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Universit du Maine Facult des lettres, langues et sciences humaines

Marie-Jos Delalande

Le mouvement thosophique en France 1876-1921

Doctorat dhistoire

Directeur de recherche : Madame Brigitte Wach, Professeur lUniversit du Maine Doyen de la Facult des lettres, langues et sciences humaines

Jury compos de :

Mme Jacqueline Lalouette, professeur lUniversit Paris II Mme Brigitte Wach, professeur lUniversit du Maine Mr. Georges Bertin, directeur de lIFORIS (Angers) Mr. Philippe Boutry, professeur lUniversit de Paris I Mr. Lauric Guillaud, professeur lUniversit du Maine

9 mai 2007

Sommaire
Remerciements Interventions faites au cours de ces recherches Rsum de la thse Plan de thse Questions de vocabulaire Quelques abrviations Thse
Introduction Ire Partie

Larrive dides thosophiques en France


Ch. I Une Socit thosophique (de New-York Adyar) Ch. II Un contexte spiritualiste favorable en France Ch. III Le Relais spirite

IIme Partie Du rayonnement une double condamnation Ch. IV Un mouvement thosophique franais Ch. V La Socit thosophique de France Ch. VI Une double condamnation Conclusion

Annexes Table des illustrations Sources Bibliographie Index Table des matires

Remerciements
Je voudrais remercier tous ceux qui, de prs ou de loin, ont particip, ce travail, depuis les recherches et la rflexion sur le sujet, la construction mais aussi les changes qui ont permis lvolution et llaboration de cette histoire du mouvement thosophique en France. Je tiens remercier particulirement Brigitte Wach davoir accept de diriger cette thse, avec une disponibilit, une coute, qui ont t sources dchanges, de discussions, de rflexions et conseils qui mont permis de mener bien ce travail. Merci mesdames Bouteiller. La confiance quelles mont tmoigne ma permis de dcouvrir lexistence dun petit noyau thosophique provincial au travers des archives quelles dtenaient ; les premires questions sur lhistoire du Mouvement thosophique en France ont jailli, il fallait y rpondre. Les responsables de la Socit thosophique de France, par leur disponibilit et leur accueil, mont permis de poursuivre cette recherche au niveau national, et la possibilit de complter ma documentation. Merci Georges Bertin et tous ceux qui participent son sminaire danthropologie de limaginaire. Ces sances de travail et dchanges, mont permis dentrevoir et daborder diffremment quelques thmes. Merci madame Flix et aux responsables de la bibliothque diocsaine du Mans, monsieur Moulin responsable des archives diocsaines de la Sarthe, qui nont pas mnag leur gentillesse, leur travail, leur confiance pour maider rechercher et trouver les documents ncessaires. Je voudrais aussi remercier tout mon entourage familial et amical. Merci mon beau-frre, Ignace, qui a accept de saisir mes premiers mmoires avant de me mettre moi-mme linformatique, mon fils Benot et Jean-Baptiste pour leurs conseils et leurs interventions. Merci tous mes proches, toujours disponibles pour maccueillir tout en me laissant travailler et qui ont d, bien souvent avec patience, couter le rsultat de mes rflexions ou de mes crits.

_____________

Interventions
Au cours de ces annes de recherches jai fait diverses interventions sur des thmes qui concernaient le sujet de cette thse : Au Mans, lUniversit du Maine, lU.T.L 1 ., LU. P. F 2 ., la librairie la Cl de vie, lA.F.E.M 3 .. A Angers, au sminaire danthropologie de limaginaire. A Paris, au sige de la Socit thosophique.

Au MANS.

- A lUniversit du Maine, lors des annes de Matrise et de D. E. A. en histoire contemporaine. Jai ralis ces mmoires sous la direction de Brigitte Wach. 1998 1999 La Socit thosophique du Mans (Mmoire de Matrise).

La Socit thosophique, La Thosophie 1900 1925. (Mmoire de DEA). - Dans le cadre des sminaires dhistoire contemporaine dirigs par Brigitte Wach : Lors du sminaire : Religion, culture et socit, sur deux annes : 2000 2001 La Guerre et la donne thosophique (I). La Guerre et la donne thosophique (II).

Lors du sminaire : Les relais culturels 2002 La Diffusion des ides thosophiques : Relais, Rseaux.

Lors du sminaire : Savoirs et pouvoirs 2005 Thosophie et Catholicisme.

- Invite par l Union Professionnelle Fminine du Mans (U. P. F.), pour une intervention sur : 1998 Anastasie Trouv, une Mancelle fondatrice de la Socit thosophique du Mans.

1 2

Universit du Temps Libre. Union Professionnelle Fminine, aujourdhui B. P. W. (Business professional women). 3 Association Nationale des Femmes de Militaires.

- Invite par lUniversit du Temps Libre (U. T. L.) du Mans, pour voquer : Anastasie Trouv, une Mancelle laube du XXe sicle. - Invite par la Librairie LA CL DE VIE, jai voqu : 2000 La Socit thosophique au Mans.

- Invite par lAssociation des Femmes de Militaires (A.N.F.E.M.) pour voquer : 2001 Anastasie Trouv, lorigine de lAsile pour femmes en dtresse.

A PARIS.
- Invite par LA SOCIT THOSOPHIQUE de France parler sur : 1999 Le Rle des femmes dans le Mouvement thosophique. 2003 LArrive des Ides thosophiques en France (I). LArrive des Ides thosophique en France (II). 2004 Les buts de la Socit thosophique, volution dans leur formulation. 2004 LImage de lOrient en Occident au XIXe sicle. 2005 Christianisme et thosophie

A ANGERS.
- Dans le cadre du Sminaire danthropologie de limaginaire dirig par Georges Bertin, jai t invite intervenir sur : 2004 2005 2006LOrient dans lImaginaire occidental au XIXe sicle et les Ides thosophiques. Thosophie, Thosophes, Helena Blavatzky ? Quelle image ? L altrit thosophique

Articles de Revues. Le Lotus bleu, La Revue thosophique, fonde par Hlne Blavatzky, publie par la Socit thosophique de France, square Rapp. Aot 2003 Larrive des ides thosophiques en France (1). Octobre Larrive des ides thosophiques en France (2) ____________________

Rsum de la thse
Une Socit thosophique est forme New-York en 1875. Ses fondateurs, une Russe Helena Petrovna Blavatzky et un amricain Henry Steel Olcott, en installent le quartier gnral aux Indes. La Socit se dveloppe dans le monde entier, lEurope est touche par les ides quelle vhicule. Une femme, Annie Besant, en assure la prsidence au dbut du XXe sicle. Les ides thosophiques dHlne Blavatzky influencent quelques personnalits connues, Alexandra David-Nel, Mohandas Gandhi, Rudolph Steiner. A partir de loccultisme oriental, Helena Petrovna Blavatzky remet en cause lanalyse des phnomnes paranormaux quen fait le spiritisme et lapproche de loccultisme ; elle prend en compte les textes sacrs des philosophies religieuses orientales pour aborder lsotrisme. Elle tente dlargir la conception de lOrient par les occidentaux, revoit lhistoire du cosmos et de lhomme et propose lide dune tradition primordiale qui prsiderait llaboration de toute religion. En France, cest un contexte favorable qui va permettre aux ides thosophiques de simplanter ; linfluence de quelques thosophes du XVIIIe sicle, Swedenborg, Saint-martin et Mesmer est bien prsente au cours du XIXe sicle. Lsotrisme et loccultisme sont relancs avec Eliphas Levi et Papus. Le spiritisme pratiqu par de nombreux Franais est mis en thorie par Allan Kardec. LOrient est remis au got du jour et peut tre dcouvert au Muse Guimet Paris. Parmi les rseaux favorables, cest le relais spirite et en particulier la Revue spirite qui diffusent ces ides ; quelques spirites intresss les reprennent, les tudient favorisent un mouvement thosophique jusqu ce quune Section franaise voit le jour en 1899, et devienne Socit thosophique de France en 1908. En peine vingt-cinq ans, ces ides intressent divers milieux en France, font lobjet danalyses, de discussions, dans des salons, librairies, revues culturelles et spcifiques ; elles sont aussi source de railleries dans la presse quotidienne. Exposes au Congrs spiritualiste de 1889 Paris, au Parlement des religions de 1893 Chicago, au Congrs thosophique de Paris en 1900,

elles bousculent, drangent, par leurs nouveaut et sont lorigine de quelques hostilits, calomnies et diffamations. Cette Socit est active et rayonne ; ses adhrents simpliquent dans les problmes de leur temps. Si le pacifisme est prn par les thosophes, ceux-ci rpondent prsents lorsque la guerre est dclare en 1914 et offrent quelques rponses originales sur ce sujet. Considre comme inquitante par les jsuites ds le dbut du XXe sicle, la Socit thosophique est interdite daccs aux catholiques, par un dcret romain, en 1919. Ren Gunon voit un danger , dans ce quil appelle Le Thosophisme ; louvrage quil a publi en 1921 devient la rfrence sur le

mouvement, au dtriment de tout autre document existant. Lobjectif de cette thse est de retracer le contexte et les relais qui ont permis aux ides dHlne Blavatzky de donner naissance au mouvement thosophique en France, den faire une lecture partir de documents thosophiques et non thosophiques. Ce travail concerne plus particulirement, non seulement larrive de ces ides ds 1876 et la priode qui prcde la venue des fondateurs de la Socit en France en 1884, mais aussi la double condamnation dont elle a t lobjet en 1919 et 1921, ces thmes nayant jamais fait lobjet dtudes ainsi que le dveloppement de cette Socit en France. Ce travail se termine par lobservation dune volution dans les notices de Dictionnaires du terme thosophie, ainsi que dans celui du mouvement thosophique, la veille du XXIe sicle.

___________________

Plan de thse Le Mouvement thosophique en France


(1876-1921)

Introduction

Ire Partie Larrive des ides thosophiques en France Au XIXe sicle (1876-1883)

Chapitre I Une Socit thosophique mondiale (De New-York Adyar)


A- Les Fondateurs
1. 2. 3. Hlne Blavatzky Henry Steel Olcott Une mission guide par des Matres

B Une Socit qui sinstalle aux Indes


1. 2. 3. De New-York Adyar Un financement simple Des objectifs formuls et prciss

C- Un mouvement mondial
1. 2. 3. 4. Un Mouvement europen Un Mouvement intercontinental Convention mondiale et congrs thosophiques Quelques personnalits influences par les ides thosophiques

D- Une Socit prside par une femme


1. 2. 3. 4. 5. Un sige prsidentiel pourvoir La prsidence dAnnie Besant Socit thosophique, politique et neutralit Messianisme et Krishnamurti Des difficults surmontes

Chapitre II Un contexte spiritualiste favorable en France


AInfluence de quelques thosophes du XVIIIe
1. 2. 3. 4. Swedenborg et les mondes invisibles Louis Claude de Saint Martin, un dsir de connaissance Franz Anton Mesmer, un retour du magntisme H. Blavatzky et les thosophes du XVIIIe sicle

B- une vague dsotrisme et doccultisme


1. 2. 3. 4. 5. Deux termes difficiels dfinir Lsotrisme au secours de locculte Papus et la vulgarisation des sciences occultes Un XIXe sicle imprgn dsotro occultisme Hlne Blavatzky, sotrisme et occultisme

C- un nouvel orientalisme
1. 2. 3. 4. Une redcouverte de lOrient au XIXe Un XIXe sicle tourn vers lOrient Le Bouddhisme, une philosophie du nant, un danger LOrient vcu dHlne Blavatzky

D- Le retour du spiritisme
1. 2. 3. 4. Un spiritisme thoris Une pratique en vogue au XIXe Engouements et oppositions Hlne Blavatzky et le spiritisme

Chapitre III Le Relais spirite 1876-1884


A- Deux spirites
1. 2. 3. P.G. Leymarie, lami spirite dHlne Blavatzky D.A. Courmes, le spirite qui devient thosophe Autres spirites hsitants entre les deux courants

B- la Revue spirite
1.

2. 3.

La Revue Spirite, premier relais des ides thosophiques Le Bulletin de la S. S.E. P.

La fermeture de ces relais C- Des Associations

1. 2. 3.

La Socit Scientifique dEtudes Psychologiques (S.S.E.P.) Socit thosophique et S.S.E.P. La Socit thosophique dOrient et dOccident

D- Renaissance dune priode toujours absente


1. 2. 3. Une priode de diffusion 1876-1883 Une trange absence Le premier thosophe franais ?

10

IIme Partie
Du rayonnement une double condamnation (1884-1921) Chapitre IV Un Mouvement thosophique franais
A Des Relais Thosophiques
1. 2. 3. La venue des fondateurs en Europe A la Recherche dune Revue spcifiquement thosophique Les Premires Branches thosophiques franaises

B- Autres relais
1. 2. 3. Relais mdiatiques Relais de sociabilit Relais culturels

C- Retournement dun contexte favorable


1. 2. 3. 4. Un Orient rejet Disputes et dcs Moqueries, hostilits et peurs Ces difficults vues par les thosophes

D- Vers une Section franaise


1. 2. 3. 4. Un nouveau souffle Des confrences thosophiques publiques De nouvelles Branches en Province et Paris Une Section franaise thosophique, 1899

11

Chapitre V La Socit thosophique de France

A- De la Section franaise la Socit Thosophique


1. 2. 3. 4. La Section franaise, 1899-1908 Extension des Branches et adhsions diverses La Socit thosophique de France, 1908 La Branche Persvrance du Mans 1913

B- Une Socit thosophique qui rayonne en France


1. 2. 3. 4. Une thosophie plus accessible Une thosophie diffuse Des ides vcues au sein dactivits Le rayonnement dAnnie Besant la Sorbonne

C- Une Socit implique dans son temps


1. 2. 3. 4. Le fminisme Incinration, hygine alimentaire, protection des animaux Communication, ducation, problme social Thosophie et divres spiritualismes au dbut du XXe sicle

D- La Socit thosophique et la Guerre de 1914


1. 2. 3. 4. Pacifisme et thosophie Guerre et thosophie La guerre de 1914 et les thosophes La guerre de 1914 et le mouvement thosophique

12

Chapitre VI Une double condamnation


A- Une monte anti-thosophique
1. 2. 3. La thosophie et la Presse Une inquitude jsuite Des mises en garde lInstitut catholique

B- Une Eglise catholique sur la dfensive


1 2 3 Scularisation, loi de sparation, maonnerie Crise moderniste et neo spiritualisme Des thosophes trs au fait de ces questions

C- Une interdiction romaine


1 2 3 4 LInquitude des responsables religieux Des Socits thosophiques menaantes Le dcret dinterdiction du Saint-Office La Raction des thosophes

D- Une dmolition en rgle


1 2 3 Le Thosophisme, histoire dune pseudo religion Un ouvrage qui interroge Absence de rfrences diffrentes Conclusion Une nouvelle approche du terme thosophie et du Mouvement thosophique

13

Questions de vocabulaire
Esotrisme

Etymologiquement : eso , invisible, essentiel, (lsotrisme dune religion), sotrisme a son contraire exotrisme, exo , extrieur, ce qui est visible et sexprime.

Ce qui est rserv des initis, savoir non transmis et rserv certains. Le terme a volu au cours du temps 5 Esprits Elmentaires Un lmentaire est lombre astrale de tout homme, femme et enfant dont lesprit ou lindividualit divine a remont dans une sphre plus leve. Cest le vieil habit terrestre, ce sont les loques avec toutes leurs imperfections ; la forme lmentaire du juste svanouit vite des rgions de notre monde sublunaire, celle de la personne dprave y gt des annes en proportion de sa matrialit. Eliphas Levi et quelques autres cabalistes ne font quune lgre distinction entre les esprits lmentaires, qui furent des humains, et les tres qui peuplent les lments et sont les forces aveugles de la nature 6 .

Esprits Elmentaux Ce sont les cratures voluant dans les quatre rgnes de la terre, de lair, du feu et de leau, et appeles par les cabalistes gnomes, sylphes, salamandres et ondins. On peut les considrer comme tant des forces de la nature ; ils agissent soit comme agents serviles des lois gnrales, soit comme agents employs par les esprits dsincarns, purs ou impurs, et par les adeptes de la magie te de la sorcellerie, pour produire des phnomnes dtermins. Ces tres ne passent jamais dans le rgne humain, bien quils en contiennent le germe 7 .
4

Ces termes sont dfinis, ici, partir de leur tymologie, ou de faon rapide partir de dictionnaires classiques ; ils sont abords plus longuement au cours de cette thse. 5 Infra Le terme est abord et dvelopp au Ch. II- Un contexte spiritualiste favorable, B- Une vague dsotrisme et doccultisme, p.166-195.. 6 Hlne Blavatzky, Isis dvoile, Paris, les Editions thosophiques, 1913, T. 1, p. 45 7 Hlne Blavatzky, Isis dvoile, [Link]. T. 1, p. 44-45.

14

Magntisme Existence dun fluide subtil dans lunivers, agent de linfluence rciproque des corps clestes, de la terre et des tres vivants entre eux, fluide qui peut recevoir, propager, communiquer, toute impression de mouvement. Il faut distinguer le magntisme, partie de la physique dans laquelle on tudie les proprits de laimant 8 , du magntisme animal qui est la proprit occulte du corps animal qui le rendrait rceptif linfluence des corps clestes et celles des corps qui lenvironnent, de mme quil exercerait la sienne sur ces derniers 9 .

Occultisme Ce qui est cach, occult. disposition desprit de ceux qui croient lexistence de ralits caches, supra rationnelles, qui seraient le domaine des sciences occultes et ltude et la pratique de ces sciences 10 . Loccultisme embrasse toute la srie des phnomnes psychologiques, physiologiques, cosmiques, physiques et spirituels. Il est driv du mot occulte : cach secret. Il sapplique par consquent ltude de la cabale, de lastrologie, de lalchimie et de toutes les sciences secrtes 11 .

Spiritisme Communication des vivants avec lesprit des morts. Cette pratique reprise au XIXe, est labore en doctrine par Allan Kardec dans Le Livre des Esprits.

8 9

Petit Larousse Illustr, 2003. Ibid. 10 Grand Larousse de la langue franaise, T. 5, p. 3728 11 Hlne Blavatzky, Isis dvoile, [Link]. T. 1, p. 56.

15

Spiritualisme Doctrine philosophique qui considre lesprit comme une ralit irrductible au corps, la matire et lui attribue une valeur suprieure 12 Qui soppose et veut faire faire chec au matrialisme.

Thosophie 13 Du grec Theos Dieu ou divin et Sophia , la sagesse, la science, la connaissance. Ce qui est reconnu cest que le terme thosophie prte confusion 14 et quil est malais den dfinir le sens actuel car cette notion chappe aux nets contours de laristotlisme formel 15 . Les auteurs dencyclopdies, Diderot, puis Larousse se sont tout dabord penchs sur le terme thosophe, avant douvrir une rubrique thosophie puis une rubrique thosophisme, thosophiste. Utilise longtemps de faon synonyme avec le mot thologie et le mot philosophie certaines priodes, la thosophie dsigne une connaissance des choses divines, partir de mthodes qui vont au-del de ltude rationnelle. Etymologiquement, la Thosophie concerne la connaissance des choses divines, la connaissance de Dieu, la sagesse de Celui-ci, dans ce quIl est, dans ses manifestations, ses manations. La sagesse va au-del de la connaissance et implique un comportement, une expression. La thosophie concerne donc aussi les manifestations de Dieu que sont le cosmos, lunivers, lhomme, ses rapports avec ces derniers. Proche de ce terme, la thologie vient du grec theos Dieu, logos qui signifie le discours, la parole raisonne, la science, le raisonnement ; il sagit de ltude de Dieu, la science de la Divinit. Chacun ce ces termes voque Dieu, le divin. Cest du ct de celui qui aborde cette tude quil faut essayer de discerner la nuance, c'est--dire, chez le thosophe et chez le thologien. Ce dernier interprte de faon rationnelle et
12 13

Petit Larousse Illustr, 2003 Cf. Annexe XI Evolution du terme travers le temps, p. 730-732 14 B. Goraix, La mystique de Valentin Weigel et les origines de la thosophie allemande, Thse, Paris IV, 1971, Universit de Lille 1972, p. 13. 15 Antoine Faivre, Thosophie , Encyclopedia Universalis, 1973.

16

littrale les Ecritures Sacres. Le thosophe y ajoute ses connaissances sotriques, utilise lanalogie, la gnose au sens de connaissance intrieure, ainsi que ce qui peut tre appel grce divine pour les uns, tincelle divine , pour dautres ou encore visions ou illuminations . Pour Helena Petrovna Blavatzky, La thosophie comprend

essentiellement deux parties : la thorie de lessence divine et celle de lessence spirituelle mane de la premire 16 . Les termes thosophisme, thosophiste sont expliqus, par les thosophes: Le Thosophisme 17 est ltude de la thosophie, Le Thosophiste est celui qui tudie la thosophie, Le Thosophe est celui qui est arriv la pleine connaissance de la thosophie 18 . Pendant des sicles, le terme na pas retenu lattention, le travail des thosophes tant considr comme incompatible avec celui des thologiens ; les thologiens tudient de faon rationnelle les textes bibliques, alors que les thosophes y ajoutent des connaissances, quelles soient issues de lirrationnel, quelles soient sotriques, symboliques, analogiques, claires par le divin. Ce nest qu partir de la fin du XXe sicle, bien aprs le dcret romain, que les auteurs de rubriques se sont penchs sur ce qui pouvait diffrencier les travaux des uns et des autres, leur diffrence ou leur complmentarit possible. Ces termes sont repris de faon plus dtaille au cours des paragraphes du chapitre II, concernant le contexte favorable larrive des ides dHlne Blavatzky en France. Quant lvolution dans lapproche du terme thosophie, cest au chapitre VI et dans la Conclusion que lon observera les rflexions que cette notion a suscites la fin du XXe sicle. A la fin du XIXe, occultisme, sotrisme, spiritisme sont prsents au sein de groupes spiritualistes qui combattent le matrialisme, le positivisme, le dogmatisme qui rgnent. Il est curieux de constater quaujourdhui ce qui a t
Helena Petrovna Blavatzky, Quest ce que la thosophie ? , Revue spirite, janvier 1881, p. 19. 17 Aujourdhui, ce terme prte confusion ; sil a toujours t utilis par les thosophes du XIXe sicle, Ren Gunon lui a donn un sens pjoratif, avec le titre de son ouvrage Le thosophisme, histoire dune pseudo religion, paru en 1921. Cf. Ch. VI- Une double condamnation. D- Une dmolition en rgle, p. 666-688. 18 Ibid.
16

17

souvent qualifi de vague nbuleuse sotro occultiste ayant imprgn les oeuvres dauteurs de la fin de ce sicle, est tudi sous la forme dun courant fantastique 19 , par les lves de collge. Huysmans, Maupassant sont considrs alors comme des auteurs fantastiques mais restent sotriques et occultistes pour dautres.

_________________

Le Fantastique , Franais 4e Squences et expressions, dir. Nathalie Fix-Combe, Paris, Belin, 2005, p. 38-59.

19

18

Quelques abrviations
Les Personnes H.P.B. Nom affectueux, attribu par ses proches Hlne Petrovna Blavatzky

Les Socits A. R. I. E. S. Association pour la Recherche et lInformation sur lEsotrisme ayant une revue du mme nom. E. P. H. E. Ecole Pratique des Hautes Etudes G. L. S. E. Grande Loge Symbolique Ecossaise O. E. O. Ordre de LEtoile dOrient S.S.E.P. Socit scientifique dtudes psychologiques S. P. R. Society for Psychical Research (Londres) Les Revues B.T. RddM Rev. Int. Soc. Secr. R.T.F. Bulletin thosophique Revue des deux Mondes Revue Internationale des Socits Secrtes Revue thosophique franaise

Il faut signaler que La Revue thosophique a chang de nom au cours de son histoire 20 ; il sagira donc pour la Revue Thosophique en France : Mars 1887-1889 Le Lotus Mars 1889-1890 La Revue thosophique Mars 1890- 1900 Le Lotus bleu A partir de 1900 La Revue thosophique franaise (R.T.F.) Un ouvrage Colloque 1992. Cette abrviation concerne les Actes du VIIIe colloque international : Les postrits de la thosophies : du thosophisme au New Age les 12 et 13 dcembre 1992, la Sorbonne, dans le cadre de lEcole pratique des Hautes Etudes et sous la prsidence dEmile Poulat, E. H. E. S. S. et C.N.R.S.. Paris, lAge dhomme , Collection Politica Hermetica , N 7, 1993, 185 p.

20

Infra Ch. V- La Socit thosophique de France, B- Une Socit qui rayonne, 2- Une thosophie diffuse, a) Des revues de travail, p. 513-518.

19

Le Mouvement thosophique En France (1876-1921)

INTRODUCTION
Comment la Socit thosophique forme New-York en 1875 par la Russe Helena Petrovna Blavatzky (1831-1891) et lamricain Henry Steel Olcott (1832-1907), installe aux Indes en 1879, a-t-elle pu porter la connaissance des Franais ses enseignements et avoir un impact si important quune Socit thosophique rayonne en France, au dbut du XXe sicle ? 1 Pourquoi le mouvement thosophique a-t-il fait lobjet dune critique implacable du philosophe Ren Gunon et dun dcret romain qui, lui, interdit aux fidles catholiques toute relation avec les Socits dites thosophiques ? La curiosit, la comprhension, la recherche dune lecture de cette histoire, ont t lorigine de cette thse. Dautres questions se sont poses au fur et mesure de ce travail. Ce mouvement a vhicul les ides dHlne Blavatzky, qui a t sans cesse attaque parce quelle gnait, ou des personnalits ou des ides ; elle a eu des ennemis personnels assez bas et mesquins 2 , expliquent ses partisans. Lauteur des ides et le mouvement qui diffusait ses ides ont t fustigs et considrs comme dangereux ; mritaient-t-ils alors que lon sy intresse ? Et pourquoi ? Ce mouvement thosophique sinscrit dans la lhistoire des courants de pense du XIXe sicle qui ont cherch, en France, lutter contre les excs du matrialisme, contre la suprmatie du rationalisme positiviste la fin de ce sicle. Il a fait partie de ces courants qui ont prn un retour au spiritualisme 3 , non seulement philosophique mais sotrique et occultiste. Le recours ltude des phnomnes concernant lirrationnel le place dans la mouvance des socits
1 2

dites

sotro-mystico-occultistes,

souvent

qualifies

dans

leur

Cf. en Annexes I, Quelques dates concernant le Mouvement thosophique en France , p. 702. Que rpondre aux attaques contre HPB ? , B.T. janvier 1903, p. 6. 3 Spiritualisme est pris ici au sens de qui soppose au matrialisme ; Il faut noter que le terme a t repris, en particulier, pour dsigner la doctrine philosophique des spirites anglo saxons qui admettent comme les spirites la ralit substantielle de lesprit mais sen diffrencie par la non croyance la rincarnation.

20

ensemble de nbuleuse sotrique, mouvement qui a fleuri dans la dernire partie du XIXe sicle jusqu la guerre de 1914 et au-del avec le surralisme. Ce mouvement thosophique a eu son importance en France, un rayonnement certain, une influence telle, et parmi les intellectuels et au sein de la population, quelle a t perue comme dangereuse par lEglise romaine, et par le philosophe Ren Gunon. Si le mouvement thosophique a drang par ses ides parce quelles taient inspires par les philosophies religieuses orientales ainsi que loccultisme oriental, il a aussi bouscul le mouvement spirite, celui des sotristes et des occultistes alors quils avaient tous des centres dintrt et des objectifs trs proches. Mais il faut reconnatre aussi que le mouvement thosophique a influenc des personnalits telles que Rudolph Steiner, Alexandra David-Nel, Mohandas Gandhi ainsi que des scientifiques, des artistes qui se rattachent lart abstrait, une thse serait ncessaire pour inventorier les liens directs ou indirects, avous ou non, conscients ou inconscients, quentretiennent les divers courants de lsotrisme moderne avec le patrimoine doctrinal lgu par Helena Blavatzky 4 . Pourquoi Hlne Blavatzky et la Socit thosophique, entranaient-elles tant de jugements opposs ; vnre, louange par les siens, Hlne blavatzky est blme, rejete par dautres ; le mouvement thosophique est digne dintrt pour les uns, un danger pour dautres ; les ides et la Socit qui a vhicul tant de nouveauts ont intress et drang, elles ont suscit admiration et inquitude, ont gnr enthousiasmes et critiques. Pourquoi existe-t-il un tel dcalage ? Plusieurs rponses peuvent tre avances, soit que les ides thosophiques analysent diffremment les phnomnes paranormaux des explications spirites, soit quelles comparent les religions dans leurs principes fondamentaux, leur sotrisme. Le fait quelles proposent une sagesse, une tradition primordiale qui prsiderait llaboration de toute religion, ou quelles tudient les lois inexpliques de la nature, les pouvoirs latents en lhomme, et surtout quelles
4

Nol Richard-Nafarre, Helena Petrovna Blavatzky ou la rponse du sphinx, biographie, Paris, Ed. Franois de Villac, 1995, p. 577.

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fassent rfrence aux diverses philosophies religieuses et loccultisme oriental pour expliquer ces mystres est sans doute la consquence davoir t estimes dangereuses. Cette dernire originalit, relative lOrient, ouvrait des portes pour aborder le terme, thosophie, jusque l cantonn aux rfrences judochrtiennes. Il ne faut pas ngliger non plus le fait quune femme (Hlne Blavatzky) en est leur auteur et quune autre femme (Annie Besant) les a transmises, explicites et dveloppes. Si elles ont, toutes les deux, t caricatures, diffames une poque peu indulgente, lgard des femmes, elles ont aussi t respectes, admires et honores, par dautres. La thosophie, en gnral, a t considre, pendant longtemps, comme le fruit dilluminations ; quelques auteurs catholiques la qualifient de syncrtisme, dhrsie, voire une dbauche de pense, de mirage, daberration du sens chrtien 5 . A la fin du XXe sicle, elle fait lobjet dune reconnaissance ; il est alors question dune thosophie chrtienne, oppose la thosophie blavatzkienne parce que la premire se rfre aux sources judo-chrtiennes et la seconde, y ajoute les textes sacrs des religions orientales. En France, une thse, des ouvrages, des chapitres douvrages, des entres de dictionnaires, une biographie de lauteur de ces ides thosophiques ont t publis ; le sujet est vaste, difficile, sujet polmiques, et ne semble pas avoir attir beaucoup dhistoriens en ce qui concerne le mouvement lui-mme, et plus particulirement le mouvement en France. Du ct mondial, le prsident fondateur de la Socit, Henry Steel Olcott 6 , rassemble ses souvenirs ; sur quatre volumes 7 il relate les vnements qui ont jalonn sa vie de thosophe partir de 1874, date laquelle il rencontre Hlne Blavatzky. En Europe, une thse est soutenue en Hollande sur le mouvement thosophique dHlne Blavatzky. Elle est prsente, en 1901, Amsterdam, par Charles Haye, candidat au doctorat en lettres, devant un jury compos de onze professeurs minents , propos De la haute importance, encore

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Cf. Lonce de Grandmaison, Etudes, mars 1905, p. 641. H.S. Olcott, (Old diary news), Histoire authentique de la Socit thosophique, 4 volumes, Paris, publications Adyar, 1908, 1909, 1976. 7 Infra, p. 53.

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insouponne par le monde scientifique, du mouvement thosophique qua fond Helena Petrovna Blavatzky et pour lequel, elle a travaill et souffert 8 . Cest le thosophe franais, Dominique Albert Courmes, qui relate lvnement et ajoute pour donner quelque poids cette intervention que Le jury na mnag ni ses questions, ni ses objections ce sujet ; et surtout le candidat a victorieusement rpondu et termin par une vibrante apologie de la thosophie et de son immortel hraut au XIXe sicle 9 . Cette analyse pourrait laisser supposer que le candidat est lui-mme thosophe. Il est manifestement intress par ce mouvement, par sa fondatrice, par ses ides. La Socit dAdyar a des correspondants en Hollande, qui, ds 1891, constituent une branche active 10 , et enfin une Section nationale, reconnue en 1897. Cet auteur fait-il partie de cette Socit ? Nous navons pas de rponse ce jour. Dominique-Albert Courmes ntait pas prsent la soutenance de thse ; comment en a-t-il eu connaissance? Il se rfre, dit-il, la presse. Ancien marin, Dominique-Albert a toujours parcouru la presse spirite, thosophique,

amricaine et anglaise ; la Socit thosophique de Londres est le centre des Branches thosophiques europennes. En parle-t-elle dans son organe thosophique ? Il est possible quelle en soit question dans ses chroniques sur la vie de la Section, nous navons pas pu vrifier cette hypothse. Quoi quil en soit, cet expos soutenu devant un jury de thse, lui confre un caractre universitaire. Il est aussi question dune thse sur la Thosophie, soutenue en 1912 devant une Facult de thologie protestante 11 . , par un tudiant 12 . Le candidat insuffisamment document na pas trait le sujet avec sret 13 . Il nest pas question, semble-t-il, du mouvement thosophique dHlne Blavatzky, mais de la thosophie en gnral. Le sujet semble peu abord, ct catholique au dbut du XXe sicle, il a t assimil par certains, comme faisant partie de la crise moderniste 14 .
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Dominique-Albert Courmes, chos du monde thosophique , Hollande , R.T.F., dcembre 1901, p. 333. 9 Ibid. 10 Cf. Le lotus bleu, septembre 1891, p. 12. 11 Dominique-Albert Courmes, Revue des revues , R.T.F. dcembre 1912, p. 330. 12 Le nom de cet tudiant nest pas mentionn dans la Revue thosophique. 13 Georges Chevrier, Le Thosophe, novembre 192. 14 Cf. Causeries , LAmi du clerg, 01/06/1905, p. 465

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Le premier ouvrage franais qui aborde la Socit thosophique mondiale, est une analyse implacable du mouvement : Le thosophisme, histoire dune pseudo religion 15 , du philosophe Ren Gunon ; il parat en novembre 1921, la Nouvelle Librairie Nationale et reprend les thmes dvelopps par ce mme auteur dans ses articles de la Revue de Philosophie de janvier aot 1921 sur Le Thosophisme , sous la rubrique Philosophie religieuse 16 . Ren Gunon voit dans le thosophisme une erreur des plus dangereuses pour la mentalit contemporaine, nous avons estim quil convenait de dnoncer cette erreur au moment o par suite du dsquilibre caus par la guerre, elle prenait une extension quelle navait jamais eue jusque l 17 . Peu aprs, le philosophe Hermann de Keyserling publie son journal de voyage 18 effectu en Orient juste avant la premire guerre mondiale ; il raconte son passage Adyar o il observe, tudie, utilise les ressources abondantes de la bibliothque 19 , sentretient avec Annie Besant et Charles Leadbeater sur ce mouvement thosophique qui, si on peut [en] penser ce que lon veut [a] lindniable mrite de rvler la connaissance de la philosophie de lOrient religion
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. Il estime que les thosophes sont des sectateurs dune nouvelle et ont dfigur la sagesse hindoue.

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Face ce qui est considr comme une attaque du mouvement et de la Socit de la part de Ren Gunon ainsi quune mauvaise comprhension de la part de Hermann de Keyserling, le Secrtaire gnral de la Socit thosophique franaise, Charles Blech (1855-1934), runit quelques documents afin dtablir une Contribution lhistoire de la Socit thosophique en France et la publie, peu avant sa mort, en avril 1933 22 . Il voque alors cette venue des fondateurs

Ren Gunon, Le Thosophisme, histoire dune pseudo religion, Paris, ditions Didier et Richard, LAnneau dOr, 1928, 474 p. et Editions traditionnelles, 1986, rdition augmente de textes ultrieurs laquelle nous nous rfrons pour ce travail. 16 Marie-France James, sotrisme et Christianisme autour de Ren Gunon, Paris, Nouvelles ditions Latines, 1981, p. 194. 17 Ren Gunon, [Link]. p. 374. 18 H. de Keyserling, Journal de voyage dun philosophe, Paris, librairie Stock, 1930, T. I 414 p. (Adyar : p. 129-199). 19 Ibid. p. 138. 20 Ibid. p. 128. 21 Ibid. p. 130. 22 Charles Blech, Contribution lhistoire de la Socit thosophique en France, Paris, dition Adyar, 1933, 215 p.

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en France, en 1884, la considre comme tant lorigine du mouvement en France. Il reproduit quelques lettres dHlne Blavatzky adresses divers thosophes franais, trois articles du Bulletin de la Socit Scientifique dtudes Psychologiques (S.S.E.P.) 23 , quelques lettres du responsable de la premire branche franaise Isis, Louis Dramard, un de ses amis, mdecin. Les souvenirs de A. Froment sur la priode 1883-1888, et un court rsum, des annes 1887 1900, donnent un bref aperu des premiers pas du mouvement franais. Cest en thosophe que Charles Blech prsente les vnements, par la reproduction de ces documents : lettres, articles sur les annes 1880-1883 et 1884-1890, quelques indications sur les annes 1887-1900. Cette compilation offre des pistes pour approfondir les recherches sur ce qui na jamais t abord, larrive des ides thosophiques, en France, leur accueil, leur diffusion entre 1876 et 1884. La thosophie et le mouvement thosophique semblent tomber dans loubli pendant une bonne trentaine dannes ; Il faut attendre la fin du XXe sicle, pour trouver quelques nouveaux ouvrages, consacrs ce mouvement et son auteur. Il est fort possible que lintrt ait t relanc par louvrage de Jacques Lantier et la rubrique Thosophie assure par Antoine Faivre, dans lEncyclopedia Universalis, au dbut des annes 1970 24 . La thosophie dHlne Blavatzky va intresser les amateurs doccultisme. Jacques Lantier, dans la collection Histoire des personnages mystrieux et des socits secrtes consacre un volume La Thosophie, ce mouvement quil considre comme une invasion de la spiritualit orientale 25 . Jacques Lantier prsente son rcit comme une curieuse histoire, et conte les aventures extraordinaires auxquelles furent mls ceux qui y prirent la part la plus ardente , pour satisfaire aux besoins des lecteurs assidus de la collection . Aprs un aperu rapide sur les thosophes antiques traditionnels illumins et les
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Charles Blech, [Link]. p. 38-114. Leur reproduction est prcieuse car ces articles taient dj introuvables en 1933 ; la consultation du Bulletin de la S. S. E. P. qui suit la Revue Spirite ne figure pas sur le micro film de la Bibliothque Nationale pour la fin de lanne 1882 et 1883. 24 Thosophie , Encyclopedia Universalis 1973 et Thesaurus de lEncyclopedia Universalis, 1975. 25 Jacques Lantier, La thosophie ou linvasion de la spiritualit orientale, collection des personnages mystrieux et des socits secrtes sous la direction de Louis Pauwels, Paris, Culture Art Loisirs, 1970, 281 pages.

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spirites, il consacre tout son livre la fondatrice de la Socit, lauteur des ides thosophiques et aux responsables qui ont fait partie de ce mouvement. Jacques Lantier veut se placer au-dessus des jugements que lon porte sur elle , tente de comprendre le phnomne thosophique, son insertion dans la mouvance spirite, son implantation avec la duchesse de Pomar, alias Lady Caithness. Il replace lhistoire au sein des conflits du XIXe, la monte de la lacit, lanti-clricalisme, la libre pense, le matrialisme, le spiritisme et se demande si la voie de la thosophie ntait pas la meilleure qui soffrait aux spiritualistes partisans de la libert 26 . Son rcit ne se veut pas un document, mais tend mettre en relief le ct extraordinaire dun mouvement existant, qui a des fondateurs, une Socit, des responsables, des activits, des

enseignements, des ides nouvelles proposer avec un ct original, loccultisme oriental pour expliquer les mystres et lincomprhensible ; il voque quelques conflits internes et externes auxquels le mouvement a t confront. Un thosophe anglais participe ce nouvel intrt, en 1989, avec The beginings of theosophy in France 27 , court opuscule de trente-neuf pages. Lauteur, Joscelyn Godwin, reprend les informations donnes par Charles Blech dans sa Contribution lhistoire de la Socit thosophique en France. Il concentre son attention sur les conflits internes des annes 1888, entre F. Krishna Gaboriau et le docteur Grard Encausse, alias Papus, en tendant ses rfrences aux revue et bulletin lancs par Papus, Le Bulletin de LIsis et Linitiation. Pour lui, les difficults, rencontres pour la diffusion des ides, sont essentiellement dues des querelles de caractres affirms. Les dsaccords propos des ides thosophiques sont dus aux sources orientales qui soutiennent ces ides ; le yellow peril 28 , peru par les occidentaux, parat important aux yeux de Joscelyn Godwin. Il conclut que les sotristes ont prfr alors rester dans la mouvance judo-chrtienne plutt que de saventurer vers des ides orientales, qualifies alors de nihilistes et dangereuses.

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Jacques Lantier, [Link]. p. 243. Joscelyn Godwin, The beginings of theosophy in France, London, Theosophical Center, 1989, 39 Le pril jaune.

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p.

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Une publication romanesque, anglaise, La Saga thosophique, de Blavatzky Krishnamurti 29 , de Peter Washington voque le mouvement thosophique, sous forme de saga dsobligeante, lgard de lauteur des ides et de la Socit. Cet ouvrage se veut une oeuvre romanesque relatant une pope familiale . crivain, directeur littraire, professeur universitaire de littrature, Peter Washington est aussi un auteur dessais, sur lhistoire des ides. Avec cette saga, il se pose en conteur dpope, nous guidant dans les coulisses de ce milieu pittoresque 30 . Il reconnat au mouvement une influence sur les religiosits parallles du XIXe sicle, sur les courants sotriques, sinterroge sur le personnage nigmatique dHelena Petrovna Blavatzky. Comme Ren Gunon, il met tout en doute son sujet, raille tout propos, tout en faisant allusion des vnements, des courants occultistes, sotriques qui ont exist. Les annes 1990 sont plus fertiles, avec un colloque la Sorbonne et une biographie sur Helena Petrovna Blavatzky. Cest Paris en dcembre 1992 que, mile Poulat runit quelques personnalits comptentes sur le sujet et prside un colloque sur le thme, Les postrits de la thosophie : du thosophisme au New Age . Un compte rendu des interventions est publi 31 . Spcialistes de la thosophie, thosophes prsentent leurs travaux, les confrontent, changent leurs avis sur la question. Daniel Caracostea prsente un Aperu sur le Mouvement thosophique 32 , dans sa dimension mondiale. Lhistorien Nol Richard-Nafarre, en 1990, publie une biographie de Helena Petrovna Blavatzky ou la rponse du Sphinx 33 , historiquement fonde car [il a] lintgrit de lhistorien, lie labsence da priori partisan envers la fondatrice de la Socit thosophique, qualits indispensables llaboration dune biographie srieuse 34 , estime Alexandre Moryason qui lui a demand de raliser cette aventure. Lauteur confirme quil nest pas membre dune Socit thosophique
Peter Washington, La Saga thosophique, de Blavatzky Krishnamurti, London, Martin & Warburg Limited, 1993. Pour la traduction franaise, Chambry, dition Exergue, 1999, 315 p. 30 Harvey Cox, 4e de couverture de La Saga thosophique. 31 Les postrits de la thosophies : du thosophisme au New Age, Paris, lAge dhomme , Collection Politica Hermetica , N 7, 1993, 185 p. Il est fait rfrence ce livre sous la dnomination, Colloque 1992. 32 Daniel Caracostea, Colloque 1992, [Link]. p. 97-114. 33 Nol Richard-Nafarre, Helena Petrovna Blavatzky ou la rponse du Sphinx, Biographie ; prologue dAlexandre Moryason ; Paris ditions Franois Villac, 1995, 2e dition revue et augmente, 669 p. (La premire dition est de 1991, 637 p. Nous nous rfrerons la 2e dition. 34 Nol Richard-Nafarre, [Link]. Avant propos, p. 9.
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et que cette entreprise lui a sembl singulire ; il reconnat que, peu dindividus occupent une place gale celle quelle sest acquise dans lhistoire de la pense et de laventure humaine au sens le plus noble du terme 35 . Cette biographie est une mine dinformations vrifies par lauteur, annotes et commentes. Sur six cent soixante douze pages, trente-huit chapitres, et trois appendices, lun propos de Ren Gunon, lautre sur le Rapport Hodgson, et enfin le dernier sur les Matres de Madame Blavatzky, tout est minutieusement observ, vrifi, analys. En Amrique et en Angleterre, des thosophes se penchent sur lhistoire de leur mouvement. En Californie, la Theosophical History publie des comptes rendus de recherches faites et abouties par un sminaire des recherches de cinq ans sur le mouvement thosophique 36 . Sylvia Cranston apporte sa contribution avec une biographie dhlne Blavatzky 37 . Parmi les ouvrages sur le spiritisme, sur lsotrisme, sur loccultisme, sur lOrient, trs peu sont ceux qui ne font pas allusion au mouvement thosophique, ou aux ides dHlne Blavatzky. Certains reprennent quelques affirmations mises par Ren Gunon, dautres sont plus ou moins daccord avec ce quil avance, dautres posent un regard indpendant sur cette femme qui a suscit admiration, interrogation, mfiance, raillerie ou rejet. Cest sur les annes 1850-1950, o la science, la raison, rgissent le monde de la pense , que Jean Prieur fait linventaire de tout ce qui concerne le surnaturel, trs prsent la fin du XIXe, avec cette chevauche fantastique de cavaliers en chemise empese, col dur et redingote nomms Kardec, Eliphas Levi, Papus [...] et ces amazones fougueuses nommes, duchesse de Pomar, Helena Petrovna Blavatzky, Annie Besant 38 . Lauteur consacre un chapitre la fondatrice de la Socit, au mouvement, et ses ides, un autre Annie Besant puis Krishnamurti, et quelques autres personnages ayant fait partie du mouvement, au XXe sicle. Nous les retrouvons plus loin, lorsque Jean Prieur
Ibid. Theosophical History , A quarterly Journal of research, Dr James A. Santucci, Department of Religions Studies, California State University, Fullerton, USA, 1994, 1995. 37 Sylvia Cranston, H. P. B. The extraordinary life and influence of helena Blavatzky, founder of the modern theosophical movement, New-York, G.P. Puynms sons, 1993, 648 p.. 38 Jean Prieur, LEurope des Mdiums et des initis. 1850-1950, Paris librairie Acadmique Perrin, 1987, 384 p.
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voque ces personnages qui se proccupaient doccultisme, dsotrisme, de thosophie au sicle dernier : lcrivain douard Schur qui sest intress la thosophie, et a fait partie de la Socit thosophique dOrient et dOccident de la duchesse de Pomar ; il consacre un chapitre Rudolph Steiner, responsable de la Section thosophique autrichienne et allemande pendant dix ans et un autre loccultiste Papus, qui a t responsable, la branche franaise Herms, pendant deux ans. Rares sont les livres sur le spiritisme qui ne prsentent pas un paragraphe ou un chapitre sur la Socit thosophique ou ses responsables puisquils ont particip au congrs spiritualiste de Paris en 1889. Pour Yvonne Castellan 39 la thosophie interfre avec le spiritisme , mais les socits spirite et thosophique ne se confondent point [] ; la thosophie condamne explicitement lvocation des dfunts []. Spiritisme et thosophie, doctrines proches et lointaines en tout cas sont interfrentes 40 . Au cours de lexpos, les doctrines proches sont mises en vidence, comme la rincarnation, le karma [...] et les diffrences comme le recours aux esprits suprieurs et non lesprit des morts, la cosmogonie manatrice, la conception dun principe divin premier, dune cause premire, de lUN plutt que du Dieu de la tradition judo chrtienne, sont abordes. Rgis Ladous reprend le titre de louvrage prcdent, Le Spiritisme 41 , pour voquer les vnements spirites au milieu du XIXe en France ; il aborde cet ge des tables tournantes des annes 1853-1854, des vnements du presbytre de Ciddeville raconts aussi par Eliphas Levi. Il rappelle les condamnations de ce spiritisme par les vques franais, cette ncromancie antique, cette communication avec les esprits qui nest que loeuvre du dmon, que de diaboliques occupations pour les clercs ; il voque rapidement linterfrence des ides dHelena Petrovna Blavatzky sur ce courant de pense. Nicole Edelman, dans Histoire de la voyance et du paranormal 42 , rserve quelques pages la Socit thosophique et ses fondateurs, dans le cadre de

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Yvonne Castellan, Le Spiritisme, Paris, P.U.F., collection Que Sais-je , 1954, 126 p. Yvonne Castellan, [Link]. p. 79. 41 Rgis Ladous, Le Spiritisme, Paris, le Cerf, 1989, 142 p. 42 Nicole Edelman, Histoire de la voyance et du paranormal, Paris, Seuil, 2006, 285 p.

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la qute spiritualiste exemplaire dune attitude culturelle de ces dernires dcennies du XIXe sicle en Europe 43 . Intress par lengouement du XXe sicle pour le bouddhisme, Frdric Lenoir, dans La rencontre du Bouddhisme et de loccident 44 , enqute sur les raisons de cet attrait pour ces mystrieux pouvoirs que vhicule le bouddhisme, et remonte la filire jusqu la Socit thosophique fonde en 1875 par le colonel Olcott et Helena Blavatzky , qui est d un rapprochement entre un courant sotrique occidental et certaines philosophies orientales . Un chapitre intitul le bouddhisme sotrique quil identifie la doctrine thosophique, reprenant le titre dun ouvrage du thosophe Alfred Percy Sinnett, explique le rle jou par la Socit thosophique pour faire connatre lOrient aux occidentaux. Tout en qualifiant dinjuste la critique implacable de Ren Gunon lgard de la Socit , il partage sa conclusion selon laquelle le thosophisme ne reprsente absolument rien de la pense orientale authentique 45 , ce qui est contest par Nol Richard Nafarre, biographe dHlne Blavatzky. Dans un autre registre, celui des Matres spirituels, quelques crivains tentent de faire le point sur ces personnages hors du commun et souvent qualifis dillumins qui ont tent de diffuser des messages aux humains. Maurice Magre retient parmi ces Magiciens et illumins 46 , la personne dHelena Petrovna Blavatzky, choisie pour ses dons extraordinaires de mdium, les facults supra normales quelle manifesta ds son enfance, la facilit que Morya et Koot-Houmi purent avoir de communiquer avec elle distance par la tlgraphie de la pense 47 . Il se penche sur lexistence des Matres, sur la vie dHlne Blavatzky, sur le fanatisme manifest par les missionnaires son encontre, sur la philosophie que contiennent Isis dvoile et La Doctrine secrte, ces connaissances [qui] viennent des antiques livres conservs dans

Ibid. p. 90- 93. Frdric Lenoir, La rencontre du Bouddhisme et de lOccident, Paris Fayard, 1999, p. 12 et p. 185. 45 Frdric Lenoir, [Link]. p. 205. 46 Maurice Magre, Magiciens et illumins, Paris, Fasquelle Editeurs, 1930, 300 p. 47 Ibid. p. 263.
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les monastres du Thibet 48 . Il raconte lhistoire de ces messagers et de leur influence, diffrentes poques. Philippe Lamarque reprend lhistoire de ces Matres spirituels, depuis Zarathoustra jusqu Louis Massignon (18831962) 49 . Paracelse, Frantz Mesmer, Louis Claude de Saint-Martin, Allan Kardec, Eliphas Levi, Papus, Ren Gunon sont prsents ; il fait une allusion Madame Blavatzky lorsquelle se brouille avec Papus, et Ren Gunon lorsquil raille le thosophisme, voqu comme un mlange confus de noplatonisme, gnosticisme, kabbale judaque, dhermtisme, doccultisme ... 50 . Philippe Lamarque reprend les propos de Ren Gunon, sans se proccuper de ceux dHelena Petrovna Blavatzky sur loccultisme oriental, ou sur ses explications propos des phnomnes spirites. Pour cet auteur, elle ne sinscrit pas dans la catgorie des Matres des Sciences Occultes. Grard Wehr consacre un ouvrage aux Matres spirituels de lOccident 51 , parmi lesquels Helena Petrovna Blavatzky et le mouvement thosophique . Il lui rserve un chapitre important suivi dun autre sur Rudolph Steiner o il est encore question dHlne Blavatzky et de la Socit thosophique ; plus loin aux chapitres concernant Krishnamurti , Gunon , et Alice Ann Bailey nous y retrouvons linfluence des ides thosophiques dans leur vie. Avec objectivit, en spcialiste Grard Wehr analyse les termes, leur tymologie, leur dfinition, le sens quils ont ; il poursuit avec un regard clair et lucide, utilise le conditionnel pour ce quil na pu vrifier, mais ne caricature pas, ne pratique ni critique, ni dsaveu ; il observe, admet la mission de chacun, fait la part des choses dans les conflits qui opposrent Hlne Blavatzky la Society for Psychical Research (S.P.R.), au couple Coulomb et leurs prises de position. Son objectivit est la mme lgard des matres spirituels suivants ; il exprime sa pense, ne se pose ni en arbitre ni en juge. Pour lui, chacune de ces figures est un soleil qui a rayonn, influenc, clair, permis dautres de faire un chemin spirituel et
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Ibid. p. 284. Philippe Lamarque, Les grands Matres des sciences occultes, Paris, Edition trajectoire, 2001, 190 p. 50 Ibid. p. 171. 51 Grard Wehr, Matres spirituels de loccident. Vie et enseignement. Paris, le Courrier du livre, 1997, 301 p.

