ambitieuses peuvent tre fixes lors de l'attribution de la licence. Le besoin total de financement est d'environ 8 milliards d'euros. Les pouvoirs publics peuvent en outre accorder des prts taux bonifis, des apports en capital ou des garanties d'emprunts pour acclrer les dploiements. Le volume de capitaux publics octroys sous forme de prts dpend en grande partie du montage. Si l'Etat proposait des prts maturit longue, une quinzaine d'annes, un taux bonifi attractif pour les oprateurs, y compris l'oprateur historique, le besoin total pourrait tre de l'ordre de 8 milliards d'euros galement. Ce volume peut tre diminu si une partie des prts sont remplacs par des garanties d'emprunts. Le graphique ci-aprs reprsente la ventilation des cots et besoins en capital, prts et financements, sous hypothse que les oprateurs couvrent quatre vingt pourcents de leurs dpense avec des prts taux bonifis.
Couverture cumule 20 % 40 % 60 % 80 % 100 %
3 Mds 1,5 Mds 2,5 Mds 4 Mds 4,5 Mds 7 Mds
En pointill, la dpense dun rseau intgralement en fibre optique, soit 15 Mds, essentiellement en subvention

Le besoin de financement public est de 8 milliards d'euros sur la dure du cycle d'investissement

Cots, et interventions publiques par tranche Capitaux priv Capital public et prts bonifis Financements publics

Fibre jusqu labonn

Il parait raisonnable d'envisager un cycle d'investissement sur une vingtaine d'annes, soit sur une chelle de temps comparable celle qui a t ncessaire pour dployer le rseau tlphonique. Un tel cycle d'investissement est en outre compatible avec les dlais de lancement des projets par linitiative prive ou publique ainsi quavec les capacits de financement de tous les principaux oprateurs. Un cycle d'investissement plus rapide pourrait tre risqu en termes industriels et entrainer une consolidation du march, les acteurs les plus petits n'tant pas en mesure de suivre le rythme. En retenant un cycle d'investissement en cloche, identique celui de la boucle locale cuivre, nous pouvons estimer le besoin de financement annuel. Le graphique ciCycle dinvestissement et interventions publiques annuelles en millions deuros contre n'a qu'une valeur illustrative. Le profil d'investissement rel dpendra des dispositifs de soutien publics mis en place, de l'apptence des consommateurs pour les services trs haut dbit et de la capacit des oprateurs montiser ces services.
1400

Financements publics

1200

Capital public et prts Acteurs privs

1000

800

600

400

200

2010

2011

2012

2013

2014

2015

2016

2017

2018

2019

2020

2021

2022

2023

2024

2025

2026

2027

2028

2029

Les besoins de financements publics sont infrieurs 500 millions d'euros par an. En anticipant une lgre augmentation des financements octroys par les collectivits

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sur la priode, le besoin de financements de l'tat est de l'ordre de 200 millions deuros par an. Ce besoin de financement pourrait tre couvert par le budget gnral ou : par un financement extra-sectoriel, prenant par exemple la forme dune taxe sur les jeux en lignes ; actuellement, les jeux dargents rapporte 5 milliards par an ltat ; le potentiel de croissance de loffre lgale en ligne est encore inconnu ; par un financement intra-sectoriel, prenant vraisemblablement la forme dune nouvelle taxe sur les oprateurs ; le niveau en serait lgrement infrieur celui de la taxe finanant la suppression partielle de la publicit sur France Tlvision.

Le besoin de financement public est de l'ordre de 500 M par an. Des prts ou dotations en capital pourraient tre accords pour un volume quivalent.

Le besoin dintervention en capital et prts taux bonifis est du mme ordre de grandeur, soit 500 millions par an. Il convient de noter que ces apports en capital et en dette ne correspondent pas des dpenses relles, le capital pouvant tre rmunr dix pour cent et la dette tre propose un taux lgrement suprieur celui auquel l'Etat emprunte pour ses propres besoins. Les intrts du capital et de la dette publique pourraient rapporter un deux milliards deuros sur la priode. Le plan de financement public global pourrait tre le suivant.
Fonds national damnagement numrique Fond national damnagement numrique
Investissements des collectivits (niveau actuel +50%) 300 M / an
Financement Subvention Etat (taxe opportuniste) opportuniste) (taxe

Investissement rentable de lEtat en capital et en prts bonifis < 500 M / an

200 M / an

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A NNEXE 1 C OUTS
DE DEPLOIEMENT DES RESEAUX TRES HAUT DEBIT

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I- DONNEES SOURCES

Nous avons utilis la base de donnes gographique BD TOPO de lIGN et notamment aux couches suivantes : Voirie : typologie et nature de revtement Btiments : polygone et hauteur Limites administratives

Ces informations constituent un ensemble de 18,3 millions de btiments et de 2,7 millions de km de routes lchelle nationale. Il sagit des briques lmentaires de la base pour la constitution du modle de cot dune boucle locale optique. Par ailleurs, nous avons utilis la base de donnes IRIS sur les logements afin de qualifier les btiments entre pavillons et immeubles.

II- DEFINITION DE LECHANTILLON

Au vu du nombre consquent dlments traiter, nous avons procd un chantillonnage reprsentatif denviron 10% de la France mtropolitaine. Le niveau danalyse a t fix la maille de larrondissement. On rappelle que larrondissement est une subdivision territoriale des dpartements franais. On compte 329 arrondissements en France mtropolitaine. Quatre critres ont t retenus pour sassurer de la reprsentativit des arrondissements retenus : Le linaire moyen de voirie par logement sur larrondissement Le taux de logement en habitat collectif sur larrondissement La densit de logements au km de larrondissement La dclivit de larrondissement (diffrence d'altitude en son sein)

Le choix des arrondissements reprsentatifs doit donc permettre la fois de respecter critre par critre la moyenne de ces diffrents paramtres lchelle nationale, mais aussi de pouvoir disposer dune diversit de cas (urbain dense, priurbain, rurbain, rural, montagneux,). Les 30 arrondissements retenus sont les suivants :

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Ces 30 arrondissements regroupent 300 900 km de voirie et 2,07 millions de btiments, reprsentant prs de 3,1 millions de logements. Un arrondissement a t analys dans chaque rgion.

III- DEFINITION DES SCENARII DE COUVERTURE

Quatre scnarii de couverture du territoire national ont t dfinis dont les taux respectifs de couverture sont les suivants : 50%, 80%, 95%, et 100%.A chacun de ces diffrents scnarii, ont t attribus les taux de couverture prcis pour chacun des arrondissements de lchantillon. Ainsi, titre dexemple : pour assurer une couverture nationale de 50%, il faut couvrir hauteur de 16% larrondissement de Vesoul et 67% larrondissement dAix-en-Provence ; pour assurer une couverture nationale de 80%, il faut couvrir hauteur de 48% larrondissement de Rodez et 96% larrondissement de Strasbourg-Campagne ; pour assurer une couverture nationale de 95%, il faut couvrir hauteur de 86% larrondissement dAjaccio et 99% larrondissement de SarcellesMontmorency ;

La couverture par arrondissement est alors la suivante :


Taux de couverture : 50%

Taux de couverture : 80%

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IV- METHODOLOGIE DE MODELISATION DU RESEAU OPTIQUE A DEPLOYER

Constitution des zones de bti A partir des btiments issus de la BD TOPO, il est procd un regroupement des btiments dont les centrodes sont distants de moins de 50 mtres les uns des autres, cela permet de constituer des zones de btis comme lillustre lexemple suivant :

Dfinition des catgories des zones de bti Une fois les zones de bti constitues, elles se voient attribuer le nombre de btiments rattachs cette zone. Trois types de zones de bti sont alors dfinis : Catgorie de bti Caractristiques Exemple cartographique

Bourg

Suprieur 100 btiments

Hameau

Suprieur 5 btiments et infrieur ou gal 100 btiments Infrieur ou gal 5 btiments

Isol

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Dfinition des itinraires de raccordement des zones de bti On prend lhypothse que le rseau en toile part des rpartiteurs tlphoniques existants. Un algorithme dit de plus court chemin est alors mis en place par palier successif : Niveau 1 : Des NRA aux btis de type Bourg Niveau 2 : Des NRA ou des btis de type Bourg aux btis de type Hameau Niveau 3 : Des btis de type Bourg ou Hameau aux btis de type Isol

Enfin, la voirie interne des zones de bti est prise en compte pour assurer la desserte fine des habitations. Par la suite, nous procdons une suppression des doublons entre les diffrents tronons pour identifier les linaires des tronons ncessaires au raccordement des diffrents btis. Ces tronons sont distingus entre ceux permettant de raccorder une zone de bti un NRA ou une autre zone de bti, ces tronons sont dits extra-zone , et ceux assurant lirrigation dune zone de bti, ces tronons sont dits intra-zone .

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V- RESULTATS DE LA MODELISATION

Lalgorithme mis en uvre fournit les rsultats bruts suivants sur les trente arrondissements : Taux de couverture Linaire intrazone Linaire extrazone Linaire total 50% 80% 95% 100%

28 660 km

54 980 km

73 930 km

86 360 km

130 km 28 790 km

9 090 km 64 070 km

32 620 km 106 550 km

55 200 km 141 560 km

Des retraitements de plusieurs types sont raliss pour optimiser le trac du rseau optique : Le rseau optique raccorde des btiments qui ne disposent pas de lignes tlphoniques filaires, voire dlectricit, lexemple du hameau de Girolata en Corse-du-Sud, ou de nombreux gites de montagne voire de fermes ou btiments en ruine. Le rseau optique suit la voirie ce qui nest pas toujours pertinent en zone montagneuse ou rurale, puisque le rseau lectrique moyenne tension peut tre amen passer travers champs notamment lorsque la route savre sinueuse.

Par la suite, nous procdons une extrapolation pour valuer le linaire global ncessaire pour desservir lensemble du territoire mtropolitain. Les rsultats issus de lextrapolation sont les suivants : Taux de couverture Linaire total 50% 250 000 km 80% 500 000 km 95% 800 000 km 100% 1 100 000 km

Les rsultats sont prsents en annexe 3 pour quelques arrondissements reprsentatifs des diffrents cas de figure.

