Introduction Memoire
Introduction Memoire
Jrme Bonnard Professeur lUniversit de Paris 8 Saint-Denis Directeur du Master de Droit des Affaires et Fiscalit Membre du Laboratoire de Droit mdical et de la sant (EA 1581)
Introduction
Ces dernires annes, deux crises ont branl la plante financire : en 2008 et 2009, la crise dite des subprimes (en anglais : subprime mortgage crisis), et, depuis 2011, la crise de la dette souveraine des pays europens. La question qui se pose est de dterminer les impacts de ces deux crises sur lassurance. en croire les mdias aphones, les autorits de rgulation et de contrle peu efficientes et les Compagnies bancaires et dassurance de La Place en cure dauto satisfaction, il ny a aucun problme. Chacun son point de vue. Aussi vais-je vous faire partager celui des premires victimes de ces deux crises financires. La premire victime est un professeur de droit des assurances qui, pour actualiser ses cours et ses manuels, doit dlaisser son Code civil et son Code des assurances, et chercher dans des ouvrages de droit et techniques des instruments financiers le mode demploi du droit des assurances, dans sa version du Troisime millnaire. Jour aprs jour, il tente de percer les mystres de la finance de march et du dernier ovni-juridico-conomico-financier cr par lingnierie financire, puis vendu par des commerciaux du secteur de la bancassurance leurs clients. Cet enseignant-chercheur a beaucoup de mal comprendre, si nest la diffrence entre un produit driv et un produit structur, au moins ce que sont des OPCVM formule , viss larticle R. 214-27 du Code montaire et financiers, des OPCVM structurs de droit tranger
quivalents, viss larticle 36 du rglement de lUnion europenne n 583/2010 de la Commission du 1er juillet 2010 mettant en uvre la directive 2009/65/CE, des titres de crances complexes et des titres financiers quivalents, notamment les EMTN (Euro Medium Term Notes). Tous ces produits ont envahi, sur la pointe des pieds, les contrats dassurance sur la vie en units de compte qui ont progressivement remplac nos bons vieux contrats dassurance-vie qui taient libells en monnaie jusque dans les annes 1970 !
PRIPs !!! Pour lanecdote, on rappellera que, depuis 2007, la Commission europenne tente de mettre en place, dans un souci de cohrence et de clarification (sic !) une
rglementation protectrice des consommateurs qui accdent aux marchs financiers, commune aux OPCVM, aux produits structurs, aux contrats dassurance vie en units de compte et quelques produits de retraites, sous le label imag de PRIPs-Packaged Retail Investment Products (en vieux franais : Produits dinvestissement de dtail packags). La dernire tape, avant llaboration de propositions dinitiatives lgislatives, est un appel contribution pour tout investisseur, autorit publique et plus largement toutes personnes concernes, avant le 31 janvier 2011.
Les autres victimes, bien plus plaindre, sont les clients des Compagnies dassurances et des tablissements bancaires et financiers. Aujourdhui, ces consommateurs-pargnants, parfois appels assurs , sont de moins en moins rassurs . En effet, ils avaient souscrit ces tonnants produits dassurances sur la vie en units de compte, sans vraiment comprendre le sens des mots fonds capital garanti ou garantie intgrale du capital lchance hors commission souffls leur oreille par des intermdiaires et conseillers bienveillants, peu ou prou comptents dans le domaine des assurances. Plan. Partant de l, nous prsenterons notre tude en deux parties. La premire partie abordera les impacts des crises financires sur les socits dassurance. La deuxime partie prsentera les impacts de ces crises sur les assurs.
Premire Partie. Limpact des crises financires sur les socits dassurance : Tout va trs bien Madame la Marquise.
1. Du ct des assureurs des tats-Unis halshs-00655657, version 1 - 1 Jan 2012 AIG. Le premier assureur amricain, AIG (American International Group), a t lourdement touch par la premire crise financire de 2008/2009, affichant une perte abyssale de 99,3 milliards de dollars pour 2008. Cependant, AIG a t sauv de la faillite par lapport de 182 milliards de dollars de la banque centrale amricaine (Federal Reserve Bank), qui dtient dsormais 80 % de son capital. Pour rembourser cette somme, AIG stait engag cder divers actifs, en particulier le contrle de ses filiales dassurance-vie et de son activit dassurances-dommages des entreprises, pour se recentrer sur ses autres assurances de dommages. Ainsi, en 2010, AIG a-t-il introduit la Bourse de Hong Kong sa filiale dassurance-vie asiatique American International Assurance, et cd sa filiale amricaine dassurance-vie Alico son concurrent MetLife pour 16,2 milliards de dollars. En 2011, AIG et le Dpartement du Trsor amricain ont conjointement cd des actions de lassureur pour 8, 7 milliards de dollars. Subprime, titrisation, hedge funds et Cies. Leffondrement dAIG ntait pas li ses activits dassurance, mais ses activits financires dans le cadre de montages complexes victimes de la droute de limmobilier amricain (subprime). En effet, AIG Financial Products avait investi plus de
1 600 milliards de dollars dans des produits toxiques comme des papiers commerciaux adosss des crances hypothcaires (Collateralized Mortgage Obligations, CMO), chappant tout contrle effectif. Lon sait que ces
crances ont t regroupes dans des lots (titrisation), cds des socits ad hoc (fonds de pension, fonds dinvestissement vocation spculative dits hedge funds), puis acquis par divers investisseurs sur des marchs financiers. Les titres de ces investisseurs ont perdu toute valeur lorsque les mnages ont t dans limpossibilit de rembourser les mensualits de leurs emprunts taux variables et de revendre leur maison. Ces actifs toxiques ont souvent t acquis par des socits amricaines dassurance, directement ou par lintermdiaire de filiales de gestion alternative qui ont cr des fonds dinvestissement ou pris le contrle de fonds existants. On ajoutera que lactivit mme dassurance dAIG est reste bnficia ire dans le domaine de lassurance dommages, de lassurance-vie, et de halshs-00655657, version 1 - 1 Jan 2012 lassurance-auto. En revanche, lactivit dassurance dAIG a quand mme d subir le contrecoup de la crise financire, puisque cet assureur avait plac des contrats dassurance dont lobjet tait de garantir les assurs contre les risques spculatifs et mme les faillites dentreprises.
2. Du ct des assureurs europens Ethias, Fortis, La crise financire de 2008/2009, na pas pargn dimportants groupes bancaires europens dont les filiales dassurance vendent des contrats dassurances de personnes sur le territoire franais. Lexemple le plus mdiatis a t celui des socits dassurance belges. Cependant, ces socits nont pas t mises en faillite et leurs assurs nont p as perdu leurs garanties. Dabord, parce que les actifs des socits dassurance europennes sont normalement protgs par les rgles prudentielles et de surveillance qui ont t harmonises pour les tats membres. Ensuite, parce que ces socits dassurance ont t sauves in extremis. Ainsi ltat Belge a-t-il renflou la socit mutuelle dassurance Ethias, filiale de Dexia, elle -mme dmantele en octobre 2011 entre les tats belges et franais. Le groupe BNP Paribas qui avait envisag de racheter la totalit du bancassureur Belge Fortis a acquis 25 % de Fortis Holding Assurances et 75 % de Fortis Banque. En 2010, Fortis
Holding a t renomm Ageas pour se diffrencier de Fortis Banque, devenu BNP Paribas Fortis. ING. On notera encore que ltat nerlandais a inject, en 2008, 10 milliards deuros dans le capital du bancassureur ING et quil sest port garant, en 2009, de 80 % de son portefeuille titris de crdits risqus. En 2010/2011 le groupe ING tait redevenu bnficiaire, grce son secteur bancaire, et il envisageait de se sparer de ses activits dassurance et de rembourser ltat nerlandais avant la fin de lanne 2012.
3. Du ct des assureurs franais Les provisions des socits dassurance. Les provisions techniques des socits dassurance franaises pour garantir les risques dassurs ont -elles t affectes par la chute des marchs boursiers et leffondrement de la valeur des titres financiers hypercomplexes ?
1 329 milliards deuros. On appelle provisions techniques (ou provisions mathmatiques en assurances-vie), lensemble des engagements financiers de lentreprise dassurance lgard des assurs ou des bnficiaires des contrats. En effet, le montant des primes vers lassureur est loin de lui appartenir intgralement. L a plus grande part constitue la garantie des assurs et des bnficiaires des contrats dtre indemniss par lassureur. Ainsi, selon la branche dassurance concerne, les provisions techniques reprsentent un pourcentage de 60 95 % du montant des primes, aprs dduction des frais de gestion et des taxes prleves pour le compte de ltat. En 2010, lencours des contrats dassurance-vie et de capitalisation (provisions mathmatiques + provisions pour participation aux bnfices) slevait 1 329,7 milliards (Sources : FFSA. Les rsultats de lanne 2010).
