Jean-Marie Lassre
Onomastica africana, I-IV
In: Antiquits africaines, 13,1979. pp. 227-234.
Citer ce document / Cite this document : Lassre Jean-Marie. Onomastica africana, I-IV. In: Antiquits africaines, 13,1979. pp. 227-234. doi : 10.3406/antaf.1979.1010 [Link]
Antiquits africaines 1. 13, 1979, p. 227-234
ONOMASTICA AFRICANA I-IV
par Jean-Marie LASSRE
I. A 5 km au nord-est du bordj de Tasbent x un beau mausole de la fin du Ier sicle pC porte l'pitaphe suivante, copie par Moll et publie par lui en 1858, puis par Wilmanns au C.I.L., VIII, 2200 : Di(i)s Manibus Aumasgaris Magarsae filio Tascuri Flaui Fausti filia sconi[ux] et \f]i[l]i(i) Cocc[e]ius [et] Seu[e]rus piissimo patri uix(it) annis Ixxx ; h(ic) s(itus) e(st). 1. 4 : aprs Tascuri, l'diteur, dans sa transcription, place un point d'interrogation. Le mme texte a t revu et republi successivement par le lieutenant Martinez (B.C.T.H., 1894, p. 85), par Hron de Villefosse (B.C.T.H., 1899, p. 182-183) et par Gsell (I.L.A., 1, 2975). La lecture de Gsell diffre de celle du C.I.L. pour les lignes 3 et 4 : | \ \ \ Aumasgari Smagar sae filio Tascu[t, T.] Flaui Fausti filia. La coupure aprs le i d'Aumasgaris laquelle dj invitait Hron de Villefosse a videmment l'avantage de faire disparatre la difficult d'une forme Aumasgaris au datif singulier, puisque ce cas est attest par filio la fin de la ligne. Dans son commentaire, Gsell propose de voir dans Aumasgar un nom d'origine punique : Au pour Abd, et Masgar qui serait un nom de divinit 2. Pour les autres noms, Gsell se borne crire : Smagarsa, Tascut, noms libyques . Le reste de son commentaire est consacr aux aspects onomastiques de la romanisation de cette famille. Je ne saurais rien dire sur le nom Smagarsa, en dehors peut-tre de quelques rserves sur sa forme 3. En revanche, le second nom, Tascut, appelle quelques remarques. Dans les inscriptions latines, c'est un 1 Sur la localisation du site, cf Gsell (S.), Atlas archologique de l'Algrie, f. 28, n 269. 2 Gsell renvoie son Histoire ancienne de Afrique du Nord, t. 4, p. 133 et n. 3 : un rapprochement est fait avec MYSKR, Meskar, divinit honore en particulier Mactar, cf Charles- Picard (G.), Ciuitas mactaritana, Karthago, t. 8, p. 58-60 (avec bibliographie). 3 La coupure de Gsell, Aumasgari, Smagaisae filio , tait dj propose par Hron de Villefosse, B.C.T.H., 1899, p. 183, qui la justifie en notant : cf Smaragdus, Smasala. L'inconvnient est que Smaragdus n'est pas un nom africain, et que Smasala n'apparat que dans une inscription de Cirta (C 7387 = ILA2 1187) o I'M et VA sont lis. H. -G. Pflaum lit Smasala (sans astrisque dubitatif) et justifie sa lecture par notre Smagarsa. Le lieutenant Martinez (qui croyait lire AVLASCARIS) plaait la coupure aprs l'S et ajoutait que le texte tout entier est trs lisible . La coupure Aumasgari, Smagarsae pourrait se heurter la constatation suivante : dans le Recueil des Inscriptions libyques de J.B. Chabot, on relve plusieurs noms qui commencent par le groupe MGR, et en particulier six fois MGRZH, dont Magarsa pourrait tre une transcription. On y trouve aussi MSKRS (n 817) qui pourrait entrer dans la composition du nom Aumascaris. : \ \ \
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hapax (comme Smagarsa et Smasala). On peut se demander si la restitution de Gsell, Tascu[t, T.] Flaui Fausti filia, est absolument licite. Je n'ai pas revu la pierre, mais je remarque que les premiers diteurs, dans leur reproduction du texte, reprsentaient les et les L comme de simples hastes que l'on confondait aisment avec des I 1. La chose s'observe frquemment, par exemple dans les pitaphes des officiates de Carthage 2. On se demande alors si la restitution de Wilmanns n'est pas plus proche de la ralit et si la pierre ne portait pas : Tascurt, Flaui