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Le Système Du Monde

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C3KMPI

LE SYSTME DU
par

MONDE

Histoire des doctrines cosmologiques de Platon Copernic

PIERRE DUHEM

Plan de Vouvrage
I.

IL

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

L'astronomie pythagoricienne. I^a cosmologie de Platon. Les sphres homocentriques. La physique d'Aristote. Les thories
lieu et du vide aprs Aristote. La dynamique des Hellnes aprs Aristote. Les astronomies hliocentriques. L'astronomie des excentriques et des picycles. Les dimensions du Monde. Physiciens et astronomes I. Les Hellnes. IL Les

du temps, du

smites. La prcession des quinoxes. La thorie des mares


et l'astrologie.
III.

IV.

L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYENAGE

La cosmologie des pres de l'Eglise. L'initiation des barbares. Le systme d'Hraclide au Moyen-Age. Le tribut des Arabes
avant

XIII sicle. L'astronomie des sculiers au XIII sicle. L'astronomie des Dominicains. L'astronomie des Franciscains. L'astronomie parisienne I. Les astronomes. IL Les physiciens. L'astronomie italienne.
le
:

V.

LA CRISE DE L'ARISTOTLISME

Les sources du no-platonisme arabe. Le no-platonisme arabe. La thologie musulmane et Averros. Avicbron. Scot Erigne et Avicbron. La Kabbale. Mose Mamonide et ses disciples. Les premires infiltrations de l'aristotlisme dans la scolastique latine. Guillaume d'Auvergne, Alexandre de Haies et Robert Grosse-Teste. Les questions de Matre Roger Bacon. Albert le Grand. Saint-Thomas d'Aquin. Siger de Brabant.
VI.
I,a

LE REFLUX DE L'ARISTOTLISME
raction de la scolastique latine. Henri de Gand. La doc-

trine de Proclus et les

Dominicains allemand.
et le SCOtisme.
I

D'Henri de

Gand

Duns

Scot.
:

Duns Scot

'e--entialisme.

d'Ockam

Les deux vrits Raymond Lu 11 et Jean de Jandun. Guillaume et l'occamisme. LYIeeti-me parisien.

VII IX.

LA PHYSIQUE PARISIENNE AU

XH

Hl

<

L'infiniment petit et l'infiniment grand,

L'infiniment

grand.

Le momement et le temps. La latitude des formes avant Oresme. Nicole Oresme et ses disciples parisiens, la latitude des formeII ni\er-it d'Oxford, le \ ide et le rnoiiwinent dans le \ide. ."linrren r du ide. le m<m\ enieiil Le
lieu.
;i
I

La premire chiquenaude. L*aatrologie chrtienne. Les adversaires de |"aurologie. Ls thorie des mares. L'quilibre de 1s terre et dnieranciennes thories. Les thories parisiennes. \<
:

des projectiles.

la chute acclre des graves.

petits
I

mouvements
la

le

la
1

terre
1

et

les

origines de

la

golo

.1

rotation de

terre.

pluralit des IfondV

\.

<

0LE8 ET UNIV1
.

RS1 TES

Sti

<

l.'l airersit de Paris an \ V* sicle. Les 1 niTeraits de l'Empire .m \ \ -i. le. Nicolas de "I ne. oie astronomique de \ ienne
<
I
i

Ptrarque

et

Looardo Bruni. Paul de Vend

/'//

det (h\

volume*

30 000

Af/l/

LE SYSTME

DU MONDE

Digitized by the Internet Archive


in

2012 with funding from


University of Toronto

[Link]

Pierre
PROFESSEUR A

DUHEM
DE

MEMBRE DE L'iNSTITUT
L'UNIVERSIT

BORDEAUX

LE

SYSTME

DU MONDE
HISTOIRE DES DOCTRINES COSMOLOGIQUES

DE PLATON A COPERNIC

TOME

II

PARIS
LIBRAIRIE SCIENTIFIQUE
LIBRAIRES DE
6,
S.

A.

HERMANN ET

FILS

M.

LE ROI DE SUEDE

RUE DE LA SOHBONNE, 6

n_N mmm
riri

mrucr a

lit 3
EX-

PREMIRE PARTIE

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
(Suite)

CHAPITRE IX
LES DIMENSIONS DU MONDE

LA MESURE .DE LA TERRE. RATOSTHKNE

Nous avons retrac

le

tableau des efforts par lesquels la Science

hellne s'est efforce de construire une thorie des


clestes. Cette thorie n'a

mouvements aucun gard aux dimensions du Monde.

Dans un Monde qui serait plus grand ou plus petit que le notre, mais qui lui serait parfaitement semblable, les mouvements clestes seraient semblables ce qu'ils sont dans le notre. Il est clair que les Anciens n'ont pas t seulement curieux de connatre la figure du Monde et la forme de ses mouvements les grandeurs de la Terre et des divers corps clestes, les valeurs des distances qui nous sparent des divers astres n'ont pas moins vivement excit leur dsir de connatre. Nous allons passer rapidement en revue, dans ce Chapitre, les tentatives qu'ils ont faites pour valuer les dimensions du .Monde. La mesure de la grandeur de la Terre dut se poser en problme de essentiel ds L que la Terre et t reconnue Bphrique bonne heure, les astronomes grecs surent donner, de ce problme, une solution qui ne s'cartAt pas trop grossirement de La vrit. La plus ancienne mesure <l< La Terre qui nous soit connue nous Les est rapporte par ristote. Celui-ci noua dit', en effet
;
;
:

i.

Abistote,

De Cln,

lib. H,
I,

eap.
col.

XIV
n).

([Link] Operu, d. Dklot,

l.

II,

p. 4 ,0

d. Bekker, vol.

p.

?.<jH,

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

mathmaticiens qui s'efforcent de mesurer la grandeur de la circonfrence terrestre disent qu'elle est de quarante mille stades . D'aprs leurs suppositions, il est ncessaire non seuII ajoute lement que la Terre ait la forme d'une sphre, mais encore qu'elle
:

ne

pas grande par rapport la grandeur des autres astres . -rcpo to twv aAAcov arpajv [xyefo, Cette dernire expression
soit
: :

devrait, croyons-nous, s'interprter ainsi

Par rapport la distance des autres astres. Elle caractriserait alors le procd suivi par les mathmaticiens dont parle Aristote. Ils auraient mesur la hauteur mridienne d'une mme toile ou du Soleil en deux villes situes sensiblement sous le mme mridien, et dont la distance la diffrence de ces deux hauteurs ft connue par les itinraires mridiennes leur aurait fait connatre le nombre de degrs par lequel diffrent les latitudes des deux stations une- simple division leur aurait alors donn la longueur d'un arc du mridien cor; ;

respondant un degr. Un tel procd repose, comme le dit Aristote, sur ces deux postulats que la Terre est sphrique et que ses dimensions sont ngligeables par rapport aux distances qui la
sparent des astres.

La grandeur qu'ont attribue la circonfrence terrestre mathmaticiens cits par Aristote est beaucoup trop forte. Elle la valeur vritable dans le rapport du stade l'hectomtre
l'on value le stade dont use Aristote 185 mtres
est 1,85. Elle
l
,

les
est
;

si

ce rapport

donne

la circonfrence terrestre 74.000 kilomtres

au lieu de 40.000.
Quels furent les mathmaticiens, auteurs de cette mesure, erro-

ne sans doute, mais dj capable de donner aux hommes une ide de la grandeur de leur habitation"7 Paul Tannery pense * qu'Eudoxe fut le plus notable d'entre eux et qu'il avait fait connatre cette valuation dans son crit intitul Le tour de la Terre, 1% TiEp'looo^. L'hypothse n'a rien d'invraisemblable malheureusement, aucun texte ne la vient transformer en certitude ni mme
: ;

en probabilit. La mesure de la circonfrence terrestre dont Aristote nous


connatre le rsultat
fut,

fait

sans doute, plusieurs fois reprise. Archi-

nide, dans YArnaire,

admet

que
il

cette

circonfrence est de

300.000 stades sans dire de qui

tient cette valuation.

En

la

rapprochant d'un passage emprunt par Glomde Posidonius,


i.

Paul Tannery, Recherches sur

l'histoire

de l'Astronomie ancienne, ch. V,

5,

pp. 107-108.
2.

Paul Tannery, Op. laud., ch. V, 9, pp. iio-m. Archimedis Opra omnia cum commentait is Eutocii. J.-L. Heiberg Vol. II, Lipsiae, MDCCCCXIII, pp. 220-221.
3.
.

Iterum

edidit

LES DIMENSIONS DU MONDE

Paul Taimery a tent


rsultat prcis.

d'en deviner l'origine sans obtenir aucun


la circonfrence terrestre avait t dj

Au temps d'Archimde,
l'objet d'une

tente le

mesure beaucoup plus exacte que celle dont se congomtre syracusain l'auteur de cette mesure tait Era;

tosthne.
r

de Cyrne 275 ans avant J.-C, Eratosthne tudia Alexandrie, puis Athnes il revint Alexandrie, appel par Ptolme III Evergte qui l'attacha sa cour en 236,
la cit africaine
;

N dans

de la clbre bibliothque ayant perdu la vue en 195, il se laissa, en 194, volontairement mourir de faim. Les renseignements les plus srs que nous ayons sur l'opration par laquelle Eratosthne a mesur un arc du mridien terrestre
il

fut

mis

la tte

sont ceux de Clomde

il

les tirait sans


2

doute des

crits

de

Posidonius et nous les a conservs


circulaire des corps clestes.

dans sa Thorie du mouvement

Selon le rcit de Clomde, Eratosthne aurait suppos, comme point de dpart de sa dtermination, que les deux villes de Syne et d'Alexandrie taient sous le mme mridieu et qu'elles taient distantes de cinq mille stades. Il aurait admis aussi ce postulat
:

On peut regarder comme


;

parallles entre eux tous les rayons

envoys par n'importe quel point du Soleil n'importe quel point car les mathmaticiens font l'hypothse que ces de la Terre rayons se comportent ainsi , ajoute Clomde et, en effet, cette
;

hypothse quivaut bien lune de celles qu'Aristote prend soin d'attribuer explicitement aux mathmaticiens qui ont mesur la
circonfrence terrestre.

Syne, selon Eratosthne, est exactement situe sous


;

le

tropique

du Cancer au jour du solstice d't, midi, les gnomons ne portent aucune ombre le Soleil est au znith. Le mme jour et la mme heure, un gnomon dress Alexandrie porte une ombre dont la longueur, compare la hauteur de la tige de l'appareil, permet de connatre la hauteur du Soleil au-dessus de l'horizon. Selon Le rcit de Clomde, il s'en faut du cinquantime de quatre angles droits que cette hauteur atteigne 90 c'est donc l La diffrence (!< Latitude entre Syne et Alexandrie. Ds lors. L'arc qui spare ces deux villes, ei dont La Longueur connue est de cinq mille stades, reprsente un cinquantime du
;
;

i.

d
.''>.

Paul Tamnsrt, Op laad. ch V, io-ii, pp, m-ii3. molli tiii/i/ari cnr/><i/-uf/i cur/rsf m/il lili. I. c;i|>. \ LAOMKDIfl De (ferma dus Ziegler, Lipsiae, i8o,ij p|>. oo-io3. Kn ralit, Eratosthne 1 mesur la hauteur du Soleil i Alexandrie
t
;

laide de

TKMfitt surir

<\<-

cadran solaire inyent^ par tristaraua rfaSamos<

LA COSMOLOGIE HELLKiNIQUE

mridien terrestre, en sorte que la longueur mme de ce mridien est de 250.000 stades. Dans ce rcit de Glomde, nous reconnaissons aisment non le procs-verbal minutieusement dtaill des mesures qu'Eratosthne a d rellement effectuer, mais un expos grandement simplifi.

Syne

et

Alexandrie sont, pour la commodit du raisonnele

mridien alors que les longitudes de ces villes diffrent de plus de 3. La distance des deux cits, leur diffrence de latitude sont prsentes sous forme de nombres ronds. Il est clair que nous avons sous les yeux une exposition
ment, supposes sous

mme

accommode au got de
thne
?

lecteurs qui aiment la simplicit.

Quelles furent les observations rellement faites par EratosQuelles prcautions prit-il pour les rendre aussi exactes

que possible ? Le rapport de Glomde nous le laisse ignorer. Nous en sommes rduits admirer la justesse du rsultat obtenu par Eratosthne sans connatre les raisons qui l'expliquent. Elle si, comme il est est bien remarquable, d'ailleurs, cette justesse l le stade d'Eratosthne valait 157 mtres 50 centivraisemblable mtres, la mesure du gomtre de Gyrne attribue au mridien terrestre 39.375 kilomtres au lieu de 40.000. Pline nous dit 2 qu' l'valuation d'Eratosthne, Hipparque avait ajout un peu moins de 25.000 stades. Ce renseignement de Pline concorde mal avec ceux que nous avons par ailleurs. Ce qui parait certain, c'est qu'en son ouvrage perdu Sur Eratosthne et ce qui est dit dans sa Gographie (Ipo tov 'EpaToo-Osvr) xal ~% sv -r, rstovpxcp'la a-JToO Xsyftvrat), Hipparque portait 252.000 le nombre des stades contenus dans une circonfrence terrestre, afin qu'un degr du mridien correspondit exactement 700 stades. Ce nombre de 252.000 stades fut bientt donn, par tous les auteurs,
;

comme
Smyrne

celui-l

mme
3

qu'Eratosthne avait trouv. G'est ce


et

nom;

bre que citent Pline


cite

Vitruve

v
;

c'est

celui

que Thon de

galement dans un passage emprunt Adraste 5 c'est celui que Macrobe, Martianus Gapella, Gensorin ont reproduit l'envi, toujours en l'attribuant Eratosthne erreur dont Robert 6 Balfour, dans ses commentaires Glomde, s'tonnait bon droit
;
.

i.

I'aul Tanxrry, /{cherches sur l'histoire de l'Astronomie ancienne, ch. V,


i

8,

p.
2.

io.

C. Plinii Secuxdi De mundi historia lib. II, cap. CVIII. Pline l'Ancien, tor. cit. f\. Vitruvu Pollioxis De Architectura lib. I, cap. VI. ;"). Theonis [Link] Liber de Astronomia, cap. III; d. Th. H. Martin, p. r^o ; d. J. Dupais, pp 210-211. (*). CleomeDis Meieora tjrce et latine -a I\obei\to Balforeo ex Ms. codiee Bitdiuthectp /llnstrissini Cardinah's fot/osii muftis menais repurgata, Latine
.'.

LES DIMENSIONS DK

MONDE

avait galement donne Clomde- nous apprend que Posidonius mridien terrestre; ,1 avait une dtermination de la longueur du mristations, situes sur le mme pris, comme ratosthne, deux [Link] mais pour dterminer la dien, et dont la distance ft obserstations, il avait subs itu 1 frence de latitude de ce. deux une mme tode a 1 observation vation des hauteurs mridiennes d des hauteurs mridiennes du Soleil. Posidonius a adm.s que Rhodes Selon ce que rapporte Clomde, que cinq sous le mme mridien et et Alexandrie taient situes ensuite l'antre. 11 a remarque mille stades les sparaient l'une de les invisible en Orece et dans que l'toile Ganobos (a d'Argo), d'tre aperue a Rhodes ou pave au nord de Rhodes, commenait plus de l'horizon. A Alexandrie la elle merge tout juste au-dessus au-dessus de horizon grande hauteur que cette toile atteigne c'est--dire la quarante-huitime est gale au quart d'un signe, entre la diffrence de latitude partie d'une circonfrence. C'est l part.e du mridien Rhodes et Alexandrie. La quarante-huitime mridien tout stades, en sorte que le est donc longue de cinq mille de mme ces stades tant assurment entier mesure 240.000 stades, fait usage. longueur que ceux dont ratosthne a n'offrait aucune chance L'valuation propose par Posidonius
;

d'exactitude

comment

les anciens auraient-ils

deux cits quelque prcision la distance de cette distance ? Mexandrie, alors que la mer occupe du par Posidonius, de la longueur Cette dtermination, donne par la fortune d'tre adopte mridien terrestre, eut cependant Gographie, dit'- que la circonPtolme Celui-ci. en effet, dans sa cerstades. Mais Ptolme usait frence de la Terre vaut 180.000 tabli en les Ptolme avaient tainement du stade pkiltairien que dire, Antonins, tait devenu, pour ainsi KYDte et qui, au temps des valait les romain. Ce stade [Link] officiel dans tout l'Orient donc dont ratosthne avait us il mesurait liatr ,. tiers de celui
;

pu connatre avec comme Rhodes et

( .

il.)

changemem d'units, mtres Par dans la circonfrence terrestre tosthne que Posidonius avait trouvs

les

2W.000

stades d Era-

kSZSStt.?^^
rtilongi

T l,um & e Slum


\

,r ,ft0

-,

la
'

[>;."<
!

*?

lao,
lr

,-

commentaire! de Robert BalRnnERT. Balforki Commentariiu m


es

*-

Tvpographum ftegium. MDCV.

p.

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

donnaient les 180.000 stades philtairiens que Ptolme attribuait cette longueur.

Les Anciens, avec Aristote, avaient cru la Terre beaucoup plus grande qu'elle n'est Eratosthne leur en avait fait connatre presque exactement la grandeur avec Posidonius et Ptolme, ils la faisaient notablement trop petite.
;
;

11

LA.

MUSIQUE CLESTE ET LES DISTANCES DES ASTRES A LA TERRE

Les

hommes

n'ont pas seulement dsir de connatre la gran;

deur de la Terre qu'ils habitent ils ont galement souhait de pouvoir mesurer la distance qui les spare des astres. Mais, pendant fort longtemps, ils sont demeurs dans l'ignorance de toute mthode proprement scientifique qui pt rsoudre ce problme. A la question pose, ils ont donn rponse par d'audacieuses hypothses que leur dictaient soit des considrations de simplicit
arithmtique, soit des mythes religieux
;

bien souvent, d'ailleurs,


;

une seule pour les Pythagoriciens, les combinaisons mathmatiques simples semblaient presque toutes marques d'un caractre divin, et les Platoniciens, cet gard, pousaient volontiers l'opinion pythagori-

ces deux sortes de motifs se runissaient en

cienne.

De ces hypothses par

lesquelles les sages de la Grce se sont

longtemps efforcs de deviner les lois qui prsident la rpartition des astres dans l'espace, nous trouvons un exemple dans ce passage, o Plutarque nous rapporte les opinions de certains pythagoriciens, partisans du systme astronomique de Philolaus Beaucoup de philosophes introduisent, ce propos, les ides pythagoriciennes et procdent en triplant sans cesse les distances partir du centre. Prenant le [rayon du] feu pour unit, ils comptent 3 jusqu' l'Anti-terre, 9 jusqu' la Terre, 27 jusqu' la Lune, 81 jusqu' Mercure, 243 jusqu' Vnus, 729 jusqu'au Soleil ce
'

dernier
ils le

nombre

est la fois

un carr

et

un cube,

aussi

nomment-

Soleil le carr-cube. Ils obtiennent les

autres distances par

triplication successive .
ici les

Les puissances du nombre 3 gouvernent

distances clestes.

i. Plutarchi De anima* procrt ione n Timo cap. (Kunres, rl Firmin-DiHot, pp. 1257-1258) Vide supra, ch.
.

XXXI
T,

(Plutarque,

III.

LES DIMENSIONS DU MONDE

Les paisseurs des gaines successives qui entourent le fuseau de la Ncessit, dans le mythe d'Er, sont probablement proportionnelles aux intervalles que Platon imaginait entre les astres
1

seulement connatre dans quel ordre leurs grandeurs respectives rangent ces intervalles, sans prciser ces grandeurs.
mais
la

Rpublique nous

fait

Au

Time, Platon indique

dune manire

plus explicite des

valuations que Ton ne saurait, d'ailleurs, faire concorder avec


la description
le

du fuseau de
la

la Ncessit. Si l'on
est,

diamtre de
six

sphre des lments, qui


suivants ont des
i,

prend pour unit en mme temps, le

diamtre de la surface interne de l'orbe de la Lune, les paisseurs


des

orbes clestes
2, 3,

diamtres reprsents
trois surfaces

par les nombres

9, 8, 27.

Quant aux

sph-

riques qui limitent l'orbe de Saturne et l'orbe des toiles fixes,

Platon ne nous dit pas quels sont leurs diamtres.

En

divers auteurs, on trouve la trace d'autres valuations ana-

logues et qui nous paraissent, nous modernes, tout aussi peu


fondes. Sans nous y attarder, nous allons dire quelques mots d'un principe d'o certains des astronomes anciens ont cru pouvoir tirer la mesure des distances clestes
;

nous voulons parler

de la doctrine de Y harmonie des sphres astrales.

Qu'une sphre solide porte les toiles fixes que chacun des que astres errants soit galement enchss dans un orbe rigide chacun de ces orbes, par sa rotation, produise une note musicale que l'ensemble de ces sons clestes engendre une ineffable harmonie c'est une supposition assurment trs ancienne en la Philosophie grecque et qui, au sein des Ecoles pythagoriciennes, avait trouv une singulire faveur.
;
;

cette

doctrine, Platon fait allusion dans sa description


;

du

fuseau de la Ncessit

tandis que les diverses gaines dont le

fuseau est revtu tournent d'un


(!<

mouvement

rapide, sur le bord


;

chacune de ces gaines, une sirne

est assise

chacune de cea

Vide su/>/'-/. ch. II, IX, p. 64 Vide tupra, ch. II. ^ \ III, pp. 53-54* K rpl endroit, nous svions admis l'interprtation de Paul Tannery {Recherche* ur l'histoire de l'Astronomie ancienne, Appendice Y, H, p, i33). Noue regardions let Dombrei
i.

2.

a,

3,

4<

?7

reprsentant les diamf trs des surfaces sphriques qui limitent intrieurement les orbes les sept sstres errants. Cette Interprtation suppose qu'une interversion entre les nombres n et q se soit glisse dans le texte du Tim. L'interprtation que nous indiquons ici, conforme nu texte du Tim^ si celle de Porphyre* comme nous le verrons un peu plus loin. Vide su])/<i. c\\ II, s IX, p. 'm.
t ?t
.

comme

10

LA.

COSMOLOGIE HELLNIQUE

sirnes chante une note, parfaitement pure et toujours la

mme

de l'ensemble de ces notes rsulte un cleste concert.


Certains Platoniciens pensaient que les distances indiques au

Time correspondaient des accords musicaux. Voici, en que Macrobe crit au sujet de ces distances
1
:

effet,

ce

Plusieurs personnes interprtent


:

comme

il

suit ces expressions

monade. La seconde qui est, avons-nous dit, double de la premire, est regarde par eux comme le nombre 2. La troisime est le nombre 3, qui est l'hmiole 2 de 2 et le triple de 1. La quatrime est le nombre 4, qui est le double de la seconde ou de 2. La cinquime est le nombre 9 qui est le triple de la troisime ou de 3. La sixime est le nombre 8
de Platon

La premire partie

est la

elle contient huit fois la

premire. Enfin la septime est le


dit,

bre 27, troisime puissance, nous l'avons


impair.
Cette suite,

nomdu premier nombre

on le voit aisment, procde par alternance rgulire. Aprs la monade, qui est, la fois, paire et impaire, vient le premier nombre pair, qui est 2 suit le premier impair, qui est 3 en quatrime lieu, nous trouvons le second pair, qui est 4 en cinquime lieu, le second impair qui est 9 en sixime lieu, le

; ; ; ;

troisime

nombre

pair, qui est 8;

en septime

lieu, le troisime

impair, qui est 27....

quelle ft uniquement forme de nombres aptes donner des accords parfaits, car elle avait pour mission d'assurer au Monde entier l'harmonieuse concorde. Or deux est le double d'un, et nous avons dit que, du nombre 2, nais Il fallait, d'ailleurs,

sait

l'accord
;

du diapason
et

[l'octave].

3 est 2 dans le rapport


le

d'hmiole

de

ce

rapport
;

nat
et

diapentes

[la

quinte]

4 est le nombre pitrite de 3

de ce rapport est compos le diatessaron [la quarte]. Enfin 4 est quadruple de 1, et le rapport quadruple donne naissance au disdiapason [la double
octave].

l'Ame du Monde, qui communique au corps de l'Univers le mouvement que voient nos yeux, y produit aussi la musique cre par les nombres l'aide desquels elle a t forme ncessairement, donc, par le mouvement qu engendre son impulsion propre, elle donne naissance des sons musicaux dont elle trouve

Ds

lors,

i.

Theodosii Ambrosh Macrobii


lil). l,

Ex
la

Cicrone in

Somnium

Scipionis cornmen-

tarins,
>..

cap.

II.

C'esl--flire la fraction

3 ou

quinle.

LES DIMENSIONS

1M

MONDE
laquelle elle

11

l'origine

dans

la texture

mmo

selon

a t fabri-

que.

Ces considrations n'taient pas du

fait

de Macrobe,

il

nous

dit

lui-mme

de Porphyre. Celui-ci a insr cette thorie des Platoniciens dans les livres par lesquels il a rpandu un peu de lumire sur les obscurits du Time. Cette thorie du concert engendr par le mouvement des orbes clestes rencontrait si grande faveur auprs des Pythagoriciens
il

qu

s'tait inspir

quAristote, qui la leur attribue formellement, consacre tout un


chapitre du Trait du Ciel
h.

la rfuter

2
.

Il

est certain,

cependant,

pendant toute l'Antiquit, l'imagination de nombreux auteurs qui n'a prsent l'esprit le passage par lequel, au Songe de Scipion, Cicron se plat l'exposer?
qu'elle continua de sduire,
;

De

cette doctrine
:

du concert

cleste,

un

corollaire dcoulait

bien aisment

Les dimensions des divers orbes clestes devaient tre combines de telle sorte que ces orbes rendissent des sons
cessives de l'une des diverses

capables de s'harmoniser entre eux, par exemple, les notes suc-

gammes admises par

les Hellne!?*.

semble que, pendant fort longtemps, les philosophes s'en soient tenus cette consquence gnrale, sans chercher la prciser et en dduire les valeurs numriques des intervalles qui
Mais
il

sparent les astres.

Selon Thon de Smyrne


vcu au temps
d'Aratus,

',

Alexandre d'Ktolie, qui semble avoir c'est--dire au troisime sicle avant


lyre, afin

notre re, aurait eu le premier l'ide de comparer les intervalles


successifs des astres aux longueurs des cordes d'une

que
i.
>.

les orbes

dont ces intervalles forment


,

les

paisseurs rendis-

MaCROBII Op. hiiid Aiustote. De Clo


p.
/>()((;

lil.

Il,

lil).

IF,
I.

t.

II,

d.

Bekker, vol.

en p. III. cnp. IX (Ahistotkus Opcrti. d. Kirmin Didot, p. 20,0, col. b, et p. 291, col ,-i).

diverses gamines de la Musique grecque et sur leurs relations avec la distribution des plantes, voir A l'xKi kii. Ueoer die aildune der Weltseele im Timaeo des Platon. (Sturf ien herausgegeben von i-. Daub nnd lu Crruzer, !><l. III, Heidelberir,, 7 Ai oust Bocckh s Gesammelte Liane Schrijten, IM. III. pp. 35- 180). Th. II. Martin, Etudes sur le Time <i<" Platon^ Paris, 1841, note XXIII, tome I, pp. 383 21. Premier complment A la note XXIII, lome 11, pp. iDeuxime complment A la note XXIII, lome II. pp 35-39. Tn bonis S\ivi(\.i;i Liber de Asfronomia. Textum primus lidit.... ri notis illuMtravit Tu. H. Martin. P.-.iisiis. MDCCCXLIX. Nota <J. pp 358-3oi Paul Tannkrt, Recherche* suc l'histoire de l'Astronomie ancien nr, AppcnSur les opinions conjecturales des anciens concernant 1rs distance* ilice V (!<-s plantes la lerre, pp. 3a I3(i f\. Thbonis SuTHNiRi Liber '{> Astronomia t cap. KV d. Tb. II. Martin, 13. Les vers que Thon attribue A .\lexan pp. i8-iq3 d J. )u pu is. p| are d'tolie sont cits par Chalcidius, dans son Commentaire <m 7'ime comme tant Alexandre l'olyliistor le \I [rael i<<- le Jra nimairieiW lira. Ifotti, \ Il l-s florin*" comme <. ut <\ Vlexnndr* [Link]* <l'l rthAsc
3.

Sur

les

*.

<

'

'I

<

12

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

sent les sons harmonieux que les Pythagoriciens leur attribuent.

La Terre, selon Alexandre, rendait


orbes
des sept astres
;

le

son le plus grave

les

errants

donnaient les autres


le Soleil,

notes de

l'octave

ces astres taient, d'ailleurs, disposs dans Tordre sui-

vant

la

Lune, Mercure,
aussi
*

Vnus,

Mars, Jupiter et

Saturne.

Thon nous apprend


les,

qu'Eratosthne avait dvelopp une

opinion analogue celle d'Alexandre. Deux diffrences essentiel-

cependant, distinguaient la doctrine de celui-l de la doctrine


ci.

immobile ne rendait aucun son l'octave tait complte par la note que produisait la rotation de l'orbe des toiles fixes. En outre, Alexandre assignait aux plantes l'orre que leur attribuaient, dit-on, les Pythagoriciens et qu'Hipparque devait reprendre Mercure et Vnus taient placs entre la Lune et le Soleil Eratosthne, au contraire, mettait le Soleil immdiatement aprs la Lune et rejetait les cinq plantes au-dessus du Soleil il suivait, en cela, l'exemple de Platon. Entre l'chelle musicale qu'Alexandre avait adopte et celle
de celui
;

Pour Eratosthne,

la Terre

qu'Eratosthne proposait,

il

existait

aussi certaines divergences.

Thon donne

aux valuations d'ratosthne qui, dit-il, connaissait la Musique beaucoup mieux qu'Alexandre. Achilles Tatius 2 cite le mathmaticien Hypsicls comme ayant
la prfrence

aussi spcul sur l'harmonie des sphres et les distances astres


il

ne nous

dit pas,

d'ailleurs, quelles valuations ce

gomtre

s'tait arrt.

Dans son// istoire naturelle, Pline s'occupe assez longuement des distances des astres la Terre mais les renseignements qu'il compile avec peu d'intelligence s'accordent mal les uns avec les autres Beaucoup de gomtres, dit-il 3 ont tent d'valuer les
; :

intervalles qui s'tendent entre les astres et la Terre. Certains ont

prtendu que

la distance

de la Lune au Soleil

tait

de dix-neuf

parties gales la distance de la Terre la Lune. Pytha^ore,

homme

l'esprit sagace, a compt cent vingt-six mille stades de

la Terre la

en a mis le double du Soleil la sphre des signes [des toiles fixes], il en a compt le triple. Sulpicius Gallus, notre compatriote, a partag cet avis . Ce passage rapproche des fragments emprunts aux sources les

Lune de
;

la

Lune au Soleil,

il

plus diverses.
i Thon de Smyrne, loc. cit. ; d. Th. H. Martin, pp. 192-195 ; d. J. Dupuis, pp. 232-233. 2. Achillis Tatii Isajoge in Arati phnomena, cap. XVII (Petavii Uranolcyia, p. i36). 3. C. Plinii Second! De mnndi histnria lib. II, cap. XXI.
.

LES DlMNSIOJtfS DU

MONDE

1H

C'est d'Aristarque de

que la plus grande que la distance de la Terre la Lune. Le nombre de 126.000 stades qu'il compte de la Terre la Lune est exactement la moiti du nombre de stades (332.000) qu'Hipparque et ses successeurs, modifiant lgrement le rsultat obtenu par Eratosthnc, attribuaient au mridien terrestre qu'il y ait l une simple concidence, ce n'est gure vraisemblable quelque astronome postrieur Hipparque, pour des raisons qu'il nous est impossible de deviner, aura voulu mettre entre la Terre et la Lune une distance gale la moiti de la longueur du mridien c'est cette valuation dune absurdit criante, mais terrestre toute rcente alors, que Pline a eu la navet d'attribuer
position
;

Samos que le Naturaliste tient cette prodistance de la Lune au Soleil est dix-neuf fois

Pythagore.
Pline poursuit, d'ailleurs, en ces termes
fois,
'
:

Pythagore, toute-

par comparaison avec la Musique, nomme ton la distance de de celle-ci Mercure, il place un espace la Terre la Lune moiti moindre, et de Vnus Mercure, il en met peu prs autant. De cet astre au Soleil, il compte une fois et demie la pre;

mire distance. Du Soleil Mars, il y a un ton, autant que de la Terre la Lune. De Mars Jupiter, il y a un demi-ton, et de Jupiter Saturne, un demi-ton. Enfin, de l la sphre des
signes,
il

nomme

y a un ton et demi. Cela fait sept tons, ce que l'on c'est--dire l'harmonie ot -aTo)v, l'universalit de

l'accord ..

Ces valuations ne s'accordent pas avec ce que Pline avait dit d aprs Sulpicius Gallus les intervalles de la Terre la Lune,
;

de

la

Lune au

Soleil et

du

Soleil la
1,

lieu d'tre entre

eux

comme
1,
,

2
.

et

sphre des toiles fixes, au 3, sont dans les mmes rap-

ports que les

nombres

Elles trahissent, d'ailleurs, une

singulire ignorance de toute notion musicale, car elles attribuent


7 tons l'octave qui n'en
critique

compte que

six.

Pline a copi sans

quelque manuscrit corrompu. A la mme source ont puis deux autres compilateurs, Censorin et Martianus Capella*. L'un et l'autre admettent, comme Pline, que 120.000 stades mesurent la distance de la Terre a La Lune, que cette distance est cense reprsenter un ton, que les paisseurs des divers orbes clestes sont entre elles

comme

les inter-

i.

Punk. Op. /and., cap. XXII.


^ENSORINUS, Dr fiir natal <.'i|>. XIII. Mahtianuk Capella, De tutptiU Philologiat
t

t.
'.\.

ei

Mtrcurii liber

II.

160-108.

14
valles

LA COSMOLUGIK HLLKMQUK

musicaux dune

gamme

cliez l'un

comme
Il

chez l'autre, se
est certain
;

rencontrent des expressions dj lues chez Pline.

que

nos

trois

compilateurs copient un

mme

crivain latin

et

il

n'est

gure douteux non plus que cet crivain ne ft le polygraphe Varron, car c'est celui-ci que Censorin et Martianus Gapella ont

emprunt presque toute leur Astronomie. Mais les manuscrits corrompus de Varron ont fourni nos trois compilateurs des valuations discordantes pour les intervalles plantaires, comme on peut en juger par le tableau suivant
:

Censorin

Pline

Gapella

De De

la la

Terre la Lune

ton
1/2 1/2

ton
1/2
1/2

ton
1/2
1/2

Lune Mercure

De Mercure

Vnus
Soleil.
1

De Vnus au

1/2

/2

/2
/'2

Du

Soleil

Mars

De Mars

Jupiter

.... ....
.

1/2

1/2
l/2

Jl

De Jupiter

Saturne

1/2
.

l/2
I

))

De Satune aux

toiles fixes

1/2

ll/2
7

l/2

Total

....

tons

tons

6 1/2 tons

Pline, ignorant des premiers principes de l'harmonie, n'a pas

hsit affirmer qu'une octave comprenait sept tons.

Gapella

reconnat que le total des huit intervalles doit former six tons,

mais

propose vaut seule l'valuation de Censorin est conforme au six tons et demi principe dont elle se rclame nous devons la regarder comme reproduisant le texte primitif de Varron, dont Pline et Gapella
il

ne voit pas que la somme des nombres


;

qu'il

n'ont connu que des copies altres.

Varron, d'ailleurs, avait assurment emprunt des auteurs grecs l'valuation qu'il propose pour les intervalles successifs
des astres. Cette valuation, telle que Censorin nous
ve, est identique celle
l'a

conser1

que l'on dduit des vers attribus par Thon de Smyrne Alexandre d'tolie. En outre, Achilles Tatius nous expose une valuation peine diffrente comme gnralement reue par les musiciens de son temps.
1.

Achilles Tatius,

loc. cit.

LES DIMENSIONS DU MONDE

15

Nous
les

n'insisterons pas davantage sur cette thorie de l'harmonie

des sphres clestes. Le lecteur dsireux de plus amples dtails

trouvera dans les crits d'A. Bckh, de Th. H. Martin et

de Paul Tannery. Mais bien loin que le lecteur ne sollicite de nouveaux claircissements, nous craignons plutt qu'il ne nous reproche d'avoir trop longuement tudi cette doctrine, car il la rputera peut-tre, avec Th. H. Martin l une trange aberration de l'esprit humain . Vouloir que les tres rels offerts par la nature notre obser,

vation suivent certaines lois arithmtiques,

alors

que

la

seule

raison d'tre de ces

lois, c'est la

sduction exerce sur notre esprit

par des combinaisons numriques simples et rgulires, voil, assurment, une exigence que le logicien rigoureux doit rputer illgitime. Mais celui qui se propose de retracer fidlement l'histoire de la Science ne saurait mconnatre quel point cette tendance semble naturelle certains gnies, et non des moindres, avec quelle puissance elle les sollicite, et, parfois, avec quel bonheur elle les mne la dcouverte de la vrit. Le dsir de soumettre les intervalles des corps clestes des rgles arithmtiques harmonieuses n'a pas seulement provoqu les astronomes de l'Antiquit aux tentatives dont nous venons de donner un trs bref expos. Plus tard, Kepler reprenait, avec une audace tout aussi peu justifie, des essais analogues et c'est probablement de ces essais, si heureusement illogiques, que nous tenons l'une des trois lois qui ont immortalis l'Astronome wurtembergeois, la loi selon laquelle les carrs des temps des rvolutions des plantes ont, entre eux, les mmes rapports que les cubes des grands axes des orbites bien loin, en effet, que Kepler doive l'invention de cette loi sa Dynamique, il a d fort laborieusement transformer sa Dynamique pour la mettre d'accord avec
; ;

cette loi.

un professeur de Berlin, Bodc, trouvait que les distances des plantes du Soleil taient sensiblement dans le mme rapport que les nombres
Vers
la fin
sicle,
i,

du xvin

7,
le

10.

16, 28, 52, 100, 196,

obtenus en ajoutant

nombre

4 chaCUl] des tenues de

la

pro-

gression gomtrique, de raison 2,


:*,

6,

12,
le

2,

18,
0.

%,

192,

devant laquelle on a mis


i.

terme
le

Tu. H. Martin, tudes sur

Time,

t.

II,

p.

,'Jf).

10

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

l'poque o Bode formula cette

loi,

entre Mars et Jupiter,

dont les distances au Soleil sont reprsentes par les nombres 16 et 52, il y avait une lacune, bientt comble par la dcouverte
elles de quatre petites plantes, Grs, Pallas, Junoii, Vesta taient situes peu prs une mme distance du Soleil, distance
;

reprsente sensiblement par le

nombre

28.

Cette

dcouverte

sembla, beaucoup d'astronomes, une clatante confirmation de


la loi

de Bode.

On regarda cette loi comme continue une seconde fois lorsquen 1846, les calculs de Le Verrier annoncrent l'existence de la
plante Neptune, existence que Galle constata
;

la distance

au

Soleil de la nouvelle plante ne diffrait pas trop de celle qu'et

reprsent le

nombre

388, terme suivant de la srie de Bode.

La sduction que

la loi

de Bode a longtemps exerce sur l'esprit

de certains astronomes marque la persistance, en plein xix e sicle, des tendances qui sollicitaient dj les Pythagoriciens. Cette persistance se reconnat encore mieux lorsqu'on parcourt l'histoire de la Chimie moderne. Et d'abord, la loi des proportions multiples, support de toute la notation chimique, de toutes les thories de la Chimie, semble bien ne pas s'tre prsente, en premier lieu, l'esprit de Dalton avec l'interprtation atomique qu'il lui a donne plus tard le dsir tout pythagoricien de dcouvrir des rapports numriques simples parait tre le sentiment qui lui a fait deviner sa grande
;

dcouverte.

Mais cette tendance qui porte beaucoup d'hommes chercher des relations simples entre des nombres que l'observation leur fournit, elle se marque, particulirement intense, dans les essais
auxquels ont donn lieu les poids atomiques des divers lments.
Plusieurs chimistes n'ont

pu

se rsigner croire

dussent tre purement et simplement accepts tels

que ces poids que l'analyse

nous les fait connatre, et sans qu'il y et lieu de les relier entre eux par une loi simple. Ils se sont efforcs de dcouvrir quelque combinaison arithmtique qui pt reproduire ces nombres suivant un ordre rgulier, et tel que cet ordre rvlt les analogies chimiques des divers lments. Tout le monde connat les premires tentatives faites par J.-B. Dumas pour atteindre ce but. Tout le monde connat galement la classification des lments que, plus prs de nous, Mendelejeff a tablie sur de telles combinaisons numriques. Lorsque Lecoq de Boisbaudran, en dcouvrant le gallium, vint combler une des lannes qui interrompaient la srie de Mendelejeff, on clbra cette confirmation comme on

lS

[Link]

DU [Link]

17

avait clbr

la

confirmation apporte la loi de


;

Bode par

la

dcouverte des petites plantes


rent,
vrit.

beaucoup de chimistes regard-

ds lors, la

loi

de Mendelejcff

comme

T'expressiou

d'une

voyons-nous l'esprit pythagoricien persister, en pleine vigueur, jusqu' nos jours. A l'aspect d'un tableau de nombres que l'observation et la mesure de certains objets ont fournis, l'homme ne peut consentir aisment ce que la raison d'tre de ces nombres lui chappe, ce qu'ils soient pour lui comme si le hasard
Ainsi
seul les avait donns. Toujours,
tenter, par
il

se trouvera des chercheurs

pour
satis-

des combinaisons arithmtiques, d'introduire en ce

tableau un ordr qu'ils peroivent et une harmonie qui les


fasse.

1(1

LA DISTANCE ET LA GRANDEUR DU SOLEIL ET DL LA LUNE.


AR1ST ARGU DE SAMOS

Issues d'une tendance naturelle l'esprit humain, les doctrines

professes dans les Ecoles pythagoriciennes et platoniciennes sur


le rle

des nombres dans la nature ont pu, quelquefois, suggrer


fait

la

dcouverte d'un

ou l'imagination d'une

loi

mais, toujours,

elles ont t impuissantes tablir la vrit

de ce

fait

ou prouver
ne peut tre

l'exactitude de cette loi

capables de provoquer la divination, elles


;

ne

le

sont pas d'engendrer la certitude

celle-ci

obtenue que par des mthodes d'une autre nature. A quel moment les philosophes ont-ils commenc de demander des procds logiques L'valuation de la grandeur des astres et

del distance qui spare chacun d'eux de


impossible de
le dire.
,

la

Terre?

11

nous

est

au nombre des crits de Philippe d'Oponte, qui fut disciple de Platon, deux ouvrages dont les titres sont Sur la distanc du Soleil et de l<i Lune. Sur la grandeur du Soleil, de
Suidas
cite
1
:

la

Lime et de lu Terre. Arcbimde, en son Aruaire nous


%

diamtre
la

lu
il

Lune;
?

qu'udoxc regardai! le Soleil comme oeuf fois pins grand <jn* Le diamtre de nous apprend que son propre pre, Phidias, regar
ditA

Nom n'avoni pu vrifier ce remteignenienl que mous empruolooM ranoery, tu mmoire <|tii vn lrc cit dans un inaiaol 2. Aacmm&Dis Opra otnn iu tdidil I. L. Heibcrg. Vol. II. pp.
.

Paul

ii.

18
dait le

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

premier diamtre

comme douze

lois

plus grand que

le

second.

Quel raisonnement a fourni de


ce Phidias dont, seul, son
fils

telles conclusions

Eudoxe, et Archinide nous a conserv le


?

nom? Gomment
expose
1 ,

Philippe d'Oponte conduisait-il ses valuations


a,

Ces sages ont-ils suivi la voie qu'Aristarque de Samos


?

plus tard,

Paul Tannery s'en tient pour assur. A cet gard, dit-il de mme qu'Euclide en Gomtrie, Aristarque n'a fait que reprendre, en leur donnant plus de rigueur, les travaux de ses
prdcesseurs, Eudoxe, Phidias, Philippe, et c'est videmment au
plus ancien, Eudoxe, qu'il faut faire remonter l'invention de la

mthode. Malgr la trs grande autorit de Paul Tannery, nous n'oserions donner cette conclusion comme incontestable. Eudoxe a-t-il vraiment fait usage, pour dterminer le rapport du diamtre du Soleil au diamtre de la Lune, d'un procd que l'Astronomie justifit ? Na-t-il pas plutt fait appel quelqu'une de ces combinaisons numriques que les Pythagoriciens et Platon invoquaient si volontiers? Entre les deux suppositions il est, croyons-nous, permis d'hsiter. Un passage- de la Didascalie cleste de Leptine [papyrus d Eudoxe) semble plus favorable la seconde hypothse. Leptine veut expliquer, sans doute d'aprs Eudoxe, pourquoi une clipse de Soleil n'est pas galement visible de tous les points de la Terre. Son raisonnement l'amne naturellement comparer le diamtre du Soleil celui de la Lune. Il crit Donc le Soleil est plus grand que la Lune; ... le rapport est celui de la quinte [la diffrence entre la quinte et] la quarte. Paul Tannery a rtabli dans cette phrase les mots, mis entre il a, en outre, fait ([ue Leptine ou les copistes avaient omis Il faut supposer ici la proportion harmola remarque suivante nique classique Fondamentale 0, quarte 8, quinte 9, octave 12. H) ou 1. C'est celui qu'ArchiLe rapport serait donc de 9 (9 mde attribue Eudoxe . Leptine serait donc d'accord avec Archinide pour affirmer qu'Eudoxe regardait le diamtre du Soleil comme neuf fois plus grand que le diamtre de la Lune mais cette affirmation, il la formule en un langage emprunt la Musique et, par l, il nous
:

j,

i. Paul Tannery, Aristarque de Samos (Mmoires de la Socit fies Sciences e fjhf/siques et naturel les de Bordeaux, 2 srie, l. Y, p. 2.'!<j. i88.'i). j.. Paul Tanneky, flecherc/tes sur l'histoire de /' Astronomie unci enue, AppenTraduction de Ii Didascalie cleste de Lepliue (Art d'Kudoxe), a /jy, dice 1
:

pp.

2(f2-2(j?>.

LES DIMENSIONS UL MONDE

VJ

donne penser qu'Eudoxe

avait dduit l'valuation de ce rapport

de quelque spculation sur l'harmonie des sphres. Les textes que nous venons de rapporter sont les seuls qui fassent allusioti aux recherches dont la grandeur du Soleil et de la

Lune, dont les distances de ces astres la Terre auraient t l'objet de' la part d'Eudoxe, de Phidias ou de Philippe d'Oponte. C'est assez dire que nous ne saurions aucunement prciser la
nature de ces recherches, que nous ne saurions affirmer ni nier
qu'elles aient prpar l'uvre d'Aristarque de

Samos.
systme
petit trait
Ilepl

Odtre

l'crit,

aujourd'hui perdu, o

il

exposait le

hliocentrique, Aristarque avait

compos un
et

Sur

les

grandeurs

et les dislances
tjX'Iou

du Soleil

de la Lune,

jjLeyeGwv

Les Anciens avaient compris cet crit dans la collection que, par opposition la Grande composition de Ptolme, on nommait le Petit astronome et, comme
xal aTcofrrriuiTwv

xal otX^v|.

la

Grande composition,
Vers
la fin
il

l Petit

astronome nous

est

intgralement avec l'inexac-

parvenu.

du xv e

sicle,

Georges Valla
1
.

traduisit,

titude dont

tait cotftUmier, le

trait d'Aristarque

de Samos.
fut traduit
;

Cette traduction fut

imprime en 1499

Au

seizime sicle, l'OUvrage d'Aristarque de

Samos

soigneusement annot par Commandin 2 pour ses en annotations, Commandin s'tait servi, en particulier, d'un passage des Collections mathmatiques de Pappus 3 passage o cet auteur a compar les hypothses dont Aristarque est parti et les rsultats auxquels il est parvenu, aux hypothses et aux rsultats d'Hipparque et de Ptolme.
latin et
,

Le texte grec a t imprim pour la premire Oxford, par les soins de John Wallis \ En 1823,
1.

fois le

en 1G88,

comte Fortia

Akistauchi samij de magnitudinihiis et distantiis salis et lune. Gkorgio Interprte. Colophon Vinc. ap. Henr. de SftnctO Vrso. i<i fGRJHSC, Trsor de livres rares et prcieux t t. I, i8f)g, p. 2o5) Fabriciuti (Bibliotheca grca, IV, ujj cite une dition donne en 1488 per An/o/uii/n de Strata et une autre donne en 1^98 per Simonem Papiensetn dictum Bittilaf/uam. Nous avons vainement cherch ces ditions dans 1rs recueils' bibliographiques de Hain, Brunet, Graessc et M"* Pellechet. 2. AniSTAftCHi De magnitiidinibns, et dis/an/iis Soi, et [Link], liber ruin [Link] expitcaiioniba qUibiudam \ Federico Commandino lrbinate in latinum conversus. ac comnipntariis illustrt US. l'isnuri. Apud

Valla placentfno

>

Pim

Camillnm Prancischinum. MDLXXOL Alkxandhini Mathe/no k <r cotlectione S. Pwyi rlinate in Latinum converses, et Commeotariia
i

.1

illustra tas.

Federico Comiuandino Bononies, l-\

Typographie II H. de Ducciis, MDCLX. Lib. VI, thorme XXXVIII proposilio XXXVIII, p | 1. Pappi ALKxANoniM Collectioni QJue ittpereant. Edidit Pridericui Hultsch. Volrimm 11. Berolini, UDCCCLXXS If. I>il<r VI, XXXVII, pp. 554-56i. >./-,./.... BlUu xui [Link],, ftfd 4. AFI1TAFXOV EAMIOT flcoi ptYlto*

20

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Paris,

une seconde dition. Enfin, en 1913, Oxford, Sir Thomas Heath en a donn une dition conforme aux exigences de la critique moderne, accompagne d'une tra'

d'Urban en donna,

duction anglaise et prcde,

titre

d'introduction,

dune

histoire

complte de l'Astronomie grecque jusqu'au temps d'Aristarque. Plac, dans le temps, entre Euclide et Archimde, Aristarque se

montre dou, au plus haut degr, du talent gomtrique que nous admirons en ces deux hommes. Son trait est compos la manire euclidienne. Il dbute par l'nonc de six axiomes qui ne sont pas dmontrs, mais dont
dcoulera toute la dduction suivante.

en est un, le second, qui offre, au moins en partie, le caractre d'une supposition approximative que l'on n'introduit pas comme nonc d'une vrit, mais comme moyen de La Terre se simplifier les raisonnements il est ainsi formul comporte, l'gard de la sphre de la Lune, comme un point et comme le centre de cette sphre . Les autres sont des propositions de Physique qui sont ou bien donnes directement par l'observation, ou bien tires de l'explication universellement admise des phases de la Lune. Du nombre de ces dernires proposition? sont le premier axiome C'est du Soleil que la Lune reoit sa lumire , et le Lorsque, [au premier quartier et au dernier troisime axiome quartier,] la Lune nous apparat exactement coupe en deux, le [plan du] grand cercle qui spare, sur la Lune, la partie resplendissante de la partie obscure, passe par notre il . Les trois derniers axiomes sont des rsultats d'observation il est ncessaire que nous nous arrtions un instant les discuter, sans nous astreindre, d'ailleurs, en garder l'ordre. [Le diamtre apparent de] la Lune et du Soleil soustend la quinzime partie d'un signe. Tel est le sixime axiome d'Arisil
; :
: :
;

Parmi ces axiomes,

tarque.

Cet axiome
BIBAION.
<7rra<7u.

suppose, tout

d'abord,
r/j;

qu'on attribue le
Suvcr^Y^
et

mme
B'

NAlinor

AAESANAPEilS Tc

BIBA10Y

Arro-

Distant Us Solis et Lun, Liber. Nunc primum Grce ditas curn Federic.i Gommandini versione Latinu, notisque illins et Editoris. Pappi Albxandrini Secundi Libri Mathematic S. edidit, Collcctionis, Fragmentum, Tfactenus Desideratum. [Link] Codice

RiSTARGHi Samii

De Magnitudinibus

Notisque illustravit Johannes Wallis S. T. D Geometri Professor Savilianus ; et Rgal is Societatis Londini, Sodalis. Oxoniae, e Thea-

Latinum

fecit,

tro Sliekloninno, 1G88.


tori

Sir Thomas Heath, Aristarchus of Sarnos, the Ancient Coperiiicus. A Hisof Greek Astro/io/n// to Aristarchus togeiher ivith Aristarchus's Treatise (m te Si ses and Distances of the Sun and Moon. A Xexv (Ircek 7'[Link] irith Translation and A'ofes. Oxford, at the Clarendon Press, iqi3.
1.

LES DIMENSIONS DU MONDE

21

une simplification qu'il est bien naturel d'admettre dans une thorie o Ton nglige les variations prouves par le diamtre apparent de chacun des deux astres les erreurs que l'on convient de regarder comme sans importance sont, dans les deux cas, du mme ordre de grandeur. Ce qui est beaucoup plus trange, c'est qu'Aristarque ait attribu la Lune et au Soleil un diamtre apparent d'un quinzime de signe (30), partant de 2. Une telle valeur est, pour les deux astres, peu prs quadruple de la valeur vritable. Les moyens d'observation les plus grossiers ne sauraient donner une valuaet
;

diamtre apparent au Soleil

la Lune

c'est

tion ce point errone.

Dans Y Arndire, Archimde dcrit un instrument propre


,

rer les diamtres apparents des objets trs loigns

il

mesutrouve, au

moyen de

cet instrument,

que

le

diamtre apparent du Soleil est


angle droit
(27')
;

compris entre
(32'55") et la

la cent soixante-quatrime partie d'un

deux-centime partie du

mme

angle

cette

affirmation est parfaitement exacte, puisque le diamtre apparent

du

Soleil varie rellement entre 32'35",6 et 31 '31".

Il

est surpre-

nent que Ton ait pu, au temps d'Archimde, obtenir un rsultat d'une aussi satisfaisante prcision, et qu'Aristarquc, en la mme
dtermination, se soit tromp du simple au quadruple.

La surprise cause par l'erreur grave qui entache le sixime postulat d'Aristarque augmente encore de ce fait qu'au dire d'Archi-

mde ment
gal

*,

Aristarque avait dtermin lui-mme, l'aide d'un instru-

appropri, le diamtre apparent du Soleil, et l'avait trouv

la sept-cent-vmgtime partie de l'cliptique, soit 30'

exactement.

ne saurait, d'ailleurs, pour expliquer l'valuation errone qui entache le sixime axiome d'Aristarque, invoquer quelque altration de manuscrit, altration qui et atteint mme le texte dont

On

Pappus a
les

fait

usage

tout le calcul dvelopp dans le Trait sur

grandeurs et les distances de la Lune et du Soleil suppose cette valeur inexacte des diamtres apparents. La geule explication plausible que cette tranget ait reue jusla qu'ici nous parat avoir t propose par Sir Thomas Heath
'
;

voici

Aristarque, nous dit Archimde, avait dcouvert (ej^xoto;) que


le

diamtre apparent du Soleil couvrait

peu prs

la

sept-cent

i.

MDCCCCX1II,
2.
3.

Archimkdis Opra omnia Iterurn edidit J.-L. Heiberg. pp. 222-227. Ahchimkdih Opra, d. rit., pp. 222-223. Sir Thomas [Link], Aristurchns of Snmos, p. SlS.
.

Vol.

II,

[Link]

22

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

vingtime partie du zodiaque. Cette expression nous donne penser que personne, avant Aristarque, n'avait

mesur ce diamtre

avec prcision

la

tradition qui en attribue la dtermination

Thaes de Milet serait sans fondement. Or, si Aristarque est le premier des Grecs qui

ait su,

l'aide

d'un instrument appropri, dterminer l'angle sous lequel nous voyons le Soleil ou la Lune, est-il invraisemblable d'imaginer
qu'il n'avait

pas encore

fait cette
les

Trait sur les grandeurs et

mesure distances du

lorsqu'il crivait

son
?

Soleil et de la

Lune

En composant

cet ouvrage,

il

aurait us d'une valeur errone,

mais courante chez les Grecs, de ces diamtres apparents. Puis, son uvre mme ayant montr l'extrme intrt que prsentait la connaissance exacte de ces diamtres, il se serait ingni fourmais il aurait amen nir cette connaissance aux astronomes l'Astronomie l'accomplissement de ce progrs trop tard pour que ses propres calculs eussent t mme d'en bnficier. Le cinquime postulat concerne le diamtre apparent de la section du cne d'ombre de la Terre la distance o se trouve la
;

en observant le temps qu'il faut la Lune pour traverser le cne d'ombre lors des plus longues clipses. Aristarque dclare que le diamtre du cne d'ombre est le double du diamtre de la Lune. Cette valuation est, de plus d'un quart, infrieure la vritable valeur. La demande qu'Aristarque place au quatrime rang rsulte d'une observation faite sur les positions relatives du Soleil, de la Lune et de la Terre au moment de la dichotomie, c'est--dire au moment o la partie. claire de la Lune prsente exactement l'aspect d'un demi-cercle. Si l'on mesure, ce moment, l'angle fait par deux droites, l'une qui joint la Terre au centre du Soleil, l'autre qui joint la Terre au centre de la Lune, on trouve, suivant Aristarque de Samos, que cet angle est moindre qu'un angle droit, et cela de la trentime partie de cet angle bref, que cet angle vaut 87. L'valuation de cet angle est une des donnes essentielles de la mthode d'Aristarque malheureusement, cette valuation ne comportait aucune prcision. Au premier quartier, la dichotomie se produit alors que le Soleil est au-dessus de l'horizon il est malais de l'observer. Au
!
;

Lune. Les anciens dterminaient ce diamtre

dernier quartier, lorsque l'on constate la dichotomie, le Soleil n'est point visible il faut donc noter exactement l'heure o ce phno;

mne
i.

se produit et

calculer la position

que

le Soleil,

cette
I;

rt

Cleovikdis D molli circulant corponim cnelestium liber secundus, cap. Ziegjer, Leipzig-, 1891, pp. 146-147.

LES DIMENSIONS DU

MONDE

23

mais l'instant prcis de la dichotomie est malais saisir. Selon les calculs de Paul Tannery *, Aristarque se serait tromp de six heures environ dans la dtermination de cet instant. Grce l'incertitude qui affecte ncessairement la dtermination de l'angle dont nous venons de
;

heure-l, occupe

sur l'cliptique

parler, la

de Samos, parfaitenient correcte au point de vue de la Gomtrie, n'tait susceptible d'aucune exacd' Aristarque

mthode

titude.

Voyons, cependant, en quoi cette mthode consistait. Au moment de la dichotomie, le centre de la Lune est, en vertu du troisime axiome, au sommet de l'angle droit d'un triangle rectangle dont le Soleil et la Terre sont les deux autres sommets. Le quatrime postulat nous fait connatre l'angle aigu dont la

sommet de l'hypotnuse du
Terre est le

ds lors, nous pouvons calculer le rapport triangle, qui est la distance D de la Terre
;

au

de l'angle aigu dont il s'agit, qui est la distance d de la Terre la Lune ce rapport est le cosinus de l'angle aigu qui nous est connu.
Soleil, l'autre ct
;

Gomme

le Soleil et la

apparent, les

Lune sont supposs avoir mme diamtre diamtres S et L de ces deux astres sont dans le

on connat donc 1er apport du diamtre S du Soleil au diamtre L de la Lune. Dans le cne d'ombre de la Terre, considrons la section qui passe par le centre du Soleil, celle qui passe par le centre de la Terre, enfin, celle qui se trouve au del de la Terre par rapport au Soleil, et la distance o la Lune est place. Gomme ce cne est extrmement aigu, la premire section a sensiblement 9 pour diamtre le diamtre S du Soleil, et la seconde le diamtre T de la Terre. Quant la troisime, en vertu du cinquime axiome, elle a pour diamtre 2L. Nous pouvons donc crire la proportion
et
la

mme

rapport que leurs distances

Terre

T
S

aL
"

D
d

ou bien
L 1-2 ^S S
\

D
d

Pa -hy, Aristarque de Sai mule, par la tarque a introduit lie approximation qu'il a ruea A aurmonl
i.

:V

nde,
;

de

l,

-$

LA COSMOLOGIE HKLLNIQUK

Gomme les rapports


de calculer
Terre.
le

et

sont connus, cette galit nous permet


Soleil

rapport

- du diamtre du

au diamtre de la

Eu multipliant
nons
le

le rsultat

par

le

rapport connu

<r

nous obtela Terre.

rapport du diamtre de
S

la

Lune au diamtre de

La connaissance du rapport
dtermine
la Terre
la

et

du diamtre apparent du

Soleil

valeur du rapport

de

la distance entre le Soleil et

au diamtre de

la Terre.

Enfin la connaissance du rapport ~ et du diamtre apparent de


ri

la

Lune dtermine

la valeur

du rapport

=r

de la distance de la Lune

la Terre au diamtre de la Terre

Nous savons donc, en prenant pour unit le diamtre de la Terre, valuer le diamtre du Soleil, le diamtre de la Lune, la distance du Soleil la Terre, enfin la distance de la Lune la Terre. Le problme rsoudre nous apparat aujourd'hui comme extrmement facile. Il offrait en ralit, au temps d'Aristarque,
les plus
Il

grandes

difficults.

deux calculs trigonomtriques trs simples, l'valuation du cosinus d'un angle donn, la longueur de l'arc qui correspond un nombre donn de degrs. Or, au temps d'Arison ne tarque de Samos, la trigonomtrie n'tait pas constitue possdait encore qu'une valuation trs grossire du rapport de des calculs que nous regardons la circonfrence au diamtre comme un jeu ne pouvaient alors tre faits. Par des, artifices gomtriques d'une subtile ingniosit, Aristarque est parvenu dterminer une limite infrieure et une limite suprieure pour chacune des grandeurs qu'il se proposait de connatre. L'habilet et la rigueur de ses dmonstrations ne sauraient tre trop loues.
s'agit d'effectuer
;
;

Il

trouve ainsi

Que

le

rapport

-.-

entre les distances

du

Soleil la Terre et de

la

Lune

la Terre, qui est gal

au rapport

S
v-

des diamtres du

Soleil et de la
2

Lune, est suprieur 18

et infrieur

20

Que

le

rapport

S
-

du diamtre du

Soleil

au diamtre de

la

Terre est suprieur

et

infrieur -^

LES DIMENSIONS DU MONDR

2o

Que

le

rapport ^ du diamtre de la Lune au diamtre de la


.

Terre est suprieur et infrieur a r Oo 08 Aristarque n'a pas dduit de sa mthode tout ce qu'elle pouvait
i

donner;

il

n'en a pas tir l'valuation de

et

de

c'est--dire des

distances, mesures en diamtres terrestres, qui sparent la Terre

du Soleil et de la Lune. La mthode employe par Aristarque pour mesurer le Soleil, la Lune et leurs distances la Terre fut, sans doute, reprise par divers astronomes Apollonius, selon les Philosophoumena attri;

maintenant Saint Hippolyte, Eratosthne, selon le De placit p/ii/osophorwn du Pseudo-Plutarque et le Commentaire au songe de Scipion de Macrobe, auraient donn des valuations de la grandeur du Soleil et de la Lune, et calcul la distance de ces astres la Terre mais ces renseignements, sans doute par la corruption des manuscrits, sont devenus extrmement confus et ne mritent aucune confiance '. Les astronomes qui s'appliquaient a obtenir ces diverses mesures

et
;

bus autrefois

Origne

n'avaient pas tous reu en partage l'habilet mathmatique du

gomtre de Samos certains d'entre eux comprenaient fort mal les raisonnements de ce dernier tel Posidonius, si nous en croyons le rapport de-Clomde 2 Posidonius admet, comme Aristarque, que le cne d'ombre de la Terre, coup, la distance o la Lune se trouve de la Terre, par un plan normal l'axe, donne une section dont le diamtre est double du diamtre lunaire mais au dire de Glomde, il en conclut, que le diamtre de la Lune est la moiti du diamtre de la Terre c'est substituer un cylindre au cne d'ombre, ce qui est une grave erreur. Ce principe faux une fois pos, Posidonius, par la bouche do Clomde, continue en ces termes Or, selon la mesure d'Eratosthne, le grand cercle de la Terre comprend 2'>0.000 stades son diamtre surpasse donc 80.000 stades. Partant, le diamtre do la Lune sera de 40.000 stades. Mais, d'autre part, les clepsydres montrent que la Lune, ainsi que le P Soleil, couvre la 7")0 partie du cercle qu'elle parcourt , rest-dire cpie le S leil et la Lune ont le mme diamtre apparent et que ce diamtre est <! i>S'i<S". Ds lors, la distant** de la Lune
;
;
.

i.

Voir

l'Art.

*.

Cliomsmi

I)f

Tanvkmt, Atitnrque de Samoi t [Link], t pp, moia circa/nri corporu/n cnelettium lil>.

II.

otp

I:

Zir-

26

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

la Terre correspond la sixime partie de la circonfrence


dcrite par la

Lune

cette distance
;

comprend donc cent-vingt-cinq


ces diamtres est de

diamtres lunaires

et

comme chacun de
!

40.000 stades, cette distance vaut, selon ce calcul, 500.000 stades.


Posidonius a galement tent

de calculer

le

diamtre rel du
;

Soleil d'aprs le diamtre apparent de cet astre

pour

cela,

il

admis que la distance du Soleil la Terre tait gale dix mille rayons terrestres. Mais , ajoute Clomde, il est sans doute croyable que le parcours du Soleil soit dix mille fois plus grand que le mridien terrestre, car, l'gard de ce parcours, la Terre est comme un point il peut se faire, toutefois, qu'il soit plus grand ou bien encore qu'il soit plus petit, et que nous l'igno;

rions.

que la mthode d'Aristarque de Samos tait ignore ou incomprise dans l'cole stocienne de Posidonius peut-tre trouvera-t-on l une occasion de douter de l'assertion de Paul Tannery, au gr de qui cette mthode et t communment reue bien avant le temps d'Aristarque mme aprs celui-ci, elle semble n'avoir t comprise que des seuls gomtres, tels qu'Archimde ou Hipparque.
voit
;

On

IV
LE PROBLME DE LA PABALLAXE LUNAIRE. HIPPARQUE ET PTOLME

Clomde 2 qu'Hipparque a dmontr que le Soleil tait 1.050 fois plus volumineux que la Terre. Le disciple de Posidonius n'a srement pas tudi les calculs du

On

dit

(cpoOTi)

, crit

Bithynien.

pas mieux pntrs voici leur endroit Hipparque, ce qu'il se contente de nous dire par la considration des grandeurs et des distances du Soleil et de la Lune, a montr que le Soleil est peu prs 1.880 fois plus volumineux que la Terre, tandis que la Terre est 27 fois plus volumineuse que la Lune . D'aprs ces nombres, Hipparque aurait

Thon de Smyrne ne

les a peut-tre
3

pris le diamtre

du

Soleil

comme

tant peu prs les

~ du diamTh. H. Martin,

Clomde, loc. cit., pp. i4A -I 47' Clomde, loc. cit., pp. i52-i53. 3. Theonis Smyrna^ii Liber de Astronomia, cap. pp. 820-821 d. J. Dupuis, pp. 3 18-319.
i.

2.

XXXIX;

d.

LES DIMENSIONS DU

MONDE

27

tre

de la Terre, tandis qu'il aurait attribu au diamtre de la Lune exactement le tiers de la longueur du diamtre terrestre.
Ces
courtes allusions
faites

par Glomde et par Thon de Smyrne aux valuations d'Hipparque ne nous laissent pas souponner l'importance de l'uvre entreprise par cet auteur et poursuivie par Ptolme cette uvre a profondment transform celle d'Aristarque de Samos. Ce qui distingue la thorie d'Hipparque et de Ptolme de celle d'Aristarque de Samos a t fort bien rsum par Pappus Parmi les axiomes d'Aristarque, dit-il \ le premier, le troisime et le quatrime s'accordent peu prs avec les hypothses d'Hipparque et de Ptolme Mais ces mathmaticiens ont reconnu que les trois autres axiomes ne s'accordaient pas avec
; :

la vrit.

En premier lieu, la Terre, comme un point et ne joue pas

ne se comporte pas le rle de centre par rapport la sphre de la Lune, mais seulement par rapport la sphre des
leur avis,
toiles fixes.

En second

lieu, la

largeur du cne d'ombre n'est pas de deux

diamtres lunaires.

En

troisime lieu, lorsque la

Lune

est sa

moyenne

distance

de la Terre, son diamtre ne soustcnd pas, sur la circonfrence

de l'cliptique, la quinzime partie d'un signe, c'est--dire 2. Pour Hipparque, en efet, le diamtre de la Lune est compris six cent cinquante fois dans cette circonfrence, et, la moyenne
distance, dans
les conjonctions, la
fois et

largeur du cne d'ombre le

comprend deux

demie
le

2
.

Selon Ptolme,
3
,

diamtre de la Lune sa plus


et, sa

mande

distance soustend
distance, 035'20".

en la circonfrence, 03t'2(V'

plus petite

la

Quant au diamtre du cercle d'ombre, il mesure, plus grande distance de la Lune , liO'4(V" et, la plus petite

distance, i\&.

Hipparque et Ptolme ont dduit de l des valuations diffrentes pour les grandeurs et les distances du Soleil et de la
Lune.

\ ces renseignements fournis par Pappus,


i
.

et

confirms par

la

Pappus, loc.

cit.
:

Sur ers valuation d'Hipparque, cf. Claude Ptolbmkk, Composition <l. Halma, t. I, mathmatique^ livre IV, ch. VIII d. Heiberir, para I, p
j<..
:

a','/,
'.',.

p. 37.

Composition mathmatique^ livre v. ch. \l\ Pto d Heibei 343 p. 4iq m |>. V-"l. d. Ptolkmke, ( )i>. luntl ., livreV, ch. XIV; d. Halma, p V\.\ Imtit. papa 1. F.',"/', i>. Z^Kj el p. /j?o.
Claudi
i

d.
M'-i-

Halma,
i\
.

1.

28

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

lecture de YAlmagesle, nous

pouvons joindre quelques

dtails tirs

de ce dernier ouvrage.

Pour mesurer les diamtres apparents du Soleil et de la Lune, Ptolme s'est servi de l'instrument dont Hipparque avait fait cet instrument, qu'il ne dfinit pas d'une manire plus usage explicite, ressemblait sans doute celui qu'Archimde a dcrit dans YArnaire. Nous y avons toujours trouv le diamtre du
'
;

Soleil sous le

mme
y
si

angle

dit

l'Astronome de Pluse,
sensible.

sans
s'en

que

les distances

fissent

un changement
;

On ne

que les variations du diamtre apparent du Soleil ne dpassent gure une minute l'instrument employ par Hipparque et Ptolme n'tait assurment pas sensible ce
tonnera pas,
l'on songe

point.

Mais aussi, poursuit Ptolme, le diamtre de la Lune n'y parat pas sous le mme angle que celui du Soleil, si ce n'est

lorsque la Lune est pleine, son apoge de Fpicycle et en son

plus grand loignement de la Terre, et non quand elle est la

moyenne, comme l'avaient suppos ceux qui nous avaient prcd. Parmi ceux-l, Ptolme compte certainement Hipdistance

parque.
Ces divers changements apports aux donnes dont Aristarque

ne vont pas jusqu' requrir une transformation de la mthode qu'il avait suivie bien autrement graves, pour l'emploi de cette mthode, sont les consquences auxquelles on parvient en renonant au second axiome, en cessant de regarder la Terre comme un simple point par rapport aux dimensions de l'oravait fait usage
;

bite lunaire.

La distance de la Terre l'orbe de la Lune, dit Ptolme *, n'est pas comme la distance de la Terre au cercle du Zodiaque, [trac sur la sphre des toiles fixes] elle n'est pas assez grande pour qu' son gard, la grandeur de la Terre se comporte comme un simple point. Aussi est-il ncessaire d'admettre que la droite issue du centre du Monde, passant par le centre de la Lune et prolonge

jusqu' la rencontre avec l'cliptique, droite l'aide de laquelle


sont conus, par tout le monde, les
cide

mouvements

vritables,

ne con-

aucunement d'une manire sensible avec

la ligne issue d'un

point de la surface terrestre, c'est--dire de l'il de l'un des observateurs, au centre de la Lune, droite l'aide de laquelle le

mouve-

Ptolme, Op. laud., livre V,*ch. XIV; d. Halma, t. I, p. 339; d. Heipars I, E',t<y, p. 4* 72. Ptolme, Op. laud., livre IV, ch.I; d. Halma, t. I, pp. 2i2-2i3; 4, Heiberg-, pars I, A', a', p. 266.
i.

berg-,

LES DIMENSIONS DU MONDE

29

seulement lorsque la Lune est place verticalement au-dessus de l'observateur qu'une seule et mme droite, issue du centre de la Terre et passant par l'il de cet observateur, va rencontrer le centre de la Lune et, de l, le Zodiaque. Mais, ds l que la Lune s'carte d'une manire quelconque du znith, il se produit des divergences et des inclinaisons des susdites droites par consquent, le mouvement apparent n'est plus identique au mouvement vritable les positions que la vue observe sont sans 'cesse diffrentes de celles qui seraient dtermines partir du centre de la Terre, et cela proportionnellement aux grandeurs des angles forms par l'inclinaison mutuelle de ces deux droites.
est observ. C'est
;

ment apparent

Du

centre de la Lune, circonscrivons

un cne

la Terre. Les

observateurs situs sur le cercle de contact de ce cne sont ceux


qui commettent, touchant la position astronomique du centre de la

Lune, la plus grande erreur, et cette erreur est la moiti de l'angle

au sommet du cne dont nous venons de parler. Ce cne est, d'ailleurs, trs aigu, en sorte que la circonfrence selon laquelle il touche la surface terrestre diffre trs peu de la circonfrence d'un grand cercle de la Terre. La plus grande erreur qui puisse tre commise, sur la position du centre de la Lune, est donc sensiblement gale l'angle le plus aigu d'un triangle rectangle dont les deux cts perpendiculaires entre eux sont gaux l'un au
rayon terrestre,
Terre
et le

l'autre la distance

entre le

centre de la

centre de la Lune. La tangente trigonomtrique de cet

angle est gale ,

Cet angle est ce qu'on


rence, cart) de la Lune.

nomme

la

parallaxe (topXXoJi;,

diff-

Les quelques considrations que nous avons empruntes Pto-

Lme

suffisent

nous

faire

comprendre l'extrme

intrt qui s'at-

tache la dtermination de la parallaxe lunaire. Cette dtermination


r'\irnt,

d'ailleurs,
<!<'

celle

du rapport T que
valuer
;

la

mthode
Le
t'ait

d'Aristarque

Samoa semblait propre

mais

que la parallaxe Lunaire n'es! pas ngligeable contredit directement au Becond axiome d'Aristarque et, par consquent,
rend
Il

mme

bs y a

mthode
donc
cet
Lieu

sujette

caution.
fiais, et

de reprendre sur nouveaux


la

^ans faire

usage

<1-

axiome dsormais controuv,


fera

dtermination
<*t

du

rapport

'.
,

qui

connatre

la

parallaxe Lunaire,

aussi dei

30

LA (JOSMOLUGIE HLLtilOl'E

mesurent, en diamtres terrestres, la T qui distance du Soleil la Terre, le diamtre du Soleil et le diamtre de la Lune. il avait Ces problmes ont certainement occup Hipparque crit un trait intitul Les parallacliques, trait qui comprenait plu 'Ev tj sieurs livres, car Ptolme cite le premier de ces livres TtpoTw twv TcapaXXaxTLxxLv . Il avait galement compos un ouvrage Sur les distances et les grandeurs du Soleil et de la Lune, lepl p.sy8cov xal L7zocTf\pz-v ['HXwu xal XtJvyi], ouvrage qui formait peut-tre un des livres des Parallactiques. Si nous en croyons ce que rapporte Ptolme, les recherches d Bithynien n'auraient gure t que ttonnements sans aucune conclusion ferme. Hipparque, lisons-nous dans Y A Images te % avait mais il avait mieux aim accompli cette mme dtermination prendre le Soleil pour point de dpart En premier lieu, il fait l'hypothse que le Soleil est affect de la plus petite parallaxe posaprs sible, afin d'en dduire la distance de cet astre la Terre
rapports
,

au moyen de la distance que l'on obtient, d'une part, en supposant que le Soleil n'a aucune parallaxe sensible, d'autre part, en admettant qu'il en a une assez grande ds lors, deux valeurs diffrentes de la distance de la Lune s'offrent lui, selon qu'il a admis, dans son calcul, l'une ou l'autre des deux hypothses mais, en ce qui concerne le Soleil, le doute demeure entier non seulement on ignore la grandeur de la parallaxe dont le Soleil est affect, mais on ne sait mme pas s'il a une parallaxe quelconque. L'absence de conclusions certaines dans la thorie d'Hipparque explique sans doute pourquoi Glomde et Thon de Smyrne attribuent cet astronome des valuations fort discordantes de la grandeur du Soleil. Afin d'viter toute hsitation de ce genre, Ptolme a entrepris de dterminer la parallaxe lunaire et, par consquent, le rapport
cela,
il

se sert d'une clipse de Soleil calcule

sans rien supposer au sujet de la parallaxe solaire. Voici comil

ment
Il

a procd

a constitu, d'abord, la thorie du

mouvement de

la Lune.

Cette thorie suppose l'valuation de certains lments que l'ob-

servation doit faire connatre


i.

cette valuation,

Ptolme l'obtient

Halma,
2.
t.
I,

Composition mathmatique, livre V, th. XIX; d. 365; d. Heiberg-, pars I, E', e', pp. 45o-45i. Claude Ptolmb, Composition mathmatique, livre V, ch. XI; d. Halma, pp. 326-327 ; d. Heiberg, pars I, E', ta', p. 402.
t.

Claude Ptolme,
I,

p.

LES DIMENSIONS DU

MONDE

31

par des

procds qui liminent toute erreur provenant de la parallaxe lunaire. Il se trouve ainsi en possession dune thorie qui doit reprsenter exactement le mouvement de la Lune, tel
il

qu'on l'observerait du centre de la Terre. A l'aide d'un instrument de son invention

*,

mesure alors

Alexandrie, en diverses circonstances, la distance znithale de la

Lune. Les valeurs observes diffrent des valeurs dtermines par la thorie. De la grandeur de l'cart entre ces deux sortes de
valeurs, on peut dduire la grandeur de la parallaxe lunaire. Ptol-

me

trouve ainsi
la

que

la distance

moyenne, dans
la Terre est

les conjonctions,

du centre de
restres.

Lune au centre de

de 59 rayons terla

Cette distance, c'est la distance


trique de la Lune,
avoir, suivant cette

du centre de

Terre l'excen;

compte dans

la direction considre

pour

grande distance d du centre de la Terre au centre de la Lune, il y faut joindre le rayon de Fpicycle mais le rapport du rayon de l'picycle aux dimensions de l'excentrique est connu par la thorie de la Lune Ptolme peut donc calculer ce rayon de l'picycle il le trouve 3 gal
direction, la plus
;
;

mme

o rayons terrestres et
la Terre

la plus

grande distance d du centre de

au centre de
l,

la

Lune, dans les conjonctions, se trouve

porte, par

64 rayons terrestres et
d'ailleurs, le

Dans ces conditions,


de calculer
rayon
dii
v

diamtre apparent de la Lune


;

a t trouv, par Ptolme, gal 031'20"


le

il

est

dsormais facile

rayon de

la

Lune
;

le calcul assigne

pour valeur ce
a
,

^-

du rayon
la

terrestre

en d'autres termes

le

rapport

diamtre de

Terre au diamtre de la Lune est environ


:J

jh=3,40.

Les nombres obtenus par Ptolme sont remarquablement voisins des valuations
la

Lune

la

admises aujourd'hui. La distance moyenne de Terre, en effet, est value 60 rayons terrestres au Lieu
Lui

de 59 rayons terrestres que Ptolme


i.

attribue

le

rapport

t.

Cotfiftotition mathmatique, livre V,ch. XH; d. liai ma, 3a 7-33 a d Heibenr, paru I, K', .V, pp 4<>3-4o8 2. l'un [Link]. Op. laud., livre V, ch. XIII; <<l Halma, t. I, p. 338 ; d. H<ibergfj par* 1. i.', '/. pp. 4'5^4i. l' n-i i'.mm Op. faud.f livre V,ch. XV tl. Halma, 1. 1. pp. 343-344 '''' Heibei n, pan l. E'j ii, j. (aa et p 'I i. > f\. I. p, Ilalroa, liai i. I, eu. cit. : d, rieiuerir, HeiberiTj para purs i, Ptolme, rTOLBMBi toc. ; eu. mai t. (oc. 'il 345; p > p l'[Link]. Op. l'iml., livre V, ch. XVI; d, Halma, t. I. p. 347 "''' '' berir, part I, h', if p. l\'A\. p

Clauob Ptolsmkc,
:

I,

pi.

'.

; i

'

32

L COSMOLOGIE HELLMQUE

du diamtre de
gal ^p
11

la

Terre au diamtre de la Lune est sensiblement

= 3,56 au lieu de 3,40.

ne faudrait pas, cependant, que l'exactitude de ces valuations fit illusion sur la valeur de la mthode par laquelle elles
ont t obtenues.

Pour que cette mthode ft recevable, il faudrait que la thorie de la Lune permit de calculer la position de cet astre avec une trs grande prcision, que les incertitudes de ses prvisions fussent incomparablement infrieures aux erreurs provenant de si Ton observe que la valeur moyenne de la parallaxe lunaire celle-ci est, en ralit, de 57', qu'elle est, par consquent, infrieure 1, on se rendra compte du point auquel devrait tre amene la perfection de la thorie de la Lune pour qu'on pt user de cette thorie comme Ptolme l'a fait. Or, il s'en faut de beaucoup que la thorie de la Lune expose dans YAlmageste ait atteint ce degr ou qu'elle en ait seulement approch. Au temps de Ptolnle, certaines ingalits du mouvement lunaire, telles que l'ingalit de l'inclinaison de l'orbite, n'avaient pas t reconnues au moment de l'observation rappor;

te par Ptolnie

',

cette ingalit atteignait prs de 9' et faussait

la parallaxe lunaire
s'est

de prs d'un sixime de sa valeur. Cette erreur

trouve compense par d'autres erreurs dont tait affecte la

reprsentation gomtrique du
cette

mouvement de

la

Lune

c'est

compensation fortuite qu'est due la presque exactitude des valuations que nous avons rapportes. Aprs avoir dtermin la distance de la Terre la Lune et la longueur du rayon lunaire, Ptolme se propose d'obtenir, pour
le Soleil,

des valuations analogues.


,

La mthode qu'il suit * et dont, selon son propre dire 3 Hipparque avait us avant lui, repose sur la considration du cne d'ombre de la Terre cette mthode diifre peine de celle qu'Aristarque avait employe la construction gomtrique est la
;

mme

donnes seules sont diffrentes. Considrons le cne d'ombre wOO' de la Terre (fig. 12). Nous savons que ce cne est circonscrit la Terre nous savons aussi qu'une section normale l'axe, faite une distance CL du centre
;

les

Paul Tannery,' Recherches sur V histoire de

'Astronomie ancienne,

cli.

XII.

5, p. 223.

Claude [Link]/nposition mathmatique , livre V, eh. XV;d Ilalma, pp. 343-340 d. Heiberg, pars I, E', 12', pp. 422-425. 3. Claude Ptolme, Ou. taud., livre V, ch. XIV; d. liai ma, t. I, p. 3/j3 d. Heiberg-, pars I, E', 10 p. 47.
2.
t. I,
;
; ,

LES DIMENSIONS DU MONDE

33

de la Terre gale la plus grande distance d de la Lune dans les conjonctions, a un diamtre dont nous connaissons le rapport au

diamtre L de la Lune. Gomme d et L sont maintenant mesurs, il est clair que les dimensions de ce cne sont connues.

nous avons dtermin le diamtre apparent du Soleil en des conditions o la parallaxe solaire causait une si petite erreur que ce diamtre pouvait tre considr comme vu du centre de la Terre.
D'autre part,

Fig. 12

Construisons donc un cne CAA' ayant

mme

axe que

le

cne

d'ombre, ayant pour sommet le centre G de la Terre et pour angle au sommet le diamtre apparent du Soleil. La sphre du Soleil devra tre inscrite la fois dans le cne wOO et dans le cne
f

CAA' cette condition dtermine entirement cette sphre, tant en grandeur qu'en position elle dtermine donc la distance CS du centre de la Terre au centre du Soleil et le diamtre S du Soleil. Telle est la mthode suivie par Hipparque, puis par Ptolme. Pour simplifier son calcul, Ptolme use de certaines approximations que le rigoureux Aristarque n'avait pas admises dans ses rai;
;

DL'HEM

T.

II.

34

LA.

COSMOLOGIE HELLNIQUE

sonnements gomtriques les deux cnes qu'il doit considrer tant trs aigus, il admet que le cercle de contact TT du cne coOO' avec la surface terrestre diffre peu d'un grand cercle de cette surface que les cercles 00', AA', suivant lesquels les cnes o>00', CAA' touchent la surface du Soleil se confondent peu prs avec un grand cercle de cette dernire sphre. Par ce calcul, Ptolme est conduit admettre que la distance D du centre de la Terre au centre du Soleil vaut 1.210 GS rayons terrestres quant au diamtre S du Soleil, il vaut, selon lui 2 cinq fois et demie le diamtre T de la Terre. Le rapport du diamtre du Soleil au diamtre de la Lune vaut peu prs
;
;

=
,

18 v-

valeur comprise entre les deux limites, 18 et 20, qu'Aristar-

que avait assignes. Si les mesures du rayon lunaire et de la distance de la Terre la Lune avaient fourni Ptolme des valeurs extrmement voisines des valeurs vritables, ses valuations analogues au sujet du Soleil ont t beaucoup moins heureuses elles ont fait le Soleil beaucoup trop petit et l'ont plac beaucoup trop prs de la
;

Terre.

La distance moyenne du
terrestres
;

Soleil la Terre est de 23.300 rayons

presque vingt fois la distance calcule par Ptolme. Le diamtre du Soleil doit tre accru dans un rapport analogue il vaut non pas cinq fois et demie, mais cent neuf fois le diamtre de la Terre. La mthode par laquelle Hipparque et Ptolme, inspirs par Aristarque, avaient prtendu tirer les valuations relatives au
c'est
;

au point de vue du raisonnement gomtrique, parfaitement correcte au point de vue de la dtermination effective de la grandeur et de la position du Soleil, elle est extrmement dfectueuse ; le cne d'ombre de la Terre et le cne de diamtre apparent du Soleil sont deux cnes trs aigus dont les ouvertures diffrent trs peu les moindres erreurs dans la dtermination des angles aux sommets de ces cnes suffisent pour produire d'normes dplacements de la sphre qui est inscrite, la fois, en tous deux. C'est cette circonstance qui a laiss les anciens astronomes professer des opinions si grossirement errones sur la grandeur et la position du Soleil
Soleil des valuations relatives la
est,
; ;

Lune

i. t.
I,

Claude Ptolme, Composition mathmatique, livre V, ch.


p.

XV;
t.

d.
I,

Halma,
p. 347;

346

2.

Claude

425. Ptolme, Op. laud., livre V, ch.


I,

d. Heiberg-, pars
I,

E', u', p.

XVI;

d.

Halma,

d. Heiberg-, pars

E',

t',

p. 4*6.

LES DIMENSIONS DU MONDE


c'est elle qui

35

a t presque toute valeur pratique la gniale con-

ception thorique d'Aristarque de Samos.


Cette conception d'Aristarque est encore celle qui a guid en

grande partie, nous venons de le voir, les raisonnements d'Hipparque et de Ptolme; mais, pour Ptolme, l'valuation de la parallaxe lunaire a remplac la dtermination, que le Gomtre samien tait tenu de faire, de la position du Soleil au moment de la dichotomie.
trs

LES ORBES CELESTES ET LES DISTANCES DES ASTRES A LA TERRE

Eratosthne avait donn aux humains une mthode propre dterminer les dimensions de la Terre qui les porte, et il avait, le
premier, appliqu cette mthode. Aristarque de Samos leur avait montr comment on pouvait connatre la distance qui nous sparent du Soleil et de la Lune, et mesurer les grandeurs de ces astres.

Ces belles dcouvertes, en montrant la curiosit des


curiosit

hommes

tout

ce dont la science astronomique tait capable, inspiraient cette

de connatre plus encore. Ces astres errants, Mercure, Vnus, Mars, Jupiter, Saturne, ces toiles fixes, quelles distances les sparent de nous? Quelle est La grosseur de chacun d'eux? La Syntaxe mathmatique de Claude Ptolme ne donnait aucune rponse cette queset lui faisait dsirer

une nouvelle ardeur

de ceux qui la posaient aux Astronomes, une thorie fut propose longtemps, elle fut admise
tion.

Pour

satisfaire l'impatience

comme aussi sre que les doctrines d'ratosthne et d 'Aristarque, dont elle semblait tre le couronnement.
premier germe de cette doctrine, il nous faut remonter, dans le pass, jusqu'au temps o s'bauchait la thorie des plantes fonde sur la considration des picycles. Dans l'ouvrage o Tb>on de Smyrne nous a conserve L'ensei-

Pour

saisir' le

gnement d'Adraste d'Aphrodisias


succd

et

des physiciens qui

avaient

Hipparque, nous voyons cette thorie s'baucher, gardant encore, dans sa forme premire, Les traces bien visibles de la doctrine dont elle est issue, le La thorie des sphres homocentriqnes.

Le mouvement des divers astres errants Imite le mouvement qu'Hipparque a attribu au Soleil; La plante parcourt un cercle picycle dont le centre dcrit hu mme un ercle on< entrique au
i

36

L'A

COSMOLOGIE HELLNIQUE

Monde. Ce mouvement, d'ailleurs, est physiquement ralis de la manire suivante A chaque astre errant correspond une sphre creuse, un orbe compris entre deux surfaces sphriques concen:

triques au

Monde

entrain par le

mouvement

diurne, cet orbe

tourne, en outre, d'une rotation uniforme autour de ses ples par-

une sphre picycle qui contient l'astre et tourne sur elle-mme en mme temps qu'elle est entrane par la rotation de l'orbe. Or, lorsqu'il se propose de reprsenter ce mcanisme, Thon trace une figure qui mrite de retenir un instant notre attention, car nous y trouvons en germe la pense dont nous allons suivre le dveloppement.
ticuliers.

Dans cet orbe solide

est enchsse

Cette

figure reprsente l'agencement des sphres d'un astre

errant, de celui qui est le plus voisin des toiles fixes, partant de

Saturne. L'orbe des toiles fixes est limit par deux sphres con-

centriques au

Monde

il

en

est

de

mme

de l'orbe de Saturne

la

sphre qui forme la convexit de l'orbe de Saturne concide exactement avec la surface concave de l'orbite des toiles fixes. La

sphre picycle de la plante touche exactement les deux surfaces


qui limitent l'orbite.

La supposition qu'implique une telle figure se trouve, d'ailleurs, formellement nonce un peu plus loin 2 traitant des mouvements du Soleil, de Mercure et de Vnus, Thon crit Il peut se faire qu'il existe un seul globe creux commun aux trois astres, et que leurs trois sphres pleines, contenues en l'paisseur du globe creux, aient un seul et mme centre de ces sph; : ;

res, la plus petite, la seule qui soit

vraiment pleine, serait celle


;

du

Soleil

la

sphre de Mercure envelopperait celle-l


et

enfin la

sphre de Vnus les engloberait toutes deux

V paisseur du globe creux qui leur


ttJ x(HAt,

est

commun

Kal

occuperait toute
to Tcv (38o

xal xoiYr^

7r)vYjpo'JC7av tt}v to'J coa-cpopo'j.

nous gnralisons ces remarques, nous pourrons noncer les propositions suivantes comme vraisemblablement admises par
Si

Adraste d'Aphrodisias et par Thon de Smyrne Les orbes des divers astres errants et l'orbe des toiles fixes
:

sont contigus les uns aux autres

Textum primus edidit, Theonis Smykx^ei Platonici Liber de Astronomia. Parisiis 849 cap. XXXII, pp. 282-283; pi. IV, descriptio X. Thon de Smyrne, philosophe platonicien, Exposition des connaissances utiles pour la lecture de Platon, traduite par J. Dupuis Paris, 1892; troisime partie, Astronomie; ch. XXXII, pp. 292-293. ?.. Thon de Smyrne, Op. laud., ch. XXXIII; d. Th. H. Martin, pp. 296-297 d. Dupuis, pp. 3oo-3oi.
i.

latine vertit. Th. H. Martin

LES DIMENSIONS DU MONDE

37

L'paisseur de l'orbe de chacun des astres errants est prcis-

ment gale au diamtre de


ferme.

la

sphre picycle que cet orbe ren-

La sphre picycle disparut des thories astronomiques de YAlmagesle plong dans un fluide dnu de toute rsistance, chaque astre fut libre de dcrire une trajectoire dfinie au moyen d'un excentrique et d'un picycle purement idaux *. Toutefois, l'Astronomie de la Syntaxe mathmatique garde encore comme un
;

souvenir des thories dont elle est issue. Elle continue


surfaces sphriques

d'attribuer

chaque plante une sphre, c'est--dire un orbe limit par deux


;

entre ces deux surfaces, se placent le cercle

excentrique et
l'astre errant.

le cercle

picycle qui dirigent le

mouvement de

Ces thories, d'ailleurs, qui ralisent les mouvements des astres

au moyen de sphres et d'orbes solides embots les uns dans les autres, Ptolme, dans ses Hypothses des plantes, devait les reprendre et les perfectionner comment il le fit, nous aurons occasion de le dire au prochain chapitre. C'est en admettant que chaque astre errant possde une sphre particulire que des. astronomes grecs inconnus, venus aprs Ptolme, ont tent de construire une thorie qui fit connatre les dimensions du Monde. Adraste et Thon admettaient la parfaite contigut des orbes successifs en outre, chacun de ces orbes, ils accordaient tout juste assez d'paisseur pour qu'il pt exactement contenir la sphre picycle. Ces deux principes ont t repris par les astronomes dont
;
;

nous parlons.
Ils

ont admis, en premier lieu, que les cieux des astres errants

que la surface convexe de chaque ciel concidait avec la surface concave du ciel suivant que la convexit de l'orbe de Saturne s'appliquait exactement la
se succdaient sans
;
;

aucune interruption

concavit de l'orbe des toiles fixes.

que L'orbe <le chaque astre errant avait une paisseur assez grande pour qu'en son mouveIls

ont suppos,

en second

lieu,

ment,

l'astre n'en franchit

jamais
toucht

les limites

mais

ils

ont admis,
suffit

en outre, que cette paisseur tait tout juste celle qui


objet, en sorte

cet

que
il

l'astre
le

La

surface extrieure de L'orbite


lu

au

moment oii
Claom
pp.
I
l

est

plus loign

centre du Monde, et qu'il


livre Xlli, ch.
[Link];
Il

i,
t.

I'toi

mi

>

Composition math/natitte

[Link].-i,

II,

7.

7 /( - 2 7 r>

d, Heiberg,
lei l"W'_r.

pan
II.

ClAUDI I'thikmkk, Op,


'\-\
I
:

lnutl.,
r^

n \\wr
II,

',

-/,

p,

IV
S',

ch.
|

't

d. [Link].

II,

pp

|..-i

(-)'

.y'/y

pp.

38

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

en toucht la surface intrieure au

moment o

il

est aussi

rappro-

ch que possible du milieu de l'Univers. Selon cette dernire supposition, si l'on dsigne par
le

e la distance

qui spare le centre de l'excentrique du centre du Monde, par

rayon du cercle excentrique, par r le rayon du cercle picycle, enfin par p le rayon de l'astre, la surface convexe de l'orbite aura pour rayon

= R+e+r +
=R
e r

p,

tandis que la surface concave aura pour rayon


8
p.

L'paisseur de cette

mme
E

orbite sera
p).

= 2(e-\-r +

Une troisime supposition permet seule aux astronomes dont


nous parlons de conduire leur thorie jusqu'au bout mais cette dernire supposition ne saurait faire l'objet d'aucun doute elle consiste traiter le rayon de l'astre comme ngligeable par rapport aux rayons des deux surfaces sphriques qui en bornent l'or;
;

bite.

Cette hypothse-l, en effet,

permet de donner du rapport de

ces deux rayons l'expression


1

A
^

++^ R^R
e

1 _

R
Or, la Syntaxe mathmatique
astres errants, le rapport
trique, et aussi le rapport
,

_ _

R
connatre, pour chacun des

fait

qui est Y excentricit

du cercle excenau rayon de


partant,
elle

du rayon de
le

l'picycle

l'excentrique

elle

dtermine donc
le

rapport y

permet de calculer
l'orbite

de

l'astre

sphre qui borne extrieurement lorsqu'on connat le rayon de la sphre qui la


la

rayon de

borne intrieurement. Mais, suivant les mthodes imagines par Aristarque de Samos et par Ptolme, la plus grande distance de la Lune au centre du Monde a t dtermine. Notre premire hypothse veut que cette ds distance soit gale au rayon intrieur de l'orbe de Mercure lors, la formule prcdente nous permettra de calculer le rayon
;

LES DIMENSIONS DV

MONDE

39

extrieur du

mme

orbe. Ce dernier rayon, ainsi connu, est prci-

sment gal au rayon intrieur du ciel de Vnus, dont le rayon extrieur pourra maintenant tre calcul. De proche en proche, cette mthode fera connatre les rayons de toutes les surfaces Sphriques qui sparent les unes des autres les diverses orbites, jusqu'au rayon de la sphre qui limite intrieurement le ciel des toiles fixes l seulement son pouvoir prendra fin. Une particularit bien remarquable de cette mthode, c'est qu'elle comporte une vrification. Prenant pour point de dpart la plus grande distance de la Lune la Terre, dtermine par Ptolme, elle conduit valuer la plus petite et la plus grande des distances du Soleil la Terre. Mais ces dernires distances, d autre part, se trouvent, directement dtermines, dans la Syntaxe mathmatique. Si les nombres obtenus par ces deux mthodes si diffrentes se trouvent tre les mmes, nos astronomes n'aurontils pas le droit de constater avec satisfaction une telle concordance, et d'y voir marque la justesse de leurs hypothses ? Lorsqu'en 450, Proclus devint, la tte de l'Ecole d'Athnes, le Successeur (Diadoque) de Syrianus, cette thorie avait t imagine et applique. Dans son Hypotypose, o il expose les hypothses du systme de Ptolme, le Philosophe platonicien nous la fait connatre* Ce qu'il en dit vaut d'tre reproduit en entier. Nous avons dj parl de l'ordre et du rang des plantes. Quelques-uns croient lavoir trouv par le moyen des apoges et des priges ils admettent que l'apoge de la Lune concide presque exactement (yyuTata o-ujjiatvov) avec le prige de Mercure que l'apoge de celui-ci concorde son tour avec le prige de Vnus, et l'apoge de Vnus avec le prige du Soleil de l rsulte d'une manire manifeste, selon eux, la place que ces astres occupent les uns par rapport aux autres. Ils prennent que la plus grande distance da la Lune la Terre est gale comme on
;

Ta dmontr, 64,10 rayons terrestres (64\ 10), et que la pins petite distance du Soleil gale 1160 rayons terrestres, dont
l'excs

qu

il

Supposant, d'abord, n'existe pas de vide dans l'Univers, mais que des sphres
est

sur

64,10

1096

peu

prs.

contigus remplissent L'espace sans laisser entre elles aucun inter

i. ffypothtxfis et poques des plantet de C. PTULMit e1 Hypotyposts de Proclus DiAUocHus; traduites pour la premire foie du Grec en Franafie j>nr M. l'Abb flnlmn, Paris. i8?n. Hypotyposes de Proclui Diadocvus, pbilotopbe friatonicien, ou reprsentation des hypothses astronomiqmss t pp. i'if-i/jfi'noci.i DiiDocm ffypotyposii astronomicarum ptfitionum, Bdidif Carolui Mani

tius. Lipsisr,

[Link], pp

2';'>-?

r
.

>.

40
valle,
les

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

philosophes croient devoir examiner les rapports des distances apoges et priges de Mercure et de Vnus et recher-

cher

s'ils

peuvent

satisfaire

ces nombres. Or

ils

trouvent que
le centre

l'intervalle entre l'apoge

de l'picycle [de Mercure] et


*.

du Zodiaque

est la distance entre le prige

de l'picycle
:

et le

mme

centre

comme

9i30' 334'
e
(

Ils

disent alors

Gomme

334'
la

est 9130', ainsi

64

10, qui est la plus

grande distance de
e

Lune, est un quatrime terme, qu'ils trouvent gal 177 33 peu prs. C'est la plus grande distance de Mercure.

Or comme

l'cart entre

177\ 33 et 1160
qu'il n'y ait
soit

prige du Soleil,

est considrable, ils veulent,

rer une autre sphre, et

pour que ce

pas de vide, y inscar on a celle de Vnus


;

observ que Vnus est infrieure Mars,


sous l'orbite

comme Mercure

circule

prennent donc le rapport entre la distance du prige de Vnus au centre du Zodiaque et la distance de l'apoge au mme centre, rapport qui est celui de 1535'
Ils

de Vnus.

10425'

ce rapport est gal au rapport entre 177


et

33,

distance

apoge de Mercure,
quatrime terme,
stance prige de
1

un quatrime
e
,

ternie

pqur valeur de ce

ils
e

trouvent 1150

ce qui est presque la di-

160

du

Soleil. C'est ainsi

qu'on dmontrera les

distances priges et apoges des divers astres,

en reliant les

termes extrmes par des termes moyens. Proclus le Diadoque parat avoir surtout vu, dans ce calcul 2 une preuve en faveur de l'ordre suivant lequel Ptolme avait rang Mercure, Vnus et le Soleil. La vogue dont bnficia bientt cette mthode propre dterminer les dimensions du systme du Monde
,

contribua grandement, ce n'est pas douteux, rallier les suffrages

aux positions des divers astres assignes par la Syntaxe. Simplicius 3 attribue cette mthode une porte toute semblable celle que Proclus lui accordait. Il numre les arguments par lesquels on prouve que Vnus et Mercure sont situs au-desCela sous du Soleil, et termine son exposition par ces paroles se dmontre encore par les rapports entre les distances de leurs apoges et de leurs priges on dmontre, en effet, que la plus
:

<<

Ptolme et ses successeurs usent toujours de la division en signes (3o), (6o'), minutes (Go") et secondes pour valuer les dimensions des excentriques et picycles. L'unit de longueur est divise en 12 signes ou 36o. 2. M. G. Manitius (Procli Diadochi Hi/pott/posis, d. Manitius, pp. 3o7~3o8) a, dans ce calcul, relev diverses inexactitudes 3. SiMPUcu In Aristotelis de Cfo commentaria. Kdidit Karsten, Trajecti ad
i.

deers

Rhenum,

1860, p. 2i3, col. b; edidit J. L. Hciber\ Berolini, 189/4, p.

f\-]f\.

LES DIMENSIONS DU MONDE

41

grande distance de Vnus la Terre est peu prs gale celle du Soleil, en sorte que Vnus est voisine du Soleil de mme, on dmontre que la plus grande distance de Mercure est peu prs gale la plus petite distance de Vnus, et que la plus grande distance de la Lune est peu prs gale la plus petite distance de Mercure . Simplicius ajoute Ces choses sont dmontres dans la Syntaxe de Ptolme le calcul en est fond sur l'cart entre le centre de l'excentrique de ces plantes et le centre de la Terre . Gomme Fa fait observer 'Giovanni Scbiaparelli ', ce passage qu'il en laisse supposer que Simplicius ne lisait gure la Syntaxe connaissait les thories par l'intermdiaire de YHypotypose de
;

Proclus,

le

matre de son matre

qu'enfin,

il

attribuait avec

quelque imprudence Ptolme tout ce qu'il trouvait dans le livre du Diadoque. Il est possible galement que Simplicius, ordinairement si bien inform de la bibliographie des questions qu'il examine, ait puis ses renseignements la mme source que Proclus
et que,

de son temps,

l'crit

distances des plantes ft

o se trouvaient dtermines' les attribu Ptolme et regard comme


C. Manitius,

un appendice la Syntaxe. Le dernier diteur de YHypotypose de Proclus, M.


prte Proclus

une opinion semblable celle que nous venons d'entendre mettre par Simplicius seulement, Proclus nommerait les Hypothses des plantes de Ptolme, tandis que Simplicius dsigne la Syntaxe. Voici ce tju'erit M. Manitius 2 Dj, au commentaire sur le Time, Proclus a donn, du problme en question^ un expos pntrant qui, mieux encore [que l'expos de Y Hypotypose], permet de reconnatre son point de vue. L, il indique quelle source il a puis. Dans la Syntaxe
;
:

mme

Ptolme, conduit par un examen judicieux et par la vraisemblance, a assigne au Soleil la place du milieu parmi les
[dit-il],

sept nstres errants. Mais ensuite, dans les Hypothses,

il

expose une

dtermination numrique des distances de Mercure


bien qu'ici encore,
il

et

de Vnus,

n'exprime pas son opinion d'une manire

entirement dtermine (Strlle er in Hypothesen, ohne sich jedoch auch hier mit rechter BeslimnUhit zu ussern, tint tahiengenidsse Berechnung der Entfernungcn des Merkur un<l det Venus
an).
i.

dm

latine

GlOVANXI SgHIAPAMBLI.I| in Ai. -BATTAMI iiv [Link] OU fistrono/licum oer$um, adnotationibu intructum * Carolo Alphonso Nalumo. Para primai Mediolani Insu bru m, iqo3, oota, |. 189 ' Paocu DiADOCHi ffypotypoit attronotnicariun potitionutn. Rdidil nrolua Manitius. Lipsis, M< Ml\. Anmerkungen, n, Sn
:

42

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
texte

du commentaire au Tirne, auquel se rfre M. C. Manitius, nous parat avoir un sens contraire celui que lui prte cet auteur. Voici, en effet, ce que nous y lisons
Le
*
:

Ptolme dans sa Syntaxe, en se laissant guider par la convenance et la probabilit, qu'il a admis que le rang du milieu parmi les sept astres errants appartenait au Soleil Mais, dans les Hypothses, il ne s'est gure tendu sur les distances, en sorte qu'il ne aisonne pas non plus, dans cet ouvrage, sur ces distances ('Ev 8 rat r7Co9<remv sx rv ftoanr)fJiit>v t> itvu 8 taxe i C'est, dit
c

v6jjlvo

o8 sv Tautou o-tXoyietar.

fttpi

atwv).

Proclus expose alors, au sujet des distances de Mercure et de

Vnus, un calcul tout semblable celui qu'il a dvelopp dans YHypotypose. Ce calcul, il le fait suivre de ces paroles
:

ne faut pas, en effet, qu'il y ait aucun vide. Ptolme conclut donc en de semblables termes que le Soleil est l'astre du (Aet 8 oSv elvat. xevv. '0 |xv milieu parmi les astres errants ot>v Et[JLaIo ev toioutot X6yot. cruvyei pi<rov elvat. tov ^Xtv t&v
Il

krjzk 7tX<xv7i?to>>).

Mais ne discourons pas longuement au sujet des

mathmaticiens qui raisonnent selon les apparences. Nous trouvons ici l'affirmation formelle qu'aux Hypothses, Pto-

lme ne raisonnait aucunement sur les distances des astres. Or cette affirmation est parfaitement conforme ce que va nous apprendre la lecture de cet ouvrage. Le texte grec du second livre des Hypothses des plantes est perdu, mais on en possde une traduction arabe, assez mdiocre d'ailleurs. De cette traduction arabe, une version allemande, commence par L. Nix, et acheve, aprs la mort de celui-ci, par MM. F. Buhl et P. Heegard* a t rcemment publie. Or nous y
trouvons le passage suivant

8
:

Les

mmes
;

principes nous ont

fait

voir que Mercure et

Vnus

ne se trouvaient pas au-dessus du Soleil, mais bien entre le Soleil et la Lune cela est ncessaire pour que cet espace intermdiaire, que la simple apparence et la dtermination prcise des distances s'accordent montrer si grand, ne demeure pas vide, comme si la Nature l'avait oubli et dlaiss au point qu'il ne lui ft d'aucun usage il faut, au contraire, prendre les distances de ces deux
;

i.

Procli Diadochi In Platonis

Timum commentaria.
:

Edidit Ernestus Diehl.

Lipsiae,

MCMVI,
:

t. III,

pp. 62-63.

o ev raturai;, le texte porte les mots ovc? ev rorot que cer2. Avant tains diteurs suppriment, semble-t-il, avec raison. quoi se rapporte-

raient-ils ?
3. Claudii Ptolemaei Opra qu exstant omnia. Vol. II. Opra astronomica minora. Edidit J.-L. Heiberg'. Lipsiae, MDCCCCVII. 'Y7ro6so-ewv rto Aocvcou.'jwj B'. Ex Arabico interpretatus est Ludovicus Nix; p. n8.

LES DIMENSIONS DU MONDE

43

de la Terre de telle sorte que cet espace intermdiaire se trouve exactement rempli par
toiles qui sont, plus
les autres, voisines

que

parleurs orbes]. Lorsque Proclus crit Ptolme conclut en de semblables termes que le Soleil est l'astre du milieu parmi les astres errants , il ne semble pas qu'il ait l'intention d'attribuer Ptolme le calcul des distances de Vnus et de Mercure qu'il a dvelopp, mais seulement le principe que suppose ce calcul et qu'il vient de rappeler en dernier lieu Il ne peut y avoir d'espace vide, 8e 8 oov etvott xev6v . Et ce principe est bien celui que Ptolme
elles seules [c'est--dire
:
:

invoque aux Hypothses pour dmontrer que Mercure et Vnus


sont au-dessous

du

Soleil.

Proclus n'attribue donc pas Ptolme le calcul des distances


des diverses plantes Terre.
Seul, Simplicius

avance que ce

calcul se trouvait dans la Syntaxe. Peut-tre, disions-nous, l'ou-

vrage, d'auteur inconnu, o ce calcul tait donn, se trouvait-il,

au temps o il crivait, adjoint la Syntaxe et attribu Ptolme. Il semble que cet ouvrage, ou un ouvrage semblable, ait circul, dans l'Antiquit, Sous le nom d'Archimde; c'est, du moins, voici, en eifct, la supposition que suggre la lecture de Macrobe
;

ce qu'crit cet auteur

'

Archimde a pens

qu'il avait russi

dterminer

le

nombre

des stades qui sparent la


qui sparent Mercure de la

Lune de la surface terrestre, de ceux Lune, Vnus de Mercure, le Soleil de


de Mars, Saturne de Jupiter
;

Vnus, Mars du jug galement

Soleil, Jupiter
qu'il avait

il

mesur par

le calcul tout l'espace qui

s'tend de l'orbe de Saturne au ciel des toiles fixes. Mais les

Platoniciens ont rejet cette valuation d'Archimde,

comme

ne

uns des autres. L'existence d'un tel livre sur la distance des plantes et son attribution Ptolme sont mentionnes, deux reprises, par le clbre astronome \lbyroun) Dans son important ouvrage sur L'Inde, Albyrouny rapporte * qu'en l'an 161 de l'hgire (777-778 aprs J.-C), lacoul ben Tariq
les
.

gardant pas des intervalles doubles ou triples

avait tir d'crits indiens

une thorie sur

La

distance des divers astres

i. TmoDOfiii Viibrosii VfAcnoBii Commentariui ex Cicrone in tomnium Sri* pioni : lil> II. en p. III. Vrnhic text edited by Ed. Sachau, Loodon, 18871 r: Ts. Ai. Biruni, hi'h /. l.v pp. [Link]-jlisli dition Sacha u, London, 1888, l. II, pp In Bd 'i- a 16 une note de renseignements but Albyrouuv sont emprunts M Villinn, <l;ms son dition de \\. IJattami Opltn mtrnnomicum, pars prima, \\i-<\ iohmi, mi".'', pp. ''Sj

44

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

par la doctrine grecque dont Proclus et Simplicius ont fait mention, en diffre cependant en un point. Les Indiens s'imaginaient que des orbes contigus ne pourraient tourner indpendamment les uns des autres. Ils sparaient donc les sphres solides des divers astres par des intervalles vides dans lesquels ils plaaient des billes destines assurer la libert des diverses rotations. A cette supposition puaux billes interrile, ils en joignaient une autre, fort arbitraire cales entre deux orbites, ils attribuaient exactement la mme grosseur qu' l'astre contenu en l'orbite infrieure.
la Terre. Cette thorie, inspire sans doute
;

Aprs avoir fait connatre les nombres que cette thorie, emprunte aux Indiens, avait fournis Iacoub ben Tariq, Albyrouny Cette opinion diffre de celle sur laquelle Ptolme, ajoute dans son livre Al Manshourat, a fond le calcul des distances, opinion que les Anciens et les Modernes ont suivie. Le principe admis par ceux-ci est que la plus grande distance de chaque plante est gale la plus petite distance de la plante suivante, et qu'il n'existe, entre leurs deux orbites, aucun espace inutile . Albyrouny, dans ses lments d'Astronomie \ dit encore Les rapports des diamtres des plantes et des toiles fixes au diamtre du Soleil sont galement connus, selon ce qui est expos dans le livre Ai Manshourat. Ces rapports, nous les avons donns dans nos tables conformment l'opinion de Ptolme, et tels qu'il les en effet, les opinions des autres astronomes ne nous a trouvs ont pas sembl aussi sres . On possdait donc chez les Arabes un livre, intitul Al Manshourat, c'est--dire De mensura, dont la composition tait attribue ce livre traitait de la distance fies divers astres la Ptolme Terre et de* la grandeur de ces astres la mthode employe tait celle dont Proclus et Simplicius nous ont donn un rsum. Albyrouny dclare que la mthode donne dans Al Manshourat pour dterminer les distances des divers astres la Terre avait t adopte par les Anciens comme par les Modernes. Nombreux, en effet, sont les astronomes arabes qui ont expos ce calcul ou qui en ont, du moins, nonc le principe. Le plus ancien de ces astronomes et, sans doute, celui qui a le
: : ; ;

plus contribu faire connatre cette mthode est

Mohammed

ben Kotsar al Fergani (mort en 833 ou en 844), qui composa, au dbut du neuvime sicle, une sorte de rsum de YAlmageste.

En

1135, l'ouvrage astronomique d'Al Fergani fut abrg et tra;

i. Albyrouny, Elementa Astronom, texte arabe indit nale, fonds arabe, ms. n 2/497, f'- ^3, recto.

Bibliothque natio-

LES DIMENSIONS DU MONDE

Ao
et

duit en latin par Jean de

Luna (Johannes Hispanensis


,

Lunensis).

Les manuscrits de cette traduction se rpandirent, trs nombreux, dans les coles du Moyen- Age l o la mesure des dimensions du

systme des astres, dj connue au temps de Proclus, fut constam-

ment
se
2

attribue Alfraganus.

C'est

au chapitre XXI de l'abrg de Jean de Luna qu'est expola mthode propre dterminer la distance entre la Terre

et les astres.

Aprs avoir numr les toiles selon leurs divers ordres, dit Al Fergani, donnons la mesure de leurs distances la Terre. Dans son livre, Ptolme nous a seulement fait connatre la distance du mais nous n'avons pas trouv Soleil et de la Lune la Terre il s'est content de qu'il ait parl des distances des autres toiles dire ce que nous avons rapport ci-dessus touchant la distance des centres des orbites au centre de la Terre, et la grandeur des orbes de rvolution [picycles]. Ayant donc admis que la plus grande distance de la Terre l'ensemble des deux cercles de la Lune, savoir l'ensemble de l'orbe excentrique et de l'orbe picycle, tait la moindre distance de Mercure la Terre, nous avons nous avons fait usage du rapport que nous avions dtermin ensuite rpt la mme opration pour Vnus et pour Mercuie nous avons ainsi trouv que la plus grande distance de la Terre l'ensemble des deux orbites de Vnus concidait avec la plus petite distance du Soleil dtermine par Ptolme. Nous avons dmontr par l qu'il n'y avait point de vide entre les orbes. Nous avons ensuite opr de mme pour les autres toiles jusqu' ce que nous soyons parvenu l'orbe des toiles fixes qui a pour centre le centre de la Terre.

; ;

i>

Voici, values en rayons terrestres, les valeurs qu'Ai Fergani

latin) de ta Bibliothque au fol. 142, col. b, se trouve l'crit intitul Inci/tii liber de aggregationibut itellarum et (b) principiis celettiutn (;) r/iotuum quern Ametus filius Ameti qui dicti s est ALFRAGANUS CQmpilaoit, trea ^ en continent capitula. Cette traduction fut imprime pour la premire Brevii ac perutili cotnpilatio [Link] aslronomorum i4o3i sous ce titre pet itissirni toitun id contineru quod <i<l radimenta astronomie** est opportuntun. Le colophon de cette dition porte Impreaaum Ferrare arte et impcnati Ann<> Incarnai OOil verlu 1V.1'. Andr; gall viri impressoric h rt < peritissiin t rimprime A Nuremberg en die veto lercia Septembrie* Cette version i53/, -t A Paria en i546 Kn 1669, Uoliuaa publi, i materdam, une veraion du trait d'Al Fergani, Faite sur le leste arabe. teientie. [a] Le ma. ajoute, en cal endroit, le mot
i.

Nos citations sont extraites du ms 7298 (fonds


fol.

nationale o, du

124. col. d,

f'< >

;>

h)

Au

lieu de

e/,

le

ms

porte

in*
fl

tulant terra

Bibliothque nationale, fonda latin, ms. n 7198, fol. i'A-j, .'/. De mriisurii fangitudinuin etetlurukk fixnrum et

col. c.

Capirurrenfium t
:

40

lA COSMOLOGIE HKLLiNiyUfc

assigne de la sorte aux distances apoges et priges des divers


astres
:

Distances

Prige de la Lune

33^55
64^16
167
) )

Apoge de
et

la

Lune
:

prige de Mercure

et

Apoge de Mercure prige de Vnus


:

et

Apoge de prige du

Vnus
Soleil
:

1120
)

Apoge
et

du
de

Soleil

prige de

Mars

1220
$
)

A A
A
A

Apoge
et prige

Mars
:

de Jupiter

8876
)
J

Apoge de Jupiter
et

prige de Saturne

14405
)

Apoge de Saturne
et distance
fixes
:

des toiles

rayon terrestre 3250 milles, et que le mille dont il faisait usage valait 1973 mtres l on connatra trs exactement les dimensions qu'il attribuait au systme du Monde. Le trait Al Manshourat, attribu Ptolme, ne se bornait pas, si nous en croyons Albyrouny, dterminer les distances des divers astres errants la Terre il faisait, en outre, connatre les grandeurs de ces astres la dtermination de ces grandeurs fait galement l'objet d'un chapitre du trait d'Al Fergani 2 Les distances des plantes une fois connues, cette dtermination se tire de la mesure des diamtres apparents. Al Fergani attribue ainsi au Soleil un diamtre de 35.941 milles, et la Lune un diamtre de 1,911 milles, alors qu'il a donn la Terre un diamtre de 6.500 milles. Mercure et Vnus sont le diamtre de Mercure n'est que la plus petits que la Terre Mars, Jupiter et Saturne, au 28 e partie du diamtre terrestre
Si
le
,
;

Ton ajoute qu'A Fergani valuait

i.

Nallino, in

Al Battani Opus astronomicum, pars prima, Mediolani


:

Iiisu-

1903, p. 286, en note. 2. Bibliothque nationale, fonds latin, n 7298, fol. i38, col. a lum 22. De mensura stellarum et quantitate mensure terre quantum

brum,

apitu-

ad mensu-

ram cujusque

stellarum.

LES DIMENSIONS DU MONDE

47
la surpasse peine,

contraire, sont plus gros

que

la Terre

Mars

mais

le

diamtre de Jupiter vaut 4 -^r lorsqu'on l'value en diamdiamtre de Saturne, rapport la

tres terrestres, et le

mme

unit, vaut

4-

Le clbre astronome sabian Thbit ben Kourrah, dont nous aurons parler aux deux chapitres suivants, appartient la fin du neuvime sicle de notre re, car il mourut en 901. 11 avait adopt, pour dterminer les dimensions du systme du Monde, la mthode mise en uvre par Al Fergani. Thbit indiquait le principe de cette mthode au sixime chapitre

de son opuscule intitul


le plus loign

De
.

his

qu

indigent expositione
dit-il
,

antequam legatur Almagestum


au lieu

Lorsque la Lune,

est

de sa course,.... sa distance est gale la plus petite distance o Mercure puisse se trouver de la Terre de mme, le lieu le plus loign qui soit sur la trajectoire de Mercure... concide avec le lieu le plus rapproch qui se rencontre en la trajectoire de Vnus . Et ainsi de suite.
;

Sur ce mme principe repose l'opuscule De quantitate stellarum et planetarnm 2 que Thbit ben Kourrah a consacr la mesure du systme du Monde. Les nombres donns par Thbit en cet ouvrage diffrent fort peu de ceux qu'avait dtermins Al Fergani.
le

La dtermination des distances des diverses plantes la Terre, calcul de la grosseur de ces astres faisaient l'objet, pour les
ce chapitre leur paraissait fond sur des

Arabes, de l'un des chapitres les plus importants de l'Astrono-

mie

principes aussi

solides

que

les thories

de YAlmageste dont
;

il

tait,

leur avis, le

complment indispensable l'exemple d'Al Fergani et de Thbith ben Kourrah, plusieurs de ces astronomes l'insrent en leurs traits c'est, en particulier, ce que fait Al Battani. Abou Abd Allah Mohammed ben Gabir ben Sinan (ar Raqqi) al Harrani, surnomm Al Battani, vcut la fin du ix e sicle et au commencement du x* sicle. Les observations astronomiques qui
;

se trouvent rapportes

l'anne 918.

Il

dans ses ouvrages mourut en 929.

tendent de l'anne 877

i. Bibliothque nationale,, fonds latin, ras. n 7298, fol. 84, col. b Incifnt liber Thbbith jJenchohath d hi </ue indujrnt [Link] untet/iuim leijatur Almaget. Pol. w>, col. b. Cepitulum VI. De longitudinibue pleneterun et
:
:

tellerum

Terre.
:

2. Bibliothque national*, Fonde latin, imh. n 729H, fol. *K, col. 1 fneipii liber Thbbit de <{iuuitit<ite stellarum et plunetarum, et primo Terre. iol. 8y, col. c KxplUU liber Tmumt de quantitatibus steilurum.
:

48

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
les crits qu'il a laisss, le

Parmi
titre

Moyen-Age a surtout connu


;

et

clbr le trait d'Astronomie qui portait simplement en arabe le

de Zig, gnralement attribu aux tables astronomiques la version latine qu'en a donne, vers le milieu du xn e sicle, Platon de Tivoli [Plato Tibitrtinus) porte, selon les manuscrits, fort nombreux, o on la rencontre, des titres varis De scientia stellarum, De motte stellarum, De mensuris stellarum, etc. L'auteur y est nomm Albatenius ouAlbategnius c'est le nom sous lequel il fut clbre durant tout le Moyen-Age \ Le manuscrit arabe du trait d'Al Battani a t conserv la Bibliothque de l'Escurial. En ces dernires annes, M. Nallino a publi ce texte arabe 2 il l'a, en outre, traduit en latin, et enrichi de notes qui sont une abondante source de renseignements pour l'histoire de l'Astronomie grecque et arabe. Nous avons souvent puis cette source. Le cinquantime chapitre de l'ouvrage d'Al Battani 3 se propose
: ; ;

de nous

faire connatre les distances et les

diamtres des pla-

ntes, leurs

volumes et les grandeurs de leurs orbites, tels que les donne la mthode indique par les Anciens Le principe de cette mthode parat l'auteur vrit si fortement tablie qu'il ne prend mme pas la peine de le formuler avant de l'appliquer.
.

Les distances des plantes suprieures la Terre sont plus faibles selon les valuations d'Al Battani qu'au gr des calculs d'Al Fergani. On peut en juger par le tableau suivant, o ces distances
sont donnes en rayons terrestres. Nous avons galement inscrit

dans ce tableau les distances dtermines, un peu avant l'an 913, par lbn Bosteh *.
i.

Cette traduction a t publie dans la collection suivante

Continentur

Rudimenta astronomica Alfragani. Item Albategnius astronomus peritissimus de motu stellarum ex observt ionibus tum propriis tum Ptolomaei omnia cum demonstrationibus Geometricis et Additionibus Ioannis de Regiomonte, Patauii habita cum Alfraganum publie praelegeret Eiusdem introductio in elementa Euclidis. Item Epistola Philippi Melanthonis nuncupatoria ad Senatum Noribergensem. Omnia iam recens praelis publicata. Norimbergae auno MDXXXV1I.
in hoc libro
.

Certains exemplaires renferment seulement l'ouvrage d'Al Fergani et celui d'Al Battani. Ils portent le titre suivant Brevis ac perutilis compilatio Alfragani astronomi peritissimi, totum id continens quod ad rudimenta Astronomica Explicit Alfraganus Norimbergae apud Ioh. est opportanum. Fol. 26, ro Puis, fol. 1, r Pr/atio Platonis Petreium, anno salutis MDXXXV1I. Tiburtini in Albategnium. Fol. 90, r Finis. 2. Al Battani sive Albatenii Opus astronomicum, ad fidem codicis Escurialensis arabice editum, latine versum, adnotationibus instructum a Carolo Alphonso Nallino. 3 partes. Mediolani Insubrum 1899-1907 (Publicazioni del Reale Osservatorio di Brera in Milano. N. XL). 3. Al Battani Opus astronomicum, d. Nallino. Pars prima, Mediolani, 1903; Caput L De planetarum distantiis et diametris, de magnitudine eorum corporum et sphrarum, ut traduntur juxta ea quae veteres narraverunt, pp. 120-124. 4- Kitb al-A'lk an-NaJisah VII auctore Ibn-Rosteh, et Kitb al-Boldn
:

LllS

[Link]

DU MONDE

49

Distances
';n

Selon

Rayons

terrestres

Al Fergani

Al Battani

Ibu Rosteh

Prige de

la

Lune Lune
i

....
)
)

33,55

33,55

Apoge de

la

Prige de Mercure

<
167
1

<*i
166

64^
IG6

Apoge de Mercure Prige de Vnus


Apoge de Vnus Prige du Soleil Apoge du
Soleil

) )

120

1070

,0 7<J

1220

Prige de Mars

u46
8022

1260

Apoge de Mars
Prige de Jupiter

>

8876

8820

Apoge de Jupiter
Prige de Saturne

i445

12924

14187

Apoge de Saturne
Prige des toiles fixes

)
'

201 10

18094

20000

Les diamtres qu'Ai Battani attribue aux diverses plantes difles rapfrent assez peu de ceux que leur attribuait Al Fergani ports de ces diamtres au diamtre terrestre sbnt les suivants
;
:

Mercure

10
'

2b, 20

Venus
Mars
Jupiter
1

Saturne

14

Au

x e sicle

de notre re,

\rs

Arabes commencrent se sou-

auctorc ai^Ia

KiiB,

Al Battam,
DUHfcM

d. M. J- de Goeje, Lugdun Batvorunii 180s, pp. d. Nallino, pan 1. pp. 186-187 (Note le M. NtlIlDO),

T.

II.

50
cier de Philosophie.

La cosmologie hellnique

Leur premire cole philosophique fut celle des Frres de la Puret et de la Sincrit. Ces sages nous ont laiss une encyclopdie o toutes les sciences se trouvent exposes et coordonnes entre elles, suivant des principes que fournit un Pripattisme fort incomplet et superficiel.
Cette encyclopdie, que composent cinquante et
est

un

traits,

nous

conserve par un heau manuscrit de la Bibliothque Nationale


;

un autre texte, moins complet, se trouve la Bibliode Paris thque impriale de Vienne. D'aprs ces textes, M. Dieterici a
publi une traduction allemande
*

des traits o les Frres de la

Puret ont expos leur Physique.


L'tude gnrale du Ciel
fait l'objet

du second

trait

de l'encyavec des
chapitre.

clopdie compose par les Frres de la Puret. L'Astronomie de

Ptolme y

est

expose d'une manire trs sommaire

et

modifications dont nous aurons parler dans

un prochain

Nous y trouvons galement


clestes et des astres qui

l'valuation des grandeurs des sphres

y sont contenus. Gomment ces mesures ont-elles t obtenues ? C'est ce que les auteurs se gardent de nous dire ils se bornent, sans aucun doute, les extraire de quelque
;

trait

astronomique.
,

Pour chacune des sphres, disent-ils 2 il y a une paisseur et un diamtre pour toutes, l'paisseur est moindre que le diamtre, sauf pour la Terre, dont l'paisseur est gale au diamtre la Terre, en effet, n'est pas une sphre creuse, mais une sphre pleine. Mais pour les autres sphres, qui sont des sphres creu;

ses, l'paisseur est infrieure

au diamtre.
est

Le diamtre de la Terre

de 2167

parasanges

8
.

Le grand

cercle terrestre vaut 6800 parasanges.

L'paisseur de

l'air est

16 fois 1/2 aussi grand que le dia-

Friedrich Dieterici, Die Philosophie der Araber im IX und Jahrundert nus der Thologie des Aristoteles^den Abhandlungen Alfrbis und den Schriftcn der lautern Brader. Vtes Buch Die Naturanschauung und Naturphilosophie. 2*e Ausgabe, Leipzig-, 1876.
i.

n. Clir.

2.

F. Dieterici,

3.

Op. laud., d. cit., pp. 3i-32. Le ms. de Vienne porte 2177. D'aprs la mesure arabe du degr effectue

par Al

Aman,

le

degr vaut 56 milles


le

~
o

et trois milles font

un parasange.
;

Selon cette dtermination,

mridien terrestre vaut 6.800 parasanges


parasanges,
si,

le

diamtre vaut 2164, 5 parasanges, ou 2i63

avec Archi-

mde, on prend
lieu de 2167.

tt

=z

27
7

*-

M.

Dieterici pense

donc

qu'il faudrait lire 2i63

au

LS DIMENSIONS DU MONDE
l

5i

le diamtre de mtre terrestre il comprend 35755 parasanges la sphre de l'air est gal au double de son paisseur augment du diamtre de la Terre. L'paisseur de la sphre de la Lune est gale l'paisseur de l'air le diamtre de cette sphre est gal au double de son paisseur augment du diamtre de la sphre de l'air . On remarquera qu'en ce calcul, il n'est aucunement question d'une sphre de feu cependant, au troisime trait de leur encyclopdie, les Frres de la Puret parlent 2 des quatre lments selon l'enseignement de la Physique pripatticienne. La raison de cette apparente contradiction est aise dcouvrir. Si les Frres de la Puret omettent, dans l'numration des sphres, de compter la sphre du feu et aussi celle de l'eau, c'est afin de compter 8 cinq sphres infrieures au Soleil (la terre, l'air, la Lune, Mercure, Vnus) comme ils en comptent cinq qui
; ;
;

sont au-dessus
les fixes
et la

du

Soleil (Mars, Saturne, Jupiter, le ciel des toiest,

sphre inerrante). Le nombre cinq

en

effet,

pour
vers
4

eux,
.

un nombre

parfait qui se trouve partout dans l'Uni-

Du passage que nous avons rapport, on conclut que la distance du centre du Monde au prige de la Lune est de 34 rayons
terrestres et

que

la distance

de ce
;

mme

centre l'apoge de la

de 67 rayons terrestres le premier de ces nombres et, surtout, le dernier, sont sensiblement plus forts que les nombres admis d'un commun accord par Al Fergani, Al Battani et lbn
est

Lune

Rosteh.

L'encyclopdie des Frres de la Puret continue en ces termes

L'paisseur de la sphre de Mercure est de 105 diamtres.


terrestres, la distance
est alors

Le nombre qui mesure, en rayons du Monde l'apoge de Mercure

du centre

277

il

surpasse extr-

mement

que nous fournissent les autres astronomes arabes. Ce dsaccord disparait si Ton admet qu'il faille, au lieu de 105 diamtres, lire 105 dcmi-diamhlrvs l'apoge de Mercure se trouve alors plac 172 rayons terrestres du centre du Monde cette valuation ne surpasse que d'une faible quanles diverses valuations
;

i.

Le ms. de Vienne porte 53322 parasanges. 16


et

fois 1/2 le

nombre 2167

donne 35764
2.

F. Difterici,

non pas 35755. Op. laud., d.


y

3.

F. Dibterici, Op. laud.

cit., pp. 56-62. d. cit., p. 3o.

Die Lehre von der Weltseele bel den Arabern m ,Y. Jahrhundert, Leipzig, 1872, pp. 2-3 (Traduction du trfnte-ctrUDme Irai t des Prrei
4. F. Dieterici,

de

la Puret).

32
tit les

LA COSMOLOGIE HELLENIQUE

valuations proposes par Al Fergani, par Al Battani et

par Ibn Rosteh. Nous croyons qu'une correction semblable doit porter sur toutes les valuations donnes ultrieurement par les Frres de la Puret les nombres qu'ils noncent comme mesurant, en diamtres terrestres, les paisseurs des diverses sphres clestes doivent
;

tre pris

comme

reprsentant la mesure de ces paisseurs

en

rayons terrestres.
les distances

On en jugera en comparant, aux

valuations

d'Al Fergani, d'Al Battani et d'Ibn Rosteh, le tableau suivant, o

non corriges figurent ct des distances

corri-

ges.

Distances en rayons terrestres

Corriges

Non

corriges

Du

prige de la

Lune

34
67

et

De l'apoge de la Lune du prige de Mercure


De l'apoge de Mercure du prige de Vnus.
)

172

277

et

De l'apoge de Vnus et du prige du Soleil.


De l'apoge du Soleil et du prige de Mars.
i

1087

2107

1187

2307

et

De l'apoge de Mars du prige de Jupiter.

8843

17619

De
et

l'apoge de Jupiter

du prige de Saturne.

14370
)

28673

De l'apoge de Saturne

21975

43883

De

la

surface externe de la sphre

des toiles fixes

33975

6 7 883

Les Frres de la Puret admettent

que

le

diamtre apparent

du Soleil est 31', et que la Lune, lorsqu'elle se trouve sa moyenne distance de la Terre, a mme diamtre apparent que
le Soleil.

1. L'paisseur de l'orbe du Soleil est donne seulement par de Vienne. Le ms. de Paris l'a laisse en blanc. 2. K. Dieterici, Op. laud.y d. cit., pp. 33-35.

le

manuscrit

LES DIMENSIONS DU MONDE

53
avis, les

Les rayons des divers astres errants ont, leur ports suivants au rayon de la Terre
:

rap-

La Lune
Mercure
.

28
1

28
j>_

Vnus
Le
Soleil.

12

...

5^
1
-g

Mars
Jupiter

Saturne

.... ....

4
2

Enfin les toiles fixes sont toutes plus grosses que la Terre

il

en est quinze dont


tipli

le

diamtre est gal au diamtre terrestre mul-

par 4 j

La dtermination des dimensions du systme du Monde parat galement avoir fait l'objet d'un Trait des distances compos, dans la premire moiti du x e sicle, par l'astronome Abd-el-Aziz Al Kabici, que le Moyen- Age a nomm Alchabitius. Nous connaissons seulement ce trait par la mention qu'en fait Mose Mamonide
!
.

Dans la premire moiti du xn e sicle, le Juif espagnol Abraham bar Hiyya 2 reproduit, en les altrant quelque peu, les valeurs
qu'Ai Battani avait attribues aux distances des divers astres.
fait
Il

remarquer que ces valeurs sont infrieures celles qu'avaient donnes les anciens c'est sans doute Al Fergani et Thbit ben Kourrab que dsignent ces mots. Tous les auteurs qui traitent des dimensions du systme du Monde admettent sans contestation le principe pos par les astronomes grecs dont Proclus nous a transmis l'enseignement. Mose Mamonide est le seul qui apporte une restriction ce principe.
;

I. Le guide des garas, trait de Thologit rt <ir PhiloOphi par MoM hiv Maimoun Hit Mamonide. publia pour la premire fois dans PoriginaJ arabe, <' accompagn d'une traduction franaise et de notes critiques, littraire! explicatives par S. Munk Paris. 1856-1866; deuxime partir, cha3 vol. mise par Munk pitre XXIV, t. II, p. Kji (Au sujet d'Al Kabici, voir la note au bas de cette pa^e).
I

?.

a.

Al Battani

Ontis uslronomicum, d. Najlino, pars prima, p.

?#-)

(Note do

M. Nallino).

54
Voici,

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

en

effet,

comment

il

s'exprime

spare la Terre du ciel des toiles


qui a t calcule n'est prise qu'au

au sujet de la distance qui Cette grande distance fixes


*
:

minimum

car entre le centre

de la Terre et la concavit des toiles fixes, la distance ne peut nullement tre moindre, mais il est possible qu'elle soit plusieurs fois aussi grande. En effet, l'paisseur des corps des orbes n'a t

dtermine

par

dmonstration

qu'
et,

son minimum,

comme

il

rsulte des traits Des distances',

de mme, on ne saurait dter-

miner exactement l'paisseur des corps intermdiaires que, suivant Thbit, le raisonnement nous force d'admettre entre chaque
couple de sphres, ces corps n'ayant point d'toiles entre lesquelles on puisse en faire la dmonstration. Quant la sphre des
toiles fixes,

son paisseur formerait un chemin d'au moins quatre

ans de marche,

comme on peut
toiles,

le

conclure de la mesure de quel-

ques-unes de ses

qui ont chacune

Un volume dpassant
terrestre
;

quatre-vingt-dix fois et plus celui

du globe

mais

il

se

peut que l'paisseur de cette sphre soit encore plus forte. Pour ce qui est de la neuvime sphre, qui impose le mouvement diurne tout l'ensemble du ciel, on n'en connat point la mesure car, comme elle n'a pas d'toiles, nous n'avons aucun moyen d'en connatre la grandeur. La mthode par laquelle les astronomes grecs et arabes avaient dtermin les dimensions du systme des astres nous parat,
;

aujourd'hui singulirement nave

volontiers, nous accueillerions


;

d'un sourire ddaigneux cet ensemble de suppositions puriles et cependant Mamonide dont le sens critique est particulirement
aiguis, dont l'esprit est prudent, parfois jusqu'au scepticisme,

pas nommer cette mthode 2 une dmonstration vraie, dans laquelle il n'y a rien de douteux. Un tel jugement peut nous surprendre, au premier abord. Mais
n'hsite
:

cartons ce sentiment de surprise

chassons, pour

un moment, de

notre esprit, les connaissances qu'il a reues en hritage et qu'un

labeur sept

fois sculaire a

rassembles

replaons notre raison


;

dans l'tat o se trouvait celle d'un astronome du douzime sicle examinons alors la mthode employe pour dterminer les distances des astres et leurs grandeurs nous ne manquerons certainement pas de la juger comme la jugeait Mamonide.
;

Mose Mamonide, Le guide des gars, troisime partie, ch. XIV; d. III, pp. t 99-101. La distance donne par Mamonide esta peu prs celle que donne Al Ferg-ani, selon la note mise par Munk au bas de la
i.

Munk,

I>a^e 992.

Mose Mamonide, Le guide des gars, deuxime partie, ch. XXIV; trad.
t. II,

Munk,

p.

187.

LES DIMENSIONS DU

MONDE
?

55

Que suppose, en

effet, cette

mthode

mesurer la distance qui spare la Terre de la Lune or ce problme est rsolu, et la solution, uvre gniale dAristarque de Samos et de Ptolme, a la certitude d'un thorme de Gomtrie sans doute, elle exige des observations dlicates, auxquelles les instruments rudimentaires des anciens refusaient toute exactitude mais s'il nous est
Elle suppose, en premier lieu, qu'on sache
; ;

ais de reconnatre aujourd'hui les erreurs grossires auxquelles

une technique

insuffisante les

conduits, rien

assurment ne

pouvait les mettre en garde contre ces erreurs.

La mthode en question regarde, en outre, comme avr le systme des mouvements clestes que dcrit la Grande syntaxe mathmatique de Ptolme. Mais, si les philosophes se montrent
parfois sceptiques au sujet des hypothses qui portent ce systme,

tous les astronomes ont foi aux thories de YAlmagesle, et cette


foi est

fonde en raison.
dit

1
,

En admettant

tout ce qu'a enseign

hypothses ne se trouvent pas en dfaut d'une seule minute . Qui donc oserait rvoquer en doute cette Astronomie, alors qu'elle permet de construire des phmrides o les moindres phnomnes clestes sont prdits, la minute prs, de longues annes d'avance? Et, tout prendre, avons-nous aujourd'hui des raisons d'un autre ordre pour nous fier la Mcanique cleste de Newton? Aux principes de la Syntaxe mathmatique, la thorie qui prtend mesurer le Monde joint une nouvelle hypothse Il n'y a pas de vide entre les orbes des divers astres il n'y a rien de superflu dans l'paisseur accorde l'orbite de chaque astre. Mais combien cette hypothse est simple, et comme elle convient bien la Physique hellne ou arabe D'ailleurs la thorie fonde sur ces hypothses qui, toutes, paraissent si exactement assures, s'offre d'elle-mme un essai qui permette d'en apprcier la solidit. Elle value les distances priges et apoges du Soleil que Ptolme a dtermines, d'ailleurs, par la mthode d'Aristarque on peut donc comparer les valuations qu'elle fournit celles qu'on a tires de principes tout diffrents et trs srs et cette comparaison permet de constater un accord trs satisfaisant. Comment une thorie qui peut subir avec ce succs l'preuve d'un tel contrle ne rallierait-elle pas tous les suffrage! ? Parmi les systmes scientifiques qui ont vogue aujourd'hui parmi nous, en est-il beaucoup qui aient, a notre
les calculs faits d'aprs ces
: ;

Ptolme,

Mamonide

Moisi Mamonide, ht

guidt dt gar*, deuxime partir, ch.

XXIV

trad.

Munk,

p.

uyi.

")()

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

assentiment, plus de droits que cette mthode, propre mesurer l'Univers, n'en avait la confiance d'un Al Fergani, d'un Al Bat-

ou d'un Mamonide ? Les Grecs et les Arabes n'avaient obtenu, par les divers proccds que nous avons dcrits, que des renseignements fort inexacts sur les dimensions des astres errants et sur leurs distances la Terre. Voyons cependant quel degr de justesse tait parvenue l'ide qu'ils s'taient faite des dimensions de l'Univers. La grosseur qu'ils avaient attribue la Lune n'tait pas extrmement diffrente de la vrit, puisque Ptolme prenait le rayon
tani

de cet astre gal au


ralit, les ;

du
5

rayon terrestre alors

qu'il

en vaut, en

l'erreur n'atteint pas jx


tels

du rayon

terrestre.

que les anciens les avaient valus, s'cartaient bien davantage de ceux qui nous sont aujourd'hui connus Le diamtre qu'ils donnaient Mercure tait presque neuf fois trop petit celui de Vnus tait trois fois trop faible il en tait peu prs de mme de celui de Jupiter et il et fallu doubler le rayon qu'ils assignaient Saturne pour obtenir le vritable rayon de cet astre. En revanche, les dimensions linaires qu'ils attribuaient Mars taient plus du double des dimensions
Les diamtres des plantes,
;

exactes.

En
c'est

dpit de toutes ces erreurs, nanmoins, les astronomes de

l'Islam taient parvenus reconnatre une

importante vrit

moindres que la Terre, qu'il en est de plus grandes, enfin qu'aucune d'entre elles n'est immensment plus petite, ni immensment plus grande que le globe habit par les humains. Bien autrement inexacte tait l'opinion que les Grecs et les Arabes avaient conue touchant la grandeur du Soleil. On s'en tenait, en gnral, l'valuation de Ptolme, et l'on pensait que le diamtre du Soleil vaut cinq fois et demie celui de la Terre, alors qu'il est peu prs cent-neuf fois plus grand que ce dernier. Selon cette valuation, le Soleil restait bien le plus grand des astres mme comerrants mais il surpassait de peu Jupiter et Saturne par celui de la Terre, son volume ne se montrait pas immense il tait 167 fois plus grand que celui de notre globe. Lorsqu'on examine les dimensions des divers astres, telles qu'elles nous sont aujourd'hui connues, on est tout d'abord frapp par l'normit du Soleil l'excs de son volume sur celui de la Terre, de la Lune ou de l'une quelconque des plantes suffirait nous faire souponner qu'il est, parmi ces astres, dou d'un rle priil

qu

est des plantes

LES DIMENSIONS DU

MONDE
il

57

vilgi

avant toute tude des mouvements clestes,

nous sug-

gre l'hypothse hliocentrique.

Les valuations des grandeurs astrales que Ptolme et les astronomes arabes ont transmises aux chrtiens d'Occident
n'avaient rien qui leur pt insinuer
surpassait
si

un

telle supposition.

Le

Soleil

peu, en grandeur, des plantes telles que Jupiter ou


tait fort

Saturne qu'il
Terre,

naturel d'attribuer ces divers astres une

nature semblable et des mouvements analogues. Plus gros que la

cependant incomparablement plus petit que l'ensemble des lments contenus dans la concavit de l'orbe lunaire qu'il tournt autour de cette norme masse immobile, il n'y avait,
il tait,
;

en cette supposition, rien qui ft choquant. Si les grandeurs qu'ils attribuaient aux astres ne pouvaient, aux astronomes musulmans ou chrtiens du Moyen Age, suggrer l'hypothse hliocentrique, les dimensions qu'ils assignaient aux
diverses orbites les dtournaient d'adopter cette supposition.
Seule, la distance de la

Lune

la Terre,

value par les astroprs

nomes
ces

hellnes, tait voisine de la distance qui spare vraiment


le Soleil vingt fois trop

deux corps. Ptolme avait plac


la Terre.

de

Les valeurs assignes par Al Fergani et par Al Bat-

aux distances entre la Terre et les plantes suprieures taient fausses par des erreurs du mme ordre. Les savants du Moyen Age avaient imagin un systme solaire incomparablement plus petit que le systme ralis par la nature. Mamonide, il est
tani
vrai, avait

observ que les distances dtermines par les astrono-

mes

taient des

minima,

et

nous entendrons Campanus de Novare


;

rpter la

mme
ni

observation

mais, sans doute, ni Mamonide ni

Campanus

aucun astronome mdival n'et song que les distances calcules par Al Fergani, par Al Battani dussent tre dcuples, voire mme deux fois dcuples. D'ailleurs, et-il fait subir cette norme correction aux nombres
les

([ne

Anciens

lui

avaient transmis, qu'il n'y et point acquis

une plus juste ide de lloignement des toiles fixes. Une thorie dans laquelle il n'y avait rien de douteux l'assurait que la plus grande distance de Saturne la Terre mesurait le rayon de et-il recul quelque peu cotte sphre afin le la sphre toile loger un de ces corps intermdiaires que rclamai! la Physique de Thbit ben Kourrah ou de Ibn-al-Ilaitam, qu'il n et point, La distance des toiles pour cela, renonc cette affirmation ti\es la Terre est du mme ordre <lr grandeur que distance et de Jupiter de Saturne Or cette affirmation entranait la ngation de l'hypothse hlio;
:

Ifl

58
centrique
rait
effet
;

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
si elle

exprimait une vrit, en

effet,

la Terre ne pour-

tourner autour du Soleil sans que ce

mouvement

et pour

de produire une parallaxe mesurable de toiles fixes. L'absence de toute parallaxe sensible pour les astres de la huitime sphre fournissait un puissant argument ceux qui voulaient prouver que la Terre ne sort jamais de son lieu dans l'Antiquit comme au Moyen-Age, ils ont constamment us de cet argument en agissant ainsi, ils demeuraient consquents avec les opinions admises touchant les dimensions de la huitime sphre. Pour chapper aux prises de la raison qui leur tait ainsi oppose, pour concilier l'hypothse d'une circulation de la Terre autour du Soleil avec l'inaccessible petitesse de la parallaxe des toiles fixes, les partisans du systme hliocentrique devront rejeter les toiles une immense distance de la Terre ils devront dilater en d'extraordinaires proportions la huitime sphre que les Al Fergani
; ;

et les

Al Battani avaient cru mesurer.

CHAPITRE X
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

l'antagonisme entre la physique daristote et l'astronomie


de ptolme.

sosigne, xnarque et simplic1ls

Le systme d'Hipparque et de Ptolme contredisait expressment aux principes essentiels de la Physique pripatticienne. Selon cette Physique, la nature mme de la cinquime essence, de l'essence cleste, exempte de gnration et de corruption, exigeait que tout corps form de cette essence se mt d'un mouve-

ment
et

circulaire et uniforme. D'ailleurs, toute rotation circulaire

uniforme devait forcment, en son centre, trouver un corps


et grave.

Physique imposait donc, de toute il ncessit, la thorie astronomique, une forme bien dfinie fallait que tous les mouvements clestes se pussent dcomposer en rotations uniformes de sphres et que ces sphres fussent homocentriques la terre immobile. Sans doute, le dtail d'un tel wstme n'tait pas rgl par les doctrines du physicien il appar-

immobile

Une

telle

tenait l'astronome de le prciser, de dterminer le

nombre des
telle

diverses sphres et le

aussi manire que les exactement que possible. Mais que des corps Clestes Qe tournassent pas d'une manire uniforme autour du centre (le leur orbe, que ce centre fut distinct du centre du Monde, qu'aucun corps fixe

mouvement de chacune d'elles, de phnomnes clestes fussent reprsents

60

LA.

COSMOLOGIE HELLNIQUE

y et des excentriques et des picycles dans le Ciel, c'est ce qu'on ne pouvait souffrir sans renoncer la thorie pripatticienne des mouvements naturels, sans ruiner par la base toute la Physique du Lyce. La clairvoyance d'un pripatticien et t bien faible s'il n'et aperu d'emble cette opposition entre l'Astronomie de la MsyXyj owrai et la Physique du IIspl Opavou. Pour demeurer fidle adepte de celle-ci, il lui fallait combattre celle-l. Si nous en croyons Simplicius \ cette opposition entre la Physique d'Aristote et l'Astronomie de Ptolme avait t fortement marque par le philosophe Sosigne, celui-l mme qui avait enseign l'Astronomie Alexandre d'Aphrodisias. Aprs avoir expos sommairement les suppositions sur lesquelles repose le systme astronomique de Ptolme, Simplicius ajoute Ces hypothses sont plus simples que les anciennes, car elles n'exigent pas la rvolution d'un nombre aussi considrable de corps clestes; en outre- elles sauvent des apparences que les anciennes hypothses ne sauvaient pas, et notamment les varias'y trouvt, qu'il
:

ne

tions de la distance la Terre. Mais elles

ne gardent pas l'axiome

que tout corps qui se meut circulairement se meuve autour du centre de l'Univers... Toutes ces consquences inadmissibles sont objectes par Sosigne au systme des excentriques et des picycles. Sosigne, d'ailleurs, n'admettait pas plus le systme d'Eudoxe, de Calippe et d'Aristote que le systme de Ptolme s'il rejetait les excentriques et les picycles, il rejetait galement les nombreux orbes compensateurs privs, d'astres, les vsAtrrouTai acpopat. que rclamait la thorie des sphres homocentriques il voulait que les astres, tres anims, se mussent librement au sein de la cleste essence il n'en condamnait pas moins la doctrine de la Syntaxe mathmatique au nom de l'un des axiomes fondamentaux de la Physique pripatticienne. Mais au moment o la thorie astronomique d'Hipparque et de Ptolme se dveloppait avec une magnifique ampleur, la philosophie d'Aristote voyait, de jour en jour, dcrotre le nombre de ses disciples et s'attnuer leur foi en la parole du Matre. Elle n'avait plus la force de contredire aux principes d'une doctrine dont les
d'Aristote
;

Cet

axiome exige, en

effet,

constructions s'accordaient

si

bien avec les observations des astro-

nomes. Bien loin que


i
.

les Pripatticns s'aventurassent con-

quatuor libros de Clo commentaria ; in lib. II 45 (Edition grecque de Karsten, Trves, 1875, p. 228; dition grecque deHeiberg-, Berlin, 1894, pp. 5o9-5io^.
Simplicii In Aristotelis

comm.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

t)i

tester la possibilit des excentriques et des picycles,

on

vit leurs

adversaires s'emparer de ces hypothses et s'en faire des armes

contre la Physique du Stagirite.

Parmi ceux qui

se servirent

de ces armes, nous pouvons citer

le

philosophe Xnarque.

Xnarque
TTjv TrfXTCTTjv

compos un trait Sur la cinquime essence, ITpo oo-lav, o il semble avoir trs vivement critiqu tous
avait

les caractres qu'Aristote attribuait la nature des corps clestes.

Cet ouvrage ne nous est connu que par les commentaires de Sim-

aux livres Du Ciel et du Monde ! Les analyses et les citations que nous en donne le clbre commentateur de l'Ecole d'Athnes nous montrent que ce trait tait dirig non seulement
plicius
.

contre les affirmations d'Aristote, mais aussi contre les interprtations qu'en donnait
taire

au

LTepl

Alexandre d'Aphrodisias dans son commenOjpavo, commentaire qui est aujourd'hui perdu.
essentiel

Voici

un passage

que Simplicius nous donne


livre

comme
7zp.7zrr\v

textuellement

extrait

du septime

du

flpo;

tyjv

Alexandre a bien exprim la pense d'Aristote, celui-ci enseigne que les seuls mouvements qui soient purement circulaires sont ceux qui ont lieu autour du centre de l'Univers. S'il en est ainsi, des mouvements circulaires qui n'ont point pour centre le centre mme de l'Univers ne sont ni des mouvements circuselon l'opinion des laires purs, ni des mouvements simples astronomes, les astres effectuent au sein de leurs sphres des mouvements propres autour du centre particulier de chacun d'eux ces astres, en ces mouvements, n'effectuent pas des rotations homocentriques l'Univers il est vident, ds lors, que ni ces astres, ni leurs picycles, ni leurs orbes que l'on nomme excentriques leur n'effectuent un mouvement purement circulaire et simple mouvement est ml de mouvement vers le haut ou de mouvement vers le bas. Mais bien que ces mouvements soient contraires

Si

aux hyp -thses d'Aristote, il n'en est pas moins manifeste que le mme astre se montre tantt plus rapproch de la terre et tantt
plus loign d'elle
.

Xnarque admet, assurment, que


simple
;

le

mouvement du

Ciel est

mais

il

refuse Aristote le droit de rserver le titre de


circulaire qui a pour centre
1<*

mouvement simple au mouvement

i. SiMPLiai /// Aritoieiii quatuor ibra de Cceio oo/nmeniaria niniin. 6 (Kd. Krtteo, p. QyColi . Heibergi p i3). ?.. [Link] In Arisfofrhs quatuor UbrO <ir [Link] ctunmrntarm COmiIl. ii (Kd. Karsten, j>. 17, col. a; d. Heibergi |. Si).
.'

in

lil>.

I,

\n

lih.

62
centre

La cosmologie hellnique

de l'Univers Lorsque, dit-il *, la sphre de Vnus tourne sur elle-mme, Vnus, qui se meut, son tour, en son propre picycle, tantt s'approche de la terre et tantt s'en loigne. Il en est de mme des autres astres errants. Et cependant le Ciel, dans son ensemble, se meut d'un mouvement unique et simple Avec la nettet qui caractrise le gnie grec, Xnarque a pos
:

mme

le

dilemme

axiome de la Physique pripatL'essence ticienne, pos par Aristote, dvelopp par Alexandre cleste ne peut se mouvoir que de mouvements circulaires purs et simples, et le seul mouvement circulaire pur et simple est la rotation uniforme autour du eentre de l'Univers. Ou bien il faut rejeter le systme astronomique des excentriques et des picycles pos par Hipparque et dvelopp par Ptolme. Pour Xnarque, la solution du dilemme n'est pas douteuse. Non seulement le systme de Ptolme est fort du consentement unanime des astronomes mais il a pour lui une vrit que la
bien
il

Ou

faut renoncer cet

simple observation
l'axiome d'Aristote

suffit
:

manifester et qui ruine, elle seule,


astre est tantt

Un mme
du

apoge

et tantt

prige. Selon l'auteur


fait

IIpo; t^v tpcT/jv outnav,


;

c'en est donc

de la Physique du Stagirite elle doit disparatre pour faire place l'Astronomie de la Syntaxe, Les Pripatticiens ne sauraient, sans rsistance, accepter cet combattre l'Astronomie de Ptolme et tenter de lui subarrt stituer un systme de mouvements homocentriques va tre une des tches essentielles de ceux qui garderont fidlement les enseigne;

ments

d'Aristote. Entre les hypothses


crvrat,

du

Ilepl

OpavoG et les hypo-

thses de la Msv)ori
signal de la lutte
;

Sosigne et Xnarque ont donn le

ils

ont dclar qu'elle serait ncessairement un

duel mort. Les premiers coups sont ports durant les derniers mais la Science arabe, la Science ges de la Science hellne chrtienne du Moyen Age, la Science de la Renaissance verront
;

combat dont l'histoire se confond presque avec l'histoire de l'Astronomie. La bataille ne prendra fin qu'au jour o le triomphe des hypothses de Copernic tuera de la mme mort les hypothses d'Aristote et les hypothses de Ptolme. Cette guerre apparat plus ample encore si l'on remonte ses causes premires elle met aux prises, d'une part, ceux qui veulent que la Physique se dduise d'un systme philosophique dterse poursuivre ce
;

i.

Simplicius, toc. cit.

d. Karsten, p. 19, col. a; d. Heiberg, p. 36.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

68

min,

et,

d'autre part, ceux qui n'exigent rien d'elle, sinon qu'elle

exactement avec l'exprience. Ainsi considre, elle apparat comme la premire phase d'un dbat qui durera sans doute aussi longtemps que la pense humaine. Simplicius rpond aux objections que Xnarque a tires du systme de Ptolme pour les opposer la Physique d'Aristote peut-tre serait-il plus juste de dire qu'il examine ces objections ce qu'il en dit, en effet, ne saurait passer pour une rfutation, mais plutt pour une tentative de conciliation. Le commentateur athnien commence par railler l'ignorance
s'accorde
; ;

o Xnarque parait tre des vritables opinions des astronomes. O donc Xnarque a-t-il pris que ceux-ci fissent tourner chacun des astres errants autour de son centre particulier ? Sans doute chez quelque ignorant qui avait mal lu Ptolme et qui avait confondu le centre de l'picycle avec le centre de l'astre. Platon croyait cette rotation des astres sur eux-mmes. Mais les astronomes modornes ne parlent plus de cette rotation ils considrent seulement la rvolution du centre de l'picycle sur l'excentrique, et la rotation de l'picycle sur lui-mme, rotation dans laquelle l'astre est entran par l'picycle auquel il est fix, sans prouver aucun mouvement propre. N'en dplaise Simplicius, Xnarque n'avait pas t mal inspir en adjoignant, aux mouvements admis par Ptolme, un mouvement de rotation des astres sur eux-mmes. Gomment la Lune, entrane par la rotation de son picycle, nous montrerait-elle toujours la mme face, si elle ne tournait sur elle-mme, accomplissant une rvolution dans le temps mme que dure la rotation de l'picycle ? Cette vrit avait peut-tre chapp la perspicacit des gomtres grecs nous verrons que les astronomes du
;

Moyen Age

l'ont clairement aperue.


:

Xnarque a pos ces propositions comme hors do conteste Le mouvement du Ciel est simple cependant, le mouvement de chaque astre errant n'est nullement un mouvement circulaire et uniforme autour du centre de l'Univers la rotation uniforme, homocentrique l'Univers, n'est donc point, comme le prtend Aristoto,
; ;

le seul

mouvement
soit

circulaire

simple, le seul dont la cinquime

essence
Il

susceptible.

ne semble pas que cette argumentation soit rfutable, moins que l'on n'abandonne le systme astronomique de Ptolme
j

Simpliius, cependant, qui tient

pour ce systme, rpond encore

i.

Simplicius, loc. cit.

d. KaTSIADj p. 17,00!. bjd. Hcibery, pp, 3a-33.

64

LA COSMOLOGIE HELLENIQUE
intelli-

Xnarque que son objection repose sur une insuffisante


*.

gence des hypothses des astronomes Ces hypothses, en effet, ont prcisment pour but de rendre compte des allures compliques des astres en sauvegardant la loi du mouvement circulaire et uniforme de la substance cleste le mouvement de chaque astre est dcompos en plusieurs autres, et chacun de ces mouvements se comporte comme simple et uniforme. Kal yp xorou twv xs i\ xlYt)<Ji<; oltz\\ x xal 6|xaX/i.
;

Un
il

dfenseur de Xnarque et t en droit de retourner contre


;

Simplicius l'accusation d'ignorance des hypothses astronomiques


s'en faut bien

que tous

les

rsout les cours des astres

mouvements en lesquels Ptolme soient des mouvements circulaires et

du centre de l'pie vcle sur l'excentrique, la rvolution de l'picycle sur lui-mme ne s'accomplissent nullement avec une vitesse constante l'hypothse de l'quant chappe la rgle rappele par Simplicius. Eliminerait-t-on, du systme de Ptolme, ce dfaut d'uniformit parviendrait-on rduire, comme Hipparque avait tent de le faire, tous les phnomnes clestes des combinaisons de mouvements circulaires et uniformes, encore faudrait-il admettre que
uniformes
;

la rvolution

ces diverses rotations n'ont pas toutes leur centre au centre

mme

du Monde. Or ce
laire et
;

n'est point n'importe quel

uniforme qu'Aristote confre le titre ple il rserve ce titre aux seules rotations uniformes qui ont pour centre le centre mme de l'Univers. Xnarque s'est autoris d'Alexandre d'Aphrodisias pour affirmer que cette ide tait bien celle du Stagirite en le faisant, il n'a certainement pas altr la pense du Philosophe nous avons eu occasion 2 de pntrer cette pense aussi profondment qu'il nous a t possible de le faire nous avons vu qu'en la thorie pripatticienne du mouve;

mouvement circude mouvement sim-

ment

local,

n'est fix

aucune rotation simple n'est concevable si son centre dans un corps concret et immobile on ne pourrait donc,
;

au sein de l'essence cleste, observer des rotations simples dont les centres diffrassent les uns des autres moins qu'il n'existt, dans l'Univers, plusieurs corps immobiles l'existence d'une seule Terre immobile, place au centre du Monde, exige que toutes les rotations clestes s'effectuent autour de ce centre unique. Simplicius ne partage point l'opinion du Stagirite au sujet du mouvement local c'est sans doute ce qui l'empche de bien sai;
;

i. Simplicius, loc. cit. ; d. p. 36. 2. Voir chapitre IV, XV, 1

Karsten, p.
;

19,

coll.

a et b

d.

Heiberg,

t. I,

pp. 220-225.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

tio

du mouvement circulaire simple qui dcoule de cette opinion il ne lui semble pas que la simplicit dune rotation au lieu de oblige cette rotation d'tre homocentrique l'Univers regarder cette exigence comme un axiome fondamental de la Physique pripatticienne, il y voit une condition sans importance, qu'Aristote a pose accidentellement et par une sorte de concession aux doctrines astronomiques admises en son temps. Aussi rpond-il Xnarque dans les termes suivants Je dis donc qu'Aristote, dans ce passage, a simplement affirm
sir la dfinition
;

cette proposition

Tout mouvement circulaire a lieu autour d'un


proposition s'applique tout

centre

et,

en

effet, cette

mouvement

circulaire. Si d'ailleurs,
les corps clestes,

dans d'autres passages,

il

a dclar que

en leurs rvolutions, se meuvent autour du


il

centre de l'Univers,

faut savoir qu'il conformait alors son lan-

gage aux hypothses des astronomes antiques. En effet, les astronomes qui suivaient l'opinion d'Eudoxe et de Galippe, jusqu'au temps d'Aristote, supposaient des orbes anims de mouvements de rotation et homocentriques l'Univers au moyen de ces orbes ils s'efforaient de saucer les phnomnes, tout en affirmant que toutes ces sphres tournaient autour du centre de l'Univers. Mais ils n'ont pu parvenir, au moyen de ces hypothses, donner les raisons des apoges et des priges des astres, de leurs marches
; ;

un mot de toutes les irrgularits que manifestent leurs mouvements. C'est pourquoi les partisans d'Hipparque, ainsi, peut-tre, que quelque astronome avant lui, et Ptolme aprs lui ont suppos l'existence de sphres excentriques et d'picycles ils ont, ds lors, abandonn
tantt directes
et tantt

rtrogrades, en

la supposition selon laquelle tous les

corps clestes devaient tour-

ner autour du centre de l'Univers; mais, au moyen de ces hypothses, ces derniers astronomes ont pu assiguer les causes de tous les phnomnes dont les raisons avaient chapp aux astronomes

que nous avons cits en premier lieu. Ici donc, Aristote ne parle aucunement de ces dernires suppositions en ce qu il dit, il parait se soumettre aux opinions des premiers disciples [d'Eudoxe et de
;

Galippe].

rponse Xnarque, Simplicius refuse de reconnatre dans cette proposition Tout corps nui de mouvement circulaire simple se meut autour du centre de L'Univers, un axiome attribuable Aristote. Faussant assurment La pense du Stagiritc, afin de la rendre compatible avec le systme de Ptolcette
:

En donnant

i.

Simplicius, Ion. cit., d. [Link],

p.

17, coll.

;i

<-t

Il-

iberg, p
,5

DUHLM

T.

II.

60

La cosmologie hellnique

me,

il

veut la rduire cette proposition

Tout corps

circu-

lairement se meut autour de son centre. Cette interprtation de ia doctrine pripatticienne, Simplicius l'expose plus nettement encore lorsqu'il examine les critiques de Sosigne
*
;

ne possdent point seules l'existence le Ciel en outre, pris en son ensemble, forme un tout. On formulerait un c viorne plus vrai en disant que tout corps qui se meut d'un mouvement de rotation tourne autour de son propre centre. En tant donc que le centre de l'ensemble des corps clestes concide avec le centre de l'Univers, il est vrai de dire que cet ensemble se "meut autour du centre du Monde mais en tant que thaque corps partiel a son centre hors du centre de l'Univers, ce corps se meut autour de son centre particulier; tels sont les astres,

En

effet, dit-il, les


;

parties

du

Ciel

et aussi les excentriques et les picycles, si te atefois

de

tels

corps

existent dans le Ciel. Mais ces corps

mmes

se

meuvent autour

du centre de
mais par
le

l'Univers,

non
la

mouvement de
Ce que

mouvement propre, sphre homocentrique au Monde qui


certes par leur
;

demeure donc vrai; tout corps qui se meut circulairement, se meut autour du centre de l'Univers mais ce discours demeure vrai la condition que l'on n'aille pas ajouter que le corps considr se meut ainsi par son mouvement
les entrane.
dit Aristote

propre.

Cette interprtation de l'axiome

du

Stagirite

est

ingnieuse

malheureusement,

elle est

du Philosophe,

telle

en contradiction certaine avec la pense que Font comprise tous les commentateurs et

Simplicius lui-mme, telle qu'elle iious est apparue clairement

dans un prcdent chapitre 2 Le passage que nous venons de citer rpondait un essai tent par Sosigne pour mettre en contradiction la Physique d'Aristote et l'Astronomie de Ptolme. Xnarque, nous l'avons vu, avait
.

signal avec insistance cette

mme

contradiction.

l'encontre des

hypothses de la Syntaxe inatJtmatique, Sosigne avait lev d'autres objections, galement tires de la Physique du Stagirite.
C'est encore Simplicius qui
Si les

nous

fait

connatre ces objections


dit-il,

excentriques
3
,

et les picycles,

en rapportant

les

propos de Sosigne ne se meuvent pas circulairement autour du centre de l'Univers, mais autour d'un centre diffrent, il faut qu'en leur marche, il viennent empiter sur un lieu dj occup et qu'ils
Simplicii In Aristotelis quatuor libros de Clo commentaria ; in lib. d. Heiberg-, pp. 5o9~5io. ; d. Karsten, p. 228;
1
;

II

comm. 45
2.
3.

Chapitre IV, XV, Simplicius, toc. cit.

t.

I,

pp. 220-225.

PHYSICIExNS ET

ASTRONOMES.

1.

LES [Link]

67

un espace vide la figure de chacun d'eux ne pourra se conformer la partie du corps cleste qui lui est extrieure et qui
dlaissent
;

la

coupera sans cesse.

Ces objections dresses contre


tera Sosigne, et aprs le

le

systme des excentriques


;

et

des picycles auront un long retentissement

Averrosles emprun-

Commentateur, tout le Moyen Age les reprendra, tantt pour les assurer, tantt pour les renverser. La rponse de Simplicius n'est pas moins digne de remarque Peut-tre, dit-il, viterions-nous tous ces inconvnients si nous disposions dune manire convenable ces sphres excentriques l'intrieur de sphres homocentriques si nous disions, en outre, que la sphre honiocentrique se meut autour de son centre en entranant la sphre excentrique, tandis que celle-ci se meut galement autour de son propre centre si nous disions, enfin, que
:
;

toutes ces sphres sont des sphres parfaites

l
,

telles

qu'en elles

ne se rencontre aucun corps qui puisse cder devant un autre


corps
.

quel systme Simplicius consacre

cette allusion trop

som-

maire, nous le saurons lorsque nous aurons tudi le mcanisme


dcrit par Ptolme dans ses Hypothses des plantes. Mais avant

d'aborder cette tude, nous aurons remonter plus haut dans le cours des temps et examiner ce qu'avant Ptolme, philosophes
et

astronomes ont pens des hypothses propres rendre compte

des mouvements clestes.

II

LES

OPINION!

ANTRIEURES A PTOLME

SI

LA

VALEUR DES

HYPOTHSES

ASTRONOMIQUES

En dpit des objections de Xnarque et de Sosigne, Simplicius s'est efforc de concilier la Physique pripatticienne avec l'Astronomie de Ptolme, si diffrente soit-elle de l'Astronomie prconise par Aristote. Partisan du systme qu'expose la Syntaxe va-t-il accabler de ses critiques ceux qui ont tenu ou qui tiennent

encore pour

systme des sphres homocentriques ? Nullement Il est vident que le fait de diffrer d'opinions au sujet de ces hypothses ne saurait donner lieu aucun reproche \ L'objet
le
:

CVst-.i-din* rigides. [Link] In ArUtotdU quatmor libro 4t Gceio commeniaria comm. 6; d. Karsten, j>. 17, col. b; d. Heiberg, j. 3*.
i.
:

2.

in ni..

t>8

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

qu'on se propose, en effet, c'est de savoir si, en admettant certaines suppositions, on parviendra sauver les apparences. Il n'y
a donc pas lieu de s'tonner que des astronomes divers se soient efforcs de sauver' les phnomnes en partant d'hypothses diffrentes

ArjXov os, 07t to Tcepl


to

Tct

UTcoOo-c!.;

Ta-jTx; oiaospso-Ga. ox

eerriv XocXrj[/.a

yp
o*jv

Tupoxsfjisvov sari,

tLvo
s-

UTcoTeOvro; cioOsr, v Ta

oa'.vpLsva

ouosv
1

Oaupiaa-TGV,
>

si aA^ot.

aAwv

'jttoQs-scjv

stcsi-

pGyja-av o tac () a a .

Ta

[Link].