Rgles prudentielles. A priori, lexposition des provisions des socits dassurance la crise financire dpend des modes de placements effectus. Pour protger les assurs dune ventuelle dfaillance des assureurs, les pouvoirs publics dterminent des rgles prudentielles en ce qui concerne notamment leurs provisions techniques (R. 331-1 et s.) et leurs placements
(R. 332-1 et s.). De plus, pour viter que les assureurs ne privilgient un seul mode de placement susceptible de subir les alas des marchs (exemple : krach boursier, marasme immobilier), la rglementation fixe des plafonds ne pas dpasser : 65 % pour les actions, les parts de fonds communs de placement risques, ou encore les actions de SICAV ; 40 % pour limmobilier ; 10 % pour les prts, etc. (R. 332-3). Hedge funds la franaise. Par ailleurs, un dcret n 2011-141 du 31 octobre 2011 a ajout une nouvelle catgorie de placements (R. 332-3. 4). Dsormais, ces placements peuvent inclure, concurrence de 5%, des obligations, parts et titres de papiers commerciaux mis par un organisme de halshs-00655657, version 1 - 1 Jan 2012 titrisation et composs de titres mis ou garantis par un tat membre de lOCDE ou un tablissement public dun tel tat. Il pourrait sagir, par exemple, dobligations mises ou garanties par des pays europen en difficult, comme la Grce, lEspagne ou lItalie, regroupes dans des lots (titrisation). Ces lots peuvent alors tre cds des socits vocation spculative, puis acquis par les assureurs sur les marchs financiers. Est-ce bien raisonnable ? Un tel placement nous parat tre risqu dans la mesure o, linstar des hedge funds de la crise financire des annes 2008/2009, de tels papiers commerciaux sont susceptibles de perdre toute valeur en cas de dfaut de remboursement des tats metteurs ou garants. De plus, la publication dun tel dcret pour honorer la titrisation en pleine crise financire des obligations europennes est inopportune. Ce texte est dautant plus paradoxal que, la suite de la crise financire de 2008/2009, lexcutif franais stait engag lgifrer afin de rguler svrement la technique de titrisation dveloppe par les banques. Cet engagement na pas t tenu, et la loi intitule Rgulation bancaire et financire , du 23 octobre 2010, a rgul a minima la titrisation en France, donnant entire satisfaction au lobby des banques.
Les zinzins de la Bourse. Les socits dassurance font partie des plus importants investisseurs institutionnels du march, familirement appels zinzins (selon les annes, elles peuvent dtenir jusqu 20 % de lensemble des actions et 40 % de
lensemble des obligations dentreprises et dtat, ngocies sur le march rglement Eurolist gr par Euronext Paris. En 2010, les encours des placements des socits dassurance slevaient 1 626,7 milliards deuros en valeur de bilan contre 1 516 milliards en 2009), dont 1 501 milliards (89,2 %), au titre des assurances-vie, capitalisation et mixtes, et 182,4 milliards (10,8 %) pour les assurances dommages. Alors que les rgles prudentielles permettent aux socits dassurance de placer leurs provisions en actions dans la limite de 65 %, ces socits prfrent aux actions cotes ou non et limmobilier des placements plus scuriss en obligations dentreprises, en obligations mises ou garanties par ltat, et en OPCVM revenus fixes (plus de 60 %). Ainsi, en 2010, la structure de leurs placements se prsentait de la sorte : actions dentreprises : 17, 3% ; obligations dentreprises : 36,8 % ; obligations mises ou garanties par ltat : 33,1 % ; actifs immobiliers : 3,7 % ; actifs montaires : 6,4 % ; autres : 2,7 % (Source : FFSA-GEMA, Banque de France. Lessentiel de la FFSA.
La premire impression est toujours la bonne, surtout quand elle est mauvaise (Henri Jeanson). On ajoutera que la crise financire de 2008/2009 a ncessairement atteint nos assureurs par la chute gnralise du cours des actions, le risque de non-paiement des obligations dentreprises en faillite, la baisse de limmobilier, et le repli du march des assurances-vie en units de compte trs rentable au niveau des commissions. La crise a donc d se traduire, au mieux, par une diminution du bnfice net des socits dassurance et des bancassureurs*, des moins-values importantes de leur portefeuille dactifs, ainsi quune rduction de leurs marges de solvabilit (C. Le BisLavignasse, J.-H Lorenzi, J. Pelletan, C. Segretain, Chaire transition du risque. Fondation du risque : Lassurance-vie, un outil de promotion de lpargne longue . En ligne sur le site de la FFSA). Toutefois, les socits dassurance ont obtenu des pouvoirs publics, en dcembre 2008, la facult dtaler, sur huit ans, leur provision pour risque dexigibilit (PRE) quelles sont tenues de constituer ds lors que la valeur de ralisation du portefeuille dactifs (actions, immobiliers, OPCVM) est globalement infrieure la valeur au bilan. Autrement dit, les effets de la crise financire peuvent tre lisss sur plusieurs annes.
*Bancassurance. Depuis quelques annes, on assiste la monte en force de la distribution de contrats dassurance par les guichets des tablissements bancaires et financiers, aussi appels bancassurance. Toutefois, ces guichets ne constituent pas
ncessairement une catgorie juridique autonome de distribution de lassurance. En effet, ils peuvent se servir de lune ou lautre des catgories habilites distribuer lassurance : habilitation de la banque en tant que courtier dassurance, constitution par le groupe bancaire dune socit de courtage ; dtachement dans les banques de personnels de socits dassurance, de courtiers ou dagents Plus encore, les groupes bancaires nhsitent pas constituer des socits dassurance ab initio ou prendre le contrle de socits dassurance existantes, ce qui leur permet de capter les primes des clients qui ils proposent de souscrire des contrats dassurance, y compris en contrepartie des prts quils sollicitent. Par exemple, Pacifica, socit dassurance de dommages, et Prdica, socit dassurance de personnes, sont des filiales du groupe Crdit Agricole SA ; Cardif (Cardif Assurance-vie, Cardif Garantie Emprunteur, etc.) est une filiale du groupe BNP Paribas, quatrime assureur vie en France, et leader mondial en assurance des emprunteurs ; ACM filiale du groupe du
Crdit mutuel, 1 bancassureur franais en IARD, etc. Le rsultat est spectaculaire puisque, en 2010, 61% des assurances-vie, et plus de 10 % des assurances dommages ont t distribues par les rseaux de bancassurance.
er
Certaines socits
dassurance, en plus de leur activit dassurance, ont pu laisser leurs filiales dinvestissement spculer sur le march des produits hypercomplexes et des drivs actions pour bnficier de rendements levs. En effet, linstar des banques, les socits dassurance font de la gestion pour compte propre, cest-dire quelles utilisent les fonds qui leur appartiennent pour bnficier des opportunits du march. Quelques assureurs et bancassureurs ont ainsi admis des pertes raisonnables dans le cadre de stratgies dinvestissement par leur exposition marginale directe ou via de fonds de fonds ,soit des subprimes (MATMUT en raison de la liquidation de plusieurs fonds dinvestissement grs par sa filiale de gestion alternative ADI, qui dtenaient des titres vendus par la banque Lehman Brothers ; BNP Paribas par son exposition Lehman Brothers, Crdit Agricole), soit aux socits de Bernard Madoff (BNP Paribas, Axa, Groupama, Crdit Agricole, CNP Assurances), pour les contrats dassurance-vie en units de compte ventuellement exposs aux consquences de la plus grande escroquerie de ce sicle (v. infra). Point de vue des assureurs. Sous cette dernire rserve, il savre que lassurance franaise et europenne aurait assez bien travers la premi re
crise financire de 2008/2009 (B. Spitz, prsident de la Fdration Franaise des Socits dAssurances, Assurer, Lettre de la FFSA, n 130, 5 fvrier 2009). Cest la raison pour laquelle les assureurs du vieux continent se sont mobiliss au dbut de lanne 2011, juste avant lclatement de la nouvelle crise financire, pour critiquer les contraintes financires trop prudentielles prvues dans le cadre de la mise en uvre de Solvabilit II, en particulier les nouvelles exigences relatives au renforcement des fonds propres et des marges de solvabilit.