Fausti filia. Sous la forme Tascut, et plus encore sous la forme hypothtique Tascurt, il est incontestable, comme l'crit Gsell, qu'il s'agit d'un nom libyque : il est en effet attest, une seule fois dire vrai, par une stle libyque du Dar Zeniz, dans le Djebel Dyr, auprs de Tbessa : TSKRT 3. Mais quel est ce nom ? Les Africains ont parfois prouv quelque got pour les noms individuels tirs de noms d'animaux 4. Mme G. Halff signale Carthage le nom SRBY, le faon 5. Il y a quelques annes, on a retrouv Hadra, en Tunisie, la statue de Crepereia Innula, et l'diteur de l'inscription tudie ce cognomen qui signifie : la petite biche 6. On connat aussi des noms tels que Soricio, Soricus, voire Mustela, qu'on a rapproch du punique 'KBR, la souris 7. On a mme propos de voir dans Bocchus une transcription du nom berbre du lion 8. Bien entendu, la difficult d'une identification reste aujourd'hui insurmontable, dans l'ignorance o nous demeurons des rgles (s'il y en eut !) de transcription des phonmes libyques en latin. Le notait-il une spirante (th) ou une emphatique (t) ? Pour l'S, on peut de la mme faon hsiter entre un bon nombre de correspondances. Il n'en reste pas moins que Tascurt, TSKRT fait penser taskkurt, qui en Kabylie dsigne aujourd'hui la perdrix 9. M. L. Galand, que j'ai consult ce sujet, a bien voulu me rpondre que la correspondance avec le berbre actuel serait presque parfaite, car la graphie latine peut avoir nglig la tension du -KK- 10. Le choix de ce nom pourrait s'expliquer par la tendance,
1 On lit dans le C.I.L. : TASCVRI FIAVIFAVSII FIIIA, et la 1. suiv. ET COCIIVS II SEVIRVS. C'est seulement dans les publications postrieures aux lectures de Martinez et de Hron de Villefosse que ces hastes sont remplaces par des lettres. L'explication est peut-tre apporte par Villefosse lui-mme, B.C.T.H., 1899, p. 182 : Lorsque je l'ai copie en octobre 1887, on avait pass une pointe dans les lettres, dont on avait ainsi dnatur quelque peu la forme . Le lieutenant Martinez avait encore lu : TASCVRI FLAVI, et Hron de Villefosse : TASCVT FLAVI. 2 Cf C. 13102; 13034. 3 Chabot (J.B.), Recueil des inscriptions libyques, n 1014 ; le bordj Tasbent est aussi dans la rgion de Tbessa. 4 Halff (G.), L'onomastique punique de Carthage, rpertoire et commentaire. Karthago, t. 12, 1963-1964 (1965), p. 61-146 (en particulier p. 82 et n. 77). Mme Halff renvoie particulirement Noth (M.), Die Israelitischen Personennamen in Rahmen der gemeinsemitischen Namengebung, 1928, p. 229 sq. 5 Karthago, t. 12, p. 140, col. 2. 6 Beschaouch (.), La Reine de Hadra el-Gdima, Crepereia Innula. Mi. Piganiol, Paris, 1966, p. 1113-1131 (= A.E., 1966, 525); voir en particulier l'appendice de la p. 1131. 7 Cf B.C.T.H., 1889, p. 252, in fine; Benz (F.L.), Personal Names in the Phoenician and Punic Inscriptions. Rome (Studia Pohl 8), 1972, p. 171 ; Halff (G.), in Karthago, t. 12, 1965, p. 82 et . 77 ; p. 135, avec rfrence Noth (M.), o.l. Mme Halff cite pour l'Afrique C. 26701 : Agbor. 8 Pellegrin (.), Le roi Bocchus de Maurtanie. R.I.O., t. 2, 1950, p. 69. 9 II est seulement possible que le mot ait exist dans la langue des Libyens : un auteur du dbut du sicle (dont les travaux veillent cependant des ractions de prudence) proposait d'expliquer, R.S.A.C., t. 48, 1914, p. 1-6, le nom de la ville de Rusuccuru (qui apparat sous la forme Ascurum dans Bell. afr. XXIII) par la construction rus-ousekkourt ; malgr l'adhsion de J. Carcopino, l'inconvnient majeur de cette hypothse est qu'elle ferait de Rusuccuru un hybride punico-libyque. Segert (S.), Some Phoenician Etymologies of North African toponyms. O.A., t. 5, 1966, p. 19-25, a propos une autre explication : rus-cur, le cap de la poutre , le cap bois . 10 Elle n'apparat pas davantage dans le texte R.I.L. 1014.
