Le Système Du Monde
Le Système Du Monde
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LE SYSTME DU
par
MONDE
PIERRE DUHEM
Plan de Vouvrage
I.
IL
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
L'astronomie pythagoricienne. I^a cosmologie de Platon. Les sphres homocentriques. La physique d'Aristote. Les thories
lieu et du vide aprs Aristote. La dynamique des Hellnes aprs Aristote. Les astronomies hliocentriques. L'astronomie des excentriques et des picycles. Les dimensions du Monde. Physiciens et astronomes I. Les Hellnes. IL Les
du temps, du
IV.
La cosmologie des pres de l'Eglise. L'initiation des barbares. Le systme d'Hraclide au Moyen-Age. Le tribut des Arabes
avant
XIII sicle. L'astronomie des sculiers au XIII sicle. L'astronomie des Dominicains. L'astronomie des Franciscains. L'astronomie parisienne I. Les astronomes. IL Les physiciens. L'astronomie italienne.
le
:
V.
LA CRISE DE L'ARISTOTLISME
Les sources du no-platonisme arabe. Le no-platonisme arabe. La thologie musulmane et Averros. Avicbron. Scot Erigne et Avicbron. La Kabbale. Mose Mamonide et ses disciples. Les premires infiltrations de l'aristotlisme dans la scolastique latine. Guillaume d'Auvergne, Alexandre de Haies et Robert Grosse-Teste. Les questions de Matre Roger Bacon. Albert le Grand. Saint-Thomas d'Aquin. Siger de Brabant.
VI.
I,a
LE REFLUX DE L'ARISTOTLISME
raction de la scolastique latine. Henri de Gand. La doc-
Dominicains allemand.
et le SCOtisme.
I
D'Henri de
Gand
Duns
Scot.
:
Duns Scot
'e--entialisme.
d'Ockam
Les deux vrits Raymond Lu 11 et Jean de Jandun. Guillaume et l'occamisme. LYIeeti-me parisien.
VII IX.
LA PHYSIQUE PARISIENNE AU
XH
Hl
<
L'infiniment
grand.
Le momement et le temps. La latitude des formes avant Oresme. Nicole Oresme et ses disciples parisiens, la latitude des formeII ni\er-it d'Oxford, le \ ide et le rnoiiwinent dans le \ide. ."linrren r du ide. le m<m\ enieiil Le
lieu.
;i
I
La premire chiquenaude. L*aatrologie chrtienne. Les adversaires de |"aurologie. Ls thorie des mares. L'quilibre de 1s terre et dnieranciennes thories. Les thories parisiennes. \<
:
des projectiles.
petits
I
mouvements
la
le
la
1
terre
1
et
les
origines de
la
golo
.1
rotation de
terre.
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0LE8 ET UNIV1
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l.'l airersit de Paris an \ V* sicle. Les 1 niTeraits de l'Empire .m \ \ -i. le. Nicolas de "I ne. oie astronomique de \ ienne
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I
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Ptrarque
et
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volume*
30 000
Af/l/
LE SYSTME
DU MONDE
[Link]
Pierre
PROFESSEUR A
DUHEM
DE
MEMBRE DE L'iNSTITUT
L'UNIVERSIT
BORDEAUX
LE
SYSTME
DU MONDE
HISTOIRE DES DOCTRINES COSMOLOGIQUES
DE PLATON A COPERNIC
TOME
II
PARIS
LIBRAIRIE SCIENTIFIQUE
LIBRAIRES DE
6,
S.
A.
HERMANN ET
FILS
M.
LE ROI DE SUEDE
RUE DE LA SOHBONNE, 6
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lit 3
EX-
PREMIRE PARTIE
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
(Suite)
CHAPITRE IX
LES DIMENSIONS DU MONDE
le
Dans un Monde qui serait plus grand ou plus petit que le notre, mais qui lui serait parfaitement semblable, les mouvements clestes seraient semblables ce qu'ils sont dans le notre. Il est clair que les Anciens n'ont pas t seulement curieux de connatre la figure du Monde et la forme de ses mouvements les grandeurs de la Terre et des divers corps clestes, les valeurs des distances qui nous sparent des divers astres n'ont pas moins vivement excit leur dsir de connatre. Nous allons passer rapidement en revue, dans ce Chapitre, les tentatives qu'ils ont faites pour valuer les dimensions du .Monde. La mesure de la grandeur de la Terre dut se poser en problme de essentiel ds L que la Terre et t reconnue Bphrique bonne heure, les astronomes grecs surent donner, de ce problme, une solution qui ne s'cartAt pas trop grossirement de La vrit. La plus ancienne mesure <l< La Terre qui nous soit connue nous Les est rapporte par ristote. Celui-ci noua dit', en effet
;
;
:
i.
Abistote,
De Cln,
lib. H,
I,
eap.
col.
XIV
n).
l.
II,
p. 4 ,0
d. Bekker, vol.
p.
?.<jH,
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
mathmaticiens qui s'efforcent de mesurer la grandeur de la circonfrence terrestre disent qu'elle est de quarante mille stades . D'aprs leurs suppositions, il est ncessaire non seuII ajoute lement que la Terre ait la forme d'une sphre, mais encore qu'elle
:
ne
pas grande par rapport la grandeur des autres astres . -rcpo to twv aAAcov arpajv [xyefo, Cette dernire expression
soit
: :
Par rapport la distance des autres astres. Elle caractriserait alors le procd suivi par les mathmaticiens dont parle Aristote. Ils auraient mesur la hauteur mridienne d'une mme toile ou du Soleil en deux villes situes sensiblement sous le mme mridien, et dont la distance la diffrence de ces deux hauteurs ft connue par les itinraires mridiennes leur aurait fait connatre le nombre de degrs par lequel diffrent les latitudes des deux stations une- simple division leur aurait alors donn la longueur d'un arc du mridien cor; ;
respondant un degr. Un tel procd repose, comme le dit Aristote, sur ces deux postulats que la Terre est sphrique et que ses dimensions sont ngligeables par rapport aux distances qui la
sparent des astres.
La grandeur qu'ont attribue la circonfrence terrestre mathmaticiens cits par Aristote est beaucoup trop forte. Elle la valeur vritable dans le rapport du stade l'hectomtre
l'on value le stade dont use Aristote 185 mtres
est 1,85. Elle
l
,
les
est
;
si
ce rapport
donne
au lieu de 40.000.
Quels furent les mathmaticiens, auteurs de cette mesure, erro-
ne sans doute, mais dj capable de donner aux hommes une ide de la grandeur de leur habitation"7 Paul Tannery pense * qu'Eudoxe fut le plus notable d'entre eux et qu'il avait fait connatre cette valuation dans son crit intitul Le tour de la Terre, 1% TiEp'looo^. L'hypothse n'a rien d'invraisemblable malheureusement, aucun texte ne la vient transformer en certitude ni mme
: ;
fait
admet
que
il
cette
circonfrence est de
En
la
l'histoire
5,
pp. 107-108.
2.
Paul Tannery, Op. laud., ch. V, 9, pp. iio-m. Archimedis Opra omnia cum commentait is Eutocii. J.-L. Heiberg Vol. II, Lipsiae, MDCCCCXIII, pp. 220-221.
3.
.
Iterum
edidit
Au temps d'Archimde,
l'objet d'une
tente le
mesure beaucoup plus exacte que celle dont se congomtre syracusain l'auteur de cette mesure tait Era;
tosthne.
r
de Cyrne 275 ans avant J.-C, Eratosthne tudia Alexandrie, puis Athnes il revint Alexandrie, appel par Ptolme III Evergte qui l'attacha sa cour en 236,
la cit africaine
;
N dans
de la clbre bibliothque ayant perdu la vue en 195, il se laissa, en 194, volontairement mourir de faim. Les renseignements les plus srs que nous ayons sur l'opration par laquelle Eratosthne a mesur un arc du mridien terrestre
il
fut
mis
la tte
il
doute des
crits
de
Selon le rcit de Clomde, Eratosthne aurait suppos, comme point de dpart de sa dtermination, que les deux villes de Syne et d'Alexandrie taient sous le mme mridieu et qu'elles taient distantes de cinq mille stades. Il aurait admis aussi ce postulat
:
envoys par n'importe quel point du Soleil n'importe quel point car les mathmaticiens font l'hypothse que ces de la Terre rayons se comportent ainsi , ajoute Clomde et, en effet, cette
;
hypothse quivaut bien lune de celles qu'Aristote prend soin d'attribuer explicitement aux mathmaticiens qui ont mesur la
circonfrence terrestre.
le
tropique
du Cancer au jour du solstice d't, midi, les gnomons ne portent aucune ombre le Soleil est au znith. Le mme jour et la mme heure, un gnomon dress Alexandrie porte une ombre dont la longueur, compare la hauteur de la tige de l'appareil, permet de connatre la hauteur du Soleil au-dessus de l'horizon. Selon Le rcit de Clomde, il s'en faut du cinquantime de quatre angles droits que cette hauteur atteigne 90 c'est donc l La diffrence (!< Latitude entre Syne et Alexandrie. Ds lors. L'arc qui spare ces deux villes, ei dont La Longueur connue est de cinq mille stades, reprsente un cinquantime du
;
;
i.
d
.''>.
Paul Tamnsrt, Op laad. ch V, io-ii, pp, m-ii3. molli tiii/i/ari cnr/><i/-uf/i cur/rsf m/il lili. I. c;i|>. \ LAOMKDIfl De (ferma dus Ziegler, Lipsiae, i8o,ij p|>. oo-io3. Kn ralit, Eratosthne 1 mesur la hauteur du Soleil i Alexandrie
t
;
laide de
TKMfitt surir
<\<-
LA COSMOLOGIE HELLKiNIQUE
mridien terrestre, en sorte que la longueur mme de ce mridien est de 250.000 stades. Dans ce rcit de Glomde, nous reconnaissons aisment non le procs-verbal minutieusement dtaill des mesures qu'Eratosthne a d rellement effectuer, mais un expos grandement simplifi.
Syne
et
mridien alors que les longitudes de ces villes diffrent de plus de 3. La distance des deux cits, leur diffrence de latitude sont prsentes sous forme de nombres ronds. Il est clair que nous avons sous les yeux une exposition
ment, supposes sous
mme
accommode au got de
thne
?
Quelles furent les observations rellement faites par EratosQuelles prcautions prit-il pour les rendre aussi exactes
que possible ? Le rapport de Glomde nous le laisse ignorer. Nous en sommes rduits admirer la justesse du rsultat obtenu par Eratosthne sans connatre les raisons qui l'expliquent. Elle si, comme il est est bien remarquable, d'ailleurs, cette justesse l le stade d'Eratosthne valait 157 mtres 50 centivraisemblable mtres, la mesure du gomtre de Gyrne attribue au mridien terrestre 39.375 kilomtres au lieu de 40.000. Pline nous dit 2 qu' l'valuation d'Eratosthne, Hipparque avait ajout un peu moins de 25.000 stades. Ce renseignement de Pline concorde mal avec ceux que nous avons par ailleurs. Ce qui parait certain, c'est qu'en son ouvrage perdu Sur Eratosthne et ce qui est dit dans sa Gographie (Ipo tov 'EpaToo-Osvr) xal ~% sv -r, rstovpxcp'la a-JToO Xsyftvrat), Hipparque portait 252.000 le nombre des stades contenus dans une circonfrence terrestre, afin qu'un degr du mridien correspondit exactement 700 stades. Ce nombre de 252.000 stades fut bientt donn, par tous les auteurs,
;
comme
Smyrne
celui-l
mme
3
nom;
Vitruve
v
;
c'est
celui
que Thon de
galement dans un passage emprunt Adraste 5 c'est celui que Macrobe, Martianus Gapella, Gensorin ont reproduit l'envi, toujours en l'attribuant Eratosthne erreur dont Robert 6 Balfour, dans ses commentaires Glomde, s'tonnait bon droit
;
.
i.
8,
p.
2.
io.
C. Plinii Secuxdi De mundi historia lib. II, cap. CVIII. Pline l'Ancien, tor. cit. f\. Vitruvu Pollioxis De Architectura lib. I, cap. VI. ;"). Theonis [Link] Liber de Astronomia, cap. III; d. Th. H. Martin, p. r^o ; d. J. Dupais, pp 210-211. (*). CleomeDis Meieora tjrce et latine -a I\obei\to Balforeo ex Ms. codiee Bitdiuthectp /llnstrissini Cardinah's fot/osii muftis menais repurgata, Latine
.'.
LES DIMENSIONS DK
MONDE
avait galement donne Clomde- nous apprend que Posidonius mridien terrestre; ,1 avait une dtermination de la longueur du mristations, situes sur le mme pris, comme ratosthne, deux [Link] mais pour dterminer la dien, et dont la distance ft obserstations, il avait subs itu 1 frence de latitude de ce. deux une mme tode a 1 observation vation des hauteurs mridiennes d des hauteurs mridiennes du Soleil. Posidonius a adm.s que Rhodes Selon ce que rapporte Clomde, que cinq sous le mme mridien et et Alexandrie taient situes ensuite l'antre. 11 a remarque mille stades les sparaient l'une de les invisible en Orece et dans que l'toile Ganobos (a d'Argo), d'tre aperue a Rhodes ou pave au nord de Rhodes, commenait plus de l'horizon. A Alexandrie la elle merge tout juste au-dessus au-dessus de horizon grande hauteur que cette toile atteigne c'est--dire la quarante-huitime est gale au quart d'un signe, entre la diffrence de latitude partie d'une circonfrence. C'est l part.e du mridien Rhodes et Alexandrie. La quarante-huitime mridien tout stades, en sorte que le est donc longue de cinq mille de mme ces stades tant assurment entier mesure 240.000 stades, fait usage. longueur que ceux dont ratosthne a n'offrait aucune chance L'valuation propose par Posidonius
;
d'exactitude
comment
deux cits quelque prcision la distance de cette distance ? Mexandrie, alors que la mer occupe du par Posidonius, de la longueur Cette dtermination, donne par la fortune d'tre adopte mridien terrestre, eut cependant Gographie, dit'- que la circonPtolme Celui-ci. en effet, dans sa cerstades. Mais Ptolme usait frence de la Terre vaut 180.000 tabli en les Ptolme avaient tainement du stade pkiltairien que dire, Antonins, tait devenu, pour ainsi KYDte et qui, au temps des valait les romain. Ce stade [Link] officiel dans tout l'Orient donc dont ratosthne avait us il mesurait liatr ,. tiers de celui
;
( .
il.)
changemem d'units, mtres Par dans la circonfrence terrestre tosthne que Posidonius avait trouvs
les
2W.000
stades d Era-
kSZSStt.?^^
rtilongi
,r ,ft0
-,
la
'
[>;."<
!
*?
lao,
lr
,-
*-
p.
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
donnaient les 180.000 stades philtairiens que Ptolme attribuait cette longueur.
Les Anciens, avec Aristote, avaient cru la Terre beaucoup plus grande qu'elle n'est Eratosthne leur en avait fait connatre presque exactement la grandeur avec Posidonius et Ptolme, ils la faisaient notablement trop petite.
;
;
11
LA.
Les
hommes
deur de la Terre qu'ils habitent ils ont galement souhait de pouvoir mesurer la distance qui les spare des astres. Mais, pendant fort longtemps, ils sont demeurs dans l'ignorance de toute mthode proprement scientifique qui pt rsoudre ce problme. A la question pose, ils ont donn rponse par d'audacieuses hypothses que leur dictaient soit des considrations de simplicit
arithmtique, soit des mythes religieux
;
une seule pour les Pythagoriciens, les combinaisons mathmatiques simples semblaient presque toutes marques d'un caractre divin, et les Platoniciens, cet gard, pousaient volontiers l'opinion pythagori-
cienne.
longtemps efforcs de deviner les lois qui prsident la rpartition des astres dans l'espace, nous trouvons un exemple dans ce passage, o Plutarque nous rapporte les opinions de certains pythagoriciens, partisans du systme astronomique de Philolaus Beaucoup de philosophes introduisent, ce propos, les ides pythagoriciennes et procdent en triplant sans cesse les distances partir du centre. Prenant le [rayon du] feu pour unit, ils comptent 3 jusqu' l'Anti-terre, 9 jusqu' la Terre, 27 jusqu' la Lune, 81 jusqu' Mercure, 243 jusqu' Vnus, 729 jusqu'au Soleil ce
'
dernier
ils le
nombre
est la fois
un carr
et
un cube,
aussi
nomment-
triplication successive .
ici les
distances clestes.
i. Plutarchi De anima* procrt ione n Timo cap. (Kunres, rl Firmin-DiHot, pp. 1257-1258) Vide supra, ch.
.
XXXI
T,
(Plutarque,
III.
Les paisseurs des gaines successives qui entourent le fuseau de la Ncessit, dans le mythe d'Er, sont probablement proportionnelles aux intervalles que Platon imaginait entre les astres
1
seulement connatre dans quel ordre leurs grandeurs respectives rangent ces intervalles, sans prciser ces grandeurs.
mais
la
Rpublique nous
fait
Au
dune manire
du fuseau de
la
la Ncessit. Si l'on
est,
diamtre de
six
orbes clestes
2, 3,
diamtres reprsents
trois surfaces
9, 8, 27.
Quant aux
sph-
En
Qu'une sphre solide porte les toiles fixes que chacun des que astres errants soit galement enchss dans un orbe rigide chacun de ces orbes, par sa rotation, produise une note musicale que l'ensemble de ces sons clestes engendre une ineffable harmonie c'est une supposition assurment trs ancienne en la Philosophie grecque et qui, au sein des Ecoles pythagoriciennes, avait trouv une singulire faveur.
;
;
cette
du
fuseau de la Ncessit
mouvement
est assise
chacune de cea
Vide su/>/'-/. ch. II, IX, p. 64 Vide tupra, ch. II. ^ \ III, pp. 53-54* K rpl endroit, nous svions admis l'interprtation de Paul Tannery {Recherche* ur l'histoire de l'Astronomie ancienne, Appendice Y, H, p, i33). Noue regardions let Dombrei
i.
2.
a,
3,
4<
?7
reprsentant les diamf trs des surfaces sphriques qui limitent intrieurement les orbes les sept sstres errants. Cette Interprtation suppose qu'une interversion entre les nombres n et q se soit glisse dans le texte du Tim. L'interprtation que nous indiquons ici, conforme nu texte du Tim^ si celle de Porphyre* comme nous le verrons un peu plus loin. Vide su])/<i. c\\ II, s IX, p. 'm.
t ?t
.
comme
10
LA.
COSMOLOGIE HELLNIQUE
mme
Time correspondaient des accords musicaux. Voici, en que Macrobe crit au sujet de ces distances
1
:
effet,
ce
comme
il
monade. La seconde qui est, avons-nous dit, double de la premire, est regarde par eux comme le nombre 2. La troisime est le nombre 3, qui est l'hmiole 2 de 2 et le triple de 1. La quatrime est le nombre 4, qui est le double de la seconde ou de 2. La cinquime est le nombre 9 qui est le triple de la troisime ou de 3. La sixime est le nombre 8
de Platon
La premire partie
est la
on le voit aisment, procde par alternance rgulire. Aprs la monade, qui est, la fois, paire et impaire, vient le premier nombre pair, qui est 2 suit le premier impair, qui est 3 en quatrime lieu, nous trouvons le second pair, qui est 4 en cinquime lieu, le second impair qui est 9 en sixime lieu, le
; ; ; ;
troisime
nombre
en septime
lieu, le troisime
quelle ft uniquement forme de nombres aptes donner des accords parfaits, car elle avait pour mission d'assurer au Monde entier l'harmonieuse concorde. Or deux est le double d'un, et nous avons dit que, du nombre 2, nais Il fallait, d'ailleurs,
sait
l'accord
;
du diapason
et
[l'octave].
d'hmiole
de
ce
rapport
;
nat
et
diapentes
[la
quinte]
de ce rapport est compos le diatessaron [la quarte]. Enfin 4 est quadruple de 1, et le rapport quadruple donne naissance au disdiapason [la double
octave].
l'Ame du Monde, qui communique au corps de l'Univers le mouvement que voient nos yeux, y produit aussi la musique cre par les nombres l'aide desquels elle a t forme ncessairement, donc, par le mouvement qu engendre son impulsion propre, elle donne naissance des sons musicaux dont elle trouve
Ds
lors,
i.
Ex
la
Cicrone in
Somnium
Scipionis cornmen-
tarins,
>..
cap.
II.
C'esl--flire la fraction
3 ou
quinle.
LES DIMENSIONS
1M
MONDE
laquelle elle
11
l'origine
dans
la texture
mmo
selon
a t fabri-
que.
fait
de Macrobe,
il
nous
dit
lui-mme
de Porphyre. Celui-ci a insr cette thorie des Platoniciens dans les livres par lesquels il a rpandu un peu de lumire sur les obscurits du Time. Cette thorie du concert engendr par le mouvement des orbes clestes rencontrait si grande faveur auprs des Pythagoriciens
il
qu
s'tait inspir
la rfuter
2
.
Il
est certain,
cependant,
pendant toute l'Antiquit, l'imagination de nombreux auteurs qui n'a prsent l'esprit le passage par lequel, au Songe de Scipion, Cicron se plat l'exposer?
qu'elle continua de sduire,
;
De
cette doctrine
:
du concert
cleste,
un
corollaire dcoulait
bien aisment
Les dimensions des divers orbes clestes devaient tre combines de telle sorte que ces orbes rendissent des sons
cessives de l'une des diverses
les Hellne!?*.
semble que, pendant fort longtemps, les philosophes s'en soient tenus cette consquence gnrale, sans chercher la prciser et en dduire les valeurs numriques des intervalles qui
Mais
il
',
que
i.
>.
les orbes
les
paisseurs rendis-
lil.
Il,
lil).
IF,
I.
t.
II,
d.
Bekker, vol.
en p. III. cnp. IX (Ahistotkus Opcrti. d. Kirmin Didot, p. 20,0, col. b, et p. 291, col ,-i).
diverses gamines de la Musique grecque et sur leurs relations avec la distribution des plantes, voir A l'xKi kii. Ueoer die aildune der Weltseele im Timaeo des Platon. (Sturf ien herausgegeben von i-. Daub nnd lu Crruzer, !><l. III, Heidelberir,, 7 Ai oust Bocckh s Gesammelte Liane Schrijten, IM. III. pp. 35- 180). Th. II. Martin, Etudes sur le Time <i<" Platon^ Paris, 1841, note XXIII, tome I, pp. 383 21. Premier complment A la note XXIII, lome 11, pp. iDeuxime complment A la note XXIII, lome II. pp 35-39. Tn bonis S\ivi(\.i;i Liber de Asfronomia. Textum primus lidit.... ri notis illuMtravit Tu. H. Martin. P.-.iisiis. MDCCCXLIX. Nota <J. pp 358-3oi Paul Tannkrt, Recherche* suc l'histoire de l'Astronomie ancien nr, AppcnSur les opinions conjecturales des anciens concernant 1rs distance* ilice V (!<-s plantes la lerre, pp. 3a I3(i f\. Thbonis SuTHNiRi Liber '{> Astronomia t cap. KV d. Tb. II. Martin, 13. Les vers que Thon attribue A .\lexan pp. i8-iq3 d J. )u pu is. p| are d'tolie sont cits par Chalcidius, dans son Commentaire <m 7'ime comme tant Alexandre l'olyliistor le \I [rael i<<- le Jra nimairieiW lira. Ifotti, \ Il l-s florin*" comme <. ut <\ Vlexnndr* [Link]* <l'l rthAsc
3.
Sur
les
*.
<
'
'I
<
12
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
le
les
errants
notes de
l'octave
vant
la
Lune, Mercure,
aussi
*
Vnus,
Mars, Jupiter et
Saturne.
immobile ne rendait aucun son l'octave tait complte par la note que produisait la rotation de l'orbe des toiles fixes. En outre, Alexandre assignait aux plantes l'orre que leur attribuaient, dit-on, les Pythagoriciens et qu'Hipparque devait reprendre Mercure et Vnus taient placs entre la Lune et le Soleil Eratosthne, au contraire, mettait le Soleil immdiatement aprs la Lune et rejetait les cinq plantes au-dessus du Soleil il suivait, en cela, l'exemple de Platon. Entre l'chelle musicale qu'Alexandre avait adopte et celle
de celui
;
Pour Eratosthne,
la Terre
qu'Eratosthne proposait,
il
existait
Thon donne
aux valuations d'ratosthne qui, dit-il, connaissait la Musique beaucoup mieux qu'Alexandre. Achilles Tatius 2 cite le mathmaticien Hypsicls comme ayant
la prfrence
ne nous
dit pas,
gomtre
s'tait arrt.
Dans son// istoire naturelle, Pline s'occupe assez longuement des distances des astres la Terre mais les renseignements qu'il compile avec peu d'intelligence s'accordent mal les uns avec les autres Beaucoup de gomtres, dit-il 3 ont tent d'valuer les
; :
prtendu que
la distance
de la Lune au Soleil
tait
de dix-neuf
homme
la Terre la
en a mis le double du Soleil la sphre des signes [des toiles fixes], il en a compt le triple. Sulpicius Gallus, notre compatriote, a partag cet avis . Ce passage rapproche des fragments emprunts aux sources les
Lune de
;
la
Lune au Soleil,
il
plus diverses.
i Thon de Smyrne, loc. cit. ; d. Th. H. Martin, pp. 192-195 ; d. J. Dupuis, pp. 232-233. 2. Achillis Tatii Isajoge in Arati phnomena, cap. XVII (Petavii Uranolcyia, p. i36). 3. C. Plinii Second! De mnndi histnria lib. II, cap. XXI.
.
LES DlMNSIOJtfS DU
MONDE
1H
C'est d'Aristarque de
que la plus grande que la distance de la Terre la Lune. Le nombre de 126.000 stades qu'il compte de la Terre la Lune est exactement la moiti du nombre de stades (332.000) qu'Hipparque et ses successeurs, modifiant lgrement le rsultat obtenu par Eratosthnc, attribuaient au mridien terrestre qu'il y ait l une simple concidence, ce n'est gure vraisemblable quelque astronome postrieur Hipparque, pour des raisons qu'il nous est impossible de deviner, aura voulu mettre entre la Terre et la Lune une distance gale la moiti de la longueur du mridien c'est cette valuation dune absurdit criante, mais terrestre toute rcente alors, que Pline a eu la navet d'attribuer
position
;
Samos que le Naturaliste tient cette prodistance de la Lune au Soleil est dix-neuf fois
Pythagore.
Pline poursuit, d'ailleurs, en ces termes
fois,
'
:
Pythagore, toute-
par comparaison avec la Musique, nomme ton la distance de de celle-ci Mercure, il place un espace la Terre la Lune moiti moindre, et de Vnus Mercure, il en met peu prs autant. De cet astre au Soleil, il compte une fois et demie la pre;
mire distance. Du Soleil Mars, il y a un ton, autant que de la Terre la Lune. De Mars Jupiter, il y a un demi-ton, et de Jupiter Saturne, un demi-ton. Enfin, de l la sphre des
signes,
il
nomme
y a un ton et demi. Cela fait sept tons, ce que l'on c'est--dire l'harmonie ot -aTo)v, l'universalit de
l'accord ..
Ces valuations ne s'accordent pas avec ce que Pline avait dit d aprs Sulpicius Gallus les intervalles de la Terre la Lune,
;
de
la
Lune au
Soleil et
du
Soleil la
1,
eux
comme
1,
,
2
.
et
nombres
compte que
six.
quelque manuscrit corrompu. A la mme source ont puis deux autres compilateurs, Censorin et Martianus Capella*. L'un et l'autre admettent, comme Pline, que 120.000 stades mesurent la distance de la Terre a La Lune, que cette distance est cense reprsenter un ton, que les paisseurs des divers orbes clestes sont entre elles
comme
les inter-
i.
t.
'.\.
ei
Mtrcurii liber
II.
160-108.
14
valles
LA COSMOLUGIK HLLKMQUK
musicaux dune
gamme
cliez l'un
comme
Il
chez l'autre, se
est certain
;
que
nos
trois
compilateurs copient un
mme
crivain latin
et
il
n'est
gure douteux non plus que cet crivain ne ft le polygraphe Varron, car c'est celui-ci que Censorin et Martianus Gapella ont
emprunt presque toute leur Astronomie. Mais les manuscrits corrompus de Varron ont fourni nos trois compilateurs des valuations discordantes pour les intervalles plantaires, comme on peut en juger par le tableau suivant
:
Censorin
Pline
Gapella
De De
la la
Terre la Lune
ton
1/2 1/2
ton
1/2
1/2
ton
1/2
1/2
Lune Mercure
De Mercure
Vnus
Soleil.
1
De Vnus au
1/2
/2
/2
/'2
Du
Soleil
Mars
De Mars
Jupiter
.... ....
.
1/2
1/2
l/2
Jl
De Jupiter
Saturne
1/2
.
l/2
I
))
De Satune aux
toiles fixes
1/2
ll/2
7
l/2
Total
....
tons
tons
6 1/2 tons
Gapella
reconnat que le total des huit intervalles doit former six tons,
mais
propose vaut seule l'valuation de Censorin est conforme au six tons et demi principe dont elle se rclame nous devons la regarder comme reproduisant le texte primitif de Varron, dont Pline et Gapella
il
qu'il
Varron, d'ailleurs, avait assurment emprunt des auteurs grecs l'valuation qu'il propose pour les intervalles successifs
des astres. Cette valuation, telle que Censorin nous
ve, est identique celle
l'a
conser1
que l'on dduit des vers attribus par Thon de Smyrne Alexandre d'tolie. En outre, Achilles Tatius nous expose une valuation peine diffrente comme gnralement reue par les musiciens de son temps.
1.
Achilles Tatius,
loc. cit.
15
Nous
les
de Paul Tannery. Mais bien loin que le lecteur ne sollicite de nouveaux claircissements, nous craignons plutt qu'il ne nous reproche d'avoir trop longuement tudi cette doctrine, car il la rputera peut-tre, avec Th. H. Martin l une trange aberration de l'esprit humain . Vouloir que les tres rels offerts par la nature notre obser,
alors
que
la
seule
lois, c'est la
par des combinaisons numriques simples et rgulires, voil, assurment, une exigence que le logicien rigoureux doit rputer illgitime. Mais celui qui se propose de retracer fidlement l'histoire de la Science ne saurait mconnatre quel point cette tendance semble naturelle certains gnies, et non des moindres, avec quelle puissance elle les sollicite, et, parfois, avec quel bonheur elle les mne la dcouverte de la vrit. Le dsir de soumettre les intervalles des corps clestes des rgles arithmtiques harmonieuses n'a pas seulement provoqu les astronomes de l'Antiquit aux tentatives dont nous venons de donner un trs bref expos. Plus tard, Kepler reprenait, avec une audace tout aussi peu justifie, des essais analogues et c'est probablement de ces essais, si heureusement illogiques, que nous tenons l'une des trois lois qui ont immortalis l'Astronome wurtembergeois, la loi selon laquelle les carrs des temps des rvolutions des plantes ont, entre eux, les mmes rapports que les cubes des grands axes des orbites bien loin, en effet, que Kepler doive l'invention de cette loi sa Dynamique, il a d fort laborieusement transformer sa Dynamique pour la mettre d'accord avec
; ;
cette loi.
un professeur de Berlin, Bodc, trouvait que les distances des plantes du Soleil taient sensiblement dans le mme rapport que les nombres
Vers
la fin
sicle,
i,
du xvin
7,
le
10.
obtenus en ajoutant
nombre
la
pro-
6,
12,
le
2,
18,
0.
%,
192,
terme
le
Time,
t.
II,
p.
,'Jf).
10
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
loi,
dont les distances au Soleil sont reprsentes par les nombres 16 et 52, il y avait une lacune, bientt comble par la dcouverte
elles de quatre petites plantes, Grs, Pallas, Junoii, Vesta taient situes peu prs une mme distance du Soleil, distance
;
nombre
28.
Cette
dcouverte
de Bode.
On regarda cette loi comme continue une seconde fois lorsquen 1846, les calculs de Le Verrier annoncrent l'existence de la
plante Neptune, existence que Galle constata
;
la distance
au
reprsent le
nombre
La sduction que
la loi
de certains astronomes marque la persistance, en plein xix e sicle, des tendances qui sollicitaient dj les Pythagoriciens. Cette persistance se reconnat encore mieux lorsqu'on parcourt l'histoire de la Chimie moderne. Et d'abord, la loi des proportions multiples, support de toute la notation chimique, de toutes les thories de la Chimie, semble bien ne pas s'tre prsente, en premier lieu, l'esprit de Dalton avec l'interprtation atomique qu'il lui a donne plus tard le dsir tout pythagoricien de dcouvrir des rapports numriques simples parait tre le sentiment qui lui a fait deviner sa grande
;
dcouverte.
Mais cette tendance qui porte beaucoup d'hommes chercher des relations simples entre des nombres que l'observation leur fournit, elle se marque, particulirement intense, dans les essais
auxquels ont donn lieu les poids atomiques des divers lments.
Plusieurs chimistes n'ont
pu
se rsigner croire
nous les fait connatre, et sans qu'il y et lieu de les relier entre eux par une loi simple. Ils se sont efforcs de dcouvrir quelque combinaison arithmtique qui pt reproduire ces nombres suivant un ordre rgulier, et tel que cet ordre rvlt les analogies chimiques des divers lments. Tout le monde connat les premires tentatives faites par J.-B. Dumas pour atteindre ce but. Tout le monde connat galement la classification des lments que, plus prs de nous, Mendelejeff a tablie sur de telles combinaisons numriques. Lorsque Lecoq de Boisbaudran, en dcouvrant le gallium, vint combler une des lannes qui interrompaient la srie de Mendelejeff, on clbra cette confirmation comme on
lS
[Link]
DU [Link]
17
avait clbr
la
Bode par
la
ds lors, la
loi
de Mendelejcff
comme
T'expressiou
d'une
voyons-nous l'esprit pythagoricien persister, en pleine vigueur, jusqu' nos jours. A l'aspect d'un tableau de nombres que l'observation et la mesure de certains objets ont fournis, l'homme ne peut consentir aisment ce que la raison d'tre de ces nombres lui chappe, ce qu'ils soient pour lui comme si le hasard
Ainsi
seul les avait donns. Toujours,
tenter, par
il
pour
satis-
1(1
la
dcouverte d'un
ou l'imagination d'une
loi
mais, toujours,
de ce
fait
ou prouver
ne peut tre
ne
le
celle-ci
obtenue que par des mthodes d'une autre nature. A quel moment les philosophes ont-ils commenc de demander des procds logiques L'valuation de la grandeur des astres et
la
Terre?
11
nous
est
au nombre des crits de Philippe d'Oponte, qui fut disciple de Platon, deux ouvrages dont les titres sont Sur la distanc du Soleil et de l<i Lune. Sur la grandeur du Soleil, de
Suidas
cite
1
:
la
diamtre
la
lu
il
Lune;
?
qu'udoxc regardai! le Soleil comme oeuf fois pins grand <jn* Le diamtre de nous apprend que son propre pre, Phidias, regar
ditA
Nom n'avoni pu vrifier ce remteignenienl que mous empruolooM ranoery, tu mmoire <|tii vn lrc cit dans un inaiaol 2. Aacmm&Dis Opra otnn iu tdidil I. L. Heibcrg. Vol. II. pp.
.
Paul
ii.
18
dait le
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
premier diamtre
comme douze
lois
le
second.
telles conclusions
nom? Gomment
expose
1 ,
plus tard,
Paul Tannery s'en tient pour assur. A cet gard, dit-il de mme qu'Euclide en Gomtrie, Aristarque n'a fait que reprendre, en leur donnant plus de rigueur, les travaux de ses
prdcesseurs, Eudoxe, Phidias, Philippe, et c'est videmment au
plus ancien, Eudoxe, qu'il faut faire remonter l'invention de la
mthode. Malgr la trs grande autorit de Paul Tannery, nous n'oserions donner cette conclusion comme incontestable. Eudoxe a-t-il vraiment fait usage, pour dterminer le rapport du diamtre du Soleil au diamtre de la Lune, d'un procd que l'Astronomie justifit ? Na-t-il pas plutt fait appel quelqu'une de ces combinaisons numriques que les Pythagoriciens et Platon invoquaient si volontiers? Entre les deux suppositions il est, croyons-nous, permis d'hsiter. Un passage- de la Didascalie cleste de Leptine [papyrus d Eudoxe) semble plus favorable la seconde hypothse. Leptine veut expliquer, sans doute d'aprs Eudoxe, pourquoi une clipse de Soleil n'est pas galement visible de tous les points de la Terre. Son raisonnement l'amne naturellement comparer le diamtre du Soleil celui de la Lune. Il crit Donc le Soleil est plus grand que la Lune; ... le rapport est celui de la quinte [la diffrence entre la quinte et] la quarte. Paul Tannery a rtabli dans cette phrase les mots, mis entre il a, en outre, fait ([ue Leptine ou les copistes avaient omis Il faut supposer ici la proportion harmola remarque suivante nique classique Fondamentale 0, quarte 8, quinte 9, octave 12. H) ou 1. C'est celui qu'ArchiLe rapport serait donc de 9 (9 mde attribue Eudoxe . Leptine serait donc d'accord avec Archinide pour affirmer qu'Eudoxe regardait le diamtre du Soleil comme neuf fois plus grand que le diamtre de la Lune mais cette affirmation, il la formule en un langage emprunt la Musique et, par l, il nous
:
j,
i. Paul Tannery, Aristarque de Samos (Mmoires de la Socit fies Sciences e fjhf/siques et naturel les de Bordeaux, 2 srie, l. Y, p. 2.'!<j. i88.'i). j.. Paul Tanneky, flecherc/tes sur l'histoire de /' Astronomie unci enue, AppenTraduction de Ii Didascalie cleste de Lepliue (Art d'Kudoxe), a /jy, dice 1
:
pp.
2(f2-2(j?>.
VJ
de quelque spculation sur l'harmonie des sphres. Les textes que nous venons de rapporter sont les seuls qui fassent allusioti aux recherches dont la grandeur du Soleil et de la
Lune, dont les distances de ces astres la Terre auraient t l'objet de' la part d'Eudoxe, de Phidias ou de Philippe d'Oponte. C'est assez dire que nous ne saurions aucunement prciser la
nature de ces recherches, que nous ne saurions affirmer ni nier
qu'elles aient prpar l'uvre d'Aristarque de
Samos.
systme
petit trait
Ilepl
Odtre
l'crit,
aujourd'hui perdu, o
il
exposait le
compos un
et
Sur
les
grandeurs
et les dislances
tjX'Iou
du Soleil
de la Lune,
jjLeyeGwv
Les Anciens avaient compris cet crit dans la collection que, par opposition la Grande composition de Ptolme, on nommait le Petit astronome et, comme
xal aTcofrrriuiTwv
xal otX^v|.
la
Grande composition,
Vers
la fin
il
l Petit
astronome nous
est
parvenu.
du xv e
sicle,
Georges Valla
1
.
traduisit,
titude dont
tait cotftUmier, le
trait d'Aristarque
de Samos.
fut traduit
;
imprime en 1499
Au
Samos
soigneusement annot par Commandin 2 pour ses en annotations, Commandin s'tait servi, en particulier, d'un passage des Collections mathmatiques de Pappus 3 passage o cet auteur a compar les hypothses dont Aristarque est parti et les rsultats auxquels il est parvenu, aux hypothses et aux rsultats d'Hipparque et de Ptolme.
latin et
,
Le texte grec a t imprim pour la premire Oxford, par les soins de John Wallis \ En 1823,
1.
fois le
en 1G88,
comte Fortia
Akistauchi samij de magnitudinihiis et distantiis salis et lune. Gkorgio Interprte. Colophon Vinc. ap. Henr. de SftnctO Vrso. i<i fGRJHSC, Trsor de livres rares et prcieux t t. I, i8f)g, p. 2o5) Fabriciuti (Bibliotheca grca, IV, ujj cite une dition donne en 1488 per An/o/uii/n de Strata et une autre donne en 1^98 per Simonem Papiensetn dictum Bittilaf/uam. Nous avons vainement cherch ces ditions dans 1rs recueils' bibliographiques de Hain, Brunet, Graessc et M"* Pellechet. 2. AniSTAftCHi De magnitiidinibns, et dis/an/iis Soi, et [Link], liber ruin [Link] expitcaiioniba qUibiudam \ Federico Commandino lrbinate in latinum conversus. ac comnipntariis illustrt US. l'isnuri. Apud
Valla placentfno
>
Pim
Camillnm Prancischinum. MDLXXOL Alkxandhini Mathe/no k <r cotlectione S. Pwyi rlinate in Latinum converses, et Commeotariia
i
.1
illustra tas.
Typographie II H. de Ducciis, MDCLX. Lib. VI, thorme XXXVIII proposilio XXXVIII, p | 1. Pappi ALKxANoniM Collectioni QJue ittpereant. Edidit Pridericui Hultsch. Volrimm 11. Berolini, UDCCCLXXS If. I>il<r VI, XXXVII, pp. 554-56i. >./-,./.... BlUu xui [Link],, ftfd 4. AFI1TAFXOV EAMIOT flcoi ptYlto*
20
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Paris,
une seconde dition. Enfin, en 1913, Oxford, Sir Thomas Heath en a donn une dition conforme aux exigences de la critique moderne, accompagne d'une tra'
d'Urban en donna,
titre
d'introduction,
dune
histoire
complte de l'Astronomie grecque jusqu'au temps d'Aristarque. Plac, dans le temps, entre Euclide et Archimde, Aristarque se
montre dou, au plus haut degr, du talent gomtrique que nous admirons en ces deux hommes. Son trait est compos la manire euclidienne. Il dbute par l'nonc de six axiomes qui ne sont pas dmontrs, mais dont
dcoulera toute la dduction suivante.
en est un, le second, qui offre, au moins en partie, le caractre d'une supposition approximative que l'on n'introduit pas comme nonc d'une vrit, mais comme moyen de La Terre se simplifier les raisonnements il est ainsi formul comporte, l'gard de la sphre de la Lune, comme un point et comme le centre de cette sphre . Les autres sont des propositions de Physique qui sont ou bien donnes directement par l'observation, ou bien tires de l'explication universellement admise des phases de la Lune. Du nombre de ces dernires proposition? sont le premier axiome C'est du Soleil que la Lune reoit sa lumire , et le Lorsque, [au premier quartier et au dernier troisime axiome quartier,] la Lune nous apparat exactement coupe en deux, le [plan du] grand cercle qui spare, sur la Lune, la partie resplendissante de la partie obscure, passe par notre il . Les trois derniers axiomes sont des rsultats d'observation il est ncessaire que nous nous arrtions un instant les discuter, sans nous astreindre, d'ailleurs, en garder l'ordre. [Le diamtre apparent de] la Lune et du Soleil soustend la quinzime partie d'un signe. Tel est le sixime axiome d'Arisil
; :
: :
;
tarque.
Cet axiome
BIBAION.
<7rra<7u.
suppose, tout
d'abord,
r/j;
qu'on attribue le
Suvcr^Y^
et
mme
B'
NAlinor
AAESANAPEilS Tc
BIBA10Y
Arro-
Distant Us Solis et Lun, Liber. Nunc primum Grce ditas curn Federic.i Gommandini versione Latinu, notisque illins et Editoris. Pappi Albxandrini Secundi Libri Mathematic S. edidit, Collcctionis, Fragmentum, Tfactenus Desideratum. [Link] Codice
RiSTARGHi Samii
De Magnitudinibus
Notisque illustravit Johannes Wallis S. T. D Geometri Professor Savilianus ; et Rgal is Societatis Londini, Sodalis. Oxoniae, e Thea-
Latinum
fecit,
Sir Thomas Heath, Aristarchus of Sarnos, the Ancient Coperiiicus. A Hisof Greek Astro/io/n// to Aristarchus togeiher ivith Aristarchus's Treatise (m te Si ses and Distances of the Sun and Moon. A Xexv (Ircek 7'[Link] irith Translation and A'ofes. Oxford, at the Clarendon Press, iqi3.
1.
21
une simplification qu'il est bien naturel d'admettre dans une thorie o Ton nglige les variations prouves par le diamtre apparent de chacun des deux astres les erreurs que l'on convient de regarder comme sans importance sont, dans les deux cas, du mme ordre de grandeur. Ce qui est beaucoup plus trange, c'est qu'Aristarque ait attribu la Lune et au Soleil un diamtre apparent d'un quinzime de signe (30), partant de 2. Une telle valeur est, pour les deux astres, peu prs quadruple de la valeur vritable. Les moyens d'observation les plus grossiers ne sauraient donner une valuaet
;
la Lune
c'est
il
mesutrouve, au
moyen de
cet instrument,
que
le
compris entre
(32'55") et la
deux-centime partie du
mme
angle
cette
du
Il
est surpre-
nent que Ton ait pu, au temps d'Archimde, obtenir un rsultat d'une aussi satisfaisante prcision, et qu'Aristarquc, en la mme
dtermination, se soit tromp du simple au quadruple.
La surprise cause par l'erreur grave qui entache le sixime postulat d'Aristarque augmente encore de ce fait qu'au dire d'Archi-
mde ment
gal
*,
exactement.
ne saurait, d'ailleurs, pour expliquer l'valuation errone qui entache le sixime axiome d'Aristarque, invoquer quelque altration de manuscrit, altration qui et atteint mme le texte dont
On
Pappus a
les
fait
usage
grandeurs et les distances de la Lune et du Soleil suppose cette valeur inexacte des diamtres apparents. La geule explication plausible que cette tranget ait reue jusla qu'ici nous parat avoir t propose par Sir Thomas Heath
'
;
voici
peu prs
la
sept-cent
i.
MDCCCCX1II,
2.
3.
Archimkdis Opra omnia Iterurn edidit J.-L. Heiberg. pp. 222-227. Ahchimkdih Opra, d. rit., pp. 222-223. Sir Thomas [Link], Aristurchns of Snmos, p. SlS.
.
Vol.
II,
[Link]
22
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
vingtime partie du zodiaque. Cette expression nous donne penser que personne, avant Aristarque, n'avait
mesur ce diamtre
avec prcision
la
Thaes de Milet serait sans fondement. Or, si Aristarque est le premier des Grecs qui
ait su,
l'aide
d'un instrument appropri, dterminer l'angle sous lequel nous voyons le Soleil ou la Lune, est-il invraisemblable d'imaginer
qu'il n'avait
pas encore
fait cette
les
mesure distances du
lorsqu'il crivait
son
?
Soleil et de la
Lune
En composant
cet ouvrage,
il
mais courante chez les Grecs, de ces diamtres apparents. Puis, son uvre mme ayant montr l'extrme intrt que prsentait la connaissance exacte de ces diamtres, il se serait ingni fourmais il aurait amen nir cette connaissance aux astronomes l'Astronomie l'accomplissement de ce progrs trop tard pour que ses propres calculs eussent t mme d'en bnficier. Le cinquime postulat concerne le diamtre apparent de la section du cne d'ombre de la Terre la distance o se trouve la
;
en observant le temps qu'il faut la Lune pour traverser le cne d'ombre lors des plus longues clipses. Aristarque dclare que le diamtre du cne d'ombre est le double du diamtre de la Lune. Cette valuation est, de plus d'un quart, infrieure la vritable valeur. La demande qu'Aristarque place au quatrime rang rsulte d'une observation faite sur les positions relatives du Soleil, de la Lune et de la Terre au moment de la dichotomie, c'est--dire au moment o la partie. claire de la Lune prsente exactement l'aspect d'un demi-cercle. Si l'on mesure, ce moment, l'angle fait par deux droites, l'une qui joint la Terre au centre du Soleil, l'autre qui joint la Terre au centre de la Lune, on trouve, suivant Aristarque de Samos, que cet angle est moindre qu'un angle droit, et cela de la trentime partie de cet angle bref, que cet angle vaut 87. L'valuation de cet angle est une des donnes essentielles de la mthode d'Aristarque malheureusement, cette valuation ne comportait aucune prcision. Au premier quartier, la dichotomie se produit alors que le Soleil est au-dessus de l'horizon il est malais de l'observer. Au
!
;
dernier quartier, lorsque l'on constate la dichotomie, le Soleil n'est point visible il faut donc noter exactement l'heure o ce phno;
mne
i.
se produit et
calculer la position
que
le Soleil,
cette
I;
rt
Cleovikdis D molli circulant corponim cnelestium liber secundus, cap. Ziegjer, Leipzig-, 1891, pp. 146-147.
LES DIMENSIONS DU
MONDE
23
mais l'instant prcis de la dichotomie est malais saisir. Selon les calculs de Paul Tannery *, Aristarque se serait tromp de six heures environ dans la dtermination de cet instant. Grce l'incertitude qui affecte ncessairement la dtermination de l'angle dont nous venons de
;
heure-l, occupe
sur l'cliptique
parler, la
de Samos, parfaitenient correcte au point de vue de la Gomtrie, n'tait susceptible d'aucune exacd' Aristarque
mthode
titude.
Voyons, cependant, en quoi cette mthode consistait. Au moment de la dichotomie, le centre de la Lune est, en vertu du troisime axiome, au sommet de l'angle droit d'un triangle rectangle dont le Soleil et la Terre sont les deux autres sommets. Le quatrime postulat nous fait connatre l'angle aigu dont la
sommet de l'hypotnuse du
Terre est le
ds lors, nous pouvons calculer le rapport triangle, qui est la distance D de la Terre
;
au
de l'angle aigu dont il s'agit, qui est la distance d de la Terre la Lune ce rapport est le cosinus de l'angle aigu qui nous est connu.
Soleil, l'autre ct
;
Gomme
le Soleil et la
apparent, les
Lune sont supposs avoir mme diamtre diamtres S et L de ces deux astres sont dans le
on connat donc 1er apport du diamtre S du Soleil au diamtre L de la Lune. Dans le cne d'ombre de la Terre, considrons la section qui passe par le centre du Soleil, celle qui passe par le centre de la Terre, enfin, celle qui se trouve au del de la Terre par rapport au Soleil, et la distance o la Lune est place. Gomme ce cne est extrmement aigu, la premire section a sensiblement 9 pour diamtre le diamtre S du Soleil, et la seconde le diamtre T de la Terre. Quant la troisime, en vertu du cinquime axiome, elle a pour diamtre 2L. Nous pouvons donc crire la proportion
et
la
mme
Terre
T
S
aL
"
D
d
ou bien
L 1-2 ^S S
\
D
d
Pa -hy, Aristarque de Sai mule, par la tarque a introduit lie approximation qu'il a ruea A aurmonl
i.
:V
nde,
;
de
l,
-$
LA COSMOLOGIE HKLLNIQUK
et
rapport
- du diamtre du
au diamtre de la
Eu multipliant
nons
le
le rsultat
par
le
rapport connu
<r
rapport du diamtre de
S
la
Lune au diamtre de
La connaissance du rapport
dtermine
la Terre
la
et
du diamtre apparent du
Soleil
valeur du rapport
de
au diamtre de
la Terre.
la
Lune dtermine
la valeur
du rapport
=r
de la distance de la Lune
Nous savons donc, en prenant pour unit le diamtre de la Terre, valuer le diamtre du Soleil, le diamtre de la Lune, la distance du Soleil la Terre, enfin la distance de la Lune la Terre. Le problme rsoudre nous apparat aujourd'hui comme extrmement facile. Il offrait en ralit, au temps d'Aristarque,
les plus
Il
grandes
difficults.
deux calculs trigonomtriques trs simples, l'valuation du cosinus d'un angle donn, la longueur de l'arc qui correspond un nombre donn de degrs. Or, au temps d'Arison ne tarque de Samos, la trigonomtrie n'tait pas constitue possdait encore qu'une valuation trs grossire du rapport de des calculs que nous regardons la circonfrence au diamtre comme un jeu ne pouvaient alors tre faits. Par des, artifices gomtriques d'une subtile ingniosit, Aristarque est parvenu dterminer une limite infrieure et une limite suprieure pour chacune des grandeurs qu'il se proposait de connatre. L'habilet et la rigueur de ses dmonstrations ne sauraient tre trop loues.
s'agit d'effectuer
;
;
Il
trouve ainsi
Que
le
rapport
-.-
du
Soleil la Terre et de
la
Lune
au rapport
S
v-
des diamtres du
Soleil et de la
2
et infrieur
20
Que
le
rapport
S
-
du diamtre du
Soleil
au diamtre de
la
et
infrieur -^
2o
Que
le
Terre est suprieur et infrieur a r Oo 08 Aristarque n'a pas dduit de sa mthode tout ce qu'elle pouvait
i
donner;
il
et
de
c'est--dire des
du Soleil et de la Lune. La mthode employe par Aristarque pour mesurer le Soleil, la Lune et leurs distances la Terre fut, sans doute, reprise par divers astronomes Apollonius, selon les Philosophoumena attri;
maintenant Saint Hippolyte, Eratosthne, selon le De placit p/ii/osophorwn du Pseudo-Plutarque et le Commentaire au songe de Scipion de Macrobe, auraient donn des valuations de la grandeur du Soleil et de la Lune, et calcul la distance de ces astres la Terre mais ces renseignements, sans doute par la corruption des manuscrits, sont devenus extrmement confus et ne mritent aucune confiance '. Les astronomes qui s'appliquaient a obtenir ces diverses mesures
et
;
bus autrefois
Origne
gomtre de Samos certains d'entre eux comprenaient fort mal les raisonnements de ce dernier tel Posidonius, si nous en croyons le rapport de-Clomde 2 Posidonius admet, comme Aristarque, que le cne d'ombre de la Terre, coup, la distance o la Lune se trouve de la Terre, par un plan normal l'axe, donne une section dont le diamtre est double du diamtre lunaire mais au dire de Glomde, il en conclut, que le diamtre de la Lune est la moiti du diamtre de la Terre c'est substituer un cylindre au cne d'ombre, ce qui est une grave erreur. Ce principe faux une fois pos, Posidonius, par la bouche do Clomde, continue en ces termes Or, selon la mesure d'Eratosthne, le grand cercle de la Terre comprend 2'>0.000 stades son diamtre surpasse donc 80.000 stades. Partant, le diamtre do la Lune sera de 40.000 stades. Mais, d'autre part, les clepsydres montrent que la Lune, ainsi que le P Soleil, couvre la 7")0 partie du cercle qu'elle parcourt , rest-dire cpie le S leil et la Lune ont le mme diamtre apparent et que ce diamtre est <! i>S'i<S". Ds lors, la distant** de la Lune
;
;
.
i.
Voir
l'Art.
*.
Cliomsmi
I)f
Tanvkmt, Atitnrque de Samoi t [Link], t pp, moia circa/nri corporu/n cnelettium lil>.
II.
otp
I:
Zir-
26
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Lune
cette distance
;
diamtres lunaires
et
comme chacun de
!
de calculer
le
diamtre rel du
;
pour
cela,
il
admis que la distance du Soleil la Terre tait gale dix mille rayons terrestres. Mais , ajoute Clomde, il est sans doute croyable que le parcours du Soleil soit dix mille fois plus grand que le mridien terrestre, car, l'gard de ce parcours, la Terre est comme un point il peut se faire, toutefois, qu'il soit plus grand ou bien encore qu'il soit plus petit, et que nous l'igno;
rions.
que la mthode d'Aristarque de Samos tait ignore ou incomprise dans l'cole stocienne de Posidonius peut-tre trouvera-t-on l une occasion de douter de l'assertion de Paul Tannery, au gr de qui cette mthode et t communment reue bien avant le temps d'Aristarque mme aprs celui-ci, elle semble n'avoir t comprise que des seuls gomtres, tels qu'Archimde ou Hipparque.
voit
;
On
IV
LE PROBLME DE LA PABALLAXE LUNAIRE. HIPPARQUE ET PTOLME
Clomde 2 qu'Hipparque a dmontr que le Soleil tait 1.050 fois plus volumineux que la Terre. Le disciple de Posidonius n'a srement pas tudi les calculs du
On
dit
(cpoOTi)
, crit
Bithynien.
pas mieux pntrs voici leur endroit Hipparque, ce qu'il se contente de nous dire par la considration des grandeurs et des distances du Soleil et de la Lune, a montr que le Soleil est peu prs 1.880 fois plus volumineux que la Terre, tandis que la Terre est 27 fois plus volumineuse que la Lune . D'aprs ces nombres, Hipparque aurait
Thon de Smyrne ne
les a peut-tre
3
pris le diamtre
du
Soleil
comme
~ du diamTh. H. Martin,
Clomde, loc. cit., pp. i4A -I 47' Clomde, loc. cit., pp. i52-i53. 3. Theonis Smyrna^ii Liber de Astronomia, cap. pp. 820-821 d. J. Dupuis, pp. 3 18-319.
i.
2.
XXXIX;
d.
LES DIMENSIONS DU
MONDE
27
tre
de la Terre, tandis qu'il aurait attribu au diamtre de la Lune exactement le tiers de la longueur du diamtre terrestre.
Ces
courtes allusions
faites
par Glomde et par Thon de Smyrne aux valuations d'Hipparque ne nous laissent pas souponner l'importance de l'uvre entreprise par cet auteur et poursuivie par Ptolme cette uvre a profondment transform celle d'Aristarque de Samos. Ce qui distingue la thorie d'Hipparque et de Ptolme de celle d'Aristarque de Samos a t fort bien rsum par Pappus Parmi les axiomes d'Aristarque, dit-il \ le premier, le troisime et le quatrime s'accordent peu prs avec les hypothses d'Hipparque et de Ptolme Mais ces mathmaticiens ont reconnu que les trois autres axiomes ne s'accordaient pas avec
; :
la vrit.
ne se comporte pas le rle de centre par rapport la sphre de la Lune, mais seulement par rapport la sphre des
leur avis,
toiles fixes.
En second
lieu, la
diamtres lunaires.
En
Lune
est sa
moyenne
distance
de l'cliptique, la quinzime partie d'un signe, c'est--dire 2. Pour Hipparque, en efet, le diamtre de la Lune est compris six cent cinquante fois dans cette circonfrence, et, la moyenne
distance, dans
les conjonctions, la
fois et
comprend deux
demie
le
2
.
Selon Ptolme,
3
,
mande
distance soustend
distance, 035'20".
en la circonfrence, 03t'2(V'
plus petite
la
Quant au diamtre du cercle d'ombre, il mesure, plus grande distance de la Lune , liO'4(V" et, la plus petite
distance, i\&.
Hipparque et Ptolme ont dduit de l des valuations diffrentes pour les grandeurs et les distances du Soleil et de la
Lune.
et
confirms par
la
Pappus, loc.
cit.
:
Sur ers valuation d'Hipparque, cf. Claude Ptolbmkk, Composition <l. Halma, t. I, mathmatique^ livre IV, ch. VIII d. Heiberir, para I, p
j<..
:
a','/,
'.',.
p. 37.
Composition mathmatique^ livre v. ch. \l\ Pto d Heibei 343 p. 4iq m |>. V-"l. d. Ptolkmke, ( )i>. luntl ., livreV, ch. XIV; d. Halma, p V\.\ Imtit. papa 1. F.',"/', i>. Z^Kj el p. /j?o.
Claudi
i
d.
M'-i-
Halma,
i\
.
1.
28
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
dtails tirs
de ce dernier ouvrage.
Pour mesurer les diamtres apparents du Soleil et de la Lune, Ptolme s'est servi de l'instrument dont Hipparque avait fait cet instrument, qu'il ne dfinit pas d'une manire plus usage explicite, ressemblait sans doute celui qu'Archimde a dcrit dans YArnaire. Nous y avons toujours trouv le diamtre du
'
;
Soleil sous le
mme
y
si
angle
dit
l'Astronome de Pluse,
sensible.
sans
s'en
que
les distances
fissent
un changement
;
On ne
que les variations du diamtre apparent du Soleil ne dpassent gure une minute l'instrument employ par Hipparque et Ptolme n'tait assurment pas sensible ce
tonnera pas,
l'on songe
point.
Mais aussi, poursuit Ptolme, le diamtre de la Lune n'y parat pas sous le mme angle que celui du Soleil, si ce n'est
moyenne, comme l'avaient suppos ceux qui nous avaient prcd. Parmi ceux-l, Ptolme compte certainement Hipdistance
parque.
Ces divers changements apports aux donnes dont Aristarque
ne vont pas jusqu' requrir une transformation de la mthode qu'il avait suivie bien autrement graves, pour l'emploi de cette mthode, sont les consquences auxquelles on parvient en renonant au second axiome, en cessant de regarder la Terre comme un simple point par rapport aux dimensions de l'oravait fait usage
;
bite lunaire.
La distance de la Terre l'orbe de la Lune, dit Ptolme *, n'est pas comme la distance de la Terre au cercle du Zodiaque, [trac sur la sphre des toiles fixes] elle n'est pas assez grande pour qu' son gard, la grandeur de la Terre se comporte comme un simple point. Aussi est-il ncessaire d'admettre que la droite issue du centre du Monde, passant par le centre de la Lune et prolonge
mouvements
vritables,
ne con-
point de la surface terrestre, c'est--dire de l'il de l'un des observateurs, au centre de la Lune, droite l'aide de laquelle le
mouve-
Ptolme, Op. laud., livre V,*ch. XIV; d. Halma, t. I, p. 339; d. Heipars I, E',t<y, p. 4* 72. Ptolme, Op. laud., livre IV, ch.I; d. Halma, t. I, pp. 2i2-2i3; 4, Heiberg-, pars I, A', a', p. 266.
i.
berg-,
29
seulement lorsque la Lune est place verticalement au-dessus de l'observateur qu'une seule et mme droite, issue du centre de la Terre et passant par l'il de cet observateur, va rencontrer le centre de la Lune et, de l, le Zodiaque. Mais, ds l que la Lune s'carte d'une manire quelconque du znith, il se produit des divergences et des inclinaisons des susdites droites par consquent, le mouvement apparent n'est plus identique au mouvement vritable les positions que la vue observe sont sans 'cesse diffrentes de celles qui seraient dtermines partir du centre de la Terre, et cela proportionnellement aux grandeurs des angles forms par l'inclinaison mutuelle de ces deux droites.
est observ. C'est
;
ment apparent
Du
un cne
la Terre. Les
au sommet du cne dont nous venons de parler. Ce cne est, d'ailleurs, trs aigu, en sorte que la circonfrence selon laquelle il touche la surface terrestre diffre trs peu de la circonfrence d'un grand cercle de la Terre. La plus grande erreur qui puisse tre commise, sur la position du centre de la Lune, est donc sensiblement gale l'angle le plus aigu d'un triangle rectangle dont les deux cts perpendiculaires entre eux sont gaux l'un au
rayon terrestre,
Terre
et le
l'autre la distance
entre le
centre de la
nomme
la
parallaxe (topXXoJi;,
diff-
Lme
suffisent
nous
faire
comprendre l'extrme
d'ailleurs,
<!<'
celle
du rapport T que
valuer
;
la
mthode
Le
t'ait
d'Aristarque
mais
que la parallaxe Lunaire n'es! pas ngligeable contredit directement au Becond axiome d'Aristarque et, par consquent,
rend
Il
mme
bs y a
mthode
donc
cet
Lieu
sujette
caution.
fiais, et
^ans faire
usage
<1-
dtermination
<*t
du
rapport
'.
,
qui
connatre
la
parallaxe Lunaire,
aussi dei
30
LA (JOSMOLUGIE HLLtilOl'E
mesurent, en diamtres terrestres, la T qui distance du Soleil la Terre, le diamtre du Soleil et le diamtre de la Lune. il avait Ces problmes ont certainement occup Hipparque crit un trait intitul Les parallacliques, trait qui comprenait plu 'Ev tj sieurs livres, car Ptolme cite le premier de ces livres TtpoTw twv TcapaXXaxTLxxLv . Il avait galement compos un ouvrage Sur les distances et les grandeurs du Soleil et de la Lune, lepl p.sy8cov xal L7zocTf\pz-v ['HXwu xal XtJvyi], ouvrage qui formait peut-tre un des livres des Parallactiques. Si nous en croyons ce que rapporte Ptolme, les recherches d Bithynien n'auraient gure t que ttonnements sans aucune conclusion ferme. Hipparque, lisons-nous dans Y A Images te % avait mais il avait mieux aim accompli cette mme dtermination prendre le Soleil pour point de dpart En premier lieu, il fait l'hypothse que le Soleil est affect de la plus petite parallaxe posaprs sible, afin d'en dduire la distance de cet astre la Terre
rapports
,
au moyen de la distance que l'on obtient, d'une part, en supposant que le Soleil n'a aucune parallaxe sensible, d'autre part, en admettant qu'il en a une assez grande ds lors, deux valeurs diffrentes de la distance de la Lune s'offrent lui, selon qu'il a admis, dans son calcul, l'une ou l'autre des deux hypothses mais, en ce qui concerne le Soleil, le doute demeure entier non seulement on ignore la grandeur de la parallaxe dont le Soleil est affect, mais on ne sait mme pas s'il a une parallaxe quelconque. L'absence de conclusions certaines dans la thorie d'Hipparque explique sans doute pourquoi Glomde et Thon de Smyrne attribuent cet astronome des valuations fort discordantes de la grandeur du Soleil. Afin d'viter toute hsitation de ce genre, Ptolme a entrepris de dterminer la parallaxe lunaire et, par consquent, le rapport
cela,
il
ment
Il
a procd
mouvement de
la Lune.
cette valuation,
Ptolme l'obtient
Halma,
2.
t.
I,
Composition mathmatique, livre V, th. XIX; d. 365; d. Heiberg-, pars I, E', e', pp. 45o-45i. Claude Ptolmb, Composition mathmatique, livre V, ch. XI; d. Halma, pp. 326-327 ; d. Heiberg, pars I, E', ta', p. 402.
t.
Claude Ptolme,
I,
p.
LES DIMENSIONS DU
MONDE
31
par des
procds qui liminent toute erreur provenant de la parallaxe lunaire. Il se trouve ainsi en possession dune thorie qui doit reprsenter exactement le mouvement de la Lune, tel
il
*,
mesure alors
Lune. Les valeurs observes diffrent des valeurs dtermines par la thorie. De la grandeur de l'cart entre ces deux sortes de
valeurs, on peut dduire la grandeur de la parallaxe lunaire. Ptol-
me
trouve ainsi
la
que
la distance
moyenne, dans
la Terre est
les conjonctions,
du centre de
restres.
Lune au centre de
de 59 rayons terla
du centre de
Terre l'excen;
compte dans
la direction considre
pour
grande distance d du centre de la Terre au centre de la Lune, il y faut joindre le rayon de Fpicycle mais le rapport du rayon de l'picycle aux dimensions de l'excentrique est connu par la thorie de la Lune Ptolme peut donc calculer ce rayon de l'picycle il le trouve 3 gal
direction, la plus
;
;
mme
o rayons terrestres et
la Terre
la plus
au centre de
l,
la
porte, par
64 rayons terrestres et
d'ailleurs, le
il
est
dsormais facile
rayon de
la
Lune
;
le calcul assigne
pour valeur ce
a
,
^-
du rayon
la
terrestre
en d'autres termes
le
rapport
diamtre de
jh=3,40.
Les nombres obtenus par Ptolme sont remarquablement voisins des valuations
la
Lune
la
admises aujourd'hui. La distance moyenne de Terre, en effet, est value 60 rayons terrestres au Lieu
Lui
attribue
le
rapport
t.
Cotfiftotition mathmatique, livre V,ch. XH; d. liai ma, 3a 7-33 a d Heibenr, paru I, K', .V, pp 4<>3-4o8 2. l'un [Link]. Op. laud., livre V, ch. XIII; <<l Halma, t. I, p. 338 ; d. H<ibergfj par* 1. i.', '/. pp. 4'5^4i. l' n-i i'.mm Op. faud.f livre V,ch. XV tl. Halma, 1. 1. pp. 343-344 '''' Heibei n, pan l. E'j ii, j. (aa et p 'I i. > f\. I. p, Ilalroa, liai i. I, eu. cit. : d, rieiuerir, HeiberiTj para purs i, Ptolme, rTOLBMBi toc. ; eu. mai t. (oc. 'il 345; p > p l'[Link]. Op. l'iml., livre V, ch. XVI; d, Halma, t. I. p. 347 "''' '' berir, part I, h', if p. l\'A\. p
Clauob Ptolsmkc,
:
I,
pi.
'.
; i
'
32
L COSMOLOGIE HELLMQUE
du diamtre de
gal ^p
11
la
ne faudrait pas, cependant, que l'exactitude de ces valuations fit illusion sur la valeur de la mthode par laquelle elles
ont t obtenues.
Pour que cette mthode ft recevable, il faudrait que la thorie de la Lune permit de calculer la position de cet astre avec une trs grande prcision, que les incertitudes de ses prvisions fussent incomparablement infrieures aux erreurs provenant de si Ton observe que la valeur moyenne de la parallaxe lunaire celle-ci est, en ralit, de 57', qu'elle est, par consquent, infrieure 1, on se rendra compte du point auquel devrait tre amene la perfection de la thorie de la Lune pour qu'on pt user de cette thorie comme Ptolme l'a fait. Or, il s'en faut de beaucoup que la thorie de la Lune expose dans YAlmageste ait atteint ce degr ou qu'elle en ait seulement approch. Au temps de Ptolnle, certaines ingalits du mouvement lunaire, telles que l'ingalit de l'inclinaison de l'orbite, n'avaient pas t reconnues au moment de l'observation rappor;
te par Ptolnie
',
la parallaxe lunaire
s'est
reprsentation gomtrique du
cette
mouvement de
la
Lune
c'est
compensation fortuite qu'est due la presque exactitude des valuations que nous avons rapportes. Aprs avoir dtermin la distance de la Terre la Lune et la longueur du rayon lunaire, Ptolme se propose d'obtenir, pour
le Soleil,
La mthode qu'il suit * et dont, selon son propre dire 3 Hipparque avait us avant lui, repose sur la considration du cne d'ombre de la Terre cette mthode diifre peine de celle qu'Aristarque avait employe la construction gomtrique est la
;
mme
donnes seules sont diffrentes. Considrons le cne d'ombre wOO' de la Terre (fig. 12). Nous savons que ce cne est circonscrit la Terre nous savons aussi qu'une section normale l'axe, faite une distance CL du centre
;
les
'Astronomie ancienne,
cli.
XII.
5, p. 223.
Claude [Link]/nposition mathmatique , livre V, eh. XV;d Ilalma, pp. 343-340 d. Heiberg, pars I, E', 12', pp. 422-425. 3. Claude Ptolme, Ou. taud., livre V, ch. XIV; d. liai ma, t. I, p. 3/j3 d. Heiberg-, pars I, E', 10 p. 47.
2.
t. I,
;
; ,
33
de la Terre gale la plus grande distance d de la Lune dans les conjonctions, a un diamtre dont nous connaissons le rapport au
diamtre L de la Lune. Gomme d et L sont maintenant mesurs, il est clair que les dimensions de ce cne sont connues.
nous avons dtermin le diamtre apparent du Soleil en des conditions o la parallaxe solaire causait une si petite erreur que ce diamtre pouvait tre considr comme vu du centre de la Terre.
D'autre part,
Fig. 12
mme
axe que
le
cne
d'ombre, ayant pour sommet le centre G de la Terre et pour angle au sommet le diamtre apparent du Soleil. La sphre du Soleil devra tre inscrite la fois dans le cne wOO et dans le cne
f
CAA' cette condition dtermine entirement cette sphre, tant en grandeur qu'en position elle dtermine donc la distance CS du centre de la Terre au centre du Soleil et le diamtre S du Soleil. Telle est la mthode suivie par Hipparque, puis par Ptolme. Pour simplifier son calcul, Ptolme use de certaines approximations que le rigoureux Aristarque n'avait pas admises dans ses rai;
;
DL'HEM
T.
II.
34
LA.
COSMOLOGIE HELLNIQUE
sonnements gomtriques les deux cnes qu'il doit considrer tant trs aigus, il admet que le cercle de contact TT du cne coOO' avec la surface terrestre diffre peu d'un grand cercle de cette surface que les cercles 00', AA', suivant lesquels les cnes o>00', CAA' touchent la surface du Soleil se confondent peu prs avec un grand cercle de cette dernire sphre. Par ce calcul, Ptolme est conduit admettre que la distance D du centre de la Terre au centre du Soleil vaut 1.210 GS rayons terrestres quant au diamtre S du Soleil, il vaut, selon lui 2 cinq fois et demie le diamtre T de la Terre. Le rapport du diamtre du Soleil au diamtre de la Lune vaut peu prs
;
;
=
,
18 v-
que avait assignes. Si les mesures du rayon lunaire et de la distance de la Terre la Lune avaient fourni Ptolme des valeurs extrmement voisines des valeurs vritables, ses valuations analogues au sujet du Soleil ont t beaucoup moins heureuses elles ont fait le Soleil beaucoup trop petit et l'ont plac beaucoup trop prs de la
;
Terre.
La distance moyenne du
terrestres
;
presque vingt fois la distance calcule par Ptolme. Le diamtre du Soleil doit tre accru dans un rapport analogue il vaut non pas cinq fois et demie, mais cent neuf fois le diamtre de la Terre. La mthode par laquelle Hipparque et Ptolme, inspirs par Aristarque, avaient prtendu tirer les valuations relatives au
c'est
;
au point de vue du raisonnement gomtrique, parfaitement correcte au point de vue de la dtermination effective de la grandeur et de la position du Soleil, elle est extrmement dfectueuse ; le cne d'ombre de la Terre et le cne de diamtre apparent du Soleil sont deux cnes trs aigus dont les ouvertures diffrent trs peu les moindres erreurs dans la dtermination des angles aux sommets de ces cnes suffisent pour produire d'normes dplacements de la sphre qui est inscrite, la fois, en tous deux. C'est cette circonstance qui a laiss les anciens astronomes professer des opinions si grossirement errones sur la grandeur et la position du Soleil
Soleil des valuations relatives la
est,
; ;
Lune
i. t.
I,
XV;
t.
d.
I,
Halma,
p. 347;
346
2.
Claude
d. Heiberg-, pars
I,
E', u', p.
XVI;
d.
Halma,
d. Heiberg-, pars
E',
t',
p. 4*6.
35
grande partie, nous venons de le voir, les raisonnements d'Hipparque et de Ptolme; mais, pour Ptolme, l'valuation de la parallaxe lunaire a remplac la dtermination, que le Gomtre samien tait tenu de faire, de la position du Soleil au moment de la dichotomie.
trs
Eratosthne avait donn aux humains une mthode propre dterminer les dimensions de la Terre qui les porte, et il avait, le
premier, appliqu cette mthode. Aristarque de Samos leur avait montr comment on pouvait connatre la distance qui nous sparent du Soleil et de la Lune, et mesurer les grandeurs de ces astres.
hommes
tout
de connatre plus encore. Ces astres errants, Mercure, Vnus, Mars, Jupiter, Saturne, ces toiles fixes, quelles distances les sparent de nous? Quelle est La grosseur de chacun d'eux? La Syntaxe mathmatique de Claude Ptolme ne donnait aucune rponse cette queset lui faisait dsirer
de ceux qui la posaient aux Astronomes, une thorie fut propose longtemps, elle fut admise
tion.
Pour
satisfaire l'impatience
comme aussi sre que les doctrines d'ratosthne et d 'Aristarque, dont elle semblait tre le couronnement.
premier germe de cette doctrine, il nous faut remonter, dans le pass, jusqu'au temps o s'bauchait la thorie des plantes fonde sur la considration des picycles. Dans l'ouvrage o Tb>on de Smyrne nous a conserve L'ensei-
Pour
saisir' le
et
avaient
Hipparque, nous voyons cette thorie s'baucher, gardant encore, dans sa forme premire, Les traces bien visibles de la doctrine dont elle est issue, le La thorie des sphres homocentriqnes.
Le mouvement des divers astres errants Imite le mouvement qu'Hipparque a attribu au Soleil; La plante parcourt un cercle picycle dont le centre dcrit hu mme un ercle on< entrique au
i
36
L'A
COSMOLOGIE HELLNIQUE
Monde. Ce mouvement, d'ailleurs, est physiquement ralis de la manire suivante A chaque astre errant correspond une sphre creuse, un orbe compris entre deux surfaces sphriques concen:
triques au
Monde
entrain par le
mouvement
une sphre picycle qui contient l'astre et tourne sur elle-mme en mme temps qu'elle est entrane par la rotation de l'orbe. Or, lorsqu'il se propose de reprsenter ce mcanisme, Thon trace une figure qui mrite de retenir un instant notre attention, car nous y trouvons en germe la pense dont nous allons suivre le dveloppement.
ticuliers.
est enchsse
Cette
errant, de celui qui est le plus voisin des toiles fixes, partant de
Saturne. L'orbe des toiles fixes est limit par deux sphres con-
centriques au
Monde
il
en
est
de
mme
de l'orbe de Saturne
la
sphre qui forme la convexit de l'orbe de Saturne concide exactement avec la surface concave de l'orbite des toiles fixes. La
La supposition qu'implique une telle figure se trouve, d'ailleurs, formellement nonce un peu plus loin 2 traitant des mouvements du Soleil, de Mercure et de Vnus, Thon crit Il peut se faire qu'il existe un seul globe creux commun aux trois astres, et que leurs trois sphres pleines, contenues en l'paisseur du globe creux, aient un seul et mme centre de ces sph; : ;
du
Soleil
la
enfin la
est
commun
Kal
occuperait toute
to Tcv (38o
xal xoiYr^
nous gnralisons ces remarques, nous pourrons noncer les propositions suivantes comme vraisemblablement admises par
Si
Adraste d'Aphrodisias et par Thon de Smyrne Les orbes des divers astres errants et l'orbe des toiles fixes
:
Textum primus edidit, Theonis Smykx^ei Platonici Liber de Astronomia. Parisiis 849 cap. XXXII, pp. 282-283; pi. IV, descriptio X. Thon de Smyrne, philosophe platonicien, Exposition des connaissances utiles pour la lecture de Platon, traduite par J. Dupuis Paris, 1892; troisime partie, Astronomie; ch. XXXII, pp. 292-293. ?.. Thon de Smyrne, Op. laud., ch. XXXIII; d. Th. H. Martin, pp. 296-297 d. Dupuis, pp. 3oo-3oi.
i.
37
la
La sphre picycle disparut des thories astronomiques de YAlmagesle plong dans un fluide dnu de toute rsistance, chaque astre fut libre de dcrire une trajectoire dfinie au moyen d'un excentrique et d'un picycle purement idaux *. Toutefois, l'Astronomie de la Syntaxe mathmatique garde encore comme un
;
d'attribuer
excentrique et
l'astre errant.
le cercle
mouvement de
au moyen de sphres et d'orbes solides embots les uns dans les autres, Ptolme, dans ses Hypothses des plantes, devait les reprendre et les perfectionner comment il le fit, nous aurons occasion de le dire au prochain chapitre. C'est en admettant que chaque astre errant possde une sphre particulire que des. astronomes grecs inconnus, venus aprs Ptolme, ont tent de construire une thorie qui fit connatre les dimensions du Monde. Adraste et Thon admettaient la parfaite contigut des orbes successifs en outre, chacun de ces orbes, ils accordaient tout juste assez d'paisseur pour qu'il pt exactement contenir la sphre picycle. Ces deux principes ont t repris par les astronomes dont
;
;
nous parlons.
Ils
ont admis, en premier lieu, que les cieux des astres errants
que la surface convexe de chaque ciel concidait avec la surface concave du ciel suivant que la convexit de l'orbe de Saturne s'appliquait exactement la
se succdaient sans
;
;
aucune interruption
que L'orbe <le chaque astre errant avait une paisseur assez grande pour qu'en son mouveIls
ont suppos,
en second
lieu,
ment,
jamais
toucht
les limites
mais
ils
ont admis,
suffit
cet
que
il
l'astre
le
La
au
moment oii
Claom
pp.
I
l
est
plus loign
i,
t.
I'toi
mi
>
Composition math/natitte
[Link].-i,
II,
7.
7 /( - 2 7 r>
d, Heiberg,
lei l"W'_r.
pan
II.
lnutl.,
r^
n \\wr
II,
',
-/,
p,
IV
S',
ch.
|
't
d. [Link].
II,
pp
|..-i
(-)'
.y'/y
pp.
38
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
moment o
il
est aussi
rappro-
ch que possible du milieu de l'Univers. Selon cette dernire supposition, si l'on dsigne par
le
e la distance
rayon du cercle excentrique, par r le rayon du cercle picycle, enfin par p le rayon de l'astre, la surface convexe de l'orbite aura pour rayon
= R+e+r +
=R
e r
p,
L'paisseur de cette
mme
E
orbite sera
p).
= 2(e-\-r +
bite.
A
^
++^ R^R
e
1 _
R
Or, la Syntaxe mathmatique
astres errants, le rapport
trique, et aussi le rapport
,
_ _
R
connatre, pour chacun des
fait
du rayon de
le
l'picycle
l'excentrique
elle
dtermine donc
le
rapport y
permet de calculer
l'orbite
de
l'astre
rayon de
borne intrieurement. Mais, suivant les mthodes imagines par Aristarque de Samos et par Ptolme, la plus grande distance de la Lune au centre du Monde a t dtermine. Notre premire hypothse veut que cette ds distance soit gale au rayon intrieur de l'orbe de Mercure lors, la formule prcdente nous permettra de calculer le rayon
;
LES DIMENSIONS DV
MONDE
39
extrieur du
mme
sment gal au rayon intrieur du ciel de Vnus, dont le rayon extrieur pourra maintenant tre calcul. De proche en proche, cette mthode fera connatre les rayons de toutes les surfaces Sphriques qui sparent les unes des autres les diverses orbites, jusqu'au rayon de la sphre qui limite intrieurement le ciel des toiles fixes l seulement son pouvoir prendra fin. Une particularit bien remarquable de cette mthode, c'est qu'elle comporte une vrification. Prenant pour point de dpart la plus grande distance de la Lune la Terre, dtermine par Ptolme, elle conduit valuer la plus petite et la plus grande des distances du Soleil la Terre. Mais ces dernires distances, d autre part, se trouvent, directement dtermines, dans la Syntaxe mathmatique. Si les nombres obtenus par ces deux mthodes si diffrentes se trouvent tre les mmes, nos astronomes n'aurontils pas le droit de constater avec satisfaction une telle concordance, et d'y voir marque la justesse de leurs hypothses ? Lorsqu'en 450, Proclus devint, la tte de l'Ecole d'Athnes, le Successeur (Diadoque) de Syrianus, cette thorie avait t imagine et applique. Dans son Hypotypose, o il expose les hypothses du systme de Ptolme, le Philosophe platonicien nous la fait connatre* Ce qu'il en dit vaut d'tre reproduit en entier. Nous avons dj parl de l'ordre et du rang des plantes. Quelques-uns croient lavoir trouv par le moyen des apoges et des priges ils admettent que l'apoge de la Lune concide presque exactement (yyuTata o-ujjiatvov) avec le prige de Mercure que l'apoge de celui-ci concorde son tour avec le prige de Vnus, et l'apoge de Vnus avec le prige du Soleil de l rsulte d'une manire manifeste, selon eux, la place que ces astres occupent les uns par rapport aux autres. Ils prennent que la plus grande distance da la Lune la Terre est gale comme on
;
Ta dmontr, 64,10 rayons terrestres (64\ 10), et que la pins petite distance du Soleil gale 1160 rayons terrestres, dont
l'excs
qu
il
Supposant, d'abord, n'existe pas de vide dans l'Univers, mais que des sphres
est
sur
64,10
1096
peu
prs.
i. ffypothtxfis et poques des plantet de C. PTULMit e1 Hypotyposts de Proclus DiAUocHus; traduites pour la premire foie du Grec en Franafie j>nr M. l'Abb flnlmn, Paris. i8?n. Hypotyposes de Proclui Diadocvus, pbilotopbe friatonicien, ou reprsentation des hypothses astronomiqmss t pp. i'if-i/jfi'noci.i DiiDocm ffypotyposii astronomicarum ptfitionum, Bdidif Carolui Mani
tius. Lipsisr,
[Link], pp
2';'>-?
r
.
>.
40
valle,
les
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
philosophes croient devoir examiner les rapports des distances apoges et priges de Mercure et de Vnus et recher-
cher
s'ils
peuvent
satisfaire
ces nombres. Or
ils
trouvent que
le centre
du Zodiaque
de l'picycle
:
et le
mme
centre
comme
9i30' 334'
e
(
Ils
disent alors
Gomme
334'
la
64
grande distance de
e
Lune, est un quatrime terme, qu'ils trouvent gal 177 33 peu prs. C'est la plus grande distance de Mercure.
Or comme
l'cart entre
177\ 33 et 1160
qu'il n'y ait
soit
prige du Soleil,
pour que ce
comme Mercure
circule
prennent donc le rapport entre la distance du prige de Vnus au centre du Zodiaque et la distance de l'apoge au mme centre, rapport qui est celui de 1535'
Ils
de Vnus.
10425'
33,
distance
apoge de Mercure,
quatrime terme,
stance prige de
1
un quatrime
e
,
ternie
pqur valeur de ce
ils
e
trouvent 1150
160
du
en reliant les
termes extrmes par des termes moyens. Proclus le Diadoque parat avoir surtout vu, dans ce calcul 2 une preuve en faveur de l'ordre suivant lequel Ptolme avait rang Mercure, Vnus et le Soleil. La vogue dont bnficia bientt cette mthode propre dterminer les dimensions du systme du Monde
,
aux positions des divers astres assignes par la Syntaxe. Simplicius 3 attribue cette mthode une porte toute semblable celle que Proclus lui accordait. Il numre les arguments par lesquels on prouve que Vnus et Mercure sont situs au-desCela sous du Soleil, et termine son exposition par ces paroles se dmontre encore par les rapports entre les distances de leurs apoges et de leurs priges on dmontre, en effet, que la plus
:
<<
Ptolme et ses successeurs usent toujours de la division en signes (3o), (6o'), minutes (Go") et secondes pour valuer les dimensions des excentriques et picycles. L'unit de longueur est divise en 12 signes ou 36o. 2. M. G. Manitius (Procli Diadochi Hi/pott/posis, d. Manitius, pp. 3o7~3o8) a, dans ce calcul, relev diverses inexactitudes 3. SiMPUcu In Aristotelis de Cfo commentaria. Kdidit Karsten, Trajecti ad
i.
deers
Rhenum,
f\-]f\.
41
grande distance de Vnus la Terre est peu prs gale celle du Soleil, en sorte que Vnus est voisine du Soleil de mme, on dmontre que la plus grande distance de Mercure est peu prs gale la plus petite distance de Vnus, et que la plus grande distance de la Lune est peu prs gale la plus petite distance de Mercure . Simplicius ajoute Ces choses sont dmontres dans la Syntaxe de Ptolme le calcul en est fond sur l'cart entre le centre de l'excentrique de ces plantes et le centre de la Terre . Gomme Fa fait observer 'Giovanni Scbiaparelli ', ce passage qu'il en laisse supposer que Simplicius ne lisait gure la Syntaxe connaissait les thories par l'intermdiaire de YHypotypose de
;
Proclus,
le
qu'enfin,
il
attribuait avec
quelque imprudence Ptolme tout ce qu'il trouvait dans le livre du Diadoque. Il est possible galement que Simplicius, ordinairement si bien inform de la bibliographie des questions qu'il examine, ait puis ses renseignements la mme source que Proclus
et que,
de son temps,
l'crit
une opinion semblable celle que nous venons d'entendre mettre par Simplicius seulement, Proclus nommerait les Hypothses des plantes de Ptolme, tandis que Simplicius dsigne la Syntaxe. Voici ce tju'erit M. Manitius 2 Dj, au commentaire sur le Time, Proclus a donn, du problme en question^ un expos pntrant qui, mieux encore [que l'expos de Y Hypotypose], permet de reconnatre son point de vue. L, il indique quelle source il a puis. Dans la Syntaxe
;
:
mme
Ptolme, conduit par un examen judicieux et par la vraisemblance, a assigne au Soleil la place du milieu parmi les
[dit-il],
il
expose une
et
de Vnus,
entirement dtermine (Strlle er in Hypothesen, ohne sich jedoch auch hier mit rechter BeslimnUhit zu ussern, tint tahiengenidsse Berechnung der Entfernungcn des Merkur un<l det Venus
an).
i.
dm
latine
GlOVANXI SgHIAPAMBLI.I| in Ai. -BATTAMI iiv [Link] OU fistrono/licum oer$um, adnotationibu intructum * Carolo Alphonso Nalumo. Para primai Mediolani Insu bru m, iqo3, oota, |. 189 ' Paocu DiADOCHi ffypotypoit attronotnicariun potitionutn. Rdidil nrolua Manitius. Lipsis, M< Ml\. Anmerkungen, n, Sn
:
42
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
texte
du commentaire au Tirne, auquel se rfre M. C. Manitius, nous parat avoir un sens contraire celui que lui prte cet auteur. Voici, en effet, ce que nous y lisons
Le
*
:
Ptolme dans sa Syntaxe, en se laissant guider par la convenance et la probabilit, qu'il a admis que le rang du milieu parmi les sept astres errants appartenait au Soleil Mais, dans les Hypothses, il ne s'est gure tendu sur les distances, en sorte qu'il ne aisonne pas non plus, dans cet ouvrage, sur ces distances ('Ev 8 rat r7Co9<remv sx rv ftoanr)fJiit>v t> itvu 8 taxe i C'est, dit
c
v6jjlvo
o8 sv Tautou o-tXoyietar.
fttpi
atwv).
Vnus, un calcul tout semblable celui qu'il a dvelopp dans YHypotypose. Ce calcul, il le fait suivre de ces paroles
:
ne faut pas, en effet, qu'il y ait aucun vide. Ptolme conclut donc en de semblables termes que le Soleil est l'astre du (Aet 8 oSv elvat. xevv. '0 |xv milieu parmi les astres errants ot>v Et[JLaIo ev toioutot X6yot. cruvyei pi<rov elvat. tov ^Xtv t&v
Il
krjzk 7tX<xv7i?to>>).
mathmaticiens qui raisonnent selon les apparences. Nous trouvons ici l'affirmation formelle qu'aux Hypothses, Pto-
lme ne raisonnait aucunement sur les distances des astres. Or cette affirmation est parfaitement conforme ce que va nous apprendre la lecture de cet ouvrage. Le texte grec du second livre des Hypothses des plantes est perdu, mais on en possde une traduction arabe, assez mdiocre d'ailleurs. De cette traduction arabe, une version allemande, commence par L. Nix, et acheve, aprs la mort de celui-ci, par MM. F. Buhl et P. Heegard* a t rcemment publie. Or nous y
trouvons le passage suivant
8
:
Les
mmes
;
fait
Vnus
ne se trouvaient pas au-dessus du Soleil, mais bien entre le Soleil et la Lune cela est ncessaire pour que cet espace intermdiaire, que la simple apparence et la dtermination prcise des distances s'accordent montrer si grand, ne demeure pas vide, comme si la Nature l'avait oubli et dlaiss au point qu'il ne lui ft d'aucun usage il faut, au contraire, prendre les distances de ces deux
;
i.
Timum commentaria.
:
Lipsiae,
MCMVI,
:
t. III,
pp. 62-63.
o ev raturai;, le texte porte les mots ovc? ev rorot que cer2. Avant tains diteurs suppriment, semble-t-il, avec raison. quoi se rapporte-
raient-ils ?
3. Claudii Ptolemaei Opra qu exstant omnia. Vol. II. Opra astronomica minora. Edidit J.-L. Heiberg'. Lipsiae, MDCCCCVII. 'Y7ro6so-ewv rto Aocvcou.'jwj B'. Ex Arabico interpretatus est Ludovicus Nix; p. n8.
43
de la Terre de telle sorte que cet espace intermdiaire se trouve exactement rempli par
toiles qui sont, plus
les autres, voisines
que
parleurs orbes]. Lorsque Proclus crit Ptolme conclut en de semblables termes que le Soleil est l'astre du milieu parmi les astres errants , il ne semble pas qu'il ait l'intention d'attribuer Ptolme le calcul des distances de Vnus et de Mercure qu'il a dvelopp, mais seulement le principe que suppose ce calcul et qu'il vient de rappeler en dernier lieu Il ne peut y avoir d'espace vide, 8e 8 oov etvott xev6v . Et ce principe est bien celui que Ptolme
elles seules [c'est--dire
:
:
du
Soleil.
avance que ce
au temps o il crivait, adjoint la Syntaxe et attribu Ptolme. Il semble que cet ouvrage, ou un ouvrage semblable, ait circul, dans l'Antiquit, Sous le nom d'Archimde; c'est, du moins, voici, en eifct, la supposition que suggre la lecture de Macrobe
;
'
Archimde a pens
dterminer
le
nombre
Soleil, Jupiter
qu'il avait
il
mesur par
comme
ne
uns des autres. L'existence d'un tel livre sur la distance des plantes et son attribution Ptolme sont mentionnes, deux reprises, par le clbre astronome \lbyroun) Dans son important ouvrage sur L'Inde, Albyrouny rapporte * qu'en l'an 161 de l'hgire (777-778 aprs J.-C), lacoul ben Tariq
les
.
La
i. TmoDOfiii Viibrosii VfAcnoBii Commentariui ex Cicrone in tomnium Sri* pioni : lil> II. en p. III. Vrnhic text edited by Ed. Sachau, Loodon, 18871 r: Ts. Ai. Biruni, hi'h /. l.v pp. [Link]-jlisli dition Sacha u, London, 1888, l. II, pp In Bd 'i- a 16 une note de renseignements but Albyrouuv sont emprunts M Villinn, <l;ms son dition de \\. IJattami Opltn mtrnnomicum, pars prima, \\i-<\ iohmi, mi".'', pp. ''Sj
44
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
par la doctrine grecque dont Proclus et Simplicius ont fait mention, en diffre cependant en un point. Les Indiens s'imaginaient que des orbes contigus ne pourraient tourner indpendamment les uns des autres. Ils sparaient donc les sphres solides des divers astres par des intervalles vides dans lesquels ils plaaient des billes destines assurer la libert des diverses rotations. A cette supposition puaux billes interrile, ils en joignaient une autre, fort arbitraire cales entre deux orbites, ils attribuaient exactement la mme grosseur qu' l'astre contenu en l'orbite infrieure.
la Terre. Cette thorie, inspire sans doute
;
Aprs avoir fait connatre les nombres que cette thorie, emprunte aux Indiens, avait fournis Iacoub ben Tariq, Albyrouny Cette opinion diffre de celle sur laquelle Ptolme, ajoute dans son livre Al Manshourat, a fond le calcul des distances, opinion que les Anciens et les Modernes ont suivie. Le principe admis par ceux-ci est que la plus grande distance de chaque plante est gale la plus petite distance de la plante suivante, et qu'il n'existe, entre leurs deux orbites, aucun espace inutile . Albyrouny, dans ses lments d'Astronomie \ dit encore Les rapports des diamtres des plantes et des toiles fixes au diamtre du Soleil sont galement connus, selon ce qui est expos dans le livre Ai Manshourat. Ces rapports, nous les avons donns dans nos tables conformment l'opinion de Ptolme, et tels qu'il les en effet, les opinions des autres astronomes ne nous a trouvs ont pas sembl aussi sres . On possdait donc chez les Arabes un livre, intitul Al Manshourat, c'est--dire De mensura, dont la composition tait attribue ce livre traitait de la distance fies divers astres la Ptolme Terre et de* la grandeur de ces astres la mthode employe tait celle dont Proclus et Simplicius nous ont donn un rsum. Albyrouny dclare que la mthode donne dans Al Manshourat pour dterminer les distances des divers astres la Terre avait t adopte par les Anciens comme par les Modernes. Nombreux, en effet, sont les astronomes arabes qui ont expos ce calcul ou qui en ont, du moins, nonc le principe. Le plus ancien de ces astronomes et, sans doute, celui qui a le
: : ; ;
Mohammed
ben Kotsar al Fergani (mort en 833 ou en 844), qui composa, au dbut du neuvime sicle, une sorte de rsum de YAlmageste.
En
i. Albyrouny, Elementa Astronom, texte arabe indit nale, fonds arabe, ms. n 2/497, f'- ^3, recto.
Bibliothque natio-
Ao
et
Lunensis).
Les manuscrits de cette traduction se rpandirent, trs nombreux, dans les coles du Moyen- Age l o la mesure des dimensions du
ment
se
2
attribue Alfraganus.
C'est
au chapitre XXI de l'abrg de Jean de Luna qu'est expola mthode propre dterminer la distance entre la Terre
et les astres.
Aprs avoir numr les toiles selon leurs divers ordres, dit Al Fergani, donnons la mesure de leurs distances la Terre. Dans son livre, Ptolme nous a seulement fait connatre la distance du mais nous n'avons pas trouv Soleil et de la Lune la Terre il s'est content de qu'il ait parl des distances des autres toiles dire ce que nous avons rapport ci-dessus touchant la distance des centres des orbites au centre de la Terre, et la grandeur des orbes de rvolution [picycles]. Ayant donc admis que la plus grande distance de la Terre l'ensemble des deux cercles de la Lune, savoir l'ensemble de l'orbe excentrique et de l'orbe picycle, tait la moindre distance de Mercure la Terre, nous avons nous avons fait usage du rapport que nous avions dtermin ensuite rpt la mme opration pour Vnus et pour Mercuie nous avons ainsi trouv que la plus grande distance de la Terre l'ensemble des deux orbites de Vnus concidait avec la plus petite distance du Soleil dtermine par Ptolme. Nous avons dmontr par l qu'il n'y avait point de vide entre les orbes. Nous avons ensuite opr de mme pour les autres toiles jusqu' ce que nous soyons parvenu l'orbe des toiles fixes qui a pour centre le centre de la Terre.
; ;
i>
latin) de ta Bibliothque au fol. 142, col. b, se trouve l'crit intitul Inci/tii liber de aggregationibut itellarum et (b) principiis celettiutn (;) r/iotuum quern Ametus filius Ameti qui dicti s est ALFRAGANUS CQmpilaoit, trea ^ en continent capitula. Cette traduction fut imprime pour la premire Brevii ac perutili cotnpilatio [Link] aslronomorum i4o3i sous ce titre pet itissirni toitun id contineru quod <i<l radimenta astronomie** est opportuntun. Le colophon de cette dition porte Impreaaum Ferrare arte et impcnati Ann<> Incarnai OOil verlu 1V.1'. Andr; gall viri impressoric h rt < peritissiin t rimprime A Nuremberg en die veto lercia Septembrie* Cette version i53/, -t A Paria en i546 Kn 1669, Uoliuaa publi, i materdam, une veraion du trait d'Al Fergani, Faite sur le leste arabe. teientie. [a] Le ma. ajoute, en cal endroit, le mot
i.
nationale o, du
124. col. d,
f'< >
;>
h)
Au
lieu de
e/,
le
ms
porte
in*
fl
tulant terra
Bibliothque nationale, fonda latin, ms. n 7198, fol. i'A-j, .'/. De mriisurii fangitudinuin etetlurukk fixnrum et
col. c.
Capirurrenfium t
:
40
lA COSMOLOGIE HKLLiNiyUfc
Distances
Prige de la Lune
33^55
64^16
167
) )
Apoge de
et
la
Lune
:
prige de Mercure
et
et
Apoge de prige du
Vnus
Soleil
:
1120
)
Apoge
et
du
de
Soleil
prige de
Mars
1220
$
)
A A
A
A
Apoge
et prige
Mars
:
de Jupiter
8876
)
J
Apoge de Jupiter
et
prige de Saturne
14405
)
Apoge de Saturne
et distance
fixes
:
des toiles
rayon terrestre 3250 milles, et que le mille dont il faisait usage valait 1973 mtres l on connatra trs exactement les dimensions qu'il attribuait au systme du Monde. Le trait Al Manshourat, attribu Ptolme, ne se bornait pas, si nous en croyons Albyrouny, dterminer les distances des divers astres errants la Terre il faisait, en outre, connatre les grandeurs de ces astres la dtermination de ces grandeurs fait galement l'objet d'un chapitre du trait d'Al Fergani 2 Les distances des plantes une fois connues, cette dtermination se tire de la mesure des diamtres apparents. Al Fergani attribue ainsi au Soleil un diamtre de 35.941 milles, et la Lune un diamtre de 1,911 milles, alors qu'il a donn la Terre un diamtre de 6.500 milles. Mercure et Vnus sont le diamtre de Mercure n'est que la plus petits que la Terre Mars, Jupiter et Saturne, au 28 e partie du diamtre terrestre
Si
le
,
;
i.
Nallino, in
Iiisu-
1903, p. 286, en note. 2. Bibliothque nationale, fonds latin, n 7298, fol. i38, col. a lum 22. De mensura stellarum et quantitate mensure terre quantum
brum,
apitu-
ad mensu-
ram cujusque
stellarum.
47
la surpasse peine,
que
la Terre
Mars
mais
le
tres terrestres, et le
mme
unit, vaut
4-
Le clbre astronome sabian Thbit ben Kourrah, dont nous aurons parler aux deux chapitres suivants, appartient la fin du neuvime sicle de notre re, car il mourut en 901. 11 avait adopt, pour dterminer les dimensions du systme du Monde, la mthode mise en uvre par Al Fergani. Thbit indiquait le principe de cette mthode au sixime chapitre
De
.
his
qu
indigent expositione
dit-il
,
Lorsque la Lune,
est
de sa course,.... sa distance est gale la plus petite distance o Mercure puisse se trouver de la Terre de mme, le lieu le plus loign qui soit sur la trajectoire de Mercure... concide avec le lieu le plus rapproch qui se rencontre en la trajectoire de Vnus . Et ainsi de suite.
;
Sur ce mme principe repose l'opuscule De quantitate stellarum et planetarnm 2 que Thbit ben Kourrah a consacr la mesure du systme du Monde. Les nombres donns par Thbit en cet ouvrage diffrent fort peu de ceux qu'avait dtermins Al Fergani.
le
La dtermination des distances des diverses plantes la Terre, calcul de la grosseur de ces astres faisaient l'objet, pour les
ce chapitre leur paraissait fond sur des
mie
principes aussi
solides
que
les thories
de YAlmageste dont
;
il
tait,
leur avis, le
complment indispensable l'exemple d'Al Fergani et de Thbith ben Kourrah, plusieurs de ces astronomes l'insrent en leurs traits c'est, en particulier, ce que fait Al Battani. Abou Abd Allah Mohammed ben Gabir ben Sinan (ar Raqqi) al Harrani, surnomm Al Battani, vcut la fin du ix e sicle et au commencement du x* sicle. Les observations astronomiques qui
;
se trouvent rapportes
l'anne 918.
Il
i. Bibliothque nationale,, fonds latin, ras. n 7298, fol. 84, col. b Incifnt liber Thbbith jJenchohath d hi </ue indujrnt [Link] untet/iuim leijatur Almaget. Pol. w>, col. b. Cepitulum VI. De longitudinibue pleneterun et
:
:
tellerum
Terre.
:
2. Bibliothque national*, Fonde latin, imh. n 729H, fol. *K, col. 1 fneipii liber Thbbit de <{iuuitit<ite stellarum et plunetarum, et primo Terre. iol. 8y, col. c KxplUU liber Tmumt de quantitatibus steilurum.
:
48
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
les crits qu'il a laisss, le
Parmi
titre
et
de Zig, gnralement attribu aux tables astronomiques la version latine qu'en a donne, vers le milieu du xn e sicle, Platon de Tivoli [Plato Tibitrtinus) porte, selon les manuscrits, fort nombreux, o on la rencontre, des titres varis De scientia stellarum, De motte stellarum, De mensuris stellarum, etc. L'auteur y est nomm Albatenius ouAlbategnius c'est le nom sous lequel il fut clbre durant tout le Moyen-Age \ Le manuscrit arabe du trait d'Al Battani a t conserv la Bibliothque de l'Escurial. En ces dernires annes, M. Nallino a publi ce texte arabe 2 il l'a, en outre, traduit en latin, et enrichi de notes qui sont une abondante source de renseignements pour l'histoire de l'Astronomie grecque et arabe. Nous avons souvent puis cette source. Le cinquantime chapitre de l'ouvrage d'Al Battani 3 se propose
: ; ;
de nous
ntes, leurs
volumes et les grandeurs de leurs orbites, tels que les donne la mthode indique par les Anciens Le principe de cette mthode parat l'auteur vrit si fortement tablie qu'il ne prend mme pas la peine de le formuler avant de l'appliquer.
.
Les distances des plantes suprieures la Terre sont plus faibles selon les valuations d'Al Battani qu'au gr des calculs d'Al Fergani. On peut en juger par le tableau suivant, o ces distances
sont donnes en rayons terrestres. Nous avons galement inscrit
dans ce tableau les distances dtermines, un peu avant l'an 913, par lbn Bosteh *.
i.
Continentur
Rudimenta astronomica Alfragani. Item Albategnius astronomus peritissimus de motu stellarum ex observt ionibus tum propriis tum Ptolomaei omnia cum demonstrationibus Geometricis et Additionibus Ioannis de Regiomonte, Patauii habita cum Alfraganum publie praelegeret Eiusdem introductio in elementa Euclidis. Item Epistola Philippi Melanthonis nuncupatoria ad Senatum Noribergensem. Omnia iam recens praelis publicata. Norimbergae auno MDXXXV1I.
in hoc libro
.
Certains exemplaires renferment seulement l'ouvrage d'Al Fergani et celui d'Al Battani. Ils portent le titre suivant Brevis ac perutilis compilatio Alfragani astronomi peritissimi, totum id continens quod ad rudimenta Astronomica Explicit Alfraganus Norimbergae apud Ioh. est opportanum. Fol. 26, ro Puis, fol. 1, r Pr/atio Platonis Petreium, anno salutis MDXXXV1I. Tiburtini in Albategnium. Fol. 90, r Finis. 2. Al Battani sive Albatenii Opus astronomicum, ad fidem codicis Escurialensis arabice editum, latine versum, adnotationibus instructum a Carolo Alphonso Nallino. 3 partes. Mediolani Insubrum 1899-1907 (Publicazioni del Reale Osservatorio di Brera in Milano. N. XL). 3. Al Battani Opus astronomicum, d. Nallino. Pars prima, Mediolani, 1903; Caput L De planetarum distantiis et diametris, de magnitudine eorum corporum et sphrarum, ut traduntur juxta ea quae veteres narraverunt, pp. 120-124. 4- Kitb al-A'lk an-NaJisah VII auctore Ibn-Rosteh, et Kitb al-Boldn
:
LllS
[Link]
DU MONDE
49
Distances
';n
Selon
Rayons
terrestres
Al Fergani
Al Battani
Ibu Rosteh
Prige de
la
Lune Lune
i
....
)
)
33,55
33,55
Apoge de
la
Prige de Mercure
<
167
1
<*i
166
64^
IG6
) )
120
1070
,0 7<J
1220
Prige de Mars
u46
8022
1260
Apoge de Mars
Prige de Jupiter
>
8876
8820
Apoge de Jupiter
Prige de Saturne
i445
12924
14187
Apoge de Saturne
Prige des toiles fixes
)
'
201 10
18094
20000
Les diamtres qu'Ai Battani attribue aux diverses plantes difles rapfrent assez peu de ceux que leur attribuait Al Fergani ports de ces diamtres au diamtre terrestre sbnt les suivants
;
:
Mercure
10
'
2b, 20
Venus
Mars
Jupiter
1
Saturne
14
Au
x e sicle
de notre re,
\rs
auctorc ai^Ia
KiiB,
Al Battam,
DUHfcM
d. M. J- de Goeje, Lugdun Batvorunii 180s, pp. d. Nallino, pan 1. pp. 186-187 (Note le M. NtlIlDO),
T.
II.
50
cier de Philosophie.
La cosmologie hellnique
Leur premire cole philosophique fut celle des Frres de la Puret et de la Sincrit. Ces sages nous ont laiss une encyclopdie o toutes les sciences se trouvent exposes et coordonnes entre elles, suivant des principes que fournit un Pripattisme fort incomplet et superficiel.
Cette encyclopdie, que composent cinquante et
est
un
traits,
nous
un autre texte, moins complet, se trouve la Bibliode Paris thque impriale de Vienne. D'aprs ces textes, M. Dieterici a
publi une traduction allemande
*
du second
trait
de l'encyavec des
chapitre.
Ptolme y
est
et
un prochain
y sont contenus. Gomment ces mesures ont-elles t obtenues ? C'est ce que les auteurs se gardent de nous dire ils se bornent, sans aucun doute, les extraire de quelque
;
trait
astronomique.
,
Pour chacune des sphres, disent-ils 2 il y a une paisseur et un diamtre pour toutes, l'paisseur est moindre que le diamtre, sauf pour la Terre, dont l'paisseur est gale au diamtre la Terre, en effet, n'est pas une sphre creuse, mais une sphre pleine. Mais pour les autres sphres, qui sont des sphres creu;
au diamtre.
est
Le diamtre de la Terre
de 2167
parasanges
8
.
Le grand
L'paisseur de
l'air est
Friedrich Dieterici, Die Philosophie der Araber im IX und Jahrundert nus der Thologie des Aristoteles^den Abhandlungen Alfrbis und den Schriftcn der lautern Brader. Vtes Buch Die Naturanschauung und Naturphilosophie. 2*e Ausgabe, Leipzig-, 1876.
i.
n. Clir.
2.
F. Dieterici,
3.
Op. laud., d. cit., pp. 3i-32. Le ms. de Vienne porte 2177. D'aprs la mesure arabe du degr effectue
par Al
Aman,
le
~
o
un parasange.
;
le
avec Archi-
mde, on prend
lieu de 2167.
tt
=z
27
7
*-
M.
Dieterici pense
donc
au
LS DIMENSIONS DU MONDE
l
5i
le diamtre de mtre terrestre il comprend 35755 parasanges la sphre de l'air est gal au double de son paisseur augment du diamtre de la Terre. L'paisseur de la sphre de la Lune est gale l'paisseur de l'air le diamtre de cette sphre est gal au double de son paisseur augment du diamtre de la sphre de l'air . On remarquera qu'en ce calcul, il n'est aucunement question d'une sphre de feu cependant, au troisime trait de leur encyclopdie, les Frres de la Puret parlent 2 des quatre lments selon l'enseignement de la Physique pripatticienne. La raison de cette apparente contradiction est aise dcouvrir. Si les Frres de la Puret omettent, dans l'numration des sphres, de compter la sphre du feu et aussi celle de l'eau, c'est afin de compter 8 cinq sphres infrieures au Soleil (la terre, l'air, la Lune, Mercure, Vnus) comme ils en comptent cinq qui
; ;
;
sont au-dessus
les fixes
et la
du
en
effet,
pour
vers
4
eux,
.
un nombre
Du passage que nous avons rapport, on conclut que la distance du centre du Monde au prige de la Lune est de 34 rayons
terrestres et
que
la distance
de ce
;
mme
centre l'apoge de la
de 67 rayons terrestres le premier de ces nombres et, surtout, le dernier, sont sensiblement plus forts que les nombres admis d'un commun accord par Al Fergani, Al Battani et lbn
est
Lune
Rosteh.
du centre
277
il
surpasse extr-
mement
que nous fournissent les autres astronomes arabes. Ce dsaccord disparait si Ton admet qu'il faille, au lieu de 105 diamtres, lire 105 dcmi-diamhlrvs l'apoge de Mercure se trouve alors plac 172 rayons terrestres du centre du Monde cette valuation ne surpasse que d'une faible quanles diverses valuations
;
i.
fois 1/2 le
nombre 2167
donne 35764
2.
F. Difterici,
3.
Die Lehre von der Weltseele bel den Arabern m ,Y. Jahrhundert, Leipzig, 1872, pp. 2-3 (Traduction du trfnte-ctrUDme Irai t des Prrei
4. F. Dieterici,
de
la Puret).
32
tit les
LA COSMOLOGIE HELLENIQUE
par Ibn Rosteh. Nous croyons qu'une correction semblable doit porter sur toutes les valuations donnes ultrieurement par les Frres de la Puret les nombres qu'ils noncent comme mesurant, en diamtres terrestres, les paisseurs des diverses sphres clestes doivent
;
tre pris
comme
en
rayons terrestres.
les distances
valuations
corri-
ges.
Corriges
Non
corriges
Du
prige de la
Lune
34
67
et
172
277
et
1087
2107
1187
2307
et
8843
17619
De
et
l'apoge de Jupiter
du prige de Saturne.
14370
)
28673
De l'apoge de Saturne
21975
43883
De
la
33975
6 7 883
que
le
diamtre apparent
du Soleil est 31', et que la Lune, lorsqu'elle se trouve sa moyenne distance de la Terre, a mme diamtre apparent que
le Soleil.
1. L'paisseur de l'orbe du Soleil est donne seulement par de Vienne. Le ms. de Paris l'a laisse en blanc. 2. K. Dieterici, Op. laud.y d. cit., pp. 33-35.
le
manuscrit
53
avis, les
Les rayons des divers astres errants ont, leur ports suivants au rayon de la Terre
:
rap-
La Lune
Mercure
.
28
1
28
j>_
Vnus
Le
Soleil.
12
...
5^
1
-g
Mars
Jupiter
Saturne
.... ....
4
2
Enfin les toiles fixes sont toutes plus grosses que la Terre
il
le
par 4 j
La dtermination des dimensions du systme du Monde parat galement avoir fait l'objet d'un Trait des distances compos, dans la premire moiti du x e sicle, par l'astronome Abd-el-Aziz Al Kabici, que le Moyen- Age a nomm Alchabitius. Nous connaissons seulement ce trait par la mention qu'en fait Mose Mamonide
!
.
Dans la premire moiti du xn e sicle, le Juif espagnol Abraham bar Hiyya 2 reproduit, en les altrant quelque peu, les valeurs
qu'Ai Battani avait attribues aux distances des divers astres.
fait
Il
remarquer que ces valeurs sont infrieures celles qu'avaient donnes les anciens c'est sans doute Al Fergani et Thbit ben Kourrab que dsignent ces mots. Tous les auteurs qui traitent des dimensions du systme du Monde admettent sans contestation le principe pos par les astronomes grecs dont Proclus nous a transmis l'enseignement. Mose Mamonide est le seul qui apporte une restriction ce principe.
;
I. Le guide des garas, trait de Thologit rt <ir PhiloOphi par MoM hiv Maimoun Hit Mamonide. publia pour la premire fois dans PoriginaJ arabe, <' accompagn d'une traduction franaise et de notes critiques, littraire! explicatives par S. Munk Paris. 1856-1866; deuxime partir, cha3 vol. mise par Munk pitre XXIV, t. II, p. Kji (Au sujet d'Al Kabici, voir la note au bas de cette pa^e).
I
?.
a.
Al Battani
?#-)
(Note do
M. Nallino).
54
Voici,
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
en
effet,
comment
il
s'exprime
minimum
de la Terre et la concavit des toiles fixes, la distance ne peut nullement tre moindre, mais il est possible qu'elle soit plusieurs fois aussi grande. En effet, l'paisseur des corps des orbes n'a t
dtermine
par
dmonstration
qu'
et,
son minimum,
comme
il
miner exactement l'paisseur des corps intermdiaires que, suivant Thbit, le raisonnement nous force d'admettre entre chaque
couple de sphres, ces corps n'ayant point d'toiles entre lesquelles on puisse en faire la dmonstration. Quant la sphre des
toiles fixes,
ans de marche,
comme on peut
toiles,
le
ques-unes de ses
Un volume dpassant
terrestre
;
du globe
mais
il
se
peut que l'paisseur de cette sphre soit encore plus forte. Pour ce qui est de la neuvime sphre, qui impose le mouvement diurne tout l'ensemble du ciel, on n'en connat point la mesure car, comme elle n'a pas d'toiles, nous n'avons aucun moyen d'en connatre la grandeur. La mthode par laquelle les astronomes grecs et arabes avaient dtermin les dimensions du systme des astres nous parat,
;
d'un sourire ddaigneux cet ensemble de suppositions puriles et cependant Mamonide dont le sens critique est particulirement
aiguis, dont l'esprit est prudent, parfois jusqu'au scepticisme,
pas nommer cette mthode 2 une dmonstration vraie, dans laquelle il n'y a rien de douteux. Un tel jugement peut nous surprendre, au premier abord. Mais
n'hsite
:
chassons, pour
un moment, de
labeur sept
fois sculaire a
rassembles
dans l'tat o se trouvait celle d'un astronome du douzime sicle examinons alors la mthode employe pour dterminer les distances des astres et leurs grandeurs nous ne manquerons certainement pas de la juger comme la jugeait Mamonide.
;
Mose Mamonide, Le guide des gars, troisime partie, ch. XIV; d. III, pp. t 99-101. La distance donne par Mamonide esta peu prs celle que donne Al Ferg-ani, selon la note mise par Munk au bas de la
i.
Munk,
I>a^e 992.
Mose Mamonide, Le guide des gars, deuxime partie, ch. XXIV; trad.
t. II,
Munk,
p.
187.
LES DIMENSIONS DU
MONDE
?
55
Que suppose, en
effet, cette
mthode
mesurer la distance qui spare la Terre de la Lune or ce problme est rsolu, et la solution, uvre gniale dAristarque de Samos et de Ptolme, a la certitude d'un thorme de Gomtrie sans doute, elle exige des observations dlicates, auxquelles les instruments rudimentaires des anciens refusaient toute exactitude mais s'il nous est
Elle suppose, en premier lieu, qu'on sache
; ;
une technique
insuffisante les
conduits, rien
assurment ne
La mthode en question regarde, en outre, comme avr le systme des mouvements clestes que dcrit la Grande syntaxe mathmatique de Ptolme. Mais, si les philosophes se montrent
parfois sceptiques au sujet des hypothses qui portent ce systme,
fonde en raison.
dit
1
,
En admettant
hypothses ne se trouvent pas en dfaut d'une seule minute . Qui donc oserait rvoquer en doute cette Astronomie, alors qu'elle permet de construire des phmrides o les moindres phnomnes clestes sont prdits, la minute prs, de longues annes d'avance? Et, tout prendre, avons-nous aujourd'hui des raisons d'un autre ordre pour nous fier la Mcanique cleste de Newton? Aux principes de la Syntaxe mathmatique, la thorie qui prtend mesurer le Monde joint une nouvelle hypothse Il n'y a pas de vide entre les orbes des divers astres il n'y a rien de superflu dans l'paisseur accorde l'orbite de chaque astre. Mais combien cette hypothse est simple, et comme elle convient bien la Physique hellne ou arabe D'ailleurs la thorie fonde sur ces hypothses qui, toutes, paraissent si exactement assures, s'offre d'elle-mme un essai qui permette d'en apprcier la solidit. Elle value les distances priges et apoges du Soleil que Ptolme a dtermines, d'ailleurs, par la mthode d'Aristarque on peut donc comparer les valuations qu'elle fournit celles qu'on a tires de principes tout diffrents et trs srs et cette comparaison permet de constater un accord trs satisfaisant. Comment une thorie qui peut subir avec ce succs l'preuve d'un tel contrle ne rallierait-elle pas tous les suffrage! ? Parmi les systmes scientifiques qui ont vogue aujourd'hui parmi nous, en est-il beaucoup qui aient, a notre
les calculs faits d'aprs ces
: ;
Ptolme,
Mamonide
Moisi Mamonide, ht
XXIV
trad.
Munk,
p.
uyi.
")()
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
assentiment, plus de droits que cette mthode, propre mesurer l'Univers, n'en avait la confiance d'un Al Fergani, d'un Al Bat-
ou d'un Mamonide ? Les Grecs et les Arabes n'avaient obtenu, par les divers proccds que nous avons dcrits, que des renseignements fort inexacts sur les dimensions des astres errants et sur leurs distances la Terre. Voyons cependant quel degr de justesse tait parvenue l'ide qu'ils s'taient faite des dimensions de l'Univers. La grosseur qu'ils avaient attribue la Lune n'tait pas extrmement diffrente de la vrit, puisque Ptolme prenait le rayon
tani
du
5
qu'il
en vaut, en
du rayon
terrestre.
que les anciens les avaient valus, s'cartaient bien davantage de ceux qui nous sont aujourd'hui connus Le diamtre qu'ils donnaient Mercure tait presque neuf fois trop petit celui de Vnus tait trois fois trop faible il en tait peu prs de mme de celui de Jupiter et il et fallu doubler le rayon qu'ils assignaient Saturne pour obtenir le vritable rayon de cet astre. En revanche, les dimensions linaires qu'ils attribuaient Mars taient plus du double des dimensions
Les diamtres des plantes,
;
exactes.
En
c'est
importante vrit
moindres que la Terre, qu'il en est de plus grandes, enfin qu'aucune d'entre elles n'est immensment plus petite, ni immensment plus grande que le globe habit par les humains. Bien autrement inexacte tait l'opinion que les Grecs et les Arabes avaient conue touchant la grandeur du Soleil. On s'en tenait, en gnral, l'valuation de Ptolme, et l'on pensait que le diamtre du Soleil vaut cinq fois et demie celui de la Terre, alors qu'il est peu prs cent-neuf fois plus grand que ce dernier. Selon cette valuation, le Soleil restait bien le plus grand des astres mme comerrants mais il surpassait de peu Jupiter et Saturne par celui de la Terre, son volume ne se montrait pas immense il tait 167 fois plus grand que celui de notre globe. Lorsqu'on examine les dimensions des divers astres, telles qu'elles nous sont aujourd'hui connues, on est tout d'abord frapp par l'normit du Soleil l'excs de son volume sur celui de la Terre, de la Lune ou de l'une quelconque des plantes suffirait nous faire souponner qu'il est, parmi ces astres, dou d'un rle priil
qu
LES DIMENSIONS DU
MONDE
il
57
vilgi
nous sug-
Les valuations des grandeurs astrales que Ptolme et les astronomes arabes ont transmises aux chrtiens d'Occident
n'avaient rien qui leur pt insinuer
surpassait
si
un
telle supposition.
Le
Soleil
Saturne qu'il
Terre,
cependant incomparablement plus petit que l'ensemble des lments contenus dans la concavit de l'orbe lunaire qu'il tournt autour de cette norme masse immobile, il n'y avait,
il tait,
;
en cette supposition, rien qui ft choquant. Si les grandeurs qu'ils attribuaient aux astres ne pouvaient, aux astronomes musulmans ou chrtiens du Moyen Age, suggrer l'hypothse hliocentrique, les dimensions qu'ils assignaient aux
diverses orbites les dtournaient d'adopter cette supposition.
Seule, la distance de la
Lune
la Terre,
nomes
ces
de
aux distances entre la Terre et les plantes suprieures taient fausses par des erreurs du mme ordre. Les savants du Moyen Age avaient imagin un systme solaire incomparablement plus petit que le systme ralis par la nature. Mamonide, il est
tani
vrai, avait
mes
taient des
minima,
et
rpter la
mme
ni
observation
Campanus
aucun astronome mdival n'et song que les distances calcules par Al Fergani, par Al Battani dussent tre dcuples, voire mme deux fois dcuples. D'ailleurs, et-il fait subir cette norme correction aux nombres
les
([ne
Anciens
lui
une plus juste ide de lloignement des toiles fixes. Une thorie dans laquelle il n'y avait rien de douteux l'assurait que la plus grande distance de Saturne la Terre mesurait le rayon de et-il recul quelque peu cotte sphre afin le la sphre toile loger un de ces corps intermdiaires que rclamai! la Physique de Thbit ben Kourrah ou de Ibn-al-Ilaitam, qu'il n et point, La distance des toiles pour cela, renonc cette affirmation ti\es la Terre est du mme ordre <lr grandeur que distance et de Jupiter de Saturne Or cette affirmation entranait la ngation de l'hypothse hlio;
:
Ifl
58
centrique
rait
effet
;
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
si elle
effet,
la Terre ne pour-
mouvement
et pour
de produire une parallaxe mesurable de toiles fixes. L'absence de toute parallaxe sensible pour les astres de la huitime sphre fournissait un puissant argument ceux qui voulaient prouver que la Terre ne sort jamais de son lieu dans l'Antiquit comme au Moyen-Age, ils ont constamment us de cet argument en agissant ainsi, ils demeuraient consquents avec les opinions admises touchant les dimensions de la huitime sphre. Pour chapper aux prises de la raison qui leur tait ainsi oppose, pour concilier l'hypothse d'une circulation de la Terre autour du Soleil avec l'inaccessible petitesse de la parallaxe des toiles fixes, les partisans du systme hliocentrique devront rejeter les toiles une immense distance de la Terre ils devront dilater en d'extraordinaires proportions la huitime sphre que les Al Fergani
; ;
et les
CHAPITRE X
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
Le systme d'Hipparque et de Ptolme contredisait expressment aux principes essentiels de la Physique pripatticienne. Selon cette Physique, la nature mme de la cinquime essence, de l'essence cleste, exempte de gnration et de corruption, exigeait que tout corps form de cette essence se mt d'un mouve-
ment
et
Physique imposait donc, de toute il ncessit, la thorie astronomique, une forme bien dfinie fallait que tous les mouvements clestes se pussent dcomposer en rotations uniformes de sphres et que ces sphres fussent homocentriques la terre immobile. Sans doute, le dtail d'un tel wstme n'tait pas rgl par les doctrines du physicien il appar-
immobile
Une
telle
nombre des
telle
diverses sphres et le
aussi manire que les exactement que possible. Mais que des corps Clestes Qe tournassent pas d'une manire uniforme autour du centre (le leur orbe, que ce centre fut distinct du centre du Monde, qu'aucun corps fixe
60
LA.
COSMOLOGIE HELLNIQUE
y et des excentriques et des picycles dans le Ciel, c'est ce qu'on ne pouvait souffrir sans renoncer la thorie pripatticienne des mouvements naturels, sans ruiner par la base toute la Physique du Lyce. La clairvoyance d'un pripatticien et t bien faible s'il n'et aperu d'emble cette opposition entre l'Astronomie de la MsyXyj owrai et la Physique du IIspl Opavou. Pour demeurer fidle adepte de celle-ci, il lui fallait combattre celle-l. Si nous en croyons Simplicius \ cette opposition entre la Physique d'Aristote et l'Astronomie de Ptolme avait t fortement marque par le philosophe Sosigne, celui-l mme qui avait enseign l'Astronomie Alexandre d'Aphrodisias. Aprs avoir expos sommairement les suppositions sur lesquelles repose le systme astronomique de Ptolme, Simplicius ajoute Ces hypothses sont plus simples que les anciennes, car elles n'exigent pas la rvolution d'un nombre aussi considrable de corps clestes; en outre- elles sauvent des apparences que les anciennes hypothses ne sauvaient pas, et notamment les varias'y trouvt, qu'il
:
ne
que tout corps qui se meut circulairement se meuve autour du centre de l'Univers... Toutes ces consquences inadmissibles sont objectes par Sosigne au systme des excentriques et des picycles. Sosigne, d'ailleurs, n'admettait pas plus le systme d'Eudoxe, de Calippe et d'Aristote que le systme de Ptolme s'il rejetait les excentriques et les picycles, il rejetait galement les nombreux orbes compensateurs privs, d'astres, les vsAtrrouTai acpopat. que rclamait la thorie des sphres homocentriques il voulait que les astres, tres anims, se mussent librement au sein de la cleste essence il n'en condamnait pas moins la doctrine de la Syntaxe mathmatique au nom de l'un des axiomes fondamentaux de la Physique pripatticienne. Mais au moment o la thorie astronomique d'Hipparque et de Ptolme se dveloppait avec une magnifique ampleur, la philosophie d'Aristote voyait, de jour en jour, dcrotre le nombre de ses disciples et s'attnuer leur foi en la parole du Matre. Elle n'avait plus la force de contredire aux principes d'une doctrine dont les
d'Aristote
;
Cet
axiome exige, en
effet,
constructions s'accordaient
si
quatuor libros de Clo commentaria ; in lib. II 45 (Edition grecque de Karsten, Trves, 1875, p. 228; dition grecque deHeiberg-, Berlin, 1894, pp. 5o9-5io^.
Simplicii In Aristotelis
comm.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
t)i
on
vit leurs
se servirent
le
philosophe Xnarque.
Xnarque
TTjv TrfXTCTTjv
compos un trait Sur la cinquime essence, ITpo oo-lav, o il semble avoir trs vivement critiqu tous
avait
Cet ouvrage ne nous est connu que par les commentaires de Sim-
aux livres Du Ciel et du Monde ! Les analyses et les citations que nous en donne le clbre commentateur de l'Ecole d'Athnes nous montrent que ce trait tait dirig non seulement
plicius
.
contre les affirmations d'Aristote, mais aussi contre les interprtations qu'en donnait
taire
au
LTepl
Alexandre d'Aphrodisias dans son commenOjpavo, commentaire qui est aujourd'hui perdu.
essentiel
Voici
un passage
comme
7zp.7zrr\v
textuellement
extrait
du septime
du
flpo;
tyjv
Alexandre a bien exprim la pense d'Aristote, celui-ci enseigne que les seuls mouvements qui soient purement circulaires sont ceux qui ont lieu autour du centre de l'Univers. S'il en est ainsi, des mouvements circulaires qui n'ont point pour centre le centre mme de l'Univers ne sont ni des mouvements circuselon l'opinion des laires purs, ni des mouvements simples astronomes, les astres effectuent au sein de leurs sphres des mouvements propres autour du centre particulier de chacun d'eux ces astres, en ces mouvements, n'effectuent pas des rotations homocentriques l'Univers il est vident, ds lors, que ni ces astres, ni leurs picycles, ni leurs orbes que l'on nomme excentriques leur n'effectuent un mouvement purement circulaire et simple mouvement est ml de mouvement vers le haut ou de mouvement vers le bas. Mais bien que ces mouvements soient contraires
Si
aux hyp -thses d'Aristote, il n'en est pas moins manifeste que le mme astre se montre tantt plus rapproch de la terre et tantt
plus loign d'elle
.
le
mouvement du
Ciel est
mais
il
i. SiMPLiai /// Aritoieiii quatuor ibra de Cceio oo/nmeniaria niniin. 6 (Kd. Krtteo, p. QyColi . Heibergi p i3). ?.. [Link] In Arisfofrhs quatuor UbrO <ir [Link] ctunmrntarm COmiIl. ii (Kd. Karsten, j>. 17, col. a; d. Heibergi |. Si).
.'
in
lil>.
I,
\n
lih.
62
centre
La cosmologie hellnique
de l'Univers Lorsque, dit-il *, la sphre de Vnus tourne sur elle-mme, Vnus, qui se meut, son tour, en son propre picycle, tantt s'approche de la terre et tantt s'en loigne. Il en est de mme des autres astres errants. Et cependant le Ciel, dans son ensemble, se meut d'un mouvement unique et simple Avec la nettet qui caractrise le gnie grec, Xnarque a pos
:
mme
le
dilemme
axiome de la Physique pripatL'essence ticienne, pos par Aristote, dvelopp par Alexandre cleste ne peut se mouvoir que de mouvements circulaires purs et simples, et le seul mouvement circulaire pur et simple est la rotation uniforme autour du eentre de l'Univers. Ou bien il faut rejeter le systme astronomique des excentriques et des picycles pos par Hipparque et dvelopp par Ptolme. Pour Xnarque, la solution du dilemme n'est pas douteuse. Non seulement le systme de Ptolme est fort du consentement unanime des astronomes mais il a pour lui une vrit que la
bien
il
Ou
simple observation
l'axiome d'Aristote
suffit
:
Un mme
du
apoge
et tantt
de la Physique du Stagirite elle doit disparatre pour faire place l'Astronomie de la Syntaxe, Les Pripatticiens ne sauraient, sans rsistance, accepter cet combattre l'Astronomie de Ptolme et tenter de lui subarrt stituer un systme de mouvements homocentriques va tre une des tches essentielles de ceux qui garderont fidlement les enseigne;
ments
du
Ilepl
thses de la Msv)ori
signal de la lutte
;
ils
duel mort. Les premiers coups sont ports durant les derniers mais la Science arabe, la Science ges de la Science hellne chrtienne du Moyen Age, la Science de la Renaissance verront
;
combat dont l'histoire se confond presque avec l'histoire de l'Astronomie. La bataille ne prendra fin qu'au jour o le triomphe des hypothses de Copernic tuera de la mme mort les hypothses d'Aristote et les hypothses de Ptolme. Cette guerre apparat plus ample encore si l'on remonte ses causes premires elle met aux prises, d'une part, ceux qui veulent que la Physique se dduise d'un systme philosophique dterse poursuivre ce
;
i.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
68
min,
et,
exactement avec l'exprience. Ainsi considre, elle apparat comme la premire phase d'un dbat qui durera sans doute aussi longtemps que la pense humaine. Simplicius rpond aux objections que Xnarque a tires du systme de Ptolme pour les opposer la Physique d'Aristote peut-tre serait-il plus juste de dire qu'il examine ces objections ce qu'il en dit, en effet, ne saurait passer pour une rfutation, mais plutt pour une tentative de conciliation. Le commentateur athnien commence par railler l'ignorance
s'accorde
; ;
o Xnarque parait tre des vritables opinions des astronomes. O donc Xnarque a-t-il pris que ceux-ci fissent tourner chacun des astres errants autour de son centre particulier ? Sans doute chez quelque ignorant qui avait mal lu Ptolme et qui avait confondu le centre de l'picycle avec le centre de l'astre. Platon croyait cette rotation des astres sur eux-mmes. Mais les astronomes modornes ne parlent plus de cette rotation ils considrent seulement la rvolution du centre de l'picycle sur l'excentrique, et la rotation de l'picycle sur lui-mme, rotation dans laquelle l'astre est entran par l'picycle auquel il est fix, sans prouver aucun mouvement propre. N'en dplaise Simplicius, Xnarque n'avait pas t mal inspir en adjoignant, aux mouvements admis par Ptolme, un mouvement de rotation des astres sur eux-mmes. Gomment la Lune, entrane par la rotation de son picycle, nous montrerait-elle toujours la mme face, si elle ne tournait sur elle-mme, accomplissant une rvolution dans le temps mme que dure la rotation de l'picycle ? Cette vrit avait peut-tre chapp la perspicacit des gomtres grecs nous verrons que les astronomes du
;
Moyen Age
Xnarque a pos ces propositions comme hors do conteste Le mouvement du Ciel est simple cependant, le mouvement de chaque astre errant n'est nullement un mouvement circulaire et uniforme autour du centre de l'Univers la rotation uniforme, homocentrique l'Univers, n'est donc point, comme le prtend Aristoto,
; ;
le seul
mouvement
soit
circulaire
essence
Il
susceptible.
ne semble pas que cette argumentation soit rfutable, moins que l'on n'abandonne le systme astronomique de Ptolme
j
i.
64
LA COSMOLOGIE HELLENIQUE
intelli-
gence des hypothses des astronomes Ces hypothses, en effet, ont prcisment pour but de rendre compte des allures compliques des astres en sauvegardant la loi du mouvement circulaire et uniforme de la substance cleste le mouvement de chaque astre est dcompos en plusieurs autres, et chacun de ces mouvements se comporte comme simple et uniforme. Kal yp xorou twv xs i\ xlYt)<Ji<; oltz\\ x xal 6|xaX/i.
;
Un
il
que tous
les
du centre de l'pie vcle sur l'excentrique, la rvolution de l'picycle sur lui-mme ne s'accomplissent nullement avec une vitesse constante l'hypothse de l'quant chappe la rgle rappele par Simplicius. Eliminerait-t-on, du systme de Ptolme, ce dfaut d'uniformit parviendrait-on rduire, comme Hipparque avait tent de le faire, tous les phnomnes clestes des combinaisons de mouvements circulaires et uniformes, encore faudrait-il admettre que
uniformes
;
la rvolution
mme
du Monde. Or ce
laire et
;
uniforme qu'Aristote confre le titre ple il rserve ce titre aux seules rotations uniformes qui ont pour centre le centre mme de l'Univers. Xnarque s'est autoris d'Alexandre d'Aphrodisias pour affirmer que cette ide tait bien celle du Stagirite en le faisant, il n'a certainement pas altr la pense du Philosophe nous avons eu occasion 2 de pntrer cette pense aussi profondment qu'il nous a t possible de le faire nous avons vu qu'en la thorie pripatticienne du mouve;
ment
local,
n'est fix
aucune rotation simple n'est concevable si son centre dans un corps concret et immobile on ne pourrait donc,
;
au sein de l'essence cleste, observer des rotations simples dont les centres diffrassent les uns des autres moins qu'il n'existt, dans l'Univers, plusieurs corps immobiles l'existence d'une seule Terre immobile, place au centre du Monde, exige que toutes les rotations clestes s'effectuent autour de ce centre unique. Simplicius ne partage point l'opinion du Stagirite au sujet du mouvement local c'est sans doute ce qui l'empche de bien sai;
;
Karsten, p.
;
19,
coll.
a et b
d.
Heiberg,
t. I,
pp. 220-225.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
tio
du mouvement circulaire simple qui dcoule de cette opinion il ne lui semble pas que la simplicit dune rotation au lieu de oblige cette rotation d'tre homocentrique l'Univers regarder cette exigence comme un axiome fondamental de la Physique pripatticienne, il y voit une condition sans importance, qu'Aristote a pose accidentellement et par une sorte de concession aux doctrines astronomiques admises en son temps. Aussi rpond-il Xnarque dans les termes suivants Je dis donc qu'Aristote, dans ce passage, a simplement affirm
sir la dfinition
;
cette proposition
centre
et,
en
effet, cette
mouvement
circulaire. Si d'ailleurs,
les corps clestes,
il
a dclar que
centre de l'Univers,
gage aux hypothses des astronomes antiques. En effet, les astronomes qui suivaient l'opinion d'Eudoxe et de Galippe, jusqu'au temps d'Aristote, supposaient des orbes anims de mouvements de rotation et homocentriques l'Univers au moyen de ces orbes ils s'efforaient de saucer les phnomnes, tout en affirmant que toutes ces sphres tournaient autour du centre de l'Univers. Mais ils n'ont pu parvenir, au moyen de ces hypothses, donner les raisons des apoges et des priges des astres, de leurs marches
; ;
un mot de toutes les irrgularits que manifestent leurs mouvements. C'est pourquoi les partisans d'Hipparque, ainsi, peut-tre, que quelque astronome avant lui, et Ptolme aprs lui ont suppos l'existence de sphres excentriques et d'picycles ils ont, ds lors, abandonn
tantt directes
et tantt
rtrogrades, en
ner autour du centre de l'Univers; mais, au moyen de ces hypothses, ces derniers astronomes ont pu assiguer les causes de tous les phnomnes dont les raisons avaient chapp aux astronomes
que nous avons cits en premier lieu. Ici donc, Aristote ne parle aucunement de ces dernires suppositions en ce qu il dit, il parait se soumettre aux opinions des premiers disciples [d'Eudoxe et de
;
Galippe].
rponse Xnarque, Simplicius refuse de reconnatre dans cette proposition Tout corps nui de mouvement circulaire simple se meut autour du centre de L'Univers, un axiome attribuable Aristote. Faussant assurment La pense du Stagiritc, afin de la rendre compatible avec le systme de Ptolcette
:
En donnant
i.
p.
17, coll.
;i
<-t
Il-
iberg, p
,5
DUHLM
T.
II.