Solvabilit II. Le Parlement et le Conseil europens ont adopt en avril et mai 2009 la directive Solvabilit II (Solvency II), qui rforme les normes prudentielles applicables aux entreprises dassurance. Les dispositions de cette directive doivent dsormais tre transposes dans les droits des divers tats membres. Quant lentre en vigueur de cette directive, elle est en principe attendue pour le 1
er
ncessite, au pralable, ladoption de diverses mesures techniques, comme les modalits de calcul du capital minimum exig par lautorit de rgulation, Minimum Capital Requirement, et celles du capital exig pour assurer la solvabilit, Solvency Capital Requirement. Ces mesures techniques pourraient tre intgres dans une nouvelle directive dite Omnibus 2, dont ladoption par le Parlement europen est prvue pour le premier semestre 2012. Cette rforme part du constat selon lequel chaque entreprise dassurance est unique par son profil des risques. Pour cette raison, elle prconise de dfinir la marge de solvabilit en fonction des risques rels pesant sur les socits dassurance, et non plus en fonction de pourcentages sur les primes et les sinistres. Dans cette occurrence, Solvabilit II repose sur une architecture trois piliers : le pilier I dfinit de nouvelles normes quantitatives pour les provisions techniques et les fonds propres des socits dassurance ; ces normes tant adaptes selon la nature des risques d assurance inhrents chaque socit dassurance (par exemple, plus le risque dun assureur est lev, plus son capital social devra tre lev). le pilier II dfinit les modalits dun contrle prudentiel de suivi des risques en interne aux socits da ssurance (gouvernance dentreprise, superviseurs). le pilier III regroupe les lments dinformation devant tre fournis par les socits dassurance aux autorits de contrle pour amliorer la transparence et la discipline de march. La mise en uvre de cette directive a suscit linquitude des associations professionnelles des entreprises dassurance, runies au sein du Comit europen des assurances. Schmatiquement, les assureurs sinquitent des exigences excessives des fonds propres et de marges de solvabilit envisages par le Ceiops (Comit europen des superviseurs, devenu EIOPA le 1 janvier 2011), alors mme quils considrent avoir
er
10
travers la crise financire de 2008/2009 de manire tout fait honorable. Aussi plaidentils pour des normes prudentielles modres. De son ct, l'Autorit europenne des assurances et des pensions professionnelles (AEAPP) a publi, en mars 2011, les rsultats de la cinquime et dernire tude dimpact quantitative qui tablit que les assureurs sont bien placs pour respecter les nouvelles exigences en fonds propres sous Solvabilit II (QIS5. En ligne: http://ec.europa.eu/ Commission europenne March Intrieur Assurances Solvabilit II). Pour lheure, les ngociations de la directive Omnibus 2 ont conduit un amnagement du calendrier initialement prvu pour la mise en uvre de Solvabilit 2 : maintien de la transposition de la directive Solvabilit 2 avant le 1 janvier 2013 ; mais application contraignante de son rgime compter du 1 janvier 2014.
er er
11
des dettes souveraines. 8/12/2011, citant les donnes de CA Cheuvreux). La Macif a fait tat dune exposition brute de 1,34 milliard deuros sur le Portugal, lIrlande, lItalie, la Grce et lEspagne. Fin juin 2011, Groupama tait expos aux obligations dtats de la zone euro hauteur de 1,5 milliard pour lItalie, et de 770 millions pour la Grce, lIrlande et le Portugal. La Mutuelle dAssurances du Corps de Sant Franais (groupe MACSF), de son ct, mentionnait son exposition aux dettes souveraines des cinq Etats prcits pour environ un milliard deuro en novembre 2011 (Source : www.argusde lassurance.com/, 6/12.2011). Axa, fin septembre 2011, faisait tat dune exposition limite aux obligations des tats europens pour lItalie (6 Mds deuros), lEspagne (3,7 Mds deuros), la Grce (400 M deuros), lIrlande (400 M deuros), et le Portugal (700 M deuros), lensemble tant jug marginal par rapport la totalit de ses actifs. En gnral, les socits dassurance ne manifestent pas dinquitude. Dabord, parce que ce nest pas dans leurs habitudes. Ensuite, parce quelles estiment pouvoir absorber
la dprciation de la dette grecque en puisant dans leurs provisions pour participation aux excdents, issues des bnfices engrangs lors des prcdentes annes, quitte rduire le rendement des contrats dassurance-vie servis aux assurs. Ensuite, parce quelles pourraient obtenir laval des autorits pour imputer cette dprciation sur leurs rserves de capitalisation. En revanche, en cas de dfaut des autres tats europens, Dieu seul le sait.
- Dautre part, cause de la baisse spectaculaire des revenus de leurs investissements en Bourse. En effet, les assureurs europens ont des participations non ngligeables dans le secteur bancaire lui-mme trs affect par cette nouvelle crise financire. Par exemple, Groupama dtient 4,25% du capital de la Socit gnrale, et Axa, premier groupe dassurance europen, 5,10 % de celui de BNP Paribas. Or, en 2011, laction Socit gnrale a perdu 57,22 % de sa valeur et celle de BNP Paribas 36,25 %. De leur ct, en 2011, laction Axa a perdu 19,32 % (moins 67,96 % sur les cinq dernires annes), et laction CNP Assurances, premier assureur de personnes en France, 29,08 % (moins 55,43 % sur cinq ans).
En novembre 2011, la BNP Paribas, la Socit Gnrale et le Crdit Agricole ont t identifis par le Conseil de stabilit financire, charg de coordonner au niveau plantaire la rgulation financire, parmi les 29 banques dites dimportance systmique, reprsentant un danger pour lensemble de lconomie en cas de faillite. Les agences de notation Standard & Poors, Moodys et Fith ont aussitt abaiss la note de BNP Paribas et de la Socit Gnrale. Dans ce contexte, ces deux banques ont t invites par lAutorit de contrle prudentiel augmenter leurs fonds propres afin de se mettre en
12
conformit avec les nouvelles rgles de solvabilit de lAutorit bancaire europenne (9 % de ratio de capital, au 30 juin 2011). Elles ont annonc pouvoir y parvenir sans avoir recourir des fonds publics, en privilgiant notamment la mise en rserve de la totalit de leurs bnfices, donc la non distribution de dividendes aux actionnaires, voire des cessions dactifs.
- Enfin, raison de la stagnation ou de la diminution notable des souscriptions dassurances-vie, ainsi que de retraits de fonds suprieurs aux apports. Les particuliers, inquiets des consquences de la crise en ce qui concerne les placements composs dobligations dtat ont tendance se reporter sur les livrets bancaires, faiblement rmunrs et sans risque ni contrainte (plus de 24 millions de franais ont une assurance-vie). Ainsi, au halshs-00655657, version 1 - 1 Jan 2012 cours des dix premiers de lanne 2011, la collecte des assurances -vie a-t-elle chut de 12% par rapport la mme priode de lanne prcdente. Plus encore, en septembre, octobre et novembre 2011, les retraits des fonds ont t suprieurs aux apports (solde ngatif de 6,4 milliards deuros sur cette priode). Un tel phnomne ne stait produit que trois fois depuis 1977, notamment en 2008, la suite de la faillite de Lehman Brothers. La diminution des souscriptions dassurances-vie et les rachats de contrats dassurance-vie suprieurs la collecte devraient logiquement conduire une stagnation, voire une baisse du bnfice net des socits dass urance et des mutuelles en 2011/2012, et ce en dpit de bons rsultats de lassurance dommage. On notera, par ailleurs, que les socits dassurances vont devoir supporter en 2012 et 2013 la majoration de 5% de limpt sur les socits des entreprises dont le chiffre daffaires dpasse 250 millions deuros, jusqu'au retour en dessous de 3 % de dficit public, prvue par la 4me loi de finances rectificative pour 2011, n 2011-1978, du 28 dcembre 2011.
Groupama. En dcembre 2011, lagence de notation Standard & Poors a plac plusieurs grandes socits dassurance europennes sous surveillance ngative (Allianz, Aviva, Axa, Caisse Centrale de Rassurance, CNP Assurance, Generali). Le mme sort a t rserv Groupama, cinquime groupe franais dassurance, dont la marge de solvabilit tait passe en-de des 100% rglementaires, avec une exposition importante aux obligations dtat de la zone euro (1,5 milliard pour lItalie, 770 millions pour la Grce, lIrlande et le Portugal, fin juin). Standard & Poors envisageait mme de
13
faire basculer Groupama de la catgorie Investissement celle dite Spculative ( Junk bond). Aussitt, le groupe mutualiste a annonc le report de sa cotation en Bourse vers 2015 et mis en uvre un plan de recapitalisation, en partie grce des cessions dactifs, comme sa participation au capital du groupe immobilier Silic qui devrait tre reprise par la Caisse des Dpts et Consignation. De plus, plusieurs assureurs europens, parmi lesquels lallemand Allianz et les franais Axa et Covea (GMF, MAAF, MMA) ont montr un intrt pour le rachat de Gan Assurances, filiale de Groupama, au cas o ce dernier envisagerait de sen sparer pour renforcer ses fonds propres.