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observe dans la Kabylie contemporaine, voir dans la perdrix le symbole de la grce et de la beaut fminine \ Pourtant, comme me le signale encore L. Galand, une correspondance parfaite entre les formes berbres actuelles et les matriaux antiques est extrmement rare. Mais on se rappelle aussi que beaucoup de noms propres libyques et berbres ont une racine du type sifflante + occlusive palatale + r 2. On a donc le choix entre ces deux hypothses, qui, l'une et l'autre appuyes sur le texte du Dar Zeniz, conduisent prfrer la leon du C.I.L., celle de Gsell. II. A Teboursouk (Thubursicu Bure) fut dcouvert ( une date ancienne, mais qui n'est pas prcise par le C.I.L.) dans la ncropole proche de la route de Souk el Arba (aujourd'hui Jendouba) 3 un cippe de 0,75 m de haut, qui portait l'pitaphe suivante, copie par Denis et envoye par Esprandieu aux diteurs du C.I.L. , VIII, Cagnat et Schmidt, qui la publirent sous le n 15341 : (rose) ; D(is) M(anibus) s(acrum). Turutia Fortunata pia uixit an\5 nis xli ; t(erra) t(ibi) j leuis sit. \ \ Texte tout fait banal, en dehors du gentilice de la dfunte, qui en dehors de l'Afrique est absolu mentinconnu dans tout l'empire romain 4. En Afrique on peut citer deux autres exemples du nom, mais utilis comme cognomen : Valerius Turut, dans une inscription de Zattara (Bou Zioun) 5 et Cestia Turutia, Thubursicu Numidarum (Khamissa) 6. Malgr sa raret, ce gentilice n'a pas veill la dfiance de W. Schulze qui, dans un paragraphe consacr au nom Durnius, rapproche Turutius de Turrenius, Turronius, pour lui attribuer, bien sr, une origine trusque 7. Cela ne parat pas trs satisfaisant, et on est libre de chercher ailleurs. Il est videmment tentant, mais malaisment explicable, de soup onner le gentilice Turutius de recouvrir un nom libyen romanis 8. Fort heureusement, les analyses \
1 Servier (J.), Les portes de Vanne, l'Algrie dans la tradition mditerranenne. Paris, 1962, p. 155 : dans les chants, tasekkurt, la perdrix, dsigne la bien aime, comme l'amant est appel chasseur de perdrix. Le mme sens donn au mot m'avait t rvl par le trs regrett Mouloud Feraoun. C'est d'ailleurs ainsi que l'aede Kabyle Si Mohand des AthIrathen l'emploie dans son sonnet 23 : L'un a reu les richesses, De tout ct il prospre, La perdrix gaie son toit (Thaskourth ddoug Khamis), dit par M. Feraoun, Les Pomes de Si Mohand, Paris, 1960, p. 81. 2 Galand (L.), in Inscriptions antiques du Maroc, t. 1 , Paris, 1966, p. 38, propos du nom Securus dans une inscription de Ttouan. L'A. renvoie aux inscriptions R.I.L. , 595, 990, 992, et au nom des Zegrenses de la Tabula Banasitana (A.E., 1971, 534). 3 Atlas arch, de la Tunisie, f. 35, n 27 (avec bibliographie des ncropoles). 4 Les tables de .. ne le mentionnent pas plus que les indices du C.I.L., ni que Conway (R.), The Italian Dialects. L'auteur de l'Index Nominum du C.I.L. VIII ne semble pas avoir t surpris par ce nom. 5 C. 5185, cf 17267 ; I.L.A.1 555. Gsell note que le nom africain Turut se retrouve dans notre texte et dans celui de Khamissa qui est cit la note suivante. 6 C. 17165. Le cognomen est endommag sur la pierre, et l'diteur du C.I.L. proposait de lire Prisci ux(or) ; en effet, la pierre porte aussi l'pitaphe du mari, Q. Domitius Priscus, qui est un sacerdos Frugiferi. Gsell, I.L.A.1 1367, publie correcte ment [TJurutia, mais plus rcemment l'auteur de Y index nominum du C.I.L. Vili a repris la restitution Cestia, [Prisci] ux(or). Leglay (M.), Saturne africain, Monuments, t. 1, Paris, 1961, p. 370-371, n 6, rtablit [TJurutia. 7 Schulze (W.), Zur Geschichte lateinischen Eigennamen. Berlin, 1904, p. 120. 8 Si aucun nom de personne de la forme TRT n'est signale dans l'index du R.I.L., le nom kabyle de la chvre, Tytt, vient l'esprit cause de l'existence en Afrique du gentilice et du cognomen Caprarius (C. 515; 2618, b, 15; 3408; 3708; 3972; 5434; 6448 ; 15015 ; 21206); des noms Caprilius (ibid., 8861 ; 15748 ; 15959) et Capriolus (16112; 26062). Mais outre les difficults de transcription qu'on a signales propos du nom Tascurt, on se heurte d'abord la particularit de la vocali sation pourquoi deux u dans Turutius ; ensuite au fait que la formation tt, qui caractrise aujourd'hui le fminin berbre, n'est pas certaine dans l'antiquit. :
