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Le vivre-ensemble en société : une ouverture, une contribution, des

responsabilités

(1ère rencontre annuelle des musulmans de l’Ouest, 10 mai 2009)


Tariq RAMADAN

Si l’on entame une réflexion sur l’état du monde, de l’Europe, de la France ou encore de la région
Ouest on observe un rapport fondé sur l’émotionnel. Aujourd’hui on ne sait plus très bien où se
situent les acteurs de la société, on est menés par les slogans et l’émotion. Le président actuel sait
entretenir la capacité émotionnelle de son public, il est très en phase avec l’ère actuelle.

Pourquoi pendant le conflit de Gaza, on était si émotionnellement impliqués pendant 5 à 6 semaines,


or maintenant c’est pire, plus rien ? Au Congo et au Sri Lanka la situation est horrible, mais n’est pas
retransmise par les médias, donc pas de conscience collective.

Il y a une particularité pour l’émotion :

- On ne maîtrise pas toutes nos réactions


- On perd nos capacités critiques et notre capacité d’écoute, c'est-à-dire qu’on reçoit et qu’on
réagit
- L’émotivité généralisée est la transformation de tous les sujets en quelque chose

Dans le monde musulman, aujourd’hui les gens se victimisent. C’est le même processus lorsque Bush,
après le 11 septembre se pense victime et se donne le droit de réagir en s’en prenant au peuple
afghan qui n’a rien demandé.

Il faut briser l’idée de victime, l’idée que l’autre est responsable. Si on observe toutes les spiritualités,
du bouddhisme à l’Islam, l’homme ne devient homme que lorsqu’il est responsable : on est tous
collectivement responsables du destin de la France. On est un être de conscience, on doit choisir,
alors comment fait-on ?

L’allégorie de la caverne, qu’est-ce que c’est ?

Dans une demeure souterraine, en forme de caverne, des hommes sont enchaînés. Ne nous
ressemblent-ils pas ? Ils n'ont jamais vu directement la lumière du jour, dont ils ne connaissent que le
faible rayonnement qui parvient à pénétrer jusqu'à eux. Des choses et d'eux-mêmes, ils ne
connaissent que les ombres projetées sur les murs de leur caverne par un feu allumé derrière eux.
Des sons, ils ne connaissent que les échos.

Que l'un d'entre eux soit libéré de force de ses chaînes et soit accompagné vers la sortie, il sera
d'abord cruellement ébloui par une lumière qu'il n'a pas l'habitude de supporter. Il souffrira de tous
les changements. Il résistera et ne parviendra pas à percevoir ce que l'on veut lui montrer. Alors, Ne
voudra-t-il pas revenir à sa situation antérieure ? S'il persiste, il s'accoutumera. Il pourra voir le
monde dans sa réalité. Prenant conscience de sa condition antérieure, ce n'est qu'en se faisant
violence qu'il retournera auprès de ses semblables. Mais ceux-ci, incapables d'imaginer ce qui lui est
arrivé, le recevront très mal et refuseront de le croire : ne le tueront-ils pas ?
Donc, tous croient voir, mais ce n’est qu’illusion, seul un fait un travail de recherche. Dans la tradition
musulmane on revient à l’intérieur, à la liberté du cœur. Chacun d’entre nous décide qu’il ne veut
pas être la victime de ses émotions.

Ce qu’on doit faire pour Dieu : « c’est transforme-toi, transforme le monde ! ».

On nait parfois égoïste, violent, mais on se transforme par des efforts constants, par un travail sur
nous même. Pourquoi va-t-on à l’école ? Pour se forger, pour devenir un esprit critique, et c’est bien
le problème des sociétés musulmanes, qui n’envoient plus leurs enfants à l’école. Là-bas, on répète
sans comprendre donc le cœur n’est pas protégé. Aujourd’hui selon les neuro-spécialistes, on reçoit
beaucoup trop d’informations et c’est ingérable pour le cerveau. L’information qui vient du virtuel
n’est pas de la communication, ce qui est déterminant c’est la libéralisation du cœur et de
l’intelligence par rapport à l’émotivité. La prononciation de l’unicité de Dieu c’est aussi de répondre à
ses propres droits. « J’ai le devoir de mes droits et le premier de mes droits c’est devenir un sujet,
pas un objet ».

Sourate 2, verset 256 :

« Nulle contrainte en religion ! »

On ne contraint pas les consciences, sinon elles deviennent un objet et non plus un sujet. Quelles
sont les particularités du sujet ? Dostoïevski a dit « Si Dieu n’existait pas tout serait permis ». A cela,
Sartre va répondre en posant la morale personnelle sur la morale collective. Dieu donne le ton de la
morale et tu dois toi-même choisir avec conscience l’acte de bien.