14
Deuxime Partie. Limpact des crises financires sur les assurs : Au voleur ! Au voleur ! on ma drob mon argent
Perte de confiance des souscripteurs dassurances-vie. Les crises financires de 2008/2009 et 2011/2012, la chute des marchs boursiers, la perte de la valeur des placements rglements des socits dassurance qui ne gnrent plus de produits financiers, et leffondrement de la valeur des titres financiers hypercomplexes parfois contenus dans certains contrats dassurances-vie en units de compte, ont grandement affect les assurs. Par halshs-00655657, version 1 - 1 Jan 2012 crainte, au cours du dernier trimestre de lanne 2011, beaucoup dentre eux, nous lavons vu, ont renonc souscrire des contrats dassurance -vie ou ont opr des retraits de fonds en rachetant leur contrat. Un tel phnomne stait dj produit, lors de la crise financire de 2008/2009, la suite de la faillite de Lehman Brothers. Scnarios prvisibles. On notera, au pralable, quen cas de difficults financires des socits dassurance respecter leurs engagements lgard des assurs, deux scnarios lgislatifs peuvent toujours tre mis en uvre. - Dabord, aux termes de larticle L. 612-33 du Code montaire et financier, lorsque la solvabilit ou la liquidit dune socit dassurance soumise au contrle de lAutorit de contrle prudentiel ou lorsque les intrts de ses clients, assurs, adhrents ou bnficiaires, sont compromis ou susceptibles de ltre, lAutorit de contrle prudentiel peut prendre diverses mesures conservatoires. Dune part, elle peut suspendre, restreindre ou interdire temporairement la libre disposition de tout ou partie des actifs de la personne contrle (C. mont. fin., art. L. 612-33, 3). Dautre part, elle peut ordonner la personne contrle de suspendre ou limiter le paiement des valeurs de rachat, la facult darbitrage, le versement davances sur contrat ou la facult de renonciation (C. mont. fin., art. L. 612-33, 4).
15
- Ensuite, au cas o une socit dassurance ne peut faire face ses engagements, des fonds de garantie interviennent pour indemniser les assurs. Ainsi, par exemple, toutes les socits dassurances de personnes agres en France, y compris les filiales trangres, doivent adhrer au Fonds de garantie des assurs contre la dfaillance des assurances de
personnes (FGAP), qui est rglement par les articles L. 423-1 et suivants du Code des assurances. En cas de faillite de ces socits dassurance, les assurs, souscripteurs, adhrents et bnficiaires de contrats dassurance -vie sont indemniss par ce fonds hauteur de 70 000 euros (90 000 pour les rentes de prvoyance). On rappellera que, ces dernires annes, sans relation avec les crises financires, plusieurs socits dassurance de dommages ont halshs-00655657, version 1 - 1 Jan 2012 t mises en liquidation judiciaire (Sprinks, Mutuelle lectrique dassuranc es, MARF, Europavie). Scnarios passs et actuels. Pour lheure, ces deux scnarios catastrophes nont pas t mis en uvre. En revanche, les crises financires de 2008/2009 et de 2011/2012 permettent dvoquer deux autres canevas. Lun dordre juridique avec des actions en justice de souscripteurs de contrats dassurance-vie en units de compte devant les tribunaux afin que ces derniers reconnaissent quils ont t induits en erreur ou mal conseills par les banques et les socits dassurance (A.). Lautre, dordre fiscal, avec une trs forte monte en puissance du montant dimposition des contrats dassurance afin de renflouer les caisses de ltat (B.).
16
Diversit des valeurs de rfrence. Jusque dans les annes 1970, les contrats dassurance-vie taient libells en monnaie. Dans ce type de contrats, aujourdhui encore distribus, le risque financier est en principe assum par lassureur qui garantit le versement du capital ou de la rente au terme du contrat et dans les conditions fixes par celui-ci. Sous rserves des divers frais du contrat (frais dentre, frais sur versement, frais de gestion, frais darbitrage), la rmunration annuelle dun contrat en euro est constitue dun taux dintrt minimal garanti et dune participation aux bnfices, verse en fin dannes, variable selon les rsultats du portefeuille des actifs grs par lassure ur. Toutefois, ces contrats dassurance-vie en monnaie ont t progressivement remplacs par des contrats en units de compte en grande partie composs halshs-00655657, version 1 - 1 Jan 2012 de titre financiers et de titres assimils, des contrats multi-supports composs la fois de supports en euros et de supports dinvestissement en units de compte, appels supports capital variable (OPCVM metteur dactions de SICAV ou de parts de FCP), et des contrats en euros diversifis aux supports hybrides entre les contrats en units de compte et ceux en euros (C. assur., art. L. 142-1 L. 142-5).
Statistiques. Sur les dix premiers mois de lanne 2011, la part des supports en units de compte dans lensemble des cotisations dassurances-vie stablissait 15 %, contre 14 % en 2010 (Source : FFSA. tudes et Statistiques. Assurances-vie. 7/12/2011). Par ailleurs, en 2010, 23 % des cotisations des Plans dpargne retraite po pulaire (PERP), crs par la loi Fillon du 21 aot 2003 sur les retraites, avaient t investies sur des supports en units de compte (Source : FFSA/GEMA, aot 2011, cit dans le rapport du CCSF 2010/2011, chap. 5, p. 10). Au 31 dcembre 2010, 2,1 millions de personnes avaient souscrits un PERP afin de se constituer un complment de retraite principalement sous la forme du versement dune rente viagre.
Rgles prudentielles. Dans tous ces cas, les units de compte sont constitues de valeurs ou dactifs offrant une protection suffisante de lpargne investie (C. assur., L. 131-1, al. 2). Aux termes de larticle R. 332-2 du Code des assurances, elles peuvent tre composes de valeurs mobilires, aussi appeles titres financiers, cotes ou non sur les marchs rglements, et de titres assimils (actions, obligations, actions de SICAV, parts de fonds commun de placement ou de crance). Elles peuvent aussi tre composes dactifs
17
immobiliers, de prts et de dpts (Selon la FFSA, en 2010, les contrats en units de compte taient investis en moyenne 50 % en actions, 35 % en obligations, le reste en actifs montaires et immobiliers). Avec ces contrats, le risque est assum, cette fois, par lassur dont lpargne investie volue la hausse comme la baisse en fonction des valeurs qui servent de rfrence. En effet, lassureur sengage sur le nombre dunits de compte et non sur leurs valeurs qui sont soumises aux fluctuations des marchs financiers avec les risques que cela prsuppose. Pour cette raison, les contrats en units de compte font lobjet dune information renforce lgard du souscripteur.
Renforcement de linformation prcontractuelle du souscripteur. Pralablement la
formation du contrat, lencadr informatif mentionn larticle L. 132-5-2 du Code des assurances doit indiquer pour les contrats dont les droits sont exprims en units de compte [] en caractres trs apparents que les montants investis sur les supports en units de compte ne sont pas garantis mais sont sujets des fluctuations la hausse ou la baisse dpendant en particulier de lvolution des marchs financiers (A. 132-8, I, 2, b). Quant aux units de compte, elles doivent tre nonces au contrat (R. 132-4 in fine). Le contrat doit encore prciser la date laquelle les primes verses sont converties en units de compte et, le cas chant, les dates priodiques dvaluation retenues pour dterminer en cours danne les valeurs de ces dernires ( ibid.). Il doit galement prvoir les modalits selon lesquelles, en cas de disparition dune unit de compte, une autre de mme nature pourra lui tre substitue, par un avenant au contrat (R. 131-1 in fine). Enfin, en cours de contrat, le souscripteur bnficie dune information annuelle qui porte sur la valeur des units de compte slectionnes, leur volution annuelle et les modifications significatives affectant chacune delles (L. 132-22, al. 9 ; A. 132-7. IV).
Les malheurs de la vie des marchs. Appt par des perspectives de performance suprieures celles des contrats en euros, le souscripteur oublie bien souvent quil risque, avec des contrats en units de compte, de perdre toute son pargne, sans prter grande attention aux mises en garde documentaires prescrites par le lgislateur. Lorsque les marchs de rfrence
18
seffondrent, la gourmandise ou la navet du souscripteur cde la place la colre lgard des assureurs et des banques qui lui avaient vant des performances exceptionnelles. Cest ainsi que certains contrats en units de compte ont subi, en 2008 et 2009, comme nimporte quel investissement en bourse (PEA, compte titre), les consquences de la chute des actions cotes (par exemple, lindice du CAC 40 : moins 42,68 % en 2008), ds lors quils ont t interrompus pendant cette priode. De plus, beaucoup dassureurs, des fins purement commerciales, avaient incit les assurs dtenteurs de contrats dassurance en euros sans risque les transformer en contrats multisupports, pour profiter des avantages de lamendement Fourgous, instaur dans la loi Breton du 26 juillet 2005 (plus halshs-00655657, version 1 - 1 Jan 2012 de 56,3 milliards deuros de transfert fin 2008). Pour la crise de 2011 et 2012, lassur devra galement assumer leffondrement des marchs financiers, la fois sur les actions et, fait nouveau, sur les obligations dentreprises et dtats en difficult, constitutives des units de compte de son contrat (pour les actions cotes, en 2011, lindice CAC 40 a chut de 16,95 %). Bien entendu, comme pour la prcdente crise financire, seuls seront directement affects les assurs dont les contrats sont venus terme ou qui les ont rachets pendant cette priode.