60
La cosmologie hellnique
me,
il
Tout corps
circu-
lairement se meut autour de son centre. Cette interprtation de ia doctrine pripatticienne, Simplicius l'expose plus nettement encore lorsqu'il examine les critiques de Sosigne
*
;
ne possdent point seules l'existence le Ciel en outre, pris en son ensemble, forme un tout. On formulerait un c viorne plus vrai en disant que tout corps qui se meut d'un mouvement de rotation tourne autour de son propre centre. En tant donc que le centre de l'ensemble des corps clestes concide avec le centre de l'Univers, il est vrai de dire que cet ensemble se "meut autour du centre du Monde mais en tant que thaque corps partiel a son centre hors du centre de l'Univers, ce corps se meut autour de son centre particulier; tels sont les astres,
En
parties
du
Ciel
de
tels
corps
mmes
se
meuvent autour
du centre de
mais par
le
l'Univers,
non
la
mouvement de
Ce que
demeure donc vrai; tout corps qui se meut circulairement, se meut autour du centre de l'Univers mais ce discours demeure vrai la condition que l'on n'aille pas ajouter que le corps considr se meut ainsi par son mouvement
les entrane.
dit Aristote
propre.
du
Stagirite
est
ingnieuse
malheureusement,
elle est
du Philosophe,
telle
en contradiction certaine avec la pense que Font comprise tous les commentateurs et
dans un prcdent chapitre 2 Le passage que nous venons de citer rpondait un essai tent par Sosigne pour mettre en contradiction la Physique d'Aristote et l'Astronomie de Ptolme. Xnarque, nous l'avons vu, avait
.
mme
contradiction.
l'encontre des
hypothses de la Syntaxe inatJtmatique, Sosigne avait lev d'autres objections, galement tires de la Physique du Stagirite.
C'est encore Simplicius qui
Si les
nous
fait
excentriques
3
,
et les picycles,
en rapportant
les
propos de Sosigne ne se meuvent pas circulairement autour du centre de l'Univers, mais autour d'un centre diffrent, il faut qu'en leur marche, il viennent empiter sur un lieu dj occup et qu'ils
Simplicii In Aristotelis quatuor libros de Clo commentaria ; in lib. d. Heiberg-, pp. 5o9~5io. ; d. Karsten, p. 228;
1
;
II
comm. 45
2.
3.
t.
I,
pp. 220-225.
PHYSICIExNS ET
ASTRONOMES.
1.
LES [Link]
67
un espace vide la figure de chacun d'eux ne pourra se conformer la partie du corps cleste qui lui est extrieure et qui
dlaissent
;
la
le
et
Averrosles emprun-
Commentateur, tout le Moyen Age les reprendra, tantt pour les assurer, tantt pour les renverser. La rponse de Simplicius n'est pas moins digne de remarque Peut-tre, dit-il, viterions-nous tous ces inconvnients si nous disposions dune manire convenable ces sphres excentriques l'intrieur de sphres homocentriques si nous disions, en outre, que la sphre honiocentrique se meut autour de son centre en entranant la sphre excentrique, tandis que celle-ci se meut galement autour de son propre centre si nous disions, enfin, que
:
;
l
,
telles
qu'en elles
som-
d'aborder cette tude, nous aurons remonter plus haut dans le cours des temps et examiner ce qu'avant Ptolme, philosophes
et
II
LES
OPINION!
ANTRIEURES A PTOLME
SI
LA
VALEUR DES
HYPOTHSES
ASTRONOMIQUES
En dpit des objections de Xnarque et de Sosigne, Simplicius s'est efforc de concilier la Physique pripatticienne avec l'Astronomie de Ptolme, si diffrente soit-elle de l'Astronomie prconise par Aristote. Partisan du systme qu'expose la Syntaxe va-t-il accabler de ses critiques ceux qui ont tenu ou qui tiennent
encore pour
systme des sphres homocentriques ? Nullement Il est vident que le fait de diffrer d'opinions au sujet de ces hypothses ne saurait donner lieu aucun reproche \ L'objet
le
:
CVst-.i-din* rigides. [Link] In ArUtotdU quatmor libro 4t Gceio commeniaria comm. 6; d. Karsten, j>. 17, col. b; d. Heiberg, j. 3*.
i.
:
2.
in ni..
t>8
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
qu'on se propose, en effet, c'est de savoir si, en admettant certaines suppositions, on parviendra sauver les apparences. Il n'y
a donc pas lieu de s'tonner que des astronomes divers se soient efforcs de sauver' les phnomnes en partant d'hypothses diffrentes
Tct
UTcoOo-c!.;
Ta-jTx; oiaospso-Ga. ox
eerriv XocXrj[/.a
yp
o*jv
Tupoxsfjisvov sari,
tLvo
s-
UTcoTeOvro; cioOsr, v Ta
oa'.vpLsva
ouosv
1
Oaupiaa-TGV,
>
si aA^ot.
aAwv
'jttoQs-scjv
stcsi-
pGyja-av o tac () a a .
Ta
[Link].
et
de formuler
;
consquences qui dcoulent forcment de cette nature il est il consiste exclusivement chercher des hypothses tout autre au moyen desquelles on parvienne sauver les apparences {ffweiv
;
Deux ensembles d'hypothses qui sauvent galement bien les apparences ont un droit gal la faveur des astronomes. L'accord entre les rsultats des combinaisons du gomtre et les constatations de l'observateur est la seule marque qui permette
toicpouvopieva).
de consquences depuis le temps de Simplicius jusqu' l'poque de Copernic, nous les verrons produire ces consquences leur fcondit, d'ailleurs, ne sera pas puise par l et, de nos jours, elle s'affirmera plus
Voil
des affirmations
graves
et grosses
est-il
nouveau dans
la
formul
les
mmes
principes
Remontons jusqu' l'enseignement de Platon. Nous avons vu 2 comment, par l'intermdiaire d'Eudoxe, de Sosigne, enfin de Simplicius, cet enseignement tait venu jusqu' nous. Nous avons dit en quels termes il formulait le problme
astronomique que les mathmaticiens devaient s'appliquer rsoudre Quels sont les mouvements circulaires, uniformes et toujours de mme sens qu'il convient de prendre pour hypothses
:
afin
Th. H. Martin, Mmoires sur l'histoire des hypothses i. Voir, ce, sujet astronomiques chez les Grecs et chez les Romains ; Premire partie : Hypothses astronomiques des Grecs avant l'poque Alexandrine ; ch. V, l\ (Mmoires de V Acadmie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXX, 2e partie). (jiovanni Schiaparklli, Origine del Sistema planetario eliocentrico presso i Greri, ch. VI e appendice [Memorie del Instituto Lombardo di Scienze e Letvol. XVIJ1 (srie III, vol. IX), tere ; Classe di Scienze maternt iche e naturali l*. Mansiox, Note sur. le caractre gomtrique de l'ancienne 17 mars 1898]. Astronomie {Ahhandlungen zur Geschichte der Mathematik, Bd. IX, 1899). 2. Voir chapitre 111, 1, t. I, pp. 102-104.
:
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
(>9
ntes.
x'.vt)<t0)v
icepl
fondamental
dans les de' l'Astronomie gomtrique. Cet nonc, d'ailleurs, est parfaitement prcis il fixe trs exactement le point de dpart et le point d'arrive de la carrire que les gomtres devront parcourir d'une part, ils ne devront pas prendre, pour les composer
;
mouvements circulaires et uniformes d'autre part, ils devront agencer ces mouvements de telle sorte qu'ils imposent aux astres un cours tout sementre eux, des dplacements autres que des
;
Ce problme
de Calippe
;
est
sauver
apparences
aient
(atoeiv
-r
ils
lorsque
Calippe a modifi en quelques points le systme des sphres homocentriques qu'Eudoxe avait agenc, c'est uniquement parce que
les hypothses
tains
voulu que ces phnomnes fussent sauvs leur tour et lorsqu'Aristote collaborait avec Calippe pour accomplir cette tche, il suivait simple lient le prcepte que
phnomnes,
demandent l'astronome ? Une reprsentation gomtrique, si exacte soit-elle, des mouvements clestes, est-ce l le but suprme qu'ils assignent aux efforts du mathmaticien, et se dclareront-ils satisfaits ds l que celui-ci aura construit une telle
qu'rstote
reprsentation
?
si
il
en tait ainsi,
mouvements des
astres,
ces
rgles l'obligation
manire ? Ne se seraient-ils pas contents d'assigner l'astronome nue minutieuse concordance entre les rsultats des calculs et les donnes de L'observation, tout
en
le laissant
eui que
des
mouvements
auraient-ils
restreint plus
circulaires
fbid, ,t.I,
|t|>.
i'i'i-
f>5.
70
res homocentriques?
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
nous avertir que ni Platon ni Aristote n'eussent consenti rduire l'objet de l'Astronomie ce seul problme Imaginer des hypothses gomtriques qui sauvent les phnomnes. Et en effet, nous savons quelle place est assigne ce problme dans le systme de Platon. L'observation faite l'aide des sens ne rvle que des apparences en sauvant ces apparences l'aide de constructions go:
De
mtriques, l'astronome
saisit,
;
sous les
les
ce sont les
elles
que
la raison
compose entre
suprme, jusqu'au Bien absolu. Au-dessus des ralits gomtriques sont les ides, et le but du mathmaticien, en nous dcouvrant les ralits gomtriques, doit tre de nous prparer la contemplation des ides en prcisant par quels mouvements vrais les apparences astronomiques peuvent
;
monte jusqu'
tre sauves,
il
et
au culte des
mes divines qui prsident ces mouvements rels. Or les ides sont directement accessibles l'intuition, qui s'lve au-dessus du raisonnement gomtrique autant que celui-ci tandis que le maths'lve au-dessus de la perception sensible maticien, par la mthode qui lui est propre, atteint les ralits
;
gomtriques caches sous les apparences sensibles, le philosophe, dont l'intuition est parvenue la contemplation des ides, peut redescendre de celles-ci aux ralits gomtriques qu'elles dominent lorsqu'il est entr en communication intellectuelle avec
;
les
maticien les
soient
peut noncer au mathsuivant lesquelles ces mes veulent que les astres
les astres,
il
mus. C'est une telle intuition, n'en doutons pas, qui parle tantt par c'est elle qui la bouche de Socrate, tantt par celle de Time nous dcouvre les principes premiers de l'agencement des cieux. Lorsque Platon prescrit au gomtre de n'user, dans les combinaisons destines sauver les apparences, que de mouvements circulaires, uniformes et homocentriques au Monde, il lui transmet
;
i.
Voir chapitre
TT,
XNT,
t.
I,
pp. 96-101.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
71
dans la doctrine de Platon, les hypothses par lesquelles le gomtre doit sauver les mouvements apparents des plantes ne sont pas de forme arbitraire, car la forme qu'elles ont revtir dpend de la nature des dieux astraux elle s'impose comme un
x\insi,
;
dogme
thologique.
seignement d'Aristote. Au-dessus des apparences sensibles, qui ne sont pas des ralits, Platon mettait les ralits gomtriques, et au-dessus de celles-ci, plus relles encore, il plaait les ides. Aristote ne hirarchise pas de la sorte les ralits il n'y a qu'une seule espce de ralit, celle qui est chue en partage aux tres singuliers et concrets. Mais il hirarchise les sciences L'objet de chaque science est tir de la ralit concrte par l'abstraction mais plus loin l'abstraction a t pousse, plus simple et gnral est l'objet dont traite une science, plus aussi est lev le degr o cette science vient prendre place. L'Astronomie gomtrique, qui traite des mouvements des corps clestes, se trouve subordonne la science gnrale de l'tre en mouvement, qui est la Physique la science de l'tre en mouvement, son tour, vient se soumettre la science absolue de ltre, c'est--dire la Philosophie premire. Et d'autre part, science du mouvement des corps clestes, l'Astronomie est subordonne cette science que nous nommons aujourd'hui la Cinmatique et qui traite du mouvement des solides abstraits la Cinmatique, son tour, est subordonne la Gomtrie qui tudie les proprits des figures en les sparant par abstraction de toute ide de mouvement.
;
que chaque science dmontre deviennent, leur tour, les principes pour la science subordonne celle-l elles enseignent cette science subordonne les causes qui lui donneront l'explication, le xh Zvj-\ des ralits dont elle constate le
les propositions
;
Or
Vb
07'..
Subordonne donc
la
thormes de cette science, et ces thormes lui permettront de reconnatre Les combinaisons de mouvements circulaires simples par lesquelles il sera possible de sauver les apparences. Subordonne la Physique, L'Astronomie empruntera la Physique les
vrits
el elle
s'en servira
p<>nr expliquer
i.
Jl
e1 II;
1.
I,
jj>
i3o-i(
72
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
par leurs causes physiques les ralits que l'observation constate. Dans certains cas, l'astronome pourra, laide des principes de la Physique, justifier des propositions que les thormes de la Gomtrie lui affirment de leur ct. Ainsi, pour sauver les changements d'aspect qu'offre le ciel toile un observateur qui se dplace du Sud au Nord, ou bien encore pour sauver la figure que l'ombre de la Terre dessine sur la Lune partiellement clipse,
le
la rotondit
de la
Terre
et,
mme
rotondit en
mme temps
En un
tel cas,
en la Gomtrie, d'une
qu'il
diff-
rentes, justifi
une
mme
est
proposition d'Astronomie.
la
Mais
mthode physique
elles sont
donc appeles se complter lune l'autre, chacune d'elles donnant l'astronome des enseignements que l'autre serait impuissante lui fournir.
par exemple, que tous les mouvements clestes doivent tre produits par la composition de rotations uniformes attribues
S'il sait,
combien, chaque plante, il faut attribuer d'orbes, autour de quel axe, dans quel sens, avec quelle vitesse il faut faire tourner chaque orbe, si l'on veut que les mouvements apparents de la plante soient exactement sauvs. Cette tche confie au gomtre, c'est celle qu'Eudoxe et Calippe se sont efforcs de mener bien, Mais pourquoi les mouvements des tres imprissables que sont les corps clestes se rduisent-ils exclusivement des rotations uniformes ? Pourquoi chacun des corps que ces rotations entranent doit-il tre compris entre deux surfaces sphriques concentriques au
Pourquoi ne peut-il subsister aucun espace vide entre ces divers corps ? Pourquoi le centre commun de leurs rotations doit-il tre contenu dans un corps concret et immobile ? Pourquoi ce corps qui demeure naturellement en repos au centre du Monde doit-il tre un corps grave ? Autant de questions auxquelles la Gomtrie ne saurait donner rponse. A chacune d'elles, au contraire, la Physique fait correspondre une affirmation trs formelle et trs prcise. Ce sont ces affirmations de la Physique qui dterminent la forme gnrale des seules hypothses dont le gomtre ait le droit d'user pour sauver les apparences. Cette justification des hypothses astronomiques l'aide
?
Monde
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
73
par
elle,
il
gomtriquement acceptables d'Eudoxe et de Galippe en une doctrine physique dmontre d'une manire apodictique et, partant,
ncessaire.
La comparaison de l'uvre d'Aristote celle d'Eudoxe et de Galippe nous permet ainsi de saisir sur le vif les relations que le Stagirite tablissait entre la mthode gomtrique et la mthode
chacune d'elles dans la constitution de la Science astronomique au physicien, il demandait de dfinir les caractres indispensables qui doivent marquer les hypothses lgitimes; au gomtre, il laissait le soin de fixer le dtail de ces hypothses jusqu' ce qu'elles sauvassent les apparences. A ct de la mthode du gomtre, est-il absolument ncessaire d'introduire cette mthode du physicien qui, par une autre voie, se propose de rsoudre les mmes problmes astronomiques ? On en pourrait douter si la mthode du gomtre tait capable de donner une rponse exempte d'ambigut la question que Platon lui a pose. Mais s'il n'en est pas ainsi, s'il est possible de sauver galement les apparences au moyen de diverses combinaisons de
physique,
le rle qu'il attribuait
;
mouvements
circulaires et uniformes,
comment
choisira-t-on entre
ment de l'astronome ? Ne faudra-t-il pas, pour ce choix, recourir la dcision du physicien dont la mthode apparatra, ds lors, comme le complment indispensable de la mthode astronomique ? Or il est possible de sauver galement les apparences par des combinaisons diffrentes de mouvements circulaires et uniformes.
Le sens gomtrique des Grecs tait trop aiguis pour que cette vrit ait pu leur demeurer longtemps cache. De trs anciens
systmes astronomiques, celui de Philolaiis par exemple, n'avaient pu germer qu'en des esprits bien convaincus de ce principe Un
:
mme mouvement
ments absolus
relatif
moyen de mouve-
diffrents.
une circonstance se prsenta o les astronomes durent acqurir une conscience particulirement nette de cette vrit Des hypothses diffrentes peuvent tre galement propres reprsenter les phnomnes. Gette circonstance s'offrit lorsqu'on
tous cas,
:
En
reconnut qu'on pouvait galement rendre compte des anomalies les plantes, soit par des mouvements gocentriques, soit par les
mouvements
hliocentriques.
circutrs
du Soleil pouvait
une hypothse
74
propre sauver
les
LA COSMOLOGIE HFXLNIQUE
anomalies apparentes des plantes, partant trs satisfaisante aux yeux du gomtre, alors mme qu'en vertu des propositions qu'il tient pour tablies, le physicien dclarerait cette hypothse irrecevable. Le texte de Gminus, ou mieux de Posidonius, auquel nous
avons emprunt l'expos de la thorie hliocentrique d'Hraclide du Pont et que nous reproduirons dans un instant, semble dire
!
,
vement
une
Si
terrestre
propre
mousauver gom-
nous en croyons Plutarque 2 Aristarque de Samos donnait aussi sa thorie hliocentrique pour une hypothse purement gomtrique, tandis que Sleucus voulait qu'elle ft physiquement vraie.
Une autre circonstance appela vivement l'attention des astronomes hellnes sur cette vrit Deux hypothses gomtriques, distinctes Tune de l'autre, peuvent sauver avec une mme exactitude les phnomnes observs. Nous avons dit 3 en effet, comment, au temps d'Apollonius, on connaissait dj ce thorme On obtient, pour un astre errant, le mme mouvement apparent, soit qu'on fasse marcher cet astre sur un picycle dont l centre dcrit un cercle concentrique la Terre, soit que cette plante parcourre un cercle excentrique la Terre, de centre fixe ou de
:
centre mobile.
La lecture de YAlmageste de Ptolme nous montre qu'Hipparque attachait une extrme importance la trs parfaite quivaet lence de ces deux hypothses gomtriques dissemblables *
;
de l'admiration qu'il en prouvait, Adraste d'Aphrodisias nous a gard le tmoignage celui-ci disait, dans son enseignement que Thon de Smyrne nous a conserv 5 Hipparque a fait remarquer qu'elle est digne de l'attention du mathmaticien, la recherche de l'explication des phnomnes l'aide d'hypothd'ailleurs,
; :
Voir chapitre VII, IV, t. I, pp. [^10-^1%. Voir chapitre VII, VI, t. I, p. 423. 3. Voir chapitre VIII, 11, t. I, pp. 434-44 1. 4. Voir chapitre VIII, g IV, t. I, pp. 454-455. 5. Theonis Smyrn^i Platonici Liber de Astronomia Textum primus ediThon dit, latine vertit Th. H. Martin. Parisiis, 1849 cap. XXVI, p. 245. de Smyrne, philosophe platonicien, Exposition des connaissances mathmatiques utiles pour la lecture de Platon, traduite pour la premire fois du grec en franais par J. Du puis Paris, 1892. Troisime partie, Astronomie,
i.
2.
ch.
XXVI
ter, p.
269.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
75
Il
hypothse astronomique qui sauve les phnomnes concorde avec celle-l par toutes les consquences qui peuvent tre compares aux observations c'est ce que les Grecs entendaient en disant de diverses hypothses qui engendrent le mme mouvement rsultant qu'elles s'accordent entre elles par accident (xax cujjisirjxo). Il est videmment conforme la raison qu'il y ait accord entre les deux hypothses des mathmaticiens sur les mouvements des astres, celle de l'picycle et ceU,e de l'excentrique l'une et l'autre s'accordent par accident
la nature des choses (xar oo-iv). Toute
;
faisait
de l'admiration d'Hipparque.
phnomnes, qui, par consquent, sont quivalentes au jugement de l'astronome, quelle est celle qui est conforme la nature? C'est au physicien de dcider.
accident, qui sauvent galement les
nous en croyons Adraste 2 Hipparque, plus expert en Astronomie qu'en Physique, se serait montr inhabile justifier cette
Si
,
dcision
II est clair
dont chacune est la consquence de l'autre, celle de l'picycle parat la plus commune, la plus gnralement admise, la plus
ses,
conforme la nature des choses. Car l'picycle est un grand cercle d'une sphre solide, celui que la plante dcrit dans son mouvement sur cette sphre, tandis que l'excentrique diffre entirement du cercle qui est conforme la nature, et est plutt dcrit par accident. Hipparque, persuad que le phnomne se produit ainsi, vante l'hypothse de l'picycle comme sienne propre et dit qu'il est probable que tous les corps clestes sont uniformment placs par rapport au centre du Monde, et qu'ils lui sont seinblablement unis. Mais lui-mme, ne connaissant pas suffisamment la Physique, n'a pas bien compris quel est le vrai mouvement des astres, le mouvement concordant avec la nature des choses, ni celui qui est par accident et qui n'est qu'une apparence. Il pose, cependant, en principe que l'picycle de chaque plante Be nrfeul sur un eercle concentrique et que la plante se meut sur l'picycle.
fin
distinctes
pouvaient s'acMartin,
Martin,
Tmi'.mv
.1
.
d.
Th.
II.
p.
d.
>npuis,
jtnis,
2.
'il
.
ch.
XXXIV;
d. Th.
Il
|>.
Soi
p. 3o3.
76
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
gomtres antrieurs Hipparque ont grandement contribu dlimiter avec exactitude la porte des thories astronomiques. Adraste s'est attach prouver que l'hypothse de l'excentrique tait une consquence de l'hypothse de l'picycle Thon dmontre que l'hypothse de l'picycle peut, inversement, tre considre comme une consquence de l'hypothse de l'excentrique. Ces propositions mettent en vidence, selon lui, l'impossibilit o se trouve stronome de dcouvrir l'hypothse vraie, celle qui est conforme la .laturedes choses A quelque hypothse qu'on s'arrte 2 les apparences seront sauves c'est pour cela qu'on peut considrer comme vaines les discussions des mathmaticiens, dont les uns disent que les plantes ne sont emportes que sur des cercles excentriques, dont les autres prtendent qu'elles sont portes par des picycles, et d'autres encore qu'elles se meuvent autour du mme centre que la sphre des toiles fixes. Nous dmontrerons que les plantes dcrivent par accident ces trois sortes de cercles, un cercle autour du centre de l'Univers, ou un cercle excentrique ou un cercle picycle . Si la dcision qui dtermine l'hypothse vraie chappe la comptence de l'astronome, de celui qui se contente de combiner les figures abstraites du gomtre et de les comparer aux apparences dcrites par l'observateur, elle est donc rserve celui qui a mdit sur l'essence des corps clestes, au physicien celui-l seul est apte poser les principes l'aide desquels l'astronome, entre plusieurs suppositions galement propres sauver les phnomnes, discernera l'hypothse conforme la nature. Voil ce que le stocien Posidonius affirmait dans ses [Link]. Gminus, dans un commentaire abrg des Mtores de Posidonius, reproet, afin d'claircir la comparaison entre le duisait cette doctrine mathmaticien et le physicien qu'Aristote avait donne, au second
solaire,
mouvement
les
l'<-
chapitre
du
II
l'essence
du
ciel et
Thon de Smyrne, Op. laud., ch. XXVI; d. Th. H. Martin, pp. 2<45-2 J7 Dupuis, p. 269 2. Thon de Smyrne, Op. laud, ch. XXVI; d. Th. H. Martin, pp. 221-223 d. J. Dupuis, p. 25i. 3. SiMPLicii In Aristotelis Physicorum libros quattuor priores commentaria Edidit Hermannus Diels, Berolini, 1882, pp. 291-292 (comm. in lib. II,
i.
d. J.
on p.
II).
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
77
gnration et leur destruction et, par Jupiter, elle a aussi pouvoir de donner des dmonstrations touchant la grandeur, la figure
;
et
aucune
mais ses dmonstrations ont pour objet l'ordre des corps clestes, aprs qu'elle a dclar que le ciel est vraiment ordonn elles discourt des figures, des grandeurs et des distances de la Terre, du Soleil et de la Lune
aptitude parler de ces premires choses
;
;
elle parle
qualitatives
quantitatives de leurs
qu'elle
dpend de
vue de la qualit, de la grandeur et de la quantit, il est juste quelle require le secours de l'Arithmtique et de la Gomtrie et au sujet de ces choses, qui sont Jes seules dont elle soit autorise parler, il est ncessaire qu'elle s'accorde avec l'Arithmtique et la
;
Gomtrie. Bien souvent, d'ailleurs, l'astronome et le physicien prennent le mme chapitre de la Science pour objet de leurs
prouver que le Soleil est grand, ou que la Terre est sphrique mais, dans ce cas, le physicien doit dmontrer ils ne procdent pas par la mme voie chacune de ses propositions en les tirant de l'essence des corps, de leur puissance, de ce qui convient le mieux leur perfection, de leur gnration, de leur transformation l'astronome, au contraire, les tablit au moyen des circonstances qui accompagnent les grandmonstrations;
ils
;
;
;
deurs
et les figures,
physicien
s'at-
que l'astronome tirera ses preuves des circonstances extrieures qui accompagnent ce mme effet il n'est point n capable de contempler la cause, de dire, par exemple, quelle cause produit la forme sphrique de la Terre et des astres. Dans certaines circonstances, dans le cas, par exemple, o il raisonne des clipses, il ne se propose aucunement de saisir une cause danf d'autres <as, il croit devoir poser certaines manires d'tre, titre d'hypothses, de telle favori que ces manires d tre une fois admises, les phnomnes soient sauvs. Par exemple, il se demande pourquoi le Soleil, la Lune el les autres astres errants semblent se mouvoir irrgulirement; qu'on suppose excentriques
tudie, tandis
;
;
au Monde Les cercles dcrits par les astres, ou qu'on suppose chacun des astres entran dans la rvolution d'un picycle, il L'irrgularit apparente <1' leur marche est galement sauve faut donc dclarer que les apparences peuvent tre galement produites par l'une ou par autre de ces manires d'tre, on sorte que
;
78
l'tude pratique des
LA COSMOLOGIE HKLLNIOU
mouvements des
du Pont
apparente du mouvement du Soleil en admettant que le Soleil demeure immobile et que la Terre se meut d'une certaine manire.
Il
n'appartient donc
corps est en repos par nature, de quelle qualit sont les corps
mobiles;
il
que
examine quelles sont les suppositions avec lesquelles s'accordent les apparences clestes.
tels autres sont
et
il
en mouvement,
C'est
les
du physicien qu'il tient ses principes, principes selon lesquels mouvements des astres sont rguliers, uniformes et constants
;
au moyen de ces principes, il explique les rvolutions de toutes les toiles, aussi bien de celles qui dcrivent des cercles parallles l'quateur que des astres qui parcourent des cercles
puis,
obliques.
citer ce texte
en entier
l'Antiquit ne nous
en fournit aucun o le rle de l'astronome et le rle du physicien soient plus exactement dfinis. Posidonius, pour marquer l'incapacit o se trouve l'astronome de saisir la vritable nature des mouvements clestes, invoque l'quivalence, dcouverte par Apollonius ou ses prdcesseurs, entre l'hypothse de l'excentrique et l'hypothse de l'pie ycle ct de cette vrit, il mentionne, en citant Hraclide du Pont, l'quivalence entre le systme gocentrique et le systme hliocentrique. Le platonicien Dercyllide, qui vivait au temps d'Auguste, avait compos un ouvrage intitul llepi too tpxTOu xal twv <r<pov8u^tov twv sv t^j IIoXite^ TOxp IlXram Aeyo{xvcov. Des fuseaux dont il est question dans la Rpublique de Platon. Cet crit renfermait des thories astronomiques dont Thon de Smyrne nous a conserv le rsum. Sur les relations de l'Astronomie et de la Physique, le platonicien Dercyllide pensait exactement comme le stocien Posidonius De mme, disait-il *, qu'en Gomtrie et en Musique, il est impossible, sans faire d'hypothses, de dduire les consqences des principes, de mme, en Astronomie, il faut exposer en premier lieu les hypothses partir desquelles procde la thorie du mouve; :
ment des
sujet de ce passage, voir h. VU, IV, Thon de Smyrne, Op. laud., ch. XLI ; d. J. Dupuis, p. 323.
i.
Au
t. I,
pp. 4io-4i7
2.
d.
Th. H. Martin,
p.
327;
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
79
Mathmatiques, ainsi que tout le monde en convient . La recherche de ce qui est en repos et de ce qui est en mouvement appartient au physicien, avait affirm Posidonius aussi, au nombre des principes qui prcdent les hypothses astronomiques,
;
Dercyllide prend-il soin de placer les propositions qui dtermiPuisqu'il n'est pas conforme que tous les corps soient en mouvement ou qu'ils soient tous en repos, mais puisque les uns sont en mouvement et les autres immobiles, il faut rechercher ce qui est ncessairement en repos dans l'Univers et ce qui est en mouvement. Il ajoute qu'if faut croire que la Terre, foyer de la maison des dieux, suivant Platon, reste en repos, et que les plantes se meuvent avec toute la vote cleste qui les enveloppe. Pour Dercyllide, fidle l'enseignement de Platon, les principes de l'Astronomie ne sont pas seulement des vrits de Physique, mais aussi des dogmes relifixes.
la raison
gieux.
Ces principes, que le physicien ou le thologien tablit et formule, Dercyllide ne laisse pas au mathmaticien la facult de s'en
affranchir
;
celui-ci n'aurait
pas
le droit
si
telle serait la
Dercyllide
opposs aux fondements de la Mathmatique, ceux qui arrtent les corps en mouvement, et qui mettent en mouvement les corps qui sont immobiles par nature et par la place qu'ils occupent
>.
comme
rigoureusement imposs au respect de l'astronome, Dercyllide ne range pas la ncessit, pour tous les mouvements clestes, de se rduire des rotations autour du centre du Monde le mouvement d'une plante sur un picycle dont le centre dcrit lui-mme une circonfrence concensi
;
Au nombre
dit
excentriques
Thon de Smyrne que les cercles cause du mouvement qui fait va lier la la Terre. Il pense que tout ce qui se meut
!
,
dans
et
le ciel est
;
du Monde
emport autour d'un centre unique <lu mouvement il pense donc que 1<- mouvement Buivani desexcen-
l.
Thon de Smyhne,
loc.
cit.,
d. Th.
II.
Martin,
j>.
83
<\. J.
Dupuifj
p.
325.
80
triques]
LA COSMOLOGIE
HELLMQUE
que prsentent les plantes, n'est pas un mouvement principal, mais un mouvement par accident il rsulte, comme nous l'avons dmontr plus haut, du mouvement par picycle et cercle concentrique, picycle et cercle qui sont dcrits dans l'paisseur d'un or je homocentrique au Monde. Car chaque orbe a deux surfaces, une surface intrieure qui est concave et une surface extrieure qui est convexe c'est entre ces deux surfaces que l'astre se meut suivant un picycle et un cercle concentrique par l'effet de ce mouvement, il dcrit par accident un cercle excentrique. Pourquoi Dercyllide regarde-t-il comme oppos aux principes de sa Physique le mouvement d'une plante suivant un cercle excentrique au iMonde ? Pourquoi, au contraire, cette mme Phy;
parcourt un cercle
permis de supposer que les raisons invoques par Dercyllide pour justifier son choix ne diffraient pas de celles qui poussent Adraste d'Aphrodisias adopter une opinion toute semblable. Au tmoignage de Thon de Smyrne ', Adraste d'Aphrodisias attribue chaque astre errant un orbe que contiennent deux surfaces sphriques concentriques l'Univers. A l'intrieur de cet orbe, se trouve une sphre pleine qui en occupe toute l'paisseur. L'astre, enfin, est enchss dans cette sphre pleine. L'orbe entrane la sphre pleine dans la rotation qu'il effectue autour du centre du Monde, tandis que la sphre pleine tourne sur elle-mme. Par ce mcanisme, la plante dcrit un picycle dont le centre parcourt un cercle concentrique au Monde. Adraste d'Aphrodisias, et Thon de Smyrne aprs lui, dclarent ces ce mcanisme conforme aux principes de la saine Physique principes ne sont donc plus pour eux ce qu'ils taient pour Aristote il semble qu'ils se rduisent, en la pense de ces astronomes, "cette seule proposition Les mouvements clestes peuvent tre reprsents par un assemblage de sphres solides, creuses ou pleines, dont chacune tourne d'un mouvement uniforme autour de son propre centre. Ce qui est selon la nature, en effet, c'est que
est
;
et
Thon de Smyrne, Op. laud., ch. XXXI et ch. XXXII; d. Th. H. Martin, p. 275 et pp. 281-285; d. J. Dupuis, p. 289 et pp. 293-295. r dazpu 1. D'aprs Th. H. Martin (d. cit., p. 274, note 5), le ms. porte avr xT t' aura ces derniers mots Th. H. Martin a substitu les mots xt rar; M. J. Dupuis a suivi cette leon, qui nous semble fcheuse.
;
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
|.
LES HELLNES
81
pas de cercles qui tournent autour de leurs centres particuliers, en entranant des astres qui leur sont invariablement lis... Comment
;
mouvement de
l'Univers
en
se pourrait-il
effet,
que
riels ?
loin que le stocien Clanthe avait rpudi les agencements d'orbes solides multiples par lesquels Eudoxe et Calippe rendaient compte des mouvements clestes selon Clanthe, chaque astre se mouvait
conception
en forme de spirale mais encore au mouvement par excentrique ou par picycle ils rejettent toute thorie qui se borne tracer l'astre errant un chemin gomtrique ils acceptent qu'une plante dcrive un picycle dont le centre parcourt un cercle concentrique au Monde parce qu'ils ont dcouvert un procd qui permet d'imposer telle trajectoire en faisant 1 astre une tourner sur elles-mmes des sphres solides convenablement agences. Une hypothse leur semble compatible avec la nature des choses lorsqu'un habile tourneur la peut raliser avec du mtal ou du bois. Combien de nos contemporains n'ont point, de la saine Physique, une sutre
;
des mouvements naturels. Cette doctrine de Dercyllide inspire visiblement Adraste d'Aphrodisias et Thon de Smyrne avec Dercyllide, sans doute, ils 1 appliquent non seulement au mouvement
;
pas comme sertis dans une sphre rigide. Dercyllide combattait cette manire de voir il exigeait que l'hlice ft dcrite par accident et que seules, les rotations uniformes d'orbes solides pussent tre regardes
;
dcrivant la ligne gomtrique spirale, Yhlice, qu'Eudoxe et. Calippe lui faisaient parcourir en composant les rotations des diverses orbites. Cette doctrine parait, d'ailleurs, avoir t reue de nombre de Stociens. Cicron, par exemple, dit des astres Ces* par leur propre effort qu'ils gardent la figure sphrique' e est parleur figure et leur forme qu'ils se maintiennent en quilibre ... Il semble, par l, qu'il ne les regarde
ciel,
de lui-mme, au sein d
comme
importai,,,.-
nous apprend un agencement de sphres solides capable de figurer la thorie astronomique de Platon Platon dit, en effet qu on ferait un travail inutile si l'on voulait exposer ces phnom,;
il
,1
avait construit
Ctciton,
De natura deorum,U
'""'''
-
.%/d,3 ""
DUHKM
1.
40 ch
-
xv,
'
''"'
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M ""
-'
M.
82
IA COSMOLOGIE HELLNIQUE
ns sans des images qui parlent aux yeux Thon va plus loin Platon lui-mme l'opinion qui rejette le encore il attribue mouvement excentrique des plantes pour leur donner un mou.
le centre
Platon n'avait jamais eu formuler une telle prfrence, car jamais, sans doute, l'hypothse de l'excentrique ni l'hypothse de l'picycle ne 6'tait prsente son esprit les
ralit,
;
En
ait fait
Adraste et Thon, cependant, n'avaient pas entirement tort en se rclamant des principes de la Physique platonicienne. Platon
chaque astre un mouvement de rotation autour de il semble, ds lors, que la rotation de la son propre centre sphre picycle sur elle-mme n'et point choqu ses doctrines touchant les rvolutions clestes il semble qu'il et pu se rallier la thorie du Soleil propose par Hipparque. Seule, la Physique d'Aristote tait vraiment incompatible avec l'existence des
attribuait
;
;
picycles
incapable
d'aucune
et
son seul
mouvement
du centre
pour Thon de Smyrne, vraisemblablement aussi pour Dercyllide, le mathmaticien devait porter son choix sur une hypothse astronomique qui ft conforme la nature des choses. Mais, pour ses philosophes, cette conformit ne s'apprciait plus au moyen des principes de Physique qu'Ariset
de construire
avec des sphres solides convenablement embotes un mcanisme qui reprsentt les mouvements clestes le mouvement
;
d'une plante, entrane par la rvolution d'un excentrique dont le centre parcourt un cercle concentrique au Monde, se laissait
ainsi figurer
par
l'art
du tourneur;
;
c'tait
que le physicien pouvait recevoir, en dpit des proprits de Ja cinquime essence pripatticienne il pouvait l'adopter tout aussi
XXXIV;
i.
d. J.
ch.
d.
Th. H. Martin,
p.
3o3
Timum commentaria. Edidit a. Procli Diadochi ,/// Platonis Diehl ; Lipsiae, igo3-ic)oG. BijSiov r (Tim. 36 D), t. II, p. 264 (Tim. 3g DE), t. III, p. 96 BtjBMov A (Tim. 4o CD), t. III. p. i/|6.
;
Ernestus Bc!3).iov 1
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
83
III
Les progrs de l'Astronomie rendirent bientt intenable la position prise par Adraste et par Thon. Du jour o Ptolme, pour reprsenter les ingalits du mouvement plantaire, fit porter chaque plante par un picycle dont le centre, au lieu de demeurer toujours gale distance du centre de l'Univers, dcrivait un cercle excentrique au Monde, l'agencement de sphres imagin par Adraste d'Aphrodisias et par Thon de Smyrne devint
inca-
pable de reprsenter une telle marche. Cette incapacit crt chacune des complications que Ptolme fut contraint
d'apporter,
phnomnes fussent sauvs, aux hypothses primitives d'Hipparque. Assurment, un pripatticien ne pouvait dclaafin les
que
rer les hypothses de la Syntaxe conformes aux principes de sa Physique, car elles ne rduisaient pas tous les mouvements
cles-
des rvolutions homocentriques mais un disciple d' Adraste et de Thon ne pouvait davantage les regarder comme physiquement recevables, car aucun tourneur, semble-t-il, n'en pouvait construire une reprsentation faite de bois ou de mtal. Il est donc clair que les partisans de Ptolme taient tenus, sous peine de renoncera leur doctrine, d'affranchir les hypothses
tes
;
astrono-
en
chacun des astres errants un orbe d'une certaine paisseur, contigu aux orbes de l'astre qui le prcde et de l'astre qui le suit. Entre les deux surfaces sphriques,
Ptolme attribue
concen-
triques au
la plante se
meut
des hypothses nombreuses et compliques qui ont t exposes dans la Syntaxe. Comment doit-on concevoir l'accord de ces suppositions avec les principes de la Physi-
son
mouvement
que ? En d'autres termes, quelles conditions la Physique est-elle en droit d'imposer aux hypothses de l'Astronomie ? A
i
cette
C"mPlOllMfa,Mro&#M
t.
D, pp.
pp. 206-207.
84
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
f
dans l'avant-propos de son uvre, une rponse qui semble inspire par la plus pure tradition platonicienne les postulats fondamentaux de l'Astronomie semblaient d'ternelles vrits, imposes avec la mme autorit que des dogmes religieux. Mais bientt l'Astronome de Pluse dut reconnatre que des rgles aussi rigides laisseraient malaisment construire une thorie capable de sauver exactement les apparences ces rgles, il les assouplit peu peu jusqu' les fausser il en vint enfin professer cette doctrine L'astronome qui cherche des hypothses propres sauver les mouvements apparents des astres ne doit connatre d'autre guide que la rgle de la plus grande simplicit. C'est cette doctrine qu'il formule clairement en ce pas,
;
;
sage
<(
2
:
du mieux qu'on le peut, adapter les hypothses les plus simples aux mouvements clestes mais si cela ne russit pas,
Il
faut,
il
'[Link]'Oou {xv
w;
Ivi
mXiora
toc
mouvements
graduellement ses suppositions mais la complexit du systme auquel il se sera arrt ne pourra tre un motif de rejeter ce systme s'il s'accorde exactement avec les observations En effet, si chacun des mouvements apparents se trouve sauv titre de consquence des hypo;
thses,
ces
les
mouvements des
nous avons agences, afin de juger, par l, des difficults mmes des hypothses. Il ne convient pas, en effet, de comparer les choses humaines aux choses divines il ne faut pas fonder notre confiance touchant des objets si haut placs, en nous appuyant sur des exemples tirs de ce qui en diffre le plus. Y a-t-il rien, en effet, qui diffre plus des tres immuables, que les tres continuel;
lement changeants ? Ni rien qui diffre plus des tres qui sont soumis la contrainte de l'Univers entier que les tres affranchis mme de la contrainte qu'ils exercent ?
i.
2.
Voir Ch. VIN, X, t. I, pp. 485-/487. Claude Ptqlm&e, Composition mathmati que, livre
:
<<!.
Un hua.
3. '7vuc6;xvai, arriver par accident, xr o-upfobjxo;; en langage moderne, rsulter de la composition d'autres mouvements.
PHYSICIENS KT ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
85
de vouloir imposer aux mouvements des corps clestes l'obligation de se laisser figurer par des mcanismes de bois ou de mtal.
folie
C'est
donc
Tant que nous les considrons dans ces reprsentations construites par nous, nous trouvons pnibles la composition et la succession des divers mouvements les agencer de telle manire que chacun d'eux puisse s'effectuer librement nous parat une tche difficile (xal 'jmzpurzov icpo to twv xivr^ewv xwX'jTov). Mais si nous examinons ce qui se passe dans le Ciel, nous ne sommes
plus du
ments.
Assurment, Ptolme veut marquer, dans ce passage, que les mouvements multiples qu'il compose, dans la Syntaxe, pour dterminer la trajectoire d'un astre, n'ont aucune ralit le mouvement rsultant est le seul qui se produise dans le Ciel.
;
Parmi les mouvements que l'astronome est ainsi conduit attribuer aux astres pour sauver les phnomnes, pourrait-il s'en rennature de l'essence cleste? Nullement. Il n'y a, dans la rgion o se produisent ces mouvements, aucune essence qui soit, par nature, doue de la puissance de s'opposer ces mouvements ce qui s'y trouve cde avec indiffrence aux mouvements naturels de chacun des astres
;
en sorte que tous les astres peuvent passer, et que tous peuvent tre aperus, au travers de tous les fluides qui sont
;
sens opposs
MjSejus
%tmk
Stfcitywv faj tv
Oa'..
xwpiwv
Malgr
la concision
la doctrine
de cet expos, nous y percevons nettement que Ptolme professe touchant les hypothses astro-
Qomiques. Les diverses rotations surdes cercles concentriques ou excentriques, sur des picycles, rotations qu'il faut composer entre elles pour obtenir la trajectoire d'un astre errant, sont
artifices; ces artifices sont
mnes
tions
l'aide
des hypothses
il
\
trouver.
Mais
;iU
mcaniques aient, dans le Ciel, la moindre ralit. La sphre de chacun des astres errants est remplie d'une substance fluide qui n oppose aucune rsistance au mouvement
des corps qu'elle
86
baigne.
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Au
sein de cette
en sa marche. Tout en professant une thorie astronomique plus savante, Ptolme se rclame d'une Physique toute semblable celle de Clanthe et des Stociens. Il n'a cure des critiques que Dercyllide, Adraste d'Aphrodisias et Thon de Smyrne adressaient cette Physique. L'attitude de Ptolme l'gard du thorme de l'quivalence entre l'picycle et l'excentrique marque nettement sa rupture avec les principes dont se rclamaient Adraste et Thon. L^ mouvement du Soleil est galement sauv soit qu'on fasse dcrire cet astre un cercle excentrique au Monde, soit qu'o le fasse tourner avec un picycle dont le centre demeure toujours la mme distance du centre de l'Univers. De ces deux hypothses, quelle est celle qu'une saine Physique commande d'adopter ? Selon Adraste et Thon, c'est l'hypothse de l'picycle, car un mcanisme form de sphres solides embotes les unes dans les autres permet alors de figurer la march du Soleil. Selon Ptolme il est plus raisonnable de s'attacher l'hypothse de l'excentrique, parce qu'elle est plus simple, parce qu'elle ne suppose qu'un seul
1
,
mouvement,
et
non deux
IV
LES OPINIONS DE PTOLME SUR LA VALEUR DES HYPOTHSES ASTRONOMIQUES.
La
les observations
que voici
Au dbut de son ouvrage, Ptolme formule comme si l'Astronomie tout entire devait reposer
sique.
ses postulats
au contraire, instruit par l'exprience, l'auteur ne donne plus ses hypothses que comme artifices propres sauver, artifices provile plus simplement possibJ j, les phnomnes soires, d'ailleurs, qu'on devra complter et modifier au fur et mesure que des observations plus prcises en viendront marquer
la fin,
;
l'insuffisance.
i. t.
I,
livre
III,
ch.
IV
d.
Halma,
[Link],
r', J',
pars
I,
p. 23a.
PHYSICIENS ET ASTRONOMI
87
Ptolme? Non pas. L'activit scientifique de Ptolme ne prit pas fin lorsque la Grande syntaxe mathmatique eut reu son achvement. Quelques annes plus tard, cet astronome revenait, dans un nouvel crit, aux problmes qu'examinait la Syntaxe il leur consacrait un trait mi deux livres intitul Les hypothses des astres errants (TicoGo'si
l'ultime pense de
;
:
7()7
TrXavcopiviov).
Le texte grec du premier livre de cet ouvrage est connu et publi depuis le xvn e sicle C'est un expos du systme astronol
.
des picycles. Ptolme y change fort avait dit dans la Syntaxe. La modification
et
importante touche la thorie du changement d'inclinaison de l'picycle nous aurons occasion d'en dire quelques mots dans
;
un prochain chapitre \ Le texte grec du second livre est perdu. On en connat seulement une mdiocre version arabe dont la traduction allemande, commence par L. Nix et acheve par MM. [Link] et P. Heegard,
a t
rcemment publie'.
'*
qu'une allusion de Proclus aux Hypothses des plantes de Ptolme concorde avec ce que nous lisons dans cet ouvrage. Il y a plus Simplicius, dans un de ses commentaires,
:
'
Nous avons dj vu
un propos tenu par Ptolme au second livre des Hypothses . Or le passage cit par Simplicius se reconnat trs exactement dans la version arabe, comme nous le verrapporte textuellement
rons plus loin.
que l'authenticit du second livre des Hypothses se trouve ainsi confirme sans ces tmoignages, en effet, nous aurions quelque peine y reconnatre l'uvre de Ptolme, tant l'esprit en parait diffrent de celui qui anime la Syntaxe. Voici comment dbute le second livre des Hypothses 6 Nous avons, pour la plus grande part, expos les relations qui
Il
existent entre
l<*s
i. Procli Sphra, Ptolcilbi de ffypothetibut planetaru/n liber einguiari nunc primum in lucein editut*... II lustra vt Joh. Bainbridge< Londioi, 1620.
2.
3.
Voir
Chapitre
XII,
vil.
Claumi Ptolcmabi Opra 'pur exetant ornnia. Volumen II. Opra attro* nomica minora. Bdidil J L. tfeiberg. Lipsias, MDCCCCVII. *YfroMaM* zw KAt&tuivV B\ Ex Arabico interpretatui eal Ludovicui Nix, Voir Chapitre IX. I V t. II, pp. \\-'\\ !\. !i. SiMPLicn In Aritotelit quatuor iibro de Ccelo commentaria } in lilt. II, cap. vin (Edition grecque de Karsten, pp. dition grecque de He*
:
il;
rit..
j>.
m.
88
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
mouvements, toutefois, et l'ordre dans lequel ils se succdent, nous nous sommes contents de les figurer dune manire simple, au moyen des cercles qui sont parcourus en ces mouvements. Il nous reste donc dcrire les formes des corps au sein desquels nous concevons ces cercles et pour cela, il nous faut appuyer
!
;
les
principes
dous d'une
Ce qu'Adraste d'Aphrodisias avait fait pour la thorie astronomique d'Hipparque, il va le reprendre pour la thorie des astres errants que la Syntaxe a expose. Il va combiner et agencer des corps solides dont les mouvements reproduisent les excentriques et les picycles dcrits par les astres. Mais ce mcanisme, il ne le donnera pas pour une simple image, pour un pur modle des hypothses conues en vue de sauver les apparences il le regardera comme l'expression de la constitution relle des sphres et cette opinion, il tentera d'en dmontrer l'exactitude, clestes de la dduire de la nature de la substance qui forme le Ciel. Par l, les thories astronomiques que. la Syntaxe avait prsentes se trouveront comprises dans une doctrine physique analogue celle qu'Aristote avait formule au trait Du Ciel et en la Mtaphysique, dans une doctrine destine remplacer ce systme pri;
patticien dsormais
condamn
et titre
de principes, poser quelles sont les proprits de ce qu'il nomme les corps thrs. L'examen physique, crit-il 2 nous conduit supposer que les corps thrs ne souffrent aucune passion et ne subissent aucun changement, encore qu'ils demeurent, pendant tout le cours du
Cet
que les corps thrs ne changent pas, comme nous l'avons dj dit, que leurs formes sont rondes, et que leurs actions sont des actions exerces par des choses dont toutes les parties
sont analogues entre elles.
Subdivis en corps homognes, dont la figure demeure ternellement immuable, que dlimitent des surfaces sphriques,
l'ther de
maintenant tout semblable la cinquime essence qu'Aristote a dfinie nous n'y retrouvons plus l'ther
Ptolme
est
i.
Le texte
2,
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
89
que considrait la Syntaxe, ce fluide qui n'opposait aucune rsistance au mouvement des astres. L'ther dsormais considr par Ptolme va donc tre partag, comme la cinquime essence d'Aristote, en corps solides que des surfaces sphriques circonscriront et spareront les uns des autres seulement, Ptolme n'imposera plus chacune de ces surfaces la condition d'tre concentrique la Terre. Chacun de ces corps solides sera anim, par lui-mme, d'une rotation uniforme en vertu de laquelle il glissera librement sur la masse qui l'entoure; cette libert, cependant, ne sera pas entire, car les ples autour desquels tourne une de ces masses demeureront fixement attachs la masse enveloppante et prendront part au mouvement de cette sphre. Pour les sphres que nous construirons ', le mouvement sphrique [le mouvement de rotation], possde ncessairement deux points qui touchent la sphre et qu'on nomme les ples... Notre thorie s'appuie donc sur la supposition, faite galement par Aristote, que les ples de la sphre enveloppe sont fixement lis la sphre enveloppante. Gomment, entre deux sphres clestes, une telle liaison se peutelle concevoir ? La rponse cette question soulve de grandes difficults. Ces difficults, Ptolme ne les dissimule pas, bien au contraire. Bref, dit-il 2 s'il est difficile de comprendre que les mouvements clestes n'aient pas lieu autour de ples fixes, j'estime, cependant, qu'il est encore plus difficile de concevoir de quelle sorte sont ces ples de deux sphres ainsi relies Tune l'autre, [il est difficile d'imaginer] comment la surface de la sphre extrieure est attache de tels ples, comment la sphre enveloppe est retenue par eux [il est difficile de saisir] la raison de la liaison que les ples ont avec chacune des deux sphres. Admettons-nous, en effet, que ces ples sont de simples points ? Alors, nous attachons des corps des choses qui ne sont point corps nous relions entre elles des choses doues de grandeur et de force l'aide de ce qui n'a pas de grandeur, de ce qui n'est absolument rien.
;
,
;
des corps? Sont-ils analogues a dos chevilb-s de bois ou des boutons? Les diverses suppositions que nous pouvons faire sur la nature oV ces corps aboutissent
)>
Les regardons-nom
comme
Astro-
nome de
Ici
encore, nous
i.
j>.
\\\.
l,
Pnn-KMKK. Op.
I<ni<i.<
90
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
nous trouvons dans l'embarras , dit-il aprs avoir analys la dernire de ces suppositions. En dpit de cet embarras, il admettra l'hypothse de ces sphres dont chacune tourne d'un mouvement uniforme autour de ples fixement attachs la sphre enveloppante. Gomment Ptolme va-t-il, l'aide de semblables sphres, combiner un mcanisme capable de reproduire les mouvements que la Syntaxe et le premier livre des Hypothses ont dcrits ? La sphre suprme, celle qui se trouve aux confins de l'Univers, n'est plus la sphre des toiles fixes c'est une sphre sans astre, la sphre motrice de la sphre des toiles fixes *. Cette premire sphre est charge de communiquer le mouvement diurne, d'Orient en Occident, l'orbe toile. L'orbe toile, son tour, se meut en sens contraire du mouvement de la premire sphre,
;
Son mouvement
dplace
trs
lentement les points quinoxiaux suivant la loi qu'Hipparque a dcouverte, que Ptolme a tudie, que nous analyserons au Chapitre XII. Au-dessous des deux orbes dont nous venons de parler, se trouve
mcanisme qui doit mettre en mouvement la plante Saturne. Jupiter, Mars seront mus par des combinaisons toutes semblables
le
de sphres. Voici comment est constitu l'ensemble d'orbes qui est attribu chacune de ces plantes 2 Les deux surfaces sphriques S et t (fig. 13) ont pour centre le centre C du Monde elles comprennent entre elles ce que Ptolme nomme la sphre de la plante. Les deux surfaces sphriques S et <y ont pour commun centre le centre C de l'excentrique de la plante entre elles est compris Y orbe dfrent D. Dans l'paisseur de l'orbe dfrent est loge la sphre picycle E celle-ci, notre figure a donn un diamtre gal l'paisseur de
.
l'orbe
dfrent
et
;
le calcul
que Simplicius attribue Ptolme suppose qu'il mais ni le texte des Hypothses ni les figures qui accompagnent le manuscrit arabe ne font cette supposition. Dans
la sphre picycle
est
enchsse la plante P.
que comprennent entre elles les surfaces S et S', et la masse solide a, que terminent les surfaces a-' et s-, sont animes, chacune, de deux rotations autour d'axes passant par le centre C du Monde l'une de ces rotations, la rvolution diurne,
solide A,
;
La masse
i.
2.
cit., p.
120.
cit.,
pp. i25-i32.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
91
en Occident autour de ples qui sont les ples du Monde l'autre, trs lente et marchant d'Occident en Orient, a pour ples les ples de l'cliptique. Les masses A et a communiquent cette double rotation l'orbe dfrent D qu'elles comprennent entre elles mais, en outre,
s'effectue d'Orient
; ;
une troisime rotation entraine celui-ci cette rotation s'effectue autour du centre G' de l'excentrique plantaire, et ses ples sont
;
particuliers la plante.
se
communiquent
la
sphre picyclc
sou tour, tourne autour d'un axe passant par son centre parla rotation de la sphre picyclc, la plante dcrit un grand
;
Syntaxe
le centre
en
de
mme
la
traite la
sphre picycle dcrit le cercle excentrique dont Syntaxe. Enfin, la sphre picycle subit le mouvement
Ptolme explique
Le
la
variation de l'incli-
Au-dessous de
La
sphre de Mars,
se
trouve
i
<
st
Le
Soleil n'a
cit., pp.
i32-i33.
92
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
pas cTpicycle l'astre est, ici, directement enchss dans la substance de l'orbe dfrent. La sphre de Vnus est constitue comme celles des plantes suprieures \ La sphre de Mercure est plus complique en effet le centre du cercle excentrique de Mercure n'est pas fixe, selon Ptolme il dcrit un cercle dont le centre diffre du centre du
;
;
Monde, mais dont la circonfrence passe par le centre du Monde. Voici donc comment les Hypothses composent la sphre de Mercure 2 Cette sphre est borne par deux surfaces sphriques S et a (fig. 14) dont le centre commun est le centre G du Monde ou de la
:
Terre.
Entre ces deux premires surfaces sphriques, se trouvent deux autres surfaces sphriques, parallles entre elles, S' et a*', dont le
centre est
un point
G',
distinct
du point
G.
a
7
comprennent entre
elles
deux autres surfaces sphriques, parallles l'une l'autre, S", a", dont le centre est symtrique du point G par rapport au point C C'est entre les deux surfaces S" et <r" qu'est loge la sphre picycle E dans laquelle la plante P est enchsse. La masse solide A, comprise entre les surfaces S et S', et la masse solide a, comprise entre les surfaces c et <r', se meuvent des deux mouvements de rotation dont nous les avons vues animes lorsque nous avons dcrit les orbes des plantes suprieures elles communiquent ces deux mouvements toutes les orbites
La masse B, que dlimitent les deux surfaces S', S", et la masse (3, que dlimitent les deux surfaces o-', <j", sont animes d'un mme mouvement de rotation autour du point C cette rotation est identique celle que Ptolme attribue au centre de l'excentrique. Ces deux masses B et p composent, par leur ensemble, la
f
;
La sphre dfrente de V excentrique communique le mouvement de rotation dont elle est anime la sphre dfrente de picyle moucle D, qu'enferment les deux surfaces sphriques S" et <t" vement propre de cet orbe suit des lois semblables celles du
;
mouvement propre de
Selon la Syntaxe, le centre de l'excentrique de la Lune dcrit un cercle concentrique au Monde il est bien facile de donner la
;
i.
2.
Ptolme, Op. laud., d. cit., p. i3i. Ptolme, Op. laud., d. cit., pp. i33-i38.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
93
f
;
Lune des
orbites capables de
remplir une
telle condition
il
suffit d'attribuer
comme
les orbes
dune
creuse, concentrique au
sphre leur communiquera une rotation identique celle que Ptolme attribue au centre de
;
Monde
cette
l'excentrique.
l'iii
if\.
combinaison d'orbes solides, continus les uns aux autres, qui reprsenteront fidlement, si on les anime de mouvements appropris, Le systme astronomique de la Grande syn ta te
Telle est
La
mathmatique.
il
y faul
plication.
<{ui
donne
un astre errant
La
Le
mouvemenl
a
cei
astre
par
Syntaxe participe,
son
mouvement, selon La doctrine des Hypothses n'est pas communiqu cef ensemble par La premire de toutes Les sphres, par La sphre qui imprime Le mouvemenl
diurne. Ce
i
mouvemenl
diurne au
I
ciei
des .toiles
hlU'l
.
fixes.
il.,
|.|i.
PinLKMKK,
<)/>.
<<l.
94
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
exemple ', reoit le mouvement diurne d'un orbe spcial, qui est termin par deux surfaces sphriques concentriques au Monde, qui enveloppe tout cet ensemble, qui le meut exactement comme la premire sphre meut le ciel des toiles fixes. Il faut donc, de ce chef, dans chacune des sphres des sept astres errants, compter un orbe en sus de ceux que nous avions numrs.
errant, de Saturne par
verrons plus tard, le mouvement trs lent qui est propre la sphre des toiles fixes. L'ensemble des
partage,
le
comme nous
ronn non d'un seul orbe termin par des surfaces sphriques concentriques au Monde, mais de deux tels orbes l'un de ceux-ci communiquerait, tout l'ensemble, le mouvement diurne d'Orient en Occident, et l'autre, le mouvement lent d'Occident en Orient. De cette dernire complication, les Hypothses n'ont pas parl. D'ailleurs, de la sphre mme qui doit, l'ensemble des orbes
;
mouvement
seulement propos de la plante Saturne, et d'une manire trs sommaire. Pourquoi Ptolme a gliss rapidement sur cette question, nous Talions voir. 2 par examiner le sujet du point de Si l'on commence, dit-il L'emploi des corps vue mathmatique, voici ce qu'on trouve que nous avons dcrits, [c'est--dire de corps clestes imprissables, indformables et de figure arrondie], et leur relation avec chacun des mouvements clestes qui se montrent nous se peu,
La premire manire est celle qui attribue chaque mouvement une sphre complte soit une sphre creuse 3 comme sont
des sphres qui s'enveloppent les unes les autres ou qui entourent
la Terre
;
soit
son intrieur,
[et distincte
une sphre massive et non creuse, ne contenant, aucune chose qui soit, par elle-mme, dtermine
;
de ce qui l'entoure]
nomme
picycles.
La seconde manire consiste ne pas attribuer chaque mouvement une sphre complte, mais seulement un morceau d'une
Ptolme, Op. laud.,. cit., p. 123 et p. 125. POLMi, Op. laud., d. cit., pp. ii3-ii4. Ptolme ne suppose aucunement ici, comme le ferait Aristo te, qu'une sphre cireuse est un corps termin par deux surfaces sphriques concentriques ; il le suppose seulement termin par deux surfaces sphriques dont les centres peuvent diffrer. 1 une est intrieure l'autre, mais dont
i.
2. 3.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
telle sphre.
I.
LES HELLNES
95
Ce morceau s'tend [sur une certaine paisseur] de part et d'autre du grand cercle de chacune des sphres suivant lequel s'effectue le mouvement en longitude l'tendue de ce morceau, de part et d'autre de ce grand cercle, correspond l'amplitude du mouvement en latitude. S'il s'agit d'un picycle, la forme d'un tel morceau est celle d'un tambourin s'il s'agit d'une sphre creuse, elle est analogue une ceinture, un anneau, ou encore une
; ;
bague,
comme
dit Platon.
L'examen mathmatique dmontre qu'il n'y a aucune diff* rence entre les deux modes que nous venons de dcrire. Tous les mouvements qui peuvent tre reus par des sphres compltes, peuvent tre rapports et compars aux mouvements des fragments de sphres que nous avons dfinis, de telle manire qu'il y
ait,
phnomnes, des mouvements quivalents. Le mathmaticien ne saurait donc fournir au physicien aucune raison premptoire pour s'attacher l'une des deux formes d'hypothses plutt qu' l'autre.
Dos deux sortes de causes prcdemment dfinies, un physicien dclare-t-il que la cause du retard les uns sur les autres des divers corps mobiles est la premire ou qu'elle est la seconde ? Il n'en rsultera aucune consquence particulire ni aucune diff
'
ou bien qu'il dise Cette cause rside dans les morceaux qu'on peut dcouper en ces sphres il n'y a l aucune raison qui puisse entraner une consquence particulire ou une diffrence pas plus qu'une diffrence ne saurait provenir de ce que telle sphre en particulier est regarde comme creuse et telle
complotes
; ;
autre
comme
pleine'.
devra demeurer en suspens entre ces deux sortes d'hypothses, sans trouver aucune raison qui lui permette de prfrer l'une l'autre? Loin de l. Il peut, en 5 11 n'y a rien, dans la nature, qui effet, recourir ce principe soit dnu de sens et dpourvu d'usage .
En
rsulte-t-il
que
le
physicien
C'est de ce principe
qu'on
s'est autoris,
par
exemple, pour
Lune
et Le
Soleil
sinon, en
effet,
rs par
un vaste espace vide et inutile. C'est en vertu du mme principe qu'on ne fera pas appel des sphres compltes pour rendre compte de mouvement! auxi.
I.
cit., p. 117.
cit., p.
1
H.
96
quels
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
suffit l'existence
de petites parties de ces sphres . Dans le cas des toiles fixes, l'invariabilit qu'on observe en leurs positions relatives rend obligatoire la supposition d'une sphre
mais pour les autres corps clestes, rien n'tablit la ncessit d'une semblable hypothse. En outre, l'hypothse des sphres compltes ncessite un plus grand nombre de corps mobiles que l'hypothse des anneaux et des disques. Selon la premire hypothse, en effet, il faut, nous l'avons vu, que l'ensemble des orbes d'un astre errant soit entour d'une sphre qui lui communique le mouvement diurne. Les sept astres errants exigeront ainsi sept sphres animes de ce mme mouvement diurne. Au contraire, autour de tous ces corps sphriques constitus par les morceaux [anneaux et disques] que nous avons dit, il y a un mouvement de rotation identique celui de l'ther qui tourne par la rotation primitive, car rien ne s'oppose la transmission de ce mouvement en sorte que ces corps se trouvent mis en rotation d'une part par cette rotation ambiante, et, d'autre part, par la force qui rside en eux afin de produire leurs mouvements propres ainsi en est-il d'objets qui, tout en tant entrans par un mouvement commun unique, sont, en dpit de ce mouvement, anims de mouvements dont les direcainsi en est-il tions s'opposent de diverses manires au premier encore d'objets qui nagent [diversement] au sein d'un mme
complte qui
les porte toutes
;
courant
Il suffira,
mouvement diurne
l'ther
une sphre charge de communiquer ce mouvement qui baigne tous les anneaux dfrents excentriques et
:
Il
y a donc,
ici
2
,
trois
sphres creu-
des toiles
fixes, la
fixes et la
sphre
et
La plus grande
simplicit, qui
des disques prfrable celle des sphres compltes, marque galement la supriorit du mcanisme conu par Ptolme sur
les
combinaisons d'orbes imagines par ses prdcesseurs Les mouvements diffrents qui sont causes des apparences
:
Ptolme, Op. laud., d. cit., p. 118. Aux pp. il^i-\l\2 se trouve une Ptolme, Op. laud., d. cit., p. 142. numration tout fait fausse du nombre des corps mobiles requis par chacune des hypothses. On y voit, par exemple, qu'en l'hypothse des sphres compltes, le mouvement du Soleil requiert seulement un orbe en sus de la sphre qui lui donne Le mouvement diurne. Or, il en requiert trois.
i.
2.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
97
nous les avons supposs beaucoup plus simples et beaucoup moins nombreux que nos prdcesseurs ne l'avaient fait; on le reconnat d'une manire vidente si l'on compare nos supposiclestes
*,
moyens
qu'ils
Mais une chose est ncessaire en cette cependant, compltement ralise, croyons-nous,
fin.
;
que par nos seules dispositions cette chose, la voici Les apparences relatives aux mouvements des astres, les apparences gnrales aussi bien que lesapparences particulires, celles qui se produisent dans les corps visibles aussi bien que celles qui se produisent dans les corps conjecturaux, sont, par l, compltement reprsentes. En effet, celui qui s'enquiert de ce sujet comprendra ce que nous venons de dire et en reconnatra la justesse, en recueillant les positions hypothtiques des astres et en les comparant aux
:
observations.
en faveur des mcanismes construits par les Hypothses des astres errants, Ptolme invoque le prcepte qu'il prescrivait, dans la Syntaxe, la thorie astronomique Sauver les apparences, aussi exactement que possible, l'aide d'hypothses aussi
x\insi,
:
admises
ici
et l,
nous recon-
mme
principe directeur.
Comment devrons-nous
errant
?
Le mouvement de cet ensemble de corps au sein de l'ther m par la rotation diurne, Ptolme propose * de le comparer au vol de l'oiseau qui fend l'air. La cause premire de ce mouvement, c'est la force vitale qui rside en cet oiseau de l, mane une impulsion qui passe dans les muscles et parvient enfin jusqu'aux
;
de
mme
;
nous faut considrer que chaque astre possde une force vitale Paide de laquelle il se meut lui-mme et, en mme temps, aux corps qui lui sont unis par leur nature, il communique un mouvement; l'origine de ce mouvement se cache au sein mme de Pastre ce mouvement se propage ensuite de chaque corps celui qui lui est contigu c'est donc L'astre lui-mme qui donne !< mouvement d'abord Ppicyclc, puis Porbe excentrique, enfin Porbe qui a pour centre lr centre du
;
;
pour
Monde
1.
d'ailleurs, le
mouvement
cit., p.
cit.,
qu'il
communique
esl
diffrent
2.
1/43.
pp. 119-120.
7
nUHF.M
T.
II.
98
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
aux divers lieux o il est reu de mme, en nous, la force de la pense n'est pas gale la force de l'impulsion mme [que cette pense dtermine] la force de cette impulsion n'est pas gale celle qui agit dans les muscles, ni celle-ci la puissance qui meut les pieds ces forces diffrent les unes des autres sous un certain rajDport, sous le rapport de la tendance par laquelle elles se manifestent au dehors. Il est donc plus raisonnable de penser que chacun des astres possde, lui-mme, un certain mouvement, parce que sa force et son action particulire consistent produire, en sa propre place et autour de son propre centre, un mouvement de rotation uniforme il est, ds lors, ncessaire que le commencement de cette opration parte de l'astre, puisqu'elle se rpand de l au sein des corps qui entourent cet astre. Ce dernier passage est celui que Simplicius 2 reproduisait en le dclarant emprunt au second livre des Hypothses de Ptolme, le meilleur des astronomes 'AxoGcat k y 07} xal toO pwrou t<I>v aTpov{Juov to [Link]> Xsyovto v Tcj> suTp(o ptX|) twv 'YtoBsc-sojv "Qgts, Xoy(Tpov slvai
; ; ;
'
to xtvev
y.v tcov
c-Tpwv
t'iov
sxaarov,
{Jtivro'..
cm
toto
sort,
xal
o'jvajjLi
xal vp4
pense de Ptolme que nous venons de lire. 11 tait bon que nous en eussions l'assurance, car cette pense a singulirement chang depuis le temps o l'Astronome de
C'est
donc bien
la
Pluse rdigeait
entraine
la
nombre
;
d'esprits,
s'est laiss,
courant
il
mcanisme
propre
et
il
reprsenter les
s'est
mouvements compliqus
par
l,
imagin
qu'il avait,
quelque
peu pntr
Autrefois,
le secret
mme
de la nature cleste.
par des combinaisons de corps solides, analogues mais plus simples, reprsent les hypothses astronomiques d'Hipparquc Adraste d'Aphrodisias et Thon de
Dercyllide
avait,
;
grande faveur la facult de se laisser ainsi figurer par des rotations de corps solides embots les uns dans les autres leur semblait tre, pour
accueilli ces reprsentations avec
;
Smyrne avaient
i.
2.
en p.
Ptolme, Op. laud., d. cit., p. i3i. Simplicii In Aristotelis quatuor libros de Clo commentai' ia VIII d. KarsteD, pp. 200-206; d. Heiberg. p. 456.
;
in lib.
II,
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
99
la nature
Ptolme avait bien pu tourner en drision ce dsir de reprsenter les mouvements des corps clestes et imprissables au moyen de ces corps grossiers et changeants que nous fournit le monde sublunaire ses critiques n'avaient pas remport une dfinitive victoire l'erreur qu'elles combattaient tait de celles qui, vaincues en apparence, renverses un instant, se relvent sans cesse, parce qu'elles sont la suite ncessaire d'un incorrigible travers de l'esprit humain. Ce qu'avaient voulu Dercyllide, Adraste et Thon, c'tait incarner des penses abstraites dans des modles concrets que les yeux pussent voir, que les mains pussent palper et mouvoir c'tait chasser la raison pour mettre l'imagination sa place. Ptolme, aprs avoir dfendu la raison, est devenu, son tour, esclave de l'imagination.
;
;
LES
DES
HYPOTHSES ASTRONOMIQUES.
SYR1ANUS ET PROCLUS
Les Hypothses des astres errants ne sont point demeures, aprs Ptolme, ignores des physiciens hellnes; les tmoignages de Proclus et de Simplicius nous ont appris qu'on les lisait. Il ne parait pas, cependant, que les mcanismes invents par Ptol-
me pour
fait
raliser des
mouvements semblables
Proclus
allusion des
les objections
non fondes qu'il leur oppose semblent prouver qu'il en avait fort mal saisi le fonctionnement. Simplicius seul les regarde comme capables de faire vanouir quelques-unes des difficults qui empchaient les Pripatticiens d'admettre
cycles; nous avons
qu'il
cit
'
les
excentriques
el
Les pi-
la
en
fait.
la
Syntaxe
n'.
les
Les
.-pla;
Hypothses
en
particulier,
considrations
qui
semblent
avoir
guid
t
.
pense de Proclus.
p. 67.
Vide supra,
100
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Proclus avait d, fort jeune, tre exerc mditer sur la porte des raisonnements astronomiques, car son matre, Syrianus,
s'en tait
montr soucieux.
Athnes sous
le Platonicien
Plutarque
la mort de celui-ci,
il
prit la direction
de l'cole d'Athnes et la garda jusqu' sa propre mort, survenue vers 450. Proclus fut son successeur.
Nous avons, de Syrianus, un commentaire trois des livres de Ce commentaire est, en entier, destin la Mtaphysique d'Aristote
l
.
En commentant
est conduit
:
le
que suggre le second chaPeut-il se faire qu'une mme science dfinisse pitre du Stagirite ce que sont les substances qu'elle tudie et, en mme temps, donne la dmonstration des accidents propres ces substances ? A cela je rpondrai, dit Syrianus, que, de l'essence mme des choses, il n'y a pas de science dmonstrative (toOt eoriv oux 'ariv ra^eil-i). Mais rien n'empche qu'une mme science ne soit, la fois, science qui dfinit et science qui dmontre, science qui dfinit l'gard des essences, et science qui dmontre l'gard des accidents propres, il appartient, en effet, une mme science de connatre par intuition (Oecopfjom) l'Univers, le Soleil, la Lune, et de connatre par dmonstration l'ternit de ces tres et leurs
actions
>
examiner
Si la
science dmonstrative
proprement dmonstrative, nous devons avouer, toutefois, qu'il en est une autre celle-ci dmontre partir d'hypothses elle ne s'lve pas jusqu'aux essences. Ainsi en est-il de la plus grande partie de l'Astronomie aussi n'a-t-elle le droit de
;
;
;
MCMII.
2. Syriani
recto.
Scholia in
In lib. Il Metaphysices commentarius, fol. 16, verso et fol. 17, Aristotelem Supplementum, fol. 848, col. b. In meta.
p. 22.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
101
sens.
aX)vTi
ox avewiv
tcI
to t ecmv, w
arpovojjtia
Ta 7roXX, oto
airj8 eirceiv
4
evet epl
oja-'la
twv
paivojJLvwv
arpo)v.
La
distinction
les
deux
dmontre
les
reusement platonicien ce qu'on lit au Time. Pour Syrianus, il existe vraiment trois Cieux, trois Soleils, trois Lunes etc. Le premier de ces Cieux est seulement accessible l'intuition il est form d'ides (elo) qui rsident en l'Intelligence (vovio'L) du Dmiurge. Le second nous est connu par la pense discursive et rflchie (tvota) il rside en l'Ame du Monde les astres qui le compo; ;
;
sent sont des raisons (Xoyo) qui sont les images (elxwv) des ides
les raisons sont les
mes des
astres.
Le troisime
ciel,
tombe sous
la perception
sensible (avrO^a-i).
Aristote s'tait vivement lev contre la thorie platonicienne
des ides
Il
1
,
un
du
une autre Lune, et il en serait de mme pour toutes les autres choses qui sont au Ciel. Mais comment croire de telles affirmations ? C'est cette attaque que
Ciel sensible,
un autre
2
:
Et qu'y
a-t-il
fois,
raisonnement
vorjtt
et
par
xal
les sens ?
etvai
TajTa xal
xal
O'.avorjT
du Ciel et du Soleil n'existerait-elle pas ncessairement dans le Dmiurge? Comment pourrait-il se faire qu'au sein des Ames des astres, il n'existAt pas un Ciel et un Soleil pi 11^ vrais que le Ciel et le Soleil sensibles? Comment, enfin, les rceptacles sensibles de ces Ames n'existeraient-ils pas? 1<* Il faut donc concevoir toutes choses d'une faon triple divin Platon dit. en effet, que Dieu a infus l'esprit dans L'Ame H
awtoiT;)
la cause
; j
Comment
Aristote,
p.
MUaphytiqme,
Bekkcr, vol
livrr
II.
II,
*
)
ch. VII
,
(Amstoteus Opra,
d, Didot,
t.
II,
493
''!.
p,
<
col. h).
' Svhiani In lih. II MrtdphifSirrs commrnt<iri i/s, fol. iK. Scho/ia In metaphyica coiKM4ntariat Aristoteiem, Supplementum, p. sqQi col. b. d Kroll. n 'V
102
l'me dans
le
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
corps,
en
sorte
qu'est l'Univers en le faisant intelligent et ce qui nous apparat, dans le ciel visible,
et
raisons immatrielles
universelles
vue de
tion et
l'esprit, sera
absolument indivisibles. Si l'on n'admet pas la coexistence des cieux qui tombent sous les sens et des raisons clestes, accessibles au seul raisonnement discursif, on ne peut rendre compte de ce fait trange C'est par la considration de ligures gomtriques non sensibles que l'astronome tudie les cieux visibles. Bien que l'astronome ne soit pas un homme qui considre des grandeurs sensibles c'est aux astres, au Ciel, leurs mouvements qu'il a affaire comment donc, [hors des astres, du Ciel et des mouvements que les sens peroivent], n'y aurait-il pas d'autres astres, un autre Ciel, d'autres circulations qui soient les objets dont s'occupe l'astronome? Sans doute, Voici, au vrai, comment les choses se passent l'astronome observe ce Ciel [sensible]-ci mais, en l'observant, il possde, en lui-mme, certaines raisons universelles; ces raisons sont les images des ides qui ont servi fabriquer le Ciel ces raisons immatrielles et universelles, il les combine avec les choses que la vue constate par l, il met en vidence ce qui advient de soi-mme aux corps clestes . Ce passage nous rend claire la pense de Syrianus. On peut concevoir une Astronomie excellente c'est l'Astronomie qui, par l'intuition, prend connaissance des ides mmes du Ciel et des astres, telles qu'elles sont en l'Intelligence du Dmiurge cette Astronomie-l sait dfinir l'essence du Soleil et de la Lune; des dfinitions qu'elle possde, elle peut dduire, eu toute rigueur, les attributs ncessaires du Soleil et de la Lune. Si Ton parvient dfinir le Soleil et la Lune 2 chacune des proprits que cette dfinition aura attribue chacun de ces tres,
:
appartiendra
mme
en leur ide,
.
ils
seraient tous
dfinit
les essences
et
en dduit
Svhiaxi
///
lib.
I1
in Aristotetein.
cil.
Supplment uni,
.
A/eluphysices commcnlarius ; fol. 20, verso. Scholia /// metaphysica commenfariu, j>. 85 1, col. a.
Kroll, p. 27 Sykiani In lib II Melaphysices commeidarius, iol 21, verso. Scholia in Aristotelem, Supplment uni, p. 802, col. a Jn met aphy&ica comment nviu, 'I. Krollj j. 28.
2.
.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
103
rigoureusement les accidents, ce n'est pas l'Astronomie habituelle l'Astronomie habituelle est une combinaison d'observations faites sur le Ciel visible et de raisonnements mathmatiques qui ont pour
;
ces raisons
ne sont point
les ides
mmes
Dmiurge les conoit, mais les images de ces ides. Le rapprochement des divers textes de Syrianus nous permet d'affirmer que ces raisons (Xoyot.) ne sont pas autre chose, son avis, que
les
hypothses qui portent les thories astronomiques. En faisant de ces hypothses, d'allure gomtrique, des vrits intermdiaiSyrianus nous parat tre
un fidle interprte de la pense de Platon. Son lve Proclus ne prisera pas si haut la valeur des hypothses astronomiques cette valeur, il nous dira le peu de cas
;
qu'il
Il
en
fait, et
(YHypotypose
il
ques de Ptolme. Tout l'effort de Proclus va tablir que les mouvements hypothtiques sur des excentriques et sur des picycles qui, par leur composition, reproduisent le mouvement des astres errants, sont de pures fictions ces mouvements ne subsistent qu'en l'esprit de l'astronome ils ne sont rien dans les cieux. Seul, le mouvement complexe et indcompos de chaque astre est dou de ralit.
; ;
noncer par Socrate. Selon cette doctrine-ci, en effet, le mouvement compliqu que constate l'observateur n'a rien de rel seules, les rotations simples en lesquelles le gomtre rsout ce mouvement apparent mritent d'tre appeles
blique, Platon faisait
;
vraies.
la
que le mouvement vrai, c'est le mouvement complexe, indcompos et directement observable c'est
;
lussi
bien
,i
la
pense
et
[Link]
;i
poques des plantes de <-. PTOLtui et Hypotypoees de l'm traduites pour la premire fois du Grec eo Franais piar M. l'abb Halma ; Paris, iSv.o. Hypotyposes de Proclus Diadochos, philosophe platonicien, ou reprsentations! des hypothses astronomiques y pp i5o*i5i. Procli Diadochj Hypotyposis astrohomicarum positionum. uns cum scholiis ni i'|u la c liitiis manuscriptis edidit, germanics translatione et commentariis instruxil Carolui Manitiua LipsisSj ".<(> f -** VII, pp. s3-s3o,, La traduction, donne par l'abb Halma, de l'importai* passasse que nous lions tudier e*l un perptuel contre s e nsi
i.
Hypothses
DiadochuS)
j >
104
L COSMOLOGIE HELLENIQUE
de laquelle les corps clestes, par essence, ne peuvent prouver que des mouvements circulaires et uniformes. Proclus le sait et
Les astronomes se sont acharns affirmer que les mouvements des tres clestes taient uniformes ils ne se sont
le
:
proclame
pas aperu qu'ils dclaraient, [par l,] que l'essence mme de ces corps clestes tait prive d'uniformit et doue de toutes sortes de passivits. Ta; x^a-ei tv oupavuov o^aX 7ro7jvat TrpoQujji7)()vts;
ol [Link]
arpovoui'lav
Seivoi,
eXaOov eauTo
TcocpvjvavTS .
ol\)Tt\w
ttjv
oo-'lav
En vertu du principe que leur Physique a pos, ces astronomes regardent le mouvement compliqu et irrgulier d'une plante, celui qui apparat l'observation,
comme
le rsultat
de plu-
sieurs
et
mouvements simples, accomplis suivant des excentriques des picycles ceux-ci sont, pour eux, les seuls mouvements
;
rels
celui-l n'est
qu'une apparence.
Mais au sujet de ces excentriques et de ces picycles, deux opinions sont en prsence ou bien ces cercles sont simplement
;
fictifs et
idaux
ou bien
ils
sont ren-
ferms
mouvements par
les-
quels les
l'esprit,
astres
les
comment
mouvements
rels et vri-
que les mouvements observs ne seraient que des apparences ? Ceux qui le prtendent oublient que ces cercles sont seulement dans la pense ils font change entre des corps naturels et des conceptions mathmatiques, ils donnent les causes des mouvements naturels au moyen de choses qui n'ont point d'existence en la nature Prendra-t-on le second parti? Dclarera-t-on que les excentriques et les picycles ne sont point de simples conceptions de l'esprit, mais des corps physiquement raliss au sein de l'essence cleste? Ceux qui raisonnent ainsi se heurtent des impossibilits. En admettant, en effet, que les mouvements irrguliers des astres sont vritablement produits par ces cercles, que ceux-ci ont une existence relle au sein des cieux, ces astronomes dtruitables, tandis
;
i.
il
faudrait
Le texte de l'abb Halma dit sx rwv oxovtuv iv rf, pua st. Visiblement, x. 'vrwv. ovx oxovvtwv Le texte de M. Carolus Manitius porte
: :
.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
105
meuvent d'un mouvement et celles-l d'un autre mouvement, indpendant du prcdent ces cercles, ils ne les meuvent pas tous suivant une mme loi, mais bien en des sens contraires les uns aux autres ils en enchevtrent les
cles
;
ceux-ci,
en
ils
se rassemblent et viennent
ils
dans un
[S'il
mme
en est
plan, tantt
ainsi],
s'cartent et se coupent
l'un l'autre.
les
corps clestes
subiront des
un mme
L'objection
nous l'avons
nous verrons bientt les Arabes, et particulirement Averros, s'en emparer pour combattre le systme astronomique de YAlmageste. Ces objections, d'ailleurs, ne sont pas les seules qu'on puisse adresser aux astronomes dsireux de faire prendre pour des ralits les mcanismes qu'ils combinent. D'autre part, en effet, la doctrine de ceux qui ont fabriqu de telles hypothses parat susxal TirojMtrrtffceptible d'tre mise sous des formes diverses [kYf] '.paiveTai tu)v {jL{jL7}ya\nrj|jiiva)v toutiov u7to9<rea)v i\ TOXpSoa-i. Chaque mouvement hypothtique possde soit un excentrique fixe ou
dj rencontre, formule par Sosigne
;
C'est cette
ambigut d'hypothses
;
dj,
tonnait
;
Les combinaisons de mouvements proposes par les astronomes sont de pures conceptions, dnues de toute ralit elles n'ont pas tre justifies l'aide des principes de la Physique elles doivent seulement tre disposes de telle sorte que les appa; ;
ne concluent pas les consquences partir des hypothses, comme on fait dans les mais, prenant les conclusions pour point de autres sciences dpart, ils s'efforcent de construire des hypothses d'o rsultent Ojx iit ncessairement des effets conformes ces conclusions.
rences soient sauves.
Les astronomes
TV
~
aXV
ICAdt-
Ta; j-oOte.;
lj
<ov
teiv ryycipoffi.
Hors
la
ncessit de sauver
;i
de
l;i
Toutefois,
dit-il.
il
<
^t A
savoir
106
LA.
COSMOLOGIE HELLNIQUE
que, de toutes les hypothses, les plus simples sont aussi celles
Ne croyons
permis de dcomposer
astres en
mouvements plus simples, que nous soyons parvenus dcouvrir les mouvements rels cachs sous des mouvements apparents les mouvements rels, ce sont ceux-l mmes qui se manifestent
;
nous
le
nous aurons simplement rendu les phnomnes clestes accessibles aux calculs des astronomes Ces hypothses sont conues en vue de dcouvrir la forme des mouvements des astres, qui, en ralit, se meuvent conformment ce qui parait grce elles, on peut aborder la mesure des particularits qui s'offrent en ces astres - Kal cm sfctvevYiyrat 7coo eiipsa'iv toG rpTrou twv xivrffewv
: ;
twv orspojv
xax'
X*/)()[Link]
va
twv
sv auTo
remarque clt Y Hypotypbse de Proclus. Elle se soude sans peine celles que le Diadoque sme au cours de ses Commentaires au Time de Platon. L, en effet, il nous rappelle formellement- le caractre purement fictif et pratique des hypoth De fausses hypothses, on peut tirer une ses astronomiques
Cette profonde
!
:
phnomnes
hypothses.
ikrfii ti
n'est
pas une preuve suffisante de la vrit de ces Ooe touto s'iSots;, oti ecm xal ex <|tu$c>v GTroQea-etov
twv
07ro9<rwv X^OeLa
jjtivoi [Link]',ov
Dj Ptolme avait mis les astronomes en garde contre la tentation de comparer les choses divines aux choses humaines.
nisme du philosophe athnien Par suite de notre faiblesse, dit-il 8 il s'introduit de l'inexactitude dans la suite des images par lesquelles nous reprsentons ce qui est. Pour connatre, en effet, il faut que nous usions de l'imagination, du sentiment et d'une foule d'autres instruments
, ;
i.
Timum commentaria.
p. 126.
Leipzig-,
2.
MGMVI;
:
Btg)iov A,
t. III,
Lipsiae, iqo3
Pkogli Diadochi In Platonis Timum commentaria. Edidit Ernestus Diehl, Beov B (Tim. 29 C. D), t. I, pp. 352-353.
PHYSICIEN T ASTRONOMES.
1.
LES HELLNES
107
d'autre part,
nous voulons connatre les choses clestes, nous usons du sentiment, et nous faisons appel une foule d'artifices fort loigns de toute vraisemblance. Par suite, au sujet de chacune de ces choses, il faut nous contenter d'-peu-prs (to rff), nous qui sommes logs, comme on dit, au plus bas fond de l'Univers. Qu'il en soit ainsi, cela est rendu manifeste par les dcouvertes qu'on fait au sujet de ces choses clestes car d'hypothses diffrentes, on tire les mmes conclusions relatives aux mmes objets parmi ces hypothses, il en est qui sauvent les phnomnes au moyen des picycles, d'autres au moyen des excentriques, d'autres encore au moyen des sphres dnues d'astres et tournant contre
;
sens
....
;
mais pour
nous contenter d'atteindre seulement Y-peii-prs do car nous sommes des hommes, en sorte que nous parces choses lons seulement selon la vraisemblance et que les discours que nous tenons ressemblent des fables. L'Astronomie, donc, ne saisit point l'essence des choses clestes; elle n'en donne qu'une image; cette image mme n'est point exacte, mais seulement approche elle se contente (V-peu-prs. Les artifices gomtriques qui nous servent d'hypothses pour sauver les mouvements apparents des astres ne sont ni vrais ni vraisemnous,
faut
;
;
blables
ce
formuler des absurdits. Combins dans l'unique but de fournir des conclusions conformes aux observations, ils ne sont point
dtermins sans ambigut
les
;
des hypothses
fort
diffrentes peu-
marquent simplement
et relative, (pie la
(pie
la
connaissance
de L'homme
rait rivaliser
est
borne
science
est la
clus.
(jiii,
1 1
Llepl
Mtaphysique, prtend spculer sur L'essence des choses clestes, si profondment qu'elle parvienne fixer les
;'i
i.
Il
s'.-i^ii il-s
'[Link]--'j [Link]
108
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
VI
LA VALEUR DES HYPOTHESES ASTRONOMIQUES SELON JEAN PHILOPON
ET SIMPLICIUS
dogme astronomique de Platon et d'Aristote, le principe que tout mouvement cleste vraiment simple et premier est un mouvement circulaire et uniforme trouvera encore des partiaprs
lui, le
presque contemporains l'un de l'autre, le chrtien Jean Philopon et le paen Simplicius. Jean Philopon argumente videmment contre Proclus. Celui-ci
veut que le
mouvement premier
et essentiel
un mou-
vement
compliqu, non dcompos en rotations uniformes. Rien de ce qui se meut en ligne droite, dit Jean Philopon *, ne
spiral,
peut tre perptuel. Mais il est quelques personnes qui s'efforcent, fort sottement, de dissoudre cette raison. Ils prtendent que le corps cleste luimme, par un mouvement contourn en spirale, est port du haut
par l, ils l'excluent la fois de la substance des tres qui tournent en cercle et de la substance des lments. Or, selon eux-mmes 2 les corps qui tournent en cercle sont ternels, tandis que ceux qui sont mus de mouvement rectiligne sont prissables. D'ailleurs, le mouvement enroul en spirale est ml de droit et de circulaire. Si donc le corps cleste est tel qu'il lui convienne naturellement de se mouvoir en spirale, il faut qu'il soit compos
vers le bas
;
monde
la
est
compos de
Joannes Grammaticus Philoponus Alexandrinus. In Procli Diadochi duodeargumenta de Mundi ternitate. Opus varia multiplicique Philosophi cognitione refertum. Ioanne Mahotio Argentenaeo interprte Lugduni, i55/, Cum Privilegio Rgis. Septimi argumenti Procli solutio, art. XXI pp. i32i33. Ioannes Philoponus De ternitate Mundi contra Proclum. Edidit Hugo
viginti
VII, 21, pp. 290-293. Cette doctrine d'Aristote tait, en effet, soutenue par Proclus, avec un grand appareil de rigueur, dans un opuscule intitul Du mouvement, Wioi xvxtsw; (IIPOKAOT AIAAOXO H EPI KINHZEftS BIBAA B Procli Diadochi De motu libri duo, nunc primum latinitate donati, Iusto Velsio Hagano Medico interprte. Basileae, i545. In fine Basile, per Joannem Hervagium, Anno salutis MDXLV, niense Martio. Lib. II, theoremata 4 et 5. IPOKAOV AIAAOKOY AVKIOV 2TOIXRI11SI2 4>Y2IKH. Procli Diadochi Lycii Institutio physica. Edidit Albertus Ritzenfeld. Lipsise, MCMXII. II, 4 et 5, pp. 34-37.
2.
:
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
109
tient,
s'il
en est
ainsi, ce
corps qui
en quelque sorte,
nel ni prissable
;
le
c'est dire la
mme
chose que
si
nous disions
Il
Ou
de ce corps sera prissable, tandis que l'autre partie ne le sera pas mais de cette manire encore, le tout ne pourra pas tre
;
du premier de ces deux lments combins entre eux aura pour effet de dissocier la continuit du tout. Mais ce serait l grand dlire et fiction fabuleuse de l'imagination. Il n'y a pas de corps qui soit naturellement port par un mouvement enroul en spirale. Tous les corps qui sont au-dessous de la Lune sont graves ou lgers ceux qui sont graves sont ports de haut en bas et ceux qui sont lgers de bas en haut. Quant aux corps clestes, chacun d'eux est m suivant un cercle absolument parfait, soit en sa totalit, soit par ses parties par ses parties, j'entends le Soleil, la .Lune et autres corps du mme
ternel, car la destruction
;
;
genre.
Hors de ces corps-l, o pourrait-on montrer un corps qui, par nature, se mt en spirale ? Dira-t-on que le cours du Soleil ou de quelque autre plante dcrit une spirale ? Mais quiconque
dans ces sortes de choses, il apparat clairement que, seule, notre pense forge une figure de ce genre, en composant les mouvements diffrents de plusieurs corps clestes. En effet, le mouvement des toiles errantes est double d'une part, elles sont toutes entranes par la sphre inerrante qui tourne suivant l'quateur; d'autre part, chacune d'elle tourne de son mouvement propre suivant ce cqrcle qu'on appelle cercle oblique ou Zodiaque. Notre pense compose ces deux mouvements, d'une part la conversion diurne que le Soleil accomplit avec tout l'Univers, d'autre part la dviation oblique qu'il subit peu peu, par rapport
est vers
;
la
Lune,
il
d'un
pace au sein
mouvement spiral, par suite de la figure de duquel le mouvement est produit} comme cela a
;
lieu
il
ou bien encore,
ainsi
|>;ir
mouvoir
quelque
tendance qui
ce
lui est
soit
propre
mouvement
nous n'oserions dire, cependant, que naturel ces corps Les buccins et les pour;
(10
LA COSMOLOGIE HELLENIQUE
prs ne s'enroulent pas en spirale par un principe de mouvement qui soit naturel leur corps, mais par les forces de leur me et
de
mme,
si
nous voyons une fourmi, marcher sur une boule, nous ne disons pas qu'elle tourne en cercle par l'effet de sa propre nature. Nous n'entendons pas davantage que le mouvement horizontal des animaux soit le mouvement naturel de leur corps, car c'est vers le bas que la nature tire les corps pesants c'est la figure de l'animal ou l'impulsion de son me qui cause ce mouvement. Si la figure de l'espace dans lequel se fait le mouvement ou l'impulsion de l'me est, pour certains tres, cause d'un mouvement spiral, nous ne devons pas dire que ce mouvement soit naturel ces corps. Il n'y a donc, [mme sous la Lune], aucun corps qui, par nature, soit m en spirale il n'est pas possible qu'un tel corps, [naturellement] entran du haut vers le bas, soit m naturellement suivant
; ;
une
spirale.
dj
que le mouvement rel d'un astre, c'est le mouvement compliqu que nous observons; les rotations uniformes dans lesquelles ce mouvement-l peut se dcomposer sont fictions imagines par le gomtre en vue de ses mesures et de ses calculs. Jean Philopon, au contraire, soutient, aprs Platon et Aristote, que ces mouvements circulaires et uniformes existent seuls dans la nature en les composant entre eux, la raison du gomtre feint une courbe complique qui n'existe point hors de son imagination. Nous aurions donc, semble-t-il, mettre Jean Philopon au nombre de ceux qui voient, dans les hypothses de l'Astronomie, des propositions conformes la nature des choses mais, dans son uvre, nous pouvons trouver d'autres tmoignages en faveur d'une opinion toute diffrente s'il lui parat certain que les mouvements apparents des astres rsultent de la composition de mouvements circulaires et uniformes, seuls mouvements vraiment premiers et naturels de la substance cleste, il n'a plus du tout la mme assurance lorsqu'aprs avoir dit en gros que tout cela se fait par mouvements circulaires, il s'agit de dire comment, et lesquels, et de construire la machine . Au sujet du dtail de ces hypothses astronomiques, nous allons l'entendre s'exprimer comme l'ont fait Posidonius et Gminus.
nette, celle de Proclus. Proclus dclare
; ;
PHYSICIENS KT ASTRONOMES.
'
I.
LES HELLNES
ill
un
fort
remarquable chapitre
dune
fois
nous reporter.
est ainsi intitul
et
:
Ce chapitre
premier ciel, celui qui est priv d'astre ; quant au second ciel, que Mose nomme firmament, que les Grecs ont su, eux aussi, qu'il tait unique ; mais qu'ils l'ont subdivis en parties, les uns d'une faon et les autres d'une autre, de la manire que chacun d'eux a juge propre fournir la cause des anomalies des astres errants ; et que toutes les hypothses de ces astronomes sont dnues de dmonstration.
le
QuHipparque
Ptolme furent les premiers des Grecs mettre, extrieurement au reste du Monde, une sphre sans astre, affirmation laquelle nous serons ramens par l'tude de la prcession des quinoxes, Philopon continue en ces
et
termes
Ils
dans
effet,
la
ils
suivent, en cela,
En
que ce
;
ciel est
unique, et jamais
les
Grecs ne
le
nomment au
pluriel
les
dans
mouvement des
ils
pensent sauver
les
apparences
[les
(t cpaivojjiEva Ttoeiv),
les
autres d'autres
hypothses,
Grecs, disons-nous],
ont
Aristote,
les
nire
nomes
en
les
iJ
dit
comment,
chacun des
mouvements,
;
les
cet astre
comment
:
uns ont admis pins de mouvements et les autres moins comment ils ont imagin ces sphres qu'ils ont nommes compensatrices.
les
sphres
qu'il faut
le
admettre
selon
rlit
:
Philosophe
Le nombre de toutes Les sphres, tant des sphres nortantes que des sphres compensatrices, est de cinquante cinq.
K'i-
i. Jii\nm< Pbilopomi Deopi/icio rnundi libn VII. ReceDSuil Galterua cbtrdl Lipsie, WDCCCXCVU. Lib. III. cap. III. pp. [Link]).
112
L COSMOLOGIE HELLNIQUE
Mais que ces hypothses soient absolument dnues de toute dmonstration, que ce soient, en vrit, de pures hypothses fort
loignes des choses relles, cela se voit videmment par le dsaccar les uns cord des astronomes les uns l'gard des autres admettent un certain nombre de sphres et les autres un autre. Cela est galement rendu manifeste par Ptolme, qui est venu
;
comme mprisables toutes les astronomes il en a imagin qui fussent hypothses des anciens il a suppos que les sphres qui consimples et plus senses duisent tous les astres sont au nombre de neuf au lieu des sphres compensatrices de celles-l, l'aide desquelles' ses prdces Celui-ci,
en
effet,
a regard
conu certaines sphres excentriques, qui n'admettent pas le mme centre que les neuf premires. Si l'on n'admettait point cela, qu'on imagine, dit-il, des picycles (il nomme ainsi certaines petites sphres) qu'on place un de ces picycles dans chacune des sphres qui mnent les astres, de telle manire qu'en une certaine partie de cette sphre, il en occupe toute l'paisseur, depuis la surface convexe jusqu' la surqu'on imagine ensuite chacun des astres errants face concave comme entran par chacun de ces picycles, en sorte qu'en sus du mouvement de la sphre inerrante, cet astre se meuve de deux mouvements propres, celui de la sphre qui le mne et celui de
a
'
;
l'picycle
l'astre, ainsi
par l'picycle,
mouvement universel, tandis que, d'une autre manire, par une marche contraire, tantt il prcde ce mouvement et tantt il le suit il parait se mouvoir tantt plus vite et tantt plus lentement parfois, il s'arrte. En un mot,
accompagne, d'une
allure, le
; ;
mme
Ptolme
fait
mouvements de]
ces astres.
astronomes paraissent sauver au moyen d'autres hypothses ce qui arrive [en ces mouvements] ou, du moins, en la plupart de ceux qu'on observe les uns paraissent les sauver d'une faon plus grossire et les autres d'une manire plus exacte.
D'autres
;
Mais des hypothses elles-mmes, personne n'entreprendra jamais de trouver aucune dmonstration, ni mme de dire cela [qu'il en cherche une] personne n'en trouvera jamais, tramerait-il des
;
milliers de combinaisons.
i. On voit que Philopon rduit ici le systme des excentriques et des picycles la forme simple que connaissait Thon de Smyrne.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
LES HELLNES
113
sentiment
ie
de Jean Philopon a celui de Simplicius. Simplicius, esprit, clectique, et qui ne penche point vers les solutions extrmes, s'en est tenu, comme Philopon, une sorte
de terme
clus.
moyen
Avec Aristote, le commentateur athnien admet que le mouvement circulaire et uniforme est le mouvement essentiel des corps clestes il refuse seulement d'accorder au Stagirite que chaque partie de la cinquime essence tourne ncessairement autour du centre du Monde. Les mouvements irrguliers des astres errants ne sont donc pas, comme le prtendait Proclus, les seuls mouvements rels de ces astres ce sont, au contraire, des apparences compliques produites par la composition de plusieurs mouvements circulaires et uniformes ceux-ci seuls sont rels. Ces principes, formuls par la Physique, posent donc l'astronome ce problme Dcomposer le mouvement de chaque astre errant en mouvements circulaires et uniformes. Mais, aprs lui
;
elle
ne
lui
enseigne
pas quels sont les vritables mouvements circulaires et uniformes, ceux qui, seuls, constituent la ralit sous-jacente la marche apparente d'une plante.
L'astronome, alors, prend la question d'un autre
gine certains
soit
biais. Il
imades
mouvements
circulaires et uniformes
que produisent
soit
des sphres
combine ces mouvements jusqu' ce qu'il parvienne sauver les phnomnes. Mais uue fois cel objet atteint, il doit bien se garder de croire que ses hypothses reprsentent les mouvements rels des astres. Les mouvements simples qu'il a imagins et composs entre eux ne sont pas plus les mouvements rels des corps clestes que ne le sont Les mouvements irrguliers et compliqus perus par nos sens.
excentriques et des picycles
il
On
La
pense de Simel
plicius
en
reprenant
le
de
de mouvements circulaires
La
unifor
et ils
mes
ces
nature
la
Physique en affirme
les
D'autre pari, DU H KM -
dcouvrir.
les pli.
H
sauver
114
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
nomnes au moyen de diverses combinaisons de rotations uniformes, parmi ces combinaisons qui s'accordent par accident (x<xtol o-ujjiEyixo) avec les phnomnes et, partant, entre elles, il n'a aucun moyen de connatre quelle est celle qui est naturelle, ni mme si la combinaison naturelle se trouve au nombre de celles
qu'il a imagines.
Les hypothses des astronomes n'tant point des ralits, mais seulement des fictions dont tout l'objet est de sauver les apparences, on ne saurait s'tonner que des astronomes diffrents tentent d'atteindre cet objet en usant d'hypothses diffrentes.
Telle est,
elle
;
nous
celui
que nous avons cit au I est un des plus prcis en voici deux autres qui compltent celui-l en mme temps qu'ils se compltent l'un l'autre
2
:
Ils
se
don-
les Anciens,
de Calippe, prenaient les au nombre de ceux-l, on doit compter Arisdites tournantes tote qui, dans sa Mtaphysique, enseigne le systme des sphres
d'Eudoxe
et
astronomes qui sont venus aprs ceux-l ont pos les hypothses des excentriques et des picycles. A partir de ces hypothses, les astronomes s'efforcent de montrer que tous les corps clestes ont un mouvement circulaire et uniforme, que toutes les
les
chacun de
ces corps, le
mouvement
tantt direct et tantt rtrograde, la latitude tantt borale et tantt australe, les stations en
un mme
lieu
du
Ciel, le
diamtre
apparent tantt plus grand et tantt plus petit, toutes ces choses et toutes les choses analogues ne sont que des apparences et
nullement des ralits. 3 Pour sauver ces irrgularits les astronomes imaginent que chaque astre se meut, la fois, de plusieurs mouvements les uns supposent des mouvements suivant des excentriques et des picycles les autres invoquent des sphres, homocentriques au Monde, que Ton nomme sphres tournantes. Mais de mme que l'on ne regarde pas comme des ralits les stations et les mouvements rtrogrades des plantes, non plus que les addi,
; ;
Vide supra, p. 65. Simplici In Aristotelis quatuor libros de Cto commentaria ; in lib. comm. 20 ; d. Kaisten, p. i8g, col. b ; d. Heiberg-, p. 422. 3. Simplici In Aristotelis quatuor libros de Clo commentaria ; in lib. comm. 44 j d. Karsten, p. 219, col. a ; d. Hciberg, p. 488.
i.
2.
II
II
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I*
LES HELLENES
115
dans l'tude des mouvements, et cela bien que les astres semblent se mouvoir de la sorte, de mme, une exposition conforme la
tions
ou
nombres qui
se rencontrent
n'admet pas, non plus, les hypothses comme si elles taient telles en ralit. En raisonnant sur l'essence des mouvements clestes, les astronomes dmontrent que ces mouvements sont exempts de toute irrgularit, uniformes, circulaires, toujours de mme sens. Mais ils n'ont pu tablir avec exactitude comment les consquences qu'entrament ces dispositions sont seulement
vrit
fictives et
ne sont nullement relles alors ils se contentent de juger qu'il est possible, au moyen de mouvements circulaires, uniformes, toujours de mme sens, de sauver les mouvements apparents des astres errants. Cette doctrine de Simplicius est semblable de tous points celle qu'avait formule Posidomus et dont bminus avait conserv l'nonc. Nous n'avons donc pas nous tonner que Simplicius ait insr cet nonc dans ses commentaires la Physique d'Aristote et qu'il y ait paru voir la meilleure dfinition des rles respectifs du mathmaticien et du physicien. Comme Posidonius et bminus, Jean Philopon et Simplicius croient l'existence d'une Physique capable de formuler, au sujet
elles
;
comment
en
cise
mme
temps
qu'ils
Dans
;
le
choix
de ces combinaisons,
il
jouit d'une
grande libert
;
deux obligations, en effet, lui sont seules imposes d'une part, il ne doit pas considrer de mouvements qui contredisent aux principes gnraux poss par la Physique
;
d'autre part,
il
doit,
par
les
artifices les
Mathmatique
la
lui fournisse;,
paye
comme
Physique
et
de
Astronomie
? ("est
a
}
la
Physique
constamment fait appel dans sa Physlque au Trait du Ciel et dans sa Mtaphysique* Cette science Lui .i\ait affirm que tous les corps clestes sont sphriques; qu'ils se meuvent tous
d'un
(
que toutes ces uniforme et ternel rculations s'accomplissent autour d'un mAme corps grave et
circulaire,
;
mouvement
116
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
est la terre
que chacune dlies est perptuellement entretenue par un moteur immobile qui est une intelligence
immobile qui
;
spare de la matire. Mais ensuite, lorsqu'il avait voulu pntrer dans- le dtail des mouvements des cieux, lorsqu'il avait souhait de
dnombrer exactement
les
sphres clestes,
il
n'avait
pu
;
renseignements trop gnraux de la Physique il avait d requrir le secours de l'Astronomie mathmatique et des hypothses qu'elle a combines en vue de sauver les phnomnes
se contenter des
:
nous voulons maintenant, disait-il connatre le nombre de ces mouvements, il nous le faut demander la discipline la plus parTo 8 izkrfo ticulire des sciences mathmatiques, l'Astronomie 2 wv |i.a9ri{jiaTixt5v emoTrj7$7| twv oopwv X rrj oixstOTaTYjs '/Aoa-ocpias
Si
1
,
(/.tov
i.
t.
II,
2.
Aristote, Mtaphysique, livre XI, ch. VIII (Aristotelis Opra, d. Didot, p. 607; d. Bekker, vol. II, p. 1073, col. b) ^oaopta est la leon suivie par l'd. Bekker ; l'd. Didot porte
:
CHAPITRE XI
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
KOURRAH
Le gnie gomtrique des Grecs s'tait efforc, avec autant de persvrance que de succs, dcomposer le mouvement compliqu et irrgulier de chaque astre errant en un petit nombre de mouvements circulaires simples. Leur gnie logique et mtaphysique s'tait appliqu, de son ct, l'examen des combinaisons de mouvements imagines par les astronomes aprs quelques hsitations, il s'tait refus regarder les excentriques et
;
les picycles
comme
;
existence relle
il
pourvu que ces calculs s'accordassent avec les observations, pourvu que les hypothses permissent de sauver les apparences,
le
utiles
en droit de dire
si
elles taient
ou non conformes
les
ralit; mais,
dans
la
affirmer taient
a
prononcer un
la
jugement.
ils
n'ont
que
118
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
des plantes.
n'a
Et d'autre part,
ont tent d'en
lorsqu'ils
pu galer en pntraProclus ou
ils
tion
d'un
;
Posidonius,
d'un Simplicius
et toucher
esclaves de l'imagination,
ce
que
les
;
ment
solides
fictif et
abstrait
penseurs grecs avaient dclar pureils ont voulu raliser, en des sphres
donnaient
ils
comme
n'ont
fait
arti-.
de calcul
uvre mme,
que
copier Ptolme.
Le besoin de discuter
parat,
d'ailleurs,
s'tre
la nature des
hypothses astronomiques
dvelopp fort tard dans l'esprit des astronomes arabes. Pendant longtemps, ceux qui ont tudi YAlmagpste se sont borns l'exposer, le rsumer, le commenter, construire des tables qui permissent d'en appliquer les principes, mais sans examiner d'aucune faon le sens et la nature des suppositions qui portent tout le systme de Ptolme. En
d'Al Battani,
le
moindre aperu touchant le degr de ralit qu'il convient d'attribuer aux excentriques et aux picycles. La Science traversait alors une priode o l'esprit de ses adeptes, pleinement adonn au soin de perfectionner les applications des thories et les mthodes d'observation, n'a ni le loisir ni le dsir de discuter la solidit des fondements qui portent l'difice scientifique. Au cours de son dveloppement, elle a connu, plusieurs reprises, de telles priodes, temps de sommeil du
sens critique
mais, bientt, ce sens s'veille de nouveau, plus ardent examiner les j)rincipes des doctrines physiques qu' en
;
Pour dcouvrir un auteur qui ait discut la nature des mcanismes conus par Ptolme, il nous faut franchir un long intervale de temps et arriver jusqu' la fin du neuvime sicle.
savant et fcond astronome sabian Thbit ben Kourrah, dont certaines thories nous retiendront longuement au prochain chapitre, composa un trait dans lequel il
cette poque, le
aux cieux une constitution physique qui pt s'accorder avec le systme de Ptolme. Ce trait ne se trouve pas parmi les crits du mme auteur dont les traductions latines sont parvenues jusqu' nous. Mais il nous est connu par ce qu'en on dit certains philosophes qui l'ont eu en mains.
s'efforait d'attribuer
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
119
Mose Mamonide nous apprend que Thbit dmontrait qu'il faut ncessairement admettre un corps sphrique entre chaque couple de sphres. 11 est d'ailleurs ais, par
deux reprises
la lecture
cise prsente
astre
excentrique au
Monde; ds
espace
;
comme
cet
restait
il
un
certain
fallait qu'il ft
c'est ce corps intermdiaire, limit par occup par un corps deux surfaces sphriques de centres diffrents, que Mamonide nomme improprement un corps sphrique en ralit, ce corps O supest dnu de centre, comme le marque cette phrase 8 poserait-on les centres de ces corps qui existeraient entre chaque
;
-
couple de sphres
De quelle nature est la substance qui forme ces orbes intermdiaires? Mamonide ne nous dit rien dlie, si ce n'est qu'elle est dnue d'astre 4 Mais Albert le Grand nous donne un renseignement un peu plus prcis il nous dit en effet, que le corps
.
exprim par
sphres.
ment des
C'est
donc un
fluide
nome
II
Le Rsum d'Astronomie
d'ibn
al haitam
LeB tendances qui avaient pouss Thbit ben Kourrah matrialiser les
purement
grecs
les
abstraite
gomtrique sous laquelle les astronomes avaient conues, pour les raliser et les incarner en
et
fluides,
i Le guide des gars, trait de Thologie et de Philosophie, par Mosk be* Maimou* Hit Mamonide, publia pour In premire fois dans l'original arabe et accompagn d'une induction Franaise et de notes critiques, littn Paris. i856-i866; deuxime partie, rb XXIV, explicatives, par S Munk tome II, pp. 1 09-1 90 troisime partie, ch, XIV, toaae III. p. 100. 7 troisime partie, rb XIV, t. III, p, 108. Mamonide, Op. lauri 3 MaImonide, Op. Inurf .deuxime partie, h XXIV. t II, p. 1H9. 4. MaImonide, Op. laud ., troisime partie, b. XIV, t III, p 100 5, Albkpti Maoni /> Cfo et Mundo liber primus, tract I, cap XI.
:
<
120
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
les
voyons orienter
les
efforts
d'Ibn al
Al Hassan ben
du
lui,
traite
Hassan ben al Haitam Abou Ali est l'auteur d'optique que Roger Bacon, et tout le Moyen Age aprs
al
nom
crit
de Perspective d'Alhazen.
Jointe
un autre
du
mme
auteur et au volumineux
ouvrage qu'elle avait inspir Vitello (Witelo ou Witek), Y Optique d'Alhazen fut imprime Ble en 572 2 Dans cette uvre, qui a exerc une si profonde influence sur la thorie de la rflexion et de la rfraction, Ibn al Haitam se montre souvent mathmaticien avis ; laissons la parole Mon.
tucla
3
:
ici
de son Optique. Il faudrait mme le ranger parmi les gomtres d'un ordre suprieur, pour son temps, s'il tait certain qu'il ft l'auteur de la solution qu'il donne du problme de trouver sur un miroir sphrique le point de rflexion, le lieu de V objet et
celui de l'il tant donns.
Car
c'est
un problme
assez difficile,
que l'on ne peut rsoudre qu' l'aide d'une longue et profonde analyse mais, je l'ai dj dit en parlant de Ptolme, il est probable que cette solution lui venait des Grecs, et je doute qu'aucun gomtre arabe ait jamais t capable de rsoudre une
;
.
4
,
en question ne se trouve ni dans Y Optique de Ptolme, ni dans aucun auteur grec connu il est donc naturel de l'attribuer Alhazen. Ce gomtre pntrant fut, en mme temps, un crivain d'une extrme fcondit. VOptic thsaurus, outre ses sept livres sur l'Optique, renferme un trait sur les rfractions atmosphriques, intitul De crepusculis cet ouvrage, dj imprim en 1542, le fut
Or, ajoute E. Narducci
la solution
;
;
. Caussin de Perceval, Mmoire sur l'Optique de Ptolme (Mmoires de l'Acadmie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. VI, 1822, pp. 22-23). 2. Optic thsaurus. Alhazeni Ahabis Libri septem, nunc primum editi. Ejusdem Liber de crepusculis et nubium ascensionibus. Item Vitellonis Thuringopoloni Libri Omnes instaurati, fleuris illustrati et aucti, adjectis etiam in Alhazenum commentariis, a Federico Risnero. Basileae, per Episcopios,
i
MDLXXII.
3.
Montucla,
Histoire des
t.
I,
Paris,
an
VII, p. 35q.
Enrico Narducci. Intorno ad una traduzione italiana Jatta net secolo decid' Alhazen, matem itico del secolo undecimo, e ad al tri lavori di questo scienzato (Bulletino da B. Boncompagni, t. IV,
4.
.
. . .
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
121
encore en
1573
et
en 1592. Mais
;
le
nombre des
crits indits
dans un de ses ouvrages, il nous apprend qu'il avait rdige un expos de toutes les uvres d'ristote, et qu'il avait compos, en outre, vingt-cinq traits sur les Mathmatiques, et quarante-quatre traits sur la Logique, la Physique, la Mtaphysique et la Mdecine. Parmi les traits qui ont t composs par Ibn al Haitam et que l'imprimerie n'a pas publis, se trouve un Rsum d Astronomie
'
savamment document -. Du Rsum d' Astronomie d'Alhazen, on connat, en premier lieu, une version latine, faite par un anonyme d'aprs la version espagnole qu'Abraham le Juif, sur l'ordre d'Alphonse X de Castille, avait donne du texte arabe. En second lieu, la fin du xm e sicle, une version hbraque en a t doune par Jacob ben Makir, surnomm Dom Profat ou, en
latin, Profatius
Judaeus
ham
cardinal
Grimanini.
une seconde version hbraque a t faite en 1322, par Solomon ben Pater Kohen, mdecin de Burgos, pour un certain Jacob ben Meir. M. Steinschneider a publi quelques fragments fort intressants, malgr leur extrme brivet, des deux versions latines et des deux versions hbraques. La version latine faite par Abraham de Balms est conserve dans un manuscrit de la Bibliothque Vaticane s notre demande, Mgr Duchesne, Directeur de l'Ecole Franaise de Borne, a bien voulu faire copier certains chapitres essentiels de ce manuscrit et nous faire tenir la copie ainsi obtenue. Grce son obligeance, dont nous voulons lui exprimer notre trs vive reconnaissance, il nous sera possible de donner au lecteur une ide prcise des
Enfin,
;
par L'intermdiaire de l'hbreu de Profatius, au latin d'Abraham do Bal mes, le prambule qu'Ibn al Haitam avait
passant,
i.
En
BuutAnouio
Ha.
eon not
i
M. Btbjuchniidm 11 Auiori Kgitiani Mauritani t Spagnuoti. VIII. Alhazeno Note de M Steinschneider {Balietino du B, Boneompagni, t. V, K72, pp. (65-466). Au eujel de l'auteur qui noue occupe, on peul encore consulter Eilham WisniuAifit, ibn al ffaita/n, tin ambicher Gtihrier l'stschrift fur J Roenthaif Leipzig, pp. 1/17-177)Mathi* k [Link], tVottC sur un ourrur/r (Ufronomi tt inati b'/m Huithfim ( Hullrtmo du H. BtUXM9IJMI07II t. XIV, 1HH1, ji|. ys\--]/\<>
.
'/
lit.
(566
122
L COSMOLOGIE HELLNIQUE
compos pour son Rsum d'Astronomie s'est transform en un extraordinaire galimatias nanmoins, parmi les innombrables non-sens qui maillent ce promium on dcouvre quelques phrases, peu prs intelligibles, o transparat la pense de l'auteur. Nous y voyons l'Astronome arabe s'lever contre ceux qui, pour rendre compte des mouvements clestes, construisent des dmonstrations abstraites au moyen du mouvement d'un point idal sur la circonfrence de cercles fictifs... De telles dmonstrations ne sont intelligibles que pour l'objet que ces auteurs ont voulu atteindre, pour la mesure qu'ils avaient dfinie et dcrite... Les mouvements de cercles et le point fictif que Ptolme avait
;
rons dans des surfaces sphriques ou planes qui seront animes des
une reprsentation plus exacte et, en mme temps, plus claire l'intelligence... Nos dmonstrations seront plus courtes que celles o l'on fait seulement usage de ce point idal et de ces cercles fictifs... Nous avons examin les divers mouvements qui se produisent l'intrieur des orbes, de telle sorte que nous fissions correspondre chacun de
Gela, en effet, constitue
mmes mouvements.
ces
mouvements
;
le
mouvement
corps sphrique
ces
et tous
il
cette action
la position qu'on
comprime
ou les brise d'aucune manire de plus, ces corps, en leurs mouvements, demeureront continus avec la substance interpose....
-,
Le Monde est une sphre solide 2 ... Je dis solide, parce que, il est plein en son dans le Monde, il n'y a aucun lieu vide
;
entier...
Haitam parvient-il remplir le Monde de corps solides agencs de telle sorte que leurs mouvements reproduisent les phnomnes clestes ? Nous trouvons, tout d'abord, aux bornes de l'Univers, le vritable orbe suprme 3 qui enveloppe toutes choses et qui est immdiatement contigu la sphre des toiles fixes sur ses ples particuliers, qui sont les ples du Monde, il tourne d'un mouvement rapide dirig d'Orient en Occident ; il entrane, par son
al
,
i.
2.
M. Stbinschneider, M. Stbinschneider,
4566,
fol. l\o, recto.
3. Ibn
lat.,
Cod. Vatic.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
123
divers astres....
il
ne contient
aux divers cercles tracs en cet orbe suprme qu'on rapporte les positions de tous les astres, aussi bien des toiles fixes que des astres errants. Au-dessous de cet orbe suprme, vient l'orbe des toiles fixes. L'orbe des toiles fixes est un globe rond qu'enferment deux surfaces sphriques ayant pour centre le centre de ce globe et du Monde. La surface externe de ce globe est contigu au plus grand des orbes, celui qui contient tous les orbes mobiles et les entraine en son mouvement rapide la surface interne du mme globe touche l'orbe de Saturne. Cet orbe tourne d'Occident en Orient, selon l'ordre des signes, sur deux ples fixes son mouvement est lent, car en chaque intervalle de cent ans, il
' ;
se
meut d'un
seul
en
trois cent-soixante
de ces degrs
orbe sont
que dcrit
le Soleil; c'est ce
qu'a
l'avait
dcouvert au
et
moyen des
ne changent jamais la place qu'elles y occupent; leurs distances mutuelles ne subissent donc aucune variation, mais elles se transportent toutes ensemble, selon l'ordre des signes, par suite du mouvement Lent de leur orbe . Successivement, au-dessous de la sphre des toiles fixes, on trouve les sphres des trois plantes suprieures, Saturne, Jupitoiles fixes sont
ter et Mars.
n
2
,
c'est--dire de
par
le
les
Il
composent,
et
par
la
elles,
grande diversit
et,
de toutes
sa
trois,
parallles entre
<mt
pour centre COmniUti le centre du Monde. Chacune <le ees spli<res embrasse immdiatement la sphre suivante. Le premier orbe
est celui
de Saturne, dont
la
la
sphre
Ib\
Vatii
lat.
i.
Scrmo
<l<-
Cod.
124
des toiles
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
fixes et la surface interne la
sphre de Jupiter. De
mme,
la surface
suprieure
l'orbe de Saturne et
de la sphre de Jupiter touche sa surface infrieure l'orbe de Mars. De mme, de la sphre de Mars est contigu la
touche l'orbe du Soleil.
lent autour
sphre de Jupiter
et la surface interne
Chacun de
signes.
ces orbes se
.
mme
une sphre excentrique, qu'entourent deux surfaces ayant mme centre que cette sphre celle-ci tourne d'un mouvement gal autour de deux ples fixes, dans le sens o les signes se succdent cette sphre se nomme Y orbe dfrent.... Entre les deux surfaces parallles qui dlimitent cet orbe, une sphre est renferme... cette sphre prend, pour chaque places orbes est contenue
; ;
En chacun de
nte, le
nom
' picycle
de cette plante
cette
sphre se meut
est
mouvement de
Lorsque l'orbe dfrent se meut de son mouvement propre, la sphre picycle se meut en mme temps, et son centre dcrit un cercle fictif qui porte galement le nom de dfrent. Ces quelques extraits du Rsum d Astronomie nous renseignent pleinement sur l'origine et la nature des mcanismes que dcrit ce trait. Ces mcanismes sont emprunts de toutes pices aux Hypothses des astres errants de Ptolme. L'ouvrage d'Ibn al Haitam n'est gure qu'une adaptation et un abrg de l'ouvrage de Ptolme. En un point, l'Astronome arabe simplifie les suppositions de l'Astronome alexandrin. Ptolme voulait qu'une sphre suprme communiqut le mouvement diurne l'orbe des toiles fixes, puis qu' chaque ensemble d'orbes rgi par un astre errant, le
mouvement diurne
;
ft
il
y avait donc,
il
Nous
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
125
Alexandrins
entier,
admettaient
cette
sphre
ultime,
cette
neuvime
Ciel tout
mouvement diurne au
le
mme
rle.
la
En
fait
ce cas, donc,
comme
en tant d'autres,
que reproduire les enseignements quelle avait reus de la Science grecque. Pour s'emparer de ces enseignements, d'ailleurs, elle n'avait pas attendu l'uvre d'Ibn al Haitam les agencements d'orbes solides que celui-ci devait exposer taient dj connus, au x f sicle, par les Frres de la Puret et de la Sincrit au
;
;
suivante
et
'
la
marche
:
tantt
Vnus
de Mercure
Le corps de chaque
toile
commande
l'on
nomme
sphre de rotation.
trait
Au
lisons
trente-cinquime
2
:
de la
mme
encyclopdie,
nous
Les rotations clestes se subdivisent en cinq espces Rotation imprime chacune des toiles errantes par sa
: ;
sphre de rotation
la
sphre portante
Rotation imprime
;
la
pale de l'toile
Rotation
;
imprime aux
cipale
de L'ensemble du Ciel.
numration Buppose admise la combinaison cinmatique que nous avons entendu derire par lbn al Haitam.
Evidemment,
cette
On
retrouve,
la
d'ailleurs,
chef
la
mention de
i.
L'pi-
n. (]hr
Khikdhk.h I)iktkhk;i, Dit PhUotOphit dm Arubetin / X tirul X Jahrlinruln/ nus drr Thologie dfs A ri.s/oteles, don Abhand/unf/m Ai/cuxtbi nnd Die NoturarichaMmg nnd dtn Schriflen der lautrn Brader V [PS Bucli Naturphilosnphie. t w Auffftbe, Lepsiff, 1H7O, p, !\'S j>. Ih. DiKTKBif.i, Di Lmrt von dt Witdi bei Arabern in A JaMrfuuh dert, Leipzig, 1872, p. 5a.
.
dm
126
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
dfrent
1
.
lbn al Haitam, dans son Rsum d'Astronomie, n'a donc pas eu occasion de manifester l'originalit dont, en Optique, il a donn
des preuves.
Les modles agencs par Ptolme et repris par bn al Haitam semblaient admirablement propres satisfaire les tendances ralistes de l'imagination arabe. Chose trange et bien difficile expliquer Ces combinaisons de sphres solides qui, depuis la fin
!
temps de ycho Brah et de Kepler, eurent si grande vogue parmi les Chrtiens d'occident, semblent n'avoir jou aucun rle dans le dveloppement de la Science islae
du xm
sicle jusqu'au
mique.
Qu'elles n'aient point attir l'attention des astronomes de pro-
astronomes de l'Islam ne discutaient aucunement les hypothses sur lesquelles reposent les thories de rduire ces thories en tables, perfectionner les YAlmageste
fession, cela se conoit
;
les
observations,
ils
tels taient
les seuls
ne pouvaient que ngliger un trait d'Astronomie o rien ne venait seconder leur double besogne de calculateurs et d'observateurs. Mais de la part des philosophes, un pareil oubli est plus difficile comprendre. Ds la fin du xi e sicle et pendant tout le xu c sicle, les penseurs les plus minents du Monde smitique, lbn Bdja, lbn Tofal, Averros, Mose Mamonide, Al Bitrogi vont, au nom de la Physique pripatticienne, battre en brche les doctrines astronomiques de Ptolme et pendant toute la dure de ce dbat, pas un d'entre eux ne fera la moindre allusion la forme donne par les Hypothses des astres errants et par le Rsum d Astronomie aux suppositions de YAlmageste. Mamonide citera Thbit ben Kourrah et discutera sur la possibilit des corps que cet astronome Averros et Al Bitrogi veut interposer aux sphres excentriques critiqueront l'invention de ces mmes corps, sans nommer touteaucun d'eux ne fera remarquer fois l'auteur de cette invention
objets de leurs proccupations;
;
1
Zakarij ben Muhammed ben Mahmud El-Cazwini's /Cosmographie, herausi Trad. geg-eben von F. Wstenfeld, Gltingen, 1848-1849, t. J, p. 22. G. Ruuallemande du mme par Hehmann Eth, Leipzig, i8t)8, pp. 47-48. loff et Ad. Hochheijh, Dit Astronomie der Mahmud ibn Muhammad ibn Omar Gesellschaft, al-Gagmini (Zeitschrift der deutschen morgenlndischen Lon Gautier, Une rforme du systme astronomique de Bd. XLV1I, i8g3) Ptolme tente par les philosophes arabes du xn* sicle (Journal Asiatique, 7e srie, t. XJV, 1909, pp. 492-493).
.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
IL
LES SMITES
127
que ses objections, valables contre les mcanismes de Thbit ben Kourrah, ne le sont plus contre ceux d'Ibn al Haitam aucun d'eux ne renoncera opposer aux hypothses de YAlmageste des consquences, rputes absurdes par les Pripatticiens, mais qui s'vanouissent d'elles-mmes si l'on donne ces hypothses la forme particulire que Ptolme a imagine et qu'lbn al Haitam
;
a reproduite.
Pour expliquer ce silence trange, on voudrait supposer que le Rsum (T Astronomie tait demeur profondment ignor des philosophes pripatticiens, adversaires du systme de Ptolme cette hypothse n'est point permise. Le plus ardent au combat contre les doctrines de YAlmageste, Averros, a connu et cit le livre d'Ibn al Haitam. Averros ', au commencement de son Abrg de l Almageste, qui ne nous est conserv que dans la traduction hbraque indite de Jacob Antoli (faite Naples vers 1231-1235), parle de ceux qui ont compos des Abrgs, sans
;
'
tel
mouvement de
et
la
Lune, du
mme
quime mouvement de
dclination (nettija),
nomm comme il a
dout d'autres mouvements semblables des plantes. Oue le Rsum d'Astronomie ft galement connu plans l'entou-
rage de Mamonide, une curieuse anecdote nous l'apprend 2 Al Hokn Abd el Salam fut accus le mdecin En 1192,
.
de ses livres. Le docteur qui prsidait la crmonie monta dans la chaire, Ht un sermon contre la Philosophie, puis, prenant l'un
quelques mots pour en montrer la sclratesse, et les passait des gens qui les jetaient au feu. Kabbi Juda, le disciple chri de Mamonide, fut tmoin de
aprs l'autre les volumes,
il
disait
dit-il,
Voici,
la
s'cria-
t-il,
l'immense malheur,
!
l'inexprimable dsastre,
il
sombre
le jota
calamit
)>.
dchira le livre et
silence
au feu
Il
est permis,
si
le
gard par
sujet
<\\i
lbn Bdja.
disciples
au
i.
M. [Link],
2.
128
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Rsum
silence
compos par Ibn al Haitam ne fut pas un voulu. En mentionnant les agencements de sphres soli(f Astronomie
des au
ses,
moyen desquels
pas de perdre quelques-uns de leurs plus beaux arguments contre les thories de YAlmageste, de dprcier quelques-uns des avantages que le systme des sphres homocentriques se piquait d'avoir sur le systme des excentriques et des picycles? En revanche, les attaques que le systme de Ptolme eut subir, pendant tout le douzime sicle, de la part des philosophes pripatticiens, expliquent la vogue dont le Rsum d'Ibn al Haitam semble avoir joui par la suite. Les astronomes de profession avaient pu, pendant fort longtemps, accepter sans contrle les hypothses de YAlmageste, que nul ne contestait, et consacrer tous leurs efforts au dveloppement de la thorie construite sur ces hypothses. Les violentes critiques par lesquelles lbn Bdja,
Ibn Tofal et leurs disciples s'efforcrent d'branler les principes dont, en toute scurit, avaient us les techniciens, obligrent ceux-ci donner aux fondements de l'Astronomie des excentri-
ques
et
des picycles une forme qui dfit les efforts des Pripa-
Le Rsum d Astronomie d'Ibn al Haitam leur offrait justement une semblable forme. Alphonse le C'est ainsi qu'au treizime sicle, nous voyons Sage, roi de Gastille, faire traduire cet ouvrage en espagnol par
tticiens.
'
Abraham
Vers
le
le Juif, celui-l
mme
Tables Alphonsines.
temps, Jacob ben Makir (Profatius) donnait du trait d'Ibn al Haitam, une traduction hbraque. Dans la prface
mme
de cette traduction,
treprendre.
les tudier
il
nous conte
il
comment
il
fut
amen
l'enil
En
s'ap-
profondment.
;
Un jour,
il
d'une terre loigne cet tranger trouvait que les dmonstrations du livre d'Al Fargani ne s'accordaient pas avec la nature des choses il pressa Profatius de traduire en hbreu le Rsum d'Ibn al
;
Haitam.
Ce Rsum
fut
les partisans
du systme de Pto-
lme
y trouvaient le moyen de soutenir, contre les Pripatticiens, que leurs hypothses s'accordaient avec la nature des
;
ils
i.
2.
cit., p.
cit. y p.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
129
choses
comme
ils
Dercyllide,
Smyrne,
Il
semble que le Rsum d'Astronomie ne soit pas le seul crit o Ibn al Haitam ait propos des mcanismes capables de reprsenter les mouvements clestes conus par Ptolmce. Un gomtre persan du xm e sicle, Nasir-Eddin Attousi, a compos un Mmento d'Astronomie dont un trs intressant chapitre a Dans ce Mmento, Nasir Eddin t traduit par M. Carra de Vaux
1
.
2
,
un
chapitre
compos par
Ibn al Haitam
ce chapitre a trait au
pour chaque plante, l'inclinaison du plan de l'picycle sur le plan de l'excentrique 3 afin de raliser ce mouvement, Ibn al Haitam, pour chacune des trois plantes suprieures, enveloppe la sphre picycle pleine de deux sphres creuses de mme centre, auxquelles il communique des rotations convenables pour chacune des deux plantes infrieures, le nombre des sphres creuses qui enveloppent l'picycle est port quatre. Comme nous ne trouvons, dans le Rsum d'Astronomie, aucune allusion ce mcanisme, force nous est de regarderie chapitre cit par Nasir-Eddin comme un trait distinct par lequel Ibn al Haitam a voulu complter son premier crit. Au cours de l'expos de Nasir-Eddin, nous relevons cette phrase * Ibn al Haitam a dit, de plus, qu'en se donnant des disques au lieu de sphres, on pouvait achever la dmonstration. Mais un systme non sphrique n'est pas conforme aux principes de la Science astronomique . Comme tant d'autres, Nasir-Eddin Attousi croit, sans doute, contempler la nature des choses lorsqu'il fait mouvoir des sphres embotes les unes dans les autres.
que
subit,
; ; :
Carra dk Vaux, Les sphres clestes selon Xasir-Lddin Atirisi. AppenPaul Tannbry, Recherches sur l'Histoire de l'Astronomie ancienne (Mmoires de la Socit des Sciences physiques et naturelles de Bordeaux,
i.
dice VI
4 e srie,
2.
3. 4-
t.
I,
1893).
Carha de Vaux, Op. laud., pp. 355-357. Voir Chapitre XII, VII. Cabra de Vaux, toc. cit. p. 307.
:
[Link]-.M
T.
II.
130
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
III
ET IBN TOFAL
On peut regarder
les
hypothses de l'Astronomie
le
comme
afin
;
de
de
gomtre combine
rendre les mouvements clestes accessibles ses calculs on peut y voir aussi la description de corps concrets, de mouvements rel-
lement accomplis. Dans le premier cas, une seule condition est impose ces hypothses, celle de sauver les apparences dans le second cas, la libert de celui qui les imagine se trouve beaucoup plus troitement limite s'il est, en effet, l'adepte d'une philosophie qui prtende connatre quelque chose de la cleste
;
essence,
il
lui
penseurs hellnes qu sont venus aprs lui ont adopt, au sujet des hypothses astronomiques, la premire de ces deux opinions. Ils ont pu, ds lors, sans souci des diverses Physiques dont ils disputaient entre eux ou avec
leurs contemporains, composer leurs thories gomtriques
;
L'Auteur de YAlmageste
ils
ont
si
pu
Au
ben
Kourrah, avec Ibn al Haitam, les astronomes arabes ont voulu que les hypothses par eux imagines correspondissent des mouvements vritables de corps solides ou fluides rellement
existants
lois
;
ds lors,
ils
gne
et
l'Astro-
de celle-ci ne se pouvait concilier avec la vrit de celle-l. Le ralisme des astronomes arabes devait ncessairement provoquer les Pripatticiens de l'Islam une lutte ardente et sans merci
contre les doctrines de YAlmageste,
Au douzime
par les plus
sicle,
illustres
nous voyons cette lutte, vivement mene des penseurs arabes, par Ibn Bdja (Avem-
[Link] ET
ASTRONOMES
II.
LES SEMITES
131
Rochd (Averros), par Mose den Maimoun (Manionide), produire un systme astronopace), par Ibn Tofad (Aboubekr), par Ibn
mique,
cle,
systme d'Al Bitrogi (Alpetragiusj, qui, jusqu'au xvi e sitentera sans cesse de se substituer au systme de Ptolme.
le
ben Badschdscheh al Todschibi al Saracosti est souvent nomm par les Arabes Ibn al Saig (ou Ibn al yeg) le nom d'ibn Badschdscheh est souvent orthographi Ibn Bdja ce nom, son tour, que les traducteurs juifs ont transform en Aben Bdja, est devenu Avempace dans les
lahia
'
;
;
de la Scolastique latine.
Saragosse. De sa vie, nous savons seulement qu'il exera la mdecine Sville jusqu'en 1118, qu'il se rendit alors la cour de Fez,
il
occupait le rang de
vizir, et
se dbarrassrent
par
le
minents esprits de la Albert le Grand parmi les Chrtiens. Mose Mamonide crit 2 Abou Bekr ben
:
grande influence sur deux des plus Scolastique, Averros parmi les Arabes et
al
yeg, dans un
fait
et
Mamonide nous
connatre
D'abord, tablir un
tourne
et
comme
voil
Lune
pour
une chose dont il suivrait ncessairement qu'il y a roulement, c'est--dire que l'picycle roule et change entirement de place, chose laquelle on a voulu chapper, savoir qu'il y ait dans le Ciel quoi que ce soit qui change de place . En second lieu, il y aurait une rvolution autour d'un centre qui ne serait pas celui du Monde et cependant c'est un principe fondamental de tout cet Univers que les mouvements sont au nombre de trois un mouvement partant du centre, un autre se dirigeant vers le centre, et un autre autour do centre. Mais ^ il y avait un picycle, son mouvement ne grait ni centrifuge ni cen tripte ni autour du centre .
;
:
i. Surcp ptfftOaatgC, voir: u-mnani Wiistknkri.h, Gtwckichit dt Ara/, schen Aerzte and Naturforscher, Gltingen, ih/,o. '<" 103, pp.o3-g4. Mojhk Mamqnidr, Le guide det gare, ird. Munk, deuxime ptrtiej ch. XXIX; tome II, pp. 186-186.
I
'j..
132
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
lieu, c'est
En troisime
Aristote,
dans la Science physique, qu'il faut ncessairement quelque chose de fixe autour de quoi se fasse le mouvement et c'est la raison pour laquelle il faut que la terre reste fixe mais si l'picycle existait, on aurait l un mouvement circulaire accompli autour d'un centre o ne serait aucun corps fixe . A cet expos de la doctrine d'ibn Bdja, Mamonide ajoute les
;
que voici J'ai entendu dire qu'Abou Bekr disait avoir trouv un systme astronomique dans lequel il n'y avait pas d'picycle, mais uniquement des sphres excentriques cependant, je ne tiens pas cela de ses disciples. Mais, quand mme il y aurait russi, il n'aurait pas gagn grand'chose, car, dans lhypothse de l'excentrique, on s'carte galement des principes poss par Aristote et auxquels on ne peut rien ajouter. Et ceci est une observation qui m'appartient. En dpit de l'assurance de Mamonide, il est permis de rvoquer en doute l'originalit de cette remarque mais il est impossible d'en contester l'exactitude. Les critiques d'ibn Bdja devaient forcment conduire ceux qui les avaient recueillies rejeter l'hypothse des excentriques aussi bien que l'hypothse des picycles c'est ce que ft Abou Bekr ben al Tofal (?-l J85). Qu'lbn Tofal se soit occup d'Astronomie, qu'il ait profess, dans cette science, des doctrines opposes celles de Ptolme, nous le savons par le tmoignage d'Averros, qui fut son protg et son familier. Dans son Commentaire moyen (indit) sur la Mtaphysique (livre XII), Averros, en attaquant les hypothses de Ptolme relatives aux excentriques et aux picycles, dit que Tofal possdait sur cette matire d'excellentes thories dont on pourrait tirer grand profit L'astronome Al Bitrogi, dont nous tudierons bientt la Thorie des plante*, y parle 2 d'ibn Tofal dans les mmes termes qu'Aver Tu sais dj, mon frre, que l'excellent juge Avobacher ros Aventafel (l'mir Abou Bekr ben Tofal) nous disait qu'il avait trouv une thorie nouvelle des plantes qu'il dduisait leurs mouvements de principes autres que ceux de Ptolme qu'il rejerflexions
:
;
'
tait,
avec ce systme,
vrifis et
il
disait-il,
tous les
mouvements
Il
clestes
sont
n'en
avait aussi
i. S. Munk, art. Tofal du Dictionnaire des Sciences philosophiques par une Socit de professeurs et de savants, t. VI, Paris, i82, p. 907. 2. Alpetragii Akabi Planetarum theorica,o\. l\, recto (Pour la description de cet ouvrage, vide infra, \ VI).