L'objet propre de l'Astronomie n'est donc, en aucune faon, de

raisonner sur la nature de la cinquime essence


les

et

de formuler
;

consquences qui dcoulent forcment de cette nature il est il consiste exclusivement chercher des hypothses tout autre au moyen desquelles on parvienne sauver les apparences {ffweiv
;

Deux ensembles d'hypothses qui sauvent galement bien les apparences ont un droit gal la faveur des astronomes. L'accord entre les rsultats des combinaisons du gomtre et les constatations de l'observateur est la seule marque qui permette
toicpouvopieva).

d'apprcier sa juste valeur une thorie astronomique.

de consquences depuis le temps de Simplicius jusqu' l'poque de Copernic, nous les verrons produire ces consquences leur fcondit, d'ailleurs, ne sera pas puise par l et, de nos jours, elle s'affirmera plus
Voil

des affirmations

graves

et grosses

puissante que jamais.

Le langage que nous venons d'entendre


Philosophie hellne
?

est-il

nouveau dans

la

D'autres, avant Simplicius, n'avaient-ils pas


1

formul

les

mmes

principes

Remontons jusqu' l'enseignement de Platon. Nous avons vu 2 comment, par l'intermdiaire d'Eudoxe, de Sosigne, enfin de Simplicius, cet enseignement tait venu jusqu' nous. Nous avons dit en quels termes il formulait le problme
astronomique que les mathmaticiens devaient s'appliquer rsoudre Quels sont les mouvements circulaires, uniformes et toujours de mme sens qu'il convient de prendre pour hypothses
:

afin

qu'on puisse sauver les apparences prsentes par les pla-

Th. H. Martin, Mmoires sur l'histoire des hypothses i. Voir, ce, sujet astronomiques chez les Grecs et chez les Romains ; Premire partie : Hypothses astronomiques des Grecs avant l'poque Alexandrine ; ch. V, l\ (Mmoires de V Acadmie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXX, 2e partie). (jiovanni Schiaparklli, Origine del Sistema planetario eliocentrico presso i Greri, ch. VI e appendice [Memorie del Instituto Lombardo di Scienze e Letvol. XVIJ1 (srie III, vol. IX), tere ; Classe di Scienze maternt iche e naturali l*. Mansiox, Note sur. le caractre gomtrique de l'ancienne 17 mars 1898]. Astronomie {Ahhandlungen zur Geschichte der Mathematik, Bd. IX, 1899). 2. Voir chapitre 111, 1, t. I, pp. 102-104.
:

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

(>9

ntes.

T'ivorv -j7:o7s9i7Ta)v 8i* oixoXcov


o-jv/jO-Tat. oias-to B^vat.

xal vxuxXicov xal TeTayptivtov

x'.vt)<t0)v

icepl

to; TrXavwjjLvo'j; oaivueva .


la

Nous avons appris galement, de


les Pythagoriciens nonaient

fondamental

dans les de' l'Astronomie gomtrique. Cet nonc, d'ailleurs, est parfaitement prcis il fixe trs exactement le point de dpart et le point d'arrive de la carrire que les gomtres devront parcourir d'une part, ils ne devront pas prendre, pour les composer
;

bouche de Gminus ', que mmes termes le problme

mouvements circulaires et uniformes d'autre part, ils devront agencer ces mouvements de telle sorte qu'ils imposent aux astres un cours tout sementre eux, des dplacements autres que des
;

blable celui qui apparat aux sens.

Ce problme
de Calippe
;

est

bien celui qui a sollicit les efforts d'Eudoxe et


les

sauver

apparences
aient

(atoeiv

-r

cpaivo^sva) est le seul


;

objet en vue duquel

ils

combin leurs hypothses

lorsque

Calippe a modifi en quelques points le systme des sphres homocentriques qu'Eudoxe avait agenc, c'est uniquement parce que
les hypothses

de son prdcesseur ne s'accordaient pas avec ceret qu'il a


;

tains

voulu que ces phnomnes fussent sauvs leur tour et lorsqu'Aristote collaborait avec Calippe pour accomplir cette tche, il suivait simple lient le prcepte que

phnomnes,

Platon et les Pythagoriciens avaient donn aux mathmaticiens.

Ce prcepte, cependant, rsume-t-il tout ce que Platon, tout ce

demandent l'astronome ? Une reprsentation gomtrique, si exacte soit-elle, des mouvements clestes, est-ce l le but suprme qu'ils assignent aux efforts du mathmaticien, et se dclareront-ils satisfaits ds l que celui-ci aura construit une telle
qu'rstote

reprsentation

?
si

il

en tait ainsi,

Platon et Aristote eussent seulement sou-

hait d'obtenir des rgles

mathmatiques qui leur permissent de

prvoir avec certitude et prcision les

mouvements des

astres,

pourquoi auraient-ils impos d'avance


d'tre construites d'une certaine

ces

rgles l'obligation

manire ? Ne se seraient-ils pas contents d'assigner l'astronome nue minutieuse concordance entre les rsultats des calculs et les donnes de L'observation, tout
en
le laissant

libre d'agencer son gr ses

combinaisons gomne composer entre

triques? Pourquoi L'auraient-ils contraint de

eui que

des

mouvements

auraient-ils

restreint plus

uniformes ? Pourquoi rigoureusement encore sa facult de


et

circulaires

choisir, en L'obligeant figurer Le

Monde par un systme de sph-

fbid, ,t.I,

|t|>.

i'i'i-

f>5.

70
res homocentriques?

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

nous avertir que ni Platon ni Aristote n'eussent consenti rduire l'objet de l'Astronomie ce seul problme Imaginer des hypothses gomtriques qui sauvent les phnomnes. Et en effet, nous savons quelle place est assigne ce problme dans le systme de Platon. L'observation faite l'aide des sens ne rvle que des apparences en sauvant ces apparences l'aide de constructions go:

De

telles exigences suffisent

mtriques, l'astronome

saisit,
;

sous les

des ralits permanentes

les

phnomnes changeants, mouvements clestes rels, ce ne


;

sont pas les cours compliqus que la vue constate


circulations simples et uniformes

ce sont les
elles

que

la raison

compose entre

pour figurer ces cours.


Mais lorsqu' la perception des mouvements apparents, le gomtre a substitu la connaissance mathmatique des mouvements
vrais,
il

n'a encore gravi que le premier degr de l'chelle qui


la ralit

suprme, jusqu'au Bien absolu. Au-dessus des ralits gomtriques sont les ides, et le but du mathmaticien, en nous dcouvrant les ralits gomtriques, doit tre de nous prparer la contemplation des ides en prcisant par quels mouvements vrais les apparences astronomiques peuvent
;

monte jusqu'

tre sauves,

il

nous introduit la connaissance

et

au culte des

mes divines qui prsident ces mouvements rels. Or les ides sont directement accessibles l'intuition, qui s'lve au-dessus du raisonnement gomtrique autant que celui-ci tandis que le maths'lve au-dessus de la perception sensible maticien, par la mthode qui lui est propre, atteint les ralits
;

gomtriques caches sous les apparences sensibles, le philosophe, dont l'intuition est parvenue la contemplation des ides, peut redescendre de celles-ci aux ralits gomtriques qu'elles dominent lorsqu'il est entr en communication intellectuelle avec
;

les

mes divines qui meuvent


lois

maticien les
soient

peut noncer au mathsuivant lesquelles ces mes veulent que les astres
les astres,
il

mus. C'est une telle intuition, n'en doutons pas, qui parle tantt par c'est elle qui la bouche de Socrate, tantt par celle de Time nous dcouvre les principes premiers de l'agencement des cieux. Lorsque Platon prescrit au gomtre de n'user, dans les combinaisons destines sauver les apparences, que de mouvements circulaires, uniformes et homocentriques au Monde, il lui transmet
;

i.

Voir chapitre

TT,

XNT,

t.

I,

pp. 96-101.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

71

ce que lui a enseign la contemplation intuitive des dieux, ter-

nels directeurs des astres en ces circulations.

dans la doctrine de Platon, les hypothses par lesquelles le gomtre doit sauver les mouvements apparents des plantes ne sont pas de forme arbitraire, car la forme qu'elles ont revtir dpend de la nature des dieux astraux elle s'impose comme un
x\insi,
;

dogme

thologique.

Elle s'impose en vertu des principes de la Physique, selon ren-

seignement d'Aristote. Au-dessus des apparences sensibles, qui ne sont pas des ralits, Platon mettait les ralits gomtriques, et au-dessus de celles-ci, plus relles encore, il plaait les ides. Aristote ne hirarchise pas de la sorte les ralits il n'y a qu'une seule espce de ralit, celle qui est chue en partage aux tres singuliers et concrets. Mais il hirarchise les sciences L'objet de chaque science est tir de la ralit concrte par l'abstraction mais plus loin l'abstraction a t pousse, plus simple et gnral est l'objet dont traite une science, plus aussi est lev le degr o cette science vient prendre place. L'Astronomie gomtrique, qui traite des mouvements des corps clestes, se trouve subordonne la science gnrale de l'tre en mouvement, qui est la Physique la science de l'tre en mouvement, son tour, vient se soumettre la science absolue de ltre, c'est--dire la Philosophie premire. Et d'autre part, science du mouvement des corps clestes, l'Astronomie est subordonne cette science que nous nommons aujourd'hui la Cinmatique et qui traite du mouvement des solides abstraits la Cinmatique, son tour, est subordonne la Gomtrie qui tudie les proprits des figures en les sparant par abstraction de toute ide de mouvement.
;

que chaque science dmontre deviennent, leur tour, les principes pour la science subordonne celle-l elles enseignent cette science subordonne les causes qui lui donneront l'explication, le xh Zvj-\ des ralits dont elle constate le
les propositions
;

Or

Vb

07'..

Subordonne donc

la

Gomtrie, l'Astronomie recourra aux

thormes de cette science, et ces thormes lui permettront de reconnatre Les combinaisons de mouvements circulaires simples par lesquelles il sera possible de sauver les apparences. Subordonne la Physique, L'Astronomie empruntera la Physique les
vrits

que celle-ci dmontre,

el elle

s'en servira

p<>nr expliquer

i.

Voir chapitre IV,

Jl

e1 II;

1.

I,

jj>

i3o-i(

72

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

par leurs causes physiques les ralits que l'observation constate. Dans certains cas, l'astronome pourra, laide des principes de la Physique, justifier des propositions que les thormes de la Gomtrie lui affirment de leur ct. Ainsi, pour sauver les changements d'aspect qu'offre le ciel toile un observateur qui se dplace du Sud au Nord, ou bien encore pour sauver la figure que l'ombre de la Terre dessine sur la Lune partiellement clipse,
le

gomtre contraindra l'astronome d'admettre


;

la rotondit

de la

Terre

et,

d'autre part, le physicien, recourant la thorie de la

pesanteur, prouvera cette

mme

rotondit en

mme temps

fera connatre la cause naturelle.

En un

tel cas,

en la Gomtrie, d'une
qu'il
diff-

part, et la Physique, d'autre part, auront,

par des mthodes

rentes, justifi

une

mme
est

proposition d'Astronomie.
la

Mais

cette quivalence entre

mthode physique

mthode gomtrique et la exceptionnelle les deux mthodes, en


;

gnral, sont en puissance de consquences diffrentes

elles sont

donc appeles se complter lune l'autre, chacune d'elles donnant l'astronome des enseignements que l'autre serait impuissante lui fournir.

par exemple, que tous les mouvements clestes doivent tre produits par la composition de rotations uniformes attribues
S'il sait,

des orbes homocentriques au Monde, le gomtre pourra dire

combien, chaque plante, il faut attribuer d'orbes, autour de quel axe, dans quel sens, avec quelle vitesse il faut faire tourner chaque orbe, si l'on veut que les mouvements apparents de la plante soient exactement sauvs. Cette tche confie au gomtre, c'est celle qu'Eudoxe et Calippe se sont efforcs de mener bien, Mais pourquoi les mouvements des tres imprissables que sont les corps clestes se rduisent-ils exclusivement des rotations uniformes ? Pourquoi chacun des corps que ces rotations entranent doit-il tre compris entre deux surfaces sphriques concentriques au

Pourquoi ne peut-il subsister aucun espace vide entre ces divers corps ? Pourquoi le centre commun de leurs rotations doit-il tre contenu dans un corps concret et immobile ? Pourquoi ce corps qui demeure naturellement en repos au centre du Monde doit-il tre un corps grave ? Autant de questions auxquelles la Gomtrie ne saurait donner rponse. A chacune d'elles, au contraire, la Physique fait correspondre une affirmation trs formelle et trs prcise. Ce sont ces affirmations de la Physique qui dterminent la forme gnrale des seules hypothses dont le gomtre ait le droit d'user pour sauver les apparences. Cette justification des hypothses astronomiques l'aide
?

Monde

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

73

des principes de la Physique a prcisment t l'uvre propre dAristote


;

par

elle,

il

a prtendu transformer les combinaisons

gomtriquement acceptables d'Eudoxe et de Galippe en une doctrine physique dmontre d'une manire apodictique et, partant,
ncessaire.

La comparaison de l'uvre d'Aristote celle d'Eudoxe et de Galippe nous permet ainsi de saisir sur le vif les relations que le Stagirite tablissait entre la mthode gomtrique et la mthode
chacune d'elles dans la constitution de la Science astronomique au physicien, il demandait de dfinir les caractres indispensables qui doivent marquer les hypothses lgitimes; au gomtre, il laissait le soin de fixer le dtail de ces hypothses jusqu' ce qu'elles sauvassent les apparences. A ct de la mthode du gomtre, est-il absolument ncessaire d'introduire cette mthode du physicien qui, par une autre voie, se propose de rsoudre les mmes problmes astronomiques ? On en pourrait douter si la mthode du gomtre tait capable de donner une rponse exempte d'ambigut la question que Platon lui a pose. Mais s'il n'en est pas ainsi, s'il est possible de sauver galement les apparences au moyen de diverses combinaisons de
physique,
le rle qu'il attribuait
;

mouvements

circulaires et uniformes,

comment

choisira-t-on entre

ces hypothses diffrentes, mais galement satisfaisantes au juge-

ment de l'astronome ? Ne faudra-t-il pas, pour ce choix, recourir la dcision du physicien dont la mthode apparatra, ds lors, comme le complment indispensable de la mthode astronomique ? Or il est possible de sauver galement les apparences par des combinaisons diffrentes de mouvements circulaires et uniformes.
Le sens gomtrique des Grecs tait trop aiguis pour que cette vrit ait pu leur demeurer longtemps cache. De trs anciens
systmes astronomiques, celui de Philolaiis par exemple, n'avaient pu germer qu'en des esprits bien convaincus de ce principe Un
:

mme mouvement
ments absolus

relatif

peut tre obtenu au

moyen de mouve-

diffrents.

une circonstance se prsenta o les astronomes durent acqurir une conscience particulirement nette de cette vrit Des hypothses diffrentes peuvent tre galement propres reprsenter les phnomnes. Gette circonstance s'offrit lorsqu'on
tous cas,
:

En

reconnut qu'on pouvait galement rendre compte des anomalies les plantes, soit par des mouvements gocentriques, soit par les

mouvements

hliocentriques.

On comprit clairement qu'une


fttre

circutrs

lation de la Terre autour

du Soleil pouvait

une hypothse

74
propre sauver
les

LA COSMOLOGIE HFXLNIQUE

anomalies apparentes des plantes, partant trs satisfaisante aux yeux du gomtre, alors mme qu'en vertu des propositions qu'il tient pour tablies, le physicien dclarerait cette hypothse irrecevable. Le texte de Gminus, ou mieux de Posidonius, auquel nous

avons emprunt l'expos de la thorie hliocentrique d'Hraclide du Pont et que nous reproduirons dans un instant, semble dire
!
,

clairement que le Paradoxologue proposait la supposition du

vement
une
Si

terrestre

comme une hypothse

propre

mousauver gom-

triquement les apparences, sans donner cette supposition pour


vrit de Physique.
,

nous en croyons Plutarque 2 Aristarque de Samos donnait aussi sa thorie hliocentrique pour une hypothse purement gomtrique, tandis que Sleucus voulait qu'elle ft physiquement vraie.

Une autre circonstance appela vivement l'attention des astronomes hellnes sur cette vrit Deux hypothses gomtriques, distinctes Tune de l'autre, peuvent sauver avec une mme exactitude les phnomnes observs. Nous avons dit 3 en effet, comment, au temps d'Apollonius, on connaissait dj ce thorme On obtient, pour un astre errant, le mme mouvement apparent, soit qu'on fasse marcher cet astre sur un picycle dont l centre dcrit un cercle concentrique la Terre, soit que cette plante parcourre un cercle excentrique la Terre, de centre fixe ou de
:

centre mobile.

La lecture de YAlmageste de Ptolme nous montre qu'Hipparque attachait une extrme importance la trs parfaite quivaet lence de ces deux hypothses gomtriques dissemblables *
;

de l'admiration qu'il en prouvait, Adraste d'Aphrodisias nous a gard le tmoignage celui-ci disait, dans son enseignement que Thon de Smyrne nous a conserv 5 Hipparque a fait remarquer qu'elle est digne de l'attention du mathmaticien, la recherche de l'explication des phnomnes l'aide d'hypothd'ailleurs,
; :

ses si diffrentes, celle des cercles excentriques et celle des cercles

concentriques parcourus par des picycles.

Voir chapitre VII, IV, t. I, pp. [^10-^1%. Voir chapitre VII, VI, t. I, p. 423. 3. Voir chapitre VIII, 11, t. I, pp. 434-44 1. 4. Voir chapitre VIII, g IV, t. I, pp. 454-455. 5. Theonis Smyrn^i Platonici Liber de Astronomia Textum primus ediThon dit, latine vertit Th. H. Martin. Parisiis, 1849 cap. XXVI, p. 245. de Smyrne, philosophe platonicien, Exposition des connaissances mathmatiques utiles pour la lecture de Platon, traduite pour la premire fois du grec en franais par J. Du puis Paris, 1892. Troisime partie, Astronomie,
i.

2.

ch.

XXVI

ter, p.

269.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

75

Il

n'y a certainement qu'une seule hypothse qui soit conforme

hypothse astronomique qui sauve les phnomnes concorde avec celle-l par toutes les consquences qui peuvent tre compares aux observations c'est ce que les Grecs entendaient en disant de diverses hypothses qui engendrent le mme mouvement rsultant qu'elles s'accordent entre elles par accident (xax cujjisirjxo). Il est videmment conforme la raison qu'il y ait accord entre les deux hypothses des mathmaticiens sur les mouvements des astres, celle de l'picycle et ceU,e de l'excentrique l'une et l'autre s'accordent par accident
la nature des choses (xar oo-iv). Toute
;

avec celle qui est conforme la nature des choses, ce qui


l'objet

faisait

de l'admiration d'Hipparque.

Entre ces diverses hypothses qui s'accordent entre elles par

phnomnes, qui, par consquent, sont quivalentes au jugement de l'astronome, quelle est celle qui est conforme la nature? C'est au physicien de dcider.
accident, qui sauvent galement les

nous en croyons Adraste 2 Hipparque, plus expert en Astronomie qu'en Physique, se serait montr inhabile justifier cette
Si
,

dcision

II est clair

que, pour les motifs expliqus, des deux hypoth-

dont chacune est la consquence de l'autre, celle de l'picycle parat la plus commune, la plus gnralement admise, la plus
ses,

conforme la nature des choses. Car l'picycle est un grand cercle d'une sphre solide, celui que la plante dcrit dans son mouvement sur cette sphre, tandis que l'excentrique diffre entirement du cercle qui est conforme la nature, et est plutt dcrit par accident. Hipparque, persuad que le phnomne se produit ainsi, vante l'hypothse de l'picycle comme sienne propre et dit qu'il est probable que tous les corps clestes sont uniformment placs par rapport au centre du Monde, et qu'ils lui sont seinblablement unis. Mais lui-mme, ne connaissant pas suffisamment la Physique, n'a pas bien compris quel est le vrai mouvement des astres, le mouvement concordant avec la nature des choses, ni celui qui est par accident et qui n'est qu'une apparence. Il pose, cependant, en principe que l'picycle de chaque plante Be nrfeul sur un eercle concentrique et que la plante se meut sur l'picycle.
fin

prouvant que deux hypothses


de Smtiinb, Op. fand., ch. XXXII;
p.
?.[)[).
}

distinctes

pouvaient s'acMartin,
Martin,

Tmi'.mv
.1
.

d.

Th.

II.

p.

d.

>npuis,
jtnis,

2.
'il
.

Thon d S m trmb, Op. laad.


.1.
I >
1

ch.

XXXIV;

d. Th.

Il

|>.

Soi

p. 3o3.

76

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

corder par accident et sauver galement toutes les apparences du

gomtres antrieurs Hipparque ont grandement contribu dlimiter avec exactitude la porte des thories astronomiques. Adraste s'est attach prouver que l'hypothse de l'excentrique tait une consquence de l'hypothse de l'picycle Thon dmontre que l'hypothse de l'picycle peut, inversement, tre considre comme une consquence de l'hypothse de l'excentrique. Ces propositions mettent en vidence, selon lui, l'impossibilit o se trouve stronome de dcouvrir l'hypothse vraie, celle qui est conforme la .laturedes choses A quelque hypothse qu'on s'arrte 2 les apparences seront sauves c'est pour cela qu'on peut considrer comme vaines les discussions des mathmaticiens, dont les uns disent que les plantes ne sont emportes que sur des cercles excentriques, dont les autres prtendent qu'elles sont portes par des picycles, et d'autres encore qu'elles se meuvent autour du mme centre que la sphre des toiles fixes. Nous dmontrerons que les plantes dcrivent par accident ces trois sortes de cercles, un cercle autour du centre de l'Univers, ou un cercle excentrique ou un cercle picycle . Si la dcision qui dtermine l'hypothse vraie chappe la comptence de l'astronome, de celui qui se contente de combiner les figures abstraites du gomtre et de les comparer aux apparences dcrites par l'observateur, elle est donc rserve celui qui a mdit sur l'essence des corps clestes, au physicien celui-l seul est apte poser les principes l'aide desquels l'astronome, entre plusieurs suppositions galement propres sauver les phnomnes, discernera l'hypothse conforme la nature. Voil ce que le stocien Posidonius affirmait dans ses [Link]. Gminus, dans un commentaire abrg des Mtores de Posidonius, reproet, afin d'claircir la comparaison entre le duisait cette doctrine mathmaticien et le physicien qu'Aristote avait donne, au second
solaire,

mouvement

les

l'<-

chapitre

du

II

livre des Physiques, Simplicius reproduisait le pas-

sage crit par Gminus.


Voici ce passage
Il
3
:

appartient la thorie physique d'examiner ce qui concerne

l'essence

du

ciel et

des astres, leur puissance, leur qualit, leur


/

Thon de Smyrne, Op. laud., ch. XXVI; d. Th. H. Martin, pp. 2<45-2 J7 Dupuis, p. 269 2. Thon de Smyrne, Op. laud, ch. XXVI; d. Th. H. Martin, pp. 221-223 d. J. Dupuis, p. 25i. 3. SiMPLicii In Aristotelis Physicorum libros quattuor priores commentaria Edidit Hermannus Diels, Berolini, 1882, pp. 291-292 (comm. in lib. II,
i.

d. J.

on p.

II).

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

77

gnration et leur destruction et, par Jupiter, elle a aussi pouvoir de donner des dmonstrations touchant la grandeur, la figure
;

et

l'ordre de ces corps. L'xVstronomie, au contraire, n'a


;

aucune

mais ses dmonstrations ont pour objet l'ordre des corps clestes, aprs qu'elle a dclar que le ciel est vraiment ordonn elles discourt des figures, des grandeurs et des distances de la Terre, du Soleil et de la Lune
aptitude parler de ces premires choses
;
;

elle parle

des clipses, des conjonctions des astres, des proprits


et

qualitatives

quantitatives de leurs

mouvements. Puis donc


au point de

qu'elle

dpend de

la thorie qui considre les figures

vue de la qualit, de la grandeur et de la quantit, il est juste quelle require le secours de l'Arithmtique et de la Gomtrie et au sujet de ces choses, qui sont Jes seules dont elle soit autorise parler, il est ncessaire qu'elle s'accorde avec l'Arithmtique et la
;

Gomtrie. Bien souvent, d'ailleurs, l'astronome et le physicien prennent le mme chapitre de la Science pour objet de leurs

prouver que le Soleil est grand, ou que la Terre est sphrique mais, dans ce cas, le physicien doit dmontrer ils ne procdent pas par la mme voie chacune de ses propositions en les tirant de l'essence des corps, de leur puissance, de ce qui convient le mieux leur perfection, de leur gnration, de leur transformation l'astronome, au contraire, les tablit au moyen des circonstances qui accompagnent les grandmonstrations;
ils
;
;
;

se proposent, par exemple, de

deurs

et les figures,

des particularits qualitatives du mouvement,


le

du temps qui correspond ce mouvement. Souvent


produit
l'effet qu'il

physicien

s'at-

tachera la cause et portera son attention sur la puissance qui

que l'astronome tirera ses preuves des circonstances extrieures qui accompagnent ce mme effet il n'est point n capable de contempler la cause, de dire, par exemple, quelle cause produit la forme sphrique de la Terre et des astres. Dans certaines circonstances, dans le cas, par exemple, o il raisonne des clipses, il ne se propose aucunement de saisir une cause danf d'autres <as, il croit devoir poser certaines manires d'tre, titre d'hypothses, de telle favori que ces manires d tre une fois admises, les phnomnes soient sauvs. Par exemple, il se demande pourquoi le Soleil, la Lune el les autres astres errants semblent se mouvoir irrgulirement; qu'on suppose excentriques
tudie, tandis
;
;

au Monde Les cercles dcrits par les astres, ou qu'on suppose chacun des astres entran dans la rvolution d'un picycle, il L'irrgularit apparente <1' leur marche est galement sauve faut donc dclarer que les apparences peuvent tre galement produites par l'une ou par autre de ces manires d'tre, on sorte que
;

78
l'tude pratique des

LA COSMOLOGIE HKLLNIOU

mouvements des

astres errants est

avec l'explication que l'on aura suppose. C'est


clide
rit

conforme pour celaqu'Hra-

du Pont

dclarait qu'il est possible de sauver l'irrgula-

apparente du mouvement du Soleil en admettant que le Soleil demeure immobile et que la Terre se meut d'une certaine manire.
Il

n'appartient donc

aucunement l'astronome de connatre quel

corps est en repos par nature, de quelle qualit sont les corps

mobiles;

il

pose, titre d'hypothse, que tels corps sont immobiles,

que

examine quelles sont les suppositions avec lesquelles s'accordent les apparences clestes.
tels autres sont
et
il

en mouvement,

C'est
les

du physicien qu'il tient ses principes, principes selon lesquels mouvements des astres sont rguliers, uniformes et constants
;

au moyen de ces principes, il explique les rvolutions de toutes les toiles, aussi bien de celles qui dcrivent des cercles parallles l'quateur que des astres qui parcourent des cercles
puis,

obliques.

Nous avons tenu

citer ce texte

en entier

l'Antiquit ne nous

en fournit aucun o le rle de l'astronome et le rle du physicien soient plus exactement dfinis. Posidonius, pour marquer l'incapacit o se trouve l'astronome de saisir la vritable nature des mouvements clestes, invoque l'quivalence, dcouverte par Apollonius ou ses prdcesseurs, entre l'hypothse de l'excentrique et l'hypothse de l'pie ycle ct de cette vrit, il mentionne, en citant Hraclide du Pont, l'quivalence entre le systme gocentrique et le systme hliocentrique. Le platonicien Dercyllide, qui vivait au temps d'Auguste, avait compos un ouvrage intitul llepi too tpxTOu xal twv <r<pov8u^tov twv sv t^j IIoXite^ TOxp IlXram Aeyo{xvcov. Des fuseaux dont il est question dans la Rpublique de Platon. Cet crit renfermait des thories astronomiques dont Thon de Smyrne nous a conserv le rsum. Sur les relations de l'Astronomie et de la Physique, le platonicien Dercyllide pensait exactement comme le stocien Posidonius De mme, disait-il *, qu'en Gomtrie et en Musique, il est impossible, sans faire d'hypothses, de dduire les consqences des principes, de mme, en Astronomie, il faut exposer en premier lieu les hypothses partir desquelles procde la thorie du mouve; :

ment des

astres errants. Mais peut-tre, avant toute autre chose,

sujet de ce passage, voir h. VU, IV, Thon de Smyrne, Op. laud., ch. XLI ; d. J. Dupuis, p. 323.
i.

Au

t. I,

pp. 4io-4i7

2.

d.

Th. H. Martin,

p.

327;

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

79

convient-il de poser les principes sur lesquels repose l'tude des

Mathmatiques, ainsi que tout le monde en convient . La recherche de ce qui est en repos et de ce qui est en mouvement appartient au physicien, avait affirm Posidonius aussi, au nombre des principes qui prcdent les hypothses astronomiques,
;

Dercyllide prend-il soin de placer les propositions qui dtermiPuisqu'il n'est pas conforme que tous les corps soient en mouvement ou qu'ils soient tous en repos, mais puisque les uns sont en mouvement et les autres immobiles, il faut rechercher ce qui est ncessairement en repos dans l'Univers et ce qui est en mouvement. Il ajoute qu'if faut croire que la Terre, foyer de la maison des dieux, suivant Platon, reste en repos, et que les plantes se meuvent avec toute la vote cleste qui les enveloppe. Pour Dercyllide, fidle l'enseignement de Platon, les principes de l'Astronomie ne sont pas seulement des vrits de Physique, mais aussi des dogmes relifixes.

nent les corps absolument

la raison

gieux.

Ces principes, que le physicien ou le thologien tablit et formule, Dercyllide ne laisse pas au mathmaticien la facult de s'en
affranchir
;

celui-ci n'aurait

pas

le droit
si

de poser des hypothses

destines sauver les apparences,


saient aux principes
;

ces hypothses contredi-

telle serait la

supposition attribue par Posi-

donius et par Gminus Hraclide du Pont, la supposition selon


laquelle le Soleil serait immobile et la Terre mobile

Dercyllide

opposs aux fondements de la Mathmatique, ceux qui arrtent les corps en mouvement, et qui mettent en mouvement les corps qui sont immobiles par nature et par la place qu'ils occupent
>.

rejette avec excration,

comme

rigoureusement imposs au respect de l'astronome, Dercyllide ne range pas la ncessit, pour tous les mouvements clestes, de se rduire des rotations autour du centre du Monde le mouvement d'une plante sur un picycle dont le centre dcrit lui-mme une circonfrence concensi
;

Au nombre

des principes physiques,

trique L'Univers ne lui parait pas contredire la saine Physique.


Il

ne croit pas, nous


soient la

dit

excentriques

rlistance d'un plante

Thon de Smyrne que les cercles cause du mouvement qui fait va lier la la Terre. Il pense que tout ce qui se meut
!
,

dans
et

le ciel est
;

du Monde

emport autour d'un centre unique <lu mouvement il pense donc que 1<- mouvement Buivani desexcen-

l.

Thon de Smyhne,

loc.

cit.,

d. Th.

II.

Martin,

j>.

83

<\. J.

Dupuifj

p.

325.

80
triques]

LA COSMOLOGIE

HELLMQUE

que prsentent les plantes, n'est pas un mouvement principal, mais un mouvement par accident il rsulte, comme nous l'avons dmontr plus haut, du mouvement par picycle et cercle concentrique, picycle et cercle qui sont dcrits dans l'paisseur d'un or je homocentrique au Monde. Car chaque orbe a deux surfaces, une surface intrieure qui est concave et une surface extrieure qui est convexe c'est entre ces deux surfaces que l'astre se meut suivant un picycle et un cercle concentrique par l'effet de ce mouvement, il dcrit par accident un cercle excentrique. Pourquoi Dercyllide regarde-t-il comme oppos aux principes de sa Physique le mouvement d'une plante suivant un cercle excentrique au iMonde ? Pourquoi, au contraire, cette mme Phy;

sique admet-elle qu'une plante dcrive

parcourt un cercle

un picycle dont le centre concentrique l'Univers ? Ce que Thon de


doctrines de ce platonicien ne nous
il

Smyrne nous rapporte des

fournit pas de rponse formelle cette question. Mais

permis de supposer que les raisons invoques par Dercyllide pour justifier son choix ne diffraient pas de celles qui poussent Adraste d'Aphrodisias adopter une opinion toute semblable. Au tmoignage de Thon de Smyrne ', Adraste d'Aphrodisias attribue chaque astre errant un orbe que contiennent deux surfaces sphriques concentriques l'Univers. A l'intrieur de cet orbe, se trouve une sphre pleine qui en occupe toute l'paisseur. L'astre, enfin, est enchss dans cette sphre pleine. L'orbe entrane la sphre pleine dans la rotation qu'il effectue autour du centre du Monde, tandis que la sphre pleine tourne sur elle-mme. Par ce mcanisme, la plante dcrit un picycle dont le centre parcourt un cercle concentrique au Monde. Adraste d'Aphrodisias, et Thon de Smyrne aprs lui, dclarent ces ce mcanisme conforme aux principes de la saine Physique principes ne sont donc plus pour eux ce qu'ils taient pour Aristote il semble qu'ils se rduisent, en la pense de ces astronomes, "cette seule proposition Les mouvements clestes peuvent tre reprsents par un assemblage de sphres solides, creuses ou pleines, dont chacune tourne d'un mouvement uniforme autour de son propre centre. Ce qui est selon la nature, en effet, c'est que
est
;

certaines lignes circulaires ou hlicodales ne soient pas dcrites

par les astres eux-mmes,


i.

et

d'eux-mmes ^ en sens contraire du

Thon de Smyrne, Op. laud., ch. XXXI et ch. XXXII; d. Th. H. Martin, p. 275 et pp. 281-285; d. J. Dupuis, p. 289 et pp. 293-295. r dazpu 1. D'aprs Th. H. Martin (d. cit., p. 274, note 5), le ms. porte avr xT t' aura ces derniers mots Th. H. Martin a substitu les mots xt rar; M. J. Dupuis a suivi cette leon, qui nous semble fcheuse.
;

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

|.

LES HELLNES

81

pas de cercles qui tournent autour de leurs centres particuliers, en entranant des astres qui leur sont invariablement lis... Comment
;

mouvement de

l'Univers

c'est qu'il n'existe

en

se pourrait-il

effet,

que

de| pareils corps fassent lis

des cercles immat-

riels ?

loin que le stocien Clanthe avait rpudi les agencements d'orbes solides multiples par lesquels Eudoxe et Calippe rendaient compte des mouvements clestes selon Clanthe, chaque astre se mouvait

Nous verrons un peu plus

conception

en forme de spirale mais encore au mouvement par excentrique ou par picycle ils rejettent toute thorie qui se borne tracer l'astre errant un chemin gomtrique ils acceptent qu'une plante dcrive un picycle dont le centre parcourt un cercle concentrique au Monde parce qu'ils ont dcouvert un procd qui permet d'imposer telle trajectoire en faisant 1 astre une tourner sur elles-mmes des sphres solides convenablement agences. Une hypothse leur semble compatible avec la nature des choses lorsqu'un habile tourneur la peut raliser avec du mtal ou du bois. Combien de nos contemporains n'ont point, de la saine Physique, une sutre
;

des mouvements naturels. Cette doctrine de Dercyllide inspire visiblement Adraste d'Aphrodisias et Thon de Smyrne avec Dercyllide, sans doute, ils 1 appliquent non seulement au mouvement
;

pas comme sertis dans une sphre rigide. Dercyllide combattait cette manire de voir il exigeait que l'hlice ft dcrite par accident et que seules, les rotations uniformes d'orbes solides pussent tre regardes
;

dcrivant la ligne gomtrique spirale, Yhlice, qu'Eudoxe et. Calippe lui faisaient parcourir en composant les rotations des diverses orbites. Cette doctrine parait, d'ailleurs, avoir t reue de nombre de Stociens. Cicron, par exemple, dit des astres Ces* par leur propre effort qu'ils gardent la figure sphrique' e est parleur figure et leur forme qu'ils se maintiennent en quilibre ... Il semble, par l, qu'il ne les regarde
ciel,

de lui-mme, au sein d

comme

Thon de Smyrne avoue sans ambages l'extrme


qu qu
i

importai,,,.-

nous apprend un agencement de sphres solides capable de figurer la thorie astronomique de Platon Platon dit, en effet qu on ferait un travail inutile si l'on voulait exposer ces phnom,;

accorde ces reprsentations matrielles

il

,1

avait construit

Ctciton,

De natura deorum,U
'""'''
-

.%/d,3 ""
DUHKM
1.

40 ch
-

xv,

'

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-'

M.

82

IA COSMOLOGIE HELLNIQUE

ns sans des images qui parlent aux yeux Thon va plus loin Platon lui-mme l'opinion qui rejette le encore il attribue mouvement excentrique des plantes pour leur donner un mou.

vement suivant un picycle dont centrique au Monde.

le centre

parcourt un cercle con-

Platon n'avait jamais eu formuler une telle prfrence, car jamais, sans doute, l'hypothse de l'excentrique ni l'hypothse de l'picycle ne 6'tait prsente son esprit les
ralit,
;

En

rvolutions homocentriques l'Univers sont les seules auxquelles


il

ait fait

allusion dans ses crits


2

Proclus a eu grandement raison


cette vrit.

d'affirmer plusieurs reprises

Adraste et Thon, cependant, n'avaient pas entirement tort en se rclamant des principes de la Physique platonicienne. Platon

chaque astre un mouvement de rotation autour de il semble, ds lors, que la rotation de la son propre centre sphre picycle sur elle-mme n'et point choqu ses doctrines touchant les rvolutions clestes il semble qu'il et pu se rallier la thorie du Soleil propose par Hipparque. Seule, la Physique d'Aristote tait vraiment incompatible avec l'existence des
attribuait
;
;

picycles

incapable

d'aucune

altration, inacessissible toute

violence, l'essence cleste ne pouvait, selon cette Physique, manifester d'autre

mouvement que son mouvement naturel

et

son seul

mouvement

naturel, c'tait la rotation uniforme autour

du centre

pour Thon de Smyrne, vraisemblablement aussi pour Dercyllide, le mathmaticien devait porter son choix sur une hypothse astronomique qui ft conforme la nature des choses. Mais, pour ses philosophes, cette conformit ne s'apprciait plus au moyen des principes de Physique qu'Ariset

de l'Univers. Pour Adraste d'Aphrodisias

tote avait poss

elle se reconnaissait la possibilit

de construire

avec des sphres solides convenablement embotes un mcanisme qui reprsentt les mouvements clestes le mouvement
;

d'une plante, entrane par la rvolution d'un excentrique dont le centre parcourt un cercle concentrique au Monde, se laissait
ainsi figurer

par

l'art

du tourneur;
;

c'tait

donc une hypothse

que le physicien pouvait recevoir, en dpit des proprits de Ja cinquime essence pripatticienne il pouvait l'adopter tout aussi
XXXIV;

i.

d. J.

Thon de Smyrne, Op. laud. Dupuis, p. 3o5.

ch.

d.

Th. H. Martin,

p.

3o3

Timum commentaria. Edidit a. Procli Diadochi ,/// Platonis Diehl ; Lipsiae, igo3-ic)oG. BijSiov r (Tim. 36 D), t. II, p. 264 (Tim. 3g DE), t. III, p. 96 BtjBMov A (Tim. 4o CD), t. III. p. i/|6.
;

Ernestus Bc!3).iov 1

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

83

bien que le systme des Calippe et d'Aristote.

sphres homocentriques d'Eudoxe, de

III

LES OPINIONS DE PTOLME SUR LA VALEUR DES HYPOTHSES ASTRONOMIQUES

A. La Grande syntaxe mathmatique

Les progrs de l'Astronomie rendirent bientt intenable la position prise par Adraste et par Thon. Du jour o Ptolme, pour reprsenter les ingalits du mouvement plantaire, fit porter chaque plante par un picycle dont le centre, au lieu de demeurer toujours gale distance du centre de l'Univers, dcrivait un cercle excentrique au Monde, l'agencement de sphres imagin par Adraste d'Aphrodisias et par Thon de Smyrne devint
inca-

pable de reprsenter une telle marche. Cette incapacit crt chacune des complications que Ptolme fut contraint
d'apporter,

phnomnes fussent sauvs, aux hypothses primitives d'Hipparque. Assurment, un pripatticien ne pouvait dclaafin les

que

rer les hypothses de la Syntaxe conformes aux principes de sa Physique, car elles ne rduisaient pas tous les mouvements
cles-

des rvolutions homocentriques mais un disciple d' Adraste et de Thon ne pouvait davantage les regarder comme physiquement recevables, car aucun tourneur, semble-t-il, n'en pouvait construire une reprsentation faite de bois ou de mtal. Il est donc clair que les partisans de Ptolme taient tenus, sous peine de renoncera leur doctrine, d'affranchir les hypothses
tes
;

astrono-

miques des conditions auxquelles


gnral, asservies.

les Physiciens, les avaient,

en

chacun des astres errants un orbe d'une certaine paisseur, contigu aux orbes de l'astre qui le prcde et de l'astre qui le suit. Entre les deux surfaces sphriques,

Ptolme attribue

concen-

triques au

Monde, qui dlimitent sa sphre,


rsulte

la plante se

meut

des hypothses nombreuses et compliques qui ont t exposes dans la Syntaxe. Comment doit-on concevoir l'accord de ces suppositions avec les principes de la Physi-

son

mouvement

que ? En d'autres termes, quelles conditions la Physique est-elle en droit d'imposer aux hypothses de l'Astronomie ? A
i

cette

C"mPlOllMfa,Mro&#M

t.

D, pp.

118.116; d. Heiber^e'.oc'; pars

mathmatique, litre IX, eh. 1:61, Hnlma,


II,

pp. 206-207.

84

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
f

dans l'avant-propos de son uvre, une rponse qui semble inspire par la plus pure tradition platonicienne les postulats fondamentaux de l'Astronomie semblaient d'ternelles vrits, imposes avec la mme autorit que des dogmes religieux. Mais bientt l'Astronome de Pluse dut reconnatre que des rgles aussi rigides laisseraient malaisment construire une thorie capable de sauver exactement les apparences ces rgles, il les assouplit peu peu jusqu' les fausser il en vint enfin professer cette doctrine L'astronome qui cherche des hypothses propres sauver les mouvements apparents des astres ne doit connatre d'autre guide que la rgle de la plus grande simplicit. C'est cette doctrine qu'il formule clairement en ce pas,
;
;

question, Ptolme donnait

sage
<(

2
:

du mieux qu'on le peut, adapter les hypothses les plus simples aux mouvements clestes mais si cela ne russit pas,
Il

faut,

il

faut en prendre qui soient acceptables.

'[Link]'Oou {xv

w;

Ivi

mXiora

toc

aTcXoDarspaTtov U7io9a-stov scpapjjiogiv Talc sv t> opavw

L'exacte reprsentation des

mouvements

clestes pourra con-

graduellement ses suppositions mais la complexit du systme auquel il se sera arrt ne pourra tre un motif de rejeter ce systme s'il s'accorde exactement avec les observations En effet, si chacun des mouvements apparents se trouve sauv titre de consquence des hypo;

traindre l'astronome compliquer

thses,

qui donc encore semblerait-il tonnant que, de


rsulter
3

ces

mouvements compliqus, pussent


corps clestes.

les

mouvements des

(Ju'on n'aille pas considrer les constructions abstraites que

nous avons agences, afin de juger, par l, des difficults mmes des hypothses. Il ne convient pas, en effet, de comparer les choses humaines aux choses divines il ne faut pas fonder notre confiance touchant des objets si haut placs, en nous appuyant sur des exemples tirs de ce qui en diffre le plus. Y a-t-il rien, en effet, qui diffre plus des tres immuables, que les tres continuel;

lement changeants ? Ni rien qui diffre plus des tres qui sont soumis la contrainte de l'Univers entier que les tres affranchis mme de la contrainte qu'ils exercent ?

i.

2.

Voir Ch. VIN, X, t. I, pp. 485-/487. Claude Ptqlm&e, Composition mathmati que, livre
:

XIII, ch. II;

<<!.

Un hua.

3. '7vuc6;xvai, arriver par accident, xr o-upfobjxo;; en langage moderne, rsulter de la composition d'autres mouvements.

PHYSICIENS KT ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

85

de vouloir imposer aux mouvements des corps clestes l'obligation de se laisser figurer par des mcanismes de bois ou de mtal.
folie

C'est

donc

Tant que nous les considrons dans ces reprsentations construites par nous, nous trouvons pnibles la composition et la succession des divers mouvements les agencer de telle manire que chacun d'eux puisse s'effectuer librement nous parat une tche difficile (xal 'jmzpurzov icpo to twv xivr^ewv xwX'jTov). Mais si nous examinons ce qui se passe dans le Ciel, nous ne sommes

plus du

tout entravs par

un semblable mlange de mouve-

ments.

Assurment, Ptolme veut marquer, dans ce passage, que les mouvements multiples qu'il compose, dans la Syntaxe, pour dterminer la trajectoire d'un astre, n'ont aucune ralit le mouvement rsultant est le seul qui se produise dans le Ciel.
;

Parmi les mouvements que l'astronome est ainsi conduit attribuer aux astres pour sauver les phnomnes, pourrait-il s'en rennature de l'essence cleste? Nullement. Il n'y a, dans la rgion o se produisent ces mouvements, aucune essence qui soit, par nature, doue de la puissance de s'opposer ces mouvements ce qui s'y trouve cde avec indiffrence aux mouvements naturels de chacun des astres
;

contrer auxquels rpugnerait la

et les laisse passer,

bien que ces mouvements se produisent en des

en sorte que tous les astres peuvent passer, et que tous peuvent tre aperus, au travers de tous les fluides qui sont
;

sens opposs

rpandus d'une manire homogne.

MjSejus

Tioo,- T o rat* xax o&riv cxaraiv xtviireonv, xav evavuai Tjyyvtocriv,

%tmk

fttl [Link]~, XXfc crjfxuiTpou

^ap^ouar,; -ap' eixe-.v xal iapay wpev


w; Trvra

Stfcitywv faj tv
Oa'..

xwpiwv

xal 8uxvt<rau xal Siaoalvcfffci ouvaa-

Malgr

la concision

la doctrine

de cet expos, nous y percevons nettement que Ptolme professe touchant les hypothses astro-

Qomiques. Les diverses rotations surdes cercles concentriques ou excentriques, sur des picycles, rotations qu'il faut composer entre elles pour obtenir la trajectoire d'un astre errant, sont
artifices; ces artifices sont

seulement des combins en vue de sauver les phnoles

mnes
tions

l'aide

des hypothses
il
\

trouver.

Mais

;iU

pins simples qui se puissent bien se garder de croire que s construc-

mcaniques aient, dans le Ciel, la moindre ralit. La sphre de chacun des astres errants est remplie d'une substance fluide qui n oppose aucune rsistance au mouvement
des corps qu'elle

86
baigne.

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

Au

sein de cette

substance, l'astre dcrit sa trajectoire

plus ou moins complique sans qu'aucune sphre solide le guide

en sa marche. Tout en professant une thorie astronomique plus savante, Ptolme se rclame d'une Physique toute semblable celle de Clanthe et des Stociens. Il n'a cure des critiques que Dercyllide, Adraste d'Aphrodisias et Thon de Smyrne adressaient cette Physique. L'attitude de Ptolme l'gard du thorme de l'quivalence entre l'picycle et l'excentrique marque nettement sa rupture avec les principes dont se rclamaient Adraste et Thon. L^ mouvement du Soleil est galement sauv soit qu'on fasse dcrire cet astre un cercle excentrique au Monde, soit qu'o le fasse tourner avec un picycle dont le centre demeure toujours la mme distance du centre de l'Univers. De ces deux hypothses, quelle est celle qu'une saine Physique commande d'adopter ? Selon Adraste et Thon, c'est l'hypothse de l'picycle, car un mcanisme form de sphres solides embotes les unes dans les autres permet alors de figurer la march du Soleil. Selon Ptolme il est plus raisonnable de s'attacher l'hypothse de l'excentrique, parce qu'elle est plus simple, parce qu'elle ne suppose qu'un seul
1
,

mouvement,

et

non deux

IV
LES OPINIONS DE PTOLME SUR LA VALEUR DES HYPOTHSES ASTRONOMIQUES.

B, Les Hypothses des plantes

La

lecture de la Syntaxe mathmatique nous a permis de faire

les observations

que voici

Au dbut de son ouvrage, Ptolme formule comme si l'Astronomie tout entire devait reposer
sique.

ses postulats

sur des princi-

pes d'une entire certitude, sur d'incontestables vrits de Phy-

au contraire, instruit par l'exprience, l'auteur ne donne plus ses hypothses que comme artifices propres sauver, artifices provile plus simplement possibJ j, les phnomnes soires, d'ailleurs, qu'on devra complter et modifier au fur et mesure que des observations plus prcises en viendront marquer
la fin,
;

l'insuffisance.
i. t.
I,

Claude Ptolme, Composition mathmatique,


pp. 18S-184
;

livre

III,

ch.

IV

d.

Halma,

[Link],

r', J',

pars

I,

p. 23a.

PHYSICIENS ET ASTRONOMI

87

Est-ce l, au sujet de la valeur des hypothses astronomiques,

Ptolme? Non pas. L'activit scientifique de Ptolme ne prit pas fin lorsque la Grande syntaxe mathmatique eut reu son achvement. Quelques annes plus tard, cet astronome revenait, dans un nouvel crit, aux problmes qu'examinait la Syntaxe il leur consacrait un trait mi deux livres intitul Les hypothses des astres errants (TicoGo'si
l'ultime pense de
;
:

7()7

TrXavcopiviov).

Le texte grec du premier livre de cet ouvrage est connu et publi depuis le xvn e sicle C'est un expos du systme astronol
.

mique des excentriques peu de choses ce qu'il


la plus

des picycles. Ptolme y change fort avait dit dans la Syntaxe. La modification
et

importante touche la thorie du changement d'inclinaison de l'picycle nous aurons occasion d'en dire quelques mots dans
;

un prochain chapitre \ Le texte grec du second livre est perdu. On en connat seulement une mdiocre version arabe dont la traduction allemande, commence par L. Nix et acheve par MM. [Link] et P. Heegard,
a t

rcemment publie'.
'*

L'authenticit de ce second livre n'est pas douteuse.

qu'une allusion de Proclus aux Hypothses des plantes de Ptolme concorde avec ce que nous lisons dans cet ouvrage. Il y a plus Simplicius, dans un de ses commentaires,
:
'

Nous avons dj vu

un propos tenu par Ptolme au second livre des Hypothses . Or le passage cit par Simplicius se reconnat trs exactement dans la version arabe, comme nous le verrapporte textuellement
rons plus loin.

que l'authenticit du second livre des Hypothses se trouve ainsi confirme sans ces tmoignages, en effet, nous aurions quelque peine y reconnatre l'uvre de Ptolme, tant l'esprit en parait diffrent de celui qui anime la Syntaxe. Voici comment dbute le second livre des Hypothses 6 Nous avons, pour la plus grande part, expos les relations qui
Il

n'est pas superflu

existent entre

l<*s

mouvements des sphres,

telles qu'elles ont t

i. Procli Sphra, Ptolcilbi de ffypothetibut planetaru/n liber einguiari nunc primum in lucein editut*... II lustra vt Joh. Bainbridge< Londioi, 1620.

2.
3.

Voir

Chapitre

XII,

vil.

Claumi Ptolcmabi Opra 'pur exetant ornnia. Volumen II. Opra attro* nomica minora. Bdidil J L. tfeiberg. Lipsias, MDCCCCVII. *YfroMaM* zw KAt&tuivV B\ Ex Arabico interpretatui eal Ludovicui Nix, Voir Chapitre IX. I V t. II, pp. \\-'\\ !\. !i. SiMPLicn In Aritotelit quatuor iibro de Ccelo commentaria } in lilt. II, cap. vin (Edition grecque de Karsten, pp. dition grecque de He*
:

ber, p. 456). l'rohME, Hypothte dc plantes, livre

il;

rit..

j>.

m.

88

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

tablies par les observations poursuivies jusqu' nos jours. Ces

mouvements, toutefois, et l'ordre dans lequel ils se succdent, nous nous sommes contents de les figurer dune manire simple, au moyen des cercles qui sont parcourus en ces mouvements. Il nous reste donc dcrire les formes des corps au sein desquels nous concevons ces cercles et pour cela, il nous faut appuyer
!
;

ce qui convient la nature des corps des sphres [clestes],

accompagne ncessairement existence ternellement immuable.


ce qui

les

principes

dous d'une

L'intention de Ptolme est clairement nonce par ces lignes.

Ce qu'Adraste d'Aphrodisias avait fait pour la thorie astronomique d'Hipparque, il va le reprendre pour la thorie des astres errants que la Syntaxe a expose. Il va combiner et agencer des corps solides dont les mouvements reproduisent les excentriques et les picycles dcrits par les astres. Mais ce mcanisme, il ne le donnera pas pour une simple image, pour un pur modle des hypothses conues en vue de sauver les apparences il le regardera comme l'expression de la constitution relle des sphres et cette opinion, il tentera d'en dmontrer l'exactitude, clestes de la dduire de la nature de la substance qui forme le Ciel. Par l, les thories astronomiques que. la Syntaxe avait prsentes se trouveront comprises dans une doctrine physique analogue celle qu'Aristote avait formule au trait Du Ciel et en la Mtaphysique, dans une doctrine destine remplacer ce systme pri;

patticien dsormais

condamn
et titre

de principes, poser quelles sont les proprits de ce qu'il nomme les corps thrs. L'examen physique, crit-il 2 nous conduit supposer que les corps thrs ne souffrent aucune passion et ne subissent aucun changement, encore qu'ils demeurent, pendant tout le cours du

Ptolme va donc, tout d'abord,

temps, diffrents lesuns des autres


la supposition

Cet

examen nous mne

que les corps thrs ne changent pas, comme nous l'avons dj dit, que leurs formes sont rondes, et que leurs actions sont des actions exerces par des choses dont toutes les parties
sont analogues entre elles.

Subdivis en corps homognes, dont la figure demeure ternellement immuable, que dlimitent des surfaces sphriques,
l'ther de

maintenant tout semblable la cinquime essence qu'Aristote a dfinie nous n'y retrouvons plus l'ther

Ptolme

est

i.

Le texte

2,

dit ces sphres. Ptolme, Op. laua., d. cit.. pp. 111-113.


:

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

89

que considrait la Syntaxe, ce fluide qui n'opposait aucune rsistance au mouvement des astres. L'ther dsormais considr par Ptolme va donc tre partag, comme la cinquime essence d'Aristote, en corps solides que des surfaces sphriques circonscriront et spareront les uns des autres seulement, Ptolme n'imposera plus chacune de ces surfaces la condition d'tre concentrique la Terre. Chacun de ces corps solides sera anim, par lui-mme, d'une rotation uniforme en vertu de laquelle il glissera librement sur la masse qui l'entoure; cette libert, cependant, ne sera pas entire, car les ples autour desquels tourne une de ces masses demeureront fixement attachs la masse enveloppante et prendront part au mouvement de cette sphre. Pour les sphres que nous construirons ', le mouvement sphrique [le mouvement de rotation], possde ncessairement deux points qui touchent la sphre et qu'on nomme les ples... Notre thorie s'appuie donc sur la supposition, faite galement par Aristote, que les ples de la sphre enveloppe sont fixement lis la sphre enveloppante. Gomment, entre deux sphres clestes, une telle liaison se peutelle concevoir ? La rponse cette question soulve de grandes difficults. Ces difficults, Ptolme ne les dissimule pas, bien au contraire. Bref, dit-il 2 s'il est difficile de comprendre que les mouvements clestes n'aient pas lieu autour de ples fixes, j'estime, cependant, qu'il est encore plus difficile de concevoir de quelle sorte sont ces ples de deux sphres ainsi relies Tune l'autre, [il est difficile d'imaginer] comment la surface de la sphre extrieure est attache de tels ples, comment la sphre enveloppe est retenue par eux [il est difficile de saisir] la raison de la liaison que les ples ont avec chacune des deux sphres. Admettons-nous, en effet, que ces ples sont de simples points ? Alors, nous attachons des corps des choses qui ne sont point corps nous relions entre elles des choses doues de grandeur et de force l'aide de ce qui n'a pas de grandeur, de ce qui n'est absolument rien.
;
,
;

des corps? Sont-ils analogues a dos chevilb-s de bois ou des boutons? Les diverses suppositions que nous pouvons faire sur la nature oV ces corps aboutissent
)>

Les regardons-nom

comme

toutes des consquences galement inconcevables, que

Astro-

nome de

Plus numre avec complaisance.

Ici

encore, nous

i.

I'[Link]. Op. laud.y d. cit.,

j>.

\\\.

l,

Pnn-KMKK. Op.

I<ni<i.<

ni. cil,, nu. Il 5-11 7.

90

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

nous trouvons dans l'embarras , dit-il aprs avoir analys la dernire de ces suppositions. En dpit de cet embarras, il admettra l'hypothse de ces sphres dont chacune tourne d'un mouvement uniforme autour de ples fixement attachs la sphre enveloppante. Gomment Ptolme va-t-il, l'aide de semblables sphres, combiner un mcanisme capable de reproduire les mouvements que la Syntaxe et le premier livre des Hypothses ont dcrits ? La sphre suprme, celle qui se trouve aux confins de l'Univers, n'est plus la sphre des toiles fixes c'est une sphre sans astre, la sphre motrice de la sphre des toiles fixes *. Cette premire sphre est charge de communiquer le mouvement diurne, d'Orient en Occident, l'orbe toile. L'orbe toile, son tour, se meut en sens contraire du mouvement de la premire sphre,
;

c'est--dire vers l'Orient .

Son mouvement

est celui qui

dplace

trs

lentement les points quinoxiaux suivant la loi qu'Hipparque a dcouverte, que Ptolme a tudie, que nous analyserons au Chapitre XII. Au-dessous des deux orbes dont nous venons de parler, se trouve

mcanisme qui doit mettre en mouvement la plante Saturne. Jupiter, Mars seront mus par des combinaisons toutes semblables
le

de sphres. Voici comment est constitu l'ensemble d'orbes qui est attribu chacune de ces plantes 2 Les deux surfaces sphriques S et t (fig. 13) ont pour centre le centre C du Monde elles comprennent entre elles ce que Ptolme nomme la sphre de la plante. Les deux surfaces sphriques S et <y ont pour commun centre le centre C de l'excentrique de la plante entre elles est compris Y orbe dfrent D. Dans l'paisseur de l'orbe dfrent est loge la sphre picycle E celle-ci, notre figure a donn un diamtre gal l'paisseur de
.

l'orbe

dfrent
et
;

le calcul

des distances des plantes reproduit

par Proclus en soit ainsi

que Simplicius attribue Ptolme suppose qu'il mais ni le texte des Hypothses ni les figures qui accompagnent le manuscrit arabe ne font cette supposition. Dans

la sphre picycle

est

enchsse la plante P.

que comprennent entre elles les surfaces S et S', et la masse solide a, que terminent les surfaces a-' et s-, sont animes, chacune, de deux rotations autour d'axes passant par le centre C du Monde l'une de ces rotations, la rvolution diurne,
solide A,
;

La masse

i.

2.

Ptolme, Op. laud., d. Ptolme, Op. laud., d.

cit., p.

120.

cit.,

pp. i25-i32.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

91

en Occident autour de ples qui sont les ples du Monde l'autre, trs lente et marchant d'Occident en Orient, a pour ples les ples de l'cliptique. Les masses A et a communiquent cette double rotation l'orbe dfrent D qu'elles comprennent entre elles mais, en outre,
s'effectue d'Orient
; ;

une troisime rotation entraine celui-ci cette rotation s'effectue autour du centre G' de l'excentrique plantaire, et ses ples sont
;

particuliers la plante.

Tous ces mouvements


celle-ci,

se

communiquent

la

sphre picyclc

sou tour, tourne autour d'un axe passant par son centre parla rotation de la sphre picyclc, la plante dcrit un grand
;

cercle de cette sphre, qui est le cercle picycle considr par la

Syntaxe
le centre

en
de

mme
la

temps, par la rvolution de l'orbe dfrent,

traite la

sphre picycle dcrit le cercle excentrique dont Syntaxe. Enfin, la sphre picycle subit le mouvement

oscillatoire par Lequel

Ptolme explique
Le

la

variation de l'incli-

naison du plan du cercle picyclc sur


trique.

plan du cercle excen-

Au-dessous de

La

sphre de Mars,

se

trouve
i

la constitution de cette dernire sphre

<

st

sphre du Soleil un ><*u plus simple que


La
j
'

celle des sphres des plantes suprieures, puisque


i.

Le

Soleil n'a

Ptolmk, Op, laud., d.

cit., pp.

i32-i33.

92

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

pas cTpicycle l'astre est, ici, directement enchss dans la substance de l'orbe dfrent. La sphre de Vnus est constitue comme celles des plantes suprieures \ La sphre de Mercure est plus complique en effet le centre du cercle excentrique de Mercure n'est pas fixe, selon Ptolme il dcrit un cercle dont le centre diffre du centre du
;
;

Monde, mais dont la circonfrence passe par le centre du Monde. Voici donc comment les Hypothses composent la sphre de Mercure 2 Cette sphre est borne par deux surfaces sphriques S et a (fig. 14) dont le centre commun est le centre G du Monde ou de la
:

Terre.

Entre ces deux premires surfaces sphriques, se trouvent deux autres surfaces sphriques, parallles entre elles, S' et a*', dont le
centre est

un point

G',

distinct

du point

G.
a
7

leur tour, les deux surfaces S' et

comprennent entre

elles

deux autres surfaces sphriques, parallles l'une l'autre, S", a", dont le centre est symtrique du point G par rapport au point C C'est entre les deux surfaces S" et <r" qu'est loge la sphre picycle E dans laquelle la plante P est enchsse. La masse solide A, comprise entre les surfaces S et S', et la masse solide a, comprise entre les surfaces c et <r', se meuvent des deux mouvements de rotation dont nous les avons vues animes lorsque nous avons dcrit les orbes des plantes suprieures elles communiquent ces deux mouvements toutes les orbites

qu'elles contiennent entre elles.

La masse B, que dlimitent les deux surfaces S', S", et la masse (3, que dlimitent les deux surfaces o-', <j", sont animes d'un mme mouvement de rotation autour du point C cette rotation est identique celle que Ptolme attribue au centre de l'excentrique. Ces deux masses B et p composent, par leur ensemble, la
f
;

sphre dfrente de f excentrique

La sphre dfrente de V excentrique communique le mouvement de rotation dont elle est anime la sphre dfrente de picyle moucle D, qu'enferment les deux surfaces sphriques S" et <t" vement propre de cet orbe suit des lois semblables celles du
;

mouvement propre de

l'orbe dfrent des plantes suprieures.

Selon la Syntaxe, le centre de l'excentrique de la Lune dcrit un cercle concentrique au Monde il est bien facile de donner la
;

i.

2.

Ptolme, Op. laud., d. cit., p. i3i. Ptolme, Op. laud., d. cit., pp. i33-i38.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

93
f
;

Lune des

orbites capables de

remplir une

telle condition

il

suffit d'attribuer

cet astre des orbes agencs

comme

les orbes

dune

plante suprieure, et d'entourer tous ces orbes d'une sphre

creuse, concentrique au

sphre leur communiquera une rotation identique celle que Ptolme attribue au centre de
;

Monde

cette

l'excentrique.

l'iii

if\.

combinaison d'orbes solides, continus les uns aux autres, qui reprsenteront fidlement, si on les anime de mouvements appropris, Le systme astronomique de la Grande syn ta te
Telle est
La

mathmatique.

parler pins exactement,

il

y faul

encore introduire une com-

plication.

L'ensemble des orbes


confr en propre
tour,

<{ui

donne

un astre errant
La

Le

mouvemenl
a

cei

astre

par

Syntaxe participe,

son

mouvement, selon La doctrine des Hypothses n'est pas communiqu cef ensemble par La premire de toutes Les sphres, par La sphre qui imprime Le mouvemenl
diurne. Ce
i

mouvemenl

diurne au
I

ciei

des .toiles
hlU'l
.

fixes.
il.,
|.|i.

L'ensemble des orbes d'un n*trc


l.'.H-l^l.

PinLKMKK,

<)/>.

<<l.

94

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

exemple ', reoit le mouvement diurne d'un orbe spcial, qui est termin par deux surfaces sphriques concentriques au Monde, qui enveloppe tout cet ensemble, qui le meut exactement comme la premire sphre meut le ciel des toiles fixes. Il faut donc, de ce chef, dans chacune des sphres des sept astres errants, compter un orbe en sus de ceux que nous avions numrs.
errant, de Saturne par

Cette numfcation, d'ailleurs, n'est pas encore complte. Selon


la Syntaxe, le dfrent excentrique

de chacune des cinq plantes

verrons plus tard, le mouvement trs lent qui est propre la sphre des toiles fixes. L'ensemble des
partage,
le

comme nous

orbes d'une quelconque de ces plantes devrait donc tre envi-

ronn non d'un seul orbe termin par des surfaces sphriques concentriques au Monde, mais de deux tels orbes l'un de ceux-ci communiquerait, tout l'ensemble, le mouvement diurne d'Orient en Occident, et l'autre, le mouvement lent d'Occident en Orient. De cette dernire complication, les Hypothses n'ont pas parl. D'ailleurs, de la sphre mme qui doit, l'ensemble des orbes
;

d'une plante, communiquer le

mouvement

diurne, elles ont parl

seulement propos de la plante Saturne, et d'une manire trs sommaire. Pourquoi Ptolme a gliss rapidement sur cette question, nous Talions voir. 2 par examiner le sujet du point de Si l'on commence, dit-il L'emploi des corps vue mathmatique, voici ce qu'on trouve que nous avons dcrits, [c'est--dire de corps clestes imprissables, indformables et de figure arrondie], et leur relation avec chacun des mouvements clestes qui se montrent nous se peu,

vent tablir de deux manires.

La premire manire est celle qui attribue chaque mouvement une sphre complte soit une sphre creuse 3 comme sont

des sphres qui s'enveloppent les unes les autres ou qui entourent
la Terre
;

soit

son intrieur,
[et distincte

une sphre massive et non creuse, ne contenant, aucune chose qui soit, par elle-mme, dtermine
;

de ce qui l'entoure]

telles sont les

sphres qui meu-

vent les astres ferrants] et qu'on

nomme

picycles.

La seconde manire consiste ne pas attribuer chaque mouvement une sphre complte, mais seulement un morceau d'une
Ptolme, Op. laud.,. cit., p. 123 et p. 125. POLMi, Op. laud., d. cit., pp. ii3-ii4. Ptolme ne suppose aucunement ici, comme le ferait Aristo te, qu'une sphre cireuse est un corps termin par deux surfaces sphriques concentriques ; il le suppose seulement termin par deux surfaces sphriques dont les centres peuvent diffrer. 1 une est intrieure l'autre, mais dont
i.

2. 3.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
telle sphre.

I.

LES HELLNES

95

Ce morceau s'tend [sur une certaine paisseur] de part et d'autre du grand cercle de chacune des sphres suivant lequel s'effectue le mouvement en longitude l'tendue de ce morceau, de part et d'autre de ce grand cercle, correspond l'amplitude du mouvement en latitude. S'il s'agit d'un picycle, la forme d'un tel morceau est celle d'un tambourin s'il s'agit d'une sphre creuse, elle est analogue une ceinture, un anneau, ou encore une
; ;

bague,

comme

dit Platon.

L'examen mathmatique dmontre qu'il n'y a aucune diff* rence entre les deux modes que nous venons de dcrire. Tous les mouvements qui peuvent tre reus par des sphres compltes, peuvent tre rapports et compars aux mouvements des fragments de sphres que nous avons dfinis, de telle manire qu'il y
ait,

entre eux, exacte concidence, et qu'ils soient, l'gard des

phnomnes, des mouvements quivalents. Le mathmaticien ne saurait donc fournir au physicien aucune raison premptoire pour s'attacher l'une des deux formes d'hypothses plutt qu' l'autre.

Dos deux sortes de causes prcdemment dfinies, un physicien dclare-t-il que la cause du retard les uns sur les autres des divers corps mobiles est la premire ou qu'elle est la seconde ? Il n'en rsultera aucune consquence particulire ni aucune diff
'

rence. Qu'il dise, je suppose

Cette cause se trouve en des sphres


:

ou bien qu'il dise Cette cause rside dans les morceaux qu'on peut dcouper en ces sphres il n'y a l aucune raison qui puisse entraner une consquence particulire ou une diffrence pas plus qu'une diffrence ne saurait provenir de ce que telle sphre en particulier est regarde comme creuse et telle
complotes
; ;

autre

comme

pleine'.

devra demeurer en suspens entre ces deux sortes d'hypothses, sans trouver aucune raison qui lui permette de prfrer l'une l'autre? Loin de l. Il peut, en 5 11 n'y a rien, dans la nature, qui effet, recourir ce principe soit dnu de sens et dpourvu d'usage .

En

rsulte-t-il

que

le

physicien

C'est de ce principe

qu'on

s'est autoris,

par

exemple, pour

dclarer que Mercure et Vnus devaient se trouver placs entre


la

Lune

et Le

Soleil

sinon, en

effet,

ces deux asters seraient spa-

rs par

un vaste espace vide et inutile. C'est en vertu du mme principe qu'on ne fera pas appel des sphres compltes pour rendre compte de mouvement! auxi.
I.

Ptoleme, [Link]., d. PtOLBttj Op. I<ui<ln\

cit., p. 117.
cit., p.
1

H.

96
quels

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
suffit l'existence

de petites parties de ces sphres . Dans le cas des toiles fixes, l'invariabilit qu'on observe en leurs positions relatives rend obligatoire la supposition d'une sphre

mais pour les autres corps clestes, rien n'tablit la ncessit d'une semblable hypothse. En outre, l'hypothse des sphres compltes ncessite un plus grand nombre de corps mobiles que l'hypothse des anneaux et des disques. Selon la premire hypothse, en effet, il faut, nous l'avons vu, que l'ensemble des orbes d'un astre errant soit entour d'une sphre qui lui communique le mouvement diurne. Les sept astres errants exigeront ainsi sept sphres animes de ce mme mouvement diurne. Au contraire, autour de tous ces corps sphriques constitus par les morceaux [anneaux et disques] que nous avons dit, il y a un mouvement de rotation identique celui de l'ther qui tourne par la rotation primitive, car rien ne s'oppose la transmission de ce mouvement en sorte que ces corps se trouvent mis en rotation d'une part par cette rotation ambiante, et, d'autre part, par la force qui rside en eux afin de produire leurs mouvements propres ainsi en est-il d'objets qui, tout en tant entrans par un mouvement commun unique, sont, en dpit de ce mouvement, anims de mouvements dont les direcainsi en est-il tions s'opposent de diverses manires au premier encore d'objets qui nagent [diversement] au sein d'un mme
complte qui
les porte toutes
;

courant

Il suffira,

ds lors, pour communiquer le

mouvement diurne

tous les astres errants, de placer, au-dessous de la sphre des


toiles fixes,

l'ther

une sphre charge de communiquer ce mouvement qui baigne tous les anneaux dfrents excentriques et
:

tous les disques picycles


ses, savoir la

Il

y a donc,

ici

2
,

trois

sphres creu-

sphre qui meut [de mouvement diurne], la sphre

des toiles

fixes, la

sphre qui porte les toiles


.

fixes et la

sphre
et

qui meut tout le reste de l'ther

La plus grande

simplicit, qui

rend l'hypothse des anneaux

des disques prfrable celle des sphres compltes, marque galement la supriorit du mcanisme conu par Ptolme sur
les

combinaisons d'orbes imagines par ses prdcesseurs Les mouvements diffrents qui sont causes des apparences
:

Ptolme, Op. laud., d. cit., p. 118. Aux pp. il^i-\l\2 se trouve une Ptolme, Op. laud., d. cit., p. 142. numration tout fait fausse du nombre des corps mobiles requis par chacune des hypothses. On y voit, par exemple, qu'en l'hypothse des sphres compltes, le mouvement du Soleil requiert seulement un orbe en sus de la sphre qui lui donne Le mouvement diurne. Or, il en requiert trois.
i.

2.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

97

nous les avons supposs beaucoup plus simples et beaucoup moins nombreux que nos prdcesseurs ne l'avaient fait; on le reconnat d'une manire vidente si l'on compare nos supposiclestes
*,

tions avec ce qu'ils ont crit ce sujet et avec les

moyens

qu'ils

ont appliqus cette


question, et n'est,

Mais une chose est ncessaire en cette cependant, compltement ralise, croyons-nous,
fin.
;

que par nos seules dispositions cette chose, la voici Les apparences relatives aux mouvements des astres, les apparences gnrales aussi bien que lesapparences particulires, celles qui se produisent dans les corps visibles aussi bien que celles qui se produisent dans les corps conjecturaux, sont, par l, compltement reprsentes. En effet, celui qui s'enquiert de ce sujet comprendra ce que nous venons de dire et en reconnatra la justesse, en recueillant les positions hypothtiques des astres et en les comparant aux
:

observations.

en faveur des mcanismes construits par les Hypothses des astres errants, Ptolme invoque le prcepte qu'il prescrivait, dans la Syntaxe, la thorie astronomique Sauver les apparences, aussi exactement que possible, l'aide d'hypothses aussi
x\insi,
:

simples et aussi peu nombreuses que possible. Sous la trs grande


diversit des suppositions qui sont

admises

ici

et l,

nous recon-

naissons, cependant, l'action d'un

mme

principe directeur.

Comment devrons-nous
errant
?

concevoir la force qui anime les divers


assurer la marche d'un
astre

corps mobiles ncessaires pour

Le mouvement de cet ensemble de corps au sein de l'ther m par la rotation diurne, Ptolme propose * de le comparer au vol de l'oiseau qui fend l'air. La cause premire de ce mouvement, c'est la force vitale qui rside en cet oiseau de l, mane une impulsion qui passe dans les muscles et parvient enfin jusqu'aux
;

extrmits des ailes.

Nous devons concevoir que


les tres clestes. Il

les choses se passent

de

mme
;

nous faut considrer que chaque astre possde une force vitale Paide de laquelle il se meut lui-mme et, en mme temps, aux corps qui lui sont unis par leur nature, il communique un mouvement; l'origine de ce mouvement se cache au sein mme de Pastre ce mouvement se propage ensuite de chaque corps celui qui lui est contigu c'est donc L'astre lui-mme qui donne !< mouvement d'abord Ppicyclc, puis Porbe excentrique, enfin Porbe qui a pour centre lr centre du
;
;

pour

Monde
1.

d'ailleurs, le

mouvement
cit., p.
cit.,

qu'il

communique

esl

diffrent

2.

Ptolme, Op. laud., d. Ptolme, Op. laud., d.

1/43.

pp. 119-120.
7

nUHF.M

T.

II.

98

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

aux divers lieux o il est reu de mme, en nous, la force de la pense n'est pas gale la force de l'impulsion mme [que cette pense dtermine] la force de cette impulsion n'est pas gale celle qui agit dans les muscles, ni celle-ci la puissance qui meut les pieds ces forces diffrent les unes des autres sous un certain rajDport, sous le rapport de la tendance par laquelle elles se manifestent au dehors. Il est donc plus raisonnable de penser que chacun des astres possde, lui-mme, un certain mouvement, parce que sa force et son action particulire consistent produire, en sa propre place et autour de son propre centre, un mouvement de rotation uniforme il est, ds lors, ncessaire que le commencement de cette opration parte de l'astre, puisqu'elle se rpand de l au sein des corps qui entourent cet astre. Ce dernier passage est celui que Simplicius 2 reproduisait en le dclarant emprunt au second livre des Hypothses de Ptolme, le meilleur des astronomes 'AxoGcat k y 07} xal toO pwrou t<I>v aTpov{Juov to [Link]> Xsyovto v Tcj> suTp(o ptX|) twv 'YtoBsc-sojv "Qgts, Xoy(Tpov slvai
; ; ;

'

to xtvev

y.v tcov

c-Tpwv
t'iov

sxaarov,
{Jtivro'..

cm

toto

sort,

xal

o'jvajjLi

xal vp4

veta auTwv, xaTa tov


TuXiv xal yxuxX'Iw
,,

tottov xal 7cspl tq auTO'J |xo"ov 6 uaX)

uicapyedv yp autd -repamo ixa'.ov, xal ev Ta


, ,
,

TUEp^yoo-ar. ai>-o c Jo -o ea i Hep ttcoiei.

pense de Ptolme que nous venons de lire. 11 tait bon que nous en eussions l'assurance, car cette pense a singulirement chang depuis le temps o l'Astronome de
C'est

donc bien

la

Pluse rdigeait
entraine

la

Syntaxe. Aprs avoir rsist la tendance qui


il

nombre
;

d'esprits,

s'est laiss,

son tour, porter par le

courant

il

a combin des agencements de corps solides dont le


ft

mcanisme

propre
et

il

reprsenter les
s'est

mouvements compliqus
par
l,

des astres errants,

imagin

qu'il avait,

quelque

peu pntr
Autrefois,

le secret

mme

de la nature cleste.

par des combinaisons de corps solides, analogues mais plus simples, reprsent les hypothses astronomiques d'Hipparquc Adraste d'Aphrodisias et Thon de
Dercyllide
avait,
;

grande faveur la facult de se laisser ainsi figurer par des rotations de corps solides embots les uns dans les autres leur semblait tre, pour
accueilli ces reprsentations avec
;

Smyrne avaient

i.
2.

en p.

Ptolme, Op. laud., d. cit., p. i3i. Simplicii In Aristotelis quatuor libros de Clo commentai' ia VIII d. KarsteD, pp. 200-206; d. Heiberg. p. 456.
;

in lib.

II,

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

99
la nature

an systme astronomique, une preuve de conformit


des choses
(xa-r s-jciv).

Ptolme avait bien pu tourner en drision ce dsir de reprsenter les mouvements des corps clestes et imprissables au moyen de ces corps grossiers et changeants que nous fournit le monde sublunaire ses critiques n'avaient pas remport une dfinitive victoire l'erreur qu'elles combattaient tait de celles qui, vaincues en apparence, renverses un instant, se relvent sans cesse, parce qu'elles sont la suite ncessaire d'un incorrigible travers de l'esprit humain. Ce qu'avaient voulu Dercyllide, Adraste et Thon, c'tait incarner des penses abstraites dans des modles concrets que les yeux pussent voir, que les mains pussent palper et mouvoir c'tait chasser la raison pour mettre l'imagination sa place. Ptolme, aprs avoir dfendu la raison, est devenu, son tour, esclave de l'imagination.
;
;

LES

OPINIONS DES NO-PLATONICIENS SUR LA VALEUR

DES

HYPOTHSES ASTRONOMIQUES.

SYR1ANUS ET PROCLUS

Les Hypothses des astres errants ne sont point demeures, aprs Ptolme, ignores des physiciens hellnes; les tmoignages de Proclus et de Simplicius nous ont appris qu'on les lisait. Il ne parait pas, cependant, que les mcanismes invents par Ptol-

me pour
fait

raliser des

mouvements semblables

ceux des astres

aient rencontr grande faveur auprs des philosophes.

Proclus

allusion des

mcanismes de ce genre; mais

les objections

non fondes qu'il leur oppose semblent prouver qu'il en avait fort mal saisi le fonctionnement. Simplicius seul les regarde comme capables de faire vanouir quelques-unes des difficults qui empchaient les Pripatticiens d'admettre
cycles; nous avons
qu'il
cit
'

les

excentriques

el

Les pi-

la

brve, mais reconnaissable mention

en

fait.
la

Les considrations esquisses par Ptolme dans


paraissent avoir eu plus d'influence, au seio
toniciennes, que Les
ce
sont,
la di

Syntaxe
n'.

les
Les

.-pla;

mcanismes combins par


ces

Hypothses

en

particulier,

considrations

qui

semblent

avoir

guid
t
.

pense de Proclus.
p. 67.

Vide supra,

100

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

Proclus avait d, fort jeune, tre exerc mditer sur la porte des raisonnements astronomiques, car son matre, Syrianus,
s'en tait

montr soucieux.
Athnes sous
le Platonicien

SyrianuS', n Alexandrie vers 380, avait tudi

Plutarque

la mort de celui-ci,

il

prit la direction

de l'cole d'Athnes et la garda jusqu' sa propre mort, survenue vers 450. Proclus fut son successeur.

Nous avons, de Syrianus, un commentaire trois des livres de Ce commentaire est, en entier, destin la Mtaphysique d'Aristote
l
.

rfuter les critiques diriges par Aristote contre les doctrines


platoniciennes.

En commentant
est conduit
:

le

second livre de la Mtaphysique, Syrianus


cette question 2
,

que suggre le second chaPeut-il se faire qu'une mme science dfinisse pitre du Stagirite ce que sont les substances qu'elle tudie et, en mme temps, donne la dmonstration des accidents propres ces substances ? A cela je rpondrai, dit Syrianus, que, de l'essence mme des choses, il n'y a pas de science dmonstrative (toOt eoriv oux 'ariv ra^eil-i). Mais rien n'empche qu'une mme science ne soit, la fois, science qui dfinit et science qui dmontre, science qui dfinit l'gard des essences, et science qui dmontre l'gard des accidents propres, il appartient, en effet, une mme science de connatre par intuition (Oecopfjom) l'Univers, le Soleil, la Lune, et de connatre par dmonstration l'ternit de ces tres et leurs
actions
>

examiner

Si la

science dmonstrative

des accidents propres remonte


si telle

jusqu' la cause premire et jusqu' l'essence des choses, elle


sera connaissance absolue, connaissance qui dfinit. Mais
est la science

proprement dmonstrative, nous devons avouer, toutefois, qu'il en est une autre celle-ci dmontre partir d'hypothses elle ne s'lve pas jusqu'aux essences. Ainsi en est-il de la plus grande partie de l'Astronomie aussi n'a-t-elle le droit de
;
;
;

rien dire touchant la substance des astres qui apparaissent [Link]


i. Syriani Antiquissimi interpretis in II, XII et XIII Aristotelis libros Metaphysices Commentarius, a Hieronymo Bagolino, prstantissimo philosopho, latinitate donatus. In Academia Veneta, MDLVIII. Le texte grec a t publi sous le titre Scholia in Aristotelem. Supplementum, dans Aristotelis Opra, Edidit Academia Regia Borussica. Volumen quintum. Aristotelis qui ferebantur librorum fragmenta. Scholiorum in Aristotelem supplementum Index Aristotelicus. Berolini, 1870. Une autre dition de ce texte est la suivante Sykiani In metaphysica commentariu. Edidit Guilelmus Kroll. Berolini,

MCMII.
2. Syriani

recto.

Scholia in

In lib. Il Metaphysices commentarius, fol. 16, verso et fol. 17, Aristotelem Supplementum, fol. 848, col. b. In meta.

physica commentana, d. Kroll,

p. 22.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

101

sens.
aX)vTi

'PirjTov Se Sri el [xv xupito; [Link], totttUTTi,


f,

^tj uivroi xal


r,

ariv e uTroGo-tov aTroSeixvGaa,

ox avewiv

tcI

to t ecmv, w

arpovojjtia

Ta 7roXX, oto

airj8 eirceiv
4

evet epl

oja-'la

twv

paivojJLvwv

arpo)v.

La

distinction

que Syrianus vient de marquer entre

les

deux

Astronomies, entre l'Astronomie qui dfinit l'essence des astres et

dmontre

les

accidents propres cette essence, et l'Astronomie

qui raisonne partir d'hypothses sur les astres visibles, cette


distinction, disons-nous, Syrianus l'interprte
;

reusement platonicien ce qu'on lit au Time. Pour Syrianus, il existe vraiment trois Cieux, trois Soleils, trois Lunes etc. Le premier de ces Cieux est seulement accessible l'intuition il est form d'ides (elo) qui rsident en l'Intelligence (vovio'L) du Dmiurge. Le second nous est connu par la pense discursive et rflchie (tvota) il rside en l'Ame du Monde les astres qui le compo; ;
;

dans un sens rigouson interprtation ne fait que dvelopper

sent sont des raisons (Xoyo) qui sont les images (elxwv) des ides
les raisons sont les

mes des

astres.

Le troisime

ciel,

enfin, est celui qui

tombe sous

la perception

sensible (avrO^a-i).
Aristote s'tait vivement lev contre la thorie platonicienne

des ides

Il

y aurait donc, disait-il


Soleil,

1
,

un

certain Ciel en sus

du

une autre Lune, et il en serait de mme pour toutes les autres choses qui sont au Ciel. Mais comment croire de telles affirmations ? C'est cette attaque que
Ciel sensible,

un autre

Syrianus riposte en ces termes


<*

2
:

Et qu'y

a-t-il

d'absurde ce que ces choses-l soient, la


le

fois,

connaissables par l'intuition, par


(Kal xi
(Xtottov

raisonnement
vorjtt

et

par
xal

les sens ?

etvai

TajTa xal

xal

O'.avorjT

du Ciel et du Soleil n'existerait-elle pas ncessairement dans le Dmiurge? Comment pourrait-il se faire qu'au sein des Ames des astres, il n'existAt pas un Ciel et un Soleil pi 11^ vrais que le Ciel et le Soleil sensibles? Comment, enfin, les rceptacles sensibles de ces Ames n'existeraient-ils pas? 1<* Il faut donc concevoir toutes choses d'une faon triple divin Platon dit. en effet, que Dieu a infus l'esprit dans L'Ame H
awtoiT;)
la cause
; j

Comment

Aristote,
p.

MUaphytiqme,
Bekkcr, vol

livrr
II.

II,
*
)

ch. VII
,

(Amstoteus Opra,

d, Didot,

t.

II,

493

''!.

p,

<

col. h).

' Svhiani In lih. II MrtdphifSirrs commrnt<iri i/s, fol. iK. Scho/ia In metaphyica coiKM4ntariat Aristoteiem, Supplementum, p. sqQi col. b. d Kroll. n 'V

102
l'me dans
le

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

corps,

en

sorte

qu'il a fabriqu cet tre vivant

qu'est l'Univers en le faisant intelligent et ce qui nous apparat, dans le ciel visible,
et

anim partant, tout d'une manire sensible


;

fragmentaire, tout cela, au point de vue de l'me, consistera en


et

raisons immatrielles

universelles

tout cela aussi, au point de

vue de
tion et

l'esprit, sera

sous forme d'ides accessibles la seule intui-

absolument indivisibles. Si l'on n'admet pas la coexistence des cieux qui tombent sous les sens et des raisons clestes, accessibles au seul raisonnement discursif, on ne peut rendre compte de ce fait trange C'est par la considration de ligures gomtriques non sensibles que l'astronome tudie les cieux visibles. Bien que l'astronome ne soit pas un homme qui considre des grandeurs sensibles c'est aux astres, au Ciel, leurs mouvements qu'il a affaire comment donc, [hors des astres, du Ciel et des mouvements que les sens peroivent], n'y aurait-il pas d'autres astres, un autre Ciel, d'autres circulations qui soient les objets dont s'occupe l'astronome? Sans doute, Voici, au vrai, comment les choses se passent l'astronome observe ce Ciel [sensible]-ci mais, en l'observant, il possde, en lui-mme, certaines raisons universelles; ces raisons sont les images des ides qui ont servi fabriquer le Ciel ces raisons immatrielles et universelles, il les combine avec les choses que la vue constate par l, il met en vidence ce qui advient de soi-mme aux corps clestes . Ce passage nous rend claire la pense de Syrianus. On peut concevoir une Astronomie excellente c'est l'Astronomie qui, par l'intuition, prend connaissance des ides mmes du Ciel et des astres, telles qu'elles sont en l'Intelligence du Dmiurge cette Astronomie-l sait dfinir l'essence du Soleil et de la Lune; des dfinitions qu'elle possde, elle peut dduire, eu toute rigueur, les attributs ncessaires du Soleil et de la Lune. Si Ton parvient dfinir le Soleil et la Lune 2 chacune des proprits que cette dfinition aura attribue chacun de ces tres,
:

appartiendra

tous les Soleils [ou toutes les Lunes], lors

mme

qu'il y aurait dix mille Soleils, car,

en leur ide,
.

ils

seraient tous

identiques les uns aux autres (ojxos^t)

Mais cette Astronomie qui


i.

dfinit

les essences

et

en dduit

Svhiaxi

///

lib.

I1

in Aristotetein.
cil.

Supplment uni,
.

A/eluphysices commcnlarius ; fol. 20, verso. Scholia /// metaphysica commenfariu, j>. 85 1, col. a.

Kroll, p. 27 Sykiani In lib II Melaphysices commeidarius, iol 21, verso. Scholia in Aristotelem, Supplment uni, p. 802, col. a Jn met aphy&ica comment nviu, 'I. Krollj j. 28.
2.
.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

103

rigoureusement les accidents, ce n'est pas l'Astronomie habituelle l'Astronomie habituelle est une combinaison d'observations faites sur le Ciel visible et de raisonnements mathmatiques qui ont pour
;

objets certaines raisons immatrielles et universelles

ces raisons

ne sont point

les ides

mmes

des choses clestes, telles que le

Dmiurge les conoit, mais les images de ces ides. Le rapprochement des divers textes de Syrianus nous permet d'affirmer que ces raisons (Xoyot.) ne sont pas autre chose, son avis, que
les

hypothses qui portent les thories astronomiques. En faisant de ces hypothses, d'allure gomtrique, des vrits intermdiaiSyrianus nous parat tre

res entre les donnes de la perception sensible et les dfinitions

idales que fournit la seule intuition,

un fidle interprte de la pense de Platon. Son lve Proclus ne prisera pas si haut la valeur des hypothses astronomiques cette valeur, il nous dira le peu de cas
;

qu'il
Il

en

fait, et

cela en maintes circonstances.

l'examine, en particulier, la fin du livre o, sous le titre


1
,

(YHypotypose

il

prsente le tableau des hypothses astronomi-

ques de Ptolme. Tout l'effort de Proclus va tablir que les mouvements hypothtiques sur des excentriques et sur des picycles qui, par leur composition, reproduisent le mouvement des astres errants, sont de pures fictions ces mouvements ne subsistent qu'en l'esprit de l'astronome ils ne sont rien dans les cieux. Seul, le mouvement complexe et indcompos de chaque astre est dou de ralit.
; ;

Cette doctrine est l'exact contrepied de celle qu'en sa Rpu-

noncer par Socrate. Selon cette doctrine-ci, en effet, le mouvement compliqu que constate l'observateur n'a rien de rel seules, les rotations simples en lesquelles le gomtre rsout ce mouvement apparent mritent d'tre appeles
blique, Platon faisait
;

vraies.

Mais ce nVst pas seulement


contredit, en afiirmant

la

pense de Platon que Proclus

que le mouvement vrai, c'est le mouvement complexe, indcompos et directement observable c'est
;

lussi

bien

,i

la

pense
et

d'Aristote, celle de tous les anciens phi-

[Link]

;i

poques des plantes de <-. PTOLtui et Hypotypoees de l'm traduites pour la premire fois du Grec eo Franais piar M. l'abb Halma ; Paris, iSv.o. Hypotyposes de Proclus Diadochos, philosophe platonicien, ou reprsentations! des hypothses astronomiques y pp i5o*i5i. Procli Diadochj Hypotyposis astrohomicarum positionum. uns cum scholiis ni i'|u la c liitiis manuscriptis edidit, germanics translatione et commentariis instruxil Carolui Manitiua LipsisSj ".<(> f -** VII, pp. s3-s3o,, La traduction, donne par l'abb Halma, de l'importai* passasse que nous lions tudier e*l un perptuel contre s e nsi
i.

Hypothses
DiadochuS)

j >

104

L COSMOLOGIE HELLENIQUE

losophes qu'inspiraient plus ou moins directement les dogmes pythagoriciens.


Cette affirmation, en effet, heurte directement la doctrine au gr

de laquelle les corps clestes, par essence, ne peuvent prouver que des mouvements circulaires et uniformes. Proclus le sait et
Les astronomes se sont acharns affirmer que les mouvements des tres clestes taient uniformes ils ne se sont
le
:

proclame

pas aperu qu'ils dclaraient, [par l,] que l'essence mme de ces corps clestes tait prive d'uniformit et doue de toutes sortes de passivits. Ta; x^a-ei tv oupavuov o^aX 7ro7jvat TrpoQujji7)()vts;

ol [Link]

arpovoui'lav

Seivoi,

eXaOov eauTo
TcocpvjvavTS .

ol\)Tt\w

ttjv

oo-'lav

auTv vcopiaXov xal icav virAeiov

En vertu du principe que leur Physique a pos, ces astronomes regardent le mouvement compliqu et irrgulier d'une plante, celui qui apparat l'observation,

comme

le rsultat

de plu-

sieurs
et

mouvements simples, accomplis suivant des excentriques des picycles ceux-ci sont, pour eux, les seuls mouvements
;

rels

celui-l n'est

qu'une apparence.

Mais au sujet de ces excentriques et de ces picycles, deux opinions sont en prsence ou bien ces cercles sont simplement
;

fictifs et

idaux

ou bien

ils

ont une existence relle au sein des


ils

sphres des astres, sphres l'intrieur desquelles

sont ren-

ferms

Si ces excentriques et ces picycles, si les

mouvements par

les-

quels les
l'esprit,

astres

les

parcourent sont de pures conceptions de

comment

seraient-ils les seuls

mouvements

rels et vri-

que les mouvements observs ne seraient que des apparences ? Ceux qui le prtendent oublient que ces cercles sont seulement dans la pense ils font change entre des corps naturels et des conceptions mathmatiques, ils donnent les causes des mouvements naturels au moyen de choses qui n'ont point d'existence en la nature Prendra-t-on le second parti? Dclarera-t-on que les excentriques et les picycles ne sont point de simples conceptions de l'esprit, mais des corps physiquement raliss au sein de l'essence cleste? Ceux qui raisonnent ainsi se heurtent des impossibilits. En admettant, en effet, que les mouvements irrguliers des astres sont vritablement produits par ces cercles, que ceux-ci ont une existence relle au sein des cieux, ces astronomes dtruitables, tandis
;

i.
il

faudrait

Le texte de l'abb Halma dit sx rwv oxovtuv iv rf, pua st. Visiblement, x. 'vrwv. ovx oxovvtwv Le texte de M. Carolus Manitius porte
: :
.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

105

sent la continuit des sphres dans lesquelles se trouvent ces cer-

meuvent d'un mouvement et celles-l d'un autre mouvement, indpendant du prcdent ces cercles, ils ne les meuvent pas tous suivant une mme loi, mais bien en des sens contraires les uns aux autres ils en enchevtrent les
cles
;

ceux-ci,

en

effet, ils les

distances de telle sorte que, tantt,


se placer

ils

se rassemblent et viennent
ils

dans un
[S'il

mme
en est

plan, tantt
ainsi],

s'cartent et se coupent

l'un l'autre.

les

corps clestes

subiront des

coupures de toutes sortes, des refoulements de deux corps en

un mme

lieu (oTJjxwruei) et des dislocations (oiaxpw-et;) .

L'objection

que Proclus adresse

ainsi ceux qui prtendent

raliser les excentriques et les picycles de Ptolme,

nous l'avons

nous verrons bientt les Arabes, et particulirement Averros, s'en emparer pour combattre le systme astronomique de YAlmageste. Ces objections, d'ailleurs, ne sont pas les seules qu'on puisse adresser aux astronomes dsireux de faire prendre pour des ralits les mcanismes qu'ils combinent. D'autre part, en effet, la doctrine de ceux qui ont fabriqu de telles hypothses parat susxal TirojMtrrtffceptible d'tre mise sous des formes diverses [kYf] '.paiveTai tu)v {jL{jL7}ya\nrj|jiiva)v toutiov u7to9<rea)v i\ TOXpSoa-i. Chaque mouvement hypothtique possde soit un excentrique fixe ou
dj rencontre, formule par Sosigne
;

mobile, soit un picycle


quivalentes
qui,

C'est cette

ambigut d'hypothses
;

dj,

tonnait
;

n'chappe point Proclus il conclusion qu'il va formuler.

Hipparque son tranget en tire argument en faveur de la

Les combinaisons de mouvements proposes par les astronomes sont de pures conceptions, dnues de toute ralit elles n'ont pas tre justifies l'aide des principes de la Physique elles doivent seulement tre disposes de telle sorte que les appa; ;

ne concluent pas les consquences partir des hypothses, comme on fait dans les mais, prenant les conclusions pour point de autres sciences dpart, ils s'efforcent de construire des hypothses d'o rsultent Ojx iit ncessairement des effets conformes ces conclusions.
rences soient sauves.

Les astronomes

TV
~

'j-oOTeojv Ta ;y|; ffUUfttOalvoUfflV, o)(T7rep al a)Xa'. rtlonfijAGU,


7(7)7
7'j'j.-tzi.'7<j.'x-<<y/

aXV
ICAdt-

Ta; j-oOte.;

lj

<ov

TJT* OtlXVUvai lOtl

teiv ryycipoffi.

Hors

la

ncessit de sauver
;i

demeure impos par Proclus


thses; ce principe,
loi

apparences, un seul principe l'astronome qui invente des hypoles


c'est lu

que Ptolme admettait galement,


:

de

l;i

plus frrande simplicit

Toutefois,

dit-il.

il

<

^t A

savoir

106

LA.

COSMOLOGIE HELLNIQUE

que, de toutes les hypothses, les plus simples sont aussi celles

qui conviennent le mieux aux corps divins

Ne croyons

pas, cependant, lorsque ces hypothses nous auront


le

permis de dcomposer

mouvement complexe des

astres en

mouvements plus simples, que nous soyons parvenus dcouvrir les mouvements rels cachs sous des mouvements apparents les mouvements rels, ce sont ceux-l mmes qui se manifestent
;

nous

le

but que nous aurons alors atteint est plus modeste

nous aurons simplement rendu les phnomnes clestes accessibles aux calculs des astronomes Ces hypothses sont conues en vue de dcouvrir la forme des mouvements des astres, qui, en ralit, se meuvent conformment ce qui parait grce elles, on peut aborder la mesure des particularits qui s'offrent en ces astres - Kal cm sfctvevYiyrat 7coo eiipsa'iv toG rpTrou twv xivrffewv
: ;

twv orspojv

xax'

X*/)()[Link]

outoj xivoujjivcov, bxrrcep xal aivovTou,

va

yviTou xaTaXyjTTTOV to jjtixpov

twv

sv auTo

remarque clt Y Hypotypbse de Proclus. Elle se soude sans peine celles que le Diadoque sme au cours de ses Commentaires au Time de Platon. L, en effet, il nous rappelle formellement- le caractre purement fictif et pratique des hypoth De fausses hypothses, on peut tirer une ses astronomiques
Cette profonde
!
:

conclusion vraie, et la concordance de cette conclusion avec les

phnomnes
hypothses.
ikrfii ti

n'est

pas une preuve suffisante de la vrit de ces Ooe touto s'iSots;, oti ecm xal ex <|tu$c>v GTroQea-etov
twv
07ro9<rwv X^OeLa

cuvysiv xetl& o 8s to a-vvayofJtsvov w? (7{jlowvov tol epouvoIxavov '^yso'Oat T7J


;

jjtivoi [Link]',ov

Dj Ptolme avait mis les astronomes en garde contre la tentation de comparer les choses divines aux choses humaines.

Ce rappel la modestie qui sied notre science


Proclus;
il

s'accorde fort justement, d'ailleurs,


:

entendu de avec le Platoest

nisme du philosophe athnien Par suite de notre faiblesse, dit-il 8 il s'introduit de l'inexactitude dans la suite des images par lesquelles nous reprsentons ce qui est. Pour connatre, en effet, il faut que nous usions de l'imagination, du sentiment et d'une foule d'autres instruments
, ;

car les Dieux ont rserv la connaissance de toutes ces choses


l'un d'entre eux, la divine Intelligence.

Lorsqu'il s'agit des choses sublunaires, nous nous contentons,

i.

Progli Diadochi In Platonis

Timum commentaria.
p. 126.

Edidit Ernestus Diehl,

Leipzig-,
2.

MGMVI;
:

Btg)iov A,

t. III,

Lipsiae, iqo3

Pkogli Diadochi In Platonis Timum commentaria. Edidit Ernestus Diehl, Beov B (Tim. 29 C. D), t. I, pp. 352-353.

PHYSICIEN T ASTRONOMES.

1.

LES HELLNES

107

cause de l'instabilit de la matire qui les forme, de prendre ce

qui se produit dans la plupart des cas. Lorsque,

d'autre part,

nous voulons connatre les choses clestes, nous usons du sentiment, et nous faisons appel une foule d'artifices fort loigns de toute vraisemblance. Par suite, au sujet de chacune de ces choses, il faut nous contenter d'-peu-prs (to rff), nous qui sommes logs, comme on dit, au plus bas fond de l'Univers. Qu'il en soit ainsi, cela est rendu manifeste par les dcouvertes qu'on fait au sujet de ces choses clestes car d'hypothses diffrentes, on tire les mmes conclusions relatives aux mmes objets parmi ces hypothses, il en est qui sauvent les phnomnes au moyen des picycles, d'autres au moyen des excentriques, d'autres encore au moyen des sphres dnues d'astres et tournant contre
;

sens

....
;

Les dieux, certainement, ont un plus sr jugement


il

mais pour

nous contenter d'atteindre seulement Y-peii-prs do car nous sommes des hommes, en sorte que nous parces choses lons seulement selon la vraisemblance et que les discours que nous tenons ressemblent des fables. L'Astronomie, donc, ne saisit point l'essence des choses clestes; elle n'en donne qu'une image; cette image mme n'est point exacte, mais seulement approche elle se contente (V-peu-prs. Les artifices gomtriques qui nous servent d'hypothses pour sauver les mouvements apparents des astres ne sont ni vrais ni vraisemnous,
faut
;
;

blables

ce

sont de pures fictions qu'on ne saurait raliser sans

formuler des absurdits. Combins dans l'unique but de fournir des conclusions conformes aux observations, ils ne sont point
dtermins sans ambigut
les
;

des hypothses

fort

diffrentes peu-

vent conduire des consquences identiques qui sauvent galement

apparences. D'ailleurs, ces caractres de L'Astronomie ne doiils

vent pas tonner;

marquent simplement
et relative, (pie la

(pie

la

connaissance

de L'homme
rait rivaliser

est

borne

science
est la

humaine ne saudoctrine de Pro-

avec la science divine. Telle

clus.

Elle est bien Loin, certes, de l'ambitieuse Physique


O'jpovo cl dans
la

(jiii,

1 1

Llepl

Mtaphysique, prtend spculer sur L'essence des choses clestes, si profondment qu'elle parvienne fixer les
;'i

principes essentiels de L'Astronomie.

i.

Il

s'.-i^ii il-s

'[Link]--'j [Link]

7vtoi considre! par VrittoU;,

108

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

VI
LA VALEUR DES HYPOTHESES ASTRONOMIQUES SELON JEAN PHILOPON

ET SIMPLICIUS

Proclus n'avait pas converti tous les philosophes son opinion

dogme astronomique de Platon et d'Aristote, le principe que tout mouvement cleste vraiment simple et premier est un mouvement circulaire et uniforme trouvera encore des partiaprs
lui, le

sans et des dfenseurs dtermins. Nous en pouvons citer deux,

presque contemporains l'un de l'autre, le chrtien Jean Philopon et le paen Simplicius. Jean Philopon argumente videmment contre Proclus. Celui-ci
veut que le

mouvement premier

et essentiel

des astres soit

un mou-

vement

compliqu, non dcompos en rotations uniformes. Rien de ce qui se meut en ligne droite, dit Jean Philopon *, ne
spiral,

peut tre perptuel. Mais il est quelques personnes qui s'efforcent, fort sottement, de dissoudre cette raison. Ils prtendent que le corps cleste luimme, par un mouvement contourn en spirale, est port du haut

par l, ils l'excluent la fois de la substance des tres qui tournent en cercle et de la substance des lments. Or, selon eux-mmes 2 les corps qui tournent en cercle sont ternels, tandis que ceux qui sont mus de mouvement rectiligne sont prissables. D'ailleurs, le mouvement enroul en spirale est ml de droit et de circulaire. Si donc le corps cleste est tel qu'il lui convienne naturellement de se mouvoir en spirale, il faut qu'il soit compos
vers le bas
;

d'un corps ternel et d'un corps prissable. Car tout le

monde
la

avoue que ce mouvement contourn en spirale


i.

est

compos de

Joannes Grammaticus Philoponus Alexandrinus. In Procli Diadochi duodeargumenta de Mundi ternitate. Opus varia multiplicique Philosophi cognitione refertum. Ioanne Mahotio Argentenaeo interprte Lugduni, i55/, Cum Privilegio Rgis. Septimi argumenti Procli solutio, art. XXI pp. i32i33. Ioannes Philoponus De ternitate Mundi contra Proclum. Edidit Hugo
viginti

VII, 21, pp. 290-293. Cette doctrine d'Aristote tait, en effet, soutenue par Proclus, avec un grand appareil de rigueur, dans un opuscule intitul Du mouvement, Wioi xvxtsw; (IIPOKAOT AIAAOXO H EPI KINHZEftS BIBAA B Procli Diadochi De motu libri duo, nunc primum latinitate donati, Iusto Velsio Hagano Medico interprte. Basileae, i545. In fine Basile, per Joannem Hervagium, Anno salutis MDXLV, niense Martio. Lib. II, theoremata 4 et 5. IPOKAOV AIAAOKOY AVKIOV 2TOIXRI11SI2 4>Y2IKH. Procli Diadochi Lycii Institutio physica. Edidit Albertus Ritzenfeld. Lipsise, MCMXII. II, 4 et 5, pp. 34-37.
2.
:

Rabe. Lipsiae, MDCCCXCIX.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

109
tient,

ligne droite et du cercle. Mais,

s'il

en est

ainsi, ce

corps qui

en quelque sorte,
nel ni prissable
;

le

milieu entre les deux autres, ne sera ni ter-

c'est dire la

mme

chose que

si

nous disions

Il

n'est ni prissable ni non-prissable, ni ternel ni non-ternel.

Alors se trouverait vrifie une contradiction.

Ou

bien une partie

de ce corps sera prissable, tandis que l'autre partie ne le sera pas mais de cette manire encore, le tout ne pourra pas tre
;

du premier de ces deux lments combins entre eux aura pour effet de dissocier la continuit du tout. Mais ce serait l grand dlire et fiction fabuleuse de l'imagination. Il n'y a pas de corps qui soit naturellement port par un mouvement enroul en spirale. Tous les corps qui sont au-dessous de la Lune sont graves ou lgers ceux qui sont graves sont ports de haut en bas et ceux qui sont lgers de bas en haut. Quant aux corps clestes, chacun d'eux est m suivant un cercle absolument parfait, soit en sa totalit, soit par ses parties par ses parties, j'entends le Soleil, la .Lune et autres corps du mme
ternel, car la destruction
;
;

genre.

Hors de ces corps-l, o pourrait-on montrer un corps qui, par nature, se mt en spirale ? Dira-t-on que le cours du Soleil ou de quelque autre plante dcrit une spirale ? Mais quiconque

dans ces sortes de choses, il apparat clairement que, seule, notre pense forge une figure de ce genre, en composant les mouvements diffrents de plusieurs corps clestes. En effet, le mouvement des toiles errantes est double d'une part, elles sont toutes entranes par la sphre inerrante qui tourne suivant l'quateur; d'autre part, chacune d'elle tourne de son mouvement propre suivant ce cqrcle qu'on appelle cercle oblique ou Zodiaque. Notre pense compose ces deux mouvements, d'une part la conversion diurne que le Soleil accomplit avec tout l'Univers, d'autre part la dviation oblique qu'il subit peu peu, par rapport
est vers
;

lquateur, tantt vers le

notre imagination, elle

Nord et tantt vers le Sud alors, en combine la spirale en question. Et cepen;

dant, en son cours, chacun des corps clestes parcourt un cercle

absolument parfait. Au-dessous mme de


corps

la

Lune,

il

arrive que nous voyions un


l'es-

d'un

pace au sein

mouvement spiral, par suite de la figure de duquel le mouvement est produit} comme cela a
;

lieu
il

Lorsqu'on gravit des escaliers en colimaon


arrive que nous voyions un corps se

ou bien encore,
ainsi
|>;ir

mouvoir

quelque

tendance qui
ce

lui est
soit

propre

mouvement

nous n'oserions dire, cependant, que naturel ces corps Les buccins et les pour;

(10

LA COSMOLOGIE HELLENIQUE

prs ne s'enroulent pas en spirale par un principe de mouvement qui soit naturel leur corps, mais par les forces de leur me et

cause de la figure de la coquille qui les contient

de

mme,

si

nous voyons une fourmi, marcher sur une boule, nous ne disons pas qu'elle tourne en cercle par l'effet de sa propre nature. Nous n'entendons pas davantage que le mouvement horizontal des animaux soit le mouvement naturel de leur corps, car c'est vers le bas que la nature tire les corps pesants c'est la figure de l'animal ou l'impulsion de son me qui cause ce mouvement. Si la figure de l'espace dans lequel se fait le mouvement ou l'impulsion de l'me est, pour certains tres, cause d'un mouvement spiral, nous ne devons pas dire que ce mouvement soit naturel ces corps. Il n'y a donc, [mme sous la Lune], aucun corps qui, par nature, soit m en spirale il n'est pas possible qu'un tel corps, [naturellement] entran du haut vers le bas, soit m naturellement suivant
; ;

une

spirale.

Je pourrais apporter plus de dix mille arguments pour renj'ai

verser la supposition de ce corps fabuleux; mais ce que


dit est suffisant.

dj

L'opinion de Jean Philopon s'oppose, de la manire la [plus

que le mouvement rel d'un astre, c'est le mouvement compliqu que nous observons; les rotations uniformes dans lesquelles ce mouvement-l peut se dcomposer sont fictions imagines par le gomtre en vue de ses mesures et de ses calculs. Jean Philopon, au contraire, soutient, aprs Platon et Aristote, que ces mouvements circulaires et uniformes existent seuls dans la nature en les composant entre eux, la raison du gomtre feint une courbe complique qui n'existe point hors de son imagination. Nous aurions donc, semble-t-il, mettre Jean Philopon au nombre de ceux qui voient, dans les hypothses de l'Astronomie, des propositions conformes la nature des choses mais, dans son uvre, nous pouvons trouver d'autres tmoignages en faveur d'une opinion toute diffrente s'il lui parat certain que les mouvements apparents des astres rsultent de la composition de mouvements circulaires et uniformes, seuls mouvements vraiment premiers et naturels de la substance cleste, il n'a plus du tout la mme assurance lorsqu'aprs avoir dit en gros que tout cela se fait par mouvements circulaires, il s'agit de dire comment, et lesquels, et de construire la machine . Au sujet du dtail de ces hypothses astronomiques, nous allons l'entendre s'exprimer comme l'ont fait Posidonius et Gminus.
nette, celle de Proclus. Proclus dclare
; ;

PHYSICIENS KT ASTRONOMES.

'

I.

LES HELLNES

ill

Au trait que Jean Philopon


se trouve

a compos Sur la cration du Monde,

un

fort

remarquable chapitre

auquel nous aurons plus

dune

fois

nous reporter.
est ainsi intitul
et
:

Ce chapitre

premier ciel, celui qui est priv d'astre ; quant au second ciel, que Mose nomme firmament, que les Grecs ont su, eux aussi, qu'il tait unique ; mais qu'ils l'ont subdivis en parties, les uns d'une faon et les autres d'une autre, de la manire que chacun d'eux a juge propre fournir la cause des anomalies des astres errants ; et que toutes les hypothses de ces astronomes sont dnues de dmonstration.
le

QuHipparque

Ptolme ont reconnu

Ptolme furent les premiers des Grecs mettre, extrieurement au reste du Monde, une sphre sans astre, affirmation laquelle nous serons ramens par l'tude de la prcession des quinoxes, Philopon continue en ces

Aprs avoir affirm qu'Hipparque

et

termes

Ils

ont galement voulu que tous les astres fussent contenus

dans
effet,

la

sphre qui vient au-dessous de celle-l

ils

suivent, en cela,

l'opinion de Mose lui-mme, qui voulait qu'il en ft ainsi.


tous, sans exception, disent
le

En

que ce
;

ciel est

unique, et jamais

les

Grecs ne
le

nomment au

pluriel

les

deux, comme l'appelle


usant les uns

souvent la Sainte Ecriture. Mais,

cause de L'anomalie qui s'observe

dans

mouvement des
ils

astres errants, les Grecs,

de certaines hypothses imagines par les astronomes, l'aide


desquelles
et

pensent sauver

les

apparences
[les

(t cpaivojjiEva Ttoeiv),

les

autres d'autres

hypothses,

Grecs, disons-nous],

ont

subdivis ce ciel en plusieurs sphres qui en sont, pour ainsi dire,


les parties.

Aristote,
les

donc, au onzime livre de sa Mtaphysique, nu-

nire

opinions soigneusement tudies que les anciens astro;

nomes
en
les

ont professes ce sujet

iJ

dit

comment,

chacun des

astres errants, ces astronomes ont attribu plusieurs

mouvements,
;

mme nombre que

les

sphres qui mnent

cet astre

comment
:

uns ont admis pins de mouvements et les autres moins comment ils ont imagin ces sphres qu'ils ont nommes compensatrices.

Additionnant ensuite toutes


1rs

les

sphres

qu'il faut
le

admettre

selon
rlit
:

hypothses de ces anciens astronomes,

Philosophe

Le nombre de toutes Les sphres, tant des sphres nortantes que des sphres compensatrices, est de cinquante cinq.

K'i-

i. Jii\nm< Pbilopomi Deopi/icio rnundi libn VII. ReceDSuil Galterua cbtrdl Lipsie, WDCCCXCVU. Lib. III. cap. III. pp. [Link]).

112

L COSMOLOGIE HELLNIQUE

Mais que ces hypothses soient absolument dnues de toute dmonstration, que ce soient, en vrit, de pures hypothses fort
loignes des choses relles, cela se voit videmment par le dsaccar les uns cord des astronomes les uns l'gard des autres admettent un certain nombre de sphres et les autres un autre. Cela est galement rendu manifeste par Ptolme, qui est venu
;

aprs tous les autres

comme mprisables toutes les astronomes il en a imagin qui fussent hypothses des anciens il a suppos que les sphres qui consimples et plus senses duisent tous les astres sont au nombre de neuf au lieu des sphres compensatrices de celles-l, l'aide desquelles' ses prdces Celui-ci,

en

effet,

a regard

seurs faisaient connatre les causes du


astres errants,
il

mouvement anomal des

conu certaines sphres excentriques, qui n'admettent pas le mme centre que les neuf premires. Si l'on n'admettait point cela, qu'on imagine, dit-il, des picycles (il nomme ainsi certaines petites sphres) qu'on place un de ces picycles dans chacune des sphres qui mnent les astres, de telle manire qu'en une certaine partie de cette sphre, il en occupe toute l'paisseur, depuis la surface convexe jusqu' la surqu'on imagine ensuite chacun des astres errants face concave comme entran par chacun de ces picycles, en sorte qu'en sus du mouvement de la sphre inerrante, cet astre se meuve de deux mouvements propres, celui de la sphre qui le mne et celui de
a
'
;

l'picycle

d'une certaine manire,

l'astre, ainsi

par l'picycle,

mouvement universel, tandis que, d'une autre manire, par une marche contraire, tantt il prcde ce mouvement et tantt il le suit il parait se mouvoir tantt plus vite et tantt plus lentement parfois, il s'arrte. En un mot,
accompagne, d'une
allure, le
; ;

mme

Ptolme

fait

connatre, l'aide de ces hypothses, les causes de

toute l'anomalie qui apparait dans [les

mouvements de]

ces astres.

astronomes paraissent sauver au moyen d'autres hypothses ce qui arrive [en ces mouvements] ou, du moins, en la plupart de ceux qu'on observe les uns paraissent les sauver d'une faon plus grossire et les autres d'une manire plus exacte.
D'autres
;

Mais des hypothses elles-mmes, personne n'entreprendra jamais de trouver aucune dmonstration, ni mme de dire cela [qu'il en cherche une] personne n'en trouvera jamais, tramerait-il des
;

milliers de combinaisons.

i. On voit que Philopon rduit ici le systme des excentriques et des picycles la forme simple que connaissait Thon de Smyrne.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I.

LES HELLNES

113
sentiment

Nous allons reconnatre une grande analogie entre

ie

de Jean Philopon a celui de Simplicius. Simplicius, esprit, clectique, et qui ne penche point vers les solutions extrmes, s'en est tenu, comme Philopon, une sorte
de terme
clus.

moyen

entre l'opinion d'Aristote et l'opinion de Pro-

Avec Aristote, le commentateur athnien admet que le mouvement circulaire et uniforme est le mouvement essentiel des corps clestes il refuse seulement d'accorder au Stagirite que chaque partie de la cinquime essence tourne ncessairement autour du centre du Monde. Les mouvements irrguliers des astres errants ne sont donc pas, comme le prtendait Proclus, les seuls mouvements rels de ces astres ce sont, au contraire, des apparences compliques produites par la composition de plusieurs mouvements circulaires et uniformes ceux-ci seuls sont rels. Ces principes, formuls par la Physique, posent donc l'astronome ce problme Dcomposer le mouvement de chaque astre errant en mouvements circulaires et uniformes. Mais, aprs lui
;

avoir assign cette tche, l'tude de l'essence cleste ne fournit

pas l'astronome les moyens de l'accomplir

elle

ne

lui

enseigne

pas quels sont les vritables mouvements circulaires et uniformes, ceux qui, seuls, constituent la ralit sous-jacente la marche apparente d'une plante.
L'astronome, alors, prend la question d'un autre
gine certains
soit
biais. Il

imades

mouvements

circulaires et uniformes

que produisent
soit

des sphres

homocentriques dpourvues d'astre,


;

combine ces mouvements jusqu' ce qu'il parvienne sauver les phnomnes. Mais uue fois cel objet atteint, il doit bien se garder de croire que ses hypothses reprsentent les mouvements rels des astres. Les mouvements simples qu'il a imagins et composs entre eux ne sont pas plus les mouvements rels des corps clestes que ne le sont Les mouvements irrguliers et compliqus perus par nos sens.
excentriques et des picycles
il

On

pourrait, semble-t-il, exprimer clairement

La

pense de Simel

plicius

en

reprenant

le

langage d'Adraste d'Aphrodisiai


l'un astre rsulte

de

Thon de Smyrne Le mouvement apparent


binaison
bien dtermine

d'une certaine comet

de mouvements circulaires
La

unifor
et ils

mes

ces

mouvements-l sont selon


La

nature (xax& jtiv),


;

sont les seuls qui soient selon


L'existence, mais
elle ne

nature

la

Physique en affirme
les

D'autre pari, DU H KM -

donne pas 1<- moyen de lorsque le gomtre est parvenu


I.
il

dcouvrir.
les pli.
H

sauver

114

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

nomnes au moyen de diverses combinaisons de rotations uniformes, parmi ces combinaisons qui s'accordent par accident (x<xtol o-ujjiEyixo) avec les phnomnes et, partant, entre elles, il n'a aucun moyen de connatre quelle est celle qui est naturelle, ni mme si la combinaison naturelle se trouve au nombre de celles
qu'il a imagines.

Les hypothses des astronomes n'tant point des ralits, mais seulement des fictions dont tout l'objet est de sauver les apparences, on ne saurait s'tonner que des astronomes diffrents tentent d'atteindre cet objet en usant d'hypothses diffrentes.

Telle est,

croyons-nous, la doctrine de Simplicius

elle
;

nous
celui

parait clairement exprime en divers passages de ses crits


*
;

que nous avons cit au I est un des plus prcis en voici deux autres qui compltent celui-l en mme temps qu'ils se compltent l'un l'autre

Voici l'admirable problme des astronomes

2
:

Ils

se

don-

nent, d'abord, certaines hypothses

les Anciens,

de Calippe, prenaient les au nombre de ceux-l, on doit compter Arisdites tournantes tote qui, dans sa Mtaphysique, enseigne le systme des sphres

d'Eudoxe

et

contemporains hypothses des sphres

astronomes qui sont venus aprs ceux-l ont pos les hypothses des excentriques et des picycles. A partir de ces hypothses, les astronomes s'efforcent de montrer que tous les corps clestes ont un mouvement circulaire et uniforme, que toutes les
les

irrgularits qui se manifestent par l'observation de

chacun de

ces corps, le

mouvement

tantt plus rapide et tantt plus lent,

tantt direct et tantt rtrograde, la latitude tantt borale et tantt australe, les stations en

un mme

lieu

du

Ciel, le

diamtre

apparent tantt plus grand et tantt plus petit, toutes ces choses et toutes les choses analogues ne sont que des apparences et

nullement des ralits. 3 Pour sauver ces irrgularits les astronomes imaginent que chaque astre se meut, la fois, de plusieurs mouvements les uns supposent des mouvements suivant des excentriques et des picycles les autres invoquent des sphres, homocentriques au Monde, que Ton nomme sphres tournantes. Mais de mme que l'on ne regarde pas comme des ralits les stations et les mouvements rtrogrades des plantes, non plus que les addi,
; ;

Vide supra, p. 65. Simplici In Aristotelis quatuor libros de Cto commentaria ; in lib. comm. 20 ; d. Kaisten, p. i8g, col. b ; d. Heiberg-, p. 422. 3. Simplici In Aristotelis quatuor libros de Clo commentaria ; in lib. comm. 44 j d. Karsten, p. 219, col. a ; d. Hciberg, p. 488.
i.

2.

II

II

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

I*

LES HELLENES

115

dans l'tude des mouvements, et cela bien que les astres semblent se mouvoir de la sorte, de mme, une exposition conforme la
tions

ou

les soustractions des

nombres qui

se rencontrent

n'admet pas, non plus, les hypothses comme si elles taient telles en ralit. En raisonnant sur l'essence des mouvements clestes, les astronomes dmontrent que ces mouvements sont exempts de toute irrgularit, uniformes, circulaires, toujours de mme sens. Mais ils n'ont pu tablir avec exactitude comment les consquences qu'entrament ces dispositions sont seulement
vrit
fictives et

ne sont nullement relles alors ils se contentent de juger qu'il est possible, au moyen de mouvements circulaires, uniformes, toujours de mme sens, de sauver les mouvements apparents des astres errants. Cette doctrine de Simplicius est semblable de tous points celle qu'avait formule Posidomus et dont bminus avait conserv l'nonc. Nous n'avons donc pas nous tonner que Simplicius ait insr cet nonc dans ses commentaires la Physique d'Aristote et qu'il y ait paru voir la meilleure dfinition des rles respectifs du mathmaticien et du physicien. Comme Posidonius et bminus, Jean Philopon et Simplicius croient l'existence d'une Physique capable de formuler, au sujet
elles
;

comment

des mouvements clestes, des principes entirement surs. Mais,

en
cise

mme

temps

qu'ils

sont trs certains et trs gnraux, ces

principes sont trop peu dtaills pour fournir l'explication pr-

des apparences que nous observons. Pour sauver ces appa-

rences, l'astronome se trouve rduit a user de combinaisons hypothtiques.

Dans
;

le

choix

de ces combinaisons,

il

jouit d'une

grande libert
;

deux obligations, en effet, lui sont seules imposes d'une part, il ne doit pas considrer de mouvements qui contredisent aux principes gnraux poss par la Physique
;

d'autre part,

il

doit,

par

les

artifices les

plus simples que la

Mathmatique
la

lui fournisse;,

reproduire aussi exactement que posil

sible le cours observable des astres. Mais

ranon il lui est des images de la ralite.


;

de cette libert, interdit de regarder ses hypothses

paye

comme

N'est-ce pas ainsi, d'ailleurs, qu'Aristote avait compris les rles


respectifs de
qu'il avait
la

Physique

et

de

Astronomie

? ("est

a
}

la

Physique

constamment fait appel dans sa Physlque au Trait du Ciel et dans sa Mtaphysique* Cette science Lui .i\ait affirm que tous les corps clestes sont sphriques; qu'ils se meuvent tous
d'un
(

que toutes ces uniforme et ternel rculations s'accomplissent autour d'un mAme corps grave et
circulaire,
;

mouvement

116

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
est la terre

que chacune dlies est perptuellement entretenue par un moteur immobile qui est une intelligence
immobile qui
;

spare de la matire. Mais ensuite, lorsqu'il avait voulu pntrer dans- le dtail des mouvements des cieux, lorsqu'il avait souhait de

dnombrer exactement

les

sphres clestes,

il

n'avait

pu
;

renseignements trop gnraux de la Physique il avait d requrir le secours de l'Astronomie mathmatique et des hypothses qu'elle a combines en vue de sauver les phnomnes
se contenter des
:

nous voulons maintenant, disait-il connatre le nombre de ces mouvements, il nous le faut demander la discipline la plus parTo 8 izkrfo ticulire des sciences mathmatiques, l'Astronomie 2 wv |i.a9ri{jiaTixt5v emoTrj7$7| twv oopwv X rrj oixstOTaTYjs '/Aoa-ocpias
Si
1
,

(/.tov

v. txottsv, sx tt, cTpoXoyla.

i.

t.

II,

2.

Aristote, Mtaphysique, livre XI, ch. VIII (Aristotelis Opra, d. Didot, p. 607; d. Bekker, vol. II, p. 1073, col. b) ^oaopta est la leon suivie par l'd. Bekker ; l'd. Didot porte
:

CHAPITRE XI
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

LE RALISME DES ARABES.

LES SPHRES DE THABIT BEN

KOURRAH

Le gnie gomtrique des Grecs s'tait efforc, avec autant de persvrance que de succs, dcomposer le mouvement compliqu et irrgulier de chaque astre errant en un petit nombre de mouvements circulaires simples. Leur gnie logique et mtaphysique s'tait appliqu, de son ct, l'examen des combinaisons de mouvements imagines par les astronomes aprs quelques hsitations, il s'tait refus regarder les excentriques et
;

les picycles

comme
;

des corps dous, au sein des cieux, d'une

existence relle

il

n'y avait voulu voir que des fictions de go-

mtre, propres soumettre au calcul les phnomnes clestes;

pourvu que ces calculs s'accordassent avec les observations, pourvu que les hypothses permissent de sauver les apparences,
le

but vis par l'astronome tait atteint; les hypothses taient


;

utiles

sol, le physicien eut t


la

en droit de dire

si

elles taient

ou non conformes
les

ralit; mais,

dans

la

plupart des CAS,

principes qn'il pouvait

affirmer taient
a

trop gnreux, trop


tel

peu dtaills pour l'autoriser


sit

prononcer un
la

jugement.

Les Arabes n'ont pas reu en partage

prodigieuse ingnion'ont apport

gomtrique des Grecs;

ils

n'ont

pas connu davantage la


Ils

prcision et la sret de leur sens logique.

que

de bien minces perfectionnements aux hypothses par lesquelles

118

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

l'Astronomie hellne tait parvenue rsoudre en mouvements


simples la marche complique
lorsqu'ils ont

des plantes.
n'a

Et d'autre part,
ont tent d'en

examin ces hypothses, dcouvrir ia vritable nature, leur vue


celle

lorsqu'ils

pu galer en pntraProclus ou
ils

tion

d'un
;

Posidonius,

d'un Ptolme, d'un

d'un Simplicius
et toucher

esclaves de l'imagination,

ont cherch voir

ce

que

les
;

ment
solides

fictif et

abstrait

penseurs grecs avaient dclar pureils ont voulu raliser, en des sphres
donnaient
ils

roulant au sein des cieux, les excentriques et les pi-

cycles que Ptolme et 'ses successeurs


fices

comme
n'ont
fait

arti-.

de calcul

mais, dans cette

uvre mme,

que

copier Ptolme.

Le besoin de discuter
parat,
d'ailleurs,
s'tre

la nature des

hypothses astronomiques

dvelopp fort tard dans l'esprit des astronomes arabes. Pendant longtemps, ceux qui ont tudi YAlmagpste se sont borns l'exposer, le rsumer, le commenter, construire des tables qui permissent d'en appliquer les principes, mais sans examiner d'aucune faon le sens et la nature des suppositions qui portent tout le systme de Ptolme. En
d'Al Battani,
le

vain chercherait-on dans les crits d'Aboul Wfa, d'Al Fergani,

moindre aperu touchant le degr de ralit qu'il convient d'attribuer aux excentriques et aux picycles. La Science traversait alors une priode o l'esprit de ses adeptes, pleinement adonn au soin de perfectionner les applications des thories et les mthodes d'observation, n'a ni le loisir ni le dsir de discuter la solidit des fondements qui portent l'difice scientifique. Au cours de son dveloppement, elle a connu, plusieurs reprises, de telles priodes, temps de sommeil du
sens critique

mais, bientt, ce sens s'veille de nouveau, plus ardent examiner les j)rincipes des doctrines physiques qu' en
;

dduire de nouvelles consquences.

Pour dcouvrir un auteur qui ait discut la nature des mcanismes conus par Ptolme, il nous faut franchir un long intervale de temps et arriver jusqu' la fin du neuvime sicle.
savant et fcond astronome sabian Thbit ben Kourrah, dont certaines thories nous retiendront longuement au prochain chapitre, composa un trait dans lequel il
cette poque, le

aux cieux une constitution physique qui pt s'accorder avec le systme de Ptolme. Ce trait ne se trouve pas parmi les crits du mme auteur dont les traductions latines sont parvenues jusqu' nous. Mais il nous est connu par ce qu'en on dit certains philosophes qui l'ont eu en mains.
s'efforait d'attribuer

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

119

Mose Mamonide nous apprend que Thbit dmontrait qu'il faut ncessairement admettre un corps sphrique entre chaque couple de sphres. 11 est d'ailleurs ais, par

deux reprises

la lecture

de Mamonide, d'claircir ce que cette phrase trop cond'obscur. Visiblement,

cise prsente

Thbit attribuait chaque


paisseur,

astre

errant un orbe d'une certaine


lors, entre

excentrique au

Monde; ds
espace
;

comme

cet

deux orbes conscutifs, espace ne pouvait tre vide,


9
;

restait
il

un

certain

fallait qu'il ft

c'est ce corps intermdiaire, limit par occup par un corps deux surfaces sphriques de centres diffrents, que Mamonide nomme improprement un corps sphrique en ralit, ce corps O supest dnu de centre, comme le marque cette phrase 8 poserait-on les centres de ces corps qui existeraient entre chaque
;
-

couple de sphres

De quelle nature est la substance qui forme ces orbes intermdiaires? Mamonide ne nous dit rien dlie, si ce n'est qu'elle est dnue d'astre 4 Mais Albert le Grand nous donne un renseignement un peu plus prcis il nous dit en effet, que le corps
.

intermdiaire qui existe entre les orbes et en remplit l'intervalle


est tantt
l'avis

rare et tantt pais [rarum


le

vel spissum), et cela est

exprim par
sphres.

sage Thbith dans son livre

ment des

C'est

donc un

fluide

Sur le mouvecompressible que l'Astro:

nome

sabian interposait entre les orbes solides et excentriques

qui portaient les astres errants.

II

Le Rsum d'Astronomie

d'ibn

al haitam

LeB tendances qui avaient pouss Thbit ben Kourrah matrialiser les

hypothses de Ptolme, les dpouiller de la forme

purement
grecs
les

abstraite

gomtrique sous laquelle les astronomes avaient conues, pour les raliser et les incarner en
et

des corps solides ou


.

fluides,

continurent diriger les recher-

i Le guide des gars, trait de Thologie et de Philosophie, par Mosk be* Maimou* Hit Mamonide, publia pour In premire fois dans l'original arabe et accompagn d'une induction Franaise et de notes critiques, littn Paris. i856-i866; deuxime partie, rb XXIV, explicatives, par S Munk tome II, pp. 1 09-1 90 troisime partie, ch, XIV, toaae III. p. 100. 7 troisime partie, rb XIV, t. III, p, 108. Mamonide, Op. lauri 3 MaImonide, Op. Inurf .deuxime partie, h XXIV. t II, p. 1H9. 4. MaImonide, Op. laud ., troisime partie, b. XIV, t III, p 100 5, Albkpti Maoni /> Cfo et Mundo liber primus, tract I, cap XI.
:

<

120

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

ches de divers penseurs musulmans. Plus d'un sicle aprs la

mort de Thabit, nous


Haitaiii.

les

voyons orienter

les

efforts

d'Ibn al

Al Hassan ben

du
lui,

traite

Hassan ben al Haitam Abou Ali est l'auteur d'optique que Roger Bacon, et tout le Moyen Age aprs
al

ont tudi sous le

nom
crit

de Perspective d'Alhazen.

Jointe

un autre

du

mme

auteur et au volumineux

ouvrage qu'elle avait inspir Vitello (Witelo ou Witek), Y Optique d'Alhazen fut imprime Ble en 572 2 Dans cette uvre, qui a exerc une si profonde influence sur la thorie de la rflexion et de la rfraction, Ibn al Haitam se montre souvent mathmaticien avis ; laissons la parole Mon.

tucla

3
:

L'opticien Alhazen mrite encore

ici

une place, cause de

la Gomtrie quelquefois profonde qu'il tale en certains endroits

de son Optique. Il faudrait mme le ranger parmi les gomtres d'un ordre suprieur, pour son temps, s'il tait certain qu'il ft l'auteur de la solution qu'il donne du problme de trouver sur un miroir sphrique le point de rflexion, le lieu de V objet et
celui de l'il tant donns.

Car

c'est

un problme

assez difficile,

que l'on ne peut rsoudre qu' l'aide d'une longue et profonde analyse mais, je l'ai dj dit en parlant de Ptolme, il est probable que cette solution lui venait des Grecs, et je doute qu'aucun gomtre arabe ait jamais t capable de rsoudre une
;

question de cette nature


c

.
4
,

en question ne se trouve ni dans Y Optique de Ptolme, ni dans aucun auteur grec connu il est donc naturel de l'attribuer Alhazen. Ce gomtre pntrant fut, en mme temps, un crivain d'une extrme fcondit. VOptic thsaurus, outre ses sept livres sur l'Optique, renferme un trait sur les rfractions atmosphriques, intitul De crepusculis cet ouvrage, dj imprim en 1542, le fut
Or, ajoute E. Narducci
la solution
;
;

. Caussin de Perceval, Mmoire sur l'Optique de Ptolme (Mmoires de l'Acadmie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. VI, 1822, pp. 22-23). 2. Optic thsaurus. Alhazeni Ahabis Libri septem, nunc primum editi. Ejusdem Liber de crepusculis et nubium ascensionibus. Item Vitellonis Thuringopoloni Libri Omnes instaurati, fleuris illustrati et aucti, adjectis etiam in Alhazenum commentariis, a Federico Risnero. Basileae, per Episcopios,
i

MDLXXII.
3.

Montucla,

Histoire des

Mathmatiques, nouvelle dition,


y

t.

I,

Paris,

an

VII, p. 35q.

moquarto, del trattalo d'Ottica


1871).

Enrico Narducci. Intorno ad una traduzione italiana Jatta net secolo decid' Alhazen, matem itico del secolo undecimo, e ad al tri lavori di questo scienzato (Bulletino da B. Boncompagni, t. IV,
4.
.
. . .

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

121

encore en

1573

et

en 1592. Mais
;

le

nombre des

crits indits

dans un de ses ouvrages, il nous apprend qu'il avait rdige un expos de toutes les uvres d'ristote, et qu'il avait compos, en outre, vingt-cinq traits sur les Mathmatiques, et quarante-quatre traits sur la Logique, la Physique, la Mtaphysique et la Mdecine. Parmi les traits qui ont t composs par Ibn al Haitam et que l'imprimerie n'a pas publis, se trouve un Rsum d Astronomie
'

d'Ibn al Haitam est considrable

auquel M. Steinschneider a consacr un article bibliographique

savamment document -. Du Rsum d' Astronomie d'Alhazen, on connat, en premier lieu, une version latine, faite par un anonyme d'aprs la version espagnole qu'Abraham le Juif, sur l'ordre d'Alphonse X de Castille, avait donne du texte arabe. En second lieu, la fin du xm e sicle, une version hbraque en a t doune par Jacob ben Makir, surnomm Dom Profat ou, en
latin, Profatius

Judaeus

sur cette transcription en hbreu, Abrale

ham

de Balms a compos une version latine pour

cardinal

Grimanini.

une seconde version hbraque a t faite en 1322, par Solomon ben Pater Kohen, mdecin de Burgos, pour un certain Jacob ben Meir. M. Steinschneider a publi quelques fragments fort intressants, malgr leur extrme brivet, des deux versions latines et des deux versions hbraques. La version latine faite par Abraham de Balms est conserve dans un manuscrit de la Bibliothque Vaticane s notre demande, Mgr Duchesne, Directeur de l'Ecole Franaise de Borne, a bien voulu faire copier certains chapitres essentiels de ce manuscrit et nous faire tenir la copie ainsi obtenue. Grce son obligeance, dont nous voulons lui exprimer notre trs vive reconnaissance, il nous sera possible de donner au lecteur une ide prcise des
Enfin,
;

thories proposes par Ibn al Haitam.

par L'intermdiaire de l'hbreu de Profatius, au latin d'Abraham do Bal mes, le prambule qu'Ibn al Haitam avait
passant,
i.

En

Vite (h mcUetnatici arabitratte oVi un' opra indita di


<li
%

BuutAnouio

Ha.

eon not
i

M. Btbjuchniidm 11 Auiori Kgitiani Mauritani t Spagnuoti. VIII. Alhazeno Note de M Steinschneider {Balietino du B, Boneompagni, t. V, K72, pp. (65-466). Au eujel de l'auteur qui noue occupe, on peul encore consulter Eilham WisniuAifit, ibn al ffaita/n, tin ambicher Gtihrier l'stschrift fur J Roenthaif Leipzig, pp. 1/17-177)Mathi* k [Link], tVottC sur un ourrur/r (Ufronomi tt inati b'/m Huithfim ( Hullrtmo du H. BtUXM9IJMI07II t. XIV, 1HH1, ji|. ys\--]/\<>
.

'/

Bibliothque retienne, Cod. Vntic.

lit.

(566

122

L COSMOLOGIE HELLNIQUE

compos pour son Rsum d'Astronomie s'est transform en un extraordinaire galimatias nanmoins, parmi les innombrables non-sens qui maillent ce promium on dcouvre quelques phrases, peu prs intelligibles, o transparat la pense de l'auteur. Nous y voyons l'Astronome arabe s'lever contre ceux qui, pour rendre compte des mouvements clestes, construisent des dmonstrations abstraites au moyen du mouvement d'un point idal sur la circonfrence de cercles fictifs... De telles dmonstrations ne sont intelligibles que pour l'objet que ces auteurs ont voulu atteindre, pour la mesure qu'ils avaient dfinie et dcrite... Les mouvements de cercles et le point fictif que Ptolme avait
;

considrs d'une manire entirement abstraite, nous les place-

rons dans des surfaces sphriques ou planes qui seront animes des

une reprsentation plus exacte et, en mme temps, plus claire l'intelligence... Nos dmonstrations seront plus courtes que celles o l'on fait seulement usage de ce point idal et de ces cercles fictifs... Nous avons examin les divers mouvements qui se produisent l'intrieur des orbes, de telle sorte que nous fissions correspondre chacun de
Gela, en effet, constitue

mmes mouvements.

ces

mouvements
;

le

mouvement

simple, continu et ternel d'un

corps sphrique
ces

et tous
il

ces corps, attribus ainsi chacun de

mouvements, action, sans que

sera possible de les mettre simultanment en


soit contraire

cette action

la position qu'on

leur a donne, sans rien rencontrer qui les heurte, les


;

comprime

ou les brise d'aucune manire de plus, ces corps, en leurs mouvements, demeureront continus avec la substance interpose....

-,

Le Monde est une sphre solide 2 ... Je dis solide, parce que, il est plein en son dans le Monde, il n'y a aucun lieu vide
;

entier...

Haitam parvient-il remplir le Monde de corps solides agencs de telle sorte que leurs mouvements reproduisent les phnomnes clestes ? Nous trouvons, tout d'abord, aux bornes de l'Univers, le vritable orbe suprme 3 qui enveloppe toutes choses et qui est immdiatement contigu la sphre des toiles fixes sur ses ples particuliers, qui sont les ples du Monde, il tourne d'un mouvement rapide dirig d'Orient en Occident ; il entrane, par son
al
,

Gomment donc Ibn

i.

2.

M. Stbinschneider, M. Stbinschneider,
4566,
fol. l\o, recto.

loc. cit. y pp. 733-736. loc. cit., p. 736.


;

3. Ibn
lat.,

al Hauam, Op. laud., Sermo de primo seu supremo orbe

Cod. Vatic.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

123

mouvement, tous aucun astre .


C'est

les orbes des

divers astres....

il

ne contient

aux divers cercles tracs en cet orbe suprme qu'on rapporte les positions de tous les astres, aussi bien des toiles fixes que des astres errants. Au-dessous de cet orbe suprme, vient l'orbe des toiles fixes. L'orbe des toiles fixes est un globe rond qu'enferment deux surfaces sphriques ayant pour centre le centre de ce globe et du Monde. La surface externe de ce globe est contigu au plus grand des orbes, celui qui contient tous les orbes mobiles et les entraine en son mouvement rapide la surface interne du mme globe touche l'orbe de Saturne. Cet orbe tourne d'Occident en Orient, selon l'ordre des signes, sur deux ples fixes son mouvement est lent, car en chaque intervalle de cent ans, il
' ;

se

meut d'un

seul

degr, alors que le cercle entier est partag

en

trois cent-soixante

de ces degrs

les ples de cet

orbe sont

aussi les ples de l'orbe des signes,

que dcrit

le Soleil; c'est ce

qu'a

mentionn Ptolme qui observations des Anciens et de


les

l'avait

dcouvert au
et

moyen des

ses propres observations. Toutes

ne changent jamais la place qu'elles y occupent; leurs distances mutuelles ne subissent donc aucune variation, mais elles se transportent toutes ensemble, selon l'ordre des signes, par suite du mouvement Lent de leur orbe . Successivement, au-dessous de la sphre des toiles fixes, on trouve les sphres des trois plantes suprieures, Saturne, Jupitoiles fixes sont

enchsses dans cet orbe

ter et Mars.
n

Les sphres des trois plantes suprieures

2
,

c'est--dire de

Saturne, de Jupiter et de Mars, sont absolument semblables entre

nombre des orbes qui nature du mouvement qui les anime...


elles, et

par

le

les
Il

composent,

et

par

la

n'y a donc point, entre

elles,

grande diversit

et,

de toutes
sa

trois,

nous avons compos

un discours unique. Chacune de ces plantes a nent deux surfaces sphriques,

sphre propre, que dtermielles, qui

parallles entre

<mt

pour centre COmniUti le centre du Monde. Chacune <le ees spli<res embrasse immdiatement la sphre suivante. Le premier orbe
est celui

de Saturne, dont

la

surface externe confine

la

sphre

Ib\

al Haitam, Op. laud. f $en&o t fixarum itellarum orbe;Cod.


laud
;

Vatii

lat.
i.

(556, Fol 38, recto. Ibn al Haitam, ()/>

Scrmo

<l<-

Cod.

[Link]. Int. 1506, Fol. S5, vrrsn, rt fol.

luperioruin plaoetarum nrbihua; [Link],

124
des toiles

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
fixes et la surface interne la

sphre de Jupiter. De

mme,

la surface

suprieure

l'orbe de Saturne et

de la sphre de Jupiter touche sa surface infrieure l'orbe de Mars. De mme, de la sphre de Mars est contigu la
touche l'orbe du Soleil.
lent autour

enfin, la surface externe

sphre de Jupiter

et la surface interne

Chacun de
signes.

ces orbes se
.

meut d'un mme mouvement

de ples placs sur le

mme

axe que les ples de l'orbe des

une sphre excentrique, qu'entourent deux surfaces ayant mme centre que cette sphre celle-ci tourne d'un mouvement gal autour de deux ples fixes, dans le sens o les signes se succdent cette sphre se nomme Y orbe dfrent.... Entre les deux surfaces parallles qui dlimitent cet orbe, une sphre est renferme... cette sphre prend, pour chaque places orbes est contenue
; ;

En chacun de

nte, le

nom

' picycle

de cette plante

cette

sphre se meut

circulairement autour de son propre centre et de deux ples particuliers.


Enfin, la

substance de chacune des trois plantes suprieures


celui-ci.

est

enchsse dans la substance de son picycle et se meut du

mouvement de

Lorsque l'orbe dfrent se meut de son mouvement propre, la sphre picycle se meut en mme temps, et son centre dcrit un cercle fictif qui porte galement le nom de dfrent. Ces quelques extraits du Rsum d Astronomie nous renseignent pleinement sur l'origine et la nature des mcanismes que dcrit ce trait. Ces mcanismes sont emprunts de toutes pices aux Hypothses des astres errants de Ptolme. L'ouvrage d'Ibn al Haitam n'est gure qu'une adaptation et un abrg de l'ouvrage de Ptolme. En un point, l'Astronome arabe simplifie les suppositions de l'Astronome alexandrin. Ptolme voulait qu'une sphre suprme communiqut le mouvement diurne l'orbe des toiles fixes, puis qu' chaque ensemble d'orbes rgi par un astre errant, le

mouvement diurne
;

ft

communiqu par une


selon
lui,

autre sphre semblable

il

y avait donc,

huit sphres de cette sorte.

Alhazen se contente de mettre, aux confins de l'Univers, une


sphre sans astre qui tourne du mouvement diurne et entraine
avec elle tous les autres orbes.

Mais cette simplification,

il

n'avait pas eu l'imaginer.

Nous

verrons au chapitre suivant que, tout aussitt aprs Ptolme, les

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

125

Alexandrins
entier,

admettaient

cette

sphre

ultime,

cette

neuvime
Ciel tout

sphre, charge de confrer le

mouvement diurne au

tandis qu'aucun astronome hellne ne nous parlera des

sphres, infrieures celle-l, auxquelles Ptolme voulait, pour

chaque astre errant, confier

le

mme

rle.
la

En
fait

ce cas, donc,

comme

en tant d'autres,

Science arabe n'a

que reproduire les enseignements quelle avait reus de la Science grecque. Pour s'emparer de ces enseignements, d'ailleurs, elle n'avait pas attendu l'uvre d'Ibn al Haitam les agencements d'orbes solides que celui-ci devait exposer taient dj connus, au x f sicle, par les Frres de la Puret et de la Sincrit au
;
;

cours de la vaste encyclopdie qu'ils ont rdige, ces philosophes


font d'videntes allusions ce systme astronomique.

Dj, au second trait de leur encyclopdie, les Frres de la

Puret expliquent de la manire


directe et tantt rtrograde de

suivante
et

'

la

marche
:

tantt

Vnus

de Mercure

Le corps de chaque

toile

commande

une petite sphre que

l'on

nomme

sphre de rotation.
trait

L'picycle est donc reprsent

sos forme d'une sphre solide.

Au
lisons

trente-cinquime
2
:

de la

mme

encyclopdie,

nous

Les rotations clestes se subdivisent en cinq espces Rotation imprime chacune des toiles errantes par sa
: ;

sphre de rotation

Rotation imprime au centre de cette sphre de rotation par


;

la

sphre portante

Rotation imprime
;

la

sphre portante par la sphre princitoiles fixes

pale de l'toile

Rotation
;

imprime aux

par leur sphre prinet

cipale

Rotation, autour des lments, de la sphre enveloppante

de L'ensemble du Ciel.

numration Buppose admise la combinaison cinmatique que nous avons entendu derire par lbn al Haitam.

Evidemment,

cette

On

retrouve,
la

d'ailleurs,

chef

d'autres astronomes arabes,


est

la

mention de
i.

sphre de rotation [falak et-tadwr), qui

L'pi-

n. (]hr

Khikdhk.h I)iktkhk;i, Dit PhUotOphit dm Arubetin / X tirul X Jahrlinruln/ nus drr Thologie dfs A ri.s/oteles, don Abhand/unf/m Ai/cuxtbi nnd Die NoturarichaMmg nnd dtn Schriflen der lautrn Brader V [PS Bucli Naturphilosnphie. t w Auffftbe, Lepsiff, 1H7O, p, !\'S j>. Ih. DiKTKBif.i, Di Lmrt von dt Witdi bei Arabern in A JaMrfuuh dert, Leipzig, 1872, p. 5a.
.

dm

126

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

cycle, et de la sphre portante (falak kliridj el-rnarkaz), qui est le

dfrent

1
.

lbn al Haitam, dans son Rsum d'Astronomie, n'a donc pas eu occasion de manifester l'originalit dont, en Optique, il a donn
des preuves.

Les modles agencs par Ptolme et repris par bn al Haitam semblaient admirablement propres satisfaire les tendances ralistes de l'imagination arabe. Chose trange et bien difficile expliquer Ces combinaisons de sphres solides qui, depuis la fin
!

temps de ycho Brah et de Kepler, eurent si grande vogue parmi les Chrtiens d'occident, semblent n'avoir jou aucun rle dans le dveloppement de la Science islae

du xm

sicle jusqu'au

mique.
Qu'elles n'aient point attir l'attention des astronomes de pro-

astronomes de l'Islam ne discutaient aucunement les hypothses sur lesquelles reposent les thories de rduire ces thories en tables, perfectionner les YAlmageste
fession, cela se conoit
;

les

instruments, multiplier les

observations,
ils

tels taient

les seuls

ne pouvaient que ngliger un trait d'Astronomie o rien ne venait seconder leur double besogne de calculateurs et d'observateurs. Mais de la part des philosophes, un pareil oubli est plus difficile comprendre. Ds la fin du xi e sicle et pendant tout le xu c sicle, les penseurs les plus minents du Monde smitique, lbn Bdja, lbn Tofal, Averros, Mose Mamonide, Al Bitrogi vont, au nom de la Physique pripatticienne, battre en brche les doctrines astronomiques de Ptolme et pendant toute la dure de ce dbat, pas un d'entre eux ne fera la moindre allusion la forme donne par les Hypothses des astres errants et par le Rsum d Astronomie aux suppositions de YAlmageste. Mamonide citera Thbit ben Kourrah et discutera sur la possibilit des corps que cet astronome Averros et Al Bitrogi veut interposer aux sphres excentriques critiqueront l'invention de ces mmes corps, sans nommer touteaucun d'eux ne fera remarquer fois l'auteur de cette invention
objets de leurs proccupations;
;
1

Zakarij ben Muhammed ben Mahmud El-Cazwini's /Cosmographie, herausi Trad. geg-eben von F. Wstenfeld, Gltingen, 1848-1849, t. J, p. 22. G. Ruuallemande du mme par Hehmann Eth, Leipzig, i8t)8, pp. 47-48. loff et Ad. Hochheijh, Dit Astronomie der Mahmud ibn Muhammad ibn Omar Gesellschaft, al-Gagmini (Zeitschrift der deutschen morgenlndischen Lon Gautier, Une rforme du systme astronomique de Bd. XLV1I, i8g3) Ptolme tente par les philosophes arabes du xn* sicle (Journal Asiatique, 7e srie, t. XJV, 1909, pp. 492-493).
.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

IL

LES SMITES

127

que ses objections, valables contre les mcanismes de Thbit ben Kourrah, ne le sont plus contre ceux d'Ibn al Haitam aucun d'eux ne renoncera opposer aux hypothses de YAlmageste des consquences, rputes absurdes par les Pripatticiens, mais qui s'vanouissent d'elles-mmes si l'on donne ces hypothses la forme particulire que Ptolme a imagine et qu'lbn al Haitam
;

a reproduite.

Pour expliquer ce silence trange, on voudrait supposer que le Rsum (T Astronomie tait demeur profondment ignor des philosophes pripatticiens, adversaires du systme de Ptolme cette hypothse n'est point permise. Le plus ardent au combat contre les doctrines de YAlmageste, Averros, a connu et cit le livre d'Ibn al Haitam. Averros ', au commencement de son Abrg de l Almageste, qui ne nous est conserv que dans la traduction hbraque indite de Jacob Antoli (faite Naples vers 1231-1235), parle de ceux qui ont compos des Abrgs, sans
;
'

dmonstration, dans le seul but de satisfaire l'imagination


lbn al Haitam. Dans le trait ou discours sur le

tel

mouvement de
et

la

Lune, du

mme

Abrg, Averros observe, l'occasion du cinla

quime mouvement de
dclination (nettija),

Lune, mentionn par Ptolme

qu'lbn al Haitam en a dout,

nomm comme il a

dout d'autres mouvements semblables des plantes. Oue le Rsum d'Astronomie ft galement connu plans l'entou-

rage de Mamonide, une curieuse anecdote nous l'apprend 2 Al Hokn Abd el Salam fut accus le mdecin En 1192,
.

d'athisme, et l'on procda avec grand appareil la destruction

de ses livres. Le docteur qui prsidait la crmonie monta dans la chaire, Ht un sermon contre la Philosophie, puis, prenant l'un

quelques mots pour en montrer la sclratesse, et les passait des gens qui les jetaient au feu. Kabbi Juda, le disciple chri de Mamonide, fut tmoin de
aprs l'autre les volumes,
il

disait

cette scne trange. Je vis,

dit-il,

l'ouvrage d'astronomie d'Ibn al lequel cet auteur a reprsent Le globe cleste

dans la main du docteur, Haitam. .Montrant le cercle par


:

Voici,
la

s'cria-

t-il,

l'immense malheur,
!

l'inexprimable dsastre,
il

sombre
le jota

calamit
)>.

Ln disant ces mots,

dchira le livre et
silence

au feu
Il

est permis,

des lors, de se demander

si

le

gard par
sujet
<\\i

lbn Bdja.

par lbn Tofall et par leurs

disciples

au

i.

M. [Link],

2.

toc. cit., j). 72*. E. Renan, Averros et l'Auerroisme, p. a3.

128

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

Rsum
silence

compos par Ibn al Haitam ne fut pas un voulu. En mentionnant les agencements de sphres soli(f Astronomie

des au
ses,

moyen desquels

cet crit, suivant l'exemple des Hypoth-

construisait les cieux, les Pripatticiens ne craignaient-ils

pas de perdre quelques-uns de leurs plus beaux arguments contre les thories de YAlmageste, de dprcier quelques-uns des avantages que le systme des sphres homocentriques se piquait d'avoir sur le systme des excentriques et des picycles? En revanche, les attaques que le systme de Ptolme eut subir, pendant tout le douzime sicle, de la part des philosophes pripatticiens, expliquent la vogue dont le Rsum d'Ibn al Haitam semble avoir joui par la suite. Les astronomes de profession avaient pu, pendant fort longtemps, accepter sans contrle les hypothses de YAlmageste, que nul ne contestait, et consacrer tous leurs efforts au dveloppement de la thorie construite sur ces hypothses. Les violentes critiques par lesquelles lbn Bdja,
Ibn Tofal et leurs disciples s'efforcrent d'branler les principes dont, en toute scurit, avaient us les techniciens, obligrent ceux-ci donner aux fondements de l'Astronomie des excentri-

ques

et

des picycles une forme qui dfit les efforts des Pripa-

Le Rsum d Astronomie d'Ibn al Haitam leur offrait justement une semblable forme. Alphonse le C'est ainsi qu'au treizime sicle, nous voyons Sage, roi de Gastille, faire traduire cet ouvrage en espagnol par
tticiens.
'

Abraham
Vers
le

le Juif, celui-l

mme

qui dirigea la construction des

Tables Alphonsines.

temps, Jacob ben Makir (Profatius) donnait du trait d'Ibn al Haitam, une traduction hbraque. Dans la prface

mme

de cette traduction,
treprendre.
les tudier

il

nous conte
il

comment

il

fut

amen

l'enil

En

sa jeunesse, orphelin et sans ressources,


;

s'ap-

pliquait aux sciences

runissait des livres sans pouvoir toujours

profondment.
;

Un jour,

il

rencontra un tranger venu

d'une terre loigne cet tranger trouvait que les dmonstrations du livre d'Al Fargani ne s'accordaient pas avec la nature des choses il pressa Profatius de traduire en hbreu le Rsum d'Ibn al
;

Haitam.

Ce Rsum

fut

donc adopt par

les partisans

du systme de Pto-

lme

y trouvaient le moyen de soutenir, contre les Pripatticiens, que leurs hypothses s'accordaient avec la nature des
;

ils

i.

2.

Steinschnbidbr, toc. Steinschneider, toc.

cit., p.

722 et pp. 780-781


723.

cit. y p.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

129

choses

comme
ils

Dercyllide,

Adraste d'Aphrodisias et Thon de


clestes.

Smyrne,
Il

entendaient simplement par l qu'Ibn al Haitam leur

avait appris sculpter des

modles des mouvements

semble que le Rsum d'Astronomie ne soit pas le seul crit o Ibn al Haitam ait propos des mcanismes capables de reprsenter les mouvements clestes conus par Ptolmce. Un gomtre persan du xm e sicle, Nasir-Eddin Attousi, a compos un Mmento d'Astronomie dont un trs intressant chapitre a Dans ce Mmento, Nasir Eddin t traduit par M. Carra de Vaux
1
.

Attousi cite, plusieurs reprises

2
,

un

chapitre

compos par

Ibn al Haitam

ce chapitre a trait au

mouvement compliqu par

lequel Ptolme, dans Atmages/e, rend compte des variations

pour chaque plante, l'inclinaison du plan de l'picycle sur le plan de l'excentrique 3 afin de raliser ce mouvement, Ibn al Haitam, pour chacune des trois plantes suprieures, enveloppe la sphre picycle pleine de deux sphres creuses de mme centre, auxquelles il communique des rotations convenables pour chacune des deux plantes infrieures, le nombre des sphres creuses qui enveloppent l'picycle est port quatre. Comme nous ne trouvons, dans le Rsum d'Astronomie, aucune allusion ce mcanisme, force nous est de regarderie chapitre cit par Nasir-Eddin comme un trait distinct par lequel Ibn al Haitam a voulu complter son premier crit. Au cours de l'expos de Nasir-Eddin, nous relevons cette phrase * Ibn al Haitam a dit, de plus, qu'en se donnant des disques au lieu de sphres, on pouvait achever la dmonstration. Mais un systme non sphrique n'est pas conforme aux principes de la Science astronomique . Comme tant d'autres, Nasir-Eddin Attousi croit, sans doute, contempler la nature des choses lorsqu'il fait mouvoir des sphres embotes les unes dans les autres.
que
subit,
; ; :

Carra dk Vaux, Les sphres clestes selon Xasir-Lddin Atirisi. AppenPaul Tannbry, Recherches sur l'Histoire de l'Astronomie ancienne (Mmoires de la Socit des Sciences physiques et naturelles de Bordeaux,
i.

dice VI

4 e srie,
2.
3. 4-

t.

I,

1893).

Carha de Vaux, Op. laud., pp. 355-357. Voir Chapitre XII, VII. Cabra de Vaux, toc. cit. p. 307.
:

[Link]-.M

T.

II.

130

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

III

LES ADVERSAIRES ARABES DU SYSTME DE PTOLME. IBN BADJA

ET IBN TOFAL

On peut regarder

les

hypothses de l'Astronomie
le

comme
afin
;

de
de

simples fictions mathmatiques que

gomtre combine

rendre les mouvements clestes accessibles ses calculs on peut y voir aussi la description de corps concrets, de mouvements rel-

lement accomplis. Dans le premier cas, une seule condition est impose ces hypothses, celle de sauver les apparences dans le second cas, la libert de celui qui les imagine se trouve beaucoup plus troitement limite s'il est, en effet, l'adepte d'une philosophie qui prtende connatre quelque chose de la cleste
;

essence,

il

lui

faudra mettre ses hypothses d'accord avec les pret les

ceptes de cette philosophie.

penseurs hellnes qu sont venus aprs lui ont adopt, au sujet des hypothses astronomiques, la premire de ces deux opinions. Ils ont pu, ds lors, sans souci des diverses Physiques dont ils disputaient entre eux ou avec
leurs contemporains, composer leurs thories gomtriques
;

L'Auteur de YAlmageste

ils

ont
si

pu

choisir leurs suppositions sans se mettre en peine de rien,

ce n'est de l'accord entre les rsultats de leurs calculs et les

donnes des observations.

Au

contraire, aprs l'Auteur des Hypothses, avec Thbit

ben

Kourrah, avec Ibn al Haitam, les astronomes arabes ont voulu que les hypothses par eux imagines correspondissent des mouvements vritables de corps solides ou fluides rellement
existants
lois
;

ds lors,

ils

ont rendu ces hypothses justiciables des

poses par la Physique,

Or, la Physique professe par la plupart des philosophes de


l'Islam tait la Physique pripatticienne, la Physique que Sosi-

gne

et

Xn arque avaient depuis longtemps oppose


et

l'Astro-

nomie des excentriques

des picycles, montrant que la ralit

de celle-ci ne se pouvait concilier avec la vrit de celle-l. Le ralisme des astronomes arabes devait ncessairement provoquer les Pripatticiens de l'Islam une lutte ardente et sans merci
contre les doctrines de YAlmageste,

Au douzime
par les plus

sicle,

illustres

nous voyons cette lutte, vivement mene des penseurs arabes, par Ibn Bdja (Avem-

[Link] ET

ASTRONOMES

II.

LES SEMITES

131

Rochd (Averros), par Mose den Maimoun (Manionide), produire un systme astronopace), par Ibn Tofad (Aboubekr), par Ibn

mique,
cle,

systme d'Al Bitrogi (Alpetragiusj, qui, jusqu'au xvi e sitentera sans cesse de se substituer au systme de Ptolme.
le

ben Badschdscheh al Todschibi al Saracosti est souvent nomm par les Arabes Ibn al Saig (ou Ibn al yeg) le nom d'ibn Badschdscheh est souvent orthographi Ibn Bdja ce nom, son tour, que les traducteurs juifs ont transform en Aben Bdja, est devenu Avempace dans les
lahia
'
;
;

Abou Bekr Mouhammed ben

crits des docteurs

de la Scolastique latine.

L'pithte al Saracosti nous apprend qu'Ibn Bdja tait n

Saragosse. De sa vie, nous savons seulement qu'il exera la mdecine Sville jusqu'en 1118, qu'il se rendit alors la cour de Fez,

il

occupait le rang de

vizir, et

qu'en 1138, les mdecins de Fez

se dbarrassrent

par

le

poison de ce concurrent envi.


;

Ibn Bdja a t un des plus profonds philosophes de l'Islam


ses doctrines ont exerc la plus

minents esprits de la Albert le Grand parmi les Chrtiens. Mose Mamonide crit 2 Abou Bekr ben
:

grande influence sur deux des plus Scolastique, Averros parmi les Arabes et
al

yeg, dans un
fait

discours qui existe de lui sur l'Astronomie, a dit que l'existence

de l'picycle est inadmissible


les raisons
sibilit.

et

Mamonide nous

connatre

par lesquelles Ibn Bdja prtendait tablir cette impospicycle qui

D'abord, tablir un

tourne
et

sur une certaine


les cinq plantes,

sphre, sans tourner autour du centre de cette sphre qui le porte,

comme
voil

cela a t suppos pour la

Lune

pour

une chose dont il suivrait ncessairement qu'il y a roulement, c'est--dire que l'picycle roule et change entirement de place, chose laquelle on a voulu chapper, savoir qu'il y ait dans le Ciel quoi que ce soit qui change de place . En second lieu, il y aurait une rvolution autour d'un centre qui ne serait pas celui du Monde et cependant c'est un principe fondamental de tout cet Univers que les mouvements sont au nombre de trois un mouvement partant du centre, un autre se dirigeant vers le centre, et un autre autour do centre. Mais ^ il y avait un picycle, son mouvement ne grait ni centrifuge ni cen tripte ni autour du centre .
;
:

i. Surcp ptfftOaatgC, voir: u-mnani Wiistknkri.h, Gtwckichit dt Ara/, schen Aerzte and Naturforscher, Gltingen, ih/,o. '<" 103, pp.o3-g4. Mojhk Mamqnidr, Le guide det gare, ird. Munk, deuxime ptrtiej ch. XXIX; tome II, pp. 186-186.
I

'j..

132

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
lieu, c'est

En troisime

un des principes poss par


;

Aristote,

dans la Science physique, qu'il faut ncessairement quelque chose de fixe autour de quoi se fasse le mouvement et c'est la raison pour laquelle il faut que la terre reste fixe mais si l'picycle existait, on aurait l un mouvement circulaire accompli autour d'un centre o ne serait aucun corps fixe . A cet expos de la doctrine d'ibn Bdja, Mamonide ajoute les
;

que voici J'ai entendu dire qu'Abou Bekr disait avoir trouv un systme astronomique dans lequel il n'y avait pas d'picycle, mais uniquement des sphres excentriques cependant, je ne tiens pas cela de ses disciples. Mais, quand mme il y aurait russi, il n'aurait pas gagn grand'chose, car, dans lhypothse de l'excentrique, on s'carte galement des principes poss par Aristote et auxquels on ne peut rien ajouter. Et ceci est une observation qui m'appartient. En dpit de l'assurance de Mamonide, il est permis de rvoquer en doute l'originalit de cette remarque mais il est impossible d'en contester l'exactitude. Les critiques d'ibn Bdja devaient forcment conduire ceux qui les avaient recueillies rejeter l'hypothse des excentriques aussi bien que l'hypothse des picycles c'est ce que ft Abou Bekr ben al Tofal (?-l J85). Qu'lbn Tofal se soit occup d'Astronomie, qu'il ait profess, dans cette science, des doctrines opposes celles de Ptolme, nous le savons par le tmoignage d'Averros, qui fut son protg et son familier. Dans son Commentaire moyen (indit) sur la Mtaphysique (livre XII), Averros, en attaquant les hypothses de Ptolme relatives aux excentriques et aux picycles, dit que Tofal possdait sur cette matire d'excellentes thories dont on pourrait tirer grand profit L'astronome Al Bitrogi, dont nous tudierons bientt la Thorie des plante*, y parle 2 d'ibn Tofal dans les mmes termes qu'Aver Tu sais dj, mon frre, que l'excellent juge Avobacher ros Aventafel (l'mir Abou Bekr ben Tofal) nous disait qu'il avait trouv une thorie nouvelle des plantes qu'il dduisait leurs mouvements de principes autres que ceux de Ptolme qu'il rejerflexions
:
;

'

tait,

enfin, tout excentrique et tout picycle

avec ce systme,
vrifis et
il

disait-il,

tous les

mouvements
Il

clestes

sont

n'en

rsulte rien de faux.

avait aussi

promis d'crire l-dessus...

i. S. Munk, art. Tofal du Dictionnaire des Sciences philosophiques par une Socit de professeurs et de savants, t. VI, Paris, i82, p. 907. 2. Alpetragii Akabi Planetarum theorica,o\. l\, recto (Pour la description de cet ouvrage, vide infra, \ VI).

PHYSICIENS KT ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

3)

Ces mots du disciple d'Ibn Tofal nous appreunent que 1 mir n'avait compos aucun trait crit o ses objections contre le sys-

tme de Ptolme fussent consignes, o ses propres doctrines astronomiques fussent exposes tout ce que nous en savons se rduit aux deux courtes allusions que nous venons de citer. Nous serons mieux renseigns sur les opinions que professaient, touchant les mouvements clestes, les disciples d'Ibn Bdja et d'Ibn Tofail c'est par leurs propres crits que nous connatrons les objections qu'Averros et Mamonide levaient contre le systme de Ptolme, la thorie qmAl Bitrogi voulait substituer a ce
;
;

systme.

IV
LES ADVERSAIRES ARARES DU SYSTME DE PTOLME (suite).

AVERR0S

De tous
plus de
exerc,

les Pripatticiens arabes,

il

n'en est aucun qui

ait

eu

renomme au

sein de la Chrtient occidentale, qui ait

sur la Scolastique latine, une plus profonde influence

qu'Aboul Welid Mouhammed ben Ahmed ben Rochd al Maliki de Cordoue vers 1120-1198). Transform eiixVben Rost parles traducteurs juifs du Moyen Age, en Avenroys, puis Averros par les
Scolastiques
xvi e
sicle,
latins,
le

nom

d'Ibn

Rochd

devait, jusqu'en plein

retentir dans les dbats des coles d'Kurope.

Averros avait t tout particulirement soumis l'influence des sages qui repoussaient les hypothses de Y Almayeste. Par sa
philosophie
! ,

il

relve directement d'Ibn Bdja

Ibn Tofal {Y Abu-

bacer des scholastiques) fut l'artisan de sa fortune


tion intellectuelle le prdisposait

donc

la Lutte

Sa formacontre h systme
.
4

de Ptolme,
Il

n'y tait pas inoins dispos


Aristote.

par son admiration fanatique

'

pour

Aristote,

dit Ibn
^

Rochd dans

la

prface

de son

commentaire la Physique a fond et achev la Logique, la Physique et la Mtaphysique. Je dis qu'il lsa fondes, parce que
tous les ouvrages qui ont t crits avant
lui

sur ces sciences ne

valent pas

la

peine qu'on en parle,


Je dis
qu'il les a

et

ont t clipss par ses pro


le

prs
i.

crite.

acheves, parce qu'aucun


Eai

ceui
i

Benbsi Renan,

ioerroi

>t

VAverrot$mc
)o-43,

hitoriue, Paris,

p.

ii
2.

Eenbst Renan, O raaa,,

j>|.

134

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

qui l'ont suivi jusqu' notre temps, c'est--dire pendant prs de

quinze cents ans, n'a pu rien ajouter ses

crits, ni

y trouver

une erreur de quelque importance . Celui qui avait crit ces lignes ne pouvait manquer de regarder comme errones toutes les suppositions qu'Hipparque et Ptolme avaient substitues aux principes poss dans le Uzpl Opavou. Aussi le commentaire au De Clo, compos par Averros, ne se contente-t-il pas d'exposer le systme des sphres homocentriques et de l'appuyer de toutes les raisons que peut fournir la Physique du Stagiritc il contient galement une critique trs ferme et trs profonde du systme que dveloppait YAlmageste bn
*
; ;

Rochd reprend,
e

d'ailleurs, cette critique


2
.

lorsqu'il

commente

le

XII livre de la Mtaphysique


die de prs

Cette discussion des hypothses de Ptolme mrite d'tre tu;

le
;

du

xvi

sicle

dbat qu'elle va soulever durera jusqu'au milieu il empchera les astronomes d'oublier que les prin;

cipes de la thorie en vogue sont dfectueux et contestables


les pressera

il

de chercher de nouvelles bases pour y asseoir leurs spculations il prparera donc, sa manire, la transformation
;

copernicaine de l'Astronomie.

Ce qui a t expos de la Science astronomique prouve l'impossibilit des picycles. Un corps qui se meut circulairement doit se mouvoir autour d'un centre fixe 3 . Prtendre 4 qu'il existe des picycles ou des excentriques, c'est contredire aux lois physiques. Il est absolument impossible qu'il y ait des picycles. Un corps qui se meut circulairement, se meut ncessairement de telle sorte que le centre de l'Univers soit le centre de son mouvement.

Si le centre

de sa rvolution n'tait pas le centre de l'Univers,


;

il

y aurait donc un centre hors celui-ci il faudrait alors qu'il existt une seconde terre, en dehors de cette terre-ci, et cela est impossible selon les principes de la Physique.

On en peut
il

dire autant

de l'excentrique dont Ptolme suppose l'existence. Si les mou-

vements clestes admettaient plusieurs centres,


corps graves extrieurs cette terre.

y aurait plusieurs

Le principe qu* Averros invoque

ici est,

en

effet,

un des prin-

Aristotelis

secundi
coin ni.
2.

summse
35

De Clo cnm Averrois Cordubensis commenta riis ; libri secondas qusitum III, comm, 82, et qusitum V,
;

Aristotelis Metaphi/sicu cnm Averrois Cordubensis expos ifione summae secundae cap. IV, coin ni. 45.
3.
f\.

libri XII

Averros, Commentari Averros, Commenfarii

in libros
in libros

De Clo, lib. Metapht/sic.

II,

lib. XII,

comm. 35. comm.