Les pratiques commerciales douteuses. la dcharge des assurs, on ajoutera que la prsentation des documents commerciaux est parfois tendancieuse. Pour ne pas inquiter le client qui il est propos de souscrire une assurance-vie en units de compte, les mots sulfureux de bourse, actions, ou CAC 40 sont souvent remplacs par les sigles PEA et FCP, beaucoup plus rassurants. Lorsquil sagit de contrats dassurance-vie pour lesquels la somme garantie fait rfrence plusieurs supports dinvestissement en units de compte, le mot obligation revient sans cesse au dtriment des rfrences aux autres produits financiers risques comme les actions. En outre, la dconvenue des clients tient souvent lemploi, tout instant, des mots fonds capital garanti ou garantie intgrale du capital lchance hors commission . Cet assemblage de mots peut leur fait croire quils rcupreront
19
ncessairement le capital investi au terme du contrat. Pourtant, tous les spcialistes savent que ces fonds garantis peuvent ne pas tre sans risque ds lors quils dpendent en tout ou partie des paramtres du march. En gnral, cette prcision napparat que dans les notices dinformation, vises par lAutorit des marchs financiers, dont les termes, tableaux et graphes sont rebutants et dune extrme technicit. A contrario, lorsque le capital nest pas garanti, le Comit Consultatif du Secteur Financier (CCSF) observe que linformation est souvent relgue en petits caractres et/ou en bas de pages (Rapport annuel du CCSF 2010-2011, p. 104). La diversit des actions de lassur. Lorsquil pense avoir t induit en halshs-00655657, version 1 - 1 Jan 2012 erreur, lassur tente parfois de demander lannulation de son contrat sur le fondement de lerreur sur la substance de larticle 1108 du Code civil. Seulement, cette action est voue lchec, dans la mesure o la Cour de cassation rappelle quune erreur sur la substance ne peut se rapporter au choix dun placement, ni la non perception par le souscripteur de lconomie du contrat (Cass. 2me civ., 8 oct. 2009, n 08-18928 : Bull. civ. II, n 239). Lassur peut galement exercer une action pour manquement de lassureur son obligation prcontractuelle dinformation, prvue par les articles L. 132-5-1 et A. 132-4 et A. 132-5 du Code des assurances (V. supra les mentions de lencadr informatif relatives aux units de compte). Si lassur obtient gain de cause devant le tribunal, il peut renoncer purement et simplement au contrat souscrit et donc rcuprer lintgralit des fonds verss (C. assur., art. L. 132 -52. Jrme Bonnard, Droit des assurances, LexisNexis, 4me dition paratre, n 853). Mais, le plus souvent, lassur va exercer une action en responsabilit pour manquement de lassureur ou de la banque son devoir dinformation, sur le fondement de larticle 1147 du Code civil, voire sur celui de textes spcifiques aux prestataires de services dinvestissement et aux assureurs.
Obligation lgale dinformation. Aux termes des articles L. 533-12 et suivants du Code montaire et financier, les prestataires de services dinvestissement doivent agir dune manire honnte, loyale et professionnelle, servant au mieux les intrts des clients (C. mon. et financ. L. 533-11) et toutes leurs informations, y compris promotionnelles doivent
20
prsenter un contenu exact, clair et non trompeur. (C. mon. et financ. L. 533-12, I). Pour les socits dassurance, le nouvel article L. 132-27-1 du Code des assurances, issu dune ordonnance n 2009-106 du 30 janvier 2009 prcise que les informations affrentes des contrats individuels ou de groupe dassurance-vie comportant des valeurs de rachat doivent prsenter un contenu exact, clair et non trompeur. Plus encore, un nouveau paragraphe III de larticle L. 520-1 tend les dispositions de cet article L. 132-27-1 aux intermdiaires qui deviennent ainsi dbiteurs de lobligation de conseil de lentreprise.
Les socits dassurances et les banques respectables. Lorsque les assureurs et les banquiers font un effort de pdagogie pour bien expliquer la nature des produits dassurances-vie en units de compte quils proposent aux halshs-00655657, version 1 - 1 Jan 2012 assurs, les tribunaux nhsitent pas carter leur responsabilit. Un excellent exemple en est donn par un arrt de la Cour de cassation en date du 15 mai 2008, qui a approuv les juges du fond de ne pas avoir retenu un manquement dune banque son devoir de conseil, en raison dune clause dun document port la connaissance des assurs ainsi rdige : La valeur des units de compte volue chaque semaine. Nous vous rappelons que pour les supports en units de compte, lengagement de lassureur porte sur le nombre dunits de compte. Lquivalent en euros volue en fonction de la valeur liquidative de chacun des supports. Cette valeur varie la hausse ou la baisse (Cass. 2me civ., 15 mai 2008, n 07-11049 : Resp. civ. et assur., 2008, comm. 274). Lobjectivisation des devoirs dinformation et de mise en garde. En revanche, les socits dassurance et les banques qui ont omis dexpliquer aux assurs que leurs contrats dassurance-vie investis en units de compte taient sensibles aux fluctuations des marchs financiers, vont tenter, a posteriori, de bnficier de la jurisprudence qui admet une conception subjective des devoirs dinformation, de conseils et de mise en garde. En effet, en matir e de banques et de services financiers, ces devoirs cessent lgard de clients avertis qui matrisent les mcanismes des produits auxquels ils ont souscrits (par exemple : Cass. com., 14 dc. 2004 : Bull. civ. IV, n 221, propos de placements en bourse. Cass. 1re civ., 12 juill. 2005 : Bull. civ. I, n 325, propos dun emprunt). Seulement, cette exception a du mal persvrer en prsence de certains produits dassurances. Dune part, elle nest pas retenue
21
par la Cour de cassation en matire dassurance de groupe (Cass. 2me civ., 3 sept. 2009, n 08-13952). Dautre part, la Chambre commerciale de Cour de cassation, dans un arrt Axa France actions/Axa international actions, en date du 14 dcembre 2010, sest montre rticente pour laccueillir en matire de contrats dassurance-vie en units de compte, oprant, semble-t-il, en cette matire, un revirement de sa propre jurisprudence (Cass. com., 12 janv. 2010, n 08-17956 : en lespce, la responsabilit de la banque a t carte au motif que le client avait dj souscrit plusieurs annes auparavant un contrat dassurance-vie en units de compte et quil disposait ainsi dune exprience permettant de le qualifier daverti sur un financement utilisant les mmes moyens financiers). halshs-00655657, version 1 - 1 Jan 2012
Laffaire Axa France actions/Axa international actions. Cette affaire a donn lieu un arrt en date du 14 dcembre 2010, qui a condamn une banque pour manquement son devoir dinformation, sur le fondement de larticle 1147 du Code civil, ainsi quun agent gnral dassurance pour manquement son devoir de conseils, sur le fondement de larticle 1382 du Code civil, quant aux caractristiques et risques de plusieurs contrats quils proposaient leur cliente (Com., 14 dc. 2010, n 09-17306, indit). Cette cliente avait tout dabord souscrit auprs de la compagnie d'assurances Axa France vie et par l'intermdiaire dun agent gnral de celle-ci, deux contrats d'assurance-vie investis en units de compte : Axa France actions et Axa international actions. Ensuite, elle avait souscrit auprs dune banque (la socit Axa banque) un prt relais taux variable, d'une dure de trois ans, remboursable in fine et garanti par le nantissement d'un de ces deux contrats, dont le montant a t directement vers sur un de ces deux contrats d'assurance-vie. Le prt nayant pas t rembours par la cliente, la banque a procd au rachat du contrat nanti, concurrence dune somme diminue par rapport au placement dorigine en raison de la perte de valeur enregistre sur les deux contrat s dassurance vie, conscutive la chute de la Bourse. Larrt est dautant plus remarquable que la cliente, qui exerait la profession de comptable, pouvait sans doute comprendre les mcanismes issus de ces produits et les consquences de leur imbrication. Sans doute pour cette circonstance, la Cour dappel de Montpellier, le 22 septembre 2009, avait-elle cart la responsabilit de la banque Axa et de lagent gnral de lassureur Axa. Pourtant, la Cour de cassation a censur cet arrt par deux motifs qui ludent toute rfrence aux connaissances et comptences ventuelles du client. Dun ct, la Cour de cassation nonce que le banquier qui propose un placement financier son client est tenu de linformer sur les caractristiques des produits proposs et sur les aspects moins favorables et les risques inhrents aux
22
options, qui peuvent tre le corollaire des avantages noncs, ainsi que sur leur adquation avec la situation personnelle et les attentes de son client . De lautre, elle ajoute que le devoir de conseil de lagent gnral dassurances lui impose dinformer son client sur les caractristiques et les risques des produits dassurance quil propose et sur leur adquation avec la situation personnelle et les attentes de son client . Ces motifs expriment une objectivisation des devoirs dinformation, de conseils et de mise en garde de tous ceux qui produisent ou distribuent des assurances-vie en units de compte. Les souscripteurs ou adhrents de ces contrats sont ainsi mis sur un pied dgalit : quelle que soit leur activit ou connaissance de la gestion des contrats dassurance-vie, des marchs boursiers et des produits financiers, ils sont bnficiaires des mmes devoirs dinformation, de conseils et de mise en garde de la part des assureurs, des banques et de leurs intermdiaires.