PHYSICIENS KT ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
3)
Ces mots du disciple d'Ibn Tofal nous appreunent que 1 mir n'avait compos aucun trait crit o ses objections contre le sys-
tme de Ptolme fussent consignes, o ses propres doctrines astronomiques fussent exposes tout ce que nous en savons se rduit aux deux courtes allusions que nous venons de citer. Nous serons mieux renseigns sur les opinions que professaient, touchant les mouvements clestes, les disciples d'Ibn Bdja et d'Ibn Tofail c'est par leurs propres crits que nous connatrons les objections qu'Averros et Mamonide levaient contre le systme de Ptolme, la thorie qmAl Bitrogi voulait substituer a ce
;
;
systme.
IV
LES ADVERSAIRES ARARES DU SYSTME DE PTOLME (suite).
AVERR0S
De tous
plus de
exerc,
il
ait
eu
renomme au
qu'Aboul Welid Mouhammed ben Ahmed ben Rochd al Maliki de Cordoue vers 1120-1198). Transform eiixVben Rost parles traducteurs juifs du Moyen Age, en Avenroys, puis Averros par les
Scolastiques
xvi e
sicle,
latins,
le
nom
d'Ibn
Rochd
Averros avait t tout particulirement soumis l'influence des sages qui repoussaient les hypothses de Y Almayeste. Par sa
philosophie
! ,
il
donc
la Lutte
Sa formacontre h systme
.
4
de Ptolme,
Il
'
pour
Aristote,
dit Ibn
^
Rochd dans
la
prface
de son
commentaire la Physique a fond et achev la Logique, la Physique et la Mtaphysique. Je dis qu'il lsa fondes, parce que
tous les ouvrages qui ont t crits avant
lui
valent pas
la
et
prs
i.
crite.
ceui
i
Benbsi Renan,
ioerroi
>t
VAverrot$mc
)o-43,
hitoriue, Paris,
p.
ii
2.
j>|.
134
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
crits, ni
y trouver
une erreur de quelque importance . Celui qui avait crit ces lignes ne pouvait manquer de regarder comme errones toutes les suppositions qu'Hipparque et Ptolme avaient substitues aux principes poss dans le Uzpl Opavou. Aussi le commentaire au De Clo, compos par Averros, ne se contente-t-il pas d'exposer le systme des sphres homocentriques et de l'appuyer de toutes les raisons que peut fournir la Physique du Stagiritc il contient galement une critique trs ferme et trs profonde du systme que dveloppait YAlmageste bn
*
; ;
Rochd reprend,
e
lorsqu'il
commente
le
le
;
du
xvi
sicle
dbat qu'elle va soulever durera jusqu'au milieu il empchera les astronomes d'oublier que les prin;
il
de chercher de nouvelles bases pour y asseoir leurs spculations il prparera donc, sa manire, la transformation
;
copernicaine de l'Astronomie.
Ce qui a t expos de la Science astronomique prouve l'impossibilit des picycles. Un corps qui se meut circulairement doit se mouvoir autour d'un centre fixe 3 . Prtendre 4 qu'il existe des picycles ou des excentriques, c'est contredire aux lois physiques. Il est absolument impossible qu'il y ait des picycles. Un corps qui se meut circulairement, se meut ncessairement de telle sorte que le centre de l'Univers soit le centre de son mouvement.
Si le centre
il
y aurait donc un centre hors celui-ci il faudrait alors qu'il existt une seconde terre, en dehors de cette terre-ci, et cela est impossible selon les principes de la Physique.
On en peut
il
dire autant
y aurait plusieurs
ici est,
en
effet,
un des prin-
Aristotelis
secundi
coin ni.
2.
summse
35
De Clo cnm Averrois Cordubensis commenta riis ; libri secondas qusitum III, comm, 82, et qusitum V,
;
Aristotelis Metaphi/sicu cnm Averrois Cordubensis expos ifione summae secundae cap. IV, coin ni. 45.
3.
f\.
libri XII
in libros
in libros
II,
lib. XII,
45.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
135
cipes essentiels de
H Physique pripatticienne
Le corps qui
ait
Aristote rnonce
se
formellement
le
se
meut circulairement
...
meut de
il
S'il est
ncessaire que
fixe,
mouvement
circulaire
est
La
un simple
du Stagirite qu'elle paraissait aise imaginer aux gomtres tels qu'Hipparque et Ptolme. Voici, contre les hypothses de YAlmageste, une seconde objection tire des principes mmes du Stagirite. Celui-ci veut qu'il n'y ceux dont le mouvement ait que deux sortes de corps simples naturel est le mouvement circulaire uniforme autour du centre de
s'inspiraient des doctrines
:
ceux dont
le
mouvement
naturel se
fait
ces deux
seuls qui soient simples, les seuls donc qui puissent convenir des
corps simples
tout autre
mouvement
thorie, le
f
:
est
un mouvement compos
Commentateur ne manque
astronomes sont faux, et il en est sans doute de mme des excentriques . En nonant cette consquence de la thorie des mou-
vements simples,
mire objection
:
il
Un mouvement naturel doit tre dfini par l'existence d'un terme fixe aucun mouvement qui n'est pas rapport un torme fixe ne saurait tre un mouvement naturel .
une troisime objection 3 directement oppose aux hypothses de Thabit ben Kourrah pour L'existence des excentriques est une impossibilit qu'elle ft possible, il faudrait que, dans l'intervalle des orbites v et le vide, ou bien que cet intervalle ft rempli par clestes,
Voici, contre le systme de Ptolme,
,
:
il
'les
<>t
qui
demeureraient immobiles
Or
i.
tnisTon,
ii-:'>'
(i
I.
('
>
r.',
y'
(\hi
m)
d. l'.'-kkfi,
roi,
l86,
'-"I.
tonw
I,
]<
ISI,
De Ccslo cum ivnson Comkjki miiiiiii.t quarte c*pu1 uoicum, comm 3. Aykmhoi.s, Dr Cio lil). il. comm
liutTOTSLif
Co/iwiicrtlarfit, libr
prtmi
136
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
le Ciel cesserait d'exister s'il
mouvoir. En outre, ces corps que l'hypothse des excentriques obligerait imaginer entre les corps clestes seraient des corps superflus, dnus de toute vertu et n'ayant d'autre effet que de remplir le vide . Or la nature ne fait rien de superflu. Les astronomes n'auront-ils pas le droit d'opposer une fin de
non- recevoir ces objections et de dclarer que l'observation des mouvements astronomiques prouve la ralit des excentriques et des picycles ? Averros repousse de toutes ses forces cette fin de non Rien de ce qu'on observe dans le mouvement des recevoir 2
:
toiles n'oblige
En
on ne trouve rien dans les 1 vres des mathmaticiens, sinon ce qu'on observe dans les clipses de Lune et peut-tre pourrait-on imaginer une Astronomie qui s'accorderait avec le phnomne prsent par la Lune, et qui,
;
Pour carter l'argument des mathmaticiens, ces rpliques sembleraient peut-tre bien sommaires le Commentateur les reprend donc et les dveloppe dans un passage 4 qui vaut d'tre
;
cit
en entier.
On ne
duise
ou des picycles.
Les astronomes, en
de principes,
et ils
en dduisent des consquences, qui sont prcisment ce que les sens peuvent constater ils ne dmontrent nullement que les suppositions qui leur ont servi de principes
titre
;
soient,
en retour, ncessites par ces consquences. Or nous savons par la Logique que toute dmonstration va du
mieux connu au plus cach. Si ce qui est le mieux connu est postrieur ce qui est moins connu, on a une dmonstration en quia (to otl). Si, au contraire, ce qui est connu prcde ce qui est moins connu, deux cas peuvent se prsenter. Il se peut que l'existence de l'objet de la dmonstration soit cache et que la cause en soit connue on a alors une dmonstration absolue, qui fait connatre la fois l'existence et la cause de son objet. Si, au contraire, c'est la cause de l'objet qui est inconnue, on aura seulement une dmonstration en propler quid (to \6ti).
;
i.
2.
3.
f\.
Metaphysica, Metaphysica,
45; Cf.
45.
De Clo
lib. II,
comm.
32.
lib
II,
XII,
comm
32.
35,
De Clo De Clo
lib.
II,
comm
comm.
lib.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
1B7
Mais la thorie dont nous parlons n'appartient aucun de ces modes de dmonstration dans cette thorie, en effet, ce sont les
;
effets
astronomes posent ces principes, vous n'y trouverez rien d'o se puisse conclure, dune manire essentielle et ncessaire, qu'il en est ainsi. Seulement les astronomes, ayant pos des principes qui leur sont inconnus et en ayant tir des consquences qui sont connues, ont admis la rciproque. Or, pour admettre qu'il en est ainsi, ils n'ont d'autre raison que ce qu'on observe en la Lune. Ils pensent dmontrer, en effet, que la Lune possde un excentrique par ce fait qu'ils la trouvent clipse tantt plus, tantt moins, bien qu'en une mme rgion du Zodiaque. Ils prtendent qu'on en doit conclure qu'elle traverse le cne d'ombre en des parties diffrentes, tantt plus rapproches et tantt plus loignes de la terre. Mais nous pouvons tout aussi bien expliquer ce changement de position en admettant que les ples de la sphre de la Lune tournent autour des ples d'une autre sphre. Si Dieu prolonge suffisamment notre vie, nous nous livrerons une tude approfondie de l'Astronomie telle qu'on la professait au temps d'Aristote. Il semble bien> en effet, que cette Astronomiel ne contredit pas aux principes de la Physique. Il y a des mouvements qu'Aristote nomme laulabia ce sont, je pense, ceux qu'on obtient en faisant mouvoir les ples d'un orbe autour des ples d'un autre orbe alors un point du premier orbe se meut sur une ligne laulabia tel est le mouvement du Soleil compos avec le mouvement diurne et peut-tre serait-il possible de reprsenter de la sorte les ingalits que prsente le cours des
*
; ;
'
plantes.
tirer
des
i. Averros et, comme nous le verrons, Al Bitrogi nomment laulabia la ligne que les astronomes grecs avaient nomme hlice; Albert le (irand nous apprend (a) que ce mot vient de l'arabe laulah qui lignifie colonne torse ; Albert le (rand donne galement (b) cette ligne le nom arabe de lenbtch qui, dit-il, signifie spirale M. Lon (Jnutier (c) nous dit que le mot laoulnh se traduit exactement par blice (a) [Link]! Ma*. m, epitCOpi Hatisboncnsis, De Crrlo et Mundo liber srciindus, trart. II. cap. V.
if. Ohand ibid., tract. III. eap. XI. CiAUTfmR, ('ne rforme du systme astronomique <ir l'tolemee tenter par philosophes arabes du xn* sicle {Journal Asiatique, y s-rie, t. XIV. ItyOQ, p. note a).
(bl
[Link]
(r) Leti
les
138
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
pour l'astronome disciple de Ptolmc, l'uvre essentielle de celui qui compose une thorie il serait bien fou de penser que
;
en transforme les j>rmisses en vrits dmontres rien ne prouve, en effet, que des prmisses toutes diffrentes n'eussent pu conduire aux mmes conclusions contre une telle erreur, Averros a raison de le mettre en garde. Mais il ne commettra pas cette erreur, il ne tournera pas dans le cercle vicieux que lui reproche le Commentateur, s'il a peru le but vritable assign l'Astronomie par Posidonius, par Ptolme, par Proclus, par Simplicius; aux hypothses qui portent sa thorie, il ne demandera pas d'tre vraies, d'tre conformes la nature des choses il lui suffira que les rsultats du calcul s'accordent avec ceux de l'observation, que les apparences soient sauves. D'une semblable thorie astronomique, Averros ne veut p?s se contenter il exige que la Science des mouvements clestes tire ses principes des enseignements de la Physique, et de la seule Physique qui soit vritable ses yeux, de celle d'Aristote. Il faut donc que l'astronome construise un systme astronomique tel que les mouvements clestes en rsultent et qu'il n'implique aucune impossibilit au point de vue del Physique... Ptolme n'a pu parvenir faire reposer l'Astronomie sur ses vritables fondements. L'picycle et l'excentrique sont impossibles 8 Il est donc ncessaire de se livrer de nouvelles recherches au sujet de cette Astronomie vritable, dont les fondements sont des principes de Physique. Selon moi, cette Astronomie repose sur la considration du mouvement d'un seul orbe qui tourne simultanment autour de deux ou de plusieurs ples diffrents le nombre de ces ples est celui qui convient l'explication des phnomtions,
; ; ;
[Link] Stagirit^
lib. XII,
summa
II,
cap. IV,
comm.
45.
2. Parfois, Averros se montrait moins svre l'gard de l'Astronomie de Ptolme. Au dbut de son exposition du trait des Mtores, il examine ce qui arrive si le Soleil se meut sur un excentrique ou sur un picycle, ce qui rsulte ncessairement de l'acclration et du retard de son mouvement sur le Zodiaque. En vertu de cette supposition, le Soleil est l'apog-e quand nous sommes en t, au prige quand nous sommes en hiver, ce qui rend nos climats plus temprs. C'en est assez pour que l'excentrique n'existe pas en vain. (Aristotelis St agirit'm Meteorologicorum libri IV cum Averrois Cordubensis mdia epositione ; lib. I, cap. I). D'ailleurs, Averros avait compos un abrg de V Almageste ; cet abrg ne nous a t conserv que dans la traduction hbraque faite Naples, vers i23o ou 1235, par Jacob Anatoli ; cette traduction est indite. [Maurice Steinschneidbr, Notice sur un ouvrage astronomique indit d'Ibn Haithajn (Bulletino de Boncompagni, t. XIV, p. 728,
1881)].
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
139
mouvements peuvent rendre compte de la vitesse ou de la lenteur des toiles, de leur mouvement direct ou rtrograde, en un mot de toutes les apparences que Ptolme n'a pu expliquer au moyen d'une Astronomie correcte.... En ralit,
ns
;
de
tels
elle convient
au
calcul,
mais ne s'accorde pas avec ce qui est. Averros n'eut pas le loisir de reprendre la thorie des sphres homocentriques, ni d'appliquer la reprsentation du cours des
plantes cette sorte de
mouvement
dit-il
'
qu'il
nomme
laulebia.
ma
plie
jeunesse, j'esprais,
;
que
cette
recherche serait
Dans accom
par moi-mme parvenu dj la vieillesse, je ne l'espre plus mais peut-tre que ces paroles inciteront quelqu'un entreprendre cette tude. Ce vu d' Averros devait tre exauc par son contemporain et condisciple Al Bitrogi.
;
V
MOSE M A M ONT DE
((
S'il fallait
t le disciple et
mme
moment de
la
M. Munk a montr tout ce qu'il y a d'impossible dans ce rcit. Lorsque Ibn Rochd fut proscrit, il y avait pins de trente ans que Mamonide avait quitt l'Espagne pour chapper la perscution des Alhomades. Mamonide dit
disgrce de ce dernier
bien dans Le More
Neboukim
(II, 9)
Badja
mais nulle part dans cet ouvrage il ne parle d'Ibn Rochd. Bien plus, nous avons La date prcise Laquelle il commena
:
et
cette date
Lettre
nous reporte
adresse
<lu
s;
vie.
Dans une
son disciple chri Joseph ben Juda, il J'ai reu dans ces derniers temps i>ui ce s'exprime ainsi qu'l!>n Rochd a compos sur les ouvrages d'Aristotc, except le livre Du sens et du sensible et j'ai vu qu'il rencontr le vra une avec grande justesse mais, jusqu' prsent, je n'ai pas trouv de loisir pour tudier ses crits Mamonide n'a jui davantage tre L'lve d'Ibn Bdja, comme l<" prtend Lon
,
;i
>
AvSRIIOtfl, foc.
''if.
140
l'Africain, et
trois
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
comme on
l'a
rpt aprs
lui,
Ce n'est donc qu'indirectement, par l'impulsion nouvelle qu'il donna aux tudes juives, que Mamonide fonda chez ses coreligionnaires l'autorit d'Ibn Rochd. Mamonide et Ibn Rochd puisrent la* mme source, et, en acceptant chacun de leur ct la tradition du Pripattisme arabe, arrivrent une philosophie presque identique 2 . Ce dernier jugement, nous Talions voir est
loin d'tre exact.
Al Schieck Abou Amran Mousa ben Maimoun al Cordobi, que ses coreligionnaires nommaient Rabbi Mousa ben Maimoun et les latins Mamonides, a expos ses doctrines philosophiques et religieuses en divers ouvrages et, particulirement, dans le volumineux Guide des gars, si savamment publi, traduit et annot par S. Munk 3 La pense de Mamonide, en cet ouvrage, n'est point du tout, comme l'a dit Renan, presque identique celle d'Ibn Rochd. Si l'on excepte le problme de l'immortalit de l'me, o les deux philosophes ont admis une mme thorie, celle d'Ibn Rdja, on les voit se sparer presque en toutes circonstances. Mamonide, en effet, ne ressemble aucunement au pripatticien intransigeant qu'est Averros. Il se rattache, de la manire la plus formelle, la tradition du No-platonisme arabe il est disciple, fidle jusqu'
Le
juif
rapproch d'Al Gazli par son dsir d concilier l'enseignement de la Philosophie avec les dogmes communs au Judasme et l'Islamisme, notamment avec le dogme de la
Il est,
d'ailleurs,
cration. Ibn
Rochd
comme
l'expres-
de renseignement du Stagirite, une autre autorit, celle de Mose. Entre eux, le contraste
si
respectueux
soit-il
vnre
est sai-
sissant.
La souple intelligence du
Juif,
dis
demeurer en suspens entre deux dcisions aventureuses, tanque l'Arabe simpliste, ddaigneux des subtiles distinctions et
i A la mort d'Ibn Bdja, Mamonide n'tait pas encore n, si l'on en croit Wstenfeld qui le fait vivre de ii3q 1208 (Fbrdinand W3tenfeld, Geschichte der Arabischen Aerzte una Naturforscher, Gttingen, 1840,
.
n 198,
2.
p.
109.)
Ernest Renan, Averros et l'Averrosme, pp. i4o-i.4i> 3. Le. guide des gars, trait de Thologie et de Philosophie par Mose ben Maimoun dit Mamonide, publi pour la premire fois dans l'original arabe et accompagn d'une traduction franaise et de notes critiques, littraires et explicatives, par S. Munk. 3 vol., Paris, i856-i866.
PHYSICIENS KT ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
l4l
embrass.
L'ide qui va
dominer toutes
les discussions
astronomiques de
Mamonide, ide nouvelle au sein du Pripattisme smitique, ide qui, en ce milieu, surprend par ses allures prudemment sceptiques, c'est l'ide que Ptolme avait indique, que Proclus avait dveloppe La connaissance des choses clestes, de leur essence, de leur vritable nature, passe les forces de l'homme les choses
:
;
Dans la premire partie du Guide des gars Mamonide donne une sommaire description du Monde cleste Sache que cet Univers, dans son ensemble, ne forme qu'un vide, mais il est un seul individu 11 n a absolument aucun solide plein qui a pour centre le globe terrestre la terre est environne par l'eau, celle-ci par l'air, celui ci par le feu, et ce dernier enfin est environn parle cinquime corps. Celui-ci se compose de sphres nombreuses contenues les unes dans les autres, entre lesquelles il n'y a point de creux ni de vide, mais qui s'enceignent exactement, appliques les unes aux autres. Elles ont toutes un mouvement circulaire uniforme, et dans aucune d'elles il n'y a ni prcipitation ni ralentissement je veux dire qu'aucune
1
, : ; ;
de ces sphres ne se meut tantt rapidement, tantt lentement, mais que chacune, pour sa vitesse et sa manire de se mouvoir,
Cependant ces sphres se meuvent plus rapidement les unes que les autres... Ces sphres ont les unes ont pour centre le centre du des centres diffrents Monde, les autres ont leur centre en dehors de celui du Monde... Tout astre dans ces sphres fait partie de la sphre, dans laquelle
reste soumise la loi naturelle.
;
il
il
n'a pas de
mouvement
particulier et ne
montre m que par le mouvement du corps dont il fait partie .. Quant savoir s'il y a des sphres de circonvolution [picycles] qui n'environnent pas le [centre du] Monde, c'est k examiner. C'est en la seconde partie du Guide des gars que se trouve La discussion annonce par ces dernires paroles. Je t'ai promis, lit Mamonide ', un chapitre dans lequel je te parlerais des doutes graves qu'on peu* opposer celui qui croit que l'homme a
se
embrass par la Science l'ordre des mouvements de la sphre cleste, et que ce sont L des choses physiques qui arrivent par
i.
1. 1,
i.
Mamonidr, L$ f/uif/r drs garet premire partie, ch. LXXII, [Link]. Munk, pn 354-358. Mamonide, Op. laurt.. deuxime partie, h XXIII; trad. Munk, t. Il,
<
p.
iK3.
12
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
une loi ncessaire dont l'ordre et l'enchanement sont clairs. J'en aborde maintenant l'exposition. Tu sais en fait d'Astronomie ce que, dans mes leons, tu as ce que tu sais dj, lu et compris du livre de YAlmageste c'est que, pour se rendre compte de la rgularit des mouvements et pour que la marche des astres soit d'accord avec les phnomnes visibles, il faut admettre une de ces deux hypothses, soit un picycle, soit une sphre excentrique, ou mme les deux la fois. Mais je vais te faire remarquer que chacune de ces deux hypothses est totalement en dehors de toute rgle et contraire tout ce qui a t expos dans la Science physique. Contre l'hypothse de l'picycle, Ibn Bdja a lev des objections que Mamonide reproduit; selon l'axiome d'Aristote, nul corps ne peut, de mouvement naturel, tourner sur lui-mme, s'il n'existe en son centre un corps immobile l'existence de sphres picycles est inconcevable. Ibn Bdja les a donc exclues de son Astronomie qu'il a tent de construire en employant seulement des
*
;
sphres excentriques.
y aurait russi, il n'y aurait pas gagn grand'chose, car, dans l'hypothse de Y excentri
il
Mais quand
mme
fait
maintenir l'accord entre l'hypothse des excentriques et l'axiome d'Aristote. Selon ces astronomes, les diverses sphres excentri-
ques avaient pour centres, il est vrai, des points situs hors du milieu du Monde mais ces points tombaient tous l'intrieur de chacun d'eux se trouvait ainsi la concavit de l'orbe de la Lune au sein de l'un des quatre lments il tait incorpor une substance qui ne prt pas part au mouvement du Ciel on pouvait donc affirmer que chacune des sphres excentriques se mouvait
; ; ; ;
fixe.
Selon Mamonide, cette opinion ne peut tre garde que par ceux qui n'ont pas de connaissances en Astronomie 3 ... Les mesu-
hypothses qui y sont adoptes et les modernes ayant tabli par une dmonstration vraie, dans laquelle il n'y a rien de douteux, quelle est la mesure de ces excentricits relativement au demi;
i.
partie, ch.
t. II,
XXIV,
trad.
Munk,
t.
II,
pp. i83-i85.
2.
Munk,
pp. 186-187.
PHYSICIENS ET [Link].
11.
LES SEMITES
143
diamtre de la terre,
comme
ils
la
en est de mme des centres des excentriques de Mars, de Jupiter et de Saturne. D'autres raisons doivent faire rejeter les hypothses des excentriques. Des orbes solides, immdiatement contigus les uns aux autres, et confinant les uns aux autres par des surfaces sphriques de centres diffrents, ne pourraient tourner librement chacun autour
sphre de la Lune
, et qu'il
;
du centre de sa surface convexe les orbes extrieurs entraneraient dans leur mouvement les orbes intrieurs. Thbit ben Kourrah, pour parer cette difficult, a imagin, entre chaque couple de sphres, un corps intermdiaire, un fluide susceptible de condensation et de rarfaction, a Mais com1
en tait rellement ainsi O supposerait-on le centre de ces corps qui existeraient entre chaque couple de sphres? Et il faudrait que ces corps
s'il
!
aussi eussent
un mouvement
telles
particulier.
du plan de
2
l'picycle sur le
plan de l'excentrique,
disciple
que
les
signale
l'invraisemblance a son
Je
t'ai
sible de se figurer
comment
o tu peux vrifier tout ce que je t'ai dit, except cependant ce que je t'ai dit de l'observation touchant la place o tombent ces points qui sont les centres des excentriques car je n'ai jamais rencontr aucun auteur qui
Je
t'ai
indiqu
les endroits
s'en ft proccup.
Sauf en ce point, en effet, la discussion laquelle Mose ben Maimoun a soumis le systme des excentriques et des picycles diffre peu de la critique qu'Ibn Bochd a faite de ce mme systme. Mamonide, cependant, va-t-il conclure, comme Averros, la
Il
connat
trop bien
raisons qu'on
Astronomie il sait combien le dbat doit demeurer indcis entre les hypothses sur lesquelles repose cette Astronomie et les principes de la Physique d'Aristote Hecsirdci par consquent, combien tout cela s obscur. Si
:
',
i.
2.
').
foc. Ctt,
tr;i<l
Miiuk.
t.
If,
p.
i8(j.
144
LA COSMOLOGIE HELLMQUE
il
n'y a
du centre de la Mais d'o viendraient alors aux plantes tous ces mouveEst-il
ments divers?
1<
mouvement
en
soit
parfaitement circulaire
rponde
aux phnomnes visibles, si ce n'est en l'expliquant par l'une des deux hypothses ou par toutes les deux la fois ? D'autant plus qu'en admettant tout ce que Ptolme a dit,... les calculs faits d'aprs ces hypothses ne se trouvent pas en
dfaut d'une seule minute...
mme temps
rtrogradation
Gomment se figurer sans picycle la apparente dune plante, avec ces autres mouve-
Et comment, d'autre part, imaginer qu'il y ait dans le Ciel un roulement, ou mouvement autour d'un centre non fixe ?
ments
Par quel moyen le penseur se dgagera-t-il de cette perplexit ? Par le moyen qu'ont indiqu Posidonius, Gminus, Ptolme, Proclus, Philopon, Simplicius. Mamonide adopte les doctrines de ces Hellnes, et les termes dont ils se sont servis pour exprimer leur ide sont presque identiques ceux qu'il emploie pour formuler sa pense. Voici, par exemple, un passage o Ptolme seul est cit, mais o l'on croirait entendre les propres paroles de Simplicius Sache que si un simple mathmaticien lit et comprend ces sujets astronomiques dont il a t parl, il peut croire qu'il s'agit l d'une preuve dcisive pour dmontrer que telles sont la forme et le mouvement des sphres. Cependant il n'en est pas ainsi, et ce n'est pas l ce que cherche la Science astronomique. A la vrit, il y a de ces sujets qui sont susceptibles d'une dmons' :
tration
c'est ainsi,
par exemple,
qu'il est
il
dmontr que
l'orbite
du
Mais que
c'est ce
un systme
le
mouvement de
uniforme, circu-
dont
qui se voit.
En
outre,
l'astronome se propose
de diminuer
mouvements
et
le
si,
i.
ch.
XI,
trad.
Munk,
t.
II,
pp. 92-93.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
145
de
tel astre
se justifient
au
moyen de
trois sphres, et
un autre
systme selon lequel la mme chose peut se justifier l'aide de quatre sphres, le mieux est de s'en tenir au systme suivant
lequel le
est le
le Soleil, l'excentrique
comme
Ptolme.
D'o vient cette impuissance o gt l'astronome transformer ses hypothses en vrits dmontres? Elle a pour cause le caractre born de la Science humaine, qui ne peut atteindre la connaissance des choses clestes. Ptolme l'a insinu, Proclus l'a dit avec plus de force, et Mamonide le rpte Ce que j'ai dj dit plus haut, je le rpterai ici. C'est que
'
:
logique
connue
et qui
se
dduisent les unes des autres, et la place qu'y tiennent la sagesse et la prvoyance de la nature est vidente et manifeste. Quant
tout ce qui est dans le Ciel, ce
rien
si
ce n'est
est.
et tu vois ce qu'il
:
en
Je
en me servant d'une locution potique Les deux appartienmais la terre, il l'a donne aux fils d Adam nent 1 ternel (Ps. CXV, 16). C'est--dire que Dieu seul connat parfaitement la
dirai,
;
du Ciel, sa substance, sa forme, ses mouvements mais pour ce qui est au-dessous du Ciel, il a et leurs causes donn l'homme la facult de le connatre, car c'est l son monde, et la demeure o il a t plac et dont il forme lui-mme une partie. Et c'est la vrit, car il nous est impossible d'avoir les lments ncessaires pour raisonner sur le Ciel, qui est loin Mais fatiguer de nous et trop lev par sa place et son rang
vritable nature
;
les esprits
avec ce qu'ils ne sauraient saisir, n'ayant mme pas d'instruments pour y arriver, ne serait qu'un manque de bon
folie.
Il
donc sens de s'efforcer la constitution d'une Physique sublunaire qui nous enseigne les vritables proprits des quatre
lments
et
de leurs mixtes
il
est insens
de tenter la construc-
Averros conviait les astronomes Lorsqu'il cri 11 est ncessaire de se livrer de nouvelles vait ces paroles
:
t.
partie, ch,
XXIV
irad.
Munk,
l
t.
II.
pp.
ru-iiFM.
t.
ii
U6
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
recherches au sujet de cette Astronomie vritable, dont les fondements sont des principes de Physique. En dpit des avis de Mose ben Maimoun, Al Bitrogi pensait avoir ralis le vu d'Ibn
Rochd
lorsqu'il publiait sa
raisons de Physique.
VI
l Thorie des plantes d'al bitrogi
La
tragii
se
miperrime
clis.
nous l'apprennent les dernires lignes du trait, le juif napolitain Calo Calonymos ou Kalonymos ben David traduisit cet ouvrage, en 1528, de l'hbreu en latin la version hbraque avait t faite en 125U, sur le texte arabe, par Mose ben Samuel ben Tibbon \ Quel tait l'auteur de ce texte arabe ?
;
Comme
i. Splierae tractatus Joannis de Sacro Busto Anglici viri clarissimi. Gerahdi Cremonensis theoricae planetarum veteres. Georgii Purbaghii theoriProsdogimi de Beldomando Patavini super tractatu cae planetarum novae. sphrico commentaria, nuper in lncem diducta per L [ucam] Ga [uricum], nunquam nmplius impressa. Joannis BaptIstve Capuani Sipontini expositw Joannis de Monte Regio disputationes contra theoriin Splira et. theoricis. cas Gcrardi. Mighaeus Scoti cxpositio brevis et quaestiones in sphra Gampani comjiendium Jacobi Fabri Stapulensis paraphrases et annotationes Ejusdem iractatalus de modo fabricandi spheram super tractatu de sphcra. Ptri cardinalis de Aliaco episcopi Gameracensis i//. qustiones. solidam. Roberti Linconiexsis episgopi tractatulus de sphra. Bartholomei Yespltu fjlossul in plerisque locis splir. Ejusdem oratio de laudibus astrologia*.. Luc-E Gaurigi [Link] et Jigur toto opre diligentissime reformatai. Ejusdem oratio de Ejusdem qustio numquid sub quatore sit habitat io inventoriais et laudibus astrologi.... Alpetragii Arabi theorica planetarum nuperrime latinis mandata literis a Calo Calonymos Hebreo Neapolitano, ubi nititur salvare apparentias in motibus planetarum absque eccentricis et t'picyclis. Golophons i (avant l'ouvrage d'Alpetragius) Impressunt fuit volunien istud in urbe Veneta... et calcographica Luca; Antouii Juntaj Florentini 2 ( la fin officina... Anno Virginei partus MDXXXI labente mense Martio du livre) Venetiis in eedibus Luceantonii Junte Florentini annoDomini MDXXXI mense Januario. On trouvera une description trs complte de cette rare collection dans l'crit de B. Boncompagni qui est cit ci-dessous. 2. Baldassare Boncompagni, Dlia [Link] e dlie opre di Gherardo Cremonese (Atti delT Accademia Pontijicia de' Nuovi Lincei, tomo IV, anno IV, p. 479)*
[Link]
K ASTHONOMKS.
II.
LKS SK MITES
\1
Aux
latine,
Avo Ashac
tait
esc
nom, plus
comme
errone
ou Bitrugi n'est pas le nom du pre de notre auteur ce mot dsigne le pays d'o sa famille est issue, pays qui est Bitrodj, aujourd'hui Pedroches, au nord de Gordoue. Abou Iskh n'tait pas non plus son nom propre, mais un surnom. Abou Ishk ben al Bitrogi portait parfois aussi un autre surnom, celui de Nur-ed-Din. Nous lisons, en effet, dans le Catalogue de la bibliothque de l'Escurial, dress par Gasiri 2 Ouvrage sur la thorie des plantes, intitul Livre de la sphre, dont l'auteur est Nurredin, astronome espagnol, vulgairement il avait embrass la secte de Mahomet, mais il avait Petrucci gard le surnom de sa famille chrtienne. Une tradition constante, dont Gasiri s'autorise en ce passage, fait d'Al Bitrogi un chrtien, ou lui attribue, tout au moins, une
Bitrogi
;
:
origine chrtienne.
fait
suivre le
de l'auteur de l'pithte Ischibili, qui signifie de Sville; ainsi nous est connue la patrie d'Al Bitrogi. Tu sais dj, mon frre , crit Al Bitrogi ', que l'excellent juge Avobacher Aventafelnous disait qu'il avait trouv une thorie nouvelle des plantes qu'il dduisait leurs mouvements de principes autres que ceux de Ptolmc qu'il rejetait enfin tout excen;
:
nom
Get
excellent juge
Avobacher Aventafel
L'ouvrage qu'Ai Bitrogi a compos, .istronomique dont [bu Tofal marquait l'objet ses
si
Dieu
lui
en
S. Mincie, Mlange de Philoophie juive et arabe, l'.iiis, iNTmj. i. Vitedi Matematici arabi trotte da un' opra inedita di Bernardino Baldi, cou note <li M Bteimmbiibiimui (Balletino di oibliograjia t di S toria dette Sciense materna-
tiche e Jt$iche % pubblicato da B. BoDCompagoi, t. Y, 1N72; pp. ^27-5^^). Lea notes, d'unr mioutieuac rudition, qu'a rdige! M Steinachneiaer ^<">t la ource dea reoaeigDementa l< ,s plua prcieux aur AI Bitrogi 2. Bibtiotheca Arabico-hipana tcurialenei, opra 't itudio MtcttABLii Camri, inmus I, p, 3g; Matriti, MDCCLX 3. [Link] Ababi Pianetarum fhmrtro. fol. \. recto.
*
148
laissait le
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
temps. Entre les doctrines astronomiques d'Ibn Rochd et celles de notre auteur on peut signaler de nombreuses analogies que Kalonymos s'est plu numrer dans son pitre ddicatoirc
;
les cri-
de Ptolme Ce que je garde en ma mmoire des suppositions de Ptolme et des principes qu'il a dcouverts, est pour moi, quelque chose d'intolrable il m'est impossible d'admettre ces suppositions je ne puis imaginer ces cercles, excentriques par rapport au Monde, qui tournent autour de leurs centres particuliers, distincts du centre de l'Univers, centres qui tournent eux-mmes autour d'autres centres je ne puis admettre ces picycles qui tournent autour de leurs propres centres, tandis que, dans l'paisseur du mme orbe, le centre de l'picycle tourne, en sens contraire de la
;
;
ils Tous ces orbes sont placs l'intrieur d'un mme orbe en remplissent une partie, tandis que le reste demeure vide l'orbe excentrique, c'est--dire le dfrent du centre de l'picycle, se trouve, d'un ct, dans la partie de cet orbe qui est proche de l'intrieur et, de l'autre ct, dans la partie qui est proche de l'extrieur; ce qui reste n'a plus une figure exactement circulaire en sorte que ce reste subira des mouvements ou des dformations partielles, lorsque ces excentriques et ces picycles se mouvront au sein de cet orbe total si l'on suppose que cet orbe total, au sein duquel sont runies toutes les orbites partielles, est form d'eau ou de feu, les diverses parties de cet orbe devront se mouvoir de faon livrer un espace vide aux orbites partielles, tandis que le reste de l'orbe sera rempli comme il convient la nature du fluide qui le forme. Ces suppositions engendrent l'erreur elle se manifeste par les faussets qui s'ensuivent et par les propositions contraires la vrit. Ptolme et mieux fait d'attribuer les deux mouvements principaux deux orbes, de mettre seulement les plantes sur les excentriques et les picycles, et de les laisser se mouvoir, au sein de l'air, par exemple, ou d'un corps de mme sorte, selon les mouvements qu'il a imagins cela et mieux valu que d'admettre, en outre, l'existence de huit orbes et de supposer que chacun de ces orbes contient un certain nombre d'orbites destines aux divers mouvements.
; ; ;
i.
[Link] Arabi
Planetarum theorica
fo\.
l\,
recto.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
149
celui-ci s'est
born dcrire au sein d'une sphre particulire les excentriques et les picycles qui tracent son chemin chaque astre errant, sans regarder aucunement les divers cercles qui doivent guider une mme plante comme des orbes solides contenus dans la sphre principale il a agi prcisment comme Alpetragius souhaitait qu'il l'et fait. Le disciple d'Ibn Tofal ne parait donc pas avoir acquis la connaissance du systme de Ptolme par une lecture directe de YAlmageste; il semble plutt qu'il ait demand cette connaissance l'tude des crits des commentateurs arabes et, en particulier, de Thbit ben Kourrah, dont les hypothses semblent vises par les critiques que nous venons de rapporter. Mais venons l'expos du systme propre d'Al Bitrogi. Les quatre lments, la terre, l'eau, l'air et le feu, entourent le
;
centre du
clestes
1
Monde
leur tour,
ils
pour centre commun le centre mme de l'Univers. La neuvime sphre 2 qui enveloppe toutes les autres, ne porte aucun astre c'est d'elle que tous les autres tiendront leur mouvement mais, elle, elle se meut d'elle-mme et ne reoit son mouvement d'aucun autre corps . Ce mouvement est simple et parfait il consiste en un mouvement de rvolution uniforme d'Orient en Occident; les ples de cette rvolution sont les ples de l'Univers et sa dure est le jour
,
sidral.
est le
la
qu'on
ria
nomme
;
Lies
parce que leurs mutuelles distances sont invachacune des autres porte un des astres errants qu'on
fixes,
rencontre
dans l'ordre suivant, en descendant de la huitime sphre vers la sphre des lments corruptibles Saturne, Jupi:
le Soleil, Mercure et la Lune car Al Bitrogi 4 Vnus met au rang des plantes suprieures Aucun de ces orbes n'a la parfaite simplicit de la sphre suprme Les toiles ou la plante qu'il porte suffisent nous rvler son htrognit. Aucun d'eux n'aura donc le mouvement simple et parfait qui .-mime le premier orbe cleste.
ter,
Mars, Vnus,
i.
2.
S.
/(.
[Link]
5.
Aiktha(.h Ahmh Planttaram thtorica ton \k\hi Planetartun (heorica, Ai.i'i tu ami AnAiti Pianetarum theorica, hvn iMac m Aiiahi Planetarum (heorica, [Link] \h\iu Plnnrtnrnm fheorir/i.
%
fol.
vei
e(
fol. H,
i"l
f<
I
recto S, recto
rect
vereo.
n, recto.
fol, s.
I.'O
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Le mouvement de chacune des huit sphres infrieures sera un mouvement mixte, rsultant de la composition de deux mouvements simples. En premier lieu, tout tre dsire imiter, autant qu'il est en lui, infrieures dsil'absolue perfection. Chacune des huit sphres rera donc se mouvoir du mouvement qui anime le mobile suprme, simple et parfait. Elle participera au mouvement de la neuvime sphre, mais elle n'y participera qu imparfaitement elle suivra la rvolution de la neuvime sphre, mais avec un certain retard non pas que la neuvime sphre l'entrane d'un mouvement viole mouvement par lequel chaque orbite participe au moulent vement de la sphre suprme est, pour elle, un mouvement naturel, qui provient d'une aspiration vers la perfection. Cette aspiration est une vertu que l'orbite suprme communique aux sphres infrieures au fur et mesure qu'elle s'loigne du premier mobile dont elle mane, cette vertu s'affaiblit de mme,
1
; ;
certaine vertu
une pierre ou une flche lui communique une mais cette vertu diminue d'intensit au fur et
de son moteur.
mesure que
le projectile s'loigne
une de
celles auxquelles
Al Bitrogi attache
le plus
d'importance
une de
ment retenu
marque,
en cet ouvrage, l'influence d'un principe cher aux No-platoniciens. Empruntons l'nonc de ce principe une uvre de la pense arabe nous voulons parler du Livre des causes dont l'origine suggra tant de conjectures aux auteurs mdivaux jusqu' ce que saint Thomas d'Aquin y et reconnu un recueil d'aphorismes, extraits de ^Institution thologique de Proclus, et enrichis de commentaires. Le Livre des causes, en effet, formule le principe suivant 2 dont
;
,
une application L'infinitude de toute vertu est plus grande lorsque cette vertu est unie que lorsqu'elle s'est tendue en se propageant. En effet, le premier infini, qui est l'Intelligence, est immdiatement voisin
:
Alpetragii Arabi Planetnrum fheorica, fol. 9, reclo. In prsent i volumine infrascripta inventes opuscul a Akistotelis cum exposition Ibus sancti Thoml ne ptri de Alvkrnia. Perquam dilir/enter visn recognita erroribusque innumeris purgnta. Saisctus Thomas De sensu et sensuto... l'Ifimo nltissirni proculi (sic) de cuusis cum eiusdem sancti Thome commenta... Im pressa vero Venetiis mandato sumptibusque tionibus... Colophon Heredum nobilis viri domini Octaviani Scoli civis Modoetiensis per Bonetuni Locatellum presbyterum Bergomensem. Anno a partu virgineo saluberrimo Septimo supra millesimum quinquiesque centesimum quinto Idus Novembris. Cap. 17, fol. 80, col. b. Ce passage du Livre des Causes est textuellement emprunt YInstitution thologique de Proclus; au tome I, p. 370, nous l'avons cit d'aprs ce dernier ouvrage.
i
2.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
151
pourquoi toute vertu voisine de l'Un pur contient plus d'infinitude qu'une vertu qui en est loigne. Lorsque la vertu commence s'tendre et se propager, son unit se dfait et, partant, son infnitude se dtruit et son infnitude ne se dtruit que lorsqu'elle se divise elle est alors une vertu divise. Plus elle est condense et unie, plus elle devient intense et
de l'Un pur
;
c'est
feste et
donc manicertain que plus une vertu approche de l'Un pur et vriplus viles sont ses oprations.
Il
table, plus
et
plus son infnitude est apparente et manifeste, plus aussi ses oprations sont grandes, nobles et admirables.
chacune des sphres infrieures, mais elle y parviendra d'autant plus attnue que cette sphre est plus loin du premier mobile en mme temps, crotra le retard du mouvement par lequel cette sphre s'efforce de s'accommodera la rotation diurne du neuvime orbe Si le neuvime orbe est le modle parfait auquel chaque sphre cleste s'efforce de se conformer, chacune d'elles a sa forme propre, par laquelle elle diffre de la neuvime sphre et de toutes cette l'orme est parfaite en soi, en sorte qu'elle les autres produit un mouvement de rvolution uniforme mais, pour chacune des huit sphres infrieures, ce mouvement propre a ses ples spciaux et sa dure particulire. Considrons, par exemple, la huitime sphre, celle des toiles fixes; elle se prte plus aisment que les autres h l'application des principes poss par Al Bitrogi et, d'ailleurs, c'est elle que l'auteur tudie en premier lieu, c'est elle qu'il consacre les plus
;
;
La huitime sphre participe au mouvement diurne de la sphre suprme mais, loigne le celle-ci, elle n'en reoit pas
:
La
<ju
sa
ples de l'Univers
'est
il
s'en
faul
si,
la
les
comme
rvolution
diurne
choses se d'Orient en
Occident,
la
au dfaut de
[Link].n
La
rvolution totale.
\iuhi
Planetarmn thorim^
foll. p,
rer*o
si
10. [Link].
152
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Ce mouvement l n'est un mouvement propre qu'en apparence la huitime sphre a, en outre, un mouvement propre rel ce dernier est encore une rotation uniforme, mais cette rotation ne se produit pas autour des ples de l'Univers elle a ses ples particuliers, qui sont comme la marque individuelle de la sphre laquelle ils appartiennent peu distants des ples de l'cliptique solaire, ils en sont cependant distincts ce sont les ples du cercle des douze signes. Le mouvement propre de la huitime sphre est un mouvement par lequel elle cherche sa perfection, par lequel elle s'efforce de ressembler la sphre parfaite, la neuvime. Or, sa distance la neuvime sphre ne lui a laiss recevoir qu'une part de la vertu de celle-ci de l, une imperfection mise en vidence par le dfaut qui semble donner aux ples de la huitime sphre un mouvement d'Occident en Orient autour des ples du Monde. C'est cette imperfection que la huitime sphre s'efforce de corriger en dcrivant chaque jour, autour de ses ples particuliers, et d'Orient en Occident, un angle complmentaire prcisment gal au dfaut de la premire rvolution. Le mouvement total de la huitime sphre se compose donc, en
;
!
somme, de deux
l'un sur l'autre
;
que nous
nommons
aujourd'hui un mou-
vement de nutalion par ce mouvement, chaque toile dcrit une courbe complique qu'Eudoxe avait dj tudie et qu'il avait nomme hlice Al Bitrogi, qui l'tudi son tour, use pour la dsigner du mme motqu'Averros il la nomme la courbe laulabine*. Al Bitrogi et, sans doute, souhait de donner la thorie des plantes la mme simplicit gomtrique qu' la thorie des toiles fixes mais il n'aurait pu reprsenter ainsi les ingalits compliques du cours des plantes c'est en composant trois rotations uniformes autour de trois axes diffrents qu'il s'efforce de figurer
;
ces ingalits.
Chaque sphre a ses ples particuliers 8 ces ples, assurment, sont peu loigns de ceux qu'admet le cercle des douze signes
;
cependant de quelques degrs. Chacun de ces deux ples dcrit d'Occident en Orient un petit cercle autour du ple correspondant du cercle des douze signes et comme celui-ci tourne autour de l'axe du Monde, d'Orient en Occident, avec une vitesse un peu infrieure celle du mouveils
s'en cartent
i.
s.
!.
Alpetragii Arabi Planetarum theorica, Vide supra, p. 187. Alpetragii Arabi Planetarum iheorica,
fol. 10,
fol. 2,
recto et verso.
verso, et
fol. 4>
verso.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
153
dune
orbite plan-
n'est
mouvement de
;
rotation
uniforme,
mais d'un mouvement de nutation les ples particuliers de l'orbite dcrivent autour des ples du Monde non plus deux cercles, mais deux courbes laulabines. Autour de son axe particulier, l'orbite plantaire prouve un mouvement propre qui est une rotation uniforme d'Orient en Occident mais ce mouvement est beaucoup moins rapide que le mouvement des ples de l'orbite autour des ples de la huitime sphre tandis que l'orbite plantaire effectue, autour de son axe
;
;
une seule rvolution d'Orient en Occident, cet axe effectue peu prs deux rvolutions, d'Occident en Orient, autour de l'axe du cercle des douze signes '. D'ailleurs, la marche de certains astres errants prsente des irrgularits qui obligent Al Bitrogi compliquer davantage le mcanisme propre figurer cette marche. Mars 2 et Mercure 3 ne se trouvent pas sur l'quateur de leur orbite respective, mais un peu au sud de cet quateur. Chacun des ples de l'oi*bite solaire ne se meut pas circulairement autour de l'un des ples de la huitime sphre le cercle qu'il dcrit roule sur le cercle que parcourt le ple de la sphre des toiles. Ces combinaisons de mouvements permettent Al Bitrogi de rendre compte d'une manire qualitative, et comme en gros, du cours des astres errants c'est trop peu pour que son systme soit en tat de supplanter le systme de Ptolme le systme de Ptolme permet aux astronomes de dresser des tables o sont marques d'avance, pour telle poque qu'on veut, la position
particulier,
;
minutieuse
et dtaille
Lors
mme
qu'il la tenterait, et
de Vnus ou de la Lune la Terre change tandis que l'astre accomplit sa rvolution. Il est vrai qu'il n'a
la distance
comment
cure de ce
phnomne
mme
pas mention.
Al Bitrogi ne conduit donc pas jusqu'au fermo l'application au mouvement dos sphros clostos de sos principes do Philosophie
naturelle
;
on
revanche,
il
aux mouve-
admis que
le
[Link] Amari I* I u r\rt un ii m t h n, ri <<i \irKTHAGn Ahahi Planetaram theorica, \ PI 7i! IOH \rari Plnnrtnrnm Ihrori'n,
i
fol. fol.
l5, iq,
f
\,
rrcto
et
WtTi
rerso.
\rv^<>
fol. 7
154
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
feu et les rgions suprieures de l'air prenaient part la circulation qui entrane les sphres clestes d'Orient
disait-il
l ,
en Occident.
en
L'air ,
il
est
circulaire,
le feu,
car
est
Monde
effet, est
con-
au feu. Cette opinion est reprise et prcise par Al Bitrogi. Le mouvement, dit-il 2 est mis par la sphre suprme, et nous en trouvons la preuve par l'examen de ce qui se passe en ce inonde infrieur, parmi les lments susceptibles de gnration et de corruption qui se trouvent au-dessous du Ciel. En tudiant cette vertu, propre mouvoir le Monde, qui rside dans le corps moteur de l'Univers, nous reconnaissons la vrit de ce que nous avons annonc. Les substances qui sont plus voisines de c corps ont un mouvement plus fort et plus rapide que celles qui en sont plus loignes ce mouvement est, en effet, une manail s'ajoute, tion du mouvement circulaire de la sphre suprme en ces substances, leur mouvement naturel. Le feu est anim d'une circulation semblable la circulation cleste on le reconnat l'inspection de ces corps, brillants la nuit comme des toiles, qui apparaissent, de temps en temps, dans les rgions suprieures il semble, en effet, l'observateur que ces corps soient des toiles ils paraissent se mouvoir avec elles ou les suivre ils ont, comme elles, un lever et un coucher. Cela dmontre que cet lment ign se meut, entran par le mouvetinu la matire cleste, et l'air est contigu
,
;
ment du
ciel le
plus lev.
L'lment de l'air partage aussi ce mouvement, mais il est troubl par certaines agitations la rgularit de la circulation ne
;
dans la nature de l'air de pouvoir tre comprim, ou chass avec rapidit, ou divis et toutefois reste-t-il qu'il se meut, la plupart du temps, suivant le mouvement du Ciel, particulirement au lever du Soleil, au dclin et au coucher de cet astre... Quant l'lment de Feau, il est trs vident que son mouvement suit le mouvement du Ciel, bien que ce mouvement de l'eau n'accomplisse pas une rvolution complte. Nous le reconnaissons dans le mouvement rgulier que l'Ocan prouve chaque jour et chaque nuit C'est le mouvement du Ciel qui soulve les eaux de la mer, et ce mouvement se continuerait indfiniment si la pesanteur des eaux et leur profondeur n'y mettaient un terme. Le
s'y
il
est
i.
p. 555; d.
.
Aristote, Mtores, 1. I, ch. III (Aristotelis Bekker, vol. I, p. 34i, col. a). Alpetraoii Arab Planetarum theorea, fol. 5.
Opra, d.
Didot,
t.
III,
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
155
mouvement des eaux de l'Orient vers l'Occident est une consquence du mouvement suprieur; au contraire, le reflux provient
de la pesanteur de l'eau
;
sa grande
l'air c'est Le mouvement de leau est pourquoi l'on a pens que le flux suivait le cours de la Lune, parce que le mouvement de la mer et celui de la Lune diffrent peu l'un de l'autre toutefois, les eaux sont en retard sur la Lune en outre, elles ne reoivent pas une vertu suffisante pour accomplir une rvolution entire il survient donc une autre rvolution destine complter la premire, en sorte que les eaux oscillent
;
s'abaisser.
continuellement.
Quant
la terre,
il
est
ensemble, bien que certaines de ses parties puissent prouver quelques changements et quelques mouvements. La vertu motrice
a achev son uvre lorsqu'elle parvient
celle-ci
la
terre,
en sorte que
demeure
fixe.
Bien que la terre demeure immobile dans son ensemble, il s/y peut produire des changements et des dplacements partiels ces
;
mouvement des
toiles
fixes
son
mouvement
les
n'est pas
simple.
par
teur
toiles,
et,
apparences que rvle l'observation du mouvement des car certaines toiles apparaissent tout d'abord sur l'quaplus tard, on les observe hors de ce cercle, affectes d'une
soit
mridionale.
La
diversit des
situations
de cet
orbe
est
ce qu'on peut
au sujet des grands changements et des permutations de certaines choses particulires telles sont les permutations qui se produisent entre les terres habitables et
infrieur,
;
observer, en ce
monde
les
rgions tempres
et
1rs
parfois,
que laie
se
purifie en
certains lieux qui deviennent alors habitables, tandis qu'en d'autres lieux, l'air se corrompt, et ces lieux deviennent inhabitables
;
;
de mme. Les eaux de la nier changent de place elles s'accumulent en certaines rgions, tandis qu'en d'autres rgions, on voil apparatre des contres qui, jusqu'alors, axaient t couvertes par
genre qui se montrent h nous, <*t d'au trs analogues, nous tmoignent que ces oprations sont produites par le changement d< situation de l'orbe des toiles nssurment,
d<*
i
:
les
ce
'
\ii'KTnA0ii
fol. 7,
verso.
S,
rnl,.
156
elles
LA.
COSMOLOGIE HELLNIQUE
comme
;
ce
mouvement
donc leur
elles ont
Un peu
vement,
Il est
possible
'
que, de ce
mou-
proviennent
les
monde
et
infrieur, soumis la gnration et la corruption, et ceux qui rendent inhabitables les rgions qui taient habitables,
inversement.
de la huitime sphre, Al Bitrogi rattache ainsi grandes variations de la surface terrestre, les dplacements des continents et des mers, dont les anciens philosophes grecs avaient affirm la ralit et qu'Aristote, au second livre des Mtores 2 rduisait aux proportions plus modestes d'inondations causes par l'abondance des pluies. Tel st, dans ses grandes lignes, cet ouvrage d'Al Bitrogi qui devait, jusqu'au temps de Copernic, inspirer tous les adversaires de Ptolme, frayant ainsi la voie l'astronome de Thorn.
les
,
Au mouvement
VII
LES PRCURSEURS GRECS, LATINS ET ARABES D'AL BITROGI
Quel est le degr d'originalit de cette uvre ? Les rapprochements qu'on peut faire entre les ides d'Averros et les principes dont se rclame Al Bitrogi, l'aveu mme de ce dernier, nous apprennent que l'enseignement d'ibn Tofal lui a suggr son systme astronomique. Mais il a, croyons-nous, recueilli des suggestions autrement prcises, et qu'il n'avoue pas. Si l'on suit avec attention les dmonstrations gomtriques d'Al Bitrogi, on peut bien souvent reconnatre 3 malgr la confusion qu'ont introduite les traductions successives de l'Arabe en Hbreu et de l'Hbreu en Latin, que les lettres employes par ces dmons,
trations se succdent
A B G D E
*
i.
H
*l
T
:
>
Alpetragii Arabi Planetarum theorica, fol. i4> verso. Aristote, Mtores, livre H, ch. III. 3. Voir, en particulier, les dmonstrations qui se trouvent aux verso 16, recto et verso, 21, verso, etc.
2.
foll.
io,
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
157
est,
selon F. Hultsch, la
marque
grecque qui a t traduit en Arabe. S'il en est ainsi, Al Bitrogi aurait emprunt purement et simplement ses dmonstrations gomtriques, qui sont ingnieuses, quelque crit hellnique sur la thorie des sphres homocentriques son originalit, fort mince, serait celle d'un simple adaptateur, voire, peutcrit d'origine
;
un
tre,
d'un plagiaire.
D'ailleurs,
que
pu produire un
crit ana-
logue celui d'Al Bitrogi, c'est une supposition trs vraisemblalaquelle le mouvement rtrograde des 1 hypothse selon ble
;
due un mouvement direct moins rapide que celui des toiles fixes, est une hypothse qui, srement, s'est prsente de fort bonne heure aux astronomes grecs il semble qu' toutes les poques de la Science hellne, c'est, du moins, ce que parat prouelle ait compt des partisans ver l'insistance avec laquelle elle est rfute par ceux qui ne
astres errants n'est qu'une apparence,
;
;
l'adoptent point,
La compilation, bien connue sous le titre De placitis philosophorum, qui a t faussement attribue Plutarque, nous dit Anaxagore, Dmocrite et Glanthe prtendaient que toutes les
: :
toiles
au contraire,
Alcmon et les mathmaticiens affirment que sont mues en sens contraire des toiles fixes,
dent en Orient
.
c'est--dire d'Occi-
Le stocien Glanthe, n vers l'an 300 avant J.-C, parat, en effet, avoir pouss assez loin les consquences de cette hypothse. Stobe nous dit quelques mots de sa thorie du Soleil 9 selon Clanthe, le Soleil se mouvait, dans sa sphre, suivant une spirale comprise entre les deux tropiques; cette spirale tait identique l'hlice o Eudoxe et Galippe voyaient la trajectoire rsultante de
;
the touchant
Le
mouvement
au premier sicle
terre accomplisconservation du
la
la
De piaciti phUoophorafn lib. U, c*p< XVI. Stobau Edoartun Phy$icarin Bt Ethicurwn libri <iti<>. Recensait \uguttui Meineke ; ta a', ftvetxc, [Link] (Liber I, Pbyvica, cap i5);vol. I, \/\h\ Leipzig, Teuboer, 1860. I. 3. CLMMIlDIf D6 mo/u cirrulmi rjnporum carlrstium libri duo. Insliuxil Hermaonui Ziegler; lit. I, cep. ni; pp. b8-3i, Leipzig. Teuboer, 1891,
Psiodo-PlittaiiquBj
t
>
loANMifl
I5S
LA COSMOLOGIE HKLLKMglil-.
entier
Monde
vement
et
dans sa circulation,
il
Parmi ces
astres,
;
en est dont le
ils
tournent avec le
;
mouMonde
;
au contraire, prennent part, avec le Ciel, au mouvement commun par adhrence, ils sont entrans en sa circulation mais ils usent, en outre, d'un mouvement propre grce auquel ils occupent, dans le Ciel, des places qui changent d'un instant l'autre. Le mouvement d e ces astres est plus lent que le mouvement du Monde, en sorte qu'ils paraissent anims d'un mouvement contraire au mouvement du Ciel et qu'ils semblent ports d'Occident en Orient. Les premiers se nomment les toiles fixes et les seconds les astres errants, parce qu' des poques diffrentes, on les voit en des
d'autres,
;
mmes
parties diffrentes
du Monde. Nous apprenons par Thon de Smyrne damnait une thorie o nous reconnaissons
:
de Glan-
the
Il croit
que
mouvement
en longitude et
modes, donnes par les Anciens, d'aprs lesquelles les plantes seraient laisses en arrire. Mettant de ct tout ce qu'il y a de dsordonn et de contraire la raison dans un tel mouvement, il est juste de croire, dit-il, que les plantes sont emportes lentement par un mouvement contraire celui des toiles fixes, ce mouvement intrieur tant, en outre, entran par le mouvement
extrieur.
Il
ne pense pas
qu'il faille
prendre,
de ces mouvements, des spirales ni des lignes semblables la course sinueuse d'un cheval. Car ce mouvement est le rsultat
d'autres mouvements.
rale est le
spi-
mouvement qui s'accomplit suivant le cercle oblique du Zodiaque. Le mouvement en spirale est, en effet, adventice et postrieur il rsulte du double mouvement des plantes. On doit donc regarder comme premier le mouvement suivant le cercle oblique le mouvement en spirale en est une consquence il n'est pas pre;
mier.
Gminus, qui parait avoir vcu au premier sicle de notre re, condamne, peu prs comme Dercyllide, la thorie qui avait eu les prfrences de Clanthe et de Clomde. Voici comment il s'exprime dans son Introduction aux phnomnes clestes 2
:
i.
d.
J.
2.
Thon de Smyrne, Astronomie, c. XLI. Ed. Th. H. Martin, pp. 328-33 1 Dupuis, pp. 324-325. Claude Ptolmb, Table chronologique des rgnes, prolonge jusqu' la
t
PHYSICIENS KT [Link].
les
II.
LES [Link]
lo9
Soleil et
mouvements du
des
mouvements du
Monde, mais parce que le mouvement de la fixes, plus rapide que celui du Soleil et de la Lune, laisse ceux-ci en arrire et nous les fait paratre anims d'un mouvement conmais que ce n'est l qu'une traire, suivant la srie des signes illusion, une apparence qui n'est point conforme la vrit, puisque rellement le Soleil et la Lune tournent d'Orient en Occident seulement, allant moins vite que le Monde, ils passent dans les
sphre des toiles
; ;
Si quelqu'un,
disent-
par douze hommes qui iraient galement vite, et faisait marcher un autre homme en mme temps que ceux-l, sur le mme cercle, dans le mme sens, mais plus lentement, ce dernier serait dpass par tous les autres et il semhlerait marcher en sens contraire de seule, la lenteur de ceux-ci. Cependant, cela ne serait point vrai la marche de cet homme ferait qu'il semble aller eu sens contraire dos douze autres, bien qu'il aille dans la mme direction. C'est, ajoutent ces personnes, ce qui a lieu pour le Soleil et pour la Lune bien qu ils se transportent vers les mmes points que le Monde entier, ils semblent aller vers les points consquents par suite de la lenteur de leur marche Mais cette opinion des philosophes ne s'accorde pas avec les phnomnes. Si ces mouvements, en efiet, n'taient que des apparences si ces astres taient laisss en arrire par les astres qui Les surpassent en vitesse, il faudrait que leurs marches en arrire eussent lieu dans des cercles parallles, de mme que toutes les toiles fixes dcrivent des cercles parallles par l'effet du mouvement de rotation du Monde d'Orient en Occident Or ils ne sont
elles,
parcourir la circonfrence
d'un cercle
le Soleil
par-
Vucun des astres laisss en arrire ne pourrait, en mme temps, changer de latitude, car il devrait demeurer dans un plan parallle la rotation du Monde. Le mouvement des cinq plantes marque surtout la fausset
de cette opinion. Tantt, en
effet,
moyen du Zodiaque
prise de Constant inopie /><ir les Tares; ipparition des fij*es de Ptolbjibi, Thkon, etc., et tntroduction de Gminum aux phnomnes clestest traduite! pour la premire fois du grec en Franais,... par M. l'Abb tialma. Paria, A. Bobe, 1819. i # Partie tntroduction aux phnomnut de Giuutua; ChaLes planteti pitre X meuvent en contraire A celui du mouremenl
I
.
mm
gnra du monde
I
pp.
5/j
iqq.
160
LA.
COSMOLOGIE HELLNIQUE
parles toiles
vis--vis
tions.
prcdent, et tantt
c'est
ils
demeurent
des
tel
mmes
toiles
Un
;
fait
ment
car
ci
ne peut tre par dlaissement, c'est que leurs marches rtrogrades ne sont proportionnelles ni leurs gran-
En
effet, si
un mou-
en sorte qu'ils fussent dpasss en vitesse par celles-ci, il faudrait que leurs dlaissements fussent proportionns leurs grandeurs et leurs distances. Or cela n'est pas. 11 faut donc en conclure que les plantes ont, par nature, un mouvement contraire celui du Monde, et que ce mouvement est propre la sphre de chacune de ces plantes. Thon de Smyrne semble avoir vcu peu de temps avant Ptolme et peu de temps aprs le pripatticien Adraste d'Aphrodisi. C'est ce dernier qu'il emprunte la plus grande partie de son Astronomie. Or Adraste parait avoir partag l'opinion de Clanthe et de Glomde, que nous avons vu condamne par Dercyllide c'est, du moins, ce qu'on peut infrer du paset par Gminus
les toiles
fixes,
;
sage suivant
l
:
Le mouvement rtrograde est, d'aprs Adraste, le mouvement d'une plante qui semble toujours aller vers les signes qui suivent l'Orient. Mais, d'aprs Platon, ce n'est pas une appac'est, en ralit, le mouvement propre d'un astre, dirig rence vers l'Orient et vers les signes suivants par exemple du Cancer
; ;
vers le Lion.
Thon
de
Smyrne,
d'ailleurs,
ne parait
pas
croire qu'on
puisse dcider entre les deux systmes qui ont t proposs pour
rendre compte du mouvement rtrograde des astres errants on peut admettre, dit-il 2 que la sphre qui produit le mouvement
;
de
la plante
mme
car les
par chacune des deux hypothses . Ptolme a connu, lui aussi, l'hypothse rejete par Gminus,
i. Thon de Smyrne, Astronomie, ch. XVIII; d. Th. H. Martin, pp. ao4-ao5; d. J Dupuis, pp. 240-241. 2. Thon de Smyrne, Op. laud., ch. XXXII: d. Th. H. Martin, p. 283; d. J. Dupuis, p. 295.
[Link] ET [Link].
11.
LES SMITES
101
et
il
la condamne pour
la
1 ,
mme
raison
Si le
mouvement
dans des cercles parallles l'quateur, c'est--dire autour des ples du premier mouvement, il sufiirait d'imaginer, pour toutes, un seul mouvement qui serait une consquence du premier alors il [Link] vraisemcontraire des plantes, dit-il
se faisait
;
des toiles vint d'un simple retard, d'un moindre degr de vitesse,
et
non pas d'un mouvement rellement contraire. Mais en mme temps qu'elles s'avancent vers l'Orient, les plantes s'approchent
aussi de l'un ou de l'autre ple d'une quantit qui n'est pas
la
mme
Dans son Commentaire au Time de Platon, qui fut, croit-on, rdig au dbut du iv e sicle de notre re, Clialcidius, inspir peut-tre par Tlion de Smyrne, dveloppe des penses bien
voisines de celles d'Alpetragius.
11
",
nomie de Ptolme
nion selon laquelle
prtend, en
des, ne
eii'et,
il
que
peuvent tre portes par des cercles qui sont de simples lignes peintes en l'imagination. Comment, en eii'et, un corps pourrait-il tre retenu par un lien incorporel ? Chalcidius expose ensuite, d'une manire sommaire, la marche
d'une plante qui dcrit son picycle
;
puis
il
poursuit en ces
termes
3
:
celle des
philosophes qui ne portent pas seulement leur attention sur ce qui se voit, mais aussi sur le mouvement naturel des toiCeux-ci affirment qu'aucune toile ne se meut d'un
la
les.
mouvement
contraire
circulation
le
mme
a
Un raisonnement peu
des copistes,
le
clair, et
conduit
et
cette conclusion
Les stations.
Les
marches directes
i.
rtrogrades
qu'on
observe
s'expliquent
Composition mathmatique
premier,
1,
|j.
<]<
tome
pare
Pari, 27-2H.
.
i8i3;
livre
c.
\I1,
|>j.
22-23
d. Heiberg,
a',
(.. Commentariu in Timum Platonis 2. Cbalcioii V I. XXXIII (Fragmenta t phitoophorum graxorum collegit K.G A. Mullachius, vol. Il, p. aoi. Pariait*, A r initia Didot, 1667).
.
'>.
.mai.'
mu
m, m
Op. l'imi
LXXXV
tfdil, rit.,
n,
lot.
11
11
162
L cosmologie hellnique
donc aussi bien par les raisons des physiciens que par celles des mathmaticiens . Cette jmrase donne penser qu'il existait, au temps de Chalcidius, quelque trait, connu de ce commentateur, o l'on rendait compte des diverses particularits du cours des plantes l'aide de rvolutions toutes orientes dans le mme sens, o l'on tablissait donc l'quivalence entre les raisons des philosophes et
celles des mathmaticiens.
Un
autre passage
! ,
relatif la spirale
;
inspir par ce
mme
trait
voici ce passage
Imaginons qu'une des branches d'un compas demeure fixe et que, par l'effet du hasard ou de notre volont, l'ouverture du compas se trouve graduellement rtrcie ou largie la fin de la ligne que le compas dcrit dans sa rvolution ne rejoindra pas le commencement elle s'cartera, soit en dedans, soit en dehors, de la ligne qu'on dcrira la figure rigoureusement circulaire ainsi en traant, plusieurs reprises, des cercles de plus en plus troits ou de plus en plus larges est ce qu'on nomme habituellement une spirale ou une volute d'acanthe. De mme, l'Aplanex*, en sa rotation quotidienne, entraine les plantes, mais elle ne permet pas, chacune d'elles, de se reprsenter [au bout d'un jour] au lieu, la place, d'o elle tait partie elle l'oblige dpasser cette position, ou bien encore, par suite d'une plus lente progression, ne point atteindre cette destination. Platon dit donc avec exactitude que les astres errants, par suite de leur rvolution variable et ingale, tournent sur une sorte de spirale ou de volute d'acanthe. Supposons, par exemple, que la plante Vnus soit dans le signe du Blier et qu'entrane par la rotation gnrale du Monde, elle dpasse la position qu'elle
;
occupait la veille
Blier.
Au
fur et
mesure que
du
Blier pour
prcdent elle finira Poissons, puis des Poissons au Verseau. Si, au contraire, la rotation de Vnus est plus lente que celle de YAplanes, elle passera du Blier au Taureau, puis de ce signe aux Gmeaux, puis l'cre visse elle dcrira des spires dont chacune prendra fin sans
;
reuse figure [du cercle]. Ce sont ces spires que les Grecs
nomment
i.
CXV;
d. cit., p. 208.
2.
La sphre aes
toiles fixes.
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
163
Il
est
tait
de
cette supposition
se
trouve
confirme lorsque l'on compare entre eux les enseignements du Commentateur latin et ceux de l'Astronome arabe touchant les
"nous fournira
que Ghalcidius a
dit ce sujet.
meuvent dans
le
mme
se reliait
comme pour Al
de l'Un qu'il en est plus rapproch. Cette ide, nous en trouvons l'nonc trs net dans un passage de la Thologie cTAristoteK
Parmi
premire est aussi le moins apte recevoir l'influx de l'Ame celui qui ressemble le plus la Cause premire est le plus apte prouver cet effet. Pour les corps en mouvement, la lenteur est plus grande ou plus petite selon que leur diffrence l'gard de l'Un En effet, en mme temps premier est plus grande ou plus petite que varient les longueurs des rayons mens partir du centre des tres, les mouvements changent par addition de vitesse et suppression de lenteur. Plus le
mouvement
;
il
est,
et attnu
Il
inversement, plus
est
sup-
est rapide.
en
qu'on par-
vienne ce
Monde suprme
qui est le
Monde
intelligible.
les
moins
le
systme astronomique
l'on
descend de
la
sphre suprme h
la
sphre infime de la Lune, on voit ces orbes successifs tourner tons dans le mme sens, et chacun d'eux tourne plus lentement que celui qui le prcde l'ide que chacun deux, par son mouvement, rend un son plus grave que l'orbe qui l'enveloppe est alors rendue
;
plus naturelle l'esprit. Aussi peut-on fane cette remarque souvent, les auteurs
i.
Bien
mmes
AntroTiLis
Theologia t
la
pour
vu, lil> VII. d i5ig, fol. 34, v; '<!. 1671, description dei ditioDi de cet apocryphe clbre, voir
.
tome
I,
n.
272.
101
LA COSMOLOGIE HLLLMyLE
du moucleste,
lorsqu'ils parlent
du concert
comme
si
pas la leur
ils
compos, pour chaque orbe, le mouvement qui rsulte de la rotation diurne et de la rotation propre d'Occident en Orient. Au Songe de Scipion, par exemple. Gicron enseigne qu il que le premier de existe neuf orbes ou plutt neuf globes ces globes est le globe cleste, qui est extrieur aux autres et qui ce globe sont fixs les cours ternels des les embrasse tous au-dessous de ce globe, il en est sept autres qui se meutoiles
!
;
mouvement
contraire celui
du
Ciel .
Le
dixime
est la
Presque aussitt aprs, cependant, nous l'entendons dire \ au La nature veut que sujet du chant harmonieux de ces orbes les deux orbes extrmes mettent l'un la note la plus grave et
:
l'autre
la
note la plus
aigu
c'est
du ciel des toiles iixes, dont la rotation est la plus rapide, se meut en rendant un son aigu au contraire l'orbe de la Lune, qui est le plus infime, rend le son le plus grave . Il semble bien, encore que Gicron ne le dise pas explicitement, que cet orbe donne la note la plus basse parce qu'il est de tous, celui qui se meut le plus lentement. Lisons, d'ailleurs, Macrobe, commentateur du Sonyn de Scipion. Macrobe nous apprendra, tout d'abord, qu'il y avait grande vogue, en son temps, pour les thories qui font mouvoir tous les 3 Que le Soleil, la Lune et les cinq astres d'Orient en Occident toiles auxquelles leur marche errante a valu le nom de plantes aient, en sus du mouvement par lequel la conversion diurne du Giel les entraine d'Orient en Occident, un mouvement propre qui les fait avancer d'Occident en Orient, c'est une proposition qui est rpute incroyable, qui est regarde comme monstrueuse non pas seulement par les profanes qui ignorent les lettres, mais encore par beaucoup d'hommes initis la science . A cette proposition, toutefois, Macrobe donne sa pleine et entire adhsion. Voyons, cependant, ce qu'crit Macrobe * pour commenter le passage o Cicron parle de la Musique cleste c'est le coup Le son ne se produit jamais si l'air n'est frapp
; :
reu par
i.
l'air
lorsque
M. Tullii Cigeronis De re publica lib. VI {S omnium Scipionis), % 17. CicERONis Op. laud.j lib. VI, 18. 3. Ambhosii Theodosu Machobii Commentariorum in Soin ni um Scipionis lib. I, cap. XVIII. \. M/V<;iiOBii Op. l'titd., lib. II, cap. IV.
a.
PHYSICIENS KT ASTRONOMES.
il
II.
LES SMITES
165
un son aigu s'il est plus mou et plus lent, il donne l'oue une sensation plus Les orbes suprieurs tournent avec une imptuosit i;rave d'autant plus considrable qu'ils sont plus amples et, en mme temps, ils sont plus fortement tendus par le souffle qui est encore son point de dpart aussi Cicron dit-il qu'ils se meuvent en rendant un son aigu, cause mme de leur rotation plus rapide. Le globe lunaire, au contraire, qui est le plus infime, rend le son le plus grave , car le souffle qui le fait tourner, parvenu au terme de son parcours, est dj affaibli il tourne aussi avec une plus molle imptuosit cause de ltroitesse de la sphre dans laquelle l'enserre lavant-dernier orbe. Gela ne diffre pas de ce que nous exprimentons avec les fltes les trous voisins des lvres de celui qui souffle dans l'instrument mettent un son plus aigu au contraire, les trous plus loigns de l'embouchure et plus rapprochs de l'orifice mettent un son plus grave; de mme,
le et
rapide,
fournit
le
son est plus aigu lorsqu'il s'chappe d'un trou plus large, et
cause
il
Le
il
plus faible l o
qu'il passe
traire,
finit
il
par un large trou, avec moins d'imptuosit, au conlorsqu'il franchit des trous plus troits et placs plus loin.
et
plus voisin de son origine, met le plus aigu de tous les sous
voix
la
rendue grave par ltroitesse de l'espace qu'il occupe et par la longue distance qui le spare de l'origine du souffle]. On voit clairement, par l, que le souffle produit une impulsion d'autant plus molle qu'en sa descente, il s'loigne davantage de son origine lorsqu'il arrive la terre, qui est la dernire des sphres, il est devenu si pais et si lourd qu'il est La cause pour laquelle la terre demeure toujours adhrente la mme place presse de toutes parts par la densit du souffle qui L'entoure, il ne lui est permis de mouvoir en aucun sens. Sans doute, tout aussitt aprs ce passage, Macrobc rappelle que l'orbe des toiles fixes tourne sans resse <!*( trient (Ml Occident. tandis que les sept orbes des astres errants tournent d'Occident en
contraire, est
[
;
:
du dernier, au
*><
Orient;
bien de
et
il
le
nature
faire
oublier,
faire
attribuer
>us
les
mme sens,
jl|s<|i|;i
|,|
descendant du
LlHie. ef
cilllll
fe|Te.
1| l<
'
>
<*
166
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Les philosophes, donc, qui parlaient de l'harmonieux concert rendu par les sphres clestes, taient naturellement conduits
considrer les mouvements des orbes
Bitrogi
fle
;
comme
les considrera
Al
dont Macrobe vient de nous parler, ce soufd'autant plus puissant qu'il est plus proche de la cause qui l'a
et ce souffle,
au fur et mesure qu'il descend de sphre en sphre, qui n'est plus en tat d'branler la terre, Al Bitrogi le considrera son tour dans cette impulsion mane de la Cause suprme, qui s'attnue en s'loignant de cette Cause, il verra l'explication des rotations de plus en l'vaplus lentes des orbes embots les uns dans les autres nouissement de cette impulsion expliquera l'immobilit de la sphre terrestre, centre de toutes les autres. Ainsi, l'hypothse fondamentale du systme d'Al Bitrogi n'a cess de solliciter la pense grecque ni de l'occuper, soit que les
produit, c'est--dire
s'affaiblit
; ;
savants hellnes adoptassent cette supposition, soit qu'ils la combatissent. Elle a t tudie
Ptolme ne l'a pas ignore et, au quatrime sicle de notre re, on en disputait encore. Faut-il s'tonner, ds lors qu'aprs le temps du grand Astronome alexandrin, la mme hypothse ait t reprise, qu'elle ait servi composer un trait dont l'auteur semble avoir eu souci d'viter les objections formules par Gminus ? un trait dont les picycles sphriques s'inspirent assurment des picycles plans d'Hipparque et de Ptolme ? C'est ce trait grec, plus ou moins remani, qu'Ai Bitrogi aurait donn comme sien. En ce cas, comme en tant d'autres, la Science arabe, dnue de toute originalit, n'aurait fait que nous transmettre les uvres de
la Science hellne.
Al
parmi
les savants
de l'Islam, qui se
ses lecteurs
parmi
avant
lui,
avaient pr-
tendu que toutes les sphres clestes tournent d'Orient en Occident, mais d'autant plus lentement qu'elles sont plus loignes de la sphre suprme, de la sphre inerrante du mouvement
diurne. Ds le x e sicle de notre re, les Frres de la Puret et
de la Sincrit enseignent formellement cette doctrine. La sphre enveloppante, disent-ils celle qui est tout d'abord
1
,
i. Friedrich Dieterici, Die Philosophie der Araber im IX und Jahrhundert n. Chr. aus der Thologie des Aristofeles, den Abhandlungen Alfarabis und den Schriften der lautern Brader. Vtes Buch Die Nataranschaaung und Naturphilosophie 2 te Ausg-abe, Leipzig-, 1876, pp. 35-36.
:
PHYSICIENS
r:T
ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
167
mise en mouvement par la puissance motrice initiale, par l'Ame de l'Univers, accomplit une rvolution en vingt-quatre heures gales.
La sphre des
toiles fixes se
premire sphre et en touche la face interne aussi la premire sphre met-elle en branle la sphre des toiles fixes, et cela dans le sens mme o elle tourneautour d'elle toute fois, la vitesse de la sphre des toiles fixes demeure infrieure d'une petite quantit la vitesse de rotation de la sphre qui la meut cette diffrence par laquelle les positions des diverses parties des deux sphres cessent de se correspondre atteint un degr par
; ;
sicle.
la
en touche
la face interne
cette sphre-ci
;
o elle tourne toutefois, la vitesse de rotation demeure infrieure de deux minutes par jour celle de la sphre qui l'entoure, en sorte que les diverses parties de Tune de ces sphres cessent de correspondre, de cette mme quantit, aux diverses parties de l'autre. Nos philosophes poursuivent des considrations semblables jusqu' ce qu'ils parviennent la sphre de la Lune qui demeure, chaque jour, de 13 degrs et une fraction en arrire du
point qu'elle occupait la veille
.
mme
Par cette disposition, ajoutent-ils, chacune de ces sphres se laisse mouvoir par celle qui se trouve immdiatement au-dessus d'elle et, son tour, elle met en mouvement celle qui se trouve audessous. Il en est ainsi jusqu' la sphre de la Lune. Mais, dans son mouvement, chaque sphre demeure infrieure en vitesse celle qui la meut. La sphre de la Lune se meut le plus lentement, tellement elle est loigne de la puissance motrice initiale de la sphre enveloppante, et tant il faut d'intermdiaires entre ces deux sphres. C'est de l que proviennent les diffrences des dures de rotation de ces sphres autour de la terre. Un peu plus loin, les Frres del Puret crivent Beaucoup d'astronomes, qui ne sont verss ni en Gomtrie ni en Physique, croient que les plantes se meuvent d'Occident en Orient, partant, que leur rotation se fait en sens contraire de celle de la sphre enveloppante. Mais, notre avis et selon notre pense, il non va point ainsi Os gens comparent la marche (1rs
'
:
plantes sur
de
la
Zodiaque, marche qui ne concorde pas avec celle sphre enveloppante, la marche des mouches qui, sur la
Le
i.
F, Dtftrtmcf,
Op. lagd.,
M.
rit., p.
ta,
168
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
meule ferait rebrousser chemin aux mouches. Dans ce deuxime trait de leur encyclopdie, les Frres de la Puret semblent considrer le mouvement de chaque sphre cleste comme un mouvement d'entranement produit par la
en
elfet, cette
sphre qui se trouve au-dessus de celle-l et qui lui est contigu. Mais ailleurs, dans leur trente-deuxime trait, ils lui assignent une
tout autre cause. L'explication qu'ils en
tme de l'manation qu'ils Plotin ou ses disciples. Cette explication offre des traits de ressemblance fort reconnaissables avec celle que proposera Al
Bitrogi.
tuit, la
et
mier des tres Dieu lui octroie la perptuit et l'lve au sommet de la hirarchie. L'Ame vient ensuite, puis la Matire premire.
mane du Crateur,
et pleine.
possde la perptuit
L'Ame
est,
mane
de l'Intelligence
elle est
doue de perptuit
mais ne possde pas la plnitude. La Matire premire est une substance spirituelle qui mane de l'Ame elle a la perptuit, mais ne possde ni la perfection
;
ni la plnitude.
du
que Dieu
ment quelque chose de la bont et de l'influence qui mane de lui. La cause pour laquelle l'Intelligence parvient la perfection,
panchement. La raison pour laquelle elle atteint la plnitude, c'est qu'elle verse en l'Ame l'panchement et l'influx qu'elle reoit du Crateur. De mme, la perptuit de l'Intelligence est le principe de l'existence de l'Ame la perfection de la premire est le principe de la perptuit de la seconde.
c'est qu'elle reoit cet influx et cet
;
Fb. Dieterici, Die Lehre der Weltseele bel den Arabern in Leipzig, 1872 p. i3.
i
.
X Jahrhundert
PHYSICIENS
F.T
ASTRONOMES.
l.
LES SMITES
f)9
la
perfection de celle-l
est le
la plnitude, et la Matire
terme final cette substance. C'est dans ce but que se produisent la rotation du Ciel et la cration des choses, afin que, par l, l'Ame manifeste sa plnitude en la Matire et que la Matire, recevant ces formes, cette manation et toute cette supriorit, parvienne sa perfecdra sa perfection
c'est l le tion.
L'Ame
la
Frres de la Puret
',
mane de
l'Intelli-
gence par
permission du Crateur.
deux forces qui se propayent au travers de tous les corps, depuis la sphre enveloppante jusqu'au centre de la terre, comme le rayon de soleil traverse les couches d'air. L'une de ces forces est une puissance de connatre, et l'autre une puissance d'agir. Par sa force cognitive 2 l'Ame se reprsente les corps comme dous de perfection et de plnitude elle imagine en eux, avec des nuances diverses, la forme, la figure, la cohsion, la parure
Elle possde, son tour,
, ;
et la beaut.
Par sa force
passer de la puissance
en constitue l'excellence
n'a pas eu de
commence-
ment
fin
;
prennent jamais
l'Intel
-
l'accroissement, en
est ternel
de rconfort,
elle le reoit
continuellement de
licence, tandis
du Crateur, un accroissement semblable. L'influx [qui dcoule du Crateur est perptuel, et perptuellement il est reu par l'Intelligence; L'manation qui provient du Crateur ne s'vanouit jamais; ses dons ne prennent jamais fin et ses perfections sont sans borne. Dieu, donc, est la source de tous les biens, le fondement de toute
reoit continuellement,
que l'Intelligence
existence,
la
la
cause premire de
la
tontes choses.
L'Ame
place
au-dessus de
sphre qui
i.
F. Dibtkrici,
( >j>
laud
pp. 17-18.
Dana
j
tive
1rs 1
traduction allemande <! F. Detericij l<"s rlca de la force cogniWiticnakrafl) -t <!<. la force active [Thatkra/t) ont t intervertit; w>w^
la
i'i
von*
rta
Mis
170
LA COSMOLOGIE HELLENIQUE
ses
un ordre
dtermin, dans toutes les parties du Ciel, aussi bien que dans tous les corps particuliers, dans toutes les uvres produites par
le travail
manuel ou
dans tous
les
phnomnes
et qui,
clestes,
nom
nomme
l'me de Saturne.
Il
La
de
nomme
l'me de Jupiter.
en
est
mme
phnomne
particulier de ce
;
une telle force se nomme l'me de cet astre, de ce corps ou de ce phnomne. C'est en ce sens qu'il est parl dans les Livres Saints des anges qui forment le chur le plus lev et des armes de
corps et qui, en lui ou par
lui,
Dieu....
rgion suprieure la sphre de la Lune, l'Ame universelle exerce une force spciale qui pntre tous les corps con
De
la
tenus dans cette sphre, qui les dirige, qui en dispose librement, et
en eux et par eux, manifeste son activit. Cette force, les philosophes et les mdecins la nomment Nature de la gnration et de la corruption, mais la Religion lui donne le nom d'ange. L'Ame universelle est donc unique, mais cette Ame unique possde des forces multiples qui sont rpandues en tout corps [cleste], en tout animal, en toute plante, en tout minral, au sein des quatre lments, en tout ce qui se rencontre depuis la sphre enveloppante jusqu'au centre de la terre. Il n'existe aucune chose, de quelque genre, de quelque espce ou sous-espce soitelle, pour laquelle cette Ame universelle n'ait une force spciale qui dirige cette chose et qui, en elle et par elle, manifeste son activit. Cette force se nomme l'me particulire de l'indiqui,
vidu
manire dont, au gr des Frres de la Puret, l'influence mane de l'Ame du Monde s'panche au sein de l'Univers, en descendant la hirarchie des tres, depuis la plus
Telle
est la
et
imprgne de
la doctrine no-pla-
tonicienne,
particulirement de l'enseignement
du Livre
des
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
171
nous prsente videmment, sous une forme explicite, les penses dont s'inspire la philosophie d'Al Bitrogi. Ce n'est pas dire, d'ailleurs, que les Frres de la Puret et de la Sincrit aient pouss leurs considrations astronomiques fort avant dans la voie suivie parla Thorie des plantes d'Alpetragius. Ils se sont borns formuler ce principe, qui s'accordait harmonieusement avec leur doctrine sur l'Ame du Monde Toutes les
:
sphres clestes tournent d'Orient en Occident, mais d'autant plus lentement qu'elles sont plus loignes de la sphre suprme. Lorsqu il s'agit de pntrer dans le dtail des phnomnes astronomiques plus loin que ne conduit ce principe, nos philosophes semblent le dlaisser
;
de Ptolme, prsentes, nous l'avons vu, sous la forme qu'Ai Hazen adoptera volontiers, ils renvoient leur lecteur au grand ouvrage de Ptolme, al Magisli, et aussi au trait d'Al Fergani Assurment, donc, ce n'est pas de ces auteurs qu'Ai Bitrogi
;
vraiment prise par Alpetragius la rdaction de la Thorie des plantes qui nous est donne sous son nom, il est une proposition qu'on peut formuler
soit, d'ailleurs,
Quelle que
la part
sans rserve et que la suite de cet crit justifiera Cette uvre peut-tre imite, probablement plagie, cette uvre qui n'est
:
qu'une tentative
influence
et
de PAstronomie occidentale. Cette influence, nous la reconnatrons partout et toujours, ctoyant celle qu'exerce la doctrine de Ptolme, la contrariant et l'empchant de ravir l'acquiescement unanime des astronomes. Le perp-
sur l'volution
deux influences entretiendra le doute et l'hsitation l'gard de chacune d'elles il ne permettra pas aux intelligences d'tre asservies par l'empire incontest de l'une ou de l'autre d'entre elles il assurera aux esprits curieux la libert de
;
;
Vu. DirmiCf, Op. hmd., p. ii 8. L'influence du systme d'Al Bitrojri oe s'exera p.-is seulement parmi les Chrtiens d'occident certains astronomes musulmans en ressentirent les
i.
?..
;
effets.
Joseph Ibn Nahmiaa, crit une uvre arabe existe une version hbraque I la Bodil lei.-nne Dans la prface, l'auteur dit que son intention esl le prouver que les [Link]! les cercles excentriques sont impossibles, mais qu un mouvement circulaire contraire un autre est possible. A Is page a, il observe qu'Albatruiri n'a |>u poursuivre sa thorie jusqu' la ralit, i {Vite de Maternt ici ibi t rat te <li un' opra inedita di Bisnaroino Baldi cou note <!i M. Stbin
Un auteur du
Lumire
mv
sicle.
intitula-
'lu
Monde, dont
sCHNtixr*
Rnttrft'no f/fH,
Bonrnmpani,
t.
V. 187a,
p,
:.',',,
note id).
172
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
VIII
les
Neuf
Al Bitrogi n'a point exactement conserv aux plantes l'ordre que Ptolme leur avait assign au lieu de les ranger ainsi La Lune, Mercure, Vnus, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne',
;
:
il
Parmi
les causes
il
de YAlmagesle,
nous
compter
l'influence d'un
dans l'ptre ddicatoire qui ouvre sa Thorie des plantes, il crit que tous les modernes ont suivi Ptolme et que nul ne l'a combattu, sauf, le clbre Al Zarcala au sujet du moueffet,
]
En
vement de
l'orbe
des toiles
fixes,
et aussi le
fils
d Aflah, de
combattu Ptolme au sujet de l'ordre respectif de l'orbe du Soleil et des orbes de Vnus et de Mercure au sujet galement de quelques points du livre de Ptolme, points que Ptolme avait vus d'une certaine manire, et que ce fils d' Aflah a rectifis et complts suivant les principes admis par Ptolme lui-mme . Ce fils d' Aflah, dont Al Bitrogi nous parle en ce passage, n'est autre qu'un certain Djeber ben Aflah cet auteur a donn sous son nom une Astronomie en neuf livres, qu'au douzime sicle, Grard de Crmone a mise en latin, et qui fut imprime en 1534 %
Sville. Celui-ci a
;
;
Alpetragii Ahabi Planetarum theorica. fol. 2, recto. Instrumentum primi mobilis, Petro Apiano nunc primum et inventum et in lucem editum Ad cuius declarationem et intellectum Pronunciata centum hic proponuntur, quibus Instrumenti nobilissimi usus innotescit et compositio. Inquirere autem et invenire licebit in hoc instrumente), quicquid uspiam in universo primo mobili nova quadam sinuum ratione indagari potest : nec quicquam in eo ipso primo mobili desiderare poterit, quod non per instrumentum hoc invemri facile queat Accedunt ijs Gebri filii Affla Hispalensis astronomi vetustissimi pariter et peritissimi, libri IX de Astronomia, ante aliquot secula Arabice sempti, et per Giriardum (sic) Cremonensem latinitaie donati, nunc vero omnium primurn in lucem editi. Omnia hc industria et benevolentia Ptri Aplani Mathematici prelo commissa, et Reverendiss in Christo patri et D D. Christophoro Stadio, etc. ornatissimo Prsnli Augustensi, ob illustrationem su famili insignium, dedicata : Quibus et tu studiose lector benignus fruere, tanto Prsuli perpetuo
i
.
2.
gratissimus.
Petreium. anno MDXXXIIII. Affla Hispalensis. De Astronomia libri IX. fn quibus Pfofemcpifm, alioqui dortissimum, emendavit : alicubi etiam indusIo.
Norimbergae apud
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
II.
LES SMITES
173
par [Link] Petreius de Nuremberg, sous la direction du clbre gographe Pierre Apian (Bienewitz). Ou ne sait, d'ailleurs, pres-
que rien de ce personnage, que la Scolastique latine a nomm Gber, mais qu il ne faut point confondre avec un autre Gber, Djeber ben Hajjn, l'initiateur de l'Alchimie arabe. Tous les renseignements que nous possdons son sujet se rduisent
deux.
Au Guide
Mamonide
crit
'
Ensuite paru-
hommes
trs
Mars sont au-dessus du Soleil. Ibn Aflah de Sville, avec le fils duquel j'ai t li, a compos ldessus un livre clbre. Puis l'excellent philosophe Abou Bekr ben al ayeg [Ibn Bdja, Avempace], chez l'un des disciples duquel j'ai pris des leons, examina ce sujet, et produisit certains arguments (que nous avons copis de lui), par lesquels il prsenta comme invraisemblable que Vnus et Mercure soient au-dessus du Soleil mais ce qu a dit Abou Bekr est un argument pour en montrer l'invraisemblance, et n'en prouve point l'impossiet
;
Vnus
bilit .
n amne donc conclure que l'activit scientifique de Gber s'exera soit dans les dernires annes du xi e sicle, soit, plutt, au dbut du xn e sicle. Ibn Hoclid ou Averros-, n en 520 de l'hgire (1120), en parlant, dans son Abrg de V Almageste, de cette mme question relative aux plantes de Vnus et de Mercure, dit expressment
e.;t
qu Ibn Aflah avait vcu au mme sicle. Delanibre a lu et analys Y Astronomie de Djeber ben Aflah Citons, fout d'abord, quelques passages de l'expos qu'il en donne
'.
:
On ne
nous
sinon qu'il
dit
dans
sa prface
que
la
Lecture de Ptolme
est
utilittitni Juluri,
Finis novem libroruni Gebri, Arabice primo scrinti, cl per mairiGirardum Crenionenem in latinum versi. i. Moisi iif.n Maimoi \ lit MaImonidb, Le guide det gar* trad. purs. Munie; 8i-.s.>. II, j>|>. deuxime partie, ch. IX; Note jointe par S. Mutik ;m passage prcdemment cit de Mamonide;
iiurn
%
i
Qp.
l<ni<l.[ t.
II.
pp. H\-H?.
<>u
i8iq, eh.
Vf
'tram
)f>.
IniiH., dli.
I,
proremium,
pp. !
174
difficile
la cosmologie hellnique
par la prolixit des dtails dans lesquels il est entr, et parce qu'il emploie dans ses dmonstrations un secteur (il nomme ainsi la figure o deux arcs viennent se croiser dans l'angle form par deux arcs de grands cercles, et qui sert de base toute la Trigonomtrie) enfin il suppose des thormes de Thodose et de Milleus (Menelaus), auteurs fort difficiles entendre, et c'est
;
d'un autre ct, trop concis en quelques endroits; ses traducteurs ont encore ajout l'obscurit de l'original Geber
Ptolme
est,
la mdit assidment,
Il
et
il
se
propose d'en
faciliter l'intelligence.
n'emploiera que la
Il
nombres
diffrents
comme Mnlaus
et
Ptolme.
substi-
tuera les sinus en place des cordes des arcs doubles (Albatgni
l'avait fait
longtemps auparavant). Ptolme s'est servi de quatre instruments divers dans lesquels entraient ncessairement huit armilles. Gber n'emploiera qu'un seul instrument compos d'un cercle, d'un quart de cercle
et
d'une rgle.
Ptolme a pos, sans pouvoir le dmontrer, que l'excentricit des plantes suprieures est coupe en deux parties gales [par le centre de l'quant) Geber en promet une dmonstration vidente il expliquera Ptolme quand il est obscur, et dmon;
trera ce qu'il a
donn sans preuve. Ptolme s'est tromp sur les temps des rvolutions de la Lune et, dans le chapitre X du cinquime livre, il s'est tromp sur les limites des clipses solaires dans les clipses de Soleil et de Lune, il s'est tromp sur le temps et la quantit, sur la paral;
laxe de latitude.
tromp en plaant Mercure et Vnus au-dessous du Soleil, car ses lments mmes prouvent que ces deux plantes sont suprieures au Soleil. Il s'est tromp en disant que jamais elles ne se trouvent dans le rayon visuel qui passe par le Soleil il s'est tromp sur les distances apoges des deux plantes, parce qu'il n'a pas compris ce que les Anciens entendaient par les longitudes opposes celle des deux plantes. 11 s'est tromp sur les points de station et les arcs de rtrogradation. 11 s'est tromp encore en plusieurs endroits qui seront corrigs dans le commentaire... Geber extrait tout ce que Ptolme dit de la Terre et de son
Il s'est
;
i.
Gebri
Op. laud.y
lib.
II
Quod
terra
pp. 22-23.
PHYSICIENS ET [Link].
II.
LES SEMITES
175*
immobilit, sans y rien objecter. A l'article de la dclinaison du Soleil, qui se connat par sa hauteur mridienne, il enseigne
*
ombres gales
cette lacune
Il
du
on
livre
dit'
r
qu'Arcu;
voit
Le livre III traite du Soleil. Gber retranche tous les calculs, ne change rien aux mthodes, qu'il ne fait qu'indiquer, en sorte qu'il a rendu tout ce livre bien plus difficile entendre que dans Ptolme, et qu'il n'y a rien mis du sien. C'est la mme chose dans le livre IV, qui traite de la Lune, et je n'y ai rien vu qui mritt un extrait. Je n'ai pas cru devoir discuter quelques reproches peu importants qu'il fait Ptolme. Dans le livre V, aprs avoir dcrit les rgles paraliactiques,
passe la construction de l'instrument qu'il a invent, lequel n'est compos que d'un cercle, d'un quart de cercle et d'une aliil
dade....
fort
au moins douteux. Il valait certaiuement mieux avoir deux armilles, l'une pour les solstices et l'autre pour les quinoxes. Quant aux observations de longitude et de latitude, le plus sur tait
encore d'avoir un astrolabe.
En rapportant
les observations
;
aucune rflexion critique il attaquer Ptolme que sur des calculs. Il semble que Gber moins observateur encore de beaucoup que Ptolme.
ne
fait
Il
peu plus de
soin,
mais sans employer aucune formule nouvelle. Il rforme quelques ngligences de Ptolme dans le calcul des limites cliptiques, mais il nglige comme lui l'inclinaison Ces fautes taient
aises corriger, et
Gber parait un peu svre et mme envers Ptolme, quand il attribue ces ngligences
injuste
sa fai-
son ignorance en Gomtrie, de debilitate ejus ni Gcometria et ipsius iynoranlia in ea. Ptolme a fait preuve de connaissances suprieures ce qu'il en fallait pour viter ces
blesse
et
pareilles....
m
Dans
(jebhi
Le livre
VI,
on
voit
qu 'Ar-
2.
II I)*' .scient ii.s pnrticularibus, pp. 3/j-30. laud., lib. II De M i<nliis pnrticularibus, p. 3. Gebri Op. laud., lib. V, p. 83.
i
.
(Jebhi
170
tille et
LA COSMOLOGIE HLLLxMyLK
Timocharis sont, pour lui, Arsatilis et Timouialis plus loin, on trouve Timocaris* plus loin, encore, Agrinus est pour 3 Agrippa et Bithynia pour Athnes. 11 ne change rien la prcession de Ptolnie ', et ne dit mot de la trpidation.
l
Livre VII.
plac Vnus et
Gber rprimande vertement Ptolnie d'avoir Mercure au-dessous du Soleil, et d'avoir dit ensuite
que ces plantes n'ont pas de parallaxe sensible. En ce cas, dit Gber, elle* sont au-dessus du Soleil, car le Soleil a 3' de paralVnus doit en avoir une plus forte et de 16' environ, Merlaxe cure une de 7' 3 Gber a raison peu prs, mais il oublie que Vnus ne pouvait s'observer en conjonction infrieure que sa parallaxe en digression ne doit pas surpasser beaucoup celle du Soleil que cette parallaxe ne pouvait se dterminer par les observations d'alors, et que la parallaxe du Soleil n'avait t dtermine que d'aprs celle de la Lune et le rapport des distances tabli par Aristarque. Gber est donc inattentif et injuste sa critique porte entirement faux, et le systme qu'il embrasse pour les deux plantes est aussi faux que celui de Ptolnie il a raison seulement quant il soutient, contre l'assertion de Ptolnie, que Vnus peut se trouver sur le rayon visuel men de la terre au
;
.
Soleil
6
.
d'examiner ses objections contre la manire dont Ptolnie tablit sa thorie de Vnus et de Mercure. Ce qu'il met en place ne vaut gure mieux, et il n'a opr aucun changement dans cette partie de l'Astronomie qui tait si imparinutile
faite.
Dans nie un
i,
la thorie
il
compare Ptol-
homme
Op. laud.y lib. VI, p. 84Op. laud., lib. VI, pp. 87-98. Op. laud., lib. VI, j). 91. 3. Op. laud., lib. VI, pp. 92-93. 4. Celte phrase rsulte d'un contre-sens commis par Delambre dans l'iuterprtation de ce que Gber dit au commencement du Livre Vil (p. io4). il n'value nullement les parallaxes que devraient avoir Vnus et Mercure dans il ne le pourrait taire, d'ailleurs, puisque ce systme le systme de Ptolnie ne t'ait pas connatre les distances de ces plantes la terre; tout ce qu'on peut dduire des hypothses de l'Iolme, c'est que Vnus doit avoir une parallaxe plus grande que le Soleil et Mercure une parallaxe plus grande que
2.
."). ;
en us. 6. Ptolnie, mettant Vnus et Mercure au-dessous du Soleil, se heurtait Vnus et Mercure doivent passer, de temps en temps, entre cette objection la terre et le Soleil ; or ou n'a jamais vu le corps de Vnus ou celui de Mercure passer sur le Soleil. Au lieu de rpondre que ces passages avaient lieu, mais n'taient pas perceptibles la vue, Ptolnie s'tait efforc de dmontrer que ni l'une ni l'autre des deux plantes ne se trouve jamais sur le rayon vectfiir allant de la terre au Soleil.
\
:
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
11.
LES SMITES
177
forts paisses
il
gauche, en
ivant,
en arrire,
des de prouver la bissection de 1 excentricit que Ptolme a suppose sans pouvoir la dmontrer. 11 est vrai que Ptolme ne la prouve point a priori mais il la dduit du calcul, et en montrant que cette position satisfait aux observations....
trois centres,
et
,
commence par dterminer la position des apsides par la considration des mouvements alors il est en tat .de dterminer les distances rciproques
11
;
Gber
le livre IX,
latitudes,
ne change rien la thorie de Ptolme non plus qu' sa thorie des disparitions et
il
;
en sorte que tout considr, ce qu'on doit Gber se rduit au thorme cos b == cos B sin a des triangles rectangles c'est quelque chose encore.... Nous avons dit, d'aprs Weidler, que Gber cite Arzachel
;
1
ne
cite
qu'il a trouvs
dans
tranger tout ce qui s'est fait en Astronomie depuis l'Ecole d'Alexandrie, si ce n'est pourtant la substitution des sinus aux cordes opre par Albatgni qu'il ne nomme pas et comme il ne s'attribue pas cette ide, il faut, qu'elle soit plus ancienne que lui. Il a donc vcu aprs Albatgni;
;
Ptolme,
et qu'il parait
C'est ce
qu'il
n'est
videmment, Delambre est dconcert par l'allure trange de \ Astronomie de Gber. Ce Zole de Ptolme cherche avec une
minutieuse et chicanire exactitude les dfauts, mme les plus minimes, du systme tabli par l'Astronome de Pluse et des objections, souvent graves, que les Arabes ont leves' contre
;
diverses parties de ce systme, des modifications que leurs observations les ont contraints d'y apporter, notre auteur ne semble
ne parait pas mme en avoir connaissance. Tous les astronomes de L'Islam sont frapps de linsuffisance de La thorie de la prcession donner par Ptolme a leurs critiques, Gber ne fait pas la moindre allusion. 11 y a vraimenl l un mystre dont Delambre a t tonn, mais
il
;
aucunement soucieux;
qu'il n'a
pas
cherch claircir. Efforons-nous de L'expliquer. Les ligures, dit Delambre propos de la description de l'instrument imagin par Gber, sont assez quivoques, et Les Lettres
toiles fixes, Gber cite souvent (Op. laud. lib vi une toile qui se comme Atimek Alahazel ; o^st-ce pese nom Atahazd queo une lecture trop rapide, VWidler suraii pris pour celui de
PP
I
T.
II.
Il
178
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
qu'on y voit ne rpondent qu'imparfaitement celles du texte, dfaut assez gnral dans tout l'ouvrage Portons notre attention
.
sur ce point.
vite
que
la lettre
est
souvent mar-
que, dans les figures, l o les dmonstrations supposent la lettre l'extrme ressemblance du c et du t dans la plupart des textes crits en gothique explique aisment cette confusion si, comme il
est probable,
l'imprimeur
Il
et le
*
leur disposition.
arrive
graveur n'ont eu qu'un tel texte que, dans le corps mme de l'ou-
vrage de Gber, une dmonstration, commence avec la lettre T, continue avec la lettre G.
Lisons la premire dmonstration de Gber, en portant notre attention sur l'ordre des lettres qui y figurent
SU
itaque^ sphsera
AB
et superficies
secans
eam GDEZ....
Protraham ex centro sphr puncto H perpendicularem super superficiem GD, qu sit perpendicularis HT Nous reconnaissons immdiatement que l'auteur prend les lettres
ABGDEZHT
qui est l'ordre caractristique de l'alphabet grec
a
:
'/\
8.
Sauf la substitution frquente de la lettre G la lettre T, nous retrouvons ce mme ordre dans toutes les dmonstrations des Neuf livres a" Astronomie de Gber.
nous nous fions au critrium dont F. Hultsch a signal la valeur et l'importance, nous sommes contraints de formuler cette Les Neuf livres d' Astronomie qui sont donns sous conclusion le nom de Gber reprsentent un ouvrage qui a t traduit du Djeber ben Afflah n'est qu'un impudent plaGrec en Arabe
Si
: ;
giaire.
Delambre et qui nous avait surpris se trouve pleinement clairci. On comprend pourquoi ce dnigreur chagrin de Ptolme ne cite aucun astronome arabe, pourquoi il ne parle que des astronomes dj nomms en Y AimaAlors, le mystre qui avait tonn
geste
il
il
tait
et,
vraisemblablement,
Gebri Op. laud.y lib. V, pp. 62-63. Gebri Op. laud., lib. I, prop. I, p. 4 mme ordre, sont employes aux propositions
.
2.
Les
mmes
lettres,
dans
la
II, III,
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
11.
LES SMITES
179
Au
;
cours des neuf livres qui forment le trait que nous tudions,
1
on rencontre un seul passage dont ce Grec n'ait pas pu tre l'auteur ce passage reprsente probablement tout l'apport personnel de Gber ce sont quelques dolances sur l'obscurit des deux traductions arabes de 'YAlmageste donnes par Huuanus et par Alhabazeg. Le premier de ces traducteurs, Hunanus (Honein), est Abou Zeid Honein ben Ishac ben Soleiman ben Ejjul al Ibadi, le Johannitius des mdecins du Moyen Age latin, qui mourut, Bagdag, le 30 Nov. 873 2 Le second se nommait Al Hasau ben
; .
Iusuf.
Les Libri novetn Astronomie que Gber s'est appropris, et la Theorica planetarum laquelle Alpetragius a impos son nom sont donc des uvres issues du gnie hellnique. Elles nous montrent que ce gnie ne crut point avoir achev son uvre astronomique lorsqu'il eut produit la Syntaxe. Il continua de s'exercer soit corriger le systme de Ptolme, soit lui substituer un
autre systme plus conforme aux doctrines pripatticiennes et
Les auteurs de ces tentatives mdiocres ou inacheves n'eurent point en partage la clbrit de l'Astronome de Pluse des Arabes pillards purent faire main basse sur leurs
no-platoniciennes.
;
dmasqus
et traits
d'impos-
teurs.
La Science islamique
i. Gebhi Op. laud.. lib. IV, De declinationc orbis revolutionis et ejus reflexione, pp. 59-60. 2. F. Wustenfkld, Geschichte der Arabischen Aertze und Naturforscher ; GttinjeD, 1840, do 69, pp. 26-29.
CHAPITRE
XII
La
les
lutte entre
l'Astronomie
et
et
gomtres grecs, aprs avoir provoqu, en des sens divers, les tentatives des savants de l'Islam, continuera de mettre aux prises astronomes et physiciens durant le Moyen Age et la Renaissance elle ne prendra fin qu'au jour o le triomphe du systme de Copernic plongera dans l'oubli les deux systmes entre lesquels la
;
faveur des
hommes
s'tait,
jusque-l, partage.
Tandis que se poursuit cette grande bataille, d'autres combats de moindre ampleur se livrent sur d'autres champs du domaine
astronomique. Parmi ces combats,
l'attention
il
au
mme
principales pripties.
L'objet de ce combat est la conqute des lois qui prsident ce*
phnomne
nom moderne
est prcession
des quinoxes.
La prcession des quinoxes fut-elle connue, avant Hipparque, des astrologues de l'Orient ? Pour dcouvrir ce phnomne, Hipparque ft-il usage d'observations chaldennes ? Questions difficiles rsoudre, qui ont grandement excit la sagacit des rudits ', sans obtenir de leurs efforts une solution certaine.
i.
Voir, ce sujet
L.
/'histoire
LA
181
par des
textes,
de
la
procession
;
dbute avec les travaux d'Hipparquc encore les crits o Hipparque avait prsent les rsultats de ses recherches sont-ils aujourd'hui perdus et n'en connaissons-nous que ce qu'en rapporte Claude -Ptolme. Au dire de Ptolme ', Hipparque traitait de la prcession des
des quinoxes,
Du
LTspl ty.
jLSTaTTtoo-so); 7(1)7
L autre
traitait
longueur de Canne, Ilepl toO sviauo-wu [jLsysOou. Celui-ci semble, de sept annes environ, antrieur celui-l -.
la
De
Hipparque admet que le plan de l'quateur demeure invariablement li la terre qui, elle-mme, demeure immobile au centre du Monde. Parle centre du Monde, passe le plan de J'cliptique ce plan tourne autour d'un axe normal au plan de l'quateur, Taxe du Monde sa rotation, parfaitement uniforme, et dirige d'Orient en Occident, est complte en vingt-quatre heu; ;
res sidrales
c'est le
mouvement
diurne.
mme
temps, un systme de
coordonnes invariablement li l'Ecliptique. L'Ecliptique sert Origine aux latitudes borales ou australes qui, les unes et les autres, sont comptes de 0 90. L'origine des longitudes est le demi-plan normal l'Ecliptiquc et passant par le point quinoxial de printemps; les longitudes sont comptes de 0 3C0, d'Occident en Orient, dans le sens de la marche du Soleil ou, comme le
(1
de Taxe du Monde, d'Orient en Occident, en vingt-quatre heures gidrales, un point qu'anime uniquement le mouvement diurne cardera une Longitude et une latitude galement invariables pendant tout le cours du temps au contraire, s'il est anim d'un mouvement autre que Le mouvement diurne, Le temps amnera
:
1rs
Grecs
et
:
1rs
Orientaux, Paris,
cette question
noxes
Hipparque? (Mmoires de V Acadmie des fnscriptions et Belles-lettres, VIII, premire partie, iM<) L. An. Sbdillot. Sur quelques points <ie l'histoire de VAstronomie ancienne et, en particulier, sur faprcession des quinoxesi lettre .m priace Boocompagoi (Bulletino <li Bibliograji r d't Storia dette Scienze
maternt hhe eflsiche, t v. p, 3o6, 1872) Composition mathmatique de Claudi Ptolmek, traduite par M. H.'ilm.'t li\rc VII, chapitre II tome Becond, p. i< et |. i3, Paria,
1
l'abb*
iHif>.
'I
Heiberar, paru
II,
/.'.
V. p
19 el
|>
1".
eh.
Paul Tannery, Recherches sur l'Histoire de l'Astronomie ancienne, h (Mmoires de l" Socit des v in es physiques et naturelles </< I. Bordeaux, '^ m*rie, |p Vs 'Vi
vin,
t
1
182
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
nomes avaient reconnu que ce commodment adapt l'tude du mouvement des astres errants. La dtermination de la longitude et de la latitude dune mme
toile
deux poques diffrentes permettra donc de savoir si cette toile est uuiquement anime du mouvement diurne ou si quelque autre mouvement se compose, en elle, avec celui-l. C'est prcisment ainsi qu'Hipparque, en la 50 e anne de la troisime priode de Calippe (129 avant J. -G.), dcouvrit le mouvement trs lent qu'il faut combiner avec le mouvement diurne pour obtenir le dplacement* vritable des toiles fixes par rapport la
terre.
En
effet
',
trait
Du
transport des
points solsticiaux
marque
du
au temps de Timocharis, Si, par exemple, au temps de Timovoici comme il raisonne charis, l'Epi prcdait le point quinoxial d'abord de 8 degrs, en suivant la longitude des constellations du Zodiaque, et que maintenant, il le prcde de 6 degrs seulement, etc.. Il conclut de la comparaison de presque toutes les toiles qu'il a examines, qu'elles avaient un semblable mouvement, suivant
point,
:
mme
Hipparque, donc, observa que Y pi de la Vierge, dont la longitude tait 172 l'poque de Timocharis, avait, de son temps, une
longitude de 174.
la latitude
Il
en conclut qu'entre l'observation de Timocharis et la sienne, Y pi de la Vierge avait prouv, indpendamment de ses multiples rvolutions diurnes autour de l'axe du Monde, une rotation de 2 environ, d'Occident en Orient, autour de l'axe de l'Eclip tique. Les mmes remarques peuvent tre faites au sujet des autres toiles, en sorte qu'en son trait De la longueur de l'anne, le grand Astronome bithynien put formuler, bien qu'avec quelque hsitation 3 la loi suivante Les
Il
,
del
mme
i.
Claude Ptolme,
II,
loc.
cit.
d.
Halma,
t.
II,
pp.
io-ii
d. Heiberg-,
p. i5
;
pars
2.
pp. i2-i3.
VII, ch. III; d.
Halma,
t. II,
d.
Heiberg-,
3.
LA.
183
un mouvement d'ensemble qui se compose de deux rotations, la rotation diurne d'abord, puis une rotation uniforme, d'Occident en Orient, autour d'un axe normal au plan de
toiles fixes ont
l'Ecliptique.
Par temps
diurne
une
de mouvement de prcession des quinoxes donn au mouvement dcouvert par Hipparque. La dcouverte d'Hipparque entranait une bien importante consquence touchant le sens qu'il convient d'attribuer ces mots
d'o le
:
nom
le
mme point
qui-
noxial,
mme
elle
toile
grce au mouve-
aura avanc d'une petite quantit vers l'Orient le Soleil ne l'atteindra que quelque temps aprs qu'il aura franchi le point vernal Vanne sidrale, priode
;
au bout de laquelle le Soleil revient la mme toile, est un peu plus longue que Vanne tropique, intervalle de temps qui spare deux passages successifs du Soleil au mme point quinoxial.
Quelle est la dure laquelle
le
il
nom
d'anne
En
deux annes ? Telles sont les questions nouvelles que la dcouverte d'Hipparque posait aux astronomes. Ces questions venaient prciser, mais en le compliquant, le grave problme de la dtermination de l'exacte dure de l'anne. La fixation du calendrier et l'tude de la prcession des quinoxes seront dsormais, pour les efForts des astronomes, deux objets invariablement lis l'un
l'autre.
Hipparque l'avait aperue tout d'abord. La premire recherche faire dans la thorie du Soleil, dit Ptolme ', c'est celle de la longueur de l'anne nous apprenons par Let travaux des Anciens leurs diffrentes opinions et leurs doutes cel gard, et surtout par ceux d'Hipparque qui, plein d'amour pour la vrit, n'a pargn ni recherches ni travaux pour la trouve, (!< qui le surprend le plus, c'est qu'en compa rant les retours du Soleil aux points solsticiaux et qilinoxiaux,
Cette consquence de sa dcouverte,
;
i.
p.
Claude Ptolmri, Op. /mn/., livre III, eh. i5o; d. Heilierr, T', a', pnrs I, pp. IQI'ipi,
t.
I,
18
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
fait
et
qu'en
comparant les retours aux mmes toiles fixes, il la trouve plus longue d'o il conjecture que la sphre des toiles fixes a, ellemme, une certaine marche lente qui lui fait parcourir la suite des points du Ciel et qui, comme celle des plantes, est en sens contraire du premier mouvement par lequel tout le Ciel est entran... Aprs avoir signal la diffrence qui existe entre l'anne sidrale et l'anne tropique, Hipparque a choisi cette dernire comme celle qu'il convenait de prendre dsormais pour anne normale. C'est celle, en effet, qu'il faut choisir comme fondement si l'on veut tablir un calendrier qui maintienne fixe la date du commencement de chaque saison, Que cette convention ft pose par lui dans son trait De la longueur de l'anne, nous en avons pour tmoin formel un passage de son crit Sur les mois et les jours intercalaires (IIspl s^oTia-jjKov jjl^vwv xal T^epcv) ce passage nous est textuellement rapport par Ptolme le voici Dans le livre que j'ai compos sur la dure de l'anne, je montre que l'anne solaire, qui est le temps que le Soleil emploie revenir d'un solstice au mme solstice ou d'un quinoxe au mme
;
quinoxe,
contient
et
un
quart,
moins
nuit.
le trois
comme anne
cela ne suffisait
cession
l'anne,
dans son
trait
De
la
longueur de
faite
comme nous
:
par
Car si, par cette cause, les points tropiques et les quinoxes ont march, vers l'Occident, d'une quantit qui n'est pas au-dessous de la centime partie d'un degr par an, il faut qu'en 300 ans ils se soient avancs dans ce sens d'une quantit gale
Ptolme
3 degrs
un
De
la
longueur de l'anne
en
effet,
1 23' 30"
par sicle la marche des points quinoxiaux. Le trait Du transport des points solsticiaux et quinoxiaux
Claude Ptolme,
loc.
i.
cit.;
d.
Halma,
1. 1,
p.
i64
d. Heiberg, pars
I,
p. 207.
*>.
l>.
f?>
d. Heiberi^, 7/,
II
trad. de l'abb
Halma,
t.
II,
I.A
l8o
la longueur de Vanne comparaison entre les observations de Tiuiocbaris et les observations d'Hipparque qui sont rapportes dans ce trait Du transport et permis d'valuer la grandeur de la prcession des quinoxes
trait*'
la
avec une approximation suprieure celle que donne L'autre traie selon Paul Tannery elle eut conduit ce rsultat, qui eyt t
;
t 23' 20"
par sicle.
11
LES
TRAVAUX
J)K
PTOLEMEE
Ce n'est pas cette valeur de la prcession, si voisine de la valeur vritable, que Ptolme adopta; l'aide des observations de Mnlas, d'Agrippa et des siennes propres, il crut pouvoir attri buer cette prcession la valeur qu'Hipparque, en son trait De la longueur de l'anne, avait indique comme un minimum. Nous avons jug, dit-il 2 que les toiles s'avancent vers l'Orient d'un degr peu prs en cent ans , en sorte qu'en 36.000 ans, le systme entier des toiles fixes effectue une rotation complte, d'Occident en Orient, autour des ples de l'Ecliptique. Cette dure se ft trouve rduite 2(5.000 ans si Ptolme avait adopt les valuations, si voisines de l'valuation moderne, que contenait le trait Du transport des points solsticiaux et quinoxiau Ce mouvement, Ptolme n'hsite pas l'attribuer une sphre dans laquelle toutes les toiles fixes se trouvent invariablement serties. De semblables observations faites sur ces toiles et sur les
,
nous avons
examines
et
tout
le
reste
des
fixes,
nous
font
regarder comme certain le mouvement de la sphre des fixes vers Vi Uient des points tropiques et quinoxiaux, autant que cet espace
nous en assurer; et que ce mouvement autour des ples du cercle oblique moyen du Zodiaque,
de temps
peut
se
et
fait
non
ch.
Paul Tammbat, Recherche $ur l'hiitoire de V Aitronomie ancienne, XV. i (Mmoire* de la Socit des neiencee physiues et naturelle de I. I5, 1893). Bordeaux, V srie, p laooi Ptolemsb, Op l'uni., livre VH, ch. II; [Link] PabM Ifalma, t, II.
i.
t
I
I.
.<
i3
d. M' iber.
l'[Link]'.i
ri
.
/'.
.
V. para M.
.
|.
i5
l*abh<!
Claudi
p
t.
II.
>
Op, idiid Ii \ it \ III. ch. IV; traduction de Heiherr, /'. *', pars If, p :'',.
,
Halma,
186
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
pas autour de ceux de l'quateur c'est--dire qu'ils ne se font pas autour de ceux du premier mobile.
;
Ce premier mobile qu'anime le mouvement diurne, Ptolme l'assimile-t-il une sphre creuse, dnue d'astre, ainsi qu'on le fera constamment aprs lui ? Outre les sept orbes des astres errants et l'orbe des toiles fixes, comptera-t-il un neuvime orbe ? Il ne semble pas qu'il ait, dans YAlmageste, explicitement formul cette hypothse. Il parait rduire le premier mobile une simple ligne, un grand cercle trac sur l'ultime surface de l'orbe des toiles fixes et passant par les ples du Monde et par les ples de l'Ecliptique. Au contraire, dans ses Hypothses des plantes, Ptolme admet formellement 2 l'existence de cette neuvime sphre, de cette sphre motrice de la sphre des toiles fixes . Le mouvement du premier mobile se transmet tous les orbes qu'embrasse ce grand cercle ou cette sphre, en sorte que le mouvement rel de chacun de ces orbes se compose du mouvement diurne et d'un mouvement propre. En est-il de mme du mouvement qui vient d'tre attribu la sphre des toiles fixes ? Ce mouvement se transmet-il ou non aux orbes que la huitime sphre enferme en son sein ? Pour parler plus prcisment, l'excentrique qui rgle la marche de chacun des
t
.
au premier mobile
de tout mouvement autre que le mouvement diurne ? contraire, la sphre toile qu'animent la fois le mouvement
diurne et le
dnu Suit-il, au
et
Les prdcesseurs de Ptolme avaient, semble-t-il, choisi ce dernier parti. Du moins, Pline l'Ancien considrait-il 3 pour chaque astre errant, la ligne des absides, qui passe par l'apoge, le
,
garde une direction fixe par rapport aux toiles. Il est vrai que Pline ne faisait presque aucune allusion au phnomne de la prcession des quinoxes malgr son admiration pour Hipparque, il semble
;
qu'il ait
mconnu
ce
phnomne ou
qu'il
l'ait
regard
comme
douteux.
Adraste d'Aphrodisias partageait la mme opinion en ce qui concerne le Soleil c'est, du moins, ce qu'il nous est possible de
;
d. I, ch. VII ; d. Halma, t. I, p. 24 pars I, pp. 26-27. 2. Claudh Ptolemaei Opra qu exstant omnia. Volumen II. Opra astronomca minora. Edidit J. L. Heiberg. Lipsise, MDCCCCVII. 'Y7ro8<7e&>v twv 7r).avousv&)v B'. Ex Arabico interpretatus est Ludovicus Nix, p. 123. 3. C. Plixh Secundi De Munai historia, lib. II, cap. XVI.
i.
Heiberg-,
187
enseignement.
Thon dclare que le Soleil parat se mouvoir le plus lentement et qu'il semble le plus petit lorsqu'il se trouve 530' du principe des Gmeaux, et qu'il atteint sa vitesse et son diamtre
'
2
:
la
mme
affirmation en
un
Le Soleil
offrira toujours
aux
mmes
au cinquime degr et demi des Gmeaux, les plus petites au mme degr du Sagittaire, et les moyennes au mme degr de la Vierge et des Poissons. L'avis d'Adraste, que Thon nous rapporte, est, au contraire, entirement diffrent de celui de Pline en ce qui concerne les cinq plantes Adraste admet 8 que, pour chacune d'elles, la ligne des absides tourne avec une vitesse notable autour du centre du Monde Quant aux autres plantes, c'est en tout lieu du Zodiaque qu'elles peuvent tre la plus grande, la plus petite et la moyenne distance de la Terre, et qu'elles peuvent avoir la vitesse minimum, maximum ou moyenne C'tait l, sans doute, une
il
comme
a t
dit,
allusion l'explication
trique mobile.
Tel
est
l'enseignement
Il
que Thon de
Smyrne
avait
reu
dif-
d'Adraste d'Aphrodisias.
du
Soleil, doctrine
dit-il
en longitude pendant lequel le Soleil allant d'un point au mme point, d'un solstice au mme ou d'un quinoxe au mme quinoxe, c'est trs peu prs
le
solstice,
le
temps
signal plus haut (36; jours 1/4), de sorte qu'au bout de quatre
Platonici Liber de Astronomia Textuno priions edidit, difMI -tationc illnstravit Th. H. Martin, Parisiis, iH/jo,, cap XXVI. p 2/ji Thon db Smyrne, philosophe platonicien, [Link] arg onnaissances mathmatiques utiles pour la lecture de Platon, traduite par J. Dupait, Paris. 1891 Astronomie, ch. XXVI bis, p. 267. 2. Thkoms Smyrnaei Astronomia, trad. Th. H. Martin, cap. XXX. p Thon Smyrne, Astronomie, trad. J Dnpnia. ch. XXX, p. s>8.r>. 3. Thon de Smyrne, Ibid., Cf. Th. H. Martin, Dr 7'heoms Sr/u/rmri Astroi.
Thkoms Smyrnaei
...
latine vertit,
'
nomia
I\.
dissertatto, pars
II.
II,
|6,
pp.
t
11/4-11!").
>
Martin, Di*99rtatio.: pan II. I i4i p. <)( 5. Thon de Smymne, Astronomie, ch. XXVII ^d Th. H. Martin, pp, e'd. J. Dupnis. pp. 1707*81,
Th.
.)
;
.
?t>i
188
ans, le retour
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
un point de
mme
longitude se
fait
la
mme
heure.
Quant au temps de l'anomalie, aprs lequel le Soleil revient au point le plus loign de la Terre, o il parat le plus petit et le plus lent dans son mouvement vers les signes suivants, ou bien aprs lequel il revient au point le plus voisin de la Terre, o il parait avec le plus grand diamtre et la plus grande vitesse, il est peu prs de 365 jours 1/2, de sorte qu'au bout de deux ans, le
Soleil r vient la
mme
distance la
le
mme
heure.
nom
cY anne
l'in-
temps qui s'coule entre deux passages successifs du l'apoge, soit au prige. Il est bien vrai que l'anne
le priils
dcri-
mouvement de
Mais l'excs de l'anne anomalistique sur l'anne tropique est seulement de 24 min 59 sec 6 Thon attribuait cet excs une valeur de six heures, soit une valeur 14 fois trop forte. Si l'on et admis
;
le
en 1.461 ans il emploie en ralit, faire cette rvolution, une dure de 20.984 ans. Gminus, dans l'ouvrage que nous possdons de lui ne nous parle point des plantes ni, partant, de leurs apoges le Soleil, selon lui, parcourt un cercle excentrique au Monde dont l'apoge se trouve en la constellation des Gmeaux mais il ne nous dit point s'il croit cet apoge immobile ou s'il lui attribue quelque mouvement. Ainsi les astronomes qui ont prcd Ptolme semblent avoir profess des opinions fort discordantes touchant le mouvement de
solstice,
;
au
mme
Pour les cinq plantes, Ptolme soutenait la mme opinion que Pline il admettait que le prige et l'apoge de chaque plante prouve, par rapport aux points quinoxiaux, un dplacement sensiblement gal celui qu'prouvent les constellations zodiacales, de telle sorte que ce prige et cet apoge gardent des positions invariables par rapport aux toiles fixes. Les apoges des excentriques, disait-il 2 font, selon l'ordre des
;
i. Table chronologique des rgnes, ... Apparition des fixes, de Claude Ptolme, Thon, etc et Introduction de Gminus aux phnomnes clestes, traduites par M. l'abb Halma Paris, 1919 Gminus, Introduction aux ph, ;
nomnes clestes, ch. [. pp. 11-12. 2. Claude Ptolme, Syntaxe mathmatique, livre IX, ch. V; Halma, t. II, p. 108: d. Heibera:, <=>', s', pars II, p. 252.
trad. de l'abb
189
un
;
petit
Zodiaque
tit
mouvement qui est uniforme autour du centre du par les phnomnes actuels, on s'aperoit que cette
est,
progression
la
mme
fixes,
quan-
que
c'est--
D'aprs
et
ces
observations
Mercure],
faites
disait-il
encore \
les
pour
les
autres astres, nous avons trouv que les diamtres qui passent par
apoges
dans
le
la
fixes
temps coul depuis les antiques observations, o l'apoge de Mercure tait dans les 6, jusqu' nos observations, o il s'est trouv avanc de 4 trs peu prs, puisqu'il est maintenant dans les 10, embrasse l'espace de 100 ans. Pour le Soleil, Ptolme adopte une tout autre opinion. Aprs avoir rappel comment Hipparque avait plac l'apoge solaire 24 30' avant le solstice d't, il ajoute 2 Nous trouvons prsent encore que ces temps et ces rapports sont toujours les mmes trs peu prs ce qui nous prouve que le cercle excentrique du Soleil garde toujours la mme position relativement aux solstices
dmontr,
est d'environ 1
en cent ans, et
et
aux quinoxes
gravement errone
fixes, c'est--dire
non
seule-
ment l'apoge
[Link] le
mme
meut plus rapidement que les toiles fixes il dcrit annuellement, sur l'Ecliptique, un are de 61" 8, tandis qu'une toile zodiacale dcrit seulement un arc de 50" la diffrente d<< ces deux nombres, soit 11" 8, reprsente le mouvement
Orient, mais
il
;
Il
une
toile
le
mme
par-
i.
j|).
<lr
t. II,
Heiberjr,
')',
'->',:',
para
II,
[>.
11.
|.
269.
livre
III.
ch
IV
t.
I.
Heiberg, V,
para
i33.
J0
LA.
COSMOLOUlli HELLIS1QUE
III
LA PRCESSION DES
QUINOXES
CHEZ
LES
GRECS
ET
LES
LATINS
APRS PTOLME.
L'hypothse selon laquelle le mouvement de la sphre des fixes ne se rduit pas l'uniforme rotation diurne autour des ples
sphre prouve, en outre, une rotation lente autour des ples de l'Ecliptique, cette hypothse,
cette
disons-nous, parut sans doute, la plupart des Anciens, une supposition fort insolite
;
elle fut
encore combattue
de
traiter
de l'Astronomie
d'abord,
sous
silence.
presque aucun crivain qui y ait fait allusion. Pline l'Ancien, grand admirateur d'Hipparque, mais admirateur fort peu comptent, est le seul qui consacre quelques lignes ' au mouvement lent
de la spbre toile
que sous une forme presque mconnaissable Jamais, crit Pline, on n'aura donn Hipparque assez de louanges, car personne n'a mieux prouv que l'homme est parent des astres et que notre me est une partie du Ciel. Hipparque a dcouvert une nouvelle toile, diffrente des autres, et qui avait t engendre de son temps le mouvement de cette toile, partir du jour o elle brilla, l'a conduit se demander si un tel vnement ne se produisait pas plus souvent et si les toiles que nous croyons fixes ne se meuvent pas, elles aussi. Il n'y avait point l de quoi r vler, aux contemporains de Pline, la grande
n'est-il signal
;
mne
dcouverte d'Hipparque.
De cette dcouverte, Glomde ne dit rien, ce qui laisse supposer un pareil silence de la part de Posidonius, dont Clomde s'inspirait. Nous ne trouvons rien sur la prcession des quinoxes dans ce que nous possdons des crits de Gminus. Thon de Smyrne est galement muet au sujet de ce phnomne; et comme Thon de Smyrne nous rapporte les enseignements d'Adraste
C. Plinii Segundi Historia naturalis, lib.
i.
II,
cap.
XXVI.
191
de la dcouverte d'Hipparque. A notre connaissance donc, Ptolme est le premier astronome, aprs Hipparque, qui se soit occup du dplacement lent des toi-
ne
dans la Syntaxe mathmatique attira vivement, sans doute, l'attention de ses contemporains et, particulirement, de ceux qui s'adonnaient l'Astrologie.
en
fit
min
le
par rapport aux toiles avec le mouvement diurne en particulier, ce que les astrologues avaient constamment fait intervenir dans leurs jugements, c'est la position qu' un instant donn, chaque plante occupe par rapport aux constellations nomcette plante
mouvement que
le
mouvement
des repres
mouvement
diurne), ce n'est
comparer, mais des signes abstraits, dont aucune toile ne marque la place dans le Ciel, que le mouvement diurne entraine seul, tandis qu'un autre mouvement dplace les signes concrets par rapport aux signes abstraits.
qu'il la fallait
la loi exacte
par rapport aux signes abstraits lorsque sa situation par rapport aux signes concrets a t observe, donnaient matire critiquer les calculs et les prdictions des astrologues.
de l'Astrologie judiciaire aient, fort peu de temps aprs Ptolme, fait valoir cette critique, nous en trouvons le tmoignage dans les crits d'Origcne (vers 1 80-2.53).
les adversaires
Que
la
Dans un fragment de la troisime partie de ses Commentaires Genve, fragment qui nous a t conserv par Eusbe ', Orignc
par lesquels les astrologues prtendaient l'tablissement des thmes gnthliaques ce propos, il
;
:
On
a nonc
le
cercle
du Zodiaplantes,
que
i.
est
d'un
mouvement semblable
celui des
vent.
OnioENis e tomo III cnmmentariorum in (ehesim fragment'um, a cap* I, u [Oriobnis Opra omnia accurante J. P. Migne, t. II, (Patroloffa \[\
;
grc tomus
192
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
au bout d'un temps trs long, ce mouvement fait prendre, chacun des signes du Zodiaque, la place du signe suivant. Autre est ce qui
sicle
;
un degr par
a,
une configuration mais du signe intelligible, il n'est rien qui puisse tre exactement connu. Toutefois, que ceci On connat le signe intelligible ou bien il est possoit accord sible, partir du signe sensible, de dterminer le signe vrai...
pour
ainsi dire,
xxXov
ojjlocj;
toI 7i:Xavto-
vaToX
Si'
pav,
T(J>
tcoXX<J>
^pvGj vaXXaTTlv
TUV^aVOVTO TOU
VOYJTOL O>XaT7}fJl0pl0t>
7pOU G
TO'J
(WaVEL
uLOpcswjjiaTO
XX' x
70G*
vorjToG wSLou,
oWp
Xajjiva"9at.
to vorjTOV Bu>8xaTTj|x6ptov,
Bvaa-Sat. ex to
alvO^ToG ScoeiExarrjfAopLOu
XapvEo-oa to X^...
En
dpit d'un
le sens
gnral de
pour Origne, le signe qu'anime le seul mouvement diurne ne correspond rien de concret c'est une figure purement abstraite que l'esprit conoit et dtermine en appliquant la loi de prcession au signe concret. De son temps, cependant, certains astronomes ou physiciens attachaient vraisemblablement ces signes abstraits un corps
;
concret
fixes,
mue
la fois du mouve-
ment diurne
existt
du mouvement de prcession, ils imaginaient qu'il une neuvime sphre sans toile, laquelle les signes
effet,
nous rapporte leur croyance l'existence d'une sphre suprme dpourvue d'astres, sans nous dire, toutefois, s'ils dduisaient du phnomne de procession leurs raisons de
Origne, en
croire cette existence.
Ils
le
nom
de Monde,
3
crit-il
2
,
...
Toutefois,
nomment
de
&rcAavi{ l ils
prtendent
en
existe
une autre
de
mme
mme
prtendent-ils que
Celui qui commence par ces mots; XV vato vojto &><?ioi*. F. Viger, dont Patrologie grecque de Migne reproduit la traduction latine, suppose que le texte prsente ici une lacune; l'hypothse qu'il fait pour remplir cette lacune ne nous parat pas trs assure. 2. Origenis Deprincipiis libri quatuoi\ lib. II, cap. III. [Origenis Opra oninia accurante J. P. Migne, tomus I (Patrologi grc tomus XI), coll. 195-196]. 3. La sphre des toiles inerrantes.
i.
la
193
immense tendue
et
tenance, enserre, l'intrieur d'un orbe plus magnifique, les espaces occups par toutes les autres sphres
toutes
;
choses se
trouvent
contenues,
comme
notre
terre
est
entoure par le
Ciel..
c'est la
sphre dnue d'astre que les Hypothses des astres errants plaaient au dessus de la sphre des toiles fixes, afin de communiquer le mouvement diurne cette dernire. Avec ce mouvement
diurne, reu de la sphre suprme, l'orbe des toiles fixes composait
son
mouvement propre,
Le passage que nous venons d'emprunter Origne semble indiquer que cette supposition, introduite par les Hypothses, avait trouv un rapide crdit dans les coles d'Alexandrie. Nous la verrons se rpandre parmi les philosophes hellnes nous relverons de nombreuses et formelles allusions cette neuvime sphre sans astre, qui enveloppe la sphre des toiles fixes et qui fait tourner
;
le Ciel entier,
jour sidral.
En revanche, nous ne trouverons aucun souvenir des orbes, mus du mme mouvement, qui devaient, au gr de Ptolme, communiquer la rotation diurne aux sphres des divers astres errants. Cette supposition n'a pas rencontr mme faveur que -la premire
;
elle a t
que
les autres
mcanismes dont
les
errai? t
mouvement
connt Alexandrie
diffrente.
Pour Hipparque
des toiles fixes
toujours dans le
mme
mouvement
se
une oscillation
dent eu Orient, puis d'Orient en Occident; enfin que L'amplitude de ce mouvement n'embrassAt qu'un petit nombre de degrs.
L'existence d'une
telle
la
thorie
nous
est
signale
|>.'r
d'Alexandrie, pre de
menta, dans
M
la
Il
III.
194
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Ce qu'il nous en rapporte se trouve dans les commentaires aux prolgomnes mis par Ptolme en tte de ses Tables manuelles. Voici comment Thon s'exprime au Chapitre qu'il intitule De la
*
:
conversion, flpl
TpoTcrjs.
