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Viticulture et Vinification : Études et Pratiques

Ce document décrit l'introduction d'un livre sur la culture de la vigne et la vinification. L'auteur décrit comment ses expériences l'ont mené à écrire ce livre pour partager ses connaissances sur le sujet.

Transféré par

Alberto Vieira
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Viticulture et Vinification : Études et Pratiques

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CULTURE

DI

PAR

LE DOCTEUR JULES GUYOT


CULTURE DE LA VIGNE
BT

VINIFICIhT"ION
Paris.- Irnliriaieriade GAUTHIER-YILLARS, qoai ùes Granùs-Auguslins, 55.
(Aneleuna iaip. Bonaveolnr#.)
Le truité de la viticulture et de la vinificatioii yuc
je piiblie aixjourd'hui est une improvisalion poui
ainsi clire forcée par des circonstances que j'étais loin
de prévoir.
Après trente ans passes dans l'observation ct Ia
pratique de la culture des vignes et des fermes, j'ai
commencé, 'en 1850, sur les données les plus posi-
tives de nos meilleurs vignobles et de notre agriciil-
ture l a plus progressive, l'élude comparative de la
viticulture et de l'agriciilture dans les terrains mé-
diocres et pauvres, et j'ai poursuivi celte étude sous
le triple rapport de l'intérêt privé, du pouvoir colo-
nisatcur et de la ricliesse nationale.
LI INTRODUCTIOS.

A cet effet, j'ai créé, dans un lieu et dans des ter-


rains jugés des moins favorables à la vigne, un peu
plus propres i la ferme, mais en général d'une très-
miaime valeur pour toute culture, un vignoble de
R4 heclarcs et une ferme d'une étendue double.
Youlant faire une étude sérieuse et Ia rendre pro-
fitable h tous, j'appelai sur mcs travaux l'a~tentiondes
autorités compétentes du déparleinent et de l'arron-
dissement : des commiss'ions composées d'hommes
consid6ral1les, délég~iéspar les comités ct par les so-
cié tés savan tes, surveillèren t avec persévérance la
marche de mes opérations jusqu'au mais d1a06t2 857,
é ~ o q n eoù j'ai reiidu le domaine, base de ines expé-
ricnces, i celui qui devait en rester propriétaire.
Cetle année-li le vignoble de 34 hectares, dont la
moitié seulement était arrivée, non A sa pleine pro-
cluclion, mais à sa production de cinquièmc année
seiilernent, l'autre moitié ne comptant encore que
trois feuilles, produisit 560 pièces de vin, 200 pièces
?I peu près provenant de 5 lieclares prolégés par les
paillnssons, et 360 pièces provenant des 29 liectares
noii protégés. hIes prévisions étaieiit ainsi dépassées
de beaucoup, car le vignoble, arrivé i ,peine au tiers
de sa production, rendail déjà plus de 30 liectolilre
ti l'liectare ; les ai~néessuivantes, avec la protection,
i h ciiliure e t l'engrais iadispensables dans ce lien
niaigre, humide et sujet aux gelées c i ~ ,priiltemps et
IKTRODUCTION. 1x1

d'automnc, sa production normale devaii s'Clever i


plus de 1,000 pièces de 2 Iiectolitres.
Rles expériences ont été ainsi interrompues trois ou
quatre années trop t6t pour que tout le monde fkt
édifié sur la valeur respective de la ferme et de Ia
vigne dans les terrains pauvres ; mais pour moi la lu-
mière était faite, et elle était dEji assez sensible aux
yeux des commissions et des hommes compétenls
pour qu'ils n'aieni pas hósité à en rendre publique-
ment tdmoignage.
I1 fallait encore fairc à Ia ferme, aprhs sept ans,
une avance annuelle considérable pour Ia soutenir et
I'améliorer. Elle n'offrail à son futur apogée que
3,000 à 4,000 francs de profit net i réaliser, al~rès
douze ans d'attenle et de frais, et ne nourrissai t de ses
salaires que deux familles, tandis que le vignoble
nourrissait vingt í'amilles, donnait, ar1 tiers de sa pro-
duclion,, plus de 500 pièces dc vin, offraii en per-
spcctive une récolte régulière de plus clc 1,000 pibces
de uins fins valant, dans le pays, de 100 h 400 francs
ia pièce, c'est-A-dire de 100,000 h 400,000 francs
dc produil brut par an pour 30,000 A 50,000 francs
de clépensc annuelle.
Voyant ccs faits réalisés, et joignant h leur apprb-
jation ce que j'avais observé depuis mon onlance, le
ilésert et la pauvrcté des ferrnes B lerrains maigres,
ci la richesse des populations nombreuses des vi-
IT INTRODUCTION.

gnobles de ces mêrnes terrains, j'ai emporté de Ia


Champagne, au mois d'ao8t 1557, les convictions
profondes que je réunis dans ce livre et l'immense
chagrin de laisser inachevées les applications qui de-
vaient en être la confirmation vivante aux yeux de
tous.
A tort ou à raison, je sentais, en quittant rnes
chères crkations, qu'elles seraient incomprises, bou-
levcrsées, détruites, et que leurs conséquences, devc-
nues dhplorables, seraient peut-être mêmc un jour
invoquées contre les précieuses vérités qu'elles étaieiit
appelées A confirmer.
C'est sous l'empire de cette appréhension que je
me liâtai de les faire connaitre par une shrie d'articles
insirés dans le Journal d'Agriculture pratique.
Ces articles ont été accueillis de tous les points des
vignobles de France avec une bienveillance et un cm-
pressement qui m'ont une fois de plus démonlré que,
dans notre pays, Ia vérité est aim4e du plus grand
nombre, et que les accents sincères ct dévoués qui
l'expriment, si faibles et si inconnus qu'ils soient,
trouvent partout des échos sympathiques et puis-
san ts.
Cet acciieil prouve encore que les progrès de la vi-
ticulture et de la vinification sont dans tous les es-
nrits, c1 que les temps de Ia bonne vlgne et du bon
vin vont revcnir. La découver~ed'une vérité ou d'un
INTI~OIIUC'I'ION, v

progrhs ntappaitient point A un seu1 ni inkme g


quclques-iins, Une vérité et un progrès vieiinent en
lcur lemps et en leur saison comme Ia fleur et le frvuit
siir un arbre : les découverles et les progrès des ço-
ciétés humaines résident dans l'ensemble de ces so-
ciélés e1 sont les cons6quences nécessaires cle leur dB-
vcloppement et cle leur lravail traditionnel ; celui dc
leurs membres qui voit une vérité et qui l'exprime lc
yremier est cornpris et accueilli de tous Ies autres
inemhres, parce que tous entrevoyaient ce tte véri té,
oii bicn parce que tous étaienl préparés à la coin-
prendre, C'est pour cela que, si les bonnes iclées rB-
vélhes et répandues honorent les individus, elles n'ho-
norent pas moins les familles, les tribus, lcs nations,
qui les reconnaisscnt et les accueillent avec empres-
semen t.
l'oi~imon compte, je ne sais rien de la viticulture
que ce que jten ai appris en observant les vignes et
ics vignobles, en éludiant les auteurs, en cultivan L
inoi-mhmc la vigne et en chercllant dans la praticluc
l'0:oilc\6csur la tradition et l'obsèrvation ce qui peiit
tire lc mieux gour la vigne, pour 1e vigneron e1 pour
1 0 ~ s . Jc déclarc que, toutes les fois qu'nne soliiliart
**'a sembl$ consncr6e comme Ia meilleure par l'ex-
p&ricncc,j'ni reconnu bientôl qiie cette solution avait
&j& 616 indiquóe soit par !es bons auleur~,soit par Ia
d'un des rncillcurs vignobles. Se n'ai aoac
sien Iliit rjue je puisse m'nttribucr, et je ne reveii-
dique absolurnent aucune découverte : j'ai siiriplc-
ment résuiilé Ia question de la viticulture après l'avoir
pendaiit langtcmps étudiée pratiquement et sur unc
grande éclic4le.
Bcaucoup cl'excellents ouvrages ont traite cette rjues-
tion depuis longlemps et à cles poinls de vue diffé-
rents : pour ne parler que des ouvrages plus récents,
je citerai la 11Iaison.~zcstiqzredzi 19"siicle; le JIulacel
du Vigneron, de &I, le comte Odart; 1'Anzpélogrcc;nlzie
fra~açuise, de M. Rendu ; le [Link] Vig~zeron,de
M. Monny de Mornay ; la Chimze applaquée d lu viti-
c u h r e el d l'~~zologie, de III. Ladrey ; le travail dcs
vins, et surtout des vins mousseux, de M. hfaurnené.
de pourrais ciker encose plusieurs piiblications et mo-
nogra~hiessor la vigne et les vins ; ces publicatioiis
çornplèteilt toutes les qucstions que je traite rnoi-
même.
J'ai donc éte fort sui~prisd'être inxité par 1.111 granci
iioinbre de viiicu1tenr.s de toutes lcs rCgions viticoles
de Ia Fsance à séunir en un voluiiie les articles pu-
LIiés liar moi, dalts le Jou,rvzal d'dyricultu~epratique,
de ,1857 i 1860,
Ces i nviiations, souscrites de noms autosisés ct
ronsidérables eil viticultixre, m'imposaicnt unc ohli-
gation i lacludle ji?devais sa1isfaji.e; mais i1 rne Tal-
lait i cet el'fet, pour donner à inon oiivrageson coiri-
INTRODU CTION. v11

plément indispensable, joinclre A la viticulture mes


observations sur Ia vinification. J'ai recueilli ces ob-
servations, mes points de vue et les résultats de mon
expérience sur cctte conclusion obligée de la cultiirc
de la vigne, et c'est Ia culture de la vigne et Ia vini6-
calion, groupées et coilcentrées i l'iniproviste, que jc
livre A Ia publicité, eil réclamant l'indulgence des
lecteurs polir les imperfections dc toute nature qu'ils
rcncontreront trop souvent dans mon ouvrage.
Te1 qu'il cst, je n'aurais pu livrer cet ouvrage A la
publicité assez A tcmps pour être encore utile au
grand mouvcment que le récent Iraitó de commerce
avec l'hiiglclerre vn donner A la vilicul turo clt A Ia vi-
nificalion, sans le concours énergique et afleclueusc-
ment dévoué de, nlon Cditcur, qui a bien voulu se
cliargcr lui-inême de mcttrc dans mos idécs l'ordre
ct la prócision qui leur auraicilt fail d0faul en maiilia
endroits ; c'esl IA un servicc récl que j e dois, commc
'bicn dlaintres auleurs, ct plus encore qu'eux, d la Li-
brnsirie ayricole, et j'cn aclresse ici mes vifs reinerci-
ments h son excellent directeur.

Cette prcmiòre édilion de mon livre a paru au


mois de mai 1860. Au mois de novembro de la inême
alinhe elle est entibreinent épaisce : c e m faveiir incs-
v111 INTRODUCTION.
pErCe du monde vinicole, appuyée de l'approbation
des vitic~ilteurs, propriétaires et praticiens les plus
considérables, m'engage à donner une seconde édi-
tion de rnon oeuvre dans toute sa simplici té primitive.
Je me suis donc contente de faire disparaitre dans
cctte édi tion les fau tes d'impression assez nombreuses
qui se faisaient remarquer dans Ia première, d'éciair-
cir les points obscurs de sa rédaction, et d'en rendre
la table plus précise e1 plus complète.
Je n'aurais eu d'ailleurs absolument rien 4 retran-
clier ni à ajouter à ce que j'ai dit, car les principes,
lcs préceptes et les points de vue que j'expose ont é ~ é
cunsidérés par les vignerons comme s'approchant le
plus do la bonne pratique.
Dans cinq ou six années seulement, des faits nou-
veaux ou niieux observés pourront mettre en lumière
ICS ~ é r i t é sOU les erreurs de mes expériences e1 de
mes observations, et je signalcrai alors les unes et les
autres avec une égale impartialité.

$0 iiovembre 18GO.
Du JULES BUYOT
CULTURE DE LA VIGNE

CHAPITRE PRENlER

Exprcssion dc Ia riclicssc ù'uio Blce et d'un sol. - La


vbritable espression de Ia ricliesse d'uil licu cst 10 cliiffrc
de la populalion qui i'babite e t qui s'y inainticnt à i'htat de
prosphritc.
La vérilablc exprcssion da la riclicsse d'un sol est dai15
le cliiffre de la population qu'il cntrclient, c'cst-i-dire doiit
i1 pare Ia innin-d'cCuvre et les Iòurnilures par ses prodiiits.
h u l s ou ircivaillés sur place.
O~iand des populalione noiulireuscs sont accumulées
m un point et entretenues par lc comtnercc, l'induslrie,
I
'L CU1,TURE DE 2.4 VIGSIS.
lcç arts, ou par les fonds de l'f kit, ces populations conimari-
iiitent les cultures voisiries et peuvent tirer les produits rluà
Icur sont utiles de6 dbla 1es P ~ U SI>:.I!ires, en y repandant
les ressources et la richessc pui leur viennent d1.i'l1 L 1 eurs.
Dans ce cas, c'est la population qui enricliit le sol pour
s'entretenir, et non le sol qoi entretient la population par
sa rjcliesse.
Cette fertilité [Link] n'a d'ailleurs qri'uri périrriètra
dont la limite absolue est déterminée par les besoins du
graupe central e1 par l'équilibre entre les prix de ces yro-
Quits et les prix des produits provenant des points 111~1s
Gloignés. Au de18 de cette limite, .toute extension ou tenta-
tive d'extcnsion de grandes cultures dans un sol pauvre
n'en~endreraque Ia gêne, la rnisère, et, en fin de coinpte,
!c dclaissement du eol.
Quand un sol est nalurelleinent fcrtile ou producteur de
rkcoltes estimSes et psgées un haut pris, i1 attire, fixe et
entretient par lui-rnême des populations noinbreuses ; i1
csl réellement un principe de ricliesse; i1 est essentielle-
ment coloilisateur.
I1 importe beauuoúp, en pliilosopliie agricole, de ne pas
confoiidre Ia fertilité d'un sol ohtenue par la ricliesse d'une
population préexistante et inditpendante, avec Ia fcrtiliti.
d'un sol qui a crhé une population et sa richesse. Le pre-
rriier sol n'a qu'une valeur relative, le second sol possède
une valeur absolue; ce dernier est producleur de la ricliesse
locale, l'autre sol en est l'absorbailt.
Sigincs r p i eornstaiiearit ie degr6 de vnlleur colloniisati~iee
alwn SOB. - A quels signes reconiiaitre ct par quels cliiffres
esprimer le degré de valeur colonisatrice négative ou posi-
tive d'un sol quelcoiique ? Par Ia nature dc ses produils et
par le pris brut offert A ces produits imrnédiats ou trap
vaillks sur placc. Le [Link] de Ia verite sui. placc, tclh
4 C U L T U R E D E L h VICNE.
peu près daiis l'ordre suivaiit r les maigres pâtin,-dges dcs
pelouses, friches et savarts, les marais i litière, les forêts,
les bons pâturages et prairies nalurelles. Ces quatre pre-
inihres classes peuvent être d6signées sous le nom de pro-
duits à basse main-d'ceuure.
La moyetzibe muin-d'wvre est représentée par Ia grande
classe des cérdales et prairies artificielles, Viennent ensuite
les plantes fkculentes et oléagineuses, les plantes lextiles,
les cultures potagères et fruitières, celles deu plantes sac-
cliarií'ères, celles des viriifères, celles des plantes stimii-
lanles, etc., elc. Ces deriiières classes, qu'on dksigne sous
le nom de cultures Q hnute maitz-d'muvre, comprennent le
tabac et l'indigo, le thé, le café, Ia vigne, Ia heiterave
et Ia canile à sucre; le miirier, le cotonnier, le lin, le
chanvre, etc.
Toute culture à liaute maiil-d'auvre est essentielleinciit
colonisatrice, et ses produits ont toujours une valeur vènale
brute élevée, relativement aux produits dc la basse et de Ia
inolennemain-d'euvre. Si la culture à haute main-d'auvre
peut s'établir et prospérer, même A grands frais, sur uii
sol dblaissh, elle y attirera Ia population, l'y Gxera et fera
prospbrer ainsi forcbment les cultures inférieures, indispen-
sables à I'alimentation liumaine, en Les commandilant en
forces et en valeurs permanentes.
Avrntnges dc Ia eultare de I r wigne dans les terrainu
paoaes. -
En présence d'un sol désert qu'il veut peupler
et ferliliser, le chef cles colonisateurs devra donc cherclier,
avant toute entreprise sérieuse, que1 est le produit de hautc
duits bruts de 1,200 à1,500 [r. -Le revonu net est encore de 4 ou 3 polir
100 pour le propriGtaire, mais ehaque lieclare donnc un revcnu brut qui
rcprfscntc Ic budget local de dcux pauvres ramilles.
Yoilti 13 ricliesso eolonisatrice, voilà une grande valcur pour l'fi~at.
Si les 600 Iicciarcs de marais étaient amends h cetle prodtictiori, ils suili-9
raie~iti eiitretenir 1,200 rniriilles nu licu de 60 familles.
main-d'auvre et du prix brut le plus éIev6 que ce sol puisso
produire. S'il le découvre, i1 dirigera vers lui tous les ef-
í'orts et toutcs les ressourccs dont i1 peut disposer, con-
vaincu que, par sa conquête, il assurera naturellemcilt celIe
rle tous les produits agricoles inférieurs. A un point de vue
moins collcctif, le capitalislc, ce puissant agent du progrès,
ne dissipera point ses forces en cultivant sur iles espaces
3ans fin de mis6rahles produits h basse ou mame ?I moyenne
rnain-d'ccuvre. I1 saura bientôt qu'un hectare de Cliâteau-
Lal'fitte ou de Clos-Vougeot produit plus de ricliesses pour
tous que cent Iiectares de landes, de frlchcs ou de savarts
laissés en piturages, plantes en bois ou mis en culture de
ferme.
En termcs plus priicis, dans les lerrains paiivres et (18-
laissés, la produclion du pain et de Ia viandc n'engendrcra
jamais Ia richcsse, tanclis que Ia ricliesse y produira tou-
jours le pain et Ia viande. Jamais la culture des cEréales et
dcs prairies artificielles, seules ou appuy6es de la produc-
tion et de l'entretien du hbtail corresponda~it,n'arrivcroiit,
sans une cominandite permaileiile, 6 peuplcr les déserls dc
la Champagne, de la Sologiie et dcs Lancles; et cctte com-
mandile ne ser3 perinancnte que dans la culture i liautc
maiil-d'ocuvre et A prix hrut 6levé, dans la culture de Ia
vigne, par excmple, qui convicnt parfaiternent 21 ces trois
sols ddaissés, et dont le produil moyen peut toujours at-
teiildre un prix brut de trois 6 liuit fois plus Eleve que le
produil moyen de la ferme, 6 surí'ace Eple.
E11 cffet, si, dans les sols pauvrcs Ies mieux cullivcs, on
calcule la moycnae des jaciières, des prairies arliricielies,
de l'avoinc, de l'orge, du seigle e1 du fromcnt dans la pro-
portion de leur assolement, on Irouve que le rendeineiit
anniiel brut, vendu sur pied, foiirrages. ct grains, est loiii
d'ntleindre toujours 200 fr., c1 s'blêvc trbs-rareinent 9
0 CLLl'UI\E D E LB JGNE.

500 D. par hectare, ct que le renclemeill brut inoyen da


chaque hectare de vigiie dkpasse toujours 600 fr., et s'6lève
souvent bien au-dessus dc 2,400 fr.
Pour donncr de ce rapport rin exemple précis et frap-
pant, je Jirai qu'en 1857 le prix bru t moyen de chaque
récalte d'un hectare de vigne a ~ l ~ ~ a4,000 s s é fr., landis
que l e prix dc cllaque liectare de froment, la céréale Ia plus
ciiEre forrnant un huitième seulement de l'assolement, n'a
.,
pas ntteint 600 fr mame dans les fermcs qui sont en vue
ilii camp de Chdlons.
E11 preilant tiour base Ia moyenne des vingt dernières
anrikes, on reconnait que la vigne a une puissance coloiiisa-
trice de trois A huit fois lilrrs grande que cellc de la fernie;
cn cffet, dans les conditions actuelles, la vigne noiirrit de
trois i liuit fois plus d'oiivriers, et don~ieen outre cle trois
B huit fois plus de produits nets que la ferme.
Si la culture de Ia ~igrieétait perfectionnhe comme elle
peut l'êlre désormais; si elle Atait préservée de la gelée et
d e l a coulure par des mogens pratiques et permanents, sa
richcsse et ses effets colonisateurs seraient doublés.
Eii affirniant que la vigne convienl pnrfriiteinent aux ter-
rains d6laissés des Landes, de la Sologne et dc la Cliam-
pagne, je n'entends pas dire qu'ils peuvent et doivent être
entiiireinent plantes de vignes. Je dis q~i'unefaible partie ile
ces terrains (de i/, à I / , , ) , cultivde en vignes, suffirait pozlr
I comn~anditerperpétuellement l'agriculture propreilicnt
dite. J'ajoule que le capital sera gaspilié en efforts stériles
peildant viiigt-cinrl ails s'il cst appliqué d'aborcl i la culture
dcs cér8ales e t tles trairics arlificielle< et qu'il doublera en
Ziuit nns si I'on comrnence par Ia crrtture des vignes.
Wendemcnnt annnel comnparattf il'un 1ioctaa.o do vigmar: ct
- Les assertions
úE'snm Iie@baro elo iiermo cni ã:iian~p:agne.
que jc viens d"&iioncer, foiidfcs sur l'observation et 1;i pra-
C U L T U I t E D E L A VIGNB. 7
tique directes, sont positives; voici, a cet éga~d,quclques
bases estraites de mes notes et cliiffres sur lc rcndemcnt
snnuel mogen de la vigne et de la ferme en Cliainpagne,
~rroiidissement de Reiins :
24 Iiectares de berres défrichées et mises en culture de
ferine dorineilt, après douze aiinkes d'avances de teinps et
d'argcnt, uil produit brut aiilsi composé :

.
3 hcclarcs de froment veriilii sur pied (pnille ct grein). 1,200 ir
3 Iicctarcs ci'avoinc................ 600
............
3 licclarcs de scigle.. , : 1,000
..............
3 Iicctarcs de jachère. I,

3 hcctarcs d'orge.. ............... 700


....
5 licctares de prairie artificielle $une année.. G00
3 Iieckircs cle prairie artificielle tle deuxième anndc... SOO
5 hectares de prairie artiriciclle de troisihmc annbc. . . 7 O0
Totiil du produit hrut moycn dcs 24 hectares. ..
Cc total, divisé par 2 4 , donne 253 fr. pour produil 11rtit
rnoyen de chaque Iiectare.
24 llectares de vigncs plantbes c11 bons chpages (dits fins
noirs de Cliainpagnc) donileilt, après hiiit aiis il'avaiiccs
de tcml~sc t d'argeill, iIn produit hrut aiilsi coinposb :
En tcnaill compte des iiltempérics, malatlies et ravages
d'iiiscctcs, la rbcolle inoyenne, celculée sur doiize nnnécs,
est reconnue de I 5 pibces de viiz clc 2 Iieclolitres par cliaque
lieclare; et la moyenne dil prix de cliaqiie pibcc de vin,
dkduile du mCmc nombre d'annkcs, est supbricurc à
100 fr.
Le rcndcincilt tola1 brut des 24 Iicctarcs c10 vigric est
donc de 36,000 ir., c'esl-à-dire cXc 1,500 fr. par heclarc,
Cc prix inoyen ne baissera jamais Les faits accomlilis de-
puis quarante ans le prouvcnt. La coiisoininatioil coritinuera
l; progrcsser . L'insnrrisance acluelle des iViicoltesde viii,
R cULTUIIE D E L A V l t i N E .
írisuffiçaizcs qui ohlige le coniincrce local i3 s'approvislon-
ncr au loin, en Touraine, en Bournonne a.
et jusquc dans les
Graves de Bordeaux, aura peine i3 disparaitre. Le clinix
rigoureux des cépages et les ambliorations de la viticull~tre
produiront des vins encorc plus recherchés. Enfin les en-
couragements et les facilités que le gouvernement ne man.
rluera pas de donner s u s vignerons, tout en assurant Ia
bincérith et la pureté de leurs produits, porteront dans
I'univers enlier la consommation des vins de France h une
progression plus rapide que l'accpoissemen t de Ia produc-
tion.
Le produit brut de I'licctare de vigne est donc de sis à
sept fois p l ~ i sClevé en Cliampagne que le produit brut dc
l'hectare de ferme; et on obtient ce résultat en moins de
Iiuit ans, tandis que pliis de douzo ans sont nécessaires
pour atteindre l'amèlioration agricole. En portant 2 huit fois
la plus-value de la ricl-iesse de la vigne, on reste donc au-
dessous de l a véritk. Dans les 1ocali;tós oii l'on ne cultive
que les gros cipagcs et par les plus mauvais procédks, In
plus-value de la ricIiesse dela vigne est encore de trois fois
supérieure i3 la ricliesse des produits de la ferme. En effct,
on constate que IA où le vin vaut en rnoyeiine 1 2 D. 50
I'hectolilre, la récolte moyenne par bectare est de 60 licc-
tolitres, c'est-à-dire de 750 £r., tandis que la moyerinc dc
l'hectarc de ferme n'y dépasse pas 233 fr.
Par Ia comparaisoii des produits bruts, ?a viçne a donc
pnrtout une puissance colonisatrice de trois à huit fois plus
grande que celle de la ferme : ce fait est incontestable. DLI
reste, pour s'assurer qu'il ne s'agit point ici d'un paradoxe
aritlimétique, i1 suffit de jeter un coup d'ccil comparalil
snr la population des vignobles et sur celle des fcrmes. Ici
de vastes plaines avec une petite oasis au milieu, li da3
riclies villages"enlassés les uns sur les aiitres.
C U L T U B E D E L.4 Y I G N E . 9
Prfx comparadEf d o ia main-d'oenvrc snr um 8i@dare
dc vEqnc ct sur un àectatro d o forme. 11 -
facile dc
se rendrc raison de la différence que jc constate par uiie
considération autre que celle du produit brut. Le prix
inoyen de la inain-d'oxvre de cliaque licctare de ferme rie
s'élèvc pas jusqu'i 25 fr. en y coinprenant la culture, Ia
réeoltc et jusqu'i la mise en état de vente des produits;
tandis que le prix de la main-d'ceuvre d'un liectare de
vigne, y compris Ia préparation des produits pour la venlc
lociile, ne peut jamais descendre au-dessous de 125 fr., ct
s'élèue so~veilt, par exemple en Cliarnpagiie , jusqu'i
400 fr. Ce qui revient à dire que Ia vigne nourrit de cinq A
seizc fois plus de brss d'oiivriers manuels que Ia fcrinc.
Plus la culture de la vigne se perfeclionnera, plus Ia colo-
nisation viticole auginentera. La ferme subit, au contraire,
une ioi diamétralernent opposée. Les batteuses, les mois-
sonneilses, faneuses, etc., diminueronl de jour cn jour 13
main-d'ceuvre agricole; et c'cst l i un véritable progrès, car
i dcs produits i boi1 inarclié i1 faut des moyens rapides ct
Cconomiques de production. Mais cn dimiiluant Ia main-
d'asuvre qui s'y applique, i1 faut reportcr avec énergie cettc
main-d'ccuvrc sur cles cultures plus riclies, sous pcine de
dhpeupler lcs campagnes et d'cncombrer les villes.
Paiílrtence de lii diviiiun de 9a propridt6. - La division
dela propriét6, dcpuis soixanto ans, en fournissant un dC-
vcloppcmcnt eslraortlinaire à ln inain-d'ceuvre parcellaire
dos chainps, a contribue par-clessus toutes les aulres causes
au développemeiit dc Ia liopulation. Mais, si la division de Ia
propriélb a d'abord rcnilu I'agriculture plus productive, A
son touy l'agriciilLure n'n pas tarùb i ressentir le fardcau
clu grnnd nombre de travaillei~rsclu'elle avait i nourrir, et,
pour produire plus et à mriilcur marcli8, elle tcnd aujoiir-
d'liui h rhtablii~les grands espaces oh elle puisse forrner dcs
I.
20 C U L T U R Z D E L.1 V I G X E .
asçolemei~tset proineiier i l'aise ses instruinents perSectioii-
nés et ser, troupeaiix; en effet, i1 faut de grandes esploitn.
lions pour multiplier les petils bknkfices.
Je le répète ici, et je le répéterai toujours : le paiii et Ia
viande sont des conséquences, et iion des principes de colo-
riisntioii; ils coiistituent des iiécessitEs et non des richesses;
ils sont aux populationa ce que le salaire est aux uuvriers,
une dépense et non pas le trdsor qui fourcit la paye. La
vignc, au contraire, est à la fois l'atelier et le banc~uierdes
vignerons ; elle nécessite et commandite autour d'elle la
productioii du pain et de la viande, elle pale un large trihul
à l'Gtat, elle exporte au loiii ses produits et elle trouve til-
core le inoyen de rémun8rcr largeinent son propriétaire s'il
est un véritable viticulteur .
Je tcrminerai ce chapitre par la dhmonstrstion soininaire
de cette dernière assertion.
Brnis et prodinita ù'on 1ieetm.c de vigne. -P O Upl'é-
~
parer et amender le sol de façon qu'il reçoive une vigiie
dans de très-bonnes conditions; pour planter cette vigne,
la cultivcr et l'entretcilir pendant six ai-is, il faut dkpenser
de 5,000 fr. i 6,000 fr. par liectare; rien de moiils; car,
s'il est vrai que rien n'est ruiiicux comine la culture écorio-
mique, cela est plus vrai encore pour la vigne que pour
totite nutre culture.
Après six ans pendant lesquels lliiitér&tde l'arrgeiit et la
main-cl'ceiivre sont pagés, si les cépages sont bien choisis
et la culture bicn suivie, la récolte moyenne sera loujoui's
de 40 Iiectolitres dans les ,fins crus, et de 60 heclolilreu
dans les crus n~oinsdélicats. Les vins de la première caté-
gorie vaudront, en pris inoyen et en lous pays, plus de
37 fr. 50 l'licctolitre; et les viiis de Ia seconde catkgoi*ie
plus'tle '12 fr. 50 I'liectolitre, soit, eil produit brut, ai1
moins 4,500 fr. pour les 40 hectolifres de fiiis crus, eQ
C U L T U R E DE L h Y I G X E . ii

950 francs ponr les 60 lieclolitres de crus ordinaircu.


De ce prix brut devroilt être retrancliés 750 fr. de m ~ i i l -
d'auvre, fourili tures e t eiitreticn annuels pour 1es vigncs
de Ia premiòre catégorie, et 375 fr. pour Ies vignes de la
seconde catégorie.
Prodailt net d'uan hcetaro de vlgnc. - La vigrle doii-
nera donc toqjours 750 fr. de produit net daas uii cas, et
375 fr. dans l'autre cas, c'est-&-[\ire plus de 12 pour 160
du capilal avancd, ou plus de 1 0 gour 400, valeur du sol
coinprise. C'est, en effel, le reveriii que les vigilerons intel-
ligents ou les propri6taires expérimeillLs obtienneilt de 1a
vigne. E1 je ne crains pas d'affirrner que ce revenu sera
soiivent pluis que doublé par les aii~éliarationsfaciles ai r&-
Biser Jaiis la viticizlture de tous les pays.
CHAPITRE I1

S 1. - LIYITES DE LB GIILTEIIE DE LA VICNE.


V~G~TATION.
- SOLS
- JI~TIIODESDI! [Link].
FAVOI?ABLES. -"I

Limitoa de la caltiire 1s vigne en Franco. - J J ~

1 igne est l'arbrisseau le plus facile à multiplier et à culliver


tlans tous lcs terrains et dans tous les pays de la Fraiice
coinpris eníre Ics Pgrénées et Ia ilféditerranée, et une ligne
q u i partirait d e Vannes en Bretagne pour sc diriger S L I ~
BIbzières en passant par Aleiiçon et Beauvais. La vigne vC-
g%teparfaitement hien au iiord de cette ligne, mais elle n'y
iiifirit bien ses fruits que dans des situalions esception-
nelles ou par des soins et des moyens protecteurs tout à fait
rpéciaux.
801s favorahles Ia vígne. - Les sols calcaires, sili-
deiix, alumineux, magnésiens; les terrains primitifs, de
iransition, secondaires, tertiaires, volcaniclues, conviennenl
!ous parhitement A Ia vigne, pourvu qu'ils nc soient pas
iri~prbgnlisd'eaii ct qu'ils n'occupent pas des Las-fonds oii
les brouillards s'aliattcnt ct séjournerit. L'excès d'liumidilé
iinns le sol et clans I'ntmosphkrc est bgalerncnt, et en tous
tieus, dèfavorable 6 Ia vigne.
C U L T U R E D E LA Y I G N E . 13
L3 vigiie s'accommode três-bicn de terrains maigres,
arides, perinbables A l'air et i l'eau, dans lesquels tout autre
v6gCtal aurait peine à prospérer.
Avant qu'une longue expérience eUt fait connaitre la ri-
cliesse de la vigne et motivb son extension aux sols dc
[Link] fécondité, elle était considkrée comme propre seu-
lement A occuper les espaces dblaissés, et nos meilleurs
vignobles, les plus aliciens d'ailleurs, sont encore aseis sur
des terres dont l'agriculture proprement dite ne pourrait
tirer un bon parti.
Puissanco do vfigètation do la vigno. - LB vigni? est
tellement vivace et puissante dans sa végbtation, qii'cn tout
cliinat ellc laiice ses rameaux à des distances procligieuses :
depuis Ia treille gigantesque d'IIarnptoncourt, pr8s de
Londres, jusqu'aux ceps qui traversent dcs fleuves eii
Afrique, partout on peut voir la vigne couvriq d'une scule
tige des espaces consid6rables et vivre des siècIes. Partout
on peut la voir aussi, sous la serpette du vigneron, se
maintenir, quoique A regret , dans quelques décimètres
earrés et s'y portcr assea bien pendant un grand nombre
d'années.
Sur les rochers, sur les irhres, contre les murs, courant
sur terre, rampant soils terre, sauvage ou disciplinée, librc,
ou torturéc, la vigne vit partoiit ct rdsiste i tout, pourvu
qu'clle ait la part de sol, de nourriture, d'air et de soleil,
cjui lui est strictement ilécessaire.
Mais i1 ne suffit pas que la vigne vive, i1 Wiit clu'~1le
ùonne dcs fruits, qu'clle les donne abondants et de bonne
qualitb, U des coriclilions telles qu'un profit considbralile,
ibilgulier, permanent, soil lc r6sultat de sa culture.
c s eiiiativoi+ia visno. - Depuis d ~ siêcles,
~ c i t ~ i o d dc s le
problòme d'une produclion abondailtc et de bonne qualith
est rCsolu pratiqucmcnt de inille filçons dilTCrenles, et
24 CULTUBE D E L A VIGBE.
toutes heureuses. Toutes les métl~odesde culiure et d'ex-
ploitotion de la vigile sont parfaitement praticpbes en leur
iieu, parf~itementdécrites dans d'escellents ouvrames, ?
et,
s'il est permis de dire : rien de nouvenu sou8 Ee solezl, c'est
certainement dans cette queslion sp4ciale.
Mais toutes ces métliodes sont-elles essenticllcs ? Leurs
iiifférences coi~sidérables, leurs oppositions même sont-
elles inhérentes au sol, au climat, aux cbpages correspon-
dants, au point de nepouvoir être éclairées l'une par l'autre
et modifiées avantageusement? En u n mot, une scule e1
même méthode peut-elle convenir mieux que toute autre 3
la culture dela vigne et aux profits à en obtenir dans toulcs
les contrées de la I-rance?
J e n'hésite pas h répondre affirmativement à cette der-
nière question pour tout vignoble A établir, tout en recon-
naissant que la vigne est ghnéralement conduitc avec beau-
coup d'intelligence ct au inieux de l'inlérêt d u propriélaire
et du vjgneron engagès actuellement dans chaque inélhodo
traditionnclle.
Oui, Ia viticullure en grand pour la productioii des vins
peut se traduire en une seule méthode plus prodnctive et
plus avantageuse qu'aucune aufre mélliode, à i'exception de
Ia culture des raisíns de table ou des cépages ti vin cultivits
dans des sols très-riches et très-chauda, où la vigne peut
être xnêlée avec avantage à d'autres cultures et mème Ies
protéger, et i I'exccption aussi des sites trop tourmentés
pour être soumis A des inesiires rbgulières.
Celte mAthode, que je vais indiquei*,ne in'est point pnr-
ticulière : elle repose sur des faits accoinplis ct des p r b
ceptes pratiques de temps immémorial; je les ai pris daris
les meilleurs et les plus ancieiis vignobles, et je les ai clioi-
sis, contrôlés et pratiqnés s~iivantles données et les con-
quêtes de la scieilce moderne.
C U L T U R E D E Lb V I G N E .