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comme tout soleil, chaque figure a ses taches solaires ; ils ont exist, ont leur particularit propre, peuvent ne pas tre daccord. Lauteur fait revivre ces Matres, ces Mages qui ont eu une influence sur les esprits occidentaux. Dans le Dictionnaires des personnages mystrieux et des socits secrtes 52 , sur deux pages, la rubrique, Socit thosophique, informe sur le mouvement en gnral et sur ses fondateurs. la rubrique Gunon, il est question de son ouvrage, sur le mouvement, considr comme un rquisitoire
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contre

la

Socit

thosophique fonde par Madame Blavatzky

La consultation darchives, de quotidiens et de revues, a permis de combler ce dsir de mieux comprendre le contexte, le parcours des ides thosophiques en France de 1876 1884, travers les rseaux et les relais emprunts, alors que cette priode navait jamais t aborde jusqu aujourdhui. Ce travail a permis de constater leur impact, leur rayonnement, mais aussi de suivre le cheminement des vnements qui ont conduit aux condamnations sans appel dont elles sont lobjet. Les archives de la Socit thosophique de France sont inaccessibles, pour le moment. Considre comme Socit secrte par le gouvernement de Vichy en 1942, la Socit thosophique franaise est interdite, ses archives sont achemines vers Berlin en 1942, puis Moscou en 1944, au cours de la dernire guerre ; revenues il y a peu de temps, elles ne sont pas encore disponibles. Mais concernent-elles larrive des ides thosophiques au XIXe sicle ? Ce nest pas certain, la Section thosophique franaise ne dbute quen novembre 1899. Il sera intressant de les consulter pour la priode suivante. Cest non seulement partir des archives de la branche thosophique du Mans, de revues thosophiques 54 , mais aussi de revues non thosophiques 55 , de quotidiens nationaux et dpartementaux 56 , en tout une centaine mais aussi des ouvrages thosophiques et non thosophiques, de documents consults la Bibliothque Nationale Franois Mitterrand, aux Archives dpartementales et
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Dictionnaires des personnages mystrieux et des socits secrtes, sous la direction de Pierre Mariel, prface de Louis Pauwels, Paris, Culture Arts Loisirs, 1971, 479 pages. 53 Ibid. p. 235. 54 16 revues ou journaux thosophiques. 55 41 revues gnrales ou spcialises. 56 41 quotidiens nationaux, 7 journaux sarthois.

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municipales de la Sarthe et de la Mayenne que nous avons essay de rpondre nos questions. Dautres recherches mriteraient daller Lyon 57 Rome 58 , et jusque Adyar 59 , ce qui na pas pu tre ralis, en attendant des jours meilleurs. La dcouverte des archives de la branche thosophique Persvrance du Mans, la curiosit pour ce mouvement thosophique et ces courants de pense, imags par lexpression assez vague docan mystique, est lorigine de ces recherches. Des questions restes sans rponse sur linfiltration en France de ces ides publies New York partir de 1875, leur interdiction au moment de leur succs, la critique cinglante de Ren Gunon son encontre, reprise indfiniment au XXe sicle, et qui semble tre laisse de ct partir de 1991, ont motiv ce travail. Il sest efforc aussi de retracer limplantation dune Socit thosophique en France, son fonctionnement, son recrutement, son extension et les difficults rencontres. Loin dtre exhaustive, cette thse tente dapprocher les milieux proccups dirrationnel, qualifis souvent de nbuleuse sotrique, ou de vague mystico occultiste, dans lequel ce mouvement a volu et recrut ses membres. Il aborde la priode de 1876 1884, jamais tudie jusqu ce jour, et qui permet un dbut de mouvement franais, dynamis par la venue dHlne Blavatzky Paris en 1884. Il essaye de reconnatre le chemin parcouru de ces ides jusqu leur rayonnement puis leur condamnation par lglise catholique en 1919 et par Ren Gunon en 1921, ainsi que leurs consquences. Les dates choisies 1876-1921 correspondent larrive des ides

thosophiques en France ds 1876, alors quil est toujours question de faire dbuter lhistoire du mouvement thosophique avec larrive, sur le sol franais, des fondateurs en 1884 ; et pour 1921, la date correspond la parution de louvrage de Ren Gunon lencontre de ce mouvement et aux consquences quil entrane sur la connaissance de ce dernier. Il sera question, dans cet expos, du mouvement thosophique qui se rattache Adyar, quartier gnral tabli par Hlne Blavatzky et Henry Steel Olcott, et non

Lyon, o sont les archives qui concernent Papus. Rome, en ce qui concerne lorigine de linterrogation faite la Sacre congrgation de la Foi propos des Socit dites thosophiques . 59 Quartier gnral de la Socit thosophique mondial.
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dune autre association indpendante, La Loge Unie des Thosophes , qui concentre ses efforts sur lenseignement spirituel prsent par Blavatzky sous le nom gnral de thosophie 60 . Nous naborderons donc pas tout ce qui a pu sdifier, en France, partir des ides mises par Hlne Blavatzky. Cette tude se prsente en deux parties : Une premire partie, Larrive des ides thosophiques en France , concerne la Socit thosophique, ses fondateurs, son implantation aux Indes, ses objectifs, son dveloppement mondial, et sa prsidence assure par une femme au dbut du XXe sicle, suivie du contexte spiritualiste en France, quil soit sotrique, occultiste, spirite et orientaliste qui permet aux ides dHlne Blavatzky datteindre les Franais, puis du relais spirite, qui a favoris la connaissance, ltude, la discussion de ces ides. Une deuxime partie, Du rayonnement la condamnation, aborde les dbuts de la formation du mouvement en France, avec la venue des fondateurs en France, les premires branches thosophiques, les essais de revue, les relais mdiatiques, culturels et de sociabilit qui conduisent vers la reconnaissance de la Section franaise thosophique la fin du XIXe sicle. Cette dernire devient Socit thosophique de France , rayonne, avec de nombreuses activits et implications au dbut du XXe sicle dans les questions de ce temps et pendant la Premire Guerre de 1914. Au fait de son rayonnement, la Socit est lobjet dune double condamnation, la premire par un dcret romain, la seconde par louvrage du philosophe Ren Gunon, ouvrage de rfrence sur la Socit au XXe sicle. En conclusion, nous constaterons que le Mouvement thosophique est lobjet dune volution dans son analyse, la veille du XXIe sicle ; et que la thosophie remise au got du jour par Hlne Blavatzky, fait lobjet dune rflexion approfondie par quelques spcialistes. En annexes des tableaux, rcapitulatifs, recensement darticles

permettent davoir une vision plus claire et rsume sur quelques aspects de ce travail.

Jean-Louis Simons, Socit thosophique , Dictionnaire critique de lsotrisme, paris, PUF, 1998.

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Ire Partie Larrive des ides thosophiques en France Au XIXe sicle


Une Socit thosophique est forme New-York en 1875 dans le but

dlucider les mystres occultes. Les ides dHelena Blavatzky, sur les phnomnes paranormaux, sont inspires de loccultisme oriental et soutenues par Henry Steel Olcott ; tous les deux vont donner naissance un Mouvement thosophique mondial dont ils installent le quartier gnral aux Indes ; les ides diffuses vont avoir une influence sur quelques personnalits connues, Mohandas Gandhi, Alexandra David-Nel, Rudolph Steiner. Cest une femme, Annie Besant qui en assume la prsidence au dbut du XXe sicle. Elle lui donne une nouvelle orientation, un nouveau dynamisme, prend des engagements qui suscitent quelques polmiques internes. En France, Cest dans un contexte spiritualiste 1 favorable que les ides thosophiques pourraient tre accueillies. Linfluence des thosophes du XVIIIe sicle, lsotrisme, loccultisme, le spiritisme, font partie des courants de pense, prsents en France au XIXe sicle, tandis quun nouvel intrt pour lOrient renat entranant quelques conflits. Les ouvrages, les articles dHlne Blavatzky concernent ces thmes ; les spcialistes de ces questions sont connus de celle qui relance un intrt pour la thosophie.

La Revue spirite, publie les ides dHlne Blavatzky ; des lecteurs accueillent avec sympathie ces ides nouvelles, dautres sy opposent, manifestent leurs dsaccords ; les ides sont diffuses au sein dassociations qui les tudient et les discutent ; si dans un premier temps, elles intressent et rassemblent ces curieux, elles sont aussi lorigine de quelques polmiques parce quelles drangent des faons de penser bien ancres.
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Dans le sens de Qui soppose au matrialisme.

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Chapitre I Une Socit thosophique (de New-York Adyar)


Au XIXe sicle, la thosophie fait partie des proccupations de la Socit thosophique qui est forme New-York en 1875. Installe aux Indes ds 1879, la Socit diffuse les ides dHlne Blavatzky qui se rpandent dans le monde entier et intressent les Europens. Quelques personnalits connues doivent en partie leur destin, linfluence de ces ides thosophiques. Cest une femme, Annie Besant, qui en assume la prsidence au dbut du XXe sicle.

A- Les fondateurs
Si Hlne Blavatzky est lauteur des ides thosophiques, cest avec le colonel Olcott quelle forme la Socit thosophique ; cest ce dernier qui en assure son administration, son dveloppement. Tous les deux ont faonn la Socit, lune avec ses ides, lautre par sa gestion. Ils ont le sentiment davoir une mission remplir qui, disent-ils, leur avait t assigne par des Matres de sagesse.
a)- Hlne Blavatzky (1831- 1891), une personnalit complexe

Hlne Blavatzky a fait lobjet des qualificatifs les plus divers et les plus opposs : une de personnes les plus brillantes et amusantes en mme temps quexcentrique que lon pt rencontrer 1 , admet Henry Steel Olcott. A loppos, pour la Society for Psychical Research de Londres, cest lun des plus accomplis des plus ingnieux et des plus intressants imposteurs dont le nom mrite de passer la postrit 2 .

Cf. Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 362-363. Proceedings of the Society for psychical Research, December 1885 p. 207 , Cf. Prface Alfred Percy Sinnett, Le Monde occulte, [Link]. 1887, p. VI.
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Tandis que des journalistes franais lont caricature, ds son arrive en France 3 , dautres lont calomnie et ont prtendu que son Isis dvoile ntait quune compilation inavoue des manuscrits du baron de Palm, accusation reprise par Papus, et dsavoue par lditeur du journal qui a exprim ses regrets davoir publi cette calomnie sans fondement 4 . Son portrait par Henry Steel Olcott, qui la bien connue, rsume lui seul la complexit du personnage ; Y eut-il jamais crature humaine aussi complte que cette mystrieuse, fascinante, illuminante H.P.B. O trouver une personne si remarquable et si dramatique ? [] ctait une trop grande occultiste pour que nous ayions pu mesurer sa stature morale 5 . Et malgr ses dfauts, elle sduit son entourage, le secret de son influence rsidait dans ses indniables pouvoirs psychiques, dans lvidence de son dvouement ses Matres quelle reprsentait comme des personnages quasisurnaturels, et dans son zle pour llvation spirituelle de lHumanit par la Sagesse orientale 6 . Pour une de ses lectrices Elise Van Calcar, cest une femme brillante intellectuellement qui a dvelopp dignement et avec une rare rudition limportance de cette science [occulte], si peu connue de nos jours 7 ; elle surpasse les occultistes de son temps car elle ne promet pas que tout sera dmontr dans son livre, comme Eliphas Levi qui na rien dmontr et qui prtend connatre si bien les arcanes du grand uvre, [] cest une vritable initie [] une intelligence superbe 8 . Si la rfrence trs frquente, quelle fait ses Matres les Mahatmas, intrigue ses contemporains, elle affirme que ce sont eux qui lont dirige, lont inspire, et dont elle na t que linstrument pour apporter au monde la Vrit. Sa correspondance, ses crits rvlent un caractre dtermin, plutt entier, avec un remarquable talent pour la polmique 9 ; un tmoin qui la bien connue en Inde, Alfred Percy Sinnett, dcrit son tat desprit permanent : son
Infra Ch. III Le relais spirite, B- Des revues, 1 La revue spirite, d) les auteurs, leurs buts leurs activits p. 293-301 ; et Ch. IV Un mouvement thosophique franais, C- Retournement dun contexte favorable p. 414-446. 4 Cf. Henry Steel Olcott, A la dcouverte de locculte, [Link]. p. 161. 5 Ibid. p. 9. 6 Cf. Henry Steel Olcott, A la dcouverte de locculte, [Link]. p. 9. 7 Lettre sur le thosophisme par Mme Van Calcar , Revue spirite, Juin 1880, p. 220. 8 Ibid. 9 Cf. Nol Richard-Nafarre, [Link]. p. 357.
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mental paraissait toujours semblable une cloche o on a fait le vide et o une plume ou une guine tombe avec le mme mouvement 10 ; elle peut prendre de terribles colres pour une bagatelle, mais elle peut aussitt aprs aborder un quelconque problme de philosophie abstraite et la tempte sapaise aussitt, elle oublie son ennui et simmerge dans les dlices de la discussion mtaphysique, blouissant lauditoire cultiv qui lentoure , rsume Nol Richard-Nafarre 11 . Aprs une premire biographie rdige par Alfred Percy Sinnett du vivant de H.P.B. 12 , deux auteurs se sont penchs sur la vie dHlne Blavatzky, Sylvia Cranston intresse par la vie extraordinaire de cette femme 13 et lhistorien Nol Richard-Nafarre qui rdige une biographie en lhonneur de la vieille Dame, qui occupe, pour cet auteur, une place dans lhistoire de la pense et de laventure humaine 14 . Les 669 pages de ce dernier ouvrage peuvent-elles se rsumer pour donner un bref aperu de cette vie exceptionnelle ? Une enfance russe, dans un univers qui la prdestine entrer trs tt en lice dans le milieu le plus ferm des cercles occultistes 15 est brivement interrompue par un voyage Londres lge de treize ans pour perfectionner ses dons de pianiste. De retour en Russie, cest dans une trange bibliothque contenant des centaines de livres sur lalchimie, la magie et autres sciences occultes , laiss par son arrire grand-pre le prince Paul Wassilivitch Dolgorouky quelle est initie aux sciences occultes ; mais [elle en avait] lu avec lintrt le plus intense avant lge de quinze ans 16 . Un mariage avec le gnral Nicphore Blavatzky dure lespace de trois semaines et au terme dautant de soirs de querelles, pour obtenir dimpossibles concessions mutuelles , elle fuit vers lEgypte et se sauve de laffrontement dont elle sort intacte, un examen mdical attestera de sa virginit et dune incapacit,
Cf. Alfred Percy Sinnett, La vie de Mme H.P. Blavatzky, Paris, Librairie de lArt indpendant, 1920. 11 Cf. Nol Richard-Nafarre, [Link]. p. 419. 12 Cf. A. P. Sinnett, La vie de Mme H .P. Blavatzky, [Link]. 13 Sylvia Cranston, The extraordinary life and influence of Helena Blavatzky, founder of the modern Theosophical movement, New York, G. P. Putnams Sons, 1993. 14 Nol Richard-Nafarre, Helena P. Blavatzky ou la rponse du Sphinx, biographie, Editions Franois de Villac, 1996, 669 p. 15 Ibid, p. 59. 16 Ibid.
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probablement native, lui interdisant tout rapport sexuel, elle souffre dAnteflexio uteri 17 . Cest un priple autour du monde qui va jalonner sa vie : un passage aux Etats-Unis, puis au Prou la mne vers lInde, suivi dun retour en Russie et quelques annes plus tard dun nouveau dpart vers les pays du bassin mditerranen, la France deux reprises en 1874 o elle rencontre Paris le spirite Pierre Gatan Leymarie et change avec lui sur les sujets spiritualistes 18 , et en 1884 pour mettre un terme aux querelles entre spirites. Cest New York, quelle rencontre le colonel Olcott, forme avec lui la Socit thosophique, quils installent aux Indes, o son sjour est entrecoup de voyages vers lEurope ; sa vie sachve en Angleterre, en mai 1891. Au cours de ces diverses prgrinations, elle va observer les rites religieux des populations rencontres ; elle est initie par un copte gyptien la signification des symboles ; cest dans les contres himalayennes de lInde quelle participe aux mystres des phnomnes occultes. Cest dans ce pays dAsie quelle rencontre ceux quelle appellera ses Matres qui la guident travers les arcanes de son destin. Sa vie est un mlange de formation autodidacte par ses observations, ses lectures, ses rflexions, formation complte, par ses changes avec des personnages comptents en sciences occultes, quil sagisse de magntisme ou de spiritisme, auxquelles il faut ajouter la connaissance des philosophies orientales et divers autres systmes religieux. Elle manifeste des pouvoirs occultes qui lont fait et connatre et rechercher mais aussi suspecter de fraudes et de charlatanisme ; elle a regrett de stre laisse aller certaines dmonstrations pour ceux qui le lui demandaient mais la critiquaient ensuite, la diffamaient, pour mieux la perdre. Victime de personnages quelle gnait par ses ides, diffame par la S.P.R. 19 , Helena Petrovna Blavatzky a assum un destin hors du commun, ses uvres sont encore rdites, aujourdhui, la Socit thosophique quelle a fonde avec Henry Olcott subsiste, son influence est encore visible.

Ibid. p. 62. Infra Ch. III, Le relais spirite, A- Deux hommes lorigine de la publication des ides, 1) Pierre Gatan Leymarie, p. 252-260. 19 Infra Ch. IV- Un mouvement thosophique franais, C- Retournement dun contexte favorable, 3Des hostilits externes, b) Les conclusions infmantes de la S. P. R. p. 433-437.
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Ses ouvrages les plus connus exposent les ides inspires par ses Matres : La Doctrine Secrte, (6 volumes) Isis Dvoile, (4 volumes).

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La Clef de la Thosophie. Et dautres moins connus 1890 La voix du silence. Dans les jungles et cavernes de LHindoustan.

Son premier ouvrage, Isis dvoile, clef des mystres de la science et de la thologie anciennes et modernes, est dit en 1877, chez S. W. Bouton. Cest une brochure intressante qui jette un jour remarquable sur la magie orientale, les mystres anciens et modernes 20 , pour Gatan Leymarie directeur de la Revue spirite, inform par lauteur, ds sa publication. Cette uvre est prsente par son auteur comme le fruit de rapports troits avec les adeptes de lOrient, fruit, aussi, de ltude de leur science. Il est offert ceux qui sont disposs accepter la vrit partout o elle se trouve, et la dfendre, mme en luttant dlibrment contre les prjugs populaires les plus enracins 21 . Deux tomes en quatre volumes 22 , pour ce travail, dont le premier touche la Science, le deuxime aux questions religieuses 23 . Le premier tome en deux volumes, traite des phnomnes et sciences psychiques ; Hlne Blavatzky se sert de limmense apport et la richesse de loccultisme oriental pour en expliquer les ralits et les illusions. les principes fondamentaux de la philosophie orientale se trouvent exposs dune manire trs simple, mais complte 24 . LInde, quelle considre comme le berceau de lhumanit clt cet expos. Les deux volumes suivants concerne la religion ; lauteur estime que toute religion provient dune mme source sagesse, cette thosophie quelle dcle dans toutes les religions, aussi bien dans leur sotrisme, avec leurs textes sacrs, que dans leur exotrisme avec leurs symboles et leurs expressions liturgiques correspondantes manifestes dans leurs crmonies. Llaboration de cette oeuvre, sa rdaction, son inspiration, les documents bibliographiques, ses corrections, rsultent dun travail incessant qui stend sur
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Coup doeil rtrospectif de lanne 1877 , Revue spirite, janvier 1878, p. 4. H. P. Blavatzky, Isis dvoile, [Link]. T. I, p. 9. 22 Ldition franaise de 1913 comprend 4 volumes, 483 p. 477 p. 471 p. 397 p.. 23 Cf. Isis dvoile, Ch. XXV, Nol Richard-Nafarre, [Link]. p. 354-371. 24 H. P. Blavatzky, Abrg de la Doctrine secrte, [Link]., p.3.

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deux ans. Henry Steel Olcott raconte cette pope sur deux chapitres, dans son premier volume de lHistoire authentique de la Socit thosophique 25 . Ds la parution dIsis Unveiled, en deux jours les 1.000 premiers exemplaires ont t vendus , bien que le contenu du livre nait pas t du got de tous. Il est rdit six fois 26 , traduit en plusieurs langues, et parait dans son dition franaise, en 1913. Cest en grande partie, Wrzburg en Allemagne, puis Ostende et Maycot en Angleterre quHlne Blavatzky rdige La Doctrine secrte ; lorigine, louvrage devait tre un prolongement, un complment dIsis dvoile 27 . Cest un prcis des enseignements religieux et philosophiques qui se trouvent la base des divers systmes religieux de lAntiquit 28 . Cest aussi un commentaire du plus vieux manuscrit du monde rdig en senzar, Les Stances de Dzyan, une histoire de loccultisme, des rflexions et un expos sur le symbolisme ; le but de cet ouvrage peut tre ainsi dfini : montrer que la Nature nest pas un concours fortuit datomes, et assigner lhomme sa place relle dans lUnivers ; sauver de la dgradation les vrits archaques qui sont la base de toutes les religions ; dcouvrir jusqu un certain point, lunit fondamentale dont toutes ont jailli ; et finalement montrer que le ct Occulte de la Nature na jamais t considr par la Science de la Civilisation moderne 29 . Les enseignements de la Doctrine secrte sont imposants, lrudition est certaine, et nous trouvons les mmes enseignements dans les Veda, les Puranas, les Edda de la Scandinavie, la Bible, la Baghavad Gta 30 , estime un crivain anglais qui admire et veut rendre hommage son auteur. Trois parties, Cosmognse, Anthropogense, Miscellanes, offrent :
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Les Stances de Dzyan et leurs commentaires, cosmogense et anthropogense 31 Les dveloppements dH.P.B. sur le symbolisme,

Henry Steel Olcott, A la dcouverte de locculte, [Link]. Ch. XIII et XIV. Cf. Le Thosophe, 16/01/1913, p. 4, 3e col. 27 La Doctrine secrte explicite plus en profondeur les principes fondamentaux de la philosophie orientale, dj exposs dans Isis dvoile. 28 H. P. Blavatzky, Abrg de la Doctrine secrte, [Link]., p. 4. 29 H. P. Blavatzky, La Doctrine secrte, [Link]. T. I, 4e de couverture. 30 Cf. Le Lotus bleu, octobre 1898, p. 285. 31 ( Expos totalement indit et prophtique sur les origines du cosmos et de lhomme )

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Des tudes de cosmogonie et dhistoire occulte, telles que les dcrivent ses sources, dans leurs rapports avec les donnes de la Science de son temps.

Un historique de lOccultisme travers les ges, illustr par ses grandes figures 32 .

Le premier volume sort, Londres, le 22 octobre 1888, il est salu par des critiques dissemblables, denthousiasme et de vindicte ; les autres volumes paraissent en 1889 33 et les deux derniers aprssa mort, en 1897. Des extraits sont reproduits dans la Revue thosophique puis dans Le Lotus bleu ; un rsum des commentaires de ces stances est accessible en franais aux lecteurs du Lotus bleu partir davril 1898 34 . Un tel ouvrage ne sanalyse pas en quelques lignes, chaque pense exprime est le rsultat de profondes mditations et dcouvre au lecteur de vastes horizons 35 ; cette uvre est considre par quelques thosophes comme une uvre touffue et mystrieuse comme les forts de l-bas, trange et prodigue comme ces vieux monuments Hindous o se mlangent tous les germes de nos architectures 36 ; ce qui ne les empche pas de les admettre pour Gabriel Trarieux comme des ouvrages qui dominent de trs haut tous les autres, au moins pour lpoque moderne 37 . La Doctrine Secrte, au fur et mesure de sa traduction est publi dans la Revue Thoophique Franaise, en supplment, et parat aussi en librairie ; une deuxime dition du deuxime volume est faite en 1908, la premire tant puise 38 . Pour rendre ces deux ouvrages plus accessibles, car de lecture difficile pour les non initis aux sciences sotriques et occultes, des thosophes en ont ralis des synthses. Georges Chevrier ralise un Abrg de la Doctrine secrte en 1920, louvrage intgral donnant de nombreux parallles entre la science occulte de lantiquit
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Cf. Nol Richard-Nafarre, [Link]. p. 548. Ldition franaise comprend six volumes, Paris Editions Adyar, 2001. 34 Echos du monde thosophique , Le Lotus bleu, mai 1898, p. 110. 35 E. J. Coulomb, Le mouvement thosophique , Le Lotus bleu, septembre 1891, p. 9. 36 Ibid. 37 Gabriel Trarieux, Hierro , R.T.F. avril 1917, p ; 30. 38 Bibliographie , B.T. fvrier 1908, p. 22.

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et la science matrialiste du XIXe sicle, on a jug opportun de ne retenir de ces parallles que lessentiel, tout en conservant la richesse doctrinal des textes anciens eux-mmes 39 . Il poursuit, en 1927, avec un Essai de Doctrine occulte pour offrir aux thosophistes un enseignement qui leur permette davoir la clef de La Doctrine secrte 40 . A partir des 1200 pages dIsis dvoile, lhistorien et chercheur thosophe, Michael Gomes, en a ralis un abrg sous le titre, Aux sources de la connaissance 41 ; chaque chapitre est repris avec lessentiel de son message, ce qui facilite un travail de mise en parallle du rsum et de ldition originale, donnant la possibilit de retrouver les digressions et commentaires

vnementiels qui ont t supprims. Pour chacune de ces deux synthses, un index trs complet permet de rechercher et dapprofondir un thme plus particulier. Par ses ides nouvelles Hlne Blavatzky a t perue comme celle qui est lautre , celle qui drange, qui oblige laisser de ct les a-priori, les faons habituelles de penser, les renouveler, les remettre en question. Mais elle est celle aussi qui a renouvel le spiritualisme, le spiritisme, lsotrisme, loccultisme, la lumire des philosophies orientales ; elle donne un aperu diffrent de ces philosophies religieuses dOrient. Elle a drang les spirites dans leurs convictions de communication avec les esprits des morts, dans les enseignements donns par Allan Kardec ; Elle a drang les sotristes en se tournant vers lOrient et en ajoutant leurs sources antiques, de nouvelles donnes quelle a compares aux donnes des textes sacrs de toute religion. Elle a drang les occultistes en portant son attention sur lobservation du divin dans la nature , en admettant cette tincelle divine prsente partout, chaque monde manant dun monde qui le prcde et transmettant cette parcelle divine, venue du principe premier, lUn.

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H. P. Blavatzky, Abrg de la Doctrine secrte, Paris, Editions Adyar, 1995, 487 pages. La nouvelle version de 1995 est augmente dun Index. 40 Bibliographie , R.T.F. octobre 1927, p. 317. 41 H. P. Blavatzky, Aux sources de la connaissance, par Michael Gomes, traduction Brigitte Taquin, Paris, Editions Adyar, 2000, 303 pages.

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Elle a drang le monde du XIXe sicle, plus proccup de positivisme et de matrialisme mais aussi de naturalisme et de satanisme que de spiritualisme.

Elle a drang les orientalistes, ceux qui ne travaillaient que sur des documents et navaient pas t au contact des Orientaux, en proposant une nouvelle lecture des philosophies religieuses orientales.

Elle a drang, en tant all aux Indes et en se formant auprs de sages qui vivaient dans les montagnes de lHimalaya, ce qui a t contest par Georges Montorgueil en 1886 42 , ide reprise par ceux qui veulent la dcrire comme une femme peu digne de foi.

Ayant autant drang, elle a t caricature, moque et rejete, ainsi que les membres de la Socit ; de plus elle est femme, elle crit des ouvrages traitant dsotrisme, doccultisme, de mtaphysique, domaine plutt rserv aux hommes, lexception de quelques femmes travers lhistoire, Hypatie au IVe sicle, Hildegarde de Bingen au XIIe sicle. Elle se permet dmettre des ides contraires la pense dominante du moment. Dote de pouvoirs psychiques, elle drange encore plus, et interroge sur ce qui est considr bien souvent comme du charlatanisme par beaucoup de ses contemporains positivistes. Cest encore une femme, Annie Besant, qui reprend le flambeau, dveloppe, diffuse ses ides et innove. Elles ont vcu toute les deux une priode o la femme intellectuelle fait figure doriginalit. Les thosophes, de leur ct, lui rendent hommage parce qu : Elle a renouvel la faon dapprocher les origines du Monde et de ses destines. Elle a donn un nouvel clairage sur les causes des phnomnes mystrieux et incomprhensibles. Elle a renouvel loccultisme en lorientant sur cette observation du divin dans la Nature pour en expliquer ses lois, mais aussi largi le champ sotrique jusqu lOrient, et dmontr que toutes les religions ont une mme base commune, la tradition primordiale, la thosophie sagesse .

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Cf. Georges Montorgueil, Les Illumins , Paris, 8 dcembre 1886, p. 1.

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Elle estime que lessentiel rside dans le respect de toute religion, dans la fraternit, sans distinction de race, de sexe, de nation, dans ltude des philosophies, des sciences, des religions compares, celle de la nature et celle des pouvoirs latents dans lhomme, objectifs proposs aux adhrents de la Socit.

Ses ides sont reprises et diffuses par Annie Besant qui les dveloppent, les expliquent, les commentent, les compltent par de nouveaux ouvrages ; ces derniers sont souvent plus accessibles que ceux dHlne Blavatzky ; trs lus par les thosophes, ils entranent admiration et vnration pour ces deux femmes. Cest ce quon ressent chez ceux qui les ont suivies, ceux qui ont rdig des articles et sur elles et sur leurs crits, mais aussi en particulier, lorsque lon parcourant les ouvrages, conservs et annots de qualificatifs de gratitude, par le prsident de la Branche Persvrance du Mans, Ren Malze 43 . Aussi lorsquelle dcde le 8 mai 1891, les thosophes se sentent abandonns : notre mre spirituelle est morte, et nous sommes orphelins longtemps avant dtre majeurs 44 . Mais elle a laiss suffisamment

denseignements pour permettre aux thosophes dtudier, de rflchir, dchanger, de discuter, de transmettre sa vrit au reste de lhumanit. Aussi, trs rapidement aprs cette disparition, les thosophes ont-ils dcid de lui rendre hommage, le 8 mai de chaque anne. Cette date est un jour ft par les Branches, les Sections ou Socits du monde entier. Cest loccasion pour les thosophes de rendre hommage lauteur des ides thosophiques, ce nest pas la personne quils rvrent ce jour l mais lEgo suprieur de la personne qui est venue soulever le coin du voile, montrer la route qui conduit la vie ternelle 45 . Cest le colonel Olcott qui donna cette journe le nom de Lotus Blanc, peut-tre bien parce quil y a ou quil y avait
Ren Malze a laiss de nombreux cahiers personnels qui permettaient desprer quelques rflexions, impressions ou informations personnelles sur les ides thosophiques, ou les ouvrages de ces deux femmes ; son admiration allait jusqu recopier intgralement des articles, ou des chapitres douvrages dHlne Blavatzky mais surtout dAnnie Besant, avec en marge, quelques mots de remerciements, dadmiration, dadhsion aux ides, sans annotation ni rflexion personnelle. 44 E. J. Coulomb, Le mouvement thosophique , Le Lotus bleu, septembre 1891, p. 10. 45 Le jour du Lotus blanc , Le Lotus bleu, juin 1898, p. 138.
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une quantit de lotus blancs dans les divers rservoirs des bassins du domaine dAdyar 46 . Le lotus fait lobjet dune tude dans la Doctrine Secrte sur sa signification symbolique ; cest la fleur consacre la Nature et ses Dieux ; elle reprsente les univers abstrait et concret, et elle est lemblme des pouvoirs de reproduction de la nature spirituelle et physique 47 ; elle est vnre par de nombreux peuples anciens, Aryens, Egyptiens, comme en Chine ou au Japon, mais aussi adopte comme emblme chrtien par les glises grecque et latine, qui en firent un messager, comme le font maintenant les chrtiens qui lont remplac par le lys ; dans tout tableau de la religion chrtienne, larchange Gabriel apparat la Vierge Marie tenant la main une branche de lys. Cette branche reprsentant le feu et leau, ou lide de cration et de gnration 48 . Pour les thosophes, lauteur des ides thosophiques est aussi un messager qui a renouvel la philosophie occulte, propos ltude du divin dans la Nature permettant de comprendre les nombreux phnomnes mystrieux ou dits inexplicables ; elle a propos de ne pas sarrter aux dogmes figs, de comparer les significations de symboles dans les divers systmes religieux, den montrer la filiation identique ; pour eux, le lotus blanc est bien le meilleur symbole associer au souvenir dHlne Blavatzky. En France, ce jour du 8 mai, les thosophes se retrouvent ; ceux qui jouent dun instrument apportent qui, leur violon, leur violoncelle, leur flte et jouent du Faur, du Beethoven, du Csar Franck, du Mendelssohn, ou accompagnent celle ou celui dentre eux qui chante ; dautres lisent des extraits choisis de la Baghavad Gta, de La Voix du silence ou autres pomes crits par des thosophes. A Paris, Dominique Albert Courmes voque les souvenirs de celle quil a connue dans les annes 1880, et en rappelle luvre 49 . Au Mans, cest au milieu de fleurs blanches, sur un fonds musical avec Handel, Bach quest clbr lanniversaire du dcs dH.P. Blavatzky qui a quitt son
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N. Sri Ram, Le jour du Lotus blanc , Le Lotus bleu, mai 2006, p. 81. H.P. Blavatzky, Abrg de la Doctrine secrte, [Link]. p. 151. 48 Ibid. 49 Echos du monde thosophique, le jour du Lotus blanc et du souvenir , R.T.F. juin 1907, p. 120.

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corps en 1891 ; messages, extraits de son uvre sur la Vrit, la recherche de la Sagesse, sont lus ; un dossier a t ralis pour clbrer cette fte et qui accueille les comptes rendus annuels et les diverses propositions pour ce jour anniversaire. Au plus fort de la premire guerre mondiale, cet anniversaire est clbr comme dans toutes les villes du monde entier o se trouve un groupement thosophique 50 , toujours berc de musique, au milieu de fleurs, et accompagne de lectures et dallocutions pour remercier lauteur des ides thosophiques, de son uvre de sa persvrance malgr les attaques dont elle a t la cible. Elle se veut une fte du souvenir.
b)- Henry Steel Olcott (1834- 1907)

Homme remarquable pour les thosophes, victime dHlne Blavatzky pour les dtracteurs de la Socit, Henry Steel Olcott est dpeint par Conan Doyle comme un homme lesprit clair, aux capacits hors du commun, et dun sens lev de lhonneur. Il nest pas un rveur mystique, mais un homme daffaires au grand sens pratique et certaines de ses observations dans le domaine psychique nont pas reu toute lattention quelles mritent 51 . N New York de famille puritaine, mre dvote, pieuse et presbytrienne, il devient libre penseur 52 , Henry Steel Olcott se marie, a un fils, et reste dans cette ville, jusquen 1878. Aprs stre adonn des questions dagriculture orientes sur les nouveauts, il est correspondant journaliste aux armes en opration, au cours de la guerre de scession ; requis par le gouvernement fdral, il enqute sur de graves malversations survenues aux armes, avec discernement et probit, ce qui lui vaut le titre de colonel par le gouvernement amricain. Peu de temps aprs la guerre, il ouvre un cabinet de juriste, sessaye dans le journalisme ; correspondant pour le New York Graphic, il enqute propos des affaires de fantmes Chittenden, dans le Vermont, chez les Eddy. Ses observations sur ce sujet paraissent dans le New York Sun,
Le Lotus blanc , B.T. N2 1918, p. 39. Conan Doyle, Histoire du spiritisme, p. 172, in Nol Richard-Nafarre, [Link]., p. 262. 52 Tri Kim Diu, prsidente de la fdration europenne, Olcott , intervention au sige de la Socit thosophique de France, octobre 2002.
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entranent un tel succs, quil y sjourne une douzaine de semaines, adresse des lettres sur les esprits, des croquis de spectres vus par [lui-mme] et par les personnes prsentes [dans la grange de la ferme des Eddy], au Daily Graphic 53 . Ce qui a runi au dpart les deux fondateurs, cest ltude des phnomnes paranormaux, dits psychiques ou spirites, leur observation pour en admettre lexistence, mais aussi en chercher les causes et des explications autres que celles qui les attribuaient la manifestation desprits dsincarns. Cest Chittenden, devant les phnomnes qui ont lieu chez les Eddy, quHlne Blavatzky fait comprendre Henry Olcott quil ne sagit pas de manifestation desprits, que ces phnomnes ne sont pas luvre dun esprit humain dsincarn. Pour Hlne Blavatzky, ces phnomnes sont le rsultat dune conjonction dtats psychiques particuliers chez une personne et du jeu de forces occultes extrieures, c'est--dire de vibrations, de lutilisation

dElmentaux ou lintervention dElmentaires qui se jouent des tats psychiques de certaine personnes et qui se laissent agir par eux 54 . En effet, Hlne Blavatzky, informe par les articles de presse dolcott, est venue sur place, la ferme des Eddy, en observatrice ; ses propos sont apprcis dHenry Olcott qui voit en elle une spiritualiste raffine . Il note que, jusquau jour de son arrive, les apparitions avaient toujours t des Indiens Peaux-Rouges, ou des Amricains ou des Europens, mais ds le premier jour de son sjour, nous emes des spectres dautres nationalits, un domestique gorgien, un marchand musulman de Tiflis, une paysanne russe, un cavalier kurde, etc. 55 . Elle essaye alors de lui faire comprendre que ce ne pouvait qutre, que le double du medium se dtachant de son corps et se revtant dapparences diverses 56 ; ces nouvelles formes taient de son fait elle, lui explique-t-elle ; Hlne Blavatzky use de ses pouvoirs occultes et se mle ces matrialisations de formes, afin de lui dmontrer que ce ne sont pas des esprits qui se manifestent, mais quil y a bien un jeu entre les facults psychiques et les

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Henry Steel Olcott, A la dcouverte de locculte, [Link]., p. 12-13. Cf. Olcott, Henry Steel A la dcouverte de locculte, [Link]. p. 16-35. 55 Ibid. p. 18. 56 Ibid.

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forces occultes que lon peut, plus ou moins, matriser. Olcott ne connaissait rien la question du double humain ce qui lempchait de mesurer la force des suggestions, quant la thorie de la Mya 57 , je nen savais pas le premier mot 58 . Aprs de nombreux changes, ce sujet, avec Hlne Blavatzky, il ralise que les phnomnes sont rels, mais ils ntaient pas luvre dun esprit humain dsincarn 59 . Cest ce quelle cherchait, depuis longtemps, faire admettre aux spirites, mais sans succs. Henry Olcott prend alors la mesure de ces pouvoirs psychiques et de ses ides. Leurs articles pour la presse new-yorkaise accentuent alors les polmiques sur le spiritualisme 60 et loccultisme. Des runions, des changes ont lieu, sur le spiritualisme et loccultisme oriental, chez Hlne Blavatzky ; cest au cours de la runion anime par Felt sur le Canon gyptien des Proportions, maintenant perdu , que fut propose et forme cette Socit thosophique par Henry Olcott, en accord avec les seize personnes runies ce soir-l, pour ltude et llucidation de loccultisme, de la Kabbale, etc. . Leur objectif est dorganiser une socit doccultistes, former une bibliothque, vulgariser la connaissance de ces lois secrtes de la nature si familire aux Chaldens et aux Egyptiens et si totalement ignores de nos savants modernes 61 . La Socit est lance, la polmique sur locculte enfle, les fondateurs partent pour lInde en dcembre 1878, aprs la publication dIsis Unveiled. A Bombay ce sont des tournes de confrences dans lInde entire, des rencontres, des apprciations, des connaissances, des futurs thosophes dont O. Hume et A. P. Sinnett, Damodar puis linstallation Adyar, prs de Madras, sur la cte Est de lInde 62 .

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La Mya est lillusion hypnotique. Ibid p.19. 59 Ibid. p. 21. 60 Dans les pays anglo-saxons il est question de spiritualisme et non de spiritisme comme en France, il sagit toujours de phnomnes paranormaux, de communications avec les esprits dsincarns ; la diffrence rside principalement sur la question de la rincarnation. 61 Ibid. p. 122. 62 Cf. Olcott, [Link]. 2e srie, p. 324-325.

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A Adyar il soccupe de faire reconnatre la Socit au plan civil 63 , cre une bibliothque inaugure devant les reprsentants de toutes les religions du monde sauf une, la religion catholique 64 . Prsident de la Socit ds sa formation en 1875, il sest exclusivement occup de lextriorit des choses et H.P. Blavatzky et Annie Besant ont plutt agi sur lintriorit 65 ; cest lui que lon doit la rdaction des buts de la socit et de leur volution dans leur formulation, tout en tenant compte des rflexions dHlne Blavatzky, de son vivant ; il assure la direction et lorganisation du Theosophist fond en 1879

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Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 368. Le prsident Olcott , Le Thosophe illustr, Nol 1911, p. 13. 65 D. A. Courmes, Le nouveau prsident de la Socit thosophique , R.T.F. juillet 1907, p. 131.

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Bombay. Tolrant, bienveillant, il cherche remettre de lordre dans les disputes entre thosophes en Angleterre, et celles qui ont lieu en France. Tolrant, il cherche laccord plutt que le conflit mais sest tonn plusieurs reprises de la malveillance gratuite et sans fondements manifeste lencontre de la Socit. Quant au travail accompli avec Hlne Blavatzky, il raconte avec humour, moi jtais lorganisateur et le directeur excutif ; ainsi nous nous compltions lun lautre et ensemble nous avons eu des succs que sparment nous naurions pu obtenir [] chacun a des dons spciaux quil lui appartient de cultiver, [] pour affermir son influence dans le monde au profit de la vrit et de la grandeur de lhumanit 66 . Il laisse, son dcs, aprs trente deux ans de labeur, un mouvement thosophique mondial reprsent dans 45 contres de la terre, 42 revues, 893 branches et des milliers de livres qui diffusent ses hautes vrits 67 . En Inde, il partage la vie de son entourage, prend la dfense des bouddhistes et des hindouistes contre les attaques dont ils sont victimes, rencontre des dignitaires religieux, change, discute, arrive les mettre daccord sur un fond de vrits communes entre bouddhistes du Nord et bouddhistes du Sud, do la publication de son Catchisme bouddhiste en 1883. Il utilise ses connaissances en magntisme, les dveloppe, ce qui lui permet de soulager des malades, aveugles, sourds ou estropis, mes gurisons mavaient t en quelque sorte imposes dans des circonstances indpendantes de ma volont 68 . Dune manire gnrale il recueille des fonds pour assurer la formation scolaire denfants, sans tre obligs de quitter la religion de leurs anctres ; dans lInde il a fond les premires coles pour les enfants de parias jusquici demeurs dans lignorance la plus abjecte ; ce grand fait a t reconnu par le vice-roi des Indes lui-mme 69 . Les Hindous reconnaissent ce travail persvrant et positif que le mouvement thosophique qui a revivifi la religion en gnral , et sest employ faire respecter par les occupants de lheure le haut idal des gouverns en allant Londres en 1884 pour demander que, la

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3e congrs, R.T.F., juillet 1906, p. 146. Dr Th. Pascal et D.A. Courmes, H.S. Olcott , R.T.F. mars 1907, p. 401. 68 Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 334. 69 D.A. Courmes, H.S. Olcott, prsident de la Socit thosophique , R.T.F. mai 1906, p. 67.

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convention de Kandy de 1815 qui engageait ladministration officielle britannique de Ceylan soutenir et protger la religion du Bouddha 70 , soit respecte. La Socit reconnue, installe, il parcourt le monde, Japon Australie, Amrique du Sud et du Nord, Europe ; il visite les Sections, les Branches de la Socit thosophique qui se forment sur tous les continents. Ces dplacements sont raconts dans ses mmoires o il raconte lpope de sa vie depuis sa rencontre avec Hlne Blavatzky, en 1873, dans Old Diary Leaves 71 . Ces feuilles sont traduites en franais sous le titre dHistoire authentique de la Socit thosophique, et rassemblent quatre volumes. Il y raconte sa vie thosophique, depuis sa rencontre avec lauteur des ides, ses diffrents voyages dans le continent asiatique, en Australie, et en Europe. Ces rcits, au fur et mesure de leur rdaction, paraissent dans le Theosophist, aux Indes partir de 1892 ; ils font lobjet dune traduction en France, par La Vieuville qui le colonel Olcott sadresse pour transmettre la mmoire de la formation, de lvolution, du travail des responsables 72 . Il stonne devant cette succession dvnements plus pittoresques les uns que les autres, depuis les sances mystrieuses de nuit chez des fermiers mdiums du Vermont, jusqu leur tablissement dans un beau bungalow indien au milieu damis asiatiques enthousiastes, lInde toute entire devenue familire pour moi jusque dans ses recoins, le nom de notre socit connu dans le monde entier et des branches tablies dans des pays varis 73 . Pour lui cet largissement aussi vaste semble imprvu ; ce nest quau fur et mesure de leur avance dans ces ralisations, et dans un certain recul vis--vis des vnements, quil prend conscience des changements extraordinaires de sa vie. Arriv cinquante ans en Inde, il parcourt le pays dans tous les sens, rencontre des milliers de gens, change avec des autorits religieuses, des rudits, des universitaires, des Maharadjahs, et des gens de tous les jours, puis parcourt aussi le monde entier de lAsie lEurope en passant par lAustralie et les Amriques.

70 71

Cf. Heinz et Bechert, Le monde du bouddhisme, [Link], p. 265. Feuilles dun vieux journal. 72 La Vieuville : Avertissement du traducteur, H. S. Olcott, Histoire authentique de la Socit thosophique, 2e srie, [Link]. p. 1. 73 Ibid. p. 419.

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Le mouvement en France ny est concern qu partir de la fin du second volume lorsque les fondateurs de la socit, en 1884, viennent en Europe, dbarquent Marseille, passent quelques jours Nice. Les difficults, en France, font lobjet de quelques remarques dans les deux derniers volumes. A lgard dune possibilit de formation de Socit en France, Henry Olcott tait rest sceptique ; la rencontre, qui se termine de faon ngative pour les thosophes avec les spirites Asnires, en 1884 74 , ne fait lobjet daucun rcit, daucune allusion, dans ses mmoires. Deux ans aprs cette venue en France, il manifeste un profond scepticisme car, ses yeux lesprit public en France depuis plusieurs annes nest pas favorable aux discussion mtaphysiques. Les amis de ce pays inquitant et de son peuple gai et enthousiaste sont attrists depuis longtemps par la condition de son tat spirituel. Aprs le matrialisme grossier, la raction la jet dans une recrudescence de superstition comme en tmoigne les plerinages de Lourdes et dautres sanctuaires favoriss 75 . Il vient plusieurs reprises en Europe et prside les premiers congrs de la Section europenne. Il est alors heureux de venir inaugurer la Section franaise, en 1900, avenue Bosquet, revient en 1903 puis en 1906 pour repartir dfinitivement Adyar o il dcde lge de 73 ans, en 1907. Ses souvenirs de rencontre avec lauteur des ides, de la fondation de la Socit jusquau dpart pour lInde, font lobjet dun premier recueil qui parat en France en 1907 76 , il est rdit sous le titre la recherche de locculte, publi aux ditions Adyar, en 1976. Ces deux personnages se reconnaissaient, tous les deux, avoir une mission indique par des Matres de sagesse pour diffuser la vrit 77 .
c)- Une mission guide par des Matres

Ds le dpart, les deux fondateurs ont le sentiment de remplir une mission, davoir faire passer des messages lhumanit toute entire, pour quelle connaisse et comprenne cet Orient source de richesses philosophiques.
74

Infra Ch. IV Un mouvement thosophique franais, A- Des relais thosophiques, 1- La venue des fondateurs en Europe, p.364-365. 75 Henry Steel Olcott, [Link]. 3e srie, p. 205. 76 Bibliographies , R.T.F. novembre 1907, p. 286. 77 3e congrs, R.T.F., juillet 1906, p. 146.

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Ils veulent aider les hommes pencher vers le spirituel plutt que vers le matriel, et tendre vers une grande fraternit. Au coirs de cette mission, ils ont toujours voqu ces Matres qui les instruisent et leur font parvenir toutes les vrits thosophiques 78 . Les deux thosophes se sentent et se disent investis pour faire passer un message de vrit, pour librer la pense des dogmes religieux, ou laffranchir de la science qui se veut toute puissante, et rvler quune mme source commune est lorigine de toutes les religions. ces matres, appels aussi Initis ou Adeptes ont inspir Hlne Blavavatzky pour rdiger ses ouvrages, et quelquefois lui ont dict entirement des passages, affime cette dernire 79 . Hlne Blavatzky, de son ct, a toujours affirm avoir t guide par ces Matres qui existent et quelle a rencontrs. La premire fois, cest lors de son passage Londres, lorsquelle y accompagne son pre en 1851, quelle rencontre son Matre ; cet pisode est racont et par Constance Wachmeister, fidle amie prsente lors de la rdaction de la Doctrine secrte et par Alfred Percy Sinnett dans leurs ouvrages sur Hlne Blavatzky 80 . Les Matres portent les noms de Koot-Hoomi, de Morya, il est plus rarement fait allusion celui de Djewal Khoul. Ils la guident, dit-elle, dans ses prgrinations, ses formations, Aprs ses observations en Egypte, puis chez les Druzes, auprs des peauxrouges, des Mormons, des Vaudous, des Incas, Hlne Blavatzky passe trois annes en Inde. Au cours de ses premires annes passes dans les refuges, les temples de lHimalaya, elle tudie, mdite, observe, change avec des yogis, des lamas, des sages. Pour la premire fois, [note-t-elle], nous acqumes la conviction que la philosophie orientale nadmettait point dautre croyance quune foi absolue et immuable dans la toute puissance de lessence immortelle de lhomme. On nous apprt que cette toute puissance vient de ltroite parent, qui existe entre lesprit de lhomme et lme universelle : Dieu 81 . Elle raconte avoir tudi auprs de certains hommes, dous de pouvoirs si mystrieux et de connaissances si profondes, que [prcise-t-elle], nous pouvons vritablement
78

Cf. Hlne Blavatzky, La Clef de la thosophie, Paris, Edition de la famille thosophique, 1923, p. 388. 79 Ibid, p ; 389. 80 Cf. Constance Wachmeister, [Link]. 81 Ibid. p. 11.

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leur donner le titre de Sages de lOrient 82 . Pour Hlne Blavatzky il ny a ni magie, ni miracle quil soit de source divine ou diabolique ; il faut, ses yeux, observer la nature et lhomme qui ne se sont pas encore compltement rvls. Les textes anciens, lOrient permettent, ses yeux, de pntrer ces mystres et dclaircir ces phnomnes ; elle en a fait lexprience tout au long de sa vie et elle va lexpliquer Henry Olcott, travailler avec lui afin de transmettre la lumire de leur travail, ce quils considrent comme tant la vrit, et la faire passer au monde. Sur deux tomes dIsis Dvoile, elle montre que cest lInde, berceau de lhumanit, qui peut clairer ce que les hommes ne sont pas encore arrivs percevoir. Elle met en vidence que lesprit humain prouve lexistence de lesprit divin, que lEgo spirituel de lhomme est lmanation de lEsprit divin. Elle y fait allusion dans ses carnets, o elle note la correspondance pressante de ses Matres pour sembarquer et gagner les Indes 83 , comme il en avait dj t fait rfrence, au moment de quitter Paris en 1874, pour les Etats-Unis. Elle se sent tre un messager, tre un canal spirituel pour lhomme au service dadeptes suprieurs. Ces adeptes, ces Matres la guident, dit-elle, pour dtourner lhumanit du matrialisme qui ltouffe, la faire revenir vers davantage de spiritualit, lui donner les enseignements quelle transmetles uvres quelle rdige, pour dlivrer les messages dont lhumanit a besoin ; cest sous leur inspiration, quelle a crit ses uvres les plus importantes, Isis Unveiled et Secret Doctrine. Ces Matres se seraient aussi manifests au colonel Olcott et New York et en Inde, pour le rassurer sur sa mission, en particulier Lahore o lentrevue toute entire ne pouvait pas avoir dur plus de dix minutes , mais fut une des nombreuses preuves qui me furent accordes que lOn veille sur nous et quon nous aide 84 . Elle confirme donc que [elle avait] t envoye de France en Amrique pour prouver la ralit des phnomnes et la fausset des thories spiritualistes 85 , ayant reu une formation doccultiste auprs des sages de lHimalaya.

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Hlne Blavatzky, Isis dvoile, T. I p. 10. Cf. Nol Richard-Nafarre, [Link]. p. 386. 84 Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 397. 85 Hlne Blavatzky, Isis dvoile, [Link]. T. I, p. 285.

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En Europe, cette ide nest pas inconnue ; Il est fait allusion lexistence de ces Suprieurs inconnus, au XIXe, chez Saint-Yves dAlveydre 86 ; il les plaait, comme Sincerus Renatus au XVIIIe en Inde 87 ; de mme, Ren Gunon plaait aussi cet Agartha , en Asie centrale ; et au XXe sicle, cest chez Maurice Magre, que lon retrouve cette allusion cette tradition [qui] rapporte quil existe sept confrries de ces sages dont la plus haute importante a son Asile dans un monastre inconnu de lHimalaya 88 . Pour la Socit thosophique, en ce qui concerne les Matres, ces derniers ont dispens leur enseignement par le canal dHelena, lont guide ainsi que Henry Olcott et quelques autres, et toute la Socit depuis sa formation ; elle souhaite que parmi ses membres il puisse se trouver quelques oreilles pour entendre la voix des Matres 89 . Ils reconnaissent qu il est vrai quelle tait le principal porte-voix des Matres 90 . Cependant, les responsables de la socit rappellent et prcisent que cette reconnaissance, mme si elle tient une place importante, ne constitue pas un article de foi impos ses membres ; ils restent libres de leur pense ou croyance sur ce sujet ; aucune doctrine nest obligatoire, aucun enseignement ne contraint le thosophe 91 . Cette rfrence aux Matres ou mahatmas est lorigine de diverses attaques contre Hlne Blavatzky et contre la Socit 92 .