Les anciens astrologues (Ol naXaiol twv aTtoTsXsa-jjKmxwv) prtendent, sur quelques conjectures, que les points tropiques s'avancent vers l'Orient de huit degrs pendant une certaine dure, et qu'ils reviennent ensuite au lieu o ils se trouvaient. Cette supposition ne parat pas vritable Ptolme lors mme qu'on n'admet pas cette hypothse, les calculs moyens faits par les tables s'accordent avec les observations faites par les instruments aussi n'admettons-nous pas non plus cette correction. Toutefois, nous allons exposer la mthode que ces astrologues, suivent en leur
;
calcul.
comptent 128 annes avant le rgne d'Auguste ils regardent l'instant ainsi obtenu comme l'instant o cette marche de huit
Ils
o a commenc le retour en arrire \ A ces 128 annes, ils ajoutent les 313 annes coules depuis le rgne d'Auguste jusqu'au rgne de Diocltien, et les annes parcourues depuis Diocltien ils prennent le lieu qui correspond cette somme d'annes, en admettant qu'en 80 ans, le lieu se dplace d'un degr; ils retranchent de 8 degrs le nombre de degrs obtenu par cette division [du nombre d'annes par 80] le reste
grande valeur,
et
;
marque
ils
le
de la Lune ou des cinq plantes. La lecture de ce passage de Thon nous fournit bon nombre de renseignements prcis sur l'hypothse de ce mouvement oscillatoire que les latins ont nomm motus accessits et recessus, et qu'avec Delambre, nous nommerons mouvement d'accs et de
pour
du
Soleil,
recs.
Nous voyons que selon l'hypothse propose, le mouvement de recs, c'est--dire la marche des points tropiques vers l'Orient des toiles fixes, a pris fin, pour faire place au mouvement d'accs,
i Commentaire de Thon d'Alexandrie sur les Tables manuelles de Ptolme, traduites par M. l'abb Halma. Premire partie contenant les prolgomnes de Ptolme, les commentaires de Thon, et les tables prliminaires.,. Paris,
.
Commentaire aux prolgomnes De la conversion, p. 5. le texte de Thon Aauavovrg yp r np rx} p%>5$ AC^otrrov Sacri),6'j^ srvj PXH, w tts tj /aeyiorjs ^t<tw twv H ixoipv yivouv/iq g rx noueva. xai oyriv ).u2vv-&>v uKoarpfcrj. La traduction de l'abb Halma, comme il arrive trop souvent, est un perptuel contre-sens.
1822.
2.
:
Voici
L PBCESS10N
DJlS
QLINOXES
195
rgne d'Auguste, c'est--dire 155 ans avant J.-C. que le mouvement, tant d'accs que de rccs, est regard comme un mouvement uniforme parcourant un degr en 80 ans enfin
128 ans avant
le
;
;
que l'amplitude
Un
gues,
seul point
demeure obscur
Tztxkaioi [Link].x0i,
comme
sont-ils, dans sa pense, antrieurs ou Ptolme postrieurs Hipparque ? Th. H. Mart.n n'hsite pas affirmer que la seconde des deux alternatives est la vraie plus prudents, nous demeurerons dans le doute. L'hypothse mise par ces astrologues tait, en tous cas, de nature rebuter les esprits ayant une juste ide des lois du mouvement les Hellnes, forms par la philosophie platonicienne ou pripatticienne, avaient assez le sens de la continuit pour ne pas admettre qu'un mouvement alternatif pt tre form par la succession rgulire de deux mouvements uniformes de sens contraire. Sous la forme que lui avaient donne les anciens astrologues, la thorie de l'accs et du recs devait paratre insense tous les bons astronomes mais les ides senses ne sont pas les
; ;
;
marche de
la Science.
comme nous
par Thon d'Alexandrie. D'ailleurs, en son commentaire au VII livre de X Almagcste, Thon admet pleinement la thorie de Ptolme il attribue aux toiles fixes une rotation uniforme, d'Occident en Orient, qui s'accomplit en 3G.000 ans autour de l'axe de
;
l'cliptique.
Nombre de
le
comme Thon,
Thmistius (317-385) avait compos des commentaires au De Clo d'Aristote ces commentaires, nous l'avons dit, ont eu une
;
du Grec en Syriaque, du Syriaque en Arabe, de l'Arabe en Hbreu la Renaissance, un juif de Spolte, Mose Alatino, les mit en Latin jusqu' r<s
assez singulire fortune
;
ils
furent traduits
dernires annes, cette dernire version latine nous tait seule parvenue a depuis peu, la version hbraque qui avait t faite,
;
a-t-elle t
196
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
M. Samuel Landauer la
version latine \
publie en raccompagnant
dune nouvelle
2
Dans cet
crit,
mouvement
:
mentionne la dcouverte d'Ilipparque et de Ptolme, mais en homme qui ne s'y intresse gure Toutefois, dit-il, quelques-uns de ceux qui ont ensuite fait profession de mathmaticiens, tels qu'Hipparque et Ptolme, ayant tudi
diurne des- toiles
avec soin les conjonctions des toiles fixes [avec les points quinoxiaux], ont affirm qu'elles se mouvaient de mouvement direct, parcourant un degr dans une dure de cent ans. Mais il convient
que nous laissions ce discours... Parmi les crivains latins, nous en trouvons un seul qui ait fait, au phnomne dont nous parlons, une brve et vague allusion cet crivain est Macrobe, qui vivait en 422 la cour de Thodose le Jeune. Dans son Commentaire au Songe de Scipion, Macrobe s'exprime en ces termes 3 Il convient d'ajouter que toutes les toiles autres que le Soleil, la Lune et les cinq plantes, sont fixes au Ciel, et n'ont d'autre mouvement que celui dont elles se meuvent avec le Ciel. D'autres
;
:
astronomes, dont l'opinion est plus rcente, ont assur qu'outre le mouvement qui les entrane par suite de la rotation du Ciel,
mais comme le globe extrme est immense, une seule rvolution de leur course consomme un nombre de sicles qui dpasse toute croyance l'homme
elles se dplacent d'un
mouvement propre
na donc
en
eilet,
aucune perception de leur mouvement est trop courte pour lui permettre de
la vie
saisir
humaine,
mme un
Ce passage est intressant divers gards, particulirement Le mouvement dcouvert par Hipparque est attribu, celui-ci comme dans la Syntaxe de Ptolme, l'orbe qui porte les toiles fixes, tandis que le mouvement diurne est attribu au Ciel
:
nous trouvons
ici
de tout astre, introduit par les Hypothses, qu'admettaient dj certains savants contemporains d'Origne, et dont la considration reviendra frquemment dans les crits des astronomes.
i. Themistii In libros Aristotelis de Caelo paraphrasis hebraice et latine. Edidit Samuel Landauer, Berolini, MCMII. version de 3i, verso 2. Themistii Op. laud., lib. II ; d. Alatino, fol.
;
S.
Landauer,
3.
p.
n5.
Th. H. Martin met tort Macrobe au nombre des primus, cap. XVII. crivains qui ont gard le silence au sujet de la prcession des quinoxes (Th. H. Martin, Mmoire sur cette question : Lu prcession des quinoxes a-t-elle t connue... avant Hipparque 1 Ch. IV, 3).
Somnium
Scipionis liber
197
que cette confiance en la thorie de Ptolme certains d'entre ait t partage par tous les astronomes grecs eux ont rsolument ni le mouvement qu'Hipparque et l'auteur de YAlmageste avaient attribu aux toiles fixes; de ce nombre est
Il
Proclus
le
Diadoque.
ses crits, le
Commentaire au Time de Platon, et le Tableau des hypothses astrononiques ou Hypotypose, ce philosophe no- platonicien a trs vivement attaqu la supposition que les toiles fixes eussent un mouvement distinct du mouvement diurne. Dans le remarquable mmoire que nous avons cit plusieurs reprises, Th. 11. Martin a runi les divers textes o
'
En deux de
trs fidle,
de l'Astro-
nomie d'Hipparque et de Ptolme Proclus ne contredit l'opinion de ces deux grands astronomes qu'au sujet de la prcession
des quinoxes
;
s'il
s'carte
s'il
le
Diadoque pose
:
le
problme du
mouvement lent des toiles fixes L'observation des toiles nommes fixes, et qui le sont rellement, ne laissa pas que de
leurcauserdes embarras,
dit-il
des distances tantt plus grandes et tantt plus petites des ples
semblaient occuper tantt une position, tantt une autre, comme si ces toiles avaient des mouvements semblables
et
du Monde,
le
errants, et que
mouvements se fissent autour d'un polo autre que celui du Monde . Nous le voyons ensuite prsenter l'opinion des astronomes
distinguent l'anne sidrale de L'anne tropique parce qu'ils
Th.
II
qui
n-t-rlir t
Martin, Mmoire $ur cette question La prcession des quinoxes connue . 'iront Hipparque y Ch. II. 2. > Hypothses et poques des plantes de < Ptolbmkk, h Hypotyposes <I<* Proclus Diadociius, traduites pour la premire foie lu grec en frsnaia par M abM tin 1 m a Parie, 1820. Hypotyposes <!< Procliia Diadochus, philosophe Platonicien, on Reprsentation des hypothses astronomiques pp. 60^70. Procli Diadochi Hqpotyposis astrono/ntearum positionttm, Krlidit Carolui M.-ini'.
:
^'
liue.
Lipsias,
.
MCMIX,
\.
[Link].-i
Op, l'uni.
M.
pp. H- XX
r<\
M;milinv. pn
198
L.
COSMOLOGIE HELLNIQUE
l'Orient,
mais
il
ceux qui tiennent de tels discours. Plus lom encore *, il dfinit, d'aprs Ptolme, la prcession continue des quinoxes, et il en prsente les preuves, telles qu'on
dans Y A Images te; mais il fait ses rserves: * L'admirable Ptolme, dit-il, croit avoir dmontr que la sphre des
les trouve
meut d'un degr en cent ans et, ce qui est le plus incroyable, que ce mouvement s'excute autour des ples du Zodiaque .
toiles fixes
se
Le Philosophe platonicien semble croire, d'ailleurs, que l'hypothse de Ptolme est simplement pose en vue de la thorie des cinq plantes Ptolme pense, rpte-t-il 2 qu'il faut admettre ce mouvement des toiles fixes, d'un degr en cent ans vers l'Orient, pour sauver les apparences en ce qui concerne les cinq plantes
:
rsolument cette hypothse La neuvime difficult, dit-il c'est le mouvement de la sphre des toiles fixes, dont nous avons dj dit que nous ne l'admettions pas. Il est vrai que si cette supposition n'est pas admise, on se trouve videmD'ailleurs,
il
rejette
3
,
les
syytopo'lTj,
toi Tcepl
TGt'UTcoOcei;
twv
7tsvt TrXavrJTwv
yoi av -6pw)
on y emploie, en
effet le
mou-
vement de la sphre des toiles fixes vers l'Orient. Cependant, les phnomnes mmes prouvent qu'il ne faut pas admettre ce mouvement. Comment, en effet, les deux Ourses, comprises depuis tant d'annes dans le cercle de perptuelle apparition, y seraient-elles
avanassent d'un degr en cent ans autour des ples du cercle moyen du Zodiaque, ples qui ne sont
encore
s'il
pas ceux du Monde ? Aprs avoir parcouru dj' un si grand nombre de degrs, elles ne devraient plus passer au-dessus de l'horizon, mais disparatre au-dessous dans quelques-unes de leurs parties.
contre ce mouvement. Joignezy l'accord de tous les sages, qui n'attribuent la sphre des fixes qu'un mouvement autour des ples du Monde, et vers l'Occident.
C'est
donc
une preuve de
fait
Proclus, Op. laud., d. Halrna, pp. ii3-ii5; d. Manitius, pp. i36-i4Cf. d. Manitius, pp. 38-39. Proclus, Op. laud d. Ilalma, p. 15 d. Manitius, pp. i4o-i4l i. 3. Pkoclus, Op. laud., d. Halrna, p. i5o; d. Manitius, pp. 234-235. Pkocu Diadoghi In Platonis Timaeum Commentaria. Edidit Ernestus !\. Diehl Leipzig, MCMVT Bc&e'ov A, t.. HT, p. 12/4.
i.
, 1
;
;
199
son Commentaire au Time Quant- ceux qui veulent que ces toiles se meuvent aussi d'un degr en cent ans, autour des ples du Zodiaque, vers l'Orient, comme l'ont voulu Ptolme, et Hip:
parque avant lui, cause del confiance qu'ils ont donne certaines observations, que ceux-l sachent d'abord que les Egyptiens, qui avaient observ le ciel bien avant eux, et les Chadens, dont les observations remontent bien plus haut encore, et qui, avant d'avoir observ, avaient t instruits par les dieux, ont pens comme Platon sur le mouvement unique des toiles fixes . Dans le Commentaire au Time comme en son Hypotypose, Proclus persiste croire que Ptolme n'a recours au mouvement de prcession des points quinoxiaux que pour expliquer le dplacement, par rapport ces points, des absides des cinq plantes il proclame que la thorie des plantes n'exige nullement l'intervention de cette hypothse. D'ailleurs, s'accorderait-elle avec les observations, que cela ne suffirait point nous assurer qu'elle est Ne savons-nous pas que, par de fausses conforme la vrit hypothses, on peut arriver aune conclusion vraie, et que la concordance de cette conclusion avec les phnomnes n'est pas une preuve suffisante de la vrit de ces hypothses ? Cette condamnation, Proclus ne la rserve pas aux suppositions qu'Hipparque et Ptolme ont imagines touchant le mouvement
;
il
mouvement
oscillatoire
qu'attribuaient, ces
mmes
;
dont
Thon nous a rapport l'avis car Proclus mentionne cet avis assez explicitement pour nous montrer qu'il le connaissait, mais assez brivement pour nous laisser supposer qu'il n'en tenait aucun compte A d'autres astronomes, dit-il 2 il semble que les points tropicaux ne se meuvent pas selon un cercle entier, mais que chacun d'eux se dplace de quelques degrs, puis parcourt de nou: ,
veau ces
mmes
El xalaXXoi
8oe xal ik
{[Link]<;
Tiv
L'exemple de Proclus nous a montr que certains des philosophes grecs les plus minents et les plus verss en Astronomie refusaient do recevoir la thorie d'Hipparque et de Ptolme sur le
mouvement des
toiles fixes.
Piocu
;
Diehl
200
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
que Jean Philopon fait allusion l'existence du neuvime orbe par lequel les successeurs de Ptolme expliquaient le mouvement propre des toiles fixes, et qu'il y fait allusion comme une connaissance communment reue Platon, ditil ', n'a pas connu le neuvime orbe qui ne porte ni astre ni toile, et qui a t dcouvert par Ptolme . Ailleurs, drns son commentaire au premier chapitre deldiGense, Philopon fait remonter jusqu' Hipparque la dcouverte du neuvime ciel priv d'astre, dont il prtend, en outre, retrouver la mention dans le rcit de Mose Hipparque et Ptolme, dit-il 2 sont, plus hautement que tous leurs prdcesseurs, estims en Astronomie... Ils sont aussi les premiers des Grecs qui aient connu la sphre sans astre, extrieure toutes les autres sphres . Je ne parle pas, dit encore Jean le Grammairien ', de la sphre qui, selon Ptolme, se meut d'un degr en cent ans, en sorte qu'en trois mille ans, elle parcout la douzime partie du zodiaque . On admettait donc couramment Alexandrie, au temps de Jean Philopon, l'existence de ce neuvime ciel dont Origne avait dj connaissance la mme poque, en dpit des critiques dj anciennes de Proclus, ou l'admettait galement Athnes Simplicius va nous le dire. Evidemment, a dit Th. H. Martin 4 Simplicius ne croit pas la prcession des quinoxes . Le savant rudit portait ce jugement aprs avoir parcouru les commentaires au Ilepl Opavo, sans y trouver d'allusion au mouvement des toiles fixes. 11 et, assurment, rform ce jugement s'il avait mieux lu ces commentaires; il l'et galement rform si son attention et t attire sur certain passage du Commentaire la Physique. Ce passage se trouve 5 au quatrime livre de ce commentaire,
:
:
C est ainsi
i.
viginti argumenta de Mundi ternitate .. Ioanne Mahotio Arg-entenae interprte. Lugduni. i55y. In fine Lugduni excudebat Nicolaus Edoardus, ampanus, quinto idus ianuarias. i557 In Procli Diadochi arg-umentum decimum-tertium p. 244Ioannes Philoponus De aeternitate Mundi contra Proclum. Edidit Hugo Rabe. Lipsiae, MDCCCXCIX. XIII, 18, p. 537. 2. Joannis Philoponi De opificio mundi libri VII Recensuit Gualterus Reichardt. Lipsiae, 1897. Lib. III, cap. III, pp. 1 i3-i i43. Joannis Philoponi Op. laud., lib. III, cap. d. cit., p. 117. ;
;
Mmoire sur cette question : La prcession des quinoxes avant Hipparqae ? Ch. H. 2.
;
Simplicii
Commentarii
cum
ipso Aristotelistextu
in octo Aristotelis phi/sicae auscultationis libros Venetiis, in aedibus Aldi et Andreae Asulani soceri
Mensae
commentaria in octo libros Arist. de Physico Auditu. Venetiis, apud Hieronymum Scottum, MDLXVI. Lib IV, cap V. pp 229-230. Simplicii In Aristotelis physicorum libros quattuor priores commentaria. Kdidit Hermannus Diels. Berolini, 1882. Lib. IV, corollarium de loco, p. 633.
MDXXVI
201
Astronomes imaginent une sphre sans astre qu'ils supposent, en cette sphre, un Zodiaque idal qu'ils y marquent les positions, uniquement conues par l'esprit, des divers astres qu'ils ne le font pas afin que le ciel soit, par cette sphre, m de son mouvement circulaire, mais bien afin de pouvoir soumettre des calculs les mesures des mouvements qui sont, par l'intermdiaire de cette sphre, rapports des termes
cius
nous
;
dit
que
les
bien dtermins
Blier. Et
comment,
dit-il,
change de lieu, si nous le ne comparions certains centres? Il nous est impossible de ne pas reconnatre, en ce passage, une allusion fort nette au phnomne de la prcession des quinoxes il y a plus il semble bien que Simplicius vise ici une thorie dont nous avons dj trouv trace dans les crits d'Origne et de Macrobe Le mouvement de prcession est attribu l'orbe qui porte les toiles fixes. Au-dessus de cet orbe, se trouve un neuvime ciel, dnu de tout astre, qu'anime le seul mouvement diurne et qui communique ce mouvement aux orbes infrieurs. De cette thorie, Simplicius retient la supposition de cet orbe suprme qui ne porte aucune toile mais il se refuse y voir un ciel concret, charg de communiquer le mouvement diurne aux huit sphres qu'il contient; il le regarde uniquement comme une sphre abstraite en cette sphre, la pense conoit les repres
; ;
:
le
mouvement
;
mou-
Dans ces mmes Commentaires la Physique a" Aristote, composas par Simplicius, nous trouvons, un peu plus loin -, une nouvelle allusion la prcession des quinoxes et l'orbe dpourvu d'toiles que ce phnomne conduit imaginer Les asfrononn , dit Simplicius, savent qu'il existe un autre orbe priv d'astres et
:
vritablement inerrant
i
.
cet orbe,
il
est
ncessaire de
le
placer au-
2.
MDLXVI,
Lib.
IV,
cap.
V,
BlMrLICtl In Arixtotelig Phi/sirnrum lihros (junttuor priores Bcrolioi, 1889. Lib. IV. ooroIiArium de looOj p. 043.
mmmrnturix
202
LA.
COSMOLOGIE HELLNIQUE
nomme communment
inerrant
ils
pen-
que ce dernier orbe, qui porte un grand nombre d'toiles, avance de l'Occident vers l'Orient, et gagne un degr en cent ans; ils ont donc besoin d'admettre le premier orbe, qu'il leur faut accorder cause de la rvolution d'Orient en Occident . Le Commentaire au De Clo nous offre un autre passage o Simplicius ]$arle de la prcession des quinoxes, et l'intrt de ce passage est trs grand. Simplicius nous apprend qu'il avait assist des observations faites par Ammonius, fils d'Hermias, dans le but de vrifier la thorie d'Hipparque et de Ptolme ces observations s'taient, en effet, trouves conformes la thorie. Le Commentateur d'Aristote tablit un rapprochement entre le mouvement de prcession des points quinoxiaux et un autre mouvement qui, au point de vue de la Gomtrie, lui est tout fait analogue, le dplacement des nuds de l'orbite lunaire *. Les points quinoxiaux, intersections de l'quateur et de l'clip tique, se dplacent comme si le plan de l'quateur tournait autour d'un axe normal au plan de l'cliptique les nuds, intersections de l'orbite lunaire et de l'cliptique, se meuvent comme si le plan de l'orbite lunaire tournait autour d'un axe normal au plan de
en
effet,
;
;
l'cliptique.
mue
d'une rotation
2
.
uniforme.
Citons en entier ce remarquable passage de Simplicius
Le
Commentateur vient d'exposer comment, selon les thories d'Aristote, le mouvement d'un astre est l'effet du mouvement d'une
sphre substantiellement existante qui contient cet astre tinue en ces termes
:
il
con-
par ce que dmontre l'Astronomie touchant le mouvement des nuds cliptiques de la Lune et du Soleil. Ces deux astres, en
effet,
se
sur l'autre
les
nuds
deux
i.
cercles, situes
Ch.
II, IV, t. I, pp. 117-118, et Ch. X, IV, t. II, pp. 92-93. In Aristotelis de Caelo Commentaria ; in lib. II, cap. VIII; d. Karsten, Trajecti ad Rhenum, 1875, p. 208, col. b ; d. Heiberg, Berolini, 1894, pp. 462-463.
:
Voir
2. Simplicii
203
deux astres viennent en mme temps au mme nud, il y a clipse de Soleil s'ils se trouvent, au contraire, en des nuds diamtralement opposs, il y a clipse de Lune. Or, on constate que ces nuds se dplacent d'un mouvement uniforme, en sorte que les clipses ne se produisent pas toujours au mme endroit d'ailleurs, on constate galement que le Soleil se meut toujours suivant un mme cercle qui occupe le milieu du Zodiaque en sorte que la Lune, en mme temps qu'elle se meut obliquement ce cercle du Soleil, se meut aussi de ce mouvement propre par lequel, des poques diffrentes, elle vient rencontrer le cercle du Soleil en un point diffrent elle ne se meut donc nullement suivant un cercle, mais dcrit une spirale or cela ne saurait avoir lieu, car tout corps form de la cinquime essence doit tre m d'un mouvement circulaire et uniforme la Lune dcrit donc un cercle oblique, et ce cercle se meut de telle sorte que les nuds se dplacent mais un cercle n'existe pas par lui-mme, et il ne saurait se mouvoir il ne peut exister qu'en une spbre, et il est m avec cette sphre il existe donc certainement un ciel de la Lune et un ciel du Soleil et si ceux-l existent, il en existe de mme
;
;
On
nomme
aTrXav7]
'
est vritablefaite
ment
facXavifc,
et
qu'on
son
Hipparque et par Ptolme, observation selon laquelle elle se mouvrait d'un degr par sicle, et cela en sens contraire du mouvement diurne. Dans ce cas, en effet, cette sphre se meut d'un mouvement unique, et ce mouvement est uniforme les astres qu'elle contient se meuvent chacun de deux mouvements, savoir leur rotation propre 2 et celle de l'Univers les astres errants, enfin, sont mus de trois mouvements, leur mouvement propre,
sujet par
; ;
le le
et
Toutefois, alors
nius, notre
prcepteur, observa
solide;
il
l'aide
et
i.
'j-.t'jjr,\
inerrante;
li
fixes,
mue uuiquemenl du
mais contrairement
;'
mouvement diurne.
s.
Si
m plicius semble
que
lei toiles
(ivaorcc).
Admettre
sont
Platon,
Aristote,
animes
(l'un
mouvement
mmes
204
geait
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
un mouvement d'un degr par sicle en sens contraire, [c'est-dire d'Occident en Orient]. Par consquent, il serait plus vrai (Xrjftorspov) de dire ceci Une sphre sans astre enveloppe toutes les autres cette sphre dont, semble-t-il, on n'avait encore aucune connaissance au temps d'Aristote, est mue d'un seul mouvement uniforme d'Orient [en Occident] elle entraine toutes les autres sphres en ce mme mouvement. La sphre que, parmi nous, on nomme kiz/Avfc est mue de deux mouvements, le mouvement d'Orient [en Occident], qui est celui de l'Univers, et un mouvement propre d'Occident [en Orient]. Les astres qui sont contenus en cette sphre ont ces deux mmes mouvements et leur rotation propre. Il en est de mme des sphres qui viennent ensuite et
:
les astres
de ces
trois
vements.
Dans ce texte d'une si parfaite clart, Simplicius ne regarde plus le neuvime ciel comme une pure abstraction, ainsi que le faisait Origne, ainsi qu'il l'avait lui-mme admis en un passage de son commentaire la Physique. Selon une opinion que les Hypothses des plantes avaient propose, qui avait dj cours au temps d'Origne et que Macrobe a adopte, Simplicius entoure la huitime sphre, constelle par les toiles fixes, d'une neuvime
sphre sans astre
;
cette dernire,
mue
de mouvement diurne,
;
communique
ce
fixes y joint le
toiles
toutes
L'hypothse du neuvime
tiens.
IV
LES PREMIRES RECHERCHES DES ARABES SUR LA PRCESSION DES QUINOXES.
Les premiers astronomes qui aient crit en Arabe touchant la prcession des quinoxes, et dont les crits nous soient parvenus, sont des contemporains des clbres kalifes Al Mansour, qui rgna
de 754 77o, et Al Manioun, qui occupa le trne de Bagdad de 813 833. Ce sont le juif Masciallah et l'arabe Al Fergani.
'
i
,
20o
il
Parmi
les
nombreux
crits
de Masciallah.
;
en est un que
l
le
Moyen -Age
c'est
un
petit trait
de Cosmo.
graphie qui a pour titre be dmentis et orbibus caleslibus Dans ce trait, Masciallah admet que le ciel se compose de dix orbes superposs 2 ce sont, d'abord, les sept orbes des astres
;
errants
puis
un orbe priv
d'astre
que l'auteur
;
nomme Y orbe
un nouveau
des
ciel
signes; ensuite,
enfin,
Tous
le ciel
3
.
des toiles
fixes dcrit,
en ceut ans, un degr du grand orbe Le grand orbe se meut d'Orient en Occident; son mouvement est c'est le neuvime ciel de Macrobe et de le mouvement diurne
;
Simplicius.
Il
est difficile
l'orbe des signes. Ce ciel priv d'toiles qui spare l'orbe de Saturne
de l'orbe des toiles fixes, se meut, dit-il 4 d'Orient en Occident, comme le grand orbe lorsqu'on dit, ajoute-t-il, qu'une plante
,
;
est
en
tion se rapporte, et
fixes; enfin,
il
non pas au neuvime orbe, au ciel des toiles nous apprend que les auteurs qui reprsentent les
images des astres selon l'Astronomie Altasamec ne voulaient supposer que neuf cieux et rduisaient Y orbe des signes n'tre il attribue Ptolmce qu'un grand cercle de l'orbe suprme
;
de discerner certaines confusions, dont l'origine se trouve en quelques obscurits du langage de Ptolme. Au VII e chapitre du premier livre de Y Almageste, celui-ci tablit qu il y a, dans le ciel, deux premiers mouvel'un est le mouvement diurne l'Astronome ments diffrents
cet expos,
il
Dans
est possible
di Hkhnaruino Baldi cou note di M. Stbinschnkiobh. I. Autori arabi orientait, j Meteala (Balletino di Bihliograjia t <li Storia dlie Sciense maternt iche e fiiiche public* lo da B. Bonompauni, t. V, 1872, pp. /|2q-43i). 1. Deeiementi et orbiuut coeletiiu liber antiquit ne eruditu Messahai. laudatissimi ioter Arabes antrologi. <-ui adjecium est scriptum cujuadani Hebraei de ria seu iotervallia regnorum. et de diversis g-euiium armis a<scriptum cujuadam Saraceni, contioena menaibua, Item iadem de rebua aatrouomicarum utilisai ma. Qun prasterea presccpla ad iiaum tabulant onmia ad vMi-ris anhetypi leCliODem diliffent&r rollata, celcbri lama- Illustriaaimi Priocipis ar Domini I). Auguati I)u<is Saxooic etc M et publicorum atudiorum utilitati, dicavit loachimua liellerua apud nclytam Germanie xcudehant loannei Mon Noribergam Matbematum Prol'e^sor. Nori 1< taiiusci Ulricua Neubarua. AouoDomini MDXLIX. 2. [Link]/h De lment u ri orbibu coelettibu (ibert Capp. Wlll e( XX '>. Massahal*: /Je lementi et orbibui coeletibu (iber% <.aj>|> \i\ et XXIV. '\. Messahai. M De rlernrnfis ri orlnbus ror/rstibnn hbr/\ Capp. III t\ \X.
.
206
LA.
COSMOLOG1K HKLLKKIQ1 18
alexandrin l'attribue une sphre qu'il ne distingue pas, en cet del sphre des toiles fixes par le second mouveendroit
1
, ;
ment, les sphres des astres accomplissent, en sens contraire du mouvement susdit, certaines rvolutions, autour de ples qui ne sont point les mmes que ceux de la premire rotation, mais qui
sont autres... Ce deuxime
sieurs autres
qu'il
(uoXujjiepi),
mouvement, qui
est
se subdivise
le
en plu-
envelopp par
premier, tandis
;
enveloppe les sphres de tous les astres errants il est, comme nous l'avons dit, entran par le mouvement que nous avons prcdemment dcrit, et il entrane en sens contraire, autour des ples de l'Ecliptique , les corps qui lui sont soumis. Il est clair que ce que Ptolme entend par ce second mouvement, ce n'est pas une rotation attribue un ciel particulier, mais l'ensemble des diverses rotations qui s'effectuent, d'Occident en Orient, paralllement au Zodiaque. Il est clair aussi que l'Ecliptique laquelle, en YAlmageste, sont rapports les mouvements des toiles fixes ou errantes, est bien un grand cercle d'une sphre qu'anime le seul mouvement diurne. Les auteurs qui reprsentent les images des astres selon l'Astronomie Altasamec ont donc exactement compris l'intention de l'Astronome alexandrin, que Masciallah a travestie d'assez trange manire. Cette allusion aux auctores qui faciunt imagines secndum Astronomiam Altasamec , auteurs dont Masciallah fait des prdcesseurs de Ptolme, n'est pas sans intrt. Nous retrouverons, en d'autres ouvrages arabes, la mention de ces mmes auteurs,
et
nous verrons
qu'il
les faut
sans
anciens astrologues
Al Fergani, dans l'abrg de l'Almageste qu'il a compos et dont la vogue a t si grande au Moyen Age, adopte en ses grandes lignes la thorie de la prcession propose par Ptolme mais il la modifie en un point essentiel. Il regarde le mouvement que l'Astronome alexandrin avait attribu aux toiles fixes comme un mouvement qui entrane les orbes de tous les astres, fixes ou a errants Vaux et Y oppos de Faux des diverses plantes et du Soleil tournent donc d'Occident en Orient, d'un degr par sicle, autour des ples de l'Ecliptique. Voici comment Al Fergani s'exprime cet gard 3
;
I, ch. VU; d. Halma, d. Heiberg, A'j', pars l, pp. 26-27 et p. 3o. 2. Rappelons que Vaux est l'apoge de l'excentrique et que l'oppos de Vaux en est le prige ; nous verrons bientt l'origine du mot aux. 3. Nous citons Al Fergani d'aprs la traduction abrge d'Isidorus H'spa-
i.
t.
I,
22 et pp. 24-25
207
forme des sphres des astres et la composition des orbes de ces mmes astres, venons la description des mouvements qu'on trouve en chacune de leurs sphres commenons par rapporter quel est le mouvement de la
est la
fixes,
car ce
mme mouvement
est insparable
en Orient, et quelle entraine avec elle les sept sphres des astres errants son mouvement se fait autour des ples du Zodiaque, et il est d'un degr en cent ans, selon l'valuation de Ptolme. Par suite de ce mouvement, les apoges et les nuds des excentriques des plantes tournent, en un sicle, selon l'ordre des signes, de cette mme quantit, de telle sorte qu'ils accomplissent leur rvolution et parcourent la totalit du Zodiaque en 36.000 ans.
;
Le Soleil a deux mouvements d'Occident en Orient. L'un est son mouvement propre en son orbe excentrique... L'autre est le mouvement par lequel sa sphre tourne autour des ples du Zodia...
que
fixes
ce
;
mouvement
est
est
toiles
il
AImageste, suppose seulement l'existence Au sujet de la figure des orbes et de de huit sphres clestes suivons les opinions en lesquelles les Anciens leur ordre, dit-il
:
Al Fergani,
comme
1 ,
envi-
ronnent tous les mouvements des plantes et des toiles est huit. Parmi ces sphres, sept sont attribues aux sept astres errants la
;
huitime, qui est plus leve et qui est l'orbe des signes, est attri-
bue aux
toiles fixes.
de Grecs l'avaient fait, un neuvime orbe sans astre, plac au-dessus de la sphre des toiles fixes, et charg de communiquer toutes les sphres infrieures le mouvement diurne dont il est lui-mme
anim.
Il
comme nombre
regarde simplement
le
tant
celui qui
meut
le tout
la /is lr
texte suivant
principiis ceiestium motuum quem Ametus kilius Amkti OUI MGTUI est Aliragams compilavif, Su confinons cupitulu (Bibliothque nationale, fonds latin ins. x\ % 7.20,8) Cap. XIII De narration? motUUDI Solis, et Lune, et BtelltrWD fixarum in orbibus suis in duabus partibui Orientis et Occideritis, qui noniinanlur motus loogitttdioit. 1. Al Fergani, Op. laud., cap. XII: De narratione forma" orbium strlla-
gaiionibu iteUtwum
rum
2.
de compositione eorum, et <\r ordinibus lODgitwdioam eorun I terrn Fergani, ()/> laud., cap. V, De duoboi priuiif motibui Cttli, quorum unus est motus totius, aller vero stellarum, quem videntur babere in orbe
et
.
Al
signorum.
208
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Cependant, cette hypothse du neuvime orbe spcialement destin au mouvement diurne pntra de honne heure dans la
Science arahe. C'est
elle,
inspire
confusment
Masciallah
c'est
elle
nonce en divers traits de la vaste encyclopdie compose, au x e sicle de notre re, par les Frres de la Puret et de la Sincrit.
Rappelons, d'abord, que les Frres de la Puret, selon leur empruntent leurs connaissances astronopropre tmoignage miques non seulement [Link], mais encore au petit trait
1
,
voyons ce que nos philosophes ont pronombre des sphres clestes et le mouvement de
l'ait,
en leur second trait 2 neuf sphres dont sept sont les cieux qui lgurent dans le Coran. La premire sphre et celle qui se rencontre tout d'abord [ partir de la Terre] est la sphre de la Lune.... La huitime sphre cleste est celle des toiles fixes elle entoure les sept cieux reconnus [par le Coran] elle est le marchepied [de Dieu], qui embrasse les sept cieux et la elle est le terre. La neuvime sphre est la sphre enveloppante port comme Dieu le dit Huit anges soutiennent trne seigneurial, le trne de ton Seigneur. Plus loin, les Frres de la Puret dcrivent ls mouvements de ces sphres 3 en suivant l'hypothse qui regarde tous ces mouvements comme dirigs dans le mme sens, de l'Orient vers l'Occident La sphre enveloppante, qui est immdiatement mise en marche par la puissance motrice initiale, par l'Ame universelle, accomplit une rvolution en 24 heures gales. Comme la sphre des toiles lixes se trouvent l'intrieur de la prcdente, dont elle touche la face interne, la sphre enveloppante l'entraine avec mais le mouvement de la elle dans le sens mme o elle tourne huitime sphre demeure, en vitesse, infrieure d'une petite quantit au mouvement de la sphre motrice, et la diffrence selon laquelle les parties de chacune de ces deux sphres cessent de se correspondre atteint un degr en cent ans....
11
a, disent-ils
Lehrevon der Weltseele bei den Arabern inX. Jahrhun118 (Traduction allemande du trente-sixime trait de l'Encyclopdie compose par les Frres de la Puret). 2. Friedrich Dieterici, Die Philosophie der Araber im IX uncTX. Jahrhundert n. Chr. ans der Thologie des Aristoteles, den Abhandlungen Alfarabis and den Schriften den luulern Brders Vtes Buch Die Naturanschauung und iXaturphilosophie. 2e Ausgabe, Leipzig, 1876 p. 2b. 3. I'r. Dietbrici, Op. laud., pp. 35, 36 et 38.
i. Fr. Dietehici, Die dert, Leipzig-, 1872, p.
:
200
La sphre enveloppante tourne autour de la terre exactement en 24 heures la sphre des toiles fixes accomplit sa rvolution en un temps un peu plus long.... Si, parmi les toiles fixes, on en prend une qui se trouve dans
;
mridien d'un certain lieu de la terre, elle se trouve, au jour suivant, d'un dixime de seconde en arrire de ce mridien elle rvolution 36.000 en ans. accomplit, sur le Zodiaque, une Ainsi l'existence dun neuvime ciel dnu de tout astre est
le
' ;
admise par les Frres de la Puret aussi nettement qu'elle l'tait par les Alexandrins, d'Origne Jean Philopon. De plus, la rvolution des toiles fixes, nos philosophes attribuent la dure mme que lui attribuaient Ptolme et Al Fergani. 2 dans leur trente-cinquime trait Ils crivent en outre En 3.000 ans, les toiles fixes, les apoges et les nuds des astres errants changent de signe et parcourent tous les degrs d'un signe. En 9.000 ans, ils se dplacent d'un quadrant. En 36.000 ans, ils accomplissent leur rvolution en parcourant tous les signes. C'est encore renseignement dAl Fergani que nous reconnaissons
,
:
ici.
Le
la
trait d'Al
l'attention sur
astronomique d'une haute importance, savoir lente diminution qu'prouve l'inclinaison de lcliptique. Voici
:
un
remarque s L'arc du grand cercle passant par les ples, qui se trouve compris entie chacun des points tropiques (solstices) et l'quateur, est l'inclinaison du Zodiaque sur l'quateur. Selon ce qu'a trouv Ptolme, cette inclinaison vaut 23 5P, le cercle comprenant 360. Mais selon l'observation que Jean, fils d'Al Mansour 4 fit au temps du kalife Al Mamoun, elle est de 23 35' 5 un grand nombre de
cette
,
der
2.
> l,u
La traduction de F. Dieterici (lac. cit. p. 38) porte Minute des Grades) Fr. Dibterici, Die Lehre der Weltseele bei den Arufrern
;
X. Jahrhundert ;
laud., Cap.
de molibus
si jf
celi,
quorum iMUf
oriente ad OCCdentem,
De dttoblll primis molibus gui sont : est motus totius, quo diet 'I QOCtei fiunt, ab et alter est stellarum quem videntur habere in orbe
nom m
ab occidente ad orientem.
|<
.").
(IVst--dire lahia (Al)ou Ali) ben Abou MantOUr. Le nombre de minutes est laiss en blanc
il
dam
;
l'
manuscrit nue
nom
:
nvons consult;
marqu dans bon nombre d';nitr<s manuscrits (Cf. l'aiis, iHkj; p, et [Link], Histoire de l'Astronomie du M<>i/en-<)(je p. 66). Maie le nombre 23 35' semble <ln une cireur deoopiate. Lm aotrei auteurs qui nous ont rcnsei^ius mr Cette observation de lbia ben Ahou Ai. BaTTANI Op ustnmomi(( Mansour ont tous donn le nombre y.'V'
est
i\\\
..'!'
I
cum,
d.
Nallino, pars
I,
DUUM
T-
II.
210
Il
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
semble, en ce passage, qu'Ai Fergani regarde simplement la seconde dtermination de l'obliquit de l'Ecliptique comme plus
exacte que la premire
quit soit
;
un lment variable avec le temps. Eudme, dans un passage de son Astronomie que rsume Thon de Smyrne nous apprend que, de son temps, l'obliquit de l'Ecliptique tait, par
!
,
les
au temps de Ptolme et au temps d'Al Mamoun, et donn plus de force la supposition que cette obliquit diminue lentement. Al Fergani, sans doute, ne connaissait pas la dtermination rapporte par Eudme et na pu en tirer une telle conclusion. Mais cette conclusion s'imposera bientt aux
celles qui furent faites
astronomes.
aux temps d'Al Mamoun, demeurera, pendant bien longtemps, une des donnes fondamentales que les astronomes invoqueront toutes les fois qu'ils voudront discuter la variation de cette obliquit. Il est donc intressant de rapporter ici quelques dtails historiques sur cette opration astronomique clbre. Ces dtails nous sont fournis par la Table Hakemite*, important ouvrage astronomique compos, vers Tan 398 de l'Hgire (1007 aprs J. C.) 3 par Abou'l Hassan Ali ben Abd arrahman ben Ahmed ben Iounis ben Abd al aala ben Mousa ben Masara ben Hafes ben Hiyan, astronome du
l'obliquit
La dtermination de
de l'cliptique,
faite
kalife
Hakem.
(c'est la
Ibn Iounis
forme usuelle de ce
nom
interminable), afin
subir diverses
fait
astronomiques obtenues par ses prdcesseurs, s'attache mettre en vidence les dsaccords et les divergences
dterminations
que prsentent entre elles certaines de ces dterminations c'est ce propos qu'il crit les lignes suivantes 4 Quoique les astronomes du kalife Al Mamoun fussent plusieurs, cela n'a pas empch que les observations qu'ils firent ensemble Bagdad ne diffrassent de celles qu'ils firent Damas, et que les savants de leur temps et ceux qui ont paru peu aprs
;
i. Tiienis [Link] Liber de Astronomia, cap. XL; d. Th. H. Martin, pp. 324-325; d. J. Dupuis, pp. 320-321. 2. Le livre de la grande table Hakemite, observe par le Sheikh, l'Imam, le docte, le savant Aboulhas>an Ali ebn Abderkahman, ebn Ahmed, ebn Iounis, ebn Abdalaala, ebn Mousa, ebn Masara, ebn Hafes. ebn Hiyan par le C en Caussin (Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothque nationale, tome VII, an XII, pp. 16 240). 3 Ibn Iounis, Le livre de la grande table Hakemite (notices et extraits,
;
t.
VU,
4
]>
17).
t.
livre de la
et
extraits,
211
Tan 214 de
observation
J.
G.), l'obli-
Iahia
Alabbas
ben
Sad
grande quation du Soleil, 1 59' son apoge, dans 22 39' des Gmeaux; son mouvement durant l'anne persane 359 45' 44" 14"' 24 ,v Et par les observations faites Damas, l'an 217 de l'Hgire,
.
Send
Khaled ben Abdalmalik Almerouroudi, ils ont trouv la plus grande dclinaison du Soleil 23 33' 52" sa plus grande quation 1 59" 51" son apoge dans 22 1' 37" des Gmeaux son mouvement dans l'anne persane 359 45' 46" 33"'50 IV 43 v Les astronomes d'Al Mamoun ont observ ensemble, poursuit mais ont-ils fait ensemble le quart de cercle et l'ontIbn Iounis ils divis ensemble ? Est-ce que l'instrument avec lequel plusieurs personnes observent n'est pas fait par une seule ? Ne voit on pas, dans l'ouvrage qui renferme 1'bistoire des observations faites Damas, qu'Ali ben Isa Alastharlabi, si clbre pour la construction des instruments, fut charg seul de la division du quart de cercle avec lequel se firent les observations ? Send ben Ali raconte qu'il a vu l'armille avec laquelle observait Iahia ben Abou Mansour; qu'elle fut vendue, aprs sa mort, dans le march des papetiers, Bagdad, et qu'elle tait divise de dix en dix minutes. Il remarque ensuite que les observations faites avec cet instrument ne peuvent tre trs justes, ni mme avoir un degr d'exactitude sufAli,
;
ben
'
fisant
Al Fergani, tout en rappelant que les astronomes d'Al Mamoun avaient attribu l'Ecliptique une obliquit fort infrieure celle que lui donnait Ptolme, n'en conclut pas que cette obliquit diminue de sicle en sicle. Al Fergani se spare nettement de Ptolme en un point <le grande importance au lieu d'admettre, avec l'Astronome alexandrin, que l'apoge du Soleil participe uniquement du mouvement diurne, il admet que ce point est entran avec les toiles fixes, en sorte que son mouvement se compose du mouvement diurne et du mouvement de prcession. Cette raction ['encontre <le L'une des doctrines de YA Imageste fut suivie par ions les astronomes
C'est pourquoi, sans doute,
;
i.
extraite,
212
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
La Table Hakmite nous renseigne encore au sujet des obser Dans ce mme chavations qui ont pu justifier cette raction
:
Ibn Iounis rapporte deux observations Caussin par les Perses, postrieurement Ptolme, qui ont servi
*,
l'apoge du Soleil que Ptolme Par premire la de ces observations, qui remonte croyait immobile. vulgaire, l'apoge du Soleil fut trouv l'an 470 environ, re 17 et 55 des Gmeaux par la seconde, 160 ans environ dans 20 des Gmeaux . aprs, 630 re vulgaire, dans Mais assurment, la supposition que l'apoge du Soleil se dplace et que son mouvement suit exactement le mouvement attribu par Ptolme aux toiles fixes, est antrieure la derreconnatre le
f ;
mouvement de
astronomes indiens, en effet, l'admettaient avant l'an 500 de notre re nous allons en avoir l'assurance par la lecture de Massoudi,
;
nous rapporte les opinions 2 fait remonter l'origine de l'Astronomie Brahma, qu'il nomme Brahman et qu'il reprsente comme le premier roi de l'Inde. Sous son rgne, dit-il, la sagesse prit le dessus, et les savants occuprent le premier rang. On reprsenta dans les temples les sphres clestes, les douze signes du Zodiaque et les autres constellations... Ce fut alors que les savants runis composrent le Sindhind, titre de livre dont la signification est le Temps des
Massoudi, avec les Indiens dont
il
,
temps.
Le Sindhind ou Siddhdnta dont il s'agit ici, dit Reinaud 3 est le Sorya-Siddhdnta . 4 Albyrouny ne s'explique pas sur l'poque de la rdaction du Soirya-Siddhdnta, le trait fondamental de l'Astronomie indienne il se contente de dire que Lat en fut le rdacteur. Pour les Indiens, ils attribuent la composition de cet ouvrage un personnage appel Maya, ou plutt un disciple de Maya et en effet, Maya est cit par Varha-Mihira comme un des pres de la Science. Yahra-Mihira ayant vcu la fin du \ e sicle 5 la composition
; ; ,
t.
Le
livre
et extraits,
2. Reinaud, Mmoire gographique, historique et scientifique sur l'Inde, antrieurement au milieu du A'/e sicle de l're chrtienne, d'aprs les crivains arabes, persans et chinois, p. 324 (Mmoires de l'Acadmie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XV11I, Deuxime partie, 1849 PP- I_ 399)' 3. Reinaud, loc. cit., p. 324. 4- Reinaud, loc. cit , pp. 332-333. 5. Varha-Mihira florissait en Tan 5o4 de notre re (Reinaud, loc. cit.,
'>
p.
33 7 ).
21
du Sorya-Siddknta est ncessairement antrieure. Probablement Lat est le nom du disciple de Maya qui mit par crit les ides
de son matre.
Sorya-Siddhnta touchant le mouvement de l'apoge solaire ? Massoudi va nous le rpter Brahman est le premier qui porta son attention sur le oudj du Soleil, et qui dit que le [oudj du] Soleil restait trois mille ans dans chaque signe du zodiaque, ce qui portait sa rvolution trente-six mille annes. Le oudj, dans l'opinion des Brahmanes, est prsent, l'an3'*2 de l'Hgire (943 de J.-C.) dans le signe des Gmeaux. Quand il aura pass dans les signes situs au midi de l'quateur, la partie hahite de la terre se dplacera ce qui est sera couvert par les eaux, et ce qui est maintenant sous habit l'eau deviendra habitable. Le Nord deviendra le Midi, et le Midi,
Que
disait le
'
le
Nord.
cette citation,
Reinaud joint
les
renseignements suivants
le
Le oudj
(j
s9/
terme sanscrit
Grecs nom-
il
rpond ce que
les
on
crivait
aux au nominatif
et
au gis au
gnitif.
Le mot aux tait mis au fminin. Avant l'an 500, donc, les auteurs du Sou r i/a- Siddhdnta admettaient que l'apoge du Soleil, participant au mouvement des toiles fixes, dcrivait l'cliptique, d'Occident en Orient, en 36.000 ans.
Gomment
parvenus cette conviction ? Ce ne peut tre cause des observations que rapporte Gaussin. Peut-tre usaientils d'observations plus anciennes. Mais il est plus probable qu'iK avaient simplement tendu l'apoge du Soleil la loi que Ptoltaient-ils
me avait accepte pour les apoges 1rs cinq plantes. Que renseignement du Sorya-Siddhnta ail grandement nintribu communiquer cette conviction Al Pergani, <>n L'admettra
san^ peine
si
l'on
eu connais-
probable par ce
le
fait
que
de Masciallah
<
<\'\\
Pergani
apoge d'un astre soH dsig n par mot oudj aux) dont Reinaud nous a appris L'origine sanscrite. les emprunts faits par Al Il <'\ist<\ d'ailleurs, d'autres preuves
'
|>[>
3l4"
!UW,
2.
RlIXAUD,
trir.
cif.f
211
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Les Fergani l'Astronomie indienne, et Reinaud a pu crire Arabes s'initirent aux doctrines indiennes avant d'tre familiariss avec YAlmageste de Ptolme .
:
astronomes arabes vont admettre que les absides et les nuds du Soleil et de toutes les plantes suivent exactement le mouvement des toiles fixes. Il nous faudra arriver Al Zarkali pour voir signaler le mouvement propre de l'apoge solaire par rapport aux constellations.
l'exemple d'Al Fergani, tous
les
D'aprs ce livre, le passage de l'apoge solaire de l'hmisphre boral dans l'hmisphre austral doit entraner, la surface de
notre globe, une permutation entre les continents et les ocans
les terres,
;
et le
fond
dune
mer
ceux o la terre merge est une ide fort ancienne et qu'on retrouve chez beaucoup de peuples le dluge dont la Gense fait mention et le cataclysme, de moins en moins discut aujourd'hui, qui submergea l'Atlantide, sont, sans doute, l'origine de
occupe
et
cette croyance.
Les tmoignages de Massoudi et d'Albyrouny nous ont montr 2 que cette croyance tait fort ancienne chez les Brahmanes de l'Inde. Le tmoignage de Brose nous a appris, son tour, que les
en effet, attribue ces rvolutions aux astres, et d'une manire si prcise qu'il fixe l'poque de la conflagration et du dluge. Le globe, dit-il, prendra feu quand tous les astres, qui ont maintenant des cours si divers, se runiront dans le Cancer, et se placeront de telle sorte les uns sous les autres qu'une ligne droite pourrait traverser tous leurs centres. Le dluge aura lieu quand tous ces astres seront rassembls de mme sous le Capricorne. La premire de ces constellations rgit le solstice d't et la seconde le solstice d'hiver.
;
Chaldens donnaient
la professaient, et
nous a
dit quelle
3
forme exacte
ils lui
Brose,
i.
2.
cit., p.
367.
I,
tome
pp. 67-69.
III,
3. Cit
ch.
XXIX
Cf.
tome
I,
pp. 69-70.
215
Selon les Chaldens, donc, comme selon les Indiens, la distribution des terres fermes et des mers la surface de notre globe
varie suivant
une
loi
priodique
formellement quelle dure sert de priode soit au dluge, soit l'embrasement c'est le temps qui s'coule entre deux conjonctions conscutives de tous les astres errants avec un mme point solsti;
tial.
que la plupart des coles philosophiques grecques et latines avaient adopt de trs bonne heure, pour ne plus s'en dpartir, une opinion toute semblable celle que profespour la plupart de ces saient les Chaldens, au dire de Brose coles, la vie du Monde tait une vie qui se reproduisait indfiniment d'une manire priodique la dure d'une priode cosmique tait mesure par le temps que mettent les astres errants reprendre tous, par rapport au ciel des toiles fixes, des positions idenl
;
Nous avons vu
Gomment
pour
que nous avons rencontre chez les Indiens instruits de l'Astronomie grecque ? Gomment en vint-on galer entre elles la priode qui rgit les transformations 7 du monde sublunaire et la priode du mouvement d'Occident en Orient qu'Hipparque et Ptolme avaient attribu la sphre des toiles fixes ? Nous ne pouvons le dire avec prcision mais il semble probable que ce changement apport la doctrine de la priodicit du Monde fut l'uvre propre des Indiens. Massoudi nous apprend 2 en effet, que la plupart des indignes se
;
,
Monde
est sujet
comme
fin .
ont un commencement,
un milieu
et
une
Lorsque les Indiens connurent la trs lente rvolution qui entraine les toiles fixes et les apoges des astres errants, ils durent tre naturellement conduits lui confier le soin de rgir l'alternance des continents et des mers la surface de la terre. Cette opinion indienne se rpandit ensuite chez les Arabes nous allons voir avec quelle faveur elle tait reue, au v sicle, par les Frres de la Puret. Au trente-cinquime trait de leur vastr encyclopdie, les Frres de la Puret numn'ut 1rs priodes selon Lesquelles se rrpro;
i. Chapitre II, : t. I, pp. 7 o-85. g Chapitre V, VI t. I, pp i?5-84. 7. Rkinaud, Mmoire sur l'/nr/r, p.
;
Chapitre
-
IV.
|
v
;
t. t.
I.
I.
Chapitre V,
VII
faft,
210
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
ils
crivent ce
propos Les priodes millnaires se subdivisent en quatre sortes, qui sont les priodes de 7.000 ans, de 12.000 ans, de 51.000 ans et de 36.000 ans \
y a des rvolutions et des conjonctions qui s'accomplissent une seule fois en un temps trs long, et d'autres, en un temps trs
Il
longue priode est celle de la rvolution des toiles fixes sur le Zodiaque, car cette rvolution s'aceomplit une seule une priode trs courte est celle par laquelle, fois en 36.000 ans
court.
trs
;
Une
en 24 heures, la sphre enveloppante accomplit une rvolution autour des lments. Les autres priodes des conjonctions prennent place entre ces
deux-l.
au bout de 36.000 ans consiste en ceci que tous les astres errants, aprs avoir t runis ensemble au premier degr du signe du Blier, y reviennent tous ensemble au bout de ce laps de temps. Les tables du Sind et Hind, c'est-dire des Indiens, nomment ce laps de temps une anne de la disposition du Monde. Le passage que nous venons de citer nous fournit des renseignements prcieux, et de plus d'une sorte. Il nous apprend, en premier lieu, que les Frres de la Puret lisaient ce Sindhind dont Massoudi nous a parl, ce SoryaSiddhnta o les anciennes doctrines des Indiens sur la vie priodique de l'Univers s'taient prcises l'aide de connaissances astronomiques fournies par YAlmageste de Ptolme. Il nous montre, en second lieu, quel dogme nos philosophes avaient tir de cette lecture. Ils en avaient conclu l'identit de deux priodes astronomiques clbres, qu'ils faisaient toutes deux gales 36.000 ans. L'une de ces priodes est la Grande Anne telle que les Ghaldens la concevaient au rapp u*t de Brose, le temps qui spare deux conjonctions successives de tous les astres errants au point quinoxial du printemps. L'autre de ces priodes est la dure attribue par Ptolme la rvolution de
La conjonction des
toiles
qu'Hipparque avait dcouverte. Identifies entre elles, ces deux priodes constituent l'Anne de l'Univers. Pourquoi ce nom ? Les Frres de la Puret vont nous le dire.
Dieterici, Die Lehre von der i. F. Jahrhundert, Leipzig, 1872 p, 53.
;
Weltseele
bel
den
Arabern im X.
ce passage, la traduction de F Dieterici porte constamment [Link] ans au lieu de 36. 000 ans cette erreur est corrige par la lecture de nombre d'autres passades du mme ouvrage. Vide supra, pp. 208-209.
2.
Dans tout
217
Ils
le
l'Astrologie
ce principe,
ils le
quime trait, aussi nettement qu'Aristote en ses Mtores Tout ce qui existe dans le monde de la gnration et de la corruption, disent-ils ', suit le mouvement circulaire du Ciel tout cela provient du mouvement des astres, de leurs cours au
;
avec un autre...
Tout ce qui, dans ce monde, se produit vite, ne dure que peu de temps, disparait rapidement pour renatre de nouveau,
tout cela
de peu de dure
prit lentement,
son commencement.
Au
dure longtemps et
tout cela
tardivement son point de dpart. C'est de ce principe que dcoulent les consquences suivantes 2
Un mouvement
en 36.000 ans.
ce
apoges
et
les priges
Par suite du mouvement qui s'accomplit durant ce laps de temps, la civilisation se trouve, en ce monde de la gnration et de la
corruption, transporte d'un quartier l'autre de la terre
tinents
;
les con-
remplacent les mers et les mers viennent occuper le lieu les montagnes se changent en mers et les des terres fermes mers en montagnes. Tous les 3.000 ans ', les toiles fixes, les apoges et les nuds des plantes passent d'un signe l'autre, aprs avoir parcouru tous les degrs de ce signe. Tous les 9.000 ans, ils passent d'un quadrant au suivant. En 36.000 ans, ils accomplissent une rvolution qui leur fait parcourir tous les signes. Par l'effet de cette cause intermdiaire, les zniths des toiles et l'incidence de leurs rayons aux diveri points de la terre se trouvent modifis, ainsi que L'atmosphre des diverses contres. Le jour et la nuit, l't c\ L'hiver prouvent la consquence de ces changements, consquence qui consiste en une plus parfaite galit H proportion! ou bien en un excs ou un dfaut, en un surcroit de chaleur ou <!<
;
froid,
ou.
enfin,
en
P. [Link]. I.
I
()J)
/(///(/.,
t
'.
.'{.
hn-mu.
i.
(jp
html
P. DlKTKHICI,
()f>.
hlllrf.,
218
effet
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
de causes secondes, car il influe sur les rapports des divers quartiers de la terre, il produit un changement de climat des diverses contres, une modification
et
Gomment
l
et s'occupent
des con-
par ces causes premires et intermdiaires que la domination du monde passe d'un peuple un autre peuple, que la culture, comme la dsolation, est transporte d'un quartier l'autre de la terre. Tout cela arrive en vertu du pouvoir dterminant des conjonctions qui se produisent en des temps et des circonstances
C'est
rgls.
Ce qu'on a rapport dans ce trait est une fort petite part de tout [ce qui concerne ce sujet]. Les conjonctions, circonstances et
priodes se produisent tous les 1.000 ans, tous les 12.000 ans, tous
les 36.000 ans ou,
enfin,
de
50.000 ans.
.
;
Ce dernier passage n'est pas exempt de confusion videmment, les Frres de la Puret y rsument d'une manire assez dsordonne le souvenir de lectures varies de certaines de ces lectures, c'est ainsi que l'allusion au la trace est intressante relever jour du Monde , par laquelle il. s'achve, est une nouvelle marque de l'influence que l'Astrologie indienne a exerce sur nos philosophes musulmans.
;
;
s'ils
parlent sommairement
confusment des changements que le mouvement lent des toiles fixes dtermine en ce bas monde ces changements, ils les avaient dcrits dans un de leurs premiers traits, et ils ont soin de le rappeler en celui-ci 2 Voici, en effet, ce que les Frres de la Puret avaient dit dans leur cinquime trait 3 La terre, considre dans sa totalit, se partage en deux hmisphres, l'hmisphre boral et l'hmisphre austral la surface de chacun des deux hmisphres se divise, son tour, en deux moitis on obtient ainsi quatre quartiers de la terre. En chaque quartier, on distingue quatre sortes de lieux premirement, les
;
i. Les Frres de la Puret lisaient certainement fort peu YAlmageste; sinon, ils eussent su que cet ouvrage ne traitait aucunement d'Astrologie. 2. Fr. Dieterici, Op. laud.j p. 55 et p. 67. Jahrhundert 3. Friedrich Dieterici, Die Philosophie der Araber im IX. und n. Chr. aus der Thologie des Aristoteles, den Abhandlungen Alfarabis und den Schrijten der lautern Brader. Vtes Buch Die Naturanschauung und Natnrphilosophie. 2^ Ausgabe, Leipzig-, 1876 ; pp. 99-100.
219
deuximement, les mers, les tangs et les marais troisimement, les montagnes, les collines, les minences et les dpressions quatrimement, enfin, les pacasteppes, les landes et les dserts
; ; ;
Au
nature et s'intervertissent
la place des
de montagnes, de collines, de mines de sel gemme, de marais ou de plaines sablonneuses; les terres cultives deviennent des dserts, et les dserts deviennent terres cultives. Il nous faut maintenant manifester le comment de ces particelle
cularits...
mers devient
000 ans, les toiles fixes se dplacent [d'un signe sur le Zodiaque] autant en font, sur le Zodiaque et dans ses divers degrs et minutes, les priges et les apoges des astres errants
Tous
les 3
en 9.000 ans, ils passent d'un quadrant l'autre du cercle cleste, et en 36.000 ans, ils accomplissent leur rvolution travers tous
les signes
les longitudes
en rsulte une modification dans l'incidence de leurs rayons aux divers points de la terre et, partant, dans l'atmosphre des diverses contres la succession du jour et de la nuit, de l't et de l'hiver en prouvent aussi un certain changement ce changement consiste en une plus complte galit et dans un tempra-
changes
il
ou bien dans une plus grande diffrence en plus ou en moins, ou bien dans un plus grand excs de chaleur ou de froid, ou bien enfin dans un plus exact rapport entre eux. C'est l la raison et la cause pour laquelle les tats des divers quartiers de la terre sont modifis, pour laquellevles couches de l'air sont changes au-dessus des divers lieux et contres, pour
parfait,
ment plus
un
autre tat.
La
peuvent reconnatre
pour ces raisons et ces causes que les terres cultives deviennent des dserts, que les dserts deviennent terres cultives, que les steppes deviennent mers, que les mers deviennent steppes ou montagnes. La vrit de nos suppositions et L'exactitude <h' nos rflexions,
C'est
L'tude
Les
lu
<!'
la
Physique et de la Thologie, ceux qui recherchent drs choses suhlunaires soumises la gnration et
principes
corruption,
20 en
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
mme temps
qu'ils
pntrent le
comment des
modifications
A
y
cette
faire
ils
se plaisent
mainte
allusicMi.
en cette doctrine au prochain article, nous la verrons rejete, aprs minutieuse discussion, par ce trait De dmentis que le Moyen Age attribuait Aristote, mais qui est, de la manire la plus certaine, l'crit d'un arabe soumis l'influence de la Science
;
indienne.
Le
les
trait
De
elementis,
comme
autrefois Aristote,
repousse la
par un continuel change dont une rvolution cleste marque la priode. Mais au xn e sicle, nous trouvons un astronome arabe qui, comme les Frres de la Puret, admet la ralit de ces vicissitudes et les place sous la dpendance du lent mouvement propre de la sphre des toiles fixes cet astronome est Al Bitrogi. Nous avons entendu, en effet, au chapitre
uns dans
les autres
du mouvement propre de
la huitime sphre
La
diversit des
prouve par ce qu'on observe en ce monde infrieur au sujet des grands changements et des permutations de certaines choses particulires telles sont les permutations qui se produisent entre les terres habitables et les terres non habitables, entre les rgions tempres et les rgions non tempres il arrive parfois que l'air se purifie en certains lieux qui deviennent alors habitables, tandis qu'en d'autres lieux, l'air se corrompt, et ces lieux deviennent inhabitables de mme, les eaux de la mer changent de place elles s'accumulent en certaines rgions, tandis qu'en d'autres rgions, on voit apparatre des contres qui, jusqu'alors, avaient t couvertes par les eaux. Les choses de ce genre qui se montrent nous, et d'autres analogues, nous tmoignent que ces oprations sont produites par le changement de situation de l'orbe des toiles assurment, elles ne proviennent pas du mouvement de quelque orbite plantaire,
;
;
comme
foll.
7,
ce
mouvement
et se
verso, et 8, recto.
Vide
221
elles ont
en l'orbe des
toiles fixes.
'
:
que de ce mouvement proviennent les grands changements qu'on observe en ce monde infrieur, et ceux qui rendent inhabitables les rgions qui
Il
est possible
fait
pleinement adopte par Al Bitrogi. Mose Mamonide suit une opinion voisine de celle d'Al Bitrogi. Aprs avoir, l'imitation de Djber ben Aflah, plac Vnus et Mercure au-dessus du Soleil, il subdivise le ciel en quatre sphres principales qui sont la sphre de la Lune, la sphre du Soleil, la sphre des plantes, enfin la sphre des toiles fixes puis il
;
crit
2
:
Bien que de l'ensemble de ces quatre sphres figures, il mane des forces qui se rpandent dans tous les tres qui naissent
dont elles sont les causes, chaque sphre, cependant, peut avoir sous sa dpendance l'un des quatre lments, de manire que
et
telle
sphre
soit le
mouvement de
meut
l'eau
;
Lune
;
serait ce qui
la
la
le feu
mouvements multiples, leurs ingalits, leurs rtrogradations, leurs marches directes et leurs stations produisent les nombreuses configurations de l'air, sa variation et sa prompte contraction ou dilatation) enfin la sphre des toiles fixes ce qui meut la terre et c'est peut-tre cause de cela que cette dernire se meut difficilement pour recevoir l'impression et le mlange, parce que les toiles fixes ont le mouvement lent... De cette manire, donc, il se peut que l'ordre soii celui-ci Quatre sphres, quatre lments mus par die et quatre forces, manes d'elles, agissant dans toute la nature.
ce qui
meut
l'air (et
leurs
e1
bien
lents
La
changements avant Al Bitrogi et Mamonide, admis que qui se produisent la surface du globe terrestre sont sous
dpendance du mouvement propre des toiles fi\'s; nous en vous le tmoignage dans les crits d'Albumasar.
i.
trou
[Link]
j
.
Ahami Planeiarum theorica, fol. i'i. \ IIoIm hkn Maimoi m dit Maimomkk, Le jtfd des gars, Lrad. pai
partie; ch.
5.
Munkj
Deuxime
t.
II,
pp. 86*68.
222
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
al Balh,
que la ds la premire
moiti
du
ix e sicle,
'
en 886. Dans son trait Des grandes conjonctions, qui eut une vogue extrme au Moyen Age et que Roger Bacon, en particulier, citait volontiers, Albumasar admettait clairement que le mouvement propre des toiles fixes est une rotation, semblable celles de6 plantes, acheve en 36.000 ans. Parmi les autres crits d'Albumasar, il en est un dont nous possdons une traduction abrge faite, au milieu du xne sicle de notre re, par Hermann le Second. Cette traduction est intitule Jntroductorium in Astronomiam Albwnasaris. Dans cet ouvrage, nous lisons 2 Tout ce qui nat et meurt en ce monde rsulte du mouvement des signes et des toiles [errantes] qui en est comme la cause
*
:
:
efficiente...
aux proprits perptuelles 8 et stables ou aux proprits lentement variables des choses singulires.
Les
En effet, les orbes clestes, avec tous les astres*, entourent ce monde d'une circulation perptuelle. Parmi ces astres, les toiles
fixes
tournent d'un
;
est
presque
le
mme pour
la
toutes
elles
demeurent
mme
distance
du globe de
terre.
que la pense d'Albumasar est conforme celle que les Frres de la Puret et Al Bitrogi expliqueront d'une manire plus
voit
dtaille.
On
Les diverses opinions que nous venons de rapporter se souderont entre elles, au xm e sicle, dans l'esprit des Chrtiens d'Occi-
y constitueront un corps de doctrine qui sera communment regard comme renseignement de la Science antique. Ce corps de doctrine se rsume en quelques propositions qui sont les
dent
;
elles
suivantes
annorum revolutionibus i. Albumasar de magnis coniunctionibus ac eorum profectionibus octo continens tractatus Coiophon Opus albumazaris de magnis coniunctionibus explicit fliciter. mpressum Unetijs Mandato et expensis Melchiorem (sic) Sessa (sic). Per Jacobum pentium de Leucho. Anno domini i5i5. Pridie kal. Junij. Tract. I, differentia I, cap. III; fol. sig. Aiiii,
:
recto.
2. Introductorium in astronomiam Albumasaris abalachi octo continens libros Opus introductorij in astronomiam Albumasaris abalapartiales. Coiophon mandato et expensis Melchionis (sic) Sessa chi explicit fliciter. Uenetijs Per Jacobum pentium Leucensem. Anno domini i5o6. Die 5 Septem(sic) bris. Rgnante inclyto domino Leonardo Lauredano Uenetiarum Principe. Lib. III, cap. I De stellis fixis et planetis. 3. Au lieu de perptuas, le texte., trs fautif, porte : privatas.
:
223
La dure de
la
Grande Anne
est
de 36.000 ans.
En
propre de la sphre
des toiles
3
la fin
commencement.
du inonde
combattre.
VI
INTRODUCTION DE L THEORIE DE L ACCES ET DU RECES
chez les astronomes indiens et arares. le Liber de elementis.
AL BATTANI.
se rapporte la dtermination
et
de
Fergani
du
temps d'Al Mamoun, puisrent dans les livres indiens, l'auteur du Tarykhal-Hokamd cite Habasch, fils d'Abd-Hallah. Habasch composa trois tables astronomiques, qu'il intitula canoun, du mot grec
Parmi
les
astronomes
musulmans
qui,
au
xocyo>v
Tarykh-al-Hokam, bien que Habasch fut alors un partisan des ides indiennes plus zl qu'il ne le fut plus tard, il ne laissa pas, en certains points, de s'loigner des exposs de Mohammed al Fazary et de Mohammed al Kharizmi.
Suivant l'auteur du
Ce
fut ainsi
civiles
emprunta Thon d'Alexandrie l'ide du mouvement des signes du Zodiaque en avant et en arrire .
en longitude,
Influence indienne et influence grecque, telle
esf
La
double ten-
de l'poque d'Al Mamoun, sollicite Les astronomes arabes; nous ;i\<>ns vu l'influence indienne Be marquer dans les exposs que Masciallah <t Al Pergani nous ont donn de L'Astronomie !< Ptolme dans Les recherches de Habasch sur
dance qui,
;i
partir
i. Kiihaud, Mmoire gographique, historique et scientifique sur l'Ituie, antrieurement au milieu <i" Xh sicle de Vre chrtienne d'aprs les crivains arabes, i>*ts<ihs </ chinoit (Mmoires de l'Acadmie des Inscriptions et Belle*
lettres,
t.
XV11I,
partie, i8/jy,
|>.
3iy).
224
le
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
toiles fixes,
nous voyons ces deux influences conduire l'adoption du systme de l'accs et du recs, sous la forme mme o Thon de Smyrne nous l'a fait connatre. La lecture des livres indiens devait, en effet, conduire les astronomes arabes recevoir ce mouvement alternatif plutt que la rvolution, de sens invariable, qu'avaient adopte Hipparque et Ptolme. Les astronomes indiens paraissent avoir connu, tout d'abord, le mouvement de prcession de sens invariable que leur avaient ceux d'Hipparque ou ceux de Ptolrvl les crits des Grecs me mais, bientt, ils abandonnrent cette doctrine pour attribuer la spbre des toiles fixes un mouvement oscillatoire. Dans sa toute premire rdaction, le Sorya-Siddhnla ne tenait peut-tre aucun compte du phnomne de la prcession des quinoxes 2 En tous cas, une rdaction ancienne ne connaissait qu'une prcession de marche uniforme, dont la mention se trouve conserve en deux passages du trait elle y est value grossirement et en nombres ronds un degr en 60 ans. La thorie de la marche oscillatoire de la sphre cleste a t introduite, aprs coup, en deux distiques du Sorya-Siddhnta, lors de la rdaction dfinitive de l'ouvrage 4 cette rdaction qui 5 antrieure est certainement, nous l'avons vu en l'article IV e l'an 500, date vraisemblablement du IV sicle de notre re. Tout en adoptant la thorie des astrologues grecs postrieurs Hipparque, le Sorya-Siddhnta apporte diverses modifications aux
f
,
mouvement des
constantes du
mouvement
oscillatoire.
Pour
tait l'toile
des Poissons
le trait
vement
s'effectue
de part
et d'autre
de
de la
mme
con-
stellation.
une
de la position
i. Toutes les connaissances des Indiens sur la prcession des qunoxes leur viennent de la Science hellnique (Th. H. Martin, Mmoire sur cette La prcession des quinoxes a-t-elle t connue avant Hipparque ? question Les renseignements qu'on va lire, touchant Ch. VI, i 4 PP 150-178) la thorie de la prcession des quinoxes chez les Indiens, sont emprunts ce mme mmoire, ch. VI, 5, pp. 179-188. 2. The Sorya-Siddhnta translaled bu Burgess with notes of Whitney ; Opinion soutenue par M. Whitney, New-Hawen, Connecticut, 1860.
:
pp
3.
ioo-io5.
Sorya-Siddhnta y
1
III,
9 et XII,
10-12.
89.
Cf.
Th. H. Martin,
toc.
cit.,
pp.
4. 5. 5.
80-1 81.
Sorya-Siddhnta,
III,
225
amplitude ne pouvait l'norme dplacement que les points quinoxiaux expliquer avaient subi depuis l'poque recule o les Indiens avaient commenc de dresser des calendriers ce dplacement approchait de 25. Le Sorya-Siddhdnta donna 2 la sphre des toiles fixes une oscillation de 27 de part et d'autre de la position moyenne, en sorte que l'amplitude totale de l'oscillation ft de 54. Pendant un kalpa de [Link] d'annes, le Sorya-Siddhnta compte 3 600.000 oscillations doubles. 11 admet, d'ailleurs,
;
moyenne
une
oscillation
d'aussi faible
comme
qu'en ce mouvement
de la sphre des toiles fixes, la vitesse angulaire garde cependant une valeur absolue invariable. D'aprs ce que nous venons de dire, cette vitesse est de 54" par an ou d'un degr et demi par sicle. Au vi e sicle, Varha-Mihira semble avoir adopt le systme de l'accs et du recs tel que le propose le Sorya-Siddhdnta ce
oscillatoire
;
mme
du
xi
e
mme
forme, a t accept, la
fin
par atnanda \ D'autres astronomes, tout en admettant galement l'hypothse du mouvement alternatif des toiles fixes, dfinissaient autrement
que
le
Sorya-Siddhdnta
A
les constantes
de ce mouvement. Arya-
la huitime
sphre de 24 de part
et d'autre
de sa posi-
tion
une amplitude de 48 ils admettent l'un et l'autre que chacune des deux rotations de sens contraires se fait avec une vitesse angulaire constante mais ils diffrent au sujet de la valeur de cette vitesse
l'oscillation totale
; ; ;
Aryabhata compte 578.159 oscillations doubles (de 96) par kalpa de [Link] annes sidrales, ce qui donne une marche de 45" 52'" par an selon le Pdrdari-Sanhitd, durant un kalpa, qui
;
est sans a
i.
doute valu,
comme
il
produit 581.709 oscillations doubles, ce qui correspond un dplacement de 46" 32'" par an.
se
:
Tandis qu' partir du IV' sicle de notre re, une foule d"astr< nomes indiens adoptent L'hypothse de l'accs et du recs, <juelques-uns demeurent fidles a l'hypothse, introduite par llipparpp. 181182. ootea il* M. Whitney, pp< ioo-n>;>. 3. Sorua-Siddhnta, ni, <)-' \ Th. Il Mahtin. foc. cit. p. i85, particu.'ni ii.-is tir lirement la oote la |>ngp. Mahtin, OC Cit., p. r 4. Tu. H lu. IL Martin, loc, Cl/., p. i8/|.
i.
rit.,
>..
SoryaSiddhnta,
/
III,
[\-r;.
DUUl.M
226'
la cosmologie hellnique
dune
prcession invariablement
mais ceux-ci sont bien rares. Parmi eux, on cite Vichnou-Tchandra, qui est antrieur Brahma-Goupta, et qui vivait probablement au vi e sicle de notre re. Aprs lui, nous ne trouvons gure que Moundjala qui vivait au x e sicle, et Bhscara, qui vivait au xn e sicle. Moundjala et Bhscara comptent 2 199.669 rvolutions compltes des points quinoxiaux par kalpa de [Link] annes, ce qui donne une prcession de 59" 54'" par an. Dans son trait CaranaCoiitoahala, Bhscara porte la rotation de la huitime sphre V par an. Mais Moundjala et Bhscara n'appartiennent plus l'poque o la Science indienne, transplantation de l'Astronomie hellnique, exerait son influence sur la Science arabe au temps de Bhscara, l'Astronomie de l'Islam a dj commenc de rpandre ses enseignements chez les brahmanes. Durant la priode o la Science naissante de l'Islam puise largement aux sources indiennes, les astronomes indiens sont presque unanimes prner le systme de l'accs et du recs emprunt seulement, ils varient beaucoup aux astrologues alexandrins dans les valuations nouvelles qu'ils ont proposes pour les constantes de ce mouvement. Les Arabes devaient donc tre tents, comme l'est Habasch, de reprendre purement et simplement le systme dcrit par Thon d'Alexandrie. Les influences indiennes allaient, dans les contres soumises l'Islam, rencontrer des adversaires. C'est sans doute l'un de ses adversaires qu'il faut attribuer un crit, d'origine assurment
;
arabe, que le
tote, et
Moyen-Age chrtien
3
.
que
prietatibus elementontm
que parmi les auteurs de traits, certains croient que la mer a chang de place la surface de la sphre terrestre, en sorte qu'il n'est pas de lieu, sur la terre ferme, qui n'ait t autrefois au fond de la mer . Comme le trait des Mtores d'Aristote dont, visiblement, il s'inspire en maint
*
Th. H. Martin, loc. cit., p. 180. Th. H. Martin, loc. cit., p. i85. 3. Nous citons cet apocryphe d'aprs l'dition des uvres d'ARiSTOTE qui porte ce colophon Imprssum (sic) est praesens opus Venetiis per Gregorium de Gregoriis expensis Benedicti Fontanse Anno salutifere incarnationis Domini nostri MCCCCXCVI Die vero XIII Julii. En cette dition, le Liber de proprietatibus clementorum se trouve du fol. 4^4 verso, au fol. 49, verso. 4- Liber de proprietatibus elementorum, d. cit., fol. 466 (marqu par erreur
i.
2.
306), vo.
227
l'auteur
du De elementis
rejette
son argumentation. S'il y avait change priodique entre les ocans et les continents, cette alternative rgulire suivrait le cours de l'un des phnomnes priodiques que les astres nous prsentent. Or ces ph-
pour
nomnes,
mme
entraneraient
un dplacement
si
de ce dplacement.
de la rvolution de la Lune qui parcourt le Zodiaque en vingt-huit jours, des rvolutions de Mercure ou de Vnus qui ne durent, selon notre auteur, que dix mois de la
Cel,
est vident
mais cela ne
l'est
pas
moins des conjonctions plantaires dont les plus rares se reproduisent cependant au bout de quelques sicles. Le Liber de proprietatibus elementorum termine son numration par le plus lent de tous les phnomnes clestes Ou bien ce phnomne se produirait par suite du changement de l'orbe des toiles fixes mais cet orbe se dplace d'un degr tous les cent ans la permutation considre serait alors consomme en 36.000 ans c'est l la dernire ressource des auteurs qui admettent le retour priodique de la mer et c'est, en effet, Lavis
l
.
; ; ; ;
qu'ils proposent.
Or nous avons trouv par raisonnement gomtrique et par une opration de mesure que la circonfrence c la terre tait de 34.000 milles telle est la rvolution que la terre ferme [et la mer]
1 \
;
On trouverait donc, dans les villes qui mer, que la mer s'approcherait d'elles [avec
serait-il
2
,
pour la ville d'Arin pour la ville de Medeenel, pour la ville de Serendid s et pour les les de l'Or ces villes-l sont sur la mer de l'Inde. Il en serait de mme des
en
;
sur la
i.
il
en
serait
de
mme
de l'Egypte
et
rit., fol.
donn par les Arabes l'antique ville indienne a Les astronomes "ut d'Oudjayan ou Odjein, dans le nfalva Albvrounj dit fait correspondre la ville d'Odjein avec le lieu qui, dans le tableau des villes insr aux tables astronomiques. a re<;u le nom d'Arin. et qui est suppos sur le bord de If nier. Mais entre Odjein et l.i nier, il v prs de rent yodjanas (Reimaud, Mmoire iur flnde, p. 879) Au sujet orArin, v. os Mmoire, pp. 'Wy-.'x)'). 3. Serendybj altration de Sinhalcniorpa (Ile du Lion), es( le nom donn par les voyageurs arabes l'le de Ceylan (Runauo, [Link],, p, 101 el p. ;). f\. Lamen est le nom de l'Arabie la mer de Lamen est la mer Rougi
:
;i
228
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
mer Rouge
et la
mer d'Assem
il
en serait de mme des villes de Rome, de Byzance et de beaucoup d'autres villes dont l'histoire remonte loin dans le pass. Or nous ne voyons pas que la mer ait jamais t plus proche ou plus loigne de ces villes qu'elle ne l'est aujourd'hui rien de ce qui nous est parvenu de nos anctres dans les histoires des royaumes, rien de ce que nous avons des traits des savants qui ont crit sur la mer et les pluies, ne nous montre que la mer ait t autrefois plus rapproche ou plus loigne de ces villes quelle n'est aujourd'hui. Ce que nous avons dit en ce trait entrane donc la destruction manifeste et complte de la thorie qui supposait le changement de lieu de la mer la surface de la terre l'erreur de ceux qui croyaient ce changement est en vidence. L'auteur du De proprietatibus elementorum attribue la prcession des quinoxes la dure que lui a attribue Ptolme, et non pas la priode beaucoup plus courte qu'Ai Battani proposera de lui donner. De l'hypothse d'Al Battani, il ne dit pas un mot. 11 est permis de supposer, d'aprs cela, qu'il crivait avant cet auteur, c'est--dire, au plus tard, au dbut du x e sicle.
;
du mouvement des
est
Ou
une consquence de celui qu'enseignent les auteurs Atalasimet L'orbe des signes a un mouvement d'accs de sept degrs suivi d'un recs de huit degrs par ce mouvement, il parcourt un degr tous les 80 ans. Le phnomne en question se reproduit donc tous les six-cent-quarantetrente-trois ans [omnibus sexcentis annis et quadraginta triginta
:
phnomne en question
tribun). Ici je
doute
et cite cette
opinion
titre
d'exemple.
;
Ce texte porte des marques non douteuses d'altration la plus frappante est fournie par les mots dnus de sens que nous avons cits en latin. Albert le Grand, qui a comment le De proprietatibus elementorum, les rduit ceux-ci a In 640 annis Le mouvement se faisant raison d'un degr en 80 ans, cette dure est celle que requiert un mouvement de 8, et non l'oscillation complte, qui tait cependant le phnomne vis par le livre du Pseudo-Aristote. Albert attribue l'hypothse qu'il examine aux auteurs 'Altasimec, c'est--dire Des images des signes . Partant, ces auteurs du livre Atalasimet ou Altasimecne peuvent tre que ces aucto:
i.
2.
La mer d'Assem est le nom arabe de la Mditerrane. B. Alberti Magni Liber de eausis proprietatum elementorum,
III.
lib.
I,
tract. H, cap.
22\)
imagines
dont nous a parl Masciallah. Comme ce dernier les place avant Ptolme, nous sommes amens supposer que ce sont les rcaXaiol 7roTeXso"|jia*ctxot, les anciens astrologues cits par Thon d'Alexandrie.
Ds
lors,
riger le
;
semble naturel d'user du texte de Thon pour cortexte, visiblement fautif, du De proprietatibus lment oil
celui-ci, le
mouvement
deux de
8;
d'accs et le
mou-
tre tous
de supposer enfin
7
l'amplitude du
mouvement
d'accs.
Ce n'est pas ainsi qu'Albert le Grand a compris l'hypothse Les auteurs expose par le De proprietatibus elementorum 'Altasimec, dit-il,... prtendent que la tte du Blier s'carte de Tquateur, tantt vers le midi et tantt vers le nord, sur un cercle
;
dont
diamtre 15
de ces
15, 7 cor-
respondent au mouvement d'accs vers le nord, c'est--dire vers nous, tandis que 8 correspondent au mouvement de recs qui s'loigne de nous vers le midi selon ces auteurs, le centre du
;
l'quateur, mais
teur;... le
il
se
meut la tte du Blier n'est pas sur treuve un demi-degr au sud de l'quale
mouvement de ce cercle est d'un degr en 80 ans ;... phnomne qui en rsulte devrait s'accomplir en 640 ans.
Doit-on croire qu'Albert le Grand possdait
le texte qu'il
nomme
Altasimec et qu'il en a extrait cet expos, o l'on peut, d'ailleurs, relever plus d'une contradiction ? N'est-il pas plus vraisemblable
que
le
laquelle
en ce passage ? Il nous semble qu'un mlange tout semblable d'opinions inspires par les doctrines attribues Thbit vient fausser un autre expos de l'ancienne thorie de l'accs et du recs. Cet expos se trouve dans un livre compos, pendant la premire moiti du xn sicle, par un juif espagnol, Rabbi Abraham bar
fait,
Albert
d'ailleurs, allusion
Los sages de llnde, dit Abraham bar Hiyya, tous Les habitants des pays latins. <>t les plus anciens parmi les savants
Hiyya.
Schrbckempi
.
Sphaera mundi auctort Kabfm Amahamo Hispano pilio El. Hau\ veriii in lingucun Latinam.&n Munstsrui illmtravit cuuio* tationibtu Basiless, i546; Cap, X, pp, 191-200 du texte hbreu Le traduction latin- de ce l'.'tssMLr' manque. Nous l'empruntons une note de M [Link] Battait! O/hu (ftrono/nicam, Mediolani, iooS; pare l. lino in
i,
;
.
'
230
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
chaldens n'ont pas eu, au sujet des toiles fixes, d'autre opinion que celle-ci Les toiles ne parcourent pas tout le ciej elles
:
parcourent seulement huit degrs du Zodiaque, tantt en avant et tantt en arrire, d'abord vers l'Orient, puis vers l'Occident. Selon
eux, la cause de ce
mouvement
est la suivante
Le ple de
l'Eclip-
du Zodiaque. Ce ple parcourt le cercle en quespour diamtre tion en 1.600 ans. Certains savants ont cru que le mouvement circulaire du ple obligeait les toiles fixes parcourir tout le Ciel, parce que ce secret ne leur avait pas t manifest et qu'ils ignoraient le mouvement du ple de l'Ecliptique, grce auquel les toiles fixes se meuvent d'Occident en Orient pendant 800 ans, pour rtrograder ensuite vers leur premire position, c'est--dire vers l'Occident, et reprendre leur situation primitive au bout de
1.600 ans.
qu'Abrahajn bar Hiyya ne nous rapporte l l'exacte opinion d'aucun astronome ce qu'il nous prsente n'est qu un mlange confus o l'on peut dmler les rminiscences de trois
Il est
clair
thories distinctes
aux toiles un accs de 8 suivi d'un recs du mme nombre de de degrs l'opinion de Ptolme qui attribuait au mouvement de prcession une vitesse de 1 en cent ans enfin l'opinion, beaucoup plus rcente, que nous verrons attribuer Thbit, o se
; ;
rencontre
un
8.
Grand et d'Abraham bar Hiyya est exacte, les Arabes qui ont vcu au temps d'Al Mamoun ou peu aprs ce kalife, n'auraient connu qu'une seule thorie de l'accs et du recs, celle qu'avait mentionne Thon
Si cette interprtation des dires d'Albert le
d'Alexandrie. C'est en
effet,
nous Talions
Al Battani fasse allusion. Le grand ouvrage astronomique d'Al Battani renferme un chapitre, le cinquante-deuxime \ qui importe extrmement l'histoire de l'hypothse de la trpidation. Ce chapitre a pour objet, nous dit le titre, de faire connatre ce que prtendent les astronomes, savoir que la sphre cleste a un mouvement tantt direct et tantt rtrograde, et de montrer que cet avis est manifestement erron . Al Battani s'y exprime en ces termes Ptolme nous conte, dans son livre, que des astrologues ont attribu la sphre cleste
:
i. Al Battani sive Albatenii Opus astronomicum, latine versum, adnotaiionibus instructum Carolo Alphonso Naliioo ; pars prima; Mediolani Jnsubrum, iqo3 pp. 126-128.
;
2lU
en quatre-vingts ans; qu'ils ont prtendu que ce mouvement se poursuivait dans le sens direct jusqu' 8, et qu'il rtrogradait ensuite. Ils voulaient signifier par l que ce mouvement parcourait 8 de TEcliptique, de l'Occident vers l'Orient, comme le fait le mouvement des toiles errantes
un mouveincnt
lent, qui
parcourt
en un sens contraire du prcdent, c'est--dire de l'Orient vers l'Occident. S'il en est ainsi, celui de ces deux mouvements qui va de l'Occident vers l'Orient doit procder du mouvement des toiles fixes mais cela ne peut se faire,
puis, qu'il dcrivait de
nouveau
moins que [l'orbe des toiles fixes] ne soit pouss par un autre corps ou que les toiles fixes ne se meuvent elles-mmes en cet orbe, car un mme corps ne peut tre simultanment dou de deux mouvements en sens opposs. Ces astrologues prtendaient donc que le mouvement progressif avait pris fin 128 annes gyptiennes avant le rgne d'Auguste, c'est--dire en l'an 166 de l're d'Alexandre de Macdoine
;
il
fallait,
un
degr jusqu' ce qu'on ait atteint la limite de 8 le reste devait tre ajout au mouvement direct des toiles 8 se trouvant de nouveau parcourus de la sorte, ce qui surpassait 8 devait tre
;
puis on devait
lit
On
livre
au
de Ptolme, comme Al Battani le dit par une erreur vidente, mais ce que hon d'Alexandrie nous a cont dans son Com-
Al Battani remarque fort justement qu'une semblable hypothse pouvait peut-tre se dfendre alors que les observations astronoi.
nous semble qu'il y l une erreur, et que cette erreur doit-tre corrige comme nous l'avons tait, si l'on veut donner iiq s-'iis net au raisonnement qui suit. Delambre, conservant la leon /// est motus stellarum fixarum, croit qu'elle a trait au mouvement uniforme admis par Hipparque et par Ptolme. Thon nous avait laiss dans le doute si les auteurs qui croyaient un mouvement alternatif, admettaient pareillement un mouvement uniforme et constant, au lieu que l'auteur arabe nous dit que ce mouvement se combinait avec le mouveincnt uniforme de prcession. C'est mme la raison pour laquelle il I' rejette, car d.-ius moiti du le m s, les deux mouvemens se Faisaient dans ^>'^ sens la contraires. Or Albategnius dclare positivement qu'un corps unique ne peut m. en mme < deux mouvemens opposes % (Delambre, Histoire de l'Astronomie du Moyen-Age* p. 54)< f> A*l Battani dit formellement que c'est a le premier mouvement] celui ira <\<- l'Occident u ei i l'Orient , qui est en sens contraire du mouvement des loiles fixes; par ce dernier, il entend donc le mouvement diurne, et non !< mouvement d'Occident en Orient admis par Hipparque et Ptolme, Il est vrai que son raisonnement conclut alors aussi bien contre ce dernier mouvement qu' ['encontre du mouvement d'
est
.
le
Il
fait le
mouvement
Ut
<
--
>'
<|
ili'
IVCrs,
232
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
miques n'embrassaient qu'un petit nombre de sicles mais qu' l'poque o il crivait, on ne pouvait plus soutenir que le dplament apparent des points quinoxiaux changet de sens tous les 840 ans. Tous ces dplacements, dit-il, croissent depuis le temps de Nabonassar. Cette remarque rduit nant tout ce que ces astrologues ont dit du nombre de degrs qui mesure l'amplitude de ce mouvement, et de son sens alternativement direct et rtro;
grade.
Tout en rejetant l'hypothse de l'accs et du recs, il s'en faut bien qu'Ai Battani regarde comme entirement fonde, et exempte de difficult, la thorie de la prcession que Ptolme a formule. Cet accroissement, dit-il, s'acclre ou se retarde sans que nous lui voyions suivre aucune loi. En effet, en 300 ans environ, Ptolme ajoute un seul jour la dtermination d'Hipparque et nous, 750 ans plus tard environ, nous ajoutons peu prs quatre jours et demi la dtermination de Ptolme, en sus du jour qu'il avait ajout celle d'Hipparque. Gela peut provenir des erreurs qui se sont glisses par l'in;
mouvement de
la
sphre cleste, mouvement dont, pas plus que nos prdcesseurs, nous ne savons ni quel il est, ni s'il est dans ce cas, pour dcou;
vrir la vrit,
il
moyen de
celles
mme
dcesseurs.
Voici,
titre,
Ptolme, d'aprs ce
avant lui et d'aprs ses propres observations, avait dclar que ce mouvement atteignait 1 en cent ans. Mais
qu'on avait
siennes, le
temps coul, qui tait de 200 ans, tait trop court pour qu'il ft possible de connatre exactement la variation produite par ce mouvement. Au contraire, entre l'poque de Ptolme et nos observations, il s'est coul un long espace de temps aussi avons-nous trouv que ce mouvement tait plus rapide et qu'il parcourait 1 on 66 annes solaires.
;
233
;
Ptolme avait cru le mouvement de prcession trop lent Al Battani lui attribue une trop grande rapidit. La grandeur qu'il suppose ce mouvement avait, d'ailleurs, t propose avant lui par d'autres astronomes arabes. As Soufi ', qui mourut en l'an 986 de notre re, nous apprend que les astronomes d'Al Mamoun pensaient dj que le mouvement de prcession atteignait 1 en 66 ans. Habasch et les fils de Mousa ben Shakir ont galement adopt cette valuation 2 Dans cette valuation, il nous faut voir, sans doute, une nouvelle marque de l'influence exerce par l'Astronomie indienne sur l'Astronomie musulmane.
.
VII
DE LA THKORIE PAR LAQUELLE PTOLME EXPLIQUE LES MOUVEMENTS
DE L'PICYCLE PAR RAPPORT A L'EXCENTRIQUE
astronomes hellnes, prouvaient une rpugnance bien lgitime donner au ciel des toiles fixes le mouvement imagin par les anciens astrolor/is ce mouvement uniforme d'accs, suivi d'un mouvement de recs galement uniforme, heurtait le sentiment de la continuit qui avait inspir toutes les autres hypothses astronomiques. Cette rpugnance devait naturellement prendre fin lorsqu'un gomtre donnerait ce mouvement oscillatoire une forme d'o
les
;
comme
tout
changement brusque de
de ce jour
sicles,
pendant plusieurs
au
mouvement de
trpidation.
la
Cette rforme de
si
nous en croyons une tradition que nous discuterons plus loin, L'uvre de Thbit ben Kourrah. Mais, pour accomplir cette uvre,
ThAbit n'aura pas
fira
faire
grand
effort
d'imagination
il
lui suf-
de transporter, de toutes pices, aux oscillations de l'cliptique, une supposition que Ptolme avait invente pour rendre
En
cette cir-
comme
la
en tan! d'autres,
que copier
i.
Science hellne.
notre re
il
i
Description des toiles fixes compose <m milieu <lu dixime iicle <lr par Abd*al-Rahman as Sun; traduction littrale avec des nots pur '.. SauBLLMOPi [Link] Pternbourg. 187/4 C. p. 33 h p. 4*< \\. Battami Opim astromomicum d, KtUioo, 1, p. -nyi (note <t<'
;
M. Nullino).
231
l\ COSMOLOGIE HELLNIQUE
La thorie qui va nous retenir est expose au XIII e et dernier livre de la Syntaxe mathmatique de Ptolme elle occupe les deux premiers chapitres de ce livre pour les deux plantes infrieures, Vnus et Mercure, elle revt une forme un peu plus complique que pour les trois plantes suprieures exposons donc,
; ;
tout d'abord,
les
Jupiter
et
Saturne.
plan de l'excentrique de l'une quelconque des trois plantes suprieures est inclin d'un petit nombre de degrs sur le plan de l'Ecliptique, de mme le plan de l'picycle s'inle
De mme que
plus petit.
L'inclinaison de l'picycle sur l'excentrique n'est pas fixe, mais
constamment variable
i
;
Au moment o
dant, le
l'excentrique
;
cette
une certaine limite suprieure qu'elle l'incliatteint au moment o le centre de l'picycle est apoge naison diminue alors, pour devenir nulle au moment o le centre de l'picycle franchit le nud descendant elle croit de nouveau, mais en sens contraire, jusqu' une valeur absolue maximum^
inclinaison croit jusqu'
;
elle parvient ce
maxi-
de sens contraire au premier, au moment o le centre de l'picycle est prige partir de ce moment, le plan de l'picycle se rapproche du plan de l'excentrique. Ce mouvement d'oscillation choquerait les ides astronomiques et mcaniques de Ptolme s'il ne le faisait dpendre de quelque
;
mum,
mouvement
circulaire
et voici
comment
il
y parvient.
Prenons l'picycle alors que son centre G (fig. 15) se trouve en c'est ce moment que l'inclinaison du l'apoge de l'excentrique plan de l'picycle sur le plan de l'excentrique a sa plus grande valeur; l'intersection de ces deux plans trace, dans l'picycle, un diamtre MN qui est tangent l'excentrique la ligne de plus grande pente trace alors, dans l'picycle, un diamtre AP que
;
;
i. Syntaxe mathmatique de Claude Ptolme, Halma, t. II, pp. 371-375 d. Heiberg-, IT', |J', pars
;
livre XIII, ch. II ; trad. pp. 529-534, Paul Tannery (Recherches sur l'Histoire de l'Astronomie ancienne, ch. XIV, 5, pp. 247-248) rsume cette thorie sous la forme que Ptolme lui a ultrieurement donne dans ses Hypothses* et non pas sous la forme dont il l'avait
II,
235
Ton marquera
dans toutes les positions que l'picycle viendra occuper, et auquel Ptolme donne le nom de diamtre apoge ; X extrmit apoge A de ce diamtre est celle qui se trouve, en la position que nous avons figure, le plus loin du centre de l'excentrique l'autre extrmit P est Y extrmit
afin
de
le reconnatre
prige.
Ptolme imagine que l'extrmit prige soit fixe la circonfrence d'un petit cercle a dont le centre y se trouve dans le plan de l'excentrique, et dont le plan est normal ce mme plan de l'excentrique il est clair par raison de symtrie que, dans la position que nous avons figure, l'intersection du plan du cercle a avec le plan de l'excentrique doit tre parallle la ligne MN.
;
Fig-.
i5.
Ce
dcrit
petit cercle
accompagne
;
le
mouvement
sur l'excentrique
en
un cercle de mme centre que l'excentrique, de telle sorte que les deux points G et y se trouvent constamment sur un mme rayon issu de ce centre l'intersection du plan du cercle a avec le plan de l'excentrique est toujours normale ce mme rayon.
;
En mme temps,
cercle
a.
l'extrmit prige
P de
l'picycle dcrit ce
Le diamtre MX demeure constamment dans le \ an de l'excentrique; il est donc parallle au plan de l'Ecliptique Lorsque entre le centre de l'picycle est apoge ou prige, ou lorsque passe par un nud entre ces quatre positions, il prsente, sur L'Ecliptique, des inclinaisons variables, mais toujours fort petites.
i
<
<
Le mouvement de L'extrmit prige P sur Le polit cercle x varie suivant la mme Loi il n'est pas un mouvement uniforme
;
que
qui
Le
mouvement du centre C de
La la
Loi
dpend de
quant.
combinaison cinmatique par Laquelle Ptolme rend compte des oscillations que Le plan de L'picycle prouve de pari et d'autre <lu plan de L'excentrique, <ln moins pour les trois plaTelle est
ntes suprieures.
Vnus
et
Mercure L'obligent
recourir
236
La cosmologie hellnique
le
grand astrol'oscil-
nome
lation
que
le
et d'autre
du plan
de l'excentrique.
Le premier mouvement est, comme celui que nous venons de dcrire, command par une circulation de l'extrmit prige sur un petit cercle normal au plan de l'excentrique. Il ne diffre du mouvement propre aux trois plantes suprieures qu'en un seul point l'inclinaison de l'picycle sur l'excentrique est nulle au moment o le centre de l'excentrique est apoge ou prige. Le second mouvement dpend d'une circulation toute semblable du point M sur un petit cercle mais le plan de ce nouveau petit cercle est normal la fois au plan de l'excentrique et au plan du petit cercle prcdent. Durant cette circulation, le diamtre apoge de l'picycle balaye constamment le plan de l'excentrique. Enfin l'inclinaison est nulle au moment o le centre de l'picycle passe par un nud. Ptolme redoutait, sans doute, que la complication de ces hypothses ne rebutt les philosophes de la Nature d'avance, il s'efforait de lutter contre leur aversion Qu'on n'objecte pas
;
;
ces hypothses,
disait-il, qu'elles
saisir,
Il
qu'on peut, adapter les hypothses les plus simples aux mouvements clestes mais si cela ne russit pas, il faut choisir celles qui sont acceptables. En effet, si chacun des mouvements
;
de consquence des hypothses, qui donc, encore, semblerait-il tonnant, que, de ces mouvements compliqus puissent rsulter les mouvements des corps
apparents se trouve sauv
titre
que nous les considrons dans ces reprsentations construites par nous, nous trouvons pnibles la composition et la succession des divers mouvements les agencer de telle manire que chacun d'eux puisse s'effectuer librement nous parat une tche difficile. Mais si nous examinons ce qui se passe dans le ciel, nous ne sommes plus du tout entravs par un semblable
clestes?.. Tant
;
mlange de mouvements
En
car
il
en imagina une autre, beaucoup plus simple. Selon cette nouvelle hypothse *, chacune des plantes possde une sphre picycle.
i. Hypothses et poques des plantes, de C. Ptolmb, et Hypotyposes de Procujs Diadochus, traduites pour la premire fois en franais... par
237
coupe par le plan de l'excentrique suivant un petit cercle, que Ptolme nomme roulette (xuxawxo). Tandis que le centre de la
sphre picycle dcrit l'excentrique, la roulette tourne sur ellemme en sens contraire, suivant la mme loi, en entranant avec elle la sphre picycle. Pour parler un langage plus moderne,
tandis que le centre de la sphre picycle tourne, d'Occident en
du centre de l'exentrique, la sphre picycle tourne d'Orient en Occident, du mme angle, autour d'un axe men, par son centre, normalement au plan de
Orient, d'un certain angle autour
l'excentrique.
Le cercle picycle est un grand cercle de la sphre picycle, qui coupe la roulette sous un certain angle et lui demeure invariablement li. Par l'effet des deux rotations gales et de sens contraires qui viennent d'tre mentionnes, le plan du cercle picycle garde, dans l'espace, une direction invariable. Sur ce cercle, toujours parallle lui-mme, la plante se meut suivant une
loi facile
dterminer.
pas celle qui l'avait prcde. Celle-ci continua d'tre tudie par
les
semble des hypothses astronomiques que lorsqu'elle et t dtourne de son objet primitif et applique un autre objet. L'inclinaison du plan de l'picycle sur le plan de l'excentrique est, pour toutes les plantes, une quantit fort petite Ptolme a construit l'Astronomie de YAlmageste presque entire en faisant abstraction de cette inclinaison on ne pouvait donc accorder une attention prolonge au mcanisme compliqu qui servait rendre compte des variations de ce petit angle. Ce mcanisme, au contraire, piqua la curiosit de tous les astronomes ds que Le Liber de motu octav sphr, attribu Thbit ben Kourrah, YetiA emprunt Ptolme pour reprsenter le mouvement d accs el recs de La sphre toile e. Pendant de longs sicles, la combinai; ;
Y A Images*
i's
plus
M. l'abb
ettei,
J.
H;iImi;i Paris, \H?.o. Ifijj,ofhi'ses dti /i/anr/rs ou monrrmrnfs (1rs corps par C. Ptolme, pasuiin. Claodii Ptolulbi Opra minora, Kdiait L. Heioerg, Lipaiae, MDCCCCV1I. v-nobintu rr., v n\uj<opiw*, A', pp. 8N,
'
PPt
j ~*y
l
>t !
pp.
^ K< t7
PP
loo-ioi
p|>.
io4*io5.
238
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
VIII
L THORIE DU MOUVEMENT DE LA HUITIME SPHRE
Hasan) al Harrani naquit Il fut d'abord changeur, puis se consacra la Science. Il acquit, Bagdad, une grande rputation de mathmaticien et d'astronome, en mme temps qu'il s'adonnait l'tude de la langue grecque dont il parvint faire usage aussi aisment que de l'Arabe et du Syriaque. Cette parfaite entente du Grec lui permit de traduire et de commenter les uvres des princes de la Science hellne, d'Hippocrate, dAristote, d'Apollonius, d'Euclide, d'Archimde, de Ptolme, d'Autolycus et de Thodose. Il produisit galement un grand nombre d'uvres originales en Arithmtique, en Gomtrie, en Astrologie et en
Mdecine.
On
nombre des
traits qu'il
il
;
appartenait, en
comme
il
prtendait s'affranchir de
il
fut
excommuni
par ses coreligionnaires. Il revint alors Bagdad qu'il ne quitta plus. Le kalife Almou' tadid (892-902) l'avait en grande considration et l'honorait de son commerce le plus intime. Thbit ben Kourrah mourut Bagdad le 18 fvrier 901. Parmi les crits astronomiques qu'a composs le trs docte Sabian, se trouvent quatre petits traits qui furent, de bonne heure, traduits en latin de trs nombreuses copies manuscrites les rpandirent en la Chrtient occidentale, o leur influence fut grande sur le dveloppement de la Science des astres. Ces quatre traits, qui sont souvent runis dans un mme manuscrit *, ont, en latin, les titres suivants
; :
pp. 34-36.
la
Bibliothque nationale.
23'.)
Liber Thebit de
iis
antcquam legatur
Almagestum;
Liber Thebit de imagint ione sphr
et
sorum;
Liber Thebit de quantitatibus stellarum
C'est
planetarum.
que se trouve expose la thorie de l'accs et du recs, sous la forme qui va nous occuper. Dans sa Table Hakmite, si fconde en renseignements pour l'histoire de l'Astronomie, Ibn Iounis nous a conserv une pitre que Thbit adressait Abou Iacoub Ishac ben Honein, en mme temps qu'il lui faisait hommage d'un de ses traits astronomiques.
traits
!
au premier de ces
La diffrence qui
de Ptolme
et la
commune
mme
par la raison que ce qui arrive par rapport au Soleil entraine ncessairement quelque chose de semblable par rapport tous les corps clestes. En efFet, le lieu de la Lune n'est dtermin que d'aprs les dterminations du lieu du Soleil. C'est sur les clipses de Lune qu'est fonde principalement la thorie de la Lune, cette
plante tant alors oppose au Soleil. Les autres lieux de la Lune
en est de mme des plantes qu'on dtermine par le Soleil et des la Lune. Ainsi il est vrai de dire que ce qui arrive par rapport au Soleil arrive aussi par rapport aux toiles fixes, leur connaissance dpendant de celle du Soleil. La cause de cette erreur est obscure. Quelques auteurs, cits par Thon et autres, et qualifis par Thon d'auteurs d'Astrologie judiciaire, ont pens que le Zodiaque avait un mouvement par lequel il s'avanait de 8, et ensuite rtrogradait de la mme quantit, et que ce mouvement tait d'un degr en quatre-vingts ans.
ont galement pour bases les lieux du Soleil.
toiles fixes et
Il
Ils
ont
fait
et
il
faudrait,
si
la
chose
tait
comme
la
et tantt
o
maintenant de dcider une nous avions une eUe le pareille question observation <1<" Soleil faite dans l'intervalle de Ptolme a nous, et assez loigne de notre temps si vous en trouvez une dans les
;
serait parfaitement si
I.
Ibn
i
et
extraits,
t.
II,
pp.
i/\-i iH).
240
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
que je puisse porter sur cela un jugement certain. J'ajouterai que si ce point et t dcid, j'en aurais trait ici mais il est encore obscur et ressemble beaucoup une simple conjecture or ce livre ne peut admettre, et je ne veux moi-mme adopter rien qui ne soit assur et hors de doute. Ce que j'ai dit au sujet des quantits que j'ajoute au calcul de Ptolme, je ne l'ai communiqu qui que ce soit, quoique plusieurs personnes me l'aient demand, parce que ces quantits ne sont pas appuyes sur des bases solides, mais ont pour objet de reprsenter l'tat actuel des choses jusqu' ce qu'un nouveau lui succde. J'ai marqu cela sur quelques feuilles que j'ai jointes ce livre, et je dsire que vous m'en accusiez rcepvous prie de
la faire connatre, afin
;
me
tion.
Ces quelques feuilles sont-elles l'opuscule sur le mouvement de la huitime sphre qui est venu jusqu' nous sous le nom de Thbit ben Kourrah ? Thbit, prenant en sa thorie plus de confiance qu'il n'en marquait son correspondant, l'a-t-il livre luimme la publicit? Ishac ben Honein, qui survcut Thbit u aprs la mort de l'auteur ? Autant de l'a-t-il fait connaitre
questions
auxquelles
.
aucun
document
ne
nous
fournit
de
rponse
Sans chercher rsoudre des problmes insolubles, parcourons rapidement le De motu octav spher. Cet crit n'a jamais t imprim 3 mais les exemplaires manuscrits en sont extrmement rpandus.
;
i. Ishac ben Honein est mort en novembre 910 ou 911 (Cf. Wstenfeld, Op. laud., p. 29). 2. Delambre (Histoire de l'Astronomie du Moyen-ge, p. 82), aprs avoir rappel que, selon le De motu octav spher, la tte du Blier et la tte de la Balance dcrivent autour de deux centres fixes deux petits cercles dont le rayon vaut 4 18' 43", ajoute Ce qui prouve que cette dtermination [donne par Thbit dans son opuscule] est postrieure sa lettre, c'est qu'il ne parlait d'abord que de 4 en gros, et que dans son trait, il dit 4 i"8' 43". ce qui annonce un travail plus soign. Mais dans la lettre adresse Ishac ben Honein, le nombre 4 n'a nullement trait au rayon commun des petits cercles que les ttes du Blier et de la Balance dcrivent selon la thorie de Thbit il a trait aux carts entre les diverses dterminations de l'accs et du recs proposes avant Thbit. 3. Vers 1480, selon Houzeau et Lancaster il en aurait t donn une dition qui ne porte ni nom d'auteur ni indication typographique d'aucune sorte Houzeau et Lancaster, Bibliographie gnrale de l'Astronomie, t. I. (Cf. p. 46). Mais M. Nallino a reconnu que l'opuscule mentionn par les deux auteurs belges n'avait rien de commun avec le De motu octav spher attribu Thbit ben Kourrah cet opuscule fait suite, dans l'dition donne Bologne en i48o, la Theorica planetarum de Grard de Crmone M. Nallino est port l'attribuer au mme auteur (Al Battani Opus astronomicum,
:
d. Nallino,
1. 1,
p.
XXXVI).
241
le
Thbit considre, tout d'abord, une sphre sans astre, ment, qu'anime le seul mouvement diurne
;
firma-
de cette sphre (fig. .16), Tquateur EE', et un second plan, invariablement li cette sphre ce dernier plan trace, sur la sphre, Vcliptique fixe, se' Tcliptique fixe coupe l'quateur en deux points a, (3 qu'on pourra
;
;
nommer
les points
fixe et la tte
qninoxiaux fixes ou encore la tte du Blier de la Balance fixe. L'angle que le plan de l'clipavec le plan de l'quateur a pour valeur 23 30'.
Fig. 16
Au-dessous de cette sphre, de ce firmament, qu'anime le seul mouvement diurne, se trouve une seconde sphre,, la sphre des cette sphre est signes, laquelle sont lies les toiles fixes
;
entrane par le
le
mouvement de
la
premire
d'tudier.
Ce mouvement est dtermin par celui d'un plan men par le centre C de la iphre des signes, et invariablement li cette
iphre.
Ce plan
coupe
la
cercle
variable t qui est Vcliptique mobile. Sur ce cercle, soni marqus quatre points a,
au*.
i.
il
242
riablement
lis
la cosmologie hellnique
aux constellations des toiles fixes les deux points a et b, diamtralement opposs, sont la tte du Blier mobile et la tte de la Balance mobile les deux points c et d sont la tte du Cancer mobile et la tte du Capricorne mobile, La tte a du Blier mobile dcrit, dans le firmament, d'un mouvement uniforme, un cercle qui a pour centre le point quinoxial fixe a et dont le diamtre est de 8 37' 26" la tte b de la Balance mobile dcrit un cercle gal qui a pour centre le point (3. Quant la tte du Capricorne et la tte du Cancer elles
;
demeurent toujours sur l'cliptique fixe sans la quitter, elles ont, sur ce cercle, un mouvement de va-et-vient dont Thbit analyse sommairement les principales particularits. Ds maintenant, nous pouvons reconnatre que le mouvement de
;
par rapport l'cliptique mobile est dfini par Thbit exactement comme l'est, selon Ptolme, le mouvement du plan de l'picycle de chacune des plantes suprieures par rapport au plan de l'excentrique de la mme plante ou plutt, le mouvement considr par l'Astronome sabian est un cas particulirement simple du mouvement propos par YAlmageste ; la tte du Blier et la tte de la Balance tournent d'un mouvement uniforme sur leurs trajectoires circulaires l'extrmit prige et l'extrmit apoge du diamtre de l'picycle se mouvaient, sur
l'cliptique fixe
;
trique
le
mouvement du centre de l'picycle sur l'excenmouvement uniforme, plus simple que le mouvement
est
en question, en
Ici
un cas
particulier.
donc,
comme en mainte
pense hellne lui fournit le principe de la thorie dont elle dveloppe les consquences. Ces consquences, l'auteur du De motte octav sphr les marque nettement et compltement. L'quinoxc a lieu lorsque la position du Soleil sur la sphre
se d'originalit
la
montre dnue
mobile coupe le cercle quatorial. Ces deux points A, B sont les points quinoxiaux
concide avec l'un des points A,
mobiles.
l'cliptique
B o
Lorsqu'en ses oscillations, l'cliptique mobile vient concider avec Fcliptique fixe, les points quinoxiaux mobiles concident
avec les points quinoxiaux fixes
ci
;
mobiles
Thabit
be.n
II
243
l'quateur
ne concide
pas avec la tte a du Blier mobile il oscille, sur Pcliptique mobile, de part et d'autre de ce point a il accomplit une oscil;
dans le temps que la tte a du Blier mobile accomplit sa rvolution autour du point vernal fixe a. \ Le point automnal mobile B oscille de mme, sur l'cliptique mobile, de part et d'autre de la tte /; de la Balance fixe. La plus grande longation qui puisse exister entre l'une des intersections de Lcliptique mobile avec l'quateur, et la tte soit du Blier, soit de la Balance, est de 10 45' vers le Nord, et autant
vers le Sud.
On
retrouve ainsi le
mouvement
uniforme c'tait une hypothse inadmissible qui ne se retrouve nullement dans le systme de Thbit ben Kourrah. Il arrive, en effet, que le mouvement en question est tantt lent et tantt rapide. Lorsque la tte du Blier se trouve [sur le petit cercle], 90 de l'intersection avec l'quateur, soit au Nord, soit au Midi, la phase de variation lente est atteinte lorsqu'au contraire la tte du Blier est proche d'une intersection du petit cercle avec l'quateur, on atteint la phase de mouvement rapide. Cela est conforme ce qui a t constat par les observavitesse
;
teurs.
que Ptolme a trouv que les toiles fixes tournaient d'un degr en cent ans... Il a estim que les toiles se mouvaient d'un mouvement continu selon l'ordre des signes et, conformment Lavis d'Abrachis (Hipparque), il diminua la dure de l'anne de prs d'un jour en 800 ans. Postrieurement, les observateurs ont trouv que les toiles lixrs parcouraient un degr en 66 ans. En effet, Abrachis et Ptolme ont observ alors que La tte du Blier se trouvait dans L'hmisphre mridional et non loin de sa position la plus australe, en sorte que la variation s,- produisait
C'est
pour
cette raison
avec lenteur.
le
Aprs Ptolme, la tte du Blier s'approcha <! l'quateur et coupa pour passer dans L'hmisphre nord. Alors, elle Be mut
pourquoi Al Battani a prouv des hsitations au ^u
j>t
rapidement...
C'est
de
i.
I.
244
ce
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
et
pourquoi il a dit Je vois que cette variation ne procde pas suivant une vitesse uniforme elle est tantt lente et tantt rapide s'il y a donc un mouvement que nous ignorons et que nous ne saisissons pas que celui qui viendra aprs nous rpte les observations et les vrifications, comme nous avons fait nous-mme. La thorie de hbit ben Kourrah semble expliquer d'une manire aise et heureuse les variations des astronomes au sujet de la grandeur de la prcession elle explique galement une autre variation non moins remarquable, la valeur de plus en plus faible que les observateurs ont attribue l'obliquit de rclip: ;
phnomne,
tique.
Par Teliet de ce mouvement, il se produit une variation dans la dclivit de l'clip tique mobile mesure par rapport l'quateur. La dclivit maximum correspond au point de l'cliptique mobile qui se trouve 90 des intersections de ce cercle avec
Fquateur...
Le lieu de l'cliptique fixe qui est le plus loign de l'quateur en est distant, par hypothse, de 23 30'. Lorsque l'cliptique mobile prsente cette inclinaison, ses intersections avec l'qua
Le point de l'cliptique mobile qui est le plus distant de Fquateur se trouve certain degr, dans le Cancer ou dans les Gmeaux, selon que la tte du Blier se trouve au nord ou au sud
l'obliquit
de
cliptique lixe
1
;
Ptolme l'a trouve gale 23 51' et, au temps d Al Mamoun, les astronomes l'ont value 23 33'. Le mouvement considr est conu de telle sorte qu'il faut qu'il en soit ainsi. Figuratif?' autem motus oportere illud^.
reue des Indiens
i. Peut-tre les Indiens avaient ils simplement emprunt cette valeur aux Grecs selon Kudme, c'est celle qu'admettaient les astronomes grecs de son temps (Theonis Smyrnaei Liber de Astronomia, cap. XL; d. Th. H.. Mar;
tin, pp. 324-325; d. J. Dupuis, pp. '620-621 ;. 2. JJelambre, qui semble anim d'une vritable
indignation contre
le
malheureux systme de la trpidation imagin par Thbit, a crit, en rsumant le De motu octau sphr La plus grande dclinaison est de 24 suivant ce qu'on nous a rapport des Indiens; elle n'est que de 23 5i' suivant Ptolme, et les observateurs de Maimon ne l'ont trouve que de 23 33'; mais Thbith n'en conclut pas formellement une variation de l'obliquit, quoique cette variation soit une consquence ncessaire de son hypothse il n'en dit mot, et peut-tre n'en a-t-il pas eu la moindre ide. (Delambre, Histoire de l'Astronomie du Moyen-ge, p. 74). Ce jugement erron, et qui suppose une
:
lecture singulirement superficielle, a t reproduit par Th. H. Martin (Tu. H. Martin, Mmoire sur cette question La jtrcession des quinoxes (i-t-flte *'(<> connue... avant Hipparque? Chapilre Vj.
:
245
orbes de tous les
;
mouvement
est
commun aux
dans l'orbe des signes l'orbe des toiles fixes, qui est l'orbe des figures et des signes, ne possde pas seul ce mouvement ce mouvement d'accs et de recs est comastres errants qui sont contenus
;
mun
du soleil, les auges ou apoges des excentriques plantaires suivent exactement le mouvement des toiles fixes l'Astronome sabian ne parat point souponner qu'il faille attribuer aux absides du Soleil un mouvement propre par
Ainsi, selon Thabit, l'apoge
;
Al Battani avaient, avant lui, partag cette opinion errone. Ibn Iounis Ta galement adopte aprs lui.- Dans un passage du huitime chapitre del Table Hakmite, chapitre que Gaussin avait laiss de ct, mais que Sdillot l'astronome d'Hakem ne a traduit, et que Delambre a analys donne aux apoges et aux nuds que le mouvement commun d'un degr en 70 ans, ou plus exactement de 51" 14" 43 ,v 59 v en 365 jours . En analysant l'opuscule de Thabit ben Kourrah, nous n'avons pas dit un mot, jusqu'ici, du temps que la tte du Blier et la tte de la Balance emploient dcrire les petits cercles sur lesquels elles se meuvent. Il est assez remarquable, en effet, qu'il ne se trouve aucune mention de ce temps dans le corps mme du De motu octav sphatr. Cette indication est seulement contenue dans les tables d'accs et de recs qui terminent ce petit trait. Ces tables sont construites les unes au moyen de l'anne arabe, les autres au moyen de l'anne chrtienne. Ces dernires nous enseignent que la tte du Blier et la tte de la Balance accomplissent chacune leur rvolution en 4.171 ans et demi. Les tables o se trouvent cette indication font parfois dfaut dans les manuscrits 5 on s'explique ainsi que certains des astronomes de la Chrtient latine, qui ont expos le systme de la trpidation, soient demeurs muets sur la dure de ce mouvement. C'est ce que nous aurons occasion de constater lorsque nous analyserons, dans un prochain chapitre, les traits du calendrier de Robert Grosse-Teste et de Campanus de Novare. Comment Thabit a-t-il obtenu cette valeur de 4.171 ans ef demi,
et
1
,
;
qu'il attribue la
dure totale du mouvement de trpidation? (1 pas. Il no nous dit pai davantage comment il a t
fixe
une inclinaison de
)foyer*-Aoe,
p. o8.
28 30', an\
Dblamme, Hitto
l'.-ir
rc
<lr
r Astronomie du
exemple, dans
le
m. o 7333 du fonds
latin
de
If
Bibliothque
DMfioDnle.
246
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
du
Blier et de la tte de la
En indiquant avec cette minunumriques des trois lments du mouvement de trpidation, l'auteur nous laisse supposer qu'il les dduit d'observations nombreuses et soignes. Or, ces observations, la discussion dont elles ont d tre l'objet, il ne fait pas la moindre allusion. Il nous prsente une thorie arrte dans ses moindres dtails, et ne nous laisse rien deviner des ttonnements par lesquels il est parvenu la construire. C'est un des caractres mystrieux qu'offre le Liber de motu octaves sphrse
Balance un diamtre de
8 37' 26".
IX
al zarkali et les Tables de Tolde
Une
motu
octavae sphrse
nous con-
Kourrah
Il
peut paratre singulier que nous hsitions attribuer cet opuscule l'Astronome sabian, alors que tous les manuscrits de
la traduction latine le
donnent comme de lui. Mais ce tmoignage unique, car tous ces manuscrits sont vraisemblablement des copies
d'un
mme
tmoignage formel de plusieurs auteurs arabes ? Dans ceux de ses crits astronomiques qui ont t mis en latin, Thbit ne fait aucune allusion son livre du mouvement de la huitime sphre ni, d'une manire plus gnrale, au mouvement de trpidation. Sans doute, la lettre adresse Ishac ben Honein, qu'Ibn Iounis nous a conserve, tmoigne que Thbit ben Kourrah s'tait occup du problme du mouvement des toiles fixes et qu'il avait tent une solution de ce problme. Mais en quoi consistait cette solution ? Nous n'en savons rien, si ce n'est qu'elle n'tait pas identique celle des anciens astrologues mentionns par Thon
d'Alexandrie.
donc prouver que le Liber de motu octavse sphrse est bien de Thbit ben Kourrah, on ne saurait, en tous cas, invoquer le propre tmoignage de Thbit. Il ne semble pas qu'on puisse davantage appeler comme tmoin aucun autre astronome de l'Islam.
Si l'on
voulait
247
ben Kourrah Ishac ben Honein, ne dit pas un mot du mouvement de trpidation dcrit par le De motu octav sphr liber, bien que la discussion de ce mouvement part importante l'omission est d'autant plus frapl'objet de la Table Hakmile pante que la mme Table Hakmite cite, plusieurs reprises, le
;
Albyrouny nous donne, au sujet de ce Trait de Tanne solaire, une prcieuse indication. Uftd Aboul-Reihn Mohammed ben Ahmed Zein ed-Din al Birouni qui mourut en 1039, a laiss, parmi ses nombreux ouvrages, une Chronologie des peuples de T Orient cette Chronologie nous apprend qu'en une discussion sur la longueur de l'anne tropique, Hamzah ben al Hhasan al Isfahani, qui crivait Bagdad au x e sicle de notre re, invoquait, l'appui de son opinion, un trait Sur Tanne solaire de l'un des Trois frres, de Mohammed ben Mousa ben Shakir Albyrouny ajoute Le livre que Hamzah citait est le livre qu'on attribue Thbit ben Kourrah Thbit, en effet, tait lve de cette famille [des trois fils de Mousa ben Shakir] ce qui se peut lire en ce livre, il Fa tir des enseignements de cette famille... L'objet de ce livre est de prouver l'ingalit et la diffrence qui affectent les annes solaires par suite du mouvement de l'apoge cause de cela, pour dterminer le moyen mouvement du Soleil en une de ces annes solaires, il et fallu que les rvolutions eussent des dures gales et que les mouvements fussent proportionnels aux temps employs les accomplir mais les seules rvolutions qui ont paru Thbit garder une dure constante, ce sont les rvolutions sur l'excentrique, comptes depuis le passage en un point donn de l'excentrique jusqu'au retour au mme point... Mais ce n'est pas cette dure l qu'on nomme anne solaire... .
Si
Thbit regardait
qu'il
comme
constante l'anne
anomalistique,
c'est
assurment
quinoxes
telle
n'admettait pas
1
la
c'est,
vrai-
semblablement, qu'il substituait au mouvement continu et uniforme des points quinoziaUX, suppos par ces astronomes, un
oriental ischer Vlker berauagegeben von The Chronology oj (ne oriental 1876-1878, p. 5a nations, an englisch venton oj thr arabic texi of the Athar*ul*Bakiya oj [Link] m. translated with notea bj Ed Sacbau, London, 1*711, pp. 61
i
\i.i'.i
n
;
Chronologie
Ed
Sacbau
\.<
tipzig,
248
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
alternatif d'accs et de
mouvement
recs. Mais ce
mouvement
de l'anne solaire,
tait-il
ben Kourrah dans son Trait identique celui que dcrit le Livre du
sphre! Rien, dans les propos d'Alby-
mouvement de
la huitime
Un
mouvement
;
mais ce passage d'Albyrouny nous induirait croire que ces astronomes n'admettaient pas le systme de trpidation expos par le Liber de motu octav sphr qu'ils admettaient un accs et un recs des points quinoxiaux, cet accs et ce recs ayant l'un et l'autre une amplitude de 8, comme au systme des anciens astrologues cits par Thon d'Alexandrie. En effet, aprs avoir rappel en quel point les astronomes chaldens faisaient commencer Tanne tropique, Albyrouny
;
ajoute
pensaient
que
cette
diffrence provient
du mouvement
alter-
nativement direct
l'amplitude
et rtrograde
plus
trouve au Zg as-Safd' ih
al Khzin, et
compos Ibrhm ben Sinn. Or Abo Ga' far al Khzin est mort entre les annes 961 et 971 aprs J.-C, et Ibrhm ben Sinn, mort l'ge de 38 ans, en aot 946, tait le propre neveu de Thbit ben Kourrah.
D'autres astronomes encore, plus exactement contemporains de
vements du
mouvement de trpidation. Au tmoignage dTbn al Kifti l'astronome Ibn al Adami avait compos un trait qui fut publi aprs sa mort, en 920, par un de ses disciples. Dans ce trait, il dterminait le mouvement des astres selon la mthode du livre as-Sindhind il disait, au sujet du mouThbit, ont crit des traits sur le
2
,
vement d'accs et de recs de la sphre cleste, certaines choses que personne n'avait exposes avant lui. Ce qu'on entendait conter l'endroit de ce mouvement avant l'apparition du livre en question ne pouvait tre ni compris ni rduit une rgle fixe mais lorsque ce livre eut t publi, on put comprendre la forme de ce mouvement vagabond ce fut la cause qui amena un grand
;
;
i.
traduction anglaise,
pp. 325-326.
*>.
Al
[Link],
Opus nsfrnnomirum,
t.
I,
p. 3o3 (Note de
M. Nallino).
49
nombre d'astronomes
al Andalousi,
ben al-Hhasan
dclaration
:
fait cette
il
m'apparut, au sujet
de ce mouvement, des vrits qui n'ont, je pense, apparu jusqu'ici en cet crit, j'ai dcouvert les principes que j'ai personne
;
Adami
;
s'tait
inspir,
de bon nombre d'auteurs arabes, n'tait autre que le trait indien Souri/a-Siddhdnta et ce trait adoptait une thorie de l'accs et du recs analogue celle qu'avaient
d'Habasch
et
mentionns par Thon d'Alexandrie seulement, l'amplitude de l'oscillation tait porte de 8 54, et la vitesse qui lui tait attribue atteignait peu prs 1 en 67 ans. C'est donc ce systme, prsent par un contemporain de Thbit ben Kourrah, qui tait lou par ses successeurs comme la thorie la plus parfaite du mouvement de trpidation qu'on et encore donne loge bien singulier de la part de ces astronomes, s'ils eussent connu le Liber de motu oclav sphrw ! Les renseignements concordants que nous fournissent Ibn lounis, Albyrouny, Ibn al Kifti, nous permettent donc d'affirmer que Thbit ben Kourrah et ses successeurs immdiats avaient admis l'hypothse de l'accs et du recs et en avaient tir des consquences relatives la dure de l'anne mais ils ne nous autorisent nullement affirmer que le systme de trpidation adopt par ces astronomes ft celui qui est expos au Liber de motu octav sphr.
expose les
;
anciens astrologues
Nous allons entendre bientt divers auteurs musulmans ou juifs nous affirmer, de la manire la plus catgorique, que ce dernier
systme a t imagin par Al Zarkali. Ibrahim ben Iahia al Nakkach abou Ishac, surnomm Ibn al Zarkali al Andalousi, est dsign, dans les crits astronomiques du Moyen Age, par les noms d'Azarchele, Arzachele, al Zarcala, etc.
*.
Le
titre
manu-
Mmoire sur cette question Iji prcession drs cjuinoxe* avant llipparque ? Ch. VI, 5. 2. Sur Al Zarkali, voir Vile di maternt ici arahi tratti <Ia un'opera irwdita di BmuadimO Baldi, con note di M. Stkinschnbideh, art XI Arcahrl (litillrttn dt Bibliografia p di Stori di'He Scirncr mafrma/ichc e fsicJir, DilbblicttO fia II lioNCOMfAfiM, t. V. 187/, ||). f>o8 F)2/j) M SntlttCNNBtDKII, FJuttrs sur Zarkali, astronome arabe du Xfa ticle, ei etouoragee (Bulletino.. pubblicato XIV. 1881, pn 171.181 dt B. Boxcoiipaoni, "\vi, i883, pp. fo3-5*7 XVII, ,884, Pp. 7 r r>-7'/ t. aVIII, i885. pp. 343-So t. \\. iHH 7< l.
i.
Th. H. Martin,
a-/-elte t connue...
>
pp.
\-'M\ ef
pp. .'yS-fm/,).
250
scrits,
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
nous apprend qu'il tait andalou ou qu'il vcut en Andalousie. Aboul Hhassan nous apprend qu'il observait Tolde en 1061 il nous cite une autre observation faite par lui en 1080 l'poque de son activit scientifique nous est donc connue avec une assez grande prcision. Quelles furent exactement les doctrines d'Al Zarkali sur le mouvement des toiles fixes ? Nous les trouverions, sans doute, dans
!
;
l'ouvrage intitul
serve
2
Trait sur le
mouvement des
;
une traduction en hbreu cette traduction fut faite, durant la premire moiti du xiv e sicle, par un juif de Marseille, nomm Samuel ben Jhuda, et surnomm Rabbi Miles. La lecture de ce trait nous tant inaccessible, nous sommes rduits demander aux Tables de Tolde ce qu'Ai Zarkali enseignait touchant le mouvement lent de la sphre toile. Rien ne prouve que les Tables de Tolde soient d'Al Zarkali 3 nul manuscrit de ces tables ne le dsigne comme en tant Fauteur il est seulement nomm dans les Canons qui prcdent ces tables, et que tout concourt faire regarder comme son uvre. Sur les principes poss par Al Zarkali et que dveloppent ces Canons, les Tables de Tolde auraient t dresses par un groupe de savants arabes et juifs, encourags par le kadi Sd ben Sd. Au sujet de la confection de ces tables, nous avons rencontr un renseignement qu'il nous faut reproduire ici, bien que nous n'en connaissions pas l'origine et que nous ne puissions, par consquent, en contrler l'exactitude. Le ms. n 7281 (fonds latin) de la Bibliothque Nationale est un le recueil d'crits astronomiques qui furent runis au xv e sicle copiste, qui tait srement un astronome curieux du pass de sa propre science, a enrichi plusieurs des pices qu'il transcrivait en y joignant des remarques intressantes. C'est ainsi qu' l'un des crits contenus en ce recueil, aux Canones tabularum astronomie
;
u
:
Ces tables ont t composes par Abensahet (Sd ben Sd) juge (kadi) du roi Mamoun (Al Mamoun Yahy) Tolde. Arzahel, et d'autres avec lui, taient disciples de ce juge
i.
;
mais Arza-
Supplment au Trait des instruments astronomiques des Arabes, par Am. Sdillot, Paris, i844 P- 3o. Cf 2. Bibliothque nationale, fonds hbreu, ms. n io36 Steinschneider, tudes sur Zarkali (Bulletino... da B. Boncompagni, t. XX, 1887, P- 3). 3. Cf. Delambre, Histoire de l'Astronomie du Moyen-ge, p. 176 Steinschneider, tudes sur Zarkali (Bulletino... da B. Boncompagni, t. XX, 1887,
L.
\
4-
n<>
251
Lorsque Arzachel
ledit roi
alla
;
Cordoue
il
l,
il
imagina
lui, vint
et
excuta de nouvelles
observations
l aussi,
composa un
Aprs
trait sur le
mouvement du
;
Alcamet, qui fut disciple d'Arzachel et, aussi, disciple de Messala (Masciallah) a cet Alcamet composa les tables persanes et les quatre premires tables. Aprs lui, Albubalet de Cordoue, qui fit ses observations
Soleil et des toiles fixes.
de la composition des Tables de Tolde, il semble, en tous cas, que ces tables nous prsentent un reflet fidle des doctrines astronomiques professes par Al Zarsoit l'histoire exacte
Quelle que
kali.
emprunt Thbit ben Kourrah le systme de trpidation qu'il adopte ? Nous allons entendre des auteurs musulmans, qui ont crit moins d'un sicle aprs Al Zarkali, nous affirmer de la manire la plus formelle qu'il a imagin le
Al Zarkali
a-t-il
premier ce systme. Si nous voulons admettre leur tmoignage, et aucun tmoignage en sens contraire ne nous autorise le rcuser, il nous faudra bien admettre galement que le Liber de moht octavx spfirai n'est point de Thbit, qu'il est d'Al Zarkali ou de quelqu'un de ses disciples. V oici le premier et le plus dtaill de ces tmoignages il
r
;
Bitrogi.
Ds l'introduction de sa Thorie des plantes Al Bitrogi nomme Al Zarkali Tous les modernes, dit-il, ont suivi Ptolme, aucun n'a combattu ses affirmations, si ce n'est le clbre Alzarcala au sujet du mouvement de l'orbe des toiles fixes, et le fils d'Aflah de Sville propos de l'ordre des orbes du Soleil, de Vnus et de Mercure .
L o
la
nom
:
abrg
Abu Isac Abrahim donne Kuewah winolus Zarques , mots o Ton reconnat Abou Ishac Ibrahim ben lahia cognominatus Zarkala. La version hbraque
i.
Ce
n'est pas AI
il
Mamouo Yahy
Yahy
(101-107J
<jui fui
chass
<!<
(1
Tolde par
81);
Alphonse VI;
lui-ci
eut
la
chrtiens enlevrent son tu me. Noire annotateur commis une confusion entre les deux Yahy 2. Il y ici une erreur manifeste; Masciallafa vivait en la premire moiti
les
en
ioHj,
du
ix'
sicle.
A
U.PSTRA011 Arum Theorica planetarum 4- Joi ioain, Recherche critiques suc l'ge uArietotCt p 5o8,
toi.
et
252
faite
LA COSMOLOGIE [Link]
de ces noms
Aprs avoir rappel quel tait, selon Ptolme, le mouvement des toiles fixes, Al Bitrogi poursuit en ces termes i Le docteur Avoashac Alzarcala, qui lui a succd, a suppos dans son mouvement d'accs et de recs, que ce mouvement ne se produisait pas toujours suivant l'ordre des signes, comme Ptolme l'avait cru. A l'aide des observations de Ptolme, qui vcut avant lui et qui prtendait que ce mouvement procdait toujours selon l'ordre des signes, des observations des astronomes venus aprs Ptolme, enfin, de ses propres observations, il a affirm que ce mouvement tantt procde suivant l'ordre des signes, et tantt rtrocde, distinct alors du mouvement de l'Univers et marchant contre l'ordre
:
des signes.
Il
fait
reposer ce
lme a fait d'entre eux mais ces hypothses et ces principes sont fort loigns de la vrit, et, coup sr, tous ces principes sont imagi;
analogues aux principes sur lesquels Ptoreposer la thorie des astres errants ou de plusieurs
meuvent
et
qui
sont
mus
et,
donner son adhsion. De ce qu'Alzarcala a dit de l'accs et du recs de l'orbe des toiles fixes, nous avons dj fait mention prcdemment cela se trouve consign dans certaines tables composes par ceux qui s'occupent de la science des astres mais comme c'est un mouvement imaginaire et non point un mouvement vrai et exact, ceux qui sont venus depuis n'en ont plus parl, et leur silence a engendr une controverse relative aux positions
il faille
;
des toiles
fixes.
La version hbraque, plus complte que la version latine de Calo Galonymos, aprs avoir donn mention, comme il est fait au dbut du prcdent passage, du livre sur le mouvement d'accs et de recs compos par Al Zarkali , ajoute Les astronomes qui sont venus aprs lui ont dress des tables relatives ce mouvement ils ont aussi dress des tables pour la variation d'inclinaison du cercle solaire et pour tout ce que ce mouvement
: ;
exige...
i. Vite di matematici Arabi traite da un'opera inedita di Bernardino Baldi con notedi M. Steinschneider. XI. Arzahele. Note 8 (Bulletino. , pubblicato da B. BoNCOMPAGNi,t. V, 1872, p. 5i3). 2. Alpetragii Arabi Theorica planetarum, fol 6, verso. M. Steinschneider {loc. cit. y p. 5i2) a lucid certains passages fautifs de la version de Calo Calonymos en les comparant la version hbraque.
253
Une troisime
fois,
Al Bitrogi parle
dit-il,
',
mmes
:
Avoashac Alzarcala,
les
il
ments, s'effora de
avait sembl, et
en composa une thorie et un compui, bienqifil n'ait pas connu vraiment et parfaitement le mouvement des toiles, savoir que les ples de l'orbe des toiles fixes se meuvent sur des cercles parallles l'quateur, de telle sorte que le mouvement des toiles suive le mouvement de ces deux ples. Dans tout ce qu'Ai Bitrogi nous dit des travaux d'Al Zarkali touchant le mouvement des toiles, il ne fait aucune mention des recherches de Thbit ben Kourrah, comme si celui-ci n'et pris aucune part la thorie de la trpidation qu'adoptent les Tables de Tolde, et que celui-l en ft le principal inventeur. Cette impression est bien celle que la lecture d'Al Bitrogi a fait prouver Delambre 2 bien qu'il ne sache s'il doit reconnatre Arzachel , c'est--dire Al Zarkali, dans cet Avoashac Alzarcala , il se demande s'il faut lui attribuer la premire ide de la trpidation tablie avec plus de dtail par Thbit, qui pourtant parait ne pas y croire. D'ailleurs, peut-on douter qu'Ai Bitrogi ne regarde Al Zarkali comme l'inventeur du mouvement d'accs et de recs admis par l'Astronomie de son temps, lorsqu'il le dsigne
;
comme
Si
le
seul des
modernes qui
?
ait os,
l'autorit
de Ptolme
nous runissons les renseignements divers que nous donne Al Bitrogi, nous voyons qu'Ai Zarkali a crit un livre sur le mouvement d'accs et de recs que ce livre se compose d'une thorie enlin que les astronomes qui sont venus aprs lui et d'un compui ont dress des tables o sont calcules d'avance les consquences
; ;
lr
ce
mouvement
et,
de rclip tique.