Cnilturo era li,-nes basses e$ sur so~xelia. - La vigilti


ioit être plaiitbe, cultivée et mainteiluc en liglzes basses i.t
3ur S O U C ~ ~ ~ ,
D i s t a c o dos C C ~ B .- Les ceps ou plaiits de vigiit.
cloivent être distunts les uns des autres de uii inèlre au
rnoins en tous sem.
Provignago. - Les ceps ne doiveiit jamais êlre provi.,
gnés.
Taillc. - Chaque cep doit porter tous les 811s nu moiils
une branciie i bois et nnc branctie i fruit.
La brnnclie à fruit produit presque exclusivelilent Ia
grappe de raisin; elle doit êlre attacliée tlorizonlnleincnt
près de terre i une ligne de li1 de fer ou à des éclzaIãs.
La branclie à fruiL doi1 être conpée lous les nns ò Ia taillc
sèclie, c'est-A-dire à la fin de l'hiver .
Lcs painpres dos branclies ?I fruit doivcizt être pincbs,
c'est-A-dire rclrancli~sà l'aide du pouce, nu-dessus de lerir
sixibme feuille; les pampres de la Iiranclie à bois ne doivent
pas Ctre pi~icés.
La branclie i bois ne produit jamais qu'un petit nomhre
de grappes; ses painprcs doivenl Btre inainlciius verlicale-
meilt en faisceaux.
La braiicbe ti bois doit prod~iirechaque année deiix sai-
ments ou rameaux principaux, cloi~tI'un rcmplaccra la
branche Q fruit que i'on coupe cliaque année; i'au~resar-
ment, taillè au-clessus ile deiix ycux ou hourgcoiis nnissaizts,
deviendra branclie ?I bois et produira les deux sarmcnls n6-
cessaires poiir l'annbc suivuntc.
Noiirrituro ou Engrais. - La nourriture, c'cst-h-di~e
les engrais ou amendcnlenls, doit CLrc apportke à cliaque
16 CULTURE D E L.4 V I G R E . -
ccp en rnison directe des grappes qu'on en veut oblcnir e t
cri raison inyerse de Ia ricliesse du sol.
n'ombra aos griippes. - Chaque ccp occupant un mètre
carrd e t recevant une nourriture sufíisantc doit, sans
s'épuiser et sans nuire aux ceps voisins, porter seize grappes
sur sa branche B fruit et quatre grappes sur sa branclie a
bois, en tout singt grappes, pesant cn moyenne 50 grammes
par grappe, soit u n kilograrnme par cep.
P d i s s a g e et &bourgconnnga. - Trois fois par saison,
les sarrnents et les parnpres ou rameaux herbacés doivent
èlre attacliés et palissks, c'est-Mire fixes en ligne, rugnCs
nvec soin, et le cep doit être débarrassé de tous les pimpres
mutiles.
JRininges. - Aucune herbe, aucun végétal étranger nc
doit être laissé dans les vignes; les binages, c'est-Mire les
fagons ou cultitres superficicllcs du sol, doivent y être mul-
Lipliés; les cultures profondes doivent être rares.
C ~ ~ a ~- e sLes
. vignes doivent &Ire planthes des plus
fins cépages, Fest-à-dire des meilleures espèces de vignes.
Ces ckpages, par une bonne métliode d e culture, produisent
autiint que les ckpages grossiers.
Faiilaasonnagc. - Partout où le vin peut atteindre une
valeur moycnne de 50 fr. l'liectolitre, les vignes devronl
être paillassonnées, c'est-i-dire garan ties par des paillassons
conlre les belées, la coulure, la grêle. Le paillnssoniiage a
aussi pour eifet de liâter et perfectionner la maturité dcs
raisins : sans cette préservation, les profits de la vigne sont
souvent grands, mais ils subissent parfois des interrnittences
fiiclieuses.
EmploP do solfato do for ot da la íleur de somf~ocoiitre
In riinlladic. -
TOUS ICS ans, du I 5 avril ai1 30 mai,
20 Bilogrammes de sulfate de fer pulvérisb seroní, semés ti
Ia volkc par cliaque hcctare de vigne; dans les vignea rava-
gCcs par la maladie, on s;?mera en outre 20 kilogrammes
de flaur de soufre par Iiectare, et I'on aura soin de pincer
tous les jeunes rameaus, saiis exceplioii, nu-dessils de leur
sixibme feuillc.
Je dbvelopperai successivement cliacuno de ccs prescrip-
tions, et j'en donnerai la raison appuyéc sur l'exemple et Ia
pra lique,
CULTURE DE LI VIGAE

En Prarice, les vignes sont plan tCes en Zigncs ou p!antEcs


en quinconce.
Dans certains vignobles, les sarments qui sont leprocliiit
de la plantation primitive sont reeouchés en sens divcrs,
de façon i garnir le sol le plus coinplétement possilile, mais
sans aucune regularite; cette cullure a reçu le nom de cz11-
fure eiz foule, c'est Ia métbode suivie dans la Iiaute Cliain-
pagne et dans presque toute la Bourgogne. I1 en est riinsi
partout où le provignage et le recoucbage sont Ia base rle
la culture de la vigile.
Aii contraire, dans le MCdoc, h ligne primitivenienl
adoptée pour la plantation est toujours conservke pendant
toute l'existence de Ia vigne, qui vit ainsi constainmerit suiT
sa souclie prímitive sans avoir Bté provignke; c'est cc qii'oii
appelle culture en lig~zes.
Ces deux modes de culture ne sont pas toujours suivis
d'uiie t ç o n absolue, on les modifie A I'infini.
C U L T U R E D E Li\. VIGNE. 19

$ 1. - [Link] DE LA VIGSE EN LIGRES LIASSES ET sun SOUCIIE

Avanat~ges de 131 eailtmiro en ligaics. - La cuiture en


ligiles est, pour Ia vigne, la meilleure des culturcs :
.I"Parce qii'ellc permet l'einploi de tous les moyens ct,
de tous les instrumenls mis en mouvemenl par Ia main de
l'homme ou 13ir les anin~auxde Lreit : les bBcliages, binages
e t sarclsges B la inain y sont praliqués sans liésilalioii ct
sans craiilte tl'attaquer Ies tiçeu ou les racines; Ies façons
par les ariimaux de Irait ne sont possibles que dans iin ali-
gneincnt rigoureux, et les labourages e1 biilages par lcs
bceufs, comine dans le Mádoc, par les chevaux, ou inême
par les Anes, sont de preinière iinportance et d ' u ~ egrande
economie, en ce qu'ils suppléent Ia main de l'homine, qui
n'a plus qu'i achever, entre les ceps, Ia culture et le nct-
toyage qui ont 6th exécutts rapideinent par les animam de
trai1 sur Ia plus grande superficie de Ia vigne,
2' Parce qu'elle permet une surveillarice prompte et in-
fail!ible sur la propreté, l'état d'entrelien ct les besoins de
tout le vignoble. Par iin simple coup d'ocil le loi~gde sa
vigne alignke, le propriétaire coiistale l'exactitude o11 I'in-
curie de son vigneron : le maitrc vigneron, de son cbt0,
controle avec la mCme facilitó la quantitd et la bonno laço'
du t~availdc cliacun de ses ouvriers ;
CiVarce que les moyens de soutènemcnt, de protecliirin
et de palissage sont plus faciles, plus solides et plos kcono-
niiq~icsqu'avec aucunc au tre disposition ;
P Parce que l'alignement des ceps facilite Ia dislri1)ntion
et Ia ri\partition exacte des cngrais et amendcmcnls au pied
de cliaque cep; la sortie Iiors du vignoble des sarmcills, dss
.panl)res rognis et des produils de Ia vendangc : r n iin
inot, toutes les opérations de ciiltiirc rle Ia vigno:
SU CULTURE DE L A VIGNE.
5V~nrceque les ralons du soleil échauffent la tcrre dans
l'inlervalle des ligncs, sans que pour cela ils échaufrcnt
nioins et moins directeinent lcs ceps et les pampres bien
rognbs et bien palissés, Ia terre rendant ensuite aux ceps,
pendant qiie le soleil cesse de luire, Ia chaleur qu'elle a reçuc
pcndant l'insolation ;
GTnfin, parce que la circulation et Ie renouvellement de
l'air indispensables i une bonne vègétation ne peuvent avoir
lieu dans des ceps groupés sans ordre comme dans des ceps
slign6s.
Auantoges des ligncs brsses. - Plus les VlgnCS S0nt
basses, c'est-à-dire plus les bras de la souche sont ralipro-
chés du sol, plus les avantages que je viens d'ènurnércr solit
mis cn hvidence : les cultures A la main et à l'aidc dc bbtes
de trait, l'irnportation ct i'exportation des résidus et des
produils, des matériaux réparateurs, protecteurs ou d'appui,
Ia surveillance, l'insolation et l'aèrage, tout y devient plus
facile, plus écoiiomique et pius ciiicace.
NecessltO ~ I CI'insolstion.- Lorsque les lignes de Ia
vigne sont tenues très-basses et dirigées dii sud au nord, le
solcil, depuis son lever jusqu'à son coucher, frappe con-
slnmment t o u ~les ceps; i1 échauffe Agalement toute la sur-
face do Ia terre qui joue le rBle d'un mur d'espalier, et i1
active ainsi to~ilesles pliases de Ia végétation. Le contraire
a lieu lorsque les vignes sont Clevkes et que les ceps sont en
rpinconce ou en dhsordre, Toute Ia terre est couverte d'om-
bre, beaucoup de fieurs coulent par suite de la fraicheiir
r~uel'ombredéveloppe, e€ Ia maturit6 des raisins enfouis
sous les I'euiTlages est tardive et imparfaite.
NZlcessitO il'iin Iion aérnigc. -La libre et régulihrc cir-
ciilatioil de I'air est plus importante encore pour Ia ferlilitè
de ra vlgnc en plcin chanq~que l'insolation elle-même. On
pcut sc convaincre de cette vérité en observant les heaur
C I I I , T U I ~ ED E I.,\ vicse. -1

~ignoblesde la Champagnc au inoment de Ia ninturilc dti


raisin. Tous lcs sentiers qui séparent les vignes sont trbç-
étroits, mais, quoique ombragds, ils sont lil~reset droits, c t
lu. quantité do raisiils des ceps qui les hordent est loujours
triple ou doulile au moins de la quantité des raisins dcs
ceps intérieurs de la vigne; celte esubérance de productioii
ne peut être attriliuée qu'A la supériorité de car
Ihir circule mal dans l'intérieur des vignes garnies
raleinent par hectare de quarante mille ceps enchevêlris
11ble-inêle.
IneonvBnicnt cics i i g n c s bassos. - La vigne basse a u i i
iiiconvénienl rbel :elle subit plus facilement que les autres
vignes l'effet des gelóes d'liiver et de printemps : aussi elle
ne pcut êtrc considérèe comme alisolument parfaite quc si
l'on parvient à la préserver des intemperies; mais, aIors
inèine qu'elles sont abandonnèes aux inauvaiaes cl~aiices
&une culture sans préservation, les vigiies basses l'em-
l'ortcnt encore de beaucoup sur les vignes liautes.
Clxlture sur SOUCIXQ. - La vigne doit être mainleriue sur
souclie, c'est-à-dire ne jamais ètre ni provignée ni coucli4e :
c'est lh une condition absolue pour Ia production du bon
c'est une vérité de pliysiologie végktale autant qu'une
v&riti:ineontcalable d'expérience et d'ohservation.
Tant, que Ia souclie d'un cep n'est pas complétement
forinée, c'est-à-dire tant que de nouveaux colliers de racincs
s'ajouteilt ali bois de l'année précédente, l'élaboration des
sues du raisin est imparfaite, et 10vin qui en résulte iie vaut
rieii. Je ne dirai poiiit que plus la souclie est vieille plus le
raisin est parfait, je n'en sais iien; mals ce que je sais, c'est
[IUe jamais une souclie qui rie compte pas sept ou Iiuit ans
n'a donné de bon vin, quelle quc soit la nature du cépage.
Ce que je sais encore, c'est qu'un garment rccouché, quand
bicn nibme il pnrlirait d'une vieille souclie, s'il a poussb
22 CULTURE U & L.1 V i G M E .
des racines sur sa partie mise eri terre, ne donrie jainais
qu'un vin de qiialité inférieure, et cette infériorit6 du pro-
diiil est proportionnelle au nomhrc des colliers radiculaires
nouveaux qui s'ajoutent au sarment producteur. Tous les
vignerons savent que le raisin provenan t des jeunes vignea,
cornme le raiain provenant de ceps provignés, dorine iin viri
d'urie inèdiocritè incóntestable.
Pour avoir du bon vin, i1 ne faut donc pas enlreteiiir Ics
vignes par le provigriage :i1 faut respecter les vieilles souches
et remplir les vides du vignoble par du jeunc plant.

2. - PROYIGNAGE. - RECOUCHAGE. - BN'IERRAGE. - I';NsouCIICIIENT.


Provigner, c'est coucher au fond d'une fosse, sans leu
couper, uii ou plusieurs sarments d'uile souche, les étaler
et les recouvrir d'engrais et de terrc pour lcur faire preiidre
racine, et en former, pour ainsi dire, au,tarit de ceps nou-
veauu.
Le recoucl~ugeconsiste dans l'al~aissementd'une soiiclic
suus 20 à 25 centimèlres de terre seulement, pour nelaisser
à I'air Iil-ire que le sarnient ou les snrrnents prodiicteurs de
I'annke. Dans certains pays on opère le recouchage sur tous
les ceps de la vigne, et on renouvelle tous les ails l'opéra-
tion; c'est mème, dans qilelques localitès importanles, en
Cliainpagne, par exemple, et j. Argcnteuil, la preinièro
eull~irede printemps de toutes les vignes. Dans la jauge de
lahour ouverte à la 11Cche ou i la pioche, le vigneron abaisss
chaque souche et la recouvre de terre ?I mesure qu'il avance
dans sun travail, en sorte que la vigne qui a reçu un pre-
rnier labour ne presente plus à l'ccil que les sarments do
I'année.
On pratique le provignage et le recouchage suivant plu.
sieurs métliodes et dans plusieurs buts.
CULTURE DE L A VIGNE. 23
Li: prciiiier mode et le plus ghnéral, e11~ourgognesurtout,

est l'entcrragc en fosse profonde d'iiiie eouche principale et


ln dispersion dc ses sarments pour rajeunir et repcupler
"igne ;le second mode est l'abaisseinent des earments &uii
cep pour en former des marcottes; un troisième mode esl
le recouctinge soiis terre de tous les vieux bois de la vigne
pour fie laisser sortir du sol que le sarment de I'année;
cnfin, le reyiqiiage d'un lonç bois de l'anriée, ayailt pour
rcsultat de lni faire prendre racine par son extréniité ou
íians sa longueur, se rattache encore en principc au provi-
gilage. Ces dcrniers modes ont pour bu.t d'ajouter de noii-
velles racincs cliaque a n d e pour augmenter la production
(lu rnisin et suppléer aiilsi h l'insuffisance ou à l'absence
d'eilgrais.
Tous les genrcs de proviçnage sont nuisibles à la qualité
rlii raisin et ne sont indispensables en aucun cas A sa quan-
tit6, qirantité qu'on obtient parfaiteinent par la culture sur
souche. 11s jettent le désordre dans les Ages, les alignements,
les besoins et l'entrelien de's ceps, au point qu'un vigncron
arcliiviste, ou son élève en tradition locale, peuvent seulç
hien gouverner telle ou telle vigne . le propriétaire ou
I'acquéreur doivcnt poss6der ou acqubrir le vigneron avec
Ia vigne sans espoir do réforme ou de progrhs possible.
Esisaueincment. - Le reco~xcl-iage prend le noin d'enso~i-
clienze?b~cluand i1 ii'a pour objct que de constituer, une fois
pour toules, une soucl-ie souterraine, mnnie de racines en
assez grand nombre pour pourvoir aux besoins d'un grand
développenient extérieur du cep, aux besoins d'unc treille,
par exeinple, et aeissi quand le recoucliage a pour but de
foiirnir plus dc, sucs nutritifs d u11 cep quelconque planté
dans un sol ingrat.
Les ceps ile doivent jamais élre provignks ni recoud~és,
si cc n'csi, daiis 10s terrains inaigres et peu prafonds où on
2 '1 C U L T U R E D E Lh V I G H E .

peut les eruoucher la troisième ou quatrihme annEe unc


scule fois, et en une seule tige. Cetle pratique de I'ensou-
chenient, presque indispenssble A la production des raisins
d e tuhle, ne doit être employbe que sous l'cinpire d'unc
absolue nécessité pour le raisin de vigne.
$ 5. - QUALIT~SOPPOSÉES DU BON RAISIN DE TADLE E T DU BON RA151:3
D E VIH.

Les palités recliercliées pour le raisiil de tablc sont tou t


j fait opposées à celIes que doit avoir le raisin dont on vcul
tirer du bon vin. Le chasselas de Fontaiiieblenu, "u plulo~
de Tliomery, ce type de la grappe belie à servir i lehle ct
dklicieuse i manger, doilne le vin le plus déteslable qu'il
soit possible de boire.
Le vin des chasselas est bien infèrieur au vin des gan~ais,
ie plus mauvais et le moins alcoolique des vins : aussi lc
garnai est-i1 un raisin agrèable et sain imanger coinme
fruit. Les fruits les plus riclies pour faire le cidre et le poirb
prèsenlent, avec les pommes et les poires i couteau, le même
contraste : toutefois les pineaux blancs et iloirs, les mbliern
et les fromentés, qui donnent les meilleurs vins, sont fort
sucrés et fort agréables à gofiter : mais une certaine âprclk
vineuse et la petitesse de leurs grains les cxcluent de nos
tables.
3 4. - EXEUPLES DE CULTURE D E VIGNES EN LIGNE ET DE CULTURB
DE VICNBS BN FOULE.

En résumk, c'est dans les magnifiques vignoble~diiMédoc,


i Chhteau-Larfite, Cliâteau-Margaus, Châlcau-la-Rose, elc.,
que I'on trouve les pratiques les plus anciennes et Ics plus
in~elli~eritesde la cultirre en ligues Lasses ct sur souclie,
avec proscription du provignagc. Je cilerai aussi Ia culluro
orirrinale et ercellente du cliarmarit vi~no0hIe Cliahlis +
CULTCRE D E Lh Y I G N E . 25

coinme type d'une culturc sur souclie adniirablement com-


prise.
011peu1 comparer les dcux pratiques absolument opposécs
dc la viticulture aus environs de Paris sur les mêines ter-
rains et avcc lcs mêmes cépages : on verra la culture
follle ou elz déso~dre,e n cépages serres, avec provignage ct
recoucIiage annuel sur les coteaus d'brgenteuil, tandis qiie
sur lcs flancs dii inont Valérien, à Putcaus, Suresncs, etc.,
on obscrvcra la cullure en ligues bussrs, sur souche et sans
provignage ni recouchage. Dans les cleux cas, Ia production
est aussi alsondante, seulemeiit la cultuie est plus écoiio-
iniquessu souche, la maturiti! plus prompte, et, depuis
cIu'i\rgcnteuil. rccouclie tous les ans, Suresnes produit de
inciilcurs vins ilu'hrgenteuil : malheurcusement dans tous
Ics vignobles cles environs de Paris les ineilleurs vins nc
valciiL rien, parce que le gamni domine.

PnconwBn~icntiac trop rnpproclker f es ceps. -L ~ vigilcs


s
plaili6es et enlrctenues dc 20,000 à 40,000 ceps h l'liectare
çont l'escinple le plus frappnnt de l'avidité d+ue par Ia
sotlise e l l'ignorance. Une vigne h 10,000 ceps peut pro-
dulrc ct produit plus c~u'unevigne à 40,000 ceps.
Qu'on se reprksente 40,000 cerisiers, pruniers ou pom-
rniers, ou, pour p r e n h e comine terme de coinparaison deu
plantes analogues d la vigne en orborescence, supposons
q ~ ' ~plante
n 30,000 ou 40,000 glgcines, hignonias, cl&
matiles, dans u n hectare de terrain, et l'on comprendra
l'btioleinent, le racliitisine, l'absenee de fleurs et de fruits,
Ie dé~cloppeincntde tous les insectes nuisibles et de toutes
Ics inaladies possibles : aucun liorticulteur, aucun arbori-
culteur nc pourrait concevoir Ia TCcoilditQ et Ia santé dcs
2
26 CU1,TUKE DE L A VIGSE.
vbgétaux d~insde parcilles coilclitions. Eii hicn, Ia vjgile csl
Lin arbrissenu dont les racines et les tiges ont d'aussi grandes,
de plus grandes allures que cclles des végélaux que je vicns
de citer ; une seule treille couvre 100 mòtres superficiels
un seu1 eep enveloppe et surmonte un arbre de ~reinière
grandeur : Eelle est la piiissance naturelle de la vigile; et
ce n'est qiie par des soins infinis, des arlifices particiilicrs,
yuckle vigrieron parvíeni à la maintenir et i lui faire pro-
(luire des íruits dans un très-petit espace. C'est à itésoudre
ce problème que s'appliquerit les mille façoils de cultivcr ct
de tailler la vigne.
Espaoc nioeessagrc a na cep. - 11 y a un nlinimuin d'es-
pace au-dessous ducIiiel le cep ne peiit alteindFe sol1 dbve-
loppement pliysioloçique indispensalilc, et l'observation
démontre qu'j rnoins d'un inètre carré, pour asseoir solicle-
metit ses racines, le cep ne peut vivre et rester ferlile que
par les provignages et les recoucliages : i1 faut, si le C C p a
moins tl'utz mètre de tcrrniw ù se disj~ositio?~, le ftiire courir
soua terre pour lui donner dc nouveaux colliers de racines
Bphémères, et lui faire cliercller sa vie par des organes
supplémeniaiies, qui n'accjuihrent jamais la force des oir-
ganes primitifs eet althrent la qualité des produits.
~inconv~niicrais ~PU provignage. -Lorsqu'un ccp de vigne
solidenient fisé et étendu ses racines mòres dans uil mèl;rc
carrh, i1 cst, constitué i l'état dc végétal vjgoureux et viable
sur place : si le terrain est fertile et profond, le ccp y prospé-
rera même avec peu d'amendement ou d'engrais; si le sol
rsl véghtal à une faible Apaisseur seulement ct s'il cst
maigre, une superficic d'un mèlre carré est suffisanic pour
1 dcposer les alimeiits indispensables aiix besoins du cep,
c'esl-8-dire les engrais, et pour les mettre i la port6e d'iin
clierelu richement dbveloppi.
La constitution du cep sur Ie faisccau prirnitif de sns ra.
C U 1 . 1 U I i E DE L h \'ll;Ei;. 27

cines 11iCres est la plus grande garantie de sa vigueur et de


sa JiirCe. Les racines deviennent fortes; elles slcnfoncent le
plus profondéinent possihle dans le sol, et, tout en reclier-
chant les veines de terre les plus favorables, clles sc
mettent a l'abri de Ia séclieresse ou cles inutilations de Ia
cultuie, elles pourvoient ninsi 21 tous les hesoins de la tige.
Si AU coritraire, d'année en annke, on fait pouçser au cep
des colliers supplémentaires de racines en les recoucliant,
les liquides afflueilt par ces nouvclles aspirations, et les ra-
cines mhres s'airophient cn proportion; en sorte clue si,
faule d'cngrais ou d'liumidité h la surface du sol, ou ljieii
par un labour intempeslir, ces colliers superficiels et tendrcs
vienneni à cesser d'alimenter la tige, la vignc jaunit et
pcrit, parce que ses racines mères n'ont plus Ia vigueui
nécessaire pour pourvoir à ses besoins, bcsoins dont s'6tait
cl-iargée la nouvelle générsi ion de racines. Je rkpbte Jonc
yiie jamais les ceps n e doive~atd l ~ * ep~.orzg~iés,et r~u'ils
doivent occupcr cliacuri uil inCtre carr8 de sol.

WTBeoseité; do laisser zk eliaque eep, dom les ans, nop;


brnncho B fruiit c& onc X>ram&e bois. -
Une souche,
occupant avec ses racines nn mètre carré de sol, peut entre-
tenir dcs rameaux qui couvriraient une bien plus grande
aupcriicie ; donc, pour doinpter l'expansibilité de la vigne
et eonserver Ia Séconditi?dans ces limites d'un mètrc carré,
i1 faul que Ia taille iiitervienne encore avec énergie et sap-
cilí:; i1 kut, pour ainsi dire, satisfnire la nature en la tron-
pant, cornine on satisfait I'activití: d'un écureuil en le laie-
sailt $ourir danç une cage tournalite clui n'est guère plus
grande que 1ui:On sait que les arbres abaiidonnés cn plein
vent ii'ont presque hesoin d'auciin soin, tandis que ies
28 C U L T U I 1 E DE L h V I G N E .
arbres en qucnonillcs, cn cspaliers ou en coraons onl hc-
soi~ide tout I'art cle I'arl~oriculteur.I1 cn cst de mêmc potii.
Ia vigne.
Taillc sdelic ou d'liiwcr. - C~IIC[LIO S O U C ~ I ~S, C ~ OSol1
~
â g m t sa vigueur, pcut produire, par criod de de v6g6talio1)
annuelle, dc qiiatre à six sarriients de 1 mhtre et plus clc
longueur. A la taille d'liiver ou t ~ i l l esèclie, la pliipart dc
ces sarrneilts doivcrit être aballus complhtenient ct Ic p l u ~
prhs possiblc dc Ia souche; mais dciix sarmci~l~s au rnoiiis
doivciit être conscrvés : l'un rogné i dcux ou lrois ycils d(!
Ia souclie; l'autre, maintenu h une grande longucur, et,
micux encore, à toute sa loi-igueur. C'est cc dcrnicr sar-
ment, laissé tous les ans au priritcmps ct abatlu laus Ics
aris pour être reinplacé au printeinps suivanl par u n aulro
sarment pnreil, qiii salislait à l'activité de Ia vigno en lui
laissant la plus grande nllure possiblc, c'[Link]-dirc toiile li1
longueur d ~ bois
i qui a poussé 11ann6cprCcbclcntc.
Les gravures 1 et 2 montrent Ics principes cb lcs ei'iets Ics
plus parfaits de Ia tiiille. Une branchc A bois CD (prav. I) ri
produit quatre sarments : un de ces sarmciits, CE, le plus
itapproch8 de Ia vieille souclie, scra taill8 cn E à dciix ycux
pour reproduirc dc deux à qualrc sarmcnts, suivnnl 1:i
vigueur de Ia vigne, et lcs painpres qui devront consliluei.
ccs sarmenls seront élevés et soutcnus conlrc un Sclialas
(]e Im h Im.25; des trois autres sarincnts, on clioisira, nori
lc 111us gros, mais un sarment de grossciir moyoiinc, h
iiauils eaillants, le pl~ispropre h preridrc la posilion Iiari-
zonlale, DF, par exemple, pour en fairc la branchc à Buit
(grav. 2) : quant ii la vieillc brnnclic h iruil Ali, cllu
dcvra être coup6e A son point d'iiiserlion sur 1:1 soirclic.
Cettc taillc, Ia plus proprc de loulcs A assurcr Ia Icoon-
dilC clc Ia vigne ct h cnlrelcnir sa viguhur, cst d'iixic groritlc
sirilplicil6, e1 pcut êlrc iilainlcnue avcc unc f'acililc rnorvoil-
G1.a~. 1. - Sollche ~ d ~ l avant
l e Ia tniile sèclic. - AB, braiiclio [Link] 8près
r6colro. - CD, hranclie Q bois.

-
urav. 2 . - Dianclic ndulle nprès In loiilc s8clic. AtD', ijranche.$ fru!!
avim1 Ics fcuilies. - C'D' Iirancl~e1 bois.
2
cliaLlue ann&; elie s'adãpte parfaitenlciit aux yignfs
]r~iise
culii7ées en J i p e s , ct si parfois Ia branche à bois ri's Pas
donti&ses sarmenls et que la branche fruit se soit em-
p"rt;e, un rav;ilcn~entintelligent a bientôt rètal~lidans
l'íitat normal le cep dbrangb,
Cette m&liode, que je reconinlande parce que jc l'ai Pra-
tiquée avec iin succès incontestahle, ii'est p o h t no~velle:
elle c ç l appliqiiée de temps iintnéinorial, inais sans l~i.i~lcilie
ct snns règlcs fondkes. Les sarments laissés de toute OU de
presque toute leur longueur, pliés en cercles et rãttachés ai1
ccp, cour.h{s en arc et piques en terre, coiiclièshorizonta~e-
mcnt et attaciiés près dii sol sous Ics iloms de ~ ~ P I / O I IIS~, ~ C S ,
rírqiiettes, loitgs bois, veryes, Itastss, courgdes, etc., etc.,
ne sont autre cliose que des hrãnches à fruil, comine celle::
que je conseille, et lcs coursons ou crocliets reprèsentent
parfaitement mes hraiiches i?i bois. Je ri'indique rien de
nouvcaii, je ~ n e t sen ordre et en lumière les meilleurcs
praliqtics en expliquant leur raison d'être.
Ropporfs entre Ia prodiictíoni du bois et la proùlrieiioin
dn inait. - Dans Ia vigne, cornine dans les arbres frui-
liers, plus Ia taille est conrte, plus leç jets de bois soilt vi.-
gourrux et le fruit rare; plus la taille est longue, plus ICB
frr~itssont ahondants et les patnpres faibles. La taille i ziii
courson et à un long bois répond parfaitement à la pro-
duction vigoiireuse du bois et à la fructirication régulière
de la vigne, surtout si Ia longueur de la branclie h fruit est
~ r ~ f ~ r t i ~ i àl nl'âge
é e et à la vigueur du cep : l'esphrience
et J'observation peuveilt seuies giiider le vigneron à cet
egard; tant que Ia branche à bois donnc des j e ~ ssuffisants
FOilr 13 taille de I'année suivaate, le vigneron peut âIlorigei.
sa branche à fruit; aussitôt que ces jets faiblisscnt, la
hranche à friiit doit Gtre teime plus courte,
Cctte distinctioil de la branclie R bois et de Ia branclic 8
C U L T U R E D E L X VIGNF;. 1
;

frilit est loin d'êtrt: absolue pour la vigrie comme ellc lqe:L
pour Ia pluparl des arbres f r ~ i t i c r s . toiit frnnt:
bourgeon d'un sariilent de l'année coiltient toujours le fruit
ct le Ijois depuis la hase du sarrneilt jusc~u'hsori extrbmitk.
On peut toujours coinpler q u e deux ou trois grappcs
existent à 1'Etat d'elnbryon datis cliaque hourgeon; parf'ois
cependant i1 ii'y a qu'une seule g r a p p e : l'abseilce conlplitc:
d'cillhryoii est une raie execption, et quand Ia ~ i g n n'offree
pas de moiztl-e, c'est-à-dire iorsque le bourgeon d son 116-
veloppemcnt apparait sans grappes, c'est le rCsultat d'un
avorteinent interne produit par causes extéricures ou par
inaladie.
T1iBo~iede 1a tniile. - SI c h a q u e franc bourgeon con-
tieiit en moyenne ses deus grappes, pourquoi s'emharras-
ser d'une longue branche A f r u i t portaiit liuit A douze
bourgeons, ~iulieu de laisser seulement de deux i troi:s
bourgeons sur quatre coursons 'i Pourquoi la taille à long
bois au lieu de la taille en t81e de saule? Pourquoi une
branclie A bois et une branche i fruit?
C'esl l i la question fondamentale dela culture de la vigne
en pleiii cliamp; c'est pourcluoi j e m'arrêterai quelques in-
stants pour Ia Iraiter.
Dans tous les ckpagcs, l'observation montre que plus les
bourgeons s'élèvent vers l ' e s t r é n ~ i t idu sarment, plus l'em-
brgon du fruit y est vigoureux et mieun i1 y est conservè :
i1 n'est aucun vigneron, aixeun jardinier, qui n'ait conçtaté
que les grappes ne inanqucnt Jamais aux bourgeons termi-
naux des sarments, et qu'dles s'y développent plus aboli-
dantes et plus grosses qu'en a u c u n ailtre point de sa lon-
gueur. I1 n'est aucuil viticulteur q u i n'ait pu remarquer que
10s grappes manquaierit souvent aux bourgeons inférieurs,
ou qu'elles y Qtaient souveilt rfduites à un très-petit vo-
lume et même i quelc~uesgraiils, surlout dans Ics ckpages
32 C U L T U R E D E L.4 V I G N E .
délicats et de qualitb suphieure. Ce fait a tellement frappé
lcs viticulteurs, qu'ils ont arraclié leurs plus fins cépages,
pour les remplacer par des espèces qui Iissent exception et
lcur donnassent des raisins rnalgré le procédé barbare em-
plogé pour les Eailler. Le Sgamai et quelques autres cÊpages
aussi grossiers on t en effet ce singulicr privilége de pousscr
des grappes jusque sur Ia souche; franc I~ourgeon,contrc-
bourgeon, troisième bourgeon, tout, dans 1e gamai, porte
un ou plusieurs embryons vivaces; quelles que soient les in-
tempéri'es de l'liiver, malgré les gelées dc prinleinps, que
ia taille soit longue ou eoiirte, Ie garnai produit presque
toujours.
Eli bien, les plus fins cbpages ~ossèdentaiitant de fruils
et peuvent en fournir autant que les cepages lcs plus gros-
siers, seulement ils ne les porlent pas i Ia même placc e1 ne
lcs donilent pas aux mêmes conditions de taille : c'est vers
Ies parties élevées du sarrnent qu'ils ont leurs plus beaux
embryons, c'est loiii du sol, au-dessus de l'humidilé et des
neiges qgils les conservent pendant l'liiver : c'est sur ces
sarnients aliaissks en Lonne saison, et de toute leur lon-
gueur, qu70n fera une abondante et précieuse récolle. Si
1'011 ne veut que qiiatre hourgeons fructif&ressur un sar-
ment de i mètre, i1 vaut mieux couper, ou, sclori l'esprcs-
sion des jnrdiniers, éborg~[Link] bourgeons les plus rappro.
~118sde la souche, etlaisser Ics quatre bourgeons extrêincs,
que de tailler le sarnienl i quatre bourgeons de Ia souclie.
Ces quatre premiers bourgeons seront presque toujours slé-
riles dans les fins cépages, tandis que les yuatre derriiers
seront toujours fertilcs.
Quand un vigneron taille sa vigne en coursons 011 cro-
clicts à un ou deus ycus, i1 est assuré de jeter bas sa pluu
bclle rkcolte, et i1 est loin d'être certain (mêine pour lc ga-
mai) de rien coilserver t~uisoil d'un bon produit : c'est la
rigueur de la saison d'automne et d'hiver qui slérilise les
liourgeons iilférieurs des sarments, ct c'est Ia serpette dii
vigneron clui jette bas Ia récolte écliappée aux intempéries :
te1 est 1c sccret de la montre ou de I'absence de montre des
vignes.
D'après ce qui prbcèdc, i1 est facile de comprendre l'uti-
lit6 d'une hranclie à fruit, c'esl-à-dire d'un sarment con-
servé dans toute sa longueur; i1 est facile aussi de voir qiic
ce sarment, devan t être retranchb tout en tier l'annáe sui-
vantc, ne pcut nuire à Ia rógiilaritá de la conduite de Ia
vigne, quand bicn même i1 porterait ses fruits i son extrb-
mité ia plus éloignée du cep , mais, si cette branche doit
tomber toiit entière, i1 faut pourvoir à son remplacement
par un sarment vigoureux : de là la nécessité d'une branche
A bois, c'est-à-dire d'un courson qui produise avant tonl
des pampres suffisamment développés.
Avant d'aborder Ia question des pampres, je dois ajouler
à la queslion de Ia taille sèche quelques considérations im-
portantcs,
Le sarmcnt laissé de toute sa longueur, comine liranche
i fruit, n'est pas utile seulement parce qu'il porte Ies bour-
geons terminnux les plus fructirères et les inieux préservbs
contre les alterrances de l'humidité, des gelbes et des fri-
mas, mais encore et'surtout parce qu'il satisfait à la coilsti-
tution expansive et vagabonde de la vigne, et entretienl
ainsi sa vigiieur, et, par suite, sa fbcondité.
Certains céparres (et ce sont les plus fins) ne produisenl
constainment qu?,a la coiidition de courir toujours.
En 1842, aii mois de février, jc montais au télégraplie
de Poligny ou d'Athis, près de Seinur, à travers des vignes
i p i me semblèrent Ctranges; elles Claient exi lignes, soute-
nues par de petits Cclialas réunis par dcs ~)erclieltes: le
long de ees palissades couraient siir terre des souclies dont
5k C U L T U R E D E L.\ Y I G N E .
plusieurs avaieiit jusqu'i 20 inàtres de long; elles inar-
cliaient réunies de 11lace e11 place en faisceau comniiin par
une hart d'osier, et n'offraient, dans leur loiigueur, aucun
sarment; chacune des soilclies ne ~ o r t a i génbraleinent
t clue
sa broche terminale, et parfois un courson tout aupr.ès : de
telle sorte que chaque cep ne produisait sa vhgbtation ct sol1
ruit qu'à 1 0 , 1 5 ou 20 mètres (te son pied.
J'accomplis mon ascension au télbra lhe, et, cri redcs-
.I
ccndant pour revenir à Semur, j'étucliai de nouveau cettc
singulière dispositioi1, et je vis bientòt qii'elle n'était pas
çhnérale. Plusieurs vignes étaienl taillées sans souclie ct
tròs-près de terre. J'accostai successi~en~cat trois vigiierons,
ef tous trois s'accordèrent i rópondre ainsi I? mes qucs-
tions : « Les ceps clue ilous faisons courir sur terre soilt
des rins plants, et surtout des pineaux, qui seraicnt stérilcs
si ilous les taillions court, et ceux que nous taillons courl
sont des gamais, qui produisenl beaucoup, mêine quand ils
sont toujours ravalés sur place. Les vignes ?I soucbe nous
donnent d'excellent vin, et eii quantilé suffisante, parce
que nous les laissoiis courir. Arrivé à Semur, je me suis
fait servir dir vin de pineau sur soucl-ie, et je dois clire r1110
nulle part je n'en ai trouvé de plus délicat. Je savais que Ics
vigiierons de Semur sont de fins observateurs, iilais ,je ~i'ap-
prdciai pas alors, faute d'expérience, toute Ia portke d'uiici.
pratique qui iile seulbla d'ahord trhs-gènnnte e1 tout i fiiib
barhare. Pourquoi, me disais-je, iie pas faire courir soirs
,
terre ces souches dégnriiies aussi embarr:issantes que
laid~.s?N'est-ce pas l i ce que f0nt les Cliampenois dans leiiru
ricbes et belles cultures de fins plailts? Aujourd'liiii, je coin-
prends que les Semurois ne voulaient pas gâtcr leur sais111
par les colliers de raciiies ajoutés cliallue annèe Ic long
d'une souche souterraine; enterrer Ia souclie, Iiii fi~iri!
prendre racine, c'esi Ia supprimcr, c'eat ainener ciiarjui.
C i ' L T U n E D E L.4 VIGNE. 25

aniiCe, dans lt: fruit, (12s fluides aqueus inal &laborés, c'est
rajeunir le cey aniiuellement.
La branclie h fruit w r souehe résoul seule toutes les dif-
ficult6s de quantit6 et de clualilé réunies dans une culturS
uniforme, simple, propre et facile.
La slbrilisation de Ia [Link] par la taille courte ou en têle
de saillc csl fticile h conipreridre : que1 est le jardinier ou le
plus sirnpIc cultivateur qiii serait surpris de ne point récol-
!urde groseilles sur un groscillíer dont i1 ravalerait touu leu
s n s ies Lii'anches A deus ou trois yeus de sa tige? de ne
point, rbcolter de noisettes sur uit noisetier, de cerises sur
uii cerisier, trailbs de inême? Cliac~iievegetal a son arbo-
rcscerice et son exliansioii propres, et la vigne est loin de
faire exception. Le savant. Payen n'admirait-i1 pas, i1 y a
cl~~elqucs semaines, qu'un cep de piiicau, parfaiterneiit stk-
rile lalit qu'il mait étk teiiu court, ffit devcnu iout icoup
rl'uiie fertili.tè reinarcliialle lorsqii'il avait Até Iâclié en
treille? Ce fait, observc par un savant ilon inoins rcnomilié,
M. Decquerel, et par conséc~uentd'uile exactitudr incontes-
lable, coritient tou te la tlléorie que j'cxpose, el Ia praliqiic
quGj'ai snivie ei .que je coiisèille n'est que son appli-
[Link].
&poqii~ de ia taâlle. - Si celte taille de la branclie i? bois
et de la branclie A fruit sur souclie est adinise, à qiivlle
épocltie convient-i1 de la pratiquer? Tard en saison; Ic plus
tard possihle, si l'oii reut savoir ce que 1'0x1iait, et surtout
Blrc assuri! de la iiiontre.
Si i'oii doit appliquer des moy eils régulicrs de protection
contre les gelées du priiiteiiips, la tnille doit êIre faite qud-
ques J O L I ~ Sseulc~nentauaiil le rcnílement et l'épanouisse-
ment des bourgeons; c'es t-h-dire en génhral du 15 maru
nu .i5 nvril soiis le eliinal mogen de Paris.
R31eorsde ls?t tngIPe.- 011nc doit I I ~ Scrnindre Ics pleurs
3G CLLTCRE DE L A V i G K E .
de la taille ; ils n'kpuiscnt la vigne en aucune façon : l'eau
qui coule d o r s en ahoiidance ri'cst point la séve, c'est le
ruiçseau où chaque bourgeoii puise en passarit, selon ses
besuiiis, les éléments de sa séve; et, de ce que le ruisseau'
court, i1 n'en de~ientni plus faihlc ni pluluu nialsain pour
cela : les plcurs de la vigne prouvent simplcinent que Ic,r
organes irrigateurs fonclionnent et qii'ils !oiictionnent
hicn.
Sur les conseils clebl. Dugué, ingénieur e11 chcf du dépar-
tement de Ia JIaroe, hornine aussi Cminent dans Ia pratiquc
que dans la théorie des sciences naturclles e1 mathéiilnti-
ques, j'ai faiL, h l'égard des pleurs de la vigne, des cspC-
~iencessur tine grande éclielle.
i 2 0 ceps du inême âge, dans un niême terrain, ont étí:
tailICs moitié i un courson et i un long bois, moitié i trois
coursons ?I un et deus yeux, avant tont rnouvemeilt de séve;
630 ceps en ligne i còté ont été taillés i trois coursons i un
et deur yeux, les pleurs de la vigne coulant librcment et en
abondance; 60 ceps traités de mêrne ont &li:caiztbrisbs au
fer rouge de façon i arrêter tout épancliement. Eiifin 60 ccps
ont Até taillés avec un coufson et un long bois peridant Ia
:nontée des pleurs. Les pousses et les fruits des ceps tailltis
par ce clernier procédé, comparés aux 60 ceps taillbs loag-
temps avant le mouvement de Ia séve, ii'ont pi-sentit aucunc
infériorité A leur kgnrd. Les ceps taillés court et caut8risCs
ont donné des pampres Qvideinment inrkrieurs aux ceps
analogucs non cautérisCs, et ces deux séries ii'oiit presque
pas donné de fruits comparativeinent aux ccps taili6s i long
bois. C'est par ces espériences, et par un plus grar~dnombre
d'autres observations ausçi concluantes, qiloiclue moins pré-
cises, que j'ai secorinu, tle façon i pouvoir l'af6rmer, que
L'dcoulcmneilE des pleurs de la vigne est plus favorable que
~:iiisil~le
i Ia hoiine végélntion du cep.
-d,l
v CULTURB U B Lb VIGNB.
fuesent point alignks, et j'unissais Ics èclialas par dcux rangs
de fils de fer : du i5 rnai ou 15 juiri, suivant l'annde, tous
les boilrgeons offraient une pousse de G à.i2 centimètres.
Les pampres stériles et les pampres fcrtiles ktaient alors
parfaitement distiiicts. La plupai t des bourgeons terminaux
(les quatre A cinq bourgeons supérieurs) préseiitaient leurs
ileux grappes chacun, tandis que lcs six à sept hourgeons
inférieurs étaient absolumeiit stériles. Je choisissais une OU
dcux hrauclies à fruit que j'abaissais en les attachant Iiori.
zontaleme~it,ayant soin d'abattre toutes leurs pousses stC
riles, et je taillais un autre sarment, lui laissant ses dcux
ou trois pousscs les plus basses pour le bois de l'année sui-
vante. Je rendis ainsi pendant trois ans une fécondité com-
plète à cette porlion de vigne. Les ceps, loin de soufrrir rle
cette taille tardive, semblaient reprendre plus de vigueur
d'année en année; le raisin arrivait à maturité en niCme
ternpe que celui dcs autres vignes, et le bois ne préscntait
aucune différence dans son aoúlage. J'aurais poursuivi 1'4-
preuve indéfmiment, si 1848 ne m'avait détourilé de cettc
étude pour d'autres études (11:: rnênic genre, beaucoup
plus étendues en d'autres lieux.
A propos du choix des ckpagcs, des eiigrais et des cul-
tures superficielles oLI profondes, je revieiidrai sur les expd-
riences et les observations failes par moi aux eiivirons dc
Paris en général, et à Argentciiil en parliculier : car la plu-
part des exeinples et des solutions pratiques de la viticultura
se trouvent réunis dans lcs départements de la Seine eE do
Seine-et-Oise.
Taille dcs pnmpres. - La conduite et Ia taille &a
pampres soiil des plus simples : ellcs se réduisent i ces pré-
ceptes : l0 arrêter toute expansion du bois dans Ia branclie
à fruit en piilçant I'extrérnit8 de cliaque pousse à deus
feuilles au-dessus de la plus Iiaute grappc, comine l'in-
CULTURE DE LA VIGNE. 39
diyuent les traits p p p p 11 (grav. 3), le long do la branclie B
fruit AB; 2O exulter les pousses de la hranclie i bois BC,
c'est-i-dire en favoriser le développement, en les mainleriant
verticales le long d'un grand éclialas, et en se gardant bieri
de les pincer ni rogner avant qu'elles aient dépassé cet
échalas; 3' le long de Ia branche i fruit, de même qu'i Ia
branche à bois et à la souclie, jeter bas toutes les pousses
stériles ou gourmandes, tous les pampres, en un moi, qui
ne peuvent servir ni 6 Ia récolte de l'année ni íi forrner lc
bois de l'année suivante. (Grav. 3.).

Grav. 5. - Cep en v6ghtation dii 15 mai au 16 juin. - AV, braiiclic h Irilil ;


p p p p p, poin ob i1 h u t pincer.