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de pierres fautives de J. Mallon aident dcouvrir une possibilit de restitution beaucoup plus satisfaisante. J. Mallon a en effet montr que rien n'tait plus commun que la confusion entre Vu et Ve 1 dans les minutes du IIe et du IIIe sicles (ce qui correspond bien la date que l'on pourrait assigner notre pitaphe : elle est grave sur un cippe ou sur un autel ; le C.I.L. ne fait pas toujours la diffrence plac sous l'invocation aux Mnes 2). En oprant la restitution ncessaire dont M. J. Mallon me confirme par lettre le bien-fond nous obtenons TERETIA. Le gentilice Terentius est bien attest en Afrique. La chute de Vn devant le t est un simple fait de langue 3, comparable la disparition, encore plus frquente, de Vn devant un s. Le hasard a d'ailleurs voulu que cette chute soit prcisment atteste pour ce gentilice en Afrique, Lmbese, dans l'pitaphe de C. Teretius Donatus 4. Notre dfunte, dans cette hypothse, aurait port le nom tout simple de Tere(n)tia Fortunata. On peut objecter que jusqu'ici du moins le nom Terentius, qui est frquent en Afrique, n'a pas t signal Thubursicu Bure. Il l'est en revanche, non loin de l, Thugga 5. Quid de nos deux autres Africains qui portent un cognomen si semblable ? Il est clair que Valerius Turut s'appelait en ralit Valerius Terens, cognomen prononc Teres, et ainsi grav dans l'pitaphe d'Ael(ius) Teres, de Sufasar 6. Outre la faute des deux e qui deviennent des u, il y a la faute extrmement banale t pour s 7. Quant Cestia [T]urutia, elle s'appelait en ralit Cestia Terentia : l'usage de Terentius comme cognomen est attest huit fois par l'index du C.I.L. , VIII 8. III. M. Benabou a mis tout rcemment l'ide que la filiation double, telle qu'elle apparat dans certaines inscriptions africaines, n'avait pu se maintenir Thugga la fin du IIe sicle ou l'poque svrienne, dans un contexte qui devenait de plus en plus romain 9. M. Benabou vise particulirement deux pitaphes qui pourtant se placent dans une srie monumentale homogne ; c'est pourquoi j'avais propos d'expliquer par une origine rurale et peregrine l'onomastique coup sr inattendue de ces deux dfunts 10. Je ne pense pas que la filiation double soit un obstacle une datation relativement tardive, et tout un lot de textes de Mactar permet de le confirmer (les mmes textes permettent quelques remarques sur la fili ation maternelle). Dans la grande inscription ddicatoire n que l'on date de 50 ou 55 pC 12, la filiation est toujours simple, mais trois individus l'indiquent en ligne fminine (sur 32 : un est sans filiation,
1 Libyca, t. 2, 1954, 2, p. 439-440. M. J. Mallon (que je remercie vivement pour les avis amicaux qu'il m'a donns) a rappel les tapes de sa mthode de dpistage et d'explication devant la Socit des Antiquaires de France dans une commun ication du 8 dcembre 1974, intitule Le problme des fautes dans les inscriptions. B.S.A.F., 1974, p. 139-144. 2 Lassere (J.-M.), Ant. Afr., t. 7, 1973, p. 124 et 126. 3 Cf L. Arrutius Ospes, I.L.A.2, 2240, que me signale M.J. Mallon. 4 C. 4088. 5 O le hasard veut encore que Yordinator prenne, dans l'pitaphe C. 27224, un i pour un t (cf Mallon (J.), Libyca, t. 3, 1955, 2, p. 314, 11) et que le lapicide en oublie un sur deux : DMS, Terenta Macrina, M(arci) f(ilia), [Link]... 6 C. 21468. 7 Libyca, t. 3, 1955, p. 318, 21. 8 Terentius : C. 9169; 17555; 18072; 26072; Terentia : 1818; 3686; 19510; 23718. 9 Benabou (M.), La rsistance africaine la romanisation. Paris, Maspro, Textes l'appui, 1976, p. 550-551, n. 278, et p. 554. 10 Lassere (J.-M.), Ant. Afr., t. 7, 1973, p. 66, n. 4, in fine. 11 Fvrier (J.-G.), La grande inscription ddicatoire de Mactar. Semitica, t. 6, 1956, p. 15-51 ; Fvrier (J.-G.), et Fantar (M.), Les nouvelles inscriptions monumentales nopuniques de Mactar. Karthago, t. 12, 1963-1964, p. 43-59 (texte B) ; cf Picard (G.-Ch.), Acta of the fifth international Congress of Greek and Latin Epigraphy, Cambridge, 1967 (Oxford, 1971), p. 269-270. 12 Picard (G.-Ch.), Acta of the Fifth Congress, p. 269.