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VI- COUTS UNITAIRES RETENUS DANS LE MODELE

Cot

Poste

Commentaire Possibilit de rutiliser les locaux techniques actuels de France Tlcom (rpartiteurs) mais ncessit de reconstruire des points de flexibilit (sous rpartiteurs) intermdiaires Estimation haute, les cots de dploiement en fourreaux existants (350 000 km) et en ariens tant dores et dj infrieurs. La rpartition prise en compte est la suivante :
Gnie civil 8%

Locaux techniques

50 par prise

Dploiement horizontal

25 par mtre

Fourreaux 24%

Arien 68%

Lestimation intgre une provision pour la construction de 80 000 de nouvelles tranches. Cot Poste Commentaire Cot constat en zone trs dense pour les immeubles raccords un rseau de gnie civil existant. Pas encore de recul sur le cot dune adduction en faade. Fortes divergences dvaluation des cots entre les oprateurs ce jour. Lestimation intgre dune part une certaine industrialisation et dautre part une augmentation probable des cots constats pour les petits immeubles.

Adduction dimmeuble

500 par immeuble

Colonne montante

80 par prise

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VI- COMPLEMENTS DE COUVERTURE A LA DESSERTE FTTH

Dans le cadre des scnarios de couverture 80% et 95%, les complments de couverture par des technologies alternatives la fibre optique jusquau domicile ont fait lobjet dune analyse approfondie : Sous-rpartiteur 4G/LTE Combinaison du sous-rpartiteur et de la 4G/LTE

Localisation des sous rpartiteurs Selon nos estimations, les 1 523 Rpartition des sous-rpartiteurs en fonction de leur loignement au rpartiteur d'origine rpartiteurs prsents sur les Suprieur 53 dB 14% arrondissements comprennent de lordre de 9 800 sous-rpartiteurs. Entre 42 et 53 dB 6% Cette estimation est ralise partir de lanalyse des 8 000 sousInfrieur 30 dB 58% rpartiteurs ligibles loffre NRA Zone dOmbre. En effet, nous constatons un impact de la taille du Entre 30 et 42 dB NRA dorigine sur la taille moyenne 22% des sous-rpartiteurs et donc le nombre de sous-rpartiteurs comme lillustre le schma suivant. Ainsi, nous pouvons disposer dune estimation fine du nombre de sous-rpartiteurs par zone demprise de rpartiteurs. En fonction des typologies de bti de chacune des communes des arrondissements, nous estimons la localisation des sous-rpartiteurs par type de bti, et donc simulons cette localisation. Sur les 30 arrondissements de lchantillon, les 9 800 sous-rpartiteurs se rpartiraient ainsi : Ces donnes semblent compatibles avec le document sur la mise en uvre de laccs la sous-boucle locale publi par lARCEP le 23 octobre et soumis issus de sa consultation publique. Localisation des points hauts Notre analyse sappuie sur la base nationale exhaustive de lAgence Nationale des Frquences sur les points hauts de tlphonie mobile (1G, 2G, 3G). Ainsi, nous dnombrons 40 774 sites dont 4 673 sites sur les 30 arrondissements de lanalyse. L'quipement de la moiti des points hauts est ncessaire pour couvrir l'ensemble de la zone en bande 800 MHz. L'quipement du tiers des points hauts suffit quiper la seule zone rurale.

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Scnarii tudis et rsultats A partir des rseaux fibre optique ncessaires pour desservir respectivement 80% et 95% du territoire des arrondissements, il sagit de dployer de la fibre : En scnario 1, pour raccorder les sous-rpartiteurs En scnario 2, pour raccorder les points hauts En scnario 3, pour raccorder les sous-rpartiteurs et les points hauts

Seuls les sous-rpartiteurs et points hauts utiles la desserte de ces btis sont pris en compte. Ainsi, les sous-rpartiteurs ou sites mobiles nassurant que la desserte de zones dj intgralement couvertes en FTTH sont carts de la suite de lanalyse. Dans le cas dune couverture de 80%, on constate que 75% des sous-rpartiteurs sont utiles une couverture des zones de btis non couvertes en fibre optique. Pour une couverture de 95%, ce taux diminue 70% des sous-rpartiteurs (6 800 sousrpartiteurs). Ce sont donc respectivement de lordre de 75 000 sous-rpartiteurs et 70 000 sous-rpartiteurs quil serait ncessaire de raccorder pour couvrir lensemble des btis du territoire national. En se limitant aux seuls sous rpartiteurs desservant plus de dix lignes non quipes en fibre optique, ce chiffre descend 50 000 sous rpartiteurs quiper. Le tableau suivant prsente le linaire de rseau dployer pour les diffrents scnarii de dploiement. Couverture FTTH FTTH seul FTTH + SR FTTH + LTE FTTH + SR + LTE 80% 500 000 km 520 000 km 515 000 km 530 000 km 95% 800 000 km 803 000 km 805 000 km 805 000 km

Le linaire de rseau incrmental dployer est faible, pour deux raisons. Un dploiement fibre avec une couverture de quatre vingt pourcents est dj trs capillaire, ainsi que le montrent les cartes prsentes ci-avant. Par ailleurs, les sous rpartiteurs et dans une moindre mesure les points hauts sont situs proximit des zones bties denses, typiquement plus proches de bourgs que des hameaux isols. Ils sont donc proches des rseaux fibre dploys. Si lon considre que le trs haut dbit ncessite un service de type TVHD, un affaiblissement de 30 dB en ADSL constitue la limite maximum. Ds lors, sur la base de notre chantillon, il semble que le raccordement des sous-rpartiteurs par rapport au scnario de couverture 80% ne permette datteindre quune couverture de 25% des foyers non ligibles au FTTH, soit 5% des foyers. Ainsi, les sousrpartiteurs se trouvant majoritairement dans des zones dj couvertes en FTTH, leur apport marginal en termes de couverture trs haut dbit savre faible.

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En moyenne deux cents foyers par station de base LTE seraient non couverts en fibre ou en VDSL. Compte tenu de la capacit de diffusion hertzienne il nest pas envisageable de proposer ces mnages de services audiovisuel haute dfinition par l'intermdiaire du LTE. En revanche, le LTE permet en milieu rural de proposer des services de connectivit haut dbit, voire trs haut dbit, plus performants que ceux qui peuvent tre achemins par le cuivre tlphonique. Cot de dploiement des complments Nous avons pris en compte les cots unitaires suivants : 25 du ml pour le dploiement du rseau optique 30 000 pour limplantation dune armoire de rue au niveau du sous-rpartiteur 70 000 pour ladduction et lquipement actif sur chaque point haut

Le dploiement complmentaire au niveau des sous-rpartiteurs et points hauts est compris entre 1,9 et 3,5 milliards deuros : Taux de couverture FTTH 80% 95%

Extensions sous-rpartiteurs

2,8 Mds

2,2 Mds

Extensions points hauts Extensions sous-rpartiteurs et points hauts

2,2 Mds

1,9 Mds

3,5 Mds

2,8 Mds

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A NNEXE 2
LES MECANISMES DE FINANCEMENT DES INFRASTRUCTURES DE RESEAUX

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I-

MECANISMES DE PEREQUATION HORIZONTALE EXISTANT

La prquation horizontale (ou gographique) suppose pour simplifier, dans les industries de rseaux, que les recettes tires de lexploitation dune infrastructure dans les zones plus denses dun territoire viennent financer le dploiement de cette infrastructure, et dans certains cas le dficit de son exploitation, dans les zones moins rentables. Cette logique a gouvern la construction de la plupart des grandes infrastructures de rseaux, quelles aient t dployes dans un cadre national, rgional ou local, qui a t confie gnralement un oprateur conomique disposant sur un territoire donn dun monopole de fourniture du service. Cette mme logique a aussi t applique dautres secteurs nimpliquant pas la construction dune infrastructure, toujours pour garantir la fourniture dun service dans une zone que linitiative prive ne couvrirait pas spontanment. La libralisation des industries de rseaux a souvent remis en cause ce principe de prquation interne loprateur disposant dun monopole, tout en prvoyant gnralement des financements alternatifs permettant de maintenir la prsence de services dans des zones moins attractives pour linitiative prive. Les dveloppements qui suivent recensent les diffrents mcanismes de prquation mis en place dans la plupart des industries de rseaux, mais aussi dans dautres secteurs caractriss par de fortes contraintes damnagement du territoire, pour les confronter au dploiement de rseaux trs haut dbit. Seront successivement prsents : llectricit, le gaz, leau, les communications lectroniques, les transports ferroviaires, les services postaux, la presse crite et laudiovisuel.

A) E L E C T R I C I T E
Il existe deux mcanismes de prquation horizontale permettant le dveloppement du rseau lectrique en prenant en considration des impratifs damnagement du territoire, le Fonds damortissement des charges dlectrification (FACE), cr par la loi de finances du 31 dcembre 1936, et le Fonds de prquation de llectricit (FPE), cr par la loi du 8 avril 1946 sur la nationalisation de llectricit et du gaz. Ensuite, un troisime mcanisme a t mis en place par la loi du 3 janvier 2003 sur les marchs de llectricit et du gaz, la compensation des charges du service public de llectricit (CSPE), mais qui ne constitue pas un vritable mcanisme de prquation horizontale.