B- Une Socit qui sinstalle aux Indes


Cest New York que se forme la Socit thosophique en 1875, avec pour objectif dtudier locculte, le connatre et le comprendre, le faire connatre ceux qui sy intressent. Le temps de rdiger et de publier Isis Unveiled, les deux fondateurs prennent la route vers les Indes, destination Bombay o ils posent les premiers jalons de la Socit.
Cf. Jean-Pierre Laurant, [Link]. p. 32. Saint-Yves dAlveydre mettait en avant lexistence dun centre cach de gouvernement du monde : lAgartha ; propos repris par Ren Gunon . 87 Cf. Marie-France James, [Link]. p. 73. 88 Cf. Maurice Magre, Magiciens et illumins, Paris, Fasquelle Editeurs, 1930, p. 10. 89 Henry Steel Olcott, [Link]. 3e srie, p. 205. 90 E. J. Coulomb Le mouvement thosophique , Le Lotus bleu, septembre 1891, p. 10. 91 Que doit-on penser des Matres ? , R.T.F. juillet 1910 p. 177. 92 Infra, Ch. IV Un mouvement thosophique franais, C- Retournement dun contexte favorable, 1des difficults quant lOrient, p. 415 et 3- Hostilits externes, b) Les conclusions infmantes de la S. P. R. , p. 432-436.
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Ils en installent dfinitivement le quartier gnral sur la cte est de LInde, prs de Madras, dans la proprit dAdyar. Son financement est assur par les thosophes eux-mmes, complt par des dons. Des buts sont rdigs, leur premier objectif, qui concerne locculte, va se retrouver prcd de deux autres buts qui voluent dans une formulation de plus en plus prcise. 1- De New-York Adyar Fonde New-York, la Socit reste peu de temps aux Etats-Unis ; lide de partir pour les Indes se prcise, peu aprs la publication dIsis Unveiled, la fin de lanne 1877 ; ce sera une premire tape de quatre ans Bombay, qui se poursuit par une installation dfinitive sur le domaine dAdyar, prs de Madras.
a)- New York 1875

Le premier quartier gnral de la Socit est install au 46, Irving Place, New York ; peu aprs lintervention de Georges Felt sur Le canon gyptien des proportion aujourdhui perdu 93 , Henry Olcott propose de former un cercle de chercheurs qui travaillent sur locculte ; cest dans le salon du lieu de rsidence dHlne Blavatzky et dHenry Steel Olcott, appel aussi La Lamasserie quils se runissent pour faire part de leurs dcouvertes, changer et partager leurs rflexions. Cest l quHlne Blavatzky rdige Isis Unveiled partir de 1875 jusqu sa publication en octobre 1877. Aprs avoir projet, sans la raliser, une fusion avec la fraternit maonnique, Henry Olcott ne pense plus qu lInde. Il a t influenc par lenthousiasme manifest par Hlne Blavatzky, pour lInde, les Hindous, lOrient entier et tous les Orientaux 94 , lorsquelle raconte ses souvenirs de ses annes passes dans lHimalaya la frontire du Tibet. Le dpart est dcid fin 1878. Henry Olcott est peu prolixe sur ce dpart pour lInde, proccup par le rcit de la reconnaissance de la premire loge thosophique anglaise 95 .

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Henry Steel Olcott, A la dcouverte de locculte, [Link]. p. 118. Cf. Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 448. 95 Ibid. p. 451-454.

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b) Bombay 1879-1882

De New-York, les fondateurs sembarquent destination de Londres puis vers les Indes, passent par le canal de Suez, rcemment ouvert, dbarquent en 1879 Bombay. Les premires preuves commencent avec la dcouverte du vritable personnage dHurrychund, avec qui ils ont correspondu sur les indications dun ami new-yorkais, et avec la suspicion dclenche par les

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autorits anglo-indiennes, ainsi que linquitude des missionnaires devant ces occidentaux admirateurs des religions hindouiste et bouddhiste. Bombay est la premire tape et leur point de ralliement, alors quils parcourent les Indes du Nord au Sud jusqu Ceylan et dEst en Ouest. Cest au cours de cette premire tape quils rveillent lespoir des populations, quant leurs religions, quils ancrent les bases de la Socit avec, une Revue, des rencontres qui se rvlent autant amicales que thosophiques. Cest aussi Bombay que prennent source, les ennuis venir, quil sagisse dhostilit lgard des fondateurs, de mfiances, dinquitudes quant leurs

enseignements, de jalousies et dincomprhensions quant aux pouvoirs occultes dHlne Blavatzky. Les commentaires futurs sont inspirs de cette premire phase, de cette tape qui se rvle positive quant lavenir de la Socit, mais ngative quant aux commentaires qui en seront faits, ceux-ci ne retenant que le ct infamant des rumeurs propags par ceux que les thosophes gnent. Cette tape est positive en ce qui concerne leurs relations avec les indignes quils soutiennent et dfendent dans leur religion et ses

manifestations. Elle est aussi positive pour la Socit qui voit ses fondements senraciner, des adhrents venir sy joindre. Cette premire tape permet un contact trs positif avec les populations indoues ; ds leur arrive de nombreuses familles de Parsis viennent les rencontrer et celles-ci comprennent rapidement les objectifs des fondateurs lgard de leurs religions. Les deux thosophes les admirent, expliquent les textes sacrs de lIndouisme et du bouddhisme. Ils rcoltent des fonds en vue de permettre doffrir une scolarit complte pour que les enfants connaissent les fondements et principes de leur religion. Devant un tel comportement, les Indous sont enthousiastes et leur manifestent de la reconnaissance ; Ces bonnes gens ne pouvaient faire assez pour nous, rien ne leur semblait assez pour nous : nous tions les premiers champions blancs de leur religion, nous clbrions son excellence et ses consolations la barbe des missionnaires, ses dtracteurs et ses ennemis 96 . Dans lle de Ceylan, Bombay, Calcutta, partout o ils passent ils sont

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Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 151.

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attendus, leur rputation les a prcds, des fonds sont collects et administrs en vue de lducation des enfants ; des coles sorganisent partout 97 . Les confrences dHenry Olcott sur la majest et la valeur des Ecritures orientales [] le sentiment de fidlit la mmoire des anctres 98 , emportent beaucoup de succs, dautres sur la Socit thosophique et son but 99 , ses propositions dunit raliser entre toutes les religions suscitent lenthousiasme, son Catchisme bouddhiste est le bienvenu, il permet aux jeunes et aux moins jeunes, de connatre les rudiments essentiels de leur religion. A loccasion de ces tournes, Henry Olcott utilise ses connaissances en magntisme et soulage, gurit des aveugles, des sourds, et diverses maladies; cette rputation le prcde et il est trs attendu dans les diverses tournes prvues ; et des paralytiques me poursuivaient tout du long en me suppliant de leur imposer les mains. Je me serai pass de toute cette pompe mais la foule ne le voulait pas 100 . Cest loccasion dun change avec le Rvrend Philip S. Smith, de lUniversit dOxford 101 , au sujet de ces pouvoirs gurisseurs. Ils en viennent les rapprocher et les comparer avec les miracles accomplis et raconts dans les vangiles ; ils tentent de discerner la ligne de dmarcation entre ces gurisons et celles tout identique que la Bible raconte . Le Rvrend conclut de faon originale : il admet que les phnomnes sont les mmes, dans les deux cas, je ne peux en douter. La seule explication que je puisse trouver, [avance le Rvrend], cest que les gurisons de Notre Seigneur taient effectus par le ct humain de sa nature 102 . Cette conclusion laisse Henry Olcott interdit et sans raction. Ils voyagent travers lInde dans le Nord, vers Allahabad et Bnars, puis dans le Sud, Ceylan o ils soulvent la liesse populaire du fait de leur soutien au bouddhisme. Henry Steel Olcott comme Hlne Blavatzky reoivent le Pansil le 25 avril 1880, ils sont alors officiellement reconnus bouddhistes 103 ; notre bouddhisme tait une

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Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 257. Ibid, p. 46. 99 Ibid, p. 47. 100 Ibid. p. 303. 101 Cf. Olcott, [Link]. 2e srie, p. 324-325. 102 Ibid. 103 Ibid. p. 152.

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philosophie et non une thologie, si le bouddhisme avait un seul dogme obligatoire, nous ne serions pas rests bouddhistes plus de dix minutes 104 . Cest Bombay quils font la connaissance de celui qui va les suivre et jouer un rle important dans la diffusion de la thosophie en Grande Bretagne et en Europe, Alfred Percy Sinnett (1840-1921), diteur du Pionneer, journal angloindien, le plus influent de lInde 105 . Admiratif des prodiges raliss par Hlne Blavatzky, Sinnett en fait un rcit dans Occult World qui parait en 1882, traduit en franais en 1886 ; Cette srie de phnomnes, pluies de roses, tintements de clochettes, matrialisations dobjets perdus, clairvoyance dans la lecture de lettres non dcachetes, sont raconts par ce tmoin, futur ami fidle, futur premier lieutenant dHlne Blavatzky, ami dvou qui joue un rle important dans la socit qui sinstalle, avec son journal et ses relations avec des fonctionnaires du Gouvernement ce qui arrangera des moments difficiles. Dautres rencontres positives, de nombreux amis qui ont depuis, jou un grand rle dans la diffusion de la Socit thosophique 106 , dont O. Hume le pre du congrs indien qui ne reste pas adhrent de la Socit, mais tmoignera en faveur dHlne Blavatzky, au moment de laffaire Coulomb. Ils tiennent des discussions sur les points les plus ardus de la philosophie, de la mtaphysique et de la science 107 . Les fondateurs et Alfred Percy Sinnett ont alors lide de raliser une Revue pour transmettre et faire connatre leurs ides sur lOrient, les causes des phnomnes occultes, les bases communes aux religions. Cest le premier numro du Theosophist qui est lanc Bombay, en octobre 1879 108 , suivi de beaucoup dautres trs rgulirement ; cette revue mensuelle, leur permet de dispenser leurs ides, de les diffuser dans le monde. Rdige en anglais, elle est accessible au monde anglo-saxon, mais reste une source de difficults pour les thosophes franais. Dautres aspects de cette tape vont se rvler plutt nfastes pour les fondateurs ; la rumeur selon laquelle Hlne Blavatzky serait une espionne au service du Tzar, ses ralisations de prodiges, des conversations rudites et
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Ibid. p. 154. Ibid. p. 38. 106 Cf. Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 31. 107 Ibid. 108 Cf. Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 93-94.

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mtaphysiques veillent plus de suspicion et de jalousie que dintrt, chez certains. Quelques hauts fonctionnaires et des missionnaires sinquitent de leur investissement pour soutenir les religions de lInde, pour crer des coles, et de lenthousiasme des populations leur gard ; ces dbuts se retournent rapidement contre eux. Les journalistes europens, renseigns sur ces rumeurs et ces comportements par leurs correspondants, les reproduisent leur got, avec quelques traits caustiques, mettent en avant leur ct extravagant ; ils renvoient limage de personnages curieux dont il faut se mfier et qui semblent mconnatre les projets occidentaux de civilisation lgard de ces pays estims primitifs 109 , et que des missionnaires ont lintention de convertir au christianisme. Le gouvernement anglais souponne ces nouveaux arrivants davoir des vues politiques 110 et avertissent, par lettre officielle 111 , les responsables de collge duniversit ou dadministrations ; cette suspicion vient de ce que, Helena, naturalise amricaine avant de quitter New-York pour Bombay, est souponne, ds son arrive, par les autorits anglo indiennes, de par ses origines russes, dtre un espion la solde du Tzar ; ses dplacements sont suivis avec assez peu de discrtion jusquau moment o le colonel Olcott atteste de ses garanties du gouvernement amricain 112 ; et pour avoir choisi dhabiter dans le quartier indigne, et avoir aussi peu de comportement protocolaire, Hlne Blavatzky inspire la mfiance de la part des Anglais ; elle ne fait pas les visites dusage que les autorits ou les Europens attendent delle ; ils constatent donc quelque froideur leur gard de la part de ces personnes. Une presse anglo-indienne inquite Henry Olcott, car elle les prsente sous des couleurs tellement fausses, suivie de prs par cette fraction de la presse indigne qui, sous prtexte de progrs, renie lancien idal indien 113 ; des personnes enthousiasmes se retournent alors contre eux, par peur de ces autorits, dont les frres Kunte, lun tait sanskritiste fameux et professeur, et
Infra, larticle du Rappel rdig en 1884, larrive des fondateurs en France, lors de leur sjour europen, et au moment de la parution dOccult world de Sinnett, Cf. Ch. IV p. 363, 400-401 et 430-433. 110 Cf. Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 32. 111 Ibid. p. 33. 112 Cf. Nol Richard-Nafarre, [Link]. p. 407. 113 Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 45.
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lautre, mdecin, dmonstrateur danatomie au collge mdical Grant Bombay 114 . Espionnage, rumeurs, comportement peu civilis, craintes des missionnaires sont repris leur encontre par les journaux occidentaux, ds 1884 115 . Leur sjour Bombay baigne dans une atmosphre de demandes permanentes de dmonstrations des pouvoirs occultes de Mme Blavatzky, auxquelles elle donne satisfaction, ce qui entrane pour elle, plus de mfiances et de jalousies ; elle la regrett mais il tait trop tard. Cet acquiescement ces demandes ritres qui lui sont faites Paris, Londres, ont un effet contraire celui quelle en attendait ; les tmoins merveills sur le moment se sont souvent ddits de leurs observations dauthenticit des prodiges accomplis. Ces prodiges raconts, en 1882, dans Occult World ; traduits en franais en 1886, sont comments dans la presse franaise, de faon caricaturale par les critiques, ce qui ne sert pas la cause des fondateurs 116 . De nombreuses critiques slvent contre elle, de la part de savants occidentaux qui ne connaissent pas les lois du commerce avec les esprits ni celles qui rgissent les anormaux psychophysiologiques. La suffisance avec laquelle ils discutent les pouvoirs de H.P. B. au point de vue de sa nature morale est une preuve attristante quils nont pas compris les enseignements de Charcot et de Libault 117 . Enfin la Society for Psychical Recherches de Londres la fait passer pour la plus grande des imposteurs 118 . La dfense de lIndouisme, celle du bouddhisme, sa runification entre ceux du Nord et ceux du Sud, inquitent non seulement les brahmanes, mais aussi les missionnaires en voyant ces thosophes favorables ces religions quils qualifient de paennes, et qui leur enlvent des enfants convertir en difiant des coles bouddhistes. On pense si les missionnaires se mirent en campagne. Calomnies sous le manteau, attaques publiques, dnigrement absurde du bouddhisme, et reproductions darticles injurieux contre la socit et
114 115

Ibid. Infra Ch. IV C- Retournement dun contexte favorable, 3- Hostilits externes, b) Une presse moqueuse p. 430-433. 116 Ibid. 117 Cf. Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 112-113. 118 Infra Ch. IV 3- Hostilits externes, b) Les conclusions infmantes de la S. P. R. , p. 433-437.

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ses fondateurs 119 . Les commentaires des missionnaires sonnent comme des rponses aux invectives dHlne Blavatzky qui leur en veut des attaques de ces convertis lencontre ce bouddhistes Colombo en 1883. Ce sont ces maudits missionnaires, au fond du malheur arriv. Cest eux seuls qui fourrent leur nez partout o on ne les veut pas qui sont la mort de ce pauvre commandant franais, M. Rivire (] Tuez-moi donc ces imposteurs, ces fainants de padris et que le monde en soit dbarrass 120 . Il ne faut pas trop stonner des ractions hostiles qui les suivent en Occident. Ces dbuts Bombay commenaient difficilement au milieu de mfiances et de malveillances, de dsappointements mais aussi denthousiasmes, et despoirs parmis les populations autotchtones et chez leurs dignitaires, avec la publication du Theosophist qui sannonce fructueuse, et de nouveaux adhrents. Cest le ct ngatif que retiennent les journalistes ; il est facile de le constater en lisant la presse en France sur larrive de ces dfenseurs du bouddhisme en Europe en 1884, sur la parution du Monde occulte et les dbuts du mouvement thosophique en France 121 .
c) Adyar 1882-

De Bombay, le quartier gnral de la Socit thosophique est dplac Adyar prs de Madras, de faon dfinitive. Les tournes de confrences, travers lInde, des fondateurs, les prises de contacts et rencontres, aprs la publication du Catchisme bouddhiste dHenry Olcott, amnent les fondateurs vers le Sud de la cte de Coromandel, ils dbarquent Madras puis Adyar en mai 1882 ; accueillis par des Hindous ils donnent une confrence devant une foule, sur Les fondations communes des religions 122 . Henry Steel Olcott visite une proprit Adyar, sur les conseils des fils du juge Muttuswami parce quelle ne coterait pas cher 123 et grande de 27 acres (10.926 M 2) ; la prsence de pandits savants dans le village, et
Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 250. Hlne Blavatzky D. A. Courmes, in Charles Blech, [Link]. p. 32. 121 Infra Ch. IV Un mouvement thosophique franais, C- Retournement dun contexte favorable, 3Hostilits externes, b) Une presse moqueuse p. 430-433. 122 Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 273. 123 Ibid. p. 285.
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dune classe suprieure peu gte par lducation europenne , la rencontre avec Subba Row Madras les conduisent acheter cet espce de paradis de hauts fonctionnaires de Madras qui narrivaient pas cder leurs grands bungalows 124 . Le mois de janvier 1883 les voit sinstaller dans leur nouvelle rsidence ; Hlne Blavatzky soccupe de grer et dassurer les articles du Theosophist pendant que le colonel finit sa tourne travers lInde pour faire connatre leurs ides bienveillantes au sujet de lOrient, et termine par ses premires confrences Madras sur des sujets demands par les assistants ; La science occulte est rclame lunanimit et le lendemain un mauvais paragraphe dans le principal journal de Madras insinuait que nous tions des agents politiques , suivi de misres faites quelques membres de la Socit 125 . Henry Olcott se rsoud rclamer une protection aux autorits angloindiennes et soccupe alors de faire reconnatre la Socit thosophique par le gouvernement de Madras pour lui donner un tat civil, et viter ces malveillances leur endroit. Il adresse, le 12 septembre 1883, une demande au premier Secrtaire de ce gouvernement, E. F. Webster, prcisant les objectifs de la Socit, premire bauche de ce que seront les trois buts dfinitifs, lassurant de labsolus refus de faire de la politique et de recommander une religion plutt quune autre , expliquant son choix de lInde et de Madras pour nos tudes purement orientales , exposant que des personnes du monde entier se joignaient eux dans leurs recherches, et le rassurant sur le respect des lois tablies par le gouvernement des Indes et sur lexcellente influence de la Socit sur les indignes malgr les surveillances et tracasseries dont ses membres avaient t lobjet 126 . Une ordonnance du 13 septembre 1883 le rassure sur sa demande ainsi que sur lengagement du dpartement des affaires trangres du gouvernement des Indes pris leur gard dans la mesure o ils se tiendront dans les limites dtudes philosophiques et scientifiques sans rapport avec la politique 127 .

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Ibid. p. 285-286. Ibid. p. 360. 126 Ibid. Lettre de H.S. Olcott E. J. Webster, 7 septembre 1883 , p. 364-367. 127 Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 368.

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Cet engagement ne pas faire de politique et ne pas inciter une lutte religieuse, est gnral en cette fin de XIXe sicle ; on le retrouve en France lorsquil est question dassociations spirites 128 . Il est remis en cause, pour des raisons de circonstances et de temps, par Annie Besant lorsquelle devient prsidente de la Socit en 1907 129 . La vie sinstalle Adyar qui devient, qui est encore le Quartier gnral de la Socit thosophique mondiale. Le quartier gnral sagrandit par des acquisitions ralises financirement bien souvent grce des dons. Olcott runit une bibliothque riche en documents orientaux ; des coles sont formes pour les indignes dalentour ; Annie Besant pendant ses vingt-six ans de prsidence y apporte des amliorations et des changements 130 . Parcs, bosquets, alles, routes, btiments couvrent la proprit, quil sagisse de logements pour les thosophes responsables, pour les Brahmines, pour les Parsis, de lusine gnratrice dlectricit, de la blanchisserie vapeur, des bureaux du Theosophist, maison ddition, bureau dexpditions, banque, du journal le Commonweal, annexe pour le Home Rule et dautres services encore. Adyar sest transform peu peu avec les ncessits dues, au dveloppement de la Socit, aux activits impulses par Annie Besant ; lAdyar dautrefois nest pas lAdyar daujourdhui, [] le vaste terrain alors strile en grande partie, sest panoui 131 . 2- Un Financement simple Il arrive, frquemment, que des personnes sinquitent du financement de cette socit et des moyens quont pu avoir leur disposition les fondateurs, et leurs successeurs pour mettre en place ce qui allait devenir la Socit thosophique, la grer et ladministrer. Ils ont eu comme tout le monde faire face des dpenses et des soucis financiers ; si les finances de la revue sont maintenant flot, elles ne sont nanmoins pas telles que lon puisse envisager de rmunrer un auxiliaire 132 .

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Infra Ch. II Un contexte favorable, D- Un retour du spiritisme, p. 223- 249. Infra mme Ch. D- Une Socit prside par une femme, p. 112-124. 130 Ibid. 2- La prsidence dAnnie Besant p. 117-126. 131 Marie Russak Hotchner, Notre prsidente et lAdyar daujourdhui , B.T. N1 1917, p. 27. 132 Nol Richard-Nafarre, [Link]. p. 423.

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a)- Les revenus des fondateurs et de leurs successeurs

Hlne Blavatzky, lorsquelle quitte son mari et se met parcourir le monde, a financ ses voyages par les subsides envoys par son pre et qui arrivaient dans les villes o elle passait ; elle hrite dune certaine somme, au dcs de ce dernier, quelle investit et perd ; elle travaille aussi de faon diverse ; ses talents de musicienne, dartiste peintre et dcrivain lui ont permis de se procurer quelques revenus, en donnant des concerts, en dessinant des cravates, en rdigeant des rcits inspirs par ses aventures et envoys des journaux russes 133 . A Bombay, le lancement du Theosophist a ncessit quelques mises de fonds ; en quatre mois il payait ses frais 134 , et devient productif, les articles sont assurs par les thosophes eux-mmes ; nayant pas les moyens de payer du personnel, ils en assurent aussi, la mise sous bandes, les adresses et le collage 135 , ainsi que les menues et nombreuses tapes de la ralisation dune Revue ; il faut se rappeler que cest avec le directeur du Pionneer, Alfred Percy Sinnett quil est conu ; il faut envisager que ce dernier lui a consacr de son temps, de ses comptences et de ses possibilits ; limpression et ldition seront assurs aussi par les fondateurs, lorsquils sinstallent Adyar. Aucun des responsables navait de fortune personnelle, chacun travaille de son ct, H.P. Blavatzky rdige des articles pour diverses revues, Hlne Blavatzky crit dans les journaux russes pour gagner de largent 136 , divers rcits, pour le journal Russky Vyestnik, sous le titre Caves and jungles of Hindustan 137 qui forment un feuilleton de moments vcus aux Indes, enjolivs par une imagination fertile ; dune chose fort ordinaire [elle] a tir un roman dune couleur impressionnante 138 ; son premier envoi fait fureur et tout le monde en parlait 139 , ce qui lui permet dassurer quelques finances.

Cf. Nol Richard-Nafarre, [Link]. E. J. Coulomb, Le mouvement thosophique, 1. Coup dil rtrospectif , Le Lotus bleu, septembre 1891, p. 9. 135 Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 131. 136 Ibid, p. 334. 137 Ibid, p. 424. 138 Ibid, p. 41. 139 Ibid, p. 131.
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Le colonel Olcott agronome de formation, accomplit son office de citoyen au service du gouvernement amricain pendant la guerre de succession ; ensuite, il exerce en tant que juriste, mais aussi comme publiciste pour diverses revues new-yorkaises ; dhomme en vue et extrmement prospre le voici migrant, avec pour tout bagage quelques conomies 140 ; et il commence mettre ses affaires temporelles en ordre 141 , avant de quitter les Etats-Unis pour lInde. Le colonel navait aucune fortune personnelle, il ne vivait que de ce que rapportait la revue Theosophist quil avait fonde avec H.P.B. puis avec celui de son Catchisme bouddhiste paru en 1881, avec un succs tel quil est traduit en vingt langues diffrentes et diffus en Birmanie, japon, Allemagne, Sude, France, Italie, Australie, Amrique, partout dans lInde et ailleurs 142 . Puis, plus tard, les Sections envoient aussi rgulirement des subsides pour participer la marche gnrale des services de ladministration centrale et lentretien du Quartier gnral 143 . Les souvenirs du colonel Olcott offre de savoureux rcits, sur les conditions plus que spartiates des premiers voyages effectus autour de lInde, ou Ceylan, tant sur terre que sur mer, ou pour traverser des rivires ou des fleuves ; il fallait saccommoder du dos dun lphant ou se briser les os dans des chars bufs non suspendus 144 ; se tenir sur un lphant, assis les jambes croiss sur un matelas ou assis dans un houdah [qui] vous secoue comme un sac de farine sur un pivot oscillant 145 , traverser une rivire allong sur une paillis de bambous tenu au-dessus de la tte de six coolies qui ont de leau jusquaux paules, ncessitent quelques efforts de matrise de soi, pour ces fondateurs qui ont tous les deux dans les cinquante et quelques annes. Les uvres des thosophes fondateurs sont rgulirement rdites, sy ajoutent celles dAnnie Besant, celles de Leadbeater, de Sinnett, raliss dans les petites entreprises installs sur la proprit dAdyar.

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Nol Richard-Nafarre, [Link]. p. 387. Henry Steel Olcott, A la dcouverte de locculte, [Link]. p. 455. 142 Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 254. 143 Echos du monde thosophique, succession prsidentielle , R.T.F. mai 1907, p. 88 144 Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 312. 145 Ibid. p. 403.

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Au dcs du prsident Olcott, Annie Besant rend compte des dons et achats faits avec les quelques 5000 roupies quil laisse, aprs les legs, de 2000 roupies, prvus sa nice, un ami et de vieux serviteurs ; des dettes remises des employs du Theosophist, et la veuve dun travailleur et son enfant, laissent de quoi acheter une parcelle adjacente au quartier gnral et garnir le fond de prvoyance pour les voyages prsidentiels 146 .
b)- Des dons et des contributions

En ce qui concerne le Quartier gnral install Adyar, il est ralis au fur et mesure de dons qui permettent des achats successifs 147 . Visite, parce quelle ne cotait pas top cher , la proprit est achete grce des amis qui lui avancent la somme dargent ncessaire et un emprunt est fait dans de bonnes conditions 148 . Une souscription est mise en route, les fondateurs figurent en tte de la liste avec la somme de 2.000 roupies, environ 1/5e de la somme totale 149 et permet de rembourser lemprunt contract, le tout dans lanne . La rception dun don de moins de 15.000 roupies pour payer la proprit dAdyar 150 permet denvisager lavenir sans trop de soucis. Ce don de moins de 15.000 roupies provient, sans doute, du Maharadjah de Cachemire, lors de la visite que lui rend Henry Olcott avec Damodar et Brown ; gnralement Olcott naccepte pas de cadeau et refusait positivement daccepter une seule roupie, selon mon invariable coutume ; mais sil est adress au Prsident de la Socit, il est accept et reu pourvu que ce ne soit aux dpens de personne 151 . Le sjour chez ce Maharadjah est trs positif, ce dernier apprcie le travail des thosophes en faveur de la religion indoue. Il est probable que le don fait suite la cure de magntisme dOlcott pour le soulager de ses douleurs ; ce don pour la Socit, et non pour Olcott lui-mme, slve 2.500 roupies. On peut voir dans le rapport du Trsorier de la
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Cf. A.G. annuelle de la S.T. , R.T.F. mars 1908, p. 17. Supra mme Ch. mme paragraphe, B- Une Socit qui sinstalle aux Indes, p. 57-65. 148 Cf. Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 285. 149 Ibid. p. 313. 150 Ibid. p. 416. 151 Ibid. p. 400.

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convention de cette anne l que, sur la somme, je mis 1.200 roupies au compte dachat de la proprit dAdyar et les 1.300 roupies restantes au compte courant 152 . Par la suite, la Socit bnficie frquemment de dons moins importants, damis, de proches que leur cause et leurs objectifs enthousiasment ; la prsence des fondateurs, leur soutien effectif pour faire respecter les religions locales indignes, quil sagisse du bouddhisme ou de lindouisme, ont tonn les Rajahs et enthousiasm les peuples 153 , et entran ces dons lgard de la Socit dAdyar ou en faveur dAnnie Besant qui des dons permettent de construire le Central College indou de la Bnars. Un don de 36.000 Frs est fait la Socit par un membre anonyme ; une partie est place et doit constituer un fond permanent dit des fondateurs ; son revenu annuel sappliquera pour les 2/3 la Bibliothque dAdyar, le reste plac Madras, sauf un appoint de 1000, plac Paris 154 . Les voyages annuels des thosophes responsables de Madras sont en partie assurs par des contributions ; comme pour le mouvement en France, une rubrique est consacre linformation des dons faits et destins soit pour la Socit en gnral , soit pour les voyages prsidentiels , rubriques qui figurent dans le Bulletin thosophique ou dans la Revue thosophique ; et les personnes en dplacement sont reues par des thosophes dans les diffrentes villes visites ; en France, cest la famille Blech 155 , Paris, qui reoit Annie Besant, et la famille Bayer, Nice. Cest du moins ce qui se passe en France et il est permis de penser quil en est fait autant dans les autres Sections nationales europennes et mondiales 3- Des objectifs formuls et prciss Les deux fondateurs proccups par les recherches sur locculte, donnent rapidement une plus grande dimension la Socit forme, celle dune fraternit
Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 412. E. J. Coulomb, Le mouvement thosophique, 1. Coup dil rtrospectif , Le Lotus bleu, septembre 1891, p. 9. 154 Echos du monde thosophique , R.T.F. novembre 1900, p. 316. 155 Cest avenue Montaigne que la famille Blech accueille Annie Besant. En 1911 elle y est reue avec les deux enfants quelle a adopts, Krishnamurti et son frre, R.T.F. juillet 1911, p. 163.
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universelle envisager et essayer de vivre entre les membres, dune vrit rechercher par la connaissance des philosophies des sciences et des religions compares et ltude du divin dans la nature.
a)- Des buts tablis selon les circonstances

Entre le premier objectif de 1875 et les trois buts de la Socit, formuls dfinitivement en 1896, il scoule vingt et un ans. Si locculte est bien la proccupation premire du petit groupe new-yorkais, il va sy ajouter cette recherche de fraternit, complte dune incitation la connaissance des philosophies religieuses orientales, puis de ltude des philosophies, des sciences, des religions compares ; les buts de la Socit passent de un trois. Le programme de la Socit sest modifi, largi, amlior mesure que nos connaissances saccroissaient, que lexprience suggrait leur utilit 156 . Des ides motrices et des circonstances prsident ltablissement des buts et leur volution. Ce sont les circonstances, dans lesquelles les fondateurs vivent, leurs observations sur la vie que mnent les indignes qui leur font prendre conscience dun besoin de respect ncessaire avoir leur gard en tant que personnes, mais aussi lgard de leurs croyances, leur faon de les exprimer, de les vivre ; en consquence, le but de fraternit est rapidement labor. Le constat dune mconnaissance et dune incomprhension des philosophies orientales, les conduit laborer le second but, sans ngliger les autres connaissances.
b)- Des buts qui se prcisent dans leur formulation 157

Leur laboration est suivie de prcisions ; avant daborder lhistoire de cette volution, il faut dgager les ides motrices qui ont suggr cet amnagement et observer la prcision qui sest faite dans le choix des termes.

Cf. Henry Steel Olcott, A la dcouverte de locculte, [Link]. p. 32-33. Cf. cette volution dans la formulation est prsente sous forme de tableau prcis en Annexe IV, p. 706.
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Lorsquun nouvel adhrent vient faire partie dune branche ou tout simplement de la Socit, il connat les trois buts proposs, dont seul le premier est considr comme requrant une adhsion dengagement 158 : 1) Former un noyau de la Fraternit Universelle de lHumanit sans distinction de race, credo, sexe, caste, ou couleur. 2) Encourager ltude compare des Religions, des Philosophies, et des Sciences. 3) Etudier les lois inexpliques de la Nature, les pouvoirs latents dans lhomme. Occultisme, Tolrance, Orient, sont la source des trois buts ; ces trois thmes sont bien au cur des proccupations des fondateurs de la Socit. Lorsquen septembre 1875, New-York, le petit groupe de onze auditeurs est runi autour dHlne Blavatzky et Henry Steel Olcott pour couter M. Felt sur le Canon gyptien des Proportions, maintenant perdu , lide dune Socit vient lesprit dOlcott dans le but de poursuivre et encourager de telles recherches occultes 159 , dtudier et comprendre les lois qui rgissent lUnivers. Pour Hlne Blavatzky, la priorit est de faire ces recherches la lumire de lOrient qui leur ouvrira la voie de la sagesse. Ses annes passes dans le Nord de lInde lui ont permis dentrevoir ces problmes de locculte de faon diffrente et elle souhaite y retourner ; le dpart vers lInde se fait en dcembre 1878. Occultisme et Orient sont prsents ds les dbuts de lhistoire de la Socit. Le troisime but, tabli dfinitivement en 1896, concerne ce premier objectif, lors de leurs runions new-yorkaises de 1875, sur leurs recherches propos de locculte. Sa formulation va connatre quelques prcisions dans les mthodes, et par une recherche dans les termes au niveau des verbes qui expriment lobjectif. Ce choix va de lucider tudier en passant par encourager , par le terme anglais investigate , ce qui donne explorer, rechercher , en 1885 160 . De 1875 1896 cette volution se manifeste ainsi :

Cf. Georges Chevrier, Ce quun thosophe peut penser de la guerre ? , B.T. N8 1914, p. 153. 159 Cf. Henry Steel Olcott, A la dcouverte de locculte, [Link]. p. 118-120. 160 Un tableau, prcis et en couleurs de cette volution des trois buts, figure en Annexes IV, p. 706.

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1875 Elucider loccultisme 1878 Dcouvrir la Nature et les pouvoirs de lme humaine, de lesprit 1880 Dcouvrir Diffuser Encourager 1885 1890 Rechercher les lois inexpliques de la Nature Explorer les pouvoirs psychiques latents dans lhomme Explorer les pouvoirs psychiques de lhomme Rechercher les lois inexpliques de la Nature les lois de la Nature, les sciences occultes.

1883 Aider aux recherches Sur la nature suprieure de lhomme Sur ses pouvoirs latents

Ce troisime but devient dfinitivement en : 1896 Etudier les lois inexpliques de la Nature, les pouvoirs latents dans lhomme.

Le premier but concernant la fraternit est en gestation ds 1878 ; plusieurs raisons prsident cette ide de fraternit : La premire vient de ce que, aux yeux des fondateurs, les hommes sont frres parce queffets dune mme cause. La seconde vient de ce que les fondateurs sont confronts ds leur arrive aux Indes des conflits religieux et des ngligences lgard des indignes qui les insupportent ; ils vont donc sopposer toute forme dhostilit entre les diverses religions, les races, les couleurs, puis les sexes. Peu peu lmergence de lide quune mme source, une mme base sont lorigine des religions les conduisent au respect de toute religion. Ces allusions figurent dj dans la circulaire quHenry Olcott rdige New York, en 1878, lintention de la premire branche anglaise pour expliquer lesprit des objectifs de la Socit ; si le but de fraternit raliser ny figure pas encore de faon prcise, le terme Fraternit est prsent plusieurs reprises dans cette

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lettre ; au paragraphe V il est dj question duvrer en vue du bien de lhumanit, dune fraternit (brother fellow dans le texte) quelque soit la race, la couleur ou la croyance 161 ; et la fin du paragraphe VI il est prvu finalement et principalement, daider linstitution dune fraternit o tous les hommes bons et purs, de toute race, se reconnatront entre eux comme les effets (sur cette plante) de la cause Incr, Universel, Infini, et Eternel 162 . Le premier but va natre rellement, peu de temps aprs leur arrive Bombay ; il va dabord tre question, lobservation du mpris qui rgne gard des religions orientales, de sopposer toute forme de sectarisme et dintolrance religieuse ; de cet objectif qui soppose on passe un projet positif qui peut se raliser, comme dvelopper tolrance et bienveillance, avant darriver sa formulation dfinitive dans un objectif de ralisation de fraternit. Cette ide de fraternit , est aussi le fruit dune longue conversation entre les deux fondateurs, Bombay, en 1881, o ils finissent par tomber daccord de reconstruire la Socit sur une base diffrente en mettant en avant lide de fraternit et tenant loccultisme dans lombre, en somme davoir une Section secrte pour lui 163 . Les qualificatifs de distinctions augmentent avec la caste et le sexe en 1888. La dernire prcision fait la diffrence entre Le noyau (1885) et Un noyau (1896) d Une Fraternit (1885) et de La Fraternit (1896). Cette volution peut tre suivie anne aprs anne 164 : 1878 uvrer en vue dune fraternit sans distinction de race, couleur, croyance. 1879 Sopposer lintolrance religieuse, au sectarisme. 1880 Promouvoir un sentiment de fraternit, coopration, change 1883 Dvelopper entre les diffrents pays, races religions, tolrance mutuelle et bienveillance.

H.P. Blavatzky, Collected writings, T. I, p. 376. For the good of Humanity, and a brother Fellow of whatever race, color or ostensible creed. 162 Ibid. p. 377. Finally and chiefly, to aid in the institution of a brotherhood of humanity, where in all good and pure men, of every race, shall recognize each other as the equal effects (upon this planet) of one Uncreated, Universal, Infinite, and everlasting cause 163 Cf. Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 247. 164 Lvolution de ce but, peut tre aussi suivie sur le mme tableau que prcdemment en Annexe IV p. 706.

161

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1885 Former Le noyau dune Fraternit Universelle de lhumanit sans distinction de race, croyance, couleur. 1888 Former Le noyau dune Fraternit Universelle de lhumanit sans distinction de race, croyance, couleur, de caste et de sexe. Il devient dfinitivement en : 1896 Former Un noyau de La Fraternit Universelle de lHumanit sans distinction de race, credo, sexe, caste, couleur.

Le deuxime but concerne, dans un premier temps, la connaissance de lOrient, si mal connu et si mal compris des Occidentaux, aux yeux dHlne Blavatzky. Ce but va voluer, comme le troisime, dans la prcision des verbes qui permettent ou favorisent cette connaissance et qui commence par le rassemblement de documents ncessaires toute tude. Ensuite il sagit dencourager ltude, den montrer limportance et enfin de la raliser, avec une prcision en ce qui concerne ltude des religions, visant la complter par la comparaison de ces religions entre elles. De 1880 1896 lvolution se manifeste ainsi : 1880 Rassembler une bibliothque dcrits anciens Traduire, publier des travaux originaux de valeur.

1883 Encourager ltude de philosophies, sciences, religions des Anciens, des Aryens spcialement 1885 Etudier les littratures, religions, sciences orientales et des Aryens 1886 Etudier les littratures, religions, sciences les philosophies de lOrient plus particulirement celles de lInde. 1890 Ibid. et en montrer leur importance. Il devient dfinitivement en : 1896 encourager ltude compare des religions, des philosophies, des sciences. Il faut observer, propos de ce deuxime but, quau dpart, seule la connaissance des anciens documents orientaux est concerne, celle des textes

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des Anciens et spcialement des Aryens, ces hommes dune civilisation qui a prcd celles de lIndouisme, celle du centre de lAsie. Ce nest quen 1896 que ltude encourage va au de l des textes orientaux et devient gnrale. Ce texte dfinitif est rdig cinq ans aprs le dcs dHlne Blavatzky ; cest elle qui tenait tant la connaissance et la comprhension de lOrient ; mais il y est ajout la comparaison des religions, ce quelle a tenu dmontrer au travers de ses ouvrages Isis dvoile et La Doctrine secrte. Ces buts se retrouvent-ils, lidentique dans les Socits thosophiques qui se forment dans le sillage de la socit dAdyar ? ils servent de base et de modle aux groupes qui tudient la thosophie enseigne par Hlne Blavatsky ou qui souhaitent se rattacher la Socit dAdyar. Si on observe de prs les statuts de ces socits depuis la Socit thosophique dOrient et dOccident jusque la Socit thosophique de France, on constate quelques petites reformulations diverses, dans ceux adopts par la branche Isis et jusqu la Socit thosophique de France. Cela tient au fait que les Sections sont autonomes et sinspirent des buts de la Socit dAdyar, les reformulent avec les mmes objectifs et des termes presque identiques. Aprs la dernire mise au point des buts en 1896, le rglement de la Section europenne est revu suivant la dernire formulation et discut en Convention 165 . Ils sont repris et fixs en 1905, le 3 avril, par lActe dassociation que la Socit thosophique de Madras a pris lors de lenregistrement de la Socit aux Indes 166 .
c) Un bilan positif

Un premier bilan est dress aprs un quart de sicle dactivits, en dcembre 1900, pour fter le jubile de la Socit. Le colonel Olcott est heureux de constater le fruit de leur travail qui correspond aux objectifs tablis par euxmmes, depuis 1880 : Les enseignements des anciens sages et des Adeptes ont t rpandus.

165 166

Convention de la Section europenne , Le Lotus bleu, aot 1897, p. 201. Echos du monde thosophique, Inde , R.T.F. mai 1905, p. 93-94.

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La perception dune source unique toutes les religions a t reconnue par des milliers de personnes. Le sentiment de fraternit chez les occidentaux lgard des trangers, sest dvelopp. Lentente entre les bouddhistes du Sud et du Nord au sujet de 14 articles de foi communs ces deux coles, a t enregistre. Le rveil de lindouisme dans lInde est notable. Un bouddhisme revivifi Ceylan a chang les relations entre Cinghalais et Missionnaires. Les coles se sont dveloppes en Inde. Le Relvement et lducation des Parias asservis ont t tents. Son but sest aussi prcis dans les pays missionnaires dAsie [], en

constatant la consquence des enseignements pseudo chrtiens, [.], des controverses et litiges sur les divergences de doctrine 167 ; la Socit thosophique a tenu rpandre la connaissance divine parmi les enfants des hommes 168 . Le bouddhisme revivifi Ceylan change les relations des cinghalais lgard des missionnaires et na pas d tre du got de tous, en particulier de Mgr Bonjean qui adresse, en France, un courrier, au sujet de ces sectes qui rgnent Colombo dont le Thosophisme 169 qui ne facilitent pas le travail des missionnaires dans ces pays quils cherchent christianiser. Ce travail effectu, face aux tentatives de conversions par les missionnaires chrtiens auprs de ceux quils considraient comme de pauvres paens , a t sans doute la cause de certaines difficults rencontres par les thosophes. Il faut penser aux origines de lenqute de la S.P.R. avec les lettres du Christian College Magazine 170 , linquitude et lanimosit des responsables catholiques en France devant le rayonnement de la socit en France, sans ngliger que les

Ibid. p. 62-63. Francesca Arundale, Souvenirs dune thosophe de la premire heure , R.T.F. mars 1918, p. 310 169 Cf. Lettre Mgr Bonjean, Colombo le 7 juillet 1889 , Les Missions catholiques, 09/08/1889, p. 373. 170 Infra Ch. IV Un mouvement thosophique franais, C- Retournement dun contexte favorable, b) Les conclusions infmantes de la S. P. R. p. 433-437.
168

167

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enseignements prconiss par les thosophes taient incompatibles avec la doctrine catholique 171 . Consciente du succs des sciences et des nouvelles techniques, de lenvahissement du matrialisme, Hlne Blavatzky, comme dautres 172 , veut aider le monde revenir vers le spiritualisme. Lhomme nest pas seulement un corps dont il faut, certes, soccuper, mais lhomme est aussi un esprit quil faut nourrir et dvelopper. Profondment intress la gigantesque lutte actuellement engage entre le matrialisme et les aspirations spiritualistes du genre humain, notre constant effort a t de runir dans les chapitres suivants, comme autant darmes dans un arsenal, tous les faits et tous les arguments qui peuvent aider le spiritualisme triompher 173 . Deux ans aprs la formation de la Socit, Hlne Blavatzky rdige, New York, Isis Unveiled et avertit que ce livre est crit en toute sincrit. Il a pour but de rendre justice tous et de dire la vrit sans malice ni parti pris 174 ; la vrit, pour elle, concerne les phnomnes psychiques, les religions les philosophies, qui ont une base commune ; elle tient faire connatre le principe vital qui constitue la base de tous les systmes philosophiques de lAntiquit 175 . La Socit thosophique reprend ces objectifs et se veut une Socit dhommes rsolus chercher la vrit et la dissminer dans lintrt de la science et de la religion 176 . Pour Nol Richard-Nafarre, son biographe, et Grard Wehr auteur dun ouvrage sur les Matres spirituels de loccident, cest bien cet objectif quelle stait fix : mettre en vidence le lien commun de toutes les traditions spirituelles, et nul avant elle navait pareillement russi donner vie cette tentative 177 , remarque Nol Richard-Nafarre. Tandis que Grard Wher note aussi que cette vrit concerne le noyau commun toutes les religions quelle visait mettre en vidence 178 . Les deux auteurs sont daccord sur la mise en
171 172

Infra Ch. VI, Une double condamnation, C- Une interdiction romaine, p. 639-664. Infra Ch. II Un contexte spiritualiste favorable, p. 145-250. 173 Hlne Blavatzky, Isis dvoile, [Link]. T. I p. 68. 174 Hlne Blavatzky, Isis dvoile, [Link]. T. I p. 9. 175 Hlne Blavatzky, Isis dvoile, [Link]. T. I p. 9. 176 Olcott Bombay, Revue spirite, mars 1880, p. 104. 177 Nol Richard-Nafarre, [Link]. p. 569. 178 Gerhard Wehr, [Link]. p. 86.

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vidence dun noyau, dune base commune, dun lien qui unissent toute religion, toute tradition spirituelle. Cette vrit relve de la philosophie hermtique, la religions sagesse, autrefois universelle, comme la seule cl possible de labsolu en matire de science et de thologie 179 . Ses deux ouvrages, Isis Dvoile et La doctrine Secrte se sont attachs la rvler, la dmontrer, tout en sachant quelle aurait contre elle, les chrtiens, [], les savants [], les pseudo savants [], les gens dEglise et les libre penseurs [], les hommes de lettres et les diverses autorits [], les mercenaires et les parasites de la Presse 180 ; mais cest pour lavenir quelle travaille et pour aboutir la dfaite de lerreur et au triomphe de la Vrit 181 .

C- Un mouvement mondial
Lorsque les fondateurs quittent les Etats-Unis, leur champ daction tait lOrient 182 , et en sinstallant aux Indes, ils pensent certes linfluence que prendrait la pense thosophique sur le courant moderne , mais ils nenvisagent pas le dveloppement de la Socit dans une extension mondiale 183 . Les premiers groupes, en Angleterre ou Corfou redoutaient la publicit 184 , les thosophes et spirites saffrontent en France. Or en un quart de sicle, des Branches, des Sections, se forment et se rallient la Socit fondatrice. Le mouvement thosophique en France nest donc pas isol mais fait partie dun vaste mouvement mondial ; le mouvement thosophique a ses Congrs, sa Convention annuelle qui se tient Adyar. Il faut noter aussi linfluence des ides dHlne Blavatzky et celle dAnnie Besant auprs de personnages connus au niveau mondial, tels Mohandas Gandhi, Alexandra David-Nel, Rudolph Steiner, des scientifiques et savants, artistes et crivains connus.

179 180

Hlne Blavatzky, Isis dvoile, [Link]. T. I p. 13. Ibid. p. 13-14. 181 Ibid. p. 14. 182 Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 277. 183 Cf. Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 276. 184 Ibid. p. 335.

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1- Un mouvement europen Des groupes thosophiques se forment la fin du XIXe sicle dans toute lEurope. Peu peu ils sont suffisamment nombreux pour former une Fdration europenne et assurer rgulirement des Congrs pour y discuter de thosophie, de sa diffusion, du dveloppement du mouvement. Si la France est la quatrime en Europe, elle est la huitime, dans le monde.
a) Des sections europennes

Si lAngleterre est la premire nation europenne avoir une Branche thosophique, il est rapidement question des ides thosophiques en France, en Espagne, en Ecosse, en Hollande, en Belgique. Un demi sicle aprs sa fondation, la Socit thosophique en 1921 185 compte, en Europe, dix neuf Sections thosophiques qui ont chacune au moins sept Branches, chiffre requis pour former une Section, chaque Branche comptant au moins sept membres, sans ngliger le fait quil existe des membres libres ou rattachs des centres rgionaux.

1888 1895 1897 1899 1902

Angleterre Sude Hollande France Italie Allemagne

1911 Belgique 1912 Autriche 1913 Norvge 1918 Danemark 1919 Irlande Bulgarie 1921 Islande Espagne Portugal

1907 1908 1910

Hongrie Finlande Russie Ecosse Suisse

185

Cf. B.T. octobre 1921

81

Sections Thosophiques europennes 1888-1921

82

LAngleterre est la premire avoir form une Branche, en 1878 1 ; elle dtient ce privilge bien quen mme temps un cercle de thosophes existe Corfou 2 ; elle est aussi la premire, dix ans plus tard, former une Section thosophique, reconnue en Europe en 1888. Les premires runions londoniennes ont lieu, comme en France, dans le local de la Socit Nationale Spirite 3 , les ides thosophiques sont diffuses comme en France aussi, par lorgane spirite anglais, le Spiritualist de Londres ; cest un des articles de cette revue que reprend le thosophe franais Albert Dominique Courmes qui a traduit textuellement le texte pour la Revue spirite en 1878 4 . Les Anglais ont un avantage sur les premiers thosophes franais, ils ont accs aux ides thosophiques dans leur propre langue, avec Isis Unveiled, Occult World de Sinnett et les articles du Theosophist. Les explications dHlne Blavatzky sur les causes des phnomnes paranormaux les intressent, leurs runions sont faites dans une atmosphre mystrieuse et secrte, les prsidents changent tous les ans, ils accueillent Alfred Percy Sinnett, ami dHlne Blavatzky et dHenry Steel Olcott, qui arrive de Bombay ds 1883 ; ce dernier communique une vie nouvelle aux runions , voque la rdaction de son prochain ouvrage Esoteric Buddhism, alors que son passage en France na pas eu le mme succs. Les thosophes anglais vont sorganiser dans un local qui leur est propre une longue salle de Queen Annes Mansions ; ils y reoivent Henry Steel Olcott et Hlne Blavatzky lors de leur passage europen de 1884, et discutent des nouvelles ides et des objectifs de la Socit. LAngleterre met en place rapidement ses propres revues, le Lucifer fonde par Hlne Blavatzky et le Vahan, petite feuille de demandes et rponses servant dintermdiaire entre les dbutants et leurs frres plus avancs ; La Socit des Publications thosophiques, connue sous le nom de Theosophical Siftings,

Cf. Olcott, A la dcouverte de locculte, [Link]. p. 379 et 451. Cf. Olcott, [Link]. 2e srie, p. 40. 3 Francesca Arundale, Souvenirs dune thosophe de la premire heure , R.T.F. mars 1918, p. 310, qui est la source des informations suivantes sur les premiers pas de la Socit en Grande Bretagne. 4 Infra Ch. III, Le Relais spirite, A- Deux spirites lorigine de la publication des ides, 2- Dominique Albert Courmes, p. 261-276.
2

83

outre la srie darticles importants a fait paratre une quinzaine de grands ouvrages, parmi lesquels la Doctrine secrte 5 . Cest Londres qua lieu la premire convention annuelle de la Section europenne en 1891 6 , la suite de la mort dHlne Blavatzky, perue comme un meeting de plus de mille personnes 7 , par les thosophes franais. Cest sous la direction de cette Section anglaise que viennent se rassembler les Branches sudoises, hollandaises, franaises avant de former leur propre Section, en 1895 pour la Sude, en 1897 pour les Pays-Bas et en 1899 pour la France. Les ides thosophiques sont diffuses par une srie darticles dans le Sun, important journal de Londres , par un spcialiste de la thosophie et de la presse, Alfred Percy Sinnett, ce qui fait rver Dominique Albert Courmes qui est du par la presse franaise, en ce qui concerne la diffusion des ides thosophiques 8 . Annie Besant, installe aux Indes, lorsquelle prend la suite dHlne Blavatzky, revient frquemment Londres, donner des confrences avec un succs envi aussi par les thosophes franais. Cette aurore thosophique qui se lve rapidement en Europe, les

enseignements dHlne Blavatzky, rpandus, traduits, en vue de lunion intime de vie et de pense entre lOrient et lOccident 9 font entrevoir un bon avenir de la Socit en Europe. En Italie, les premiers thosophes forment une Branche Rome, publient leurs articles dans Nova lux, revue spiritualiste italienne en 1897 10 , luttent contre les attaques, les calomnies, les mensonges que certains individus lancent contre la Socit thosophique 11 . Leur premire revue Teosofia voit le jour en 1898, Rome, et Annie Besant devant des personnalits de la science, des lettres, des arts, de la politique et de la socit, quelques membres du clerg et la presse au grand complet, parle de La thosophie dans le pass, dans le prsent, dans lavenir, avec succs, dans la salle comble, de lAssociation de la
5 6

Cf. E. J. Coulomb, Le mouvement thosophique , Le Lotus bleu, septembre 1891 p. 14. Ibid. p. 10. 7 Ibid. p. 15. 8 Echos du monde thosophique, Angleterre , R.T.F. novembre 1901, p. 297. 9 E. J. Coulomb, Le mouvement thosophique , Le Lotus bleu, septembre 1891, p. 10. 10 Echos du monde thosophique, Italie , Le Lotus bleu, avril 1897, p. 74. 11 Ibid.