45.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

135

cipes essentiels de

H Physique pripatticienne
Le corps qui
ait

Aristote rnonce
se

formellement
le

se

meut circulairement
...

meut de
il

toute ncessit autour d'un centre fixe

S'il est

ncessaire que
fixe,

mouvement

circulaire

lieu autour d'un centre

est

ncessaire galement que ce centre soit la est immobile au milieu du Monde .

terre, car c'est elle qui

La

rotation d'un orbe cleste autour d'un centre qui ft

un simple

point gomtrique semblait aussi inconcevable aux physiciens qui

du Stagirite qu'elle paraissait aise imaginer aux gomtres tels qu'Hipparque et Ptolme. Voici, contre les hypothses de YAlmageste, une seconde objection tire des principes mmes du Stagirite. Celui-ci veut qu'il n'y ceux dont le mouvement ait que deux sortes de corps simples naturel est le mouvement circulaire uniforme autour du centre de
s'inspiraient des doctrines
:

l'Univers, et ce sont les corps clestes

ceux dont

le

mouvement

naturel se

fait

sur une droite passant par le centre, et ce sont les


;

quatre lments, graves ou lgers

ces deux

mouvements sont les

seuls qui soient simples, les seuls donc qui puissent convenir des

corps simples

tout autre

mouvement
thorie, le
f
:

est

un mouvement compos

qui ne saurait convenir aux orbes clestes.


Lorsqu'il expose
cette

Commentateur ne manque

point d'en tirer ce corollaire

Les picycles imagins par les

astronomes sont faux, et il en est sans doute de mme des excentriques . En nonant cette consquence de la thorie des mou-

vements simples,
mire objection
:

il

a soin, d'ailleurs, de la confirmer par la pre-

Un mouvement naturel doit tre dfini par l'existence d'un terme fixe aucun mouvement qui n'est pas rapport un torme fixe ne saurait tre un mouvement naturel .

une troisime objection 3 directement oppose aux hypothses de Thabit ben Kourrah pour L'existence des excentriques est une impossibilit qu'elle ft possible, il faudrait que, dans l'intervalle des orbites v et le vide, ou bien que cet intervalle ft rempli par clestes,
Voici, contre le systme de Ptolme,
,
:

il

'les

corps qui ne seraient point naturellement sphriquos

<>t

qui

demeureraient immobiles

Or

la perfection dos corps clestes


;

veut qu'ils soient exactement sphriques

leur nature exige que

i.

tnisTon,

ii-:'>'

(i
I.
('

>

r.',

y'

(\hi
m)

d. l'.'-kkfi,

roi,

l86,

'-"I.

Opra, d. Didotj L II, pp


Voir
:

tonw

I,

]<

ISI,

De Ccslo cum ivnson Comkjki miiiiiii.t quarte c*pu1 uoicum, comm 3. Aykmhoi.s, Dr Cio lil). il. comm
liutTOTSLif

Co/iwiicrtlarfit, libr

prtmi

136

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
le Ciel cesserait d'exister s'il

leur rvolution soit perp tuelle


cessait de se

mouvoir. En outre, ces corps que l'hypothse des excentriques obligerait imaginer entre les corps clestes seraient des corps superflus, dnus de toute vertu et n'ayant d'autre effet que de remplir le vide . Or la nature ne fait rien de superflu. Les astronomes n'auront-ils pas le droit d'opposer une fin de

non- recevoir ces objections et de dclarer que l'observation des mouvements astronomiques prouve la ralit des excentriques et des picycles ? Averros repousse de toutes ses forces cette fin de non Rien de ce qu'on observe dans le mouvement des recevoir 2
:

toiles n'oblige

admettre les excentriques ni les picycles.

En

faveur de cette hypothse,

on ne trouve rien dans les 1 vres des mathmaticiens, sinon ce qu'on observe dans les clipses de Lune et peut-tre pourrait-on imaginer une Astronomie qui s'accorderait avec le phnomne prsent par la Lune, et qui,
;

cependant, se passerait de toute orbite excentrique.

Pour carter l'argument des mathmaticiens, ces rpliques sembleraient peut-tre bien sommaires le Commentateur les reprend donc et les dveloppe dans un passage 4 qui vaut d'tre
;

cit

en entier.

On ne

trouve rien, dans les Sciences mathmatiques, qui con-

duise

penser qu'il existe des excentriques


effet,

ou des picycles.

Les astronomes, en
de principes,
et ils

posent l'existence de ces orbites

en dduisent des consquences, qui sont prcisment ce que les sens peuvent constater ils ne dmontrent nullement que les suppositions qui leur ont servi de principes
titre
;

soient,

en retour, ncessites par ces consquences. Or nous savons par la Logique que toute dmonstration va du

mieux connu au plus cach. Si ce qui est le mieux connu est postrieur ce qui est moins connu, on a une dmonstration en quia (to otl). Si, au contraire, ce qui est connu prcde ce qui est moins connu, deux cas peuvent se prsenter. Il se peut que l'existence de l'objet de la dmonstration soit cache et que la cause en soit connue on a alors une dmonstration absolue, qui fait connatre la fois l'existence et la cause de son objet. Si, au contraire, c'est la cause de l'objet qui est inconnue, on aura seulement une dmonstration en propler quid (to \6ti).
;

i.

2.

3.
f\.

Averros, Averros, Averros, Averros,

Metaphysica, Metaphysica,

lib. XII, corara.

45; Cf.
45.

De Clo

lib. II,

comm.

32.

lib
II,

XII,

comm
32.
35,

De Clo De Clo

lib.

II,

comm
comm.

lib.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

1B7

Mais la thorie dont nous parlons n'appartient aucun de ces modes de dmonstration dans cette thorie, en effet, ce sont les
;

principes qui sont cachs


ncessits par les effets

mais ces principes ne sont nullement connus les astronomes se contentent de


;

poser ces principes, bien qu'ils les ignorent.


Si

vous considrez, d'ailleurs, les

effets

en vue desquels les

astronomes posent ces principes, vous n'y trouverez rien d'o se puisse conclure, dune manire essentielle et ncessaire, qu'il en est ainsi. Seulement les astronomes, ayant pos des principes qui leur sont inconnus et en ayant tir des consquences qui sont connues, ont admis la rciproque. Or, pour admettre qu'il en est ainsi, ils n'ont d'autre raison que ce qu'on observe en la Lune. Ils pensent dmontrer, en effet, que la Lune possde un excentrique par ce fait qu'ils la trouvent clipse tantt plus, tantt moins, bien qu'en une mme rgion du Zodiaque. Ils prtendent qu'on en doit conclure qu'elle traverse le cne d'ombre en des parties diffrentes, tantt plus rapproches et tantt plus loignes de la terre. Mais nous pouvons tout aussi bien expliquer ce changement de position en admettant que les ples de la sphre de la Lune tournent autour des ples d'une autre sphre. Si Dieu prolonge suffisamment notre vie, nous nous livrerons une tude approfondie de l'Astronomie telle qu'on la professait au temps d'Aristote. Il semble bien> en effet, que cette Astronomiel ne contredit pas aux principes de la Physique. Il y a des mouvements qu'Aristote nomme laulabia ce sont, je pense, ceux qu'on obtient en faisant mouvoir les ples d'un orbe autour des ples d'un autre orbe alors un point du premier orbe se meut sur une ligne laulabia tel est le mouvement du Soleil compos avec le mouvement diurne et peut-tre serait-il possible de reprsenter de la sorte les ingalits que prsente le cours des
*
; ;

'

plantes.

Poser a priori des hypothses mathmatiques, en

tirer

des

i. Averros et, comme nous le verrons, Al Bitrogi nomment laulabia la ligne que les astronomes grecs avaient nomme hlice; Albert le (irand nous apprend (a) que ce mot vient de l'arabe laulah qui lignifie colonne torse ; Albert le (rand donne galement (b) cette ligne le nom arabe de lenbtch qui, dit-il, signifie spirale M. Lon (Jnutier (c) nous dit que le mot laoulnh se traduit exactement par blice (a) [Link]! Ma*. m, epitCOpi Hatisboncnsis, De Crrlo et Mundo liber srciindus, trart. II. cap. V.
if. Ohand ibid., tract. III. eap. XI. CiAUTfmR, ('ne rforme du systme astronomique <ir l'tolemee tenter par philosophes arabes du xn* sicle {Journal Asiatique, y s-rie, t. XIV. ItyOQ, p. note a).

(bl

[Link]

(r) Leti

les

138

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

corollaires qui soient la reprsentation fidle des faits observs,


c'est,

pour l'astronome disciple de Ptolmc, l'uvre essentielle de celui qui compose une thorie il serait bien fou de penser que
;

l'exprience, lorsqu'elle s'accorde avec les rsultats de ses dduc-

en transforme les j>rmisses en vrits dmontres rien ne prouve, en effet, que des prmisses toutes diffrentes n'eussent pu conduire aux mmes conclusions contre une telle erreur, Averros a raison de le mettre en garde. Mais il ne commettra pas cette erreur, il ne tournera pas dans le cercle vicieux que lui reproche le Commentateur, s'il a peru le but vritable assign l'Astronomie par Posidonius, par Ptolme, par Proclus, par Simplicius; aux hypothses qui portent sa thorie, il ne demandera pas d'tre vraies, d'tre conformes la nature des choses il lui suffira que les rsultats du calcul s'accordent avec ceux de l'observation, que les apparences soient sauves. D'une semblable thorie astronomique, Averros ne veut p?s se contenter il exige que la Science des mouvements clestes tire ses principes des enseignements de la Physique, et de la seule Physique qui soit vritable ses yeux, de celle d'Aristote. Il faut donc que l'astronome construise un systme astronomique tel que les mouvements clestes en rsultent et qu'il n'implique aucune impossibilit au point de vue del Physique... Ptolme n'a pu parvenir faire reposer l'Astronomie sur ses vritables fondements. L'picycle et l'excentrique sont impossibles 8 Il est donc ncessaire de se livrer de nouvelles recherches au sujet de cette Astronomie vritable, dont les fondements sont des principes de Physique. Selon moi, cette Astronomie repose sur la considration du mouvement d'un seul orbe qui tourne simultanment autour de deux ou de plusieurs ples diffrents le nombre de ces ples est celui qui convient l'explication des phnomtions,
; ; ;

[Link] Stagirit^

Metuphysica cum Averrois Cordubensis expositione

lib. XII,

summa

II,

cap. IV,

comm.

45.

2. Parfois, Averros se montrait moins svre l'gard de l'Astronomie de Ptolme. Au dbut de son exposition du trait des Mtores, il examine ce qui arrive si le Soleil se meut sur un excentrique ou sur un picycle, ce qui rsulte ncessairement de l'acclration et du retard de son mouvement sur le Zodiaque. En vertu de cette supposition, le Soleil est l'apog-e quand nous sommes en t, au prige quand nous sommes en hiver, ce qui rend nos climats plus temprs. C'en est assez pour que l'excentrique n'existe pas en vain. (Aristotelis St agirit'm Meteorologicorum libri IV cum Averrois Cordubensis mdia epositione ; lib. I, cap. I). D'ailleurs, Averros avait compos un abrg de V Almageste ; cet abrg ne nous a t conserv que dans la traduction hbraque faite Naples, vers i23o ou 1235, par Jacob Anatoli ; cette traduction est indite. [Maurice Steinschneidbr, Notice sur un ouvrage astronomique indit d'Ibn Haithajn (Bulletino de Boncompagni, t. XIV, p. 728,

1881)].

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

139

mouvements peuvent rendre compte de la vitesse ou de la lenteur des toiles, de leur mouvement direct ou rtrograde, en un mot de toutes les apparences que Ptolme n'a pu expliquer au moyen d'une Astronomie correcte.... En ralit,
ns
;

de

tels

l'Astronomie de notre temps n'existe pas

elle convient

au

calcul,

mais ne s'accorde pas avec ce qui est. Averros n'eut pas le loisir de reprendre la thorie des sphres homocentriques, ni d'appliquer la reprsentation du cours des
plantes cette sorte de

mouvement
dit-il
'

qu'il

nomme

laulebia.

ma
plie

jeunesse, j'esprais,
;

que

cette

recherche serait

Dans accom

par moi-mme parvenu dj la vieillesse, je ne l'espre plus mais peut-tre que ces paroles inciteront quelqu'un entreprendre cette tude. Ce vu d' Averros devait tre exauc par son contemporain et condisciple Al Bitrogi.
;

V
MOSE M A M ONT DE

((

S'il fallait

en croire Lon l'Africain, Mose Mamonide aurait

t le disciple et

mme

l'hte d'Averros jusqu'au

moment de

la

M. Munk a montr tout ce qu'il y a d'impossible dans ce rcit. Lorsque Ibn Rochd fut proscrit, il y avait pins de trente ans que Mamonide avait quitt l'Espagne pour chapper la perscution des Alhomades. Mamonide dit
disgrce de ce dernier
bien dans Le More

Neboukim

(II, 9)

qu'il fut lve d'un lve d'Uni

Badja

mais nulle part dans cet ouvrage il ne parle d'Ibn Rochd. Bien plus, nous avons La date prcise Laquelle il commena
:

connatre les crits du Commentateur,

et

cette date
Lettre

nous reporte
adresse
<lu

aux dernires annes de

s;

vie.

Dans une

Caire, en L'anne 1190-1191,


:

son disciple chri Joseph ben Juda, il J'ai reu dans ces derniers temps i>ui ce s'exprime ainsi qu'l!>n Rochd a compos sur les ouvrages d'Aristotc, except le livre Du sens et du sensible et j'ai vu qu'il rencontr le vra une avec grande justesse mais, jusqu' prsent, je n'ai pas trouv de loisir pour tudier ses crits Mamonide n'a jui davantage tre L'lve d'Ibn Bdja, comme l<" prtend Lon
,

;i

>

AvSRIIOtfl, foc.

''if.

140
l'Africain, et
trois

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

comme on

l'a

rpt aprs

lui,

puisqu'il n'avait que


'

ans quand ce philosophe mourut, en 1138

Ce n'est donc qu'indirectement, par l'impulsion nouvelle qu'il donna aux tudes juives, que Mamonide fonda chez ses coreligionnaires l'autorit d'Ibn Rochd. Mamonide et Ibn Rochd puisrent la* mme source, et, en acceptant chacun de leur ct la tradition du Pripattisme arabe, arrivrent une philosophie presque identique 2 . Ce dernier jugement, nous Talions voir est
loin d'tre exact.

Al Schieck Abou Amran Mousa ben Maimoun al Cordobi, que ses coreligionnaires nommaient Rabbi Mousa ben Maimoun et les latins Mamonides, a expos ses doctrines philosophiques et religieuses en divers ouvrages et, particulirement, dans le volumineux Guide des gars, si savamment publi, traduit et annot par S. Munk 3 La pense de Mamonide, en cet ouvrage, n'est point du tout, comme l'a dit Renan, presque identique celle d'Ibn Rochd. Si l'on excepte le problme de l'immortalit de l'me, o les deux philosophes ont admis une mme thorie, celle d'Ibn Rdja, on les voit se sparer presque en toutes circonstances. Mamonide, en effet, ne ressemble aucunement au pripatticien intransigeant qu'est Averros. Il se rattache, de la manire la plus formelle, la tradition du No-platonisme arabe il est disciple, fidle jusqu'

Le

juif

la servilit, d'Avicenne et, surtout, d'Al Gazli.

rapproch d'Al Gazli par son dsir d concilier l'enseignement de la Philosophie avec les dogmes communs au Judasme et l'Islamisme, notamment avec le dogme de la
Il est,

d'ailleurs,

cration. Ibn

Rochd

reoit la parole d'Aristote

comme

l'expres-

sion de la vrit absolue et incontestable, tandis que le rabbin,

de renseignement du Stagirite, une autre autorit, celle de Mose. Entre eux, le contraste
si

respectueux

soit-il

vnre
est sai-

sissant.

La souple intelligence du

Juif,

habile retourner les opi-

nions contraires, en soupeser les avantages et les inconvnients,


sait

dis

demeurer en suspens entre deux dcisions aventureuses, tanque l'Arabe simpliste, ddaigneux des subtiles distinctions et

i A la mort d'Ibn Bdja, Mamonide n'tait pas encore n, si l'on en croit Wstenfeld qui le fait vivre de ii3q 1208 (Fbrdinand W3tenfeld, Geschichte der Arabischen Aerzte una Naturforscher, Gttingen, 1840,
.

n 198,
2.

p.

109.)

Ernest Renan, Averros et l'Averrosme, pp. i4o-i.4i> 3. Le. guide des gars, trait de Thologie et de Philosophie par Mose ben Maimoun dit Mamonide, publi pour la premire fois dans l'original arabe et accompagn d'une traduction franaise et de notes critiques, littraires et explicatives, par S. Munk. 3 vol., Paris, i856-i866.

PHYSICIENS KT ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

l4l

des attitudes indcises, se donne tout entier au parti qu'il a une


fois

embrass.

L'ide qui va

dominer toutes

les discussions

astronomiques de

Mamonide, ide nouvelle au sein du Pripattisme smitique, ide qui, en ce milieu, surprend par ses allures prudemment sceptiques, c'est l'ide que Ptolme avait indique, que Proclus avait dveloppe La connaissance des choses clestes, de leur essence, de leur vritable nature, passe les forces de l'homme les choses
:
;

sublunaires sont seules accessibles sa faible raison.

Dans la premire partie du Guide des gars Mamonide donne une sommaire description du Monde cleste Sache que cet Univers, dans son ensemble, ne forme qu'un vide, mais il est un seul individu 11 n a absolument aucun solide plein qui a pour centre le globe terrestre la terre est environne par l'eau, celle-ci par l'air, celui ci par le feu, et ce dernier enfin est environn parle cinquime corps. Celui-ci se compose de sphres nombreuses contenues les unes dans les autres, entre lesquelles il n'y a point de creux ni de vide, mais qui s'enceignent exactement, appliques les unes aux autres. Elles ont toutes un mouvement circulaire uniforme, et dans aucune d'elles il n'y a ni prcipitation ni ralentissement je veux dire qu'aucune
1
, : ; ;

de ces sphres ne se meut tantt rapidement, tantt lentement, mais que chacune, pour sa vitesse et sa manire de se mouvoir,

Cependant ces sphres se meuvent plus rapidement les unes que les autres... Ces sphres ont les unes ont pour centre le centre du des centres diffrents Monde, les autres ont leur centre en dehors de celui du Monde... Tout astre dans ces sphres fait partie de la sphre, dans laquelle
reste soumise la loi naturelle.
;

il

reste fixe sa place

il

n'a pas de

mouvement

particulier et ne

montre m que par le mouvement du corps dont il fait partie .. Quant savoir s'il y a des sphres de circonvolution [picycles] qui n'environnent pas le [centre du] Monde, c'est k examiner. C'est en la seconde partie du Guide des gars que se trouve La discussion annonce par ces dernires paroles. Je t'ai promis, lit Mamonide ', un chapitre dans lequel je te parlerais des doutes graves qu'on peu* opposer celui qui croit que l'homme a
se

embrass par la Science l'ordre des mouvements de la sphre cleste, et que ce sont L des choses physiques qui arrivent par
i.

1. 1,

i.

Mamonidr, L$ f/uif/r drs garet premire partie, ch. LXXII, [Link]. Munk, pn 354-358. Mamonide, Op. laurt.. deuxime partie, h XXIII; trad. Munk, t. Il,
<

p.

iK3.

12

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

une loi ncessaire dont l'ordre et l'enchanement sont clairs. J'en aborde maintenant l'exposition. Tu sais en fait d'Astronomie ce que, dans mes leons, tu as ce que tu sais dj, lu et compris du livre de YAlmageste c'est que, pour se rendre compte de la rgularit des mouvements et pour que la marche des astres soit d'accord avec les phnomnes visibles, il faut admettre une de ces deux hypothses, soit un picycle, soit une sphre excentrique, ou mme les deux la fois. Mais je vais te faire remarquer que chacune de ces deux hypothses est totalement en dehors de toute rgle et contraire tout ce qui a t expos dans la Science physique. Contre l'hypothse de l'picycle, Ibn Bdja a lev des objections que Mamonide reproduit; selon l'axiome d'Aristote, nul corps ne peut, de mouvement naturel, tourner sur lui-mme, s'il n'existe en son centre un corps immobile l'existence de sphres picycles est inconcevable. Ibn Bdja les a donc exclues de son Astronomie qu'il a tent de construire en employant seulement des
*
;

sphres excentriques.

y aurait russi, il n'y aurait pas gagn grand'chose, car, dans l'hypothse de Y excentri
il

Mais quand

mme

que, on s'carte galement des principes poss par Aristote et aux-

quels on ne peut rien ajouter. Et ceci est une observation qui


m'appartient.
connatre

L'observation dont Mamonide revendique l'invention nous


l'artifice

fait

par lequel certains astronomes prtendaient

maintenir l'accord entre l'hypothse des excentriques et l'axiome d'Aristote. Selon ces astronomes, les diverses sphres excentri-

ques avaient pour centres, il est vrai, des points situs hors du milieu du Monde mais ces points tombaient tous l'intrieur de chacun d'eux se trouvait ainsi la concavit de l'orbe de la Lune au sein de l'un des quatre lments il tait incorpor une substance qui ne prt pas part au mouvement du Ciel on pouvait donc affirmer que chacune des sphres excentriques se mouvait
; ; ; ;

autour d'un corps

fixe.

Selon Mamonide, cette opinion ne peut tre garde que par ceux qui n'ont pas de connaissances en Astronomie 3 ... Les mesu-

res de l'excentricit ont t exposes dans YAlmageste, selon les

hypothses qui y sont adoptes et les modernes ayant tabli par une dmonstration vraie, dans laquelle il n'y a rien de douteux, quelle est la mesure de ces excentricits relativement au demi;

i.

Mamonide, Op. laud. t deuxime


Mamonide, loc.
cit., trad.

partie, ch.
t. II,

XXIV,

trad.

Munk,

t.

II,

pp. i83-i85.
2.

Munk,

pp. 186-187.

PHYSICIENS ET [Link].

11.

LES SEMITES

143

diamtre de la terre,

comme

ils

ont expos aussi toutes les distanil

ces et les grandeurs des astres,


1

a t prouv que le centre de

excentrique du Soleil est ncessairement hors de la concavit de

la

en est de mme des centres des excentriques de Mars, de Jupiter et de Saturne. D'autres raisons doivent faire rejeter les hypothses des excentriques. Des orbes solides, immdiatement contigus les uns aux autres, et confinant les uns aux autres par des surfaces sphriques de centres diffrents, ne pourraient tourner librement chacun autour
sphre de la Lune
, et qu'il
;

du centre de sa surface convexe les orbes extrieurs entraneraient dans leur mouvement les orbes intrieurs. Thbit ben Kourrah, pour parer cette difficult, a imagin, entre chaque couple de sphres, un corps intermdiaire, un fluide susceptible de condensation et de rarfaction, a Mais com1

en tait rellement ainsi O supposerait-on le centre de ces corps qui existeraient entre chaque couple de sphres? Et il faudrait que ces corps
s'il
!

bien resterait-il l encore d'obscurits,

aussi eussent

un mouvement
telles

particulier.

Enfin, les variations d'inclinaison

du plan de
2

l'picycle sur le

plan de l'excentrique,
disciple

que

les

dcrit Ptolme, sont des

mouvements dont Mamonide


:

signale

l'invraisemblance a son

Je

t'ai

expos de vive voix et montr qu'il est impos-

sible de se figurer

comment

pareille chose peut exister dans les


difficult.

corps clestes. Ptolme en a clairement avou la

o tu peux vrifier tout ce que je t'ai dit, except cependant ce que je t'ai dit de l'observation touchant la place o tombent ces points qui sont les centres des excentriques car je n'ai jamais rencontr aucun auteur qui
Je
t'ai

indiqu

les endroits

s'en ft proccup.

Sauf en ce point, en effet, la discussion laquelle Mose ben Maimoun a soumis le systme des excentriques et des picycles diffre peu de la critique qu'Ibn Bochd a faite de ce mme systme. Mamonide, cependant, va-t-il conclure, comme Averros, la

condamnation de l'Astronomie de Ptolme?


les
:

Il

connat

trop bien

raisons qu'on

peut invoquer en faveur de cette

Astronomie il sait combien le dbat doit demeurer indcis entre les hypothses sur lesquelles repose cette Astronomie et les principes de la Physique d'Aristote Hecsirdci par consquent, combien tout cela s obscur. Si
:

',

i.

2.
').

Mamonide, Mamonidk. Mamonidk,

foc. Ctt,

tr;i<l

Miiuk.

t.

If,

p.

i8(j.

foc. fit., trad.


loc. rit. y tm<J.

Munk, t. H, pp. IfO-IOI. Munk, t. II, pp. ig2-iy3.

144

LA COSMOLOGIE HELLMQUE

ce qu'Aristote dit dans la Science physique est la vrit,


ni picycle, ni excentrique, et tout tourne autour
terre.

il

n'y a

du centre de la Mais d'o viendraient alors aux plantes tous ces mouveEst-il

ments divers?

possible d'une manire quelconque que


et gal, et qu'il

1<

mouvement
en

soit

parfaitement circulaire

rponde

aux phnomnes visibles, si ce n'est en l'expliquant par l'une des deux hypothses ou par toutes les deux la fois ? D'autant plus qu'en admettant tout ce que Ptolme a dit,... les calculs faits d'aprs ces hypothses ne se trouvent pas en
dfaut d'une seule minute...

mme temps

rtrogradation

Gomment se figurer sans picycle la apparente dune plante, avec ces autres mouve-

Et comment, d'autre part, imaginer qu'il y ait dans le Ciel un roulement, ou mouvement autour d'un centre non fixe ?

ments

Et c'est l une perplexit relle.

Par quel moyen le penseur se dgagera-t-il de cette perplexit ? Par le moyen qu'ont indiqu Posidonius, Gminus, Ptolme, Proclus, Philopon, Simplicius. Mamonide adopte les doctrines de ces Hellnes, et les termes dont ils se sont servis pour exprimer leur ide sont presque identiques ceux qu'il emploie pour formuler sa pense. Voici, par exemple, un passage o Ptolme seul est cit, mais o l'on croirait entendre les propres paroles de Simplicius Sache que si un simple mathmaticien lit et comprend ces sujets astronomiques dont il a t parl, il peut croire qu'il s'agit l d'une preuve dcisive pour dmontrer que telles sont la forme et le mouvement des sphres. Cependant il n'en est pas ainsi, et ce n'est pas l ce que cherche la Science astronomique. A la vrit, il y a de ces sujets qui sont susceptibles d'une dmons' :

tration

c'est ainsi,

par exemple,

qu'il est
il

dmontr que

l'orbite

du

Soleil dcline de l'quateur, et


le Soleil ait

n'y a pas de doute l-dessus.

Mais que
c'est ce

qui n'a pas t


;

une sphre excentrique ou un picycle, dmontr, et l'Astronomie ne se proccupe

pas de cela avec lequel


laire,

car le but de cette science est de poser

un systme

le

mouvement de

l'astre puisse tre

uniforme, circu-

sans tre jamais ht, ni retard, ni chang de sens, et


le

dont

rsultat soit d'accord avec ce

qui se voit.

En

outre,

l'astronome se propose

de diminuer

autant que possible les


;

mouvements

et

le

nombre des sphres

si,

par exemple, nous

-pouvons poser un systme selon lequel les mouvements visibles


Mamonide,

i.

Op. laud., deuxime partie,

ch.

XI,

trad.

Munk,

t.

II,

pp. 92-93.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

145

de

tel astre

se justifient

au

moyen de

trois sphres, et

un autre

systme selon lequel la mme chose peut se justifier l'aide de quatre sphres, le mieux est de s'en tenir au systme suivant
lequel le

nombre des mouvements

est le

moindre. C'est pourquoi


l'picycle,

nous prfrons, pour


l'a dit

le Soleil, l'excentrique

comme

Ptolme.

D'o vient cette impuissance o gt l'astronome transformer ses hypothses en vrits dmontres? Elle a pour cause le caractre born de la Science humaine, qui ne peut atteindre la connaissance des choses clestes. Ptolme l'a insinu, Proclus l'a dit avec plus de force, et Mamonide le rpte Ce que j'ai dj dit plus haut, je le rpterai ici. C'est que
'
:

tout ce qu'Aristote a dit sur les choses sublunaires a une suite

logique

ce sont des choses dont la cause est

connue

et qui

se

dduisent les unes des autres, et la place qu'y tiennent la sagesse et la prvoyance de la nature est vidente et manifeste. Quant
tout ce qui est dans le Ciel, ce

l'homme n'en connat


;

rien

si

ce n'est
est.

peu de thories mathmatiques

et tu vois ce qu'il
:

en

Je

en me servant d'une locution potique Les deux appartienmais la terre, il l'a donne aux fils d Adam nent 1 ternel (Ps. CXV, 16). C'est--dire que Dieu seul connat parfaitement la
dirai,
;

du Ciel, sa substance, sa forme, ses mouvements mais pour ce qui est au-dessous du Ciel, il a et leurs causes donn l'homme la facult de le connatre, car c'est l son monde, et la demeure o il a t plac et dont il forme lui-mme une partie. Et c'est la vrit, car il nous est impossible d'avoir les lments ncessaires pour raisonner sur le Ciel, qui est loin Mais fatiguer de nous et trop lev par sa place et son rang
vritable nature
;

les esprits

avec ce qu'ils ne sauraient saisir, n'ayant mme pas d'instruments pour y arriver, ne serait qu'un manque de bon
folie.

Il

sens et une espce de


est

donc sens de s'efforcer la constitution d'une Physique sublunaire qui nous enseigne les vritables proprits des quatre
lments
et

de leurs mixtes

il

est insens

de tenter la construc-

tion d'une Physique cleste qui, prtende,

par ses principe*, conc'est

natre de la cinquime essence.

Cette tentative, que


celle laquelle

Mamonide rput follement tmraire,

Averros conviait les astronomes Lorsqu'il cri 11 est ncessaire de se livrer de nouvelles vait ces paroles
:

t.

Mamonide, Op. faud., deuxini*'


lo/j-irp

partie, ch,

XXIV

irad.

Munk,
l

t.

II.

pp.

ru-iiFM.

t.

ii

U6

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

recherches au sujet de cette Astronomie vritable, dont les fondements sont des principes de Physique. En dpit des avis de Mose ben Maimoun, Al Bitrogi pensait avoir ralis le vu d'Ibn

Rochd

lorsqu'il publiait sa

Thorie des plantes prouve par des

raisons de Physique.

VI
l Thorie des plantes d'al bitrogi

La
tragii

collection de traits astronomiques


!

publia, Venise, en 1531

se

que Luca- Antonio Giunta termine par un crit intitul Alpe:

Arabi planetarum theorica,


latinis litteris

physicis rationibus probala,


neopo-

miperrime
clis.

mandata a Calo Galonymos herreo

litano, ubi nititur salvare apparentias absque eccentricis et epicy-

nous l'apprennent les dernires lignes du trait, le juif napolitain Calo Calonymos ou Kalonymos ben David traduisit cet ouvrage, en 1528, de l'hbreu en latin la version hbraque avait t faite en 125U, sur le texte arabe, par Mose ben Samuel ben Tibbon \ Quel tait l'auteur de ce texte arabe ?
;

Comme

i. Splierae tractatus Joannis de Sacro Busto Anglici viri clarissimi. Gerahdi Cremonensis theoricae planetarum veteres. Georgii Purbaghii theoriProsdogimi de Beldomando Patavini super tractatu cae planetarum novae. sphrico commentaria, nuper in lncem diducta per L [ucam] Ga [uricum], nunquam nmplius impressa. Joannis BaptIstve Capuani Sipontini expositw Joannis de Monte Regio disputationes contra theoriin Splira et. theoricis. cas Gcrardi. Mighaeus Scoti cxpositio brevis et quaestiones in sphra Gampani comjiendium Jacobi Fabri Stapulensis paraphrases et annotationes Ejusdem iractatalus de modo fabricandi spheram super tractatu de sphcra. Ptri cardinalis de Aliaco episcopi Gameracensis i//. qustiones. solidam. Roberti Linconiexsis episgopi tractatulus de sphra. Bartholomei Yespltu fjlossul in plerisque locis splir. Ejusdem oratio de laudibus astrologia*.. Luc-E Gaurigi [Link] et Jigur toto opre diligentissime reformatai. Ejusdem oratio de Ejusdem qustio numquid sub quatore sit habitat io inventoriais et laudibus astrologi.... Alpetragii Arabi theorica planetarum nuperrime latinis mandata literis a Calo Calonymos Hebreo Neapolitano, ubi nititur salvare apparentias in motibus planetarum absque eccentricis et t'picyclis. Golophons i (avant l'ouvrage d'Alpetragius) Impressunt fuit volunien istud in urbe Veneta... et calcographica Luca; Antouii Juntaj Florentini 2 ( la fin officina... Anno Virginei partus MDXXXI labente mense Martio du livre) Venetiis in eedibus Luceantonii Junte Florentini annoDomini MDXXXI mense Januario. On trouvera une description trs complte de cette rare collection dans l'crit de B. Boncompagni qui est cit ci-dessous. 2. Baldassare Boncompagni, Dlia [Link] e dlie opre di Gherardo Cremonese (Atti delT Accademia Pontijicia de' Nuovi Lincei, tomo IV, anno IV, p. 479)*

[Link]

K ASTHONOMKS.

II.

LKS SK MITES

\1

Aux

dernires lignes de la traduction


filins Al/ietrayii.

latine,

Avo Ashac
tait

Le traducteur a Bernardino Baldi, que l'astronome dont il interprtait l'uvre


tait le

nomm donc compris, comme


il

esc

un certain Abou Ishk, et qu'Alpetragius ou moins dform, de son pre.


Les historiens de
opinion
la

nom, plus

Science arabe regardent aujourd'hui cette


*.

comme

errone

ou Bitrugi n'est pas le nom du pre de notre auteur ce mot dsigne le pays d'o sa famille est issue, pays qui est Bitrodj, aujourd'hui Pedroches, au nord de Gordoue. Abou Iskh n'tait pas non plus son nom propre, mais un surnom. Abou Ishk ben al Bitrogi portait parfois aussi un autre surnom, celui de Nur-ed-Din. Nous lisons, en effet, dans le Catalogue de la bibliothque de l'Escurial, dress par Gasiri 2 Ouvrage sur la thorie des plantes, intitul Livre de la sphre, dont l'auteur est Nurredin, astronome espagnol, vulgairement il avait embrass la secte de Mahomet, mais il avait Petrucci gard le surnom de sa famille chrtienne. Une tradition constante, dont Gasiri s'autorise en ce passage, fait d'Al Bitrogi un chrtien, ou lui attribue, tout au moins, une
Bitrogi
;
:

origine chrtienne.

Ajoutons que le manuscrit catalogu par Gasiri

fait

suivre le

de l'auteur de l'pithte Ischibili, qui signifie de Sville; ainsi nous est connue la patrie d'Al Bitrogi. Tu sais dj, mon frre , crit Al Bitrogi ', que l'excellent juge Avobacher Aventafelnous disait qu'il avait trouv une thorie nouvelle des plantes qu'il dduisait leurs mouvements de principes autres que ceux de Ptolmc qu'il rejetait enfin tout excen;
:

nom

trique et tout picycle.

Get

excellent juge

Avobacher Aventafel

dont Al Bitrogi rapTofal, qui

pelle les enseignements, c'est l'mir


fut le protecteur d'Averroos.
c'est Le trait

Abou Bckr ben

L'ouvrage qu'Ai Bitrogi a compos, .istronomique dont [bu Tofal marquait l'objet ses

disciples, c'est celui

qu'A verros souhaitait d'crire,

si

Dieu

lui

en

S. Mincie, Mlange de Philoophie juive et arabe, l'.iiis, iNTmj. i. Vitedi Matematici arabi trotte da un' opra inedita di Bernardino Baldi, cou note <li M Bteimmbiibiimui (Balletino di oibliograjia t di S toria dette Sciense materna-

tiche e Jt$iche % pubblicato da B. BoDCompagoi, t. Y, 1N72; pp. ^27-5^^). Lea notes, d'unr mioutieuac rudition, qu'a rdige! M Steinachneiaer ^<">t la ource dea reoaeigDementa l< ,s plua prcieux aur AI Bitrogi 2. Bibtiotheca Arabico-hipana tcurialenei, opra 't itudio MtcttABLii Camri, inmus I, p, 3g; Matriti, MDCCLX 3. [Link] Ababi Pianetarum fhmrtro. fol. \. recto.
*

148
laissait le

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

temps. Entre les doctrines astronomiques d'Ibn Rochd et celles de notre auteur on peut signaler de nombreuses analogies que Kalonymos s'est plu numrer dans son pitre ddicatoirc
;

ces analogies ne sauraient nous tonner.


lit

Elles frappent tout d'abord, ces analogies, lorsqu'on


tiques qu'Ai Bitrogi formule
:
'

les cri-

contre les hypothses astronomiques

de Ptolme Ce que je garde en ma mmoire des suppositions de Ptolme et des principes qu'il a dcouverts, est pour moi, quelque chose d'intolrable il m'est impossible d'admettre ces suppositions je ne puis imaginer ces cercles, excentriques par rapport au Monde, qui tournent autour de leurs centres particuliers, distincts du centre de l'Univers, centres qui tournent eux-mmes autour d'autres centres je ne puis admettre ces picycles qui tournent autour de leurs propres centres, tandis que, dans l'paisseur du mme orbe, le centre de l'picycle tourne, en sens contraire de la
;
;

rotation de l'picycle, sur

un autre orbe excentrique au Monde.


;

ils Tous ces orbes sont placs l'intrieur d'un mme orbe en remplissent une partie, tandis que le reste demeure vide l'orbe excentrique, c'est--dire le dfrent du centre de l'picycle, se trouve, d'un ct, dans la partie de cet orbe qui est proche de l'intrieur et, de l'autre ct, dans la partie qui est proche de l'extrieur; ce qui reste n'a plus une figure exactement circulaire en sorte que ce reste subira des mouvements ou des dformations partielles, lorsque ces excentriques et ces picycles se mouvront au sein de cet orbe total si l'on suppose que cet orbe total, au sein duquel sont runies toutes les orbites partielles, est form d'eau ou de feu, les diverses parties de cet orbe devront se mouvoir de faon livrer un espace vide aux orbites partielles, tandis que le reste de l'orbe sera rempli comme il convient la nature du fluide qui le forme. Ces suppositions engendrent l'erreur elle se manifeste par les faussets qui s'ensuivent et par les propositions contraires la vrit. Ptolme et mieux fait d'attribuer les deux mouvements principaux deux orbes, de mettre seulement les plantes sur les excentriques et les picycles, et de les laisser se mouvoir, au sein de l'air, par exemple, ou d'un corps de mme sorte, selon les mouvements qu'il a imagins cela et mieux valu que d'admettre, en outre, l'existence de huit orbes et de supposer que chacun de ces orbes contient un certain nombre d'orbites destines aux divers mouvements.
; ; ;

i.

[Link] Arabi

Planetarum theorica

fo\.

l\,

recto.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

149

Ces reproches qu'Ai Bitrogi adresse Ptolme ne semblent

pas entirement mrits par l'Astronome alexandrin

celui-ci s'est

born dcrire au sein d'une sphre particulire les excentriques et les picycles qui tracent son chemin chaque astre errant, sans regarder aucunement les divers cercles qui doivent guider une mme plante comme des orbes solides contenus dans la sphre principale il a agi prcisment comme Alpetragius souhaitait qu'il l'et fait. Le disciple d'Ibn Tofal ne parait donc pas avoir acquis la connaissance du systme de Ptolme par une lecture directe de YAlmageste; il semble plutt qu'il ait demand cette connaissance l'tude des crits des commentateurs arabes et, en particulier, de Thbit ben Kourrah, dont les hypothses semblent vises par les critiques que nous venons de rapporter. Mais venons l'expos du systme propre d'Al Bitrogi. Les quatre lments, la terre, l'eau, l'air et le feu, entourent le
;

centre du
clestes
1

Monde

leur tour,

ils

sont entours par neuf orbites

qui ont la forme de couches sphriques contigus ayant

pour centre commun le centre mme de l'Univers. La neuvime sphre 2 qui enveloppe toutes les autres, ne porte aucun astre c'est d'elle que tous les autres tiendront leur mouvement mais, elle, elle se meut d'elle-mme et ne reoit son mouvement d'aucun autre corps . Ce mouvement est simple et parfait il consiste en un mouvement de rvolution uniforme d'Orient en Occident; les ples de cette rvolution sont les ples de l'Univers et sa dure est le jour
,

sidral.

Chacune des orbites infrieures


sieurs astres
;

est le

support d'un ou de pluet les toiles

la

huitime sphre porte la voie lactre

qu'on
ria

nomme
;

Lies

parce que leurs mutuelles distances sont invachacune des autres porte un des astres errants qu'on
fixes,

rencontre

dans l'ordre suivant, en descendant de la huitime sphre vers la sphre des lments corruptibles Saturne, Jupi:

le Soleil, Mercure et la Lune car Al Bitrogi 4 Vnus met au rang des plantes suprieures Aucun de ces orbes n'a la parfaite simplicit de la sphre suprme Les toiles ou la plante qu'il porte suffisent nous rvler son htrognit. Aucun d'eux n'aura donc le mouvement simple et parfait qui .-mime le premier orbe cleste.

ter,

Mars, Vnus,

i.

2.
S.
/(.

[Link]

5.

Aiktha(.h Ahmh Planttaram thtorica ton \k\hi Planetartun (heorica, Ai.i'i tu ami AnAiti Pianetarum theorica, hvn iMac m Aiiahi Planetarum (heorica, [Link] \h\iu Plnnrtnrnm fheorir/i.
%

fol.

vei
e(

fol. H,
i"l
f<
I

recto S, recto
rect

vereo.

n, recto.

fol, s.

I.'O

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

Le mouvement de chacune des huit sphres infrieures sera un mouvement mixte, rsultant de la composition de deux mouvements simples. En premier lieu, tout tre dsire imiter, autant qu'il est en lui, infrieures dsil'absolue perfection. Chacune des huit sphres rera donc se mouvoir du mouvement qui anime le mobile suprme, simple et parfait. Elle participera au mouvement de la neuvime sphre, mais elle n'y participera qu imparfaitement elle suivra la rvolution de la neuvime sphre, mais avec un certain retard non pas que la neuvime sphre l'entrane d'un mouvement viole mouvement par lequel chaque orbite participe au moulent vement de la sphre suprme est, pour elle, un mouvement naturel, qui provient d'une aspiration vers la perfection. Cette aspiration est une vertu que l'orbite suprme communique aux sphres infrieures au fur et mesure qu'elle s'loigne du premier mobile dont elle mane, cette vertu s'affaiblit de mme,
1
; ;

celui qui lance

certaine vertu

une pierre ou une flche lui communique une mais cette vertu diminue d'intensit au fur et
de son moteur.

mesure que

le projectile s'loigne

Cette ide est

une de

celles auxquelles

Al Bitrogi attache

le plus

d'importance

elle est aussi

une de

celles qui ont le plus forte-

ment retenu

l'attention des lecteurs de son ouvrage. Elle

marque,

en cet ouvrage, l'influence d'un principe cher aux No-platoniciens. Empruntons l'nonc de ce principe une uvre de la pense arabe nous voulons parler du Livre des causes dont l'origine suggra tant de conjectures aux auteurs mdivaux jusqu' ce que saint Thomas d'Aquin y et reconnu un recueil d'aphorismes, extraits de ^Institution thologique de Proclus, et enrichis de commentaires. Le Livre des causes, en effet, formule le principe suivant 2 dont
;
,

la doctrine d'Al Bitrogi est

une application L'infinitude de toute vertu est plus grande lorsque cette vertu est unie que lorsqu'elle s'est tendue en se propageant. En effet, le premier infini, qui est l'Intelligence, est immdiatement voisin
:

Alpetragii Arabi Planetnrum fheorica, fol. 9, reclo. In prsent i volumine infrascripta inventes opuscul a Akistotelis cum exposition Ibus sancti Thoml ne ptri de Alvkrnia. Perquam dilir/enter visn recognita erroribusque innumeris purgnta. Saisctus Thomas De sensu et sensuto... l'Ifimo nltissirni proculi (sic) de cuusis cum eiusdem sancti Thome commenta... Im pressa vero Venetiis mandato sumptibusque tionibus... Colophon Heredum nobilis viri domini Octaviani Scoli civis Modoetiensis per Bonetuni Locatellum presbyterum Bergomensem. Anno a partu virgineo saluberrimo Septimo supra millesimum quinquiesque centesimum quinto Idus Novembris. Cap. 17, fol. 80, col. b. Ce passage du Livre des Causes est textuellement emprunt YInstitution thologique de Proclus; au tome I, p. 370, nous l'avons cit d'aprs ce dernier ouvrage.
i

2.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

151

pourquoi toute vertu voisine de l'Un pur contient plus d'infinitude qu'une vertu qui en est loigne. Lorsque la vertu commence s'tendre et se propager, son unit se dfait et, partant, son infnitude se dtruit et son infnitude ne se dtruit que lorsqu'elle se divise elle est alors une vertu divise. Plus elle est condense et unie, plus elle devient intense et
de l'Un pur
;

c'est

puissante, plus les oprations qu'elle

produit sont admirables.


est

Plus, au contraire, elle se partage et se divise, plus elle s'amoindrit et s'affaiblit,

feste et

donc manicertain que plus une vertu approche de l'Un pur et vriplus viles sont ses oprations.
Il

table, plus

son unit est puissante

et

plus son unit est puissante,

plus son infnitude est apparente et manifeste, plus aussi ses oprations sont grandes, nobles et admirables.

Ainsi la vertu qui provient de la sphre suprme parviendra

chacune des sphres infrieures, mais elle y parviendra d'autant plus attnue que cette sphre est plus loin du premier mobile en mme temps, crotra le retard du mouvement par lequel cette sphre s'efforce de s'accommodera la rotation diurne du neuvime orbe Si le neuvime orbe est le modle parfait auquel chaque sphre cleste s'efforce de se conformer, chacune d'elles a sa forme propre, par laquelle elle diffre de la neuvime sphre et de toutes cette l'orme est parfaite en soi, en sorte qu'elle les autres produit un mouvement de rvolution uniforme mais, pour chacune des huit sphres infrieures, ce mouvement propre a ses ples spciaux et sa dure particulire. Considrons, par exemple, la huitime sphre, celle des toiles fixes; elle se prte plus aisment que les autres h l'application des principes poss par Al Bitrogi et, d'ailleurs, c'est elle que l'auteur tudie en premier lieu, c'est elle qu'il consacre les plus
;
;

Longs dveloppements de son livre.

La huitime sphre participe au mouvement diurne de la sphre suprme mais, loigne le celle-ci, elle n'en reoit pas
:

La

vertu dans sa plnitude, en sorte


ii

<ju

sa

rvolution autour des

ples de l'Univers

'est

pas entirement acheve au bout d'un

jour sidra] passent donc


'

il

s'en

faul
si,

d'une petite quantit

la

les

comme

rvolution

diurne

choses se d'Orient en

Occident,

la

huitime sphre ajoutait une rotation propre, d'Occiet

dent en Orient, trs Lente


I

accomplissant, chaque jour, un arc

au dfaut de
[Link].n

La

rvolution totale.

\iuhi

Planetarmn thorim^

foll. p,

rer*o

si

10. [Link].

152

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

Ce mouvement l n'est un mouvement propre qu'en apparence la huitime sphre a, en outre, un mouvement propre rel ce dernier est encore une rotation uniforme, mais cette rotation ne se produit pas autour des ples de l'Univers elle a ses ples particuliers, qui sont comme la marque individuelle de la sphre laquelle ils appartiennent peu distants des ples de l'cliptique solaire, ils en sont cependant distincts ce sont les ples du cercle des douze signes. Le mouvement propre de la huitime sphre est un mouvement par lequel elle cherche sa perfection, par lequel elle s'efforce de ressembler la sphre parfaite, la neuvime. Or, sa distance la neuvime sphre ne lui a laiss recevoir qu'une part de la vertu de celle-ci de l, une imperfection mise en vidence par le dfaut qui semble donner aux ples de la huitime sphre un mouvement d'Occident en Orient autour des ples du Monde. C'est cette imperfection que la huitime sphre s'efforce de corriger en dcrivant chaque jour, autour de ses ples particuliers, et d'Orient en Occident, un angle complmentaire prcisment gal au dfaut de la premire rvolution. Le mouvement total de la huitime sphre se compose donc, en
;
!

somme, de deux
l'un sur l'autre
;

rotations uniformes autour de deux axes inclins


c'est ce
;

que nous

nommons

aujourd'hui un mou-

vement de nutalion par ce mouvement, chaque toile dcrit une courbe complique qu'Eudoxe avait dj tudie et qu'il avait nomme hlice Al Bitrogi, qui l'tudi son tour, use pour la dsigner du mme motqu'Averros il la nomme la courbe laulabine*. Al Bitrogi et, sans doute, souhait de donner la thorie des plantes la mme simplicit gomtrique qu' la thorie des toiles fixes mais il n'aurait pu reprsenter ainsi les ingalits compliques du cours des plantes c'est en composant trois rotations uniformes autour de trois axes diffrents qu'il s'efforce de figurer
;

ces ingalits.

Chaque sphre a ses ples particuliers 8 ces ples, assurment, sont peu loigns de ceux qu'admet le cercle des douze signes
;

cependant de quelques degrs. Chacun de ces deux ples dcrit d'Occident en Orient un petit cercle autour du ple correspondant du cercle des douze signes et comme celui-ci tourne autour de l'axe du Monde, d'Orient en Occident, avec une vitesse un peu infrieure celle du mouveils

s'en cartent

i.

s.
!.

Alpetragii Arabi Planetarum theorica, Vide supra, p. 187. Alpetragii Arabi Planetarum iheorica,

fol. 10,
fol. 2,

recto et verso.

verso, et

fol. 4>

verso.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

153

venient diurne, on voit que l'axe particulier


taire

dune

orbite plan-

n'est

plus anim d'un

mouvement de
;

rotation

uniforme,

mais d'un mouvement de nutation les ples particuliers de l'orbite dcrivent autour des ples du Monde non plus deux cercles, mais deux courbes laulabines. Autour de son axe particulier, l'orbite plantaire prouve un mouvement propre qui est une rotation uniforme d'Orient en Occident mais ce mouvement est beaucoup moins rapide que le mouvement des ples de l'orbite autour des ples de la huitime sphre tandis que l'orbite plantaire effectue, autour de son axe
;
;

une seule rvolution d'Orient en Occident, cet axe effectue peu prs deux rvolutions, d'Occident en Orient, autour de l'axe du cercle des douze signes '. D'ailleurs, la marche de certains astres errants prsente des irrgularits qui obligent Al Bitrogi compliquer davantage le mcanisme propre figurer cette marche. Mars 2 et Mercure 3 ne se trouvent pas sur l'quateur de leur orbite respective, mais un peu au sud de cet quateur. Chacun des ples de l'oi*bite solaire ne se meut pas circulairement autour de l'un des ples de la huitime sphre le cercle qu'il dcrit roule sur le cercle que parcourt le ple de la sphre des toiles. Ces combinaisons de mouvements permettent Al Bitrogi de rendre compte d'une manire qualitative, et comme en gros, du cours des astres errants c'est trop peu pour que son systme soit en tat de supplanter le systme de Ptolme le systme de Ptolme permet aux astronomes de dresser des tables o sont marques d'avance, pour telle poque qu'on veut, la position
particulier,
;

dos divers astres

Al Bitrogi ne tente nullement cette description


des phnomnes clestes.

minutieuse

et dtaille

Lors

mme

qu'il la tenterait, et

avec succs, ses agencements

de sphres homocentriques demeureraient impuissants expliquer

de Vnus ou de la Lune la Terre change tandis que l'astre accomplit sa rvolution. Il est vrai qu'il n'a
la distance

comment

cure de ce

phnomne

et qu'il n'en fait

mme

pas mention.

Al Bitrogi ne conduit donc pas jusqu'au fermo l'application au mouvement dos sphros clostos de sos principes do Philosophie
naturelle
;

on

revanche,

il

tend cette application


avait

aux mouve-

ments dos lments sublunaires. Dj Aristoto. au premier livre dos Mtores,


i.

admis que

le

[Link] Amari I* I u r\rt un ii m t h n, ri <<i \irKTHAGn Ahahi Planetaram theorica, \ PI 7i! IOH \rari Plnnrtnrnm Ihrori'n,
i

fol. fol.

l5, iq,
f
\,

rrcto

et

WtTi

rerso.
\rv^<>

fol. 7

154

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

feu et les rgions suprieures de l'air prenaient part la circulation qui entrane les sphres clestes d'Orient
disait-il
l ,

en Occident.
en

L'air ,
il

est

anim d'un mouvement

circulaire,
le feu,

car

est

entran dans la rvolution de ce

Monde

effet, est

con-

au feu. Cette opinion est reprise et prcise par Al Bitrogi. Le mouvement, dit-il 2 est mis par la sphre suprme, et nous en trouvons la preuve par l'examen de ce qui se passe en ce inonde infrieur, parmi les lments susceptibles de gnration et de corruption qui se trouvent au-dessous du Ciel. En tudiant cette vertu, propre mouvoir le Monde, qui rside dans le corps moteur de l'Univers, nous reconnaissons la vrit de ce que nous avons annonc. Les substances qui sont plus voisines de c corps ont un mouvement plus fort et plus rapide que celles qui en sont plus loignes ce mouvement est, en effet, une manail s'ajoute, tion du mouvement circulaire de la sphre suprme en ces substances, leur mouvement naturel. Le feu est anim d'une circulation semblable la circulation cleste on le reconnat l'inspection de ces corps, brillants la nuit comme des toiles, qui apparaissent, de temps en temps, dans les rgions suprieures il semble, en effet, l'observateur que ces corps soient des toiles ils paraissent se mouvoir avec elles ou les suivre ils ont, comme elles, un lever et un coucher. Cela dmontre que cet lment ign se meut, entran par le mouvetinu la matire cleste, et l'air est contigu
,
;

ment du

ciel le

plus lev.

L'lment de l'air partage aussi ce mouvement, mais il est troubl par certaines agitations la rgularit de la circulation ne
;

dans la nature de l'air de pouvoir tre comprim, ou chass avec rapidit, ou divis et toutefois reste-t-il qu'il se meut, la plupart du temps, suivant le mouvement du Ciel, particulirement au lever du Soleil, au dclin et au coucher de cet astre... Quant l'lment de Feau, il est trs vident que son mouvement suit le mouvement du Ciel, bien que ce mouvement de l'eau n'accomplisse pas une rvolution complte. Nous le reconnaissons dans le mouvement rgulier que l'Ocan prouve chaque jour et chaque nuit C'est le mouvement du Ciel qui soulve les eaux de la mer, et ce mouvement se continuerait indfiniment si la pesanteur des eaux et leur profondeur n'y mettaient un terme. Le
s'y
il

conserve pas toujours, car

est

i.

p. 555; d.
.

Aristote, Mtores, 1. I, ch. III (Aristotelis Bekker, vol. I, p. 34i, col. a). Alpetraoii Arab Planetarum theorea, fol. 5.

Opra, d.

Didot,

t.

III,

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

155

mouvement des eaux de l'Orient vers l'Occident est une consquence du mouvement suprieur; au contraire, le reflux provient
de la pesanteur de l'eau
;

sa grande

l'air c'est Le mouvement de leau est pourquoi l'on a pens que le flux suivait le cours de la Lune, parce que le mouvement de la mer et celui de la Lune diffrent peu l'un de l'autre toutefois, les eaux sont en retard sur la Lune en outre, elles ne reoivent pas une vertu suffisante pour accomplir une rvolution entire il survient donc une autre rvolution destine complter la premire, en sorte que les eaux oscillent
;

masse l'oblige moins rapide que celui de

s'abaisser.

continuellement.

Quant

la terre,

il

est

vident qu'elle est immobile en son

ensemble, bien que certaines de ses parties puissent prouver quelques changements et quelques mouvements. La vertu motrice
a achev son uvre lorsqu'elle parvient
celle-ci
la

terre,

en sorte que

demeure

fixe.

Bien que la terre demeure immobile dans son ensemble, il s/y peut produire des changements et des dplacements partiels ces
;

transformations paraissent lies au

mouvement des

toiles

fixes

qui dtermine la prcession des quinoxes.

L'orbe des toiles fixes

n'est pas le plus simple de tous et

son

mouvement
les

n'est pas

simple.

Cette proposition est prouve

par
teur

toiles,
et,

apparences que rvle l'observation du mouvement des car certaines toiles apparaissent tout d'abord sur l'quaplus tard, on les observe hors de ce cercle, affectes d'une
soit

latitude soit septentrionale,

mridionale.

La

diversit des

situations

de cet

orbe

est

encore prouve par

ce qu'on peut

au sujet des grands changements et des permutations de certaines choses particulires telles sont les permutations qui se produisent entre les terres habitables et
infrieur,
;

observer, en ce

monde

non habitables, entre rgions non tempres; il arrive,


les terres

les

rgions tempres

et

1rs

parfois,

que laie

se

purifie en

certains lieux qui deviennent alors habitables, tandis qu'en d'autres lieux, l'air se corrompt, et ces lieux deviennent inhabitables
;
;

de mme. Les eaux de la nier changent de place elles s'accumulent en certaines rgions, tandis qu'en d'autres rgions, on voil apparatre des contres qui, jusqu'alors, axaient t couvertes par

genre qui se montrent h nous, <*t d'au trs analogues, nous tmoignent que ces oprations sont produites par le changement d< situation de l'orbe des toiles nssurment,
d<*
i
:

les

eaux. Les choses

ce

'

\ii'KTnA0ii

\immi l'Innriuniim throrica.

fol. 7,

verso.

S,

rnl,.

156
elles

LA.

COSMOLOGIE HELLNIQUE

ne proviennent point du mouvement de quelque orbite pla-

ntaire, car elles seraient alors priodiques

comme
;

ce

mouvement
donc leur

et se renouvelleraient lorsqu'il se renouvelle

elles ont

cause en l'orbite des toiles fixes

Un peu
vement,

plus loin nous lisons

Il est

possible

'

que, de ce

mou-

proviennent

les

grands changements observs en ce

monde
et

infrieur, soumis la gnration et la corruption, et ceux qui rendent inhabitables les rgions qui taient habitables,

inversement.

de la huitime sphre, Al Bitrogi rattache ainsi grandes variations de la surface terrestre, les dplacements des continents et des mers, dont les anciens philosophes grecs avaient affirm la ralit et qu'Aristote, au second livre des Mtores 2 rduisait aux proportions plus modestes d'inondations causes par l'abondance des pluies. Tel st, dans ses grandes lignes, cet ouvrage d'Al Bitrogi qui devait, jusqu'au temps de Copernic, inspirer tous les adversaires de Ptolme, frayant ainsi la voie l'astronome de Thorn.
les
,

Au mouvement

VII
LES PRCURSEURS GRECS, LATINS ET ARABES D'AL BITROGI

Quel est le degr d'originalit de cette uvre ? Les rapprochements qu'on peut faire entre les ides d'Averros et les principes dont se rclame Al Bitrogi, l'aveu mme de ce dernier, nous apprennent que l'enseignement d'ibn Tofal lui a suggr son systme astronomique. Mais il a, croyons-nous, recueilli des suggestions autrement prcises, et qu'il n'avoue pas. Si l'on suit avec attention les dmonstrations gomtriques d'Al Bitrogi, on peut bien souvent reconnatre 3 malgr la confusion qu'ont introduite les traductions successives de l'Arabe en Hbreu et de l'Hbreu en Latin, que les lettres employes par ces dmons,

trations se succdent

dans l'ordre suivant

A B G D E
*
i.

H
*l

T
:

Cet ordre, o l'on retrouve celui de l'alphabet grec


P

>

Alpetragii Arabi Planetarum theorica, fol. i4> verso. Aristote, Mtores, livre H, ch. III. 3. Voir, en particulier, les dmonstrations qui se trouvent aux verso 16, recto et verso, 21, verso, etc.
2.

foll.

io,

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

157

est,

selon F. Hultsch, la

marque

laquelle on reconnat srement

grecque qui a t traduit en Arabe. S'il en est ainsi, Al Bitrogi aurait emprunt purement et simplement ses dmonstrations gomtriques, qui sont ingnieuses, quelque crit hellnique sur la thorie des sphres homocentriques son originalit, fort mince, serait celle d'un simple adaptateur, voire, peutcrit d'origine
;

un

tre,

d'un plagiaire.

D'ailleurs,

que

la Science hellne ait

pu produire un

crit ana-

logue celui d'Al Bitrogi, c'est une supposition trs vraisemblalaquelle le mouvement rtrograde des 1 hypothse selon ble
;

due un mouvement direct moins rapide que celui des toiles fixes, est une hypothse qui, srement, s'est prsente de fort bonne heure aux astronomes grecs il semble qu' toutes les poques de la Science hellne, c'est, du moins, ce que parat prouelle ait compt des partisans ver l'insistance avec laquelle elle est rfute par ceux qui ne
astres errants n'est qu'une apparence,
;
;

l'adoptent point,

La compilation, bien connue sous le titre De placitis philosophorum, qui a t faussement attribue Plutarque, nous dit Anaxagore, Dmocrite et Glanthe prtendaient que toutes les
: :

toiles

taient transportes d'Orient en Occident

au contraire,

Alcmon et les mathmaticiens affirment que sont mues en sens contraire des toiles fixes,
dent en Orient
.

les toiles errantes

c'est--dire d'Occi-

Le stocien Glanthe, n vers l'an 300 avant J.-C, parat, en effet, avoir pouss assez loin les consquences de cette hypothse. Stobe nous dit quelques mots de sa thorie du Soleil 9 selon Clanthe, le Soleil se mouvait, dans sa sphre, suivant une spirale comprise entre les deux tropiques; cette spirale tait identique l'hlice o Eudoxe et Galippe voyaient la trajectoire rsultante de
;

deux rotations de sens contraire.


D'autrefl Stociens paraissent avoir

partag l'opinion de Glanla vie

the touchant

Le

mouvement

direct des astres errants.

domde, par exemple, dont on place


avant J.-C., s'exprime en ces termes
h
3
:

au premier sicle
terre accomplisconservation du

Le Giel tourne au-deggUfl de l'air et de sant une rvolution adapte au salut et


i.
.

la
la

De piaciti phUoophorafn lib. U, c*p< XVI. Stobau Edoartun Phy$icarin Bt Ethicurwn libri <iti<>. Recensait \uguttui Meineke ; ta a', ftvetxc, [Link] (Liber I, Pbyvica, cap i5);vol. I, \/\h\ Leipzig, Teuboer, 1860. I. 3. CLMMIlDIf D6 mo/u cirrulmi rjnporum carlrstium libri duo. Insliuxil Hermaonui Ziegler; lit. I, cep. ni; pp. b8-3i, Leipzig. Teuboer, 1891,
Psiodo-PlittaiiquBj
t

>

loANMifl

I5S

LA COSMOLOGIE HKLLKMglil-.
entier

Monde
vement
et

dans sa circulation,

il

entrane ncessairement tous


il

les astres qu'il contient.


est le

Parmi ces

astres,
;

en est dont le

plus simple possible

ils

tournent avec le
;

mouMonde
;

au contraire, prennent part, avec le Ciel, au mouvement commun par adhrence, ils sont entrans en sa circulation mais ils usent, en outre, d'un mouvement propre grce auquel ils occupent, dans le Ciel, des places qui changent d'un instant l'autre. Le mouvement d e ces astres est plus lent que le mouvement du Monde, en sorte qu'ils paraissent anims d'un mouvement contraire au mouvement du Ciel et qu'ils semblent ports d'Occident en Orient. Les premiers se nomment les toiles fixes et les seconds les astres errants, parce qu' des poques diffrentes, on les voit en des
d'autres,
;

gardent toujours les

mmes

places dans le Ciel

parties diffrentes

du Monde. Nous apprenons par Thon de Smyrne damnait une thorie o nous reconnaissons
:

que Dercyllide conla doctrine

de Glan-

the

Il croit

que

les levers successifs diffrents


il

mouvement

en longitude et

rejette les raisons faibles et

dpendent d'un com-

modes, donnes par les Anciens, d'aprs lesquelles les plantes seraient laisses en arrire. Mettant de ct tout ce qu'il y a de dsordonn et de contraire la raison dans un tel mouvement, il est juste de croire, dit-il, que les plantes sont emportes lentement par un mouvement contraire celui des toiles fixes, ce mouvement intrieur tant, en outre, entran par le mouvement
extrieur.
Il

ne pense pas

qu'il faille

prendre,

comme causes premires

de ces mouvements, des spirales ni des lignes semblables la course sinueuse d'un cheval. Car ce mouvement est le rsultat
d'autres mouvements.
rale est le

La cause premire du mouvement en

spi-

mouvement qui s'accomplit suivant le cercle oblique du Zodiaque. Le mouvement en spirale est, en effet, adventice et postrieur il rsulte du double mouvement des plantes. On doit donc regarder comme premier le mouvement suivant le cercle oblique le mouvement en spirale en est une consquence il n'est pas pre;

mier.

Gminus, qui parait avoir vcu au premier sicle de notre re, condamne, peu prs comme Dercyllide, la thorie qui avait eu les prfrences de Clanthe et de Clomde. Voici comment il s'exprime dans son Introduction aux phnomnes clestes 2
:

i.

d.

J.

2.

Thon de Smyrne, Astronomie, c. XLI. Ed. Th. H. Martin, pp. 328-33 1 Dupuis, pp. 324-325. Claude Ptolmb, Table chronologique des rgnes, prolonge jusqu' la
t

PHYSICIENS KT [Link].

les

II.

LES [Link]

lo9
Soleil et

Quelques personnes disent que

mouvements du
des

de la Lune paraissent suivre la srie des signes, non parce qu'ils


vont dans une direction contraire
celle

mouvements du

Monde, mais parce que le mouvement de la fixes, plus rapide que celui du Soleil et de la Lune, laisse ceux-ci en arrire et nous les fait paratre anims d'un mouvement conmais que ce n'est l qu'une traire, suivant la srie des signes illusion, une apparence qui n'est point conforme la vrit, puisque rellement le Soleil et la Lune tournent d'Orient en Occident seulement, allant moins vite que le Monde, ils passent dans les
sphre des toiles
; ;

signes consquents avant d'avoir achev leur rvolution.

Ces personnes font une comparaison


faisait

Si quelqu'un,

disent-

par douze hommes qui iraient galement vite, et faisait marcher un autre homme en mme temps que ceux-l, sur le mme cercle, dans le mme sens, mais plus lentement, ce dernier serait dpass par tous les autres et il semhlerait marcher en sens contraire de seule, la lenteur de ceux-ci. Cependant, cela ne serait point vrai la marche de cet homme ferait qu'il semble aller eu sens contraire dos douze autres, bien qu'il aille dans la mme direction. C'est, ajoutent ces personnes, ce qui a lieu pour le Soleil et pour la Lune bien qu ils se transportent vers les mmes points que le Monde entier, ils semblent aller vers les points consquents par suite de la lenteur de leur marche Mais cette opinion des philosophes ne s'accorde pas avec les phnomnes. Si ces mouvements, en efiet, n'taient que des apparences si ces astres taient laisss en arrire par les astres qui Les surpassent en vitesse, il faudrait que leurs marches en arrire eussent lieu dans des cercles parallles, de mme que toutes les toiles fixes dcrivent des cercles parallles par l'effet du mouvement de rotation du Monde d'Orient en Occident Or ils ne sont
elles,

parcourir la circonfrence

d'un cercle

pas Laisss eu arrire sur des cercles parallles, car


court Le cercle

le Soleil

par-

Vucun des astres laisss en arrire ne pourrait, en mme temps, changer de latitude, car il devrait demeurer dans un plan parallle la rotation du Monde. Le mouvement des cinq plantes marque surtout la fausset
de cette opinion. Tantt, en
effet,

moyen du Zodiaque

ces astres sont laisss en arrire

prise de Constant inopie /><ir les Tares; ipparition des fij*es de Ptolbjibi, Thkon, etc., et tntroduction de Gminum aux phnomnes clestest traduite! pour la premire fois du grec en Franais,... par M. l'Abb tialma. Paria, A. Bobe, 1819. i # Partie tntroduction aux phnomnut de Giuutua; ChaLes planteti pitre X meuvent en contraire A celui du mouremenl
I
.

mm

gnra du monde
I

pp.

5/j

iqq.

160

LA.

COSMOLOGIE HELLNIQUE

parles toiles
vis--vis
tions.

fixes, tantt il les

prcdent, et tantt
c'est

ils

demeurent

des
tel

mmes

toiles

ce qu'on appelle leurs stafait

Un
;

mouvement des plantes

bien voir que leur

transport suivant l'ordre des signes ne se

fait

pas par dlaisse-

ment

car

ci

cela tait, elles seraient toujours rtrogrades


si

Enfin ce qui prouve que

les astres errants tournent suivant

l'ordre des signes, ce

ne peut tre par dlaissement, c'est que leurs marches rtrogrades ne sont proportionnelles ni leurs gran-

deurs, ni leurs distances.

En

effet, si

ces corps avaient

un mou-

en sorte qu'ils fussent dpasss en vitesse par celles-ci, il faudrait que leurs dlaissements fussent proportionns leurs grandeurs et leurs distances. Or cela n'est pas. 11 faut donc en conclure que les plantes ont, par nature, un mouvement contraire celui du Monde, et que ce mouvement est propre la sphre de chacune de ces plantes. Thon de Smyrne semble avoir vcu peu de temps avant Ptolme et peu de temps aprs le pripatticien Adraste d'Aphrodisi. C'est ce dernier qu'il emprunte la plus grande partie de son Astronomie. Or Adraste parait avoir partag l'opinion de Clanthe et de Glomde, que nous avons vu condamne par Dercyllide c'est, du moins, ce qu'on peut infrer du paset par Gminus
les toiles
fixes,
;

vement plus lent que

sage suivant

l
:

Le mouvement rtrograde est, d'aprs Adraste, le mouvement d'une plante qui semble toujours aller vers les signes qui suivent l'Orient. Mais, d'aprs Platon, ce n'est pas une appac'est, en ralit, le mouvement propre d'un astre, dirig rence vers l'Orient et vers les signes suivants par exemple du Cancer
; ;

vers le Lion.

Thon

de

Smyrne,

d'ailleurs,

ne parait

pas

croire qu'on

puisse dcider entre les deux systmes qui ont t proposs pour

rendre compte du mouvement rtrograde des astres errants on peut admettre, dit-il 2 que la sphre qui produit le mouvement
;

de

la plante

en latitude tourne seule en sens contraire [du moule

vement diurne], ou dans


arrire par sa lenteur
;

mme

car les

pourvu qu'elle reste en phnomnes sont galement sauvs


sens,

par chacune des deux hypothses . Ptolme a connu, lui aussi, l'hypothse rejete par Gminus,
i. Thon de Smyrne, Astronomie, ch. XVIII; d. Th. H. Martin, pp. ao4-ao5; d. J Dupuis, pp. 240-241. 2. Thon de Smyrne, Op. laud., ch. XXXII: d. Th. H. Martin, p. 283; d. J. Dupuis, p. 295.

[Link] ET [Link].

11.

LES SMITES

101

et

il

la condamne pour

la
1 ,

mme

raison

Si le

mouvement

dans des cercles parallles l'quateur, c'est--dire autour des ples du premier mouvement, il sufiirait d'imaginer, pour toutes, un seul mouvement qui serait une consquence du premier alors il [Link] vraisemcontraire des plantes, dit-il
se faisait
;

blable que la diffrence entre la rvolution des plantes et celle

des toiles vint d'un simple retard, d'un moindre degr de vitesse,
et

non pas d'un mouvement rellement contraire. Mais en mme temps qu'elles s'avancent vers l'Orient, les plantes s'approchent
aussi de l'un ou de l'autre ple d'une quantit qui n'est pas
la

mme

en tout temps ni pour toutes, en sorte que ces variations

paraissent tre causes par autant d'impulsions particulires.

Dans son Commentaire au Time de Platon, qui fut, croit-on, rdig au dbut du iv e sicle de notre re, Clialcidius, inspir peut-tre par Tlion de Smyrne, dveloppe des penses bien
voisines de celles d'Alpetragius.
11

rappelle, tout d'abord


et

",

l'opposition qui existe entre l'Astro-

nomie de Ptolme
nion selon laquelle
prtend, en
des, ne
eii'et,

l'Astronomie des sphres honioccntnques

solides qui est celle d'Aristote.


il

Aristote, dit-il, repousse l'opi;

existe des excentriques et des picycles

il

que

les toiles, qui sont des corps rels et soli-

peuvent tre portes par des cercles qui sont de simples lignes peintes en l'imagination. Comment, en eii'et, un corps pourrait-il tre retenu par un lien incorporel ? Chalcidius expose ensuite, d'une manire sommaire, la marche
d'une plante qui dcrit son picycle
;

puis

il

poursuit en ces

termes

3
:

L'opinion des mathmaticiens, toutefois, n'est pas conforme

celle des

philosophes qui ne portent pas seulement leur attention sur ce qui se voit, mais aussi sur le mouvement naturel des toiCeux-ci affirment qu'aucune toile ne se meut d'un
la

les.

mouvement

contraire

circulation
le

gnrale de l'Univers, mais quelles


sens,

tournent toutes dans

mme
a

Un raisonnement peu
des copistes,
le

clair, et

conformment a leur nature. peut tre tronqu par la ngligence


:

conduit
et

cette conclusion

Les stations.

Les

marches directes
i.

rtrogrades

qu'on

observe

s'expliquent

Composition mathmatique
premier,
1,
|j.

<]<

Claude Ptolmkk, traduite par M. Halma


1,

tome
pare

Pari, 27-2H.
.

i8i3;

livre

c.

\I1,

|>j.

22-23

d. Heiberg,

a',

(.. Commentariu in Timum Platonis 2. Cbalcioii V I. XXXIII (Fragmenta t phitoophorum graxorum collegit K.G A. Mullachius, vol. Il, p. aoi. Pariait*, A r initia Didot, 1667).
.

'>.

.mai.'

mu
m, m

Op. l'imi

LXXXV

tfdil, rit.,

n,

lot.
11

11

162

L cosmologie hellnique

donc aussi bien par les raisons des physiciens que par celles des mathmaticiens . Cette jmrase donne penser qu'il existait, au temps de Chalcidius, quelque trait, connu de ce commentateur, o l'on rendait compte des diverses particularits du cours des plantes l'aide de rvolutions toutes orientes dans le mme sens, o l'on tablissait donc l'quivalence entre les raisons des philosophes et
celles des mathmaticiens.

Un

autre passage

! ,

relatif la spirale
;

d'Eudoxe, est peut-tre


:

inspir par ce

mme

trait

voici ce passage

Imaginons qu'une des branches d'un compas demeure fixe et que, par l'effet du hasard ou de notre volont, l'ouverture du compas se trouve graduellement rtrcie ou largie la fin de la ligne que le compas dcrit dans sa rvolution ne rejoindra pas le commencement elle s'cartera, soit en dedans, soit en dehors, de la ligne qu'on dcrira la figure rigoureusement circulaire ainsi en traant, plusieurs reprises, des cercles de plus en plus troits ou de plus en plus larges est ce qu'on nomme habituellement une spirale ou une volute d'acanthe. De mme, l'Aplanex*, en sa rotation quotidienne, entraine les plantes, mais elle ne permet pas, chacune d'elles, de se reprsenter [au bout d'un jour] au lieu, la place, d'o elle tait partie elle l'oblige dpasser cette position, ou bien encore, par suite d'une plus lente progression, ne point atteindre cette destination. Platon dit donc avec exactitude que les astres errants, par suite de leur rvolution variable et ingale, tournent sur une sorte de spirale ou de volute d'acanthe. Supposons, par exemple, que la plante Vnus soit dans le signe du Blier et qu'entrane par la rotation gnrale du Monde, elle dpasse la position qu'elle
;

occupait la veille
Blier.

assurment, elle s'cartera quelque peu du

Au

fur et

mesure que

les rvolutions diurnes se rpte-

ront, elle s'cartera de plus en plus


les signes qui le
;

du

Blier pour

prcdent elle finira Poissons, puis des Poissons au Verseau. Si, au contraire, la rotation de Vnus est plus lente que celle de YAplanes, elle passera du Blier au Taureau, puis de ce signe aux Gmeaux, puis l'cre visse elle dcrira des spires dont chacune prendra fin sans
;

marcher vers par passer du Blier aux

avoir rejoint son point de dpart, et qui s'carteront de la rigou-

reuse figure [du cercle]. Ce sont ces spires que les Grecs

nomment

i.

Chalcidii Op. laud.,

CXV;

d. cit., p. 208.

2.

La sphre aes

toiles fixes.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

163

Il

est

permis de penser que


telles

tait

de

auquel Chnlcidius emprunconsidrations n'tait pas sans analogie avec celui


le trait
:

qu'Ai Bitrogi parait avoir plagi

cette supposition

se

trouve

confirme lorsque l'on compare entre eux les enseignements du Commentateur latin et ceux de l'Astronome arabe touchant les

mouvements des lments; un prochain chapitre


l'occasion d'analyser ce

"nous fournira

que Ghalcidius a

dit ce sujet.

L'ide que toutes les sphres clestes se


sens,
et

meuvent dans

le

mme

d'autant plus vite qu'elles sont plus leves,

se reliait

assurment, pour certains philosophes hellnes


Bitrogi, ce principe qu'un tre
l'action

comme pour Al

prouve d'autant plus fortement

de l'Un qu'il en est plus rapproch. Cette ide, nous en trouvons l'nonc trs net dans un passage de la Thologie cTAristoteK

Parmi

les corps, celui qui est le

plus diffrent de la Cause


;

premire est aussi le moins apte recevoir l'influx de l'Ame celui qui ressemble le plus la Cause premire est le plus apte prouver cet effet. Pour les corps en mouvement, la lenteur est plus grande ou plus petite selon que leur diffrence l'gard de l'Un En effet, en mme temps premier est plus grande ou plus petite que varient les longueurs des rayons mens partir du centre des tres, les mouvements changent par addition de vitesse et suppression de lenteur. Plus le

mouvement
;

est infrieur, plus


il

il

est,

par sa lenteur, faible


rieur, plus
il

et attnu
Il

inversement, plus

est

sup-

est rapide.

en

est ainsi jusqu' ce

qu'on par-

vienne ce

Monde suprme

qui est le

Monde

intelligible.

Ainsi, la thorie qu'Ai Bitrogi devait s'approprier tait assur-

ment en faveur auprs de plusieurs des No-platoniciens


anciens.

les

moins

Les doctrines hellnes dont devait sortir

le

systme astronomique

d'Al Bitrogi semblent avoir t souvent rattaches la thorie

pythagoricienne et platonicienne de la Musique cleste. Selon ces


doctrines, en effet,
si

l'on

descend de

la

sphre suprme h

la

sphre infime de la Lune, on voit ces orbes successifs tourner tons dans le mme sens, et chacun d'eux tourne plus lentement que celui qui le prcde l'ide que chacun deux, par son mouvement, rend un son plus grave que l'orbe qui l'enveloppe est alors rendue
;

plus naturelle l'esprit. Aussi peut-on fane cette remarque souvent, les auteurs
i.

Bien

mmes

qui attribuent an\ astres cirants un

AntroTiLis

fol. 60, vo.

Theologia t
la

pour

vu, lil> VII. d i5ig, fol. 34, v; '<!. 1671, description dei ditioDi de cet apocryphe clbre, voir
.

tome

I,

n.

272.

101

LA COSMOLOGIE HLLLMyLE

mouvement propre d'Occident en


vement diurne, s'expriment,

Orient, en sens contraire

du moucleste,

lorsqu'ils parlent

du concert

comme

si

cette doctrine n'tait

pas la leur

ils

laissent alors ind-

compos, pour chaque orbe, le mouvement qui rsulte de la rotation diurne et de la rotation propre d'Occident en Orient. Au Songe de Scipion, par exemple. Gicron enseigne qu il que le premier de existe neuf orbes ou plutt neuf globes ces globes est le globe cleste, qui est extrieur aux autres et qui ce globe sont fixs les cours ternels des les embrasse tous au-dessous de ce globe, il en est sept autres qui se meutoiles
!
;

vent en arrire, d'un

mouvement

contraire celui

du

Ciel .

Le

dixime

est la

sphre immobile des quatre lments.

Presque aussitt aprs, cependant, nous l'entendons dire \ au La nature veut que sujet du chant harmonieux de ces orbes les deux orbes extrmes mettent l'un la note la plus grave et
:

l'autre

la

note la plus

aigu

c'est

pourquoi l'orbe suprme

du ciel des toiles iixes, dont la rotation est la plus rapide, se meut en rendant un son aigu au contraire l'orbe de la Lune, qui est le plus infime, rend le son le plus grave . Il semble bien, encore que Gicron ne le dise pas explicitement, que cet orbe donne la note la plus basse parce qu'il est de tous, celui qui se meut le plus lentement. Lisons, d'ailleurs, Macrobe, commentateur du Sonyn de Scipion. Macrobe nous apprendra, tout d'abord, qu'il y avait grande vogue, en son temps, pour les thories qui font mouvoir tous les 3 Que le Soleil, la Lune et les cinq astres d'Orient en Occident toiles auxquelles leur marche errante a valu le nom de plantes aient, en sus du mouvement par lequel la conversion diurne du Giel les entraine d'Orient en Occident, un mouvement propre qui les fait avancer d'Occident en Orient, c'est une proposition qui est rpute incroyable, qui est regarde comme monstrueuse non pas seulement par les profanes qui ignorent les lettres, mais encore par beaucoup d'hommes initis la science . A cette proposition, toutefois, Macrobe donne sa pleine et entire adhsion. Voyons, cependant, ce qu'crit Macrobe * pour commenter le passage o Cicron parle de la Musique cleste c'est le coup Le son ne se produit jamais si l'air n'est frapp
; :

reu par
i.

l'air

qui rend le son plus grave ou plus aigu

lorsque

M. Tullii Cigeronis De re publica lib. VI {S omnium Scipionis), % 17. CicERONis Op. laud.j lib. VI, 18. 3. Ambhosii Theodosu Machobii Commentariorum in Soin ni um Scipionis lib. I, cap. XVIII. \. M/V<;iiOBii Op. l'titd., lib. II, cap. IV.
a.

PHYSICIENS KT ASTRONOMES.

il

II.

LES SMITES

165

un son aigu s'il est plus mou et plus lent, il donne l'oue une sensation plus Les orbes suprieurs tournent avec une imptuosit i;rave d'autant plus considrable qu'ils sont plus amples et, en mme temps, ils sont plus fortement tendus par le souffle qui est encore son point de dpart aussi Cicron dit-il qu'ils se meuvent en rendant un son aigu, cause mme de leur rotation plus rapide. Le globe lunaire, au contraire, qui est le plus infime, rend le son le plus grave , car le souffle qui le fait tourner, parvenu au terme de son parcours, est dj affaibli il tourne aussi avec une plus molle imptuosit cause de ltroitesse de la sphre dans laquelle l'enserre lavant-dernier orbe. Gela ne diffre pas de ce que nous exprimentons avec les fltes les trous voisins des lvres de celui qui souffle dans l'instrument mettent un son plus aigu au contraire, les trous plus loigns de l'embouchure et plus rapprochs de l'orifice mettent un son plus grave; de mme,
le et

coup tombe vigoureux

rapide,

fournit

le

son est plus aigu lorsqu'il s'chappe d'un trou plus large, et
cause
il

plus grave lorsqu'il s'chappe d'un trou plus troit


effets, voici la
:

Le

souffle est plus fort l


;

il

De ces deux commence, et

plus faible l o
qu'il passe
traire,

finit

il

presse avec plus d'imptuosit lors-

par un large trou, avec moins d'imptuosit, au conlorsqu'il franchit des trous plus troits et placs plus loin.
et

L'orbe suprme, donc,


et

parce qu'il prsente une immense cavit,


fort qu'il est
;

parce qu'il est lanc par un souffle d'autant plus

plus voisin de son origine, met le plus aigu de tous les sous
voix

la

rendue grave par ltroitesse de l'espace qu'il occupe et par la longue distance qui le spare de l'origine du souffle]. On voit clairement, par l, que le souffle produit une impulsion d'autant plus molle qu'en sa descente, il s'loigne davantage de son origine lorsqu'il arrive la terre, qui est la dernire des sphres, il est devenu si pais et si lourd qu'il est La cause pour laquelle la terre demeure toujours adhrente la mme place presse de toutes parts par la densit du souffle qui L'entoure, il ne lui est permis de mouvoir en aucun sens. Sans doute, tout aussitt aprs ce passage, Macrobc rappelle que l'orbe des toiles fixes tourne sans resse <!*( trient (Ml Occident. tandis que les sept orbes des astres errants tournent d'Occident en
contraire, est
[
;
:

du dernier, au

*><

Orient;
bien de

et

il

raison de le rappeler, car ce qu'il vient de dire est

le

nature

faire

oublier,

faire

attribuer

>us

les

orbes des mouvements de


celui qui les considre eu
cie|
(|e la

mme sens,
jl|s<|i|;i
|,|

de plus en plus lents pour


ciel
,i
1

descendant du

des toiles fixes au


1^<
|
1
1

LlHie. ef

cilllll

fe|Te.

1| l<

'

>

<*

166

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

Les philosophes, donc, qui parlaient de l'harmonieux concert rendu par les sphres clestes, taient naturellement conduits
considrer les mouvements des orbes
Bitrogi
fle
;

comme

les considrera

Al

dont Macrobe vient de nous parler, ce soufd'autant plus puissant qu'il est plus proche de la cause qui l'a
et ce souffle,

au fur et mesure qu'il descend de sphre en sphre, qui n'est plus en tat d'branler la terre, Al Bitrogi le considrera son tour dans cette impulsion mane de la Cause suprme, qui s'attnue en s'loignant de cette Cause, il verra l'explication des rotations de plus en l'vaplus lentes des orbes embots les uns dans les autres nouissement de cette impulsion expliquera l'immobilit de la sphre terrestre, centre de toutes les autres. Ainsi, l'hypothse fondamentale du systme d'Al Bitrogi n'a cess de solliciter la pense grecque ni de l'occuper, soit que les
produit, c'est--dire
s'affaiblit
; ;

du premier Moteur, qui

savants hellnes adoptassent cette supposition, soit qu'ils la combatissent. Elle a t tudie

jusqu'aux poques voisines de Ptolme.

Ptolme ne l'a pas ignore et, au quatrime sicle de notre re, on en disputait encore. Faut-il s'tonner, ds lors qu'aprs le temps du grand Astronome alexandrin, la mme hypothse ait t reprise, qu'elle ait servi composer un trait dont l'auteur semble avoir eu souci d'viter les objections formules par Gminus ? un trait dont les picycles sphriques s'inspirent assurment des picycles plans d'Hipparque et de Ptolme ? C'est ce trait grec, plus ou moins remani, qu'Ai Bitrogi aurait donn comme sien. En ce cas, comme en tant d'autres, la Science arabe, dnue de toute originalit, n'aurait fait que nous transmettre les uvres de
la Science hellne.

Al

Bitrogi, d'ailleurs, n'a pas t le premier,


soit

parmi

les savants

de l'Islam, qui se
ses lecteurs

attach l'une des hypothses fondamen-

tales qu'il adopte, celle qui assurera surtout sa rputation

parmi

chrtiens. D'autres Arabes,

avant

lui,

avaient pr-

tendu que toutes les sphres clestes tournent d'Orient en Occident, mais d'autant plus lentement qu'elles sont plus loignes de la sphre suprme, de la sphre inerrante du mouvement
diurne. Ds le x e sicle de notre re, les Frres de la Puret et

de la Sincrit enseignent formellement cette doctrine. La sphre enveloppante, disent-ils celle qui est tout d'abord
1
,

i. Friedrich Dieterici, Die Philosophie der Araber im IX und Jahrhundert n. Chr. aus der Thologie des Aristofeles, den Abhandlungen Alfarabis und den Schriften der lautern Brader. Vtes Buch Die Nataranschaaung und Naturphilosophie 2 te Ausg-abe, Leipzig-, 1876, pp. 35-36.
:

PHYSICIENS

r:T

ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

167

mise en mouvement par la puissance motrice initiale, par l'Ame de l'Univers, accomplit une rvolution en vingt-quatre heures gales.

La sphre des

toiles fixes se

trouve l'intrieur de cette


;

premire sphre et en touche la face interne aussi la premire sphre met-elle en branle la sphre des toiles fixes, et cela dans le sens mme o elle tourneautour d'elle toute fois, la vitesse de la sphre des toiles fixes demeure infrieure d'une petite quantit la vitesse de rotation de la sphre qui la meut cette diffrence par laquelle les positions des diverses parties des deux sphres cessent de se correspondre atteint un degr par
; ;

sicle.

La sphre de Saturne vient ensuite


fixes et

elle est intrieure


;

la

sphre des toiles

en touche

la face interne

cette sphre-ci
;

o elle tourne toutefois, la vitesse de rotation demeure infrieure de deux minutes par jour celle de la sphre qui l'entoure, en sorte que les diverses parties de Tune de ces sphres cessent de correspondre, de cette mme quantit, aux diverses parties de l'autre. Nos philosophes poursuivent des considrations semblables jusqu' ce qu'ils parviennent la sphre de la Lune qui demeure, chaque jour, de 13 degrs et une fraction en arrire du
point qu'elle occupait la veille
.

entrane donc celle-l dans la direction

mme

Par cette disposition, ajoutent-ils, chacune de ces sphres se laisse mouvoir par celle qui se trouve immdiatement au-dessus d'elle et, son tour, elle met en mouvement celle qui se trouve audessous. Il en est ainsi jusqu' la sphre de la Lune. Mais, dans son mouvement, chaque sphre demeure infrieure en vitesse celle qui la meut. La sphre de la Lune se meut le plus lentement, tellement elle est loigne de la puissance motrice initiale de la sphre enveloppante, et tant il faut d'intermdiaires entre ces deux sphres. C'est de l que proviennent les diffrences des dures de rotation de ces sphres autour de la terre. Un peu plus loin, les Frres del Puret crivent Beaucoup d'astronomes, qui ne sont verss ni en Gomtrie ni en Physique, croient que les plantes se meuvent d'Occident en Orient, partant, que leur rotation se fait en sens contraire de celle de la sphre enveloppante. Mais, notre avis et selon notre pense, il non va point ainsi Os gens comparent la marche (1rs
'
:

plantes sur

de

la

Zodiaque, marche qui ne concorde pas avec celle sphre enveloppante, la marche des mouches qui, sur la
Le

i.

F, Dtftrtmcf,

Op. lagd.,

M.

rit., p.

ta,

168

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

priphrie d'une meule de moulin,


traire

s'avanceraient en sens con;

de la rotation de cette meule

grce sa rotation rapide,

meule ferait rebrousser chemin aux mouches. Dans ce deuxime trait de leur encyclopdie, les Frres de la Puret semblent considrer le mouvement de chaque sphre cleste comme un mouvement d'entranement produit par la
en
elfet, cette

sphre qui se trouve au-dessus de celle-l et qui lui est contigu. Mais ailleurs, dans leur trente-deuxime trait, ils lui assignent une
tout autre cause. L'explication qu'ils en

tme de l'manation qu'ils Plotin ou ses disciples. Cette explication offre des traits de ressemblance fort reconnaissables avec celle que proposera Al
Bitrogi.

donnent se rattache au sysempruntent au No-platonisme grec,

Le Crateur, disent nos philosophes


de toutes les choses
;

trait, est l'origine

en leur trente-deuxime il leur confre la perpL'Intelligence est le pre-

tuit, la

perfection et la plnitude, et cela suivant une hirarchie

et

un ordre qui vont en descendant


;

mier des tres Dieu lui octroie la perptuit et l'lve au sommet de la hirarchie. L'Ame vient ensuite, puis la Matire premire.

Puis donc que l'Intelligence est une substance spirituelle


elle

mane du Crateur,
et pleine.

possde la perptuit

elle est parfaite

L'Ame

est,

son tour, une substance spirituelle qui


;

mane

de l'Intelligence

elle est

doue de perptuit

elle est parfaite,

mais ne possde pas la plnitude. La Matire premire est une substance spirituelle qui mane de l'Ame elle a la perptuit, mais ne possde ni la perfection
;

ni la plnitude.

Le principe par lequel l'Intelligence

est, c'est l'existence

du

Crateur et l'manation de cette existence. Le principe de la perptuit de l'Intelligence, c'est

que Dieu

lui distribue continuelle-

ment quelque chose de la bont et de l'influence qui mane de lui. La cause pour laquelle l'Intelligence parvient la perfection,
panchement. La raison pour laquelle elle atteint la plnitude, c'est qu'elle verse en l'Ame l'panchement et l'influx qu'elle reoit du Crateur. De mme, la perptuit de l'Intelligence est le principe de l'existence de l'Ame la perfection de la premire est le principe de la perptuit de la seconde.
c'est qu'elle reoit cet influx et cet
;

Fb. Dieterici, Die Lehre der Weltseele bel den Arabern in Leipzig, 1872 p. i3.
i
.

X Jahrhundert

PHYSICIENS

F.T

ASTRONOMES.

l.

LES SMITES

f)9

son tour, la perptuit de l'Ame est le principe de l'exis;

tence de la Matire premire

la

perfection de celle-l

est le

principe de la perptuit de celle-ci.

Que l'Ame reoive


;

la plnitude, et la Matire

terme final cette substance. C'est dans ce but que se produisent la rotation du Ciel et la cration des choses, afin que, par l, l'Ame manifeste sa plnitude en la Matire et que la Matire, recevant ces formes, cette manation et toute cette supriorit, parvienne sa perfecdra sa perfection
c'est l le tion.

premire atteinde l'union de l'Ame avec

L'Ame
la

universelle, poursuivent les

Frres de la Puret

',

n'est pas autre chose qu'une force spirituelle

mane de

l'Intelli-

gence par

permission du Crateur.

deux forces qui se propayent au travers de tous les corps, depuis la sphre enveloppante jusqu'au centre de la terre, comme le rayon de soleil traverse les couches d'air. L'une de ces forces est une puissance de connatre, et l'autre une puissance d'agir. Par sa force cognitive 2 l'Ame se reprsente les corps comme dous de perfection et de plnitude elle imagine en eux, avec des nuances diverses, la forme, la figure, la cohsion, la parure
Elle possde, son tour,
, ;

et la beaut.

Par sa force

active, elle confre la perfection la substance


fait

de ces corps, et cela parce qu'elle


l'acte ce qui

passer de la puissance

en constitue l'excellence
n'a pas eu de

La substance de l'Ame universelle


;

commence-

ment
fin
;

ses forces ne s'vanouissent jamais et ne


effet,
;

prennent jamais
l'Intel
-

l'accroissement, en
est ternel

qui lui vient de l'Intelligence titre

de rconfort,

elle le reoit

continuellement de

licence, tandis

du Crateur, un accroissement semblable. L'influx [qui dcoule du Crateur est perptuel, et perptuellement il est reu par l'Intelligence; L'manation qui provient du Crateur ne s'vanouit jamais; ses dons ne prennent jamais fin et ses perfections sont sans borne. Dieu, donc, est la source de tous les biens, le fondement de toute
reoit continuellement,

que l'Intelligence

existence,

la

Bource de toute plnitude et


universelle est

la

cause premire de
la

tontes choses.

L'Ame

place

au-dessus de

sphre qui

i.

F. Dibtkrici,

( >j>

laud

pp. 17-18.

Dana
j

tive
1rs 1

traduction allemande <! F. Detericij l<"s rlca de la force cogniWiticnakrafl) -t <!<. la force active [Thatkra/t) ont t intervertit; w>w^
la
i'i

von*

rta

Mis

170

LA COSMOLOGIE HELLENIQUE
ses

entoure toutes les autres

forces pntrent, suivant

un ordre

dtermin, dans toutes les parties du Ciel, aussi bien que dans tous les corps particuliers, dans toutes les uvres produites par
le travail

manuel ou

le travail intellectuel, bref

dans tous

les

corps qu'entoure la sphre enveloppante.

L'Ame universelle exerce,

sur chacun des

phnomnes
et qui,

clestes,

une force spciale qui dirige ce phnomne


feste son action. C'est

par lui, mani cette force qu'on donnera dsormais le


se

nom

d'me particulire du corps cleste [o ce phnomne


en
lui,

produit]. Ainsi la force, spciale Saturne, qui conduit cet astre


et qui,

manifeste son activit, se

nomme

l'me de Saturne.
Il

La
de

force spciale Jupiter se

nomme

l'me de Jupiter.

en

est

mme

de toutes ces forces dont chacune est chue en partage

tel astre, tel corps cleste, tel

phnomne

particulier de ce
;

une telle force se nomme l'me de cet astre, de ce corps ou de ce phnomne. C'est en ce sens qu'il est parl dans les Livres Saints des anges qui forment le chur le plus lev et des armes de
corps et qui, en lui ou par
lui,

manifeste son action

Dieu....

rgion suprieure la sphre de la Lune, l'Ame universelle exerce une force spciale qui pntre tous les corps con

De

la

tenus dans cette sphre, qui les dirige, qui en dispose librement, et

en eux et par eux, manifeste son activit. Cette force, les philosophes et les mdecins la nomment Nature de la gnration et de la corruption, mais la Religion lui donne le nom d'ange. L'Ame universelle est donc unique, mais cette Ame unique possde des forces multiples qui sont rpandues en tout corps [cleste], en tout animal, en toute plante, en tout minral, au sein des quatre lments, en tout ce qui se rencontre depuis la sphre enveloppante jusqu'au centre de la terre. Il n'existe aucune chose, de quelque genre, de quelque espce ou sous-espce soitelle, pour laquelle cette Ame universelle n'ait une force spciale qui dirige cette chose et qui, en elle et par elle, manifeste son activit. Cette force se nomme l'me particulire de l'indiqui,

vidu

manire dont, au gr des Frres de la Puret, l'influence mane de l'Ame du Monde s'panche au sein de l'Univers, en descendant la hirarchie des tres, depuis la plus
Telle
est la

haute des sphres clestes jusqu'aux choses qui s'engendrent


prissent. Cette thorie est tout

et

imprgne de

la doctrine no-pla-

tonicienne,

particulirement de l'enseignement

du Livre

des

Causes, cho de la thologie de Proclus. Mais, d'autre part, elle

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

171

nous prsente videmment, sous une forme explicite, les penses dont s'inspire la philosophie d'Al Bitrogi. Ce n'est pas dire, d'ailleurs, que les Frres de la Puret et de la Sincrit aient pouss leurs considrations astronomiques fort avant dans la voie suivie parla Thorie des plantes d'Alpetragius. Ils se sont borns formuler ce principe, qui s'accordait harmonieusement avec leur doctrine sur l'Ame du Monde Toutes les
:

sphres clestes tournent d'Orient en Occident, mais d'autant plus lentement qu'elles sont plus loignes de la sphre suprme. Lorsqu il s'agit de pntrer dans le dtail des phnomnes astronomiques plus loin que ne conduit ce principe, nos philosophes semblent le dlaisser
;

ce qu'ils invoquent alors, ce sont les hypothses

de Ptolme, prsentes, nous l'avons vu, sous la forme qu'Ai Hazen adoptera volontiers, ils renvoient leur lecteur au grand ouvrage de Ptolme, al Magisli, et aussi au trait d'Al Fergani Assurment, donc, ce n'est pas de ces auteurs qu'Ai Bitrogi
;

tient son systme.

vraiment prise par Alpetragius la rdaction de la Thorie des plantes qui nous est donne sous son nom, il est une proposition qu'on peut formuler
soit, d'ailleurs,

Quelle que

la part

sans rserve et que la suite de cet crit justifiera Cette uvre peut-tre imite, probablement plagie, cette uvre qui n'est
:

qu'une tentative
influence

et

qui ne s'achve pas,

aura la plus grande

de PAstronomie occidentale. Cette influence, nous la reconnatrons partout et toujours, ctoyant celle qu'exerce la doctrine de Ptolme, la contrariant et l'empchant de ravir l'acquiescement unanime des astronomes. Le perp-

sur l'volution

deux influences entretiendra le doute et l'hsitation l'gard de chacune d'elles il ne permettra pas aux intelligences d'tre asservies par l'empire incontest de l'une ou de l'autre d'entre elles il assurera aux esprits curieux la libert de
;
;

tuel conflit de ces

dcouverte d'un nouveau systme astronomique ft demeure impossible 2


la
.

recherche sans laquelle

Vu. DirmiCf, Op. hmd., p. ii 8. L'influence du systme d'Al Bitrojri oe s'exera p.-is seulement parmi les Chrtiens d'occident certains astronomes musulmans en ressentirent les
i.
?..
;

effets.

Joseph Ibn Nahmiaa, crit une uvre arabe existe une version hbraque I la Bodil lei.-nne Dans la prface, l'auteur dit que son intention esl le prouver que les [Link]! les cercles excentriques sont impossibles, mais qu un mouvement circulaire contraire un autre est possible. A Is page a, il observe qu'Albatruiri n'a |>u poursuivre sa thorie jusqu' la ralit, i {Vite de Maternt ici ibi t rat te <li un' opra inedita di Bisnaroino Baldi cou note <!i M. Stbin

Un auteur du
Lumire

mv

sicle.

intitula-

'lu

Monde, dont

sCHNtixr*

Rnttrft'no f/fH,

Bonrnmpani,

t.

V. 187a,

p,

:.',',,

note id).

172

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

VIII

les

Neuf

livres d'Astronomie de djeber ben aflah

Al Bitrogi n'a point exactement conserv aux plantes l'ordre que Ptolme leur avait assign au lieu de les ranger ainsi La Lune, Mercure, Vnus, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne',
;
:

il

place Vnus entre le Soleil et Mars.

Parmi

les causes
il

de cette modification apporte l'Astronomie


faut, sans doute,

de YAlmagesle,

nous

compter

l'influence d'un

auteur qu'Ai Bitrogi a soin de nommer.

dans l'ptre ddicatoire qui ouvre sa Thorie des plantes, il crit que tous les modernes ont suivi Ptolme et que nul ne l'a combattu, sauf, le clbre Al Zarcala au sujet du moueffet,
]

En

vement de

l'orbe

des toiles

fixes,

et aussi le

fils

d Aflah, de

combattu Ptolme au sujet de l'ordre respectif de l'orbe du Soleil et des orbes de Vnus et de Mercure au sujet galement de quelques points du livre de Ptolme, points que Ptolme avait vus d'une certaine manire, et que ce fils d' Aflah a rectifis et complts suivant les principes admis par Ptolme lui-mme . Ce fils d' Aflah, dont Al Bitrogi nous parle en ce passage, n'est autre qu'un certain Djeber ben Aflah cet auteur a donn sous son nom une Astronomie en neuf livres, qu'au douzime sicle, Grard de Crmone a mise en latin, et qui fut imprime en 1534 %
Sville. Celui-ci a
;
;

Alpetragii Ahabi Planetarum theorica. fol. 2, recto. Instrumentum primi mobilis, Petro Apiano nunc primum et inventum et in lucem editum Ad cuius declarationem et intellectum Pronunciata centum hic proponuntur, quibus Instrumenti nobilissimi usus innotescit et compositio. Inquirere autem et invenire licebit in hoc instrumente), quicquid uspiam in universo primo mobili nova quadam sinuum ratione indagari potest : nec quicquam in eo ipso primo mobili desiderare poterit, quod non per instrumentum hoc invemri facile queat Accedunt ijs Gebri filii Affla Hispalensis astronomi vetustissimi pariter et peritissimi, libri IX de Astronomia, ante aliquot secula Arabice sempti, et per Giriardum (sic) Cremonensem latinitaie donati, nunc vero omnium primurn in lucem editi. Omnia hc industria et benevolentia Ptri Aplani Mathematici prelo commissa, et Reverendiss in Christo patri et D D. Christophoro Stadio, etc. ornatissimo Prsnli Augustensi, ob illustrationem su famili insignium, dedicata : Quibus et tu studiose lector benignus fruere, tanto Prsuli perpetuo
i
.

2.

gratissimus.

Petreium. anno MDXXXIIII. Affla Hispalensis. De Astronomia libri IX. fn quibus Pfofemcpifm, alioqui dortissimum, emendavit : alicubi etiam indusIo.

Norimbergae apud

(Fol. sign. aa, recto) Gebri filii

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

II.

LES SMITES

173

par [Link] Petreius de Nuremberg, sous la direction du clbre gographe Pierre Apian (Bienewitz). Ou ne sait, d'ailleurs, pres-

que rien de ce personnage, que la Scolastique latine a nomm Gber, mais qu il ne faut point confondre avec un autre Gber, Djeber ben Hajjn, l'initiateur de l'Alchimie arabe. Tous les renseignements que nous possdons son sujet se rduisent
deux.

Au Guide

des gars, Mose

Mamonide

crit

'

Ensuite paru-

rent en Andalousie, dans


cipes de Ptolme, que

ces derniers temps, des

hommes

trs

verss dans les Mathmatiques, qui montrrent, d'aprs les prin-

Mars sont au-dessus du Soleil. Ibn Aflah de Sville, avec le fils duquel j'ai t li, a compos ldessus un livre clbre. Puis l'excellent philosophe Abou Bekr ben al ayeg [Ibn Bdja, Avempace], chez l'un des disciples duquel j'ai pris des leons, examina ce sujet, et produisit certains arguments (que nous avons copis de lui), par lesquels il prsenta comme invraisemblable que Vnus et Mercure soient au-dessus du Soleil mais ce qu a dit Abou Bekr est un argument pour en montrer l'invraisemblance, et n'en prouve point l'impossiet
;

Vnus

bilit .

n amne donc conclure que l'activit scientifique de Gber s'exera soit dans les dernires annes du xi e sicle, soit, plutt, au dbut du xn e sicle. Ibn Hoclid ou Averros-, n en 520 de l'hgire (1120), en parlant, dans son Abrg de V Almageste, de cette mme question relative aux plantes de Vnus et de Mercure, dit expressment
e.;t

Ibn Bdja, nous l'avons vu, est mort en 1138; Mamonide

en 1135. Le rcit de ce dernier nous

qu Ibn Aflah avait vcu au mme sicle. Delanibre a lu et analys Y Astronomie de Djeber ben Aflah Citons, fout d'abord, quelques passages de l'expos qu'il en donne
'.
:

On ne
nous

sait rien, dit-il,

reut aprs Arzachel, qu'il


Il

de cet astronome arabe, rite dans son livre.


'

sinon qu'il

dit

dans

sa prface

que

la

Lecture de Ptolme

est

tria Kuperavit <>mminis fceliciter incipiunt.


In fine
:

Atironom ttudiosii haitd dubie

utilittitni Juluri,

Finis novem libroruni Gebri, Arabice primo scrinti, cl per mairiGirardum Crenionenem in latinum versi. i. Moisi iif.n Maimoi \ lit MaImonidb, Le guide det gar* trad. purs. Munie; 8i-.s.>. II, j>|>. deuxime partie, ch. IX; Note jointe par S. Mutik ;m passage prcdemment cit de Mamonide;
iiurn
%
i

Qp.

l<ni<l.[ t.

II.

pp. H\-H?.
<>u

Dblambbb, Hiitoire de V [ttronomie


pp. ly.h'Hf,.
f\.

Moyen* \gei Paria,

i8iq, eh.

Vf

'tram

)f>.

IniiH., dli.

I,

proremium,

pp. !

174
difficile

la cosmologie hellnique

par la prolixit des dtails dans lesquels il est entr, et parce qu'il emploie dans ses dmonstrations un secteur (il nomme ainsi la figure o deux arcs viennent se croiser dans l'angle form par deux arcs de grands cercles, et qui sert de base toute la Trigonomtrie) enfin il suppose des thormes de Thodose et de Milleus (Menelaus), auteurs fort difficiles entendre, et c'est
;

ce qui effraie les lecteurs ds les premiers pas.

d'un autre ct, trop concis en quelques endroits; ses traducteurs ont encore ajout l'obscurit de l'original Geber

Ptolme

est,

la mdit assidment,
Il

et

il

se

propose d'en

faciliter l'intelligence.

a trouv des propositions courtes et faciles qui dispensent de


Il

rien emprunter Mnlaus ou Thodose.

n'emploiera que la
Il

rgle de trois pour dterminer l'inconnue, au lieu d'y employer


six

nombres

diffrents

comme Mnlaus

et

Ptolme.

substi-

tuera les sinus en place des cordes des arcs doubles (Albatgni
l'avait fait

longtemps auparavant). Ptolme s'est servi de quatre instruments divers dans lesquels entraient ncessairement huit armilles. Gber n'emploiera qu'un seul instrument compos d'un cercle, d'un quart de cercle
et

d'une rgle.

Ptolme a pos, sans pouvoir le dmontrer, que l'excentricit des plantes suprieures est coupe en deux parties gales [par le centre de l'quant) Geber en promet une dmonstration vidente il expliquera Ptolme quand il est obscur, et dmon;

trera ce qu'il a

donn sans preuve. Ptolme s'est tromp sur les temps des rvolutions de la Lune et, dans le chapitre X du cinquime livre, il s'est tromp sur les limites des clipses solaires dans les clipses de Soleil et de Lune, il s'est tromp sur le temps et la quantit, sur la paral;

laxe de latitude.

tromp en plaant Mercure et Vnus au-dessous du Soleil, car ses lments mmes prouvent que ces deux plantes sont suprieures au Soleil. Il s'est tromp en disant que jamais elles ne se trouvent dans le rayon visuel qui passe par le Soleil il s'est tromp sur les distances apoges des deux plantes, parce qu'il n'a pas compris ce que les Anciens entendaient par les longitudes opposes celle des deux plantes. 11 s'est tromp sur les points de station et les arcs de rtrogradation. 11 s'est tromp encore en plusieurs endroits qui seront corrigs dans le commentaire... Geber extrait tout ce que Ptolme dit de la Terre et de son
Il s'est
;

i.

Gebri

Op. laud.y

lib.

II

Quod

terra

non habeat motum localem,

pp. 22-23.

PHYSICIENS ET [Link].

II.

LES SEMITES

175*

immobilit, sans y rien objecter. A l'article de la dclinaison du Soleil, qui se connat par sa hauteur mridienne, il enseigne
*

tracer la mridienne par des

ombres gales

cette lacune
Il

du
on

livre

de Ptolme avait t remplie dj par Proclus.


qu'il parle d'Eratosthne et d'Hipparque....

dit'
r

qu'Arcu;

sianus et Abrachis ont trouv l'obliquit de 2351 20"

voit

Le livre III traite du Soleil. Gber retranche tous les calculs, ne change rien aux mthodes, qu'il ne fait qu'indiquer, en sorte qu'il a rendu tout ce livre bien plus difficile entendre que dans Ptolme, et qu'il n'y a rien mis du sien. C'est la mme chose dans le livre IV, qui traite de la Lune, et je n'y ai rien vu qui mritt un extrait. Je n'ai pas cru devoir discuter quelques reproches peu importants qu'il fait Ptolme. Dans le livre V, aprs avoir dcrit les rgles paraliactiques,

passe la construction de l'instrument qu'il a invent, lequel n'est compos que d'un cercle, d'un quart de cercle et d'une aliil

dade....
fort

Cet instrument, dont ne parle

aucun auteur, pourrait

bien n'avoir jamais t excut, et les avantages en paraissent

au moins douteux. Il valait certaiuement mieux avoir deux armilles, l'une pour les solstices et l'autre pour les quinoxes. Quant aux observations de longitude et de latitude, le plus sur tait
encore d'avoir un astrolabe.

En rapportant

les observations
;

aucune rflexion critique il attaquer Ptolme que sur des calculs. Il semble que Gber moins observateur encore de beaucoup que Ptolme.
ne
fait

Il

de parallaxe de Ptolme, il parat, en gnral, ne vouloir


tait

calcule la parallaxe de latitude avec un

peu plus de

soin,

mais sans employer aucune formule nouvelle. Il rforme quelques ngligences de Ptolme dans le calcul des limites cliptiques, mais il nglige comme lui l'inclinaison Ces fautes taient
aises corriger, et

Gber parait un peu svre et mme envers Ptolme, quand il attribue ces ngligences

injuste

sa fai-

son ignorance en Gomtrie, de debilitate ejus ni Gcometria et ipsius iynoranlia in ea. Ptolme a fait preuve de connaissances suprieures ce qu'il en fallait pour viter ces
blesse
et

fautes ou pour les corriger; mais Ptolme


tr

presque autant de Bvrit

lui-mme avait monpour Hipparque dans 1rs minuties


iixos,

pareilles....
m

Dans
(jebhi

Le livre

VI,

o Gber parle des


:

on

voit

qu 'Ar-

2.

II I)*' .scient ii.s pnrticularibus, pp. 3/j-30. laud., lib. II De M i<nliis pnrticularibus, p. 3. Gebri Op. laud., lib. V, p. 83.
i
.

Op, laud ., lib.


()[>.

(Jebhi

170
tille et

LA COSMOLOGIE HLLLxMyLK

Timocharis sont, pour lui, Arsatilis et Timouialis plus loin, on trouve Timocaris* plus loin, encore, Agrinus est pour 3 Agrippa et Bithynia pour Athnes. 11 ne change rien la prcession de Ptolnie ', et ne dit mot de la trpidation.
l

Livre VII.

plac Vnus et

Gber rprimande vertement Ptolnie d'avoir Mercure au-dessous du Soleil, et d'avoir dit ensuite

que ces plantes n'ont pas de parallaxe sensible. En ce cas, dit Gber, elle* sont au-dessus du Soleil, car le Soleil a 3' de paralVnus doit en avoir une plus forte et de 16' environ, Merlaxe cure une de 7' 3 Gber a raison peu prs, mais il oublie que Vnus ne pouvait s'observer en conjonction infrieure que sa parallaxe en digression ne doit pas surpasser beaucoup celle du Soleil que cette parallaxe ne pouvait se dterminer par les observations d'alors, et que la parallaxe du Soleil n'avait t dtermine que d'aprs celle de la Lune et le rapport des distances tabli par Aristarque. Gber est donc inattentif et injuste sa critique porte entirement faux, et le systme qu'il embrasse pour les deux plantes est aussi faux que celui de Ptolnie il a raison seulement quant il soutient, contre l'assertion de Ptolnie, que Vnus peut se trouver sur le rayon visuel men de la terre au
;
.

Soleil

6
.

d'examiner ses objections contre la manire dont Ptolnie tablit sa thorie de Vnus et de Mercure. Ce qu'il met en place ne vaut gure mieux, et il n'a opr aucun changement dans cette partie de l'Astronomie qui tait si imparinutile
faite.

Nous croyons bien

Dans nie un

i,

la thorie

des plantes suprieures,

il

compare Ptol-

homme

dont la vue est faible, qui chancelle dans des

Op. laud.y lib. VI, p. 84Op. laud., lib. VI, pp. 87-98. Op. laud., lib. VI, j). 91. 3. Op. laud., lib. VI, pp. 92-93. 4. Celte phrase rsulte d'un contre-sens commis par Delambre dans l'iuterprtation de ce que Gber dit au commencement du Livre Vil (p. io4). il n'value nullement les parallaxes que devraient avoir Vnus et Mercure dans il ne le pourrait taire, d'ailleurs, puisque ce systme le systme de Ptolnie ne t'ait pas connatre les distances de ces plantes la terre; tout ce qu'on peut dduire des hypothses de l'Iolme, c'est que Vnus doit avoir une parallaxe plus grande que le Soleil et Mercure une parallaxe plus grande que
2.
."). ;

Gebri Gebri Gebri Gebri

en us. 6. Ptolnie, mettant Vnus et Mercure au-dessous du Soleil, se heurtait Vnus et Mercure doivent passer, de temps en temps, entre cette objection la terre et le Soleil ; or ou n'a jamais vu le corps de Vnus ou celui de Mercure passer sur le Soleil. Au lieu de rpondre que ces passages avaient lieu, mais n'taient pas perceptibles la vue, Ptolnie s'tait efforc de dmontrer que ni l'une ni l'autre des deux plantes ne se trouve jamais sur le rayon vectfiir allant de la terre au Soleil.
\
:

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

11.

LES SMITES

177

forts paisses

il

n'y a aucune route trace

gauche, en

ivant,

en arrire,

il s'gare droite, sans pouvoir trouver d'issue.


;

des de prouver la bissection de 1 excentricit que Ptolme a suppose sans pouvoir la dmontrer. 11 est vrai que Ptolme ne la prouve point a priori mais il la dduit du calcul, et en montrant que cette position satisfait aux observations....
trois centres,
et
,

commence par dterminer la position des apsides par la considration des mouvements alors il est en tat .de dterminer les distances rciproques
11
;

Gber

se flatte d'avoir trouv la route.

Dans pour les

le livre IX,

latitudes,

ne change rien la thorie de Ptolme non plus qu' sa thorie des disparitions et
il
;

en sorte que tout considr, ce qu'on doit Gber se rduit au thorme cos b == cos B sin a des triangles rectangles c'est quelque chose encore.... Nous avons dit, d'aprs Weidler, que Gber cite Arzachel
;
1

rapparitions des plantes

le fait est qu'il

ne

cite

que des noms grecs

qu'il a trouvs

dans

tranger tout ce qui s'est fait en Astronomie depuis l'Ecole d'Alexandrie, si ce n'est pourtant la substitution des sinus aux cordes opre par Albatgni qu'il ne nomme pas et comme il ne s'attribue pas cette ide, il faut, qu'elle soit plus ancienne que lui. Il a donc vcu aprs Albatgni;
;

Ptolme,

et qu'il parait

quel temps prcisment


dcider.

C'est ce

qu'il

n'est

mais en pas possible de

videmment, Delambre est dconcert par l'allure trange de \ Astronomie de Gber. Ce Zole de Ptolme cherche avec une
minutieuse et chicanire exactitude les dfauts, mme les plus minimes, du systme tabli par l'Astronome de Pluse et des objections, souvent graves, que les Arabes ont leves' contre
;

diverses parties de ce systme, des modifications que leurs observations les ont contraints d'y apporter, notre auteur ne semble

ne parait pas mme en avoir connaissance. Tous les astronomes de L'Islam sont frapps de linsuffisance de La thorie de la prcession donner par Ptolme a leurs critiques, Gber ne fait pas la moindre allusion. 11 y a vraimenl l un mystre dont Delambre a t tonn, mais
il
;

aucunement soucieux;

qu'il n'a

pas

cherch claircir. Efforons-nous de L'expliquer. Les ligures, dit Delambre propos de la description de l'instrument imagin par Gber, sont assez quivoques, et Les Lettres
toiles fixes, Gber cite souvent (Op. laud. lib vi une toile qui se comme Atimek Alahazel ; o^st-ce pese nom Atahazd queo une lecture trop rapide, VWidler suraii pris pour celui de

[Link] ion tude dea


*.>-**)

PP
I

astronome Irsacnel (AI Zarkali)


l'l'HKM

T.

II.

Il

178

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

qu'on y voit ne rpondent qu'imparfaitement celles du texte, dfaut assez gnral dans tout l'ouvrage Portons notre attention
.

sur ce point.

Nous reconnaissons bien


;

vite

que

la lettre

est

souvent mar-

que, dans les figures, l o les dmonstrations supposent la lettre l'extrme ressemblance du c et du t dans la plupart des textes crits en gothique explique aisment cette confusion si, comme il
est probable,

l'imprimeur
Il

et le
*

leur disposition.

arrive

graveur n'ont eu qu'un tel texte que, dans le corps mme de l'ou-

vrage de Gber, une dmonstration, commence avec la lettre T, continue avec la lettre G.
Lisons la premire dmonstration de Gber, en portant notre attention sur l'ordre des lettres qui y figurent

SU

itaque^ sphsera

AB

et superficies

secans

eam GDEZ....

Protraham ex centro sphr puncto H perpendicularem super superficiem GD, qu sit perpendicularis HT Nous reconnaissons immdiatement que l'auteur prend les lettres

dans l'ordre suivant

ABGDEZHT
qui est l'ordre caractristique de l'alphabet grec
a
:

'/\

8.

Sauf la substitution frquente de la lettre G la lettre T, nous retrouvons ce mme ordre dans toutes les dmonstrations des Neuf livres a" Astronomie de Gber.

nous nous fions au critrium dont F. Hultsch a signal la valeur et l'importance, nous sommes contraints de formuler cette Les Neuf livres d' Astronomie qui sont donns sous conclusion le nom de Gber reprsentent un ouvrage qui a t traduit du Djeber ben Afflah n'est qu'un impudent plaGrec en Arabe
Si
: ;

giaire.

Delambre et qui nous avait surpris se trouve pleinement clairci. On comprend pourquoi ce dnigreur chagrin de Ptolme ne cite aucun astronome arabe, pourquoi il ne parle que des astronomes dj nomms en Y AimaAlors, le mystre qui avait tonn
geste
il

Grec de langue et de science crivait aussitt aprs Ptolme.


;

il

tait

et,

vraisemblablement,

Gebri Op. laud.y lib. V, pp. 62-63. Gebri Op. laud., lib. I, prop. I, p. 4 mme ordre, sont employes aux propositions
.

2.

Les

mmes

lettres,

dans

la

II, III,

IV, V, VI, VII.

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.

11.

LES SMITES

179

Au
;

cours des neuf livres qui forment le trait que nous tudions,
1

on rencontre un seul passage dont ce Grec n'ait pas pu tre l'auteur ce passage reprsente probablement tout l'apport personnel de Gber ce sont quelques dolances sur l'obscurit des deux traductions arabes de 'YAlmageste donnes par Huuanus et par Alhabazeg. Le premier de ces traducteurs, Hunanus (Honein), est Abou Zeid Honein ben Ishac ben Soleiman ben Ejjul al Ibadi, le Johannitius des mdecins du Moyen Age latin, qui mourut, Bagdag, le 30 Nov. 873 2 Le second se nommait Al Hasau ben
; .

Iusuf.

Les Libri novetn Astronomie que Gber s'est appropris, et la Theorica planetarum laquelle Alpetragius a impos son nom sont donc des uvres issues du gnie hellnique. Elles nous montrent que ce gnie ne crut point avoir achev son uvre astronomique lorsqu'il eut produit la Syntaxe. Il continua de s'exercer soit corriger le systme de Ptolme, soit lui substituer un
autre systme plus conforme aux doctrines pripatticiennes et

Les auteurs de ces tentatives mdiocres ou inacheves n'eurent point en partage la clbrit de l'Astronome de Pluse des Arabes pillards purent faire main basse sur leurs
no-platoniciennes.
;

crits sans courir le risque d'tre

dmasqus

et traits

d'impos-

teurs.

La Science islamique

butin razzi sur la

en grande partie, du Science hellne de la dcadence.


est ainsi faite,

i. Gebhi Op. laud.. lib. IV, De declinationc orbis revolutionis et ejus reflexione, pp. 59-60. 2. F. Wustenfkld, Geschichte der Arabischen Aertze und Naturforscher ; GttinjeD, 1840, do 69, pp. 26-29.

CHAPITRE

XII

LA PRCESSION DES QUINOXES

LES TRAVAUX d'hIPPARQUE

La
les

lutte entre

l'Astronomie
et

des sphres homocentriques

et

l'Astronomie des excentriques

des picycles, aprs avoir divis

gomtres grecs, aprs avoir provoqu, en des sens divers, les tentatives des savants de l'Islam, continuera de mettre aux prises astronomes et physiciens durant le Moyen Age et la Renaissance elle ne prendra fin qu'au jour o le triomphe du systme de Copernic plongera dans l'oubli les deux systmes entre lesquels la
;

faveur des

hommes

s'tait,

jusque-l, partage.

Tandis que se poursuit cette grande bataille, d'autres combats de moindre ampleur se livrent sur d'autres champs du domaine
astronomique. Parmi ces combats,
l'attention
il

n'en est aucun qui mrite

au

mme

degr que celui dont nous allons retracer les

principales pripties.
L'objet de ce combat est la conqute des lois qui prsident ce*

phnomne

lent et compliqu dont le

nom moderne

est prcession

des quinoxes.

La prcession des quinoxes fut-elle connue, avant Hipparque, des astrologues de l'Orient ? Pour dcouvrir ce phnomne, Hipparque ft-il usage d'observations chaldennes ? Questions difficiles rsoudre, qui ont grandement excit la sagacit des rudits ', sans obtenir de leurs efforts une solution certaine.
i.

Voir, ce sujet

L.

Am. Sdillot, Matriauu: pour servir

/'histoire

LA

PRCSSION DKS QtINOXES

181

L'histoire prcise, et autorise

par des

textes,

de

la

procession
;

dbute avec les travaux d'Hipparquc encore les crits o Hipparque avait prsent les rsultats de ses recherches sont-ils aujourd'hui perdus et n'en connaissons-nous que ce qu'en rapporte Claude -Ptolme. Au dire de Ptolme ', Hipparque traitait de la prcession des
des quinoxes,

quinoxes en deux de ses ouvrages. L'un de ces ouvrages avait pour


titre
:

Du

transport des points solslicianx et q n in axiaux ^


tootiwcwv xal lOTjUspivcY
oTjtxe'lcov.

LTspl ty.

jLSTaTTtoo-so); 7(1)7

L autre

traitait

longueur de Canne, Ilepl toO sviauo-wu [jLsysOou. Celui-ci semble, de sept annes environ, antrieur celui-l -.
la

De

Hipparque admet que le plan de l'quateur demeure invariablement li la terre qui, elle-mme, demeure immobile au centre du Monde. Parle centre du Monde, passe le plan de J'cliptique ce plan tourne autour d'un axe normal au plan de l'quateur, Taxe du Monde sa rotation, parfaitement uniforme, et dirige d'Orient en Occident, est complte en vingt-quatre heu; ;

res sidrales

c'est le

mouvement

diurne.

Cette rotation diurne entraine, en

mme

temps, un systme de

coordonnes invariablement li l'Ecliptique. L'Ecliptique sert Origine aux latitudes borales ou australes qui, les unes et les autres, sont comptes de 0 90. L'origine des longitudes est le demi-plan normal l'Ecliptiquc et passant par le point quinoxial de printemps; les longitudes sont comptes de 0 3C0, d'Occident en Orient, dans le sens de la marche du Soleil ou, comme le
(1

disaient les Anciens, suivant l'ordre des signes.

Puisque ce systme de coordonnes tourne uniformment autour

de Taxe du Monde, d'Orient en Occident, en vingt-quatre heures gidrales, un point qu'anime uniquement le mouvement diurne cardera une Longitude et une latitude galement invariables pendant tout le cours du temps au contraire, s'il est anim d'un mouvement autre que Le mouvement diurne, Le temps amnera
:

compare des sciences mathmatiques chez


i845

1rs

Grecs

et
:

1rs

Orientaux, Paris,

lu Henri Martin. Mmoire sur


<i-t-r\ir

cette question

La prcession des iquit

noxes

connue des gyptiens on de quelque autre peuple munit

Hipparque? (Mmoires de V Acadmie des fnscriptions et Belles-lettres, VIII, premire partie, iM<) L. An. Sbdillot. Sur quelques points <ie l'histoire de VAstronomie ancienne et, en particulier, sur faprcession des quinoxesi lettre .m priace Boocompagoi (Bulletino <li Bibliograji r d't Storia dette Scienze
maternt hhe eflsiche, t v. p, 3o6, 1872) Composition mathmatique de Claudi Ptolmek, traduite par M. H.'ilm.'t li\rc VII, chapitre II tome Becond, p. i< et |. i3, Paria,
1

l'abb*
iHif>.

'I

Heiberar, paru

II,

/.'.

V. p

19 el

|>

1".

eh.

Paul Tannery, Recherches sur l'Histoire de l'Astronomie ancienne, h (Mmoires de l" Socit des v in es physiques et naturelles </< I. Bordeaux, '^ m*rie, |p Vs 'Vi
vin,
t
1

182

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

des changements dans sa longitude, ou bien dans sa latitude, ou


bien enfin dans ses deux coordonnes

nomes avaient reconnu que ce commodment adapt l'tude du mouvement des astres errants. La dtermination de la longitude et de la latitude dune mme
toile

de bonne heure, les astrosystme de coordonnes tait


;

deux poques diffrentes permettra donc de savoir si cette toile est uuiquement anime du mouvement diurne ou si quelque autre mouvement se compose, en elle, avec celui-l. C'est prcisment ainsi qu'Hipparque, en la 50 e anne de la troisime priode de Calippe (129 avant J. -G.), dcouvrit le mouvement trs lent qu'il faut combiner avec le mouvement diurne pour obtenir le dplacement* vritable des toiles fixes par rapport la
terre.

En

effet

',

quand Hipparque, dans son


et

trait

Du

transport des

points solsticiaux

quinoxiaitx, citant quelques-unes des clip-

ses de Lune, tant de celles qui ont t

bien observes de son

temps, que de celles qui l'avaient t avant lui par Timocharis,

marque

6 degrs pour la distance o, de son temps, Y pi tait

du

point quinoxial d'automne, vers les points prcdents, et 8 degrs

au temps de Timocharis, Si, par exemple, au temps de Timovoici comme il raisonne charis, l'Epi prcdait le point quinoxial d'abord de 8 degrs, en suivant la longitude des constellations du Zodiaque, et que maintenant, il le prcde de 6 degrs seulement, etc.. Il conclut de la comparaison de presque toutes les toiles qu'il a examines, qu'elles avaient un semblable mouvement, suivant
point,
:

environ pour sa distance du

mme

l'ordre des signes.

Hipparque, donc, observa que Y pi de la Vierge, dont la longitude tait 172 l'poque de Timocharis, avait, de son temps, une
longitude de 174.
la latitude
Il

n'observa, d'ailleurs, aucune variation dans


toile
2
.

en conclut qu'entre l'observation de Timocharis et la sienne, Y pi de la Vierge avait prouv, indpendamment de ses multiples rvolutions diurnes autour de l'axe du Monde, une rotation de 2 environ, d'Occident en Orient, autour de l'axe de l'Eclip tique. Les mmes remarques peuvent tre faites au sujet des autres toiles, en sorte qu'en son trait De la longueur de l'anne, le grand Astronome bithynien put formuler, bien qu'avec quelque hsitation 3 la loi suivante Les
Il
,

del

mme

i.

Claude Ptolme,
II,

loc.

cit.

d.

Halma,

t.

II,

pp.

io-ii

d. Heiberg-,
p. i5
;

pars
2.

pp. i2-i3.
VII, ch. III; d.

Claude Ptolme, Op. laud., livre


pars H, p. 18. Claude Ptolme, ton. cit.
Z', y'

Halma,

t. II,

d.

Heiberg-,
3.

LA.

PRCE8SI0N DES QUINOXES

183

un mouvement d'ensemble qui se compose de deux rotations, la rotation diurne d'abord, puis une rotation uniforme, d'Occident en Orient, autour d'un axe normal au plan de
toiles fixes ont

l'Ecliptique.

Par temps
diurne

cette rotation, la distance entre le point quinoxial de prinet

une

toile situe sur le

quinoxial s'avanait sur le


;

Zodiaque varie comme si le point Zodiaque dans le sens du mouvement

de mouvement de prcession des quinoxes donn au mouvement dcouvert par Hipparque. La dcouverte d'Hipparque entranait une bien importante consquence touchant le sens qu'il convient d'attribuer ces mots
d'o le
:

nom

Dure d'une anne. Au moment o le Soleil franchit


temps, marquons
Soleil,
l'toile

le

point quinoxial de prin-

qui concide avec ce point. Lorsque le

ayant parcouru l'Ecliptique, repassera au


il

mme point

qui-

noxial,

n'y retrouvera plus la

mme
elle

toile

grce au mouve-

ment dcouvert par Hipparque,


;

aura avanc d'une petite quantit vers l'Orient le Soleil ne l'atteindra que quelque temps aprs qu'il aura franchi le point vernal Vanne sidrale, priode
;

au bout de laquelle le Soleil revient la mme toile, est un peu plus longue que Vanne tropique, intervalle de temps qui spare deux passages successifs du Soleil au mme point quinoxial.
Quelle est la dure laquelle
le
il

convient rellement d'attribuer


?

nom

d'anne

Est-ce l'anne tropique ou l'anne sidrale

En

tous cas, quelle est exactement la longueur de chacune de ces

deux annes ? Telles sont les questions nouvelles que la dcouverte d'Hipparque posait aux astronomes. Ces questions venaient prciser, mais en le compliquant, le grave problme de la dtermination de l'exacte dure de l'anne. La fixation du calendrier et l'tude de la prcession des quinoxes seront dsormais, pour les efForts des astronomes, deux objets invariablement lis l'un
l'autre.

Hipparque l'avait aperue tout d'abord. La premire recherche faire dans la thorie du Soleil, dit Ptolme ', c'est celle de la longueur de l'anne nous apprenons par Let travaux des Anciens leurs diffrentes opinions et leurs doutes cel gard, et surtout par ceux d'Hipparque qui, plein d'amour pour la vrit, n'a pargn ni recherches ni travaux pour la trouve, (!< qui le surprend le plus, c'est qu'en compa rant les retours du Soleil aux points solsticiaux et qilinoxiaux,
Cette consquence de sa dcouverte,
;

i.

p.

Claude Ptolmri, Op. /mn/., livre III, eh. i5o; d. Heilierr, T', a', pnrs I, pp. IQI'ipi,

trnd. de l'tbb Halnia,

t.

I,

18

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

l'anne ne lui parat pas tre tout

fait

de 305 jours 1/4,

et

qu'en

comparant les retours aux mmes toiles fixes, il la trouve plus longue d'o il conjecture que la sphre des toiles fixes a, ellemme, une certaine marche lente qui lui fait parcourir la suite des points du Ciel et qui, comme celle des plantes, est en sens contraire du premier mouvement par lequel tout le Ciel est entran... Aprs avoir signal la diffrence qui existe entre l'anne sidrale et l'anne tropique, Hipparque a choisi cette dernire comme celle qu'il convenait de prendre dsormais pour anne normale. C'est celle, en effet, qu'il faut choisir comme fondement si l'on veut tablir un calendrier qui maintienne fixe la date du commencement de chaque saison, Que cette convention ft pose par lui dans son trait De la longueur de l'anne, nous en avons pour tmoin formel un passage de son crit Sur les mois et les jours intercalaires (IIspl s^oTia-jjKov jjl^vwv xal T^epcv) ce passage nous est textuellement rapport par Ptolme le voici Dans le livre que j'ai compos sur la dure de l'anne, je montre que l'anne solaire, qui est le temps que le Soleil emploie revenir d'un solstice au mme solstice ou d'un quinoxe au mme
;

quinoxe,

contient

trois cent soixante-cinq jours

et

un

quart,

moins
nuit.

le trois

centime peu prs de la dure d'un jour et une


normale, en dterminer pas Hipparque il lui fallait encore
;

Choisir l'anne tropique


la dure,

comme anne

cela ne suffisait

connatre la diffrence entre l'anne sidrale et l'anne tropique


ou, en d'autres ternies, dterminer la valeur annuelle de la pr-

cession
l'anne,

c'est ce qu'il avait fait

dans son

trait

De

la

longueur de
faite

comme nous
:

l'apprend une citation de ce trait

par

Car si, par cette cause, les points tropiques et les quinoxes ont march, vers l'Occident, d'une quantit qui n'est pas au-dessous de la centime partie d'un degr par an, il faut qu'en 300 ans ils se soient avancs dans ce sens d'une quantit gale

Ptolme

3 degrs

La prcession des points quinoxiaux


degr par sicle
;

n'est pas infrieure

un

telle est l'affirmation


;

De

la

longueur de l'anne

en

effet,

d'Hipparque en son trait l'Astronomie moderne value


tait,

1 23' 30"

par sicle la marche des points quinoxiaux. Le trait Du transport des points solsticiaux et quinoxiaux
Claude Ptolme,
loc.

i.

cit.;

d.

Halma,

1. 1,

p.

i64

d. Heiberg, pars

I,

p. 207.
*>.
l>.

Claude Ptolme, Op. land


:

f?>

d. Heiberi^, 7/,

p', [Link] II,

livre VII. ch. pp. i5-i0.

II

trad. de l'abb

Halma,

t.

II,

I.A

PRCESSION DES KQUINOXES


lie

l8o

la longueur de Vanne comparaison entre les observations de Tiuiocbaris et les observations d'Hipparque qui sont rapportes dans ce trait Du transport et permis d'valuer la grandeur de la prcession des quinoxes

sans doute, postrieur au

trait*'

la

avec une approximation suprieure celle que donne L'autre traie selon Paul Tannery elle eut conduit ce rsultat, qui eyt t
;

bien proche de l'exactitude rigoureuse

t 23' 20"

par sicle.

11

LES

TRAVAUX

J)K

PTOLEMEE

Ce n'est pas cette valeur de la prcession, si voisine de la valeur vritable, que Ptolme adopta; l'aide des observations de Mnlas, d'Agrippa et des siennes propres, il crut pouvoir attri buer cette prcession la valeur qu'Hipparque, en son trait De la longueur de l'anne, avait indique comme un minimum. Nous avons jug, dit-il 2 que les toiles s'avancent vers l'Orient d'un degr peu prs en cent ans , en sorte qu'en 36.000 ans, le systme entier des toiles fixes effectue une rotation complte, d'Occident en Orient, autour des ples de l'Ecliptique. Cette dure se ft trouve rduite 2(5.000 ans si Ptolme avait adopt les valuations, si voisines de l'valuation moderne, que contenait le trait Du transport des points solsticiaux et quinoxiau Ce mouvement, Ptolme n'hsite pas l'attribuer une sphre dans laquelle toutes les toiles fixes se trouvent invariablement serties. De semblables observations faites sur ces toiles et sur les
,

autres les plus remarquables par leur clat, leurs comparaisons


entre elles, et les distances reconnues constantes entre celles que

nous avons

examines

et

tout

le

reste

des

fixes,

nous

font

regarder comme certain le mouvement de la sphre des fixes vers Vi Uient des points tropiques et quinoxiaux, autant que cet espace

nous en assurer; et que ce mouvement autour des ples du cercle oblique moyen du Zodiaque,
de temps
peut

se
et

fait

non

ch.

Paul Tammbat, Recherche $ur l'hiitoire de V Aitronomie ancienne, XV. i (Mmoire* de la Socit des neiencee physiues et naturelle de I. I5, 1893). Bordeaux, V srie, p laooi Ptolemsb, Op l'uni., livre VH, ch. II; [Link] PabM Ifalma, t, II.
i.
t
I

I.
.<

i3

d. M' iber.
l'[Link]'.i
ri
.

/'.
.

V. para M.
.

|.

i5
l*abh<!

Claudi
p

t.

II.

>

Op, idiid Ii \ it \ III. ch. IV; traduction de Heiherr, /'. *', pars If, p :'',.
,

Halma,

186

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

pas autour de ceux de l'quateur c'est--dire qu'ils ne se font pas autour de ceux du premier mobile.
;

Ce premier mobile qu'anime le mouvement diurne, Ptolme l'assimile-t-il une sphre creuse, dnue d'astre, ainsi qu'on le fera constamment aprs lui ? Outre les sept orbes des astres errants et l'orbe des toiles fixes, comptera-t-il un neuvime orbe ? Il ne semble pas qu'il ait, dans YAlmageste, explicitement formul cette hypothse. Il parait rduire le premier mobile une simple ligne, un grand cercle trac sur l'ultime surface de l'orbe des toiles fixes et passant par les ples du Monde et par les ples de l'Ecliptique. Au contraire, dans ses Hypothses des plantes, Ptolme admet formellement 2 l'existence de cette neuvime sphre, de cette sphre motrice de la sphre des toiles fixes . Le mouvement du premier mobile se transmet tous les orbes qu'embrasse ce grand cercle ou cette sphre, en sorte que le mouvement rel de chacun de ces orbes se compose du mouvement diurne et d'un mouvement propre. En est-il de mme du mouvement qui vient d'tre attribu la sphre des toiles fixes ? Ce mouvement se transmet-il ou non aux orbes que la huitime sphre enferme en son sein ? Pour parler plus prcisment, l'excentrique qui rgle la marche de chacun des
t
.

astres errants est-il invariablement li

au premier mobile

de tout mouvement autre que le mouvement diurne ? contraire, la sphre toile qu'animent la fois le mouvement
diurne et le

dnu Suit-il, au
et

mouvement dcouvert par Hipparque

Les prdcesseurs de Ptolme avaient, semble-t-il, choisi ce dernier parti. Du moins, Pline l'Ancien considrait-il 3 pour chaque astre errant, la ligne des absides, qui passe par l'apoge, le
,

prige et le centre du Monde, et enseignait-il que cette ligne

garde une direction fixe par rapport aux toiles. Il est vrai que Pline ne faisait presque aucune allusion au phnomne de la prcession des quinoxes malgr son admiration pour Hipparque, il semble
;

qu'il ait

mconnu

ce

phnomne ou

qu'il

l'ait

regard

comme

douteux.

Adraste d'Aphrodisias partageait la mme opinion en ce qui concerne le Soleil c'est, du moins, ce qu'il nous est possible de
;

d. I, ch. VII ; d. Halma, t. I, p. 24 pars I, pp. 26-27. 2. Claudh Ptolemaei Opra qu exstant omnia. Volumen II. Opra astronomca minora. Edidit J. L. Heiberg. Lipsise, MDCCCCVII. 'Y7ro8<7e&>v twv 7r).avousv&)v B'. Ex Arabico interpretatus est Ludovicus Nix, p. 123. 3. C. Plixh Secundi De Munai historia, lib. II, cap. XVI.
i.

Claude Ptolme, Op. laud., livre


A',
rj',

Heiberg-,

LA PRCESSION DES QU1N0XES

187

conclure des passages o Thon de

Smyrne nous rapporte son

enseignement.

Thon dclare que le Soleil parat se mouvoir le plus lentement et qu'il semble le plus petit lorsqu'il se trouve 530' du principe des Gmeaux, et qu'il atteint sa vitesse et son diamtre
'

apparent les plus grands lorsqu'il occupe une position analogue

dans le Sagittaire L'Astronome platonicien reprend


autre lieu

2
:

la

mme

affirmation en

un

Le Soleil

offrira toujours

aux

mmes

endroits respectifs les


;

plus grandes, les plus petites et les moyennes distances la Terre


les plus grandes,

au cinquime degr et demi des Gmeaux, les plus petites au mme degr du Sagittaire, et les moyennes au mme degr de la Vierge et des Poissons. L'avis d'Adraste, que Thon nous rapporte, est, au contraire, entirement diffrent de celui de Pline en ce qui concerne les cinq plantes Adraste admet 8 que, pour chacune d'elles, la ligne des absides tourne avec une vitesse notable autour du centre du Monde Quant aux autres plantes, c'est en tout lieu du Zodiaque qu'elles peuvent tre la plus grande, la plus petite et la moyenne distance de la Terre, et qu'elles peuvent avoir la vitesse minimum, maximum ou moyenne C'tait l, sans doute, une
il

comme

a t

dit,

allusion l'explication

du mouvement plantaire par un excen-

trique mobile.

Tel

est

l'enseignement
Il

que Thon de

Smyrne

avait

reu
dif-

d'Adraste d'Aphrodisias.

l'entremle d'une doctrine toute

frente touchant les absides

du

Soleil, doctrine

qu'il tenait sans


*.

doute d'un autre matre, peut-tre de Posidonius

Quand on considre attentivement,

dit-il

en longitude pendant lequel le Soleil allant d'un point au mme point, d'un solstice au mme ou d'un quinoxe au mme quinoxe, c'est trs peu prs

temps du retour parcourt le Zodiaque, en

le

solstice,
le

temps

signal plus haut (36; jours 1/4), de sorte qu'au bout de quatre
Platonici Liber de Astronomia Textuno priions edidit, difMI -tationc illnstravit Th. H. Martin, Parisiis, iH/jo,, cap XXVI. p 2/ji Thon db Smyrne, philosophe platonicien, [Link] arg onnaissances mathmatiques utiles pour la lecture de Platon, traduite par J. Dupait, Paris. 1891 Astronomie, ch. XXVI bis, p. 267. 2. Thkoms Smyrnaei Astronomia, trad. Th. H. Martin, cap. XXX. p Thon Smyrne, Astronomie, trad. J Dnpnia. ch. XXX, p. s>8.r>. 3. Thon de Smyrne, Ibid., Cf. Th. H. Martin, Dr 7'heoms Sr/u/rmri Astroi.

Thkoms Smyrnaei
...

latine vertit,

'

nomia
I\.

dissertatto, pars
II.

II,

|6,

pp.
t

11/4-11!").
>

Martin, Di*99rtatio.: pan II. I i4i p. <)( 5. Thon de Smymne, Astronomie, ch. XXVII ^d Th. H. Martin, pp, e'd. J. Dupnis. pp. 1707*81,
Th.
.)
;
.

?t>i

188
ans, le retour

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

un point de

mme

longitude se

fait

la

mme

heure.

Quant au temps de l'anomalie, aprs lequel le Soleil revient au point le plus loign de la Terre, o il parat le plus petit et le plus lent dans son mouvement vers les signes suivants, ou bien aprs lequel il revient au point le plus voisin de la Terre, o il parait avec le plus grand diamtre et la plus grande vitesse, il est peu prs de 365 jours 1/2, de sorte qu'au bout de deux ans, le

Soleil r vient la

mme

distance la
le

mme

heure.

Les astronomes ont donn


tervalle de
Soleil soit

nom

cY anne

anoma lis ligne

l'in-

temps qui s'coule entre deux passages successifs du l'apoge, soit au prige. Il est bien vrai que l'anne
le priils

anomalistique surpasse l'anne tropique, car l'apoge et

ge se dplacent par rapport aux points quinoxiaux


vent l'Ecliptique d'un

dcri-

mouvement de

rotation uniforme dirig de

l'Occident vers l'Orient.

Mais l'excs de l'anne anomalistique sur l'anne tropique est seulement de 24 min 59 sec 6 Thon attribuait cet excs une valeur de six heures, soit une valeur 14 fois trop forte. Si l'on et admis
;

son valuation, l'apoge et parcouru tout


stice

le

Zodiaque, d'un sol-

en 1.461 ans il emploie en ralit, faire cette rvolution, une dure de 20.984 ans. Gminus, dans l'ouvrage que nous possdons de lui ne nous parle point des plantes ni, partant, de leurs apoges le Soleil, selon lui, parcourt un cercle excentrique au Monde dont l'apoge se trouve en la constellation des Gmeaux mais il ne nous dit point s'il croit cet apoge immobile ou s'il lui attribue quelque mouvement. Ainsi les astronomes qui ont prcd Ptolme semblent avoir profess des opinions fort discordantes touchant le mouvement de
solstice,
;

au

mme

l'apoge et du prige du Soleil et des cinq plantes.

Pour les cinq plantes, Ptolme soutenait la mme opinion que Pline il admettait que le prige et l'apoge de chaque plante prouve, par rapport aux points quinoxiaux, un dplacement sensiblement gal celui qu'prouvent les constellations zodiacales, de telle sorte que ce prige et cet apoge gardent des positions invariables par rapport aux toiles fixes. Les apoges des excentriques, disait-il 2 font, selon l'ordre des
;

i. Table chronologique des rgnes, ... Apparition des fixes, de Claude Ptolme, Thon, etc et Introduction de Gminus aux phnomnes clestes, traduites par M. l'abb Halma Paris, 1919 Gminus, Introduction aux ph, ;

nomnes clestes, ch. [. pp. 11-12. 2. Claude Ptolme, Syntaxe mathmatique, livre IX, ch. V; Halma, t. II, p. 108: d. Heibera:, <=>', s', pars II, p. 252.

trad. de l'abb

LA PRCKSS10N DES QUINOXES


signes,

189

un
;

petit

Zodiaque
tit

mouvement qui est uniforme autour du centre du par les phnomnes actuels, on s'aperoit que cette
est,

progression

pour chaque plante, presque de

la

mme
fixes,

quan-

que

celle dont progresse la

sphre des toiles


[relatives

c'est--

dire d'un degr en cent ans.

D'aprs
et

ces

observations

Mercure],
faites

disait-il

encore \
les

des comparaisons pareilles qui ont t


et les

pour

les

autres astres, nous avons trouv que les diamtres qui passent par

apoges

priges des cinq plantes ont une certaine prose fait


;

gression suivant l'ordre des signes, autour


et

que cette progression


sphre des toiles

dans

le

du centre du Zodiaque, mme temps que celle de


ici le

la

fixes

car celle-ci. suivant ce que nous avons

temps coul depuis les antiques observations, o l'apoge de Mercure tait dans les 6, jusqu' nos observations, o il s'est trouv avanc de 4 trs peu prs, puisqu'il est maintenant dans les 10, embrasse l'espace de 100 ans. Pour le Soleil, Ptolme adopte une tout autre opinion. Aprs avoir rappel comment Hipparque avait plac l'apoge solaire 24 30' avant le solstice d't, il ajoute 2 Nous trouvons prsent encore que ces temps et ces rapports sont toujours les mmes trs peu prs ce qui nous prouve que le cercle excentrique du Soleil garde toujours la mme position relativement aux solstices
dmontr,
est d'environ 1

en cent ans, et

et

aux quinoxes

Cette opinion de Ptolme est

gravement errone
fixes, c'est--dire

non

seule-

ment l'apoge
[Link] le

solaire se meut, par rapport

aux points quinoxiaux,


d'Occident en
;

mme

sens que les toiles


se

meut plus rapidement que les toiles fixes il dcrit annuellement, sur l'Ecliptique, un are de 61" 8, tandis qu'une toile zodiacale dcrit seulement un arc de 50" la diffrente d<< ces deux nombres, soit 11" 8, reprsente le mouvement
Orient, mais
il
;

propre annuel de l'apoge.


cours
an-

Il

faut environ 26.000 ans


;

une

toile

zodiacale pour parcourir entirement L'Ecliptique


esl

le

mme

par-

accompli par L'apoge solaire en un peu moins de 21.000

exactement 20.984 ans).


Claude PTOLMB, Op. laud. f livre IX, ch. VU; trad
171*179
;

i.
j|).

<lr

l'abb Hal ma,

t. II,

Heiberjr,
')',

'->',:',

para
II,
[>.

11.

|.

269.

Clauoi Ptolme, Op. laud.,


p.
iH/j; d.

livre

III.

ch

IV

[Link] l'abb Hal ma,

t.

I.

Heiberg, V,

para

i33.

J0

LA.

COSMOLOUlli HELLIS1QUE

III

LA PRCESSION DES

QUINOXES

CHEZ

LES

GRECS

ET

LES

LATINS

APRS PTOLME.

l'hypothse de L'accs et du recs. la neuvime sphre.

L'hypothse selon laquelle le mouvement de la sphre des fixes ne se rduit pas l'uniforme rotation diurne autour des ples

du Monde, selon laquelle

sphre prouve, en outre, une rotation lente autour des ples de l'Ecliptique, cette hypothse,
cette

disons-nous, parut sans doute, la plupart des Anciens, une supposition fort insolite
;

elle fut

rarement adopte, plus rarement


la

encore combattue

presque tous les auteurs qui eurent occasion


passrent,
tout

de

traiter

de l'Astronomie

d'abord,

sous

silence.

Entre l'poque d'Hipparque et celle de Ptolme, on ne trouve

presque aucun crivain qui y ait fait allusion. Pline l'Ancien, grand admirateur d'Hipparque, mais admirateur fort peu comptent, est le seul qui consacre quelques lignes ' au mouvement lent

de la spbre toile

encore, par ces quelques lignes, ce phno:

que sous une forme presque mconnaissable Jamais, crit Pline, on n'aura donn Hipparque assez de louanges, car personne n'a mieux prouv que l'homme est parent des astres et que notre me est une partie du Ciel. Hipparque a dcouvert une nouvelle toile, diffrente des autres, et qui avait t engendre de son temps le mouvement de cette toile, partir du jour o elle brilla, l'a conduit se demander si un tel vnement ne se produisait pas plus souvent et si les toiles que nous croyons fixes ne se meuvent pas, elles aussi. Il n'y avait point l de quoi r vler, aux contemporains de Pline, la grande
n'est-il signal
;

mne

dcouverte d'Hipparque.

De cette dcouverte, Glomde ne dit rien, ce qui laisse supposer un pareil silence de la part de Posidonius, dont Clomde s'inspirait. Nous ne trouvons rien sur la prcession des quinoxes dans ce que nous possdons des crits de Gminus. Thon de Smyrne est galement muet au sujet de ce phnomne; et comme Thon de Smyrne nous rapporte les enseignements d'Adraste
C. Plinii Segundi Historia naturalis, lib.

i.

II,

cap.

XXVI.

LA PRKCKSSIO.N DES ^Ul-NOUES

191

d'Aphrodisias et de Dercyllide, on peut croire que ces philosophes

de la dcouverte d'Hipparque. A notre connaissance donc, Ptolme est le premier astronome, aprs Hipparque, qui se soit occup du dplacement lent des toi-

ne

s'taient point soucis

les fixes. L'tude dtaille qu'il

dans la Syntaxe mathmatique attira vivement, sans doute, l'attention de ses contemporains et, particulirement, de ceux qui s'adonnaient l'Astrologie.

en

fit

Tant que ce phnomne

min

le

demeur inconnu, on avait dtermouvement d'une plante en composant le mouvement de


tait
;

par rapport aux toiles avec le mouvement diurne en particulier, ce que les astrologues avaient constamment fait intervenir dans leurs jugements, c'est la position qu' un instant donn, chaque plante occupe par rapport aux constellations nomcette plante

mes signes du Zodiaque.


Ptolme, en montrant, aprs Hipparque, que les toiles nonerrantes possdaient un autre

mouvement que

le

mouvement
des repres

diurne, bouleversait tous ces principes universellement accepts.


Si l'on voulait rapporter la position d'une plante

qui fussent fixes (abstraction faite du

mouvement

diurne), ce n'est

plus aux signes concrets du Zodiaque, forms d'toiles visibles,

comparer, mais des signes abstraits, dont aucune toile ne marque la place dans le Ciel, que le mouvement diurne entraine seul, tandis qu'un autre mouvement dplace les signes concrets par rapport aux signes abstraits.
qu'il la fallait

La lenteur de ce dernier mouvement, l'ignorance de


tion d'une plante

la loi exacte

qui le rgle, partant l'impossibilit de dterminer l'exacte posi-

par rapport aux signes abstraits lorsque sa situation par rapport aux signes concrets a t observe, donnaient matire critiquer les calculs et les prdictions des astrologues.

de l'Astrologie judiciaire aient, fort peu de temps aprs Ptolme, fait valoir cette critique, nous en trouvons le tmoignage dans les crits d'Origcne (vers 1 80-2.53).
les adversaires

Que

la

Dans un fragment de la troisime partie de ses Commentaires Genve, fragment qui nous a t conserv par Eusbe ', Orignc
par lesquels les astrologues prtendaient l'tablissement des thmes gnthliaques ce propos, il
;
:

discute les principes


justifier

crit les lignes suivantes


<

On

a nonc

un thorme dmontrant que

le

cercle

du Zodiaplantes,

que
i.

est

d'un

mouvement semblable

celui des

vent.

OnioENis e tomo III cnmmentariorum in (ehesim fragment'um, a cap* I, u [Oriobnis Opra omnia accurante J. P. Migne, t. II, (Patroloffa \[\
;

grc tomus

XII) col. 80].

192

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

au bout d'un temps trs long, ce mouvement fait prendre, chacun des signes du Zodiaque, la place du signe suivant. Autre est ce qui
sicle
;

dirig d'Occident en Orient, et dcrivant

un degr par

advient du signe intelligible, autre ce qui advient du signe qui

a,

une configuration mais du signe intelligible, il n'est rien qui puisse tre exactement connu. Toutefois, que ceci On connat le signe intelligible ou bien il est possoit accord sible, partir du signe sensible, de dterminer le signe vrai...

pour

ainsi dire,

4>pTa!. Tj Oewpyjjjia cooeixvov tov tooiaxov


ptivoi cpperOat rco 8u<7{x)v
stcI

xxXov

ojjlocj;

toI 7i:Xavto-

vaToX

Si'

xa-rov etcjv [Link]

pav,

xal toGto TpO


[JLV

T(J>

tcoXX<J>

^pvGj vaXXaTTlv

Trv so-w tcjv ScooexaCT) jjiopuov

TUV^aVOVTO TOU

VOYJTOL O>XaT7}fJl0pl0t>

7pOU G

TO'J

(WaVEL

uLOpcswjjiaTO

XX' x

70G*

vorjToG wSLou,

oWp

o irvu ti guvcctov xona-

Xajjiva"9at.

'Earco xal to'Jto o-i>yx^topTjfjivov to xaTaXajjiv(y9ai


r\

to vorjTOV Bu>8xaTTj|x6ptov,

Bvaa-Sat. ex to

alvO^ToG ScoeiExarrjfAopLOu

XapvEo-oa to X^...

En

dpit d'un

membre de phrase obscur


;

le sens

gnral de

ce passage est fort clair

pour Origne, le signe qu'anime le seul mouvement diurne ne correspond rien de concret c'est une figure purement abstraite que l'esprit conoit et dtermine en appliquant la loi de prcession au signe concret. De son temps, cependant, certains astronomes ou physiciens attachaient vraisemblablement ces signes abstraits un corps
;

concret

hors la sphre des toiles


et

fixes,

mue

la fois du mouve-

ment diurne
existt

du mouvement de prcession, ils imaginaient qu'il une neuvime sphre sans toile, laquelle les signes
effet,

abstraits fussent invariablement lis.

nous rapporte leur croyance l'existence d'une sphre suprme dpourvue d'astres, sans nous dire, toutefois, s'ils dduisaient du phnomne de procession leurs raisons de
Origne, en
croire cette existence.
Ils

entendent proprement donner

le

nom

de Monde,
3

crit-il

2
,

cette sphre surminente qu'ils appellent aTcXav^

...

Toutefois,

au-dessus de cette sphre qu'ils


qu'il

nomment
de

&rcAavi{ l ils

prtendent

en

existe

une autre

de

mme

que, pour nous, le ciel con-

tient toutes les choses sublunaires,

mme

prtendent-ils que

Celui qui commence par ces mots; XV vato vojto &><?ioi*. F. Viger, dont Patrologie grecque de Migne reproduit la traduction latine, suppose que le texte prsente ici une lacune; l'hypothse qu'il fait pour remplir cette lacune ne nous parat pas trs assure. 2. Origenis Deprincipiis libri quatuoi\ lib. II, cap. III. [Origenis Opra oninia accurante J. P. Migne, tomus I (Patrologi grc tomus XI), coll. 195-196]. 3. La sphre des toiles inerrantes.
i.

la

LA PRCESSIO* DES QULNOXES


cette sphre, d'une

193

immense tendue

et

d'une inexprimable con-

tenance, enserre, l'intrieur d'un orbe plus magnifique, les espaces occups par toutes les autres sphres
toutes
;

dans cette sphre, donc,

choses se

trouvent

contenues,

comme

notre

terre

est

entoure par le

Ciel..

Cette sphre suprme, nous n'en

pouvons gure douter,

c'est la

sphre dnue d'astre que les Hypothses des astres errants plaaient au dessus de la sphre des toiles fixes, afin de communiquer le mouvement diurne cette dernire. Avec ce mouvement
diurne, reu de la sphre suprme, l'orbe des toiles fixes composait

son

mouvement propre,

rotation trs lente, d'Occident en

Orient, autour des ples de l'Ecliptique.

Le passage que nous venons d'emprunter Origne semble indiquer que cette supposition, introduite par les Hypothses, avait trouv un rapide crdit dans les coles d'Alexandrie. Nous la verrons se rpandre parmi les philosophes hellnes nous relverons de nombreuses et formelles allusions cette neuvime sphre sans astre, qui enveloppe la sphre des toiles fixes et qui fait tourner
;

le Ciel entier,

d'Orient en Occident, de la rotation qui dfinit le

jour sidral.

En revanche, nous ne trouverons aucun souvenir des orbes, mus du mme mouvement, qui devaient, au gr de Ptolme, communiquer la rotation diurne aux sphres des divers astres errants. Cette supposition n'a pas rencontr mme faveur que -la premire
;

elle a t

plus profondment oublie encore par la Science hellne

que

les autres

mcanismes dont

les

Hypothses des astres


le

errai? t

avaient donn la description.

Les suppositions d'Hipparque et de Ptolme sur

mouvement

lent des toiles fixes n'taient, d'ailleurs, pas les seules

connt Alexandrie
diffrente.

que l'on ou y discutait aussi une hypothse toute

Pour Hipparque
des toiles fixes
toujours dans le

pour Ptolme, le mouvement de la sphre consistait en une rotation complte, poursuivie,


et

mme

sens, autour d'un axe perpendiculaire

TEcliptique. D'autres astronomes voulaient que ce


rduisit

mouvement

se

une oscillation

qu'il progresst alternativement d'Occi

dent eu Orient, puis d'Orient en Occident; enfin que L'amplitude de ce mouvement n'embrassAt qu'un petit nombre de degrs.
L'existence d'une
telle
la

thorie

nous

est

signale

|>.'r

d'Alexandrie, pre de

menta, dans
M

la

mathmaticienne Hypathia, seconde moiti du iv sicle, les crits de Ptolme.

Thon qui com-

Il

III.

194

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

Ce qu'il nous en rapporte se trouve dans les commentaires aux prolgomnes mis par Ptolme en tte de ses Tables manuelles. Voici comment Thon s'exprime au Chapitre qu'il intitule De la
*
:

conversion, flpl

TpoTcrjs.

Les anciens astrologues (Ol naXaiol twv aTtoTsXsa-jjKmxwv) prtendent, sur quelques conjectures, que les points tropiques s'avancent vers l'Orient de huit degrs pendant une certaine dure, et qu'ils reviennent ensuite au lieu o ils se trouvaient. Cette supposition ne parat pas vritable Ptolme lors mme qu'on n'admet pas cette hypothse, les calculs moyens faits par les tables s'accordent avec les observations faites par les instruments aussi n'admettons-nous pas non plus cette correction. Toutefois, nous allons exposer la mthode que ces astrologues, suivent en leur
;

calcul.

comptent 128 annes avant le rgne d'Auguste ils regardent l'instant ainsi obtenu comme l'instant o cette marche de huit

Ils

degrs vers les signes suivants [vers l'Orient] a atteint sa plus

o a commenc le retour en arrire \ A ces 128 annes, ils ajoutent les 313 annes coules depuis le rgne d'Auguste jusqu'au rgne de Diocltien, et les annes parcourues depuis Diocltien ils prennent le lieu qui correspond cette somme d'annes, en admettant qu'en 80 ans, le lieu se dplace d'un degr; ils retranchent de 8 degrs le nombre de degrs obtenu par cette division [du nombre d'annes par 80] le reste
grande valeur,
et
;

marque
ils

le

degr jusqu'o les points tropiques sont alors avancs

ajoutent ce reste aux degrs que les calculs susdits donnent


le lieu

de la Lune ou des cinq plantes. La lecture de ce passage de Thon nous fournit bon nombre de renseignements prcis sur l'hypothse de ce mouvement oscillatoire que les latins ont nomm motus accessits et recessus, et qu'avec Delambre, nous nommerons mouvement d'accs et de

pour

du

Soleil,

recs.

Nous voyons que selon l'hypothse propose, le mouvement de recs, c'est--dire la marche des points tropiques vers l'Orient des toiles fixes, a pris fin, pour faire place au mouvement d'accs,
i Commentaire de Thon d'Alexandrie sur les Tables manuelles de Ptolme, traduites par M. l'abb Halma. Premire partie contenant les prolgomnes de Ptolme, les commentaires de Thon, et les tables prliminaires.,. Paris,
.

Commentaire aux prolgomnes De la conversion, p. 5. le texte de Thon Aauavovrg yp r np rx} p%>5$ AC^otrrov Sacri),6'j^ srvj PXH, w tts tj /aeyiorjs ^t<tw twv H ixoipv yivouv/iq g rx noueva. xai oyriv ).u2vv-&>v uKoarpfcrj. La traduction de l'abb Halma, comme il arrive trop souvent, est un perptuel contre-sens.
1822.
2.
:

Voici

L PBCESS10N

DJlS

QLINOXES

195

rgne d'Auguste, c'est--dire 155 ans avant J.-C. que le mouvement, tant d'accs que de rccs, est regard comme un mouvement uniforme parcourant un degr en 80 ans enfin
128 ans avant
le
;
;

que l'amplitude

totale de l'oscillation est de huit degrs.

Un
gues,

seul point

demeure obscur

Tztxkaioi [Link].x0i,

Qui sont ces anciens astrolodont parle Thon d'Alexandrie ? Les


:

paroles de cet auteur nous marquent qu'il les regarde


antrieurs
;

comme

sont-ils, dans sa pense, antrieurs ou Ptolme postrieurs Hipparque ? Th. H. Mart.n n'hsite pas affirmer que la seconde des deux alternatives est la vraie plus prudents, nous demeurerons dans le doute. L'hypothse mise par ces astrologues tait, en tous cas, de nature rebuter les esprits ayant une juste ide des lois du mouvement les Hellnes, forms par la philosophie platonicienne ou pripatticienne, avaient assez le sens de la continuit pour ne pas admettre qu'un mouvement alternatif pt tre form par la succession rgulire de deux mouvements uniformes de sens contraire. Sous la forme que lui avaient donne les anciens astrologues, la thorie de l'accs et du recs devait paratre insense tous les bons astronomes mais les ides senses ne sont pas les
; ;
;

seules qui influent sur la

marche de

la Science.

Cette hypothse, en tous cas, fut,


te

comme nous

l'avons vu, reje-

par Thon d'Alexandrie. D'ailleurs, en son commentaire au VII livre de X Almagcste, Thon admet pleinement la thorie de Ptolme il attribue aux toiles fixes une rotation uniforme, d'Occident en Orient, qui s'accomplit en 3G.000 ans autour de l'axe de
;

l'cliptique.

Nombre de
le

physiciens et d'astronomes suivaient,

comme Thon,

sentiment d'Hipparque et de Ptolme.

Thmistius (317-385) avait compos des commentaires au De Clo d'Aristote ces commentaires, nous l'avons dit, ont eu une
;

du Grec en Syriaque, du Syriaque en Arabe, de l'Arabe en Hbreu la Renaissance, un juif de Spolte, Mose Alatino, les mit en Latin jusqu' r<s
assez singulire fortune
;

ils

furent traduits

dernires annes, cette dernire version latine nous tait seule parvenue a depuis peu, la version hbraque qui avait t faite,
;

en 1284, par Zerahjah ben Isak ben Schealtiel ha-Sofardi, a t


Th. H. Martin, Mmoire .sur cette question La prceion (1rs uin connue avant Hipparque? CM. Il, | a. Themisth peripatetici lueidiMimi Paraphrati m libro quatmor \nstotelis de Coeh) DUDC ririmurn in IllCem rdif;i. MOTSC Alnlino HeOlteO SpoletBO Medico, c Philosophe interprte. Ad AIovmut Est Qsem card. ftmpliaaiinuili. Venetiia, apud Simonem Gnlignannm de Kurern. MDLXXIIII.
l.
:

a-t-elle t

196

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

retrouve, en deux textes manuscrits

M. Samuel Landauer la
version latine \

publie en raccompagnant

dune nouvelle
2

Dans cet

crit,

Thmistius, aprs avoir parl du


fixes,

mouvement
:

mentionne la dcouverte d'Ilipparque et de Ptolme, mais en homme qui ne s'y intresse gure Toutefois, dit-il, quelques-uns de ceux qui ont ensuite fait profession de mathmaticiens, tels qu'Hipparque et Ptolme, ayant tudi
diurne des- toiles

avec soin les conjonctions des toiles fixes [avec les points quinoxiaux], ont affirm qu'elles se mouvaient de mouvement direct, parcourant un degr dans une dure de cent ans. Mais il convient

que nous laissions ce discours... Parmi les crivains latins, nous en trouvons un seul qui ait fait, au phnomne dont nous parlons, une brve et vague allusion cet crivain est Macrobe, qui vivait en 422 la cour de Thodose le Jeune. Dans son Commentaire au Songe de Scipion, Macrobe s'exprime en ces termes 3 Il convient d'ajouter que toutes les toiles autres que le Soleil, la Lune et les cinq plantes, sont fixes au Ciel, et n'ont d'autre mouvement que celui dont elles se meuvent avec le Ciel. D'autres
;
:

astronomes, dont l'opinion est plus rcente, ont assur qu'outre le mouvement qui les entrane par suite de la rotation du Ciel,

mais comme le globe extrme est immense, une seule rvolution de leur course consomme un nombre de sicles qui dpasse toute croyance l'homme
elles se dplacent d'un

mouvement propre

na donc
en
eilet,

aucune perception de leur mouvement est trop courte pour lui permettre de

la vie
saisir

humaine,

mme un

faible trajet d'une si lente rotation.

Ce passage est intressant divers gards, particulirement Le mouvement dcouvert par Hipparque est attribu, celui-ci comme dans la Syntaxe de Ptolme, l'orbe qui porte les toiles fixes, tandis que le mouvement diurne est attribu au Ciel
:

nous trouvons

ici

une nouvelle allusion ce neuvime orbe, priv

de tout astre, introduit par les Hypothses, qu'admettaient dj certains savants contemporains d'Origne, et dont la considration reviendra frquemment dans les crits des astronomes.
i. Themistii In libros Aristotelis de Caelo paraphrasis hebraice et latine. Edidit Samuel Landauer, Berolini, MCMII. version de 3i, verso 2. Themistii Op. laud., lib. II ; d. Alatino, fol.
;

S.

Landauer,
3.

p.

n5.

Ambrosii Theodosii Macrobii Commentariorum in

Th. H. Martin met tort Macrobe au nombre des primus, cap. XVII. crivains qui ont gard le silence au sujet de la prcession des quinoxes (Th. H. Martin, Mmoire sur cette question : Lu prcession des quinoxes a-t-elle t connue... avant Hipparque 1 Ch. IV, 3).

Somnium

Scipionis liber

LA PRCESSION DES QUISOXES

197

Origne, Thon d'Alexandrie, Thmistius, Macrobe ont admis

l'enseignement de Ptolme au sujet de la prcession des points


quinoxiaux.

que cette confiance en la thorie de Ptolme certains d'entre ait t partage par tous les astronomes grecs eux ont rsolument ni le mouvement qu'Hipparque et l'auteur de YAlmageste avaient attribu aux toiles fixes; de ce nombre est
Il

s'en faut bien

Proclus

le

Diadoque.
ses crits, le

Commentaire au Time de Platon, et le Tableau des hypothses astrononiques ou Hypotypose, ce philosophe no- platonicien a trs vivement attaqu la supposition que les toiles fixes eussent un mouvement distinct du mouvement diurne. Dans le remarquable mmoire que nous avons cit plusieurs reprises, Th. 11. Martin a runi les divers textes o
'

En deux de

sont formules ces attaques.


h' Hypotypose est

un expos rsum, mais


;

trs fidle,

de l'Astro-

nomie d'Hipparque et de Ptolme Proclus ne contredit l'opinion de ces deux grands astronomes qu'au sujet de la prcession
des quinoxes
;

s'il

s'carte

de leur avis ce sujet, c'est par

respect pour l'antique science des Egyptiens et des Ghaldens


qui, selon lui, eussent
tait rel.

assurment dcouvert ce phnomne


2

s'il

Voici d'abord en quels termes

le

Diadoque pose
:

le

problme du

mouvement lent des toiles fixes L'observation des toiles nommes fixes, et qui le sont rellement, ne laissa pas que de
leurcauserdes embarras,
dit-il

en parlant des astronomes grecs;

car ces toiles, d'aprs les observations, paraissaient se trouver

des distances tantt plus grandes et tantt plus petites des ples

semblaient occuper tantt une position, tantt une autre, comme si ces toiles avaient des mouvements semblables
et

du Monde,

eeui des astres que tout


ce

le

monde regarde comme

errants, et que

mouvements se fissent autour d'un polo autre que celui du Monde . Nous le voyons ensuite prsenter l'opinion des astronomes
distinguent l'anne sidrale de L'anne tropique parce qu'ils
Th.
II

qui

n-t-rlir t

Martin, Mmoire $ur cette question La prcession des quinoxes connue . 'iront Hipparque y Ch. II. 2. > Hypothses et poques des plantes de < Ptolbmkk, h Hypotyposes <I<* Proclus Diadociius, traduites pour la premire foie lu grec en frsnaia par M abM tin 1 m a Parie, 1820. Hypotyposes <!< Procliia Diadochus, philosophe Platonicien, on Reprsentation des hypothses astronomiques pp. 60^70. Procli Diadochi Hqpotyposis astrono/ntearum positionttm, Krlidit Carolui M.-ini'.
:

^'

liue.