Sourate 2, verset 143 :

« Et nous avons fait de vous une communauté du juste milieu »

Quand on est en face d’un univers ou l’émotion prend le dessus, ça touche tout. Les goûts aussi
évoluent : pourquoi aime-t-on ce que l’on aime ? Aujourd’hui il y a uniformisation des goûts, même
dans les traits physiques. Ainsi, il faut se rapprocher du modèle occidental, selon une étude
sociologique les noirs qui passent à la télévision et au cinéma ont les traits beaucoup plus fins que la
majorité des noirs représentatifs des ethnies. Le goût n’est pas forcément moral, il se fonde, se
constitue.

Dans notre pratique la discipline est importante, on s’y habitue. Il faut prendre l’habitude du débat,
car c’est à l’habitude du contact qu’on se libère. Dans toutes les grandes philosophies du monde il y a
une discipline à avoir, il faut lire pour avoir un esprit critique, pour habituer son cerveau. A l’époque
du prophète, on débattait des qu’il s’agissait de stratégies. Il faut se réveiller si on veut prendre
conscience, la première prison dont on doit se libérer est la paresse, l’égo. On ne peut faire plus que
ce qu’on peut faire, mais ce qu’on peut faire, on doit le faire, et le faire bien, pas n’importe
comment.

Le contact avec la pauvreté libère de l’illusion de la richesse. Certaines personnes ne partagent pas
notre foi, et pourtant ont la même rigueur, et essaient d’être des sujets. L’homme de conscience ne
juge pas l’inconscient, il sert la conscience. « Je sais donc je te sers ». Un savant musulman doit servir
sa communauté, au risque de déplaire. De plus en plus ça ne se fait pas, car il y a la peur de voir
l’émotivité du public prendre le pas sur la raison : « tu me plais tu es des miens, tu ne me plais pas, je
t’exécute ». La bonne intention c’est de servir celui qui n’a pas.

Nous contribuons, nous sommes ce que nous donnons, il y a trois niveaux de dons :

- La présence

La présence c’est être là, car la société est en train de prendre conscience de ce qui la constitue.
Soyons présents, avec l’assurance du sujet et non la crispation de la victime. « Une parole de bien,
c’est comme un arbre de bien, ces racines sont fortes ».

Réagir à l’insulte est une faiblesse, les insultes je dois les écouter, les analyser. Il faut aussi savoir oser
ses opinions.

- L’écoute

Les parents, surtout les papas, manquent d’écoute. Le prophète un jour s’est fait tiré par une femme
très pauvre à travers tout le marché, elle voulait lui parler, il l’a écoutée. Ecouter c’est donner de la
valeur aux gens. Dans les familles musulmanes le grand désastre c’est souvent le manque d’écoute,
or elle est indispensable à l’ouverture.

- La connaissance

Sourate 49, verset 13

« O hommes ! Nous vous avons créés d’un seul couple, d’un homme et d’une femme, Nous vous
avons répartis en nations et tribus afin que vous vous connaissiez les uns les autres (et ne vous vous
méprisiez pas). En vérité, le plus digne devant Dieu est celui d’entre vous qui est le plus droit. »

Dieu nous a demandé la connaissance mutuelle, nous ne devons pas refuser cela. Combien de temps
donnons-nous au cœur pour connaître et juger l’autre ? Très peu de temps en vérité ! Nous devons
connaître l’Autre, pas seulement ce qui nous plaît chez lui, mais ce qu’ils sont. Pourquoi refusons-
nous de connaitre la différence ? Nous avons l’assurance de nos propres choix, rien ne nous empêche
donc d’aller vers celui qui ne me ressemble pas, sans que je change pour autant d’opinion. C’est ça le
vivre-ensemble.

En connaissant l’Autre, je le rends sujet. C’est un acte d’humilité, marqué par ce que veut Dieu de
nous : je cherche à te connaître car je m’impose l’humilité. C’est en étant responsable qu’on apporte
une contribution, je suis ce que je suis, différent ou semblable et je l’assume.

CONCLUSION

Prise de conscience pour soi-même => Attitude critique, connaissance de soi, des choses => Renvoi
aux autres de la contribution qu’on peut apporter
Sortez de vos ghettos, rappelez à la France qu’elle est multicolore, multi-religieuse, et qu’elle se
trompe sur elle-même ! On ne va jamais au succès comme ça…

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