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Presse mis la disposition des thosophistes par le snateur Bonfadini qui a prsid la sance 12 . La thosophie intresse les Italiens, ils viennent assister des confrences Milan, Padoue, Venise, Florence, Naples et Bologne ; elles sont assures par Charles Leadbeater, lanne o la Section italienne est reconnue, en 1902 13 ; lanne suivante, cest Turin, Milan, Bologne, Florence quAnnie Besant revient, puis Rome o elle intervient sur la thosophie et la vie moderne , la thosophie dans ses rapports avec les diverses religions 14 . Elle repasse par lItalie, alors, chaque anne, avant de sembarquer de Brindisi, pour les Indes, la fin de sa tourne europenne, donnant plusieurs confrences Rome sur la thosophie 15 ; bientt une Socit de publications est forme, Ars Regia , pour diffuser les ides thosophiques dans toute lItalie ; le mouvement prend de lampleur sous limpulsion de son secrtaire gnral Mr Penzig, professeur de sciences naturelles lUniversit de Genve 16 . Dans les pays scandinaves la thosophie fait ses premiers pas ds les annes 1880 ; elle commence se rpandre de la Finlande au Danemark, la Branche de Stockholm est la plus nombreuse aprs la Loge Blavatzky 17 ; le mouvement sudois compte 70 adhrents ds 1891. Il est visit par Henry Steel Olcott cette mme anne, lorsquil y prside quelques runions, fait un discours dans la salle de lAcadmie des sciences et a parl thosophie avec le roi pendant une heure 18 . Constance Wachmeister, dorigine franaise [], veuve de lambassadeur de Sude Londres 19 , se rend Rattwick avec son fils Axel et travaille avec les branches tablies, donne des confrences Stockholm 20 . Le mouvement thosophique y progresse encore au dbut du XXe sicle, ce qui inquite le pre de Grandmaison en 1918 21 .

12 13

Echos du monde thosophique, Italie , Le Lotus bleu, avril 1898 p. 77, mai 1898, p. 110. Echos du monde thosophique, Italie , R.T.F. janvier 1902, p. 379. 14 Echos du monde thosophique, Italie , R.T.F. janvier 1903, p. 349. 15 Cf. Echos thosophiques , R.T.F. dcembre 1904, p. 330 16 A.G. de la S.T. , R.T.F. mars 1908, p. 22. 17 E. J. Coulomb, le mouvement thosophique , Le Lotus bleu, septembre 1891, p. 11. 18 Echos du monde occulte, Europe , Le Lotus bleu, octobre 1891, p. 63. 19 Nol Richard-Nafarre, [Link]. p. 480. 20 Echos du monde occulte, Europe , Le Lotus bleu, novembre 1898 p. 317 21 Infra Ch. VI. Une double condamnation, A- Une monte anti-thosophique, 2- Une inquitude jsuite, p. 600-613.

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En Espagne un quartier central est install Barcelone ds 1891 ; Madrid des brochures sont publis, une traduction de La Doctrine secrte est en route en 1891 22 et Isis Unveiled parat en espagnol en 1901. Le quartier gnral diffuse de nombreux livres thosophiques, et envoie des ouvrages Cuba, au Salvador et au Mexique, pays de langue espagnole. La revue Estudios Teosoficos est lance en 1891, elle donne lide aux thosophes de lAmrique du sud davoir la leur, El Silencio. LEspagne forme une Section thosophique en 1908. Le mouvement stend Madrid et vers Barcelone qui a son quartier thosophique central, la mme anne. La Belgique, ds 1891 a deux centres thosophiques, Amsterdam et La Haye, et deux librairies thosophiques grce Constance Wachmeister 23 mais naura sa Section quen 1911. Aprs des confrences publiques Amsterdam, des clubs de discussion en 1891 La Haye, Arnhem, Courcelles, une Section nerlandaise qui runit Belgique et Hollande se forme en 1897 24 . Cest en Hollande quest soutenue une premire thse sur la thosophie dHlne Blavatzky par Charles Haye 25 . En Russie, des pionniers courageux et tenaces , ont diffus les ides et il y a suffisamment de branches, en 1908, pour former une Section russe, reconnue sous le nom de Socit thosophique russe 26 , par le

gouvernement qui, malgr lapprciation de sa secrtaire gnrale, Anna Kamensky, estimant que lEmpereur Constantin (IVe sicle) ntait pas un homme de bonne moralit , laisse publier son article dans Le Messager, organe thosophique russe ; elle a, donc, t poursuivie sur une motion du Saint Synode et finalement acquitte quelques annes plus tard, en 1912 27 . La secrtaire gnrale de la Socit thosophique russe participe la Revue thosophique franaise par son article sur La Religion de lEsprit 28 et

Echos du monde occulte, Europe , Le Lotus bleu, octobre 1891, p. 63. Echos du monde occulte , Le Lotus bleu, mai 1891, p. 212. 24 Cf. Le Lotus bleu, juin 1897, p. 139. 25 Dominique-Albert Courmes, chos du monde thosophique , Hollande , R.T.F. dcembre 1901, p. 333. 26 Socit thosophique russe , B.T. janvier 1909, p. 5. 27 Echos du monde thosophique , R.T.F. aot 1912, p. 197. 28 Dr. Anna Kamensky, La religion de lesprit , R.T.F. aot 1927, p. 201-217.
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propose une Etude compare des religions 29 lors dune confrence lUniversit de Genve. En Allemagne, mme sil y a des thosophes ds les annes 1880, le mouvement est lent se mettre en place. Les interventions de Rudolph Steiner sur Goethe et la thosophie dans les salons de la comtesse Brockdorff suscitent beaucoup denthousiasme parmi les quelques thosophes prsents. Steiner devient rapidement responsable du Mouvement thosophique, pour lAutriche et lAllemagne, puis secrtaire gnral de la Section allemande et lui donne un dveloppement et un clat particulier dans les dix premires annes du XXe sicle 30 . Ses confrences Munich, Ble, attirent toujours beaucoup de monde, comme lorsquil vient Paris. En plus de ses nombreuses interventions il forme un cours mthodique de thosophie 31 . En occultiste, il publie LInitiation ou la connaissance des mondes suprieurs o il donne les moyens darriver la connaissance de ces mondes, enseigne quelle direction donner nos efforts et enfin nous rvle le dveloppement de nos sens physiques qui rsulte de cet entranement 32 . Il est aussi lorigine de la scession davec la Socit dAdyar, voulant garder un fondement judo-chrtien comme bases de la thosophie, mme sil convient de limportance de linfluence que peut apporter lOrient 33 . La Tchcoslovaquie voit une formation de Branche Prague en 1891 ; Corfou, Athnes, la Suisse ont des centres dactivits, en 1891 34 , sans que lon sache sils sont dpendants de cercles spirites comme cela stait pass dans dautres pays. Les annes qui prcdent la premire guerre mondiale, voient le nombre de pays avoir leur section en constante augmentation ; lAutriche, la Norvge, la Suisse ont leur Section reconnue avant la grande guerre. En trente ans, la Socit thosophique, en Europe, passe de une Section vingt Sections nationales, ayant au moins chacune sept branches de sept membres chacune.

Dr Anna Kamensky, Etude compare des religions , R.T.F dcembre 1928 Supra mme Ch. A- Les Fondateurs, 3- Influence sur quelques personnalits, c) Steiner. 31 Echos du monde thosophique, Allemagne , R.T.F. octobre 1907, p. 250. 32 Bibliographie , B.T., octobre 1909, p. 99. 33 Infra, mme Ch., D- La prsidence dAnnie Besant, 5- des difficults surmontes, b) Steiner, p. 141-144. 34 Ibid. p. 13.
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1888 1899 1907


35

1 Section 4 Sections 13 Sections 14 19 20 567 branches 631 1329 14.863 membres 15.617

1909 36 1912 37 1921

b)- Une administration souple

Au fur et mesure que des sections thosophiques se forment en Europe, elles vont organiser des rencontres de responsables. Sections et branches vont se fdrer entre elles, et par lActe dassociation convenu Adyar avoir la possibilit dtre autonome tout en se rattachant au quartier gnral de la socit mre. Londres, premire ville dEurope avoir sa Section thosophique, va organiser des rassemblements qui permettent aux thosophes europens de se retrouver et de discuter autour des ides thosophiques et au sujet du Mouvement qui progresse sur ce continent ; leur secrtaire gnral Mr Mead vient Paris au dbut de 1892 rencontrer les membres de la Loge Ananta ; il les convie la Convention europenne , o des thosophes de dix pays sont reprsents et constatent les progrs de la diffusion des ides thosophiques sur leur continent, dans une atmosphre de paix, de fraternit, de spiritualit, de haute intellectualit 38 . Avant dtre reconnue section franaise part entire, llment thosophique franais se rattache cette Section europenne de la Socit thosophique ; son dlgu, Albert Dominique Courmes, se rend donc la Convention annuelle qui se tient Londres, en 1895 39 . Tout en tant soumis aux statuts gnraux de la Socit thosophique dAdyar, les Sections ont leurs propres statuts et

35 36

Assemble gnrale , BT mars 1908, p. 28 Assemble gnrale , BT mars 1909, p. 22 37 Assemble gnral , BT fvrier 1912, p. 426 38 Echos du monde thosophique, convention Europenne , Le lotus bleu, aot 1892, p. 159. 39 Cf. Echos du monde thosophique , Le Lotus bleu, aot 1895, p. 228.

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chaque Branche a son propre rglement intrieur 40 . Chaque Socit nationale tablit son rglement particulier et a autorit sur ses Branches mais condition de ne pas enfreindre la Constitution dAdyar ; ladministration de la S.T. est aussi large que possible, parce que cette Socit est une sorte de fdration dont les parties intgrantes, les Sections, sont quasi autonomes, que le conseil gnral na pas intervenir dans les affaires intrieures des Sections, et que son principal rle, synthtis par le Prsident, est dassurer les trois buts fondamentaux de la Socit 41 . Les membres du groupe sont on ne peut plus libres, rappelle Annie Besant en 1917 42 , mais ils se retrouvent dans des runions fraternelles, les plus utiles la cration des liens de fraternit, but de la Socit thosophique comme des congrs fdratifs 43 . Les responsables de Sections vont aller plus loin dans leurs rencontres et sorganiser en Fdration pour se rencontrer plus rgulirement ; ils profitent des congrs thosophiques qui ont lieu en Europe, pour deviser entre responsables de Sections. Lide dune Fdration des Sections europennes nat peu peu avec larrive des Sections dAllemagne, dItalie, reconnues partir de 1902. Cest au Congrs thosophique international 44 dAmsterdam de 1904 quelles se fdrent, la note dominante du Congrs a t une vritable ralisation de la fraternit [] 600 membres hollandais taient prsents ce 1er Congrs international thosophique des Sections europennes 45 , le second a lieu, lanne suivante, Londres, puis en 1906 Paris. Entre 1910 et 1919, cest lEcosse (18e Section), la Suisse, la Belgique, lAutriche, la Norvge, le Danemark et lIrlande qui les rejoignent en attendant lIslande, lEspagne, le Portugal et le Pays de Galles en 1921 et 1922. Lide de Fdration se transmet au niveau des Branches ; au sein de la Socit franaise, les Branches de Marseille se retrouvent, changent les fruits de leur travail de leurs expriences se regroupent, tiennent une assemble

40 41

Statuts Section franaise , B.T. mai 1903, p. 33. Echos du monde thosophique, Inde , R.T.F. mai 1905, p. 92. 42 Cf. B.T. N1 1917, p. 16. 43 Ibid. p. 179. 44 Echos du monde thosophique , R.T.F. juin 1904, p. 124. 45 Le 1er Congrs international thosophique des Sections europennes , R.T.F. juillet 1904, p. 149-152.

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gnrale pour tablir un bilan dexercice 46 . Les Branches du Midi de la France, de Marseille, de Nice, de Toulon vont se fdrer pour donner plus densemble au travail et de former des liens entre membres 47 . Elles se retrouvent en Assemble le plus souvent Marseille ; celle de 1914, est la 9e convention de la Fdration du Sud Est qui se tient la Facult des sciences et met son programme, Le Suffrage des Femmes , intervention donne par Melle Clment professeur au Lyce de Versailles 48 . En 1905, le 3 avril, la Socit thosophique de Madras forme et tablit un Acte dassociation qui fixe les buts de la Socit, arrts en 1896, et lui assure autant quelle durera la libert la plus entire pour faire toutes choses se rattachant ou conduisant la ralisation des buts ci-dessus ou de lun quelconque dentre eux 49 . Les Sections nationales discutent avec leurs branches et deviennent peu peu des Socits thosophiques nationales part entire ; cest ainsi que la Section franaise devient, en 1908, la Socit thosophique de France 50 : Tous nos groupements sont autonomes en de de leurs champs respectifs daction, condition quils nenfreignent pas la constitution, et la Constitution comprend uniquement lActe dassociation et les Rgles et Rglements pour ladministration de lAssociation appele la Socit Thosophique, Adyar, Madras 51 . Les actes accomplis par une Socit nationale nengagent pas dautres socits nationales, il en va de mme pour les actes de la Socit Thosophique d Adyar. De mme, au niveau des Branches, les actes dune Branche nengagent pas la Socit nationale dont elle fait partie. Chaque Socit nationale tablit son rglement particulier, et a autorit sur ses branches, mais condition de ne pas enfreindre la Constitution 52 . Cest tout un systme de libert mais dans lappartenance, dans lide de faire partie dune mme Socit. Les membres
Echos du monde thosophique , R.T.F juillet 1903, p. 171. Lucie Bayer, Projet dune fdration des branches du Midi de la France , B.T. octobre 1909, p. 91. 48 9e Convention de la Fdration des branches du Sud-est de la France , Le Thosophe, 1er mai 1914, p. 3, 2e et 3e col. 49 Annie Besant, Elargissons notre horizon , B.T. N1 1917, p. 15. 50 Infra Ch. V La Socit thosophique de France, A- De la Section franaise la Socit thosophique de France, 3- La Socit thosophique de France, 1908, p. 495-497. 51 Annie Besant, Elargissons notre horizon , B.T. N1 1917, p. 15. 52 Ibid, p. 16.
47 46

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peuvent avoir des opinions diffrentes tout en tendant tous vers un mme objectif ; la Prsidente Annie Besant recommande de faire venir des confrenciers dcoles diffrentes de pense et des travailleurs marchant sur des voie dactivit autres que celles du groupe , pour diversifier les points de vue et les formes dengagement dactivits. Il peut y avoir des enseignements divers, des discussions, des points de vue divers au sein de la Socit.
c)- Les Sections et leurs membres reprennent les objectifs proposs

Les objectifs mis au point Adyar sont repris par les sections qui existent en Europe et qui se sont dvelopps dans le monde, au cours des annes qui prcdent la grande guerre. Les thosophes reprennent les propositions mises par les fondateurs ; elles font lobjet de dveloppement et dtude en congrs, en runions de travail. Ces objectifs sont diffuss dans les divers organes. Au cours de confrences donnes en Angleterre par Annie Besant, des notes sont retenues et rediffuses par la Revue thosophique franaise 53 afin de rappeler les divers objectifs et missions que peuvent accomplir les thosophes, dans leur vie et dans leurs runions de Branches Il nest du reste pas mauvais davoir des opinions diffrentes [] parce que toutes les notes sont ncessaires pour faire une gamme parfaite 54 . Et pour raliser ces objectifs, les responsables estiment que les enseignements dHlne Blavatzky sont assez nombreux pour fournir matire pendant des annes la rflexion et au travail des thosophes 55 . Ils les reprennent, les commentent, les prcisent. Le grand but de la Socit est de contribuer participer lvolution humaine de la parfaire, en apportant la sagesse divine dans tous les dpartements de la vie 56 . Il peut sagir de soulager la misre comme de cultiver les arts du moment que le rsultat contribue lever lhumanit rappelle Annie Besant. Le thme de la vrit, de la lumire diffuser
Echos du monde thosophique, Angleterre, notes recueillis au cours de confrence dAnnie Besant , R.T.F. octobre 1904, p. 266-267. 54 Ibid, p. 267. 55 E. J. Coulomb, Le mouvement thosophique , Le Lotus bleu, septembre 1891, p. 10. 56 Cf. Echos du monde thosophique, notes recueillis au cours de confrence dAnnie Besant en Angleterre , R.T.F. octobre 1904, p. 266-267.
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est repris, porter un message de lumire et damour, avec une note nationale, rpandre la vrit dans notre patrie 57 ; il est question aussi de toute lhumanit ennoblir et lever, la thosophie tablissant un lien entre le visible et linvisible 58 ; faire progresser lhumanit leur semble plus important que daugmenter le nombre de ses adhrents reconnus 59 , ainsi quclairer des thosophistes mme si ceux-ci quittent la Socit en les remerciant de les avoir fait regagner les rangs de leur appartenance religieuse grce leurs claircissements. Buts, mission, ces thmes sont repris lors de congrs, ou au cours de confrences, dans les annes 1890, pour faire comprendre les raisons dexistence et de la formation de la Socit ; faciliter laccession de la lumire tous les thosophistes, permettre llvation de lme de tous les humains, reviennent souvent dans les exposs ; aussi, Dominique Albert Courmes se dsole-t-il de voir que les parisiens soccupent plus de leurs affaires et de leurs plaisirs que de leur me 60 . Les thosophes reprennent les objectifs laisss par H.P.B., et Annie Besant. Redonner aux nations Occidentales un base certaine pour reconstruire une foi chancelante ; car ce dont elles ont besoin cest de lvidence que seule la psychologie asiatique peut fournir 61 . Ces objectifs sont repris par les nombreuses sections qui se dveloppent dans le monde, en Europe au cours des annes qui prcdent la grande guerre. En France, ils figurent sur la page interne de la couverture de toutes les livraisons mensuelles de la Revue thosophique franaise, comme ils ont figur dans Le Lotus et Le Lotus bleu. 2- Un mouvement intercontinental Le Mouvement thosophique sest galement dvelopp dans les autres continents, Amrique, Asie, Australie, peu en Afrique mise part la frange sud et

Inauguration de la Section, But de la S.T. , B.T. mai 1900, p. 30. A.P. Sinnett, Le but du mouvement thosophique , B.T. N 3 1916, p. 98. 59 Echos du monde thosophique , R.T.F. juin 1901, p. 141. 60 Echos du monde thosophique, confrence mensuelle du 2 janvier 1898 , Le Lotus bleu, fvrier 1898, p. 409. 61 Annie Besant, luvre de la Socit thosophique , Le Lotus bleu, novembre 1897, p. 291.
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la frange nord. De 1886 1921 des sections se forment dans le monde et dautres encore aprs la Premire guerre mondiale 62 .
a)- Sections dans le monde

Il ny a pas encore grand-chose dire sur lAfrique, mais nous pensons que ce pays a un certain avenir 63 estime Annie Besant en 1906 lors de la reconnaissance de sa Section. LAfrique parat un peu le parent pauvre de la Socit ne prsentant quune Section dans lAfrique du Sud ; cest au travers des souvenirs de Mohandas Gandhi 64 que nous dcouvrons que ce dernier correspond, pendant son sjour en Afrique du Sud, avec Anna Kingsford, thosophe anglaise, et sassocie avec un groupe de chrtiens et thosophes [] avec qui, il lit la Baghavad 65 ; il y a une petite vie thosophique, dans le Sud du continent ; mme si Gandhi na jamais fait partie de la Socit thosophique, il a correspondu avec Annie Besant pendant longtemps, avant de reprendre sa succession la tte du congrs indien et a particip des runions de cercles thosophiques en Angleterre, lors de ses tudes de droit Londres 66 . En Afrique du Nord, trois Branches, la Yoga, la Fraternit et lUnion existent Alger, et deux Branches Alcyone et Dharma, Alcyone et Dharma ; en Tunisie Bizerte, Sousse et Tunis des Branches ont t formes ; Louis Dramard, qui est lorigine de la Branche franaise parisienne Isis, fait rgulirement des sjours Alger pour se soigner, do il crit son ami le docteur Autun 67 . Les Sections se forment dans les autres continents :

1886 Etats-Unis 1891 Inde

1912 Indonsie 1919 Mexique 1920 Brsil, Argentine, Chili, Alaska, Chine 1924 Canada Prou 1925 Uruguay

1895 Australie 1896 Nouvelle-Zlande

1905 Cuba, Costa-Rica


62 63

Carte des sections thosophiques dans le monde p. 97. Annie Besant, Le mouvement thosophique , R.T.F., aot 1906, p. 179. 64 Gandhi, Autobiographie ou mes expriences de vrit, Paris, P.U.F. 1964. 65 Louis Fisher, La vie du Mahatma Gandhi, Paris, Belfond, 1983, p. 68. 66 Infra mme Ch. mme paragraphe, 4- Quelques personnalits connues, influences par ces ides, p. 104-111. 67 Cf. Charles Blech, [Link]. p. 153-167.

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1909 Afrique du Sud

1926 Sri-Lanka

En Amrique, la thosophie a t accepte immdiatement avec un enthousiasme et une vivacit qui portent toujours en eux les germes dune certaine raction 68 . La Socit y est forme en 1875, New-York. Cest lavocat, William Judge (1851-1896), dj prsent lors de runions newyorkaises autour de Mme Blavatzky, qui a rpandu les ides thosophiques en Amrique 69 et met en forme lexcellente revue thosophique Le Path (le Sentier) 70 . La Socit lance en 1875, sommeille aprs le dpart des fondateurs vers les Indes, sa Section est reconnue en 1886, et prsente 68 branches en 1898 71 ; cette anne-l, Annie Besant y a donn une srie de confrences avec beaucoup de succs 72 ; San Francisco le thosophe Chatterji parle devant 2000 personnes trs attentives 73 . Au Canada, Toronto est la premire ville qui runit quelques thosophes en branche, la 54e en Amrique 74 ; puis cest en Alaska que L. W. Rogers donne une confrence pour faire connatre la thosophie 75 . En Amrique du Sud, des Branches se dveloppent graduellement, elles sont encore isoles et sans cohsion, mais cependant les ides se rpandent 76 . Cest par lArgentine que la Socit commence de simplanter en Amrique du Sud, la fin du XIXe sicle 77 ; mais les ides dHlne Blavatzky connaissent quelques difficults tre diffuses en raison de lopposition marque de lEglise catholique romaine, mais malgr cela, la thosophie pntre dans les classes cultives 78 .

Annie Besant, Le mouvement thosophique , R.T.F., aot 1906, p. 178. Cf. Histoire de la Socit thosophique jusqu la mort de Mme Blavatzky , traduction Diana Dunningham-Chapotin, opuscule dactylographi, et prt par lauteur. 70 Ibid. p. 10. 71 Echos du monde thosophique, Amrique , Le Lotus bleu, dcembre 1898, p. 343. 72 Echos du monde thosophique, Amrique , Le Lotus bleu, Juillet 1898, p. 173. 73 Echos du monde thosophique, Amrique , Le Lotus bleu, dcembre 1898, p. 343. 74 Echos du monde occulte , Le Lotus bleu, mai 1891, p. 212. 75 Echos du monde thosophique, Amrique , R.T.F., fvrier 1920, p. 383. 76 Annie Besant, Le mouvement thosophique , R.T.F., aot 1906, p. 179. 77 Echos du monde thosophique , Le Lotus bleu, fvrier 1898, p. 412. 78 Rapport de la prsidente de la S.T. , B.T., mars 1909, p. 23.
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68

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1886 1905 1919 1920

Etats-Unis Cuba, la Havane, Cota Rica Mexique Brsil, Argentine, Chili, Alaska

Le prsident Olcott se rend en Australie o une Section est reconnue, en 1895 ; la Section australienne publie sa revue Theosophy in Australasia, dont le sommaire est rgulirement donn dans la Revue thosophique franaise comme celui du New Zeland Theosophical Magazine, la revue thosophique de la Nouvelle Zlande. Charles Leadbeater visite les diffrentes branches de la Section no-zlandaise, en 1905 o il est lobjet de la plus chaleureuse rception 79 .

1895 Australie 1896 Nouvelle-Zlande

En Asie, les premiers pas des fondateurs seffectuent aux Indes et sment lenthousiasme dans les populations, par leurs propos sur lIndouisme et le Bouddhisme ; ds 1883 le nombre de branches aux Indes slve 43 ; puis, le colonel Olcott parcourt les contres de lextrme Est du continent ; il se rend au Japon, et de l vers lAustralie et la Nouvelle Zlande. LInde est la premire nation de ce continent, faire reconnatre une Section.

1891 1912

Inde Indonsie

1920 1926

Chine Sri-Lanka

Lide thosophique se rpand jusquau Siam et un peu en Perse ; il y a un heureux dbut en Chine o deux hommes (deux missionnaires chrtiens indpendants) accomplissent un excellent travail [] suivant lide thosophique et en accord complet avec la religion chinoise 80 .

79 80

Echos du monde thosophique, Nouvelle Zlande , R.T.F. mai 1905, p. 92. Annie Besant, Le mouvement thosophique , R.T.F., aot 1906, p. 179.

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b)- Un bilan mondial

Du petit noyau de onze personnes qui discutent et changent sur les phnomnes occultes dans le salon dHlne Blavatzky, New-York en 1875, la Socit thosophique semble phmre lorsquelle part sinstaller aux Indes en 1878. Quarante ans plus tard, elle est devenue une grande Socit qui compte de nombreuses Sections ou Socits dans le monde entier.

1875 1882 1886 1888 1900 1917

Socit Thosophique initiale de New-York Installation Adyar Etats-Unis Angleterre 8 Sections (La France est la 8e) 23 Socits nationales 1000 Branches 26.000 membres 81

On peut constater, ci-aprs, sur un planisphre, ltendue de la diffusion effective des ides thosophiques dHlne Blavatzky dans le monde, (LEurope ayant dj fait lobjet dun recensement sur une carte prcdente ny figure pas) :

81

Annie Besant, Elargissons notre horizon , B.T. N1 1917, p. 13.

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3- Convention mondiale annuelle et congrs thosophiques Peu peu les thosophes se retrouvent rgulirement pour changer, faire le point sur la diffusion des enseignements thosophiques, les mthodes de travail, les pratiques diverses, le dveloppement de la Socit en Europe et dans le Monde. Ils peuvent se retrouver, tous les ans, La convention annuelle de la Socit dAdyar qui se tient en fin danne civile ; lloignement du continent asiatique les incite se retrouver sur leur propre continent.
a)- La convention annuelle dAdyar

Cest Adyar que se tient lAssemble gnrale annuelle de la Socit, quelquefois cest Bnars ; la premire se tient en dcembre 1883, avec un rapport du Trsorier 1 , un rapport de leur position aux Indes qui semble inexpugnable, pas un nuage nobscurcissait lazur de notre ciel 2 et cest un avenir brillant et encourageant qui semble sannoncer pour les fondateurs mais, [note plus tard Henry Olcott], les dieux infrieurs jaloux prparaient dans lombre la foudre que Mra allait nous lancer dans peu de mois 3 . Avec le dveloppement des Sections, leurs reprsentants sont invits participer cette Convention lorsquils le peuvent, les Indes sont loigns de lEurope et de lAmrique o existent principalement, des filiales thosophiques. Un bilan du mouvement thosophique est prsent rgulirement, avec son extension, ses difficults, ses objectifs ; un compte rendu est publi dans le Theosophist, repris par la Revue thosophique franaise, puis par le Bulletin, ce qui permet aux thosophes franais dtre au fait des progrs et des avances, des difficults et des problmes qui se posent dans le monde thosophique. Ils en auront une image plus vivante au retour de leur secrtaire gnral Charles Blech, parti pour les Indes en dcembre 1910 assister la Convention dAdyar du 26 dcembre 1910 au 1er janvier 1911.
1 2

Cf. Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 412. Ibid. 3 Ibid. Il est fait allusion, ici, ce que les thosophes appellent laffaire Coulomb Infra, Ch. III Un mouvement thosophique franais, C- Retournement dun contexte favorable, 3- Hostilits externes, b) Les conclusions infmantes de la S. P. R. p. 433-436.

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Pour fter son jubil, en 1900, et se retourner sur ces vingt cinq annes dexistence de la Socit, la convention a lieu exceptionnellement, le 17 novembre, Bnars 4 . Cest un panorama de succs, dpreuves, de revers, dactivits diverses, couronns de triomphe, qui est prsent ; un bilan positif est retenu, avec la prsence de la thosophie dans 42 pays dans le monde, de 26 revues qui diffusent les enseignements thosophiques, dont 13 en Europe, de 607 branches dont 10 en Europe. Cest au cours de cette assemble du Jubil quest fait cette remarque, en France un nouveau zle se rveille, contrastant heureusement avec ce que nous y constatmes autrefois ; car la France tait alors, comme je lai dit quelquefois, le tombeau des branches thosophiques 5 ; un avenir serein qui va porter ses efforts sur un enracinement des fondations aussi solides que celles des Pyramides, [est envisag] car la semence du bon karma a t rpandue, faisant esprer une bonne moisson 6 .
b)- Les congrs

LInde est loin et les thosophes tablis en Occident ne peuvent sy rendre aisment pour des raison faciles comprendre ; ils se retrouvent entre membres de Sections de leur continent, organisent des Congrs thosophiques avec des appellations diverses ; cest au congrs de Paris, en 1900, que lide dassises priodiques en des points diffrents du globe a t souleve ; lloignement de lInde, la venue rgulire en Europe dAnnie Besant et de Henry Steel Olcott font envisager ces congrs internationaux sinon intercontinentaux qui pourraient se tenir successivement Melbourne, Londres, Chicago, Sydney etc. 7 ; ils peuvent tre universels comme en 1900 Paris, internationaux comme Amsterdam en 1904, ou simplement europens lorsque la Fdration des Sections europennes tient ses assises.

4 5

Echos du monde thosophique , R.T.F. janvier 1901, p. 381. 1900 Bnars, 27/12/1900, 25e anniversaire , R.T.F. mars 1901, p. 5. 6 Ibid. 7 Le congrs thosophique international de 1900 , R.T.F. juillet 1900, p. 163.

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1900 1903 1904 1905 1906

Paris Londres Amsterdam Londres Paris

1907 1909 1913 1921

Munich Budapest Stockholm Paris

Les congrs permettent de faire le point sur les progrs des ides thosophiques, de lexpansion des Sections dans le Monde. Henry Steel Olcott estime en 1900, que lre des temptes semblait close pour cette Socit, que le vaisseau qui portait ses destines marchait maintenant pleine voiles 8 . Aprs la tenue du congrs de Paris en 1900, dautres congrs vont suivre en Europe dont trois Paris avant la guerre, mais aussi Londres, Amsterdam, Munich, Budapest, Gnes, Stockholm. Congrs des Sections europennes de thosophie, congrs thosophiques internationaux, congrs de thosophie, la nuance est trs mince, il sagit toujours de se runir autour de la thosophie enseigne par Hlne Blavatzky et de lextension du mouvement quelle a entran ; mais Albert Dominique Courmes, lorsquil prvoit et organise le congrs de Paris de 1900, estime quil sagit dun Congrs de thosophie, le premier du genre, mme sil se passe dans un pays europen ; tandis que le congrs qui se tient Amsterdam en 1904 est appel 1er congrs international Thosophique des Sections europennes 9 . A deux reprises lAngleterre accueille des congrs thosophiques. En juillet 1903, le Congrs thosophique europen 10 , sous la prsidence dOlcott runit les secrtaires gnraux de Sections europennes, M. Fricke pour la Hollande, Pierre Bertrand pour la France, Mme Cooper-Oakley pour lItalie, Rudolph Steiner pour lAllemagne 11 . Un congrs thosophique fait quelque

Cf. Le congrs thosophique international de 1900 , R.T.F. juillet 1900, p. 162-166 et Supra Ch. IV La Socit thosophique, A- De la Section franaise la Socit thosophique, 1- La Section franaise, 1899-1908, p. 475-478. 9 Le 1er congrs international thosophique des Sections europennes , R.T.F. juillet 1904, p. 149-152. 10 Echos du monde thosophique, Angleterre , R.T.F. aot 1903, p. 204. 11 Fdration des Sections europennes , B.T. octobre 1903, p. 63. Le compte rendu du congrs thosophique europen de Londres, pour le B.T., est ralis en octobre 1903 ; lide de Fdration , envisage au cours de ce congrs est dj admise et le terme utilis pour ce

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chose de plus : il jette dans latmosphre des pays solidariss et de l, dans celle du monde, les produits les plus levs de la mentalit, de lart et de la science dont soient capables les M.S.T. assembls 12 . Le mouvement thosophique est mondial, mais les congressistes rflchissent sur lide de rassemblement europen, discutent et mettent en place une formation dans chaque Section, de Comits spcialement affects aux questions attenant la Fdration, un Bulletin de la fdration [] et des congrs annuels 13 . En 1905 le second Congrs de la Fdration des Sections thosophiques europennes se tient Londres sous la prsidence dAnnie Besant, le docteur Pascal reprsente la Section franaise ; un vent de guerre qui semble souffler sur lEurope toute entire [permet de souligner] que la thosophie proclame la ncessit dune paix universelle 14 ; des travaux sur les religions compares, sur le mysticisme et la Rose-croix, sur la clairvoyance, sur loccultisme et ses conditions ncessaires, sur luvre de Goethe claire par la thosophie, sur le problme social, sur le gnosticisme ont occup les congressistes pendant trois jours 15 . Trois congrs ont lieu en France au dbut du XXe sicle ; la grande guerre entrane un arrt de ces rassemblements qui reprennent en 1921. Le congrs thosophique de 1900, Paris, tait spcial lanne de lExposition Universelle, aussi avait-il le mme caractre duniversalit 16 . En 1906, le Troisime congrs de la Fdration des Sections thosophiques dEurope se tient Paris au Palais Washington, 14 rue de Magellan entre lArc de triomphe et lAvenue de lAlma, du 3 au 5 juin ; prsid par le prsident Olcott, il runit 6 Sections europennes ; un comit franais dorganisation, des sous comits se proccupent de lhbergement des thosophes, des exposition dart, des mmoires qui doivent faire lobjet des confrences et des dbats qui suivront ; fraternit, religion, occultisme, philosophie, science, art, sont au cur
congrs alors que cest en 1904 Amsterdam que se tient le Premier congrs de la Fdration des Sections europennes. 12 Second congrs de la Fdration des Sections europennes , R.T.F. aot 1905, p. 178. 13 Echos du monde thosophique, Angleterre , R.T.F. aot 1903, p. 204. 14 Ibid. p. 185. 15 Ibid. p. 183-189. 16 Ibid.

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des principaux sujet dinterventions ; un chur final clture le congrs 17 . Le congrs thosophique mondial prvu en 1915, Paris, na donc pas lieu, tant donn les vicissitudes de la guerre, et verra le jour en 1921. Un congrs thosophique europen se tient Amsterdam en 1904 ; cest loccasion de rappeler que les congrs sont loccasion de mettre en rapport rciproque les membres de la Socit thosophique de tous les pays, les porter changer entre eux, le plus possible, des communications verbales ou crites sur les sujets qui font plus particulirement lobjet de leurs tudes spciales, et de resserrer ainsi les liens de fraternit 18 . Rudolph Steiner, secrtaire gnral de la Section allemande, accueille Annie Besant en mai 1907 Munich, comme prsidente dhonneur du congrs thosophique. Elle ne manque pas de fliciter lAllemagne davoir en Steiner, un pionnier susceptible de faire grandement rayonner la thosophie dans son pays et ailleurs 19 ; elle en est remercie, puis elle parle de lpoque toute de trouble et de lutte [du moment et pense] que ce ntaient que les signes avantcoureurs de la dlivrance prochaine, de lenfantement du Christ dans lhomme 20 ; il est rapidement question du prochain congrs europen prvu en Hongrie. Budapest accueille le cinquime congrs thosophique fin mai dbut juin 1909 21 ; Annie Besant prside et ouvre ce congrs qui runit les Sections europennes dont la toute rcente Section russe, reprsente par Mme Anne Kamensky ; Rudolph Steiner parle avec son loquence ordinaire sur le Bouddha et le Christ ; [] Annie Besant fait allusion la venue relativement prochaine dun nouveau Messie [], nouvelle manifestation du Christ sur la terre 22 . Cette fois ci le congrs sachve avec une reprsentation thtrale. Les thosophes belges profitent de lExposition Universelle qui se tient Bruxelles en 1910, pour accueillir les thosophes europens ; il ne semble pas
17

Le troisime congrs de la Fdration des Sections thosophiques dEurope , R.T.F. juillet 1906, p. 129-161. 18 Echos du monde thosophique , R.T.F. juin 1904, p. 124. 19 Echos du monde thosophique, le congrs de 1907 , R.T.F. juillet 1907, p. 121. 20 Ibid. 21 Le rcent congrs thosophique , R.T.F. juin 1909, p. 116-117 et Echos du monde thosophique , R.T.F. juillet 1909, p. 150-152. 22 Ibid. p. 117.

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quil y ait eu congrs, proprement parler, mais trois langues sy sont fait entendre, suivant les orateurs, le franais, langlais et lallemand. [] le docteur Rudolph Steiner secrtaire gnral de la Section allemande qui intervient sur Les sources de la thosophie et les sciences naturelles des temps modernes a fait salle comble 23 . Les thosophes sont venus de toute lEurope au Palais des Arts de Bruxelles o ont eu lieu une srie de douze confrences publiques et gratuites 24 . Cest Turin 25 quun congrs des Sections europennes en 1911 est prvu, prside par Annie Besant ; cest Gnes qui finalement accueille les thosophes en septembre mais il ne sest pas ralis dans les conditions o il tait annonc [], des causes majeures et soudaines sopposrent ce que notre prsidente vint Gnes et elle en prvint aussitt le secrtaire gnral de la Section italienne ; le congrs en fut dcommand 26 . Malgr les contre ordres envoys, de nombreux thosophes venus dEurope se retrouvent et tiennent leur congrs. Annie Besant est nouveau attendue en Europe pour ouvrir le congrs thosophique qui se tient en juin 1913 Stockholm ; les difficults qui assaillent la Socit thosophique 27 sont balayes par les thosophes au cours de ce congrs ; le cadre de beaut quest Stockholm a contribu sans doute au succs du congrs [] 450 congressistes sont prsents 28 ; ils encouragent les responsables entriner une motion prsente par la prsidente quau lieu dtre exclusivement rservs la fdration des Sections europennes, les congrs thosophiques venir comprendraient, tous les sept ans, un congrs mondial, c'est--dire de toutes les socit thosophiques nationales du monde 29 ; une premire ralisation de ce genre de congrs est prvue Paris pour 1915 ; les vnements en dcideront autrement. Pendant la Grande guerre, la Socit dAdyar se soucie de ces thosophes qui se trouvent du ct des pays des Empires centraux et dont elle est sans
Echos du monde thosophique, les confrences thosophiques de 1910 Bruxelles , R.T.F. aot 1910, p. 262. 24 Ibid. 25 Echos du monde thosophique, tranger , R.T.F. juillet 1911, p. 212. 26 Echos du monde thosophique , R.T.F. octobre 1911, p. 289. 27 Infra Ch. VI- Une double condamnation, A- Une monte anti-thosophique, p. 591-627. 28 Aime Blech, Le rcent congrs thosophique de Stockholm , R.T.F. juin 1913, supplment p. I. 29 Echos du monde thosophique , R.T.F. juillet 1913, p. 154-155.
23

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nouvelles ; il se passera quelques annes avant de reprendre ces rencontres internationales en Europe, et de se retrouver Paris en 1921. Le Congrs de Paris de 1921 fait tat de 35 nationalits prsentes 30 . Malgr linterdiction romaine de 1919 31 le mouvement thosophique a maintenant sa place dans la vie intellectuelle du Monde ; il faut noter que ce congrs daprs guerre est dit congrs mondial de la thosophie ; Il ny a pas que les Sections dEurope qui se rencontrent mais bien des thosophes qui se runissent autour de la Thosophie , ce qui nempche pas les Congrs annuels de Sections ou de Socits davoir lieu et de prvoir un prochain congrs mondial pour 1928 32 . 4- Quelques personnalits influences par les ides thosophiques La porte de linfluence des fondateurs, de leurs ides, de la Socit et de ses membres, est importante et difficile mesurer. Les crits dHlne Blavatzky concernent lsotrisme, loccultisme, le spiritisme, les religions, la cosmogense et lanthropogense ont eu un impact sur des esprits divers. Les uvres dHlne Blavatzky ont t lues et diversement apprcies ; ses tributaires se montrent discrets certains jusqu lingratitude 33 . Ce qui est sur, cest quon lui reconnat davoir ouvert les portes de la pense orientale lOccident, davoir prsent diffremment la connaissances des ses philosophies religieuses et davoir favoris le renouveau du bouddhisme en Inde comme la dcouvert Frdric Lenoir 34 et lont remarqu Heinz Bechert et Richard Gombrich 35 . Deux personnalits connues, Mohandas Gandhi le non-violent, Alexandra DavidNel la premire femme avoir pntr au Thibet, et une autre personnalit connue par les coles anthroposophiques quil a laisses derrire lui, Rudolph Steiner sont en partie redevables, aux ides thosophiques dans la ralisation de leur destin et de leur vocation. Des scientifiques, des artistes ont lu la Doctrine secrte qui ne les a pas laisss indiffrents, parfois mme ils lui doivent
30 31

Echos du monde thosophique , R.T.F. juillet 1922, p. 679. Infra Ch. VI Une double condamnation, C- Une interdiction romaine, p. 639-661. 32 Premier Congrs mondial de la thosophie , B.T. octobre 1921, p. 115. 33 Nol Richard-Nafarre, op. cit. p. 567. 34 Cf. Frdric Lenoir, op. cit. 35 Cf. Heinz Bechert et Richard Gombrich, Le Monde du bouddhisme, [Link].

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beaucoup comme Alice Ann. Bailey, qui est, par certains auteurs, considre comme lun des prcurseurs du New age 36 .
a) Mohandas Gandhi (1869-1948)

Une figure, connue dans le monde entier, a t au contact des thosophes et a t influenc au cours de sa vie par Hlne Blavatzky et par ses crits, puis par Annie Besant ; cest le leader du mouvement national, aptre national et religieux de lInde 37 . Mohandas Gandhi est Londres Londres, la fin des annes 1880, pour achever ses tudes de droit ; sa rencontre avec des thosophes, Hlne Blavatzky et Annie Besant qui le stimulent pour connatre lhindouisme, 38 , a veill sa future vocation de librateur de lInde. Cest leur contact quil lit la Baghavad Gta, puis Lumire dAsie dEdwin Arnold ; La Clef de la thosophie me dbarrassa de cette notion illusoire rpandue par les missionnaires que lhindouisme ntait que pullulement de superstitions
39

; il ajoute que

lenseignement donn par Hlne Blavatzky, cest lhindouisme dans ce quil a de meilleur et il en discute avec les thosophes. En Afrique du Sud o il exerce sa profession davocat, la photo dAnnie Besant est sur son bureau ; de retour en Inde, javais lintention daller dabord Bnars prsenter mes respects Mme Besant 40 ; cest ainsi quil assiste, en 1916, linauguration du collge quelle a fond, Bnars, prend la parole, fait un discours qui suscite des remous . Cest lui qui se trouve la tte du Congrs indien aprs que la prsidence ait t assume par Annie Besant. Mme sil na jamais adhr la Socit thosophique il reconnat que la thosophie, cest le meilleur de lhindouisme 41 et rappelle que le mouvement politique de lInde vers lautonomie doit beaucoup aux membres de la Socit ; le congrs indien est n Bombay en 1880 42 et au dbut, les chefs de file taient des thosophes 43 ,
36 37

Gerhard Wehr, [Link]. p. 132. Petit Larousse illustr, 2001. 38 Louis Fisher, [Link]. p. 88. 39 Gandhi, [Link]. p. 88. 40 Ibid. p. 302. 41 Cf. Nol Richard-Nafarre, [Link]. p. 460. 42 Louis Fisher, [Link]. p. 123. 43 Cf. Gandhi, [Link].

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dont O. Hume 44 . La dimension humaniste de la Socit, exprime concrtement par le travail dHenry Olcott, dans le premier but former le noyau dune fraternit universelle de lhumanit, sans distinction de race, croyance, de sexe, de caste ou de couleur , pouvait interroger et convenir Gandhi, lhomme qui a pu constater le mlange des races parmi les responsables au sige de la Socit dAdyar 45 et qui reconstruit le mouvement nationaliste de Tilak [] puis va ranimer la fiert de lInde 46 .
b) Alexandra David-Nel (1868-1969)

Auteur succs, avec Voyages dune parisienne Lhassa, rdit au moment de sa mort, Alexandra David-Nel doit beaucoup la Socit thosophique qui joue un fil dAriane dans ses voyages mme si plus tard, beaucoup plus tard elle affectera de prendre ses distances avec cette Socit 47 . Elle a vingt ans lorsquelle est Londres en 1888 et rencontre des thosophes, assiste leurs runions, sintresse cet Orient quelle dcouvre ; elle est dans les premires lectrices de la Doctrine secrte et va se brler aux feux de loccultisme et de la rincarnation, de lsotrisme et de la mditation et de tout ce quexposait H.P. Blavatzky 48 . Au lieu de retourner en Belgique, chez ses parents, elle vient en France, hberge chez les thosophes parisiens ; je suis actuellement au sige franais, jai d rompre avec ma vie de famille cause de mon refus de quitter la S.T. 49 , participe aux sances de travail, rencontre la duchesse de Pomar, alias Lady Caithness ; elle suit les cours de Sylvain Levi et Edouard Foucaux au Collge de France, complte ses cours la bibliothque du Muse Guimet o elle peut lire Introduction lhistoire du bouddhisme dEugne Burnouf et affermit son enthousiasme pour lOrient 50 . Elle apprcie le mnage Coulomb qui lhberge et qui anime les runions thosophiques ; Coulomb est lme du petit cercle, bien second par Mme
Ibid. p.283. Ibid. p. 569. 46 Louis Fisher, [Link]. p. 119 et 123. 47 Jean Chalon, Le Lumineux destin dalexandra David-Nel, Paris, Perrin, 1985, p. 52. 48 Ibid. 49 Daniel Caracostea, Sjour dAlexandra David-Nel Paris ; Alexandra David Mr Mead, Boulevard Saint-Michel, 10 dcembre 1892 , Le Lotus bleu, dcembre 1986, p. 405. 50 Cf. Jean Chalon, [Link]. p. 55-82.
45 44

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Coulomb, cest la personne qui convenait un quartier central 51 . Elle correspond avec Annie Besant, au sujet des principes thosophiques, rincarnation, karma, ou sur les meilleurs heures pour la mditation, et puisque vous demandez tre admise, jai envoy les papiers Mr Coulomb 52 ; elle adhre la Socit en 1892 53 .

(Cette reproduction est reprise partir de louvrage de Nol Richard-Nafarre) Elle retrouve Annie Besant en Inde, lors de sa prparation de voyage pour le Tibet et Lhassa, va de centre thosophique en centre thosophique, Bnars, Adyar, profitant dune pension modique, et lui permettant de poursuivre ses informations sur lOrient. Un mois avant lintervention dAnnie Besant en 1911, elle donne une confrence la Sorbonne sur le problme dune morale laque efficace par les mthodes rationalistes du bouddhisme , souhaitant faire disparatre la mfiance de loccidental envers les religions dOrient 54 . A ce moment, si elle est alle dans
Daniel Caracostea, Sjour dAlexandra David-Nel Paris ; Alexandra David Mr Mead, Boulevard Saint-Michel, 10 dcembre 1892 , Le Lotus bleu, dcembre 1986, p. 406. 52 Ibid. 53 Une photocopie de son bulletin dadhsion est repris par Nol Richard-Nafarre dans son ouvrage, [Link]. p. 129. 54 Ibid, p. 161.
51

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lasie du Sud-Est, elle na pas encore t en Inde mais confirme sans doute ce quelle a appris au contact dHlne Blavatzky, des thosophes, et dAnnie Besant. Elle fait diter aux ditions Adyar, square Rapp, sige de la Socit thosophique de France, divers ouvrages dont La connaissance transcendante, les Enseignements secrets des bouddhistes tibtains, linitiation lamaque et lAstavakra Gta et LAvadhuta Gta. Sans Hlne Blavatzky qui a ouvert les portes de la pense orientale, point daudience pour Alexandra David-Nel qui marche dans son sillage tout oublieuse quelle soit den faire tat 55 , remarque Nol Richard-Nafarre.
c)- Rudolph Steiner (1861-1925)

Mme si Rudolph Steiner a rompu 56 avec la Socit thosophique, cette dernire a t, pour lui, comme un tremplin pour voluer et le conduire former cette Socit anthroposophique qui a fait des mules jusquen France, ce qui inquite le pre jsuite Lonce de Grandmaison, car Paris, sa correspondante, Alice Bellecroix a une influence considrable auprs des femmes, et a ouvert une loge steinrienne o elle montre la concordance de lenseignement catholique avec celui de son Matre 57 . Cest chez la comtesse Brockdorff que se runit un cercle de thosophes devant lequel Rudolph Steiner, spcialiste de Goethe, est invit donner une confrence sur Nietzsche ; apprci il est redemand parle de la thosophie dans loeuvre de Goethe et sentend avec les thosophes. Trs vite il va se trouver la tte du mouvement thosophique en Allemagne, comme secrtaire gnral de la Section allemande, et lui donner une grande ampleur ; il est second par sa compagne Marie de Sivers, traductrice des uvres dEdouard Schur, romancier franais, auteur entre autres des Grands Initis. Il est reu, en France, par le Docteur Pascal, secrtaire de la Section franaise, lors du congrs des Sections europennes de 1906, o il donne une intervention trs apprcie par ceux qui entendaient lallemand 58 .
55 56

Cf. Nol Richard-Nafarre, op. cit. p. 567-568. Infra p. 590-592. 57 .Lonce de Grandmaison, Lanthroposophie du Dr Steiner , Etudes, mai 1915, p. 181. 58 Congrs thosophique, Paris , R.T.F. juillet 1906, p. 169.

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Son loquence, la clart de ses thories font quil est cout avec beaucoup dattention, et au cours de lExposition universelle de Bruxelles il assure une confrence traduite en franais, sance tenante par le thosophe franais Eugne Levy, sur Les sciences naturelles du monde moderne et les sources de la thosophie, devant une salle comble 59 . Ses ides personnelles et quelques oppositions propos des philosophies religieuses orientales aboutissent une rupture avec la Socit thosophique et la fondation de sa propre socit anthroposophique 60 .
d) Alice Ann Bailey (1880-1949), et divers scientifiques, crivains, artistes

Alice Ann Bailey a vnr Hlne Blavatzky comme un modle , fait partie de la Socit thosophique au sein de laquelle elle a eu des dceptions et notamment avec lcole sotrique 61 . A lexemple dHlne Blavatzky elle entre en contact avec le mme sage tibtain , sen dfend quelque temps et reoit les premiers chapitres de son futur livre, Initiation humaine et solaire. Elle fonde lcole de lArcane, convaincue de poursuivre luvre de lauteur, par un travail spirituel en tant que tel, prire et mditation qui lui semblent plus importants quune accumulation de connaissances occultes 62 . Alice Ann Bailey est considr comme ayant beaucoup contribu formuler lattente du New Age, en replaant celui-ci dans la succession des cycles chre aux religions dAsie 63 , ce qui incite certains penser quHlne Blavatzky serait la grand-mre du New Age, ce qui peut paratre, un raccourci rapide et sans fondements srieux. Il semble quil existe beaucoup plus de personnes quon ne le pense qui ont pu tre influenc, consciemment ou non, par luvre et les ides dHlne Blavatzky au point quon a pu dire qu une thse serait ncessaire pour inventorier les liens directs, avous ou non, quentretiennent les divers courants de lsotrisme moderne avec le patrimoine doctrinal lgu par Hlne
Echos du monde thosophique, Allemagne , R.T.F. aot 1910, p. 263. Infra mme Ch. D- Une femme, prsidente de la Socit 5- Des difficults surmontes, b) En Allemagne avec Rudolph Steiner, p. 141-145. 61 Cf. Grard Wehr, [Link]. p. 118. 62 Ibid. p. 126. 63 Jean Delumeau, Mille ans de bonheur, une histoire du Paradis, Paris, Fayard, 1997, p. 404.
60 59

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Blavatzky 64 . Nol Richard-Nafarre a essay de runir tous ceux qui, de prs ou de loin ont bnfici de cette influence, artistes, scientifiques, sotristes, occultistes. Aprs avoir voqu les Camille Flammarion, Gaston Maspero, Thomas Edison, William Crookes qui ont admir les uvres dH.P.B., Il rappelle quEinstein prouvait que la matire et lnergie sont deux tats dune seule et mme chose, ainsi que laffirmaient les crits dH. P. Blavatzky, lesquels textes affirmaient de surcrot la divisibilit de latome 65 . Il achvera les dcouvertes de la dcennie prcdente en nonant sous forme mathmatique, le principe de convertibilit entre matire et nergie que lon trouve en toute lettres dans louvrage dH.P.B. 66 . Nol Richard-Nafarre a recens cette influence dans le monde des Arts ou de lhistoire de lart, jusqu veiller linspiration une autre dimension, dans lentourage thosophique de Gauguin et qui clt dans le groupe des peintres franais Nabis 67 . Une certaine influence est retrouve chez les crateurs artistiques, qui vont oprer la rvolution des arts plastiques, P. Klee, V. Kandinsky, P. Mondrian, Malevitch ; cest dans une monographie dont elle fait lobjet dans un catalogue dexposition sur le thme La Spiritualit dans lart :la peinture abstraite, 1890-1985, que le nom dHlne Blavatzky apparat presque tous les stades o sopre une rvolution dans les concepts et la sensibilit qui mnent de la priode symboliste lpanouissement de lart abstrait 68 . Thomas Edison, le pre du phonographe, du tlphone et autres inventions, et le colonel Olcott se sont rencontrs ; ils ont chang quelques propos au sujet du rationalisme, de loccultisme, du spiritualisme ; la conversation entre Edison et moi tomba sur les forces occultes et je fus extrmement intress dapprendre quil avait tent quelques expriences dans cette direction 69 ; Edison, de son

64 65

Nol Richard-Nafarre, [Link]. p. 577. Ibid. p. 574. 66 Ibid. p. 551. 67 Nol Richard-Nafarre, [Link]. p. 570. 68 Ibid. p. 569. 69 H.S. Olcott, A la dcouverte de locculte, [Link]. p. 444-445.