Lipsias,
.

MCMIX,

\.
[Link].-i

Op, l'uni.

M.

pp. H- XX

r<\

M;milinv. pn

198

L.

COSMOLOGIE HELLNIQUE

attribuent aux constellations

un mouvement continu vers


;

l'Orient,

raison d'un degr par sicle

mais

il

ne se range pas parmi

ceux qui tiennent de tels discours. Plus lom encore *, il dfinit, d'aprs Ptolme, la prcession continue des quinoxes, et il en prsente les preuves, telles qu'on

dans Y A Images te; mais il fait ses rserves: * L'admirable Ptolme, dit-il, croit avoir dmontr que la sphre des
les trouve

meut d'un degr en cent ans et, ce qui est le plus incroyable, que ce mouvement s'excute autour des ples du Zodiaque .
toiles fixes

se

Le Philosophe platonicien semble croire, d'ailleurs, que l'hypothse de Ptolme est simplement pose en vue de la thorie des cinq plantes Ptolme pense, rpte-t-il 2 qu'il faut admettre ce mouvement des toiles fixes, d'un degr en cent ans vers l'Orient, pour sauver les apparences en ce qui concerne les cinq plantes
:

(TCpO TO Crcb^V TOL

Oat.v6|Jlva TCSpl TO'J^ 7CVT 7:'kYr\Za) .


:

rsolument cette hypothse La neuvime difficult, dit-il c'est le mouvement de la sphre des toiles fixes, dont nous avons dj dit que nous ne l'admettions pas. Il est vrai que si cette supposition n'est pas admise, on se trouve videmD'ailleurs,
il

rejette
3
,

ment dans l'embarras pour


ntes (El
to'jto
jjlt,

les

hypothses relatives aux cinq pla7upo07)Xov oti xal


;

syytopo'lTj,

toi Tcepl

TGt'UTcoOcei;

twv

7tsvt TrXavrJTwv

yoi av -6pw)

on y emploie, en

effet le

mou-

vement de la sphre des toiles fixes vers l'Orient. Cependant, les phnomnes mmes prouvent qu'il ne faut pas admettre ce mouvement. Comment, en effet, les deux Ourses, comprises depuis tant d'annes dans le cercle de perptuelle apparition, y seraient-elles
avanassent d'un degr en cent ans autour des ples du cercle moyen du Zodiaque, ples qui ne sont
encore
s'il

tait vrai qu'elles

pas ceux du Monde ? Aprs avoir parcouru dj' un si grand nombre de degrs, elles ne devraient plus passer au-dessus de l'horizon, mais disparatre au-dessous dans quelques-unes de leurs parties.
contre ce mouvement. Joignezy l'accord de tous les sages, qui n'attribuent la sphre des fixes qu'un mouvement autour des ples du Monde, et vers l'Occident.
C'est

donc

une preuve de

fait

Proclus s'exprime encore

d'une manire toute semblable dans

Proclus, Op. laud., d. Halrna, pp. ii3-ii5; d. Manitius, pp. i36-i4Cf. d. Manitius, pp. 38-39. Proclus, Op. laud d. Ilalma, p. 15 d. Manitius, pp. i4o-i4l i. 3. Pkoclus, Op. laud., d. Halrna, p. i5o; d. Manitius, pp. 234-235. Pkocu Diadoghi In Platonis Timaeum Commentaria. Edidit Ernestus !\. Diehl Leipzig, MCMVT Bc&e'ov A, t.. HT, p. 12/4.
i.
, 1
;
;

L PACESSION DES QUINOXES

199

son Commentaire au Time Quant- ceux qui veulent que ces toiles se meuvent aussi d'un degr en cent ans, autour des ples du Zodiaque, vers l'Orient, comme l'ont voulu Ptolme, et Hip:

parque avant lui, cause del confiance qu'ils ont donne certaines observations, que ceux-l sachent d'abord que les Egyptiens, qui avaient observ le ciel bien avant eux, et les Chadens, dont les observations remontent bien plus haut encore, et qui, avant d'avoir observ, avaient t instruits par les dieux, ont pens comme Platon sur le mouvement unique des toiles fixes . Dans le Commentaire au Time comme en son Hypotypose, Proclus persiste croire que Ptolme n'a recours au mouvement de prcession des points quinoxiaux que pour expliquer le dplacement, par rapport ces points, des absides des cinq plantes il proclame que la thorie des plantes n'exige nullement l'intervention de cette hypothse. D'ailleurs, s'accorderait-elle avec les observations, que cela ne suffirait point nous assurer qu'elle est Ne savons-nous pas que, par de fausses conforme la vrit hypothses, on peut arriver aune conclusion vraie, et que la concordance de cette conclusion avec les phnomnes n'est pas une preuve suffisante de la vrit de ces hypothses ? Cette condamnation, Proclus ne la rserve pas aux suppositions qu'Hipparque et Ptolme ont imagines touchant le mouvement
;

des toiles fixes

il

l'tend sans doute au

mouvement

oscillatoire

qu'attribuaient, ces

mmes
;

astres, les anciens astrologues

dont

Thon nous a rapport l'avis car Proclus mentionne cet avis assez explicitement pour nous montrer qu'il le connaissait, mais assez brivement pour nous laisser supposer qu'il n'en tenait aucun compte A d'autres astronomes, dit-il 2 il semble que les points tropicaux ne se meuvent pas selon un cercle entier, mais que chacun d'eux se dplace de quelques degrs, puis parcourt de nou: ,

veau ces

mmes

degrs en sens inverse.

El xalaXXoi

8oe xal ik
{[Link]<;

TpOTTLx xivttv, ou pivTOi xax xuxXov 6'Xov, ocVa' i' exxepa

Tiv

xal xuQi *j707co8etv t* aT .

L'exemple de Proclus nous a montr que certains des philosophes grecs les plus minents et les plus verss en Astronomie refusaient do recevoir la thorie d'Hipparque et de Ptolme sur le

mouvement des

toiles fixes.

D'autres, au contraire, recevaient

volontiers cette opinion.


Diadociii in Platonii Timaeum Commentaria, didit Brnettui Litpzig, MCMVI; Bc&fov a. t. III. pp. isS-is. 2. ffupoiypoe ne Proclui DiadochuSi <* Halmtj |>. hk d. Manitiat, C,,,. 08 pp.
i.

Piocu
;

Diehl

200

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

que Jean Philopon fait allusion l'existence du neuvime orbe par lequel les successeurs de Ptolme expliquaient le mouvement propre des toiles fixes, et qu'il y fait allusion comme une connaissance communment reue Platon, ditil ', n'a pas connu le neuvime orbe qui ne porte ni astre ni toile, et qui a t dcouvert par Ptolme . Ailleurs, drns son commentaire au premier chapitre deldiGense, Philopon fait remonter jusqu' Hipparque la dcouverte du neuvime ciel priv d'astre, dont il prtend, en outre, retrouver la mention dans le rcit de Mose Hipparque et Ptolme, dit-il 2 sont, plus hautement que tous leurs prdcesseurs, estims en Astronomie... Ils sont aussi les premiers des Grecs qui aient connu la sphre sans astre, extrieure toutes les autres sphres . Je ne parle pas, dit encore Jean le Grammairien ', de la sphre qui, selon Ptolme, se meut d'un degr en cent ans, en sorte qu'en trois mille ans, elle parcout la douzime partie du zodiaque . On admettait donc couramment Alexandrie, au temps de Jean Philopon, l'existence de ce neuvime ciel dont Origne avait dj connaissance la mme poque, en dpit des critiques dj anciennes de Proclus, ou l'admettait galement Athnes Simplicius va nous le dire. Evidemment, a dit Th. H. Martin 4 Simplicius ne croit pas la prcession des quinoxes . Le savant rudit portait ce jugement aprs avoir parcouru les commentaires au Ilepl Opavo, sans y trouver d'allusion au mouvement des toiles fixes. 11 et, assurment, rform ce jugement s'il avait mieux lu ces commentaires; il l'et galement rform si son attention et t attire sur certain passage du Commentaire la Physique. Ce passage se trouve 5 au quatrime livre de ce commentaire,
:
:

C est ainsi

i.

Ioannes Grammaticus Philoponus Alexandrnus In Procli Diadochi duode:

viginti argumenta de Mundi ternitate .. Ioanne Mahotio Arg-entenae interprte. Lugduni. i55y. In fine Lugduni excudebat Nicolaus Edoardus, ampanus, quinto idus ianuarias. i557 In Procli Diadochi arg-umentum decimum-tertium p. 244Ioannes Philoponus De aeternitate Mundi contra Proclum. Edidit Hugo Rabe. Lipsiae, MDCCCXCIX. XIII, 18, p. 537. 2. Joannis Philoponi De opificio mundi libri VII Recensuit Gualterus Reichardt. Lipsiae, 1897. Lib. III, cap. III, pp. 1 i3-i i43. Joannis Philoponi Op. laud., lib. III, cap. d. cit., p. 117. ;
;

4. Th. H. Martin, a-t-elle t connue ...


5.

Mmoire sur cette question : La prcession des quinoxes avant Hipparqae ? Ch. H. 2.
;

Simplicii

Commentarii

cum

ipso Aristotelistextu

in octo Aristotelis phi/sicae auscultationis libros Venetiis, in aedibus Aldi et Andreae Asulani soceri

Mensae

commentaria in octo libros Arist. de Physico Auditu. Venetiis, apud Hieronymum Scottum, MDLXVI. Lib IV, cap V. pp 229-230. Simplicii In Aristotelis physicorum libros quattuor priores commentaria. Kdidit Hermannus Diels. Berolini, 1882. Lib. IV, corollarium de loco, p. 633.

(sic) Octobri p. i48, recto. ; Simplicii philosophi perspicacissimi Clarissima

MDXXVI

L PROCESSION DES QUINOXES

201

alors que le Philosophe athnien, aprs avoir discut les diverses

thories du lieu proposes par Aristote et par ses successeurs, en


vient exposer la doctrine de son
qu'il a faite sienne
'.

matre Damascius, doctrine

Dsireux d'clairer cette doctrine par une comparaison, Simpli-

Astronomes imaginent une sphre sans astre qu'ils supposent, en cette sphre, un Zodiaque idal qu'ils y marquent les positions, uniquement conues par l'esprit, des divers astres qu'ils ne le font pas afin que le ciel soit, par cette sphre, m de son mouvement circulaire, mais bien afin de pouvoir soumettre des calculs les mesures des mouvements qui sont, par l'intermdiaire de cette sphre, rapports des termes
cius

nous
;

dit

que

les

bien dtermins
Blier. Et

plusieurs reprises, en ce passage, Simplicius

parle des positions successives occupes par la constellation du

comment,

dit-il,

reconnaitrions-nous que le Blier

change de lieu, si nous le ne comparions certains centres? Il nous est impossible de ne pas reconnatre, en ce passage, une allusion fort nette au phnomne de la prcession des quinoxes il y a plus il semble bien que Simplicius vise ici une thorie dont nous avons dj trouv trace dans les crits d'Origne et de Macrobe Le mouvement de prcession est attribu l'orbe qui porte les toiles fixes. Au-dessus de cet orbe, se trouve un neuvime ciel, dnu de tout astre, qu'anime le seul mouvement diurne et qui communique ce mouvement aux orbes infrieurs. De cette thorie, Simplicius retient la supposition de cet orbe suprme qui ne porte aucune toile mais il se refuse y voir un ciel concret, charg de communiquer le mouvement diurne aux huit sphres qu'il contient; il le regarde uniquement comme une sphre abstraite en cette sphre, la pense conoit les repres
; ;
:

auxquels elle rapporte

le

mouvement
;

lent des toiles et les

mou-

vements propres des astres errants


voisine de celle d'Origne.

sa pense semble, par L, trs

Dans ces mmes Commentaires la Physique a" Aristote, composas par Simplicius, nous trouvons, un peu plus loin -, une nouvelle allusion la prcession des quinoxes et l'orbe dpourvu d'toiles que ce phnomne conduit imaginer Les asfrononn , dit Simplicius, savent qu'il existe un autre orbe priv d'astres et
:

vritablement inerrant
i
.

cet orbe,

il

est

ncessaire de

le

placer au-

2.

Vir Chnnitre V, $ XIV, t I, pp. S4*-35o. Simpucii Clurisinui commentarta,.. Venetiii


:

MDLXVI,

Lib.

IV,

cap.

V,

BlMrLICtl In Arixtotelig Phi/sirnrum lihros (junttuor priores Bcrolioi, 1889. Lib. IV. ooroIiArium de looOj p. 043.

mmmrnturix

202

LA.

COSMOLOGIE HELLNIQUE

dessus de l'orbe qu'on


sent,

nomme communment

inerrant

ils

pen-

que ce dernier orbe, qui porte un grand nombre d'toiles, avance de l'Occident vers l'Orient, et gagne un degr en cent ans; ils ont donc besoin d'admettre le premier orbe, qu'il leur faut accorder cause de la rvolution d'Orient en Occident . Le Commentaire au De Clo nous offre un autre passage o Simplicius ]$arle de la prcession des quinoxes, et l'intrt de ce passage est trs grand. Simplicius nous apprend qu'il avait assist des observations faites par Ammonius, fils d'Hermias, dans le but de vrifier la thorie d'Hipparque et de Ptolme ces observations s'taient, en effet, trouves conformes la thorie. Le Commentateur d'Aristote tablit un rapprochement entre le mouvement de prcession des points quinoxiaux et un autre mouvement qui, au point de vue de la Gomtrie, lui est tout fait analogue, le dplacement des nuds de l'orbite lunaire *. Les points quinoxiaux, intersections de l'quateur et de l'clip tique, se dplacent comme si le plan de l'quateur tournait autour d'un axe normal au plan de l'cliptique les nuds, intersections de l'orbite lunaire et de l'cliptique, se meuvent comme si le plan de l'orbite lunaire tournait autour d'un axe normal au plan de
en
effet,
;
;

l'cliptique.

Ces deux phnomnes, Simplicius montre qu'ils doivent, selon


le

systme d'Aristote, s'expliquer d'une manire analogue; chacun

d'eux exige l'introduction d'une sphre solide

mue

d'une rotation
2
.

uniforme.
Citons en entier ce remarquable passage de Simplicius

Le

Commentateur vient d'exposer comment, selon les thories d'Aristote, le mouvement d'un astre est l'effet du mouvement d'une
sphre substantiellement existante qui contient cet astre tinue en ces termes
:

il

con-

L'existence d'un corps cleste est galement mise en vidence

par ce que dmontre l'Astronomie touchant le mouvement des nuds cliptiques de la Lune et du Soleil. Ces deux astres, en
effet,

se

meuvent sur des


;

cercles [dont les plans sont] inclins l'un

sur l'autre

les

nuds

cliptiques sont les intersections de ces

deux
i.

cercles, situes
Ch.

aux extrmits du diamtre commun. Si les

II, IV, t. I, pp. 117-118, et Ch. X, IV, t. II, pp. 92-93. In Aristotelis de Caelo Commentaria ; in lib. II, cap. VIII; d. Karsten, Trajecti ad Rhenum, 1875, p. 208, col. b ; d. Heiberg, Berolini, 1894, pp. 462-463.
:

Voir

2. Simplicii

LA [Link] DES QUINOXKS

203

deux astres viennent en mme temps au mme nud, il y a clipse de Soleil s'ils se trouvent, au contraire, en des nuds diamtralement opposs, il y a clipse de Lune. Or, on constate que ces nuds se dplacent d'un mouvement uniforme, en sorte que les clipses ne se produisent pas toujours au mme endroit d'ailleurs, on constate galement que le Soleil se meut toujours suivant un mme cercle qui occupe le milieu du Zodiaque en sorte que la Lune, en mme temps qu'elle se meut obliquement ce cercle du Soleil, se meut aussi de ce mouvement propre par lequel, des poques diffrentes, elle vient rencontrer le cercle du Soleil en un point diffrent elle ne se meut donc nullement suivant un cercle, mais dcrit une spirale or cela ne saurait avoir lieu, car tout corps form de la cinquime essence doit tre m d'un mouvement circulaire et uniforme la Lune dcrit donc un cercle oblique, et ce cercle se meut de telle sorte que les nuds se dplacent mais un cercle n'existe pas par lui-mme, et il ne saurait se mouvoir il ne peut exister qu'en une spbre, et il est m avec cette sphre il existe donc certainement un ciel de la Lune et un ciel du Soleil et si ceux-l existent, il en existe de mme
;
;

qui contiennent les autres astres.

On

pourrait galement appuyer cette proposition d'autres preu-

ves plus convaincantes, pourvu qu'on se ranget l'opinion de

ceux qui prtendent que la sphre

nomme

aTrXav7]

'

est vritablefaite

ment

facXavifc,

et

qu'on

n'admt pas l'observation

son

Hipparque et par Ptolme, observation selon laquelle elle se mouvrait d'un degr par sicle, et cela en sens contraire du mouvement diurne. Dans ce cas, en effet, cette sphre se meut d'un mouvement unique, et ce mouvement est uniforme les astres qu'elle contient se meuvent chacun de deux mouvements, savoir leur rotation propre 2 et celle de l'Univers les astres errants, enfin, sont mus de trois mouvements, leur mouvement propre,
sujet par
; ;

le le

mouvement d'entranement des sphres mouvement de l'Univers.

qui les enveloppent

et

Toutefois, alors

que nous nous trouvions Alexandrie, AnmioArcturua


s'tait

nius, notre

prcepteur, observa

solide;

il

trouva que cette toile

de l'astrolabe dplace en avant de li

l'aide

position qu'elle occupait selon Ptolme,

et

cela d'autant quel'exi

i.

'j-.t'jjr,\

inerrante;

li

sphre des toiles


ici,
.-ivre

fixes,

mue uuiquemenl du
mais contrairement
;'

mouvement diurne.
s.

Si

m plicius semble
que
lei toiles
(ivaorcc).

Admettre
sont

Platon,

Aristote,

animes

(l'un

mouvement

de rotation sur elles

mmes

204
geait

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

un mouvement d'un degr par sicle en sens contraire, [c'est-dire d'Occident en Orient]. Par consquent, il serait plus vrai (Xrjftorspov) de dire ceci Une sphre sans astre enveloppe toutes les autres cette sphre dont, semble-t-il, on n'avait encore aucune connaissance au temps d'Aristote, est mue d'un seul mouvement uniforme d'Orient [en Occident] elle entraine toutes les autres sphres en ce mme mouvement. La sphre que, parmi nous, on nomme kiz/Avfc est mue de deux mouvements, le mouvement d'Orient [en Occident], qui est celui de l'Univers, et un mouvement propre d'Occident [en Orient]. Les astres qui sont contenus en cette sphre ont ces deux mmes mouvements et leur rotation propre. Il en est de mme des sphres qui viennent ensuite et
:

des astres qu'elles contiennent


ces deux mmes mouvements,

les sphres sont toutes

les astres

de ces

trois

mues de mmes mou-

vements.

Dans ce texte d'une si parfaite clart, Simplicius ne regarde plus le neuvime ciel comme une pure abstraction, ainsi que le faisait Origne, ainsi qu'il l'avait lui-mme admis en un passage de son commentaire la Physique. Selon une opinion que les Hypothses des plantes avaient propose, qui avait dj cours au temps d'Origne et que Macrobe a adopte, Simplicius entoure la huitime sphre, constelle par les toiles fixes, d'une neuvime
sphre sans astre
;

cette dernire,

mue

de mouvement diurne,
;

communique

ce

fixes y joint le

mouvement tout l'Univers la sphre des mouvement de prcession qu'elle transmet


ciel

toiles

toutes

les sphres infrieures.

L'hypothse du neuvime
tiens.

universellement adopte par les

au Moyen Age, presque astronomes musulmans ou chrsera,

IV
LES PREMIRES RECHERCHES DES ARABES SUR LA PRCESSION DES QUINOXES.

MASCI ALLAH, AL FERGANI.

LES FRRES DE LA PURET.

LE NEUVIME ORBE. LE MOUVEMENT DE L'APOGE SOLAIRE.

Les premiers astronomes qui aient crit en Arabe touchant la prcession des quinoxes, et dont les crits nous soient parvenus, sont des contemporains des clbres kalifes Al Mansour, qui rgna
de 754 77o, et Al Manioun, qui occupa le trne de Bagdad de 813 833. Ce sont le juif Masciallah et l'arabe Al Fergani.
'
i
,

Sur Masciallah, voir

Vite di [Link] arahi frnffe (la nn' opra inedita

L PRKSS10N DKS OUINOXES

20o
il

Parmi

les

nombreux

crits

de Masciallah.
;

en est un que
l

le

Moyen -Age

chrtien a bien connu


:

c'est

un

petit trait

de Cosmo.

graphie qui a pour titre be dmentis et orbibus caleslibus Dans ce trait, Masciallah admet que le ciel se compose de dix orbes superposs 2 ce sont, d'abord, les sept orbes des astres
;

errants

puis

un orbe priv

d'astre

que l'auteur
;

nomme Y orbe
un nouveau

des
ciel

signes; ensuite,

l'orbe des toiles iixes

enfin,

sans astre, le grand orbe.

Tous

les cieux qui portent

des astres se meuvent d'Occident en


;

Orient par rapport au grand orbe

le ciel
3
.

des toiles

fixes dcrit,

en ceut ans, un degr du grand orbe Le grand orbe se meut d'Orient en Occident; son mouvement est c'est le neuvime ciel de Macrobe et de le mouvement diurne
;

Simplicius.
Il

est difficile

de comprendre ce que Masciallah entend par

l'orbe des signes. Ce ciel priv d'toiles qui spare l'orbe de Saturne

de l'orbe des toiles fixes, se meut, dit-il 4 d'Orient en Occident, comme le grand orbe lorsqu'on dit, ajoute-t-il, qu'une plante
,
;

est

en

tel o*u tel signe, c'est l'orbe

des signes que cette indica-

tion se rapporte, et
fixes; enfin,
il

non pas au neuvime orbe, au ciel des toiles nous apprend que les auteurs qui reprsentent les

images des astres selon l'Astronomie Altasamec ne voulaient supposer que neuf cieux et rduisaient Y orbe des signes n'tre il attribue Ptolmce qu'un grand cercle de l'orbe suprme
;

l'opinion contraire, qu'il fait sienne.

de discerner certaines confusions, dont l'origine se trouve en quelques obscurits du langage de Ptolme. Au VII e chapitre du premier livre de Y Almageste, celui-ci tablit qu il y a, dans le ciel, deux premiers mouvel'un est le mouvement diurne l'Astronome ments diffrents
cet expos,
il

Dans

est possible

di Hkhnaruino Baldi cou note di M. Stbinschnkiobh. I. Autori arabi orientait, j Meteala (Balletino di Bihliograjia t <li Storia dlie Sciense maternt iche e fiiiche public* lo da B. Bonompauni, t. V, 1872, pp. /|2q-43i). 1. Deeiementi et orbiuut coeletiiu liber antiquit ne eruditu Messahai. laudatissimi ioter Arabes antrologi. <-ui adjecium est scriptum cujuadani Hebraei de ria seu iotervallia regnorum. et de diversis g-euiium armis a<scriptum cujuadam Saraceni, contioena menaibua, Item iadem de rebua aatrouomicarum utilisai ma. Qun prasterea presccpla ad iiaum tabulant onmia ad vMi-ris anhetypi leCliODem diliffent&r rollata, celcbri lama- Illustriaaimi Priocipis ar Domini I). Auguati I)u<is Saxooic etc M et publicorum atudiorum utilitati, dicavit loachimua liellerua apud nclytam Germanie xcudehant loannei Mon Noribergam Matbematum Prol'e^sor. Nori 1< taiiusci Ulricua Neubarua. AouoDomini MDXLIX. 2. [Link]/h De lment u ri orbibu coelettibu (ibert Capp. Wlll e( XX '>. Massahal*: /Je lementi et orbibui coeletibu (iber% <.aj>|> \i\ et XXIV. '\. Messahai. M De rlernrnfis ri orlnbus ror/rstibnn hbr/\ Capp. III t\ \X.
.

206

LA.

COSMOLOG1K HKLLKKIQ1 18

alexandrin l'attribue une sphre qu'il ne distingue pas, en cet del sphre des toiles fixes par le second mouveendroit
1
, ;

ment, les sphres des astres accomplissent, en sens contraire du mouvement susdit, certaines rvolutions, autour de ples qui ne sont point les mmes que ceux de la premire rotation, mais qui
sont autres... Ce deuxime
sieurs autres
qu'il
(uoXujjiepi),

mouvement, qui
est

se subdivise
le

en plu-

envelopp par

premier, tandis
;

enveloppe les sphres de tous les astres errants il est, comme nous l'avons dit, entran par le mouvement que nous avons prcdemment dcrit, et il entrane en sens contraire, autour des ples de l'Ecliptique , les corps qui lui sont soumis. Il est clair que ce que Ptolme entend par ce second mouvement, ce n'est pas une rotation attribue un ciel particulier, mais l'ensemble des diverses rotations qui s'effectuent, d'Occident en Orient, paralllement au Zodiaque. Il est clair aussi que l'Ecliptique laquelle, en YAlmageste, sont rapports les mouvements des toiles fixes ou errantes, est bien un grand cercle d'une sphre qu'anime le seul mouvement diurne. Les auteurs qui reprsentent les images des astres selon l'Astronomie Altasamec ont donc exactement compris l'intention de l'Astronome alexandrin, que Masciallah a travestie d'assez trange manire. Cette allusion aux auctores qui faciunt imagines secndum Astronomiam Altasamec , auteurs dont Masciallah fait des prdcesseurs de Ptolme, n'est pas sans intrt. Nous retrouverons, en d'autres ouvrages arabes, la mention de ces mmes auteurs,
et

nous verrons

qu'il

les faut

sans

doute identifier avec ces

anciens astrologues

auxquels hon d'Alexandrie attribuait

l'hypothse de l'accs et du recs.

Al Fergani, dans l'abrg de l'Almageste qu'il a compos et dont la vogue a t si grande au Moyen Age, adopte en ses grandes lignes la thorie de la prcession propose par Ptolme mais il la modifie en un point essentiel. Il regarde le mouvement que l'Astronome alexandrin avait attribu aux toiles fixes comme un mouvement qui entrane les orbes de tous les astres, fixes ou a errants Vaux et Y oppos de Faux des diverses plantes et du Soleil tournent donc d'Occident en Orient, d'un degr par sicle, autour des ples de l'Ecliptique. Voici comment Al Fergani s'exprime cet gard 3
;

I, ch. VU; d. Halma, d. Heiberg, A'j', pars l, pp. 26-27 et p. 3o. 2. Rappelons que Vaux est l'apoge de l'excentrique et que l'oppos de Vaux en est le prige ; nous verrons bientt l'origine du mot aux. 3. Nous citons Al Fergani d'aprs la traduction abrge d'Isidorus H'spa-

i.

Cladde Ptolme, Composition mathmatique, livre


p.

t.

I,

22 et pp. 24-25

LA PhCKSSlO.N DES QIINOXES

207

forme des sphres des astres et la composition des orbes de ces mmes astres, venons la description des mouvements qu'on trouve en chacune de leurs sphres commenons par rapporter quel est le mouvement de la

Aprs avoir expos quelle

est la

sphre des toiles

fixes,

car ce

mme mouvement

est insparable

des mouvements des divers astres errants.


Disons donc que la sphre des toiles fixes se meut d'Occident

en Orient, et quelle entraine avec elle les sept sphres des astres errants son mouvement se fait autour des ples du Zodiaque, et il est d'un degr en cent ans, selon l'valuation de Ptolme. Par suite de ce mouvement, les apoges et les nuds des excentriques des plantes tournent, en un sicle, selon l'ordre des signes, de cette mme quantit, de telle sorte qu'ils accomplissent leur rvolution et parcourent la totalit du Zodiaque en 36.000 ans.
;

Le Soleil a deux mouvements d'Occident en Orient. L'un est son mouvement propre en son orbe excentrique... L'autre est le mouvement par lequel sa sphre tourne autour des ples du Zodia...

que
fixes

ce
;

mouvement
est

est

gal celui de la sphre des

toiles

il

d'un degr en cent ans.

AImageste, suppose seulement l'existence Au sujet de la figure des orbes et de de huit sphres clestes suivons les opinions en lesquelles les Anciens leur ordre, dit-il
:

Al Fergani,

comme
1 ,

ont tous t d'accord. Disons que le

nombre des sphres qui

envi-

ronnent tous les mouvements des plantes et des toiles est huit. Parmi ces sphres, sept sont attribues aux sept astres errants la
;

huitime, qui est plus leve et qui est l'orbe des signes, est attri-

bue aux

toiles fixes.

de Grecs l'avaient fait, un neuvime orbe sans astre, plac au-dessus de la sphre des toiles fixes, et charg de communiquer toutes les sphres infrieures le mouvement diurne dont il est lui-mme
anim.

Il

Notre auteur n'imagine donc pas,

comme nombre

regarde simplement

le

mouvement diurne comme

tant

celui qui

meut

le tout

sans qu'aucune sphre particulire

lui soit attribue.


im'iim-,.

que nous ivoni COOultV


et

la /is lr

texte suivant

Incipit liher df (Hjyrc-

principiis ceiestium motuum quem Ametus kilius Amkti OUI MGTUI est Aliragams compilavif, Su confinons cupitulu (Bibliothque nationale, fonds latin ins. x\ % 7.20,8) Cap. XIII De narration? motUUDI Solis, et Lune, et BtelltrWD fixarum in orbibus suis in duabus partibui Orientis et Occideritis, qui noniinanlur motus loogitttdioit. 1. Al Fergani, Op. laud., cap. XII: De narratione forma" orbium strlla-

gaiionibu iteUtwum

rum
2.

de compositione eorum, et <\r ordinibus lODgitwdioam eorun I terrn Fergani, ()/> laud., cap. V, De duoboi priuiif motibui Cttli, quorum unus est motus totius, aller vero stellarum, quem videntur babere in orbe
et
.

Al

signorum.

208

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

Cependant, cette hypothse du neuvime orbe spcialement destin au mouvement diurne pntra de honne heure dans la
Science arahe. C'est
elle,

sans doute, qui

inspire

confusment

Masciallah

c'est

elle

qui se trouve clairement et formellement

nonce en divers traits de la vaste encyclopdie compose, au x e sicle de notre re, par les Frres de la Puret et de la Sincrit.

Rappelons, d'abord, que les Frres de la Puret, selon leur empruntent leurs connaissances astronopropre tmoignage miques non seulement [Link], mais encore au petit trait
1
,

d'Al Fergani. Cela


fess touchant le

voyons ce que nos philosophes ont pronombre des sphres clestes et le mouvement de
l'ait,

l'orbe des toiles lixes.

en leur second trait 2 neuf sphres dont sept sont les cieux qui lgurent dans le Coran. La premire sphre et celle qui se rencontre tout d'abord [ partir de la Terre] est la sphre de la Lune.... La huitime sphre cleste est celle des toiles fixes elle entoure les sept cieux reconnus [par le Coran] elle est le marchepied [de Dieu], qui embrasse les sept cieux et la elle est le terre. La neuvime sphre est la sphre enveloppante port comme Dieu le dit Huit anges soutiennent trne seigneurial, le trne de ton Seigneur. Plus loin, les Frres de la Puret dcrivent ls mouvements de ces sphres 3 en suivant l'hypothse qui regarde tous ces mouvements comme dirigs dans le mme sens, de l'Orient vers l'Occident La sphre enveloppante, qui est immdiatement mise en marche par la puissance motrice initiale, par l'Ame universelle, accomplit une rvolution en 24 heures gales. Comme la sphre des toiles lixes se trouvent l'intrieur de la prcdente, dont elle touche la face interne, la sphre enveloppante l'entraine avec mais le mouvement de la elle dans le sens mme o elle tourne huitime sphre demeure, en vitesse, infrieure d'une petite quantit au mouvement de la sphre motrice, et la diffrence selon laquelle les parties de chacune de ces deux sphres cessent de se correspondre atteint un degr en cent ans....

11

a, disent-ils

Lehrevon der Weltseele bei den Arabern inX. Jahrhun118 (Traduction allemande du trente-sixime trait de l'Encyclopdie compose par les Frres de la Puret). 2. Friedrich Dieterici, Die Philosophie der Araber im IX uncTX. Jahrhundert n. Chr. ans der Thologie des Aristoteles, den Abhandlungen Alfarabis and den Schriften den luulern Brders Vtes Buch Die Naturanschauung und iXaturphilosophie. 2e Ausgabe, Leipzig, 1876 p. 2b. 3. I'r. Dietbrici, Op. laud., pp. 35, 36 et 38.
i. Fr. Dietehici, Die dert, Leipzig-, 1872, p.
:

LA PRCESSION DES QUINOXES

200

La sphre enveloppante tourne autour de la terre exactement en 24 heures la sphre des toiles fixes accomplit sa rvolution en un temps un peu plus long.... Si, parmi les toiles fixes, on en prend une qui se trouve dans
;

mridien d'un certain lieu de la terre, elle se trouve, au jour suivant, d'un dixime de seconde en arrire de ce mridien elle rvolution 36.000 en ans. accomplit, sur le Zodiaque, une Ainsi l'existence dun neuvime ciel dnu de tout astre est
le
' ;

admise par les Frres de la Puret aussi nettement qu'elle l'tait par les Alexandrins, d'Origne Jean Philopon. De plus, la rvolution des toiles fixes, nos philosophes attribuent la dure mme que lui attribuaient Ptolme et Al Fergani. 2 dans leur trente-cinquime trait Ils crivent en outre En 3.000 ans, les toiles fixes, les apoges et les nuds des astres errants changent de signe et parcourent tous les degrs d'un signe. En 9.000 ans, ils se dplacent d'un quadrant. En 36.000 ans, ils accomplissent leur rvolution en parcourant tous les signes. C'est encore renseignement dAl Fergani que nous reconnaissons
,
:

ici.

Le
la

trait d'Al

Fergani renferme une remarque qui devait attirer


fait

l'attention sur

astronomique d'une haute importance, savoir lente diminution qu'prouve l'inclinaison de lcliptique. Voici
:

un

remarque s L'arc du grand cercle passant par les ples, qui se trouve compris entie chacun des points tropiques (solstices) et l'quateur, est l'inclinaison du Zodiaque sur l'quateur. Selon ce qu'a trouv Ptolme, cette inclinaison vaut 23 5P, le cercle comprenant 360. Mais selon l'observation que Jean, fils d'Al Mansour 4 fit au temps du kalife Al Mamoun, elle est de 23 35' 5 un grand nombre de
cette
,

sages s'accordent admettre cette valuation.


1.

der
2.

> l,u

La traduction de F. Dieterici (lac. cit. p. 38) porte Minute des Grades) Fr. Dibterici, Die Lehre der Weltseele bei den Arufrern
;

une seconde (mit


in

X. Jahrhundert ;

Leipzig. 1872 p. OH. 3. Ai, Fergani, Op.

laud., Cap.

de molibus
si jf

celi,

quorum iMUf

oriente ad OCCdentem,

De dttoblll primis molibus gui sont : est motus totius, quo diet 'I QOCtei fiunt, ab et alter est stellarum quem videntur habere in orbe

nom m

ab occidente ad orientem.

|<
.").

(IVst--dire lahia (Al)ou Ali) ben Abou MantOUr. Le nombre de minutes est laiss en blanc
il

dam
;

l'

manuscrit nue

nom
:

nvons consult;

marqu dans bon nombre d';nitr<s manuscrits (Cf. l'aiis, iHkj; p, et [Link], Histoire de l'Astronomie du M<>i/en-<)(je p. 66). Maie le nombre 23 35' semble <ln une cireur deoopiate. Lm aotrei auteurs qui nous ont rcnsei^ius mr Cette observation de lbia ben Ahou Ai. BaTTANI Op ustnmomi(( Mansour ont tous donn le nombre y.'V'
est
i\\\
..'!'
I

cum,

d.

Nallino, pars

I,

pp. 157-1 5q).

DUUM

T-

II.

210
Il

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

semble, en ce passage, qu'Ai Fergani regarde simplement la seconde dtermination de l'obliquit de l'Ecliptique comme plus
exacte que la premire
quit soit
;

rien n'indique qu' ses yeux, cette obli-

un lment variable avec le temps. Eudme, dans un passage de son Astronomie que rsume Thon de Smyrne nous apprend que, de son temps, l'obliquit de l'Ecliptique tait, par
!
,

les

astronomes, value 24. Cette observation, rapproche de

au temps de Ptolme et au temps d'Al Mamoun, et donn plus de force la supposition que cette obliquit diminue lentement. Al Fergani, sans doute, ne connaissait pas la dtermination rapporte par Eudme et na pu en tirer une telle conclusion. Mais cette conclusion s'imposera bientt aux
celles qui furent faites

astronomes.

aux temps d'Al Mamoun, demeurera, pendant bien longtemps, une des donnes fondamentales que les astronomes invoqueront toutes les fois qu'ils voudront discuter la variation de cette obliquit. Il est donc intressant de rapporter ici quelques dtails historiques sur cette opration astronomique clbre. Ces dtails nous sont fournis par la Table Hakemite*, important ouvrage astronomique compos, vers Tan 398 de l'Hgire (1007 aprs J. C.) 3 par Abou'l Hassan Ali ben Abd arrahman ben Ahmed ben Iounis ben Abd al aala ben Mousa ben Masara ben Hafes ben Hiyan, astronome du
l'obliquit

La dtermination de

de l'cliptique,

faite

kalife

Hakem.
(c'est la

Ibn Iounis

forme usuelle de ce

nom

interminable), afin
subir diverses

d'expliquer et d'excuser les corrections qu'il

fait

astronomiques obtenues par ses prdcesseurs, s'attache mettre en vidence les dsaccords et les divergences
dterminations

que prsentent entre elles certaines de ces dterminations c'est ce propos qu'il crit les lignes suivantes 4 Quoique les astronomes du kalife Al Mamoun fussent plusieurs, cela n'a pas empch que les observations qu'ils firent ensemble Bagdad ne diffrassent de celles qu'ils firent Damas, et que les savants de leur temps et ceux qui ont paru peu aprs
;

i. Tiienis [Link] Liber de Astronomia, cap. XL; d. Th. H. Martin, pp. 324-325; d. J. Dupuis, pp. 320-321. 2. Le livre de la grande table Hakemite, observe par le Sheikh, l'Imam, le docte, le savant Aboulhas>an Ali ebn Abderkahman, ebn Ahmed, ebn Iounis, ebn Abdalaala, ebn Mousa, ebn Masara, ebn Hafes. ebn Hiyan par le C en Caussin (Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothque nationale, tome VII, an XII, pp. 16 240). 3 Ibn Iounis, Le livre de la grande table Hakemite (notices et extraits,
;

t.

VU,
4

]>

17).

t.

Ibn Iounis, Le VII, pp. 54-56).

livre de la

grande table Hakemite (Notices

et

extraits,

L prcession des quinoxes

211

n'aient critiqu leurs observations. Ils ont dtermin Bagdad,

Tan 214 de
observation

l'Hgire, 198 d'Izdjerd (829-830 aprs

J.

G.), l'obli-

quit de lEcliptique. Plusieurs savants taient prsents cette


:

Iahia

ben Abou Mansour,


;

Alabbas

ben

Sad

Aljanhri, Send ben

Ali et autres. Ils ont trouv 23 33'; la plus

grande quation du Soleil, 1 59' son apoge, dans 22 39' des Gmeaux; son mouvement durant l'anne persane 359 45' 44" 14"' 24 ,v Et par les observations faites Damas, l'an 217 de l'Hgire,
.

201 d'Izdjerd (832-833 aprs J. G.), auxquelles prsidaient

Send

Khaled ben Abdalmalik Almerouroudi, ils ont trouv la plus grande dclinaison du Soleil 23 33' 52" sa plus grande quation 1 59" 51" son apoge dans 22 1' 37" des Gmeaux son mouvement dans l'anne persane 359 45' 46" 33"'50 IV 43 v Les astronomes d'Al Mamoun ont observ ensemble, poursuit mais ont-ils fait ensemble le quart de cercle et l'ontIbn Iounis ils divis ensemble ? Est-ce que l'instrument avec lequel plusieurs personnes observent n'est pas fait par une seule ? Ne voit on pas, dans l'ouvrage qui renferme 1'bistoire des observations faites Damas, qu'Ali ben Isa Alastharlabi, si clbre pour la construction des instruments, fut charg seul de la division du quart de cercle avec lequel se firent les observations ? Send ben Ali raconte qu'il a vu l'armille avec laquelle observait Iahia ben Abou Mansour; qu'elle fut vendue, aprs sa mort, dans le march des papetiers, Bagdad, et qu'elle tait divise de dix en dix minutes. Il remarque ensuite que les observations faites avec cet instrument ne peuvent tre trs justes, ni mme avoir un degr d'exactitude sufAli,
;

ben

'

fisant

Al Fergani, tout en rappelant que les astronomes d'Al Mamoun avaient attribu l'Ecliptique une obliquit fort infrieure celle que lui donnait Ptolme, n'en conclut pas que cette obliquit diminue de sicle en sicle. Al Fergani se spare nettement de Ptolme en un point <le grande importance au lieu d'admettre, avec l'Astronome alexandrin, que l'apoge du Soleil participe uniquement du mouvement diurne, il admet que ce point est entran avec les toiles fixes, en sorte que son mouvement se compose du mouvement diurne et du mouvement de prcession. Cette raction ['encontre <le L'une des doctrines de YA Imageste fut suivie par ions les astronomes
C'est pourquoi, sans doute,
;

arabes qui vinrent aprs AI Fergani.

i.

i. Ibn Ioujus, VII. p, 06).

Ia livre de ta grande table Hakemite

extraite,

212

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

La Table Hakmite nous renseigne encore au sujet des obser Dans ce mme chavations qui ont pu justifier cette raction
:

pitre VIII, dit


faites

Ibn Iounis rapporte deux observations Caussin par les Perses, postrieurement Ptolme, qui ont servi
*,

l'apoge du Soleil que Ptolme Par premire la de ces observations, qui remonte croyait immobile. vulgaire, l'apoge du Soleil fut trouv l'an 470 environ, re 17 et 55 des Gmeaux par la seconde, 160 ans environ dans 20 des Gmeaux . aprs, 630 re vulgaire, dans Mais assurment, la supposition que l'apoge du Soleil se dplace et que son mouvement suit exactement le mouvement attribu par Ptolme aux toiles fixes, est antrieure la derreconnatre le
f ;

mouvement de

nire de ces observations, et peut-tre aussi la premire. Les

astronomes indiens, en effet, l'admettaient avant l'an 500 de notre re nous allons en avoir l'assurance par la lecture de Massoudi,
;

qui crivait en 943, et d'Albyrouny qui crivait en 1031.

nous rapporte les opinions 2 fait remonter l'origine de l'Astronomie Brahma, qu'il nomme Brahman et qu'il reprsente comme le premier roi de l'Inde. Sous son rgne, dit-il, la sagesse prit le dessus, et les savants occuprent le premier rang. On reprsenta dans les temples les sphres clestes, les douze signes du Zodiaque et les autres constellations... Ce fut alors que les savants runis composrent le Sindhind, titre de livre dont la signification est le Temps des
Massoudi, avec les Indiens dont
il
,

temps.

Le Sindhind ou Siddhdnta dont il s'agit ici, dit Reinaud 3 est le Sorya-Siddhdnta . 4 Albyrouny ne s'explique pas sur l'poque de la rdaction du Soirya-Siddhdnta, le trait fondamental de l'Astronomie indienne il se contente de dire que Lat en fut le rdacteur. Pour les Indiens, ils attribuent la composition de cet ouvrage un personnage appel Maya, ou plutt un disciple de Maya et en effet, Maya est cit par Varha-Mihira comme un des pres de la Science. Yahra-Mihira ayant vcu la fin du \ e sicle 5 la composition
; ; ,

t.

i Ibn Iounis. VII, p. 234).


.

Le

livre

de la grande table Hakmite (Notices

et extraits,

2. Reinaud, Mmoire gographique, historique et scientifique sur l'Inde, antrieurement au milieu du A'/e sicle de l're chrtienne, d'aprs les crivains arabes, persans et chinois, p. 324 (Mmoires de l'Acadmie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XV11I, Deuxime partie, 1849 PP- I_ 399)' 3. Reinaud, loc. cit., p. 324. 4- Reinaud, loc. cit , pp. 332-333. 5. Varha-Mihira florissait en Tan 5o4 de notre re (Reinaud, loc. cit.,
'>

p.

33 7 ).

LA PRCKSSION DES QUINOXES

21

du Sorya-Siddknta est ncessairement antrieure. Probablement Lat est le nom du disciple de Maya qui mit par crit les ides
de son matre.

Sorya-Siddhnta touchant le mouvement de l'apoge solaire ? Massoudi va nous le rpter Brahman est le premier qui porta son attention sur le oudj du Soleil, et qui dit que le [oudj du] Soleil restait trois mille ans dans chaque signe du zodiaque, ce qui portait sa rvolution trente-six mille annes. Le oudj, dans l'opinion des Brahmanes, est prsent, l'an3'*2 de l'Hgire (943 de J.-C.) dans le signe des Gmeaux. Quand il aura pass dans les signes situs au midi de l'quateur, la partie hahite de la terre se dplacera ce qui est sera couvert par les eaux, et ce qui est maintenant sous habit l'eau deviendra habitable. Le Nord deviendra le Midi, et le Midi,

Que

disait le

'

le

Nord.

cette citation,

Reinaud joint

les

renseignements suivants
le

Le oudj

(j

s9/

dont parle Massoudi est


;

terme sanscrit
Grecs nom-

oulc/dcha, signifiant hauteur

il

rpond ce que

les

maient apoge..., Le mot oudj passa dans


au Moyen Age
;

les traductions latines faites sur l'Arabe

on

crivait

aux au nominatif

et

au gis au

gnitif.

Le mot aux tait mis au fminin. Avant l'an 500, donc, les auteurs du Sou r i/a- Siddhdnta admettaient que l'apoge du Soleil, participant au mouvement des toiles fixes, dcrivait l'cliptique, d'Occident en Orient, en 36.000 ans.

Gomment

parvenus cette conviction ? Ce ne peut tre cause des observations que rapporte Gaussin. Peut-tre usaientils d'observations plus anciennes. Mais il est plus probable qu'iK avaient simplement tendu l'apoge du Soleil la loi que Ptoltaient-ils

me avait accepte pour les apoges 1rs cinq plantes. Que renseignement du Sorya-Siddhnta ail grandement nintribu communiquer cette conviction Al Pergani, <>n L'admettra

san^ peine

si

l'on

prouve que l'Astronome arabe


Les traits
1

eu connais-

sance de ce livre indien

Or, cette dernire proposition est rendue

probable par ce
le

fait

que

de Masciallah

<

<\'\\

Pergani

paraissent tre Les premiers o

apoge d'un astre soH dsig n par mot oudj aux) dont Reinaud nous a appris L'origine sanscrite. les emprunts faits par Al Il <'\ist<\ d'ailleurs, d'autres preuves
'

hKINAl'l', /oc. rit .,

|>[>

3l4"
!UW,

2.

RlIXAUD,

trir.

cif.f

211

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

Les Fergani l'Astronomie indienne, et Reinaud a pu crire Arabes s'initirent aux doctrines indiennes avant d'tre familiariss avec YAlmageste de Ptolme .
:

astronomes arabes vont admettre que les absides et les nuds du Soleil et de toutes les plantes suivent exactement le mouvement des toiles fixes. Il nous faudra arriver Al Zarkali pour voir signaler le mouvement propre de l'apoge solaire par rapport aux constellations.
l'exemple d'Al Fergani, tous
les

LA GRANDE ANNE ET LA PRCESSION DES QUINOXES

Dans ce que Massoudi nous a rapport du Sorya Siddhdnta> un


point doit maintenant retenir notre attention.

D'aprs ce livre, le passage de l'apoge solaire de l'hmisphre boral dans l'hmisphre austral doit entraner, la surface de
notre globe, une permutation entre les continents et les ocans
les terres,
;

fermes aujourd'hui, seront alors submerges,

et le

fond

des mers sera assch.


L'ide

dune

alternance priodique entre les lieux que la

mer

ceux o la terre merge est une ide fort ancienne et qu'on retrouve chez beaucoup de peuples le dluge dont la Gense fait mention et le cataclysme, de moins en moins discut aujourd'hui, qui submergea l'Atlantide, sont, sans doute, l'origine de

occupe

et

cette croyance.

Les tmoignages de Massoudi et d'Albyrouny nous ont montr 2 que cette croyance tait fort ancienne chez les Brahmanes de l'Inde. Le tmoignage de Brose nous a appris, son tour, que les

en effet, attribue ces rvolutions aux astres, et d'une manire si prcise qu'il fixe l'poque de la conflagration et du dluge. Le globe, dit-il, prendra feu quand tous les astres, qui ont maintenant des cours si divers, se runiront dans le Cancer, et se placeront de telle sorte les uns sous les autres qu'une ligne droite pourrait traverser tous leurs centres. Le dluge aura lieu quand tous ces astres seront rassembls de mme sous le Capricorne. La premire de ces constellations rgit le solstice d't et la seconde le solstice d'hiver.
;

Chaldens donnaient

la professaient, et

nous a

dit quelle
3

forme exacte

ils lui

Brose,

i.

2.

Reinaud loc. Voir Ch II,


:

cit., p.

367.
I,

tome

pp. 67-69.
III,

3. Cit

par Sn^ue, Questions naturelles, livre

ch.

XXIX

Cf.

tome

I,

pp. 69-70.

LA PRCESSION DES QUINOXES

215

Selon les Chaldens, donc, comme selon les Indiens, la distribution des terres fermes et des mers la surface de notre globe
varie suivant

une

loi

priodique

mais les Gbaldens marquent

formellement quelle dure sert de priode soit au dluge, soit l'embrasement c'est le temps qui s'coule entre deux conjonctions conscutives de tous les astres errants avec un mme point solsti;

tial.

que la plupart des coles philosophiques grecques et latines avaient adopt de trs bonne heure, pour ne plus s'en dpartir, une opinion toute semblable celle que profespour la plupart de ces saient les Chaldens, au dire de Brose coles, la vie du Monde tait une vie qui se reproduisait indfiniment d'une manire priodique la dure d'une priode cosmique tait mesure par le temps que mettent les astres errants reprendre tous, par rapport au ciel des toiles fixes, des positions idenl
;

Nous avons vu

tiques leurs positions initiales.

Gomment

cette thorie disparut-elle

pour

faire place celle

que nous avons rencontre chez les Indiens instruits de l'Astronomie grecque ? Gomment en vint-on galer entre elles la priode qui rgit les transformations 7 du monde sublunaire et la priode du mouvement d'Occident en Orient qu'Hipparque et Ptolme avaient attribu la sphre des toiles fixes ? Nous ne pouvons le dire avec prcision mais il semble probable que ce changement apport la doctrine de la priodicit du Monde fut l'uvre propre des Indiens. Massoudi nous apprend 2 en effet, que la plupart des indignes se
;
,

reprsentent les diverses rvolutions auxquelles le


sous limage de cercles. Ces rvolutions,

Monde

est sujet

comme
fin .

les tres anims,

ont un commencement,

un milieu

et

une

Lorsque les Indiens connurent la trs lente rvolution qui entraine les toiles fixes et les apoges des astres errants, ils durent tre naturellement conduits lui confier le soin de rgir l'alternance des continents et des mers la surface de la terre. Cette opinion indienne se rpandit ensuite chez les Arabes nous allons voir avec quelle faveur elle tait reue, au v sicle, par les Frres de la Puret. Au trente-cinquime trait de leur vastr encyclopdie, les Frres de la Puret numn'ut 1rs priodes selon Lesquelles se rrpro;

i. Chapitre II, : t. I, pp. 7 o-85. g Chapitre V, VI t. I, pp i?5-84. 7. Rkinaud, Mmoire sur l'/nr/r, p.
;

Chapitre
-

IV.
|

v
;

t. t.

I.
I.

Chapitre V,

VII

pp, ity-ifa. pp. |ty

faft,

210

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

duisent les diverses apparences astronomiques


!
:

ils

crivent ce

propos Les priodes millnaires se subdivisent en quatre sortes, qui sont les priodes de 7.000 ans, de 12.000 ans, de 51.000 ans et de 36.000 ans \
y a des rvolutions et des conjonctions qui s'accomplissent une seule fois en un temps trs long, et d'autres, en un temps trs
Il

longue priode est celle de la rvolution des toiles fixes sur le Zodiaque, car cette rvolution s'aceomplit une seule une priode trs courte est celle par laquelle, fois en 36.000 ans
court.
trs
;

Une

en 24 heures, la sphre enveloppante accomplit une rvolution autour des lments. Les autres priodes des conjonctions prennent place entre ces
deux-l.

au bout de 36.000 ans consiste en ceci que tous les astres errants, aprs avoir t runis ensemble au premier degr du signe du Blier, y reviennent tous ensemble au bout de ce laps de temps. Les tables du Sind et Hind, c'est-dire des Indiens, nomment ce laps de temps une anne de la disposition du Monde. Le passage que nous venons de citer nous fournit des renseignements prcieux, et de plus d'une sorte. Il nous apprend, en premier lieu, que les Frres de la Puret lisaient ce Sindhind dont Massoudi nous a parl, ce SoryaSiddhnta o les anciennes doctrines des Indiens sur la vie priodique de l'Univers s'taient prcises l'aide de connaissances astronomiques fournies par YAlmageste de Ptolme. Il nous montre, en second lieu, quel dogme nos philosophes avaient tir de cette lecture. Ils en avaient conclu l'identit de deux priodes astronomiques clbres, qu'ils faisaient toutes deux gales 36.000 ans. L'une de ces priodes est la Grande Anne telle que les Ghaldens la concevaient au rapp u*t de Brose, le temps qui spare deux conjonctions successives de tous les astres errants au point quinoxial du printemps. L'autre de ces priodes est la dure attribue par Ptolme la rvolution de

La conjonction des

toiles

l'orbe des toiles fixes

qu'Hipparque avait dcouverte. Identifies entre elles, ces deux priodes constituent l'Anne de l'Univers. Pourquoi ce nom ? Les Frres de la Puret vont nous le dire.
Dieterici, Die Lehre von der i. F. Jahrhundert, Leipzig, 1872 p, 53.
;

Weltseele

bel

den

Arabern im X.

ce passage, la traduction de F Dieterici porte constamment [Link] ans au lieu de 36. 000 ans cette erreur est corrige par la lecture de nombre d'autres passades du mme ouvrage. Vide supra, pp. 208-209.
2.

Dans tout

LA PBCKSS10N DKS QMNOXKS

217

Ils

admettent, bien entendu,


;

le

principe sur lequel repose toute

l'Astrologie

ce principe,

ils le

formulent, dans leur trente-cin:

quime trait, aussi nettement qu'Aristote en ses Mtores Tout ce qui existe dans le monde de la gnration et de la corruption, disent-ils ', suit le mouvement circulaire du Ciel tout cela provient du mouvement des astres, de leurs cours au
;

travers des signes, enfin de l'union et de la conjonction d'un astre

avec un autre...

Tout ce qui, dans ce monde, se produit vite, ne dure que peu de temps, disparait rapidement pour renatre de nouveau,

tout cela

dpend d'un mouvement du

ciel universel qui est rapide,

de peu de dure
prit lentement,

et qui revient vite

son commencement.

Au

contraire, tout ce qui se produit lentement,

dure longtemps et

tout cela

dpend d'un mouvement qui revient


:

tardivement son point de dpart. C'est de ce principe que dcoulent les consquences suivantes 2

Un mouvement

qui est lent, de longue dure qui revient


c'est le

son principe aprs un long temps,


fixes
fois

sur la sphre des signes,

mouvement des toiles mouvement qui s'accomplit une


les

en 36.000 ans.

ce

mouvement, prennent part

apoges

et

les priges

des toiles errantes.

Par suite du mouvement qui s'accomplit durant ce laps de temps, la civilisation se trouve, en ce monde de la gnration et de la
corruption, transporte d'un quartier l'autre de la terre
tinents
;

les con-

remplacent les mers et les mers viennent occuper le lieu les montagnes se changent en mers et les des terres fermes mers en montagnes. Tous les 3.000 ans ', les toiles fixes, les apoges et les nuds des plantes passent d'un signe l'autre, aprs avoir parcouru tous les degrs de ce signe. Tous les 9.000 ans, ils passent d'un quadrant au suivant. En 36.000 ans, ils accomplissent une rvolution qui leur fait parcourir tous les signes. Par l'effet de cette cause intermdiaire, les zniths des toiles et l'incidence de leurs rayons aux diveri points de la terre se trouvent modifis, ainsi que L'atmosphre des diverses contres. Le jour et la nuit, l't c\ L'hiver prouvent la consquence de ces changements, consquence qui consiste en une plus parfaite galit H proportion! ou bien en un excs ou un dfaut, en un surcroit de chaleur ou <!<
;

froid,

ou.

enfin,

en

quelque modification analogue. Ce dernier


|i
.").")

P. [Link]. I.
I

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/(///(/.,
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hn-mu.

i.

(jp

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P. DlKTKHICI,

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hlllrf.,

pp, \\-\\-j Dp. 68-Q.

218
effet

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

de causes secondes, car il influe sur les rapports des divers quartiers de la terre, il produit un changement de climat des diverses contres, une modification
et

dpend de causes premires

des proprits de chacune d'elles.


jonctions.

Gomment
l

tout cela se comporte,

ceux-l le savent qui lisent YAlmageste

et s'occupent

des con-

par ces causes premires et intermdiaires que la domination du monde passe d'un peuple un autre peuple, que la culture, comme la dsolation, est transporte d'un quartier l'autre de la terre. Tout cela arrive en vertu du pouvoir dterminant des conjonctions qui se produisent en des temps et des circonstances

C'est

rgls.

Ce qu'on a rapport dans ce trait est une fort petite part de tout [ce qui concerne ce sujet]. Les conjonctions, circonstances et

priodes se produisent tous les 1.000 ans, tous les 12.000 ans, tous
les 36.000 ans ou,
enfin,

au bout d'un jour du Monde

de

50.000 ans.

.
;

Ce dernier passage n'est pas exempt de confusion videmment, les Frres de la Puret y rsument d'une manire assez dsordonne le souvenir de lectures varies de certaines de ces lectures, c'est ainsi que l'allusion au la trace est intressante relever jour du Monde , par laquelle il. s'achve, est une nouvelle marque de l'influence que l'Astrologie indienne a exerce sur nos philosophes musulmans.
;
;

Ceux-ci, d'ailleurs, sont excusables


et

s'ils

parlent sommairement

confusment des changements que le mouvement lent des toiles fixes dtermine en ce bas monde ces changements, ils les avaient dcrits dans un de leurs premiers traits, et ils ont soin de le rappeler en celui-ci 2 Voici, en effet, ce que les Frres de la Puret avaient dit dans leur cinquime trait 3 La terre, considre dans sa totalit, se partage en deux hmisphres, l'hmisphre boral et l'hmisphre austral la surface de chacun des deux hmisphres se divise, son tour, en deux moitis on obtient ainsi quatre quartiers de la terre. En chaque quartier, on distingue quatre sortes de lieux premirement, les
;

i. Les Frres de la Puret lisaient certainement fort peu YAlmageste; sinon, ils eussent su que cet ouvrage ne traitait aucunement d'Astrologie. 2. Fr. Dieterici, Op. laud.j p. 55 et p. 67. Jahrhundert 3. Friedrich Dieterici, Die Philosophie der Araber im IX. und n. Chr. aus der Thologie des Aristoteles, den Abhandlungen Alfarabis und den Schrijten der lautern Brader. Vtes Buch Die Naturanschauung und Natnrphilosophie. 2^ Ausgabe, Leipzig-, 1876 ; pp. 99-100.

LA PRCESSION DES QUINOXES

219

deuximement, les mers, les tangs et les marais troisimement, les montagnes, les collines, les minences et les dpressions quatrimement, enfin, les pacasteppes, les landes et les dserts
; ; ;

ges, les bourgs, les villes et les terres cultives.

Au

cours des temps et des sicles, les divers lieux changent de


;

nature et s'intervertissent

aux lieux qu'occupaient les montagnes,


;

se trouvent des steppes, des tangs et des fleuves

la place des

de montagnes, de collines, de mines de sel gemme, de marais ou de plaines sablonneuses; les terres cultives deviennent des dserts, et les dserts deviennent terres cultives. Il nous faut maintenant manifester le comment de ces particelle
cularits...

mers devient

000 ans, les toiles fixes se dplacent [d'un signe sur le Zodiaque] autant en font, sur le Zodiaque et dans ses divers degrs et minutes, les priges et les apoges des astres errants

Tous

les 3

en 9.000 ans, ils passent d'un quadrant l'autre du cercle cleste, et en 36.000 ans, ils accomplissent leur rvolution travers tous
les signes

du Zodiaque. A cause de ce mouvement,


;

les longitudes

des toiles sont

en rsulte une modification dans l'incidence de leurs rayons aux divers points de la terre et, partant, dans l'atmosphre des diverses contres la succession du jour et de la nuit, de l't et de l'hiver en prouvent aussi un certain changement ce changement consiste en une plus complte galit et dans un tempra-

changes

il

ou bien dans une plus grande diffrence en plus ou en moins, ou bien dans un plus grand excs de chaleur ou de froid, ou bien enfin dans un plus exact rapport entre eux. C'est l la raison et la cause pour laquelle les tats des divers quartiers de la terre sont modifis, pour laquellevles couches de l'air sont changes au-dessus des divers lieux et contres, pour
parfait,

ment plus

laquelle les proprits de ces couches d'air passent d'un tat

un

autre tat.

La

vrit de nos suppositions, ceux-l la

peuvent reconnatre

qui s'adonnent la science de X AlmaqcUo et la Physique.

pour ces raisons et ces causes que les terres cultives deviennent des dserts, que les dserts deviennent terres cultives, que les steppes deviennent mers, que les mers deviennent steppes ou montagnes. La vrit de nos suppositions et L'exactitude <h' nos rflexions,

C'est

ceux-l peuvent les reconnatre qui s'adonnent

L'tude
Les
lu

<!'

la

Physique et de la Thologie, ceux qui recherchent drs choses suhlunaires soumises la gnration et

principes

corruption,

20 en

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

mme temps

qu'ils

pntrent le

comment des

modifications

que ces choses prouvent.

Ainsi les Frres de la Puret et de la Sincrit voient, dans le

mouvement lent des


une cause qui
thorie,
ils

toiles fixes et des

apoges des astres errants,

doit faire alterner, sur la terre, les continents et les

mers, les contres habites et les rgions inhabitables.


attachent le plus grand prix
;

A
y

cette
faire

ils

se plaisent

mainte

allusicMi.

Les physiciens arabes ne partageaient pas tous leur confiance

en cette doctrine au prochain article, nous la verrons rejete, aprs minutieuse discussion, par ce trait De dmentis que le Moyen Age attribuait Aristote, mais qui est, de la manire la plus certaine, l'crit d'un arabe soumis l'influence de la Science
;

indienne.

Le
les

trait

De

elementis,

comme

autrefois Aristote,

repousse la

thorie selon laquelle les continents et les ocans se transforment

par un continuel change dont une rvolution cleste marque la priode. Mais au xn e sicle, nous trouvons un astronome arabe qui, comme les Frres de la Puret, admet la ralit de ces vicissitudes et les place sous la dpendance du lent mouvement propre de la sphre des toiles fixes cet astronome est Al Bitrogi. Nous avons entendu, en effet, au chapitre

uns dans

les autres

prcdent, Al Bitrogi invoquer ces vicissitudes

comme une preuve

du mouvement propre de

la huitime sphre

La

diversit des

prouve par ce qu'on observe en ce monde infrieur au sujet des grands changements et des permutations de certaines choses particulires telles sont les permutations qui se produisent entre les terres habitables et les terres non habitables, entre les rgions tempres et les rgions non tempres il arrive parfois que l'air se purifie en certains lieux qui deviennent alors habitables, tandis qu'en d'autres lieux, l'air se corrompt, et ces lieux deviennent inhabitables de mme, les eaux de la mer changent de place elles s'accumulent en certaines rgions, tandis qu'en d'autres rgions, on voit apparatre des contres qui, jusqu'alors, avaient t couvertes par les eaux. Les choses de ce genre qui se montrent nous, et d'autres analogues, nous tmoignent que ces oprations sont produites par le changement de situation de l'orbe des toiles assurment, elles ne proviennent pas du mouvement de quelque orbite plantaire,
;
;

situations de cet orbe est encore

car elles seraient alors priodiques


i. Alpetragii Arabi Planetarum theorica, supra, pp 5a-i 50.
1

comme
foll.
7,

ce

mouvement

et se

verso, et 8, recto.

Vide

LA PKCESSIOxN DES QULNOXES

221

renouvelleraient lorqu'il se renouvelle

elles ont

donc leur cause

en l'orbe des

toiles fixes.
'
:

que de ce mouvement proviennent les grands changements qu'on observe en ce monde infrieur, et ceux qui rendent inhabitables les rgions qui
Il

Plus loin, Al Bitrogi disait

est possible

taient habitables, et inversement.

La doctrine indienne que Massoudi nous a

fait

connatre est donc

pleinement adopte par Al Bitrogi. Mose Mamonide suit une opinion voisine de celle d'Al Bitrogi. Aprs avoir, l'imitation de Djber ben Aflah, plac Vnus et Mercure au-dessus du Soleil, il subdivise le ciel en quatre sphres principales qui sont la sphre de la Lune, la sphre du Soleil, la sphre des plantes, enfin la sphre des toiles fixes puis il
;

crit

2
:

Bien que de l'ensemble de ces quatre sphres figures, il mane des forces qui se rpandent dans tous les tres qui naissent

dont elles sont les causes, chaque sphre, cependant, peut avoir sous sa dpendance l'un des quatre lments, de manire que
et

telle

sphre

soit le

principe de force de tel lment en particulier,

auquel, par son propre mouvement, elle donne le


la gnration.

mouvement de
meut
l'eau
;

Ainsi donc la sphre de la

Lune
;

serait ce qui
la

la

sphre du Soleil, ce qui meut


errants,

le feu

sphre des autres astres

mouvements multiples, leurs ingalits, leurs rtrogradations, leurs marches directes et leurs stations produisent les nombreuses configurations de l'air, sa variation et sa prompte contraction ou dilatation) enfin la sphre des toiles fixes ce qui meut la terre et c'est peut-tre cause de cela que cette dernire se meut difficilement pour recevoir l'impression et le mlange, parce que les toiles fixes ont le mouvement lent... De cette manire, donc, il se peut que l'ordre soii celui-ci Quatre sphres, quatre lments mus par die et quatre forces, manes d'elles, agissant dans toute la nature.
ce qui

meut

l'air (et

leurs

Les astrologues arabes avaient, scmblc-t-il, eux aussi.


les

e1

bien
lents
La

changements avant Al Bitrogi et Mamonide, admis que qui se produisent la surface du globe terrestre sont sous

dpendance du mouvement propre des toiles fi\'s; nous en vous le tmoignage dans les crits d'Albumasar.
i.

trou

[Link]

j
.

Ahami Planeiarum theorica, fol. i'i. \ IIoIm hkn Maimoi m dit Maimomkk, Le jtfd des gars, Lrad. pai
partie; ch.

5.

Munkj

Deuxime

t.

II,

pp. 86*68.

222

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
al Balh,

Abou Masar Gfar ben Muhammed ben Omar


Scolastique latine a appel Albumasar, florissait

que la ds la premire

moiti

du

ix e sicle,

puisqu'il mourut, plus

que centenaire dit-on,

'

en 886. Dans son trait Des grandes conjonctions, qui eut une vogue extrme au Moyen Age et que Roger Bacon, en particulier, citait volontiers, Albumasar admettait clairement que le mouvement propre des toiles fixes est une rotation, semblable celles de6 plantes, acheve en 36.000 ans. Parmi les autres crits d'Albumasar, il en est un dont nous possdons une traduction abrge faite, au milieu du xne sicle de notre re, par Hermann le Second. Cette traduction est intitule Jntroductorium in Astronomiam Albwnasaris. Dans cet ouvrage, nous lisons 2 Tout ce qui nat et meurt en ce monde rsulte du mouvement des signes et des toiles [errantes] qui en est comme la cause
*
:
:

efficiente...

aux proprits perptuelles 8 et stables ou aux proprits lentement variables des choses singulires.

Les

toiles fixes prsident

En effet, les orbes clestes, avec tous les astres*, entourent ce monde d'une circulation perptuelle. Parmi ces astres, les toiles
fixes

tournent d'un
;

mouvement lent qui


la

est

presque

le

mme pour
la

toutes

elles

demeurent

mme

distance

du globe de

terre.

que la pense d'Albumasar est conforme celle que les Frres de la Puret et Al Bitrogi expliqueront d'une manire plus
voit
dtaille.

On

Les diverses opinions que nous venons de rapporter se souderont entre elles, au xm e sicle, dans l'esprit des Chrtiens d'Occi-

y constitueront un corps de doctrine qui sera communment regard comme renseignement de la Science antique. Ce corps de doctrine se rsume en quelques propositions qui sont les
dent
;

elles

suivantes

annorum revolutionibus i. Albumasar de magnis coniunctionibus ac eorum profectionibus octo continens tractatus Coiophon Opus albumazaris de magnis coniunctionibus explicit fliciter. mpressum Unetijs Mandato et expensis Melchiorem (sic) Sessa (sic). Per Jacobum pentium de Leucho. Anno domini i5i5. Pridie kal. Junij. Tract. I, differentia I, cap. III; fol. sig. Aiiii,
:

recto.
2. Introductorium in astronomiam Albumasaris abalachi octo continens libros Opus introductorij in astronomiam Albumasaris abalapartiales. Coiophon mandato et expensis Melchionis (sic) Sessa chi explicit fliciter. Uenetijs Per Jacobum pentium Leucensem. Anno domini i5o6. Die 5 Septem(sic) bris. Rgnante inclyto domino Leonardo Lauredano Uenetiarum Principe. Lib. III, cap. I De stellis fixis et planetis. 3. Au lieu de perptuas, le texte., trs fautif, porte : privatas.
:

LA PRCESSK DES UU1N0XES


1

223

La dure de

la

Grande Anne

est

de 36.000 ans.

En

cette dure, s'accomplit la rvolution


fixes.

propre de la sphre

des toiles
3

la fin

de la Grande Anne, tous les astres errants repren-

nent, dans le Ciel, la position qu'ils avaient au


4 L'tat

commencement.

du inonde

sujet la gnration et la corruption est

priodique; la dure de sa priode est gale la Grande Anne.


Cette doctrine sera

lune des hrsies que

l'glise aura alors

combattre.

VI
INTRODUCTION DE L THEORIE DE L ACCES ET DU RECES
chez les astronomes indiens et arares. le Liber de elementis.

AL BATTANI.

Le temps d'Al Mamoun, auquel


l'obliquit de l'Ecliptique qu'Ai
fait

se rapporte la dtermination
et

de

Fergani

Ibn Iounis nous ont

connatre, parait tre aussi celui o la thorie de l'accs et

du

recs a sollicit l'attention des astronomes arabes.

temps d'Al Mamoun, puisrent dans les livres indiens, l'auteur du Tarykhal-Hokamd cite Habasch, fils d'Abd-Hallah. Habasch composa trois tables astronomiques, qu'il intitula canoun, du mot grec

Parmi

les

astronomes

musulmans

qui,

au

xocyo>v

qui signifie rgle....

Tarykh-al-Hokam, bien que Habasch fut alors un partisan des ides indiennes plus zl qu'il ne le fut plus tard, il ne laissa pas, en certains points, de s'loigner des exposs de Mohammed al Fazary et de Mohammed al Kharizmi.
Suivant l'auteur du

Ce

fut ainsi

que, voulant fixer avec plus de prcision la place des


il

civiles

emprunta Thon d'Alexandrie l'ide du mouvement des signes du Zodiaque en avant et en arrire .
en longitude,
Influence indienne et influence grecque, telle
esf

La

double ten-

de l'poque d'Al Mamoun, sollicite Les astronomes arabes; nous ;i\<>ns vu l'influence indienne Be marquer dans les exposs que Masciallah <t Al Pergani nous ont donn de L'Astronomie !< Ptolme dans Les recherches de Habasch sur

dance qui,

;i

partir

i. Kiihaud, Mmoire gographique, historique et scientifique sur l'Ituie, antrieurement au milieu <i" Xh sicle de Vre chrtienne d'aprs les crivains arabes, i>*ts<ihs </ chinoit (Mmoires de l'Acadmie des Inscriptions et Belle*

lettres,

t.

XV11I,

partie, i8/jy,

|>.

3iy).

224
le

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
toiles fixes,

nous voyons ces deux influences conduire l'adoption du systme de l'accs et du recs, sous la forme mme o Thon de Smyrne nous l'a fait connatre. La lecture des livres indiens devait, en effet, conduire les astronomes arabes recevoir ce mouvement alternatif plutt que la rvolution, de sens invariable, qu'avaient adopte Hipparque et Ptolme. Les astronomes indiens paraissent avoir connu, tout d'abord, le mouvement de prcession de sens invariable que leur avaient ceux d'Hipparque ou ceux de Ptolrvl les crits des Grecs me mais, bientt, ils abandonnrent cette doctrine pour attribuer la spbre des toiles fixes un mouvement oscillatoire. Dans sa toute premire rdaction, le Sorya-Siddhnla ne tenait peut-tre aucun compte du phnomne de la prcession des quinoxes 2 En tous cas, une rdaction ancienne ne connaissait qu'une prcession de marche uniforme, dont la mention se trouve conserve en deux passages du trait elle y est value grossirement et en nombres ronds un degr en 60 ans. La thorie de la marche oscillatoire de la sphre cleste a t introduite, aprs coup, en deux distiques du Sorya-Siddhnta, lors de la rdaction dfinitive de l'ouvrage 4 cette rdaction qui 5 antrieure est certainement, nous l'avons vu en l'article IV e l'an 500, date vraisemblablement du IV sicle de notre re. Tout en adoptant la thorie des astrologues grecs postrieurs Hipparque, le Sorya-Siddhnta apporte diverses modifications aux
f
,

mouvement des

constantes du

mouvement

oscillatoire.

Pour

les astrologues grecs, le centre


jx

tait l'toile

des Poissons

le trait

du mouvement oscillatoire indien suppose 6 que le moul'toile

vement

s'effectue

de part

et d'autre

de

de la

mme

con-

stellation.

Les astrologues grecs s'taient borns attribuer la sphre


cleste

une

oscillation de 8 de part et d'autre

de la position

i. Toutes les connaissances des Indiens sur la prcession des qunoxes leur viennent de la Science hellnique (Th. H. Martin, Mmoire sur cette La prcession des quinoxes a-t-elle t connue avant Hipparque ? question Les renseignements qu'on va lire, touchant Ch. VI, i 4 PP 150-178) la thorie de la prcession des quinoxes chez les Indiens, sont emprunts ce mme mmoire, ch. VI, 5, pp. 179-188. 2. The Sorya-Siddhnta translaled bu Burgess with notes of Whitney ; Opinion soutenue par M. Whitney, New-Hawen, Connecticut, 1860.
:

pp
3.

ioo-io5.

Sorya-Siddhnta y
1

III,

9 et XII,
10-12.

89.

Cf.

Th. H. Martin,

toc.

cit.,

pp.
4. 5. 5.

80-1 81.

Sorya-Siddhnta,

III,

Vide supra, pp, 212-21 3. Sorya-Siddhnta, note de M. Whitney, p. 211.

LA PRCESSIO.N DES QUINOXES

225

amplitude ne pouvait l'norme dplacement que les points quinoxiaux expliquer avaient subi depuis l'poque recule o les Indiens avaient commenc de dresser des calendriers ce dplacement approchait de 25. Le Sorya-Siddhdnta donna 2 la sphre des toiles fixes une oscillation de 27 de part et d'autre de la position moyenne, en sorte que l'amplitude totale de l'oscillation ft de 54. Pendant un kalpa de [Link] d'annes, le Sorya-Siddhnta compte 3 600.000 oscillations doubles. 11 admet, d'ailleurs,
;

moyenne

une

oscillation

d'aussi faible

comme

l'avaient fait les astrologues grecs,

qu'en ce mouvement

de la sphre des toiles fixes, la vitesse angulaire garde cependant une valeur absolue invariable. D'aprs ce que nous venons de dire, cette vitesse est de 54" par an ou d'un degr et demi par sicle. Au vi e sicle, Varha-Mihira semble avoir adopt le systme de l'accs et du recs tel que le propose le Sorya-Siddhdnta ce
oscillatoire
;

mme
du
xi
e

systme, et sous cette


sicle,

mme

forme, a t accept, la

fin

par atnanda \ D'autres astronomes, tout en admettant galement l'hypothse du mouvement alternatif des toiles fixes, dfinissaient autrement

que

le

Sorya-Siddhdnta
A

les constantes

de ce mouvement. Arya-

bhata, dans YArydchtaata, et l'auteur du Pdrdari-Sanhitd font


osciller
3

la huitime

sphre de 24 de part

et d'autre

de sa posi-

tion

une amplitude de 48 ils admettent l'un et l'autre que chacune des deux rotations de sens contraires se fait avec une vitesse angulaire constante mais ils diffrent au sujet de la valeur de cette vitesse
l'oscillation totale
; ; ;

moyenne, ce qui donne

Aryabhata compte 578.159 oscillations doubles (de 96) par kalpa de [Link] annes sidrales, ce qui donne une marche de 45" 52'" par an selon le Pdrdari-Sanhitd, durant un kalpa, qui
;

est sans a
i.

doute valu,

comme
il

en la plupart des traites indiens,

produit 581.709 oscillations doubles, ce qui correspond un dplacement de 46" 32'" par an.
se
:

320. 000. 000 annes,

Tandis qu' partir du IV' sicle de notre re, une foule d"astr< nomes indiens adoptent L'hypothse de l'accs et du recs, <juelques-uns demeurent fidles a l'hypothse, introduite par llipparpp. 181182. ootea il* M. Whitney, pp< ioo-n>;>. 3. Sorua-Siddhnta, ni, <)-' \ Th. Il Mahtin. foc. cit. p. i85, particu.'ni ii.-is tir lirement la oote la |>ngp. Mahtin, OC Cit., p. r 4. Tu. H lu. IL Martin, loc, Cl/., p. i8/|.
i.

Th. H. Mahtin, lC,

rit.,

>..

SoryaSiddhnta,
/

III,

[\-r;.

DUUl.M

226'

la cosmologie hellnique

que, prconise par Ptolme,


dirige d'Occident en Orient
1
;

dune

prcession invariablement

mais ceux-ci sont bien rares. Parmi eux, on cite Vichnou-Tchandra, qui est antrieur Brahma-Goupta, et qui vivait probablement au vi e sicle de notre re. Aprs lui, nous ne trouvons gure que Moundjala qui vivait au x e sicle, et Bhscara, qui vivait au xn e sicle. Moundjala et Bhscara comptent 2 199.669 rvolutions compltes des points quinoxiaux par kalpa de [Link] annes, ce qui donne une prcession de 59" 54'" par an. Dans son trait CaranaCoiitoahala, Bhscara porte la rotation de la huitime sphre V par an. Mais Moundjala et Bhscara n'appartiennent plus l'poque o la Science indienne, transplantation de l'Astronomie hellnique, exerait son influence sur la Science arabe au temps de Bhscara, l'Astronomie de l'Islam a dj commenc de rpandre ses enseignements chez les brahmanes. Durant la priode o la Science naissante de l'Islam puise largement aux sources indiennes, les astronomes indiens sont presque unanimes prner le systme de l'accs et du recs emprunt seulement, ils varient beaucoup aux astrologues alexandrins dans les valuations nouvelles qu'ils ont proposes pour les constantes de ce mouvement. Les Arabes devaient donc tre tents, comme l'est Habasch, de reprendre purement et simplement le systme dcrit par Thon d'Alexandrie. Les influences indiennes allaient, dans les contres soumises l'Islam, rencontrer des adversaires. C'est sans doute l'un de ses adversaires qu'il faut attribuer un crit, d'origine assurment
;

arabe, que le
tote, et

Moyen-Age chrtien
3
.

a pris pour une

que

les versions latines intitulent :I)e

uvre d'Ariselcmentis ou De pro:

prietatibus elementontm

que parmi les auteurs de traits, certains croient que la mer a chang de place la surface de la sphre terrestre, en sorte qu'il n'est pas de lieu, sur la terre ferme, qui n'ait t autrefois au fond de la mer . Comme le trait des Mtores d'Aristote dont, visiblement, il s'inspire en maint
*

L'auteur du De dmentis nous dit

Th. H. Martin, loc. cit., p. 180. Th. H. Martin, loc. cit., p. i85. 3. Nous citons cet apocryphe d'aprs l'dition des uvres d'ARiSTOTE qui porte ce colophon Imprssum (sic) est praesens opus Venetiis per Gregorium de Gregoriis expensis Benedicti Fontanse Anno salutifere incarnationis Domini nostri MCCCCXCVI Die vero XIII Julii. En cette dition, le Liber de proprietatibus clementorum se trouve du fol. 4^4 verso, au fol. 49, verso. 4- Liber de proprietatibus elementorum, d. cit., fol. 466 (marqu par erreur
i.

2.

306), vo.

LA PRCSSIO DES glLNOXKS


endroit,

227

l'auteur

du De elementis

rejette

cette supposition, et,

son argumentation. S'il y avait change priodique entre les ocans et les continents, cette alternative rgulire suivrait le cours de l'un des phnomnes priodiques que les astres nous prsentent. Or ces ph-

pour

la convaincre d'erreur, voici quelle est

nomnes,

mme

les plus lents,

entraneraient

un dplacement

si

rapide des rivages, que l'histoire nous apporterait des tmoignages

de ce dplacement.

de la rvolution de la Lune qui parcourt le Zodiaque en vingt-huit jours, des rvolutions de Mercure ou de Vnus qui ne durent, selon notre auteur, que dix mois de la
Cel,

est vident

rvolution du Soleil qui entranerait dans la disposition des terres


et

des mers une permutation annuelle

mais cela ne

l'est

pas

moins des conjonctions plantaires dont les plus rares se reproduisent cependant au bout de quelques sicles. Le Liber de proprietatibus elementorum termine son numration par le plus lent de tous les phnomnes clestes Ou bien ce phnomne se produirait par suite du changement de l'orbe des toiles fixes mais cet orbe se dplace d'un degr tous les cent ans la permutation considre serait alors consomme en 36.000 ans c'est l la dernire ressource des auteurs qui admettent le retour priodique de la mer et c'est, en effet, Lavis
l
.
; ; ; ;

qu'ils proposent.

Or nous avons trouv par raisonnement gomtrique et par une opration de mesure que la circonfrence c la terre tait de 34.000 milles telle est la rvolution que la terre ferme [et la mer]

1 \
;

accompliraient en 36.000 ans.


sont voisines de la
cette vitesse]. Ainsi

On trouverait donc, dans les villes qui mer, que la mer s'approcherait d'elles [avec
serait-il
2
,

pour la ville d'Arin pour la ville de Medeenel, pour la ville de Serendid s et pour les les de l'Or ces villes-l sont sur la mer de l'Inde. Il en serait de mme des
en
;

cits qui sont sur la

sur la
i.

mer mer de Lamen


4

Alepila et de la ville d'Agemon qui est


;

il

en

serait

de

mme

de l'Egypte

et

Liber de proprietatihns elementorum d.


,

rit., fol.

467 (marqu par erreur

donn par les Arabes l'antique ville indienne a Les astronomes "ut d'Oudjayan ou Odjein, dans le nfalva Albvrounj dit fait correspondre la ville d'Odjein avec le lieu qui, dans le tableau des villes insr aux tables astronomiques. a re<;u le nom d'Arin. et qui est suppos sur le bord de If nier. Mais entre Odjein et l.i nier, il v prs de rent yodjanas (Reimaud, Mmoire iur flnde, p. 879) Au sujet orArin, v. os Mmoire, pp. 'Wy-.'x)'). 3. Serendybj altration de Sinhalcniorpa (Ile du Lion), es( le nom donn par les voyageurs arabes l'le de Ceylan (Runauo, [Link],, p, 101 el p. ;). f\. Lamen est le nom de l'Arabie la mer de Lamen est la mer Rougi
:

367), recto et verso. 2. Ario est le nom

;i

228

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

d'Alexandrie qui sont entre la

mer Rouge

et la

mer d'Assem

il

en serait de mme des villes de Rome, de Byzance et de beaucoup d'autres villes dont l'histoire remonte loin dans le pass. Or nous ne voyons pas que la mer ait jamais t plus proche ou plus loigne de ces villes qu'elle ne l'est aujourd'hui rien de ce qui nous est parvenu de nos anctres dans les histoires des royaumes, rien de ce que nous avons des traits des savants qui ont crit sur la mer et les pluies, ne nous montre que la mer ait t autrefois plus rapproche ou plus loigne de ces villes quelle n'est aujourd'hui. Ce que nous avons dit en ce trait entrane donc la destruction manifeste et complte de la thorie qui supposait le changement de lieu de la mer la surface de la terre l'erreur de ceux qui croyaient ce changement est en vidence. L'auteur du De proprietatibus elementorum attribue la prcession des quinoxes la dure que lui a attribue Ptolme, et non pas la priode beaucoup plus courte qu'Ai Battani proposera de lui donner. De l'hypothse d'Al Battani, il ne dit pas un mot. 11 est permis de supposer, d'aprs cela, qu'il crivait avant cet auteur, c'est--dire, au plus tard, au dbut du x e sicle.
;

Or, avant d'exposer la loi

du mouvement des
est

toiles fixes qu'il


:

adopte aprs Ptolme, le Pseudo-Aristote crivait ceci


bien
le

Ou

une consquence de celui qu'enseignent les auteurs Atalasimet L'orbe des signes a un mouvement d'accs de sept degrs suivi d'un recs de huit degrs par ce mouvement, il parcourt un degr tous les 80 ans. Le phnomne en question se reproduit donc tous les six-cent-quarantetrente-trois ans [omnibus sexcentis annis et quadraginta triginta
:

phnomne en question

tribun). Ici je

doute

et cite cette

opinion

titre

d'exemple.
;

Ce texte porte des marques non douteuses d'altration la plus frappante est fournie par les mots dnus de sens que nous avons cits en latin. Albert le Grand, qui a comment le De proprietatibus elementorum, les rduit ceux-ci a In 640 annis Le mouvement se faisant raison d'un degr en 80 ans, cette dure est celle que requiert un mouvement de 8, et non l'oscillation complte, qui tait cependant le phnomne vis par le livre du Pseudo-Aristote. Albert attribue l'hypothse qu'il examine aux auteurs 'Altasimec, c'est--dire Des images des signes . Partant, ces auteurs du livre Atalasimet ou Altasimecne peuvent tre que ces aucto:

i.
2.

La mer d'Assem est le nom arabe de la Mditerrane. B. Alberti Magni Liber de eausis proprietatum elementorum,
III.

lib.

I,

tract. H, cap.

LA PRCESSION DES QUINOXES


res primi facientes

22\)

imagines

secundum Astronomiam Allasamec

dont nous a parl Masciallah. Comme ce dernier les place avant Ptolme, nous sommes amens supposer que ce sont les rcaXaiol 7roTeXso"|jia*ctxot, les anciens astrologues cits par Thon d'Alexandrie.

Ds

lors,

riger le
;

semble naturel d'user du texte de Thon pour cortexte, visiblement fautif, du De proprietatibus lment oil

rum d'admettre qu'en

celui-ci, le

mouvement
deux de
8;

d'accs et le

mou-

vement de recs devraient

tre tous

de supposer enfin
7

qu'une faute de copiste a pu seule rduire

l'amplitude du

mouvement

d'accs.

Ce n'est pas ainsi qu'Albert le Grand a compris l'hypothse Les auteurs expose par le De proprietatibus elementorum 'Altasimec, dit-il,... prtendent que la tte du Blier s'carte de Tquateur, tantt vers le midi et tantt vers le nord, sur un cercle
;

dont

les anciens ont valu le

diamtre 15

de ces

15, 7 cor-

respondent au mouvement d'accs vers le nord, c'est--dire vers nous, tandis que 8 correspondent au mouvement de recs qui s'loigne de nous vers le midi selon ces auteurs, le centre du
;

petit cercle sur lequel se

l'quateur, mais
teur;... le

il

se

meut la tte du Blier n'est pas sur treuve un demi-degr au sud de l'quale

mouvement de ce cercle est d'un degr en 80 ans ;... phnomne qui en rsulte devrait s'accomplir en 640 ans.
Doit-on croire qu'Albert le Grand possdait
le texte qu'il

nomme

Altasimec et qu'il en a extrait cet expos, o l'on peut, d'ailleurs, relever plus d'une contradiction ? N'est-il pas plus vraisemblable

qu'une interprtation des obscurits du De proprietatibus elementorum, interprtation malencontreusement

que

cet expos n'est

guide par une thorie bien distincte de celle qu'avait vise


Pseudo-Aristote, parla thorie de Thbitben Kourrah,

le

laquelle

en ce passage ? Il nous semble qu'un mlange tout semblable d'opinions inspires par les doctrines attribues Thbit vient fausser un autre expos de l'ancienne thorie de l'accs et du recs. Cet expos se trouve dans un livre compos, pendant la premire moiti du xn sicle, par un juif espagnol, Rabbi Abraham bar
fait,

Albert

d'ailleurs, allusion

Los sages de llnde, dit Abraham bar Hiyya, tous Les habitants des pays latins. <>t les plus anciens parmi les savants
Hiyya.

Schrbckempi
.

Sphaera mundi auctort Kabfm Amahamo Hispano pilio El. Hau\ veriii in lingucun Latinam.&n Munstsrui illmtravit cuuio* tationibtu Basiless, i546; Cap, X, pp, 191-200 du texte hbreu Le traduction latin- de ce l'.'tssMLr' manque. Nous l'empruntons une note de M [Link] Battait! O/hu (ftrono/nicam, Mediolani, iooS; pare l. lino in
i,
;
.

'

230

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

chaldens n'ont pas eu, au sujet des toiles fixes, d'autre opinion que celle-ci Les toiles ne parcourent pas tout le ciej elles
:

parcourent seulement huit degrs du Zodiaque, tantt en avant et tantt en arrire, d'abord vers l'Orient, puis vers l'Occident. Selon
eux, la cause de ce

mouvement

est la suivante

Le ple de

l'Eclip-

tfque tourne de l'Orient vers l'Occident suivant


8

un petit cercle ayant

du Zodiaque. Ce ple parcourt le cercle en quespour diamtre tion en 1.600 ans. Certains savants ont cru que le mouvement circulaire du ple obligeait les toiles fixes parcourir tout le Ciel, parce que ce secret ne leur avait pas t manifest et qu'ils ignoraient le mouvement du ple de l'Ecliptique, grce auquel les toiles fixes se meuvent d'Occident en Orient pendant 800 ans, pour rtrograder ensuite vers leur premire position, c'est--dire vers l'Occident, et reprendre leur situation primitive au bout de
1.600 ans.

qu'Abrahajn bar Hiyya ne nous rapporte l l'exacte opinion d'aucun astronome ce qu'il nous prsente n'est qu un mlange confus o l'on peut dmler les rminiscences de trois
Il est

clair

thories distinctes

L'opinion des anciens astrologues, qui imprime

aux toiles un accs de 8 suivi d'un recs du mme nombre de de degrs l'opinion de Ptolme qui attribuait au mouvement de prcession une vitesse de 1 en cent ans enfin l'opinion, beaucoup plus rcente, que nous verrons attribuer Thbit, o se
; ;

rencontre

un

tel petit cercle

de diamtre un peu suprieur

8.

Grand et d'Abraham bar Hiyya est exacte, les Arabes qui ont vcu au temps d'Al Mamoun ou peu aprs ce kalife, n'auraient connu qu'une seule thorie de l'accs et du recs, celle qu'avait mentionne Thon
Si cette interprtation des dires d'Albert le

d'Alexandrie. C'est en

effet,

nous Talions

voir, la seule laquelle

Al Battani fasse allusion. Le grand ouvrage astronomique d'Al Battani renferme un chapitre, le cinquante-deuxime \ qui importe extrmement l'histoire de l'hypothse de la trpidation. Ce chapitre a pour objet, nous dit le titre, de faire connatre ce que prtendent les astronomes, savoir que la sphre cleste a un mouvement tantt direct et tantt rtrograde, et de montrer que cet avis est manifestement erron . Al Battani s'y exprime en ces termes Ptolme nous conte, dans son livre, que des astrologues ont attribu la sphre cleste
:

i. Al Battani sive Albatenii Opus astronomicum, latine versum, adnotaiionibus instructum Carolo Alphonso Naliioo ; pars prima; Mediolani Jnsubrum, iqo3 pp. 126-128.
;

LA PRCESSION DES QUINOXES

2lU

en quatre-vingts ans; qu'ils ont prtendu que ce mouvement se poursuivait dans le sens direct jusqu' 8, et qu'il rtrogradait ensuite. Ils voulaient signifier par l que ce mouvement parcourait 8 de TEcliptique, de l'Occident vers l'Orient, comme le fait le mouvement des toiles errantes

un mouveincnt

lent, qui

parcourt

en un sens contraire du prcdent, c'est--dire de l'Orient vers l'Occident. S'il en est ainsi, celui de ces deux mouvements qui va de l'Occident vers l'Orient doit procder du mouvement des toiles fixes mais cela ne peut se faire,
puis, qu'il dcrivait de

nouveau

moins que [l'orbe des toiles fixes] ne soit pouss par un autre corps ou que les toiles fixes ne se meuvent elles-mmes en cet orbe, car un mme corps ne peut tre simultanment dou de deux mouvements en sens opposs. Ces astrologues prtendaient donc que le mouvement progressif avait pris fin 128 annes gyptiennes avant le rgne d'Auguste, c'est--dire en l'an 166 de l're d'Alexandre de Macdoine
;

partir de cette anne-l,

il

fallait,

tous les 80 ans, retrancher


;

un

degr jusqu' ce qu'on ait atteint la limite de 8 le reste devait tre ajout au mouvement direct des toiles 8 se trouvant de nouveau parcourus de la sorte, ce qui surpassait 8 devait tre
;

ajout la longitude jusqu' ce qu'on ait puis 8

puis on devait

revenir la prcdente opration.

lit

On
livre

reconnat sans peine, en ce passage, non pas ce qui se

au

de Ptolme, comme Al Battani le dit par une erreur vidente, mais ce que hon d'Alexandrie nous a cont dans son Com-

mentaire aux tables manuelles.

Al Battani remarque fort justement qu'une semblable hypothse pouvait peut-tre se dfendre alors que les observations astronoi.

nous semble qu'il y l une erreur, et que cette erreur doit-tre corrige comme nous l'avons tait, si l'on veut donner iiq s-'iis net au raisonnement qui suit. Delambre, conservant la leon /// est motus stellarum fixarum, croit qu'elle a trait au mouvement uniforme admis par Hipparque et par Ptolme. Thon nous avait laiss dans le doute si les auteurs qui croyaient un mouvement alternatif, admettaient pareillement un mouvement uniforme et constant, au lieu que l'auteur arabe nous dit que ce mouvement se combinait avec le mouveincnt uniforme de prcession. C'est mme la raison pour laquelle il I' rejette, car d.-ius moiti du le m s, les deux mouvemens se Faisaient dans ^>'^ sens la contraires. Or Albategnius dclare positivement qu'un corps unique ne peut m. en mme < deux mouvemens opposes % (Delambre, Histoire de l'Astronomie du Moyen-Age* p. 54)< f> A*l Battani dit formellement que c'est a le premier mouvement] celui ira <\<- l'Occident u ei i l'Orient , qui est en sens contraire du mouvement des loiles fixes; par ce dernier, il entend donc le mouvement diurne, et non !< mouvement d'Occident en Orient admis par Hipparque et Ptolme, Il est vrai que son raisonnement conclut alors aussi bien contre ce dernier mouvement qu' ['encontre du mouvement d'
est
.

Le texte porte: Comme motus stellarum fixarum *

le
Il

fait le

mouvement

des toiles Hxes.


.-i

Ut

<

--

>'

<|

ili'

IVCrs,

232

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

miques n'embrassaient qu'un petit nombre de sicles mais qu' l'poque o il crivait, on ne pouvait plus soutenir que le dplament apparent des points quinoxiaux changet de sens tous les 840 ans. Tous ces dplacements, dit-il, croissent depuis le temps de Nabonassar. Cette remarque rduit nant tout ce que ces astrologues ont dit du nombre de degrs qui mesure l'amplitude de ce mouvement, et de son sens alternativement direct et rtro;

grade.

Tout en rejetant l'hypothse de l'accs et du recs, il s'en faut bien qu'Ai Battani regarde comme entirement fonde, et exempte de difficult, la thorie de la prcession que Ptolme a formule. Cet accroissement, dit-il, s'acclre ou se retarde sans que nous lui voyions suivre aucune loi. En effet, en 300 ans environ, Ptolme ajoute un seul jour la dtermination d'Hipparque et nous, 750 ans plus tard environ, nous ajoutons peu prs quatre jours et demi la dtermination de Ptolme, en sus du jour qu'il avait ajout celle d'Hipparque. Gela peut provenir des erreurs qui se sont glisses par l'in;

termdiaire d'instruments mal diviss ou que le temps avait fausss


;

alors, ces erreurs altrent aussi, aprs

long, nos propres observations; car ce

un laps de temps proque nous avons mesur

dans nos observations, nous l'avons rapport ces anciennes dterminations.

Gela peut provenir, au contraire, de quelque

mouvement de

la

sphre cleste, mouvement dont, pas plus que nos prdcesseurs, nous ne savons ni quel il est, ni s'il est dans ce cas, pour dcou;

vrir la vrit,

il

faut faire des observations d'une manire con-

tinue, et corriger les anciennes dterminations au

moyen de

celles

qui auront t obtenues ultrieurement, de

sont venus avant nous ont corrig les

que ceux qui observations de leurs pr-

mme

dcesseurs.

Voici,

du moins, l'opinion que nous pouvons adopter juste


:

titre,

d'aprs les observations dj faites


fait

Ptolme, d'aprs ce

avant lui et d'aprs ses propres observations, avait dclar que ce mouvement atteignait 1 en cent ans. Mais

qu'on avait

entre les observations de

ses prdcesseurs et les

siennes, le

temps coul, qui tait de 200 ans, tait trop court pour qu'il ft possible de connatre exactement la variation produite par ce mouvement. Au contraire, entre l'poque de Ptolme et nos observations, il s'est coul un long espace de temps aussi avons-nous trouv que ce mouvement tait plus rapide et qu'il parcourait 1 on 66 annes solaires.
;

LA PRCESSION DES QUINOXES

233
;

Ptolme avait cru le mouvement de prcession trop lent Al Battani lui attribue une trop grande rapidit. La grandeur qu'il suppose ce mouvement avait, d'ailleurs, t propose avant lui par d'autres astronomes arabes. As Soufi ', qui mourut en l'an 986 de notre re, nous apprend que les astronomes d'Al Mamoun pensaient dj que le mouvement de prcession atteignait 1 en 66 ans. Habasch et les fils de Mousa ben Shakir ont galement adopt cette valuation 2 Dans cette valuation, il nous faut voir, sans doute, une nouvelle marque de l'influence exerce par l'Astronomie indienne sur l'Astronomie musulmane.
.

VII
DE LA THKORIE PAR LAQUELLE PTOLME EXPLIQUE LES MOUVEMENTS
DE L'PICYCLE PAR RAPPORT A L'EXCENTRIQUE

astronomes hellnes, prouvaient une rpugnance bien lgitime donner au ciel des toiles fixes le mouvement imagin par les anciens astrolor/is ce mouvement uniforme d'accs, suivi d'un mouvement de recs galement uniforme, heurtait le sentiment de la continuit qui avait inspir toutes les autres hypothses astronomiques. Cette rpugnance devait naturellement prendre fin lorsqu'un gomtre donnerait ce mouvement oscillatoire une forme d'o
les
;

Les astronomes arabes,

comme

tout

changement brusque de

vitesse se trouverait exclu

de ce jour
sicles,

daterait la faveur qui devait s'attacher,

pendant plusieurs

au

mouvement de

trpidation.
la

Cette rforme de

thorie de l'accs et du recs va tre,

si

nous en croyons une tradition que nous discuterons plus loin, L'uvre de Thbit ben Kourrah. Mais, pour accomplir cette uvre,
ThAbit n'aura pas
fira

faire

grand

effort

d'imagination

il

lui suf-

de transporter, de toutes pices, aux oscillations de l'cliptique, une supposition que Ptolme avait invente pour rendre

compte du balancement des


constance,

'picycles des plantes.


la

En

cette cir-

comme
la

en tan! d'autres,

Science islamique ne fera

que copier
i.

Science hellne.

notre re
il
i

Description des toiles fixes compose <m milieu <lu dixime iicle <lr par Abd*al-Rahman as Sun; traduction littrale avec des nots pur '.. SauBLLMOPi [Link] Pternbourg. 187/4 C. p. 33 h p. 4*< \\. Battami Opim astromomicum d, KtUioo, 1, p. -nyi (note <t<'
;

M. Nullino).

231

l\ COSMOLOGIE HELLNIQUE

La thorie qui va nous retenir est expose au XIII e et dernier livre de la Syntaxe mathmatique de Ptolme elle occupe les deux premiers chapitres de ce livre pour les deux plantes infrieures, Vnus et Mercure, elle revt une forme un peu plus complique que pour les trois plantes suprieures exposons donc,
; ;

tout d'abord,

les

hypothses qui concernent Mars,

Jupiter

et

Saturne.

plan de l'excentrique de l'une quelconque des trois plantes suprieures est inclin d'un petit nombre de degrs sur le plan de l'Ecliptique, de mme le plan de l'picycle s'inle

De mme que

cline sur le plan de l'excentrique d'un

nombre de degrs encore

plus petit.
L'inclinaison de l'picycle sur l'excentrique n'est pas fixe, mais

constamment variable

i
;

la variation de cette inclinaison est prio-

dique et sa priode est gale la dure de rvolution du centre

de l'picycle sur l'excentrique.

Au moment o
dant, le
l'excentrique
;

de l'picycle passe au nud ascenplan de l'picycle se trouve confondu avec le plan de


le centre
il

s'incline ensuite sur ce dernier plan, et

cette

une certaine limite suprieure qu'elle l'incliatteint au moment o le centre de l'picycle est apoge naison diminue alors, pour devenir nulle au moment o le centre de l'picycle franchit le nud descendant elle croit de nouveau, mais en sens contraire, jusqu' une valeur absolue maximum^
inclinaison croit jusqu'
;

gale celle qu'elle avait dj atteinte

elle parvient ce

maxi-

de sens contraire au premier, au moment o le centre de l'picycle est prige partir de ce moment, le plan de l'picycle se rapproche du plan de l'excentrique. Ce mouvement d'oscillation choquerait les ides astronomiques et mcaniques de Ptolme s'il ne le faisait dpendre de quelque
;

mum,

mouvement

circulaire

et voici

comment

il

y parvient.

Prenons l'picycle alors que son centre G (fig. 15) se trouve en c'est ce moment que l'inclinaison du l'apoge de l'excentrique plan de l'picycle sur le plan de l'excentrique a sa plus grande valeur; l'intersection de ces deux plans trace, dans l'picycle, un diamtre MN qui est tangent l'excentrique la ligne de plus grande pente trace alors, dans l'picycle, un diamtre AP que
;
;

i. Syntaxe mathmatique de Claude Ptolme, Halma, t. II, pp. 371-375 d. Heiberg-, IT', |J', pars
;

livre XIII, ch. II ; trad. pp. 529-534, Paul Tannery (Recherches sur l'Histoire de l'Astronomie ancienne, ch. XIV, 5, pp. 247-248) rsume cette thorie sous la forme que Ptolme lui a ultrieurement donne dans ses Hypothses* et non pas sous la forme dont il l'avait
II,

revtue dans Y Al m a y este.

LA PKKCESS10.N DES KQU1N0XES

235

Ton marquera

dans toutes les positions que l'picycle viendra occuper, et auquel Ptolme donne le nom de diamtre apoge ; X extrmit apoge A de ce diamtre est celle qui se trouve, en la position que nous avons figure, le plus loin du centre de l'excentrique l'autre extrmit P est Y extrmit
afin

de

le reconnatre

prige.

Ptolme imagine que l'extrmit prige soit fixe la circonfrence d'un petit cercle a dont le centre y se trouve dans le plan de l'excentrique, et dont le plan est normal ce mme plan de l'excentrique il est clair par raison de symtrie que, dans la position que nous avons figure, l'intersection du plan du cercle a avec le plan de l'excentrique doit tre parallle la ligne MN.
;

Fig-.

i5.

Ce
dcrit

petit cercle

accompagne
;

le

centre de l'picycle dans son

mouvement

sur l'excentrique

en

Vautres termes, son centre y

un cercle de mme centre que l'excentrique, de telle sorte que les deux points G et y se trouvent constamment sur un mme rayon issu de ce centre l'intersection du plan du cercle a avec le plan de l'excentrique est toujours normale ce mme rayon.
;

En mme temps,
cercle
a.

l'extrmit prige

P de

l'picycle dcrit ce

Le diamtre MX demeure constamment dans le \ an de l'excentrique; il est donc parallle au plan de l'Ecliptique Lorsque entre le centre de l'picycle est apoge ou prige, ou lorsque passe par un nud entre ces quatre positions, il prsente, sur L'Ecliptique, des inclinaisons variables, mais toujours fort petites.
i

<

<

Le mouvement de L'extrmit prige P sur Le polit cercle x varie suivant la mme Loi il n'est pas un mouvement uniforme
;

que
qui

Le

mouvement du centre C de
La la

L'picycle sur L'excentrique,


1

Loi

dpend de

position <ln rentre de

quant.

combinaison cinmatique par Laquelle Ptolme rend compte des oscillations que Le plan de L'picycle prouve de pari et d'autre <lu plan de L'excentrique, <ln moins pour les trois plaTelle est
ntes suprieures.

Vnus

et

Mercure L'obligent

recourir

dex hypotln**sos pins

236

La cosmologie hellnique

compliques. Pour chacune de ces deux plantes,

le

grand astrol'oscil-

nome
lation

d'Alexandrie dcompose en deux autres mouvements

que

le

plan de l'picycle prouve de part

et d'autre

du plan

de l'excentrique.

Le premier mouvement est, comme celui que nous venons de dcrire, command par une circulation de l'extrmit prige sur un petit cercle normal au plan de l'excentrique. Il ne diffre du mouvement propre aux trois plantes suprieures qu'en un seul point l'inclinaison de l'picycle sur l'excentrique est nulle au moment o le centre de l'excentrique est apoge ou prige. Le second mouvement dpend d'une circulation toute semblable du point M sur un petit cercle mais le plan de ce nouveau petit cercle est normal la fois au plan de l'excentrique et au plan du petit cercle prcdent. Durant cette circulation, le diamtre apoge de l'picycle balaye constamment le plan de l'excentrique. Enfin l'inclinaison est nulle au moment o le centre de l'picycle passe par un nud. Ptolme redoutait, sans doute, que la complication de ces hypothses ne rebutt les philosophes de la Nature d'avance, il s'efforait de lutter contre leur aversion Qu'on n'objecte pas
;
;

ces hypothses,

disait-il, qu'elles

sont trop difficiles

saisir,

Il

cause de la complication des moyens que nous employons...


faut, autant

qu'on peut, adapter les hypothses les plus simples aux mouvements clestes mais si cela ne russit pas, il faut choisir celles qui sont acceptables. En effet, si chacun des mouvements
;

de consquence des hypothses, qui donc, encore, semblerait-il tonnant, que, de ces mouvements compliqus puissent rsulter les mouvements des corps
apparents se trouve sauv
titre

que nous les considrons dans ces reprsentations construites par nous, nous trouvons pnibles la composition et la succession des divers mouvements les agencer de telle manire que chacun d'eux puisse s'effectuer librement nous parat une tche difficile. Mais si nous examinons ce qui se passe dans le ciel, nous ne sommes plus du tout entravs par un semblable
clestes?.. Tant
;

mlange de mouvements

En
car
il

dpit de ces rflexions, la thorie que nous venons de rap-

porter parut certainement trop complique Ptolme lui-mme,

en imagina une autre, beaucoup plus simple. Selon cette nouvelle hypothse *, chacune des plantes possde une sphre picycle.

i. Hypothses et poques des plantes, de C. Ptolmb, et Hypotyposes de Procujs Diadochus, traduites pour la premire fois en franais... par

LA PRCESSION DES QUliNOXES


Cette sphre, dont le centre se trouve

237

sur l'excentrique, est

coupe par le plan de l'excentrique suivant un petit cercle, que Ptolme nomme roulette (xuxawxo). Tandis que le centre de la
sphre picycle dcrit l'excentrique, la roulette tourne sur ellemme en sens contraire, suivant la mme loi, en entranant avec elle la sphre picycle. Pour parler un langage plus moderne,
tandis que le centre de la sphre picycle tourne, d'Occident en

du centre de l'exentrique, la sphre picycle tourne d'Orient en Occident, du mme angle, autour d'un axe men, par son centre, normalement au plan de
Orient, d'un certain angle autour
l'excentrique.

Le cercle picycle est un grand cercle de la sphre picycle, qui coupe la roulette sous un certain angle et lui demeure invariablement li. Par l'effet des deux rotations gales et de sens contraires qui viennent d'tre mentionnes, le plan du cercle picycle garde, dans l'espace, une direction invariable. Sur ce cercle, toujours parallle lui-mme, la plante se meut suivant une
loi facile

dterminer.

Les Hypothses de Ptolme furent, sans doute, beaucoup moins


lues que YAlmageste.
la nouvelle thorie

En dpit donc de sa plus grande simplicit, du mouvement du cercle picycle ne supplanta

pas celle qui l'avait prcde. Celle-ci continua d'tre tudie par
les

astronomes. Mais elle ne prit une place importante dans l'en-

semble des hypothses astronomiques que lorsqu'elle et t dtourne de son objet primitif et applique un autre objet. L'inclinaison du plan de l'picycle sur le plan de l'excentrique est, pour toutes les plantes, une quantit fort petite Ptolme a construit l'Astronomie de YAlmageste presque entire en faisant abstraction de cette inclinaison on ne pouvait donc accorder une attention prolonge au mcanisme compliqu qui servait rendre compte des variations de ce petit angle. Ce mcanisme, au contraire, piqua la curiosit de tous les astronomes ds que Le Liber de motu octav sphr, attribu Thbit ben Kourrah, YetiA emprunt Ptolme pour reprsenter le mouvement d accs el recs de La sphre toile e. Pendant de longs sicles, la combinai; ;

son que ce petit crit avait tire, toute forme, d


originales.

Y A Images*
i's

fut clbre a Lgal des inventions les plus ingnieuses e1

plus

M. l'abb
ettei,
J.

H;iImi;i Paris, \H?.o. Ifijj,ofhi'ses dti /i/anr/rs ou monrrmrnfs (1rs corps par C. Ptolme, pasuiin. Claodii Ptolulbi Opra minora, Kdiait L. Heioerg, Lipaiae, MDCCCCV1I. v-nobintu rr., v n\uj<opiw*, A', pp. 8N,

'

PPt

j ~*y
l

>t !

pp.

^ K< t7

PP

loo-ioi

p|>.

io4*io5.

238

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

VIII
L THORIE DU MOUVEMENT DE LA HUITIME SPHRE

ATTRIBUE A THABiT BEN KOURRAH

Thbit ben Kourrah ben

Marwn ben Karayana ben Ibrahim


al

Hasan) al Harrani naquit Il fut d'abord changeur, puis se consacra la Science. Il acquit, Bagdad, une grande rputation de mathmaticien et d'astronome, en mme temps qu'il s'adonnait l'tude de la langue grecque dont il parvint faire usage aussi aisment que de l'Arabe et du Syriaque. Cette parfaite entente du Grec lui permit de traduire et de commenter les uvres des princes de la Science hellne, d'Hippocrate, dAristote, d'Apollonius, d'Euclide, d'Archimde, de Ptolme, d'Autolycus et de Thodose. Il produisit galement un grand nombre d'uvres originales en Arithmtique, en Gomtrie, en Astrologie et en
Mdecine.

ben Mariscos ben Salamanos (Abou en 836, Harran, en Msopotamie *.

On

value cent cinquante le


et

nombre des

traits qu'il

a composs en langue arabe

seize celui des livres qu'il a crits


rejoignit Harran,
il

en Syriaque. Aprs un sjour de longue dure Bagdad,


sa ville natale. L, des preuves l'attendaient
effet,

il
;

appartenait, en

la secte des Sabians

comme

il

prtendait s'affranchir de
il

certaines pratiques et de certaines doctrines,

fut

excommuni

par ses coreligionnaires. Il revint alors Bagdad qu'il ne quitta plus. Le kalife Almou' tadid (892-902) l'avait en grande considration et l'honorait de son commerce le plus intime. Thbit ben Kourrah mourut Bagdad le 18 fvrier 901. Parmi les crits astronomiques qu'a composs le trs docte Sabian, se trouvent quatre petits traits qui furent, de bonne heure, traduits en latin de trs nombreuses copies manuscrites les rpandirent en la Chrtient occidentale, o leur influence fut grande sur le dveloppement de la Science des astres. Ces quatre traits, qui sont souvent runis dans un mme manuscrit *, ont, en latin, les titres suivants
; :

Liber Thebit de motu octav sphr


i.

Ferdinand Wstenfeld, Geschichte der Arahischen Aerzte und Natur;

forscher, Gtting-en, i84o


2. C'est le cas,

pp. 34-36.

par exemple, des mss. n 7333 et n 7298 du fonds latin de

la

Bibliothque nationale.

LA PBCESSlOiM DES KgL'lNOXES

23'.)

Liber Thebit de

iis

quae indigent expositione

antcquam legatur

Almagestum;
Liber Thebit de imagint ione sphr
et

circulorum ejus diveret

sorum;
Liber Thebit de quantitatibus stellarum
C'est

planetarum.

que se trouve expose la thorie de l'accs et du recs, sous la forme qui va nous occuper. Dans sa Table Hakmite, si fconde en renseignements pour l'histoire de l'Astronomie, Ibn Iounis nous a conserv une pitre que Thbit adressait Abou Iacoub Ishac ben Honein, en mme temps qu'il lui faisait hommage d'un de ses traits astronomiques.
traits
!

au premier de ces

Voici cettre lettre

Extrait du livre de Thbit ben Kourrah a Ishac ben Honein

La diffrence qui

se trouve entre la Table

de Ptolme

et la

Table vrifie est

commune

tous les corps clestes. Cette unifor-

mit n'a rien d'tonnant, et doit

mme

ncessairement avoir lieu

par la raison que ce qui arrive par rapport au Soleil entraine ncessairement quelque chose de semblable par rapport tous les corps clestes. En efFet, le lieu de la Lune n'est dtermin que d'aprs les dterminations du lieu du Soleil. C'est sur les clipses de Lune qu'est fonde principalement la thorie de la Lune, cette
plante tant alors oppose au Soleil. Les autres lieux de la Lune

en est de mme des plantes qu'on dtermine par le Soleil et des la Lune. Ainsi il est vrai de dire que ce qui arrive par rapport au Soleil arrive aussi par rapport aux toiles fixes, leur connaissance dpendant de celle du Soleil. La cause de cette erreur est obscure. Quelques auteurs, cits par Thon et autres, et qualifis par Thon d'auteurs d'Astrologie judiciaire, ont pens que le Zodiaque avait un mouvement par lequel il s'avanait de 8, et ensuite rtrogradait de la mme quantit, et que ce mouvement tait d'un degr en quatre-vingts ans.
ont galement pour bases les lieux du Soleil.
toiles fixes et
Il

Ils

ont

fait

sur cela un calcul d o l'on conclut quelquefois quatre


;

degrs en plus ou en moins


ils

et

il

faudrait,

si

la

chose

tait

comme

la

supposent, que les toiles fixes parussent tantt immobiles,


rtrogrades.
tat

et tantt
o

maintenant de dcider une nous avions une eUe le pareille question observation <1<" Soleil faite dans l'intervalle de Ptolme a nous, et assez loigne de notre temps si vous en trouvez une dans les
;

Nous De sommes pas en

serait parfaitement si

I.

Ibn
i

Ioum^. Le livre de lu table J/akemite (Aotices

et

extraits,

t.

II,

pp.

i/\-i iH).

240

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

auteurs grecs, qui soit indubitablement postrieure Ptolme, je

que je puisse porter sur cela un jugement certain. J'ajouterai que si ce point et t dcid, j'en aurais trait ici mais il est encore obscur et ressemble beaucoup une simple conjecture or ce livre ne peut admettre, et je ne veux moi-mme adopter rien qui ne soit assur et hors de doute. Ce que j'ai dit au sujet des quantits que j'ajoute au calcul de Ptolme, je ne l'ai communiqu qui que ce soit, quoique plusieurs personnes me l'aient demand, parce que ces quantits ne sont pas appuyes sur des bases solides, mais ont pour objet de reprsenter l'tat actuel des choses jusqu' ce qu'un nouveau lui succde. J'ai marqu cela sur quelques feuilles que j'ai jointes ce livre, et je dsire que vous m'en accusiez rcepvous prie de
la faire connatre, afin
;

me

tion.

Ces quelques feuilles sont-elles l'opuscule sur le mouvement de la huitime sphre qui est venu jusqu' nous sous le nom de Thbit ben Kourrah ? Thbit, prenant en sa thorie plus de confiance qu'il n'en marquait son correspondant, l'a-t-il livre luimme la publicit? Ishac ben Honein, qui survcut Thbit u aprs la mort de l'auteur ? Autant de l'a-t-il fait connaitre
questions

auxquelles
.

aucun

document

ne

nous

fournit

de

rponse

Sans chercher rsoudre des problmes insolubles, parcourons rapidement le De motu octav spher. Cet crit n'a jamais t imprim 3 mais les exemplaires manuscrits en sont extrmement rpandus.
;

i. Ishac ben Honein est mort en novembre 910 ou 911 (Cf. Wstenfeld, Op. laud., p. 29). 2. Delambre (Histoire de l'Astronomie du Moyen-ge, p. 82), aprs avoir rappel que, selon le De motu octav spher, la tte du Blier et la tte de la Balance dcrivent autour de deux centres fixes deux petits cercles dont le rayon vaut 4 18' 43", ajoute Ce qui prouve que cette dtermination [donne par Thbit dans son opuscule] est postrieure sa lettre, c'est qu'il ne parlait d'abord que de 4 en gros, et que dans son trait, il dit 4 i"8' 43". ce qui annonce un travail plus soign. Mais dans la lettre adresse Ishac ben Honein, le nombre 4 n'a nullement trait au rayon commun des petits cercles que les ttes du Blier et de la Balance dcrivent selon la thorie de Thbit il a trait aux carts entre les diverses dterminations de l'accs et du recs proposes avant Thbit. 3. Vers 1480, selon Houzeau et Lancaster il en aurait t donn une dition qui ne porte ni nom d'auteur ni indication typographique d'aucune sorte Houzeau et Lancaster, Bibliographie gnrale de l'Astronomie, t. I. (Cf. p. 46). Mais M. Nallino a reconnu que l'opuscule mentionn par les deux auteurs belges n'avait rien de commun avec le De motu octav spher attribu Thbit ben Kourrah cet opuscule fait suite, dans l'dition donne Bologne en i48o, la Theorica planetarum de Grard de Crmone M. Nallino est port l'attribuer au mme auteur (Al Battani Opus astronomicum,
:

d. Nallino,

1. 1,

p.

XXXVI).

LA PRCESSION DES QUINOXES

241
le

Thbit considre, tout d'abord, une sphre sans astre, ment, qu'anime le seul mouvement diurne
;

firma-

de cette sphre (fig. .16), Tquateur EE', et un second plan, invariablement li cette sphre ce dernier plan trace, sur la sphre, Vcliptique fixe, se' Tcliptique fixe coupe l'quateur en deux points a, (3 qu'on pourra
;
;

mne, par le centre G un premier plan qui la coupe selon


il

nommer

les points

fixe et la tte

tique fixe fait

qninoxiaux fixes ou encore la tte du Blier de la Balance fixe. L'angle que le plan de l'clipavec le plan de l'quateur a pour valeur 23 30'.

Fig. 16

Au-dessous de cette sphre, de ce firmament, qu'anime le seul mouvement diurne, se trouve une seconde sphre,, la sphre des cette sphre est signes, laquelle sont lies les toiles fixes
;

entrane par le
le

mouvement de

la

premire

mais, en outre, elle


qu'il s'agit

meut, par rapport la premire, d'un mouvement

d'tudier.

Ce mouvement est dtermin par celui d'un plan men par le centre C de la iphre des signes, et invariablement li cette
iphre.

Ce plan

coupe

la

iphre suprme suivant un grand


c, A,

cercle

variable t qui est Vcliptique mobile. Sur ce cercle, soni marqus quatre points a,

d, qui sont Les

extrmits de deux diamtres rectangulaires; ces points sont invaoi

au*.

i.

il

242
riablement
lis

la cosmologie hellnique

aux constellations des toiles fixes les deux points a et b, diamtralement opposs, sont la tte du Blier mobile et la tte de la Balance mobile les deux points c et d sont la tte du Cancer mobile et la tte du Capricorne mobile, La tte a du Blier mobile dcrit, dans le firmament, d'un mouvement uniforme, un cercle qui a pour centre le point quinoxial fixe a et dont le diamtre est de 8 37' 26" la tte b de la Balance mobile dcrit un cercle gal qui a pour centre le point (3. Quant la tte du Capricorne et la tte du Cancer elles
;

demeurent toujours sur l'cliptique fixe sans la quitter, elles ont, sur ce cercle, un mouvement de va-et-vient dont Thbit analyse sommairement les principales particularits. Ds maintenant, nous pouvons reconnatre que le mouvement de
;

par rapport l'cliptique mobile est dfini par Thbit exactement comme l'est, selon Ptolme, le mouvement du plan de l'picycle de chacune des plantes suprieures par rapport au plan de l'excentrique de la mme plante ou plutt, le mouvement considr par l'Astronome sabian est un cas particulirement simple du mouvement propos par YAlmageste ; la tte du Blier et la tte de la Balance tournent d'un mouvement uniforme sur leurs trajectoires circulaires l'extrmit prige et l'extrmit apoge du diamtre de l'picycle se mouvaient, sur
l'cliptique fixe
;

leurs petits cercles, suivant une loi plus complique, semblable


celle qui rgit le

trique

le

mouvement du centre de l'picycle sur l'excenmouvement uniforme, plus simple que le mouvement
est

en question, en
Ici

un cas

particulier.

donc,

comme en mainte

autre circonstance, la Science arabe


;

pense hellne lui fournit le principe de la thorie dont elle dveloppe les consquences. Ces consquences, l'auteur du De motte octav sphr les marque nettement et compltement. L'quinoxc a lieu lorsque la position du Soleil sur la sphre
se d'originalit
la

montre dnue

mobile coupe le cercle quatorial. Ces deux points A, B sont les points quinoxiaux
concide avec l'un des points A,
mobiles.
l'cliptique

B o

Lorsqu'en ses oscillations, l'cliptique mobile vient concider avec Fcliptique fixe, les points quinoxiaux mobiles concident
avec les points quinoxiaux fixes
ci
;

les points quinoxiaux

mobiles

concident avec les ttes du Blier et de la Balance lorsque celles-

passent aux intersections de leurs trajectoires circulaires avec


i.

Thabit

be.n

Kourrah, Op. laud., Cap.

II

Sequitur designatio motus

octavae sphaeras in figura.

LA PRCESSION DES QUINOXES

243

l'quateur

mais, en gnral, le point vernal mobile


;

ne concide

pas avec la tte a du Blier mobile il oscille, sur Pcliptique mobile, de part et d'autre de ce point a il accomplit une oscil;

lation double prcisment

dans le temps que la tte a du Blier mobile accomplit sa rvolution autour du point vernal fixe a. \ Le point automnal mobile B oscille de mme, sur l'cliptique mobile, de part et d'autre de la tte /; de la Balance fixe. La plus grande longation qui puisse exister entre l'une des intersections de Lcliptique mobile avec l'quateur, et la tte soit du Blier, soit de la Balance, est de 10 45' vers le Nord, et autant
vers le Sud.

On

retrouve ainsi le

mouvement

d'accs et de recs des points

quinoxiaux que les anciens astrologues avaient propos.


Mais les anciens astrologues croyaient que chacun des deux mouvements opposs d'accs et de recs se produisait avec une

uniforme c'tait une hypothse inadmissible qui ne se retrouve nullement dans le systme de Thbit ben Kourrah. Il arrive, en effet, que le mouvement en question est tantt lent et tantt rapide. Lorsque la tte du Blier se trouve [sur le petit cercle], 90 de l'intersection avec l'quateur, soit au Nord, soit au Midi, la phase de variation lente est atteinte lorsqu'au contraire la tte du Blier est proche d'une intersection du petit cercle avec l'quateur, on atteint la phase de mouvement rapide. Cela est conforme ce qui a t constat par les observavitesse
;

teurs.

que Ptolme a trouv que les toiles fixes tournaient d'un degr en cent ans... Il a estim que les toiles se mouvaient d'un mouvement continu selon l'ordre des signes et, conformment Lavis d'Abrachis (Hipparque), il diminua la dure de l'anne de prs d'un jour en 800 ans. Postrieurement, les observateurs ont trouv que les toiles lixrs parcouraient un degr en 66 ans. En effet, Abrachis et Ptolme ont observ alors que La tte du Blier se trouvait dans L'hmisphre mridional et non loin de sa position la plus australe, en sorte que la variation s,- produisait

C'est

pour

cette raison

avec lenteur.

le

Aprs Ptolme, la tte du Blier s'approcha <! l'quateur et coupa pour passer dans L'hmisphre nord. Alors, elle Be mut
pourquoi Al Battani a prouv des hsitations au ^u
j>t

rapidement...
C'est

de

i.

Thawit ben Kourrah, Op. taud, Cap.

I.

244
ce

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
et

pourquoi il a dit Je vois que cette variation ne procde pas suivant une vitesse uniforme elle est tantt lente et tantt rapide s'il y a donc un mouvement que nous ignorons et que nous ne saisissons pas que celui qui viendra aprs nous rpte les observations et les vrifications, comme nous avons fait nous-mme. La thorie de hbit ben Kourrah semble expliquer d'une manire aise et heureuse les variations des astronomes au sujet de la grandeur de la prcession elle explique galement une autre variation non moins remarquable, la valeur de plus en plus faible que les observateurs ont attribue l'obliquit de rclip: ;

phnomne,

tique.

Par Teliet de ce mouvement, il se produit une variation dans la dclivit de l'clip tique mobile mesure par rapport l'quateur. La dclivit maximum correspond au point de l'cliptique mobile qui se trouve 90 des intersections de ce cercle avec

Fquateur...

Le lieu de l'cliptique fixe qui est le plus loign de l'quateur en est distant, par hypothse, de 23 30'. Lorsque l'cliptique mobile prsente cette inclinaison, ses intersections avec l'qua

teur ne concident pas avec les ttes du Blier et de la Balance

Le point de l'cliptique mobile qui est le plus distant de Fquateur se trouve certain degr, dans le Cancer ou dans les Gmeaux, selon que la tte du Blier se trouve au nord ou au sud

[de l'cliptique fixe].

Cette obliquit de l'cliptique mobile est donc plus grande que

l'obliquit

de

cliptique lixe
1
;

sa valeur est 24 selon la tradition

Ptolme l'a trouve gale 23 51' et, au temps d Al Mamoun, les astronomes l'ont value 23 33'. Le mouvement considr est conu de telle sorte qu'il faut qu'il en soit ainsi. Figuratif?' autem motus oportere illud^.
reue des Indiens
i. Peut-tre les Indiens avaient ils simplement emprunt cette valeur aux Grecs selon Kudme, c'est celle qu'admettaient les astronomes grecs de son temps (Theonis Smyrnaei Liber de Astronomia, cap. XL; d. Th. H.. Mar;

tin, pp. 324-325; d. J. Dupuis, pp. '620-621 ;. 2. JJelambre, qui semble anim d'une vritable

indignation contre

le

malheureux systme de la trpidation imagin par Thbit, a crit, en rsumant le De motu octau sphr La plus grande dclinaison est de 24 suivant ce qu'on nous a rapport des Indiens; elle n'est que de 23 5i' suivant Ptolme, et les observateurs de Maimon ne l'ont trouve que de 23 33'; mais Thbith n'en conclut pas formellement une variation de l'obliquit, quoique cette variation soit une consquence ncessaire de son hypothse il n'en dit mot, et peut-tre n'en a-t-il pas eu la moindre ide. (Delambre, Histoire de l'Astronomie du Moyen-ge, p. 74). Ce jugement erron, et qui suppose une
:

lecture singulirement superficielle, a t reproduit par Th. H. Martin (Tu. H. Martin, Mmoire sur cette question La jtrcession des quinoxes (i-t-flte *'(<> connue... avant Hipparque? Chapilre Vj.
:

LA PRCESSION DES QUINOXES


D'ailleurs, ce

245
orbes de tous les
;

mouvement

est

commun aux

dans l'orbe des signes l'orbe des toiles fixes, qui est l'orbe des figures et des signes, ne possde pas seul ce mouvement ce mouvement d'accs et de recs est comastres errants qui sont contenus
;

mun

tout ce qui se trouve sous l'orbe des signes

du soleil, les auges ou apoges des excentriques plantaires suivent exactement le mouvement des toiles fixes l'Astronome sabian ne parat point souponner qu'il faille attribuer aux absides du Soleil un mouvement propre par
Ainsi, selon Thabit, l'apoge
;

Al Battani avaient, avant lui, partag cette opinion errone. Ibn Iounis Ta galement adopte aprs lui.- Dans un passage du huitime chapitre del Table Hakmite, chapitre que Gaussin avait laiss de ct, mais que Sdillot l'astronome d'Hakem ne a traduit, et que Delambre a analys donne aux apoges et aux nuds que le mouvement commun d'un degr en 70 ans, ou plus exactement de 51" 14" 43 ,v 59 v en 365 jours . En analysant l'opuscule de Thabit ben Kourrah, nous n'avons pas dit un mot, jusqu'ici, du temps que la tte du Blier et la tte de la Balance emploient dcrire les petits cercles sur lesquels elles se meuvent. Il est assez remarquable, en effet, qu'il ne se trouve aucune mention de ce temps dans le corps mme du De motu octav sphatr. Cette indication est seulement contenue dans les tables d'accs et de recs qui terminent ce petit trait. Ces tables sont construites les unes au moyen de l'anne arabe, les autres au moyen de l'anne chrtienne. Ces dernires nous enseignent que la tte du Blier et la tte de la Balance accomplissent chacune leur rvolution en 4.171 ans et demi. Les tables o se trouvent cette indication font parfois dfaut dans les manuscrits 5 on s'explique ainsi que certains des astronomes de la Chrtient latine, qui ont expos le systme de la trpidation, soient demeurs muets sur la dure de ce mouvement. C'est ce que nous aurons occasion de constater lorsque nous analyserons, dans un prochain chapitre, les traits du calendrier de Robert Grosse-Teste et de Campanus de Novare. Comment Thabit a-t-il obtenu cette valeur de 4.171 ans ef demi,
et
1
,
;

rapport aux toiles. Al Fergani

qu'il attribue la

ne nous le dit conduit a donnera lcliptique


i.
?..

dure totale du mouvement de trpidation? (1 pas. Il no nous dit pai davantage comment il a t
fixe

une inclinaison de
)foyer*-Aoe,
p. o8.

28 30', an\

Dblamme, Hitto
l'.-ir

rc

<lr

r Astronomie du

exemple, dans

le

m. o 7333 du fonds

latin

de

If

Bibliothque

DMfioDnle.

246

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

trajectoires circulaires de la tte

du

Blier et de la tte de la

En indiquant avec cette minunumriques des trois lments du mouvement de trpidation, l'auteur nous laisse supposer qu'il les dduit d'observations nombreuses et soignes. Or, ces observations, la discussion dont elles ont d tre l'objet, il ne fait pas la moindre allusion. Il nous prsente une thorie arrte dans ses moindres dtails, et ne nous laisse rien deviner des ttonnements par lesquels il est parvenu la construire. C'est un des caractres mystrieux qu'offre le Liber de motu octaves sphrse
Balance un diamtre de
8 37' 26".

tieuse prcision les valeurs

ce n'est pas le seul.

IX
al zarkali et les Tables de Tolde

Une

autre tranget du Liber de


:

motu

octavae sphrse

nous con-

duit nous poser cette question

Cet crit est-il de Thbit ben

Kourrah
Il

peut paratre singulier que nous hsitions attribuer cet opuscule l'Astronome sabian, alors que tous les manuscrits de
la traduction latine le

donnent comme de lui. Mais ce tmoignage unique, car tous ces manuscrits sont vraisemblablement des copies
d'un

mme

original, vaut-il contre le silence et, surtout, contre le

tmoignage formel de plusieurs auteurs arabes ? Dans ceux de ses crits astronomiques qui ont t mis en latin, Thbit ne fait aucune allusion son livre du mouvement de la huitime sphre ni, d'une manire plus gnrale, au mouvement de trpidation. Sans doute, la lettre adresse Ishac ben Honein, qu'Ibn Iounis nous a conserve, tmoigne que Thbit ben Kourrah s'tait occup du problme du mouvement des toiles fixes et qu'il avait tent une solution de ce problme. Mais en quoi consistait cette solution ? Nous n'en savons rien, si ce n'est qu'elle n'tait pas identique celle des anciens astrologues mentionns par Thon
d'Alexandrie.

donc prouver que le Liber de motu octavse sphrse est bien de Thbit ben Kourrah, on ne saurait, en tous cas, invoquer le propre tmoignage de Thbit. Il ne semble pas qu'on puisse davantage appeler comme tmoin aucun autre astronome de l'Islam.
Si l'on

voulait

LA PRKCESS10N DES QUINOXES

247

Ibn Iounis, qui nous a conserv la lettre adresse par Thbit

ben Kourrah Ishac ben Honein, ne dit pas un mot du mouvement de trpidation dcrit par le De motu octav sphr liber, bien que la discussion de ce mouvement part importante l'omission est d'autant plus frapl'objet de la Table Hakmile pante que la mme Table Hakmite cite, plusieurs reprises, le
;

Trait de l'anne solaire de Thbit.

Albyrouny nous donne, au sujet de ce Trait de Tanne solaire, une prcieuse indication. Uftd Aboul-Reihn Mohammed ben Ahmed Zein ed-Din al Birouni qui mourut en 1039, a laiss, parmi ses nombreux ouvrages, une Chronologie des peuples de T Orient cette Chronologie nous apprend qu'en une discussion sur la longueur de l'anne tropique, Hamzah ben al Hhasan al Isfahani, qui crivait Bagdad au x e sicle de notre re, invoquait, l'appui de son opinion, un trait Sur Tanne solaire de l'un des Trois frres, de Mohammed ben Mousa ben Shakir Albyrouny ajoute Le livre que Hamzah citait est le livre qu'on attribue Thbit ben Kourrah Thbit, en effet, tait lve de cette famille [des trois fils de Mousa ben Shakir] ce qui se peut lire en ce livre, il Fa tir des enseignements de cette famille... L'objet de ce livre est de prouver l'ingalit et la diffrence qui affectent les annes solaires par suite du mouvement de l'apoge cause de cela, pour dterminer le moyen mouvement du Soleil en une de ces annes solaires, il et fallu que les rvolutions eussent des dures gales et que les mouvements fussent proportionnels aux temps employs les accomplir mais les seules rvolutions qui ont paru Thbit garder une dure constante, ce sont les rvolutions sur l'excentrique, comptes depuis le passage en un point donn de l'excentrique jusqu'au retour au mme point... Mais ce n'est pas cette dure l qu'on nomme anne solaire... .

Si

Thbit regardait
qu'il

comme

constante l'anne

anomalistique,
c'est

tandis qu'il attribuait l'anne tropique

une dure variable,

assurment
quinoxes
telle

n'admettait pas
1

la

thorie de la prcession des


et Ptolnv
;

que avaient formule Hipparque que l'avaient admise AI Fergani et Al Bat ta ni


telle

c'est,

vrai-

semblablement, qu'il substituait au mouvement continu et uniforme des points quinoziaUX, suppos par ces astronomes, un
oriental ischer Vlker berauagegeben von The Chronology oj (ne oriental 1876-1878, p. 5a nations, an englisch venton oj thr arabic texi of the Athar*ul*Bakiya oj [Link] m. translated with notea bj Ed Sacbau, London, 1*711, pp. 61
i

\i.i'.i

n
;

Chronologie

Ed

Sacbau

\.<

tipzig,

248

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
alternatif d'accs et de

mouvement

recs. Mais ce

mouvement

d'accs et de recs, reu par Thbit

de l'anne solaire,

tait-il

ben Kourrah dans son Trait identique celui que dcrit le Livre du
sphre! Rien, dans les propos d'Alby-

mouvement de

la huitime

rouny, ne nous permet de l'affirmer.

Un

autre passage d'Albyrouny nous montre que le

mouvement
;

d'accs et de recs tait enseign par certains astronomes, succes-

seurs immdiats de Thbit, et qui avaient d subir son influence

mais ce passage d'Albyrouny nous induirait croire que ces astronomes n'admettaient pas le systme de trpidation expos par le Liber de motu octav sphr qu'ils admettaient un accs et un recs des points quinoxiaux, cet accs et ce recs ayant l'un et l'autre une amplitude de 8, comme au systme des anciens astrologues cits par Thon d'Alexandrie. En effet, aprs avoir rappel en quel point les astronomes chaldens faisaient commencer Tanne tropique, Albyrouny
;

ajoute

Cette quantit de 8 avait t choisie par eux parce qu'ils

pensaient

que

cette

diffrence provient

du mouvement

alter-

nativement direct
l'amplitude

et rtrograde

de la sphre, mouvement dont


L'explication la meilleure et la
se

plus

maximum est de 8... commode de ce mouvement


Soleil, qu'a

trouve au Zg as-Safd' ih

dont l'auteur est Abo Ga' far

al Khzin, et

au livre sur les mou-

compos Ibrhm ben Sinn. Or Abo Ga' far al Khzin est mort entre les annes 961 et 971 aprs J.-C, et Ibrhm ben Sinn, mort l'ge de 38 ans, en aot 946, tait le propre neveu de Thbit ben Kourrah.
D'autres astronomes encore, plus exactement contemporains de

vements du

mouvement de trpidation. Au tmoignage dTbn al Kifti l'astronome Ibn al Adami avait compos un trait qui fut publi aprs sa mort, en 920, par un de ses disciples. Dans ce trait, il dterminait le mouvement des astres selon la mthode du livre as-Sindhind il disait, au sujet du mouThbit, ont crit des traits sur le
2
,

vement d'accs et de recs de la sphre cleste, certaines choses que personne n'avait exposes avant lui. Ce qu'on entendait conter l'endroit de ce mouvement avant l'apparition du livre en question ne pouvait tre ni compris ni rduit une rgle fixe mais lorsque ce livre eut t publi, on put comprendre la forme de ce mouvement vagabond ce fut la cause qui amena un grand
;
;

i.

Albyrouny, Op. laad., texte arabe, pp. 322, verso

traduction anglaise,

pp. 325-326.
*>.

Al

[Link],

Opus nsfrnnomirum,

t.

I,

p. 3o3 (Note de

M. Nallino).

LA PRCSSION DES QUINOXES

49

nombre d'astronomes
al Andalousi,

tudier cette doctrine. Said

ben al-Hhasan
dclaration
:

juge de Tolde [mort en 1070] Lorsque j'eus achev la lecture de ce livre,

fait cette
il

m'apparut, au sujet

de ce mouvement, des vrits qui n'ont, je pense, apparu jusqu'ici en cet crit, j'ai dcouvert les principes que j'ai personne
;

exposs dans un livre intitul


toiles .

Correction des mouvements des

Or, ce livre as-Sindhind, dont Ibn al


l'imitation

Adami
;

s'tait

inspir,

de bon nombre d'auteurs arabes, n'tait autre que le trait indien Souri/a-Siddhdnta et ce trait adoptait une thorie de l'accs et du recs analogue celle qu'avaient

d'Habasch

et

mentionns par Thon d'Alexandrie seulement, l'amplitude de l'oscillation tait porte de 8 54, et la vitesse qui lui tait attribue atteignait peu prs 1 en 67 ans. C'est donc ce systme, prsent par un contemporain de Thbit ben Kourrah, qui tait lou par ses successeurs comme la thorie la plus parfaite du mouvement de trpidation qu'on et encore donne loge bien singulier de la part de ces astronomes, s'ils eussent connu le Liber de motu oclav sphrw ! Les renseignements concordants que nous fournissent Ibn lounis, Albyrouny, Ibn al Kifti, nous permettent donc d'affirmer que Thbit ben Kourrah et ses successeurs immdiats avaient admis l'hypothse de l'accs et du recs et en avaient tir des consquences relatives la dure de l'anne mais ils ne nous autorisent nullement affirmer que le systme de trpidation adopt par ces astronomes ft celui qui est expos au Liber de motu octav sphr.
expose les
;

anciens astrologues

Nous allons entendre bientt divers auteurs musulmans ou juifs nous affirmer, de la manire la plus catgorique, que ce dernier
systme a t imagin par Al Zarkali. Ibrahim ben Iahia al Nakkach abou Ishac, surnomm Ibn al Zarkali al Andalousi, est dsign, dans les crits astronomiques du Moyen Age, par les noms d'Azarchele, Arzachele, al Zarcala, etc.
*.

Le

titre

al Andalousi, que lui donnent certains

manu-

Mmoire sur cette question Iji prcession drs cjuinoxe* avant llipparque ? Ch. VI, 5. 2. Sur Al Zarkali, voir Vile di maternt ici arahi tratti <Ia un'opera irwdita di BmuadimO Baldi, con note di M. Stkinschnbideh, art XI Arcahrl (litillrttn dt Bibliografia p di Stori di'He Scirncr mafrma/ichc e fsicJir, DilbblicttO fia II lioNCOMfAfiM, t. V. 187/, ||). f>o8 F)2/j) M SntlttCNNBtDKII, FJuttrs sur Zarkali, astronome arabe du Xfa ticle, ei etouoragee (Bulletino.. pubblicato XIV. 1881, pn 171.181 dt B. Boxcoiipaoni, "\vi, i883, pp. fo3-5*7 XVII, ,884, Pp. 7 r r>-7'/ t. aVIII, i885. pp. 343-So t. \\. iHH 7< l.
i.

Th. H. Martin,

a-/-elte t connue...

>

pp.

\-'M\ ef

pp. .'yS-fm/,).

250
scrits,

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

nous apprend qu'il tait andalou ou qu'il vcut en Andalousie. Aboul Hhassan nous apprend qu'il observait Tolde en 1061 il nous cite une autre observation faite par lui en 1080 l'poque de son activit scientifique nous est donc connue avec une assez grande prcision. Quelles furent exactement les doctrines d'Al Zarkali sur le mouvement des toiles fixes ? Nous les trouverions, sans doute, dans
!
;

l'ouvrage intitul
serve
2

Trait sur le

mouvement des
;

toiles fixes, qu'il

avait compos., et dont la Bibliothque Nationale de Paris con-

une traduction en hbreu cette traduction fut faite, durant la premire moiti du xiv e sicle, par un juif de Marseille, nomm Samuel ben Jhuda, et surnomm Rabbi Miles. La lecture de ce trait nous tant inaccessible, nous sommes rduits demander aux Tables de Tolde ce qu'Ai Zarkali enseignait touchant le mouvement lent de la sphre toile. Rien ne prouve que les Tables de Tolde soient d'Al Zarkali 3 nul manuscrit de ces tables ne le dsigne comme en tant Fauteur il est seulement nomm dans les Canons qui prcdent ces tables, et que tout concourt faire regarder comme son uvre. Sur les principes poss par Al Zarkali et que dveloppent ces Canons, les Tables de Tolde auraient t dresses par un groupe de savants arabes et juifs, encourags par le kadi Sd ben Sd. Au sujet de la confection de ces tables, nous avons rencontr un renseignement qu'il nous faut reproduire ici, bien que nous n'en connaissions pas l'origine et que nous ne puissions, par consquent, en contrler l'exactitude. Le ms. n 7281 (fonds latin) de la Bibliothque Nationale est un le recueil d'crits astronomiques qui furent runis au xv e sicle copiste, qui tait srement un astronome curieux du pass de sa propre science, a enrichi plusieurs des pices qu'il transcrivait en y joignant des remarques intressantes. C'est ainsi qu' l'un des crits contenus en ce recueil, aux Canones tabularum astronomie
;

Azarchelis, est jointe la note suivante

u
:

Ces tables ont t composes par Abensahet (Sd ben Sd) juge (kadi) du roi Mamoun (Al Mamoun Yahy) Tolde. Arzahel, et d'autres avec lui, taient disciples de ce juge
i.
;

mais Arza-

Supplment au Trait des instruments astronomiques des Arabes, par Am. Sdillot, Paris, i844 P- 3o. Cf 2. Bibliothque nationale, fonds hbreu, ms. n io36 Steinschneider, tudes sur Zarkali (Bulletino... da B. Boncompagni, t. XX, 1887, P- 3). 3. Cf. Delambre, Histoire de l'Astronomie du Moyen-ge, p. 176 Steinschneider, tudes sur Zarkali (Bulletino... da B. Boncompagni, t. XX, 1887,
L.
\

4-

Bibliothque nationale, fonds latin, ms.

n<>

7281, fol. 3o, ro.

LA PRCESSION DES QUINOXES

251

chel tait prpos aux instruments et dirigeait les observations.

Lorsque Arzachel

ledit roi

eut t chass de Tolde par les Chrtiens,


;

alla
;

Cordoue
il

l,

il

imagina
lui, vint

et

excuta de nouvelles

observations

l aussi,

composa un
Aprs

trait sur le

mouvement du
;

Alcamet, qui fut disciple d'Arzachel et, aussi, disciple de Messala (Masciallah) a cet Alcamet composa les tables persanes et les quatre premires tables. Aprs lui, Albubalet de Cordoue, qui fit ses observations
Soleil et des toiles fixes.

Murcie, acheva ces tables et y ajouta les tables des conjonctions


solaires.

de la composition des Tables de Tolde, il semble, en tous cas, que ces tables nous prsentent un reflet fidle des doctrines astronomiques professes par Al Zarsoit l'histoire exacte

Quelle que

kali.

emprunt Thbit ben Kourrah le systme de trpidation qu'il adopte ? Nous allons entendre des auteurs musulmans, qui ont crit moins d'un sicle aprs Al Zarkali, nous affirmer de la manire la plus formelle qu'il a imagin le
Al Zarkali
a-t-il

premier ce systme. Si nous voulons admettre leur tmoignage, et aucun tmoignage en sens contraire ne nous autorise le rcuser, il nous faudra bien admettre galement que le Liber de moht octavx spfirai n'est point de Thbit, qu'il est d'Al Zarkali ou de quelqu'un de ses disciples. V oici le premier et le plus dtaill de ces tmoignages il
r
;

mane d'un auteur particulirement comptent, d'Al


3
,
:

Bitrogi.

Ds l'introduction de sa Thorie des plantes Al Bitrogi nomme Al Zarkali Tous les modernes, dit-il, ont suivi Ptolme, aucun n'a combattu ses affirmations, si ce n'est le clbre Alzarcala au sujet du mouvement de l'orbe des toiles fixes, et le fils d'Aflah de Sville propos de l'ordre des orbes du Soleil, de Vnus et de Mercure .
L o
la

version de Calo Calonymos donne le


4
:

nom
:

abrg

Alzarcala, la version de Michel Scot

Abu Isac Abrahim donne Kuewah winolus Zarques , mots o Ton reconnat Abou Ishac Ibrahim ben lahia cognominatus Zarkala. La version hbraque

i.

Ce

n'est pas AI
il

Mamouo Yahy
Yahy

(101-107J

<jui fui

chass

<!<
(1

Tolde par
81);

Alphonse VI;
lui-ci

eut
la

pour Buccesseur Alcadir-Billahou Hacha m


<jui,

chrtiens enlevrent son tu me. Noire annotateur commis une confusion entre les deux Yahy 2. Il y ici une erreur manifeste; Masciallafa vivait en la premire moiti
les

en

ioHj,

du

ix'

sicle.
A

U.PSTRA011 Arum Theorica planetarum 4- Joi ioain, Recherche critiques suc l'ge uArietotCt p 5o8,

toi.

et

1, recto, l'origine de* traductions lutines

252
faite

LA COSMOLOGIE [Link]

en 1259 par Ibn Tibbon donne la suite complte et correcte


*.

de ces noms

Aprs avoir rappel quel tait, selon Ptolme, le mouvement des toiles fixes, Al Bitrogi poursuit en ces termes i Le docteur Avoashac Alzarcala, qui lui a succd, a suppos dans son mouvement d'accs et de recs, que ce mouvement ne se produisait pas toujours suivant l'ordre des signes, comme Ptolme l'avait cru. A l'aide des observations de Ptolme, qui vcut avant lui et qui prtendait que ce mouvement procdait toujours selon l'ordre des signes, des observations des astronomes venus aprs Ptolme, enfin, de ses propres observations, il a affirm que ce mouvement tantt procde suivant l'ordre des signes, et tantt rtrocde, distinct alors du mouvement de l'Univers et marchant contre l'ordre
:

des signes.

Il

fait

reposer ce

mouvement sur certainesJiypothses

et sur certains principes

lme a fait d'entre eux mais ces hypothses et ces principes sont fort loigns de la vrit, et, coup sr, tous ces principes sont imagi;

analogues aux principes sur lesquels Ptoreposer la thorie des astres errants ou de plusieurs

naires, bien qu'ils invoquent des cercles qui se

meuvent

et

qui

sont

mus

et,

vrai dire, ce ne sont pas des principes auxquels

donner son adhsion. De ce qu'Alzarcala a dit de l'accs et du recs de l'orbe des toiles fixes, nous avons dj fait mention prcdemment cela se trouve consign dans certaines tables composes par ceux qui s'occupent de la science des astres mais comme c'est un mouvement imaginaire et non point un mouvement vrai et exact, ceux qui sont venus depuis n'en ont plus parl, et leur silence a engendr une controverse relative aux positions
il faille
;

des toiles

fixes.

La version hbraque, plus complte que la version latine de Calo Galonymos, aprs avoir donn mention, comme il est fait au dbut du prcdent passage, du livre sur le mouvement d'accs et de recs compos par Al Zarkali , ajoute Les astronomes qui sont venus aprs lui ont dress des tables relatives ce mouvement ils ont aussi dress des tables pour la variation d'inclinaison du cercle solaire et pour tout ce que ce mouvement
: ;

exige...

i. Vite di matematici Arabi traite da un'opera inedita di Bernardino Baldi con notedi M. Steinschneider. XI. Arzahele. Note 8 (Bulletino. , pubblicato da B. BoNCOMPAGNi,t. V, 1872, p. 5i3). 2. Alpetragii Arabi Theorica planetarum, fol 6, verso. M. Steinschneider {loc. cit. y p. 5i2) a lucid certains passages fautifs de la version de Calo Calonymos en les comparant la version hbraque.

L PRCESSION DES QUliNOXES

253

Une troisime

fois,

Al Bitrogi parle
dit-il,

',

peu prs dans les

mmes
:

termes, des travaux d'Al Zarkali sur la trpidation des toiles

Avoashac Alzarcala,
les
il

ayant considr ces divers mouve-

ments, s'effora de
avait sembl, et

runir [en un systme], selon ce qui lui

en composa une thorie et un compui, bienqifil n'ait pas connu vraiment et parfaitement le mouvement des toiles, savoir que les ples de l'orbe des toiles fixes se meuvent sur des cercles parallles l'quateur, de telle sorte que le mouvement des toiles suive le mouvement de ces deux ples. Dans tout ce qu'Ai Bitrogi nous dit des travaux d'Al Zarkali touchant le mouvement des toiles, il ne fait aucune mention des recherches de Thbit ben Kourrah, comme si celui-ci n'et pris aucune part la thorie de la trpidation qu'adoptent les Tables de Tolde, et que celui-l en ft le principal inventeur. Cette impression est bien celle que la lecture d'Al Bitrogi a fait prouver Delambre 2 bien qu'il ne sache s'il doit reconnatre Arzachel , c'est--dire Al Zarkali, dans cet Avoashac Alzarcala , il se demande s'il faut lui attribuer la premire ide de la trpidation tablie avec plus de dtail par Thbit, qui pourtant parait ne pas y croire. D'ailleurs, peut-on douter qu'Ai Bitrogi ne regarde Al Zarkali comme l'inventeur du mouvement d'accs et de recs admis par l'Astronomie de son temps, lorsqu'il le dsigne
;

comme
Si

le

seul des

modernes qui
?

ait os,

sur ce point, contredire

l'autorit

de Ptolme

nous runissons les renseignements divers que nous donne Al Bitrogi, nous voyons qu'Ai Zarkali a crit un livre sur le mouvement d'accs et de recs que ce livre se compose d'une thorie enlin que les astronomes qui sont venus aprs lui et d'un compui ont dress des tables o sont calcules d'avance les consquences
; ;

lr

ce

mouvement

et,

particulirement, les variations de l'obliquit


est ici question,

de rclip tique.

Au nombre
doute compter

des tables dont


le

il

il

faut sans
le

aucun

Tables de Tolde. Mais dans ce trait sur

mou-

de recs, qui compose d'une thorie et d'un computi comment ne pas reconnatre, clairement dsign, Le Liber de motu uclavm tphserae ? Il semble donc vident qu' tort

vement d'accs

et

ou

raison, Al

Bitrogi attribue cet crit Al

Zarkali,

<

nulle-

ment

Th&bit ben Kourrab.

fol. ta, recto Leti mots El \ [Link] Aon Aiiahi Planetarum theorica t i. * compotuit de hi theoricam tt computum doivent ir<- placi immdiatemeol lurf. ut ibl nsum '.s/, RVAOl I' mot nprr du l'Aetromomie Moyen-Age, Mtoire de y. 1, Delambas,
,

254

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

Averros, contemporain et condisciple d'Al Bitrogi, partageait

vraisemblablement cette opinion on s'explique ainsi qu' propos de la thorie de l'accs et du recs, il cite Al Zarkali, tandis qu'il ne prononce pas le nom de Thbit. Ptolme, dit-il a pens que l'orbe des signes est anim, en outre du mouvement diurne, d'un mouvement trs lent, qui accomplit sa rvolution en trente-six mille ans. Quelques autres se sont imagins que ce mouvement tait un mouvement alternatif d'avance et de retard tel ce personnage surnomm Alzarcala, qui fut de notre pays, c'est--dire d'Andatels aussi ceux qui l'ont suivi ils ont compos une cerlousie taine Astronomie qui a ce mouvement pour consquence. Dans un autre ouvrage, Averros semble, plus expressment encore, dsigner Al Zarkali comme le premier astronome qui ait donn une forme acceptable la thorie de la trpidation. L'ouvrage dont nous voulons parler est l'abrg de YAlmageste que le clbre philosophe avait compos on en possde seulement une version hbraque qui n'a jamais t imprime. Vers la fin de la premire partie de cet ouvrage *, en traitant de la thorie du mouvement des toiles fixes, Averros observe que cette thorie faisait natre des doutes chez les observateurs arabes jusqu' ce que l'homme connu chez nous dans cet art, dans lequel il surpassa tous ses prdcesseurs, nomm Al Zarkala, et fait des efforts en ses observations et qu'il lui ft possible, en les combinant avec celles qu'il trouva faites avant lui, de produire une quation de ce mouvement. Al Bitrogi et Averros ne prononcent donc pas le nom de Thbit ben Kourrah lorsqu'ils parlent de la thorie de la prcession desquinoxes tous leurs loges vont Al Zarkali. Mme silence l'gard de Thbit, mme enthousiasme l'gard d'Al Zarkali se remarquent chez un astrologue juif qui fut le contemporain d'Al Bitrogi et d'Averros nous voulons parler du clbre Abraham
;

;'

ben Ezra ou Aven Ezra, mourut en 1175.

qui,

comme Ton

sait,

naquit en 1119

et

Aven Ezra parle de


qui dicitur de

la prcession des quinoxes

dans son

trait

Liber conjunctionum planetarum et reuolutioniim

annoram mundi
et
3
.

mundo

veiseculo, trait qui fut

compos en 1147
Malines, en 1281

qu'Henri Bte traduisit


i.

de l'hbreu au

latin,

Averrois Epitome Metaphysic (Aristotelis Stagirit^: Metaphysicorum XIIII cum Averrois Cordubensis id eosdem Commentariis et Epitome. Venetiis, apud Juntas, MDLIII, fol. i52, col. a). 2. Steinschneider, Etudes sur Zarkali (Bulletino,.., t. XX, 1887, p. 17). 3. Abrahe Avenaris Judei Astrologi peritissimi in re iudiciali opra ab excellentissimo Philosopho Petro de Abano post accuratam castigationem in
libri
:

LA PHCESS1UN

DJSS

Ul'LNOXES

255

Voici ce que nous lisons, dans ce trait, au sujet de l'inclinaison

Les anciens sages ont affirm qu'elle tait exactement de 24. Ptolme prtend qu'elle est plus grande que 2345' et moindre que 2351', mais il n'en a pu conde Pcliptique sur l'quateur
1 :

natre la vritable valeur.

Abraham

[Il

faut lire

Abrachis, c'est-

-dire Hipparque] de son ct, dit quelle est


c'est--dire 23ol'.

d'un cercle entier,

Les savants sarrazins ont plus de gnie que tous ceux-l, car, en leur science, ils s'accordent entre eux ils
;

s'accordent donc

dclarer que l'arc

d'inclinaison est 2323'.

ben Abou Mansour) et Abraham Azarchel, qui eurent encore plus de gnie que tous ces derniers ils ont dit que l'arc d'inclinaison tait 2333'. Plus loin 2 Abraham ben Ezra nous parle du mouvement de
Except Yahagi
fils

d'Eumanasour

(Ihia

>

l'apoge solaire, puis de la prcession des quinoxes

Ptolme dit que l'auge du soleil se trouve 6 des Gmeaux 3 au lieu qu'indique Ptolme. Aprs lui, vinet il fut, en effet rent de nombreux observateurs, dont la science ne le cdait pas ils trouvrent que, durant les celle de leur prdcesseur 720 annes coules entre Ptolme et leur temps, l'auge avait
;
, ;

progress d'un mouvement gal et se trouvait 4 plus loin que


l'avait
dit

"ne

Ptolme

c'est

pourquoi les tables de Ptolme ne

valent plus aujourd'hui. Aussi csl-on stupfi lorsqu'on voit cet


excellent

homme

d'Albategni, et

quia compos des tables sur le mouvement gal qui prtend que ce sont les tables de Ptolme.

fntrodficiorium quod dicitur principiuin sapientie. Liber rationum. Liber nativitatum et reoolutionum earu/n. Liber interrogationum. Liber electionum Liber huninarium et est de cognitione diei erefici seu de cognitione cuise crisis. Liber coniunctionum plunetarum et reoolutionum anno/uni iiiiimii qui dicitur de mundo vel seculo. Tracfatus intuper quidam jxirticulares eiusdem Abrahi. Liber de eonsuetudinibus in iudictis astrorum et est centiloquium Bethem breoe admodum. Eiutdem de koris plunetarum t (lulophon (au fol. XCI, verso, la fin dea traites d'Abraham ben Kzr.-i) xpliciunt peritiasimi astrologi Abrahe Avenaria preclara opuacula eu m nonnullis particularibua tractatibus egregiis astrorum iudicibus s^i conducentinua Vrte cl ingenio aolerlia viri Ptri Liechtenstein in cornus ununi (ad commune divino huic aegocio inhiantium commodum) miro indagine accumu* la ta Impen saque propria pulcherrimia his characteribua excusa. Venetiia Anuo virinei par tu a aupra milleainium quingentesimum aeptimo Pridie kalendaa Juniaa Cum Pririlegio. La <].<(< du Liber de mundo vel secnlo est donne par une phrase <jui m trouve au fol. LXXX col. I> nous y voyons qu'il ftit compoae en an
latinurn traducta.
.

;'i

(908
lu
1.

(\e

\i\

cration

(lu

Monde

aelon lecJuife, et en l'an

11/17

('

l'Incarnation

Seigneui
\miiahah
\i

iikn Eisa, Op. laud.t fol. LXX1X, col a. ata I'./.ma, Op laud. t fol. LXXDC, coll. I> el c. Le texte ajoute ici lea mota Si est temper ubi dieit ipte Ptoletneu : non aeulemenl ces mots expriment une rieur, maii ils sont en contradiction avec ce qui suit. Ils reprsentent une glose de quelque copiste ignorant.

iiaiiam

250

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

D'autres observateurs ont trouv, en leur temps, que l'auge


Soleil tait 22 des

du

Gmeaux. que le mouvement des toiles situes dans l'orbite suprme tait de 1 en cent ans. D'autres ont trouv que ce mouvement tait d'un degr et demi en chaque laps de
Ptolme a
dit aussi

cent ans.

Pour nous, en ce qui concerne le lieu du Soleil, nous nous sommes appuys sur ce qui tait au temps d'Azolphi (As Soufi) nous n'avons jamais vu, en effet, qu'il et exist un observateur semblable celui-ci dans l'invention des calculs astronomiques.

En

ce point, d'ailleurs,

Abraham Azarchel
il

s'accorde avec
lui.

lui.

l'poque de ce dernier, nul ne fut aussi savant que

Or, en son

temps,

il

a observ le lieu du Soleil, et


dit

s'est

trouv d'accord

avec ce qu'avait

Azolphi.

!
,

Ajoutons qu'Aven Ezra admet


rait,

pour
;

les toiles fixes,

une pr-

cession uniforme de 1 en 70 ans

l'orbe qui les porte accompli-

selon

lui,

sa rvolution en 25.000 ans.

Dans ces remarques o il eut t si naturel de citer le Tractatus de motu octav sphr de Thbit ben Kourrah, Aven Ezra ne fait aucune mention de ce livre le nom d'Al Zarkali, au contraire revient plusieurs reprises, et, ses dterminations, conformes celles que contient le livre attribu l'Astronome sabian, sont cites avec grand honneur. Aboul Hhassan, de Maroc (Abou'Alial Hhasan al Marrakoushi), qui crivait au commencement du xm e sicle, s'exprime peu prs comme Al Bitrogi et comme Averros. Parlant du mouvement de prcession des quinoxes, il dclare 2 que les rductions faites par Hipparque et par Ptolme ont caus des erreurs dont Ces derniers ont puis il ajoute les modernes se sont aperu essay d'y remdier, et le premier qui l'ait fait avec succs, et qui ait donn des dterminations justes et exactes est le cheik Fadhel Abou lshkh Ibrahim ben Iahia, surnomm Ab Rhazkhllah (Al
; ; :

Zarkali), qui observait Tolde dans l'anne de l'hgire 453, et

qui a compos sur ce sujet

un ouvrage

qui peut servir de rgle

ceux qui s'occupent de cette matire. A la suite de cette indication, Aboul Hhassan donne des tables de trpidation disposes exactement comme celles que l'on trouve au De motu octav sphr ; seulement, les nombres qu'il adopte sont un peu diffrents de ceux qu'on trouve en ce livre au lieu
;

i.

Abraham ben Ezra, Op. Laud.

fol.

LXXX,

col. a.

Trait des instruments astronomiques des Arabes par Aboul Hhassan Ali de Maroc, traduit pari. J. Sdillot, tome premier, Paris, i834-i835 ; p. 127.
2.

LA PRCESSIOS DKS QUINOXES

257

de donner F excursion du point quinoxial sur l'cliptique une amplitude de 2130', ii rduit cette amplitude exactement 20 en outre, au lieu d'attribuer au phnomne d'accs et de recsune
;

priode de .171,5 annes Juliennes,


l'obliquit de l'cliptique,
2353'.
11

il

admet que
:

cette priode
il

vaut seulement 3.793,5 annes lunaires

enfin

fait

varier
et

dans

le

mme

temps, entre 2333'

est bien malais,

aprs avoir lu ces tmoignages concordants

d'Al Bitrog, d Averros, d'Aven Ezra et d'Aboul llhassan, de ne


point adopter l'opinion que voici
:

Thabit ben Kourrah s'est assurment occup de l'hypothse de


l'accs et

du recs; en
lui qui

particulier,

il

a reconnu que, selon cette

hypothse, l'anne tropique ne pouvait avoir une dure invariable.

Mais ce n'est pas

a donn la thorie de la trpidation la

forme qui devait, pendant plusieurs sicles, ravir l'assentiment des astronomes; le Liber dr motu octauie sphr n'est pas de lui; il est l'uvre d'Al Zarkali ou d'un disciple de ce dernier. Cette hypothse fournit, en outre, l'explication d'une particularit embarrassante que prsente le Liber de molli oclaviv sphaer. Cet ouvrage cite l'opinion d'Al Battani sur le mouvement des toiles tixes les termes de cette citation, rapprochs de ceux cjui sont employs dans Opus aslronomicuui, nous amnent conclure que ce dernier ouvrage se trouvait sous les yeux de l'auteur du Liber de motu oclavn- sphsurw lorsqu il a compos son opuscule Mais Thabit ben Kourrah est mort au mois de fvrier 901 comment a-t-il pu connatre, et mentionner comme antrieur ses propres recherches, YOpus asironomicum d'Al Battani, o sont
; ;

rapportes deux observations fondamentales faites Antiocbe en


janvier 901 et en aot 901
?

Pour expliquer cette trange t, M. Nallino est oblig de supposer que Thabit ben Kourrah a eu en mains une premire dition de

YOpus astronomicum, antrieure

celle dont la Biblio-

thque de l'Escurial nous a conserv le texte arabe et qui a t traduite en latin par Platon de Tivoli. I/trangete disparait

d'elle-mme

suppose que le Liber de motu octavse spha n'est point l'uvre de Thabit, mais bien l'uvre d'Al Zarkali. Ajoutons qu'au Moyen Age et l'poque de la Renaissance,
si

l'on

alors
i.

que

la

connaissance des cents

de

Thbil

<-t

d'Al

Zarkali

m miel
J.
il.

Tout ce qu'Aboul Hhaasnn lit Aboul Hhamam, Op. Imui.. pp 17V7K 'le la trpidation donn lieu m 1rs remarque! forl nexactea <! \hoi Sdillol Hhassan, Op. huit!., y. 100, en note) el de I.. Vni Sdillol a.m. Ski. ni. ni. Supplment <i>> Trait sur les instrument astronomique*
1

1.

Arabes, Paria, 1840

pp. 3i-3
IIi;

DUIIEM

T.

2.')8

la cosmologik hellnique

s'unissait

une

ignorance profonde des dates qui fixent les

temps o ils vcurent, il n'tait pas rare qu'on regardt l'auteur du De motu octav sphre comme un successeur de l'Astronome de Tolde. On marquait bien, par l, la parfaite concordance entre les thories de la prcession admises par ces deux
auteurs.

que Pierre d'Abano, dans son Lu cidator As tronomi, crit Quelques-uns propos du systme de la trpidation des astronomes qui sont venus ensuite ont dvelopp davantage
C'est ainsi
1

l'tude de ce

mouvement

ils

ont construit son sujet des tables,


qu'il

qui

donnent chacune des diffrences


fit

produit

c'est

ce

que

surtout l'espagnol Archazel, constructeur des tables de


fils

de Chora . Au seizime sicle, dans une ouvrage qui renferme d'intressants renseignements historiques touchant la thorie de la prcession des quinoxes, et dont nous aurons parler plus longuement dans l'article suivant, Agostino Ricci semble 2 partager l'opinion de Pierre d'Abano et regarder Thbit ben Kourrah comme postrieur Al Zarkali. De tous les faits que nous venons de runir semble se dgager cette conclusion le Liber de motu octav sphserse n'est pas l'uvre de Thbit ben Kourrah, mais celle d'Al Zarkali ou de quelqu'un
Tolde, et ce qu'a entrepris enfin Thebit
:

Al Zarkali est l'inventeur du mouvement de trpidation que l'auteur de cet crit attribue la sphre des toide
ses disciples
;

les fixes.

d'Aboul Hhassan, un autre renseignement prcieux sur l'uvre astronomique d'Al Zarkali. Le douzime chapitre de ce trait commence en ces termes 3

Nous trouvons encore, dans

le trait

Les observations d'Al-Razkl (Al Zarkali) ont fait connatre que l'apoge du Soleil avance dans la sphre toile [suivant l'ordre des signes] d'un degr en 299 annes grecques, ce qui donne une minute environ pour 5 annes arabes car il faut retrancher de cette progression prs d'une minute aprs chaque

priode de 190 annes arabes.

donc le premier qui ait vraiment mis en vidence le mouvement propre que l'apoge solaire prouve, d'Occident en Orient, par rapport aux toiles fixes en outre, l'valuation qu'il a donne pour la vitesse de ce dplacement s'carte fort peu de la
Al Zarkali
est
;

i.

Ptri Paduanensis Lucidator Astronomi, diff'erentia


fol.

II.

(Bibliothque

nationale, Ms. n 2698 latin,


2. Augustin'i

107, col. c.).

Riccn

De motu octav sphr /Imprimebat


p. i32.

Lutetiae

Simon

Coli-

neeus i52i,
3.

fol. 6,

verso.

Aboul Hhassan, Op. laud.^ tome premier,

LA PRCESSION DES gULNOXES


vrit

2.V.J

il

pense, en

effet,

que

cette vitesse atteint 12", 04

l'Astronomie

actuelle la rduit 11", 8


illustrer
le

dans

le

mme

par an temps. Cette


;

dcouverte
faite.

sufiirait

nom

de l'astronome qui Ta
cel-

C'est

par la comparaison de ses propres observations avec

mouvement de l'apoge solaire mais, bien qu'il eut trouv l'apoge du Soleil plus avanc vers l'Orient qu'au temps d'Al Battani, Al Zarles d'Al Battani qu'Ai Zarkali fut
;

amen

dcouvrir ce

kali

reconnut l'excentricit la valeur

seur lui avait attribue.