Btaiago ct rogniago, -- Zétalage, c'est-i-dire Ia sup-


pression des tales ou pampres inutiles et gourrnands, aiiisi
que le rognage des pousses après les avoir ramassées e1 liées
autour de l'éclialas, ont èté pratiquèes de tout temps, mais
généralement après 1a floraison et saris aulre but que dc
grouper les branclies éparses, d'eni~êclicfleur destruclioo
&I CULTURE D E LA YIGNE.
p2.r le vent ou par Ies opérations de la crilture, et de faire
miem pBnitrer dans la vigue l'air et le solcil,

'Le piriçnge, quoique invente déjA dcpuis cinquante ans,


n'a 6th bien ètudiè dans ses eí'fets que depuis une quinzaiiie
d'années, et l'on peul dire qu'aujourd'hui 'même son appli-
cation h la vigne est lain cl'être générale. Pourtant les ser-
k-ices tires de celte opératioil faite avec intelligence et discrB
lion sont enormes; je vais essayer de les Eaire connailre et
de les expliquer.
Le pinçage est une opcration clui consiste h arrêter l'expan-
sion d'une pousse de l'année en suppriman.t son sommet au
moyen dcs deux ongles du pouce et du doigt indicateur. Le
pinçage diffère du rognage en ce qu'il ne supprime que lo
bourgeon terminal du jeune rameau, alors que le bourgcon
prisente A peine le volume d'une leutille (pp, grav. 3);
tandis que le rognage supprime le qliart, le tiers, la moiti4
d'un pampre tout venu, c'est-A-dire 20,30 e1 50 centimètrer
de ce pampre.
Le pinçage a pour objet : 1"'einpêclier les sues v6gk-
taux de s'appliquer i la création et au d8veloppement exu-
bérant d'un raineau dont le prolongement est inutile; 2' de
reporter ces sucs sur les fruits, les feuilles ct les bourgeonç
restanls, de fagon A en assurer la formation, i en augmenter
1s voliiine et i en aríiver lcs périodes d'évolution, de inatta-
~ i t éet de perfeclion.
Le pinçage appliqué aiix melons, aux petits pois, auã
tomates et A un grand nombre d'autres productions pota-
gères, a prouvé depuis longtemps cIii'il remplissait t r è s
11ien le doiible ol~jetindique ci-dessus pour les plantes hora
bacées,
GULTURE D E LA V Z G N E 41
Dans l'a~boriculture, Argentcuil eii a tirh le plus q a n d
p a r t i possible pour l'exploitation des figuiers. Grâce au
pinçage des bourgeons foliacbs, les jeunes figues ne coulent
pas, eIIes acquièrent promptemeiit un grand volume; elies
milrissent plus tôt et soiit plus riclies en sucrc.
Le pinçage appliqub àla production abondante et parfaite
d e s íigues est une pratique générale et très-ancienne i Ar-
genteuil, et cette pratique est une des soilrces de fortune dc
ce riclie et intelligent pays. Mais, si ses liahitants savent si
b i e n produire les figues, ils observent aussi toutes les con-
ditions qui peuveilt en assurer la beauté et la qualité : lors-
qri'ils sont assurés de la monlre de leurs figues e t de sa
solidilé, ils abattent sans ménagement toutes les Ijgues qui
dbpassent la quantité jugée suffisante pour l'étendue et Ia
vigueur du figuier, et c'est par centaines, par inilliers, qu'ils
les sacrifient. Ces hécatombes se foilt également pour les
~ ê c l i e r set pour d'autres arbres fruiticrs. Elles se feront
hpalemeiit sur la vigne quand on osera lui laisser montrcr
t o u t e sa fécondit8, pour clloisir ensuite i son aise la quantité
ot la qualith des fruits qu'on en veut obtcnir.
Le pinçage a Qtéet est encore appliqué à Ia vigne par des
praticiens tròs-intelligents, i1 a 6th expérimenth et conseillé
p a r de savants professeurs. Toutefois'les lois de son appli-
cation ne sont pas encore dégagées de toute obscurité :pour
mon comple, voici les eílets que j'en ai obtenus et les con-
séquences qui me scmblcnt devoir en être dèduites.
Si i'on pince exactenient tous les pampres d'un mêine
ccp sans eii laisser uil seu1 s'étendre en un long bois, toutes
lcs grappcs rhussissent bien et la rècolte est abondante la
première année, si le nombre des grappes n'excède pas ce
q u e le cep doit en porter, la scconde année, les grappes
s o n t plus rares, plus claires et plus petites; la troisième
a n n f e , le cep a pcrdu de sa vigueur et scs bourgeons sont ii
42 C U L T U R E L)B Lh VIGNE.
pi!u prbs stériles. I1 reste dans cet état les années suivaritcs,
et n e rcprcnd sa fertilité que lorsqu'eri cessaat depincer ses
pampres ou le laisse se refaire. Plus le cep sur leque1 on
pratique Ie pinçage absolu est vigoureiix, plus i1 se stEri-
lisera rapidement. I1 m'est arrivé de voir, dans celte condi-
tion, les seconds Liourgeons sortir avec énergie, et emportcr
les grappes dans une végittation folle, rnalgré un second
pinçage e p r c é sur leurs pousses; en sorte que le pinçage,
qui, pratique partiellement et sur une ou deux branches
spéciales du cep seulemenl, s'oppose i toute coulure, det-
vient parfois une cause de coulure s'il cst appliqiié au cep
toul entier; mais, dans tous les cas, le ~ i n ç a g eabsolu el
répété devient une cause de stérilisation et de dépbrissenieiit
final.
Si l'on meilage, au contraire, d'une façon quelconque,
mais surtout selo11 Ia méthode que je propose, Ia vCgAEation
~iormaledu ccp, en laissant les pampres acquérir toute Ia
longi~eurque Ia prcmière séve est capable de leur donner,
l'opération du pinqage, pratiqukc seulement siir la branclie
ou sur les branclies i fruit collatérales et accessoires aux
ceps, donne les résultats les plus favorables, et doit être
pratiqube tous les ans sans crainle pour l'avenir. Dans cette
condition, le pinçage limite exactement la dépense des sucs
véghtaux h la nutrition, au développement et A la maturiti!
des fiuits, en lcur fermant les deboucliés et en rendant leur
délournemeiit impossible de ce côté. La branclie ? f'ruit,
i
pincée dans tous ses psmpres, peut être comparbe assez
justcmeiit à unc [Link] de poirier ou de pommier, dont
Ia scule fonction est de donner des fruits : cette branche 4
fruit devient en effet, par le pinçage, une véritablc lam-
11ou1,dc:irtificielle.
Aussi, fort de mon expirieiiee, ie n'liésite pas h dire aux
vigncrons : « Que1 que soit votre mode de culture dela vignc,
CULTUILE DE L A VIGI;X. 4j
si vous laissez cle longs bois, des pics, hastes, verges,
courgees ou des pleyons à VOS ceps, pincez, A deux feuilles
au-dessus de Ia deuxihme grappe, tous les pampres fertiles
cjui en sortiront, et abattez tous les pampres stbriles; puis
soigncz le ccp principal coinme B l'ordiriaire. Par cetle pra-
tique voils pourrcz dou1)ler votre récolte. Si vous n'avcz
pas l'habitude des longs bois, adoptez-la sans Iibsitation et
sans crainte ; Ie pinçage vous garanlit que volre vigne n'en
sera poinl fatigube, et cctte brariche A fruit doiliiera la ré-
colte Ia meilleure et Ia plus stire. ))
Je ne sais pas cominent les kucs v6ghlans formcnt le bois
et les fruils, ni si c'est le même fluide clui peut engcndrer
les fruits et le bois; mais il est certùin, d'une part, que par
des opbrations cliimiques on peut convertir lc ligneux en
sucre, et que la nature, à une ccrtaine époqne de la végé-
tatioli, convertit le sucre des gramiiièes en fécule et en
ligneux; i1 n'est pas moins évident, dans I'arboricultiire,
que l'abondance du fruit se procluit au dhtriment du bois
et que I'exubérance du bois exclut Ia grande production du
rruit. I1 y a donc au moins un rapport ct une solidarité in-
contestal>les entre ces deux produits, en apparence si dirf6-
rents : ct c'est sans doute en arrêtant le développcuient
eruagérk des riampres que lc pinçnge fixe la grappe, l'em-
pBclie de couler, Ia fait grossir et iniirir plus tot.
I1 est facile de s'assurer d'ailleurs que le prolongement
dcs pampres au-dessiis des fruits est une perie réelle de
sucre, pirisque ces pampres, pilés, réunis en inasse et mis
en tonneaux, fermentent et produisent une cerhaine propor-
tion d'alcool.
Je placerai ici une obeervation que toui vigr eron a pu
faire, mais qui n'a jamais èté exprimke de faço11 à f i ~ e r
l'attenlioil des savants :un bourgeon qui sort d'une vieille
souclie ct proiliiit un besu sarment ne donne jainais de
44 C U L T U R E DE Lb VIGNE.
fruit la première année. C'est une branclie gourrnaride pour
Ia [Link] plus, ce gourmand, cluoique d'une belle ct s: iiic
vègétation, ne porte lui-même encare aucuri snrmcnt à hour-
geon fertile : c'est du bois seulemeiit qui sortirade ses boiir-
geons; ce n'est qu'au troisième bois sorti de la vicille soiiche
qiic le fruit sera produit. La conséquence de cc fait me parnit
importante en ce qu'elle tend à montrer qu'il cxiste, dans le
sarment même, des prédispositions ou des élémcrits essen-
kiels à la production du fruit. Le vieux bois ne possède plus
ces éléments, le bois de dcux ans lui-même ne les a d4ji pluç.
Le sarrnent de l'année les pqssèdc seul, et i1 les posshde plus
vers ses extrémilés élevées que dans sa partie la plus rap-
prochèe de sa souclie mère. Certains sarmcnts de 11aiii16e,
que les vigneross connaissent bien, sarments très-gros, à
canal médullaire très-développé, à nceuds très-bloigiiks et i
tige très-(boite, semblent aussi de vroies branclics i bois;
lcurs hoiirgeons sont rarernent fertiles, et lc bon vigiicron
ne les conserve pas; i1 leur préfère avec riiison les sarmerits
nxoyens à bourgeoiis très-renflès et à intervall<s grêles.
Ces fails ne sont point ktrangers à la tliiiorie du pinçage,
parce qu'ils établissent nettement que, s'il cst possible dc
détourner au proíit de la fructiíication une portion des sues
vég8taux qui seraient perdus en bois surabondant, i1 ne friiil
pas moins songer j. préparer des bois bieii conslitués ct
dans les coilditions physiologiques indispensables i la pro-
duction d u fruit. La question dii bois doit même dominer
dans l'art, comme elle domine dans la nature : car la naturc,
dans les végétaux abandonnks A eux-mêmes, subordonne
toujours Ia fructif-icstion à l'arborescence norrnale e1 coin-
pléle. Chaque espèce d'arbrc a sori nrho~csccncespéciale i
former avant d e pouvoir produire son fruit : c'est-à-dire
qu'il lui faut une certaine élendue ct une ccrtaine qualitb
de rameanx iiidispensables i Ia fructification. La f gne nesc
C U L T U R E DE LA V I C N E . 43
rriaintiendra fertile et vivace qu'i Ia condition de produiro
sans cesse de longs bois nouveaiis cliaque année.
J"ai pratiquQ le pinçage en grand pcndaiit plusieurs
annbcs sur les branclies 1 fruit qui toujours préseniaie~it
une production moycnne de dix à vingt belles grappes, saris
quele cep qui les portait et se développait librenienl 1 cóté
1)"fit diminuer de vigueur. L'expkrience h i t e sur un grand
nombre de ceps m'a montré, au contraire, que la braliclic
h fruit, sans l'opération du pinçage, épuisait promptement
la vigne si tous ses pampres réussissaient à porter fruit ct
n'ktaient modérés que par un rognage tardif.
Le premier pinçage doit êfre pratique. aussitat que deus
petitcs feuilles sc sont dévelolipkcs au-dessus de la deusième
çrappe, et au-dessiis de la cinquième ou sisième feuille s'il
ne se inontre qu'une grappe au pampre; l'époque la plus
convenable pour le pinçage varie du 15 au 50 mai dans les
vignobles du nord dc Ia France, et du 15 avril au 1" mai
dans le DIidi : la rCgle de son application, aussitot l'epa-
nouissement de deux feuilles au-dessus de la deuxième
grappe, cst d'ailleurs precise et ile laisse aucune incertiludc
sur le meilleur moment de pr~tiquerle premiei pinçage en
tous pays. Les pinçages qui suivent celui-ci, le premier cst
lc plus iliiportailt, s'appliquent à tous les contre-cceurs ou
sous-bourgeons de la branche à fruit auxquels on ne laisse
que deux ou trois feuilles, au inoment des accolages, dcs
Gpampragcs, dcs rognages, ct toutes les fois qu'il faut doniier
à ia vigiie une façon d'été, le précepte rigoureux étant de ne
jamais laisser sève se perdre en produisant des pampres
iuuliles.
I1 iie faut jamais abattre, en les désarticulant du sarrnellt
qui les porte, les contre-cccurs ou sous-bourgeons sorti8
long des pampres, mais i1 faut seulement les pincer ou les
casser en leur laissant deux ou trois feuilles. Cette petite
5.
46 CULTUItE DE L h VICNB.
ramille aitire la séve dans le bmton qui sc prépn-re à sa base
pour l'ailnée suivante: ce bouton sera plus gros que les
autres et renfermera toujours des embryons fruclifères d'une
grande soliciité.
CBRPITRE IV

I1 esl dcs terrains riclies de foiids et dc nature oii ia vigne


pcut ~égéterutilemeilt pcndant de nombreuses années sai13
le secours d'aucun eilgrais ni même d'aucun amendcinent,
surtout qiiand les ceps sont convenalilement distants i'un
de l'autre.
Mais ccs terraiiis privilegiés sont rarcs, et d'aillcurs ori
les couvre aujourd'hui d'iiiie si grande quantitii de ceps, et
ori leur deinande tant de produits, que la g8néralité des
vignes a besoin d'un supplément de nourrit~ireA des inter-
valles très-rapprocbés. Cette nonrrilure, comine celle de Ia
pluparl dcs eullures, comprcnd lcs amenrleinents, les com-
posts et le,s engrais propreinciil dits ou fumiers.

Sab1,lo ct RIaroo. -Les amendeincnts corisisterit en ap-


porls de sahles siliccux dails les vignes calcaires, et r6ci-
proquement dc marnes calcaires ou craies dans les terrains
C U L T U R E D E Lh VIGEE.
siliceux. En tous pays et dans tous les vignobles, lcs inar-
nages et l'emploi de Ia craie ~joutent à la fertilitb de Ia
vigne et surtout à la tinesse dcs vins. Le calcaire crayciis
est le sol qui donne les jus les plus francs .et les plus
exempts de goiit de terroir. Tous les cépages s'y perfec-
tionnent. Le marnage des vignes peut être appliqué aux
plus fins vignobles à silex, tels que ceus du òl&doc,avec 13
certitude d'augmenter et de perfectionner les produits.
Terrnge. - I1 est bon de joindre aux amendeinents des
apports de terre prise deiis les vallées où les edux pluviales
l'ont enlrainée, enlevèe au sommet des montagnes stbriles
soiis le nom de peloux, ou prise à Ia surface de tesrains
humides s o b le noni de palus.
Dans ces deux ilerniers cas, les peloux et les palus
doivent passes au moins une année en tas poar s'aèrer et
pourrir leurs herbes avant d'btre portes à Ia vigne.
Les terrages et les amendements doivent 6tre très-abon-
dants pour suppléer l'engrais, yu'ils iie peuvent d'ail1c:irs
jamais rerriplaccr tout à fait; ils sont iinportants surtoiit
lorsque le sol inanque de profondeur, et leur emploi est
tout à fait subordonné à leur proximilé et aux circoli-
stances toutes locales dans lesquelles on se trouvc.

Composts. - La confection et I'emploi de certains coni


posts ne sont qu'une espèce dc transaction onéreuse entr
les terrages et les engrais. Leur nlain-d'ceuvre est très-
cofiteuse, et les rkactions qui s'opèrent entre leurs déments
sont ~ u t a n d'effets
t perdus pour la vigne. Le fumiir stra-
lifié entre des lits de tcrre, mis en tas pendant six mois ou
un an, a perdu Ia nioitié de sa puissance et de sa duréc
iorsqu'on Yapporte eii cet étilt aux pieds des ccps. La vigiis,
C U L T U R E DE L A V I G K E . 49
arbrisseau vivace, n'a pas besoin d'un engrais tout .décorn-
pose et toul pi'êt A favoriser une germiilation ou l'évolution
rapide d'une plante annuelle : elle tire plus d9avantage des
engrais les plus durs ct les plus lents A se décoinposer.
Ainsi les brulères, les fougères, les pailles, Ics sarn~ents,
Ics branclies de sapin, les fagots dc ramilles et de brous-
sailles enfouis et pau-~iint se poiirrir dans dcux ou trois
années, sont pour Ia vigne d'excellents cngrais. Les cliiflo~~s
de laine, les cornes, Ies sabots, les cuirs, sont prkcieux
pour leur influence prolongde.
~ u m i q r-
. Le fumier de ferme est généralement l'en-
pais le plus sfir, le plus régulier dans spn action et le seu1
qui puisse être soumis A des expériences comparables : aussi
est-ce cet engrais qui m'a permis d'étudier et de com-
prendre les besoins de la vigne, et de trouver des règles à
peu près certaines pour satisfaire ces besoins.
Rapport entra I'engrnls et lo produit de In vigne. -
Sur un sol dc craie, de silice ou d'alumine pures, c'est-
à-dire infertile par lui-inème, un cep de vigne, planté dans
un encaissement de 3 dbcin~ètrcsde profondeur sur 4 dbci-
mètres de longueur et de largeur dans un compost de
40 litres de terre végétale et de 10 litres de fuinier, sern
parfaiteinent Jéveloppé et adulte i Ia qualrième, cinquième
ou sixième annde, suivant le climat. A parti.r cle ce inoment,
5 lilres ou 2k,5 (le fumier de ferme rQpanduscllaque annba
autour du cep sur 4 mètrc de surface, eiifoui et mhlangh,
en cultivant sans distinction le sol artificiel, ou bcrceaii
primitif, et le sol naturel, entretiendront ciiaque annéc dans
ce cep une vigueur suffisante pour lui faire produire uii
~rès-beaubois et vingt grappes au moins de 50 gramrncs
chacune en nioyenne. A Ia huitième anpée, le sol ktaiit de-
venwfertile par la culture et par l'engrais, 2 lcilogramrnes
de funlier, par cep et par an, sufhront ?I entro tcnir la rnèine
53 C U L T U R E D E L.4 V I G N E .
vigueur et la mame Sertilito. Dans les sols niédiocres, mais
déjA un peu fertiles, tels que Ics savards de la Ctiampagrie,
les landes de Bordeaux et 18s sables de la Solognc, je crois
pouvoir affirmcr, d'après mes observations k t mes expk-
riences, que ia vigne, sanç que Ia vigueur de sa végétation
en soit altbrbe, rendra toujours en ~ i s i nun poids Cgal au
poids du fiimier déposé. Dans les terrains dc bonne ferti-
\te, ia OÙ ies vignobles ont trouvé ou peuvcnt trouver U I N
Jssiette naturelle, urie lumure cle la moitié du poids de In
rendange sera toujours suffisante.
Pour se faire une idée approsimative de la dépense cn
engrais relatioement i Ia valeur de la récolte brute, i1 Saul
supposer les vignes plantéea de 40,000 ceps à I'lieclare,
chaque cep produisant en moyeniic 1. Icilograrnme de
grappes, soit 10,000 kilogrammes oii 80 hectolitres de viii
d'une valeur brute inoy enne de 20 francs l'hectolitre pour
toute la France. La va.;ur de Ia récolle lirute pour un liec-
tnre serait donc de 4,600 francs. CeLLe récolte aurait exigé,
dans un sol ordiriaire, 10,000 Irilogramines de fumier B
$ 5 francs les 1,000 Itilogrammes, soit 150 francs, et dans
u11 sol mauvais 20,000 lcilogranlines de fumier, soit
500 francs de dépense. La proportion de l'engrais au pro-
duit varierait ainsi du dixième au cinquième de la valeur
brute de Ia récolte.
t s íamier sur Ia vigne. - Une grande question
~ ~ f c üu
s'agite ilepuis longtemps dans les différents vignobles e t
surtout dans les vignobles qui produisent les vins les plus
dClicats et les plus recherchés : Doit-on fumer Ies vignes,
peut-on les fumer sans altérer la .qualité du vin? CeLle
question en engendre une autre : Est-i1 permis de lesfumer
directernent avec le fumier en nature?
La double réponse est simple et sure. I1 faut fiimer !es
vignes directemeiit avec le fumier en nature pour assurer
C U L T U R E D E LA Y I G N E . 51

aux vins leur cluantitc et leiir qtialité normales, la seulc


précaution à prendre (et encore n'est-elle pas de rigueur
dnns les vignes bien alignées et bien m5rées) est de porter
112 fumier et de l'enfouir après la vendange et avant la vCg6-
tation suivante.
L'expérience prouvc'surabondamment que pour tous les
fruits i jus ou i pulpe sucrée le dbveloppement normal et
complet de la vi2gétation est une cause eyentielle de perfec-
tion, et que la langueur ciu véghtal, conséquence de Ia pau-
vreté et de Ia maigreur du terrain, engendre constaminerit
des fruits acerbes, sans arome et sans qualité; Ia premiòrc
conditiori pour ohtenir de ]sons jus de raisin est donc d'as-
surer à la vigne sa végétation normale et complète, et le
moyeii l e plus sUr et l e plus économique est l'ernploi direct
du f~li-riierdans une proportion sagement calculCe. Tlio-
inerg', qui produit pour nos tables les plus rechercll6es les
grappes les plus riches Gn sucre, les plus ' délicates en par-
rum, fume abondamment ct directement tous les trois ans
seç csj~aliers,contre-espaliers ct souches. Jainais scs vignc-
rons, EI soigneux et si jaloux de Ia juste r4putalion de leurs
!)roduits, n'ont pu saisir la inoindre infériorité ripportbc par
Ic framicr la première annbe pas pliis quc les deux années
siiivantes quant au sucre et su goUt; ils soupçonnenl seule-
liient dans Ia première année de fumure uiie tendance dela
pcllicule clu grain 1i se pourrir pliis facilement. Mais, en re-
uanclie, ils constaten t uilaiiimemcnt l'infériori té des pro-
duits dcs cultures sans engrais, plus encore pour la qualitb
que pour le volume.
Cc préjugé et cette erreur d I'égard de I'emploi des cn-
grais onl pris naissance et se sont enracin8s sur une fonle
cl'observations vagues. binsi, dans tous les vignobles fins
ou grosdiers, on reinarquait que les vignes des grands pro.
priétaires ou dcs simples liourgeois qui ne lcs cullivaicnb
52 CULTURE D E L h VIGXE.
pas par eux-mêmes doniiaieiit du meilleur vin que celles
dcs vignerons. Les preiniers faisaient à peine fuiner ou ne
fumaicnl pas leiirs vignes, tandis que les derniers Ics amen-
daient ct les fi~rnaientfortement : donc Ia fumure détério-
rait lcs produils; cette coiisèquence était tirée sans trop rc-
marquer quc les grands propri&taireSlaissaient leurs vignes
sur souche ; qu'ils provignaient le inoins possible et lais-
saieiit ainsi l'air et le solei1 circuler libremeiit partout;
qu'ils occupaient les lieux les mieux situés et les mieux ex-
posès, et surtout qu'ils ne changeaient point leurs fins cé-
pnges pour des c&pagesarossiers : c'hbit 1à tout le secret d e
9
la supbriorité de leurs vins sur ceux des vignerons, et, s'ils
avaient í'umè leurs vignes, leurs produils auraient encore
dté iileillcurs.
J'ai enlcndu pendant ileuf ans les vignerons et mCme les
bourgeois d'hrgenteuil rbpéter à l'envi que la gadoue (les
boucs dc Paris) avait seule fait dcscendre leur vili de Ia
tahle de Louis XIV au cabaret des barrières ; ils oublient
qiic dcpuis Louis XIV ils n'ont pas conservè un seu1 Iiii c&-
page; ils oilt tout arrachd pour planter le garnai : je ine
trornpe, ils oilt laissé ç& et 15 quelques ceps de Meslier Fran-
c,ois, et cos cCpages, dont j'ai heureusement trouvé uii
groupe coinplet conservé dans un ancien enclos de Roque-
laiirc, m'a donnE, même avec Ia yadoue, un vin digne d e
son ancienne renominée. Les coteaux d1Argenteuil, admi-
rableinent situhs et d'un sol vignuble de première qualitó,
s'ils Ctaienl replantós en fins cêpsges, tels que !es pineaux,
lcs inorillons, les mcsliers, les frornentés, etc., donneraient
coinme autrefois des preiiliers vins de France, mêine avec
les engrais.
Toulefois, je dois dire c1 je l'ai conslató, que lcs Cmaiia-
tions dirccks dcs fuiniers frais et odorants s'atlaclient nux
grains du raisin et les rendent dbteslables. J'ni eii une treillc
C U L T U R E D E L.4 VICIYE. 53

de chasaelas doilt un bras passait devant uiie fcnCtre d'étable


loujours ouverte. Aux alentours de cette fenêtre, et surtout
vis-i-vis, le raisin n'était pas mangeablc; partout ailleurs il
étai t délicieux.
Mais ceci est une action directe du fumier frais. Jamais
le fuinier, par i'absorption des racines et le travail de la
végbtalion, n'apporte au fruit autre cliose que ses élémenls
de perfection.
L'cntretien des vignes en boi1 état de végétation et de
frucqification, par le fumier de ferme, cst sanctionné non-
seulcinent par la longue et solide expérience de Tliomcry,
mais encore par les faits observés dans le plus fin vignoble
de 1a Ciiampagne, à Sillery. Peildant les sept ans que j'y ai
observe et cultivé la vigne, j'ai pu constate? que les deua
plus forts propriétaires qui fumaient le plus et le mieux
leurs vignes ont constamment vendu leurs vins aux nego-
ciants en vins inousseux (les plus fins déguslateurs du
monde), de 1 0 i 20 pour 1 0 0 plus cher que tous les autres
propriétaires, qui fumaient beaucoup moins.
n~odcde iiiumurc. - Pour Cpargner la maiil-d'auvre,
surtout dans lcs grands vignobles, i1 convient de fumer tous
les Irois ans, et de meltre alors eil une seule fois la cluail-
tité de fumier nécessaire aux trois années, soit lrois demi-
liilogrammes par cep dans 1es excelieiits terrains, tr0is
Iiilog. dans les sols médiocres, et six lrilog. dans les sols
ii~auvais, ce qui nécessite 45,000 lcilog., 30,000, et
60,000 lcilog. de fumier par licclare pour trois aniièes.
D'oii i'on vgit qu'il faut, pour entretenir la fécondith et la
vigueur de la vigne, moins de fumier que pour la culture
dcs céréalee, dans les meilleyrs comme dans les plus mau-
vais terrains; cettc proportion augmente eiicore en faveur
de la vigne si les terrages viennent diniinucr la nécessité dri
.
Cai-iiier
51 CULTURE D E LA VIGNE.
Le fiiinier doit êlrc mis en place depuis novemhre jus-
qu'en mars; i1 doit étre enterré profondémcnt et reeouvert
de quinze centirnètres de terre au moins.
C'est surtout dans l'opération des fumages que Ifutilit4
dcs cultures cn ligne se fait remarquer, lant pour Ia rbgu-
larit4 de la répartition que pour celle de l'ení'ouissement.
Dc longs et profonds silliins sont facilement ouserts entre
lcs Iigilcs; l e fumier y est régiilièrernent dbposé, et le recou-
vremcnt en est rapidement opéré.
Les engrais dkposés à Ia surface ou près de Ia s~irfacede
la terre sont une clouble cause d'inconvénien t s et de mala-
dies pour la vigne : 1" les mauvais herhes s'y cléveloppenl
en quantité et avec rapidité ; elles cntrelienilcnt ainsi une
fraicheur et une liuinidité contraires à la végétation des
p m p r e s , qu'ellcs priyent en outre d'air ct de soleil; clles
funt coi~lerles fleurs el s'opposent à la croissance et 9 Ia
maturité du grain formé, sans compter qu'elles dbvoreat i
leur profit une 1,onne parlie de l'engrais ; 2" le clievelu dc
la vigne est attiré vers la surface engraisséc, i1 s'y deve-
loppe avec Cricrgie, et, au premier sarclago, i1 y est mutilé
ou tont au nloins exposé i la séclieresse et aux ardeurs d ~ i
soleil, q u i le flétrissent et le tuent. C'est ainsi que des vigiies
entihres prennent tout h coup unc couleiir jaune et uilc v&
gétation racliitique.
Au inoinent où cet exposé soinmaire venait de paraitrc
dans le Joz~rnnld'Ayriculture prutique, un article critique
iritiiulé : Doit-o?t fzhrner les vignes avec le fiimier Se ferm,e?
a été inis sous n ~ c yeux;
s uet article, irisiré dans la Fez~ille
dzc. Ctiltivatezcr de Brz/.~elles,nVoctolol-ire1858, et signf. de
11. Joigneaux, est d'aulant plus intbressant pour tous cl
d'autailt plus grave pour moi, qu'il exprime nelteinent
l'opinion cominune et traditioniiclle dails laquelle j'ai 61é
è l e ~ é ,cornine tout Ie monde, I: savoir, clue les fi~nzicrs de
C U L T U R E DE I,A VIGKE. 55
fcrfne ~ ) o ~ t éens ~ ~ o t l i dans
r e les vignes nllèrent profontlé-
tnent lo qualité des vins. RI. Joigneaux ne se contente pas
de doiiner i cette opiitio~~ son autoriti? personnnelle, i1 y
joint l'autorité des Cdits : celle de Roger Schnhol, de Ia
Quiniinye, de Bosc, dc Noel Chomel, du comte Odart et des
docteurs Baumes et Morelot, tous gens compbtents et de
qualilé, que je reconnais pour mes inaitres et non pour ines
advcrsaires. Cette oj~iflionest donc digne de toul rcspect,
et je iiaai ni le pouvoir ni l'envie de la cori-ibaltrepar une
opiniolz porsonnelle opposke. Aussi, en rkpetant ici que
jnmrL- le fumiel* convenablement employé n'appurte su
fselit cle la uipze aulre ci~oseqzie ses élémellts de proclz~ctioir
et de perfection, je n'èmets pas une ol~i~tion, j'affirme iin
fuit d'expérience et d'observa tion que je livre au controle
de l'ohservation et de I'expérience.
J'ai constatd pendant plusieurs années, en 1845, 1846
ct 1547, sur le chasselas, le gainai et le pineau, que dcs
ceps d souclie basso, entretenus cn bon état de vbgélalion
par un lcilograinme de fumier de í'erme par ai], ont con-
staminent donné, non-seulement des fruits pliis lieaux et
plus savoureux, mais plus riclies en Sucre d'un dcgrè au
gleucoinblre quc les raisins de ceps scinblablcs, placés
dans les inênies conditions, inais laissés sans fuinure. Cctte
expériencc cst simple et facilc? 6 faire; aussi j'invite les viti-
culteurs 6 la ripAter, el j'espbrc qu'avant pcu d'années leur
témoignage aura dissipe toute espbce de doutc sur le bon
eifet des fuinures directes appliquées ?I la vigne.
Je pourrais borner ma r8ponse l'cxpression de ce fait,
mais la yuestioil est si grave, qu'on nc saurail Ia considérer
par irop de cdtés : en 1840, cltins l'intdrét d'une maison
de commerce do Cliainpgne, j'cxaininai la valeur relativc
du jus des raisins provenant rle dilférents propriétaires
ayant pass8 marclib h livrcr.. L'un de ces propriétaires,
56 C U L T U R E D E LA YIGh'K
~iticulteur très-soigneux et très-intelligent, liabitant prEs
Gpernay oii i1 possédait une grande étendue de vignes qu'il
fumait beaucoup, éLait soup~onné,par huite de l'opinioii
commiine, d'augmcnter ainsi ses produits aux dEpens de la
qualité; ses vignes étaient $une propretó parfaitc, bien
aérées relativenient aux autres vignes; les grappes étaienl
plus développées et leurs grains plus gros; ces deux der-
nières conditions confirmaient les soupçons : à Ia livraison,
ses jus ofí'raient une densité de 4.125, densitéla plus ólevéc
du terroir et de l'année. Un autre propriètaire trks-scrupu-
leux et très-timoré à l'endroit du fumier n'appoctail à ses
vignes que de Ia terre de Ia montagnc pour tout ainendc-
ment, mais cette terre élait grasse, et i1 en apportait en
abondance, de telle sorte que la vhgétation de sori clos
ktait luxuriante et Ia dcnsitó de ses jus ne s'blevail qu'à
4.1IG, dcnsité inféricure i Ia moyenne du pags.
En provoquant un excès de végótation dans des vignes
trop serrbes et privées d'air et d'insolation, on pcut donc
abaisscr Ia qualité des vins, ausei bicu par des lerrngcs cpc
par des composts ou des fumiers; mais, s'il ne s'agit que
d'entretenir une vCgEtation sufíisante et normale de Ia vigne,
on èlève Ia qualité des vins par les í'umicrs aussi bieii que
par les composls et les terrages.
Ce point de vue a été parfaitement saisi et parfaitement
cs~~[Link] M. Ladrey, professeur I? Ia PacultC dcs scienccs
de Dijon, dans son excellent ouvrage de cliimie appliquéc à
la viticulture et à l'mnologie, et le comte Odart, praticicn
qui se vante de s'appuyer fort peu sur Ia scicnce, adnct
pourtant Ia nócessité du fumage des vignes et souvcnt du
fuinage direct. Ainsi la scicnce et la pralique s'accordcnt h
reconnaitre l'utilité des fumures et A déclarer qu'clles ria
sont nuisililes quc dans leur ernploi cxcessif ou iiiintclli-
gent.
C U L T U R E DE Lh V I C N E . 51
En ce sens, et me fondant toujours siir l'observatioil et
1'expCrience directe, je suis compleieinent d'accord avec
11. Ladroy et M. Odart. La végétation exuberante des vigies
provoquée par les terrages, les composts, lcs fumiers, les
provignagcs, les recouchages, abaisse ,la qualité des vins en
~urcbargeantles ceps de bois et de raisins gonflés d'alliu-
mine et d'eau. i'tlais, en recomrnandant desoutenir la vjgne
dans sa vdgétation normale ct complòte par les fumiers de
ferme (que je cléclare plus inoffensifs pour les raisins que
pour les melons et 10s fraises qu'on recolte sur des paillis
de fmnier avec tont leur sucre et tout leur parfum), je n'en-
teiids pas conseiller de transformer Ie vignoblc en un
cloaque ou cn un cliarnier : Est moclus in rebus (i1 y a
rCgle en loutes clioses) .

5 4 - VÉ~IZ'ABLECAUSE DE L'ADAISSE~IENTDE LA VALEUR DE9 VmS


DE CERTAINS cnus.