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col. IX, 43) ; deux sont peut-tre des frres, car ils sont tous deux fils de Mascula (col. IV, 17, et VII,31) et un troisime se dit fils de la prtresse (col. X,45). Dans l'inscription des iuuenes 1, rdige en latin, on n'observe pas davantage de double filiation (et peut-tre six filiations en ligne fminine sur 67 individus). Dans le texte du temple de Hoter Meskar 2 que l'on date du dbut du IIe sicle la filiation double est encore absente, et la filiation en ligne fminine apparat une fois (sur un total de 20) dans la dnomination du dernier des membres du mizrach. Un autre texte, malheureusement mutil, a t retrouv au cours des fouilles du temple d'Apollon et de Diane 3. C'est aussi une ddicace latine, que l'on date ordinairement du rgne d'Hadrien 4. La trentaine de noms qu'on y rtablit grand'peine est faite pour l'essentiel de noms uniques complts seulement par celui du pre (et pas une seule fois de la mre) au gnitif, suivi ou non def(ilius). Dans le dtail, on rencontre deux fois une filiation par rfrence au prnom du pre (1.11 : Rusticus Q(uinti f.) ; Rogatus C(aii f.). Certains individus portent un gentilice romain comme nom unique (Aufulenius, 1.12). Malgr les dgradations qu'a subies le monument, on ne voit pas d'indice certain d'une double filiation 5. En fait, l'exemple le plus instructif de la dissemblance onomastique qui nous proccupe, on doit le chercher dans un autre document de Mactar que M. Benabou cite lui-mme 6, la clbre ddicace des foulons Liber (C. 23399) que l'on propose ordinairement de dater peut-tre de l'poque 160170 7; c'est--dire prcisment au moment o je propose de faire commencer la troisime priode de l'pigraphie funraire de Thugga (dont la promotion institutionnelle fut pourtant plus lente que celle de Mactar 8). On ne peut manquer de remarquer qu'au milieu d'une liste de citoyens romains pourvus de leurs tria nomina se trouve, la 1. 17, un certain Gabba, Maximi (filius) Gaib&e f(ilii), en mme temps d'ailleurs, la 1. 21, qu'un autre foulon qui s'appelle tout simplement Saturninus, Sagganis (filius). Si l'on accepte la date que M. Benabou admet lui-mme, on remarque la persistance de ces modes onomastiques archaques dans une ville o, un sicle plus tt, sous les Flaviens, un conuentus d'Italiens diffusait la romanisation 9 : la filiation double tait pourtant absente des textes les plus anciens, les inscriptions nopuniques, celle des iuuenes et celle que l'on place sous le principat d'Hadrien. En descendant un peu dans le temps, et en quittant Mactar, on observe encore la fidlit la filiation deux degrs dans un milieu sans aucun doute trs romanis, celui des diles de Giufi (une ciuitas qui devient un municipe sous Svre Alexandre 10) : deux d'entre eux lvent un autel Pluton n ; l'un des diles s'appelle Q. Filonius, Max (imi) f(ilius), Victor (avec, on le remarque, une filiation qui se rfre
1 Charles-Picard (G.), Ciuitas Mactaritana. Karthago, t. 8, 1957, p. 77-91. 2 Karthago, t. 12, p. 49-50. 3 Ce texte est publi au B.C.T.H. 1946-1949, p. 681-685 ; photographie dans Ciuitas Mactaritana, pi. , b. ; il a t peine signal dans .., 1951, 54. 4 Cf Picard (G.-Ch.), Acta of the Fifth Congress, p. 270. 5 Sauf peut-tre 1. 12-13 : Satur Patrici [...Ba]liathonis. 6 Benabou (M.), o.L, p. 556 et . 301 et 302. 7 Picard (G.-Ch.), Acta of the Fith Congress, p. 270; Benabou, ibid. 8 Mactar devint colonie entre 176 et 180, cf Charles-Picard (G.), Ciuitas Mactaritana, p. 148-156 ; Gascou (J.), La politique municipale de l'Empire romain en Afrique proconsulaire de Trajan Septime Svre. Paris-Rome, 1972, p. 147-151. A Thugga, lepagus et la ciuitas ne forment un municipe que sous Septime Svre, cf Gascou, o.L, p. 178-182, et l'ensemble est promu au rang colonial seulement sous Gallien, selon Merlin (A.) et Poinssot (L.), M. A. F., 1912, p. 109 ssq. 9 Picard (G.-Ch.), Le conuentus ciuium romanorum de Mactar. Africa, t. 1, 1966, p. 65-76. 10 C. 23995 ; sur Giufi, cf Toutain (J.), Les cits romaines, p. 354 ; Gascou (J.), La politique municipale, p. 58 et n. 1 ; Pflaum (H. G.), in Ant. Afr. t. 4, 1970, p. 94-95. 11 C. 12381.