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ct est intress par les recherches des fondateurs de la Socit et leur adresse une demande dadmission dans la Socit, en avril 1878 70 .

(Extraite de louvrage de Nol Richard-Nafarre, ladhsion dEdison la S. T. en 1878)

Elle est aussi ressentie chez des crivains irlandais ; A moins de nier lvidence, on conviendra que le dmarrage du mouvement thosophique de Dublin y fut lorigine de la constitution dun groupe de jeunes intellectuels ; W. B. Yeats, T. S. Eliot, D. H. Lawrence, James Joyce, Henry Miller, sont repris par Nol Richard-Nafarre comme ayant t influencs ou parce quils ont fait partie de la Socit thosophique ou par les crits thosophiques dHlne Blavatzky ou par des conversations avec des thosophes.

D- Une Socit prside par une femme


Le dcs du prsident fondateur, Henry Steel Olcott, en fvrier 1907, laisse le sige de la prsidence de la Socit thosophique mondiale vacant. La succession est ouverte et les sections nationales sont invites ratifier le choix du candidat dsign par le prsident. Annie Besant est propose comme prsidente,
70

mais

ce

choix

soulve

quelques difficults. Son discours

Ibid.

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dinauguration parle dune volution pour la Socit, dune mise en pratique des enseignements thosophiques. La perception de quelques principes tablis par les fondateurs, est un peu bouleverse, en particulier lorsquelle justifie son engagement et ses activits politiques en Inde. Elle envisage la possibilit dun nouveau messianisme, bien accueilli par certains, avec circonspection par dautres. Quelques problmes Adyar, des difficults avec la Section allemande ont un certain retentissement sur la Socit. 1) Un sige prsidentiel pourvoir Le dcs dHenry Steel Olcott laisse un grand vide. Le vice-prsident de la Socit, Alfred Percy Sinnett, assume la vacance prsidentielle. Llection dAnnie Besant soulve quelques discussions, la nouvelle prsidente ayant lintention de runir dans ses seules mains, direction temporelle de la Socit et direction spirituelle.
a) Le dcs du Prsident Henry Olcott

Le prsident de la Socit, Henry Steel Olcott, quitte la terre le 17 fvrier 1907, Adyar 71 ; on ne meurt pas lorsque lon est thosophe, on prend cong, on rend son corps aux lments, on quitte son enveloppe physique, on quitte la terre pour une autre vie, dans le but de renatre, si lesprit a besoin de parfaire son volution sur terre : la mort nest quun incident priodique se renouvelant dans une vie sans fin 72 , suivant la loi de rincarnation. Celui qui a vou le reste de sa vie, la cause thosophique depuis 1875, laisse une Socit grer et administrer. En 31 ans, le petit groupe new-yorkais, dcid approfondir ses connaissances sur locculte et les rpandre, est devenu une Socit de 893 Branches, dans 45 contres du monde entier, Socit qui diffuse ses ides au travers de 42 revues et de milliers douvrages, avec laide et les conseils de celui que les thosophes appellent aussi le colonel
71 72

H.S. Olcott , R.T.F., mars 1907, p. 1. Un conseil de notre prsidente , B.T. N1 1918, p. 14.

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Olcott. Il laisse un dernier message ses amis quil supplie dimprimer tous les hommes lide quil nexiste pas de religion plus haute que la vrit et que cest dans la fraternit des religions que reposent la paix et le progrs de lhumanit 73 ; ce sont bien les principes de fraternit et de vrit qui importaient aux yeux de ces fondateurs. Il est incinr, ses cendres sont

rparties et dans la mer et dans le Gange, selon la coutume. Une statue est commande au mme statuaire qui avait sculpt celle dH.P.B, en 1891 ; elle va rejoindre la premire lentre du Quartier gnral dAdyar 74 . Sa disparition est douloureusement ressentie. Les thosophes perdent le fondateur, le conseiller et le protecteur de la Socit, et surtout celui qui a soutenu lauteur des ides thosophiques, celui qui la aide les rpandre dans le monde, le tmoin des annes quelle a vou la thosophie. En Inde il est reconnu comme celui qui a dfendu les religions locales, tout en respectant les autres ; lors de son incinration, les reprsentants des diverses religions qui se trouvaient sur les lieux exprimrent chacun leur reconnaissance des loyaux et utiles services 75 quil avait rendus et viennent lui rendre un dernier hommage. Alors que, pour la presse franaise, la disparition du prsident de la Socit thosophique, cest la mort du pontife de la thosophie, fondateur dune secte qui a de nombreux adeptes en Amrique, un assez grand nombre en Angleterre et, en France quelques quarterons 76 .
b)- La succession prsidentielle

En attendant llection dun nouveau prsident, larticle 27 de la constitution de la Socit met provisoirement lautorit prsidentielle dans les mains du vice-prsident de la S.T. qui est actuellement M. A.P. Sinnett 77 . Lami de longue date des fondateurs, celui quils rencontrent Bombay peu de temps aprs leur arrive en 1879, lditeur du Pioneer, le premier lieutenant dH.P.B., lauteur du Monde occulte et du bouddhisme sotrique, celui qui a favoris le dveloppement de la Socit en Grande-Bretagne. Alfred Percy
73 74

Discours Annie Besant , R.T.F. avril 1907, p. 59. Cf. Echos du monde thosophique, succession prsidentielle , R.T.F. mai 1907, p. 88. 75 Echos du monde thosophique , R.T.F. avril 1907, p. 57. 76 Le Petit Marseillais, 5 mars 1907, R.T.F. avril 1907, p. 54. 77 Echos du monde thosophique, discours dAnnie Besant , R.T.F. avril 1907, p. 60.

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Sinnett (1840-1921) prend le relais du fondateur dans ses tches de prsident, hormis la direction du Theosophist qu il [Olcott] passa Annie Besant, cest cette dernire qui le dirige actuellement 78 . Mme sil rend compte, de faon trs personnelle, des ides dHlne Blavatzky, dans son Esoteric Buddhism, ce livre est le premier ouvrage livrer, au monde occidental, la donne thosophique. Une grande reconnaissance lui est donc attribue pour cet ouvrage, mme sil lui est reproch le titre quil lui a donn, titre qui a tromp les lecteurs sur le contenu du livre ; ce nest pas lessence du bouddhisme qui est expos dans cet ouvrage, comme le titre pourrait le laisser supposer, cest un aperu de sa perception personnelle sur la donne thosophique enseigne par Hlne Blavatzky 79 . Il lui a t rendu hommage en tant que pilote de la barque thosophique sur locan de la pense occidentale 80 , son premier ouvrage Occult World (Le Monde occulte), amenant les lecteurs vers la lecture dIsis unveiled. Peu avant sa mort, la suite de manifestations de ses Matres, et dentretiens avec eux, le colonel Olcott laisse diverses circulaires et lettres [] dont certains contestent la validit 81 en raison de son tat, malgr un certificat mdical attestant de sa parfaite lucidit. Il ressort de cet ensemble quAnnie Besant est dsigne pour succder au prsident Olcott. Alfred Percy Sinnett semble contester cette dsignation et agir de faon cavalire, aux yeux de quelques-uns, suspendant de son plein gr, lexcution immdiate des volonts de ce dernier 82 ; avait-t-il envisag de succder cet ami de longue date ? Il a peut-tre espr tre dsign lui-mme et reprendre la fonction de gestionnaire quassumait son ami Olcott, laissant la direction de linterprtation et de la diffusion des ides thosophiques Annie Besant, tche quelle assume depuis le dcs dHlne Blavatzky. Ce quil remet en cause semble porter sur la dsignation dAnnie Besant par Olcott, alors quil ne lui reste
78 79

Echos du monde thosophique, succession prsidentielle , R.T.F. mai 1907, p. 88. Ce titre induit en erreur les personnes qui pensent que cet ouvrage est pionnier au XIXe sicle au sujet de lsotrisme, alors quil sagit de la thosophie dHlne Blavatzky vu par Alfred Percy Sinnett ; cette dernire a manifest son mcontentement la vue du titre retenu par Sinnett. 80 Cf. Le Thosophe illustr, Nol 1911, p. 15. 81 Echos du monde thosophique, succession prsidentielle , R.T.F. mai 1907, p. 88 82 Cf. Echos du monde thosophique. A propos de la vice-prsidence de la S.T. , R.T.F. octobre 1907, p. 252.

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que quelques semaines vivre et quil semble dj pass dans lautre monde. A ses yeux, Henry Steel Olcott naurait pas eu toute sa conscience lorsquil a dsign Annie Besant comme successeur.. De son ct, Annie Besant, ayant t charge de le reprsenter [Olcott] dans les derniers mois de sa vie, dirige provisoirement le Quartier gnral, avec lapprobation du conseil gnral 83 ; elle sestime dsigne et par le prsident dcd et par son Matre mais elle tient avoir laccord des membres de la Socit selon les articles 9, 10, 11 de la constitution 84 qui ont prvu et la dsignation par le prsident et la ratification par divers responsables de Sections. Elle demande donc la ratification par un vote des deux tiers du nombre des votants, [pour] prendre la charge officielle de la situation 85 ; les rsultats se font attendre, les votants sont rellement rpandus sur toute la surface de la terre et aussi parce que le mois de mai tout entier est laiss pour procder au dit vote 86 .
c)-Une prsidence temporelle et spirituelle

Une certaine agitation rgne, alors, parmi les membres, au moment de la ratification de la dsignation de la prsidente, en raison de la distinction qui a toujours t faite jusque-l, entre la direction temporelle et la direction spirituelle. Rien dans la constitution na prvu une telle situation 87 . Annie Besant, prsidente dsigne par Olcott, poursuivrait non seulement la charge spirituelle de la Socit, mais en reprendrait aussi la direction, en tant quadministrateur et gestionnaire. Un certain nombre de membres nont pas t favorables la rcente lection qui a t faite 88 ; ils apprcient la distinction des charges, un prsident pour lextriorit des choses et un responsable pour lintriorit, il est bon quil en ait t ainsi 89 . Pourquoi ne pas poursuivre la marche de la Socit sur le

83 84

Echos du monde thosophique, discours dAnnie Besant , R.T.F. avril 1907, p. 60. Echos du monde thosophique, succession prsidentielle , R.T.F. juillet 1907, p. 154. 85 Ibid. 86 Echos du monde thosophique, succession prsidentielle , R.T.F. mai 1907, p. 87. 87 Ibid. 88 D.A. Courmes, Le nouveau prsident de la Socit thosophique , R.T.F. juillet 1907, p. 131. 89 Ibid.

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mme schma se demande Dominique Albert Courmes ? Il cherche une explication, une raison qui a pu conduire cette situation ; dans la concentration actuellement intervenue des pouvoirs temporels et spirituels de notre Socit, il nous parat surgir une indication de renforcement dimpulsion et de direction dans les divers ordres dinstruction embrasss par la S.T. 90 . Cette dsignation est ratifie par les membres, par une majorit bien plus grande que celle qui tait ncessaire 91 ; Annie Besant est alors officiellement reconnue prsidente de la Socit thosophique 92 , et elle entend bien assumer la charge du poste lev de prsident de la S.T. 93 . La Socit, en quelques annes, sest dveloppe, sest enracine et solidifie; les qualits, la matrise de la nouvelle prsidente au niveau thosophique ne peuvent, aux yeux de Courmes, que la renforcer. Nous croyons, en vrit, que la concentration de pouvoirs temporairement mise dans les mains dAnnie Besant rpond un desideratum rel et quelle sera ainsi un bienfait, dabord pour la Socit thosophique et ensuite pour le monde 94 . Alfred Percy Sinnett accepte de rester vice-prsident sur la demande de la nouvelle prsidente, mais quelque temps plus tard, il prend parti la Socit et publie un article sur Les vicissitudes de la Thosophie , remettant en question la Socit, son pass et son avenir. Annie Besant lui demande alors de dmissionner, ce quil accepte ; elle nomme un nouveau vice-prsident 95 . Quatre ans plus tard, lincident semble tre clos ; Le Thosophe illustr de Nol 1911, publi sous la direction de Gaston Revel, consacre un article Alfred Percy Sinnett ; il y est reconnu comme lcrivain dont les uvres irradirent le monde occidental de la pure lumire thosophique . Les relations de la Socit avec Sinnett, ont repris un cours normal, il a repris ses fonctions de viceprsident de la Socit, la demande dAnnie Besant car peu de choses nous

Ibid. Annie Besant, Adresse prsidentielle, Londres, juin 1907 , R.T.F. aot 1907, p. 162. 92 Cf. D.A. Courmes, Le nouveau prsident de la Socit thosophique , R.T.F. juillet 1907, p. 130-132. 93 Annie Besant, Adresse prsidentielle, Londres, juin 1907 , R.T.F. aot 1907, p. 162. 94 Ibid. p. 132. 95 Cf. Echos du monde thosophique. A propos de la vice-prsidence de la S.T. , R.T.F. octobre 1907, p. 250-252.
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sparent et je suis convaincue quil vaudrait mieux pour notre travail que nous le poursuivions ensemble 96 . Diplomatie, communication, change, fraternit ont permis de mettre un terme aux diffrends qui avaient surgi. Pour que de telles difficults ne se reprsentent pas, Annie Besant prvoit que les lections suivantes seront faites semblablement, mais sur la dsignation du conseil gnral de la S.T., qui comprend principalement les secrtaires gnraux de toutes les Sections , sans doute pour viter une remise en cause de ltat du prsident avant sa disparition ; elle prvoit aussi que le mandat ne sera que de sept ans 97 .. 2- La prsidence dAnnie Besant Par ses expriences passes, sa formation auprs dHlne Blavatzky, ses changes avec les responsables de sections et sa venue dans les diverses sections europennes et mondiales, ses confrences, sa collaboration auprs du prsident Olcott, Annie Besant semble prte assumer la fonction quelle va occuper jusqu son dcs, son mandat de sept ans tant toujours renouvel, par vote. Elle largit lhorizon, le champ des activits thosophiques et pour ellemme et pour les membres de la Socit, prcisant que cest personnellement quun thosophe sengage ou sinvestit, en raison de ses ides quil souhaite transmettre, mais il ne sengage jamais au nom de la Socit.
a)- Annie Besant, (1907-1933)

De naissance anglaise, Annie Besant prsente un parcours de vie, tendu et vari ; elle passe du mysticisme au matrialisme, de lathisme et du socialisme la thosophie 98 .

Echos du monde thosophiques , R.T.F. septembre 1911, p. 254. Echos du monde thosophique, succession prsidentielle , R.T.F. juillet 1907, p. 154. 98 Deux biographies ont t ralises sur Annie Besant. Aime Blech, Annie Besant, Un abrg de sa vie, Paris, Socit thosophique de France, 1918, 84 p. et S. Glachant La vie dAnnie Besant, Paris, Editions Adyar, 1948, 152 p.
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96

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(extraite de La vie dannie Besant de sylvie Glachant)

Orpheline de pre trs jeune, leve par sa mre, forme au niveau scolaire par la sur du romancier Marryat, elle est intelligente et cultive. Marie au pasteur Frank Besant avec qui elle a deux enfants, elle sinstalle Cheltenham ; elle se met douter de sa religion, sinterroge sur quelques dogmes sans recevoir de rponses satisfaisantes ; aussi est-elle mise en demeure, par son mari, de croire et de pratiquer sa religion comme tout le monde ou de partir ; cest la dernire solution quelle choisit, emmne ses enfants, mais doit redonner leur fils son pre, elle-mme gardant leur fille. Pour subvenir ses besoins et ceux de sa fille, elle est cuisinire, crit des contes pour enfants et des articles de presse. Cest une vie de travailleuse, dtudiante, dcrivain, de militante socialiste, quelle va connatre Londres avant de faire lanalyse de la Doctrine

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secrte dHlne Blavatzky en 1888, pour une revue londonienne, ce qui lui donne loccasion de rencontrer lauteur de louvrage et de dcouvrir la thosophie ; trs intresse par ces lectures, ces propositions nouvelles, elle se forme aux ides thosophiques auprs dHlne Blavatzky et partir de ce moment, voue sa vie la Thosophie, seconde le prsident Henry Steel Olcott, rejoint lInde, Bnars o elle sinstalle, tout en compltant ses connaissances et en les diffusant ; son pass de militante ne sarrte pas avec son adhsion la Socit thosophique, elle participe au dveloppement social et ducatif des femmes et des enfants hindous, la marche vers lautonomie de lInde ; elle revient rgulirement en Occident, toujours vers son pays natal et de l, avant de reprendre la mer pour les Indes, elle passe par dautres pays europens o des thosophes la rclament. Elle fait son tour dEurope en aroplane en 1927 et assure ses nombreuses interventions jusquen 1928, puis dcde Adyar en 1933, elle a 84 ans 99 . Aprs avoir lu et analys La Doctrine Secrte, elle est convaincue par lintrt de ces ides thosophiques, adhre la Socit et diffuse ces enseignements ; elle est alors, difficilement accepte par quelques thosophes anglais, avec ses pais souliers lacs, sa jupe courte pour viter la boue des rues sales de lEast End, son foulard rouge, ses cheveux coups, la tenue enfin dAnnie la militante 100 . Aprs le dcs dHlne Blavatzky, elle est en mesure de travailler avec le prsident Olcott, en tant que responsable de la diffusion de la thosophie ; le Parlement des religions de Chicago en 1893, lui en donne rapidement loccasion 101 ; cest travers le monde quelle intervient, que ce soit Londres, aux U.S.A., en Italie, ou Paris et ses confrences sont un succs ; elle reprsente le prsident Olcott dans divers congrs en Europe. Entre ces voyages, elle vit Bnars, dans cette petite Maison des sages que Pierre Loti a dpeinte pour les lecteurs de la Revue des deux Mondes et
99

Cf. Ch. IV- Un mouvement thosophique franais, D- Vers une Section franaise, Les confrences dAnnie Besant p ; 459-465, et Ch. V- la Socit thosophique de France, B- Une socit qui rayonne, 3- La Prsidente mondiale la Sorbonne, p. 526-533. 100 S. Glachant, La vie dAnnie Besant, [Link]. p. 95. 101 Infra Ch. IV Un mouvement thosophique franais, p. 411-415 et Ch. V La Socit thosophique de France, 474-589.

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dans lInde sans les Anglais 102 ; elle travaille sur la philosophie religieuse Hindoue, au milieu de thosophes qui mditent, travaillent des livres de sanscrit renfermant les arcanes du brahmanisme que les Sages sefforcent de comprendre, descendants de philosophes merveilleux par un long atavisme de mditation et de prire ; ils doivent avoir acquis des subtilits de perception. Une femme, une Europenne a pris place, charmante, austre, frugale 103 . Elle publie ses travaux sur lOrient, livre ses rflexions personnelles, sur la vie, sur la religion hindoue et son thique, sur lsotrisme du christianisme. Une trentaine douvrages, des articles, des publications de ses interventions les plus remarques, Londres ou Paris, lui permettent datteindre les thosophes du monde entier ; ces enseignements assurent le complment de formation, les connaissances thosophiques de tous ceux qui le dsirent. En Inde, au plan ducatif, sur un terrain concd par le Maharadja de Bnars, et grce des dons, elle fait construire le College Central Hindou de Bnars qui devint le noyau de lUniversit hindoue, et fonde des coles pour les filles ; elle contribue organiser le scoutisme en Inde, reoit Baden Powell, et continue de consacrer sa vie entirement au service de lhumanit 104 et de la thosophie.

b)- Une prsidence dynamique (1907-1933)

Annie Besant est age de 59 ans la succession dHenry Olcott, elle assume alors pendant vingt-six ans la responsabilit de la Socit ; elle parcourt le monde, donne des confrences, prside ou intervient dans des congrs, rdige des ouvrages et des articles repris dans les Revues thosophiques des diffrentes Sections. En France les thosophes se rjouissent de cet tat de fait, ils ont souvent entendu et vu leur nouvelle prsidente, lors de ses passages Paris, ont pris connaissance de ses interventions diverses ; Annie Besant nest pas
Cf. Pierre Loti, Chez les thosophes de Madras et La maison des sages , RddM, fvrier 1903, p. 481-514 et 721-742. 103 Pierre Loti, Vers Bnars, VI- La maison des sages , RddM, fvrier 1903, p. 511. 104 Annie Besant, A mes frres et surs de lInde , B.T. N3 1917, p. 90, et S. Glachant, La vie dAnnie Besant, [Link]. et Aime Blech Annie Besant, Un abrg de sa vie, [Link]..
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seulement un orateur incomparable, un crivain admirable, un philosophe de premier ordre et un occultiste accompli ; elle est aussi une moralit avance, un cur immense, en un mot et pour le moins un grand caractre 105 . Pour eux, la concentration des pouvoirs dans ces mains uniques semble ne pas poser de problme mais au contraire tre un bienfait et pour la Socit et pour le monde. De nouveaux objectifs sont proposs ; de son ct, Annie Besant sinvestit auprs des Hindous, pour obtenir du gouvernement davantage dautonomie. Peu aprs son lection Annie Besant met une Adresse prsidentielle , au cours de la Convention de la Section britannique lintention de la Socit, ses chefs, ses membres. Elle raffirme que le rle de la Socit est bien de proclamer et de rpandre au loin la Thosophie, la sagesse divine, la Gnose, la Science Hermtique, le Fait unique et suprme, Vrit de toutes les vrits, Lumire de toutes les lumires 106 . Elle reprend le premier but concernant la Fraternit et la tolrance lendroit de toute religion, race, sexe, couleur, race, elle rappelle la possibilit pour chacun de penser par lui-mme la lumire de ces enseignements, la Socit nimpose pas ses membres les vrits par lesquelles elle vit elle-mme 107 . Elle va donner une nouvelle impulsion partir de lorganisation bien rde mise en place par Henry Steel Olcott. Annie Besant rappelle que la thosophie ne doit pas nous offrir seulement un ensemble de vrits morales, un faisceau de mtaphysique et dthique, un abrg de dissertations thoriques ; la thosophie doit tre mise en action 108 . Elle demande aux adhrents daller audel de ltude thosophique, dy ajouter une mise en pratique ce ces enseignements dans toutes les branches de lactivit humaine dirige vers le bien 109 . Elle ne dvie pas de cet objectif et le rpte encore pendant la guerre : La thosophie nest pas seulement un ensemble de doctrines, mais une attitude en face de la vie 110 , ce qui est un appel autant de mises en pratique que dtudes. Le choix des activits est laiss linitiative des thosophes, du
D.A. Courmes, Le nouveau prsident de la Socit thosophique , R.T.F. juillet 1907, p. 130131. 106 Annie Besant, Adresse prsidentielle, Londres, juin 1907 , R.T.F. aot 1907, p. 162-166. 107 Ibid. 108 Quelques conseils pour la vie de chaque jour , B.T. juin 1908, p. 66. 109 Annie Besant, Adresse prsidentielle, Londres, juin 1907 , R.T.F. aot 1907, p. 165. 110 Annie Besant, Thosophie et Imprialisme , R.T.F. dcembre 1916, p. 241.
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moment quelles permettent dexprimer les ides thosophiques, sur les questions du jour, de vivre pleinement les enseignements, de mettre en accord ses actes avec ses penses. Elle ouvre lhorizon, avec des implications possibles de faon vaste, quil sagisse dhumanitaire, de social, dducation, de connaissances sur les religions, philosophies, science occultes approfondir, ou des trois buts thosophiques prciser, chacun en profondeur. Elle termine son intervention en demandant laide de tous pour partager le fardeau du travail faire ensemble, en faisant connatre leurs suggestions, leurs dsaccords quand ils se prsentent. Cette proposition, concernant la mise en pratique des enseignements thosophiques, entrane quelques discussions chez les thosophes franais. Des champs trs diffrents doivent tre labours ; des mthodes diffrentes doivent tre suivies ; une uvre trs diverse doit tre faite 111 devient sujet de rflexions et ils ont des avis partags sur la question 112 ; certains se mettent au travail, des ligues se forment, pour faire de la thosophie pratique, diminuer lensemble des misres humaines, adopter la thosophie aux formes utiles de la vie journalire 113 . Quelques thosophes font connatre leur propre investissement dans certaines associations o ils se sont efforcs dintroduire quelques principes de morale thosophique. M. O. Boulet tmoigne de son activit au sein de lAssociation des ouvriers du XIVe arrondissement , M. Heydet signale la Confdration humanitaire internationale , tandis que dautres proposent un projet dorganisation gnrale dune Ecole de service qui pourrait satisfaire tous les besoins et sappliquer une ligue quelconque 114 . Un cadre est donn pour les animer dun commun esprit 115 , avec un conseil central, national, provincial, local, anims dun mlange de dmocratie et dautocratie 116 . Dautres jugent quil serait prfrable en Europe et dans notre pays en particulier, o dj de nombreuses Socits philanthropiques, moralistes et pdagogiques existent,
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Anniversaire et convention de la Socit thosophique , B.T. mars 1908, p. 28. LOrdre du service dans la Socit thosophique , B.T. juillet 1908, p. 74. 113 Ordre de service dans la Socit thosophique , B.T. mai 1908, p. 56. 114 Discussion sur lordre de service , B.T. novembre 1908, p. 97-98. 115 Cf. LOrdre du service dans la Socit thosophique, Notification , R.T.F. mai 1908, p. 65-71. 116 Formation des ligues , B.T. mai 1908, p. 56.

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telles que les socits de bienfaisance, les unions anti-alcooliques, des libres penseurs et libres croyants etc., etc., de collaborer activement ces socits pour y infuser la vie spirituelle thosophique, mais sans tiquette thosophique 117 . Certains prfrent former des ligues indpendantes, tandis que dautres sinvestissent dans des ligues dj existantes. Chaque membre a opt pour la conduite de son choix. Limportant tait dagir individuellement et non pas au nom de la Socit. Elle participe, comme ses prdcesseurs, la rnovation de lide religieuse en Inde, lducation des jeunes Hindous par la fondation de collges, et sattire alors la malveillance de missionnaires chrtiens catholique et protestants dont elle contrecarrait ainsi les efforts. Comme Hlne Blavatzky dailleurs, notre prsidente sopposait nettement la propagande des missionnaires [] ; elle parle de protection donner contre la perversion du christianisme ; cette perversion nest autre que la propagande intempestive faite en faveur du christianisme, chez les Indous qui en fait de religion ont celle qui leur convient 118 ; elle sattaque aux prjugs de castes, au mariage des enfants, aux questions sociales, aux injustices anglaises et sattire le ressentiment des Indous orthodoxes. Elle rsume elle-mme son champ dactivits tant au point de vue thosophique quau plan social, aprs quelques annes passes aux Indes. Depuis mon entre dans la Socit Thosophique, jai encourag le point de vue le plus large, et tandis que jai pris ma bonne part de luvre qui consiste rpandre les enseignements thosophiques dans le monde entier, jai aussi particip vigoureusement au travail extrieur pour lducation et pour beaucoup de rformes sociales telles que, dans lInde, le mariage des enfants, la rforme du systme des castes ; en Angleterre, labolition de la vivisection, les rformes en matire de pnalit, la justice envers les races de couleurs, lintroduction du fdralisme dans lEmpire et dun systme lectoral qui psera les ttes aussi bien quil les dnombrera 119 . Ce quelle fait est destin imprgner la vie publique de thosophie, et elle estime que ces deux activits, la propagation des
117 118

Lordre du service dans la Socit thosophique , B.T. juillet 1908, p. 74. Aime Blech, Notre prsidente et les vnements actuels , B.T. N3 1917, p. 85. 119 A. Besant, Extrait du Bulletin dAdyar , B.T. N1 1915, p. 9-10.

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enseignements thosophiques et lapplication de ces enseignements la vie publique, sont complmentaires.


c) Une activit politique

Au-del de ses activits sociales, elle sengage auprs des Indous dans leurs relations avec les Anglais, afin de les aider obtenir davantage de participation aux prises de dcision dans les affaires du pays ; cest au sein du Congrs national indien, quelle accompagne leur marche vers davantage dautonomie pour lInde 120 . Se heurtant aux prjugs de couleur si tenaces chez nos frres anglais , elle fonde le New India, quotidien qui avait pour but dtudier les question sociales, de combattre les superstitions hindoues, les injustices anglaises, de rveiller enfin la conscience nationale endormie, de prparer laffranchissement de lInde, non pas en complotant contre lAngleterre, mais loyalement en faisant appel au concours de la grande nation mre 121 . Au moment du conflit europen, elle conseille les Indous vers une forme de loyalisme lgard de lAngleterre. Annie Besant est partisane dune participation effective des Indous auprs des troupes anglaises en Europe, en change de promesses leur gard pour un statut plus quitable et plus autonome. Puis elle forme une nouvelle association politique qui, par une propagande instructive, doit mener au grand but : le gouvernement autonome de lInde, comme partie de lEmpire britannique. La grande institution connue sous le nom de Congrs national fonctionne rgulirement depuis trente ans, mais la plupart de ses ptitions ont t rejetes par le Gouvernement 122 . Elle relate ces prises de position, les commente dans les deux journaux quelle a forms le New india et le Commonweal 123 . Annie Besant estime que lInde apporte un appui nergique lEmpire par ses soldats, par son extrme gnrosit financire et labandon de ses

Cette dernire activit fait dmentir ce quon peut lire parfois sur les rapports troits [que la Socit peut avoir] avec les intrts anglo-saxons dans le Monde et en particulier dans lEmpire des Indes . Cf. Commentaire de Ren Alleau daprs Ren Gunon, Occultisme , Encyclopedia Universalis et Ren Gunon Le thosophisme [Link]. p. 287. 121 Aime Blech, Notre prsidente et les vnements actuels , B.T. N3 1917, p. 87. 122 Mme Besant et la politique , B.T. N1 1916, p. 9. 123 Infra p. 130-134.

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propres griefs. Pendant la guerre, 1.300.000 Indiens prirent les armes et combattirent vaillamment dans les Flandres et au Proche-Orient ; plus de 100.000 dentre eux trouvrent la mort 124 . Les Indiens espraient quelque avantage de la part du gouvernement anglais ; et en retour on agit mal avec elle ; on [leur] refuse Lahore, un Conseil et une Haute Cour pour les Provinces Unies par la promulgation dun Acte de dfense publique qui permet la Police darrter certains indignes. 125 . Devant la position anglaise, elle continue de travailler au sein du Congrs indien ; elle accomplit son objectif en accord avec le droit constitutionnel de la Grande Bretagne, mais ses activits drangent le gouvernement anglais de Madras
126

. Comme Annie Besant, les thosophes

peuvent sinvestir dans des activits, mais titre individuel et non en tant que membre de la Socit thosophique 127 . Au milieu de la guerre, en 1917, Annie Besant et deux thosophes dAdyar sont assigns rsidence en dehors de la ville de Madras, soumis la censure et interdits de toute publication, par le gouvernement anglais 128 . Elle pensait voir seulement son journal interdit, mais se voit assigne rsidence et rduite au silence de paroles et dcrits, par des arrts pris conformment la loi indienne qui autorise ces mesures non seulement contre toute personne qui, de lavis des autorits civiles ou militaires, aurait agi dune faon prjudiciable la Scurit publique, mais aussi contre toute personne qui serait sur le point dagir de cette manire 129 ; elle na, semble-t-il son point de vue, rien fait contre cette scurit publique, mais du fait de ses activits auprs des Hindous pour se dfendre contre la redoutable puissance de lautocratie contre la suppression du droit de libre discussion des problmes urgents de lheure, politiques ou autres 130 ; le gouvernement anglo-indien se sent atteint dans ses propres objectifs ; mon crime rel, cest que jai rveill dans lInde la

Inde , Michel Mourre, Dictionnaire encyclopdique dhistoire. Annie Besant, La Fraternit et la Guerre , R.T.F. juillet 1915, p. 361. 126 Aime Blech, Notre prsidente et les vnements actuels , B.T. N3 1917, p. 87-88. 127 Annie Besant, La Thosophie est-elle incompatible avec la politique , R.T.F. aot fvrier 1914 p. 245-249. 128 Tlgramme dAdyar , B.T. N2 1917, p. 41. 129 H. Baillie-Weaver, Vahan, aot 1917, B.T. N 3 1917, p. 97. 130 La thosophie et la politique de New India , (daprs le Theosophist de septembre 1917), R.T.F. dcembre 1917, p. 232.
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124

125

conscience nationale qui tait endormie 131 estime-t-elle. Cest Otacamund, dans les hauteurs de Madras, quelle est interne et, ne supportant pas laltitude, elle est conduite Coimbatore ; cest sur un chemin de fleurs et le passage de ses collaborateurs, amis, serviteurs quelle prend le chemin de lexil 132 . Des secrtaires gnraux de Sections essayent dintervenir Londres auprs des responsables politiques qui soccupent des affaires indiennes pour essayer de faire annuler les arrts de Madras sans succs ; ils tentent dobtenir quen tant que Prsidente de la Socit thosophique, elle puisse crire des articles, des messages, des adresses aux membres de la Socit ; mais toute activit de publication lui est interdite ; ses articles de journaux, ses activits pour faire obtenir le Home Rule en faveur de lInde est considre comme dangereuse pour la paix de LInde anglaise 133 . Il lui est finalement propos dexercer son activit de rdactrice pour les publications thosophiques uniquement, mais pralablement examines avant impression par un officier du Gouvernement ; elle refuse. Aprs quatre mois dassignation rsidence, elle est libre, sans conditions, et rentre en triomphe Adyar 134 . Dans sa premire allocution aprs sa libration, rien ne transparat de cet internement, si ce nest que subsistent, au milieu de la reproduction quen fait le Bulletin thosophique daprs lAdyar
135

Bulletin,

des

passages

Blancs ,

avec

la

mention

Censur

Ces vnements entranent quelques remous au sein de la socit. Deux questions peuvent se poser, la premire concerne Annie Besant, prsidente de la Socit thosophique et son engagement politique, la seconde pose le problme de la neutralit de la Socit lorsque sa prsidente travaille aux cts des Indous face au gouvernement anglais. 3- Socit thosophique, politique et neutralit

A mes frres et surs de lInde par Annie Besant, New India, 12 juin 1917 , B.T. N3 1917, p. 93. 132 Ibid. p. 110. 133 Ibid. p. 105. 134 Theosophist, Novembre 1917, B.T. N4 1917, p. 152-155. 135 Extraits du discours prsidentiel , B.T. N1 1918, p. 5-13.

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126

La Socit a toujours affirm quelle ne faisait pas de politique et quelle tait neutre. La position et les activits dAnnie Besant, son internement par le gouvernement anglo-indien, posent quelques questions.
a)- Une Socit qui ne fait pas de politique ?

Lorsque Henry Olcott soccupe de rgler ltat civil de la Socit auprs du gouvernement de Madras, en septembre 1883, il affirme dans sa lettre au gouverneur, E. F. Webster, au second paragraphe : nous nous sommes toujours absolument refuss nous mler de politique ou recommander une religion de prfrence aux autres 136 . Hlne Blavatzky et Henry Olcott ne font aucune allusion la politique ; celle-ci ne semble pas, apparemment, les intresser mais par contre la Socit thosophique nest pas indiffrente aux rformes sociales
137

; quant aux religions, il les tudie au niveau de leur

essence, de leur sotrisme, exprims dans leur textes sacrs, mais laissent toute libert chacun de suivre celle de son choix, estimant quelles dtiennent toutes une parcelle de vrit, puisquelles ont toutes une mme base commune. Sils ne se sont pas mls de politique, leur travail auprs des Hindous na pas t du got de tous 138 . Avec larrive la prsidence dAnnie Besant, les objectifs slargissent, les analyses au sujet de la politique et de la neutralit voluent. Si, titre personnel elle fait partie du Congrs indien, ce nest pas au nom de la Socit quelle sy est investie. Une nouvelle analyse cherche clairer les thosophes pour donner aux nouvelles gnrations toute libert dans leur recherche de la vrit, et de ne pas les enchaner par des principes fondamentaux et des traditions 139 . Jinarajadasa, thosophe indou, explique les raisons de la position dHenry Olcott, propos de la politique ; il reconnat quun dirigeant de la Socit, de Section ou de Branche ne se prononce pas sur les affaires politiques en cours. En ce qui concerne la politique, le colonel Olcott nous engage certainement la laisser strictement de ct, mais je voudrais faire remarquer que son conseil
Henry Steel Olcott, [Link]. 2e srie, p. 364. Cf. Hlne Blavatzky, La Clef de la thosophie, [Link]. p. 328. 138 Supra p. 60-65. 139 C. Jinarajadasa, La thosophie est-elle compatible avec la politique , R.T.F. aot 1914-fvrier 1915, p. 247.
137 136

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ne sapplique pas tous les pays ni toutes les poques, car, il le fait prcder de ces paroles dignes dtre notes, tout au moins dans des contres soumises un gouvernement despotique ou arbitraire quelque degr que ce soit ; ces paroles montrent de suite la raison pour laquelle il proclama la neutralit de la Socit thosophique 140 . Les fondateurs ntaient pas sujets britanniques et ont inspir des craintes au gouvernement anglais, do leur abstention de toute activit politique, bien quil [Olcott] regardt avec une chaude sympathie le rveil national de lInde 141 . Jinarajadasa quitte le sujet du statut de reprsentant dune Socit ou dune Section, pour celui de lindividu qui souhaite appliquer les ides dont il est convaincu au domaine de lactivit humaine ; pour un dirigeant, ne pas soccuper de politique, ce principe, serait intolrable 142 . Le rveil national indou intresse Annie Besant et elle souhaite le conduire aux cts des personnes concerns ; je rclamai la libert de faire en tant quindividu ce que je pensai tre de mon devoir vis--vis de lEmpire, c'est--dire dy revendiquer pour lInde une place, de travailler aux rformes afin dviter la rvolution, et demployer, lobtention de la libert pour lInde, linfluence que je possde aux Indes et en Angleterre 143 . De cet argument personnel, elle passe un argument collectif en faveur de la Socit ; est-elle contrainte demeurer neutre dans les grandes luttes qui marquent la fin dune re et le commencement dune autre ? 144 . Elle sempresse de faire des nuances et des mises en garde, car telle action qui convient un endroit ne convient pas en tel autre et donc nul prsident ne pourrait avoir le droit dengager collectivement la Socit 145 , une action ne pourrait lengager que par le conseil gnral, organisme directeur de la Socit 146 . Annie Besant, dfaut dengagement de la part de la Socit suggre une nouvelle orientation pour la Socit, quest le fait de prendre part
140 141

Ibid. Elargissons notre horizon par Annie Besant , B.T. N1 1917, p. 16. 142 C. Jinarajadasa, La thosophie est-elle compatible avec la politique , R.T.F. aot 1914-fvrier 1915, p. 247. 143 Ibid. p. 19-20. 144 Ibid. p. 21. 145 Ibid. p. 22. 146 Ibid.

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par une place prpondrante aux mouvements mondiaux qui prparent la venue de lInstructeur du Monde 147 . Elle reprend lobjectif de la Socit qui est, de par les enseignements dHlne Blavatzky, dclairer lHumanit, la faire voluer dans le respect et la libert et elle explique alors sa position dans son journal New India, si la Socit thosophique ne saurait sidentifier avec un but politique particulier, elle doit se mettre du ct de la Libert, condition du progrs humain, et sallier dans la solution des problmes politiques avec ceux qui rsistent la destruction de la libert humaine 148 . En formulant cette position, elle insiste sur le fait que son engagement nest plus personnel mais quil est plutt question dune prise de position en faveur de principes reconnus par la Socit, principes quelle souhaite voir appliqus. Et face , ce qui lui semble tre, de lautocratie manifeste par le gouvernement anglo indien lgard des Hindous, elle estime que la Socit se doit dtre du ct de ces derniers, pour prserver leur libert. Peut-on parler de changement de position, au niveau de la Socit ? En voquant les mouvements mondiaux, ainsi que ltat de dpendance des Indous vis--vis du gouvernement anglais, Annie Besant nengage-t-elle pas la Socit sur la scne politique ? En y ajoutant lventuel venue dun Instructeur, larrive dun nouveau Messie 149 , Annie Besant nengage-t-elle pas la Socit jouer un rle dans les vnements venir, sur la scne mondiale. Entre engagement personnel et neutralit de la socit, alors quelle en est prsident, sa position explique aux thosophes ne pouvait pas forcment tre comprise, ni accepte de tous ; certaines manifestations de dsaccord se rencontrent chez quelques thosophes.
b)- un engagement controvers

Quelques

thosophes

ragissent

devant

les

proccupations

et

occupations de leur prsidente, et devant ses engagements. Par exemple, H. W. Kirby sexprime librement dans le Theosophist ; il critique les activits de Mme
Ibid. p. 24. La thosophie et la politique de New India, 31 juillet 1917 , daprs le Theosophist de septembre 1917, R.T.F. dcembre 1917, p. 231. 149 Infra mme Ch., Mme paragraphe, 5- Messianisme et Krishnamurti p ; 134-139.
148 147

129

Annie Besant durant lanne dernire aux Indes, et lauteur prtend que ces activits engendreront la discorde et non lapaisement, Mme Besant ayant sans ncessit et avec une instance dplace mis en relief lostracisme contre les races de couleurs que les Anglais font aux Indes peser sur les Hindous 150 . Lorsquelle lance les deux journaux, New India et The Commonwealth, il sagit bien de pouvoir exprimer ses opinions politiques personnelles et une forme dengagement pour une cause, quelle estime juste mais qui soppose au gouvernement anglo-indien ; elle le fait en agissant personnellement comme elle la souvent fait dans le pass. Elle dsire bien mettre en pratique ses opinions politiques ; le problme rside dans le fait quelle est prsident dune Socit mondiale, que ses engagements risquent dtre assimils ceux de la Socit quelle reprsente. A nouveau, des thosophes sinquitent, sont troubls au sujet de rumeurs dagitation dans lInde ayant rapport au travail de Mme Besant pour ce que lon appelle Home Rule dans ce pays. Le soupon que cette action est considre comme sditieuse par les autorits de lInde, alarme tous ceux qui sentent que, si tout membre de la Socit thosophique doit tre entirement exempt dentrave quelconque en ce qui concerne sa conduite prive, la Prsidente ne peut se sparer de la Thosophie aussi aisment quun simple membre, lgard dun travail personnel qui lintresse 151 . Il y a eu engagement politique de sa part mais il na pas t fait, au nom de la Socit, mais au nom dAnnie Besant ; cependant tant donn son statut de prsident, ny a-t-il pas une confusion possible des genres, confusion mal comprise mais facile faire, entranant des dsaccords et des oppositions ? Dautre part Jinarajadasa a fait rfrence une position ventuelle de la Socit qui pourrait tre prise par le conseil gnral 152 . En rponse aux ractions de ces quelques thosophes, Annie Besant dcide de partager ses articles, ceux qui dsirent prendre connaissance de mon travail politique et social dans lInde peuvent lire le Commonweal et le New India qui ne
C. Jinarajadasa, La thosophie est-elle compatible avec la politique ? , Theosophist, juillet 1914, R.T.F. aot 1914-fvrier 1915, p. 246. 151 A. P. Sinnett, Le but du mouvement thosophique , B.T. N 3 1916, p. 100-101. 152 C. Jinarajadasa, La thosophie dans ses rapports avec la politique , R.T.F, septembre 1915, p. 402.
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portent pas ltiquette thosophique bien que ces publications soient, du moins je lespre, imprgnes de lesprit thosophique. [] A partir du 1er janvier 1915 le Commonweal sera imprim dans les bureaux du New India, il sera compltement spar des publications thosophiques 153 . Elle spare donc bien ses activits personnelles de ses responsabilits thosophiques Dun autre ct, ce travail fait en faveur du rveil de lInde fait natre de profonds sentiments de gratitude chez les certains Hindous cultivs 154 ; Mohandas Gandhi le considre comme une agitation brillante du Dr Besant en faveur du Home Rule 155 et va jusqu la considrer avec Tilak et les frres Ali, parmi les chefs politiques les plus puissants de lopinion publique 156 . Cette position de Gandhi est peut-tre un peu extrme dans la mesure o il a assimile Annie Besant des responsables de groupements dopposition au gouvernement anglo-indien qui navaient pas les mmes mthodes ni les mmes modes dexpression que ceux utiliss, dans des journaux et en assemble par Annie Besant. Il faut observer quil en va de mme avec le principe de neutralit. Annie Besant recourt, pendant la guerre une nouvelle explication de ce principe. Cette neutralit, observe au sein de la Socit thosophique, ne semble pas poser de problme Annie Besant au dbut de la guerre ; elle insiste pour quelle soit garde parce que nous avons aussi un certain nombre de serviteurs publics qui seraient compromis si le Gouvernement de lInde identifiait la Socit Thosophique dans son ensemble avec une ligne spciale duvre politique et de propagande 157 . Pendant la grande guerre, Annie Besant qui est anglaise, se sent concerne comme tant du ct des allis ; quelques thosophes napprcient pas ses prises de position, tant donn son statut de Prsidente dune Socit qui rassemble des hommes du monde entier, mls dans la bataille ; ses propos

Annie Besant, Theosophist septembre 1914, R.T.F. aot 1914-fvrier 1915, p; 280. C. Jinarajadasa, La thosophie est-elle compatible avec la politique ? , Theosophist, juillet 1914, R.T.F. aot 1914-fvrier 1915, p. 246. 155 Mohandas Gandhi, [Link]. p. 564. 156 Ibid. p. 573. 157 Extraits de la confrence de Mme Besant, 27 dcembre 1914 , R.T.F. aot 1914 fvrier 1915, p. 231.
154

153

131

lgard de quelques thosophes quelle qualifie de germanistes ou de germanophiles ne sont pas du got de tous. Van Manen maintient que le Theosophist tant une revue internationale, ne devrait contenir aucune allusion politique pouvant blesser les lecteurs qui ne sont pas de nationalit anglaise 158 . Des lettres parviennent de Sude faisant des objections sur les propos tenus par Annie Besant, au sujet de la guerre ; elle estime alors que lopinion sudoise est germanophile ; et ceux qui, en ce moment-ci, veulent le Theosophist incolore, entirement consacr des questions de paroisse, sont comme par hasard, tous germanophiles 159 . Dautres missives lui viennent du secrtaire gnral de la Section allemande qui proteste trs fortement contre lattitude prise par M. Sinnett et moi-mme en ce qui regarde le Bien et le Mal dans la lutte prsente 160 . Convaincue quelle ne pouvait rester en dehors de certains conflits, Annie Besant a souhait au cours de la guerre de 1914, largir lhorizon de la Socit, estimant que la neutralit ne figure nulle part dans lacte dassociation 161 et que donc si elle admettait cette neutralit celle-ci l avait souvent irrite et contre laquelle [elle stait] ouvertement rvolte 162 ; la logique des vnements ma force voir leur signification et a mis fin la prtendue neutralit. Nous lavons accept du colonel Olcott comme un axiome, alors que cest simplement un de ces ipse dixit qui ne lie personne 163 ; elle reprend alors la diffrence voque prcdemment par Hlne Blavatzky 164 , entre

lengagement collectif et lengagement personnel qui nimplique pas celui de la Socit laquelle on appartient. Lexercice de la neutralit, de la fraternit pose des problmes qui revtent une acuit toute particulire en temps de guerre, pour les membres dassociations internationales.

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Theosophist septembre 1914, Cf. R.T.F. aot 1914-fvrier 1915 p. 279. Annie Besant, Echos thosophiques , R.T.F. octobre 1915, p. 447. 160 Annie Besant, Adyar Bulletin, aot , B.T. N3 1915, p. 74. 161 Annie Besant, Elargissons notre horizon , B.T. N1 1917, p. 14. 162 Ibid. p. 15. 163 Ibid. 164 Hlne Blavatzky, La Clef de la thosophie, [Link]. p. 328

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c)- Une prsidente peut-elle sengager individuellement ?

Annie Besant, prsidente de la Socit thosophique, devait-elle renoncer ses engagements personnels, lorsquils concernent la politique ? Elle ny tient pas, toute sa vie elle sest engage aux cts des plus faibles ; aussi a-t-elle tenu prciser Tachez de faire comprendre au public que rien de ce que fait votre prsidente, soit dans son travail thosophique ou lextrieur nengage aucunement la Socit 165 . A ses yeux, ses engagements personnels, individuels, nengageaient pas la Socit. Elle souhaitait seulement imprgner la la vie publique de thosophie , et dans ce but sest efforce dorganiser les multiples activits [] afin quaucune activit puisse compromettre la neutralit de la S.T. 166 . Quant la guerre, elle a lev le dbat au niveau des principes 167 . On ne peut, au vu de ces vnements, la souponner de travailler aux intrts anglo-saxons dans lempire de lInde comme la fait Ren Gunon qui estime quant lui que la Socit thosophique travaillait pour lAngleterre 168 , que le thosophisme est surtout un instrument au service de limprialisme britannique 169 , et daller jusqu penser quAnnie Besant a jou un rle dennemie subtile et dangereuse du peuple hindou 170 .

4- Messianisme et Krishnamurti (1895-1986) Ds les dbuts de son mandat, avant mme que sa dsignation soit entrine par le vote des thosophes, elle voque les signes avant-coureurs de la dlivrance prochaine, lenfantement du Christ dans lhomme 171 , au congrs thosophique de Munich de mai 1907. Son objectif est prcis au congrs suivant Budapest, en 1909. Une association est forme pour faire
165 166

Annie Besant, Convention Adyar 27 dcembre 1914 , R.T.F. aot 1914 fvrier 1915, p. 231. Annie Besant, extrait du Bulletin dAdyar , B.T. N1 1915, p. 10. 167 Infra Ch. V- p. 595-597. 168 Cf. Ren Gunon, [Link]., Rle politique de la socit thosophique , p. 283-301 ; comme dans les autres chapitres, la S.T. ou ses responsables sont trs critiqus quoiquils fassent. 169 Ibid. p. 283. 170 Ibid. p. 287. 171 Echos du monde thosophique, le congrs thosophique de 1907 , R.T.F. juin 1907, p. 121.

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reconnatre ce nouvel Instructeur, prparer lentendement de ses messages par lhumanit toute entire.
a) Lide dun nouveau Messie

Annie Besant reprend certaines phrases dHlne Blavatzky dans Isis Dvoile et dans La Doctrine secrte, voquant un retour du Seigneur Maitreya ; pour que la nouvelle re de fraternit puisse se raliser alors que tant de malheurs rgnent sur la terre, il faut mieux prparer lavnement de grands faits qui doivent commencer bientt se raliser, savoir dabord la seconde venue sur terre du Chef suprme de toutes les religions actuelles, du Christ dantan, du bodhisatva de la race ; [pour elle], la Socit thosophique a un important rle remplir 172 , dans la venue relativement prochaine dun nouveau Messie qui doit consacrer le fate survenu de la civilisation actuelle et laube surgie de celle qui doit la remplacer 173 . Les thosophes, prsents au congrs, sinterrogent et voudraient en savoir davantage ; dans le troisime discours, elle (Annie Besant) abordait enfin le sujet capital du moment, la venue, par elle la premire annonce dune nouvelle manifestation du Christ sur la terre 174 . Les erreurs commises par les reprsentants officiels du christianisme doivent tre releves et le Christ, plus lev que Jsus dans la hirarchie des grands tres encore dvolus lhumanit, est, en fait, le chef de toutes les religions de la race et cest ce titre quil va agir de nouveau . Cette proposition va tre prcise, quelques mois plus tard, Paris. Dans une intervention rserve aux membres thosophes, en octobre 1909, elle voque le rle de la Socit, dans les quarante ou cinquante annes venir [], la prparation du prochain retour du Christ 175 ; cette annonce dun prochain retour du Christ est rpercute par Courmes aux thosophes franais 176 . Sous

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Annie Besant, Echos du monde thosophique , R.T.F. juin 1910, p. 124. Le rcent Congrs thosophique Budapest , R.T.F. juillet 1909, p. 151. 174 Ibid. 175 Annie Besant, Lavenir qui nous attend, le rle de la S.T. dans le prochain cycle , R.T.F. novembre 1909, p. 273. 176 Deuxime retour prochain du Christ , R.T.F fvrier 1910, p. 422 et Annie Besant Le retour du Christ , R.T.F. mars 1910, p. 1-13.