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Le FACE Le FACE a pour vocation de verser des subventions aux collectivits matres douvrage des travaux dlectrification rurale. Il a permis la diffusion des rseaux lectriques dans les zones rurales en permettant aux collectivits concdantes dallger leurs charges demprunt contracts pour ldification des rseaux. Il intervient galement pour le financement de lextension des rseaux, le renforcement anticip douvrages de distribution endommags par les intempries, lamlioration esthtique des rseaux, la prservation de lenvironnement et la matrise de la consommation dnergie. Ce fonds est aliment par une contribution annuelle des gestionnaires de rseaux publics de distribution (ERDF et les distributeurs non nationaliss), en fonction des kilowattheures distribus en basse tension. ERDF supporte 95% du total. Le montant de cette contribution est fix chaque anne par arrt conjoint des ministres chargs du budget et de lnergie. Les aides du FACE sont ventiles chaque anne entre les dpartements par les ministres chargs du budget et de lnergie, aprs avis du conseil du FACE, en fonction des besoins valus. Chaque dpartement rpartit sa dotation entre les diffrentes collectivits concernes qui ralisent les travaux. Le taux daide unique du FACE est de 65% du montant TTC des travaux aids. Ceux-ci doivent correspondre lun des cinq programmes du FACE (principal, environnement, scurisation, sites isols, intempries). Le conseil du FACE, qui administre le fonds, est compos de quinze membres dsigns par arrt conjoint des ministres chargs de lagriculture et de lnergie pour trois ans renouvelables et comprend cinq reprsentants de lEtat, un reprsentant des conseils gnraux, quatre reprsentants des collectivits lectrifies, trois reprsentants dEDF, un reprsentant des organisations agricoles, et un reprsentant des rgies ou socits coopratives d'intrt collectif agricole d'lectricit. Le directeur est nomm par le Prsident dEDF parmi les reprsentants de cette entreprise, aprs agrment du ministre charg de llectricit. Le fonds est gr sous la forme dun compte spcial tenu dans les comptes dEDF. Son action reprsente une somme annuelle de lordre de 350 millions deuros. Le FPE Contrairement au FACE, le FPE na pas vocation intervenir en matire dinvestissement. Son rle est toutefois important dans le dveloppement du rseau lectrique et pour lamnagement du territoire. Ce fonds a t cr afin de compenser les charges supplmentaires ou dficits dexploitation des distributeurs non nationaliss. Son objet a t considrablement largi par la loi du 10 fvrier 2000 relative la modernisation et au dveloppement du service public de llectricit. Le FPE intervient dsormais pour compenser les charges dcoulant des missions de service public portant sur le rseau public de

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distribution. Ces charges sont constitues par les pertes lies aux caractristiques du rseau exploit et aux conditions tarifaires rglementes (en cas dun faible nombre de clients dissmins dans un habitat dispers, par exemple), ou par la participation lamnagement du territoire. Depuis 2000, les distributeurs dlectricit sont en effet investis de missions de service public tenant la desserte rationnelle du territoire national et au raccordement de tous aux rseaux publics dans des conditions non discriminatoires. Le FPE est aliment par des prlvements sur les recettes des organismes de distribution bnficiaires. La formule de prquation ractualise dans le dcret du 14 janvier 2004 est fonde, pour chaque gestionnaire de rseau de distribution, sur l'cart entre l'valuation des recettes lies l'exploitation des rseaux, nette des reversements aux gestionnaires de rseaux amonts, et l'valuation des charges d'exploitation de ces rseaux. Le profil de charges repose sur une formule normative base sur les caractristiques du rseau (longueur de lignes et nombre de postes) et de la clientle (nombre d'abonnements). Les distributeurs dficitaires ne contribuent pas au fonds mais en peroivent des subventions. En pratique, seul ERDF abonde ce fonds, dont les subsides bnficient aux distributeurs non nationaliss. Le FPE est administr par un conseil, qui fixe les modalits selon lesquelles les gestionnaires des rseaux publics de distribution dlectricit adressent les renseignements ncessaires ltablissement de la prquation. Ce conseil est compos de douze membres, dont trois reprsentants de lEtat, trois reprsentants dEDF, trois reprsentants des distributeurs non nationaliss et deux reprsentants des autorits concdantes de la distribution publique dlectricit. Il est en outre prsid par un conseiller dEtat. Ces membres sont nomms pour trois ans par arrt du ministre charg de lnergie. Leur mandat est renouvelable. La CSPE A la diffrence du FACE et du FPE qui vise construire, entretenir et quilibrer lexploitation des rseaux de distributions, la CSPE a pour objet de compenser les surcots imposs aux producteurs dlectricit par les contraintes de tarification du service public de llectricit. Prcisment, il compense aux oprateurs qui les supportent les surcots lis : aux politiques de soutien la cognration et aux nergies renouvelables, la production dans les zones non interconnectes au rseau lectrique mtropolitain continental, dus la prquation tarifaire nationale (Corse, dpartements d'outre-mer, Mayotte, Saint-Pierre et Miquelon et les les bretonnes de Molne, d'Ouessant et de Sein), la mise en uvre de la tarification spciale produit de premire ncessit et du dispositif institu en faveur des personnes en situation de prcarit, une partie des charges lies au tarif rglement transitoire dajustement du march (TaRTAM), mis en place pour permettre aux grands comptes ayant

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renonc au tarif rglement de bnficier dun tarif mi-chemin entre les prix du march et le tarif rglement. EDF, pour l'essentiel, Electricit de Mayotte (EDM) et les entreprises locales de distribution (ELD) supportent de telles charges, values chaque anne par la Commission de rgulation de lnergie. Les contributeurs de ce prlvement assis sur les KWh consomme, qui constitue un impt, sont les consommateurs finals ; il est recouvr, selon les cas, par leurs fournisseurs dlectricit ou les gestionnaires du rseau de transport ou de distribution, qui les reversent ensuite la Caisse des dpts. La Commission de rgulation de llectricit (CRE) et la Caisse des dpts versent enfin le produit de ce prlvement aux fournisseurs dlectricit supportant ces charges de service public. Intrts et limites pour le trs haut dbit Les logiques de prquation du FACE et du FPE sont aussi valables dans leurs principes pour le trs haut dbit, mais le contexte concurrentiel du secteur implique une rflexion propre. Pour leur financement, le FACE comme le FPE reposent sur lexistence de distributeurs locaux en situation de monopole (ERDF sur 95 % du territoire et les distributeurs non nationaliss pour le reste). Or face la multiplicit des exploitants de rseaux, le financement de la couverture territoriale par les seuls oprateurs de communications lectroniques sera insuffisant. A titre dexemple, le nouveau prlvement impos aux oprateurs de communications lectroniques pour financer la suppression de la tlvision sur les chanes de service public devrait rapporter 347 millions deuros pour 2009, chiffre consquent mais sans doute juste au vu de lobjectif. Par ailleurs, le FACE comme le FPE fournissent un mcanisme institutionnel intressant, car il permet une redistribution nationale et dpartementale des fonds en sappuyant sur la comptence obligatoire des communes en matire de distribution dlectricit. Enfin, la CSPE illustre la tendance forte des industries de rseaux libralises faire peser sur lutilisateur final des charges auparavant assumes par loprateur en situation de monopole, ce qui revient de fait fiscaliser le financement des contraintes de service public. Cest le choix fait par les britanniques pour financer le dploiement du haut dbit, et celui galement prconis par le rapport du Conseil conomique, social et environnemental de fvrier 2009. Pour le trs haut dbit, un mcanisme de ce type pourrait par exemple sarticuler avec un prlvement portant sur les oprateurs.

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B) G A Z

Mcanisme Il nexiste pas de mcanisme de prquation gographique dans le secteur du transport et de la distribution du gaz, mais uniquement une prquation dite sociale, afin de compenser les charges de service public relatives la mise en uvre du tarif spcial de solidarit dont doivent bnficier les particuliers les plus dfavoriss. Ce systme a t instaur par la loi du 7 dcembre 2006 relative au secteur de lnergie. Ces charges sont calcules sur la base dune comptabilit tenue par les fournisseurs qui les supportent, selon des rgles tablies par la CRE. La CRE peut faire contrler cette comptabilit par un organisme indpendant, aux frais de loprateur. Les diffrents fournisseurs doivent contribuer un compte gr par la Caisse des dpts et consignations, au pro rata de la quantit de gaz vendue aux consommateurs finals. Le montant global de ces contributions est calcul de faon couvrir lensemble des charges entraines par lapplication du tarif de solidarit, ainsi que les frais de gestion exposs. Les fournisseurs pour lesquels le montant de la contribution due est suprieur au cot des charges quils supportent ne versent que la diffrence, deux fois par an. La Caisse des dpts et consignations reverse selon la mme priodicit la compensation aux fournisseurs dont les charges de service public ont excd le montant de la contribution due. Ce mcanisme est lquivalent de la CSPE voque ci-avant. Intrts et limites pour le trs haut dbit Les remarques relatives la CSPE valent galement ici.

C) C O M M U N I C A T I O N S E L E C T R O N I Q U E S

Mcanisme Avant la libralisation du secteur, loprateur historique pratiquait une prquation gographique consistant facturer les communications tlphoniques, aux usagers des zones densment peuples, un cot suprieur au cot de revient afin de pouvoir proposer un tarif identique aux usagers des zones les moins favorises, dont le raccordement tait nettement plus onreux. Il assurait ainsi une mission de service public national dans un cadre de monopole de fourniture du service. Avec la libralisation, la notion de service universel a t substitue, sous linfluence communautaire, celle de service public. Ce service universel, accessible en tout point du territoire, doit assurer lacheminement des communications tlphoniques, des communications par tlcopie et des communications de donnes des dbits

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suffisants pour permettre laccs Internet, en provenance ou destination des points dabonnement, ainsi que lacheminement gratuit des appels durgence. Les directives communautaires ont laiss une certaine marge aux Etats-membres pour dterminer les conditions de fourniture de service (par un ou plusieurs oprateurs, sur une base gographique nationale ou infranationale) et de son financement. En France, France Tlcom en a toujours eu la charge et se voit compenser des surcots induits par lexcution de cette mission de service universel par le Fond du service universel des communications lectroniques (FSU). Le FSU est aliment par lensemble des exploitants de rseaux ouverts au public et les fournisseurs de services de communications lectroniques au public. La contribution de chacun de ces oprateurs est calcule au pro rata de son chiffre daffaires ralis au titre des services de communications lectroniques, lexception des prestations dinterconnexion, daccs ou autres prestations ralises pour le compte doprateurs tiers, ainsi que de lacheminement et la diffusion de services de radio et de tlvision et lexploitation dantennes collectives. Il sagit, par ailleurs, de contributions nettes : loprateur en charge du service universel nest pas conduit verser des sommes dargent pour les rcuprer par la suite. Les ressources du Fonds sont ensuite rparties entre les prestataires de service universel (actuellement, France Tlcom). LARCEP a valu le cot de la prquation gographique pour 2007 880 983 euros, pour un total du cot des obligations de service universel de 43 941 496 euros, auquel il est retranch 21 082 405 euros davantages immatriels. Le cot net de lensemble des obligations de service universel est ainsi valu 22 859 091 euros pour 2007, contre 125 millions deuros en 2002. La gestion comptable et financire du fonds est assure par la Caisse des dpts et consignations dans un compte spcifique. Les frais de gestion exposs sont imputs sur le fonds. Intrts et limites pour le trs haut dbit Tout dabord, le champ du service universel qui rsulte de la directive 2002/22/CE ne devrait pas tre substantiellement modifi par le prochain paquet tlcom pour y intgrer laccs des services trs haut dbit. Le projet de nouvel article 4.2 de la directive 2002/22/CE prvoit en effet que le raccordement au titre du service universel offre des dbits de donnes suffisants pour permettre un accs fonctionnel Internet, compte tenu des technologies les plus couramment utilises par la majorit des abonns et de la faisabilit du point de vue techniques , ce qui exclut de fait un raccordement un rseau trs haut dbit. Le mcanisme de financement du service universel ne pourra donc pas tre utilis pour le dploiement des rseaux de trs haut dbit.