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non au prnom, mais au cognomen de son pre, selon une mode frquente en Afrique) ; l'autre est Q. Rutilius, Communis (filius), Proculiani/(7/;,), Proculianus ; il est en outre flamine perptuel. On peut constater par ces quelques exemples et en particulier par les listes qui, lorsqu'elles sont, comme Mactar, des ddicaces religieuses, reprsentent chacune un milieu socio-culturel homogne que des formules onomastiques anciennes, parmi lesquelles la filiation double, peuvent se manifester assez tard, moins sans doute comme une relique (que les prjugs de ces petits mondes provinciaux auraient carte) que le plus souvent, comme l'indice d'un apport extrieur au sein d'une communaut l'onomastique rgulirement quiritaire. Cette apparente anomalie peut surprendre le chercheur : l'aspect que revt l'onomastique ne peut suffire tablir une chronologie. IV. Une gnalogie fictive des rois maures, rappele par Flavius Joseph 1, signale un prince lgendaire qui portait le nom de Didoros ou Diodoros : On rapporte aussi qu'Ophrs, dont on vient de parler, s'empara par les armes de la Libye et que ses descendants s'y tablirent et la nommrent de son nom : Afrique. C'est ce qu'Alexandre Polyhistor confirme par ces paroles : le prophte Clodme, surnomm Malchs, qui l'exemple du lgislateur Mose a crit l'histoire des Juifs, dit qu'Abraham eut de Chetura, entre autres enfants, Aphram, Sur et Iaphram. Que Sur donna son nom la Syrie, Aphram la ville d'Aphre, et Iaphram l'Afrique, et qu'ils combattirent dans la Libye contre Ante sous la conduite d'Hercule. Il ajoute qu'Hercule pousa la fille d'Aphram et qu'il en eut un fils nomm Ddoros (ou Diodoros) dont naquit Sophonas qui a donn son nom aux barbares Sophakes 2 . Une tradition comparable et quelque peu clairante se retrouve dans la Vie de Sertorius de Plutarque : Les Tingites racontent qu'aprs la mort d'Ante, sa femme Tinga eut commerce avec Hercule, et que Sophax, leur fils, rgna sur le pays et fonda une ville laquelle il donna le nom de sa mre. Sophax eut pour fils Diodore, auquel un grand nombre de peuples de la Libye se soumirent parce qu'il avait une arme grecque compose des colons qu'Hercule avait installs l, Olbianiens et Mycniens. Que cette lgende soit ddie Juba, le meilleur historien qu'il y ait eu parmi les rois. Car ses anctres, ce qu'on rapporte, taient les descendants de Diodore et de Sophax 3. La mention prcise des Tingites et de leur anctre ponyme invite, comme le remarque J. Desanges, chercher Tanger les origines de la lgende : il est possible, crit-il, que quelques Juifs soient parvenus trs tt dans les ports du Maroc 4. Il est incontestable en outre que cette aventure mythique s'est dveloppe jusqu' prendre les dimensions d'une tradition nationale : peu prs au moment o Rome Csar 5, puis Octavien Auguste appuient l'idologie du principat sur la lgende d'Ene, Juba II met
1 J'expose dans Vbique Populus, p. 296 n 7, les raisons pour lesquelles je repousse la graphie vulgaire . 2 FI. Jos., Ant. lud. I, 15, 1. Sur Clodme Malchas, cf Denis (A.M.), Introduction aux pseudpigraphes grecs de Ancien Testament. Leiden, 1970 (Studia in Veteris Testamenti pseudepigraphia, t. I), p. 259. Sur les Sophakes, essentiellement De sanges (J.), Catalogue des tribus africaines de Antiquit classique Ouest du Nil (Universit de Dakar, Facult des Lettres et Sciences humaines, Publications de la Section d'histoire, n 4). Dakar, 1962, p. 236 et 260. Le texte de FI. Jos. est repris presque mot pour mot ( part quelques dtails syntaxiques et quelques diffrences dans l'orthographe des noms propres, cf Denis (A.M.), o.l.) par Eusbe de Cesaree, Praep. euang. 9, 20, 2-4. 3 Plut. Sert. IX, 8-10. 4 Desanges (J.), o.l, p. 260. 5 Csar l'affirme mme en Afrique en y mettant le denier Crawford, 458, 1 (frapp selon cet A. en 47-46), qui reprsente l'avers Vnus, au revers Ene portant son pre et brandissant le palladium.