S'il est vrai inaintenant que l'emploi judicieux des fu-


iniers est iiicapable d'altéror la saveur et le gout des raisins,
slil ost v r ~ qu'il
i no saurait hire descendre d'un degré la
valeur de Icur jus mesurée au ~;leucomètre, i quoi donc
peut tcnir la transl'ormation et I'abaissement de Ia qualité
des vins de cerlains crus? 11s tiennent, comme je l'ai ob-
servé et coinme je l'ai dit, aux ceps trop rapprociies, aux
pro vignagcs trop considdrables, relativement aux vieilles
souelies respectbcs, aux recouchages, et par-dessus tout au
cliungement de cépages.
Ici le doute n'est pas possiblc : alors quc le gama1
marque 4" au çleucoiliòtre, le pineau marque 10"; alors
que dans une exceilente aiinée le gamai s'élCve A 9", Ie pi-
neau inarque i@,tandis que Ic cliasselas reste â 3" et â 6';
voilti des fails pondéralrlcs, ce nc sont pas des opinions.
53 CULTURE D E L A VIGSE.
Pnmez ou IIE fumez pas un prunier de couaches, jamais
vous ne retirerez de la couaclie du jus de reine-Çlaude.
Jamais, par les fumiers, vous ne cliangerez Ia prune de
mirabelle en poitroru ou pruile à coclion. Le ckpacre c'est le
? '
lrunier, c'est la base d'un vignoble, c'est [Link] ou son
abjection : le terroir élève ou abaisse incoiitestablement Ia
qualité du vin, le terroir lui donne un gout et un cacliet
spécial, mais i1 ne transforme pas tels ou t c b cépages e t
n'intcrvertit jamais l'ordre de leur villeur respective. Aucun
terroir ne fera que le chasselas donne un meilleur vin que
le piiieau : le chasselas, le ganiai, le pineau, pourron@don-
[ler des vins meilleurs ou plus mauvais, selon les lerroirs,
sclon'les annkes, selon les cullures, selon l'esposition; mais
ils gardcront leur valeur relative, c'est-5-dire que le vin de
pineau et d'autrrs rins plants sera le bon vin, celui de gamai
et consorls le médiocre, celui de [Link] et aiialogues le
mauvais.
Je terinine en me difendant du soupçon d'intérêt per-
sonnel et de partialité que 1\[Link] dirige trCs-plaisam-
mcnt contre moi i propos de Ia réhabilitation des vignobles
d'argenteuil, que j'ai ddclarke possible, méme avec les en-
grais. Les coteaux de Suresnes et d'Argenteui1 sont des
miem exposks de Frallcc, leur sol et Ieur sous-sol sont émi-
iiemnient propres i la vigiie : si les fuiniers de Paris étaient
la cause essentielle de l'abaissement de leurs vins, en mains
de deux années les intelligents vignerons de ces localités
leur auraient restitué leur finessc primitive en suspeildanl
les fumiires, car l'action de Ia gudoue est très-peii durable :
niais ils savent que leur tentative e11 ce sens 11'3urait aucun
résullst. Rs voient des vignes privées de tout engrais pen-
dant plusieurs années, soil par économie, soit par 11Cg1i-
gence, e1 le vin de gamai qu'on en tire est loin d'être le
meilleur vin d'Argcnteuil. Pendant neiif aiis j'ai coilstaté
C U I , T U n E D E LA YICh'IS. 50
ces faits sur place; pendant .ileuT aiis j'ai récolti! des &asse-
las, des ganiais et du vieux cCpage de Roquelaure (Ie Mes-
lier-l?rançois) A Argenteuil, dans un vieil et vaste e~zclosque
j'avais loué. Cet enclos, l'un des restes du château d u cé-
lèbre duc, avait conservó ses vieilles treilles, ses vieille:
soilclies de cliasselas et ses vieilles vignes, sauf un hectare,
iíu'iin marchand de soierie de Paris, le propriétaire, avail
laissh plaizter en pur gamai par son vigneron. Ce propri&
taire, peu soigneux, n'avait ja~nais fait eiitrer un lsilo-
gramme d'eiigrais dans ses vignes : en 1842 et en i846 je
récoltai doiic de inagniGques gamais dont je Bs du vin pur
que jc vendis, après avoir constatb que je ne pourrais ja-
innis m'liabituer ti le boire. Le vin de Meslier~~François, fait
a part, était excellent et d'une rare finesse. Depuis 1849,
j'ai quitté Argenteuil pour aller créer de toutes pièces iin
vigrioble de 34 hectares j. Sillery, dails la belle Champagrie
aux vins mousseux les plus délicats : après sept ans, j'ai
quittéSillerj, le viçnoble ktant en plciiie production; j'ajou-
terai enfin, pour M. Joigneaux, que mon berceau est aussi
u n vignolile d'un coin de la Bourgogne, oii j'ai passé mes
~ l u lieureuses
s années au milieu des vignes : de tous ces
pays il nc m'est restè que d'excellents souvenirs et des
&des spbciales sur ia viticiilture; j'y ai joint i'étude de
tous les grands vignobles de France, que je suis allé visiter
avec le plus graild soiiz.
Je n'ai aiicun vin ti vendre. J'acliCte de bons vins, cluand
j'cn trouve, ce qui est rare aujourd'hui; je prcfère les vins
rougcs de Bourgogne k tous les autres, quand ils n e con-
iiennent ni jus de gainais, ni glucoscs, ni sucre de bette-
riives; les vins blancs de Saulerne, de Cliablis et ceux de la
Cbainpagne, quand ils sont sincdres, sont aussi I'objet da
izzes prédilections. Enfin , j'accepte comme bouquet et
cornine grande valeur bygiénique les bons crus du Médoc,
60 C U L T U R E DE L A YIGNE.
C'est avec la plus complète impartialité et le désintéres-
scmcnt le plus absolu que j'entreprends une croisade 'ou
profit de la viticulture française; je suis profondbment con
vaincu que l'usage des vins de France et surtout des vins
de premiers et seconds crus, a contribué, de génération en
génération, A fonder notre caractere national, riche eIi
esprit et en gCnèrosit6. Je suis convaincu que lcs souveraiils
de France qui ont fai t de Ia vigne uri objet sárieux dè lcur
sollicitude ont, après Noé et 1es intelligents cliefs des ab-
bayes, plus contribué à la Civilisation fraternelle et au pro-
gròs intellectuel par leurs édits et leurs encouragerrients cii
fiiveur dcs bons vins que par tous autres hauts fiiits 01
tjraildes ordonnances.
Importnnco d'un hon choix de e8pager. - La vigne a
ses espèces et ses varibtés, comme la plupmt des plantes
utiles ou agrèables que l'liomme s'est appliqué i multiplier
e1 it perfectionner par la culture. Ces espèces et variktès ont
des qualités et des caracthres essentiels et distinctifs qu'elles
conscrvent dans tous les terrains, sous tous les climats et Q
toutes les expositions. L'exposition, le terrain et surtout le
climat les enricliissent ou les appauvrissent, soit dans leur
vègEtation, soit dans leurs produits; mais ces conditions
extbrieures neles transforment pas les unes dansles autres,
et surtout n'intervertissent pas leur ordre de superposition.
Le chou quintal nc deviendra nulle part le chou de llilan,
ct nulle part i1 ne lui sera supbrieur. Nulle part on ne verra
la betterave à vaclie devenir betterave i sucre, le melon
brodé se transformer en cantaloup et la poire de livre eD
hcurré.
I1 en est cxactement de mêine pour les variétés de raisin;
, m a i s le muscat ne devieiiilra carbenet, jamais le carbenet
4
68 C U L T U R E úe LA ti ti^^.
ne deviendra piileau, jamais le pineau ne devicndra gamni,
jamais le ganiai ne devieiidra chasselas; c'est l&une vérilé
alisolue que la psssion du t e r ~ o i rest parvenue i obscurcir
au point de troubler les idées des plus savants cenologues
et des ineilleurs ampélographes; trompés par la clift'brencc
dcs vbgétalions plus ou moins vigourcuses, par les noms
différents iinposés aux mèmes espèces dans Ics difiércntes
provinces, confirmés dans leurs erreurs par les iliiances
llans le bouquet et Ia saveur des vins, le cbpa,"C , sans Etre
tout ?faiti rnéconnu par eux, n'a figure dans leur estime
que comme fait observable et spécial aux grands, aiix moyens
eE aux inauvais crus. L'idée du cns a absorhé l'idée du
cdpage, tandis qu'en réalité le cépage domine lc cru. Plantez
Cliâteau-Lafíitte en gamai ou en gouais, et vo~isa u r a
un vin détestable; substituez ccs inêmes cépages aux
vieilles souchcs de Clos-vougcot, et vous aurez dii vin à
einquonte francs Ia pi$ce. Portes le earbenet sauvignon du
haut Mbdoc, le frai~c-pineaude la Il'ourgogile, d Madère, au
Gap, en Espagne, en AlgCrie, ou bieii i Auxerre, partout
ils vous do9neront d'excellents vins qui rappelleront par.
faiteinent les meilleurs bordeaux et les plus fins bourgognes;
ils vaudront plus ou moins, sans doute, parce quele terroir,
l'exposition, le climat, l'aniiée, la culture et le niode ile
i:onfectiori du vin ont une pari réelle et incontestable d a i ~ s
Ia Iégèreté, la ricliesse, le gout et le bouquet du liquido;
mnis le Cap, la Navarrc, MadCre et Auxerre vous rappelle-
ront les bons vins de Bourgogne et les bons vins de Bor-
deaux; c'est [Link] expérience faile et faite en grand. Leu
souvernins pcnvent faire boire i leur table de bons bour-
gognes et tle bons bordeaux de MadCre et du Cap, provenaiil
tltls cdpagcs dc rios deus giailds vignobles, e1 le riuc dc la
Vicioire (Espartcro) pciit vous servir du médoc de aes vigncs
tlc la Nnvarre : vous le déclarerez (lu riclic ct vrai liorilenux?
C1J I J ' 1~1 IC 11I$ 14 h V L G N E, 675
sniif un orrihro-goU1 &CX'C qui se i3c!lruuvo tlniis la pliipan
ilcs vills d'[Link];ljino, icauso tlo lour iiiritivaisc ~ i ~ ~ $ ~ r a t i o n
c1 dcs moyc!ris vicioux ciiiployhs à 10s coiiscrver.
L'hiiscriwis i i ? ~jjiiiilnis lirissb liour u11 grnnd cru. Eh bicn,
lc vili tlcs Liril; ci11)ngas y vi1111 11) vi11 do hons crus : niissi
(!i1 1858, 10 viri i10 goliiiii y 4lpil vciidu do 50 h 00 li'. le
pii!c~ il'cliivirn~~danx liocliililrcs c1 domi, a1 lc vili ilc
11i1rcii1u300 i\ 400 !i.. ln lribiirc! pii:cc. Vtriiioii~oiit on :\llb-
qiior:i ilui! c ~ ! q ~ ' i n r i wsnnl x ri:çoll6s siir rlcs cotcnux privi-
1Cgi6s. Ccl; izidizius colcniix, lilriuli!s cii gi~iriai,porilront, bicii-
ti11 toulo lcur r&pllt~lio~i, ct ICUI' vin sc ~exldraa~:ulcrncilt
4 0 ou 1!i biixics tio 11111s(]tio cclui dos aulrcs lieux ilu cru. Le
c:íkpq.y! oal,tlonc 10Ltisc principiilc 01ossciiticllc dcu vigciohlcs,
11 ttliil ilirti : do pinmnu da J~ourgogna,vil1 do cn!'bcllct
de liordr!rius, vin i10 liiis lilnxils do Cliainpagno, o1 riaii lias
via do Cliainlitignc, vi11 dc Jlcirdotiux, viii de Dourgogiia :
cnr, souri (:as trais tli!nomiiic\lioris cl daris los mCilics crus,
si)poduii;orii, Icr; vics lcs pXirs cxquis i cOlb dcs viiis las 11111s
rik:,lnr;b\blc\s,viiis qiri oiik clroil nir incnio voiu cl à la uicint!
nli\l'(itií?; liliiis l'ol~rc~ir il'c~tyllifi l)o~siJ)lo,slils S O I I ~ C I C C ~ O P ~ E I
; V J I I ~I(!~ ~ ~ O I I(10 I (i118t:i!p\g(ls 011 g r ~ (!í!l)í\g(!s.
s
Jl,cls C S ; L " L I ~ ~CFUS
~U OLIL~i~i:riI,i: c:!, C O I I H C ~ ' V ~XUIIL'
) 1 ~ ~rciliiila-
11~
t , i ~ l r DUI*CO
, qu'il~0111 ii16 ( 1 0 1 í ~yar ~ 1 Xioniriicis
~ s iiilclligaiiks
tln c~i~l~iig~~l'c!~~)t\~~!~~ril~Fric\rii~i!r;, c l qixo ccs cdpagcs y soiit
rosliw l'ol~j(!Li1'11n v&rittil~lcu~illo, I,ÍLri!ligioli (lu cop ri
prc'!cililii ecllln (lu cru; l r i f;irl,clrelilioriilu cru a 1\16 10 cop; ?c
~jriiicitmti i l i s ~ ~ i ~ ~ u ll'r!xl>loiiulioii
trnu do en rcnonioi%o.
Uir coiisclilliirrt lri c:iillu~*odce lilu8 lizici c%j)iiji[ls,l~nrloul
oi'l lu [Link]! pu111 prus~~hs[!r':'I Frniico, jo xl'orilciids pns
í,roul~l(trl'htluilihl~t! dcr Ia airlliri'a cl clo In proiluclion
í~:ti~t?Ilcti : i1 ]I(! ~'biuiLl)oii~t,[I(! tIi!li*i~~~*o, i1 dngit ~ l l ~ ~ ~ ~ b l i n r c ~ ~
cn qiii clxi~lntrl rl'i~islnllarHiir 1os innilleiirns ùasua possiblcs
c(: qizi csl h plaiiil~r;j'1)111rilidsnioiirs aiicoro rno fairc Ia doi1
GI ,ULTURE D E LA V I G N E .
(2uiclrotte des gourmets, en conjurànt le viticulteur de
sacriíier ses valeurs réelles de la qzlnntité aux valeurs clii-
mériques de Ia qzrulité; c'est, au contraire, au nom de Ia
richesse privke et publique que je m'adrcsse ai1 vigiieron,
au propriétaire de yignes eE i la société entière.
Aceroiseement de Ia qualit0 ct de In qanntitb deS pro-
daits par la sabstitution des cépages Bns aux ~e~n6.C@i
grossiers. -Si le vigneron est mieux rémunéré de sa main-
d'ceuvre, si le propriétaire tire de plus gros intérêts de sa
vigne, si la France trouve un objet d'échange plus avanta-
geux dans la qunniité du vin sans Ia qualitd, que dans la
quantité avec Ia qualité, je n'insisterai pas davantage pour
cliariger le cours des idées en viticulture, c3r n1on seu1 but
est de prouver qu'on peut aujourd'liui obtenir à la fois Ia
quuittité et la qualité. Cette preuve est déjà faite pour moi;
j'en ai soumis les données à mes lecteurs; c'est sur ellc
seule que je fonde le conseil que je donne avec assurance
de substituer partout, au fur et â mesure des besoins, les
fins cépages aux cépages grossiers, et de planter toutes Ics
vignes nouvelles selon la métliode que je propose, métliodc
qui est celle de tout le monde, car elle est recueillie dans
toutes les pratiques et sanctionnée dans tous ses d8tails par
l'expérience de ce qui a été constate de temps iminbmorial
dans Ies meilleurs et les plus anciens vignobles.
Depuis une vingtnine d'annbes à peine, les arboriciilteurs
ont su faire produire â tous les arbres fruitiers autant de
beaux et bons fruits qu'ils le jugent convenable; ils ont
dtendu leur belle science à Ia production du raisin, et auciin
d'eiix ne serait emharrassé pour donner à un cep (~uelconquc
tout le rruit que comporteraierit le développemcnt eE Ia
vigueur de ce cep. Les arboriculteurs savent donc parfaiic-
ment qu'il est possible de conciIier, dans une sage mLsllrc,
Ia quantité et la qualité du raisin; si le vigneron n'est pas ;i
Icur Iiautesir & cet égard, c'est que l'cnseignernent, ies con-
cours et les encouraremenls
?
publics lui ont manque; c'est
que Ies lecons collectives et les esemples donnés de liaut ne
lui sont point venus en aide; chaque vignoble est un petit
État 3 part, qui a sa langue, ses pratiques, ses cépages parli-
culiers; i1 marche suivant sa routine, sans rien prendre c t
sans rien ofrrir à ses voisins. Dans cette allure isolée et de-
centralisée, tout ce que peut faire un fonctionnaire spécial
et disliniué, commeM. Rendu, inspecteur général de I'agri-
culture, c'est de dresser un inagnifique invenlaire des faiia
spéciaux A chaque localite. Cet inventaire passe A l'état d'ar-
chives, sans qu'aucune inipulsion vienne en faire sortir les
comiqueilces naturelles pour les reporter en enseignements
pratiques dans chaque vignoble.
Valeor eomparntive ùes ùiffCrents cepoges. -On n'est
pas, même aujourd'l~ui,fixé; que dis-je? on ne possède guère
encore que les données obscures dela routine sur la valeur
comparative des diffèrents cépages pour Ia [Link];
quelques mesures gleucomélriques, quelques analyses clli-
miques s u une~ dizaine d'espkces de cépages, voilà toute la
ricliesse de Ia science cenologique.
En 1819, M. le duc Decaze, pénétré de l'importance de la
viticulture en France et désireus de l'asseoir sur des bases
positives, afin d'assurer ses progrès par, la connaissance
directe des cépages et de leurs qualités respectives, arait
fondé l'école smpélographiclue du Luxeinbourg, sous' la
direction cle RI. IIardg. Mais cette Ccole ne pouvait conduire
à des rksultats pratiques qui n'ont leur sanction que par Ia
confeclion des vins. Son éclielle était Irop restreinte, s&
moyens se bornaient à des observalions de feuillcs, de bois
et de fruits; e119 ne constituait qu'un chapitre botanique,
plein de coilfusion et d'obscurité, qui n'atteignit point lebu t
iinportant que se proposait l'illustre ministre,
4.
c3 CULTURE D E L A V I G N E .
Depuis l'institution atripélographique de [Link] duc Decaze
jusqu'i la publication de l'Arnpéloy~u]~hiefilalzçaise, par
M. Rendu, aucune tentative ofticielle n'a Cté faite pour
èclairer Ia viticillture et lui donncr un moiiveinent pro-
gressif; si des cours ont 6th í'aits, si des ouvrages ont été
publiés, si des produils de la vigne ont èté présentés aux
comices, aux concours, aux espositions, aux congràs des
vignerons, c'est par I'initiativc individuelle et llinlérê;t privé
par conséquent avec peu d'iní'íuence et peu d'cffet sur l'iiii-
mense question de Ia viticullure.
Riíoyons d e so pvocsircr dos c 8 p a g . e ~-
. La C O ~ I I ~ ~ ~ S S ~ I ~ C ~
et le clioix juclicicux du cépege, voili la base dii progrbs
viticolc, le principc des Lons vim, Ia source de la richessc
dcs crus, Ia puissance colonisalricc de nos dbserts : aussi,
cn attcndani que par das experientes en grand, par les mc-
sures gleucoinétriqucs, alcoo~né[Link],et par Ia vinificalion,
13 valeur comparative des cépages ai(, 6th scienliiiquement
établie, je n'libsitc pns à dire :
Aux viynelqo?u:Plantez lcs vignes iiouvcllcs des plus fins
cOpages que vous connaissiez autoiir de vous; vous seuls les
distingucr, parí'aiteinenl cliacun dans vos locnlitts. Rfieux que
Ics própribtaires et les savants, vous eil savez lcs qunlités et
10s d6fauts. Prcncz lcs ineilleurs cbpages, soigncz-en 1;i cul-
ture, adoplez la taiUe qui les rend í'ertiles, donnez-leur l'en-
grais qui leiir esl nbccssaire, e1 le revenu que vous tirorei! de
volre vignc doublcra, ct votre vignc nourrira deux familles
de vignerons au lieu d'une, le salaire augmenlcra, le pays
s'cnricliira, et vaus contribucrez à la í'orlune dela France;
Aztx 111.o~~i~!lai~es
:Achctcx les aarinents des vigncs rc-
noinmGcs du voisinngc, faitcs recueillir les sarinenls dcs
Liiis ckpagcs de vos vigrics, í'aitcs-cn cles pépinihres qiii scr-
viroril aus r~rnplaceiricri~sdans lcs vigiles fniles, ou h planlrl
de jcuiics vigrics. No provigriez Das, remplaccz et eiltrclelic'i
C U L T U R E D E LA V I G N E . 67

par des fins plants de deux annQes de pépinière; terrez et


fumez autant que le terrain l'exige, maintenez la souche et
adoptez Ia branche i fruits. Népargnez pas Ia main-d'ceuvre,
et vos vins doubleront dc valcur en égalant en qua~.~ith les
vins produits par les gros chpages.
A l'atlminist~ntion: Paites-vous donner, au f11r et A me-
surc de Ia laille, les sarinents des plus fins cépages et, des
meilleurs crus deFrance. I1 est facile, avec peu de dépense,
de conslituer ainsi des rnillions de ceps de vigne en deux
ans. Ces ceps, vendiis 6 bas prix ( 5 fr. lc mille), couvriront
largeineilt la dépense faite pour les recueillir. Créez eit
Algérie, dans les Landes, en Sologne, cn Champagne, au-
tant de pépiilières et de vignohles inodèles qu'jl y aura de
déserts à pcupler, et après dix années, le capital einployb
rendra 10 pour 100, les colonies seront fixées ct les vins
de Frame seront aclietés dans le monde entier. En ajoutant
ices moyens irnrnédiats l'importation et X'Qtudedes cépages
étrangers poussée jusqu'6 la vinification, la science de la
vilicullure et de I'ornologie scra dSfinitivement ot solidcinent
Etablie.

Je signale et je recommande les cépages suivants :


Dmu Zes ré!giotzs du sud et du sud-est de la Fvu?lee r

Iilayorquin ou bourn~en, Pansos.


POUR LES VlNS DE LIQUEUR :
Palvuisio,
DIuscat blanc,
Illiiscat noir.
POUR LES BOXS Y1N6 :
Carignane Roussane,
Clarette, Roussclct,
bIarsanne, Roussette,
Petite-cliir~z, Ugni,
I'icpoule, Vionnicr,

Duns les ~égioasdu sud-ouest :

Carbenet, Muscadellc,
Carbenet gris, Sauvignoii,
CarmenE~c, Sernillon,
Cruchinet, Vcrdot.

POUR LES DOKS VIES :


fipinette et blancs-fumirs, Pineaur gris ou bciirots,
Promcntés roscs, blancs et Pineaux de la Loira ou de
gris, Vouvray,
Gentils roses, blancs ct gris, Pineaux noirs ou nuiricns,
llesliers, Plants dorés, verts et gris,
Pineuux blancs ou chn~dc- Rieslings,
naYs, Savagnors.

Quclques-uns des iioins que je viens flc citcr sont dei


noms de pays, profondénient iiiconilus Iioss du dAparieiileli(
où on lcs appliquc à uri cep détermirib, et reprbseiitant un
ckpage d6signé dans le dílpartemenl voisiii sous un toul
autre nom. C'est li une des consbquenccs les plus fAclieuse~
du d6faut d'cncouragcment et d'enseignemenl pour Ia vili-
CIILTUR& 111: I,A Vl(;NE. 69
cull~iru. 11 n'cxislc lias, 011 ~ruilcc,quarailte cbpagcs qui
iiii!ritailt d'hlrc cullivCs cn grand poiir lcs bons viris p i j ] s
~~i'odciiscnt,c1 ccs qiinrniltc cllpages soiil conroiidus sous
qiiatrc coiits iioins qu'oii lroiivcrri. dniis lcs divcrses ninpb
logs?pliics : lcs qiinlil6s divci*sos e t relalives de ces cbpoges
cn r~clxc!ssci10 1~1001,do laiiiii, cl'ncidcs, clc sels, de lnatibro
culor;iiilc, ci'iiiiiic ~:ssoriticiir,(!L de boiiqucl, n'olit jnlnais 6th
colislnldcs, et h lrliis fortc iniso~ilcurs qiinlilbs e1 leurs d b
ftiills ri!spcicLiC~tlaiis In vinificnlion.
Noirs somriics ciicuro. cri ploine nlchimic rclaliveinenl aiix
vigncs c?thlciirs prodiiils; inais colta alcliimic csl ~cllcincnt
xlclio cil liiils Iacnux c1 c11 o1~sorvnlioiisdc crus, qu'clle cst
loril.o preto t\ se formulcr iiiic boiinc nomcxlclnturc e1 A
í'undcr* scs progràs sur uiio cliimio poirilivc.
Eii alloiidnnl, ja rrlspòtu qiio les vigncrons ct 10s propriC-
lniros snvcnb iort bian ditiliiiguor lcs lins cCpagos clos cEpngcs
~;~+assicrs do lcur voisinngc; qulils prcnncnt donc pour
plnrilor 0x1 pour ca~nplElcrlclirs vigncslcs plus fins cbpngcs,
ip'ils ltrs cullivciit cummc j e cullivo xiioi-iiz8inc c1 cornine
J o c m ~ e i l l ctla oiillivcr , ils 01)Licnilroiit niizsi Isioiitbl clcs
i.i!!collos niissi nl~ondnxilcs,plns riclics uii ~lcoolo!, d'uiie
biil,ii pliis [Link] vrilcur v&xiulcc1 hy gillnicluc qu'avec lcurs
vigms h pltiiii,s grossici's,
Nhniirrurn ~ o r r r ~ i r ~ i lilu n wnlcrxr rullatlvo d c i I ~ R B
l r eX M
(06p11goi~
ot rlaw c~lirigcsi~
groawtura. - r,iils irtiifiilol~lB fnirc
Q~i(:l(lll~s
coliip~nldrc01%qiio j o vions 1'0 dirc. Un Izcclolilrn da jus da
clinesc?liiscoiilit!xll da 2 h B poiir 100 cl'nlcool, uii licctolilra
da jus d a gaintii ai1 coril,iciil ilc 5 h 7, ui-i Iicclnliira da jus da
piiioaux ar1 cuulicill da i 0 rl 14 lioirr 100. Uii Iicctolilre do
vin da piwioniix vnut doir(:, ~ i o u l'nlcuol
r soulocnont, 2 Iieclo-
bkros da gail~fiiuh 4 llciclolilros cio chnssolas,
Mt~islu viri do cl~cie~ohis n'ost guòro hii qua dnils ln inaisori
ciu vigriorori ou cl~ozr~ciclvoisiiis clu villego; lo vi11 da gamai
70 CULTURE I)E L A V I G N E .
pénètre dans les catiarets de la ville la plus voisine; tandis
qii'on cnvoie l e vin de pineau dans toutc Ia Prance et dans
!n monde enEer.
L'ahondacce du vin àa cliasselas, pendant trois annitds,
est dmc la ruiiie : car m e futaille d'une contenance d e
3 hcctohi~sscoiitc souvent autant que 9 hectolitres d e
ce vin.
L'abondance des gamais, pendant Ia même période, c'est
la g6ne du vigneron i cause du prix élevé des tonneaux e t
de l'aviiissement du prix du vin, dont Ia consommation e s t
limitée.
L'abondance des pineaux, pendant une pbriode quel-
ronque, est toujours une bonne fortune, car Ia coiiçomma-
tion dc ce vin esf, universelle, et sori prix demeure constam-
ment et relativement très-eleve.
L'absence pendant trois années de rècoltes des vins
grossiers entraine la m i s à e du vigneron et du propribtaire,
parce que lea coIisommateurs de cc genre de vin le rem-
placent facilement par la hière, le cidre, ou par des boissons
artificielles, et refusent de lepayer au deli d'un certain taux;
d'ailleurs la conservation de ces vins est difficile et coiiteuse
5 cause de leur bas prix relativement au cofit élevé des fu-
tailles et de leur manutention :tandis que l'ahsence de ré-
calfe des vins fins et généreux porte B des prix indéfinis la
valeur de la quantitb ile ces vins restes cn cave, 1"p a r c c
que leur consommation ri'est jamais suppléée par Ies bois-
sons artificielles; 2"parce qu'on peut les conserver pendant
plusieurs années; et 5' parce que l'élévation croissantc d e
leur prix compense et au delà la valeur de leur f6t et de l e u r
nianutention. I1 est donc incontestable que celui qui plante
la vigne aujourd'liui méconnaitra ses intérèts les plus évi-
dents en Ia plnntant en cépages grossiers.
CULTUI1E DE L A YIGNE. 7i
Vnrintfiuns du rovcriu d'iiii v!gmablla solam la riatiaro illia
cEl,ngo clillun y eiiltlivo. - A q~tlillilkbgalc dc jus, pay lo
seu1 foi1 ilc l n valeur iiili7iiis8quce a alcool, valcur rclalivc
toii,ionrs lri riihmc!, lc rcvcim dii plnntcur cst rcprhseii16
par Cí avcc 10s aliirliigucs i l ~ iclinssclas (pour viii) ; avec
Ics niialogiics clii gcimni, lc rovcliu csl rcpr6scnt6 par 6 ;
nvcc lcs aiicilogiios dos piilcniix, son ro\.criii csl rcprciseatk
[I"" 12.
Mnis ri- lo valcur du ~çcnlbo1 Su bouquat, par lcs effots
Iiygii?~iiipcscl sliiniili~nluilcs forces pliysiqucs et iiitcllec-
liic!llos, lu ilii'fhraiice dcs viirs fiiis nrix vim grossirrs est bicn
1~111ssrrisibln; nussi uujoiird'iiiii vcnd-oii lcs vins iins plua
do 200 fr, l'lxcctolilrc, tilors qti'oiz vcnd 10s ~ i i i sdo gainai
25 Sr, c!l 10s vins iiií'drictirs 12 li1, lllir?clolilre: c'cst-a-clirc
quo 11) l)rix cXcs vins do gninni cst liuil fois ci, lo prir cles
viiis iiifbriorirs saixc fois rnoins blcvi: quo le prix ilcs vins
fiiis.
TI il'clsi, doutc~ixtoutofois q110, clnns l'avcxzir, Ics vigncs
;Ili1i.r (:i'!i~qwbluri1 d(? pliis c11 lrliia ciilliv6os, leur ciilliiro
i!liiiil (li! pliis eli plus ~~!rfoclioi~xiiic ai, iZoiinlin1 niilanl, do
Itirits cliit! lt!s vigiios h grus ci$)iigc!s, 10 lirix cZc XCUI*S proù~iils
tlovrti Ii:iissc?r (li! Siiiiiiii \I nc vriluir l)c!ril-bi,rc qiic 950, 400,
c1 liibiiio FíO Sr, l'liiiclolitro; rnnis i:'csl cncoro lh un résiillrit
i~iligi~ilicluo polir ln vigtieroi~,lo ~iroprihlnircct lo consoin-
xiirrlviir. Qilrirktl, ]):ir I'cTf(:l ;LCK ri:colbo8 al,oilllunlcs d o plii-
i3iollrs ;11111&(!8, 011 vcnd ~ C R11olks vina $0 h, l'liccbolilro, on
vond Icis viiiti tli! gii~xiiii20 li*.,Ice viria ilifhriours, 40 Ti.., ct,
c'osl Ir\ Ia riiixlc dos vignolilcs gi'ossiars; trindis qiio 10 prjx
(10$0 Sr, l'hoctoliir~ CI B ~ I F ~ B1ot1jours
. IIXW riclicssc poiir
Ia l~~o~xidí,n~r*c! o!, p t l r Ir! vig~wron: c'i:s~niissi iinc granda
i~iclicssc!p a u d o cunsoxxruraloiir s'il ns pnya gua 50 o, 10 lilre
d'uii cxcollo~ltvir), 1,c~hils 110 Inisscnl iiiicun douto h cet
dgiird,
79 CULTURE DE L A V I G N E .
Ropport de Ia voleur & Ia qiinntitt5 ùes prorlults ~ C S

gros o t ùes nus ccpages. -La p r ~ d ~ ~mogenne


ti~n des
vi-nes i fins cépages des arrondissements de Rcims
d'Epernag est d'environ 15 pièces (30 liectolitres ) par liec-
tare; la production moyenne des vignes à gros cbpagcs
ces arrondissements et des arrondissements lirnitroplies
s'élève A 30 pièces ( 6 0 liect'olilres) : si I'hectolitre de ccs
vins grossiers vaut 25 fr., I'liectolitre de viri's fins vaut ton-
jours plus de 5 0 fr. Les produits bruts de cliaque liectarc
sont donc de 1,500 fr. Comme les dépenses de loule na-
fiise ne 's'élèvent pas au-deçsus de 750 fr., le produit
net de cliaque liectare est donc de 750 fr., et représento
1O P O U 1~ 0 0 d'un capital de7,5OOfr., c'estle coiit maximurn
d'un hectare planté et attendu scpt ans, en terrain, en frais CL
eri intérêts; mais si, par suite de i'abondance d'une rhcoltc
de 60 hcctolitrcs i l'hectare, les vignes i vins fins n c
vendent plirs leurs produit's que 25 í'r. l'hectolilre, clles
gardeiit le même bénéfice, et les vins grossiers, tonlbbs p a r
suile de lcur aliondance A 1 0 ou 1 2 fr. i'liectolitre, n a
couvre:lt plus les frais. Dans u n sens inverse, c'est-6-di1.e
dans les années d'abscnce complbtc de rácolte, 13 misère o t
Ia suine des vignes h gros cépages sont parfois tcrribleq
parcc que la consommatio~ide leurs vins est ariiluelle a {
loc~le,et que le retour de bonnes récoltes ii'apporte pas un
prix compensatcur. 11 suffit, d'ailleurs, de jeter u n cou13
d'mil sur Ia ricliesse prodigieuue des grands crus, ct sur 1:~
nlédiocrité ct la pauvreté relative des vignobles à gros c4-i
pngcs, pour qile la cause des fins cépliges soit radicalemsiif
gagnée.
nzanidro do piantci. ou do repeupior uno vignio. - J'in-
siste vivei~icntpour cngager Ics proprihtaires et les vignc-
sons i iilellre i part les sarincnts de tout ce qu'ils savent
Clre fin-plant, plant h lion vin, ct ien hir'e dcs fagols ordi-
C Ç L T U B E D E L I YIGSE. 73

t-iaires, soit poiir lcs vendre de 20 Y 30 ceniirn~sfe f;,gc~a,


soit polir les garder pour l e u propre usnge. J'irivite Irii
propriftaires qtii veulent, soit repeiipler leurs ~ i g n e Celair-
s
cies, soik planter des vignes, i reclierclier et h aclieter
fagots dans lã huitainc de Ia taillo. Le mieux, cornmc jc I'ai
dCji dit, pour les grandes entreprises, c'est d'arreier ;i
i'avance et d'acqiibrir tous les fagots des vigries renornrn6c.s
pour leur bon vin dans Ies environs ou drins les grarids
vignobles oii l'on peut avoir des relations sures.
Auaitat qu'on est en possession de ces sarrnenfs, on fiiil
ouvrir une fosse de 40 à 50 eentim6trcs de praforideur; on
&ale au fond de cctte fosse Ies botteç dhliées en coiiciics
de 10 i 15 centimètres d1&paisseur,et I'on remplit Ia fossr
de toute Ia terre qu'on en a extrait, puis on foule un pr:ii
cetle terre; si l'on doi1 recevoir de grandes quaniids de h-
go~s,o n prolange la fosse et on Ia recouure de ni6mc.
Les sarments, ainsi stratifibs, c'est-i-tiire dispoçk par
couclies et couverls, peucent reslcr à ln dispositioii du [ilaii-
tcur depuis nouembrc ju~qu'li juin, non-seulemerit snns
i~crdreleur faculte di: vGgGter lorsclu'ciii les ~ilantera,mais,
au contraire, eii se prCdisposant Bvorableriient i la uiigbln-
iiori. J'ai fait ainsi toutes mes ptipinikres, du i5 avri1
au 50 mai, auec des sarments enfouis depuis dticen~llrc,
février et mars, et, coninie esp6rience, j'ai kit avec les
mêrrie sarments une pkpinière de 5,000 plants le inJuillct;
cette pCl)iriikre a parfaiteinent [Link]. Quant aux autres p4-
ginières, elles comporiaient de 2,000,000 i 9,000,000 de
boutures; elles ont toujoilrs produit dcs planls cl'une rare
beautb.
Le viticulteur en possession de scs sarments stratiGs a
donc, jusqu'ari 5 0 mai, tout le loisir nicessaire pour pr&
pwcr soii terrain, soit de ~ i g n e soit
, de pépinière, et, pour
C C ~ ,i1 n'a fiiit qii'une ddpense si niinime, qii'il peiit iic
5
74 CULTURE D E L A V I C N E .
s'en poin t preoccuper s'il a cliangé d'intention O i t s'il n'esl
pau prêt. Mais, s'il ne prend i a s ses précautioi~savant la
taille, i1 ne pourra plus, la même annèe, ni planter de
vigne ni faire de pépinière; i1 ne pourra plaiiter yu'en ache-
tant du plant s'il en trouve, et ceplant, acheté fort cher, sera
Zune quali té douteuse.
Au contraire, en suiva~it,mon conseil, le viticulteur aura
des plants sur place, bien choisis, bicn arraches, Bien frais,
íi très-bas prix, et i1 pourra vendre le surplus, avec grand
Lbnhfice,
CHAPITRE v1

DEJ FAÇONS h D O N N E B A L A VlGNX.

1. - SARCLAGES. - BINAGIS.

En dehors de la taille et de la direclion des painpres dont


nous avons padé, du soulèneinent, clu palissage et des pré-
servations clont nous parlcroris, on pourrait rèduire l'expres-
sion Jes façons, c'est-i-dire des cullures et des soins ti cloniier
i la vigne i cette formule : ne souffrir aucune vEg6tatioil
étrangbre autour de la vigne, aucune vógélatioil inutile sur
Ia vigne.
La propreté absoiue et ~ermanentedu sol, tlcpuis les
preiniers mouvements dc la skve jusrlu'après la rècoltc,'esl
la preinière condition de la'sailté, de la fécondation, de 13
fertilith et de la maturation ilu raisin.
Sarcler une vigne, c'est nelloyer le sol dans lequcl elle
végète, c'est enleves i l'aide de la main, ou rl'un petit onlil
appelé sarcloir, les inauvaises herbes qui pourraieni niiiro i
la végétation de la vigrie.
Bi~tea-une viçne, c'est donner une raçon lègère i Ia sur-
face du sol, c'est-ti-dire, c'cst remuer lègèrement le sol i
I'aide d'une binette pour rafraichir le pied des plantes et
76 C U L T U R E DE L A V I G N E .
faire pénétrer dans le sol l'air et la clialeur qui activeiit 13
végétation.
Les sarclages et binages, orbinairement au nombre d e
trois, doivent être portés à six s'il le faut, pour dhbarrasser
le sol de toute plante Qtrangère; si les grandes herbes pri-
vent Ia vigne de respiration et de clialeur, les plus pelites
Iierbes mairitiennerilt sur le sol une humidité nuisible e t
empêclient l'aérage et l'insolation de la terre. Une vigne
planlée sur u n gazon, fat-i1 tondu tous les jours, ne serail
jamais fertile.
La vigne se plait dans les sols arides A leur surface, d a n s
les sols qui reçoivent clirectement l'air et le soleil, ces s o l s
fusseiit-ils de cailloux ou de roc; l'humidité et Ia fraichcur
ne sont favorables i la vigne que dans les profondeurs d u
s ~ l où
, ses longues racines savent les trouver : aussi ler*
cultures profondes ne sont-elles point nécessaires Ala vigiie,
surtout dans les terrains légers. Depuis longteinps, l'expó-
rience a prononcé à cet égard.
Nécessitc! d'unc eulturo ssipcrílcielle. - Les vignerons
d'Argenteui1 se gardent bien, pendant le cours de la vhgé-
tation, de remuer profondhment la terre de leurs vignes,
ils se contentent de racler très-superíiciellement le sol, p o u r
entretenir sa propreté. La pratique contraire, essayée sou-
vent, a été définitivement rejetée par eux I cause de ses
inauvais résultats. En effet, sauf l'enfouisseinent des fumiers
et les opkrations de provignage et de recouchage, qui né-
cessitent des mouvements importants de terrain, toules l e s
autres cullures de Ia vigne n'ont pour but que I'cntretien
de ia propreté et l'azotage de quatre à cinq centimètres d e
terre : Ia culture, en dehors de ces cleux liuts, n'a aucune
importante pour la vigne, qui s'accommode mieiix dlur.e.
terre ferme et foulbe que d'une terre 1Cgère et souverit re-
muée. Dans les vignobles en ligne, un scntier hat tu esl urre
C U L T U R E D E L A VIGNE. 71

condition constatCe de vigueur et de santé pour les deus


rangs de ceps qui bordent ce senticr.

5 2. - N ~ C E S S I TDE~GAnANTIR LE SOL ET LES CPPS DE L ' O ~ B ~ B


DBS FABIPIIBS INUTILES.

Les observations qui constatent ia nhcessité d'entretenir


la propreté du sol démontrent qu'il faut aussi garantir le
sol et les ceps de i'ombre produite par les pampres inutiles.
Ces pampres ont les mêmes inconvénicilts que des plantes
Etrangères, ils entretiennenf Ia fraiclieur, l'huinidité, et
s'opposent à l'aclioii Liieiifaisante de l'air et du soleil. La
Touraino scrait deux fois plus fertile dans ses beaux vi-
çnobles, et ses produits seraient bicn supkrieurs, si ses
vieilles et respectables soucIies n'élaient pas rccouvertes
d'une clievelure luxuriante qui retoinbe en bpais buissons,
se liant les unes aux autres pour formcr des fourrés impé-
nbtrables. Les épamprages, les rognages e1 lcs accolagcs
doivent être faits avec autant de soin que les sarclagcs, ci.
leur nombre doit Ctre proportionne A Ia vigueur de la vigne
et à Ia iiécessité de tenir constamment leso1 des vignes libre
et découvert.

$ 3. - TE$Ps A GIIOISIR POUii LES FAFONS A DOBKER A LA YIGNE.

Tenips ; ielioisir pour bPnc~ct sarcicr. - h CeS donnóes


générales j'ajouterai, comme fails d'observation, que les
diverses façons i donncr i la vigne dans le cours de sa vC-
gétation nécessitent chox le vigneron uhe oliservation attcn-
tive du temps : les binagcs, par exemplc, ne doivent jamais
Btre faits quand le sol est assez mouillé pour s'attacher aux
pieds et aux instruments. Outre que, dans cette condition,
les herbes sépar8es du sol et les graines en germinalion
78 CU1,TUBE D E LA V I t i N M .
rcprenncnt facileinent lcur vEgCtatioil, le sol, travaillc cE
prcss0, acquiert une dure10 extraorrlinaire par sa dcssicca-
lion ullérieure, i1 cesse d'êlre pcrmbable, etla façon suiv3nle
devierit tras-difíicile. 011ne doi t jamais &trer da~is1cs vigncs
et y lravailler i la suite dc pluies abondantes, i1 faut boujours
aLLenc1re que le sol soit ~essuy0,et le signe Ie incillcur de Sa
bonne disposition est la facilite dn travail et siirtont l'al)-
sencc coinplòto d'adlibrence de la terre aux instruiiicnls de
cullure et aux pieds.
11ne faut jamais piocl~er,bêcher ni biner la vigric? p;ir
lcs gclécs fortes ou í'aibles. Au Prinrcinps, par exernlile, laiil
qu'il gele blanc le inaliil, i1 faut s'abstenir de loutc cultiiile
du sol, non-seulemei~tpenclant la gelCc, mais loiigtciiips
eilcorc après sol1 efí'et direct, parce que, lorsque ln g0160
disparait, elle laisse généralcmcrit 10 sol imprhgii6 d'iine
liuinidité qui a les inêrnes incoiivénieizts quc s'il Ctail loxnbh
des pluics abondantes; i1 Saul donc atlcndre, pour pemuar
un lcrrain, que le solei1 lui ait rcndu son élal normal, ct
iiiicux encore, i1 faut nttendre que Ia pbriode des gelbas
blanclics soit passée, parce qu'il est cons1,ató q~iuilevigiie
rkccrnrnent biilce est gelée coinpléteineilt, alors que In pnrlin
de Ia inbmu vigne qui n'a pas 15th binée n'csl. nullemoril
atteinte. Jc dirai incidemment ici que l'on obscrvc IR I I I ~ I Y I C
diiTCrericc [Link] lii moitié d'une vigile bicii cntrcleilue de
fumier et Ia rnoilié de la mBme vigiie 11011 Suiri6c : lii pre-
mière no gCle pas, tandis que Ia secoride csi, eiilibrclr~ci~í,
d6truile.
L1exl)érience prouve bplcinent qu'il no convic?nt pris
d'ouvrir Ia terre A la suite des giboulées de ileigc ou de
grbsil, c1 g6nCraleineat par les brumes glacialcs. Ulz Xji~ii
te1111)s ou un teinps inopporlun ont une aclion Si~vornl~lo ou
dófavorable sur les Saçoiis qu'on doniic i ln vigiit!; ellc ali
ressenl Iongteinps les boiis ou les inau~aiscffcts : Ic cliois
iliitcn-111~le plus convenable pour les cultures a donc une
iràs-grande importante et rnet en relief le tact et Ia sagacitk
du vigneron. A l'ègard de ses far,ons, le vigneron doit être
un peu comme le bon jardinier, qui a ses jours de seiilis,
de repiquages, de sarciages, de biilages, de taille, etc. Le
choix du teinps propre ti chaque opèration est une des coii-
ditions essentielles $ Ia vigne conime au jardin.
Temps B clioisir poar pincar, rogner et accoler. -11
faut èviter de ~iiizcer,de royner, d'e'pctmj~reret d'accoler l n
vigne après les grandes pluies, à cause du mauvais htat du
sol; mais, pour pratiquer ces opérations, i1 faut clioisir,
autant que possible, un temps dour et couvert, plutôt
Iiuinide que sec. La sècheresse excessive et les grandes ar-
deurs du solei1 exercent une action fâcheuse sur les pampres,
sur les fleurs et siir les fruits doilt les abris vieiinent d'être
I~riisquenientsupprimés, et qui, le plus souvent, se prG
seiilent dans une position contraire à leur élat noriiial. Uii
ten~pscouvert, doux et Iégèremcn1. Iiuiilide, favorise le re-
" .
placemenl naturel des feuillezl, /3 c%,-'risalion des plaies, et
donne au cep le teinps dp ce ~(mektrc,..!i éiat de recevoir
convenablemcn t l'action L!a,rr.ènitswn2e d'un solcil q u i le flé
Lrirail s'il le surprenait dans PQ d&saprdrede sa toilette
CHAPITRE VI1

asaiissa,-c. - Le palissuge a pour but de fixer soit h un


éclinlas, soit 3 une liitte, soit i une ligne de fil de fer, les
sarinenls et lcs pnmpres des ceps; i1 a pour eCTct clc Ics main-
lcnir dans Ia position ~ U ' G ~veitt
I leur donner. En France,
Ia plupart des vignes wnt souteilues sur Cchalns, c'est-à-dire
sur des bâtons don!la longueur varie de O"l.50 i i"l.30.
Le palissage est une condition ?hgsiologique dc l'cxiç-
tence de la vigne cultivée : la nr,iure a pourvu l a vigne de
vrilles, nu moyen desqiielles elle s'avance et s'appuie elle-
mêmc dans l'état sauvnge : elle s'en sert pour chercher i'air
et le soleil, ct pour soutenir l e poids de ses rameaux et dc
scs fruits; ces attachcs sont un élément importnnt dc sa
santé et dc sa vigueur : i1 faut ùonc donner artificielleinciit
à la vigne les appuis nalurels clont elle est privée par la
taille. Les boiis jarcliniers savent parfaitement que lcs fsuita
d'une vigiie 11ien soutenuc et bien palissée sont plus bcaux
et ineilleurs que ceux d'un cep abandonilé h lui-même, e1
les bons vignerons fixent Ia vigne avec le plus grand soiri.
11s attaclieilt ses sarments et ses broclies à 1'6poque de b
C U L T U I l E DE LrZ VIGNE. 81

taille sèclie ct les pampres verts qui en sortcnt i mesure


qu'ils se développent.
Palissagc sur un se111d e l i n ~ sot paltssagc en ligne. -
De tous les moyens de soutènement de Ia vigne, cclui que
fournit le palissage d'un cep sur un seul éclialas cst le mode
le plus vicieux, parce que le lien ou les liens, qui serrent
tous les pampres autour de YCclialas, privent Cair et de
solei1 Ia plupart des feuilles et souvent les 'fruits : le palis-
sage cn ligne est le mcilleur, i1 est parfaitement compris
et pratiqiié daiis un grand nornbre d'exccllcnts vignobles,
parmi lesquels on distingue particulièrement le haut b1è-
doc.
Emplol fies ó c ~ ~ a l asans
s -
pnl~ssago. L'échalas sans
palissage cst, dans quelques loculit&s, employé avec une
grande intelligence : i Cliablis, par exemple, on plante
jusqu'i cinq échalas pour un seul cep. Cliaque Eclialas fixe
un menibre du cep A distance des autres membrcs du inênle
cep, de façon i former un large éventail: aussi faut-i1 que
i'ann6e soit Lien défavorable pour que le raisin n'atteigne
pas, en ce pays, une maturité parfaite
Palissage sirr ano cours de Ilattes o t ~de fil do for tenda.
-Dans la inéthodc que je propose, on plailte dix mille ceps
par hectare; i1 f a ~ einployer
~t vingt mille 6clialas; dix mille
petits échalas de Om.50 i Om.60 de long sont battus en terre
de 15 A 2 5 centirnètres de profondeur, suivant Ia dureté et
Ia solidité du sol, et sont fixés en ligile avoc les ceps i 1inètre
de distance en tout sens lcs uns des autres.
Le pelit éclialas (carasson du Ríédoc) est cinployé dans iin
double bul : i1 scrt, 1' A allacher Ia brailclie ti fiuits ii 10
ou 42 centimètres du sol; '2" portcr au sommet de Ia
brancrlie A fruits, i 30 ou 35 centimètres du sol, soil un cours
de petites laltes en bois (haut Médoc), soil un cours de fil
tle fer teild~iet tourné autour d'une poinle qui surmonte
li.
82 CULTURE D E Lh VIGBE.
cltiaque petit ieu. Ce fil de fer sert à palisser et à attacliei
P
ies pampres pincés.
Les dix mille graiids échalas, de Im.20 à Im.30 de long,
soat mobiles et doivent être fiches vis-à-vis chaque soucbe
pouP qulon puisse y faire grimper et y attacher les pampres
de Ia branclie a bois ou courson (grav. 4,5, 6 ) .
La gravure 4 represente les petits échalas plantés avec
Ieur iil de fer tendu en tete; la vigne taillée avec sa branche
à fruits et sa branche ibois ou courson.
La gravure 5 represente lepalissage d'une vigne en pleine
végétation; cette vigne a ét6 épainprée, pincée et palisske
ai1 mais d'aoiit et de septeinbre; ses grands échalas sou-
tiennent le futur bois de cliaque souche. AA Sont les bran-
ches h fruits palissées le long du fil de fer et des petits pieus.
BB sont les branches à bois accrilées aux grands écilalas.
La gravure 6 représente un cep isolé au même point de
dkveloppement que les ceps representes gravure 5 , c'est-
M i r e avec ses sarments fixhs au fil de fer par un lien en jonc
ou cn paille.
Ce genre d'éclialassage et de palissage est plus écono-
mique que celui qu'on emploie en Bourgogne et en Chain-
pagne : i1 ne nécessite que trois ceilts bottes d'échalas par
hectare au lieu de six cents bottes, et IO,500 mètres de fil
de fer, no 14, pesant, avec les pointes qui sont nbcessaires
pour fixer le fil de fer, 600 Bilos à 60 centimes le kilo, ce
qui élève le prix de eette fourniture 8 360 li. Or, eii comp-
tant Ia botte d'éclialas de chêne à I fr. 50 seulement, Ia
difí'érence de dépeose entre les deux rnétliodes est encore
de I 8 0 fr. au profit du palissage que je propose, palissage
bien plus efficace et bien supérieur dans ses résultats en
crrlture ordinnire, et, en outre, le seu1 palissage qui rende
possible I'empIoi regulier des moyens de préservatioi~de Ia
vigne en cwltzwe extruordinai~e.
CULTURE D E Lb V I G N E . $3

J'appelle culture orilinui~ede 1à vigne ou de toute autre

plante Ia cullure que pratiquc le vigneron qui siiit Ia cou-


sans frais d'intelli.
l u i ~ i clocillesans préoccupalioli spéciale,
C U L T U i l E D E L A VIGNE. 85

IAa culture eziraorditzuire est cclle que l'lion~meinlelli-


gent s'efforce d'élever par'la science et par la liralique à Ia

hauteur de Ia production industrielle, c'est-Mire i son


plus Iiaut degré d9utilitC ct de ricliesse : la pbche de Mon-
86 CULTURE 1)E LA YIGi1'E.
treuil, le chasselas de Thomery, sont I'objet de cultures
extraordinaires qui décuplent les rendements annuels et les
valeurs foncières du pays qui les pratique.

ij 2- - NI?CESSI'I~ DE PH~SERVERLA VIGKE DES FOilTES OELBEP,


p DES GRANDES PLUIES, ETC.