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Par ailleurs, le service universel est financ par la communaut des oprateurs. Or faire reposer la couverture du territoire en rseaux trs haut dbit uniquement sur le secteur serait difficile, au moins dans un premier temps, comme cela a t vu ciavant. Le service universel implique galement la dsignation dun oprateur assurant sa fourniture, en pratique loprateur historique. Si le financement des missions de service universel de loprateur historique a pu, non sans difficults dailleurs, tre pris en charge par la communaut des oprateurs, cela tient au fait que le rseau tait construit. Le cot net du service universel support par les concurrents de France Tlcom tait seulement de 22 millions deuros en 2007, sans commune mesure avec leffort dinvestissement requis par le trs haut dbit, de lordre de 500 millions deuros par an.

D) T R A N S P O R T S A E R I E N S

Mcanisme La loi de finances pour 1995 et la loi dorientation pour lamnagement et le dveloppement du territoire du 4 fvrier 1995 ont institu un Fonds de prquation des transports ariens (FPTA) afin dassurer lquilibre des dessertes ariennes ralises dans lintrt de lamnagement du territoire. Il sagissait de contribuer maintenir lexistence de dessertes ariennes non rentables en compensant les pertes subies par certains oprateurs par des contributions des autres oprateurs du march intrieur. Ce dispositif, dorigine communautaire, a t modifi par la loi de finances pour 1999, qui la renomm Fonds dintervention pour les aroports et le transport arien (FIATA). Son fonctionnement et son objet mme ont t largement modifis en 2005, mais ltude de ce fonds dans sa forme initiale demeure intressante. Le champ dapplication de ce fonds stendait aux liaisons intrieures de la France continentale, aux liaisons intrieures de la Corse et aux liaisons intrieures aux dpartements doutre-mer. Le trafic devait tre compris entre 10.000 et 150.000 passagers annuels, aucun des aroports relis ne devait dpasser un trafic annuel total de 1,5 million de passagers et il ne devait pas y avoir dacheminement alternatif pour que ces liaisons soient ligibles la compensation. Un transporteur ne pouvait tre subventionn que sil offrait un programme minimal de deux allers et retours quotidiens 220 jours par an et maximal de 21 allers et retours par semaine. La collectivit intresse par une liaison lanait une procdure dappel doffres et formulait une demande de participation du fonds auprs du ministre charg de laviation civile. Un reprsentant de ce ministre assistait la procdure de slection de la meilleure offre. A lissue de la procdure, une convention tripartite de dlgation de service public tait conclue entre lEtat, la collectivit et le transporteur arien. La collectivit participait la compensation financire. Le fonds de prquation des transports ariens prenait en charge de 70 80% de la compensation (60% 70% si la collectivit imposait une obligation tarifaire), dans la

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limite de 50% des recettes ralises sur la liaison. Ces compensations ne devaient pas introduire de distorsions de concurrence entre les transporteurs. Les compensations verses par le fonds faisaient lobjet de rglements sous forme dacomptes et de soldes de rgularisation au vu des rsultats rels du transporteur sur cette liaison, dans la limite du montant demand pour chaque anne dexploitation lors de lappel doffres. Le FPTA, compte spcial du trsor, tait aliment par une taxe de prquation due par les entreprises de transport arien sur le nombre de passagers embarquant dans les aroports de France continentale (donc hors Corse), quelle que soit leur destination. Le montant de cette taxe tait dabord de 4 francs, avant dtre progressivement rduit 1 franc. Lors de la cration du FIATA en 1999, cette taxe a t remplace par une taxe de laviation civile, toujours en vigueur, mais affecte dautres usages. Ces deux fonds successifs taient grs par un comit de gestion de quatorze puis treize membres (quatre parlementaires, trois reprsentants des diffrentes collectivits locales, six reprsentants de lEtat en ce qui concerne le FPTA), prsid par le ministre en charge de laviation civile. Le comit devait se runir au moins une fois par an. La direction des transports ariens en assurait le secrtariat. Intrts et limites pour le trs haut dbit Bien que ce mcanisme soit aujourdhui supprim, il fournit une analogie intressante : il allouait une multiplicit de transport des fonds runis pour assurer des contraintes damnagement du territoire dans un secteur libralis. La dsignation des transporteurs par appel doffres limite toutefois lanalogie avec les communications lectroniques, car elle accordait une exclusivit au transporteur, en lui accordant ainsi un monopole de fait sur la liaison concerne, comme cela se rencontre dans les secteurs postaux et ferroviaires qui seront vus ci-aprs.

E) T R A N S P O R T S F E R R O V I A I R E S

Mcanisme Lorganisation du transport ferroviaire franais autour du monopole de la SNCF institu par la loi dorientation des transports intrieurs (LOTI) de 1982 na pendant longtemps pas justifi de mettre en place une prquation objective et transparente, celle-ci tant ralise au sein de la comptabilit de loprateur public. LEtat accordait en outre des contributions la SNCF pour financer le cot des dessertes rgionales. La directive 91/440, les trois paquets ferroviaires successifs de 1998/2001, 2002/2004 et 2004/2007 la transposition du dernier paquet faisant lobjet du projet de loi relatif lorganisation et la rgulation des transports ferroviaires texte en cours de discussion au Parlement , et le rglement communautaire 1370/2007

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dit obligations de service public ( OSP ) ont amen les autorits franaises rflchir progressivement aux mcanismes permettant de continuer financer, une fois le secteur libralis, lentretien des infrastructures et lexploitation des services les moins rentables. Le financement de lamnagement du territoire est et sera probablement assur par plusieurs biais, directement lis la structure de la libralisation qui distingue dune part linfrastructure et les services et, dautre part, au sein de ceux-ci, les services internationaux, nationaux et rgionaux. En premier lieu, les services de transport ferroviaire rgionaux ne sont pas ouverts la concurrence, excluant ainsi tout crmage des segments rentables de cette activit. En effet, le rglement OSP ne remet pas en cause la possibilit des Rgions dattribuer un contrat de service public un seul oprateur, sans mme quelles soient tenues de mettre en concurrence ce contrat. Des discussions sont toutefois en cours pour permettre aux Rgions davoir dautres interlocuteurs que la SNCF, mais les exploitants des services rgionaux disposeront toujours dun monopole local, et pourront dans ce cadre bnficier de compensations de charge de service public destines couvrir les tarifs et lachat de matriels roulant. La rgionalisation des transports ferroviaires, amorce ds 1997 et gnralise en 2001, est donc dfinitivement consacr par le rglement OSP. Ensuite, l-encore dans le cadre de cette rgionalisation, lentretien et la rgnration des voies sont traits dans le cadre des contrats de plan Etat Rgion (CPER), en partenariat avec Rseau ferr de France (RFF). Ces investissements sont donc pris en charge par les Rgions, lEtat et RFF, la rpartition faisant lobjet de ngociations au cas par cas. Par ailleurs, le cot des redevances daccs au rseau de RFF pour les transports rgionaux est pris en charge par lEtat, et non les Rgions, depuis un dcret de novembre 2008. En second lieu, louverture la concurrence ne concerne que le fret et les services internationaux de transports de voyageurs, qui ont toutefois la possibilit, titre accessoire, de faire du cabotage au sein dun mme Etat-membre. Laccs des transporteurs au rseau de RFF nest toutefois pas absolu, celui-ci pouvant tre limit pour tenir compte de lquilibre conomique des contrats de service public. En clair, une Rgion pourrait demander au rgulateur ferroviaire de sopposer ce quun oprateur international obre, en faisant du cabotage , lquilibre conomique et financier de son contrat de service public. Surtout, la directive 2007/58 autorise, son article 3 septies, la perception, auprs des oprateurs ferroviaires, de redevances destines compenser des obligations de service public imposes un autre oprateur dans le cadre dun contrat de service public. Le texte en cours de discussion au Parlement ne prvoit toutefois pas la mise en place dun tel mcanisme en droit franais.

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Intrts et limites pour le trs haut dbit Le financement des missions damnagement territoire remplies par les transports ferroviaires prsente une diffrence essentielle avec les communications lectroniques : les secteurs les moins rentables ne sont pas vritablement ouverts la concurrence car, sur le transport rgional, loprateur est assur de conserver une position monopolistique, quil ait t dsign ou pas la suite dune mise en concurrence. Cet oprateur dispose donc dun secteur rserv linstar de La Poste jusquen 2011 comme cela sera vu ci-aprs . Cela limite lcrmage des segments les plus rentables, ce qui est impossible pour les communications lectroniques, les directives du paquet tlcom ne prvoyant pas de telles exceptions. En outre, le financement de ces missions sarticule autour de la sparation structurelle mise en place en 1997, ce qui permet de dissocier les dpenses dinvestissement portant sur les infrastructures, de celles dexploitation, qui couvrent la fois le financement des tarifs prfrentiels et du matriel roulant. En matire de communications lectroniques, il nest pas certain quun financement des dficits dexploitation soit ncessaire pour le trs haut dbit, le besoin de financement portant quasi-exclusivement sur les dpenses de premier tablissement du rseau. Et sur ce point, le mcanisme tripartite mis en place entre RFF, lEtat et les collectivits fournit un exemple intressant de coopration de ces deux derniers avec un oprateur de rseau. Cela tant, renvoyer aux CPER le soin de dterminer les parts respectives de chacun est ici impossible. En effet, seul lEtat sera toujours prsent en matire de communications lectroniques, alors que dautres collectivits que la Rgion interviennent en matire de communications lectroniques et que, par dfinition, il existe une multiplicit doprateurs susceptibles de recevoir des subsides.