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quelle forme, comment, que faire pour favoriser son avnement ? Les questions sont poses le 24 octobre 1909 177 .
b)- Krishnamurti et lOrdre de lEtoile dOrient

Annie Besant dcouvre, chez un enfant qui lui a t confi pour son ducation Adyar, des qualits extraordinaires de sagesse et de bon sens ; cest le fils dun employ du domaine de la Socit ; orphelin de mre ; lenfant ainsi que son frre sont adopts, levs, forms, instruits Adyar. Rclams plus tard, par leur pre, une dcision du tribunal de Madras lui confirmera cette adoption. Devant la misre des enfants et particulirement de ceux qui sont orphelins, quelques occidentaux adoptent des Indous. Monseigneur Bonjean, archevque catholique, de la mtropole de Ceylan, avait conseill ladoption denfants bouddhistes en 1889, pour favoriser les conversions 178 , mais cette pratique pouvait exister et se pratiquer aussi chez les Anglais protestants. Annie Besant voit en cet enfant, Krishnamurti, le futur Messie. Ce philosophe indien, adopt par Annie Besant qui lemmena en Angleterre, devint le chef dune secte thosophique quil dcida de dissoudre en 1929. Par des tournes de confrences et des crits il se consacra lenseignement dune nouvelle philosophie du rel 179 . Lorsque Annie Besant vient Paris en 1911, elle est accompagne des deux enfants adopts, prsents ses confrences dont celle de la Sorbonne. La nouvelle dun retour possible du Messie sur terre devient publique ; pour la presse il sagit des tribulations du Christ futur , grand titre du Matin, donnant des informations incompltes et inexactes 180 estime Charles Blech. Il entend bien faire rectifier les erreurs au sujet des inexactitudes profres par le Times et reprises par Le Matin, concernant ladoption des enfants et les opinions de Charles Webster Leadbeater sur le sujet. Gaston Revel, directeur du Thosophe, regrette cet tat de choses malveillantes ; aujourdhui comme autrefois, les grands prophtes et les
Annie Besant, Le second avnement du Christ , R.T.F. novembre 1909, p. 279. Lettre de Mgr Bonjean, des Oblats de Marie immacule, archevque de Colombo , Les missions catholiques, 9/08/1889, p. 374. 179 Dictionnaire Larousse des noms propres, T. III, p. 1718 180 La Thosophie et la presse , Le Thosophe, 1er juin 1913, p. 1re et 2e col.
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grands instructeurs sont trans dans la boue et les attaques dont ils sont lobjet suffiraient [] nous prouver quils sont vraiment ceux en qui nous pouvons faire confiance 181 . Pour Annie Besant, lide de la ncessit dun Dsir , dun Prince de la Paix , se renforce avec les horreurs et les souffrances apportes par le conflit mondial ; et le fait que les instructeurs du monde sont toujours venus de lOrient 182 , ne peuvent que la rassurer dans son espoir. La guerre fait des ravages, le monde spuise, le matrialisme use les Nations et les hommes, le Christ viendra, apportant une nouvelle Vie, une nouvelle lumire la terre obscurcie par les larmes 183 ; il faut donc, pour elle, hter cette venue, lui prparer la route 184 , pour gurir le monde de ses plaies. Lide du Messie est lance et va peu peu prendre forme et ralit. La Socit publie le premier ouvrage, Aux pieds du Matre, en dcembre 1910, que sont les enseignements donns par le Matre K. H. Krishnamurti et destins au monde extrieur ; [] La traduction franaise du livre dAlcyone va tre bientt publie Paris 185 . Une association, LOrdre de lEtoile dOrient , est forme en 1911 ; elle a pour but de prparer le monde recevoir le Grand Instructeur qui viendra apporter une nouvelle forme denseignement thique 186 ; face la crise du matrialisme dans lequel le monde sembourbe, elle est destine favoriser lattente et laccueil de ce nouveau messie afin de prparer la voie pour la venue du Seigneur . Les thosophes estiment quune nouvelle re est en germe, quil faut hter sa ralisation, en prparant les esprits. Des revues, Bulletin de lOrdre de lEtoile dOrient, The Herald of the Star, permettent dinformer, transmettre les communiqus dAnnie Besant, protectrice de lOrdre ; messages sur cartes postales, toiles dargent mais aussi mditations individuelles, en groupes dans les branches, et en assembles gnrales

Ibid. Annie Besant, Theosophist novembre 1915, in Echos thosophiques , R.T.F. fvrier 1916, p. 544. 183 Annie Besant, Votre devoir , R.T.F. mai 1916, p. 55 184 Ibid. 185 Echos du monde thosophique , R.T.F. fvrier 1910, p. 483. 186 La Socit thosophique et lOrdre de lEtoile dOrient , Le Thosophe, 16 avril 1913, p. 1.
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annuelles aprs la grande guerre, Paris en 1921 187 , Ommen aux Pays Bas ensuite, compltent et entretiennent la prparation de lvnement. La branche Persvrance du Mans adhre lOrdre de lEtoile dOrient, envoie des rapports sur les runions sarthoises, concernant cette prparation de la venue du Grand Instructeur ; le prsident le commandant Charles Edmond Lemoine, la trsorire Marie Louise Colet, Anastasie Trouv font partie des 41 adhrents manceaux qui se retrouvent pour favoriser cette imminente arrive 188 ; dans le monde, lOrdre passe de 8.000 adhrents en 1912 189 70.000 en 1921 190 , tous ne sont pas thosophes. Cette affluence interroge ; que la crainte de la guerre, la guerre elle-mme aient sem un vent de panique et fait rpondre lappel dAnnie Besant, peut se comprendre, mais la guerre termine, les esprits ont pu sapaiser, mais les adhsions ont continu et le rassemblement dOmmen en 1927 comptait encore 3.000 personnes. Le retour dun Messie semblait possible et semble tre attendu. Pendant la guerre, E. Duboc recherche dans les crits dHlne Blavatzky dventuelles prvisions de ce nouvel Instructeur, rassemble diverses citations des volumes de la Doctrine Secrte et estime que lOrdre de lEtoile dOrient est lorganisation toute faite dont elle parle. Cette association est une activit de la Socit, un rameau, les membres ne sont pas obligs den faire partie, ni dadhrer lide avance par Annie Besant ; Socit thosophique et Ordre de lEtoile, sont deux mouvements indpendants.
c)- Le renoncement de Krishnamurti

Krishnamurti, nomm alors Alcyone, pressenti comme devant tre ce nouvel instructeur, admet ce statut jusquau jour o conscient des consquences possibles, prvient du danger et sexplique auprs des thosophes : vous difierez temple, religion, culte, dogme, vous serez prisonniers de cette

La runion a lieu dans la salle du thtre des champs Elyses, Theosophist, dcembre 1921. Journal des runions , archives de la Branche Persvrance , du Mans, Dossier N1. 189 Cf. Le Thosophe 1er avril 1912. 190 Communiqu M. L. Colet, 28 dcembre 1921 , Archives de la Branche Persvrance du Mans, Dossier N16.
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demeure, de ce temple 191 . Il demande que lOrdre de ltoile dOrient soit dissous le 3 aot 1929 et que toutes les organisations O. E. O. le soient aussi, ce qui a t fait. Lide dAnnie Besant seffondre ; Krishnamurti quitte Adyar, il y reviendra la fin de sa vie. Aprs sa demande de dissolution de lOrdre, il continue de donner des confrences dans le monde entier ; pour lui, la vrit est un pays sans chemins [] la vrit ne connat pas de limites, elle ne peut tre atteinte par des voies prdfinies et ne peut donc pas non plus tre organise 192 . Krishnamurti est considr par Grard Wehr, comme faisant partie des Matres spirituels de LOccident, malgr ses origines orientales ; son ducation au sein de la Socit thosophique, ses sjours en Occident, linfluence quil a sur ce continent lui laissent une place parmi ces Matres spirituels occidentaux.

5- Des difficults surmontes Au XIXe sicle, laffaire du mnage Coulomb se termine par un rapport diffamant de la S. P. R 193 . Au XXe sicle quelques affaires dchirent la Socit mais ne la mettent pas en pril. Il sagit de laffaire Leadbeater Adyar, et du conflit qui oppose Annie Besant Rudolph Steiner. Pour laffaire Leadbeater cest un journaliste de Madras qui rpercute rapidement laffaire au Times de Londres. En ce qui concerne le conflit entre Annie Besant et Rudolph Steiner cest Lonce de Grandmaison qui sinquite de la dangerosit de la thosophie, quelle soit nouvelle avec Steiner ou quelle vienne de Mme Blavatzky et rprecute par Annie Besant.
a) Laffaire de Charles Webster Leadbeater

191 192

Bulletin O. E. O. octobre 1927, p. 37. Grard Wehr, [Link]. p. 104. 193 Supra Ch. IV p. 435-439.

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Une affaire interne va diviser les thosophes dans le monde entier, entraner une assemble extraordinaire la Socit thosophique de France ; il sagit de ce quon a appel laffaire Leadbeater. Charles William Leadbeater (1847), prtre de lEglise dAngleterre,

sintresse aux phnomnes spirites et locculte ; il dcouvre la thosophie dans Occult World et Esoteric buddhism, les deux premiers ouvrages de Alfred Percy Sinnett, adhre la Socit en 1884. Il part pour lInde avec les fondateurs, o, la suite de la disparition de Damodar, il soccupe des archives de la Socit. Il travaille avec Alfred Percy Sinnett, au Pioneer, soccupe de son fils, en tant que prcepteur, crit des ouvrages thosophiques, de nombreux articles, rpond aux demandes et interrogations sur des questions concernant, linvisible, locculte, lenseignement de la thosophie aux enfants et donne des confrences 194 , dont quelques-unes Paris en 1900 et 1902. En 1907 il a quelques ennuis avec la justice de Madras devant laquelle il a d sexpliquer pour des avis donns une trs petite fraction de jeunes gens 195 , sur plainte de quelques parents ; les journaux sont peu prolixes sur la nature des faits reprochs Charles Leadbeater dans cette affaire, les termes utiliss restent ltat davis donns des adolescents. Un non lieu est prononc par la justice, des propos contradictoires, peu prcis sont repris par les dtracteurs de la Socit thosophique qui sempressent de montrer du doigt lincrimin et de le taxer dimmoral ; la suite de cette affaire il a promis de ne plus donner de tels conseils 196 , dornavant ; la crainte dune affaire grave sloigne et on se retrouve avec des conseils donns par un ducateur de jeunes adolescents face aux problmes de la pubert. Lagitation suscite par cette affaire, divulgue dans les journaux anglais dont le Times et reprise par les adversaires de la Socit thosophique entrane une crise, au sein de la Socit elle-mme. Une mise lcart est demande, jusqu un renvoi de ce membre comme ne devant plus tre admis dans la socit. Lorsque sa rintgration est demande, aprs la prononciation du non-lieu, cest surtout en Amrique et en Grande-Bretagne que des Branches tout en restant
194 195

C. W. Leadbeater par Annie Besant , Le thosophe illustr, Nol 1911, p. 14-15. Echos du monde thosophique, R.T.F. mars 1909, p. 27. 196 Assemble gnrale extraordinaire du 20 dcembre , B.T. janvier 1909, p. 2.

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thosophiques demandent leur indpendance, vis--vis de la Socit dAdyar ; elles ne souhaitent pas faire partie dune Socit qui admet un membre ayant donn de mauvais conseils de jeunes adolescents ; ces troubles nempchent pas la Socit daccrotre le nombre dadhrents, dans ces pays 197 . Annie Besant tente de remettre de lordre, aprs deux ans de convulsions ; cessez de critiquer, trop de gens anxieux de dcouvrir les fautes des autres et de les corriger quils nont plus le temps de soccuper des leurs 198 . Les commentaires et troubles sapaisent, quelques Branches et membres rsistent, une Section indpendante est forme pour la minorit dissidente ; cest Pierre Bernard qui en assume la responsabilit en France, ceux qui souhaitent sy rattacher doivent dmissionner de la Socit thosophique franaise 199 . En France, cest par une assemble extraordinaire en dcembre 1908 que la Socit thosophique de France entend mettre fin aux luttes intestines que cette affaire a dclenches. Il ne sagit pas de juger, ni de justifier les quelques conseils quil a cru devoir donner dans quelques circonstances 200 , mais de savoir si cet homme qui a promis de ne plus donner de tels conseils et qui demande sa rintgration dans la Socit est accept. A un trs grande majorit du Comit runi pour cette circonstance, le retour de Leadbeater dans la Socit Thosophique est admis et le comit fait appel lUnion et la bonne entente 201 .
b) En Allemagne avec Rudolph Steiner

Rudolph Steiner fait partie des personnalits qui ont t influencs par le mouvement thosophique, mais qui a suscit quelques rflexions et difficults au mouvement, en sopposant Annie Besant et en formant sa propre Socit anthroposophique. Trs apprci, il est flicit par Annie Besant au congrs de 1907, Munich, pour son organisation et le rayonnement de son travail dans le dveloppement de la Socit en Allemagne 202 .
197 198

Cf. Rapport de la prsidente de la S.T. , B.T. mars 1909, p. 22. Voyage dAnnie Besant en France , B.T. juin 1909, p. 66. 199 Cf. Assemble gnrale de la Socit thosophique , B.T. avril 1909, p. 36, 44-47. 200 Assemble gnrale extraordinaire du 20 dcembre , B.T. janvier 1909, p. 2. 201 Ibid. 202 Echos du monde thosophique, congrs thosophique de 1907 , R.T.F. juin 1907, p. 121.

140

Trs personnel, Rudolph Steiner fait lobjet de quelques rflexions de la part de D. A. Courmes qui estime que ses thories si intressantes quelles soient, se diffrencient autant des ides mises par H. P. Blavatzky que ses agissements officiels et publics le font aussi des errements de ses collgues des autres sections 203 . Son enseignement sinspire plus du christianisme que des philosophies orientales mais il souhaite raliser une synthse de lsotrisme dOrient et doccident et du spiritualisme oriental et occidental dissemblables mais difis sur un fonds commun 204 . Cette rflexion va bien dans le sens des ides thosophiques mais Steiner nadmet pas que la source commune vienne de ces textes orientaux aryens comme la dmontr Hlne Blavatzky. Albert Dominique Courmes sinquite alors de la libert que prend Steiner dans linterprtation des ides thosophiques. Si le principe de la libert de penser est la grande rgle de la Socit, il estime quelle est prsente de faon trop personnelle Steiner, en ce quelle diffre en certains points de celle mise par Hlne Blavatzky et Mme Besant. Aux difficults relatives linterprtation, au refus dadmettre la source orientale comme la base des principes de toutes les religions vient sajouter un autre diffrent : Steiner soppose la prsence dadeptes de lide messianique dAnnie Besant, ou dadhrents de lEtoile dOrient dans les runions thosophiques quil anime ; les membres se sentent exclus de la Socit thosophique et se plaignent auprs du comit dAdyar ; on parle de tolrance pour laisser le temps passer et apaiser le ton qui monte, ce qui na pas empch ceux des thosophes allemands de tendre susciter sinon un conflit, du moins un effet intensif pour faire prvaloir leurs vues 205 . Edouard Schur soutient Steiner dans un article de La Revue bleue sur Lavenir de la thosophie , en affirmant que la thosophie orientale est infrieure la thosophie occidentale et espre que louvrage de Steiner saura convaincre.

203 204

Echos du monde thosophique, Allemagne , R.T.F. fvrier 1909, p. 380 Simone Rihouet-Coroze, Qui tait Rudolph Steiner ?, Paris, Editions Triades, 1975, p. 154. 205 Echos du monde thosophique , R.T.F. aot 1912, p. 195-196.

141

Les thosophes vont alors se diviser et la rgion allemande se couper en deux camps ; dautres Sections se divisent, quelques membres dmissionnent, une ambiance conflictuelle sinstalle nouveau, pendant quelque temps. En raison de la perte rsultant de la scission allemande, puis les pertes de membres dans certaines de nos socits nationales la suite de ces vnements, notamment en Hollande, Scandinavie, Finlande, Italie et Belgique, le rsultat montre une diminution de 396 membres, soit 22.744 membres, au lieu de 23.140 inscrits la fin de 1912 206 . Ces pertes sont compenses par des entres nombreuses dans la Socit. Rudolph Steiner fonde, alors, avec Marie de Sivers une Socit anthroposophique, dans un esprit chrtien, en y ajoutant des mthodes pdagogiques personnelles afin de permettre aux enfants un plein

dveloppement et un plein panouissement. Cette socit a des filiales, en France, en particulier Paris. Un ardent groupe de steineristes se forma dans le midi de la France, Marseille, et Toulon surtout207 . A Paris, sa correspondante, Alice Bellecroix semble avoir une influence importante auprs des femmes, et a ouvert une loge steinrienne o elle montre la concordance de lenseignement catholique avec celui de son Matre 208 . Lonce de Grandmaison sinquite, il sagit, pour lui, dune nouvelle thosophie qui ne vaut pas mieux que la premire et qui fait lobjet de la mme interdiction que les Socits dites thosophiques, par le dcret romain de 1919 209 . Ces deux affaires, Leadbeater et Steiner, ont t reprises par les dtracteurs de la Socit et sont utilises comme des lments dans le but de lui nuire. Le non-lieu pour la premire, les lments invoqus par la Socit au sujet de la seconde ne figurent jamais dans les ouvrages, non ou antithosophiques, lorsquil sagit de relater ces moments difficiles.

Convention de Bnars , B.T. mars 1914, p. 41. Ibid. 208 Lonce de Grandmaison, Lanthroposophie du Dr Steiner , Etudes, mai 1915, p. 181. 209 Infra Ch. VI Une double condamnation, A- Une monte anti thosophique, 2- Une inquitude jsuite, b)- La nouvelle Thosophie, p. 600-614..
207

206

142

Ces dernires affaires sont voques comme des troubles intrieurs et des attaques du dehors , par Charles Blech qui recommande patience et discernement pour que le navire thosophique reprenne sa route 210 .

Conclusion

Le mouvement thosophique lanc New-York se dveloppe dans le monde entier ; il rassemble des Sections europennes qui tiennent leurs

congrs ; il est en liaison avec lorganisation gnrale installe Adyar, prs de Madras, aux Indes. Lauteur des ides thosophiques, Hlne Blavatzky, a t seconde par le prsident Henry Olcott ; elle a eu une certaine influence sur quelques personnalits connues, Mohandas Gandhi, Alexandra David-Nel, Rudolph Steiner, Alice Ann Bailey et sur quelques personnalits des mouvements littraires, artistiques et scientifiques. Cette socit prsente une originalit pour son poque en comptant une femme, Annie Besant qui assume une prsidence mondiale de vingt-cinq ans, au cours desquels, elle redonne clat et dynamisme la Socit en largissant son horizon, par des objectifs nouveaux. Son investissement politique auprs des Indous peut tre discut par rapport aux objectifs internes la socit ; il faut lui
210

Mise au point , B.T. novembre 1913, p. 188-190.

143

reconnatre une participation au mouvement dautonomie de lInde, par son engagement au Congrs indien, ainsi quun investissement social important auprs de la population. Ce rayonnement, ce succs ne sont pas reconnus de tous, en gnent beaucoup, pour diffrentes raisons. Que se passe-t-il en France pour quun mouvement thosophique puisse sinstaller ; quel contexte a permis ou favoris ce mouvement voir le jour ?

144

Chapitre II Un contexte spiritualiste favorable en France

Joscelyn Godwin remarque que la Socit thosophique trouva un climat tout fait diffrent de celui de la Grande Bretagne ou dAmrique. Les Franais au XIXe sicle (et mme au XXe dailleurs) taient bien plus au courant des questions sotriques que le public anglophone 1 . La France du XIXe, face au rationalisme et au matrialisme positiviste, conat une raction spiritualiste. A la moiti du XIXe sicle dbute cette vie industrielle affole de machinisme qui va faire le malheur de lhumanit. Alors spand dans lair ce matrialisme pais dans lequel suffoquent toute poitrine puissante, tout esprit haut, toute me gnreuse [], do, des manifestations de spiritualit dans des coles incertaines, les saint-simoniens, les fouriristes, les comtistes, et dautres plus obscurs 2 . Le ct spiritualiste a t entretenu, remarque Victor-Emile Michelet, par des coles incertaines , celles de ceux qui ont t appeles utopistes et dautres plus obscurs . Ce sont ces coles plus obscurs qui nous intressent, et qui linstar des utopistes entendent donner la primaut au ct spirituel de lhomme ; et elles ne veulent pas labandonner aux institutions religieuses et en particulier lEglise catholique qui en avait fait son domaine privilgi depuis des sicles ; et [] malgr la progressive dchristianisation de la France, la religion se porte bien laube du XXe sicle au mme titre que la puissante vague mystique de ces annes-l, elle est le tmoin dune monte de

Cf. Joscelyn Godwin, [Link]. p. 3. It found a climate quite different from that of Britain or America. The French in the nineteenth century (and in the twentieth, for that matter) were far more aware of esoteric matters than the English-speaking public. 2 Victor Emile Michelet, Les compagnons de la Hirophanie, souvenirs du mouvement hermtiste la fin du XIXe, Paris, Dorbon an, 1937, p. 108.

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lirrationnel dont les chos se font entendre jusque dans les domaines littraires et artistiques 3 . Ce climat tient : Linfluence des thosophes du XVIIIe sicle qui est bien prsente au XIXe sicle franais, influence qui se manifeste, dans divers courants de pense et chez quelques crivains franais. Un intrt qui est relanc pour lsotrisme et pour locculte ; la socit franaise du XIXe sicle est beaucoup moins tourne vers le progrs et la science que limagerie traditionnelle veut le faire croire. Elle est encore trs immerge dans le merveilleux, le surnaturel et lextraordinaire 4 . LOrient qui est tout aussi prsent, avec des rudits, des tmoignages divers, un Muse, qui sils favorisent limaginaire des artistes, veillent aussi quelques craintes chez les intellectuels et les catholiques pour des raisons diffrentes. Au Spiritisme qui est remis la mode, non pas seulement avec cet engouement pour les tables tournantes dans les runions mondaines, mais par la thorisation que propose de faire Allan Kardec, partir des messages reus. Cest cette image de la socit franaise qui nous intresse dans ce chapitre ; elle reflte un contexte bien connu dHlne Blavatzky qui permet ses ides de simplanter en France.

A- Influence de quelques thosophes du XVIIIe sicle


En raction au rationalisme des lumires, le XVIIIe sicle a eu ses spiritualistes, ces penseurs qui veulent donner plus dimportance au ct spirituel de lhomme, son esprit plus qu sa raison ; le spiritualisme fait appel toute doctrine qui reconnat lindpendance et la primaut de lesprit. Les spiritualistes sont qualifis parfois dillumins par leurs contemporains, quil ne faut pas confondre avec les Illumins de Bavire , prcise Joseph de Maistre dans Les soires de Saint-Ptersbourg ; on donne ce mme nom au disciple vertueux de Claude de Saint Martin qui ne travaille qu slever aux plus

Pascal Goetschel, Emmanuelle Loyer, Histoire culturelle et intellectuelle de la France au XXe sicle, Paris, Armand Colin, 1994, p. 20. 4 Nicole Edelman, Allan Kardec, prophte du spiritisme , LHistoire, mars 1987, p. 62.

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sublimes hauteurs de la loi divine 5 . Ils cherchent comprendre ce qui les dpasse, expliquer tous ces mystres issus des mondes invisibles ; leurs avis sur ce sujet, leurs lumires, sont qualifis dobscurs, parce quinexplicables par la raison. Dans le mesmrisme 6 , dans les occultismes, toute une partie de la socit des lumires, sature dexplications raisonnables et de gomtrie a trouv une compensation dans la fuite vers lirrationnel 7 . Parmi ces spiritualistes, le scientifique et philosophe sudois Emmanuel Swedenborg est thosophe, le philosophe franais, dit inconnu , Louis Claude de Saint-Martin, le mdecin autrichien Franz Anton Mesmer ont eu, chacun dans leur propre sphre, une influence sur leurs contemporains. Ils ont laiss une postrit, sur la France du XIXe sicle, reconnue parfois dans les manifestations du romantisme 8 , dans celles des utopistes, des occultistes et celles des spirites. Ces penseurs, hors des normes rationalistes, et loin des dogmes religieux, ont t suivis par des crivains divers, dsireux de faire voluer la socit de leur temps ; ils ont largi le champ dinvestigation et de rflexion sur ces mondes inaccessibles et sur les phnomnes incompris des scientifiques. Cest Emmanuel Swedenborg qui aborde les mondes invisibles, tandis que le dsir de connaissance du divin, loin des dogmes, est tudi par Louis Claude de Saint-Martin, quant la renaissance du magntisme, elle est due Frdric Mesmer. Les prolongements de leurs crits et de leurs enseignements en France, sont prsents chez de nombreux crivains. Ils sont bien connus dHlne Blavatzky qui les voquent dans ses oeuvres. 1- Une vision des mondes invisibles avec Swedenborg Le thosophe le plus clbre du XVIIIe sicle 9 , selon Antoine Faivre, Swedenborg figure parmi les plus grands matres de lsotrisme

Dictionnaire des socits secrtes en Occident, [Link]., p. 259. Enseignement repris par les adeptes de mesmer. 7 Daniel Roche, La France des Lumires, Paris, Fayard, 1993, p. 549. 8 Cf. Auguste Viatte, Les sources occultes du Romantisme, Paris, Champion, 1968. 9 Antoine Faivre, Histoire de la notion moderne de tradition dans ses rapports avec les courants sotriques (XVe-XXe sicles) in Symboles et Mythes dans les mouvements initiatiques et sotriques (XVIIe-XXe sicles) : Filiations et emprunts, ARIES, p. 7-48.
6

147

occidental 10 aux yeux de Rgis Boyer ; il est connu des spiritualistes, des romantiques quil a inspirs et fascins. Ses adeptes sont prsents dans la France du XIXe sicle, Paris comme en Province.
a)- Swedenborg (1688-1772)

Le Sudois, Emmanuel Swedenborg, fils dun pasteur vque luthrien, est attir par les sciences ; professeur au Collge Royal des Mines de Sude, il publie ses dcouvertes sur la cristallographie et la place du soleil et de son systme dans la voie lacte 11 ; docteur en philosophie, il correspond avec les savants, voyage autour de lEurope, pour les rencontrer. Sa vie bascule en 1743, Londres ; son esprit est rgulirement anim par des rves et visit par des visions quil relate dans plusieurs ouvrages, Arcana coelestica, De nova Hierosolyma, De caelo et inferno ex auditis et visis ; il y est question des mondes clestes et invisibles, de la nouvelle Jrusalem, des esprits qui se manifestent. Swedenborg pense que les hommes peuvent rentrer en communication avec ces esprits, et apprendre beaucoup de leurs messages ; il soriente vers la thosophie et cherche expliquer le sens spirituel des Ecritures et non le sens littral ; Il voit dans la mort du Christ, le triomphe de la lumire sur les tnbres, il invite lhumanit se purifier et se diviniser dans le Christ, aller vers Lui par lAmour 12 . Il se met envisager une nouvelle forme dEglise et prvoit la ralisation dune Nouvelle Jrusalem . Il explique la correspondance entre le monde matriel et le monde surnaturel. A la suite de ces rvlations, il subit des tracasseries, des menaces, des perscutions ; rien ne larrte, et il poursuit la publication de ses visions et de ses enseignements. Sa doctrine dite de la Jrusalem nouvelle comporte assurment des lments novateurs dont le principal, en opposition avec lcole scolastique du repos, est laffirmation que rien nest statique dans lau-del et que le mouvement en est une composante fondamentale 13 . Boyer

10 11

Rgis Boyer, Swedenborg , Dictionnaire critique de lsotrisme, Paris, P.U.F., 1998. Nouveau Larousse illustr T. VII P-Z. 12 Vollet, Swedenborg , Grande Encyclopdie Berthelot. 13 Jean Delumeau, Que reste-t-il du paradis ? Paris, Fayard, 2000, p. 430.

148

Pour son biographe, Matter, Swedenborg est un prophte, un visionnaire, rflchi et raisonnable 14 . Les menaces dinternement le laissent indiffrent, de nombreux amis et lves le soutiennent ; il laisse des disciples qui fondent des associations swedenborgiennes qui se multiplirent en Angleterre, des Eglises de la Nouvelle Jrusalem aux Etats-Unis et qui comptent de nombreux adhrents, aujourdhui 15 . Son influence, sur la France du XIXe sicle, peut tre constate dans des domaines diffrents.
b)- Le Swedenborgisme en France

Pour Serge Hutin, Emmanuel Swedenborg exercera en Occident une influence prodigieuse, qui se poursuivra tout au long du Romantisme 16 , aussi bien en Amrique quen Europe. Aux Etats-Unis, Ch. Bonney, swedenborgien 17 , seconde lorganisateur du Parlement des Religions , le pasteur John Henry Barrows, Chicago, en 1893 ; ce congrs, tous les dignitaires de religions diverses sont invits se runir pour se connatre, se respecter, vivre en harmonie, dans la paix et lunit 18 . En France, Swedenborg emporte un certain succs chez des crivains ; les pages du roman Seraphits, Seraphta, dhonor de Balzac, se ressentent de cet univers anglique peupl de personnages la limite du rel. Il ddie Eveline de Hanska, Seraphits Seraphta, rcit arrach aux profondeurs de la mysticit 19 , avec ses Esprits, ses Anges, ses voix, dans un univers thr, situ en Norvge, o la profondeur de linfini ressenti, fait reconnatre, aux hros de lhistoire, la purilit des sciences humaines et les entrane vers lEternel. Le Boys des Gays (1794-1864), juge au tribunal de Saint-Amand Monrond dans le Cher, admirateur de Swedenborg, traduit plusieurs de ses ouvrages et sefforce de propager ses doctrines religieuses, rassemble quelques adeptes, ce
Cf. M. Matter, Swedenborg, sa vie, ses crits, sa doctrine, Paris, Librairie Acadmique Didier, 2e d., 1863. 15 Nouveau Larousse Illustr, T. VII P-Z. 16 Serge Hutin, Thosophie, la recherche de Dieu, collection Horizons spirituels , ST jean de Braye, Editions Dangles, 1977, p. 109. 17 G. Bonnet Maury, Congrs de Chicago , RddM, aot 1894, p. 805. 18 Infra Ch. IV- Un mouvement thosophique franais, B- Autres relais, 3- Relais culturels, p. 409415. 19 Honor de Balzac, Seraphta, Paris, NRF, Bibliothque de La Pliade, 1955, vol. X, p. 457.
14

149

qui lui vaut quelques difficults en 1838. La police intervient son domicile qui sert, provisoirement, de temple swedenborgien et Le Boys affirme que ladhsion des participants nentrane ni rite ni engagement 20 . Il lance La Nouvelle Jrusalem, revue quil diffuse pendant dix ans (1838-1849) ; il est second par Philippe Hauger, fils de Mme de Krdener, [qui] sinstalla Saint-Amand Monrond o il mourut en 1838, aprs avoir cherch unir fouririsme et swedenborgisme 21 . Un certain engouement entrane la formation dglises de la Nouvelle Jrusalem . Les romantiques, les utopistes, lisent Swedenborg ; Flora Tristan estime quil a inspir Fourier dans ses ralisations ; elle lvoque dans LEmancipation de la femme ou le testament de la Paria ; Swedenborg, par la rvlation des correspondances, a annonc lunit et luniversalit de la science et a indiqu Fourier son beau systme des analogies [] Fourier a voulu raliser sur la terre le rve cleste de Swedenborg et a transform en phalanstre le couvent du Moyen-ge 22 . Il semble quil soit pris des utopistes et des sotristes ; ses ides, sont reprises, arranges, par des penseurs trs divers. Jean-Pierre Laurant, travers son ouvrage lsotrisme chrtien en France au XIX sicle 23 , voque la prsence de son influence, dans plusieurs villes de France, Nantes, Strasbourg, Avignon et Paris. Rgis Boyer avance lexistence dun Cercle Swedenborg en France 24 . Le marquis de Puysgur, tout en tant disciple de Mesmer, attire Strasbourg un groupe swedenborgien vers le magntisme, ainsi que E. Richer, fondateur dun groupe de magntisme, Nantes. Ils vont mler les ides swedenborgiennes celles enseignes par le mdecin autrichien. Des saint-simoniens se retrouvent au domicile dun de ses partisans, Constant Cheneau ; Fourrier, Leroux, le futur spirite et thosophe Charles Fauvety et loccultiste Eliphas Levi, sy retrouvent. Fourier a peut-tre t inspir au cours de ces changes, par la rvlation de ce paradis sans hirarchie, plutt
20 21

Cf. Jean-Pierre Laurant, LEsotrisme chrtien au XIX sicle, [Link]. p. 52. Ibid., p. 55. 22 Cf. Jean Prieur, LEurope des mdiums et des initis, [Link]. p. 46. 23 Jean-Pierre Laurant, LEsotrisme chrtien au XIX sicle, [Link]. 24 Rgis Boyer, Swedenborg , Dictionnaire critique de lsotrisme, [Link].

150

anglique dcrit par celui quon appelle aussi le Prophte du Nord . Un martiniste, le capitaine Jean-Jacques Bernard (1791-1828), essaye de rapprocher les crits de Swedenborg de ceux de Louis Claude de Saint-Martin dans Opuscules thosophiques, et tente son tour de diffuser ses enseignements lexemple de Le Boys des Gays 25 . Antoine Faivre estime que Swedenborg est peu gnostique. [] En lisant Swedenborg on a souvent limpression de se promener dans un jardin , il voit en lui aussi un auteur important dont la thosophie rassurante connat vite un succs immense et influent sur maints crivains (Baudelaire, Balzac) 26 . Ses doctrines sont aussi diffuses, en fin de sicle, par une Loge swedenborgienne 27 , fonde par Teder qui en est le Vnrable ; ce dernier est second par le Docteur Encausse, plus connu cette poque sous le nom de Papus, et qui la fait passer au rite ancien et primitif de Memphis Misram ; cette Loge se prolonge au sicle suivant, et voit au nombre de ses adhrents un philosophe, adversaire des ides vhicules par la Socit Thosophique, en la personne de Ren Gunon [qui] reoit dans un temple de rite primitif et originel swedenborgien le cordon de soie noire de Kadosch, des mains de Thodore Reuss 28 . Des plans sont bauchs pour ldification dglises swedenborgiennes, par Constant Cheneau, la demande de Le Boys des Gays, mais narrivent pas leur terme. Il faut attendre le mois de dcembre 1884, pour quil soit question du temple swedenborgien, en construction, rue Thouin, Paris (prs du Panthon) ; cette dification est commente par la presse, et serait, semble-t-il mal accueillie par les Rpublicains 29 et considre comme une aventure chimrique par dautres 30 . Swedenborg est lu et par ses contemporains et par les gnrations suivantes ; Kant (1724-1804) senflamme pour le visionnaire Swedenborg et
Cf. Jacques Laurant, [Link]. p. 55 et 94. Cf. Colloque 1992, p. 23-24. 27 Andr Combes, Histoire de la Franc-maonnerie au XIXe, Paris, Editions du Rocher, 1999, p. 373. 28 Jean-Luc Maxence, Ren Gunon le philosophe invisible, Paris, Presses de la Renaissance, 2001, p. 50, et Infra Ch. VI- Une double condamnation, D- Une dmolition en rgle, 1- Le Thosophisme, histoire dune pseudo religion, a) Lauteur, p. 666-670. 29 Cf. Eglise swedenborgienne , Revue Spirite, dcembre 1884. 30 Cf. Emile Burnouf, Le bouddhisme en Occident , RddM, septembre 1888, p. 370.
26 25

151

prlve sur son maigre budget pour soffrir les uvres de cet illumin 31 . Ses uvres ont occup Alphonse Louis Constant lors de son incarcration Sainte Plagie. Il est au cur de deux confrences, en 1882, la Socit scientifique dtudes psychologiques, tenues par le thosophe Thurman, qui traite de La mdecine spiritualiste swedenborgienne 32 . Pierre-Gatan Leymarie, directeur de la Revue Spirite, associe les mules du visionnaire aux travaux des spirites et des spiritualistes ; Nous marchons cte cte avec la Socit scientifique dtudes psychologiques, avec toutes les socits spiritualistes, thosophiques swedenborgiennes, celles du magntisme et des sciences modernes 33 ; et au mme titre que les thosophes et les adeptes de Mesmer, les swedenborgiens sont attendus, en 1889, par le comit qui prpare le Congrs spirite et spiritualiste international de Paris ; ils y sont reprsents par L. Lecoq. Ils peuvent adresser les tudes quils prparent et que pendant six jours ils pourront dfendre librement 34 . Le thosophe sudois du XVIIIe, avec ses enseignements, ses utopies, ses rves, est bien prsent en France la fin du XIXe sicle. Il a t lu, tudi, suivi ; ses ides ont t concrtises au travers duvres, par des crivains qui ont t intresss et influencs par les visions de ces mondes si lointains ; des penseurs qui veulent transformer la socit sen sont inspirs, des spirites ont suivi ses traces en cherchant rentrer en communication avec les esprits. Ses adeptes sont associs aux spiritualistes en 1882, puis au congrs de 1889, quils soient spirites, thosophes, mesmristes 35 ou martinistes. Est-ce en raison de cet engouement que le jsuite Lucien Roure (1857-1945), qui a consacr de nombreuses annes aux questions dsotrisme, doccultisme et de spiritisme intgre en appendice ( son dernier ouvrage LAu-del) une rflexion sur lhypothse de la la pluralit des mondes habits 36 ?

Roger-Pol Droit, La Compagnie des philosophes, Paris, Odile Jacob, 1998, p. 133. Bulletin S.S.E.P., p. 81, in Revue spirite, juin 1882. 33 Coup dil rtrospectif , Revue Spirite, janvier 1882, p. 2. 34 Congrs spirite et spiritualiste international , Revue Spirite, aot 1889, p. 450. 35 Partisans de Mesmer. 36 Cf. Marie-France James, Esotrisme, occultisme, franc-maonnerie et christianisme, explorations biobibliographiques aux XIXe et XXe sicle Paris, Nouvelles Editions Latines, 1981, p. 231.
32

31

152

2- Un dsir de connaissance chez Louis Claude de Saint-Martin Comme le philosophe sudois, Louis Claude de Saint-Martin est considr comme un illumin par ses contemporains ; ll a eu une certaine influence sur la pense romantique et spiritualiste. Le philosophe inconnu reste en tout cas le plus grand thosophe de son poque [] dont la pense va fconder suivantes profondment,
37

de

faon

diffuse

ou

directe,

les

gnrations

, estime lauteur de sa rubrique dans lEncyclopedia Universalis.

Son influence, en France, se prsente de faon moins concrte que celle de Swedenborg, mais il faut se demander quelle part dinfluence il a pu avoir dans le mysticisme que lon retrouve chez les spiritualistes.
a)- Louis Claude de Saint-Martin (1743-1803)

Issu dune famille noble, Louis Claude se destine la carrire militaire quil quitte, pour un itinraire plus spiritualiste. Le Nouveau Larousse Illustr dresse un portrait du philosophe la mesure des conceptions de la fin du XIXe, propos des spiritualistes : il est initi lilluminisme par un juif, Martins de Pasqualis, dont il sera le secrtaire quelque temps, chez les Elus Cohens , fait partie de la secte des illumins , voyage en Angleterre, en Italie, demeure quelques mois chez Jean-Baptiste Willermoz, autre disciple de Pasqualis Lyon, sarrte un long moment Strasbourg o Mme de Boklin et Rudolph Salzmann lui font connatre les uvres de Jacob Boehm. Il considre ce dernier, comme le Prince des philosophes divins et traduit ses uvres en franais, sen inspire dans ses rflexions et particulirement sur le dsir de connaissance que lhomme a du divin, loin des dogmes que prsentent les systmes religieux. Cette recherche, cette soif de connaissance, par les spiritualistes, se veulent bien loin de ce qui est offert et reconnu lpoque ; cette attitude fait penser un besoin daffranchissement de la pense, un loignement de lenseignement admis et propos par lEglise romaine. Il fait partie des thosohes du XVIIIe

37

A. F. Saint-Martin (Louis Claude) , Encyclopedia Universalis.

153

sicle et il est considr comme le dernier des thosophes chrtiens par Auguste Viatte 38 .
b)- le Martinisme

La notion de martinisme, est un peu ambigu, prcise Nicole JacquesChaquin


39

, avec une confusion possible entre la doctrine de Martins et celle de

Saint-Martin, ou les deux confondus, ou encore lordre initiatique fond par Papus. Nous nous en tiendrons ici au martinisme du philosophe inconnu , que Nicole Jacques-Chaquin propose de nommer philosophie saintmartinienne . Le terme Martinisme lui est dvolu, estime R. Amadou dans son ouvrage quil a consacr au mystique et son systme 40 . Pour Louis Claude de Saint-Martin, lerreur est dans le matrialisme ; la vrit est dans le spiritualisme pur ; cest l quelle est recherche, travaille, aussi bien chez les spirites, les thosophes, les mesmristes ou les swedenborgiens. Lorsquil passe la thosophie de Jacob Boehm, il volue vers une uvre qui sadresse non plus des initis mais tous les hommes de dsir, dsir latent en chaque homme, il ne sagit que de le rveiller, ce qui sera une des fonctions assumes par son criture 41 . La vrit se trouve dans lhomme lui-mme, il doit faire sa propre rvlation, et ne pas la chercher dans les livres, ni dans les dogmes. LHome de dsir, De lEsprit des choses, Le Ministre de lhomme esprit, rfutent ce matrialisme, rpondent lhomme, gar dans un univers dont la chute, pense sur le modle martinsien, a brouill les signes, et dont les systmes, tant religieux que philosophiques, nont donn que des interprtations fausses ou partielles 42 . Pour lauteur de la rubrique le concernant dans lEncyclopedia Universalis, Louis-Claude de Saint-martin reste fidle aux enseignements de Martins, lefficacit de la thurgie Cohen, il reprend lide de ses Matres au sujet des tres spirituels produits par manation, reste un observateur de la nature, de

38 39

Cf. Auguste Viatte, Les Sources occultes du romantisme, Paris, Edition champion, 1928, p. 97. Nicole Jacques-Chaquin, Martinisme , Dictionnaire critique de lsotrisme, [Link]. 40 Cf. R. Amadou, Louis Claude de Saint-Martin et le martinisme, Ed. Du Griffon dor, 1946, 92 p. 41 Cf. Nicole Jacques-Chaquin, Martinisme , Dictionnaire critique de lsotrisme, [Link]. 42 Ibid.

154

lhomme qui est la recherche de Dieu, aprs avoir subi les consquences de sa chute.
c)- linfluence martiniste

Linfluence de Louis-Claude de Saint-Martin est admise comme considrable sur le romantisme et sur la plupart des penseurs spiritualistes. En France il a marqu les uvres de nombreux crivains ; Balzac lui doit beaucoup et pas seulement dans Seraphits Seraphta 43 . Certains critiques voient dans ce roman, linfluence de Swedenborg, dautres celle de Saint-Martin. Ce roman a sans doute t le rsultat dune concordance de lectures diverses, duvres du thosophe sudois, pour latmosphre thre qui rgne dans son roman, et du mystique franais pour le dsir dternit, le dsir de vrit recherch par les hros. Sainte-Beuve, et Grard de Nerval ont t aussi influencs comme tant dautres passs par le Martinisme , relanc la fin du XIXe sicle. Certains personnages estiment avoir t initis ses ides avec une filiation prcise, en gnral secrte, et se retrouvent avec dautres, initis indirectement. Cest ce qui arrive au Docteur Grard Encausse, alias Papus et Augustin Chaboseau 44 , en 1882 ; lun est initi par une parente de Saint-Martin, lautre par Henri Delaage 45 . Tous les deux unissent leurs nergies et fondent un Ordre martiniste o lon retrouve des thosophes, Barlet (alias Faucheux), Lucien Lejay, membres de la premire Branche thosophique Isis en 1887, et de celle dHerms, en 1888 avec Papus ; on retrouve aussi, dans cet Ordre, dautres spiritualistes de lpoque comme Josphin Peladan, Victor- Emile Michelet, Maurice Barrs, Paul Adam, Paul Sdir, Stanislas de Guata, ces compagnons que lon rencontre dans le petit monde spiritualiste, sotrique ou occultiste de lpoque, dans des socits, discutant et changeant dans les librairies sotriques de Paris 46 . Le ct mystique de Saint-Martin a eu une influence, diffrente de celle de Swedenborg. La rflexion est plus difficile percevoir chez les hommes, que la

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A. F. Saint-Martin (Louis Claude) , Encyclopedia Universalis. Futur bibliothcaire du muse Guimet. Infra mme Ch. C- Un nouvel orientalisme, p. 196-223 . 45 Dictionnaire des socits secrtes en Occident, [Link]., p. 294. 46 Infra Ch. IV- B- Autres relais, 2- Relais de sociabilit p. 406-409.

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ralisation concrte et pratique dides ; nest-ce pas du ct de llaboration de systmes, hors des sentiers battus, que lon peut sentir cette influence, dans ce ct mystique des crivains, des potes, des compositeurs de musique, des artistes, ceux du moins qui ne se rallient pas au ralisme acadmique, c'est-dire chez ceux pour qui, la ralit ne se limite pas aux sensations. Au-del des apparences, la pense doit saisir la vrit spirituelle quelles rendent perceptibles [...] organiser les formes, par un effort de lesprit pour en dgager le sens ultime 47 . Peut-on dire quils sont dans lair du temps, ces potes romantiques, ces romanciers, ces musiciens qui ont entran des gnrations, aller voir au-del des apparences, vers des espaces subtils, entrevus par ceux qui ont t qualifis dillumins, qui sont interpells par des visions, par ceux quils appellent des esprits ? Il reste un aspect plus concret de ce contexte spiritualiste, avec linfluence dun adepte du magntisme, remis au got du jour par des pratiques dites occultes , parce quinexplicables par le raisonnement. 3- Un retour du magntisme avec Mesmer Mesmer rintroduit le magntisme en Europe ; il reprend les thories et les expriences de Paracelse (1493-1541). Thosophe du XVIe sicle, pre de la mdecine hermtique, Paracelse est mdecin, enseigne ses connaissances, Ble ; il affiche quelque mpris pour les autorits mdicales reconnues (Hippocrate, Galien, Avicenne) et leur prfre ltude concrte et exprimentale du corps humain ; pour lui, la nature est fonde sur la toute puissance du principe divin, le mdecin doit cultiver et dvelopper le donum, venu de Dieu, c'est--dire une intuition dordre suprieur, et lexprience vivante, faite dobservation empirique 48 . Ainsi pourra-t-il utiliser le principe de vie, prsent dans la nature, en corrlation avec les lments du cosmos, rassembls dans le microcosme quest lhomme. Antoine Faivre voit en Paracelse, un des

47 48

Jean Delorme, Les grandes dates du XIXe sicle, Paris, P.U.F., 1985, p. 86. Antoine Faivre, Paracelse , Dictionnaire critique de lsotrisme, Paris, P.U.F., 1998.

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pionniers de la science moderne, mdicale notamment, par sa vision holistique de lhomme et de la nature 49 .
a)- Mesmer (1733-1815) et le mesmrisme

Frdric Antoine Mesmer fait ses tudes de mdecine Vienne, doit faire face quelques problmes avec le pre Hell au sujet de la proprit curative de laimant que chacun estime avoir dcouvert. Il dclare alors quil peut obtenir les mmes effets avec le fluide magntique animal 50 , sessaye Vienne, puis Paris o ses succs entranent un engouement manifeste pour ces pratiques, dans le public. La formation dune commission royale condamne le magntisme animal en 1784, condamnation confirme par lacadmie de mdecine en 1842. A Paris, il revient au magntisme minral 51 et imagine son baquet, soulage les maladies nerveuses, refuse une pension que le ministre Maurepas lui destine, repart Spa suivi de quelques malades fidles, satisfaits de ses soins. Un de ses disciples reprend ses expriences, et ouvre un cours destin des lves intresss. Le magntisme animal est alors remis en pratique et devant le succs de cette thrapie, Mesmer est de retour Paris, reprend place auprs de son disciple qui fait des merveilles ; des socits dites De lharmonie se dveloppent en France et disparaissent aussi vite, Mesmer est reparti vers lAngleterre puis vers lAllemagne. Mesmer laisse un Mmoire sur la dcouverte du magntisme animal, et vingt-sept propositions ce sujet, dans lesquelles, il soutient lexistence dun fluide subtil dans lunivers, agent de linfluence rciproque des corps clestes, de la terre et des tres vivants entre eux, fluide qui peut recevoir, propager, communiquer, toute impression de mouvement. Aprs le conflit avec Maximilien Hell qui pratiquait dj le magntisme minral, il se restreignit au magntisme animal, c'est--dire lapplication des mains, seulement, sur le corps, ce qui le fit regarder, tort, comme un fou et un visionnaire par les diffrentes Acadmies de mdecine o il prsenta ses dcouvertes 52 .
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Ibid. Ondes qui peuvent se transmettre dun corps lautre, et Cf. p. 49. 51 Ondes produites par leffet de certaines pierres ou de substances minrales comme laimant. 52 Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, des sciences occultes, fausses croyances mystrieuses et surnaturelles, Paris, Henri Plon Imp. Edit., 6 dition, 1863, rimpression, Genve, 1900,

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Sept de ses principales propositions sont expliques dans une lettre un mdecin tranger ; elles concernent ce fluide subtil, mdium de linfluence mutuelle entre les corps clestes, la terre et les corps vivants 53 . Ce fluide se transmet et peut gurir les maladies des nerfs immdiatement, et dautres plus long terme. Somnambulisme, thrapie magntique, discussions propos de ces expriences relancent dbats et conflits philosophiques sur lesprit, lme, le prisprit, lme astrale, les possibilits de visions et de prophties. Linterdiction de 1784, par la commission royale, est reprise et suivie de mises en garde sur les dangers de la pratique des attouchements, et de lattachement possible du malade pour le magntiseur mais nentame pas linfluence de Mesmer.
b)- lInfluence de Mesmer

Linfluence, des pratiques et du succs de Mesmer, peut tre observ tout au long du XIXe sicle, dans le monde mdical, chez des disciples, dans la formation de socits, le lancement dune revue, la transmission par des praticiens du magntisme animal. Sur le plan mdical, les expriences faites, la fin du sicle, par lcole de la Salptrire avec le Dr Charcot et celle de Nancy avec le professeur Libault sur lhypnotisme, doivent quelque chose aux faits et expriences du magntiseur, lequel pratiquait dj sur des hystriques ; ses expriences en entranrent dautres ; un phnomne particulier qui fut longtemps centre de discussion tait celui de lhypnotisme tudi au XVIIIe par Mesmer, au XIXe par le professeur Charcot. A linitiative des socits de recherches psychiques, divers faits particuliers furent tudis autour des annes 1880. On seffora de dfinir la nature, de vrifier lauthenticit de prtendus cas de tlpathie, clairvoyance, visions, apparitions desprits, de lvitation, dcriture automatique et autres phnomnes parapsychiques 54 . Les deux coles, Paris et Nancy attribuent des causes diffrentes ces phnomnes dhypnotisme, la premire celle de Charcot les attribue des causes physiologiques, la deuxime celle de Nancy leur voit des causes
Cf. H.P. Blavatzky, Isis Dvoile, Paris, Les Editions thosophiques, 1913, T. 1, p. 312-313. Encyclopdie de lUnesco, Histoire du dveloppement culturel et scientifique de lhumanit au XVIIIe et XIXe , Charles Moraz dir. Paris, Laffont, 1969, T. V, XIXe, 1er volume, p. 258.
54 53

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psychologiques, ou mentales. Le professeur Charles Richet fait lobjet dun article du Paris qui sintresse au magntisme 55 . Un des premiers lves de Mesmer, le marquis de Puysegur (1751-1825) pratique la magntisaion en suivant lorthodoxie mesmrienne, notamment dans le cadre de son rgiment strasbourgeois, auprs de jeunes soldats malades [ avec des] rsultats encourageants 56 . Il quitte larme, reprend les expriences de son professeur, traite les maladies chez les somnambules et dautres. Le mesmrisme est aussi pratiqu par le Dr Fortin, spirite puis thosophe. Cit devant le tribunal correctionnel de la Seine, en 1876, avec la clairvoyante Mme Roger quil magntise, ils sont dfendus par Jules Favre, laccusation est abandonne. Un de ses adeptes, Du Potet (1796-1881), avait tmoign en sa faveur ; ce dernier, reprend le Journal du Magntisme et du psychisme exprimental en 1845, exclusivement vou la science de Mesmer 57 ; il perptue la tradition de soins par magntisme. La revue a un long parcours, elle est reprise par Durville, publie des cours de magntisme 58 , puis sintitule plus simplement Journal du magntisme 59 ; il en est question rgulirement dans la chronique Revue des revues dans La Revue thosophique franaise, o ses sommaires sont retranscris par Dominique Albert Courmes, jusquen 1914 60 . Mesmer a fait des mules qui reprennent ses thrapies, les pratiquent, au risque de plaintes dposes en justice ; ses enseignements sont diffuss la Socit magntique de France qui met des avis dans ses colonnes. Ils sont couts et divulgus par le Bulletin de la G. L. S. E qui, face une rationalisation du mouvement maonnique tient prserver un ct spiritualiste 61 .