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toute une srie de monnaies aux symboles hraclens \ II convient de retenir le rle du roi rudit dans cette amplification politique du thme des voyages et des aventures d'Hercule en Occident, mais aussi le substrat indniablement oriental de la lgende : si S. Gsell estime que rien ne prouve qu'Hracls ait t dans cette affaire le nom que les Grecs avaient donn au dieu phnicien Melqart, ni un dguisement de quelque divinit indigne 2, J. Freudenthal s'tait pourtant montr plus prudent et admettait qu'il pouvait s'agir du dieu protecteur de Tyr, qui rencontre une telle faveur auprs des Africains 3. Il y a pourtant une rencontre de l'Orient et de l'Occident dans l'laboration de cette lgende. A.M. Denis, qui l'examine depuis sa mention par Clodme Malchs, y reconnat un aspect de la crise du Judasme l'poque des Macchabes et de l'intrusion brutale et corruptrice de l'hellnisme en Palestine 4. La mention des rois Maures dans une source orientale aussi ancienne ne laisse pourtant pas d'tre assez surprenante 5. A vrai dire, on souponne depuis dj quelque temps qu'il se place, dans la tradition qui conduit de Clodme Malchs, par l'intermdiaire d'Alexandre Polyhistor, Flavius Joseph (et plus tard Plutarque et Eusbe de Cesaree) une intervention de Juba II : ces lgendes sont empruntes au roi-historien Juba de Maurtanie , crit A.M. Denis 6, qui suppose que son pouse orientale et peut-tre judasante Glaphyra 7 les aurait connues par la lecture de Clodme Malchs. C'est possible, mais on peut tout aussi bien faire l'conomie de ce relai si l'on songe que la curiosit intellectuelle du roi l'avait certainement amen, au cours de sa jeunesse romaine, lire les uvres, qui alors n'taient vieilles que d'une quarantaine d'annes, du Polyhistor 8. On voudrait fortifier cette reprsentation de la transmission de la lgende en s'attardant un peu, pour finir, sur le nom qu'elle attribue au fils d'Hercule (selon FI. Jos.), son petit-fils (selon Plutarque), Diodore. Bien que l'Herakles des Grecs soit, comme chacun sait, le fils de Zeus, ce nom est assez insolite dans une gnalogie africaine archaque, surtout si, en acceptant l'ensemble du rcit, on suppose qu'aprs sa victoire amoureuse le hros n'a pas attendu la naissance de son fils pour quitter l'Occident. Pourquoi ce petit btard oubli au fond du Mahgreb aurait-il reu un nom grec ? Il y a lieu de penser que ce nom n'apparut que tardivement, et l'on serait dispos tenir Juba lui-mme pour le responsable de cette
1 Cf Mller (L.), Numismatique de l'ancienne Afrique, t. 3, p. 104 sq., nos 44-46, 51-54, 63, 64, 66, 67, 69, 70, 72, 74, 76, 101, 102, etc. Mazard (J.), Corpus Nummorum Numidiae Mauretaniaeque. Paris, 1955, n 169-188, 199-202, 211, 212, 218-236, 238, 253-257, 260-262, 276, 292-295, 351-354. Sur la concomitance avec le dveloppement de la lgende d'Ene, on peut noter que Juba avait compos une Histoire romaine dont Etienne de Byzance a recopi des fragments ; il y parlait d'Ene. 2 Gsell (S.), Histoire ancienne de Afrique du Nord, t. 8, p. 238. 3 Freudenthal (J.), Hellenistische Studien, t. 1,2, Alexander Polyhistor und die von ihn erhaltenen Reste judaischer und samaritanischer Geschichtwerke. Breslau, 1875, p. 133 ; on pense, pour la protohistoire du culte d'Hercule, une phrase de Bayet (J.), Les origines de l'Hercule romain. Paris, 1926 (B.E.F.A.R., n 132), p. 83 Ce singulier travail o Hracls et Melquart, Tanit et Aphrodite, changent et brouillent leurs originalits . 4 Denis (A.M.), Hracls et ses cousins de Jude. Le synchrtisme d'un historien juif hellnistique. Hommages Marie Delcourt, coll. Latomus, t. 1 14, Bruxelles, 1970, p. 168-178. 5 Clodme Malchs est un historien samaritain qui n'est sauv d'un oubli total que par la citation qu'Alexandre Polyhistor fit du fragment qui nous occupe. La priode o il vcut est, semble-t-il, inconnue ; il est videmment antrieur au Polyhistor, qui selon Mller (C), F.H.G., t. 3, 1849, p. 207, tait un affranchi clbre Rome entre 82 et 60 aC, et qui, luimme perdu, a t cit par FI. Jos. 6 Denis (A.M.), Introduction aux pseudpigraphes grecs, p. 259; renvoie Freufenthal (J.), Alexandre Polyhistor, p. 135-136. 7 Fille du roi de Cappadoce Archelas, Glaphyra avait pous en premires noces Alexandre, fils d'Hrode le Grand, dont elle eut des enfants ; mais Alexandre fut mis mort sur l'ordre de son pre et Glaphyra fut renvoye. Elle pousa, pour peu de temps, Juba II, avant de devenir la femme d'un autre fils d'Hrode, cf FI. Jos. Ant. iud., XVIT, 13, 4, (349-350) ; Bell, iud., II, 7, 4; Gsell (S.), Hist, anc, t. 8, p. 222-223. 8 Cf Plutarque, Caes. 53. :