F) A U T O R O U T E S E T G R A N D S R E S E A U X D E T R A N S P O R T S

Modes de financement de la construction des autoroutes LEtat a contribu au financement du rseau autoroutier par lintermdiaire de la Caisse nationale des autoroutes (CNA), tablissement public administratif cr en 1963. Plus prcisment, cet tablissement a pour mission de procurer aux socits concessionnaires d'autoroutes les ressources destines au financement de la construction ou de l'amnagement des autoroutes donnant lieu la perception de pages. Pour ce faire, la Caisse met des emprunts sur les marchs franais et internationaux. Elle contracte galement des emprunts auprs de certains tablissements financiers. Ltablissement rpartit le produit de ces emprunts entre les collectivits ou socits ayant reu la concession de la construction ou de lexploitation dautoroutes.

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La CNA est administre par un conseil de huit membres (cinq reprsentants de lEtat, le Commissaire gnral du Plan, le directeur gnral de la Caisse des dpts et consignations, un prsident de socit dconomie mixte concessionnaire dautoroutes (SEMCA)). Les ressources de la CNA comprennent le produit des emprunts mis, les sommes verses par les concessionnaires en vue dassurer le service de ces emprunts et de couvrir les frais de fonctionnement de la caisse, ainsi que des ressources de trsorerie. Le produit des emprunts est mis disposition des concessionnaires dautoroutes. Par ailleurs, la construction des autoroutes a galement t facilite par le mcanisme dit de ladossement . Celui-ci consistait financer la construction des nouvelles liaisons grce au produit des pages perus sur les usagers des autoroutes les plus anciennes dun mme concessionnaire. En effet, une prolongation de la dure du contrat tait accorde lexploitant sil finanait la construction de lextension de son rseau par le produit des pages de ses sections en activit. Il a t mis fin ce systme en 2001. Le rle de lAFIFT LAgence de financement des infrastructures de transport de France (AFIFT) a t cre en 2004 linitiative du Comit interministriel damnagement et de dveloppement du territoire (CIADT) du 18 dcembre 2003, afin de permettre une capacit dintervention publique dans les grands projets dinfrastructures ferroviaires, fluviales, maritimes et routires. Les trois quarts de ces projets raliser dici 2025 sont non routiers et reprsentent un cot prvisionnel de 25 milliards deuros. Il sagit dun tablissement public administratif dont la vocation est daffecter ses ressources aux investissements dans ces grandes infrastructures de transport. Ses moyens daction sont notamment le versement de subventions dinvestissement, des avances remboursables non rmunres, lapport de fonds de concours et la participation au financement des investissements prvus par des contrats de partenariat. LAFIFT est place sous la tutelle du ministre charg des transports. Ltablissement est administr par un conseil de douze membres comprenant six reprsentants de lEtat, deux parlementaires, deux lus locaux et deux personnalits qualifies. A lexception des reprsentants de lEtat, ces membres sont nomms par dcret pour une dure de trois ans renouvelable. A lorigine, les ressources de lAFIFT provenaient essentiellement des dividendes verses lEtat par les SEMCA. Lexploitation du secteur autoroutier, dsormais globalement rentable, permettait ainsi de financer la construction de nouvelles infrastructures, notamment ferroviaires. Lorsque la totalit des SEMCA a t privatise (en 2005), lagence a t prive de ce financement, qui a t remplac par dautres ressources routires, telles que la taxe

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damnagement du territoire, calcule en fonction du nombre de kilomtres parcourus par les usagers, des redevances doccupation domaniale, ou une fraction du produit des amendes de radars automatiques. En outre, un quart environ du produit de la privatisation des autoroutes a t affect lAFIFT, soit 4 milliards deuros. Selon le rapport Carrez sur le projet de loi de finances pour 2009, cette dernire ressource devrait trs rapidement tre puise, et les autres ressources ne suffisent pas faire face aux besoins de lAFIFT. Cest pourquoi la loi de finances pour 2009 a prvu une augmentation de laffectation lAFIFT du produit des amendes de radars automatiques, en valeur relative. Par ailleurs, lagence bnficie de dotations directes de lEtat : en 2009, une subvention budgtaire de 1,2 milliards deuros sera verse lAFIFT. Les SEMCA Lquilibre des trsoreries des SEMCA a longtemps t assur par une prquation de leurs ressources. Ce systme a permis lentretien et le dveloppement des autoroutes franaises, tout en exerant une attraction sur les investisseurs privs, ainsi incits contribuer ldification du rseau. Un tablissement public administratif dnomm Autoroutes de France (AdF) avait pour mission dassurer une prquation des rsultats financiers des SEMCA, ce qui permettait dassurer lexploitation des autoroutes les moins rentables. LEtat a transfr cet tablissement, sa cration en 1982, les crances quil dtenait sur les SEMCA, telles que des avances budgtaires, les garanties demprunt et les apports en nature que la loi lautorise leur octroyer pour favoriser la construction des infrastructures autoroutires. En contrepartie, AdF percevait les excdents de trsorerie des SEMCA bnficiaires. Ltablissement public disposait de la facult de consentir aux SEMCA des apports en fonds propres, notamment sous la forme de prises de participations et davances dactionnaires, lorsque cela tait ncessaire. Autoroutes de France tait administr par un conseil dadministration de vingt membres (un prsident dsign par dcret parmi les membres du Conseil dEtat, de la Cour des comptes ou de lInspection gnrale des finances, dix reprsentants de lEtat, deux parlementaires, six reprsentants des collectivits territoriales actionnaires et un reprsentant des prsidents des SEMCA). La Caisse des dpts et consignations assurait la gestion de ltablissement sous le contrle du conseil dadministration, qui remboursait chaque anne les dpenses affrentes celle-ci. Lorsque le cumul des dficits de trsorerie des SEMCA dpassait les ressources procures par les excdents, AdF tait autoris recourir lemprunt pour financer les besoins complmentaires (ce fut le cas en 1986 et 1987). Outre les sommes verses par les SEMCA, les ressources de ltablissement comprenaient les produits davances et les dotations reues de lEtat, ainsi que les produits demprunts.

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Critiqu par la Cour des comptes pour lopacit de gestion quil engendrait dans un contexte de plus grande ouverture aux capitaux privs des SEMCA, AdF a t dissout par la loi de finances pour 2009. En effet, son existence ne se justifiait plus ds lors que les SEMCA ont t privatises. Intrts et limites pour le trs haut dbit Au-del de son intrt historique, le cas des autoroutes est instructif deux titres. Dabord, rien nempche de multiplier les mcanismes pour financer la construction et lexploitation dune infrastructure. Fonds obtenus par la CNA sur les marchs internationaux et ensuite prts aux concessionnaires, garanties demprunt, prquation de charges dexploitation, adossement etc. ont t utiliss ici. Seul ladossement est aujourdhui prohib par le droit communautaire, tous les autres tant encore juridiquement viables. Ensuite, lasschement rapide des sources de financement de lAFIFT souligne la ncessit de sanctuariser, ds lorigine, les ressources dun ventuel fonds de couverture du territoire en trs haut dbit, par le biais de prlvements spcifiques et/ou de laffectation de recettes prennes. A dfaut, son fonctionnement dpendra dlments conjoncturels, alors quil aura pour ambition de rpondre une logique de long terme.

G) P O S T E

Mcanisme Le secteur postal traverse actuellement une phase de transition. Aujourdhui, dans le cadre de la loi relative la rgulation des activits postales du 20 mai 2005, La Poste continue bnficier dun monopole sur un certain nombre de prestations, le secteur rserv , pour lui permettre de financer ses activits de service universel. Louverture totale la concurrence, prvue pour le 1er janvier 2011 au plus tard par la troisime directive postale 2008/06, condamne toutefois ce secteur rserv. Le financement du service universel sera alors assur par le biais du Fonds compensation du service postal universel, abond par les diffrents oprateurs postaux. Bien que le principe de ce Fonds soit dj pos par larticle L.2 du code des postes et des communications lectroniques, le lgislateur sera trs probablement amen intervenir de nouveau. Le mcanisme actuel prsent ci-aprs est donc seulement transitoire. Dans le cadre de la loi du 20 mai 2005, La Poste contribue au moyen de son rseau de points de contacts et de bureaux de poste, au maillage territorial du pays, notamment en zones rurales ou montagnardes. Un Fonds postal national de prquation territoriale, a t cr pour isoler, dans la comptabilit de La Poste, les ressources affectes au financement de ses missions en matire damnagement du territoire et de service universel.

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Le mcanisme prvoit que La Poste, lAssociation des maires de France et lEtat concluent un contrat pluriannuel de prsence postale territoriale, qui fixe les lignes directrices du Fonds postal national de prquation territoriale pour sa priode dapplication. Le dernier contrat en date a t conclu pour la priode 2008/2010 le 19 novembre 2007. Lobligation de prsence territoriale de La Poste sexprime sous deux formes dans ce contrat : Dune part, au titre de sa mission damnagement territoire, lobjectif tant dempcher que, sauf circonstances exceptionnelles, plus de 10% de la population dun dpartement se trouve loigne de plus de 5 kilomtres ou de plus de 20 minutes de trajet automobile, dun point de contact de son rseau ; Dautre part, en tant quoprateur en charge du service universel, elle doit garantir quau moins 99% de la population nationale et au moins 95 % de la population de chaque dpartement doivent tre moins de 10 kilomtres dun point de contact et toutes les communes de plus de 10 000 habitants disposent dau moins un bureau de Poste par tranche de 20 000 habitants. Cet objectif est moins contraignant que celui rsultant de sa mission damnagement du territoire.