Peurbach
cure.

de dire que

le

meut sur un

certain petit

que son prdcesForce lui fut donc, crit Georges de centre de l'excentrique du Soleil se cercle, comme il arrive pour Mer-

mme

Entre le cas de Mercure et celui du Soleil, ainsi rapprochs par

Peurbach, il y a cependant une diffrence essentielle signaler. Ptolme a fait dcrire, au centre du dfrent excentrique de Mercure,

un

cercle qui a pour centre le centre de

quant, et non pas

du Monde. Au contraire, le cercle sur lequel Al Zarkali fait mouvoir le centre du dfrent excentrique du Soleil a ncessairement pour centre le centre du Monde, puisque l'excentricit du Soleil est, par cet astronome, rpute invariable
le centre
2
.

les Tables

Alphonsines

d ThAbit ben Kourrah ou qu'il ail Al Zarkali pour auteur, le systme que propose, pour rendre compte <lu mouvement des toiles fixes, le Liber de motu octaves sphr va jouir, auprs des astronomes du Moyen Age, de la plus grande vogue.
Qu'il soit
Purbachii Epilomej ni Cl. Ptolemosi lu fine Per Henrienum Petrum Menae Auguste Anno .MDXLIII. Lib. III, prop. XIII, pp. 5O-7. une ide errone de l'opinion dAl Zarkali si ou 2. On voit qu'on aurait la jutreail d'aprs ce qu'en dit L. Ain. Sdillot (L. Au. Sbdillot, Supplment un Trait des Instrument astronomique* des Arabes, Paria, i844)< Parlant d'un astrolabe ou shajiah d'Al Zarkali, cet Buteur crit par On % instrument qu'Arzachel Faisait tourner !< centre de rexc< ulrique dans un petit cercle pour expliquer la diffrence qu'il trouvait entre l'excentricit lu Soleil et celle qu'indique Ail Il dit encore (p. 191 Noua rappelons seulement que l'aatronome de Tolde, pour expliquer la diffrence d'excentricit qu'il avait remarque entre tes propre bservationa du Soleil et cl 1rs d'Al |jjitf jtrni, faisait tourner le centre de l'excentrique dana un petit
i.

Joauxm di Monti

Rsoio

et

Georoii

magnam compot itionent.

Basileas,

apud Henricum Petrum

<

cercle

200

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
le

L'un d'entre eux, cependant,


lui substituer

repousse nergiquement pour


diffrente
;

une thorie

toute

cette thorie
1
.

d'Al

Le disciple nous l'avons expose au chapitre prcdent d'Ibn Tofal se borne, comme il le fait pour toutes les parties de
Bitrogi,

son systme, poser les principes qui doivent, selon

lui,

expli-

quer

le

mouvement des
faits

toiles fixes

mais

il

ne dduit pas de ces


aussi les

principes les consquences dtailles qu'il serait possible de com-

parer aux

observs

il

ne construit pas de tables

astronomes de profession passent-ils, sans s'y arrter, devant sa ils ne sauraient lui accorder doctrine trop abstraite et gnrale mme une part minime de l'attention qu'ils concdent la tho;

rie prcise

d'Al Zarkali.

Alphonse X, roi de Castille, surnomm l'Astronome, le Philosophe ou le Sage, apparat, dans l'Histoire, comme le type des princes auxquels un got excessif des choses de l'esprit a fait oublier l'art de rgner. Les malheureuses vicissitudes que subit son pouvoir ne l'ont pas empch, cependant, d'exercer une influence fconde et durable sur le dveloppement scientifique de la Chrtient latine. Durant sa vie, Tolde devint, plus que jamais, le rendez-vous des astronomes et des traducteurs de toute de cette race et de toute religion, chrtiens, juifs et maures source, des courants nombreux drivaient, qui portaient aux
;

Latins les antiques traditions de la Science hellne et les dcouvertes plus rcentes des sages de l'Islam.

Le 3 des calendes de Juin 1252, le jour mme o Alphonse X succda son pre, furent promulgues les Tables astronomiques dresses sous les auspices du roi Alphonse. Ces tables taient rdiges en cet ancien dialecte castillan qu'on nomme le romance. Les listes de nombres qui, originairement, formaient ces tables, semblent, aujourd'hui, perdues 2 en revanche, le texte qui accompagnait ces listes parait conserv, sous sa forme premire, en cinquante-quatre chapitres d'un manuscrit de la Bibliothque Royale de Madrid 3 Une traduction ou une soi-disant traduction latine en fut donne par qui et en quel temps, nous^ne saurions le dire. Nous verrons ultrieurement qu'elle ne parait pas avoir t connue Paris avant les dernires annes du xm e sicle mais, aussitt
;
.

i.

Vide supra, pp. i5i-i52.

Alfred Wegener, Die astronomisclien Werke Alfons X. 5. Die Tafelfragmente in IV liande der Libros del Saber (Bibliotheca mathematica, 3 e srie,
2.
t.

VJ, igo5; p. 171).


3.

Alfred Wegener, Op. laud., nibchen Ta IV In 7/>t7/., p; 17/j.


;

6.

Das kastilianische Original der Alfonsi-

LA

PRKCKSS10S

DKS QUINOXES

*2()1

vivement L'attention des astronomes qui, jusqu'au temps de Copernic et par del ce temps, ne cessrent plus de discuter les Tables Alphonsines^ de les complter, de les utiliser. Ds 1483, une dition imprime du texte latin fut donconnue,
elle attira
1res

ne

' ;

d'autres ditions se succdrent en grand

nombre; on en
90,
1

cite qui

portent les dates que voici


point les

487, 1188,

192, loi 8,

1521, lo2i, 1534, 1545, 1553 et

16H.
reproduisaient-elles

Jusqu' quel
c'est ce

Tabule Alfonsii

fidlement l'uvre accomplie sous les ordres du Prince castillan,

que nous examinerons la fin de ce Chapitre elles reprsentent, en tout cas, ce que la Chrtient latine a pris pour la pense mme d'Alphonse le Sage ce sont elles, et non point le trait original compos en romance, qui ont exerc une influence puissante et durable sur le dveloppement des doctrines astronomiques. C'est pourquoi ce sont ces tables mises en latin que nous
; ;

allons tudier tout d'abord.

Les Tables Alphonsines nous intressent ici par ce qu'elles ont innov dans la thorie du mouvement des toiles fixes. Les auteurs de ces tables ont pens que la thorie formule dans
Almageste.
et la thorie

propose par

le

Liber de

motu octav

sphr et par les Tables de Tolde, taient galement incapables, si on les considrait sparment lune de l'autre, de rendre un compte satisfaisant du mouvement de la sphre toile mais ils ont admis que ce mouvement pouvait tre trs exactement reprsent si l'on adoptait simultanment les deux hypothses. Les astronomes du roi Alphonse supposrent donc que la sphre des toiles fixes tait anime de trois mouvements Le mouvement diurne; un mouvement de rotation uniforme, d'Occident en
;
:

Orient, autour des ples de l'cliptique

enfin

1<'

mouvement de

trpidation admis par

Al Zarkali.

Comme

un axiome reu, au

Moyen Age, par tons les physiciens, dfendait d'attribuer deux mouvements diffrents un mme orbe, ces trois mouvements taient dpartis trois sphres distinctes le mouvement de tr:

pidation appartenait seul, en propre,

La

huitime sphre,
Le

la

sphre en laquelle sont enchsses


h-

Les ('toiles fixes:


Lui

mouvement

rotation d'Occident en Orient


I
I

tait
i

transmis par une ncu

i. [Link] RBQIS CA9TELI II BTM88IMI Clflcitt nui mol nu m 1<iUuhi\ /!<> /:> <// strlInriim ji.r iriun longitudine ac latitadine ai/ont ii tempore ad motus vcritatttm mira diligent ia reduclce. It primo Joaxnih saxioni tabulas alfont ii r*awoneMordinati incipiant faustistime. Colophon Finis Labularum natronninicnrum Aloritii rgis caste Ile. Impressioneni quart] emeodatisstmani Krharilus rat doit Rugusteosis mira sua arte et impensn Foclicissiniu sidre complere cura\ ii A nun s.-iluiis 83 S non. Juli. st gradu ni lient? hoc \ A n no iiiuinli yiik hoIo d^o domina ni n -i (tlnrin
I

il

<

2f)2

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

vime sphre non toile, le mouvement diurne par une dixime sphre galement prive d'astre.
Ces trois mouvements, d'ailleurs, se transmettaient aux sept sphres des astres errants, entranant les orbes excentriques avec
leurs apoges et leurs nuds. Les Tables Alphonsines, en dpit

des observations d'Al Zarkali, ne tenaient aucun compte du

mou-

vement de l'apoge

solaire

par rapport aux

toiles fixes.

En

adoptant, d'une part, le

propos par Ptolme, d'autre reu par Al Zarkali, les astronomes d'Alphonse X modifiaient en un seul point les suppositions de leurs prdcesseurs. Ptolme voulait que le mouvement de rvolution des toiles fixes ft achev en 36.000 ans; le Liber de motu octav sphr enseignait que la dure totale de l'accs et du recs tait de 4.171 ans et demi; les Tables Alphonsines assuraient que la priode du premier mouvement est 49.000 ans et que la priode du second est 7.000 ans.

mouvement de prcession continu part, le mouvement de trpidation

Gomment

les

auteurs

des Tabule Alphonsii

avaient-ils

conduits ces dterminations? Ce n'est pas la lecture de leur

ouvrage qu'on le peut demander on n'y trouverait, cet gard, aucune indication on n'y trouverait mme pas l'expos du Mdias systme que nous venons de prsenter. Sous ce titre motus aucjium et stellarum fixarum, accessus insuper ac recessus octava? sphr omniumve plantarium reperire , on trouve, aux Tables alphonsines*, trois tables numriques, prcdes de canons, c'est--dire de rgles toutes pratiques pour l'usage de ces tables. Ces canons et ces tables permettent de calculer, pour chaque poque, d'abord l'effet du mouvement continu de prcession, puis l'effet du mouvement d'accs et de recs. Mais comment ces tables ont-elles t dresses? Quels mouvements attribuent-elles aux diverses sphres clestes ? Quelles sont les priodes de ces mouvements ? Elles sont muettes cet gard, et laissent au lecteur le soin de deviner les rponses par la discussion de leurs colonnes de chiffres. Ne leur demandons pas, ds lors, pourquoi
; ; :

L'dition

dont nous avons

l'ait

Romaxokum
resiitut,

e Hispaniahum Rgis, astronomic <t il ailtrem adieclis la huit s qu in


correctio/ie, et
nperi.

phimmoram locorum
autoribus lune
:

usae est la suivante Divi [Link] tabul in propriam integritalem postrema editione deerunf, curn accessione variarum tubellurum ex diverses
:

inszrtaram, ctiin in usas ubevtatem, tum difficultalis subsidiuiii Quorum nomina summa pagellis qui nia, sexta et sepiirna descrihuntur. fjun in ne Puschasias flamellius Maihematicus insignis idemque Rgi us /;/*oJ'essor, sedul'imoperam suamprstitit. Parisiis, Ex officina Christian! wecheli >nl vcuto Basiliensi, in vico acobreo. Anno i5/|,").

LA PRKCKSSION DKS KQ'INOXES


les priodes respectives

2M

des deux mouvements lents des toiles

sont sept mille ans et quarante-neuf mille ans.

ne semble pas que la fixation de ces dures ait t la consquence d'aucune observation prcise. Un auteur du xvi e sicle,
Il

Agostino Ricci, a donn

1
,

de ce
2

mode de

fixation,

une raison qui


plausible.

a ravi l'adhsion de Delambre

et qui parait,

en

effet, fort

Agostino Ricci, n Casale (Civitas casalis Sancti Evasi), dans


le

Pimont, avait t lve, Salamanque, du Juif kabbaliste


;

Abraham Zaccut
dont
il

c'est

de ce matre qu'il tenait le renseignement

va nous

faire part.

Selon

Abraham

Zaccut, les Tables Alphonsines sont l'uvre

d'un groupe de Juifs, fort experts en Astronomie, qu'Alphonse


avait runis Tolde, et qui furent

seulement aids dans leur tche par quelques savants chrtiens. Ce collge d'astronomes juifs avait pour chef un certain Rabbi Isaac, qui tait hazan, c'est--dire chantre principal, de la synagogue de Tolde. Rabbi Isaac et les astronomes juifs dont il dirigeait les travaux se laissrent guider, dans le choix des priodes des deux mouvements lents qu'ils assignaient aux toiles fixes, par les prescriptions de la loi Mosaque. Selon ces prescriptions Vanne sabbatique revenait tous les sept ans une dure de sept fois sept ou 49 annes ramenait Vanne jubilaire ; inspirs, sans doute,
;

par l'opinion que les mouvements lents des toiles fixes devaient rgir la Grande Anne, les rabbins de Tolde voulurent que
7.000 ans reprsentassent la priode du
tion et

que 49.000 ans mesurassent


selon l'enseignement

la

mouvement de trpidapriode du mouvement de


affirme

prcession.
Ricci,

d'Abraham Zaccut, nous

qu'Alphonse X ne tarda pas regretter et dsavouer cette partie de l'uvre des rabbins de Tolde. En 1256, dit Ricci, le roi de Oistille fit traduire en Espagnol, par le Juif Rabbi Juda, le livre qu'Albuhassin (AbouT Hhassan) avait compos sur le mouvement
i. ArorsTiM Kitii De rnf>/u octave sphre ; opus mathematicQ ttttte philosophia plnum, uhi tarn an/it/uorurn ijuam Juniorum errores lure clurius <lrm<>nsti'<intur in que et quamplurima platonioorum et antique magie {quam cabalam
:

hebret aicunt) dogtnata videre licei intelledn $aaoitsima. Nuper io civitate Casalie Sancti Evaaii sub divo Gulielmo marchione Montisferrati editum. Item KjrsiiK.M Epiitola de astronomie auctoribut ad magnijlcum dominutn Galeottum de Lareto. Impreasum io oppido Tridin... in edibue domini loannis de Ferrari is, alias de Jolitis. An no aatiyitatii domini ooetr Jesu christij CX1II, die X teptembrii Augustin] Eticcu Demotu octav tphojra sobm de Aitronomi autoribu* epiitola, Imprirnebat Lutetic Simon <:<>liCette tecoode dition, o manque la lettre iur les tuteun <!< dsbus i5ai, tronomie, s t donne lei soins d'i Ironce ine

MO

.-

Dilamiri, Histoire* de VAitronomit du Hfoyen*ge9t

p.

S79.

26
des Huiles
fixes.

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

prambule de ce livre, ment l'hypothse de l'accs et du recs il s'en


Dans
le
;

il

rejetait absolu-

tenait l'opinion

d'Al Battani, c'est--dire l'hypothse d'une prcession rgulire

d'un degr en 60 ans.

Nous connaissons d'ailleurs, par une traduction due A. A. Bjrnbo 1 ce tmoignage d'Abraham Zaccut que nous venons d'entendre invoquer par Agostino Ricci. Nous trouvons, dans l'ouvrage sur les toiles fixes publi par Alphonse en son temps,
,

quatre ans aprs les Tables, qu'il tait revenu [de sa prcdente

que la huitime sphre se meut sans aucun doute toujours dans le sens direct, comme Ptolme l'a crit. Cet ouvrage [sur les toiles fixes] est celui-l mme que Rabbi Jehuda, fils de Mose le Cohen, a traduit pour le roi.
opinion]
;

il

dit,

en

effet,

son disciple Agostino Ricci s'accordent nous dire qu'Alphonse X, reprenant en 1256 l'hypothse ptolet

Abraham Zaccut

menne d'une prcession toujours

dirige d'Occident en Orient,

renonait l'opinion qu'il avait professe en 1252.


version latine des Tables Alphonsines? Nullement, et

Mais cette

opinion tait-elle bien celle que nous trouvons consigne dans la


il

semble

aujourd'hui avr qu'elle en diffrait grandement.

Le texte romance des tables originales 2 les donne comme l'oeuvre de deux astronomes juifs, Jehuda ben Mousa et Isaac ben Sid ce dernier est assurment le Rabbi Isaac dont parlent Abraham Zaccut et son disciple Agostino Ricci. Ces deux astronomes n'y attribuent aucunement 3 aux toiles fixes et aux auges des astres errants deux mouvements, l'un de prcession en 49.000 ans. l'autre de trpidation ou d'accs et de recs en 7.000 ans; ils admettent un seul mouvement, et c'est un mouvement d'accs et de recs, allonganeiento et tornamiento ; en cela, donc, le systme qu'ils proposent ne diffre point de celui qui est donn au Tractatas de /nota octavs sphr et dans les Canons d'Al Zarkali.
;

En rsum,
toire

les faits qu'il est possible d'affirmer touchant l'his-

du systme astronomique d'Alphonse


les Tables

sont les suivants

En 12o2,

Alphonsines sont tablies en attribuant aux

aux apoges des astres errants on simple mouvement d'accs et de recs, sans aucun mouvement de prcession. En 12<")6, au prambule de la traduction du Traite des toiles
toiles fixes et
A. A. Bjkxbo, /fat .\tenrlaos ans [Link], rinvn /'/./ sfemliu/a/og vrr Cf. A. Wboe/ (Bibliotknca mathematica,'fc srie, t. Il, njoi, [. rcjyl xu, Op. la lut ., j). 182. 2. Alfred We^eneh, Op. lu ml., G. Du.* kustiliunisetir Original (1er .l//b//.svi.
">.

fassf

nisr/irn Taft'ln ; p. \~(\. Ai.i'hkh \Ve<tENEM, for, rit.,

[>i>.

iNn-iHi,

LA PRKCESSION DES QUI NOIES

265

fixes

d'Aboul Hhassan, Alphonse X revient l'hypothse d'un mouvement de prcession, toujours de mme sens, et exempt de
toute trpidation.

Enfin, la version latine des Tables Alphonsines, version dont la

date et Fauteur sont galement inconnus, mais qui parvint aux

annes du xin sicle, admet l'existence simultane d'un mouvement de prcession, toujours dirig d'Occident en Orient, dont 49.000 ans est la priode, et d'un mouvement de trpidation dont la priode dure 7.000 ans. qui faut-il attribuer cette transformation essentielle du systme admis en la construction des Tables Alphonsines originales ? Elle semoie bien avoir t faite du vivant d'Alphonse le Sage, qui vcut Sville jusqu'en 1 28 Fut-elle accomplie sous sa direction? lut-elle, du moins, connue de lui et eut-elle son aveu? Ce sont questions auxquelles il semble impossible, actuellement, de donner une rponse. Peut-tre est-il plus ais de deviner les motifs qui ont entran l'assentiment des auteurs de cette transformation. Chacun des deux systmes admis jusque-l, celui de la prcession et celui de la trpidation, leur semblait prsenter, la fois, un important avantage et un grave inconvnient. Des observations rptes avaient prouv que l'obliquit de

mains des astronomes parisiens pendant

les dernires

l'cliptique

diminuait sans cesse

ce

fait

s'accordait

fort

bien

systme propos au trait De motu octav sphra?, tandis que la thorie de Ptolme attribuait l'cliptique et Fquateur
avec
le

des positions invariables.


D'autre part, le systme de Faccs et du recs imposait une

borne

la

marche de
fixes
allait

la

sphre toile vers l'Orient


la vitesse

or cette borne
directe

allait tre atteinte et,

cependant,

de

la

marche

des toiles

ne tendait nullement vers zro; visiblement, ce


encore, pendant de longs sicles, se poursuivre

mouvement

d'Occident en Orient,

comme

le

pensait Ptolme.

Les astronomes devaient souhaiter qu'un systme nouveau gar dat, La fois, tous les avantages des deux systmes anciens, tout en

chacun d'eux. \j- moyen propre construire un semblable systme s'offrait, pour ainsi dire, de lui-mme consistai! admettre en mme temps <! composer entre elles les deux hypothses qui, jusque-l, avaient t proposes L'exclusion lune de L'autre. Dj le Liber de dementis attribu Aristote composait une prcession continuellevitant l'inconvnient auquel achoppait
,i
:

il

ment dirige vers

Orient svec un

mouvement

d nccfa

<!

de

i<

266

L COSMOLOGIE HELLNIQUE

sous l'influence de ce livre, avant de connatre les Tables Alphonsines,

Albert le Grand,

comme nous

le

verrons, admettait, la

mouvement de prcession propos par Ptolme et le mouvement d'accs et de recs attribu Thbit ben Kourrah.
fois, le

Ainsi naquit, sans doute, la pense d'attribuer aux toiles fixes et

aux apoges des excentriques des plantes une prcession


trpidation simultanes
Est-ce en la raison d'Alphonse

et

une

X
;

que germa
c'est

cette ide ?
et

Nous

l'ignorons. Mais les astronomes chrtiens

du Moyen Age

Renaissance la

lui ont tous attribue

suppos, des Tabule rgis Alfonsii qu'il

de la comme auteur, vrai ou a xerc une grande

influence sur le progrs des doctrines astronomiques.

CHAPITRE

XIII

LA THORIE DES MARES ET L'ASTROLOGIE

LES PREMIERES CONNAISSANCES DES HELLNES SUR LE PHENOMENE

DES MARES

Le lent mouvement qui dplace les toiles fixes et les points quinoxiaux intresse au plus haut degr l'astronome s'il n'en tenait un compte minutieux, il verrait, peu peu, ses calculs fausss et ses prvisions dconcertes. Mais la petitesse de ce phnomne et, sans doute, laisss indiffrents la plupart de ceux
;

qui ne s'appliquent pas spcialement l'tude des astres,

si,

ce

mouvement trs rel, les astrologues n'avaient rattach un mouvement tout imaginaire, l'alternance des continents et des
ocans.
Si les Indiens et,
<lc
i

aprs eux, les Arahes, ont pu, au


fixes,

mouvement

la

sphre des toiles


la

attribuer le pouvoir de mettre peu

peu

mer

la place de la terre ferme et inversement, c'est.

semble-t-il, parce

que le mouvement do la Lune provoquai! sous leurs yeux, chaque jour, un dplacement moins ample, mais de
nature
:

mme
de
la

le flux et le reflux

de

la

mer.

Si l'vidente

influence
et

Lune sur

les

mares

n'a

pas BUggr aux

Indiens

aux

Arabes L'hypothse
contribu

qu'ils ont 'mise, elle a,

du moins, grandement
la

accrditer cette hypothse,

a qui doutait de
n'opposait elle
lorsqu'elle

sou-

mission absolue de tous les changements Bublunaires aux

mouun
ses

vements des tmoignage singulirement

sphres clestes,

la

mer

pas

convaincant,

rglait

268

LA COSMOLOGIE [Link]
les positions

mouvements sur
Soleil ?

occupes par la Lune

et

par

le

l'tude que nous venons de faire ur la prcession des points


il

donc naturel d'en joindre une autre, o nous montrerons comment les Hellnes et les Arabes ont connu les lois du flux et du reflux de l'Ocan. Cette nouvelle tude nous est rendue trs facile par le beau mmoire o M. Roberto Almagi s'est propos le mme objet Nous n'aurons souvent, au cours de ce chapitre, qu' rpter ou rsumer ce que M. Almagi a si bien dit. Les Hellnes ont beaucoup tard connatre avec exactitude le phnomne des mares. En effet, dans la Mditerrane et dans
quinoxiaux,

en

est

les

presque partout, si faible, qu'une observation minutieuse la peut seule dceler qui, d'avance, en connat l'existence et les lois. Les rgions o le flux et le reflux atteignent une grandeur notable, telles que le fond de
s'en dtachent, la
est,

mers qui

mare

l'Adriatique et les ctes de la Tunisie et de la Tripolitaine, n'taient

pas de celles que les marins grecs eussent frquente occasion de

Des ctes qui leur taient familires, il n'en est que deux o la mare produise des effets de quelque intensit c'est l'Euripe de Chalcide, dtroit qui spare l'le d'Eube de la cte de Botie, et le dtroit de Messine les courants de flot et de jusant qui parcourent ces dtroits, tantt dans un sens et tantt dans l'autre, qui y font affluer ou qui en font refluer l'eau des mers voisines, avaient, de bonne heure, attir l'attention des pcheurs et des caboteurs de THellade et de la Grande-Grce mais les effets de
visiter.
;

ces courants sont singulirement compliqus,

et

il

tait

malais

d'en dbrouiller les


et les

lois.

11 fallait

donc, pour que les physiciens

astronomes fussent renseigns avec quelque exactitude sur le phnomne des mares, attendre que les voyageurs aient pu l'observer dans des mers o il est, la fois, ample et simple, dans la Mer Rouge, par exemple, et, mieux encore, dans l'Ocan
Indien ou dans les mers qui prolongent l'Ocan Atlantique.

ce

phnomne, Hrodote
dit-il

fait

une premire allusion


2
,

chaxa

que jour,
afflux de

en parlant de la Mer Rouge


la cte, puis
o

il

s'y

produit un
'

lames sur

un

retrait,

p^X^'l

^'v a JT V

'xrromc [Link] [Link] vlvstou .

Cette
i
.

brve mention

n'tait

pas de nature familiariser les

Roberto Almagia, La dottrina dlia marea nelV Antichit classica et nel Medio Evo (Memorie dlia R. Accademia dei Lincei, Classe di scienze fisiche, matematiche e naturali, vol. V 5 juin iqo5). Sur le sens exact des deux 2. Hrodote, Histoire, livre II, chap. XI, 2. mots r,yji et a'u7T'.>re, voir Rorerto Almagi, Op. laxid., loc. cit pp. 383-38/j.
;

LA THORIE DKS MARES ET

i/ ASTROLOGIE

269
instruisit
ni

Grecs avec les


Stobe
et

elt'ets

du

flux et

du

reflux

elle n'en

Platon ni Aristote.

nous disent, il est vrai, que Platon expliquait le flux et le reflux, en supposant que les eaux de la mer taient alternativement vomies et reprises par certaines cavernes. Mais que valent leurs affirmations contre En aucun des passages o Platon cette constatation bien assure parle de la mer, des dluges, des submersions de continents, il ne fait la moindre allusion reconnaissable au phnomne des mares ? Aristote connaissait assurment les effets que le flot et le jusant dterminent dans l'Euripe de Ghalcide et, peut-tre, ceux qu'ils produisent dans le dtroit de Messine. Aussi nous dit-il- que, dans les dtroits, la nier se montre souvent nous sous forme, de courants (powa). Ces courants sont dus ce que la nier oscille frquemment d'une position une autre, oi t TaXavrsueffa'. Bspo xxeto-e KoXkixiq . Mais il ajoute aussitt que cette oscillation (TaAvrawL;) ne se peut percevoir l o la mer est largement ouverte, tandis qu'elle devient notable lorsque les eaux sont troitement resserres par les terres. Cette observation, fort juste pour la Mditerrane, nous assure que le Stagirite ne souponnait aucunement les mares de l'Ocan. Quand donc le Pseudo-Plutarque 3 met sur le compte d' Aristote, et aussi d'Hraclide, l'opinion que le Soleil produit les mares de l'Atlantique, nous devons rejeter ce renseignement
l'auteur
J :

du De placitis pilosophorttm

comme erron. On ne doit pas attacher plus d'importance ce qu'crit le trait Drpl
&au|xa<rL>v xxo vap-rcov
*
:

croil et dcrot

en

mme

Le dtroit qui spare l'Italie del Sicile temps que la Lune . Chacun sait que
enseignait,
l'existence
la

l'ouvrage en question fut, tort, attribu Aristote.

Au temps o
(ires;
;iiissi,

le

Stagirite
tait

mme

des

mares ocaniques

certainement ignore de

plupart des

en 327, les soldats d'Alexandre furent-ils frapps


vastes plages'.
lil>.
I,

de stupeur et de terreur lorsqu'ils virent, aux bouches de rindus,


les flots

envahir, puis dlaisser,


ki

<le

i.

Joannis Stoh
I,

roi.

p.

174.

Eclogarum phyiicarum

cap.

XWMI

Plutarchi

De placitie philoophorum Mb.


I (

d. Meioeke, IV, cap. XXII (Pu


;

tarchi Scripta moral m, d. Didot, p. ioo4). \ nis iotki Mtores, livre II. en. taitTOTB, "7", d Bekker, vol. I, p. >'>]. col. ;.). I.
;

is

Opra,

d.

Didot, L

III.

'.\.

PSBUDO PLUTARQUIj

loC, rit.
t

AaitTOTB, De mirabilibus auscultationius, L\ (Aristotilm Opra Didot, t. IV, ,,. B3;d. Bekker, vol. U, p. 834. col. b). 'ji inti Curtii Uni ffistoriarum texanan Magm Macedoni libri qui
f\.

270

LA CSMOLOU1E HELLNIQUE

L'expdition d'Alexandre

et,

surtout, la navigation des

bouches

de l'Indus au Golfe Persique, que Narque accomplit sur l'ordre du conqurant, donnrent aux Hellnes occasion de se familiariser avec le phnomne des mares Onsicrite, qui accompagna Alexandre dans son expdition, explique 2 comment le flux (icXyjjlfwpfc) maintient l'tat de marcages les deltas des fleuves. Thophraste sait 3 que, dans les les de l'Ocan Indien, il est des arbres (les paltuviers) qui poussent au bord de la mer, en sorte que la mare haute en baigne les branches infrieures et que la mare basse en assche les racines or Thophraste fut des premiers connatre et employer les observations scientifiques rapportes par les compagnons d'Alexandre.
1
.

II

l'influence de la lune

sur les mares, rathoshne. sleucus

Tandis que

l'expdition d'Alexandre rvlait aux

Grecs les

mares de l'Ocan Indien, les voyages des Marseillais leur faisaient connatre que le mme phnomne se produisait dans l'Ocan Atlantique. Les deux Marseillais qui leur apportrent
cette connaissance se

nommaient Euthymne

et

Pythas.

Mer Atlantait peut-tre un peu plus tique , et qui avait crit un Priple ancien que Pythas de Marseille. Pythas est autrement fameux qu'Euthymne 6 Contemporain d'Aristote, mais un peu plus jeune
Marseille, qui
avait navigu sur la
4
.

Euthymne de

de quelques annes plus vieux que Dicarque, il est l'auteur du fameux voyage dans l'Atlantique septentrional qui, pour les progrs de la Gographie, n'eut pas moins d'importance que le voyage d'Alexandre en extrme Orient. Sur les ctes de la Grande-Bretagne, Pythas avait eu occasion d'observer des

que

lui,

supersunt. Ed. Theodorus Vogel, Lipsise, MDCCCLXXX, lib. IX, cap. IX, 9-27 ; pp. 25 1-253. Arriani Anabasis, lib. IX, cap. XIX Arriani Hisioria indica, Capp. XXI, 3 ; XXII, 8 XXffl, 1 XXIX, 9 XXXVII, 1 Diodore de Sicile, Bibliothque his5-6; XXXVIII, 7 ; XXXIX, 7-8 ; XL, 10. torique, XVII, 106. 2. Strabon, Gographie, livre XV, ch. I, 20 (Strabonis Geographica. Ediderunt G. Mllerus et F. Dbnerus. Parisiis, A. Firmin Didot. MDCCCLHI, vol. I, p. 591). La Gographie de Strabon est la source la plus importante de renseignements touchant la connaissance des mares dans l'Antiquit. 3. Thophraste, Historie plantarum lib. IV, cap. VII, 44. Snque, Questions naturelles, 1. IV, ch-. II. 5. Clment d'Alexandrie, Stromata, I. 5. Roberto Almagia, Op. laud., loc. cit., p. 389.

LA THORIK DES MARES ET L ASTROLOGIE

27l

mares de forte amplitude Pline, qui n'en est pas une invraisemblance prs, dit qu'elles atteignaient quatre-vingts coudes
;

'

(environ trente-sept mtres).

Or le Pseudo-Galien 2 attribue Euthymne cette observation Le flux advient lorsque la Lune croit, et le reflux lorsque la Lune dcrot . Le De placitis philosophorum 3 nonce la mme observation, mais il la met sur le compte de Pythas. Ces renseignements du Pseudo-Galien et du Pseudo-Plutarque ne mritent peut-tre pas grande crance ils vont tre, toutefois, confirms, jusqu' un certain point, par d'autres auteurs ces
: ; ;

auteurs nous apprendront, en

effet,

qu'au troisime

sicle, les

Hel-

lnes curieux des choses de la

mer

connaissaient l'influence exer-

ce sur la mare par le cours de la Lune.

Antigone, de Carystus (Caristo) dans


111

l'Ile

d'Eube, qui vivait au

sicle avant notre re, crit


:

merveilleux
s'abaisse

On

dit

que

le

dans un recueil de phnomnes dtroit qui longe l'Italie s'lve et


,

suivant la croissance et la dcroissance de la


4

Lune

Nous avons vu que le lepl 9au uaa-Uov xojTjjLaTcov, faussement attribu Aristote, affirmait une loi toute semblable. Mais Eratosthne, contemporain d'Antigone de Carystus, va se montrer plus compltement instruit des lois de la mare.
par Strabon que nous connatrons en partie ce qu'Eratosthne disait des mares. Nous apprenons, tout d'abord, qu Eratosthne usait des obserB vations de Pythas; Artmidore, nous dit Strabon reprochait
C'est
,

eratosthne d'ajouter
nique.

foi

diverses

affirmations

marseillais, affirmations dont

une

avait

du voyageur pour objet la mare oca-

Strabon nous enseigne galement 6 quEratosthne soutenait, contre Archimde, que les diverses parties d'une mer d'un seul
tenant ne sont pas toutes de
raison, son avis,

mme

niveau.

C'est

pour

cette

semblables l'Euripe et, surque tout, le dtroit de Sicile, sont parcourus par des courants ce des effets tout semblables ceux dernier dtroit, dit-il, prouve que produisent le flux et le reflux de l'Ocan (ov otjo-iv 6aoiO7ta0ev
les dtroits
;

Talc
<le

xit tv

coxeoevov icXyiuuujpCffl ts xal Kuaarrtart)

le

courant change

sens deux fois en un jour et une nuit, de


C.
I

mme
cap.

qu'en cette dure,

i.
j..

l'[Link]

Sbcomm De Mandi
t

Pwpoo-Gau *M
'ski ioo

Aittorug, lib. tfitoria philo$ophica %


,

II.

XCVH
III,

LWWIII.
lib.

PlotarquIi De placitit philoiOphoru/ti s


/or. cit.,
III,
I,
|).

cap. XVII.

4").

HOBKRTO AlMAGIA, O/). 1(11/(1. SmABOMs Georaphioa, lib. Strabonis Gcographica, lib.

AH()

r;i|>.

Il,

nj
11
;

cap.

III,

d. cit., p, 12X d. cit., pp. 4^-46.

272

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

l'Ocan prsente deux flux et deux reflux.


vers la

Au

flux,

on doit compaplus lev au


'

rer le courant qui transporte les eaux de la

mer Tyrrhnienne
le
;

mer de
le

Sicile, les
;

amenant du niveau

niveau
il

plus bas

ce courant se

nomme

le

courant descendant
;

rpond au flux, car il commence et finit en mme temps il commence, en effet, au moment o la Lune se lve et au moment o la Lune se couche il finit au moment o elle atteint soit le mridien qui est au-dessus de la terre, soit le mridien qui est au-dessous de la terre (o[/.oXoysv 8'oti xal xaTa tov a-rov xaipov
;

pVTat ts xal
ty|V
,

irausTa'.

xa9

a,

7C7i[Ji|[Link]

pysTat
S'

jjiv

yp

Tcepl
tt;

vaToXr,v
,

ttJ

ae^Y/j xal

Trv

Saiv,
(

Ar^yei

OTav cuvaTUTY,

|/.eo

oupavv]o ei xa-rpa, t^ ts uizkp yfj xal r? utu y?;?!.


le

Au

reflux cor-

respond
sortie

courant en sens contraire, qu'on


;

nomme

courant de
la

(swvTa)

comme

le reflux,

il

commence lorsque

Lune

est l'un des

deux mridiens, et il cesse lorsqu'elle parvient au levant ou au couchant (taL ^so-oupavrio-so-'. rfj o-eX^v^ p^poTspai
vap^6{jivov,

xaOaTisp al

|i.7TWTt.;,

Tal^ o

o-jvi/so-.

rat? Tupo Ta^ va-

TOa xal ouo-l TrauG^evov).

Par ce texte, nous voyons qu'Eratosthne connaissait exactement il savait comla loi que suit, dans l'Ocan, la mare semi-diurne ment le flux et le reflux dpendent de la position de la Lune audessus ou au-dessous de l'horizon cette dpendance caractristique lui permettait d'identifier avec la mare certains phnomnes qui pouvaient, au premier abord, en paratre diffrents. Ds le temps de cet auteur, donc, la connaissance des mares acquise par les Hellnes commenait mriter le nom de science. A cette science des mares, Sleucus de Sleucie fit faire de nouveaux progrs. N prs des rives de la mer Rouge 2 il put faire des observations sur le flux et le reflux de cette mer, ainsi, sans doute, que de l'Ocan Indien. Ces observations l'amenrent reconnatre que la mare ne se comportait pas partout de la mme manire 3 Outre ces particularits locales, il nota certaines diffrences que la mare prsente, en un mme lieu, suivant l'poque de l'anne o on l'observe ces diffrences, il crut pouvoir les attribuer ce fait que la Lune occupait tantt un signe du Zodiaque et tantt un autre voici, en effet, en quels termes Strabon nous rapporte la dcouverte de Sleucus
; ;
,

i.

nomment rema
le

pcheurs qui frquentent le dtroit de Messine courant dirig du nord au sud et rema montante courant qui va du sud au nord [Roberto Almagia, Op. laud., loc. cit., p. 392,
les
le

Encore aujourd'hui,

scendente

note
'i.

(3)].

'6.

4.

Sthabonis Geographica, lib. Strabonis Geographica, lib. Strabonis Geographica, lib.

cap. V, 9; d. cit., pp. il\l\-il&. cap. I, 9; d. cit., p. l\. III, cap. V, 9 d. cit., p. \l\>.
III,
I,
;

LA THORIE DES MARES ET i/ASTROLOGIE

273

On

observe, dans les mares, de l'irrgularit ou de la rgu-

larit selon la diversit

des signes du Zodiaque

en

efl'et,

lorsque

dans les signes quinoxiaux, les proprits des au contraire, lorsse rgularisent (6jjiaX'le!.v Ta rcS^) qu'elle se trouve dans les signes solsticiaux, il se produit une dissemblance dans l'amplitude et dans la vitesse (vwjjiaXiav eval xal TcXviet xal Ta^ei) chacun des autres signes exerce une influence en rapport avec sa proximit plus ou moins grande ceux-l (;wv
la
se trouve
; ;

Lune mares

o'

kXXcov

Iy.'X'7'zo'j

xaTa

to'j;

<T

jvvy!.a-|jLO j
,

elvai

T^vavaXwviav).

Le sens de ce passage nest pas entirement clair. Comment convient-il de l'interprter? L'astronome auquel la thorie des mares a d, de nos jours, ses plus grands progrs, Sir G. H. Darwin, en propose l'interprqu'adopte M. H. Almagi 2 tation suivante Quand la Lune est en un point quinoxial, elle est sur l'quaquand elle est en un point solsticial, elle est la plus teur grande distance de l'quateur, vers le Sud ou vers le Nord en
l
,
: ;
;

d'autres termes,

comme

disent les astronomes, elle est sa plus

grande dclinaison mridionale ou septentrionale. Sleucus veut donc dire que, quand la Lune se trouve surl'quateur, les mares qui se suivent en un mme jour prsentent deux flux gaux et deux reflux gaux mais lorsque la Lune est loigne de lqua;

teur, cette

succession rgulire cesse d'avoir lieu


diurne...

en d'autres
est

termes,
I

l'ingalit

s'annule lorsque

la

Lune

sur

quateuret elle atteint son est, elle-mme, maximum.


Si c'est

maximum quand

la dclinaison lunaire

bien l ce que Sleucus a voulu dire

et l'on

ne voit

gure quel autre sens raisonnable on pourrait donner aux paroles il Strabon il est manifeste qu'il avait fait du phnomne des
1

mares une analyse


Mais
et <ln
il

trs dtaille.

ne s'en tait pas tenu cette tude exprimentale du flux


il
v

reflux

avait tent d'eu


<

donner une explication

qu'il

oppo-

sait

;i

celle d<

Irats.

Quelle

tait

cette

explication propose

maitre de Zenon?
indiquait
La

Saint Jean

par Grats, qui fut le Damascne ' nous dit que Grats
oscillatoire (vrtorawuov

cause du
il

mouvement

de

la

mer; mais
i.

ue nous apprend pas quelle tait cette cause. Plus


The (ides and kindred phenornena
in tht

<
doo,

II.
i

Darwin,
;

solar tyttem,

qoi

pp. 76 77.

>,:
p.

almagi, Op. laud.f loc. ci/., p. 3$5 r cod. nu Florentine Sacrorum Joannis Damascbni, Para II. Meineke, vol, l\ Lipsiae, Ml>< CCLVII fium, d
>

Appeodix,
ht

:,

H km

11.

274
explicite

l.

cosmologie hellnique

au sujet de la doctrine de Sleucus, il nous enseigne que cette doctrine admettait la rotation diurne de la terre, l'entranement tourbillonnaire de l'air et, sur ce tourbillon arien, une action perturbatrice de la Lune l'air, gn dans son mouvement par cet astre, mettait, son tour, la mer en branle. Cette explication, nous l'avons dit, faisait de Sleucus un prcurseur de Descartes.
;

111

L'COLE STOCIENNE et les mares, posidonius et ses disciples

Les relations constates par Pythas, par Eratosthne, par Sleucus, entre le cours de la Lune et les mouvements de la mer

ne pouvaient laisser indiffrents les Stociens et, en particulier, Posidonius. Convaincus, en effet, que tous les changements produits au sein de la sphre sublunaire sont rgis par les circulations des astres, les Stociens croyaient

fermement

la possibilit

de prvoir, l'aide des observations clestes, le destin rserv aux tres d'ici-bas. Or le principe qu'ils invoquaient pour justifier leur Astrologie semblait trouver, dans la rgularit avec laquelle le flux et le reflux suivent le mouvement de la Lune, une preuve
singulirement frappante et convaincante. Avant le sicle de Pricls, les Grecs ne semblent pas avoir

connu
qu'on

la divination

astrologique.

La premire allusion

claire

qu'ils aient faite l'art


lit

de tirer des horoscopes parait tre celle


2

au Time de Platon.
Platon rappelait

Dans
nous, et

ce dialogue,
tel astre

comment,

certaines

poques,

errant venait se placer entre tel autre astre et


ces occultations, et les rapparitions qui les

comment

suivaient, causaient des terreurs et donnaient,

ceux qui sont

capables de calculer,
arriver aprs ces
(

des signes des vnements qui doivent

phnomnes.

^oryjq xai ar^eia


-

tcov pz-zk Ta-oka

yVT a-0|jtivojv xo O'jvaasvo.^ Xoriea-Oai, -sjatcouo

',.

Par
et le

le

contact intime qu'elle tablit entre le


oriental, l'expdition d'Alexandre

Monde hellnique

Monde

donna, sans doute,

une

au dveloppement de l'Astrologie en Grce. On y connut, ds lors, les pratiques des mages de Chalde. Aux
forte impulsion
i.

Stob^el Florilegium,
t.

d. Meineke,

t.

IV, p. 225.

Voir: chapitre VII,


p. 211).

VI;
2.

I,

pp. 423-424.
t. II,

Platon, Time, 40 (Platonis Opra, d. Didot,

LA THEUHli: DES MAKEEtj El L ASTR0L0G1K

27

Chaldens ou ceux qui en prenaient le nom, on demanda de lire, dans les astres, les signes qui prdisent l'avenir. Proclus nous apprend que Thophraste, le disciple chri et le successeur d'Aristote, avait compos, au sujet de l'Astrologie Sur les signes (Ilepl otjjjisuov). chaldenne, un livre intitul Thophraste, crit Proclus, nous dit que les Chaldens de son temps possdaient, ce sujet, une thorie digne de la plus grande admiration cette thorie prdit tout vnement, la vie et la mort de chaque homme elle ne prvoit pas seulement les effets gnraux comme le beau et le mauvais temps, la faon dont
1 :

Ptoile de Mercure, lorsqu'elle est


le

dune

nature brillante, signifie

mauvais temps... Thophraste dit donc, dans son livre Sur les signes (Isol o-r^acov), que, par les choses clestes, les Chaldens connaissent d'avance tous les vnements, les vnements particuliers comme les vnements gnraux. Au moment o l'Astrologie trouvait, auprs des Cires, la
faveur qu'ils accordaient
le
si

volontiers toute doctrine nouvelle,


il

Stocisme naquit.

De
les

suite,

ht alliance avec la prtendue

science des Chaldens.

croyance la puissance divine des toiles taient assez nouvellement importes de

La prdiction par

horoscopes

et la

la

Babylonie en Grce lorsque


elles font fureur
;

le Stocisme

parut, mais, ds ce

on les trouve sur tous les points du monde hellnistique . coutons Cicron 3 Dicarque le pripatticien, qui ne veut pas de la divination en gnral, a admis celle qui nous vient des songes et de la
:

moment,

dmence

inspire.

Mon ami

Cratippe, que j'estime l'gal des

premiers Pripatticiens, a ajout foi aux mmes moyens de prvoir l'avenir, tout en rejetant les autres genres de divination.

Quant aux Stociens, ils les ont presque tous dfendus Zenon, dans ses crite, a, pour ainsi dire rpandu des semences que CL anthe a l'ait crotre quelque peu survint Chrysippe, homme il d'un esprit trs pntrant a dvelopp, eu deux Livres, la thorie complte de La divination; il a, en onde, publi un livre
;

iur les songes et


<jui

un autre sur
deux,

les oracles;
;i

avait t

L'auditeur de Chrysippe,
et

Diogne publi un

!<

Babylone,
ces

Livre mu-

questions, Antipater,

notre

Posidonius, cmq.

Mais

un

prince de
i.

la

doctrine stocienne,
///

un

disciple d'Antipater, le matre

Paocu Diaoochi

Platoni
,,.

Timaeum commentaria. Edidit ErnestusDiehl.


Paganisme
[Rei

Lipsiie,
/.
I.

MCMVI;

vol.

m,

.:,..

VHistoire des
3.

Bataisa, La Cosmologie stocienne < lu fin du Religions, 3s* anne, ion, ' LXTV, p. 3), M. T. (acBROMs Dr dioinatione lib, I. cap. IV.

276

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

de Posidonius, Pantius, s'est cart des autres Stociens il n'a pas os nier que nous eussions le pouvoir de deviner, mais il a dclar qu'il en doutait.
;

nous sont seuls parvenus, Gicron argumentait surtout contre Chrysippe qui, tout en ajoutant foi aux principes des Chaldens , c'est--dire des tireurs d'horoscopes, essayait, cependant, de soustraire les vnements venir au fatalisme absolu, et tentait, assez maladroitement d'ailleurs,, d'y maintenir une certaine contingence. Il argumentait galement contre Posidonius 2 Saint Augustin nous apprend, en effet, que le stocien Posidonius tait fort adonn l'Astrologie 3 qu' il tait, la fois, philosophe et grand astrologue 4 . C'est surtout, semble-t-il, par les livres de Posidouius que Saint Augustin avait, dans sa jeunesse, connu la science des horoscopes on peut donc, sans tmrit, attribuer au disciple de Pantius lnonc, reproduit par Augustin, du principe par lequel
livre
S//?' le
i
. ; ;

Dans son

destin, dont des fragments

les astrologues prtendaient justifier leur science divinatoire.

Ce principe
il

tait ainsi

formul

3
:

Pour tout acte accomplir,

faut choisir le jour, parce que la position des astres, qui est dif-

domination sur tous les corps terrestres, qu'ils soient anims ou inanims [quia terrenis omnibus corporibus, sive animantibus sive non animantibus, secundum diversitates temporalium momentorum, siderum positio domifrente aux divers
la dure, a

moments de

Nous reconnaissons l'axiome par lequel la Physique prid'une manire immuable, aux circulations patticienne avait li du monde suprieur, tous les changements du monde sublunaire.
natur).
6
,

Toutefois,
les

si

les Stociens

nonaient volontiers cet axiome dans


ils

mmes termes que les Pripatticieus, (ifier par les mmes raisons. Aristote le
;

ne pouvaient

le jus-

reliait

troitement la

suprmatie exerce sur les autres mouvements par la rotation or les Stociens n'admettaient pas ternelle de l'essence cleste
cette

cinquime essence indestructible. Si nous voulons entendre d'une bouche stocienne la justification du principe fondamental de l'Astrologie, nous devrons couter l'enseignement que donne la Lettre Alexandre sur le Monde, TIspl Kocrp/jj Trpo 'AXavopov. Cet ouvrage a t faussement, pen;

dant longtemps, attribu Aristote


i.

Proclus, cependant, regar-

2.

3.
l\.

M. T. Ciceronis De fat o cap. Vil. M. T. Ciceronis Op. taud., cap. III. S. Auhelii Augustini De civitate Dei
S. Auhelii Augustini, ibid.
S.

lib.

V, cap.

II.

5. G.

Aurelii Augustini Op. laud., Voir Ch. IV, V; 1. 1, p. i0/|.

lib.

V, cap. VII.

LA THEORIK DKS .MAREES ET L ASTROLOGIE


cette attribution

'lia

dait dj

'

comme

douteuse. Ce livre n'est pas

entirement exempt de Pripattisme, puisque l'auteur admet l'existence d'une essence cleste, ternelle et distincte des quatre lments soumis la gnration et la corruption *. Mais les
considrations thologiques qui, la fin du trait, occupent plusieurs chapitres, sont empreintes de la plus

pure doctrine

sto-

cienne. Or c'est parmi ces considrations que se lisent celles que

nous allons rapporter.


Dieu, qui a organis le
tout en
les

Monde

et

qui

le

conserve,
.

occupe \

hau du Monde,
le

la

premire place
lui,

De

l,

il

exerce, sur

choses qui sont au-dessous de

sa

force directrice.

Le

corps qui est

plus voisin de lui jouit, plus que tous les autres,


;

de la puissance qui en mane corps qui vient aprs celui-l,

un degr moindre, en jouit le


et

ainsi

de

suite,

jusqu' ce que

cette puissance atteigne les lieux qui

nous avoisinent
xa ^ "fi^s
totccov.

MXwra

os ttok a-JToO tt| Suvusco owuoXauei 10 izkrplw a'JTO'j arijia, xal eCfitTa t
jjist'

exevo, xal scpi outio

&'/P'

T(^ v

Aussi la

terre et les choses qui rsident sa surface, tant les plus loi-

gnes de l'assistance divine, semblent prives de force et d'harmonie et remplies d'un grand dsordre... Quant aux choses qui

de nous, selon qu'elles sont plus voisines ou plus loignes de Dieu, elles en reoivent plus ou inoins d'asTa ts y-p rju- xaTa to s'yyiov te xal nopputpeo OsoG elvat sistance.
se trouvent au-dessus

|xXX6v te xal y/ttov wcp^la^ uTaatjLvovTa.


k

Ces considrations sont extrmement semblables celles de

emprunt son systme astronomique. Continuons notre lecture, et nous verrons se marquer des diffrences. L'inspirateur d'Al Bitrogi pensait que l'influx divin
l'auteur hellne auquel Al Bitrogi a

pntre

directement jusqu'
le

L'auteur de la lettre Sur

o il s'vanouit enfin. Monde n'admet pas cette action directe


la terre,

de Dieu sur les choses du monde infrieur. Son Dieu, il Le compare un roi, tel que Xerxs ou Cambyse, dont la majest ne s'abaisse pas jusqu' prendre souci des dtails de L'administration, et qui en laisse le soin ses officiers. A plus forte raison,
i

menus
i.

soins

ne conviennent-ils pas

Dieu \

Il

est plus oiajes

Pbocli Diadochi In Platonii Timutn commentaria, <Mt. 171. \ristotk, Dp mundo ad ilexandrutn <\'ij>. II (Anic Didot, III, p, 618 I, d. Bekker, roi I. p. 3qij col
:

<

Dehl, vol.

III,

p.

Opra,
.1

d.

..

).

MtisToTK.
t'>\

Op. (aud.

.''l

Bekker, roi l. p V [Link], Op. laad., toc. Bekker, roi. I, p. S98, col.

cap. VI (Aristotklis Oprt 897, col bel p. 3g8, col


t

<

<I.

Didot,

III.

p.

cit.
I).

(Aristotslm Opera

d. Didot,

t,

III.

p.

687;

27S
tnetix, et

L COSMOLOGIE HELLNIQUE

pins digne do

lui, rlo

siger immobile la place la plus

leve, tandis que la force, rpandue dans le


le Soleil et la

Monde

entier,

meut
et,
SejjLv6,

pour
Tr,v 8s

les

Lune, dtermine la circulation de tout le choses de la terre, devient cause protectrice.


eitl Trj
k

ciel,

Tepov os xal TcpSTwtoocrspov a'JTov usv

vwTaTtu ycbpa L8pGo 6ai,


xal

ouvatuv 8i

to'J o-j txTiavTO x6ay.o*j

ov/^xo-jcrav v-Xiov ts xiveiv

o-syvyjv,

xal tov Tcvta oupavov icepiacvecv, avrlov ts vtvsaOat toI

sttI tt[

yfj o-o)T^pta...

Ce qui convenait le mieux la nature divine, c'tait, avec facilit et par un mouvement simple, d'amener leur ach'AXX toto rv to Oeifcactov, vement des ides de toutes sortes.

to asTa paoTwvyj xal

Arjs

xiviicew

itavroSancc a7roTsAslv

LSa.

Ainsi font les habiles artisans qui, sans aucune peine, et l'aide

d'un seul

outil,

excutent les ouvrages

les

plus

varis.

Et

donc la nature divine, par un certain mouvement simple du premier mobile, rpand la puissance dans les corps qui le continuent de chacun de ces corps, la puissance passe dans celui qui vient aprs, jusqu' ce qu'elle se soit rpandue dans l'Univers. Chaque corps, en effet, est m par un autre corps et, son tour,
;

communique un autre corps chaque corps le Monde entier


il
;

le

mouvement

qui l'entrane avec

exerce, d'ailleurs, son action pro;

pre, selon les dispositions qui lui appartiennent

ils

ne suivent
;

pas tous
il

le

mme chemin

leurs voies sont diffrentes et diverses

en

est qui suivent

des routes opposes les unes aux autres

;...

chacun d'eux, en

effet, est

de la manire qui
il

lui est propre.

Au

gr de notre stocien,

sufft

Dieu, pour exercer son

action providentielle sur le

au premier mobile au-dessus de lui, meut,


;

Monde, d'imprimer la rotation diurne chaque corps, m par tous ceux qui sont

son tour, ceux qui se trouvent au-desdter-

sous

cette activit,
enfin,

communique de proche en proche,

dans les corps d'ici-bas, la production de toutes les formes que nous y voyons. Les tireurs d'horoscope qui s'affublaient du nom de Chaldens admettaient, sans aucun doute, une thorie analogue l'influence des astres, pour eux comme pour l'auteur de la Lettre sur le Monde, se propageait de proche en proche, en descendant toujours elle arrivait ainsi jusqu' modifier les proprits de l'atmosphre, qu'ils nommaient souvent le ciel [clum) l'air, enfin, communiquait aux corps terrestres tel ou tel temprament. Voici, nous dit Cicron comment raisonnent ceux qui dfendent les horoscopes gnthliaques des Chaldens
;
;

mine

i.

M. T. Ciceronis De divinatione

lib. II,

cap. XLII.

TA THORIE DES MARES ET L'ASTROLOGIE

Tl

270

a, disent-ils,

clans la ceinture dos signes,

que

les

Grecs

nomment Zodiaque, une


les diverses parties

certaine force

cette force est telle

que
l'at;

de ce cercle meuvent et transforment

mosphre (cium) l'une d'une manire, l'autre d'une autre chaque partie du Zodiaque agit selon la place occupe, chaque moment, par les toiles [errantes] dans les rgions voisines de
diversement mise en action par les toiles qu'on appelle errantes... En effet, puisque nous voyons l'approche ou lloignement des astres produire les diverses saisons de l'anne, dterminer de si grands changecette

partie

car

cette

force

est

ments, de

si

importantes rvolutions dans

l'tat

de l'atmosphre

(tempestates cii), puisque tout ce que nous voyons est produit

du Soleil, ils regardent non seulement comme vraisemblahle, mais encore comme vrai que les enfants, leur naissance, soient diversement anims et forms selon que l'air, ce moment, est dispos de telle ou telle manire (utcunqae temperatits sit ar) c'est ainsi, pensent-ils, que sont faonns les dispopar
la force
;

sitions d'esprit, les

murs,

le caractre, le corps, toute l'action

de la vie

et la

chance de chacun des vnements [qui

s'y doivent

rencontrer].

Pour ceux qui professaient une

telle doctrine, qui avaient la

dfendre contre les sceptiques, l'influence manifeste de la Lune


sur les mares tait bonne aubaine. Quel empressement
taient faire tat de cette preuve,
il

ils

metAulu-

est peine besoin

de

le dire.

Ecoutons, cependant,
Gelle
1

le

philosophe Favorinus.

A Rome,

Ta entendu disserter en grec contre ces gens qui s'appellent Chaldens ou gnthliaques, et qui se font fort d'annoncer les vnements futurs d'aprs la position et le mouvement des toiles. Par Favorinus et par son auditeur Aulu-Gelle, nous saurons quel tait l'argument favori de ces astrologues.

Ils

ont vu que certaines choses terrestres, qui se produisent

au milieu des hommes, sont mues par l'impression et la direction des choses clestes; l'Ocan, par exemple, est, pour ainsi dire,
le
l,

compagnon de

les

Lune; avec elle, il vieillit ou est rajeuni; de ils ont tir argument pour nous persuader de croire que toutes choses humaines, les plus petites aussi bien que les plus
la

aux toiles fixes et aux astres errants, qu'elles Boni menes * rgies par ces corps. Mais parce que la mare de L'Ocan correspond au cours de la Lune, nous faudragrandes, sont
Lies
t-il

comme

croire

que

l'affaire

de

tel

particulier qui plaide contre

i.

\t

fimi,

[Link]

nuits fi/fir/upx, livn- XI Y, rh.

I.

280
riverains

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

pour une question de conduite d'eau ou contre son voisin pour un procs de mur mitoyen, que cette affaire, disonsnous, est mene par le ciel comme l'aide de rnes? C'est trop
sot et trop absurde.

Posidonius partageait les superstitions des Chaldens

nous tonnerons donc pas qu'il ait accord le au phnomne des mares. 11 en avait parl en dtail dans son trait De l'Ocan, Ilepl 'xeavo'j. Touchant le flux et le reflux de la mer, dit Strabon contentons-nous de ce qu'ont crit Posidonius et Athnodore. Plt Dieu que Strabon, au lieu de renvoyer son lecteur au trait De l'Ocan, en et extrait tout ce qu'on y lisait sur la mare Car ce qu'il a emprunt cet ouvrage aujourd'hui perdu est, peu prs, tout ce que nous en connaissons. Sur ce que Posidonius pensait de la mare, nous avons, cependant, une seconde source de renseignements. Le philosophe grec Priscien de Lydie, qu'il ne faut pas confondre avec le grammairien latin du mme nom, enseignait Athnes, avec Damascius de Syrie et Simplicius de Gilicie, lorsque Justinien ferma cetle dernire cole paenne. Ce Priscien rdigea pour Chosros, roi des Perses, des rponses un certain nombre de questions philosophiques et physiques 2 Le texte grec de ces rponses est aujourd'hui perdu nous en possdons seulement une traduction latine qui fut dcouverte, en 1853, par Jules Quicherat. Le manuscrit est du neuvime sicle, crit Jules Quicherat 3 et excut certainement en France, peut-tre dans le monastre de Gorbie, auquel il appartenait avant de passer dans la bibliothque de Saint-Germain des Prs. Je ne crois pas me tromper en attribuant galement la France et au neuvime sicle le travail de traduction. La raison que j'ai de le croire est que
1
. .

nous ne plus grand intrt


;

cette

traduction tant ncessairement l'uvre

d'un littrateur

latin qui vivait entre le sixime et le

neuvime

sicles,

pour toute

on ne trouve qu'un homme dans l'Occident qui ait uni la science du grec l'intelligence de la philosophie noplatonicienne et cet homme est notre Jean Scot, que d'autres appelcette priode,
:

lent Erigne.

.
r>
;

Strabonis Geographica, lib. d cit., p. 5.


.

I,

cap.

III,

12

d.

cit.,

p. 4*>

lib.

I,

cap.

I,

Primurn accedunt Porphyri et Procli Institutiones 2. Plotini Enneades. Et Prisciani philosophi Solutiones. Ex codice Sangermanensi edidit et annotaParisiis, Ambrosius Firmin Didot, tione critica instruxit Fr. Dibner.
.

MDCCCLV.
3.

Plotini Enneades.

.,

d. cit., p. 55 1, col. a.

LA THORIE DES MARES ET l'aSTROLOGIF

281

La sixime question de Chosros portait sur les mares et sur la salure de la mer; plusieurs reprises, Priscien dclare qu'il emprunte Posidonius ce qu'il dit du flux et du reflux; il est probable, cependant, que l'emprunt n'tait pas direct; dans le prambule qui ouvre son crit, Priscien numre les ouvrages qu'il a il ne nomme pas le Elepi 'xeavoy. mais seulement consults l'abrg, compos par Gminus, des Mtores de Posidonius le trait De F Ocan tait peut-tre dj perdu, comme l'taient les
1

Mtores.

au dire de Strabon*, l'enseignement de Posidonius au sujet des mares Il dit que le mouvement de l'Ocan est soumis au mouvement priodique des astres [$t\<s\ os t/jv toG wxeavou x'lw}o iv utveiv tarpoetSTJ [Link]). Il y a une priode diurne, une priode mensuelle, une priode annuelle qui, toutes trois, sont en connexion (<7U[jL7ra9o);) avec la Lune. Lorsque la Lune s'lve au-dessus de l'horizon la hauteur d'un signe (30), on voit que la mer commence se gonfler et s'avancer sur le rivage, jusqu'au moment o la Lune atteint le mridien l'astre descendant ensuite, la mer se retire peu peu,
Voici quel
tait,
:
>

jusqu' ce que la Lune se trouve un signe au-dessus de son cou-

temps que la Lune met atteindre son coucher, la mer demeure immobile il en est encore de mme pendant le temps, gal celui-l, qu'il faut la Lune pour arriver, au-dessous de la terre, un signe de l'horizon; alors, la mer commence de nouveau s'avancer jusqu'au moment o, sous la terre, la Lune passe au mridien; elle se retire jusqu' ce que la Lune, avant son lever, arrive un signe de l'horizon enfin, elle demeure immobile jusqu' ce que la Lune monte la hauteur d'un signe au-dessus de l'horizon puis elle monte de
cher
;

pendant tout

le

nouveau.

Voil donc, au dire de

Posidonius, quelle est la priode


est la suivante

liurne.

La priode mensuelle

gnent leur

maximum

au moment

Les mares atteide la conjonction elles dimi:

nuent jusqu'au premier quartier, augmentent jusqu' la pleinelune et diminuent, de nouveau, jusqu'au dernier quartier ; puis
elles

augmentent jusqu' la nouvelle-lune... Quant la priode annuelle, il la mimait,


le

dit-il,

par

les

observations des habitants de Grades

Cadix). Ceux-ci prtendent


i

que
i.

fiu\

comme

le

reflux gonl g ra
-

mien ien accrus au voisinage


i>

Plotixi Snneadet d. it stiuboms GtQgrnnhim lit.


y

p.

553,
[Link].

<<>!.

III,

V, H:

r<\. cil

j>

iVi-

282
;

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

du solstice d't Posidonius en tire cette conjecture que les mares diminuent sans cesse dans le temps qui s'coule du solstice [d't] jusqu' l'quinoxe [d'automne], qu'elles augmentent jusqu'au solstice d'hiver, puis diminuent jusqu' l'quinoxe de prin-

temps, pour augmenter enfin jusqu'au solstice


mensuelle, l description de Posidonius ne
la priode annuelle
;

d't.

Trs exacte en ce qui concerne la priode diurne et la priode


l'est

plus au sujet de

au voisinage des quinoxes, non des solstices, que se produisent les plus fortes mares.. Les habitants de Cadix auraient-ils fourni Posidonius des renseignements inexacts? Ou bien Strabon, en rsumant le trait De l'Ocan, aurait-il interverti les rles des solstices et des quinoxes? Cette dernire supposition est la plus vraisemblable. Snque, en effet, et Pline l'Ancien parleront exactement des mares quinoxiales or toute leur science au sujet du flux et du reflux parat emprunte Posidonius. Cette supposition, d'ailleurs le philosophe Priscien va la transformer en certitude. De la priode diurne de la mare, Priscien emprunte Posidonius une description identique celle que Strabon a repro Quant aux flux qui se produisent chaque duite puis il ajoute mois, ils surpassent de beaucoup ceux qui se font chaque jour; en effet, lorsque la Lune est en quartier, la mer s'avance moins et se retire galement moins lorsqu'au contraire la Lune est en
c'est
;

conjonction avec le Soleil, et aussi la pleine-lune, l'Ocan est

grande vitesse et couvre une grande tendue de terre. Il y a aussi, dans les mares, un certain rapport qui se reproduit chaque anne et qu'on peut exprimer ainsi 2 Au voisinage des solstices, l'eau s'avance en moins grande quantit et le flux en est plus lent mais au voisinage des quinoxes, la mer prouve quelque chose de semblable ce qui parat s'y produire au voisinage des pleines-lunes et des conjonctions. Cette dernire phrase ne nous permet plus de douter que Posidonius n'ait eu, de la priode annuelle des mares, une connaissance exacte. Posidonius enseignait 3 comme ratosthne, que les mers intrieures, la Mditerrane par exemple, prouvaient le retentissement des mares ocaniques ce retentissement, il attribuait,
fortement
soulev
;

le

flux

se

montre anim

d'une

comme
i.

Eratosthne, les changements diurnes de la direction du

Prisciani philosophi Solutiones, quaest. VI; d. cit., p. 571, col. a. d'crire paraphrase un passage peu prs inintelligible. 3. Priscien, loc. cit. y d. cit., p. 570.
2.

La phrase que nous venons

LA THORIE DES MARES ET i/ASTROLOGIE

283

courant dans le dtroit de Messine et dans l'Euripe de Chalcide.

Ce dont Strabon ne nous


instruire
1 ,

a point parl et

dont Priscien va nous


le flux et le

ce sont les considrations astrologiques, dans le got

des Chaldens, par lesquelles Posidonius expliquait


reflux de la mer.

nous montrera de nouveau que le philosophe stocien avait des ides fort justes sur chacune des priodes de la mare. Le stocien Posidonius, dit Priscien, observe que la cause de ces phnomnes est la Lune plutt que le Soleil. Le Soleil, en effet, est un feu pur et d'une grande puissance aussi ce feu a-t-il tt fait d'anantir les vapeurs que le Soleil lve de la terre et de la mer. La Lune, au contraire, n'est pas un feu pur; c'est un feu affaibli et attnu qui, par l mme, exerce une action plus

Or

cette explication

fertile

sur les choses terrestres

les choses sur lesquelles

elle

borne soulever les choses humides et rendre fluide ce qui ne l'est pas [ces choses humides], elle les meut par sa chaleur mais elle ne les fait pas dcrotre, parce que cette chaleur est faible et qu'une humidit excessive l'accompagne c'est pour cette raison, d'ailleurs, que les corps chauffs par la Lune entrent en putrfaction. L'action du Soleil et celle de la Lune peuvent se comparer celles qu'prouve l'eau dans une marmite chauffe l'eau enfle sous l'influence d'une chaleur modre, tandis qu'un feu ardent la consume. De la part du Soleil, la grande mer prouve ce que, dans la marmite, un feu violent fait prouver l'eau sur la mer, la Lune a une action semblable celle que l'eau ressent d'un premier et faible chauffement. L'onde de la mer accompagne la Lune dans son mouvement circulaire, comme si elle tait soulever
agit, elle

ne

les

peut dtruire

elle se

par

elle.

L'eau, dit Posidonius, est de nature circulaire.


le

Qu'enbmd-il
s'in-

par l? Nous
Pline

saurons en consultant les physiciens qui


Posidonius. Or,
La

struisaient par la lecture de ses ouvrages.


Le

Naturaliste cite volontiers


h
1

pour renobserver 1

dre compte

La

figure spLirique do

mer,

il

fait
la

jin-

Les gouttelettes

d'eau prennent spontanment

figure sph-

rique, et que, flans un vase plein, Le liquide est

termin par une

surface convexe.

Dans

ses Questions naturelles,

Snque

crit 1

Posidonius vous

i.

PnisciKv, loc.
(>.

cit.

d,

rit.,

2.

[Link] Sbcomdi
1

De Munai

p 571, col. i, et p. historia lil>. II, cap

".-

LXV.

Voir

chapi-

tre

vm,i vu;

.'^.

pp. 175-470 SwiQui, Queittons naturtiles, livre IX, eh, Ht.


1,

284
affirmera,
est

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

comme s'il l'avait vu de ses propres yeux, que la grle forme dune nue aqueuse, dj mme convertie en eau.
la

Vous pouvez, sans matre, deviner


voit sur les miroirs qui

cause de sa rondeur, en

observant que toute goutte d'eau se ramasse en globe. Cela se

condensent l'humidit de la respiration, sur les coupes humectes et, en gnral, sur toute surface polie
;

si,

des herbes, des feuilles d'arbre, des gouttes d'eau


>.

demeu-

rent attaches, elles sont arrondies


ce principe

Trs certainement, donc, la Physique de Posidonius formulait

Par nature, l'eau prend une forme arrondie. De ce principe, elle faisait application la thorie des mares. Par suite de la nature circulaire de l'eau l'onde, souleve sous forme
:

d'une sorte d'hmicycle, suit la Lune.

Chaque jour, dclarait galement le Philosophe stocien, la Lune en fait autant lorsqu'elle s'en va sous la terre. De ce flux oppos la" Lune, sa thorie ne rendait aucun compte les explications astrologiques y trouveront toujours une embarrassante
;

nigme.

mensuelle des mares. Au moment de la pleine-lune et au moment de la conjonction, l'onde est souleve au maximum parce qu'alors rside, en la Lune, une grande puissance. Au moment de la pleine-lune, toute la face qu'elle tourne vers la terre est claire lors de la conjoncl'explication de la priode
;

Venons

tion, sa partie

suprieure est claire par le Soleil

elle exerce

alors sur les choses terrestres


fait

une force gale

celle qu'elle leur

prouver pendant la pleine-lune. Les flux qui reviennent chaque anne, au moment des quinoxes, ont aussi la Lune pour cause. Si, l'heure o le Soleil se trouve soit dans la Balance, soit dans le Blier, la Lune vient en syzygie avec lui, la Lune a une grande puissance... Ce pouvoir
effet, est

provient de la nature de la Lune. La Lune, en

chaude, et
est

c'est

par cette vertu que l'eau est souleve.

humide et Or l'hiver

chaud; ces deux saisons ne s'accordent donc pas en qualits avec la Lune au contraire, le printemps et l'automne sont modrment humides et chauds; la Lune leur ressemble donc beaucoup . Il est, ds lors, naturel que
et froid, l't est sec et
;

humide

la force de la

Lune

soit exalte

lorsque cet astre vient se placer

dans un signe quinoxial, dans le Blier ou dans la Balance. Mais ce n'est pas seulement au voisinage de l'quinoxe de printemps ou de l'quinoxe d'automne qu'il arrive la Lune de traPpiscten, Inc. cit.

!.

LA THORIE DKS MARES ET L ASTROLOGIE

285

verser le signe du Blier ou le signe de la Balance. Pourquoi donc


les autres

passages ne dterminent-ils pas, eux aussi, de grandes


voici la raison
:

mares? En
signe, la

Lorsque

le Soleil

occupe un autre

Lune, venant dans le Blier ou dans la Balance, n'est ni pleine ni nouvelle. L'accroissement de force que lui confrent alors les signes du Zodiaque n'accompagne plus l'accroissement
de force man du Soleil.
Bien tranges sembleront sans doute ces considrations astrologiques; ce sont elles, cependant, qui ont

amen Posidonius
sufii

discerner la priode annuelle de la mare et en formuler

la loi,

que

les

renseignements reus de Cadix n'auraient pas

lui

rvler.

L action de la Lune sur les eaux de la

mer

sexerce-t-elle direc-

tement ou bien

l'air

lui

sert-il

d'intermdiaire? Profondment

imbu des doctrines astrologiques des Gbaldens, Posidonius semc'est, du moins, ce que ble avoir admis la seconde hypothse Posidonius, semble dire une phrase de Saint Jean Damascne crit Jean de Damas, dit que les vents sont mis en mouvement par la Lune, et que, par les vents, son tour, est mue la mer en
;

laquelle se produisent les effets dont nous venons de parler


Si Posidonius

ne subordonnait pas la mare une action pralable exerce par la Lune sur l'atmosphre, du moins pouvonsnous affirmer qu'il tablissait un rapprochement troit entre les inarecs et les troubles atmosphriques attribus la Lune. Nous savons, en effet, que Clomde s'inspire constamment de La Mtorologie, de Posidonius; or, deux reprises, Clomde crit 2 Non seulement la Lune dtermine de grands changements dans
:

l'air et

tient

en son pouvoir beaucoup de choses terrestres qui


elle,
.

ont
(\\\

sympathie avec
reflux de la

mais encore,

elle est

la

cause du flux

et

Clomde dclare, d'ailleurs, que la Lune tient cette puissance du Soleil qui cette doctrine s'acclaire corde pleinement avec celle que professait la Lettre Sur le 1/- ude, >rps avec celle que les Chaldens semblaient admettre; chaqu
i
:

mer

cleste tient sa puissance de ceux qui sont au-dessus de

lui

Posidonius avait amen


ne

la lliorie
le

des mares
sicle.

wi\

point

quclb

dpas

physicien eut,
i.

L enseignement d<- c< assurment, un grand retentissement dans le monde


ure avant
*vf
r.i

fjccerptu

c -,//.

tus.

/'.: '/,/i/, i,

Sac/'ortt/n Joannis

Dam asci

1,

\*vs
1

II.

\.\\\l (STOBiCi Flvrilegiutn, d. Vleineke, vol. IV. Lipai, SWH'A ppendi l r motu circutan corporutn clettinm liOn duo, lib H liomei
\

IA

II.

>

Hermannutt

MDCCCXC1

280
hellne
ici et,

LA COSMOLOGIE HELLISIQUK surtout, dans le

monde romain. Nous n'numrerons pas

tous les auteurs grecs ou latins qui, sous l'influence plus ou

moins directe de Posidonius, ont fait allusion l'action exerce par la Lune sur le flux et sur le reflux de la mer le lecteur trouvera, dans le beau mmoire de M. R. Almagi, de nombreuses citations de ces auteurs. Nous arrterons notre attention aux seuls propos de Pline l'Ancien et de Snque ils apporteront, en effet, quelques complments ce que nous savons dj des doctrines de Posidonius. Pline dfinit exactement la mare diurne; il omet de signaler la priode de repos qui, selon Posidonius, spare la mare descendante de la mare montante. La Lune, dit-il, par une aspiration
; ;

avide, trane la

mer aprs

elle.

exactement dcrite. Enfin Les flux s'enla priode annuelle est signale en ces termes flent davantage aux quinoxes, et l'quinoxe d'automne plus qu' l'quinoxe de printemps. Ils sont, au contraire, faibles au solstice d'hiver, et plus faibles encore au solstice d't . A cette priode, Pline en joint une dont il n'avait pas t question jusqu'ici Au bout de huit ans, la centime lunaison ramne la mer au principe de son mouvement et lui rend des accroissements gaux . Le cycle luni-solaire de huit ans ou cent lunaisons, Yoctatride, tait, depuis bien longtemps, connu des Hellnes. Ds l que Pline trouve dans le Soleil et dans la Lune la

La priode mensuelle

est, elle aussi,

que cette priode, en ramenant la mme disposition du Soleil et de la Lune, doit ramener les mmes flux et les mmes reflux. Cette remarque avait-elle t faite par
cause des mares
, il est clair

Posidonius

Nous

l'ignorons.

Lorsque la Lune est septentrionale et plus loigne de la terre, les mares sont plus modres lorsque la Lune est, au contraire, plus mridionale, elle produit, par son effort exerc de plus prs (propiore nisu), une force plus considrable . Pline croit videmment que l'apoge de la Lune se trouve toujours dans l'hmisphre septentrional, et le prige dans l'hmisphre mridional il montre, par l, qu'il a, du mouvement de la Lune, une ide entirement fausse. L'erreur, d'ailleurs, ne saurait nous tonner d'un auteur qui, au moment mme o il vient de dclarer que le flux et le reflux suivent le mouvement de la Lune, ajoute tout aussitt que les flux et reflux sont spars les uns des autres par des intervalles de six heures, et

Le Naturaliste

dit

encore

i.

C. Plinii Secundi

De Mundi

historia lib.

II,

cap. XCVII.

LA THORIE DES MARES ET L ASTROLOGIE

287

que ces heures-l, au moment de l'quinoxe, divisent exactement en douze parties le jour et la nuit. Pline est plus heureusement inspir lorsqu'il dit encore Les grandes mares des quinoxes ne se manifestent pas exactement aux moments que j'ai indiqus, mais quelques jours plus tard elles ne se manifestent pas, non plus, au moment mme de la pleine-lune ou de la nouvelle-lune, mais quelque temps aprs enfin le flot ne commence pas exactement au lever ni au coucher de la Lune, ni le jusant l'instant mme o cet astre quitte le mridien, mais tous ces effets se produisent environ deux heures plus tard. En effet, l'efficacit de tout changement qui se passe au ciel atteint la terre un certain temps aprs que la vue a peru ce changement . Il tait essentiel de faire cette remarque si l'on ne voulait point tre choqu du dsaccord entre les faits observs et les lois formules par Posidonius. Snque est aussi mdiocre savant que Pline. Ce qu'il dit de bon dans ses Questions naturelles, il le tient d'autrui, bien incapable de le tirer de son propre fonds chaque instant, d'ailleurs, on retrouve sous sa plume le nom de Posidonius, son
prcise
.

inspirateur.

Snque professe un fatalisme absolu L'ordre des choses est, dans sa rvolution, men par la suite ternelle du Destin, et la premire loi du Destin, c'est que ses dcrets sont immuables. Ordinem rerum fati terna sries rotat, cujus kc prima lex est,
1
:

star a decreto .

De ce fatalisme dcoule la possibilit de prvoir, d'aprs les vnements prsents, quels seront les vnements venir La
:

dveloppe mettant partout, d'avance, des signes de l'avenir mais parmi ces signes, il en est qui nous sont familiers tandis que d'autres nous sont inconnus. Tout ce qui arrive est le signe de quelque vnement futur il n'y a que les
srie des destines se
; ,

choses

fortuites, celles qui errent sans raison,

pour chapper

la

divination. Toute chose qui est dans l'ordre est susceptible d'tre prdite [Cujus rei ordo est, etiam prxdictio est) . Si donc les Chaldens se trompent souvent dans leurs divina-

dterminisme absolu, dont leur art se rclame, doive tre ni. C'est seulement que leur science trop courte est inhabile tenir compte de toutes les causes. L'obtions, ce n'est pas

que

le

i.

Sknk.'.m k,
i;k,

Qaesiioni naturelles, livre Questions naturelles, livre

II,

eh

XXXV,
XXXII.

II,

eh.

288
servation
les

LA COSMOLOGIE BELLNIQUE

Chaldens

s'est

borne au pouvoir des cinq toiles

errantes. Mais croyez-vous que ces milliers d'toiles fixes luisent

pour ne rien faire ? Si les faiseurs d'horoscope tombent souvent en erreur, quelle en est la cause ? C'est qu'ils prennent seulement quelques astres pour signes de notre destine, tandis que tous les corps qui se trouvent au-dessus de nous revendiquent quelque part en notre sort. Snque, assurment, tait fort bien dispos recevoir ce que Posidonius avait dit de la thorie des mares. De cette thorie, malheureusement, il n'a pas eu occasion de traiter. C'est accidentellement qu'il en parle, mais dans une circonstance qui offre pour nous un grand intrt. Il s'agit du dluge universel qui, la fin du Grand Hiver, doit submerger le Monde. Au flot qui s'avancera alors pour inonder la terre, Snque donne le nom de flux (tes tus) : Ce flux n'est pas la cause qui soulve les eaux de la mer il n'est que l'instrument du Destin. La nier est mue par la Destine, non par le flux, car le flux est au service du Destin {nain a-slus fali ministerium est.) Pour faire comprendre la formation de ce flux dvastateur, Snque use de la comparaison que voici Ainsi voit-on habituellement le ilux d'quinoxe, entran par la conjonction du Soleil et de la Lune, s'avancer plus puissant que tous les autres flux; de mme ce flux, envoy [par le Destin] pour submerger la terre, plus violent non seulement que les flux habituels, mais mme que les plus forts, entranera une plus grande quantit
1
; :

d'eau...

En

certains lieux, le flux [quinoxial] court sur des cen-

taines de milles, inoffensif et gardant l'ordre qui lui a t pre-

une certaine mesure et, ensuite, il dcroit. Mais ce moment-l, le flux, dlivr de toute loi, s'avancera sans mesure . Ainsi les Stociens, dans le flux produit par la conjonction du Soleil et de la Lune avec un point quinoxial, voyaient une image rduite du cataclysme que devait, un jour, dchaner la conjonction de tous les astres errants avec le solstice d'hiver. La thorie des mares ne leur servait pas seulement justifier les prdictions de l'Astrologie; elle confirmait leurs yeux le grandiose et redoutable pronostic des catastrophes destines, priodiquement,
scrit
;

sa crue, en effet, s'arrte

dtruire l'Univers.

i.

Snque, Questions naturelles

livre

III,

cb. VIII.

LA THORIE DES MARES ET LASTROLOGIE

289

IV
LES
PRINCIPES

DE l'aSTROLOGJE APRS

POSIDOMUS.

CLAUDE PTOLME

Aprs Y Histoire naturelle de Pline l'Ancien, nous ne trouvons plus aucune uvre, produite par le Paganisme grco-latin, qui apporte quelque perfectionnement la thorie des mares. Si Strabon nous a conserv quelques prcieuses observations d'Eratosthne, de Sleucus, de Posidonius, il n'y a rien ajout de son propre cr. Les nombreux textes, relevs par M. R. Almagi, o il est fait mention du flux et du reflux de la mer n'ont point enrichi la science de ce phnomne'. Ceux qui en ont le mieux parl sont certains Pres de l'Eglise au prochain chapitre, nous lirons ce qu'ils en ont dit. Entre la thorie des mares et l'Astrologie, l'uvre de Posidonius avait tabli le lien le plus troit. C'est pourquoi nous croyons utile de dire quelques mots des rapports qni s'taient tablis, entre l'Astrologie et la Science paenne, durant les premiers sicles de notre re. C'est une question que nous nous il contenterons d'effleurer faudrait, pour la traiter fond, allonger notre uvre outre mesure. Nous nous bornerons mettre en lumire quelques ides qui nous semblent d'importance toute
;
;

particulire.

On

attribue Ptolme, et trs


intitul
:

probablement juste
en
quatre
livres,

titre,

un

ouvrage
<xjv7a;i;.

Composition

TeTpiXto

connaissance de l'Astrologie hellnique, la Composition en quatre livres est aussi importante que l'est la Grande
la

Pour

composition pour la connaissance de l'Astronomie ancienne

elle

nous prsente
Ciel
;

le

code complet des jugements

tirs

de l'aspect du

les astrologues

arabes ne cesseront de l'tudier et de la


mieux renseigns
a attribu

anitmeiicae

se trouve aux Theologumena Porphyre, mais dont l'auteur et le c temps sont, en ralitj inconnus. L'auteur de cet ouvrage, dit M. R. Almagi (h), met clairement en lumire l'accord entre l'allure de la mare et les phases lunaires; il affirme que les mare! ont un maximum la nouvelle lune j qu'elle! dcroissent, durent la premire semaine de la lunaison, jusqu'au premier quartier; qu'elle! passent, en sens inverse, par Jes mmes amplitude!, jusqu' 11 pleine lune qu'elle! fODt, enfin, (le mme pendant la nde moiti d u moi! . l'niunvmi Theologumena Aritmeiicae... didit Kridericui Asiins, Lit* lie, 1817;! (h) Roenrro Kimaia, Op. /aud., loe. cit., j. \\i>.
i.

Parmi ces

textes, l'un des

(a),

ouvrage qu'on

'''

DUHLM.

T.

II.

19

* l

JO
ils

LA COSMOLOGIE HELLMQUE

commenter;

seront imits par les astrologues de notre

Moyen

Age, dont le latin mentionnera sans cesse YOpus quadripartitum, dont le franais citera le Quadripartit da roi Plolomc. A la Terpt6Xioc o-uvrat, demandons ce que Ptolme pensait
de l'action des astres sur
les choses d'ici-bas.

Le grand principe formul par Aristote, admis par les Ghaldens et par les Stociens, le principe selon lequel tous les changements du monde infrieur sont rgis par les circulations du monde cleste n'est, pour l'Astronome de Peluse l'objet d'aucun doute selon l'usage des Chaldens, il ne manque pas de regarder les mares comme un frappant exemple de ce principe. Voici, tout d'abord, crit-il une proposition trs vidente et qui n'a nul besoin d'une longue dmonstration Une force, mane de la nature thre et ternelle, se transmet toutes les
,

choses qui entourent la terre

et

qui sont, sans cesse, soumises au

changement. Les premiers lments qui soient sous la Lune, le feu et l'air, sont entours et mis en branle par les mouvements de l'ther; leur tour, ils enveloppent et entranent dans leur agitation tous les corps qui se trouvent
terre, l'eau et tous les

au-dessous d'eux, savoir la

vgtaux qui y naissent. Le Soleil, en effet, avec le ciel qui environne toutes les choses terrestres, impose, pour ainsi dire, un ordre perptuel l'ensemble
et

animaux

de ces choses; non seulement


le

il

dtermine, au cours de l'anne,

changement des saisons qui donnent la vie aux animaux, qui, chaque vgtal, assurent son fruit, qui dirigent la circulation des

mais encore, suivant un ordre constant, suivant une rgle gomtrique approprie chaque latitude, sa circulation diurne produit alternativement la chaleur et la scheresse, puis le froid et l'humidit. La Lune, qui est la plus proche voisine de la terre, influe d'une manire manifeste sur les choses terrestres la plupart des tres anims ou inanims concordent avec elle dans les changements qu'ils prouvent les fleuves croissent ou dcroissent avec la lumire de la Lune selon qu'elle se lve ou se couche, les mers sont entranes par des courants de sens contraire soit en
fluides et les affections diverses des corps;
;
;

i. Claude Ptolme, Composition en quatre livres, livre I, ch. I (Claudii [Link] Pelusiensis Alexandrini o/nnia qu extant opra, prter Geographiam, quam non dissimili forma nuperrim didimus : summa cura et diligentia castigata ab Ersmo Osualdo Schbekhenfuchsio, et ab eodem Isagoica in Almagestum prfatione, et Jidelissimis in priores libros annotationibus illustrala, quemaamodum sequens pagina catalogo indicat. Basileae. In fine Basileae Claudii Ptolem^i in Oi'ficina Henrichi Ptri, Mense Mrtio. Anno MDLI. MAThrmatici operis Libri quatuor, in quibus de iudicijs disseritur, ad Syrum, JoACHiMO Camerario interprte. P. 379).

LA THORIE DES MARES

Kl

L ASTROLOGIE

291

tout leur corps, soit en quelqu'une de ses parties, les vgtaux et


les

animaux ressentent
Le cours des

l'effet

de la croissance ou du dclin de la de nombreux


effets, tels

Lune.

astres, enfin, est signe

que

la chaleur, le froid, les vents,

dont

l'air est le sige,

mais dont

les choses terrestres se trouvent, leur tour, affectes.

Les dispositions relatives des astres sont, elles aussi, causes de changements multiples et varis car, en se conjoignant, les corps clestes. mlent leurs influences. Bien que la force du Soleil,

dans l'ordre assign la constitution gnrale du Monde, surpasse les forces des autres astres, celles-ci peuvent, cependant,
Lune, dans les nouvelles-lunes, dans les pleines-lunes, dans les phases intermdiaires, noCfs donne, de cette vrit, la preuve la plus frquente
et la plus manifeste

ajouter ou retrancher quelque chose celle-l. La

aussi souvent, ni
vrifier.

pour les autres astres, nous n'avons pas d'une manire aussi certaine, occasion de la
;

que les influences astrales ont des effets ncessaires que nous pouvons, par l'observation du Ciel, prvoir les vnements futurs. Mais ce qui rend possibles les jugements astrologiques ne les rend-il pas, par l mme, inutiles? Nous avons entendu dire A quoi nous sert-il de prvoir des vnements qui doivent arriver d'une manire invitable ? Et en effet, Cicron* n'avait pas manqu de faire aux devins cette objection. Mais la prvision de l'avenir ne nous prpare-t-elle pas recevoir avec tranquillit et constance ce qui nous doit advenir? Puis, il ne faut pas supposer que tout, dans les choses humaines, drive tout droit des causes suprieures, comme d'une sorte ddit divin et inviolable, pos d'avance au sujet de chacune d'elles, de telle manire qu'on ne puisse appeler la rescousse aucune force capaC'est parce
1
:

ble d'en changer la marche.


est ternel
;

il

Or le mouvement des corps clestes procde suivant un ordre divin et une loi invaria-

en est autrement des tres infrieurs; sans doute, les changements qu'ils prouvent proviennent des causes suprieures et premires mais ils leur adviennent en consquence d'un ordre
ble.

Mais

il

naturel et d'une

loi

susceptible de varier

Ptolmc

va-t-il

donc, pour sauvegarder

l'utilit

de

l*

Astrologie,

introduire, dans le
les prvisions

monde, une contingence qui rendrait douteuseg


?

de cette science
/(iw/.,

Suivons son raisonnement.


I;

I.

Ptolkmlf, Op.
Cicron,

livre

I,

ch.

<<Jit.

cit.,

p. 3Hi,

col.

b.

<-t

j.

382,

coll. a et b.
a.

De

la divination, livre

II.

ch. IX.

292

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

D'o vient que les changements du

monde

sublunaire ne sont
loi
?

pas soumis au

mme

ordre invariable, la
clestes dont
ils

mme

rigoureuse

que

les

mouvements

sont les effets

Toutes les

choses qui, d'une manire gnrale ou particula

lire, sont

Cause premire, procdent suivant une loi invariable, car rien ne peut surpasser la Cause premire, plus leve que tout ce qui ferait effort contre elle. Mais s'il est des choses qui dpendent de causes efficientes opposes les unes aux autres, il pourra aisment se faire que la marche en soit change . Les corps clestes sont mus directement par la Cause premire; leur cours est donc ncessaire et immuable. Mais les minraux,
vgtaux
et les

mues par

les

animaux... admettent, d'une part, certaines


et,

causes efficientes ncessaires


efficientes

d'autre part, dpendent de causes

opposes aux premires . Si le groupe des causes qui agissent dans un sens est form de causes trs nombreuses et trs puissantes, l'effet qu'elles tendent produire sera invitable si, au contraire, les deux groupes de causes antagonistes sont peu
;

prs quivalents,
l'effet contraire.

il

sera facile d'en faire suivre tel effet ou bien

Tandis donc que l'tude d'un premier groupe de


tel effet,

causes aura permis d'annoncer l'avnement de

on pourra,

en faisant intervenir ou en secondant les causes antagonistes,

mdecins peuvent annoncer qu'un ulcre deviendra serpigineux ou putride ainsi encore, pour prendre exemple des mtaux, on peut enseigner que la pierre d'aimant attirera le fer. Le fer et l'ulcre, en effet, tendent d'eux-mmes suivre la direction o les entrane la force de leur nature premire, si on les abandonne eux-mmes, par ignorance de la cause efficiente contraire qu'ils pourraient subir. Mais si, l'ulcre, nous opposons une mdecine contraire,- il ne deviendra ni serpigineux ni putride si nous frottons d'ail la pierre d'aimant, elle n'attirera plus le fer. Cette mdecine, ce suc de l'ail font obstacle aux causes considres en premier lieu ils introduisent des causes efficientes de sens contraire, et cela d'une manire naturelle et en vertu d'une loi fatale. Il en est de mme pour les choses dont nous parlons. Si l'on n'a pas prvu un vnement qui doit advenir aux hommes ou si l'on ne tient pas compte de la prvision acquise, il n'est point douteux que cet vnement suivra l'ordre prescrit par sa nature premire mais si on l'a prvu et si on a pris souci de cette prvision, on pourra, l'aide d'une loi galement naturelle et fatale, ou bien carter entirement cet vnement, ou bien le
cet effet de se produire. Ainsi les
;
; ;

empcher

rendre plus ais supporter.

LA THORIE DES MARES ET L'ASTROLOGIE

293

Le raisonnement de Ptolme ne semble porter aucune atteinte au dterminisme de la nature, puisqu'il se borne invoquer le de deux groupes de causes galement naturelles et ncessitantes. Mais pour que ce raisonnement ait un sens, il faut que
conflit

nous soyons matres de dchaner ou de ne pas dchaner ce conflit, que nous puissions, notre gr, opposer ou ne pas opposer le second groupe de causes au premier. Toute l'argumentation postule le libre arbitre de l'homme et sa libre action sur les
choses de ce monde. Or, cette action libre, o donc trouve-t-elle
sa place dans ce systme, iguorant de toute cause efficiente qui ne
soit fatale ?

Afin

de ne craindre aucun dmenti dans ses prvisions, la

Science veut imposer au


refuse

Monde un dterminisme
;

inluctable qui

l'homme
faire

toute libert

mais, pour ses prophties, elle


puisqu'elle nous

achte la certitude au prix de


d'tat

l'utilit,

met hors

de rien

en vue de profiter de ce qu'elle nous annonce.

Ce

conflit entre la

Science qui postule le fatalisme et la conscience

qui affirme la libert est vieux


doute, autant que
lui.

comme

le

monde

et durera, sans

Nous venons de voir qu'au temps de Pto-

lme,

il

tait aussi

aigu qu'aujourd'hui.

LES PRINCIPES DE [/ASTROLOGIE APRS P0S1D0NIUS (stnte).

LES PARTISANS DE LA CONTINGENCE. PLUTARQUE.

ALEXANDRE D'APHRODISIAS.

Ce conflit s'tait vivement dbattu dans la raison de Ghrysippe. Chrysippe soumettait le monde au Destin, l'EljjiapuivY, de ce
;

Destin, dans son trait


la dfinition

De
:

la

Providence, Dcpl Ilpovoia;,

il

donnait

Le Destin est une disposition naturelle de L'ensemble des choses, en vertu de laquelle ces choses drivent ternellement les unes des autres; au bout d'un fort long temps,
suivante
1

cette

disposition

affecte

la

mme

combinaison

invariable

JTT s
(

tap|iiv7)v elvat ov?uc7jv


.;

t'.vo.

ruvraiv tcv oXojv,

i\ aiSlou

tv

etsooiv

eicgucoXou6ouvtci>v, xal \[Link] icoXu

UV ouv Kitapadtrou

Toiaurvic uu|A7cXox7J< . (les

derniers mots affirmaient l'allure prio-

dique de cette
fatalisme,

l<i

qui constitue le Destin.

Les adversaires de Chrysippe s'levaient


contre
ce

vivement

contre'

ce

Destin

implacable
rli.
II

qui,

priodiquement,

I.

Ari.r GlLLC, Li nuits nfliifiirs. livre IV,

2M

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

ramne

le

Monde au mme
humaine
et

responsabilit

de supprimer la d'innocenter les coupables. Le philotat. Ils l'accusaient

sophe stocien, mu de ces critiques, s'efforait de concilier le dterminisme avec la libert humaine, et la contingence avec le Destin. Par quelles subtilits il tentait cette conciliation entre
contradictoires, Gicron, dans son trait

Du

Destin, nous l'a fait

connatre.

Nombre de gens

vitaient de renouveler la tentative chimrique


le fatalisme;

de Ghrysippe. Les Chaldens acceptaient

Favorinus,
:

au contraire, revendiquait contre eux la libert de nos dcisions 1 Ce

qu'il jugeait surtout insupportable, c'est qu'ils regardassent


et produits d'en

comme mus

non seulement les accidents, et les vnements qui nous arrivent du dehors, mais les dlibrations des hommes, leurs dcisions, leurs diverses volonhaut par
le Ciel,

ts .

Dans
ron,

monde romain, il s'est trouv des hommes comme Giccomme le philosophe Favorinus, comme Aulu-Gelle, pour
le

s'insurger contre le fatalisme

astrologique d'un Posidonius


Il

et

galement rencontr dans le monde grec, et ceux-l ont pu, dans leur pense comme dans leur langage, mettre la prcision dont Aristote leur avait donn l'exemple. La thorie du mouvement propose par le Stagirite et, par cette thorie, toute la Physique et toute la Mtaphysique pripatticiennes, se concentrent, pour ainsi dire, sur cette affirmation 2 Ce monde-ci est li en quelque sorte, et d'une manire ncessaire, aux mouvements locaux du monde suprieur, en sorte que toute la puissance qui rside en notre monde est gouverne par cela donc qui est, pour tous les corps clestes, ces mouvements le principe du mouvement, on le doit considrer comme la Cause
s'en est
: ;

revendiquer les droits du libre arbitre.

premire.

Une

telle affirmation

permet-elle au
soit,

monde

infrieur d'chap-

per, de quelque manire que ce


Il

au dterminisme le plus ne parat pas. Et cependant, Aristote s'est laiss rigoureux? aller jusqu' mettre de l'indtermination dans les choses sublunaires.

Ce n'est pas qu'il veuille soustraire le monde infrieur au dterminisme en y introduisant la fortune ou le hasard (y\ tuxt, ou
i.

Aulu-Gelle, Les nuits

attir/ues, livre
I, I,

Aristote, Mtores, livre pp. 552-553; d. Bekker, vol.


2.

ch.

XIV, ch. I. (Aristotelis Opra, d. Didot, t. III, Voir Ch. IV, V; t. I, p. 33q, col. a)
II

LA THOI
zb

IE

DF.S

MARES ET [/ASTROLOGIE

295
effet

a'jTojjLa-rov).

Le hasard, ce
1
.

n'est point

du tout un

priv de

parmi des actions qui sont faites simplement en vue d'une certaine fin, il s'en produit une dont la cause soit en dehors [des causes des premires actions], et qui ne concoure pas cette fin, nous disons videmment que cette dernire
causes dterminantes
Si,

arrive par hasard.


ytvouivL.;,
fitotv
jjlt,

>)

"ore o&vepv otl Iv


evexa yvtjtat

rot?
O'j

Tr);

svsxa tou

to'J cuu.'vTO

'to

to at/riov, Tre

-o

Ta'jjjiTOj Avo(jiv.

Un

fait fortuit,

donc, c'est une consquence


;

bien dtermine d'une cause non moins dtermine

mais cette

consquence vient traverser un ensemble d'effets qui avaient t ordonns en vue d'une certaine fin laquelle le soi-disant fait fortuit

ne contribue pas. Je suis all


;

me promener pour
;

rendre

ma

digestion plus aise

par

suite d'une cause tout fait trangre

ma

promenade,

l'effet

dsir ne s'est pas produit

voil le hasard.

En quoi rompt-il l'enchanement du dterminisme ? Un effet ne se produit par fortune ou par hasard que
ce qui suppose

s'il

surfin,

vient au milieu d'actions qui ont t coordonnes en vue d'une

un
2

choix,
,

partant une intervention de

l'intelli-

donc une cause qui agit accidentellement au milieu d'actions qui ont t choisies en vue d'une certaine fin. Partant, la pense et la fortune se rencontrent l'occasion d'une
gence.

La fortune

c'est

mme
o'jx

chose; car sans pense, pas de choix.

'H ytp 7tpoalpetfi

Iveu Sittvola{.

Lors donc que nous voudrons numrer toutes

dans la production d'un vnement fortuit, il nous faudra, ct de la nature qui meut, tenir compte de l'esprit qui choisit et ordonne. Le hasard et la fortune 3 sont Tarepov pa consquences, la fois, de la nature et de l'esprit.
les causes qui interviennent

xb fcvTOU&tOv xal

i\

tUY7| xal voG xal ouoco.

Aristote a

montr que

les faits

auxquels nous donnons


;

le

nom

de cas fortuits ne sont pas des faits sans cause mais son analyse des notions de hasard et de fortune suppose une condition essen-

suppose qu'une intelligence puisse se proposer une fin, et ordonner des actes en vue de cette fin elle suppose donc que nous avions le pouvoir soit de produire, soit d'empcher certains mouvements; elle suppose que l'avenir soit riche d'effets contintielle
;

elle

us que nous pourrons, selon notre dsir, dterminer dans un

sens ou dans
i.

Le

sens contraire.
t.
II,

Phy$iqat livre II, eh. VI (Ahistoteuk Opra, d Didot, Bekker, roi. I, j. ioy col. b ikitTOti, Phyique* livre il, ch. V AjutroTtui Opra, d. Didot, '>;; d. Bekker, roi, I. |>. 197, col. e), 3. AjutTOTS, Phyiique, lirre il. ch. vi \histotkus Opra, d. l>idot, 1, r. d, Bekker, vo\ p, 198, col,
AnitTont,
d.
.

t. Il,

t.

U,

200
(lette

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

existence de la contingence dans le

Monde,

la

Physique

par son analyse des notions de hasard et de fortune, la suppose mais elle ne la propose pas explicitement. Le Stagirite la formule dans un autre ouvrage. Dans un chapitre de son trait De l interprtation (IJepl i$y.r\qu'au sujet de toute chose prsente ou vsw), Aristote observe passe, toute proposition affirmative est ncessairement vraie ou fausse; il en est de mme de toute proposition ngative. Mais lorsqu'il s'agit de choses futures, il n'en est plus toujours ainsi. Telle chose future sera, soit Il se peut que cette proposition une affirmation dont on peut dire qu'elle est vraie, parce que la chose dont on parle arrivera ncessairement il se peut qu'on puisse dire de cette affirmation qu'elle est fausse, parce que la chose dont on parle ne peut pas arriver, parce que, ncessairement, elle ne sera pas. Mais qu'advient-il s'il n'y a pas d'autre alternative que ces deux-l? Dans ce cas, rien n'est, rien n'arrive d'une manire fortuite ou indiffrente il n'y a rien qui sera ou ne sera pas mais toutes choses arrivent par ncessit et non OjSv pa out3 sartv outs point d'une manire indiffrente.
d'Aristote,
;

'

flvETai 0'JT aTCO TU^/J 0u6' OTTOTSp' TU^V, oS <3T0U

7)

OUX

<7T0U, CfXk'

donc admettre que certaines choses arrivent alors qu'elles pouvaient galement et indiffremment (oTuoTepa) arriver ou ne pas arriver. Affirmer une telle chose contingente alors qu'elle est venir, c'est ne dire il n'y a, non plus, ni vrit ni erreur la nier. ni vrai ni faux
vyxYj arcavTa xal oy oiroTep' Vj^ev.
Il

faut

L'existence de tels futurs contingents est ncessaire

si

l'on veut

que toute dlibration, toute action de notre part ne soit pas chose vaine. Si tout arrivait d'une manire ncessaire, nous n'aurions aucun besoin de dlibrer, ni d'agir comme si, en accomplissant telle action, tel effet en devait rsulter, tandis qu'en n'accomplissant pas cette action, cet effet n'en rsulterait pas.
, >

"Qore

o-jts

potAsusa-Qa'. ot, av outs 7cpay[jia?e jsa (jai, toq sv u.v toSI 7:o?.7)a(ou.v,

carat

toS'1,

sv 8

jjltj

toSi, ox arai to81.

Ainsi, la notion

sa
fin

du fait fortuit, telle qu' Aristote l'a dfinie dans Physique, exige que nous ayions le pouvoir d'agir en vue d'une et le pouvoir d'agir en vue d'un fin exige que tout ne soit pas
;

ncessaire dans la nature, qu'il s'y trouve de la contingence


trait

le

De l'interprtation le dclare. Mais comment accorder cette affirmation avec

tout le systme
?

de la Physique et de la Mtaphysique pripatticiennes

O dcou-

i. Aristote, De V interprtation, ch. IX (Aristotelis Opra, d. Didot, vol.I, pp. 28-3o; d. Bpkker, vol. I, pp. 18-if)").

LA THORIE DES MARES ET LASTROLOGIE

297

dans ce monde sublunaire qui est, dune manire ncessaire, s ivy/r,;, sous la dpendance des circulations clestes, ternelles et immuables ? Aristote ne nous le dit pas, et il est vident qu'il n'aurait pu nous le dire. Toute sa philosophie rclame qu'un dterminisme absolu rgne dans l'Univers. Sa conscience lui criait qu'il tait capable d'agir, qu'il avait pouvoir, son gr, de produire ou d'empcher certains effets il a donc d lui concder qu'il y avait, ici-bas, de la contingence mais par cette concession illogique, il a rompu tout l'enchanement de sa doctrine. Si l'on veut tre consquent avec soi-mme, on doit ou bien rejeter l'axiome astrologique qui condense en lui toute la Physique et toute la Mtaphysique pripatticiennes, ou bien livrer le
vrira-t-on de la contingence
;
;

monde au
vers

fatalisme absolu.

Les Stociens ont pris ce dernier parti. En regardant l'Uni-

o le moindre mouvement de la moindre pice impose, chacune des parties de la machine, un dplacement exactement dtermin, ils ont vraiment tir du Pripattisme la consquence que toute cette doctrine
parfaitement
li

comme un mcanisme

rclamait.

D'autres ont pris parti contre eux


ont voulu soustraire

ce fatalisme stocien,

ils

pouvoir d'agir reproche d'illogisme,

un domaine contingent o l'homme et mais pour le faire sans encourir son gr


;

le
le

ils

ont compris qu'il leur fallait renoncer

L'axiome astrologique d' Aristote, qu'il leur fallait nier l'empire

absolu des circulations clestes sur les transformations du


infrieur. C'est

monde

parmi ces partisans du

libre arbitre

que se range
il

Plutarque.

Pluiarque est un adversaire rsolu du dterminisme stocien;


se
1

complat combattre les affirmations que Ghrysippe avait formules a ce sujet. Il rappelle cet aphorisme du clbre stocien
:

\u<

une chose partielle, ft-ce


si

la plus
la

petite,

ne se peut proet

duire
son

ce n'est
cette

conformment

de

nature.

commune
tor.v
xo'.vr.v

nature

la rai[xlpo

OOv yp

XXco

twv xa-
sait
et

Vm,
yov
.

ouoi 'oyXavwTOv, TjxaTot rf,v

Quaiv xal xatt Tvsxetvr,;

Mais, |oursuit-il, raison de


la

aux antipodes
le
:

mmes on

que

la

commune

nature,

Destin, la Providence

Jupiter,

un voil donc que Jupiter esi cause de tous les vnements de Ce inonde, mme des plus mauvais et des plus honteux.

pour Ghrysippe,

c'est tout

..

XXXIV (Plutarchi p lutarchi De Stotcorum rpugnant iii cap Scripta mortifia, d. Firmin Didot, t. II. p. t284)<

<

makho-

298

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

Ce dterminisme de Chrysippe n'est pas, d'ailleurs, exempt de contradiction. Cet auteur, en effet, n'a pas craint d'crire Les natures particulires, les mouvements particuliers, rencontrent
!
:

beaucoup d'obstacles
l'Univers,
il

et

d'empchements

n'en est pas.


le

tandis qu' la nature de

Mais, observe avec justesse le

philosophe de Chrone,

dans les

mouvement de l'Univers se dveloppe mouvements particuliers comment donc, si l'on fait


;

obstacle ceux-ci,

si

on

les

empche,

celui-l demeure-t-il sauf


?

de tout obstacle et de tout empchement

Ne nous tonnons donc pas de


humaine.

voir Plutarque se faire, contre le

fatalisme des Stociens et des Ghaldens, le

champion de

la libert

Plutarque dcrit avec une extrme clart la conception astrolo-

du Destin, loi priodique qui ramne exactement les mmes vnements lorsqu'une nouvelle Grande Anne recommence son cours Bien que le Destin, dans son cycle, embrasse en sa totalit, l'infinit des vnements qui vont d'un pass infini un dit-il 2
gique
: ,

cependant pas infini, mais fini. En effet, aucune loi, aucune raison, aucune chose divine n'est infinie. Mieux encore comprendrez-vous ce qui vient d'tre dit si vous considrez la priode entire et le temps total (o-'jpra -^p6vov) alors, comme il est dit au Time, les mouvements des huit priodes, dont les vitesses sont mesures l'aide de la circulation de ce qui demeure toujours le mme et marche uniformment 3 reprennent leur point de dpart; suivant cette mme mesure, qui est borne et exactement conue, tout ce qui se trouve dans le Ciel, et tout ce qui, sur la terre, est li d'une manire ncessaire aux choses d'en haut, se trouve ramen au mme tat, et, partir de ce nouveau
avenir
infini,
il

n'est

commencement,

toutes choses se reproduiront de la

mme manire.

Au

bout de longues priodes, donc, se reproduira la disposition du Ciel, non seulement celle de tous les corps clestes les uns par rapport aux autres, mais encore celle qu'ils affectent l'gard de
la terre et

de toutes les choses terrestres mais aussi les choses qui rsultent de cette disposition et qui en dpendent, [directement ou] parce qu'elles dpendent les unes des autres, se reprsente;

chacune portant les effets qui dcoulent d'elle d'une manire ncessaire. Prenons-en un exemple dans ce qui nous concerne
ront,
;

Plutarchi Op. laud., [Link]; d. cit., p. 1292. Plutarchi De fato cap. I (Plutarchi Ch^eronensis Scripta moralia, d. Didot, t. I. pp. 687-688). 3. Le ciel des toiles fixes.
i.

2.

LA THORIE DES MARES ET ^ASTROLOGIE

299

vous crive, en ce moment, ces lignes, ou que vous fassiez ce que vous vous trouvez faire prsent, admettons que cela dpende des corps clestes, considrs comme les causes de

Que

je

toutes choses

alors,

la

qu'elle tait et oprant


aussi,

mme cause reviendra, identique de la mme manire, en sorte que,

ce

nous

nous serons redevenus les mmes et que nous referons les mmes choses. Il en sera de mme pour tous les hommes le retour des mmes causes dterminera derechef la production des mmes choses et l'accomplissement des mmes uvres l'ensemble de l'Univers se reproduira donc au bout d'une priode totale, et semblablement au bout de chacune des priodes totales. Evidemment le Destin, comme nous l'avions dit, bien qu'infini d'une
;
;

certaine manire, n'est pas infini [en ralit], et l'on voit claire-

ment

qu'il est,

pour

ainsi dire,

un

cercle.

Ce fatalisme astrologique, dont il nous a donn une dfinition si exacte, Plutarque ne veut pas qu'il ait empire sur tous les vnements de ce monde. Aux fatalistes, il accorde cette proposition 2 Il est vident que le Fatum (ELjxapjjLsvYj) embrasse tout. Mais il refuse de souscrire cette seconde affirmation Tout arrive fata:
:

lement, Ilv-a xaO'

EtuLapuivinv.
;

La
loi
il

du Destin, en effet, il l'assimile une loi humaine cette peut prvoir et embrasser tous les cas dans ses prescriptions
loi
;

n'en rsulte pas que, dans tous les cas, nos actes seront confor

nous pouvons dsobir la loi. Plutarque admet que nous pouvons, de mme, transgresser les dcrets du
ces prescriptions
;

ma

Destin.
Si cette supposition lui est
sit, il

permise, c'est qu' ct de la nces-

veut qu'il y Ce qu'il dit de

ait,

dans

la nature, place

pour

la contingence.

la

contingence s'inspire

visiblement de ce

qu'Aristote en avait crit au trait

De

l'interprtation.
3
:

La pense

du Stagirite, il la rsume en cette formule v Le ncessaire, c'est dont un possible le contradictoire est impossible; le contingent,
c'est

un possible dont

Le

contradictoire est possible.


*

To pv

KVCVX&OV, 0UVOX0V TO KVTUtclpLSlVOV fcU V3t7<j>


ou
X7.1

TO S*tv8cv6utVOV v 0*UV*TOV

to ivuxcIluvov 8uvacr6v.

Cette notion de

contingence ne s'applique,

d'ailleurs, qu'aux

vnements futurs; dans le prsent, L'une des deui alternatives ccomplif et L'autre non; mais celle-l s'accomplit dont nous
Le texte que oous avons GOMvIt porte
vu
rvuCftivit,

i.

O doit

vidom-

ut tre a.

Bupprim
,

Plutarchi Op. l'uni cap. yi d. l'i [Link] Op. l'uni .. cap, vi; d.
;

cit.,
cit.,

I.
I.

I,
l.

p.

68g

p. 6Vj

300

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

avons dsir la ralisation. Dans le prsent, donc, on ne peut plus dire que l'vnement est contingent, mais qu'il est en notre pou-

en notre pouvoir, c'est celle des deux parties du contingent qui advient maintenant conformment
voir
(iz>'

Tifv).

Ce qui
s'

est

notre dsir.
t/jv rjjjLSTpav

To

yjjjliv,

Oxrcpov [xpo

to

svY/ojiivou tov xax

op^v rfa

[Link].

deux partis d'un vnement qui tait contingent jusque-l, il se pourra que notre choix se conforme aux prescriptions du Destin mais il se pourra qu'il
les
;

Lorsque nous ferons notre choix entre

y contredise.

Aux prvisions du
1
,

Destin, donc, notre libre arbitre

pourra opposer des dmentis. Il arrivera, par l, que la loi du Destin sera suivie en gnral obie dans la plupart des circonstances mais qu'elle se trouvera, cependant, enfreinte dans
;

certains cas singuliers.


C'est

du

trait

De V interprtation que Plutarque


;

s'tait inspir

Physique qu'il rsume lorsqu'il parle de la fortune et du hasard Le rapprochement de ces deux thories, qu'Aristote avait exposes en des lieux diffrents, permet au philosophe de Ghrone de marquer, mieux que le Stagirite ne l'avait fait, que la notion de cas fortuit suppose la notion de contingence. Nous avons dit, crit-il, que, l'effet de la fortune porte le mme nom qu'elle et qu'il prsuppose l'existence de

pour

dfinir la contingence

c'est la

choses en notre pouvoir.


Yijjv itpo'Jitoxelo-Oa!.

To

jjiv

ait'

atoG itapwvjjjiw xal to

sep'

X^Gyj.

Le peu qu'Aristote avait

laiss

chapper, qui ft favorable au,

libre arbitre, s'est trouv ainsi,

par les soins de Plutarque, dress contre le fatalisme astrologique que le mme Aristote avait si clairement formul et si fortement appuy de toute sa philosophie.

Alexandre d'Aphrodisias
rsolu

est,

comme

Plutarque, un adversaire

du fatalisme

stocien.

Dans

l'article suivant,

nous l'entendrons dcrire


Il

le

dterminisme

rigoureux que professaient certains disciples de Chrysippe.

ce

dterminisme,
dialogue
3

il

refusera de souscrire.

consacre, en

effet,

un

dmontrer que ce dterminisme supprime entire;

ment

la contingence

et

l'existence de la contingence,

il

ne veut

pas renoncer.

Plutarchi Op. laud.. cap. IV d. cit., t. I, p. 688. Plutarchi Op. laud., cap. VII; d. cit., t. I, pp. 690-691. 3. Alexandri Aphkodisiensis Qustiones, lib. I, quaest. IV. (Alexandri AphroDtSlENSis Praeter commentaria scripta minora. Quaestiones. De fato. De mixtion*. Edidit Ivo Bruns, Berolini, MDCCCLXXXXII, pp. 8-i3).
i.
;

2.

LA THORIE DES MARES ET

L* ASTROLOGIE

301

Gomme

Plutarque, Alexandre admet


(cp' f,[xv).

sont en notre pouvoir


voir, de telle sorte

Si

uvres qui ces uvres sont en notre pou1

qu'il est des

que nous nous regardions comme les matres de les accomplir ou de ne pas les accomplir, on ne saurait dire que le Destin en est la cause, ou qu'elles admettent certaines causes qui seraient des causes extrieures, fixes d'avance et de haut, en vertu desquelles telle de ces uvres devrait absolument tre faite ou ne devrait absolument pas tre accomplie. S'il en tait ainsi, en effet, ces uvres ne seraient aucunement en notre
pouvoir.

Exclu des uvres humaines, le Destin va-t-il, du moins, rgner sans partage sur les uvres de la nature ? Pourrons-nous, comme Le Destin, c'est la mme chose que la les Stociens, dclarer
:

nature

ce qui est fatal est naturel et ce qui est naturel est fatal.
sl{jLao{jLv^v ts

Elvou -cauTov

xal p-jaw. To te yp eljjiapjjivov xat

cp-jaiv,

Alexandre refuse aux lois naturelles elles-mmes ce dterminisme absolu. Ce qui se produit suivant 2 ne se produit pas d'une manire ncessaire; de la nature, dit-il ce qui devait tre ainsi engendr, la production peut se trouver
xal to xa-a ouo*iv sljxap^vov.
,

empche.

Parfois, les choses qui arrivent selon la nature sont

choses qui arrivent la plupart du temps, mais non d'une manire Ilo- {xv tb icl to ttsuttov jjiv ytveTou Ta yiv6|[Link] ncessaire.

xaT

ouo-tv, ou

jjlt4 v

i vayxyj;. C'est l, ajoute-t-il

3
,

l'enseignement

des Pripatticiens au sujet du Destin. Comme Plutarque, donc, Alexandre admet que, s'il est des uvres en notre pouvoir, c'est que le cours de la nature peut tre
dtourn, c'est que, dans l'avenir du Monde,

contingence. Ce qui est contingent,


tarque, to yY/6;jLEvov, et aussi,

il

y a place pour la le nomme*, comme Pluil


il

comme

Aristote, dont

s'inspire

(ad utrumlibet). Voici la dfi Ce qui, dans une chose, s'est produit nition qu'il en donne d'une manire contingente, c'est ce qui tait galement capable T voeyojxvcj; yeyov ev tivt xal y.i\ de ne pas s'y produire.
sans cesse, l'indiffrent,
3

,to

07r6Tepa

vtyovvai v

axtj) olov xe t\v .

pas prtendre, d'ailleurs, qu'en soumettant toute chose une inluctable destine, on n'abolit pas la contingence. Rpter, cet effet, les sophismrs de Chrysippe, n'est-ce pas

Qu'on

n'aille

ALEXAMDRI Af'Hnom^[Link] De fatO cap. V (Alkxandmi APMRODItlIKMI Scripla minora, d. Bruns, p. 169). VI, d. Cit., f. cit. \i .rxandri Apmrouimknsis Op. laurf., cnp VI; d. cit., p 171 cnp. laud., S. Alkxandiu Aphrodisikn8I8 Op. Alexandri Aphrodisiknsis Op. laud., cap. IX; d. cit., p. 174. l\. d. cit., p. 176. Si Alexandre n Aphrodi8IA8, (oc. rit
i

302
plaisanter
1

la cosmologik hellnique

dans des raisonnements o

la plaisanterir n'est

pas de

mise?

l'exemple d'Aristote, Alexandre montre

que, nier la contin-

gence, c'est rendre incomprhensible la dlibration qui, en nous, prcde l'accomplissement d'une action. Pourquoi peser les deux
partis et les
est

comparer entre eux


fix

si

celui

que nous devons prendre


de causes prvues d'en
S'il est

irrmdiablement

par la Destine ?

Si tout ce qui advient 3 est

une

suite

haut, dtermines et prexistantes, c'est en vain ([xr^v) que les

hommes
rer.
fait

dlibrent au sujet de leurs actions.

vain de dli-

brer, c'est en vain que

de dlibEt cependant, rien de ce que produit la nature n'est, par elle, en vain et c'est la nature qui a fait que l'homme ft un aniest

l'homme

dou de

la facult

mal capable de d'accomplir une


l'avenir, des

dlibrer.
action, c'est

Que nous

dlibrions, donc, avant


qu'il

une preuve manifeste

a,

dans

vnements contingents. Il n'est donc pas vrai, conclut Alexandre 4 que tout ce qui advient, advienne en vertu d'une cause extrieure grce notre libert (ouo-ta), en effet, il y a des choses qui sont en notre pouvoir; des vnements ainsi produits, ce n'est pas quelque cause extrieure, c'est nous qui sommes les matres. Partant, ce
,
; ;

qui est ainsi produit, n'est pas produit sans cause

il

a sa cause

en nous. Car l'homme est principe et cause des actions qu'il accomplit; tre homme, c'est possder en soi-mme le principe
d'une telle manire d'agir.
8t"

yfcp vOpcoTto p^v)

xal

alua :wv
to tou

a'o yivopivcov Tip^etov, xal touto sort to lvat

vGpcoitcj)

fermement, pour l'homme, le pouvoir d'agir librement, la facult d'tre, dans le monde, un principe autonome de mouvement, tait, en son temps, le plus fidle disciple d'Aristote avec Aristote, il enseignait que tout changement a pour principe un mouvement local, que tout mouvement local sublunaire a pour cause l'ternelle circulation des sphres clestes. Gomment cet enseignement se peut-il concilier avec celui que nous venons d'entendre de sa bouche ? Il n'a pas tent de nous le
Celui qui revendique
si
;

dire.

Gomme

Plutarque et

comme

Alexandre, les No-platoniciens


et

chercheront restreindre l'empire du Destin


Alexandri Aphrodisiensis Alexandri Aphrodisiensis Alexandri Aphrodisiensis Albxandri Aphrodisiensis

en affranchir,

i.

2.
3.

4.

Op. laud., cap. X; d. cit., p. 176. Op. laud., capp. XJ-XV; ed, cit., pp. 178-186. Op. laud., cap. XI; d. cit., p. 178, Op. laud > cap. XV; d, cit., p. i8>.

LA THORIE DES MARfcS ET LASTKOLOGIE


tout au moins, l'me de

303

l'homme

mais

ils

tenteront de le faire

sans introduire, dans leur systme

du Monde, aucune contingence.

Quelle sera la solution propose par ces philosophes, nous le verrons bientt. Il nous faut, auparavant, entendre renseigne-

ment de l'athisme
nisme.

fataliste contre

lequel s'lvera

le

No-plato-

VI
LES PRINCIPES DE LASTROLOGIE APRS POSIDONUS (suite).

LE FATALISME IMMANENT.

MARCUS MANILIUS

Ptolme donnait aux astres fixes ou mobiles le titre de causes mais, parmi efficientes il parlait le langage des astrologues ceux-ci, beaucoup allaient plus loin que lui; ct des causes sidrales, en l'effet, l'Astronome de Pluse invoquait l'action insurmontable de la Cause premire nombre de tireurs d'horoscopes, joignant l'athisme au dterminisme, n'admettaient point d'autre cause efficiente que les corps clestes ou sublunaires. Ecoutons ce que le juif Philon d'Alexandrie nous dit des Chaldens qui ont
; ; ;

enseigne aux autres

Ils

rattachent,

hommes l'Astronomie et l'Art gnthliaque comme par des rapports musicaux, les choses
:

qui sont sur la terre aux choses d'en haut, et les tres

du

Ciel

aux

exactement rgle de l'Univers, ils l'expliquent par la communaut de nature et de proprits qu'ont, les unes l'gard des autres, les parties que leurs lieux sparent, mais entre lesquelles la parent n'tablit pas de ils admettent que ce monde qui nous apparat est la distinction seule chose qui existe, qu'il est Dieu ou bien qu'en lui, il renferme Dieu, c'est--dire l'Ame de l'Univers; aprs avoir divinis le Destin H la Ncessit, ils pouvantent le genre humain par l'excs de leur impit; en dehors de ce qui apparat aux sens, ils proclament que tien, absolument, n'est eause de rien ce sont, disentils. Les circulations priodiques du Soleil, de la Lune et les
trs terrestres
;

cette

symphonie

trs

autres astres qui, chacun des tres, distribuent les biens

et

les

maux.
au

)>

Cette doctrine qui asservit toutes choses

un fatalisme impos

monde
i.

sensible par ce
Ai.p.x

monde mme,

cette doctrine pie Philon

Pmilonii

drin!

Optra quae

AsnniM De migratione Abrafuvni, XXXII (Philonm Alexansiijici $unt Vol, U. Edidit Paului Weodland, Berolioi|
.

MDCCCLXXXXVn,

p. 5o3).

304

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

d'Alexandrie attribue aux Gh aid en s qui l'ont prcd, nous pou-

vons citer au moins un auteur qui l'a ouvertement professe et magnifiquement exprime. Cet auteur, c'est Marcus Manilius. De cet auteur, nous ne savons rien, sinon que le pome en cinq livres o, sous le titre & Astronomicon, il expose les lois de
l'Astrologie, dut tre crit

peu de temps aprs


; :

l'an 10

les Germains crasrent les lgions de Varus


effet, il

de J.-C. o ce dsastre, en

consacre ces vers

Cum

ductorem rapuit Germania Varrum lnfecitque trium legionum sanguine campos.


fera

C'est,

d'ailleurs, le

dernier vnement de l'Histoire romaine

auquel il fasse allusion. On comprendrait mal certains passages du pome de Manilius si l'on oubliait quelle lutte ardente mettait aux prises Stociens et
picuriens.

Les Stociens voulaient que toutes les parties du Monde fussent unies entre elles par une harmonieuse sympathie, effet d'une loi
fixe et

raisonnable qui constituait le Destin. C'est en vertu de cette


les

loi

immuable que

changements

vements des astres et ces mouvements. Dans ce Monde o les Stociens admiraient l'ordre et l'harmonie assurs par une loi, les Epicuriens ne voulaient voir que dsordre et perptuel conflit engendrs parle Hasard. Ils niaient donc qu'il y et une relation constante entre les mouvements des astres et les changements de la sphre sblunaire ils tournaient en dri;

aux moupouvaient tre prvus par l'observation de


d'ici-bas taient lis

sion les prdictions de l'Astrologie.

Des dfis que l'Epicurisme se plaisait lancer au Stocisme, Lucrce s'tait fait le hraut. A la sympathie que les philosophes

du Portique dcouvraient entre


il

les diverses parties

de l'Univers,

se plaisait

opposer

cette

guerre impie qui excite les

mem-

bres immenses du
autres,
...

Monde

se combattre violemment les uns les

tantopere in ter se

cum maxima mundi


bello.

Pugnent membra, pio nequaquam concita


.

i. M. MrnilI Astronomicun Libri quinque Iosephus Scaliger, lui. Cs. F. recens uit, ac pristino ordini suo [Link]. Eiusdem los. Scaligeri, Commen tari us in eosdem libros, et Castigationum explicationes. Lectiones varice e ms.

Bibliothec Palatin,

andreana

cum Notis F. IunI Biturigis. In officina Sanctvers. 891-892, p. 29. 2. Titi Lucretii Cari Dererum natura lib. V, vers. 38i-382.
et aliis,
I,

MDLXXXX.

Lib.

LA THORIE DES MARES ET L ASTROLOGIE

305

par quelle force la nature gouverne et infl chit la course du Soleil et les mouvements de la Lune, afin que nous n'allions pas croire qu'une libre spontadit-il,
,

Je t'expliquerai,

Meminius

nit leur fait dcrire, entre terre et ciel, des cours ternels, et qu'ils

condescendent faire crotre les vgtaux et les animaux afin que nous n'allions pas, non plus, supposer que quelque raison
;

divine les fait tourner.

Ceux-l

mme, en

effet,

qui connaissent l'ternelle indiff-

rence des dieux, force de rechercher la raison par laquelle tout est dirig, particulirement dans ces corps qu'ils contemplent au-dessus de leur tte dans les espaces thrs, ceux-l, dis-je,

retombent dans les antiques religions ils se donnent des maitres rigoureux, que les malheureux croient tout-puissants, car ils ignorent ce qui peut tre et ce qui est impossible. Contre le pome de Lucrce, le pome de Manilius prend en main la cause de la Physique stocienne, si propre justifier la
;

divination astrologique.

dbut de son pome, Manilius veut 2 que les nations comprennent combien il est grand, ce Dieu qui a dispos la face du Monde, et le Ciel plac au-dessus du Monde, au long des temps qui leur sont propres, afin qu'on les puisse connatre par
le

Ds

leurs

mouvements

ce Dieu qui, la Nature, a

donn

les forces

dont elle dispose . A ne lire que ces vers, on pourrait penser que le Dieu de notre auteur est quelque Dmiurge, extrieur et suprieur au xMonde qu'il organise. Ce serait, alors, par suite de l'uvre de ce Dmiurge 3 que les astres exerceraient leur domination selon des lois tacites,

les

une ternelle Raison, que alternatives des destines verraient leur cours rgl par des
.

que

le

Monde

entier serait

m par

signes certains

Notre erreur serait de courte dure. Bientt, Manilius nous apprendrait que le Dieu qui impose au Monde un ordre immuable
n'e*t pas

un Dmiurge extrieur au Monde, mais une Volont, une Raison, un Esprit rpandu dans le Monde mme. Je chanterai, nous dirait-il 4 la Nature qui tient sa puissance
,

d'une Intelligence tacite, le Dieu infus dans le

ciel,

dans

la terre,

dans la mer,

Infusumque
i.

Deum

caelo terrisque fretoque,

2.
3.

T. Lucrktm Cari Op. laud., lib. V, vers. 77-90. M. Manilii Op. laud., lib. I, vers j,. |g M. MAMlUI Op. laud., lib. I, vers. 02-64; d. cit., p. 2. M Manilii Op. laud., [Link], vers. 60-71 d. cit., 3a.
|

DUHtw.

p.

t.

fl)

806
qui,

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

par un juste pacte, met l'harmonie dans cette masse immense. Je dirai comment le Monde entier vit par un consentement mutuel, comment le mouvement d'une Raison le met en action je dirai qu'un Souffle (Spiritus) unique a tabli sa demeure en toutes ses parties, qu'il imprgne le globe, qu'il voltige au travers de toutes choses, qu'il donne une figure ce grand corps anim. Et en effet, si toute cette machine ne gardait la contexture que lui assure la communaut de nature de ses membres, si elle n'obissait au Maitre qui lui est impos, si une Sagesse (Pradentia) ne gouvernait la multitude immense des choses du Monde, la terre ne demeurerait plus en sa place, les astres n'auraient plus de cours, le Monde gar s'arrterait dans une rigide immo;

bilit.

Si ces dsordres, et d'autres

que

le

pote se plat numrer ne

que toutes choses, dans le Monde, sont sagement administres et que toutes suivent le Matre. Ici donc il y a un Dieu et une Raison qui gouvernent toutes choses et qui, du haut des signes clestes, mnent les tres anims de la terre . Bien qu'infuse dans le Ciel, dans la terre, dans la mer, cette Raison divine qui gouverne le Monde sensible pourrait tre distincte de ce Monde et d'une autre nature que lui telle l'Ame du Monde selon Platon. Ce n'est point l ce qu'entend Manilius. C'est le Monde lui-mme qui est Dieu cet ordre harmonieux que nous
se produisent pas, c'est
1
;
;

y admirons,

c'est le

Monde mme

qui le

met en
c'est

lui; la

Volont

divine laquelle toutes

choses obissent,

la loi

que

le

Monde s'impose
tels
Il

lui-mme. C'est ce que le pote va nous apprenil

dre par les vers o

oppose son systme celui des Atomistes

que Lucrce.
dcrit l'ordre rgulier qui se
2
:

remarque partout dans l'Univers,

en ces termes De raison plus immdiate que celle-l, je n'en vois point pour montrer avec vidence que le cours du Monde est rgi par une Volont divine, que le Monde mme est Dieu,
et poursuit

Ac mihi tam prsesens ratio non ulla videtur Qua pateat Mundum divino numine verti
Atque ipsum esse
pour montrer
i.

Deum

qu'il n'a

pas rsult d'un concours dont


lib. II, vers.
I,

le

Hasard

M. Manilii Op. laud.j


M. Manu. ii
0/>.

hiud., lib.

8o-84; d. cit., p. 33. vers.485-48(j; 4q4 _496; 53 j ; d.

cit.,

pp. 16-17.

LA THORIE DES MAREES ET L ASTROLOGIE


fut le

307

matre,

construit les

voulu faire croire le premier qui ait murailles du Monde l'aide de tout petits grains et
l'a

comme

qui les ait rsolues en ces petits corps...

qui fera-t-on croire que ces uvres colossales ont

accomplies l'aide de tout petits corps, sans qu'aucune volont

(numen) y prside, et que la cration du Monde est l'effet d'un pacte aveugle ? Si c'est le Hasard qui nous a donn tout cela, c'est aussi le Hasard qui le gouverne. Or, l'ordre et la rgularit que nous observons en toutes choses, au Ciel comme sur la terre, dmentent cette proposition nous Tout cela n'est point pouvons donc affirmer cette conclusion l'uvre d'un grand Hasard, mais Tordre impos par une Volont,
;
:

Non opus

est

magni Gasus sed Numinis

ordo.

Nous avons entendu Manilius joindre ensemble ces deux affirLe Monde est rgi par une Volont divine le Monde mations
:

prcisment encore, au moment de nous enseigner que les destines humaines dpendent du cours des astres, il va dclarer que cette Volont divine qui ordonne et gouverne le
est Dieu. Plus

Monde, c'est la Volont mme du Monde principe et gardienne des choses caches, La Nature, dit-il a, d'abord, maonn ces masse snormes pour en faire les murailles du Monde les astres rpandus de toutes parts, elle les a enferms dans un globe suspendu tout autour du centre de l'Univers; de ce Monde, elle a, suivant un ordre prcis, associ les membres elle a command que l'air, que la divers en un corps unique terre, que le feu, que l'eau se fournissent, l'un l'autre, une
:

mutuelle nourriture, afin que la concorde gouvernt toutes ces causes en Lutte Les nues avec les autres, afin que le Monde, li par un pacte mutuel entre ses parties, demeurt stable, que rien ne ft
Laiss

en dehors de

La

suprme Raison,
par
!<

partie

du Monde
El

soil rgi

que tout ce qui Monde lui-mme,


et

fait

quod

erat
a

Mundi, Minxlo regeretur ab ipso.


La

Alors aussi, elle

voulu que

<-><

vie

et

la

destine

les

hommes
elle
L'har

dpendit des astres.


des Stociens

La doctrine de Manilius
;

comme

Les

apparente Stociens, Manilius aime dcrire


du Monde
(>2
;

trs troitement

morne qui
i.

unit entre -Iles Les diverses parties


rCff. 47"5&

comme

M. [Link] Op, Imid.,

lit.

III.

d. rit., pp,

308
les Stociens,

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

dans cet ordre du Monde, il ne voit pas le rsultat du hasard, mais l'effet d'une rgle fixe et raisonnable qu'il dclare divine mais de cette rgle, il ne cherche pas l'auteur dans un Dieu distinct du Monde c'est le Monde lui-mme qui se l'impose en vertu de sa propre nature c'est au Monde qu'obissent toutes
; ;

les choses

du Monde c'est le Monde qui est Dieu. Ce fatalisme immanent au Monde, qui est lui-mme, son seul
;

son seul Dieu, Manilius l'invoquait pour justifier les principes de l'Astrologie. Il trouvait certainement, mme en des temps plus rcents, des adeptes parmi les Stociens qui, cependant,
matre
et

pour affirmer leur dterminisme, ne lui donnaient pas la forme chre aux Chaldens. Alexandre d'Aphrodisias a connu des philosophes dont l'athisme fataliste, aussi absolu que celui de Marcus Manilius, se formulait dans le langage de Ghrysippe. Voici, en dans son opuscule Sitr le Destin, effet, ce qu'crit Alexandre
1

IIspl ELjjuxpjjtivYj

Aux
si

considrations prcdentes,
les fatalistes disent

il

ne sera pas mauvais de


Destin, afin de

joindre ce que
voir

eux-mmes du
est

leurs propos ont quelque force...

Ils

disent donc que ce


;

Monde

un

qu'il

comprend en

lui

par une Nature qui est, la fois, doue de vie, de raison et de pense; qu'il exerce, sur tous les tres, un gouvernement ternel qui procde suivant une certaine les vnements qui prcdent deviensrie et un certain ordre nent les causes des vnements qui les suivent toutes choses sont, de cette manire, lies les unes aux autres rien donc ne s'accomplit dans le Monde qui ne soit accompagn d'autre chose, que ne suive ce quoi il sert de cause aucun des faits subtous les tres
qu'il est rgi
;

squents ne peut tre dtach des


celui-l n'tait pas reli

faits

antcdents,
et

comme

si

quelqu'un de ceux-ci
s'est

tenu de

l'ac-

compagner

tout

vnement qui

produit dans le pass a pour

consquence quelque autre vnement, et celui-ci dpend ncessairement de celui-l comme de sa cause et tout ce qui advient est prcd de quelque chose dont il dpend comme de sa cause. Rien, dans le Monde, ne peut exister ni se produire sans cause,
;

Car

il

n'est rien,

en

lui,

qui soit dtach et spar de l'ensemble


le

des vnements antrieurs. Si l'on introduisait dans


seul

Monde un

mouvement dnu de
il

cause, le

Monde

serait
il

dsagrg et

divis,

ne garderait plus son ternelle unit,

ne serait plus

i. Alexandri Aphrodisiensis Defato cap. XIII. (Alexandri Aphrodisiensis prtev commentaria Scripta minora. Edidit lvo Bruns. Berolini, MDCCGLXXXXII,

pp. 191-192).

LA THORIE DES MARES ET L'ASTROLOGIE

309

un ordre pt introduire un
rgi par

et

un gouvernement dous d'unit. Pour qu'on tel mouvement dans le Monde, il faudrait que
il

tout ce qui existe, que tout ce qui advient n'et pas, avant soi,

certaines causes dont


disent-ils,

dpend d'une manire ncessaire.


de quelque chose par

C'est,

comme

la production

le non-tre;

l'existence sans cause est tout aussi impossible. Telle est

donc

la

rgle qui dirige le

d'un pass infini

Monde; vidente et immuable, un avenir infini...

elle se poursuit

Ce Destin, cette Nature, cette Raison suivant laquelle l'Univers est gouvern, ils le nomment Dieu (Tt)v 8e sljjLapjjLv^v a-^v
xal ttjv
oo-tv

xal tov

Xoyov,

xa9'

Sv SiotxetTat to

Tiv,

9eov elvai

a<Tiv). Ils

disent que ce Destin rside dans tout ce qui existe et


;

dans tout ce qui se produit qu'il se sert ainsi de la nature particulire de chacun des tres pour le gouvernement gnral du

Monde. On ne saurait dcrire avec plus de prcision des disciples de Chrysippe.

le

dterminisme

VII
LES PRINCIPES DE L 'ASTROLOGIE APRS POSIDONIUS (situe).
LES ASTRES NE SONT PAS DES CAUSES,

MAIS DES SIGNES. PLOTIN

On

conoit que

nombre de

disciples de Chrysippe et de Posido-

nius aient favorablement accueilli la thse de ce dterminisme

absolu, de ce fatalisme

immanent au Monde;
et

elle tait l'aboutis;

sant naturel des enseignements de leurs matres

que dvelopper cet axiome de Zenon


cause est corps, to aiTtov

o-wjxa
1
.

ne faisait Toute de Chrysippe


elle
:

Un

trait caractristique

des philosophies qui ont pris nais-

sance aprs celle d'Aristote, dit M. Emile Brhier*, est d'avoir


rejet,

pour

l'explication

des tres, toute cause intelligible et

incorporelle.

Platon et Aristote avaient cherch le principe des

choses dans des lments pntrables la pense claire. C'est, au


contraire, dans les corps

que

les Stociens et les Epicuriens veu-

lent voir les seules ralits, ce qui agit et ce qui patit. Par

une

espce de rythme, leur Physique reproduit celle des physiciens


antrieur! Socrato, tandis qu'aprs eux,
1.

Alexandrie, renatra

2.

V,,ir Chapitre V, g IX, t. I, p. 3oi Emile Hrhiir, /m thorie, des in< nr/,rr/s
: .

t/d/ts

Vaurien S/mrismr

Pnris,

1907. Introduction,

j>.

310

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

l'idalisme platonicien, qui expulse tout autre


celle d'un tre intelligible.

mode

d'activit

que

Aussi la doctrine astrologique dont un Marcus Manilius nous a

donn l'expos, favorablement


tait-elle,

accueillie par les Stociens, rvol-

au contraire, les No-platoniciens. Plotin ne voulait pas simplement qu'on imitt Ptolme il ne lui suffisait pas qu' ct des causes efficientes secondes, reprsentes par les corps, on admit l'existence et l'efficacit de la Cause premire par une raction extrme contre le matrialisme des Chaldens, de Manilius, des Stociens, il voulait qu'on refust le titre de cause efficiente tous les corps, mme aux corps clestes. Macrobe crit dans son Commentaire au songe de Scipion Plotin, dans son trait intitul Les astres agissent-ils? dclare que rien n'arrive aux hommes en vertu de la force ou du pouvoir des astres mais les vnements que la ncessit du dcret [divin] a rgls pour chacun de nous, la marche des sept astres errants, par ses stations et ses rtrogradations, nous les fait connatre de mme les oiseaux, soit qu'ils progressent en volant, soit qu'ils s'arrtent, nous signifient, des plumes et de la voix, des choses futures qu'ils ignorent. C'est ainsi qu'on pourra cependant, juste titre, dire que Jupiter est salutaire et que Mars est terrible, car, par celui-l, sont signifis (significantur) les vnements heureux et, par celui-ci, les vnements malheureux. Les astres ne sont donc pas les causes efficientes des vnements du monde infrieur ils n'en sont que les signes ils ne les produisent pas, ils les annoncent. Nous ne possdons plus l'ouvrage de Plotin que citait Macrobe mais nous lisons les E?inades, o Plotin rappelle et dveloppe
; ; 1

ce qu'il avait dit en cet ouvrage

2
:

Que

le

mouvement des

astres signifie,

pour chaque

tre, ce

qui doit arriver, mais que ce

mouvement ne

fasse pas toute chose,

semble beaucoup de gens, nous l'avons dit ailleurs, et notre raisonnement en a fourni certaines preuves. Mais il nous en faut parler derechef, plus exactement et plus longuement. Qu'il faille admettre, en effet, cette opinion-ci ou celle-l, ce n'est pas chose de mince importance. Les astrologues, en regardant les toiles fixes ou errantes comme les causes efficientes de tout ce qui advient dans le monde
il
i.

comme

tarius, lib.
2.

Theodosii Ambrosii Macrobii Ex Cicrone in somnium Scipionis commenI, cap. XIX. Plotini Enneadis Il lib. III, cap. I (Plotini Enneades, d. Firmin Didot,

p. i).

LA THORIE HKS MAREES ET l'aSTIMI/WIK

311

sublunaire, sont conduits mettre au compte de ces tres divins

malheurs, mais les crimes et les vices. Ils n'hsitent pas dire que telle plante est mchante. Bien plus Oubliant qu un astre est un tre exempt de changement, ils dclarent que telle plante est bonne ou mauvaise selon qu'elle est

non seulement

les

place de telle ou telle manire par rapport un autre astre. Ce sont l des affirmations que ne peut tolrer un philosophe.
Professer une telle opinion, d'ailleurs, c'est n'attribuer aucunement un seul tre l'autorit qui gouverne \ pour attribuer
l'Univers entier ne dpendait pas de l'tre unique qui en est le prsident, qui donne chaque chose, selon la nature qui lui appartient, le pouvoir d'achever ce qui est
tout aux astres;

comme

si

d'elle-mme, de mettre en uvre ses propres activits et, aussi, ce qui a t coordonn avec elle Ils mconnaissent et dissolvent ('Apyj), d'une la nature de ce Monde, qui est dou d'un Principe
!

Cause premire rpandue en toutes choses . Les vnements de ce Monde n'admettent donc pas d'autre cause que la Cause suprme les astres ne produisent pas les v;

nement futurs; cependant,


se peut-il faire ?

ils

les

annoncent;
de

comment

cela

2 Si les astres signifient l'avenir

beaucoup d'autres choses comme

que nous regardons signes des vnements futurs,


,

mme

d'o leur vient cette qualit? Et quel est l'ordre qui prside cela? Car aucun signe ne pourrait annoncer des choses qui ne seraient point disposes suivant un certain ordre. Il y a donc, au
Ciel,

comme

des lettres qui s'y crivent incessamment, ou mieux,

qui ont t crites [une fois pour toutes] et que leur

mouvement

en autre uvre,
dispose;

mme
la

ooav ypa'j>[Link] ici, ) "Ecttw roivuv urocp yp pi;jia-:a tpYOV xal SXXo, s-axoXoi/kTOJ [Link]

uV re.
Si

temps qu'elles accomplissent une certaine signification qu'elles comportent drive de cette

r$8c

r,

wap *t<dv nr^.ivj.

Le sens de ces lignes

est clair; cha;

que astre accomplit son uvre en poursuivant sa marche propre cette oeuvre ne consiste aucunement annoncer les vnements futurs, puisque chaque toile ou chaque astre, pris Isolment,
n'a

aucune

signification astrologique

seules Les

constellations^
fixes

1rs figures
les,

formes par deui on plusieurs astres

ou

mobi-

prdisent L'avenir; ce Langage, aucune toile ne circule en vue de l'crira: e1 cependant, il s'cril par L'ensemble des circulations clestes, en vertu de
i.

la

corrlation que
cit., oit., p. p.

La

Cause Buprn

Plotini Enneadi H"'


I'[Link]

lit,

m,
III,

i.

Enneadi

il"' lib.

cap. VI ; d. cap. VU; d.

&4. 64.

312

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

en faonnant le Monde, a tablie entre elles et ce langage est vridique, cause de l'harmonie prtablie entre ces circula;

vnements du monde sublunaire. Gomment cette harmonie permet les prdictions astrologiques, Plotin l'explique par cet exemple De mme, dans un tre vivant, en vertu du principe unique dont il dpend, peut-on juger d'une partie par une autre l'examen des yeux ou de quelque autre partie du corps permet de deviner les murs . Si donc les astres, si d'autres prsages permettent la prvision des vnements futurs, c'est que le premier Principe a tabli, entre les diverses choses qui composent le Monde, un ordre rigoureux et une parfaite harmonie. Cette harmonie universelle, Plotin la dcrit comme le faisaient les Stociens et les Ghaldens Il faut que toute chose soit rattache toute chose et non seulement, en chaque tre particulier faut-il qu'une liaison parfaite assure, toutes les parties, une conspiration unique mais mieux encore, et tout d'abord, faut-il, dans l'Univers, qu'un Principe unique ramne Funit cet tre vivant multiple, et runisse tout en un. De mme qu'en chaque tre particulier, chaque partie accomplit son uvre propre, de mme, dans l'Univers, chaque
tions clestes et les
: ;

partie son

uvre spciale

doit tre assigne

et cela est d'autant

plus ncessaire que les parties sont, ici, plus grandes, qu'elles ne sont pas seulement des parties, mais aussi des touts. A partir de
l'Unit, donc,

que chose

est

chaque tre s'avance suivant sa propre voie, et charunie chaque autre chose nulle chose, en effet,
;
;

n'est affranchie l'gard de l'ensemble des choses

sur toutes

choses, chaque chose agit

de toutes choses, elle ptit. De cette harmonie universelle, Faecord des diverses sortes de prsages par lesquels un mme vnement peut tre prdit nous donne une preuve manifeste. La doctrine de Plotin n'est pas entirement nouvelle. On en trouve des germes dans l'enseignement des Stociens qui Font prcd. 8 Dj, Cicron crivait, au sujet de la divination Il est constant qu'il existe des dieux, que le Monde est administr par leur providence, qu'ils veillent aux affaires des hommes, non seulement d'une manire gnrale, mais en particulier. Ds l que nous tenons ces principes pour certains, et il ne me parat pas qu'on les puisse renverser, nous regarderons assurment comme ncessaire que les dieux annoncent aux hommes, par des
; :

i.
2.

Plotin, loc. cit.

M. T. CiCERcms De dininatinne

lib.

I,

capp. LI et LU.

LA THORIE DES MARES ET

l' ASTROLOGIE

313
le font-

signes (significari), les vnements futurs. Mais


ils ? Il
Il

comment

nous

faut, ce sujet,

poser une distinction.

dplat aux Stociens qu'un dieu intervienne pour chacune

des fissures d'un foie ou pour chaque chant d'oiseau; ce n'est


point convenable, disent-ils, ni digne des dieux
;

en un mot, cela

ne se peut d'aucune manire. Mais, ds le commencement, le Monde a t ainsi institu que telle chose bien dtermine soit prcde par tel signe bien dtermin de ces signes, les uns se trouvent dans les entrailles, les autres sont fournis par les oiseaux, ou par la foudre, ou par les clairs, ou par les toiles, ou par les visions des songes, ou par les paroles des fous. Ceux qui les ont bien observs s'y trompent rarement. Les Stociens dont Gicron, dans ce passage, nous rapporte la doctrine n'admettent aucunement qu'entre un prsage et l'vnenement qu'il annonce, il y ait relation de cause efficiente effet produit si la chose signifie advient, d'une manire assure, la suite du signe qui en a t donn, c'est seulement en vertu d'une harmonie prtablie, d'une correspondance invariable que les dieux ont fixe en organisant le Monde. C'est bien la doctrine que dfendra Plotin.
;
;

Cicron, aprs avoir expos ce systme stocien, qui explique la

divination l'aide d'une harmonie universelle divinement prtablie, ajoute

1
:

de la divination et le pouvoir de deviner doivent s'expliquer, en premier lieu, par Dieu..., en second lieu par le Destin, en troisime lieu par la nature. J'appelle Destin ce que les Grecs nomment EijjLapfAevv) c'est l'orIl

me semble que

la raison d'tre

dre et la srie des causes;


ce

...

c'est

la

vrit

perptuelle

qui

coule de toute ternit. Comprenons donc que le Destin n'est pas

gens supertitieux entendent sous ce nom, mais ce qu'entendent les physiciens c'est la cause ternelle des choses,

que

les

la

cause par laquelle

le

pass a t
fera.

fait,

par laquelle
si

le

prsent

se fait,

par laquelle l'avenir se


saisir

En

outre, puisque tout est fait par le Destin,


la liaison

un mortel poules

vait,

en son intelligence,

de toutes

causes,

ne pourrait dcevoir ses prvisions; qui tient, en effet, les causes dos choses venir, tient ncessairement aussi tout le futur.
rien

Mais de cela, nul n'est capable, s'il n'est dieu. Il resfc donc seulement l'homme la facult de prvoir l'avenir l'aide <le certains signes

propres annoncer ce qui suivra... Cette prvision

I.

ClCfalOX,

Op.

l'uni., lili.

m pp.

LV

rt

\.X\.

314
est l'apanage

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

de ceux auxquels la facult de deviner a t donne par la nature et de ceux qui se sont instruits en observant le cours des choses. Lors mme qu'ils ne voient pas les causes, ils
discernent des signes et indices de ces causes.
C'est, semble-t-il, la doctrine

de son condisciple Posidonius que


fixe qui relie le

Gicron expose dans ces pages. Dans l'ordre

pass

au prsent,
il

le

prsent au futur, dans cet ordre qu'avec Chrysippe,

nomme

Destin (Ei uap|jiev7), Posidonius ne voit pas seulement une

harmonie prtablie, comme les Stociens dont Cicron a parl tout d'abord il voit un enchanement de causes et d'effets. Connatre le Destin, ce serait connatre les choses venir par leurs causes efficientes; ce ne serait point simplement les prvoir l'aide de signes qui les prcdent infailliblement, mais ne Les produisent pas. Posidonius admet, toutefois, que la prvision par les causes ne saurait tre, dans toute son ampleur, accessible l'homme celui-ci doit, en gnral, se contenter de la divination par signes. Mais en regardant le lien qui enchane les choses de ce Monde les unes aux autres comme un lien de causalit, Posidonius, sans doute, n'excluait pas la considration de la Cause suprme. Cicron nous a dit qu'en sa justification de la divination, il faisait inter; ;

venir la divinit, et cela


venait d'tre rapporte.
Il

comme

les Stociens

dont la doctrine

attribuait

de l'ordre qui, dans l'Univers, relie choses de ce Monde sont causes, c'est parce qu'elles tiennent ce pouvoir de la Cause premire. Sans refuser aux choses visibles le rle de causes efficientes, mais de causes efficientes secondes, il semble bien que la plupart
;

donc Dieu l'tablissement les causes aux effets si les

des auteurs, antrieurs Plotin, qui ont entrepris de justifier la


divination, les aient surtout regardes

comme

des signes

si

elles

permettent de pronostiquer l'avenir,

en gnral, titre de signes, non titre de causes des vnements futurs et ce rle de signes, elles le jouent en vertu de l'ordre que Dieu a impos
c'est,
;

l'Univers.

Nous avons entendu Snque


claire.

1
,

l'un des plus fermes adeptes

du

fatalisme stocien, exprimer cette opinion de la manire la plus

leur

aux choses sublunaires immuable et inexorable destine. Mais de ce destin, il ne fait pas un dieu immanent au Monde; il le regarde comme un dcret port par des dieux suprieurs au Monde.
les astres signifient
i.

Snque veut que

Vide supra, p. 287.

LA.

THORIE DES MARES ET i/aSTROLOGIE


tait

315

Une opinion analogue


Poimandres,
1
:

professe par les obscurs faussaires


;

auxquels nous devons les livres pseudo-hermtiques


le

dans le lgendaire Herms Trismgiste s'exprime en ces

termes Pense-Dieu, abondant aux deux sexes, estant vie et lumire, comme aucteur, a produict avec son Verbe l'autre pense oprante, laquelle estant dieu de feu et d'esprit, a basty sept certains

gouverneurs, comprenantz par leurs cercles le


et leur disposition est

monde

sensible

nomme

fatalle destine.

Les devins chaldens eux-mmes ne professaient pas tous les doctrines dont s'indignait Philon. Diodore de Sicile nous en fait connatre qui ne partagent pas le l'athisme des premiers. 2 Les Chaldens, dit-il enseignent que la nature du Monde est
,

au commencement, connu la gnration, et, dans l'avenir, elle n'prouvera pas la destruction. Ils enseignent aussi que l'ordre et l'harmonie de l'Univers sont dus une providence divine les divers tres qui se trouvent aujourd'hui au ciel n'y ont pas t disposs au hasard, non plus que par leur propre action ils ont t disposs par une dcision que les dieux ont bien dtermine et fermement arrte. Ils sont, de tous les hommes, ceux qui ont fait, des astres, les plus longues observations, ceux qui ont appris connatre, avec le plus d'exactitude, les mouvements et les puissances de chacun de ces corps aussi prdisent-ils aux hommes nombre d'vnements qui leur doivent arriver. Ils disent qu'il faut surtout observer, car c'est eux qui possdent la plus grande puissance, les cinq astres nomms errants aussi leur donnent-ils, en commun, le nom d'interprtes (p|rr,ve^). ... Voici pourquoi ils leur donnent le nom d'interprtes Les autres astres sont des astres inerrants d'une allure parfaitement rgulire, ils accomplissent tous une mme circulation seuls, les cinq astres errants accomplissent, charnu, une course
ternelle
;

elle n'a point,

particulire: seuls, donc,

ils

indiquent ce qui doit arriver

et sont,

auprs des hommes, les interprtes do la pense dos dieux. Chacun des astres errants, reprend Diodore 3 afin de dve
,

Le Pimandre de Mercure Trismgiste nouvellement tradttici d l'exemplaire restitu, en langue fr*anoyte Pur Franoy Monsieur de Foyx de lu famille de Conduite, A la fini/ne mre du ROU tres-rhresfien Henry troisiesme \. Bourdeaut, par Simon Millanges, rue S. In m me, prs li maison de I
i
.

r/rrr

rille,
1,

MDLXXIin, Ch. I. iect I, 9. DiODOni Siciii Bibliotheca hi$torica NI. II, cap. \\\ (Dioooai Siculi Bibliothec historic u iupenunt, Bd. Carolui Mulloma. Vol. 1. Paritiitj Firmin Didot, MDCGCLV, |. to4). [Link] Siculi Op. l>"id,< lib, DT, cap, XXXI; M, rit., roi. j p. ioS,
x
.''..

316

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

lopper l'enseignement des Ghaldens, a un cours particulier il se distingue des autres par sa vitesse varie et par la dure de sa cir;

culation
rations

la plupart des biens ou des

maux

qui arrivent aux gn;

humaines accompagnent (cu{[Link]-9a.) ces astres-l c'est donc en connaissant la nature de ces astres et en les observant qu'on prvoit surtout ce qui adviendra aux hommes. Ce que les Chaldens dont parle Diodore prenaient pour fondement de leur Astrologie, ce n'est pas l'affirmation que les toiles fixes ou errantes sont les seules causes efficientes des changements du monde sublunaire; ils se contentaient d'invoquer une corrlation constante entre les

mouvements des plantes

et les

vne-

ments
Il

d'ici-bas, et d'attribuer

au dcret divin cette harmonie pr-

tablie.

ne semble pas, d'ailleurs, que le juif Philon d'Alexandrie ait profess une doctrine bien diffrente de celle-l. coutons-le commenter la Gense et, en particulier, la cration des astres. Au troisime jour, Dieu a donn la terre l'ordre de produire des vgtaux; c'est seulement au quatrime jour qu'il met des astres dans les cieux 1 A-t-il donc voulu donner le pas la nature infrieure sur la nature suprieure? Non pas. Mais il a voulu, par l, manifester o rsidait le principe de la puissance (xpaTou p/vi). Les hommes n'taient pas encore engendrs; mais il prvoyait dj combien les tendances de leur esprit les porteraient au vraisemblable plutt qu'au vrai il savait qu'ils se fieraient aux apparences plus qu' Dieu, qu'ils admireraient la sophistique plus que la sagesse que voyant, au-dessus d'eux, les cours priodiques du Soleil et de la Lune dterminer le printemps, l't, l'automne et l'hiver, ils en viendraient supposer que les circulations des astres sont les causes de tout ce qui, chaque anne, est produit et engendr par la terre . Dieu a donc voulu mettre les hommes en garde contre cette impudente audace et cet excs d'ignorance en ordonnant qu'avant l'existence du Soleil et de la Lune, la terre produist toute espce de plantes et de fruits, il a voulu nous apprendre esprer qu'elle en produirait, de nouveau sur l'ordre du Pre, quand il lui semblera bon, et sans qu'il ait besoin de faire appel aux cratures du ciel, auxquelles il a communiqu des Mr, forces, mais non le pouvoir d'agir par elles-mmes.
.
.

irpocSeYiSvri

twv

xa?' opavov exyovojv, ot Suvpiet

fjiv

e'Swxev, o

jat^v

aTOxpaTcl .

XIV i. Philonis Alexandrini De opijicio mundl secundum Mosem, cap. (Philomis Alexandrini Opra qu supersunt. Vol. I, d. Leopoldus Cohn, Berolini, MDCCCLXXXXVI, pp. i4-i5).

LA THORIE DES MARES ET L ASTROLOGIE


Si

317

donc les astres sont causes efficientes de certains changements dans le monde sublunaire, ils ne sont, en tous cas, que causes secondes les forces qu'ils exercent, ils ne les tirent pas d'eux-mmes ce sont forces communiques, qu'ils tiennent de la volont de Dieu. 11 n'en rsulte pas, cependant, qu'ils ne puissent servir la divination de l'avenir. Aprs avoir rappel la production des astres, la Gense crit que Dieu les a mis dans le ciel afin qu'ils servent de signes, yev6vawtv et <r*|ULa . Voici en quels termes Philon commente ce mot Les astres ont t engendrs, Dieu le dit lui-mme, non seulement afin de rpandre leur lumire sur la terre, mais encore afin de manifester des signes des vnements futurs en effet, par leurs levers et leurs couchers, par leurs clipses et les rapparitions qui suivent, par leurs occultations, par les autres diversits de leurs mouvements, les hommes conjecturent ce qui arrivera, la fcondit ou la strilit des vgtaux, la naissance ou la mort des animaux, le ciel serein ou nuageux, le calme ou le vent violent, la crue ou le desschement des fleuves, la mer paisible ou la tem; ; 1 : ;

pte, les interversions des saisons, les ts froids


les hivers tides, les

comme

l'hiver,

printemps qui ressemblent l'automne ou les automnes qui ressemblent au printemps. Que les rvolutions clestes soient les causes efficientes de toutes les gnrations, de toutes les destructions, de tous les changements qui se rencontrent dans le monde infrieur, c'est un princertains stociens le gardent soigneusement, cipe pripatticien mais dans certaines sectes tel l'auteur de la Lettre sur le Monde qui ne se soucient gure de renseignement d'Aristote, ce principe on rduit ou on nglige, si on ne la nie est, peu peu, dlaiss pas, l'action exerce par les astres sur le monde des lments mais, en mme temps, on entend bien sauvegarder la divination
;

astrologique

ds lors, entre les astres et les choses sublunaires,


effet,

mais une simple correspondance en vertu de l'ordre que Dieu a donn au monde, tel changement dans la configuration des cieux rpond toujours, ici bas, tel vnement, encore que cet vnement-ci ne soit p as
on n'tablit plus une relation de cause
;

produit par ce changement-l.

En dniant aux
infrieur,

astres le pouvoir de rien faire dani

Le

monde

eu

affirmant que la relation entre les

mouvements

clestes et Les

vnements terrestres
p.-tj

se rduit

une harmonie prop. iy.

i.

PaiLOMl Alexandrin! Op. lund.

\'l\; d. cit., vol.

I,

318
tablie, Plotin n'a
;

L COSMOLOGIE HELLNIQUE

donc imagin aucune supposition vraiment nouil s'est born formuler, d'une manire catgorique et velle prcise, des propositions qui, sous une forme encore hsitante et vague, hantaient dj la pense de ses prdcesseurs.

VIII

LES PRINCIPES DE L'ASTROLOGIE APRS POSIDON1US (suite),

LA MATIRE PREMIRE EST LE PRINCIPE DU MAL. LES GNOSTIQUES. PLOTIN

Plotin ne veut pas qu'on puisse dire d'une plante qu'elle est

mchante malheurs

ne veut pas qu'on puisse la rendre responsable des qu'elle annonce et, pour cela, de ces malheurs, il dclare qu'elle n'est pas cause, mais seulement signe. Mais si les astres sont signes des vnements bons ou mauvais qui adviendront dans le monde sublunaire, c'est en vertu d'une harmonie tablie par le premier Etre, par la Cause suprme. Les maux dont ils ne sont point causes, faut-il donc en faire remonter la responsabilit jusqu' la Cause premire ou, du moins, jusqu'aux substances qui s'chelonnent entre cette Cause et les orbes
;

il

clestes ?

Au-dessus des orbes clestes sont trois substances. Au sommet de tous les tres, rside le Premier, l'Un (to IIptoTov, to 'Ev). De l'Un, mane ternellement l'Intelligence (Nou). De l'Intelligence, son tour, l'Ame (Wuyri) procde de toute ternit et, de
c

toute ternit, produit et

meut

les cieux. Or, l'Un, l'Intelligence,


,

l'Ame sont des dieux absolument bons. L 1 le mal n'existe aucunement; et si l'on s'arrtait l, rien ne serait mauvais.
To xaxov
ouajjLou svTauOa* xal el

VTaG9a &tj, xaxov osv av/jv.

Plus encore que les cieux, les dieux suprmes, les trois substances de la trinit plotinienne sont incapables de causerie moindre mal, donc d'avoir produit ce qu'il y a de mauvais dans le

monde

infrieur.

Des maux qui dsolent ce monde, quel est, ds lors, le principe ? Pour rpondre cette questin, Plotin n'aura pas innover il lui suffira de prciser, de formuler une pense frquemment mise avant lui, en particulier par les Gnostiques. Saint Irne nous fait connatre la doctrine des lves du
;

t.

Plotini Enneadis prim lib. VIII, cap.

II;

d. Didot. p. fa.

LA THORIE DES MARES ET LASTROLOGIE

319
ce qu'ensei-

gnostique Valentin de

Rome

(vers 135-160). Voici


:

gnaient ces disciples immdiats de Valentin

Il

a,

parfait, le
le

dans les profondeurs invisibles et ineffables, un on Premier Terme de l'Etre (IIpoovTa) ils l'appellent aussi
;

Premier Principe (npoapy^),le Premier Pre


;

(Ilpo7:aTcbp),

l'Abme

(B'M)

il

est invisible et infini. Etant invisible et infini, ternel et


il

inengendr,
tranquillit.

a dur, pendant des sicles infinis, en tout repos et


lui, coexiste

Avec
le

la

Pense

("Evvota),

qu'ils

nomla

ment

aussi la Grce et le Silence.

Un

jour, l'Abme songea


et,

mettre de soi

commencement de
il

toutes choses,

comme

semence la matrice, tait au Silence qui coexiste avec lui fcond par l, il engendra l'Intelligence
;

voulut confier cette mission qu'il mdile

Silence la reut

et,

(NoG). L'Intelligence est

gale et semblable celui qui


la

l'a

mise

seule, elle peut contenir

on l'appelle aussi le Monogne, le Pre, le Commencement de toutes choses. Avec l'Intelligence, a t mise la Vrit. Et voil la primitive Ttrade pythagoricienne, l'origine premire, ce qu'ils appellent aussi la racine de toutes choses c'est l'Abme et le Silence, l'Intelligence et la Vrit. Apprenant d'o il avait t mis, le Monogne mit, son tour, le Verbe et la Vie, pres de tous ceux qui viendront, principe et forme active (uopcpwa-i) de tout le Plrme... Les missions se poursuivent de la sorte, produisant toujours, en mme temps, un couple d'Eons, l'un mle, l'autre femelle. 2 Il y a en tout trente Eons rpartis en trois groupes, 10g-

grandeur du Pre

doade, la Dcade et la Dodcade. Mais la Sagesse (Eooia), dernier terme mle de la Dodcade,
dsire avec passion connatre le Pre mystrieux, F Abme ineffable.

Or, disent-ils

connatre le

un seul d'entre les Eons il a t donn de Premier Pre, au Monogne qui est issu de lui, c'est,

-dire l'Intelligence.

La Sagesse, donc, eut la tmrit de vouloir connatre la grandeur du Pre*. Mais comme elle n'y pouvait parvenir, elle tomba
dans une violente et douloureuse anxit; et peut-tre et-elle t absorbe el dissoute dans la substance universelle, si elle n'avait rencontr une force qui donne consistance toutes choses et les
IPatroiot QrCdC, Contra lurre&es liber prinuis, cap. I, Traduction de A. Dupouroq, Saint lrn% pp. /ji-4a. Ui Penne chrtienne,, Paris, Bloud, 1905). (Collection 2. A. Dufourco, Op. Idiid.y p. 3 td cit., coll. 4 2 S. S. Ikkn>ri Op. laud., lib. II, cap. II, 1
i.

SaNCTI

[ftIMJtl

t.

II,

coll. /i/[Link]/j7)
:

T>

/, T

4.

S. Ihknke, foc. cit., 2; d. cit., coll.

Ifit\-I\hto.

320

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
se disperser l'infini. Grce cette force,

empche de

que

les

disciples de Valentin

nomment le Terme

("Opo;),la Sagesse rentra

en elle-mme, se rendit compte que le Pre tait incomprhensible, renona son intention premire et fut dlivre de la souffrance quelle avait prouve. racontent ce qui suit au sujet de Quelques-uns d'entre eux cette souffrance de la Sagesse et de son retour sur elle-mme Gomme elle avait tent une uvre impossible et incomprhenaccoucha d'une substance informe (xexev ouariav sible, elle [Aop<pov), d'une nature semblable ce qu'une femme seule pou1

vait enfanter.

Cette pense de la Sagesse suprieure


('A^ap-wO)... Ils disent
3

2
,

ils

la

nomment Achale

mth

qu'elle est

devenue

substance de la matire dont ce


a-jcTao-LV xal
<7Uva"wY}XV.

monde

support et la TauT^v a t form:

oimav

t\

GXfc yeyevf.o-Qai rouc-tv, e y\ ooe 6

xocjjjlo

Le Christ 4 vient alors au secours d'Achamth il lui envoie le Paraclet avec les anges qui lui sont coternels. Ceux-ci font, dans Achamth, le dpart entre les passions et la conversion qu'y ont laisses les deux mouvements successifs de la Sagesse, mouvement d'exaltation personnelle et mouvement de retour sur elle-mme. Ils en font deux substances au moyen des passions, une substance mauvaise, et, au moyen de la conversion, une substance IIpo to yevcQat ouo oua-ia, T7|v oaTjv [ex] sujette aux passions.
;

twv TuaQwv,

TV^v [ex] r/j 7tt,oTpoce7;


5

{ji7:af)7J

La substance

issue de la passion, c'est la matire; la sub-

stance issue de la conversion, c'est ce qui est anim.


ex toG TrOous, 8
YjV uXyj,

To

jjiv

to Se ex ttJ eTcurTporj,

f,v

to Luvtxov .

Aux

choses formes l'aide de cette substance anime, les Valentiniens donnent le


sinistres, sont,

nom

de choses droites
ty^ utj.

les choses gauches,

pour eux,

celles qui sont issues de la passion et de

la matire, ex to luQou xal

Cette substance matrielle mauvaise est,

disent

les Valenti-

niens

forme de

trois passions

la crainte, la tristesse et l'indi;

7 gence. De la crainte sont ns deux lments

la terre

provient de

la fixit

que produit

la terreur, l'eau

du mouvement que dtermine

i.

S. Irne, loc.

2. S.
3.

S.

4. S. 5. S. 6. S.
7.

S.

3; d. cit., coll, 456-457lib. I, cap. IV, i ; d. cit., coll. 479~48o. Ikne, foc. cit., 2; d. cit., coll. 481-482. Iren^ei Op. laud., lib. 1, cap. IV, 5; d. cit., coll. 485-490. RENJEiOp. laud., lib. I, cap. V, 1 ; d. cit., coll. 491-49 2 Irenjei Op. laud., lib. I, cap. V, 4; d. cit., coll. 497-498. Ikne, toc. cit. ; d. cit., coll. 499-500.
cit.,

Iren^i Op. laud.,

LA THORIE DES MARES ET LASTROLOG1E


la peur.

321

La

tristesse a

engendr
le feu,

l'air.

Au

sein de tous ces l-

ments, d'ailleurs, rside

qui est la destruction et la mort,


.

de

mme

qu'en toutes les passions, se cache l'ignorance


corporel
1

form de cette matire, de cette uXrj ptrie des passions d'Achamth, tandis que l'homme spirituel est n d'Achamth mme. Nous avons extrmement abrg cette trange fable d'Achamth, retranchant tous les pisodes qui ne contribuaient pas et cette ide est l'ide que nous voulions mettre en lumire celle-ci Selon la Gnose valentinienne, la matire dont les corps sont forms est chose essentiellement mauvaise. Que la matire ft, en ce monde, le principe du dsordre ou du mal, ce n'tait pas un axiome spcial la Gnose on le retrouverait, plus ou moins nettement formul, dans un grand nombre de doctrines philosophiques. Le clbre mdecin Galien (131-201?), par exemple, tait peu prs contemporain du gnostique Valentin. Or il enseignait qu'ici-bas, tout ordre et toute rgularit proviennent du gouvernement des astres le dsordre, l'irrgularit ont donc leur cause dans la rgion sublunaire du Monde, dans les lments et dans la matire. Au XIII, nous entendrons cet enseiest
;
: ;

L'homme

gnement galnique.
Plotin connaissait fort bien les

dogmes des Gnostiques,


;

car

il

vivement critiqu
reu plusieurs
et
;

ceux qu'il n'a pas admis

il

en

a,

d'ailleurs,

ce qu'il a dit de la procession de l'Intelligence

de l'Ame partir de la Cause premire rappelle, en plus d'un

point, ce

que Valentin professait touchant l'mission des premiers Eons ne nous tonnons donc point si l'influence de la Gnose a pu lui suggrer la doctrine qu'il dveloppe au sujet du principe du mal. L'Un, l'Intelligence, l'Ame, tous les tres du Monde intelligible,
;

disait Plotin 3

sont bons, et tout ce qui

mane d'eux

est bon. Si

donc* tous les tres vritables


d'eux sont ce que nous avons

(Ta ov^a) et Celui qui est


le

au-dessus

dit,

mal ne

saurait se trouver ni

dans celui qui surpasse tous les tres, car ils sont tous bons. Puis donc que le mal existe, il reste qu'il s<" doit trouver dans les tres comme une sorte d'image du non-tre il Be doit rencontrer dans une chose qui soit mlange de non-tre ou qui ait, de quelque faon, commerce avec le non-tre. Par non-tre,
dans
les tres ni
;

i.