Albert Delfit, Magntisme , Le Paris, 29 avril 1884, p. 1. Col. 6. Bertrand Mheust, Somnambulisme et mdiumnit, T. 1, Le Plessis Robinson, Institut Synthlabo, 1999, p. 14 57 Cf. Revue spirite, janvier 1878, p. 40. 58 Durville, Journal du magntisme, dcembre 1895, Le Lotus bleu, fvrier 1896, p. 372. 59 Revue thosophique, fvrier 1890, p. 240. 60 Infra Ch. IV- B- Une Socit qui rayonne, 2- Une thosophie diffuse, p.513-523. 61 Andr Combes, Histoire de la Franc-maonnerie au XIX sicle, [Link]. p. 192.
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Des femmes somnambules magntiques, thrapeutes sans le savoir, qui ont des pouvoirs gurisseurs et sont recherches, laissent la place leurs hritires, ces femmes qui se posent en intermdiaires avec les esprits, comme mdiums 62 . Cest tout un contexte qui senchane avec la pratique mesmrienne du magntisme animal et la pratique voque par Swedenborg concernant la possibilit de communiquer avec les esprits des mondes invisibles ; au cours de la fin du XIXe sicle, quelques scientifiques se sont intresss ces manifestations inexpliques 63 . Nicole Edelman rapproche ces courants de pense, leurs interfrences, leur influence sur les personnes qui pratiquent le magntisme 64 . Les enseignements de Mesmer sont aussi rpandus par des adeptes de cette thrapie sous forme de cours de magntisme, par la Socit scientifique dtudes psychologiques Paris (S.S.E.P.) ; cest Rosen Dufaure qui sen charge dans les annes 1880-1881 ; elle expose les proprits des fluides, laction salutaire quils peuvent rpandre 65 . Cest une Ecole de magntisme que Philippe de Lyon fonde limage de celle monte par Durville et Papus qui en assurent les cours Paris. Delumeau Flora Tristan a voqu linfluence de Swedenborg sur Fourier dans la ralisation dun Paradis terrestre ; il serait aussi le premier intgrer le mesmrisme dans un projet social 66 . Ses disciples ont organis et fond des tablissements, portant le label-programme suggestif de Socits de lHarmonie , quon a souvent tenus pour des loges maonniques ou paramaonniques Paris [] Lyon, Bordeaux et Strasbourg 67 . Il ressort de ces observations comme lexistence dune grande famille de spiritualistes, compose dhommes et de femmes qui veulent transformer la
Cf. Nicole Edelman, Voyantes, gurisseuses et visionnaires en France (1785-1914), Paris, Albin Michel, 1995 et Spirites et neurologues face locculte (1870-1890) : une particularit franaise ? , in Des savant faces locculte 1870-1940, [Link]. p. 85-104. 63 Cf. Bernadette Bensaude-Vincent et Christine Blondel, Des savants face locculte 1870-1940, Paris, Editions de la dcouverte, 2002. 64 Cf. Nicole Edelman, Voyantes, gurisseuses et visionnaires en France (1785-1914), Paris, Albin Michel, 1995 et Spirites et neurologues face locculte (1870-1890) : une particularit franaise ? , Des savant faces locculte 1870-1940, [Link]. p. 85-104. 65 Rapport prsent lassemble gnrale annuelle de la Socit scientifique dEtudes psychologiques, le 28 mai 1881, par M. J. Camille Chaigneau, Revue Spirite, juillet 1881, p. 308. 66 Rgis Ladous, Le Spiritisme, Paris, Editions du Cerf, 1989, p. 112. 67 Sad Hammoud, Magntisme , Dictionnaire critique de lsotrisme, [Link].
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socit pour la rendre meilleure, sinspirant des spiritualistes qui les ont prcds ; on retrouve parmi eux, ple-mle, des saint-simoniens, des fouriristes, des magntiseurs, des spirites. Nicole Edelman retient qu une partie du courant magntique se place dlibrment dans la mouvance socialiste [] des mdiums spirites, hritires pour une grande part de ce mouvement [] proposent des solutions qui rejoignent en un certain nombre de points ceux des socialistes utopiques, Fourier et Saint-Simon en particulier 68 ; ils se retrouvent pour discuter de la question sociale rsoudre, peut-tre avec une nouvelle science et ces mouvements sont bien souvent lis au magntisme animal et au somnambulisme magntique 69 , qui sera appel plus tard hypnose , avec les pratiques du docteur Charcot. Le magntisme est encore lordre du jour dans les annes 1880 ; le journaliste Victor Meunier lui consacre quelques colonnes au cours d une causerie scientifique , dans le Rappel du 23 juillet 1886 70 . Les membres de la Socit magntique de France sont associs la famille des spiritualistes, au mme titre que les swedenborgiens ; ils sont aussi invits prsenter leurs enseignements, lors du congrs international spiritualiste de 1889 au cours duquel, il leur est rserv un temps de parole 71 . Certains scientifiques ne veulent pas admettre certaines de ces ralits ; quelques discussions fusent au sujet des explications sur lorigine de ces phnomnes et se rglent au travers de publications. Des socits psychiques voient le jour, diffusent les enseignements de Mesmer, appliquent ses pratiques. Pour les membres de la S.S.E.P., les donnes du magntisme sont la base de la psychologie exprimentale, et peuvent tre pratiques par tous et toutes, spcialement par les mres lgard de leurs enfants, dans le but damliorer leur sant. Les mondes invisibles, les esprits qui les habitent et qui peuvent entrer en communication avec les vivants sont recherchs, les explications de la Bible
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Nicole Edelman, Somnambulisme, Mdiumnit et Socialisme , Politica Hermetica, N 9, Esotrisme et socialisme, Paris, LAge dhomme, p. 108. 69 Nicole Edelman, Histoire de la voyance et du paranormal, Paris, Editions du Seuil, 2006, p. 43. 70 Cf. Paul Gibier, Le spiritisme, Paris, Henri Durville imprimeur diteur, s. d, p. 11. 71 Commission excutive du congrs spirite et spiritualiste international , Revue Spirite, 15 aot 1889, p. 482.

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sont remises en cause, la recherche mystique propose par Saint-martin, loin des dogmes labors par des institutions religieuses, est essaye, les enseignements pratiques et bienfaisants du magntisme animal de Mesmer sont expriments ; toutes ces pratiques et expriences sont dans l air du temps du XIXe sicle. Ces ides sont reprises par les utopistes, penseurs influents, Saint-Simon, Fourier, Leroux et dautres dnomms sotristes par certains,

occultistes pour dautres, quil sagisse de Fabre dOlivet et plus tard dAlphonse Louis Constant, alias Eliphas Levi.
c)- Une opposition inquite

Le magntisme ne fait pas que des adeptes et suscite aussi une certaine opposition ; pour les tenants du catholicisme, ces pratiques sont luvre du dmon ; quelques uns tiennent marquer leur dsaccord lgard de ces ides et rdigent des ouvrages cet effet. Roger Gougenot des Mousseaux et Eudes de Mirville vont sefforcer de montrer que ces faits rels ne sont que laction dguise du dmon. Des Mousseaux entreprend de dmontrer lexistence de Satan et son action parmi les hommes par le biais de la magie, du magntisme et du spiritisme 72 ; ce fluide magntique est, pour lui, une forme actuelle de magie . Les deux auteurs sont approuvs, leurs travaux sont salus par les grandes revues mdicales tant pour leur talent que pour le bon sens dont ils font preuve 73 . Le magntisme est un sujet dont on parle, et qui occupe les colonnes de la presse ; le publiciste Flix Laurent sinterroge sur le magntisme animal, sur la position de lacadmie des sciences qui condamne le spiritisme et refuse les communications sur les sujets dlicats, magntisme, hypnotisme, somnambulisme ; le magntisme ne serait-il pas une manifestation de la chaleur, de la lumire ? 74 .

Gougenot des Mousseaux , Marie France James, Esotrisme, occultisme, franc-maonnerie et christianisme au XIXe et XXe sicle, explorations biobibliographiques, [Link]. p. 137. 73 Ibid. 74 Flix Laurent, Magntisme animal , Le Paris, 28 avril 1884, p. 1, col. 6.

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4- H. Blavatzky et les thosophes du XVIIIe sicle Ces trois thosophes du XVIIIe, leur influence, leurs ides sont bien prsents dans les courants de pense, franais du XIXe sicle. Ils ne sont pas inconnus dHlne Blavatzky ; elle y fait allusion dans ses crits ; linfluence de Saint-Martin, plus difficilement perceptible dans ses ouvrages, est prsente chez le thosophe, Grard Encausse.
a)- Swedenborg et les thosophes

Swedenborg est sujet des visions ; les consquences des rflexions quelles suscitent dans son imaginaire lentranent traiter, dans ses ouvrages, des mondes inconnus et de ses habitants ; Ces thmes ont eu des effets sur lesprit romantique au dbut du sicle ; ils sont chers aussi aux spirites et aux thosophes, les entranent au-del de la rverie, les interrogent sur linconnu, linvisible, lindfinissable. Hlne Blavatzky connat les ides du thosophe sudois, elle les voque dans Isis Unveiled, propos de la mort de lme ; la question est de savoir quelle est la partie immortelle de cette me, et dautre part, quelle est la partie prissable de lhomme la mort physique ? Elle reprend les philosophes antiques, les modernes, pour qui lme tait corporelle, quoique dune nature extrmement subtile ; puis revenant aux philosophes spiritualistes, elle ne manque de faire allusion la philosophie de Swedenborg : cette doctrine de la possibilit de perdre son me, et par consquent son individualit est contraire aux thories idales et aux penses progressives de quelques spiritualistes, bien que Swedenborg lait pleinement adopte. Ils naccepteront jamais la doctrine cabalistique, qui enseigne que ce nest quen observant la loi dharmonie que la vie individuelle future peut tre obtenue ; et que plus lhomme intrieur et extrieur sloigne de cette source dharmonie qui jaillit de notre esprit divin, plus il lui est difficile de regagner le terrain perdu 75 . Hlne Blavatzky est une admiratrice de Swedenborg, elle se demande propos de la doctrine de lil ou doctrine du cur, si les esprits qui lont visit,

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H.P. Blavatzky, Isis dvoile, [Link]. T. 2, p. 36.

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ntaient pas orientaux 76 . Elle a suivi les disciples du Sudois ; elle est au courant de leurs positions, rend hommage un de leurs reprsentants, le Rvrend Chauncey Giles D. D., New York, qui a lucid de faon claire ce problme de la mort avec le dcs du corps, disposition de lconomie divine pour lavantage de lhomme, une disposition grce laquelle il peut atteindre les fins les plus levs de son tre 77 . Le mme Rvrend est cit comme une lumire du swedenborgisme par Henry Steel Olcott dans les Fragments reproduits dans la Revue Spirite, davril 1878 78 . Le milieu swedenborgien est prsent Paris lorsque les ides thosophiques sont publies par lorgane spirite ; leur matre est le sujet de causeries, par le thosophe Thurman ; la construction de leur temple parisien est voqu dans cette mme revue, et il est demand aux swedenborgiens de participer lorganisation du Congrs spirite et spiritualiste international de 1889. Hlne Blavatzky est au cur des proccupations des swedenborgiens, elle sait voquer et discuter des ides de leur matre ; ce milieu lui est favorable puisquelle aborde lexistence des mmes mondes invisibles et de leurs habitants, et elle tente de les faire connatre comme certains ouvrages de Swedenborg le proposait dj.
b) Louis-Claude de Saint-Martin et Hlne Blavatzky

Louis-Claude de Saint-Martin et le martinisme ne sont pas prsents dans luvre dHlne Blavatzky ; mais on y retrouve les notions dmanation, de nature observer, de recherche de la vrit chercher en soi-mme et non dans les dogmes, notions quelle a tablies, par ses contacts avec diffrents systmes religieux, par ses observations personnelles et partir des philosophies aryennes, celles qui ont prcd lIndouisme, quelle a tudi aux Indes, et qui lui ont t inspires par ses Matres. Ce dsir de connaissance du divin loin des dogmes, lide dmanation dans la faon daborder le cosmos et

Cf. H.P. Blavatzky, La Doctrine Secrte, supplment la livraison de la R.T.F. janvier 1910, p. 123. 77 Ibid., p. 37. 78 Ides thosophiques , Revue Spirite, avril 1878, p. 130.

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non lide de cration de lUnivers par Dieu, ces thmes sont trs prsents dans ses enseignements. Il offre bien un contexte favorable lgard des ides thosophiques, dans la mesure o celles-ci sinscrivent dans cette atmosphre spiritualiste, ce besoin de renouveau, de recherche de nouveaux enseignements, loin dune pense tablie, loin des dogmes, et de rformes souhaites, au cours du XIXe sicle. Le constat concret de linfluence saint-martinienne est rvlateur avec ladhsion de Grard Encausse, alias Papus, la Socit thosophique, alors quil est dj martiniste ; les ides de Louis Claude de Saint-Martin sont sensibles chez divers spiritualistes 79 .
c) Le Mesmrisme et les thosophes

Dans ses tous premiers objectifs, la Socit thosophique de New-York, en 1875, prvoit dlucider loccultisme, la kabbale pour acqurir la vraie connaissance et la diffuser 80 . Ce but concerne les phnomnes paranormaux de lpoque, lesquels restent inexpliqus par la science, et sont rejets par les diverses Acadmies. Ce but reste fondamental dans la Socit thosophique et permanent ; il volue dans sa formulation au fur et mesure des avances du travail des thosophes, et devient en 1896 : Etudier les lois inexpliqus de la nature et des pouvoirs latents chez lhomme 81 . Loccultisme, son tude est au cur des tudes et rflexions dHlne Blavatzky, elle y consacre le premier volume en deux tomes sur quinze chapitres, dans Isis dvoile 82 ; le sixime chapitre concerne plus

particulirement les phnomnes de magntisme de Paracelse que Mesmer a repris au XVIIIe sicle 83 . Limportante dcouverte de Paracelse avait t prise pour une hallucination par les autorits scientifiques sans en rapporter la preuve ; elle est raille par les

Infra mme Ch. B- une vague dsotrisme, p. 167-196. Cf. Henri Steel Olcott, la dcouverte de locculte, Paris, Editions Adyar, 1976, Ch. VIII. 81 Infra Ch. I-Une Socit thosophique, B- Une Socit qui sinstalle aux Indes, 3- Des objectifs formuls et prciss, p. 71-77. 82 Hlne Blavatzky, Isis dvoile, Paris, les Editions thosophiques, 1913, 4 tomes, 483 p., 476 p., 471 p., 397 p. 83 Cf. Hlne Blavatzky, Isis dvoile, Paris, les Editions thosophiques, 1913, Ch. VI, p. 298-358.
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sceptiques, et porte devant les tribunaux, mais dfendue par de nombreux adeptes et praticiens. Hlne Blavatzky estime que Mesmer, en reprenant les enseignements de Paracelse, a agi pour le bienfait de lhumanit. Pour comprendre plus clairement ces phnomnes incompris, elle reprend les lumires de loccultisme oriental pour les expliquer. Le colonel Olcott est sensible aux expriences de Mesmer, adhre ses enseignements, pratique luimme le magntisme. En Inde, il a soulag et guri de nombreux malades, au point de voir sa chambre assige ds laube par des incurables 84 ; En France, lors de son passage, Nice [il croyait] en quittant Adyar en avoir fini avec les gurisons ; cependant la demande de H. P. Blavatzky [il sest laiss] aller entreprendre celle de trois dames russes qu[il rencontrait] chez lady Caithness 85 . A Paris, il rencontre le professeur Charcot lhospice de la Salptrire, le 7 juin 1884. Un de ses anciens lves, le docteur Combret, M.S.T. (thosophe) 86 , [l] y conduisit et le professeur [lui] montra aimablement diverses expriences dhypnotisme 87 . Il sest pench sur les causes de gurison magntique quil appelle aussi psychopathie ; il y dcle et un savoir faire et de lexprience ainsi que de la compassion ou sympathie lendroit du malade ; il [lui] semble que cela tend prouver que les cures magntiques ne sont pas ncessairement dues la foi, mais plutt une transfusion daura vitale au patient et son opration dans son systme et dans des conditions varies 88 . Ces prcisions claircissent ce troisime but de la Socit qui concerne ltude des pouvoirs latents dans lhomme ; il est bien prvu dans des conditions spcifiques de droiture, dlvation morale, prconises par Hlne Blavatzky et Henry Steel Olcott. Le mesmrisme sinscrit au nombre des pratiques occultes du XIXe sicle ; des magntistes ou magntiseurs figurent trs vite parmi les membres de la S.S.E.P. qui sintressent aux ides dHlne Blavatzky ; le baron Du Potet, est associ la toute jeune Socit thosophique, deux ans avant son dcs, car par son
84 85

Cf. Henri Steel Olcott, Histoire authentique de la Socit thosophique, 2e srie,[Link]. p. 296. Ibid. p. 436. 86 On peut trouver le nom du Docteur Combret sur la liste des membres de la Socit thosophique dOrient et doccident, en 1884 ; Infra. Ch. III, C- Relais associatifs, La Socit thosophique dOrient et dOccident, p. 339-348, et Cf. Charles Blech, [Link]. p. 37. 87 Henri Steel Olcott, [Link]. 3e srie, p. 48. 88 Ibid., p. 306.

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art de magntiser, par ses conceptions suprieures, il a sa place parmi nous 89 , rappelle Pierre Gatan Leymarie, au nom de la Socit new-yorkaise, dans son discours funraire. Le docteur Fortin, magntiseur, correspond avec le colonel Olcott et Hlne Blavatzky, et adhre la Socit en 1883. Mesmer est bien prsent parmi les spiritualistes et les thosophes, dans ce XIXe sicle, au titre dune certaine postrit du XVIIIe. Paracelse, que Mesmer a remis au got du jour et que H.P.B. considre comme le pre de la chimie moderne est encore tudi par les thosophes, en 1907 90 . Si linfluence de ces spiritualistes est manifeste, une question reste sans rponse, cest le nombre de personnes concernes ; il parat difficile de quantifier une influence qui reste du domaine de lesprit ; elle agit sur les mentalits, elle est prsente dans les courants de pense, quils soient sotriques ou occultistes.

B- Une vague dsotrisme et doccultisme


Loccident est touch par une vague dsotrisme et doccultisme la fin XIXe91 . Ce retour de lirrationnel qualifie pour certains, le spiritisme, loccultisme, deux grands courants alternatifs fort en vogue au cours du dernier tiers du XIXe sicle [qui] comptent des milliers de rseaux et de clubs et plusieurs millions dadeptes informels 92 . Il nest pas question ici daborder lsotrisme sous langle philosophique ou sotrologique 93 ; il importe simplement dobserver que si le XIXe sicle est trs marqu par lemprise du rationalisme et du positivisme matrialiste sur les esprits, il prsente aussi, en parallle, et en raction, un retour la philosophie spiritualiste, un regain dintrt pour lsotrisme, une curiosit pour les sciences occultes ; cest aussi, chez quelques uns, une manire de contester un dogmatisme pesant, un dsir de rformer une Eglise qui leur semble sclrose, dimaginer, dans le sillage de Saint-Simon, une nouvelle re ; comme chez les
89 90

Discours de M. Leymarie , Revue Spirite, aot 1881, p. 393. I. Hemd, Paracelse , R.T.F. avril 1907, p. 47-52. 91 Mgr. Vernette, Anthroposophie , La Croix, 15 dcembre 1999, 92 Frdric Lenoir, La rencontre du Bouddhisme et de loccident, Paris, Fayard, 1999, p. 183. 93 Lassociation A. R. I. E. S. est spcialise dans la recherche et linformation sur lsotrisme ; elle dite une Revue du mme nom.

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thosophes du sicle prcdent, cette volont de renouveler le monde, sest accompagne aussi par un retour des textes anciens, recherchs et exploits par certains auteurs. Il sera dabord question de la dfinition des termes sotrisme et occultisme, puis de lsotrisme qui vient au secours de loccultisme avec Eliphas Levi, de la vulgarisation de loccultisme avec Papus, de linfluence de cet sotro occultisme au XIXe sicle, et de lapproche de ces termes par Hlne Blavatzky. 1- Deux termes difficiles dfinir Il est ncessaire de se pencher sur la signification de ces deux termes, dautant quau XIXe sicle ils sont utiliss de faon concomitante et que les historiens ont souvent contribu embrouiller cette question car, au lieu de dcrire lvolution de cet univers, ils nous livrent leur propre conception. Ainsi les historiens de lsotrisme ont tendance dpartager ce quils considrent comme le vritable occultisme de ce quils rejettent comme un occultisme de bazar, populaire et mdiatique et surtout scientiste. Il y aurait un fonds doccultisme et dsotrisme vritable et une cohorte dimitations et de drives 94 . Le terme occultisme napparat dans les lexiques de cette poque qu partir de la deuxime moiti du sicle ; il ne figure donc pas dans le Dictionnaire infernal 95 de Collin de Plancy publi dans la premire partie du XIXe sicle, mais il est analys dans lEncyclopdie Berthelot 96 , publi dans la seconde partie du XIXe. Cependant, de nos jours, Jean-Pierre Laurant estime que les deux substantifs voisins, sotrisme et occultisme, apparurent, en franais tout dabord, dans les annes 1830-1840 97 . Il faut noter que Serge Hutin estime que cest par

Dfinitions occultes par Pierre Lagrange et Patrizia dAndra, Des savants face locculte 1870-1940, sous la direction de Bernadette Bensaude-Vincent et Christine Blondel, Sciences et Socit, Paris, 2002, p. 20. 95 Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, Paris, Henri Plon imp. Editeur, 1863, 6e dition, p. 649. 96 Berthelot, La grande Encyclopdie, inventaire raisonn des sciences des lettres et des arts ( par une socit de savants et de gens de lettres), Rimpression de lEdition de 1885-1902, Reproduction, Nmes, C. Lacour Editeur,1993. 97 Jean-Pierre Laurant, Esotrisme, histoire du mot , Dictionnaire critique de lsotrisme, [Link].

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un grave abus de langage que ces deux termes se trouvent si volontiers confondus de nos jours 98 .
a) sotrisme.

Et le Larousse et le Robert voquent la rubrique sotrisme une doctrine , rserve aux seuls initis ; pour le Larousse, la doctrine est non communique , sauf quelques uns pour le Robert. Esotrisme, a son contraire Exotrisme ; partir de leur tymologie grecque nous distinguons, Eso intrieur et Exo extrieur. Lexotrisme sexprime, il se manifeste par des enseignements, des rites, des liturgies ou crmonies ou des croyances communes. lsotrisme est intrieur, et ne sexprime pas ou peu ; il peut sagir de ressenti et de connaissance en soi, de gnose ; il recouvre aussi ce qui est rserv certains, un petit nombre, disciples, initis, sages, et reste cach la foule, non accessible tous, faute denseignement spcial, faute de connaissances, de clefs, clef des symboles, clef des allgories, clef des mythes, et danalogies. Pierre Riffard 99 voque un enseignement occulte de gnose, de doctrine secrte et consacre lsotrisme un ouvrage 100 . Serge Hutin, auteur de la rubrique Esotrisme dans lEncyclopedia Universalis, voque un savoir rserv au sens docculte, de cach , tandis quAntoine Faivre voque propos de lsotrisme lide de secret, de discipline de larcane, de connaissances rserves 101 ; il relve alors six caractres fondamentaux dont quatre sont intrinsques et leur prsence simultane est une condition ncessaire et suffisante 102 , les deux autres ntant pas indispensables. Il reprend le substantif esotericism qui correspond un ensemble de courants spirituels dans lhistoire occidentale moderne et contemporaine qui partagent un certain air de famille aussi bien que la forme de pense qui est son dnominateur commun 103 .
S. H. Esotrisme , Encyclopedia Universalis. Pierre A. Riffard, Dictionnaire de lsotrisme, Paris, Laffont, Coll. Bouquins , 2002, 1006 p. 100 Pierre A. Riffard, Lsotrisme, Quest-ce que lsotrisme, anthologie de lsotrisme occidental, Paris, Laffont, 1990, 1014 p. 101 Antoine Faivre, Lsotrisme, Que sais-je N 1031, Paris, P.U.F., 1992, p. 5. 102 Ibid. p. 13. 103 Antoine Faivre, Questions of terminology proper to the study of esoteric currents in modern and contemporary Europe, in Western esotericism and the science of religion, selected papers
99 98

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Ceux qui se proccupent dsotrisme recherchent aussi dans les textes anciens ce qui na pas t transmis, ce qui est laiss de ct, perdu et devenu incomprhensible avec le temps, afin dclairer ce qui est devenu habituel, mais opaque ou mystrieux, cach leurs yeux, ce qui peut alors paratre occulte au sens de cach, incomprhensible.
b) Occultisme.

Nicole Edelman remarque que le terme occulte est un terme largement usit partir des annes 1870 104 , et Jean-Pierre Laurant note que lemploi courant doccultisme fut reconnu en 1840 par Richard de Radonvilliers dans le Dictionnaire des mots nouveaux, bien avant quEliphas Levi ne lui assure le succs en 1856 dans Dogme et rituel de haute magie 105 . Absent des dictionnaires du XIXe, le terme apparat selon le Robert en 1893 et celui doccultiste en 1891. Pour ce lexique, l occultisme est une croyance aux sciences occultes et aux applications quon en fait , alors que pour le Larousse cest une disposition desprit de ceux qui croient lexistence de ralits caches, supra rationnelles, qui seraient du domaine des sciences occultes et ltude et la pratique de ces sciences . Croyance, disposition desprit, tude pour tout ce qui concerne ce qui ne se voit pas et en particulier ce qui est occulte, donc cach, concernent le terme. Locculte recouvre des faits qui nappartiennent pas encore la science, des phnomnes non encore expliqus mais considrs comme naturels et explicables dans un cadre scientifique 106 . Du ct des rpertoires plus spcialiss, Pierre Riffard reprend le mot croyance, et prcise, croyance en des forces occultes , ainsi que la pratique des sciences

presented at the 17 th Congress of the international Association for the History of Religions, Mexico city 1995, edited by Antoine Faivre et Wouter J. HANEGRAAFF, PEETERS 1998, p. 1. esotericism refers to an ensemble of spiritual currents in modern and contemporary Western history which share a certain air de famille as well as the form of thought which is its common denominator. 104 Nicole Edelman, Spiritisme et neurologues face locculte (1870-1890) : une particularit franaise, in Des savants face locculte 1870-1940, de Bernadette Bensaude-Vincent et Christine Blondel dir., Sciences et Socit, Paris, 2002, p. 85. 105 Jean-Pierre Laurant, Esotrisme, histoire du mot , Dictionnaire critique de lsotrisme, [Link]. 106 Ibid.

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occultes. Pour ltude de ces sciences, il sagit de lHermtisme, de la Kabbale, de la Science des prodiges, et concernant les pratiques il est question de lAlchimie, de lAstrologie, de la Magie, de la Mantique, de la Mdecine occulte, du Spiritisme. Ces pratiques, ces mystres, cet occulte, pourraient tre claircis par ce savoir secret, rserv quelques-uns, et non transmis ; Corneille Agrippa, thosophe du XVIe sicle navait-il pas recherch ce savoir perdu de lantiquit et publi De occulta philosophia, au sujet de la philosophie .non transmise, ou occulte, ou secrte, comment traduire occulta ?
c) Occultisme et sotrisme

Au XIXe sicle, il y a eu utilisation concomitante des termes occulte et savoir perdu . Jean-Pierre Laurant a essay de clarifier ce qui pouvait permettre de distinguer ces deux termes qui, ses yeux, pourraient passer pour des jumeaux. Malgr leur ressemblance troublante, lun des deux jumeaux, savoir loccultisme, finit par servir de repoussoir lautre, par supporter tout le poids des pchs intellectuels du stupide XXe sicle
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Jules Baissac accole les deux termes pour voquer ces traditions religieuses anciennes, refoules dans les ermitages de lHimalaya qui vivraient encore en ce moment ltat doccultisme sotrique 108 . Lide, de rechercher des vrits oublies ou laisses de ct dans les textes anciens, nest pas nouvelle, elle refait surface dans cette atmosphre daprs Rvolution, o des hommes veulent rnover, rformer, changer, en sinspirant des savoirs antiques des anciennes religions quelles quelles soient et en particulier, pour certains, ceux de la primitive Eglise ; ces savoirs nauraient pas t transmis parce que non admis, non reconnus par les autorits religieuses au cours de conciles, en matire de thologie. Au XIXe de nombreux chercheurs se penchent sur les textes anciens pour y trouver des explications aux phnomnes mystrieux et incomprhensibles. Las du dogmatisme catholique, ces

chercheurs ont voulu rendre la tradition antique toute sa place, alors quHenri de Lubac discerne, dans ce phnomne, une postrit inconsciente de
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Cf. Jean-Pierre Laurant, [Link]. p. 27 et p. 17-33 Jules Baissac, La nouvelle thosophie , Revue de lhistoire des religions, octobre 1884, p. 52.

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Joachim de Flore, cet ami des papes qui attend la venue dun troisime ge, celui de lesprit 109 . Ces deux termes font appel ce qui est cach, soit parce que pour lsotrisme le savoir naurait t transmis qu des initis et donc considr comme rest cach au commun des mortels ou encore parce quil relve de la connaissance au sens gnostique du terme ; il est alors cette comprhension cette connaissance de la Vrit premire rvle mais exprime sous forme de symboles, paraboles, signes dans les Ecritures sacres ; enfin soit parce que pour ce qui concerne locculte, c'est--dire les phnomnes mystrieux, inexplicables, lhomme ne peut le percevoir avec les sens physiques, relevant davantage de facults intrieures et psychiques, donc imperceptibles de faon physique ou rationnelle ; celui-ci tant destin expliquer ceux-l. Le savoir cach, non transmis donc sotrique, a t recherch pour pouvoir clairer les travaux sur locculte, tenter de lexpliquer, ce qui est difficile puisque locculte est invisible, impalpable, intouchable, inaudible ; loccultisme

concerne un monde entre divin et humain, un intermonde [], il gre limaginaire fantastique 110 . Des recherches pour rformer la socit, gnrer une nouvelle re ont t lobjectif de quelques penseurs du XIXe qui ont t alors considrs comme utopistes, puis sotristes ou occultistes ou les deux en mme temps, ce qui ne facilite pas toujours la tche pour distinguer les auteurs, leurs objectifs, ou encore les termes eux-mmes ; il faut renoncer vouloir classer de faon claire et prcise ces auteurs dits sotro occultistes et leurs enseignements. Marie-France James a rpertori 111 ces crivains qui ont prcd lsotriste Ren Gunon (1886-1951) ou qui lui sont contemporains : elle qualifie dsotro-occultistes Franois Charles Barlet (1838-1921), Stanislas de Guata (1861-1897), Jean Bricaud (1881-1934), lecclsiastique Alphonse Petit (1842-1921). Elle reconnat sotristes les Fabre dOlivet (1768-1825), Saint-Yves dAlveydre (1842-1909), Ren Gunon (1886-1951), et elle mentionne Papus (1865-1916) comme
Cf. Henri de Lubac, Les Postrits de Joachim de Flore, Paris, Editions Lethielleux, 1981, T. II, 508 p. 110 Cf. La littrature fantastique , Nelly Emont, Actes du colloque de Cerisy 1989, p. 140. 111 Marie-France James, Esotrisme, Occultisme, Franc-maonnerie et christianisme aux XIXe XXe sicles, explorations bio-bibliographiques, Paris les Nouvelles Editions latines, 1981
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occultiste. Il est bien question des milieux sotro-occultistes 112 de la capitale pour voquer tous ces penseurs qui travaillent et se retrouvent, changent sur leurs sujets de prdilection ; pour sa part, Jean-Pierre Laurant sest pench sur Lsotrisme chrtien en France au XIXe sicle 113 qui complte celui de MarieFrance James 114 dans lexploration dun milieu qui nest ni celui des Eglises reconnues ni celui de la lacit conqurante 115 ; ce courant en vogue la fin du XIXe rassemble des anti-matrialistes, des anti-positivistes, des anti-dogmatistes en recherche dautre chose que ce qui est propos ou par le courant chrtien ou par le courant laque. Occultisme, sotrisme, nous le constatons sont proches lun de lautre par le sens de secret qui est rserv dans lsotrisme et rejoint ce qui est cach pour loccultisme. Des connaissances, savoir secret ou qualifi dsotrique parce quil ne sadresse pas tous, peuvent tre qualifis doccultes parce que leur signification nest pas accessible dans limmdiat et rclame quelques connaissances particulires pour y avoir accs. Loccultisme est aussi lapproche et la pratique des sciences occultes qui a besoin dexplications et de connaissances spcifiques, voire pour certains dtre dvoiles, et qui se font partir dun savoir sotrique. Pierre Riffard remarque qu aux yeux des occultistes, occultisme et sotrisme sont synonymes, et aux yeux des sotristes, il y a incompatibilit, les deux termes nont pas la mme histoire 116 ; il fait la distinction pour chaque terme, de son objet, de sa mthode, de son histoire. Et devant le caractre rcent de ltude de lsotrisme , Pierre Riffard, a voulu combler un vide, il sest employ publier un Dictionnaire de lsotrisme 117 . A ses yeux, la premire vague dauteurs qui se penchent sur lsotrisme, se profile au milieu du XIXe sicle. Lintrt renaissant pour ce thme au XXe sicle mritait un tel travail. Il avait dj abord le sujet avec divers ouvrages sur lsotrisme et consacr un
Cf. Marie-France James, Esotrisme, Occultisme, Franc-maonnerie et christianisme aux XIXe XX sicles, explorations bio-bibliographiques, [Link]. 113 Jean-Pierre Laurant, LEsotrisme chrtien au XIXe sicle, [Link]. 114 Cf. Francis Bertin, propos de louvrage de Jean-Pierre Laurant, Lsotrisme chrtien en France au XIXe sicle, in Politica Hermetica N7, LAge dhomme, 1993, p. 158. 115 Ibid., p. 154. 116 Pierre Riffard, Dictionnaire de lsotrisme, p. 243-244. 117 Pierre Riffard, [Link].
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chapitre sur lsotrisme au XIXe plus littraire et occultiste que celui du XVIIIe, plus philosophique et spiritualiste , face une atmosphre scientiste. Il cite le Trait mthodique de science occulte de Papus comme une des douze grandes uvres de lsotrisme occidental , ce qui est encore rvlateur de lusage des deux termes de faon concomitante. A la mme poque Louis Dramard publie La science occulte, tude sur la doctrine sotrique 118 pour rendre hommage aux ides dHlne Blavatzky. 2- Lsotrisme au secours de locculte, avec Eliphas Levi Eliphas Levi est un homme de son temps, non pas lhomme pris de progrs industriel et matriel, mais lhomme confront au conflit de son temps entre la science et la foi ; il veut faire voluer la socit, la rendre plus juste, plus sociale, et favoriser lvolution de la religion, la renouveler, acclrer la venue du rgne de lEsprit 119 , ide quil a entrevue la lecture des livres de Madame Guyon 120 . Esotriste il va rechercher dans les textes anciens tout ce qui na pas t transmis, ce qui pourrait, ses yeux, clairer, lincomprhensible, le mystrieux ; il est admis aussi, comme occultiste et parce quil a utilis ce terme et par ce quil se proccupe de ce qui est cach, et incomprhensible ou mystrieux autour de lui. Les sotristes franais, Henri Delaage, Desbarolles, Henri Favre et surtout Fernand Rozier le reconnaissent comme lun des leurs la sortie de Lhistoire de la Magie en 1850 121 . Le pseudonyme dEliphas Levi a fait sourire, il est dans lair du temps et fait tout simplement appel aux termes antiques de ses prnoms franais, Alphonse Louis ; crivains et publicistes usent de ce subterfuge, pour marquer leur retour leur intrt pour lantiquit, et peut-tre, aussi, pour viter, quelque poursuite ou agression de la part dautorits ou de simples mortels en dsaccord avec leurs ides ; les combats pistoliers de la fin du sicle sont parfois bien rudes et se terminent quelquefois sur le pr . Lusage de pseudonymes en langue
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Dramard, La science occulte, tude sur la doctrine sotrique, Paris, Bruxelles, Georges Carr, 1885, 30 p. Il faut noter la prsence des deux termes dans le titre. 119 A ce titre il faut aussi penser linfluence de Joachim de Flore, entrevue par Henri de Lubac dans les deux tomes quil consacre La postrit de Joachim de Flore, [Link]. 120 Cf. Henri de Lubac, [Link]. T. II, p. 320. 121 Cf. Philippe Lamarque, Les Grands Matres des sciences occultes, [Link]. p. 145.

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ancienne, hbraque, grecque, latine ou celte se retrouve chez les spirites avec leur Matre Hippolyte Denizard Rivail alias Allan Kardec, chez les sotristes et les occultistes avec le docteur Encausse alias Papus, plus tard chez les gnostiques avec Jules Doinel, alias Valentin, la fin du sicle et au dbut du sicle suivant avec Ren Gunon alias Palingnius.
a)- Eliphas Levi (1805-1875)

Futur prtre, utopiste et humanitaire, Alphonse-Louis Constant se tourne vers la recherche de textes anciens ; et par une interprtation de ces textes, diffrente de celle qui est admise, il cherche rformer la religion. Aprs une vie instable et pauvre, le jeune Alphonse Louis se destine la prtrise, renonce cette vocation alors quil est diacre et tonsur. Il rejoint Adle, compagne de quelque temps, puis se tourne vers les fouriristes, parmi lesquels il fait la connaissance de Flora Tristan, future grand-mre de Paul Gauguin ; il frquente le salon littraire, parfois spirite, de Delphine de Girardin, combat linjustice, pouse une collgienne en rupture de pensionnat, Nomie Cadiot (1832-1888) sculpteur 122 , et crivain connue sous le nom de Claude Vignon 123 . Intress par les problmes de lau-del, et en rupture de cheminement ecclsiastique, il fait un court sjour Solesmes ; il y dcouvre le Spiridion de George Sand 124 ; il lit aussi Clment dAlexandrie, dcouvre ses mthodes thosophiques, pour interprter les enseignements de la Bible. Il se brouille avec Dom Guranger, revient la vie civile, rend des services dans quelques paroisses, assure des prches comme itinrant, mais se brouille encore avec ses suprieurs. Il travaille sur les Ecritures Saintes et publie, en 1842, La Bible de la libert, ce qui lui vaut dtre enferm Sainte Plagie, pour atteinte la proprit, la morale publique et religieuse, louvrage tant considr comme un brlot socialiste et messianique 125 . On y retrouve les

On lui doit une sculpture de la fontaine Saint-Michel Paris. Elle a sans doute t rajoute au monument qui porte, lui, la date de 1809. 123 Jean-Pierre Laurant, LEsotrisme chrtien en France au XIXe sicle, [Link]. p. 104. 124 Lhistoire dun moine qui recherche des manuscrits anciens, sur la religion nouvelle, cachs par Spiridion dans son cercueil, thme la mode cette poque. 125 Jean-Marc Seijo-Lopez, Rvlation et rvolution dans luvre dAlphonse Louis Constant, Politica Hermetica N 9, Esotrisme et socialisme, Paris, LAge dhomme, 1995, p. 48.

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ides la fois socialistes et utopistes des saints simoniens, et des futurs rvolutionnaires de 1848 qui souhaitent rgnrer la socit, rformer la religion, tre les tmoins de ce jour o les promesses du christianisme se raliseraient. En prison, il lit les uvres de Swedenborg, sentretient avec ses adeptes, ces amis rencontrs chez Constant Cheneau ; ce dernier travaillait la ralisation dun temple swedenborgien sur les conseils de Le Boys des Gays. Il ctoie les utopistes et les adeptes des illumins , ces spiritualistes du XVIIIe sicle, prend le pseudonyme dEliphas ; il fonde avec Alphonse Esquiros et Auguste Le Gallois le Tribun du peuple puis travaille avec le publiciste Charles Fauvety 126 . Tous reoivent, disent-ils, des messages divins par vision, lexemple des hros de Lamartine dans La Chute dun ange , ou de ceux de Victor Hugo dans la Lgende des sicles. Fuyant le rgime imprial, aprs le coup dtat de dcembre 1851, il gagne lAngleterre o il rencontre Wronski, en 1852, immortalis par Balzac dans le personnage de Balthazar Clas, ce hros qui sacrifie tout ce quil possde ses travaux de chercheur dabsolu 127 . Wronski linitie aux mathmatiques de la philosophie occulte ; il rencontre le romancier BulwerLytton, en 1854, lauteur du roman sotrique Zanoni qui est intress et mme passionn de recherches mtaphysiques. De retour en France, install Boulevard du Montparnasse, il reoit Alexandre Dumas, le martiniste Delaage, Mme de Hanska, puis la fille de Thophile, Judith Gauthier pouse de Catulle Mends, frquente Littr lauteur du Dictionnaire, le penseur et publiciste Pierre Leroux, le gographe Elise Reclus, mais aussi le directeur de la Revue socialiste Benot Malon et le romancier Eugne Nus 128 . Il rencontre Mallarm, Villiers de lIsle Adam, Thophile Gauthier, auteurs reconnus, aujourdhui, comme Fantastiques, dont limaginaire est nourri par cet occultisme qui imprgne lair du temps. Eliphas Levi transmet le fruit de ses
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Charles Fauvety, est le futur prsident de la Socit scientifique dtudes psychologiques ; correspondant dHlne Blavatzky dans les annes 1880, il la reoit chez lui Asnires en 1884. Infra Ch. IV- Un mouvement thosophique franais, A- Des Relais thosophiques, 1- La venue des fondateurs p. 360-371 . 127 Honor de Balzac, La Recherche de labsolu, NRF, Bibliothque de La Pliade, 1955. 128 Benot Malon et Eugne Nus participent la diffusion des ides thosophiques. Infra Ch. IV- Un mouvement thosophique franais, A- Des Relais thosophiques, 2- A la recherhe dune revue spcifiquement thosophique, a) Des revues relais, p. 372-374.

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recherches son entourage. Spiritualiste il passe par la franc-maonnerie La rose du parfait silence mais sen retire, car, ses yeux, la Loge est en effet trop rationaliste 129 . Il change une correspondance suivie, avec Mme Gebhard 130 qui il enseigne la philosophie sotrique ; cest avec le baron Spedalieri 131 quil discute de la Kabbale pendant dix ans, par correspondance. Dmuni la fin de sa vie, il est recueilli par Mme de Balzac au chteau de Beauregard, puis il est hberg par sa dernire protectrice, Mme Gebhard 132 , qui en parlait en tant que cabaliste, matre et ami. Cest chez elle que le prsident de la Socit thosophique, Henry Steel Olcott, dcouvre ce portrait lhuile dEliphas Levi en fin de vie et dcouvre quil est petit et corpulent, la figure douce et bienveillante, resplendissante de bonne humeur, longue barbe grise qui couvrait prs de la moiti de sa poitrine 133 . Epuis et moiti mort de faim aprs le sige de Paris, il dcde en 1875 aprs la parution de son Catchisme de la paix o il rejette avec vhmence la divinit du Christ 134 ; selon le Dictionnaire Larousse, la fin de sa vie il se repent de sa conduite et revient au catholicisme , ce que confirme C. Chaulliac car il revint la religion de sa jeunesse, grce aux prires de ses amis Lon Pags, Michel Gouverneur, du Rvrend Pre Delaporte et il mourt muni des sacrements de lEglise sans avoir t mis lindex 135 ; cette remarque permet de rassurer quelques uns de ceux qui auraient prfr le voir rester ferme dans ses premiers objectifs . Son uvre circule et son influence sur lesprit du temps est bien prsente, suivie par de nombreux disciples. Il est considr comme un Matre gnostique et un explorateur des arcanes de la connaissance par Victor Emile Michelet, un initi pour Jean Prieur, une personnalit hors du commun pour Jean-Pierre Laurant, et

Andr Combes, Histoire de la Franc Maonnerie au XIXe sicle, [Link] T. 2, p. 87. Future thosophe, elle reoit les fondateurs de la Socit lors de leur passage en Europe, en 1884, et Hlne Blavatzky quelques annes plus tard. 131 Marseillais, futur thosophe il correspond avec Hlne Blavatzky quil accueille avec Dominique Albert Courmes, Marseille en 1884, lors de son dbarquement en Europe. 132 Jean Prieur, LEurope des Mdiums et des initis, [Link]. p. 41-56. 133 Henri Steel Olcott, [Link]. 3e srie, p. 58-59. 134 Jean-Marc Seijo-Lopez, [Link]. p. 55. 135 C. Chaulliac, La Revue mensuelle, religieuse, politique, scientifique, septembre 1895, pp. 542 et suiv. in Jean-Pierre Laurant, [Link]. p. 107.
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promoteur du courant occultiste ; il laisse une uvre importante et imprgne lesprit de ses contemporains. Esotriste dans sa dmarche, il est occultiste dans son dsir de comprendre et dexpliquer les mystres religieux ou non religieux, lincomprhensible le mystrieux, en gnral.
b)- Une uvre double

Il faut distinguer deux moments dans ses publications, celles quil publie sous le nom dAlphonse Louis Constant jusquen 1851, oeuvres plutt mystiques, mariales et sociales qui glissent vers lutopisme ou lespoir ; et celles qui paraissent sous le pseudonyme dEliphas Levi, partir de 1852, qui proposent une religion revue la lumire dune interprtation diffrente de textes anciens trs divers, rests dans lombre. Lorsquil labore son tour la succession des adeptes il se rclame du saint-simonisme, de Fourier, dEnfantin et de Considrant mais aussi de Wronski 136 . Admirateur de Swedenborg, il suit sa voie dans son dsir de rviser le dogme sur les mondes invisibles, et se ressent de linfluence de Lamennais dans son dsir de rformer lEglise. Il reprsente un carrefour, une concordance dinfluences diverses o le spiritualisme du sicle prcdent, lutopisme socialiste contemporain, le messianisme se mlent et lui font entrevoir une socit meilleure o une religion nouvelle, universelle, ferait sortir lhumanit de sa peur et de sa frilosit. Comme beaucoup de ses contemporains, la dception devant lissue de la rvolution de 1848 a nourri sa prose. Cest Marie et la femme quil consacre ses premiers ouvrages, reflet dune spiritualit imprgne de culte marial et dinfluence pr fministe. Il est pass par lvadisme, o lgalit homme femme est un sujet de rflexions et de dbats. Ce mlange a sans doute prsid LAssomption de la Femme (1841) o il exalte la divinit androgyne et promeut Marie au rang de grande mre de lHumanit , ainsi qu lpope mariale de La Mre de Dieu (1844) o il

136

Jean-Marc Seijo-Lopez, [Link]. p. 57.

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fonde son Evangile de Marie sur une visitation anglique, rvlation quil aurait eue lors de son incarcration Sainte Plagie 137 . Henri de Lubac qualifie ces oeuvres de divagations mariales , lorsquil rapproche luvre de Lvi, des ouvrages qui illustrent pour lui Les Postrits de Joachim de Flore ; ce dernier (1143-1202) au cours du XIIe sicle interprte de faon personnelle certaines des visions de lApocalypse et annonce la venue immanente du rgne de lEsprit 138 . Deux ouvrages refltent la volont de Levi, dans son travail de retour aux premiers crits des Pres de lEglise et de relecture des Ecritures ; il rappelle la recommandation faite par Jsus ses disciples de ne pas jeter les perles devant les pourceaux et duser dallgories et de paraboles , pour tre compris de ceux qui le pouvaient. Il confirme, comme dautres, cette poque, et comme le fera Helena Blavatzky et les sotristes de la fin du sicle, une volont de revenir la tradition primordiale, un dsir de retrouver les enseignements premiers et fondamentaux qui nont pas t transmis. Il tmoigne, avec la Bible de la libert (1841) et quelque annes plus tard, en 1848, avec Le testament de la libert, de son espoir dans une nouvelle humanit mais aussi de sa dception aprs les vnements de 1848 ; il sinquite de voir la peur du peuple pour une humanit qui se meurt dinanition [], dvore de prjugs et dignorance comme dune lpre invtre 139 . Sa vie en tant quEliphas Levi dbute avec la proposition dune religion nouvelle dans Dogme et rituel de la haute magie (1856) dans lequel il recherche ce savoir laiss dans lombre, se lance dans une Histoire de la Magie (1860) et en 1861 publie La Clef des grands mystres 140 , pour montrer la religion diffremment, et prciser les caractres immuables de la philosophie, et les lois de la Nature 141 . Il dnonce la bigoterie, assortie de malveillance, qui fait dsesprer ; il tente de faire ressortir la bont naturelle ce lhomme qui permet lespoir ; il voque les influences fatales qui sont celles de la mort et les influences salutaires qui sont celles de la vie et prcisant que suivant que nous
137 138

Ibid., p. 49. Cf. Henri de Lubac, Les Postrits de Joachim de Flore, [Link]. T. II, p. 58. 139 Jean Prieur, [Link]. p. 54. 140 Eliphas Levi, La clef des grands mystres, Paris, Germer Baillire, 1861, 496 p. 141 Ibid., Prface, p. II.

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sommes plus faibles ou plus forts dans la vie nous attirons ou nous repoussons le malfice, cette puissance occulte nest que trop relle, mais lintelligence et la vertu auront toujours le moyen dviter les obsessions et les atteintes 142 . Il sappuie sur la rflexion faite par Joseph de Maistre ( La religion dit : croyez et vous comprendrez. La science vient vous dire : comprenez et vous croirez 143 ) pour recourir cette clef qui suivant Hnoch, Abraham, Herms Trismgiste, et Salomon , permettra de comprendre le monde et ses mystres. Il admet la ralit de ces forces occultes et raconte les phnomnes paranormaux qui se sont drouls dans le presbytre de Cideville en Normandie confirmant la ralit des phnomnes psychiques en France en 1852. Ce sont bien les anciens, Hnoch, Abraham, Herms Trismgiste qui, selon lui, peuvent nous apprendre quelque chose et qui rpondront nos questions sur le mystre, linconnu et linfini. En allant chercher dans les enseignements anciens perdus ou non transmis, Eliphas Levi espre trouver la clef des mystres, car tout ce qui est en question de nos jours avait t rsolu par les anciens ; antrieures nos annales, leurs solutions crites en hiroglyphes navaient plus de sens pour nous ; un homme en a retrouv la clef, il a ouvert les ncropoles de la Science antique et il donne son sicle tout un monde de thormes oublis, de synthses simples et sublimes comme la nature, rayonnant toujours de lunit et se multipliant comme les nombres, avec des proportions si exactes que le connu dmontre et rvle linconnu. Comprendre cette science cest voir Dieu 144 . Cet homme, cest lui-mme, lsotriste la recherche de textes non transmis qui va pouvoir faire uvre utile, et rpondre, aux questions de ses contemporains, ces occultistes qui se penchent sur les phnomnes incomprhensibles et mystrieux qui les entourent. Cest avec le docteur Encausse, alias Papus, pseudonyme emprunt dans le Nuctameron dApollonius de Tyane que loccultisme va tre vulgaris.

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Ibid., p. 276. Ibid., exergue de la page titre. 144 Eliphas Levi, [Link]., prface p. 11.

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3- Papus et la vulgarisation des sciences occultes Le docteur Encausse, alias Papus, merge comme celui qui veut reprendre la suite de Levi ; il en admire luvre, aurait voulu le rencontrer. Pour Marie-France James Papus est considr comme le grand rnovateur de loccultisme ; pour Jean-Pierre Laurant, il est un grand admirateur de Levi, et le mentor de loccultisme franais ; pour Nol Richard Nafarre il est les deux, tout en participant tous les mouvements qui contriburent au renouveau de lsotrisme. On observe par ces qualificatifs utiliss, combien les termes sotrisme et occultisme sont employs dans une mme phrase, pour illustrer ces crivains du XIXe qui sont la recherche du cach, du non transmis, du non diffus, du non expliqu ou non explicable et recherch ; ce qui est le cas pour les deux termes mais lun fait allusion des enseignements, lautre des pratiques concernant des mystres incomprhensibles. Le problme relve de lemploi du terme occultisme, nologisme auquel Eliphas Levi ouvrit une brillante carrire 145 et de ce courant de pense quil aurait lanc, alors que sefforant de retrouver des savoirs perdus, il les remettait la porte de tous, pour y rechercher et expliquer la cause de ces phnomnes ; il lui a t alors attribu linfluence de tout ce qui a suivi concernant cet engouement pour lsotrisme et loccultisme. La raison en est peut-tre quil a eu Papus comme grand admirateur ; ce dernier a vulgaris tout ce qui concernait les sciences occultes ; il la fait dabord partir des enseignements de Louis Claude de Saint-martin, puis de ceux de Levi mais aussi partir de ceux de Mme Blavatzky quil admire : initie en Orient. Calomnie un peu partout. Secrtaire de la socit et crivain trs distingu, elle a crit un ouvrage admirable sur loccultisme intitul Isis Unveiled. Cest un des seuls auteurs vivants qui, notre connaissance joigne la pratique la thorie 146 . La connaissance et linfluence des crits de Saint Martin et de Levi, nont pas empch Papus de lire les uvres dHlne Blavatzky, de sen servir, avant de faire une carrire de vulgarisateur de loccultisme.

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Cf. Jean-Pierre Laurant, [Link]. p. 21. Papus, Loccultisme contemporain, Paris, Georges Carr, Libraire-diteur, 1887, p. 34.

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a) Papus (1865-1916)

En tant quhomme il est difficile saisir et comme auteur parfois difficile suivre, Papus a couru, sest essouffl dans mille entreprises et mille querelles 147 . Ce portrait concis et rapide de Papus lui correspond ; mais il nen dit pas assez pour entrevoir ltendue de son uvre et son implication dans le mouvement sotro occultiste de la fin du XIXe sicle. Papus avait une solide beaut dAssyrien barbe noire [], il resta toujours rserv, modeste et laborieux 148 . Externe des hpitaux de Paris, Grard Encausse passe par les services de plusieurs grands patrons, en particulier celui du professeur Louys, aliniste lhpital de la charit. Habitu du Chat noir 149 , il dlaisse linternat et sadonne dautres objectifs ; plus tard, il reprend son premier objectif de mdecine et lagrmente de ses nouvelles connaissances en matire occulte ; il soutient sa thse de docteur en mdecine en 1894 sur Lanatomie philosophique et ses divisions , voulant allier enseignement scientifique et occultisme 150 . Le docteur en mdecine Grard Encausse appartient la gnration de ceux qui ont voulu bousculer la domination du matrialisme scientifique et du naturalisme littraire. Cest en promouvant le mouvement occultiste quil veut rendre au monde moderne ce que savaient les grands initis de lAntiquit 151 . Initi luimme au martinisme en 1882 par Delaage, nourri des uvres de Saint-Martin, dEliphas Levi, son dsir est de divulguer les vrits suprieures, un savoir perdu rserv dans le pass, aux masses populaires ; il sintresse aux ides thosophiques, rencontre des thosophes parisiens, puis Hlne Blavatzky ; il fait partie de la branche thosophique parisienne Isis , assume des responsabilits au sein de la branche Herms , publie un manifeste sur Loccultisme contemporain 152 en 1887 avec une partie sur Hlne Blavatzky quil admire comme crivain trs distingu ; puis il se fche alors avec les
Roger Dachez, Notes de lecture , Politica Hermetica, N9, Lge dhomme, 1995, p. 210. Jean Prieur, [Link]., p. 271. 149 Dbit de boissons, caf, prs de lElyse-Montmartre o se retrouvent et se produisent, potes, chanteurs, chansonniers, musiciens aprs lamnistie partielle de 1879 touchant les condamns et expatris de la Commune. Cf. Les potes du Chat noir, Paris, Gallimard, 1998, 500 p. 150 Cf. Philippe Encausse, Papus, sa vie, son uvre, Paris, Editions Dangles, 1932, p. 29. 151 Victor-Emile Michelet, [Link], p. 34. 152 Papus, LOccultisme contemporain, [Link]. 36 p.
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responsables de la Socit thosophique 153 , monte son propre groupe indpendant de hautes tudes sotriques 154 quil transforme en Universit libre des hautes tudes, Facult des sciences hermtiques , avec dlivrance de diplmes de sciences occultes 155 o presque tous les occultistes viennent discuter et changer 156 . Martiniste, rose-croix, il participe tous les mouvements qui contriburent au renouveau de lsotrisme, [] cest un champion de lsotrisme judeo-chrtien, se disant propagateur du seul vrai bouddhisme quil dcouvrait la suite de Augustin Chaboseau qui lavait dcouvert au Muse Guimet 157 .
b) Un Balzac de loccultisme

Il y a bien chez Papus une volont de dsoccultation du savoir sotrique et une vulgarisation de connaissances jusque l rservs certains. La parution de son Trait lmentaire de magie pratique, en 1893, met la connaissance et la pratique des sciences occultes la porte de tous ; il est suivi dune uvre importante sur les pratiques occultes qui lui ont valu le surnom de Balzac de loccultisme par son fils ; pour Franois Secret toute son action et son uvre relvent dune confusion des genres, occultisme et sotrisme. Il rassemble ce monde chatoyant, htroclite et droutant que fut celui de loccultisme parisien dans les annes 1890, fdr en quelque sorte autour de Papus 158 . Il sduit Anatole France qui aimerait quau collge de France cette antique maison [qui] a cela daimable quelle est ouverte toutes les nouveauts. On y enseigne tout. Je voudrais quon y enseignt le reste. Je voudrais quon y crt une chaire de magie pour Monsieur Papus 159 . Il est renomm sur la place de Paris et arrive ce que la maonnerie sintresse

Infra Ch. IV- Un mouvement thosophique franais, C-Retournement dun contexte favorable, 2Des difficults internes p. 423-430. 154 Victor-Emile Michelet, [Link], p. 34. 155 Cf. Pierre A. Riffard, LEsotrisme, Paris, Laffont, coll. Bouquins, 2002, p. 46. 156 Cf. Jean-Pierre Laurant, [Link]. p. 180. 157 Nol Richard-Nafarre, [Link]. 1re Ed. 1991, p. 542. 158 Cf. Jean Prieur, [Link]. p. 209-210. 159 Le Temps, 1/06/1890, in Jean Prieur, [Link]. p. 282.