La ressource du fonds est principalement constitue de labattement de fiscalit locale dont La Poste bnficie depuis 1990. Les bases dimposition de ltablissement public font en effet lobjet dun abattement gal 85% de leur montant, en raison des contraintes de desserte de lensemble du territoire national et de la participation lamnagement du territoire qui lui incombent. Cet abattement nest pas compens par lEtat auprs des collectivits territoriales. Aliment par le produit de cet abattement, le montant de ce fonds est actuellement de lordre de 130 140 millions deuros par an. Le contrat de prsence territoriale constate lvolution du montant des ressources du fonds et en tablit une prvision sur la priode dapplication. La rpartition entre les dpartements se fait selon deux critres : 70 % de lenveloppe est rpartie au prorata du nombre de points de contacts au sein des zones dites prioritaires : zones rurales y compris les zones de revitalisation rurales, zones de montagnes et zones urbaines sensibles ; les 30 % restant de lenveloppe est rpartie, pour chaque dpartement, en fonction de nombre dhabitant de chaque zone prioritaire, auxquelles est attribu un coefficient de handicap fonction disolement du degr gographique ou conomique. Ce contrat dtermine galement les modalits de rpartition du financement dans les dpartements, avec le concours des commissions dpartementales de la prsence postale territoriale (CDPPT). Les CDPPT regroupent, dans chaque dpartement, quatre conseillers municipaux, deux conseillers gnraux et deux conseillers rgionaux. Elles ont pour rle de donner un avis sur le projet de maillage des points de contact de La Poste dans le

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dpartement, de proposer la rpartition de la dotation dpartementale du Fonds postal national de prquation territoriale, dtre informe par La Poste des projets dvolution des points de contact et de consulter toute personne susceptible dapporter des informations utiles laccomplissement de ces missions. Au total, la rpartition du fonds est effectue en priorit au profit des communes situes en zones de revitalisation rurale, en zones de montagne et en zones urbaines sensibles. A lavenir, dans le cadre de la transposition de la directive 2008/06, le financement du service universel et des autres missions de service public confies La Poste devront obligatoirement tre dissocis. Selon cette directive, les ressources du Fonds de compensation du service universel ne peuvent qutre affectes au financement de celui-ci, dont le primtre exclut les missions de service public traditionnellement confies La Poste (accessibilit bancaire, amnagement du territoire, transport de la presse). Il est donc probable quun ou plusieurs conventionnements particuliers entre lEtat et La Poste viennent complter, pour les missions de service public, le mcanisme de financement propre au service universel. Intrts et limites pour le trs haut dbit En dpit des limites de lanalogie, le secteur postal prfigure la distorsion existant en matire de communications lectroniques entre les obligations issues du service universel et un objectif national plus ambitieux. De fait, rien ninterdit un Etatmembre daller au-del du service universel, mais il lui faudra alors respecter les rgles particulires applicables au rgime des aides dEtat. Ainsi, tout objectif suprieur celui contenu dans les directives du paquet tlcom pour le trs haut dbit devra tenir du rgime propre des aides dEtat. Or si en matire postale il est vident que seule La Poste sera en mesure de raliser ces missions, ce qui facilitera leur prise en charge par le biais dune relation directe avec lEtat respectant les principes poss par larrt Altmark de la Cour de justice des Communauts europennes, il en sera diffremment en matire de communications, compte tenu de la multiplicit la fois des autorits organisatrices et des bnficiaires des aides. Une notification la Commission europenne Bruxelles du rgime mis en place sera trs probablement ncessaire. Enfin, lattribution des aides en fonction des handicaps de chaque territoire montre galement que llaboration de critres dligibilit au bnfice de certains financements particuliers est possible en matire dindustrie de rseaux. A ce propos, la loi relative la lutte contre la fracture numrique vote par le Snat en premire lecture le 20 juillet dernier renvoie dailleurs lARCEP le soin de circonscrire ces zones.

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H) E A U

Mcanisme Jusqu sa suppression par la loi de finances pour 2005, il existait dans le secteur de la distribution deau un fonds national pour le dveloppement des adductions deau (FNDAE). Ce fonds, cr en 1954, avait pour vocation daider par dotation les communes rurales pour leurs travaux dalimentation en eau potable et dassainissement. Jusquen 1995, il pouvait galement accorder des prts taux rduit ces communes matres douvrages dans ce domaine. Ce fonds tait aliment par une redevance sur le volume des consommations deau potable distribue, par le produit des annuits verses des prts quil consentait (lorsquil en avait encore la comptence), et par toutes recettes ou dotations affectes, au titre desquelles un prlvement sur les recettes du Pari mutuel. Le FNDAE tait gr par le ministre charg de lagriculture. Celui-ci tait assist dun comit consultatif de seize membres ainsi rpartis : quatre parlementaires, un reprsentant du Conseil conomique et social, cinq reprsentants des collectivits territoriales, quatre reprsentants de lEtat, un reprsentant de la FNCCR, et qui tait prsid par un conseiller dEtat. La redevance tait due par les services de distribution deau potable, quel que soit le mode dexploitation, en fonction du volume deau consomme. Les directions dpartementales de lquipement (DDE) et les directions dpartementales de lagriculture et de la fort (DDAF) exeraient le contrle du recouvrement des redevances, dont taient chargs les distributeurs titre gratuit. Aprs recouvrement, le distributeur disposait dun dlai dun mois pour verser au Trsor le montant des redevances perues. Le redevable de la redevance tait le distributeur et non lusager ; la rpercussion du cot de celle-ci sur le consommateur ntait donc pas obligatoire. Les aides financires du FNDAE taient rparties par dpartement sous forme de dotations affectes leau et lassainissement. Le dpartement fixait la rpartition de ces dotations entre les communes rurales et leurs groupements qui ralisaient des travaux dalimentation en eau potable et dassainissement. En 1997, laide du fonds a t tendue aux travaux de matrise des pollutions dorigine agricole. En 2004, le montant de cette taxe tait de 21,34 euros pour 1.000 m deau consomme. Depuis 2005, les Agences de leau prennent en charge le financement des investissements des communes rurales relatifs leau potable et lassainissement. Une majoration des redevances dues aux agences a t opre (de lordre de 31 euros pour 1.000 m deau prleve en 2005 contre 17 euros en 2004).

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Intrts et limites pour le trs haut dbit Au-del de la multiplicit des sources de financement, dont lutilit a t souligne pour le financement des infrastructures autoroutires, on observera lexistence dun prlvement opportuniste portant notamment sur les recettes du pari mutuel. Pour le trs haut dbit, au vu de ce prcdent, un prlvement sur les recettes futures des jeux en lignes napparat pas si incongru.

I) P R E S S E
Le secteur de la presse constitue lun des secteurs les plus aids par lEtat ; il existe prs de 18 mcanismes de soutiens, directs et indirects (exemption fiscales et sociales, tarifs prfrentiels de La Poste). Dans ce cadre, deux grands mcanismes participent dune mission dintrt gnral : les aides la diffusion et les aides la pluralit des titres nationaux et locaux. Au titre de la diffusion, on mentionnera laide la distribution de la presse quotidienne rgionale et les tarifs postaux prfrentiels accords aux entreprises de presse, et de la pluralit des titres locaux, le Fonds daide aux quotidiens rgionaux, dpartementaux et locaux dinformation politique et gnrale faibles ressources de petites annonces. Laide la distribution de la presse nationale quotidienne et gnraliste Pour mmoire, en vertu de la loi Bichet du 2 avril 1947, les quotidiens nationaux dinformation politique et gnrale sont distribus selon deux modes : soit directement par lditeur du titre, par ses propres moyens, soit par le groupage, dans le cadre de socits coopratives regroupant plusieurs diteurs. Dans ce dernier cas, ces socits coopratives peuvent sous-traiter la distribution une socit commerciale, condition den dtenir conjointement le contrle. Il existe une seule socit de ce type charge de la diffusion de la presse quotidienne nationale : les Nouvelles messageries de la presse parisienne (NMPP). Les autres coopratives, savoir les Messageries lyonnaises de presse (MLP) et la Socit auxiliaire pour lexploitation et le transport de la presse (TP), ne distribuent pas la presse quotidienne nationale. Les NMPP supportent des contraintes logistiques et durgence spcifiquement attaches cette activit exerce sur lensemble du territoire national, et pratiquent de ce fait des tarifs de diffusion levs. Elles exercent historiquement une forme de prquation interne entre la distribution de la presse nationale, dficitaire, et celle de la presse magazine, rentable. Cela tant, les diteurs de magazines sont libres de supporter ces charges ou pas, car dfaut ils peuvent sadresser aux messageries ne distribuant que des magazines. La chute du nombre dexemplaires vendus par les quotidiens nationaux ne leur permettant plus de supporter de tels tarifs, le gouvernement a dcid en 2002 de prendre en partie en charge ces cots de

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diffusion. Cette aide annuelle est accorde chaque diteur en fonction du nombre de titres vendus. Laide au transport postal de la presse La presse a toujours historiquement bnfici de tarifs privilgis de la part de loprateur postal. Au cours des vingt cinq dernires annes, ces tarifs rsultaient daccord tripartites conclus entre lEtat, les reprsentants de la presse et La Poste, et participaient des missions de service public de celle-ci. La libralisation du secteur postal a conduit ces trois acteurs remettre plat ce mcanisme, pour le maintenir une fois le march postal ouvert la concurrence. Ces tarifs spcifiques appliqus la presse sont prvus larticle R.1-1 du code des postes et des communications lectronique et intgrs dans le champ du service universel postal. Ils font lobjet dune compensation particulire prise en charge intgralement par lEtat. Les accords dits Schwartz de 2008 prvoient ainsi loctroi dune subvention annuelle de lEtat La Poste sur la priode 2009/2015 ( hauteur de 242 millions deuros jusquen 2011, puis 232 millions deuros en 2012 pour parvenir 180 millions deuros en 2015), ainsi quune augmentation progressive des tarifs de transport de la presse. Cette subvention se dcompose en : une aide au pluralisme pour la diffusion de la presse dinformation politique et gnrale, se traduisant par une minoration de la facture des diteurs pour le transport des titres de la presse dinformation politique et gnrale. Cette aide est gre directement par la direction du dveloppement des mdias. une aide la distribution en zones peu denses, compensant une partie des surcots lis lacheminement dans les zones considres et permettant ainsi le maintien dun tarif gal sur tout le territoire, est verse loprateur postal. Cette aide est gre directement par la direction gnrale des entreprises.