La recommandation de lAutorit de contrle prudentiel (ACP). On ajoutera que, conformment larticle L. 612-29-1, alina 2, du Code montaire et financier, lACP a formul une recommandation portant sur la commercialisation des contrats dassurance sur la vie en units de compte constitues dinstruments financiers complexes (Recomm. n 2010-01 du 15/10/2010). Schmatiquement, lACP rappelle tout dabord la responsabilit des organismes dassurance et des intermdiaires dassurance dans linformation et le conseil donns aux souscripteurs/adhrents dans le cas dinstruments financiers servant dunit de compte (par exemple, les OPCVM de droit franais formule , viss par larticle R. 214-27 du Code montaire et financier, les OPCVM structurs de droit tranger quivalents, et les titres de crance complexes et de titres financiers quivalents mis sur le fondement de droits trangers). Puis, lACP appelle lattention des organismes dassurance et des intermdiaires sur les critres objectifs de risque de mauvaise commercialisation des contrats dassurance-vie ayant comme support des instruments financiers complexes.
LACP peut mieux faire ! . la suite de la crise financire de 2008/2009, une Direction des relations avec les pargnants de lAMF a t mise en place, en 2010, avec pour objectif de mieux connatre le comportement des pargnants, par exemple, lgard de fonds formule sous jacents complexes , et les pratiques de commercialisation des produits financiers. En outre, une ordonnance du 21 janvier 2010 a institu un ple commun lAutorit de contrle prudentiel (ACP), charge de la protection de la
23
clientle des organismes dassurance, et lAMF, charge de la protection de la client le des professions bancaires et financires, en particulier des tablissements de crdit. Ce ple commun doit notamment coordonner les propositions de priorits de contrle (et non les contrles eux-mmes) des professionnels en matire de respect des obligations lgard de leurs clientle, et analyser les rsultats de lactivit de contrle des deux autorits en vue de proposer leurs secrtaires gnraux les consquences et les enseignements en tirer (C. mon. et financ., art. L. 612-47 L. 612-50). La Cour des comptes, dans son rapport denqute sur lAutorit de contrle prudentiel, prsent lAssemble nationale, le 23 novembre 2011, a observ que le ple commun cr pour coordonner les attributions de lACP en matire de protection des clients des socits dassurance et celles de lAMF en matire de protection des clients des banques devait encore faire ses preuves . Puis, la Cour des comptes a envoy quelques piques bien acres lACP, sous la forme de conseils : Le ple ne saurait
tre un simple outil de coordination entre les deux autorits sur des domaines limits. Il existe aujourdhui une pluralit dintervenants en matire de protection des consommateurs de produits financiers : non seulement lAMF et lACP, mais aussi le Comit consultatif du secteur financier et la Direction gnrale de la concurrence, de la consommation et de la rpression des fraudes (DGCCRF). Cest pourquoi le ple devrait devenir rapidement le lieu dune action concerte globale, faute de quoi cette pluralit dintervenants devrait tre rexamine. Enfin, il est souhaitable que lACP, qui privilgie aujourdhui le contrle rglementaire des professionnels porte une plus grande attention aux proccupations des consommateurs et des pargnants . Elle pourrait ainsi enrichir les activits du ple commun (Compte rendu n 38 de la Commission des finances, de lconomie gnrale et du contrle budgtaire de lAssemble nationale, 23/11/2011, en ligne sur le site de lAssemble nationale).
3. Du Madoff dans des contrats dassurance-vie multisupports ? Hedges funds et assurances. Des contrats dassurance vie multisupports ont perdu toute valeur, en 2008 et 2009, ds lors que les actifs des units de compte taient constitus de produits haut risque et haut rendement issus doprations de titrisation et adosss des crances hypothcaires peu fiables. En effet, ces units de compte peuvent tre composes dactifs de fonds de gestion alternative eux-mmes composs dactifs dautres fonds, eux-mmes investis en fonds alternatifs, dits hedge funds (fonds de fonds de fonds !), ayant rachet des crances douteuses aujourdhui sans valeur. Pendant cette mme priode, des souscripteurs de contrats dassurance-vie ont pu tre
24
compltement ruins ds lors que les units de compte de leurs contrats taient constitues de fonds de placements collectifs (OPCVM) ou de SICAV diversifies qui ont drain leur pargne dans le fonds dinvestissement LuxAlpha, gr par la banque suisse UBS, ou Thema, gr par la banque britannique HSBC. En effet, ces fonds taient eux-mmes investis par le biais de fonds trangers dans des socits de Bernard Madoff, qui a t condamn, le 25 juin 2009, 150 ans de prison pour avoir organis une fraude qui a cot environ 65 milliards de dollars prs de trois millions d'pargnants. Actions en justice dpargnants franais. En France, certains pargnants ont intent des procdures civiles lencontre des socits dassurance et des halshs-00655657, version 1 - 1 Jan 2012 banques qui leur avaient conseill de souscrire de tels contrat sur divers fondements, comme celui de larticle L. 131-1, alina 2, du Code des assurances, aux termes duquel les valeurs mobilires et les actifs des units de compte doivent offrir une protection suffisante de lpargne investie, ou encore la nullit du contrat pour erreur sur la substance. Pour lheure, ces procdures nont pas abouti, les tribunaux franais ayant tendance surseoir statuer dans lattente des dcisions des tribunaux luxembourgeois eux -mmes saisis dactions en responsabilit contre les dpositaires et gestionnaires de cette Sicav. Des informations judiciaires ont galement t ouvertes notamment pour escroquerie. Au dbut de lanne 2012, elles navaient toujours pas abouti. Contrle des autorits de rgulation. Du ct des autorits franaises de rgulation, on notera deux choses. Dune part, elles ont autoris la commercialisation en France, ds 2005, de la Sicav luxembourgeoise LuxAlpha. Dautre part, lorsque laffaire Madoff a clat au grand jour, lAu torit des marchs financiers (AMF) a refus de publier la liste des fonds franais contamins par ces produits toxiques et les socits dassurance, laissant les souscripteurs et pargnants leurs inquitudes.
Rglement des prestations. Dans les contrats libells en units de compte, en principe, le bnficiaire doit tre rgl en espces, cest --dire quil reoit en paiement la contre-valeur de lunit compte (C. assur., art. L. 131-1, al. 2). Toutefois, titre drogatoire, il peut opter pour la remise des actions ou des parts ds lors que ceux-ci
25
sont ngociables et ne confrent pas directement le droit de vote lassemble gnrale des actionnaires dune socit cote en bourse. Or, la suite de la crise financire de 2008/2009 et surtout du problme des OPCVM Madoff, on sest rendu compte que le bnficiaire ne pouvait rien recevoir : dune part, parce que les units de compte ne valaient strictement plus rien, dautre part, parce quelles ntaient plus ngociables, quand bien mme elles pourraient ventuellement le redevenir. Aussi, pour remdier ce problme, la loi n 2010-737 du 1
er
consommation a-t-elle ajout, au second alina de larticle L. 131-1, la rgle selon laquelle : dans le cas o un OPCVM a t scind, lassureur propose au contractant ou au bnficiaire le rglement correspondant aux actions ou parts de lorganisme issu de la scission et qui a reu les actifs dont la cession naurait pas t conforme lintrt des actionnaires ou porteurs de parts, sous forme de remise des actions ou parts de cet organisme . Aussi dans lhypothse o les titres issus de la scission du vhicule de
placement retrouveraient une certaine valeur, le bnficiaire naura pas tout perdu !