Les moyens de prhservation des gelées et des pluies froides


jouent un des premiers rales dans le snccès d'une culture
de vigne; mais ces moyens, dont l'efficacité incontestable est
sanctionnée par une longue pratique et rècoinpensée par
d'énormes profits, ne peuvent être appliqués i la grande
viticulture que par ces courageuses intelligenees qui pé-
nètrent l'avenir et devancent le temps par le travail, Ia
science et l'inspiration :pour préserver seulement rin hec-
tare devignes, i1 fau t développer dix lrilomèlres, c'est-i-dire
ileux lieues et demie d'abris protecteurs. Le seu1 énoncé de
cette vbriti: la préseilte sous l'aspect d'iine chimère, mais
cette chimère est comme celle des cliemins de ier e1 des té-
lkgraphes électriques, cn moins de trente ans elle sera classCe
1)armi les rhaliths pratiques.
Des fl8aiix de ia wi(;ne. - La vigne, coinme chacun ie
sail, est en butte i de nombreux fléaux, parmi lesquels on
a rangi: de toul ternps, surtout dans la r6gion nioyenne et
sepfentrionale de Ia Prance : l oles gcliies de printeinps, qni
détruisent les bourgeons fructifères; 2" les pluies persévé-
rantes et froides dc juin, qui emp6clieiit Ia fécondation des
fleurs et font couler les grappes; 3"es gelées d'autoinne, qui
font tomber les feuilles et empêchent les progrès ullCrieurs
du raisin; 4"enfi11, Ies pluies de cette inEine époque, qui
pourrissent les fruits.
Je ne parle ni de Ia grêle, ni de Ia inaladie, ni des iil-
sectes, qui prélèvent encore de trop fortes parts sur Ics vcn.
C U L T U R E DE L A V I G N E . 87
danges, inais dont les effets présenteiit un caractère moins
pennanent, inoins général e1 moiils 1% à la rriarclie liabi-
tuelle de nos saisons.
On a beaucoup parlé des qualre fléaux que j'appellerai
eIjmatériques, et dans ces derniers temps on a cliercli0 et
expérimei1t8 uil grand iiombre de moyens de préserver la
vigne des gelhes de priritemps surlout. Mais les inoyens qui
ile garantiront pas les vignes des quatre principaux fléaux
qui les ruinent 11c résoudront jamais le prolilème dc la cer-
titude et de la régularité de la rkcolle.
Vignes auxqucllcs on pciit appliquer nwcc avnntagc les
imoyens pcrbctionnés de préscrwnition. - POUYpré~ervcr
les vignes des gelées blanclies de priiilcinps et d'autoiniie,
poiir éviter la coulure des fleurs e1 la pourriture des fruits
eii juin et septembre dnns les yégioiis ixioyeniles et septeii-
tiionales des vignobles, i1 faut faire une dépense nioyenne
de 500 fr. par an et par licctare, cn outre dcs frais ordi-
iiaires de culture et d'entretieil. Lc résultal, sera unc récolte
assurée tous les ans, double en quaiititè et supérieure ea
qualité 2i la récolle moyenne du pays.
Si la rhcolte est, par exemple, en moyciiiie de 30 liecto-
litres i l'hectare (et ce laux esE cclui dc la plupurt des 11011s
vigaoblesj, le produit moyen des vignes pr6servées sera dou-
ble, soit de 60 Iiectolitres. I1 TauE donc, pour eiltreprendre
la prbservatioii eii culture inétl~odiqueet continue, c~ucces
30 hectolilres vaillenl plus de 500 h. Jlirai inCine plus
loin : je ne coiiseille pas cette pratique l i où la valeur
moyenne de l'liectolitre ii'atlcint lias au moins 30 francs.
La préservation suppose donc d'abord des vigiies à fins
cépages; mais elle exige encore d'autres conditions, elle
implique la culture eil lignes à souches husses, palissBes.
88 CULTURE DE L A YIGNE.

1,a v;lictilture, conduite comme je viens de le dire, et


con~plétéepar la préservation réuiilière
3 et permanente, passe
au rang des industries à produits certains e t 21 rendement
calculable, comme Ia culture des pBchcrs à Montreuil', et Ia
culture des chasselas à Tliomery.
C'est ce mode de préscrration, régulier, pcrmanent,
sanctionné par une longue expérience, ce sont les inurailles
et les cliaperons fixes et mobiles de Montreuil c1 de Tlio-
mery qu'il s'agit d'appliquer économiclueinent et pratique-
ment i la vigne cultiv8e en plcin cliamp.
Dimensions dos piiillassorne. - Un te1 pr0bl6me no
peut être availtagcusement résolu que par des paillassons
loiigs comme les lignes de vigiles, réduits, pour l'éconoinie
et pour la facilite de leur manauvre, i 1a largeur stricte-
ment nécessaire (On.40),yu'on roule ou déroule comme
Ia toile, pour être étendus le 1" avril et rentrés ou mis en
meule sur place le 1" noveinbre et même plus tard, si Ia
perfection de la maturit6 du raisin l'exige.
PosPtion A donnor aox paiillassons. - DU 45 Mai'S a l i
15 novembre, les lignes de psillassons subissent quatre
inanceuvres pour garder qnatre posilions lises.
Première position. - Du 1" avril au 25 ou 30 mai, l c s
p3illassons sont fixés presque horizontalement au-dessus
des ceps préalablement -1aillhset palissés.
La gravure 7 indique Ia première position du paillassoii
appuyé d'une part sur le grand éclialas et d'autre part s u r
10 billon au moyen Zune petite ficlie piquée dans le bdlon
par sa pointe et dont Ia tête est fixée à I'échalas par u n
petit clou; sous le paillasson on voit la souclie et ses sar-
mcnts taillés; on y voit aussi le petit éclialas.
Le paillasson dont on voit la coupe est i deux cliaiiies en
fil de fer galvanisè ou en ficelle rendue imputrescible. Une
s e d e attaclie stir cliaque fiche, a l i nivenu de sa clnine su-
gérieure, ~ u f f iit le inaintenir dans toutcs les inanceuvreu et
contre tous les ven ts.

G r ~ v i, . - Ccp lni116 ci nhrité du I" :ivril ou 50 mai. Ln gravuro IB rcpr0seoie


nvunt ioutc [Link].

Lri gravure 8 indique les m6mcs dispositions que )a gra-


vure 7, seulement les sarmcnts de Ia taillc sont dans un état
de végétation déji avance.
Dam les deux gravures, li: grancl éclialas est i l'esl, ali
sud ou au sud-est du billon. Ln souclie esl coiltre le billori
et même dans Ia penle du billoii. L'inclinaison du paillasson
avec l'liorizon est de 30 i 40 degrks,
Si la végétalion est trop vjgoureusc, on peul donncr au
90 C U L T U R E bE L A V I G N E .
cep plus de luinière en rapprochant le grarid Eclialas cPe Ia
souclie et eii piquaiit Ia fiche du pailiasson plus bas sur li1
pente du billon. Pour être prbservès des gelbcs, i1 suffit
que les bourgeons soient sous l'aplonib du paillassoil, do
façon à n e pas voir le ciel verticalement.

Grav. 8. - Cep aùrit0 dos gclQcsdu prinlcmps au commcncemcnt <[c sn vdg81nlioii.


La gravure 9 rcpréseilte eil perspeclive une sCrie do
ceps, avant toute végétation, rccouverls do leurs paillas
sons; la gravure 7 en donne seulernent l'bl~vatioil et 1:i
coupe.
En un jour, un atelier dc dix lioiilmes déroule e1 fixe sulv
les [Link] dix mille inèlres de paillassons, c'esl-Mire gasiiil
un Iiectare. J'ai fail placer ainsi par clix Iiomines, non
exercés, soixante-dix mille mètres en six jours.
C U L T U R E DE LA Y I G N E . 91
Ea grnvure 10 représente en perspective des ceps en vé.9
gétation coniiilençante protégés selon les dispositions de 16
gravure 9.

Grav. 9. - Vue pcrspcctivc dc ligncs dc ceps nh!,itbs liar les paillobsons,


avant loulc vfgélntion.

Dauxièn~epositioa. - Du 50 mai au 5 ou 10 j u i h t , l e ~
paillassons soiit rclevks sous uii angle de 60 degrCa avec
I'horizoii, angle ouvert i l'est et au sud, feri1115 i l'ouest et
au iiord.
CULTUBE D E L A Y I G N E .

Grw. 10. -Yue perspeclive de lignes de vigncs cn v8gltulion commcncante,


aliriiées par 1es pâillassons (du i" avril au 30 mai).

La gravure 11représente en élèvation et en coupe l c


poillasson releve h 60 degrés SUL- le cep; le hillon est dimi-
nué des deux tiers et les panipres gagnent la partie supli-
rieure du grand échalas par leur extrèmité, tandis que lenr
base, où se trouvent seulement les fleurs, reste abrilée des
pluies froides du nord-ouest.
Suivant Ia saison ou le climat, l'inclinaison du paillasson
peut être augmcntée ou diminuèe. Si Ia température est
s6che et choude, le paillasson doi* être moins incliné et
C U L T U R E D E LA VIGNE. 94

plus éloigné : on obtient ce rksultat eil raplirocliant 2e


grantl éc,lialasde Ia souclie.

- Cep alrrit; contro IR oouluro (dll?~Omai au 1°rjuillct).Bxposition est,


C1.a~.$1.
sud, ou sud-cst.

La gravure 42 rcprbscntc e11 perspectivc Ia mêine situa-


tion relativc des paillassons et dcs ceps que dans la gra-
vure li. Les plinlpres dc Ia branclie à bois ne sont pas
pincés, ceus de la branclie A fruit sont seuls pincés.
-
Troisibme positiofz. Du 10 juillet au 10 ou 30 sep-
tombre, suivailt le teinps, lcs paillassons sont fixbs vcrticale-
mcnt au nord et h i'ouesl des ceps.
La gravure 13 reprbsente en blévation et en coupe Ic cep
en pleine végétation soutenu par lc grand 6clialas, reporli
au nord ou Il'oucst de Ia souche et y rnaintenrinl Ic paillary.
sou va'tical; le billon a disparu complétement.
.oaiillnn!lJorl,p
alcqua3 ?l?!3os c[ C anl alorx eun suep sp+liis?,r sal asodsa
E ua I! !anb!le,~d us ~ e c l? U . I ~ L Ii:Oxnrturrcq3
~ l u e l s u o ~.jq
anb a:, ya '?qnlerro:, p'! anb a:, Isa@ .alqniib~i:uraá uo5q
arrn,p ?l!'~n~ema1133 aunog3aj~adIa 's~no! I'nq ap s n ~ d
ap rr!s!ir~ i ~ p?prnleur i:[ a3uBhe 11 :allraq ap saddn.18 sap
suoysuam!p sal a~puaádI ~ C J ?aa"d~.18e1 ay1.10~'ay3nos
ej ap ar?pre ua l;oe,,O e luauiaIeoryaA ?xg 'uosscl~!ed a?

wn[noU c[ aquoa s?l!~qesdeo op eh!~aadsind anA - ' ~ 1'acúg


.

'BYlJIh Y'I XUilJTil3


!$[I
CULTURB D E L A VIGNE. '35

Ea gravure 44 represente en perspective des ceps cn


cspalier devant dcs p ai'11assons.

Grav. 13. - Vue d'iiri cep on espnlicr 1 l'cst, sud, ou siid-cst (lu pnillnssor
vertical \du 50 juillct au 30 srplembrc).

Rien ii'esl plus agréable i voir que les lignes de paiiiprcs


et de raisins miirs devant les paillassons. Les feuilles y sont
d'uii vert foncè, e1 les raisins noirs s'y d8taclient avec vi-
gueur.
Qliutrième positios. - Enlin, 6 i'arriitre-saison, pour
préserver les feuilles des gelecs blanclies d'automne, eL les
kuits de la pourrilure uar les uluies. on fait reprcndre auu
~)aillassonsla position du I"' avril au 30 mai.
La gravure 15 rcprésenle en coupc et en élévalion un cep
dont Ia parlie lruclifèrc est recouvcrlc par le paillassos,
replacé presque liorizonlalerncnt; le paillassori, lix6 par sa
ficlie de support au çrand Cclialas, reposo par son milieu
N CULTURE D E LA V I G N E .
SUP le pelil échalas e1 le Ti1 de fer qii'il portc : le grand
kchalas est reporte eii avãnt du cep.

Grav. 16.- Vuo perspcclhe de cops en cspolicr dcvanl des paillnssonu.

Cette couverture des lignes de raisins, A l'arrière-saisoi~,


est pratiquBe depuis longtemps avec un plein succès pai
les viticulteurs de Thornery. RI. Constsnt Charmeus m'a
fait connailre toris les ~vanlagesde cette pratique, qui per-
met de Iaisser les roisins au ccp jusqu'i la plus parfailt:
rnaturité et jusqu'aux fortes gelkes de novembre, malgrk les
pluies et les gelées.
La gravure 16 represente en perspective les dispositioiis
de Ia gravure 15.
CULTUBE DE LA V I G N E . 97

Prim des manoeuvres des pnillassons. - C ~ Squalre


positions nbcessitent quatre manccuvres qui, y compris
l'apport et l'enlbvement des paillassons, coutent 100 fr., le
orix de Ia journée de travail élant de 2 fr. par hoinine : íin

Grnp. 43. - Vuo Cun cep próservk h l'nrri6re-~~i~ou


conli'o lcs pluics et le6
geldcs d':iuloinne.

atelier de 1 0 honimes déroule ct fixe eii un jour les paillas-


sons d'un hectare (10,000 mhtres) : lcs manccuvres inter-
médiaires sont cxCcutées en uil teinps inoitié moindrc. Les
frais de transport, remisagcs el rhparations, presqiie nuls
pendaiit lc cours de la vbgbtation, complètent le surpliis de
Ia dépcnse.
DurBc ct prix dcs pailiassons. - Za dur6e dos paillas-
sons, cn Gl de fer inoxydable ou en ficelle impulrescible, ct
en paille de seigle, est d'au inoins quatre ans; leur prix de
revient, lorsque la fabrication en sera libre, n'excédcro pas
O
08 CCLTURE D E L A V I G N E ,
1 5 ce~itimesle inètre courant ; la fourniture d'entretieil
annuel par hectare il'atteindra donc pas 400 fr. Aujour-
d'hui, le prix de 20 centimes porte h 600 fr. l'entretien
annuel de la préservaiion par hectare, et, si Ia récolk est
doublée, an~&lioréee t assurée cliaque année, si les 30 Iiec-

Grav. 16. - Vue cn pcrspeclivc de ccps ahrit6s canlre lcs pluies ct lcs geli~s
d'automne.

tolitres ritcoltks en sus de Ia récolte obtenne par Ia ciilture


ordinaire, valeilt 30 fr. l'liectolitre, si, à plus forte raison,
ils ~aleiltdans les fins vignobles 50 francs, 10b fraiics
mêrne, les paillassons auront produit 900 fr., 1,500 h. ez
3,300 b. par lieclare : ce qui saut bien Ia peine de les ein-
ploycr, ou, tout au nioins, de les essaper, ne fiit-ce quc sur
C U L T U R E DE LA V I G N E . 90
un are. Je ne craiiis pas d'affiriner que Yexpérienccconfir-
inera pleine,inentles rhsultals que jJannonce,puisclucje les
ai ol-rtenus dans les conditioiis et dans les annbes lesplus
déiavnrables, et sur l'éclielle assez grande de 5 hectares
~~aillassonnéspar 62,500 inèlres de paillassons, parmi
29 aulres hectares planlés suivanl Ia même métliode, dans
le mêine temps, daiis le memelieu et avec les mcmes soins;
les uns sans préservation, les autres prbservés avec des
paillcs, avec des foins, avec des branclies de saliin, avec deç
roscaux, avec des tuiles courhes dites faitières, avec des
planclies, ctc. Je n'ai pas employé les toiles, mais plusieurs
propriétaires les einployaient dans iilon voisinage.
Pncoirvéniicnts ct iiisufiisanec des niuyens da pr6ser-
vaiiaii asitrcs que- Ics priillassons. - TOUS autres
inoyens de préservation sont plus coiiteux que les paillas-
sons, et ne peuvent que garantir les vignes des gelées de
printernps en privant d'ailleurs les jeunes pousses d'air et
de soleil, et préparant ainsi la coulure de prcsque toutes les
grappes pr8scrvfes de la gelée au prix de leur Etiolemcnt-
parliel ou coii~~~lct.
La préservation des gelées de printemps liors des condi-
tioi~sd'aérage et d'insolalion indispensahles au dhveloppe-
rnent normal et pliysiologique Su Liourgeon n'est pas une
~irbservation,c'est la deslruction presque complète de la
rbcolte. Je puis donner de celte assertion une preuve expé-
rimentale bien concluante. E11 1557, les vignes non protb
gées ont peu ou point souffert de Ia gelée de prinlemps a
Sillery et aux cnvironç : dans le vignoble de 34 liectares
que j'y ai planlQ, les grappcs à la fioraison se nlontraient
aussi nombreuscs dans les 29 liectary ilon paillassonnés
que dans les 5 hcclares paiUassnnnés ; mais la coulure fut
iiulle daris ces 5 lieclares, ct leur produit fui de 30 à
40 pihces à ]a veildange (en mogcilne 35 pihces 2 hecto-
100 CULTURE DE L 4 YIGR'E.
litres), tanclis que les 29 hectares non paillassonnés don-
nèrent de 1 0 à 20 pièces (en moyenne 15 pièces à l'liec-
!are), Ia coulure ayant fait disparaitre 5 0 A 60 pour 1 0 0
des grappes, bien que 6 Iiectares aient été abrités par des
branches de sapin, et 6 autres liectares abrités par des
foins de marais et des pailles superposds aux ceps. Les
~ i g n e des
s eiivirons, protégées par des toiles, ont subi @a-
lement les effets de la coulure, et n'ont pas dépassé la pro-
rluction de 1 0 à 20 pièces, c'est-i-dire de 30 hectolitres par
hectare.
Avantages des paillassons pormaents. - LCS Com-
missions des Comices de Reims et de Châlons, et la plupart
des viticulteurs les plus expérimentés des environs, ont
constatè, dans leurs frequentes visites, que l'usage perma-
nent cles lignes de paillassons de 40 centimètres s'associait
parfaitement à l a culture de la vigne; que, sous leur abri
Iiorizontal, les bourgeons ne gelaient pas et se dévelop-
paient avec vigueur; que, devant leiir suri'ace moins incli-
née, les grappes s'4panouissaient en volume et en branches,
se fécondaient à merveille et nouaient coinplètement; que
les lignes de ceps palissés le long des paillassons verticaux
étaient d'un vert foncé et leurs fruits d'un volume et d'une
uniformitb bien supérieurs à ceux des lignes voisines sans
paillassons; enfin que, d e ~ a n ces
t mames paillassons, la ma-
turité était plus CompIète et surtout plus hâtive. Ces iaits
sont de notoriété publique riansl'arrondissement de Reims :
ils ont d'ailleurs, pour la plupart, 6th constates par des
commissions et consipés dans des rapports et des procès-
verbaiix, dont les plus remarquables et les plus complels
ont 6th publiés en novembre 1856 et en mars 1858 dans 1e
Ct11tivuteu1~cle la Cl~umpagsepar M. Dugué, ingénieur cn
clief, et M. Banceliii, inaénieur ordinaire des ponts et
cliauçsdes.
C U L T U R E DE L A V I G N E . 101
L'aspect des vignes airisi protégées par les paillussons
est vraiment admirable par la propretb, l'élégance et la ri-
ctiesse de la végétation, surtout au moment où le raisin
inurit, alors que ses guirlaridcs colorées se détaclient i
lravers unc verdure foncke sur la couleur jaune du pail-
lasson.
Ces rhsultats, je le rEpCte, n'ont rien qui doive nous
étonner. Les ahris superposbs contre les gelées et les pluics
froides, les hrise-vents et parois en paille, bois ou roseau
au iiord et i l'ouest des coiltre-espaliers pour rkflEcliir Ia
clialeur, sont en usagc de temps inimémorial, et leurs effels
sont connus de tous les jardiniera et de tous lcs arboriciil-
tcurs. J'ai donc sinlplement clicrclié à faire profiter la
grande viticulture des moyeils connus, en ètudiant leur éco-
nomie et leur pratique. I1 suffit d'ouvrir les excellents ou-
vrages de &I. ~ u b r e u i l ,de visitcr les trcillcs et les conlre-
espaliers de &I. Constant Charmeuu à Thomery, de voir à
Montreuil-aux-PCclies les effcts dcs chaperons sur lcs ma-
giiiliques culturcs de MM. Lcpère et Malot, pour se con-
saincre que je n'ai fai t que profiter de leur expbrience ct cle
leurs leçons. Ln dernibre lcçon que j'ai rcçuc mbrite d'btre
racon tèe.
En aoiit 1858, 11. Constant Cliarmeux clcmandait i Ia
[abrique dc paillassons pliisieurs inilliers de inètrcs : je ne
pouvais pas deviner l'usage qu'il \*oulait en fnire à cctle
époclue de l'annéo. J'allai le visiler à Tliomery, et, li, j'ap-
pris qu'il se proposait de 1cs étendre, vers le 1 5 septembre,
horizontalement au-dessus dos lignes de scs treilles eii
contre-cspaliers, pour les préser!er dcs gelées blanclies ct
des pluics froides. C'6lait d i j i pour lui une expèrience faite,
qu'un abri superposé i l'automne conserve ptirfaitement les~
cliasselas, pcrfeclionnc Icur rnaturité, emp&clieleur poiirrr-
lure et pcrinct dc laisscr les fruits aux ceps trbs-avaiit dans
6.
Ia saisoii : M. Ciiarmcux prSlbre 10s paillassons loi~gsc[
i4roits à tous lcs autres abris qu'il a essagbs jusque-li,
p r c c qu'ils roinplissenl niieux l'ohjel qu'il a en vuc, et
jbiirco qii'ils sonl plus praliqucs e1 plus Cconoiniqucs.
C'est donc sous son inspiration et par soii expdrience que
jc coiiscilio Ia qunlriitine rnanoviivre dcs paillassons de la
vilrnc. Se ne l'ai point encore pratiquóe, mais jo suis cer-
!'
ttiiii clu'elle renclra cl'iinmonscs services pour prtservcr ln
vciiiliiilgc ct perrcclionncr sa inaturitC (grav. 15 et 16,
p. 0 7 c1 OS).
1311 cffcl, qiicl cst lc pro1iriClnirc dc vignes ct lc vigricroi~
cl1li no se soiit IXX k~roiivbs,à I'bpoquc dela vcndange, dans
tino Ulriiiigc 1)wplcxilCl Lc raisiri ii'csl pas toul à fail iiziir;
lcs gi!li!cs bliiticlios niciiaccnt ile ftiire lonibor les fcuillcs ct
iizbliic i1':llleiiidrc 10 raisin vcrl, ou bicii 1cs pluies com-
incricc~ilc1 voiil fairc pourrir lc rilisin. Vcildiirigcra-L-oii?
Si 1'011 vi?iidaiigc, lc vili osb dUt,cstablc; si l'on ne vcridange
l)i\s, 11c raisiii csl gclU ou poui*ri. La qualriàrne rnanccuvrc
(Iii 11aill:lssoiifail dispailaitrc loutc lidsilalioil. Los ligncs de
vigricr; solil ubril6cs c1 10 raisiri poul atloiiJrc sa maturiló,
i!1 I1rt:srIrrc .~OLI,~OLII*S
allciricli~criiio p6riode ullhricure dc bcau
1(~111)s, , fois sur dix aiiiibcs, fail rcgrcllcr aix pro-
y ~ i sis
lii*iibl:lir*ijtl'avoir vciidarigi! lrop tbi,.
151i i[oli~i*sc1 efi outro dcs pdscrvations cliinalCriqiics
tiorilirilos, 10 [Link] csl ciicorc un puissaiit pallialif
corilri: Ia:# dhsnstrcs de ia grtlle, surloul si la dircclioii ~tord-
siid 110s ligrics di! lii vigric pcilrwicl do fixar lc paillnssoil h
I'otii!sC. 11iiiis cc cas l+'cxposil,ioii dcs C C ~ JCSL ~ 1 c iest,
~ i ct
,i'iii coiisI,:itU que c'esl li1 ~rioill~!urede loulcs lcs cxliosi-
iioiis.
Cio ri'a?~tpns 10 ~oXt4lluvrhiit qrrl d8lrrifl 10s burrry-cone
-
~ ~ r r ~ j i l iI13idCç
~ , gi:ii~i~aloinci~t
nccrtdilbc cluc los pre-
iiiicrs riiyoiis ilu solcil lcvtiu(,soilt Ia liriiicilialo ciiuse ilc li1
CULTURE DE Lh VIGNE. 103

destruction des bourgeons geles ou refroidis est erroiiée.


L'expérieiice directe et répétée me l'a déinontré.
Toules les lignes des 3 4 bcctarcs du vignoble cpe j'ai
planté, en 4850, A Sillery (Marne!, coureill ~zor~l-sud: en
conséquence, la plupart de nies paillassons (59,000 rnhtrcs
sur 02,500) s'ouvraient à l'est et recevaient la preinière
action du soleil levant. Dans la nuit du 4 au 5 inai 4856 ct
dans celle du 6 au 7, une double gelke de 3 el 4 dcgrks a
frappé tous les vignolilcs de la Cliaii-ipagile et surloud celui
de Sillery. Juslement alarrné du froid e1 du ciel clair de Ia
soirée du 4, j'avais b i t préparer 300 inhtres de paillassons
et donné l'ordrc, qu'eii cas de givrc peiidant la nuit oii pla-
çât ces 300 mètros du cbté du levant des lignes de vignes
rion protégées ; le givre ayant été très-épais, la mancouvre
fut exécutée de ciiiq à sept lieures du matin, et terwinéc
avant le lever du soleil. Le solei1 se leva resplendissant, et,
vers dix lieures du matin, le désastre était coinplel ct visible
sur toules lcs vignes noii protégées. Tous les bourgeons
placés sous l'aplomb des paillassons quoique recevanl direc-
temenl les rayoiis du soleil, étaieiit pleiiis cle sail16, tandis
que Ics IJourgeoiis qui avaicnt 616 inis à l'abri cle ses rayons
par les 300 mètres de paillassons btaient aussi complélement
détruits que leurs voisiiis, qut, cornine eux, étaient restés
sans protection pendant la nuit : l'expbrience a 616 renou-
velée la nuit suivante sur une liauleur du vignoble où la
gcl6e avait laissb Ia moilié des bourgcons non gelés, quoi-
qu'ils f~~sseiitsans proleclion. Ces bourgeons Qpargnès
furenl frappés dans la nuil du 5 au 6, ct les 300 i1iClres de
paillassons, posés devailt 300 iiiètres de ccs ligiles avant le
levcr du soleil, ne sal~vèreiltpas un bourgeori. J'iilvile Ics
viticulteurs, dans I'iritérêi, dc la scieiice, A répéler ces cx-
périences au priiilcmps procliain.
Eo venb frofd no @lu pna les boui*gooris.-Polir slOp-
f 04 CULTURE DE LA VIGNE.
poser i I'action dela gelée blanche sur 1cs bourgcons ou
JCUneS pousses des vignes, i1 ne s'agit point de mettre le
ccp i l'abri des vents du nord ou de toute autre direction,
car les vents, même très-froids, diminuent [Link] au licu
de l'augmeiiter. 11 s'agit d'interposer iIn corps opaque
entre le ciel clair et Ia plante à prbserrer. Ce corps s'oppose
à la perto du calorique de la plante par rayonnement dans
I'cspace blcu du ciel, qui ne lui rcnvoie aucun ragon calo-
ririque : tandis qu'un corps opaque quelconque, superposh,
cmpêclie les ragons calorifiques de Ia plante de se perdre
dans l'espace, et renvoie A la plante une somme de rajons
U peu prhs égale à cclle que la plante émet.
A mcsure que le bourgeon se refroidit, i1 condonse & sa
surface Ia vapeur d'eau de I'atmosplière ct s'eiltoure ainsi
de givre : tant qu'un bourgeon n'est pas couvert de givre
nvant le lever du solei1 oii peut Ctre assuré qu'il n'est pas
frappé de gelée : c'est en s'opposant ti Ia condensation du
givre qiie le vent diminue les chances de destruction.
Concoiirs da billon ct du grand c5elialns a i l'cffet dir
pnillasson. -
Pour assurer Ia prbservation des jeunes
pousses de Ia vigne contre les gelées d'avril et de mai, i1
suffit que le paillas~on'soit htendu horizontaleinent, ou, ce
qui est mieux encore, qu'il soit un peu ouvert clu cote du
Ievant ou du sud, 21 Om.15ou Om.20 au-dessus des bour-
geons ti prbserver. Mais, si les vignes sont à souclies basses,
comme jc recoininande de les Ctablir, la préservation est
pliis parfaite et la disposition meilleure, si on les cultive cn
Liillon.
Lc billon parallèle aux lignes doit être élevé de Om.20à
Om.30et Ctre rapproclih de Ia ligne de ceps, qu'il doit con-
courir à abriter, au point que Ia base de ccs ceps soit corn-
1,cç pnillnssons doivont êlre posés du 55 mors nu 15 avril et nutant que
possiblc nvant Ia sortic dcs bourçcons.
CULTURE D E L A VIGRE. 405
prise Zans la peiite est ou sud du billon (grav. 7 et 8). Le
grand échalas étant préalablement plante i Om.20en avant
de la soucl~e,une petite barre en bois lui est attacliée d'un
côté, de l'autre cbt8 elle est piquée ou simplement posée
sur le sommet du billon (grav. 7 et 8). Cette disposition,
répétée de mètre en mètre, vis-&vis de cliaque souche,
forme une série de petits chevrons sur lesquels on n'a plus
qu'i dérouler le paillasson d'un bout de la ligne A l'autrc;
on I'attache ensuite solidement à cliaque petit clicvron au
moyen d'un lien en fil de fer recuit, no 4, à Om.05 ou [Link]
du granS échalas. Cette seule attache suffit 1 toutes les ma-
nauvres qu'on doit ensuite pratiquer.
A partir du 25 mai au 5 juin, le vigneron, en donnanl
u n biilage, abat les 213 du billon, repique le grand Cclialas
plus près de la souclie et oblient la disposition [Link] Ia
coulure (grav. 11).Enfin, h partir du mois de juillet, Ic
vigneron fait disparaitre dans un autre binage le billon tout
entier, repique le grand èclialas derrière Ia soucbo et ob-
tient la disposition en espalier (grav. 13 et 14). Dans Ia
quatrièinc rnanccuvre (grav. 15), le grand éclialas est sim-
plement rapporté et repiqué eil avant de Ia souclic en infl6-
chissant le cep, qui se prête d'ailleurs parfaitement à cotte
inanccuvre.
La plupart des vigncs ~~rècieuses acluellement existantes,
et non préparées pour la préservation, si elles sont en
lignes, peuvent recevoir sans difficulté Ia protcclion du pail-
lasson; i1 suffit de fixer l e paillasson ii OU.I5 ou Om.20ali-
dessus des ceps au moyen de petites barres en T ou de
petites fel-~nesen forme dc 4. Si les dvignes h préserver ne
sont pas en lignes, rien n'est plus facile, dans la plupaA
des cultures, que de les rainener A la ligne par un recou-
cliage. Noii-seulement Ies ceps se prêtent 4 cette manaruvre,
riiais encore ils en tirent une plus grande vigueur et une
106 C U L T U R E D E LI P"IGNE.
plus grande féconùitk (toutefois un peu au délrimeiit de Ia
ijualité, Ia première année). Les $ignes, ainsi alignées par.
ieur recouchage, ont leurs sarments tout près de terre; on
peut alors planter obliquement les échalas ordinaires en
arrière et au-dessus des vignes, et attacher le paillasson au
Las de ces échalas de façon qu'il recouvre parfaitement les
bourgeons; on redresse les éclialas et le paillasson après
l'époque des gelées. Un propriélaire de Sillery, i\I. Lelor-
rain, a pratique avec succ8s celle métliode.
Les vigriobles du Eiaut bI6doc soiit admirableinent dis-
poses pour la préservation ùes ccps par leuss belles lignes
rhgulièrcs et basses. Les vignes de Ia grande Cliampagne
jfeuvent facilement être ~iiisesen ligne par des recouchages
unnuels. Dans les crus importants de Ia Bourgogne, on ob-
tiendrait le mêrne résultat par un provignage superficiel et
gL'néral : dans ces deus ùerniers cas, les éclialas ordinaires
peuvent servir à la préservation suirant la méthode de
?I. Lelorrain.
Mode de prdserration en usnge en Crimdc. - 11 Me
reste 2i parler rl'un mode de préservation des gelées cl'liiver :
ce inojen est cn usage dans les vignobles de Crimée et des
rnvirons d'oilessa, et peut troiiver d'utiles applications en
France.
Dans la Russie méridionale, on enterre Ia vigne tous lcs
Iiirers comme on enterre les figuiers à Argenteuil. Par ce
procédé, le bois de Ia vigne écliappe au froid le plus des-
[ructeur. Une fosse est pratiqu8e à Ia iin d'octobre au pied
de chaque cep, ou bien un fossé est creusé le long de
ehaque ligne; les ceps y sont recouchés et recouverts non-
seulernent de Ia terre extraite du fossé, mais encorc des
terrss voisines, de façon i présenter une s6rie d'ados et de
sillons. Cette dísposilion assairiit le gite du cep en le préser-
xailt d'un excès d'linmidit&.
C U L T G R E D E Lb VIGNE. 107

Cette skratirication produit sur la vigne le même effet que


sur les figuiers, c'est-Mire que, Ioin de nuire A Ia force de
la végétation, elie ia prepare et la rend plus vigoureuse et
111~sprompte cn entretenant les raineaux dans une saturn-
tion permanente d'humidité : Ia précocité et la beauté dea
Dgues d'drgenteuil, ainsi que Ia fécondité constante des
riguiers, iie sont dues qu'i la stratiíication Iiivernale.
J'ai expérimenté Ia stratiíication dela vigne sur soixante
ceps enfouis A la fi11 de l'automne et relevés le 15 avril; ils
se sont constamment couverts de fruits à tous leurs bour-
gcons, inême près de Ia souche. En 1856, dans l'intentioii
de retarder la pousse de ces soixante ceps et de les prbserver
des gelEes du priiltemps, je ne les ai relevés que le 30 mai.
Mais les bourgeons avaient poussé sous terre; ils étaient
hlencs; ils portaient tous leurs deux grappes qui n'ont pas
rhsisté 31 ia coulure. Dans la bas vigiloble du Jura on enterre
aussi les sarments pendant l'hiver.
Quelles que soient d'ailleurs lcs dispositions de la vigne
de chaque pajs, les populations viticolcs sont itellernent in-
génieuses et actives, qu'elles trouveront promplement les
ineilIeurs procédcis de prhservalion pour leur inode de cul-
ture, aussilôt que les avantages de la prbservation leur se-
roi11 prouvés,
COIIDITIONS G ~ N É R A L EDE
S LA CHI?ITION UES VIGNQBLES.