Au nombre
doute compter
il
il
faut sans
le
aucun
mou-
de recs, qui compose d'une thorie et d'un computi comment ne pas reconnatre, clairement dsign, Le Liber de motu uclavm tphserae ? Il semble donc vident qu' tort
vement d'accs
et
ou
raison, Al
Zarkali,
<
nulle-
ment
fol. ta, recto Leti mots El \ [Link] Aon Aiiahi Planetarum theorica t i. * compotuit de hi theoricam tt computum doivent ir<- placi immdiatemeol lurf. ut ibl nsum '.s/, RVAOl I' mot nprr du l'Aetromomie Moyen-Age, Mtoire de y. 1, Delambas,
,
254
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
vraisemblablement cette opinion on s'explique ainsi qu' propos de la thorie de l'accs et du recs, il cite Al Zarkali, tandis qu'il ne prononce pas le nom de Thbit. Ptolme, dit-il a pens que l'orbe des signes est anim, en outre du mouvement diurne, d'un mouvement trs lent, qui accomplit sa rvolution en trente-six mille ans. Quelques autres se sont imagins que ce mouvement tait un mouvement alternatif d'avance et de retard tel ce personnage surnomm Alzarcala, qui fut de notre pays, c'est--dire d'Andatels aussi ceux qui l'ont suivi ils ont compos une cerlousie taine Astronomie qui a ce mouvement pour consquence. Dans un autre ouvrage, Averros semble, plus expressment encore, dsigner Al Zarkali comme le premier astronome qui ait donn une forme acceptable la thorie de la trpidation. L'ouvrage dont nous voulons parler est l'abrg de YAlmageste que le clbre philosophe avait compos on en possde seulement une version hbraque qui n'a jamais t imprime. Vers la fin de la premire partie de cet ouvrage *, en traitant de la thorie du mouvement des toiles fixes, Averros observe que cette thorie faisait natre des doutes chez les observateurs arabes jusqu' ce que l'homme connu chez nous dans cet art, dans lequel il surpassa tous ses prdcesseurs, nomm Al Zarkala, et fait des efforts en ses observations et qu'il lui ft possible, en les combinant avec celles qu'il trouva faites avant lui, de produire une quation de ce mouvement. Al Bitrogi et Averros ne prononcent donc pas le nom de Thbit ben Kourrah lorsqu'ils parlent de la thorie de la prcession desquinoxes tous leurs loges vont Al Zarkali. Mme silence l'gard de Thbit, mme enthousiasme l'gard d'Al Zarkali se remarquent chez un astrologue juif qui fut le contemporain d'Al Bitrogi et d'Averros nous voulons parler du clbre Abraham
;
;'
qui,
comme Ton
sait,
naquit en 1119
et
dans son
trait
annoram mundi
et
3
.
mundo
compos en 1147
Malines, en 1281
de l'hbreu au
latin,
Averrois Epitome Metaphysic (Aristotelis Stagirit^: Metaphysicorum XIIII cum Averrois Cordubensis id eosdem Commentariis et Epitome. Venetiis, apud Juntas, MDLIII, fol. i52, col. a). 2. Steinschneider, Etudes sur Zarkali (Bulletino,.., t. XX, 1887, p. 17). 3. Abrahe Avenaris Judei Astrologi peritissimi in re iudiciali opra ab excellentissimo Philosopho Petro de Abano post accuratam castigationem in
libri
:
LA PHCESS1UN
DJSS
Ul'LNOXES
255
Les anciens sages ont affirm qu'elle tait exactement de 24. Ptolme prtend qu'elle est plus grande que 2345' et moindre que 2351', mais il n'en a pu conde Pcliptique sur l'quateur
1 :
Abraham
[Il
faut lire
Abrachis, c'est-
Les savants sarrazins ont plus de gnie que tous ceux-l, car, en leur science, ils s'accordent entre eux ils
;
s'accordent donc
ben Abou Mansour) et Abraham Azarchel, qui eurent encore plus de gnie que tous ces derniers ils ont dit que l'arc d'inclinaison tait 2333'. Plus loin 2 Abraham ben Ezra nous parle du mouvement de
Except Yahagi
fils
d'Eumanasour
(Ihia
>
Ptolme dit que l'auge du soleil se trouve 6 des Gmeaux 3 au lieu qu'indique Ptolme. Aprs lui, vinet il fut, en effet rent de nombreux observateurs, dont la science ne le cdait pas ils trouvrent que, durant les celle de leur prdcesseur 720 annes coules entre Ptolme et leur temps, l'auge avait
;
, ;
"ne
Ptolme
c'est
homme
d'Albategni, et
quia compos des tables sur le mouvement gal qui prtend que ce sont les tables de Ptolme.
fntrodficiorium quod dicitur principiuin sapientie. Liber rationum. Liber nativitatum et reoolutionum earu/n. Liber interrogationum. Liber electionum Liber huninarium et est de cognitione diei erefici seu de cognitione cuise crisis. Liber coniunctionum plunetarum et reoolutionum anno/uni iiiiimii qui dicitur de mundo vel seculo. Tracfatus intuper quidam jxirticulares eiusdem Abrahi. Liber de eonsuetudinibus in iudictis astrorum et est centiloquium Bethem breoe admodum. Eiutdem de koris plunetarum t (lulophon (au fol. XCI, verso, la fin dea traites d'Abraham ben Kzr.-i) xpliciunt peritiasimi astrologi Abrahe Avenaria preclara opuacula eu m nonnullis particularibua tractatibus egregiis astrorum iudicibus s^i conducentinua Vrte cl ingenio aolerlia viri Ptri Liechtenstein in cornus ununi (ad commune divino huic aegocio inhiantium commodum) miro indagine accumu* la ta Impen saque propria pulcherrimia his characteribua excusa. Venetiia Anuo virinei par tu a aupra milleainium quingentesimum aeptimo Pridie kalendaa Juniaa Cum Pririlegio. La <].<(< du Liber de mundo vel secnlo est donne par une phrase <jui m trouve au fol. LXXX col. I> nous y voyons qu'il ftit compoae en an
latinurn traducta.
.
;'i
(908
lu
1.
(\e
\i\
cration
(lu
Monde
11/17
('
l'Incarnation
Seigneui
\miiahah
\i
iikn Eisa, Op. laud.t fol. LXX1X, col a. ata I'./.ma, Op laud. t fol. LXXDC, coll. I> el c. Le texte ajoute ici lea mota Si est temper ubi dieit ipte Ptoletneu : non aeulemenl ces mots expriment une rieur, maii ils sont en contradiction avec ce qui suit. Ils reprsentent une glose de quelque copiste ignorant.
iiaiiam
250
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
du
Gmeaux. que le mouvement des toiles situes dans l'orbite suprme tait de 1 en cent ans. D'autres ont trouv que ce mouvement tait d'un degr et demi en chaque laps de
Ptolme a
dit aussi
cent ans.
Pour nous, en ce qui concerne le lieu du Soleil, nous nous sommes appuys sur ce qui tait au temps d'Azolphi (As Soufi) nous n'avons jamais vu, en effet, qu'il et exist un observateur semblable celui-ci dans l'invention des calculs astronomiques.
En
ce point, d'ailleurs,
Abraham Azarchel
il
s'accorde avec
lui.
lui.
Or, en son
temps,
il
s'est
trouv d'accord
avec ce qu'avait
Azolphi.
!
,
pour
;
une pr-
selon
lui,
Dans ces remarques o il eut t si naturel de citer le Tractatus de motu octav sphr de Thbit ben Kourrah, Aven Ezra ne fait aucune mention de ce livre le nom d'Al Zarkali, au contraire revient plusieurs reprises, et, ses dterminations, conformes celles que contient le livre attribu l'Astronome sabian, sont cites avec grand honneur. Aboul Hhassan, de Maroc (Abou'Alial Hhasan al Marrakoushi), qui crivait au commencement du xm e sicle, s'exprime peu prs comme Al Bitrogi et comme Averros. Parlant du mouvement de prcession des quinoxes, il dclare 2 que les rductions faites par Hipparque et par Ptolme ont caus des erreurs dont Ces derniers ont puis il ajoute les modernes se sont aperu essay d'y remdier, et le premier qui l'ait fait avec succs, et qui ait donn des dterminations justes et exactes est le cheik Fadhel Abou lshkh Ibrahim ben Iahia, surnomm Ab Rhazkhllah (Al
; ; :
un ouvrage
ceux qui s'occupent de cette matire. A la suite de cette indication, Aboul Hhassan donne des tables de trpidation disposes exactement comme celles que l'on trouve au De motu octav sphr ; seulement, les nombres qu'il adopte sont un peu diffrents de ceux qu'on trouve en ce livre au lieu
;
i.
fol.
LXXX,
col. a.
Trait des instruments astronomiques des Arabes par Aboul Hhassan Ali de Maroc, traduit pari. J. Sdillot, tome premier, Paris, i834-i835 ; p. 127.
2.
257
de donner F excursion du point quinoxial sur l'cliptique une amplitude de 2130', ii rduit cette amplitude exactement 20 en outre, au lieu d'attribuer au phnomne d'accs et de recsune
;
il
admet que
:
cette priode
il
enfin
fait
varier
et
dans
le
mme
du recs; en
lui qui
particulier,
il
forme qui devait, pendant plusieurs sicles, ravir l'assentiment des astronomes; le Liber dr motu octauie sphr n'est pas de lui; il est l'uvre d'Al Zarkali ou d'un disciple de ce dernier. Cette hypothse fournit, en outre, l'explication d'une particularit embarrassante que prsente le Liber de molli oclaviv sphaer. Cet ouvrage cite l'opinion d'Al Battani sur le mouvement des toiles tixes les termes de cette citation, rapprochs de ceux cjui sont employs dans Opus aslronomicuui, nous amnent conclure que ce dernier ouvrage se trouvait sous les yeux de l'auteur du Liber de motu oclavn- sphsurw lorsqu il a compos son opuscule Mais Thabit ben Kourrah est mort au mois de fvrier 901 comment a-t-il pu connatre, et mentionner comme antrieur ses propres recherches, YOpus asironomicum d'Al Battani, o sont
; ;
Pour expliquer cette trange t, M. Nallino est oblig de supposer que Thabit ben Kourrah a eu en mains une premire dition de
thque de l'Escurial nous a conserv le texte arabe et qui a t traduite en latin par Platon de Tivoli. I/trangete disparait
d'elle-mme
suppose que le Liber de motu octavse spha n'est point l'uvre de Thabit, mais bien l'uvre d'Al Zarkali. Ajoutons qu'au Moyen Age et l'poque de la Renaissance,
si
l'on
alors
i.
que
la
de
Thbil
<-t
d'Al
Zarkali
m miel
J.
il.
Tout ce qu'Aboul Hhaasnn lit Aboul Hhamam, Op. Imui.. pp 17V7K 'le la trpidation donn lieu m 1rs remarque! forl nexactea <! \hoi Sdillol Hhassan, Op. huit!., y. 100, en note) el de I.. Vni Sdillol a.m. Ski. ni. ni. Supplment <i>> Trait sur les instrument astronomique*
1
1.
pp. 3i-3
IIi;
DUIIEM
T.
2.')8
la cosmologik hellnique
s'unissait
une
temps o ils vcurent, il n'tait pas rare qu'on regardt l'auteur du De motu octav sphre comme un successeur de l'Astronome de Tolde. On marquait bien, par l, la parfaite concordance entre les thories de la prcession admises par ces deux
auteurs.
que Pierre d'Abano, dans son Lu cidator As tronomi, crit Quelques-uns propos du systme de la trpidation des astronomes qui sont venus ensuite ont dvelopp davantage
C'est ainsi
1
l'tude de ce
mouvement
ils
qui
produit
c'est
ce
que
de Chora . Au seizime sicle, dans une ouvrage qui renferme d'intressants renseignements historiques touchant la thorie de la prcession des quinoxes, et dont nous aurons parler plus longuement dans l'article suivant, Agostino Ricci semble 2 partager l'opinion de Pierre d'Abano et regarder Thbit ben Kourrah comme postrieur Al Zarkali. De tous les faits que nous venons de runir semble se dgager cette conclusion le Liber de motu octav sphserse n'est pas l'uvre de Thbit ben Kourrah, mais celle d'Al Zarkali ou de quelqu'un
Tolde, et ce qu'a entrepris enfin Thebit
:
Al Zarkali est l'inventeur du mouvement de trpidation que l'auteur de cet crit attribue la sphre des toide
ses disciples
;
les fixes.
d'Aboul Hhassan, un autre renseignement prcieux sur l'uvre astronomique d'Al Zarkali. Le douzime chapitre de ce trait commence en ces termes 3
le trait
Les observations d'Al-Razkl (Al Zarkali) ont fait connatre que l'apoge du Soleil avance dans la sphre toile [suivant l'ordre des signes] d'un degr en 299 annes grecques, ce qui donne une minute environ pour 5 annes arabes car il faut retrancher de cette progression prs d'une minute aprs chaque
donc le premier qui ait vraiment mis en vidence le mouvement propre que l'apoge solaire prouve, d'Occident en Orient, par rapport aux toiles fixes en outre, l'valuation qu'il a donne pour la vitesse de ce dplacement s'carte fort peu de la
Al Zarkali
est
;
i.
II.
(Bibliothque
Riccn
Lutetiae
Simon
Coli-
neeus i52i,
3.
fol. 6,
verso.
2.V.J
il
pense, en
effet,
que
l'Astronomie
dans
le
mme
dcouverte
faite.
sufiirait
nom
de l'astronome qui Ta
cel-
C'est
mouvement de l'apoge solaire mais, bien qu'il eut trouv l'apoge du Soleil plus avanc vers l'Orient qu'au temps d'Al Battani, Al Zarles d'Al Battani qu'Ai Zarkali fut
;
amen
dcouvrir ce
kali
Peurbach
cure.
de dire que
le
meut sur un
certain petit
que son prdcesForce lui fut donc, crit Georges de centre de l'excentrique du Soleil se cercle, comme il arrive pour Mer-
mme
Peurbach, il y a cependant une diffrence essentielle signaler. Ptolme a fait dcrire, au centre du dfrent excentrique de Mercure,
un
du Monde. Au contraire, le cercle sur lequel Al Zarkali fait mouvoir le centre du dfrent excentrique du Soleil a ncessairement pour centre le centre du Monde, puisque l'excentricit du Soleil est, par cet astronome, rpute invariable
le centre
2
.
les Tables
Alphonsines
d ThAbit ben Kourrah ou qu'il ail Al Zarkali pour auteur, le systme que propose, pour rendre compte <lu mouvement des toiles fixes, le Liber de motu octaves sphr va jouir, auprs des astronomes du Moyen Age, de la plus grande vogue.
Qu'il soit
Purbachii Epilomej ni Cl. Ptolemosi lu fine Per Henrienum Petrum Menae Auguste Anno .MDXLIII. Lib. III, prop. XIII, pp. 5O-7. une ide errone de l'opinion dAl Zarkali si ou 2. On voit qu'on aurait la jutreail d'aprs ce qu'en dit L. Ain. Sdillot (L. Au. Sbdillot, Supplment un Trait des Instrument astronomique* des Arabes, Paria, i844)< Parlant d'un astrolabe ou shajiah d'Al Zarkali, cet Buteur crit par On % instrument qu'Arzachel Faisait tourner !< centre de rexc< ulrique dans un petit cercle pour expliquer la diffrence qu'il trouvait entre l'excentricit lu Soleil et celle qu'indique Ail Il dit encore (p. 191 Noua rappelons seulement que l'aatronome de Tolde, pour expliquer la diffrence d'excentricit qu'il avait remarque entre tes propre bservationa du Soleil et cl 1rs d'Al |jjitf jtrni, faisait tourner le centre de l'excentrique dana un petit
i.
Joauxm di Monti
Rsoio
et
Georoii
Basileas,
<
cercle
200
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
le
une thorie
toute
cette thorie
1
.
d'Al
Le disciple nous l'avons expose au chapitre prcdent d'Ibn Tofal se borne, comme il le fait pour toutes les parties de
Bitrogi,
lui,
expli-
quer
le
mouvement des
faits
toiles fixes
mais
il
parer aux
observs
il
astronomes de profession passent-ils, sans s'y arrter, devant sa ils ne sauraient lui accorder doctrine trop abstraite et gnrale mme une part minime de l'attention qu'ils concdent la tho;
rie prcise
d'Al Zarkali.
Alphonse X, roi de Castille, surnomm l'Astronome, le Philosophe ou le Sage, apparat, dans l'Histoire, comme le type des princes auxquels un got excessif des choses de l'esprit a fait oublier l'art de rgner. Les malheureuses vicissitudes que subit son pouvoir ne l'ont pas empch, cependant, d'exercer une influence fconde et durable sur le dveloppement scientifique de la Chrtient latine. Durant sa vie, Tolde devint, plus que jamais, le rendez-vous des astronomes et des traducteurs de toute de cette race et de toute religion, chrtiens, juifs et maures source, des courants nombreux drivaient, qui portaient aux
;
Latins les antiques traditions de la Science hellne et les dcouvertes plus rcentes des sages de l'Islam.
Le 3 des calendes de Juin 1252, le jour mme o Alphonse X succda son pre, furent promulgues les Tables astronomiques dresses sous les auspices du roi Alphonse. Ces tables taient rdiges en cet ancien dialecte castillan qu'on nomme le romance. Les listes de nombres qui, originairement, formaient ces tables, semblent, aujourd'hui, perdues 2 en revanche, le texte qui accompagnait ces listes parait conserv, sous sa forme premire, en cinquante-quatre chapitres d'un manuscrit de la Bibliothque Royale de Madrid 3 Une traduction ou une soi-disant traduction latine en fut donne par qui et en quel temps, nous^ne saurions le dire. Nous verrons ultrieurement qu'elle ne parait pas avoir t connue Paris avant les dernires annes du xm e sicle mais, aussitt
;
.
i.
Alfred Wegener, Die astronomisclien Werke Alfons X. 5. Die Tafelfragmente in IV liande der Libros del Saber (Bibliotheca mathematica, 3 e srie,
2.
t.
6.
LA
PRKCKSS10S
DKS QUINOXES
*2()1
vivement L'attention des astronomes qui, jusqu'au temps de Copernic et par del ce temps, ne cessrent plus de discuter les Tables Alphonsines^ de les complter, de les utiliser. Ds 1483, une dition imprime du texte latin fut donconnue,
elle attira
1res
ne
' ;
nombre; on en
90,
1
cite qui
487, 1188,
192, loi 8,
16H.
reproduisaient-elles
Jusqu' quel
c'est ce
Tabule Alfonsii
que nous examinerons la fin de ce Chapitre elles reprsentent, en tout cas, ce que la Chrtient latine a pris pour la pense mme d'Alphonse le Sage ce sont elles, et non point le trait original compos en romance, qui ont exerc une influence puissante et durable sur le dveloppement des doctrines astronomiques. C'est pourquoi ce sont ces tables mises en latin que nous
; ;
Les Tables Alphonsines nous intressent ici par ce qu'elles ont innov dans la thorie du mouvement des toiles fixes. Les auteurs de ces tables ont pens que la thorie formule dans
Almageste.
et la thorie
propose par
le
Liber de
motu octav
sphr et par les Tables de Tolde, taient galement incapables, si on les considrait sparment lune de l'autre, de rendre un compte satisfaisant du mouvement de la sphre toile mais ils ont admis que ce mouvement pouvait tre trs exactement reprsent si l'on adoptait simultanment les deux hypothses. Les astronomes du roi Alphonse supposrent donc que la sphre des toiles fixes tait anime de trois mouvements Le mouvement diurne; un mouvement de rotation uniforme, d'Occident en
;
:
enfin
1<'
mouvement de
Al Zarkali.
Comme
un axiome reu, au
Moyen Age, par tons les physiciens, dfendait d'attribuer deux mouvements diffrents un mme orbe, ces trois mouvements taient dpartis trois sphres distinctes le mouvement de tr:
La
huitime sphre,
Le
la
mouvement
tait
i
i. [Link] RBQIS CA9TELI II BTM88IMI Clflcitt nui mol nu m 1<iUuhi\ /!<> /:> <// strlInriim ji.r iriun longitudine ac latitadine ai/ont ii tempore ad motus vcritatttm mira diligent ia reduclce. It primo Joaxnih saxioni tabulas alfont ii r*awoneMordinati incipiant faustistime. Colophon Finis Labularum natronninicnrum Aloritii rgis caste Ile. Impressioneni quart] emeodatisstmani Krharilus rat doit Rugusteosis mira sua arte et impensn Foclicissiniu sidre complere cura\ ii A nun s.-iluiis 83 S non. Juli. st gradu ni lient? hoc \ A n no iiiuinli yiik hoIo d^o domina ni n -i (tlnrin
I
il
<
2f)2
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
vime sphre non toile, le mouvement diurne par une dixime sphre galement prive d'astre.
Ces trois mouvements, d'ailleurs, se transmettaient aux sept sphres des astres errants, entranant les orbes excentriques avec
leurs apoges et leurs nuds. Les Tables Alphonsines, en dpit
mou-
vement de l'apoge
solaire
toiles fixes.
En
propos par Ptolme, d'autre reu par Al Zarkali, les astronomes d'Alphonse X modifiaient en un seul point les suppositions de leurs prdcesseurs. Ptolme voulait que le mouvement de rvolution des toiles fixes ft achev en 36.000 ans; le Liber de motu octav sphr enseignait que la dure totale de l'accs et du recs tait de 4.171 ans et demi; les Tables Alphonsines assuraient que la priode du premier mouvement est 49.000 ans et que la priode du second est 7.000 ans.
Gomment
les
auteurs
avaient-ils
ouvrage qu'on le peut demander on n'y trouverait, cet gard, aucune indication on n'y trouverait mme pas l'expos du Mdias systme que nous venons de prsenter. Sous ce titre motus aucjium et stellarum fixarum, accessus insuper ac recessus octava? sphr omniumve plantarium reperire , on trouve, aux Tables alphonsines*, trois tables numriques, prcdes de canons, c'est--dire de rgles toutes pratiques pour l'usage de ces tables. Ces canons et ces tables permettent de calculer, pour chaque poque, d'abord l'effet du mouvement continu de prcession, puis l'effet du mouvement d'accs et de recs. Mais comment ces tables ont-elles t dresses? Quels mouvements attribuent-elles aux diverses sphres clestes ? Quelles sont les priodes de ces mouvements ? Elles sont muettes cet gard, et laissent au lecteur le soin de deviner les rponses par la discussion de leurs colonnes de chiffres. Ne leur demandons pas, ds lors, pourquoi
; ; :
L'dition
l'ait
Romaxokum
resiitut,
phimmoram locorum
autoribus lune
:
usae est la suivante Divi [Link] tabul in propriam integritalem postrema editione deerunf, curn accessione variarum tubellurum ex diverses
:
inszrtaram, ctiin in usas ubevtatem, tum difficultalis subsidiuiii Quorum nomina summa pagellis qui nia, sexta et sepiirna descrihuntur. fjun in ne Puschasias flamellius Maihematicus insignis idemque Rgi us /;/*oJ'essor, sedul'imoperam suamprstitit. Parisiis, Ex officina Christian! wecheli >nl vcuto Basiliensi, in vico acobreo. Anno i5/|,").
2M
ne semble pas que la fixation de ces dures ait t la consquence d'aucune observation prcise. Un auteur du xvi e sicle,
Il
1
,
de ce
2
mode de
fixation,
et qui parait,
en
effet, fort
Abraham Zaccut
dont
il
c'est
va nous
faire part.
Selon
Abraham
seulement aids dans leur tche par quelques savants chrtiens. Ce collge d'astronomes juifs avait pour chef un certain Rabbi Isaac, qui tait hazan, c'est--dire chantre principal, de la synagogue de Tolde. Rabbi Isaac et les astronomes juifs dont il dirigeait les travaux se laissrent guider, dans le choix des priodes des deux mouvements lents qu'ils assignaient aux toiles fixes, par les prescriptions de la loi Mosaque. Selon ces prescriptions Vanne sabbatique revenait tous les sept ans une dure de sept fois sept ou 49 annes ramenait Vanne jubilaire ; inspirs, sans doute,
;
par l'opinion que les mouvements lents des toiles fixes devaient rgir la Grande Anne, les rabbins de Tolde voulurent que
7.000 ans reprsentassent la priode du
tion et
la
prcession.
Ricci,
qu'Alphonse X ne tarda pas regretter et dsavouer cette partie de l'uvre des rabbins de Tolde. En 1256, dit Ricci, le roi de Oistille fit traduire en Espagnol, par le Juif Rabbi Juda, le livre qu'Albuhassin (AbouT Hhassan) avait compos sur le mouvement
i. ArorsTiM Kitii De rnf>/u octave sphre ; opus mathematicQ ttttte philosophia plnum, uhi tarn an/it/uorurn ijuam Juniorum errores lure clurius <lrm<>nsti'<intur in que et quamplurima platonioorum et antique magie {quam cabalam
:
hebret aicunt) dogtnata videre licei intelledn $aaoitsima. Nuper io civitate Casalie Sancti Evaaii sub divo Gulielmo marchione Montisferrati editum. Item KjrsiiK.M Epiitola de astronomie auctoribut ad magnijlcum dominutn Galeottum de Lareto. Impreasum io oppido Tridin... in edibue domini loannis de Ferrari is, alias de Jolitis. An no aatiyitatii domini ooetr Jesu christij CX1II, die X teptembrii Augustin] Eticcu Demotu octav tphojra sobm de Aitronomi autoribu* epiitola, Imprirnebat Lutetic Simon <:<>liCette tecoode dition, o manque la lettre iur les tuteun <!< dsbus i5ai, tronomie, s t donne lei soins d'i Ironce ine
MO
.-
p.
S79.
26
des Huiles
fixes.
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
il
rejetait absolu-
tenait l'opinion
Nous connaissons d'ailleurs, par une traduction due A. A. Bjrnbo 1 ce tmoignage d'Abraham Zaccut que nous venons d'entendre invoquer par Agostino Ricci. Nous trouvons, dans l'ouvrage sur les toiles fixes publi par Alphonse en son temps,
,
quatre ans aprs les Tables, qu'il tait revenu [de sa prcdente
que la huitime sphre se meut sans aucun doute toujours dans le sens direct, comme Ptolme l'a crit. Cet ouvrage [sur les toiles fixes] est celui-l mme que Rabbi Jehuda, fils de Mose le Cohen, a traduit pour le roi.
opinion]
;
il
dit,
en
effet,
son disciple Agostino Ricci s'accordent nous dire qu'Alphonse X, reprenant en 1256 l'hypothse ptolet
Abraham Zaccut
Mais cette
semble
Le texte romance des tables originales 2 les donne comme l'oeuvre de deux astronomes juifs, Jehuda ben Mousa et Isaac ben Sid ce dernier est assurment le Rabbi Isaac dont parlent Abraham Zaccut et son disciple Agostino Ricci. Ces deux astronomes n'y attribuent aucunement 3 aux toiles fixes et aux auges des astres errants deux mouvements, l'un de prcession en 49.000 ans. l'autre de trpidation ou d'accs et de recs en 7.000 ans; ils admettent un seul mouvement, et c'est un mouvement d'accs et de recs, allonganeiento et tornamiento ; en cela, donc, le systme qu'ils proposent ne diffre point de celui qui est donn au Tractatas de /nota octavs sphr et dans les Canons d'Al Zarkali.
;
En rsum,
toire
En 12o2,
aux apoges des astres errants on simple mouvement d'accs et de recs, sans aucun mouvement de prcession. En 12<")6, au prambule de la traduction du Traite des toiles
toiles fixes et
A. A. Bjkxbo, /fat .\tenrlaos ans [Link], rinvn /'/./ sfemliu/a/og vrr Cf. A. Wboe/ (Bibliotknca mathematica,'fc srie, t. Il, njoi, [. rcjyl xu, Op. la lut ., j). 182. 2. Alfred We^eneh, Op. lu ml., G. Du.* kustiliunisetir Original (1er .l//b//.svi.
">.
fassf
[>i>.
iNn-iHi,
265
fixes
d'Aboul Hhassan, Alphonse X revient l'hypothse d'un mouvement de prcession, toujours de mme sens, et exempt de
toute trpidation.
annes du xin sicle, admet l'existence simultane d'un mouvement de prcession, toujours dirig d'Occident en Orient, dont 49.000 ans est la priode, et d'un mouvement de trpidation dont la priode dure 7.000 ans. qui faut-il attribuer cette transformation essentielle du systme admis en la construction des Tables Alphonsines originales ? Elle semoie bien avoir t faite du vivant d'Alphonse le Sage, qui vcut Sville jusqu'en 1 28 Fut-elle accomplie sous sa direction? lut-elle, du moins, connue de lui et eut-elle son aveu? Ce sont questions auxquelles il semble impossible, actuellement, de donner une rponse. Peut-tre est-il plus ais de deviner les motifs qui ont entran l'assentiment des auteurs de cette transformation. Chacun des deux systmes admis jusque-l, celui de la prcession et celui de la trpidation, leur semblait prsenter, la fois, un important avantage et un grave inconvnient. Des observations rptes avaient prouv que l'obliquit de
les dernires
l'cliptique
ce
fait
s'accordait
fort
bien
systme propos au trait De motu octav sphra?, tandis que la thorie de Ptolme attribuait l'cliptique et Fquateur
avec
le
borne
la
marche de
fixes
allait
la
or cette borne
directe
cependant,
de
la
marche
des toiles
mouvement
d'Occident en Orient,
comme
le
pensait Ptolme.
Les astronomes devaient souhaiter qu'un systme nouveau gar dat, La fois, tous les avantages des deux systmes anciens, tout en
chacun d'eux. \j- moyen propre construire un semblable systme s'offrait, pour ainsi dire, de lui-mme consistai! admettre en mme temps <! composer entre elles les deux hypothses qui, jusque-l, avaient t proposes L'exclusion lune de L'autre. Dj le Liber de dementis attribu Aristote composait une prcession continuellevitant l'inconvnient auquel achoppait
,i
:
il
Orient svec un
mouvement
d nccfa
<!
de
i<
266
L COSMOLOGIE HELLNIQUE
Albert le Grand,
comme nous
le
verrons, admettait, la
mouvement de prcession propos par Ptolme et le mouvement d'accs et de recs attribu Thbit ben Kourrah.
fois, le
et
une
X
;
que germa
c'est
cette ide ?
et
Nous
du Moyen Age
Renaissance la
CHAPITRE
XIII
DES MARES
Le lent mouvement qui dplace les toiles fixes et les points quinoxiaux intresse au plus haut degr l'astronome s'il n'en tenait un compte minutieux, il verrait, peu peu, ses calculs fausss et ses prvisions dconcertes. Mais la petitesse de ce phnomne et, sans doute, laisss indiffrents la plupart de ceux
;
si,
ce
mouvement trs rel, les astrologues n'avaient rattach un mouvement tout imaginaire, l'alternance des continents et des
ocans.
Si les Indiens et,
<lc
i
mouvement
la
peu
mer
semble-t-il, parce
que le mouvement do la Lune provoquai! sous leurs yeux, chaque jour, un dplacement moins ample, mais de
nature
:
mme
de
la
le flux et le reflux
de
la
mer.
Si l'vidente
influence
et
Lune sur
les
mares
n'a
Indiens
aux
Arabes L'hypothse
contribu
du moins, grandement
la
a qui doutait de
n'opposait elle
lorsqu'elle
sou-
mouun
ses
sphres clestes,
la
mer
pas
convaincant,
rglait
268
LA COSMOLOGIE [Link]
les positions
mouvements sur
Soleil ?
et
par
le
donc naturel d'en joindre une autre, o nous montrerons comment les Hellnes et les Arabes ont connu les lois du flux et du reflux de l'Ocan. Cette nouvelle tude nous est rendue trs facile par le beau mmoire o M. Roberto Almagi s'est propos le mme objet Nous n'aurons souvent, au cours de ce chapitre, qu' rpter ou rsumer ce que M. Almagi a si bien dit. Les Hellnes ont beaucoup tard connatre avec exactitude le phnomne des mares. En effet, dans la Mditerrane et dans
quinoxiaux,
en
est
les
presque partout, si faible, qu'une observation minutieuse la peut seule dceler qui, d'avance, en connat l'existence et les lois. Les rgions o le flux et le reflux atteignent une grandeur notable, telles que le fond de
s'en dtachent, la
est,
mers qui
mare
Des ctes qui leur taient familires, il n'en est que deux o la mare produise des effets de quelque intensit c'est l'Euripe de Chalcide, dtroit qui spare l'le d'Eube de la cte de Botie, et le dtroit de Messine les courants de flot et de jusant qui parcourent ces dtroits, tantt dans un sens et tantt dans l'autre, qui y font affluer ou qui en font refluer l'eau des mers voisines, avaient, de bonne heure, attir l'attention des pcheurs et des caboteurs de THellade et de la Grande-Grce mais les effets de
visiter.
;
et
il
tait
malais
lois.
11 fallait
astronomes fussent renseigns avec quelque exactitude sur le phnomne des mares, attendre que les voyageurs aient pu l'observer dans des mers o il est, la fois, ample et simple, dans la Mer Rouge, par exemple, et, mieux encore, dans l'Ocan
Indien ou dans les mers qui prolongent l'Ocan Atlantique.
ce
phnomne, Hrodote
dit-il
fait
chaxa
que jour,
afflux de
il
s'y
produit un
'
lames sur
un
retrait,
p^X^'l
^'v a JT V
Cette
i
.
brve mention
n'tait
Roberto Almagia, La dottrina dlia marea nelV Antichit classica et nel Medio Evo (Memorie dlia R. Accademia dei Lincei, Classe di scienze fisiche, matematiche e naturali, vol. V 5 juin iqo5). Sur le sens exact des deux 2. Hrodote, Histoire, livre II, chap. XI, 2. mots r,yji et a'u7T'.>re, voir Rorerto Almagi, Op. laxid., loc. cit pp. 383-38/j.
;
i/ ASTROLOGIE
269
instruisit
ni
elt'ets
du
flux et
du
reflux
elle n'en
Platon ni Aristote.
nous disent, il est vrai, que Platon expliquait le flux et le reflux, en supposant que les eaux de la mer taient alternativement vomies et reprises par certaines cavernes. Mais que valent leurs affirmations contre En aucun des passages o Platon cette constatation bien assure parle de la mer, des dluges, des submersions de continents, il ne fait la moindre allusion reconnaissable au phnomne des mares ? Aristote connaissait assurment les effets que le flot et le jusant dterminent dans l'Euripe de Ghalcide et, peut-tre, ceux qu'ils produisent dans le dtroit de Messine. Aussi nous dit-il- que, dans les dtroits, la nier se montre souvent nous sous forme, de courants (powa). Ces courants sont dus ce que la nier oscille frquemment d'une position une autre, oi t TaXavrsueffa'. Bspo xxeto-e KoXkixiq . Mais il ajoute aussitt que cette oscillation (TaAvrawL;) ne se peut percevoir l o la mer est largement ouverte, tandis qu'elle devient notable lorsque les eaux sont troitement resserres par les terres. Cette observation, fort juste pour la Mditerrane, nous assure que le Stagirite ne souponnait aucunement les mares de l'Ocan. Quand donc le Pseudo-Plutarque 3 met sur le compte d' Aristote, et aussi d'Hraclide, l'opinion que le Soleil produit les mares de l'Atlantique, nous devons rejeter ce renseignement
l'auteur
J :
du De placitis pilosophorttm
comme erron. On ne doit pas attacher plus d'importance ce qu'crit le trait Drpl
&au|xa<rL>v xxo vap-rcov
*
:
croil et dcrot
en
mme
Le dtroit qui spare l'Italie del Sicile temps que la Lune . Chacun sait que
enseignait,
l'existence
la
Au temps o
(ires;
;iiissi,
le
Stagirite
tait
mme
des
mares ocaniques
certainement ignore de
plupart des
<le
i.
Joannis Stoh
I,
roi.
p.
174.
Eclogarum phyiicarum
cap.
XWMI
Plutarchi
tarchi Scripta moral m, d. Didot, p. ioo4). \ nis iotki Mtores, livre II. en. taitTOTB, "7", d Bekker, vol. I, p. >'>]. col. ;.). I.
;
is
Opra,
d.
Didot, L
III.
'.\.
PSBUDO PLUTARQUIj
loC, rit.
t
AaitTOTB, De mirabilibus auscultationius, L\ (Aristotilm Opra Didot, t. IV, ,,. B3;d. Bekker, vol. U, p. 834. col. b). 'ji inti Curtii Uni ffistoriarum texanan Magm Macedoni libri qui
f\.
270
LA CSMOLOU1E HELLNIQUE
L'expdition d'Alexandre
et,
bouches
de l'Indus au Golfe Persique, que Narque accomplit sur l'ordre du conqurant, donnrent aux Hellnes occasion de se familiariser avec le phnomne des mares Onsicrite, qui accompagna Alexandre dans son expdition, explique 2 comment le flux (icXyjjlfwpfc) maintient l'tat de marcages les deltas des fleuves. Thophraste sait 3 que, dans les les de l'Ocan Indien, il est des arbres (les paltuviers) qui poussent au bord de la mer, en sorte que la mare haute en baigne les branches infrieures et que la mare basse en assche les racines or Thophraste fut des premiers connatre et employer les observations scientifiques rapportes par les compagnons d'Alexandre.
1
.
II
l'influence de la lune
Tandis que
Grecs les
mares de l'Ocan Indien, les voyages des Marseillais leur faisaient connatre que le mme phnomne se produisait dans l'Ocan Atlantique. Les deux Marseillais qui leur apportrent
cette connaissance se
nommaient Euthymne
et
Pythas.
Mer Atlantait peut-tre un peu plus tique , et qui avait crit un Priple ancien que Pythas de Marseille. Pythas est autrement fameux qu'Euthymne 6 Contemporain d'Aristote, mais un peu plus jeune
Marseille, qui
avait navigu sur la
4
.
Euthymne de
de quelques annes plus vieux que Dicarque, il est l'auteur du fameux voyage dans l'Atlantique septentrional qui, pour les progrs de la Gographie, n'eut pas moins d'importance que le voyage d'Alexandre en extrme Orient. Sur les ctes de la Grande-Bretagne, Pythas avait eu occasion d'observer des
que
lui,
supersunt. Ed. Theodorus Vogel, Lipsise, MDCCCLXXX, lib. IX, cap. IX, 9-27 ; pp. 25 1-253. Arriani Anabasis, lib. IX, cap. XIX Arriani Hisioria indica, Capp. XXI, 3 ; XXII, 8 XXffl, 1 XXIX, 9 XXXVII, 1 Diodore de Sicile, Bibliothque his5-6; XXXVIII, 7 ; XXXIX, 7-8 ; XL, 10. torique, XVII, 106. 2. Strabon, Gographie, livre XV, ch. I, 20 (Strabonis Geographica. Ediderunt G. Mllerus et F. Dbnerus. Parisiis, A. Firmin Didot. MDCCCLHI, vol. I, p. 591). La Gographie de Strabon est la source la plus importante de renseignements touchant la connaissance des mares dans l'Antiquit. 3. Thophraste, Historie plantarum lib. IV, cap. VII, 44. Snque, Questions naturelles, 1. IV, ch-. II. 5. Clment d'Alexandrie, Stromata, I. 5. Roberto Almagia, Op. laud., loc. cit., p. 389.
27l
mares de forte amplitude Pline, qui n'en est pas une invraisemblance prs, dit qu'elles atteignaient quatre-vingts coudes
;
'
Or le Pseudo-Galien 2 attribue Euthymne cette observation Le flux advient lorsque la Lune croit, et le reflux lorsque la Lune dcrot . Le De placitis philosophorum 3 nonce la mme observation, mais il la met sur le compte de Pythas. Ces renseignements du Pseudo-Galien et du Pseudo-Plutarque ne mritent peut-tre pas grande crance ils vont tre, toutefois, confirms, jusqu' un certain point, par d'autres auteurs ces
: ; ;
effet,
qu'au troisime
sicle, les
Hel-
mer
l'Ile
merveilleux
s'abaisse
On
dit
que
le
Lune
Nous avons vu que le lepl 9au uaa-Uov xojTjjLaTcov, faussement attribu Aristote, affirmait une loi toute semblable. Mais Eratosthne, contemporain d'Antigone de Carystus, va se montrer plus compltement instruit des lois de la mare.
par Strabon que nous connatrons en partie ce qu'Eratosthne disait des mares. Nous apprenons, tout d'abord, qu Eratosthne usait des obserB vations de Pythas; Artmidore, nous dit Strabon reprochait
C'est
,
eratosthne d'ajouter
nique.
foi
diverses
affirmations
une
avait
Strabon nous enseigne galement 6 quEratosthne soutenait, contre Archimde, que les diverses parties d'une mer d'un seul
tenant ne sont pas toutes de
raison, son avis,
mme
niveau.
C'est
pour
cette
semblables l'Euripe et, surque tout, le dtroit de Sicile, sont parcourus par des courants ce des effets tout semblables ceux dernier dtroit, dit-il, prouve que produisent le flux et le reflux de l'Ocan (ov otjo-iv 6aoiO7ta0ev
les dtroits
;
Talc
<le
xit tv
le
courant change
mme
cap.
i.
j..
l'[Link]
Sbcomm De Mandi
t
Pwpoo-Gau *M
'ski ioo
II.
XCVH
III,
LWWIII.
lib.
cap. XVII.
4").
HOBKRTO AlMAGIA, O/). 1(11/(1. SmABOMs Georaphioa, lib. Strabonis Gcographica, lib.
AH()
r;i|>.
Il,
nj
11
;
cap.
III,
272
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Au
flux,
mer Tyrrhnienne
le
;
mer de
le
Sicile, les
;
amenant du niveau
niveau
il
plus bas
ce courant se
nomme
le
courant descendant
;
rpond au flux, car il commence et finit en mme temps il commence, en effet, au moment o la Lune se lve et au moment o la Lune se couche il finit au moment o elle atteint soit le mridien qui est au-dessus de la terre, soit le mridien qui est au-dessous de la terre (o[/.oXoysv 8'oti xal xaTa tov a-rov xaipov
;
pVTat ts xal
ty|V
,
irausTa'.
xa9
a,
7C7i[Ji|[Link]
pysTat
S'
jjiv
yp
Tcepl
tt;
vaToXr,v
,
ttJ
ae^Y/j xal
Trv
Saiv,
(
Ar^yei
OTav cuvaTUTY,
|/.eo
Au
reflux cor-
respond
sortie
nomme
courant de
la
(swvTa)
comme
le reflux,
il
commence lorsque
Lune
deux mridiens, et il cesse lorsqu'elle parvient au levant ou au couchant (taL ^so-oupavrio-so-'. rfj o-eX^v^ p^poTspai
vap^6{jivov,
xaOaTisp al
|i.7TWTt.;,
Tal^ o
o-jvi/so-.
Par ce texte, nous voyons qu'Eratosthne connaissait exactement il savait comla loi que suit, dans l'Ocan, la mare semi-diurne ment le flux et le reflux dpendent de la position de la Lune audessus ou au-dessous de l'horizon cette dpendance caractristique lui permettait d'identifier avec la mare certains phnomnes qui pouvaient, au premier abord, en paratre diffrents. Ds le temps de cet auteur, donc, la connaissance des mares acquise par les Hellnes commenait mriter le nom de science. A cette science des mares, Sleucus de Sleucie fit faire de nouveaux progrs. N prs des rives de la mer Rouge 2 il put faire des observations sur le flux et le reflux de cette mer, ainsi, sans doute, que de l'Ocan Indien. Ces observations l'amenrent reconnatre que la mare ne se comportait pas partout de la mme manire 3 Outre ces particularits locales, il nota certaines diffrences que la mare prsente, en un mme lieu, suivant l'poque de l'anne o on l'observe ces diffrences, il crut pouvoir les attribuer ce fait que la Lune occupait tantt un signe du Zodiaque et tantt un autre voici, en effet, en quels termes Strabon nous rapporte la dcouverte de Sleucus
; ;
,
i.
nomment rema
le
pcheurs qui frquentent le dtroit de Messine courant dirig du nord au sud et rema montante courant qui va du sud au nord [Roberto Almagia, Op. laud., loc. cit., p. 392,
les
le
Encore aujourd'hui,
scendente
note
'i.
(3)].
'6.
4.
cap. V, 9; d. cit., pp. il\l\-il&. cap. I, 9; d. cit., p. l\. III, cap. V, 9 d. cit., p. \l\>.
III,
I,
;
273
On
en
efl'et,
lorsque
dans les signes quinoxiaux, les proprits des au contraire, lorsse rgularisent (6jjiaX'le!.v Ta rcS^) qu'elle se trouve dans les signes solsticiaux, il se produit une dissemblance dans l'amplitude et dans la vitesse (vwjjiaXiav eval xal TcXviet xal Ta^ei) chacun des autres signes exerce une influence en rapport avec sa proximit plus ou moins grande ceux-l (;wv
la
se trouve
; ;
Lune mares
o'
kXXcov
Iy.'X'7'zo'j
xaTa
to'j;
<T
jvvy!.a-|jLO j
,
elvai
T^vavaXwviav).
Le sens de ce passage nest pas entirement clair. Comment convient-il de l'interprter? L'astronome auquel la thorie des mares a d, de nos jours, ses plus grands progrs, Sir G. H. Darwin, en propose l'interprqu'adopte M. H. Almagi 2 tation suivante Quand la Lune est en un point quinoxial, elle est sur l'quaquand elle est en un point solsticial, elle est la plus teur grande distance de l'quateur, vers le Sud ou vers le Nord en
l
,
: ;
;
d'autres termes,
comme
grande dclinaison mridionale ou septentrionale. Sleucus veut donc dire que, quand la Lune se trouve surl'quateur, les mares qui se suivent en un mme jour prsentent deux flux gaux et deux reflux gaux mais lorsque la Lune est loigne de lqua;
teur, cette
en d'autres
est
termes,
I
l'ingalit
s'annule lorsque
la
Lune
sur
maximum quand
la dclinaison lunaire
et l'on
ne voit
gure quel autre sens raisonnable on pourrait donner aux paroles il Strabon il est manifeste qu'il avait fait du phnomne des
1
trs dtaille.
reflux
qu'il
oppo-
sait
;i
celle d<
Irats.
Quelle
tait
cette
explication propose
maitre de Zenon?
indiquait
La
Saint Jean
par Grats, qui fut le Damascne ' nous dit que Grats
oscillatoire (vrtorawuov
cause du
il
mouvement
de
la
mer; mais
i.
<
doo,
II.
i
Darwin,
;
solar tyttem,
qoi
pp. 76 77.
>,:
p.
almagi, Op. laud.f loc. ci/., p. 3$5 r cod. nu Florentine Sacrorum Joannis Damascbni, Para II. Meineke, vol, l\ Lipsiae, Ml>< CCLVII fium, d
>
Appeodix,
ht
:,
H km
11.
274
explicite
l.
cosmologie hellnique
au sujet de la doctrine de Sleucus, il nous enseigne que cette doctrine admettait la rotation diurne de la terre, l'entranement tourbillonnaire de l'air et, sur ce tourbillon arien, une action perturbatrice de la Lune l'air, gn dans son mouvement par cet astre, mettait, son tour, la mer en branle. Cette explication, nous l'avons dit, faisait de Sleucus un prcurseur de Descartes.
;
111
Les relations constates par Pythas, par Eratosthne, par Sleucus, entre le cours de la Lune et les mouvements de la mer
ne pouvaient laisser indiffrents les Stociens et, en particulier, Posidonius. Convaincus, en effet, que tous les changements produits au sein de la sphre sublunaire sont rgis par les circulations des astres, les Stociens croyaient
fermement
la possibilit
de prvoir, l'aide des observations clestes, le destin rserv aux tres d'ici-bas. Or le principe qu'ils invoquaient pour justifier leur Astrologie semblait trouver, dans la rgularit avec laquelle le flux et le reflux suivent le mouvement de la Lune, une preuve
singulirement frappante et convaincante. Avant le sicle de Pricls, les Grecs ne semblent pas avoir
connu
qu'on
la divination
astrologique.
La premire allusion
claire
au Time de Platon.
Platon rappelait
Dans
nous, et
ce dialogue,
tel astre
comment,
certaines
poques,
comment
capables de calculer,
arriver aprs ces
(
phnomnes.
',.
Par
et le
le
Monde hellnique
Monde
une
au dveloppement de l'Astrologie en Grce. On y connut, ds lors, les pratiques des mages de Chalde. Aux
forte impulsion
i.
Stob^el Florilegium,
t.
d. Meineke,
t.
IV, p. 225.
VI;
2.
I,
pp. 423-424.
t. II,
27
Chaldens ou ceux qui en prenaient le nom, on demanda de lire, dans les astres, les signes qui prdisent l'avenir. Proclus nous apprend que Thophraste, le disciple chri et le successeur d'Aristote, avait compos, au sujet de l'Astrologie Sur les signes (Ilepl otjjjisuov). chaldenne, un livre intitul Thophraste, crit Proclus, nous dit que les Chaldens de son temps possdaient, ce sujet, une thorie digne de la plus grande admiration cette thorie prdit tout vnement, la vie et la mort de chaque homme elle ne prvoit pas seulement les effets gnraux comme le beau et le mauvais temps, la faon dont
1 :
dune
mauvais temps... Thophraste dit donc, dans son livre Sur les signes (Isol o-r^acov), que, par les choses clestes, les Chaldens connaissent d'avance tous les vnements, les vnements particuliers comme les vnements gnraux. Au moment o l'Astrologie trouvait, auprs des Cires, la
faveur qu'ils accordaient
le
si
Stocisme naquit.
De
les
suite,
La prdiction par
horoscopes
et la
la
le Stocisme
parut, mais, ds ce
on les trouve sur tous les points du monde hellnistique . coutons Cicron 3 Dicarque le pripatticien, qui ne veut pas de la divination en gnral, a admis celle qui nous vient des songes et de la
:
moment,
dmence
inspire.
Mon ami
premiers Pripatticiens, a ajout foi aux mmes moyens de prvoir l'avenir, tout en rejetant les autres genres de divination.
Quant aux Stociens, ils les ont presque tous dfendus Zenon, dans ses crite, a, pour ainsi dire rpandu des semences que CL anthe a l'ait crotre quelque peu survint Chrysippe, homme il d'un esprit trs pntrant a dvelopp, eu deux Livres, la thorie complte de La divination; il a, en onde, publi un livre
;
un autre sur
deux,
les oracles;
;i
avait t
L'auditeur de Chrysippe,
et
Diogne publi un
!<
Babylone,
ces
Livre mu-
questions, Antipater,
notre
Posidonius, cmq.
Mais
un
prince de
i.
la
doctrine stocienne,
///
un
Paocu Diaoochi
Platoni
,,.
Lipsiie,
/.
I.
MCMVI;
vol.
m,
.:,..
VHistoire des
3.
Bataisa, La Cosmologie stocienne < lu fin du Religions, 3s* anne, ion, ' LXTV, p. 3), M. T. (acBROMs Dr dioinatione lib, I. cap. IV.
276
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
de Posidonius, Pantius, s'est cart des autres Stociens il n'a pas os nier que nous eussions le pouvoir de deviner, mais il a dclar qu'il en doutait.
;
nous sont seuls parvenus, Gicron argumentait surtout contre Chrysippe qui, tout en ajoutant foi aux principes des Chaldens , c'est--dire des tireurs d'horoscopes, essayait, cependant, de soustraire les vnements venir au fatalisme absolu, et tentait, assez maladroitement d'ailleurs,, d'y maintenir une certaine contingence. Il argumentait galement contre Posidonius 2 Saint Augustin nous apprend, en effet, que le stocien Posidonius tait fort adonn l'Astrologie 3 qu' il tait, la fois, philosophe et grand astrologue 4 . C'est surtout, semble-t-il, par les livres de Posidouius que Saint Augustin avait, dans sa jeunesse, connu la science des horoscopes on peut donc, sans tmrit, attribuer au disciple de Pantius lnonc, reproduit par Augustin, du principe par lequel
livre
S//?' le
i
. ; ;
Dans son
Ce principe
il
tait ainsi
formul
3
:
faut choisir le jour, parce que la position des astres, qui est dif-
domination sur tous les corps terrestres, qu'ils soient anims ou inanims [quia terrenis omnibus corporibus, sive animantibus sive non animantibus, secundum diversitates temporalium momentorum, siderum positio domifrente aux divers
la dure, a
moments de
Nous reconnaissons l'axiome par lequel la Physique prid'une manire immuable, aux circulations patticienne avait li du monde suprieur, tous les changements du monde sublunaire.
natur).
6
,
Toutefois,
les
si
les Stociens
mmes termes que les Pripatticieus, (ifier par les mmes raisons. Aristote le
;
ne pouvaient
le jus-
reliait
troitement la
suprmatie exerce sur les autres mouvements par la rotation or les Stociens n'admettaient pas ternelle de l'essence cleste
cette
cinquime essence indestructible. Si nous voulons entendre d'une bouche stocienne la justification du principe fondamental de l'Astrologie, nous devrons couter l'enseignement que donne la Lettre Alexandre sur le Monde, TIspl Kocrp/jj Trpo 'AXavopov. Cet ouvrage a t faussement, pen;
2.
3.
l\.
M. T. Ciceronis De fat o cap. Vil. M. T. Ciceronis Op. taud., cap. III. S. Auhelii Augustini De civitate Dei
S. Auhelii Augustini, ibid.
S.
lib.
V, cap.
II.
5. G.
lib.
V, cap. VII.
'lia
dait dj
'
comme
entirement exempt de Pripattisme, puisque l'auteur admet l'existence d'une essence cleste, ternelle et distincte des quatre lments soumis la gnration et la corruption *. Mais les
considrations thologiques qui, la fin du trait, occupent plusieurs chapitres, sont empreintes de la plus
pure doctrine
sto-
Monde
et
qui
le
conserve,
.
occupe \
hau du Monde,
le
la
premire place
lui,
De
l,
il
exerce, sur
sa
force directrice.
Le
ainsi
de
suite,
jusqu' ce que
nous avoisinent
xa ^ "fi^s
totccov.
MXwra
os ttok a-JToO tt| Suvusco owuoXauei 10 izkrplw a'JTO'j arijia, xal eCfitTa t
jjist'
&'/P'
T(^ v
Aussi la
terre et les choses qui rsident sa surface, tant les plus loi-
gnes de l'assistance divine, semblent prives de force et d'harmonie et remplies d'un grand dsordre... Quant aux choses qui
de nous, selon qu'elles sont plus voisines ou plus loignes de Dieu, elles en reoivent plus ou inoins d'asTa ts y-p rju- xaTa to s'yyiov te xal nopputpeo OsoG elvat sistance.
se trouvent au-dessus
emprunt son systme astronomique. Continuons notre lecture, et nous verrons se marquer des diffrences. L'inspirateur d'Al Bitrogi pensait que l'influx divin
l'auteur hellne auquel Al Bitrogi a
pntre
directement jusqu'
le
de Dieu sur les choses du monde infrieur. Son Dieu, il Le compare un roi, tel que Xerxs ou Cambyse, dont la majest ne s'abaisse pas jusqu' prendre souci des dtails de L'administration, et qui en laisse le soin ses officiers. A plus forte raison,
i
menus
i.
soins
ne conviennent-ils pas
Dieu \
Il
Pbocli Diadochi In Platonii Timutn commentaria, <Mt. 171. \ristotk, Dp mundo ad ilexandrutn <\'ij>. II (Anic Didot, III, p, 618 I, d. Bekker, roi I. p. 3qij col
:
<
Dehl, vol.
III,
p.
Opra,
.1
d.
..
).
MtisToTK.
t'>\
Op. (aud.
.''l
Bekker, roi l. p V [Link], Op. laad., toc. Bekker, roi. I, p. S98, col.
<
<I.
Didot,
III.
p.
cit.
I).
(Aristotslm Opera
d. Didot,
t,
III.
p.
687;
27S
tnetix, et
L COSMOLOGIE HELLNIQUE
pins digne do
lui, rlo
Monde
entier,
meut
et,
SejjLv6,
pour
Tr,v 8s
les
ciel,
ouvatuv 8i
o-syvyjv,
sttI tt[
yfj o-o)T^pta...
Ce qui convenait le mieux la nature divine, c'tait, avec facilit et par un mouvement simple, d'amener leur ach'AXX toto rv to Oeifcactov, vement des ides de toutes sortes.
Arjs
xiviicew
itavroSancc a7roTsAslv
LSa.
Ainsi font les habiles artisans qui, sans aucune peine, et l'aide
d'un seul
outil,
les
plus
varis.
Et
donc la nature divine, par un certain mouvement simple du premier mobile, rpand la puissance dans les corps qui le continuent de chacun de ces corps, la puissance passe dans celui qui vient aprs, jusqu' ce qu'elle se soit rpandue dans l'Univers. Chaque corps, en effet, est m par un autre corps et, son tour,
;
le
mouvement
ils
ne suivent
;
pas tous
il
le
mme chemin
en
;...
chacun d'eux, en
effet, est
de la manire qui
il
Au
gr de notre stocien,
sufft
Monde, d'imprimer la rotation diurne chaque corps, m par tous ceux qui sont
sous
cette activit,
enfin,
dans les corps d'ici-bas, la production de toutes les formes que nous y voyons. Les tireurs d'horoscope qui s'affublaient du nom de Chaldens admettaient, sans aucun doute, une thorie analogue l'influence des astres, pour eux comme pour l'auteur de la Lettre sur le Monde, se propageait de proche en proche, en descendant toujours elle arrivait ainsi jusqu' modifier les proprits de l'atmosphre, qu'ils nommaient souvent le ciel [clum) l'air, enfin, communiquait aux corps terrestres tel ou tel temprament. Voici, nous dit Cicron comment raisonnent ceux qui dfendent les horoscopes gnthliaques des Chaldens
;
;
mine
i.
M. T. Ciceronis De divinatione
lib. II,
cap. XLII.
Tl
270
a, disent-ils,
que
les
Grecs
certaine force
que
l'at;
mosphre (cium) l'une d'une manire, l'autre d'une autre chaque partie du Zodiaque agit selon la place occupe, chaque moment, par les toiles [errantes] dans les rgions voisines de
diversement mise en action par les toiles qu'on appelle errantes... En effet, puisque nous voyons l'approche ou lloignement des astres produire les diverses saisons de l'anne, dterminer de si grands changecette
partie
car
cette
force
est
ments, de
si
l'tat
de l'atmosphre
du Soleil, ils regardent non seulement comme vraisemblahle, mais encore comme vrai que les enfants, leur naissance, soient diversement anims et forms selon que l'air, ce moment, est dispos de telle ou telle manire (utcunqae temperatits sit ar) c'est ainsi, pensent-ils, que sont faonns les dispopar
la force
;
murs,
de la vie
et la
s'y doivent
rencontrer].
ils
metAulu-
de
le dire.
Ecoutons, cependant,
Gelle
1
le
philosophe Favorinus.
A Rome,
Ta entendu disserter en grec contre ces gens qui s'appellent Chaldens ou gnthliaques, et qui se font fort d'annoncer les vnements futurs d'aprs la position et le mouvement des toiles. Par Favorinus et par son auditeur Aulu-Gelle, nous saurons quel tait l'argument favori de ces astrologues.
Ils
au milieu des hommes, sont mues par l'impression et la direction des choses clestes; l'Ocan, par exemple, est, pour ainsi dire,
le
l,
compagnon de
les
Lune; avec elle, il vieillit ou est rajeuni; de ils ont tir argument pour nous persuader de croire que toutes choses humaines, les plus petites aussi bien que les plus
la
aux toiles fixes et aux astres errants, qu'elles Boni menes * rgies par ces corps. Mais parce que la mare de L'Ocan correspond au cours de la Lune, nous faudragrandes, sont
Lies
t-il
comme
croire
que
l'affaire
de
tel
i.
\t
fimi,
[Link]
I.
280
riverains
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
pour une question de conduite d'eau ou contre son voisin pour un procs de mur mitoyen, que cette affaire, disonsnous, est mene par le ciel comme l'aide de rnes? C'est trop
sot et trop absurde.
nous tonnerons donc pas qu'il ait accord le au phnomne des mares. 11 en avait parl en dtail dans son trait De l'Ocan, Ilepl 'xeavo'j. Touchant le flux et le reflux de la mer, dit Strabon contentons-nous de ce qu'ont crit Posidonius et Athnodore. Plt Dieu que Strabon, au lieu de renvoyer son lecteur au trait De l'Ocan, en et extrait tout ce qu'on y lisait sur la mare Car ce qu'il a emprunt cet ouvrage aujourd'hui perdu est, peu prs, tout ce que nous en connaissons. Sur ce que Posidonius pensait de la mare, nous avons, cependant, une seconde source de renseignements. Le philosophe grec Priscien de Lydie, qu'il ne faut pas confondre avec le grammairien latin du mme nom, enseignait Athnes, avec Damascius de Syrie et Simplicius de Gilicie, lorsque Justinien ferma cetle dernire cole paenne. Ce Priscien rdigea pour Chosros, roi des Perses, des rponses un certain nombre de questions philosophiques et physiques 2 Le texte grec de ces rponses est aujourd'hui perdu nous en possdons seulement une traduction latine qui fut dcouverte, en 1853, par Jules Quicherat. Le manuscrit est du neuvime sicle, crit Jules Quicherat 3 et excut certainement en France, peut-tre dans le monastre de Gorbie, auquel il appartenait avant de passer dans la bibliothque de Saint-Germain des Prs. Je ne crois pas me tromper en attribuant galement la France et au neuvime sicle le travail de traduction. La raison que j'ai de le croire est que
1
. .
cette
d'un littrateur
neuvime
sicles,
pour toute
on ne trouve qu'un homme dans l'Occident qui ait uni la science du grec l'intelligence de la philosophie noplatonicienne et cet homme est notre Jean Scot, que d'autres appelcette priode,
:
lent Erigne.
.
r>
;
I,
cap.
III,
12
d.
cit.,
p. 4*>
lib.
I,
cap.
I,
Primurn accedunt Porphyri et Procli Institutiones 2. Plotini Enneades. Et Prisciani philosophi Solutiones. Ex codice Sangermanensi edidit et annotaParisiis, Ambrosius Firmin Didot, tione critica instruxit Fr. Dibner.
.
MDCCCLV.
3.
Plotini Enneades.
.,
d. cit., p. 55 1, col. a.
281
La sixime question de Chosros portait sur les mares et sur la salure de la mer; plusieurs reprises, Priscien dclare qu'il emprunte Posidonius ce qu'il dit du flux et du reflux; il est probable, cependant, que l'emprunt n'tait pas direct; dans le prambule qui ouvre son crit, Priscien numre les ouvrages qu'il a il ne nomme pas le Elepi 'xeavoy. mais seulement consults l'abrg, compos par Gminus, des Mtores de Posidonius le trait De F Ocan tait peut-tre dj perdu, comme l'taient les
1
Mtores.
au dire de Strabon*, l'enseignement de Posidonius au sujet des mares Il dit que le mouvement de l'Ocan est soumis au mouvement priodique des astres [$t\<s\ os t/jv toG wxeavou x'lw}o iv utveiv tarpoetSTJ [Link]). Il y a une priode diurne, une priode mensuelle, une priode annuelle qui, toutes trois, sont en connexion (<7U[jL7ra9o);) avec la Lune. Lorsque la Lune s'lve au-dessus de l'horizon la hauteur d'un signe (30), on voit que la mer commence se gonfler et s'avancer sur le rivage, jusqu'au moment o la Lune atteint le mridien l'astre descendant ensuite, la mer se retire peu peu,
Voici quel
tait,
:
>
temps que la Lune met atteindre son coucher, la mer demeure immobile il en est encore de mme pendant le temps, gal celui-l, qu'il faut la Lune pour arriver, au-dessous de la terre, un signe de l'horizon; alors, la mer commence de nouveau s'avancer jusqu'au moment o, sous la terre, la Lune passe au mridien; elle se retire jusqu' ce que la Lune, avant son lever, arrive un signe de l'horizon enfin, elle demeure immobile jusqu' ce que la Lune monte la hauteur d'un signe au-dessus de l'horizon puis elle monte de
cher
;
pendant tout
le
nouveau.
liurne.
La priode mensuelle
gnent leur
maximum
au moment
nuent jusqu'au premier quartier, augmentent jusqu' la pleinelune et diminuent, de nouveau, jusqu'au dernier quartier ; puis
elles
dit-il,
par
les
que
i.
fiu\
comme
le
reflux gonl g ra
-
p.
553,
[Link].
<<>!.
III,
V, H:
r<\. cil
j>
iVi-
282
;
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
du solstice d't Posidonius en tire cette conjecture que les mares diminuent sans cesse dans le temps qui s'coule du solstice [d't] jusqu' l'quinoxe [d'automne], qu'elles augmentent jusqu'au solstice d'hiver, puis diminuent jusqu' l'quinoxe de prin-
d't.
plus au sujet de
au voisinage des quinoxes, non des solstices, que se produisent les plus fortes mares.. Les habitants de Cadix auraient-ils fourni Posidonius des renseignements inexacts? Ou bien Strabon, en rsumant le trait De l'Ocan, aurait-il interverti les rles des solstices et des quinoxes? Cette dernire supposition est la plus vraisemblable. Snque, en effet, et Pline l'Ancien parleront exactement des mares quinoxiales or toute leur science au sujet du flux et du reflux parat emprunte Posidonius. Cette supposition, d'ailleurs le philosophe Priscien va la transformer en certitude. De la priode diurne de la mare, Priscien emprunte Posidonius une description identique celle que Strabon a repro Quant aux flux qui se produisent chaque duite puis il ajoute mois, ils surpassent de beaucoup ceux qui se font chaque jour; en effet, lorsque la Lune est en quartier, la mer s'avance moins et se retire galement moins lorsqu'au contraire la Lune est en
c'est
;
grande vitesse et couvre une grande tendue de terre. Il y a aussi, dans les mares, un certain rapport qui se reproduit chaque anne et qu'on peut exprimer ainsi 2 Au voisinage des solstices, l'eau s'avance en moins grande quantit et le flux en est plus lent mais au voisinage des quinoxes, la mer prouve quelque chose de semblable ce qui parat s'y produire au voisinage des pleines-lunes et des conjonctions. Cette dernire phrase ne nous permet plus de douter que Posidonius n'ait eu, de la priode annuelle des mares, une connaissance exacte. Posidonius enseignait 3 comme ratosthne, que les mers intrieures, la Mditerrane par exemple, prouvaient le retentissement des mares ocaniques ce retentissement, il attribuait,
fortement
soulev
;
le
flux
se
montre anim
d'une
comme
i.
Prisciani philosophi Solutiones, quaest. VI; d. cit., p. 571, col. a. d'crire paraphrase un passage peu prs inintelligible. 3. Priscien, loc. cit. y d. cit., p. 570.
2.
283
a point parl et
nous montrera de nouveau que le philosophe stocien avait des ides fort justes sur chacune des priodes de la mare. Le stocien Posidonius, dit Priscien, observe que la cause de ces phnomnes est la Lune plutt que le Soleil. Le Soleil, en effet, est un feu pur et d'une grande puissance aussi ce feu a-t-il tt fait d'anantir les vapeurs que le Soleil lve de la terre et de la mer. La Lune, au contraire, n'est pas un feu pur; c'est un feu affaibli et attnu qui, par l mme, exerce une action plus
Or
cette explication
fertile
elle
borne soulever les choses humides et rendre fluide ce qui ne l'est pas [ces choses humides], elle les meut par sa chaleur mais elle ne les fait pas dcrotre, parce que cette chaleur est faible et qu'une humidit excessive l'accompagne c'est pour cette raison, d'ailleurs, que les corps chauffs par la Lune entrent en putrfaction. L'action du Soleil et celle de la Lune peuvent se comparer celles qu'prouve l'eau dans une marmite chauffe l'eau enfle sous l'influence d'une chaleur modre, tandis qu'un feu ardent la consume. De la part du Soleil, la grande mer prouve ce que, dans la marmite, un feu violent fait prouver l'eau sur la mer, la Lune a une action semblable celle que l'eau ressent d'un premier et faible chauffement. L'onde de la mer accompagne la Lune dans son mouvement circulaire, comme si elle tait soulever
agit, elle
ne
les
peut dtruire
elle se
par
elle.
Qu'enbmd-il
s'in-
par l? Nous
Pline
pour renobserver 1
dre compte
La
figure spLirique do
mer,
il
fait
la
jin-
Les gouttelettes
figure sph-
surface convexe.
Dans
Snque
crit 1
Posidonius vous
i.
PnisciKv, loc.
(>.
cit.
d,
rit.,
2.
[Link] Sbcomdi
1
De Munai
".-
LXV.
Voir
chapi-
tre
vm,i vu;
.'^.
284
affirmera,
est
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
comme s'il l'avait vu de ses propres yeux, que la grle forme dune nue aqueuse, dj mme convertie en eau.
la
cause de sa rondeur, en
condensent l'humidit de la respiration, sur les coupes humectes et, en gnral, sur toute surface polie
;
si,
demeu-
Par nature, l'eau prend une forme arrondie. De ce principe, elle faisait application la thorie des mares. Par suite de la nature circulaire de l'eau l'onde, souleve sous forme
:
Chaque jour, dclarait galement le Philosophe stocien, la Lune en fait autant lorsqu'elle s'en va sous la terre. De ce flux oppos la" Lune, sa thorie ne rendait aucun compte les explications astrologiques y trouveront toujours une embarrassante
;
nigme.
mensuelle des mares. Au moment de la pleine-lune et au moment de la conjonction, l'onde est souleve au maximum parce qu'alors rside, en la Lune, une grande puissance. Au moment de la pleine-lune, toute la face qu'elle tourne vers la terre est claire lors de la conjoncl'explication de la priode
;
Venons
tion, sa partie
elle exerce
prouver pendant la pleine-lune. Les flux qui reviennent chaque anne, au moment des quinoxes, ont aussi la Lune pour cause. Si, l'heure o le Soleil se trouve soit dans la Balance, soit dans le Blier, la Lune vient en syzygie avec lui, la Lune a une grande puissance... Ce pouvoir
effet, est
chaude, et
est
c'est
humide et Or l'hiver
chaud; ces deux saisons ne s'accordent donc pas en qualits avec la Lune au contraire, le printemps et l'automne sont modrment humides et chauds; la Lune leur ressemble donc beaucoup . Il est, ds lors, naturel que
et froid, l't est sec et
;
humide
la force de la
Lune
soit exalte
dans un signe quinoxial, dans le Blier ou dans la Balance. Mais ce n'est pas seulement au voisinage de l'quinoxe de printemps ou de l'quinoxe d'automne qu'il arrive la Lune de traPpiscten, Inc. cit.
!.
285
mares? En
signe, la
Lorsque
le Soleil
occupe un autre
Lune, venant dans le Blier ou dans la Balance, n'est ni pleine ni nouvelle. L'accroissement de force que lui confrent alors les signes du Zodiaque n'accompagne plus l'accroissement
de force man du Soleil.
Bien tranges sembleront sans doute ces considrations astrologiques; ce sont elles, cependant, qui ont
amen Posidonius
sufii
la loi,
que
les
lui
rvler.
mer
sexerce-t-elle direc-
tement ou bien
l'air
lui
sert-il
d'intermdiaire? Profondment
imbu des doctrines astrologiques des Gbaldens, Posidonius semc'est, du moins, ce que ble avoir admis la seconde hypothse Posidonius, semble dire une phrase de Saint Jean Damascne crit Jean de Damas, dit que les vents sont mis en mouvement par la Lune, et que, par les vents, son tour, est mue la mer en
;
ne subordonnait pas la mare une action pralable exerce par la Lune sur l'atmosphre, du moins pouvonsnous affirmer qu'il tablissait un rapprochement troit entre les inarecs et les troubles atmosphriques attribus la Lune. Nous savons, en effet, que Clomde s'inspire constamment de La Mtorologie, de Posidonius; or, deux reprises, Clomde crit 2 Non seulement la Lune dtermine de grands changements dans
:
l'air et
tient
ont
(\\\
sympathie avec
reflux de la
mais encore,
elle est
la
cause du flux
et
Clomde dclare, d'ailleurs, que la Lune tient cette puissance du Soleil qui cette doctrine s'acclaire corde pleinement avec celle que professait la Lettre Sur le 1/- ude, >rps avec celle que les Chaldens semblaient admettre; chaqu
i
:
mer
lui
la lliorie
le
des mares
sicle.
wi\
point
quclb
dpas
physicien eut,
i.
fjccerptu
c -,//.
tus.
/'.: '/,/i/, i,
Sac/'ortt/n Joannis
Dam asci
1,
\*vs
1
II.
\.\\\l (STOBiCi Flvrilegiutn, d. Vleineke, vol. IV. Lipai, SWH'A ppendi l r motu circutan corporutn clettinm liOn duo, lib H liomei
\
IA
II.
>
Hermannutt
MDCCCXC1
280
hellne
ici et,
moins directe de Posidonius, ont fait allusion l'action exerce par la Lune sur le flux et sur le reflux de la mer le lecteur trouvera, dans le beau mmoire de M. R. Almagi, de nombreuses citations de ces auteurs. Nous arrterons notre attention aux seuls propos de Pline l'Ancien et de Snque ils apporteront, en effet, quelques complments ce que nous savons dj des doctrines de Posidonius. Pline dfinit exactement la mare diurne; il omet de signaler la priode de repos qui, selon Posidonius, spare la mare descendante de la mare montante. La Lune, dit-il, par une aspiration
; ;
avide, trane la
mer aprs
elle.
exactement dcrite. Enfin Les flux s'enla priode annuelle est signale en ces termes flent davantage aux quinoxes, et l'quinoxe d'automne plus qu' l'quinoxe de printemps. Ils sont, au contraire, faibles au solstice d'hiver, et plus faibles encore au solstice d't . A cette priode, Pline en joint une dont il n'avait pas t question jusqu'ici Au bout de huit ans, la centime lunaison ramne la mer au principe de son mouvement et lui rend des accroissements gaux . Le cycle luni-solaire de huit ans ou cent lunaisons, Yoctatride, tait, depuis bien longtemps, connu des Hellnes. Ds l que Pline trouve dans le Soleil et dans la Lune la
La priode mensuelle
que cette priode, en ramenant la mme disposition du Soleil et de la Lune, doit ramener les mmes flux et les mmes reflux. Cette remarque avait-elle t faite par
cause des mares
, il est clair
Posidonius
Nous
l'ignorons.
Lorsque la Lune est septentrionale et plus loigne de la terre, les mares sont plus modres lorsque la Lune est, au contraire, plus mridionale, elle produit, par son effort exerc de plus prs (propiore nisu), une force plus considrable . Pline croit videmment que l'apoge de la Lune se trouve toujours dans l'hmisphre septentrional, et le prige dans l'hmisphre mridional il montre, par l, qu'il a, du mouvement de la Lune, une ide entirement fausse. L'erreur, d'ailleurs, ne saurait nous tonner d'un auteur qui, au moment mme o il vient de dclarer que le flux et le reflux suivent le mouvement de la Lune, ajoute tout aussitt que les flux et reflux sont spars les uns des autres par des intervalles de six heures, et
Le Naturaliste
dit
encore
i.
C. Plinii Secundi
De Mundi
historia lib.
II,
cap. XCVII.
287
que ces heures-l, au moment de l'quinoxe, divisent exactement en douze parties le jour et la nuit. Pline est plus heureusement inspir lorsqu'il dit encore Les grandes mares des quinoxes ne se manifestent pas exactement aux moments que j'ai indiqus, mais quelques jours plus tard elles ne se manifestent pas, non plus, au moment mme de la pleine-lune ou de la nouvelle-lune, mais quelque temps aprs enfin le flot ne commence pas exactement au lever ni au coucher de la Lune, ni le jusant l'instant mme o cet astre quitte le mridien, mais tous ces effets se produisent environ deux heures plus tard. En effet, l'efficacit de tout changement qui se passe au ciel atteint la terre un certain temps aprs que la vue a peru ce changement . Il tait essentiel de faire cette remarque si l'on ne voulait point tre choqu du dsaccord entre les faits observs et les lois formules par Posidonius. Snque est aussi mdiocre savant que Pline. Ce qu'il dit de bon dans ses Questions naturelles, il le tient d'autrui, bien incapable de le tirer de son propre fonds chaque instant, d'ailleurs, on retrouve sous sa plume le nom de Posidonius, son
prcise
.
inspirateur.
Snque professe un fatalisme absolu L'ordre des choses est, dans sa rvolution, men par la suite ternelle du Destin, et la premire loi du Destin, c'est que ses dcrets sont immuables. Ordinem rerum fati terna sries rotat, cujus kc prima lex est,
1
:
star a decreto .
De ce fatalisme dcoule la possibilit de prvoir, d'aprs les vnements prsents, quels seront les vnements venir La
:
dveloppe mettant partout, d'avance, des signes de l'avenir mais parmi ces signes, il en est qui nous sont familiers tandis que d'autres nous sont inconnus. Tout ce qui arrive est le signe de quelque vnement futur il n'y a que les
srie des destines se
; ,
choses
pour chapper
la
divination. Toute chose qui est dans l'ordre est susceptible d'tre prdite [Cujus rei ordo est, etiam prxdictio est) . Si donc les Chaldens se trompent souvent dans leurs divina-
dterminisme absolu, dont leur art se rclame, doive tre ni. C'est seulement que leur science trop courte est inhabile tenir compte de toutes les causes. L'obtions, ce n'est pas
que
le
i.
Sknk.'.m k,
i;k,
II,
eh
XXXV,
XXXII.
II,
eh.
288
servation
les
LA COSMOLOGIE BELLNIQUE
Chaldens
s'est
pour ne rien faire ? Si les faiseurs d'horoscope tombent souvent en erreur, quelle en est la cause ? C'est qu'ils prennent seulement quelques astres pour signes de notre destine, tandis que tous les corps qui se trouvent au-dessus de nous revendiquent quelque part en notre sort. Snque, assurment, tait fort bien dispos recevoir ce que Posidonius avait dit de la thorie des mares. De cette thorie, malheureusement, il n'a pas eu occasion de traiter. C'est accidentellement qu'il en parle, mais dans une circonstance qui offre pour nous un grand intrt. Il s'agit du dluge universel qui, la fin du Grand Hiver, doit submerger le Monde. Au flot qui s'avancera alors pour inonder la terre, Snque donne le nom de flux (tes tus) : Ce flux n'est pas la cause qui soulve les eaux de la mer il n'est que l'instrument du Destin. La nier est mue par la Destine, non par le flux, car le flux est au service du Destin {nain a-slus fali ministerium est.) Pour faire comprendre la formation de ce flux dvastateur, Snque use de la comparaison que voici Ainsi voit-on habituellement le ilux d'quinoxe, entran par la conjonction du Soleil et de la Lune, s'avancer plus puissant que tous les autres flux; de mme ce flux, envoy [par le Destin] pour submerger la terre, plus violent non seulement que les flux habituels, mais mme que les plus forts, entranera une plus grande quantit
1
; :
d'eau...
En
une certaine mesure et, ensuite, il dcroit. Mais ce moment-l, le flux, dlivr de toute loi, s'avancera sans mesure . Ainsi les Stociens, dans le flux produit par la conjonction du Soleil et de la Lune avec un point quinoxial, voyaient une image rduite du cataclysme que devait, un jour, dchaner la conjonction de tous les astres errants avec le solstice d'hiver. La thorie des mares ne leur servait pas seulement justifier les prdictions de l'Astrologie; elle confirmait leurs yeux le grandiose et redoutable pronostic des catastrophes destines, priodiquement,
scrit
;
dtruire l'Univers.
i.
livre
III,
cb. VIII.
289
IV
LES
PRINCIPES
DE l'aSTROLOGJE APRS
POSIDOMUS.
CLAUDE PTOLME
Aprs Y Histoire naturelle de Pline l'Ancien, nous ne trouvons plus aucune uvre, produite par le Paganisme grco-latin, qui apporte quelque perfectionnement la thorie des mares. Si Strabon nous a conserv quelques prcieuses observations d'Eratosthne, de Sleucus, de Posidonius, il n'y a rien ajout de son propre cr. Les nombreux textes, relevs par M. R. Almagi, o il est fait mention du flux et du reflux de la mer n'ont point enrichi la science de ce phnomne'. Ceux qui en ont le mieux parl sont certains Pres de l'Eglise au prochain chapitre, nous lirons ce qu'ils en ont dit. Entre la thorie des mares et l'Astrologie, l'uvre de Posidonius avait tabli le lien le plus troit. C'est pourquoi nous croyons utile de dire quelques mots des rapports qni s'taient tablis, entre l'Astrologie et la Science paenne, durant les premiers sicles de notre re. C'est une question que nous nous il contenterons d'effleurer faudrait, pour la traiter fond, allonger notre uvre outre mesure. Nous nous bornerons mettre en lumire quelques ides qui nous semblent d'importance toute
;
;
particulire.
On
probablement juste
en
quatre
livres,
titre,
un
ouvrage
<xjv7a;i;.
Composition
TeTpiXto
connaissance de l'Astrologie hellnique, la Composition en quatre livres est aussi importante que l'est la Grande
la
Pour
elle
nous prsente
Ciel
;
le
tirs
de l'aspect du
les astrologues
anitmeiicae
se trouve aux Theologumena Porphyre, mais dont l'auteur et le c temps sont, en ralitj inconnus. L'auteur de cet ouvrage, dit M. R. Almagi (h), met clairement en lumire l'accord entre l'allure de la mare et les phases lunaires; il affirme que les mare! ont un maximum la nouvelle lune j qu'elle! dcroissent, durent la premire semaine de la lunaison, jusqu'au premier quartier; qu'elle! passent, en sens inverse, par Jes mmes amplitude!, jusqu' 11 pleine lune qu'elle! fODt, enfin, (le mme pendant la nde moiti d u moi! . l'niunvmi Theologumena Aritmeiicae... didit Kridericui Asiins, Lit* lie, 1817;! (h) Roenrro Kimaia, Op. /aud., loe. cit., j. \\i>.
i.
Parmi ces
(a),
ouvrage qu'on
'''
DUHLM.
T.
II.
19
* l
JO
ils
LA COSMOLOGIE HELLMQUE
commenter;
Moyen
Age, dont le latin mentionnera sans cesse YOpus quadripartitum, dont le franais citera le Quadripartit da roi Plolomc. A la Terpt6Xioc o-uvrat, demandons ce que Ptolme pensait
de l'action des astres sur
les choses d'ici-bas.
Le grand principe formul par Aristote, admis par les Ghaldens et par les Stociens, le principe selon lequel tous les changements du monde infrieur sont rgis par les circulations du monde cleste n'est, pour l'Astronome de Peluse l'objet d'aucun doute selon l'usage des Chaldens, il ne manque pas de regarder les mares comme un frappant exemple de ce principe. Voici, tout d'abord, crit-il une proposition trs vidente et qui n'a nul besoin d'une longue dmonstration Une force, mane de la nature thre et ternelle, se transmet toutes les
,
et
changement. Les premiers lments qui soient sous la Lune, le feu et l'air, sont entours et mis en branle par les mouvements de l'ther; leur tour, ils enveloppent et entranent dans leur agitation tous les corps qui se trouvent
terre, l'eau et tous les
vgtaux qui y naissent. Le Soleil, en effet, avec le ciel qui environne toutes les choses terrestres, impose, pour ainsi dire, un ordre perptuel l'ensemble
et
animaux
il
changement des saisons qui donnent la vie aux animaux, qui, chaque vgtal, assurent son fruit, qui dirigent la circulation des
mais encore, suivant un ordre constant, suivant une rgle gomtrique approprie chaque latitude, sa circulation diurne produit alternativement la chaleur et la scheresse, puis le froid et l'humidit. La Lune, qui est la plus proche voisine de la terre, influe d'une manire manifeste sur les choses terrestres la plupart des tres anims ou inanims concordent avec elle dans les changements qu'ils prouvent les fleuves croissent ou dcroissent avec la lumire de la Lune selon qu'elle se lve ou se couche, les mers sont entranes par des courants de sens contraire soit en
fluides et les affections diverses des corps;
;
;
i. Claude Ptolme, Composition en quatre livres, livre I, ch. I (Claudii [Link] Pelusiensis Alexandrini o/nnia qu extant opra, prter Geographiam, quam non dissimili forma nuperrim didimus : summa cura et diligentia castigata ab Ersmo Osualdo Schbekhenfuchsio, et ab eodem Isagoica in Almagestum prfatione, et Jidelissimis in priores libros annotationibus illustrala, quemaamodum sequens pagina catalogo indicat. Basileae. In fine Basileae Claudii Ptolem^i in Oi'ficina Henrichi Ptri, Mense Mrtio. Anno MDLI. MAThrmatici operis Libri quatuor, in quibus de iudicijs disseritur, ad Syrum, JoACHiMO Camerario interprte. P. 379).
Kl
L ASTROLOGIE
291
animaux ressentent
Le cours des
l'effet
Lune.
que
dont
mais dont
Les dispositions relatives des astres sont, elles aussi, causes de changements multiples et varis car, en se conjoignant, les corps clestes. mlent leurs influences. Bien que la force du Soleil,
dans l'ordre assign la constitution gnrale du Monde, surpasse les forces des autres astres, celles-ci peuvent, cependant,
Lune, dans les nouvelles-lunes, dans les pleines-lunes, dans les phases intermdiaires, noCfs donne, de cette vrit, la preuve la plus frquente
et la plus manifeste
aussi souvent, ni
vrifier.
pour les autres astres, nous n'avons pas d'une manire aussi certaine, occasion de la
;
que les influences astrales ont des effets ncessaires que nous pouvons, par l'observation du Ciel, prvoir les vnements futurs. Mais ce qui rend possibles les jugements astrologiques ne les rend-il pas, par l mme, inutiles? Nous avons entendu dire A quoi nous sert-il de prvoir des vnements qui doivent arriver d'une manire invitable ? Et en effet, Cicron* n'avait pas manqu de faire aux devins cette objection. Mais la prvision de l'avenir ne nous prpare-t-elle pas recevoir avec tranquillit et constance ce qui nous doit advenir? Puis, il ne faut pas supposer que tout, dans les choses humaines, drive tout droit des causes suprieures, comme d'une sorte ddit divin et inviolable, pos d'avance au sujet de chacune d'elles, de telle manire qu'on ne puisse appeler la rescousse aucune force capaC'est parce
1
:
il
Or le mouvement des corps clestes procde suivant un ordre divin et une loi invaria-
en est autrement des tres infrieurs; sans doute, les changements qu'ils prouvent proviennent des causes suprieures et premires mais ils leur adviennent en consquence d'un ordre
ble.
Mais
il
naturel et d'une
loi
susceptible de varier
Ptolmc
va-t-il
l'utilit
de
l*
Astrologie,
introduire, dans le
les prvisions
de cette science
/(iw/.,
I.
Ptolkmlf, Op.
Cicron,
livre
I,
ch.
<<Jit.
cit.,
p. 3Hi,
col.
b.
<-t
j.
382,
coll. a et b.
a.
De
la divination, livre
II.
ch. IX.
292
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
monde
sublunaire ne sont
loi
?
pas soumis au
mme
ordre invariable, la
clestes dont
ils
mme
rigoureuse
que
les
mouvements
Toutes les
lire, sont
Cause premire, procdent suivant une loi invariable, car rien ne peut surpasser la Cause premire, plus leve que tout ce qui ferait effort contre elle. Mais s'il est des choses qui dpendent de causes efficientes opposes les unes aux autres, il pourra aisment se faire que la marche en soit change . Les corps clestes sont mus directement par la Cause premire; leur cours est donc ncessaire et immuable. Mais les minraux,
vgtaux
et les
mues par
les
opposes aux premires . Si le groupe des causes qui agissent dans un sens est form de causes trs nombreuses et trs puissantes, l'effet qu'elles tendent produire sera invitable si, au contraire, les deux groupes de causes antagonistes sont peu
;
prs quivalents,
l'effet contraire.
il
on pourra,
mdecins peuvent annoncer qu'un ulcre deviendra serpigineux ou putride ainsi encore, pour prendre exemple des mtaux, on peut enseigner que la pierre d'aimant attirera le fer. Le fer et l'ulcre, en effet, tendent d'eux-mmes suivre la direction o les entrane la force de leur nature premire, si on les abandonne eux-mmes, par ignorance de la cause efficiente contraire qu'ils pourraient subir. Mais si, l'ulcre, nous opposons une mdecine contraire,- il ne deviendra ni serpigineux ni putride si nous frottons d'ail la pierre d'aimant, elle n'attirera plus le fer. Cette mdecine, ce suc de l'ail font obstacle aux causes considres en premier lieu ils introduisent des causes efficientes de sens contraire, et cela d'une manire naturelle et en vertu d'une loi fatale. Il en est de mme pour les choses dont nous parlons. Si l'on n'a pas prvu un vnement qui doit advenir aux hommes ou si l'on ne tient pas compte de la prvision acquise, il n'est point douteux que cet vnement suivra l'ordre prescrit par sa nature premire mais si on l'a prvu et si on a pris souci de cette prvision, on pourra, l'aide d'une loi galement naturelle et fatale, ou bien carter entirement cet vnement, ou bien le
cet effet de se produire. Ainsi les
;
; ;
empcher
293
Le raisonnement de Ptolme ne semble porter aucune atteinte au dterminisme de la nature, puisqu'il se borne invoquer le de deux groupes de causes galement naturelles et ncessitantes. Mais pour que ce raisonnement ait un sens, il faut que
conflit
nous soyons matres de dchaner ou de ne pas dchaner ce conflit, que nous puissions, notre gr, opposer ou ne pas opposer le second groupe de causes au premier. Toute l'argumentation postule le libre arbitre de l'homme et sa libre action sur les
choses de ce monde. Or, cette action libre, o donc trouve-t-elle
sa place dans ce systme, iguorant de toute cause efficiente qui ne
soit fatale ?
Afin
Monde un dterminisme
;
inluctable qui
l'homme
faire
toute libert
l'utilit,
met hors
de rien
Ce
conflit entre la
comme
le
monde
et durera, sans
lme,
il
tait aussi
aigu qu'aujourd'hui.
ALEXANDRE D'APHRODISIAS.
Ce conflit s'tait vivement dbattu dans la raison de Ghrysippe. Chrysippe soumettait le monde au Destin, l'EljjiapuivY, de ce
;
De
:
la
il
donnait
Le Destin est une disposition naturelle de L'ensemble des choses, en vertu de laquelle ces choses drivent ternellement les unes des autres; au bout d'un fort long temps,
suivante
1
cette
disposition
affecte
la
mme
combinaison
invariable
JTT s
(
t'.vo.
i\ aiSlou
tv
etsooiv
UV ouv Kitapadtrou
dique de cette
fatalisme,
l<i
vivement
contre'
ce
Destin
implacable
rli.
II
qui,
priodiquement,
I.
2M
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
ramne
le
Monde au mme
humaine
et
responsabilit
sophe stocien, mu de ces critiques, s'efforait de concilier le dterminisme avec la libert humaine, et la contingence avec le Destin. Par quelles subtilits il tentait cette conciliation entre
contradictoires, Gicron, dans son trait
Du
connatre.
Nombre de gens
Favorinus,
:
comme mus
non seulement les accidents, et les vnements qui nous arrivent du dehors, mais les dlibrations des hommes, leurs dcisions, leurs diverses volonhaut par
le Ciel,
ts .
Dans
ron,
monde romain, il s'est trouv des hommes comme Giccomme le philosophe Favorinus, comme Aulu-Gelle, pour
le
et
galement rencontr dans le monde grec, et ceux-l ont pu, dans leur pense comme dans leur langage, mettre la prcision dont Aristote leur avait donn l'exemple. La thorie du mouvement propose par le Stagirite et, par cette thorie, toute la Physique et toute la Mtaphysique pripatticiennes, se concentrent, pour ainsi dire, sur cette affirmation 2 Ce monde-ci est li en quelque sorte, et d'une manire ncessaire, aux mouvements locaux du monde suprieur, en sorte que toute la puissance qui rside en notre monde est gouverne par cela donc qui est, pour tous les corps clestes, ces mouvements le principe du mouvement, on le doit considrer comme la Cause
s'en est
: ;
premire.
Une
telle affirmation
permet-elle au
soit,
monde
infrieur d'chap-
au dterminisme le plus ne parat pas. Et cependant, Aristote s'est laiss rigoureux? aller jusqu' mettre de l'indtermination dans les choses sublunaires.
Ce n'est pas qu'il veuille soustraire le monde infrieur au dterminisme en y introduisant la fortune ou le hasard (y\ tuxt, ou
i.
attir/ues, livre
I, I,
ch.
XIV, ch. I. (Aristotelis Opra, d. Didot, t. III, Voir Ch. IV, V; t. I, p. 33q, col. a)
II
LA THOI
zb
IE
DF.S
MARES ET [/ASTROLOGIE
295
effet
a'jTojjLa-rov).
Le hasard, ce
1
.
n'est point
du tout un
priv de
parmi des actions qui sont faites simplement en vue d'une certaine fin, il s'en produit une dont la cause soit en dehors [des causes des premires actions], et qui ne concoure pas cette fin, nous disons videmment que cette dernire
causes dterminantes
Si,
>)
rot?
O'j
Tr);
svsxa tou
to'J cuu.'vTO
'to
to at/riov, Tre
-o
Ta'jjjiTOj Avo(jiv.
Un
fait fortuit,
mais cette
consquence vient traverser un ensemble d'effets qui avaient t ordonns en vue d'une certaine fin laquelle le soi-disant fait fortuit
me promener pour
;
rendre
ma
par
ma
promenade,
l'effet
voil le hasard.
En quoi rompt-il l'enchanement du dterminisme ? Un effet ne se produit par fortune ou par hasard que
ce qui suppose
s'il
surfin,
un
2
choix,
,
l'intelli-
donc une cause qui agit accidentellement au milieu d'actions qui ont t choisies en vue d'une certaine fin. Partant, la pense et la fortune se rencontrent l'occasion d'une
gence.
La fortune
c'est
mme
o'jx
Iveu Sittvola{.
dans la production d'un vnement fortuit, il nous faudra, ct de la nature qui meut, tenir compte de l'esprit qui choisit et ordonne. Le hasard et la fortune 3 sont Tarepov pa consquences, la fois, de la nature et de l'esprit.
les causes qui interviennent
xb fcvTOU&tOv xal
i\
Aristote a
montr que
les faits
le
nom
de cas fortuits ne sont pas des faits sans cause mais son analyse des notions de hasard et de fortune suppose une condition essen-
suppose qu'une intelligence puisse se proposer une fin, et ordonner des actes en vue de cette fin elle suppose donc que nous avions le pouvoir soit de produire, soit d'empcher certains mouvements; elle suppose que l'avenir soit riche d'effets contintielle
;
elle
sens ou dans
i.
Le
sens contraire.
t.
II,
Phy$iqat livre II, eh. VI (Ahistoteuk Opra, d Didot, Bekker, roi. I, j. ioy col. b ikitTOti, Phyique* livre il, ch. V AjutroTtui Opra, d. Didot, '>;; d. Bekker, roi, I. |>. 197, col. e), 3. AjutTOTS, Phyiique, lirre il. ch. vi \histotkus Opra, d. l>idot, 1, r. d, Bekker, vo\ p, 198, col,
AnitTont,
d.
.
t. Il,
t.
U,
200
(lette
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Monde,
la
Physique
par son analyse des notions de hasard et de fortune, la suppose mais elle ne la propose pas explicitement. Le Stagirite la formule dans un autre ouvrage. Dans un chapitre de son trait De l interprtation (IJepl i$y.r\qu'au sujet de toute chose prsente ou vsw), Aristote observe passe, toute proposition affirmative est ncessairement vraie ou fausse; il en est de mme de toute proposition ngative. Mais lorsqu'il s'agit de choses futures, il n'en est plus toujours ainsi. Telle chose future sera, soit Il se peut que cette proposition une affirmation dont on peut dire qu'elle est vraie, parce que la chose dont on parle arrivera ncessairement il se peut qu'on puisse dire de cette affirmation qu'elle est fausse, parce que la chose dont on parle ne peut pas arriver, parce que, ncessairement, elle ne sera pas. Mais qu'advient-il s'il n'y a pas d'autre alternative que ces deux-l? Dans ce cas, rien n'est, rien n'arrive d'une manire fortuite ou indiffrente il n'y a rien qui sera ou ne sera pas mais toutes choses arrivent par ncessit et non OjSv pa out3 sartv outs point d'une manire indiffrente.
d'Aristote,
;
'
7)
OUX
<7T0U, CfXk'
donc admettre que certaines choses arrivent alors qu'elles pouvaient galement et indiffremment (oTuoTepa) arriver ou ne pas arriver. Affirmer une telle chose contingente alors qu'elle est venir, c'est ne dire il n'y a, non plus, ni vrit ni erreur la nier. ni vrai ni faux
vyxYj arcavTa xal oy oiroTep' Vj^ev.
Il
faut
si
l'on veut
que toute dlibration, toute action de notre part ne soit pas chose vaine. Si tout arrivait d'une manire ncessaire, nous n'aurions aucun besoin de dlibrer, ni d'agir comme si, en accomplissant telle action, tel effet en devait rsulter, tandis qu'en n'accomplissant pas cette action, cet effet n'en rsulterait pas.
, >
"Qore
o-jts
potAsusa-Qa'. ot, av outs 7cpay[jia?e jsa (jai, toq sv u.v toSI 7:o?.7)a(ou.v,
carat
toS'1,
sv 8
jjltj
Ainsi, la notion
sa
fin
du fait fortuit, telle qu' Aristote l'a dfinie dans Physique, exige que nous ayions le pouvoir d'agir en vue d'une et le pouvoir d'agir en vue d'un fin exige que tout ne soit pas
;
le
tout le systme
?
O dcou-
i. Aristote, De V interprtation, ch. IX (Aristotelis Opra, d. Didot, vol.I, pp. 28-3o; d. Bpkker, vol. I, pp. 18-if)").
297
dans ce monde sublunaire qui est, dune manire ncessaire, s ivy/r,;, sous la dpendance des circulations clestes, ternelles et immuables ? Aristote ne nous le dit pas, et il est vident qu'il n'aurait pu nous le dire. Toute sa philosophie rclame qu'un dterminisme absolu rgne dans l'Univers. Sa conscience lui criait qu'il tait capable d'agir, qu'il avait pouvoir, son gr, de produire ou d'empcher certains effets il a donc d lui concder qu'il y avait, ici-bas, de la contingence mais par cette concession illogique, il a rompu tout l'enchanement de sa doctrine. Si l'on veut tre consquent avec soi-mme, on doit ou bien rejeter l'axiome astrologique qui condense en lui toute la Physique et toute la Mtaphysique pripatticiennes, ou bien livrer le
vrira-t-on de la contingence
;
;
monde au
vers
fatalisme absolu.
o le moindre mouvement de la moindre pice impose, chacune des parties de la machine, un dplacement exactement dtermin, ils ont vraiment tir du Pripattisme la consquence que toute cette doctrine
parfaitement
li
comme un mcanisme
rclamait.
ce fatalisme stocien,
ils
le
le
ils
monde
libre arbitre
que se range
il
Plutarque.
complat combattre les affirmations que Ghrysippe avait formules a ce sujet. Il rappelle cet aphorisme du clbre stocien
:
\u<
la plus
la
petite,
ne se peut proet
duire
son
ce n'est
cette
conformment
de
nature.
commune
tor.v
xo'.vr.v
nature
la rai[xlpo
OOv yp
XXco
twv xa-
sait
et
Vm,
yov
.
aux antipodes
le
:
mmes on
que
la
commune
nature,
Destin, la Providence
Jupiter,
un voil donc que Jupiter esi cause de tous les vnements de Ce inonde, mme des plus mauvais et des plus honteux.
pour Ghrysippe,
c'est tout
..
XXXIV (Plutarchi p lutarchi De Stotcorum rpugnant iii cap Scripta mortifia, d. Firmin Didot, t. II. p. t284)<
<
makho-
298
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Ce dterminisme de Chrysippe n'est pas, d'ailleurs, exempt de contradiction. Cet auteur, en effet, n'a pas craint d'crire Les natures particulires, les mouvements particuliers, rencontrent
!
:
beaucoup d'obstacles
l'Univers,
il
et
d'empchements
philosophe de Chrone,
dans les
obstacle ceux-ci,
si
on
les
empche,
champion de
la libert
du Destin, loi priodique qui ramne exactement les mmes vnements lorsqu'une nouvelle Grande Anne recommence son cours Bien que le Destin, dans son cycle, embrasse en sa totalit, l'infinit des vnements qui vont d'un pass infini un dit-il 2
gique
: ,
cependant pas infini, mais fini. En effet, aucune loi, aucune raison, aucune chose divine n'est infinie. Mieux encore comprendrez-vous ce qui vient d'tre dit si vous considrez la priode entire et le temps total (o-'jpra -^p6vov) alors, comme il est dit au Time, les mouvements des huit priodes, dont les vitesses sont mesures l'aide de la circulation de ce qui demeure toujours le mme et marche uniformment 3 reprennent leur point de dpart; suivant cette mme mesure, qui est borne et exactement conue, tout ce qui se trouve dans le Ciel, et tout ce qui, sur la terre, est li d'une manire ncessaire aux choses d'en haut, se trouve ramen au mme tat, et, partir de ce nouveau
avenir
infini,
il
n'est
commencement,
mme manire.
Au
bout de longues priodes, donc, se reproduira la disposition du Ciel, non seulement celle de tous les corps clestes les uns par rapport aux autres, mais encore celle qu'ils affectent l'gard de
la terre et
de toutes les choses terrestres mais aussi les choses qui rsultent de cette disposition et qui en dpendent, [directement ou] parce qu'elles dpendent les unes des autres, se reprsente;
chacune portant les effets qui dcoulent d'elle d'une manire ncessaire. Prenons-en un exemple dans ce qui nous concerne
ront,
;
Plutarchi Op. laud., [Link]; d. cit., p. 1292. Plutarchi De fato cap. I (Plutarchi Ch^eronensis Scripta moralia, d. Didot, t. I. pp. 687-688). 3. Le ciel des toiles fixes.
i.
2.
299
vous crive, en ce moment, ces lignes, ou que vous fassiez ce que vous vous trouvez faire prsent, admettons que cela dpende des corps clestes, considrs comme les causes de
Que
je
toutes choses
alors,
la
ce
nous
nous serons redevenus les mmes et que nous referons les mmes choses. Il en sera de mme pour tous les hommes le retour des mmes causes dterminera derechef la production des mmes choses et l'accomplissement des mmes uvres l'ensemble de l'Univers se reproduira donc au bout d'une priode totale, et semblablement au bout de chacune des priodes totales. Evidemment le Destin, comme nous l'avions dit, bien qu'infini d'une
;
;
certaine manire, n'est pas infini [en ralit], et l'on voit claire-
ment
qu'il est,
pour
ainsi dire,
un
cercle.
Ce fatalisme astrologique, dont il nous a donn une dfinition si exacte, Plutarque ne veut pas qu'il ait empire sur tous les vnements de ce monde. Aux fatalistes, il accorde cette proposition 2 Il est vident que le Fatum (ELjxapjjLsvYj) embrasse tout. Mais il refuse de souscrire cette seconde affirmation Tout arrive fata:
:
EtuLapuivinv.
;
La
loi
il
du Destin, en effet, il l'assimile une loi humaine cette peut prvoir et embrasser tous les cas dans ses prescriptions
loi
;
n'en rsulte pas que, dans tous les cas, nos actes seront confor
nous pouvons dsobir la loi. Plutarque admet que nous pouvons, de mme, transgresser les dcrets du
ces prescriptions
;
ma
Destin.
Si cette supposition lui est
sit, il
ait,
dans
la nature, place
pour
la contingence.
la
contingence s'inspire
visiblement de ce
De
l'interprtation.
3
:
La pense
du Stagirite, il la rsume en cette formule v Le ncessaire, c'est dont un possible le contradictoire est impossible; le contingent,
c'est
un possible dont
Le
To pv
TO S*tv8cv6utVOV v 0*UV*TOV
to ivuxcIluvov 8uvacr6v.
Cette notion de
contingence ne s'applique,
d'ailleurs, qu'aux
vnements futurs; dans le prsent, L'une des deui alternatives ccomplif et L'autre non; mais celle-l s'accomplit dont nous
Le texte que oous avons GOMvIt porte
vu
rvuCftivit,
i.
O doit
vidom-
ut tre a.
Bupprim
,
Plutarchi Op. l'uni cap. yi d. l'i [Link] Op. l'uni .. cap, vi; d.
;
cit.,
cit.,
I.
I.
I,
l.
p.
68g
p. 6Vj
300
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
avons dsir la ralisation. Dans le prsent, donc, on ne peut plus dire que l'vnement est contingent, mais qu'il est en notre pou-
en notre pouvoir, c'est celle des deux parties du contingent qui advient maintenant conformment
voir
(iz>'
Tifv).
Ce qui
s'
est
notre dsir.
t/jv rjjjLSTpav
To
yjjjliv,
Oxrcpov [xpo
to
op^v rfa
[Link].
deux partis d'un vnement qui tait contingent jusque-l, il se pourra que notre choix se conforme aux prescriptions du Destin mais il se pourra qu'il
les
;
y contredise.
Aux prvisions du
1
,
pourra opposer des dmentis. Il arrivera, par l, que la loi du Destin sera suivie en gnral obie dans la plupart des circonstances mais qu'elle se trouvera, cependant, enfreinte dans
;
du
trait
s'tait inspir
Physique qu'il rsume lorsqu'il parle de la fortune et du hasard Le rapprochement de ces deux thories, qu'Aristote avait exposes en des lieux diffrents, permet au philosophe de Ghrone de marquer, mieux que le Stagirite ne l'avait fait, que la notion de cas fortuit suppose la notion de contingence. Nous avons dit, crit-il, que, l'effet de la fortune porte le mme nom qu'elle et qu'il prsuppose l'existence de
pour
dfinir la contingence
c'est la
To
jjiv
ait'
sep'
X^Gyj.
laiss
par les soins de Plutarque, dress contre le fatalisme astrologique que le mme Aristote avait si clairement formul et si fortement appuy de toute sa philosophie.
Alexandre d'Aphrodisias
rsolu
est,
comme
Plutarque, un adversaire
du fatalisme
stocien.
Dans
l'article suivant,
le
dterminisme
ce
dterminisme,
dialogue
3
il
refusera de souscrire.
consacre, en
effet,
un
ment
la contingence
et
l'existence de la contingence,
il
ne veut
pas renoncer.
Plutarchi Op. laud.. cap. IV d. cit., t. I, p. 688. Plutarchi Op. laud., cap. VII; d. cit., t. I, pp. 690-691. 3. Alexandri Aphkodisiensis Qustiones, lib. I, quaest. IV. (Alexandri AphroDtSlENSis Praeter commentaria scripta minora. Quaestiones. De fato. De mixtion*. Edidit Ivo Bruns, Berolini, MDCCCLXXXXII, pp. 8-i3).
i.
;
2.
L* ASTROLOGIE
301
Gomme
Si
que nous nous regardions comme les matres de les accomplir ou de ne pas les accomplir, on ne saurait dire que le Destin en est la cause, ou qu'elles admettent certaines causes qui seraient des causes extrieures, fixes d'avance et de haut, en vertu desquelles telle de ces uvres devrait absolument tre faite ou ne devrait absolument pas tre accomplie. S'il en tait ainsi, en effet, ces uvres ne seraient aucunement en notre
pouvoir.
Exclu des uvres humaines, le Destin va-t-il, du moins, rgner sans partage sur les uvres de la nature ? Pourrons-nous, comme Le Destin, c'est la mme chose que la les Stociens, dclarer
:
nature
ce qui est fatal est naturel et ce qui est naturel est fatal.
sl{jLao{jLv^v ts
Elvou -cauTov
cp-jaiv,
Alexandre refuse aux lois naturelles elles-mmes ce dterminisme absolu. Ce qui se produit suivant 2 ne se produit pas d'une manire ncessaire; de la nature, dit-il ce qui devait tre ainsi engendr, la production peut se trouver
xal to xa-a ouo*iv sljxap^vov.
,
empche.
choses qui arrivent la plupart du temps, mais non d'une manire Ilo- {xv tb icl to ttsuttov jjiv ytveTou Ta yiv6|[Link] ncessaire.
xaT
ouo-tv, ou
jjlt4 v
3
,
l'enseignement
des Pripatticiens au sujet du Destin. Comme Plutarque, donc, Alexandre admet que, s'il est des uvres en notre pouvoir, c'est que le cours de la nature peut tre
dtourn, c'est que, dans l'avenir du Monde,
il
comme
Aristote, dont
s'inspire
(ad utrumlibet). Voici la dfi Ce qui, dans une chose, s'est produit nition qu'il en donne d'une manire contingente, c'est ce qui tait galement capable T voeyojxvcj; yeyov ev tivt xal y.i\ de ne pas s'y produire.
sans cesse, l'indiffrent,
3
,to
07r6Tepa
vtyovvai v
pas prtendre, d'ailleurs, qu'en soumettant toute chose une inluctable destine, on n'abolit pas la contingence. Rpter, cet effet, les sophismrs de Chrysippe, n'est-ce pas
Qu'on
n'aille
ALEXAMDRI Af'Hnom^[Link] De fatO cap. V (Alkxandmi APMRODItlIKMI Scripla minora, d. Bruns, p. 169). VI, d. Cit., f. cit. \i .rxandri Apmrouimknsis Op. laurf., cnp VI; d. cit., p 171 cnp. laud., S. Alkxandiu Aphrodisikn8I8 Op. Alexandri Aphrodisiknsis Op. laud., cap. IX; d. cit., p. 174. l\. d. cit., p. 176. Si Alexandre n Aphrodi8IA8, (oc. rit
i
302
plaisanter
1
la cosmologik hellnique
la plaisanterir n'est
pas de
mise?
gence, c'est rendre incomprhensible la dlibration qui, en nous, prcde l'accomplissement d'une action. Pourquoi peser les deux
partis et les
est
si
celui
irrmdiablement
par la Destine ?
une
suite
hommes
rer.
fait
vain de dli-
de dlibEt cependant, rien de ce que produit la nature n'est, par elle, en vain et c'est la nature qui a fait que l'homme ft un aniest
l'homme
dou de
la facult
dlibrer.
action, c'est
Que nous
a,
dans
vnements contingents. Il n'est donc pas vrai, conclut Alexandre 4 que tout ce qui advient, advienne en vertu d'une cause extrieure grce notre libert (ouo-ta), en effet, il y a des choses qui sont en notre pouvoir; des vnements ainsi produits, ce n'est pas quelque cause extrieure, c'est nous qui sommes les matres. Partant, ce
,
; ;
il
a sa cause
en nous. Car l'homme est principe et cause des actions qu'il accomplit; tre homme, c'est possder en soi-mme le principe
d'une telle manire d'agir.
8t"
xal
alua :wv
to tou
vGpcoitcj)
fermement, pour l'homme, le pouvoir d'agir librement, la facult d'tre, dans le monde, un principe autonome de mouvement, tait, en son temps, le plus fidle disciple d'Aristote avec Aristote, il enseignait que tout changement a pour principe un mouvement local, que tout mouvement local sublunaire a pour cause l'ternelle circulation des sphres clestes. Gomment cet enseignement se peut-il concilier avec celui que nous venons d'entendre de sa bouche ? Il n'a pas tent de nous le
Celui qui revendique
si
;
dire.
Gomme
Plutarque et
comme
en affranchir,
i.
2.
3.
4.
Op. laud., cap. X; d. cit., p. 176. Op. laud., capp. XJ-XV; ed, cit., pp. 178-186. Op. laud., cap. XI; d. cit., p. 178, Op. laud > cap. XV; d, cit., p. i8>.
303
l'homme
mais
ils
tenteront de le faire
Quelle sera la solution propose par ces philosophes, nous le verrons bientt. Il nous faut, auparavant, entendre renseigne-
ment de l'athisme
nisme.
fataliste contre
lequel s'lvera
le
No-plato-
VI
LES PRINCIPES DE LASTROLOGIE APRS POSIDONUS (suite).
LE FATALISME IMMANENT.
MARCUS MANILIUS
Ptolme donnait aux astres fixes ou mobiles le titre de causes mais, parmi efficientes il parlait le langage des astrologues ceux-ci, beaucoup allaient plus loin que lui; ct des causes sidrales, en l'effet, l'Astronome de Pluse invoquait l'action insurmontable de la Cause premire nombre de tireurs d'horoscopes, joignant l'athisme au dterminisme, n'admettaient point d'autre cause efficiente que les corps clestes ou sublunaires. Ecoutons ce que le juif Philon d'Alexandrie nous dit des Chaldens qui ont
; ; ;
Ils
rattachent,
hommes l'Astronomie et l'Art gnthliaque comme par des rapports musicaux, les choses
:
qui sont sur la terre aux choses d'en haut, et les tres
du
Ciel
aux
exactement rgle de l'Univers, ils l'expliquent par la communaut de nature et de proprits qu'ont, les unes l'gard des autres, les parties que leurs lieux sparent, mais entre lesquelles la parent n'tablit pas de ils admettent que ce monde qui nous apparat est la distinction seule chose qui existe, qu'il est Dieu ou bien qu'en lui, il renferme Dieu, c'est--dire l'Ame de l'Univers; aprs avoir divinis le Destin H la Ncessit, ils pouvantent le genre humain par l'excs de leur impit; en dehors de ce qui apparat aux sens, ils proclament que tien, absolument, n'est eause de rien ce sont, disentils. Les circulations priodiques du Soleil, de la Lune et les
trs terrestres
;
cette
symphonie
trs
et
les
maux.
au
)>
un fatalisme impos
monde
i.
sensible par ce
Ai.p.x
monde mme,
Pmilonii
drin!
Optra quae
AsnniM De migratione Abrafuvni, XXXII (Philonm Alexansiijici $unt Vol, U. Edidit Paului Weodland, Berolioi|
.
MDCCCLXXXXVn,
p. 5o3).
304
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
vons citer au moins un auteur qui l'a ouvertement professe et magnifiquement exprime. Cet auteur, c'est Marcus Manilius. De cet auteur, nous ne savons rien, sinon que le pome en cinq livres o, sous le titre & Astronomicon, il expose les lois de
l'Astrologie, dut tre crit
l'an 10
de J.-C. o ce dsastre, en
Cum
C'est,
d'ailleurs, le
auquel il fasse allusion. On comprendrait mal certains passages du pome de Manilius si l'on oubliait quelle lutte ardente mettait aux prises Stociens et
picuriens.
Les Stociens voulaient que toutes les parties du Monde fussent unies entre elles par une harmonieuse sympathie, effet d'une loi
fixe et
loi
immuable que
changements
vements des astres et ces mouvements. Dans ce Monde o les Stociens admiraient l'ordre et l'harmonie assurs par une loi, les Epicuriens ne voulaient voir que dsordre et perptuel conflit engendrs parle Hasard. Ils niaient donc qu'il y et une relation constante entre les mouvements des astres et les changements de la sphre sblunaire ils tournaient en dri;
Des dfis que l'Epicurisme se plaisait lancer au Stocisme, Lucrce s'tait fait le hraut. A la sympathie que les philosophes
de l'Univers,
se plaisait
opposer
cette
mem-
bres immenses du
autres,
...
Monde
tantopere in ter se
i. M. MrnilI Astronomicun Libri quinque Iosephus Scaliger, lui. Cs. F. recens uit, ac pristino ordini suo [Link]. Eiusdem los. Scaligeri, Commen tari us in eosdem libros, et Castigationum explicationes. Lectiones varice e ms.
Bibliothec Palatin,
andreana
cum Notis F. IunI Biturigis. In officina Sanctvers. 891-892, p. 29. 2. Titi Lucretii Cari Dererum natura lib. V, vers. 38i-382.
et aliis,
I,
MDLXXXX.
Lib.
305
par quelle force la nature gouverne et infl chit la course du Soleil et les mouvements de la Lune, afin que nous n'allions pas croire qu'une libre spontadit-il,
,
Je t'expliquerai,
Meminius
nit leur fait dcrire, entre terre et ciel, des cours ternels, et qu'ils
condescendent faire crotre les vgtaux et les animaux afin que nous n'allions pas, non plus, supposer que quelque raison
;
Ceux-l
mme, en
effet,
rence des dieux, force de rechercher la raison par laquelle tout est dirig, particulirement dans ces corps qu'ils contemplent au-dessus de leur tte dans les espaces thrs, ceux-l, dis-je,
retombent dans les antiques religions ils se donnent des maitres rigoureux, que les malheureux croient tout-puissants, car ils ignorent ce qui peut tre et ce qui est impossible. Contre le pome de Lucrce, le pome de Manilius prend en main la cause de la Physique stocienne, si propre justifier la
;
divination astrologique.
dbut de son pome, Manilius veut 2 que les nations comprennent combien il est grand, ce Dieu qui a dispos la face du Monde, et le Ciel plac au-dessus du Monde, au long des temps qui leur sont propres, afin qu'on les puisse connatre par
le
Ds
leurs
mouvements
donn
les forces
dont elle dispose . A ne lire que ces vers, on pourrait penser que le Dieu de notre auteur est quelque Dmiurge, extrieur et suprieur au xMonde qu'il organise. Ce serait, alors, par suite de l'uvre de ce Dmiurge 3 que les astres exerceraient leur domination selon des lois tacites,
les
une ternelle Raison, que alternatives des destines verraient leur cours rgl par des
.
que
le
Monde
entier serait
m par
signes certains
Notre erreur serait de courte dure. Bientt, Manilius nous apprendrait que le Dieu qui impose au Monde un ordre immuable
n'e*t pas
un Dmiurge extrieur au Monde, mais une Volont, une Raison, un Esprit rpandu dans le Monde mme. Je chanterai, nous dirait-il 4 la Nature qui tient sa puissance
,
ciel,
dans
la terre,
dans la mer,
Infusumque
i.
Deum
2.
3.
T. Lucrktm Cari Op. laud., lib. V, vers. 77-90. M. Manilii Op. laud., lib. I, vers j,. |g M. MAMlUI Op. laud., lib. I, vers. 02-64; d. cit., p. 2. M Manilii Op. laud., [Link], vers. 60-71 d. cit., 3a.
|
DUHtw.
p.
t.
fl)
806
qui,
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
par un juste pacte, met l'harmonie dans cette masse immense. Je dirai comment le Monde entier vit par un consentement mutuel, comment le mouvement d'une Raison le met en action je dirai qu'un Souffle (Spiritus) unique a tabli sa demeure en toutes ses parties, qu'il imprgne le globe, qu'il voltige au travers de toutes choses, qu'il donne une figure ce grand corps anim. Et en effet, si toute cette machine ne gardait la contexture que lui assure la communaut de nature de ses membres, si elle n'obissait au Maitre qui lui est impos, si une Sagesse (Pradentia) ne gouvernait la multitude immense des choses du Monde, la terre ne demeurerait plus en sa place, les astres n'auraient plus de cours, le Monde gar s'arrterait dans une rigide immo;
bilit.
que
le
que toutes choses, dans le Monde, sont sagement administres et que toutes suivent le Matre. Ici donc il y a un Dieu et une Raison qui gouvernent toutes choses et qui, du haut des signes clestes, mnent les tres anims de la terre . Bien qu'infuse dans le Ciel, dans la terre, dans la mer, cette Raison divine qui gouverne le Monde sensible pourrait tre distincte de ce Monde et d'une autre nature que lui telle l'Ame du Monde selon Platon. Ce n'est point l ce qu'entend Manilius. C'est le Monde lui-mme qui est Dieu cet ordre harmonieux que nous
se produisent pas, c'est
1
;
;
y admirons,
c'est le
Monde mme
qui le
met en
c'est
lui; la
Volont
choses obissent,
la loi
que
le
Monde s'impose
tels
Il
que Lucrce.
dcrit l'ordre rgulier qui se
2
:
en ces termes De raison plus immdiate que celle-l, je n'en vois point pour montrer avec vidence que le cours du Monde est rgi par une Volont divine, que le Monde mme est Dieu,
et poursuit
Ac mihi tam prsesens ratio non ulla videtur Qua pateat Mundum divino numine verti
Atque ipsum esse
pour montrer
i.
Deum
qu'il n'a
le
Hasard
hiud., lib.
cit.,
pp. 16-17.
307
matre,
construit les
voulu faire croire le premier qui ait murailles du Monde l'aide de tout petits grains et
l'a
comme
(numen) y prside, et que la cration du Monde est l'effet d'un pacte aveugle ? Si c'est le Hasard qui nous a donn tout cela, c'est aussi le Hasard qui le gouverne. Or, l'ordre et la rgularit que nous observons en toutes choses, au Ciel comme sur la terre, dmentent cette proposition nous Tout cela n'est point pouvons donc affirmer cette conclusion l'uvre d'un grand Hasard, mais Tordre impos par une Volont,
;
:
Non opus
est
ordo.
Nous avons entendu Manilius joindre ensemble ces deux affirLe Monde est rgi par une Volont divine le Monde mations
:
prcisment encore, au moment de nous enseigner que les destines humaines dpendent du cours des astres, il va dclarer que cette Volont divine qui ordonne et gouverne le
est Dieu. Plus
Monde, c'est la Volont mme du Monde principe et gardienne des choses caches, La Nature, dit-il a, d'abord, maonn ces masse snormes pour en faire les murailles du Monde les astres rpandus de toutes parts, elle les a enferms dans un globe suspendu tout autour du centre de l'Univers; de ce Monde, elle a, suivant un ordre prcis, associ les membres elle a command que l'air, que la divers en un corps unique terre, que le feu, que l'eau se fournissent, l'un l'autre, une
:
mutuelle nourriture, afin que la concorde gouvernt toutes ces causes en Lutte Les nues avec les autres, afin que le Monde, li par un pacte mutuel entre ses parties, demeurt stable, que rien ne ft
Laiss
en dehors de
La
suprme Raison,
par
!<
partie
du Monde
El
soil rgi
fait
quod
erat
a
voulu que
<-><
vie
et
la
destine
les
hommes
elle
L'har
La doctrine de Manilius
;
comme
Les
trs troitement
morne qui
i.
comme
lit.
III.
d. rit., pp,
308
les Stociens,
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
dans cet ordre du Monde, il ne voit pas le rsultat du hasard, mais l'effet d'une rgle fixe et raisonnable qu'il dclare divine mais de cette rgle, il ne cherche pas l'auteur dans un Dieu distinct du Monde c'est le Monde lui-mme qui se l'impose en vertu de sa propre nature c'est au Monde qu'obissent toutes
; ;
les choses
du Monde c'est le Monde qui est Dieu. Ce fatalisme immanent au Monde, qui est lui-mme, son seul
;
son seul Dieu, Manilius l'invoquait pour justifier les principes de l'Astrologie. Il trouvait certainement, mme en des temps plus rcents, des adeptes parmi les Stociens qui, cependant,
matre
et
pour affirmer leur dterminisme, ne lui donnaient pas la forme chre aux Chaldens. Alexandre d'Aphrodisias a connu des philosophes dont l'athisme fataliste, aussi absolu que celui de Marcus Manilius, se formulait dans le langage de Ghrysippe. Voici, en dans son opuscule Sitr le Destin, effet, ce qu'crit Alexandre
1
IIspl ELjjuxpjjtivYj
Aux
si
considrations prcdentes,
les fatalistes disent
il
joindre ce que
voir
eux-mmes du
est
Ils
Monde
un
qu'il
comprend en
lui
par une Nature qui est, la fois, doue de vie, de raison et de pense; qu'il exerce, sur tous les tres, un gouvernement ternel qui procde suivant une certaine les vnements qui prcdent deviensrie et un certain ordre nent les causes des vnements qui les suivent toutes choses sont, de cette manire, lies les unes aux autres rien donc ne s'accomplit dans le Monde qui ne soit accompagn d'autre chose, que ne suive ce quoi il sert de cause aucun des faits subtous les tres
qu'il est rgi
;
faits
antcdents,
et
comme
si
quelqu'un de ceux-ci
s'est
tenu de
l'ac-
compagner
tout
vnement qui
consquence quelque autre vnement, et celui-ci dpend ncessairement de celui-l comme de sa cause et tout ce qui advient est prcd de quelque chose dont il dpend comme de sa cause. Rien, dans le Monde, ne peut exister ni se produire sans cause,
;
Car
il
n'est rien,
en
lui,
Monde un
mouvement dnu de
il
cause, le
Monde
serait
il
dsagrg et
divis,
ne serait plus
i. Alexandri Aphrodisiensis Defato cap. XIII. (Alexandri Aphrodisiensis prtev commentaria Scripta minora. Edidit lvo Bruns. Berolini, MDCCGLXXXXII,
pp. 191-192).
309
un ordre pt introduire un
rgi par
et
un gouvernement dous d'unit. Pour qu'on tel mouvement dans le Monde, il faudrait que
il
tout ce qui existe, que tout ce qui advient n'et pas, avant soi,
C'est,
comme
la production
le non-tre;
donc
la
elle se poursuit
Ce Destin, cette Nature, cette Raison suivant laquelle l'Univers est gouvern, ils le nomment Dieu (Tt)v 8e sljjLapjjLv^v a-^v
xal ttjv
oo-tv
xal tov
Xoyov,
xa9'
Sv SiotxetTat to
Tiv,
9eov elvai
a<Tiv). Ils
dans tout ce qui se produit qu'il se sert ainsi de la nature particulire de chacun des tres pour le gouvernement gnral du
le
dterminisme
VII
LES PRINCIPES DE L 'ASTROLOGIE APRS POSIDONIUS (situe).
LES ASTRES NE SONT PAS DES CAUSES,
On
conoit que
nombre de
absolu, de ce fatalisme
immanent au Monde;
et
o-wjxa
1
.
Un
trait caractristique
pour
l'explication
incorporelle.
que
lent voir les seules ralits, ce qui agit et ce qui patit. Par
une
Alexandrie, renatra
2.
V,,ir Chapitre V, g IX, t. I, p. 3oi Emile Hrhiir, /m thorie, des in< nr/,rr/s
: .
t/d/ts
Vaurien S/mrismr
Pnris,
1907. Introduction,
j>.
310
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
mode
d'activit
que
au contraire, les No-platoniciens. Plotin ne voulait pas simplement qu'on imitt Ptolme il ne lui suffisait pas qu' ct des causes efficientes secondes, reprsentes par les corps, on admit l'existence et l'efficacit de la Cause premire par une raction extrme contre le matrialisme des Chaldens, de Manilius, des Stociens, il voulait qu'on refust le titre de cause efficiente tous les corps, mme aux corps clestes. Macrobe crit dans son Commentaire au songe de Scipion Plotin, dans son trait intitul Les astres agissent-ils? dclare que rien n'arrive aux hommes en vertu de la force ou du pouvoir des astres mais les vnements que la ncessit du dcret [divin] a rgls pour chacun de nous, la marche des sept astres errants, par ses stations et ses rtrogradations, nous les fait connatre de mme les oiseaux, soit qu'ils progressent en volant, soit qu'ils s'arrtent, nous signifient, des plumes et de la voix, des choses futures qu'ils ignorent. C'est ainsi qu'on pourra cependant, juste titre, dire que Jupiter est salutaire et que Mars est terrible, car, par celui-l, sont signifis (significantur) les vnements heureux et, par celui-ci, les vnements malheureux. Les astres ne sont donc pas les causes efficientes des vnements du monde infrieur ils n'en sont que les signes ils ne les produisent pas, ils les annoncent. Nous ne possdons plus l'ouvrage de Plotin que citait Macrobe mais nous lisons les E?inades, o Plotin rappelle et dveloppe
; ; 1
2
:
Que
le
mouvement des
astres signifie,
pour chaque
tre, ce
mouvement ne
semble beaucoup de gens, nous l'avons dit ailleurs, et notre raisonnement en a fourni certaines preuves. Mais il nous en faut parler derechef, plus exactement et plus longuement. Qu'il faille admettre, en effet, cette opinion-ci ou celle-l, ce n'est pas chose de mince importance. Les astrologues, en regardant les toiles fixes ou errantes comme les causes efficientes de tout ce qui advient dans le monde
il
i.
comme
tarius, lib.
2.
Theodosii Ambrosii Macrobii Ex Cicrone in somnium Scipionis commenI, cap. XIX. Plotini Enneadis Il lib. III, cap. I (Plotini Enneades, d. Firmin Didot,
p. i).
311
malheurs, mais les crimes et les vices. Ils n'hsitent pas dire que telle plante est mchante. Bien plus Oubliant qu un astre est un tre exempt de changement, ils dclarent que telle plante est bonne ou mauvaise selon qu'elle est
non seulement
les
place de telle ou telle manire par rapport un autre astre. Ce sont l des affirmations que ne peut tolrer un philosophe.
Professer une telle opinion, d'ailleurs, c'est n'attribuer aucunement un seul tre l'autorit qui gouverne \ pour attribuer
l'Univers entier ne dpendait pas de l'tre unique qui en est le prsident, qui donne chaque chose, selon la nature qui lui appartient, le pouvoir d'achever ce qui est
tout aux astres;
comme
si
d'elle-mme, de mettre en uvre ses propres activits et, aussi, ce qui a t coordonn avec elle Ils mconnaissent et dissolvent ('Apyj), d'une la nature de ce Monde, qui est dou d'un Principe
!
Cause premire rpandue en toutes choses . Les vnements de ce Monde n'admettent donc pas d'autre cause que la Cause suprme les astres ne produisent pas les v;
ils
les
annoncent;
de
comment
cela
mme
d'o leur vient cette qualit? Et quel est l'ordre qui prside cela? Car aucun signe ne pourrait annoncer des choses qui ne seraient point disposes suivant un certain ordre. Il y a donc, au
Ciel,
comme
mouvement
en autre uvre,
dispose;
mme
la
ooav ypa'j>[Link] ici, ) "Ecttw roivuv urocp yp pi;jia-:a tpYOV xal SXXo, s-axoXoi/kTOJ [Link]
uV re.
Si
temps qu'elles accomplissent une certaine signification qu'elles comportent drive de cette
r$8c
r,
que astre accomplit son uvre en poursuivant sa marche propre cette oeuvre ne consiste aucunement annoncer les vnements futurs, puisque chaque toile ou chaque astre, pris Isolment,
n'a
aucune
signification astrologique
seules Les
constellations^
fixes
1rs figures
les,
ou
mobi-
prdisent L'avenir; ce Langage, aucune toile ne circule en vue de l'crira: e1 cependant, il s'cril par L'ensemble des circulations clestes, en vertu de
i.
la
corrlation que
cit., oit., p. p.
La
Cause Buprn
lit,
m,
III,
i.
Enneadi
il"' lib.
&4. 64.
312
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
en faonnant le Monde, a tablie entre elles et ce langage est vridique, cause de l'harmonie prtablie entre ces circula;
vnements du monde sublunaire. Gomment cette harmonie permet les prdictions astrologiques, Plotin l'explique par cet exemple De mme, dans un tre vivant, en vertu du principe unique dont il dpend, peut-on juger d'une partie par une autre l'examen des yeux ou de quelque autre partie du corps permet de deviner les murs . Si donc les astres, si d'autres prsages permettent la prvision des vnements futurs, c'est que le premier Principe a tabli, entre les diverses choses qui composent le Monde, un ordre rigoureux et une parfaite harmonie. Cette harmonie universelle, Plotin la dcrit comme le faisaient les Stociens et les Ghaldens Il faut que toute chose soit rattache toute chose et non seulement, en chaque tre particulier faut-il qu'une liaison parfaite assure, toutes les parties, une conspiration unique mais mieux encore, et tout d'abord, faut-il, dans l'Univers, qu'un Principe unique ramne Funit cet tre vivant multiple, et runisse tout en un. De mme qu'en chaque tre particulier, chaque partie accomplit son uvre propre, de mme, dans l'Univers, chaque
tions clestes et les
: ;
partie son
uvre spciale
plus ncessaire que les parties sont, ici, plus grandes, qu'elles ne sont pas seulement des parties, mais aussi des touts. A partir de
l'Unit, donc,
que chose
est
chaque tre s'avance suivant sa propre voie, et charunie chaque autre chose nulle chose, en effet,
;
;
sur toutes
de toutes choses, elle ptit. De cette harmonie universelle, Faecord des diverses sortes de prsages par lesquels un mme vnement peut tre prdit nous donne une preuve manifeste. La doctrine de Plotin n'est pas entirement nouvelle. On en trouve des germes dans l'enseignement des Stociens qui Font prcd. 8 Dj, Cicron crivait, au sujet de la divination Il est constant qu'il existe des dieux, que le Monde est administr par leur providence, qu'ils veillent aux affaires des hommes, non seulement d'une manire gnrale, mais en particulier. Ds l que nous tenons ces principes pour certains, et il ne me parat pas qu'on les puisse renverser, nous regarderons assurment comme ncessaire que les dieux annoncent aux hommes, par des
; :
i.
2.
M. T. CiCERcms De dininatinne
lib.
I,
capp. LI et LU.
l' ASTROLOGIE
313
le font-
comment
nous
faut, ce sujet,
en un mot, cela
ne se peut d'aucune manire. Mais, ds le commencement, le Monde a t ainsi institu que telle chose bien dtermine soit prcde par tel signe bien dtermin de ces signes, les uns se trouvent dans les entrailles, les autres sont fournis par les oiseaux, ou par la foudre, ou par les clairs, ou par les toiles, ou par les visions des songes, ou par les paroles des fous. Ceux qui les ont bien observs s'y trompent rarement. Les Stociens dont Gicron, dans ce passage, nous rapporte la doctrine n'admettent aucunement qu'entre un prsage et l'vnenement qu'il annonce, il y ait relation de cause efficiente effet produit si la chose signifie advient, d'une manire assure, la suite du signe qui en a t donn, c'est seulement en vertu d'une harmonie prtablie, d'une correspondance invariable que les dieux ont fixe en organisant le Monde. C'est bien la doctrine que dfendra Plotin.
;
;
1
:
de la divination et le pouvoir de deviner doivent s'expliquer, en premier lieu, par Dieu..., en second lieu par le Destin, en troisime lieu par la nature. J'appelle Destin ce que les Grecs nomment EijjLapfAevv) c'est l'orIl
me semble que
la raison d'tre
...
c'est
la
vrit
perptuelle
qui
gens supertitieux entendent sous ce nom, mais ce qu'entendent les physiciens c'est la cause ternelle des choses,
que
les
la
le
pass a t
fera.
fait,
par laquelle
si
le
prsent
se fait,
En
un mortel poules
vait,
en son intelligence,
de toutes
causes,
ne pourrait dcevoir ses prvisions; qui tient, en effet, les causes dos choses venir, tient ncessairement aussi tout le futur.
rien
Mais de cela, nul n'est capable, s'il n'est dieu. Il resfc donc seulement l'homme la facult de prvoir l'avenir l'aide <le certains signes
I.
ClCfalOX,
Op.
l'uni., lili.
m pp.
LV
rt
\.X\.
314
est l'apanage
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
de ceux auxquels la facult de deviner a t donne par la nature et de ceux qui se sont instruits en observant le cours des choses. Lors mme qu'ils ne voient pas les causes, ils
discernent des signes et indices de ces causes.
C'est, semble-t-il, la doctrine
pass
au prsent,
il
le
nomme
harmonie prtablie, comme les Stociens dont Cicron a parl tout d'abord il voit un enchanement de causes et d'effets. Connatre le Destin, ce serait connatre les choses venir par leurs causes efficientes; ce ne serait point simplement les prvoir l'aide de signes qui les prcdent infailliblement, mais ne Les produisent pas. Posidonius admet, toutefois, que la prvision par les causes ne saurait tre, dans toute son ampleur, accessible l'homme celui-ci doit, en gnral, se contenter de la divination par signes. Mais en regardant le lien qui enchane les choses de ce Monde les unes aux autres comme un lien de causalit, Posidonius, sans doute, n'excluait pas la considration de la Cause suprme. Cicron nous a dit qu'en sa justification de la divination, il faisait inter; ;
comme
les Stociens
dont la doctrine
attribuait
de l'ordre qui, dans l'Univers, relie choses de ce Monde sont causes, c'est parce qu'elles tiennent ce pouvoir de la Cause premire. Sans refuser aux choses visibles le rle de causes efficientes, mais de causes efficientes secondes, il semble bien que la plupart
;
comme
des signes
si
elles
en gnral, titre de signes, non titre de causes des vnements futurs et ce rle de signes, elles le jouent en vertu de l'ordre que Dieu a impos
c'est,
;
l'Univers.
1
,
du
leur
aux choses sublunaires immuable et inexorable destine. Mais de ce destin, il ne fait pas un dieu immanent au Monde; il le regarde comme un dcret port par des dieux suprieurs au Monde.
les astres signifient
i.
LA.
315
termes Pense-Dieu, abondant aux deux sexes, estant vie et lumire, comme aucteur, a produict avec son Verbe l'autre pense oprante, laquelle estant dieu de feu et d'esprit, a basty sept certains
monde
sensible
nomme
fatalle destine.
Les devins chaldens eux-mmes ne professaient pas tous les doctrines dont s'indignait Philon. Diodore de Sicile nous en fait connatre qui ne partagent pas le l'athisme des premiers. 2 Les Chaldens, dit-il enseignent que la nature du Monde est
,
au commencement, connu la gnration, et, dans l'avenir, elle n'prouvera pas la destruction. Ils enseignent aussi que l'ordre et l'harmonie de l'Univers sont dus une providence divine les divers tres qui se trouvent aujourd'hui au ciel n'y ont pas t disposs au hasard, non plus que par leur propre action ils ont t disposs par une dcision que les dieux ont bien dtermine et fermement arrte. Ils sont, de tous les hommes, ceux qui ont fait, des astres, les plus longues observations, ceux qui ont appris connatre, avec le plus d'exactitude, les mouvements et les puissances de chacun de ces corps aussi prdisent-ils aux hommes nombre d'vnements qui leur doivent arriver. Ils disent qu'il faut surtout observer, car c'est eux qui possdent la plus grande puissance, les cinq astres nomms errants aussi leur donnent-ils, en commun, le nom d'interprtes (p|rr,ve^). ... Voici pourquoi ils leur donnent le nom d'interprtes Les autres astres sont des astres inerrants d'une allure parfaitement rgulire, ils accomplissent tous une mme circulation seuls, les cinq astres errants accomplissent, charnu, une course
ternelle
;
ils
et sont,
auprs des hommes, les interprtes do la pense dos dieux. Chacun des astres errants, reprend Diodore 3 afin de dve
,
Le Pimandre de Mercure Trismgiste nouvellement tradttici d l'exemplaire restitu, en langue fr*anoyte Pur Franoy Monsieur de Foyx de lu famille de Conduite, A la fini/ne mre du ROU tres-rhresfien Henry troisiesme \. Bourdeaut, par Simon Millanges, rue S. In m me, prs li maison de I
i
.
r/rrr
rille,
1,
MDLXXIin, Ch. I. iect I, 9. DiODOni Siciii Bibliotheca hi$torica NI. II, cap. \\\ (Dioooai Siculi Bibliothec historic u iupenunt, Bd. Carolui Mulloma. Vol. 1. Paritiitj Firmin Didot, MDCGCLV, |. to4). [Link] Siculi Op. l>"id,< lib, DT, cap, XXXI; M, rit., roi. j p. ioS,
x
.''..