B. La contribution fiscale des assurs bnficiaires de contrats dassurances vie la rduction des dficits publics
Il faut prendre l'argent l o il se trouve, c'est--dire chez les pauvres. Bon d'accord, ils n'ont pas beaucoup d'argent, mais il y a beaucoup de pauvres (Alphonse Allais). En 2010 et 2011, les assurs souscripteurs et bnficiaires dassurances vie et de tous ses drivs ont t rudement mis contribution pour aider rduire les dficits publics, imputables ou non la crise de la dette souveraine en Europe (fin septembre 2011, la dette publique de la France slevait 1 688,9 milliards deuros). Cest, en effet, une voie commode choisie par ltat dans la mesure o la quasi-totalit de la population franaise est bnficiaire de tels contrats. Cette voie est dautant plus facile que la plupart des assurs lambdas ne comprennent pas, du premier coup, les consquences pour leur porte monnaie des diverses taxes annonces dans les mdias qui, avec beaucoup de tact, se gardent bien de les inquiter. Pauvres assurs. Ils taient dj bien marris par les rsultats financiers de leurs contrats dassurances sur la vie en units de compte. Les voil, quils soient favoris s ou
26
moins favoriss, en train de se faire pessuguer la marseillaise par Bercy ! Pour le prsident de la Mutualit franaise, qui fdre environ 600 mutuelles de sant en France, le doublement de la taxe sur les conventions dassurance , impos par la seconde loi de finances rectificative du 19 septembre 2001 devrait se traduire, en 2012, par une hausse denviron 3,2 % du montant des cotisations, en sus dune hausse de 1,5 % conscutive laugmentation des dpenses de sant (Etienne Caniard, Rtl.fr, 29/12/2011).
En 2010, 62 % des mnages rsidant en France mtropolitaine dtenaient un contrat dassurance-vie, soit 17 millions de mnages et un peu plus de 24 millions de personnes assures (Source : Insee, enqutes Patrimoine de 2003-2004 et 2009-2010). 41 % de ces mnages dtenaient des contrats dassurance en cas de vie et de capitalisation, et 39 % des contrats dassurance en cas de dcs (30,7 % pour lassurance emprunteur ; 17, 2 % pour les autres assurances en cas de dcs). Selon une enqute de la Direction de la recherche, des tudes, de lvaluation et des statistiques, en abrg DREES, sur les contrats modaux, les contrats dassurance complmentaire sant, dits solidaires et responsables, garantissent environ 86 % de la population franaise.
Itae Missa Est. Il nous reste dresser le panorama de lvolution lgislative de la fiscalit des assurances vie de ces deux dernires annes de crise. Certes, il ny a rien de rvolutionnaire : les grands principes de la fiscalit des assurances vie sont sauvegards pour le plus grand nombre des assurs, en particulier lexonration des droits de mutation par dcs (Jrme Bonnard, Droit des assurances, LexisNexis, Litec, 4me dition paratre, n 946 et suivants). Le professeur de droit et fiscalit des assurances naura donc pas terminer son cours annuel par cette rflexion amre Tout ce que nous venons de dire na plus aucune importance, car il sagit de textes abrogs. Mais, par laccumulation de diverses augmentations d es taux et autres ponctions fiscales, les assurs bnficiaires de contrats dassurances-vie sont quand mme en train de devenir les dindons de la farce fiscale. Pour sen convaincre, il suffit de jeter un bref coup dil sur la modification de la fiscalit des assurances-vie opre, par toutes petites touches tous les deux ou trois mois afin de ne pas alerter les assurs-contribuables-lecteurs, en respectant lordre des saisons.
27
Le cycle des saisons. Le lgislateur exerce, tout dabord, la plnitude de sa comptence fiscale en matire dassurances sur la vie pendant les ftes de Nol et du Nouvel an avec la loi de finances annuelle. Puis, les beaux jours venus ou les premires feuilles dautomne tombes, le lgislateur se rappelle au bon souvenir du contribuable avec des lois finances rectificatives lorsquil saperoit quil avait oubli quelque chose dans sa loi initiale, ou quil stait tromp dans ses prvisions. Leur nombre nest pas limit. Chaque anne, il y en a trois ou quatre.
1. La loi de finances du 29 dcembre 2010 pour lanne 2011 Primo, la loi de finances du 29 dcembre 2010 pour lanne 2011 a prvu lassujettissement, depuis le 1er juillet 2011, aux prlvements sociaux au taux global de 12,3 %, des produits du compartiment euro des contrats dassurance vie ou de capitalisation multi-supports, ds leur inscription en compte, et non plus au dnouement du contrat par dcs ou rachat, comme cela tait le cas avant la loi de finances pour 2011 du 29 dcembre 2010 (Loi art. 22-I ; C. scur. soc., art. L. 136-7 II).
Lentre en vigueur de cette mesure na pas concern les produits de ces comptes inscrits en compte au titre des intrts techniques et des participations aux bnfices de lexercice 2010 (L. art. 22-V). Bien entendu, lorsque le montant des prlvements sociaux oprs chaque anne sur le compartiment en euros du contrat multi-support est suprieur au montant des prlvements calculs sur la totalit des produits du contrat la date de son dnouement la suite de son rachat ou du dcs de lassur, lexcdent est restitu au contrat (Loi art. 22-I ; C. scur. soc., art. L. 136-7-III bis). En cas de rachat partiel, cet excdent nest revers qu proportion du rapport existant entre les primes comprises dans ce rachat et le montant total des primes verses net des primes comprises, le cas chant, dans un rachat partiel antrieur (L. art. 22-I, 1 ; C. scur. soc., art. L. 136-7).
Secundo, la loi de finance pour 2011 a port 2,2 % le taux du prlvement social applicable sur les revenus du capital, taux qui est applicable notamment aux contrats dassurance-vie dont la somme garantie fait rfrence une ou
28
plusieurs units de compte, ainsi quaux contrats multi-supports dont la somme garantie fait rfrence la fois des supports dinvestissement en units de compte et un support en monnaie, ds lors quils se dnouent en cas de vie de lassur par sa demande de rachat total ou partiel. Tertio, elle a soumis, compter du 1er janvier 2011, les primes et cotisations des contrats dassurance maladie complmentaires dits solidaires et responsables la taxe sur les conventions dassurance (TCA) au taux de 3,5 %. Jusqualors les contrats dassurance maladie solidaires et responsables taient exonrs de cette taxe, hritire des lois du 9 vendmiaire an VI et du 23 frimaire an VII. halshs-00655657, version 1 - 1 Jan 2012
Lois de financement de la Scurit sociale. De manire plus discrte, la taxation des assurs souscripteurs et bnficiaires de contrats dassurances vie peut trouver sa source dans la loi annuelle de financement de la Scurit sociale, elle-mme complte par une ou plusieurs lois rectificatives. En effet, les terrains de jeux privilgis de la loi de financement de la Scurit sociale sont les prlvements sociaux oprs sur les produits gnrs par les contrats dassurance-vie. Pour lanne 2011, il sagit de la loi n 20101594 du 20 dcembre 2010 (JO du 21 dcembre). Moins fournie en fiscalit des assurances-vie que la loi n 2009-1646 du 24 dcembre 2009 de financement de la Scurit sociale pour 2010 qui avait fait entrer dans le champ dapplication des prlvements sociaux les produits attachs aux contrats dassurance vie dnous raison du dcs de lassur, la loi de financement de la Scurit sociale pour 2011 a apport plusieurs modifications au rgime fiscal des contrats de retraite prestations dfinies viss larticle L. 137-11 du Code de la scurit sociale. La premire loi de financement rectificative de la loi de financement initiale de la Scurit sociale, pour lanne 2011, n 2011-894 du 28 juillet 2011 ne comporte aucune mesure notable en matire de fiscalit dassurance sur la vie. Il en est de mme de la loi n 2011-1906 du 21 dcembre 2011 de financement de la scurit sociale pour 2012.
2. La premire loi de finances rectificative pour 2011 du 29 juillet 2011 Primo, la loi de finances rectificative du 29 juillet 2011 a port 25% le taux des droits de succession dus par le bnficiaire dun contrat dassurance en cas de dcs, au-del de 902 830 euros par part, aprs labattement de 152 500 euros. Ce nouveau taux est applicable aux assurances-vie ayant une part nette
29
taxable suprieure 1 055 338 euros dans le cas ou il ny a quun seul bnficiaire, et 2 111 000 euros lorsquil y a deux bnficiaires.