Assietto des vigiics. -La vigile licut êtrc ktnblic hcrati-


rcincnt pour produire le vin pnrtout oll l'caii n'cst pas sta-
gnante dans le sol, parlout, OU les brouillards ne sgoiirnen~
pas, soit dans des' bassins ssns bcouleincilt, h Ia façon de
I'eau, soit au sommet dcs monlagiics, i Ia faço11 dcs nuages.
Toute supcrricie qui est ncltoyée facileineiil il'can et clc
vapcurs, soit par lcs penles naturelles, soit par lcs vciils,
qu'elle soit c!n plaine ou en .montagne, est propre h l'assiette
d'un vignoble si Ia ternpbraturc du lieu peul y nmciier le
raisin h parfaite maturitb.
Gcpuis les amas de roclics nues, comrnc cclles ile li'on-
tainebleau, jusqu'aux paiivres sobles dcs duncs, sur lcs sols
les plus arides de ln Cliampagnc, de la Sologrie, dcs Lan-
des, etc., parlout la vigtic i fins cbpagcs pciit 6tiQebtablio
et produirc la ricliessc par le Iravail ct l'i~~lclligcnce ali-
puybs sur unc avance dc 3,000 h &O00 fr. par hcctarc c11
sep t ans.
'Eerrnins eni [Link]~ic.- Le sol qui n'a jnn-iais port0 de
vigne, simaigrc et si infbcond qu'il paraisse, rbcèlc loujoiirs
dcs priizcipes vivifiants pour la vignc : il en conticnt bcau-
C U L T U R E DE L A VIGNp. 1O0
coup plus s'il est couvert de pelouses, de fougkres, dc
bruyères, de genêts, de genèvriers, de genèts épineux ou
d'arbrcs rèsineux de toute nature.
Inclininison d o sol. - Dans les pags de collines ou de
montagnes, les licux d'élection de la vigne commencent ?I
quelqucs mbtres au-dessiis du fond des vallées et finissent
bien avant certains sommets trop blevés. Dans les pays dc
~ ~ l a i n e sles
, dépressions du sol, le voisinage des marais,
des arbres e n massifs, doivent ètile Cvitbs, et les mame-
lons abres et dégagés pai. les vents seront choisis de préi'b-
rcnce.
Les inclinaisons du sol de 10 A 30 degrés valent iriieiis
pour la vigile que les pentes plus o u moins fortes.
Exposition. - Les expositions est, sud-est, szld, valent
mieux que les expositions n01.d-est et nord; mais les plus
mauvaises sont, sans contredit, nord-ouest, ouest et sud-
ouest. Toutefois, sauf des contre-indications toutes locales,
la vigne peut être ktablie à peu de cliose près dans 'outes
les expositions, et y doizner de bons produits.
Terrnins inacccssi~lesa la cliarriie. -Relativement au
mode de plantation et de culture, les terrains doivent être
divises c11 deux classes : les terrains inaccessibles à Ia
cliarrue, et ceux que Ia cliarrue peut cultiver.
Les premiem comportent encore deux divisions : les ter-
rains suscepiibles d'une culture rbgulière à Ia main, tels
sont les terrains en niontagncs trop rapides pour qu'il sol1
~ossiblede les cultiver A la charrue, mais formes d'un sol
Iiornogèiie; et lcs terrains i rocbes disséminées, ou cn ro-
cliers à gradins et A terrasses, ne présentant ou ne pouvant
rccevoir Ia tcrre vbgétale qu'eil certains points naturelle-
ment ou nrliíicielleinent élablis.
Ciilture dc Ia vignc srrr de$ gradins ct nu n~ilicudem
poeiicrri. - Les priilcipcs relatifs au choix des cépages, à Ia
7
210 C U L T l I R E DE LA k I G N E
nourriture et i l'engrais, sont applicables h la vigne cultivee
dans des 801s h gradins et A terrasses au milieu des rochers:
mais Ia conduite et la taille de ces vignes sont plutót celles
des treilles que celles de la vigne en plein champ. Le iiombre
des ceps ne peut être le même, les alignements, les palis.
sages, le développement de ia tige, dépendent de circon-
stances spéciales. Un seu1 cep peut couvrir un rocher de
20 mètres superficiels, comme i1 peut couvrir un arbre :
je dirai seulement ici qu'il faut donner au cep un encaisse-
ment de terre végétale proportionrié à l'étendue qu'on veut
obtenir de sa tige, et une qunntité d'engrais égaleineilt pro-
portionnée à Ia quantité de raisins qu'on veut en obtenir
cllaque année :par exemple, un kilogramme de fumier par
Irilograinme de raisin, et u n sol végétal cubant 2 mètres
pour 20 mètres de surface de tige au soleil. Dans ces eondi-
tions, iiti seu1 cep pourra, sans s'épuiser, produire 20 kilog.
de raisin par an.
Gultripo an flanc rdgulier des montagnes. - OuaIlt aUX
terrains homogènes en montagnes, tous nos préceptes leur
sont applicablcs; seuleinent les opérations de défonçage, d e
Lerrage, de í'umure et de grosses cultures, y sont un peu
plus onéreuses que leu mêmes opérations pratiqubes sur des
terrains acccssibles A Ia charrue; mais ce surcroit de cliarge
est largement compensé par les avantages, liygikniques et
par la qualité supérieure des produits de la vigne cultivée
çur cles coteaux.
Viabilitd deu vignobles ii er6er. - LorSque l'elnplace-
ment du vignoble est choisi ou déterminé, la première con-
dition A reinplir 'est d'en rendre i'accès facile aux voitures,
non pas en un point seulement, mais, autant que possible,
h des distantes qui n'excèdent pas 50 mètres (deux petits
releis de brouettes ou de civibres) entre les routes parallèIes
auxquelles tous les rangs de ceps doivent aboutir perpei-idi-
CULTURE DE LA VIGNh. 1l.L
cú~[Link] routes ne doivent pas avoir kioins dc 5 rnè-
trea de largcur pour faciliter le croisement des voitures, le
dépbt des amendemeiits et des engrais, des sarincnts i la
bille, des pampres au rogriage, des récoltes aux vendanges,
des dchalas, des paillassons, etc., etc.
Les routes perpendiculaires aux lignes de vigne doivent
Otre distafites de 50 mèlres; elles peiiveilt Btre reliées entre
elles par d'autres routes parallèles aux lignes de vigneil'ayaiit
que 3 mètres de largeur et distantes de 200 n~ètres1es unes
des autres, de façon à donner à cliaque rectangle de vignc!
une conterlance régulière d'un hectare.
Ces routes secondaires il'onl besoin d'avoir que la largeur
ndcessaire i une voie de voiture, parce qu'antant les roiites
perpendiculaires sont indispensables au service dircct de Ia
vigne, autant celles-ci y soiit inutiles : les lignes de vigne
faisant obstacle A toute commui-iicationfacile et à tout trans-
porE dans I'intbrieur des carrbs, ellcs n'ont pour objet que
de faciliter lc passage des voiluics, des instruments et des
bêtes d'exploitation d'une graiide route i l'autre.
Cette dispositioii des cliemins des vignes n'sst ni ijntaisisle
ni arbitraire : elle assure tout simplcnieot l e succès d'un
vignoble en rendant trbs-faciics et lr&s-économiques ses
cultures, son entretien, son exploitalioii et; surloul I'appli,
caiion des remèdes à tous ses maux. I1 me sufíira, pour
donner une idée de l'imporlance, de la bonne distributioa
et de la multiplication des routes de service, de poses cluel-
ques cliifi'res connus de tout le nioilde.
Valoiir dcs voics ùc eoniniuiiicoiiou dcs vigmoblcs. -
Un mètre cube de lerre, d'ainendemenl ou d'ciigrais, (14-
cliargí: d'ane voiturc ou versc'! d'uii loiiibereaii, dans i'allCe
de service du Iiaut, ct uri aulre mèlre cubc versb dans
l'allée du bas, n'ont nbcessilé cliacuii, cn moycnile, qu'un
demi-relais tle trai~sportà Ia broucltc; ils cobtcrit cloiic
112 C U L T U R E D E L A VIGNE.
cliacun Of.05 de charge, Of.03 de transport, Or.05 de de-
cliarge, soit Of.15 le mètre cube pour aniender et en-
graisser I hectare situé entre deux routes à 30 mètres l'une
de l'autrc. Ce niême mètre cube coiite Of.20 si les deux
routes sont i 100 mètres, et Of.30 s'il n'y a qu'uile route
une extrémité : l'économie de Ia disposition proposée (et
expérimentée d'ailleurs par moi en grand) est donc au
moins de Of.15 par mètre cube; or les diverses opérations
d'importation et d'exportation des amendements, terrages,
engrais, Achalah, sarments, pampres, raisins, de l'entrbe et
de Ia sortie des hommes, femmes et enfants pour les cul-
tures, dépassent de beaucoup les mouvements dbpens4s pour
400 nlètres cubes. Le produit économique de la double
route à 50 mètres de distance est donc d'au moins 60 fr.
par an et par hectare, sans compter les facilites de dépôts,
de manoeuvres qu'elle donne et qui seraient impossibles sans
elle: i1 faut avoir éprouvé les embarras que dorinent les
services et les soins des vignes pour se rendre bien compte
de l'avantage et même de Ia nbcessité de frequentes et larges
voies de coinmunication. Eh bien, en outre de ces besoins
satisfaits, cliaque route rend 60 fr. d'économie ou de revenu
par an et par bectare de vignc desservi; sa superficie ( d e
5 mètres cle large, couvrant 200 mètres de 'long) est de
10 ares, desservant ainsi, ?I sa droite et h sa gauclie, un
demi-heclare, en tout 1 hectare. A 60 fr. de revenn par
10 ares, 1 hectare de routes, ainsi appliquées au service du
vignoble, produirait donc 600 fr., ou 10 pour 100 d'un
capital de 6,000 fr. Les routes des vignobles sont doiic de
i'argent bien placb.
Assainissement des vi,"xl~bies. - Après la viabilité du
vignoble (j'aurais clfi dire même avant sa viabilité), le pre-
inier soin doit Elrc d'assurer son assainisseinent; c'est-i-dire
d'étalilir l'kcoulement des eaux de Ia surface ct de l'iiltérieur
C U L T U R E D E LA VIGNE. 115

du sol à la plus grande profondeur possible, et de prevenir


l'accumulation et la slagnation des brouillards ou vapeurs
d'eau à sa superficie.
Les brouillards se rassemblent, se nivellent et séjournent
dans Ics has-fonds, dans les dipressions du sol sans issue,
exactemen t comme les eaux des inares ou des étangs :un bas-
fond, une cuvette aux flancs d'une rampe, mêine rapide,
meine élevée, un encaissement de baies ou d'arbres serrbs
sont autant de róservoirs à vapeurs, où la vigne gCle, oii la
vigne coule. Mais, cliose singulière et peu connue, c'est que,
si un large choiial est pratiqué à cicl ouvert B ces encaisse-
iiients dans leiir parlic la plus déclive, la vapeur s'en écoule
à peu près i Ia façon de l'eau; toutefois, à la diffhrence des
eaux, les brouillards skjournent plus longtemps ii l'abri des
Iiaies, à l'abri deç arbres, à l'abri des contre-forts de toute
nature qui brisent complétement les vents.
I1 faut donc détruire les bois, les arbres, les haies ólevées
B l'intirieur des vignol~lesou qui les dominent de trop près,
en même temps que I'on ouvre des canaux évacuateurs
des vapeurs à toutes les dépressions du sol sans issue
déclive.
Lcs routes daivent seruIr & I'assaimisscmeat des vignes.
-Les routes de service des vigiiqbles doivent toujours &trc
faites elz déblais; elles doivent atlircr i elles l'humidité et
les vapeurs; i1 faut sacrifier ici une viabilité plus ou inoins
saine 21 la salubritb des carrés de vignes qui doivcnt toujours
étre en relief sur les routes qui les bordent, Plus les routes
seront largcs, profondes, rapprochées, plus elles riuniront
les conditions de canaux réçepleurs e1 évacuateurs, plus le
vignoble sera garanti contrc les gelées c1 la coulure. Ces
conditions soiit lrès-facilcs à rbaliscr par l'interseclioii !aite!
eri lieux convenables dcs routes de service et des roules de
jonction.
118 CULTURE DE L A V I G N E
Cc vaste drainage 4 ciel ouvert sera, dans ia plupart des
cas, suffisant pour I'écoulement des vapeurs et pour celui
tles eaux : mais dans les terres fortes ct imperméables, le
clrainage horizontal viendra ~oindreses bons effets â l'action
cles routes, et dans les cas de sous-sol de glaise, d'alios, ou
de tout autre obstacle 4 l'absorption souterraine des eaux,
ainsi qu'en l'absence de pente suffisante, le drainage ver-
tical et Ics puits absorbants devront être employés.
L'assainissemcnt et la viabilitb d'un viguoMe doivens
@treex8catt5s et wsures avant d'y plnsater la vigne. -
Tout doit être prévu, tout doit être arrêté dans Ia création
d'un vignoble avant de préparer le sol et de planter la vigne.
T ~ u ce
t qui pourrait Ia deranger ultérieurement doit être
exécuté A ce moment, et l'on ne doi1 ajourner que les tra-
vaux qui pourroilt étre exécutés sans troubler sa végétation.
Car, je I'ai déjâ dit et je ne me Iasserai pas de le r6péter, Ia
vigne est iin riclie ãrbrisseau, cotiteux â planler et A cul-
tiver, et dont i1 faut attendre longtemps les produits; i1 ap-
porte triomplialement l a fortune en sept ans s'il iie trébuclie
pas en route; mais, s'il est obligí: de recommencer s o n
.iloyage (et i1 est obligé de le recommencer à chaqne déplace-
nient), i1 appai~vritou ruine toujours le planteur.
C O N D I T I O N S PRATIQUES D E LA P L A N T B T I O N DES VIGNES

Des trois espdees de plents. -Dans les soixante-rjuiilze


départements de Ia France où" l'on ciillive la vigne et OU
I'on peut átendre sa cnlture avec avantage, la diversité iles
sols et des sous-sols, des pentes et des sites, de Ia tempéra-
ture et des intempéries, est telle, qu'il cst impossihle cl'in-
diquer jusque dans les derniers d8tails la meilleure praliqiie
possihle dans chaquc localit,b pour la plantation cles pépi-
nihres et desvignes ou pour leur coildiiiie ultbrieure absolue;
mais i1 est des faits, des préceptes et des lois qu'il cst iil-
dispensable de connailrc et dont i1 faut leuir coinple c11
tout pays; je commencerai par lcs rhsuiner succincleinent.
Ori mulliplie Ia vigne i l'aide dc boiiiures, de clievclbcs
ou de plan t enraciiié proveriailt dc 11oiiture.
La bouture est un sarment de l'annáe coupé sur iiii cep
et mis en terrc sans racine.
Ln chevelée est un sarinenl couclié sous terre e1 ayant pris
racine sans [Link] scparé du cep.
116 CULTURE D E L A V I G S E
Le i~luntenrucii~kest une bouture ayant pris racine en
pépiniCre.
Ges trois sortes de plant reproduisent exactement les ca-
ractGres, qualités et défauts du cep dont ils sont tirés. Les
semis de vigne peuvent seuls donner des variétés, mais on
ne peut a~précierccs variétés q-u'après de longues années;
ce dernier mode de creation et d'extension'des vignobles
n'est donc ni praliqué ni i pratiquer.
Boutares. -La plantation directe de la vlgne en b0Ll-
tures, lorsqu'elle est pratiquahle, est préférable 6 la planta-
tion en plant enraciilé et surtouf 6 la plantation en che-
velée : l 0 parce que la bonne reprisc de la houturc sur
place avance au moins d'un an 1'Qpoclue des produits.
2' parce qu'elle constitue imm6dialement un arbrisseau
~'arffait,ayant son mésophyte, ses racines et sa tigc sans que
la transplantation ait à lui fairc subir unc mutilation :
l'cxpérience prouveque le cee ainsi ol~tenusur placc a plus
de vigueur et de durée; 3"arce que la bouture bconoinisc
le temps et les fac,ons, par conséquent Ia dépeilse de la pro-
duction de la chevel8e et du plant enraciné. RIalhe~ireusc-
ment, dans lea terrains trop légers et trop maigrcs, la bou-
ture ne réussit point ou réussit mal, et, dans ccs deux cas,
elle cntraine des retards, elle nécessite des replant n 1'ions el
i1 cn résulte des irrbgularités dc lignes et dcs inégalilés
d'âges qui sont extrèmement préjudiciables par les d8pcnses
et les difficuliés qu'elles entrainent ultérieureinent.
La vigne Ia mieux plantéc fait atteiidre cinq i sis ans ses
premiers produits, une ou deux années de rctard eont uiic
lourdc charge ajoutée à cette avance de teinps et de façons;
i1 fnut donc à tout prix réussir uno plrinlation clu prcmicr
coup .
Chcvclécs. -La plnnlation en chcveléc cst beai~coupplus
siirc que Ia plantation en boulurcs; pour peu que les cbc-
CULTUI1E D E L A V I G N E 117
vcldes aient 6th levécs avec soin et qu'on les replace
promptement dans un bon lit bien gras et bien ameubli,
elles réussissent toujours et poussent vigoureuseinent. Mais
la clleveléc suppose le voisinage d'un grand vignoble fourni
d'un grand nombre de ceps qu'on veut propager; on ne tire
pas lcs clievelées du cep sans inconvénients pour la vigne
mère; ellcs devicnnent fort cot~tcuscs;enfin, elles présentent
dcs colliers de racines Ie long d'une tige souterraine, dispo-
sition peu pliysiologique et peu durable dans la vigne eil
plein chainp. Une vigile bien tenue ne comporte pas la pro-
duction de clievelíres, et les clievelées ne produisent pas une
vigne robuste.
r~sints~ B I F ; ~ C ~ ~ -
C S . Le plant enraciné, provenant de
boutures rnises en pépinière, ne présente aucun des incon-
vénients de la clievelée : on le produit très-économiquenient,
i1 offre Ia constitiition normale de l'arbrisseau isolé, on lc
leve avec facilité au inoment de la transplantation, ct sa rc-
prise est aussi assurée que celle de la clievelée.
La bouture et le plant enraciné sont, en effet, les seuls
bons élémentsde l'extension et de la créalion des vigaohlcs;
inais, pour faire le plant enracink, i1 faut cinployer d'ahord
ia boulure.
Qii'cst-ec que la boutnru? - T o ~ sarment t de I'ailii4e,
coupé fraiicliemciit d'un cep ou d'unc treille de ilovembrc
en avril, porlaiit deux yeux., I'un en tcrrc! ct l'autrc hors de
terre, constitue i la rigueur une bouturc; deux youx en
tcrre valent micux qu'un ail, trois yeu~sontmeilleurs que
deux yeux; un plus grand nomhre d'ycux est inutile et
mEinc nuisible, parcc que les racincs prises au quatrièine,
cinquièinc et sixième ceil, sont trop séparécs dg la tige et
ont besoin d'un enfouissocnent i une trop grande profoi1-
deur ou d'un trop Cort coucl~agesi le sol végélal n'est p3s
asscz profond. ()uant à la crossette, qui n'est autre ciiosa
7.
IIY C U L T U R E D E LA V I G N E
r~u'unsarment au pied duque1 on a conservéun tronçon de
vieux bois, elle est inférieure en tout point au simple sar-
rnent; elle constitue une mauvaise origine radiculaire, une
zirculalion difficile et embarrasséc dans le vieux bois, et, en
outre, i1 faut beaucoup plus de temps pour la trouver et la
disposer, et, par conséquent, son prix d'acliat est beaucoup
plus Clevé.
RIani&~od'obtenir, d'exp8dier e t do e~onserverun grana
nombre do bautares. -
POUPfaire les pépinières ou planter
directement les vignes, i1 suffit donc d'avoir des fagots de
sarment provenant de la taille ardinaire de bons vignohles,
ou ylut6t des bons cépagcs yu'on désirepropager ou cultiver.
Ces fagots doivent être fraicliement reciieillis après la
taille, c'est-à-dire dans la huitaine qui suil cette opération;
si le lemps est pluvieux ou couvert, le sarmeilt est encore
bon après quinze joixrs; i1 est bon pendant plusieurs mois
s'il est conserve en lieu liuinide et frais comme dans les
caves, ou dans u n sal humide; ou bien lorsqu'on veut
l'expédier au loin, si on l'a inis dans des lonneaux ou des
caisscs imperinéables avec de la mousse ou des hponges im-
prégnbes d'eau; Ia paille n'est pas bonne, parce qu'elle
s'échauffe et fermente sous l'influence de I'humidité ali
point d'altérer les sarments.
V6rifiendion de I'0tat de eonscrvatlondes boutnres. --
Soit sur place, soit A leur réceptioil après u n court ou un
long voyage, les bottes de sarinents doivent être examinées :
3i leurs sarments, coupSs net et en biseaii, ne présentent plus
iii liumiditk ni verdure 5. Ia tranclie, ils ne valent plus rien
oii sont bien près de n e plus rien valoir. Pour s'en assurer,
oii les baigne douze heures dans une eau ùouce et on recorn-
mence l'épreuve de la coupe; si l'on s'aper~oit que la sur-
face coupée est verte ou prhsante un ton de verdure, tout
sspoir n'est pas perdu; mais on ne devrsi risquer ces sar-
C U L T U I \ E D E I,h VIENE 119

mellts qnJcn pápinière, leur réiissite est trop douteuse pour


q U * ~lesn utilise pour la plantation dirccte $une vignc.
Seratiaeation ùes sarments. - La vérificatioii de I'état
deç sarments une fois faite, si le rbsultat est satistisant, i1
faut .imrnbdiatement, comme je l'ai dit, stratifier ces sar-
ments, c'est-à-dire les enhuir i Om.50 de profondeur, sous
une bonne terre meuble ni trop sèclie ni trop liumide, par
lits réguliers de Om.08 i Om,12 d'épaisseur, puis fouler Ia
terre lorsqu'ils en sont recouverts. Les sarments ainsi stra-
tifids peuvent rester jusqu'i dix-huit mois sans perdre lieur
faculté de vbgéter; i1 semble même que quelqnes semaines
ou les preiniers six mois de slratificrttion les préclisposent i
une vbgbtatioil vigoureuse.
La stratification est ainsi doublement prècieuse en prépa-
ranlle snrnient, et en donilant au pépiiiiérisle ou au vigneron
le teinps de s'approvisionner e1 la faculté de clioisir l'époque
Ia plus favorable au succès de Ia plantation.
jkl~orduocie i a reprise ites boutures. - Le moment de
i'anilèe le plus favorahle i 12 reprise des l~outuresesl le prin.-
Leiiips, avril et mai. C'est le moincnt de faire les 'pépinières
et de plmler directemcnl les vignes en boukures. Les plants
eilracinés réussisscnt rnieux, au coiilraire, s'ils sont mis eii
ierre à Ia fin de l'automne.
La boulure confièe i la terre bien avant le temps de cho-
leur et de sbve continus pent y dessbclicr ou y pourrir,
souffrir ègaleinent dcs alternntivcs de cliaud et de froid, de
sbclieresse e1 rl'liuinidi tb, sans aucun BiSet ulile pour une
vEgdta tion iinpossible ou accidcntclleinenl interrompue ; un
v6g81al coiiiplet, ayanl racines e1 lige, pciil inetlrc i prolit
toules ces circonstances; un ramenu qui crée +ies organes
ii'a qu'une existcnce loule falnle, qni disparaft au iaoindre
écari des coizdilions de son imubation; poiir bien rbussir,
Ia bouture n besoiil d'un temps cliaiid conlinu. Le inois dc
1-3 C U L T U R E D E L 1 YIGSE
mai, dans Ics régions (lu Nord surtout, vaut donc mieux
encore que le mois d'avril pour la plantation des sarments.
C'est pour moi u n fait acquis par de nomhreuses expC-
rienccs.

SOI proprc aux pdpini*rcs. -Le terrain le plus proprc


aus pépinières est celui qui convient aus Iégumes e1 aux
prairies na turelles; c'est-i-dire, un terrain frnis et généreux.
Toutefois on peut conslituer d'excellentes p8pinièrcs dans
lcs plus iiiauvais terrains, dans les sols les plus arides, en
y apportaiit 2 kilog. dc fumicr de ferme et 4 kilog. d e
tionne terre végétale par mètre cournnt de lignes â planter.
Néanmoiiis les bas-hnds non inondhs, le bord des ruis-
scaux, les lieux humides où l'ori evite avec soin de placer la
vigne à fruits, doivent toujours blre préfbrés pour les pdlii-
iiihes.
aréparation du sol de Ia p<ipjili&rc. - Autant que OS-
sible, l'emplacement destiiié à recevoir la pépinièrc doit
6Lre labouré, bCclié ou pioclié profondément (Om.30 ti-
Om.40) en novembre ou au plus tard en février, et être 11in6
au printemps, afin que toutcs les herbes soient rlétruitcs.
O n pcut, h la rigueur, se dispenser de toute opbrat'ion
I~r8alablee t attaqiier le terrain au moment de fairc la pCpi-
ilière : elle sera plus difficile à bien étahlir, mais le succ&s
sera le mêine, A peu de chose près : toutefois le terrain
devra toujours Etrc préalablement bien rctourné, bicn net-
toyé et bien nivel8.
Plantatlon dc la pépEniB~eea netion. - Le fumior
Btant apporti! en ias â unc estréinité d ~ cliamp,
i ainsi q u e
!a terrc végétale, les sarrnerils stratifiés sont estraits du sol,
reliés en hottcs et apportés 3 uii atelier de femmes, [Link]
eliacune d'un shcateur et d'une haguette mod&lede W.36
de loilgueur. Cliaque femme délic sa botte et rognc cl~aque
sarment à Om.36, en abattant contrc le bois les rcstants de
vrilles ou les qcieues de raisin : les sarinents trop tordus,
ácrasés ou cassés, ceux qui ne sont pas verts à la coupe,
doivent être re,jetbs.
Devant cliaque femnie, ou entre Ileux femincs, est placc
u n petit banc à quatre picds, les pieds en l'air; les boii-
tures, à mesure qu'elles sont taillbes, sont d6posées entre
les quatre pieds, conime on mètrc lc bois de chauffage, et
Ics pieds ont une Iiautcur et un écartement qui conticancnt
1,000 boutures.
Les boutures doivent y être placCcs parallèlement et
toutes dans le même sens, c'est-à-dire les pieds avec les
pieds e1 Ics têtes avéc les têtes.
Aussitdt qu'une mesure est rcmplic, le surveillant de
I'atclier eii fournit une autre, vérifie le conclitionncmcnt
dcs nlille bouturcs en jetant un coup d'ccil sur les estr6-.
iilitbs, qui doivenl êlre vcrles, ct en cxaininant s'il n'y a pas
de vides faits A dcssein dans Ic faisceau ct s'en assurant
par plusieurs secousses iinprimbcs au banc. La l~onneli-
vraison reconiiue, i1 passc un licn autour dui faisceau, le
serre, l'arrêle et le livre â un cilfant qui le porte aus plan-
teurs ou bicn va le poser Ics pieds daiis une eau douce de
Om.05 de profondeur. Le piqueur reild lc banc vidc à Ia
coupeuse eE lui marque sa livraison sur son carnet, au pris
de Of.75.
Pendant cc tcinps, iin Iioin~ncouvre à la bêclic ct nu
cordeau une jange indbfiiiie de O"l.25 de profoildcur sur un
fer de hbclie seulcincnt dc largcur, prbscnlaiil, i parlir du
cordcaii, im talus d'environ 40 dcgrCs d'iiiclinaison; un
enfant, muni des boutures, Ics couclic sul1cc talus dc kiçon
qu'ellcs dépassent le cordeau de Om.06 â O'll.10Iiors tle
1%'L C U L T U R E DE; Lh V I G K E
teme et à la distance de Om.025 Ies unes des autres ; un
enfant, muni d'une truellc, recouvre les sarments de
Om.02à Om.03de terre végétale dcpiiis le cordeau jusquIau
fond de la jauge, et derrière i'enrant un homme, portarit uu
panicr qu'il est a116 remplir de fumier, distribue le fumier
dans le fond de la jauge dans la proportion d'environ
quatre litres (2 kilos) par inètre courant; la jauge est en-
suite remplie de la terre yui eil a 6té extraite, et cette terre
est alors piétinke et foulée avec force, de façon à sceller
forlerneilt les sarments dans le sol. Le lassement du sol est
Ia condition principale du succès, parce que les boutures
onE besoin d'un contact iininédiat et très-serré avec le sol
pour en tirer par capillarité 1'[Link]é nécessaire à leur
végétation. On acliève de remplir la jauge en ouvrant une
jauge seniblable et parallèle à P.25 de la ligne de plants
qu'on vient de forrner, et toujours au cordeau, pour y re-
commencer exactement l'opération que je viens de dé-
crire.
t sendlers tic la p6piníere.
~ ~ . i n e ù ce s -On forme ainsi
cinq rangs de plants k Om.25 de distance l'un de l'autrc;
puis 011 laisse uil intcrvalle de Om.50 comine seiitier, pour
les sarcloge, taillagc, épamprage, rognage et nettoyage; de
ce sentier la rnaiii pcul atteindre facilement au milieu de Ia
planclie de ciriq raiigs, sans qu'on soit obligé d'y pénétrer.
Si l'on dispose d'un terrain sufíisant, on peut donner aux
sentiers un mètre de largc pour faciliter les transports A
civière ou le roulage à la brouette. I1 est très-utile aussi de
laisspr de 20 en 20 mètres des allées transversales pcrpen-
diculoires aus sentiers pour y déposcr,les fumiers ou amen-
dements, o~ bien les résidus des cultures.
Taille coiavepturc des piants. - La pépinière ache
v6e, on en rogne toutes les boutiires sur I'ceil plus prèe
de terre; ct, si yon fisposc d'un sable léger OU d'une terre
C U L T U R E DE L A V I G R E 123
lègère, oii en recouvre tous les bourgeons à Om.02 d'épais-
seur; cette priitique assure Ia rèussile de toutes les houtures
en préservant le boiirgeon et I'extrémité du sarment, soit
des effets de la sécheresse, soit de l'effet des nuits froides,
soit enfin des coups de solei].
Produits tie 1a pCpini*re. - Dans le cas oii cette pré-
servation ne pourrait avoir lieu, parce qu'on n'aurait à sa
disposition que des terres fortes ou qui se durciraieiit faci-
lement sous i'influence de la pluie ou de l'ahration, la
moitié des houtures ainsi plantées produira tousours des
planls de premier clioix, un quart de ces boutures produira
des plants de deuxième choix, et le reste sem perdu; ce
résultat est d'ailleurs très-suffisant.
NIScessitB da rnpproelier les bootnros. - 11 importe
de rapprocher les plaills à Om.025 an lieu de les placer A
[Link], coinme cela se pratique haliituellement, parce qu'il
faut quatrc fois moins d'engrais, quatre fois moins de ter-
raiii et quatre fois moins de frais de cultiirc pour obtenir
une in&me qualité eE iine même quantité de plailt, J'ai
expériinenlb les dcux mélhodes, dans les mèmes lieux et
avec les inCines conditions, et j'aflirme que la supériorité
du systèmc de pQpinièrcs à plants serrés n'est pas douleuse.
Le meillcur plant e s t eeliui do deox nns de p8pini*ras.
- Le plant doit Ctre leve et repianté après sa deuxième
feuille; quelque vigueur qu'ait prise la bouture la prernière
aniiée, ses racines sont trop iendres et trop spongieuscs
~ J O U Psupportcr sans de cruelles blessures l'arracliage et Ia
replantation; h la deuxiàme ailnée, au coritraire, les ra-
cincs sont ligneuses et robustes. Toutefois i1 importe bem-
coup a u propriétaire planteiir d'en surveiller encore avec
soin l'arracliage, car l'ignorance et Ia brutalité des arra-
clicurs pe~ivenlcompromeltre l'cxistence et la reprise du
meilleur plant.
124 CULTURE DE LA YIGNE
PrBcaotions à prendro polir bEen lovor lo plant clcs
pepiiiières. - I1 faut cnjoiridre formclleinent aux arra-
clieurs de ne jamais tircr Ic plant. Le pliint doit être sou-
leve par un coup de bêche profond, qui, par ses mouve-
ments d'oscillation et de bascule, en amène Ia terre et le
clievelii i Ia surface du sol; la terre s'cfrrite alors ct tombe
pour ainsi dire d'elle-même, sans distendre les racines et
sans en arraclier les spongiolcs ; c'est à ce inoment seule-
ment qu'il est permis de saisir Ic sarmcnt ct d'achever de
dbgager ùouceinent ses racincs.
A la troisième année, les racines sonE trai [Link] sont
allées trop loin pour qu'elles ne subissent pas unc í'dclicuse
mutilation par l'arrachage; le plant d'élitc est donc celui de
deux ans, ou plutô t de deux feuilles, car, i sa plantation
possiblc en novembre, i1 ne cornpte que quinze mois d'csis-
tence en pépinière.
Soins 8 donnor ò ia p6pint6rc. - Les soins Í'I donner
,1 Ia pépinière pendant ces dcux annhes soiit très-simples.
11s se bornent, la première annbe, i des sarclages assel;
fréquents pour que la terre ne présente aucune lierbe qui
arrête ou absorbe les rayons du soleil. Si les pampres sont
trop longa et trop serrÊs au mois d'aoiit, on 1cs rogne Í'I
Om.30et on abat sur cliaque picd lcs pampres les plus
faihles pour n'en laisser qu'un ou deux des plus forls.
Au mois d'avril suivant, A Ia taillc sèclie, on ne laisse
qu'un seul sarineiit rognè h uii seul mil; on donne ensiiite
uii binagc léger et tout Í'I fait superficiel; du I5 au 30 juin
o11 f,l~ou@eonneavec soin tous les painpres sortis de terre,
du collel ou du sous-mil, pour nc laisser que le sarinenl
priacipal, qui doit lui-même être pinck à Om.30 de terrc.
O11 arraclie toujours avec soin toutes les herbes de Ia pCpi-
iiière, et l'on procdde Í'I un second Qbourgeonnagecn aoiit,
do façon quc 18s rajons du solcil pnissent bien miirir Ic bois.
C U L T U R E D E L.k VIGNE 125

011obtient ainsi, pour le mois de novembre, un eucellent


plant.
Composition et dfipanso d'ud atelier do plontatinii dr\
pepinierc. -
Un atelier doit être composh :
1"Dc six hommes :
Dcux poui, l'cdraclion et le Iiottclage des sarments stra-
tifies ;
Dcux pour ouvrir et reinplir les jauges, un poui portcr
et mettre en place le fumicr;
Un surveillant actif.

2' De six enfafits ,:

Deux pour aider i i'cxtraction des sarments et au tail-


lage;
Deux pour poser les sarments cn jnuge;
Dcux pour couvrir Ics sarments de terre à. l'aide d'uiic
truclle.
3"De vingt femmes einploybes i la taille des bouturcs.

Cct alelier pcut planter par jour, selon toutes les règlcs
et dans la perfection, 40,000 boutures, occupant 333 mè-
trcs superficicls (3 ares 33 centiares), y compris les sei-iticrs
et les allbes.
FflAIS DE PLBNTATLON D'ORE PBPINI~BE DE 5 ARES 33 CENTIJ\BES.

.....
L'ntcliçr cohtc par joni*, nu ~nnxirnurn. 48 fr.
4 mitres cu:ubes ou 2,000 ltilog. dc furnier, :i7 ir.
le mbtre, ont cofité.. ........... 2S
...
L'ncliat (lu lilant : 50 liottcs i 20 ccntiincs. 10
Traiisliort et rnise cn jnugc. . . . . . . . . . . 10
Yremière culturc de 3 ares 33 ccntiares. . . . . 12
Sarclage et soins, Ia 1'" ann6c. ........ 12
..
Tnillagc, Cpaunprage ct sarclage, Ia 2" arinúc.. 15
Ai~rnclingedu plant ct transport i la vignc. ... 13
Total du prix do rev'cnt ilc ln pópinibrc, ... .i 48 [r.
126 CULTURE D E Lh V I G N E
Cette pépinière produira 30,000 bons plants q~li,trans-
portés à la vigne, vaudront 5 francs le mille et garniront
3 liectares.
Un hectare de pépiilière serait ainsi planté en trente-
trois jours, coijterait à peu près 5,000 fr. et í'ournirait de
quoi planter 100 hectares en plants de deux ans. J'ai 6tabli
ainsi des pépinières de deux à trois millions de boutures
qui ont dépassé quatre fois mes besoins pour 34 hectares.
Les conditions dans lesquelles j'établissais ces pépinibres
Ctaient tellement dbfavorables, que je devais coinptcr sur la
non réussite des trois quartç des boutures; c'est le coii-
Lraire qui s'est proiluit; les trois quarts des bouturcs ont
réussi.

5 5. - PLANTATION DE IA YIGiTE
Déionapge du sol. - Le sol destiné à recevoir Ia viglle
doit toujoiirs être préalablement défoncé et remué jusqu'h
Om.50 au moins de profondeur.
Si la couche de terre végétale clui le recouvre est peu
épaisse (Om,15à Om.20), on ne doit point la retourner au
point de lui iaire occuper le ioizd tandis que le sous-sol
viendrait former Ia surface. Elle peut néanmoiils 6tre me-
1nngCe avec un tiers ou la moitié du sol sous-jacent On
obtient ce résultat à l'aide d'une forte charrue Dombaste
qui retourne la terre 5 Om,25ou Om.30de profontl'eur; cq
la faisant suivre par une bonne charrue fouilleuse, cliargde
d'un poids proportionné à la dureté du sous-sol, on reinue
le sous-sol et on l'ameublit suí%samment 2i Om.20 et On1.25
ali-dcssous de la preinière culture, Un second dbfonçage
opkré dc meme clans un sens perpendiculairc au premier
dbfonçage donne i l'opkration une perieclion complòte.
DBioriçnge d'un sol "ti. - Si le sol à retourner et à
C U L T U R E D E L A VIGNE 127
fouillcr cst nu ou bien s'il n'est couvcrt que de quelqiies
herbes rares et minces comme daiis les savards dela Gliam-
p e n e , l'opération du défocçage peut ètre exécutée imm&
diatement et sans préparation.
Les deux attelages comportent l'emploi de six clievaux
vigoureux ou de six bceufs et le travail de qiiatre hommcs
solides, prcnant les mancherons et guidant les clievaux
slternativement pour se reposer les bras d'une tension et
d'un ébranleincnt Irès-fatigants, surtout dans la manceuvre
dela cliarrue fouilleuse quand elle attaque un sous-sol pier-
rem. Le double équipage coute de 30 A 33 fr. par jour et
donne pour travail un demi-lieclare en premier défonçage
ct un hectare en dbfonçage en travers. La dbpense totale
est donc de 90 Q 100 fr. par hectare. Le défonçage à la
main n'esl pas meillcur et coiite au moins 200 fr.
Ddfouip~god'un sol eoovert do ~ 6 g d t a t i o n -
. Si li? sol
i défonccr esl couvert J e bruyères, de fougères, de gcnêts
ou d'arl~risseauxquelcoiic~iies,i1 faut raser ces vegétanx et
les hacher Q la serpe, de façon A pouvoir les repartir au
fond des raies. S'il est couvert d'un gazon ou peloux très-
épais, i1 faut, prbalablement au défoiiçage, d8corliquer le
sol au iiloyen de la cliarruc à dégazonner les friches et les
marais; un soc plnt, en fer de lance, de Om.40 à Ia base sur
Om.50 de longueur, précédé de trois coiitres, un coutre
placé dans l'axe du soc et les deux aulres A Om.20du pre-
mier coulre, un h droite, l'autre A gauclic, soulève avec une
iacilité mervcillcuse et en coupant toutes les racines, deux
lanières do gazon de Om.20 de largeur sur Om.08à Om.10
d'bpaisscur. Ce soc forme le patin d'une forte araire Q man-
clierons, ayant une rone dircctrice cn avrint.
Les lanièrcs sont laissbes sur place pour être détournée~
seiilemeiil au passage rles cl~arrues(lc défonçage et jetées
au fond des raies A mcsure que ces raies soni, creusées.
C U L T U R E D E L A YIGNE 17.8

cin8s. I1 doit être pratiqué le plus longtemps possible avanl


la plant~tionprbvue; dans tous les cas i1 doit Etre suivi de
binages pour détruire toutes les herbes qui auraient pu sur-
gir, et de hersages, et de roulages, soit ai1 rouleau Croslrill,
soit au rouleau ordinaire au moment même de la plan-
tation.

Au inoment de planter,.le sol doit être uni et ferme pour


qu'on puisse y tracer exactement les carrés et y dresser les
lignes de plantation dans un parallblisme parfait. Un mètre
de pliis OU de moins dans un des cates du rectangle, un des
anglcs trop fermé ou trop ouvert, sur6sent pour jeter Ia
pcrturbation dans l'installation dc tout le vignoble ct sus-
citer de très-grands crnbarras; je le sais et je le dis, parce
que j'ai kté rnis dans ces embarras par Ia ndgligcnce et
I'ineptitude d'un conducteur vigneron.
Outiiiago des traces. - Un certain iiombre de T for-
rnbs par i'assemblage solide de deuu règles en sapin de
3 mètres de longueur cliacune sont Zune utilité estfême
pour tracer lcs carrés et les lignes d~ vigne. La têtc du T
est alignée parallèlement 3 la' route, la tige pcrpendiculaire
indique la diiection des lignes, ct rbciprorluement Ia direc-
tion des lignes assure Ia pcrpendicularitd des cliaines de
lête. Deux cliaines d'arpenteur, formées de gros fils-de fer
articules de mètre en mètre marquent Ia distance esacte
des lignes de ccps, tandis que plusieurs cliaines pareilles,
fisées vis-à-vis cliaque articulation des cliaines de têtes, ten-
alies perpendiculairement à ces chaines, marquent égalc-
inent par leur' articulation de mètre en mètre la place de
cliaque cep.
C'est à l'aide de cet oiitillage des T et des cliaiiies quc le
130 CULTURE iie LA YIGNE
conducteur du travail peut installer rapidernent et silreincnt
les ouvriers 6 leur besogne et éviter toute fausse ma-
neuvre.
~ r i e a t a t i o ndos iignes de oeps. - Avant d'htabjir les
routcs de service, les routes de jonction, les cbtés des rec-
tangles et le parallélisrne des lignes de ceps, une question
très-grave aura dfi être irrévocablement résolue. Quelle sera
l'orieiitation des lignes de ceps?
Tlihoriquement, la meilleure orientation est la direction
itot*d-sud, parce que les lignes de ceps reçoivent l'insola-
tion est ct ouest, et qu'aux l~euresvoisines de midi le soleil
frappe la terre nue qui les sépare de façon à l'échaulfer lc
plus possible. Dans Ia direction est et ouest des lignes, une
partie de Ia terre est toujours dans l'ombre prqietée des ceps,
et les fruits plaeés au nord du palissage sont eux-mêmes
11rivés de soleil.
Mais les conditions de routes préexistantes, de pentes de
inontagnes ou de rampes, peuvent contraindre à varier les
directions. Css directions peuvent donc passer du nord d
i'est, au suJ et i l'otbest. Mais elles ne doivent jamais affec-
ter l&sdirections passant- de I'esE au sud pour incliaer do
l'ouest au nora, du nioins en France, aù I'expérience a
prouvè de ternps immémorial cpe'les expositions h l'ouesl
ct au nord, la preinière plus encore que la seconde, étaienl
les plus inauvaises expositions de la vigne.
L'orientalion des lignes de vignes hien déterininéc, les
routes tracées et délimitant les .rectaiigles, une cliaine clc
têle est fixée à cliaque côté correspondnnt aux dcux routes
de service au inoyen de fiches en gros 81 de fer, h poignbes
supérieures. Ces deux cliaines doivent être parqllèles et
partir &une distance égale de l'axe d'une route de jonction.
Autant de cliaines de lignes qu'il en faut pour l'importailcc
da l'atelicr dc travailleurs qii'on emploie sont tcndues d'un?
C U L T U B E D E L A VIGNE 231

eliaine de tête i l'autre chaine de tête, vis-i-vis cliacunc da


leurs articulations, c'eat-A-dire de mètre en niètre. Le pa-
rallélisme des chaines de lignes ct leur perpendicularité siir
les lignes de tête doivent être dkterminés et vkrifiés au
moyen des T.