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loccultisme et au spiritisme ; il redonne vie au martinisme mais nest pas accept la G. D. L. F. 160 , ce quil a regrett. Au congrs international spirite et spiritualiste de 1889, Papus dresse un tableau synoptique des coles sotriques qui luttent contre le matrialisme, et sentendent sur la ralit des phnomnes supra normaux ; il prcise que si ces coles prsentent le mme objectif, elles se diffrencient dans les explications quelles donnent de ces phnomnes ; certaines sont dites rincarnationistes parce quelles croient que les esprits se rincarnent, aprs la mort physique, pour voluer spirituellement ; dautres, plutt anglo-amricaines, saffichent non-rincarnationistes et ne croient pas en la rincarnation des esprits aprs la mort ; les explications des phnomnes varient suivant les coles sotriques, certaines y voient lintervention directe des esprits qui ne se sont pas encore rincarns ; pour les thosophes sanskrits, il sagit de celle des esprits et autres influences comme les forces occultes ; cette dernire cause est perue diffremment chez les cabalistes hbreux 161 . Peu aprs ce congrs, tout en faisant partie des responsables de la Branche thosophique Herms, il forme le Groupe indpendant dtudes sotriques 162 qui se runit au 48 rue de Turbigo ds le 18 dcembre 1889 ; ce groupe est considr comme une vritable Universit de loccultisme 163 ; sotrisme et occultisme sont bien dans ce cas, encore, des termes qui sont utiliss ensemble. Occultisme et sotrisme sont bien dans lair du temps, vhiculs par diffrents auteurs, cette poque. Leurs tenants ont tous t invits ce congrs spiritualiste et peuvent intervenir aprs en avoir exprim la demande 164 . 4- Un XIXe sicle imprgn dsotero occultisme Il est question sun dvoilement de loccultisme au cours du XIXe sicle alors que le terme fait allusion des enseignements qui restent secrets. Victor

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Grande Loge de France, Cf. Andr Combes, [Link]. p. T. 2, p. 371-372. Cf. Jean Prieur, [Link]. p. 279-280. 162 Groupe indpendant dtudes sotriques , La Revue thosophique, janvier 1890, p. 239. 163 Cf. Jean-Pierre Laurant, [Link]. p. 140. 164 Infra mme Ch. D- un retour du spiritisme, 2- Une pratique en vogue en france, p ; 237-240.

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Emile Michelet estime que le mouvement sotriste et occultiste qui sactive en 1890 est d linfluence des uvres dEliphas Levi.
a)- Lsotrisme dvoil au XIXe sicle

Le XIXe sicle se veut dvoilement de lsotrisme 165 . On publie beaucoup et sur tout, on doit enfin dcouvrir les secrets de lEgypte, les secrets de la pierre philosophale, les mystres de lau-de l. Mais la vulgarisation estelle la rvlation 166 ?. Dans une atmosphre doppositions ce qui peut venir des enseignements dogmatiques, certains prconisent un retour la tradition vivante chez les Pres de lEglise, ou une interprtation plus librale de lEcriture Sainte, plus sotrique. Dautres ont illustr cet aspect spiritualiste dune faon plus spcifique qui contribue donner une atmosphre particulire la capitale franaise. Paris est depuis toujours le Paradis ou lenfer des sectes. Au dbut du XXe sicle, Paris est un carrefour daspirations sotriques convergentes et divergentes, un fatras htrodoxe do il nest pas facile de sextraire 167 . A la fin du XIXe sicle, le ct sotrique des religions intresse les rudits qui se proccupent de connatre et de comparer les religions lexemple du Parlement des religions de Chicago en 1893 ; lors dun congrs international des sciences ethnographiques, auquel participait Gaston Maspero en tant que viceprsident, une sous-section a t ajoute la section des religions compares pour traiter des tudes bouddhiques, et particulirement au point de vue sotrique [sic] 168 . Le dsir de rechercher des connaissances, non transmises ou obscures et non expliques, amne quelques penseurs faire partie des sotristes. Antoine Fabre dOlivet (1768-1825) ou encore lcrivain anglais, Edward Bulwer-

Les ouvrages de Victor- Emile Michelet, de Marie-France James, de Jean-Pierre Laurant, de Pierre Riffard ont t prcieux pour clairer les quelques jalons dj entrevus sur ces divers milieux sotristes, ainsi que la participation de Nicole Edelman au colloque de 1994 sur Esotrisme et socialisme propos des relations quelle a peru entre le magntisme, somnambulisme, mdiumnit et les socialistes utopiques . 166 Pierre A. Riffard Lsotrisme, [Link]. p. 805-806. 167 Jean-Luc Maxence, Ren Gunon, le philosophe invisible, Paris, Presses de la Renaissance, 2001, p. 76. 168 Congrs international des tudes ethnographiques , La Revue thosophique, octobre 1889, p. 96.

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Lytton 169 (1803-1873), auteur de Zanoni, Saint-Yves dAlveydre (1842-1909) ; ce dernier a lu Joseph de Maistre, eu en sa possession des manuscrits de Fabre dOlivet 170 dont il sinspire pour chafauder sa notion de synarchie , forme de gouvernement trinitaire pour assurer un fonctionnement harmonieux du monde ; il dit avoir t visit par de mystrieux asiatiques qui lui rvlrent lexistence de lAgartha, centre spirituel du monde en Inde ; ses thses ont t reprises et discutes, analyses par Ren Gunon 171 . A ct des crivains sotriques, il y a aussi ceux qui sintressent et qui se proccupent dsotrisme et sont donc appels sotrisants comme Stanislas de Guata (1861-1897), ami de Maurice Barrs, qui ne sortant que le soir, fait la chasse aux livres rares et manuscrits sotriques. Il se constitua une admirable bibliothque renfermant des trsors de loccultisme de tous les temps 172 ; nous observons encore une fois que les termes figurent ensemble et peuvent recouvrir des occupations semblables ou complmentaires. Lcrivain Edouard Schur (1841-1929), est dans la ligne de Levi ; sa formation est complte par linfluence des ides thosophiques ; il est all rechercher les enseignements chez ceux quil considre comme des grands initis, Rama, Krishna, Herms, Mose, Pythagore, Platon, Jsus pour les redonner ses contemporains et montrer que tous ont quelques valeurs semblables et idales transmettre ; il tente dans son ouvrage Les Grands initis 173 , paru en 1889 et sans cesse rdits, de retrouver la Vrit qu force de matrialisme, de positivisme et de scepticisme, cette fin de sicle en est arrive une fausse ide de la Vrit et du progrs 174 . Il fait partie de la Socit thosophique dOrient et dOccident de Lady Caithness, ds 1883, et y a peut-tre puis, en partie, ces rfrences pour son ouvrage ; il sintresse aux ides thosophiques et il suit

Il est plus connu pour son roman Les derniers jours de Pompi. Cf. Dictionnaire des Socits secrtes p. 90 170 Dictionnaire des socits secrtes, [Link]. p. 387. 171 Ibid., p. 389-390 172 Ibid., p. 230. 173 Edouard Shur, Les grands initis, esquisse de lhistoire secrte des religions, Paris, Librairie acadmique Perrin, 1914, 554 p. 174 Ibid., p. X.

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Rudolph Steiner dans son objectif de rester dans la mouvance judo-chrtienne plutt que dans la Socit thosophique de Madras 175 . Henri de Lubac, dans La postrit spirituelle de Joachim de Flore 176 recherche, parmi les auteurs du XIXe sicle, linfluence de ce mystique du Moyen-Age qui prvoyait une re nouvelle, celle du rgne de lEsprit saint ; dans la ligne de Swedenborg, Saint-Martin, Maistre ; il reprend les crits de Fourier, Saint-Simon et de ses mules, Wronski, Hugo, et autres utopistes et hermtistes de lpoque pour y discerner linfluence du joachimisme, avec ses visions, ses espoirs de rforme, et de ralisations spirituelles.
b)- Quelques occultistes au XIXe sicle

Nombreux la fin du XIXe, en France, les occultistes reprennent les ouvrages dEliphas Levi qui relancent cet intrt pour comprendre locculte. Victor mile Michelet, publiciste contemporain de cette fin XIXe et dbut XXe sicles, prsente les occultistes de son temps, dans Les Compagnons de la hirophanie 177 ; il dresse les portraits de ses contemporains ctoys dans les librairies occultistes de Paris, celle de lArt Indpendant , celle du Merveilleux , o artistes, peintres, musiciens, thosophes, spirites, occultistes, sotristes, se rencontrent pour changer et discuter 178 . Des textes indits dEliphas Levi sont publis par Lady Caithness, duchesse de Pomar dans la revue, LAurore du jour nouveau quelle fonde en dcembre 1886 et qui se propose de dcouvrir la vrit. Stanislas de Guata (1857-1898), ce futur apologiste du mage (Eliphas Levi) et propagandiste de sa doctrine 179 , se proccupe dalchimie, de connaissance royale, de recherche sotrique jusqu sintresser locculte essayant dentraner son ami Barrs avec lui qui
Infra ch. VI Une double condamnation, A- Une monte anti-thosophique, 2- Une inquitude jsuite, b) La nouvelle thosophie, p. 605-609. 176 Cf. Henri de Lubac, [Link]. 1981, T. II. Joachim de Flore (1143-1202) interprte les Ecritures sacres et plus spcialement lApocalypse, selon des visions personnelles quil aurait eues et annonce la venue immanente de lEsprit . Il a une postrit spirituelle et exgtique, la premire de thologiens spirituels, philosophes rformateurs, rvolutionnaires, aventuriers, la deuxime dinterprtation historique des prophties de lApocalypse et de littrature dlirante illustre par des grands noms, p. 13-14.. 177 Victor mile Michelet, Les Compagnons de la hirophanie, Paris, Dorbon-Ain, 1937. 178 Infra ch. IV, Un mouvement thosophique franais, B- Autres relais, 2- relais de sociabilit, p. 406-409. 179 Cf. Philippe Lamarque, [Link]. p. 145.
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rsista 180 . Il est mme considr comme usant de la magie noire par Huysmans qui dclare lors dune interview un journaliste du Figaro, qu il est indiscutable que de Guata et Peladan pratiquent la magie noire 181 , ce qui entrane quelques articles diffamatoires entre ces personnages, lors de la mort de Boulan. En ce qui concerne linfluence indirecte du courant sotriste et occultiste de lpoque, il faut se tourner du ct des artistes ou crivains contemporains de la fin du XIXe sicle et du dbut XXe, imprgns par ces courants de pense dvelopps par Eliphas Levi, Franois Charles Barlet, Saint-Yves dAlveydre, Edouard Shur, Papus et autres adeptes les ont inspirs et ont nourri leur imaginaire. Ce quon appelle, aujourdhui, le Fantastique , ou littrature imprgne dimaginaire dbordant, a un lien avec loccultisme vulgaris par Papus. Les croyances la mode, le matrialisme scientifique et naturalisme littraire vont tre bousculs entre 1885-1890 par le symbolisme et loccultisme 182 . Cest ce quont essay de montrer des intervenants au colloque de Cerisy, prolongement des dcades de Pontigny, en 1991 183 , parmi lesquels figurent Nelly Emont et Antoine Faivre. Selon Nelly Emont, face la crise spirituelle qui caractrise le XIXe sicle, loccultisme gre limaginaire fantastique, je dirai va nourrir limaginaire des crivains et permettre de dvelopper leur imagination, donner libre cours leurs spculations sur le mystre, proccupation des spiritualistes, combattant le rationalisme et le matrialisme dune bourgeoisie occupe dargent, de scientifiques absorbs dans leur recherches. La description dun univers mystrieux permet de sortir des donnes dessence religieuse 184 . Aller au-del des apparences, atteindre linvisible et lexprimer semblent tre ce que les crivains, romanciers, potes, les artistes peintres et compositeurs de

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Victor-Emile Michelet, [Link]. p. 43. Cf. Robert Baldick, La vie de J. K. Huysmans, Paris, Editions Denol, 1958, p. 251. 182 Victor-Emile Michelet, [Link]. p. 33. 183 La littrature Fantastique, Colloque de Cerisy, Paris, Albin Michel, 1991. 184 Ibid. Nelly Emont, Thmes du fantastique et de loccultisme en France la fin du XIXe, p. 138.

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musique ont essay de faire revivre dans leurs uvres et leurs compositions ; ils ont retranscrit ce que leur imaginaire leur a fait vivre et esprer. Sloigner du monde de la raison, se laisser gagner par ce monde de lirrationnel, pntrer ces univers invisibles et inconnus, les dcrire, les faire revivre avec des mots, des couleurs, des sons, les partager avec des lecteurs, des auditeurs, des connaisseurs ou des chercheurs, cest ce quillustrent les artistes loigns de tout acadmisme. Ils sont nombreux avoir t influencs par ces recherches sur les textes anciens, pour discerner et expliquer le monde mystrieux de locculte mais aussi sa comprrhension. Curieux du monde spirituel et des mystres de lau-del, Edgar Poe (1809-1849) crit La Rvlation magntique en 1848, traduite par Baudelaire sensible ces phnomnes. Alexandre Dumas ne manque pas dattirer lattention des lecteurs avec Les Mille et un fantme. Villiers de lIsle Adam a mdit sur Eliphas Levi et entend illustrer, dans son conte Vera , que les ides sont comme des tres vivants ; il est sduit aussi par ces crivains et il signale le Dogme et Rituel de Haute Magie dEliphas Levi Stphane Mallarm 185 ; son chef duvre reste Axel, drame imprgn dsotrisme et que lon a qualifi de Faust franais 186 ; dans ses Nouveaux contes cruels il rserve un chapitre aux expriences de William Crookes au sujet des phnomnes occultes 187 . Conan Doyle sintresse lhistoire du spiritisme et ces phnomnes, sen inspire pour ses contes. Guy de Maupassant, dans le Horla, image cette force prsente, tourbillonnante, sans corps physique, mais agissant sur les vivants qui ne peuvent ni la toucher ni la dominer et en sont victimes. Joris-Karl Huysmans (1848-1907) essaye dillustrer ce monde de lirrationnel dans ses romans ; il sinspire de tout ce qui touche ces nouveaux courants de pense issus de cette atmosphre qui lattire et quil ddaigne en mme temps ; les choses de mystre, autrement dit tout ce qui dpasse le tangible et le rationnel 188 ont de limportance ses yeux ; dans son roman L-bas, il voque les incubes et les succubes , ces formes fminines et masculines que prend le dmon, ou le
Jean Prieur, [Link]. p. 41. Pierre Riffard, [Link]. p. 825. 187 Villiers de lIsle-Adam, Contes cruels suivis de nouveaux contes cruels, Paris, Librairie Jos Corti, 2005, Les expriences du Dr Crookes , p. 464-478. 188 Robert Baldick, [Link]. p. 173.
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diable pour exercer leurs tentations sur les vivants. Ce thme avait dj t utilis par Balthazar Bekker dans Le Monde enchant en 1694, o les tres dmoniaques prennent forme humaine afin dabuser les hommes et les femmes, pendant leur sommeil 189 . Pour rdiger son roman L-bas, Huysmans se renseigne auprs de ceux qui se disent pratiquants de sciences occultes, Boullan, Guata, Michel de Lzinier et divers amis, il prend des notes sur des sujets varis, allant de lalchimie lastrologie, et de la thosophie la thrapeutique 190 . Papus et dautres autorits en matire doccultisme ne manquent pas de faire Huysmans des critiques caustiques , il avait commis lerreur de ne pas tenir compte du fait que la source do provenait la majeure partie de ses matriaux tait des plus suspectes [] Boullan avait dup Huysmans 191 . Les romanciers tents par ces sujets risquaient de se faire piger par ces occultistes qui prfrant garder leurs expriences labri de curieux incultes dans ce domaine, ne donnent que quelques bribes de leurs observations et rflexions. Les potes sont imprgns de ces courants de pense ; lutilisation de symboles, de correspondances, de comparaisons, pour donner une atmosphre aux mystres de la nature est significative de lpoque ; il faut penser aux Voyelles de Rimbaud, aux pomes de Grard de Nerval, au sonnet Correspondance de Baudelaire et lutilisation dimages par Victor Hugo, dans ses Contemplations, o les forces de la nature sont mises contribution, pour exprimer ce que dit la bouche dombre . Toute cette littrature inspire par locculte est considre et enseigne, aujourdhui, comme fantastique, dans les classes de collge 192 . Certains peintres et compositeurs de musique ragissent lacadmisme et au ralisme ; ils tentent de faire apprcier leur composition symboliste, la mise sur toile datmosphres, la volont daller au-del de ce qui se voit, de ce qui est palpable ; il faut revisiter, revoir les uvres de Monet, Renoir et autres
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Saint Jean Chrysostome stait inscrit en faux contre les actes dtestables prts aux incubes et aux succubes dans son homlie sur la Gense, rapporte Bertrand Galimard Flavigny, Gare aux dmons sauteurs , Bibliofolie , Le Figaro littraire, 19 mai 2005, p. 7. 190 Robert Baldick, [Link]. p. 197. 191 Ibid. 192 Franais 4e dir. Nathalie Fix-Combe, Paris, Belin, 2005, 2- le rcit fantastique, p. 38-59.

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impressionnistes, rcouter les compositions de Satie, Faur, Debussy aprs Liszt et Chopin, ces compositeurs la recherche de sonorits et de techniques nouvelles pour exprimer la pluie, la lumire, lombre, le flou, limpalpable, le transparent. Michelet a connu les lves presque directs dEliphas Levi, les Stanislas de Guata, Albert Jounet, Josephin Peladan, Ren Caill ou les occultistes, Barlet, Lejay, Marc Haven, Paul Sedir, Albert Poison 193 , les a ctoys et suivis dans leurs rflexions et chang avec eux dans les divers lieux de rencontre de la capitale 194 . Parmi ces disciples, Franois Charles Barlet, alias Albert Faucheux, est un occultiste chrtien, pour Jean-Pierre Laurant, et un sotero-occultiste pour Marie-France James ; il sintresse autant aux textes anciens qui peuvent apporter des enseignements non transmis qu loccultisme sur lequel il publie en 1909 ses travaux et sur ce quil estime tre la science des causes secondaires ou semi-relles, science qui se place entre la science positive, ou science des causes les plus prochaines du mouvement et des rapports de toutes choses, et, dautre part la Philosophie ou science des causes premires et de la cause de toutes causes 195 ; il adhre la Socit thosophique en 1880 196 . Autre disciple de Levi, Alexandre Saint Yves dAlveydre quil aurait rencontr Londres ; ce dernier tait aussi la recherche du grand secret, adepte dun retour du Christ sur terre et de Marie ramenant du ciel lesprit du Christ qui allait transformer la vie sur la Terre, ordre social compris 197 . On retrouve ces mmes thmes, chez Eliphas Levi, thme de messianisme pour rformer la socit, thme de Marie qui sauve lhumanit, thme de la femme rhabilite prfigurant le fminisme.

Cf. Victor-Emile Michelet, [Link]. p. 114. Infra Ch. IV- Un mouvement thosophique franais, B- Autres Relais, 2)-Relais de sociabilit, p. 407-411. 195 Cf. Gaston Revel, LOccultisme, ses origines, sa valeur, Paris, Editions thosophiques, 1911, p. 8. 196 Cf. Charles Blech, [Link]. p. 8. 197 Cf. Jean Pierre Laurant, [Link]. p. 133.
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5- Hlne Blavatzky, sotrisme et occultisme Pour les thosophes, Lsotrisme a une signification prcise, cest la doctrine secrte suprieure tous les dogmes et toutes les formes, capables par son unit et sa gnralit de concilier les multiples aspects de la Vrit [...] Lsotrisme est le sens profond des choses, celui qui chappe la comprhension superficielle du non-initi 198 . Loccultisme est ltude du divin dans la nature et en lhomme, ltude des forces de la nature, des pouvoirs latents dans lhomme 199 . Hlne Blavatzky appartient bien tout ce milieu spiritualiste de son temps, quil soit sotriste ou occultiste ; sensible aux mondes invisibles ds son plus jeune ge, elle observe les phnomnes, et reoit tout au long de sa vie une formation rserve aux initis, soit auprs dun copte gyptien qui est considr comme son premier matre en occultisme 200 , soit auprs de mdiums, de religieux, dincas, de pratiquants de rites, ou de sages ; son originalit est davoir t recherch des textes anciens du ct de lOrient, et davoir compar lsotrisme de toutes les religions partir de leurs divers textes sacrs.
a) Hlne Blavatzky et loccultisme

Hlne Blavatzky admet les phnomnes ou faits incomprhensibles et mystrieux, les sciences occultes et cherche les expliquer ; cest dans loccultisme oriental quelle en a trouv la clef pour mieux les approcher et les analyser. Dans nos tudes, nous avons appris que ce que lon nomme Mystres ne sont pas des mystres 201 et pour les thosophes, loccultisme, cest ltude du divin dans la nature, et en particulier ltude des mondes suprieurs au plan matriel ordinaire, plan astral, mental et autre 202 ; cest en ce sens quelle observe les mondes du minral, du vgtal, animal, et humain sous un autre jour ; selon elle, cette observation, cette tude des lois

198 199

Dictionnaire Rha, [Link]. p. 52. Troisime but de la Socit thosophique. 200 Cf. Nol Richard-Nafarre, [Link]. 2e Ed. 1996 p. 66. 201 Hlne Blavatzky, Isis dvoile, [Link]., prface, T. I, p. 13. 202 Dictionnaire Rha, [Link]. p. 100.

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spirituelles se fait aussi par lintuition intrieure quon peut appeler loeil de lesprit. Ce pouvoir de perception est inhrent la nature de lhomme 203 . Toute jeune elle a baign dans une culture doccultisme au contact de son arrire grand-pre, le prince Vassilivitch Dolgorouky, qui avait une bibliothque contenant des centaines de livres sur lalchimie, la magie et autres sciences occultes 204 . Elle cite Bulwer-Lytton, voque Zanoni ouvrage que les occultistes estimeront toujours 205 . Pendant vingt-cinq ans elle se forme loccultisme, dans un premier temps auprs de shamans lorsquelle vit chez ses grands parents aux confins de la Mongolie, puis se forme, en Egypte, aux cts dun magicien copte Paulos Metamon, puis au Soudan, quelques annes aux Indes, mais aussi chez les Druzzes, puis auprs de Victor Michal, mdium et magntiseur parisien, et enfin auprs de son Matre indou Koot-Houmi 206 . Elle connat Eliphas Levi ; la-t-elle rencontr Paris dans les annes 1850 ? Nous navons pas personnellement de rponse, ce jour, sur ce sujet. Mais elle lvoque dans Isis Unveiled, ce magicien moderne dont elle apprcie la dfinition de la lumire astrale ; ou elle reprend ses propos de kabaliste sur la mort 207 ; dans la Doctrine secrte, elle compare les crits du prudent Eliphas Levi 208 , avec les crits sotriques thosophiques. Elle cite aussi Sir Bulwer Lytton dans sa description des tres plus nobles et illimits et mieux dous qui planent dans lair illimit 209 . Dans sa correspondance elle voque le Baron Spedalieri un ancien lve dEliphas Levi et occultiste distingu 210 ; elle recommande ce dernier auprs du Commandant Courmes, car Spedalieri est devenu thosophe et pourrait faire partie des membres de la Socit de Paris. Hlne Blavatzky a chang sur loccultisme avec Papus, mais ils nen ont pas la mme approche ; pour elle, il sagit danalyser, dobserver le divin dans la nature et den dduire les consquences, alors que Papus veut en tudier le ct utile, pour le divulguer et le rendre accessible tous.
D.A.C., extrait du Theosophist , Revue spirite, janvier 1881, p. 20. Cf. Nol Richard-Nafarre, [Link]. p. 59. 205 Hlne Blavatzky, Chlas rguliers et chlas laques , repris dans Le Lotus rouge 18871888, B.T. N4 1917, p. 162. 206 Cf. Nol Richard-Nafarre, [Link] Les premiers chapitres de sa biographie. 207 Dans les tomes I et II dIsis dvoile, il est frquemment cit. 208 Cf. Hlne Blavatzky, La Doctrine secrte, Paris, Editions Adyar 2001, T. I, p. 229-232, 241-243. 209 Hlne Blavatzky, Isis Dvoile, [Link]. T. I p. 471. 210 Hlne Blavatzky Courmes, 17 avril 1883, Cf. Charles Blech, [Link]. p. 16.
204 203

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Prcisment cette question de la propagation de loccultisme constitue un point de divergence entre Papus et les thosophes. Selon Jolivet Castelot, cette science ncessite des connaissances prcdant la pratique, et celle-ci doit tre dnue de toute satisfaction grossirement goste, ce qui est difficile pour bon nombre dhumains ; il est suivi dans cette rflexion par le secrtaire gnral de la Section franaise thosophique ; ce dernier admet quil est prfrable de sen tenir des principes gnraux 211 . De plus, Hlne Blavatzky et Papus sont en dsaccord propos de loccultisme oriental qui va plus loin dans les possibilits et les explications ; et en raison de prises de position opposes, dues des caractres trs affirms de part et dautre, ces deux personnages vont prendre des chemins diffrents 212 .
b) Hlne Blavatzky et lsotrisme

Hlne Blavatzky est cite au palmars de lsotrisme par Pierre Riffard, comme faisant partie des Douze grandes femmes de lsotrisme occidental au mme titre quHypatie (370-415), Hildegarde de Bingen (1098-1179) Alexandra David-Nel (1868-1969) Alice Bailey (1880-1949). Loriginalit dHlne Blavatzky est de stre penche sur les philosophies religieuses orientales. Ses recherches, ses travaux en Inde, ltude des textes sacres aryens, hindouistes et bouddhistes, linspiration de ses uvres par les Mahatmas, ces sages, ces Matres de sagesse de LHimalaya qui lont guide, linscrivent au rang des sotristes. Ce qui lintresse, cest lsotrisme, au sens de lessentiel dun texte, lessentiel des religions, issu de cette Tradition primordiale quelle a trouve dans les Stances de Dzyan, ancien manuscrit dune religion primitive aryenne qui a prcd lindouisme et quelle commente dans la Doctrine secrte. Ltude approfondie de la philosophie sotrique est au programme de La Section sotrique de la Socit thosophique , fonde le 9 octobre 1888, par Hlne Blavatzky, laquelle peuvent adhrer ceux qui sont intresss par ce

Cf. Le Lotus bleu, dcembre 1897, p. 331. Infra ch. IV- Un mouvement thosophique franais, C-Retournement dun contexte favorable,, 2Difficults internes, p. 423-426.
212

211

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travail 213 . A Paris, une loge de la Section sotrique de la Socit thosophique dAdyar voit le jour en mars 1890 ; les membres de la Socit thosophique qui dsireraient en faire partie, devront sadresser directement Mr Georges Caminade, 81 rue Dareau, Paris 214 . Annie Besant reprend lide dsotrisme que lon peut trouver dans toute religion et prcise que chaque religion contient la thosophie en essence et que le vritable ct sotrique de toute religion est thosophique.
c) Esotrisme ou occultisme ?

Sagit-il dsotrisme ou doccultisme chez Hlne Blavatzky ? Il sagit des deux thmes. Ds que ses ides sont transmises et analyses par Dominique Albert Courmes, il est question doccultisme leur sujet. Elle traite en effet des phnomnes parapsychiques la lumire de loccultisme oriental ; pour elle, tout est naturel mais invisible, et le surnaturel, pour elle, nexiste pas. A sa suite, des thosophes franais reprennent ses enseignements, attirent lattention de leurs contemporains sur limportance de ses ouvrages ; Papus, au moment o il est thosophe, membre de la branche Isis, lui consacre quelques pages dans Loccultisme contemporain 215 , regrettant quelle ncrive pas plus duvres en franais, car ses articles sont vraiment remarquables , et Louis Dramard, autre thosophe membre d Isis , reprend dans La science occulte, tude sur la doctrine sotrique 216 , les enseignements dHlne Blavatzky quil tient faire connatre. Encore une fois, les deux termes sont utiliss dans un mme titre. Et lorsque Henry Olcott raconte, dans ses souvenirs, le moment de la recherche dun nom pour la Socit il utilise lui aussi les deux termes, aprs lavoir discut 217 , nous tombmes unanimement daccord que ctait le meilleur puisquil reprsentait la vrit sotrique que nous cherchions atteindre et quil couvrait en mme temps le champ des recherches occultes de Felt 218 .
213 214

Cf. Henry Steel Olcott, [Link]. 3e srie, p. 333-335. Echos du monde occulte , Le Lotus bleu, juillet 1890, p. 68. 215 Papus, Loccultisme contemporain, [Link]. 216 Louis Dramard, La science occulte, tude sur la doctrine sotrique, [Link].. 217 Il sagit du choix du terme thosophie retenu New-York par les premiers membres. 218 Cf. Henry Steel Olcott, A la dcouverte de locculte, [Link]. p. 134.

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Ce monde, en recherche dautre chose que ce que propose le matrialisme positiviste de lpoque, illustre une atmosphre spcifique qui est prsente chez de nombreux penseurs, chercheurs, crivains du XIXe sicle ; ils peuvent se placer dans la ligne des visionnaires prcdents, Swedenborg, Saint-Martin, Mesmer ou ceux qui, dans la ligne joachimite, aids de visions prophtiques, attendent la manifestation du rgne de lEsprit ; un dsir de changement de socit, une volution religieuse, un dsir de rforme spirituelle sont illustrs aussi par les saint-simoniens qui se rattachent aux utopistes, cette secte qui a prpar la thosophie 219 , estime un thosophe. Le romantisme, le mysticisme, le retour du religieux ont t pour quelque chose dans cet air du temps qui va se rvler, sotrique et occultiste chez certains, spiritualiste ou spirite chez dautres, religieux, chez les mmes et chez dautres. Cette atmosphre se prsente comme un contexte favorable aux ides thosophiques ; bon nombre de personnes sont mme de vouloir connatre, lire, comprendre les nouvelles ides dHlne Blavatzky, parce quelles traitent de ces thmes en vogue. Cest la rfrence aux Ecritures des philosophies religieuses orientales qui tonne ce monde en recherche et, pourtant lOrient est bien prsent, en France, au XIXe sicle.

C- Un nouvel orientalisme
Un autre aspect du contexte se prsente favorablement pour intresser les Franais aux ides thosophiques, cest un regain de curiosit pour lOrient qui se dveloppe et volue au cours du XIXe sicle. Aprs lenthousiasme manifest pour lEgypte sous le Ier Empire, le XIXe sicle se tourne vers lOrient, et vers lExtrme-Orient. Des Franais sont rests en poste dans les divers comptoirs des Indes, Pondichry, Yanaon, Mah, Karikal, Chandernagor, aprs le trait de Paris de 1783 qui laisse le reste des territoires indous sous domination anglaise.

Cf. Nouvelles diverses , Revue thosophique, mars 1889, p. 48 ; le terme secte est entendu, cette poque, au sens de minorit.

219

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Cette redcouverte entrane curiosit mais aussi mfiance et peur devant une philosophie comprise comme nihiliste ; le sicle se ressent de cette influence chez les crivains et artistes mais aussi avec la ralisation du Muse Guimet. Les ides thosophiques qui sappuient sur ces philosophies, peuvent donc intresser des Franais, mais sont perues comme dangereuses. Hlne Blavatzky prcise la diffrence entre les rudits qui travaillent sur des documents divers par leur provenance et par leur poque et ceux qui prsents en Inde ont rencontr, travaill, dialogu avec des orientaux. 1- Une redcouverte de lOrient, au XIXe sicle Comment lOrient se prsente-t-il, dans limaginaire occidental ? Comme toute lEurope, la France, au XIXe sicle, entre dans lre de la renaissance orientale ; Henri thomas Colebrooke (1765-1837) en Angleterre, Max Mller (1823-1900) en Allemagne, Eugne Burnouf (1801-1852) en France, mettent lInde la mode ; Schopenhauer estime que linfluence de la littrature sanscrite ne sera pas moins profonde que ne le ft au XVe la renaissance des lettres grecques 220 . En France, on ne connat cette poque que trs peu de choses sur le Bouddha ; cest sous le nom de lamasme quest davantage connue la religion quil a engendre. Voyageurs, rudits, missionnaires, intellectuels vont contribuer faire connatre cet Orient inconnu, mystrieux pour certains. Henri de Lubac sest pench sur ce phnomne de lintrt europen qui renat pour le bouddhisme ; il voque le ct scientifique de cette connaissance au cours de ce XIXe sicle laide des nombreuses sciences auxiliaires qui permettent dclairer, de conforter les disciplines historiques 221 .
a) Les voyageurs

Voyageurs trangers, fonctionnaires, employs franais dans les comptoirs des Indes, parmi ces nombreux tmoins, nous verrons les plus importants, et parmi eux, le colonel de Polier, le magistrat Louis Jacolliot, et
220 221

Henri de Lubac, La rencontre du bouddhisme et de lOccident, [Link]., p. 127. Ibid., Ch. III, La dcouverte scientifique , p. 105-148.

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lingnieur Lamairesse. Leurs rcits, leurs ouvrages conus aux Indes, sont des tmoignages de leurs rencontres avec ceux qui pratiquent ces religions inconnues peu connues en Occident ; ils initient les occidentaux une premire approche des coutumes et croyances pratique aux Indes. Cest sans doute le voyageur philosophe hongrois Alexandre Cosma de Krs (1798-1842) qui est lorigine de ce nouvel intrt ; il va dcouvrir, dans sa traverse de lHimalaya et du Tibet quil atteint en 1823, des ouvrages de canon bouddhiste ; il sjourne dans un monastre, revient Calcutta qui il fournit les premires indications positives sur la littrature tibtaine et science bouddhique 222 ; il participe au journal de la Socit Asiatique ; son Essai de dictionnaire thibtain anglais, sa Grammaire de langue tibtaine vont permettre aux orientalistes de se pencher sur les manuscrits rapports de ses prgrinations. Certes, Cosma de Krs est anglais, mais il faut noter que les relations entre rudits de lpoque sont frquentes : Eugne Burnouf, Max Mller, Colebrooke se rencontrent et discutent de leurs travaux et des documents quils ont traduits et comments ; lorientaliste allemand Christian Lassen (1800-1876) a labor un Essai sur le Pali en 1828 en collaboration avec lorientaliste franais Eugne Burnouf. Un original, issu dune famille protestante franaise, exile en Suisse, le colonel de Polier 223 , entre ses expditions et missions militaires, sintresse ceux quil rencontre, observe leurs murs, leurs croyances, leurs pratiques religieuses. Membre de la Socit asiatique de Calcutta, il recueille auprs dun lettr indien des informations quil note ; sa cousine Marie Elizabeth de Polier met de lordre dans ses feuillets et publie en 1809 Mythologie des hindous. Cest le Mahabarata rsum en cinq chapitres, agrable lire sans tre faux 224 . Cet ouvrage permet un premier contact avec les croyances religieuses de ces peuples. Lauteur est nglig par les indianistes du XIXe, mais considr comme un pionnier par Georges Dumzil 225 .
222 223

Nouveau Larousse illustr Il prfre servir les Anglais aux Indes, plutt que la France qui, aprs lEdit de Nantes, a contraint sa famille quitter le sol franais. 224 Cf. Roger Pol Droit, Loubli de lInde, une amnsie philosophique, Paris, Seuil, coll. Points essais, 2004, 254 p. 225 Ibid.

198

Cest le ct comparaison qui va intresser un fonctionnaire de Chandernagor, prsident de tribunal, Louis Jacolliot(1837-1890) ; il tmoigne de ses observations sur les rfrences religieuses de ceux quil ctoie dans La Bible dans lInde en 1868, propos du ftichisme, du polythisme et du monothisme quil analyse ; Un voyage au pays des lphants, Les traditions indo asiatiques, Les mangeurs de feu sont plus accessibles au lecteur sil veut se faire une notion sur les murs de ces populations. Cest toute une littrature qui renseigne lEurope sur les croyances, les pratiques de lOrient, observes par un europen, comme elles lavaient t dans les sicles passs mais par des missionnaires, en gnral jsuites 226 . Cest au bouddhisme et son fondateur que sintresse lancien ingnieur en chef des Etablissements franais dans lInde, E. Lamairesse. Au cours de sa mission aux Indes, il se consacre La vie de Bouddha 227 ; il en retrace les principaux vnements, aborde son rle historique, le caractre politique et social de son uvre, le caractre universel de sa loi qui est ouverte tous ; ce fut mme la premire religion indpendante et universelle 228 . Son ouvrage parat en France au moment o deux opinions sentredtruisent sur la personne et la vie du Bouddha, la ralit de son existence ou la rsurgence dune lgende ou dun mythe. Cette dernire hypothse est soutenu par Emile Snart dans Essai sur la lgende de Bouddha et dans laquelle il dtecte un mythe et se voit rpondre par Barthlemy Saint Hilaire dans la Revue de lhistoire des religions 229 que Bouddha existe bien ; dans son avant-propos, E. Lamairesse ne manque pas de remercier les orientalistes, Guimet , Rosny, Foucault et dautres pour leurs informations, de discuter la thse de Snard (sic) prcisant que luimme pour lexpos de la vie de Bouddha, [a] suivi principalement .la version birmane 230 .

Cf. Henri de Lubac, [Link]. Lamairesse, La vie du Bouddha, suivie du bouddhisme dans lIndoChine, Paris, G. carr Editeur, rue Saint Andr des Arts, 1892. . 228 Ibid. p. 208. 229 Revue de lhistoire des religions, janvier fvrier 1882, p. 23. 230 Lamairesse, [Link]., avant-propos, p. 3.
227

226

199

b) Les rudits et les intellectuels

Pour Henri de Lubac, le grand initiateur en France est Eugne Burnouf dont luvre est inestimable 231 . Ds 1833, lors de son discours douverture au Collge de France il constate lintrt croissant quexcitent depuis le dbut de notre sicle, les questions qui se rattachent la langue, la philosophie et la religion de lInde ancienne et moderne 232 . Les rudits font bnficier les Franais de leurs travaux, partir des documents, et des manuscrits envoys, apportent des informations diffrentes de celle des sicles prcdents ; ils travaillent sur des textes anciens qui viennent de rgions diverses, dont le Npal. Des savants se regroupent, pour tudier les langues, lhistoire, la littrature, les religions des diffrents peuples de lOrient. La Socit asiatique de Calcutta est fonde en 1784 ; elle a peu peu ses correspondants en Europe. A Paris cest en 1822, que la Socit asiatique se forme ; elle publie rgulirement ses travaux dans Le Journal asiatique partir de 1823 ; elle reoit de Calcutta une collection de livres sanscrits en 1837, des manuscrits que les orientalistes traduisent, analysent, interprtent. Les Franais vont pouvoir connatre une des grandes religions de lInde, grce aux travaux de lorientaliste Eugne Burnouf, professeur de sanscrit au collge de France ; ce dernier rassemble ses recherches, ses traductions et ose compter sur lindulgence du lecteur pour une tentative aussi nouvelle dans un sujet aussi difficile 233 et publie en 1844 Introduction lhistoire du bouddhisme indien 234 ; le succs de louvrage entrane une seconde dition en 1876. Cest un matre livre qui est lu par Victor Cousin, Taine, Renan, Barthlemy SaintHilaire 235 et apprci des orientalistes de lpoque quils soient franais ou trangers ; il est lu par Alexandra David-Nel, aprs son passage la Socit thosophique de Paris et de Londres 236 .
Cf. Henri de Lubac, La rencontre du bouddhisme et de lOccident, [Link]. p. 131-132. Ibid. p. 132. 233 Eugne Burnouf, Introduction lhistoire du bouddhisme, Paris, Maisonneuve et Cie libraires diteurs, 2e dition 1876, avertissement. 234 Ibid. 235 Cf. Roger Pol Droit, Le culte du nant, Paris, Seuil, 1997, p. 111. 236 Jean Chalon, Le lumineux destin dalexandra David-Nel, Paris, Perrin, 1985, p. 62.
232 231

200

Eugne Burnouf tient prciser les difficults rencontres pour traduire certains termes ; les versions des manuscrits sanscrits du Nord et du Sud, quelles soient tibtaines, mongoles et chinoises entranent des explications philosophiques difficiles. Il a des lves qui apprennent le sanscrit dont Jules Barthlemy SaintHilaire, membre de lAcadmie des sciences et belles lettres, dtenteur dune chaire au Collge de France ; ds les annes 1850, aprs avoir vot en tant que dput au corps lgislatif contre lEmpire, il consacre son temps ses travaux drudition : Des Vdas, Du bouddhisme, Le Bouddha et sa religion ajoutent encore la connaissance de cette religion et de son initiateur, peu connus en France. A la lecture des ouvrages des rudits et des rcits de voyageurs ou de missionnaires, les intellectuels se tournent vers lOrient. Ce sont de nouvelles informations propos de ce continent qui arrivent en Europe ; celle du bouddhisme est encore vague, situ aprs le brahmanisme pour les uns, marqu dun hritage chrtien pour dautres ; le bouddhisme va alors retrouver sa place. Des intellectuels attendent beaucoup de cet Orient inconnu, ils en esprent un souffle nouveau. Lhistoire intellectuelle du XIXe sicle, de part et dautre de Rhin, est jalonne dinnombrables traces laisse par cette conviction qui fut, durant des dcennies, peu prs unanimement partage : lInde est une terre philosophique, et ses coles thoriques sont dignes de la mme attention que celle des Grecs. Prsente, en Allemagne, de Novalis (1772-1801) Nietzsche (1844-1900) et de Schopenhauer (1788-1860) aux wagnriens, cette conviction est bien atteste en France de Pierre Leroux (1797-1871) Charles Renouvier (1815-1903) de Victor Cousin (1792-1867) Quinet (103-1875) Renan (18251892) ou Taine (1828-1893) 237 . Tout ce qui peut venir de lInde, qui pourrait rnover la pense occidentale, ou alimenter un anticlricalisme ou permettre de rformer un christianisme que certains voudraient renouveler, intressent les intellectuels. Dj en 1832, le philosophe Victor Cousin (1792-1867) croit reprer dans lhindouisme un systme aussi lgitime que la pense grecque ; Auguste Comte
237

Roger Pol Droit, La compagnie des philosophes, [Link]. p. 76.

201

(1798-1857) pour mieux sopposer au catholicisme quil estime infantile, vante le rationalisme bouddhiste ; Alexis Tocqueville, son retour des Amriques porte son attention sur lInde, voque Schopenhauer un bouddhiste contemporain dans la Revue des deux mondes 238 ; mais ils lont fait avec condescendance, estime Guy Sorman dans Le gnie de lInde. Les intellectuels se documentent, lisent les traductions des rudits ; ils aspirent cette Renaissance orientale comme Edgar Quinet qui en fait un chapitre du Gnie des religions en 1841. Jsus et Bouddha qui ont apport au monde le mme genre de rvolution sont compars par Pierre Leroux dans sa Nouvelle encyclopdie ; celui-ci entend dans les paroles de Jsus des rminiscences de leons que ses matres essniens avaient reus des contemplatifs hindous ; cette ide est reprise par Renan qui voit Jsus comme un grand initi lgal de Confucius et Bouddha 239 , ide quil dveloppe propos du bouddhisme dans Nouvelles Etudes religieuses. La comparaison du bouddhisme et du christianisme ranime une vieille querelle qui existait dj, et plusieurs voyageurs et missionnaires pensaient voir dans les institutions bouddhiques des traces dinfluence chrtienne, plus quelques esprits
240

forts

en

prenaient

occasion

pour

dprcier

la

foi

traditionnelle

. Quant Jules Michelet, il regarde vers le profond Orient ,

estimant que le christianisme ne peut prtendre tre la seule religion, et va au collge de France suivre des cours pour rchauffer notre ple science occidentale au soleil indien 241 ; il fait alors un rapprochement entre bouddhisme et christianisme 242 , dans son Histoire de France ; cest avec Edgar Quinet quil donne des cours au collge de France ; tous les deux sinquitent de la strilit intellectuelle en France quils attribuent aux jsuites, ultramontains, une Eglise dogmatique 243 . Jules Ferry reprend ces nouvelles informations la tribune parlementaire en 1875, o il soutient que la morale bouddhiste est aussi pure que la morale
Cf. RddM, 1870. Cf. J. Viard, Pierre Leroux fondateur du christianisme nationaliste , Politica Hermetica N9, Paris, lAge dhomme, 1995. 240 Cf. Henri de Lubac, La rencontre du bouddhisme et de lOccident, [Link]. p. 152. 241 Ibid. p. 145. 242 Cf. Frdric Lenoir, [Link]. p. 100-101. 243 Cf. Roger Pol Droit, Le culte du nant, Paris, Seuil, 1997.
239 238

202

chrtienne 244 . La supriorit du brahmanisme sur le catholicisme, leur comparaison, fait lobjet dune confrence par Goblet dAlviella Bruxelles en 1878 que Pierre-Gatan Leymarie reproduit dans la Revue spirite lintention de ses lecteurs 245 . Hippolyte Taine voque son estime pour le bouddhisme, dans ses Nouveaux essais de critique et dhistoire. Les initiateurs des diffrentes religions, Rama, Krishna, Herms, Mose, Orphe etc., font lobjet de lessai, Les grands initis 246 dEdouard Schur qui parat en 1889. Lauteur tient faire connatre ces formidables veilleurs dmes , pour combattre le positivisme et le scepticisme qui est en train de produire une gnration sche, sans idal, sans lumire et sans foi, ne croyant ni lme ni Dieu 247 . Dans le cadre de ltude de ltude des religions et en dehors des institutions religieuses, parat la Revue de lhistoire des religions, elle se veut purement historique et exclut tout travail polmique et dogmatique [] son objet est ltude des religions en gnral, ltude des religions anciennes et modernes de lOrient et des religions anciennes de lOccident 248 ; la mme anne, 1880, o parat cette Revue, le Collge de France cre une chaire dhistoire des religions confie A. Rville. Cette religion bouddhiste impressionne et intresse les Franais. Emile Burnouf se penche alors sur sa prsence en Occident, ainsi que le rle jou par les ides dHlne Blavatzky pour la transmettre ; cest dans la Revue des deux Mondes quen 1888 parat son article 249 ; son propos ne fait pas lunanimit et L. Trgard, jsuite, rprouve cet aperu dtestable 250 . Certains comparent le bouddhisme avec le christianisme, dautres observent que cette religion devient le grand sujet la mode, elle semble compter, dans le monde, plus dadeptes que le catholicisme.
Cf. Pierre Chevallier, La sparation de lEglise et de lcole, Paris, Fayard, 1981, p. 438-439. Goblet dAlviella, Le brahmanisme suprieur au catholicisme , Revue Spirite, mai 1878, p. 190-193. 246 Edouard Shur, Les grands initis, esquisse de lhistoire secrte des religions, [Link]., 554 p. 247 Ibid. p. XII. 248 Cette Revue est fonde en 1880 ; elle est publie sous la direction de Maurice Vernes, avec le concours de MM. A. Barth, A. Bouch Leclerc, G. Maspero [Link] Leroux Editeur, Paris. Lanalyse de cet article est au Ch. IV- p. 393-396. 249 Emile Burnouf, Le bouddhisme en Occident , RddM juillet 1888. 250 Cf. Henri de Lubac, [Link], p. 213.
245 244

203

c) Les missionnaires

Des informations diffrentes viennent du ct des religieux qui veulent vangliser lAsie. Le XIXe sicle en France est aussi un sicle de missions ; des religieux souhaitent apporter, au monde, la Vrit rvle par le Christ ; leurs lettres, leurs rcits permettent leurs familles, au clerg, aux paroissiens, trs lcoute de leurs tmoignages, davoir des informations sur ces religions diffrentes, de comprendre limportance et la ncessit de ces missions ; ces religions orientales leur sont prsentes sous un autre jour que celui des auteurs prcdents ; les missionnaires les considrent comme paennes, ou idoltres ou encore polythistes au vu de leurs nombreuses rfrences divines, et de leurs croyances, si diffrentes de la religion chrtienne, quelle soit catholique ou protestante. Aux Indes, les missionnaires appartiennent la religion chrtienne sous ces deux formes ; le territoire est occup par les Anglais lexception des cinq comptoirs franais sans que ceci interfre sur cela, des missionnaires jsuites staient dj rendus en Orient prcdemment 251 . Cest en observateur que Rgis Evariste Huc, missionnaire lazariste, tmoigne de la qualit de la foi bouddhique et des prodiges du Tibet 252 ; il croit entrevoir dans cette religion des similitudes avec la foi catholique ; il publie un rcit de ses prgrinations en Asie centrale. Charg, par son vque Mgr Mouty, dexplorer la Tartarie, la Mongolie, pour y observer les murs et caractres des peuples nomades, Rgis Evariste Huc (1813-1860), fait un rcit de ses souvenirs. Aprs un priple travers lAsie centrale, cest avec le pre Joseph Gabet quil pntre alors Lhassa, habill en lama 253 ; il, y passent sept semaines et en sont expulss par les autorits chinoises 254 . Rgis Evariste Huc raconte ses Souvenirs dun voyage dans la Tartarie, le Tibet et la Chine, observations publies en 1846. En accord avec le Dala Lama, les deux parties exposent leur religion, les examinent les comparent ; latmosphre
Parmi lesquels, Saint Franois Xavier. Cf. Nol Richard-naffarre, [Link]. p. 102 253 Lentre dans cette ville est difficile ; madame Blavatzky na pu passer au Tibet malgr son dguisement de mendiante, Alexandra David-Nel la imite avec plus de succs en se faisant passer pour un plerin. 254 Cf. Michel Jan, Le voyage en Asie centrale et au Tibet, Paris, Robert Laffont, collection Bouquins , 1992, p. 1175-1209 ;
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dune lamaserie est ressentie comme un parfum de la vie religieuse et cnobitique [] ce qui nous frappait, ctait ce silence majestueux et solennel 255 ; la sincrit religieuse et la bonne foi des lamas ne sont pas mis en doute, la charit tibtaine est rapproche de la charit chrtienne ; pour le missionnaire Evariste Huc, ces paens ont simplement besoin dtre clairs, la polmique ne servirait en rien pour les vangliser ; si les manations et les incarnations du Bouddha paraissent extravagantes aux yeux du pre Huc, la notion du Nirvana, lAme ternelle, grande Essence du Bouddha, o toutes les mes doivent se runir, se confondre et arriver au terme de leur absorption, limpressionne. Il subit de la part de lEglise romaine tant de blmes pour stre montr le tmoin sincre de la qualit de la foi bouddhique et des prodiges du Tibetquil devait quitter la congrgation des Lazaristes 256 . Daprs Nol Richard-Nafarre, la premire version des souvenirs du pre Huc aurait t expurge de ses remarques sur les similitudes observes dans les deux religions 257 . Il touche grand public et milieux littraires [qui] le lisent pour sinformer sur ces contres inconnues 258 . Les catholiques sont informs aussi par les rcits, les tmoignages transmis par les revues missionnaires diverses ; Les Missions catholiques publient des articles sur Bouddha, sa vie, ses enseignements , admettent que ses enseignements renferment un certain nombre de vrits morales et dogmatiques professes dans le christianisme [] ces vrits sont traditionnelles et ont toujours t du domaine de lhumanit tout entire 259 . Ces missionnaires reviennent quelque temps en France, font le tour des paroisses, racontent leur vie, leurs activits dans leurs missions, font appel leur gnrosit, ou cherchent veiller quelque vocation chez les plus sensibles et les plus dtermins vangliser ces hommes quils considrent tre des paens convertir. De nombreuses congrgations missionnaires voient le jour, dans la seconde partie du XIXe sicle. Les orientations des co