Abandon dune tolrance fiscale en faveur des petits -enfants. On ajoutera que ladministration fiscale a supprim, en 2011, une tolrance qui permettait aux petitsenfants de bnficier de labattement en ligne directe de 159 325 par enfant lorsque leur pre ou leur mre tait enfant unique et avait renonc la succession (Rescrit n 2011-22 du 26 juillet 2011). Dsormais, ils ne bnficient plus que de labattement de 1 594 , applicable aux successions entre grands-parents et petits-enfants.
Secundo, elle a supprim lexonration des droits de succession du bnficiaire dun contrat dassurance vie souscrit par un franais non rsident halshs-00655657, version 1 - 1 Jan 2012 puis dcd en France.
Auparavant, lorsquun franais expatri avait souscrit un contrat dassurance vie en tant que non rsident fiscal, puis dcdait en France, le bnficiaire tait totalement exonr des droits de mutation par dcs, donc du prlvement de 20 %, mme sil rsidait luimme en France. Cette exonration est supprime lgard des contrats souscrits avant lentre en vigueur de la loi, ds lors que lassur dcde aprs cette date. Dsormais, le bnficiaire doit payer la taxe de 20 % aprs application dun abattement de 152 500 par bnficiaire (taxe porte 25 % au-del de 902 838 ), si lune des deux conditions suivante est runie : 1. Le bnficiaire a son domicile fiscal en France, et la eu pendant au moins 6 ans au cours des 10 annes prcdant le dcs de lassur ; 2. Lassur a son domicile fiscal en France au moment du dnouement du contrat (dcs). Dans le cas contraire, le bnficiaire ne supporte aucun prlvement fiscal.
Tertio, la loi de finances rectificative du 29 juillet 2011 a modifi la fiscalit des contrats dassurance vie comportant des clauses bnficiaires dmembrs. Dsormais, lusufruitier et le nu-propritaire sont imposables au prorata de la part qui leur revient selon le barme fiscal relatif lge de lusufruitier au jour du dcs prvu par larticle 669 du Code gnral des impts, labattement de 152 500 tant lui-mme rparti hauteur de la quote-part de lusufruitier et du nu-propritaire dtermines selon ce mme barme.
Par exemple, si lusufruitier avait 81 ans rvolus, la valeur de lusufruit est de 30 % et celle de la nue-proprit de 70 %, labattement de 152 500 tant partag selon ces mmes pourcentages. Ainsi, non seulement lusufruitier perd le bnfice exclusi f de labattement de 152 500 , mais dsormais lusufruitier et le nu-propritaire ne
30
bnficient pas chacun de cet abattement, labattement unique tant ventil entre eux. On notera que cette rforme fiscale ne met pas fin lexonration totale du conjo int survivant et du partenaire pacs.
Quarto, elle a modifi galement les seuils dimposition lISF dont lassiette intgre certains contrats dassurance vie, y compris les contrats dassurances de groupe. Quinto, elle a supprim, partir de 2013, le bouclier fiscal qui permettait des souscripteurs de contrats dassurance-vie multi-supports de diminuer leurs revenus imposables et augmenter leur droit restitution. Dans la mesure o le droit restitution est acquis par le contribuable au 1er janvier de la seconde halshs-00655657, version 1 - 1 Jan 2012 anne suivant celle de la ralisation des revenus, la demande de restitution des impts peut encore tre exerce jusqu lanne 2012 comprise.
3. La seconde loi de finances rectificative pour 2011 du 19 septembre 2011 Primo, cette loi a augment le taux des prlvements sociaux sur les revenus de lpargne, y compris les produits gnrs par les contrats dassurance vie. Le taux global de ces prlvements prcompts la source par lassureur passe ainsi de 12,3 % 13,5 %, au 1er janvier 2012 (CSG : 8,20 % ; CRDS : 0,50 % ; prlvement social : 3,40 % au lieu de 2,2 % ; contribution additionnelle : 1,40 %). Pour mmoire, au 1er janvier 1996, ce taux global tait de 0,5 % !
Ce rgime sapplique notamment aux contrats dassurance-vie dont la somme garantie fait rfrence une ou plusieurs units de compte, ainsi quaux contrats multi -supports dont la somme garantie fait rfrence la fois des supports dinvestissement en units de compte et un support en monnaie, ds lors quils se dnouent en cas de vie de lassur par sa demande de rachat total ou partiel (C. scur. soc., art. L. 136-7, II-3 ; Instr. 15 nov. 2010 : BOI 5 I-4-10, 17 nov. 2010).
Secundo, la deuxime loi de finances rectificative du 19 septembre 2011 a purement et simplement doubl la taxe sur les conventions dassurance (TCA)
31
laquelle sont assujettis depuis le 1er janvier 2011, les contrats dassurance maladie complmentaires dits solidaires et responsables . De 3,5%, cette taxe passe 7%, avec une recette escompte pour ltat de plus dun milliard deuros en 2012. Selon des associations de consommateurs, la mesure provoquera une nouvelle augmentation des cotisations denviron 20 euros par personne et par an (UFC Que-Choisir). Sans doute, les familles les plus modestes vont-elles renoncer leur contrat complmentaire sant ou opter pour des garanties moins protectrices.
TCA. La taxe sur les conventions dassurance a pour origine un droit de timbre et un droit denregistrement auxquels taient soumises les polices dassurance depuis des lois
du 9 vendmiaire an VI et du 23 frimaire an VII. Une loi du 31 janvier 1944 a substitu ces droits une taxe unique, dite taxe spciale sur les conventions dassurance , applicable, en principe, toute convention dassurance conclue avec une socit ou compagnie dassurance ou avec tout autre assureur franais ou trangers (CGI, art. 994). Les taux sont diffrents selon le risque garanti et larticle 995-5 du Code gnral des impts prvoit une multitude dexonrations. Jusquau 1 janvier 2011, chappaient cette taxe, les contrats dassurance maladie complmentaires dits solidaires et responsables , dont bnficient environ 86 % de la population franaise (Source : Rapport de la Direction de la recherche, des tudes, de lvaluation et des statistiques, DREES, sur les contrats modaux). Toutefois, afin de rduire les dficits publics, ces contrats ont t taxs au taux de 3,5 % au 1 janvier 2011. Ce taux a t port 7 % par la seconde loi de finances rectificative pour 2011 du 19 septembre 2011. Le taux de 7% est celui qui sappliquait dj aux contrats dassurance maladie dits ordinaires (assurances contre l'incendie relatives des risques agricoles non exonrs ; assurances contre l'incendie des biens affects de faon permanente et exclusive une activit industrielle, commerciale, artisanale ou agricole, ainsi que des btiments administratifs des collectivits locales ; assurances garantissant les pertes d'exploitation conscutives l'incendie dans le cadre d'une activit industrielle, commerciale, artisanale ou agricole ; contrats d'assurance maladie). Dsormais, ces contrats dassu rance maladies ordinaires sont imposs au taux major de 9 %.
er er
4. La loi de finances pour 2012 La loi de finances n 2011-1977 pour lanne 2012, du 28 dcembre 2011, ne comporte pas de mesures fiscales notables en ce qui concerne lassurance, hormis les consquences indirectes issues du gel du barme de limpt sur le
32
revenu, et du gel des abattements et des limites des tranches des barmes des droits de succession et de donation.
En 2012, le barme applicable pour l'imposition des revenus perus en 2011 sera donc identique celui appliqu pour l'imposition des revenus perus en 2010 (jusqu 5 963 : 0 % ; de 5 964 11 896 : 5,5 % ; de 11 897 26 420 : 14 % ; de 26 421 70 830 : 30 % ; suprieur 70 831 : 41 %). Ce barme de lIR, sauf option pour le prlvement libratoire forfaitaire, est applicable aux produits financiers gnrs par les primes ou cotisations, constats en cas de rachat total ou partiel dun contrat dassurance-vie ou, au terme du contrat, lors du versement du capital au bnficiaire. Pour les donations consenties et les successions ouvertes compter du 1
er
janvier
2012, les abattements et les limites des tranches des barmes des droits de succession
et de donation sont maintenus aux mmes montants quen 2011. Il en est donc ainsi de la limite de 902 830 euros par part, aprs labattement de 152 500 euros, qui supporte le taux de 25 % applicable aux assurances-vie depuis la loi de finances rectificative du 29 juillet 2011.
Fiscalit prospective. Bercy ayant puis la plus grande partie de ses munitions lgard des assurs avec les deux premires lois de finances rectificative estivales des 29 juillet et 19 septembre 2011, la loi de finances initiale hivernale pour 2012 leur a laiss une saison de rpit. Sans doute, les hostilits reprendront-elles avec les prochaines lois de finances rectificatives dores et dj prvues pour le printemps !
Conclusion gnrale
Devant le muse du Louvre, un agent hurlait : Circulez ! Y a rien voir. (Yvan Audouard)