316
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
lopper l'enseignement des Ghaldens, a un cours particulier il se distingue des autres par sa vitesse varie et par la dure de sa cir;
culation
rations
maux
humaines accompagnent (cu{[Link]-9a.) ces astres-l c'est donc en connaissant la nature de ces astres et en les observant qu'on prvoit surtout ce qui adviendra aux hommes. Ce que les Chaldens dont parle Diodore prenaient pour fondement de leur Astrologie, ce n'est pas l'affirmation que les toiles fixes ou errantes sont les seules causes efficientes des changements du monde sublunaire; ils se contentaient d'invoquer une corrlation constante entre les
et les
vne-
ments
Il
d'ici-bas, et d'attribuer
tablie.
ne semble pas, d'ailleurs, que le juif Philon d'Alexandrie ait profess une doctrine bien diffrente de celle-l. coutons-le commenter la Gense et, en particulier, la cration des astres. Au troisime jour, Dieu a donn la terre l'ordre de produire des vgtaux; c'est seulement au quatrime jour qu'il met des astres dans les cieux 1 A-t-il donc voulu donner le pas la nature infrieure sur la nature suprieure? Non pas. Mais il a voulu, par l, manifester o rsidait le principe de la puissance (xpaTou p/vi). Les hommes n'taient pas encore engendrs; mais il prvoyait dj combien les tendances de leur esprit les porteraient au vraisemblable plutt qu'au vrai il savait qu'ils se fieraient aux apparences plus qu' Dieu, qu'ils admireraient la sophistique plus que la sagesse que voyant, au-dessus d'eux, les cours priodiques du Soleil et de la Lune dterminer le printemps, l't, l'automne et l'hiver, ils en viendraient supposer que les circulations des astres sont les causes de tout ce qui, chaque anne, est produit et engendr par la terre . Dieu a donc voulu mettre les hommes en garde contre cette impudente audace et cet excs d'ignorance en ordonnant qu'avant l'existence du Soleil et de la Lune, la terre produist toute espce de plantes et de fruits, il a voulu nous apprendre esprer qu'elle en produirait, de nouveau sur l'ordre du Pre, quand il lui semblera bon, et sans qu'il ait besoin de faire appel aux cratures du ciel, auxquelles il a communiqu des Mr, forces, mais non le pouvoir d'agir par elles-mmes.
.
.
irpocSeYiSvri
twv
fjiv
e'Swxev, o
jat^v
aTOxpaTcl .
XIV i. Philonis Alexandrini De opijicio mundl secundum Mosem, cap. (Philomis Alexandrini Opra qu supersunt. Vol. I, d. Leopoldus Cohn, Berolini, MDCCCLXXXXVI, pp. i4-i5).
317
donc les astres sont causes efficientes de certains changements dans le monde sublunaire, ils ne sont, en tous cas, que causes secondes les forces qu'ils exercent, ils ne les tirent pas d'eux-mmes ce sont forces communiques, qu'ils tiennent de la volont de Dieu. 11 n'en rsulte pas, cependant, qu'ils ne puissent servir la divination de l'avenir. Aprs avoir rappel la production des astres, la Gense crit que Dieu les a mis dans le ciel afin qu'ils servent de signes, yev6vawtv et <r*|ULa . Voici en quels termes Philon commente ce mot Les astres ont t engendrs, Dieu le dit lui-mme, non seulement afin de rpandre leur lumire sur la terre, mais encore afin de manifester des signes des vnements futurs en effet, par leurs levers et leurs couchers, par leurs clipses et les rapparitions qui suivent, par leurs occultations, par les autres diversits de leurs mouvements, les hommes conjecturent ce qui arrivera, la fcondit ou la strilit des vgtaux, la naissance ou la mort des animaux, le ciel serein ou nuageux, le calme ou le vent violent, la crue ou le desschement des fleuves, la mer paisible ou la tem; ; 1 : ;
comme
l'hiver,
printemps qui ressemblent l'automne ou les automnes qui ressemblent au printemps. Que les rvolutions clestes soient les causes efficientes de toutes les gnrations, de toutes les destructions, de tous les changements qui se rencontrent dans le monde infrieur, c'est un princertains stociens le gardent soigneusement, cipe pripatticien mais dans certaines sectes tel l'auteur de la Lettre sur le Monde qui ne se soucient gure de renseignement d'Aristote, ce principe on rduit ou on nglige, si on ne la nie est, peu peu, dlaiss pas, l'action exerce par les astres sur le monde des lments mais, en mme temps, on entend bien sauvegarder la divination
;
astrologique
mais une simple correspondance en vertu de l'ordre que Dieu a donn au monde, tel changement dans la configuration des cieux rpond toujours, ici bas, tel vnement, encore que cet vnement-ci ne soit p as
on n'tablit plus une relation de cause
;
En dniant aux
infrieur,
Le
monde
eu
mouvements
clestes et Les
vnements terrestres
p.-tj
se rduit
i.
I,
318
tablie, Plotin n'a
;
L COSMOLOGIE HELLNIQUE
donc imagin aucune supposition vraiment nouil s'est born formuler, d'une manire catgorique et velle prcise, des propositions qui, sous une forme encore hsitante et vague, hantaient dj la pense de ses prdcesseurs.
VIII
Plotin ne veut pas qu'on puisse dire d'une plante qu'elle est
mchante malheurs
ne veut pas qu'on puisse la rendre responsable des qu'elle annonce et, pour cela, de ces malheurs, il dclare qu'elle n'est pas cause, mais seulement signe. Mais si les astres sont signes des vnements bons ou mauvais qui adviendront dans le monde sublunaire, c'est en vertu d'une harmonie tablie par le premier Etre, par la Cause suprme. Les maux dont ils ne sont point causes, faut-il donc en faire remonter la responsabilit jusqu' la Cause premire ou, du moins, jusqu'aux substances qui s'chelonnent entre cette Cause et les orbes
;
il
clestes ?
Au-dessus des orbes clestes sont trois substances. Au sommet de tous les tres, rside le Premier, l'Un (to IIptoTov, to 'Ev). De l'Un, mane ternellement l'Intelligence (Nou). De l'Intelligence, son tour, l'Ame (Wuyri) procde de toute ternit et, de
c
meut
l'Ame sont des dieux absolument bons. L 1 le mal n'existe aucunement; et si l'on s'arrtait l, rien ne serait mauvais.
To xaxov
ouajjLou svTauOa* xal el
Plus encore que les cieux, les dieux suprmes, les trois substances de la trinit plotinienne sont incapables de causerie moindre mal, donc d'avoir produit ce qu'il y a de mauvais dans le
monde
infrieur.
Des maux qui dsolent ce monde, quel est, ds lors, le principe ? Pour rpondre cette questin, Plotin n'aura pas innover il lui suffira de prciser, de formuler une pense frquemment mise avant lui, en particulier par les Gnostiques. Saint Irne nous fait connatre la doctrine des lves du
;
t.
II;
d. Didot. p. fa.
319
ce qu'ensei-
gnostique Valentin de
Rome
Il
a,
parfait, le
le
dans les profondeurs invisibles et ineffables, un on Premier Terme de l'Etre (IIpoovTa) ils l'appellent aussi
;
(Ilpo7:aTcbp),
l'Abme
(B'M)
il
inengendr,
tranquillit.
Avec
le
la
Pense
("Evvota),
qu'ils
nomla
ment
Un
mettre de soi
commencement de
il
toutes choses,
comme
semence la matrice, tait au Silence qui coexiste avec lui fcond par l, il engendra l'Intelligence
;
Silence la reut
et,
l'a
mise
on l'appelle aussi le Monogne, le Pre, le Commencement de toutes choses. Avec l'Intelligence, a t mise la Vrit. Et voil la primitive Ttrade pythagoricienne, l'origine premire, ce qu'ils appellent aussi la racine de toutes choses c'est l'Abme et le Silence, l'Intelligence et la Vrit. Apprenant d'o il avait t mis, le Monogne mit, son tour, le Verbe et la Vie, pres de tous ceux qui viendront, principe et forme active (uopcpwa-i) de tout le Plrme... Les missions se poursuivent de la sorte, produisant toujours, en mme temps, un couple d'Eons, l'un mle, l'autre femelle. 2 Il y a en tout trente Eons rpartis en trois groupes, 10g-
grandeur du Pre
doade, la Dcade et la Dodcade. Mais la Sagesse (Eooia), dernier terme mle de la Dodcade,
dsire avec passion connatre le Pre mystrieux, F Abme ineffable.
Or, disent-ils
connatre le
un seul d'entre les Eons il a t donn de Premier Pre, au Monogne qui est issu de lui, c'est,
-dire l'Intelligence.
La Sagesse, donc, eut la tmrit de vouloir connatre la grandeur du Pre*. Mais comme elle n'y pouvait parvenir, elle tomba
dans une violente et douloureuse anxit; et peut-tre et-elle t absorbe el dissoute dans la substance universelle, si elle n'avait rencontr une force qui donne consistance toutes choses et les
IPatroiot QrCdC, Contra lurre&es liber prinuis, cap. I, Traduction de A. Dupouroq, Saint lrn% pp. /ji-4a. Ui Penne chrtienne,, Paris, Bloud, 1905). (Collection 2. A. Dufourco, Op. Idiid.y p. 3 td cit., coll. 4 2 S. S. Ikkn>ri Op. laud., lib. II, cap. II, 1
i.
SaNCTI
[ftIMJtl
t.
II,
coll. /i/[Link]/j7)
:
T>
/, T
4.
Ifit\-I\hto.
320
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
se disperser l'infini. Grce cette force,
empche de
que
les
disciples de Valentin
nomment le Terme
en elle-mme, se rendit compte que le Pre tait incomprhensible, renona son intention premire et fut dlivre de la souffrance quelle avait prouve. racontent ce qui suit au sujet de Quelques-uns d'entre eux cette souffrance de la Sagesse et de son retour sur elle-mme Gomme elle avait tent une uvre impossible et incomprhenaccoucha d'une substance informe (xexev ouariav sible, elle [Aop<pov), d'une nature semblable ce qu'une femme seule pou1
vait enfanter.
2
,
ils
la
nomment Achale
mth
qu'elle est
devenue
monde
oimav
t\
xocjjjlo
Le Christ 4 vient alors au secours d'Achamth il lui envoie le Paraclet avec les anges qui lui sont coternels. Ceux-ci font, dans Achamth, le dpart entre les passions et la conversion qu'y ont laisses les deux mouvements successifs de la Sagesse, mouvement d'exaltation personnelle et mouvement de retour sur elle-mme. Ils en font deux substances au moyen des passions, une substance mauvaise, et, au moyen de la conversion, une substance IIpo to yevcQat ouo oua-ia, T7|v oaTjv [ex] sujette aux passions.
;
twv TuaQwv,
{ji7:af)7J
La substance
To
jjiv
to Se ex ttJ eTcurTporj,
f,v
to Luvtxov .
Aux
nom
de choses droites
ty^ utj.
pour eux,
disent
les Valenti-
niens
forme de
trois passions
la terre
provient de
la fixit
que produit
la terreur, l'eau
i.
S. Irne, loc.
2. S.
3.
S.
4. S. 5. S. 6. S.
7.
S.
3; d. cit., coll, 456-457lib. I, cap. IV, i ; d. cit., coll. 479~48o. Ikne, foc. cit., 2; d. cit., coll. 481-482. Iren^ei Op. laud., lib. 1, cap. IV, 5; d. cit., coll. 485-490. RENJEiOp. laud., lib. I, cap. V, 1 ; d. cit., coll. 491-49 2 Irenjei Op. laud., lib. I, cap. V, 4; d. cit., coll. 497-498. Ikne, toc. cit. ; d. cit., coll. 499-500.
cit.,
321
La
tristesse a
engendr
le feu,
l'air.
Au
de
mme
form de cette matire, de cette uXrj ptrie des passions d'Achamth, tandis que l'homme spirituel est n d'Achamth mme. Nous avons extrmement abrg cette trange fable d'Achamth, retranchant tous les pisodes qui ne contribuaient pas et cette ide est l'ide que nous voulions mettre en lumire celle-ci Selon la Gnose valentinienne, la matire dont les corps sont forms est chose essentiellement mauvaise. Que la matire ft, en ce monde, le principe du dsordre ou du mal, ce n'tait pas un axiome spcial la Gnose on le retrouverait, plus ou moins nettement formul, dans un grand nombre de doctrines philosophiques. Le clbre mdecin Galien (131-201?), par exemple, tait peu prs contemporain du gnostique Valentin. Or il enseignait qu'ici-bas, tout ordre et toute rgularit proviennent du gouvernement des astres le dsordre, l'irrgularit ont donc leur cause dans la rgion sublunaire du Monde, dans les lments et dans la matire. Au XIII, nous entendrons cet enseiest
;
: ;
L'homme
gnement galnique.
Plotin connaissait fort bien les
car
il
vivement critiqu
reu plusieurs
et
;
il
en
a,
d'ailleurs,
point, ce
que Valentin professait touchant l'mission des premiers Eons ne nous tonnons donc point si l'influence de la Gnose a pu lui suggrer la doctrine qu'il dveloppe au sujet du principe du mal. L'Un, l'Intelligence, l'Ame, tous les tres du Monde intelligible,
;
disait Plotin 3
mane d'eux
est bon. Si
au-dessus
dit,
mal ne
saurait se trouver ni
dans celui qui surpasse tous les tres, car ils sont tous bons. Puis donc que le mal existe, il reste qu'il s<" doit trouver dans les tres comme une sorte d'image du non-tre il Be doit rencontrer dans une chose qui soit mlange de non-tre ou qui ait, de quelque faon, commerce avec le non-tre. Par non-tre,
dans
les tres ni
;
i.
S. Ihknkk,
l<>r.
Soi-5o4<
2.
Plotmi Ennadi
Pbonifi
II ,r lib. IX;
/"' lil>.
<<!
Didot pp.Q4-no.
3.
/j.
EnneadU
VTII, cap,
Plotim Ennadi
M-IIKM.
i,r lib.
II.
vin, cap.
m,
p.
\t.
p. /p.
Il
t.
^22
je n'entends pas
L COSMOLOGIE HKLLiMQUE
ici le
ov Se outi
to TwavreXw
pi
Sv,
XX'
non
chacune des choses qui remplissent cet Univers et voici ce qu'il est Pour en acqurir une notion, il faut, la mesure, opposer ce qui est priv de mesure la dfinition, ce qui est indlui ce qui produit la forme, ce qui n'a point de forme (p-rpicv evat 7cpo [jiTpov,
titre d'accident,
;
c'est
rcpo [Link].x6v)...
Et
il
ne
;
que ces caractres ne soient en lui qu' titre d'accidents il faut qu'ils en soient l'essence... Mais s'il est une chose qui les possde par sa substance mme, le mal ne sera pas autre chose que celle-l il sera cette chose mme. S'il y a, en effet, des
faut pas
;
il
faut qu'il
ait
une premire chose qui soit le mal mme, cette chose dt-elle oaria ti n'tre pas une substance (xv De mme qu'il y a le -J). bien en soi et ce qui est bon par accident, de mme faut-il qu'il y ait le mal en soi et ce quoi le mal advient en particulier, par accident et d'autrui... S'il existe donc une substance sous-jacente
une substance qu'embellit seulement un ornement d'emprunt; qui ne possde rien de bon en elle qui soit,
toute dtermination;
;
comme un
fantme, qui
soit la
substance (o<na)
du mal (s'il peut, toutefois, y avoir une substance du mal), le raisonnement reconnatra que c'est le premier mal, le mal en soi (xaxov
rcpwTov xal
xx(j'
auTO xaxv).
.
Ce principe du mal, ce n'est pas la nature corporelle 1 Dans la mesure o elle participe de la matire, la nature corporelle (aw^-zw uo-i) est chose mauvaise mais elle n'est pas le premier mal . Le mal en soi, c'est la matire premire, la uXtj. La nature de la manire est mauvaise tel point que, pour tre rempli de sa malice, il n'est mme pas besoin de rsider en elle il suffit de H uX^ cpiori, outoj ouo-a xaxrj, w xai jeter un regard sur elle. to p.7j7:a) v av/j, p.6vov j^X^av el auv/Jv, vampcXvou xaxo
;
aur/J.
Ce principe du mal est ncessaire et ternel*; il est ncessaire et ternel au mme titre que le Bien suprme, que la Cause premire de tous les tres, car son existence est une consquence
1.
2.
Plotini Enneadis prim lib. VIII, cap. IV; d. Didot, p. 4 2 Plotim Enneadis prim lib. VUi, cap. VII; d. Didot, pp. 4445.
.
323
engendre d'autres substances. En effet, puisque le Bien ne demeure pas isol, il est ncessaire qu'il soit le point de dpart d'une srie. Mais s'il en est ainsi, on peut dire du dernier terme, dans cette descente et cet loignement, de celui aprs lequel il ne s'en peut rencontrer aucun, que celui-l est le mal. Or s'il n'y a ncessairement quelque chose aprs le Premier Bien, il est ncessaire aussi qu'il y ait une
dernire chose. Cette dernire chose, c'est la matire premire, qui
n'a plus rien de ce premier Bien. Voil
du mal.
ToGto
donc ce qu'est
Kal
la ncessit
vyxT)
i\
a.\)Tr\ r\
to xaxo.
du
mal en
soi,
comme
la concevait
1
lorsque
nous aurons entendu l'enseignement de Saint Augustin au sujet de la matire premire, d'en rapprocher l'enseignement de Plotin nous verrons alors combien la 5Xtj no-platonicienne diffre de
;
la uXij pripatticienne.
Pour
le
exactement contemporain de Plotin. L'enseignement que nous venons de rapporter tait donc tout rcent encore lorsque le Gnosticisme reut l'afflux du Manichisme. Inspir par
tait
M nrs
du Zend-Avesta, proccup de la lutte entre l'ternel Gnie du bien et l'ternel Gnie du mal, entre Ormuzd et Ahriinan, le Manichisme postulait l'existence ncessaire et ternelle de deux principes, l'un bon, l'autre mauvais. Ceux qui combinrent les doctrines de la Gnose, du No-platonisme et du Manichisme ne purent manquer de s'accorder en cette affirmation Le principe ncessaire et ternel du mal, c'est la matire premire, la jay,. Aussi entendrons-nous les Pres de l'Eglise s'lever
les doctrines
:
ils
attribueront
l'in-
vention au chef
mme du
partie, ch.
Gnosticisme, Valentin.
i.
Voir
Seconde
1,
VI.
32
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
IX
LES PRINCIPES DE L ASTROLOGIE APRS POSIDONIUS (suite).
Puisque tout mal a la matire premire pour principe, il n'est pas ncessaire, pour dcharger les astres de toute responsabilit
malheurs qui affligent le monde sublunaire, de rduire au rle de signes. Qu'on leur laisse le titre de causes
dans
les
les
effi-
regarde
comme
;
comme
des ministres ou des instruments de la Cause premire dans l'administration des choses d'ici-bas
on n'aura pas
;
cependant,
celle
de les incriminer, de les accuser de malice Cause premire, leur action sera toute bonne
subit cette action.
comme
;
de la
qui
les effets
mauvais
jXt)
On pourra donc
reprendre,
si
de l'influence que les astres exercent ici-bas, logue celle que professait l'auteur de la lettre
Volontiers les No-platoniciens,
Plotin, prirent ce parti.
Il tait
infidles
la
tradition
de
une thorie de ce genre qu'expose un trait d'Astrologie rdig sous le rgne de Constantin et attribu, peut-tre tort,
C'est
forme de notre corps, considr tout seul et tout nu, a t compose d'un mlange des quatre lments par l'art dune prvoyante Volont. Mais des couleurs des diverses races, de leurs formes particulires, de leurs murs, de leurs institutions, la distribution qui
dit ce trait
la
Iulii Firmici Astronomicorum libri octo integri, & emendati, ex Scythicis Marci Manilh astronomicorum libri quinque. ad nos nuper allati. Arati Phnomena Germanico Csare interprte cum commentariis et imaginibus. Arati eiusdem phnomenon fragmentum Marco T. G. interprte.
.
oris
Arati eiusdem Phnomena Ruffo Festo Auienio paraphraste. Arati eiusdem Theonis commentaria copiosissima in Arati Phnomena Phnomena grce. Procli Diadochi Sphra grce. Procli eiusdem Sphra y Thoma grce. Linacro Britanno interprte. Veneliis, apud Aldum Manutium Romanum. M1D. Iulii Firmici Materni Junoric (sic) Siculi viri consularis, ad Mavortium Lollianum matheseos lib. I, cap. III, fol. sign. a V, verso, et fol. suiv., recto.
325
nous a t faite ne provient de rien d'autre que de l'agitation produite par le cours ternel des toiles. Les toiles, en effet, possdent un sens qui leur est propre et une sagesse divine animes par une pure conception de la divinit, elles obissent, d'un consentement sans fin, ce Dieu suprme et directeur qui a com;
loi
perptuelle, afin
que l'ordre de
en effet, n'est pouss par une tmrit assez sacrilge et dsespre pour oser prtendre que la sagesse habite sur terre, o il ne voit que des choses mortelles pour qu'il aille dclarer, par suite de l'obstination violente de son esprit, que la sagesse, que la raison, que l'ordre providentiel ne rsident pas l o tout s'orne dune perptuelle immortalit. Qui donc douterait que cette me divine qui se trouve dans chacun des corps terrestres n'y ft infuse par les toiles, en vertu d'une loi ncesc'est saire ? C'est l'orbe du Soleil qu'en est confie la descente l'orbe de la Lune qui en prpare l'ascension. L'Esprit divin, l'Ame cleste qui se trouve rpandu dans la masse entire du Monde suivant une disposition concentrique, qui
; ;
Aucun homme
du Monde
et partie l'extrieur",
est
semblable celle du feu cet Esprit entretient perptuellement en lui le pouvoir de conserver et de crer toutes choses aucune fatigue ne lui fait interrompre cet office, en sorte que sa mobilit perptuelle et inlassable soutient tout ce qui se trouve dans le
;
Monde.
Les feux ternels des toiles, qui ont pris la figure de globes
Ame
une partie de cette Ame elles leur communiquent un esprit tir des aliments que l'Ame du Monde leur fournit sans cesse. Telle est la raison pour laquelle une me immortelle vient orner, en nous, la caduque fragilit de notre corps terrestre elle lui confie sa majest, afin d'imiter par quelque ct l'Ame du Monde, son origine et son auteur; celle-ci, en offrt, diffuse parmi tous les tres anims qui naissent de la conception 1er refttre, les anime d'un aliment divin et leur donne la force de se propager par une perptuelle gnration.
; ;
le
La pense qurJulius Firmicus formait dOl MtMgC Mt, COmmC DOUI XIII), une dei ptDtei favoritei 1' Galeo. verrons sous peu (au voir ('h. II, I XII 1. I pp. o/>-<)i. 7. [Link], en efl'M, Il doctrine de Platon
i.
$j
;
:
320
L COSMOLOGIE HELLNIQUE
sommes
relis
aux
toiles
par leur cours nous sommes, la fois, que crs et informs. de chaque jour universelle les de l'Ame que mes des astres tirent C'est donc le pouvoir de mouvoir les et orbes o elles rsileur substance reue l'Ame animation de du Monde, les toiles la dent cette leur tour, aux choses d'ici-bas qui, par l, sont transmettent, des puissances sidrales. sous la dpendance Proclus dcrit une hirarchie et, si l'on peut dire, une cascade d'mes analogue celle qu'admet Julius Firmicus.
;
c'est
Au sommet
l'Un
(to
'Ev)
en
mme
temps,
le
Bien suprme*.
L'Etre
(to Eva.) est, tantt,
et, tantt, se
regard
3
.
de
l'Un ou du Bien,
De
est
l'Etre
unique
Ame
(tj
Tcpor^ory)
Wj/'/i),
okr\
Mais de la premire Intelligence, qui est unique, procdent une multitude d'intelligences 8 de mme, l'unit de la premire Ame produit une multitude d'mes, l'unit de la Nature universelle,
;
une multitude de natures particulires. Au fur et mesure que des tres s'loignent de
principe,
ils
l'unit
de leur
s'affaiblissent
et
se
dgradent
gence dont elles drivent tablit une hirarchie descendante aussi sera-t-il possible, parmi ces intelligences, de distinguer deux
;
catgories
6
;
une intelligence divine (vo^ Qew) toute intelligence de la catgorie la moins leve est seulement une intelligence intellectuelle
(vo vospo;).
i. Procl Successoris PLATOxici Fnstitutio theologica, XXI, XXII, XXIII; d. Francofurti ad Mnum, 1822, pp. 3 7-4 5 d. Parisiis, i855, pp LIX-LX. Pour la description de ces ditions, voir t. I, p. 248, note 3, et p. 257, note 2. 2. Procl Op. /and., XXV: d. 1822, pp. 46-47 d. i855, p. LXI. 3. Procl Op. laud., XVIII; d. 1822, pp. 3o-33; d. i855, p. LVII. t\. Procl Op. laud.. XXII; d. 1822, pp. [\2-l\'6\ d. i855, p. LX. ~>. Procl Op. laud., XXI; d 1822. pp. 4o-4i d. i855, p. LIX. 0. Procl Op. laud.. CLXXXI d. 1822, pp. 272-273; d. i855, [Link].
; ; ; ;
LA.
l/ ASTROLOGIE
327
De mme
faut-il tablir
les
issues de la premire
Ame
et,
entre elles,
il
y a lieu de
guer trois catgories. Toute me, en effet, est en relation avec une intelligence dont elle tient le pouvoir de connatre. 11 se peut que cette me participe ternellement et sans cesse d'une intelligence divine
alors
;
elle est
une me divine
1 .
Il
dans une catgorie infrieure celle des mes divines. Mais encore au-dessous de cette catgorie, il faut ranger les mes qui sont soumises au changement et qui, par l'effet de ce changement, sont tantt unies
intelligence intellectuelle
elle se place alors
une intelligence
Toute
et, tantt,
me
;
seconde catgorie prside une mulles unes et les autres titude d'mes de la troisime catgorie sont des mes auxquelles participent des mes infrieures chacatgorie
toute
la
;
;
me de
cune d'elles est une me participable (tyuy'h fisex-ni). Au contraire, les mes de la troisime catgorie ne peuvent plus rpandre leur
vie en d'autres
mes qui
;
participeraient d'elles
(<j>uv^
{jLpt,x7|),
chacune dlies
est
une me
partielle
Toute
.
me
Les mes participables sont donc celles qui animent les orbes clestes et les astres. Les mes particulires, au contraire, sont celles qui descendent dans le monde de la gnration 4 chacune de ces mes y descend une infinit de fois et, une infinit de fois, remonte vers l'Etre indfiniment, donc, sa vie se compose de laps de temps passs parmi les dieux, qui alternent avec des
mort
du monde sublunaire. Ainsi, dans la thorie de Proclus comme dans la thorie de Julius Firmicus, nous trouvons, au sommet de la hirarchie des mes, une Ame toute premire dont toutes les autres sont issues
laps de
les corps
directement ou indirectement; puis les mes unies aux corps ternels dos cieux puis, manes de celles-l, les Ames qui des;
la
gnration
i.
<
LXXXIV;
d. i8s,
pp. 179-277;
d. i855,
2.
(IX.
i
,
Procu Uf> laad. t pp. So4*3o7;d Procu Oy>. laud. CXCVI; d. \ d, i8ss< pp. 3o8-fti d Procu Op la*d.,
t
,
i855, p.( K\
MI.
r855< p.
I
<
<
wi.
328
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Chaque me
d'elle et sur le
corps auquel elle est ternellement ou temporairement unie. Analysons cette action.
Tout
lv to
twv Seutpcov
la cause
Trapayojjievov, xal
arco
a'.TUOTpojv
en
effet,
seconde tient toute sa substance (ouata) de celle qui se trouve avant elle, c'est de l aussi que lui vient la force de produire
(r\
que
Suvajjii
tou 7uapyet.v).
il
les cons-
quences.
Tout ce qu'un tre caus est capable de produire naturellement 1 la cause de cet tre le fait en mme temps que lui. SuvucpwTro'tv apa auTw TtvTa, ocra Tccouxe ttapyetv . Toute action d'une cause seconde suppose une collaboration de la cause qui la prcde. L'Ame mane de l'Intelligence par consquent, tout ce que fait l'Ame, l'Intelligence le fait avec l'Ame et avant l'Ame tout ce que l'Ame donne aux choses qui sont au-dessous d'elle, l'Intelligence le leur donne plus forte raison . De mme, l'Intelligence a le Bien pour cause aussi, tout ce qui a l'Intelligence Kal or\ xal oo-wv Nou pour cause a aussi le Bien pour cause. 3 avrio, xal to 'Ayaov [Link] . Ainsi tout ce que produit une intelligence, elle le produit en vertu d'un pouvoir qu'elle tient des causes qui lui sont suprieures et parmi lesquelles se trouve toujours l'Etre ce qu'une intelligence fait, elle le fait de par 1 Etre.
,
;
;
UqieI
Se,
ttou,
Ti}>
Elvat..
Donc, dans toute uvre accomplie par une cause seconde, nous
devrons voir non seulement ce que cette cause fait en vertu de sa nature particulire et de sa causalit propre, mais encore ce qu'elle opre par dlgation des causes suprieures dont elle est, elle-
mme,
l'effet.
,
Appliquons cette remarque l'action d'une me divine 4 qui drive d'une intelligence divine et, par celle-ci, des dieux suprmes, de l'tre et du Bien. Toute me divine a une activit triple elle en a une en tant qu'me, une autre en tant qu'elle a reu un esprit divin, une
;
i.
2.
3.
4.
laud., LVI d 1822; pp. 88-89; d. i855, p. LXX. laud., LVII ; d. 1822, pp. 92-93; d. i855, p. LXXI laud , CLXXIV; d. 1822, pp. 260-261 ; d. i855, p. CVI laud., CCI ; d. 1S22, pp. 3oo-3oi d. i855, p. CXIV,
;
;
329
tant
que dieu,
quelle a reue,
pour les choses capables, par nature, d'tre mises en mouvement par un moteur tranger qui est vivificatrice pour celles qui possdent une vie importe. De toute me, c'est l l'opration pro;
pre
comme
piv to
la
connaissance et la provi-
dence,
sont
no-ai
oj;
al
Seat
-irjyal
^uval, Ta^ 8
Trpovooa-t.
vojv
'jTtooeEiJiEva'.
cj; 8soi,
sv rpTTjuivai. Kal
jjiv
twv oXtov
xlvo'jo"'.
Se Ta a-caaTa
r,
xaTa
tt,v
a JTOx'lvr,[Link]
,
*j7rap.v...
xaTa
tt,v
yp ^uyf tojto
Loti to
ioiov VpyT,pLa
Ta
XXa xaTa
|iiO!*.v,
('<>;
to
voetv
xal
ttoovoeIv.
Si l'on
d'elle,
peut tenir ce langage d'une me divine qui, au-dessus n'admet que des intelligences divines et, enfin, l'Etre et le
le tenir
d'une
me
un degr plus humble de la hirarchie. En toute oprad'une telle me, nous ne devrons pas seulement voir sa
propre causalit, mais encore et surtout la causalit de toutes les substances dont elle drive et ces substances ne seront pas seulement le souverain Bien, l'Etre, les intelligences; ce seront
;
Dans toute opration d'une me de la troisime catgorie, d'une me partielle, nous ne devrons pas chercher seulement l'action propre de cette me, mais aussi et surtout l'action de l'me de seconde catgorie dont elle est issue, en mme temps que beaucoup d'autres mes particulires. Cette me de seconde catgorie,
son tour,
l'a
ne
fait
qui
produite, en
mme temps
mes intermdiaires. Toute me divine grand nombre de ces mes qui, sans cesse, sont la suite des lieux, mail un nombre plus grand encore de ces Ames qui ne reoivent cette place que de temps autre. KTa apa Bcis '^ J //,
tto/.).(i)V m.:v
TlYttWtl 'Vj'/mv
T(-)V
ITt 7CV
ROTI
r.
Pnocu Op.
laufi.j
OdV; M,
r-A.
i855,
p.
'X\
330
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Pour qu'une me partielle, donc, puisse, en ce bas monde, mouvoir ou vivifier un corps, il lui faut la permission et la collaboration de toutes les mes participables, unies des corps clestes, dont elle est issue d'une manire directe ou indirecte. Dsireuse de garder une abstraite gnralit, l' Institution thologique de Proclus ne descend pas jusqu' dduire de ses principes la justification de l'Astrologie un autre crit du Diadoque nous fournira cette dduction. Gomment le Destin (El[iap|jLv7j), qui rgle, ici-bas, les dmarches des mes comme les changements des corps, rsulte de l'action harmonieuse de toutes ces causes hirarchises, Proclus se plat nous le dcrire dans son commentaire au Tinte de Platon. En tout acte, conforme la loi du Destin, qu'accomplit soit une me partielle et incorpore, soit un corps, nous allons discerner, selon les principes qu'a poss Y Institution thologique,
;
de
plus en plus levs, des mes partielles, des mes divines, enfin
Dmiurge
4
.
Aprs avoir rejet quelques dfinitions du Destin, empruntes Aristote, Alexandre d'Aphrodisias, Porphyre, Thodore de Mopsueste, il poursuit en ces termes 2 Le Destin, ce n'est pas, non plus, l'Intelligence universelle
:
(o
Nou tou
7cavT<k),
comme
;
Koffpiou est
de
lui
car ce que
d'une
manire universelle pour s'exercer, son gouvernement n'a nul besoin d'un rythme priodique, d'une suite continue, d'une srie bien ordonne. C'est l, au contraire, le propre caractre du
Destin
;
il
est la srie,
il
est l'ordre,
il
est
l'accomplissement
nous faut, dans une formule unique, embrasser l'ide totale du Destin, nous devrons dclarer en principe qu'il est la Nature mme, pntre de divin, toute remplie des lumires qu'ont mises les dieux, les intelligences et les mes. A la Nature, en effet, vient se terminer la hirarchie des dieux qu'on appelle directeurs de la destine ([[Link] 8eo) la Nature aboutissent les familles des tres plus puissants. Dans la vie unique de la Nature, ces familles dposent, titre de dons,
Mais
s'il
i. Procli Diadoghi In Platonis Ti mamm commentaria. Edidit Ernestus Diehl, Lipsi, MCMIII, vol. I, p. 70. 2. Procli Diadochi In Platonis Timum commentaria. Edidit Ernestus Diehl. Lipsia, MCMVI, vol. III, pp. 272-276.
331
en fait une puissance unique. Si les corps visibles eux-mmes, en effet, sont remplis de puissances, bien plus forte raison la Nature universelle est-elle toute pntre de divin et si l'Univers qui apparat aux sens est un, plus forte raison est-elle une, cette essence totale du Destin, et runit-elle en son sein la complte synthse d'une multitude de causes. Mise dans la dpendance de la providence des dieux et de la bont du Dmiurge, elle est, par
toutes ces plnitudes
;
et le
Dmiurge
celle-ci,
ramene
l'unit et dirige
;
de raisons multiples
ses
;
elle est
;
elle est
qu'il
ordonne.
Le Destin,
gences divines
c'est
l'ordre et l'unit
donc la loi par laquelle le Dmiurge met dans les puissances multiples que les intelli-
et les
infuses la Nature.
Proclus va s'efforcer
rpondre
ces questions
Gom-
ment
le
Dmiurge
Comment, aprs
puisque
c'est
lui qui a
tabli la
Nature
comme
l'unit
Voyons, d'abord, de quelle manire le Dmiurge va soumettre les mes aux lois du Destin. Non seulement le Destin ne gouverne pas les mes divines, les mes indivises mais il ne gouverne pas non plus les mes paril ne les gouverne qu' tielles considres dans leur essence partir du moment o elles font partie de la Nature, o elles sont descendues dans le monde sensible, o elles sigent en des vhi; ;
cules corporels
(oyr-jjiaTa).
et
au monde
elles
premier degr de subsistance, la subsistance spare de ce monde infrieur; c'est par leurs vhicules, c'est par les habitations que le sort leur a assignes en partage, qu'elles sont devenues du monde; et la place que chacune d'elles y occupe, c'est
effet, le
du Dmiurge qu'elle
leurs
l'a
attaches
mes auxquelles il s assign les corps qu'elles doivent habiter, le Dmiurge dicte les lois du Destin Ces lois n'agissent pas sur les mes La manire d'une Force
vhicules,
ces
c'est
La
par L'intrieur
Nature.
C'est Le propre
de
332
LA.
COSMOLOGIE HELLNIQUE
une direction intrieure ce qu'elle a prvu. Dans les choses pourvues de masse, doues de matire, qui prsentent la forme corporelle, la Nature a infus des puissances, et c'est par ces puissances qu'elles les meut ensuite
;
c'est
par la lgret qu'elle meut le feu. Gomment s'tonnerait-on de voir les dieux, bien plus forte raison, mouvoir les mes par les puissances qu'ils ont mises en elles? S'ils mnent donc les mes suivant les lois du Destin, c'est que les lois du
meut
la
terre,
Ces
Dmiurge
ment. Elles ont aussi leur principe dans les mes divines
c'est suivant ces lois
lois participent
car
car
si
les lois
du
l'aide de cette
;
me partielle au lieu qui lui convient, me mme cette me, en effet, se meut
;
;
propre dtermination, tantt elle dvierait du droit chemin et tantt elle y reviendrait mais grce la loi dont elle a t munie par ceux qui sont au-dessus d'elle, elle
d'elle-mme
laisse sa
mes commencent d'appartenir ce inonde, elles sont soumises la force du Destin, force venue d'en haut et drive de la Providence elles reoivent alors les lois du Destin. Le Dmiurge a prsent la Nature ces mes comme une chose qui leur est trangre mais ces lois, c'est, pour ainsi dire, en elles qu'il les a crites. En effet, les ordres du Dmiurge se propagent mme au travers de la substance des mes de mme qu'il
a dpos des raisons au sein des dieux qu'il a produits avant ces mes, de mme, a-t-il mis ces lois du Destin dans les mes partielles.
Nous venons de voir comment le Destin rgit ls mes partielles, partir du moment o elles sont descendues dans le monde infrieur et unies des corps. Voyons maintenant comment les corps, supports des mes, sont soumis la royaut du Destin. Il y a deux sortes de corps. Il y a, d'abord, les corps clestes,
d'mes divines. Puis, il y a une autre famille de corps, famille qui est soumise la direction des premiers c'est une seconde catgorie de supports, subordonne la circulation divine ainsi les mes unes se sont-elles subdivises en d'autres mes. C'est un des dogmes essentiels du No-platonisme alexandrin que le monde sensible est une image du monde intelligible la hila gnration, vhicules
;
suprieurs au
monde de
333
rarchie des corps doit donc tre la ressemblance de la hirarchie des mes.
Aux mes
ils
sont les
partielles
mes
dont
ils
ration et la destruction.
deux catgories, elle s'est faite sous l'action de cette cause une qu'est le Dmiurge; et c est pourquoi les corps qui commandent aux autres (tol Tiysjxova) sont ternels et ne peuvent prouver aucune transformation. Cette subdivision, elle a t, aussi, produite par le Destin; c'est le Destin, en
Cette subdivision des corps en
effet,
il
comprend
;
en lui-mme les priodes totales comme les priodes partielles c'est encore lui qui runit le semblable au sembable. Cette subdivision, elle a galement t faite par les mes, par les mes indivises comme par les mes partielles c'est, en effet, parce que les
;
unes aux autres que les corps qui les supportent s'unissent aux corps de mme nature. Partant, ds l que l'me partielle se rgle sur l'me indivise, le vhicule de cette me partielle suit exactement la marche du vhicule de l'me divine de mme que cette me-l imite la connaissance de cette
les
;
me-ci, de
mme
une image du mouvement de ce corps-ci . Ces considrations ont pour consquence naturelle la justification de l'Astrologie. Aussi Proclus ne manquera-t-il pas, en diverses autres pages de son Commentaire au Time, de nous montrer comment la doctrine astrologique se relie son systme mtaphysique, et de nous laisser deviner quelle opinion favorable il a conue de la Science des Chaldens. Nous avons vu qu'au Time, Platon faisait une claire allusion la divination astrologique. C'est ce passage du Time qui suggre 2 Proclus les rflexions que voici et Ces astres se comportent toujours de la mme manire cependant, tantt ils sont stationnaires, tantt ils ont une marche les uns par rapport directe [et, tantt, une marche rtrograde] aux autres, ils sont en conjonction ou en opposition. Lorsqu'un d'entre eux s'interpose entre un autre et nous, il devient un
1
: ; ;
Ames divines
et
effet,
pas,
toute
autre
Ame,
mais elles sont relies les unes aux autres par des intermdiaires plus ou moins nombreux. Les occultations et les rapparitions
i.
2.
(l
Cit.,
vol
III, |)|).
l5o-lf>l.
334
la costoouMiiE hellnique
ments du Monde
;
commencements des priodes c'est surtout, en effet, d'aprs ces phnomnes que tournent et se transforment les choses qui sont dans le Monde ce sont eux qui
(itoxa-aoroicrsU) et les
;
grands changements... amnent les destructions d'ensemble choses visibles nous rappellent au souvenir Il faut que les de telle manire que les uvres accomdes choses invisibles plies ici-bas, qui ne sont que des ombres, nous conduisent au point de dpart de la contemplation des choses clestes puis, que celles-ci nous fassent souvenir des volutions invisibles; car le Ciel est l'intermdiaire entre les tres soumis la gnration et les tres intelligibles ({lio-o yp larrtv 6 opavo twv t ysvTjQwv
et les
;
;
Platon dit ensuite que les configurations et les mouvements des corps clestes causent des terreurs et fournissent des signes des vnements ceux qui sont capables de calculer il nous fait
savoir par l
ces
signes,
mais que ce sont des signes capables de marquer certains vnements [bien dtermins] c'est pourquoi il nous rappelle en passant qu'ils sont dous d'activits qui les rendent
ce qui est visible,
a-rjjjiavTtxwv
lauTot
1
evepYuv).
le livre
de Tho-
phraste Sur
les
signes
non seulement
des
effets
mais encore les moindres particularits qui marqueront la vie et la mort de chacun de nous. Proclus marquait, d'ailleurs, une grande confiance dans les connaissances astronomiques de ces tireurs d'horoscope chaldens qu'ils n'aient pas observ la prcession des quinoxes, 2 c'est, pour lui, un motif suffisant de rvoquer en doute la dcouverte d'Hipparque et de Ptolme.
;
monde
du
Destin, les
corps qui les portent de telle faon qu'ils annoncent aux mortels
que ces lois ont dcid. C'est, sans doute, ce que Proclus entend rappeler par un titre qu'il leur accorde souvent. A maintes reprises, il parle des Sirnes que Platon avait assises sur chacune des ganes du fuseau de la Ncessit ces Sirnes, il
ce
;
2.
cit.,
vol.
III,
pp. 124-125.
385
aux mes (t];o%at) qui meuvent les orbes clestes jamais il ne manque de leur donner le nom de Destines
identifie
;
(Moipai).
Toute cette thorie de l'action des mes divines, des mes unies aux corps clestes, sur les mes descendues ici-bas et, par
elles,
ne droule-t-elle
du monde
cleste
sur le inonde
sublunaire est
conue par la Thologie d'Aristote, peu prs comme elle l'est par Proclus. Nous aurons occasion, plus tard, d'tudier en dtail cet important trait apocryphe. Nous verrons que les substances divines y sont en mme nombre que dans YInstitution thologique de
Proclus.
Au sommet,
premier Etre. De ce premier Auteur, par une manation ternelle, est sorti le Verbe ou l'Esprit par qui tout a t fait; comme Proclus, l'auteur de la Thologie iAristote, tantt distingue cette seconde substance divine de la premire et, tantt, il les identifie entre elles. Du Verbe, mane l'Intelligence active. C'est par l'intermdiaire 2 de l'Intelligence active qu'a t cr le monde intelligible, que l'auteur de la Thologie appelle habituellement l'orbe suprme ce monde intelligible est form de toutes les intelligences et de toutes les mes. C'est, en particulier, dans ce monde intelligible que rside l'Ame universelle, premire me directement issue de l'Intelligence active. 3 Aprs l'Ame, vient la Nature la Nature est la cause qui engendre et maintient tout tre qui adhre la matire premire au point de n'en pouvoir tre spar. Les diverses parties de la Nature sont dos causes lies entre elles.
; ;
III, p 182, p. 274, p. 277 et p. 32,'. Theologia, XIV, XV; cap. d. 1 5 9 fol. 92, r d. T 7 2 2. Aribtotems lib. fol. 101 (marqu par erreur i5o), r. Pour la description docesdeui ditions, Il est prudrnl de ne se fier qu' traduction voir Tome 1, p. 272. note 2. donne \>:n- l'd. de i5iq, qui t fait' sur la version italienne, donne par Mose Rora, de la version arabe; la version publie en 157a par Jacques Charpentier n'est qu'une paraphrase de la prcdente version latine, faite aana aucun recours aux lestes; le mo^-mol barbare de in premire version est encore prfrable i l'lgante infidlit de la seconde. d. if>72, 3. AmSTOTfcLis Theologia, lib. V, cap. IV; d. i5io, fol. l5, v" i.
,
1
.'i
l'i
fol.
43, recto.
336
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Dans cette Nature, mane de l'Ame, il faut, d'ailleurs, distinguer deux parties la plus noble est l'orbe qui contient les astres la moins noble est l'ensemble des corps que composent
l ; ;
les lments.
il
Le premier Auteur 2 n'est ni en repos ni en mouvement, car est au-dessus du repos comme du mouvement. Il est une
d'o,
essence
parler,
sans
fin,
il
est donc,
proprement
une sur-essence. 11 rside dans chacun des tres selon la capacit de chaque espce de chacun d'eux, il informe l'essence selon la condition qui est la plus opportune celle-ci. L'Intelligence active, donc, reoit une essence plus noble que l'Ame raisonnable celle-ci, une plus noble essence que le Ciel le Ciel, une plus noble essence que les corps soumis au changement. Plus, en effet, une crature est loigne [du premier Auteur], plus grand est le nombre des intermdiaires qui ont contribu la produire, moins est noble l'essence qu'elle a
;
reue.
Ce n'est pas directement que la Cause premire produit et informe l'essence de chaque chose, mais par l'intermdiaire de
la
srie
elle
et
cette
chose.
Le premier Auteur 3 a cr toutes choses; il leur a donn des formes imites des formes absolues qui rsident en lui, et qu'il a galement infuses au sein de l'Intelligence, qui est le premier
pourquoi l'Ame dsire sans cesse que l'Intelligence active infuse en elle les formes universelles qui rsident en cette Intelligence lorsqu'elle les a reues, F Ame les rpand dans la Nature, et cette forme, ainsi se fait la forme matrielle du monde cleste son tour, est la cause des formes matrielles particulires du
;
monde soumis
la gnration et la corruption.
ne se dissolvent pas;
elles
i.
d. i5;2,
XIX;
XXI;
3. Aristotelis Theologia, lib. XII, cap. r; d. 1572, fol. 12$, v, et fol. 126, r.
33*7
parce qu'elles dominent la matire et que la matire est fige sous leur empire. Au-dessus des essences clestes, sont des essen-
formes d'une puret, d'une clart, d'une beaut suprmes, des formes qui contiennent tout en elles, des formes admirables et sublimes que le discours ne peut exprimer et que notre me, cause de l'imagination, ne peut concevoir. Ces essences, en effet, sont les causes des formes perceptibles et concevables qui existent autour de nous. Assurment, une chose est plus noble et plus releve au sein de sa cause qu'elle n'est, simple effet, en elle-mme. Ainsi les
ces qui reoivent des
et
y sont pures de toute matire naturelle, car elles ont t les causes des formes des cieux. Ainsi encore, dans l'Intelligence active, sont contenues des formes plus univer-
dans
d'honneur que dans l'Ame... Notre me souhaite sans cesse recevoir l'panchement de ces formes qui manent de l'Intelligence active; elle les dsire cause de l'lvation qu'a l'essence de cette Intelligence; car celle-ci a t cre pour tre la premire image exprime [de la Cause suprme]. Autant l'autorit de l'influence que reoit l'Intelligence la dsigne comme suprieure l'Ame, autant l'Ame est au-dessus
selles et plus dignes
mane de l'InteDigence active. Cete influence, elle la transmet cette influence est alors transporte jusqu' au monde cleste nous, dans ce monde de la gnration et de la mort, par les plaqui
;
Le passage que nous venons de citer rsume la doctrine astrologique de la Thologie d'Aristote. Maint autre passage de ce trait vient prciser tel dtail de ce systme. Il en est un par exemple, o l'auteur nous montre comment
1
les
Les
comme
si
mue
vers
bas et rpand-elle sa lumire dans ce qui se trouve au-dessous d'elle, jusqu' l'Ame. De mme, l'Ame regorge de plus de Lumire
et
mais
iSlty,
elle
ne peut
;
les
Akistotelis
heologia,
60,
T.
r.
il.
lib. VII,
cap.
VI j ni.
fol, S!\, r
d. 1672.
foi. 09,
vet
fol.
DUHBM
3*58
J.A
COSMOLOGIE HELLiMOUE
rpandre au-dessus d'elle, car l'Intelligence qui en panche sans cesse n'a pas besoin d'un reflux qui viendrait de l'Ame alors celle-ci se retourne en arrire, comme si quelque honte la chassait elle transmet ses richesses ce qui lui est subordonn elle comble le globe terrestre de lumire, de bien et d'honneur, Mais de tous les tres qu'olle a produits, le meilleur et le
;
;
monde
la
ds astres
c'est lui,
en
effet,
qui est
Cause premire. L'Ame, donc, qui tenait sa forme de l'Intelligence, dtermine, par son mouvement, une expansion de son essence et produit les mouvements multiples
des plantes
;
plus rapproch de
mouvements volontaires, naturels et uniformes... Gomme les deux mondes spirituels, [celui de l'Intelligence et celui de l'Ame], prouvent un mouvement substantiel, l'Ame naturelle, [c'est -dire la Nature], est, par son dsir, mise en mouvement vers ce monde intelligible, afin de se rendre semblable lui mais sa faiblesse ne lui permet pas de monter alors elle se
;
;
retourne en arrire, comme nous l'avons dit, et, comme si quelque honte la repoussait, elle innove au sein de l'orbe naturel, [qui est l'orbe sublunaire], les substances composes d'lments; les forces diverses qu'elle rpand donnent chacune de ceg substances la portion de corporit qui convient leur nature. Les astres sont donc, par leurs mouvements, les intermdiaires qu'emploie l'influence de l'Ame du Monde pour parvenir jusqu'aux choses du monde sublunaire et imprimer en elles les formes dont leur essence les rend capables. Cet intermdiaire est indispensable. Aussi, aprs avoir dcrit comment l'Ame raisonnable est issue de la lumire mise par l'Intelligence active ; comment de la lumire de l'Ame raisonnable, sort la nature de l'Ame comment, de la lumire de celle-ci, mane, son sensitive tour, l'Ame vgtative, qui est fort distante de la pure lumire, qui est donc grossire, prive de la facult de marcher et de respirer, qui n'a gard que le pouvoir de la reproduction , la Thologie (FAristote poursuit-elle en ces termes
1
;
Enfin,
de la lumire de cette
Ame
vgtative provient la
Nature.
cause de l'intervalle qui la spare de la principale source de lumire, cette Nature est prive de la tnuit incorpo^
;
relie
trois
elle reoit
et l'tendue
mouvement
i.
cleste; ce
Theologia,
mouvement
lib.
Aristotelis
X, cap.
i/ ASTROLOGIE
33U
Auteur pour assurer, par l, la perptuit de la gnration et de elle se meut aussi d'un autre mouvement uniforme la mort dirig en sens contraire du premier. C'est le Ciel qui contient son intrieur tous les tres susceptibles de s'engendrer et de prir; c'est lui qui conserve chacun d'eux, conformment aux conditions auxquelles les formes sont soumises dans ces composs; s'il venait tre priv de tout mouvement propre, tout cela ferait dfaut c'est donc de cette nature du Ciel, doue du mouvement de rvolution, que procde la nature infrieure, doue de mouvements et de formes multiples et c'est la contrarit entre les mouvements de cette nature-ci qui est cause de la gnration et de la destruction. Rceptacles des formes manes du Monde intelligible, les astres sont, leur tour, les sources qui rpandent les formes dans le Monde sublunaire. De ce principe, la Thologie d'Aristote nous donne un curieux exemple. Exposons maintenant, dit-elle suivant quelle rgle admi;
; ;
1
[c'est--dire
du
Monde
intelligible],
d'ici-bas...
au
qui y dsirent le
;
Monde
aprs avoir conqui pures constituent templ les formes ce Monde, reoit, selon sa capacit, la bont et la lumire qui en manent et cette capacit
;
est,
plus grande que dans les autres toiles, parce qu'elle aime davantage, ce qui lui a donn une plus haute dignit.
en
elle,
en beaut, en dignit et en lumire. De mme, celui qui a contempl le soleil et qui, ensuite, jette les yeux sur la terre, la terre parat rouge parce que son regard est teint de rouge...
Si donc,
cieux,
vous souhaitez d'acqurir une science parfaite, vous ne parviendrez sonder du regard leur clatante dignit que par le moyen que nous avons dit; il vous faudra contemplor profond-
ment l'Archiplante; alors, la lumire de cette plante, qui est comme un sceau imprim par le Monde suprieur, se rpandra en
vous
;
cet
astre,
\<us
lui
deviendrez presque gal; aid par une sorte de puissance qui vous soulvera, vous comprendrez, selon votre dsir, la clart suprme
[du
i.
t-<i.
Monde
r
i.
formes qui
<'n
participent...
/|(>,
Aristotkmh Tholoffim,
XI, cap.
r<>.
I;
i*;
340
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
vous tes tranger cette plante, Jupiter aura horreur de vous, et vous n'atteindrez jamais au Monde suprme. Tous ceux, donc, qui ont dessein de contempler les essences suprieures doivent se comporter comme nous lavons dit l'gard
contraire,
si
Au
du Seigneur des
Si les astres
astres errants.
rpandent des formes dans le monde sub lunaire, s'ils y dterminent toutes les gnrations et toutes les destructions, c'est parce qu'ils ont, eux-mmes, reu les formes manes du Monde intelligible que l'Ame leur a infuses. Des transformations qui s'observent ici-bas, ils ne sont donc que causes secondes; mais ils en sont, cependant, trs rellement causes efficientes. Ds Gomment les toiles peulors, se pose cette difficile question vent-elles, la fois, tre des substances parfaitement bonnes et produire tous les maux que ce bas monde tale nos yeux ? Cette objection avait grandement proccup Plotin elle l'avait conduit refuser aux astres la qualit de causes pour ne leur laisser jouer que le rle de signes. Or l'auteur de la Thologie (TAristole a lu les Ennades, dont il imite de trs prs certains chapitres; il ne Gomment des peut donc se dispenser d'examiner ce problme
:
; :
astres
Il
bons
sont-ils causes
1
du mal?
:
Certains par rejeter la solution de Plotin diront-ils que les toiles sont signes des vnements terrestres? Si, dans leur pense, ils entendent par signe un moyen qui sert l'accomplissement de l'uvre, nous rpondrons qu'ils disent vrai. Souvent, en effet, nous prouvons une premire chose par ce qui en est la suite nous prouvons, par exemple, la cause par l' effet ou l'lment simple par le compos mais parfois, aussi, nous connaissons les accidents par leur principe, le compos par l'lment simple . Si donc les astres nous permettent de prvoir les vnements du monde sublunaire, s'ils en sont signes, c'est simplement parce qu'ils en sont causes, et que la connaissance des causes permet de connatre les effets. Les toiles Mais alors se pose, invitable, cette question sont-elles causes des maux qui arrivent ici-bas ? Non, dclareronselles sont, en effet, nous, car leur action n'est pas volontaire au-dessus de la volont. Tout agent qui fait le bien et le mal est un agent volontaire au contraire, tout agent qui est suprieur la volont ne fait que le bien. C'est d'une manire ncessaire que les dispositions du monde infrieur proviennent du monde sup;
;
:
commence
i.
I;
cil.
el v
l/ ASTROLOGIE
!H1
rieur; elles n'en drivent pas par une ncessit l>rutale et de b;is
mais par une ncessit spirituelle et perptuelle. Lorsque, dans le corps d'un animal, une partie prouve quelque sensation, toute autre partie de ce corps ressent aussi une sensation, parce que les parties diverses de cet animal se ramnent une disposition unique. De mme en est-il des dispositions qui, dans ce monde-ci, proviennent du monde suprieur en lui, elles ne font qu'un mais ici-bas, elles se diversifient. Ainsi donc, rien n'mane des corps clestes qui ne soit bon c'est par le mlange avec les corps infrieurs que ce bien se change en mal en effet, tout ce qui mane du monde suprieur procde d'une vie qui n'est pas une vie particulire, mais une vie universelle. Peut-tre, aussi, L'impression faite par la Nature tertage,
; ;
;
du inonde
faite
efficace
que
le
Parmi quelques hsitations, nous dmlons ici l'affirmation de ce principe que tous les No-platoniciens ont, plus ou moins explicitement, profess Du monde des astres comme du monde
:
mlange avec
du monde sublunaire
ici
de
bons effets, l de mauvais rsultats. Ces mauvais effets, la Thologie cTAristote ne peut nier que les astres n'en soient causes. Mais il ne veut pas en conclure que les astres sont mauvais, car les astres n'agissent pas volontairement. C'est par ncessit que le bien dont ils sont combls dborde sur le monde infrieur si quelque mai rsulte de cette influence, ils
;
SliUe).
COMMENT
L'AME
[Link]
CHAPPE AU
DESTIN
HARQUl
PAR
LES
L8TRES
La
doctrine astrologique
<!<
Plotin
semble
duire Les
Plotin
mmes
a
consquences.
!<
titre
:
<!<
causes efficientes
sign<
s
il
les a
rduits
;i
n'tre
imii^
puissent
342
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
les
vnements futurs, il a introduit dans l'Univers un ordre rigoureusement dtermin, et sa philosophie ne parat pas moins fataliste que celle des Chaldens. Gomment va-t-il maintenant arracher l'me humaine la servitude du
annoncer srement
Destin?
D'une part, Selon Plotin, le Monde a une double animation le Monde est le compos d'un corps et d'une certaine me lie ce corps d'autre part, il est l'Ame de l'Univers, qui n'est pas en
l
: ;
un
imprime sa trace dans l'me incorpore . L'Univers n'est pas seul prsenter une telle constitution.
corps, et qui
Le
eux aussi, sont doubles de la mme faon . D'une part, chacun d'eux est me pure (xaOap ty'jyii) d'autre part, il est non seulement corps (o-w^a), mais corps anim
Soleil et les autres astres,
'>
Chacun des hommes aussi est double d'une part, certain compos binaire d'autre part, il est ce par quoi
il il
est
un
est lui-
mme
(6 oe octo).
Le compos binaire,
notre essence, le
Destin.
astres,
le
compos
disons-nous,
vit
dans le
Non
mais encore il est comme une partie de l'Univers et il est li ce tout dont il est une partie . Ainsi le corps anim est insr dans cet ordre immuable qui constitue l'El|jiap|jiv7i. L'autre me, au contraire, celle qui nous est advenue du dehors , celle qui a une origine divine, a le pouvoir de s'lever, de monter vers le beau et vers le divin, c'est--dire vers les choses sur lesquelles personne n'exerce d'empire, afin de devenir cette Beaut et cette Divinit, afin de vivre, spare [du corps anim], la vie de la Beaut et de la Divinit . Voil ce qu'entend Plotin en disant que Dieu nous a donn une vertu qui ne reconnat pas de matre, Bio-TioTov psrr v
4
Os o; l'owxsv.
comme un
anneau dans
unes les autres dans un ordre rigoureusement dtermin. Pour chapper cet enchanement, il faut sortir du Monde, il faut s'lever au-dessus de la surface concave de l'orbe de la Lune, il faut prendre place parmi les substances spares de la matire,
parmi
i.
mes
III,
cap. IX
i/aSTR<>L<><.TT:
l\\\\
au moins, rsider au sein des sphres clestes. En effet, aux corps sublunaires soumis la contrainte de l'Univers entier, s'opposent les corps clestes, affranchis mme de la contrainte
qu'ils exercent 1
fjLr.o'
:
...
Kal :wv
L'me divine qui est en nous n'y peut parvenir sans, se dtacher du corps anim qu'elle laisse ici-bas, soumis au destin, incapable d'chapper au sort que l'Astrologie lui annonce. L'extase ou la mort est la condition ncessaire de la libert. Ici encore, la doctrine de Plotin ne fait que formuler explicitement les penses qu'on devinerait, implicites et diffuses, dans les crits de beaucoup d'autres philosophes. Tous les cultes cosmiques de cette poque 2 celui des astres comme celui des lments, sont sans doute interprts par des adversaires comme l'adoration d'une Destine ou d'une Ncessit
cp'
auxwv
laquelle
eux-mmes
se
vantent d'chapper
et
cependant,
chaque fois que nous avons des tmoignages directs, nous voyons que ces cultes prtendaient, au mme titre que les cultes adverses,
apporter l'homme
le salut...
D'une faon gnrale, l'image la plus simple de la libration de l'me tait celle d'une monte de l'me jusqu' la limite ou au-dessus de la sphre sublunaire, dans la rgion sacre d'o
mane
que les donns
cultes cosmiques
mme
comme
telle
Une
cipes ?
En
la
sortant
la
domina-
Qu'elle franchisse
de l'orbe de la Lune pour j)rendre rang parmi les mes astrales, qu'elle dpasse mme la sphre suprme pour venir occuper une place parmi les dieux, on ne voit pas comment elle chapperait, par l, la plus rigide des ncessits. Les astres, nous a dit la Thologie d Aristotc, n'agissent pas par
sphre
infrieure
mme
d<'
<mi
est-il,
pour
tout no-
la
dborde 't s'panche sur les substances (jui se trouvent au-dessous de lui avec une ncessit parfaitement rgle,
i. Claudi Ptolmi Composition mathmatique, livre XIII, ch. II; d. v. pari il. p. m, j>. $74 Ha ma, d. Heiberg, Il 2. Emma BwkHm,La Cosmologie stocienne lajtndu Paganisme (Reue tl l'histoire des Religions, 1. LXfV, pp, 7. 1911).
t
314
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
fait
tomber, de degr
en degr, l'eau d'une cascade. En sortant du monde infrieur, l'Ame n'chappe la domination des astres que pour tomber sous la domination des dieux. Nulle part, dans le systme no-platonicien, le libre arbitre n'a de place. C'est ce qu'a fort bien reconnu Julius Firmicus Maternus. De son livre, nous allons citer un passage que nos intelligences modernes trouvent bien trange, mais qui, cependant, s'accorde fort exactement avec l'ensemble de sa doctrine. Julius Firmicus se propose de montrer que l'Astrologie, capable d'annoncer l'avenir aux simples mortels, ne saurait prvoir le sort de l'Empereur. Aucun mathmaticien, dit-il, n'a jamais rien pu dterminer touchant la destine de l'Empereur. Seul entre tous, en effet, l'Empereur n'est pas soumis au cours des astres il est le seul dont les toiles n'aient pas le pouvoir de nous dcouvrir la destine. Gomme il est le matre de tout le globe terrestre, sa destine est directement gouverne par la raison du Dieu suprme; en effet, comme la surface terrestre du globe entier est soumise au pouvoir de l'Empereur, l'Empereur lui-mme se trouve plac au nombre des dieux que la Divinit principale a institus pour la
1
;
Charg d'une fonction providentielle et, donc, divine, l'Empereur est dieu suprieur au monde sublunaire et aux orbes clestes, mais il il chappe au dterminisme qui drive du cours des astres seulement, la ncesn'est pas, pour cela, dou de libre arbitre sit qui l'asservit mane directement de la Cause premire.
;
;
XI
LES PRINCIPES DE L'ASTROLOGIE APRS POSIDONJUS (suite).
l'astrologie
et l'alchimie
L'me humaine n'chappe au pouvoir fatal des astres qu'en se sparant de tout corps ds l qu'elle est incorpore, elle tombe
;
du monde sublunaire
reusement soumises, dans toutes leurs transformations, au gouvernement des orbes clestes.
i
.
[Link]
34.')
En
ou errants
diri-
produisent ou
comment
Alexandre ne doute aucunement que les mouvements des sphres clestes n'agissent, dans le monde infrieur, titre de causes il suffit efficientes l'existence de cette action lui parait certaine d'en prciser la nature. C'est quoi le Philosophe d'Aphrodisias
;
intitul
engendre par
le
mouvement du corps
divin dans
corps, soumis
nous prsente successivement plusieurs suppositions, entre ces lesquelles il ne se prononce pas d'une manire catgorique suppositions, pures ou mlanges entre elles, nous les reconnatrons bien souvent dans les crits des successeurs de notre philosophe, qu'ils soient grecs, arabes ou chrtiens.
Il
;
De ces conjectures,
voici la
premire
Tout corps, simple ou compos, du monde sublunaire, a une nature propre, nature par laquelle il est feu, ou air, ou eau, ou terre, ou tel ou tel mixte. Ne pourrait-on supposer qu' en vertu
de cette nature propre,
viennent aprs
les
lui,
le feu participe,
;
le
de
telle
uns plus,
?
de puissance
cleste
Mais cette opinion suscite aussitt une question, qui est la suivante
:
Chacun des corps sublunaires, qu'il soit simple ou mixte, demeure en repos dans son lieu naturel s'il s'y trouve, ou se meut vers ce lieu s'il en a t violemment arrach de ce mouvement ou de ce repos, c'est sa nature propre, et non le mouvement des cieux, qui est la cause directe et immdiate. De mme, c'est par
;
sa propre nature
Ds
lors,
que tel mixte devient plante, animal ou homme de quel usage est-elle, pour chacun de ces corps, cette
?
cette
question, voici
:
une premire
rponse
(pie
propose
puissance
Alexandre
tant qu'ils
demeurent
lib.
II.
tels, cette
[Link] APHRODISlEXMfl
QU$itOneS
in (AlRXANDRI
h>' f<it<>
/'/fr/rr
Bd
Ot
tPHRODIftlRXmivttott,
346
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
ils
demeure-
Mais cette puissance manifesterait son activit ds l que les corps simples s'unissent entre eux pour former des mixtes. En entrant en combinaison, chacun des corps simples apporterait
avec lui la puissance qu'il a reue du Ciel. Des natures propres de
ses divers lments, le mixte tiendrait sa propre nature et, partant, la force (pomr,)
lui,
est,
pour
principe de
mouvement
ceux qui sont, en majeure partie, puissance d'animation, quelque chose de commun avec la terre, car le corps qui les constitue pour la plus forte part participe un moindre degr de la puissance cleste ceux, au contraire, qui contiennent surtout la substance chaude et igne, ceux-l recevront en partage une me plus parfaite, parce que le corps qui
;
la puissance cleste.
ne faudrait pas, cependant, regarder simplement cette me du corps compos comme la somme des puissances divines dont taient doues chacun des lments. Il ne faudrait pas croire que le corps compos communie cette puissance et nature divine comme si chacun des corps simples conservait d'une manire actuelle, au sein de la combinaison ou du mlange, la
nature [divine] qui lui appartient. Si la puissance divine contribue
avant
qu'ils entrassent
en combinaison.
L'me du mixte
est autre et
lments.
Selon l'opinion que nous venons d'exposer, cette puissance divine, engendre au sein des corps situs sous la Lune, en vertu de leur contigut avec [l'orbe de] cet astre, serait une seconde nature cette seconde nature se servirait des corps simples natu;
rels
comme
faits et
anims.
347
Mais une autre opinion semble galement capable d'tre soutenue. On peut prtendre que la puissance cleste est la cause qui engendre mme les corps simples, qui en produit la forme et
ce
Par sa raison mme, la matire est dnue de toute nature et de toute qualit c'est la puissance mane des corps clestes qui en fait un corps en acte, qui lui confre figure et forme. Selon sa proximit plus ou moins grande au corps divin, cette matire participe plus ou moins la puissance divine, et elle est plus ou moins informe par la chaleur et la scheresse ce sont l, en effet, les premires passions que les corps divins mettent dans les choses mortelles.
la nature.
; ;
Diversement disposes l'gard de la circulation cleste, les diverses parties de la matire recevront, dans telle ou telle mesure, soit ces qualits, soit les qualits contraires en parcou;
rant le Zodiaque, le Soleil, la Lune, les autres astres errants, confreront la chaleur et la scheresse aux parties de la matire qui
eux de meilleure faon et de plus prs ces parties-l deviendront le feu ailleurs, les astres mettront la chaleur et l'humidit qui constituent la nature de l'air ici, par l'humidit et le froid, ils engendreront l'eau l, par le froid et la schese prsentent
;
;
nue par la puissance mane des corps clestes deviendront les formes premires des lments et les causes de leurs natures propres. Mais cela n'empchera point que cette mme puissance n'intervienne, lors de la combinaison de ces corps simples entre eux, pour confrer une plus grande perfection aux mixtes qui en rsultent de cette intervention, on pourra rpter ce qu'en admetr
;
tait la
prcdente opinion.
les corps simples,
;
en est de plus subtils et de plus actifs ce sont ceux qui confinent de plus prs au mouvement des corps divins il en est, aussi, de plus denses et de plus passifs, parce qu'ils sont plus distants de la circulation cleste. Tout mixte qui, dans le mlange ou dans la combinaison qui l'a engendr, contient une plus forte proportion dos corps les plus subtils et les plus purs, possde aussi une forme plus parfaite tout mixte qui contient moins de ces corps, mais renferme davaneffet, il
;
;
Parmi
en
el
moins
ail
i<-i
La
prfrence d'Alexandre. En
effet,
dans son
Sur
It
mrlmuje
348
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
total et la dilatation
(Ilepl xpasco
xal
au^aeto),
il
regarde
comme
et la
certain
que
les corps
l'humidit
pour eux,
sommairement dans
d'Avicenne
Mais
la
il
;
la Philosophie
il
et,
la Chrtient
du Moyen Age
l'tudiera avec
une avide
pense d'Alexandre d'Aphrodisias rencontrera dans le monde musulman ou dans le monde chrtien contentons-nous d'couter ceux qu'elle a veilles dans le monde hellne. Plotin oublie volontiers que, selon son systme, les astres ne
;
il
commune
il
lui arrive
d'ici-
bas, alors qu'il leur voulait, tout d'abord, refuser toute causalit.
C'est ainsi qu'il dcrit la collaboration de cette influence cleste
Alexandre nous en a dcrit la collaboration la formation des mixtes minraux. Plotin nous avertit, d'abord \ que l'influence qui part des corps clestes n'est plus, dans les choses o elle tombe, ce qu'elle tait dans les tres d'o elle est issue Les influx qui partent des astres ne demeurent pas tels qu'ils taient au moment o ils en sont sortis, car ils se mlent au corps, la matire, et ils se mlangent aussi les uns avec les autres. Ces divers influx se combinent donc en une influence unique 4
;
form accompagne chacune des choses qui se trouve engendre, de telle faon que cette chose naisse ce quelle est et avec les qualits dont elle est doue. Ce n'est pas ce mlange qui fait un cheval mais, ce cheval, il donne quelque chose le cheval est engendr par le cheval et l'homme par
ainsi
;
l'homme
mais
le
i. Alexandri Aphrodisiensis De mitione cap. XI (Alexandri Aphrodisiensis Scripta minora. Ed. Bruns, p. 225). d. Didot, p. 66. 2. Plotini Enneadis I/ lib. III, cap. X 3. Plotini Enneadis If<* lib. III, cap. XI; d. cit., toc cit. Plotini Enneadis III& lib, III, cap. XII d. cit., toc. rit. /(.
; ;
349
t|aio
tt,
trice]
L'homme est engendr par la raison [gnrade l'homme , qui rside au sein de l'Ame du Monde
'
mais l'influence venue du dehors entrave parfois cette opration et, parfois, la favorise. Le fils ressemble donc au pre, mais, parfois,
en mieux
et,
parfois,
en pire.
semblable celle qu'Alexandre dAphrodisias leur attribue, mme dans sa premire thorie, la combinaison des lments entre eux. Pour le moment, c'est l'aprelle des tres vivants est toute
Quelle
est,
dans ce domaine,
la
Un
combinaison n'y apporte pas seulement sa nature propre cette nature, est jointe une puissance mane des orbes clestes de la force et de la qualit de cette puissance dpend la perfection plus ou moins grande du mixte obtenu de cette puissance, d'ailleurs, le corps simple peut tre dpositaire des degrs divers
;
;
il
;
s'est offert
alchimiques dpend de la
sont effectues
;
a,
dsormais,
un pacte
d'alliance.
Selon les alchimistes, chaque corps taient unies des qualits incorporelles qui pouvaient, au cours des diverses ractions, se
transporter d'un corps sur un autre. Aussi l'un des axiomes que
les faiseurs d'or
la Juive
:
aimaient invoquer
tait-il cet
adage de Marie
les
cho-
Un
tel incorporel,
porte* le
nom
de venin, (Yios
lu
corps auquel
il
primitivement
Li
v <
qu
(.f.
Plotimi Ettneadii ll ,r
lil>.
III,
<;<}>
XVI;
ni. cit.,
j>.
6q.
sf/'/f.
XL
(Collection
If
/ommk, Sur
p.
lu vertu ti TinterprtcUion,!,
128).
360
IA COSMOUJGIK HELLNIQUE
de For
et
de
le transpor-
phale.
indpendante de la substance mtallique qui en est le support. Lorsqu'on possde une matire en laquelle cette qualit rside, la faon du principe essentiel d'une
La
qualit or
est
matire colorante, c'est la pierre philosophale, et l'on peut alors teindre en or les autres mtaux et faire par l de l'or vritable.
L'alchimiste Zosime de
in
e
sicle
de notre
Sur
la vertu et
exprime assez clairement, dans son trait l'interprtation 2 les penses que nous venons de
re,
,
rsumer.
soit
jaune
comme
de
l'or, et vrifie si le
ombre
leur d'or.
Il
devenu jaune
et
comme
la cou-
faut,
s'il
devient jaune
sans ombre,
comme
la couleur d'or
s'il
ne peut teindre en jaune comme la couleur d'or. En effet, il n'est pas d'or [ou dor] quant sa qualit, puisque ce sont certaines qualits qui rendent jaune car le mot qualit (^otiTrj) a pour tymologie le mot fabriquer (tco te tv). [Le jaune] produit une teinture, en raison de sa qualit dore car il est vident que les actions exerces par les qualits sont, en quelque sorte, incorporelles. De l dcoule l'action de dorer attendu que si la couleur ne possde pas la qualit jaune dans sa propre substance, elle ne peut ni faire de l'or ni teindre en or. C'est l le grand mystre, que la qualit devient or et, alors, fait de For
ombre,
il
Il
incorporelles effectues par leur concours ont accompli cette merveilleuse fabrication de l'or (^pu^oirotta), par la production d'une
seule substance.
La chaleur du
feu, l'humidit
de l'eau, le froid de
l'air,
toutes
a. Zosime, Sur la vertu et l'interprtation, 10 et i4 (Berthelot et Ruelle, Op. laud., textes greee, pp. 126-127 et pp. iag*j3o; trad. franaises, pp. i33-
j34, et p. i35).
ASTROLOGIE
351
et acquiert
que Zosime
du mtal, d'autres alchimistes donnaient volontiers souffle ou esprit (Tcveupia) ou d'me (^uy/j). Ainsi faisait Etienne
nion fort htrodoxe, qui
re.
florissait
au septime
sicle
de notre
Le
trait
Sur
compos
par Etienne, eut, auprs des adeptes du Grand Art, une puissante
et
durable autorit.
Les corps,
1 ,
participent
un
cer-
tain esprit
riel.
(ttv*j|xa),
car
ils
Ainsi le cuivre a,
('iw/vi), et il
;
comme l'homme, un
de
une
me
voit
en
est
mme
mtalliques
aussi, aprs
que
le feu les
on se spiritualiser (veuporovrat) de nouveau, parce que le feu leur fait don de l'esprit. Il est vident que ces corps participent aussi de l'air qui fait toutes choses de mme, en effet, que l'air donne aux hommes et a tous les tres le souffle vital et l'me, de mme les corps fusibles, rduits en cendres, suivant une mthode dtermine, avec
;
les
corps mtalliques,
font
revivre
[en
eux]
l'esprit,
et sont
omme rgnrs par le feu, congnre de cet esprit Lorsque le cuivre a t ainsi embras, repris par l'huile de rose, violemment agit, lorsqu'il a prouv un grand nombre de fois ce mme traitement, il devient du cuivre sans ombre et meilleur que
l'or.
que l'me en soit spare du corps. Le cuivro est comme l'homme ' il a une me faut donc dpouiller la matire du corps (Xp^ ojv
;
et
un corps.
Il
sopavlo-a'. t/,v
V/.r.v
7<.>!jia-o<;),
afin
que
l'esprit,
ri V/-[Link]),
demouie
isol et
qu'on
Comment
et
le cui-
ombre
Quelle en ost l'ruo et L'me, c'esl ce qu'il y a en lui ration met en libert, c'est--dire
?
r.
dou d'une de quelle sorte en est le corps? do plus subtil, c'est ce que l'op-
un corps matriel
l'esprit tinotorial.
Mais quel en
araeci minore.
MDCXLII,
iK.H.*),
210).
(if.
M.
ri eacra (trie lib. III fPhgeict tt mdia Iduof Limmcus [Link]. Vol. II. Berolinii Herthklot, Lee origine* de l'Alchimiet l'iris,
pp. 276-277.
2.
lib. VIII;
d,
cit.,
j>.
2/41.
352
est le
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
corps? C'est ce qui est lourd, matriel, terrestre, ce qui est dou d'ombre. 11 faut donc dpouiller la matire. Mais comment dpouillera-t-on la matire, si ce n'est par la mdecine carlate? Et qu'est-ce que dpouiller? C'est humilier, dtruire, dissoudre, morc'est, enfin, soutirer toute la matire matrialise (IvtAo tifier
;
uXtj)
que contient
le mtal,
celle qui
que
l'esprit,
vement de l'uvre qu'on veut accomplir. Cette me, ce souffle qui se trouve uni au corps d'un mtal
et
qu'on s'efforce d'en dtacher, l'alchimiste le regarde comme un de principe actif qui faonne et informe la nature corporelle
;
plus,
il
*
:
lui attribue
drie
des corps, tu ne
;
fais
si
Ta
a-wjjuxTa a-w|jLaTtu<jt.)
par ces oprations rgulires, rendu les corps incorporels, tu ne pourras donner corps et forme aux essences. G natures clestes Comme l'me est pure et immatrielle, qu'elle a t introduite dans le corps par la Sagesse suprme, elle informe le corps au sein duquel elle demeure et dans lequel
n'as pas,
!
natures clestes
Admirons
incorporelles.
faut
mer
donc dpouiller
la
au principe anim qu'on aura, de la sorte, amen maturit. Dissoudre le corps, et sparer l'me d'avec le corps, voil le terme "Opo; cpiXococpia; sari xaTaXua-i; <7<J>{jiaT0 xai de la Philosophie.
toG
(twjjkxto
!
C'est la
nature
mme
qui,
et qui s'est
dvoile elle-mme...
Ce sont des natures clestes que les essences incorporelles. Oupviai ouarei eiaiv ai cwuiaTOi oaai. Quelle est donc l'uvre
i.
lib.
IV; d.
cit.,
pp. 2i5*2i6.
353
qu'on se propose d'accomplir, sinon de tirer du corps une chose incorporelle ? Et comment arrivera- t-on faire du corps une chose incorporelle,
corps,
si ?...
si
du
le
lame
d'avec
corps
La destruction du corps
s'obtient
en
le pulvrisant...
que
la nature
victorieuse et
de ce corps soit sature par une nature congnre, dominatrice de la premire, et qui tablisse sa
sein de celle-ci. Et
demeure au
quand cela
arrivera-t-il ? Lors-
qu'une des natures infrieures, sature par ce qui vient d'en haut, aura dpos tout ce qu'elle renferme de terrestre.
Les oprations de l'Alchimie ont donc pour objet de diriger des
natures clestes, de les dtacher de certains corps pour les porter
sur
d'autres.
Aussi
l'alchimiste
uvre avec succs que s'il merce constant avec les choses du
que l'uvre s'accomplisse d'une manire complte Passe des choses sensibles la contemplation des choses intelligibles porte tes regards vers la grande
faut s'appliquer faire
l'on veut
;
et
immatrielle beaut des tres clestes. Toi qui, ayant lev ton
en as contempl la noble apparence, qui as admir la puissance et l'clat de la gloire et du bonheur dont jouissent les anges intelligibles, tu ne dvieras plus, maintenant, lorsque tu voudras produire l'information matrielle des subesprit vers ces tres,
l'or,
donc toute ton intelligence vers les choses d'en haut L'extase, chre aux philosophes alexandrins, devient ainsi, au gr d'Etienne, une prparation favorable aux oprations du Grand
Art.
ces esprits ou
incorporelles,
clestes.
yo'l)
mes que renferment les corps, ces essences Etienne d'Alexandrie a donn le nom de natures
Il
Un
un commentaire de cette affirmation. Le trait Sur la vertu et l'interprtation, compose par Zosinie, ne nous est pas parvenu pur de tout mlange le texte mie noua possdons est accompagn de dveloppements beaucoup plus
;
I.
tuUtl., hl>.
VU1 j d.
Cit.,
|>.
l'/|
DUHEM
T.
II.
354
rcents
drie, la
;
LA COSMOLOGIE MELLNIOUI
couronne des philosophes. C'est ce qu'il fait au dbut des lignes natures clestes, qui tes les artisans des natusuivantes res! Car ce sont les natures clestes mmes qu'on appelle les
*
:
qualits incorporelles.
elles
En
effet,
comme
faonnent
(oTriuotipyouo-tv) l'activit
nouveau
les
natures des corps solides qui se trouvent sur la terre, elles agissent librement en vue de l'achvement spirituel
fabrication de l'or
;
([Link].x6v)
de la
par une certaine qualit d'une chose incorporelle que la sublimation de l'excs de mercure (eijuSpapyjpcjo-i) se trouve rgle suivant sa propre qualit qualits de
c'est
;
l'air
qui succde
rchauffement engendr par l'me, et aussi les effets de l'inflammation du feu. C'est pourquoi il nous faut concevoir les activits incorporelles de la chaleur et du froid, ce qu'elles font, et quelle est la grandeur de leur pouvoir il nous faut poser une grande thorie. Ces qualits actives sont limites, en sorte que les accroissements ou les arrts d'accroissement quelles prouvent leur viennent d'elles-mmes la chaleur et le froid, donc, se conmais il est d'autres qualits qui servent ainsi, et spontanment
; ; ;
il
et la
dans
le
degr de scheresse s'lve, ce qu'on nomme l'incorporel divin s'empresse de courir vers le mou et le fluide, au moyen de l'humidit [la scheresse et l'humidit], se rencon;
donne de l'animation 2
C'est
pourquoi
Herms,
et
le plus
les appelle
un
tre vivant
anim.
Sous la forme enveloppe chre aux Alchimistes, nous reconnaissons ici une pense bien voisine de celle qu'exprimait Alexandre d'Aphrodisias. Ce sont les natures clestes (opvun. cpua-u), c'est ce qu'on appelle l'incorporel divin (to /\[Link] rti)[Link] Oeov) qui confrent aux corps solides de la terre les nergies, les
1. Zosime, Sur la vertu et l'interprtation, 17 (Berthelot et Ruelle, Op. laud., textes grecs, pp. i3i-i32. A la p. 1 35 des traductions franaises, on lit Les i5, 16, 17 sont de pures subtilits, dont nous supprimons la tra-
duction).
2. Les Stociens attribuaient au froid la formation de l'me Stocorum veterum fragmenta, 8o4-8o8; vol. II, pp. 222-223).
(J.
ab Arnim,
3oo
mes par
mations chimiques.
penses conduisaient naturellement les alchimistes rechercher d'une manire dtaille quelles actions chacun des
telles
De
probablement faire remonter aux Chaldens l'ide de consacrer un mtal chaque plante ; de bonne heure, l'attribution de l'or au Soleil et de l'argent la Lune se trouva fixe les
Il
faut
o il fut convenu que le plomb tait le mtal de Saturne, l'tain le mtal de Jupiter, le fer le mtal de Mars, le cuivre le mtal de Vnus et, enfin, le vif-argent le mtal de la plante Mercure dont il garde aujourd'hui le nom. 11 est peu probable que des hommes aussi compltement vous l'Astrologie que les savants chaldens n'aient pas mis, dans ces attributions, l'affirmation que chaque plante exerait une influence particulire sur le mtal qui lui tait assign. En tous cas, Zosime laisse souvent apercevoir qu' son avis, les astres exercent un certain empire sur les ractions de l'Alchimie. La composition des eaux, dit-il au dbut de ses Leons sur la
vertu
*,
le
et la resti-
corps et la fixation de l'esprit sur le corps,.... tout ce systme uniforme et polychrome comprend la recherche multiple et infiniment varie de toutes choses, la recherche de la nature subor-
donne
temps.
l'influence lunaire
(o-eXrjViaojjivT))
et la
mesure du
nous apprend 8 que les astrologues assignent le cuivre Vnus, pendant son ascension que l'argent rpond l'ascension de la Lune et le vif-argent au dclin de cet astre. Au lgenAilleurs,
il
;
daire
ce
Herms Trismgiste, il emprunte 4 son enseignement sur qui tombe de l'effluve lunaire. De mme que la lumire de la
croit et dcroit,
Lune
de
mme
Le corps
5
,
demeure
i.
fix
par
:
le dclin
et la
plan-
Voir, ce sujet
in
:
tes,
et les
!>'
Behthklot
Z08IMK,
p.
107;
[Link]
franaises,
61
117.
3.
Sur
verdi
et
interprtation, 7
;
et
8 (BlRTHILOT
.
iUlELLE,
Op, laud., texte* grecs, pp. i^-i^/j t\. Brmtmklot et Huklle, Op. laud.. ZotUII, Op, laud g (Berthelot
p.
12.")
;
ir:\<\.
ft
i3i).
[Link].
<"l
frai
[>.
l3s.
.
CD note.
.
Bti
1.1
k.
Op. Imitl
t-\i<
c.c*,
&)G
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
elle devient,
langage allgorique dont Zosime use sans cesse ne nous laisse pas toujours deviner si cet alchimiste prtend parler dune influence sidrale ou raconter, en termes symboliques, une raction chimique. Un philosophe nous dira plus clairement qu'on regardait, de son temps, les astres errants comme
la vrit, le
en prendra mme occasion de rectifier, dans le sens des doctrines de Plotin, ce que l'opinion courante contenait, son gr, d'erron. Dans son Commentaire au Time, Proclus crit ' Parlons en cette sorte, la manire des physiciens (puatles causes gnratrices des
mtaux
il
xw)
chacun des mtaux, comme, d'ailleurs, chacun des autres minraux, nat au sein de la terre, des dieux clestes et de l'effluve qui en est issue on dit donc que Tor appartient au Soleil, l'argent la Lune, le plomb Saturne et le fer Mars. Assurment, ces corps tirent de l leur gnration, mais ils se dposent au sein de la terre et ils ne laissent aucune effluve s'chapper d'eux vers les astres ceux-ci, en effet, ne reoivent rien des tres qui rsident dans la matire. En outre, tous les mtaux proviennent de tous les astres mais autre est la nature particulire qui a la puissance dominante sur un mtal, autre celle qui a semblable puissance sur un autre les uns sont soumis la domination de Saturne, d'autres la domination du Soleil c'est en portant leur attention sur cette influence dominante que les amateurs de ce genre de considrations ont fait remonter tel mtal telle nature particulire, tel autre mtal telle autre nature. Chaque mtal n'est donc pas la
L'or, l'argent,
;
ils
sont tous
communs
tous les
sont tous
fils
trouvent pas, non plus, dans les dieux clestes, car les causes qui
ont
fait les
ont
t, tous
l'effluve
comme
la
forme pure
et prcise
de
de
L'cho
des
et
vol.
I,
p. 43.
3") 7
de pierre philosophale
il
de ces nombreuses rsonnances, coutons seulement celle que les Frres de la Puret et de la Sincrit nous font entendre dans le cinquime trait de leur
de l'Islam et de la Chrtient
encyclopdie.
Tout ce qui
est et subsiste
1
,
Une cause matrielle, nous disent ces auteurs a quatre causes une cause formelle, une cause cratrice et une cause finale.
Pour
les
substances minrales, la
c'est la rotation
Nature....
La cause matrielle,
La cause formelle,
du
mouvements
des astres autour des quatre lments. Enfin, la cause finale, c'est
l'usage que l'homme, et les
stances minrales.
ments des astres ? 2 Ils nous rappellent, d'abord que, par leur mouvement propre, les toiles fixes se dplacent d'un signe en 3000 ans, et que ce dplacement entrane de grands changements dans la disposition de la terre et des mers 3 Si les mers sont Puis ils nous donnent cet enseignement 4 mises en mouvement des poques dtermines, la cause en est que le mouvement des mers est en relation avec la configuration
,
.
de la sphre cleste
et
des constellations
ce
mouvement
a rap-
du
ciel
il
Lune
en conjonction, tandis qu'elle s'attarde en chacune de ses 28 stations. Tout cela est expos dans les livres d'Astroest
logie.
La Lune, en effet, met des rayons qui pntrent les eaux de la mer jusqu'au fond de roche qu'elles recouvrent; traverses par
eaux deviennent brlantes <>u, tout au moins, chaudes; elles se rarfient et cherchent occuper plus de place
-
rayons,
ces
elles
i.
se gonflent
Fhiedrich
in
I''.
alors
et
le
Qui
lieu.
De
la
loi
suivant
rftT
Araber
2.
..
IMktkhioi. l>< r Xatiiruiischutimni uni/ Xuturphilnsnphir X. Jahrhunderi i** [Link]*be, Leiptig, iNyO; p, 97. Diimici Op laad .. d. cit., pp. 99*100, Nous avoni rapport plut haut (pp. u&sso) ce qu'ils on ditooi.
.
\,
V.
DfBTBMCtj
(jp,
/niiff.,
358
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
de la Lune, les Frres de la Puret rptent sommairement ce qu'on en savait depuis Posidonius puis ils ajoutent C'est l ce
;
:
Seigneur.
Monde
Les
Iepl
K6(T|xou.
immuable
de ce monde, la rgularit avec laquelle le flux et le reflux suivent le cours quotidien de la Lune nous donne la preuve manifeste ce tmoignage nous apprend rattacher leur cause vritable tous les change-
De
ments dont le monde sublunaire est le thtre, depuis les vastes dplacements des terres et des mers, que commande la lente rvolution du ciel des toiles fixes, jusqu'aux genses des minraux, auxquelles prsident les diverses plantes.
nous disent les Frres de la Puret*, des substances que le feu ne saurait fondre tels le cristal, l'hyacinthe, la chrysolithe.... La couleur, la puret, la densit de chacune de ces substances est en rapport avec la lumire de l'astre qui l'clair constamment, qui lance ses rayons sur la zone terrestre particulirement assigne cette pierre, comme nous le montrerons dans le trait sur les vgtaux. En effet, la couleur de l'hyacinthe jaune, de l'or pur, du safran, et les autres couleurs vgtales analogues celle-l sont en relation avec la lumire du Soleil et l'clat de ses rayons. La blancheur de l'argent, du sel gemme, du cristal, du coton, et les couleurs vgtales qui lui ressemblent ont rapport la lumire de la Lune et l'clat de ses rayons. Il en est de mme pour toutes les couleurs 2 chaque sorte de couleur est en relation avec une toile fixe ou mobile. Tout cela est expos Le noir correspond dans les livres d'Astrologie. Aussi dit-on Saturne, le rouge Mars, le vert Jupiter, le bleu Vnus, le jaune au Soleil, le blanc la Lune ce qui est bariol de plusieurs couleurs appartient Mercure.
Il est,
;
La couleur jaune de
l'or,
cette
mtal un autre, c'est un don des astres et, particulirement, du Soleil Etienne d'Alexandrie nous l'avait donn entendre, et les
;
i.
a.
n5.
3o9
Frres de la Puret nous l'affirment tous les sages s'accordent regarder l'Alchimie comme une dpendance de l'Astrologie et, depuis de longs sicles, Alexandre d'Aphrodisias s'est charg de
; ;
qu'il
en
Mais au gr de cette Physique, au gr des Physiques professes par les Stociens et les No-platoniciens, l'empire des astres
n'tait
pas born au
il
embras-
sait aussi le
monde
pas seulement ses lois l'Alchimie elle les tendait galement la Physiologie et la Mdecine. C'est ce que nous allons voir.
XII
LES PRINCIPES DE L'ASTROLOGIE APRS POSIDONIUS (si(ite).
LA
PLUTARQUE.
l'me d'origine divine peut, par la mort ou l'extase, quitter le domaine o rgne l'inexorable destin, le corps humain, mme uni l'me infrieure, reste soumis l'inflexible rgle. Son sort
Si
est crit
ou qu'ils en soient seulement signes. Le langage par lequel les astres annoncent les biens et les maux qui doivent affecter les corps, il importe grandement aux hommes de savoir les dchiffrer il leur faut, pour cela, connatre les diverses proprits des astres, les sympathies et les antipathies qui les rendent favorables ou dfavorables aux diverses
sort
;
choses sublunaires.
ne sont plus, pour les diverses sectes qui ont succd au Pripattisme, forms de cette cinquime essence immuable, sans analogie avec la substance des lments, qu'ArisLes astres, en
effet,
de leur Cosmo-
revenant la pense de Platon, ils ont admifl que les astres taient forms de feu ce feu, sans doute, est plus pur que tous 1rs feux allums sur terre, mais il est. cepen;
;
dant, de
mme
essence.
la
nature des astres et !; nature des lments sublunaires s'est trouve, par L, grandement diminue. Mais, parmi les corps clestes, il en est un que
La distance mise parle Pripattisme entre
360
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
comparer notre
hommes ont t particulirement tents de monde c'est le plus voisin de nous, le plus
;
aisment observable, la Lune. Dj, au dire de Stobe Hraclide et Ocellus faisaient de la Lune une terre entoure de nuages . Lorsque la thorie pripatticienne de la cinquime essence eut t abandonne, il est naturel que plusieurs physiciens aient song reprendre cette antique supposition.
1
,
Parmi ces physiciens, nous devons ranger Plutarque. Plutarque a crit Sur la figure qui apparat dans le disque de la Lune, flspl tou s|[Link]|j(ivou TzpoaioTzov t<JS xxX(i) t) 2s)oivr, un petit trait o il s'attache tablir l'antique supposition d'Hraclide et d'Ocellus cet petit trait est une uvre de gnie. Plutarque prend pour principe cette proposition bien avre que la Lune rflchit vers nous la lumire du Soleil. Pour qu'elle puisse nous renvoyer ainsi la lumire solaire, il faut, dit-il 2 qu'elle soit un corps solide et dense. Il est trois corps sur lesquels peut tomber la lumire solaire, l'air, l'eau et la terre; or nous voyons la Lune s'illuminer comme la terre, non comme
;
ou l'air; mais des tres qui, d'un mme agent, ptissent de la ^ime manire, doivent ncessairement tre de mme nature. Ce raisonnement conduit Plutarque la conclusion que voici a
l'eau
:
La Lune
une
est
une
terre
cleste
T7jv <jeXy)V7v,
y-r^v
ouo-av
oXujjLTT'lav)....
en supposant que la face dont elle est orne provient de ceci De mme que notre terre prsente de grandes valles, de mme la Lune se creuse de profondes dpressions et de crevasses, remplies d'eau ou d'air embrum, l'intrieur desquelles la lumire du Soleil ne pntre pas, dont elle ne touche
qu'elle est
pas
le
VraGOa
si
faisant ainsi,
de la Lune, un
il
monde semblable
contredit, et
Physique pripatticienne. Tout d'abord il contredit l'hypothse d'une essence cleste entirement distincte des quatre lments, pure et ternelle 4
le sait bien, toute la
i.
Joannis Stob^ei
Eclogarum physicarum
in orbe
lib.
I,
cap.
XXVI;
d. Meineke,
p.
i5.
2.
Plutarque,
De facie
p.
Lun
d. Didot, vol.
3.
4.
II,
n4o).
Plutarque, Op. laud., cap. XXI; d. Plutarque, Op. laud., cap. XVI; d.
n45.
1187.
cit., p.
361
Mais l'existence manifeste d'une tache sur la Lune nous permetelle de garder cette supposition? Pour expliquer cette tache, ne faudra-t-il pas admettre que cet astre est form par le mlange de
diverses substances? Et tout ce qui est mlang n'est-il pas, par
l
mme, capable de
Il
ptir?
la rejette
de la manire la plus
que les Stociens ont enseign des mouvements naturels propres soit aux lments, soit la substance cleste, il le regarde comme fond sur un principe dnu de sens. Lorsqu'Aristote dit que certains corps se meuvent de haut en bas vers le centre 2 que d'autres se meuvent de bas en haut partir du centre, et d'autres, enfin, en cercle autour du centre, par rapport quoi prend-il ce centre ? Upbq i'\ Xa^vei ~o {jlo-ov Certes, ce n'est pas par rapport au vide, car, son avis il n'y a pas de vide. Pour ceux qui admettent le vide, d'ailleurs, ce vide n'a pas de centre, car il n'a ni commencement ni fin le commencement et la fin sont, en effet, des bornes or le vide est infini et sans borne En prtendant que le monde occupe ternellement le centre de ce vide infini, Chrysippe n'est pas moins ridicule 3 que ne l'tait Epicure en affirmant que tous les atomes se meuvent vers les
formelle
;
comme
si
le
pour reprendre le systme que Platon avait bauch au Timpe \ qu'Aristote avait vivement combattu 5 Puisque tout corps dense, crit-il 6 se runit en une mme masse et, par toutes ses parties, presse vers son centre, ce n'est pas titre de centre de L'Univers, mais c'est plutt parce qu'elle est un tout, que la terre
lieu naturel
.
du
u>< ixcrov
y)
ixXXov,
r,
<1>;
oXov, oixEUOTETat
[AY)
ajrrj; ovTa
Ce qui caractrise les corps pesants, ce n'est pas le besoin de se placer au centre l'gard du Monde, c'est une certaine communaut, une certaine ressemblance do nature (ju'ont,
Voir Chapitre IV, | XVI t. I, pp. 230-234. tarque, De defectu oraculortun cap. XXVI (Plutarcw Optra morafift
;
i.
1.
Pu
d. DmImi, vol.
I,
p. 5i).
t
Plutarque, Op. taud. cap. xxvw, /-ri. rit., p. 5171 Voir Chapitre il, | VI; t. I, pp 4t~$i. Voir Chapitra IV, XII t 1. pp. 205-210. l'r.i TAnoriK, Dr furie in orbr Lu rue en p. YJII; d. Ht.,
;
p.
ht.
362
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
avec la terre, les corps qui en ont t arrachs et qui, par la suite, y retombent. De mme, en effet, que le Soleil ramne vers lui les
parties qui le constituent, de
prend une pierre propre et lui convient elle tire (^^C) pour pierre aussi, au cours du temps, toutes les
la terre
; ;
mme
quelque corps n'a pas t, ds le dbut du Monde, attribu la terre, s'il ne lui a pas t arrach, s'il" possde, par lui-mme, une subsistance et une nature particulires et c'est ainsi que les physiciens dont nous parlons conoivent la Lune qu'est-ce qui l'empche d'exister et de demeurer autour de luimme, par la compression et la liaison mutuelles de ses propres parties? On n'a pas dmontr, en effet, que la terre soit le centre de l'Univers. La faon dont les corps d'ici bas sont unis et conjoints la terre nous conduit concevoir la cause probable qui
si
Que
terre et
une mer
chacun d'eux a
;
son centre particulier (e^ei yp xal pia-ov exaoro tStov) les corps de chacun de ces mondes ont leurs affections propres, leurs transformations, leur nature, leur force
;
force
En
;
effet,
ce qui est
vide
partant,
comme
nous l'avons dit, cela ne fournit pas de centre. Mais s'il y a plusieurs mondes, chacun d'eux a son centre particulier; il y a donc, au sein de chacun de ces mondes, des mouvements propres, vers le centre pour certains corps, partir du centre pour d'autres corps, autour du centre pour d'autres encore, tout comme le disent Aristote et les Stociens. Seulement tandis que ceux-ci
rapportent ces mouvements un centre absolu qui est illusoire,
relatifs
mme
monde. un monde n'ont, dans leurs mouvements, aucun gard au centre de ce monde. Comment une pierre place hors d'un monde 2 se mouvrait-elle vers ce monde, la faon des autres graves, si elle n'est pas partie de ce monde? Dclarons donc que la Lune est une terre
D'ailleurs, les corps qui n'appartiennent pas
>
cleste,
sans
i.
2.
Plutarque, De defectu oraculorum cap. XXVII ; d. Plutarque, Op. laud., cap. XXVIII; d. cit., p. 517.
cit.,
pp. 5i6-5i7-
i/ ASTROLOGIE
363
lieu
ils
se
Ce qui aide la Lune ne un autre moyen point tomber, c'est son mouvement mme et la rapidit de sa rotation de mme, pour un projectile mis dans une fronde, la
;
tomber provient de la rotation en cercle. Le mouvement naturel en effet, n'entrane un corps donn que si rien d'autre ne s'y oppose. La Lune n'est pas entrane par son poids, car ce poids est repouss et dtruit par la force de la rotaforce qui l'empche de
5
tion.
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A 10
ttjv
tXt^v^v
))
ox yet x6 (3po,
po7rrv
XXp0l>6{JLV0V.
Si la
c'est
Lune accomplit
elle,
sa circulation sans
instant, la
tomber sur
la terre,
qu'en
chaque
pesanteur
est quilibre
par
de-
un jour, en sortir. Mais ide trop prcoce, trop en avance sur le temps qui l'a entendu mettre pour qu'elle ait pu, ds lors, se dvelopper. Pendant de longs sicles, elle va demeurer telle que Plutarque l'a formule, graine l'tat de vie latente, qui germera l'heure o seront runies les circonstances
devait,
Newton
rable floraison.
Il
mme du
avant
Plutarque
tout,
dvelopper
systme que nous avons entendu cette thorie. Cette action par
pour plaire ceux qui donnaient dans elle pouvait servir c prc *er la les doctrines des Ghaldens nature de cette harmonie que les astrologues imaginaient entre les tres du monde suprieur et les tres du monde infrieur chaque astre compte, ici-bas, des choses qui lui sont analogucet astre, tait bien faite
;
qui lui sont apparentes; ces choses-l vont tre attires par
lui,
proprits qui
caractrisent
Le
fait
La
mme, quels
PUJTAIIQUI,
De fade
II,
p.
n3o.
364
qui prouvent
l'prouvent.
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
l'influence de cet astre et
de quelle manire
ils
Lorsque nous aurons reconnu, par exemple, que la substance qui forme la Lune est, essentiellement une substance humide, nous saurons que tous les corps terrestres o l'eau se rencontrent en abondance sont attirs par la Lune, laquelle ils sont apparents, nous saurons qu'ils croissent et se gonflent sous son influence de cette attraction exerce par le semblable sur le semblable, le flux que la mer prouve en prsence de la Lune sera un manifeste exemple. Cette thorie astrologique, dans laquelle l'explication des mares se trouve implique, trouvera grande faveur auprs des astrologues de la Renaissance. Les livres des auteurs grecs et latins ne nous en offriront pas la formule explicite mais ils nous en montreront le germe et les premiers linaments. La Lune est Dj Posidonius disait, au rapport de Priscien
; ;
chaude et humide, et c'est par cette force que l'eau est souleve. 2 Le temprament de la Lune, dit son tour Plutarque n'est point brlant et sec, mais mou et humide nous n'prouvons, de sa part, aucune action desschante, mais bien une action qui humecte fort et qui rafrachit elle dtermine la croissance des plantes, la putrfaction des chairs; elle produit la tourne ou la platitude du vin, la pourriture des bois et la fcondit des femmes. Je craindrais d'mouvoir et d'irriter Pharnace qui repose, si je citais, en outre, le flux de l'Ocan et la crue des dtroits qui, dit-on, s'enflent ou s'affaissent sous l'action humidifiante de la
, ; ;
T<j>
vuvpatveaGai).
ou des animaux
commu-
Le pote Annianus fte les vendanges avec Aulu-Gelle 8 et quelques-uns de ses amis. Les hutres qu'on leur sert sont maigres. La Lune, dit Annianus, est sans doute sur son dclin; aussi l'hutre, comme beaucoup d'autres choses, est-elle petite et
dessche.
ce
On
lui
demande
choses,
Et quoi,
dit-il,
Lucilius ?
Luna
Et pecui addit.
i.
2.
3.
Prisciani Solutiones, quaest. VI; d. cit., p. 572. Plutarque, De facie in orbe Lun cap. XXV; d. Aulu-Gellk, Les nuits attiques, livre XX, ch. VIII,
cit.,
vol.
II,
p.
n5o.
365
La Lune nourrit les hutres, emplit les oursins, donne des chairs aux coquillages et aux bestiaux. Ptolme nous enseigne que la Lune produit beaucoup d'humidit, parce qu'elle est trs voisine de la terre d'o sortent les
exhalaisons humides
comme
.
le Soleil
lui
communique
le
pouvoir d'chauffer
effets
de la Lune, a eu Selon qu'elle se lve ou se couche, les mers sont soin de dire entranes par des courants de sens contraire . Puis, tout aussi Soit en tout leurs corps, soit en quelqu'une de tt, il a ajout ses parties, les vgtaux et les animaux ressentent l'effet de la
2
:
:
croissance ou du dclin de la
Lune
par consquent, sur leur tat de sant ou de maladie. Les autres astres errants font de mme chacun d'eux, en effet, a sa complexion, ses qualits il meut, ici-bas, les tres qui ont une complexion analogue, il exerce des effets conformes ces
;
;
qualits.
il
dtruit,
en gnral, par
que cette influence destructrice tombe sur les dre les maladies de longue dure, la phtisie, la langueur, les
humeurs
Lorsqu'il s'adjuge
en gnral, par ardeur.... C'est de lui que dpendent les fivres chaudes, les fivres tierces, les hmorragies, les maladies aigus. L'Astrologie, ds lors, devient l'indispensable auxiliaire de la Mdecine. Ptolme peut donc, juste titre, fliciter* les gypdtruit,
compris cette vrit, et d'avoir toujours joint les prceptes de la Mdecine aux prvisions de l'Astrologie .
tiens d'avoir
i.
2.
3.
\.
Claudii Ptolem^i Opus quadripartitum, lib. I, cap. III; d. cit., Ptolme, Op. laua., lib. I, cap. I; d. cit., p. 379, col. a. Ptolme, Op. laud., lib. II, cap. VIII; d. cit., n. 399. Ptolme, Op. laud., lib. I, cap. II; d. cit., p. *83, col. a.
p. 383.
366
L COSMOLOGIE HELLNIQUE
XIII
les principes de l 'astrologie aprs posidonius (fin)
l'astrologie et la mdecine
Claude Galien, n Pergame en 131 de J.-G., aprs avoir longtemps enseign la Mdecine Rome, mourut l'ge de soixantedix ans, probablement dans sa ville natale. Parmi les nombreux crits qu'il a consacrs son art, l'un des plus remarqus, celui, peut-tre, par lequel il a exerc la plus longue et la plus puissante influence, est celui qu'il a intitul
CUpi
xpwt|jiti)v "f||jip>v.
:
Sur
les
jours critiques,
Avant d'exposer sa thorie des jours critiques, Galien rappelle sommairement son systme gnral de Physique, auquel il rattache cette doctrine. Celui, dit-il qui a lu les livres que nous avons composs Sur les puissances naturelles, Ilepl twv uwwv uv|xtov, et aussi tous les autres ouvrages que nous avons crits sur telles ou telles actions naturelles en particulier, sait, je pense, jusqu' quel point les mouvements naturels accdent la providence, et, en
1
,
mme
al tt^
temps, l'ordre
^uo-ew
xtvyjo-et).
ajjia
xai
tjjeco
l'art
Tordre de la nature, il n'oubliera pas, non plus, quel point cette nature demeure, pour la providence et pour l'ordre, loin des corps du Ciel aussi attribuera -t-il, je crois, aux mouvements de l'essence qui rside ici-bas, un certain dsordre inn. Toute la beaut, s'il se trouve quelque beaut dans les choses
(^yyti) et
;
ordonn, tout ce qui est fait avec art, il dclarera que cela provient d'en haut au contraire, tout ce qui est dsordonn et confus, il le regardera comme produit par la
d'ici-bas, tout ce qui est
;
matire
(SXr,) d'ici-bas.
monde
infrieur dans la
est la
dpendance de
Providence
(IIpo-
deux principes
I. Claudii Gallni De diebus criticis lib. II, cap. II. (Claudii Galeni Opra omnia. Editionem curavit D. Carolus Gottlob Khn. T. IX, Lipsi, 1825,
pp. 844-846).
367
clestes
voia),
mouvements
("Tt))
un
de toutes les choses sublunaires. Le mdecin, ds lors, doit tre pntr de cette vrit que la nature est une chose ordonne ds l que la matire est domine, les mouvements de la nature s'accomplissent suivant des rapports bien dfinis et des cycles rguliers. Faute de cette connaissance, le mdecin interviendrait contretemps il entreprendrait d'aider la nature des moments o la matire, incompltement vaincue, empche la nature de se mou;
;
voir suivant le
C'est cette
avoir dcouverte
la crise
le
dtermine, suivant des lois arithmtiques parfaitement auxquelles se prsenteront les diverses
;
particularits
fait
de l'affection
la
De
pour
le
mdecin,
:
si
utiles
Les nom-
eux-mmes? Ou bien, sans agir euxmmes, accompagnent-ils seulement les mouvements ordonns,
de l'action que certaines substances exerceraient en un temps dtermin (ta h ypvy tlvI Spioom; ouc-ou s7ropivoi) ? Je laisse aux philosophes le soin d'examiner cette question .
Si
les
mdecins,
ardeur l'tude des jours critiques, ils n'imitrent pas la prudence de celui qui les avait signals le premier. En ce temps si fort adonn l'Astrologie, il tait vraiment trop tentant de chercher dans
en particulier, dans le mouvement rapide de la Lune, l'explication du rythme qui scande la marche des maladies. Sous l'influence des mdecins astrololes
mouvements
clestes
et,
critiques,
c'est
c'est
un Arabe,
nous le dira; mais Avicenne avait tir sa science des livres des mdecins hellnes, non seulement de ceux de Galien, mais aussi de ceux d'Archigne dont, en maintes circonstances, il prfre
de Galien. Voici donc ce qu'enseigne Avicenne au sujet jours critiques et des priodes de la crise
l'avis celui
'
:
de
la
cause des
Nombre de gens
a vi. inr
i
j.
lii>.
IV, frn
!!,
tmct.
II,
cp.
II.
368
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
mesurs qui s'observent dans les crises des maladies aigus provient de la Lune. Ils ont admis que la vertu de la Lune porte et quelle agit sur les humeurs qui se rencontrent en ce monde engendre, dans ces humeurs, des espces propres les altrer, et que, par l, selon la prparation de la matire, elle aide ou contrarie la maturation et la digestion. Ils en trouvent des preuves dans la loi qui rgit le flux et le reflux de la mer, dans la croissance des cervelles des animaux qui suit l'accroissement de la lumire de la Lune, dans la maturit des fruits, des arbres et des plantes, maturit qui se produit la pleine-lune ou la nou;
velle-lune.
Ils
l'action
de la
Lune humide
maladies
;
et
les
logues aux qualits des corps sublunaires, dterminent les influences varies, tout cela est bien loin de la cinquime essence rigide,
immuable, dnue de toute qualit, capable seulement d'occuper tel ou tel lieu, avec laquelle Aristote construisait les cieux. Dans la Physique des derniers Stociens, des Ghaldens, des No-platoniciens, il nous est bien malais de retrouver les thories de la Physique pripatticienne. De cette Physique, cependant, un
dogme
est
demeur inbranlable,
et c'est celui-ci
!
:
Ce monde-ci est li en quelque sorte, et d'une manire ncessaire^ aux mouvements locaux du monde suprieur, en sorte que toute la puissance qui rside en notre monde est gouverne par ces mouvements cela donc qui est, pour tous les corps clestes,
;
le principe
du mouvement,
cela,
on
le doit considrer
comme
la
Cause premire. En vertu de ce dogme, les philosophies antiques ont rduit la Physique entire n'tre qu'une immense Astrologie. C'est du mouvement des cieux que le Monde attend ses destructions et ses renouvellements priodiques c'est l'observation des astres qui permet d'annoncer les changements divers de l'atmosphre, la fcondit ou la strilit des plantes, la croissance des animaux, les vnements heureux ou malheureux qui doivent marquer notre
;
i.
V;
t. I,
p. 164.
309
maladies
et d'intervenir
que
la
mme
preuve
La
liaison
mouvements de
Lune
et
du
du
reflux de la
mer ne
du
gnthliaque et du mdecin.
XIV
LA THORIE DES MARES SELON LES ARARES.
AROU MASAR
mares propose par les auteurs grecs, les Arabes n'ont rien ajout qui compte. Si donc leurs crits sur le flux et le reflux de la mer nous peuvent ici intresser, c'est seulement parce qu'ils ont servi transmettre aux Chrtiens
la thorie des
que les textes traduits en latin au Moyen Age. Nous laisserons de ct divers ouvrages dont l'examen serait important si nous nous proposions de retracer le tableau de la Science orientale tels sont ceux d'Ibn Horddbeh, de Massoudi, de Maqdisi, des Frres de la Puret, d'Albyrouny, d'Edrisi, de Kazwini, de Scemscd-i)in, de Maqrisi le lecteur dsireux de connatre les opinions de tous ces auteurs en trouvera une analyse dtaille dans le mmoire de M. R. Almagic. Parmi les ouvrages o les Arabes ont trait des mares et que
; ;
premier en date
C'est le
est,
en
mme
temps, de beaucoup,
le
plus important.
fameux
Intvoduclormm in AUronomiam d'Abou Masar. C'est dans ce livre, peut-on dire, que tout le Moyen Age latin a appris les lois du flux et du reflux de la mer. La doctrine d'Albuinasar mrite donc que nous nous y arrtions avec quelque complaisance.
Albuinasar
et
est,
c'est
comme astrologue,
Il
des mares.
Bera donc
utile
principes de L'Astrologie
que Vlntrosicles,
Les
duclorium
est
de
La
Longs
astrologues emprunteront
plus volontiers
justification philo*
sophique de Leur
art.
II.
DUHKM
T.
370
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
cite volontiers le
Albumasar, qui
soumet
les
changements
parfaitement
*
:
si
il
Physique (Naturalis scientia) qui, dans son genre, n'est pas moins universelle tout d'abord, elle tudie en elles-mmes les natures et les proprits des corps des toiles puis, par de nombreuses expriences et par un certain raisonnement propre au physicien, elle recherche quel est le
lieu, vient la
;
;
En second
gouvernement des astres sur les accidents du monde infrieur. Que les diverses altrations des corps composs par les lments, en effet, suivent, d'aprs une loi habituelle et fixe, le cours des astres, cela semble bien prouver d'une manire ncessaire que les astres dterminent, en ces corps, un certain mouvement. Or que certains effets naturels suivent, dans leur progrs, le cours des astres, cela est manifeste. Parmi les exemples qu'il cite, Pour beaucoup notre astrologue n'a garde d'omettre ceux-ci de gens, mme du vulgaire, il n'est point douteux que les crois:
mtaux, ne suivent le lever et le coucher de la Lune, l'approche ou l'loignement de cet astre par rapport au Soleil... Les flux et reflux quotidiens de la mer et ceux qui sont rgls par les semaines dpendent de la croissance et de la dcroissance de la lunaison . Les lois de la mare donnent ainsi, au gr d'Abou Masar, un tmoignage convaincant en faveur de l'Astrologie.
les
2
,
que
le
sage ne redoute ni
de suivre les mouvements des toiles, ni d'tudier les effets de ces mouvements. Les expriences rptes des astrologues qui nous
ont prcd et les assertions pntrantes des philosophes nous ont assur que les accidents de ce
monde
suivaient les
mouve-
ments des toiles, conformment aux natures de ces dernires. Lorsque le sage voit les gnrations et les destructions des choses d'ici-bas dpendre des conseils des corps clestes, quelque fausse honte rempchera-t-elle de croire ce qu'il tient pour certain ou
Introductorium in astronomiam Albumasaris abalachi octo continens i. Colophon Opns introductorij in astronomiam AlbumaVibras partiales saris aoalachi explicit fliciter. Venetijs mandato et expensis Melchionis (sic) Sessa Per Jacobum pentium Leucensem Anno domini i5o6. Die 5 Septembres. Rgnante inclyto domino Leonardo Lauredano Uenetiarum Principe. Lib. I, cap. T. Fol. sign a 2, v et fol. sign a 3, r et v. Abou Masar, loc cit., d. cit., fol. sig-n. a l\, v. il.
.
371
Or, de
mme
que
les
changements de temps
et tous
gnraux de ce monde suivent manifestement le conseil cleste. Ainsi le rapport familier qui unit le tout aux parties tient-il de la mme origine le pouvoir de rgler, pour chacun des individus qui se trouvent dans le monde, les gnrations et les
les accidents
mouve-
ments
l
Les propositions qu'il vient d'affirmer, notre auteur va les justifier par des considrations qu'il emprunte presque entirement
au Pripattisme. Il commence par rappeler que la substance du corps des astres n'est point tire de l'un des lments de ce monde ni forme par la combinaison de plusieurs de ces lments. Si elle tait, en effet, tire de ces lments, elle serait soumise aux ncessits qui affectent la nature lmentaire, et qui sont la gnration, la corruption, l'augmentation,
la diminution,
altrations
du
en une cer-
Ces corps n'ont pas d'autre qualit que leur forme. Ce sont
mouvement naturel. Nous concevons que la cause ncessaire de leurs mouvements est la suivante Que le mouvement de l'espce
:
en effet, indispensable toute gnration. C'est pourquoi le Philosophe a regard le monde infrieur comme li par une sorte de ncessit au inonde suprieur qui, en tournant de mouvement naturel, entraine l'autre monde. En effet, le monde suprieur, qui enveloppe perptuellement le monde infrieur H qui entraine dans son mouvement ce monde qui lui est attach, en agite Les matires, en mle les actes et les passions qui sont
est,
mlange
les causes
(Test
donc but
gnrations
et les
corruptions du
<\ur les
rieur,
tes
non sur
les autres
changements.
et
\<>i<
i
agissent directement,
:
la
raison
qu'en donne
astrologue
Les mouvements du
d'abord, des
i.
monde infrieur sont de deux sortes. Il 3 a, mouvements rectilignes qui mnent les corps A leurs
li I
Ai
il
\<-
I.
cap
II:
M.
fii..
premier
fol.
prftle
loi
siirii. n \,
fi
V.
372
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
la terre
en bas, et qui s'arrtent lorsque le mobile a atteint le lieu de son repos. Il y a, ensuite, les gnrations et les corruptions, o la gnration d'une substance est, en mme temps, la destruction d'une autre substance. Or
ce
mouvement
ci
est
et
puis
ramne,
le
Mais
le
mouvement
C'est
donc
mouvement cyclique qui tire aprs lui le mouvement qui enveloppe ce monde et, par l, il agit sur les gnrations et les corruptions des choses.
i>
Mais les gnrations et les corruptions, leur tour, sont l'origine de tous les mouvements d'ici-bas. Notre auteur, pour le
dmontrer, s'inspire fort exactement du huitime livre de la Physique d'Aristote
f
.
en rsulte qu'ils gouvernent cette gnration. Et comme les autres mouvements, leur tour, dpendent de cette gnration, on voit, de la sorte, que l'essence cleste agit de toute manire sur la nature du monde infrieur. Jusqu'ici, c'est d'Aristote qu'Abou Masar s'est inspir, runissant fort habilement en un systme unique les enseignements qu'il trouvait pars dans la Physique, au Trait du Ciel, aux Mtores. Le voici maintenant aux prises avec un problme qui n'avait gure proccup le Pripattisme, mais que le Stocisme et, surtout, le No-platonisme avaient agit. Les mouvements du monde sublunaire sont invariablement lis aux mouvements' clestes de quelle nature est cette liaison ? Que deux choses soient invariablement lies l'une l'autre, cela, au gr de notre astronome, peut tre de trois manires diffgnration des choses,
;
rentes.
fait
une autre, parce quelle en est cause efficiente. Elle peut l'tre, d'ailleurs, de deux faons elle peut l'tre par nature, comme le elle peut l'tre en vertu d'un feu qui brle un morceau de bois libre arbitre, comme un homme qui crit une lettre. Gela peut tre, en second lieu, parce qu'une chose est faite par une autre, parce qu'elle est effet d'une cause efficiente, cette cause efficiente agissant, d'ailleurs, par nature ou librement ainsi ainsi une lettre est le bois est naturellement brl par le feu librement crite par un homme.
;
i.
V;
t. I,
p. 162.
373
une chose peut, sans tre faite par une autre chose, suivre simplement celle-ci, sans avoir, avec celle qui la prcde, aucun rapport de nature ainsi la rougeur suit la
troisime lieu,
enfin,
;
En
ainsi les
mouvements de l'me
et
du corps s'accordent avec les modulations de la Musique. Il y a, dans ce cas, entre les deux choses dont on parle, une liaison fixe, qui n'est cependant pas un lieu de cause efficiente effet produit. C'est de cette manire que les mouvements naturels du inonde
lmentaire, attachs aux corps clestes, suivent ceux-ci, tandis que
leurs
mouvements naturels les transportent au-dessus de notre monde, et produisent ainsi les gnrations et les corruptions de
toutes choses.
premier quase temprer de chaleur et d'humidit, la terre et les arbres se vtir d'herbe et de feuilles, certaines choses s'engendrer et d'autres prir. Cela ne provient point de quelque action dlibre par cet astre, mais simplement du ministre qui lui a t assign par Dieu, ministre qui consiste parcourir l'cliptique, et de la nature [sublunaire] qui, de son ct, a t adapte aux mouvements du Soleil.
le
Par exemple, tandis que le Soleil parcourt drant de l'cliptique, nous voyons les lments
que nombre de Stociens avaient plus ou moins explicitement admise et que Plotin avait clairement formule. Entre les circulations clestes et les changements sublunaires, il n'y a pas relation de cause effet, mais seulement harmonie prtablie en vertu d'une dcision divine. A la vrit, Abou Masar ne nous donne pas cette thorie comme sa propre doctrine. 11 nous la prsente seulement comme tant l'opinion de quelques personnes qui ne croient pas possible l'acC'est bien la doctrine
tion
efficiente
le soin
monde
infrieur
trop loign.
a,
Mais
elle,
avec lequel
pour
moins quelque complaisance. Lors donc qu'il parlera d'action exerce par un astre sur une chose sublunaire, peuttre devrons-nous prendre son langage au sens mtaphorique et sous-entendre une simple harmonie prtablie. Cette harmonie, en tous cas, nous y devrons voir l'uvre de Dieu. Afin que nul ne doute de L'existence <le cette Cause premire, Abou Masar rappelle, en terminant son chapitre, La dmonstration donne par Aristote au huitime livre de La PAytout au
Tous 1rs problmes que La Lgitimit de L'Astrolog a poss aux Anciens sont soigneusement examins par Abou Masar. Le voici maintenant aux prises avec la grande question de !<i contingence
374
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
le
dans
Monde. Ce
qu'il
en
dit
dbat sur la ncessit et la contingence a prise en Mtaphysique, grce aux mditations d'Al Frbi, des Motkallemin et, surtout, d'Avicenne et de son disciple Al Gazli. Il est donc bien intressant d'examiner quelle forme ce dbat avait dj prise au moment o, avec Al Kindi,
Abou Masar
est
amen traiter
la question
de la contingence, de rpondre
et cela sous
c'est afin
ceux qui nient l'utilit de l'Astrologie. ceux qui, admettant la contin Voici ce que disent, crit-il gence (utrumlict), s'efforcent de rendre vaine toute Astrologie Toute chose de ce monde appartient ncessairement l'un de
,
:
ces trois
modes
Ou
ncessairement
.tre
chaud.
Ou bien Ou
impossible
ainsi le feu
ne peut pas
froid.
ainsi
un
homme
voir . Par
ne sauraient ni empcher une chose ncessaire, ni faire une chose impossible, ni, enfin, dterminer une chose contingente qui, ds lors, ne serait plus libre, mais force. Partant, concluent-ils, le rle de l'Astrologie est vain
videmment que
les astres
et superflu.
Pour
Abou Masar,
dans le monde, rien de contingent (nihil utrumlibet). Il leur a sembl qu'il y avait seulement deux modes, le ncessaire et l'impossible. En effet, disent-ils, tout le prsent et tout le futur se partagent entre le oui et le non. Le oui correspond l'tre, le non au non-tre. L'tre est donc ncessaire et le nonqu'il n'y avait,
en effet, tant des contradictoires, ne peuvent tre vrais, en mme temps, de la mme chose. Toujours, l'un des deux est vrai et l'autre faux. Tout ce qui est du ct du oui est donc ncessaire, et ce qui est du ct du non est impossible. Partant, rien n'est laiss la dlibration des hommes l'gard de chaque chose, ils sont ou contraints de la faire
tre impossible. L'tre et le non-tre,
;
I.
le fol.
lib.
I,
cap. IV; d.
cit.,
troisime
fol.
aprs
37.')
Abou
au Philosophe, il a soin de le dclarer, qu'il en demande la rfutation plus exactement, il s'inspire assez librement d\\ristote pour dresser, en faveur de citons-en seulement deux. la contingence, divers arguments Premirement La connaissance d'une chose ncessaire ou d'une chose impossible s'tend galement tous les temps, au futur comme au prsent et au pass nous savons que le feu a brl, qu'il brle, qu'il brlera; nous savons galement qu'il n'a jamais refroidi, qu'il ne refroidit pas, qu'il ne refroidira jamais. nous savons Il n'en est pas de mme des choses contingentes qu'un homme a crit, qu'il crit mais nous ne savons pas si, dans l'avenir, il crira ou n'crira pas. Il arrive qu'une chose nous tant propose, Secondement nous dlibrons si nous la ferons ou ne la ferons pas puis, si nous dcidons de la faire, nous dlibrons encore pour savoir o, quand, comment nous la ferons c'est seulement aprs cette dlibration que le parti en faveur duquel nous nous sommes dclars se trouve mis en acte. Or, ni le ncessaire ni l'impossible n'ont besoin de dlibration ni de conseil. Par consquent, il y a des
1
c'est aussi
choses contingentes.
y a dans le monde des choses ncessaires, des choses impossibles, enfin des choses contingentes, Abou Masar entend prouver qu'en chacune de ces trois catgories,
Aprs avoir
ainsi
tabli qu'il
et les
corps qu'ils
composent se rsolvent les uns dans les autres, les accroissements ou les diminutions que ces corps subissent, voire les accroissements ou les diminutions des corps humains sont choses ncessaires. Or, il est certain que les astres prsident aux mouvements des lments et gouvernent les altrations des corps sublunaires. Nous voyons donc que le gouvernement des toiles s'exerce danfl le domaine des choses ncessaires. D'autre part, l'homme est compos d'une me raisonnable et (1 un corps; la force de l'Ame raisonnable consiste dans la dlibration e1 dans le choix qui en est la suite; la force du corps est dment prte excuter l'une et L'autre dcision (ad utrwn-
IX
([Link]
Opra,
D,
d.
.'<)>.
Didot,
t.
I,
i<S-m)
Vidt supra,
376
libet proclivis),
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
effets
l'enseignement du Philosophe,
une me raisonnable
et,
un mouvement
par
l,
Aristote voulait que les toiles fixes fussent, pour les choses de
ce
mouvements
propres des toiles errantes y dterminaient les gnrations, les corruptions, les diverses altrations. Du jour o Hipparque eut montr, o Ptolme eut confirm que les toiles fixes avaient,
un mouvement propre trs lent, les astrologues furent amens modifier quelque peu la thorie du Stagirite Abou Masar formule en ces termes la thorie modifie Tout ce qui nat et meurt dans ce monde suit, [dans sa naissance et dans sa mort], le mouvement des signes et des toiles
elles aussi,
; 1 :
mouvement
prendre la marche directe ou la marche rtrograde, il en rsulte qu'ils sont mieux adapts produire les effets et les mouvements des choses de ce monde. Aux signes, donc, la direction gnrale de ces choses aux astres errants, le ministre priv des choses infrieures, ministre que chaque astre exerce sa manire... Parmi les astres errants, plus une toile est entrane d'un mouvement rapide, plus elle suit une
maintes
fois,
;
course trange, plus son rle efficace sur les choses d'ici-bas se trouve tre important. Aussi,
comme
la
Lune
de
ces astres, est-ce elle qui a le plus souvent affaire dans les effets
produits sur ces choses. Les toiles fixes gouvernent les proprits
Le cercle cleste [de l'cliptique], avec toutes les toiles, entoure ce monde-ci de sa circulation perptuelle; les toiles fixes se meuvent toutes de la mme circulation et du mme mouvement lent, en gardant les sept astres des distances invariables au globe de la terre errants, au contraire, prsentent beaucoup de diversit beaucoup plus rapides, ils parcourent chacun son cercle propre sur ce cercle, l'astre se meut d'un mouvement vari o se rencontrent la marche directe, la station, la marche rtrograde, l'ascension [au nord de l'cliptique], la descente [au midi de ce cercle]... Et comme jamais ces astres errants n'interrompent cette course chanstables ou les proprits lentement variables des choses.
; ; ;
i.
.
lib. III,
cap.
I;
d.
cit.,
second
fol.
aprs
le
v.
377
on comprend comment cette grande diversit des mouvements des plantes produit, dans notre monde, une si grande varit d'accidents .
des choses ne prennent
fin
;
Aux
toiles
fixes,
donc,
trs
lent,
il
monde
l-
mers.
Au
quelle place
Arabes.
Aux corps
produire
et
il
appartient de
gouverner les changements de moins longue dure, ceux, donc, que nous avons plus souvent et plus aisment
de
occasion d'observer.
en est un qui se distingue des autres par la rapidit et par la complication de son mouvement propre celui-l, ds lors, produira, sur les choses qui nous entourent, les
astres,
il
;
Parmi ces
effets
les
de voir Albumasar consacrer six chapitres 2 de son livre l'examen des effets dtermins par la Lune de ces six chapitres, le
;
est,
nous l'avons
dit, la
leon o le
Moyen Age
ici,
cesse, s'instruire
Lune sur
n
flux et
l'effet
le
reflux de la
le Soleil
mer
2
.
Aprs
que
l'air,
vient le
gouvernement de
la
Lune sur
e1
tiennent
soumis
i.
pour certain que deux des quatre lments sont chacun des deux luminaires, et cela de la faon suivante
:
2.
S. r et
||>.
n4*si3.
III,
(',[>[>.
lilt.
lih.
III,
cap
\ III.
f"l
IX.
mit",
c.
378
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
et l'air subissent l'action
Le feu
de
la
du
Lune.
Il
est,
en
effet,
gouvernement des luminaires sur les choses de ce monde est plus manifeste que celui des toiles. La premire de ces causes concerne seulement le Soleil le Soleil est la plus grande des toiles la Lune, au contraire, est le plus petit des corps clestes elle est, aussi, plus petite que la Terre. La seconde, c'est que les toiles, tout en possdant une lumire, ne rayonnent pas
;
mouvement
monde
du monde
transmettent au
monde
;
Lune est la mdiatrice entre les corps du monde cleste et c'est par l'intermdiaire de cet les corps du monde infrieur astre, assure- t-il, que les forces de ceux-ci sont transmises
que
la
ceux-l.
De mme, donc que, le Soleil prvaut lorsqu'il s'agit de temprer la nature et de composer les choses, de mme, la Lune est plus efficace pour gouverner les mouvements des eaux, l'tat et
les accidents
fruits, les
odeurs et autres
nous commencerons l'numration par les flux et les reflux alternatifs de la mer. Gomme les accroissements et dcaissements de la mer sont divers, il en rsulte qu'il rgne, dans les diverses nations, au sujet de ce phnomne, des opinions diffrentes ainsi se trouve-t-il des gens pour soutenir qu'il y a flux depuis le moment o les luminaires se sparent jusqu'au moment de l'opposition, et qu'il y a, ensuite, reflux jusqu' l'instant de la conjonction. Mais ce qui est certain pour tout le monde, c'est qu'au moment du lever de la Lune, le flux commence pour la mer sur laquelle cet astre se lve, et qu'il dure jusqu' ce que la Lune atteigne le mridien de ce lieu que le reflux suit alors jusqu'au coucher de la Lune. C'est ce qui a lieu dans le golfe Persique, dans l'Ocan indien, dans la mer qui baigne l'Ethiopie c'est ce qui est d'usage quotidien dans les les de l'hmisphre ocanien. Aussitt que la Lune merge au-dessus de l'horizon d'une mer, le flux commence et, dans sa croissance, il suit la Lune jusqu' ce qu'elle parvienne au mridien. Aussitt que la Lune franchit cette ligne pour descendre vers l'occident, le jusant succde au flot dans son dcroissement, le reflux suit la Lune jusqu' ce qu'elle se couche aussitt la Lune couche, le reflux reprend et
choses de ce genre. De ces
; ;
379
;
que l'astre, sous la terre, passe au mridien la Lune s'cartant de ce mridien, le reflux succde une seconde fois au flux et dure jusqu'au lever de la Lune. Chaque jour, donc, il se produit, [en un lieu], deux flux et deux reflux; leurs poques varient selon la varit du cours diurne de la Lune et les positions diverses des mridiens des lieux par rapport l'orbite lunaire. De mme, en effet, que la brumeuse ceinture des mers entoure le globe de la terre, de mme les circulations quotidiennes de la Lune embrassent cette terre. A chaque instant, pour quelque partie de la terre ou des mers, la Lune est une certaine hauteur au-dessus de l'horizon, tandis que, pour d'autres parties, elle est d'autres hauteurs. A la mme heure, la mme minute, elle se couche pour les uns et se lve pour les autres pour les uns, elle est au mridien du ciel, pour les autres, au mridien au-dessous de la terre. Aussi, au mme moment, les uns ont-ils le flux, les autres le reflux. Le flux et le reflux, d'ailleurs, ne se manifestent pas, en tous lieux, de la mme manire. Ceux qui naviguent en pleine mer sentent la venue du flux par une sorte de fivre des ondes secoue par un bouillonnement profond, l'eau imprime au vent une violente impulsion et le fait souffler en tempte, tandis que toute la surface de la mer est assombrie l'apaisement de ces effets leur rvle le reflux. Il en est tout autrement pour ceux qui, pendant
; ; ;
c'est
un gonflement
et,
si
Au
la
chapitre V, intitul
De
la cause
du flux
et
du reflux
',
Abou Masar
tente de rendre
mare quotidienne,
ce sujet,
il
et aussi
Le mouvement trs frquemment rpt de la Lune qui so lve et se couche au-dessus de la mer tire les eaux par une force provenant d'une sorte de parent (Motus autan lunte desuper
orienlis atque orridentis srrpius rcpetitus rognatu Vtrtute ejusmodi
aquam
En suivant spontanment cette traction, quem trm tum sponte sequens , La mer s'lve jusqu' envahir les rivag*i.
trahit.)
i.
Albumasaris In(rodnctoriurn
sign. c
2. r
lib.
III,
cap.
<
<lit
cit., fol,
tifOi
380
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
cette attraction produise
Que
deux
flux, l'un
chaque jour, les heures des deux flots et des deux jusants, en supposant que les flots concident avec le lever et avec le coucher de la Lune, que les jusants aient lieu exactement aux deux passages au mridien. Du retard qui spare le flot ou le jusant du phnomne astronomique auquel il correspond, il ne dit rien nous avons vu, cependant, que Pline avait dj signal ce retard. Le chapitre que nous analysons renferme encore quelques remarques intressantes en premier lieu, celle-ci Diverses personnes croient que ces flux et reflux se produisent galement dans certaines eaux douces; c'est ce qui semble avoir lieu auprs de certaines villes maritimes d'Ethiopie, et aussi de France ou d'Allemagne. Mais ces personnes ont t trompes par le voisinage de la mer. Lorsque des eaux douces se jettent dans la mer et sont contigus aux eaux de la mer, elles sont repousses par la mare qui monte de la mer elles coulent alors pleins bords et paraissent s'lever.
Trs clairement, aussi,
il
indique
comment on
calculera,
Albumasar
dit
encore
Au moment du
fond de l'abme
en
effet, les
se sont refroidies.
au Moyen Age, que les plus chaudes qu' la surface. Le chapitre suivant est particulirement important, car Abou Masar y tudie les diverses priodes, autres que la priode diurne, de Ja mare *.
dit
hmisphres,
de temps autres, se prsentent certaines ingalits dont il nous faut maintenant disserter. Dans chacun des deux hmisphres, l'ingalit entre le flux et le reflux est mesure par la mme quantit de temps, mais de telle faon que l'ensemble du flux et du reflux dans un hmisphre
reflux. Mais,
i.
du
Albumasaris Introductorium,
r<>
\\b.
III,
cap. VI; d.
cit., fol.
sign
c 2,
et v
381
dure autant que l'ensemble du flux et du reflux dans l'autre hmisphre autant donc, dans l'hmisphre suprieur, la dure du flux est plus longue ou plus brve que celle du reflux suivant, autant, dans l'hmisphre infrieur, la dure du reflux est plus longue ou plus brve que la dure du flux qui le suit immdiatement. La dure de cette ingalit entre le flux et le reflux est, soit par excs, soit par dfaut, voisine d'une heure si la masse d'eau souleve est trs considrable, la dure du flux surpasse d'une heure, ou d'un peu plus, ou d'un peu moins, la dure du reflux. Toute cette ingalit provient de huit causes. Premirement La distance entre la Lune et le Soleil, et l'augmentation ou la diminution de la lumire de la Lune. Secondement La marche directe ou rtrograde qui doit tre ajoute au moyen mouvement de la Lune ou retranche de ce
; ; :
moyen mouvement.
La position de la Lune sur son excentrique. La position de la Lune sur le cercle de digression [position d'o dpend sa dclinaison]. Cinquimement Sa position borale ou australe [par rap
Troisimement Quatrimement
port l'quateur].
Les jours que les Egyptiens nomment jours Siximement marins et les Occidentaux jours de crue et de dcroissance cette cause n'est pas une proprit de la Lune. Septimement La longueur ou la brivet du jour ou de la nuit cette cause est une proprit du Soleil. Huitimement L action favorable des vents. Dans la distance croissante ou dcroissante entre la Lune et le Soleil, on distingue quatre positions La premire est la conjonction du Soleil et de la Lune la seconde est le premier quartier, alors que la Lune est eu dichotomie la troisime est l'opposition, o lclairement de la Lune est maximum la quatrime est le second quartier. Au temps donc de la conjonction des deu.v lumi
: ; :
de la mer est puissant et le reflux dcouvre de grands espaces. Le Soleil, conjoint la Lune, ajoute, en effet, quelque chose aux forces lunaires; car h Soleil possde, lui aussi.
naires, le
flux
1
une certaine force pour provoquer le flux de la mer. La mme chose arrive chaque lois que la Lune esl en conjonction avec des
astres humides... Mais, par suite de L'tat privilgi dont
jouit naturellement
la la
auprs du Soleil,
la
conjonction de
Lune Lune
la
la
avec
Le Soleil est
Lune avec
les
beaucoup plus efficace que la conjonction de toiles. Plus la Lune s'loigne de l'heure <!<
382
LA
ia>sM0L0G1 HELLNIQUE
du
reflux
augmente. Le reflux augmente ainsi jusqu'au premier quartier; l, son accroissement prend fin, et, inversement, le flux se met augmenter jusqu' la pleine-lune; de l, jusqu'au dernier quarpuis, jusqu' la tier, il y a, de nouveau, diminution du flux
;
conjonction, accroissement
du
flux et
diminution du reflux.