S. Ihknkk,

l<>r.

ci/., <>: d. cit., coll.

Soi-5o4<

2.

Plotmi Ennadi
Pbonifi

II ,r lib. IX;
/"' lil>.

<<!

Didot pp.Q4-no.

3.
/j.

EnneadU

VTII, cap,

Plotim Ennadi
M-IIKM.

i,r lib.
II.

vin, cap.

m,

H: ni. Didot, d. DiHot,

p.

\t.

p. /p.
Il

t.

^22
je n'entends pas

L COSMOLOGIE HKLLiMQUE
ici le

nant absolu, mais seulement quelque chose


(M/j

qui soit autre que l'tre


eTepov
{jlovov

ov Se outi

to TwavreXw

pi

Sv,

XX'

toG ovto)... [Ce

non

tre l], c'est l'Univers sensible

(to aiffS^Tv wv), ce

sont toutes les proprits de cet Ut ivers, c'est

toute consquence de ces proprits, tout ce qui leur advient

chacune des choses qui remplissent cet Univers et voici ce qu'il est Pour en acqurir une notion, il faut, la mesure, opposer ce qui est priv de mesure la dfinition, ce qui est indlui ce qui produit la forme, ce qui n'a point de forme (p-rpicv evat 7cpo [jiTpov,
titre d'accident,
;

tout ce qui leur sert de principe


;

c'est

xal'a7:eipov Tpbq Trpa, xal ve'lsov

rcpo [Link].x6v)...

Et

il

ne
;

que ces caractres ne soient en lui qu' titre d'accidents il faut qu'ils en soient l'essence... Mais s'il est une chose qui les possde par sa substance mme, le mal ne sera pas autre chose que celle-l il sera cette chose mme. S'il y a, en effet, des
faut pas
;

choses auxquelles le mal survient d'ailleurs,

il

faut qu'il

ait

une premire chose qui soit le mal mme, cette chose dt-elle oaria ti n'tre pas une substance (xv De mme qu'il y a le -J). bien en soi et ce qui est bon par accident, de mme faut-il qu'il y ait le mal en soi et ce quoi le mal advient en particulier, par accident et d'autrui... S'il existe donc une substance sous-jacente

toute figure, toute espce, toute forme, toute mesure,

une substance qu'embellit seulement un ornement d'emprunt; qui ne possde rien de bon en elle qui soit,
toute dtermination;
;

l'gard des tres,

comme un

fantme, qui

soit la

substance (o<na)

du mal (s'il peut, toutefois, y avoir une substance du mal), le raisonnement reconnatra que c'est le premier mal, le mal en soi (xaxov
rcpwTov xal
xx(j'

auTO xaxv).
.

Ce principe du mal, ce n'est pas la nature corporelle 1 Dans la mesure o elle participe de la matire, la nature corporelle (aw^-zw uo-i) est chose mauvaise mais elle n'est pas le premier mal . Le mal en soi, c'est la matire premire, la uXtj. La nature de la manire est mauvaise tel point que, pour tre rempli de sa malice, il n'est mme pas besoin de rsider en elle il suffit de H uX^ cpiori, outoj ouo-a xaxrj, w xai jeter un regard sur elle. to p.7j7:a) v av/j, p.6vov j^X^av el auv/Jv, vampcXvou xaxo
;

aur/J.

Ce principe du mal est ncessaire et ternel*; il est ncessaire et ternel au mme titre que le Bien suprme, que la Cause premire de tous les tres, car son existence est une consquence
1.

2.

Plotini Enneadis prim lib. VIII, cap. IV; d. Didot, p. 4 2 Plotim Enneadis prim lib. VUi, cap. VII; d. Didot, pp. 4445.
.

La thorie des mares et l'astrologie

323

force de ce fait que la Cause premire ne reste point isole, mais

engendre d'autres substances. En effet, puisque le Bien ne demeure pas isol, il est ncessaire qu'il soit le point de dpart d'une srie. Mais s'il en est ainsi, on peut dire du dernier terme, dans cette descente et cet loignement, de celui aprs lequel il ne s'en peut rencontrer aucun, que celui-l est le mal. Or s'il n'y a ncessairement quelque chose aprs le Premier Bien, il est ncessaire aussi qu'il y ait une
dernire chose. Cette dernire chose, c'est la matire premire, qui
n'a plus rien de ce premier Bien. Voil

du mal.

ToGto

donc ce qu'est
Kal

la ncessit
vyxT)

i\

uXij |j.7|8v i e^ouc-a auTcrj.

a.\)Tr\ r\

to xaxo.

Cette matire premire, substance ncessaire et ternelle

du

mal en

soi,

Plotin la conoit-il exactement

comme

la concevait
1

Aristote? Tant s'en faut.

Nous aurons occasion bientt

lorsque

nous aurons entendu l'enseignement de Saint Augustin au sujet de la matire premire, d'en rapprocher l'enseignement de Plotin nous verrons alors combien la 5Xtj no-platonicienne diffre de
;

la uXij pripatticienne.

Pour

le

moment, nous ne nous attarderons

pas discuter cette question.

exactement contemporain de Plotin. L'enseignement que nous venons de rapporter tait donc tout rcent encore lorsque le Gnosticisme reut l'afflux du Manichisme. Inspir par
tait

M nrs

du Zend-Avesta, proccup de la lutte entre l'ternel Gnie du bien et l'ternel Gnie du mal, entre Ormuzd et Ahriinan, le Manichisme postulait l'existence ncessaire et ternelle de deux principes, l'un bon, l'autre mauvais. Ceux qui combinrent les doctrines de la Gnose, du No-platonisme et du Manichisme ne purent manquer de s'accorder en cette affirmation Le principe ncessaire et ternel du mal, c'est la matire premire, la jay,. Aussi entendrons-nous les Pres de l'Eglise s'lever
les doctrines
:

outre cette affirmation, dont, bien souvent,

ils

attribueront

l'in-

vention au chef

mme du
partie, ch.

Gnosticisme, Valentin.

i.

Voir

Seconde

1,

VI.

32

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

IX
LES PRINCIPES DE L ASTROLOGIE APRS POSIDONIUS (suite).

LES ASTRES SONT CAUSES SECONDES DES VNEMENTS SURLUNAIRES.


julius firmicus. proclus. la Thologie d'Aristote

Puisque tout mal a la matire premire pour principe, il n'est pas ncessaire, pour dcharger les astres de toute responsabilit

malheurs qui affligent le monde sublunaire, de rduire au rle de signes. Qu'on leur laisse le titre de causes
dans
les

les
effi-

cientes, qu'on les

regarde

comme
;

des causes secondes,


lieu,

comme

des ministres ou des instruments de la Cause premire dans l'administration des choses d'ici-bas

on n'aura pas
;

cependant,
celle

de les incriminer, de les accuser de malice Cause premire, leur action sera toute bonne
subit cette action.

comme
;

de la
qui

les effets

mauvais
jXt)

qui en semblent driver seront uniquement attribuables la

On pourra donc

reprendre,

si

de l'influence que les astres exercent ici-bas, logue celle que professait l'auteur de la lettre
Volontiers les No-platoniciens,
Plotin, prirent ce parti.
Il tait

au sujet une doctrine anal'on veut,


Ilepl Koo-jjlou.

infidles

la

tradition

de

bien, en effet, dans l'harmonie de

leur systme, de disposer, entre la Cause premire et les choses

qui ne jouissent plus d'aucune causalit, une longue hirarchie de

causes secondes o les orbes clestes trouveraient leur place.

une thorie de ce genre qu'expose un trait d'Astrologie rdig sous le rgne de Constantin et attribu, peut-tre tort,
C'est

Julius Firmicus Maternus.

forme de notre corps, considr tout seul et tout nu, a t compose d'un mlange des quatre lments par l'art dune prvoyante Volont. Mais des couleurs des diverses races, de leurs formes particulires, de leurs murs, de leurs institutions, la distribution qui

La substance mme du genre humain,

dit ce trait

la

Iulii Firmici Astronomicorum libri octo integri, & emendati, ex Scythicis Marci Manilh astronomicorum libri quinque. ad nos nuper allati. Arati Phnomena Germanico Csare interprte cum commentariis et imaginibus. Arati eiusdem phnomenon fragmentum Marco T. G. interprte.
.

oris

Arati eiusdem Phnomena Ruffo Festo Auienio paraphraste. Arati eiusdem Theonis commentaria copiosissima in Arati Phnomena Phnomena grce. Procli Diadochi Sphra grce. Procli eiusdem Sphra y Thoma grce. Linacro Britanno interprte. Veneliis, apud Aldum Manutium Romanum. M1D. Iulii Firmici Materni Junoric (sic) Siculi viri consularis, ad Mavortium Lollianum matheseos lib. I, cap. III, fol. sign. a V, verso, et fol. suiv., recto.

LA THORIE DES MARES ET i/ASTROLOGIE

325

nous a t faite ne provient de rien d'autre que de l'agitation produite par le cours ternel des toiles. Les toiles, en effet, possdent un sens qui leur est propre et une sagesse divine animes par une pure conception de la divinit, elles obissent, d'un consentement sans fin, ce Dieu suprme et directeur qui a com;

bin toutes choses selon les dispositions d'un

loi

perptuelle, afin

que l'ordre de

la cration ternelle soit sauvegard.


1 ,

en effet, n'est pouss par une tmrit assez sacrilge et dsespre pour oser prtendre que la sagesse habite sur terre, o il ne voit que des choses mortelles pour qu'il aille dclarer, par suite de l'obstination violente de son esprit, que la sagesse, que la raison, que l'ordre providentiel ne rsident pas l o tout s'orne dune perptuelle immortalit. Qui donc douterait que cette me divine qui se trouve dans chacun des corps terrestres n'y ft infuse par les toiles, en vertu d'une loi ncesc'est saire ? C'est l'orbe du Soleil qu'en est confie la descente l'orbe de la Lune qui en prpare l'ascension. L'Esprit divin, l'Ame cleste qui se trouve rpandu dans la masse entire du Monde suivant une disposition concentrique, qui
; ;

Aucun homme

est plac partie l'intrieur

du Monde

et partie l'extrieur",

dirige et dispose toutes choses par


;

une agitation ternelle, qui

est

semblable celle du feu cet Esprit entretient perptuellement en lui le pouvoir de conserver et de crer toutes choses aucune fatigue ne lui fait interrompre cet office, en sorte que sa mobilit perptuelle et inlassable soutient tout ce qui se trouve dans le
;

Monde.

Les feux ternels des toiles, qui ont pris la figure de globes

sphriques, c'est cette

Ame

qui les pousse parcourir, avec une

hte rapide, leurs cercles et leurs orbes. Animes par la majest

de cet Esprit divin, les toiles transmettent aux corps terrestres

une partie de cette Ame elles leur communiquent un esprit tir des aliments que l'Ame du Monde leur fournit sans cesse. Telle est la raison pour laquelle une me immortelle vient orner, en nous, la caduque fragilit de notre corps terrestre elle lui confie sa majest, afin d'imiter par quelque ct l'Ame du Monde, son origine et son auteur; celle-ci, en offrt, diffuse parmi tous les tres anims qui naissent de la conception 1er refttre, les anime d'un aliment divin et leur donne la force de se propager par une perptuelle gnration.
; ;

le

La pense qurJulius Firmicus formait dOl MtMgC Mt, COmmC DOUI XIII), une dei ptDtei favoritei 1' Galeo. verrons sous peu (au voir ('h. II, I XII 1. I pp. o/>-<)i. 7. [Link], en efl'M, Il doctrine de Platon
i.
$j
;
:

320

L COSMOLOGIE HELLNIQUE

Puis donc que nous

sommes

relis

aux

toiles

par une sorte de

parent, nous ne devons pas, par des discussions sacrilges, les


priver des pouvoirs qui leur sont propres

par leur cours nous sommes, la fois, que crs et informs. de chaque jour universelle les de l'Ame que mes des astres tirent C'est donc le pouvoir de mouvoir les et orbes o elles rsileur substance reue l'Ame animation de du Monde, les toiles la dent cette leur tour, aux choses d'ici-bas qui, par l, sont transmettent, des puissances sidrales. sous la dpendance Proclus dcrit une hirarchie et, si l'on peut dire, une cascade d'mes analogue celle qu'admet Julius Firmicus.
;

c'est

Au sommet

des substances divines, Proclus place


l'Un
est,

l'Un

(to

'Ev)

qui est la Cause premire dont toutes choses participent, et qui ne


participe aucune autre chose
;

en

mme

temps,

le

Bien suprme*.
L'Etre
(to Eva.) est, tantt,
et, tantt, se

regard
3
.

comme une manation


lui.

de

l'Un ou du Bien,

trouve confondu avec

De
est

l'Etre

procde tout ce qui existe


et

Ce qui en mane 4 direc(6

tement, c'est la toute premire Intelligence

TcpwTwro Nou), qui

unique

d'o est issue la toute premire


;

Ame

(tj

Tcpor^ory)

Wj/'/i),

qui est galement unique


(r\

de la premire Ame, enfin, est


Qaiq).

issue la Nature universelle

okr\

Mais de la premire Intelligence, qui est unique, procdent une multitude d'intelligences 8 de mme, l'unit de la premire Ame produit une multitude d'mes, l'unit de la Nature universelle,
;

une multitude de natures particulires. Au fur et mesure que des tres s'loignent de
principe,
ils

l'unit

de leur

s'affaiblissent

et

se

dgradent

entre les intelli-

gences, par exemple, la distance croissante la premire Intelli-

gence dont elles drivent tablit une hirarchie descendante aussi sera-t-il possible, parmi ces intelligences, de distinguer deux
;

catgories

6
;

toute intelligence de la catgorie la plus leve est


;

une intelligence divine (vo^ Qew) toute intelligence de la catgorie la moins leve est seulement une intelligence intellectuelle
(vo vospo;).

i. Procl Successoris PLATOxici Fnstitutio theologica, XXI, XXII, XXIII; d. Francofurti ad Mnum, 1822, pp. 3 7-4 5 d. Parisiis, i855, pp LIX-LX. Pour la description de ces ditions, voir t. I, p. 248, note 3, et p. 257, note 2. 2. Procl Op. /and., XXV: d. 1822, pp. 46-47 d. i855, p. LXI. 3. Procl Op. laud., XVIII; d. 1822, pp. 3o-33; d. i855, p. LVII. t\. Procl Op. laud.. XXII; d. 1822, pp. [\2-l\'6\ d. i855, p. LX. ~>. Procl Op. laud., XXI; d 1822. pp. 4o-4i d. i855, p. LIX. 0. Procl Op. laud.. CLXXXI d. 1822, pp. 272-273; d. i855, [Link].
; ; ; ;

LA.

THORiS DES MARGES ET

l/ ASTROLOGIE

327

De mme

faut-il tablir

une hirarchie entre


;

les

mes qui sont


distin-

issues de la premire

Ame

et,

entre elles,

il

y a lieu de

guer trois catgories. Toute me, en effet, est en relation avec une intelligence dont elle tient le pouvoir de connatre. 11 se peut que cette me participe ternellement et sans cesse d'une intelligence divine
alors
;

elle est

une me divine

1 .

Il

se peut qu'elle participe sans cesse d'une


;

dans une catgorie infrieure celle des mes divines. Mais encore au-dessous de cette catgorie, il faut ranger les mes qui sont soumises au changement et qui, par l'effet de ce changement, sont tantt unies
intelligence intellectuelle
elle se place alors

une intelligence
Toute

et, tantt,

s'en trouvent spares.

me
;

divine prside 2 une multitude d'mes del seconde

seconde catgorie prside une mulles unes et les autres titude d'mes de la troisime catgorie sont des mes auxquelles participent des mes infrieures chacatgorie
toute
la
;
;

me de

cune d'elles est une me participable (tyuy'h fisex-ni). Au contraire, les mes de la troisime catgorie ne peuvent plus rpandre leur
vie en d'autres

mes qui
;

seraient places au-dessous d'elles, qui

participeraient d'elles
(<j>uv^
{jLpt,x7|),

chacune dlies

est

une me

partielle

incapable d'une nouvelle subdivision.


participable 3 se sert immdiatement d'un corps

Toute
.

me

ternel qui possde une substance exempte de naissance et de

Les mes participables sont donc celles qui animent les orbes clestes et les astres. Les mes particulires, au contraire, sont celles qui descendent dans le monde de la gnration 4 chacune de ces mes y descend une infinit de fois et, une infinit de fois, remonte vers l'Etre indfiniment, donc, sa vie se compose de laps de temps passs parmi les dieux, qui alternent avec des

mort

du monde sublunaire. Ainsi, dans la thorie de Proclus comme dans la thorie de Julius Firmicus, nous trouvons, au sommet de la hirarchie des mes, une Ame toute premire dont toutes les autres sont issues
laps de

temps passs dans

les corps

directement ou indirectement; puis les mes unies aux corps ternels dos cieux puis, manes de celles-l, les Ames qui des;

cendent temporairement au sein des corps soumis


et la corruption.

la

gnration

i.

Procu Op. laud. t CLXXXII, CLXXXIII,


p.

<

LXXXIV;

d. i8s,

pp. 179-277;

d. i855,
2.

(IX.
i
,

Procu Uf> laad. t pp. So4*3o7;d Procu Oy>. laud. CXCVI; d. \ d, i8ss< pp. 3o8-fti d Procu Op la*d.,
t
,

i855, p.( K\

MI.
r855< p.
I

<

<

wi.

328

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

Chaque me

agit sur les

mes qui procdent

d'elle et sur le

corps auquel elle est ternellement ou temporairement unie. Analysons cette action.

Tout

ce qui est produit par des causes secondes est aussi, et

plus forte raison, produit par les causes premires, et doues de

plus de causalit, qui ont produit ces causes secondes.


jtto

lv to

twv Seutpcov
la cause

Trapayojjievov, xal

arco

twv TrpTepwv xal

a'.TUOTpojv

TrapyeTai {jmovoj;, ' tov xal x oYjTepa cap^yero. Puis,

en

effet,

seconde tient toute sa substance (ouata) de celle qui se trouve avant elle, c'est de l aussi que lui vient la force de produire
(r\

que

Suvajjii

tou 7uapyet.v).
il

Voil un principe essentiel dont

nous faut suivre

les cons-

quences.

Tout ce qu'un tre caus est capable de produire naturellement 1 la cause de cet tre le fait en mme temps que lui. SuvucpwTro'tv apa auTw TtvTa, ocra Tccouxe ttapyetv . Toute action d'une cause seconde suppose une collaboration de la cause qui la prcde. L'Ame mane de l'Intelligence par consquent, tout ce que fait l'Ame, l'Intelligence le fait avec l'Ame et avant l'Ame tout ce que l'Ame donne aux choses qui sont au-dessous d'elle, l'Intelligence le leur donne plus forte raison . De mme, l'Intelligence a le Bien pour cause aussi, tout ce qui a l'Intelligence Kal or\ xal oo-wv Nou pour cause a aussi le Bien pour cause. 3 avrio, xal to 'Ayaov [Link] . Ainsi tout ce que produit une intelligence, elle le produit en vertu d'un pouvoir qu'elle tient des causes qui lui sont suprieures et parmi lesquelles se trouve toujours l'Etre ce qu'une intelligence fait, elle le fait de par 1 Etre.
,
;
;

UqieI

Se,

ttou,

Ti}>

Elvat..

Donc, dans toute uvre accomplie par une cause seconde, nous

devrons voir non seulement ce que cette cause fait en vertu de sa nature particulire et de sa causalit propre, mais encore ce qu'elle opre par dlgation des causes suprieures dont elle est, elle-

mme,

l'effet.
,

Appliquons cette remarque l'action d'une me divine 4 qui drive d'une intelligence divine et, par celle-ci, des dieux suprmes, de l'tre et du Bien. Toute me divine a une activit triple elle en a une en tant qu'me, une autre en tant qu'elle a reu un esprit divin, une
;

i.

2.

3.

4.

Procli Pkocli Procli Procli

Op. Op. Op. Op.

laud., LVI d 1822; pp. 88-89; d. i855, p. LXX. laud., LVII ; d. 1822, pp. 92-93; d. i855, p. LXXI laud , CLXXIV; d. 1822, pp. 260-261 ; d. i855, p. CVI laud., CCI ; d. 1S22, pp. 3oo-3oi d. i855, p. CXIV,
;
;

L THORIE DES MARES ET L'ASTROLOGIE


autre, enfin, en tant qu'elle
elle

329
tant

dpend des dieux. En


;

que dieu,

tend sa providence toute chose


elle connat toutes

par la vie intellectuelle


;

quelle a reue,

choses par sa substance mobile

d'elle-mme, elle meut les corps... Cette troisime activit se


trouve, en elle, en vertu de sa substance propre, qui est motrice

pour les choses capables, par nature, d'tre mises en mouvement par un moteur tranger qui est vivificatrice pour celles qui possdent une vie importe. De toute me, c'est l l'opration pro;

pre

les autres oprations,

comme
piv to

la

connaissance et la provi-

dence,

sont

en elle par participation.


Ta^

no-ai
oj;

al

Seat

-irjyal

TC'.TtX^ r/oua'iv vepveia*

^uval, Ta^ 8
Trpovooa-t.

vojv

'jTtooeEiJiEva'.
cj; 8soi,

Ociov, Ta; o to;

sv rpTTjuivai. Kal

jjiv

twv oXtov

viv&axovo'l o Ta vTa xaTa ttjv vospv wr,v,

xlvo'jo"'.

Se Ta a-caaTa
r,

xaTa

tt,v

a JTOx'lvr,[Link]
,

*j7rap.v...

TptTT) 8e a'jTai itpsariv

xaTa

tt,v

tiav inrapiv Evpyeta, xivrTlXT) ixv JTrpyo'jaa Twvo'jcret. repoxiYiJTbW,


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xal

ttoovoeIv.

Si l'on
d'elle,

peut tenir ce langage d'une me divine qui, au-dessus n'admet que des intelligences divines et, enfin, l'Etre et le
le tenir

Souverain Bien, plus forte raison pourra-t-on


situe
tion

d'une

me

un degr plus humble de la hirarchie. En toute oprad'une telle me, nous ne devrons pas seulement voir sa

propre causalit, mais encore et surtout la causalit de toutes les substances dont elle drive et ces substances ne seront pas seulement le souverain Bien, l'Etre, les intelligences; ce seront
;

encore des mes plus hautement places dans la hirarchie.

Dans toute opration d'une me de la troisime catgorie, d'une me partielle, nous ne devrons pas chercher seulement l'action propre de cette me, mais aussi et surtout l'action de l'me de seconde catgorie dont elle est issue, en mme temps que beaucoup d'autres mes particulires. Cette me de seconde catgorie,
son tour,
l'a

ne

fait

rien sans coopration de l'me divine


qu'elle a produit
1

qui

produite, en

mme temps

mes intermdiaires. Toute me divine grand nombre de ces mes qui, sans cesse, sont la suite des lieux, mail un nombre plus grand encore de ces Ames qui ne reoivent cette place que de temps autre. KTa apa Bcis '^ J //,
tto/.).(i)V m.:v

beaucoup de ces commande donc un

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330

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

Pour qu'une me partielle, donc, puisse, en ce bas monde, mouvoir ou vivifier un corps, il lui faut la permission et la collaboration de toutes les mes participables, unies des corps clestes, dont elle est issue d'une manire directe ou indirecte. Dsireuse de garder une abstraite gnralit, l' Institution thologique de Proclus ne descend pas jusqu' dduire de ses principes la justification de l'Astrologie un autre crit du Diadoque nous fournira cette dduction. Gomment le Destin (El[iap|jLv7j), qui rgle, ici-bas, les dmarches des mes comme les changements des corps, rsulte de l'action harmonieuse de toutes ces causes hirarchises, Proclus se plat nous le dcrire dans son commentaire au Tinte de Platon. En tout acte, conforme la loi du Destin, qu'accomplit soit une me partielle et incorpore, soit un corps, nous allons discerner, selon les principes qu'a poss Y Institution thologique,
;

la collaboration de tous les tres qui rsident des degrs

de

plus en plus levs, des mes partielles, des mes divines, enfin

de l'Intelligence premire que Proclus, l'imitation de Platon,


appelle
ici le

Dmiurge

4
.

Aprs avoir rejet quelques dfinitions du Destin, empruntes Aristote, Alexandre d'Aphrodisias, Porphyre, Thodore de Mopsueste, il poursuit en ces termes 2 Le Destin, ce n'est pas, non plus, l'Intelligence universelle
:

(o

Nou tou

7cavT<k),

comme
;

le dit Aristote si, toutefois, le livre Jlepl


fait l'Intelligence, elle le fait

Koffpiou est

de

lui

car ce que

d'une

manire universelle pour s'exercer, son gouvernement n'a nul besoin d'un rythme priodique, d'une suite continue, d'une srie bien ordonne. C'est l, au contraire, le propre caractre du
Destin
;

il

est la srie,

il

est l'ordre,

il

est

l'accomplissement

priodique d'oeuvres multiples.

nous faut, dans une formule unique, embrasser l'ide totale du Destin, nous devrons dclarer en principe qu'il est la Nature mme, pntre de divin, toute remplie des lumires qu'ont mises les dieux, les intelligences et les mes. A la Nature, en effet, vient se terminer la hirarchie des dieux qu'on appelle directeurs de la destine ([[Link] 8eo) la Nature aboutissent les familles des tres plus puissants. Dans la vie unique de la Nature, ces familles dposent, titre de dons,

Mais

s'il

i. Procli Diadoghi In Platonis Ti mamm commentaria. Edidit Ernestus Diehl, Lipsi, MCMIII, vol. I, p. 70. 2. Procli Diadochi In Platonis Timum commentaria. Edidit Ernestus Diehl. Lipsia, MCMVI, vol. III, pp. 272-276.

LA THORIE DES MARES ET L ASTROLOGIE

331

en fait une puissance unique. Si les corps visibles eux-mmes, en effet, sont remplis de puissances, bien plus forte raison la Nature universelle est-elle toute pntre de divin et si l'Univers qui apparat aux sens est un, plus forte raison est-elle une, cette essence totale du Destin, et runit-elle en son sein la complte synthse d'une multitude de causes. Mise dans la dpendance de la providence des dieux et de la bont du Dmiurge, elle est, par
toutes ces plnitudes
;

et le

Dmiurge

les rassemble, les unit,

celle-ci,

ramene

l'unit et dirige
;

car elle est la raison (Xoyo)


les choses

de raisons multiples
ses
;

elle est
;

puissance unique aux formes diver-

elle est vie divine

elle est

un ordre qui prcde

qu'il

ordonne.

Le Destin,
gences divines

c'est

l'ordre et l'unit

donc la loi par laquelle le Dmiurge met dans les puissances multiples que les intelli-

et les

mes divines ont


de

infuses la Nature.

Proclus va s'efforcer

rpondre

ces questions

Gom-

ment

le

Dmiurge

produit-il la Nature, puisque c'est lui qui pos-

sde, en lui-mme, le principe de cette Nature?

Comment, aprs

avoir produit la Nature, formule-t-il les lois du Destin (elpappvo*.


vjjlo'.),

puisque

c'est

lui qui a

tabli la

Nature

comme

l'unit

continue de ces lois?

Voyons, d'abord, de quelle manire le Dmiurge va soumettre les mes aux lois du Destin. Non seulement le Destin ne gouverne pas les mes divines, les mes indivises mais il ne gouverne pas non plus les mes paril ne les gouverne qu' tielles considres dans leur essence partir du moment o elles font partie de la Nature, o elles sont descendues dans le monde sensible, o elles sigent en des vhi; ;

cules corporels

(oyr-jjiaTa).

Par leur essence, donc,


;

et

au monde

elles

Ames sont suprieures la Nature sont au-dessus du Destin; elles possdent, en


les

premier degr de subsistance, la subsistance spare de ce monde infrieur; c'est par leurs vhicules, c'est par les habitations que le sort leur a assignes en partage, qu'elles sont devenues du monde; et la place que chacune d'elles y occupe, c'est
effet, le

du Dmiurge qu'elle
leurs

l'a

reue. Aprs donc qu'il les

attaches

mes auxquelles il s assign les corps qu'elles doivent habiter, le Dmiurge dicte les lois du Destin Ces lois n'agissent pas sur les mes La manire d'une Force
vhicules,

ces

venue du dehors, d'une contrainte extrieure;


qu'elles gouvernent Les
a

c'est
La

par L'intrieur

mes descendues dans


La

Nature.

C'est Le propre

de

providence des dieux de produire par

332

LA.

COSMOLOGIE HELLNIQUE

une direction intrieure ce qu'elle a prvu. Dans les choses pourvues de masse, doues de matire, qui prsentent la forme corporelle, la Nature a infus des puissances, et c'est par ces puissances qu'elles les meut ensuite
;

c'est

par la pesanteur qu'elle

par la lgret qu'elle meut le feu. Gomment s'tonnerait-on de voir les dieux, bien plus forte raison, mouvoir les mes par les puissances qu'ils ont mises en elles? S'ils mnent donc les mes suivant les lois du Destin, c'est que les lois du

meut

la

terre,

Destin sont dans ces mes.

Ces

lois, elles tirent


;

leur premier principe de la pense du

Dmiurge

car c'est en cette pense que la loi divine a son fonde;

ment. Elles ont aussi leur principe dans les mes divines
c'est suivant ces lois
lois participent

car

que ces mes dirigent l'Univers. Mais ces


;

encore des mes partielles

car

si

les lois

du

Destin conduisent chaque


c'est

l'aide de cette
;

me partielle au lieu qui lui convient, me mme cette me, en effet, se meut
;
;

propre dtermination, tantt elle dvierait du droit chemin et tantt elle y reviendrait mais grce la loi dont elle a t munie par ceux qui sont au-dessus d'elle, elle
d'elle-mme
laisse sa

s'attribue la place qu'elle doit occuper.

mes commencent d'appartenir ce inonde, elles sont soumises la force du Destin, force venue d'en haut et drive de la Providence elles reoivent alors les lois du Destin. Le Dmiurge a prsent la Nature ces mes comme une chose qui leur est trangre mais ces lois, c'est, pour ainsi dire, en elles qu'il les a crites. En effet, les ordres du Dmiurge se propagent mme au travers de la substance des mes de mme qu'il

Aussitt donc que les

a dpos des raisons au sein des dieux qu'il a produits avant ces mes, de mme, a-t-il mis ces lois du Destin dans les mes partielles.

Nous venons de voir comment le Destin rgit ls mes partielles, partir du moment o elles sont descendues dans le monde infrieur et unies des corps. Voyons maintenant comment les corps, supports des mes, sont soumis la royaut du Destin. Il y a deux sortes de corps. Il y a, d'abord, les corps clestes,
d'mes divines. Puis, il y a une autre famille de corps, famille qui est soumise la direction des premiers c'est une seconde catgorie de supports, subordonne la circulation divine ainsi les mes unes se sont-elles subdivises en d'autres mes. C'est un des dogmes essentiels du No-platonisme alexandrin que le monde sensible est une image du monde intelligible la hila gnration, vhicules
;

suprieurs au

monde de

LA THORIE DES MARES ET l'STROLOGIE

333

rarchie des corps doit donc tre la ressemblance de la hirarchie des mes.

Aux mes

indivises et divines dont

ils

sont les
partielles

supports, correspondent les corps des astres; aux

mes

dont

ils

sont les vhicules, rpondent les corps soumis la gn-

ration et la destruction.

deux catgories, elle s'est faite sous l'action de cette cause une qu'est le Dmiurge; et c est pourquoi les corps qui commandent aux autres (tol Tiysjxova) sont ternels et ne peuvent prouver aucune transformation. Cette subdivision, elle a t, aussi, produite par le Destin; c'est le Destin, en
Cette subdivision des corps en
effet,

qui est le matre des circulations priodiques

il

comprend
;

en lui-mme les priodes totales comme les priodes partielles c'est encore lui qui runit le semblable au sembable. Cette subdivision, elle a galement t faite par les mes, par les mes indivises comme par les mes partielles c'est, en effet, parce que les
;

unes aux autres que les corps qui les supportent s'unissent aux corps de mme nature. Partant, ds l que l'me partielle se rgle sur l'me indivise, le vhicule de cette me partielle suit exactement la marche du vhicule de l'me divine de mme que cette me-l imite la connaissance de cette
les
;

mes sont unies

me-ci, de

mme

ce corps-l reproduit-il, [par son mouvement],

une image du mouvement de ce corps-ci . Ces considrations ont pour consquence naturelle la justification de l'Astrologie. Aussi Proclus ne manquera-t-il pas, en diverses autres pages de son Commentaire au Time, de nous montrer comment la doctrine astrologique se relie son systme mtaphysique, et de nous laisser deviner quelle opinion favorable il a conue de la Science des Chaldens. Nous avons vu qu'au Time, Platon faisait une claire allusion la divination astrologique. C'est ce passage du Time qui suggre 2 Proclus les rflexions que voici et Ces astres se comportent toujours de la mme manire cependant, tantt ils sont stationnaires, tantt ils ont une marche les uns par rapport directe [et, tantt, une marche rtrograde] aux autres, ils sont en conjonction ou en opposition. Lorsqu'un d'entre eux s'interpose entre un autre et nous, il devient un
1
: ; ;

intermdiaire entre les


n'est

Ames divines

et

nous; toute Ame, en


unie

effet,

pas,

d'une manier*' immdiate,

toute

autre

Ame,

mais elles sont relies les unes aux autres par des intermdiaires plus ou moins nombreux. Les occultations et les rapparitions
i.

2.

Vide supra, p. 274. PROCLI DlADOCHI Op. laUfl.,

(l

Cit.,

vol

III, |)|).

l5o-lf>l.

334

la costoouMiiE hellnique

qui ont lieu des poques dtermines marquent les renouvelle-

ments du Monde
;

commencements des priodes c'est surtout, en effet, d'aprs ces phnomnes que tournent et se transforment les choses qui sont dans le Monde ce sont eux qui
(itoxa-aoroicrsU) et les
;

grands changements... amnent les destructions d'ensemble choses visibles nous rappellent au souvenir Il faut que les de telle manire que les uvres accomdes choses invisibles plies ici-bas, qui ne sont que des ombres, nous conduisent au point de dpart de la contemplation des choses clestes puis, que celles-ci nous fassent souvenir des volutions invisibles; car le Ciel est l'intermdiaire entre les tres soumis la gnration et les tres intelligibles ({lio-o yp larrtv 6 opavo twv t ysvTjQwv
et les
;
;

xal twv vyjtwv).

Platon dit ensuite que les configurations et les mouvements des corps clestes causent des terreurs et fournissent des signes des vnements ceux qui sont capables de calculer il nous fait

savoir par l

non seulement que

ces

phnomnes sont des


;

signes,

mais que ce sont des signes capables de marquer certains vnements [bien dtermins] c'est pourquoi il nous rappelle en passant qu'ils sont dous d'activits qui les rendent
ce qui est visible,

aptes signifier l'avenir (twv


C'est cette occasion

a-rjjjiavTtxwv

lauTot
1

evepYuv).

que Proclus mentionne


(Ilepl ffr^euDv).
Il

le livre

de Tho-

phraste Sur

les

signes

rappelle et semble par-

tager la trs grande admiration du Disciple d'Aristote pour la


science des Ghaldens, science capable de prdire

non seulement

des

effets

gnraux, tels que les perturbations atmosphriques,

mais encore les moindres particularits qui marqueront la vie et la mort de chacun de nous. Proclus marquait, d'ailleurs, une grande confiance dans les connaissances astronomiques de ces tireurs d'horoscope chaldens qu'ils n'aient pas observ la prcession des quinoxes, 2 c'est, pour lui, un motif suffisant de rvoquer en doute la dcouverte d'Hipparque et de Ptolme.
;

Collaboratrices du Dmiurge dans le gouvernement du


sensible, soumises aux lois

monde

du

Destin, les

mes divines meuvent les

corps qui les portent de telle faon qu'ils annoncent aux mortels

que ces lois ont dcid. C'est, sans doute, ce que Proclus entend rappeler par un titre qu'il leur accorde souvent. A maintes reprises, il parle des Sirnes que Platon avait assises sur chacune des ganes du fuseau de la Ncessit ces Sirnes, il
ce
;

2.

Vide supra, p 275 Procli Diadochi Op. laud., d.


.

cit.,

vol.

III,

pp. 124-125.

LA THORIE DES MARES ET L'ASTROLOGIE


les
or,

385

aux mes (t];o%at) qui meuvent les orbes clestes jamais il ne manque de leur donner le nom de Destines
identifie
;

(Moipai).

Toute cette thorie de l'action des mes divines, des mes unies aux corps clestes, sur les mes descendues ici-bas et, par
elles,

sur les corps changeants et prissables,

ne droule-t-elle

pas, au travers de Y Institution thologique et

du Commentaire au Time, l'ample dveloppement des principes que posait Julius


L'influence

Firmicus au dbut de son Astrologie ?

du monde

cleste

sur le inonde

sublunaire est

conue par la Thologie d'Aristote, peu prs comme elle l'est par Proclus. Nous aurons occasion, plus tard, d'tudier en dtail cet important trait apocryphe. Nous verrons que les substances divines y sont en mme nombre que dans YInstitution thologique de
Proclus.

Au sommet,

rside le premier Auteur, la premire Cause ou le

premier Etre. De ce premier Auteur, par une manation ternelle, est sorti le Verbe ou l'Esprit par qui tout a t fait; comme Proclus, l'auteur de la Thologie iAristote, tantt distingue cette seconde substance divine de la premire et, tantt, il les identifie entre elles. Du Verbe, mane l'Intelligence active. C'est par l'intermdiaire 2 de l'Intelligence active qu'a t cr le monde intelligible, que l'auteur de la Thologie appelle habituellement l'orbe suprme ce monde intelligible est form de toutes les intelligences et de toutes les mes. C'est, en particulier, dans ce monde intelligible que rside l'Ame universelle, premire me directement issue de l'Intelligence active. 3 Aprs l'Ame, vient la Nature la Nature est la cause qui engendre et maintient tout tre qui adhre la matire premire au point de n'en pouvoir tre spar. Les diverses parties de la Nature sont dos causes lies entre elles.
; ;

III, p 182, p. 274, p. 277 et p. 32,'. Theologia, XIV, XV; cap. d. 1 5 9 fol. 92, r d. T 7 2 2. Aribtotems lib. fol. 101 (marqu par erreur i5o), r. Pour la description docesdeui ditions, Il est prudrnl de ne se fier qu' traduction voir Tome 1, p. 272. note 2. donne \>:n- l'd. de i5iq, qui t fait' sur la version italienne, donne par Mose Rora, de la version arabe; la version publie en 157a par Jacques Charpentier n'est qu'une paraphrase de la prcdente version latine, faite aana aucun recours aux lestes; le mo^-mol barbare de in premire version est encore prfrable i l'lgante infidlit de la seconde. d. if>72, 3. AmSTOTfcLis Theologia, lib. V, cap. IV; d. i5io, fol. l5, v" i.
,
1

Proci.i Diadochi O/i. laad. f vol.

.'i

l'i

fol.

43, recto.

336

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

Dans cette Nature, mane de l'Ame, il faut, d'ailleurs, distinguer deux parties la plus noble est l'orbe qui contient les astres la moins noble est l'ensemble des corps que composent
l ; ;

les lments.

il

Le premier Auteur 2 n'est ni en repos ni en mouvement, car est au-dessus du repos comme du mouvement. Il est une
d'o,

essence
parler,

sans

fin,

sans cesse, sans dplacement, manent


;

d'autres essences et d'autres dignits

il

est donc,

proprement

une sur-essence. 11 rside dans chacun des tres selon la capacit de chaque espce de chacun d'eux, il informe l'essence selon la condition qui est la plus opportune celle-ci. L'Intelligence active, donc, reoit une essence plus noble que l'Ame raisonnable celle-ci, une plus noble essence que le Ciel le Ciel, une plus noble essence que les corps soumis au changement. Plus, en effet, une crature est loigne [du premier Auteur], plus grand est le nombre des intermdiaires qui ont contribu la produire, moins est noble l'essence qu'elle a
;

reue.

Ce n'est pas directement que la Cause premire produit et informe l'essence de chaque chose, mais par l'intermdiaire de
la
srie

des substances qui s'chelonnent entre

elle

et

cette

chose.

Le premier Auteur 3 a cr toutes choses; il leur a donn des formes imites des formes absolues qui rsident en lui, et qu'il a galement infuses au sein de l'Intelligence, qui est le premier

tre aprs lui et l'intermdiaire entre lui et les cratures... C'est

pourquoi l'Ame dsire sans cesse que l'Intelligence active infuse en elle les formes universelles qui rsident en cette Intelligence lorsqu'elle les a reues, F Ame les rpand dans la Nature, et cette forme, ainsi se fait la forme matrielle du monde cleste son tour, est la cause des formes matrielles particulires du
;

monde soumis

la gnration et la corruption.

Ces dernires formes sont moins lumineuses et moins pures

[que les formes du Ciel], car la domination que la matire exerce


sur elles les altre et les change. Les formes clestes, qui ont

produit celles-l, sont plus claires, plus nobles, plus leves;


elles

ne se dissolvent pas;

elles

sont absolument immuables,


fol. 34, r
;

i.

Aristotelis Theologia, lib. VII, cap. VI; d. i5i9,


r<>.

d. i5;2,

fol. 59, v, et fol. 60,


2.
1*0
;

Aristotelis Theologia, lib. XII, cap.


d. 1672, fol. 123,
r<>.

XIX;
XXI;

d. 1519, fol. 73, v, et fol. 74,

3. Aristotelis Theologia, lib. XII, cap. r; d. 1572, fol. 12$, v, et fol. 126, r.

d. i5iq, fol. 75, v, et fol. 76,

LA THORIE DES MARES ET L'ASTROLOGIE

33*7

parce qu'elles dominent la matire et que la matire est fige sous leur empire. Au-dessus des essences clestes, sont des essen-

formes d'une puret, d'une clart, d'une beaut suprmes, des formes qui contiennent tout en elles, des formes admirables et sublimes que le discours ne peut exprimer et que notre me, cause de l'imagination, ne peut concevoir. Ces essences, en effet, sont les causes des formes perceptibles et concevables qui existent autour de nous. Assurment, une chose est plus noble et plus releve au sein de sa cause qu'elle n'est, simple effet, en elle-mme. Ainsi les
ces qui reoivent des

formes sont-elles plus claires

et

plus leves dans l'Ame que

y sont pures de toute matire naturelle, car elles ont t les causes des formes des cieux. Ainsi encore, dans l'Intelligence active, sont contenues des formes plus univer-

dans

les cieux, car elles

d'honneur que dans l'Ame... Notre me souhaite sans cesse recevoir l'panchement de ces formes qui manent de l'Intelligence active; elle les dsire cause de l'lvation qu'a l'essence de cette Intelligence; car celle-ci a t cre pour tre la premire image exprime [de la Cause suprme]. Autant l'autorit de l'influence que reoit l'Intelligence la dsigne comme suprieure l'Ame, autant l'Ame est au-dessus
selles et plus dignes

de la Nature, car elle reoit la premire, et sans cesse, l'influence

mane de l'InteDigence active. Cete influence, elle la transmet cette influence est alors transporte jusqu' au monde cleste nous, dans ce monde de la gnration et de la mort, par les plaqui
;

ntes, grce la varit de leurs

mouvements, aux changements

de leurs mutuelles distances et au contact de leurs rayons avec


nous.

Le passage que nous venons de citer rsume la doctrine astrologique de la Thologie d'Aristote. Maint autre passage de ce trait vient prciser tel dtail de ce systme. Il en est un par exemple, o l'auteur nous montre comment
1

chacune des substances, incapable d'exercer son action sur


substances qui sont places au-dessus d'elle, se meut vers
tres qui
lui sont infrieurs,

les
Les

comme

si

l'influence qui s'panche

en elle se trouvait presse et comprime par la cause, plus haut


situe, dont elle dcoule. Ainsi l'Intelligence est elle
le

mue

vers

bas et rpand-elle sa lumire dans ce qui se trouve au-dessous d'elle, jusqu' l'Ame. De mme, l'Ame regorge de plus de Lumire
et

de biens qu'elle n'en peut contenir


i.

mais
iSlty,

elle

ne peut
;

les

Akistotelis

heologia,
60,
T.
r.
il.

lib. VII,

cap.

VI j ni.

fol, S!\, r

d. 1672.

foi. 09,

vet

fol.

DUHBM

3*58

J.A

COSMOLOGIE HELLiMOUE

rpandre au-dessus d'elle, car l'Intelligence qui en panche sans cesse n'a pas besoin d'un reflux qui viendrait de l'Ame alors celle-ci se retourne en arrire, comme si quelque honte la chassait elle transmet ses richesses ce qui lui est subordonn elle comble le globe terrestre de lumire, de bien et d'honneur, Mais de tous les tres qu'olle a produits, le meilleur et le
;
;

plus parfait, c'est le


le

monde
la

ds astres

c'est lui,

en

effet,

qui est

Cause premire. L'Ame, donc, qui tenait sa forme de l'Intelligence, dtermine, par son mouvement, une expansion de son essence et produit les mouvements multiples
des plantes
;

plus rapproch de

mouvements volontaires, naturels et uniformes... Gomme les deux mondes spirituels, [celui de l'Intelligence et celui de l'Ame], prouvent un mouvement substantiel, l'Ame naturelle, [c'est -dire la Nature], est, par son dsir, mise en mouvement vers ce monde intelligible, afin de se rendre semblable lui mais sa faiblesse ne lui permet pas de monter alors elle se
;
;

retourne en arrire, comme nous l'avons dit, et, comme si quelque honte la repoussait, elle innove au sein de l'orbe naturel, [qui est l'orbe sublunaire], les substances composes d'lments; les forces diverses qu'elle rpand donnent chacune de ceg substances la portion de corporit qui convient leur nature. Les astres sont donc, par leurs mouvements, les intermdiaires qu'emploie l'influence de l'Ame du Monde pour parvenir jusqu'aux choses du monde sublunaire et imprimer en elles les formes dont leur essence les rend capables. Cet intermdiaire est indispensable. Aussi, aprs avoir dcrit comment l'Ame raisonnable est issue de la lumire mise par l'Intelligence active ; comment de la lumire de l'Ame raisonnable, sort la nature de l'Ame comment, de la lumire de celle-ci, mane, son sensitive tour, l'Ame vgtative, qui est fort distante de la pure lumire, qui est donc grossire, prive de la facult de marcher et de respirer, qui n'a gard que le pouvoir de la reproduction , la Thologie (FAristote poursuit-elle en ces termes
1
;

Enfin,

de la lumire de cette

Ame

vgtative provient la

Nature.

cause de l'intervalle qui la spare de la principale source de lumire, cette Nature est prive de la tnuit incorpo^
;

relie
trois

elle reoit

en apanage la masse corporelle

et l'tendue

dimensions, ayant longueur, largeur et profondeur. Elle se


circulaire, simple et perptuel, qui est le

meut d'un mouvement

mouvement
i.

cleste; ce
Theologia,

mouvement
lib.

a t institu par le premier


;

Aristotelis

X, cap.

d. i5iq, fol. f> v - et fol. hy, rj

d. i5;2, fol. 80, vo.

LA THORIE DES MAREb ET

i/ ASTROLOGIE

33U

Auteur pour assurer, par l, la perptuit de la gnration et de elle se meut aussi d'un autre mouvement uniforme la mort dirig en sens contraire du premier. C'est le Ciel qui contient son intrieur tous les tres susceptibles de s'engendrer et de prir; c'est lui qui conserve chacun d'eux, conformment aux conditions auxquelles les formes sont soumises dans ces composs; s'il venait tre priv de tout mouvement propre, tout cela ferait dfaut c'est donc de cette nature du Ciel, doue du mouvement de rvolution, que procde la nature infrieure, doue de mouvements et de formes multiples et c'est la contrarit entre les mouvements de cette nature-ci qui est cause de la gnration et de la destruction. Rceptacles des formes manes du Monde intelligible, les astres sont, leur tour, les sources qui rpandent les formes dans le Monde sublunaire. De ce principe, la Thologie d'Aristote nous donne un curieux exemple. Exposons maintenant, dit-elle suivant quelle rgle admi;
; ;
1

rable les astres et les

mes du Monde suprieur,


parmi toutes

[c'est--dire

du

Monde

intelligible],

gouvernent les choses

d'ici-bas...

Disons, ce propos, que,


ciel et

les toiles qui existent

au

qui y dsirent le
;

Monde

intelligible, la plante Jupiter

aprs avoir conqui pures constituent templ les formes ce Monde, reoit, selon sa capacit, la bont et la lumire qui en manent et cette capacit
;

dtient le premier rang

c'est elle surtout qui,

est,

plus grande que dans les autres toiles, parce qu'elle aime davantage, ce qui lui a donn une plus haute dignit.

en

elle,

Aussi, celui qui observe cette plante lui devient-il semblable

en beaut, en dignit et en lumire. De mme, celui qui a contempl le soleil et qui, ensuite, jette les yeux sur la terre, la terre parat rouge parce que son regard est teint de rouge...

Si donc,

de ces formes illustres qui rsident au-dessus des

cieux,

vous souhaitez d'acqurir une science parfaite, vous ne parviendrez sonder du regard leur clatante dignit que par le moyen que nous avons dit; il vous faudra contemplor profond-

ment l'Archiplante; alors, la lumire de cette plante, qui est comme un sceau imprim par le Monde suprieur, se rpandra en
vous
;

revtu de l'clairernent que diffuse

cet

astre,

\<us

lui

deviendrez presque gal; aid par une sorte de puissance qui vous soulvera, vous comprendrez, selon votre dsir, la clart suprme
[du
i.
t-<i.

Monde
r
i.

intelligible] et toutes les


lit).

formes qui

<'n

participent...
/|(>,

Aristotkmh Tholoffim,

XI, cap.
r<>.

I;

d. i5ig, fol. Sa, \, tt fol.

i*;

>72, fol. ioo, vo, et fol. 101,

340

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

vous tes tranger cette plante, Jupiter aura horreur de vous, et vous n'atteindrez jamais au Monde suprme. Tous ceux, donc, qui ont dessein de contempler les essences suprieures doivent se comporter comme nous lavons dit l'gard
contraire,
si

Au

du Seigneur des
Si les astres

astres errants.

rpandent des formes dans le monde sub lunaire, s'ils y dterminent toutes les gnrations et toutes les destructions, c'est parce qu'ils ont, eux-mmes, reu les formes manes du Monde intelligible que l'Ame leur a infuses. Des transformations qui s'observent ici-bas, ils ne sont donc que causes secondes; mais ils en sont, cependant, trs rellement causes efficientes. Ds Gomment les toiles peulors, se pose cette difficile question vent-elles, la fois, tre des substances parfaitement bonnes et produire tous les maux que ce bas monde tale nos yeux ? Cette objection avait grandement proccup Plotin elle l'avait conduit refuser aux astres la qualit de causes pour ne leur laisser jouer que le rle de signes. Or l'auteur de la Thologie (TAristole a lu les Ennades, dont il imite de trs prs certains chapitres; il ne Gomment des peut donc se dispenser d'examiner ce problme
:
; :

astres
Il

bons

sont-ils causes
1

du mal?
:

Certains par rejeter la solution de Plotin diront-ils que les toiles sont signes des vnements terrestres? Si, dans leur pense, ils entendent par signe un moyen qui sert l'accomplissement de l'uvre, nous rpondrons qu'ils disent vrai. Souvent, en effet, nous prouvons une premire chose par ce qui en est la suite nous prouvons, par exemple, la cause par l' effet ou l'lment simple par le compos mais parfois, aussi, nous connaissons les accidents par leur principe, le compos par l'lment simple . Si donc les astres nous permettent de prvoir les vnements du monde sublunaire, s'ils en sont signes, c'est simplement parce qu'ils en sont causes, et que la connaissance des causes permet de connatre les effets. Les toiles Mais alors se pose, invitable, cette question sont-elles causes des maux qui arrivent ici-bas ? Non, dclareronselles sont, en effet, nous, car leur action n'est pas volontaire au-dessus de la volont. Tout agent qui fait le bien et le mal est un agent volontaire au contraire, tout agent qui est suprieur la volont ne fait que le bien. C'est d'une manire ncessaire que les dispositions du monde infrieur proviennent du monde sup;
;
:

commence

i.

Aristotelis Theologia, lib. VI, cap.


1072, fol. 4y>
l '

I;

d. 1019, fol. 27, v. et fol. 28, r;

cil.

el v

LA THORIE RKS MARES ET

l/ ASTROLOGIE

!H1

rieur; elles n'en drivent pas par une ncessit l>rutale et de b;is

mais par une ncessit spirituelle et perptuelle. Lorsque, dans le corps d'un animal, une partie prouve quelque sensation, toute autre partie de ce corps ressent aussi une sensation, parce que les parties diverses de cet animal se ramnent une disposition unique. De mme en est-il des dispositions qui, dans ce monde-ci, proviennent du monde suprieur en lui, elles ne font qu'un mais ici-bas, elles se diversifient. Ainsi donc, rien n'mane des corps clestes qui ne soit bon c'est par le mlange avec les corps infrieurs que ce bien se change en mal en effet, tout ce qui mane du monde suprieur procde d'une vie qui n'est pas une vie particulire, mais une vie universelle. Peut-tre, aussi, L'impression faite par la Nature tertage,
; ;
;

restre [sur les choses


effet

du inonde
faite

que l'impression Nature n'est pas aussi


provient.

infrieur] y produit elle un autre par le monde suprieur, car cette

efficace

que

le

signe [cleste] dont elle

Parmi quelques hsitations, nous dmlons ici l'affirmation de ce principe que tous les No-platoniciens ont, plus ou moins explicitement, profess Du monde des astres comme du monde
:

des dieux, rien ne provient qui, pris en sa puret, ne soit bon.


Seul, le

mlange avec

les corps matriels

du monde sublunaire
ici

souille cette influence, l'altre, la diversifie et en fait sortir

de

bons effets, l de mauvais rsultats. Ces mauvais effets, la Thologie cTAristote ne peut nier que les astres n'en soient causes. Mais il ne veut pas en conclure que les astres sont mauvais, car les astres n'agissent pas volontairement. C'est par ncessit que le bien dont ils sont combls dborde sur le monde infrieur si quelque mai rsulte de cette influence, ils
;

n'en sont point responsables.

LES PRINCIPES DE L'ASTROLOGIE PRRS POSIDONIUS

SliUe).

COMMENT

L'AME

[Link]

CHAPPE AU

DESTIN

HARQUl

PAR

LES

L8TRES

Bien que compose pour ragir contre


dens,
La

La

doctrine des Chalparfois, repro

doctrine astrologique

<!<

Plotin

semble

duire Les
Plotin

mmes
a

consquences.
!<

refus aux astres

titre
:

<!<

causes efficientes
sign<
s

il

les a

rduits

;i

n'tre

que des signes

imii^

pour que m*s

puissent

342

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
les

vnements futurs, il a introduit dans l'Univers un ordre rigoureusement dtermin, et sa philosophie ne parat pas moins fataliste que celle des Chaldens. Gomment va-t-il maintenant arracher l'me humaine la servitude du
annoncer srement
Destin?
D'une part, Selon Plotin, le Monde a une double animation le Monde est le compos d'un corps et d'une certaine me lie ce corps d'autre part, il est l'Ame de l'Univers, qui n'est pas en
l
: ;

un

imprime sa trace dans l'me incorpore . L'Univers n'est pas seul prsenter une telle constitution.
corps, et qui

Le

eux aussi, sont doubles de la mme faon . D'une part, chacun d'eux est me pure (xaOap ty'jyii) d'autre part, il est non seulement corps (o-w^a), mais corps anim
Soleil et les autres astres,
'>

Chacun des hommes aussi est double d'une part, certain compos binaire d'autre part, il est ce par quoi

il il

est

un

est lui-

mme

(6 oe octo).

Le compos binaire,
notre essence, le
Destin.
astres,

le

corps anim qui est en nous,


binaire,

considre part de cette

on le autre me qui constitue proprement


si

compos

disons-nous,

vit

dans le

Non

seulement, ici-bas, son sort lui est signifi par les

mais encore il est comme une partie de l'Univers et il est li ce tout dont il est une partie . Ainsi le corps anim est insr dans cet ordre immuable qui constitue l'El|jiap|jiv7i. L'autre me, au contraire, celle qui nous est advenue du dehors , celle qui a une origine divine, a le pouvoir de s'lever, de monter vers le beau et vers le divin, c'est--dire vers les choses sur lesquelles personne n'exerce d'empire, afin de devenir cette Beaut et cette Divinit, afin de vivre, spare [du corps anim], la vie de la Beaut et de la Divinit . Voil ce qu'entend Plotin en disant que Dieu nous a donn une vertu qui ne reconnat pas de matre, Bio-TioTov psrr v
4

Os o; l'owxsv.

tre libre, qu'est ce donc? C'est ne point tre riv

comme un

anneau dans

cet enchanement, impossible briser, qui relie entre

elles toutes les

choses de ce Monde, qui les oblige se suivre les

unes les autres dans un ordre rigoureusement dtermin. Pour chapper cet enchanement, il faut sortir du Monde, il faut s'lever au-dessus de la surface concave de l'orbe de la Lune, il faut prendre place parmi les substances spares de la matire,

parmi
i.

les intelligences et les

mes

ternelles et divines ou, tout

Plotini Enneadis II<* lib.

III,

cap. IX

d. cit., pp. 65-66.

LA THORIE DES NARRES ET

i/aSTR<>L<><.TT:

l\\\\

au moins, rsider au sein des sphres clestes. En effet, aux corps sublunaires soumis la contrainte de l'Univers entier, s'opposent les corps clestes, affranchis mme de la contrainte
qu'ils exercent 1
fjLr.o'
:

...

Kal :wv

utto Tiavro; av xcoXu97}O'0uiv<t>v icpotot

L'me divine qui est en nous n'y peut parvenir sans, se dtacher du corps anim qu'elle laisse ici-bas, soumis au destin, incapable d'chapper au sort que l'Astrologie lui annonce. L'extase ou la mort est la condition ncessaire de la libert. Ici encore, la doctrine de Plotin ne fait que formuler explicitement les penses qu'on devinerait, implicites et diffuses, dans les crits de beaucoup d'autres philosophes. Tous les cultes cosmiques de cette poque 2 celui des astres comme celui des lments, sont sans doute interprts par des adversaires comme l'adoration d'une Destine ou d'une Ncessit
cp'

auxwv

laquelle

eux-mmes

se

vantent d'chapper

et

cependant,

chaque fois que nous avons des tmoignages directs, nous voyons que ces cultes prtendaient, au mme titre que les cultes adverses,
apporter l'homme

le salut...

D'une faon gnrale, l'image la plus simple de la libration de l'me tait celle d'une monte de l'me jusqu' la limite ou au-dessus de la sphre sublunaire, dans la rgion sacre d'o

mane
que les donns

la destine et qui n'y est

pas elle-mme soumise. C'est ainsi

cultes cosmiques

pouvaient se donner et se sont

mme

comme
telle

des religions du salut.

Une
cipes ?

prtention tait-elle justifie par leurs propres prin-

En
la

sortant

du monde sublunaire, l'me chappe


;

la

domina-

tion des astres

conquiert-elle par l la libert

Qu'elle franchisse

de l'orbe de la Lune pour j)rendre rang parmi les mes astrales, qu'elle dpasse mme la sphre suprme pour venir occuper une place parmi les dieux, on ne voit pas comment elle chapperait, par l, la plus rigide des ncessits. Les astres, nous a dit la Thologie d Aristotc, n'agissent pas par
sphre
infrieure

volont, mais par ncessit; et de

mme
d<'

<mi

est-il,

pour

tout no-

platonicien, des dieux supra-clestes,

premire Intelligence, voire de


d eux. le bien

la

L'Ame du Monde, de la Cause premire de chacun


;

dborde 't s'panche sur les substances (jui se trouvent au-dessous de lui avec une ncessit parfaitement rgle,

i. Claudi Ptolmi Composition mathmatique, livre XIII, ch. II; d. v. pari il. p. m, j>. $74 Ha ma, d. Heiberg, Il 2. Emma BwkHm,La Cosmologie stocienne lajtndu Paganisme (Reue tl l'histoire des Religions, 1. LXfV, pp, 7. 1911).
t

314

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
fait

semblable, peut-on dire, la ncessit qui

tomber, de degr

en degr, l'eau d'une cascade. En sortant du monde infrieur, l'Ame n'chappe la domination des astres que pour tomber sous la domination des dieux. Nulle part, dans le systme no-platonicien, le libre arbitre n'a de place. C'est ce qu'a fort bien reconnu Julius Firmicus Maternus. De son livre, nous allons citer un passage que nos intelligences modernes trouvent bien trange, mais qui, cependant, s'accorde fort exactement avec l'ensemble de sa doctrine. Julius Firmicus se propose de montrer que l'Astrologie, capable d'annoncer l'avenir aux simples mortels, ne saurait prvoir le sort de l'Empereur. Aucun mathmaticien, dit-il, n'a jamais rien pu dterminer touchant la destine de l'Empereur. Seul entre tous, en effet, l'Empereur n'est pas soumis au cours des astres il est le seul dont les toiles n'aient pas le pouvoir de nous dcouvrir la destine. Gomme il est le matre de tout le globe terrestre, sa destine est directement gouverne par la raison du Dieu suprme; en effet, comme la surface terrestre du globe entier est soumise au pouvoir de l'Empereur, l'Empereur lui-mme se trouve plac au nombre des dieux que la Divinit principale a institus pour la
1
;

cration et la conservation de toutes choses.

Charg d'une fonction providentielle et, donc, divine, l'Empereur est dieu suprieur au monde sublunaire et aux orbes clestes, mais il il chappe au dterminisme qui drive du cours des astres seulement, la ncesn'est pas, pour cela, dou de libre arbitre sit qui l'asservit mane directement de la Cause premire.
;
;

XI
LES PRINCIPES DE L'ASTROLOGIE APRS POSIDONJUS (suite).
l'astrologie

et l'alchimie

L'me humaine n'chappe au pouvoir fatal des astres qu'en se sparant de tout corps ds l qu'elle est incorpore, elle tombe
;

sous l'empire des toiles fixes et des plantes


les substances corporelles

plus forte raison,


sont-elles rigou-

du monde sublunaire

reusement soumises, dans toutes leurs transformations, au gouvernement des orbes clestes.
i
.

[Link]

Firmici Materni Afatheseos liber U, cap. XXXIII.

LA THORIE DES MARES ET i/ASTROLOGIE

34.')

En

particulier, les circulations des astres fixes

ou errants

diri-

gent, nul ne le nie, les ractions chimiques qui

produisent ou

dtruisent les corps minraux


c'est ce

comment

s'exerce cette direction,

que recherchait Alexandre d'Aphrodisias.

Alexandre ne doute aucunement que les mouvements des sphres clestes n'agissent, dans le monde infrieur, titre de causes il suffit efficientes l'existence de cette action lui parait certaine d'en prciser la nature. C'est quoi le Philosophe d'Aphrodisias
;

s'emploie dans uu opuscule

intitul

Quelle est la puissance


le

engendre par

le

mouvement du corps

divin dans

corps, soumis

la naissance et la mort, qui lui est contigu.

nous prsente successivement plusieurs suppositions, entre ces lesquelles il ne se prononce pas d'une manire catgorique suppositions, pures ou mlanges entre elles, nous les reconnatrons bien souvent dans les crits des successeurs de notre philosophe, qu'ils soient grecs, arabes ou chrtiens.
Il
;

De ces conjectures,

voici la

premire

Tout corps, simple ou compos, du monde sublunaire, a une nature propre, nature par laquelle il est feu, ou air, ou eau, ou terre, ou tel ou tel mixte. Ne pourrait-on supposer qu' en vertu
de cette nature propre,
viennent aprs
les
lui,

le feu participe,
;

le

premier, la puiscorps aient part,

sance mane du corps divin

puis qu'il la distribue aux corps qui


les

de

telle

manire que tous

uns plus,
?

les autres moins, cette distribution

de puissance

cleste

Mais cette opinion suscite aussitt une question, qui est la suivante
:

Chacun des corps sublunaires, qu'il soit simple ou mixte, demeure en repos dans son lieu naturel s'il s'y trouve, ou se meut vers ce lieu s'il en a t violemment arrach de ce mouvement ou de ce repos, c'est sa nature propre, et non le mouvement des cieux, qui est la cause directe et immdiate. De mme, c'est par
;

sa propre nature

Ds

lors,

que tel mixte devient plante, animal ou homme de quel usage est-elle, pour chacun de ces corps, cette
?

puissance mane des orbes divins

cette

question, voici
:

une premire

rponse

(pie

propose
puissance

Alexandre

Aux corps simples,


i.

tant qu'ils

demeurent
lib.
II.

tels, cette

[Link] APHRODISlEXMfl

QU$itOneS

in (AlRXANDRI
h>' f<it<>

/'/fr/rr

Bd

cotnmentaria Scripta minora* Qtifattiones, VO Hnjns. pn, \--'>n)


.

Ot

tPHRODIftlRXmivttott,

346

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
ils

d'origine cleste ne communiquerait rien de divin


raient simplement des corps.

demeure-

Mais cette puissance manifesterait son activit ds l que les corps simples s'unissent entre eux pour former des mixtes. En entrant en combinaison, chacun des corps simples apporterait
avec lui la puissance qu'il a reue du Ciel. Des natures propres de
ses divers lments, le mixte tiendrait sa propre nature et, partant, la force (pomr,)
lui,

de pesanteur ou de lgret qui


(kp%?\ x^o-eco)
;

est,

pour

principe de

mouvement

des puissances divi-

nes adjointes aux lments, ce mixte recevrait une perfection plus


grande, un principe d'animation (^u^ixt) ap^).

Les qualits de cette


laquelle
ils

me du mixte dpendraient, bien entendu,


;

des lments simples qui le forment et de la proportion selon


sont mls

suivant sa plus ou moins grande proxi-

mit aux orbes clestes, suivant sa subtilit ou sa densit, sui-

vant sa puret plus ou moins parfaite, un lment participerait


plus ou moins la puissance divine

ceux qui sont, en majeure partie, puissance d'animation, quelque chose de commun avec la terre, car le corps qui les constitue pour la plus forte part participe un moindre degr de la puissance cleste ceux, au contraire, qui contiennent surtout la substance chaude et igne, ceux-l recevront en partage une me plus parfaite, parce que le corps qui
;

parmi les mixtes, donc, composs de terre ont, dans leur


;

domine en eux participe plus pleinement


Il

la puissance cleste.

ne faudrait pas, cependant, regarder simplement cette me du corps compos comme la somme des puissances divines dont taient doues chacun des lments. Il ne faudrait pas croire que le corps compos communie cette puissance et nature divine comme si chacun des corps simples conservait d'une manire actuelle, au sein de la combinaison ou du mlange, la
nature [divine] qui lui appartient. Si la puissance divine contribue

la substance que ces corps ont forme par leur combinaison, ce


n'est

pas en demeurant dans chacun d'eux

telle qu'elle tait

avant

qu'ils entrassent

en combinaison.

L'me du mixte

est autre et

plus parfaite que la simple rsultante des puissances divines des

lments.

Selon l'opinion que nous venons d'exposer, cette puissance divine, engendre au sein des corps situs sous la Lune, en vertu de leur contigut avec [l'orbe de] cet astre, serait une seconde nature cette seconde nature se servirait des corps simples natu;

rels

comme

d'une matire, afin d'engendrer des corps plus par

faits et

anims.

LA THORIE DES MARES ET L'ASTROLOGIE

347

Mais une autre opinion semble galement capable d'tre soutenue. On peut prtendre que la puissance cleste est la cause qui engendre mme les corps simples, qui en produit la forme et
ce

Par sa raison mme, la matire est dnue de toute nature et de toute qualit c'est la puissance mane des corps clestes qui en fait un corps en acte, qui lui confre figure et forme. Selon sa proximit plus ou moins grande au corps divin, cette matire participe plus ou moins la puissance divine, et elle est plus ou moins informe par la chaleur et la scheresse ce sont l, en effet, les premires passions que les corps divins mettent dans les choses mortelles.
la nature.
; ;

Diversement disposes l'gard de la circulation cleste, les diverses parties de la matire recevront, dans telle ou telle mesure, soit ces qualits, soit les qualits contraires en parcou;

rant le Zodiaque, le Soleil, la Lune, les autres astres errants, confreront la chaleur et la scheresse aux parties de la matire qui

eux de meilleure faon et de plus prs ces parties-l deviendront le feu ailleurs, les astres mettront la chaleur et l'humidit qui constituent la nature de l'air ici, par l'humidit et le froid, ils engendreront l'eau l, par le froid et la schese prsentent
;
;

resse, ils produiront la terre.

Ainsi, les formes imposes

la matire toute simple et toute

nue par la puissance mane des corps clestes deviendront les formes premires des lments et les causes de leurs natures propres. Mais cela n'empchera point que cette mme puissance n'intervienne, lors de la combinaison de ces corps simples entre eux, pour confrer une plus grande perfection aux mixtes qui en rsultent de cette intervention, on pourra rpter ce qu'en admetr
;

tait la

prcdente opinion.
les corps simples,
;

en est de plus subtils et de plus actifs ce sont ceux qui confinent de plus prs au mouvement des corps divins il en est, aussi, de plus denses et de plus passifs, parce qu'ils sont plus distants de la circulation cleste. Tout mixte qui, dans le mlange ou dans la combinaison qui l'a engendr, contient une plus forte proportion dos corps les plus subtils et les plus purs, possde aussi une forme plus parfaite tout mixte qui contient moins de ces corps, mais renferme davaneffet, il
;
;

Parmi

en

tage de substance passive


parfaite.

el

plus dense, reoit une forin<

moins

La dernire opinion qui

ail

i<-i

expose avait, sans doute,


trait

La

prfrence d'Alexandre. En

effet,

dans son

Sur

It

mrlmuje

348

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

total et la dilatation

(Ilepl xpasco

xal

au^aeto),

il

regarde

comme
et la

certain

que

les corps

simples tiennent du dehors la


;

cause de leur transformation les uns dans les autres

l'humidit

chaleur engendres en eux par les corps clestes, de diver-

ses faons selon la diversit de leur disposition, sont,

pour eux,

causes de la gnration, de la destruction, de la transformation


l'un en l'autre.

Cette doctrine aura une trs longue fortune

sommairement dans
d'Avicenne
Mais
la
il
;

la Philosophie

il

Al Gazli l'exposera rsumera les doctrines


;

et,

dans cet ouvrage,


curiosit.

la Chrtient

du Moyen Age

l'tudiera avec

une avide

n'est pas encore

temps de prter l'oreille aux chos que

pense d'Alexandre d'Aphrodisias rencontrera dans le monde musulman ou dans le monde chrtien contentons-nous d'couter ceux qu'elle a veilles dans le monde hellne. Plotin oublie volontiers que, selon son systme, les astres ne
;

sont pas des causes, mais seulement des signes;

il

lui arrive alors


;

de parler suivant la doctrine astrologique

commune

il

lui arrive

de concder aux astres une certaine influence sur les choses

d'ici-

bas, alors qu'il leur voulait, tout d'abord, refuser toute causalit.
C'est ainsi qu'il dcrit la collaboration de cette influence cleste

la gnration des tres vivants, peu prs dans les termes o

Alexandre nous en a dcrit la collaboration la formation des mixtes minraux. Plotin nous avertit, d'abord \ que l'influence qui part des corps clestes n'est plus, dans les choses o elle tombe, ce qu'elle tait dans les tres d'o elle est issue Les influx qui partent des astres ne demeurent pas tels qu'ils taient au moment o ils en sont sortis, car ils se mlent au corps, la matire, et ils se mlangent aussi les uns avec les autres. Ces divers influx se combinent donc en une influence unique 4
;

une part du mlange

form accompagne chacune des choses qui se trouve engendre, de telle faon que cette chose naisse ce quelle est et avec les qualits dont elle est doue. Ce n'est pas ce mlange qui fait un cheval mais, ce cheval, il donne quelque chose le cheval est engendr par le cheval et l'homme par
ainsi
;

l'homme

mais

le

Soleil collabore leur formation (o-uvepyo 8

i. Alexandri Aphrodisiensis De mitione cap. XI (Alexandri Aphrodisiensis Scripta minora. Ed. Bruns, p. 225). d. Didot, p. 66. 2. Plotini Enneadis I/ lib. III, cap. X 3. Plotini Enneadis If<* lib. III, cap. XI; d. cit., toc cit. Plotini Enneadis III& lib, III, cap. XII d. cit., toc. rit. /(.
; ;

LA THORIE DES MARES ET LASTROLOGIE


nXffu).

349

t|aio

tt,

trice]

L'homme est engendr par la raison [gnrade l'homme , qui rside au sein de l'Ame du Monde
'

mais l'influence venue du dehors entrave parfois cette opration et, parfois, la favorise. Le fils ressemble donc au pre, mais, parfois,

en mieux

et,

parfois,

en pire.

Cette collaboration des influences astrales la gnration natu-

semblable celle qu'Alexandre dAphrodisias leur attribue, mme dans sa premire thorie, la combinaison des lments entre eux. Pour le moment, c'est l'aprelle des tres vivants est toute

plication de cette thorie aux ractions gnratrices des substan-

ces minrales qui doit seule retenir notre attention.

Quelle

est,

dans ce domaine,

la

porte de la thorie d'Alexan-

dre, on le voit sans peine.

Un

corps simple qui entre dans une


;

combinaison n'y apporte pas seulement sa nature propre cette nature, est jointe une puissance mane des orbes clestes de la force et de la qualit de cette puissance dpend la perfection plus ou moins grande du mixte obtenu de cette puissance, d'ailleurs, le corps simple peut tre dpositaire des degrs divers
;
;

selon la manire dont

il
;

s'est offert

l'influence des astres qui

circulent sur le Zodiaque

alchimiques dpend de la
sont effectues
;

donc que le succs des oprations disposition du ciel au moment o elles


voil
il

entre l'Alchimie et l'Astrologie,

a,

dsormais,

un pacte

d'alliance.

Entre les hypothses d'Alexandre dAphrodisias et les thories


des alchimistes grecs,
il

y avait, en effet, d'videntes affinits.

Selon les alchimistes, chaque corps taient unies des qualits incorporelles qui pouvaient, au cours des diverses ractions, se
transporter d'un corps sur un autre. Aussi l'un des axiomes que
les faiseurs d'or
la Juive
:

aimaient invoquer

tait-il cet

adage de Marie
les

Tant que tu n'auras pas rendu incorporelles


fait

cho-

ses corporelles et corporelles les choses incorporelles, tant

de deux choses tu n'en auras pas


attends ne sera.

que une seule, rien de ce que tu

Un

tel incorporel,

uni un corps mais sparable de ce corps,


(io)
;

porte* le

nom

de venin, (Yios
lu

Viosis (uo-i;) est l'opration


tait

qui dtache Vios


Le

corps auquel

il

primitivement

Li

v <

qu

rend transportable sur d'autres corj^


i.

(.f.

Plotimi Ettneadii ll ,r

lil>.

III,

<;<}>

XVI;

ni. cit.,

j>.

6q.

Olymmodori, Sur fart


grecs publie par iKH^-iHHK. ^.
...

sf/'/f.

XL

(Collection
If

M. Berthilot, avec Texiai preca, |'. q3i

Vlchniete* de* anciens collaboration <l<' Ch.-Km Ht km

/ommk, Sur
p.

lu vertu ti TinterprtcUion,!,

Traductiooa FraDaiaea, (>. 101) (Bimthilot 61 Ruillb, Op, (attd.f


[>

ihj; Iraducliona franais

128).

360

IA COSMOUJGIK HELLNIQUE

C'est cette possibilit de dtacher Yios ter sur d'autres

de For

et

de

le transpor-

mtaux qui permet de


1

raliser la pierre philoso-

phale.

indpendante de la substance mtallique qui en est le support. Lorsqu'on possde une matire en laquelle cette qualit rside, la faon du principe essentiel d'une

La

qualit or

est

matire colorante, c'est la pierre philosophale, et l'on peut alors teindre en or les autres mtaux et faire par l de l'or vritable.

Toute la thorie des alchimistes rside dans ces notions subtiles.

L'alchimiste Zosime de
in
e

Panopolis, qui parat avoir vcu au

sicle

de notre

Sur

la vertu et

exprime assez clairement, dans son trait l'interprtation 2 les penses que nous venons de
re,
,

rsumer.

Traite la pyrite, dit


la couleur

Zosime, jusqu' ce qu'elle

soit

jaune

comme

de

l'or, et vrifie si le

mtal devient sans

ombre
leur d'or.

Il

Traite donc jusqu' ce que le cuivre,

devenu jaune

et

sans ombre, teigne tout corps en or et devienne

comme

la cou-

faut,

ds lors, considrer et observer

s'il

devient jaune

sans ombre,

comme

la couleur d'or

s'il

ne devient pas sans

ne peut teindre en jaune comme la couleur d'or. En effet, il n'est pas d'or [ou dor] quant sa qualit, puisque ce sont certaines qualits qui rendent jaune car le mot qualit (^otiTrj) a pour tymologie le mot fabriquer (tco te tv). [Le jaune] produit une teinture, en raison de sa qualit dore car il est vident que les actions exerces par les qualits sont, en quelque sorte, incorporelles. De l dcoule l'action de dorer attendu que si la couleur ne possde pas la qualit jaune dans sa propre substance, elle ne peut ni faire de l'or ni teindre en or. C'est l le grand mystre, que la qualit devient or et, alors, fait de For

ombre,

il

Il

convient d'admirer le concours des qualits

car les actions

incorporelles effectues par leur concours ont accompli cette merveilleuse fabrication de l'or (^pu^oirotta), par la production d'une

seule substance.

La chaleur du

feu, l'humidit

de l'eau, le froid de

l'air,

toutes

qualits concourant avec la scheresse de la terre, ont forc le

corps de la magnsie de passer la mutation et la transformation.

sont donc ceux qui disent qu'il est impossible de changer


franaises, p. j34 (en note)

et Ruelle, Qp< laud., trad. i. Bbrthelot Note de M. Berthelot.

a. Zosime, Sur la vertu et l'interprtation, 10 et i4 (Berthelot et Ruelle, Op. laud., textes greee, pp. 126-127 et pp. iag*j3o; trad. franaises, pp. i33-

j34, et p. i35).

LA THORIE DES MARES ET


la nature ? Car voici
la qualit dore.

ASTROLOGIE

351
et acquiert

que la nature des solides change

la qualit incorporelle et sparable

que Zosime

du mtal, d'autres alchimistes donnaient volontiers souffle ou esprit (Tcveupia) ou d'me (^uy/j). Ainsi faisait Etienne
nion fort htrodoxe, qui
re.
florissait

nomme Yios le nom de

(Stephanos) d'Alexandrie, alchimiste chrtien, encore que d'opi^

au septime

sicle

de notre

Le

trait

Sur

la fabrication de for, IIspl ypuo-OTroua,

compos

par Etienne, eut, auprs des adeptes du Grand Art, une puissante
et

durable autorit.

Les corps,

crit Etienne d'Alexandrie

1 ,

participent

un

cer-

tain esprit
riel.

(ttv*j|xa),

car

ils

ont t engendrs par un souffle matsouffle (icve|Aa) et

Ainsi le cuivre a,
('iw/vi), et il
;

comme l'homme, un
de

une

me
voit

en

est

mme

des corps fusibles et des corps a rduits en cendres, les

mtalliques

aussi, aprs

que

le feu les

on se spiritualiser (veuporovrat) de nouveau, parce que le feu leur fait don de l'esprit. Il est vident que ces corps participent aussi de l'air qui fait toutes choses de mme, en effet, que l'air donne aux hommes et a tous les tres le souffle vital et l'me, de mme les corps fusibles, rduits en cendres, suivant une mthode dtermine, avec
;

les

corps mtalliques,

font

revivre

[en

eux]

l'esprit,

et sont

omme rgnrs par le feu, congnre de cet esprit Lorsque le cuivre a t ainsi embras, repris par l'huile de rose, violemment agit, lorsqu'il a prouv un grand nombre de fois ce mme traitement, il devient du cuivre sans ombre et meilleur que
l'or.

L'objet des oprations alchimiques, c'est de tuer le cuivre, afin

que l'me en soit spare du corps. Le cuivro est comme l'homme ' il a une me faut donc dpouiller la matire du corps (Xp^ ojv
;

et

un corps.

Il

sopavlo-a'. t/,v

V/.r.v

7<.>!jia-o<;),

afin

que

l'esprit,

qui est le principe tinctorial


le

ri V/-[Link]),

demouie

isol et

qu'on

puisse appliquer l'ach-

veinent de toute l'uvre qu'o veut accomplir.


vre est-il, ainsi que L'homme,

Comment
et

le cui-

ombre

Quelle en ost l'ruo et L'me, c'esl ce qu'il y a en lui ration met en libert, c'est--dire
?
r.

dou d'une de quelle sorte en est le corps? do plus subtil, c'est ce que l'op-

un corps matriel

l'esprit tinotorial.

Mais quel en

Stkpham [Link] Dr magna


(iong-esait...
|>.

araeci minore.

MDCXLII,
iK.H.*),

210).

(if.

M.

ri eacra (trie lib. III fPhgeict tt mdia Iduof Limmcus [Link]. Vol. II. Berolinii Herthklot, Lee origine* de l'Alchimiet l'iris,

pp. 276-277.

2.

Stfphani Alexandrini Op. laud.y

lib. VIII;

d,

cit.,

j>.

2/41.

352
est le

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

corps? C'est ce qui est lourd, matriel, terrestre, ce qui est dou d'ombre. 11 faut donc dpouiller la matire. Mais comment dpouillera-t-on la matire, si ce n'est par la mdecine carlate? Et qu'est-ce que dpouiller? C'est humilier, dtruire, dissoudre, morc'est, enfin, soutirer toute la matire matrialise (IvtAo tifier
;

uXtj)

que contient

le mtal,

celle qui

est fort paisse, afin

que

l'esprit,

qui est le principe tinctorial, puisse tre appliqu l'ach-

vement de l'uvre qu'on veut accomplir. Cette me, ce souffle qui se trouve uni au corps d'un mtal

et

qu'on s'efforce d'en dtacher, l'alchimiste le regarde comme un de principe actif qui faonne et informe la nature corporelle
;

plus,

il
*
:

lui attribue

une origine cleste

coutons Etienne d'Alexan*Q


(pTsi
;

drie

natures clestes, qui tes les artisans des natures


!....

opavai, cpua-ewv SrjjjiioupYo


si,

Si tu ne dpouilles pas la matire


(el
jjitj'

des corps, tu ne
;

fais
si

pas des choses incorporelles

Ta

a-wjjuxTa a-w|jLaTtu<jt.)

tu ne les dtruis pas afin de les dbar-

rasser violemment et de les dissoudre, tu ne feras pas sortir ce

qui se cache en eux, le principe anim qu'ils renferment. Si tu

par ces oprations rgulires, rendu les corps incorporels, tu ne pourras donner corps et forme aux essences. G natures clestes Comme l'me est pure et immatrielle, qu'elle a t introduite dans le corps par la Sagesse suprme, elle informe le corps au sein duquel elle demeure et dans lequel
n'as pas,
!

elle est retenue.

natures clestes

Admirons

les natures des choses clestes


11

parce qu'elles sont

incorporelles.

faut

matire, afin d'en faire sortir ce qui est

donc dpouiller la subtil et anim et, avec

ce rsidu qu'on en a tir, rendre incorporels, soutenir et infor-

mer

les corps. Il faut

donc dpouiller

la

matire afin de parvenir

au principe anim qu'on aura, de la sorte, amen maturit. Dissoudre le corps, et sparer l'me d'avec le corps, voil le terme "Opo; cpiXococpia; sari xaTaXua-i; <7<J>{jiaT0 xai de la Philosophie.

ytopiajjLO tyvy\<; cnzb

toG

(twjjkxto
!

natures clestes qui tes les artisans des natures

C'est la

nature

mme

qui,

par elle-mme, a t bien dirige,

et qui s'est

dvoile elle-mme...

Ce sont des natures clestes que les essences incorporelles. Oupviai ouarei eiaiv ai cwuiaTOi oaai. Quelle est donc l'uvre

i.

Stephani Albxandhini Op. laud.y

lib.

IV; d.

cit.,

pp. 2i5*2i6.

LA THLOR DES MARES ET LASTROLOG1E

353

qu'on se propose d'accomplir, sinon de tirer du corps une chose incorporelle ? Et comment arrivera- t-on faire du corps une chose incorporelle,
corps,
si ?...

si

ce n'est en produisant la destruction

du
le

ce n'est en le tuant et en sparant

lame

d'avec

corps

La destruction du corps

s'obtient

en

le pulvrisant...

Et pourquoi tout cela? Afin de faire sortir l'esprit qu'on veut


obtenir, afin d'introduire dans le corps le principe tinctorial, afin

que

la nature

victorieuse et

de ce corps soit sature par une nature congnre, dominatrice de la premire, et qui tablisse sa
sein de celle-ci. Et

demeure au

quand cela

arrivera-t-il ? Lors-

qu'une des natures infrieures, sature par ce qui vient d'en haut, aura dpos tout ce qu'elle renferme de terrestre.
Les oprations de l'Alchimie ont donc pour objet de diriger des
natures clestes, de les dtacher de certains corps pour les porter
sur
d'autres.

Aussi

l'alchimiste

uvre avec succs que s'il merce constant avec les choses du

ne pourra-t-il accomplir son entretient son esprit dans un comCiel.


1
,

Voici donc, crit Etienne


si
:

ce qui doit tre ralis, ce qu'il

que l'uvre s'accomplisse d'une manire complte Passe des choses sensibles la contemplation des choses intelligibles porte tes regards vers la grande
faut s'appliquer faire
l'on veut
;

et

immatrielle beaut des tres clestes. Toi qui, ayant lev ton

en as contempl la noble apparence, qui as admir la puissance et l'clat de la gloire et du bonheur dont jouissent les anges intelligibles, tu ne dvieras plus, maintenant, lorsque tu voudras produire l'information matrielle des subesprit vers ces tres,

stances d'ici-bas, lorsque tu voudras accomplir l'uvre qui nous

occupe, la formation philosophique de

l'or,

enfin dvoile. Dirige


!

donc toute ton intelligence vers les choses d'en haut L'extase, chre aux philosophes alexandrins, devient ainsi, au gr d'Etienne, une prparation favorable aux oprations du Grand
Art.

ces esprits ou

incorporelles,
clestes.
yo'l)

mes que renferment les corps, ces essences Etienne d'Alexandrie a donn le nom de natures

Il

a dclar, en outre, qu'elles taient les artisans (oTjtuoua-

des autres natures.

Un

des disciples d'Etienne va nous donner

un commentaire de cette affirmation. Le trait Sur la vertu et l'interprtation, compose par Zosinie, ne nous est pas parvenu pur de tout mlange le texte mie noua possdons est accompagn de dveloppements beaucoup plus
;

I.

[Link] [Link] O/)

tuUtl., hl>.

VU1 j d.

Cit.,

|>.

l'/|

DUHEM

T.

II.

354
rcents
drie, la
;

LA COSMOLOGIE MELLNIOUI

l'auteur de ces additions cite volontiers Etienne d'Alexan-

couronne des philosophes. C'est ce qu'il fait au dbut des lignes natures clestes, qui tes les artisans des natusuivantes res! Car ce sont les natures clestes mmes qu'on appelle les
*
:

qualits incorporelles.
elles

En

effet,

comme

elles sont incorporelles,

faonnent

(oTriuotipyouo-tv) l'activit

des choses incorporelles


elles font

par la qualit des choses incorporelles,

nouveau

les

natures des corps solides qui se trouvent sur la terre, elles agissent librement en vue de l'achvement spirituel
fabrication de l'or
;

([Link].x6v)

de la

par une certaine qualit d'une chose incorporelle que la sublimation de l'excs de mercure (eijuSpapyjpcjo-i) se trouve rgle suivant sa propre qualit qualits de
c'est
;

choses incorporelles, le refroidissement de

l'air

qui succde

rchauffement engendr par l'me, et aussi les effets de l'inflammation du feu. C'est pourquoi il nous faut concevoir les activits incorporelles de la chaleur et du froid, ce qu'elles font, et quelle est la grandeur de leur pouvoir il nous faut poser une grande thorie. Ces qualits actives sont limites, en sorte que les accroissements ou les arrts d'accroissement quelles prouvent leur viennent d'elles-mmes la chaleur et le froid, donc, se conmais il est d'autres qualits qui servent ainsi, et spontanment
; ; ;

sont appeles qualits passives

l'encontre des prcdentes,

il

semble que l'humidit


corps d'un solide,
le

et la

scheresse ptissent l'une de l'autre


(rcap ttvt auvu-aTt). Si,

autour d'une certaine moyenne

dans

le

degr de scheresse s'lve, ce qu'on nomme l'incorporel divin s'empresse de courir vers le mou et le fluide, au moyen de l'humidit [la scheresse et l'humidit], se rencon;

trant toutes deux, ptissent l'une de l'autre

le sec est affaibli et

l'humidit renforce. Les qualits actives, elles, sont vivifies par


la chaleur, et le froid leur

donne de l'animation 2

C'est

pourquoi

Herms,
et

le plus

grand des thoriciens,

les appelle

un

tre vivant

anim.

Sous la forme enveloppe chre aux Alchimistes, nous reconnaissons ici une pense bien voisine de celle qu'exprimait Alexandre d'Aphrodisias. Ce sont les natures clestes (opvun. cpua-u), c'est ce qu'on appelle l'incorporel divin (to /\[Link] rti)[Link] Oeov) qui confrent aux corps solides de la terre les nergies, les
1. Zosime, Sur la vertu et l'interprtation, 17 (Berthelot et Ruelle, Op. laud., textes grecs, pp. i3i-i32. A la p. 1 35 des traductions franaises, on lit Les i5, 16, 17 sont de pures subtilits, dont nous supprimons la tra-

duction).
2. Les Stociens attribuaient au froid la formation de l'me Stocorum veterum fragmenta, 8o4-8o8; vol. II, pp. 222-223).
(J.

ab Arnim,

l thorie des mares et l'astrologie


qualits actives, les

3oo

mes par

lesquelles sont opres les transfor-

mations chimiques.
penses conduisaient naturellement les alchimistes rechercher d'une manire dtaille quelles actions chacun des
telles

De

corps clestes exerce sur les divers corps terrestres.

probablement faire remonter aux Chaldens l'ide de consacrer un mtal chaque plante ; de bonne heure, l'attribution de l'or au Soleil et de l'argent la Lune se trouva fixe les
Il

faut

autres attributions prouvrent diverses variations jusqu'au jour

o il fut convenu que le plomb tait le mtal de Saturne, l'tain le mtal de Jupiter, le fer le mtal de Mars, le cuivre le mtal de Vnus et, enfin, le vif-argent le mtal de la plante Mercure dont il garde aujourd'hui le nom. 11 est peu probable que des hommes aussi compltement vous l'Astrologie que les savants chaldens n'aient pas mis, dans ces attributions, l'affirmation que chaque plante exerait une influence particulire sur le mtal qui lui tait assign. En tous cas, Zosime laisse souvent apercevoir qu' son avis, les astres exercent un certain empire sur les ractions de l'Alchimie. La composition des eaux, dit-il au dbut de ses Leons sur la
vertu
*,

le

mouvement, l'accroissement, l'enlvement

et la resti-

tution de la nature corporelle, la sparation de l'esprit d'avec le

corps et la fixation de l'esprit sur le corps,.... tout ce systme uniforme et polychrome comprend la recherche multiple et infiniment varie de toutes choses, la recherche de la nature subor-

donne
temps.

l'influence lunaire

(o-eXrjViaojjivT))

et la

mesure du

nous apprend 8 que les astrologues assignent le cuivre Vnus, pendant son ascension que l'argent rpond l'ascension de la Lune et le vif-argent au dclin de cet astre. Au lgenAilleurs,
il
;

daire

ce

Herms Trismgiste, il emprunte 4 son enseignement sur qui tombe de l'effluve lunaire. De mme que la lumire de la
croit et dcroit,

Lune

de

mme

notre argent dcroit en perdant


.

son corps, d'une faon correspondante la Lune

Le corps
5
,

demeure
i.

fix

par
:

le dclin

[de la Lunej, dit-il encore

et la
plan-

Voir, ce sujet
in
:

tes,

M. Berthelot, Relations entre les mtaux M. Berthelot, Science et Philosophie, el Berthelot h


et

et les
!>'

laud., Introduction, pp. 7^-80.


a. p.

Behthklot
Z08IMK,

Ruelle, Op. laud., textes grecs,


la

p.

107;

[Link]

franaises,
61

117.
3.

Sur

verdi

et

interprtation, 7
;

et

8 (BlRTHILOT
.

iUlELLE,

Op, laud., texte* grecs, pp. i^-i^/j t\. Brmtmklot et Huklle, Op. laud.. ZotUII, Op, laud g (Berthelot
p.
12.")
;

ir:\<\.

ft

i3i).

[Link].
<"l

frai

[>.

l3s.
.

CD note.
.

Bti

1.1

k.

Op. Imitl

t-\i<

c.c*,

trad. [Link], p, l33).

&)G

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
elle devient,

nature de la magnsie est lunarise (^sX^vieTat)


tout entire, de l'espce lunaire (ffeXrvoeiSii).

langage allgorique dont Zosime use sans cesse ne nous laisse pas toujours deviner si cet alchimiste prtend parler dune influence sidrale ou raconter, en termes symboliques, une raction chimique. Un philosophe nous dira plus clairement qu'on regardait, de son temps, les astres errants comme
la vrit, le

en prendra mme occasion de rectifier, dans le sens des doctrines de Plotin, ce que l'opinion courante contenait, son gr, d'erron. Dans son Commentaire au Time, Proclus crit ' Parlons en cette sorte, la manire des physiciens (puatles causes gnratrices des

mtaux

il

xw)

chacun des mtaux, comme, d'ailleurs, chacun des autres minraux, nat au sein de la terre, des dieux clestes et de l'effluve qui en est issue on dit donc que Tor appartient au Soleil, l'argent la Lune, le plomb Saturne et le fer Mars. Assurment, ces corps tirent de l leur gnration, mais ils se dposent au sein de la terre et ils ne laissent aucune effluve s'chapper d'eux vers les astres ceux-ci, en effet, ne reoivent rien des tres qui rsident dans la matire. En outre, tous les mtaux proviennent de tous les astres mais autre est la nature particulire qui a la puissance dominante sur un mtal, autre celle qui a semblable puissance sur un autre les uns sont soumis la domination de Saturne, d'autres la domination du Soleil c'est en portant leur attention sur cette influence dominante que les amateurs de ce genre de considrations ont fait remonter tel mtal telle nature particulire, tel autre mtal telle autre nature. Chaque mtal n'est donc pas la
L'or, l'argent,
;

proprit particulire d'un dieu


dieux, car
ils

ils

sont tous

communs

tous les

sont tous

fils

de tous ces dieux. Les mtaux ne se


ils

trouvent pas, non plus, dans les dieux clestes, car les causes qui
ont
fait les

mtaux n'ont aucun besoin de ces mtaux. Mais


clestes.

ont

t, tous

ensemble, coaguls ici-bas suivant le trajet de

l'effluve

mane des dieux


e

Telle est la doctrine astrologique

qu'au v sicle de notre re, l'Ecole no-platonicienne d'Athnes


proposait, aux Alchimistes, leurs coutumires opinions.

comme

la

forme pure

et prcise

de
de

L'cho

des

enseignements d'Alexandre d'Aphrodisias

et

i. Procli Diadochi In Platonis Diehl, Lipsi, MCMIII. Jn Tim, 18

Timurn commentarius. Edidii Ernestus


;

vol.

I,

p. 43.

LA THORIE DES MARES ET LASTROLOGIE

3") 7

Proclus va retentir bien longtemps aux oreilles des chercheurs

de pierre philosophale

il

sera maintes fois rpt par les sages


;

de ces nombreuses rsonnances, coutons seulement celle que les Frres de la Puret et de la Sincrit nous font entendre dans le cinquime trait de leur
de l'Islam et de la Chrtient
encyclopdie.

Tout ce qui

est et subsiste
1
,

au-dessous de la sphre de la Lune,


:

Une cause matrielle, nous disent ces auteurs a quatre causes une cause formelle, une cause cratrice et une cause finale.

Pour

les

substances minrales, la
c'est la rotation

cause cratrice, c'est la


Ciel et les

Nature....

La cause matrielle,

c'est le soufre et le vif argent....

La cause formelle,

du

mouvements

des astres autour des quatre lments. Enfin, la cause finale, c'est
l'usage que l'homme, et les

animaux en gnral, font des sub-

stances minrales.

Or, l'appui de ces

principes gnraux, quels exemples les

Frres de la Puret nous donnent-ils de l'action exerce, sur les


substances minrales, par la rotation du Ciel et par les mouve-

ments des astres ? 2 Ils nous rappellent, d'abord que, par leur mouvement propre, les toiles fixes se dplacent d'un signe en 3000 ans, et que ce dplacement entrane de grands changements dans la disposition de la terre et des mers 3 Si les mers sont Puis ils nous donnent cet enseignement 4 mises en mouvement des poques dtermines, la cause en est que le mouvement des mers est en relation avec la configuration
,
.

de la sphre cleste

et

des constellations

ce

mouvement

a rap-

port avec l'incidence, la surface de ces mers, des rayons partis

des diverses directions clestes et des quatre points cardinaux de


la tente

du

ciel

il

a rapport, enfin, aux toiles avec lesquelles la

Lune

en conjonction, tandis qu'elle s'attarde en chacune de ses 28 stations. Tout cela est expos dans les livres d'Astroest

logie.

La Lune, en effet, met des rayons qui pntrent les eaux de la mer jusqu'au fond de roche qu'elles recouvrent; traverses par
eaux deviennent brlantes <>u, tout au moins, chaudes; elles se rarfient et cherchent occuper plus de place
-

rayons,

ces

elles
i.

se gonflent
Fhiedrich
in
I''.

alors

et

le

Qui

lieu.

De

la

loi

suivant
rftT

Araber
2.
..

IMktkhioi. l>< r Xatiiruiischutimni uni/ Xuturphilnsnphir X. Jahrhunderi i** [Link]*be, Leiptig, iNyO; p, 97. Diimici Op laad .. d. cit., pp. 99*100, Nous avoni rapport plut haut (pp. u&sso) ce qu'ils on ditooi.
.

\,

V.

DfBTBMCtj

(jp,

/niiff.,

d. rit., pp. lo.l-io/j.

358

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

laquelle le flux et le reflux accompagnent, chaque jour, le cours

de la Lune, les Frres de la Puret rptent sommairement ce qu'on en savait depuis Posidonius puis ils ajoutent C'est l ce
;
:

qu'a assign le Tout-Puissant, le

Seigneur.

Au gr des comme Zeus


ils

Frres de la Puret, Allah gouverne le


le

Monde
Les

gouvernait selon l'auteur du


;

Iepl

K6(T|xou.

orbes clestes sont les ministres de Dieu


excutent, ici-bas, les
la loi d'un

par leurs rvolutions, uvres que sa Providence a soumises

immuable

destin, ils accomplissent ce qui tait crit.

de ce monde, la rgularit avec laquelle le flux et le reflux suivent le cours quotidien de la Lune nous donne la preuve manifeste ce tmoignage nous apprend rattacher leur cause vritable tous les change-

De

cette action des corps clestes sur les choses

ments dont le monde sublunaire est le thtre, depuis les vastes dplacements des terres et des mers, que commande la lente rvolution du ciel des toiles fixes, jusqu'aux genses des minraux, auxquelles prsident les diverses plantes.

nous disent les Frres de la Puret*, des substances que le feu ne saurait fondre tels le cristal, l'hyacinthe, la chrysolithe.... La couleur, la puret, la densit de chacune de ces substances est en rapport avec la lumire de l'astre qui l'clair constamment, qui lance ses rayons sur la zone terrestre particulirement assigne cette pierre, comme nous le montrerons dans le trait sur les vgtaux. En effet, la couleur de l'hyacinthe jaune, de l'or pur, du safran, et les autres couleurs vgtales analogues celle-l sont en relation avec la lumire du Soleil et l'clat de ses rayons. La blancheur de l'argent, du sel gemme, du cristal, du coton, et les couleurs vgtales qui lui ressemblent ont rapport la lumire de la Lune et l'clat de ses rayons. Il en est de mme pour toutes les couleurs 2 chaque sorte de couleur est en relation avec une toile fixe ou mobile. Tout cela est expos Le noir correspond dans les livres d'Astrologie. Aussi dit-on Saturne, le rouge Mars, le vert Jupiter, le bleu Vnus, le jaune au Soleil, le blanc la Lune ce qui est bariol de plusieurs couleurs appartient Mercure.
Il est,
;

La couleur jaune de

l'or,

cette

couleur que le chercheur de

pierre philosophale veut rendre sparable, et transportable d'un

mtal un autre, c'est un don des astres et, particulirement, du Soleil Etienne d'Alexandrie nous l'avait donn entendre, et les
;

i.

a.

F. Dieterici, Op. laud.y d. cit., p. Toutes les plantes, dit le texte.

n5.

LA THORIE DES MARES ET l'aSTROLOGIE

3o9

Frres de la Puret nous l'affirment tous les sages s'accordent regarder l'Alchimie comme une dpendance de l'Astrologie et, depuis de longs sicles, Alexandre d'Aphrodisias s'est charg de
; ;

nous montrer que la Physique pripatticienne voulait


ft ainsi.

qu'il

en

Mais au gr de cette Physique, au gr des Physiques professes par les Stociens et les No-platoniciens, l'empire des astres
n'tait

pas born au

monde des substances minrales


des
;

il

embras-

sait aussi le

monde

corps vivants. L'Astrologie n'imposait

pas seulement ses lois l'Alchimie elle les tendait galement la Physiologie et la Mdecine. C'est ce que nous allons voir.

XII
LES PRINCIPES DE L'ASTROLOGIE APRS POSIDONIUS (si(ite).

LA

NATURE DE LA LUNE SELON

PLUTARQUE.

LES ACTIONS PHYSIOLOGIQUES DE LA LUNE.

l'me d'origine divine peut, par la mort ou l'extase, quitter le domaine o rgne l'inexorable destin, le corps humain, mme uni l'me infrieure, reste soumis l'inflexible rgle. Son sort
Si
est crit

d'avance par les astres, que ces tres soient causes de ce

ou qu'ils en soient seulement signes. Le langage par lequel les astres annoncent les biens et les maux qui doivent affecter les corps, il importe grandement aux hommes de savoir les dchiffrer il leur faut, pour cela, connatre les diverses proprits des astres, les sympathies et les antipathies qui les rendent favorables ou dfavorables aux diverses
sort
;

choses sublunaires.

ne sont plus, pour les diverses sectes qui ont succd au Pripattisme, forms de cette cinquime essence immuable, sans analogie avec la substance des lments, qu'ArisLes astres, en
effet,

tote leur avait attribue. Les Stociens ont rejet

de leur Cosmo-

logie l'hypothse de cette essence cleste et les No-platoniciens

ont imit les Stociens

revenant la pense de Platon, ils ont admifl que les astres taient forms de feu ce feu, sans doute, est plus pur que tous 1rs feux allums sur terre, mais il est. cepen;
;

dant, de

mme

essence.
la

nature des astres et !; nature des lments sublunaires s'est trouve, par L, grandement diminue. Mais, parmi les corps clestes, il en est un que
La distance mise parle Pripattisme entre

360

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

de bonne heure, les

comparer notre

hommes ont t particulirement tents de monde c'est le plus voisin de nous, le plus
;

aisment observable, la Lune. Dj, au dire de Stobe Hraclide et Ocellus faisaient de la Lune une terre entoure de nuages . Lorsque la thorie pripatticienne de la cinquime essence eut t abandonne, il est naturel que plusieurs physiciens aient song reprendre cette antique supposition.
1
,

Parmi ces physiciens, nous devons ranger Plutarque. Plutarque a crit Sur la figure qui apparat dans le disque de la Lune, flspl tou s|[Link]|j(ivou TzpoaioTzov t<JS xxX(i) t) 2s)oivr, un petit trait o il s'attache tablir l'antique supposition d'Hraclide et d'Ocellus cet petit trait est une uvre de gnie. Plutarque prend pour principe cette proposition bien avre que la Lune rflchit vers nous la lumire du Soleil. Pour qu'elle puisse nous renvoyer ainsi la lumire solaire, il faut, dit-il 2 qu'elle soit un corps solide et dense. Il est trois corps sur lesquels peut tomber la lumire solaire, l'air, l'eau et la terre; or nous voyons la Lune s'illuminer comme la terre, non comme
;

ou l'air; mais des tres qui, d'un mme agent, ptissent de la ^ime manire, doivent ncessairement tre de mme nature. Ce raisonnement conduit Plutarque la conclusion que voici a
l'eau
:

La Lune
une

est

une

terre

cleste

T7jv <jeXy)V7v,

y-r^v

ouo-av

oXujjLTT'lav)....

Ne croyons pas commettre un pch en admettant


terre,
:

en supposant que la face dont elle est orne provient de ceci De mme que notre terre prsente de grandes valles, de mme la Lune se creuse de profondes dpressions et de crevasses, remplies d'eau ou d'air embrum, l'intrieur desquelles la lumire du Soleil ne pntre pas, dont elle ne touche
qu'elle est

pas

le

fond, mais o elle disparat; car, en ces endroits, se proSto-7a<y{iivY)v

duit la rflexion diffuse (xal

VraGOa

tyjv vxXao-i.v kizo-

Cette analogie entre la terre et la Lune, Plutarque la pousse


loin qu'il attribue la

si

Lune des habitants. Mais en


notre terre,
il

faisant ainsi,

de la Lune, un
il

monde semblable

contredit, et

Physique pripatticienne. Tout d'abord il contredit l'hypothse d'une essence cleste entirement distincte des quatre lments, pure et ternelle 4
le sait bien, toute la
i.

Joannis Stob^ei

Eclogarum physicarum
in orbe

lib.

I,

cap.

XXVI;

d. Meineke,

p.

i5.
2.

Plutarque,

De facie
p.

Lun

cap. XVIII. (Plutarchi Opra moralia,


cit., p.

d. Didot, vol.
3.
4.

II,

n4o).

Plutarque, Op. laud., cap. XXI; d. Plutarque, Op. laud., cap. XVI; d.

n45.
1187.

cit., p.

LA THORIE DES MARES ET I/ASTROLOGIE

361

Mais l'existence manifeste d'une tache sur la Lune nous permetelle de garder cette supposition? Pour expliquer cette tache, ne faudra-t-il pas admettre que cet astre est form par le mlange de
diverses substances? Et tout ce qui est mlang n'est-il pas, par
l

mme, capable de
Il

ptir?

contredit, en second lieu, aux objections contre la pluralit


le

des mondes que


naturel
1
;

Pripattisme empruntait la thorie du lieu


il

mais cette thorie,

la rejette

de la manire la plus

que les Stociens ont enseign des mouvements naturels propres soit aux lments, soit la substance cleste, il le regarde comme fond sur un principe dnu de sens. Lorsqu'Aristote dit que certains corps se meuvent de haut en bas vers le centre 2 que d'autres se meuvent de bas en haut partir du centre, et d'autres, enfin, en cercle autour du centre, par rapport quoi prend-il ce centre ? Upbq i'\ Xa^vei ~o {jlo-ov Certes, ce n'est pas par rapport au vide, car, son avis il n'y a pas de vide. Pour ceux qui admettent le vide, d'ailleurs, ce vide n'a pas de centre, car il n'a ni commencement ni fin le commencement et la fin sont, en effet, des bornes or le vide est infini et sans borne En prtendant que le monde occupe ternellement le centre de ce vide infini, Chrysippe n'est pas moins ridicule 3 que ne l'tait Epicure en affirmant que tous les atomes se meuvent vers les
formelle
;

tout ce qu'Aristote, tout ce

lieux situs sous nos pieds,

comme

si

le

vide avait des pieds

Plutarque rejette donc la thorie pripatticienne et stocienne

pour reprendre le systme que Platon avait bauch au Timpe \ qu'Aristote avait vivement combattu 5 Puisque tout corps dense, crit-il 6 se runit en une mme masse et, par toutes ses parties, presse vers son centre, ce n'est pas titre de centre de L'Univers, mais c'est plutt parce qu'elle est un tout, que la terre
lieu naturel
.

du

s'appropriera les corps pesants, qui sont ses parties (ojy


oj7a TO lavT
Ta
Jjpr,).
r,

u>< ixcrov

y)

ixXXov,

r,

<1>;

oXov, oixEUOTETat

[AY)

ajrrj; ovTa

Ce qui caractrise les corps pesants, ce n'est pas le besoin de se placer au centre l'gard du Monde, c'est une certaine communaut, une certaine ressemblance do nature (ju'ont,
Voir Chapitre IV, | XVI t. I, pp. 230-234. tarque, De defectu oraculortun cap. XXVI (Plutarcw Optra morafift
;

i.

1.

Pu

d. DmImi, vol.

I,

p. 5i).
t

Plutarque, Op. taud. cap. xxvw, /-ri. rit., p. 5171 Voir Chapitre il, | VI; t. I, pp 4t~$i. Voir Chapitra IV, XII t 1. pp. 205-210. l'r.i TAnoriK, Dr furie in orbr Lu rue en p. YJII; d. Ht.,
;

p.

ht.

362

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

avec la terre, les corps qui en ont t arrachs et qui, par la suite, y retombent. De mme, en effet, que le Soleil ramne vers lui les
parties qui le constituent, de

parce qu'elle lui est


ainsi dire (ic) cette

prend une pierre propre et lui convient elle tire (^^C) pour pierre aussi, au cours du temps, toutes les
la terre
; ;

mme

pierres viennent-elles s'unir naturellement elle.

quelque corps n'a pas t, ds le dbut du Monde, attribu la terre, s'il ne lui a pas t arrach, s'il" possde, par lui-mme, une subsistance et une nature particulires et c'est ainsi que les physiciens dont nous parlons conoivent la Lune qu'est-ce qui l'empche d'exister et de demeurer autour de luimme, par la compression et la liaison mutuelles de ses propres parties? On n'a pas dmontr, en effet, que la terre soit le centre de l'Univers. La faon dont les corps d'ici bas sont unis et conjoints la terre nous conduit concevoir la cause probable qui

si

Que

maintient sur la Lune les corps qui lui sont unis.

Cette doctrine fait vanouir toutes les objections que le Pri-

pattisme avait dresses contre la pluralit des mondes.

Chacun des mondes a une

terre et

une mer

chacun d'eux a
;

son centre particulier (e^ei yp xal pia-ov exaoro tStov) les corps de chacun de ces mondes ont leurs affections propres, leurs transformations, leur nature, leur force
;

cette nature et cette

force

sauvent et gardent chacun d'eux sa place.


hors du Monde, ce n'est rien ou c'est
le

En
;

effet,

ce qui est

vide

partant,

comme

nous l'avons dit, cela ne fournit pas de centre. Mais s'il y a plusieurs mondes, chacun d'eux a son centre particulier; il y a donc, au sein de chacun de ces mondes, des mouvements propres, vers le centre pour certains corps, partir du centre pour d'autres corps, autour du centre pour d'autres encore, tout comme le disent Aristote et les Stociens. Seulement tandis que ceux-ci
rapportent ces mouvements un centre absolu qui est illusoire,

Plutarque n'y voit que mouvements

relatifs

aux corps d'un

mme

monde. un monde n'ont, dans leurs mouvements, aucun gard au centre de ce monde. Comment une pierre place hors d'un monde 2 se mouvrait-elle vers ce monde, la faon des autres graves, si elle n'est pas partie de ce monde? Dclarons donc que la Lune est une terre
D'ailleurs, les corps qui n'appartiennent pas
>

cleste,

sans

craindre, avec Aristote, qu'elle soit contrainte de

i.

2.

Plutarque, De defectu oraculorum cap. XXVII ; d. Plutarque, Op. laud., cap. XXVIII; d. cit., p. 517.

cit.,

pp. 5i6-5i7-

LA THORIE DES MARES ET

i/ ASTROLOGIE

363

tomber sur notre

terre, d'o elle n'a

pas t tire et laquelle


trouvent, en dpit de leur
surface, Plutarque

elle n'appartient pas.

Pour maintenir au pesanteur, la Lune et


imaginait encore

lieu

ils

se

les corps qui sont sa


*
:

Ce qui aide la Lune ne un autre moyen point tomber, c'est son mouvement mme et la rapidit de sa rotation de mme, pour un projectile mis dans une fronde, la
;

tomber provient de la rotation en cercle. Le mouvement naturel en effet, n'entrane un corps donn que si rien d'autre ne s'y oppose. La Lune n'est pas entrane par son poids, car ce poids est repouss et dtruit par la force de la rotaforce qui l'empche de
5

tion.
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70

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))

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po7rrv

XXp0l>6{JLV0V.

Si la
c'est

Lune accomplit
elle,

sa circulation sans
instant, la

tomber sur

la terre,

qu'en

chaque

pesanteur

est quilibre

par
de-

la force centrifuge. Ide gniale!

Toute la Mcanique cleste

un jour, en sortir. Mais ide trop prcoce, trop en avance sur le temps qui l'a entendu mettre pour qu'elle ait pu, ds lors, se dvelopper. Pendant de longs sicles, elle va demeurer telle que Plutarque l'a formule, graine l'tat de vie latente, qui germera l'heure o seront runies les circonstances
devait,

Newton

requises pour son dveloppement, et qui produira alors une admi-

rable floraison.
Il

n'en est pas de

mme du
avant

Plutarque
tout,

dvelopper

systme que nous avons entendu cette thorie. Cette action par

laquelle les parties de chaque tout cherchent se conjoindre au

par laquelle les fragments de chaque astre se portent vers

pour plaire ceux qui donnaient dans elle pouvait servir c prc *er la les doctrines des Ghaldens nature de cette harmonie que les astrologues imaginaient entre les tres du monde suprieur et les tres du monde infrieur chaque astre compte, ici-bas, des choses qui lui sont analogucet astre, tait bien faite
;

qui lui sont apparentes; ces choses-l vont tre attires par

lui,

vont se mouvoir vers lui; lorsque nous connatrons les qunlit*


Les

proprits qui

caractrisent
Le
fait

La

substance d'un certain astre,


sont, sur la terre, Les 'trs
cit., vol.

noua saurons, par


/.

mme, quels

PUJTAIIQUI,

De fade

orhe Lunrr cap. VI; M.

II,

p.

n3o.

364
qui prouvent
l'prouvent.

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
l'influence de cet astre et

de quelle manire

ils

Lorsque nous aurons reconnu, par exemple, que la substance qui forme la Lune est, essentiellement une substance humide, nous saurons que tous les corps terrestres o l'eau se rencontrent en abondance sont attirs par la Lune, laquelle ils sont apparents, nous saurons qu'ils croissent et se gonflent sous son influence de cette attraction exerce par le semblable sur le semblable, le flux que la mer prouve en prsence de la Lune sera un manifeste exemple. Cette thorie astrologique, dans laquelle l'explication des mares se trouve implique, trouvera grande faveur auprs des astrologues de la Renaissance. Les livres des auteurs grecs et latins ne nous en offriront pas la formule explicite mais ils nous en montreront le germe et les premiers linaments. La Lune est Dj Posidonius disait, au rapport de Priscien
; ;

chaude et humide, et c'est par cette force que l'eau est souleve. 2 Le temprament de la Lune, dit son tour Plutarque n'est point brlant et sec, mais mou et humide nous n'prouvons, de sa part, aucune action desschante, mais bien une action qui humecte fort et qui rafrachit elle dtermine la croissance des plantes, la putrfaction des chairs; elle produit la tourne ou la platitude du vin, la pourriture des bois et la fcondit des femmes. Je craindrais d'mouvoir et d'irriter Pharnace qui repose, si je citais, en outre, le flux de l'Ocan et la crue des dtroits qui, dit-on, s'enflent ou s'affaissent sous l'action humidifiante de la
, ; ;

Lune [\jtz6 Tl\q o-eX^vr^ Que la Lune rgle


nment reue.

T<j>

vuvpatveaGai).

la croissance des plantes

ou des animaux

gonfls d'humidit, c'tait, pour les Anciens, proposition

commu-

Le pote Annianus fte les vendanges avec Aulu-Gelle 8 et quelques-uns de ses amis. Les hutres qu'on leur sert sont maigres. La Lune, dit Annianus, est sans doute sur son dclin; aussi l'hutre, comme beaucoup d'autres choses, est-elle petite et
dessche.
ce

On

lui

demande

quelles sont ces autres

choses,

Et quoi,

dit-il,

ne vous souvient-il pas de ces vers de notre


alit ostrea,

Lucilius ?

Luna

implet echinos, muribu' fibras

Et pecui addit.
i.

2.

3.

Prisciani Solutiones, quaest. VI; d. cit., p. 572. Plutarque, De facie in orbe Lun cap. XXV; d. Aulu-Gellk, Les nuits attiques, livre XX, ch. VIII,

cit.,

vol.

II,

p.

n5o.

LA THORIE DES MARES ET l'aSTROLOGIE

365

La Lune nourrit les hutres, emplit les oursins, donne des chairs aux coquillages et aux bestiaux. Ptolme nous enseigne que la Lune produit beaucoup d'humidit, parce qu'elle est trs voisine de la terre d'o sortent les

exhalaisons humides

aussi engendre-t-elle la mollesse et la putr-

faction des corps qui lui sont soumis. Toutefois,


l'clair,
il

comme
.

le Soleil

lui

communique

le

pouvoir d'chauffer
effets

de la Lune, a eu Selon qu'elle se lve ou se couche, les mers sont soin de dire entranes par des courants de sens contraire . Puis, tout aussi Soit en tout leurs corps, soit en quelqu'une de tt, il a ajout ses parties, les vgtaux et les animaux ressentent l'effet de la
2
:
:

Ptolme, d'ailleurs, en numrant les

croissance ou du dclin de la

Lune

La Lune exerce donc une puissante action sur


elle influe,

les corps vivants

par consquent, sur leur tat de sant ou de maladie. Les autres astres errants font de mme chacun d'eux, en effet, a sa complexion, ses qualits il meut, ici-bas, les tres qui ont une complexion analogue, il exerce des effets conformes ces
;
;

qualits.

Saturne est de nature froide.


partage
3
,

Lors donc qu'il domine sans


le froid.

il

dtruit,

en gnral, par

que cette influence destructrice tombe sur les dre les maladies de longue dure, la phtisie, la langueur, les

En particulier, lorshommes, elle engen-

humeurs

froides, les fluxions, la fivre quarte.

Mars, au contraire, est de nature ardente.


lui seul la domination,
il

Lorsqu'il s'adjuge

en gnral, par ardeur.... C'est de lui que dpendent les fivres chaudes, les fivres tierces, les hmorragies, les maladies aigus. L'Astrologie, ds lors, devient l'indispensable auxiliaire de la Mdecine. Ptolme peut donc, juste titre, fliciter* les gypdtruit,

compris cette vrit, et d'avoir toujours joint les prceptes de la Mdecine aux prvisions de l'Astrologie .
tiens d'avoir

i.

2.

3.
\.

Claudii Ptolem^i Opus quadripartitum, lib. I, cap. III; d. cit., Ptolme, Op. laua., lib. I, cap. I; d. cit., p. 379, col. a. Ptolme, Op. laud., lib. II, cap. VIII; d. cit., n. 399. Ptolme, Op. laud., lib. I, cap. II; d. cit., p. *83, col. a.

p. 383.

366

L COSMOLOGIE HELLNIQUE

XIII
les principes de l 'astrologie aprs posidonius (fin)

l'astrologie et la mdecine

Or, vers le temps de Ptolme, cette liaison de la Mdecine

avec l'Astrologie allait devenir plus troite et plus minutieuse,

grce la thorie, inaugure par Galien, des jours critiques des


maladies.

Claude Galien, n Pergame en 131 de J.-G., aprs avoir longtemps enseign la Mdecine Rome, mourut l'ge de soixantedix ans, probablement dans sa ville natale. Parmi les nombreux crits qu'il a consacrs son art, l'un des plus remarqus, celui, peut-tre, par lequel il a exerc la plus longue et la plus puissante influence, est celui qu'il a intitul
CUpi
xpwt|jiti)v "f||jip>v.
:

Sur

les

jours critiques,

Avant d'exposer sa thorie des jours critiques, Galien rappelle sommairement son systme gnral de Physique, auquel il rattache cette doctrine. Celui, dit-il qui a lu les livres que nous avons composs Sur les puissances naturelles, Ilepl twv uwwv uv|xtov, et aussi tous les autres ouvrages que nous avons crits sur telles ou telles actions naturelles en particulier, sait, je pense, jusqu' quel point les mouvements naturels accdent la providence, et, en
1
,

mme
al tt^

temps, l'ordre
^uo-ew
xtvyjo-et).

(el oorov yIxoinji Ttpovowc t

ajjia

xai

tjjeco

Cela admis, et aprs avoir admir

l'art

Tordre de la nature, il n'oubliera pas, non plus, quel point cette nature demeure, pour la providence et pour l'ordre, loin des corps du Ciel aussi attribuera -t-il, je crois, aux mouvements de l'essence qui rside ici-bas, un certain dsordre inn. Toute la beaut, s'il se trouve quelque beaut dans les choses
(^yyti) et
;

ordonn, tout ce qui est fait avec art, il dclarera que cela provient d'en haut au contraire, tout ce qui est dsordonn et confus, il le regardera comme produit par la
d'ici-bas, tout ce qui est
;

matire

(SXr,) d'ici-bas.

Galien met donc le

monde

infrieur dans la
est la

dpendance de
Providence
(IIpo-

deux principes

un principe d'ordre, qui

I. Claudii Gallni De diebus criticis lib. II, cap. II. (Claudii Galeni Opra omnia. Editionem curavit D. Carolus Gottlob Khn. T. IX, Lipsi, 1825,

pp. 844-846).

LA THORIE DES MARES ET LASTROLOG1E

367
clestes

voia),

identique l'ordre parfait des

mouvements
("Tt))

un

principe de dsordre, la Matire premire


la constitution

qui entre dans

de toutes les choses sublunaires. Le mdecin, ds lors, doit tre pntr de cette vrit que la nature est une chose ordonne ds l que la matire est domine, les mouvements de la nature s'accomplissent suivant des rapports bien dfinis et des cycles rguliers. Faute de cette connaissance, le mdecin interviendrait contretemps il entreprendrait d'aider la nature des moments o la matire, incompltement vaincue, empche la nature de se mou;
;

voir suivant le
C'est cette

rythme rgulier qui marche rgulire de


;

lui est propre.

avoir dcouverte
la crise

le

maladie que Galien pense nombre de jours au bout desquels se produit


la

dtermine, suivant des lois arithmtiques parfaitement auxquelles se prsenteront les diverses
;

fixes et prcises, les dates

particularits
fait

de l'affection

la

connaissance du jour critique

prvoir tout le cycle suivant lequel la maladie voluera.


ces rgles arithmtiques qui sont,

De

pour

le

mdecin,
:

si

utiles

connatre, Galien se refuse donner l'explication


bres sont-ils aptes agir par
rsultent-ils

Les nom-

eux-mmes? Ou bien, sans agir euxmmes, accompagnent-ils seulement les mouvements ordonns,
de l'action que certaines substances exerceraient en un temps dtermin (ta h ypvy tlvI Spioom; ouc-ou s7ropivoi) ? Je laisse aux philosophes le soin d'examiner cette question .
Si

les

mdecins,

l'exemple de Galien, s'adonnrent avec

ardeur l'tude des jours critiques, ils n'imitrent pas la prudence de celui qui les avait signals le premier. En ce temps si fort adonn l'Astrologie, il tait vraiment trop tentant de chercher dans

en particulier, dans le mouvement rapide de la Lune, l'explication du rythme qui scande la marche des maladies. Sous l'influence des mdecins astrololes

mouvements

clestes

et,

gues, ce que devint la thorie des jours

critiques,
c'est

demanderons pas un Grec;

c'est

un Arabe,

nous ne le Avicenne qui

nous le dira; mais Avicenne avait tir sa science des livres des mdecins hellnes, non seulement de ceux de Galien, mais aussi de ceux d'Archigne dont, en maintes circonstances, il prfre
de Galien. Voici donc ce qu'enseigne Avicenne au sujet jours critiques et des priodes de la crise
l'avis celui
'
:

de

la

cause des

Nombre de gens
a vi. inr
i

ont admis que la cause des temps exactement

j.

Liber canonit tnedici nte

lii>.

IV, frn

!!,

tmct.

II,

cp.

II.

368

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

mesurs qui s'observent dans les crises des maladies aigus provient de la Lune. Ils ont admis que la vertu de la Lune porte et quelle agit sur les humeurs qui se rencontrent en ce monde engendre, dans ces humeurs, des espces propres les altrer, et que, par l, selon la prparation de la matire, elle aide ou contrarie la maturation et la digestion. Ils en trouvent des preuves dans la loi qui rgit le flux et le reflux de la mer, dans la croissance des cervelles des animaux qui suit l'accroissement de la lumire de la Lune, dans la maturit des fruits, des arbres et des plantes, maturit qui se produit la pleine-lune ou la nou;

velle-lune.
Ils

disent que les

humeurs du corps subissent


;

l'action

de la

Lune, en sorte que leurs dispositions varient lorsque la disposition


de la Lune vient changer et plus est rapide le changement dans la disposition de la Lune, plus aussi est rapide l'apparition
de la diversit dans la disposition des humeurs.
Cette

Lune humide
maladies
;

et

modrment chaude qui engraisse

les

hutres, mrit les fruits et, par l'altration des


crises des

humeurs, rgle les

ces plantes dont les affections diverses, ana-

logues aux qualits des corps sublunaires, dterminent les influences varies, tout cela est bien loin de la cinquime essence rigide,

immuable, dnue de toute qualit, capable seulement d'occuper tel ou tel lieu, avec laquelle Aristote construisait les cieux. Dans la Physique des derniers Stociens, des Ghaldens, des No-platoniciens, il nous est bien malais de retrouver les thories de la Physique pripatticienne. De cette Physique, cependant, un

dogme

est

demeur inbranlable,

et c'est celui-ci

!
:

Ce monde-ci est li en quelque sorte, et d'une manire ncessaire^ aux mouvements locaux du monde suprieur, en sorte que toute la puissance qui rside en notre monde est gouverne par ces mouvements cela donc qui est, pour tous les corps clestes,
;

le principe

du mouvement,

cela,

on

le doit considrer

comme

la

Cause premire. En vertu de ce dogme, les philosophies antiques ont rduit la Physique entire n'tre qu'une immense Astrologie. C'est du mouvement des cieux que le Monde attend ses destructions et ses renouvellements priodiques c'est l'observation des astres qui permet d'annoncer les changements divers de l'atmosphre, la fcondit ou la strilit des plantes, la croissance des animaux, les vnements heureux ou malheureux qui doivent marquer notre
;

i.

Voir Chapitre IV,

V;

t. I,

p. 164.

LA THORIE DES MARES ET LASTROLOG1E


vie
c'est elle

309

qui permet au mdecin de prvoir les crises des

maladies

et d'intervenir

au moment opportun. Lorsqu'on demande

ses titres cette Astrologie universelle, lorsqu'on requiert d'elle

qu'elle tablisse la lgitimit de son principe, toujours, elle invo-

que

la

mme

preuve

La

liaison

constante et vidente qui existe


la

entre les divers


et les

mouvements de

Lune

et

du

Soleil d'une part,

priodes des mares d'autre part. Aussi la thorie du tluxet

du

reflux de la

mer ne

cessera-t-elle plus de retenir l'attention

du

gnthliaque et du mdecin.

XIV
LA THORIE DES MARES SELON LES ARARES.

AROU MASAR

mares propose par les auteurs grecs, les Arabes n'ont rien ajout qui compte. Si donc leurs crits sur le flux et le reflux de la mer nous peuvent ici intresser, c'est seulement parce qu'ils ont servi transmettre aux Chrtiens
la thorie des

d'Occident les dcouvertes des Hellnes. Aussi n'tudierons-nous

que les textes traduits en latin au Moyen Age. Nous laisserons de ct divers ouvrages dont l'examen serait important si nous nous proposions de retracer le tableau de la Science orientale tels sont ceux d'Ibn Horddbeh, de Massoudi, de Maqdisi, des Frres de la Puret, d'Albyrouny, d'Edrisi, de Kazwini, de Scemscd-i)in, de Maqrisi le lecteur dsireux de connatre les opinions de tous ces auteurs en trouvera une analyse dtaille dans le mmoire de M. R. Almagic. Parmi les ouvrages o les Arabes ont trait des mares et que
; ;

les Chrtiens ont traduits et tudis, le

premier en date
C'est le

est,

en

mme

temps, de beaucoup,

le

plus important.

fameux

Intvoduclormm in AUronomiam d'Abou Masar. C'est dans ce livre, peut-on dire, que tout le Moyen Age latin a appris les lois du flux et du reflux de la mer. La doctrine d'Albuinasar mrite donc que nous nous y arrtions avec quelque complaisance.
Albuinasar
et
est,

avant tout, astrologue


qu'il
traite
osf

c'est

comme astrologue,
Il

non comme physicien,

des mares.

Bera donc

utile

d'examiner, tout d'abord, quel


:

son sentimenl au sujel des

principes de L'Astrologie

ce Bera d'autant plus utile

que Vlntrosicles,
Les

duclorium

est

l'ouvrage auquel, pendant


Le

de
La

Longs

astrologues emprunteront

plus volontiers

justification philo*

sophique de Leur

art.
II.

DUHKM

T.

370

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
cite volontiers le

Albumasar, qui

Philosophe, met la base de

l'Astrologie l'axiome pripatticien qui

soumet

les

changements
parfaitement
*
:

sublunaires au gouvernement des circulations clestes. Aprs avoir

rappel le rle de l'Astronomie mathmatique,

si

expos par Ptolme dans YAlmageste,

il

poursuit en ces termes

Physique (Naturalis scientia) qui, dans son genre, n'est pas moins universelle tout d'abord, elle tudie en elles-mmes les natures et les proprits des corps des toiles puis, par de nombreuses expriences et par un certain raisonnement propre au physicien, elle recherche quel est le
lieu, vient la
;
;

En second

gouvernement des astres sur les accidents du monde infrieur. Que les diverses altrations des corps composs par les lments, en effet, suivent, d'aprs une loi habituelle et fixe, le cours des astres, cela semble bien prouver d'une manire ncessaire que les astres dterminent, en ces corps, un certain mouvement. Or que certains effets naturels suivent, dans leur progrs, le cours des astres, cela est manifeste. Parmi les exemples qu'il cite, Pour beaucoup notre astrologue n'a garde d'omettre ceux-ci de gens, mme du vulgaire, il n'est point douteux que les crois:

sances et les dcroissances des vents de la mer, des qualits et

des quantits qui se rencontrent dans les animaux, les plantes et

mtaux, ne suivent le lever et le coucher de la Lune, l'approche ou l'loignement de cet astre par rapport au Soleil... Les flux et reflux quotidiens de la mer et ceux qui sont rgls par les semaines dpendent de la croissance et de la dcroissance de la lunaison . Les lois de la mare donnent ainsi, au gr d'Abou Masar, un tmoignage convaincant en faveur de l'Astrologie.
les

Puisqu'il en est ainsi, poursuit-il

2
,

que

le

sage ne redoute ni

de suivre les mouvements des toiles, ni d'tudier les effets de ces mouvements. Les expriences rptes des astrologues qui nous
ont prcd et les assertions pntrantes des philosophes nous ont assur que les accidents de ce

monde

suivaient les

mouve-

ments des toiles, conformment aux natures de ces dernires. Lorsque le sage voit les gnrations et les destructions des choses d'ici-bas dpendre des conseils des corps clestes, quelque fausse honte rempchera-t-elle de croire ce qu'il tient pour certain ou
Introductorium in astronomiam Albumasaris abalachi octo continens i. Colophon Opns introductorij in astronomiam AlbumaVibras partiales saris aoalachi explicit fliciter. Venetijs mandato et expensis Melchionis (sic) Sessa Per Jacobum pentium Leucensem Anno domini i5o6. Die 5 Septembres. Rgnante inclyto domino Leonardo Lauredano Uenetiarum Principe. Lib. I, cap. T. Fol. sign a 2, v et fol. sign a 3, r et v. Abou Masar, loc cit., d. cit., fol. sig-n. a l\, v. il.
.

LA THORIE DES MARES ET L ASTROLOGIE

371

d'affirmer ce qu'il peut montrer avec vidence


les

Or, de

mme

que

mouvements des lments,

les

changements de temps

et tous

gnraux de ce monde suivent manifestement le conseil cleste. Ainsi le rapport familier qui unit le tout aux parties tient-il de la mme origine le pouvoir de rgler, pour chacun des individus qui se trouvent dans le monde, les gnrations et les
les accidents

destructions, les accroissements et les diminutions, les

mouve-

ments
l

d'altration de toutes sortes.

Les propositions qu'il vient d'affirmer, notre auteur va les justifier par des considrations qu'il emprunte presque entirement

au Pripattisme. Il commence par rappeler que la substance du corps des astres n'est point tire de l'un des lments de ce monde ni forme par la combinaison de plusieurs de ces lments. Si elle tait, en effet, tire de ces lments, elle serait soumise aux ncessits qui affectent la nature lmentaire, et qui sont la gnration, la corruption, l'augmentation,

la diminution,

la dissolution et les autres

altrations

du

mme genre. Gomme


que des corps

tout cela est tranger la sub-

stance cleste, la raison en conclut que la substance des sphres


clestes, aussi bien
stellaires, consiste

en une cer-

taine cinquime essence.

Ces corps n'ont pas d'autre qualit que leur forme. Ce sont

des corps sphriques, transparents, perptuellement anims de

mouvement naturel. Nous concevons que la cause ncessaire de leurs mouvements est la suivante Que le mouvement de l'espce
:

suprieure agisse sur les natures infrieures en les mlangeant


ce

en effet, indispensable toute gnration. C'est pourquoi le Philosophe a regard le monde infrieur comme li par une sorte de ncessit au inonde suprieur qui, en tournant de mouvement naturel, entraine l'autre monde. En effet, le monde suprieur, qui enveloppe perptuellement le monde infrieur H qui entraine dans son mouvement ce monde qui lui est attach, en agite Les matires, en mle les actes et les passions qui sont
est,

mlange

les causes
(Test

de toutes les gnrations.


les

donc but

gnrations

et les

corruptions du
<\ur les

rieur,
tes

non sur

les autres

changements.
et
\<>i<
i

monde infmouvements clesnotre

agissent directement,
:

la

raison

qu'en donne

astrologue

Les mouvements du
d'abord, des
i.

monde infrieur sont de deux sortes. Il 3 a, mouvements rectilignes qui mnent les corps A leurs
li I

Ai

il

\<-

mis Inti-othutnri uni,


i

I.

cap

II:

M.

fii..

premier

fol.

prftle

loi

siirii. n \,

fi

V.

372

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
la terre

lieux naturels, le feu en haut,

en bas, et qui s'arrtent lorsque le mobile a atteint le lieu de son repos. Il y a, ensuite, les gnrations et les corruptions, o la gnration d'une substance est, en mme temps, la destruction d'une autre substance. Or
ce

mouvement

ci

est

un mouvement cyclique qui dcompose


aux premires.

et

altre certaines substances en certaines autres substances,

puis

ramne,
le

leur tour, celles-ci

Mais

le

mouvement
C'est

des corps clestes

est, lui aussi, circulaire et ternel.

donc

mouvement cyclique qui tire aprs lui le mouvement qui enveloppe ce monde et, par l, il agit sur les gnrations et les corruptions des choses.
i>

Mais les gnrations et les corruptions, leur tour, sont l'origine de tous les mouvements d'ici-bas. Notre auteur, pour le
dmontrer, s'inspire fort exactement du huitime livre de la Physique d'Aristote
f
.

Puis donc que les astres sont la cause de la


il

en rsulte qu'ils gouvernent cette gnration. Et comme les autres mouvements, leur tour, dpendent de cette gnration, on voit, de la sorte, que l'essence cleste agit de toute manire sur la nature du monde infrieur. Jusqu'ici, c'est d'Aristote qu'Abou Masar s'est inspir, runissant fort habilement en un systme unique les enseignements qu'il trouvait pars dans la Physique, au Trait du Ciel, aux Mtores. Le voici maintenant aux prises avec un problme qui n'avait gure proccup le Pripattisme, mais que le Stocisme et, surtout, le No-platonisme avaient agit. Les mouvements du monde sublunaire sont invariablement lis aux mouvements' clestes de quelle nature est cette liaison ? Que deux choses soient invariablement lies l'une l'autre, cela, au gr de notre astronome, peut tre de trois manires diffgnration des choses,
;

rentes.

Gela peut tre, en premier lieu, parce qu'une chose en

fait

une autre, parce quelle en est cause efficiente. Elle peut l'tre, d'ailleurs, de deux faons elle peut l'tre par nature, comme le elle peut l'tre en vertu d'un feu qui brle un morceau de bois libre arbitre, comme un homme qui crit une lettre. Gela peut tre, en second lieu, parce qu'une chose est faite par une autre, parce qu'elle est effet d'une cause efficiente, cette cause efficiente agissant, d'ailleurs, par nature ou librement ainsi ainsi une lettre est le bois est naturellement brl par le feu librement crite par un homme.
;

i.

Voir Chapitre IV,

V;

t. I,

p. 162.

LA THORIE DES MARES ET i/STROLOGIE

373

une chose peut, sans tre faite par une autre chose, suivre simplement celle-ci, sans avoir, avec celle qui la prcde, aucun rapport de nature ainsi la rougeur suit la
troisime lieu,
enfin,
;

En

honte et la pleur, la crainte

ainsi les

mouvements de l'me

et

du corps s'accordent avec les modulations de la Musique. Il y a, dans ce cas, entre les deux choses dont on parle, une liaison fixe, qui n'est cependant pas un lieu de cause efficiente effet produit. C'est de cette manire que les mouvements naturels du inonde
lmentaire, attachs aux corps clestes, suivent ceux-ci, tandis que
leurs

mouvements naturels les transportent au-dessus de notre monde, et produisent ainsi les gnrations et les corruptions de

toutes choses.

premier quase temprer de chaleur et d'humidit, la terre et les arbres se vtir d'herbe et de feuilles, certaines choses s'engendrer et d'autres prir. Cela ne provient point de quelque action dlibre par cet astre, mais simplement du ministre qui lui a t assign par Dieu, ministre qui consiste parcourir l'cliptique, et de la nature [sublunaire] qui, de son ct, a t adapte aux mouvements du Soleil.
le

Par exemple, tandis que le Soleil parcourt drant de l'cliptique, nous voyons les lments

que nombre de Stociens avaient plus ou moins explicitement admise et que Plotin avait clairement formule. Entre les circulations clestes et les changements sublunaires, il n'y a pas relation de cause effet, mais seulement harmonie prtablie en vertu d'une dcision divine. A la vrit, Abou Masar ne nous donne pas cette thorie comme sa propre doctrine. 11 nous la prsente seulement comme tant l'opinion de quelques personnes qui ne croient pas possible l'acC'est bien la doctrine

tion

efficiente
le soin

des astres sur le


il

monde

infrieur

trop loign.
a,

Mais
elle,

avec lequel

l'expose nous laisse penser qu'il

pour

moins quelque complaisance. Lors donc qu'il parlera d'action exerce par un astre sur une chose sublunaire, peuttre devrons-nous prendre son langage au sens mtaphorique et sous-entendre une simple harmonie prtablie. Cette harmonie, en tous cas, nous y devrons voir l'uvre de Dieu. Afin que nul ne doute de L'existence <le cette Cause premire, Abou Masar rappelle, en terminant son chapitre, La dmonstration donne par Aristote au huitime livre de La PAytout au

Tous 1rs problmes que La Lgitimit de L'Astrolog a poss aux Anciens sont soigneusement examins par Abou Masar. Le voici maintenant aux prises avec la grande question de !<i contingence

374

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
le

dans

Monde. Ce

qu'il

en

dit

mrite d'tre cout avec attention.


le

dbat sur la ncessit et la contingence a prise en Mtaphysique, grce aux mditations d'Al Frbi, des Motkallemin et, surtout, d'Avicenne et de son disciple Al Gazli. Il est donc bien intressant d'examiner quelle forme ce dbat avait dj prise au moment o, avec Al Kindi,

Nous verrons plus tard quelle importance

l'intelligence arabe s'veillait la Philosophie.


Si

Abou Masar

est

amen traiter

la question

de la contingence, de rpondre

et cela sous

une forme assez singulire,


1

c'est afin

ceux qui nient l'utilit de l'Astrologie. ceux qui, admettant la contin Voici ce que disent, crit-il gence (utrumlict), s'efforcent de rendre vaine toute Astrologie Toute chose de ce monde appartient ncessairement l'un de
,
:

ces trois

modes

Ou

bien elle est ncessaire


elle est

ainsi le feu est

ncessairement
.tre

chaud.

Ou bien Ou

impossible

ainsi le feu

ne peut pas

froid.

bien, enfin, elle

est contingente (utrumlibet)

ainsi

un

homme

peut crire ou ne pas crire.


l, les

Or, en aucun de ces trois cas, l'effet des toiles ne saurait se

voir . Par

philosophes dont parle

Abou Masar entendent

ne sauraient ni empcher une chose ncessaire, ni faire une chose impossible, ni, enfin, dterminer une chose contingente qui, ds lors, ne serait plus libre, mais force. Partant, concluent-ils, le rle de l'Astrologie est vain

videmment que

les astres

et superflu.

Pour

viter cette objection, dit

Abou Masar,

certains ont admis

dans le monde, rien de contingent (nihil utrumlibet). Il leur a sembl qu'il y avait seulement deux modes, le ncessaire et l'impossible. En effet, disent-ils, tout le prsent et tout le futur se partagent entre le oui et le non. Le oui correspond l'tre, le non au non-tre. L'tre est donc ncessaire et le nonqu'il n'y avait,

en effet, tant des contradictoires, ne peuvent tre vrais, en mme temps, de la mme chose. Toujours, l'un des deux est vrai et l'autre faux. Tout ce qui est du ct du oui est donc ncessaire, et ce qui est du ct du non est impossible. Partant, rien n'est laiss la dlibration des hommes l'gard de chaque chose, ils sont ou contraints de la faire
tre impossible. L'tre et le non-tre,
;

I.

le fol.

Albumasaris Introductorium, sign a/j,retvo.


.

lib.

I,

cap. IV; d.

cit.,

troisime

fol.

aprs

LA THORIE DES MARES ET LASTROLOGIE

37.')

par suite de sa ncessit ou empchs de la faire par suite de son


impossibilit .

Cet expos de la doctrine qui exclut toute contingence,

Abou

au Philosophe, il a soin de le dclarer, qu'il en demande la rfutation plus exactement, il s'inspire assez librement d\\ristote pour dresser, en faveur de citons-en seulement deux. la contingence, divers arguments Premirement La connaissance d'une chose ncessaire ou d'une chose impossible s'tend galement tous les temps, au futur comme au prsent et au pass nous savons que le feu a brl, qu'il brle, qu'il brlera; nous savons galement qu'il n'a jamais refroidi, qu'il ne refroidit pas, qu'il ne refroidira jamais. nous savons Il n'en est pas de mme des choses contingentes qu'un homme a crit, qu'il crit mais nous ne savons pas si, dans l'avenir, il crira ou n'crira pas. Il arrive qu'une chose nous tant propose, Secondement nous dlibrons si nous la ferons ou ne la ferons pas puis, si nous dcidons de la faire, nous dlibrons encore pour savoir o, quand, comment nous la ferons c'est seulement aprs cette dlibration que le parti en faveur duquel nous nous sommes dclars se trouve mis en acte. Or, ni le ncessaire ni l'impossible n'ont besoin de dlibration ni de conseil. Par consquent, il y a des
1

Masar l'emprunte Aristote

c'est aussi

choses contingentes.

y a dans le monde des choses ncessaires, des choses impossibles, enfin des choses contingentes, Abou Masar entend prouver qu'en chacune de ces trois catgories,

Aprs avoir

ainsi

tabli qu'il

l'action des toiles s'exerce.

Les changements par lesquels les lments

et les

corps qu'ils

composent se rsolvent les uns dans les autres, les accroissements ou les diminutions que ces corps subissent, voire les accroissements ou les diminutions des corps humains sont choses ncessaires. Or, il est certain que les astres prsident aux mouvements des lments et gouvernent les altrations des corps sublunaires. Nous voyons donc que le gouvernement des toiles s'exerce danfl le domaine des choses ncessaires. D'autre part, l'homme est compos d'une me raisonnable et (1 un corps; la force de l'Ame raisonnable consiste dans la dlibration e1 dans le choix qui en est la suite; la force du corps est dment prte excuter l'une et L'autre dcision (ad utrwn-

i. Aristote. pp. ;>8-3n


;

Utoi ppngvslc, ch. IW'kkrr, roi I. |>|

IX

([Link]

Opra,
D,

d.
.'<)>.

Didot,

t.

I,

i<S-m)

Vidt supra,

376
libet proclivis),

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

en sorte que ses


et

effets

sont contingents. Or les


naturel, ont le pouvoir de

toiles qui ont, elles aussi, selon

l'enseignement du Philosophe,

une me raisonnable
et,

un mouvement

modifier l'harmonie qui existe entre l'me et le corps de l'homme

par

l,

de diriger des actes contingents.


seuls, les

Aristote voulait que les toiles fixes fussent, pour les choses de
ce

monde, un principe de permanence

mouvements

propres des toiles errantes y dterminaient les gnrations, les corruptions, les diverses altrations. Du jour o Hipparque eut montr, o Ptolme eut confirm que les toiles fixes avaient,

un mouvement propre trs lent, les astrologues furent amens modifier quelque peu la thorie du Stagirite Abou Masar formule en ces termes la thorie modifie Tout ce qui nat et meurt dans ce monde suit, [dans sa naissance et dans sa mort], le mouvement des signes et des toiles
elles aussi,
; 1 :

qui en est la cause efficiente...


vari qui les

Puis donc que les sept astres

errants marchent plus vite le long de ces signes, d'un


fait,

mouvement

prendre la marche directe ou la marche rtrograde, il en rsulte qu'ils sont mieux adapts produire les effets et les mouvements des choses de ce monde. Aux signes, donc, la direction gnrale de ces choses aux astres errants, le ministre priv des choses infrieures, ministre que chaque astre exerce sa manire... Parmi les astres errants, plus une toile est entrane d'un mouvement rapide, plus elle suit une
maintes
fois,
;

course trange, plus son rle efficace sur les choses d'ici-bas se trouve tre important. Aussi,

comme

la

Lune

est le plus vite

de

ces astres, est-ce elle qui a le plus souvent affaire dans les effets

produits sur ces choses. Les toiles fixes gouvernent les proprits

Le cercle cleste [de l'cliptique], avec toutes les toiles, entoure ce monde-ci de sa circulation perptuelle; les toiles fixes se meuvent toutes de la mme circulation et du mme mouvement lent, en gardant les sept astres des distances invariables au globe de la terre errants, au contraire, prsentent beaucoup de diversit beaucoup plus rapides, ils parcourent chacun son cercle propre sur ce cercle, l'astre se meut d'un mouvement vari o se rencontrent la marche directe, la station, la marche rtrograde, l'ascension [au nord de l'cliptique], la descente [au midi de ce cercle]... Et comme jamais ces astres errants n'interrompent cette course chanstables ou les proprits lentement variables des choses.
; ; ;

i.
.

Album 4SAHIS Introductorium,


sicfn.
1) /j,

lib. III,

cap.

I;

d.

cit.,

second

fol.

aprs

le

v.

LA THORIE DES MABKS ET I/ASTROLOGIE

377

gante, jamais, dans ce inonde-ci, les gnrations, les altrations

on comprend comment cette grande diversit des mouvements des plantes produit, dans notre monde, une si grande varit d'accidents .
des choses ne prennent
fin
;

Aux

toiles

fixes,

donc,

mues d'un mouvement

trs

lent,

il

appartient de diriger les changements qui, dans le


telle la variation

monde

l-

mentaire, ne se peroivent qu'au bout d'un temps extrmement


lent
les
;

des lieux occups par les continents et par


1

mers.

Au

chapitre prcdent, nous avons vu

quelle place

importante cette hypothse avait prise dans la Cosmologie des

Arabes.

Aux corps
produire
et

errants, plus rapidement mobiles,

il

appartient de

gouverner les changements de moins longue dure, ceux, donc, que nous avons plus souvent et plus aisment
de
occasion d'observer.

en est un qui se distingue des autres par la rapidit et par la complication de son mouvement propre celui-l, ds lors, produira, sur les choses qui nous entourent, les
astres,
il
;

Parmi ces

effets

les

plus prompts et les plus varis. L 'tude de l'efficace


la-

lunaire va tre, pour les astrologues, la partie la plus riche et

pins importante de leur doctrine. Nous ne nous tonnerons pas

de voir Albumasar consacrer six chapitres 2 de son livre l'examen des effets dtermins par la Lune de ces six chapitres, le
;

dernier est le seul qui ne traite pas de la thorie des mares.

L'expos de la thorie des mares donn par Albumasar

est,

nous l'avons

dit, la

leon o le

Moyen Age
ici,

chrtien viendra, sans

cesse, s'instruire

des lois qui prsident ce phnomne. Nous

croyons donc utile de traduire,


expos o,
tions justes.

une grande partie de cet ct de quelques erreurs, abondent les observa-

Chapitre IV. Des proprits du gouvernement exerc par la


le

Lune sur
n

flux et
l'effet

le

reflux de la
le Soleil

mer

2
.

Aprs

que

exerce sur la temprature de


le

l'air,

vient le

gouvernement de

la

Lune sur

mouvement des eaux

e1

sur les tlux et reflux alternatifs de la mer. Les philosophes, en


effet,

tiennent

soumis
i.

pour certain que deux des quatre lments sont chacun des deux luminaires, et cela de la faon suivante
:

2.

S. r et

Voir Chapitre XII, $ V; t. II, Albumasahis Infra'ltirtnrtnm, Alhimasaius fnlrndiirtftrium,


v<\

||>.

n4*si3.
III,
(',[>[>.

lilt.

lih.

III,

cap

IV, V, VI. VII. IV J d, <it.,

\ III.
f"l

IX.

mit",

c.

378

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
et l'air subissent l'action

Le feu
de
la

du

Soleil, l'eau et la terre celle


le

Lune.

Il

est,

en

effet,

deux raisons pour lesquelles

gouvernement des luminaires sur les choses de ce monde est plus manifeste que celui des toiles. La premire de ces causes concerne seulement le Soleil le Soleil est la plus grande des toiles la Lune, au contraire, est le plus petit des corps clestes elle est, aussi, plus petite que la Terre. La seconde, c'est que les toiles, tout en possdant une lumire, ne rayonnent pas
;

aussi leur efficace consiste-t-elle surtout dans leur

mouvement

au contraire, les rayons des luminaires ne sont pas peu efficaces en ce

monde

les forces que,

naires ont reu


qu'ils les

du monde

par leur mouvement, les lumisuprieur, c'est par leurs rayons


infrieur
;

transmettent au

monde
;

aussi Hippocrate dit-il

Lune est la mdiatrice entre les corps du monde cleste et c'est par l'intermdiaire de cet les corps du monde infrieur astre, assure- t-il, que les forces de ceux-ci sont transmises
que
la

ceux-l.

De mme, donc que, le Soleil prvaut lorsqu'il s'agit de temprer la nature et de composer les choses, de mme, la Lune est plus efficace pour gouverner les mouvements des eaux, l'tat et

les accidents

des corps, les germes, les


effets,

fruits, les

odeurs et autres

nous commencerons l'numration par les flux et les reflux alternatifs de la mer. Gomme les accroissements et dcaissements de la mer sont divers, il en rsulte qu'il rgne, dans les diverses nations, au sujet de ce phnomne, des opinions diffrentes ainsi se trouve-t-il des gens pour soutenir qu'il y a flux depuis le moment o les luminaires se sparent jusqu'au moment de l'opposition, et qu'il y a, ensuite, reflux jusqu' l'instant de la conjonction. Mais ce qui est certain pour tout le monde, c'est qu'au moment du lever de la Lune, le flux commence pour la mer sur laquelle cet astre se lve, et qu'il dure jusqu' ce que la Lune atteigne le mridien de ce lieu que le reflux suit alors jusqu'au coucher de la Lune. C'est ce qui a lieu dans le golfe Persique, dans l'Ocan indien, dans la mer qui baigne l'Ethiopie c'est ce qui est d'usage quotidien dans les les de l'hmisphre ocanien. Aussitt que la Lune merge au-dessus de l'horizon d'une mer, le flux commence et, dans sa croissance, il suit la Lune jusqu' ce qu'elle parvienne au mridien. Aussitt que la Lune franchit cette ligne pour descendre vers l'occident, le jusant succde au flot dans son dcroissement, le reflux suit la Lune jusqu' ce qu'elle se couche aussitt la Lune couche, le reflux reprend et
choses de ce genre. De ces
; ;

LA THORIE DES MARES ET L'ASTROLOGIE


crot jusqu' ce

379
;

que l'astre, sous la terre, passe au mridien la Lune s'cartant de ce mridien, le reflux succde une seconde fois au flux et dure jusqu'au lever de la Lune. Chaque jour, donc, il se produit, [en un lieu], deux flux et deux reflux; leurs poques varient selon la varit du cours diurne de la Lune et les positions diverses des mridiens des lieux par rapport l'orbite lunaire. De mme, en effet, que la brumeuse ceinture des mers entoure le globe de la terre, de mme les circulations quotidiennes de la Lune embrassent cette terre. A chaque instant, pour quelque partie de la terre ou des mers, la Lune est une certaine hauteur au-dessus de l'horizon, tandis que, pour d'autres parties, elle est d'autres hauteurs. A la mme heure, la mme minute, elle se couche pour les uns et se lve pour les autres pour les uns, elle est au mridien du ciel, pour les autres, au mridien au-dessous de la terre. Aussi, au mme moment, les uns ont-ils le flux, les autres le reflux. Le flux et le reflux, d'ailleurs, ne se manifestent pas, en tous lieux, de la mme manire. Ceux qui naviguent en pleine mer sentent la venue du flux par une sorte de fivre des ondes secoue par un bouillonnement profond, l'eau imprime au vent une violente impulsion et le fait souffler en tempte, tandis que toute la surface de la mer est assombrie l'apaisement de ces effets leur rvle le reflux. Il en est tout autrement pour ceux qui, pendant
; ; ;

ce temps, habitent les rivages. Ce qui parvient jusqu' eux, ce


n'est point cette fivre de l'eau ni ce vent
;

c'est

un gonflement

des ondes et une sorte de dbordement


lieux, la varit

et,
si

selon la diversit des

de ces mouvements est

personnes se refusent regarder la mouvements...

grande que certaines Lune comme cause de ces

Au
la

chapitre V, intitul

De

la cause

du flux

et

du reflux

',

Abou Masar

tente de rendre

compte de ces diffrences locales de


de dire la cause de cette mare.
:

mare quotidienne,
ce sujet,

il

et aussi

s'exprime en ces termes

Le mouvement trs frquemment rpt de la Lune qui so lve et se couche au-dessus de la mer tire les eaux par une force provenant d'une sorte de parent (Motus autan lunte desuper
orienlis atque orridentis srrpius rcpetitus rognatu Vtrtute ejusmodi

aquam

En suivant spontanment cette traction, quem trm tum sponte sequens , La mer s'lve jusqu' envahir les rivag*i.
trahit.)
i.

Albumasaris In(rodnctoriurn
sign. c
2. r

lib.

III,

cap.

<

<lit

cit., fol,

tifOi

380

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
cette attraction produise

Que

deux

flux, l'un

qui suit la Lune et


trs

l'autre qui lui est oppos, c'est ce

que notre auteur dclare

nettement, mais ce qu'il n'explique pas.

chaque jour, les heures des deux flots et des deux jusants, en supposant que les flots concident avec le lever et avec le coucher de la Lune, que les jusants aient lieu exactement aux deux passages au mridien. Du retard qui spare le flot ou le jusant du phnomne astronomique auquel il correspond, il ne dit rien nous avons vu, cependant, que Pline avait dj signal ce retard. Le chapitre que nous analysons renferme encore quelques remarques intressantes en premier lieu, celle-ci Diverses personnes croient que ces flux et reflux se produisent galement dans certaines eaux douces; c'est ce qui semble avoir lieu auprs de certaines villes maritimes d'Ethiopie, et aussi de France ou d'Allemagne. Mais ces personnes ont t trompes par le voisinage de la mer. Lorsque des eaux douces se jettent dans la mer et sont contigus aux eaux de la mer, elles sont repousses par la mare qui monte de la mer elles coulent alors pleins bords et paraissent s'lever.
Trs clairement, aussi,
il

indique

comment on

calculera,

Albumasar

dit

encore

L'eau du flux est plus chaude et l'eau du reflux plus froide.


flux,
;

Au moment du
fond de l'abme

eaux sortent en bouillonnant du au moment du reflux, rpandues au dehors, elles

en

effet, les

se sont refroidies.

Cette explication repose sur l'opinion, fort


tiquit et

au Moyen Age, que les plus chaudes qu' la surface. Le chapitre suivant est particulirement important, car Abou Masar y tudie les diverses priodes, autres que la priode diurne, de Ja mare *.

rpandue dans l'Aneaux de la mer sont, au fond,

Chapitre VI. De F augmentation et de la diminution des eaux.

Dans ce qui prcde, nous avons


le flux avait

dit

qu'en chacun des deux

hmisphres,

naturellement une dure gale celle

de temps autres, se prsentent certaines ingalits dont il nous faut maintenant disserter. Dans chacun des deux hmisphres, l'ingalit entre le flux et le reflux est mesure par la mme quantit de temps, mais de telle faon que l'ensemble du flux et du reflux dans un hmisphre
reflux. Mais,
i.

du

Albumasaris Introductorium,
r<>

\\b.

III,

cap. VI; d.

cit., fol.

sign

c 2,

r et vO; fol. sig-n. c 3,

et v

LA THORIE DES MARES ET LASTROLOGIE

381

dure autant que l'ensemble du flux et du reflux dans l'autre hmisphre autant donc, dans l'hmisphre suprieur, la dure du flux est plus longue ou plus brve que celle du reflux suivant, autant, dans l'hmisphre infrieur, la dure du reflux est plus longue ou plus brve que la dure du flux qui le suit immdiatement. La dure de cette ingalit entre le flux et le reflux est, soit par excs, soit par dfaut, voisine d'une heure si la masse d'eau souleve est trs considrable, la dure du flux surpasse d'une heure, ou d'un peu plus, ou d'un peu moins, la dure du reflux. Toute cette ingalit provient de huit causes. Premirement La distance entre la Lune et le Soleil, et l'augmentation ou la diminution de la lumire de la Lune. Secondement La marche directe ou rtrograde qui doit tre ajoute au moyen mouvement de la Lune ou retranche de ce
; ; :

moyen mouvement.
La position de la Lune sur son excentrique. La position de la Lune sur le cercle de digression [position d'o dpend sa dclinaison]. Cinquimement Sa position borale ou australe [par rap

Troisimement Quatrimement

port l'quateur].

Les jours que les Egyptiens nomment jours Siximement marins et les Occidentaux jours de crue et de dcroissance cette cause n'est pas une proprit de la Lune. Septimement La longueur ou la brivet du jour ou de la nuit cette cause est une proprit du Soleil. Huitimement L action favorable des vents. Dans la distance croissante ou dcroissante entre la Lune et le Soleil, on distingue quatre positions La premire est la conjonction du Soleil et de la Lune la seconde est le premier quartier, alors que la Lune est eu dichotomie la troisime est l'opposition, o lclairement de la Lune est maximum la quatrime est le second quartier. Au temps donc de la conjonction des deu.v lumi
: ; :

de la mer est puissant et le reflux dcouvre de grands espaces. Le Soleil, conjoint la Lune, ajoute, en effet, quelque chose aux forces lunaires; car h Soleil possde, lui aussi.
naires, le
flux
1

une certaine force pour provoquer le flux de la mer. La mme chose arrive chaque lois que la Lune esl en conjonction avec des
astres humides... Mais, par suite de L'tat privilgi dont
jouit naturellement
la la

auprs du Soleil,

la

conjonction de

Lune Lune
la
la

avec

Le Soleil est

Lune avec

les

beaucoup plus efficace que la conjonction de toiles. Plus la Lune s'loigne de l'heure <!<

382

LA

ia>sM0L0G1 HELLNIQUE

conjonction, plus la force du flux diminue, plus celle

du

reflux

augmente. Le reflux augmente ainsi jusqu'au premier quartier; l, son accroissement prend fin, et, inversement, le flux se met augmenter jusqu' la pleine-lune; de l, jusqu'au dernier quarpuis, jusqu' la tier, il y a, de nouveau, diminution du flux
;

conjonction, accroissement

du

flux et

diminution du reflux.
1

Il

faut

remarquer, toutefois, que, dans la pleine-lune, la force de la elle est, aux Lune... est plus efficace que dans la nouvelle-lune plus efficace au premier quartier qu'au dernier quartier. De mme, donc, que, pendant une rvolution du Monde, c'est--dire pendant un jour, le mouvement diurne de la Lune est accompagn de deux flux et de deux reflux, de mme, en une priode du retour de la Lune [ la mme position par rapport au Soleil], c'est--dire en
;

un mois, il se fait deux croissances et deux dcroissances de la ceux-l dpendent des positions de la grandeur des mares Lune dans le ciel, celles-ci de ses positions l'gard du Soleil. En second lieu,... quand le mouvement direct de la Lune s'ajoute son moyen mouvement, la force du flux prvaut; lorsque le mouvement rtrograde de la Lune se retranche du moyen mouvement, c'est la force du reflux qui prvaut ces variations sont en raison de la grandeur du mouvement direct ou rtrograde. Lorqu'il n'y a ni addition ni soustraction faire au moyen mouvement, la force du flux ne subit, de ce chef, ni accroissement ni
; ;

diminution...

En

troisime lieu, lorsque la Lune, sur son cercle excentrique,

est 200

de l'abside, la force du flux prvaut


lieu, lorsque la
;

c'est celle

du reflux

qui prvaut lorsqu'elle est 90 de l'abside.

En quatrime

Lune monte en

latitude, la

force

du flux augmente descend en latitude.

celle

du

reflux s'accrot lorsque la

Lune

En cinquime
dans

lieu,

lorsque la Lune progresse suivant les

signes septentrionaux, le flux est


et le reflux

augment dans
;

les

mers borales

les

mers australes
dans
les

lorsqu'au contraire, elle est


le reflux

passe aux signes mridionaux, c'est


les

qui prvaut dans

mers borales

et le flux

mers

australes,

du moins en

ce qui concerne ce genre d'influence...

En sixime

lieu,

viennent les jours lunaires que nous appefaut considrer le secours que le Soleil,

lons marins...

En septime
C'est

lieu,

il

par les forces qui


i.

lui appartiennent,

apporte aux mouvements de


du
fait

le

contraire qui est vrai; l'erreur est peut-tre

du

tra-

ducteur.

LA THORIE DES MARES ET


cette sorte.

L* ASTROLOGIE

383
flux et des

En

effet,

bien que

le

gouvernement des

reflux soit propre

la Lune, le Soleil et, aussi, les toiles aident

en quelque chose aux accroissements ou aux diminutions des flux et des reflux. Il est dmontr, en effet, par les mers diverses o ces mouvements apparaissent, qu'aux diffrentes poques de l'anne, selon l'ingalit des jours et des nuits, la force de ces

mou-

vements prouve des accroissements ou des diminutions, ce qui semble provenir de la prsence du Soleil dans les signes septentrionaux ou dans les signes mridionaux. Tant que le jour est plus long que la nuit, le flux diurne prvaut sur le flux nocturne, et inversement. En ce qui concerne, donc, ce genre d'ingalit, ces deux mouvements sont gaux entre eux lorsque le Soleil passe aux signes quinoxiaux c'est aux solstices, au contraire, que l'accroissement de l'un et le dcroissement de l'autre se font sentir au plus haut point. A cette altration prouve par les mouvements dont il s'agit, il y a deux causes. La premire provient de l'aide qu'apporte le Soleil, par
;

de la vicissitude des jours et des nuits. Lorsqu'en effet le jour est plus long que la nuit, le Soleil, demeurant plus long-,
suite

temps au-dessus de

eaux par la force de sa chaleur, il tire les flots des abmes les plus profonds ncessairement, donc, le mouvement diurne des eaux prvaut sur leur
la terre, chauffe les
;

mouvement nocturne. En second lieu, un

plus long sjour de la Lune dans l'h-

misphre suprieur ajoute [ l'action de cet astrej. Or, lorsque la nuit est plus longue que le jour, la Lune demeure plus longtemps, de nuit, au-dessus de la terre... De mme, donc, que, chaque jour, il y a deux flux et deux reflux; de mmo que, chaque mois, comme nous l'avons dit, il y a deux accroissements et deux diminutions du flux et du reflux, de mme, chaque anne, pour ces mmes mouvements, il se fait, comme nous le voyons maintenant, deux accroissements et deux diminutions. Entre ces mouvements, il y a une sorte de similitude et de concordance. Le flux nocturne qui se produit, lorsque la

Lune
par
cei

est

au-dessus de la terre, que

le Soleil

est

dans

le Sagit-

taire, ei
Le

que ces

deux astres sont en conjonction, parait imit


1
,

flux

diurne qui se produit Lorsque

L'hmisphre infrieur

que

Le Soleil est

Lune se trouve dans dans les Gmeaux et que


La

deux astres sont en opposition...


suprieur.

i.

La traduction latine

dit

384

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

Ce sont

l les sept actions naturelles.

La huitime, en

effet,

est accidentelle. Elle se produit lorsque des vents violents vien-

nent en aide la mer...


Ainsi,

comme nous

l'avons dit ci-dessus, dans chacun des deux

hmisphres, la dure du flux est naturellement gale la dure du reflux suivant. 11 en est ainsi, moins que, nous Pavons dit,

quelque ingalit n'intervienne par accident. De ces accidents mme, il y a deux genres. L'un est propre [au mouvement des

dpend des sept causes que nous avons dcrites. L'autre est tranger ce phnomne c'est l'aide qu'apporte la force du vent. C'est donc de ces huit causes que dpend tout
mares]
;

il

accroissement ou toute diminution des flux

et

des reflux.

Mais au sujet de ces flux et de ces reflux, voici l'avis qui est universellement reu pour vrai Le flux, c'est le premier des deux mouvements, et il suit l'efficace de la Lune titre d'effet naturel le reflux, c'est le retour naturel des eaux aux mers d'o elles taient sorties. Lors donc que la dure du flux est accrue d'une
:

certaine quantit, la dure

du

reflux suivant est abrge sensible-

ment de

Il

la

mme

quantit, et inversement.

en outre, que les obstacles prsents par les rivages engendrent quelque ingalit. Par exemple, lorsque le flux recouvre le rivage, s'il vient remplir les cavits de certaines roches ou bien encore des valles ou des fosss profonds, il reviendra la mer moins d'eau qu'il n'en tait sorti, puisqu'une partie de cette eau a t laisse sur le sol. De mme, lorsque le flux doit lutter contre un fleuve qui se jette la mer, les eaux nouvelles amenes par le fleuve feront ncessairement prvaloir
se peut,
le reflux.

Tout cela tant bien expliqu, je pense qu'on peut attribuer la Lune la cause de ce mouvement cette assertion, nous la laisserons pleinement dmontre si nous montrons la faiblesse de l'opinion de ceux qui la contredisent. Ceux-ci prtendent donc que la mer possde par nature, et non pas en vertu d'une puissance mane de la Lune, la proprit

Chapitre VII

que ses ondes soient agites par une sorte de bouillonnement le dbordement de ces ondes produit le flux. Parmi les arguments qu'oppose notre auteur ceux qui voient dans le flux un gonflement spontan et naturel de la mer, citons seulement celui-ci
;
:

i.

Albumasakis Introducforium,

lib.

III,

cap. VII; d.

cit., fol.

sign. c

3, ro,

et fol. sig-n. c 4j v .

LA THORIE DES MARES ET LASTROLOGIE

385

Par nature, les eaux tendent toujours en bas et au lieu le plus profond. Pourquoi donc, dans le flux, ne voyons-nous pas les eaux se porter en bas, mais, par un mouvement contraire, se porter en haut et atteindre des niveaux levs? Puisque la cause n'en est pas dans la nature de l'eau, il est ncessaire qu'il y ait, cet effet, quelque cause extrinsque. Or, except la Lune, on n'en
trouve aucune.

Chapitre VIII \ Puisque la


les diverses

Lune exerce une


il

sance

sur la nature de la mer,

grande puissemble juste de distinguer,


si

parmi

mers, celles qui suivent la puissance lunaire

de celles qui ne la suivent pas.

Les philosophes tiennent pour certain qu'il n'est aucune mer sur laquelle la Lune soit entirement dpourvue d'efficace mais la force ou l'efficace de cet astre est tantt plus manifeste et tantt
;

moins; cela ne provient pas de quelque empchement qui rsiderait en la Lune mme, mais de ce que la disposition de la mer [ recevoir l'influence lunaire] est moins favorable. La disposition des mers peut se prsenter sous trois formes. 11 y a des mers qui n'ont ni flux ni reflux. Il y en a dans lesquelles ces mouvements se produisent, mais ne sont pas apparents. Il y en a, enfin, o ils se produisent et sont apparents. Ce qu'Abou Masar dit des mares dans les diverses mers, nous le laisserons de ct. Une connaissance, souvent assez exacte, des
faits y est

accompagne d'explications purement


cette

fantaisistes.

On

accordera volontiers qu'il n'en pouvait tre autrement.

longue tude du flux et du reflux, notre astrologue consacre un chapitre au gouvernement exerc par la Lune sur les animaux et les plantes 2 Il passe rapidement en revue les effets de la vertu lunaire sur le corps humain, sur les animaux, sur les vgtaux, sur les minraux. Les effets prouvs sur le corps humain se marquent surtout dans la marche des maladies une courte allusion aux jours critiques justifie cette assertion. Les diverses phases de la Lune agissent sur les pluies et 1rs
.
;

Aprs avoir achev

vents suivant des rgles dont les marins font un constant usage.

Toute partie qui, dans le corps d'un animal, est froide humide, suit, dans ses accroissements et ses diminutions,
i.
r<>

el

le

Albimasaris Introductorium

lib.

III,

cap. VIII; d.

cit.,

fol.

Mtf".
c
l\,

f\,

et vo.
2.

Albumasari Introductorium,
.

lih. III, cap.

IX; d.

cit.,

fol.

siju-n.

v<>,

et fol

suivant,

r<>.

UUHEM.

T. H.

386
croit et le dcroit

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE

de la Lune

ainsi font le lait, le cerveau, la

moelle.

Les poissons, les


tent divers effets

mtaux eux-mmes, prsenqui sont en rapport avec la marche de la


fruits, le bois, les

lunaison.

Ainsi,

dans

les choses

de ce monde,
;

le

gouvernement de
il

la

Lune joue des


sible

rles multiples

non seulement

n'est pas pos-

de les tous examiner, mais on tenterait en vain de les numrer.