Cela tant, lavenir, ces tarifs prfrentiels ne seront pas financs par le fonds de service universel, car la directive postale 2008/06 ne permet plus daffecter ses ressources, qui seront prleves sur la communaut des oprateurs, de telles dpenses. Ils seront donc directement compenss par lEtat. Le fonds daide aux quotidiens rgionaux et locaux dinformation Institue en 1989 (dcret n 89-528 du 28 juillet 1989 modifi), cette aide est rserve aux quotidiens de langue franaise dinformation politique et gnrale diffusion rgionale, dpartementale ou locale, et dont les recettes de petites annonces nexcdent pas 5 % de leurs recettes publicitaires totales. En 1997, le bnfice de ce fonds daide a t largi aux quotidiens dinformation politique et gnrale diffusion rgionale, dpartementale ou locale dont les recettes de petites annonces nexcdent pas 15 % de leurs recettes publicitaires totales et dont la diffusion est assure plus de 25 % par voie dabonnement postal.

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Intrts et limites pour le trs haut dbit Les diffrents mcanismes daides prsents ci-dessus sont dun intrt limit pour le trs haut dbit, pour deux raisons. En premier lieu, lempilement des diffrents rgimes rsulte des rponses donnes par lEtat aux difficults successives rencontres par le secteur de la presse crite, et non de louverture la concurrence dun secteur auparavant sous rgime de monopole. En second lieu, il nexiste pas de prlvements dont le produit est affect, directement ou indirectement, alimenter ces diffrentes aides. En effet, les ressources ncessaires sont inscrites chaque anne dans la loi de finances, et sont ensuite redistribues, pour la plupart, directement par la Direction du dveloppement des mdias en fonction des rgles dligibilit poses par dcret. Dans ces conditions, lanalogie avec le trs haut dbit est limite, car il semble prfrable didentifier, a minima sur le moyen terme, des recettes prennes, qui seront ensuite affectes par une entit qui devrait idalement regrouper lEtat et les collectivits.

J) A U D I O V I S U E L

Mcanisme Il ne sagit pas proprement parler dun mcanisme de prquation horizontale. Il est toutefois pertinent de le prsenter, car il repose pour partie sur le chiffre daffaires des oprateurs de communications lectroniques. La suppression partielle de la publicit dans laudiovisuel public a entrain un manque gagner du groupe France Tlvisions estim pour 2009 450 millions deuros par la Commission pour la nouvelle tlvision publique. Afin de compenser ces pertes, la loi de finances pour 2009 a prvu une dotation budgtaire de 450 millions au groupe tlvisuel. Une programmation pluriannuelle prvoit en outre une augmentation de ces crdits de 1,75% par an, entranant une hausse de 7,9 millions deuros en 2010, puis 8,1 millions deuros en 2011, des crdits du programme budgtaire 313 Contribution au financement de laudiovisuel public de la mission Mdias . La proccupation de prserver les finances publiques a conduit le lgislateur instaurer deux taxes destines couvrir ces dotations. La loi relative la communication audiovisuelle et au nouveau service public de la tlvision en date du 5 mars 2009 cr ainsi une nouvelle taxe sur la publicit diffuse sur les chanes de tlvision et une taxe sur les services fournis par les oprateurs de communications lectroniques.

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Taxe sur la publicit diffuse sur les chanes de tlvision

La taxe sur la publicit diffuse est dsormais due par les diffrentes chanes de tlvision dont le sige est en France, quelles soient diffuses sur le rseau hertzien analogique ou numrique, ou par dautres moyens (cble, satellite). La taxe est assise sur le montant des sommes verses par les annonceurs ces tlvisions ou leurs rgisseurs pour la diffusion de leurs messages publicitaires, soustraction faite du montant de la TVA. Les recettes publicitaires des sites internet de ces chaines ne sont pas concernes, contrairement aux sommes verses dans le cadre de parrainages dmissions. Le taux de cette taxe est de 3% du montant des versements annuels, avec un abattement de 11 millions deuros sur lassiette. La taxe est calcule pour chaque service de tlvision, ce qui signifie que les diffrentes chaines dun mme groupe (M6 et W9, par exemple) paieront sparment. Ceci est avantageux pour les groupes, dans la mesure o labattement de 11 millions deuros sappliquera pour chaque chane. En outre, pour les chanes diffuses autrement que par voie hertzienne terrestre en mode analogique (tlvision numrique terrestre (TNT), cble, satellite), le taux de la taxe est fix 1,5% pour 2009, 2% pour 2010 et 2,5% pour 2011. Il existe enfin un mcanisme de plafonnement du montant de la taxe, celui-ci ne pouvant excder la moiti la moiti de la diffrence entre les recettes publicitaires constates pour une anne n et les recettes perues en 2008. Un taux minimal de 1,5% de taxation des recettes publicitaires est toutefois applicable, en tout tat de cause. Les rapporteurs du projet de loi ont insist sur le manque de dynamisme du produit de cette taxe et son caractre alatoire. Ce produit, estim en prvision un montant compris entre 60 et 70 millions deuros pour 2009 est, en outre, insuffisant pour compenser les dotations de lEtat au groupe France Tlvisions (Rapport MorinDesailly et Thiollire pour le Snat en date du 6 janvier 2009).

Taxe sur les oprateurs de communications lectroniques

La loi du 5 mars 2009 cr galement une taxe due par tout oprateur de communications lectroniques qui fournit un service en France et qui a fait lobjet dune dclaration pralable auprs de lARCEP. Il sagit principalement des oprateurs de tlphonie et des fournisseurs daccs internet. Lassiette de cette taxe est constitue du montant, hors TVA, des abonnements et autres sommes acquittes par les usagers ces exploitants. En sont nanmoins exclus les montants correspondant aux prestations dinterconnexion et daccs au rseau, aux prestations de diffusion ou de transport des services de communication audiovisuelle (tlvision par ADSL, par exemple) ou aux prestations de services universels de renseignement tlphonique. Les dotations aux amortissements, dont

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la dure est dau moins dix ans, affrentes aux matriels et quipements ncessaires aux infrastructures et rseaux de communications lectroniques, sont dduites de lassiette de la taxe. Ces sommes sont taxes selon un taux de 0,9%, avec un abattement de 5 millions deuros. Le Conseil constitutionnel sest prononc dans le sens de la constitutionnalit de cette taxe, en considrant quil tait loisible au lgislateur de compenser les dotations budgtaires de lEtat en instituant une nouvelle imposition pour financer cette charge. Le juge constitutionnel a galement considr quil nexistait pas dobstacle ce que la taxe soit assise sur les recettes des oprateurs de communications lectroniques, alors mme quils ninterviennent pas directement dans le secteur audiovisuel. Selon le rapport Morin-Desailly et Thiollire prcit, le produit de cette taxe est valu 347 millions deuros pour 2009. Intrts et limites pour le trs haut dbit La mise en place dun tel mode de financement fournirait sans doute une source consquente et solide de financement dun ventuel fonds national damnagement numrique. Cest dailleurs la proposition du rapport du Conseil conomique, social et environnemental de fvrier 2009 sur la couverture numrique des territoires, reprise et quelques peu amende par le snateur Pintat dans sa proposition de loi pour lutter contre la fracture numrique discute au Snat en juillet dernier. Le CESE propose quun fonds national similaire au FACE soit aliment par des prlvements sur les abonnements aux services de communications lectroniques (tlphonie fixe, ADSL et mobile), le taux (0,50 euros/mois) tant le cas chant modul en fonction de la qualit de service. Ce fonds national serait complt par des fonds rgionaux aliments par les collectivits (rgions ou syndicat mixtes rgionaux), leurs contributions tant proportionnelles leur population (10 euros/h/an). A la suite de la discussion de la proposition de loi du Snateur Pintat en premire lecture au Snat le 20 juillet dernier, la cration dun Fonds national damnagement numrique a t dcide, qui sera administr conjointement par lEtat et les collectivits sur un mode proche de celui du FACE prsent ci-avant. En revanche, aucune source de financement na t institue, le sujet tant renvoy la discussion devant lAssemble nationale.

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II- AUTRES TYPES DAIDES ENVISAGEABLES POUR LES OPERATEURS

Le Code gnral des collectivits territoriales (CGCT) et quelques autres dispositifs lgaux, souvent inspirs doutils utiliss par lEtat, offrent un certain nombre de possibilits dinterventions conomiques des collectivits territoriales pour favoriser le dveloppement conomique local et lamnagement du territoire. Ces diffrentes aides pourraient tre adaptes ou inspirer des solutions pour favoriser le dveloppement priv du rseau trs haut dbit dans les zones gographiquement peu rentables.

A) P R E T S A T A U X B O N I F I E

Mcanisme Les diffrentes collectivits territoriales peuvent accorder des prts des entreprises dont lactivit revt un intrt conomique local, des conditions plus favorables que celles offertes par le march. Un arrt ministriel a nanmoins fix un taux minimum de crdit des collectivits territoriales, calcul selon une moyenne de trois taux. La rgion seule a comptence pour dfinir le rgime et dcider de loctroi des aides. Les dpartements, les communes et leurs groupements peuvent toutefois participer au financement de ces aides dans le cadre dune convention passe avec la rgion. Ces collectivits ont mme la possibilit de mettre en uvre ces aides en cas daccord avec la rgion. Intrts et limites pour le trs haut dbit Il sagit sans nul doute dun outil intressant, mais il doit pouvoir tre complt par dautres mcanismes, le cas chant alternatif. Lide serait quun ventuel fonds national damnagement numrique puisse, au cot dautres dispositifs de soutien (subventions, garanties demprunts etc.) soit en mesure daccorder de tels prts taux bonifis.