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J.-M. LASSERE
fiction '. Comment l'expliquer? Tout simplement en traduisant Diodoros en punique, une langue que vraisemblablement Juba entendait 2. On sait en effet que dans les rgions africaines o la culture grecque a exerc quelque influence, Diodoros traduit le punique Muttunba'al, comme l'a nagure montr G. Levi della Vida qui tudie une inscription bilingue de la Tripolitaine grave sur une spatule en os trs grossirement dcore d'incisions, et dont la provenance n'est pas davantage prcise (l'objet semble mme avoir t gar) 3. Elle porte gauche le nom DIODORVf?] 4; droite, en caractres nopu niques : Muttunba'al, fils de Tsadiq. La filiation n'a pas t traduite en latin. La correspondance entre les deux noms est certaine, et le commentaire de G. Levi della Vida explique la rfrence Zeus plutt qu' Kronos par le fait qu'en grec on ne connat aucun nom thophore driv de celui du fils d'Ouranos. G. Charles-Picard a d'ailleurs not que ds l'poque punique Baal Hammon avait t identifi Zeus Jupiter plutt qu' Cronos Saturne 5. A l'poque romaine, on assiste, comme M. Leglay l'a plus rcemment prouv en invoquant de nombreux exemples, non seulement des rapports d'association , mais l'assimilation, et mme la fusion complte des deux grands dieux, galement chefs de panthon 6. Mais pourquoi Juba II (ou l'Africain inconnu qui aurait d'aventure forg une fable reprise par le royal rudit) aurait-il ainsi introduit un Muttunba'al dans la gnalogie des rois maures ? On entre dsormais dans le domaine de l'hypothse. On verrait volontiers dans le choix de ce nom une allusion au Ba'al de la fcondit, qui l'on s'adresse pour obtenir une descendance 7 : le dieu n'a pas voulu laisser sans postrit la veuve d'Ante, l'abandonne d'Hercule ; Plutarque, la seule source o apparaisse le personnage de Tinge, ne signale pas qu'elle ait eu des enfants d'Ante : son cas serait ainsi quelque peu semblable celui de Hanna, la mre du prophte Samuel 8, selon une tradition sur laquelle M. Leglay insiste bon droit 9. La lgende que pourrait rappeler le nom Diodore, sous sa forme originelle, corres pondrait la fonction gnratrice du dieu suprme, telle qu'elle est familire aux Orientaux 10.
1 II est intressant de noter cet gard que Salluste, lug., XVII-XVII, qui dclare s'inspirer de libri punici (XVII, 7) lorsqu'il rappelle l'pope occidentale d'Hercule (XVIII, 3), ne mentionne pas sa descendance maure. Au reste, le rcit qu'on retrouve dans Plutarque, Sertorius, 9, 8-10, est rpertori parmi les sources de Juba par Mller (C), F.H.G., III, p. 465-483, fr. 19. On connat par ailleurs (cf Gsell, o.L, p. 272) les divers auteurs anciens qui ont utilis Juba ; Gsell ne cite pas FI. Jos. parmi eux. 2 Cf Gsell (S.), o.L, t. 8, p. 238-239, qui renvoie deux citations d'Ammien Marcellin, XXII, 15, 8, et de Solinus, XXXII, 2. 3 Levi Della Vida (G.), Frustuli neopunici tripolitani. R.A.L., t. 18, 1963, p. 463-482, en particulier 2, p. 468-469. 4 Le savant italien indique que la disparition de VS peut n'tre pas accidentelle, et reprsenter un fait de langue qui a dj t signal par Fvrier (J.G.), J.A., t. 241 , 1953, p. 465-471 5 Charles-Picard (G.), Les religions de Afrique antique. Paris, 1954, p. 83-84 et 124. L'A. s'appuie en particulier sur le clbre texte du trait conclu en 215 entre Hannibal et l'Athnien Xnophans, envoy de Philippe V de Macdoine (Polybe, VII, 9). Ce texte a t tudi en particulier par Bikermann (E.), An Oath of Hannibal. T. A. Ph. ., t. 76, 1944, p. 87-102. 6 Leglay (M.), Saturne africain, histoire. Paris, 1966 (B.E.F.A.R., n 205), p. 324-325. 1 Cf Leglay (M.), o.L, p. 1 14-1 18 ; 258, etc. 8 ISam. 1, 1-20. 9 Leglay (M.), o.L, p. 117. 10 Leglay (M.), o.L, p. 1 14, rappelle le rle du dieu El, que certains textes de Ras-Shamra nomment le taureau-El pour voquer, comme essentiel, son pouvoir gnrateur . Cette conception est familire la civilisation mditerranenne de tous les temps, comme en tmoignent l'antique course des Luperques, les plerinages italiens contemporains ou l'on implore d'obtenir une postrit, ou encore aujourd'hui la baignade des femmes striles dans la source de l'Ain Fakroun, en Algrie. .