$ 5. - PLANTATION PnOPIIEIIENT DITE.


personncl da lu plantdioni. - Ces dispositions p~ises
par un coiiducteur clicf d'atelier, aidé d'un porte-chafne, la
plaiitalion i boutures ou en plant enraciné peut être faitc
soil Ala tâclie, soit B la journée, parce que Ia plantalion va
être réduite i iine opération toute inécanique, où l'intelli-
gence du vigneron n'est pas ndcessaiic. J'ai même constaté
que cette intelligence est parfois nuisible A te1 point, que
j'ai élk obligé de renoncer à l'emploi des vignerons pour la
crkation des pipinières, Ia création des vignes et leur con-
duite jusqu'ti 4 ou 5 ans.
Des terrassiers français, belges et allemands m'ont plante
et mené à bien 34 llectrires de vignes que j'ai dii retirer
60 vignerons des plus liabiles de France, après avoir con-
staté qu'ils ref~~saientde me comprendre et s'obstinaieiit A
trayailler selon leur coutume. 11s avaient raisoii de faireleur
mélier te1 qii'ils le coniiaissaient, et ils le conilaissaient
très-bien, et moi j'avais tort de prendre des Iiommes intel-
ligents et cxpériinentés, alors que je ine réservais tout le
raisonnement et qu'il me fallait seulement des bras.
TOUSlca ouvriers travaillnilt a l a terre, liomnies, felnines,
enfants, soiit propres 4 planter Ia vigile et i la coiiduire
mécaiiiqueinent sous une bonne direction (leur travail se
réduisant toujours A une action prkcise et uniforinef; une
famillc de vigiicrons iie doit eiitrer i l'atelier qu'après avoir
proniis une exéciition absolument passive, un sileme com-
i39 CULTURP DE LA YIGNE
pIet sur la naturc du travail et une réserve absolue de cri-
tique et de pronostics.
Nécessit* de plnnter In vfgno no nivean clu sol. -
Avant de décrire le rnode de plantation, je dois agiter cette
question : la vigne doit-elle être plantée en relief ou en
contre-bas du sol? sur des mottes ou billons ou dans des
trous ou fossés?
Dans les terres saines, c'est-à-dire qui laissent descendre
les eaux jusqu'à 1 mètre sous le sol et n'en retiennent par
capillarité que l'humidith nécessaire à la ~Bgétation,la
vigne doit êtse plantée, comme Ia plupart des végétaux, ali
niveau du sol.
La vigue aioit 6tre pnrfots e u i t ~ v ~ e bi~ons-
snr . Dans
Ies terres très-huinides par elles-mêmes ou par la proximite
d'un sous-sol imperméablc, la vigne réussit mieux sur bil-
lons ou ndos qu'au niveau du sol. En aucune circonstance
elle ne doit être plantèe en fosse ou en fosse pour y &Ire
maintenue longtemps. Les yrovins sembleraient étahlir un
précepte contraire fondé sur une longue'pratique, mais le
provin n'est, h proprement parler, qu'un recouchage, un
mode de repeuplement, de terrage et d'engriiissage de Ia
vieille vigno. Les vignerons, dans un grand nombre de
vignobles, plantent aussi la vigne au fond de trous en quin-
conces ou de fossés en lignes, et cda avec Ia sanction de
i'expkrience et une apparence de grand succès ; mais c'est
encore lA une condition propre à Ia pépinière et aux pre-
miers ages du cep; c'est aussi un mode de ddfonçage. Mais,
quand le cep est adulte et Ia vigne en plein rapport, le sol
3 repris partout son niveau.
Btudes sur l e s rneines l e Ia vi-. - Cette phlntati~n
première au fond du sol le plus végétal est-elle nécessaire,
est-elle utile? Elle n'est ni nécessaire ni utile, clle èst nui-
sible et conlraire à Ia constitution du cep, de même qu'elle
C U L T U R E D E LA V I G N E 153

serait contraire à tout autre vBg6tal dont on enterrerait Ia


tige à mesure qu'elle monterait, et cela au point de sépa-
rer son mésopliyte, et par conséquent l'origine naturellc
de ses plus fortes racines, des effets de l'aérage et de I'in-
solatian : heureusement que, pour ceux qui plantent ainsi
profondément, la vigne a des ressources de vitalité infinieu
et qu'eHe pousse de nouveaux colliers de racines i cliaque
nceud que l'on enterre; car les racines infhieures ne pour-
raient remonter dans le bon sol, elles manqueraient de clia-
leur ct pourriraient sans séve dans I'humidité.
Les meillcures racines de la vigne, celles qui fonctionnent
Cnergiquement, sont celies qui partent de Ia tige iOm.15
ou Om.20sous tcrre, et qui lA sont stimulées par la tempé
rature extérieure i leur sommet, tandis que leurs extrbmilé
divergentes et plongeantes vont cliercher partout la nourri-
ture et I'humiditó, dont elles s'emparent par une véritable
force thermo-klectrique résultant du contraste de teinpbra-
ture aux deux estrémitbs de la racine.
La plantation profoilde n'est qu'une erreur perpétuhe
par la routine : si le vigneron, à mesure qu'il rcinplit sa
fosse, d6lruisait cliaque annéc Ies collicrs clui se Sormcnt
au-dessus des racincs priinitives et prot'orides, i1 vorrait
11icntot pCrir sa vigne, et conslaterait aiilsi Ia l'aiblesse et
l'impuissawe des racines venues sur le sous-sdq mais i1
n'en fait rien et i1 a raison; sa vigne prospart, cela lu1
suffit; çeulement il croit qu'elle prosphre par les racincs
inféricures, tandis que c'est par les racines nouvellcs ct
sup6rieures. Rlais son Iravail dispendieux a toujours setrtrdé
et souveilt coinproinis Ic succds; combien de fois, dans Ies
l~aysoOÙ les proviiis sont trop profonds, lc propriktaire n'a-
t-i1 pas diiploré la lcntcur ou la mort de ses ceps rccouclibs
en proviiis, alors qu'il cn allci~dnit unc abonclante ct
promp le récolle !
a
1st C U L T U R E D E h,\ B I G N E

pPanuation de 1s vigno compnrge á la plantatiorn


asperges. - On voyait encore, i1 y a vingt ans, u n sem-
blalJe effet d'une pratique erronée dans Ia culture dc:;
aspel'ges : une fosse d'aspcrges B établir dans uii potagei.
ètait une grave question d'art, de travail et de dépense; on
Ia creusait i un mètre de profondeur; on préparait tout au-
tour des tas de sahle clioisi, de fin terreau et de terre
franclle, OU même de terre de bruyère; on asseyait les
griffes profoildément après avoir rechercl~é cellcs qui pro-
venaient des fosses à ancienne réputatioil; on distribuait sa-
vamment les couclies de terre franclie, de terreau, de sable,
jusqu'h ce que la fosse fiit presque comblée; et, quand les
asperges finissaient par surgir de ces catacoinl~es,c'était u n
~ r a n dsuccès; mais pour un succès de maigres e t fantas-
9
tiques asperges, on comptait de nombreuses et coinplòtes
défaites. Aujourd'hui l'asperge se dkveloppe avec la plus
grande vigueur et bien inieux i la siirface (lu sol qu'i une
grande profondeur. Si on plante encore une griffe de deux
ans de semis dans des fossés peu profo~ids, c'est exclusive-
ment pour que l'asperge présente la loilgueur de blanc
clu'on lui dksire, car on iie comble les fossQs qu'après trois
ans, et cela seuleinent au moment de Ia pousse du turioil,
et dès la iin dc la saison on s'emprcsse de vider le fossQ jus-
quc sur lc collet de la griffe, pour lui rendre le plus tbt
possible les influences atmospliériques.
Si l'on cullivait l'asperge près de la surface du sol en la
couvrant au printemps de la terre fine et 16gère nécessaire
pour que sa tige blailcliisse, l'asperge croitrait encore
mieux que dans les fossés : demandez à M. Lérault, l e cé-
lèbre producteur d'asperges, ce qu'il en pense; je crois
pouvoir affirmer qu'il est de inoii avis; et &I. Gauthier,
Iiahile liorliculteur de Paris, vient de faire connaitre à la
SociSlè imp6riale et centrale d'liorticulture les p l ~ belles
s
uUI.'l'UI{!i D E Ltt V i G N E 125

ii16thodes ui: culture d'aspcrges sernbes et repiquees comme


toiis ies autres légumes sur le sol plat. J'ai visite ses pro-
rluits, qui sont surprenants de précocité et de beautb.
Eli bien, ce que je dis des asperges, je le dis de Ia vigne :
elle doit être plantée de lelle façon que son collet soit au
nireau du sol, d'où ses racines fibreuses s'élanceront ?I
toutes les profondeurs voulues ou possibles, selon la nature
spéciale tlu sol ou du sous-sol. La vigne forme ainsi I'ar-
Srisseau parfait dont les racines et Ia tige s'éqnilibrcnt dans
une exacte proporlion, qui peut être contenue dans un es-
pace restreint et toujours le même.
La treille de jardiri a d'autres besoins et d'autres exi-
gentes : tant8t i1 s'agit d'obtenir un jet vigoureux qui
monte d'une seule pousse A Ia liauteur qu'on désire, tantôt
i1 s'agit d'obtenir des grappes volumineuses et des grains
gonflés d'im liquide riche en eau et léger en sucre : on
conçoit que I'addiiion par le recouchage de six, huit, dix
colliers de racincs nou~~elles concourt merveilleuseinent j.
ccs résulíats; mais la vigne il'est pas Ia treille, le raisin de
table n'est pas le raisin à vin, et d'ailleurs, si le recoucliage
ou l'ensoncliement a de graves inconvénients pour la vignc,
i1 n'a pas les inconvénients de Ia plantation profonde ; car
le recouchage rampe à la portée des influentes végélatives
de 1'atrnospliBre.
Ces réflcxions faites, je reviens 5 Ia grande plaritation des
vignobles.
Proportion des cngrais ct amendemonts scllon Ia nn-
derc ~ C 60~s.
S - Le sol aynnt 4th dbfoncé, nivelh e1 roulé,
les routes étailt tracées, lous les moyens d'assainissement
étant préalablement assurbs, les amendemenls et engrais
soilt déposés le long des routes, dans la proportioli suivante
rclative à la maigreur ou h la bonth du lerrain :
I i6 CULTUlIE D E LA VIGNE
Pour les sols les plus niaigres et 10s moins fertiles,
50 mhtres cubes de fumier de fermc ,
Pour les-terrains calcaires, 100 mbtres de sables fer-
tiles ,
Pour les terrains siliccux, 400 mÈtres dc terres cal
caires.
A dèfaut de ccs deux derniers amendements, on cmploic
400 rnòtres cubes de compost iormès de 75 mEEres dcs
meilleures terrcs vbgètales du pays ct de 25 xnèlrcs de fu-
inicr d'btable, superposès en couclies dc P . 1 5 dc tcrre ct
de Om.05 de fumier, pendant six mois ou un an; soit
5 lilres dc fumier ct 1 0 litros d'ainendemcnt par ccp
plantb.
Duns les sols grns et ferlilcs, 1 0 *iòlres cubes de f~[Link]~*
par Iicctare, soit 4 litre par cep, e1 20 rndlres cubos
d'ainendeinerits, soil 2 litrcs par cep, sont pariai tcinent
suMsants.
Entre ces deux cxtrèmes dc 5 lilres dc fumicr et 40 litrcs
d'amendemcnis, en tout 15 lilres par ccp dans 10s sols
maigres el 1 litre de fumier et S litres d'nmcnclemcrits, en
tout 3 litres par cep dans les sols gras, i1 scra facilc de
dbterminer approximativcnient quelle proporlion tl'aincn-
dcmcnts et d'engrais convient i toutc es11ècc dc sols intcr-
mbdiaires.
Plnntnlion do lu vigno cn boirtures aweo amondotnentsi
et ongrais, - Si le sol cst cxcellcnt ct Emincminent proprc
a ia vigne, on peut le planter direcleiiieill en bouturc au
plantoir, broclbe, barre, pic ou pal, c'est-A-dire ali inoycn
d'un pieu de fcr ou de bois (lur cnl'oncd vcrlicaleinciil do
0'".30 h Om.40 en terre par un ou plusieurs coiilis de inail-
loclie (gros maillet ou marteau) vis-h-vis cliaquc articula
tion des cliaines. Plus lc terrain esL sec et plus sa vigucur
vbgblative est tloulcuse, plus le trou doi1 Olrc Blargi pour
reccvoir autour de la bouture ou des boutures une quantilb
d'amendeinent proportionnbe (de 1litre au moins h 4 litres
nu plus); le funiier ordiiiaire ne convient pas h ce modc de
pla~ilation;moitié d'un h011terreau, moiti6 de bonne terre
vbgétafc du pays bien niélangés et aiguisks de 10 pour 100
de ceildres de bois, de tourbe, de houille, ou de 5 pour
100 de poudrettc ou dc 1 pour 100 de poudre de guano :
te1 esl le coinpost qui stimulera le pIus énergiquctnent Ia
reprise et Ia pi>einière végktation des bouturis. On peut
eiicore, ii défaut de ces stimulants, verser un litre de purin
sur cliaque trou rempli et non encore tassé.
Si le terrain n'a besoin que d'un litre de cornpost par
trou de bouture, cliaque hectare compoitant 10,000 trous,
10 inètres cubes de compost doivent être préalalileinent
déposés, 5 inètres à une route de tête et 5 mbtres à l'antrc
route. 20,mètres cubes, 30 niètres, etc., seront de même
distribués de cbaque côté par hectare, si le terrain exige
deux ou trois litres de compost par trou. Dans tous les
cas, i1 en faudra toujours un litre, car on ne doit jamais
risquer le succès d'une plantation de vigne : un insuccès
inême partiel cotlte plus cher que les dépenses qui assurent
le succès.
Atelier de plantntio~aeu actio~t.- UII atelier de planta-
tio11 de vigne est coinposb de :

Un porte-nlailloclie qui enfonce l e #une Ccopc-niesure, Ia quantitk


paL; de compost dont i1 a besoin; ce
Uii porte-pal cliargé d'assurer les planleur cst cl~argéde mnintenii
psoportions du tr011; les bontures aux deux extrlmi-
Wii enfant porte-bouture qui placc tés du dinmètre du trou, de les
et maintiont deux boutiires dans gurnir de terre et de compost,
ctiaque trou; de Ies assurcr en foulant forte-
UJI planteur qui liortc le ccn~post ment la terre dont on a rempli
dans uri panior qu'il déliosa à le trou et son pourtour.
terrc c t oSi il prend, nu moycii
138 CULTURE DE L A V I G K E
Uii atelier ainsi cornposé plante 1,000 ceps par jour, s'il
est aidé par :
Un approvisionneur de compost, Un arraclieur de sarments stratifiks,
qiii suflit & deux planteurs et qui peut approvisioniier diu ate-
lqur apporte les pauiers pleins et liers ;
remporte les paniers vides; Un conducteur et un porte-cliaiiie,
Une femme qui taille les boutures qiii sufiisent aussi pour dix ate-
o t approvisionne d e u ateliers; liers.

Cet atelier coiite par jour 10 fr., et, pour plailtcr un


hectare par jour, i1 faut dix ateliers pareils coutant en-
semble, tout compris, 100 fr. 11 Saut joindre à cette dé-
pense 20 fr. de sarments stratifiés et 80 fr. au moins de
compost i 4 Sr. le mètre cube.
lhille et cot~verit~re des bozitiires. - Lorsque Ia planta-
lion est faite, toutes les houtures doivent 6tre raval.ées au
sécateur sur l'mil le plus près de terre, et, si I'on dispose
de sahle ou de terre lbgère, on doit recouvrir cet ceil et le
sarment qui les surmonte d'une épaisseur d'environ Om.02
de sable, comme je l'ai recommandé pour les pépinières.
Cette double opération n'entraine pas une dél~ensede 1 0 fr.
par hectare, et elle a une grande eflicacité pour Ia rcprise
des boutures.
Plniztution en boutures duns les tewains Irès-maigres
et très-froids. - Si le terrain A planter est très-inaigre,
très-~ioreux et très-froid (ce qu'on appelle vulgairerncnt
un terrain s a s s séve et smu arnour), s'il parait surtout ah-
aolument sterile ?I sa surface, on ne doit y risquer la plnn-
tation en boutures qu'en préparant, polir cllaqui cep fuiitur,
un encaisseinent qui puisse Saire vivre ce cep au moins deux
ilns ; cet encaissemeilt ne peut être moindre de 30 eenli-
inèlres cuhes, ce qui exige 320 rnèlres cubes de bonnc
tcrre vógélale A 1 fr. le mètre reiidu au picd de Ia vigilc,
CULTUIIE D E L A Y I G N E $38

et 50 mètres cirbes de fumier à 7 fr. le mètre également


rendu au pied de Ia vigne.
Les trous doivent être faits A la pioche ou A la bèche,
vis-i-vis chnque articulation des chaines et du même câté
des lignes; u n homme ne peut faire que 200 trous par
jour. C'est encore une dépense de100 fr. par Iiectaroj qui,
jointe à celle du transport et du placement de 370 mètrec
cofitant 74 fr., porte 6 000 fr. par hectare le prix de la
plantation 6 houture faite dans ces conditions, et ce prix
s'élève i près de 1,000 fr. si la plantation est faite en plant
eiiraciné.
S'il s'agit de fins ckpages, cette dépense ne doit pas faire
reculer; la vigne Ia payera Iargement ainsi que les dépenses
ultérieures, comme on l e verra plus loin. Toutefois j e ne
parle ici que de ferres supposées absolument siériies et oii
un sol factice doit pourvoir à la plus grande partie de la
végétation pendan t plusieurs années.
Plantation de Ia vipne en plant enraeiné avec amen-
iPementç et enaraiq. - Dans les terrains maigres de Ia
Cliampagne, de la Sologne et des Landes, la vigne peut être
plsntbe en plants cnracinks avec des engrais et des amen-
clements. I1 faut 5 litres d'engrais et 10 litres d'amende-
ments, au maximum, parce que le sol, même le plus
rnaigre, y est propre h Ia vigne; la bouture peut même y
être risquée en beaueoup de lieux, mais Ia méthode la plus
sare est l a plantation au plant enraciné.
Atelier de pluntntion elz action. - Toutes choses étant
en état, Ie conducteur des travaux dresse les carrés et
pique Ies cliaines de tête et les chaines de lignes avec un
aide ou deux aides, pfis parmi les ouvriers les plus actifs
e t les plus iiitelli~ents; i1 peiit ainsi assurer Ia plantation
4
3'un hectare de vignepar jour et en mème temps diriger ei
if0 CULTL'RL, GE L i V I G N B
surveiller l e travail des cinq ateliers qui soiit nècessaires
pour effectuer cette plantation :
Chacun de ces cinq ateliers est ainsi composé :
Ia U1i premier ouvrier faisant les trous en inoyenne de
Om.40 de longueur sur Om.20 de largeur et sur une pro-
fondeur do Om.30 à une extrémité, et dont le fond s'Clève
graduellement jusqu'â ce qu'il se coiifonde A l'autrc extrd-
mité nvec le niveau du sol cxlèrieur, c'est au delâ de ce
dernier point que Ia terre extraite du trou est rejetbe e11
lalus. Ces trous doivent être faits A Ia pioche, à la houe, ou
bien à la bêclie parallèlement A la cliaine; la profondeur dc
Om.30, qui doit recevoir le plant, doit correspondre à
chaque articulation de la chaine;
2O Un eiifaiit qui apporte le plant et place un plant dans
chaque trou;
3" Un enfant muni d'une ècope-mesure qui prhsente le
fumier au planteur ;
ii" Une feinme munie aussi d'uile ècope-mesure doublc
de celle de l'enfant, qui prCsente l'amendement au plaii-
teiir ;
5" Un planteur qui saisit Ie plant de la inain gauclié, fait
jeter l'nmendement au bord du trou, en amène de Ia rnain
droite u n tiers au fond du trou, placc dessus verticaleinent
le plant, ramène la terre voisine Ia plus mcuble sur les
sacines avec le reste de i'amendement, fait rkpsndre le
fumier et passe ensuite à un autre trou ;
6" Un ouvrier qui recouvre le fumier de terre, place Ia
tige A Om.10 de 1a chaine, presse avec E~rceet avec soin le
tout, et arrange proprement le pourtour ;
7" Enfin un service de civières pour apporter le fumier
et les amendements; ce service est composè dc 6 hommes
si le besoin de chaque atelier est le maximum d'engrais et
d'amendemeilt ,et de 2 Iiommes seulcment si l'on n'a be-
CULTURR DE Lrl VIGNE. i 1%

soin que du minimum : un atelier ainsi cornposé plaiite


dans la perfcction 2,000 plants par jour.
Rnvnlement, nettoyage ct soins ã donner ir Ia planta-
tio". - Aussitb~que le carrí! dc vigne est terminé, on
ravalur cliaque plant sur un mil, on riettoie et on ratisse
i'ensemble de façon h présenter un aspect de propreté coin-
plète.
La vigno doit être élevée et tenue corluettement dCs son
origine et toujours : sa toilette, A toutes les époques, doii
Ctre l'ohjet dc tous les soins, elle doit faire i'orgueil du
prol~riétairc et des vignerons : son produit brut snnuel
sera de 200,000 fr. par 100 liectares; les frais d'eiitreiicn
de ces 100 Iiectares seront de 100,000 fr.; le produit net
sera donc de 100,000 fr. par an. L3 vignc ainsi cultivée en
grand est une propriété de grand seigneur; elle crée des
châteaux, elle paye de nombreuu doinestiques, elle éIève ?I
son service des inères réjouies, des fillcs ~ermeillcs,des gar-
çons vigoureux, des liommes éilergiques; c'est une grande
e1 riche dame qui ne peut vivre ni dans le désordre, ni
dans l'ordure, ni dans i'abandori. I1 lui faut une cour et
une maison rnontbe, sous peine de dégradntion et de inort;
elle a droit d'ailleurs à tous ces avantages, puisqu'elle en
pcut payer tous les frais.

iiIoycn do iaire exdcuter B Ia tiiche les friç~nsdes vi-


gncs. - I1 faut faire ex6cuter toutes les façoris h la tiiclic.
Pour les adjugcr en connaissance de causc, le conducteur
dcs travaux fait lui-inême des trous, y place lcs plants, ai-
giiise et plante des piquets avec un bon olivricr ; plante des
pointes, et tend des fils de fer, etc., peiidant une Iieure
Après cliaque opération commencóe, inoníre en main, et
142 CULTURE D E LA V l G N E
finie de mbine, i1 compte la quantité de cliaque travail fait
en une heure, et, comme une journbe dc travail se coinpose
de dix heures, i1 multiplie par dix lc cl~iffrequ'il a obtenu,
et le résultat de la m~lti~lication indique la quantité de tra-
vai1 qu'un bon ouvrier peut faire en dix hcures et sert de
base pour fixer le prix équitable d'une journée de iravail.
Souvent le maitre doit se rendre compte en travaillant
lui-même en secret pour n'être pas injuste envers l'ouvrier
et pour ne pas être trompé. J'ai bien dcs fois force mes
contre-maitres à donner aux ouvriers des ~ r i xéquitables,
en leur prouvant qu'en une heure on pouvait fa'aire tant de
travail ou qu'on ne pouvait eii faire que tant. Ce procédé
du nlaitre, d'exécuter lui-inême ou de í'aire exéciiter par un
ouvries actif et consciencieux tout travail nouvcau peildant
iin temps determine, pose une excellente base A tous lcs
travaux et perinet de les concéder presque tous Ala tâclie,
Je recommande ce procbdé à tout le monde e1 pour Ia plu-
part dos iiidustries agricoles.
C01~1I~irnaison -
de la tadne et de la 501111'Plde. 11est SOU-
yent trh-difficile pour un propriétaire de se décider erilrc
le salaire Gxe par jour (OU i'on obtieilt en général la boilnc
façon, mais peu de travail) et le salaire i la tâclie (yui pro-
duit bca'ucoup de travail, mais en ghnbral une mauvaiso
façon); la solution du problèine consiste dans Ia connais-
sance pralique de ce qu'un ouvrier ordinaire peut faire cn
dix heures de cliaqrie travail spécial bien exbcuté. On conclut
ensuile des marclibs à la journée, dont chaque hcurc scra
pajée en prenarit pour Base un dixihme du travail bien fait
ct coiiforme à un écliantillon désigné. Mais ce serait Ià sim-
~lleinentle travail i la tâche, avec reception ou rejet pour
bonne ou mauvaise façon, s'il n'était stipulé une prime et
une retenue sur le salaire de la journée pour cliaque Iieure
présence OU d'absence dc l'atclicr. Par cxemple, si dana
C U L T U R E DE E.4 YIGNE 143
u n e Jo~ny& de d i r heurcs un ouvrier ordinaire peut ré-
pandre 1 0 mètres cubes d'ainendeineills cL que le prix de
Ia joLlrnée ait Qté fixe à 2 fr., soit 20 centiines par mètre
cube répandu, on donnera i l'ouvrier présent autanl ile
fois 20 centiines qu'il aura répandu de mètres cubes, eí, en
o u t r e une prime de 5 ceiitimes par lieure de présence, cc
qui élève i 2 ir. 5 0 le prix d'une journée de dix heures
I ~ i e nemployées. Si u n ouvrier plus liabile a r6paildu 1 0
inètres cubes ci'amendemcnts en six lieures, i1 toucliera 2 fr.
p o u r les 10 niètres i 20 ccntirnes le mètre, plus 3 0 centiines
p o u r les sir heures de présence, total 2 fr. 30, moins une
retenuc de 5 cenliines,pour chacune des quatre heures
d'abscnce, soil 20 ccntimes, i1 touchera donc 2 fr. 10.
On dit que le te?nps est de l'aryent : en culture, c'est plus
que de l'argent, c'est la vie. L'ouvricr í i la lâclie qui se croit
le droit de différer son travail cause un préjudice parfois
irréparable : la qriestion de durée d'un lravail doit doiic
toujours élre calculée, convcnue et écrite.

$ 1. - rnix DE nEVIENT DPS. DIVERS IIODES DE [Link]\<TLrIo~.

Frix do rovient dc la pkkint;ilioin d'un Bicodaro do vignne


em $ant cnracin6. - P O Uplanler
~ Un hectare par jour, i]
f a u t cinq atcliers coinposés corriine je viciis de le dire. Cila-
q ~ a t , e l i e rcoiile par jour 1 7 fr. 50. Snvoir :

..........
2 enhnts tl 1 f~~aiic.. 2 ir. )i c.
4 ferniiic h 1 fr. 50 .......... 1 50
...........
7 Iioinmes 8. 2 li... I4 11

Cintl atcliers [Link] donc 87 fr. 50;


Plus, pour le conductcur et les dcux liiq~icurs,1 0 fr.
,141 CULTURE D E LA VIGJE
La main-d'ceuvre de Ia plantalion d'un lieclare (?i1ploni
cnracini: coi~tedonc 97 fr. 50. Soit, en chiffre roiid, 100 fr.
. . . . 400 fr.
Les fncons coíitent donc nu maximuni..
. . . . . . . . 'L50
Défonçage, heisagtl, roulage..
10,000 plants enracinés, à 5 ti*. le mille, rendus
iIa vigne. . . . . . . . . . . . . . . . 50
10 i 50 mbtres cubes de fumier (soit 5 0 mhtres
. . . 350
cubes 5 7 fr. le iriètre rendu à Ia vigne).
100 mètres de lionnes terres ameiidées, 5 2 fr. 50
le mhtre. . . . . . . . . . . . . . . . 250
Total. . . . . . . . . . . 1,000 ,fr.

l'l resulte de ce ca1cuI qn'avec un peu d'engrais et un bon


déionçage, on peut fixer le prix d'une bonne plantation i
500 fr.; avec beaucoup d'amendements, beaucoup d'en-
grais, les défonçagcs les plus complets, et tous les soins
possibles, la plan tation d'un hectare de vigne ne peut dC-
passei 1,000 ir.
Prix de rovlent de Ia plantation d'un hectare de vigncs
en àaiitures. - La plantation en boutures peut &Ire~ r a t i -
quée cle Ia même façon, en plaçant deux boutures daiis clia-
que trou au lieu d'iin seu1 plant enraciné. La dhpense reste
!a rneiue, sauf la diffkrence du prix de 20,000 boutures
i ~ u cotttent
i 20 fr., au lieu de 10,000 plants qui coiitent
50 fr.
En comparant la main-d'ceuvre de Ia plaiitation des bou-
Cures au pal et au trou, la depense est h peu près la inkme
qneceIle de la plantation en plant enracinó.
de revient do Ia plantalion d'un Iieetaro de vfgpic
P~ix
sans di&nqogs et s a m s enigrais. -
Si ]e sol est te1 qu'il
soit inutile de recourir au défonçage et aux eiigrais, la plnii-
tation d'un hectare de vignc ne coíitera pas 200 fr.
Comparan'son du prix dc rovlent d'im Iiectaise do vigno
Iieetare de fromcrpt.
e t (I9- -
Si 1'0n Se rciid comple de
CULTUILE D E L A V I G N E . 115

la q\1aiiLilC d'cngrais cinployéa pour les cérbales dans lel;


inauvais Icrrains, on verra qu'il laut pour 800 ir. de fun~iox
par lieclare, cn Chainpagnc, cn Sologne, dnns les Landes,
polir obtcnir uil fi-omenl et dcs produits inférieurs pcndant
Ics lrois ou qiialre ann6cs qui suivent Ia fumurc : on verra
quedans ccs pays, 051 la vignc se plait et pousse à iner-
vcillc, le froinoiit a cofi16 50 fr. de semeilce, 50 fr. de cul..
luros divcrses, et 50 fr, do !noisson, rentrngc et liattage,
roi1 tou1 950 fr., c'cst-h-dire autant qucla plantatioiilaplus
~oignéèd'uri Iieclarc de vignc.
I1 n'y n donc pas lieu de s'offraycr d'irnc avance de
200 fr., de 500 fr. ct m&me de 1,000 ir. pour la pre-
aiQrci,annho de ylantation d'un hectare de vigne.
CHAPITRE X
CONDULTE DE LA VIGNE DEPUIS SA PLANTATION JUSOU'B
SA PLEINE PRODUCTION.

Après ia plantatioli de la vigne et son ravalement, trois


oa qualre binages dans tout le reste de la saison constituerit
toutes les façons nécessaires la jeune vigne; les pinçages
et ies épamprages y seraient déplacés : plus l'infoliation est
développée, plus les racines s'étendent, plus le cep se con-
stitue solideiriciit. Cliaque binage coíite de 10 à 20 fr. par
hectare, selon les pays et la nature des terrains : c'est une
dépense moyenne de 60 fr.
Le remplacement des plants non réussis scra pratiqui!
dans le cours de la deuxième année.

La donxième annke est la moins dispendieuse de toutes


10,s annèes pour les soins i donner A la vigno et pour son
entretien. La vigie ne doit point encore recevoir d'échalas,
ct !e peu de force et de développement de ses racines ne liii
pcrmettrait pas de profitcr des erigrais qu'on enfouirait A
cúié des ceps.
C U L T U R E D E LA V I G N E . 147

a~mplacenient des plonts enroeinés qui n90nt pns


.euse;. - 011 reinplace du lernovembre au 15 dCcembre
les plants enracinés qui n'ont pas réussi. Si la plantation a
étc faite en bon plant bien frais et bieii leve de la pépinière,
i1 y a très-peu de manques, c'est-Mire de plants nlorts : i]
y en a 1 A 2 pour 100 lout au plus; c'est donc par hectare
,100 5 200 plaills à reinplacer.
En levant le plant mort, on aura soin d'examiner si l'a-
mcndemcnt, le compost ou le fumier n'ont pas étk oubliés,
ou s'ils ont étB placés de manière A n'avoir pu profiter a8
cep ou mêmede manière à lui nuire; ce qui aurait lieu si le
fiiinier de í'erme élait immédiatement inis en contact avec
le chevelu. Ce contact sur la plus grande étendue des ra-
cincs suffirait pour les faire périr; i1 faut toujours que le
fumier frais en soit séparé par deux ou trois centirnètres de
terr'eau ou de lerre franche. I1 esl bien entendu que lors-
qu'on opere le reinplaceinent, le plus grand soin doit êtrc
apporté A r8parer les omissions ou le dksordre, causes de
;a mor 1.
Le reinplaceinenl des plants enraeinés Lie m'a jamais
colité plus de 20 $. par hectare.
~eiiil~lacemen t plnnts de bouturos qui ii'ont pas
dee
reasst. -
Lorsclue, faule de plant enraciné, la plan~ation
a 6th failc en boulures, le nombre des ma~zquesde pre-
m i & , année est souvent lrès-considérable : en revanche les
dctix bouluies plocées dans chaque trou ont souvent réussi.
C)n pcu1 donc lever avec bcnucoup de p~écaiitioniine des
dcilx boulures réussies e1 s'einpresser de l'installer dans
cllaclue trou dont les deux sarments seraicnt morts; mais
l)rCalablcment i1 faut ameublii la Icrre à la houe, refaire à
la *lace de I'ancien trou une pctite fosse dans laquelle on
metlra le jeune plant avcc lerreau et aincndement saupou-
dr&habileinent dons le clievel~ijusqu'h ce qii'il en soit tout
148 CULTURE D E L.4 V X G N E .
péiiétré et tout recouvert. En mettant l e terreau et Ia terre,
on a soin de soulever et d'abaisser alternativement !e plant
de façon à tasser la bonne terre autour des radicules, puis
on ajoutera u n litre de fumier de ferme par-dessus, enfin
on recouvrira le tout dela terre voisine etl'on pressera for-
tement avec le pied tout autour du jeune plant.
P6~iniè[Link] remplacement. - L o ~ s ~ ua' plantbo ~ Une
vigne en boutures, on a dii faire en même temps une pé16
nière en prbvision de manques considérables ou mème d'un
insuccès général. Cette p6pinière servira après la seconde
feuille. Si on a fait Ia piantation en plant enracind, jl faut
de même une pépinière de remplacemcnt, mais très-petite.
Dans le c3s d'un manque considérnble cle la vigne A bou-
tures, i1 vaut mieux ne pas remplacer dès la première annéc
les plants niorts et attendre à la fin de la seconde année que
le plant de la pépinière ait pris assez de force pour que sa
bonne reprise soit certaine. Celte année d'atienie diminuera
en outrele nombre dcs boutures i reniplacer, car beaucoup
de boutures, qui n'auront pas poussé Ia première annéc,
sortiront vigoureusement de terre A Ia seconde aniiée. Ce
fait que j'ai constaté hien des fois prouve surabondammerit
coinbien le sarment stratifié conserve longtemps sa force de
vCgét at'lon.
Dans tous les cas, lorsqu'on plante et lorsque l'on cultive
les vjgries dans l'intention de ne jainais provigner, i1 faut,
comme on le pratique dans le Médoc, entreteliir une pépi-
nihre qui offre toujours et tous les ans de quoi remplaccr
2 pour 100 des plants du vignoble en plant dc 2 ou 3 ans.
Terrase. - +rés Ie remplacement, Ia jeune vigie n'a
plus besoin d'aucun soin pour l'hiver. Toutefois, si le sol
en esL pauvre et qu'on ait ti sa proximité d'excellentcs tcrrcs
vég6tales, c'est l'année et le leinps qui convienncnt le mieux
pour fiirc un vigoureux terrage : 100 rnòlres, 200 et jus-
CIFLTUnE 1)E L A Y I G N E . ,1W

qu'h 1,000 nibtres dc boilncs lcrrcs tipyiortbos por hcctarc


ct dbposbes cii billoiis nu noril-oucst lc long dcs ligiies dc,
ccps soilt loujjours iinc cxccllcnle opbrntion, surlout si te
tcrrc piocliiic, clinrgbe, LrnrisportEc et miso cn place ne cofile
~ U deC Of.50 h Oc.75 lc mCtrc ciibc, cc qui esi lc prix r6cl
dans uii griiiltl iioinbrc dc circoiistnrices : si 011 no pcul dis-
poscr qiic de qumllilcs licnircoup plus i~lii~ii~~eç, 50 mblrcs
cubcs do bonilc lcrro par Iicctarc, c'csi-h-clire 5 liires par
ccp, nc sonl lias rnbinc h dkdaignor, leur iilfluci~ccsur Ia
vigi~csc fcra avnn1:igcusernci~tsontir.
Jc dis (1110lct sccoildc annbe cst la plus coin~izodecll'liiver
Ia i~icillcurcsnisoii pour 10s forls lcrrages, parco qiie la
jciiiic vigtic ii'offre cal10 anri8c-lii aucun ohstacle i la circii-
lalioii ilcs oilvricrs ct dcs troiisports qu'ils otit h eíTeclucr
pnrcc quc son snrinciil os1 trEs-courl c1 qiic 10 pmsngc d'unc
lignc à l'flulrc ri'cst poinl eiicorc fcrinb liar 10 palissaga.
-
'I1ntXlo. Dc iiiars cn inai, cl niieux cn mai, on procbdc
h Ia l:iillc, qu'oii pciit r6dtiirc à uri prcccplc si siirililc, que

Grnv. 17, - [Link].


tout lo monclc pcut I n prnliqircr; coupcr au rns clc In polite
aoiiclio 4 l'aiclc il'un súc~ilcur(grav. I 7 ) tous 10s sarmcnls,
snuf iiil scul, lo pliis vigouratix c1 Ic plus prEs dc terre ot
150 CULTURE D E Lb V I G N E .
iogner ce dernicr sarinent cn lui laissant seuleme~itun' mil
franc.
Le sécateur doit être préférè à la scrpette pour Ia taille
des vignes, inalgré l'opinion contraire émise par des vigne-
rons bmériles et par des professeurs d'arboriculture Zune
autorité incontestable. Les vigneraiis et les professeurs ont
raison pour eux, parce que, grâce A leur adresse et à une
longue habitude, ils taillent miem et plus vite avec 19 ter-
@te qu'avec le sécateur, et qu'ils ne blessent jamais l'arbrc
ou la vigne, comme cela arrive presque toujours lorsqu'ori
einploie le sécateur; mais aussitôt qu'on fait tailler la vigne
par de nombreux ouvriers et par les premiers venus, le sé-
cateur permet une promptitude et une sureté de taille que
deux ans d'emploi de la serpebte ne donnent pas A un ou-
rrier ordinaire. Quant aux froissements et aux écrasements
caushs par le sécateur, Ia vigne est telleinent robuste, qu'die
c11 souffre peu ou point.
Si un ou plusicurs bourgeons sont sortis de terre, et que
I'un d'eux ait absorbé la séve au point de se présenter
comme le malire du cep, c'est-à-dire d'êlre infiniment plus
(14veloppé que Ics sarrnents réservés, c'est celui-li qu'il
iku t conserver, surtout si les sarrnents extérieurs sont raclii-
tiques. Dans ce cas, on doit dkgager la terre autour de Ia
petite souclie jusqu'i i'origine du sarment dominant ct
couper le vieux bois au rns de ce sarment, puis on laille C(?
sarinent A un mil franc Iiors de terre.
L'opération de la taille pour Ia deuxième feuille ne vaut
pas plus de 1 0 fr. par hectare et avec le sarmentage 15 fr.,
clle doit Etre faite à une époque avancée dela saison, parcc
que Ia taille Iiâte Ia végétation, et que Ia taille doit Btre
suivic d'un I-iinage complet; or le binage rend plus dange-
reuses les gelées blanches, qui délruisenb le bourgeon et
C U L T U R E D E L B VIGNE. 154
font perdre ainsi beaucoup plus que I'nvance qu'on voulait
obtenir en taillant de bonne heure.
Preiuicr binnge. - Le binage qui doit suivre de près Ia
taille sèche ne doit pas être profond ; i1 fãul le pratiquer
autant que possible par un temps très-sec, favorable il'ob-
jet principal du binage, qui est avant tout la destruction
complete de toutes les Iierbes qui se sont développées entre
les ceps.
soufrrigo et suiíatago. - Aussitôt que 1e premier binage
est termine, si l'oil habite un pags oii Ia maladie de la
vigne soit L craiiidre, 91 faut semer le long dcs lignes de
vigne 20 frilograinmes de fleur de soufre par hectare et
mettre au pied de cliaque cep 2 grainmes de sulfatc de
fer .
rinoage. - Dans le inêine cas et surtout si Ia maladie
sévit sur lei vignes environnantes, i1 k u t pratiquer le pin-
çage général sur t o u ~les pampres dam Ia deuxième quin-
zaine de mai ou Ia première quinzainc de juin et renouveler
ce pinçage aussitbt que les contre-bo&geons auront six
reuilles. Celte opération n'a pas d'inconvénients, car Ia
deuxihrne ailnée il'est pas encore celle oii i1 est nécessaire
de laisscr i deux ou trois pampres toute leur longueur. Le
pincage est inullle si la rnálarlié n'est pas à craindre.
Nouvenux binages. - Le second binage, superficicl
comme le premier, est pratique en juin; i1 faut un troisième
binage en aout et souvent un quatrième en seplembre. En
un mot les binages doivent être assez frequents pour que le
sol soit à peu près nu pendant tout le cours dela végéta:
tion. Les binages peuvent être pratiques avec de simples
ratissoires d'allées de jardin, soit à Ia main, soit A I'aidc
d'un clieval, d'un bceuf ou d'un âne ; dans ce dernier cas,
Ie prix de revient de cliaque ùinage n'excède pas 10 fr.
i 82 CULTURE D E L A VIGBE.
BBcapitalntion des depenses do la 2' nnnte. - C~S
dcpenses par liectare sont de 500 fr., savoir :
Quatre binages, selou qu'ils sont plus ou moins dif-
.....
ficiles, cofitent rle 10 k 80 fr.; soit. 80 fr.
Pinçage et hpamprage,. . . . . . . . . . . . 15
............
Soufrage et sulfatage. 25
............
Taille et sarmentage. 15
..........
Remplacement des planfs. 20
Terrage. ................. 345
Total. . . . . . . . . . . 500 fr.