B) G A R A N T I E S D E M P R U N T

Mcanisme Les diffrentes collectivits territoriales (et leurs tablissements publics) ont la possibilit de garantir les emprunts obtenus par une entreprise auprs dun tablissement de crdit, dans les conditions prvues aux articles L.2251-1 et suivants du code gnral des collectivits territoriales.

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La garantie demprunt consiste en un engagement de rembourser le prt contract par une tierce personne auprs dun tablissement de crdit. Il prend la forme dun contrat distinct du contrat principal de prt et comporte souvent une clause dite de remboursement la premire demande . Le garant peut moduler son engagement au moment de la conclusion de son contrat de garantie. Un tablissement de crdit sera particulirement rceptif une demande de prt assortie dune garantie dune collectivit publique, dont la solvabilit est gnralement incontestable. Partant, les conditions doctroi du prt seront plus avantageuses pour lemprunteur que celles qui sont normalement consenties sur les marchs financiers. La Commission europenne a nonc, dans une communication de mars 2000, les conditions dans lesquelles une garantie demprunt dune collectivit est conforme au droit communautaire. Ce sera le cas si cette garantie ne porte pas sur plus de 80% du prt, si lentreprise aurait obtenu le prt au prix du march sans elle (ce qui suppose ncessairement que celle-ci ne soit pas en difficult financire), et si la garantie est rmunre par lemprunteur au prix du march. En droit interne, il est ncessaire que lopration rponde un intrt gnral conomique. La collectivit publique ne peut en outre accorder sa garantie que pour autant quelle nait pas atteint un plafond au-del duquel sa propre capacit garantir se bloque. Le CGCT impose ainsi un plafonnement en valeur absolue de la capacit garantir de la collectivit et la division des risques quelle prend. A ce titre, le montant total des annuits garanties au profit dun mme dbiteur ne peut dpasser 10% de la capacit garantir de la collectivit. La garantie publique (une ou plusieurs collectivits ensemble) ne peut porter au plus que sur 50% des sommes empruntes, ce qui contraint le prteur trouver une autre garantie. Cette quotit peut tre porte 80% lorsque la garantie bnficie des entreprises charges dune mission damnagement. La garantie peut mme tre totale lorsque lopration projete concerne la construction de logements raliss par des organismes dhabitations loyer modr ou des socits dconomie mixte. Lassemble dlibrante de la collectivit est seule comptente pour accorder une garantie demprunt. Chaque lu doit avoir t prcisment inform des conditions du contrat, peine de nullit de lopration. La dfaillance de lemprunteur rend la collectivit garante dbitrice sa place. Lorsquil existe plusieurs garants, le prteur peut choisir de nen poursuivre quun, qui pourra se retourner contre les autres. Ce mcanisme rencontre un grand succs, mais nest pas dpourvu de tout risque pour les finances locales. Par ailleurs, il convient de prciser que la garantie quaccorde la collectivit dans le cadre, par exemple, dune dlgation de service public, nest pas soumise ce

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rgime particulier, au motif quelle sinscrit dans le cadre de lexcution dun service public et non dune simple opration dintrt gnral. Intrts et limites pour le trs haut dbit Le mcanisme de la garantie demprunt constitue galement un outil, peu coteux mais sans doute insuffisant lui seul, qui permettrait de faciliter le dploiement de rseaux trs haut dbit. Ce mcanisme na pas t utilis pour faciliter le financement des rseaux de collecte dploy sous lempire de larticle L.1425-1 du code gnral des collectivits territoriales depuis 2004, les soutiens financiers se limitant loctroi de subventions. Dailleurs, droit constant, une collectivit pourrait dailleurs accorder sa garantie demprunt son dlgataire de service public, le cas chant en complment dune subvention, condition de la valoriser en tant quaide publique. Un mcanisme de financement du dploiement des rseaux trs haut dbit pourrait prvoir dadosser des garanties demprunt un fonds spcifique (le Fonds national damnagement numrique), qui serait utilis tantt pour financer les dploiements sous forme de subventions, accorder des prts taux bonifis ou de simples garanties demprunts. A cet gard, dans le cadre de larticle 6 de la loi sur lacclration des programmes dinvestissement du 4 fvrier 2009, le Gouvernement a mis en place un fonds de garantie de 10 milliards destin faciliter le montage financier des contrats publics de lEtat, des collectivits et de leurs tablissements publics. Sont ligibles un certain nombre de projets, faisant lobjet de contrats de partenariats, de concession de travaux de lEtat et dlgations de service public des collectivits, que lEtat juge prioritaires . Cette garantie, rmunre, est accorde aux prts et titres de crances finanant les entreprises titulaires de ces contrats, et ne peut dpasser 80% de la dette adosse au projet. Cest un Comit de garantie, associ la Mission dappui la ralisation des contrats de partenariats, qui est charg de les accorder. Une adaptation de ce mcanisme au dploiement des rseaux trs haut dbit serait possible, et srement pertinente.

C) P R I S E E N C H A R G E D E S C O M M I S S I O N S D E G A R A N T I E S D E M P R U N T S
ACCORDEES PAR LES BANQUES AUX ENTREPRISES

Mcanisme Cette solution prsente moins de risques pour les collectivits que les garanties demprunt. Il sagit pour la personne publique de sacquitter des commissions dues par une entreprise aux tablissements de crdits qui ont garanti son emprunt. Cette aide ne peut pas tre cumule avec une garantie ou un cautionnement de la collectivit portant sur le mme emprunt. Elle sinscrit dans le cadre dune convention gnrale passe entre la collectivit territoriale, le prteur et le garant. Cette convention dfinit la nature des oprations, les catgories demprunteur

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ligibles, le taux de prise en charge des commissions, la dure dapplication et les modalits de renouvellement de lengagement. Lassemble dlibrante de la collectivit fixe un montant maximal de dpenses annuelles.

Intrts et limites pour le trs haut dbit Il sagit l encore dun outil intressant, mais qui serait en soi largement insuffisant. Il pourrait toutefois rpondre, dans certains cas, une logique de certains projets lance par linitiative prive, et donc en dehors du champ dun service public.

D) P A R T I C I P A T I O N A U C A P I T A L D E S O C I E T E S D E G A R A N T I E E T D O T A T I O N S EN FAVEUR DUN FONDS DE GARANTIE

Mcanismes Les collectivits territoriales ont encore la possibilit dentrer dans le capital dun tablissement de crdit revtant la forme de socits anonymes ayant pour objet exclusif de garantir les concours financiers des entreprises nouvellement cres. Ceci est subordonn lentre de socits commerciales dont au moins un tablissement de crdit dans le capital de cette socit. La participation publique totale ne peut excder 50% des participations. Une convention lie la collectivit et la socit laquelle elle participe. Ces tablissements de crdits peuvent ainsi garantir les emprunts des entreprises, ce qui prsente moins de risque quune garantie directe de la collectivit. Intrts et limites pour le trs haut dbit Ce mcanisme, ouvert aux collectivits depuis 2003, de participer aux fonds commun de placement na pas rencontr un vritable succs. Il nen reste pas moins, comme cela a t voqu propos des garanties demprunt, quil sagit pour le trs haut dbit dun outil utile. La mise en place dun fonds damnagement numrique, auquel participeraient lEtat et les collectivits, permettrait de prvoir dans les missions de celui-ci loctroi de telles garanties.

E) A P P O R T S E N C A P I T A L

Mcanismes Les communes et dpartements nont en principe pas le droit de participer au capital de socits commerciales nayant pas pour objet dexploiter les services collectifs ou des activits dintrt gnral, telles que des socits dconomie mixte

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locales. Les collectivits peuvent toutefois droger cette interdiction lorsquelles y ont t autorises par dcret en Conseil dEtat. Des drogations sectorielles existent, notamment en faveur des socits de garantie (voir ci-dessus), mais aussi pour les socits anonymes dhabitation loyer modr et les socits locales dexploitation du cble cres dans le cadre du Plan Cble. Par ailleurs, les collectivits ont le droit de participer indirectement au capital de socits par lintermdiaire de socits dconomie mixte locale. Enfin, les rgions ont comptence pour participer au capital des socits de dveloppement rgional (ou interrgional), qui ont pour vocation de mettre en valeur des territoires dfavoriss. Ces socits contribuent au dveloppement conomique local par des prises de participation, crdits et cautions, en tant quinstitutions financires investies dune mission dintrt gnral. Elles jouissent davantages tels que des exonrations fiscales. Intrts et limites pour le trs haut dbit En matire damnagement numrique, peu de socits dconomie mixte locales ont t cres pour tablir et exploiter des rseaux dinitiative publique, principalement cause du manque de souplesse du droit de la commande publique lgard de ces structures, qui doivent tre mises en concurrence par leurs collectivits actionnaires comme tout oprateur lambda. Il nen reste pas moins que la participation au capital dune socit demeure pour une collectivit, quel que soit son niveau, un mode de partenariat pertinent avec les personnes prives. Cest dailleurs, dans dautres pays europens, un mode privilgi, y compris par le biais de prises de participation minoritaires des collectivits. Dans la foule du plan France Numrique 2012, le gouvernement a dailleurs dpos au Snat un amendement, dans le cadre de la discussion de la loi relative la lutte contre la fracture numrique le 20 juillet dernier, permettant la prise de participation minoritaire des collectivits au capital de socits ayant pour objet le dploiement de rseaux trs haut dbit. Ce texte a t adopt et sera discut lautomne lAssemble nationale. Dans lhypothse ou ce texte serait promulgu, ces socits pourraient bnficier, condition den remplir bien entendu les critres dligibilit, les diverses aides que pourrait octroyer un fonds national damnagement numrique.

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A NNEXE 3 LEMENTS
CARTOGRAPHIQUES

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I- ARRONDISSEMENT DE FAIBLE DENSITE : RODEZ

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II- ARRONDISSEMENT DE DENSITE MOYENNE : SAINT-OMER

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III- ARRONDISSEMENT DE DENSITE SUPERIEURE A LA MOYENNE : ETAMPES

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IV- IMBRICATION DES ZONES RENTABLES ET NON RENTABLES

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