XV
LA THORIE DES MARES SELON LES ARABES (suite).
le

Liber

de

elementis.

averros.

mose

mamonide

ou latin n'apportait aux Chrtiens d'Occident une tude sur les mares dont l'ampleur, dont le dtail, fussent comparables l'expos d'Abou Masar la Science musulmane non plus ne leur donnera, sur ce sujet, aucun enseignement qui puisse tre mis en balance avec celui-l les divers autres crits qui passeront de l'Islam la Chrtient se borneront rappeler que, chaque jour, les flux et les reflux suivent le cours de la Lune. Les Chrtiens d'Occident liront avec grand respect le Livre des proprits des lments, qui leur est donn par les Arabes comme oeuvre d'Aristote. L'auteur de ce livre, nous le savons ', argumente vivement contre les physiciens qui croient une lente permutation des terres fermes et des continents. Son argumentation repose en entier sur ce postulat, qu'il prend pour concd par ses contradicteurs Si une telle permutation se produisait, elle serait dans la dpendance de quelqu'une des rvolutions clestes. Eux et lui, en effet, s'accordent dans leur foi au principe fondamental de l'Astrologie et en invoquent les mmes preuves.
texte grec
; ;
:

Aucun

Lux

aussi, ils admettent, dit le Liber de elementis


2
,

en parlant

que toutes les choses qui se font sur la terre y sont produites par le mouvement des corps suprieurs et de l'lde ses adversaires
Voir Ch XII, VI; t. II, pp. 226-228. Aristotelis Liber de proprietatibus elementorum (Aristotblis opra. Colophon lmpraessum (sic) est praesens opus VeDetiis per Gregorium de Gregoriis expensis BeDedicti FoDtan Anno salutifere incarnationis domini nostri WUXCXCVI. Die vero ^\\\ Julii. Fol. 366 (marqu 466), vo, et fol. 367 (mari.
:
.

2.

qu^),

r<>.

L THORIE DES MARES ET L ASTROLOGIE

387
ces corps et

ment noble, qui

est l'orbe,

mouvement

qui

mane de
il

qui agit en toutes choses.


Ainsi le dluge qui a eu lieu sur terre et dont

parle n'a pas

eu d'autre cause que la conjonction des toiles dans le signe des Poissons le vent qui, dans Hadramoth, a fait prir les nations est d la conjonction de ces toiles dans les Gmeaux la peste
; ;

qui a dsol la terre de

Lamen

a t
11

tion dans le signe de la Vierge.


faits

engendre par la conjoncen est de mme de tous les

qui se produisent au

moment

des runions et des conjonc-

tions,

de ce que font sous nos yeux la chaleur et l'opration du

Soleil.

L'opration de la Lune se manifeste par la crue des fleuves,


fruits,

par la maturation des


tude d'autres choses.

par l'acclration imprime aux naissances de certaines choses, par l'accroissement et la plni-

De mme, lorsque
si

la

Lune

se lve, quelle

jour et de la nuit,

quelque fleuve, dans le ce lever de la Lune, se jette la mer, on voit la mer s'tendre au point que le fleuve rebrousse chemin vers les lieux d'o il vient. Puis, lorsque la Lune atteint le mridien de ce pays, l'eau de la mer revient en arrire et retourne sa forme premire. Lors-

que soit l'heure du pays o se produit

qu'ensuite la

Lune commence

se coucher, l'eau
l'astre

commence

s'tendre de nouveau, jusqu


infrieur; lorsqu'il atteint le

que mridien
ce

passe au mridien

infrieur, l'eau se

diminuer, tout
se lever.

comme

elle se

met

crotre lorsque la

met Lune veut

Le sens de la vue nous montre que les choses se passent toujours de cette manire. Au xn c sicle, la littrature arabe nous fournit, au sujet des mares, trois textes que lira la Chrtient latine. De ces trois textes, le premier est la Thorie des plantes d'Al Bitrogi. Al Biirogi se distingue de tous les auteurs que nous avons cites, car il ne met pas le flux et le reflux sous la dpendance du mouvement de la Lune. Nous avons reproduit le peu qu'il dit des mares; il n'est point utile (jue nous en donnions ici un nouvel

expos.

Nous n'avons pas, d*Averros, un commentaire tendu sur Le Trait des mtores d'Aristote. Nous avons seulement une paraphrase sommaire que Les traducteurs mit intitule Expositio
:

mdia. C'est dans cotte Exposition moyenne que


Voir Ch. XI,

Le

Gommenta-

I.

VI,

i.

II,

pp. (54-lS

388

la cosmologie hellnique

teur parle des mares,

sous une forme trange

voici ce qu'il

en

dit

1
:

L'Ocan [mare

continents) est le principe...

de toutes

les

mers,

en ce qu'il se meut

vers toutes les mers et que toutes les mers se

meuvent vers lui. Des mers qui sont plus hautes que l'Ocan,

eaux se meuvent vers l'Ocan, parce que l'Ocan est plus bas qu'elles. L'Ocan, son tour, se meut vers une telle mer et y dverse une partie de son eau par l'effet du mouvement qu'on observe en lui et qui consiste en une ascension de ses eaux cette ascension des eaux
les
;

[de l'Ocan] est


les

Arabes le Pour les mers qui sont plus basses que l'Ocan, il y a une disposition de sens contraire. Les eaux de la mer infrieure se meuvent vers l'Ocan par ascension, cause du vent qui est engendr au sein de cette mer par la chaleur de la Lune l'Ocan, son tour, se meut naturellement vers la mer infrieure lorsque le premier mouvement prend fin, lorsque la mer infrieure
;

comme le mouvement du vent; ce mouvement, nomment mouvement d'extension ou de dilatation.

se repose de ce

mouvement.
fort justes

L'origine de ce passage trange peut tre aisment devine. Les

considrations

par
le

lesquelles

ratosthne
flot et le

rendait

compte de l'alternance entre

courant de

courant de

jusant dans l'Euripe de Ghalcide et dans le dtroit de Messine 2


ont t, sans doute, lues par Averros
;

il

les a
et,

mles avec des

observations relatives la mare ocanique,


s'est

de cette confusion,

ne semble pas que les physiciens de la Chrtient latine y aient attach grande attention on ne saurait le regretter. Mose Mamonide parlait des mares d'une manire plus exacte 3 le dans un passage auquel nous avons dj fait allusion
lire. Il
; ;

form l'expos que nous venons de

voici

4
:

une chose rpandue dans tous les livres des philosophes que, lorsqu'ils parlent du rgime [du Monde], ils disent que le rgime de ce monde infrieur, je veux dire du
sait, et c'est

On

monde de

la naissance et de la corruption, n'a lieu qu'au

moyen

des forces qui dcoulent des sphres clestes. Nous avons dj


dit cela plusieurs fois, et tu trouveras

que

les docteurs disent de


cap.

Avekrois Cordubensis lu Aristotelis meleora expositio mdia,

lib. II,

De mari.
2.

3.
4-

Vide supra, pp. 271-272. Voir Ch XII, V t. II, p. 221 Mose ben Maimoun dit Mamonide, Le guide des gars, deuxime partie,
:

ch. X; d. S.

Munk,

t.

II,

pp. 84 88.

LA THORIE DES MARES ET L 'ASTROLOGIE

389

mme

Il

n'y a pas la

moindre plante sur

la terre qui n'ait

au firmament son mazzdl (c'est--dire son toile), qui la frappe et lui ordonne de crotre, ainsi qu'il est dit [Job, XXVIH, 33) Connais-tu les lois du Ciel, ou sais-tu indiquer sa domination su?' la terre ? ... Ils ont donc clairement indiqu par ce passage
:

que

mme

les individus

du monde de
forces de

la gnration sont
;

sous

l'influence particulire des

certains astres

car, bien

que tout l'ensemble des forces de la sphre cleste se rpande dans tous les tres, cependant, aussi, la force de tel astre est particulire telle espce. Il en est comme des forces d'un seul corps; car l'Univers tout entier est un seul individu, comme nous
l'avons dit.

Ainsi les philosophes ont dit que la

Lune a une

force aug;

mentative qui s'exerce particulirement sur l'lment de l'eau

ce

qui le prouve, c'est que les mers et les fleuves croissent mesure

que la Lune augmente, et dcroissent mesure qu'elle diminue que le flux, dans les mers, est en rapport avec la monte de la Lune, et le reflux avec sa descente..., comme cela est clair et vident pour celui qui l'a observ. Que, d'autre part, les rayons du Soleil mettent en mouvement l'lment du feu, c'est ce qui est trs vident, comme tu le vois par la chaleur qui se rpand dans le inonde en prsence du Soleil et par le froid qui prend le dessus aussitt que le Soleil s'loigne d'un endroit ou se drobe lui. C'est trop vident pour qu'on l'expose longuement. Sachant cela, il m'est venu l'ide que, bien que de l'ensemble de ces quatre sphres figures, il mane des forces [qui se rpandent, dans tous les tres qui naissent et dont elles sont les causes, chaque sphre, cependant, peut avoir [sous sa dpendance] l'un des quatre lments; de manire que telle sphre soit le principe de force de tel lment particulier, auquel, par son propre mouvement, elle donne le mouvement de la naissance. Ainsi donc la sphre de la Lune serait ce qui meut l'eau la sphre du Soleil, ce qui meut le feu la sphre des autres plantes, ce qui meut l'air et leurs mouvements multiples, leurs
;

ingalits,

Leurs
les

produisent

marches directes ou rtrogrades, Leurs stations nombreuses configurations de L'air, sa variation et

prompte contraction ou dilatation); enfin La sphre des toiles fivs, ce qui meut La terre; et c'est peut-tre A cause de cela, je \c\\x dire parce que Les toiles fixes ont !< mouvement Lent, que
r.

Voir

Bernhtth rabbA, eM

10 (fol. h. roi. 6)

300
la terre
se

LA COSMOLOGIE HELLENIQUE

meut

difficilement

pour recevoir l'impression

et le

mlange...

De cette manire, donc il se peut que l'ordre [dans l'UniQuatre sphres, quatre lments mus par vers] soit celui-ci elles, quatre forces manes d'elles [et agissant] dans la nature en gnral. Au systme que Mamonide vient d'exposer aboutissent, pour ainsi dire, toutes les ides dont le prsent chapitre nous a retrac le dveloppement.

Nous y

trouvons,

tout

d'abord,

l'affirmation
:

du principe
Les diverses

qu'Aristote avait dj formul avec tant de nettet


parties de l'Univers sont lies entre elles par
ce dterminisme

un dterminisme

rigoureux
clestes.

gnration et de la

soumet entirement le monde de la corruption au gouvernement des circulations


qu'entrane ce principe, la dfi-

Nous y trouvons

le corollaire

nition d'une Science astrologique qui rattache

chaque changement
attri-

accompli ici-bas au mouvement d'un astre dtermin. Nous y voyons le rle prjDondrant que cette Astrologie

bue

la

Lune

dominatrice de l'eau

et

des choses humides, la

Lune les contraint de crotre et de dcrotre avec elle. Les lois des mares prouvent avec vidence la ralit de cette action lunaire et, par l, de toutes les influences manes des corps
clestes.

changements trs lents de la terre sont lis au mouvement presque imperceptible des toiles fixes, dont la rvolution doit mesurer la Grande Anne.
dire, enfin,

Nous entendons

que

les

construire ce systme, tous les disciples de la Philosophie

hellne, Pripatticiens, Stociens, No-platoniciens, ont, tour


tour, contribu
:

ce systme,

Abou Masar

a offert

l'hommage

des Arabes

ce systme, de Philon d'Alexandrie Mamonide, les

plus llustres rabbins l'ont adopt.

Pour le condamner comme une superstition monstrueuse pour le jeter bas, il fallait le Christianisme.

et

FIN

DE LA PREMIRE PARTIE

DEUXIME PARTIE

L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

CHAPITRE PREMIER
LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

LES PRES DE L GLISE ET LA SCIENCE PROFANE. SAINT BASILE,

SAINT

GRGOIRE

DE

NYSSE,

SAINT

JEAN

CHRYSOSTOME,

SAINT

AMBROISE,

SAINT AUGUSTIN

L'uvre apologtique des Pres de l'Eglise les conduisait forcment s'occuper de Physique et d'Astronomie. Entre les enseignements de la Science profane et ceux des Livres saints, des conflits surgissaient, rels ou apparents ne fallait-il pas les trancher ou les faire vanouir? Ne fallait-il pas que le fidle pt, sans en prouver de scandale, comparer ce que la Gense raconte de la cration du Monde avec ce que les astronomes et les physiciens affirmaient de la nature des cieux et des lments? Le dsir de concilier les doctrines purement humaines avec la rvlation divine fit natre ces commentaires sur la Gense, ces crits sur l'uvre des six jours o nous relevons les premires traces de la Science astronomique des Chrtiens. Le premier commentaire qui ait t, dans l'Eglise grecque, compos sur la Gense est, sans doute, celui d'Origne. Quelques fragments de cette uvre nous ont seuls t conservs; l'un d'eux nous a dj donn un tmoignage digne d'attention. N Alexandrie alors que Ptolme vivait peut-tre encore, enseignant auprs de l'Ecole qu'animait la tradition du grand astronome.
;
!

i.

v. Chapitre XII,

III, i.

II,

pp

191-191,

394

L ASTRONOMIE LATINE AU

MOYEN AGE

Origne connaissait les dbats auxquels donnaient lieu les thories relatives au mouvement de prcession du Zodiaque. Si, des

fragments connus de ces Commentaires la Gense, nous voulons conclure l'ensemble de l'ouvrage qui nous demeure inconnu, nous sommes ports croire que l'auteur s'y montrait exacte-

ment inform des doctrines labores par


temps.

les

astronomes de son

Parmi

les

Pres de l'Eglise grecque ou de l'Eglise latine venus


il

commentaires o le rcit de la cration, donn au premier chapitre de la Gense, se trouve confront avec les enseignements de la Philosophie et de la Science profane de ces commentaires, quelques-uns nous sont parvenus dans leur intgrit. Saint Basile (329-379) nous a laiss un crit intitul Aoyo el tt|v E <*'/, fxepov ou bien encore El ttjv Ea7]{[Link] ofxiXai 6'. Cet crit se compose, comme le titre l'indique, de huit homlies, d'une loquence quelque peu pompeuse et diffuse, sur l'uvre des
aprs Origne,
est plusieurs qui ont crit des
; f

en

six jours.

Saint Grgoire de Nysse (vers 330 Saint Basile, a compos


'Ea7)|jipotj.

vers 400),

frre cadet de

un

trait intitul 'AtcoXoyyjtixo rapl ty\

Destin en partie rpondre aux critiques dont les


l'objet, le trait

homlies de Basile avaient t


son frre.

de Grgoire est

la fois plus sobre, plus concis et plus philosophique

que celui de

Non

content d'avoir, dans son crit apologtique, dfendu les

Homlies sur Hexaemeron de Basile, Grgoire a complt l'uvre de son frre en composant un trait spcial sur la cration de

l'homme
cit

ce trait, intitul en grec

Ilepl xaTao-xeuri v9pa>7coi>, est

par

les auteurs latins

du Moyen Age, sous

le titre

De ima-

gine sive creatione hominis.


Saint Ambroise (vers 340-397) nous apporte, son tour, les

Hexaemeron
l'uvre des

libri

sex; ces six livres sont une suite de sermons sur

six jours,
;

que

cathdrale de Milan

grand vque avait prononcs en sa leur caractre d'uvre oratoire les rapprole
;

che des homlies de Saint Basile

l'loquence y nuit souvent la concision et la prcision; les explications allgoriques et les

enseignements moraux y restreignent la place accorde la Philosophie de la Nature et l'Astronomie. D'ailleurs, dans ces Hexaemeron libri sex, une foule de passages sont simplement traduits ou paraphrass des dveloppements que
Saint Basile avait exposs dans ses Homlies. Saint Jean Chrysostome (344-407) a donn soixante-sept

Home-

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

395

lies

sur la Gense, Hspl Tev^soj


Iepl Tevio-sto

[Link]'lai

SZ' et neuf

Sermons sur

la

Dans ces uvres oratoires, le rcit du Livre sacr sert simplement de prtexte des exhortations religieuses et morales parmi lesquelles l'historien de la Physique ne trouve rien glaner. Le bienheureux Thodoret, vque de Cyre, (vers 390-458) a Questions choisies sur les difficults compos un crit intitul de l Ecriture sainte, EU toc arcopoc ttj Os 'la; rpacprj xar' ixkovr^. Touchant la Gense, cet ouvrage, peu original, ne fait gure que rsumer, dans la plupart des cas, des opinions mises par des
Gense,
X6 yo
t.

0'.

Pres plus anciens.

Saint Augustin (354-430), nous devons trois crits spciale l'tude de la Gense

ment consacrs

Le premier se nomme De Genesi contra Manichos lihri II ; l'objet en est purement thologique; il n'y est aucunement question de comparer les enseignements du Livre sacr ceux de la
Philosophie naturelle.
Cette comparaison est, au contraire, l'objet formel

du

livre ina-

imperfectus liber, et qui parat avoir t crit vers 393. Elle joue galement un rle essentiel dans le grand ouvrage en douze livres que l'Evque d'Hippone composa de 401 k 415, et pour lequel il rejrit le De Genesi ad litteram qu'il avait donn son trait titre
titre
lit ter
:

chev qui a pour

De Genesi ad

am

inachev.

En

outre, les Confessions et, surtout, le trait De la

Cite'

de

Dieu, renferment de

expose
jours.
Si

ses

ides

nombreux passages o l'voque d'Hippone cosmologiques ou commente L'uvre dos six

nous cherchions, dans ce que l'uvre des six jours a suggr Saint Basile, Saint Grgoire de Nysse, Saint Ambroise,
et dtaill
-,

Saint Augustin, l'information scientifique prcise

la

curiosit des doctrines astronomiques rcentes, que nous avons pu deviner chez Origne, nous serions cran dment dsappoints. Les Pres de L'Eglise ne semblent nullement se piquer (''une

connaissance minutieuse et approfondie des thories relatives aux lments ou aux corps clestes la science qu'ils supposent chez leurs auditeurs ou leurs lecteurs, celle dont ils paraissent eux
;

mmes

se contenter, se

compose d'un
:

petit

nombre de proposi

tions simples et gnrales

ces propositions sont de celles que Les

discussions entre doctes

peu peu, laiss chapper hors des Ecoles, qui ont pris cours dans la conversation des gens instruits, mais non savants. d<> CftUX qu'au sirle de l/aiis \ Y Ol nommera
<nt,
1
.

396
les

l'astronomie latine au moyen ge

une longue circulation, tous les caractres trop dlicats et trop compliqus de leur forme originelle monnaies devenues frustes par l'usage, qu'on accepte couramment, mais qui laissent peine deviner l'em;

honntes gens

ces propositions ont perdu, par

preinte dont elles ont t frappes.

Que

les

docteurs chrtiens usent seulement de cette science

courante, et non point des doctrines plus exactes et plus hautes

qu'on enseigne dans les Ecoles, cela se conoit sans peine. Leurs crits ne s'adressent pas ceux qui scrutent spcialement ces doctrines, mais la foule des Chrtiens ces Chrtiens, ils ne se
;

proposent pas de

les faire

progresser dans l'tude de la Physique

ou de l'Astronomie, mais dans la voie du salut; ils dlaissent donc tout ce qui serait uniquement destin satisfaire une vaine et profane curiosit. Entendons, d'abord, Saint Basile parlant de l'inutilit des recherches des astronomes L'ampleur mme de leur sagesse profane requerra parfois contre eux une condamnation plus lourde dous, en effet, d'une vue si pntrante pour des vanits, ils sont devenus volontairement aveugles lorsqu'il s'est agi de comprendre la vrit. Ils mesurent les distances des toiles ils dcrivent les toiles arctiques qui brillent sans cesse au-dessus de nos ttes ils disent quelles toiles, situes autour du ple austral, sont visibles ceux
1
:
;

[qui habitent de ce ct de la terre], mais

nous demeurent incon-

dans la zone borale, dans le Zodiaque, ils distinguent des milliers de parties ils observent avec grand soin les rtrogradations, les stations, les dclinaisons et le mouvement de tous les astres par rapport aux repres anims du premier mouvement (em tt [Link]) ; ils dterminent en combien de temps chacun des astres errants accomplit sa rvolution de toutes les ressources de l'invention, une seule leur chappe c'est celle qui dcouvre Dieu, le crateur de l'Univers, le juste juge qui, ceux qui ont vcu, applique la rmunration compensatrice. Ecoutons maintenant Saint Augustin 2 Au sujet du mouvement du ciel, quelques-uns de nos frres posent cette question Se meut-il ou est-il immobile ? S'il se meut, disent-ils, comment peut-il tre le firmament? S'il est immobile, comment les astres qui sont, croit-on, fixs au ciel,
nues
; ;
;
;

J.

Hexaemeron, 4 (S. Basilii Opra omnia accurante Patrologi grc, t. XXIX). ad litteram liber secundus, cap. X De caeli motu S. Aurelii Augustini Opra omnia accurante Migne, tomus III, coll. 271-272; Patrofogi latin tomus XXXIV). apis, i8/ji.
i.

S. Basilii Homilia I in P. Migne, t. I, coll. 11-12 2. S. Augustini De Genesi

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

397

peuvent-ils tourner d'Orient en Occident, en dcrivant des cercles,

d'autant plus petits qu'ils sont plus septentrionaux,

autour du

ple

nous paraisse tourner comme une sphre, si l'on admet, l'oppos l'existence, d'un second ple qui nous est cach, ou comme un disque, si l'on n'admet pas ce second
;

en sorte que

le ciel

ple?

Je leur rponds que ces questions veulent tre traites

l'aide

de raisonnements trs subtils


si

et trs laborieux, afin

qu'on

puisse reconnatre vraiment


telle
;

les choses se passent

ou non de

manire je n'ai pas le temps d'entreprendre et de traiter ces raisonnements et ils ne doivent pas l'avoir non plus, car ce que nous dsirons, c'est qu'ils soient informs en vue de leur salut et de ce qui est ncessaire ou utile l'Eglise. Qu'ils sachent donc seulement ceci Nous ne croyons pas que le nom de firmament il est permis, en effet, de oblige supposer le ciel immobile penser qu'il est appel firmament non pas cause de son immobilit, mais cause de sa fermet, ou bien encore parce qu'il met un terme infranchissable entre les eaux suprieures et les eaux infrieures. D'ailleurs, si la vrit nous persuadait que le ciel est immobile, la circulation des astres ne nous empcherait nullement de comprendre cette immobilit en effet, ceux qui se sont livrs ces recherches trs curieuses et trs oiseuses ont montr que tout ce qui a t remarqu et tudi dans les rvolutions des astres peut se produire par le seul mouvement des astres, sans que le
;
:

meuve. Assurment, Saint Augustin qui crivait ces lignes devait relguer au nombre des recherches trs curieuses et trs oiseuses celle de la rgle par laquelle on peut dterminer un signe abstrait du Zodiaque vrai lorsqu'on a observ un signe concret du Zodiaque sensible il se souciait peu de la Science qui proccupait
ciel se
;

Origne.

Une

autre raison devait inspirer aux Pres de l'Eglise un fort


les thories

cosmologiques des philosophes. Ces thories taient innombrables, et les tenants des diverses
doctrines, Atomistes, Pripatticiens, Stociens, No-platoniciens,
se harcelaient les

mdiocre intrt pour

uns

les

autres de critiques et d'objections, sans

qu'aucune vrit parut dominer, inconteste, cette mle d'opinions contradictoires. Affermis dans leur foi inbranlable au domine chrtien, les docteurs de L'Eglise n'prouvaient sans doute aucun
dsir de prendre parti pour ou contre telle proposition de Ph\
sique, source inpuisable d'&prefl querelles d'Ecole.

Dj, a la parfaite unit de la doctrine enseigne par les Livres

398

l'astronomie latine au moyen ge

saints, Tertullien opposait la multiplicit des opinions divergentes

auxquelles les philosophes taient parvenus, selon lui, en altrant cette doctrine: Aprs avoir trouv Dieu dans nos livres 1
,

ne se sont pas contents, dans leurs discussions, de le prsenter tel qu'il l'avaient trouv ils ont dcouvert sujets contestation dans sa qualit, dans sa nature, dans sa rsidence. Les uns l'ont
ils
;

dclar incorporel et les autres corporel


les Stociens. Epicure le
;

tels les Platoniciens et

compose d'atomes et Pythagore de nombres Heraclite, il a sembl form de feu. Les Platoniciens veulent qu'il prenne soin des choses d'ici-bas; les Epicuriens, au contraire, le prtendent oisif et inactif; dans les choses humaines il n'est, pour ainsi dire, rien du tout. Les Stociens le placent hors du Monde de l'extrieur, il en fait tourner la masse comme le potier tourne sa roue les Platoniciens le mettent dans le Monde semblable un pilote, il demeure l'intrieur de ce qu'il gouverne. Mmes variations au sujet du Monde il a eu naissance ou il n'a pas eu de commencement il doit finir ou bien il doit demeurer jamais. Mmes contestations au sujet de la nature de l'me pour ceux-ci, elle est divine et ternelle pour les autres, elle est voue
; ;

la destruction.

ces innombrables divergences des philosophes, qu'on n'aille

pas comparer les dissensions des sectes diverses que le Christianisme a vu, lui aussi, natre dans son sein. Les Chrtiens possdent un caractre immuable qui leur permet de reconnatre et de
rejeter toute opinion hrtique.

A tous

ceux qui corrompent notre


:

doctrine, nous appliquons sans tarder cette rgle de la vrit


faut qu'elle vienne

Il

du Christ et qu'elle nous ait t transmise par ses compagnons . Par l se maintient, en face de la multiplicit des systmes philosophiques, l'unit du dogme chrtien. Saint Basile laisse transparatre le ddain que lui inspirent les
fatigantes disputes des pdants

coutons-le

C'est

2
,

comme

ils

disent, afin de franchir ces dfils de dduc-

que certains philosophes ont conu une cinquime essence corporelle propre constituer et engendrer le ciel et les toiles ils ont donc rejet les opinions de ceux qui les avaient prcds ils n'ont us que de leurs propres arguments. Mais un autre est venu, plus habile que ces derniers en l'art de persuader il les a attaqus il a rfut et dissous leurs arguments, et il a apport
tions,
;
;
; ;

Quinti Septimi Flrentis Tertulliani Apologeticus adversus gnies, cap.

XLVII.
2. S. Basilii In Hexaemeron homilial, n [S. Basilh Opra omnia accurante Migne, tomus primus (Patrologi grcec tomus XXIX) coll. 27-28].

LA COSMOLOGIE DES PKES DE L GLISE

399

une opinion particulire


tions de traiter ici

de son fonds. Si nous tende ces questions, nous tomberions dans les
qu'il avait tire

mmes

balivernes que ces gens-l. Laissons-les donc se ruiner et

se rfuter les

uns les autres... Ailleurs, propos des discussions auxquelles se livrent les
1

philosophes touchant le nombre des mondes possibles, l'Evque de Csare crit


:

Nous prions

les sages d'entre les

Grecs de ne point se moquer

de nous tant qu'ils ne se sont pas mis d'accord. Que personne, crit encore Saint Basile 1 n'aille comparer la simplicit et la navet de nos discours spirituels avec la curiosit
,

de ceux qui ont philosoph au sujet des cieux. Autant la beaut de la femme chaste surpasse celle de la courtisane, autant nos discours l'emportent sur ceux de ces hommes trangers [ l'Eglise].
Ceux-ci tentent de confrer leurs avis une probabilit qu'ils ont

dans ceux-l, la vrit est prsente toute nue et dpouille d'artifices. Mais pourquoi nous fatiguerions-nous rfuter tous leurs mensonges? Ne nous suffit-il pas de mettre leurs livres aux prises les uns avec les autres, et, assis en un repos parfait, de demeurer spectateurs de la bataille qui se livre entre

pniblement arrache

eux? Ce contraste entre les innombrables dsaccords des philosophes et l'harmonieux accord des auteurs sacrs, Saint Augustin, son tour, nous en donne une vive peinture 3 Les philosophes ne semblent avoir pein dans leurs tudes qu'en vue de dcouvrir comment il convenait de vivre afin d'atteindre au bonheur. D'o vient donc que les disciples aient t en dsaccord avec leurs maitres et que les disciples d'un mme matre se soient spars les uns des autres, si ce n'est par ce qu'ils se sont enquis de cette question la seule aide des sens humains et des raisonnements humains ?... Au contraire, ceux de nos auteurs
:

dont les crits sont regards ajuste titre comme constituant, d'une manire fixe et dtermine, le canon des Lettres sacres ne prsentent aucun dissentiment...

Mais en cette Cit qui adore les dmons, l'auteur d'une secte
fut-il

quelconque
les autres

jamais approuv

tel

point qu'on rejett tous

auteurs qui avaient profess des sentiments diffrents

et contraires? Ya-t-on pas vu tleurir

d'une part, les


i.

simultanment dans Athnes, Epicuriens, au gr desquels les choses humaines


,

S. Hasilu In //cjcaenieron hornilia III, 3; d cit. coll. 57-68. S. Basilii Op. luud., 8 d cit., 73-743. S. Aurclii AUGL8TIM De civitate Dti lib. XVIII, cap. XU.
2.
;
.

400

l'astronomie LATLNE AL MOYEN AGE


et,

ne regardaient pas les dieux

d'autre part, les Stociens qui pen-

saient le contraire et prtendaient

dmontrer que ces mmes choses

sont diriges et soutenues par l'aide et la tutelle des dieux?...

On

voyait chacun des philosophes lutter au grand jour, au

milieu d'une foule d'auditeurs, en faveur de sa propre opinion,

qui sous un portique monumental et fameux, qui dans des gymnases, dans des jardins, en des lieux publics ou privs. Les uns
assuraient que le
sont
pris

monde est unique, les autres que les mondes innombrables ce monde unique, les uns voulaient qu'il et naissance, les autres qu'il n'et point de commencement
;

les uns prtendaient qu'il devait

finir,

les autres qu'il durerait

par une intelligence divine, les autres par le sort et les hasards pour ceux-ci, nos mes sont immortelles, pour ceux-l, elles sont mortelles parmi ceux qui les croient immortelles, les uns pensent qu'elles retournent au sein des animaux et les autres ne le pensent pas parmi ceux qui les croient mortelles, les uns veulent qu'elles meurent aussitt aprs la mort du corps, les autres veulent qu'elles lui survivent plus ou moins longtemps mais qu'elles ne demeurent pas toujours certains mettent le souverain bien dans le corps, d'autres dans l'me, d'autres la fois dans le corps et dans l'me, d'autres encore adjoignent au corps et l'me des biens extrieurs certains croient qu'il faut toujours accorder confiance aux sens corporels, d'autres qu'il ne faut pas toujours la leur accorder, d'autres, enfin, qu'il ne s'y faut jamais fier. Ces opinions divergentes entre les philosophes, et d'autres, qui sont innombrables, y eut-il jamais, dans la Cit impie, un peuple, un snat, une puissance ou une magistrature publique qui ait eu charge de dcider entre elles, d'approuver et de recevoir les unes, de condamner et de rejeter les autres? Cette Cit n'a-t-elle point gard dans son sein, sans porter sur elles aucun jugement, dans le dsordre et la confusion, toutes les controverses de ces hommes qui ne disputaient ni de champs ni de maisons ni de rien qui s'valut en argent, mais qui disputaient de ce qui fait la vie heureuse ou malheureuse? Alors mme qu'en ces controverses quelque vrit tait
toujours
;

les

uns croient

qu'il est

m
;

formule, l'erreur s'y affirmait avec la


n'est

mme

libert.

Certes, ce

pas sans raison que cette Cit a reu le nom symbolique de Babylone car Babylone, nous l'avons dit, signifie confusion. Au Diable, roi de cette Cit, il importe peu que tous ces gens bataillent entre eux coups d'erreurs opposes les unes aux autres; leur impit a beau prendre des formes multiples et varies elle les met tous galement en sa possession.
; ;

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L GLISE


S'toniiera-t-on

401

que

les docteurs chrtiens aient fui la confusion

intellectuelle de cette Babel diabolique

Cit

pour se rfugier dans la de Dieu, o une autorit suprme maintenait, entre les

esprits,

un accord

parfait

La Physique, o chacune des propositions soutenues par une


Ecole tait aussitt rfute par l'Ecole adverse, ne montrait aux

Pres de l'Eglise aucune marque reconnaissable de vrit. Peut-

en Taccord des divers astronomes au sujet de certaines lois, en la concordance de ces lois avec les observations, eussent-ils trouv la preuve que la Science des astres mritait plus de confiance que la Philosophie; Saint Augustin, en particulier, a reconnu cette certitude plus grande de la Science astronomique. J'avais lu, dit-il plusieurs livres des philosophes et avais fort bien retenu leurs maximes; j'en confrais quelques-unes avec ces fables des Manichens, et je trouvais beaucoup moins de vraisemblance ces fables et plus de probabilit dans ces opinions des philosophes, dont l'esprit a bien pu connatre les secrets de
tre
1

la iSature,

mais non en trouver

le

Seigneur

et le Crateur...

Vous

ne vous laissez point trouver par les superbes,


et les grains
ciel et

quoique leur

curieuse et vaine science les rende capables de compter les toiles

de sable de la mer, de mesurer les vastes rgions du


l'es;

de dcouvrir les routes des astres.


ils

Car

cherchent ces choses par la lumire naturelle de

que vous leur avez donn, et trouvent beaucoup de secrets ils prdisent plusieurs annes auparavant les clipses du Soleil et de la Lune ils en marquent le jour, l'heure et la grandeur et les ils en ont mme crit des rgles eilts suivent leurs prdictions qui se lisent encore aujourd'hui, par lesquelles on prvoit en quelle anne, en quel mois de l'anne, en quel jour du mois, quelle heure du jour, et en quelle partie de leur lumire le Soleil et la Lune doivent s'clipser et ce qu'on a prvu arrive toujours,
prit
;

et ita fit ut prnutitiatur.

Saint Augustin
cette

comprend quelle forte marque de exacte concordance des phnomnes clestes avec
Il

vrit est
les prvi-

sions drs astronomes.

croit

si

bien la certitude de la Science

profane lorsqu'elle

a t ainsi

confirme, qu'il la prend, son tour,


doctrines philosophiques ou Iho
:

comme moyen

de confondre
1
,

les

logiques errones, celles des Manichens par exemple


J'avais, dil
il

retenu beaucoup

<!'

choses vritables que


j'en

philosophes ont dites des cratures;


i.
i.

el

comme
III

comprenais
<l

La

v Saint Ai;(,i;s7i\, ( onj''fssinns, \, Sain! iuoosnif (oc. rit, Lrad, la ud.


I i
.

rli.

(trnd.

d'Arnaud

n<l illy).

DUHEM.

T.

II.

402

l'astronomie latine AU MOYEN AGE

raison par la supputation et l'ordre des temps, et par les visibles

rvolutions 1 des astres, je les confrais avec les discours de Mani-

che qui, ayant beaucoup crit ce sujet, s'est montr fort fcond en rveries, et je ne trouvais pas dans ces fables les raisons des
solstices,

des quinoxes et des clipses, ni de tout le reste de ce

du cours des astres dans les livres de ces philosophes paens. On me voulait nanmoins obliger d'y ajouter foi, bien qu'il n'y et aucun rapport avec cette connaissance que j'en avais acquise, tant par les rgles de mathmatique que par mes yeux propres, mais qu'au contraire il y et une difque
j'avais appris de la nature et

frence merveilleuse.

Mais 2 qui obligeait Maniche de nous faire dans ses livres de si longs discours des astres, dont la connaissance n'est point ncessaire pour tre instruit dans la pit ? Car puisque vous avez daign apprendre aux hommes dans nos Ecritures que la pit est la vraie sagesse , quand il aurait eu une connaissance parfaite des astres, ce n'aurait pas t une preuve qu'il possdt cette vraie sagesse mais c'est une preuve irrfutable qu'il ne la possdait pas que, ne connaissant rien dans cette science de la nature, Dixisti enim il ait la hardiesse d'enseigner ce qu'il ignorait. homini : Ecce pietas et sapienlia ; quarn ille ignorare posset, etiarn si ista perfecte nosset ; ista vero quia non noverat, impu;

dentissime audens docere, prorsus illam nosse non posset...

ciel,

Ainsi lorsque l'on dcouvre ses faussets en ce qu'il dit du

quoique cela ne regarde point la religion, on ne laisse pas nanmoins de connatre manifestement que la hardiesse avec laquelle il a crit puisque, outre qu'il ignore ce dont il parle et tait sacrilge tombe dans des erreurs et des faussets grossires, il en parle avec une si haute prsomption et un orgueil si insupportable, qu'il veut qu'on ajoute crance tout ce qu'il dit comme des discours qui procdent d'une personne divine. Mais si la concordance prcise entre les prvisions de ses calculs et les rsultats de l' observation tait de nature recommander l'Astronomie auprs des Pres de FEglise, cette science, leurs yeux, tait irrmdiablement compromise par son alliance
;

des toiles et du

mouvement du

Soleil et de la Lune,

avec l'Astrologie.

Aux

sicles

o crivent

les Saint Basile et les Saint Grgoire

de

Nysse, les Saint Ambroise et les


n'est plus
i.

Saint Augustin, l'Astrologie


;

seulement
:

l'allie

de F Astronomie

elle la

domine.

2.

Saint Augustin dit Les tmoignages visibles, visibiles attestationes Saint Augustin, Op. laud., livre V, ch. V.

LA.

COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE


1

403

Aprs Ptolme, crit Paul Tannery le but entrevu parles Grecs s'obscurcit pour de longs sicles la Science est comme puise par l'effort dploy d'Eudoxe Hipparque, et cependant l'Astrologie judiciaire, rajeunie et transforme, reprend l'hritage agrandi. Elle s'est mise l'cole des mathmaticiens alexandrins, elle sait mettre dsormais quelque prcision au calcul d'un thme gnthliaque l'Astronomie ne doit plus tre que son hum
,
;

ble servante, et elle lui rclamera des lments et des procds de

plus en plus exacts. Dj Ptolme, malgr ses professions de


foi

philosophiques,

verse dans l'Astrologie,

et les crits

qu'il

consacre aux pratiques judiciaires vont jouer un rle comparable


celui de la Syntaxe. Jusqu' la Renaissance, Byzantins, Arabes,

Occidentaux pourront, dans leurs crits, se poser, son exemple, en fidles de la Science pure, mais en ralit ils n'auront
tudi l'Astronomie que parce quelle est ncessaire l'astro-

logue.

croyance la puissance divine des toiles, dit M. Emile Brhier 2 taient assez nouvellement importes de la Babylonie en Grce lorsque le Stoles
et la
,

La prdiction par

horoscopes

cisme parut, mais, ds ce moment, elles font fureur on les trouve des coles particusur tous les points du inonde hellnistique
;

lires d'Astrologie se

fondent en Egypte qui, bientt, se donnent


celles

pour plus antiques que


drie, ont

de Ch aide. Les penseurs juifs


et ils

teints d'hellnisme, l'auteur

de la Sapience, Philon d'Alexanl'Astrologie


;

un got marqu pour


qu'il

en sont moins

choqus

ne conviendrait des monothistes

juifs.

Pour

les Stociens,
ils

ceptions prs,

avec quelle faveur, trs peu d'exl'accueillirent. Non seulement ils en firent, avec
sait

on

toutes les autres espces de divinations, une preuve en faveur de


l'existence

d'une destine inflexible


fut sans

l'Astrologie
firent

spcialement, doute pour beaucoup dans l'ide qu'ils se


;

mais,

plus

des corps clestes...


4

Philon d'Alexandrie, qui connat bien les astrologues de son Ils font corresponpoque, leur prte des penses stociennes dre les choses terrestres celles d'en haut et les choses cleste*
:

celles de la terre

ils

montrent

comme

des accords musicaux

dans l'harmonieux concert de l'Univers produit par la coimminion et la sympathie des parties les unes avec les antres ... Ils
Paul Tannlry, Herherches sur l'histoire de /' As/ronomie ancienne, Paria Bordeaux, i8p,3, pp. 280-281. 2. Kmilk IinKHiKH, La Cosmologie stocienne lajin <lu Paganisme [ftevae H). l'histoire fies relitj ions ,3** anne, t. LXIII, 1911, ||. tome II, p. a<D&\ 3. Voir Premire partie, Ch, XIH, g VI
i.
'.'>

et
lit

404

l'astronomie latine AU MOYEN AGE

supposent que ce monde visible est la seule ralit, qu'il soit lui-mme Dieu, ou qu'il contienne un Dieu, l'Ame du tout. Ils
divinisent
la

Destine et

la
il

Ncessit

ils

enseignent qu'en
et

dehors des choses visibles,

n'y a absolument pas de causes,


Soleil,

que

se sont les priodes

du

de la Lune

des autres

astres qui partagent entre les tres les biens et les


C'est dire

maux.

...

dont on pourrait multiplier les exemples, parait cette poque une des faons les plus naturelles de se reprsenter la Destine inflexible laquelle sont
le fatalisme astrologique,

que

soumis tous

les tres

faon d'un ractif,


logie stocienne.

humains. L'Astrologie fixe sur elle, la tout ce qu'il y a de fataliste dans la Cosmo-

dont jouissaient les astrologues auprs de ceux qui n'taient pas chrtiens, Saint Augustin nous est tmoin; il nous apprend qu'avant sa conversion, il ne cessait point de les
la faveur
1

De

consulter pour

acqurir, par

leur moyen, la connaissance des

choses venir
Or,

comment

les

Pres de l'glise n'eussent-ils pas prouv

d'horreur pour cette doctrine qui soumet tous les actes humains
l'empire inflexible des rvolutions astrales, qui, partant, nie le
libre arbitre,

fondement de toute responsabilit

?
,

La vritable

pit chrtienne, poursuit Saint Augustin 2

con-

Car l'homme est oblig, Seigneur, de vous confesser ses fautes et de vous dire Ayez piti de moi, et ne me refusez pas de gurir mon me qui est devenue malade par le pch . 11 ne doit pas abuser de votre bont pour se porter, par la confiance qu'il a en votre misricorde, une plus grande
cette science.
:

damne

libert de faire le mal,


:

mais se souvenir de cette parole du Sauveur Maintenant que vous tes guri, gardez-vous de pcher de nouveau, de peur qu'il ne vous arrive pis . Or ces astrologues s'efforcent de dtruire une doctrine si sainte lorsqu'ils Il y a dans le ciel une cause invitable qui fait pcher disent c'est Vnus, Saturne ou Mars qui vous ont fait faire telle ou telle action, voulant ainsi que l'homme, qui n'est que chair et que sang, et une pourriture pleine d'orgueil, soit exempt de toute
:

faute

voulant que toute faute soit rejete sur Celui qui a cr les

cicux et les astres et qui rgle tous leurs

mouvements.

Tandis, donc, que les philosophiez stociennes et no-platoni-

ciennes lient intimement leurs principes ceux de l'Astrologie, le


Saint Augustin, Confessions, liv. IV, ch. III. Saint Augustin, loc. cit. (trad. d'Arnaud d'Andilly).

i.

2.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L 'GLISE

405

Christianisme dclare une guerre acharne ceux qui, par l'exa-

men des astres, prtendent annoncer Au quatrime jour de la cration,


ciel afin qu'ils

l'avenir.

Dieu met les astres dans le

servent de signes

Philon d'Alexandrie n'avait

pas manqu d'interprter ces paroles de la Gense dans un sens favorable l'Astrologie '. Aucun pre de l'Eglise, au contraire, en commentant ce verset, ne manquera de mettre les fidles en garde contre une semblable interprtation. Ceux qui transgressent les bornes de la vrit, crit Saint Qu'ils servent de signes , la Basile 2 tirent de cette phrase dfense de l'art gnthliaque. Ils disent que notre vie dpend du mouvement des corps clestes ils disent que les vnements qui nous adviennent sont produits par les astres, conformment aux qu'ils servent de signes , indications des Chaldens; ces mots ils ne les entendent ni de la distinction des priodes du temps ni du changement d'tat de l'atmosphre, mais du sort de notre vie,
, :
;

selon l'opinion des Chaldens.

Contre la prtention des astrologues de prdire la fortune qui


attend un nouveau-n d'aprs la disposition des astres l'heure

monde, Saint Basile entame une discussion dont, tout l'heure, nous dirons un mot. Puis il poursuit en ces termes 3
o
il

vient au

Mais de cela, ces gens ne se contentent point. Ce dont la volont de chacun de nous est matresse> j'entends la pratique du vice ou de la vertu, ils en veulent galement attribuer les causes

aux astres. Se donner la peine de

mais toutefois, comme beaucoup demeurent sans souci [des dangers d'une telle opinion], il est ncessaire de ne la point passer
les contredire est ridicule
;

sous silence.

Saint Basile, alors,

numre

les

consquences d'un
la

toi

fata-

lisme

Si les

principes des actes conformes

ci

malice ou

la

vertu

ne font pas partie de ce qui est en notre pouvoir, s'ils sit qui drivent de notre naissance, quoi bon les lgislateurs) qui nous marquent ce que nous devons faire ou ce que nous devons viter? A quoi bon les juges qui font honneur La vertu et honte au vice?... Quant aux grandes esprances des Chrtiens, Iles s'en \<>nf
sont ncesVid supra, p. 3 G. Basiui /forni/id Vf in Hejxtemeron, r> [s. Basiui Opra onwia occumil. 127-1 pante J. F. Migne, t. I [PatrologicB TOBC, t. \.\l\ 3. S. Basiui Op. aua 7; d. cit., i. rit., coll. i3i-i34<
i
.

2.

S.

406
et disparaissent

l'astronomie latine au MOYEN AGE


la justice

n'attend plus de rcompense ni le

pch de punition, puisque rien n'est accompli par le libre arbitre humain. L o la ncessit et la destine sont matresses, il n'y a plus aucune place pour le mrite, qui est l'objet propre de tout jugement. Saint Ambroise emprunte Saint Basile la plupart des traits dont il accable les Chaldens, les mathmaticiens . Assurment, tous les Pres de l'Eglise pensent ce que Saint Augustin exprime si clairement Tout horoscope est une duperie s'il lui arrive de rencontrer juste, c'est par hasard 2 moins qu'il n'ait t inspir par quelque esprit malin menteurs ou interprtes du dmon, les astrologues, que nul ne sait distinguer des astronomes, ne doivent inspirer que mfiance aux Chrtiens. Le bon chrtien, dit Saint Augustin doit donc se garder des mathmaticiens et de tous ceux qui se livrent aux divinations impies, surtout lorsque leurs prdictions sont vritables, de peur que ces gens, d'accord avec les dmons, ne trompent son esprit et n'enlacent sa personne dans les filets d'un pacte de socit dia1 :

bolique.
Si

grande, cependant, tait la sduction de l'Astrologie que les

vques chrtiens eux-mmes ne savaient pas toujours s'en garder


entirement.
Plusieurs pres de l'Eglise, nous le verrons, accordent la

Lune non seulement

la direction

des mares, mais encore la

domination sur l'eau et les choses humides, partant les actions mtorologiques et physiologiques que les astrologues lui attribuaient.

ne pouvait prendre ombrage. Mais Thodoret va plus loin. A propos des mots de la Gense : Que les astres servent de signes il commence 4 par condamner
cela,
il

De

est vrai, leur foi

la sottise des gnthliaques

mais, tout aussitt,


ils

il

ajoute

L'Ecriture les appelle des signes, car

nous font connatre

le

temps propice aux semailles ou aux plantations, le moment opportun pour prendre mdecine, pour couper les bois destins la construction des navires et des maisons. Les marins savent voir, par ces signes, quand il convient de mettre flot leur bari.

Ambrosii Hexaemeron lib. IV, cap. IV [S. Ambrosii Opra accurante t. I, pars I {Patrologi Latin t. XIV), coll. 192-197]. 2. Saint Augustin, Confessions, liv. IV, ch. III. ?>. S Augustini De Genesi ad litteram liber secandus, cap. XVII, 37 [S. Aurelii Augustixi Opra omnia accurante Mig-ne, tomus tertius, pars prior [Patrologi latin tomus XXXIV) col. 279]. 4. Theodoreti In loca difficilia Scriptur sacr qustiones select. In Genesin interrog-atio XV [Theodoreti Opra omnia, accurante J. P. Mig-ne, t. I (Patrologi grc t. LXXX), coll. 95-96].
S.
J. P. Mig-ne,

LA COSMOLOGIE DES PRES DE l'GLISE

407
ils

que, et quand

il

convient de la hler sur le rivage;

savent

Nous-mmes, en voyant une comte ou toile chevelue, ou bien un parhlie, nous prvoyons soit une incursion des ennemis, soit une invasion de sauterelles, soit une grande mortalit des bestiaux ou des hommes. Thodoret, videmment, accorde l'Astrologie tout ce que la foi ne le contraint pas strictement de refuser. Saint Augustin, nous le verrons, se montrait moins large l'gard de la Science des
il

quand

faut larguer la voile

ou

la carguer...

Chaldens.

peu soucieux de pntrer dans le dtail des recherches des astronomes, TEvque d'Hippone et avec lui, sans doute,
D'ailleurs,

de l'Eglise, ne savaient pas sparer, d'une manire prcise, les hypothses des physiciens des superstitions des astrologues les premires se trouvaient confondues dans la
la plupart des docteurs
;

rprobation qui frappait les secondes.


Saint Augustin, par exemple, vient de rappeler
tains

comment

cer-

astronomes expliquent la rtrogradation des plantes inf-

rieures par une attraction que les rayons

du

Soleil exerceraient

sur ces plantes.

Il

ajoute tout aussitt

1 :

Mais, peut-tre, tout le


lente de

monde

n'accordera-t-il pas que la

marche rtrograde ou
Soleil
;

ces plantes soit due l'action

du
Il

peut-tre Fattribuera-

t-on des causes plus caches.


feste

est certain toutefois, et

mani-

par la lecture de leurs livres, que ces gens, dans les lucubrations dlirantes par lesquelles, hors de toute vrit, ils prtendent conjecturer le pouvoir des sorts, attribuent au Soleil la
principale puissance.

Mais qu'ils disent tout ce qu'ils voudront du ciel, ceux qui ignorent le Pre qui est aux cieux. Pour nous, nous livrer de plus subtiles recherches sur les grandeurs des astres et les inter

valles qui nous en sparent,

employer
et

rclament des sujets meilleurs


parait ni utile ni convenable.

temps que plus importants, cela ne nous


cette tude le

Ne cherchons donc

pas, dans les crits des Pres de l'Eglise, les

traces d'une Science bien minutieuse et bien raffine; ces traces,

noua sommes assurs de ne les y point trouver. Ne ngligeons pas, cependant, le peu qu'ils ont
sique
ei

dit

de

La

Phypre-

de

astronomie.
ce sujet

Tout d'abord, leurs enseignements

sont

le

germe

i.

S. .\i(,i>TiM h*-

Gtnii

<>il

litteram liber eetutdut

(-.-p.

XVI, 33-34; d.

rit

..

roi

777

408

l'astronomie latine AU MOYEN AGE

micr partir duquel va se dvelopper, lentement et graduellement, la Cosmologie du Moyen Age chrtien. Mais aussi, et surtout, au nom de la doctrine chrtienne, les Pres de l'Eglise frappent les philosophies paennes en des points que nous jugeons, aujourd'hui, plus mtaphysiques que physiques, mais o se trouvent les pierres d'angle de la Physique antique telle la thorie de la matire premire ternelle telle la croyance la domination des astres sur les choses sublunaires, la vie priodique du Monde rythme par la Grande Anne. En ruinant, par ces attaques, les Cosmologies du Pripattisme, du Stocisme et du No-platonisme, les Pres de l'Eglise font place nette la Science moderne.
; ;

II

LE PLATONISME DES PRES DE L'GLISE ET, PARTICULIREMENT,

DE SAINT AUGUSTIN

Saint Basile ou Saint Ambroise ne philosophaient gure

Saint

Jean Chrysostome philosophait moins encore


quelle cole philosophique
oiseuse.
ils

demander, donc,

appartenaient serait poser question

A proprement

parler, cette question ne se peut poser d'aucun


;

Pre de l'Eglise grecque ou de l'Eglise latine


l'Eglise et n'appartient qu' elle
cole philosophique
l'aide
; ;

un Pre appartient
dans aucune

il

n'est enrl

s'il

lui

arrive d'accepter

momentanment

qu'en une question particulire, lui apporte une doctrine

profane, c'est la condition de rompre avec cette doctrine ds


qu'elle aura cess d'tre,

pour

lui,

une

auxiliaire.

Ce n'est jamais

aux enseignements, divers et contests, de la Philosophie qu'il appuie sa confiance. Pour consoler sa sur Macrine de la mort de leur illustre frre Basile, Grgoire de Nysse compose un dialogue o Macrine et lui dissertent de la spiritualit et de l'immortalit de l'me. Il remarque l'incertitude sur l'tat de l'me aprs que, en ce dialogue la mort engendre, de part et d'autre des opinions quivalentes. A beaucoup, c'est ceci qui semble la vrit beaucoup d'autres, c'est le contraire. Il est, parmi les Grecs, des gens que leur pbiloso1
,

i. S Gregorii Nysseni De anima et resurrectione dialogus [S. Gregorii Nysseni Opra, accurante J. P. Mig-ne, t. III [Patrologi grc, t. XLVI),

coll. 17-18].

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

409

phie

fait tenir

en haute estime qui ont opin en faveur de cette

incertitude et qui l'ont proclame.

Ce n'est donc pas la Philosophie, dont les thses discordantes sont tout au plus bonnes engendrer le scepticisme, que Grgoire de Nysse demandera, au sujet de l'immortalit de l'me, les certitudes dont il a besoin. Il est bien clair, cependant, que les diverses coles profanes ne laisseront pas sa raison dans une complte
indiffrence.
11

en

est qui, sur leurs doctrines, attireront plus for-

tement les condamnations de l'vque, tandis que d'autres lui sembleront professer des enseignements moins opposs au dogme catholique. Ainsi voyons-nous que l'Epicurisme et le Stocisme lui rpugnent par leur matrialisme au contraire, le Platonisme, sans recevoir de sa bouche aucun aveu formel, dirige bien souvent les dmarches de son esprit. Ce Platonisme latent de Saint Grgoire de Nysse explique une mprise par laquelle son uvre s'est trouve longtemps enrichie d'un trait qu'il n'avait pas crit. A Strasbourg, chez Schurer, en 1512; Paris, en 1513; Ble, en 1521, fut imprim un trait intitul De homine, anima, dmentis, viribus animas, que Jean Gonon de Nuremberg avait mis en latin et dont le texte grec tait attribu Grgoire de Nysse. Sous ce titre Philosophi libri octo, le mme trait fut compris dans certaines ditions latines des uvres de Grgoire de Nysse, dans celle, notamment, qui fut donne, Baie, en 1562. Cet crit, faussement attribu au frre de Saint Basile, tait d, en ralit, Nmsius, qui vivait la fin du iv e sicle et au commencement du v e sicle, et qui fut vque d'Emse en Syrie. L'auteur de ce trait l'avait intitul Iepl avOpcoTtou. Sous le nom de Nmsius et sous le titre De homine, il fut publi Anvers, en 1565, avec une version latine de Nie. Ellebodius Casellianus. Le Depl vOpto-o'j est un livre dont l'orthodoxie est irrprochable il pouvait, sans invraisemblance, tre attribu un Pre de l'Eglise. Cependant, l'influence no-platonicienne y est vidente
' ;

avoue. Plotin y est cit ds les premires lignes 2 Plus loin, aprs avoir numr les diverses sectes qui professent, au sujet
et
.

de l'Ame,

dfl

opinions matrialistes, Nmsius crit 3


il

Contre
Lr n'--

tous criix qui affirment que L'me est un corps,


I.

suffit,

en

Saint GfttOOIItl DR NtMC, Op. hiiul. d. rit., coll. j\Nkmesii epitCOpi Km es.*: Dr nutuni homini <'.'[> [SS. PaTMJM .Kdvi'TioH!\i Opra nrnrtif/ Astkhii Amasem. NlMMIl EmI I'[Link] CaRPASII, PpCedUfU mm, IIikronymi (in ki Seripta quet tupertwii, Accurante Migne (Patroloj grecc t. XL), coll. 5o3-6a4T< r.i|i, II; d. cit., coll. f)3 --!">.''> K. S. Nmsius d'Kmor. Op. laud
:

y.

410
rai,

l'astronomie latine AU MOYEN AGE

de rapporter ce qu'a

dit

Ammonius,

le

matre de Plotin et

du pythagoricien Numnius

. 11 est,

d'ailleurs, inutile

de multide la

plier les citations. C'est trs juste titre

que

les historiens
illustre

Philosophie regardent l'Evque d'mse

comme un

mem-

bre de l'Ecole no-platonicienne.


S'il est

un Pre de Y Eglise qu'on puisse

taxer de Platonisme,

assurment le plus philosophe d'entre eux, c'est Saint Augustin. N'entendons-nous pas, dans la Cit de Dieu, l'Evque ce grand d'Hippone citer maintes fois Plotin, qu'il appelle 1
c'est
:

platonicien,

ille

magrms platonicus ?
d'ailleurs,

que Saint Augustin fait allusion une thorie de Physique, c'est une thorie de Physique platonicienne qu'il a en vue, et nullement une thorie de Physique pripatticienne. Il rapporte 2 cet enseignement des Platoniciens La terre est le premier des corps que l'on rencontre en montant; le second est l'eau, qui vient au-dessus de la terre; le troisime est l'air, qui se trouve au-dessus de l'eau le quatrime, au-dessus de l'air, est le ciel . Cet enseignement, il semble le regarder comme universellement reu il ne parat pas songer que les Aristotliciens n'identifient pas le ciel au quatrime lment, qu'ils en font une cinquime essence. Il y a plus Saint Augustin ignore si bien l'opinion que professent les Pripatticiens ce sujet qu'il leur en prte cette pense sans aucun rapport avec leur doctrine De mme qu'en montant, on rencontre la terre en premier lieu, l'eau en second lieu, l'air en troisime lieu, et le ciel en quatrime lieu, la nature de l'me est au-dessus de tout cela. Aristote, en effet, dit que l'me est un cinquime
Toutes les
fois,
:

corps {Nain et Aristoteles quintum corpus eam dixit

esse), et

Platon

enseigne qu'elle n'est pas un corps. Si elle tait un cinquime


corps, elle se trouverait assurment au-dessus des autres
;

mais

pas un corps, elle est, plus forte raison, au-dessus de tous les corps Ignorant la Physique aristotlicienne, l'Evque d'Hippone est rempli d'admiration pour la Physique des Platoniciens, de ces philosophes 3 que nous voyons la gloire et la renomme mettre
elle

comme

n'est

juste titre au-dessus des autres

Cette prfrence accorde par Saint Augustin

la Physique

platonicienne mrite d'tre signale d'une manire toute particulire


i.

par

l'historien des

doctrines cosmologiques, car elle a

2. S. 3.

De Civitate Dei lib. X, cap. II. Aurelii Augustini Op. laud., lib XXII, cap. XI. S. Aurelii Augustini Op. laud., lib. VIII, cap. VI.
S. Aurelii Augustini

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

411

exerc une trs grande influence sur la Science du


chrtien.

Moyen Age
ce que

En

effet,

lorsque la Chrtient latine voudra

s'initier

l'Antiquit pensait

du monde

visible, elle puisera

de sources. Dune part, elle lira ont crits en latin d autre part, elle tudiera les Pres de l'Eglise
;

deux sortes des ouvrages que les Paens

ou, plutt,

le seul

Pre qui

n'ait

point ddaign et pass sous

silence les doctrines de la Science profane, Saint Augustin. Or, les

auteurs latins du Paganisme qui seront lus avec le plus d'avidit

dans les coles latines du haut Moyen Age, seront Chalcidius, Martianus Capella et Mac robe tous trois, ils enseigneront aux Chrtiens une Cosmologie no-platonicienne. Ce sera encore cette Cosmologie no-platonicienne que rvleront les divers ouvrages
;

de Saint Augustin. Ainsi, jusqu'au milieu du xn e

sicle, les

Ecoles

de la Chrtient latine, rompues la Dialectique par l'tude de YOrganon d'Aristote, ignoreront peu prs tout de la Physique

du

Stagirite; la connaissance

du monde sensible que

la Science

antique leur aura rvle se rduira sensiblement ce qu'ont

commentateurs. De la prfrence qu'il accorde au No-platonisme sur tout autre systme philosophique, Saint Augustin, dans la Cit de Dieu, nous fait connatre les raisons. Citons, tout d'abord, celle qu'il invoque en dernier lieu J'aime mieux, dit-il discuter avec les Platoniciens, parce que leurs crits sont plus connus. Les Grecs, dont la langue a la prminence parmi les Gentils, les ont rendus clbres en leur donnant une grande publicit; quant aux Latins, vivement
enseign
le

Time

et ses

frapps de l'excellence ou de la gloire de ces


ont tudis plus volontiers que les autres,
ils

crits,

ils

les

les

ont traduits
et la

en notre langue
larit.

et,

par

l, ils

en ont accru l'clat en

popule

Nombre de
Pripattisme
le

doctrines
n'taient

philosophiques
accessibles

et,

particulier,

qu'

ceux
qu'ils

qui

entendaient
le

Grec,

soit

qu'ils vcussent

dans une contre o


soit

Langage
tudi

des
cette

Hellnes tait d'usage courant,

eussent

langue des beaux esprits. Parmi les habitants inoins cultivs du monde Latin, ces doctrines demeuraient inconnues; en particulier, les Chrtiens des terres occidentales de L'Empire [l'avaient, pour ainsi dire, aucune ide de L'Aristotlisme. De
cette ignorance, on pourrait trouver

nombre de preuves. Lorsque


X.

I.

S. [Link] [Link]

Op.

/rrurf.

>

VIII, CAD,

412
Tertullien

l'astronomie latine AU MOYEN AGE

de la Sagesse antique il cite Platoniciens et Stociens, Epicuriens et Pythagoriciens, mais le nom des Aristotliciens ne se rencontre pas sous sa
les sectes divergentes
1

numre

plume.

du Pripattisme comme d'une philosophie entirement dmode de son temps Ce n'est pas 2 sans raison, dit-il que j'ai choisi les Platoniciens pour discuter
Saint Augustin, d'ailleurs, parle
: ,

avec eux... Je les

ai

particulirement choisis parce qu'ils ont jug,

du Dieu unique qui a cr le ciel et la terre et c'est pourquoi on les tient pour plus illustres et plus glorieux que tous les autres. Voici qui montre de quelle prfmieux que tous
;

les autres,

rence la postrit les a jugs dignes


ton, tait

Aristote, disciple de Pla;

homme

d'un esprit minent

son loquence, infrieure


;

celle de Platon, surpasse aisment celle de beaucoup d'autres


il

a fond l'cole qu'on a

nomme
se

Pripattisme parce qu'il avait


;

promenant du vivant mme de son matre, il avait, par l'excellence de sa renomme, runi un grand nombre de disciples dans une secte spare du Platonisme. Aprs la mort de Platon, Speusippe, son neveu, et Xnocrate, son disciple
accoutum de discuter en
dans son cole mme, qui portait le nom d'Acadmie d'o ils reurent, eux et leurs successeurs, le nom d'Acadmiciens. Cependant, les plus clbres des philosophes modernes ont voulu appartenir l'cole de Platon ils n'ont pas voulu qu'on les appelt Pripatticiens ni Acadmiciens, mais Platoniciens. C'est parmi eux que se rangent ces Grecs fort illusPlotin, Jamblique, Porphyre c'est aussi un platonicien de tres grande notorit que l'Africain Apule, galement vers dans la langue grecque et dans la langue latine. Dmode auprs des Grecs, ignore des Latins, la philosophie pripatticienne ne pouvait, aux yeux de Saint Augustin, disputer la prminence au Platonisme. D'autres raisons, d'ailleurs, recommandaient cette dernire doctrine son jugement. Tout d'abord, l'esprit de Saint Augustin rpugne la mthode, prconise par Aristote, qui met dans la perception sensible, et non dans l'intuition, l'origine de nos ides. Quant cette doctrine qu'on nomme logique, c'est--dire rationnelle, dit-il 3 gardons-nous bien de mettre sur le mme rang que les Platoniciens ces philosophes qui ont mis le critrium de la vrit (judicium veritatis) dans le tmoignage des sens corpochri, lui succdrent
;
;

i .

Vide supra,

p.

398

2.

S. Aurelu Augustini 3. S. Aurelii Augustini

De

Op. laud.,

Civitate Dei lib. VIII, cap. XII. lib. VIII, cap, VII.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE


rels, qui

413

ont cru devoir soumettre toutes nos connaissances la


infidles et trompeuses. Tels sont les pi;

mesure de ces rgles

curiens, et d'autres encore

tels aussi les Stociens

grands amails

teurs do l'art de discuter, qu'ils

nomment

Dialectique,

ont
;

pens que cette Dialectique se devait tirer des sens corporels c'est par eux, prtendent-ils, que l'esprit conoit ces notions des choses qu'ils nomment svvotau et que l'on dveloppe lorsqu'on donne une dfinition c'est des sens que s'extrait, c'est aux sens que se rattache la raison de tout ce qu'on apprend comme de tout ce qu'on enseigne . Dirige contre les Stociens, cette attaque frappe aussi hien la doctrine des Seconds analytiques. La mthode aristotlicienne, qui doit prendre les enseignements de la perception sensible pour base de toute la Philosophie, contraint ceux qui la veulent suivre s'attarder fort longtemps aux questions de Logique et de Physique c'est seulement son terme qu'elle leur permet d'accder aux vrits de la Thologie. Tout au contraire, sur les ailes de l'intuition, la pense platonicienne s'lve d'emble jusqu' Dieu, et c'est de l qu'elle considre les choses infrieures. C'est pourquoi la mthode de Platon parait Saint Augustin meilleure que celle d'Aristote et de ses imitaque nous prfrons les disciples teurs. C'est pour cela, dit-il de Platon aux autres philosophes; ceux-ci, en effet, ont cras leur gnie et leur peine pour les abaisser rechercher les causes des choses [d'ici-basj, examiner les rgles de la science et de
;

au contraire, ds l qu'ils ont connu Dieu, ont dcouvert la cause par laquelle l'Univers a t constitu, la lumire qui rend la vrit perceptible, la source o nous devons boire la flicit. N'est-ce pas, en effet, la dmarche qui convient le
la vie; ceux-l,

mieux
les

l'esprit

du chrtien?
lui

Qu un

chrtien ignore les crits

des philosophes; qu'il ne sache pas employer, dans la discussion,


ternies

qu'on ne

a pas

enseigns; qu'il n'appelle

pas

Science naturelle en Latin ou Physique en Grec cette partie de la

Philosophie o l'on

enquiert de la nature; qu'il ne

nom

te

pas

Rationnelle ou Logique celle o l'on examine

comment

la vrit

peut tre connue, Morale ou Ethique celle o l'on traite des moins. des biens qu'il convient de rechercher, des maux qu'il faut fuir;
il

n'ignore pas, pour cela, que nous tenons notre nature d'un vrai
ci
la

Dieu unique
n'ignore pas
ni la

parfaitement bon, qui nous


science qui nous
fait

a faits

son image;

il

connatre Dieu et nous-mme grce qui nous rend heureux en nous unissant lui.
vin, cap

Atmsui AuociTtw Op, taud.,

lil

\.

AlA
Il est

L* ASTRONOMIE

latine AU MOYEN AGE

donc des sages que la renomme la plus brillante loue d'avoir compris et suivi avec plus de pntration et d'exactitude que tous les autres la pense de ce Platon qu'on met fort au-dessus des autres philosophes paens, et juste titre . Or, parmi les penseurs paens nul ne s'est approch de nous autant que ceuxl 2 . Ils sont donc, parmi les Gentils, les seuls qui mritent de
1

retenir l'attention des Docteurs chrtiens.

De

la

ressemblance

qu'ils constataient entre les opinions pla-

toniciennes et la doctrine de l'Eglise,


saient

nombre de Chrtiens propo-

une explication qui confrait l'enseignement de Platon


:

une trs forte autorit. De bonne heure, les Chrtiens avaient conu cette pense Tout ce que les crits des Paens contiennent de vrai en Thologie et en Morale a t tir des Livres Saints par les auteurs de ces crits. Les emprunts que, sous leurs yeux, le No-platonisme faisait journellement aux dogmes judo-chrtiens taient bien propres les confirmer dans cette croyance. Cette croyance, Tertullien la professe ouvertement. Quel est 3 quel est le sophiste qui ne s'est pas abreuv la le pote, dit-il source des prophtes? C'est de cette eau que les philosophes ont
,

tanch la soif qui dvorait leur intelligence... Mais ces

hommes
ils le

n'avaient de passion que pour la gloire et l'loquence. S'ils trou-

vaient dans les crits sacrs quelque chose qui leur convnt,

dtournaient dans le sens de leurs propres opinions


servir l'objet de leur curiosit.
Ils

et le faisaient

n'avaient pas assez de foi

dans la divinit de ces livres pour ne les point interpoler. Ils ne pouvaient comprendre aussi bien qu'on le fait aujourd'hui des passages alors obscurs, o se rencontraient des ombres mme pour les Juifs, dont ces livres semblaient tre, cependant, la proprit... Il ne faut pas s'tonner que l'ingniosit des philosophes ait chang le sens de ces vieux textes des hommes issus de la graine qu'ils ont seme ont bien altr, laide de leurs opinions personnelles et pour l'accommoder leurs systmes philosophiques, cette parure nouvelle qui est la ntre le grand chemin qui tait unique, ils l'ont subdivis en une foule de sentiers tortueux qu'on ne saurait parvenir dmler .
;
;

Nous dirons bientt comment

les doctrines des Stociens sur

l'exTTjpuxus et le xaTaxXuo-jx qui doivent, alternativement,

embra-

ser et submerger le Monde, semblaient aux Clment d'Alexandrie,


i.

2.

3.

Op. luud., lib. VIII, cap. IV. Op. laud., lib. VIII, cap. V. Q. Sbpt. Flor, Tertulliani Apologeticus aduersus gnies, cap.

S. Aurelii Augustini S. Aureui Augustini

XLVII.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE l'GLISE

415

aux Minucius Flix, aux Origne, autant d'emprunts faits la Gense par les philosophes paens. Les ressemblances, fortuites peut-tre, mais videntes, que le Time prsente avec le premier chapitre de la Gense venaient renforcer cette opinion des Chrtiens; tandis que la plupart des
philosophes antiques professaient l'ternit d'un Monde incr, les docteurs de l'Eglise tenaient qu'au gr de Platon, le Monde a t
cr et a eu

un commencement, nalum

et

factum

, et ils

admi-

enseignement avec celui de la Bible. Beaucoup d'entre eux ne doutaient pas que Platon n'et t instruit de la doctrine des Juifs Saint Augustin s'explique clairement au sujet de cette supposition. 2 Parmi ceux, dit-il qui sont nos compagnons dans la grce de Jsus-Christ, il en est qui s'tonnent lorsqu'ils lisent ou entendent dire que Platon a conu, au sujet de Dieu, des sentiments dont ils reconnaissent la conformit avec les vrits de notre religion. Aussi quelques-uns d'entre eux ont-ils pens que Platon, au cours de ses voyages en Egypte, avait entendu le prophte Jrmie ou
raient la concordance de cet
;
,

bien qu'en cette


leur opinion.

mme

prgrination,

il

avait lu les Ecritures

prophtiques. Moi-mme, dans certains de

mes ouvrages, j'ai admis

Mais une valuation exacte des temps, tire de la chronologie historique, nous indique que Platon naquit cent ans environ aprs l'poque o Jrmie prophtisa sa vie a dur
;

quatre-vingt-un ans

puis

il

s'est

coul peu prs soixante ans

entre l'anne de sa mort et celle o Ptolme, roi d'Egypte, demanda qu'on lui envoyt de Jude les Ecritures prophtiques

des Hbreux

et les

fit

traduire par septante juifs verss en la langue


le

grecque. Dans son voyage en Egypte, donc, Platon ne put voir

prophte Jrmie, puisqu'il tait dj mort, ni lire les Ecritures, puisqu'elles n'avaient pas encore t traduites dans la langue grecque dont il faisait usage. Peut-tre, cependant, son trs vif

amour de

l'tude le porta-t-il s'instruire des Saintes Ecritures

des Juifs par l'intermdiaire d'un interprte,


les crits des Egyptiens.
Il

comme

ne se les serait pas fait crit, comme Ptolme... Mais il se serait fait expliquer verbalement tout ce qu'il pouvait comprendre de leur contenu. A l'appui de cette hypothse, Saint Augustin tablit divers rapprochements entre les enseignements du Time et ceux de la
Bible. Certains de ces

pour traduire par


il

fit

rapprochements rvlent L'Evque d'Hip-

i.

[Link]
S.

A[>f>l(>!/rtiriis contrit

2.

Auhelii Augustini

De

f/m/rs, rnn. XI. Ciuitatr Dri lib. VIII, cap. XJ.

41G

L ASTRONOMIE LATINE

AU MOYEN AGE

pone des ressemblances assez frappantes pour qu'il lui soit difficile d'admettre que Platon ait ignor les livres de Mose . Toutefois, il se garde de toute affirmation et se contente de cette Il importe peu de savoir o Platon a prudente conclusion appris ces vrits, soit qu'il les ait tires des livres que les Anciens avaient composs avant lui, soit qu'il les ait connues de la manire qu'indique l'Aptre Ce qui est [naturellement] connu de Dieu se lit manifestement dans leurs crits, car Dieu le leur a mani fest depuis la cration du Monde, en effet, ses caractres invisibles sont perus par le regard de l'intelligence, au moyen des choses cres; et il en est de mme de sa puissance ter1
: : ;

nelle et de sa divinit

Les savants chrtiens qui sont venus aprs Saint Augustin n'en ont pas toujours imit la prudente rserve pour plusieurs d'entre eux, il est demeur certain que divers philosophes de l'Antiquit
;

en particulier, Platon, avaient lu la Bible et s'en taient inspi2 rs. Jean Philopon n'hsitera pas dvelopper cette pense
et,

qu'en ce qu'il a dit de la cration du Monde, de la Philosophie, to


imit Mose.
t?j

Platon, cette fleur

cpo^ospU vBo 6 nXctacov , a maintes fois

Nous l'entendrons

mme

aller plus loin et prtendre

qu'Hipparque et Ptolme ont emprunt Mose l'hypothse du neuvime ciel. Ds l que Platon passait pour avoir tir certaines de ses opinions des livres de Mose, le Platonisme apparaissait comme une philosophie apparente la doctrine de l'glise ce que les Platoniciens avaient tir des enseignements bibliques, les Chrtiens pouvaient lgitimement le revendiquer; ils pouvaient le reprendre en l'inflchissant dans le sens de l'orthodoxie. D'ailleurs, si l'origine biblique de la Thologie de Platon tait douteuse, l'influence du Judasme et du Christianisme sur l'enseignement de ceux qui se nommaient Platoniciens n'tait pas contestable. Le No-platonisme se montrait donc, aux yeux des Chrtiens qui voulaient philosopher, comme la seule secte de la Sagesse paenne avec laquelle il leur ft possible et permis de contracter alliance. Comment et dans quelle mesure cette alliance pouvait tre profitable la manifestation de la vrit catholique, les divers crits de Saint Augustin le mettaient en vidence. Les Pres de l'Eglise, donc, et leurs contemporains, regardrent le No-platonisme comme le seul systme philosophique
;

S. Aurelii Augustini Op. laud., lib. VIII, cap. XII. Joannis Philoponi De opijicio mundi liber primas, cap. Reichardt, Lipsiae, MDCCCXCVII, pp. 4-7.
i.

2.

II; d. (jiualterus

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE


qu'il ft possible et utile
e

417

de concilier avec le dogme. Jusqu'au milieu du xn sicle, la mme pense devait tre admise sans conteste dans les coles de la Chrtient latine. Jusqu' ce temps, nous l'avons dit, les matres du Moyen Age ne devaient, d'Aristote, connatre que YOrganon parmi les traits o s'taient expli;

ques les Mtaphysiques paennes, ils ne devaient lire que des ouvrages latins crits par des No-platoniciens, par Ghalcidius, par Martianus Capella, par Macrobe ils ne pouvaient donc songer marier leurs croyances chrtiennes une philosophie qui ne se
;

de Platon qu'il ft, d'ailleurs, possible et dsirable d'emprunter au No-platonisme certains de ses enseignements pour jeter plus de lumire sur le dogme chrtien, ils en taient convaincus par l'exemple de ce Denys, qu'ils prenaient pour l'Aropagite converti par Saint Paul; plus encore, et depuis plus longtemps, ils en taient convaincus par l'exemple de Saint Augustin. Aux systmes que le haut Moyen Age a vu natre de l'union du No-platonisme avec le Christianisme, on donne souvent le nom collectif d'Augustinisme aucune dsignation ne sau;

rclamt point du

nom

rait tre choisie

avec plus de justesse.

III

LA PHYSIQUE DE CHALCIDIUS

De

la

Philosophie antique, les Pres

et,

particulirement, les

Pres de l'Eglise grecque, pouvaient aisment prendre connaissance en lisant les uvres de ceux mmes qui l'avaient cre. Sans doute
le firent-ils parfois
;

mais souvent

aussi, ils

durent se contenter de

chercher la Sagesse antique dans des livres qui la prsentaient simplifie et rsume, dans des livres crits pour ceux que le xvn e sicle et appels les honntes gens.
Ainsi voyons-nous Saint Augustin, ct de Plotin, de Jam-

blique et de Porphyre, citer


autorit, l'Africain Apule,

comme

platonicien de grande

galement vers dans la langue grecque et dans la langue latine . Or c'est une simple uvre de vul_. irisation que l'uvre philosophique d'Apule. Les trois Livres De dogmate Plalonis sont, comme leur titre l'indique, un expos sommaire de la doctrine de Platon en particulier, le premier livre, consacr la Physique, rsume le Time. Au trait Du Monde,
;

i.

S. Alrelii

Augustim De Civitate Dei

lit.

VIII,

cap. XII.
27

PUHEM

LU.

418

l'astronomie latine Al
se

MOYEN AGE

propose de suivre Aristotc, le plus sage et le plus savant des philosophes, et Thophrastc, qui fait autorit . Dans ce trait, il prsente un extrait, concis et vide d'ides, des deux crits du Stagirite Sur le Ciel et Sur les mtores] il y joint une
Thologie o le Platonisme rgne et d'o le Pripattisme a t chass. Ce sont ces trs pauvres ouvrages d'exposition que le plus

Apule

philosophe des Pres de l'Eglise ne craignait pas de mettre sur le

rang que les uvres des crateurs il est vrai qu'Apule tait son compatriote. Saint Augustin nous apprend que les Latins avaient traduit dans leur langue des crits platoniciens, et qu'ils avaient, par l, grandement, contribu la vogue de ces crits. Cette indication nous engage rechercher quelles taient ces traductions latines d'uvres platoniciennes, auxquelles recouraient les Chrtiens peu verss dans la langue grecque. Nous en pouvons citer au moins une, qui semble avoir t consulte par certains Pres de l'Eglise, en attendant qu'elle devint une des sources o le Moyen Age c'est la latin puisera la connaissance de la Philosophie grecque version du premier livre du Time, que Chalcidius avait faite et qu'il avait accompagne d'un commentaire. De la vie de ce Chalcidius, on ne sait rien. Son commentaire est ddi un certain Osius un Osius, vque de Cordouc, prenait part, en 325, au concile de Nicce il est devenu Saint Osius ces deux Osius sont-ils le mme personnage ? 11 est permis de le sup;

mme

poser. Si cette supposition est exacte (mais rien n'oblige la

apprend que le commentaire de Chalcidius a d tre compos au dbut du iv e sicle en outre, elle nous conduit penser que l'auteur de ce commentaire tait chrtien. La lecture du Commentaire au Time ne confirme pas pleinecroire telle), elle nous
;

ment

cette dernire conclusion.

Assurment, elle nous montre que l'auteur connaissait fort bien la Bible et que les enseignements de ce livre se prsentaient souvent son esprit. Nous le voyons citer certaines prescriptions de la loi hbraque, remarquer 3 certaines concordances entre la philosophie des Hbreux et celle de Platon, rappeler 4 que, selon
2

Mose, Dieu avait dfendu

aux premiers ns de la vie dmanger


VIII, c;ip.

i.

S. Aukelii Augustini

Op. laud.,

lil>.

X.

(Jo/iJ'essionnes, lib. VII,

Commeniurius in Timum Plafonis, CCXVII (Fragmenta philosophorum greecorum. Collegit F. G. A. Mullachius, vol. II, p. 226. Parisiis, A. Frmin-Didot, 1867).
'.

cap. IX a. Chalcidii V. G.

4.

Chalcidii Op. laucl., CCL1V loc. cit., p. a35. Chalcidii Op. laud., CLII; loc. cit., p. 2i5.
;

LA COSMOLOGIE DES PRES DE LGL1SE

419

du

fruit

de l'arbre de la science du bien et du mal. Lorsqu'il parle


il

de la nommer l'Ecriture (Scriptura). 2 Le trs sage Mose, dit-il encore qu'animait non pas l'loquence humaine, mais, dit-on, l'inspiration divine, enseigne, au livre qui est intitul De la gnration du Monde , que la matire premire a t cre. Ces divers propos semblent rvler, en Chalcidius, un juif ou un chrtien. Ce commentateur, d'ailleurs, parat fort au courant des travaux exgtiques des interprtes, juifs ou chrtiens, de la Gense. A propos d'un verset de ce livre 3 il cite la version des Septante, celle d'Aquila, celle de Symmaque de Samarie, les objections qu'Origne, en ses Hexaples, adressait la traduction de Symmaque une telle rudition semble le fait d'un homme trs vers dans la controverse judo-chrtienne. Mais, aprs qu'il a cit un proverbe de Salomon, Chalcidius Par l, Salomon indique clairement s'exprime en ces termes 4 que le Ciel et la Terre ont t faits sous la prsidence de la Sagesse divine, et que cette Sagesse divine est le principe de l'Univers. Il rsulte de l que la Sagesse a t faite par Dieu, mais qu'elle n'a pas t faite en un temps dtermin jamais, en effet, aucun temps n'a t o Dieu ft sans Sagesse . Cette Sagesse ternelle, mais cre, ce n'est pas le Verbe de Saint Jean, mais la Zoviz. de Philon d'Alexandrie d'ailleurs, quelques lignes plus loin, nous lisons le rom du grand philode la Bible,
lui arrive
1
,

sophe

juif.

C'est

donc de
ici,

celui-ci,

non des docteurs

chrtiens, que Chalci-

en d'autres endroits, sa pense s'affirme avec une plus grande nettet au sujet de cette Sagesse divine, laquelle il donne plus volontiers le nom de Providence 5 Nous qui suivons la loi divine, dit-il reprenons partir du commencement, et dans un ordre soigneusement arrang, ce que
dius parait,
le disciple;
:

Platon a dit du Fatum;

il

me

semble, en

effet,

que ses paroles


le

sont inspires par l'instinct de la vrit

mme.
Monde
la

En premier

lieu, toutes les

choses qui existent, et

lui-mme sont contenus

et dirigs

principalement par
Ils le

le

Dieu souPro-

verain, qui est le souverain Bien...

sont ensuite par

vidence, dont l'minence suit immdiatement ce Dieu souverain;


c'est elle
i.

que

les

Grecs

nomment

Noo et Qp6voia. Essence intelii\).


j>.

2.

Chalcumi Op. laud., Chalcidm Op. lnucL,

CCLXXVI; CCLXXIV;

toc. cit.,
toc. rit,,

tii. i4o.

3.

4-

Chalcidius, Ibid. Chalcidius, Ibid. 5. Chalcidii Op. laud.,

CLXXIV

cl

CLXXV

lor.

cit..

j>.

ziy.

4iO

l'astronomie latine au moyen ge

gible, sa bont rivalise avec le souverain Bien, car, sans relche,


elle se

tourne vers le Dieu souverain... Comprendre est le propre

de l'Intelligence divine; or ce qui est l'acte propre de l'Intelligence est aussi l'Intelligence ternelle de Dieu; l'Intelligence de Dieu est donc l'acte ternel par lequel Dieu comprend. Aprs cette Providence, vient le Fatum c'est la loi que Dieu promulgue harmonieusement la Sagesse intelligente en vue du gouvernement des choses. A ce Fatum, succde ce qu'on nomme la seconde Intelligence, c'est--dire la triple Ame du Monde... Rsumons brivement toutes ces choses, dit encore Chalci;

dius 1

voici

comment

il

faut

comprendre toute

cette disposition

L'origine de toutes choses est le Dieu souverain et ineffable

car tous les autres tres participent de sa substance. Aprs lui


vient

un second

Dieu,

la Providence, qui est le lgislateur

de

comme de la vie temporelle. Le troisime Dieu est la substance qu'on nomme second Esprit ou seconde Intelligence il est comme le gardien de la loi
l'une et de l'autre vie, de la vie ternelle
;

ternelle.

ce Dieu sont soumises les


loi
;

mes raisonnables qui

obissent la

puis les puissances qui en sont les ministres,

savoir la Nature, la Fortune, le Hasard et les

Dmons chargs
fait la

d'examiner
loi, le

et

de peser les mrites. Donc

le

Dieu souverain

second Dieu la codifie, le troisime Dieu l'impose; quant aux mes, elles acquiescent la loi. C'est la pure doctrine de Plotin que nous trouvons ici, sous la plume de Chalcidius, comme expression de la pense de Platon, et d'une pense que le commentateur regarde comme dicte par l'instinct mme de la vrit. Ce sectateur de la loi divine , qui parait croire la divine inspi-

dans l'exgse biblique, qui connat les prescriptions lgales des Juifs, et qui, en mme temps, semble admettre pleinement la thorie des processions divines bauche par Philon et complte par Plotin, ce Chalcidius tait-il chrtien? L'hypothse parait, maintenant, fort invraisemblable. Bien plutt serions-nous ports voir en lui un Juif; cette supposition expliquerait l'importance toute spciale que Chalcidius accorde la Loi, dans sa doctrine des manations 2
ration de Mose, qui est
si

fort vers

i.

Chalgidii Op. laud.,

CLXXXVI;

toc. cit., p. 221.

L'opinion que Chalcidius et son ami Osius taient chrtiens semble probable M. Switalski [13. W. Switalski, Des Chalcidius Kommentar zu Plato's Timaeus. Eine historisch-kritische Untersuchung. Munster, 1902 (Beitrge zur Geschichte der Philosophie des Mittelalters, herausgegeben von Clemens M. Switalski Bauemker und Georg Freih. von Hertling, Bd III, Het VI)] remarque qu'Origne est l'auteur le plus rcent dont il soit fait mention au
2.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

421

JuJ

chrtien ou paen, Chalcidius a srement t connu de cer-

Astronomie et, surtout, de sa Physique; sa science est une synthse du Platonisme, de l'Aristotlisme et du Stocisme dont le commentaire, aujourd'hui perdu, que Posidonius avait compos sur le Tirne, dont les crits d'Adraste d'Aphrodisias et de Thon de Smyrne semblent avoir fourni les principaux lments De l'Astronomie de Chalcidius, nous avons dj dit quelques mots nous en parlerons de nouveau dans un prochain chapitre. Arrtons-nous un instant certaines pages de sa Physique. Chalcidius vient de dfinir la Matire premire, la TXtj aristotlicienne, laquelle il donne, par traduction littrale, le nom de Sylva Notre opinion est donc juste, dit-il 2 Sylva n'est ni feu ni terre ni eau ni air elle est la matire-principe et le premier fondement de tout corps en elle et de sa propre nature, il n'y a
tains Pres de l'Eglise qui se sont inspirs de son
1
. ; :

ni qualit ni quantit ni figure ni forme...

Qu'elle soit l'aliment et le fondement premier de tout corps,


,

prouve aisment par la conversion mutuelle des lments les uns dans les autres, et par le changement incessant qu'prouvent leurs qualits. La terre, en effet, a deux qualits qui lui sont propres, la scheresse et le froid. Examinons donc maintenant comment la terre peut, par l'un des cts de sa nature, se convertir en quelque autre lment. Dans l'eau, se trouvent de mme deux qualits, le froid et l'humidit. La scheresse est une qualit particulire la terre et l'humidit est une qualit particulire l'eau mais le froid est une proprit naturelle qui leur est commune. Lors donc que la terre dilate se convertit en eau, sa scheresse se change en humidit, mais le froid qu'elle possdait, et qui est commun la terre et l'eau, demeure en son propre tat il n'est dj plus dans la terre, il n'est pas encore dans l'eau. Il n'est plus dans la terre, dis-je, car ce qui a commenc changer a cess d'tre ten il n'est pas davantage dans l'eau, car, tandis que le changement e1
poursuit Chalcidius 3

on

le

la conversion se poursuivent, qu'elles


il

ne sont pas encore acheves,


Il

n'a pu encore passer <lans la matire de l'eau.


froid soit

faut cependant
s
il

que ce

quelque part, car


r,r<h-ii

il

ne saurait subsister
cri(

Commentaire de Chalcidius; .mssi


ni sicle
i

que et
laud.

pu tre compote

.'ni

<!

notre
ijet
:

\
.

B W. Switalski, Op,
in
F,

mmentariat phil osophor um grcoram. Go\\egi\ A mbrosiua F il noin-l tidot, i8fl


ChalcidiiA
,

Timceum Plaioni, G. \. Mullachius


;

C( CXIV [Fragmenta \>l. II. p. 147 P*ri;

J.

Chalcumi Op. fan,/

<

<

<

KVetCO wi:

h,,-,

cit.

122
n'existait

l'astronomie latine AU MOYEN AGE

dans lequel il soit; et ce sujet ne peut tre que la Sylva, la raison nous l'atteste. L'air, son tour, dirons-nous, possde deux qualits, la chaleur et l'humidit d'autre part, il est certain que l'eau se trouve doue de deux qualits, l'humidit et le froid. Il y a donc deux qualits contraires l'une l'autre, dont chacune est propre Fun de ces corps le froid est particulier l'eau et la chaleur l'air mais l'humidit leur est commune. Lors donc que l'eau se rsout en vapeurs et passe ainsi l'tat d'air, cet air provenant de la conversion de Feau, il se produit un passage du froid au chaud mais l'humidit, qualit commune, demeure, bien qu'elle ne subsiste ni au sein de Feau ni au sein de l'air. Toutefois, il est ncessaire qu'elle soit quelque part; elle sera donc en la Sylva. De mme encore le feu a deux qualits, la scheresse et la chaleur; l'air, comme nous l'avons dit tout l'heure, a la chaleur
sujet
; ;

un

et l'humidit

la qualit

commune

ces deux lments consiste en

que la scheresse est propre au feu et l'humidit l'air. Lors donc que l'air s'embrase et qu'il est en train de se convertir en la nature du feu, l'humidit passe l'tat de scheresse, mais la chaleur, qualit commune, demeure, bien qu'elle ne rside plus ni dans le feu ni dans l'air mais elle ne peut pas tre nulle part elle est donc dans la Sylva. 11 est clair par l que tout changement d'un corps en un autre nous fait dcouvrir la Sylva, titre de fondement primitif et premier elle est comme la cire molle en laquelle s'impriment divers
la chaleur, tandis
;
; ;

caractres

elle est le rceptacle

commun

d'o se tire tout ce qui

peut tre engendr.

Dans ce sujet permanent qu'est la Matire premire, un continuel changement de qualits transforme les lments les uns dans ]es autres; cette perptuelle mutation, Ghalcidius nous la dcrit o nous retrouvons, assez fidlement interprte, en ces termes la pense mme de Platon 2 Lorsque le feu se change en air, il se transforme en une sub1 ,
:

stance qui diffre de lui et lui est contraire.


fois,

Il

est certain, toute-

que l'essence de ce feu ne saurait rien recevoir en soi qui lui soit contraire mais autour d'une mme essence, se produit un change de choses contraires. La conversion et le changement n'atteignent donc pas Fessence, mais les qualits, dans lesquelles
;

se rencontrent diversit et contratrit.

Il

en

est

de

mme

des autres lments. Aucun d'entre eux n'a

i.

2.

Ciialcidu Op. laud., CCCXXIII; toc. cit., p. 25o. Voir Premire Partie, Chapitre II, I; t. I, p. 3i
:

LA COSMOLOGIE DES PKRKS DE l/GLISE

423

d'essence qui lui soit propre. C'est seulement pour nous confor-

donnons des noms qui dsignent l'essence, alors que nous devrions leur donner des noms appropris la qualit. Toujours, en effet, et sans aucun rpit, ces lments s'coulent en se transformant les uns en les autres peine avonsnous eu le temps de les nommer que quelque transmutation les change on les dirait entrans par quelque torrent qui roule et se prcipite d'un lan que rien ne saurait rfrner. La pense de ce flux perptuel qui, sans cesse, transmue les lments les uns en les autres est une de celles que certains physiciens du Moyen Age et, en particulier, Jean Scot rigne se

mer

l'usage que nous leur

plairont contempler.

Pour que ce flux puisse parcourir la suite des quatre lments, il faut que ceux-ci soient rangs suivant un ordre bien dtermin sur le cycle qu'il dcrit; la terre peut se changer en eau, l'eau en air, lair en feu, le feu en terre d'un lment au suivant, le passage est assur par la qualit qui leur est commune le froid prside ainsi la premire transformation, l'humidit la seconde, la
;
;

chaleur la troisime, la scheresse la quatrime.

Le principe de toute cette thorie est tir, par Chalcidius, non de Platon, mais d'Aristote. Aristote avait dj remarqu que deux lments pouvaient avoir en commun une certaine qualit; l'eau, par exemple, est froide et humide, tandis que l'air est humide et chaud; une telle qualit commune constitue ce que le Stagirite nomme un symbole. Le feu et l'eau n'ont pas de symbole les deux qualits du feu, qui sont la chaleur et la scheresse, sont respectivement opposos aux deux qualits de l'eau, qui sont le froid et l'humidit. Lorsque deux lments ont un symbole, poursuit le Philosophe, le changement de l'un en l'autre est rapide; il est lent lorsque les lments n'ont pas de symbole; en effet, il est plus facile de changer imo snile qualit que d'en changer plusieurs. Par exemple, partir du feu, l'air pourra tre engendr, l'lment nltr subissant un changement unique; le feu, en elfet, est chaud
1
;

e1

sec; l'air est

chaud
l'air

et

humide;

pie la

scheresse soit vaincue

prendra naissance. De mme, l'air se transformera mi eau, pourvu que le froid vainque le chaud; l'air, <*n effet, est humide chaud, l'eau est froide <'t humide; que la chapar L'humidit, et
i

<

leur se

change

<mi

froid,

et l'eau
<'n

prendra
terre, et

.-

^s

<

De

la

mme
<!'

manire, l'eau sera transmue


i

la

terre en feu; car


Il,
I,

tattTOTBUf De aetieratione
'<!.

</

corruption*,

lil.

cap. IV (MtTOTtui

1)pet*i t

Diriot,

t.

II.

|p,

r 7"#>8

W.

BAlcrr,

roi.

p.

Mi).

424

l'astronomie latine au moyen ge


il

chacun de ces lments au suivant,

y a un symbole

l'eau est

humide et froide, la terre froide et sche, le feu sec et chaud. On voit donc que la gnration cyclique est celle qui convient le mieux aux corps simples.
Mais
si

Ghalcidius s'est inspir de cette doctrine d'Aristote,


directe
;

il

ce qu'il a dit ne semble pas que ce soit d'une manire transmutation lments les dans les des uns autres, il l'a de la textuellement emprunt crit qui presque un refltait la pense

pripatticienne

dont nous voulons parler est un petit trait grec intitul De la naissance de l'Univers, Qepl tc xw -rravTo ysysa-to, ou, De la nature de l'Univers, Fkpl x tw TcavTo; selon Stobe ouario. Il est donn sous le nom du pythagoricien Ocellus de Lucanie mais il ne parat gure possible d'en soutenir l'authenL'crit
:

ticit

plusieurs indices le marquent

comme
2
.

postrieur au Sta-

girite,

dont

il

parat avoir subi l'influence

en particulier, cette influence qu'il faudrait attribuer ce que le faux Ocellus nous dit de la transmutation des lments. Extrayons quelques passages de son exposition 3 qu'il semble
C'est,
,

avoir rendue diffuse plaisir.

Notre auteur vient de formuler cette proposition que la substance des choses est immuable et perptuelle, car elle ne saurait tre transmue d'un tat pire en un tat meilleur ni d'un tat
meilleur en

un

tat pire ...

Dans

la partie

de l'Univers qui est

soumise la gnration et la corruption, doit ncessairement se trouver un corps premier qui rside en tous les tres sujets la gnration et la destruction. Ce corps premier, Ocellus le

en des termes tels qu'on y reconnaisse sans peine la matire premire d'Aristote il le montre priv de toute qualit il en Dans ce corps, donne cette dfinition toute pripatticienne toutes les choses sont en puissance avant qu'elles ne soient engendres elles y sont en acte aussitt qu'elles ont t engendres. Avant donc qu'aucune gnration ne se produise, il faut que ce premier tre soit, titre de sujet de la gnration .
dcrit
; ; :

Mais en outre, pour qu'il y ait gnration et corruption, il faut qu'il existe des qualits contraires les unes aux autres. Ces quaStobaei Eclogarnm physicarum lib. I, cap. XX d. Meineke, p. 117. Th. H. Martin, tudes sur le Time de Platon, Paris, 1841 note XXXVIII,
; ;

i.

2. 3
;

tome

II,

p.

i46.

3. De mundo Akistotelis lib. I. Philonis lib. I, Gulielmo Budo interprte. Ocelli [Link], veteris philosophie libellus de universi natura. Annotatiuncul Parisiis. in libellum Aristotelis de Mundo, Simone Gryn^eo authore. In fine Apud Iacobum Bo^ardum, 1542; foll.47? v > 5o, v.
:

l cosmologie des pres de l'glse


lits

425
;

ou vertus sont au nombre de quatre, deux deux opposes ce sont la chaleur et le froid, l'humidit et la scheresse. Il faut enfin des substances en lesquelles rsident ces vertus
diffrent des vertus.

ces substances sont le feu et l'eau, l'air et la terre. Les substances

peuvent tre corrompues les unes par les autres les vertus, au contraire, ne peuvent tre ni corrompues ni engendres, car, par nature, elles sont dpourvues de corps... Le feu est sec et chaud; l'air est chaud et humide l'eau est humide et froide la terre est froide et sche. La chaleur est commune l'air et au feu, l'humidit l'eau et l'air, le froid la terre et l'eau, la scheresse au feu et la terre... Selon les vertus
Les substances, en
;

effet,

qui leur sont

communes,

leurs substances persistent; elles

se

transmuent selon les vertus qui leur sont propres, toutes les fois qu'une vertu est vaincue par la vertu contraire... Ainsi se font les gnrations et les transmutations des substances les unes en les autres. Mais le corps qui sert de sujet ces changements, le corps qui les reoit est ce quelque chose qui est capable de toutes [les formes], et qui est, en puissance, la premire des choses
tangibles.

Les transmutations se produisent ou bien de la terre au feu,

ou du feu l'air, ou de l'air l'eau, ou de l'eau la terre. Elles se produisent de l'une de ces substances l'autre lorsque l'une des deux qualits contraires qui se trouvent en ces substances est corrompue, tandis que demeure la vertu qui leur est commune et

donc une gnration toutes les fois qu'il y a disparition d'une rpugnance [entre qualits]. Le feu, par exemple, est chaud et sec, tandis que l'air est chaud et humide la chaleur est commune ces deux corps mais la scheresse es1 propre au feu et l'humidit l'air. Lors donc que l'humidit de l'air l'emportera sur la scheresse du feu, le feu se changera en air . Et ainsi de suite pour toutes les transmutations
qui les rapproche.
Il

se produit

analogues.

Nous reconnaissons sans peine en ces passages du PseudoOcellufl les penses, ef jusqu'aux expressions que Chalcidius a
reproduites.
n est
<!<

plus au Stagirite
il

ni

au prtendu Ocellus,

c'est

au Time

Platon, dont

crit

I'

commentaire, que Chalcidius emprunte


lments.
1
:

une autre thorie sur


Platon
i.

1rs

tait

exprim en ces termes

l'ui'ish rimtu, 3a (Platonis Ooera, d. Didot,

t.

H, p.

<<>.<

t.

Tome

pp,

426

l'astronomie latine au moyen ge

Dieu a plac
;

l'air et l'eau

comme

intermdiaires entre le feu


il

et la terre

autant que faire se pouvait,

ments, pris deux deux, un

mme

a tabli entre ces lrapport, de telle sorte que ce


;

que

le feu est

l'air, l'air le

fut l'eau

que ce que
s'est

l'air est

l'eau, l'eau le ft la terre.

C'est cette courte indication

que Ghalcidius

plu inter-

prter et dvelopper
l'existence de

1
.

Entre les deux corps extrmes, le feu

et la terre,

il

admet

Voulons-nous rechercher quel est l'lment qui avoisine le feu et par quelle runion de qualits il est constitu? Empruntons, tout d'abord, deux qualits au feu, la subtilit et la mobilit ensuite, prenons-en une nous aurons la terre, la privation d'acuit pntrante (pbtusitas) trouv la gnration du second lment, de celui qui rside au-dessous du feu, et qui est l'air; l'air en effet est obtus, subtil et mobile. Considrons maintenant la production de l'lment qui est proche de la terre, c'est--dire de l'eau; prenons, cet effet,
;
;

deux corps intermdiaires.

deux vertus
[corpulenti)
lit;

terrestres, l'absence d'acuit [obtusitas) et la densit


;

prenons, d'autre part, une vertu du feu, la mobi-

nous obtiendrons la substance de l'eau, qui est un corps obtus, dense et mobile. Ainsi entre le feu et la terre, l'air et l'eau sont engendrs par l'union de vertus empruntes aux extrmes et, par l, la continuit du Monde est assure. Une proportion gomtrique, dans le rapport qui convient une telle continuit, est ainsi conserve. Le feu est l'gard de l'air ce que l'air est Tgard de l'eau et ce que l'eau est l'gard de la terre et inversement, la terre est l'gard de l'eau ce que l'eau est l'gard de l'air et ce que l'air est l'gard du feu . Ces penses de Chalcidius, nous en trouverons bientt le dveloppement dans un crit de Saint Grgoire de Nysse.
;

Commentarius in Timum Platonis, XXII (Fragmenta i. Chalgidii V. G. phiiosophorum grcoram. Collegit F. A. Mullachius. Vol. II, p. i85. Parisiis,
A. Firniin-Didot, 1867).

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

427

IV
LES PRES DE L'GLISE ET LA MATIRE PREMIRE.

SAINT RAS1LE.

SAINT GRGOIRE DE NYSSE

un problme de Physique qui appelait l'attention des lecteurs du faux Ocellus et de Ghalcidius, c'est assurment le problme de la matire premire. Or, ce problme proccupait aussi, un haut degr, les Pres de l'Eglise. Au dogme chrtien de Dieu crateur de toutes choses, est-il une affirmation qui s'oppose plus brutalement que la thorie pripatticienne de la matire premire, ternelle et dnue de toute cause ? De cette thorie de la matire premire, certains hrtiques
S'il est

voulaient, dans la Gense, trouver la justification.

Ils

prtendaient,
ukt\

nous
cette

dit Saint Basile

reconnatre la description de la
f
:

dans

phrase de l'Auteur sacr

y-?j

r,v

opaTo^ xal xaTa-

axsuaoro;, terra
invisible et

autem

erat invisibilis et incomposita . Cette terre

arrangement, qu'tait-ce, sinon la matire premire, dnue de toute forme et de toute figure? On allait mme plus loin, au dire de Saint Ambroise 2 Dans ce verbe v, erat, tait, spar de toute dtermination, on voyait l'affirmation de l'ternit de la matire premire. Voil donc que la matire, que la jXt,, comme disent les philosophes, selon
prive de
tout
. :

l'enseignement

mme

de la Sainte Ecriture, n'a pas eu de com-

mencement

Or, de la matire, les Stociens et les No-platoniciens faisaient,


volontiers, le principe

du dsordre
;

et

du mal qui

se rencontrent

dans

le

monde sublunaire
entendu
3

tout ordre et tout bien dcoulaient,

au

contraire, des circulations des corps clestes.


ticulier,

Nous avons, en part

Galien et Plotin dvelopper cette doctrine.

Par
la

l, les

disciples de

Marcion
ils

et

de Valentin 4 s'emparairi

de

matire premire pripatticienne, dont l'ternit leur paraissait


l'identifiaient avec le principe incr

affirme par la Gense, et

du mal qu'admettait leur Manichisme. On comprend que les Prs de l'Eglise grecque comme ceux de
i.

Migue,
J.
I'.

3,
/j.

ffexaemeron t 2 [S. Basilii Opra, iccuranU t. XXIX), coll. ig-3*]. Amuiimmi //[Link]/urrnn liber I. 6D. VII [S. AMBROSII OoT BCCtlltOtC I Migue, t. I, pan [ (PatroloaicB latines t. XlV), coll r35 1S6]. Von Premire partie, cfa XIII, g Vffl et | Xll t. II. m. 3*i-3s3 et SM-367, S. Ambrosm Op, taad.t Ml. I, cap, VIII, <'<i. <if.. col. 139.
S.

Basilii
1

ffomUia If

m
.

t.

(Patroloi grc,

428
l'Eglise latine,

l'astronomie latine au moyen ge

que les Saint Basile comme les Saint Ambroise, aient vivement combattu la possibilit d'une matire premire ternelle, que Dieu n'aurait pas cre, et qu'il aurait seulement informe pour produire le Monde. Si la matire n'est pas engendre, dit Saint Basile
1 ,

elle est, tout d'abord, aussi

digne d'honles

neurs que Dieu

leur anciennet gale leur vaut


!

mmes

Ce qui est sans qualit et sans forme, ce qui est la pure privation de forme, cette laideur que rien ne faonne (pour me servir de leurs propres paroles) se trouve mis sur le mme pied que le sage, que le puissant, que le parfaitement beau Crateur et Organisateur de toutes choses . Il semble Saint Basile que la doctrine des philosophes, touchant la matire premire, repose sur une assimilation fausse entre
Tart

hommages.

Peut-il y avoir semblable impit

donne du dehors, et laquelle il se contente d'imposer une forme; ainsi l'art du forgeron a besoin de fer, l'art du menuisier a besoin de bois. Les philosophes s'imaginent qu'il en est de mme dans l'uvre divine que Dieu, pour faire le Monde, n'a pu se passer
lui soit
;

humain et la puissance divine 2 L'art humain a besoin d'une matire qui


.

d'un
(offta)

certain

substrat
il

(utcoxsi.|jlvov),

d'une

certaine

substance

laquelle

a seulement confr figure (o-yf^a) et forme

Ce n'est point ainsi moment mme o Dieu mme temps qu'il en a en harmonie avec cette xoctjjlov evai, xal tw s8et

que l'acte crateur s'est produit. Au a conu le Monde tel qu'il devait tre, en produit la forme, il a produit une matire 'Ojjlou ts svoyjo-sv qttgIov Tiva ypr^Tov forme

aircoy t)v p^oouo-av uXr,v a-uvaTrsyvvrjars .


uXyj

Cette matire premire, cette

des philosophes, qu'il assimile,

dans sa discussion, au fer ou au bois que faonne le forgeron ou le menuisier, Saint Basile songe-t-il que les Pripatticiens lui attribuent seulement l'existence en puissance ? Ne la regarde-t-il pas plutt comme une chose qui existe dj en acte, la faon du fer ou du bois, mais qui, incompltement acheve, attend une forme plus prcise et plus parfaite? Le Pripattisme n'tait plus gure en vogue, et les notions d'existence en puissance et de matire premire, si caractristiques de cette philosophie, avaient t des plus promptes s'altrer et s'obscurcir. Saint Basile, assurment, a, de la matire premire, une ide fort diffrente de
celle qu'Aristote avait conue, fort
i.

analogue celle que nous ver-

2.

Saint Basile, loc. Saint Basile, loc.

cit.

cit.,

d. cit., coll. 3i-32. d. cit., coll. 3i-34-

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

429
Il

prend le mot DX) dans un sens trs voisin de celui que nous donnons aujourd'hui au mot matire; il y voit un corps, mais un corps vague et mal dfini. Quant cette matire exempte de toute forme
et

rons Saint Augustin emprunter aux No-platoniciens.

de toute qualit dont parlent les philosophes,


1
,

il

n'y saurait voir

qu'un pur nant, entirement inconcevable.


cez, dit-il

Si

vous vous

effor-

l'aide de votre raison, d'ter la terre toutes les

qualits qui lui sont inhrentes, vous aboutirez


(ei oosv).

un rien-du-tout
pesans'il

Si

vous supprimez la couleur noire,


elle, le

le froid, la

teur, la densit, la saveur, et toutes les autres qualits,

en

est,

qu'on peut observer en


eorai to i7W)xet[Aevov)...

substrat ne sera plus rien (oov


concevoir une cer-

Ne cherchons donc pas


(...

taine nature

dpourvue de toutes

les qualits et
{xyj8

dont la raison
qptfoiv

mme

serait d'tre inqualifie

r,Tv

[Link]

EpYjjxov

de corps imparfaitement dfini, non dans le sens pripatticien, qu'il faut entendre le mot uXr,, matire premire, si l'on veut comprendre les controverses auxquelles l'ternit de la matire premire donnait lieu au temps des Pres
C'est toujours

dans

le sens

de l'Eglise. Ainsi en est-il de l'objection suivante, que les Manichens opposaient au dogme catholique de la cration de la matire, et que
Saint Grgoire de Nysse nous

fait
;

connatre 2

Par nature, Dieu est simple il est exempt de toute matire (iiXo), de toute grandeur, de toute qualit, de toute composition; il n'est soumis la dlimitation d'aucune figure. Toute matire (Xrj) est comprise dans une tendue de dimensions dtermines; elle n'chappe pas aux prises des organes des sens elle est connue en sa couleur, en sa figure, en sa masse, en sa grandeur, en sa rsistance, en tous les autres caractres qu'on y peut considrer; or, aucun de ces caractres ne se peut concevoir dans la nature divine. Comment donc imaginer que l'immatriel ait enfant la matire, que l'intendu ait engendr la nature tendue? ComCette objection pourrait videmment se rsumer ainsi
;
:

ment Dieu, qui


corps
?

est incorporel, a-t-il

pu crer

la matire, qui est

En l'nonant sous cette forme, nous comprendrons la rponse, extrmement originale, de Saint Grgoire 3 Dans cette rponse, le
.

i.

2.

S. BaSILII Humilia I in //[Link], 8; d. cit., mil. 21-22. S. Gmoomi Ntmbmi De kominis opi/icio, cap. XXIII [S. Gbioomi
J.

Opera f tecurante
3.

S. (iRfcGORii

Nysskni V Mi^ne, t. I (Patrotogies grcec t. fcLIV), coll. 1094 isl* Nysseni Op. laud., cap. XXJV d. cit., coll. 211-21/4.
;

430

l'astronomie latine au MOYEN AGE


(uXr ) et le

mot matire

mot corps

(<rw|xa)

sont pris

comme
;

syno-

nymes. Toute matire (Xti) est doue de certaines qualits si nous la voulons priver de toute qualit, elle devient, tout aussitt, inconcevable, ainsi que Saint Basile en avait fait la remarque. Au contraire, 4e chaque qualit, la raison (Xoyo) peut sparer la forme (elS) du substrat, du sujet individuel (u7toxei|xvov) o cette qualit se trouve ralise. Si nous considrons, par exemple, un certain morceau de bois ou tout autre sujet individuel qui ait la consistance matrielle (uXlxyj owtowi), nous en dtachons par La grandeur, la abstraction une multitude de concepts (Xoyoi) masse, la couleur, la duret etc. Ces concepts, nous ne les confondons pas les uns avec les autres, et nous ne les confondons
:

pas,

non

plus, avec le corps.


ils

Ces concepts,
votJtyi tL cTi,

sont une vue intellectuelle, et nullement une


qu'ils

vue corporelle, des qualits


Or,
il

nous reprsentent

('0 8 Xyo

xai o^i o-topLaTUYj Oewpia).


:

unes des autres, chacune de ces qualits, la couleur, la grandeur, la rsistance etc., et si nous dtachons chacune d'elles du sujet individuel o elles taient runies, aprs que nous avons form toutes ces vues de l'esprit, il ne reste plus rien du corps ; la raison mme du corps se trouve, par l mme, entirement dissoute;
arrive ceci
Si
les
7c 6

nous concevons, sparment

tou crwjJiaTO a'uvSiaXus'uai Xoyo .

Puisque l'absence de ces choses est, comme nous venons de le dcouvrir, la cause de la dissolution du corps (apia), n'est-il pas logique de supposer que le concours de ces mmes choses

enfante la nature matrielle

(uXupfj cpo-i) ?

Tandis, en

effet, qu'il

n'y a pas de corps o ne se rencontrent la couleur, la figure, la


rsistance,

l'tendue, la masse et autres proprits, aucune de

ces proprits n'est corps... Mais inversement, ds l que les proprits dont nous venons de parler viennent se runir, la sub-

stance corporelle se trouve acheve. Outw


otcou
fiTat.

xorc

to

vrwrpoov,
owtepy-

8'av a-uvoppnp

Ta elpTipiva,

ttjv

ffcofiaxiXYiv

uirorao-tv

Prises sparment

les

unes des autres,

les

diverses qualits
;

sensibles sont de nature

purement
est,

intellectuelle

ce sont des

concepts. Leur runion engendre la nature matrielle, la sub-

de la matire, l'audacieuse thorie que dveloppe Grgoire de Nysse, fort insoucieux, assurment, de
stance corporelle. Telle
la doctrine d'Aristote.

Ds

lors,

si

les qualits,

dont le concours enfantera le corps,

LA COSMOLOGIE DES l'KES DE l'GLISE


existent dans notre esprit sous

431

une forme qui n'a rien de corporel, ne pouvons-nous admettre ceci De la nature incorporelle de
:

Dieu, naissent les principes intellectuels qui sont destins engen-

drer les corps?


les autres,
.TT'.xo,

En

effet, la

nature intelligente produit les puis-

sances intelligibles, et celles-ci, en se runissant les unes avec

amnent

la gnration

de la nature matrielle
Ta; vo/jT
77,v

Ojv
tt,v

sx tJs o-to^aTO'j ^>ut0) Ta; vosp Taura


cptiasa),;

aoopua icp

twv

o-ojuiTwv yvsa'tv UTuoarTJvat., ttJ p.v voyjTri

Ocpta-TtJLXTYj

$uvub, r^

to'jtwv

~po

XXrjAa

rjvGpouri;

uXwY)

oaw

Tcapayo'joTj eI yvat.v .

Dans son crit sur l'uvre des six jours, l'Evque de Nysse avait formul plus sommairement, mais non moins clairement,
cette thorie de la cration de la matire

Dieu peut tout, disait-il en cet ouvrage toutes les choses dont la combinaison constitue la matire (oY wv y\ \j\r\
1

Gomme

o-uvurraTat), ils les

a fondes d'un seul coup, par sa volont sage


:

en vue de la production des tres pesanteur, la densit et la raret, la mollesse


et puissante,
le contour, l'tendue.

La lgret

et la

et la duret, l'hu-

midit et la scheresse, le froid et le chaud, la couleur, la figure,

Chacune de ces choses, prise en elle-mme, est notion et pur concept aucune d'elles n'est, par elle-mme, matire mais qu'elles concourent les unes avec les autres, et la
;

matire est engendre.


tyJk vcnriJiaTa.

"A Tivra

jjtv

xaO' Icluicl evvtoat rci xal

Ou yo

Tt

toutwv

eo' auToG ukr\ sarlv, aXkh. auv8pau.6vTa

Kb aXXTjXa, uAy, ytverai.

LES PRES DE l'GLISE ET

LA.

MATIRE PREMIERE (mite).

SAINT AUGUSTIN

La thorie
la cration

si

originale que Saint Grgoire avait conue touchant

de la nature matrielle eut peu d'influence sur les

philosophes de la Chrtient latine


tre,

parmi eux, le seul dont le mises par l'Evque de Nysse. Celui des Pres de L'Eglise qui, jusqu' la fin du xu sicle, aura mission de renseigner Les Latins sur
La

Jean Scot rigne est peutsystme porte la trace des ides


;

matire premire, ce sera Saint Augustin.


L'ide de

matire

premire

t,

pour l'Evque d'Hippone,


cit., vol. cit., coll.

i.

S. Gregofui Nysseni

In Jfeaemcron liber; d.

Q -70.

432
l'objet

l'astronomie latine AU MOYEN AGE

de longues mditations, dont il s'est efforc, dans un livre de La matire premire y appases Confessions, de fixer le rsultat rat comme le fonds entirement indtermin et peine existant
1 .

d'o toutes les choses corporelles sont issues

cre de rien avant

ces choses, la matire premire les a prcdes sinon dans le

temps, du moins par nature. Cette matire premire, telle que


Saint Augustin la conoit, semble diffrer notablement de la
aristotlicienne
;

utj

pas seulement parce qu'elle est cre alors que la \ikt\ est incre bien que l'existence attribue par Augustin la matire soit une existence amoindrie, trs voielle n'en diffre
;

sine

du nant, rien n'indique


;

qu'elle se rduise cette existence

en puissance dont la considration caractrise la Philosophie pripatticienne en un mot la materia augustinienne est plus voisine de la sylva de Ghalcidius que de la ukt\ d'Aristote. Citons quelques-uns des textes o la pense de l'Evque d'Hippone s'afiirme avec le plus de force et de clart. 2 C'est la matire premire que la Gense dsigne par ces paroles
:

Terra erat invisibilis

et

incomposita.

N'est-ce pas vous,

mon

Seigneur, qui avez enseign cette vrit cette

me

qui vous

parle? N'est-ce pas vous qui m'avez appris qu'avant que vous eussiez form cette matire sans forme, et que vous en eussiez
distingu
toutes les parties, elle n'tait rien de particulier, ni

couleur, ni figure, ni corps, ni esprit? Ce n'tait pas toutefois

un

pur nant (non erat omnino nihil), mais c'tait je ne sais quoi d'informe qui n'avait aucune beaut . 3 ... Pourquoi donc ne croirions-nous pas que, pour vous

accommoder la faiblesse des hommes, vous avez voulu appeler du nom de terre invisible et sans forme cette matire informe dont vous deviez faire un Monde si beau et si admirable?

...

Ma

raison

me

faisait

bien voir 4 que

si

je voulais imaginer

une chose entirement informe, je devais la considrer comme dnue de tout ce qui a la moindre apparence et la moindre trace de quelque forme que ce soit; mais je ne le pouvais pas il m'tait plus facile de croire qu'une chose qui tait sans aucune forme n'tait point du tout que de m'en imaginer une absolument informe, et qui, tant comme un milieu entre le nant et une forme parfaite, ne ft presque rien (qniddam inter formatum et niil, nec formatum nec nihil, informe prope nihil). C'est pour;

Saint Saint 3. Saint 4. Saint


i.

2.

Augustin, Augustin, Augustin, Augustin,

Les Confessions, livre XII.


toc. cit., toc. cit.,

Ch.

III.

toc.

Ch. IV. cit., Ch. VI.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

433

quoi je ne m'arrtai plus

mon

imagination, qui ne

me

pouvait

reprsenter que des corps tout forms, parce que, pleine de leurs

images, elle les change et les diversifie


je portai

comme
mmes,

il

lui plait

mon

attention vers les corps


fait

et

mais considrai de
;

plus prs cette mutabilit qui les


et

cesser d'tre ce qu'ils taient,

commencer
sais

d'tre ce qu'ils n'taient pas. Alors je

commenai
Il

entrevoir que ce passage d'une forme une autre se faisait par je

ne

quoi d'informe qui n'tait pas un pur nant...

est

donc

muables est capable de toutes les formes que ces choses, sujettes au changement, peuvent recevoir Mais qu'est-ce que cette mutabilit?... Certes je dirais, s'il tait permis, que c'est un nant qui, tout ensemble, est et n'est pas; et toutefois, il fallait qu'elle ft en quelque sorte, pour tre capable de recevoir ces formes visibles et si agrables. Mutabilitas enim rerum mutabilium ipsa capax est formarum omnium in guas mutantur res mutabiles. Et luvc guid est?... Si dici potest, Nikil aliguid, et, Est non est, hoc eam dicerem et tamen jam utcumguc erat, ut species cape r et islas visibiles et comvrai que la mutabilit de toutes les choses

positas.

pour dsigner les cratures de Dieu, nomme le Ciel et la Terre, elle entend dsigner, d'une part, les cratures spirituelles, les anges, dont l'existence est, aprs celle de Dieu, la plus parfaite qui soit, et, d'autre part, la Matire premire qui, par son existence attnue, confine immdiatement au nant. Mais d'o cette Matire premire en quelle sorte qu'elle ft, pouvait-elle tenir son origine sinon de vous, de qui toutes choses procdent en tant quelles sont, quoiqu'elles se trouvent d'autant plus loignes de vous qu'elles vous sont plus dissemblables (car ce n'est pas dans le lieu que cet loignement consiste/? Ainsi, mon Dieu, qui n'tes point autre ici et autre l, mais toujours immuablement le mme, qui tes le Saint des saints, le Seigneur et le Dieu tout puissant, par ce principe qui est en vous, par votre Sagesse qui est ne de votre substance, vous avez cr quelque chose ei vous lavez cr de rien... Vous tiez, et il n'y avait nulle antre chose dont vous eussiez pu faire le Ciel et la Terre, l'un qui approche de vous, et l'autre qui approche du nant; l'un qui ni que ous au-dessus de lui, et l'autre qui n'a rien au-dessous d'elle Tu craS) ei aliudnihil unde fecisti cwium et terrant, duo uw<la m nnum prope te, aiterum prope mkil ; unum guo superior tu
Lorsque
la Gense,
1
,

esse*

al tau

<iu(t

inferior nilnl esset.

i.

[Link]
l-l

Augustin, tac.
I1L,J.
-|
.

oit, Cit.

VII.

Jl.

434

l'astronomie latink au mokn

ai.e

Les tnbres taient rpandues sur la face de l'abme

...

Mais cet abime primitif n'tait quasi qu'un nant (illud autem prope nihil erat), parce qu'il tait tout fait informe; c'tait nanmoins quelque chose qui pouvait prendre une forme. Ainsi
tolitm

vous avez fait le Monde, Seigneur, d'une Matire tout informe, que vous avez cre de rien, n'tant par elle-mme presque rien (gnam fecisti de nulla re pne nullam rem) pour vous en servir former tous ces grands ouvrages qui font l'admiration des hommes... C'est donc de cette Terre invisible et dserte, de cette Matire informe, de ce presque rien que vous avez fait toutes les
choses par lesquelles ce
pas, ce

Monde o
et

la

Monde inconstant subsiste et ne subsiste mutabilit commence paratre o l'on peut


;

pour Matire cette Terre . changent ou invisible dont Cette Terre invisible tait si basse et si informe 2 que, ne pouvant en aucune sorte changer d'une forme en une autre, pour passer du repos au mouvement ou du mouvement au repos, elle ne peut aussi tre assujettie au temps. Mais vous ne l'avez pas
qui, ayant
j'ai parl, s'altrent
,

remarquer gements mmes de ces choses


les

compter

temps, parce qu'ils naissent des chan-

laisse

en cet

tat,

puisque, ds le commencement, et avant qu'il

y et aucun jour, vous avez cr ce Ciel et cette Terre dont j'ai parl. Mais la Terre tait invisible et dserte, et les tnbres taient rpandues sur l'abme. Ces paroles sont dites pour instruire peu peu et par degrs ceux qui ne sauraient comprendre qu'une chose puisse tre prive de toute sorte de forme, sans tre nanmoins rduite au nant, et pour marquer sous ces voiles cette autre Matire informe dont Dieu devait se servir pour former un autre Ciel et une Terre visible parfaitement bien
orne... .

Cette pense de la matire premire ne cesse de se prsenter


l'esprit
elle

de Saint Augustin dans ses divers commentaires la Gense s'offre constamment lui sous la forme que nous lui avons
;
;

vu prendre aux Confessions elle est le fonds commun, informe et chaotique, que Dieu a cr tout d'abord, et d'o il a tir ensuite, par voie d'information, toute la cration corporelle, voire mme,
peut-tre, les cratures spirituelles.

Dans ces commentaires, Saint Augustin ne donne jamais, sous forme d'affirmations, un enseignement catgorique son intelli;

gence, consciente de la difficult des questions qu'elle examine,

prsente successivement les explications diffrentes entre lesi.

2.

Saint Augustin, Saint Augustin,

loc. cit.,

loc. cit.,

Gh. VIII. Ch. XII.

LA.

COSMOLOGIE DES PRES DE L GLISE

43J

quelles elle hsite, et les propose sous la forme dubitative de


l'interrogation.

Au commentaire
et

littral

inachev, l'vque d'Hippone propose


:

diverses interprtations de ce texte


ble prfrer aux autres

In principio fecit Deus clum


1

terram. Voici celle qu'il prsente en dernier lieu


:

et qu'il

sem-

Par ces noms de ciel et terre, l'Auteur sacr n'a-t-il point voulu dsigner surtout la matire informe de tout l'Univers, qui, par l'ordre ineffable de Dieu, a t transmue en ces natures pourvues de forme et de beaut?... Quelle que soit, en effet, la nature de cette matire, nous ne pouvons pas dire qu'elle n'a pas t cre par lui, car nous croyons et confessons que tout vient de lui... Cette matire est appele ciel et terre, parce qu'elle est comme la semence du ciel et de la terre elle est appele ciel et terre, parce qu'elle est quelque chose de confus et de mlang qui est adapt recevoir les formes que lui donnera l'Artisan
;

divin

C'est

probablement 2

cette

mme
le

matire que l'Auteur de la


terre , lorsqu'il a dit
et
:

Gense a voulu dsigner sous


Terra autern erat invisibilis
et

nom de

incomposita,

tenebr eranl super

abyssum.

La confusion dans laquelle

se trouve la matire a
;

pu

tre insinue

de la sorte en l'intelligence populaire

elle a

pu

tre

compare une

terre invisible, sans composition, sans ordre, sans

parure; les tnbres taient sur l'abme, c'est--dire au-dessus


d'une trs vaste profondeur
;

et cette

matire a peut-tre reu ce

nouveau nom de profondeur, parce que son absence de forme ne permet pas que l'intelligence d'aucun homme la puisse pntrer .

Par ces mots


encore
3

Et tenebr eranl super abyssum,

n'est-ce pas

de la matire qui nous est expose, cette confusion que les Grecs ont nomme yao? 4 N'est-ce pas encore la mme matire premire qui prend le
la confusion

Et Spiritus Dei ferebatur super aquam ? Le nom d'eau reprsenterait la matire soumise l'opration de l'Artisan; l'eau est, en effet, plus mobile que la terre la matire soumise l'Artisan mriterait donc, pour dsigner l'aisance de l'opration qu'elle doit subir et son mouvement plus facile, de
d'eau dans ce texte
: ;

nom

s'appeler eau plutt que terre...


i.

S.
10.

Auhelii AiGUTiNi

De Genesi ad

litteram liber imperfertus


art. art.

Cap.

III,

art.
2.

S. Auhelii Acgubtini Op. laud., S. Aurblii AicLKTiM Op. laud., 4- S. Aurelii Augustim Op. laud.,
3.

Cap. IV, Cap, IV, Cap. IV,

n.
12.

arlt. 12 et i3.

436

Il

l'astronomie latine au moyen ge


est

donc plus convenable de donner


et

la matire le

nom

d'eau, alors que, soumise l'opration de l'Artisan, elle s'insinue,

par sa mobilit
corps naissants.
Peut-tre

son aptitude au changement, en chacun des

par ces dsignations successives de terre et ciel, 'abime, de terre, d'eau, faut-il seulement entendre la matire premire des cratures corporelles. Peut-tre aussi devons-nous que ce nom d'eau dsigne la matire de l'universalit croire des cratures, des cratures intellectuelles, des cratures ani1

mes

et

des cratures corporelles

La mme pense se trouve exprime par Saint Augustin dans son commentaire littral achev sur la Gense Que faut-il entendre 2 Faut-il entendre que l'ensous ce nom de ciel et terre! dit-il semble de la cration spirituelle et corporelle a reu ce nom de ciel et terre'l Faut-il l'attribuer seulement la cration corpo: .

relle? Faut-il penser qu'en ce livre, l'auteur a pass sous silence


la cration spirituelle, et qu'il a dit ciel et terre afin de dsigner

toute crature corporelle, tant suprieure qu'infrieure? Ciel et

de la matire informe de l'une et de l'autre cration? [La matire informe de la cration spirituelle, ce serait] la vie spirituelle telle qu'elle peut tre en elle-mme, lorsqu'elle n'est point encore tourne vers le Crateur c'est, en
terre n'est-il

pas

dit plutt

donne forme et perfection tant qu'elle ne s'est point convertie, elle demeure informe. [La matire informe de la cration corporelle, c'est ce que serait] la cration corporelle si l'on pouvait, par la pense, la priver de toutes les qualits corporelles qui se montrent dans la matire doue de forme, lorsque les corps sont dj pourvus d'apparences susceptibles d'tre perues par la vue ou par les autres sens du corps . La vrit que Saint Augustin s'attache le plus fermement affirmer, c'est que la matire premire a t cre. Nous le lui avons entendu dire dans son commentaire inachev sur la Gense en son trait contre les Manichens, o se trouvent nombre d'interprtations analogues celles que nous venons de rapporter nous lui entendrons dvelopper ce mme enseignement 4 11 est trs juste de croire que Dieu a fait toutes choses de rien bien qu'en elfet, toutes les choses doues de forme aient t
effet,

cette conversion qui lui

faites
i.

au moyen de cette matire informe,

cette matire

mme

S. Aurelii S. Aurelii 3. S. Aurelii


2.

Augustim Op. laud., Cap IV, art. 17. Augustim De Genesi ad litterum lib. 1, cap. Augustim De Genesi contra Manichos

I,

art. 2.
I,

lib.

cap.

VII,

artt.
4.

et 12.

S. Aurelii

Augustim Op. luud.,

lib.

J,

cap. VI, art. 10.

LA [Link]
t faite

PRES DE LGLISE

437

du nant absolu. Nous ne devons point ressembler ces gens qui croient que Dieu n'a pu, de rien, faire quoi que ce soit, parce que les ouvriers et les artisans ne peuvent rien fabriquer
s'ils

n'ont quelque substance l'aide de laquelle


fait

ils

fabriquent...

L'ouvrier ne
objet
sant,
;

pas

le bois

avec du bois,

il

faonne quelque

ainsi font tous les autres artisans.

Mais
faite.

le

Dieu tout-puis-

pour produire ce

qu'il voulait produire,

n'avait besoin
Si

du

secours d'aucune chose qu'il n'et point


les choses qu'il

pour accomplir
ce serait

voulait faire,

il

se ft aid

d'une chose qu'il


;

n'avait point faite, c'est qu'il n'et pas t tout-puissant

un sacrilge de

le croire.
:

cette affirmation

mire, le

Dieu a cr de rien mme la matire preCommentaire littral la Gense ajoute des prcisions.

Ces prcisions joueront un grand rle dans les discussions que la Scolastique chrtienne tiendra au sujet de la nature de la matire

importe donc fort de les rapporter ici. La matire informe, dit Saint Augustin n'est point antrieure dans le temps aux choses pourvues de formes; ce dont tout

premire
.

il

devait tre

fait, et

tout ce qui a t fait ont t crs en

mme

temps. La voix est la matire des mots, et les mots sont la voix pourvue de forme or celui qui parle ne saurait mettre tout d'abord une voix informe, puis la recueillir ensuite et la mettre
;

sous forme de mots. De

mme, Dieu

crateur n'a pas, une pre-

mire poque,

fait la

matire informe pour l'informer ensuite, en


et l'ordonner suivant certaines

une sorte de seconde considration,


substances naturelles;

il

a cr la matire tout informe.

Mais ce dont une chose est faite prcde, sinon dans le temps, du moins par l'origine, la chose qui est faite. Aussi l'Ecriture a-t-elle pu sparer en des temps diffrents du discours ce qui, dans l'uvre de Dieu, n'tait point partag en poques diffrentes... Dieu a fait
et les

en

mme temps

la matire qu'il a
il

informe

choses que, par cette information,


les

a produites dans cette

matire. L'Ecriture a d noncer ces deux oprations, mais elle


n'a

pu

noncer simultanment;

n'a-t-elle

pas d, ds

lors,

nul
fait

n'en saurait douter, noncer ce dont quelque chose a t

avant de dsigner ce qui a t fait au moyen de cela ? Nous aussi. lorsque nous disons matire et forme nous concevons l'une et l'autre en mme temps, mais nous ne saurions les noncer simul:
,

tanment...

Il

a donc fallu, suivant le dveloppement du


L'autre, bien que,
I,

rcit,

qu'une chose ft raconte avant


i.

QOUfl

L'avons

S.

^in*,

Aurilii Augustin! De [Link] mi httrrnm Mb. non tfimpnrf, formnm pMBOedit. Art

raj>.

XV

MfttdHl ori-

438
dit,

l'astronomie latine au moyen ge

Dieu les

ait faites l'une et l'autre

en

mme

temps. Ce qui, dans

l'opration divine, a seulement une priorit d'origine, se trouve

dans le rcit, avoir une priorit de temps... Soyons donc assurs que cette matire informe, voisine du nant, n'existe que parce qu'elle a t faite par Dieu, et que les choses qui ont t faites de cette matire ont t cres avec
aussi,
elle.

Entre la matire premire selon Aristote et la matire premire

pas besoin d'une longue attention pour le remarquer. Il est clair que l'existence de la matire augustinienne n'est pas une simple existence en puissance; si proche du nant que soit cette existence, elle est dj quelque chose d'actuel. Gela seul explique que la
si

selon Saint Augustin, le contraste est

grand

qu'il n'est

matire, au lieu d'tre ncessaire et ternelle, ait t cre par


Dieu.

Au xm e

sicle

et

au dbut du xiv e

sicle,

il

y aura grande

guerre entre la Philosophie pripatticienne et la Philosophie


augustinienne.

En

ce temps-l,

autour de la notion de matire

premire, on bataillera chaudement.

VI
les
origines no-platoniciennes

de la notion de matire premire,

telle que saint augustin la conoit

Saint Augustin et peut-tre hsit modifier

si

profondsi

ment

la notion

pripatticienne de matire premire

celle-ci

lui tait

parvenue parfaitement nette et exempte de toute altration. Mais cette notion qui joue, dans toute la Mtaphysique d'Aristote, un rle si essentiel et, en mme temps, si particulier cette Mtaphysique, n'a pu demeurer bien longtemps telle que le Stagirite l'avait conue. Dj, nous l'avons dit d'aprs M. Albert Rivaud ThojDhraste s'cartait, ce sujet, de l'enseignement de son matre. Plus pleinement encore, les Stociens* avaient oubli le sens qu' Aristote attribuait au mot uXvi pour eux, la matire, la utj, c'tait cet lment auquel les corps doivent d'tre denses et impntrables, tandis que du souffle, du twve'jjjkx, ils tiennent
1
, ;

i.

Voir Voir

t.

I,

pp. 242-243.
.

Premire Partie, Ch V,

IX

t.

I,

pp. 3ai-3o5.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE


l'lasticit.

439

Selon la Physique du Portique, la matire et le souffle


deux, au

manire actuelle d'une matire premire doue seulement de l'existence en puisexistaient tous
titre,

mme

d'une

sance,

il

n'tait plus question.


la

Tout en gardant, dans leur systme philosophique,


premire, la
uXyj, les

matire

No-platoniciens taient arrivs la conce;

voir tout autrement que ne le faisait Aristote

et la description

qu'en donnaient Plotin


celle qu'en

et ses disciples tait

dj bien voisine de

donnera l'Evque d'Hippone. Plotin consacre tout un livre, le quatrime, de la seconde Ennade, traiter de la matire premire quel point ce qu'il en dit s'loigne du Pripattisme, nous en aurons dj une ide lorsque nous aurons remarqu que les mots existence en puissance ne se rencontrent pas une fois au cours de ce livre il faut, pour les lire, attendre au livre suivant. la vrit, pour dmontrer que les corps divers admettent un fonds, un support (uiroxe^evov) commun qui demeure, tandis que leurs formes lmentaires se changent les unes dans les autres, pour en conclure que les lments sont composs de matire et de comme le faisait la forme, les Ennades parlent, tout d'abord Physique d' Aristote. Mais bientt, Plotin s'attache tablir une proposition laquelle le Stagirite ne s'tait gure arrt. Non seulement, au gr de l'Auteur no-platonicien, la matire ne possde aucune forme, aucune qualit, mais elle ne possde, par elle-mme, aucune grandeur 2 Mme cela, ce qui est purement et simplement matire doit le tenir d'ailleurs. Ttjv S'TiXt;
;

otl xal to-jto icap*


11

aXXou vetv.

ne faut donc pas concevoir la matire la faon d'un corps qui aurait longueur, largeur et profondeur, qui serait grandeur, volume (oyxo;), mais qui n'aurait aucune autre qualit, et penser qu'ensuite la forme s'unit ce volume. C'est parce que certains
ont ainsi conu la matire
tifi

comme un volume

vide, qu'ils ont iden-

la

matire avec

le vide. Cela,

donc, qui est appel recevoir


il

la forme,

ne doit pas dj tre un volume, mais

lui faut,

en

mme

temps,

devenir volume et recevoir une autre qualit. O voivuv


T(j

oyxov oct ilvat rv 8t6|itvov xb tXSo, iXV, jxo

vva9at oyxov, xal

njv iXXtjv Koi6vr\xa MvcffQai.

Dans

la

matire premire, poursuit Plotin, on doit seulement


:

trouver une imago, une apparence, un fantme de volume


i.

K*\

Plotini

EnneadU

//"" lil>.

IV,

cap. VI (Plotini Enneadcs.


'-l

Bd. Ambroise

Firmin Didot, Paritis, RfDCCCLV, p. 7/1) y.. Plotdii Enneadi II* Ml, iv, r.*ip. XI;

cit.,

p. 77.

440
svTao-pia
jjlcv

l'astronomie latine au MOYEN AGE


'yeiv

Ce fantme de grandeur gomtrique sera quelque chose qui prcdera le volume, qui prparera la matire premire le recevoir. A ce caractre de la matire premire, Plotin et ses disciples
oyxoj
.

accordaient assurment une grande importance. Porphyre, qui a


rdig les Ennades, en a

comme condens

la substance
IIpo

dans ses
Ta vorjTa
1 ,

brves

Tentatives pour atteindre les intelligibles,

dans cet crit, le disciple de Plotin nous dit del est prive de toute matire premire Elle forme, elle est chanaucun pouvoir veteo, /Aolo, geante, elle est indfinie, elle n'a aTreipOs, SvajjiOs... Elle est l'image et le fantme du volume
cpoppiaL Or,
:

(si'SwXov xal vTaajjia oyxou).

Elle est ce qu'il y a de primitif dans

le

volume
C'est

(to Tupw-w;

sv oyxcj>) .

pourquoi, ajoute- t-il, elle n'est pas tre, mais non-tre.

A.o

oS ov,

kW ox ov.

Et sa non-existence n'est pas

comme
un

celle

du mouvement; mais
jjL-ri

elle est

un vritable non-tre,

ctXk' Xr}[Link]

ov.

Un

pripatticien et dit qu'elle n'tait pas

tre en

mais un tre en puissance Sous le nom de matire, Porphyre met le non-tre au nombre des lments qui constituent l'Univers par l, il va rejoindre les Atomistes. C'est prcisment pour viter de les suivre qu'Aristote avait, ct de l'existence en acte, conu l'existence en puissance, apanage de la matire premire 2 Ce que Porphyre vient de dire ne fait, d'ailleurs, que rsumer 3 la pense de Plotin Plotin insiste sur cette proposition Puisque la matire premire est, en puissance, tous les tres, elle est elleacte,
; . ;
:

mme un
u

non-tre.

De

ce qu'on

nomme

la matire premire,

est,

en puissance, tous les tres. dire qu'elle est, en acte, quelqu'un des tres? Elle cesserait alors d'tre, en puissance, tous les tres... Mais si elle n'est aucune
si

nous disons qu'elle Comment donc pourrions-nous

des choses qui sont en elles, et


il

ces choses-l ce sont les tres,


ov av ewj).
4

faut qu'elle soit

un non-tre

(|ayi

Comment

est-elle la matire des tres ? C'est, sans doute,

en

puissance. Ds l qu'elle est quelque chose en puissance, n'esti.

Plotini Enneades

cum
et

Marsilii Ficini interpretatione castigata. Iterum

ediderunt Frid. Creuzer


et

Georg Henricus Moser. Primum acceaunt Porphyrii

Procu Institationes et Prisciani philosophi Solutiones. Ex codice Sang-ermanensi edidit et annotatione critica instruxit Fr. Dubner. Parisiis, Ambroise Firmin Didot, MDCCCLV. Porphyrii philosophi Sententi ad intelligibilia duccntes,XX\, p. XXXIV.
2.

3.
f
\.

Voir t. I, pp. i5o-i52. Plotini Enneadis II lib. V, cap. IV; d. Plotini Enneadis II lib. V, cap. V; d.

cit.,

cit.,

p. 84pp. 84-85,

LA COSMOLOGIE DES PRES DE l'GLSE


elle

441

pas dj ce qu'elle va devenir?... Non, car ce qu'elle est en


est,

en puissance, toutes choses elle n'est donc, par elle-mme, aucun tre (p.r 8v 8c ov xafj'a-jTo)... Elle n'est pas quelque chose d'autre que l'tre,
puissance, ce n'est pas telle chose; elle
;
(

comme
et

le

mouvement
;

qui adhre l'tre, qui existe par Ftre

dans

l'tre

elle est

un non-tre

(evr,

av ojv toto

\lt\

ov) .

Telle

est l'affirmation qui revient sans cesse sous la

plume de

Plotin ou

de Porphyre

pour eux, videmment,


dit

l'existence

en puissance,
qui
n'a

c'est le non-tre.

La matire,
;

encore

Porphyre

est ce

aucun

jjouvoir
o-w)...

elle est

un appel devenir substance

(eoect 6-ooTrcavTo to-j

Elle est la disette de toute existence

(eXXev.J/t

OVTO).

Que

faut-il

entendre en disant que la matire premire n'est


ffrepTffci?
2

autre chose que la privation,


cette privation,
il

Plotin va nous le dire. Par

Fabsence de tout ce qui confrerait une dtermination, un terme, une borne, une dfinition. Si par la notion de privation, on entend manifester l'indtermination (to pwrov) de la matire, peut-tre bien atteint-on la propre notion de la matire, encore que ces deux notions [de privation et de matire], tout en ne faisant qu'un dans le sujet, soient distinctes pour la raison . Mais on n'aura mme plus lieu de distinguer les deux notions si, en disant que la matire, c'est la pri tre d'une manire indtermine, vation, on entend dire ceci tre d'une manire indfinie, tre d'une manire non qualifie, Toi oplo-T<.) c'est la mme chose qu'tre la faon de la matire.
faut entendre
:

elvat xal

kntipy elvai xal knolu* elvou Tr


c'est

uXr,

TauTOv
3

.
:

La matire, donc,
-eipov
.

proprement

l'indfini

Ajttj tolvuv t6

Mais

l'indfini, n'est-ce pas,

en

mme

temps,

l'insaisisni

sable?

Gomment

concevoir ce qui n'a ni grandeur ni figure

qualit d'aucune espce, ce que rien ne dfinit, ce que rien ne

prcise?

Ainsi en est-il 4

pour

la vue,

de l'obscurit, qui

est La

matire de toute couleur encore indtermine. De

supprime tout ce

qui,

semblable

la lumire, est

mme, L'me au nombre defl

choses sensibles; ce qui reste, elle ne saurait aucunement le dterminer; elle est alors semblable un il qui regarde dans 1rs
tnbres... Lors donc que, dans le tout, dans
Le

compos,
su j>j>< nt*
,

fcme
puis,

prend

la fois le

support

et toutes les

choses

<ju'il

PORPHYRK, l0C

Cit.
lil>.
lil

2. S.
l\.

[Link] Snnadii It" [Link] BnModU If*

Pumai EnneadU

lil.

IV, cap. IV, cap. IN', rnp.

XIV XV;

d. cit.,
<'<l
<

|>p.

79-80.

il

d. rit

p Ho. p. 76.
.

442

l/A8TR0N0MlE latine au MOYEN AGE


reste alors

une raison (X6yo) c'est une chose vague qu'elle pense vaguement, une chose obscure qu'elle pense obscurment c'est en ne pensant pas qu'elle la pense (xal vo o vootia-a) . Cette sorte de rve par lequel nous atteignons la notion vapoil
; ;

qu'elle en dtache ces choses, qu'elle les spare,

reuse, impalpable, sans contour de la matire premire, Plotin se

aime numrer les caractres par lesquels la matire premire chappe toute perception sensible et dconcerte toute imagination. La matire premire n'est accessible qu'au raisonnement non pas au raisonnement qui prend son point de dpart dans l'intuition, mais au raisonnement qui fonctionne vide c'est pourquoi on l'appelle un raisonnement btard.
complat le dcrire.
Il
;

'AXkk

Aoyt-a-jjK^

oux sx vou, aAAa xevw;, 8to xal vo,

a>

etperai .

Pour
jjl6

dfinir

cette vision indcise qui

nous

fait

entrevoir la

matire premire, voici que Plotin reprend cette expression, Aoywv66o,

un raisonnement
.

btard, dont Platon, au Time, avait

us pour dsigner cette sorte de rve qui nous dcouvre l'espace,


la

%wpa

Cela suffirait nous signaler l'analogie qui existe


cette

entre

la

matire premire, la uh\ de Plotin, et l'espace, la^wpa de Platon,

au jugement d'Aristote, jouait dans la Cosmologie de Platon le rle de matire premire. Mais la matire premire no-platonicienne est quelque chose de plus indtermin que l'espace platonicien elle n'est pas volume, mais fantme de volume
cfuij
; :

%wpa

Ou Totvjv oyxov Set etvat, aAAa cpvrao-jxa yoxou . Elle est l'indtermin en soi elle est vritablement un non-tre, u.t| ov, et, par l, elle vient s'identifier au vide, au xevov des Atomistes. De cet tre

en puissance qu'Aristote avait appel matire, v\y\, elle n'a gard que le nom. Relisons maintenant ces pages loquentes des Confessions o Saint Augustin nous dcrit les vains efforts de sa raison pour saisir la fuyante notion de matire premire. N'y reconnaissonsnous pas, sous l'ampleur du dveloppement, les descriptions que Plotin donnait de cette sorte de rve, de ce Aoytc-jjio v69o qui nous laisse apercevoir la uAti ? N'est-il pas bien clair que la matire premire dont l'vque d'Hippone traite au cours de ses divers ouvrages, c'est la matire premire no-platonicienne, non la matire premire pripatticienne? S'il a pu tenter de christianiser une matire premire, c'est qu'il s'adressait la matire premire de Plotin; celle d'Aristote ne s'y ft pas prte.
i.

Voir

t. I,

p. 37.

A COSMOLOGIE DES PRES DE i/GLSE

443

Le Moyen Age chrtien connatra


dfinit la

fort tard les crits

o Aristote

matire premire. Ces crits ne seront pas traduits


milieu du xu e sicle, et
ils

ne seront gure lus avant Fan 1230. Jusque-l, lorsqu'un philosophe del Chrtient latine, tel Jean Scot Erigne, voudra traiter de la matire premire il se renseignera auprs de Saint Augustin or, la pense que lui transmettra l'Evque d'Hippone, ce sera celle de Plotin, non celle
avant
le
, ;

d' Aristote.

au temps o on lira et commentera la Physique d'Aristote, on ne relguera pas dans un complet oubli l'enseignement de Saint Augustin. Aussi la notion aristotlicienne de matire premire, cette notion qui est comme la cl de vote de la Cosmologie pripatticienne, n'apparatra-t-elle jamais, aux docteurs de la Scolastique, dans sa pure et prcise nudit; toujours, la pense no-platonicienne l'enveloppera. d'un voile qui en dissimulera les
contours.

Mme

VII
LES RAISONS SMINALES SELON SAINT AUGUSTIN

De
tin, il

la thorie

de la matire premire donne par Saint Augus-

convient de rapprocher celle que l'Evque d'Hippone a

conue au sujet de ce qu'il nommait les raisons causales (causales rationes), de ce qu'on appelle plus volontiers, en usant de la
langue des Stociens,
trines qui soulveront,
les

raisons sminales. C'est une des doc-

au

xm

sicle, le

plus de dbats passionns

entre ceux qui s'inspireront de la pense du Docteur africain et

ceux qui prfreront la pense d' Aristote. Pour trouver l'origine de la thorie des raisons sminales, il convient de remonter ce qu'Aristote nous enseigne des doctrines d'Anaxagore.

Comment se peuvent engendrer les diverses parties des animaux et des vgtaux, le bois, les os, la chair etc. ? Tous ces
corps, au gr d'Anaxagore
rduits
',

existent d'avance, tout forms, niais

masses d'une extraordinaire petitesse. L'air, l'eau, les autres corps que nous appelons, tort, lmentaires s'ont, en ralit, des magmas infiniment complexes o se rencontrent en foule (1rs molcules de bois, de ebair, d'os, de toutes les suit stances qui peuvent se former aux dpens de l'air ou de l'eau s'il
en
:

i.

Aristotb, Phi/su/ue. livre


r 2. )2-253
;

1,
I,

ch. IV ([Link]
187).

Opra

'<!.
t

Di<ljl.

t.

H,

pp.

d, lirkker, vol.

p.

414

l'astronomie latine AU MOYEN AGE

nous parat qu'une de ces substances nat aux dpens de l'air ou de l'eau, c'est simplement que les particules, homognes cette substance, qui taient dissmines parmi des particules d'autre nature, viennent se rassembler; selon ce systme, donc, comme le dit Aristote, la gnration est devenue un simple change-

ment

d'tat.

To

vtveo 9at TOtovSe xa9arrjXv X^otoGo-Bai .


,

ces particules infimes qui, se runissant aux particules sem-

un corps naturel, Anaxagore attribuait le nom de germes ou semences (o-TcpjjiaTa). Les Stociens proposaient, du problme de la gnration des choses, une solution moins nave que celle d' Anaxagore.
blables, donneront naissance
1

Le Dieu de Chrysippe est, la fois, Plutarque nous l'a dit 2 Raison (Aoyo;), Providence (Ilpovoia) et Destin (EljjiapjxvTj). Comme Raison, il conoit les choses venir, il a, de chacune d'elles, une notion comme Providence, il prvoit que telle chose natra en tel temps et dans telles circonstances comme Destin, enfin, il la fait natre ncessairement l'instant marqu. La notion que Dieu a de chaque chose est donc comme une semence dont cette chose d'o le se trouvera ncessairement engendre au temps voulu nom de raison sminale (Xoyo aTteppumxo) que lui donnent les disciples de Chrysippe. Mais Zenon et, aussi, Chrysippe, dans son premier livre Sur les dieux (Ilepl swv), dclaraient que la substance de Dieu, c'est le Ciel et le Monde entier 3 . Au lieu de dire, donc, que les raisons sminales d'o les choses venir seront tires par le Destin rsident en Dieu, on peut aussi bien dire qu'elles sont rpandues dans le Monde entier. C'est cette doctrine qu'Atius rsume en ces termes 4 Les Stociens proclament un Dieu intelligent c'est un feu industrieux, qui marche vers la gnration du Monde il embrasse en lui toutes les raisons sminales, en vertu desquelles chaque chose est 'E[ji7rspi'.X7j<po tzolyzcl tou engendre conformment au Destin.
,
; :

(TTrepjjiaTixo

Xoyou, xa' ou caora xa9'

eljJLapjJiviqv

yiveTat .

de chaque chose qui nat au sein de ce Monde se rencontre aussi dans la doctrine de Plotin mais elle y est assez diffrente de la notion de raison sminale (X6yo <rnep ^onrixo) conue par les Stociens.

La notion de raison gnratrice

(Xoyo yevyyiT',x6)

t. II,

Aristote, Trait du Ciel, livre III, ch. III (Aristotelis Opra, d. Didot, pp. 4 ! 5-4i6; d. Bekker, vol. I, p. 3o2, col. 6). 2. Vide supra, p. 297. J- ab Arnim, 3. Diogenis Lartii De vitis... philosophorum lib. VII. i48. Stoicorum veterum fragmenta, 1022; vol. II, p. 3o5. J. ab Arnim, Op. laud., 1027, vol. II, p. 3oo\ 4- Atii Placita, I, 7.
i.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE i/GLISE

415

convaincu que toute gnration accomplie dans la sphre sublunaire a pour principe l'Ame du Monde mais il prouve de grandes hsitations lorsqu'il s'agit de dire comment
Plotin
est
;

s'opre cette action.

Daus l'Ame sont contenues


tixoi)
1

les raisons gnratrices (Xo'yot vevv7|-

nouveau Mais comment ces raisons produisent-elles ces effets au sein de la matire ? Dirons-nous simplement que l'Ame est cause de toutes les choses engendres, parce que celles qu'elle a engendres tout d'abord engendrent, leur tour, celles qui viennent ensuite? Ou bien la raison [qui est dans l'Ame] a-t-ellc sous sa dpendance chaque action particulire, chaque passion particu.

qui sont les principes de toute formation d'un tre

lire?...

En

outre, ces effets, sont-ce les raisons qui les accomplis-

sent?

Ou

bien ces raisons ne se comportent-elles pas


effets plutt

comme

des

vues de ces
doute.

que comme leurs causes efficientes? Sur ce dernier point, Plotin semble tre parvenu fixer son
Ces raisons 2 qui sont dans l'Ame, sont-elles simplement des
([Link])?

penses

Mais comment l'Ame agira-t-elle par ces pen-

ses? Car la raison gnratrice travaille dans la matire; l'uvre

physique qu'elle y accomplit, ce n'est pas une connaissance ni une vue qui la peut faire il y faut une force capable de brasser il ne suffit pas d'une puisla matire (o-jvajxi Tpercruer) tyk uXrj) sance de connaitre, mais bien d'une puissance d'agir. Les raisons gnratrices qui sont dans l'Ame sont donc des puis;
;

sances actives, capables de mettre la matire en branle. Ces puis-

mes qui se rangent au-dessous de l'Ame du Monde se les transmettent, comme, de l'une l'autre, les ondes qui se propagent la surface de l'eau se transmettent le mouvement. L'Ame
sances, les

de l'Univers, immdiate manation de l'Intelligence, a reu de


L'Intelligence la lumire et les

formes

son tour, elle claire et


;

informe

les

Ames qui

se trouvent au-dessous d'elle

enfin, l'Ame qui

rside au plus bas degr de la hirarchie, semblable

un serviteur
ticiTayOcffa

qui reoit un ordre, se


f,OT,

met au

travail

SI

oW-eo
les

roui. Lllc a reu, en effet, la force ncessaire pour agir: elle


les

contient

raisons, encore

que ce ne soient pas

premires

dposes, tout d'abord, dans L'Ame uni celles que vernelle elle peul donc imprimer oVs formel dans la matire. Si hsitante que soil La pense de Plotin au sujet de ces raisons
L'Intelligence a
:

nratrices (Xoyo ytwrTtxoi), nous


i.

pouvons affirmer, cependant,


p, 6q.
,

[Link]

EnntadU

II"

l'l>-

I". cap.
III,

XVI; d. Didot,

I'[Link] Lrnirailis II"'

lit).

C*D.

XVBj

<l- Cil

D,

446

LASTROiNOMIE LATINE AU MOYEX AGE

qu'au gr du Philosophe alexandrin, ces raisons ne rsident aucunement dans la matire elles ont leur sige dans l'Ame de l'Uni;

vers et dans les

par lesquelles
lui

mes infrieures celle-l elles sont les forces ces mes sont capables de faonner la matire et de
;

imprimer des formes. Ajoutons, pour tre complet, que les raisons gnratrices des mes sont secondes, dans l'accomplissement de leur uvre, par L'homme est engendr parla les influences manes des astres raison gnratrice de l'homme, mais le Soleil collabore cette formation d'un nouvel tre humain. La thorie des raisons causales [causales rationes), telle que Saint Augustin la propose, a plus de ressemblance avec ce que les Stociens disaient des oyoi arap^aTixo qu'avec renseignement
1
.

de Plotin touchant les Xoyot yevvTiTwoL C'est propos de la cration de l'me de l'homme, au sixime jour de la gense du Monde, que Saint Augustin dveloppe l'hypothse qu'il a conue. Il lui rpugne que l'me ait t, ce

ne veut admettre qu'un seul acte crateur, l'origine des temps; et, d'autre part, il regarde comme impossible que l'me ait pu tre tire de la nature matrielle. Voici donc ce qu'il imagine L'me de l'homme a t cre 2 au moment o le premier jour l'a t, et cette me cre est demeure latente au sein des uvres de Dieu, jusqu'au moment o il a plu Dieu de l'insrer dans un corps form du limon de la terre. Mais de ce corps humain, la raison causale se trouvait dj au sein des lments du Monde . En disant donc que Dieu a cr simultanment toutes choses 8 nous ne prtendons pas que Dieu ait cr toutes les substances et
rien, car
il
:

moment, cre de

les natures qui devaient exister plus tard,

mais

il

en a cr cer-

taines raisons causales...

En mme temps qu'il existait une corps humain, au moyen de laquelle

certaine raison occulte

du

ce corps devait tre form

plus tard,

une matire, la terre, avec laquelle il pt tre form on peut admettre que cette raison est demeure cache dans cette matire comme dans une semence. Ainsi 4 par tous ces tmoignages de la Sainte Ecriture, dont
il

existait aussi
;

i. Plotini pp. 348-349-

Enneadis 11&

lib. 111,

cap. XII;

d.

cit.,

p. 66.

Vide supra,

[S.

S. Aurelii Augustjni De Genesi ad litieram lib. VII, cap. XXIV, 35 Aurelii Augustini Opra, accurante J. P. Migne, t. 111, parsl [Pairologi latinl. XXXIV), col. 368]^ 3. S. Aurelii Augustini Op. laud. cap. XXII, 32; d. cit., col. 367. 4. S. Aubelii Augustini Op. laud., cap. XXV 111, 42; d. cit., col. 371.
2.
t

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L EGLISE

447

nul ne met en doute la vracit,

si

ce n'est l'impie ou l'infidle,


:

nous sommes conduits mettre cet avis Au commencement du temps, Dieu a cr toutes choses, d'abord et tout ensemble de ces choses, il en est qu'il a cres sous forme de natures dfinitivement fondes (naturae condit) il en est d'autres qu'il a cres sous forme de causes poses d'avances (caus prco7idita>). A cet instant, donc, le Tout-Puissant a fait non seulement les choses prsentes, mais encore les choses venir; et aprs les avoir
;

faites,

il

s'est

repos.

N'est-il

pas clair que la thorie des rationes causales que Saint

Augustin nous expose, en ces divers passages, oifre de nombreux points de ressemblances avec la thorie stocienne des Xoyoi <nzzp[xa-ixoL? N'est-elle

pas une sorte de christianisation de cette der-

nire

VIII
LES PERES DE L EGLISE ET LA GRANDE ANNEE

La notion pripatticienne de matire premire, ternelle et ncessaire, profondment altre par Plotin, a dpouill, entre
les

mains

de Saint Augustin,

ses

caractres

essentiellement

paens; elle a chang au point de ressembler ce chaos, ce

bohou que Dieu, selon la Gense, cra au commencement. tre ternel, l'Univers tait en mme temps, au dire d'Aristote, au dire de toutes les philosophies paennes de l'Inde et de
la Ghalde,

de la Grce

et

de Rome, un tre priodique


il

au terme

recommenait une nouvelle vie, toute semblable celle qui venait de s'couler chaque Orand Hiver ramenait un xoxaxXuarpLifc, un dluge d'eau chaque Grand Et tait marqu par une sx-jpwo-'., par un embrasement. Ce qui, dans cette thorie, frappa d'abord les docteurs chrtiens, ce n'en fut pas l'opposition aux dogmes catholiques, mais bien les
de chaque Grande Anne,
;
;

analogies avec les traditions bibliques.


Saint Clment d'Alexandrie (f 217) , qui cite ce que Platon a dit des dluges d'eau et de feu, qui connat le nom
Ainsi,

l'embrasement gnral de l'Univers, Saint Clment, disons-nous, voit, dans ces enseignements
d'xTTLipuxn

donn par

les Stociens

i.

S.

Clkmentis Alexandhini Stromatum

lib.
t.

V, cap.
II

I.

artt.

3>-47 [S.
t.

CuIX),

mentis Alexandrihi Opra accurante,


COll. 2I-24J.

M ign,

(Patrologi grc,

448

L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE


faits

des philosophes hellnes, autant d'emprunts


Mose.

aux livres de
Flix,

De mme, un contemporain de Clment, Minucius


les

dans

enseignements des Stociens et des picuriens sur la conflagration gnrale du Monde, dans les allusions de Platon aux vicissitudes de dluges et d'embrasements par lesquels passe

l'Univers, voit

un

reflet
fin

dform des divines prdictions des prol


.

phtes touchant la
C'est encore
e

du Monde

en vue de l'Apologtique qu' Arnobe, au dbut du iv sicle, invoque les traditions des paens touchant les dluges et 2 les combustions qui ont ravag l'Univers Les calamits sont incessantes et terribles, au temps o vit Arnobe les paens y voient des signes du courroux des dieux qu'irritent les blasphmes des chrtiens. Arnobe s'lve contre ces accusations. Les cataclysmes n'ont pas attendu la venue des chr Quand donc le genre humain tiens pour bouleverser le Monde a-t-il t extermin par des dluges d'eau? N'tait-ce pas avant nous ? Quand donc le Monde embras fut-il rduit en braises et en
.
; :

cendres? N'tait-ce pas avant nous?


Si la colre des dieux offenss

par les chrtiens n'est point la cause des malheurs qui accablent le genre humain, quelle en est donc la cause ? Demandez-le la Physique, reprend Arnobe Qui sait si la matire premire dont les quatre lments ont t forms ne contient pas, enveloppes encore dans les raisons sminales dont elle est pleine, les causes de toutes les misres? Qui
:

sait si les

mouvements des

astres, lorsqu'ils

amnent ceux-ci

cer-

en certaines rgions [du ciel], certaines poques, sur de certaines lignes, n'engendrent pas tous ces maux, si ce n'est pas eux qui imposent ncessairement, aux choses qui leur sont soumises, des sorts varis ? Qui sait si certaines vicissitudes des choses ne s'accomplissent pas en des temps bien dtermins si, comme une mare qui monte et descend, le bonheur n'a pas un flux suivi d'un reflux, en sorte que la prosprit alterne avec les calamits? Qui sait si la lie de la matire, cette terre que nous foulons aux pieds, n'est pas astreinte, par la loi qui lui est impose, mettre des vapeurs trs nuisibles qui corrompent F air, en sorte que cet air corrompu mine nos corps et branle toutes les choses humaines ? Qui sait, enfin et cela n'est pas loin d'tre
tains signes,
;

i. M. Minucii Felicis Octavius, XXXIV. Recensuit et prfatus est Hem. Boenig, Lipsiae, MCM1II; pp. 54-55. 2. Arnobii Adversus nationes libri VIIy lib. I. Recensuit et commentario

critico instruxit

Augustus Reiffersheid. Vindobonae, MDCCCLXXV (Corpus Scriptorum ecclesiasticorum lutinorum, vol. IV) pp. 5, 7, 8, 9, 10.
;

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

449

un mal pour le Monde? Si, lorsque nous apprcions tous les vnements de la nature par rapport notre propre commodit, nous ne les incriminons pas au gr d'une injuste opinion ? Platon qui occupe, parmi les philosophes, le degr le plus lev, le faite, dclare, en ses commentaires, que ces terrihles dluges et que ces conflagrations universelles servent purger la terre cet homme sage n'a pas cru que cette rnovation des choses
vrai
si

ce qui nous parat contraire est toujours

mritt les

noms de

destruction, de massacre, de ruine, d'exter;

mination, de funrailles du genre humain

il

croit qu'il la faut

comparer une jeunesse nouvelle d'un Monde qui a reconquis sa vigueur premire... Tous ces vnements, qui arrivent la masse de ce Monde, il ne les faut point peser au poids de nos petites commodits, mais au poids des raisons et de l'ordre de la nature entire. L'optimisme d'Arnobe rappelle de fort prs celui de Chalciet vraiment on serait tent de croire que les Plalonis corndius mentarii dont nous parle le premier ne sont que le Commentaire du Time rdig parle second. Nous avons vu 2 qu'Origne (vers 185-253), dans son Trait contre
*
;

exactement des doctrines des Stociens au sujet de la palingnsie lui aussi, d'ailleurs, tait port voir, en l'hypothse du xaTaxXjo-jjio et de YzxTzpiiivi, des emprunts faits la Bible par les philosophes paens.
Celse, rsumait fort
;

Mieux inform des philosophies paennes que Saint Clment d'Alexandrie, que Minucius Flix et qu'Arnobe, Origne voit mieux l'irrductible antagonisme qui existe entre le dogme chrtien et la thorie de la priodicit du Monde. Ceux qui affirment, dit-il 8 l'apparition successive de mondes entirement semblables, gaux en toutes choses les uns aux autres, je ne sais de quelles preuves ils pourraient tayer leur assertion. Si l'on prtend, en elfet, qu'un second monde sera semblable en tout celui-ci, il faudra qu'Adam et Eve y refassent exactement
,

ce qu'ils ont fait en celui-ci

le

mme

dluge

s'y

reproduira

le

Mose fera encore sortir d'Egypte un peuple de six cent mille hommes environ Judas y trahira une seconde fois le Sei;

mme

gneur; une seconde fois, Paul y gardera les vtements de ceux qui lapideront Etienne; il faudra admettre que tout ce qui s est fait dans la vie de ce monde-ci, se refera une seconde fois.
p. 29O. pp. 2N1-2H2. .). ORifiKNis Ilipt ptM)v libriy lib. Il, cap. III, /j-.') [OftMBftl Opra or/inio, (Patrologi grc accurante J. I*. Migne, t. XI) coll. iy2-iy^J.
i.
:

2.

Voir Voir

Premire partie, Ch. V, Premire partir,, Ch, V,

| VII i VI

t.

I,

t.

I,

I.

DUHEM

T.

II.

J.t

150

l'astronomie LATINE AU MOYEN AGE

Origne ne fausse pas la doctrine de la priodicit du Monde admise par maint philosophe paen; Plutarque, nous l'avons vu en formulait les consquences avec la mme prcision.
1 ,

Or l'Apologiste aperoit du premier coup d'il Un corollaire de cette doctrine, qui la rend inacceptable tout chrtien. Elle est en contradiction avec la croyance au libre arbitre humain. Le pch commis par Adam en ce monde-ci a t une faute volontaire, accomplie librement; si un second monde, semblable au ntre, succdait celui-ci, le nouvel Adam, libre comme le premier, ne saurait tre contraint de commettre la mme faute il serait libre de ne point pcher, de faire en sorte, donc, que la vie du second monde ne ft point l'exacte reproduction de la vie du
;

premier. Voici

comment Origne formule


:

cette objection ren-

contre de la priodicit universelle

Je ne crois pas que cette thorie puisse tre soutenue par une
s'il

que les mes sont conduites agir par la libert du choix, si leurs progrs et leurs chtes doivent tre attribus la puissance de leur propre volont. Les mes, en effet, ne sont pas contraintes d'agir suivant un certain cours qui, au bout d'un grand nombre de sicles, tourne de nouveau dans ce n'est pas l ce qui les pousse faire telle ou le mme cercle mais l o tend la libert de telle chose, dsirer ceci ou cela leur gnie propre, c'est l qu'elles dirigent le cours de leurs
raison quelconque,
est vrai
; ;

actions.

Pour

cette

raison, donc,

Origne

condamne absolument
eux.

la

thorie qui

fait

revenir indfiniment, au cours de l'ternit, des

mondes exactement semblables entre


<(
:

Ce que disent ces gens, crit-il, ressemble l'affirmation suivante Si, deux fois de suite, on semait dans un champ une mesure de froment, il pourrait arriver que, la seconde fois, les grains tombassent tous exactement de la mme manire que la premire fois, de sorte que les grains de la seconde mesure se trouvassent rpandus dans le mme ordre et aux mmes places que les grains de la premire. Assurment, cela ne peut arriver aux innombrables grains d'une mesure, lors

mme

que, pendant des sicles

d'immense dure, on en recommencerait sans cesse la semaille. De mme, il me parat impossible que le Monde puisse tre reproduit de telle sorte que les naissances, les morts, les actions de toutes sortes, y recommencent dans le mme ordre et de la
j>

mme
j.

manire.

Vida supra,

t. IL,

pp. 298-299.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE LGLISE

-451

Toutefois, Origne ne regarde pas

comme

impossible la succesautres.
Il

sion d'une infinit de

mondes

diffrents les uns des

admet

qu'il

peut exister successivement des mondes divers, dont

que l'tat de l'un de ces mondes soit meilleur que l'tat de l'autre en certaines choses bien manifestes, qu'il lui soit infrieur en d'autres choses, quivalent en d'autres encore. L'objection d'Origne contre la priodicit de F Univers a mis en pleine lumire la raison pour laquelle aucune Cosmologie antique ne peut s'accorder avec la doctrine chrtienne. Sous toutes les formes diverses qu'elle a revtues, la Physique hellnique garde une matire immuable la croyance au dterminisme absolu de tous les mouvements clestes, de tous les changements sublunaires est un des lments essentiels de ce fonds constant nulle religion, nulle philosophie qui croit au libre arbitre humain ne pourra jamais accepter les principes essentiels de cette Phyles diffrences

ne soient pas trs

petites,

de

telle sorte

sique.

Cette incompatibilit ne semblait pas toujours vidente tous


les Chrtiens.

Dans son

livre intitul

Ilepl

avQptoTrou,

Nmsius,

vque d'Emse, donnait, de la palingnsie stocienne, un expos que nous lui avons autrefois emprunt la fin de cet expos, il
*
;

ajoutait*

Certains chrtiens disent qu'il nous faut concevoir la

rsurrection
ils

comme

lie cette restauration


;

de l'Univers

mais
effet,

s'abusent trangement

les paroles

de Jsus-Christ, en

nous enseignent que la rsurrection n'aura lieu qu'une fois, qu'elle ne se reproduira pas suivant une rvolution priodique, mais qu'elle sera l'effet de la puissance volontaire de Dieu.

La sduction que
l'esprit

la doctrine

de la palingnsie exerait sur


l'a

de certains chrtiens explique la fermet avec laquelle


cho-

Saint Augustin a combattu cette thse. Ce par quoi elle

qu, ce n'est point son incompatibilit avec le libre arbitre de

l'homme, incompatibilit qu'avaient signale Origne. Ce qui l'a frapp, c'est l'impossibilit o se trouve un chrtien d'admettre que le Fils de Dieu s'incarnera une infinit de fois, que JsusChrist aura, de nouveau, souffrir et mouru*. C'est dans son trait De la Cit de Dieu que l'voque d'Hippone examine en dtail la thorie qui fait du Monde un tre ternel el
priodique.

Nous
i.

le

voyons, d'abord,

comme
;

s'il

se prparai!

L'attaque,

Premire fiflrtie, Ch. V, VI t. I, n. l8o, Nbmbsii Bpiscopi Bttanri De natura hotntnii cap. grc, accurnnte J. P, Migne, t. XL, coll. 7'>'.r7 ,, '->):

Voir

2.