1
Il
faut
remarquer, toutefois, que, dans la pleine-lune, la force de la elle est, aux Lune... est plus efficace que dans la nouvelle-lune plus efficace au premier quartier qu'au dernier quartier. De mme, donc, que, pendant une rvolution du Monde, c'est--dire pendant un jour, le mouvement diurne de la Lune est accompagn de deux flux et de deux reflux, de mme, en une priode du retour de la Lune [ la mme position par rapport au Soleil], c'est--dire en
;
un mois, il se fait deux croissances et deux dcroissances de la ceux-l dpendent des positions de la grandeur des mares Lune dans le ciel, celles-ci de ses positions l'gard du Soleil. En second lieu,... quand le mouvement direct de la Lune s'ajoute son moyen mouvement, la force du flux prvaut; lorsque le mouvement rtrograde de la Lune se retranche du moyen mouvement, c'est la force du reflux qui prvaut ces variations sont en raison de la grandeur du mouvement direct ou rtrograde. Lorqu'il n'y a ni addition ni soustraction faire au moyen mouvement, la force du flux ne subit, de ce chef, ni accroissement ni
; ;
diminution...
En
est 200
c'est celle
du reflux
En quatrime
Lune monte en
latitude, la
force
celle
du
Lune
En cinquime
dans
lieu,
augment dans
;
les
mers borales
les
mers australes
dans
les
mers borales
et le flux
mers
australes,
du moins en
En sixime
lieu,
viennent les jours lunaires que nous appefaut considrer le secours que le Soleil,
lons marins...
En septime
C'est
lieu,
il
lui appartiennent,
le
du
tra-
ducteur.
L* ASTROLOGIE
383
flux et des
En
effet,
bien que
le
gouvernement des
en quelque chose aux accroissements ou aux diminutions des flux et des reflux. Il est dmontr, en effet, par les mers diverses o ces mouvements apparaissent, qu'aux diffrentes poques de l'anne, selon l'ingalit des jours et des nuits, la force de ces
mou-
vements prouve des accroissements ou des diminutions, ce qui semble provenir de la prsence du Soleil dans les signes septentrionaux ou dans les signes mridionaux. Tant que le jour est plus long que la nuit, le flux diurne prvaut sur le flux nocturne, et inversement. En ce qui concerne, donc, ce genre d'ingalit, ces deux mouvements sont gaux entre eux lorsque le Soleil passe aux signes quinoxiaux c'est aux solstices, au contraire, que l'accroissement de l'un et le dcroissement de l'autre se font sentir au plus haut point. A cette altration prouve par les mouvements dont il s'agit, il y a deux causes. La premire provient de l'aide qu'apporte le Soleil, par
;
de la vicissitude des jours et des nuits. Lorsqu'en effet le jour est plus long que la nuit, le Soleil, demeurant plus long-,
suite
temps au-dessus de
eaux par la force de sa chaleur, il tire les flots des abmes les plus profonds ncessairement, donc, le mouvement diurne des eaux prvaut sur leur
la terre, chauffe les
;
misphre suprieur ajoute [ l'action de cet astrej. Or, lorsque la nuit est plus longue que le jour, la Lune demeure plus longtemps, de nuit, au-dessus de la terre... De mme, donc, que, chaque jour, il y a deux flux et deux reflux; de mmo que, chaque mois, comme nous l'avons dit, il y a deux accroissements et deux diminutions du flux et du reflux, de mme, chaque anne, pour ces mmes mouvements, il se fait, comme nous le voyons maintenant, deux accroissements et deux diminutions. Entre ces mouvements, il y a une sorte de similitude et de concordance. Le flux nocturne qui se produit, lorsque la
Lune
par
cei
est
le Soleil
est
dans
le Sagit-
taire, ei
Le
que ces
flux
L'hmisphre infrieur
que
Le Soleil est
i.
La traduction latine
dit
384
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
Ce sont
La huitime, en
effet,
comme nous
hmisphres, la dure du flux est naturellement gale la dure du reflux suivant. 11 en est ainsi, moins que, nous Pavons dit,
quelque ingalit n'intervienne par accident. De ces accidents mme, il y a deux genres. L'un est propre [au mouvement des
dpend des sept causes que nous avons dcrites. L'autre est tranger ce phnomne c'est l'aide qu'apporte la force du vent. C'est donc de ces huit causes que dpend tout
mares]
;
il
et
des reflux.
Mais au sujet de ces flux et de ces reflux, voici l'avis qui est universellement reu pour vrai Le flux, c'est le premier des deux mouvements, et il suit l'efficace de la Lune titre d'effet naturel le reflux, c'est le retour naturel des eaux aux mers d'o elles taient sorties. Lors donc que la dure du flux est accrue d'une
:
du
ment de
Il
la
mme
quantit, et inversement.
en outre, que les obstacles prsents par les rivages engendrent quelque ingalit. Par exemple, lorsque le flux recouvre le rivage, s'il vient remplir les cavits de certaines roches ou bien encore des valles ou des fosss profonds, il reviendra la mer moins d'eau qu'il n'en tait sorti, puisqu'une partie de cette eau a t laisse sur le sol. De mme, lorsque le flux doit lutter contre un fleuve qui se jette la mer, les eaux nouvelles amenes par le fleuve feront ncessairement prvaloir
se peut,
le reflux.
Tout cela tant bien expliqu, je pense qu'on peut attribuer la Lune la cause de ce mouvement cette assertion, nous la laisserons pleinement dmontre si nous montrons la faiblesse de l'opinion de ceux qui la contredisent. Ceux-ci prtendent donc que la mer possde par nature, et non pas en vertu d'une puissance mane de la Lune, la proprit
Chapitre VII
que ses ondes soient agites par une sorte de bouillonnement le dbordement de ces ondes produit le flux. Parmi les arguments qu'oppose notre auteur ceux qui voient dans le flux un gonflement spontan et naturel de la mer, citons seulement celui-ci
;
:
i.
Albumasakis Introducforium,
lib.
III,
cap. VII; d.
cit., fol.
sign. c
3, ro,
et fol. sig-n. c 4j v .
385
Par nature, les eaux tendent toujours en bas et au lieu le plus profond. Pourquoi donc, dans le flux, ne voyons-nous pas les eaux se porter en bas, mais, par un mouvement contraire, se porter en haut et atteindre des niveaux levs? Puisque la cause n'en est pas dans la nature de l'eau, il est ncessaire qu'il y ait, cet effet, quelque cause extrinsque. Or, except la Lune, on n'en
trouve aucune.
sance
parmi
Les philosophes tiennent pour certain qu'il n'est aucune mer sur laquelle la Lune soit entirement dpourvue d'efficace mais la force ou l'efficace de cet astre est tantt plus manifeste et tantt
;
moins; cela ne provient pas de quelque empchement qui rsiderait en la Lune mme, mais de ce que la disposition de la mer [ recevoir l'influence lunaire] est moins favorable. La disposition des mers peut se prsenter sous trois formes. 11 y a des mers qui n'ont ni flux ni reflux. Il y en a dans lesquelles ces mouvements se produisent, mais ne sont pas apparents. Il y en a, enfin, o ils se produisent et sont apparents. Ce qu'Abou Masar dit des mares dans les diverses mers, nous le laisserons de ct. Une connaissance, souvent assez exacte, des
faits y est
fantaisistes.
On
longue tude du flux et du reflux, notre astrologue consacre un chapitre au gouvernement exerc par la Lune sur les animaux et les plantes 2 Il passe rapidement en revue les effets de la vertu lunaire sur le corps humain, sur les animaux, sur les vgtaux, sur les minraux. Les effets prouvs sur le corps humain se marquent surtout dans la marche des maladies une courte allusion aux jours critiques justifie cette assertion. Les diverses phases de la Lune agissent sur les pluies et 1rs
.
;
vents suivant des rgles dont les marins font un constant usage.
Toute partie qui, dans le corps d'un animal, est froide humide, suit, dans ses accroissements et ses diminutions,
i.
r<>
el
le
Albimasaris Introductorium
lib.
III,
cap. VIII; d.
cit.,
fol.
Mtf".
c
l\,
f\,
et vo.
2.
Albumasari Introductorium,
.
IX; d.
cit.,
fol.
siju-n.
v<>,
et fol
suivant,
r<>.
UUHEM.
T. H.
386
croit et le dcroit
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
de la Lune
moelle.
lunaison.
Ainsi,
dans
les choses
de ce monde,
;
le
gouvernement de
il
la
rles multiples
non seulement
XV
LA THORIE DES MARES SELON LES ARABES (suite).
le
Liber
de
elementis.
averros.
mose
mamonide
ou latin n'apportait aux Chrtiens d'Occident une tude sur les mares dont l'ampleur, dont le dtail, fussent comparables l'expos d'Abou Masar la Science musulmane non plus ne leur donnera, sur ce sujet, aucun enseignement qui puisse tre mis en balance avec celui-l les divers autres crits qui passeront de l'Islam la Chrtient se borneront rappeler que, chaque jour, les flux et les reflux suivent le cours de la Lune. Les Chrtiens d'Occident liront avec grand respect le Livre des proprits des lments, qui leur est donn par les Arabes comme oeuvre d'Aristote. L'auteur de ce livre, nous le savons ', argumente vivement contre les physiciens qui croient une lente permutation des terres fermes et des continents. Son argumentation repose en entier sur ce postulat, qu'il prend pour concd par ses contradicteurs Si une telle permutation se produisait, elle serait dans la dpendance de quelqu'une des rvolutions clestes. Eux et lui, en effet, s'accordent dans leur foi au principe fondamental de l'Astrologie et en invoquent les mmes preuves.
texte grec
; ;
:
Aucun
Lux
en parlant
que toutes les choses qui se font sur la terre y sont produites par le mouvement des corps suprieurs et de l'lde ses adversaires
Voir Ch XII, VI; t. II, pp. 226-228. Aristotelis Liber de proprietatibus elementorum (Aristotblis opra. Colophon lmpraessum (sic) est praesens opus VeDetiis per Gregorium de Gregoriis expensis BeDedicti FoDtan Anno salutifere incarnationis domini nostri WUXCXCVI. Die vero ^\\\ Julii. Fol. 366 (marqu 466), vo, et fol. 367 (mari.
:
.
2.
qu^),
r<>.
387
ces corps et
est l'orbe,
mouvement
qui
mane de
il
eu d'autre cause que la conjonction des toiles dans le signe des Poissons le vent qui, dans Hadramoth, a fait prir les nations est d la conjonction de ces toiles dans les Gmeaux la peste
; ;
Lamen
a t
11
qui se produisent au
moment
tions,
Soleil.
par l'acclration imprime aux naissances de certaines choses, par l'accroissement et la plni-
De mme, lorsque
si
la
Lune
se lve, quelle
jour et de la nuit,
quelque fleuve, dans le ce lever de la Lune, se jette la mer, on voit la mer s'tendre au point que le fleuve rebrousse chemin vers les lieux d'o il vient. Puis, lorsque la Lune atteint le mridien de ce pays, l'eau de la mer revient en arrire et retourne sa forme premire. Lors-
qu'ensuite la
Lune commence
se coucher, l'eau
l'astre
commence
que mridien
ce
passe au mridien
infrieur, l'eau se
diminuer, tout
se lever.
comme
elle se
met
crotre lorsque la
Le sens de la vue nous montre que les choses se passent toujours de cette manire. Au xn c sicle, la littrature arabe nous fournit, au sujet des mares, trois textes que lira la Chrtient latine. De ces trois textes, le premier est la Thorie des plantes d'Al Bitrogi. Al Biirogi se distingue de tous les auteurs que nous avons cites, car il ne met pas le flux et le reflux sous la dpendance du mouvement de la Lune. Nous avons reproduit le peu qu'il dit des mares; il n'est point utile (jue nous en donnions ici un nouvel
expos.
Nous n'avons pas, d*Averros, un commentaire tendu sur Le Trait des mtores d'Aristote. Nous avons seulement une paraphrase sommaire que Les traducteurs mit intitule Expositio
:
Le
Gommenta-
I.
VI,
i.
II,
pp. (54-lS
388
la cosmologie hellnique
voici ce qu'il
en
dit
1
:
L'Ocan [mare
de toutes
les
mers,
en ce qu'il se meut
meuvent vers lui. Des mers qui sont plus hautes que l'Ocan,
eaux se meuvent vers l'Ocan, parce que l'Ocan est plus bas qu'elles. L'Ocan, son tour, se meut vers une telle mer et y dverse une partie de son eau par l'effet du mouvement qu'on observe en lui et qui consiste en une ascension de ses eaux cette ascension des eaux
les
;
Arabes le Pour les mers qui sont plus basses que l'Ocan, il y a une disposition de sens contraire. Les eaux de la mer infrieure se meuvent vers l'Ocan par ascension, cause du vent qui est engendr au sein de cette mer par la chaleur de la Lune l'Ocan, son tour, se meut naturellement vers la mer infrieure lorsque le premier mouvement prend fin, lorsque la mer infrieure
;
se repose de ce
mouvement.
fort justes
considrations
par
le
lesquelles
ratosthne
flot et le
rendait
courant de
courant de
il
les a
et,
de cette confusion,
ne semble pas que les physiciens de la Chrtient latine y aient attach grande attention on ne saurait le regretter. Mose Mamonide parlait des mares d'une manire plus exacte 3 le dans un passage auquel nous avons dj fait allusion
lire. Il
; ;
voici
4
:
une chose rpandue dans tous les livres des philosophes que, lorsqu'ils parlent du rgime [du Monde], ils disent que le rgime de ce monde infrieur, je veux dire du
sait, et c'est
On
monde de
moyen
que
lib. II,
De mari.
2.
3.
4-
Vide supra, pp. 271-272. Voir Ch XII, V t. II, p. 221 Mose ben Maimoun dit Mamonide, Le guide des gars, deuxime partie,
:
ch. X; d. S.
Munk,
t.
II,
pp. 84 88.
389
mme
Il
n'y a pas la
au firmament son mazzdl (c'est--dire son toile), qui la frappe et lui ordonne de crotre, ainsi qu'il est dit [Job, XXVIH, 33) Connais-tu les lois du Ciel, ou sais-tu indiquer sa domination su?' la terre ? ... Ils ont donc clairement indiqu par ce passage
:
que
mme
les individus
du monde de
forces de
la gnration sont
;
sous
certains astres
car, bien
que tout l'ensemble des forces de la sphre cleste se rpande dans tous les tres, cependant, aussi, la force de tel astre est particulire telle espce. Il en est comme des forces d'un seul corps; car l'Univers tout entier est un seul individu, comme nous
l'avons dit.
Lune a une
force aug;
ce
qui le prouve, c'est que les mers et les fleuves croissent mesure
que la Lune augmente, et dcroissent mesure qu'elle diminue que le flux, dans les mers, est en rapport avec la monte de la Lune, et le reflux avec sa descente..., comme cela est clair et vident pour celui qui l'a observ. Que, d'autre part, les rayons du Soleil mettent en mouvement l'lment du feu, c'est ce qui est trs vident, comme tu le vois par la chaleur qui se rpand dans le inonde en prsence du Soleil et par le froid qui prend le dessus aussitt que le Soleil s'loigne d'un endroit ou se drobe lui. C'est trop vident pour qu'on l'expose longuement. Sachant cela, il m'est venu l'ide que, bien que de l'ensemble de ces quatre sphres figures, il mane des forces [qui se rpandent, dans tous les tres qui naissent et dont elles sont les causes, chaque sphre, cependant, peut avoir [sous sa dpendance] l'un des quatre lments; de manire que telle sphre soit le principe de force de tel lment particulier, auquel, par son propre mouvement, elle donne le mouvement de la naissance. Ainsi donc la sphre de la Lune serait ce qui meut l'eau la sphre du Soleil, ce qui meut le feu la sphre des autres plantes, ce qui meut l'air et leurs mouvements multiples, leurs
;
ingalits,
Leurs
les
produisent
prompte contraction ou dilatation); enfin La sphre des toiles fivs, ce qui meut La terre; et c'est peut-tre A cause de cela, je \c\\x dire parce que Les toiles fixes ont !< mouvement Lent, que
r.
Voir
Bernhtth rabbA, eM
10 (fol. h. roi. 6)
300
la terre
se
LA COSMOLOGIE HELLENIQUE
meut
difficilement
et le
mlange...
De cette manire, donc il se peut que l'ordre [dans l'UniQuatre sphres, quatre lments mus par vers] soit celui-ci elles, quatre forces manes d'elles [et agissant] dans la nature en gnral. Au systme que Mamonide vient d'exposer aboutissent, pour ainsi dire, toutes les ides dont le prsent chapitre nous a retrac le dveloppement.
Nous y
trouvons,
tout
d'abord,
l'affirmation
:
du principe
Les diverses
un dterminisme
rigoureux
clestes.
gnration et de la
Nous y trouvons
le corollaire
chaque changement
attri-
accompli ici-bas au mouvement d'un astre dtermin. Nous y voyons le rle prjDondrant que cette Astrologie
bue
la
Lune
dominatrice de l'eau
et
Lune les contraint de crotre et de dcrotre avec elle. Les lois des mares prouvent avec vidence la ralit de cette action lunaire et, par l, de toutes les influences manes des corps
clestes.
changements trs lents de la terre sont lis au mouvement presque imperceptible des toiles fixes, dont la rvolution doit mesurer la Grande Anne.
dire, enfin,
Nous entendons
que
les
ce systme,
Abou Masar
a offert
l'hommage
des Arabes
Pour le condamner comme une superstition monstrueuse pour le jeter bas, il fallait le Christianisme.
et
FIN
DE LA PREMIRE PARTIE
DEUXIME PARTIE
CHAPITRE PREMIER
LA COSMOLOGIE DES PRES DE L'GLISE
SAINT
GRGOIRE
DE
NYSSE,
SAINT
JEAN
CHRYSOSTOME,
SAINT
AMBROISE,
SAINT AUGUSTIN
L'uvre apologtique des Pres de l'Eglise les conduisait forcment s'occuper de Physique et d'Astronomie. Entre les enseignements de la Science profane et ceux des Livres saints, des conflits surgissaient, rels ou apparents ne fallait-il pas les trancher ou les faire vanouir? Ne fallait-il pas que le fidle pt, sans en prouver de scandale, comparer ce que la Gense raconte de la cration du Monde avec ce que les astronomes et les physiciens affirmaient de la nature des cieux et des lments? Le dsir de concilier les doctrines purement humaines avec la rvlation divine fit natre ces commentaires sur la Gense, ces crits sur l'uvre des six jours o nous relevons les premires traces de la Science astronomique des Chrtiens. Le premier commentaire qui ait t, dans l'Eglise grecque, compos sur la Gense est, sans doute, celui d'Origne. Quelques fragments de cette uvre nous ont seuls t conservs; l'un d'eux nous a dj donn un tmoignage digne d'attention. N Alexandrie alors que Ptolme vivait peut-tre encore, enseignant auprs de l'Ecole qu'animait la tradition du grand astronome.
;
!
i.
v. Chapitre XII,
III, i.
II,
pp
191-191,
394
L ASTRONOMIE LATINE AU
MOYEN AGE
Origne connaissait les dbats auxquels donnaient lieu les thories relatives au mouvement de prcession du Zodiaque. Si, des
fragments connus de ces Commentaires la Gense, nous voulons conclure l'ensemble de l'ouvrage qui nous demeure inconnu, nous sommes ports croire que l'auteur s'y montrait exacte-
les
astronomes de son
Parmi
les
commentaires o le rcit de la cration, donn au premier chapitre de la Gense, se trouve confront avec les enseignements de la Philosophie et de la Science profane de ces commentaires, quelques-uns nous sont parvenus dans leur intgrit. Saint Basile (329-379) nous a laiss un crit intitul Aoyo el tt|v E <*'/, fxepov ou bien encore El ttjv Ea7]{[Link] ofxiXai 6'. Cet crit se compose, comme le titre l'indique, de huit homlies, d'une loquence quelque peu pompeuse et diffuse, sur l'uvre des
aprs Origne,
est plusieurs qui ont crit des
; f
en
six jours.
vers 400),
frre cadet de
un
de Grgoire est
que celui de
Non
Homlies sur Hexaemeron de Basile, Grgoire a complt l'uvre de son frre en composant un trait spcial sur la cration de
l'homme
cit
par
le titre
De ima-
Hexaemeron
l'uvre des
libri
six jours,
;
que
cathdrale de Milan
grand vque avait prononcs en sa leur caractre d'uvre oratoire les rapprole
;
enseignements moraux y restreignent la place accorde la Philosophie de la Nature et l'Astronomie. D'ailleurs, dans ces Hexaemeron libri sex, une foule de passages sont simplement traduits ou paraphrass des dveloppements que
Saint Basile avait exposs dans ses Homlies. Saint Jean Chrysostome (344-407) a donn soixante-sept
Home-
395
lies
[Link]'lai
SZ' et neuf
Sermons sur
la
Dans ces uvres oratoires, le rcit du Livre sacr sert simplement de prtexte des exhortations religieuses et morales parmi lesquelles l'historien de la Physique ne trouve rien glaner. Le bienheureux Thodoret, vque de Cyre, (vers 390-458) a Questions choisies sur les difficults compos un crit intitul de l Ecriture sainte, EU toc arcopoc ttj Os 'la; rpacprj xar' ixkovr^. Touchant la Gense, cet ouvrage, peu original, ne fait gure que rsumer, dans la plupart des cas, des opinions mises par des
Gense,
X6 yo
t.
0'.
Saint Augustin (354-430), nous devons trois crits spciale l'tude de la Gense
ment consacrs
Le premier se nomme De Genesi contra Manichos lihri II ; l'objet en est purement thologique; il n'y est aucunement question de comparer les enseignements du Livre sacr ceux de la
Philosophie naturelle.
Cette comparaison est, au contraire, l'objet formel
du
livre ina-
imperfectus liber, et qui parat avoir t crit vers 393. Elle joue galement un rle essentiel dans le grand ouvrage en douze livres que l'Evque d'Hippone composa de 401 k 415, et pour lequel il rejrit le De Genesi ad litteram qu'il avait donn son trait titre
titre
lit ter
:
De Genesi ad
am
inachev.
En
Cite'
de
Dieu, renferment de
expose
jours.
Si
ses
ides
nous cherchions, dans ce que l'uvre des six jours a suggr Saint Basile, Saint Grgoire de Nysse, Saint Ambroise,
et dtaill
-,
la
curiosit des doctrines astronomiques rcentes, que nous avons pu deviner chez Origne, nous serions cran dment dsappoints. Les Pres de L'Eglise ne semblent nullement se piquer (''une
connaissance minutieuse et approfondie des thories relatives aux lments ou aux corps clestes la science qu'ils supposent chez leurs auditeurs ou leurs lecteurs, celle dont ils paraissent eux
;
mmes
se contenter, se
compose d'un
:
petit
nombre de proposi
peu peu, laiss chapper hors des Ecoles, qui ont pris cours dans la conversation des gens instruits, mais non savants. d<> CftUX qu'au sirle de l/aiis \ Y Ol nommera
<nt,
1
.
396
les
une longue circulation, tous les caractres trop dlicats et trop compliqus de leur forme originelle monnaies devenues frustes par l'usage, qu'on accepte couramment, mais qui laissent peine deviner l'em;
honntes gens
Que
les
qu'on enseigne dans les Ecoles, cela se conoit sans peine. Leurs crits ne s'adressent pas ceux qui scrutent spcialement ces doctrines, mais la foule des Chrtiens ces Chrtiens, ils ne se
;
proposent pas de
les faire
ou de l'Astronomie, mais dans la voie du salut; ils dlaissent donc tout ce qui serait uniquement destin satisfaire une vaine et profane curiosit. Entendons, d'abord, Saint Basile parlant de l'inutilit des recherches des astronomes L'ampleur mme de leur sagesse profane requerra parfois contre eux une condamnation plus lourde dous, en effet, d'une vue si pntrante pour des vanits, ils sont devenus volontairement aveugles lorsqu'il s'est agi de comprendre la vrit. Ils mesurent les distances des toiles ils dcrivent les toiles arctiques qui brillent sans cesse au-dessus de nos ttes ils disent quelles toiles, situes autour du ple austral, sont visibles ceux
1
:
;
dans la zone borale, dans le Zodiaque, ils distinguent des milliers de parties ils observent avec grand soin les rtrogradations, les stations, les dclinaisons et le mouvement de tous les astres par rapport aux repres anims du premier mouvement (em tt [Link]) ; ils dterminent en combien de temps chacun des astres errants accomplit sa rvolution de toutes les ressources de l'invention, une seule leur chappe c'est celle qui dcouvre Dieu, le crateur de l'Univers, le juste juge qui, ceux qui ont vcu, applique la rmunration compensatrice. Ecoutons maintenant Saint Augustin 2 Au sujet du mouvement du ciel, quelques-uns de nos frres posent cette question Se meut-il ou est-il immobile ? S'il se meut, disent-ils, comment peut-il tre le firmament? S'il est immobile, comment les astres qui sont, croit-on, fixs au ciel,
nues
; ;
;
;
J.
Hexaemeron, 4 (S. Basilii Opra omnia accurante Patrologi grc, t. XXIX). ad litteram liber secundus, cap. X De caeli motu S. Aurelii Augustini Opra omnia accurante Migne, tomus III, coll. 271-272; Patrofogi latin tomus XXXIV). apis, i8/ji.
i.
397
autour du
ple
nous paraisse tourner comme une sphre, si l'on admet, l'oppos l'existence, d'un second ple qui nous est cach, ou comme un disque, si l'on n'admet pas ce second
;
en sorte que
le ciel
ple?
l'aide
qu'on
ou non de
manire je n'ai pas le temps d'entreprendre et de traiter ces raisonnements et ils ne doivent pas l'avoir non plus, car ce que nous dsirons, c'est qu'ils soient informs en vue de leur salut et de ce qui est ncessaire ou utile l'Eglise. Qu'ils sachent donc seulement ceci Nous ne croyons pas que le nom de firmament il est permis, en effet, de oblige supposer le ciel immobile penser qu'il est appel firmament non pas cause de son immobilit, mais cause de sa fermet, ou bien encore parce qu'il met un terme infranchissable entre les eaux suprieures et les eaux infrieures. D'ailleurs, si la vrit nous persuadait que le ciel est immobile, la circulation des astres ne nous empcherait nullement de comprendre cette immobilit en effet, ceux qui se sont livrs ces recherches trs curieuses et trs oiseuses ont montr que tout ce qui a t remarqu et tudi dans les rvolutions des astres peut se produire par le seul mouvement des astres, sans que le
;
:
meuve. Assurment, Saint Augustin qui crivait ces lignes devait relguer au nombre des recherches trs curieuses et trs oiseuses celle de la rgle par laquelle on peut dterminer un signe abstrait du Zodiaque vrai lorsqu'on a observ un signe concret du Zodiaque sensible il se souciait peu de la Science qui proccupait
ciel se
;
Origne.
Une
cosmologiques des philosophes. Ces thories taient innombrables, et les tenants des diverses
doctrines, Atomistes, Pripatticiens, Stociens, No-platoniciens,
se harcelaient les
uns
les
qu'aucune vrit parut dominer, inconteste, cette mle d'opinions contradictoires. Affermis dans leur foi inbranlable au domine chrtien, les docteurs de L'Eglise n'prouvaient sans doute aucun
dsir de prendre parti pour ou contre telle proposition de Ph\
sique, source inpuisable d'&prefl querelles d'Ecole.
398
auxquelles les philosophes taient parvenus, selon lui, en altrant cette doctrine: Aprs avoir trouv Dieu dans nos livres 1
,
ne se sont pas contents, dans leurs discussions, de le prsenter tel qu'il l'avaient trouv ils ont dcouvert sujets contestation dans sa qualit, dans sa nature, dans sa rsidence. Les uns l'ont
ils
;
compose d'atomes et Pythagore de nombres Heraclite, il a sembl form de feu. Les Platoniciens veulent qu'il prenne soin des choses d'ici-bas; les Epicuriens, au contraire, le prtendent oisif et inactif; dans les choses humaines il n'est, pour ainsi dire, rien du tout. Les Stociens le placent hors du Monde de l'extrieur, il en fait tourner la masse comme le potier tourne sa roue les Platoniciens le mettent dans le Monde semblable un pilote, il demeure l'intrieur de ce qu'il gouverne. Mmes variations au sujet du Monde il a eu naissance ou il n'a pas eu de commencement il doit finir ou bien il doit demeurer jamais. Mmes contestations au sujet de la nature de l'me pour ceux-ci, elle est divine et ternelle pour les autres, elle est voue
; ;
la destruction.
pas comparer les dissensions des sectes diverses que le Christianisme a vu, lui aussi, natre dans son sein. Les Chrtiens possdent un caractre immuable qui leur permet de reconnatre et de
rejeter toute opinion hrtique.
A tous
Il
du Christ et qu'elle nous ait t transmise par ses compagnons . Par l se maintient, en face de la multiplicit des systmes philosophiques, l'unit du dogme chrtien. Saint Basile laisse transparatre le ddain que lui inspirent les
fatigantes disputes des pdants
coutons-le
C'est
2
,
comme
ils
que certains philosophes ont conu une cinquime essence corporelle propre constituer et engendrer le ciel et les toiles ils ont donc rejet les opinions de ceux qui les avaient prcds ils n'ont us que de leurs propres arguments. Mais un autre est venu, plus habile que ces derniers en l'art de persuader il les a attaqus il a rfut et dissous leurs arguments, et il a apport
tions,
;
;
; ;
XLVII.
2. S. Basilii In Hexaemeron homilial, n [S. Basilh Opra omnia accurante Migne, tomus primus (Patrologi grcec tomus XXIX) coll. 27-28].
399
de son fonds. Si nous tende ces questions, nous tomberions dans les
qu'il avait tire
mmes
se rfuter les
uns les autres... Ailleurs, propos des discussions auxquelles se livrent les
1
Nous prions
de nous tant qu'ils ne se sont pas mis d'accord. Que personne, crit encore Saint Basile 1 n'aille comparer la simplicit et la navet de nos discours spirituels avec la curiosit
,
de ceux qui ont philosoph au sujet des cieux. Autant la beaut de la femme chaste surpasse celle de la courtisane, autant nos discours l'emportent sur ceux de ces hommes trangers [ l'Eglise].
Ceux-ci tentent de confrer leurs avis une probabilit qu'ils ont
dans ceux-l, la vrit est prsente toute nue et dpouille d'artifices. Mais pourquoi nous fatiguerions-nous rfuter tous leurs mensonges? Ne nous suffit-il pas de mettre leurs livres aux prises les uns avec les autres, et, assis en un repos parfait, de demeurer spectateurs de la bataille qui se livre entre
pniblement arrache
eux? Ce contraste entre les innombrables dsaccords des philosophes et l'harmonieux accord des auteurs sacrs, Saint Augustin, son tour, nous en donne une vive peinture 3 Les philosophes ne semblent avoir pein dans leurs tudes qu'en vue de dcouvrir comment il convenait de vivre afin d'atteindre au bonheur. D'o vient donc que les disciples aient t en dsaccord avec leurs maitres et que les disciples d'un mme matre se soient spars les uns des autres, si ce n'est par ce qu'ils se sont enquis de cette question la seule aide des sens humains et des raisonnements humains ?... Au contraire, ceux de nos auteurs
:
dont les crits sont regards ajuste titre comme constituant, d'une manire fixe et dtermine, le canon des Lettres sacres ne prsentent aucun dissentiment...
Mais en cette Cit qui adore les dmons, l'auteur d'une secte
fut-il
quelconque
les autres
jamais approuv
tel
S. Hasilu In //cjcaenieron hornilia III, 3; d cit. coll. 57-68. S. Basilii Op. luud., 8 d cit., 73-743. S. Aurclii AUGL8TIM De civitate Dti lib. XVIII, cap. XU.
2.
;
.
400
On
qui sous un portique monumental et fameux, qui dans des gymnases, dans des jardins, en des lieux publics ou privs. Les uns
assuraient que le
sont
pris
monde est unique, les autres que les mondes innombrables ce monde unique, les uns voulaient qu'il et naissance, les autres qu'il n'et point de commencement
;
finir,
par une intelligence divine, les autres par le sort et les hasards pour ceux-ci, nos mes sont immortelles, pour ceux-l, elles sont mortelles parmi ceux qui les croient immortelles, les uns pensent qu'elles retournent au sein des animaux et les autres ne le pensent pas parmi ceux qui les croient mortelles, les uns veulent qu'elles meurent aussitt aprs la mort du corps, les autres veulent qu'elles lui survivent plus ou moins longtemps mais qu'elles ne demeurent pas toujours certains mettent le souverain bien dans le corps, d'autres dans l'me, d'autres la fois dans le corps et dans l'me, d'autres encore adjoignent au corps et l'me des biens extrieurs certains croient qu'il faut toujours accorder confiance aux sens corporels, d'autres qu'il ne faut pas toujours la leur accorder, d'autres, enfin, qu'il ne s'y faut jamais fier. Ces opinions divergentes entre les philosophes, et d'autres, qui sont innombrables, y eut-il jamais, dans la Cit impie, un peuple, un snat, une puissance ou une magistrature publique qui ait eu charge de dcider entre elles, d'approuver et de recevoir les unes, de condamner et de rejeter les autres? Cette Cit n'a-t-elle point gard dans son sein, sans porter sur elles aucun jugement, dans le dsordre et la confusion, toutes les controverses de ces hommes qui ne disputaient ni de champs ni de maisons ni de rien qui s'valut en argent, mais qui disputaient de ce qui fait la vie heureuse ou malheureuse? Alors mme qu'en ces controverses quelque vrit tait
toujours
;
les
uns croient
qu'il est
m
;
mme
libert.
Certes, ce
pas sans raison que cette Cit a reu le nom symbolique de Babylone car Babylone, nous l'avons dit, signifie confusion. Au Diable, roi de cette Cit, il importe peu que tous ces gens bataillent entre eux coups d'erreurs opposes les unes aux autres; leur impit a beau prendre des formes multiples et varies elle les met tous galement en sa possession.
; ;
401
que
Cit
pour se rfugier dans la de Dieu, o une autorit suprme maintenait, entre les
esprits,
un accord
parfait
en Taccord des divers astronomes au sujet de certaines lois, en la concordance de ces lois avec les observations, eussent-ils trouv la preuve que la Science des astres mritait plus de confiance que la Philosophie; Saint Augustin, en particulier, a reconnu cette certitude plus grande de la Science astronomique. J'avais lu, dit-il plusieurs livres des philosophes et avais fort bien retenu leurs maximes; j'en confrais quelques-unes avec ces fables des Manichens, et je trouvais beaucoup moins de vraisemblance ces fables et plus de probabilit dans ces opinions des philosophes, dont l'esprit a bien pu connatre les secrets de
tre
1
la iSature,
le
Seigneur
et le Crateur...
Vous
quoique leur
Car
que vous leur avez donn, et trouvent beaucoup de secrets ils prdisent plusieurs annes auparavant les clipses du Soleil et de la Lune ils en marquent le jour, l'heure et la grandeur et les ils en ont mme crit des rgles eilts suivent leurs prdictions qui se lisent encore aujourd'hui, par lesquelles on prvoit en quelle anne, en quel mois de l'anne, en quel jour du mois, quelle heure du jour, et en quelle partie de leur lumire le Soleil et la Lune doivent s'clipser et ce qu'on a prvu arrive toujours,
prit
;
Saint Augustin
cette
comprend quelle forte marque de exacte concordance des phnomnes clestes avec
Il
vrit est
les prvi-
croit
si
profane lorsqu'elle
a t ainsi
comme moyen
de confondre
1
,
les
retenu beaucoup
<!'
el
comme
III
comprenais
<l
La
rli.
(trnd.
d'Arnaud
n<l illy).
DUHEM.
T.
II.
402
che qui, ayant beaucoup crit ce sujet, s'est montr fort fcond en rveries, et je ne trouvais pas dans ces fables les raisons des
solstices,
du cours des astres dans les livres de ces philosophes paens. On me voulait nanmoins obliger d'y ajouter foi, bien qu'il n'y et aucun rapport avec cette connaissance que j'en avais acquise, tant par les rgles de mathmatique que par mes yeux propres, mais qu'au contraire il y et une difque
j'avais appris de la nature et
frence merveilleuse.
Mais 2 qui obligeait Maniche de nous faire dans ses livres de si longs discours des astres, dont la connaissance n'est point ncessaire pour tre instruit dans la pit ? Car puisque vous avez daign apprendre aux hommes dans nos Ecritures que la pit est la vraie sagesse , quand il aurait eu une connaissance parfaite des astres, ce n'aurait pas t une preuve qu'il possdt cette vraie sagesse mais c'est une preuve irrfutable qu'il ne la possdait pas que, ne connaissant rien dans cette science de la nature, Dixisti enim il ait la hardiesse d'enseigner ce qu'il ignorait. homini : Ecce pietas et sapienlia ; quarn ille ignorare posset, etiarn si ista perfecte nosset ; ista vero quia non noverat, impu;
ciel,
quoique cela ne regarde point la religion, on ne laisse pas nanmoins de connatre manifestement que la hardiesse avec laquelle il a crit puisque, outre qu'il ignore ce dont il parle et tait sacrilge tombe dans des erreurs et des faussets grossires, il en parle avec une si haute prsomption et un orgueil si insupportable, qu'il veut qu'on ajoute crance tout ce qu'il dit comme des discours qui procdent d'une personne divine. Mais si la concordance prcise entre les prvisions de ses calculs et les rsultats de l' observation tait de nature recommander l'Astronomie auprs des Pres de FEglise, cette science, leurs yeux, tait irrmdiablement compromise par son alliance
;
des toiles et du
mouvement du
Soleil et de la Lune,
avec l'Astrologie.
Aux
sicles
o crivent
de
seulement
:
l'allie
de F Astronomie
elle la
domine.
2.
Saint Augustin dit Les tmoignages visibles, visibiles attestationes Saint Augustin, Op. laud., livre V, ch. V.
LA.
403
Aprs Ptolme, crit Paul Tannery le but entrevu parles Grecs s'obscurcit pour de longs sicles la Science est comme puise par l'effort dploy d'Eudoxe Hipparque, et cependant l'Astrologie judiciaire, rajeunie et transforme, reprend l'hritage agrandi. Elle s'est mise l'cole des mathmaticiens alexandrins, elle sait mettre dsormais quelque prcision au calcul d'un thme gnthliaque l'Astronomie ne doit plus tre que son hum
,
;
philosophiques,
et les crits
qu'il
Occidentaux pourront, dans leurs crits, se poser, son exemple, en fidles de la Science pure, mais en ralit ils n'auront
tudi l'Astronomie que parce quelle est ncessaire l'astro-
logue.
croyance la puissance divine des toiles, dit M. Emile Brhier 2 taient assez nouvellement importes de la Babylonie en Grce lorsque le Stoles
et la
,
La prdiction par
horoscopes
cisme parut, mais, ds ce moment, elles font fureur on les trouve des coles particusur tous les points du inonde hellnistique
;
lires d'Astrologie se
en sont moins
choqus
juifs.
Pour
les Stociens,
ils
ceptions prs,
avec quelle faveur, trs peu d'exl'accueillirent. Non seulement ils en firent, avec
sait
on
l'Astrologie
firent
mais,
plus
Philon d'Alexandrie, qui connat bien les astrologues de son Ils font corresponpoque, leur prte des penses stociennes dre les choses terrestres celles d'en haut et les choses cleste*
:
celles de la terre
ils
montrent
comme
dans l'harmonieux concert de l'Univers produit par la coimminion et la sympathie des parties les unes avec les antres ... Ils
Paul Tannlry, Herherches sur l'histoire de /' As/ronomie ancienne, Paria Bordeaux, i8p,3, pp. 280-281. 2. Kmilk IinKHiKH, La Cosmologie stocienne lajin <lu Paganisme [ftevae H). l'histoire fies relitj ions ,3** anne, t. LXIII, 1911, ||. tome II, p. a<D&\ 3. Voir Premire partie, Ch, XIH, g VI
i.
'.'>
et
lit
404
supposent que ce monde visible est la seule ralit, qu'il soit lui-mme Dieu, ou qu'il contienne un Dieu, l'Ame du tout. Ils
divinisent
la
Destine et
la
il
Ncessit
ils
enseignent qu'en
et
que
du
de la Lune
des autres
maux.
...
dont on pourrait multiplier les exemples, parait cette poque une des faons les plus naturelles de se reprsenter la Destine inflexible laquelle sont
le fatalisme astrologique,
que
soumis tous
les tres
humains. L'Astrologie fixe sur elle, la tout ce qu'il y a de fataliste dans la Cosmo-
dont jouissaient les astrologues auprs de ceux qui n'taient pas chrtiens, Saint Augustin nous est tmoin; il nous apprend qu'avant sa conversion, il ne cessait point de les
la faveur
1
De
consulter pour
acqurir, par
choses venir
Or,
comment
les
d'horreur pour cette doctrine qui soumet tous les actes humains
l'empire inflexible des rvolutions astrales, qui, partant, nie le
libre arbitre,
?
,
La vritable
con-
Car l'homme est oblig, Seigneur, de vous confesser ses fautes et de vous dire Ayez piti de moi, et ne me refusez pas de gurir mon me qui est devenue malade par le pch . 11 ne doit pas abuser de votre bont pour se porter, par la confiance qu'il a en votre misricorde, une plus grande
cette science.
:
damne
mais se souvenir de cette parole du Sauveur Maintenant que vous tes guri, gardez-vous de pcher de nouveau, de peur qu'il ne vous arrive pis . Or ces astrologues s'efforcent de dtruire une doctrine si sainte lorsqu'ils Il y a dans le ciel une cause invitable qui fait pcher disent c'est Vnus, Saturne ou Mars qui vous ont fait faire telle ou telle action, voulant ainsi que l'homme, qui n'est que chair et que sang, et une pourriture pleine d'orgueil, soit exempt de toute
:
faute
voulant que toute faute soit rejete sur Celui qui a cr les
mouvements.
i.
2.
405
l'avenir.
servent de signes
pas manqu d'interprter ces paroles de la Gense dans un sens favorable l'Astrologie '. Aucun pre de l'Eglise, au contraire, en commentant ce verset, ne manquera de mettre les fidles en garde contre une semblable interprtation. Ceux qui transgressent les bornes de la vrit, crit Saint Qu'ils servent de signes , la Basile 2 tirent de cette phrase dfense de l'art gnthliaque. Ils disent que notre vie dpend du mouvement des corps clestes ils disent que les vnements qui nous adviennent sont produits par les astres, conformment aux qu'ils servent de signes , indications des Chaldens; ces mots ils ne les entendent ni de la distinction des priodes du temps ni du changement d'tat de l'atmosphre, mais du sort de notre vie,
, :
;
monde, Saint Basile entame une discussion dont, tout l'heure, nous dirons un mot. Puis il poursuit en ces termes 3
o
il
vient au
Mais de cela, ces gens ne se contentent point. Ce dont la volont de chacun de nous est matresse> j'entends la pratique du vice ou de la vertu, ils en veulent galement attribuer les causes
mais toutefois, comme beaucoup demeurent sans souci [des dangers d'une telle opinion], il est ncessaire de ne la point passer
les contredire est ridicule
;
sous silence.
numre
les
consquences d'un
la
toi
fata-
lisme
Si les
ci
malice ou
la
vertu
ne font pas partie de ce qui est en notre pouvoir, s'ils sit qui drivent de notre naissance, quoi bon les lgislateurs) qui nous marquent ce que nous devons faire ou ce que nous devons viter? A quoi bon les juges qui font honneur La vertu et honte au vice?... Quant aux grandes esprances des Chrtiens, Iles s'en \<>nf
sont ncesVid supra, p. 3 G. Basiui /forni/id Vf in Hejxtemeron, r> [s. Basiui Opra onwia occumil. 127-1 pante J. F. Migne, t. I [PatrologicB TOBC, t. \.\l\ 3. S. Basiui Op. aua 7; d. cit., i. rit., coll. i3i-i34<
i
.
2.
S.
406
et disparaissent
pch de punition, puisque rien n'est accompli par le libre arbitre humain. L o la ncessit et la destine sont matresses, il n'y a plus aucune place pour le mrite, qui est l'objet propre de tout jugement. Saint Ambroise emprunte Saint Basile la plupart des traits dont il accable les Chaldens, les mathmaticiens . Assurment, tous les Pres de l'Eglise pensent ce que Saint Augustin exprime si clairement Tout horoscope est une duperie s'il lui arrive de rencontrer juste, c'est par hasard 2 moins qu'il n'ait t inspir par quelque esprit malin menteurs ou interprtes du dmon, les astrologues, que nul ne sait distinguer des astronomes, ne doivent inspirer que mfiance aux Chrtiens. Le bon chrtien, dit Saint Augustin doit donc se garder des mathmaticiens et de tous ceux qui se livrent aux divinations impies, surtout lorsque leurs prdictions sont vritables, de peur que ces gens, d'accord avec les dmons, ne trompent son esprit et n'enlacent sa personne dans les filets d'un pacte de socit dia1 :
bolique.
Si
la direction
domination sur l'eau et les choses humides, partant les actions mtorologiques et physiologiques que les astrologues lui attribuaient.
ne pouvait prendre ombrage. Mais Thodoret va plus loin. A propos des mots de la Gense : Que les astres servent de signes il commence 4 par condamner
cela,
il
De
il
ajoute
le
temps propice aux semailles ou aux plantations, le moment opportun pour prendre mdecine, pour couper les bois destins la construction des navires et des maisons. Les marins savent voir, par ces signes, quand il convient de mettre flot leur bari.
Ambrosii Hexaemeron lib. IV, cap. IV [S. Ambrosii Opra accurante t. I, pars I {Patrologi Latin t. XIV), coll. 192-197]. 2. Saint Augustin, Confessions, liv. IV, ch. III. ?>. S Augustini De Genesi ad litteram liber secandus, cap. XVII, 37 [S. Aurelii Augustixi Opra omnia accurante Mig-ne, tomus tertius, pars prior [Patrologi latin tomus XXXIV) col. 279]. 4. Theodoreti In loca difficilia Scriptur sacr qustiones select. In Genesin interrog-atio XV [Theodoreti Opra omnia, accurante J. P. Mig-ne, t. I (Patrologi grc t. LXXX), coll. 95-96].
S.
J. P. Mig-ne,
407
ils
que, et quand
il
savent
Nous-mmes, en voyant une comte ou toile chevelue, ou bien un parhlie, nous prvoyons soit une incursion des ennemis, soit une invasion de sauterelles, soit une grande mortalit des bestiaux ou des hommes. Thodoret, videmment, accorde l'Astrologie tout ce que la foi ne le contraint pas strictement de refuser. Saint Augustin, nous le verrons, se montrait moins large l'gard de la Science des
il
quand
ou
la carguer...
Chaldens.
peu soucieux de pntrer dans le dtail des recherches des astronomes, TEvque d'Hippone et avec lui, sans doute,
D'ailleurs,
de l'Eglise, ne savaient pas sparer, d'une manire prcise, les hypothses des physiciens des superstitions des astrologues les premires se trouvaient confondues dans la
la plupart des docteurs
;
comment
cer-
du
Soleil exerceraient
Il
1 :
monde
marche rtrograde ou
Soleil
;
du
Il
peut-tre Fattribuera-
mani-
par la lecture de leurs livres, que ces gens, dans les lucubrations dlirantes par lesquelles, hors de toute vrit, ils prtendent conjecturer le pouvoir des sorts, attribuent au Soleil la
principale puissance.
Mais qu'ils disent tout ce qu'ils voudront du ciel, ceux qui ignorent le Pre qui est aux cieux. Pour nous, nous livrer de plus subtiles recherches sur les grandeurs des astres et les inter
employer
et
Ne cherchons donc
noua sommes assurs de ne les y point trouver. Ne ngligeons pas, cependant, le peu qu'ils ont
sique
ei
dit
de
La
Phypre-
de
astronomie.
ce sujet
sont
le
germe
i.
S. .\i(,i>TiM h*-
Gtnii
<>il
(-.-p.
XVI, 33-34; d.
rit
..
roi
777
408
micr partir duquel va se dvelopper, lentement et graduellement, la Cosmologie du Moyen Age chrtien. Mais aussi, et surtout, au nom de la doctrine chrtienne, les Pres de l'Eglise frappent les philosophies paennes en des points que nous jugeons, aujourd'hui, plus mtaphysiques que physiques, mais o se trouvent les pierres d'angle de la Physique antique telle la thorie de la matire premire ternelle telle la croyance la domination des astres sur les choses sublunaires, la vie priodique du Monde rythme par la Grande Anne. En ruinant, par ces attaques, les Cosmologies du Pripattisme, du Stocisme et du No-platonisme, les Pres de l'Eglise font place nette la Science moderne.
; ;
II
DE SAINT AUGUSTIN
Saint
demander, donc,
A proprement
un Pre appartient
dans aucune
il
n'est enrl
s'il
lui
arrive d'accepter
momentanment
pour
lui,
une
auxiliaire.
Ce n'est jamais
aux enseignements, divers et contests, de la Philosophie qu'il appuie sa confiance. Pour consoler sa sur Macrine de la mort de leur illustre frre Basile, Grgoire de Nysse compose un dialogue o Macrine et lui dissertent de la spiritualit et de l'immortalit de l'me. Il remarque l'incertitude sur l'tat de l'me aprs que, en ce dialogue la mort engendre, de part et d'autre des opinions quivalentes. A beaucoup, c'est ceci qui semble la vrit beaucoup d'autres, c'est le contraire. Il est, parmi les Grecs, des gens que leur pbiloso1
,
i. S Gregorii Nysseni De anima et resurrectione dialogus [S. Gregorii Nysseni Opra, accurante J. P. Mig-ne, t. III [Patrologi grc, t. XLVI),
coll. 17-18].
409
phie
fait tenir
Ce n'est donc pas la Philosophie, dont les thses discordantes sont tout au plus bonnes engendrer le scepticisme, que Grgoire de Nysse demandera, au sujet de l'immortalit de l'me, les certitudes dont il a besoin. Il est bien clair, cependant, que les diverses coles profanes ne laisseront pas sa raison dans une complte
indiffrence.
11
en
tement les condamnations de l'vque, tandis que d'autres lui sembleront professer des enseignements moins opposs au dogme catholique. Ainsi voyons-nous que l'Epicurisme et le Stocisme lui rpugnent par leur matrialisme au contraire, le Platonisme, sans recevoir de sa bouche aucun aveu formel, dirige bien souvent les dmarches de son esprit. Ce Platonisme latent de Saint Grgoire de Nysse explique une mprise par laquelle son uvre s'est trouve longtemps enrichie d'un trait qu'il n'avait pas crit. A Strasbourg, chez Schurer, en 1512; Paris, en 1513; Ble, en 1521, fut imprim un trait intitul De homine, anima, dmentis, viribus animas, que Jean Gonon de Nuremberg avait mis en latin et dont le texte grec tait attribu Grgoire de Nysse. Sous ce titre Philosophi libri octo, le mme trait fut compris dans certaines ditions latines des uvres de Grgoire de Nysse, dans celle, notamment, qui fut donne, Baie, en 1562. Cet crit, faussement attribu au frre de Saint Basile, tait d, en ralit, Nmsius, qui vivait la fin du iv e sicle et au commencement du v e sicle, et qui fut vque d'Emse en Syrie. L'auteur de ce trait l'avait intitul Iepl avOpcoTtou. Sous le nom de Nmsius et sous le titre De homine, il fut publi Anvers, en 1565, avec une version latine de Nie. Ellebodius Casellianus. Le Depl vOpto-o'j est un livre dont l'orthodoxie est irrprochable il pouvait, sans invraisemblance, tre attribu un Pre de l'Eglise. Cependant, l'influence no-platonicienne y est vidente
' ;
avoue. Plotin y est cit ds les premires lignes 2 Plus loin, aprs avoir numr les diverses sectes qui professent, au sujet
et
.
de l'Ame,
dfl
Contre
Lr n'--
suffit,
en
Saint GfttOOIItl DR NtMC, Op. hiiul. d. rit., coll. j\Nkmesii epitCOpi Km es.*: Dr nutuni homini <'.'[> [SS. PaTMJM .Kdvi'TioH!\i Opra nrnrtif/ Astkhii Amasem. NlMMIl EmI I'[Link] CaRPASII, PpCedUfU mm, IIikronymi (in ki Seripta quet tupertwii, Accurante Migne (Patroloj grecc t. XL), coll. 5o3-6a4T< r.i|i, II; d. cit., coll. f)3 --!">.''> K. S. Nmsius d'Kmor. Op. laud
:
y.
410
rai,
de rapporter ce qu'a
dit
Ammonius,
le
matre de Plotin et
du pythagoricien Numnius
. 11 est,
d'ailleurs, inutile
de multide la
que
les historiens
illustre
comme un
mem-
taxer de Platonisme,
assurment le plus philosophe d'entre eux, c'est Saint Augustin. N'entendons-nous pas, dans la Cit de Dieu, l'Evque ce grand d'Hippone citer maintes fois Plotin, qu'il appelle 1
c'est
:
platonicien,
ille
magrms platonicus ?
d'ailleurs,
que Saint Augustin fait allusion une thorie de Physique, c'est une thorie de Physique platonicienne qu'il a en vue, et nullement une thorie de Physique pripatticienne. Il rapporte 2 cet enseignement des Platoniciens La terre est le premier des corps que l'on rencontre en montant; le second est l'eau, qui vient au-dessus de la terre; le troisime est l'air, qui se trouve au-dessus de l'eau le quatrime, au-dessus de l'air, est le ciel . Cet enseignement, il semble le regarder comme universellement reu il ne parat pas songer que les Aristotliciens n'identifient pas le ciel au quatrime lment, qu'ils en font une cinquime essence. Il y a plus Saint Augustin ignore si bien l'opinion que professent les Pripatticiens ce sujet qu'il leur en prte cette pense sans aucun rapport avec leur doctrine De mme qu'en montant, on rencontre la terre en premier lieu, l'eau en second lieu, l'air en troisime lieu, et le ciel en quatrime lieu, la nature de l'me est au-dessus de tout cela. Aristote, en effet, dit que l'me est un cinquime
Toutes les
fois,
:
esse), et
Platon
mais
pas un corps, elle est, plus forte raison, au-dessus de tous les corps Ignorant la Physique aristotlicienne, l'Evque d'Hippone est rempli d'admiration pour la Physique des Platoniciens, de ces philosophes 3 que nous voyons la gloire et la renomme mettre
elle
comme
n'est
la Physique
par
l'historien des
2. S. 3.
De Civitate Dei lib. X, cap. II. Aurelii Augustini Op. laud., lib XXII, cap. XI. S. Aurelii Augustini Op. laud., lib. VIII, cap. VI.
S. Aurelii Augustini
411
Moyen Age
ce que
En
effet,
s'initier
l'Antiquit pensait
du monde
de sources. Dune part, elle lira ont crits en latin d autre part, elle tudiera les Pres de l'Eglise
;
ou, plutt,
le seul
Pre qui
n'ait
dans les coles latines du haut Moyen Age, seront Chalcidius, Martianus Capella et Mac robe tous trois, ils enseigneront aux Chrtiens une Cosmologie no-platonicienne. Ce sera encore cette Cosmologie no-platonicienne que rvleront les divers ouvrages
;
sicle, les
Ecoles
de la Chrtient latine, rompues la Dialectique par l'tude de YOrganon d'Aristote, ignoreront peu prs tout de la Physique
du
Stagirite; la connaissance
la Science
commentateurs. De la prfrence qu'il accorde au No-platonisme sur tout autre systme philosophique, Saint Augustin, dans la Cit de Dieu, nous fait connatre les raisons. Citons, tout d'abord, celle qu'il invoque en dernier lieu J'aime mieux, dit-il discuter avec les Platoniciens, parce que leurs crits sont plus connus. Les Grecs, dont la langue a la prminence parmi les Gentils, les ont rendus clbres en leur donnant une grande publicit; quant aux Latins, vivement
enseign
le
Time
et ses
crits,
ils
les
les
ont traduits
et la
en notre langue
larit.
et,
par
l, ils
popule
Nombre de
Pripattisme
le
doctrines
n'taient
philosophiques
accessibles
et,
particulier,
qu'
ceux
qu'ils
qui
entendaient
le
Grec,
soit
qu'ils vcussent
Langage
tudi
des
cette
eussent
langue des beaux esprits. Parmi les habitants inoins cultivs du monde Latin, ces doctrines demeuraient inconnues; en particulier, les Chrtiens des terres occidentales de L'Empire [l'avaient, pour ainsi dire, aucune ide de L'Aristotlisme. De
cette ignorance, on pourrait trouver
I.
S. [Link] [Link]
Op.
/rrurf.
>
VIII, CAD,
412
Tertullien
de la Sagesse antique il cite Platoniciens et Stociens, Epicuriens et Pythagoriciens, mais le nom des Aristotliciens ne se rencontre pas sous sa
les sectes divergentes
1
numre
plume.
du Pripattisme comme d'une philosophie entirement dmode de son temps Ce n'est pas 2 sans raison, dit-il que j'ai choisi les Platoniciens pour discuter
Saint Augustin, d'ailleurs, parle
: ,
ai
du Dieu unique qui a cr le ciel et la terre et c'est pourquoi on les tient pour plus illustres et plus glorieux que tous les autres. Voici qui montre de quelle prfmieux que tous
;
les autres,
homme
nomme
se
promenant du vivant mme de son matre, il avait, par l'excellence de sa renomme, runi un grand nombre de disciples dans une secte spare du Platonisme. Aprs la mort de Platon, Speusippe, son neveu, et Xnocrate, son disciple
accoutum de discuter en
dans son cole mme, qui portait le nom d'Acadmie d'o ils reurent, eux et leurs successeurs, le nom d'Acadmiciens. Cependant, les plus clbres des philosophes modernes ont voulu appartenir l'cole de Platon ils n'ont pas voulu qu'on les appelt Pripatticiens ni Acadmiciens, mais Platoniciens. C'est parmi eux que se rangent ces Grecs fort illusPlotin, Jamblique, Porphyre c'est aussi un platonicien de tres grande notorit que l'Africain Apule, galement vers dans la langue grecque et dans la langue latine. Dmode auprs des Grecs, ignore des Latins, la philosophie pripatticienne ne pouvait, aux yeux de Saint Augustin, disputer la prminence au Platonisme. D'autres raisons, d'ailleurs, recommandaient cette dernire doctrine son jugement. Tout d'abord, l'esprit de Saint Augustin rpugne la mthode, prconise par Aristote, qui met dans la perception sensible, et non dans l'intuition, l'origine de nos ides. Quant cette doctrine qu'on nomme logique, c'est--dire rationnelle, dit-il 3 gardons-nous bien de mettre sur le mme rang que les Platoniciens ces philosophes qui ont mis le critrium de la vrit (judicium veritatis) dans le tmoignage des sens corpochri, lui succdrent
;
;
i .
Vide supra,
p.
398
2.
De
Op. laud.,
Civitate Dei lib. VIII, cap. XII. lib. VIII, cap, VII.
413
grands amails
nomment
Dialectique,
ont
;
pens que cette Dialectique se devait tirer des sens corporels c'est par eux, prtendent-ils, que l'esprit conoit ces notions des choses qu'ils nomment svvotau et que l'on dveloppe lorsqu'on donne une dfinition c'est des sens que s'extrait, c'est aux sens que se rattache la raison de tout ce qu'on apprend comme de tout ce qu'on enseigne . Dirige contre les Stociens, cette attaque frappe aussi hien la doctrine des Seconds analytiques. La mthode aristotlicienne, qui doit prendre les enseignements de la perception sensible pour base de toute la Philosophie, contraint ceux qui la veulent suivre s'attarder fort longtemps aux questions de Logique et de Physique c'est seulement son terme qu'elle leur permet d'accder aux vrits de la Thologie. Tout au contraire, sur les ailes de l'intuition, la pense platonicienne s'lve d'emble jusqu' Dieu, et c'est de l qu'elle considre les choses infrieures. C'est pourquoi la mthode de Platon parait Saint Augustin meilleure que celle d'Aristote et de ses imitaque nous prfrons les disciples teurs. C'est pour cela, dit-il de Platon aux autres philosophes; ceux-ci, en effet, ont cras leur gnie et leur peine pour les abaisser rechercher les causes des choses [d'ici-basj, examiner les rgles de la science et de
;
au contraire, ds l qu'ils ont connu Dieu, ont dcouvert la cause par laquelle l'Univers a t constitu, la lumire qui rend la vrit perceptible, la source o nous devons boire la flicit. N'est-ce pas, en effet, la dmarche qui convient le
la vie; ceux-l,
mieux
les
l'esprit
du chrtien?
lui
Qu un
qu'on ne
a pas
pas
Philosophie o l'on
nom
te
pas
comment
la vrit
peut tre connue, Morale ou Ethique celle o l'on traite des moins. des biens qu'il convient de rechercher, des maux qu'il faut fuir;
il
n'ignore pas, pour cela, que nous tenons notre nature d'un vrai
ci
la
Dieu unique
n'ignore pas
ni la
a faits
son image;
il
connatre Dieu et nous-mme grce qui nous rend heureux en nous unissant lui.
vin, cap
lil
\.
AlA
Il est
L* ASTRONOMIE
donc des sages que la renomme la plus brillante loue d'avoir compris et suivi avec plus de pntration et d'exactitude que tous les autres la pense de ce Platon qu'on met fort au-dessus des autres philosophes paens, et juste titre . Or, parmi les penseurs paens nul ne s'est approch de nous autant que ceuxl 2 . Ils sont donc, parmi les Gentils, les seuls qui mritent de
1
De
la
ressemblance
une trs forte autorit. De bonne heure, les Chrtiens avaient conu cette pense Tout ce que les crits des Paens contiennent de vrai en Thologie et en Morale a t tir des Livres Saints par les auteurs de ces crits. Les emprunts que, sous leurs yeux, le No-platonisme faisait journellement aux dogmes judo-chrtiens taient bien propres les confirmer dans cette croyance. Cette croyance, Tertullien la professe ouvertement. Quel est 3 quel est le sophiste qui ne s'est pas abreuv la le pote, dit-il source des prophtes? C'est de cette eau que les philosophes ont
,
hommes
ils le
vaient dans les crits sacrs quelque chose qui leur convnt,
et le faisaient
dans la divinit de ces livres pour ne les point interpoler. Ils ne pouvaient comprendre aussi bien qu'on le fait aujourd'hui des passages alors obscurs, o se rencontraient des ombres mme pour les Juifs, dont ces livres semblaient tre, cependant, la proprit... Il ne faut pas s'tonner que l'ingniosit des philosophes ait chang le sens de ces vieux textes des hommes issus de la graine qu'ils ont seme ont bien altr, laide de leurs opinions personnelles et pour l'accommoder leurs systmes philosophiques, cette parure nouvelle qui est la ntre le grand chemin qui tait unique, ils l'ont subdivis en une foule de sentiers tortueux qu'on ne saurait parvenir dmler .
;
;
embra-
2.
3.
Op. luud., lib. VIII, cap. IV. Op. laud., lib. VIII, cap. V. Q. Sbpt. Flor, Tertulliani Apologeticus aduersus gnies, cap.
XLVII.
415
aux Minucius Flix, aux Origne, autant d'emprunts faits la Gense par les philosophes paens. Les ressemblances, fortuites peut-tre, mais videntes, que le Time prsente avec le premier chapitre de la Gense venaient renforcer cette opinion des Chrtiens; tandis que la plupart des
philosophes antiques professaient l'ternit d'un Monde incr, les docteurs de l'Eglise tenaient qu'au gr de Platon, le Monde a t
cr et a eu
un commencement, nalum
et
factum
, et ils
admi-
enseignement avec celui de la Bible. Beaucoup d'entre eux ne doutaient pas que Platon n'et t instruit de la doctrine des Juifs Saint Augustin s'explique clairement au sujet de cette supposition. 2 Parmi ceux, dit-il qui sont nos compagnons dans la grce de Jsus-Christ, il en est qui s'tonnent lorsqu'ils lisent ou entendent dire que Platon a conu, au sujet de Dieu, des sentiments dont ils reconnaissent la conformit avec les vrits de notre religion. Aussi quelques-uns d'entre eux ont-ils pens que Platon, au cours de ses voyages en Egypte, avait entendu le prophte Jrmie ou
raient la concordance de cet
;
,
mme
prgrination,
il
Mais une valuation exacte des temps, tire de la chronologie historique, nous indique que Platon naquit cent ans environ aprs l'poque o Jrmie prophtisa sa vie a dur
;
quatre-vingt-un ans
puis
il
s'est
entre l'anne de sa mort et celle o Ptolme, roi d'Egypte, demanda qu'on lui envoyt de Jude les Ecritures prophtiques
des Hbreux
et les
fit
prophte Jrmie, puisqu'il tait dj mort, ni lire les Ecritures, puisqu'elles n'avaient pas encore t traduites dans la langue grecque dont il faisait usage. Peut-tre, cependant, son trs vif
amour de
comme
ne se les serait pas fait crit, comme Ptolme... Mais il se serait fait expliquer verbalement tout ce qu'il pouvait comprendre de leur contenu. A l'appui de cette hypothse, Saint Augustin tablit divers rapprochements entre les enseignements du Time et ceux de la
Bible. Certains de ces
fit
i.
[Link]
S.
A[>f>l(>!/rtiriis contrit
2.
Auhelii Augustini
De
41G
L ASTRONOMIE LATINE
AU MOYEN AGE
pone des ressemblances assez frappantes pour qu'il lui soit difficile d'admettre que Platon ait ignor les livres de Mose . Toutefois, il se garde de toute affirmation et se contente de cette Il importe peu de savoir o Platon a prudente conclusion appris ces vrits, soit qu'il les ait tires des livres que les Anciens avaient composs avant lui, soit qu'il les ait connues de la manire qu'indique l'Aptre Ce qui est [naturellement] connu de Dieu se lit manifestement dans leurs crits, car Dieu le leur a mani fest depuis la cration du Monde, en effet, ses caractres invisibles sont perus par le regard de l'intelligence, au moyen des choses cres; et il en est de mme de sa puissance ter1
: : ;
nelle et de sa divinit
Les savants chrtiens qui sont venus aprs Saint Augustin n'en ont pas toujours imit la prudente rserve pour plusieurs d'entre eux, il est demeur certain que divers philosophes de l'Antiquit
;
en particulier, Platon, avaient lu la Bible et s'en taient inspi2 rs. Jean Philopon n'hsitera pas dvelopper cette pense
et,
Nous l'entendrons
mme
qu'Hipparque et Ptolme ont emprunt Mose l'hypothse du neuvime ciel. Ds l que Platon passait pour avoir tir certaines de ses opinions des livres de Mose, le Platonisme apparaissait comme une philosophie apparente la doctrine de l'glise ce que les Platoniciens avaient tir des enseignements bibliques, les Chrtiens pouvaient lgitimement le revendiquer; ils pouvaient le reprendre en l'inflchissant dans le sens de l'orthodoxie. D'ailleurs, si l'origine biblique de la Thologie de Platon tait douteuse, l'influence du Judasme et du Christianisme sur l'enseignement de ceux qui se nommaient Platoniciens n'tait pas contestable. Le No-platonisme se montrait donc, aux yeux des Chrtiens qui voulaient philosopher, comme la seule secte de la Sagesse paenne avec laquelle il leur ft possible et permis de contracter alliance. Comment et dans quelle mesure cette alliance pouvait tre profitable la manifestation de la vrit catholique, les divers crits de Saint Augustin le mettaient en vidence. Les Pres de l'Eglise, donc, et leurs contemporains, regardrent le No-platonisme comme le seul systme philosophique
;
S. Aurelii Augustini Op. laud., lib. VIII, cap. XII. Joannis Philoponi De opijicio mundi liber primas, cap. Reichardt, Lipsiae, MDCCCXCVII, pp. 4-7.
i.
2.
II; d. (jiualterus
417
de concilier avec le dogme. Jusqu'au milieu du xn sicle, la mme pense devait tre admise sans conteste dans les coles de la Chrtient latine. Jusqu' ce temps, nous l'avons dit, les matres du Moyen Age ne devaient, d'Aristote, connatre que YOrganon parmi les traits o s'taient expli;
ques les Mtaphysiques paennes, ils ne devaient lire que des ouvrages latins crits par des No-platoniciens, par Ghalcidius, par Martianus Capella, par Macrobe ils ne pouvaient donc songer marier leurs croyances chrtiennes une philosophie qui ne se
;
de Platon qu'il ft, d'ailleurs, possible et dsirable d'emprunter au No-platonisme certains de ses enseignements pour jeter plus de lumire sur le dogme chrtien, ils en taient convaincus par l'exemple de ce Denys, qu'ils prenaient pour l'Aropagite converti par Saint Paul; plus encore, et depuis plus longtemps, ils en taient convaincus par l'exemple de Saint Augustin. Aux systmes que le haut Moyen Age a vu natre de l'union du No-platonisme avec le Christianisme, on donne souvent le nom collectif d'Augustinisme aucune dsignation ne sau;
rclamt point du
nom
III
LA PHYSIQUE DE CHALCIDIUS
De
la
et,
particulirement, les
Pres de l'Eglise grecque, pouvaient aisment prendre connaissance en lisant les uvres de ceux mmes qui l'avaient cre. Sans doute
le firent-ils parfois
;
mais souvent
aussi, ils
durent se contenter de
chercher la Sagesse antique dans des livres qui la prsentaient simplifie et rsume, dans des livres crits pour ceux que le xvn e sicle et appels les honntes gens.
Ainsi voyons-nous Saint Augustin, ct de Plotin, de Jam-
comme
platonicien de grande
galement vers dans la langue grecque et dans la langue latine . Or c'est une simple uvre de vul_. irisation que l'uvre philosophique d'Apule. Les trois Livres De dogmate Plalonis sont, comme leur titre l'indique, un expos sommaire de la doctrine de Platon en particulier, le premier livre, consacr la Physique, rsume le Time. Au trait Du Monde,
;
i.
S. Alrelii
lit.
VIII,
cap. XII.
27
PUHEM
LU.
418
l'astronomie latine Al
se
MOYEN AGE
propose de suivre Aristotc, le plus sage et le plus savant des philosophes, et Thophrastc, qui fait autorit . Dans ce trait, il prsente un extrait, concis et vide d'ides, des deux crits du Stagirite Sur le Ciel et Sur les mtores] il y joint une
Thologie o le Platonisme rgne et d'o le Pripattisme a t chass. Ce sont ces trs pauvres ouvrages d'exposition que le plus
Apule
rang que les uvres des crateurs il est vrai qu'Apule tait son compatriote. Saint Augustin nous apprend que les Latins avaient traduit dans leur langue des crits platoniciens, et qu'ils avaient, par l, grandement, contribu la vogue de ces crits. Cette indication nous engage rechercher quelles taient ces traductions latines d'uvres platoniciennes, auxquelles recouraient les Chrtiens peu verss dans la langue grecque. Nous en pouvons citer au moins une, qui semble avoir t consulte par certains Pres de l'Eglise, en attendant qu'elle devint une des sources o le Moyen Age c'est la latin puisera la connaissance de la Philosophie grecque version du premier livre du Time, que Chalcidius avait faite et qu'il avait accompagne d'un commentaire. De la vie de ce Chalcidius, on ne sait rien. Son commentaire est ddi un certain Osius un Osius, vque de Cordouc, prenait part, en 325, au concile de Nicce il est devenu Saint Osius ces deux Osius sont-ils le mme personnage ? 11 est permis de le sup;
mme
apprend que le commentaire de Chalcidius a d tre compos au dbut du iv e sicle en outre, elle nous conduit penser que l'auteur de ce commentaire tait chrtien. La lecture du Commentaire au Time ne confirme pas pleinecroire telle), elle nous
;
ment
Assurment, elle nous montre que l'auteur connaissait fort bien la Bible et que les enseignements de ce livre se prsentaient souvent son esprit. Nous le voyons citer certaines prescriptions de la loi hbraque, remarquer 3 certaines concordances entre la philosophie des Hbreux et celle de Platon, rappeler 4 que, selon
2
i.
S. Aukelii Augustini
Op. laud.,
lil>.
X.
Commeniurius in Timum Plafonis, CCXVII (Fragmenta philosophorum greecorum. Collegit F. G. A. Mullachius, vol. II, p. 226. Parisiis, A. Frmin-Didot, 1867).
'.
cap. IX a. Chalcidii V. G.
4.
Chalcidii Op. laucl., CCL1V loc. cit., p. a35. Chalcidii Op. laud., CLII; loc. cit., p. 2i5.
;
419
du
fruit
de la nommer l'Ecriture (Scriptura). 2 Le trs sage Mose, dit-il encore qu'animait non pas l'loquence humaine, mais, dit-on, l'inspiration divine, enseigne, au livre qui est intitul De la gnration du Monde , que la matire premire a t cre. Ces divers propos semblent rvler, en Chalcidius, un juif ou un chrtien. Ce commentateur, d'ailleurs, parat fort au courant des travaux exgtiques des interprtes, juifs ou chrtiens, de la Gense. A propos d'un verset de ce livre 3 il cite la version des Septante, celle d'Aquila, celle de Symmaque de Samarie, les objections qu'Origne, en ses Hexaples, adressait la traduction de Symmaque une telle rudition semble le fait d'un homme trs vers dans la controverse judo-chrtienne. Mais, aprs qu'il a cit un proverbe de Salomon, Chalcidius Par l, Salomon indique clairement s'exprime en ces termes 4 que le Ciel et la Terre ont t faits sous la prsidence de la Sagesse divine, et que cette Sagesse divine est le principe de l'Univers. Il rsulte de l que la Sagesse a t faite par Dieu, mais qu'elle n'a pas t faite en un temps dtermin jamais, en effet, aucun temps n'a t o Dieu ft sans Sagesse . Cette Sagesse ternelle, mais cre, ce n'est pas le Verbe de Saint Jean, mais la Zoviz. de Philon d'Alexandrie d'ailleurs, quelques lignes plus loin, nous lisons le rom du grand philode la Bible,
lui arrive
1
,
sophe
juif.
C'est
donc de
ici,
celui-ci,
en d'autres endroits, sa pense s'affirme avec une plus grande nettet au sujet de cette Sagesse divine, laquelle il donne plus volontiers le nom de Providence 5 Nous qui suivons la loi divine, dit-il reprenons partir du commencement, et dans un ordre soigneusement arrang, ce que
dius parait,
le disciple;
:
il
me
semble, en
effet,
mme.
Monde
la
En premier
et dirigs
principalement par
Ils le
le
Dieu souPro-
que
les
Grecs
nomment
2.
CCLXXVI; CCLXXIV;
toc. cit.,
toc. rit,,
tii. i4o.
3.
4-
CLXXIV
cl
CLXXV
lor.
cit..
j>.
ziy.
4iO
de l'Intelligence divine; or ce qui est l'acte propre de l'Intelligence est aussi l'Intelligence ternelle de Dieu; l'Intelligence de Dieu est donc l'acte ternel par lequel Dieu comprend. Aprs cette Providence, vient le Fatum c'est la loi que Dieu promulgue harmonieusement la Sagesse intelligente en vue du gouvernement des choses. A ce Fatum, succde ce qu'on nomme la seconde Intelligence, c'est--dire la triple Ame du Monde... Rsumons brivement toutes ces choses, dit encore Chalci;
dius 1
voici
comment
il
faut
comprendre toute
cette disposition
un second
Dieu,
de
comme de la vie temporelle. Le troisime Dieu est la substance qu'on nomme second Esprit ou seconde Intelligence il est comme le gardien de la loi
l'une et de l'autre vie, de la vie ternelle
;
ternelle.
obissent la
Dmons chargs
fait la
d'examiner
loi, le
et
le
Dieu souverain
second Dieu la codifie, le troisime Dieu l'impose; quant aux mes, elles acquiescent la loi. C'est la pure doctrine de Plotin que nous trouvons ici, sous la plume de Chalcidius, comme expression de la pense de Platon, et d'une pense que le commentateur regarde comme dicte par l'instinct mme de la vrit. Ce sectateur de la loi divine , qui parait croire la divine inspi-
dans l'exgse biblique, qui connat les prescriptions lgales des Juifs, et qui, en mme temps, semble admettre pleinement la thorie des processions divines bauche par Philon et complte par Plotin, ce Chalcidius tait-il chrtien? L'hypothse parait, maintenant, fort invraisemblable. Bien plutt serions-nous ports voir en lui un Juif; cette supposition expliquerait l'importance toute spciale que Chalcidius accorde la Loi, dans sa doctrine des manations 2
ration de Mose, qui est
si
fort vers
i.
CLXXXVI;
L'opinion que Chalcidius et son ami Osius taient chrtiens semble probable M. Switalski [13. W. Switalski, Des Chalcidius Kommentar zu Plato's Timaeus. Eine historisch-kritische Untersuchung. Munster, 1902 (Beitrge zur Geschichte der Philosophie des Mittelalters, herausgegeben von Clemens M. Switalski Bauemker und Georg Freih. von Hertling, Bd III, Het VI)] remarque qu'Origne est l'auteur le plus rcent dont il soit fait mention au
2.
421
JuJ
Astronomie et, surtout, de sa Physique; sa science est une synthse du Platonisme, de l'Aristotlisme et du Stocisme dont le commentaire, aujourd'hui perdu, que Posidonius avait compos sur le Tirne, dont les crits d'Adraste d'Aphrodisias et de Thon de Smyrne semblent avoir fourni les principaux lments De l'Astronomie de Chalcidius, nous avons dj dit quelques mots nous en parlerons de nouveau dans un prochain chapitre. Arrtons-nous un instant certaines pages de sa Physique. Chalcidius vient de dfinir la Matire premire, la TXtj aristotlicienne, laquelle il donne, par traduction littrale, le nom de Sylva Notre opinion est donc juste, dit-il 2 Sylva n'est ni feu ni terre ni eau ni air elle est la matire-principe et le premier fondement de tout corps en elle et de sa propre nature, il n'y a
tains Pres de l'Eglise qui se sont inspirs de son
1
. ; :
prouve aisment par la conversion mutuelle des lments les uns dans les autres, et par le changement incessant qu'prouvent leurs qualits. La terre, en effet, a deux qualits qui lui sont propres, la scheresse et le froid. Examinons donc maintenant comment la terre peut, par l'un des cts de sa nature, se convertir en quelque autre lment. Dans l'eau, se trouvent de mme deux qualits, le froid et l'humidit. La scheresse est une qualit particulire la terre et l'humidit est une qualit particulire l'eau mais le froid est une proprit naturelle qui leur est commune. Lors donc que la terre dilate se convertit en eau, sa scheresse se change en humidit, mais le froid qu'elle possdait, et qui est commun la terre et l'eau, demeure en son propre tat il n'est dj plus dans la terre, il n'est pas encore dans l'eau. Il n'est plus dans la terre, dis-je, car ce qui a commenc changer a cess d'tre ten il n'est pas davantage dans l'eau, car, tandis que le changement e1
poursuit Chalcidius 3
on
le
faut cependant
s
il
que ce
il
ne saurait subsister
cri(
que et
laud.
pu tre compote
.'ni
<!
notre
ijet
:
\
.
B W. Switalski, Op,
in
F,
J.
<
<
<
KVetCO wi:
h,,-,
cit.
122
n'existait
dans lequel il soit; et ce sujet ne peut tre que la Sylva, la raison nous l'atteste. L'air, son tour, dirons-nous, possde deux qualits, la chaleur et l'humidit d'autre part, il est certain que l'eau se trouve doue de deux qualits, l'humidit et le froid. Il y a donc deux qualits contraires l'une l'autre, dont chacune est propre Fun de ces corps le froid est particulier l'eau et la chaleur l'air mais l'humidit leur est commune. Lors donc que l'eau se rsout en vapeurs et passe ainsi l'tat d'air, cet air provenant de la conversion de Feau, il se produit un passage du froid au chaud mais l'humidit, qualit commune, demeure, bien qu'elle ne subsiste ni au sein de Feau ni au sein de l'air. Toutefois, il est ncessaire qu'elle soit quelque part; elle sera donc en la Sylva. De mme encore le feu a deux qualits, la scheresse et la chaleur; l'air, comme nous l'avons dit tout l'heure, a la chaleur
sujet
; ;
un
et l'humidit
la qualit
commune
que la scheresse est propre au feu et l'humidit l'air. Lors donc que l'air s'embrase et qu'il est en train de se convertir en la nature du feu, l'humidit passe l'tat de scheresse, mais la chaleur, qualit commune, demeure, bien qu'elle ne rside plus ni dans le feu ni dans l'air mais elle ne peut pas tre nulle part elle est donc dans la Sylva. 11 est clair par l que tout changement d'un corps en un autre nous fait dcouvrir la Sylva, titre de fondement primitif et premier elle est comme la cire molle en laquelle s'impriment divers
la chaleur, tandis
;
; ;
caractres
commun
Dans ce sujet permanent qu'est la Matire premire, un continuel changement de qualits transforme les lments les uns dans ]es autres; cette perptuelle mutation, Ghalcidius nous la dcrit o nous retrouvons, assez fidlement interprte, en ces termes la pense mme de Platon 2 Lorsque le feu se change en air, il se transforme en une sub1 ,
:
Il
que l'essence de ce feu ne saurait rien recevoir en soi qui lui soit contraire mais autour d'une mme essence, se produit un change de choses contraires. La conversion et le changement n'atteignent donc pas Fessence, mais les qualits, dans lesquelles
;
Il
en
est
de
mme
i.
2.
Ciialcidu Op. laud., CCCXXIII; toc. cit., p. 25o. Voir Premire Partie, Chapitre II, I; t. I, p. 3i
:
423
d'essence qui lui soit propre. C'est seulement pour nous confor-
donnons des noms qui dsignent l'essence, alors que nous devrions leur donner des noms appropris la qualit. Toujours, en effet, et sans aucun rpit, ces lments s'coulent en se transformant les uns en les autres peine avonsnous eu le temps de les nommer que quelque transmutation les change on les dirait entrans par quelque torrent qui roule et se prcipite d'un lan que rien ne saurait rfrner. La pense de ce flux perptuel qui, sans cesse, transmue les lments les uns en les autres est une de celles que certains physiciens du Moyen Age et, en particulier, Jean Scot rigne se
mer
plairont contempler.
Pour que ce flux puisse parcourir la suite des quatre lments, il faut que ceux-ci soient rangs suivant un ordre bien dtermin sur le cycle qu'il dcrit; la terre peut se changer en eau, l'eau en air, lair en feu, le feu en terre d'un lment au suivant, le passage est assur par la qualit qui leur est commune le froid prside ainsi la premire transformation, l'humidit la seconde, la
;
;
Le principe de toute cette thorie est tir, par Chalcidius, non de Platon, mais d'Aristote. Aristote avait dj remarqu que deux lments pouvaient avoir en commun une certaine qualit; l'eau, par exemple, est froide et humide, tandis que l'air est humide et chaud; une telle qualit commune constitue ce que le Stagirite nomme un symbole. Le feu et l'eau n'ont pas de symbole les deux qualits du feu, qui sont la chaleur et la scheresse, sont respectivement opposos aux deux qualits de l'eau, qui sont le froid et l'humidit. Lorsque deux lments ont un symbole, poursuit le Philosophe, le changement de l'un en l'autre est rapide; il est lent lorsque les lments n'ont pas de symbole; en effet, il est plus facile de changer imo snile qualit que d'en changer plusieurs. Par exemple, partir du feu, l'air pourra tre engendr, l'lment nltr subissant un changement unique; le feu, en elfet, est chaud
1
;
e1
chaud
l'air
et
humide;
pie la
prendra naissance. De mme, l'air se transformera mi eau, pourvu que le froid vainque le chaud; l'air, <*n effet, est humide chaud, l'eau est froide <'t humide; que la chapar L'humidit, et
i
<
leur se
change
<mi
froid,
et l'eau
<'n
prendra
terre, et
.-
^s
<
De
la
mme
<!'
la
tattTOTBUf De aetieratione
'<!.
</
corruption*,
lil.
cap. IV (MtTOTtui
1)pet*i t
Diriot,
t.
II.
|p,
r 7"#>8
W.
BAlcrr,
roi.
p.
Mi).
424
y a un symbole
l'eau est
humide et froide, la terre froide et sche, le feu sec et chaud. On voit donc que la gnration cyclique est celle qui convient le mieux aux corps simples.
Mais
si
il
ce qu'il a dit ne semble pas que ce soit d'une manire transmutation lments les dans les des uns autres, il l'a de la textuellement emprunt crit qui presque un refltait la pense
pripatticienne
dont nous voulons parler est un petit trait grec intitul De la naissance de l'Univers, Qepl tc xw -rravTo ysysa-to, ou, De la nature de l'Univers, Fkpl x tw TcavTo; selon Stobe ouario. Il est donn sous le nom du pythagoricien Ocellus de Lucanie mais il ne parat gure possible d'en soutenir l'authenL'crit
:
ticit
comme
2
.
postrieur au Sta-
girite,
dont
il
en particulier, cette influence qu'il faudrait attribuer ce que le faux Ocellus nous dit de la transmutation des lments. Extrayons quelques passages de son exposition 3 qu'il semble
C'est,
,
Notre auteur vient de formuler cette proposition que la substance des choses est immuable et perptuelle, car elle ne saurait tre transmue d'un tat pire en un tat meilleur ni d'un tat
meilleur en
un
Dans
la partie
soumise la gnration et la corruption, doit ncessairement se trouver un corps premier qui rside en tous les tres sujets la gnration et la destruction. Ce corps premier, Ocellus le
en des termes tels qu'on y reconnaisse sans peine la matire premire d'Aristote il le montre priv de toute qualit il en Dans ce corps, donne cette dfinition toute pripatticienne toutes les choses sont en puissance avant qu'elles ne soient engendres elles y sont en acte aussitt qu'elles ont t engendres. Avant donc qu'aucune gnration ne se produise, il faut que ce premier tre soit, titre de sujet de la gnration .
dcrit
; ; :
Mais en outre, pour qu'il y ait gnration et corruption, il faut qu'il existe des qualits contraires les unes aux autres. Ces quaStobaei Eclogarnm physicarum lib. I, cap. XX d. Meineke, p. 117. Th. H. Martin, tudes sur le Time de Platon, Paris, 1841 note XXXVIII,
; ;
i.
2. 3
;
tome
II,
p.
i46.
3. De mundo Akistotelis lib. I. Philonis lib. I, Gulielmo Budo interprte. Ocelli [Link], veteris philosophie libellus de universi natura. Annotatiuncul Parisiis. in libellum Aristotelis de Mundo, Simone Gryn^eo authore. In fine Apud Iacobum Bo^ardum, 1542; foll.47? v > 5o, v.
:
425
;
ou vertus sont au nombre de quatre, deux deux opposes ce sont la chaleur et le froid, l'humidit et la scheresse. Il faut enfin des substances en lesquelles rsident ces vertus
diffrent des vertus.
peuvent tre corrompues les unes par les autres les vertus, au contraire, ne peuvent tre ni corrompues ni engendres, car, par nature, elles sont dpourvues de corps... Le feu est sec et chaud; l'air est chaud et humide l'eau est humide et froide la terre est froide et sche. La chaleur est commune l'air et au feu, l'humidit l'eau et l'air, le froid la terre et l'eau, la scheresse au feu et la terre... Selon les vertus
Les substances, en
;
effet,
communes,
se
transmuent selon les vertus qui leur sont propres, toutes les fois qu'une vertu est vaincue par la vertu contraire... Ainsi se font les gnrations et les transmutations des substances les unes en les autres. Mais le corps qui sert de sujet ces changements, le corps qui les reoit est ce quelque chose qui est capable de toutes [les formes], et qui est, en puissance, la premire des choses
tangibles.
ou du feu l'air, ou de l'air l'eau, ou de l'eau la terre. Elles se produisent de l'une de ces substances l'autre lorsque l'une des deux qualits contraires qui se trouvent en ces substances est corrompue, tandis que demeure la vertu qui leur est commune et
donc une gnration toutes les fois qu'il y a disparition d'une rpugnance [entre qualits]. Le feu, par exemple, est chaud et sec, tandis que l'air est chaud et humide la chaleur est commune ces deux corps mais la scheresse es1 propre au feu et l'humidit l'air. Lors donc que l'humidit de l'air l'emportera sur la scheresse du feu, le feu se changera en air . Et ainsi de suite pour toutes les transmutations
qui les rapproche.
Il
se produit
analogues.
Nous reconnaissons sans peine en ces passages du PseudoOcellufl les penses, ef jusqu'aux expressions que Chalcidius a
reproduites.
n est
<!<
plus au Stagirite
il
ni
au prtendu Ocellus,
c'est
au Time
Platon, dont
crit
I'
1rs
tait
t.
H, p.
<<>.<
t.
Tome
pp,
426
Dieu a plac
;
l'air et l'eau
comme
et la terre
mme
que
le feu est
l'air, l'air le
fut l'eau
que ce que
s'est
l'air est
que Ghalcidius
plu inter-
prter et dvelopper
l'existence de
1
.
et la terre,
il
admet
Voulons-nous rechercher quel est l'lment qui avoisine le feu et par quelle runion de qualits il est constitu? Empruntons, tout d'abord, deux qualits au feu, la subtilit et la mobilit ensuite, prenons-en une nous aurons la terre, la privation d'acuit pntrante (pbtusitas) trouv la gnration du second lment, de celui qui rside au-dessous du feu, et qui est l'air; l'air en effet est obtus, subtil et mobile. Considrons maintenant la production de l'lment qui est proche de la terre, c'est--dire de l'eau; prenons, cet effet,
;
;
deux vertus
[corpulenti)
lit;
nous obtiendrons la substance de l'eau, qui est un corps obtus, dense et mobile. Ainsi entre le feu et la terre, l'air et l'eau sont engendrs par l'union de vertus empruntes aux extrmes et, par l, la continuit du Monde est assure. Une proportion gomtrique, dans le rapport qui convient une telle continuit, est ainsi conserve. Le feu est l'gard de l'air ce que l'air est Tgard de l'eau et ce que l'eau est l'gard de la terre et inversement, la terre est l'gard de l'eau ce que l'eau est l'gard de l'air et ce que l'air est l'gard du feu . Ces penses de Chalcidius, nous en trouverons bientt le dveloppement dans un crit de Saint Grgoire de Nysse.
;
Commentarius in Timum Platonis, XXII (Fragmenta i. Chalgidii V. G. phiiosophorum grcoram. Collegit F. A. Mullachius. Vol. II, p. i85. Parisiis,
A. Firniin-Didot, 1867).
427
IV
LES PRES DE L'GLISE ET LA MATIRE PREMIRE.
SAINT RAS1LE.
un problme de Physique qui appelait l'attention des lecteurs du faux Ocellus et de Ghalcidius, c'est assurment le problme de la matire premire. Or, ce problme proccupait aussi, un haut degr, les Pres de l'Eglise. Au dogme chrtien de Dieu crateur de toutes choses, est-il une affirmation qui s'oppose plus brutalement que la thorie pripatticienne de la matire premire, ternelle et dnue de toute cause ? De cette thorie de la matire premire, certains hrtiques
S'il est
Ils
prtendaient,
ukt\
nous
cette
reconnatre la description de la
f
:
dans
y-?j
r,v
axsuaoro;, terra
invisible et
autem
arrangement, qu'tait-ce, sinon la matire premire, dnue de toute forme et de toute figure? On allait mme plus loin, au dire de Saint Ambroise 2 Dans ce verbe v, erat, tait, spar de toute dtermination, on voyait l'affirmation de l'ternit de la matire premire. Voil donc que la matire, que la jXt,, comme disent les philosophes, selon
prive de
tout
. :
l'enseignement
mme
mencement
du dsordre
;
et
du mal qui
se rencontrent
dans
le
monde sublunaire
entendu
3
au
Par
la
l, les
disciples de
Marcion
ils
et
de Valentin 4 s'emparairi
de
du mal qu'admettait leur Manichisme. On comprend que les Prs de l'Eglise grecque comme ceux de
i.
Migue,
J.
I'.
3,
/j.
ffexaemeron t 2 [S. Basilii Opra, iccuranU t. XXIX), coll. ig-3*]. Amuiimmi //[Link]/urrnn liber I. 6D. VII [S. AMBROSII OoT BCCtlltOtC I Migue, t. I, pan [ (PatroloaicB latines t. XlV), coll r35 1S6]. Von Premire partie, cfa XIII, g Vffl et | Xll t. II. m. 3*i-3s3 et SM-367, S. Ambrosm Op, taad.t Ml. I, cap, VIII, <'<i. <if.. col. 139.
S.
Basilii
1
ffomUia If
m
.
t.
(Patroloi grc,
428
l'Eglise latine,
que les Saint Basile comme les Saint Ambroise, aient vivement combattu la possibilit d'une matire premire ternelle, que Dieu n'aurait pas cre, et qu'il aurait seulement informe pour produire le Monde. Si la matire n'est pas engendre, dit Saint Basile
1 ,
digne d'honles
mmes
Ce qui est sans qualit et sans forme, ce qui est la pure privation de forme, cette laideur que rien ne faonne (pour me servir de leurs propres paroles) se trouve mis sur le mme pied que le sage, que le puissant, que le parfaitement beau Crateur et Organisateur de toutes choses . Il semble Saint Basile que la doctrine des philosophes, touchant la matire premire, repose sur une assimilation fausse entre
Tart
hommages.
donne du dehors, et laquelle il se contente d'imposer une forme; ainsi l'art du forgeron a besoin de fer, l'art du menuisier a besoin de bois. Les philosophes s'imaginent qu'il en est de mme dans l'uvre divine que Dieu, pour faire le Monde, n'a pu se passer
lui soit
;
d'un
(offta)
certain
substrat
il
(utcoxsi.|jlvov),
d'une
certaine
substance
laquelle
Ce n'est point ainsi moment mme o Dieu mme temps qu'il en a en harmonie avec cette xoctjjlov evai, xal tw s8et
que l'acte crateur s'est produit. Au a conu le Monde tel qu'il devait tre, en produit la forme, il a produit une matire 'Ojjlou ts svoyjo-sv qttgIov Tiva ypr^Tov forme
dans sa discussion, au fer ou au bois que faonne le forgeron ou le menuisier, Saint Basile songe-t-il que les Pripatticiens lui attribuent seulement l'existence en puissance ? Ne la regarde-t-il pas plutt comme une chose qui existe dj en acte, la faon du fer ou du bois, mais qui, incompltement acheve, attend une forme plus prcise et plus parfaite? Le Pripattisme n'tait plus gure en vogue, et les notions d'existence en puissance et de matire premire, si caractristiques de cette philosophie, avaient t des plus promptes s'altrer et s'obscurcir. Saint Basile, assurment, a, de la matire premire, une ide fort diffrente de
celle qu'Aristote avait conue, fort
i.
2.
cit.
cit.,
429
Il
prend le mot DX) dans un sens trs voisin de celui que nous donnons aujourd'hui au mot matire; il y voit un corps, mais un corps vague et mal dfini. Quant cette matire exempte de toute forme
et
il
Si
vous vous
effor-
un rien-du-tout
pesans'il
Si
le froid, la
en
est,
taine nature
dpourvue de toutes
les qualits et
{xyj8
dont la raison
qptfoiv
mme
r,Tv
[Link]
EpYjjxov
de corps imparfaitement dfini, non dans le sens pripatticien, qu'il faut entendre le mot uXr,, matire premire, si l'on veut comprendre les controverses auxquelles l'ternit de la matire premire donnait lieu au temps des Pres
C'est toujours
dans
le sens
de l'Eglise. Ainsi en est-il de l'objection suivante, que les Manichens opposaient au dogme catholique de la cration de la matire, et que
Saint Grgoire de Nysse nous
fait
;
connatre 2
Par nature, Dieu est simple il est exempt de toute matire (iiXo), de toute grandeur, de toute qualit, de toute composition; il n'est soumis la dlimitation d'aucune figure. Toute matire (Xrj) est comprise dans une tendue de dimensions dtermines; elle n'chappe pas aux prises des organes des sens elle est connue en sa couleur, en sa figure, en sa masse, en sa grandeur, en sa rsistance, en tous les autres caractres qu'on y peut considrer; or, aucun de ces caractres ne se peut concevoir dans la nature divine. Comment donc imaginer que l'immatriel ait enfant la matire, que l'intendu ait engendr la nature tendue? ComCette objection pourrait videmment se rsumer ainsi
;
:
pu crer
En l'nonant sous cette forme, nous comprendrons la rponse, extrmement originale, de Saint Grgoire 3 Dans cette rponse, le
.
i.
2.
S. BaSILII Humilia I in //[Link], 8; d. cit., mil. 21-22. S. Gmoomi Ntmbmi De kominis opi/icio, cap. XXIII [S. Gbioomi
J.
Opera f tecurante
3.
S. (iRfcGORii
Nysskni V Mi^ne, t. I (Patrotogies grcec t. fcLIV), coll. 1094 isl* Nysseni Op. laud., cap. XXJV d. cit., coll. 211-21/4.
;
430
mot matire
mot corps
(<rw|xa)
sont pris
comme
;
syno-
nymes. Toute matire (Xti) est doue de certaines qualits si nous la voulons priver de toute qualit, elle devient, tout aussitt, inconcevable, ainsi que Saint Basile en avait fait la remarque. Au contraire, 4e chaque qualit, la raison (Xoyo) peut sparer la forme (elS) du substrat, du sujet individuel (u7toxei|xvov) o cette qualit se trouve ralise. Si nous considrons, par exemple, un certain morceau de bois ou tout autre sujet individuel qui ait la consistance matrielle (uXlxyj owtowi), nous en dtachons par La grandeur, la abstraction une multitude de concepts (Xoyoi) masse, la couleur, la duret etc. Ces concepts, nous ne les confondons pas les uns avec les autres, et nous ne les confondons
:
pas,
non
Ces concepts,
votJtyi tL cTi,
nous reprsentent
('0 8 Xyo
unes des autres, chacune de ces qualits, la couleur, la grandeur, la rsistance etc., et si nous dtachons chacune d'elles du sujet individuel o elles taient runies, aprs que nous avons form toutes ces vues de l'esprit, il ne reste plus rien du corps ; la raison mme du corps se trouve, par l mme, entirement dissoute;
arrive ceci
Si
les
7c 6
Puisque l'absence de ces choses est, comme nous venons de le dcouvrir, la cause de la dissolution du corps (apia), n'est-il pas logique de supposer que le concours de ces mmes choses
(uXupfj cpo-i) ?
Tandis, en
effet, qu'il
ces proprits n'est corps... Mais inversement, ds l que les proprits dont nous venons de parler viennent se runir, la sub-
xorc
to
vrwrpoov,
owtepy-
8'av a-uvoppnp
Ta elpTipiva,
ttjv
ffcofiaxiXYiv
uirorao-tv
Prises sparment
les
les
diverses qualits
;
purement
est,
intellectuelle
ce sont des
de la matire, l'audacieuse thorie que dveloppe Grgoire de Nysse, fort insoucieux, assurment, de
stance corporelle. Telle
la doctrine d'Aristote.
Ds
lors,
si
les qualits,
431
une forme qui n'a rien de corporel, ne pouvons-nous admettre ceci De la nature incorporelle de
:
En
effet, la
amnent
la gnration
de la nature matrielle
Ta; vo/jT
77,v
Ojv
tt,v
aoopua icp
twv
Ocpta-TtJLXTYj
$uvub, r^
to'jtwv
~po
XXrjAa
rjvGpouri;
uXwY)
oaw
Tcapayo'joTj eI yvat.v .
Dans son crit sur l'uvre des six jours, l'Evque de Nysse avait formul plus sommairement, mais non moins clairement,
cette thorie de la cration de la matire
Dieu peut tout, disait-il en cet ouvrage toutes les choses dont la combinaison constitue la matire (oY wv y\ \j\r\
1
Gomme
La lgret
et la
et la duret, l'hu-
Chacune de ces choses, prise en elle-mme, est notion et pur concept aucune d'elles n'est, par elle-mme, matire mais qu'elles concourent les unes avec les autres, et la
;
"A Tivra
jjtv
Ou yo
Tt
toutwv
LA.
SAINT AUGUSTIN
La thorie
la cration
si
parmi eux, le seul dont le mises par l'Evque de Nysse. Celui des Pres de L'Eglise qui, jusqu' la fin du xu sicle, aura mission de renseigner Les Latins sur
La
matire
premire
t,
i.
S. Gregofui Nysseni
In Jfeaemcron liber; d.
Q -70.
432
l'objet
de longues mditations, dont il s'est efforc, dans un livre de La matire premire y appases Confessions, de fixer le rsultat rat comme le fonds entirement indtermin et peine existant
1 .
utj
pas seulement parce qu'elle est cre alors que la \ikt\ est incre bien que l'existence attribue par Augustin la matire soit une existence amoindrie, trs voielle n'en diffre
;
sine
en puissance dont la considration caractrise la Philosophie pripatticienne en un mot la materia augustinienne est plus voisine de la sylva de Ghalcidius que de la ukt\ d'Aristote. Citons quelques-uns des textes o la pense de l'Evque d'Hippone s'afiirme avec le plus de force et de clart. 2 C'est la matire premire que la Gense dsigne par ces paroles
:
et
incomposita.
mon
me
qui vous
parle? N'est-ce pas vous qui m'avez appris qu'avant que vous eussiez form cette matire sans forme, et que vous en eussiez
distingu
toutes les parties, elle n'tait rien de particulier, ni
un
pur nant (non erat omnino nihil), mais c'tait je ne sais quoi d'informe qui n'avait aucune beaut . 3 ... Pourquoi donc ne croirions-nous pas que, pour vous
accommoder la faiblesse des hommes, vous avez voulu appeler du nom de terre invisible et sans forme cette matire informe dont vous deviez faire un Monde si beau et si admirable?
...
Ma
raison
me
faisait
si
je voulais imaginer
une chose entirement informe, je devais la considrer comme dnue de tout ce qui a la moindre apparence et la moindre trace de quelque forme que ce soit; mais je ne le pouvais pas il m'tait plus facile de croire qu'une chose qui tait sans aucune forme n'tait point du tout que de m'en imaginer une absolument informe, et qui, tant comme un milieu entre le nant et une forme parfaite, ne ft presque rien (qniddam inter formatum et niil, nec formatum nec nihil, informe prope nihil). C'est pour;
2.
Ch.
III.
toc.
433
mon
imagination, qui ne
me
pouvait
reprsenter que des corps tout forms, parce que, pleine de leurs
comme
mmes,
il
lui plait
mon
et
mais considrai de
;
commencer
sais
commenai
Il
ne
est
donc
muables est capable de toutes les formes que ces choses, sujettes au changement, peuvent recevoir Mais qu'est-ce que cette mutabilit?... Certes je dirais, s'il tait permis, que c'est un nant qui, tout ensemble, est et n'est pas; et toutefois, il fallait qu'elle ft en quelque sorte, pour tre capable de recevoir ces formes visibles et si agrables. Mutabilitas enim rerum mutabilium ipsa capax est formarum omnium in guas mutantur res mutabiles. Et luvc guid est?... Si dici potest, Nikil aliguid, et, Est non est, hoc eam dicerem et tamen jam utcumguc erat, ut species cape r et islas visibiles et comvrai que la mutabilit de toutes les choses
positas.
pour dsigner les cratures de Dieu, nomme le Ciel et la Terre, elle entend dsigner, d'une part, les cratures spirituelles, les anges, dont l'existence est, aprs celle de Dieu, la plus parfaite qui soit, et, d'autre part, la Matire premire qui, par son existence attnue, confine immdiatement au nant. Mais d'o cette Matire premire en quelle sorte qu'elle ft, pouvait-elle tenir son origine sinon de vous, de qui toutes choses procdent en tant quelles sont, quoiqu'elles se trouvent d'autant plus loignes de vous qu'elles vous sont plus dissemblables (car ce n'est pas dans le lieu que cet loignement consiste/? Ainsi, mon Dieu, qui n'tes point autre ici et autre l, mais toujours immuablement le mme, qui tes le Saint des saints, le Seigneur et le Dieu tout puissant, par ce principe qui est en vous, par votre Sagesse qui est ne de votre substance, vous avez cr quelque chose ei vous lavez cr de rien... Vous tiez, et il n'y avait nulle antre chose dont vous eussiez pu faire le Ciel et la Terre, l'un qui approche de vous, et l'autre qui approche du nant; l'un qui ni que ous au-dessus de lui, et l'autre qui n'a rien au-dessous d'elle Tu craS) ei aliudnihil unde fecisti cwium et terrant, duo uw<la m nnum prope te, aiterum prope mkil ; unum guo superior tu
Lorsque
la Gense,
1
,
esse*
al tau
<iu(t
i.
[Link]
l-l
Augustin, tac.
I1L,J.
-|
.
oit, Cit.
VII.
Jl.
434
ai.e
...
Mais cet abime primitif n'tait quasi qu'un nant (illud autem prope nihil erat), parce qu'il tait tout fait informe; c'tait nanmoins quelque chose qui pouvait prendre une forme. Ainsi
tolitm
vous avez fait le Monde, Seigneur, d'une Matire tout informe, que vous avez cre de rien, n'tant par elle-mme presque rien (gnam fecisti de nulla re pne nullam rem) pour vous en servir former tous ces grands ouvrages qui font l'admiration des hommes... C'est donc de cette Terre invisible et dserte, de cette Matire informe, de ce presque rien que vous avez fait toutes les
choses par lesquelles ce
pas, ce
Monde o
et
la
pour Matire cette Terre . changent ou invisible dont Cette Terre invisible tait si basse et si informe 2 que, ne pouvant en aucune sorte changer d'une forme en une autre, pour passer du repos au mouvement ou du mouvement au repos, elle ne peut aussi tre assujettie au temps. Mais vous ne l'avez pas
qui, ayant
j'ai parl, s'altrent
,
compter
laisse
en cet
tat,
y et aucun jour, vous avez cr ce Ciel et cette Terre dont j'ai parl. Mais la Terre tait invisible et dserte, et les tnbres taient rpandues sur l'abme. Ces paroles sont dites pour instruire peu peu et par degrs ceux qui ne sauraient comprendre qu'une chose puisse tre prive de toute sorte de forme, sans tre nanmoins rduite au nant, et pour marquer sous ces voiles cette autre Matire informe dont Dieu devait se servir pour former un autre Ciel et une Terre visible parfaitement bien
orne... .
de Saint Augustin dans ses divers commentaires la Gense s'offre constamment lui sous la forme que nous lui avons
;
;
vu prendre aux Confessions elle est le fonds commun, informe et chaotique, que Dieu a cr tout d'abord, et d'o il a tir ensuite, par voie d'information, toute la cration corporelle, voire mme,
peut-tre, les cratures spirituelles.
Dans ces commentaires, Saint Augustin ne donne jamais, sous forme d'affirmations, un enseignement catgorique son intelli;
2.
loc. cit.,
loc. cit.,
LA.
43J
Au commentaire
et
littral
et qu'il
sem-
Par ces noms de ciel et terre, l'Auteur sacr n'a-t-il point voulu dsigner surtout la matire informe de tout l'Univers, qui, par l'ordre ineffable de Dieu, a t transmue en ces natures pourvues de forme et de beaut?... Quelle que soit, en effet, la nature de cette matire, nous ne pouvons pas dire qu'elle n'a pas t cre par lui, car nous croyons et confessons que tout vient de lui... Cette matire est appele ciel et terre, parce qu'elle est comme la semence du ciel et de la terre elle est appele ciel et terre, parce qu'elle est quelque chose de confus et de mlang qui est adapt recevoir les formes que lui donnera l'Artisan
;
divin
C'est
probablement 2
cette
mme
le
nom de
incomposita,
abyssum.
se trouve la matire a
;
pu
tre insinue
elle a
pu
tre
compare une
et cette
nouveau nom de profondeur, parce que son absence de forme ne permet pas que l'intelligence d'aucun homme la puisse pntrer .
n'est-ce pas
de la matire qui nous est expose, cette confusion que les Grecs ont nomme yao? 4 N'est-ce pas encore la mme matire premire qui prend le
la confusion
Et Spiritus Dei ferebatur super aquam ? Le nom d'eau reprsenterait la matire soumise l'opration de l'Artisan; l'eau est, en effet, plus mobile que la terre la matire soumise l'Artisan mriterait donc, pour dsigner l'aisance de l'opration qu'elle doit subir et son mouvement plus facile, de
d'eau dans ce texte
: ;
nom
S.
10.
Auhelii AiGUTiNi
De Genesi ad
Cap.
III,
art.
2.
S. Auhelii Acgubtini Op. laud., S. Aurblii AicLKTiM Op. laud., 4- S. Aurelii Augustim Op. laud.,
3.
n.
12.
arlt. 12 et i3.
436
Il
la matire le
nom
par sa mobilit
corps naissants.
Peut-tre
par ces dsignations successives de terre et ciel, 'abime, de terre, d'eau, faut-il seulement entendre la matire premire des cratures corporelles. Peut-tre aussi devons-nous que ce nom d'eau dsigne la matire de l'universalit croire des cratures, des cratures intellectuelles, des cratures ani1
mes
et
La mme pense se trouve exprime par Saint Augustin dans son commentaire littral achev sur la Gense Que faut-il entendre 2 Faut-il entendre que l'ensous ce nom de ciel et terre! dit-il semble de la cration spirituelle et corporelle a reu ce nom de ciel et terre'l Faut-il l'attribuer seulement la cration corpo: .
de la matire informe de l'une et de l'autre cration? [La matire informe de la cration spirituelle, ce serait] la vie spirituelle telle qu'elle peut tre en elle-mme, lorsqu'elle n'est point encore tourne vers le Crateur c'est, en
terre n'est-il
pas
dit plutt
donne forme et perfection tant qu'elle ne s'est point convertie, elle demeure informe. [La matire informe de la cration corporelle, c'est ce que serait] la cration corporelle si l'on pouvait, par la pense, la priver de toutes les qualits corporelles qui se montrent dans la matire doue de forme, lorsque les corps sont dj pourvus d'apparences susceptibles d'tre perues par la vue ou par les autres sens du corps . La vrit que Saint Augustin s'attache le plus fermement affirmer, c'est que la matire premire a t cre. Nous le lui avons entendu dire dans son commentaire inachev sur la Gense en son trait contre les Manichens, o se trouvent nombre d'interprtations analogues celles que nous venons de rapporter nous lui entendrons dvelopper ce mme enseignement 4 11 est trs juste de croire que Dieu a fait toutes choses de rien bien qu'en elfet, toutes les choses doues de forme aient t
effet,
faites
i.
cette matire
mme
Augustim Op. laud., Cap IV, art. 17. Augustim De Genesi ad litterum lib. 1, cap. Augustim De Genesi contra Manichos
I,
art. 2.
I,
lib.
cap.
VII,
artt.
4.
et 12.
S. Aurelii
lib.
J,
LA [Link]
t faite
PRES DE LGLISE
437
du nant absolu. Nous ne devons point ressembler ces gens qui croient que Dieu n'a pu, de rien, faire quoi que ce soit, parce que les ouvriers et les artisans ne peuvent rien fabriquer
s'ils
ils
fabriquent...
L'ouvrier ne
objet
sant,
;
pas
le bois
avec du bois,
il
faonne quelque
Mais
faite.
le
Dieu tout-puis-
pour produire ce
n'avait besoin
Si
du
pour accomplir
ce serait
voulait faire,
il
se ft aid
un sacrilge de
le croire.
:
cette affirmation
mire, le
Dieu a cr de rien mme la matire preCommentaire littral la Gense ajoute des prcisions.
Ces prcisions joueront un grand rle dans les discussions que la Scolastique chrtienne tiendra au sujet de la nature de la matire
importe donc fort de les rapporter ici. La matire informe, dit Saint Augustin n'est point antrieure dans le temps aux choses pourvues de formes; ce dont tout
premire
.
il
devait tre
fait, et
mme
temps. La voix est la matire des mots, et les mots sont la voix pourvue de forme or celui qui parle ne saurait mettre tout d'abord une voix informe, puis la recueillir ensuite et la mettre
;
mme, Dieu
mire poque,
fait la
il
Mais ce dont une chose est faite prcde, sinon dans le temps, du moins par l'origine, la chose qui est faite. Aussi l'Ecriture a-t-elle pu sparer en des temps diffrents du discours ce qui, dans l'uvre de Dieu, n'tait point partag en poques diffrentes... Dieu a fait
et les
en
mme temps
la matire qu'il a
il
informe
pu
noncer simultanment;
n'a-t-elle
pas d, ds
lors,
nul
fait
avant de dsigner ce qui a t fait au moyen de cela ? Nous aussi. lorsque nous disons matire et forme nous concevons l'une et l'autre en mme temps, mais nous ne saurions les noncer simul:
,
tanment...
Il
rcit,
QOUfl
L'avons
S.
^in*,
Aurilii Augustin! De [Link] mi httrrnm Mb. non tfimpnrf, formnm pMBOedit. Art
raj>.
XV
MfttdHl ori-
438
dit,
Dieu les
en
mme
dans le rcit, avoir une priorit de temps... Soyons donc assurs que cette matire informe, voisine du nant, n'existe que parce qu'elle a t faite par Dieu, et que les choses qui ont t faites de cette matire ont t cres avec
aussi,
elle.
pas besoin d'une longue attention pour le remarquer. Il est clair que l'existence de la matire augustinienne n'est pas une simple existence en puissance; si proche du nant que soit cette existence, elle est dj quelque chose d'actuel. Gela seul explique que la
si
grand
qu'il n'est
Au xm e
sicle
et
au dbut du xiv e
sicle,
il
y aura grande
En
ce temps-l,
VI
les
origines no-platoniciennes
si
profondsi
ment
la notion
celle-ci
lui tait
parvenue parfaitement nette et exempte de toute altration. Mais cette notion qui joue, dans toute la Mtaphysique d'Aristote, un rle si essentiel et, en mme temps, si particulier cette Mtaphysique, n'a pu demeurer bien longtemps telle que le Stagirite l'avait conue. Dj, nous l'avons dit d'aprs M. Albert Rivaud ThojDhraste s'cartait, ce sujet, de l'enseignement de son matre. Plus pleinement encore, les Stociens* avaient oubli le sens qu' Aristote attribuait au mot uXvi pour eux, la matire, la utj, c'tait cet lment auquel les corps doivent d'tre denses et impntrables, tandis que du souffle, du twve'jjjkx, ils tiennent
1
, ;
i.
Voir Voir
t.
I,
pp. 242-243.
.
Premire Partie, Ch V,
IX
t.
I,
pp. 3ai-3o5.
439
manire actuelle d'une matire premire doue seulement de l'existence en puisexistaient tous
titre,
mme
d'une
sance,
il
matire
et la description
dj bien voisine de
donnera l'Evque d'Hippone. Plotin consacre tout un livre, le quatrime, de la seconde Ennade, traiter de la matire premire quel point ce qu'il en dit s'loigne du Pripattisme, nous en aurons dj une ide lorsque nous aurons remarqu que les mots existence en puissance ne se rencontrent pas une fois au cours de ce livre il faut, pour les lire, attendre au livre suivant. la vrit, pour dmontrer que les corps divers admettent un fonds, un support (uiroxe^evov) commun qui demeure, tandis que leurs formes lmentaires se changent les unes dans les autres, pour en conclure que les lments sont composs de matire et de comme le faisait la forme, les Ennades parlent, tout d'abord Physique d' Aristote. Mais bientt, Plotin s'attache tablir une proposition laquelle le Stagirite ne s'tait gure arrt. Non seulement, au gr de l'Auteur no-platonicien, la matire ne possde aucune forme, aucune qualit, mais elle ne possde, par elle-mme, aucune grandeur 2 Mme cela, ce qui est purement et simplement matire doit le tenir d'ailleurs. Ttjv S'TiXt;
;
aXXou vetv.
ne faut donc pas concevoir la matire la faon d'un corps qui aurait longueur, largeur et profondeur, qui serait grandeur, volume (oyxo;), mais qui n'aurait aucune autre qualit, et penser qu'ensuite la forme s'unit ce volume. C'est parce que certains
ont ainsi conu la matire
tifi
comme un volume
la
matire avec
le vide. Cela,
la forme,
lui faut,
en
mme
temps,
Dans
la
K*\
Plotini
EnneadU
//"" lil>.
IV,
Bd. Ambroise
Firmin Didot, Paritis, RfDCCCLV, p. 7/1) y.. Plotdii Enneadi II* Ml, iv, r.*ip. XI;
cit.,
p. 77.
440
svTao-pia
jjlcv
Ce fantme de grandeur gomtrique sera quelque chose qui prcdera le volume, qui prparera la matire premire le recevoir. A ce caractre de la matire premire, Plotin et ses disciples
oyxoj
.
comme condens
la substance
IIpo
dans ses
Ta vorjTa
1 ,
brves
dans cet crit, le disciple de Plotin nous dit del est prive de toute matire premire Elle forme, elle est chanaucun pouvoir veteo, /Aolo, geante, elle est indfinie, elle n'a aTreipOs, SvajjiOs... Elle est l'image et le fantme du volume
cpoppiaL Or,
:
le
volume
C'est
(to Tupw-w;
sv oyxcj>) .
A.o
oS ov,
kW ox ov.
comme
un
celle
du mouvement; mais
jjL-ri
elle est
un vritable non-tre,
ctXk' Xr}[Link]
ov.
Un
tre en
mais un tre en puissance Sous le nom de matire, Porphyre met le non-tre au nombre des lments qui constituent l'Univers par l, il va rejoindre les Atomistes. C'est prcisment pour viter de les suivre qu'Aristote avait, ct de l'existence en acte, conu l'existence en puissance, apanage de la matire premire 2 Ce que Porphyre vient de dire ne fait, d'ailleurs, que rsumer 3 la pense de Plotin Plotin insiste sur cette proposition Puisque la matire premire est, en puissance, tous les tres, elle est elleacte,
; . ;
:
mme un
u
non-tre.
De
ce qu'on
nomme
la matire premire,
est,
en puissance, tous les tres. dire qu'elle est, en acte, quelqu'un des tres? Elle cesserait alors d'tre, en puissance, tous les tres... Mais si elle n'est aucune
si
un non-tre
(|ayi
Comment
en
Plotini Enneades
cum
et
Procu Institationes et Prisciani philosophi Solutiones. Ex codice Sang-ermanensi edidit et annotatione critica instruxit Fr. Dubner. Parisiis, Ambroise Firmin Didot, MDCCCLV. Porphyrii philosophi Sententi ad intelligibilia duccntes,XX\, p. XXXIV.
2.
3.
f
\.
Voir t. I, pp. i5o-i52. Plotini Enneadis II lib. V, cap. IV; d. Plotini Enneadis II lib. V, cap. V; d.
cit.,
cit.,
p. 84pp. 84-85,
441
en puissance, toutes choses elle n'est donc, par elle-mme, aucun tre (p.r 8v 8c ov xafj'a-jTo)... Elle n'est pas quelque chose d'autre que l'tre,
puissance, ce n'est pas telle chose; elle
;
(
comme
et
le
mouvement
;
dans
l'tre
elle est
un non-tre
(evr,
av ojv toto
\lt\
ov) .
Telle
plume de
Plotin ou
de Porphyre
l'existence
en puissance,
qui
n'a
c'est le non-tre.
La matire,
;
encore
Porphyre
est ce
aucun
jjouvoir
o-w)...
elle est
(eXXev.J/t
OVTO).
Que
faut-il
Fabsence de tout ce qui confrerait une dtermination, un terme, une borne, une dfinition. Si par la notion de privation, on entend manifester l'indtermination (to pwrov) de la matire, peut-tre bien atteint-on la propre notion de la matire, encore que ces deux notions [de privation et de matire], tout en ne faisant qu'un dans le sujet, soient distinctes pour la raison . Mais on n'aura mme plus lieu de distinguer les deux notions si, en disant que la matire, c'est la pri tre d'une manire indtermine, vation, on entend dire ceci tre d'une manire indfinie, tre d'une manire non qualifie, Toi oplo-T<.) c'est la mme chose qu'tre la faon de la matire.
faut entendre
:
elvat xal
uXr,
TauTOv
3
.
:
La matire, donc,
-eipov
.
proprement
l'indfini
Ajttj tolvuv t6
Mais
en
mme
temps,
l'insaisisni
sable?
Gomment
prcise?
Ainsi en est-il 4
pour
la vue,
de l'obscurit, qui
est La
supprime tout ce
qui,
semblable
la lumire, est
choses sensibles; ce qui reste, elle ne saurait aucunement le dterminer; elle est alors semblable un il qui regarde dans 1rs
tnbres... Lors donc que, dans le tout, dans
Le
compos,
su j>j>< nt*
,
fcme
puis,
prend
la fois le
support
et toutes les
choses
<ju'il
PORPHYRK, l0C
Cit.
lil>.
lil
2. S.
l\.
Pumai EnneadU
lil.
XIV XV;
d. cit.,
<'<l
<
|>p.
79-80.
il
d. rit
p Ho. p. 76.
.
442
une raison (X6yo) c'est une chose vague qu'elle pense vaguement, une chose obscure qu'elle pense obscurment c'est en ne pensant pas qu'elle la pense (xal vo o vootia-a) . Cette sorte de rve par lequel nous atteignons la notion vapoil
; ;
aime numrer les caractres par lesquels la matire premire chappe toute perception sensible et dconcerte toute imagination. La matire premire n'est accessible qu'au raisonnement non pas au raisonnement qui prend son point de dpart dans l'intuition, mais au raisonnement qui fonctionne vide c'est pourquoi on l'appelle un raisonnement btard.
complat le dcrire.
Il
;
'AXkk
Aoyt-a-jjK^
a>
etperai .
Pour
jjl6
dfinir
nous
fait
entrevoir la
un raisonnement
.
%wpa
entre
la
au jugement d'Aristote, jouait dans la Cosmologie de Platon le rle de matire premire. Mais la matire premire no-platonicienne est quelque chose de plus indtermin que l'espace platonicien elle n'est pas volume, mais fantme de volume
cfuij
; :
%wpa
Ou Totvjv oyxov Set etvat, aAAa cpvrao-jxa yoxou . Elle est l'indtermin en soi elle est vritablement un non-tre, u.t| ov, et, par l, elle vient s'identifier au vide, au xevov des Atomistes. De cet tre
en puissance qu'Aristote avait appel matire, v\y\, elle n'a gard que le nom. Relisons maintenant ces pages loquentes des Confessions o Saint Augustin nous dcrit les vains efforts de sa raison pour saisir la fuyante notion de matire premire. N'y reconnaissonsnous pas, sous l'ampleur du dveloppement, les descriptions que Plotin donnait de cette sorte de rve, de ce Aoytc-jjio v69o qui nous laisse apercevoir la uAti ? N'est-il pas bien clair que la matire premire dont l'vque d'Hippone traite au cours de ses divers ouvrages, c'est la matire premire no-platonicienne, non la matire premire pripatticienne? S'il a pu tenter de christianiser une matire premire, c'est qu'il s'adressait la matire premire de Plotin; celle d'Aristote ne s'y ft pas prte.
i.
Voir
t. I,
p. 37.
443
o Aristote
ne seront gure lus avant Fan 1230. Jusque-l, lorsqu'un philosophe del Chrtient latine, tel Jean Scot Erigne, voudra traiter de la matire premire il se renseignera auprs de Saint Augustin or, la pense que lui transmettra l'Evque d'Hippone, ce sera celle de Plotin, non celle
avant
le
, ;
d' Aristote.
au temps o on lira et commentera la Physique d'Aristote, on ne relguera pas dans un complet oubli l'enseignement de Saint Augustin. Aussi la notion aristotlicienne de matire premire, cette notion qui est comme la cl de vote de la Cosmologie pripatticienne, n'apparatra-t-elle jamais, aux docteurs de la Scolastique, dans sa pure et prcise nudit; toujours, la pense no-platonicienne l'enveloppera. d'un voile qui en dissimulera les
contours.
Mme
VII
LES RAISONS SMINALES SELON SAINT AUGUSTIN
De
tin, il
la thorie
conue au sujet de ce qu'il nommait les raisons causales (causales rationes), de ce qu'on appelle plus volontiers, en usant de la
langue des Stociens,
trines qui soulveront,
les
au
xm
sicle, le
ceux qui prfreront la pense d' Aristote. Pour trouver l'origine de la thorie des raisons sminales, il convient de remonter ce qu'Aristote nous enseigne des doctrines d'Anaxagore.
Comment se peuvent engendrer les diverses parties des animaux et des vgtaux, le bois, les os, la chair etc. ? Tous ces
corps, au gr d'Anaxagore
rduits
',
masses d'une extraordinaire petitesse. L'air, l'eau, les autres corps que nous appelons, tort, lmentaires s'ont, en ralit, des magmas infiniment complexes o se rencontrent en foule (1rs molcules de bois, de ebair, d'os, de toutes les suit stances qui peuvent se former aux dpens de l'air ou de l'eau s'il
en
:
i.
1,
I,
ch. IV ([Link]
187).
Opra
'<!.
t
Di<ljl.
t.
H,
pp.
d, lirkker, vol.
p.
414
nous parat qu'une de ces substances nat aux dpens de l'air ou de l'eau, c'est simplement que les particules, homognes cette substance, qui taient dissmines parmi des particules d'autre nature, viennent se rassembler; selon ce systme, donc, comme le dit Aristote, la gnration est devenue un simple change-
ment
d'tat.
To
un corps naturel, Anaxagore attribuait le nom de germes ou semences (o-TcpjjiaTa). Les Stociens proposaient, du problme de la gnration des choses, une solution moins nave que celle d' Anaxagore.
blables, donneront naissance
1
Le Dieu de Chrysippe est, la fois, Plutarque nous l'a dit 2 Raison (Aoyo;), Providence (Ilpovoia) et Destin (EljjiapjxvTj). Comme Raison, il conoit les choses venir, il a, de chacune d'elles, une notion comme Providence, il prvoit que telle chose natra en tel temps et dans telles circonstances comme Destin, enfin, il la fait natre ncessairement l'instant marqu. La notion que Dieu a de chaque chose est donc comme une semence dont cette chose d'o le se trouvera ncessairement engendre au temps voulu nom de raison sminale (Xoyo aTteppumxo) que lui donnent les disciples de Chrysippe. Mais Zenon et, aussi, Chrysippe, dans son premier livre Sur les dieux (Ilepl swv), dclaraient que la substance de Dieu, c'est le Ciel et le Monde entier 3 . Au lieu de dire, donc, que les raisons sminales d'o les choses venir seront tires par le Destin rsident en Dieu, on peut aussi bien dire qu'elles sont rpandues dans le Monde entier. C'est cette doctrine qu'Atius rsume en ces termes 4 Les Stociens proclament un Dieu intelligent c'est un feu industrieux, qui marche vers la gnration du Monde il embrasse en lui toutes les raisons sminales, en vertu desquelles chaque chose est 'E[ji7rspi'.X7j<po tzolyzcl tou engendre conformment au Destin.
,
; :
(TTrepjjiaTixo
eljJLapjJiviqv
yiveTat .
de chaque chose qui nat au sein de ce Monde se rencontre aussi dans la doctrine de Plotin mais elle y est assez diffrente de la notion de raison sminale (X6yo <rnep ^onrixo) conue par les Stociens.
(Xoyo yevyyiT',x6)
t. II,
Aristote, Trait du Ciel, livre III, ch. III (Aristotelis Opra, d. Didot, pp. 4 ! 5-4i6; d. Bekker, vol. I, p. 3o2, col. 6). 2. Vide supra, p. 297. J- ab Arnim, 3. Diogenis Lartii De vitis... philosophorum lib. VII. i48. Stoicorum veterum fragmenta, 1022; vol. II, p. 3o5. J. ab Arnim, Op. laud., 1027, vol. II, p. 3oo\ 4- Atii Placita, I, 7.
i.
415
convaincu que toute gnration accomplie dans la sphre sublunaire a pour principe l'Ame du Monde mais il prouve de grandes hsitations lorsqu'il s'agit de dire comment
Plotin
est
;
nouveau Mais comment ces raisons produisent-elles ces effets au sein de la matire ? Dirons-nous simplement que l'Ame est cause de toutes les choses engendres, parce que celles qu'elle a engendres tout d'abord engendrent, leur tour, celles qui viennent ensuite? Ou bien la raison [qui est dans l'Ame] a-t-ellc sous sa dpendance chaque action particulire, chaque passion particu.
lire?...
En
sent?
Ou
comme
des
vues de ces
doute.
que comme leurs causes efficientes? Sur ce dernier point, Plotin semble tre parvenu fixer son
Ces raisons 2 qui sont dans l'Ame, sont-elles simplement des
([Link])?
penses
physique qu'elle y accomplit, ce n'est pas une connaissance ni une vue qui la peut faire il y faut une force capable de brasser il ne suffit pas d'une puisla matire (o-jvajxi Tpercruer) tyk uXrj) sance de connaitre, mais bien d'une puissance d'agir. Les raisons gnratrices qui sont dans l'Ame sont donc des puis;
;
mes qui se rangent au-dessous de l'Ame du Monde se les transmettent, comme, de l'une l'autre, les ondes qui se propagent la surface de l'eau se transmettent le mouvement. L'Ame
sances, les
formes
informe
les
Ames qui
un serviteur
ticiTayOcffa
met au
travail
SI
oW-eo
les
contient
raisons, encore
premires
dposes, tout d'abord, dans L'Ame uni celles que vernelle elle peul donc imprimer oVs formel dans la matire. Si hsitante que soil La pense de Plotin au sujet de ces raisons
L'Intelligence a
:
[Link]
EnntadU
II"
l'l>-
I". cap.
III,
XVI; d. Didot,
lit).
C*D.
XVBj
<l- Cil
D,
446
qu'au gr du Philosophe alexandrin, ces raisons ne rsident aucunement dans la matire elles ont leur sige dans l'Ame de l'Uni;
par lesquelles
lui
mes infrieures celle-l elles sont les forces ces mes sont capables de faonner la matire et de
;
imprimer des formes. Ajoutons, pour tre complet, que les raisons gnratrices des mes sont secondes, dans l'accomplissement de leur uvre, par L'homme est engendr parla les influences manes des astres raison gnratrice de l'homme, mais le Soleil collabore cette formation d'un nouvel tre humain. La thorie des raisons causales [causales rationes), telle que Saint Augustin la propose, a plus de ressemblance avec ce que les Stociens disaient des oyoi arap^aTixo qu'avec renseignement
1
.
de Plotin touchant les Xoyot yevvTiTwoL C'est propos de la cration de l'me de l'homme, au sixime jour de la gense du Monde, que Saint Augustin dveloppe l'hypothse qu'il a conue. Il lui rpugne que l'me ait t, ce
ne veut admettre qu'un seul acte crateur, l'origine des temps; et, d'autre part, il regarde comme impossible que l'me ait pu tre tire de la nature matrielle. Voici donc ce qu'il imagine L'me de l'homme a t cre 2 au moment o le premier jour l'a t, et cette me cre est demeure latente au sein des uvres de Dieu, jusqu'au moment o il a plu Dieu de l'insrer dans un corps form du limon de la terre. Mais de ce corps humain, la raison causale se trouvait dj au sein des lments du Monde . En disant donc que Dieu a cr simultanment toutes choses 8 nous ne prtendons pas que Dieu ait cr toutes les substances et
rien, car
il
:
moment, cre de
mais
il
en a cr cer-
du
plus tard,
une matire, la terre, avec laquelle il pt tre form on peut admettre que cette raison est demeure cache dans cette matire comme dans une semence. Ainsi 4 par tous ces tmoignages de la Sainte Ecriture, dont
il
existait aussi
;
Enneadis 11&
lib. 111,
cap. XII;
d.
cit.,
p. 66.
Vide supra,
[S.
S. Aurelii Augustjni De Genesi ad litieram lib. VII, cap. XXIV, 35 Aurelii Augustini Opra, accurante J. P. Migne, t. 111, parsl [Pairologi latinl. XXXIV), col. 368]^ 3. S. Aurelii Augustini Op. laud. cap. XXII, 32; d. cit., col. 367. 4. S. Aubelii Augustini Op. laud., cap. XXV 111, 42; d. cit., col. 371.
2.
t
447
si
nous sommes conduits mettre cet avis Au commencement du temps, Dieu a cr toutes choses, d'abord et tout ensemble de ces choses, il en est qu'il a cres sous forme de natures dfinitivement fondes (naturae condit) il en est d'autres qu'il a cres sous forme de causes poses d'avances (caus prco7idita>). A cet instant, donc, le Tout-Puissant a fait non seulement les choses prsentes, mais encore les choses venir; et aprs les avoir
;
faites,
il
s'est
repos.
N'est-il
Augustin nous expose, en ces divers passages, oifre de nombreux points de ressemblances avec la thorie stocienne des Xoyoi <nzzp[xa-ixoL? N'est-elle
nire
VIII
LES PERES DE L EGLISE ET LA GRANDE ANNEE
La notion pripatticienne de matire premire, ternelle et ncessaire, profondment altre par Plotin, a dpouill, entre
les
mains
de Saint Augustin,
ses
caractres
essentiellement
bohou que Dieu, selon la Gense, cra au commencement. tre ternel, l'Univers tait en mme temps, au dire d'Aristote, au dire de toutes les philosophies paennes de l'Inde et de
la Ghalde,
de la Grce
et
au terme
recommenait une nouvelle vie, toute semblable celle qui venait de s'couler chaque Orand Hiver ramenait un xoxaxXuarpLifc, un dluge d'eau chaque Grand Et tait marqu par une sx-jpwo-'., par un embrasement. Ce qui, dans cette thorie, frappa d'abord les docteurs chrtiens, ce n'en fut pas l'opposition aux dogmes catholiques, mais bien les
de chaque Grande Anne,
;
;
l'embrasement gnral de l'Univers, Saint Clment, disons-nous, voit, dans ces enseignements
d'xTTLipuxn
donn par
les Stociens
i.
S.
lib.
t.
V, cap.
II
I.
artt.
3>-47 [S.
t.
CuIX),
M ign,
(Patrologi grc,
448
aux livres de
Flix,
dans
enseignements des Stociens et des picuriens sur la conflagration gnrale du Monde, dans les allusions de Platon aux vicissitudes de dluges et d'embrasements par lesquels passe
l'Univers, voit
un
reflet
fin
phtes touchant la
C'est encore
e
du Monde
en vue de l'Apologtique qu' Arnobe, au dbut du iv sicle, invoque les traditions des paens touchant les dluges et 2 les combustions qui ont ravag l'Univers Les calamits sont incessantes et terribles, au temps o vit Arnobe les paens y voient des signes du courroux des dieux qu'irritent les blasphmes des chrtiens. Arnobe s'lve contre ces accusations. Les cataclysmes n'ont pas attendu la venue des chr Quand donc le genre humain tiens pour bouleverser le Monde a-t-il t extermin par des dluges d'eau? N'tait-ce pas avant nous ? Quand donc le Monde embras fut-il rduit en braises et en
.
; :
par les chrtiens n'est point la cause des malheurs qui accablent le genre humain, quelle en est donc la cause ? Demandez-le la Physique, reprend Arnobe Qui sait si la matire premire dont les quatre lments ont t forms ne contient pas, enveloppes encore dans les raisons sminales dont elle est pleine, les causes de toutes les misres? Qui
:
sait si les
mouvements des
astres, lorsqu'ils
amnent ceux-ci
cer-
en certaines rgions [du ciel], certaines poques, sur de certaines lignes, n'engendrent pas tous ces maux, si ce n'est pas eux qui imposent ncessairement, aux choses qui leur sont soumises, des sorts varis ? Qui sait si certaines vicissitudes des choses ne s'accomplissent pas en des temps bien dtermins si, comme une mare qui monte et descend, le bonheur n'a pas un flux suivi d'un reflux, en sorte que la prosprit alterne avec les calamits? Qui sait si la lie de la matire, cette terre que nous foulons aux pieds, n'est pas astreinte, par la loi qui lui est impose, mettre des vapeurs trs nuisibles qui corrompent F air, en sorte que cet air corrompu mine nos corps et branle toutes les choses humaines ? Qui sait, enfin et cela n'est pas loin d'tre
tains signes,
;
i. M. Minucii Felicis Octavius, XXXIV. Recensuit et prfatus est Hem. Boenig, Lipsiae, MCM1II; pp. 54-55. 2. Arnobii Adversus nationes libri VIIy lib. I. Recensuit et commentario
critico instruxit
Augustus Reiffersheid. Vindobonae, MDCCCLXXV (Corpus Scriptorum ecclesiasticorum lutinorum, vol. IV) pp. 5, 7, 8, 9, 10.
;
449
un mal pour le Monde? Si, lorsque nous apprcions tous les vnements de la nature par rapport notre propre commodit, nous ne les incriminons pas au gr d'une injuste opinion ? Platon qui occupe, parmi les philosophes, le degr le plus lev, le faite, dclare, en ses commentaires, que ces terrihles dluges et que ces conflagrations universelles servent purger la terre cet homme sage n'a pas cru que cette rnovation des choses
vrai
si
mritt les
noms de
il
comparer une jeunesse nouvelle d'un Monde qui a reconquis sa vigueur premire... Tous ces vnements, qui arrivent la masse de ce Monde, il ne les faut point peser au poids de nos petites commodits, mais au poids des raisons et de l'ordre de la nature entire. L'optimisme d'Arnobe rappelle de fort prs celui de Chalciet vraiment on serait tent de croire que les Plalonis corndius mentarii dont nous parle le premier ne sont que le Commentaire du Time rdig parle second. Nous avons vu 2 qu'Origne (vers 185-253), dans son Trait contre
*
;
exactement des doctrines des Stociens au sujet de la palingnsie lui aussi, d'ailleurs, tait port voir, en l'hypothse du xaTaxXjo-jjio et de YzxTzpiiivi, des emprunts faits la Bible par les philosophes paens.
Celse, rsumait fort
;
Mieux inform des philosophies paennes que Saint Clment d'Alexandrie, que Minucius Flix et qu'Arnobe, Origne voit mieux l'irrductible antagonisme qui existe entre le dogme chrtien et la thorie de la priodicit du Monde. Ceux qui affirment, dit-il 8 l'apparition successive de mondes entirement semblables, gaux en toutes choses les uns aux autres, je ne sais de quelles preuves ils pourraient tayer leur assertion. Si l'on prtend, en elfet, qu'un second monde sera semblable en tout celui-ci, il faudra qu'Adam et Eve y refassent exactement
,
le
mme
dluge
s'y
reproduira
le
Mose fera encore sortir d'Egypte un peuple de six cent mille hommes environ Judas y trahira une seconde fois le Sei;
mme
gneur; une seconde fois, Paul y gardera les vtements de ceux qui lapideront Etienne; il faudra admettre que tout ce qui s est fait dans la vie de ce monde-ci, se refera une seconde fois.
p. 29O. pp. 2N1-2H2. .). ORifiKNis Ilipt ptM)v libriy lib. Il, cap. III, /j-.') [OftMBftl Opra or/inio, (Patrologi grc accurante J. I*. Migne, t. XI) coll. iy2-iy^J.
i.
:
2.
Voir Voir
| VII i VI
t.
I,
t.
I,
I.
DUHEM
T.
II.
J.t
150
Origne ne fausse pas la doctrine de la priodicit du Monde admise par maint philosophe paen; Plutarque, nous l'avons vu en formulait les consquences avec la mme prcision.
1 ,
Or l'Apologiste aperoit du premier coup d'il Un corollaire de cette doctrine, qui la rend inacceptable tout chrtien. Elle est en contradiction avec la croyance au libre arbitre humain. Le pch commis par Adam en ce monde-ci a t une faute volontaire, accomplie librement; si un second monde, semblable au ntre, succdait celui-ci, le nouvel Adam, libre comme le premier, ne saurait tre contraint de commettre la mme faute il serait libre de ne point pcher, de faire en sorte, donc, que la vie du second monde ne ft point l'exacte reproduction de la vie du
;
premier. Voici
Je ne crois pas que cette thorie puisse tre soutenue par une
s'il
que les mes sont conduites agir par la libert du choix, si leurs progrs et leurs chtes doivent tre attribus la puissance de leur propre volont. Les mes, en effet, ne sont pas contraintes d'agir suivant un certain cours qui, au bout d'un grand nombre de sicles, tourne de nouveau dans ce n'est pas l ce qui les pousse faire telle ou le mme cercle mais l o tend la libert de telle chose, dsirer ceci ou cela leur gnie propre, c'est l qu'elles dirigent le cours de leurs
raison quelconque,
est vrai
; ;
actions.
Pour
cette
raison, donc,
Origne
condamne absolument
eux.
la
thorie qui
fait
Ce que disent ces gens, crit-il, ressemble l'affirmation suivante Si, deux fois de suite, on semait dans un champ une mesure de froment, il pourrait arriver que, la seconde fois, les grains tombassent tous exactement de la mme manire que la premire fois, de sorte que les grains de la seconde mesure se trouvassent rpandus dans le mme ordre et aux mmes places que les grains de la premire. Assurment, cela ne peut arriver aux innombrables grains d'une mesure, lors
mme
d'immense dure, on en recommencerait sans cesse la semaille. De mme, il me parat impossible que le Monde puisse tre reproduit de telle sorte que les naissances, les morts, les actions de toutes sortes, y recommencent dans le mme ordre et de la
j>
mme
j.
manire.
Vida supra,
t. IL,
pp. 298-299.
-451
comme
impossible la succesautres.
Il
mondes
admet
qu'il
que l'tat de l'un de ces mondes soit meilleur que l'tat de l'autre en certaines choses bien manifestes, qu'il lui soit infrieur en d'autres choses, quivalent en d'autres encore. L'objection d'Origne contre la priodicit de F Univers a mis en pleine lumire la raison pour laquelle aucune Cosmologie antique ne peut s'accorder avec la doctrine chrtienne. Sous toutes les formes diverses qu'elle a revtues, la Physique hellnique garde une matire immuable la croyance au dterminisme absolu de tous les mouvements clestes, de tous les changements sublunaires est un des lments essentiels de ce fonds constant nulle religion, nulle philosophie qui croit au libre arbitre humain ne pourra jamais accepter les principes essentiels de cette Phyles diffrences
petites,
de
telle sorte
sique.
Dans son
livre intitul
Ilepl
avQptoTrou,
Nmsius,
vque d'Emse, donnait, de la palingnsie stocienne, un expos que nous lui avons autrefois emprunt la fin de cet expos, il
*
;
ajoutait*
rsurrection
ils
comme
de l'Univers
mais
effet,
s'abusent trangement
les paroles
de Jsus-Christ, en
nous enseignent que la rsurrection n'aura lieu qu'une fois, qu'elle ne se reproduira pas suivant une rvolution priodique, mais qu'elle sera l'effet de la puissance volontaire de Dieu.
La sduction que
l'esprit
la doctrine
l'homme, incompatibilit qu'avaient signale Origne. Ce qui l'a frapp, c'est l'impossibilit o se trouve un chrtien d'admettre que le Fils de Dieu s'incarnera une infinit de fois, que JsusChrist aura, de nouveau, souffrir et mouru*. C'est dans son trait De la Cit de Dieu que l'voque d'Hippone examine en dtail la thorie qui fait du Monde un tre ternel el
priodique.
Nous
i.
le
voyons, d'abord,
comme
;
s'il
se prparai!
L'attaque,
Premire fiflrtie, Ch. V, VI t. I, n. l8o, Nbmbsii Bpiscopi Bttanri De natura hotntnii cap. grc, accurnnte J. P, Migne, t. XL, coll. 7'>'.r7 ,, '->):
Voir
2.
XXXW
(Patroloyiic
452
ici
1
Apule
il arrive
de temps
en temps des dluges et des embrasements qui dsolent et dpeuplent une partie de la terre l 2 mentionner ceux qui ne croient pas le Monde ternel, soit parce qu'ils admettent plusieurs
; ,
inondes successifs, soit parce qu'ils tiennent pour l'existence d'un seul Monde qui renat une infinit de fois selon certaines rvolutions des sicles . Enfin, aprs ces
:
l'examen de cette question bien dtermine desquels toutes choses doivent sans cesse revenir au mme ordre et la mme apparence, selon l'opinion de certains
philosophes.
Certains philosophes de ce
monde,
dit-il,
pussent ou dussent rsoudre cette controverse, sinon en considrant un certain cycle de temps au bout duquel toutes choses, dans
la nature, ont toujours t renouveles et rptes
;
ils
ont assur
que, dans l'avenir, la reproduction des sicles couls par les si-
prendre fin soit que ces cycles s'accomplissent en un monde permanent; soit que, dans le monde naissant, les vnements qui viennent et qui apparaissent comme nouveaux reproduisent exactement les vnements du
cles futurs se poursuivrait sans jamais
;
monde mort,
ces deux
mondes
un
certain inter-
mme
qu'elle a
marche vers une fausse batitude pour rtrograder sans cesse vers une misre vritable... Saint Augustin cite alors ces paroles de Salomon dans YEcclsiaste : Quid est quod fuit? Ipsum quod erit. Et quid est quod factum est? Ipsum quod fiet. Et non est omne recens sub Sole. Quis
peru la sagesse
;
loquatur
et dicat
est ?
Jam
fuit in sculis
qu
Dieu ne plaise, poursuit-il, que nous les entendions de ces cycles imaginaires par lesquels ils veulent que se rptent toutes les rvolutions des temps et des choses temporelles Par exemple,
!
comme en
tel sicle,
tains disciples
un philosophe nomm Platon a instruit cerdans une cole d'Athnes appele Acadmie, si
cours de sicles innombrables, on
les
uns des autres par des longs, mais de dure bien dtermine [et toujours
temps spars
mme],
i.
le
mme
Platon, la
mme
Dei
cit, la
mme
X.
cole et les
De
Civitate
lib. XII,
cap.
2.
3.
XI.
453
dans l'avenir, ils se reproduiront encore au cours de sicles innombrables. C'est bien, en effet, de cette manire qu'un Plutarque prsentait la thorie de la Grande Anne platonicienne. A Dieu ne plaise, Une seule fois le dis-je, que nous partagions une telle croyance Christ est mort pour nos pchs une seule fois il est ressuscit d'entre les morts et il ne mourra plus jamais . Nous venons de conter le premier conflit qui se soit lev entre la Physique antique et l'enseignement des Docteurs cathocette premire escarmouche nous marque d'avance les liques caractres de la longue guerre, entrecoupe de trves boiteuses et mal assises, qui, jusqu' la fin du xm e sicle, mettra ces deux adversaires aux prises. Toutes les Cosmologies hellniques sont, en dernire analyse, des Thologies au cur de chacune d'elles, nous trouvons des dogmes religieux, soit que ces dogmes aient t admis titre d'axiomes, de dcouvertes dues l'intuition, comme le veulent le Platonisme et le No-platonisme, soit qu'une analyse, laquelle l'exprience a servi de point de dpart, les retrouve lorsqu'elle arrive son terme, comme le fait l'analyse pripatticienne. Ces dogmes, d'ailleurs, pris en ce qu'ils ont d'essentiel, ils sont les mmes dans toutes les philosophies grecques, ils sont ceux qu'endisciples se sont trouvs rpts
;
mmes
et,
Les
ter-
ne connaissent d'autre changement que le mouvement parfait, le mouvement circulaire et uniforme par ce mouvement, ils rglent, suivant le plus rigoureux dterminisme, la marche de tous les changements dont le monde sublunaire est
;
le thtre.
Or
lois,
la Science
moderne
natra,
:
peut-on dire,
le
jour o l'on
les
La
mme
Mcanique,
mmes
mouvements
clestes et les
mouvements sub-
du Soleil, le flux et le reflux de la mer, la chute des graves. Pour qu'il ft possible de concevoir une telle pense, il fallait que les astres fussent dchus du rang divin o
l'Antiquit Les avait placs,
se ft produite.
il
fallait
La Science moderne
gie
la
Tholo-
du Christianisme.
454
IX
les pres de l'glise et les principes de l'astrologie
o devaient ncessairement se battre les Thologies astroltriques du Paganisme et la Thologie chrtienne, c'est assurment le terrain de l'Astrologie. La thorie de la Grande Anne, d'ailleurs, n'tait que le dogme le plus minent de l'Astrologie les discussions que nous venons de rapporter ne sont qu'un pisode de la grande bataille entre l'Astrologie et le ChrisS'il est
un
terrain
tianisme.
au I, avec quelle fermet, avec quelle unanimit, les Pres de l'Eglise avaient lanc l'anathme sur les pratiques des tireurs d'horoscopes mais ces pratiques, ils ne se sont pas contents de les condamner au nom de l'orthodoxie ils ont entrepris de dmontrer, par arguments philosophiques, qu'elles
dit,
;
Nous avons
taient incapables
elles
se
tar-
guaient.
de l'Astrologie avec autant de pntration que Saint Augustin. Sa discussion dpasse de beaucoup en profondeur celle que Gicron tenait de Pantius et celle qu'Aulu-Gelle empruntait Favorinus. Nous savons par les Confessions que Saint Augustin, dans sa jeunesse, avait prouv de la curiosit pour l'Astrologie judiciaire il s'en tait, d'ailleurs, inform auprs des plus savants auteurs,
l'Eglise,
Des Pres de
aucun n'a
critiqu
les
principes
par exemple, du
l'Astrologie
2
stocien Posidonius,
tait,
qui
tait fort
qui
k la
fois,
philosophe et
logue
un
au jour o s'accomplit une action, dtermine entirement le sort qui attend cet enfant durant sa vie, l'effet que cette action produira nu cours des ans. Il lui avait appris, en mme temps, que ces horoscopes trouvaient leur justification dans l'axiome formul par Aristote au Trait des Mtores ". Pour tout acte accomplir, disaient les astrologues dont l'Evque d'Hip1
i.
'.>.
Vide supra,
i, p. 4o/|.
.'>.
l\.
S. Aurelii Augustini De Civitate Dci lib. V, cap. II. S. Aurelii Augustini Op. laud., ibid. Voir Premire partie, ch. IV, i6/j. ; t. I, p.
:
LA.
4i).'j
ouvrages
1 ,
il
que
domination sur tous les corps terrestres, qu'ils soient anims ou inanims (quia terrenis omnibus corporibus, sive animanlibus, sive non animantibus, secundum diversitates temporalium momentorum, siderum positio dominatur) . D'ailleurs, les contemporains de Saint Augustin identifiaient communment le destin avec cette rigoureuse domination que les astres exercent sur les choses d'ici-bas. Lorsque les hommes 2 entendent parler du destin (fatum), ils ne comprennent, selon le langage habituellement usit, rien d'autre que la force exerce par la position des astres (vis positionis astroritm), par celle qu'ils occupent, par exemple, au moment de la naissance ou de la conception d'un
homme
La
foi
des astres.
Que
matrielles d'ici-bas,
ne
de ces actions
ce quoi
libres des
rait
3
,
lui paraissent
mais
il
ne saurait consentir,
hommes aux
On pour-
une certaine action, mais seulement sur les diverses proprits dos corps ainsi voyons-nous les saisons de l'anne changer selon que le Soleil s'approche ou s'loigne [du tropique] ainsi voyons-nous certaines sortes de choses crotre ou dcrotre selon que la Lune croit ou dcroit tels les oursins, les coquillages et les tonnantes mares de l'Ocan. M;iis les dcisions volontaires de l'me ne sauraient tre, elles aussi, subordonnes aux positions des astres . Ces quelques Lignes sont dignes de remarque elles tracent, en quelque sorte, le plan de la conduite que la plupart <1<< docteurs chrtiens du Moyeu Age tiendront L'gard de l'Astrologie ,jn<liciaire ils laisseront les hommes libres de croire que 1rs astres
les influences astrales ont
; ; ; ;
que
ont pouvoir
sur'
!<>s
transformations
croiront
I*'
<!'
La
;
matire sublunairc
et,
ils
bien souvent,
Dif'U.
ils le
eux-mmes
mais,
ce
<'t
pouvoir,
La
entendront soustraire
libre arbitre
<1<*
L'homme
grce de
i.
?..
S. AuRKi.u s. \i h ki h
[Link]
Op, lattd., Iil>. V, cap. VU, tuGUSTiNi Op, laud. t lib. V, cap. \if,isTi\i Op. iaad., lib. V, cap VT.
\i roi btimi
I
.
436
h ASTRONOMIE LATINE AU
MOYEN AGE
gard cette rserve, Saint Augustin et t dispos ne pas contester avec eux la prtention qu'ils ont de tout soumettre au fatalisme le pousse discuter la lgiti Lorsque les astrologues mit des principes qu'ils invoquent
Si les astrologues avaient
;
'
mmes aux
ils
nous engagent chercher comment on pourrait les empcher d'invoquer cette raison, mme au sujet des corps . Qu'est-ce donc que Saint Augustin va objecter aux principes de l'Astrologie ? Il montrera que la fausset en peut tre prouve par Les mmes causes produisent toujours les mmes cet axiome
:
effets.
Gomment admettre 2
On
ne veut pas remarquer que, pour ensemencer un champ, un certain jour a t choisi, qu'une multitude de grains tombent terre en mme temps, germent en mme temps, puis, aprs avoir lev, sont, en mme temps, l'tat d'herbe, croissent, jaunissent en mme temps et cependant, de ces pis, qui sont, pour ainsi dire, congerminaux , les uns sont attaqus par la nielle, les autres ravags par les oiseaux, d'autres encore coups par les hommes. Pour ces pis qui, sous leurs yeux, ont des sorts si divers, com;
ment
Ou bien
de choses, diront-ils qu'elles sont trangres au destin cleste et ne subordonneront-ils aux astres que les hommes, les seuls tres
donn un libre arbitre ? Cette chappatoire mme ne servirait de rien. Au lieu de raisonner sur des grains de bl, on peut raisonner de mme sur des hommes deux jumeaux ont mme horoscope et cependant, dans bien des cas, quelle diffrence entre les sorts que la vie leur
sur terre qui Dieu
ait
;
;
rserve
frquemment devant
les
comment y rpondait un
cit
cer-
tain Nigidius
surnommer
le Potier (Figulus).
;
une roue de potier avec toute la force possible puis, tandis qu'elle tournait, il en marquait trs vite le bord de deux
lanait
i.
>.
'J.
cit.
lib.
M. T. (Iigeroxis De dioinatione
lib.
lib.
Il,
\.
457
place
;
d'encre
qui
semblaient
le
faits
la
mme
mais
lorsque le
faites se
mouvement
montraient, sur
bord de
la
mme
peu de temps aprs son jumeau qu'il s'en est coul entre les deux fois o j'ai marqu la roue, cette dure correspondrait dans le ciel, qui tourne avec une si grande vitesse, un intervalle beaucoup plus considrable de l, toutes les dissemblances qui se rencontrent entre les murs, entre les sorts de deux jumeaux. A cette rponse, l'Evque d'Hippone oppose, son tour, deux arguments voici le premier Le moment de la conception est assurment le mme pour deux jumeaux; d'o vient donc que, sous la mme constellation
;
'
conu mle et l'autre femelle ? Le second argument marque la pntration d'esprit de Saint Augustin; celui-ci avait clairement aperu la vrit suivante Pour que le dterminisme qui rgit un certain ordre de choses nous permette, en cet ordre, de former des prvisions, il ne sufft pas que les mmes causes entranent toujours les mmes effets il faut encore que des causes peu diffrentes produisent des effets peu diffrents. Car nous n'avons jamais affaire, deux fois de suite, des causes parfaitement identiques en deux cas, si semblables qu'on les suppose, les causes diffrent toujours par de lgres particularits si ces faibles diversits taient susceptibles de dterminer, entre les effets, de trs grandes divergences, nous ne pourrions jamais, de ce qui est advenu dans un cas, conclure ce qui arrivera dans l'autre. Or, si l'on admet la rponse de Nigidius, on doit croire qu'une variation insignifiante dans l'horoscope, telle la diffrence trs faible qui existe entre les horoscopes de deux jumeaux, entrane, fin ns la vie que cet horoscope prtend prsager, non des diffrences lgres et accidentelles, mais des changements profonds
tre
:
et
essentiels.
que cet intervalle de quelques minutes qui peut sparer la naissance de deux jumeaux a trait <le trs petites choses, doni les mathmaticiens n'ont point coutume <le tenir compte? Qui se proccupe le savoir, en effet, quel moment un
Diront-ils*
<les
i.
jumeaux
S. [Link]
S.
s'asseoira,
quel
moment
V, V,
r:ij>.
[Link]>.
il
se
promnera,
que]
2.
lnitrf.. Ml..
VI.
III.
laild.,
lil
458
moment
le sort
dnera et ce qu'il mangera? Mais est-ce de ces riens que nous parlons, lorsque dans les murs, dans tes uvres, dans
il
de deux jumeaux, nous montrons de trs nombreuses et trs grandes diffrences ? Ne parlons que des plus clbres 4 poursuit Saint Augustin, qui choisit l'exemple d'saii et de Jacob. Deux jumeaux sont ns si prs l'un de l'autre que le second tenait le pied du premier; et cependant, si grande fut la diversit de leur vie et de leurs murs, si dissemblables furent leurs actes, si diffrent l'amour de leurs
<(
,
ici
que l'un marchait tandis que l'autre tait assis, que l'un veillait tandis que l'autre dormait, que l'un parlait tandis que l'autre se taisait? Parle-t-on seulement de ces minuties dont ne peuvent tenir compte ceux qui notent, au moment de la naissance, la disposition des astres sur laquelles les mathmaticiens sont ensuite
consults?
La conclusion qui dcoule de l est manifeste Puisque de si faibles diffrences d'horoscope changent ce point la fortune d'un homme, il est illusoire de vouloir appliquer un homme ce qu'aurait pu apprendre l'astrologue l'observation du sort d'un autre homme. Si de pareilles divergences 2 dpendent des quelques minutes qui sparent la naissance des deux jumeaux et ne doivent pas tre attribues aux constellations [telles que l'observateur les peut dterminer], comment, pour des hommes diffrents, les astrologues peuvent-ils, l'inspection des constellations, annoncer de tels vnements ?
argumentation contre l'hypothse de Nigidius, Saint Augustin n'avait point eu la crer de toute pice ses prdcesseurs en avaient trac une premire esquisse.
Cette
;
que
:
La plus
petite, la rjlus
sufft
ce principe,
il
avait oppos le
la
avait conclu en
S'il est
S. Aurelii Augustixi Op. laud., lib. V, cap. IV. Saint Augustin, loc. cit. 3. S. Basilii Homilia VI in Heaemeron, cap. (S. Basilii
i.
2.
Opra, d.
cit.,
t.
1,
coll. i27-i3o).
459
moment
[d'une naissance], et
fait
si
dans cette
qu'on se trompe du tout au tout, sont galement ridicules ceux qui s'adonnent cet art sans fondement et ceux qui, bouche be, vont eux comme s'ils pouvaient connatre
dtermination
ce qui les intresse
Ces critiques de Saint Basile, Saint Ambroise les avait reproduites dans son trait sur l'uvre des six jours
objection, contrle par
le
1
.
Cette
2
.
mme
une observation
Ne nous
tonnons donc pas que Saint Augustin, disciple de Saint Ambroise, ami de Nbridius, les ait reprises.
Au
astrologues
comme
Posidonius,
taient,
en
mme
temps,
;
mouvements des
des
;
astres
n'taient plus,
efficientes
changements
naire
les
comme
les transfor-
mouvement interne de l'Ame du Monde mais cette communaut de cause tablissait une correspondance entre les
le
;
mune
unes et les autres, en sorte que les cours des astres permettaient de prvoir les vnements sublunaires ceux-l taient les signes
;
de ceux-ci.
Saint Augustin avait beaucoup lu Plotin
fort
;
aussi connaissait-il
patticien de l'Astrologie
mais il avait reconnu sans peine que cette modification ne ruinait aucune des objections qu'il avait dresses devant la doctrine de Posidonius; voici ce qu'il crit ce
sujet
4
:
ne
font?
Que
prdit l'avenir et oe
fort Bayants.
d'hommes
Ce n'est p;is ainsi, cependant, que les mathmaticiens ont accoutum de s'exprimer; ils no disent pas, par exemple, que Mars, plac de telle manire, signifie L'homicide, mais bien qu'il
produit L'homicide. Admettons, toutefois,
qu'ils ne
parlent pas
la
comme
rgle
il
faudrait,
qu'il leur
faille
selon
Laquelle
se
doivent
noncer
jugements
qu'ils
//', rf /r/nrron, lilt. IV, Cap. IV, i/j [S. AMRnosn Optra, HCCUi. S. [Link] [PcUrologia* latinn*. t. M\ coll. 194*195]. rente J. P. Migoe, l. I, para a, s. Ai [Link] AuousTiiti Conte ion lib. VII, cap. vi. 3. Voir: Premire partie, Ch. Mil. g VII; t. Il, pp. 3oo-3ia. S. Aurh.11 Aooustini O Cwitnt Oi lih. V, cap. I. /j.
I
| ,
460
jamais rien su dire pour expliquer comment des jumeaux prsentent entre eux, le plus souvent, dans leurs actions, dans leur fortune, dans leur profession, dans leur art, dans les
qu'ils n'aient
dans toutes les autres choses qui concernent la vie humaine, et jusque dans leur mort, de telles diffrences que, sur tous ces points, nombre d'trangers leur ressemblent plus qu'ils ne se ressemblent entre eux ? Et cependant leurs naissances n'ont t distantes que d'un court intervalle de temps, et leurs conceptions, fruits d'un mme acte, ont eu lieu au mme
qu'ils reoivent,
honneurs
moment.
Aprs cette discussion, Saint Augustin est en droit de reprendre son compte le jugement que tous les Pres ont port contre
l'Astrologie
Tout cela bien considr il est juste de croire, puisque les astronomes donnent nombre de rponses tonnamment exactes, que cela se fait sous l'inspiration occulte de mauvais esprits, sou1
,
ces rpon-
ne les ont aucunement tires d'un horoscope qui aurait t not et examin selon les rgles d'un art qui n'existe pas.
X
LES PRES DE L'GLISE ET LA THORIE DES MARES
Nous avons entendu Saint Augustin dclarer 2 que certaines choses croissent ou dcroissent selon que la Lune crot ou dcrot, tels les oursins, les coquillages et les tonnantes mares de
l'Ocan
.
durant les premiers sicles du Christianisme, il n'est pas d'adversaire de l'Astrologie, si dtermin soit-il, qui ne croie pleinement certaines actions exerces par la Lune sur les choses d'ici-bas par l'influence que l'air prouve de la part de la Lune,
effet,
;
En
les
enfin,
et
mensuelle,
i.
2.
Op. laud.,
De
Civitate
Dei
L EGLISE
461
si
mares pousent
le
mouvement
rit
lunaire
ce dernier effet,
manifeste,
empche
que certaines parties des tres vivants augmentent ou diminuent selon que la Lune crot ou dcrot tel le cerveau des animaux, les plus riches en humeur des animaux marins et la moelle des vgtaux . Aux changements de la lunaison, Saint Basile attribue les perturbations de l'atmosphre 2 De mme en est-il des courants alternatifs des dtroits de mme, de la mare de l'Ocan, car les riverains de cette mer ont reconnu que la mare suivait rgulirement les priodes de la Lune . Des phnomnes prsents par les dtroits, notre auteur donne une description confuse et inexacte il croit que la nouvelle-lune y produit une agitation tumultueuse des flots, et que cette agitation se calme la pleine-lune. Plus exacte est sa connaissance du flux et du reflux de l'Ocan. La mer occidentale, dit-il, est sujette aux mares tantt elle dborde et tantt elle rentre dans son lit comme si la Lune, par ses aspirations, la soulevait et la tirait sa suite, puis, en mettant des expirations, la refoulait dans les bornes qui lui sont pro-
admet
pres
OTCL<TCi),
xal
7rXiv to
cerveau des animaux, sur les coquillages, sur les parties molles des vgtaux, sur les perturbations atmosphriques il reproduit, en les altrant quelque peu, les
le
;
Lune sur
crit
tamquam
BASILU Hwiiilia VI in I/ejraemeran, cap. X [S. Hasiui Oprra, nrrnXXIX) coll. i/j3-i44J. P. Migne, t. I (Patrologi <jr<vc<r VI in Heacatmcron, cap. XI; <<!. cit., t. cit., 2. S. [Link] Homiiia coll. i^3- 44 3. S. Ambbosm f/exaetneron lib. IV, can. vu, ?aj el So [s. Annota 0p9ta % accurante J. I*. Mignc, t. I, pars I [PatrologicB lutuur t. XIV), coll. 202-203J.
S.
rante
J.
462
Au prochain
emprun-
XI
LA NOTION DE CRATION ET LA THORIE DU TEMPS
La thorie no-platonicienne du temps tait intimement lie l'hypothse de la Grande Anne. La dure qui spare deux retours au mme tat de l'Univers priodique tait, pour les philosophes,
le vritable talon
de temps. Ce principe essentiel de leur doctrine tombe en ruine ds l qu'on affirme, avec Saint Augustin que ces cycles par lesquels les mmes choses reviendraient priodiquement n'ont pas lieu et, en particulier, se trouvent dmontrs faux par la vie ternelle des bienheureux . Ce n'est pas seulement en niant la priodicit du Monde que la doctrine chrtienne se trouve contredire aux antiques thories du temps elle y contredit non moins formellement en dclarant que
1
,
;
le
Monde
d'Aristote.
Cette philosophie ne
mes par
Les substances dnues de matire, les intelligences, n'ont pu passer de l'existence en puissance l'existence en acte, puisqu'en elles, l'absence de toute matire signifie qu'elles ne sont jamais en puissance d'aucune manire, qu'elles sont toujours en acte; elles existent ternellement et ne peuvent pas ne pas exister elles sont donc ncessaires par nature, en sorte que, pour exister,
;
elles n'ont
cause cratrice
ment.
Toute substance compose de matire et de forme a commenc d'exister en acte pour exister en acte, elle a requis l'action d'une
;
Mais avant d'exister en acte grce cette cause, elle existait en puissance, elle existait dans la matire premire. Cette existence en
i.
S. Aurblii Augustini
De
Civitate
Dei
XIX.
J)E
L GLISK
-463
si
manire actuelle, il serait absurde de prtendre qu'elle a commenc pouvoir tre. Cette existence en puissance, elle ne la tient pas d'autrui, mais de sa propre nature si donc une substance compose de matire et de forme a une cause gnratrice qui Ta fait passer de l'existence en puissance l'existence en acte, elle n'admet pas une cause cratrice qui l'aud'exister d'une
;
commencer
rait fait
La matire premire
le
Il
pour l'acqurir,
Il
elle se
meut. Aussi
mouvement
est-il
ncessaire et ternel.
n'a pas
commenc.
;
prcde d'autres rvolutions de cette mme sphre pas de premire rvolution de l'orbe inerrant.
t
n'y a
au mouvement, et que le mouvement n'a pas eu de commencement, le temps, lui non plus, n'a pas eu de commencement; de mme qu'il n'y a pas eu de premire rvolution de la sphre inerrante, de mme il n'y a pas eu de premier jour. Comme le Pripattisme, le No-platonisme admet l'ternit des tres divins suprieurs la matire et l'ternit de la matire premire. Mais entre l'existence ternelle et l'existence ncessaire, il ne maintient plus ce lien inflexible qu'Aristote avait voulu tale
Comme
temps
est
insparablement
li
blir.
Ncessairement
et
si
*,
vont ensem-
ble... Si
est ncessairement,
ternelle
l\
To yao
xal cl
viyxy^ xal
h.z\
...
cott'
t\
aw
l\ vyxr,, itotov
sar.,
Le No-platonisme enseigne qu'une substance peut exister ternellement sans exister d'une manire ncessaire et par sa propre nature. Seul, l'Un a une existence qui rsulte ncessairement de sa nature, qu'il ne tient que de lui-mme
lo'.ov,
vyxY,; .
il
est vrai,
la
nelle
niais cette
existence,
elles
ainsi, la
Pour
ensei-
gnernent d'Aristote,
i.
existence
et
ternelle
n'est
point
chj.
synonyme
(AMWWTtua
l,
AftiSTOTCua
t
De gnerai ione
t.
Il,
Opera
d, Diclot,
p.
467
d.
II.
|>.
337, cul,
t\
\>
col. a).
464
De mme,
;
disent-ils
si
un
ment, sous ce pied, la trace en serait marque nul ne douterait, cependant, que cette trace ne soit faite par celui qui imprime son pied dans le sol le pied n'existerait pas avant la trace, et la trace, toutefois, serait faite par le pied. De mme le Monde et les dieux qui ont t crs dans le Monde ont toujours exist, comme a toujours exist celui qui les a faits; et cependant, ils ont t crs par lui . Dans ce Monde cr, mais ternel et priodique, il y a toujours
;
eu du mouvement. Il n'est pas de rvolution cleste qui n'ait t prcde par d'autres rvolutions semblables. Ds lors, le temps, il n'y a pas eu de lui non plus, n'a pas eu de commencement premier jour ni de premire Grande Anne. Par cette conclusion,
;
Monde
tient
ils
contredisent gale-
ment aux
le
rent que le
Monde a t
innov, qu'il a eu
;
un commencement que
;
mouvement, lui aussi, a commenc qu'il y a eu une premire rvolution du Soleil, une premire rvolution de la Lune. Les No-platoniciens s'attachaient dmontrer l'impossibilit de telles assertions. Pour rfuter le dogme judo-chrtien, ils lui attribuaient un nonc que nombre de Chrtiens, sans doute, en Le Monde a avaient galement donn ils le formulaient ainsi t cr dans le temps. Par cette proposition, ils entendaient mettre au compte des Chrtiens la doctrine suivante Le temps se droule sans commencement ni fin un certain instant de ce temps infini, Dieu a cr le Monde, de telle sorte que, pendant
;
: : ;
.
Monde
n'existait pas,
finir.
de cet instant,
le
Monde a
exist
pour ne plus
que
Ils lui
Le temps n'a pu prcder le Monde, car, pour qu'il y ait temps, il faut qu'il y ait mouvement, et il n'y avait aucun mouvement avant que le Monde ft, alors que Dieu seul existait. Ils lui reprochaient, en second lieu, de contredire aux perfeccipe.
S. Aurelii Augustini
l.
De
XXXI.
465
tions de Dieu.
Dans
ce
temps
infini
lument semblables entre eux, comment Dieu, pour crer le Monde, aurait-il choisi tel instant plutt que tel autre ? Il ne l'aurait pu
faire
En
l'existence
du Monde
il
a voulu cette
avec la nature immuable de Dieu. Rfuter les objections des No-platoniciens contre l'innovation
du Monde
il
est
rtablit,
un des soucis de Saint Augustin. Pour y parvenir, entre la thorie du temps et la thorie de l'espace,
le Pripattisme.
l'troite
Les No-platoniciens, comme les Stociens, admettent 2 que le Monde a une grandeur borne hors du Monde s'tend un espace
;
infini
cependant,
il
ad homi-
nem
peut,
chrtienne
de
du Monde.
1
Ceux,
dit-il
qui admettent
Dieu a cr le
Monde, mais qui nous demandent en quel temps le Monde a commenc, devraient bien songer ce qu'ils rpondraient cette question En quel lieu le Monde a-t-il t fait? De mme, en effet, qu'on nous demande pourquoi il a t fait tel instant, et non pas auparavant, il nous est loisible de demander pourquoi il a t fait o il est, et non pas ailleurs. Puisqu'ils imaginent, avant l'existence du Monde, une dure infinie, et qu'il leur semble impossible que Dieu soit demeur oisif pendant cette dure, qu'ils conoivent donc aussi, hors du Monde, un lieu (retendue infinie; et si quelqu'un vient leur dire que la toute puissance de
:
et lui,
gnration
de ces mondes au mouvement fortuit dos atomes; eux, au contraire, devront dire qu'ils ont t crs par Dieu qui ne pouvait, leur avis ne pas remplir L'immensit sans borne
et la dissolution
i.
Voir
Premire partie, Ch
V,
t.
I,
pp. Sol
pp. 333-3^2.
2.
S. Aurilii AuotiHTiNi
De
DOHKM.
T.
il.
466
devront croire
galement de ces mondes, comme ils le croient de celui-ci, qu'aucune cause ne les saurait dtruire... La substance de Dieu, ils ne la bornent pas, ils ne lui imposent aucune dtermination, ils ne lui assignent l'tendue d'aucun lieu ils pensent, comme il convient de le faire au sujet de Dieu, qu'elle est partout, tout entire, par une prsence' incorporelle vont-ils donc dire qu'elle est absente de l'immense espace de ces lieux extrieurs au monde, qu'elle occupe le seul lieu o se trouve ce monde-ci, ce lieu si exigu en comparaison de cette tendue infinie? Je ne pense pas qu'ils aillent jusqu' formuler de telles sottises. Puis donc qu'ils affirment l'existence d'un seul Mondej dont la masse corporelle est trs grande, mais qui est, cependant, fini et qui rside, born, en son lieu puisqu'ils dclarent qu'il a t cr par l'uvre de Dieu ce qu'ils rpondent cette question Pourquoi Dieu s'est-il abstenu de toute uvre au sein de ces lieux infinis qui sont hors du Monde? qu'ils se le rpondent euxmmes lorsqu'ils demandent Pourquoi Dieu s'est-il abstenu de toute uvre durant ces temps infinis qui ont t avant le
; ;
;
Monde
?
;
il
pour arrter
un espace
infini
qui environnerait le
Monde
au
nom
de la Physique d'Aristote.
Ce que cette Physique enseigne au sujet de l'tendue finie du Monde, Saint Augustin va l'admettre mais, par voie d'analogie, il en va tirer une thorie de la dure, finie dans le pass, de ce mme Monde Dira-t-on que ce sont conceptions vides que celles par lesquelles on imagine un lieu infini, alors qu'il n'y a pas de lieu hors de ce Monde? Nous rpondrons de mme que ces
;
:
demeur oisif sont des conceptions vides, car il n'y a pas eu de temps avant que le Monde ne ft . Voil l'nonc de la thorie du temps que l'Evtemps couls pendant lesquels Dieu
serait
Avant
la cration
du Monde,
il
telle est
la proposition
que Saint Augustin s'attache tablir, en empruntant Aristote sa dfinition du temps. on pose, avec raison, cette Entre le temps et l'ternit, dit-il
1
,
1.
S. Aurelii Augustini
Op. laud.,
167
Le temps n'existe pas sans un changement qui s'opre par le mouvement, tandis que, dans l'ternit, il n'y a aucun changement. Ds lors, il est vident que le temps n'et point t si une crature n'avait t produite, en Jaquelle quelque chose changet par un mouvement; dans ce changement, dans ce mouvement, des tats diffrents, qui ne peuvent coexister, cdent et se succdent les uns aux autres, et de leurs dures plus longues ou plus
distinction
:
comment
de pr-
tendre qu'il a cr le
c'est ce
que je ne vois point, moins de prtendre aussi que le Monde a t prcd par quelque autre crature dont les mouvements servissent dfinir le cours du temps. Mais les Saintes Lettres, dont la vracit est absolue, disent que Dieu a cr le ciel et la terre au commencement on doit donc entendre par l que Dieu n'avait rien cr auparavant en effet, s'il avait cr un cer; ;
tain tre avant toutes les autres choses qu'il a cres, c'est de cet
Dieu l'a cr au commencement. Ds lors, il n'est point douteux que le Monde n'a pas t cr dans le temps, mais avec le temps (Proculdubio, non est Mundus
tre-l qu'on et plutt dit
:
cum
tempore).
Ce qui est fait dans le temps est fait aprs un certain temps et avant un certain autre temps, aprs le temps pass et avant le temps futur; mais [lorsque le Monde fut cr], il ne pouvait pas
un temps pass, puisqu'il n'y avait aucune crature dont le changement, effet du mouvement, produisit le temps. Le Monde a t ci' avec le temps, si le mouvement, producteur de changement, a t cr lors del fondation du Monde.
y avoir
Ces penses, Saint Augustin les agite derechef en un autre endroit. Il examine, en cette nouvelle circonstance, si les ancres n'ont pas t crs avant le Monde visible c'est ce propos qu'il
;
! :
Comment,
alors,
ne pas dire
qu'ils
ont
toujours
[semper
puisqu'on peut dire sans absurdit que ce qui Q exist de tout temps (omni tempore) a toujours exist? Or, non seulement les anges auraient exist de tout temps, mais ils auraient t
exist,
si
toutefois
Le
temps
commenc
ave<
le
le ciel.
Mais peut-tre
t
temps
i.
n'est-il
ciel el
ai
il
cr avant
Le
S. [Link]
lib.
468
ciel.
form d'heures, de jours, de mois et d'annes ces mesures des dures, qu'on nomme communment et proprement des temps, il est manifeste quelles ont commenc avec le mouvement des astres aussi Dieu, en formant les astres, a-t-il dit Qu'ils servent de signes pour marquer les temps, les jours et les annes. Je parle du temps qui consiste en un mouvement accompagn de changement, mouvement au cours duquel, un tat antrieur, succde un tat postrieur diffrent, parce que ces deux tats ne peuvent coexister si donc, avant que le ciel ne ft, il s'est rencontr quelque chose de tel dans les mouvements des anges, le temps, a exist, lui aussi, avant le ciel, et, ds leur cration, les anges se sont mus dans le temps mais, de cette manire encore, ils ont t de tout temps, puisque le temps a t cr avec eux. Or se trouvera-t-il quelqu'un pour nous dire que ce qui a t de tout temps n'a pas touJe ne parle pas
est
;
du temps qui
Dans ce
du tout
on
peut fort bien prtendre qu'ils ont exist toujours, c'est--dire de tout temps. Nous ne nions pas non plus que le temps ait t
temps a t de tout temps... Puis donc que nous affirmons que le temps a t cr bien que nous disions du temps qu'il a toujours t, parce que, de tout temps, le temps a exist, nous pourrons, sans nier que les anges aient t crs, dire qu'ils ont toujours t car si nous disons qu'ils ont toujours exist, c'est parce qu'ils ont exist de tout temps et s'ils ont exist de tout temps, c'est parce que le temps ne pouvait aucunement tre sans eux. L, en effet, o il n'y a aucune crature dont les mouvements, accompagns de changements, puissent produire un temps, le temps ne saurait aucunement exister . La conclusion de Saint Augustin n'et pas t reue d'Aristote, qui croyait le mouvement ternel, et le temps avec lui; mais
cr, et cependant, nul n'en doute, le
;
deur du Monde est finie, il t-il, le rpter de la dure de F Univers il et alors t conduit la thorie du temps que propose lEvque d'Hipponc et par laquelle il vite les prin;
tablir
que
la gran-
cipales
l'innovation
du
Monde.
11
S'il
Monde
(W
avec le temps,
il
dans
le
temps,
qu'avant la
temps s'tait coul. Alors revient cette difficult A un temps pendant lequel Dieu ne voulait pas que l'homme ft, a succd un temps pendant lequel le Crateur veut l'existence de l'homme, ce qui suppose un changement dans la volont du Dieu immuable. il Cette difficult, Saint Augustin ne la mconnat pas la
certain
;
regarde, la
dit-il
fois,
comme
invitable et insoluble.
ait,
Que Dieu,
au bout d'un certain temps, voulu crer l'homme qu'il n'avait pas voulu crer auparavant, et qu'il n'ait point, cependant, chang d'avis ni de volont, voil qui est bien profond pour nous . L'argumentation de Saint Augustin ne parvint pas convaincre les philosophes paens que le Monde ait pu avoir un commencement. Contre cette opinion, Proclus se fit l'avocat du No-platonisme. 11 rassembla tout ce que Porphyre et ses successeurs avaient object contre la thorie de l'innovation de l'Univers il runit ainsi, en faveur de l'ternit du Monde, dix-huit arguments; le texte de ces arguments nous a t conserv par le trait o Jean Philopon s'attachait les rfuter 2 Tout ce que la Philosophie no-platonicienne a pu opposer au dogme judo-chrtien de la cration se retrouve dans la plaidoirie de Proclus. La cause de l'Univers, est-il dit au quatrime argument 3 doit tre immobile. Si elle se mouvait, en effet, c'est qu'elle passerait de la puissance l'acte, d'un tat imparfait un tat plus parfait elle ne serait donc pas absolument parfaite. Or une cause immobile ne peut produire qu'un effet ternel elle ne saurait, en effet, passer de l'inactivit l'activit, ce qui supposerait en elle un changement, un mouvement. Dieu doit toujours se comporter de mme manire, rpte le
ait
dix-huitime argument 4
et tantt crateur;
ne peut tre tantt non-crateur l'uvre cratrice n'a donc pu avoir de com;
il
mencement.
Laissons de ct ces arguments qui se rsument en cette affinna-
S. Alrelii Auoustini Op. laud., lih. XII, cAp. XIV. Ioannes PhiLOPOMJI D (vtermtutr mundi ronfru Produm, Kdidil HllffO Rabe Lipsi, MDCCCXCIX. <l 3. Joannis Philoponi Op. laud., liztMu biv.o/ov )ovo; tivmTt, <"it
i.
2.
pp. 55-56.
I\.
cit.,
pp.
i70
tion
La croyance l'innovation du Monde suppose Dieu capable de changement. Venons au cinquime argument Si le temps existe avec le ciel et le ciel avec le temps, le ciel n'existe pas lorsque le temps n'existe pas, et le temps n'existe pas lorsque le ciel n'existe pas. Mais il n'est pas arriv que le temps ne ft pas, et il n'arrivera pas que le temps ne soit pas. Il est arriv que le temps ne ft pas, c'est une proposition toute semblable Il a t un temps o le temps n'tait pas (El yp yjv ots celle-ci
:
o'jx
r,v
ypvo,
le
to;
eoixev
ot
oox
yjv
ypovo
tjv
ypovo)...
Assur-
temps est toujours. Mais le ciel existe avec le temps et le temps avec le ciel, car le temps est la mesure du mouvement du ciel comme l'ternit est la mesure de la vie qui vit par elle-mme... Le ciel existe donc [toujours] comme le temps, puisqu'il est engendr avec le temps, puisqu'il n'est engendr ni avant le temps ni aprs le temps il a t, il est et il sera, comme on dit, de tout temps. Cet argument est bien celui que Saint Augustin avait dclar mal fond. Jean Philopon le dclare aussi, mais sa discussion n'a pas la pntrante prcision que l'vque d'Hippone savait mettre en ses analyses. Dans ces locutions quand le temps n'tait pas, quand le temps ne sera plus, il conteste 2 que le terme quand (ttots) dsigne un temps. Lors donc qu'on dit quand le temps n'tait pas, ou quand le temps ne sera plus, par ce mot quand, on ne dsigne pas un autre temps dans lequel le temps n'tait pas encore ou dans lequel le temps ne sera plus on marque simplement que le temps n'existe pas toujours et qu'il n'existe pas, non plus, jamais . En disant 3 Il arrivera un moment (ttot) o le temps ne sera pas, on ne doit pas, par ce moment (tuots), entendre un temps, mais bien le terme du temps (tou ypovo-j rapa), terme partir duquel le temps cessera d'tre. De mme, en disant A un certain moment (ttots), le temps a t engendr, et il n'a pas exist de toute ternit, on doit entendre par l le commencement (py/j) du temps, le premier point (o7j|jLeIov) ou l'instant (to vjv) partir duquel il a commenc d'exister. C'est bien la pense de Saint Augustin mais, pour la rendre accessible aux Pripatticicns, l'Evque d Hippone empruntait une comparaison la Physique d'Aristote ce temps fini dont le comment, donc,
; :
nooV.>.ou [kiaioyov ^yo np-nroq; d. cit., i. Joannis Philoponi Op. laud., pp. io3-io4 2. Joannis Philoponi Op laud. f Avcrt zo 7rsu7r?ov Io^otj, $' ; d. cit., p. 106. 3. Jean Philopon, loc. cit., y'; d. cit., p. 108.
LA.
471
mencement n'a t prcd par aucun temps, il le comparait au volume de l'Univers, born par une surface sphriquc au del de
laquelle
il
d'Alexandrie ne
point usage
il
tait,
cependant, en droit de
il
comme
les Pripatticiens,
admettait qu'au1
.
cun espace ne s'tend au del de la sphre ultime Comme les Pripatticiens, Philopon admettait que le Monde born occupe, cependant, tout l'espace d'une manire toute semblable, tout en affirmant que le Monde a commenc, il accordera Le Proclus que le Monde a dur et durera de tout temps 2 Monde existe de tout temps, bien que l'existence du temps ait eu
;
un commencement
uval
yji 6 y^ovo).
Par
l, le
.
Monde
est
XII
LA MESURE DU TEMPS SELON SAINT AUGUSTIN
Les considrations par lesquelles Saint Augustin nous veut faire concevoir que le temps a pu commencer sont, nous l'avons remarqu, tout imprgnes d'esprit pripatticien
;
elles construisent,
du temps, une doctrine semblable celle qu'Aristote a donne du lieu cela ne veut dire en aucune faon que l'Evque d'Hippone conoive le temps de la mme manire qu'Aristote celui-ci, en effet, traitait du temps, dans sa Physique, tout autrement qu'il n'avait parl du lieu. Nous ne nous tonnerons donc pas de voir Augustin, dans ses Confessions, mettre, au sujet de l'opration par laquelle nous mesurons le temps, des opinions que le Stagirite n'et point
;
;
avoues.
temps?
et
Si nijl
ne
me
le
demande,
je le
sais. Si
on
sais plus.
si
Quid
me
le
demande
est
que je
le veuille expliquer, je
ne
le
;
ergo tempus? Si
nemo ex me qurat,
scio
C'est par cette profonde parole qu'Augustin ouvre sa mditation sur la nature du temps Certains philosophes, exagrant la pense d'Aristote, disaient*
i.
2.
Voir Premirre partie, Ch. V, XII t. I, p. 319. JoANNis Philoponi Op. laud., Avvt; -oj -cvrtxai^[Link] )6yov, y'; d.
:
cit..
7' d. rit.,
j.
Sl8.
Augustin, Confessions,
:
XI, ch
|
XIV.
t.
Voir
Premire
pnrtie,
rli.
JV,
VIII
I,
p.
187.
472
Le temps, c'est le mouvement de rotation du Ciel; et Thmistius jugeait que leur opinion n'tait point draisonnable. Porphyre voulait, lui, que chacune des rvolutions des corps clestes ft un temps chaque astre a ainsi son temps particulier autre est le temps du Soleil, autre le temps de la Lune, autre le temps de Vnus, autre le temps de chacun des mobiles c'est pourquoi, chaque astre, correspond une anne diffrente. Mais il est une anne qui embrasse toutes les autres . Cette Grande Anne, priode commune de toutes les rvolutions clestes, constitue le temps parfait. A de telles dfinitions du temps, Saint Augustin ne souscrit
1
;
pas
2
:
J'ai
Les mouvements de la
Lune, du
tomb d'accord,
Pourquoi, en
ne seraient-ils pas aussi cieux s'arrtent et qu'une roue de potier continue de tourner n'y aurait-il plus un temps l'aide duquel nous mesurerions ses tours, laide duquel nous dirions qu'ils se font tous en des dures gales, ou bien, si les uns taient plus vites et les autres plus lents, que ceux-ci durent davantage et ceux-l moins?... Les luminaires clestes sont des signes destins marquer les temps, les annes, les jours c'est vrai mais, tout en me gardant de dire qu'un tour de cette roue de bois est un jour, je n'irais point prtendre que ce n'est pas un temps... Qu'on ne vienne donc pas me dire Les temps, ce sont les mouvements des corps clestes. Aprs qu' la prire d'un homme, le Soleil se fut arrt, afin que cet homme pt poursuivre sa victoire, le Soleil tait arrt, mais le temps marchait; Sol stabat^sed tempus ibat. Mais approfondissons. Le jour est accompli lorsque le Soleil achve son tour d'Orient en Occident. Je demande alors Est-ce le mouvement mme du Soleil qui est le jour, ou bien la dure (mora) pendant laquelle ce mouvement s'accomplit, ou bien l'un et l'autre? Mais ne voit-on pas que le jour ne saurait tre la rvolution mme du Soleil? Nous concevons parfaitement que le Soleil pourrait marcher vingt-quatre fois plus vite, que sa rvolution serait
; ;
mouvements de tous les autres corps des temps? Que tous les luminaires des
i.
Voir
Premire
2.
473
non d'un jour, et qu'il faudrait vingt-quatre telles rvolutions pour faire un jour. Le jour, ce ne peut tre, non plus, l'ensemble de la rvolution du
alors d'une heure et
Soleil et
de sa dure. Alors, en
fois
effet,
si
le Soleil se mettait
tourner vingt-quatre
lution.
plus
vite,
Le jour, ce
n'est
aucunement
la rvolution
du
Soleil
c'est
une
Le temps est donc quelque chose d'autre que le mouvement des corps Tout corps se meut dans le temps. C'est par le temps que nous mesurons le mouvement des corps, que nous disons si, de son commencement sa fin, un mouvement a dur plus ou moins. De cela, Aristote ft tomb d'accord mais il et ajout que cette mesure rside en un certain mouvement, qu'elle est un attribut de ce mouvement. C'est ce que Saint Augustin ne lui concde pas le temps est si peu inhrent un mouvement, qu'un mme mouvement peut tre reproduit avec des dures variables nous pouvons faire que la dclamation d'un mme vers dure plus ou moins longtemps on ne peut donc pas dire qu'un mouvement donn soit compris dans une mesure de temps dtemine . Le temps n'est point li aux mouvements des corps nous mesurons ces mouvements l'aide de quelque chose qui rside ailleurs. Par l, il m'apparat que le temps est une certaine extension. Mais extension de quoi? Je l'ignore. Il serait trange que ce ne ft pas de notre propre esprit. Inde mihi visum est, nihil esse aliud tempus qaam distentionem; sed cujus rei, nescio; et mirum si non ipsius animi. O donc le temps existe-t-il ? C'est la question que cette phrase pose et dont elle fait entrevoir la rponse. Et cette question, son tour, en suppose une autre Le temps existe-t-il, et com1
.
ment?
le
pass et
le futur,
comment
peuvent-ils
exister,
puisque
le
le futur n'existe
s'il
pas
pr-
tait
toujours prsent,
ne devele
faut
que
sa production consiste a se
transit).
en
i.
pass
(ideo
fit
gt ta
in //[Link]
1. 1.
2.
474
pourrions-nous dire d'une chose qu'elle existe alors que la cause qui la fait tre est aussi celle qui fait qu'elle ne sera pas ? Nous ne
pouvons donc dire avec vrit que le temps existe, moins d'entendre par l qu il tend ne pas exister. (Ut scilicet non vere dicamus tempus esse, nisi quia tendit non esse). Et cependant nous profrons, au sujet du temps, des affirmations qui supposent l'existence, une existence stable et saisissable. Nous disons qu'un temps est long ou court, qu'il est plus long ou
1
,
Mais comment ce qui n'existe pas peut-il tre long ou court? Or le pass n'existe plus, le futur n'existe pas encore . Quant au prsent, si l'on prtend qu'il existe, du moins doit-on reconnatre qu'il n'a pas de dure.
plus court qu'un autre temps.
Ecoutons de nou-
2
.
mon
attention ne soit
mon
veux savoir o ils peuvent exister. Que si je ne suis pas encore en tat de le dire, je suis certain, cependant, qu'en quelque lieu qu'ils existent, ils n'y existent ni sous forme de passs ni sous forme de futurs, mais sous forme de prsents [scio tamen nbicumque sunt, non ibi ea fuhira esse, aut prseterita, sed prsentia). S'ils y existaient, en effet, sous forme de futurs, ils n'y seraient pas encore et s'ils y existaient sous forme de passs, ils n'y seraient plus. En quelque lieu, donc, que
Si les passs et les futurs existent, je
;
de choses passes, ce que le narrateur tire de sa mmoire, ce ne sont pas les choses qui sont passes, mais des mots conus d'aprs les images de ces choses, images qu'en passantpar nos sens, elles ont graves dans notre esprit comme des empreintes. Mon enfance n'est plus elle est dans le pass qui n'existe plus mais lorsqu'il m'en souvient et que je la raconte, j'en vois
fait
un
rcit fidle
ma
mmoire...
;
Souvent nous prmditons nos actions futures cette prmditation nous est prsente, tandis que l'action que nous prmditons n'existe pas encore, car elle est future. Ce qui est maintenant 3 coulant et clair, c'est que les passs
i.
2.
3.
1.
1.
1.
475
Trois temps existent, le pas s'exprimer avec proprit que dire pass, le prsent et le futur. Mais peut-tre pourrait-on dire proprement Trois temps existent, le prsent des choses passes, le
:
La mmoire prsente des choses passes, la ne vois point vue prsente des choses prsentes, l'attente prsente des choses futures. Nec proprie dicitur : Tempora sunt tria, prteritum, prTempora sunt sens et futurum. Sed for tasse proprie diceretur tria, prsens de prteritis, prsens de prsentibus, prsens de futuris. Sunt enim hc in anima tria udam, et alibi ca non video : Prsens de prteritis memoria, prsens de prsentibus contuitus, prsens de futuris expectatio. C'est donc dans l'me, et grce l'attention, que les trois sortes de temps reoivent une existence vritable et persistante. Comment le futur Ainsi s'explique la continuit du temps peut-il diminuer et se consumer, puisqu'il n'existe pas encore ? Comment le pass peut-il crotre, puisqu'il n'existe plus? C'est l'esprit qui agit en cela, et cela se fait parce qu'il y a, en lui, ces Il attend, il fait attention, il se souvient. Par trois oprations l'intermdiaire de ce quoi il est attentif, se fait le passage de ce qu'il attend ce dont il se souvient. Les choses futures n'existent
: 1
.
Les choses passes n'existent plus, qui le nierait? Toutefois, la mmoire des choses passes est encore dans
est
l'esprit.
dans
Le temps prsent manque d'tendue, il passe en un instant, qui le nierait? Et cependant, elle dure d'une manire persistante, cette attention par l'intermdiaire de laquelle ce qui arrivera sera capable de poursuivre son cours dans ce qui a cess d'tre (Sed tamen perdurt attentio per quam pergat abessr
l'esprit.
quod
aderit)...
un psaume que
je sais
par cur.
commence, mon attention s'tend au psaume tout entier. Une fois que j'ai commenc, tout ce que j'enlve cettr attente pour le mettre dans le pass vient s'tendre dans ma mmoire la vie de mon action s'tend donc la fois bous forme
Avant que
;
de mmoire, raison de ce que j'ai dj dit, et BOUS forme <1 attente, raison de ce qui me reste dire; mais mon attention
et
il
faut
que ce
<jui
est A
venir
I.
476
la traverse
pour devenir pass. Plus j'avance, et plus l'attente s'abrge, tandis que la mmoire s'allonge d'autant; l'attente, enfin, est en entier consume quand l'action, acheve, a pass tout entire dans la mmoire. L'existence et la continuit du temps sont donc uvres de notre esprit qui peut, dans une mme opration durable et persistante de l'attention, embrasser des choses passes et des choses venir. C'est de ce temps dou par notre esprit d'une existence vritable qu'on peut dire il est long, ou bien il est court. Le temps futur, qui n'existe pas, ne peut pas tre long mais un long temps futur, c'est une longue attente de l'avenir. Le temps pass, qui n'est pas, n'est pas long non plus mais un long temps pass, c'est une longue mmoire du pass. C'est donc dans l'esprit, et dans l'esprit seulement, que le temps est mesurable Ce vers latin Dens creator omnium,
:
compos de huit syllabes qui sont alternativement brves et longues... Chaque longue dure deux fois autant que chaque brve... Autant qu'une chose peut tre manifeste aux sens, je mesure la syllabe brve au moyen de la syllabe longue, et je trouve que celle-ci prend deux fois autant de temps que celle-l. Mais elles rsonnent l'une aprs l'autre; si donc je prononce la brve
est
comment
longue la contient seulement deux fois?... La longue elle-mme, elle n'est pas prsente lorsque je la mesure, car je ne la mesure pas avant qu'elle ne soit acheve. O donc est la brve avec laquelle je mesure ? O donc la longue, que je mesure?... Ce que je mesure, ce n'est pas, ds lors, ces syllabes qui ne sont plus mais je mesure quelque chose qui est en ma
mmoire,
et qui
y est
^\\e
et
in
memoria
infixiim manet).
donc en toi, mon esprit, que je mesure les temps... L'impression que les choses font en toi lorsqu'elles passent, et qui demeure aprs qu'elles ont pass, c'est elle que je mesure alors qu'elle est prsente, et non pas ces choses qui,* pour produire cette impression r ont d fuir dans le pass... Voil ce que sont les dures [tempo r), ou bien il faut dire que je ne mesure pas les
dures.
i.
1.
XI, ch.
XXVII.
477
Le marchand qui veut vendre une quantit dtermine de vin prend une mesure c'est un vase rigide, de capacit connue puis il y verse du liquide jusqu' le remplir. Saint Augustin s'applique montrer que notre attention opre de mme l'gard des
;
fixe,
puis remplir
choisi d'avance.
quelqu'un veut mettre un son d'une certaine dure et fixer par une mditation pralable quelle en sera la longueur, il rend tout d'abord actuelle, dans le silence, cette tendue de temps
Si
'
spatium temporis in silentio) la confiant alors sa mmoire, il commence mettre un son qui rsonne jusqu' ce qu'il soit parvenu au terme fix d'avance. Nous connaissons maintenant le rsultat des mditations de Saint Augustin sur la mesure du temps. La possibilit de cette mesure repose, tout entire, sur une aptitude de notre esprit. Dans les choses qui passent, notre esprit peut dcouper un ensemble d'vnements successifs, et saisir tous ces vnements dans une mme attention prsente par l, il leur donne une existence intellectuelle persistante, permanente, dont ces vnements sont privs au dehors. Lorsqu'il mesure des dures, notre esprit compare entre eux, en vrit, de tels ensembles rendus fixes et pr(agit
;
sents.
Un
sicle
le
philosophe
Damascius enseignera, dans Athnes, une thorie du temps que son disciple Simplicius adoptera et nous transmettra 2 De cette thorie, l'ide essentielle sera condense dans cette phrase C'est notre intelligence qui prend et runit en un seul tout, qu'elle regarde comme prsent et qu'elle dfinit dans une ide unique, une certaine mesure de temps, telle qu'un jour, un mois ou une anne . Ce sera l le principe mme de la thorie de Damascius; c'est aussi le principe de la thorie de Saint Augustin; entre les deux doctrines, la ressemblance est grande. Que Damas. :
blable?
i.
Snint Ai
2.
1.
XI, eh.
XXVU.
I,
IV
t.
pp. 263-271.
478
XIII
LA PHYSIQUE
DES
PRES
DE L'GLISE.
CLESTE
LES
LMENTS ET LA SUBSTANCE
Cosmologie profane, il en est une qui parat avoir surtout retenu l'attention des Pres de l'Eglise c'est la thorie par laquelle la Physique pripatticienne caractrisait les quatre lments dont elle composait les corps sublunaires et la cinquime essence dont elle formait les cieux. Les dbats, d'ailleurs, qui s'agitaient autour d'eux taient bien faits pour ne les pas laisser indiffrents l'gard de cette docles thories de la
;
Parmi
trine.
propre aux corps clestes se trouve dj indique dans Ypinomide\ c'est la Physique d'Aristote qui, cette hypothse, a donn
out son dveloppement; elle
a,
de ses doctrines les plus importantes. Thophraste avait admis 2 comme son maitre, que les astres ne pouvaient tre forms d'aucun des quatre lments mais aprs lui, la supposition de l'essence propre aux cieux fut bientt abandonne on revint ce que Platon enseignait dans le Time; on forma les astres d'un feu trs pur, substantiellement identique au
,
; ;
feu lmentaire.
De ce feu qui
pas, la
mode
ils
l'imaginrent
comme un
comme un
fluide
mouvoir librement 3
Les Platoniciens se montrrent, en gnral, hostiles ou, tout au moins, mfiants l'gard de la cinquime essence pripatticienne. Contre l'existence de cet ther, Plutarqtie voyait* se dresser des milliers de difficults, xavroi jxupUov oawv a7ropuov .
Plotin remarque en passant
5
que
l'ternit
du
en
Voir Premire partie, Ch. II, V; t. I, pp. 45-48Ioannes Philoponus De ternitate mundi contra Proelum. Edidit Hugo Rabe. LipsiaB, MDCCCXC1X. Aai tov Tpt<r/.[Link] /o^eu, M* pp. 520-52 1. Premire partie, Ch. X, II t. II, p. 8i. 3. Voir 4. Plutarque, De facie in orbe Lun, XVI (Plutarchi Opra moralia, d. Didot, t. II, p. n37). 5. Plotini Enneadis IJ lib. I, cap. II (Plotini Enneades, d. Didot, p. 52).
i.
2.
479
si l'on
admet
les
au sujet du cinquime corps. Mais, tout aussitt, sa discussion s'adresse ceux qui ne posent pas ces hypothses et il est visible qu'il se range parmi ceux-ci. Sans doute, les philosophes qui, comme Alexandre d'Aphrodi;
sias,
entreprenaient de remettre le
Pripattisme en honneur,
contradicteurs qui,
comme Xnarque
1 ,
quime essence, npo t,v iz'[Link] oo-'lav. Dans ces dbats entre partisans et adversaires de la cinquime essence, certains auteurs, et non des moindres, taient souvent embarrasss pour prendre parti. Ptolme, par exemple, dans la Grande syntaxe mathmatique, s'exprime au sujet de l'ther, comme le ferait un Stocien ou un Platonicien il le regarde comme un fluide au sein duquel les astres se meuvent librement. Quelques annes plus tard, lorsqu'il crit les Hypothses des plantes, il rend ce corps presque tous les caractres qu'Aristote
2
,
lui attribuait
3
.
Commen-
au Time, il forme les cieux d'un fluide qu'il ne distingue pas du feu lmentaire. Mais, dans son treizime argument en faveur de l'ternit du Monde, il parle du Ciel en Pripatticien puisque le Ciel a, par nature, le mouvement circulaire, sans aucun mlange de mouvement centripte ni de mouvement centrifuge, il faut que sa substance soit distincte des lments graves ou lgers. C'est, pour Jean Philopon, l'occasion d'accuser le Dia5
;
'l'xjue
de palinodie
6
.
au milieu de ces dbats confus que les Pres de l'Eglise mditaient sur la cration du ciel et de la terre. On comprend que
C'est
mentations que les sages de ce monde ont dveloppes touchant la nature des cieux . De ces argumentations, cependant, il s'efforce
de reproduire l'essentiel.
II, p. 61. Premire pertie Ch. X, 1 Premire partie, Ch. X, | III; t. II, pp. 85-86. 3. Premire partie, Ch. X, IV; t. II, pp 88 8y [\. Premire partir, Ch. X, I V ; t. II, pp. 106-107.. Ioammu PoiLorojcua l)<; mandi ternitate contra Procium; o'j/'jj WvO( rrji'j/.[Link]/.ct-o;. Ed. cit.. pp. 477-/178.
i
. :
2.
.").
[LixAov Ai-
o.
d.
cil
Homilia
ffexttemeron
t.
[S.
Migoe,
{Pulrohgi grc
XXXIX),
coll.
480
dans une sorte de pharaphrase du Stagirite, comment la terre trouve son lieu naturel au centre du Monde, aprs en avoir donn pour preuve la chute des graves vers ce centre, il aborde 2 la constitution du Ciel. Les sages de ce monde, dit-il, ont propos diverses suppositions touchant la nature du Ciel ils les ont soutenues grand bruit et par d'innombrables discours. Les uns ont prtendu qu'il tait form par l'union des
comme
n'tant
de leur propre intelligence, qu'ils ont eux-mmes imagine, tmrairement et sans rflexion. Selon eux, il existe un certain corps thr qui n'est, assurent-ils, ni feu ni air ni eau ni terre ni aucun des corps simples. Le mouvement propre des corps simples, en effet, est un mouvement rectiligne par lequel les corps lgers se dirigent vers le haut et les corps graves vers le bas. Mais le mouvement vers le haut ou vers le bas n'est pas le mme que la rotation en cercle... Or des corps dont le mouvement naturel est diffrent doit aussi correspondre ncessairement, disent ces philosophes, une essence diffrente . Et l'Evque de Gsare poursuit ainsi la paraphrase des raisonnements qu'on peut lire au premier livre Du Ciel et du Monde, sans mnager, d'ailleurs, ces raisonnements, les marques de son scepticisme.
tire
>
pas vraisemblable pour constituer le Ciel, cinquime substance corporelle qu'ils ont
;
ils
en outre, comme les Pripatticiens, que chacun des quatre lments est caractris par une certaine quaLa terre par la scheresse l'eau par Y humidit, l'air par le lit froid, le feu par le chaud. Mais seuls, des lments abstraits, simplement concevables par la raison, sont tels que chacun d'eux possde une et une seule de ces qualits. Dans les lments que la vue discerne et qui tombent sous les sens, il n'y a plus rien d'absolument un, d'absolument simple, d'absolument pur. La
Saint Basile admet
3
,
:
humide
l'air est
chaud le feu est chaud et sec. Les lments peuvent alors se mler les uns aux autres grce aux qualits qui leur sont communes chaque lment, en effet, peut s'unir l'lment voisin par la qualit qu'ils ont en commun puis, une fois associ de la sorte l'lment voisin, il peut, par l'intermdiaire de cette
humide
et
S. Basilii Op. laud.y 10; d. cit., coll. 23-26. Op. laud., ; d. cit., coll. 25-28. 3. S. Basilii Homilia IV in Hexaemeron, 5; d.
i.
2. S. Basilii
cit., coll.
89-90.
481
apparente
comme un moyen
par l'une ou par l'autre de ses qualits, chacun des deux lments qui lui sont voisins, la terre par le froid, l'air par l'humidit, comme si elle leur tendait les deux mains... Entre les divers lments, s'tablit ainsi un certain accord ils se rangent dans un certain ordre par eux, se forme une sorte de cercle,
;
mes
elle atteint,
un chur harmonieux
Ces ides sur l'union des lments, issues de la Physique pripatticienne, sont appeles une fortune durable en la Chimie du
une vidente parent avec celles que le trait De natura Mundi, faussement attribu Ocellus Lucanus, que le Commentaire au Time, compos par Ghalcidius, ont exposes touchant la transmutation des lments les uns dans les autres. Par rapport ces dernires, toutefois, elles prsentent une diffrence digne d'tre note. Le faux Ocellus et Ghalcidius, directement
Elles ont
!
Moyen Age.
commune
deux lments, d'un symbole, comme la condition ncessaire pour que chacun de ces deux lments puisse se transformer en l'autre d'une manire immdiate. Dans cette qualit commune, Saint Basile voit un lien par lequel ces deux lments se peuvent unir entre eux pour former un mixte. Gardons-nous d'accueillir par un sarcasme le caractre quelque peu puril de cette pense bon nombre de chimistes contemporains, lorsqu'ils parlent d'un lment bivalent dont les deux valences servent runir deux groupes univalents, ne s'expriment-ils pas en termes bien voisins de ceux qu'a employs Saint Basile pour nous montrer l'air et la terre unis entre eux par l'intermdiaire de l'eau ?
;
Les considrations de Saint Basile sur les combinaisons que deux lments peuvent contracter, grce au trait d'union que forme une commune qualit, paraissent avoir joui d'une grande
vogue
sius,
v
c
non seulement nous les verrons reproduites par Nmvque d'Emse, mais encore nous les retrouverons, au
;
dans certains crits paens, en particulier dans le Commentaire au Songe de Scipion compos par Macrobe. c Ces lments si divers, dit Macrobe 2 L'Ouvrier divin 1rs a
sicle,
,
i.
Vid tupra,
t.
II,
pp. 4*i-4*5.
2.
DUHEM
T.
II
iS"A
L ASTROiNOMlK LAT1JNU AU
MOEN AUE
nanmoins disposs suivant un ordre si opportun qu'ils se pussent joindre aisment. En chacun d'eux, il existe deux qualits chaque lment, Dieu a donn une de ces deux qualits, telle qu'il en trouvt une parente et semblable dans l'lment auquel il viendrait adhrer. La terre est sche et froide, tandis que l'eau est froide et humide bien, donc, que ces deux lments soient contraires l'un l'autre par le sec et l'humide, ils sont unis par le froid qui leur est commun. L'air humide et chaud s'oppose par mais il s'accorde et s'unit avec elle sa chaleur l'eau froide parce qu'il en partage l'humidit. Au-dessus de l'air se trouve le la scheresse du feu rpugne l'humidit de feu, sec et chaud l'air mais le feu est reli l'air par la chaleur qui les associe. Ainsi, chacun des lments saisit par l'une de ses qualits l'un des deux lments voisins il semble qu'il les embrasse en donnant un bras chacun d'eux. L'eau s'attache la terre par le froid l'air s'unit l'eau, laquelle il ressemble et l'air par l'humide par l'humidit, tandis qu'il s'associe au feu par la chaleur la terre souffre, grce la scheresse, l'union avec le feu, tandis que le froid l'empche de repousser l'eau. Macrobe, ce propos, invoque le Timre de Platon, c'est--dire, sans doute, le Commentaire de Ghalcidius sur cet ouvrage; mais
;
c'est surtout la
phores qu'il Pre de l'Eglise. Grgoire de Nysse ne semble pas aussi soucieux de Physique pripatticienne que son frre Basile. Sans aucune discussion, il admet que le Ciel est form de feu. Le feu, qui, par nature, tend gagner avec une grande rapidit la rgion la plus leve du Monde, se met ncessairement tourner en cercle lorsqu'il atteint celte rgion. Sa force naturelle, en effet, l'oblige se mou1
pense de Saint Basile qu!il expose, et les mtaemploie sont presque textuellement empruntes ce
temps que l'Univers d'autre part, le lieu lui fait dfaut pour se mouvoir en ligne droite, puisque ses limites sont celles mmes des choses sensibles, et que les choses conues seulement par l'esprit ne peuvent livrer passage au mouvement du feu lors donc qu'il se trouve convenablement log dans la suprme rgion du Monde, il "y tourne en cercle . L voque de Nyssenc dit rien, dans son livre sur Y Hexaemeron, ni des quatre lments ni des unions qu'ils peuvent contracter. Mais il en est autrement dans son livre Sur la cration de l'homme.
voir en
;
;
mme
i. S. N'ysseni
.
/// Ilexaemeron liber [S. Gregorii episcopi Opra aecurante Migne, loinus I (Palrologi grc tomus XL1V),
ol
75-78].
L GLISE
483
Au premier
chapitre de ce trait
1
,
lments et de leurs mouvements. Sans qu'il le formule explicitement, il est ais de conclure de son discours qu'il persiste regarder les cieux et les corps clestes comme formes de feu,
selon la tradition platonicienne.
lits, l'aptitude
Il
au mouvement local et l'aptitude la gnration et la corruption, et il dveloppe cette pense que plus un corps a reu de la premire mobilit, moins il lui a t donn de la
continuellement inspir par les enseignements d'Aristote sur la fixit de la terre et la mobilit
;
seconde
ce
dveloppement
est
des cieux.
La divine
et ternelle
trant toutes les choses qui ont t cres, les relie entre elles et
en modrant tout par des effets qui se contre-balancent. C'est ce qu'on observe en ce qui touche le repos et le mouvement non seulement la gnration des corps soumis au changement, mais encore l'immutabilit de ceux qui ne doivent pas changer, la Puissance divine les assure comme par une
les affermit,
;
machine repose sur l'immobilit de ce que la nature contient de plus lourd et de moins apte au mouvement
;
machine
cette
autour de cette sorte d'axe stable et trs ferme, Elle lance sans
semblable celle d'une roue sur son essieu et, par cette fixit comme par ce mouvement, Elle conserve la fois la terre et au Ciel une indissoluble subsistance. En effet, la matire qui tourne sans cesse comprime, par
cesse la trs rapide circulation
Ciel,
du
son
mouvement
et
se
meut,
en maintient la solidit
la stabilit
que
la terre tient
de
sa ferme immobilit se
circula-
certaine manire, des proprits des corps qui lui sont contigus,
et
sa
mdiation
tablit
la
un
entre
sa
L'air,
en
effet,
il
par
Lgret de
laquelle
est
certain point Le
i. 1). fttooiw epugopi Ntwbmi De imagin iue creatione hominii liber, supplment um Hexaemtriai Basil ii Magnx fratrie, Diooyaio Romaao bixiguo interprte. Cap. (Dm G regorii episcon Nysmeki, mums Basilh uagmi, Opra r/f/r/p adipitci licuit omnia, Baailea;, pei Ni< El if "| iiim, I; pp 7 qi8). Au tome I des o-u\ rei de Saint Grgoire d< rea car Migoe cd *a Palrologia graca, la feuille qui devrait contenir le dr'bul 'le \ oublie par l'imprimeur.
1
i
/\
48-4
en mouvement; et toutefois, il n'est pas constitu de telle sorte que nous ne lui reconnaissions aucune parent avec les corps les plus solides il ne demeure pas toujours immobile, mais il ne coule pas et ne fuit pas sans cesse dou, la fois, de Tune et de l'autre proprit, il se trouve rapproch, par quelqu'un de ses effets, de chacun des deux contraires en lui, se mlent et se distinguent la fois des qualits qui sont spares par nature. Par la mme raison, la substance liquide, doue d'une sorte d'amour qui tend deux objets opposs, s'adapte aux deux
extrmement
par l, elle est allie d'une troite parent la nature terrestre mais elle a la proprit de couler et de courir, et l'on reconnat par l qu'elle n'est pas entirement dpourvue de la nature mobile par cela mme, il y a en elle une sorte de mlange et de
et,
; ;
concours des contraires... Je pense que toutes les choses que nous voyons en ce monde s'accordent ainsi par une mutuelle association nous voyons que
;
sons cette tendance dans les proprits des corps les plus opposs. Le mouvement de translation d'un lieu un autre n'est pas
le seul
mouvement
possible
galement un mouvement de un mouvement qui consiste en un changela nature stable [des corps clestes] ne peut
;
il
existe
ce
mouvement
une sorte de compensation entre les proprits de ces deux dernires sortes de mouvement la nature qui ne peut prouver de changement, elle a attribu le mouvement de rotation; celle qui peut prouver des changements, elle a refus sa Providence a dispens le pouvoir de tourner sur elle-mme les choses de la sorte, de crainte qu'on ne vit, en quelque crade Dieu
a-t-elle fait
; ;
ture,
l'union
de l'immutabilit
divine, et
et
de
l'immobilit,
prit
qui est le
crature
propre
de
la nature
qu'on ne
cette
pour
Dieu...
La terre est donc immobile, mais elle est sujette au changement le Ciel, au contraire, n'est pas sujet au changement, mais la Vertu de Dieu a attach le pouvoir de il n'est pas immobile
; ;
changer la substance immobile, la mobilit la substance immuable. Lorsque Grgoire de Nysse, dans la page que nous venons de citer, montre comment l'air et l'eau participent la fois, des degrs divers, de la mobilit de la substance cleste et de l'immo-
485
bilit
de la terre, il est impossible de ne pas songer aux commentaires dont Chalcidius a accompagn le Time il est galement impossible d'oublier les considrations que dveloppera
; ;
ces considrations,
;
nous
le savons,
cette
communiquait peut-tre avec celles auxquelles buvaient Grgoire de Nysse et Chalcidius. Est-ce ces sources que devait bientt puiser Macrobe? \<
source
4
s'inspirait-il
tout
comme
parat s'tre
pas plutt, et directement, de Grgoire de Nysse, en sa thorie de la combinaison des lments, il inspir directement de Basile? On se sent port
lit les
lignes suivantes
plus
encore
si
saisissante ressem-
y a de diffrence entre l'eau et l'air par suite de la densit et de la gravit, autant il y en a entre l'air et l'eau par
il
Autant
suite
de la raret
et
de la lgret, autant
la
il
y en a entre l'eau
et
la terre...
Physique no-platonicienne et la Physique chrtienne, de mutuels et frquents changes se sont tablis. Ces changes sont particulirements vidents dans le trait Ilepl svOpciMtou compos par l'vque d'Emse, Nmsius. Nmsius qui, d'ailleurs, a soin de citer Aristote, emprunte au Stagirite 2 au sujet des quatre lments, des qualits qui les caractrisent, des combinaisons qu'ils peuvent former, des considrations semblables, de tout point, celles que Saint Basile a dveloppes. Il y joint 3 un rsum de la thorie par laquelle Platon, dans le Time, compose chacun des quatre lments l'aide de l'un des polydres rguliers cette thorie, d'ailleurs, il lavait pu tirer du troisime livre du De Cxlo, o Aristote la
Assurment, entre
, ;
prsente
indique
4
et la rfute.
d'Emse, lorsqu'il les raisons pour lesquelles Aristote forme les cieux d'une cinquime essence, distincte des quatre lments. Il mentionne
C'est aussi
C.-rlo
du De
que
s'inspire l'vque
primas, cnn.
y.
Ambmosii ThBODOMI MACROBII Comment'nriurnrn in Sornnium Scipioni liber VI (Macrobius. Franciscus Eyasenbardl recognovit; p, 491. Lipata, 1860). NlMBtll EFItCOPI ElllSENI Dt nntuni hominis Cap. V [SS. PATRUM dEoYPTIORI m (Jfterri nmnia. PrtECtduni PbILONM CaRPASII, ASTBRH Amaskni. NtMIttl mimm. Hikhonvmi Grjbci Scripia qu mpersunt, accurante J. P. Migoe [Patrologics grc XL), col 611 6aa]. ><. cit 3 Nmi d cil mil. r \. NM&8U R \<>r. rit. r'rl. rit., mit. G
i.
I 1
\RC>
L'ASTRONOMIE LATINE
ATI
MOYEN AGE
galement l'opinion de Platon qui les compose de feu et de terre. Il rappelle que Thaes faisait de l'eau l'origine de toutes choses, qu'Anaximne attribuait le mme rle l'air, Heraclite et Hipparquc du Pont, au feu. De ces divergences d'avis, il tire cette 11 est manifeste que tous les lments se transconclusion muent alternativement, qu'ils se transforment tour de rle les uns dans les autres et, par consquent, que chacun de ces lments existe ncessairement. Quel que soit, en effet, celui des quatre lments dont vous admettrez l'existence, vous reconnatrez que les trois autres en peuvent provenir . Au sujet du lieu naturel de la terre au milieu du Monde et de la cinquime essence dont certains philosophes forment la substance cleste, Saint Ambroise se borne visiblement paraphraser ce qu'a dit Saint Basile c'est donc la pense d'Aristote qu'il expose, en dfinitive, ses auditeurs, mais d'Aristote lu et interprt par l'Evque de Gsare. Ambroise enseigne 2 d'ailleurs, de la manire la plus sommaire, que quatre lments ont t crs, au moyen desquels ont t engendrs tous les corps qui sont de ce Monde. Ces quatre lments sont le feu, l'air, l'eau et la terre. Dans tous les corps, ils subsistent mlangs entre eux dans la terre mme, vous trouverez du feu qu'il est souvent possible de tirer des pierres en les frappant avec du fer . L'Evque de Milan pense qu'au Ciel, il se rencontre du feu et de l'eau les arguments pripatticiens en faveur de la cinquime essence ne l'avaient sans doute pas convaincu. Saint Augustin ne parait avoir attach aucune foi l'existence de cette essence cleste. Dans son ouvrage inachev sur la Gense, il semble admettre 3 que tous les corps, tant clestes que terrestres, sont forms l'aide de quatre lments qu'il nomme l'ther, l'air, l'eau et la terre. Ailleurs 4 il parait se ranger l'opinion de ceux qui regardent le Ciel comme form de feu pur rpandu au-dessus de l'air ils supposent aussi que le Soleil, la Lune et les toiles sont forms de ce mme feu .
:
r.
S.
22-2,3 [S
Ambrosh Hexaemeron liber primus : De opre primi diei, Cap. VI, Ambko*ii Opra accurante Migne, tomi primi pars prior [Patrologi
latin tonius XIV), coll. i32-i35] 2. S. Ambrosh Op. laud.. cap. VI; loc. cit., col. i32. 3. S. Auiui Augustixi De Genesi ad litteram imperfectus liber, Cap. IV, i4 [Sancti [Link] Opra, accurante Aligne, tomus III, pars prior [Patrologi
latin,
f\.
t.
XXXIV),
col. 225].
S.
Aukklii Augustixi
De Genesi ad litteram
III,
6; d.
487
l'existence
En revanche,
non seulement
des quatre lments, mais la thorie pripatticienne selon laquelle les lments se rangent en leurs lieux naturels la terre,
;
qui est
la
Monde
les autres
lments se superposent par ordre de gravit dcroissante. Plac au sein d'un lment plus lger, l'lment plus lourd tomhe pour
regagner son lieu naturel la terre tombe au sein de l'eau, l'eau au sein de l'air de l'air qu'on placerait au sein de la sphre du feu tomberait galement. Ce sont l enseignements d'une science certaine qu'on n'aille pas compro nettre l'autorit des Saintes Ecritures en opposant inconsidrment quelque passage mal compris de ces livres aux doctrines de ceux qui traitent du poids des lments A ce propos, je recommanderai qu'on se garde d'une erreur que j'ai dj signale, au premier livre, comme devant tre vite parce qu'il est crit dans les Psaumes Fundavit terram super a?/am, qu'un des ntres ne s'avise pas de s'appuyer sur ce texte de l'Ecriture pour combattre ceux qui dissertent avec subtilit sur le poids des lments ceux-ci, en effet, ne sont pas retenus par l'autorit de nos Saintes Lettres ils ignorent, d'ail;
;
en quel sens ces mots ont t dits ils aimeront mieux tourner les Livres Saints en drision que d'abandonner des proleurs,
;
Ce qui
est dit
dans
les
Psaumes peut
fort
comme
:
une
pourquoi nul ne doit interprter ce texte davit terram super aquam, en le prenant au pied de la
figure... C'est
Fun-
lettre,
masse de l'eau se trouvait naturellement place au-dessous de la masse terrestre afin de la soutenir.
si
comme
la
XIV
LA
PHYSIQUE DES
PRES DE
l/GLISE
(suite).
LES
EAUX SUPRA-CLESTES
Il
est,
au premier chapitre
passage, dont
La
<1<"
La
tout particulirement
philoso-
phes
ce
discussion
dbut de
nens
i
.
Science chrtienne,
:
est celui-ci
Et [Link]
Dem
aqum
et rit dis*
m ter
S.
\
t:
aquam
aouam.
I
h ki
nd
III.
(*.
j
d. rit., coll.
488
L ASTRONOMIE LATINE AU
MOYEN AGE
1
et
il
en avait
donn une explication purement allgorique les eaux situes au-dessus du firmament figuraient, selon lui, les puissances angliques les eaux infrieures reprsentaient les dmons. Dans une lettre Jean de Jrusalem, dont Saint Jrme nous a conserv le texte, Saint Epiphane reprochait vivement Origne cette interprtation allgorique, qui lui semblait une erreur; Jrme partageait, cet gard, l'avis d'piphane. La plupart des Pres de l'Eglise voulaient que ce verset de la Gense ft pris au pied de la lettre le firmament tait un orbe
; ;
solide
une partie de
la terre
l'extrieur,
De ces
fort
quant au Ciel, Aristote le croyait form d'un certain nombre de globes solides embots les uns dans les autres. En revanche, l'existence de masses d'eau hors du lieu propre de l'eau, au del de la dernire sphre cleste, contredisait la conception du
Monde
Les philosophes s'vertuaient donc montrer aux docteurs chrtiens que ces eaux ne pouvaient subsister hors du Ciel, et les docteurs chrtiens s'efforaient de rfuter leurs raisons. La plupart du temps, en cette discussion, la navet des objections rivalisait
Si le
firmament
2
,
Saint Basile
comment
sphrique selon sa concavit interne, il n'est nullement ncessaire que sa surface externe ait la forme
le Ciel soit
Bien que
en
soit
se
ft
si
question
si
n'y et point
fait si
rponse
fort
et
laquelle l'eau
i
.
d'une
D Julii Garnerii Prfatio ad Opra S. Basilii, IV.T)e aquis quae super clos esse dicuntur [Sangti Basilii Opra, accurante Migne, tomus I {Patrologi grc tomus XXIX), p. CLXXXVII]. 2. S. Basilii Homilia III in Hexaemeron, 4 [$ Basilii Opra accurante Migne, tomus I [Patrologi grc tomus XXIX), coll. 59-60].
LA.
489
Monde,
roche
les
il
et regard le firmament
comme
1
eaux supra-clestes.
la
La
face dorsale
du
dcoupe, elle
de valles semblables celles que, sur la terre, fordans ces valles, l'eau ment les intervalles des montagnes
;
demeure retenue.
du
du firmament qui
ait,
tait
en dessus
?
Ne
Ambroise, nous retrouvons 2 l'objection que Saint Basile a rapporte et la rponse qu'il a faite cette objection. Nous y trouvons aussi une objection nouvelle qui est formule en ces termes Les philosophes demandent qu'on leur accorde ce point Tandis que le globe terrestre est immobile, le Ciel tourne d'un mouvement rapide autour de son axe ils en
lisant
En
Saint
concluent qu'il ne peut y avoir d'eaux au-dessus du Ciel, car celui-ci, en tournant, les rpandrait toutes .
La Physique qui dicte cette objection nouvelle est moins purile que la Science dont la prcdente tait issue. En revanche, la
rponse par laquelle l'Evque de Milan pense rfuter cette objection serait fort embarrasse de s'autoriser d'aucune science
sense
:
Qui
les
empche d'admettre,
dit-il
de ses adversaires,
que l'eau demeure suspendue au-dessus des cieux ? Ils disent que la terre demeure suspendue au centre du Monde et qu'elle y demeure immobile, alors qu'elle est assurment plus lourde que l'eau par la mme raison, ils peuvent dire que l'eau qui est au-dessus des cieux n'est pas prcipite par la rotation de la
;
sphre cleste
L'analogie
que Saint Ambroise prtend dcouvrir entre ces deux cas est assurment insaisissable. Ajoutons que l'Evque de Milan assigne, aux eaux supraclestes, un rle indispensable elles rafrachissent l'axe du Monde qu'chauffe la perptuelle rotation du Ciel.
;
S
S.
GrUMOfttl Nyhskni In
//[Link]
lifter [S.
GMQOMI
NtSSINI OpetQ
t<
rente MigppCj
2.
Lomui {{PatrologiffixectotniiWJy), coll 8g g Ammhmsh ffexaemeron lift. r/( Cap. 111,9 ci m [s. Ammmii Opra *ce\ii/jN
<'l
rante Mtgne, tom primi pAIf prior (Potrolot lutin<r IdiiiiinMV), col. col. i5o
490
met aux
il
d'accepter
humblement l'enseignement
faut,
dit-il
*,
littral
11
nous
nous sont dites, et ne point vouloir surpasser notre propre nature ni scruter ce qui est au-dessus de nous sachons seulement et retenons que le firmament a t produit par l'ordre de Dieu afin de sparer les eaux, de
les paroles qui
;
cur reconnaissant
soi,
son dos
Jean Ghrysostome, d'ailleurs, ne tolre point que les physiciens et les astronomes, dans leurs enseignements, s'cartent le moins du monde de la lettre de la Gense. Mose ne parle que d'un seul
ciel.
Gomment
Ce n'est pas d'aprs la Sainte criture qu'ils ont dit cela; ils l'ont tir de leurs propres raisonnements. Le bienheureux Mose ne leur a rien enseign de plus... Aprs avoir entendu cette grande doctrine, qui donc pourra tolrer ces gens qui parlent selon leur propre pense et qui osent, contre la Sainte Ecriture, dire qu'il y a plusieurs cieux? Mais, ajoutent-ils, voici que le bienheureux David, offrant ses louanges au Seigneur, dit Laudate enm cli clorum. Ne vous troublez pas, mon cher, et ne croyez pas que la Sainte Ecriture se contreapprenez plutt le sens vritable de ces paroles, dise jamais gardez-en soigneusement la doctrine, et bouchez vos oreilles aux
cieux ont t faits multiples
: ;
propos de ceux qui enseignent le contraire . Thodoret est de ceux qui suivent ces conseils de Saint Jean Chrvsostome. Sur l'autorit de l'Ecriture, il croit fermement 2 qu'il existe deux sortes d'eaux, les eaux d'ici-bas et les eaux suprieures celles-ci forment, au-dessus du firmament, un second ciel invisible. Gomme Saint Ambroise, il pense que les eaux suprieures sont destines, par leur fracheur et leur humidit, empcher le feu des luminaires clestes de consumer le firmament. Puis, cho de Saint Jean Ghrysostome, il crit Celui qui ne croit pas l'existence d'un second ciel marche
;
:
S. Joannis
qu
t.
Chrysostomi In Genesim homilia IV [Joannis Chrysostomi Opra exstant omnia, t. IV, pars I {Patrologi grc accurante J. P. Mig-ne,
LIVj, col. 42]. B. Theodoreti episcopi Cyrensis In loca difficilia Scriptur sacr qustiones select ; in Genesim interrogatio XI [B. Theodoreti Opra, accurante P. Mig-ne, t. I {Patrologi grc t. LXXX), coll. 91-92].
2.
491
nombre adhre
l'Esprit Saint.
plusieurs reprises,
;
il
mais
ciel
se
bouchent
les oreil-
Mme
ture Sainte,
si
la con-
en toutes choses,
il
se
garde de
et
Ambroise, les Jean Chrysostome opposaient, aux enseignements de la Physique profane, les naves assertions de leur science purile contristait fort l'Evque d'Hippone. Il voyait avec peine les docteurs de l'Eglise du Christ donner dans le ridicule qu'il avait si Il les en reprenait avec une vivement reproch Maniche
1
.
sagesse extrme.
quelqu'un de mes frres en JsusChrist qui n'est pas instruit en ces connaissances ou qui s'y trompe, je le soutfre sans aucune peine, sachant qu'il ne lui
Quand
je vois, disait-il
la situation et l'tat
d'une crature
mon
connaissance
lui est
dommageable
de la pit,
s il
estime qu'elle
s'il
fait
partie de
la doctrine essentielle
et
supporte cette foiblesse en celui qui n'est encore que dans l'enfance de la
foi,
homme
et
un
homme
comme
teur,
parfait,
ne
soit
enseign des choses fausses aprs avoir voulu passer pour doc-
pour guide, pour chef et pour matre de ceux qui il aurait os entreprendre de persuader que ces choses taient telle qu'il les disait, et de le faire avec tant d'audace, que de prtendre qu'en le suivant, on ne suivait pas un homme, mais votre Esprit
Saint?
rentur,
In
(/ni
dur
et
princeps
\eque~
eorum guius
Ma
suaderet, lia
ut fini
cwn
non quemlibtt hominem, sed Spiritum tuurn vanclum se tequi arbitrarentur ; </uis tantam dementiam, sicubi falsa dixisne
i.
2.
v.
eh.
Y (Traduction
d'Arnaud
d'Aodilly).
492
[Link],
1/
caret ?
En une
Dans un trs grand nombre de cas, des hommes qui ne sont cependant pas chrtiens ont de la terre, du ciel, des autres lments de ce monde, des mouvements, des rvolutions, des distances et des grandeurs des as res, de la nature des animaux, des vgtaux et des minraux, enfin d'autres choses du mme genre, une connaissance qu'ils tirent avec une grande certitude de la raison et de l'exprience. Il est une chose plus que honc'est teuse, une chose pernicieuse et extrmement redoutable qu'un de ces infidles puisse entendre un chrtien qui prtend parler de ces sujets d'aprs les Saintes Lettres, et qui nonce tant de folies qu'il se trompe, comme on dit, toto clo, au point que
;
l'infidle a
peine se retenir de
rire.
Ce qui est
le
plus pnible,
est
un homme qui
dans
l'er-
que ceux qui sont hors de l'Eglise puissent attribuer nos auteurs de semblables avis c'est que nos auteurs puissent tre critiqus et mpriss pour leur ignorance, au grand dommage de ceux dont le salut nous proccupe. Lorsque ceux-ci, en effet, ont pris un chrtien en flagrant dlit d'erreur en ces matires qu'ils connaissent si bien, lorsqu'ils l'ont entendu donner sa vaine opinion comme tire de nos Livres Saints, comment pourraient-ils se fier ces mmes Livres en ce qui touche la rsurrection des morts, l'espoir de la vie ternelle et le royaume des cieux? Ils sont convaincus d'avance que ces Livres sont remplis d'erreurs sur les questions qu'ils ont soumises l'exprience ou qu'ils ont tablies par des calculs non douteux. Ce que ces gens tmraires et prsomptueux causent d'ennui et de tristesse leurs frres plus prudents, on ne saurait assez le dire. Lorsque ceux que ne retient pas l'autorit de nos livres ont commenc de les reprendre de quelque opinion fausse et absurde, lorsqu'ils ont commenc de les convaincre d'erreur, ces gens veulent dfendre ce qu'ils ont avanc avec la tmrit la plus lgre et la plus manifeste inexactitude ils citent alors, ft-ce de mmoire, des textes de ces mmes Livres, qui leur permettent de prouver leur opinion ils pensent que ces textes leur fournissent un tmoignage valable; et les voil prononant une multitude de paroles, sans comprendre ni ce qu'ils disent ni ce dont on parle.
reur
;
c'est
i. S. Augustini De Genesi ad litteram liber primus, Cap. XX, 3c [S. Aurelii Augustini Opra accurante Migne, tomi tertii pars prior (Patrologi latin
tomus XXXIV),
coll. 26.].
..
493
si
lgitime svrit
:
en commentant
la Gense,
'
est
pense
il
que
les
ajoute qu'
mer
hommes en
;
cher comprendre, il faut croire . Dans son ouvrage inachev De Genesi ad litteram, l'Evque d'Hippone semble encore port 3 regarder les eaux supra-clestes
comme une
froides.
figure allgorique.
la surface
Il
pour lesquelles
du
argument de
;
la
cette toile
nomment
si
elle est si
de ces choses. Mais en ces questions, il ne faut rien affirmer il convient de les traiter avec prcaution et la lgre
;
modestie
reproduit
dans son ouvrage De Genesi ad litteram, mais en lui donnant une forme un peu diffrente et dont l'enchanement logi-
que
trs
se laisse
mieux
saisir; la
plante Saturne,
vite
;
dit-il,
devrait tre
du moins, ce qu'enseigne l'unanimit des astrologues) ce froid ne se peut expliquer que par la prsence des eaux supra-clestes. Au lieu d'imaginer que la surface du Ciel est recouverte d'eaux 5 congeles, d'autres imaginent que l'eau y demeure suspendue
i.
S. Augustini
S.
2.
Augustini
.
Op. laud.y Cap. XX, l\o\ d. cit., col. 261. De Genesi contra Manichos liber primus, Cap. XI, 17;
,
d. cit., col
3.
181
Cap.
VIII,
sg;
<
Augustini
De Genesi ad
Op. laud.
}
d.
it
coll. 266-2G7.
5.
S. Augustini
Cap. IV,
494
l'tat
de trs fines gouttelettes, semblables celles qui flottent en la plus haute rgion de l'air. Mais de quelque manire que les eaux demeurent au-dessus
que soient ces eaux, nous ne devons aucunement douter qu'elles s'y trouvent en effet, l'autorit de l'Ecriture surpasse la capacit de tout esprit humain. Aussi, de mme que nous l'avons entendu gourmander les Chrtiens qui tenaient en trop mince estime les enseignements de la Science profane, nous allons l'entendre se moquer de ceux qui prisent assez ces enseignements incertains pour vouloir, toute force, imposer l'Ecriture un sens qui leur soit conforme. Il parle, dans La Cit de Dieu 1 de ceux qui entendent au sens allgorique la sparation tablie par le firmament entre les eaux suprieures et les eaux infrieures, qui y voient la distinction entre les bons anges et les mauvais anges. Le motif de leur opinion, dit -il, c'est le poids des lments; ils ne pensent pas que la nature aqueuse, qui est fluide et grave, puisse rsider dans
Ciel, ajoute
du
l'Evque d'Hippone,
et quelles
du Monde
Et
il
plaisante l'exces-
sive confiance
que ces
toTum
XV
LA PREMIRE TENTATIVE CONCORDISTE ENTRE LE RCIT DE LA Gense
homme
du problme
Un
des der-
Sans avoir l'intention de faire uvre de physicien ni d'astronome, Mose, au premier Chapitre de la Gense, nous enseigne des vrits que la science des Grecs a retrouves bien longsuivante
:
temps aprs
tradiction
lui;
d'ailleurs, l
o son enseignement
pripatticienne,
les
est
avec la Physique
le
en conhypothses
proposes par
Prophte
beaucoup
t
faite
ait
S. Augustini
De
XXXIV.
i/ GLISE
495
le rcit
de la Gense
il
et les
documents
les
;
hommes
croulantes
nomme
aujourd'hui le
Concordisme.
champ de
l'Apologtique
il
avait rfut
un un
les dix-huit
arguments par lesquels Proclus avait prtendu tablir l'ternit du Monde. Il se nommait Jean d'Alexandrie, et on l'appelait Philopon, le Grammairien ou le Chrtien. Nous avons dj, plusieurs reprises, cit le trait de Jean Philopon Sur la cration du Monde*. Ce trait est ddi Sergius, patriarche d'Antioche il fut donc compos entre les annes 546 et 549 qui bornent la dure du patriarcat de Sergius. L'objection que Philopon se propose de ruiner est celle que
;
entendu rsonner dans les coles du Paganisme 2 Ce que Mose a dit de la cration divine du Monde est intolrable ceux qui se targuent d'avoir tudi avec soin la composition de l'Univers la Physique que Mose a dveloppe ne s'accorde pas avec ce qui apparait aux sens O toI ^paiv|*vot Mouorj Trecp'jo-'.oXyTixe
: ;
TUUOGiVa
cette objection,
d'ailleurs,
dans son rcit cosmogonique, donn une solution satisfaisante des divers problmes qui proccupent les physiciens ce n'tait pas le but que le Prophte
se proposait d'atteindre
ne rclame de l'ouvrage de Mose les considrations techniques sur la nature qu'ont imagines ceux qui sont venus aprs lui. Qu'on ne lui pose pas des questions telles que
celles-ci
Que personne
Quels sont les principes matriels des choses ? Vaut-il mieux n'en poser qu'un ou en admettre plusieurs? S'il y en a plu:
nombre
et
mmes
en tontes choses, ou diffrents en des choses diffrentes Quelle est la Bubstance du Ciel? Celle des tres Bublunaires en est-elle
distincte
7
Les
mouvements de
i
accompagns de
E\ei*
i. Joannin Philopon Dt opijcio mundi lihri VII. Receonuit Guallerut clmnli Li [Link].r, 1897 2. [Link] l'un 01 "M Op. Imnl ., II |>|> S. Jean Philopon Op. taud., lib. I, cap! I; d, <ii p
.
<
<l
<
496
ne lui pose pas toutes ces questions conues] par ceux qui sont capables de s'enqurir curieusement de tout cela, puisque ceux-ci ne s'accordent aucunement, pour ainsi dire, ni entre eux ni avec la ralit. Ce n'est pas le but qu'a vis l'admirable Mose. Le premier, sous l'inspiration de Dieu, il s'est propos de conduire les hommes la connaissance de Dieu et de leur enseigner le moyen de vivre en conformit avec cette connaissance. Aussi, ce qu'il a crit, c'est tout ce qui contribue cet objet il a crit, par exemple, que ce grand et brillant ouvrage qu'est l'Univers ne possde pas l'existence d'uae manire automatique, qu'il n'est pas d'une essence suprieure et divine mais qu'avant d'avoir t engendr par ce Principe invisible et Crateur Je toute chose, avant d'avoir reu la beaut qui se manifeste en lui, il n'tait pas. Ce n'est donc pas un accord minutieux et poursuivi jusque dans le dtail que Philipon recherchera entre le rcit de la Gense et la Physique. L'Auteur inspir ne s'est pas propos de prendre parti dans Jes querelles qui divisent les doctes. Plus d'une fois, cependant, nous l'entendrons enseigner quelque proposition que les doctes ont t heureux de rinventer aprs lui, voire mme de lui emprunter.
; ;
changements substantiels ?
Pour soutenir
les
que
Pres de l'Eglise ont crit sur l'uvre des six jours c'est, il ne cite ni toutefois, aux seuls Pres grecs qu'il s'adressa
;
Parmi
eux-
en est beaucoup dont il n'invoque point l'autorit ou qu'il ne lit gure on ne relve, en son trait, ni le nom de Jean Chrysostome ni celui de Nmsius, et Grgoire de Nysse n'est cit qu'une seule fois. Philopon parait avoir lu plus volontiers Origne et Thodoret. Mais son auteur prfr est assurment Saint Basile, dont il a soigneusement tudi les Homlies sur l'uvre des six jours et les controverses avec Thodore de Mopsueste. D'ailleurs, ce que Philopon emprunte aux grands docteurs chrtiens dont il a lu les uvres, n'est pas ce qui, dans son livre, retiendra le plus vivement notre attention nous nous arrterons plus volontiers aux solutions originales qu'il propose. En voici une laquelle notre auteur semble attacher une importance particulire, car il y revient plusieurs reprises. Au premier jour, Dieu cra le ciel et la terre. Philopon regarde ce ciel (opavo) comme distinct du firmament (<rcepsw|jia) qui sera
il
;
;
mmes,
497
et qui,
En
en demeurera toujours dpourvu, notre exgte n'hsite pas reconnatre la neuvime sphre que la dcouverte du mouvement de prcession des quinoxes a contraint les astronomes de placer aux bornes du Monde pour communiquer le mouvement
diurne au
Quelqu'un accueillera peut-tre avec mfiance, crit Philopon l'hypothse du Prophte, selon laquelle, avant la sphre appele inerrante et au-dessus de cette sphre, il a t cr un autre ciel sans astre il la regardera peut-tre comme une supposition dnue de toute preuve. Rappelons-lui qu'aucun des mathmaticiens antrieurs Hipparque et Ptolme n'a connu la neuvime sphre prive d'astre qui est l'extrieur de toutes les
,
;
autres.
existait
Platon, lui
aussi, a
Mais la suite de certaines observations dont il n'est pas ncessaire de parler ici, Hipparque et Ptolme ont introduit la neuvime sphre sans astre.
huit.
que
Assurment, de ce que quelque chose n'a pas t connu pai certains hommes, il n'en rsulte pas, avec une absolue ncessit, que ce quelque chose ne soit rien. Pour moi, et quant prsent, ce qui est dmontr, c'est simplement ceci Ptolme, et Hip
:
parque avant lui, se sont accords avec Mose en l'hypothse dune sphre sans astre, extrieure toutes les autres ou plutt, c'est Mose qu'ils ont emprunt le principe de leur dcouverte Mose, en effet, dit que Dieu a plac le Soleil, la Lune et la multitude des astres dans la sphre qui vient aprs celle-l, et qu'il a
;
appele firmament.
Hipparque et Ptolme peuvent donc tre appels en tmoignage ils confirmeront l'exactitude de la Cosmogonie mosaque qui fait crer par Dieu, au premier jour, un premier ciel sans astre, puis, au second jour, l'intrieur de celui-l, un firmament au sein duquel les astres seront engendrs au quatrime jour. Nous avons dmontr, dit notre auteur 2 que la Cosmogonie de Mose s'accorde avec la ralit, et nous avons appel Hipparque et Ptolme, qui sont, parmi fous leurs prdcesseurs, 1rs gavants Les plus hautement estims en astronomie, en tmoigna de la gnration du second ciel; prenant occasion, je pense, de ce que Mose avait crit, ils ont t Les premiers les Cres qui aient
;
'<
la
considration
lib.
lil>
;
le
la
'*
DUWf.
T.
n.
498
Lune
aprs celle-l,
suite
et,
en voulant
qu'il
de
une opposition se manifeste. Que cette opposition ft vivement objecte par les Paens aux Chrtiens, et que les Chrtiens fussent embarrasss pour y rpandre, le tmoignage de Jean Chrysostome suffirait nous en assurer. L'Ecriture place tous les astres dans un seul et mme firmament; les astronomes, au contraire, les distribuent entre des sphres multiples mues de mouvements diffrents. A cette objection, Philopon donne une rponse qui mrite Dans un passage que nous avons prcdemquelque attention 2 ment reproduit il dveloppe cette pense Les astronomes n'ont jamais dmontr que ces sphres multiples, destines mouvoir ce sont de simples hypothses les astres, existassent en ralit qu'ils posent en vue de sauver les phnomnes, et, dans leur dsir de rendre compte des apparences d'une manire de plus en plus exacte, ils ont t amens imaginer des assemblages fort diffrents les uns des autres. Mais en quelque nombre qu'on veuille supposer ces sphres, le Ciel que compose leur ensemble et qui est form de telles parties est un Ciel unique cela est vident par l'autorit de tous Aristote, luiles Anciens qui ont, autrefois, parl de ce sujet mme, dans la discussion dont nous avons parl, aprs avoir enseign combien de rotations de corps clestes les astronomes ont supposer, montre que le nombre en est cependant limit en sorte, dit-il, que le Ciel est manifesteet non point infini
l'criture,
1
.
,
fut,
pour
qui a trait de ces questions avec le plus d'exactitude, s'accorde avec Mose au sujet de la sphre sans astre.
Philopon 3 nous demandait de dire la cause dtf la gense du premier ciel, nous lui rpondrions, en premier lieu, que l'hypothse [de l'existence de ce Ciel] est commune tous ceux qui sont venus aprs Mose mais que ni la question ni la solution admise ne leur est commune. En second lieu, [nous lui demanderions, notre tour], qu'il nous dise lui-mme, tout
Si quelqu'un, poursuit
i.
>.
A.
Jean Philopon, loc. cit. d. cit., pp. u4-n6. Voir Premire partie, chap. X, % VI; t. H, pp. 1 11-112. Joannis Philoponi Op. Iciud., lib. III, cap. 4; d. cit., pp. 116-117.
;
:
i90
admises par les astronomes d'aujourd'hui est tel nombre, et pourquoi ces sphres n'ont t formes ni en plus grand nombre ni en nombre moindre. Admettons mme, par impossible, que quelqu'un nous fasse connatre quel est, en tout,
Anciens
et
nombre de ces sphres, quelles sont les diffrentes vitesses des mouvements qui s'observent dans les astres errants, la vitesse de
le
en la dure
d'un jour
et
rvolution en
un mois en un
; ;
particulire, tandis
vitesse
que
lui
il
que Mercure et Vnus marchent avec la mme faut Mars deux ans peu prs pour revenir
;
Jupiter, qui vient ensuite, a besoin de son point de dpart douze annes il en faut trente la plante qui vient aprs et que je ne parle pas de la rotation qui, selon l'on nomme Saturne
; ;
Ptolme, parcourt un seul degr en cent ans, de telle sorte qu'elle dcrive la douzime partie du Zodiaque en trois mille ans. Et niainnant, qui sera capable de nous dire la cause de tout cela?
Aucun
ne pourra jamais rendre raison du nombre des astres, des positions qu'ils occupent, des grandeurs de leurs vitesses, des diffrences de leurs couleurs. Seulement, nous croyons tous que Dieu a bien fait toutes choses, et comme il fallait que rien ne manque et qu'il n'y a rien de superflu. Jl est peu de choses, en effet, dont nous connaissions pleinement les causes. S'ils ne sont pas capables de dire la cause physique des choses qui apparaissent aux sens, nous ne le sommes pas, nous non plus, de dire,
;
homme
comme
ils
nous
le
demandent,
le
ne sont pas
apparentes.
firmament ait t form au sein de l'eau. Par l, il professe, au sujet de la nature de ce ciel, une opinion bien plus satisfaisante que celles de Platon et d'Aristote. Au sujet de La substance du firmament ', Platon la compose l'aide des quatre lments, tandis que le Soleil, la Lune et les autres .istrcs sont surtout forms de feu. Aristotc a suppos que
le
^i<'l
tait
a
il
nous en
donn une dmonstration tire de son propre fonds. Mais t engendr au milieu des eaux, nous Mose, en disant qu'il
<'i
suggre
la
la
substance du firmament
est, <-n
effet, le corps cleste est trans plus point; or haut les seuls lments qui Boient dous parent au
I
air ei
eau.
III,
JflAXXII
l'
m [Link]" m
cap. V
<<l.
<.
1)1,
17-1 lu,
500
ment, a voulu qu'il participt en majeure partie de l'air et de l'eau, c'est--dire des deux seuls lments o se rencontrent la transparence et la fluidit mais il a suppos qu'en la gnration du firmament, chacun de ces deux lments se transformait en une substance solide, comme il semble arriver dans la gnration
;
donc fort justement engendr milieu des le au eaux, caractrisant ainsi par qu'il a t s'y trouvent en abondance et il l'a nomm l'air et l'eau qui firmament parce que, de l'tat de substance fluide, il a pass la
cristal et
du
il
dit
solidit...
pense est plus physique et s'accorde mieux avec les apparences que les hypothses de Platon et d'Aristote. Arrivons au clbre problme des eaux suprieures au firmament, et voyons comment Philopon le rsout. qui diffrent l'un de l'autre par les lieux Il y a deux cieux qu'ils occupent.... Ils ne sont pas immdiatement contigus l'un l'autre, bien que les diverses sphres du second ciel soient, dit-on, contigus entre elles, titre de parties d'un mme tout. D'autre part, il est ncessaire que l'espace intermdiaire entre les deux cieux ne soit pas vide, car rien de ce qui existe ne peut tre vide d'aucune manire. Il y a donc un corps [qui remplit ce vide] ce corps, Mose lui a donn le nom d'eau... parce qu'il est fluide, coulant et diaphane. Il semble donc que ce soit par analogie que Mose a, d'une manire homonyme, appel eau la substance qui remplit l'espace compris entre les deux cieux. Que des luminaires Dans cette formule employe par Mose soient engendrs dans le firmament du Ciel, Philopon voit 2 l'affirmation que les astres ne sont pas forms de la mme substance que le firmament au sein duquel ils rsident. Sinon Mose et employ une faon de parler analogue celle dont il use pour la Que la terre produise l'herbe des prairies cration des plantes
1
;
:
:
tir
leur ori-
comme
le manifeste, d'ailleurs,
effet, est
mme
de transparence
comme
le
2. Joannis
Joannis Philoponi Op. laud.y lib. III, cap. Philoponi Op. laiid., lib. IV, cap.
XV
XV;
501
chacun d'eux l'gard des autres parmi les lments simples, la terre et le feu (c'est du feu lumineux que je
;
On remarquera,
On ne
s'en
par ses doctrines physiques, notre auteur se rattachait l'Ecole stocienne, et que les Stociens n'ont jamais admis la cinquime essence. Le trait sur la cration du Monde compos par Jean Philopon
tonnera pas
si l'on;
se souvient que,
supposer le rcit de la Gense avec celle qu'enseigne la Philosophie hellnique. Mais le Grammairien n'aura pas de successeurs immdiats. Cette Philosophie, qu'il essaye de mettre d'accord avec sa foi de Chrtien, il en est le dernier reprsentant. Au moment o il compose son essai de concoren dernier lieu, expose et commente par Simplicius, est dj muette depuis une quinzaine d'annes; en 329, un dit de Justinien l'a ferme. Dans les pays qui l'ont vu natre et se dvelopper, la Sagesse antique a fini de jouer son rle chez les nations en dcadence qui peuplent ces pays, la curiosit est mousse, la puissance d'intait,
;
tentative
pour concilier
la
tout
byzantinisme. C'est le
domaine intellectuel est en proie au moment o les peuples enfants qui ont
envahi les frontires de l'Empire vont recueillir les dernires semences dessches de cette Sagesse et, dans une terre frachement remue, leur faire produire une nouvelle vgtation.
FIN
DU TOME
II
NOTE
RELATIVE AU
VI
DU CHAPITRE
XII
I>K
recs
l'avons dit
que
il
le
rotation dirige
comme
Mais
celle
mesurent
et
la dure.
du recs
telle
que
:
l'ont
d'Alexandrie
de elementis
nomme nomme
propose ces astrologues que Thon 01 -aXatol tiov [Link])v, que le Liber
c'est--dire Des
images des signes , comme nous l'explique Albert le Grand. Ces astrologues, Abou Masar les appelle Les Matres des images, Domini imaginum. Voici ce qu'il dit de leur doctrine 5 Les Matres des images ont dit que le mouvement de l'orbe est de 8 degrs suivant lesquels il accde [puis recde|; et que, dans chaque degr, son accs, comme son recs en chacun de ces
: :
cela advient au
:
moment de
la
permutation
<lo
Lorsque Saturne passe d'un signe l'autre, cela signifie production de grands accidents dans le Monde, des lignes dans
i.
:
la
le
Voir Premire pnrtie, Ch, XII, V ce volume, p. ?."?.?.. [Link] de magni conjunctionilm annorutn reootuiionibm ar forum Opui Mbunmwirin <l<profectionibu octo coniineiu tracta/us. Colophoo magnii eootuoctiooibui explieit fliciter. Imprestum veoetiji Mandnto ci expensii Melchiorem (tic) setea. Per Jacobam peniium <!<* Leucho, Vnno domini i5i5. Pridic kal. luoij. Tract. Il, differentia 8*, circa finem fol
;
>..
\\
r'-flenl
le fol,
''I
v".
501
NOTE RELATIVE AU
VI
DU CHAPITRE
Xll
venue de guerres
divers climats.
au moment o s'achvent les 80 annes, quand l'orbe a accd ou recd d'un nombre entier de degrs. Semblablement, il se produira un grand changement universel [mutatio communis major) quand cet orbe, soit par accs, soit par recs, aura accompli son mouvement de 8 01 ce qui arrive tous les 640 ans 2 Si vous voulez savoir quelle poque se produira [l'accomplissement de] cet accs ou de ce recs , il vous faudra faire un calcul, que le texte corrompu du livre Sur les yrandes conjonctions indique d'une manire peu claire, mais o l'on reconnat sans peine le calcul que Thon d'Alexandrie empruntait 3 aux TraXaiol
lieu
,
.
iwOTsXea-jjiaTixo
Au
cours de ce calcul,
qu'au com-
mencement de l'anne 265 de l'yezdazir l'orbe, dans son mouvement d'accs, avait atteint 512 45'' . Il indique, enfin, comment on devra tenir compte de ce mouvement si, des positions apparentes des astres errants par rapport
f
aux
toiles,
on veut dduire
croit-il
les positions
fixes.
de ces
mmes
astres
par
Abou Masar
la ralit de ce
le
mouvement
d'accs et de
recs? Pense-t-il,
comme
que ce mouvement coexiste avec la prcession dcouverte par Hipparque et Ptolme, et dont notre astrologue semble convaincu? Rien ne nous permet de rpondre ces questions.
i.
2.
3.
fautes, dit
9.
4.
Vide supra, p. 194. re des Perses, constamment employe par Abou Masar.
ERRATA DU TOME
II
Page
p.
p.
126, note,
au
lieu
de
lieu
Gautier, lire
Gauthier.
:
au
de
Ibn Rochd.
lire
:
18-19,
au
^ eu de
Adraste d'Aphrodisi,
Adraste
d'Aphrodisias.
p.
p. 207, note p.
p.
au lieu de Textuno, lire Textum. Isidorus, lire de Joannes. 3, Vahra, lire Varha. 212, dernire ligne, au lieu de Thon d'Alexandrie. 224, ligne 3, au lieu de Thon de S myrne, lire
187, note
1,
lig-ne 1,
au
lieu
Aboul Hhassan, pp. 25o, 256-258, 263, "265. Aboul Wfa, p. 118. Abou Masar, dit Albumasar, pp. 221, 222, 369-386, 390,
:
5o3, 5o4-
Abraham bar Hiyya, pp. 53, 229, 23o. Abraham ben Ezra, dit Aven Ezra, pp. Abraham de Balms, p. 121. Abraham le Juif, pp. 121, 128.
:
254-257.
Achilles Tatius, pp. 12, 14. Adraste d'Aphrodisias, pp. 6,35-37,7/1-76, 8o-83, 86, 88, 98, 99, n3, 129, 160,
186, 187, 190, 191, 421
p. 444 Agrippa, p. 180. Alabhas ben Sad, p. 211. Alatino (Mose), p. 195. Albatgni, voir. Battani (AI). le Grand, pp. 119, i3i, 137 n. , 228-230, 266, 5o*l. Albert de Bollstaedt, dit Al bu masar, voir Abou Masar. Albyrouny, pp. 43, 44 46, 212, 214, 227 n., 247-249, 369. Alohabitius, voir Kabici (Al). Alexandre d'Aphrodisias, pp. 60-62, 64, 293, 3oo-3o2, 33o, 345-349, 35^ 356,
:
Atius,
359, 479-,
Alexandre d'Etolie, pp. Il, 12, i4Alexandre Lychnos d'Ephse, |). 11 n. Alexandre Polyhistor de Milei, p. 11 n. Alfrag-amis, noir Pergani (AI). Alhahazeg, p. 79.
:
Alhazrn. noir
Ibn
al
Haitani.
36().
Almagiii (Roberto), |>|>. 268, 270 n., 271, 272 n., 273, 186, 189, Alpetrag ins. voir Bitrogi (AI). AlphODM X, roi r Caitille, pp. 121, 128, 259-26.
:
Ambroix'
(Saint), pp.
'.<,'- ',."..
/J02,
\o,
/|<>8,
427,
f\-/H,
4'M.I-
V''- 4* ,r
4 K,
i-
Ammooiiif
1.
L'indication
nUfDft) di Ih pnfff\
il<'i<rnr
RM
note An "fa
<!**
relte
|iH|f-
508
Ammonius
Aquila, p. 4*9^ Aratus, p. 11. Archigne, p. 367. Archimde de Syracuse, pp. 4, 5, 17, 18, 20, 21, 23 n., 26, 28, 43, 271. Aristarque de Sam os, pp. 12, 17-29, 32, 33, 35, 38, 55.
Aristille, pp. 175, 176.
Aristote de Stagire, pp. 3, 4, 8, 11, 60-67, 69-71, 76, 80, 82, 83, 88, 89, 94 n., 100, 101, io3, 107 n., 108, 110, ii3-ii6, 121, i33-i35, i38, i4o, i4 2 i43, i53, i56, 161, 20?, 2o3 n., 204, 219, 269, 270, 276, 290, 294-296, 2993o2, 317, 323, 33o, 36o, 362, 368, 370-373, 375,376, 390, 412, 43, 47 4*8, 423-425, 428, 43o, 432, 438, 439, 442-444, 454, 459, 462, 463, 466, 468, 471,
m,
>
47M81, 483, 485, 486, 488, 494,495, 499, 5oo. Aristote (Pseudo-), auteur du Liber de dmentis, pp. 220, 223, 226-229, 265, 386, 387, 5o3. Aristote (Pseudo-), auteur du Liber de mirabilibus auscultationibus, pp. 269,
271. Aristote (Pseudo-), auteur du Liber de mundo ad exandrum, pp. 276-278, 317, 33o, 358. Aristote (Pseudo-), auteur de la Thologie, pp. i63, 324, 335-34 1, 343.
Athnodore,
Augustin
p. 277. (Saint), pp. 276, 323, 3g3, 390-397, 399-402, 4<>4, 4<>6, 407. 4 I -4i8,
429, 43i-439, 442, 443, 446, 447, 45i-46o, 462, 464-477, 486, 487, 491494, 496. Aulu-Gelle,'pp. 279, 294, 364,454? 456.
Avempace, voir
Ibn Bdja.
Aven
Averros-(Ibn Rochd,
Ezra. pp. 67, io5, 126, 127, i3i-i4o, 173, 254, 256, 257, 386-388. Avicenne (Ibn Sin, dit), pp. i4o, 348, 367, 374.
:
Ezra, voir
Abraham ben
dit),
i43,
i45-i48, i56,
B
Bacon (Roger), pp.
120, 222. Baldi (Bernardino), pp. i47, 2 o5 n., 249 n., 252 n. Balfour (Robert), pp. 6, 7 n. Basile (Saint), pp. 393-3oj6, 398, 399, 402, 4<>5, 46, 4o8, 427-429, 458, 459, 46i,
Bte de Malines (Henri), p. 254Battani (Al), dit Albatgni, pp. 47-49, 5i, 52, 56*58,
:
209 n
>
m3
>
509
63,
Calippe, pp. 60, 65, 69, 72, 73, 81, 83, n4> 157. Calo Calonymos (Kalonymos ben David), pp. 146, i48, 25i, 252.
Campanus de Novare,
Carra de Vaux,
p. 129.
u.,
Censorin, pp. 6, i3, 14. Chalcidius, pp. u n., i6i-i63, l\\\, 47-4 2 7> 432,449* 48i, 482,485. Chrysippe, pp. 275, 276, 293, 294, 297, 298, 3oo, 3oi, 3o8, 309, 3i4> 36o, 444Cicron, pp. 1, 81, 164, i65, 270, 276, 278, 291, 294, 3i2-3i4t 454* 456. Clanthe, pp. 81, 86, 157, i58, 160, 275. Clment d'Alexandrie (Saint), pp. 4'4> 447*449* Clomde, pp. 4~7> 20-27, 3o, 157, 108, 160, 190, 285.
1
Commandin,
p.
kj.
I)aItou, p. 16.
Darwin
173-178, 194, 2090., 23i n.,24on., 244 Dmocrite, p. 2.^7. Denys, le pseudo-Aropagite, p. 4'7*
Delanibie, pp
Dercyllidr, pp. 78-82, 86, 98, 99, 129, Descartetj j>. 274.
il )i( -#'- pp. 27O, 27.'). Dieterici ^Friedrich), pp. 5o,
I
58, 160.
I-f
r"
125 n.,
n.,
'!(')
n.j
;<>
217
a
,
n.,
171
d.,
3i5j S16,
p.
?~j't.
tiogne de Lartej
p.
344
510
VOLUME
Djeber ben Aflali, dit Gber, pp. 172-179, 221, 25 Djeber ben Hajjn, dit Gber, p. 17.3. Dufourcq (Albert), p. 3 18 n.
:
Dumas
Dupuis
Ediisi,
j>.
3Gy.
Epicure, pp. 3Go, 465. Epiphane (Saint), p. 488. Eratosthne, pp. 3, 5-8, 12, i3, 25, 35, 170, 270-272,
27/1,
35i-35/j, 358.
11/j,
157,
162.
Euthymnc de
Frbi (Al), p. 374. Favorinus, pp. 27O, 294, 4^4Fazary (Mohammed al), p. 223. Fergani (Al), dit Alfraganus, pp.
:
44-47: 49> 5i-C3, 57, 58, 118, 128, 171, 204, 206-211, 21 3, 214, 223, 245, 247. Firmicus Maternus (Julius), pp. 324-327, 335, 344Forlia d'Urban, pp. 19, 20. Frres de la Puret et de la Sincrit (Les), pp. 5o, 5i, 125, 1O6- 17 1, 204, 208, 209, 2 1 5-220, 222, 357-359, 369
Gagmini
(Al), p. 126 n.
Galien (Claude), pp. 32i, 325 n., 366, 367,427. Galien (Pseudo-), auteur de l'Historia philosophica,
Galle, p. 16.
p. 271
Garnier (Dom Jules), p. 488 n. Gauthier (Lon), pp. 126 n., 187 n.
Gazli (Al), pp. i4o, 348, 374 Gber, voir Djeber ben Aflah
:
et Djeber ben Hajjn. Gminus, pp. 69, 74, 76, 79, 110, n5, i44> i58-i6o, 188, 190, 281. Georges de Peurbach, dit Purbachius, p. 259. Grard de CrmoDe, pp. 172, 240 n. Grgoire de Nysse (Saint), pp. 393-395, 402, /|o8, 409, 4^6, ^29, /|3o,
:
/|3i,
482-
485,
49^ 49 6
p.
245.
226, 233,
2/19,
.')!
Hamzah ben
Heath
(Sir
al
Hhasan
al lafahani, p. 2/17.
21.
Heeg-ard (Paul), pp. l\i, 87. Hraclide du Pont, pp. 74, 78, 79, 269, 060. Heraclite le Grammairien, p. 11 n. Hermann le Second, p. 222. Herms Trismgiste, pp. 3i5, 354, 355. Hrodote, p. 268.
Hipparque, pp.
6, 12, i3, 26-28, 3o, 32-35, 59, 60, 62, 64, 05, 74-76, 82, 83, 88,
in, 1 3/|, i35, iOO, 175, 180-186, 189-191, 195-197, 199, 200, 90, 98, 2i5, 2o3, 216, 224, 225, 23i n., 232, 243, 247, 255, 256, 334, 376, 202, 4i0, 497, 5o4.
io5,
Ilippocrate, p. 378.
Hippolyte (Saint),
:
p. 25.
al
pp. 209, 211, 255. pp. 248, 249. Ibn Bdja. al ayeg-, voir
Abou Mansour,
:
Adami,
al
Haitam, dit
1
1
9-139, 171.
Avempace, pp.
126-128, i3o-i33,
109,
i4o,
Horddbeh, p. 369. Iounis, pp. 210-212, 223, 23g, 245, 247, 249. Rochd, voir Averros.
:
Rosteh, pp. 48, 4o> 5i, 52. SinA, voir Avicenne. Tibbon, voir Mose ben Samuel ben Tibbon.
:
Tofal
147,
4o '56.
p. 248. Irne (Saint), pp, 317-320. Ishac (Kabbi), auteur prsum des Tables Alphonsines. pp. 263, r$. Ishac ben Honein, pp. 239, 240, 246, 247. Isidore de Sville (Saint), p. 462.
-X Jacob ben Makir, (fit Doil) Profftl on Prol'alius Jmhrus, pp, 1 Jamblique, pp. f\ 12, 47 Jean Chrvsostme (Saint), pp. 393, ,\<)f\, 4o8, ^89-/491 496, 498. Jean d'Alexandrie, dit Philopon, le Grammairien ou le C^hrrt ien pp. 10H:
n3, n5, i44, 200, 209, 416, 469-47' 47 8 n 479j fgttoii Jean Damasenr (Saint), pp. 273, >85. Jean de Luna (Joannes Hispanensis et Liinemis), dit tort Jnnnneu Hitpfr
>
ol2
Jean l'Kvangliste (Saint), p. 4'9 Jehuda ben Mousa, pp. 263, 264.
Jrme
(Saint), p. 488.
:
Johannitius, voir
Kazwn, p. 369. Kepler (Jean), pp. i5, 126. Khaled ben Abdalmalik, p. 211. Kharizmi (Mohammed al), dit Alchoarismus, Algorismus, Kindi (Jacob al), p. 374.
:
p. 223,
Lancasler, p. 240 n.
Landauer (Samuel),
Lat, pp. 212, 2i3.
p. 196.
M
Alacrobe (Thodose Ambroise), pp. 6, 10, 204, 3io, 4 11 * 4*7* 48i, 4^2, 4^5. Mamouide, voir Mose ben Maimoun. Manilius (Marcus), pp. 3o3-3o7, 3 10. Manitius (C), pp. 4 n., 4i, 42. Mansion (Paul;, p. 68 n.
:
11,
25
Maqdisi, p. 369. Maqrisi, p. 369. Marcion, p. 4 2 7 Marie la Juive, p. 34g. Martianus Capella, pp. 6, i3, i4, 4ij 4 7Martin (Thodore-Henri), pp. 11 n., i5, 68 n., 80 n., 181 n., 187 196 n , 197, 200, 224 n., 25 n., 226 n., 244 n., 249 n., 424 n. Masciallah, dit Messahala, pp. 204-206, 208, 21 3, 223, 229, 25 1. Massoudi, pp. 212-216, 221, 36g.
:
u.,
nj5,
513
i3i-i33,
3<j-
Mose ben Samuel ben Tibbon, pp. i46, 2f>2. Montucla, p. 120. Motkallemin (Les), p. 374. Moundjala, p. 226. Mousa ben Shakir (Les fils de), pp. 233, 247.
Munk
(S.),
Nallino, pp. 43 n., 45 n., 48, 53 n., 229 n., 233 u., Narducci (Enrico), p. 120. Nasir-Eddin Attousi, p. 129.
2/jo n.,
248
n.,
257
Nbridius,
p.
459.
Newton
Numnius,
p.
4*0.
Ocellus de Lucanie, p. 36o. Ocellus de Lucanie (Pseudo-), pp. 4 2 4> 425, 427, 4^*. Olympiodore, p. 349 u
-
Onsicrite, p. 270.
Origne, pp. 25, 191-193, 196, 197, 201, 204, 209, 3n3-3i)5, 449-451,488,496. Osius, p. 48.
4'-">,
Pantius, pp. 276, 454Pappus d'Alexandrie, pp. 19, 21, 27. Prar-Sanhit (Le), p. 225. Phidias, pre d'Archimde, pp. 17-19. Philippe d'Oponte, pp. 17-19. PhiloiaOf, pp. 8, 73. Philoo d'Alexandrie, pp. 3oi,3i5-3i7, .'ty.>, 4<>3, 4~, V'.. 4^o Pierre d'Abano ou de Padoue, p. 25<S. Platon, pp. 9, 12, 17, 63, 6871, 79, 8i, 82, 95, 101, io3, 108, no, 160, 162, 200, 203 n., 269, 274, 3o6, 3s5 .... 33o, 333, 334, '"".. 36o, '\\ <-\ 423,425, 447, 449, 4 7 8, 482, 485, 497i V'.. :)0 Platon de Tivoli, pp. 48, 257. Pline le Naturaliste, pp. 6, 12-14, 1 86-1 88, 190, 171,
Plotin, pp. 168, 3oo-3i2, 3i4, 3i 3si-3i4, 340-342, 348 7 4j 4i7 ^20, 427, 439-442, 444447i 4~'9> 4*5j 47^.
,
34q,
356, (09,
33
4io,
DUHBM
514
Plutarque de Chronce, pp. 8, 2q3, 297-302, 36o-364, 444, 449 453, 478. Plutarque (Pseudo-), auteur du De placitis philosophorum, pp. 2 r>,
269, 271.
157,
J90, 274276, 280-287, 289, 293, 294, 3o3, 309, 3i4, 317, 324,34i, 344? 358, 359,304, 366, 4 2I > 454? 4^9Priscien de Lydie, pp. 280-284, 364-
Plutarque le Platonicien, p. 100. Porphyre, pp. 9 n., 11, 289 n., 33o, 4 12, 417, 44o, 44 1, 469, 472. Posidonius, pp. 4? 7 8, 25, 26, 74, 76, 78, 110, n5, i38, i44> '87,
n3,
le Diadoque, pp. 39~45, 52, 82, 87,90, 99, 100, io3-io8, 118, i38, i4i, i44 *45, i5o, 170, 197-200, 275, 276,324,326-335,
:
4<)">
Ma kir.
8,
19, 2G-28, 3o-35, 37-44 46, 55-57, ^9 60, 62-67, If) IQ MI II2 > 1 18-120, i23-i3o, i32-i35, i38, 139, i4iIQ 5> 6' 3> 83-99, > 74, i45, 148, i49> 56, 160, 161, 166, 1 71-179, 181-191, 193-200, 202-205, 209, 21 1-2 16, 224, 226, 228-237, 239, 240, 242-244 247, 25i-256, 262, 264-266, 289-293, 3o3, 334, 343, 365, 366, 370, 393, 43, 4 ! 6, 479 497-499 ^47,
:
Purbachius, voir Georges de Peurbach. Pythagore, pp. 12, i3. Pythas de Marseille, pp. 270, 271, 274.
Q
Ouicherat (Jules), p. 280. Quinte (lurce, p. 269 n.
n.,
22.'!
n.,
227 n.
(Ernest), pp. 127 n., i33, i4<. Ricci (Agostino), pp. 258, 263, 264.
Renan
Rivaud
(Albert), p. 438.
'"><>
n,
p. 249..
Salomon ben Pater Kohen, p. 121. Samuel ben Jhuda, dit Rabbi Miles,
:
p. 2.5o.
Scems-ed-Din,
p. 36g.
Scotrigne
Sdillot
f\2?>,
43i, 443.
(J. J.),
pp. 256
n., 2.57 n.
Sdillot (L. Am.), pp. 180 n., 181 n., 245, 200 n., 257 n., 259. Sleucus de Sleucie, pp. 270, 272-274, 289. Send ben Ali, p. 211. Snque le Philosophe, pp. 214 n., 270 n., 283, 287, 288, 3i4.
515
1
n., 87,
90,98, 99,
<o8.
n3-ii5, 118,
38,
Sorya-Siddhnta (Le), pp. 212-214, 216, 224, 220, 248, 249. Speusippe, p. 4 12 Steinschneider (Moritz), pp. 121, 122 n., 127 n., 128 n., 38
-
n.,
1/47,
171 n.,
25o n., 202 n., 254 n. Slephanus Alexandrinus, voir Etienne d'Alexandrie. Stobe (Jean), pp. 157 n., 269. 36o, 4 2 4Slraboo, pp. 270-273, 280-283. Suidas, p. 17. Sulpicius Gallus, pp. 12, i3. Switalski (B. W.), pp. 420 n., 421 n. Symmaque de Sa marie, p. 4 '9Syrianus, pp. 39, 99-103. 2o5 n., 249
n.,
:
4, 5, 7 n., 9 n.,
n., /|()3.
n.,
1.*,
17 n.,
18,
:>.'.\.
2.")
n.,
26, 3 n
Thbilh, pp. 47
:>f>/j
r
>
>3, 4,
'*!>
117-1191
261).
xG.
r>;,
r3<>,
256-259,
Thodore de Mopsueste, pp. 33o, 49''. Thodore!, vque de. (ivre, pp. 395, 46, ^07, Thodose de Tripoli, p. i-j\>.
Thon d'Alexandrie,
5o3, 5o4.
pp.
iq3-iq5,
197,
Thoa de Smyrue,
,
r pp. 6, 11, 12, i/, 26, 27, 3o, 35-37, 74, 7- n., 76, 7S-83. r ii3, i2(j, i. 8, 160, 161, 187. 188, ion, 210, 2V1 n., 4* M 98, 11a n Thophraste, pp. 270, 275, 334, 4' 8, 438, 478. Thomas d'Aquin (Saint), p. i5o.
>
-
Valentin de Rome, pp. 319, 32 Valla (Georges), p. 19. VarAha-Mihira, pp. 212, 22. Varron, p. i4-
1,
323, 4^7
Vitruve,
p. 6.
W
W.'illis (JoIid),
1.
10.
ri..
Wegeuer
Weidler,
^64 d
177.
.
Whtoe
pp. 224 n
22S d
51G
W'isleufeld (F.), pp. 126 n., i3i u., 1^0 n., 179 n., 2/10 u.
Xnarque, pp.
Xnocrate,
.">(),
p. f\\>.
TABLE
DES MANUSCRITS CITS DANS CE VOLUME
n., 47 n.,
208 n.
II
PREMIERE PARTIE
LA COSMOLOGIE HELLNIQUE
(Suite)
CHAPITRE
IX
...
.
17
16 35
CHAPITRE X
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
L'antagonisme enire
la
I.
LES HELLNES
1.
II.
III.
IV,
Physique d'Aristote et l'Astronomie dp Ptolme. Sosigne, Xoarque et. Simplicius Les opinions antrieures Ptolme sur la valeur des hypothse^ astronomiques Les opinions de Ptolme sur la valeur des hypothses astronoA. La Grande iyntax mathtnatiue. miques. Les opinions do Ptolme sur la valeur des hypothses astrono-
>n
^7
11)
jq
ns
R. Los Hypotk
ri fi s
planttci.
la
Bstronomiquci
VI.
Syrianu
et
Prorins
Phllopoo.
...
....
et
o20
\)l
TOMK
11
CHAPITRE
XI
PHYSICIENS ET ASTRONOMES.
I.
II.
LES SMITES
.
II.
III.
Le ralisme des Arabes. Les sphres de Thbit ben Kourrah. Le Rsum (FAstronomie d'Ibn al Ha i ta m Les adversaires arabes du systme de Ptolme. Ibn Bdja
bn Tofal
117
119
et
i3o
du systme de Plo\me
(suite).
A verrons.
i33
V. Mose Mamonide VI. La Thorie des plantes d'Al Bitrogi VII. Les prcurseurs grecs, latins et arabes d'Al Bitrogi VIII. Les NeaJ livres cV Astronomie de Djber ben Aflah
i3q
....
1^6
i56
172
CHAPITRE
XII
iffo
180
190
solaire
V. La Grande Anne et la prcession des quinoxes VI, Introduction de la thorie de Vaccs et du recs chez les astronomes indiens et arabes. Le Liber de elementis. Al Battani VIL De la thorie par laquelle Ptolme explique les mouvements de l'picycle par rapport l'excentrique VIII. La thorie du mouvement de la huitime sphre altribue
. .
CHAPITRE
X1I
le
phnomne des
mares
II.
....
267
. L'influence de la Lune sur les mares. Eratosthne. Sleucus III. L'Ecole stocienne et les mares. 'Posidonius et ses disciples. Claude PtoIV. Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius.
.
lme
V. Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius (suite). Les pard'Aphrodisias. tisans de la contingence. Plutarque. Alexandre
VI.
Vil.
Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius lisme immanent. Marc us Manilius Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius (suite). astres ne sont pas des causes, mais des signes. Plotin
(suite).
Le
fata-
000
. .
Les
.
3on
11
521
Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius (suite). La matire premire et le principe du mal. Les Gnostiuue.s.
Plolin
IX.
X.
AI.
XII.
XIII.
Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius (suite). Les astres sont causes secondes des vnements sublunaires. Julius Firmicus. Proclus. La Thologie d'Aristote Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius (suite). Comment l'Ame humaine chappe au destin marqu par les astres Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius (suite). L'Astrologie et l'Alchimie Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius (suite). La nature de la Lune selon Plularque. Les actions physiologiques de la Lune Les principes de l'Astrologie aprs Posidonius (fin). L'Astro-
3iH
\\:>\
34
?,\\
35u
300
logie et
la
Mdecine
XIV. La thorie des mares selon les Arabes. Abou Masar \\ La thorie des mares selon les Arabes (suite). Le Libev de dmentis. Averros. Mose Mamonide
36y 380
SECONDE
PAItTIE
CHAPITRE
PP.
KM IKK
II.
III.
l\
Science profane. Saint Itasile. Saint (riroire rfeNysse.. Saint Jean t'.hrvsostonie. Saint Vnibroisi*. Saint Augustin Le Platonisme ilea Pres ilr l'glise et, particulirement, de Saint Augustin La Physique de (llialciilius Lis Pries le l'Lglise et l.i matire prrniirr Sailli llasile Saini
et
la
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522
XIII.
II
(le l'glise. Les lments et la substance cleste Les eaux supraXIV. La Physique des Pres de l'Eglise (suite).
/|
78
clestes
487
tentative concordiste entre
le rcit
XV. La premire
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Note
Abou Masar
ii
et le
mouvement
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Errata du tome
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cits dans ce
volume
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3 17
PROCDS DOREL
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1913
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