XXXW

(Patroloyiic

452
ici
1

l'astronomie latine au moyen ge


citer

Apule

et l'opinion selon laquelle

il arrive

de temps

en temps des dluges et des embrasements qui dsolent et dpeuplent une partie de la terre l 2 mentionner ceux qui ne croient pas le Monde ternel, soit parce qu'ils admettent plusieurs
; ,

inondes successifs, soit parce qu'ils tiennent pour l'existence d'un seul Monde qui renat une infinit de fois selon certaines rvolutions des sicles . Enfin, aprs ces
:

l'examen de cette question bien dtermine desquels toutes choses doivent sans cesse revenir au mme ordre et la mme apparence, selon l'opinion de certains
philosophes.

prambules, Augustin aborde 3 De la rvolution des sicles la fin

Certains philosophes de ce

monde,

dit-il,

n'ont pas cru qu'ils

pussent ou dussent rsoudre cette controverse, sinon en considrant un certain cycle de temps au bout duquel toutes choses, dans
la nature, ont toujours t renouveles et rptes
;

ils

ont assur

que, dans l'avenir, la reproduction des sicles couls par les si-

prendre fin soit que ces cycles s'accomplissent en un monde permanent; soit que, dans le monde naissant, les vnements qui viennent et qui apparaissent comme nouveaux reproduisent exactement les vnements du
cles futurs se poursuivrait sans jamais
;

monde mort,

ces deux

mondes

tant spars par

un

certain inter-

valle de temps. Ils ne peuvent

aucunement affranchir de ce jeu

drisoire l'me immortelle [de l'homme], alors

mme

qu'elle a

marche vers une fausse batitude pour rtrograder sans cesse vers une misre vritable... Saint Augustin cite alors ces paroles de Salomon dans YEcclsiaste : Quid est quod fuit? Ipsum quod erit. Et quid est quod factum est? Ipsum quod fiet. Et non est omne recens sub Sole. Quis
peru la sagesse
;

sans cesse, elle

loquatur

et dicat

Ecce hoc novum

est ?

Jam

fuit in sculis

qu

fuerunl ante nos

Dieu ne plaise, poursuit-il, que nous les entendions de ces cycles imaginaires par lesquels ils veulent que se rptent toutes les rvolutions des temps et des choses temporelles Par exemple,
!

comme en

tel sicle,

tains disciples

un philosophe nomm Platon a instruit cerdans une cole d'Athnes appele Acadmie, si
cours de sicles innombrables, on
les

l'on remontait en arrire le

trouverait qu'en des


intervalles fort
la

uns des autres par des longs, mais de dure bien dtermine [et toujours

temps spars

mme],
i.

le

mme

Platon, la

mme
Dei

cit, la

mme
X.

cole et les

S. Aurelii Augustini S. Aurelii Augustini

De

Civitate

lib. XII,

cap.

2.
3.

Op. laud., S. Aurelii Augustini Op. laud.,

lib. XII, cap.

XI.

lib. XII, cap. XIII.

LA COSMOLOGIE DES PRES DK LiiLISE


les

453

dans l'avenir, ils se reproduiront encore au cours de sicles innombrables. C'est bien, en effet, de cette manire qu'un Plutarque prsentait la thorie de la Grande Anne platonicienne. A Dieu ne plaise, Une seule fois le dis-je, que nous partagions une telle croyance Christ est mort pour nos pchs une seule fois il est ressuscit d'entre les morts et il ne mourra plus jamais . Nous venons de conter le premier conflit qui se soit lev entre la Physique antique et l'enseignement des Docteurs cathocette premire escarmouche nous marque d'avance les liques caractres de la longue guerre, entrecoupe de trves boiteuses et mal assises, qui, jusqu' la fin du xm e sicle, mettra ces deux adversaires aux prises. Toutes les Cosmologies hellniques sont, en dernire analyse, des Thologies au cur de chacune d'elles, nous trouvons des dogmes religieux, soit que ces dogmes aient t admis titre d'axiomes, de dcouvertes dues l'intuition, comme le veulent le Platonisme et le No-platonisme, soit qu'une analyse, laquelle l'exprience a servi de point de dpart, les retrouve lorsqu'elle arrive son terme, comme le fait l'analyse pripatticienne. Ces dogmes, d'ailleurs, pris en ce qu'ils ont d'essentiel, ils sont les mmes dans toutes les philosophies grecques, ils sont ceux qu'endisciples se sont trouvs rpts
;

mmes

et,

seignaient les coles pythagoriciennes de la Grande-Grce

Les

corps clestes sont divins, ce sont les seuls dieux vritables


nels et incorruptibles,
ils

ter-

ne connaissent d'autre changement que le mouvement parfait, le mouvement circulaire et uniforme par ce mouvement, ils rglent, suivant le plus rigoureux dterminisme, la marche de tous les changements dont le monde sublunaire est
;

le thtre.

Or
lois,

la Science

moderne

natra,
:

peut-on dire,

le

jour o l'on
les

osera proclamer cette vrit


rgissent les
lunaires, la circulation

La

mme

Mcanique,

mmes

mouvements

clestes et les

mouvements sub-

du Soleil, le flux et le reflux de la mer, la chute des graves. Pour qu'il ft possible de concevoir une telle pense, il fallait que les astres fussent dchus du rang divin o
l'Antiquit Les avait placs,
se ft produite.
il

fallait

qu'une rvolution thologique


la

Cette rvolution sera L'uvre

La Science moderne
gie

Thologie chrtienne. t allume par nue tincelle jaillir du


<l<
k

choc entre la Thologie du Paganisme hellnique

la

Tholo-

du Christianisme.

454

l'astronomie latine au moyen ge

IX
les pres de l'glise et les principes de l'astrologie

o devaient ncessairement se battre les Thologies astroltriques du Paganisme et la Thologie chrtienne, c'est assurment le terrain de l'Astrologie. La thorie de la Grande Anne, d'ailleurs, n'tait que le dogme le plus minent de l'Astrologie les discussions que nous venons de rapporter ne sont qu'un pisode de la grande bataille entre l'Astrologie et le ChrisS'il est

un

terrain

tianisme.

au I, avec quelle fermet, avec quelle unanimit, les Pres de l'Eglise avaient lanc l'anathme sur les pratiques des tireurs d'horoscopes mais ces pratiques, ils ne se sont pas contents de les condamner au nom de l'orthodoxie ils ont entrepris de dmontrer, par arguments philosophiques, qu'elles
dit,
;

Nous avons

taient incapables

d'acqurir la prescience dont

elles

se

tar-

guaient.

de l'Astrologie avec autant de pntration que Saint Augustin. Sa discussion dpasse de beaucoup en profondeur celle que Gicron tenait de Pantius et celle qu'Aulu-Gelle empruntait Favorinus. Nous savons par les Confessions que Saint Augustin, dans sa jeunesse, avait prouv de la curiosit pour l'Astrologie judiciaire il s'en tait, d'ailleurs, inform auprs des plus savants auteurs,
l'Eglise,

Des Pres de

aucun n'a

critiqu

les

principes

par exemple, du
l'Astrologie
2

stocien Posidonius,
tait,

qui

tait fort

qui

k la

fois,

philosophe et

adonn grand astro-

logue

Posidonius avait appris Saint Augustin que la disposition


des plantes par rapport aux toiles fixes au jour o nat
enfant,

un

au jour o s'accomplit une action, dtermine entirement le sort qui attend cet enfant durant sa vie, l'effet que cette action produira nu cours des ans. Il lui avait appris, en mme temps, que ces horoscopes trouvaient leur justification dans l'axiome formul par Aristote au Trait des Mtores ". Pour tout acte accomplir, disaient les astrologues dont l'Evque d'Hip1

i.
'.>.

Vide supra,

i, p. 4o/|.

.'>.

l\.

S. Aurelii Augustini De Civitate Dci lib. V, cap. II. S. Aurelii Augustini Op. laud., ibid. Voir Premire partie, ch. IV, i6/j. ; t. I, p.
:

LA.

COSMOLOGIE DES PRES DE l'GLISE


les

4i).'j

pone avait tudi


la dure, a

ouvrages

1 ,

il

faut choisir le jour, parce

que

la position des astres, qui est diffrente

aux divers moments do

domination sur tous les corps terrestres, qu'ils soient anims ou inanims (quia terrenis omnibus corporibus, sive animanlibus, sive non animantibus, secundum diversitates temporalium momentorum, siderum positio dominatur) . D'ailleurs, les contemporains de Saint Augustin identifiaient communment le destin avec cette rigoureuse domination que les astres exercent sur les choses d'ici-bas. Lorsque les hommes 2 entendent parler du destin (fatum), ils ne comprennent, selon le langage habituellement usit, rien d'autre que la force exerce par la position des astres (vis positionis astroritm), par celle qu'ils occupent, par exemple, au moment de la naissance ou de la conception d'un

homme

La

foi

chrtienne de Saint Augustin se refuse, bien entendu,

recevoir cette croyance au fatalisme absolu impos par le cours

des astres.

Que

les astres puissent


il

exercer certaines actions sur les choses


le conteste

matrielles d'ici-bas,

ne

pas; aussi bien, certaines


;

de ces actions
ce quoi
libres des
rait
3
,

lui paraissent

manifestes par l'observation


c'est

mais

il

ne saurait consentir,

soumettre les volonts


:

hommes aux

influences des corps clestes

On pour-

sans une absurdit absolue (non usquequaque absurde), dire

une certaine action, mais seulement sur les diverses proprits dos corps ainsi voyons-nous les saisons de l'anne changer selon que le Soleil s'approche ou s'loigne [du tropique] ainsi voyons-nous certaines sortes de choses crotre ou dcrotre selon que la Lune croit ou dcroit tels les oursins, les coquillages et les tonnantes mares de l'Ocan. M;iis les dcisions volontaires de l'me ne sauraient tre, elles aussi, subordonnes aux positions des astres . Ces quelques Lignes sont dignes de remarque elles tracent, en quelque sorte, le plan de la conduite que la plupart <1<< docteurs chrtiens du Moyeu Age tiendront L'gard de l'Astrologie ,jn<liciaire ils laisseront les hommes libres de croire que 1rs astres
les influences astrales ont
; ; ; ;

que

ont pouvoir

sur'

!<>s

transformations
croiront
I*'

<!'

La
;

matire sublunairc

et,
ils

bien souvent,
Dif'U.

ils le

eux-mmes

mais,

ce
<'t

pouvoir,
La

entendront soustraire

libre arbitre

<1<*

L'homme

grce de

i.
?..

S. AuRKi.u s. \i h ki h

[Link]

Op, lattd., Iil>. V, cap. VU, tuGUSTiNi Op, laud. t lib. V, cap. \if,isTi\i Op. iaad., lib. V, cap VT.
\i roi btimi
I
.

436

h ASTRONOMIE LATINE AU

MOYEN AGE

gard cette rserve, Saint Augustin et t dispos ne pas contester avec eux la prtention qu'ils ont de tout soumettre au fatalisme le pousse discuter la lgiti Lorsque les astrologues mit des principes qu'ils invoquent
Si les astrologues avaient
;

'

tentent d'enchaner nos actes

mmes aux

positions des astres,

ils

nous engagent chercher comment on pourrait les empcher d'invoquer cette raison, mme au sujet des corps . Qu'est-ce donc que Saint Augustin va objecter aux principes de l'Astrologie ? Il montrera que la fausset en peut tre prouve par Les mmes causes produisent toujours les mmes cet axiome
:

effets.

Gomment admettre 2

que, par le choix du jour o on les

accomplit, on puisse assurer tel ou tel sort ses actions?...

On

ne veut pas remarquer que, pour ensemencer un champ, un certain jour a t choisi, qu'une multitude de grains tombent terre en mme temps, germent en mme temps, puis, aprs avoir lev, sont, en mme temps, l'tat d'herbe, croissent, jaunissent en mme temps et cependant, de ces pis, qui sont, pour ainsi dire, congerminaux , les uns sont attaqus par la nielle, les autres ravags par les oiseaux, d'autres encore coups par les hommes. Pour ces pis qui, sous leurs yeux, ont des sorts si divers, com;

ment

pourront-ils dire que les constellations furent diffrentes?


se refuseront-ils faire choix d'un jour

Ou bien

pour ces sortes

de choses, diront-ils qu'elles sont trangres au destin cleste et ne subordonneront-ils aux astres que les hommes, les seuls tres

donn un libre arbitre ? Cette chappatoire mme ne servirait de rien. Au lieu de raisonner sur des grains de bl, on peut raisonner de mme sur des hommes deux jumeaux ont mme horoscope et cependant, dans bien des cas, quelle diffrence entre les sorts que la vie leur
sur terre qui Dieu
ait
;
;

rserve

Cette objection avait due se dresser

frquemment devant

les

affirmations des astrologues. Cicron la leur avait vivement oppose


3
.

Saint Augustin nous apprend 4


(f

comment y rpondait un
cit

cer-

tain Nigidius

43 av. J.-C), souvent

par Aulu-Gelle, que

cette rponse avait fait


Il

surnommer

le Potier (Figulus).
;

une roue de potier avec toute la force possible puis, tandis qu'elle tournait, il en marquait trs vite le bord de deux
lanait
i.
>.
'J.

Saint Augustin, loc.


S. AuKELii
S. Aurrlii

cit.

Auglstim Op. laud.,


AuGUSTixi Op. laud.,

lib.

M. T. (Iigeroxis De dioinatione

lib.
lib.

Il,

\.

V, cap. VII. cap. XL1II. V, cap. ILI.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L GLISE


traits

457
place
;

d'encre

qui

semblaient
le

faits

la

mme

mais

lorsque le
faites se

mouvement

avait pris fin, les

montraient, sur

bord de

la

deux marques qu'il avait roue, une distance nota-

ble l'une de l'autre. Ainsi, disait-il, lors


trait aussi

mme

qu'un jumeau na-

peu de temps aprs son jumeau qu'il s'en est coul entre les deux fois o j'ai marqu la roue, cette dure correspondrait dans le ciel, qui tourne avec une si grande vitesse, un intervalle beaucoup plus considrable de l, toutes les dissemblances qui se rencontrent entre les murs, entre les sorts de deux jumeaux. A cette rponse, l'Evque d'Hippone oppose, son tour, deux arguments voici le premier Le moment de la conception est assurment le mme pour deux jumeaux; d'o vient donc que, sous la mme constellation
;
'

qui fixe ncessairement le sort {constellalio fatalis), l'un puisse

conu mle et l'autre femelle ? Le second argument marque la pntration d'esprit de Saint Augustin; celui-ci avait clairement aperu la vrit suivante Pour que le dterminisme qui rgit un certain ordre de choses nous permette, en cet ordre, de former des prvisions, il ne sufft pas que les mmes causes entranent toujours les mmes effets il faut encore que des causes peu diffrentes produisent des effets peu diffrents. Car nous n'avons jamais affaire, deux fois de suite, des causes parfaitement identiques en deux cas, si semblables qu'on les suppose, les causes diffrent toujours par de lgres particularits si ces faibles diversits taient susceptibles de dterminer, entre les effets, de trs grandes divergences, nous ne pourrions jamais, de ce qui est advenu dans un cas, conclure ce qui arrivera dans l'autre. Or, si l'on admet la rponse de Nigidius, on doit croire qu'une variation insignifiante dans l'horoscope, telle la diffrence trs faible qui existe entre les horoscopes de deux jumeaux, entrane, fin ns la vie que cet horoscope prtend prsager, non des diffrences lgres et accidentelles, mais des changements profonds
tre
:

et

essentiels.

que cet intervalle de quelques minutes qui peut sparer la naissance de deux jumeaux a trait <le trs petites choses, doni les mathmaticiens n'ont point coutume <le tenir compte? Qui se proccupe le savoir, en effet, quel moment un
Diront-ils*
<les
i.

jumeaux
S. [Link]
S.

s'asseoira,

quel

moment
V, V,
r:ij>.
[Link]>.

il

se

promnera,

que]

2.

AiM^risi (>/> AUMLII [Link] Op.

lnitrf.. Ml..

VI.
III.

laild.,

lil

458

l'astronomie latine au moyen ge

moment
le sort

dnera et ce qu'il mangera? Mais est-ce de ces riens que nous parlons, lorsque dans les murs, dans tes uvres, dans
il

de deux jumeaux, nous montrons de trs nombreuses et trs grandes diffrences ? Ne parlons que des plus clbres 4 poursuit Saint Augustin, qui choisit l'exemple d'saii et de Jacob. Deux jumeaux sont ns si prs l'un de l'autre que le second tenait le pied du premier; et cependant, si grande fut la diversit de leur vie et de leurs murs, si dissemblables furent leurs actes, si diffrent l'amour de leurs
<(
,

parents, que la faible distance qui a spar leurs naissances a


suffi

les rendre ennemis l'un de l'autre. Dit-on simplement

ici

que l'un marchait tandis que l'autre tait assis, que l'un veillait tandis que l'autre dormait, que l'un parlait tandis que l'autre se taisait? Parle-t-on seulement de ces minuties dont ne peuvent tenir compte ceux qui notent, au moment de la naissance, la disposition des astres sur laquelles les mathmaticiens sont ensuite
consults?

La conclusion qui dcoule de l est manifeste Puisque de si faibles diffrences d'horoscope changent ce point la fortune d'un homme, il est illusoire de vouloir appliquer un homme ce qu'aurait pu apprendre l'astrologue l'observation du sort d'un autre homme. Si de pareilles divergences 2 dpendent des quelques minutes qui sparent la naissance des deux jumeaux et ne doivent pas tre attribues aux constellations [telles que l'observateur les peut dterminer], comment, pour des hommes diffrents, les astrologues peuvent-ils, l'inspection des constellations, annoncer de tels vnements ?
argumentation contre l'hypothse de Nigidius, Saint Augustin n'avait point eu la crer de toute pice ses prdcesseurs en avaient trac une premire esquisse.
Cette
;

Saint Basile avait dj remarqu

que
:

les tireurs d'horoscope

taient obligs d'admettre ce principe

La plus

petite, la rjlus

courte diffrence de temps...

sufft

diffrence entre deux naissances


axapiaiov [ypvov]...

l'existence d'une trs grande


f

Q; xal Tuap to p-ixpoTaTov xal

[A&ywTrs ouc^ otacpopa yvstsi Tzpo ysViO-'.v .

ce principe,

il

avait oppos le

peu de prcision que comporte


il

la

dtermination de l'instant d'une naissance, et


ces termes
:

avait conclu en

S'il est

impossible de dterminer avec prcision le

S. Aurelii Augustixi Op. laud., lib. V, cap. IV. Saint Augustin, loc. cit. 3. S. Basilii Homilia VI in Heaemeron, cap. (S. Basilii
i.

2.

Opra, d.

cit.,

t.

1,

coll. i27-i3o).

L COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

459

moment

[d'une naissance], et
fait

si

la plus petite diffrence

dans cette

qu'on se trompe du tout au tout, sont galement ridicules ceux qui s'adonnent cet art sans fondement et ceux qui, bouche be, vont eux comme s'ils pouvaient connatre
dtermination
ce qui les intresse

Ces critiques de Saint Basile, Saint Ambroise les avait reproduites dans son trait sur l'uvre des six jours
objection, contrle par
le
1
.

Cette
2
.

mme

une observation

prcise, avait dtourn

pre de Nbridius de sa confiance en l'astrologie

Ne nous

tonnons donc pas que Saint Augustin, disciple de Saint Ambroise, ami de Nbridius, les ait reprises.

Au

principe qu'Aristote avait formul et dont se rclamaient les


qui,

astrologues

comme

Posidonius,

taient,

en

mme

temps,
;

philosophes, Plotin avait apport une modification essentielle 1


les

mouvements des
des
;

astres

n'taient plus,

efficientes

changements

pour lui, les causes prouvs par le monde subluclestes

naire

les

circulations des corps

comme

les transfor-

mations des corps prissables avaient pour cause efficiente com-

mouvement interne de l'Ame du Monde mais cette communaut de cause tablissait une correspondance entre les
le
;

mune

unes et les autres, en sorte que les cours des astres permettaient de prvoir les vnements sublunaires ceux-l taient les signes
;

de ceux-ci.
Saint Augustin avait beaucoup lu Plotin
fort
;

aussi connaissait-il

bien la modification apporte par cet auteur au principe pri;

patticien de l'Astrologie

mais il avait reconnu sans peine que cette modification ne ruinait aucune des objections qu'il avait dresses devant la doctrine de Posidonius; voici ce qu'il crit ce
sujet

4
:

Dira-t-on que les astres signifient les vnements plutt qu'ils


les

ne

font?

Que

leur disposition est une sorte de langage qui


Le

prdit l'avenir et oe
fort Bayants.

produit pas? Ce fut l'opinion

d'hommes

Ce n'est p;is ainsi, cependant, que les mathmaticiens ont accoutum de s'exprimer; ils no disent pas, par exemple, que Mars, plac de telle manire, signifie L'homicide, mais bien qu'il
produit L'homicide. Admettons, toutefois,
qu'ils ne

parlent pas
la

comme
rgle

il

faudrait,

qu'il leur

faille

recevoir des philosophes


les

selon

Laquelle

se

doivent

noncer

jugements

qu'ils

//', rf /r/nrron, lilt. IV, Cap. IV, i/j [S. AMRnosn Optra, HCCUi. S. [Link] [PcUrologia* latinn*. t. M\ coll. 194*195]. rente J. P. Migoe, l. I, para a, s. Ai [Link] AuousTiiti Conte ion lib. VII, cap. vi. 3. Voir: Premire partie, Ch. Mil. g VII; t. Il, pp. 3oo-3ia. S. Aurh.11 Aooustini O Cwitnt Oi lih. V, cap. I. /j.
I
| ,

460

l'astronomie latine au MOYEN AGE

croient dcouvrir dans la position des astres. Gela empchera-t-il

jamais rien su dire pour expliquer comment des jumeaux prsentent entre eux, le plus souvent, dans leurs actions, dans leur fortune, dans leur profession, dans leur art, dans les
qu'ils n'aient

dans toutes les autres choses qui concernent la vie humaine, et jusque dans leur mort, de telles diffrences que, sur tous ces points, nombre d'trangers leur ressemblent plus qu'ils ne se ressemblent entre eux ? Et cependant leurs naissances n'ont t distantes que d'un court intervalle de temps, et leurs conceptions, fruits d'un mme acte, ont eu lieu au mme
qu'ils reoivent,

honneurs

moment.

Aprs cette discussion, Saint Augustin est en droit de reprendre son compte le jugement que tous les Pres ont port contre
l'Astrologie

Tout cela bien considr il est juste de croire, puisque les astronomes donnent nombre de rponses tonnamment exactes, que cela se fait sous l'inspiration occulte de mauvais esprits, sou1
,

cieux d'insinuer et de confirmer dans les intelligences humaines


ces opinions fausses et nuisibles sur la fatalit astrale
ses,
ils
;

ces rpon-

ne les ont aucunement tires d'un horoscope qui aurait t not et examin selon les rgles d'un art qui n'existe pas.

X
LES PRES DE L'GLISE ET LA THORIE DES MARES

Nous avons entendu Saint Augustin dclarer 2 que certaines choses croissent ou dcroissent selon que la Lune crot ou dcrot, tels les oursins, les coquillages et les tonnantes mares de
l'Ocan
.

durant les premiers sicles du Christianisme, il n'est pas d'adversaire de l'Astrologie, si dtermin soit-il, qui ne croie pleinement certaines actions exerces par la Lune sur les choses d'ici-bas par l'influence que l'air prouve de la part de la Lune,
effet,
;

En

sont causs les changements de temps


taines parties des vgtaux et

animaux marins, cerdes animaux s'engraissent de la


;

les

nouvelle-lune la pleine-lune, et maigrissent de la pleine-lune


la nouvelle-lune
;

enfin,

par leurs priodes diurne


lib.

et

mensuelle,

i.

2.

S. Aurelii Augustini S. Aurelii AuGUSTiNr

Op. laud.,

De

Civitate

Dei

V, cap. VIL lib. V, cap. VI.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE


les

L EGLISE

461
si

mares pousent

le

mouvement
rit

lunaire

ce dernier effet,

manifeste,

empche

les plus sceptiques

Saint Basile, qui se

de douter des autres. des tireurs d'horoscopes et de leurs


Il

dupes, se garde bien de contester cette efficace de la Lune.

que certaines parties des tres vivants augmentent ou diminuent selon que la Lune crot ou dcrot tel le cerveau des animaux, les plus riches en humeur des animaux marins et la moelle des vgtaux . Aux changements de la lunaison, Saint Basile attribue les perturbations de l'atmosphre 2 De mme en est-il des courants alternatifs des dtroits de mme, de la mare de l'Ocan, car les riverains de cette mer ont reconnu que la mare suivait rgulirement les priodes de la Lune . Des phnomnes prsents par les dtroits, notre auteur donne une description confuse et inexacte il croit que la nouvelle-lune y produit une agitation tumultueuse des flots, et que cette agitation se calme la pleine-lune. Plus exacte est sa connaissance du flux et du reflux de l'Ocan. La mer occidentale, dit-il, est sujette aux mares tantt elle dborde et tantt elle rentre dans son lit comme si la Lune, par ses aspirations, la soulevait et la tirait sa suite, puis, en mettant des expirations, la refoulait dans les bornes qui lui sont pro-

admet

pres

"QoTCSp vaTCVOa T\ <TeX7)V7j UpsXxOJJlVYj TtpO TO


<xti'
,

OTCL<TCi),

xal

7rXiv to

auTrj xitvotai, el to otxeov [jiiTpov 7tpoo)9o j|[Link] .

Cette allusion courte, mais prcise, faite par Saint Basile la

thorie des mares attira vivement l'attention de la Science nais-

sante des Chrtiens.


Saint Ambroise paraphrase
fluence de la
3

ce que Saint Basile a dit de l'in-

cerveau des animaux, sur les coquillages, sur les parties molles des vgtaux, sur les perturbations atmosphriques il reproduit, en les altrant quelque peu, les
le
;

Lune sur

troubles indications donnes par son prdcesseur au sujet des

courants de mare dans les dtroits; enfin, par une traduction


textuelle,
il

crit

Ut mare ipsam occidentale, in quo spectatur


et

ampotis, solilo amplius accdt ac recdt,

majore mstu frratur,


et
.

tamquam

Lun;c quibusdam aspirationibus retrorsum trahatur,

iisdem impulsum ac retractnm in


i.

mensuram propriam refundatnr

BASILU Hwiiilia VI in I/ejraemeran, cap. X [S. Hasiui Oprra, nrrnXXIX) coll. i/j3-i44J. P. Migne, t. I (Patrologi <jr<vc<r VI in Heacatmcron, cap. XI; <<!. cit., t. cit., 2. S. [Link] Homiiia coll. i^3- 44 3. S. Ambbosm f/exaetneron lib. IV, can. vu, ?aj el So [s. Annota 0p9ta % accurante J. I*. Mignc, t. I, pars I [PatrologicB lutuur t. XIV), coll. 202-203J.
S.

rante

J.

462

l'astronomie latine au MOYEN AGE

Au prochain

chapitre, nous verrons Isidore de Sville

emprun-

ter textuellement Saint

Ambroise ce passage que l'Evque de

Milan devait lui-mme Saint Basile.

XI
LA NOTION DE CRATION ET LA THORIE DU TEMPS

La thorie no-platonicienne du temps tait intimement lie l'hypothse de la Grande Anne. La dure qui spare deux retours au mme tat de l'Univers priodique tait, pour les philosophes,
le vritable talon

de temps. Ce principe essentiel de leur doctrine tombe en ruine ds l qu'on affirme, avec Saint Augustin que ces cycles par lesquels les mmes choses reviendraient priodiquement n'ont pas lieu et, en particulier, se trouvent dmontrs faux par la vie ternelle des bienheureux . Ce n'est pas seulement en niant la priodicit du Monde que la doctrine chrtienne se trouve contredire aux antiques thories du temps elle y contredit non moins formellement en dclarant que
1
,
;

le

eu un commencement. La notion de cration est un non-sens dans la philosophie


est cr et qu'il a

Monde

d'Aristote.

Cette philosophie ne

connat que deux sortes de substances,

des substances spares de toute matire et des substances for-

mes par

l'union ^.'une matire et d'une forme.

Les substances dnues de matire, les intelligences, n'ont pu passer de l'existence en puissance l'existence en acte, puisqu'en elles, l'absence de toute matire signifie qu'elles ne sont jamais en puissance d'aucune manire, qu'elles sont toujours en acte; elles existent ternellement et ne peuvent pas ne pas exister elles sont donc ncessaires par nature, en sorte que, pour exister,
;

elles n'ont

pas besoin d'autrui


;

leur existence ne requiert

cause cratrice

cette existence incre n'a

aucui pas eu de commence-

ment.
Toute substance compose de matire et de forme a commenc d'exister en acte pour exister en acte, elle a requis l'action d'une
;

autre substance actuelle, elle a eu besoin d'une cause gnratrice.

Mais avant d'exister en acte grce cette cause, elle existait en puissance, elle existait dans la matire premire. Cette existence en
i.

S. Aurblii Augustini

De

Civitate

Dei

lib. XII, cap.

XIX.

LA COSMOLOGIE DES PRES

J)E

L GLISK

-463

puissance n'a pas eu de commencement, car

si

une substance peut

manire actuelle, il serait absurde de prtendre qu'elle a commenc pouvoir tre. Cette existence en puissance, elle ne la tient pas d'autrui, mais de sa propre nature si donc une substance compose de matire et de forme a une cause gnratrice qui Ta fait passer de l'existence en puissance l'existence en acte, elle n'admet pas une cause cratrice qui l'aud'exister d'une
;

commencer

rait fait

passer de la non-existence l'existence.

Ainsi les intelligences spares ont une existence en acte qui


est ternelle, ncessaire et incre.

La matire premire a une

existence en puissance qui est ternelle, ncessaire et incre.

La matire premire
le
Il

ternelle dsire ternellement l'acte pur


et,

des intelligences ternelles

pour l'acqurir,
Il

elle se

meut. Aussi

mouvement

est-il

ncessaire et ternel.

n'a pas

commenc.
;

n'y a pas de rvolution de la spbre des toiles fixes qui n'ait


il

prcde d'autres rvolutions de cette mme sphre pas de premire rvolution de l'orbe inerrant.
t

n'y a

au mouvement, et que le mouvement n'a pas eu de commencement, le temps, lui non plus, n'a pas eu de commencement; de mme qu'il n'y a pas eu de premire rvolution de la sphre inerrante, de mme il n'y a pas eu de premier jour. Comme le Pripattisme, le No-platonisme admet l'ternit des tres divins suprieurs la matire et l'ternit de la matire premire. Mais entre l'existence ternelle et l'existence ncessaire, il ne maintient plus ce lien inflexible qu'Aristote avait voulu tale

Comme

temps

est

insparablement

li

blir.

Ncessairement
et
si

et toujours, disait le Stagirite

*,

vont ensem-

ble... Si

donc quelque chose


;

est ncessairement,

cette chose est

ternelle
l\

elle est ternelle, elle est ncessairement.


auia
:

To yao
xal cl

viyxy^ xal

h.z\

...

cott'

t\

aw

l\ vyxr,, itotov

sar.,

Le No-platonisme enseigne qu'une substance peut exister ternellement sans exister d'une manire ncessaire et par sa propre nature. Seul, l'Un a une existence qui rsulte ncessairement de sa nature, qu'il ne tient que de lui-mme
lo'.ov,

vyxY,; .

les autres substances divines ont,

il

est vrai,
la

une existence ter-

nelle

niais cette

existence,

elles

tiennent de l'Un qui est,

ainsi, la

cause cratrice de toute substance.

Pour

les No-platoniciens, (loin, rebelles en ce point

ensei-

gnernent d'Aristote,
i.

existence
et

ternelle

n'est

point
chj.

synonyme
(AMWWTtua
l,

AftiSTOTCua
t

De gnerai ione
t.
Il,

Opera

d, Diclot,

p.

467

d.

corni/dione lib. Bekker, vq[, I,

II.
|>.

337, cul,

t\

\>

col. a).

464

L ASTRONOMIE LATLNE AU MOYEiN AGE

d'existence ncessaire et incre.

De mme,
;

disent-ils

si

un

pied se trouvait de toute ternit enfonc dans le sable, ternelle-

ment, sous ce pied, la trace en serait marque nul ne douterait, cependant, que cette trace ne soit faite par celui qui imprime son pied dans le sol le pied n'existerait pas avant la trace, et la trace, toutefois, serait faite par le pied. De mme le Monde et les dieux qui ont t crs dans le Monde ont toujours exist, comme a toujours exist celui qui les a faits; et cependant, ils ont t crs par lui . Dans ce Monde cr, mais ternel et priodique, il y a toujours
;

eu du mouvement. Il n'est pas de rvolution cleste qui n'ait t prcde par d'autres rvolutions semblables. Ds lors, le temps, il n'y a pas eu de lui non plus, n'a pas eu de commencement premier jour ni de premire Grande Anne. Par cette conclusion,
;

la doctrine no-platonicienne venait rejoindre la doctrine pripatticienne.

Les Juifs et les Chrtiens s'accordent avec les No-platoniciens


contre les Pripatticiens lorsqu'ils affirment que le

Monde

tient

son existence de Dieu, qu'il a t cr. Mais

ils

contredisent gale-

ment aux
le

Pripatticiens et aux No-platoniciens lorsqu'ils dcla-

rent que le

Monde a t

innov, qu'il a eu
;

un commencement que
;

mouvement, lui aussi, a commenc qu'il y a eu une premire rvolution du Soleil, une premire rvolution de la Lune. Les No-platoniciens s'attachaient dmontrer l'impossibilit de telles assertions. Pour rfuter le dogme judo-chrtien, ils lui attribuaient un nonc que nombre de Chrtiens, sans doute, en Le Monde a avaient galement donn ils le formulaient ainsi t cr dans le temps. Par cette proposition, ils entendaient mettre au compte des Chrtiens la doctrine suivante Le temps se droule sans commencement ni fin un certain instant de ce temps infini, Dieu a cr le Monde, de telle sorte que, pendant
;
: : ;
.

la dure infinie qui a prcd cet instant, le


et qu' partir

Monde

n'existait pas,
finir.

de cet instant,

le

Monde a

exist

pour ne plus

C'est contre la doctrine judo-chrtienne ainsi interprte


les

que

philosophes dressaient leurs objections.


reprochaient, tout d'abord, d'tre absurde en son prin-

Ils lui

Le temps n'a pu prcder le Monde, car, pour qu'il y ait temps, il faut qu'il y ait mouvement, et il n'y avait aucun mouvement avant que le Monde ft, alors que Dieu seul existait. Ils lui reprochaient, en second lieu, de contredire aux perfeccipe.
S. Aurelii Augustini

l.

De

Civitate Dei lib. X, cap.

XXXI.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

465

tions de Dieu.

Dans

ce

temps

infini

dont tous les instants sont abso-

lument semblables entre eux, comment Dieu, pour crer le Monde, aurait-il choisi tel instant plutt que tel autre ? Il ne l'aurait pu
faire

qu'eu vertu d'une dtermination arbitraire, et sans raison,


outre, avant l'instant de la cration, Dieu n'a pas voulu

ce qui rpugne sa souveraine Sagesse.

En

l'existence

du Monde

partir de cet instant,

il

a voulu cette

existence. Prtendre cela, c'est poser

une affirmation incompatible

avec la nature immuable de Dieu. Rfuter les objections des No-platoniciens contre l'innovation

du Monde
il

est

rtablit,

un des soucis de Saint Augustin. Pour y parvenir, entre la thorie du temps et la thorie de l'espace,
le Pripattisme.

l'troite

analogie qui les doit rapprocher et que le No-platonisme

mconnat aussi bien que

Les No-platoniciens, comme les Stociens, admettent 2 que le Monde a une grandeur borne hors du Monde s'tend un espace
;

infini

cet espace pourrait contenir des corps et,

cependant,

il

n'en contient aucun. L'Evque d'Hippone, argumentant

ad homi-

nem
peut,

contre Plotin et ses disciples, montre, tout d'abord, qu'on


l'encontre d'une telle doctrine, dresser des objections

semblables celles qu'on oppose la doctrine


l'innovation

chrtienne

de

du Monde.
1

Ceux,

dit-il

qui admettent

comme nous que

Dieu a cr le

Monde, mais qui nous demandent en quel temps le Monde a commenc, devraient bien songer ce qu'ils rpondraient cette question En quel lieu le Monde a-t-il t fait? De mme, en effet, qu'on nous demande pourquoi il a t fait tel instant, et non pas auparavant, il nous est loisible de demander pourquoi il a t fait o il est, et non pas ailleurs. Puisqu'ils imaginent, avant l'existence du Monde, une dure infinie, et qu'il leur semble impossible que Dieu soit demeur oisif pendant cette dure, qu'ils conoivent donc aussi, hors du Monde, un lieu (retendue infinie; et si quelqu'un vient leur dire que la toute puissance de
:

Dieu n'a pu faire dfaut ces espaces, ne seront-ils pas forcs de


rver, avec Epicure, des
il

mondes innombrables? Entre eux


la

et lui,

y aura cette seule diffrence qu'Epicure attribuait

gnration

de ces mondes au mouvement fortuit dos atomes; eux, au contraire, devront dire qu'ils ont t crs par Dieu qui ne pouvait, leur avis ne pas remplir L'immensit sans borne
et la dissolution
i.

Voir

Premire partie, Ch

V,

X, XI, XII. XV, XVI

t.

I,

pp. Sol

pp. 333-3^2.
2.

S. Aurilii AuotiHTiNi

De

Civitate Dei lib. XI, cnp. V.


30

DOHKM.

T.

il.

466

l'astronomie latine au moyen ge


ils

des lieux qui s'tendent autour* de ce monde-ci

devront croire

galement de ces mondes, comme ils le croient de celui-ci, qu'aucune cause ne les saurait dtruire... La substance de Dieu, ils ne la bornent pas, ils ne lui imposent aucune dtermination, ils ne lui assignent l'tendue d'aucun lieu ils pensent, comme il convient de le faire au sujet de Dieu, qu'elle est partout, tout entire, par une prsence' incorporelle vont-ils donc dire qu'elle est absente de l'immense espace de ces lieux extrieurs au monde, qu'elle occupe le seul lieu o se trouve ce monde-ci, ce lieu si exigu en comparaison de cette tendue infinie? Je ne pense pas qu'ils aillent jusqu' formuler de telles sottises. Puis donc qu'ils affirment l'existence d'un seul Mondej dont la masse corporelle est trs grande, mais qui est, cependant, fini et qui rside, born, en son lieu puisqu'ils dclarent qu'il a t cr par l'uvre de Dieu ce qu'ils rpondent cette question Pourquoi Dieu s'est-il abstenu de toute uvre au sein de ces lieux infinis qui sont hors du Monde? qu'ils se le rpondent euxmmes lorsqu'ils demandent Pourquoi Dieu s'est-il abstenu de toute uvre durant ces temps infinis qui ont t avant le
; ;
;

Monde

?
;

Cet argument touche au vif les No-platoniciens

il

est sans force

rencontre du dogme judo-chrtien de la cration; les Pripatticiens, en effet, lais-

pour arrter

la critique des Pripatticiens

sent aux Platoniciens et aux Stociens la croyance en

un espace

infini

qui environnerait le

Monde

cette croyance, ils la rejettent

au

nom

de la Physique d'Aristote.

Ce que cette Physique enseigne au sujet de l'tendue finie du Monde, Saint Augustin va l'admettre mais, par voie d'analogie, il en va tirer une thorie de la dure, finie dans le pass, de ce mme Monde Dira-t-on que ce sont conceptions vides que celles par lesquelles on imagine un lieu infini, alors qu'il n'y a pas de lieu hors de ce Monde? Nous rpondrons de mme que ces
;
:

demeur oisif sont des conceptions vides, car il n'y a pas eu de temps avant que le Monde ne ft . Voil l'nonc de la thorie du temps que l'Evtemps couls pendant lesquels Dieu
serait

que d'Hippone va dvelopper.

Avant

la cration

du Monde,

il

n'y avait pas de temps

telle est

la proposition

que Saint Augustin s'attache tablir, en empruntant Aristote sa dfinition du temps. on pose, avec raison, cette Entre le temps et l'ternit, dit-il
1
,

1.

S. Aurelii Augustini

Op. laud.,

lib. XI, cap. VI.

LA COSMOLOGIE DES PLHES DE L'GLISE

167

Le temps n'existe pas sans un changement qui s'opre par le mouvement, tandis que, dans l'ternit, il n'y a aucun changement. Ds lors, il est vident que le temps n'et point t si une crature n'avait t produite, en Jaquelle quelque chose changet par un mouvement; dans ce changement, dans ce mouvement, des tats diffrents, qui ne peuvent coexister, cdent et se succdent les uns aux autres, et de leurs dures plus longues ou plus
distinction
:

courtes, rsulte le temps.

C'est Dieu, dont l'ternit est


;

exempte de tout changement,


serait-il possible

qui cre et ordonne le temps

comment

de pr-

tendre qu'il a cr le
c'est ce

Monde aprs l'coulement d'une dure,

que je ne vois point, moins de prtendre aussi que le Monde a t prcd par quelque autre crature dont les mouvements servissent dfinir le cours du temps. Mais les Saintes Lettres, dont la vracit est absolue, disent que Dieu a cr le ciel et la terre au commencement on doit donc entendre par l que Dieu n'avait rien cr auparavant en effet, s'il avait cr un cer; ;

tain tre avant toutes les autres choses qu'il a cres, c'est de cet

Dieu l'a cr au commencement. Ds lors, il n'est point douteux que le Monde n'a pas t cr dans le temps, mais avec le temps (Proculdubio, non est Mundus
tre-l qu'on et plutt dit
:

factus in tempore, scd

cum

tempore).

Ce qui est fait dans le temps est fait aprs un certain temps et avant un certain autre temps, aprs le temps pass et avant le temps futur; mais [lorsque le Monde fut cr], il ne pouvait pas

un temps pass, puisqu'il n'y avait aucune crature dont le changement, effet du mouvement, produisit le temps. Le Monde a t ci' avec le temps, si le mouvement, producteur de changement, a t cr lors del fondation du Monde.
y avoir

Ces penses, Saint Augustin les agite derechef en un autre endroit. Il examine, en cette nouvelle circonstance, si les ancres n'ont pas t crs avant le Monde visible c'est ce propos qu'il
;

crit ce qui suit

! :

Comment,

alors,

ne pas dire

qu'ils

ont

toujours

[semper

puisqu'on peut dire sans absurdit que ce qui Q exist de tout temps (omni tempore) a toujours exist? Or, non seulement les anges auraient exist de tout temps, mais ils auraient t
exist,

crs avant tous les temps,


le ciel, puisqu'ils

si

toutefois

Le

temps

commenc

ave<
le

ont t crs axant


Le

le ciel.

Mais peut-tre
t

temps
i.

n'est-il

pas produit par

ciel el

ai

il

cr avant

Le

S. [Link]

Augustim Op. (aud.,

lib.

Ml, cap. XV.

468
ciel.

l'astronomie latine AU MOYEN AGE

form d'heures, de jours, de mois et d'annes ces mesures des dures, qu'on nomme communment et proprement des temps, il est manifeste quelles ont commenc avec le mouvement des astres aussi Dieu, en formant les astres, a-t-il dit Qu'ils servent de signes pour marquer les temps, les jours et les annes. Je parle du temps qui consiste en un mouvement accompagn de changement, mouvement au cours duquel, un tat antrieur, succde un tat postrieur diffrent, parce que ces deux tats ne peuvent coexister si donc, avant que le ciel ne ft, il s'est rencontr quelque chose de tel dans les mouvements des anges, le temps, a exist, lui aussi, avant le ciel, et, ds leur cration, les anges se sont mus dans le temps mais, de cette manire encore, ils ont t de tout temps, puisque le temps a t cr avec eux. Or se trouvera-t-il quelqu'un pour nous dire que ce qui a t de tout temps n'a pas touJe ne parle pas
est
;

du temps qui

jours (semper) exist

Dans ce

sens, avoir toujours exist, c'est--dire avoir exist de

tout temps, ce n'est point

du tout

tre coternel Dieu. Sans nier

la cration des anges, sans leur attribuer l'ternit divine,

on

peut fort bien prtendre qu'ils ont exist toujours, c'est--dire de tout temps. Nous ne nions pas non plus que le temps ait t

temps a t de tout temps... Puis donc que nous affirmons que le temps a t cr bien que nous disions du temps qu'il a toujours t, parce que, de tout temps, le temps a exist, nous pourrons, sans nier que les anges aient t crs, dire qu'ils ont toujours t car si nous disons qu'ils ont toujours exist, c'est parce qu'ils ont exist de tout temps et s'ils ont exist de tout temps, c'est parce que le temps ne pouvait aucunement tre sans eux. L, en effet, o il n'y a aucune crature dont les mouvements, accompagns de changements, puissent produire un temps, le temps ne saurait aucunement exister . La conclusion de Saint Augustin n'et pas t reue d'Aristote, qui croyait le mouvement ternel, et le temps avec lui; mais
cr, et cependant, nul n'en doute, le
;

l'analyse qui a fourni cette conclusion s'est inspire de l'esprit


pripatticien. Tout ce qu'Aristote a dit

deur du Monde est finie, il t-il, le rpter de la dure de F Univers il et alors t conduit la thorie du temps que propose lEvque d'Hipponc et par laquelle il vite les prin;

pour aurait d, semble

tablir

que

la gran-

cipales

objections des No-platoniciens contre

l'innovation

du

Monde.
11

ne les vite pas toutes.


affirme que le

S'il

Monde

n'a pas t cr dans le temps, mais

LA COSMOLOGIE DES PRES DE LGLISE

(W

avec le temps,

il

est bien forc d'accorder

dans

le

temps,

qu'avant la

que l'homme a t cr cration du premier homme, un


:

temps s'tait coul. Alors revient cette difficult A un temps pendant lequel Dieu ne voulait pas que l'homme ft, a succd un temps pendant lequel le Crateur veut l'existence de l'homme, ce qui suppose un changement dans la volont du Dieu immuable. il Cette difficult, Saint Augustin ne la mconnat pas la
certain
;

regarde, la
dit-il

fois,

comme

invitable et insoluble.
ait,

Que Dieu,

au bout d'un certain temps, voulu crer l'homme qu'il n'avait pas voulu crer auparavant, et qu'il n'ait point, cependant, chang d'avis ni de volont, voil qui est bien profond pour nous . L'argumentation de Saint Augustin ne parvint pas convaincre les philosophes paens que le Monde ait pu avoir un commencement. Contre cette opinion, Proclus se fit l'avocat du No-platonisme. 11 rassembla tout ce que Porphyre et ses successeurs avaient object contre la thorie de l'innovation de l'Univers il runit ainsi, en faveur de l'ternit du Monde, dix-huit arguments; le texte de ces arguments nous a t conserv par le trait o Jean Philopon s'attachait les rfuter 2 Tout ce que la Philosophie no-platonicienne a pu opposer au dogme judo-chrtien de la cration se retrouve dans la plaidoirie de Proclus. La cause de l'Univers, est-il dit au quatrime argument 3 doit tre immobile. Si elle se mouvait, en effet, c'est qu'elle passerait de la puissance l'acte, d'un tat imparfait un tat plus parfait elle ne serait donc pas absolument parfaite. Or une cause immobile ne peut produire qu'un effet ternel elle ne saurait, en effet, passer de l'inactivit l'activit, ce qui supposerait en elle un changement, un mouvement. Dieu doit toujours se comporter de mme manire, rpte le

ait

toujours exist, qu'il

dix-huitime argument 4
et tantt crateur;

ne peut tre tantt non-crateur l'uvre cratrice n'a donc pu avoir de com;

il

mencement.
Laissons de ct ces arguments qui se rsument en cette affinna-

S. Alrelii Auoustini Op. laud., lih. XII, cAp. XIV. Ioannes PhiLOPOMJI D (vtermtutr mundi ronfru Produm, Kdidil HllffO Rabe Lipsi, MDCCCXCIX. <l 3. Joannis Philoponi Op. laud., liztMu biv.o/ov )ovo; tivmTt, <"it
i.

2.

pp. 55-56.
I\.

Joannis Philoponi Op. laud. } UpoxVou liaooyov'/.oyo xrwxaeJjxaTo;. Bd<


fn'i-fiio.

cit.,

pp.

i70
tion

l'astronomie latine AU MOYEN AGE

La croyance l'innovation du Monde suppose Dieu capable de changement. Venons au cinquime argument Si le temps existe avec le ciel et le ciel avec le temps, le ciel n'existe pas lorsque le temps n'existe pas, et le temps n'existe pas lorsque le ciel n'existe pas. Mais il n'est pas arriv que le temps ne ft pas, et il n'arrivera pas que le temps ne soit pas. Il est arriv que le temps ne ft pas, c'est une proposition toute semblable Il a t un temps o le temps n'tait pas (El yp yjv ots celle-ci
:

o'jx

r,v

ypvo,
le

to;

eoixev

ot

oox

yjv

ypovo

tjv

ypovo)...

Assur-

temps est toujours. Mais le ciel existe avec le temps et le temps avec le ciel, car le temps est la mesure du mouvement du ciel comme l'ternit est la mesure de la vie qui vit par elle-mme... Le ciel existe donc [toujours] comme le temps, puisqu'il est engendr avec le temps, puisqu'il n'est engendr ni avant le temps ni aprs le temps il a t, il est et il sera, comme on dit, de tout temps. Cet argument est bien celui que Saint Augustin avait dclar mal fond. Jean Philopon le dclare aussi, mais sa discussion n'a pas la pntrante prcision que l'vque d'Hippone savait mettre en ses analyses. Dans ces locutions quand le temps n'tait pas, quand le temps ne sera plus, il conteste 2 que le terme quand (ttots) dsigne un temps. Lors donc qu'on dit quand le temps n'tait pas, ou quand le temps ne sera plus, par ce mot quand, on ne dsigne pas un autre temps dans lequel le temps n'tait pas encore ou dans lequel le temps ne sera plus on marque simplement que le temps n'existe pas toujours et qu'il n'existe pas, non plus, jamais . En disant 3 Il arrivera un moment (ttot) o le temps ne sera pas, on ne doit pas, par ce moment (tuots), entendre un temps, mais bien le terme du temps (tou ypovo-j rapa), terme partir duquel le temps cessera d'tre. De mme, en disant A un certain moment (ttots), le temps a t engendr, et il n'a pas exist de toute ternit, on doit entendre par l le commencement (py/j) du temps, le premier point (o7j|jLeIov) ou l'instant (to vjv) partir duquel il a commenc d'exister. C'est bien la pense de Saint Augustin mais, pour la rendre accessible aux Pripatticicns, l'Evque d Hippone empruntait une comparaison la Physique d'Aristote ce temps fini dont le comment, donc,
; :

nooV.>.ou [kiaioyov ^yo np-nroq; d. cit., i. Joannis Philoponi Op. laud., pp. io3-io4 2. Joannis Philoponi Op laud. f Avcrt zo 7rsu7r?ov Io^otj, $' ; d. cit., p. 106. 3. Jean Philopon, loc. cit., y'; d. cit., p. 108.

LA.

COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

471

mencement n'a t prcd par aucun temps, il le comparait au volume de l'Univers, born par une surface sphriquc au del de
laquelle
il

n'y a plus aucune tendue. De cette comparaison, Jean


fait

d'Alexandrie ne

point usage

il

tait,

cependant, en droit de
il

s'en servir puisque,

comme

les Pripatticiens,

admettait qu'au1
.

cun espace ne s'tend au del de la sphre ultime Comme les Pripatticiens, Philopon admettait que le Monde born occupe, cependant, tout l'espace d'une manire toute semblable, tout en affirmant que le Monde a commenc, il accordera Le Proclus que le Monde a dur et durera de tout temps 2 Monde existe de tout temps, bien que l'existence du temps ait eu
;

un commencement
uval
yji 6 y^ovo).

(v Travxl elvatTtj) r/p6va> tov x6<[Link],

xav py7)v toj

Par

l, le
.

Monde

est

semblable son modle

qui existe de toute ternit

XII
LA MESURE DU TEMPS SELON SAINT AUGUSTIN

Les considrations par lesquelles Saint Augustin nous veut faire concevoir que le temps a pu commencer sont, nous l'avons remarqu, tout imprgnes d'esprit pripatticien
;

elles construisent,

du temps, une doctrine semblable celle qu'Aristote a donne du lieu cela ne veut dire en aucune faon que l'Evque d'Hippone conoive le temps de la mme manire qu'Aristote celui-ci, en effet, traitait du temps, dans sa Physique, tout autrement qu'il n'avait parl du lieu. Nous ne nous tonnerons donc pas de voir Augustin, dans ses Confessions, mettre, au sujet de l'opration par laquelle nous mesurons le temps, des opinions que le Stagirite n'et point
;
;

avoues.

Qu'est-ce donc que le

temps?
et

Si nijl

ne

me

le

demande,

je le

sais. Si

on

sais plus.
si

Quid

me

le

demande
est

que je

le veuille expliquer, je

ne

le
;

ergo tempus? Si

nemo ex me qurat,

scio

C'est par cette profonde parole qu'Augustin ouvre sa mditation sur la nature du temps Certains philosophes, exagrant la pense d'Aristote, disaient*

quwrenfi explicare velim, nescio.

i.

2.

Voir Premirre partie, Ch. V, XII t. I, p. 319. JoANNis Philoponi Op. laud., Avvt; -oj -cvrtxai^[Link] )6yov, y'; d.
:

cit..

p. 55o. Cf. 3. Snint


f\.

\'J7(,- -[Link].v.-oii ).6Y0V,


I.

7' d. rit.,

j.

Sl8.

Augustin, Confessions,
:

XI, ch
|

XIV.
t.

Voir

Premire

pnrtie,

rli.

JV,

VIII

I,

p.

187.

472

l'astronomie latine au moYen ge

Le temps, c'est le mouvement de rotation du Ciel; et Thmistius jugeait que leur opinion n'tait point draisonnable. Porphyre voulait, lui, que chacune des rvolutions des corps clestes ft un temps chaque astre a ainsi son temps particulier autre est le temps du Soleil, autre le temps de la Lune, autre le temps de Vnus, autre le temps de chacun des mobiles c'est pourquoi, chaque astre, correspond une anne diffrente. Mais il est une anne qui embrasse toutes les autres . Cette Grande Anne, priode commune de toutes les rvolutions clestes, constitue le temps parfait. A de telles dfinitions du temps, Saint Augustin ne souscrit
1
;

pas

2
:

J'ai

entendu dire un certain savant


Soleil,

Les mouvements de la

Lune, du

des toiles, voil les temps. Je n'en suis point


nil annui.
effet, les

tomb d'accord,

Pourquoi, en

ne seraient-ils pas aussi cieux s'arrtent et qu'une roue de potier continue de tourner n'y aurait-il plus un temps l'aide duquel nous mesurerions ses tours, laide duquel nous dirions qu'ils se font tous en des dures gales, ou bien, si les uns taient plus vites et les autres plus lents, que ceux-ci durent davantage et ceux-l moins?... Les luminaires clestes sont des signes destins marquer les temps, les annes, les jours c'est vrai mais, tout en me gardant de dire qu'un tour de cette roue de bois est un jour, je n'irais point prtendre que ce n'est pas un temps... Qu'on ne vienne donc pas me dire Les temps, ce sont les mouvements des corps clestes. Aprs qu' la prire d'un homme, le Soleil se fut arrt, afin que cet homme pt poursuivre sa victoire, le Soleil tait arrt, mais le temps marchait; Sol stabat^sed tempus ibat. Mais approfondissons. Le jour est accompli lorsque le Soleil achve son tour d'Orient en Occident. Je demande alors Est-ce le mouvement mme du Soleil qui est le jour, ou bien la dure (mora) pendant laquelle ce mouvement s'accomplit, ou bien l'un et l'autre? Mais ne voit-on pas que le jour ne saurait tre la rvolution mme du Soleil? Nous concevons parfaitement que le Soleil pourrait marcher vingt-quatre fois plus vite, que sa rvolution serait
; ;

mouvements de tous les autres corps des temps? Que tous les luminaires des

i.

Voir

Premire

partie, ch. V, III;


1.

2.

Hfilnt Auoustin, Confessions,

t. I, pp. 25o-25i. XI, ch. XXIII.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

473

non d'un jour, et qu'il faudrait vingt-quatre telles rvolutions pour faire un jour. Le jour, ce ne peut tre, non plus, l'ensemble de la rvolution du
alors d'une heure et
Soleil et

de sa dure. Alors, en
fois

effet,

si

le Soleil se mettait

tourner vingt-quatre
lution.

plus

vite,

jour ni sa rvolution nouvelle ni la

on ne pourrait plus appeler dure de son ancienne rvo-

Le jour, ce

n'est

aucunement

la rvolution

du

Soleil

c'est

une

dure, la dure qu'emploie maintenant cette rvolution, mais qui

pourrait demeurer la mme, soit que le Soleil se mt tourner plus


vite, soit qu'il vnt s'arrter.

Le temps est donc quelque chose d'autre que le mouvement des corps Tout corps se meut dans le temps. C'est par le temps que nous mesurons le mouvement des corps, que nous disons si, de son commencement sa fin, un mouvement a dur plus ou moins. De cela, Aristote ft tomb d'accord mais il et ajout que cette mesure rside en un certain mouvement, qu'elle est un attribut de ce mouvement. C'est ce que Saint Augustin ne lui concde pas le temps est si peu inhrent un mouvement, qu'un mme mouvement peut tre reproduit avec des dures variables nous pouvons faire que la dclamation d'un mme vers dure plus ou moins longtemps on ne peut donc pas dire qu'un mouvement donn soit compris dans une mesure de temps dtemine . Le temps n'est point li aux mouvements des corps nous mesurons ces mouvements l'aide de quelque chose qui rside ailleurs. Par l, il m'apparat que le temps est une certaine extension. Mais extension de quoi? Je l'ignore. Il serait trange que ce ne ft pas de notre propre esprit. Inde mihi visum est, nihil esse aliud tempus qaam distentionem; sed cujus rei, nescio; et mirum si non ipsius animi. O donc le temps existe-t-il ? C'est la question que cette phrase pose et dont elle fait entrevoir la rponse. Et cette question, son tour, en suppose une autre Le temps existe-t-il, et com1
.

ment?

Ces deux temps 2

le

pass et

le futur,

comment

peuvent-ils

exister,

puisque

le

pass n'existe plus et que


s'il

le futur n'existe
s'il

pas
pr-

encore? Quant au prsent,


nait passe,
il

tait

toujours prsent,

ne devele

ne serait plus temps, mais ternit. Pour que


il

sent soit un temps,

faut

que

sa production consiste a se
transit).

en
i.

pass

(ideo

fit

gt ta

in //[Link]
1. 1.

changer Comment donc

2.

Sninl AlMMJtfUj Confessions, Saint [Link], Confessions,

XI, ch. XXIV. XF, ch. XIV.

474

l'astronomie latine au moyen ge

pourrions-nous dire d'une chose qu'elle existe alors que la cause qui la fait tre est aussi celle qui fait qu'elle ne sera pas ? Nous ne

pouvons donc dire avec vrit que le temps existe, moins d'entendre par l qu il tend ne pas exister. (Ut scilicet non vere dicamus tempus esse, nisi quia tendit non esse). Et cependant nous profrons, au sujet du temps, des affirmations qui supposent l'existence, une existence stable et saisissable. Nous disons qu'un temps est long ou court, qu'il est plus long ou
1
,

Mais comment ce qui n'existe pas peut-il tre long ou court? Or le pass n'existe plus, le futur n'existe pas encore . Quant au prsent, si l'on prtend qu'il existe, du moins doit-on reconnatre qu'il n'a pas de dure.
plus court qu'un autre temps.

Quelle est donc la solution de cette nigme

Ecoutons de nou-

veau Saint Augustin

2
.

Seigneur, laissez-moi chercher encore

esprance, faites que

mon

attention ne soit

vous qui tes pas trouble.


;

mon

veux savoir o ils peuvent exister. Que si je ne suis pas encore en tat de le dire, je suis certain, cependant, qu'en quelque lieu qu'ils existent, ils n'y existent ni sous forme de passs ni sous forme de futurs, mais sous forme de prsents [scio tamen nbicumque sunt, non ibi ea fuhira esse, aut prseterita, sed prsentia). S'ils y existaient, en effet, sous forme de futurs, ils n'y seraient pas encore et s'ils y existaient sous forme de passs, ils n'y seraient plus. En quelque lieu, donc, que
Si les passs et les futurs existent, je
;

des choses existent et quelles qu'elles soient, elles n'y sauraient


tre

de choses passes, ce que le narrateur tire de sa mmoire, ce ne sont pas les choses qui sont passes, mais des mots conus d'aprs les images de ces choses, images qu'en passantpar nos sens, elles ont graves dans notre esprit comme des empreintes. Mon enfance n'est plus elle est dans le pass qui n'existe plus mais lorsqu'il m'en souvient et que je la raconte, j'en vois
fait

que prsentes. Lorsqu'on nous

un

rcit fidle

l'image dans le temps prsent, parce qu'elle existe encore dans

ma

mmoire...
;

Souvent nous prmditons nos actions futures cette prmditation nous est prsente, tandis que l'action que nous prmditons n'existe pas encore, car elle est future. Ce qui est maintenant 3 coulant et clair, c'est que les passs
i.

2.
3.

Saint Augustin, Confessions, Saint Augnstin, Confessions, Saint Augustin, Confessions,

1.
1.

1.

XI, ch. XV. XI, ch. XVIII. XI, ch. XX.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

475

n'existent pas et que les futurs n'existent pas davantage. Ce n'est

Trois temps existent, le pas s'exprimer avec proprit que dire pass, le prsent et le futur. Mais peut-tre pourrait-on dire proprement Trois temps existent, le prsent des choses passes, le
:

prsent des choses prsentes, le prsent des choses futures. Dans


l'me, en
effet, voici les trois
:

choses qui existent, et qu'ailleurs, je

La mmoire prsente des choses passes, la ne vois point vue prsente des choses prsentes, l'attente prsente des choses futures. Nec proprie dicitur : Tempora sunt tria, prteritum, prTempora sunt sens et futurum. Sed for tasse proprie diceretur tria, prsens de prteritis, prsens de prsentibus, prsens de futuris. Sunt enim hc in anima tria udam, et alibi ca non video : Prsens de prteritis memoria, prsens de prsentibus contuitus, prsens de futuris expectatio. C'est donc dans l'me, et grce l'attention, que les trois sortes de temps reoivent une existence vritable et persistante. Comment le futur Ainsi s'explique la continuit du temps peut-il diminuer et se consumer, puisqu'il n'existe pas encore ? Comment le pass peut-il crotre, puisqu'il n'existe plus? C'est l'esprit qui agit en cela, et cela se fait parce qu'il y a, en lui, ces Il attend, il fait attention, il se souvient. Par trois oprations l'intermdiaire de ce quoi il est attentif, se fait le passage de ce qu'il attend ce dont il se souvient. Les choses futures n'existent
: 1
.

pas, qui Je nierait? Dj, cependant, l'attente des choses futures

Les choses passes n'existent plus, qui le nierait? Toutefois, la mmoire des choses passes est encore dans
est
l'esprit.

dans

Le temps prsent manque d'tendue, il passe en un instant, qui le nierait? Et cependant, elle dure d'une manire persistante, cette attention par l'intermdiaire de laquelle ce qui arrivera sera capable de poursuivre son cours dans ce qui a cess d'tre (Sed tamen perdurt attentio per quam pergat abessr
l'esprit.

quod

aderit)...

Je veux, par exemple, dire


je

un psaume que

je sais

par cur.

commence, mon attention s'tend au psaume tout entier. Une fois que j'ai commenc, tout ce que j'enlve cettr attente pour le mettre dans le pass vient s'tendre dans ma mmoire la vie de mon action s'tend donc la fois bous forme
Avant que
;

de mmoire, raison de ce que j'ai dj dit, et BOUS forme <1 attente, raison de ce qui me reste dire; mais mon attention

demeure prsente (prsens adest),


.

et

il

faut

que ce

<jui

est A

venir

Snint Augustin, Confessions,

I.

XI, ch. XXVIII.

476
la traverse

i/ASTRONOMIE LATINE AU iMOYEN AGE

pour devenir pass. Plus j'avance, et plus l'attente s'abrge, tandis que la mmoire s'allonge d'autant; l'attente, enfin, est en entier consume quand l'action, acheve, a pass tout entire dans la mmoire. L'existence et la continuit du temps sont donc uvres de notre esprit qui peut, dans une mme opration durable et persistante de l'attention, embrasser des choses passes et des choses venir. C'est de ce temps dou par notre esprit d'une existence vritable qu'on peut dire il est long, ou bien il est court. Le temps futur, qui n'existe pas, ne peut pas tre long mais un long temps futur, c'est une longue attente de l'avenir. Le temps pass, qui n'est pas, n'est pas long non plus mais un long temps pass, c'est une longue mmoire du pass. C'est donc dans l'esprit, et dans l'esprit seulement, que le temps est mesurable Ce vers latin Dens creator omnium,
:

compos de huit syllabes qui sont alternativement brves et longues... Chaque longue dure deux fois autant que chaque brve... Autant qu'une chose peut tre manifeste aux sens, je mesure la syllabe brve au moyen de la syllabe longue, et je trouve que celle-ci prend deux fois autant de temps que celle-l. Mais elles rsonnent l'une aprs l'autre; si donc je prononce la brve
est

d'abord et la longue ensuite, comment retiendrai-je la brve, et

comment

l'appliqurai-je sur la longue, la faon d'une mesure,


la

longue la contient seulement deux fois?... La longue elle-mme, elle n'est pas prsente lorsque je la mesure, car je ne la mesure pas avant qu'elle ne soit acheve. O donc est la brve avec laquelle je mesure ? O donc la longue, que je mesure?... Ce que je mesure, ce n'est pas, ds lors, ces syllabes qui ne sont plus mais je mesure quelque chose qui est en ma

pour trouver que

mmoire,

et qui

y est

^\\e

et

permanent (sed aliquid

in

memoria

mea metior quod


C'est

infixiim manet).

donc en toi, mon esprit, que je mesure les temps... L'impression que les choses font en toi lorsqu'elles passent, et qui demeure aprs qu'elles ont pass, c'est elle que je mesure alors qu'elle est prsente, et non pas ces choses qui,* pour produire cette impression r ont d fuir dans le pass... Voil ce que sont les dures [tempo r), ou bien il faut dire que je ne mesure pas les
dures.
i.

Saint Augustin, Confessions,

1.

XI, ch.

XXVII.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

477

Le marchand qui veut vendre une quantit dtermine de vin prend une mesure c'est un vase rigide, de capacit connue puis il y verse du liquide jusqu' le remplir. Saint Augustin s'applique montrer que notre attention opre de mme l'gard des
;

choses qui passent et s'coulent; elle peut, en elle-mme, crer

une certaine mesure de dure, un certain cadre


ce cadre de choses qui passent
;

fixe,

puis remplir

un changement, un mouvement qui dure un temps dtermin, le temps qu'elle a


elle ralise ainsi

choisi d'avance.

quelqu'un veut mettre un son d'une certaine dure et fixer par une mditation pralable quelle en sera la longueur, il rend tout d'abord actuelle, dans le silence, cette tendue de temps

Si

'

spatium temporis in silentio) la confiant alors sa mmoire, il commence mettre un son qui rsonne jusqu' ce qu'il soit parvenu au terme fix d'avance. Nous connaissons maintenant le rsultat des mditations de Saint Augustin sur la mesure du temps. La possibilit de cette mesure repose, tout entire, sur une aptitude de notre esprit. Dans les choses qui passent, notre esprit peut dcouper un ensemble d'vnements successifs, et saisir tous ces vnements dans une mme attention prsente par l, il leur donne une existence intellectuelle persistante, permanente, dont ces vnements sont privs au dehors. Lorsqu'il mesure des dures, notre esprit compare entre eux, en vrit, de tels ensembles rendus fixes et pr(agit
;

sents.

Un

sicle

aprs la mort de Saint Augustin,

le

philosophe

Damascius enseignera, dans Athnes, une thorie du temps que son disciple Simplicius adoptera et nous transmettra 2 De cette thorie, l'ide essentielle sera condense dans cette phrase C'est notre intelligence qui prend et runit en un seul tout, qu'elle regarde comme prsent et qu'elle dfinit dans une ide unique, une certaine mesure de temps, telle qu'un jour, un mois ou une anne . Ce sera l le principe mme de la thorie de Damascius; c'est aussi le principe de la thorie de Saint Augustin; entre les deux doctrines, la ressemblance est grande. Que Damas. :

cius et mdit les Confessions ^ serait-ce supposition invraisem-

blable?
i.

Snint Ai

2.

f.i stin, Gonfe$$ionM % Voir Premire partie, Ch. V,

1.

XI, eh.

XXVU.
I,

IV

t.

pp. 263-271.

478

l'astronomie latine au moyen ge

XIII
LA PHYSIQUE
DES

PRES

DE L'GLISE.
CLESTE

LES

LMENTS ET LA SUBSTANCE

Cosmologie profane, il en est une qui parat avoir surtout retenu l'attention des Pres de l'Eglise c'est la thorie par laquelle la Physique pripatticienne caractrisait les quatre lments dont elle composait les corps sublunaires et la cinquime essence dont elle formait les cieux. Les dbats, d'ailleurs, qui s'agitaient autour d'eux taient bien faits pour ne les pas laisser indiffrents l'gard de cette docles thories de la
;

Parmi

trine.

Bien que l'existence d'un ther distinct des quatre lments et

propre aux corps clestes se trouve dj indique dans Ypinomide\ c'est la Physique d'Aristote qui, cette hypothse, a donn
out son dveloppement; elle
a,

sur ce fondement, assis plusieurs

de ses doctrines les plus importantes. Thophraste avait admis 2 comme son maitre, que les astres ne pouvaient tre forms d'aucun des quatre lments mais aprs lui, la supposition de l'essence propre aux cieux fut bientt abandonne on revint ce que Platon enseignait dans le Time; on forma les astres d'un feu trs pur, substantiellement identique au
,
; ;

feu lmentaire.

De ce feu qui
pas, la

constitue les cieux, les Stociens ne voulurent

mode

des Pripatticiens, faire des orbes rigides dans


;

lesquels les astres fussent enchsss


7tVp.a,

ils

l'imaginrent

comme un

comme un

fluide

ariforme trs subtil au sein duquel


.

les astres se pussent

mouvoir librement 3

Les Platoniciens se montrrent, en gnral, hostiles ou, tout au moins, mfiants l'gard de la cinquime essence pripatticienne. Contre l'existence de cet ther, Plutarqtie voyait* se dresser des milliers de difficults, xavroi jxupUov oawv a7ropuov .
Plotin remarque en passant
5

que

l'ternit

du

Ciel n'est point

en

Voir Premire partie, Ch. II, V; t. I, pp. 45-48Ioannes Philoponus De ternitate mundi contra Proelum. Edidit Hugo Rabe. LipsiaB, MDCCCXC1X. Aai tov Tpt<r/.[Link] /o^eu, M* pp. 520-52 1. Premire partie, Ch. X, II t. II, p. 8i. 3. Voir 4. Plutarque, De facie in orbe Lun, XVI (Plutarchi Opra moralia, d. Didot, t. II, p. n37). 5. Plotini Enneadis IJ lib. I, cap. II (Plotini Enneades, d. Didot, p. 52).
i.

2.

LA COSMOLOGIE DLS PRES DE LGL1SE

479

question pour Aristote,

si l'on

admet

les

hypothses qu'il pose

au sujet du cinquime corps. Mais, tout aussitt, sa discussion s'adresse ceux qui ne posent pas ces hypothses et il est visible qu'il se range parmi ceux-ci. Sans doute, les philosophes qui, comme Alexandre d'Aphrodi;

sias,

entreprenaient de remettre le

Pripattisme en honneur,

rendaient la substance qui forme les cieux la nature spciale


qu'Aristote lui avait attribue. Mais devant eux se dressaient des

contradicteurs qui,

comme Xnarque

1 ,

crivaient Contre la cin-

quime essence, npo t,v iz'[Link] oo-'lav. Dans ces dbats entre partisans et adversaires de la cinquime essence, certains auteurs, et non des moindres, taient souvent embarrasss pour prendre parti. Ptolme, par exemple, dans la Grande syntaxe mathmatique, s'exprime au sujet de l'ther, comme le ferait un Stocien ou un Platonicien il le regarde comme un fluide au sein duquel les astres se meuvent librement. Quelques annes plus tard, lorsqu'il crit les Hypothses des plantes, il rend ce corps presque tous les caractres qu'Aristote
2
,

lui attribuait

3
.

Proclus, ne se montre pas moins hsitant. Dans son


taire
4

Commen-

au Time, il forme les cieux d'un fluide qu'il ne distingue pas du feu lmentaire. Mais, dans son treizime argument en faveur de l'ternit du Monde, il parle du Ciel en Pripatticien puisque le Ciel a, par nature, le mouvement circulaire, sans aucun mlange de mouvement centripte ni de mouvement centrifuge, il faut que sa substance soit distincte des lments graves ou lgers. C'est, pour Jean Philopon, l'occasion d'accuser le Dia5
;

'l'xjue

de palinodie

6
.

au milieu de ces dbats confus que les Pres de l'Eglise mditaient sur la cration du ciel et de la terre. On comprend que
C'est

Sain! Basile laisse percevoir son dgot

des bruyantes argu-

mentations que les sages de ce monde ont dveloppes touchant la nature des cieux . De ces argumentations, cependant, il s'efforce
de reproduire l'essentiel.
II, p. 61. Premire pertie Ch. X, 1 Premire partie, Ch. X, | III; t. II, pp. 85-86. 3. Premire partie, Ch. X, IV; t. II, pp 88 8y [\. Premire partir, Ch. X, I V ; t. II, pp. 106-107.. Ioammu PoiLorojcua l)<; mandi ternitate contra Procium; o'j/'jj WvO( rrji'j/.[Link]/.ct-o;. Ed. cit.. pp. 477-/178.
i
. :

2.

Voir Voir Voir Voir

.").

[LixAov Ai-

o.

JoANNis PhILOPOXJ Op. laud.y Aj^i tou rpi(rxtOxrov Aoyou, ti


S, [Link]
t.
I

d.

cil

pp. 022 523.


7.

Homilia

ffexttemeron
t.

[S.

BasilU Optra, eturanteJ. i\


25-26J.

Migoe,

{Pulrohgi grc

XXXIX),

coll.

480

l'astronomie latine au moyen ace

Saint Basile reoit visiblement


d'Aristote.

son inspiration du De Clo

dans une sorte de pharaphrase du Stagirite, comment la terre trouve son lieu naturel au centre du Monde, aprs en avoir donn pour preuve la chute des graves vers ce centre, il aborde 2 la constitution du Ciel. Les sages de ce monde, dit-il, ont propos diverses suppositions touchant la nature du Ciel ils les ont soutenues grand bruit et par d'innombrables discours. Les uns ont prtendu qu'il tait form par l'union des

Aprs avoir expliqu

quatre lments... D'autres ont rejet cette opinion

comme

n'tant

de leur propre intelligence, qu'ils ont eux-mmes imagine, tmrairement et sans rflexion. Selon eux, il existe un certain corps thr qui n'est, assurent-ils, ni feu ni air ni eau ni terre ni aucun des corps simples. Le mouvement propre des corps simples, en effet, est un mouvement rectiligne par lequel les corps lgers se dirigent vers le haut et les corps graves vers le bas. Mais le mouvement vers le haut ou vers le bas n'est pas le mme que la rotation en cercle... Or des corps dont le mouvement naturel est diffrent doit aussi correspondre ncessairement, disent ces philosophes, une essence diffrente . Et l'Evque de Gsare poursuit ainsi la paraphrase des raisonnements qu'on peut lire au premier livre Du Ciel et du Monde, sans mnager, d'ailleurs, ces raisonnements, les marques de son scepticisme.
tire
>

pas vraisemblable pour constituer le Ciel, cinquime substance corporelle qu'ils ont
;

ils

ont introduit une

en outre, comme les Pripatticiens, que chacun des quatre lments est caractris par une certaine quaLa terre par la scheresse l'eau par Y humidit, l'air par le lit froid, le feu par le chaud. Mais seuls, des lments abstraits, simplement concevables par la raison, sont tels que chacun d'eux possde une et une seule de ces qualits. Dans les lments que la vue discerne et qui tombent sous les sens, il n'y a plus rien d'absolument un, d'absolument simple, d'absolument pur. La
Saint Basile admet
3
,
:

terre est sche et froide

l'eau est froide et

humide

l'air est

chaud le feu est chaud et sec. Les lments peuvent alors se mler les uns aux autres grce aux qualits qui leur sont communes chaque lment, en effet, peut s'unir l'lment voisin par la qualit qu'ils ont en commun puis, une fois associ de la sorte l'lment voisin, il peut, par l'intermdiaire de cette

humide

et

S. Basilii Op. laud.y 10; d. cit., coll. 23-26. Op. laud., ; d. cit., coll. 25-28. 3. S. Basilii Homilia IV in Hexaemeron, 5; d.
i.

2. S. Basilii

cit., coll.

89-90.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

481

association, s'unir l'lment contraire.

qui est sche et froide, peut s'unir

La terre, par exemple, leau grce au froid qui les


;

apparente

puis, par l'intermdiaire de l'eau, elle se joint l'air

l'eau se trouve ainsi place

comme un moyen

entre deux extr-

par l'une ou par l'autre de ses qualits, chacun des deux lments qui lui sont voisins, la terre par le froid, l'air par l'humidit, comme si elle leur tendait les deux mains... Entre les divers lments, s'tablit ainsi un certain accord ils se rangent dans un certain ordre par eux, se forme une sorte de cercle,
;

mes

elle atteint,

un chur harmonieux

Ces ides sur l'union des lments, issues de la Physique pripatticienne, sont appeles une fortune durable en la Chimie du

une vidente parent avec celles que le trait De natura Mundi, faussement attribu Ocellus Lucanus, que le Commentaire au Time, compos par Ghalcidius, ont exposes touchant la transmutation des lments les uns dans les autres. Par rapport ces dernires, toutefois, elles prsentent une diffrence digne d'tre note. Le faux Ocellus et Ghalcidius, directement
Elles ont
!

Moyen Age.

inspirs par Aristote, regardent l'existence d'une qualit

commune

deux lments, d'un symbole, comme la condition ncessaire pour que chacun de ces deux lments puisse se transformer en l'autre d'une manire immdiate. Dans cette qualit commune, Saint Basile voit un lien par lequel ces deux lments se peuvent unir entre eux pour former un mixte. Gardons-nous d'accueillir par un sarcasme le caractre quelque peu puril de cette pense bon nombre de chimistes contemporains, lorsqu'ils parlent d'un lment bivalent dont les deux valences servent runir deux groupes univalents, ne s'expriment-ils pas en termes bien voisins de ceux qu'a employs Saint Basile pour nous montrer l'air et la terre unis entre eux par l'intermdiaire de l'eau ?
;

Les considrations de Saint Basile sur les combinaisons que deux lments peuvent contracter, grce au trait d'union que forme une commune qualit, paraissent avoir joui d'une grande

vogue
sius,
v
c

non seulement nous les verrons reproduites par Nmvque d'Emse, mais encore nous les retrouverons, au
;

dans certains crits paens, en particulier dans le Commentaire au Songe de Scipion compos par Macrobe. c Ces lments si divers, dit Macrobe 2 L'Ouvrier divin 1rs a
sicle,
,

i.

Vid tupra,

t.

II,

pp. 4*i-4*5.

2.

Ambrosh Thbodosh Macrobm Cotnmentarioram

primas, Cap, VI (Macrobius


Lipiift), 1KG8)

Somnimm Scipioni liber Fraocitctii Byssenhardl tocognorit, pp 4&9*490<


A

DUHEM

T.

II

iS"A

L ASTROiNOMlK LAT1JNU AU

MOEN AUE

nanmoins disposs suivant un ordre si opportun qu'ils se pussent joindre aisment. En chacun d'eux, il existe deux qualits chaque lment, Dieu a donn une de ces deux qualits, telle qu'il en trouvt une parente et semblable dans l'lment auquel il viendrait adhrer. La terre est sche et froide, tandis que l'eau est froide et humide bien, donc, que ces deux lments soient contraires l'un l'autre par le sec et l'humide, ils sont unis par le froid qui leur est commun. L'air humide et chaud s'oppose par mais il s'accorde et s'unit avec elle sa chaleur l'eau froide parce qu'il en partage l'humidit. Au-dessus de l'air se trouve le la scheresse du feu rpugne l'humidit de feu, sec et chaud l'air mais le feu est reli l'air par la chaleur qui les associe. Ainsi, chacun des lments saisit par l'une de ses qualits l'un des deux lments voisins il semble qu'il les embrasse en donnant un bras chacun d'eux. L'eau s'attache la terre par le froid l'air s'unit l'eau, laquelle il ressemble et l'air par l'humide par l'humidit, tandis qu'il s'associe au feu par la chaleur la terre souffre, grce la scheresse, l'union avec le feu, tandis que le froid l'empche de repousser l'eau. Macrobe, ce propos, invoque le Timre de Platon, c'est--dire, sans doute, le Commentaire de Ghalcidius sur cet ouvrage; mais
;

c'est surtout la

phores qu'il Pre de l'Eglise. Grgoire de Nysse ne semble pas aussi soucieux de Physique pripatticienne que son frre Basile. Sans aucune discussion, il admet que le Ciel est form de feu. Le feu, qui, par nature, tend gagner avec une grande rapidit la rgion la plus leve du Monde, se met ncessairement tourner en cercle lorsqu'il atteint celte rgion. Sa force naturelle, en effet, l'oblige se mou1

pense de Saint Basile qu!il expose, et les mtaemploie sont presque textuellement empruntes ce

temps que l'Univers d'autre part, le lieu lui fait dfaut pour se mouvoir en ligne droite, puisque ses limites sont celles mmes des choses sensibles, et que les choses conues seulement par l'esprit ne peuvent livrer passage au mouvement du feu lors donc qu'il se trouve convenablement log dans la suprme rgion du Monde, il "y tourne en cercle . L voque de Nyssenc dit rien, dans son livre sur Y Hexaemeron, ni des quatre lments ni des unions qu'ils peuvent contracter. Mais il en est autrement dans son livre Sur la cration de l'homme.
voir en
;
;

mme

i. S. N'ysseni
.

Gregohii episcopi nysseni

/// Ilexaemeron liber [S. Gregorii episcopi Opra aecurante Migne, loinus I (Palrologi grc tomus XL1V),

ol

75-78].

LA COSMOLOGIE DES PKRES DE

L GLISE

483

Au premier

chapitre de ce trait

1
,

Grgoire parle des quatre

lments et de leurs mouvements. Sans qu'il le formule explicitement, il est ais de conclure de son discours qu'il persiste regarder les cieux et les corps clestes comme formes de feu,
selon la tradition platonicienne.
lits, l'aptitude
Il

considre deux sortes de mobi-

au mouvement local et l'aptitude la gnration et la corruption, et il dveloppe cette pense que plus un corps a reu de la premire mobilit, moins il lui a t donn de la
continuellement inspir par les enseignements d'Aristote sur la fixit de la terre et la mobilit
;

seconde

ce

dveloppement

est

des cieux.

La divine

et ternelle

Puissance, dit Grgoire de Nysse, pn-

trant toutes les choses qui ont t cres, les relie entre elles et

en modrant tout par des effets qui se contre-balancent. C'est ce qu'on observe en ce qui touche le repos et le mouvement non seulement la gnration des corps soumis au changement, mais encore l'immutabilit de ceux qui ne doivent pas changer, la Puissance divine les assure comme par une
les affermit,
;

machine repose sur l'immobilit de ce que la nature contient de plus lourd et de moins apte au mouvement
;

machine

cette

autour de cette sorte d'axe stable et trs ferme, Elle lance sans

semblable celle d'une roue sur son essieu et, par cette fixit comme par ce mouvement, Elle conserve la fois la terre et au Ciel une indissoluble subsistance. En effet, la matire qui tourne sans cesse comprime, par
cesse la trs rapide circulation
Ciel,

du

son

mouvement
et

trs rapide, la terre autour de laquelle elle


;

se

meut,

en maintient la solidit

la stabilit

que

la terre tient

de

sa ferme immobilit se

communique continuellement aux


Le
Ciel

circula-

tions des corps qui tournent autour de la terre...


la terre

s'opposent l'un l'autre en ce qu'ils


efficacits contraires
;

donc et possdent, dans

une gale mesure, des

toute crature qui

se trouve place entre ces

deux corps contraires participe, d'une


lien

certaine manire, des proprits des corps qui lui sont contigus,
et

sa

mdiation

tablit
la

un

entre
sa

L'air,

en

effet,
il

par

Lgret de

extrmes opposs... nature, par la facilit avei


les

laquelle

est

mu, imite jusqu' un

certain point Le

feu, qui est

i. 1). fttooiw epugopi Ntwbmi De imagin iue creatione hominii liber, supplment um Hexaemtriai Basil ii Magnx fratrie, Diooyaio Romaao bixiguo interprte. Cap. (Dm G regorii episcon Nysmeki, mums Basilh uagmi, Opra r/f/r/p adipitci licuit omnia, Baailea;, pei Ni< El if "| iiim, I; pp 7 qi8). Au tome I des o-u\ rei de Saint Grgoire d< rea car Migoe cd *a Palrologia graca, la feuille qui devrait contenir le dr'bul 'le \ oublie par l'imprimeur.
1
i

/\

48-4

l'astronomie latine au moyen ge


subtil et sans cesse

en mouvement; et toutefois, il n'est pas constitu de telle sorte que nous ne lui reconnaissions aucune parent avec les corps les plus solides il ne demeure pas toujours immobile, mais il ne coule pas et ne fuit pas sans cesse dou, la fois, de Tune et de l'autre proprit, il se trouve rapproch, par quelqu'un de ses effets, de chacun des deux contraires en lui, se mlent et se distinguent la fois des qualits qui sont spares par nature. Par la mme raison, la substance liquide, doue d'une sorte d'amour qui tend deux objets opposs, s'adapte aux deux

extrmement

natures contraires; elle est pesante, elle se prcipite vers le bas

par l, elle est allie d'une troite parent la nature terrestre mais elle a la proprit de couler et de courir, et l'on reconnat par l qu'elle n'est pas entirement dpourvue de la nature mobile par cela mme, il y a en elle une sorte de mlange et de
et,
; ;

concours des contraires... Je pense que toutes les choses que nous voyons en ce monde s'accordent ainsi par une mutuelle association nous voyons que
;

toutes les cratures conspirent l'unit, puisque nous reconnais-

sons cette tendance dans les proprits des corps les plus opposs. Le mouvement de translation d'un lieu un autre n'est pas
le seul

mouvement

possible

rotation sur place et

ment de proprits aucunement prouver


;

galement un mouvement de un mouvement qui consiste en un changela nature stable [des corps clestes] ne peut
;

il

existe

ce

mouvement

d'altration. Aussi la sagesse

une sorte de compensation entre les proprits de ces deux dernires sortes de mouvement la nature qui ne peut prouver de changement, elle a attribu le mouvement de rotation; celle qui peut prouver des changements, elle a refus sa Providence a dispens le pouvoir de tourner sur elle-mme les choses de la sorte, de crainte qu'on ne vit, en quelque crade Dieu
a-t-elle fait
; ;

ture,

l'union

de l'immutabilit
divine, et

et

de

l'immobilit,
prit

qui est le
crature

propre

de

la nature

qu'on ne

cette

pour

Dieu...

La terre est donc immobile, mais elle est sujette au changement le Ciel, au contraire, n'est pas sujet au changement, mais la Vertu de Dieu a attach le pouvoir de il n'est pas immobile
; ;

changer la substance immobile, la mobilit la substance immuable. Lorsque Grgoire de Nysse, dans la page que nous venons de citer, montre comment l'air et l'eau participent la fois, des degrs divers, de la mobilit de la substance cleste et de l'immo-

LA COSMOLOGIE DES PRES DE LGLfSE

485

bilit

de la terre, il est impossible de ne pas songer aux commentaires dont Chalcidius a accompagn le Time il est galement impossible d'oublier les considrations que dveloppera
; ;

l'astronome arabe Al Bitrogi (Alpetragius)

ces considrations,
;

nous

le savons,

ont pris leur source en la pense grecque

cette

communiquait peut-tre avec celles auxquelles buvaient Grgoire de Nysse et Chalcidius. Est-ce ces sources que devait bientt puiser Macrobe? \<
source
4

s'inspirait-il

tout

comme

parat s'tre

pas plutt, et directement, de Grgoire de Nysse, en sa thorie de la combinaison des lments, il inspir directement de Basile? On se sent port
lit les

recevoir cette dernire opinion lorsqu'on

lignes suivantes

qui offrent, avec le texte de l'Evque de Nysse,

plus

encore

qu'avec le Commentaire de Chalcidius, une


blance.

si

saisissante ressem-

y a de diffrence entre l'eau et l'air par suite de la densit et de la gravit, autant il y en a entre l'air et l'eau par

il

Autant

suite

de la raret

et

de la lgret, autant
la

il

y en a entre l'eau

et

la terre...

Physique no-platonicienne et la Physique chrtienne, de mutuels et frquents changes se sont tablis. Ces changes sont particulirements vidents dans le trait Ilepl svOpciMtou compos par l'vque d'Emse, Nmsius. Nmsius qui, d'ailleurs, a soin de citer Aristote, emprunte au Stagirite 2 au sujet des quatre lments, des qualits qui les caractrisent, des combinaisons qu'ils peuvent former, des considrations semblables, de tout point, celles que Saint Basile a dveloppes. Il y joint 3 un rsum de la thorie par laquelle Platon, dans le Time, compose chacun des quatre lments l'aide de l'un des polydres rguliers cette thorie, d'ailleurs, il lavait pu tirer du troisime livre du De Cxlo, o Aristote la
Assurment, entre
, ;

prsente
indique
4

et la rfute.

d'Emse, lorsqu'il les raisons pour lesquelles Aristote forme les cieux d'une cinquime essence, distincte des quatre lments. Il mentionne
C'est aussi
C.-rlo

du De

que

s'inspire l'vque

primas, cnn.
y.

Ambmosii ThBODOMI MACROBII Comment'nriurnrn in Sornnium Scipioni liber VI (Macrobius. Franciscus Eyasenbardl recognovit; p, 491. Lipata, 1860). NlMBtll EFItCOPI ElllSENI Dt nntuni hominis Cap. V [SS. PATRUM dEoYPTIORI m (Jfterri nmnia. PrtECtduni PbILONM CaRPASII, ASTBRH Amaskni. NtMIttl mimm. Hikhonvmi Grjbci Scripia qu mpersunt, accurante J. P. Migoe [Patrologics grc XL), col 611 6aa]. ><. cit 3 Nmi d cil mil. r \. NM&8U R \<>r. rit. r'rl. rit., mit. G
i.
I 1

\RC>

L'ASTRONOMIE LATINE

ATI

MOYEN AGE

galement l'opinion de Platon qui les compose de feu et de terre. Il rappelle que Thaes faisait de l'eau l'origine de toutes choses, qu'Anaximne attribuait le mme rle l'air, Heraclite et Hipparquc du Pont, au feu. De ces divergences d'avis, il tire cette 11 est manifeste que tous les lments se transconclusion muent alternativement, qu'ils se transforment tour de rle les uns dans les autres et, par consquent, que chacun de ces lments existe ncessairement. Quel que soit, en effet, celui des quatre lments dont vous admettrez l'existence, vous reconnatrez que les trois autres en peuvent provenir . Au sujet du lieu naturel de la terre au milieu du Monde et de la cinquime essence dont certains philosophes forment la substance cleste, Saint Ambroise se borne visiblement paraphraser ce qu'a dit Saint Basile c'est donc la pense d'Aristote qu'il expose, en dfinitive, ses auditeurs, mais d'Aristote lu et interprt par l'Evque de Gsare. Ambroise enseigne 2 d'ailleurs, de la manire la plus sommaire, que quatre lments ont t crs, au moyen desquels ont t engendrs tous les corps qui sont de ce Monde. Ces quatre lments sont le feu, l'air, l'eau et la terre. Dans tous les corps, ils subsistent mlangs entre eux dans la terre mme, vous trouverez du feu qu'il est souvent possible de tirer des pierres en les frappant avec du fer . L'Evque de Milan pense qu'au Ciel, il se rencontre du feu et de l'eau les arguments pripatticiens en faveur de la cinquime essence ne l'avaient sans doute pas convaincu. Saint Augustin ne parait avoir attach aucune foi l'existence de cette essence cleste. Dans son ouvrage inachev sur la Gense, il semble admettre 3 que tous les corps, tant clestes que terrestres, sont forms l'aide de quatre lments qu'il nomme l'ther, l'air, l'eau et la terre. Ailleurs 4 il parait se ranger l'opinion de ceux qui regardent le Ciel comme form de feu pur rpandu au-dessus de l'air ils supposent aussi que le Soleil, la Lune et les toiles sont forms de ce mme feu .
:

r.

S.

22-2,3 [S

Ambrosh Hexaemeron liber primus : De opre primi diei, Cap. VI, Ambko*ii Opra accurante Migne, tomi primi pars prior [Patrologi

latin tonius XIV), coll. i32-i35] 2. S. Ambrosh Op. laud.. cap. VI; loc. cit., col. i32. 3. S. Auiui Augustixi De Genesi ad litteram imperfectus liber, Cap. IV, i4 [Sancti [Link] Opra, accurante Aligne, tomus III, pars prior [Patrologi
latin,
f\.

t.

XXXIV),

col. 225].

S.

Aukklii Augustixi

De Genesi ad litteram

liber secund us, Cap.

III,

6; d.

Cit.. COI. 20."y.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

487
l'existence

En revanche,

Saint Augustin croit

non seulement

des quatre lments, mais la thorie pripatticienne selon laquelle les lments se rangent en leurs lieux naturels la terre,
;

qui est

la

plus lourde, occupe le centre du

Monde

les autres

lments se superposent par ordre de gravit dcroissante. Plac au sein d'un lment plus lger, l'lment plus lourd tomhe pour

regagner son lieu naturel la terre tombe au sein de l'eau, l'eau au sein de l'air de l'air qu'on placerait au sein de la sphre du feu tomberait galement. Ce sont l enseignements d'une science certaine qu'on n'aille pas compro nettre l'autorit des Saintes Ecritures en opposant inconsidrment quelque passage mal compris de ces livres aux doctrines de ceux qui traitent du poids des lments A ce propos, je recommanderai qu'on se garde d'une erreur que j'ai dj signale, au premier livre, comme devant tre vite parce qu'il est crit dans les Psaumes Fundavit terram super a?/am, qu'un des ntres ne s'avise pas de s'appuyer sur ce texte de l'Ecriture pour combattre ceux qui dissertent avec subtilit sur le poids des lments ceux-ci, en effet, ne sont pas retenus par l'autorit de nos Saintes Lettres ils ignorent, d'ail;
;

en quel sens ces mots ont t dits ils aimeront mieux tourner les Livres Saints en drision que d'abandonner des proleurs,
;

positions qu'ils ont reues en vertu de raisonnements certains ou


qu'ils ont vrifies l'aide d'expriences trs manifestes.

Ce qui

est dit

dans

les

Psaumes peut

fort

bien tre interprt

comme
:

une

pourquoi nul ne doit interprter ce texte davit terram super aquam, en le prenant au pied de la
figure... C'est

Fun-

lettre,

masse de l'eau se trouvait naturellement place au-dessous de la masse terrestre afin de la soutenir.
si

comme

la

XIV
LA

PHYSIQUE DES

PRES DE

l/GLISE

(suite).

LES

EAUX SUPRA-CLESTES

Il

est,

au premier chapitre
passage, dont
La

<1<"

La

Gense, un passage qui semble


les

tout particulirement

incompatible avec la Physique


La

philoso-

phes

ce

discussion

jou un grand rle au


:

dbut de
nens
i
.

Science chrtienne,
:

est celui-ci

Et [Link]

Dem

Fiai firmament um in mdia


et

aqum

et rit dis*

m ter
S.
\
t:

aquam

aouam.
I

h ki

h ArocftTtNi Op. faad., Ci pp.

nd

III.

(*.
j

d. rit., coll.

488

L ASTRONOMIE LATINE AU

MOYEN AGE
1

Origne avait certainement comment ce verset


;

et

il

en avait

donn une explication purement allgorique les eaux situes au-dessus du firmament figuraient, selon lui, les puissances angliques les eaux infrieures reprsentaient les dmons. Dans une lettre Jean de Jrusalem, dont Saint Jrme nous a conserv le texte, Saint Epiphane reprochait vivement Origne cette interprtation allgorique, qui lui semblait une erreur; Jrme partageait, cet gard, l'avis d'piphane. La plupart des Pres de l'Eglise voulaient que ce verset de la Gense ft pris au pied de la lettre le firmament tait un orbe
; ;

solide

l'intrieur de cette sphre se trouvaient des eaux inf-

rieures, celles qui recouvrent

une partie de

la terre

l'extrieur,

demeuraient d'autres eaux.

De ces

trois propositions, les

deux premires s'accordaient


;

fort

bien avec la Physique du Stagirite

l'existence des eaux inf;

quant au Ciel, Aristote le croyait form d'un certain nombre de globes solides embots les uns dans les autres. En revanche, l'existence de masses d'eau hors du lieu propre de l'eau, au del de la dernire sphre cleste, contredisait la conception du

rieures ne pouvait faire l'objet d'aucun doute

Monde

qu'avait labore la Philosophie pripatti-

cienne et la plupart des philosophies antiques.

Les philosophes s'vertuaient donc montrer aux docteurs chrtiens que ces eaux ne pouvaient subsister hors du Ciel, et les docteurs chrtiens s'efforaient de rfuter leurs raisons. La plupart du temps, en cette discussion, la navet des objections rivalisait

avec la purilit des rponses.

Si le

firmament
2
,

est sphrique, disaient les

philosophes que vise

Saint Basile

comment

l'eau pourra-t-elle tenir sans couler sur la


?

convexit de cette sphre

quoi l'vque de Gsare rpondait

sphrique selon sa concavit interne, il n'est nullement ncessaire que sa surface externe ait la forme
le Ciel soit

Bien que

d'une sphre, qu'elle soit parfaitement tourne, que la superficie

en

soit

partout lisse et polie

Le moindre des Pripatticiens


sotte
sotte

se

ft

gard de poser une


il

si

question

si

elle lui et t pose,

n'y et point

fait si

rponse

fort
et

laquelle l'eau
i
.

Physique selon tous les corps graves tendent au centre du


des enseignements

d'une

D Julii Garnerii Prfatio ad Opra S. Basilii, IV.T)e aquis quae super clos esse dicuntur [Sangti Basilii Opra, accurante Migne, tomus I {Patrologi grc tomus XXIX), p. CLXXXVII]. 2. S. Basilii Homilia III in Hexaemeron, 4 [$ Basilii Opra accurante Migne, tomus I [Patrologi grc tomus XXIX), coll. 59-60].

LA.

COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

489

Monde,
roche
les

il

et regard le firmament

qu'imaginait Saint Basile,

comme
1

analogue au cristal de fort capable de contenir


nave rponse que son
ciel est

eaux supra-clestes.
la

Saint Grgoire de Nysse dtaille


frre avait donne.
est creuse

La

face dorsale

du

dcoupe, elle

de valles semblables celles que, sur la terre, fordans ces valles, l'eau ment les intervalles des montagnes
;

demeure retenue.

Et que disent nos adversaires? Lorsque, par la rotation autour


ple, la partie de la surface

du

du firmament qui
ait,

tait

en dessus
?

viendra en dessous, l'eau contenue dans les cavits s'coulera

Ne

peuvent-ils imaginer qu'il y vases qui l'en empchent?

dans l'paisseur des orbes, des

Ambroise, nous retrouvons 2 l'objection que Saint Basile a rapporte et la rponse qu'il a faite cette objection. Nous y trouvons aussi une objection nouvelle qui est formule en ces termes Les philosophes demandent qu'on leur accorde ce point Tandis que le globe terrestre est immobile, le Ciel tourne d'un mouvement rapide autour de son axe ils en
lisant

En

Saint

concluent qu'il ne peut y avoir d'eaux au-dessus du Ciel, car celui-ci, en tournant, les rpandrait toutes .

La Physique qui dicte cette objection nouvelle est moins purile que la Science dont la prcdente tait issue. En revanche, la
rponse par laquelle l'Evque de Milan pense rfuter cette objection serait fort embarrasse de s'autoriser d'aucune science
sense
:

Qui

les

empche d'admettre,

dit-il

de ses adversaires,

que l'eau demeure suspendue au-dessus des cieux ? Ils disent que la terre demeure suspendue au centre du Monde et qu'elle y demeure immobile, alors qu'elle est assurment plus lourde que l'eau par la mme raison, ils peuvent dire que l'eau qui est au-dessus des cieux n'est pas prcipite par la rotation de la
;

sphre cleste
L'analogie

que Saint Ambroise prtend dcouvrir entre ces deux cas est assurment insaisissable. Ajoutons que l'Evque de Milan assigne, aux eaux supraclestes, un rle indispensable elles rafrachissent l'axe du Monde qu'chauffe la perptuelle rotation du Ciel.
;

Saint Jean Chrysostorne ne s'aventure pas en cette querelle qui


i.

S
S.

GrUMOfttl Nyhskni In

//[Link]

lifter [S.

GMQOMI

NtSSINI OpetQ

t<

rente MigppCj
2.

Lomui {{PatrologiffixectotniiWJy), coll 8g g Ammhmsh ffexaemeron lift. r/( Cap. 111,9 ci m [s. Ammmii Opra *ce\ii/jN
<'l

rante Mtgne, tom primi pAIf prior (Potrolot lutin<r IdiiiiinMV), col. col. i5o

490

l'astronomie latine au MOYEN AGE prises vques et philosophes

met aux

il

demande aux Chrtiens


de la Gense sans
:

d'accepter

humblement l'enseignement
faut,
dit-il
*,

littral

s'embarrasser de questions qui surpassent notre entendement

11

nous

recevoir avec grande modestie et d'un

nous sont dites, et ne point vouloir surpasser notre propre nature ni scruter ce qui est au-dessus de nous sachons seulement et retenons que le firmament a t produit par l'ordre de Dieu afin de sparer les eaux, de
les paroles qui
;

cur reconnaissant

contenir les unes au-dessous de

soi,

de porter les autres sur

son dos

Jean Ghrysostome, d'ailleurs, ne tolre point que les physiciens et les astronomes, dans leurs enseignements, s'cartent le moins du monde de la lettre de la Gense. Mose ne parle que d'un seul
ciel.

Gomment

donc, direz-vous, certains prtendent-ils que les


?

Ce n'est pas d'aprs la Sainte criture qu'ils ont dit cela; ils l'ont tir de leurs propres raisonnements. Le bienheureux Mose ne leur a rien enseign de plus... Aprs avoir entendu cette grande doctrine, qui donc pourra tolrer ces gens qui parlent selon leur propre pense et qui osent, contre la Sainte Ecriture, dire qu'il y a plusieurs cieux? Mais, ajoutent-ils, voici que le bienheureux David, offrant ses louanges au Seigneur, dit Laudate enm cli clorum. Ne vous troublez pas, mon cher, et ne croyez pas que la Sainte Ecriture se contreapprenez plutt le sens vritable de ces paroles, dise jamais gardez-en soigneusement la doctrine, et bouchez vos oreilles aux
cieux ont t faits multiples
: ;

propos de ceux qui enseignent le contraire . Thodoret est de ceux qui suivent ces conseils de Saint Jean Chrvsostome. Sur l'autorit de l'Ecriture, il croit fermement 2 qu'il existe deux sortes d'eaux, les eaux d'ici-bas et les eaux suprieures celles-ci forment, au-dessus du firmament, un second ciel invisible. Gomme Saint Ambroise, il pense que les eaux suprieures sont destines, par leur fracheur et leur humidit, empcher le feu des luminaires clestes de consumer le firmament. Puis, cho de Saint Jean Ghrysostome, il crit Celui qui ne croit pas l'existence d'un second ciel marche
;
:

hors de la voie droite


i.

celui qui en veut

compter un plus grand

S. Joannis

qu
t.

Chrysostomi In Genesim homilia IV [Joannis Chrysostomi Opra exstant omnia, t. IV, pars I {Patrologi grc accurante J. P. Mig-ne,

LIVj, col. 42]. B. Theodoreti episcopi Cyrensis In loca difficilia Scriptur sacr qustiones select ; in Genesim interrogatio XI [B. Theodoreti Opra, accurante P. Mig-ne, t. I {Patrologi grc t. LXXX), coll. 91-92].
2.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

491

nombre adhre
l'Esprit Saint.

des fables ddaigneuses des enseignements de

plusieurs reprises,
;

il

est vrai, la Sainte Ecriture

nomme les cieux peut nommer ni le


les .

mais
ciel

parce que la langue hbraque ne ni l'eau au nombre singulier.


c'est

Saint Augustin n'est jamais de ceux qui

se

bouchent

les oreil-

Mme

lorsqu'un enseignement semble contredire l'criil

ture Sainte,

l'coute avec attention, afin de dcouvrir


;

si

la con-

tradiction est apparente ou relle

en toutes choses,

il

se

garde de

trancher avec prcipitation

et

sans connaissance de cause.

L'assurance avec laquelle les Basile, les Grgoire de Nysse, les

Ambroise, les Jean Chrysostome opposaient, aux enseignements de la Physique profane, les naves assertions de leur science purile contristait fort l'Evque d'Hippone. Il voyait avec peine les docteurs de l'Eglise du Christ donner dans le ridicule qu'il avait si Il les en reprenait avec une vivement reproch Maniche
1
.

sagesse extrme.

quelqu'un de mes frres en JsusChrist qui n'est pas instruit en ces connaissances ou qui s'y trompe, je le soutfre sans aucune peine, sachant qu'il ne lui

Quand

je vois, disait-il

importe nullement de savoir


infinie,

la situation et l'tat

d'une crature

corporelle, pourvu qu'il ne croie rien d indigne de votre majest

mon

Dieu, crateur de toutes choses. Mais ce dfaut de

connaissance

lui est

dommageable
de la pit,

s il

estime qu'elle
s'il

fait

partie de

la doctrine essentielle

et

ose soutenir avec obsti-

nation ce qu'il ne sait pas. La charit, ainsi qu'une bonne mre,

supporte cette foiblesse en celui qui n'est encore que dans l'enfance de la
foi,

jusqu' ce que, devenant un nouvel


il

homme

et

un

homme
comme
teur,

parfait,

ne

soit

plus sujet tre agit par les vents des

diffrentes doctrines. Mais qui n'aurait eu horreur et ne rejetterait

dtestable la folie de celui qui serait convaincu d'avoir

enseign des choses fausses aprs avoir voulu passer pour doc-

pour guide, pour chef et pour matre de ceux qui il aurait os entreprendre de persuader que ces choses taient telle qu'il les disait, et de le faire avec tant d'audace, que de prtendre qu'en le suivant, on ne suivait pas un homme, mais votre Esprit
Saint?
rentur,

In

illnautem qui doctor, qui auctor,

(/ni

dur

et

princeps
\eque~

eorum guius

Ma

suaderet, lia

fieri aitsu.s est,

ut fini

cwn

non quemlibtt hominem, sed Spiritum tuurn vanclum se tequi arbitrarentur ; </uis tantam dementiam, sicubi falsa dixisne
i.

2.

Voir C6 Chapitre, i, pp. 4oi-4*< Saint Auf;t;sTi\, Con/is$ionJt f livre


',

v.

eh.

Y (Traduction

d'Arnaud

d'Aodilly).

492
[Link],

1/

ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE


esse judi-

non dctestandam longeque abjiciendam


1 :

caret ?

En une

autre circonstance, Saint Augustin crit

Dans un trs grand nombre de cas, des hommes qui ne sont cependant pas chrtiens ont de la terre, du ciel, des autres lments de ce monde, des mouvements, des rvolutions, des distances et des grandeurs des as res, de la nature des animaux, des vgtaux et des minraux, enfin d'autres choses du mme genre, une connaissance qu'ils tirent avec une grande certitude de la raison et de l'exprience. Il est une chose plus que honc'est teuse, une chose pernicieuse et extrmement redoutable qu'un de ces infidles puisse entendre un chrtien qui prtend parler de ces sujets d'aprs les Saintes Lettres, et qui nonce tant de folies qu'il se trompe, comme on dit, toto clo, au point que
;

l'infidle a

peine se retenir de

rire.

Ce qui est

le

plus pnible,
est

ce n'est pas qu'il soit prt rire

un homme qui

dans

l'er-

que ceux qui sont hors de l'Eglise puissent attribuer nos auteurs de semblables avis c'est que nos auteurs puissent tre critiqus et mpriss pour leur ignorance, au grand dommage de ceux dont le salut nous proccupe. Lorsque ceux-ci, en effet, ont pris un chrtien en flagrant dlit d'erreur en ces matires qu'ils connaissent si bien, lorsqu'ils l'ont entendu donner sa vaine opinion comme tire de nos Livres Saints, comment pourraient-ils se fier ces mmes Livres en ce qui touche la rsurrection des morts, l'espoir de la vie ternelle et le royaume des cieux? Ils sont convaincus d'avance que ces Livres sont remplis d'erreurs sur les questions qu'ils ont soumises l'exprience ou qu'ils ont tablies par des calculs non douteux. Ce que ces gens tmraires et prsomptueux causent d'ennui et de tristesse leurs frres plus prudents, on ne saurait assez le dire. Lorsque ceux que ne retient pas l'autorit de nos livres ont commenc de les reprendre de quelque opinion fausse et absurde, lorsqu'ils ont commenc de les convaincre d'erreur, ces gens veulent dfendre ce qu'ils ont avanc avec la tmrit la plus lgre et la plus manifeste inexactitude ils citent alors, ft-ce de mmoire, des textes de ces mmes Livres, qui leur permettent de prouver leur opinion ils pensent que ces textes leur fournissent un tmoignage valable; et les voil prononant une multitude de paroles, sans comprendre ni ce qu'ils disent ni ce dont on parle.
reur
;

c'est

i. S. Augustini De Genesi ad litteram liber primus, Cap. XX, 3c [S. Aurelii Augustini Opra accurante Migne, tomi tertii pars prior (Patrologi latin

tomus XXXIV),

coll. 26.].

..

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

493

Saint Augustin se garde bien de donner dans le travers qu'il

signale avec une


il

si

lgitime svrit
:

en commentant

la Gense,
'

rapporte et expose divers avis


.

Je n'affirme pas la lgre

une opinion unique au prjudice d'une autre exposition qui


peut-tre meilleure
Ainsi,

est

au sujet des eaux supra-celestes, lEvque d'Hippone pril


;

sente des thories multiples et varies.

Contre les Manichens,

pense
il

que

les

figurent les tres invisibles

ajoute qu'

eaux supra-clestes il ne faut rien affir-

mer

la lgre touchant cette question, car elle est obscure et

bien loigne des sens des

hommes en
;

tout cas, avant de cher-

cher comprendre, il faut croire . Dans son ouvrage inachev De Genesi ad litteram, l'Evque d'Hippone semble encore port 3 regarder les eaux supra-clestes

comme une
froides.

figure allgorique.
la surface

Il

fut des personnes, ajoute-t-il,

pour lesquelles

du

Ciel tait couverte d'eaux visibles et

En faveur de cette lenteur du mouvement de


[Saturne], que les Grecs
le

opinion, elles tiraient

argument de
;

la

l'une des sept plantes

cette toile

nomment

avwv, et qui est la plus leve


;

des plantes, parcourt

Zodiaque en trente ans

si

elle est si

lente, c'est, disent ces personnes,

qu'elle est voisine des eaux

froides qui couvrent le Ciel. Je ne sais de quelle manire se peut

dfendre cette opinion auprs de ceux qui s'enquirent avec curiosit

de ces choses. Mais en ces questions, il ne faut rien affirmer il convient de les traiter avec prcaution et la lgre
;

modestie
reproduit

Cet argument tir des proprits de Saturne, Saint Augustin le

dans son ouvrage De Genesi ad litteram, mais en lui donnant une forme un peu diffrente et dont l'enchanement logi-

que
trs

se laisse

mieux

saisir; la

plante Saturne,
vite
;

dit-il,

devrait tre

chaude, car elle se meut trs

or, elle est froide (c'est,


;

du moins, ce qu'enseigne l'unanimit des astrologues) ce froid ne se peut expliquer que par la prsence des eaux supra-clestes. Au lieu d'imaginer que la surface du Ciel est recouverte d'eaux 5 congeles, d'autres imaginent que l'eau y demeure suspendue
i.

S. Augustini
S.

2.

Augustini
.

Op. laud.y Cap. XX, l\o\ d. cit., col. 261. De Genesi contra Manichos liber primus, Cap. XI, 17;
,

d. cit., col
3.

181

S Augustini De Genesi ml litteram opus imperfectnm


S.

Cap.

VIII,

sg;
<

d. cit., col. 232


l\.

Augustini

De Genesi ad
Op. laud.
}

litteram liber secundus, C;ip. V,


7 et

d.

it

coll. 266-2G7.
5.

S. Augustini

Cap. IV,

d. cit., coll. 265-2G6.

494
l'tat

l'astronomie latine au moyen ge

de trs fines gouttelettes, semblables celles qui flottent en la plus haute rgion de l'air. Mais de quelque manire que les eaux demeurent au-dessus

que soient ces eaux, nous ne devons aucunement douter qu'elles s'y trouvent en effet, l'autorit de l'Ecriture surpasse la capacit de tout esprit humain. Aussi, de mme que nous l'avons entendu gourmander les Chrtiens qui tenaient en trop mince estime les enseignements de la Science profane, nous allons l'entendre se moquer de ceux qui prisent assez ces enseignements incertains pour vouloir, toute force, imposer l'Ecriture un sens qui leur soit conforme. Il parle, dans La Cit de Dieu 1 de ceux qui entendent au sens allgorique la sparation tablie par le firmament entre les eaux suprieures et les eaux infrieures, qui y voient la distinction entre les bons anges et les mauvais anges. Le motif de leur opinion, dit -il, c'est le poids des lments; ils ne pensent pas que la nature aqueuse, qui est fluide et grave, puisse rsider dans
Ciel, ajoute

du

l'Evque d'Hippone,

et quelles

les rgions les plus leves

du Monde

Et

il

plaisante l'exces-

sive confiance

que ces

peseurs d'lments, trutinatores elemen-

toTum

accordent leur Physique.

XV
LA PREMIRE TENTATIVE CONCORDISTE ENTRE LE RCIT DE LA Gense

ET LA PHYSIQUE. JEAN PHILOPON

Saint Augustin tait mort depuis plus de cent ans lorsqu'un

homme

crut apporter la solution

du problme

qui avait, tant de

reprises, sollicit les efforts de l'Evque d'Hippone.

Un

des der-

niers reprsentants de la pense hellnique vint soutenir la thse

Sans avoir l'intention de faire uvre de physicien ni d'astronome, Mose, au premier Chapitre de la Gense, nous enseigne des vrits que la science des Grecs a retrouves bien longsuivante
:

temps aprs
tradiction

lui;

d'ailleurs, l

o son enseignement
pripatticienne,
les

est

avec la Physique
le

en conhypothses

proposes par

Prophte

sauvent les phnomnes


tentative qui

beaucoup
t
faite

mieux que celles d'Aristote. Cette uvre est donc la premire


i.

ait

S. Augustini

De

Civitate Dei lib. XI, cap.

XXXIV.

LA COSMOLOGIE DES PKES DE

i/ GLISE

495

pour montrer qu'entre

le rcit

de la Gense
il

et les

documents

les
;

plus certains de la science profane,


sicles plus tard, les

n'y a nulle contradiction

que Dieu a rvl d'emble Mose des vrits que, nombre de

hommes

se glorifieraient d'avoir rinventes.

Elle inaugure cette suite de constructions, toujours


et

croulantes

toujours reprises, qu'on

nomme

aujourd'hui le

Concordisme.

L'auteur de cette uvre n'en tait pas, d'ailleurs, son coup


d'essai dans le
et

champ de

l'Apologtique
il

aprs avoir comment

souvent combattu Aristote,

avait rfut

un un

les dix-huit

arguments par lesquels Proclus avait prtendu tablir l'ternit du Monde. Il se nommait Jean d'Alexandrie, et on l'appelait Philopon, le Grammairien ou le Chrtien. Nous avons dj, plusieurs reprises, cit le trait de Jean Philopon Sur la cration du Monde*. Ce trait est ddi Sergius, patriarche d'Antioche il fut donc compos entre les annes 546 et 549 qui bornent la dure du patriarcat de Sergius. L'objection que Philopon se propose de ruiner est celle que
;

tous les Pres de l'Eglise, d'Origne Saint Augustin, avaient

entendu rsonner dans les coles du Paganisme 2 Ce que Mose a dit de la cration divine du Monde est intolrable ceux qui se targuent d'avoir tudi avec soin la composition de l'Univers la Physique que Mose a dveloppe ne s'accorde pas avec ce qui apparait aux sens O toI ^paiv|*vot Mouorj Trecp'jo-'.oXyTixe
: ;

TUUOGiVa

cette objection,

d'ailleurs,

Philopon n'a pas l'intention de


a,

dans son rcit cosmogonique, donn une solution satisfaisante des divers problmes qui proccupent les physiciens ce n'tait pas le but que le Prophte

rpondre en dmontrant que Mose

se proposait d'atteindre

ne rclame de l'ouvrage de Mose les considrations techniques sur la nature qu'ont imagines ceux qui sont venus aprs lui. Qu'on ne lui pose pas des questions telles que
celles-ci

Que personne

Quels sont les principes matriels des choses ? Vaut-il mieux n'en poser qu'un ou en admettre plusieurs? S'il y en a plu:

sieurs, quel en est le

nombre

et

quels sont ils? Sont-ils les


'

mmes

en tontes choses, ou diffrents en des choses diffrentes Quelle est la Bubstance du Ciel? Celle des tres Bublunaires en est-elle
distincte
7

Les

mouvements de
i

ces tres sont-ils

accompagns de
E\ei*

i. Joannin Philopon Dt opijcio mundi lihri VII. Receonuit Guallerut clmnli Li [Link].r, 1897 2. [Link] l'un 01 "M Op. Imnl ., II |>|> S. Jean Philopon Op. taud., lib. I, cap! I; d, <ii p
.

<

<l

<

496

l'astronomie latine au moyen ge


Bref, [qu'on

ne lui pose pas toutes ces questions conues] par ceux qui sont capables de s'enqurir curieusement de tout cela, puisque ceux-ci ne s'accordent aucunement, pour ainsi dire, ni entre eux ni avec la ralit. Ce n'est pas le but qu'a vis l'admirable Mose. Le premier, sous l'inspiration de Dieu, il s'est propos de conduire les hommes la connaissance de Dieu et de leur enseigner le moyen de vivre en conformit avec cette connaissance. Aussi, ce qu'il a crit, c'est tout ce qui contribue cet objet il a crit, par exemple, que ce grand et brillant ouvrage qu'est l'Univers ne possde pas l'existence d'uae manire automatique, qu'il n'est pas d'une essence suprieure et divine mais qu'avant d'avoir t engendr par ce Principe invisible et Crateur Je toute chose, avant d'avoir reu la beaut qui se manifeste en lui, il n'tait pas. Ce n'est donc pas un accord minutieux et poursuivi jusque dans le dtail que Philipon recherchera entre le rcit de la Gense et la Physique. L'Auteur inspir ne s'est pas propos de prendre parti dans Jes querelles qui divisent les doctes. Plus d'une fois, cependant, nous l'entendrons enseigner quelque proposition que les doctes ont t heureux de rinventer aprs lui, voire mme de lui emprunter.
; ;

changements substantiels ?

Pour soutenir
les

ses thses, Philopon a parfois recours ce


;

que

Pres de l'Eglise ont crit sur l'uvre des six jours c'est, il ne cite ni toutefois, aux seuls Pres grecs qu'il s'adressa
;

Saint Ambroise ni Saint Augustin.

Parmi

les Pres grecs,

eux-

en est beaucoup dont il n'invoque point l'autorit ou qu'il ne lit gure on ne relve, en son trait, ni le nom de Jean Chrysostome ni celui de Nmsius, et Grgoire de Nysse n'est cit qu'une seule fois. Philopon parait avoir lu plus volontiers Origne et Thodoret. Mais son auteur prfr est assurment Saint Basile, dont il a soigneusement tudi les Homlies sur l'uvre des six jours et les controverses avec Thodore de Mopsueste. D'ailleurs, ce que Philopon emprunte aux grands docteurs chrtiens dont il a lu les uvres, n'est pas ce qui, dans son livre, retiendra le plus vivement notre attention nous nous arrterons plus volontiers aux solutions originales qu'il propose. En voici une laquelle notre auteur semble attacher une importance particulire, car il y revient plusieurs reprises. Au premier jour, Dieu cra le ciel et la terre. Philopon regarde ce ciel (opavo) comme distinct du firmament (<rcepsw|jia) qui sera
il
;
;

mmes,

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE

497

form au second jour


d'astres.
et qui

et qui,

au quatrime jour, se peuplera

En

ce ciel primitif, qui est, l'origine, dpourvu d'astre

en demeurera toujours dpourvu, notre exgte n'hsite pas reconnatre la neuvime sphre que la dcouverte du mouvement de prcession des quinoxes a contraint les astronomes de placer aux bornes du Monde pour communiquer le mouvement
diurne au

ciel tout entier.

Quelqu'un accueillera peut-tre avec mfiance, crit Philopon l'hypothse du Prophte, selon laquelle, avant la sphre appele inerrante et au-dessus de cette sphre, il a t cr un autre ciel sans astre il la regardera peut-tre comme une supposition dnue de toute preuve. Rappelons-lui qu'aucun des mathmaticiens antrieurs Hipparque et Ptolme n'a connu la neuvime sphre prive d'astre qui est l'extrieur de toutes les
,
;

autres.
existait

Platon, lui

aussi, a

pens, aprs les autres, qu'il n'en

Mais la suite de certaines observations dont il n'est pas ncessaire de parler ici, Hipparque et Ptolme ont introduit la neuvime sphre sans astre.
huit.

que

Assurment, de ce que quelque chose n'a pas t connu pai certains hommes, il n'en rsulte pas, avec une absolue ncessit, que ce quelque chose ne soit rien. Pour moi, et quant prsent, ce qui est dmontr, c'est simplement ceci Ptolme, et Hip
:

parque avant lui, se sont accords avec Mose en l'hypothse dune sphre sans astre, extrieure toutes les autres ou plutt, c'est Mose qu'ils ont emprunt le principe de leur dcouverte Mose, en effet, dit que Dieu a plac le Soleil, la Lune et la multitude des astres dans la sphre qui vient aprs celle-l, et qu'il a
;

appele firmament.

Hipparque et Ptolme peuvent donc tre appels en tmoignage ils confirmeront l'exactitude de la Cosmogonie mosaque qui fait crer par Dieu, au premier jour, un premier ciel sans astre, puis, au second jour, l'intrieur de celui-l, un firmament au sein duquel les astres seront engendrs au quatrime jour. Nous avons dmontr, dit notre auteur 2 que la Cosmogonie de Mose s'accorde avec la ralit, et nous avons appel Hipparque et Ptolme, qui sont, parmi fous leurs prdcesseurs, 1rs gavants Les plus hautement estims en astronomie, en tmoigna de la gnration du second ciel; prenant occasion, je pense, de ce que Mose avait crit, ils ont t Les premiers les Cres qui aient
;

appliqu leur penst


i.
?..

'<

la

considration
lib.
lil>
;

le

la

sphre sans astre,


'

.Ioanms Pmilopon i [Link] JoANNiH I'[Link] [Link].,

I, cap \ Il [Link].j it ni; d. cl t. j pp, n3-u4

'*

DUWf.

T.

n.

498

l'astronomie latine au moyen ge


le

extrieure toutes les autres. Tous veulent, d'ailleurs, que


Soleil,
la

Lune

et les astres existent

aprs celle-l,
suite

et,

en voulant

qu'il

dans la sphre qui vient en soit ainsi, ils prennent la


et celui

de Mose. Ici, cependant, entre l'enseignement des astronomes

de

une opposition se manifeste. Que cette opposition ft vivement objecte par les Paens aux Chrtiens, et que les Chrtiens fussent embarrasss pour y rpandre, le tmoignage de Jean Chrysostome suffirait nous en assurer. L'Ecriture place tous les astres dans un seul et mme firmament; les astronomes, au contraire, les distribuent entre des sphres multiples mues de mouvements diffrents. A cette objection, Philopon donne une rponse qui mrite Dans un passage que nous avons prcdemquelque attention 2 ment reproduit il dveloppe cette pense Les astronomes n'ont jamais dmontr que ces sphres multiples, destines mouvoir ce sont de simples hypothses les astres, existassent en ralit qu'ils posent en vue de sauver les phnomnes, et, dans leur dsir de rendre compte des apparences d'une manire de plus en plus exacte, ils ont t amens imaginer des assemblages fort diffrents les uns des autres. Mais en quelque nombre qu'on veuille supposer ces sphres, le Ciel que compose leur ensemble et qui est form de telles parties est un Ciel unique cela est vident par l'autorit de tous Aristote, luiles Anciens qui ont, autrefois, parl de ce sujet mme, dans la discussion dont nous avons parl, aprs avoir enseign combien de rotations de corps clestes les astronomes ont supposer, montre que le nombre en est cependant limit en sorte, dit-il, que le Ciel est manifesteet non point infini
l'criture,
1
.
,

ment un ... En tous cas, Ptolme qui

fut,

pour

ainsi dire, celui de tous

qui a trait de ces questions avec le plus d'exactitude, s'accorde avec Mose au sujet de la sphre sans astre.

Philopon 3 nous demandait de dire la cause dtf la gense du premier ciel, nous lui rpondrions, en premier lieu, que l'hypothse [de l'existence de ce Ciel] est commune tous ceux qui sont venus aprs Mose mais que ni la question ni la solution admise ne leur est commune. En second lieu, [nous lui demanderions, notre tour], qu'il nous dise lui-mme, tout

Si quelqu'un, poursuit

i.
>.

A.

Jean Philopon, loc. cit. d. cit., pp. u4-n6. Voir Premire partie, chap. X, % VI; t. H, pp. 1 11-112. Joannis Philoponi Op. Iciud., lib. III, cap. 4; d. cit., pp. 116-117.
;
:

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L GLISE

i90

d'abord, pour quelle cause le


les

nombre des sphres supposes par

admises par les astronomes d'aujourd'hui est tel nombre, et pourquoi ces sphres n'ont t formes ni en plus grand nombre ni en nombre moindre. Admettons mme, par impossible, que quelqu'un nous fasse connatre quel est, en tout,

Anciens

et

nombre de ces sphres, quelles sont les diffrentes vitesses des mouvements qui s'observent dans les astres errants, la vitesse de
le

la sphre inerrante qui parcourt son cercle entier

en la dure

d'un jour

et

d'une nuit, la vitesse de la Lune qui accomplit sa

rvolution en

un mois en un
; ;

an, le Soleil dcrit sa circonfrence

particulire, tandis
vitesse

que

lui

il

que Mercure et Vnus marchent avec la mme faut Mars deux ans peu prs pour revenir
;

Jupiter, qui vient ensuite, a besoin de son point de dpart douze annes il en faut trente la plante qui vient aprs et que je ne parle pas de la rotation qui, selon l'on nomme Saturne
; ;

Ptolme, parcourt un seul degr en cent ans, de telle sorte qu'elle dcrive la douzime partie du Zodiaque en trois mille ans. Et niainnant, qui sera capable de nous dire la cause de tout cela?

Aucun

ne pourra jamais rendre raison du nombre des astres, des positions qu'ils occupent, des grandeurs de leurs vitesses, des diffrences de leurs couleurs. Seulement, nous croyons tous que Dieu a bien fait toutes choses, et comme il fallait que rien ne manque et qu'il n'y a rien de superflu. Jl est peu de choses, en effet, dont nous connaissions pleinement les causes. S'ils ne sont pas capables de dire la cause physique des choses qui apparaissent aux sens, nous ne le sommes pas, nous non plus, de dire,
;

homme

comme

ils

nous

le

demandent,
le

la cause de choses qui

ne sont pas

apparentes.

firmament ait t form au sein de l'eau. Par l, il professe, au sujet de la nature de ce ciel, une opinion bien plus satisfaisante que celles de Platon et d'Aristote. Au sujet de La substance du firmament ', Platon la compose l'aide des quatre lments, tandis que le Soleil, la Lune et les autres .istrcs sont surtout forms de feu. Aristotc a suppos que
le
^i<'l

Mose veut que

tait
a

constitu par la cinquime essence corporelle et

il

nous en

donn une dmonstration tire de son propre fonds. Mais t engendr au milieu des eaux, nous Mose, en disant qu'il
<'i

suggre

la

pense qu' son gr,

la

substance du firmament

est, <-n

majeure partie, forme d'eau. Bu


de transparence sont
i
.

effet, le corps cleste est trans plus point; or haut les seuls lments qui Boient dous parent au
I

air ei

eau.
III,

JflAXXII

l'

m [Link]" m

O/i, l'uni ., Mit.

cap. V

<<l.

<.

1)1,

17-1 lu,

500

l'astronomie latine au MOYEN AGE

Je pense donc que Mose, cause de la transparence du firma-

ment, a voulu qu'il participt en majeure partie de l'air et de l'eau, c'est--dire des deux seuls lments o se rencontrent la transparence et la fluidit mais il a suppos qu'en la gnration du firmament, chacun de ces deux lments se transformait en une substance solide, comme il semble arriver dans la gnration
;

donc fort justement engendr milieu des le au eaux, caractrisant ainsi par qu'il a t s'y trouvent en abondance et il l'a nomm l'air et l'eau qui firmament parce que, de l'tat de substance fluide, il a pass la
cristal et

du

des pierres transparentes

il

dit

solidit...

Mose, donc, nous a suggr la pense que le Ciel, cause de


;

sa transparence, tait form en majeure partie d'air et d'eau


cette

pense est plus physique et s'accorde mieux avec les apparences que les hypothses de Platon et d'Aristote. Arrivons au clbre problme des eaux suprieures au firmament, et voyons comment Philopon le rsout. qui diffrent l'un de l'autre par les lieux Il y a deux cieux qu'ils occupent.... Ils ne sont pas immdiatement contigus l'un l'autre, bien que les diverses sphres du second ciel soient, dit-on, contigus entre elles, titre de parties d'un mme tout. D'autre part, il est ncessaire que l'espace intermdiaire entre les deux cieux ne soit pas vide, car rien de ce qui existe ne peut tre vide d'aucune manire. Il y a donc un corps [qui remplit ce vide] ce corps, Mose lui a donn le nom d'eau... parce qu'il est fluide, coulant et diaphane. Il semble donc que ce soit par analogie que Mose a, d'une manire homonyme, appel eau la substance qui remplit l'espace compris entre les deux cieux. Que des luminaires Dans cette formule employe par Mose soient engendrs dans le firmament du Ciel, Philopon voit 2 l'affirmation que les astres ne sont pas forms de la mme substance que le firmament au sein duquel ils rsident. Sinon Mose et employ une faon de parler analogue celle dont il use pour la Que la terre produise l'herbe des prairies cration des plantes
1
;
:
:

et l'arbre qui porte le fruit.

Les astres n'ont pas

tir

leur ori-

gine de la masse du corps cleste,


cela

comme

le manifeste, d'ailleurs,
effet, est

mme

qui apparat aux sens. Le firmament, en


;

de transparence

aussi est-il congnre de l'air et

dou de l'eau. Les

astres sont bien plutt forms par la substance igne,

comme

le

montrent toutes leurs proprits, la couleur, la lumire, la chai.

2. Joannis

Joannis Philoponi Op. laud.y lib. III, cap. Philoponi Op. laiid., lib. IV, cap.

XV

XV;

d. cit., p. i54d. cit., pp. 189-190.

LA COSMOLOGIE DES PRES DE LGMSE


leur, l'opacit de

501

chacun d'eux l'gard des autres parmi les lments simples, la terre et le feu (c'est du feu lumineux que je
;

parle) sont les seuls qui possdent ces proprits

On remarquera,

sans doute, avec quel ddain, dans toutes ces

discussions relatives la nature des cieux, Philopon parait traiter

l'hypothse pripatticienne de la cinquime essence.

On ne

s'en

par ses doctrines physiques, notre auteur se rattachait l'Ecole stocienne, et que les Stociens n'ont jamais admis la cinquime essence. Le trait sur la cration du Monde compos par Jean Philopon
tonnera pas
si l'on;

se souvient que,

supposer le rcit de la Gense avec celle qu'enseigne la Philosophie hellnique. Mais le Grammairien n'aura pas de successeurs immdiats. Cette Philosophie, qu'il essaye de mettre d'accord avec sa foi de Chrtien, il en est le dernier reprsentant. Au moment o il compose son essai de concoren dernier lieu, expose et commente par Simplicius, est dj muette depuis une quinzaine d'annes; en 329, un dit de Justinien l'a ferme. Dans les pays qui l'ont vu natre et se dvelopper, la Sagesse antique a fini de jouer son rle chez les nations en dcadence qui peuplent ces pays, la curiosit est mousse, la puissance d'intait,
;

nous apparat Physique que

comme une premire


s amble

tentative

pour concilier

la

disme, l'Ecole d'Athnes, o la pense paenne

vention est extnue

tout

byzantinisme. C'est le

domaine intellectuel est en proie au moment o les peuples enfants qui ont

envahi les frontires de l'Empire vont recueillir les dernires semences dessches de cette Sagesse et, dans une terre frachement remue, leur faire produire une nouvelle vgtation.

FIN

DU TOME

II

NOTE
RELATIVE AU

VI

DU CHAPITRE

XII

(Ce volume, p. 23o)

ROU MASAR ET LE MOUVEMENT D'aCCS ET

I>K

recs

Abou Masar, comme nous


certains de ses crits,

l'avons dit

que
il

le

admet clairement, dans mouvement des toiles fixes est une


1
,

rotation dirige

comme
Mais

celle

des plantes et dont 36.000 ans

mesurent
et

la dure.

connat galement la thorie de l'accs

du recs

telle

que
:

l'ont

d'Alexandrie

de elementis

nomme nomme

propose ces astrologues que Thon 01 -aXatol tiov [Link])v, que le Liber
c'est--dire Des

les auteurs dC Atalasimct,

images des signes , comme nous l'explique Albert le Grand. Ces astrologues, Abou Masar les appelle Les Matres des images, Domini imaginum. Voici ce qu'il dit de leur doctrine 5 Les Matres des images ont dit que le mouvement de l'orbe est de 8 degrs suivant lesquels il accde [puis recde|; et que, dans chaque degr, son accs, comme son recs en chacun de ces
: :

degrs, a lieu tous les 80 ans; lorsqu'il achve un accs ou un


recs de
1,
si

cela advient au
:

moment de

la

permutation

<lo

Saturne], voici ce qui a lieu

Lorsque Saturne passe d'un signe l'autre, cela signifie production de grands accidents dans le Monde, des lignes dans
i.
:

la

le

Voir Premire pnrtie, Ch, XII, V ce volume, p. ?."?.?.. [Link] de magni conjunctionilm annorutn reootuiionibm ar forum Opui Mbunmwirin <l<profectionibu octo coniineiu tracta/us. Colophoo magnii eootuoctiooibui explieit fliciter. Imprestum veoetiji Mandnto ci expensii Melchiorem (tic) setea. Per Jacobam peniium <!<* Leucho, Vnno domini i5i5. Pridic kal. luoij. Tract. Il, differentia 8*, circa finem fol
;

>..

\\

r'-flenl

le fol,

lftO, I>, r"

''I

v".

501

NOTE RELATIVE AU

VI

DU CHAPITRE

Xll

ciel et sur la terre,

des changements de religions (revolutionem


et

sectarum), des transmissions de rgne d'une nation une autre,


la

venue de guerres

de maladies, des tremblements de terre en

divers climats.

Gela est encore plus vrai quand la permutation de Saturne a

au moment o s'achvent les 80 annes, quand l'orbe a accd ou recd d'un nombre entier de degrs. Semblablement, il se produira un grand changement universel [mutatio communis major) quand cet orbe, soit par accs, soit par recs, aura accompli son mouvement de 8 01 ce qui arrive tous les 640 ans 2 Si vous voulez savoir quelle poque se produira [l'accomplissement de] cet accs ou de ce recs , il vous faudra faire un calcul, que le texte corrompu du livre Sur les yrandes conjonctions indique d'une manire peu claire, mais o l'on reconnat sans peine le calcul que Thon d'Alexandrie empruntait 3 aux TraXaiol
lieu
,
.

iwOTsXea-jjiaTixo

Au

cours de ce calcul,

Abou Masar nous apprend


4
,

qu'au com-

mencement de l'anne 265 de l'yezdazir l'orbe, dans son mouvement d'accs, avait atteint 512 45'' . Il indique, enfin, comment on devra tenir compte de ce mouvement si, des positions apparentes des astres errants par rapport
f

aux

toiles,

on veut dduire
croit-il

les positions
fixes.

de ces

mmes

astres

par

rapport des repres vraiment

Abou Masar

la ralit de ce
le

mouvement

d'accs et de

recs? Pense-t-il,

comme

parait faire le Liber de elementis,

que ce mouvement coexiste avec la prcession dcouverte par Hipparque et Ptolme, et dont notre astrologue semble convaincu? Rien ne nous permet de rpondre ces questions.
i.

2.
3.

Le texte, qui fourmille de Le texte dit 664 aQS


: -

fautes, dit

9.

4.

Vide supra, p. 194. re des Perses, constamment employe par Abou Masar.

ERRATA DU TOME

II

Page
p.
p.

126, note,

au

lieu

de
lieu

Gautier, lire

Gauthier.
:

i43, ligne 3i,


160, lignes

au

de

Ibn Roschd, lire


:

Ibn Rochd.
lire
:

18-19,

au

^ eu de

Adraste d'Aphrodisi,

Adraste

d'Aphrodisias.
p.

p. 207, note p.
p.

au lieu de Textuno, lire Textum. Isidorus, lire de Joannes. 3, Vahra, lire Varha. 212, dernire ligne, au lieu de Thon d'Alexandrie. 224, ligne 3, au lieu de Thon de S myrne, lire
187, note
1,

lig-ne 1,

au

lieu

TABLE DES AUTEURS CITES DANS CE VOLUME

bou 3ekr, voir Ibn Tofal. Abou Ga'far al Khazin, p. 248.


:

Aboul Hhassan, pp. 25o, 256-258, 263, "265. Aboul Wfa, p. 118. Abou Masar, dit Albumasar, pp. 221, 222, 369-386, 390,
:

5o3, 5o4-

Abraham bar Hiyya, pp. 53, 229, 23o. Abraham ben Ezra, dit Aven Ezra, pp. Abraham de Balms, p. 121. Abraham le Juif, pp. 121, 128.
:

254-257.

Achilles Tatius, pp. 12, 14. Adraste d'Aphrodisias, pp. 6,35-37,7/1-76, 8o-83, 86, 88, 98, 99, n3, 129, 160,
186, 187, 190, 191, 421
p. 444 Agrippa, p. 180. Alabhas ben Sad, p. 211. Alatino (Mose), p. 195. Albatgni, voir. Battani (AI). le Grand, pp. 119, i3i, 137 n. , 228-230, 266, 5o*l. Albert de Bollstaedt, dit Al bu masar, voir Abou Masar. Albyrouny, pp. 43, 44 46, 212, 214, 227 n., 247-249, 369. Alohabitius, voir Kabici (Al). Alexandre d'Aphrodisias, pp. 60-62, 64, 293, 3oo-3o2, 33o, 345-349, 35^ 356,
:

Atius,

359, 479-,

Alexandre d'Etolie, pp. Il, 12, i4Alexandre Lychnos d'Ephse, |). 11 n. Alexandre Polyhistor de Milei, p. 11 n. Alfrag-amis, noir Pergani (AI). Alhahazeg, p. 79.
:

Alhazrn. noir

Ibn

al

Haitani.
36().

Almagiii (Roberto), |>|>. 268, 270 n., 271, 272 n., 273, 186, 189, Alpetrag ins. voir Bitrogi (AI). AlphODM X, roi r Caitille, pp. 121, 128, 259-26.
:

Ambroix'

(Saint), pp.

'.<,'- ',."..

/J02,

\o,

/|<>8,

427,

f\-/H,

4'M.I-

V''- 4* ,r

4 K,

i-

Ammooiiif
1.

491, 496, Rli d'Hermiae, pp. 10s, ao3,


n

L'indication

nUfDft) di Ih pnfff\

il<'i<rnr

RM

note An "fa

<!**

relte

|iH|f-

508

TABLE DES AUTEURS CITS DANS CE VOLUMK


Saccas, p.
t^io.

Ammonius

Anaxagore, pp. 157, 443., 444Annianus, p. 364Antigone de Carystus, p. 271.


Antipater, p. 278. Antoli ou Anatoli (Jacob), pp. 127, i38 n. Apian (Pierre; Peter Biencwitz, dit), p. 173. Apollonius de Perge, pp. 25, 74, 78. Apule de Madaure, pp. 4 7~4 8

Aquila, p. 4*9^ Aratus, p. 11. Archigne, p. 367. Archimde de Syracuse, pp. 4, 5, 17, 18, 20, 21, 23 n., 26, 28, 43, 271. Aristarque de Sam os, pp. 12, 17-29, 32, 33, 35, 38, 55.
Aristille, pp. 175, 176.

Aristote de Stagire, pp. 3, 4, 8, 11, 60-67, 69-71, 76, 80, 82, 83, 88, 89, 94 n., 100, 101, io3, 107 n., 108, 110, ii3-ii6, 121, i33-i35, i38, i4o, i4 2 i43, i53, i56, 161, 20?, 2o3 n., 204, 219, 269, 270, 276, 290, 294-296, 2993o2, 317, 323, 33o, 36o, 362, 368, 370-373, 375,376, 390, 412, 43, 47 4*8, 423-425, 428, 43o, 432, 438, 439, 442-444, 454, 459, 462, 463, 466, 468, 471,

m,

>

47M81, 483, 485, 486, 488, 494,495, 499, 5oo. Aristote (Pseudo-), auteur du Liber de dmentis, pp. 220, 223, 226-229, 265, 386, 387, 5o3. Aristote (Pseudo-), auteur du Liber de mirabilibus auscultationibus, pp. 269,
271. Aristote (Pseudo-), auteur du Liber de mundo ad exandrum, pp. 276-278, 317, 33o, 358. Aristote (Pseudo-), auteur de la Thologie, pp. i63, 324, 335-34 1, 343.

Arnobe, pp. 448, 449Arrien, p. 270 n. Artmidore, p. 271. Aryabhata, p. 225.


Arzachel, voir : Zarkali (Al). As'Soufi, pp. 233, 256.

Athnodore,

Augustin

p. 277. (Saint), pp. 276, 323, 3g3, 390-397, 399-402, 4<>4, 4<>6, 407. 4 I -4i8,

429, 43i-439, 442, 443, 446, 447, 45i-46o, 462, 464-477, 486, 487, 491494, 496. Aulu-Gelle,'pp. 279, 294, 364,454? 456.

Avempace, voir

Ibn Bdja.

Aven

Averros-(Ibn Rochd,

Ezra. pp. 67, io5, 126, 127, i3i-i4o, 173, 254, 256, 257, 386-388. Avicenne (Ibn Sin, dit), pp. i4o, 348, 367, 374.
:

Ezra, voir

Abraham ben
dit),

i43,

i45-i48, i56,

B
Bacon (Roger), pp.
120, 222. Baldi (Bernardino), pp. i47, 2 o5 n., 249 n., 252 n. Balfour (Robert), pp. 6, 7 n. Basile (Saint), pp. 393-3oj6, 398, 399, 402, 4<>5, 46, 4o8, 427-429, 458, 459, 46i,

462, 479-482, 485, 486, 488, 489, 49'> 496-

Bte de Malines (Henri), p. 254Battani (Al), dit Albatgni, pp. 47-49, 5i, 52, 56*58,
:

18, 174, 177,

209 n

>

m3

>

228, a3o-232, 243, 245, 247, 255, 257, 25g, 264

TABLE DES AUTEURS CITS DANS CE VOLUME


Brose, pp. 21/1-216. Berthelot (Marcelin), pp. 349 n -> 35o, 35i n., 354 n -> 355 n. Bhscara, p. 226. Bienewitz (Peter), voir Apian (Pierre). Birouni (Al), voir Albyrouny. Alpetragius, pp. 126, i32, i33, 137, 139, 146-157, 161, Bitrog-i (Al), dit 166, 168, 171, 172, 179,220-222, 25i-254, 256, 257,260, 277,387, 485. Bjrnbo (Axel Anthon), p. 264. Bceckh (August), pp. 11 n., i5. Bode, pp. 10-17. Boncompagni (Le prince Baldassare), p. i46 n. Brah (Tycho), p. 126. Brhier (Emile), pp. 275, 309. 343, 4o3. Buhl(F.), pp.. 42, 87.
:
:

509

63,

Calippe, pp. 60, 65, 69, 72, 73, 81, 83, n4> 157. Calo Calonymos (Kalonymos ben David), pp. 146, i48, 25i, 252.

Campanus de Novare,
Carra de Vaux,
p. 129.

pp. 57, 245.

Casiri (Michel), p. i47atnanda, p. 225.

Caussin de Perceval, pp. 120 Cazwini (Al), p. 126 n.

u.,

210 n., 212, 2i3, 245.

Censorin, pp. 6, i3, 14. Chalcidius, pp. u n., i6i-i63, l\\\, 47-4 2 7> 432,449* 48i, 482,485. Chrysippe, pp. 275, 276, 293, 294, 297, 298, 3oo, 3oi, 3o8, 309, 3i4> 36o, 444Cicron, pp. 1, 81, 164, i65, 270, 276, 278, 291, 294, 3i2-3i4t 454* 456. Clanthe, pp. 81, 86, 157, i58, 160, 275. Clment d'Alexandrie (Saint), pp. 4'4> 447*449* Clomde, pp. 4~7> 20-27, 3o, 157, 108, 160, 190, 285.
1

Commandin,

p.

kj.

Copernic (Nicolas), pp. 62, 68, i56, 180, 261.


Crats, p. 273. Cratippe, p. 275.

I)aItou, p. 16.

Damascius, pp. 201, 280, 477*

Darwin

(Sir G. H.), p. 273.


n-* 245,

173-178, 194, 2090., 23i n.,24on., 244 Dmocrite, p. 2.^7. Denys, le pseudo-Aropagite, p. 4'7*

Delanibie, pp

25o n., 253, 263.

Dercyllidr, pp. 78-82, 86, 98, 99, 129, Descartetj j>. 274.
il )i( -#'- pp. 27O, 27.'). Dieterici ^Friedrich), pp. 5o,
I

58, 160.

I-f

r"

125 n.,
n.,

?<>H d.j BOCj n.,

'!(')

n.j
;<>

217
a
,

166 n., 167 n., 168 n., 16g 218 n.

n.,

171

d.,

DioUore de Si cil-, pp. Diogoe de Bsbylooej


I

3i5j S16,

p.

?~j't.

tiogne de Lartej

p.

344

510

TABLE DES AUTEURS CITS DANS

VOLUME

Djeber ben Aflali, dit Gber, pp. 172-179, 221, 25 Djeber ben Hajjn, dit Gber, p. 17.3. Dufourcq (Albert), p. 3 18 n.
:

Dumas
Dupuis

(Jean-Baptiste), p. 16. (J.), p. 80 n.

Ediisi,

j>.

3Gy.

Epicure, pp. 3Go, 465. Epiphane (Saint), p. 488. Eratosthne, pp. 3, 5-8, 12, i3, 25, 35, 170, 270-272,

27/1,

282, 289, 388

Eth (Hermann), p. 12G n. Etienne (Stphanus) d'Alexandrie, pp.


Euclide, pp. 18, 20, 23 n. Kudme, pp. 210, 244 n
-

35i-35/j, 358.

Eudoxe, pp. l\, Eusbe, p. 191

17-19, 60, 65, 68, 69, 72, 73, 81, 83,

11/j,

157,

162.

Euthymnc de

Marseille, pp. 270, 271.

Frbi (Al), p. 374. Favorinus, pp. 27O, 294, 4^4Fazary (Mohammed al), p. 223. Fergani (Al), dit Alfraganus, pp.
:

44-47: 49> 5i-C3, 57, 58, 118, 128, 171, 204, 206-211, 21 3, 214, 223, 245, 247. Firmicus Maternus (Julius), pp. 324-327, 335, 344Forlia d'Urban, pp. 19, 20. Frres de la Puret et de la Sincrit (Les), pp. 5o, 5i, 125, 1O6- 17 1, 204, 208, 209, 2 1 5-220, 222, 357-359, 369

Gagmini

(Al), p. 126 n.

Galien (Claude), pp. 32i, 325 n., 366, 367,427. Galien (Pseudo-), auteur de l'Historia philosophica,
Galle, p. 16.

p. 271

Garnier (Dom Jules), p. 488 n. Gauthier (Lon), pp. 126 n., 187 n.
Gazli (Al), pp. i4o, 348, 374 Gber, voir Djeber ben Aflah
:

et Djeber ben Hajjn. Gminus, pp. 69, 74, 76, 79, 110, n5, i44> i58-i6o, 188, 190, 281. Georges de Peurbach, dit Purbachius, p. 259. Grard de CrmoDe, pp. 172, 240 n. Grgoire de Nysse (Saint), pp. 393-395, 402, /|o8, 409, 4^6, ^29, /|3o,
:

/|3i,

482-

485,

49^ 49 6

Grosse-Teste (Robert), vque de Lincoln,

p.

245.

Habasch ben Abd-Hallah, pp. 223, Halmn, p. 194 n.

226, 233,

2/19,

TABLE DES AUTEURS CITS DAMS CE VOLUME

.')!

Hamzah ben
Heath
(Sir

al

Hhasan

al lafahani, p. 2/17.

Thomas), pp. 20,

21.

Heeg-ard (Paul), pp. l\i, 87. Hraclide du Pont, pp. 74, 78, 79, 269, 060. Heraclite le Grammairien, p. 11 n. Hermann le Second, p. 222. Herms Trismgiste, pp. 3i5, 354, 355. Hrodote, p. 268.

Hipparque, pp.

6, 12, i3, 26-28, 3o, 32-35, 59, 60, 62, 64, 05, 74-76, 82, 83, 88,

in, 1 3/|, i35, iOO, 175, 180-186, 189-191, 195-197, 199, 200, 90, 98, 2i5, 2o3, 216, 224, 225, 23i n., 232, 243, 247, 255, 256, 334, 376, 202, 4i0, 497, 5o4.
io5,

Ilippocrate, p. 378.

Hippolyte (Saint),
:

p. 25.

Hochheim (Ad.), p. 126 n. Honein, dit Johannitius, p. 179.


Houzeau, p. 240 n. Hultsch (F.), pp. 157, 178. Hypathia, p. 193.
Hypsicls,
p.
12..

Iacoub ben Tariq, pp. 43, 44Ihia ben

Ibn Ibn Ibn Ibn Ibn


Ibn Ibn Ibn Ibn Ibn Ibn Ibn

al

pp. 209, 211, 255. pp. 248, 249. Ibn Bdja. al ayeg-, voir

Abou Mansour,
:

Adami,

al

Haitam, dit

Alhazen, pp. 57,


:

1
1

9-139, 171.

249. Bdja ou Ibn al ayeg-, dit


142, 173.

al Kifti, pp. 248,

Avempace, pp.

126-128, i3o-i33,

109,

i4o,

Horddbeh, p. 369. Iounis, pp. 210-212, 223, 23g, 245, 247, 249. Rochd, voir Averros.
:

Rosteh, pp. 48, 4o> 5i, 52. SinA, voir Avicenne. Tibbon, voir Mose ben Samuel ben Tibbon.
:

Tofal

(Abou Bekr), pp. 126-128, i3o,i33,

147,

4o '56.

p. 248. Irne (Saint), pp, 317-320. Ishac (Kabbi), auteur prsum des Tables Alphonsines. pp. 263, r$. Ishac ben Honein, pp. 239, 240, 246, 247. Isidore de Sville (Saint), p. 462.

Ibrahim ben SinAn,

-X Jacob ben Makir, (fit Doil) Profftl on Prol'alius Jmhrus, pp, 1 Jamblique, pp. f\ 12, 47 Jean Chrvsostme (Saint), pp. 393, ,\<)f\, 4o8, ^89-/491 496, 498. Jean d'Alexandrie, dit Philopon, le Grammairien ou le C^hrrt ien pp. 10H:

n3, n5, i44, 200, 209, 416, 469-47' 47 8 n 479j fgttoii Jean Damasenr (Saint), pp. 273, >85. Jean de Luna (Joannes Hispanensis et Liinemis), dit tort Jnnnneu Hitpfr
>

lrnsis, Jean de Sville, pp, 45, 207 n.

ol2

TABLE DES AUTEURS CITS DANS CE VOLUME

Jean l'Kvangliste (Saint), p. 4'9 Jehuda ben Mousa, pp. 263, 264.

Jrme

(Saint), p. 488.
:

Johannitius, voir

Honein. Joseph ben Nahmias, p. 171 n. Jourdain (Amable), p. 261 n.

Kabici (AI), dit

Kalonymos ben David,

Alchabitius, p. 53. voir Calo Calonymos.


:

Kazwn, p. 369. Kepler (Jean), pp. i5, 126. Khaled ben Abdalmalik, p. 211. Kharizmi (Mohammed al), dit Alchoarismus, Algorismus, Kindi (Jacob al), p. 374.
:

p. 223,

Lancasler, p. 240 n.

Landauer (Samuel),
Lat, pp. 212, 2i3.

p. 196.

Lecoq de Boisbaudran, p. 16. Lon l'Africain, pp. 139, i4o.


Leptine, p. 18. Le Verrier (U.-J.), p. 16. Livre des Causes (Le), pp. i5o, 170. Lucilius, p. 364. Lucrce, pp. 3o4-3o6.

M
Alacrobe (Thodose Ambroise), pp. 6, 10, 204, 3io, 4 11 * 4*7* 48i, 4^2, 4^5. Mamouide, voir Mose ben Maimoun. Manilius (Marcus), pp. 3o3-3o7, 3 10. Manitius (C), pp. 4 n., 4i, 42. Mansion (Paul;, p. 68 n.
:

11,

25

u., 43, 164-16G, 196, 197, 201,

Maqdisi, p. 369. Maqrisi, p. 369. Marcion, p. 4 2 7 Marie la Juive, p. 34g. Martianus Capella, pp. 6, i3, i4, 4ij 4 7Martin (Thodore-Henri), pp. 11 n., i5, 68 n., 80 n., 181 n., 187 196 n , 197, 200, 224 n., 25 n., 226 n., 244 n., 249 n., 424 n. Masciallah, dit Messahala, pp. 204-206, 208, 21 3, 223, 229, 25 1. Massoudi, pp. 212-216, 221, 36g.
:

u.,

nj5,

Maya, pp. 212, 2i3.


Mendelejeff, pp. 16, 17. Mnlas d'Alexandrie, pp. 175, i85. Messahala, voir Masciallah.
:

TABLE DES AITEURS CITS DANS CE VOLUME


Miles (Rabbi), voir Samuel ben Jhuda. Minucius Flix, pp. 4*5, 448, 449 Mohammed ben Mousa ben Shakir, p. 247. Mose, pp. ni, 200, l\\-l\20, 4o4-497> 5oo. Mose ben Maimoun, dit Mamonide, pp. 3/-.") 7,
:
:

513

119, 126, 127,

i3i-i33,

3<j-

i46, 173, 221, 386, 388-390.

Mose ben Samuel ben Tibbon, pp. i46, 2f>2. Montucla, p. 120. Motkallemin (Les), p. 374. Moundjala, p. 226. Mousa ben Shakir (Les fils de), pp. 233, 247.

Munk

(S.),

pp. 53 n., i32 n., i3q, 147 n., 170 n.

Nallino, pp. 43 n., 45 n., 48, 53 n., 229 n., 233 u., Narducci (Enrico), p. 120. Nasir-Eddin Attousi, p. 129.

2/jo n.,

248

n.,

257

Nbridius,

p.

459.

Nmsius d'Emse, pp. 49> 4 I0 > 45 1, 4^' 485, 4^6

Newton

(Isaac), pp. 55, 363.

Nigidius Fig-ulus, pp. 456-458. Nix (L.), pp. 42, 87.

Numnius,

p.

4*0.

Ocellus de Lucanie, p. 36o. Ocellus de Lucanie (Pseudo-), pp. 4 2 4> 425, 427, 4^*. Olympiodore, p. 349 u
-

Onsicrite, p. 270.

Origne, pp. 25, 191-193, 196, 197, 201, 204, 209, 3n3-3i)5, 449-451,488,496. Osius, p. 48.

4'-">,

4'9> 4'-o n.,

Pantius, pp. 276, 454Pappus d'Alexandrie, pp. 19, 21, 27. Prar-Sanhit (Le), p. 225. Phidias, pre d'Archimde, pp. 17-19. Philippe d'Oponte, pp. 17-19. PhiloiaOf, pp. 8, 73. Philoo d'Alexandrie, pp. 3oi,3i5-3i7, .'ty.>, 4<>3, 4~, V'.. 4^o Pierre d'Abano ou de Padoue, p. 25<S. Platon, pp. 9, 12, 17, 63, 6871, 79, 8i, 82, 95, 101, io3, 108, no, 160, 162, 200, 203 n., 269, 274, 3o6, 3s5 .... 33o, 333, 334, '"".. 36o, '\\ <-\ 423,425, 447, 449, 4 7 8, 482, 485, 497i V'.. :)0 Platon de Tivoli, pp. 48, 257. Pline le Naturaliste, pp. 6, 12-14, 1 86-1 88, 190, 171,
Plotin, pp. 168, 3oo-3i2, 3i4, 3i 3si-3i4, 340-342, 348 7 4j 4i7 ^20, 427, 439-442, 444447i 4~'9> 4*5j 47^.
,

34q,

356, (09,
33

4io,

DUHBM

514

TABLE DES AUTEURS CITS DANS CE VOLUME

Plutarque de Chronce, pp. 8, 2q3, 297-302, 36o-364, 444, 449 453, 478. Plutarque (Pseudo-), auteur du De placitis philosophorum, pp. 2 r>,
269, 271.

157,

J90, 274276, 280-287, 289, 293, 294, 3o3, 309, 3i4, 317, 324,34i, 344? 358, 359,304, 366, 4 2I > 454? 4^9Priscien de Lydie, pp. 280-284, 364-

Plutarque le Platonicien, p. 100. Porphyre, pp. 9 n., 11, 289 n., 33o, 4 12, 417, 44o, 44 1, 469, 472. Posidonius, pp. 4? 7 8, 25, 26, 74, 76, 78, 110, n5, i38, i44> '87,

Proclus de Lycie, dit


110,

n3,

le Diadoque, pp. 39~45, 52, 82, 87,90, 99, 100, io3-io8, 118, i38, i4i, i44 *45, i5o, 170, 197-200, 275, 276,324,326-335,
:

356, 357, 469-/47 1, 470 Profatius, voir Jacob ben


:

4<)">

Ma kir.
8,

Ptolme (Claude), pp.

19, 2G-28, 3o-35, 37-44 46, 55-57, ^9 60, 62-67, If) IQ MI II2 > 1 18-120, i23-i3o, i32-i35, i38, 139, i4iIQ 5> 6' 3> 83-99, > 74, i45, 148, i49> 56, 160, 161, 166, 1 71-179, 181-191, 193-200, 202-205, 209, 21 1-2 16, 224, 226, 228-237, 239, 240, 242-244 247, 25i-256, 262, 264-266, 289-293, 3o3, 334, 343, 365, 366, 370, 393, 43, 4 ! 6, 479 497-499 ^47,
:

Purbachius, voir Georges de Peurbach. Pythagore, pp. 12, i3. Pythas de Marseille, pp. 270, 271, 274.

Q
Ouicherat (Jules), p. 280. Quinte (lurce, p. 269 n.

Reinaud, pp. 212-214, 2i5

n.,

22.'!

n.,

227 n.

(Ernest), pp. 127 n., i33, i4<. Ricci (Agostino), pp. 258, 263, 264.

Renan

Rivaud

(Albert), p. 438.
'"><>

Rudloff(G-), p. 126 n. Ruelle (Ch. m.), pp. 349 n "

n * " > 4 n -> 355

n,

Sad ben al Hhasan al Andalousi, Sad ben Sad, p. 25o.

p. 249..

Salomon, pp. 49> 4^2.

Salomon ben Pater Kohen, p. 121. Samuel ben Jhuda, dit Rabbi Miles,
:

p. 2.5o.

Scems-ed-Din,

p. 36g.

Schiaparelli (Giovanni), pp. 4i, 68 n. Scot (Michel), p. 25 1.

Scotrigne
Sdillot

(Jean), pp. 280,

f\2?>,

43i, 443.

(J. J.),

pp. 256

n., 2.57 n.

Sdillot (L. Am.), pp. 180 n., 181 n., 245, 200 n., 257 n., 259. Sleucus de Sleucie, pp. 270, 272-274, 289. Send ben Ali, p. 211. Snque le Philosophe, pp. 214 n., 270 n., 283, 287, 288, 3i4.

TABLE DES AUTEURS CITS DANS CE VOLUME


Simplicius, pp. [\0, 4*> 44, $9-68, 76 i44f 200-204, 280, 477> 5oi
.

515
1

n., 87,

90,98, 99,

<o8.

n3-ii5, 118,

38,

Sosig-ne le Pripatticien, pp. 59-61, 66-68, io5, i3o.

Sorya-Siddhnta (Le), pp. 212-214, 216, 224, 220, 248, 249. Speusippe, p. 4 12 Steinschneider (Moritz), pp. 121, 122 n., 127 n., 128 n., 38
-

n.,

1/47,

171 n.,

25o n., 202 n., 254 n. Slephanus Alexandrinus, voir Etienne d'Alexandrie. Stobe (Jean), pp. 157 n., 269. 36o, 4 2 4Slraboo, pp. 270-273, 280-283. Suidas, p. 17. Sulpicius Gallus, pp. 12, i3. Switalski (B. W.), pp. 420 n., 421 n. Symmaque de Sa marie, p. 4 '9Syrianus, pp. 39, 99-103. 2o5 n., 249
n.,
:

Tanuery (Paul), pp.


181 n., 18"), 234

4, 5, 7 n., 9 n.,
n., /|()3.

n.,

1.*,

17 n.,

18,

:>.'.\.

2.")

n.,

26, 3 n

Tertullien, pp. 3i8, 4'44'">

Thabth ben Kourrah, dit


Thaes de Milet,
Tli<
:

Thbilh, pp. 47
:>f>/j

r
>

>3, 4,

'*!>

117-1191
261).

xG.

r>;,

r3<>,

i35, 43j 229, 23o, 233, 2.37-2^9, 253,


p. 22.

256-259,

mistius, pp. 195-197,^72.


'190
4i<>.

Thodore de Mopsueste, pp. 33o, 49''. Thodore!, vque de. (ivre, pp. 395, 46, ^07, Thodose de Tripoli, p. i-j\>.

Thon d'Alexandrie,
5o3, 5o4.

pp.

iq3-iq5,

197,

206. 223, 224, 226, 229-231, 23<j, 249,


Si.

Thoa de Smyrue,
,

r pp. 6, 11, 12, i/, 26, 27, 3o, 35-37, 74, 7- n., 76, 7S-83. r ii3, i2(j, i. 8, 160, 161, 187. 188, ion, 210, 2V1 n., 4* M 98, 11a n Thophraste, pp. 270, 275, 334, 4' 8, 438, 478. Thomas d'Aquin (Saint), p. i5o.
>
-

Timocharis, pp. 176, 182.

Valentin de Rome, pp. 319, 32 Valla (Georges), p. 19. VarAha-Mihira, pp. 212, 22. Varron, p. i4-

1,

323, 4^7

Vichnou-Tchandra, p. 226. Viger (F.), p. 192 n Vitellio, voir Witelo.


.

Vitruve,

p. 6.

W
W.'illis (JoIid),
1.

10.
ri..

Wegeuer
Weidler,

(Alfred), pp. '0o


p.
,

^64 d

177.
.

Whtoe

pp. 224 n

22S d

51G

TABLE DES AUTEURS CITS DANS CE VOLUME

Wiedriuaiin (Eilhard), p. 121 a. Witelo ou Witek, dit Vitellio, p. 120.


:

W'isleufeld (F.), pp. 126 n., i3i u., 1^0 n., 179 n., 2/10 u.

Xnarque, pp.
Xnocrate,

.">(),

61-67, '3o, 479

p. f\\>.

Zaccul (Abraham), pp. 203, 2G4.


Zarkali (Al), dit Arzachel, pp. 172, 173, 177, 21/4, 246, 2/19-259, 261, 2G2, 264. Zriion de [Link], pp. 275. 309, 444Zosime de Pauopoiis, p. 349 u 35o, 35i, 353, 354 n -> 355, 356.
:
>

TABLE
DES MANUSCRITS CITS DANS CE VOLUME

Bibliothque N 7298, N 7333, Bibliothque N 4^66,

Nationale, fonds latin


pp. 45

46 pp. 238 n., 245 n. Vaticane, fonds latin


n.,

n., 47 n.,

208 n.

pp. 2i, 122 n., 123 n.

TABLE DES MATIRES DU TOME

II

PREMIERE PARTIE

LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
(Suite)

CHAPITRE

IX

LES DIMENSIONS DU MONDE


PgM
La mesure de la Terre. Eratosthne II. La musique cleste et la distance des astres la Terre. III. La {fraudeur et la distance du Soleil et de la Lune. Aristarque de Samoa IN'. Le problme de la parallaxe lunaire. Hipparque et Ptolme. V. Les orbes clestes et les distances des astres la Terre
I.

...
.

17

16 35

CHAPITRE X
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
L'antagonisme enire
la

I.

LES HELLNES

1.

II.

III.

IV,

Physique d'Aristote et l'Astronomie dp Ptolme. Sosigne, Xoarque et. Simplicius Les opinions antrieures Ptolme sur la valeur des hypothse^ astronomiques Les opinions de Ptolme sur la valeur des hypothses astronoA. La Grande iyntax mathtnatiue. miques. Les opinions do Ptolme sur la valeur des hypothses astrono-

>n
^7

11)

jq

ns

R. Los Hypotk

ri fi s

planttci.
la

V. Les opinions des No-platoniriens sur

valeur drt hypnthf ;"


.Ipimi
.

Bstronomiquci
VI.

Syrianu

et

Prorins
Phllopoo.

La valeur d*s hvpothset IStrOQOm iques srl<>n Siniplicius

...

....

et

o20

rADLE DES MATIRES

\)l

TOMK

11

CHAPITRE

XI

PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.

II.

LES SMITES
.

II.

III.

Le ralisme des Arabes. Les sphres de Thbit ben Kourrah. Le Rsum (FAstronomie d'Ibn al Ha i ta m Les adversaires arabes du systme de Ptolme. Ibn Bdja
bn Tofal

117
119

et

i3o

IV. Les adversaires arabes

du systme de Plo\me

(suite).

A verrons.

i33

V. Mose Mamonide VI. La Thorie des plantes d'Al Bitrogi VII. Les prcurseurs grecs, latins et arabes d'Al Bitrogi VIII. Les NeaJ livres cV Astronomie de Djber ben Aflah

i3q

....

1^6
i56
172

CHAPITRE

XII

LA PRCESSION DES QUINOXES


Les travaux d'Hipparque. II. Les travaux de Ptolme III. La prcession des quinoxes chez; les Grecs et les Latins aprs Ptolme. L'hypothse de l'accs et du recs. La neuvime sphre IV. Les premires recherches des Arabes sur la prcession des quinoxes. Masciallah. Al Fergani. Le mouvement de l'apoge
I.
.

iffo

180

190

solaire

V. La Grande Anne et la prcession des quinoxes VI, Introduction de la thorie de Vaccs et du recs chez les astronomes indiens et arabes. Le Liber de elementis. Al Battani VIL De la thorie par laquelle Ptolme explique les mouvements de l'picycle par rapport l'excentrique VIII. La thorie du mouvement de la huitime sphre altribue
. .

204 214 223


233

Thbit ben Kourrah


IX. Al Karkali et les Tables de Tolde

238 246 259

X. Les Tables Alphonsines

CHAPITRE

X1I

LA THORIE DES MARES ET L'ASTROLOGIE


1.

Les premires connaissances des Hellnes sur

le

phnomne des

mares
II.

....

267

. L'influence de la Lune sur les mares. Eratosthne. Sleucus III. L'Ecole stocienne et les mares. 'Posidonius et ses disciples. Claude PtoIV. Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius.
.

270 274 280


?r>3

lme

V. Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius (suite). Les pard'Aphrodisias. tisans de la contingence. Plutarque. Alexandre
VI.

Vil.

Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius lisme immanent. Marc us Manilius Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius (suite). astres ne sont pas des causes, mais des signes. Plotin
(suite).

Le

fata-

000

. .

Les
.

3on

TABLE DES MATIRES DU TOME


VIII.

11

521

Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius (suite). La matire premire et le principe du mal. Les Gnostiuue.s.
Plolin

IX.

X.
AI.
XII.

XIII.

Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius (suite). Les astres sont causes secondes des vnements sublunaires. Julius Firmicus. Proclus. La Thologie d'Aristote Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius (suite). Comment l'Ame humaine chappe au destin marqu par les astres Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius (suite). L'Astrologie et l'Alchimie Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius (suite). La nature de la Lune selon Plularque. Les actions physiologiques de la Lune Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius (fin). L'Astro-

3iH

\\:>\

34

?,\\

35u
300

logie et

la

Mdecine

XIV. La thorie des mares selon les Arabes. Abou Masar \\ La thorie des mares selon les Arabes (suite). Le Libev de dmentis. Averros. Mose Mamonide

36y 380

SECONDE

PAItTIE

L'ASTRONOMIE LATINF. AU MOYKN AGE

CHAPITRE

PP.

KM IKK

LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE


I

II.

III.

l\

Science profane. Saint Itasile. Saint (riroire rfeNysse.. Saint Jean t'.hrvsostonie. Saint Vnibroisi*. Saint Augustin Le Platonisme ilea Pres ilr l'glise et, particulirement, de Saint Augustin La Physique de (llialciilius Lis Pries le l'Lglise et l.i matire prrniirr Sailli llasile Saini
et
la
,

Les Pries de l'I^lise

!<>

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Nysse
l'Kglise
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de

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VI.

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origine* iio-platoniciennes le la notion mire, telle Sailli Vllglixlitl la [Link]


< 1

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matire

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\ II.
\ III

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ici

les

selon

Kflilll

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le

l'Kglisc

et

'h

principes

l'Astrologie

II [riic el

lu

thorie Jeu

in a nies

cration
lu
t-'in

et

la

thorie du temps
t

mi

uri

msIoo Sa in

Aug

ustio

522
XIII.

TARLK DE8 MATIRES DU TOME


Ln Physique des Pres

II

(le l'glise. Les lments et la substance cleste Les eaux supraXIV. La Physique des Pres de l'Eglise (suite).

/|

78

clestes

487
tentative concordiste entre
le rcit

XV. La premire

de

la (ienfise et la
/<yj

Physique. Jean Philopon

Note

Abou Masar
ii

et le

mouvement

tWicrs et de recrs

5o3

Errata du tome

.~>o">

Table des auteurs

cits dans ce

volume

o7

Table des manuscrits cits dans ce volume

3 17

Reproduit par LES

PROCDS DOREL

"QrViversta.

La Bibliothque Universit d'Ottawa Echance

The Library Uni ver si ty of Ottawa Date due

a390C3 00017^960b
B

497

1913
"I

PIERRE SYSTEME DU mONDE


DUHEPI^

C4S7 CE BD 08 1913 V002 PIERR SYSTEM! Dl C02


i

DU

ACC* 1018729

D'

OF OTTAWA

COLL

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