La troisième année est beaucoup plus onéreuse que ia


secondc, parce qu'il faut aclieter 200 boltes d'dcbalas de
im,10 de longueur à If,50 la botte de 50 échalas, soil
300 fr. pour 10,000 échalas, car à la troisièine année on
doit déjà faire le nécessaire pour obtenir de beaux sarments
qu'on utilisera Ia quatrième annéc, 06 l'on formera le cep
cominençant à porter fruit.
P U ~ I U -~ . Peiidant cette troisièmc année i1 faut placer
aussi dans les terrains maigres 60 rnètrcs ciibes de fumier
de ferme par hectare. Ce fumier coilte 6 fr. le iiiètre et 1fr.
de plus pour sa mise en piace, soit 7 fr. par n~ètrecube ou
420 fr. pour Ics 60 inètres.
Après avoir procbdé à qiielques reiiiplacements qui
peuvcnt encore être nécessaires ii Ia fin de Ia deuxièrne an-
nde (ces remplacement doivent être faits en plants très-
vigoureur et qu'on entoure de beaucoup d'engrais pour
qu'ils puissent arriver en pcu de temps au même dévelop-
pemerit que lcs plants qiii ont réussi), i1 faiit, du 1" no-
vemlire ali 15 décembre, ouvrir un sillon profond de 30 A
35 ceiitinièlres entre les lignes, soit à la pioclie, soit ila
LCclie, aoit à Ia cliarrue. 011 y répartit régulièrement Ics
CULTURE DE LA VIGNF,. 153

6 0 mètres cubes de fumier à raison de G litres par mètre


courant du sillon et on recouvre ce fumier de toute la terre
qu'on a extraite et qu'on tasse ensuite, soit à l'aide d'un
rouleau compresseur spécial, de Om,60 de large et d'un
poids de 100 à 150 kilogrammes, soit B l'aide des pieds.
Cette opèration faite, la vigne doit Ctre abandonnée jusqu'à
1a 611 de l'liiver, après l'époque des gelées, où i1 convient de
~rocéderà Ia tailIe sèclie.
Taille. - La taille est encore simple cette année; couper
tous les sarments à l'aide d'un sécateur, nioins un sarmeilt
le plus fort et le plus près de terre; couper, en les déterrant
jusqu'à leur origine, ceux qui surgissent du sol, et rogner
le sarment restant à deux yeux francs; telle est Ia meiIleure
et Ia seule taille A pratiquer : des femmes et des enfants
peuvent 1a faire dans la perfection; l'ouvrier le plus étranger
i Ia vigne pourra Ia tailler après cinq minutes de dhmons-
tration laite par le conducteur. Cette taille a paur but de
donner au cep deux lieaux sarments principaux par ses
deux yeux francs pour la quatrième année.
Les sarments ne deviendront grands ct beaux que s'ils
sont élevks et mainterius le long d'un kclialns, c'est pour
cela que 10,000 grands hchalas sont indispcnsahles la troi-
sième anribe.
uinngr? ct Bclialassngo. - La taille et le sarmentage
doivent étre siiivis d'un binage complet, mais toujours su-
perficiel, nvec soufrage ct sulfatage s'il y a lieu, puis oii
procede au pi quetage ou Cichage des kcllalas, au nord ou i
l'ouest de cIii,que cep. Si les bourgeons sont renflés et sorlis
à ce moinent, i1 faut uscr des plus grandes prècautions,
yarce qu'à son prcmier développetneiit le bourgeoii tombe
sous la moindre secousse et que la manouuvre des échalils,
qui doivent presque toucher chaque cep, ferait tomber bon
nombre de bourgeons, Les deux francs hourgcons qu'on
8.
165 C U L T U R E Db Li1 VIGNE.
Iri~ssedoivent être traitbs avec les plus grands égards, parcc
que si le cep est Bboryne' sa disposition pour l'anaée sui-
vante peut 6tre comproniise. Toutefois le collet clu sarinent,
ou son paint de jonction au vieus bois, est généralement
tr8s-riche en sous-yeux qui poussent très-vigoureusemcnt
ct réparent le plus souvent l'accident, puisque la productioii
dii friiit n'est pas encore le but qu'on se propose d'atteiiidre
cette année.
Piantztion dos Bclialss. - Les grands échalas cloivcnt
êlre fichés, ilon comme des pieuu fixes à demeure, mais
avec une solidité suffisante pour résisler ti tous les vents.
Rien n'est plus deplorable et plus dangerenx pour .la
bonrie marche d'uiie vigne que les Cclialas tornbant au
inoindre heurt et au inoiildre vent. Rieii n'indique plus
l'absence de soin du vigneron, de surveillance d ~ conduc-
i
tcur el d'abaadon du propriétaire, que l'aspect d'&cliala~
mal alignés ou penchés en divers sens dans les vignes. Le
transport des 200 bottes d'échalas et le ficliage bien fait
coutent de 15 à 20 !r.
Pinçase. - Le pinçage ne doit jainais être pratique sur
les deux ou trois principaux sarments, mais l'ébourgeon-
nage et le pinçage à deux ou quatre feuilles des sarments
secondaires ou des contre-bourgeoas doivent être praliqués
avec d'autant plus de soiii que lcs principaux pampres
paraisscnt moins vigoureux.
Aceola,~e.- Apsès le pinçage et l'bpamprage vienl le
liage ou accolage, qui consiste i reunir aulour clu grand
échalas les principaux pampres, afin de les soustraire aux
dangers des vents qui les cassent facilcment au collel ct a'y
appeler plus énergiquement Ia sève en leur faisant prendre
unc direction verticale; la ligature doit être serrée mbdio-
crement afin de ne pas froisser les pampres et leurs feuilles,
et de ne pas y gêner la circulation de la sévc : le lieii qu'on
C U L T U B E D E Lh V l G N E . $55
emploie pour accoler les pampres consiste ordinairement
en un ou deux brins de jonc ou quatre h cincl brins de paille
qu'on rend plus souple en Ia trempant préalablement dai15
I'eau.
Noaveaox bfnrges, p i n p g e et rognngc. -
L€! second
binage ne doit être pratique qu'après l'accolage. Un
deuxième pinçage et le rognage des pampres qui clhpassent
l'échalas doivent être praliqués du 15 juillet au 1" aoiit,
puis on pratique un troisièiiie ct enfin un quatrième binage
B Ia fin de Iavégdtation pour d6truire jusqu'au dernier vestige
des lierbes qui pourraient s'être développées autour des ceps.
-4u lieu de procéder i ce quatrième binage comme aiix
aulres, i1 faut râclcr plutbt que biner la surface du sol, et
réunir ainsi Ia terre et les herbes en billon et en lig-ne au
nord ou il'ouest des ceps, suivaiit la direction des lignes.
Ce billon servira pour ainsi dire de base au billon plus eom-
plet qui devra être formé au printemps suivant, tout le long
des ceps, 21 l'opposé de leur meilleure exposition, c'est-h-
dise du sud et de i'est.
DBIPchagc. - 011peut procéder au déficliage des écha-
las avant le dernier binage dont je viens de parlcs.
RBeapitulrrtion des dBpcnses dc la 3' aimdo. - L ~ (16- s
penses h faire par hectare pendant la troisième année
s'élèvent à 851, fr., savoir :
Puniier mis en place, GO inhtres cubos i 7 ir. le
m8tre. ................. 420 fr.
Pournitures d'hchalas, 200 bottes de 50 Bclinlas
chacune, 9 1 ir. 50 1s botte. . . . . . . . .
Taille ot sarmentage. . . . . . . . . . . . .
Quatre binages. . . . . . . . . . . . . . .
Rogi~agect pi11iic;age.. . . . . . . . . . . . .
Accolage..................
...........
Picliage et ddecliage.
CULTURE D E L.4 V I G N E .

Pendant la quatrième année on procèdc' à deux opéra-


Lions importantes : l'installation du palissage e1 la taille.
Pnlissngo : petits Bchalas, piqets ou earrassons. -
Le palissage des vignes sur souches basses et en ligne est
très-économiquc et très-simple. Le haut Médoc en donne le
plus bel cxernple et la meilleure expérience. 10,000 petils
pieux en clibne, cliâtaignier ou en bois blanc imprCgnb dc
sulfate de cuivre, sont pIantés en ligne avec lcs ceps, justc
dans le milieu de l'intervalle de chacun des ceps (dans Ic
MCdoc, le petit échalas ou carrassoii est planté vis-à-vis
chaque souche, tanilis que dans ma mbtliode c'est le grai-id
Cchalas); ils doivent ayoir 50 à 60 centimètres de longueur,
êtrc aiguisCs A u n bout et présenter une tCte plate à l'aulre
bout; on les enfonce de façon qu'ils ne sortent de terre quc
de 33 cenliinètrcs an-dessus du niveau génCral du sol.
Comme ces piquets restent i la même place jusqu'i cc qu'ils
pourrissent ou casseiit, oii lesy ficlie à coups d'un très-fort
iiiaillet. Un homme, après avoir bien aligné lc piquet, Ic
tient d'une main, e t de i'autre main i1 prkscnle à côte dc
cc piquet un htalon de Om.Lí3 de hauteur, qui règlc le point
d'cilfonce~neritauquel on s'arrête, tandis qu'un autre ou-
vricr frappe avec le maillet sur Ia tête du piquet. Ces pi-
qiiels sont parraitement aligiiés, et leurs têtes doivcnt pri-
sentcr u n plan régulier.
FiIs de fcr ct pointes I'attacke. - Chaque piquef,,
après avoir étk plante, reçoit sur ie inilicu dc son sommel
Larte pointe â tète de 5 0 inillimhtres, ciifonc6o de faço11qu'il
w'en apparaisse au deliors que L, A 6 inillimètres. Toutes les
11o~itesdoivent être alignées dans l'axe géiléral dcs ccps et
des pieur Ces pointes sont destinées à rccevoir un fi1 do
CULTUIIE D E L A V I G N E . 157
fcr galvanisé, n"0, qui, partant d'une estrémilé dela ligrie
oii i1 est 6x6 contre terre autour de Ia tête d'un pieu en-
foncé jusque contre le sol, s'élève, cntoure la pointe du
pieu suivant, et va s'attacher ensuite c t successivemcnt au-
lour de la poiilte de tous les autres pieux, jusqu'd l'extré-
mité de Ia ligne, où on le fixe aussi à la tCtc d'un pieu en-
foncé jusque conti-e terre. Les 10,000 petits pieux aiguisés
d plantEs coutent à peu près 250 fr.
Frnis du palissngc sor le fil de Ter. - Le fil de fer
galvanisé, n"0, dure 15 et 20 ans, c'est-à-dire plus que
les piquets; on en emploie par hectare 1 8 0 à 200 Itilogr.,
qui coutent 180 h 200 fr. et 230 fr. tout poses. L'ensemble
de la dépcrisc de ce mode de palissage peut s'élever à
500 fr. par lieclare tout compris, piquets, fils, pointes et.
main-d'ceuvre. Si l'on aioute les 300 fr. des 10,000 grands
6clialas, le palissage e"t i'écliaiassage compleis coiteront
800 fr.
Or dans un hcctare ordinairc, planté suivaiit Ia mé-
thode bourguignonne et cl~arnpcnoise,on compte de 30 h
40,000 ccps qui nbcessitent l'emploi de 600 à 800 bottes
d'éclialas coiitant de 900 à 4,200 fr. I1 y a donc avaritage
d'argent dans le mode de palissage que j'indirlue comme le
meillcur. Mais i1 y a tant d'aulres profits par son emploi,
qu'il faudrait y recourir, quand bien même i1 coiilerait plus
.
clier
Le filde fer pourrait être beaucouc moins fort et atteindre
parfaitement à inoitih prix le but qu'on se propose. Mais,
lorsque le fil est trop faible, i1 est souvcnt brisé par les ani-
maux qui s'écliappent I? travers les vignes, par les chasseurs
qui s'y accroclieiii, tombent et cassent avec fureur les inno-
cents fils de fer. J'ai coiinu un général qui ile pouvait chas-
ser dans une vigiie palissée cn fils de fer sans tornl~[Link]
propriétaire auquel je l'avais présentii a fait btcr les fils de
15s C U L T U R E D E L A VIGKU.
fer dc ses vignes. Habile marcliand de vin, mais pauvre
viticulteur 1
Taille. - La tailie des jeuncs vignes à Ia quatrièirie
annde est la taille normale pour toute Ia durée de Ia vigne,
c'est-à-dire que tous les sarments dli ccp doivcnt tomber au
ras de Ia souçhe, sauf les cleux sarments principnux et les
mieux diaposés; l'un, qui doit former Ia branclie ti fruit,
est laissé de toute sa longueiir, ahaissé horizoutalement et
attaclié au petit pieu; l'autre sarment est rogni en crocliet S.
deux yeux. 11 constitue la branclie à bois.
Ce dernier sariiicnt doit être aussi bas que possible sur la
souclie mère, Ia hauleur de Ia branche à fruit est sans iin-
portalice. (Voir grav. 2, 1 et 4, pages 159, 160 et I G I . )
Je crois utile à I'intelligence de la taille, du palissage, de
l'bcl~alassage, du pinçage, de l'épnmprage, de la pose et dcs
diverses manoxvres dcs paillassons, de reproduire ici suc-
cessivement cl~acunedes gravures qui représentcnt ces
diverses opbrations, et d' y joindre quelques explications
nouvelles. Depuis u n grand nombre d'aniiées les gravures
ont é t i iiitroduites dans le texte des livres, pour Cviter au
lecleur la fatigue e t la difficulté de recourir à des planclies
placées à la fin du livre ou réunies daiis un atlas imprimi
à part : le même inconvénient et une difficulté pl~isgrande
encore résulteraient, pour l'étude, du renvoi du lecteur i
des gravures dissérninies dans un texte éloigné. La répéti-
tion des gravures est ilonc utile nu iuême titre que leur in-
troduction dans le texte, toutes les fois que le texte nouveau
y renvoie le lecleur.
J'ajouterai que cette reproduction de gravures s'appuie
sur u n précbdcnt des plus respectablcs. RI. Mauinené, pro-
fesseur de chiinie et de pligsique i la chaire municipale de
Reims, a le premier, que je sache, rend~ice servico aux
lecteurs dans sa belle publication sur le travail des viiis en
CULTUBE D E Lh V I G N E . ,159

généraI, et en particulier des vins mousseux. Je ni'apliuie


donc B Ia fois spr I'exemple d'une autorité et sur le bon
sens pour justifier la reproduction des gravures dans le
Sexte.
La gravure 2 donne une idée exacte de Ia taille, qui doit
dtre pratiquhe tous les ans à partir de Ia quatrième aniiée

Grav. 'L. - Branche adulle aprhs Ia taille sèclic. - A'B', branche if'uit
avant les feuilles. - C'D', Iiranciia B bois.

la hranche à fruit A'B' attac1:ée en B' ar1 carrasson ou petit


pieu lixe, et Ia branche A bois CfD', deslinée B fournir deux
ou trois sarments qu'on devra attacher au grand éclialas,
partent d'une souclie que la gravure represente à dix ou
douze aris d'âge, comme on le voit micux cncore dans Ia
gravure .5 (p. 1GO); mais l'âge de la souclie ne cliange rien
ni au principe ni à l'effet de la taille, qui devra toujours
être ainsi maintenue. Toutefois, si la vigne, après avoir éte
[nillEe, ne devait être garantie par aucun nioyen próserva-
C G L T U R E D E Lh V I G N E . IGl
La vignc taillée et altachée en mars est représeiitée ici,

gravore 4, au momoiit où elle va recevoir sa preiliière cul-


tuilo, scs hillons ct scs paillassons.
tti? C U L T U R E D E L.4 Y I G N E .
C~ilturoen hillon. - Le premier labour peul Btre do~irii!
a plat, mais i1 vaut mieux le faire exdcutcr avec formatiori
de billoiis au n o r d , à I'ouest ou au nord-ouest des lignes.
Ces billons doivent être montes de façon que le pied de Ia
souche soit compris dans leur pente sucl ou s u b e s t , tandis
que leur sommet, élevé de 25 à 30 centimètres, domine et
protége Ia souche.
Cette culture en billo~iau nord et nonl-ozlest des souchcs
correspondant à un sillon déprimé au sud et sud-est est
excellente pour l'entreticn et Ia vhgktation des vignes, soit
qu'on emploie les paillassons protecteurs ou tout autre prC
servntif, soit qu'on n'ait recours i aucun inoyeri de présci*-
vation : i1 mulliplie les surfaces d'aératiori des terres; il
reçoit et retient les premières ardeurs du soleil, entretient
Ia bonne ternpérature par une réverbbration plus étendue;
mais cette culture esl; boniie surtoul en ce qu'elle renil
I'applicalion des moyetls protecteurs de toute nature très-
facile et très-complète.
RIumi&rn.c d'0vliter lo plus possililo X'effat cBes gclCes duns
la cultiiro des vigrios prPvCcs d'un moycn prCscrvatouir
sphcial. - Si le propriétaire veut employer dcs paillassoiis
pour protéger ses vignes, les grands échalas doiveiit êlre
planl4s vis-à-vis chnque sonclie à 15 centimètres de son
pied du chté opposé au billon. S'il nc lui convient pas d'oili-
~ l o y e rdes paillassons, les grands éclialas doivent Blre
tichés au pied et au n o r d , à l'ozlest, ou au nord-ouest de li\
~ o u c l i e , ' ~ a r cque
e l'éclialas, planté, dans ce sens, suffit sou-
vent pour prhserver de la gelée un ou deux bourgeons, c1
u n Iieaucoup plus grand noiiibre, si, au lieu de tixer Eiori-
aontnleinent la branclie à fruit, on Ia fixe verlicaleincnt 10
Iorig du grand échalas jusqu'au 25 ou 30 mai, pour
I'ahaisser et l'attaclicr, à cette époque seulcmcnt, au pelit
Echalns.
CULTUILE DE L A YIGNE. 169
L'expérience p r o w e que les gelées de printen~ps at-
teignent plus facilement les bourgeons les plus rapprochés
de tcrre; donc je conseille aux vignerons qui ne voudraient
ou ne pourraient employer aucun moyen préservateur des
gelées, de laisser les deux sarments de la taille de toute
lcur longueur et drcssés ,le long du grand échalas jusqu'au
30 mai. Tous les IJourgeoi~spréservés sont alors sortis et
moiilrent leurs grappes : i1 est bien facile à ce moment dc
clioisir, pour lcs conserver, un nombre de grappes propor-
iionné h la force clu cep, ct de ravaler le sarment dela
braiiclie ibois sur dcux ou trois yeiix, après avoir attaché
Ia branche h fruit près de terre nu petit é[Link].
La coilservatioii des deux sarn~entset leur position verti-
cale J~isqu'après Ia saison des gelées tardives oí'fre un
cloul~lcavaiitage : 1"d'blever les bourgeons supérieurs en
1111 point de l'air plus sec et OU ils n e gèlent pas facilement,
ct 2"dc retarder Ia sortie des bourgeons inférieurs, ce qui
lcs espose moiiis 8 gelcr. Chacun sait que lcs bourgeons
supbrieurs attircnt d'abord A eux la sève, qu'ils sortent et
se cliveloppc~ltvigoureusement les premiers aux dépeiis
das bourgeoiis infhrieurs, qui semblenl dormir en attendaiit
leur tour; si donc les bourgeons suphrieurs sortis sonl de-
truits par la gelic, lcs bourgcons inférieurs non sortis
offrent une rcssource précicuse : si tous les bourgeons su-
pbrieurs et infi:ricurs sont gclhs, les contre-bourgcons supé-
rieurs dcs riris cépagcs rcpousscroiit des &appes, et, pour
en aclivcr la sortie, on laissera les sarinents verticaux jus-
clu'h ce que les g a p p e s des contrc-bourgeons se soient
montrhes et aienl pris de la force.
Cultura ovcc paiilaseons. - Si ~ ' U S B ~de3 O paillassons
est entré dans le plan général et dans lc projet d'exploita-
tion du vignoblc, on peut et l'on doit cn cominencer l'in-
slellation h la qualrièine annCe s u r le tiers de la vigne, soit
iGi CL'[Link] DE LX V I G S E .

5,555 mCtres sur Ies 10,000 mbtres d'un liectare. Le


dcuxièrnc tiers sera insiallí: :i Ia cinrluième annhe, et le troi-
siirne tiers i Ia sisitrne anii6r. Cetle fourniture, avec pose
et rnanccuvres, est une depense moyenne de 500 fr. par an.
Elle pourra 4tre réduite i 500 fr. dans l'avenir, par l'im-
piitr~scihilit4des pailles et dcs ficelles employées, et par 1~
confection directe des paillassons au métier.
Ori peut nGaiiriloins ajourner d'un an cette avance, parce
qu'il ne faut laisser h la vime
0
que de deus ? qiiatre
i grappes
pour su preriiihre production, ce qui produit une récolte
de 8 h i 6 hectolitres de vin mkdiocre, lesquels ne compen-
seraittnt pas lcs rrais; mais, d'un autre cote, c'est une avance
f i t e pour au moins trois ans, et cpi al'avantage de forti-
fier Ia vigne et d'esercer les vignerons à la inanceuvre des
paillassons.
Avec l'emploi des paillassons, les gelées du printemps
n'ktant plus h craindre, ia taille sèche doit être faite et 13
culture en billon accomplie du 1" mms au 1" avril, pour
que les paillassons soient placCs dans leur première posi-
tion aussitbt que ces deux opérations sont faites.
Je renooie ici aux gravures de paillassonnages dans leurs
plinses diverses, afin d'en faire rnieux comprendre la dispo-
sition et l'utilitb. (Grav. 7, 8, 9 et 10.)
Le petit paillasson,qui est cote Om,075+- Om,25+Om,075
dans la gavure 7, est déroulé par pièces de 50 mètres d e
long, plus ou rnoins, sur la serie de ficlies fixèes au grand
6ch;ilas d'une part, et fichbes sur le billoii d'autre part : on
l'y fise par un lien en osier, ficelle ou fil de fer, à Om,075
du graild éctialas; Ia ficlie, au lieu d'être piquée dans le
billon, peut, sans inconvknient, reposer simplement s u r ce
billon. I'dr les grands vents du sud et de i'est, le paillasson
se soulève et laisse passer le vent entre lui et Ie billoii; par
ICS vcnts du nord et de l'oiiest, le paillasson esl appliqu6,
CULTURE DE L A VIGNE. lli3

au contraire, avec force sur le billon, exactemenl comme


iine soupape, et le vent glisse sur Ia surface suphrieure du
paillasson. Le grand Cclialas, hien plante, sulfit à maintenir
le tout contrc l'action des venls les plus violents.

On coinprelid micuu ciicorc, par la gravurc 9, I'ensemble


de Ia premiire position dcs paillassons, et l'on comprendra
aussi isa vue l'efíicacité de la protection que les ceps cn
reçoivent contrc les gclQes printailihres.
Je no crois pas inutile d'insislcr sur l'efficacitii de cctte
protectioi~,prouviio d'ailleurs par des expériences réitérécs
sur dc grandes proporlions, en roproùuisant par la gra-
vure 8 l'aspecl de la vCgCtalion commençante de Ia vigne
sous Ia première posiliori du paillassoii. Tout lc monde
íCb CULTURE D E L A \'IGNE.
comprenúra d'lnstinct Ia puissance ct l'efficaciti! d'un parei1
abri; Ia vérite est que la vigne ainsi al~ritéebrave des gelécs
de 4 et de 5 degrks au-dessous de zéro, autant parce qu'elle
esl prbservke par son auveiit de toute humidité que parce

;rw. !i.- Vuo pcrspcclive do ligncs do ccps nbritós liar les pnillassons,
avnnl loulc vbgétalion.

c;ii'cll:: iic siibil aucunc clépcrdition de calorique par rayon.


iicinent vcrs lc ciel.
POLIFliicn coniorcndrc Ia situation et I'ell'ct que prodiic,
l'aspcct de cctte ,jeiine et tendre vbgétatioii, si bien rendu
dans la gravure 8, mais un peu trop dans I'ombre dans Ia
gravure 10, i1 faut se figurer des feuilles vertes et des
boiirgeons en Eoute vigucur, en pleine sanfi et bien verts,
alors que la gelée vient de frapper de mort toule la végétn-
tion environnante.

G ~ Q 8.
. - Ccp uIirit6 doa gcldcs du prrnlernps uu commcnccmcnt dc sa vEgiElnlim.

Dci 30 inai au 30 juin, les paillassons ayalit pass6 à leiir


deuxième posilion contre la coulurc, le pinçagc dcs parn-
pres de Ia braiielic à fruit ayant E16 !ai1 à inesure que les
deux feuilles se sont cléveloppécs au-dessus des deuxihmcs
grappes, i1 s'agil alors d'altaclier les painpres de Ia branclie
a bois au grand éclialas, e1 Ies pampres des branclies h fruit
ata fil de Eer auusildt qu'ils ont alteint asscz de longueus et
1LiY CIILTURE DE L A VIGNE.
de force your cluc ces opérations soicnt posrililes. (Grav. 3,
grav. 12, page 170, et grav. 12, page 172.)

Crdv. 1U. - Yuc pcrqicctivc ùc ligncs de vignes cn v6gBlution commonçanlc,


abrilies par les paillassons (du ia'avril nu 50 mni).

La gravure 3, quoique inexacte cn cc qu'clle montre au-


tant d e grappes cjue de feuilles le long des pampres à bois,
pamm~resqui, le plus souvent, n'en porlent pas, est néan-
moiiis utile à reproduire ici, parce qu'elle indique parfaite,
ment les points p p p p p du premier piilçage des pamprcs
fcrtilcs de la branche i fruit, pinçage qui doit Qtre fail nu
plus íard au i~iomentoii l'on relève les paillassons pour les
C U L T U R E D E Lh VIGNE. 4 fj9
établir dans leur deusième posilion, indiquée 1x11-la gra-
vure 11; le billon est rbduit des deux tiers de sa hauteur
primitive; le grand 6chnlas est rapproché de la souclie, cl
Ics fleurs s o d rendues A l'influence de I'air et du solei1 sans
Clre livrées i l'action stksilisante des pluies et des vents
d'ouest et de nord-oucst. On cxbcute cette manEuvre avec

Grav. 3. - Ccp on v8gdlntion du 1s mai au li> juin. - AB, braiiclic


p p p p p, poinl oii i1 faul pinoor.
à fruil;

facilitb, seulement i1 faut avoir soin de clonner la faço11


róduit la hauteur d u billon avant de rapproclier le graild
éclialas et de lixer le paillasson i sa nouvelle place; pour
cette dernière opbration, le paillasson n'est point délacli6,
i1 reete fixe sur ses ficlies, qu'on recule et qu'ori abaisso
derrièrele Ti1 do fer ot Ic cep Ei mcsurc que Ie grand Uclialas
s'en rapproclie. Plus Ie ternps est cliaud ct bcau, rnoiils le
paiilasson doit Elre iilcli4è siir le ccp ; Ia incilleure situalion
i liii doiiner dópcnd de l'apprbcialion des circonslances m&
10
170 CGLTOIiE D E LA VIGNE.
t&orologiqiic~.
La vigiie, lorsqu'elle v9gòle avec une graritle
vigueur, a besoin de plus d'nir et de soleil, le paillassoii doit
donc Clre moins inclind, et par -co~istquenti1 doil Ia sur-
monter de moins prCs.

Grnv. 11. - Ccli nbrit0 conlrela couiurc ( d l i 50 moi au 'io'


jiiillct). Expositioii ost,
sud, ou sud-cst.

Prialableinent i ces manceuvres, on aura du, cornme ju


I'ai clit, procéder à la deuxièmc culture, cjui consiste daiis
un simple biiiage et dans l'aliatagc dcs billops aus deux
tiers de leur liauleur.
Dans le courant dii mois de juillcl, e1 alors que ];i ílclir
de la vigne est flClrie ct le raisiri bieii nouC, on procc'ltlc i
uil Bpaniprage et i un rognage coinplcls. C'est-Mire qu'c~i;~
abat tliutes les pousses sté~ileset iilutiles, qiie l'oii pince à
quatre fc~iil!es les coiitre-bourgeons qui se sont développbs,
ct qu'ori rnqiit! les pampres de la braricbe h bois air nivcnie
ou u11 ~icu ir-(Ycssous dir sonitnct du grand éclialas, apr4s
Ics avoir : I C C U ~ ~11111:
S S C C O ~ I ~í'C
ois.
Qii fi~ilaussi disparailrc 1331' 1111 troislème binoge cler-
iii(:r vcsiigc dcs billons

C'esl h c<i ixlolxlciiil, t~iioIc propriótairc e1 [c vignci'on iil-


l(:llig(!i~idoivi!nlobsci~vcravoc soiil si Ics esp0ranccs qii'a-
vili1 iloiiubos llal,on(lanco iles Bciirs onl 6th réalisóes ou dé-
o s la coultira sont sans conlre-
~[Link] cniises p r i ~ l c i ~ d do
178 CULTURE DE Lh YIGNE.
dit les pluies froides et les vents secs et persistants en juiim,
et les circonstances météorologiques que les jardiiiiers ap-
pellent un temps sans séve ; Ies pailIassons sont un remèdc
hbroique contre ces causes, mais Ia maigreur du sol et lu
surcharge du cep par un trop arand noilibre de grappes
sont aussi des causes de couliire.

Grm. 13. - VUC d'un ~ espalicr h l'cst, sud, o11 sua-cst 811 paillassoa
C C ed
vertical (du 30 juillct au 30 scptcinlirc).

Lorsque les ceps sont abrités, ou lorsque Ia saison c!sL


favorable à la fécondation, Ia coulure des fleurs avertit lo
vigneron qu'il faut soulenir, terrer et fumer sa vigne; si sa
vigne est bien fumt5e et que les fleurs coulent, la coulurc
est une preuve que le cep est trop cliargi:;. à dbfaut de ln
coulure, le dépérissement du grain ou sa maturité impar-
faite seront pour le vigneron un avertissement éncrgiquc.
Jusqu'ù la d6floraison 13 terre est touiours assez riclie 81 10
CULTURE D E LA VIGBE. 173

cep assez fort pour dtalex toute ea végktation lierbacée; \a


maigreur de Ia terre et l'épuisement de Ia ~égétationse ré-
vèlent aumoinent de la production dufruit. Si le fruit nouc
et grossit, i1 devient bienlBt terne et dur ; eiifin, s'il niiirit
en apparence, i1 manque presque complétcment de Sucre.

Gpav. i 4 . - Vuo pcrspcclivc da ccps cii ospalier dcvanl ùospaillnssons.

Avant l'bpainprage el I'accolage, les paillassons sont drcs-


sis verticalement au nord, A l'ouest ou au nord-ouest dcs
lignes, du i" au 15 juillet. (Grav. 13 et 14.)
Les gravures 13 et 14 indiquent la troisième position
des paillassons ; ils sont alors fixes verlicalement en arrière
des ceps, et ils sont pour ces ccps ce que les murs sont pour
les treilles, des réfleclcurs et des concentrateurs des rayons
10.
$74 CIYLTUBE D E L b Y I G N B .
du solei1 : aiissi, coii-rlile l'a constali. k1. Coiislant Chitrrneus

4
L
4:
I
D
8
2
--
h..

r;.

?5

leur effet est-i1 bien inoins rnarqui! par les tenips liuiliidea
e&couverts que par les temps clairu.
O
b- Grav. 6. - Palissage de Ia vigne eu pleine v6gCtotion snr pctits ct graads écli~las et s i i r GI de ler. 3 z
:n
276 C U L T U R E D E L A \'IGNE.
La gravure 6 donne une idée très-euacte, qiloique un peta
grossière, de l'épamprage et de l'effeuillage de la branche
à fruit a ia fin d'aotit.
La gravure 5 donne en perspective l'aspect de l'effeuil-
[age et de l'éparnprage des vigiles, A Ia íin d'aotit et au co11-i-
mencement de sep tembre.

Erav. 15. - Viie d'un cep prfscrvi! B I'arriEre-suison conac 10s pliiies ct Ic9
gcldcs d'autoninr.

Si Ia vendange, dont je paderai spkcialeinent plus loin,


n'est pas encore faite à la fin de septeinbre, et que dcs
t ~ m ~ s p l u v i e uoux très-froids mei~acentleu raisins de pour-
riture ou de gelée avant leur maturité, i1 faut alors reportcr
et repiyuer chaque grand bchalas A 15 ou 20 cenliinètres
en face des soucbcs, e1 replacer Ics paillassons dans Ia po-
sitio11 qu'ils occupaient au pririternps au-dessus des ligncs
de vigncs.
C U L T U B E D E L A I1IGNE. 177

De cetle façon les feuilles et les raisins ne souffriront pas


des gelées hlanches ou des pluies froides de l'automne, et
pourront attendre cinq à six semaines encore leur parfaite
maturité. (Grav. I5 et 16.)

Gruv. lu. - \'uc cn perspcctivc da cops abritEs contrc 10s pluies ct les
ù'nulomno.

Le paillasson, ramcilé presclue horizontaleineizt sur Ia


branche i fruit et sur le bas du cep, n'cst plus fixC que par
Ia tête de ses fichcs au grand 4chalas reporté et repiqué en
avant du cep; i1 repose seulement par son inilieu sur le fil
de fer et lea carrassoils. Les vents du nord el du nord-ouest
enlèveraient d e cette position ce paillasson et l'applique-
raicnt contrc le liaut de l'bchalas; i1 fauf;donc l'attaclier de
mètre en mèlre au fil de fer de palissage au rnoyen d'uir
4 'lu CULTURE DE L A V I G N E .
petit brin d'osier emBrassarit avec le fil de fer une poignde
de la paille du p1'r111 asson.
Au premier jour de solei1 après Ia vendange, et lorsque
les paillassons sont bicn secs, on les roule et on les met eii
ineules qu'on recouvre pour l'hiver avec des paillassons
linbriqués, comme Ics tuiles d'un toit, sur la pente de Ia
ineule : on enleve les grands éclialas et on les r6unit en
faisceaux circulaires, debout, moitié dans une route de ser-
vice et moitié dans l'autre route. 011peut les mettre A cou-
vert saus les paillassons iinbriqub.
On termine les opCratioiis de Ia quatrièine annhe par lc
biilage superficiel, ou plutôt par le râclage d'automne et Ia
mise en billon des terrcs et des Iicrbes aiilsi rainassées.
Si l'on n'a pas fume forteinent la troisi8ine année, ce qui
serait rcgrettable A cause de l'impulsion nécessaire i donner
à la pousse du bois, i1 est iildispensable de fuiner A la fiil
de la quatrième année. On fume en raison invcrse de Ia
richesse du sol ct dans les proportions que j'ai indiquées.

Toutcs les opérations iiidiqubes A la quatridme annCe,


sauf le pnlissage fiie des vignes, clui est disposi! une fois
pour touLes, sont répétbes A la ciiiquièine, A la sixidme et h
Ia septième annee, dans le même ordre et avec les iliêmcs
soins que pour la quatrième aaink; Ia seule diffkrcnce i
observes, c'est de laisser, sunvaiit Li force de la vbgktiition,
de 4 à 8 grappes i la cinquidme année; de 8 i 12 grnppea
i ia sisièmc année; de 12 A 16 gappes la septième annbe,
et de 16 A 20 grappes Ala huitième annke.
Vingt grappes pesant en moyenne h peu près 50 gram.
mes chacune, ou 1 Irilogramme de raisin, consliluenl le
produit inaxiinum d'un cep de vigne fc~it et bien entrelenu
ti'engrais et de inoyens pr~servateuss.
CIILTURE DE LA VIGNE. 17D
Si i'on s'abslicilt d'cinploycr des moyens préservateurs,
le produit dc chaque cep s'C1hve rarement en inoyeilna L
pliis d'un demi kilograinino.

Vignu aaIirlea. - A 1a I~uitihrneannée, Ia vigne est arri-


vbc I son 61at tle pcrfcctioii, et sa production cst dans t o u ~ c
sa puissaxice. Pcndant vingt nns ii partir dc cette anilbe, lo
vignc, si on lni donne les emendements ct les engrais né-
ccssaires, rnaiilticnt sa vigucur e1 sa ferlililé dans toiis les
sols oii cllc n'n pas encore óté culliv0e. Au dclh de treni,c ails
ia t6coiidité pcut dbcroilrc ct indrne s'étcindre sur ccrlains
sols, mais Ia p6riodc de production de vingi; ans cngeildre
des ricliesses Lclles, qu'il n'cst pas bcsoii~dc sc préoccupcr
cl'irnc 6vcntunlit6, toujours raro, et quc je crois iinpossil~le
si de bons soiils et iirie riourriturc suffiscinte sont donnbs A
Ia vigiic avcc rbgularitb el pcrs6vbrance.
Eii loiil pays dc la zoxie scl~Lcrilrionalo, et aux pires coii-
ditions dti sol, la vigiic est f d e h liuit ans; sa cnlturc, soil
critrcticri, ses produils, sont riorinaux, c l Ics dópcnses c11i'clle
ii6ccssil,aai~iiuollcn~eiit sorit, à peu de cliose prhs, lcs incincs
cl~aqucaririhu.
lliiris 10s rbgions irioycni~cs,Ia vigrie pcul Clrc fiiitc i sis
ans, ul ilaiis li! Jfidi, duiis uri bon sol c l avcc ùcs soiris in-
fcllir)cnls, clle l ~ c u doririer.
l drs prodiiits rcigulicrs h cirig
1111s.
Prirl~d'aiitr«lion niinruel d'iin Iiadaro ila vfyno adeldo.
- Voici c~uelsdcvri~iciib6irc c11 ztioycnxic chaquc aruibe lcs
il'un liccltirc de vigric [aile, planlbe en liris
f ~ a i sil'onl~*otic~i
c 6 p q p , c1 1)icn soignbe, iluils uxi Lcrrain mèiliocrc.
Sa nourriturc (lcvra Olrb coinposCc, pour uno p6riodc dc
(roia Uns, dc GO iri<ltros eubes da l'timicr, da (10 rnili-cn
ciiLc?s d'amerirlcinci~tsat clc (10 xriòlros cubos dc lcrrera
i80 C U L T U R E D E LA VIGNE.
Iieuves et végbtales. Le fumier pcut être eslitní: 21 7 fr.,
I'ameildement R 2 fr. 50, et Ia terre 9 1 h. 50 le i1lètre
cube, mis en place, ce qui forme un total de GGO fr. pouil
le prix de ces trois Cléments en trois ans.

Le fumier, l'amenden~entct Ia terre coùtent donc,


par an, le tiers de ces 600 fr.; soit.. . . . .
Taille et sarmcntage.. ...........
Preiiiière culture, fonnaticin de hillons et Fichage. .
Entretieu annuel des éclinlas ct fils de fcr. . . .
EI~our~eonnages, .....
liages et rognagcs..
Trois binages. ..............
Vendangc, transports, cuvagc, prossurage, futailles
et soius, i 10 fr. l'liectolitre ;pouiz40 Iiecloliti~cs.
Défichage, binage et remplaccinent. . . . . . .
To tal do la déi~ensede bon entrelicn et do pro-
duction du vi11 d'un licctarc dc vigne. ..1,000 fr.

Prodnit xiioyen nniauel d'un hectare de vigne uùolte


-
~ a n spoi~inssons. Le produit moyen annuel d'un hec-
tare de vigne non paillassonnée sera toujours, pendant les
vingt anilbes de pleine fertilitb, de plus de 40 hectolitres,
et, si le cbpage de la uigne appartient aux fines cs~ièces,
cliaque hectolitre ne peut, en moyenne, descendre à un
prix inf&rieurà 50 fr.; ce qui donne un produit brut de
2,000 fr., et, défalcation faite de 1,000 fr. de frais, un
produit net de 1,000 fr., représentnnt l'intitrêt Q 5 pour
100 d'un capilal de 20,000 fr.
Produit pioyen annuel d'un beciare de vigne nùailtc
iiveo parnassons. - Si le système de préservation des
gelées et autres intempbries est adopte, Ia récolte rnoyeiinc
sera cliaque annee d'au moins SO Iiectolitres, qui, 9 50 fr.
l'un, donnent un prodiiit brut de 4,000 fr., e t 2,100 fr.
de produit net seulenlent, pnrce qii'il faiit tli.f::lqiicr t l i i 1:vr-
duii bsut :
CULTURE DE LA VIGNE.
Les frais ordinaires, ùont ledétail est à !a page 197. 1,000 f:
P:~iilassonse1 leurs nianaiuvres. ....... 500
Ventlange, CUvagC, pressurage, fulailles, soins et
remplissage des 4 0 hectolitres en sus de la ré-
coito ordinaire (à 10 fp. l'iiectolitre), .... 400
Total. .......... 1,900 ir.
Défalquant cette somme du produit hrut.. . . . 4,000
11 reste pour produit net.. ... 2,100 ft*.

Rinsi, dans Ia bonne culture ordinairc, sans moyens


pr6servateùrs, le produit net d'un Iiectare de vigne eii fins
plants sera toujours en rnoyenne d'au inoins 1,000 fr., et,
dans le cas du plus large emploi possible de moyens pro-
tecteurs, i1 sera au moins de 2,100 fr.
Prix de rcvient de I'heetorc dc vlgne, aprés Ia sep-
ti6mc onn6e. -
Voyons. maintcnant que1 sera le capital
avancé donl ce produit net de 1,000 fr. ou de 2,400 fr.
devra couvrir l'intérêt. En voici le dbcompte approximatif :
Acliat d'un Iiectare de tei.i.,~.. . ,l,OOO ir,
B611enso ilc 1'" anntlrc.. . . . . 1,000
- 2' i d . . . . . 500
- 3" id. . . . 855
- A* i i l . . . . . . j,245
- 5' id. . . . . . li00 plus 200 fi.., produit de 11
ricoltc de Ia & année.
500 plus 400 h., produit de Ia
récolte de la 5' année.
150 plus 800 fr., produit dela
r6colte de Ia 6' annee.
Total dc Ia dépensr. .. 5,750 fr.

$us les iiilérCls d e toutes ces dhpcnses, c'est-i-dire A peu


près 1,200 fr., lescluels sont complétement remboursés par
le prix de la récoltc de la seplième annáe, aont la valeur cst
E ~ C1 200 [r. au i-iioins.
-.. -* - -. II
182 CULTURE D E L A V I G N E .
Uans ce décompte la valeur de i'liectolitrc de vin n'esg
portée qu'h 25 fr., parce que, Ia vigne n'étant pas faite, la
qualité du vin est inférieure de moitié i ce qu'elle sera plus
tard, le vin n'ayant toute sa valeur que lorsque la vigne qui
le produit date de Ia huitième année.
Itendcment nct de la vigne pour l e propriútaire. -
Le capital déboursé est donc à peu près de 6,000 fr., et l e
revenu moyeil assuré est de 1,000 fr., c'est-à-dire d'envi-
ron 17 pour 100.
Si I'on a recours aux paillassons protecteurs à partir de
Ia quatrième année, le capital avance devient moindre, puis-
que l'augmentation des récoltes, pendant ces quatre ans,
represente un chiffre de 2,500 fr., et que la dhpense deu
paillassons et de leurs manceuvres n'est que de 2,000 fr.
pour les quatre ans.
Le reiidement nloyen des vignes 6 fins cépages, avec lc
plus large einploi des moyens protecteurs, sera donc tou-
jours de 35 à 40 pour 10Ú des avances faites par le capi-
laliste.
Bcadement de 1s vigne poiir Ic vimeron. - Si c'est
vigneron qui plante et cultive lui-rnêine sa vigne avec sa
famille, les rksultats sont bien plus avantageux pour lui;
car, pendant les sept premières arinécs, la niain-d'ovuvre
figure pour une somme de près de .,O00 fr. daris I'avarice
du capital. Un vignerou pouvant disposer de 2,000 à
3,000 i's. peut donc entreprzndre pour sori coinpte la
~lantationd'un hectare de vigne, et en tirer, par son tra-
mil, de 1,500 i 2,500 fr. par an, à partir de Ia huitiòme
3nn &e.
Toutefois la conditioil absolue du succès réside, pour lo
vigneron comme Four le capitaliste, dails la culiure des
plus fins cépages, capables de produire des vins d'une va-
leur rSel1e et nioyerine de 50 fr. l'hectolitre (50 ceiit. l a
CULTUBE I1E LA BIGNE. 185
litre, 40 cent. la bouteille). Tous les fins ckpages en lieu
sec, où la vigne peut milrir ses fruits, produiront un vin
d'un prix moyen plus élevé et d'une ventc cértaine, sur-
tout avec le nouveau déboucli6 ouvert aux vins par le traité
de commerce qui a étP. conclu en 1860 avec l'Angletcrre.
CHAPITRE XI

Selon les données qui précèdent, à dater de la hu't"leme


annke qui suivra la plantatiori, un hectare de vigne fournira
toojours par an plus de 500 fr. de main-d'ccuvre au vigne-
ron et plus de 1,000 fr. de revenu au propriótaire. 11aura
cofiiit 6,000 fr. i ce dernier, dont 3,000 fr. payks au
vigneron pour avoir conduit la vigne à son ótat normal et
complet.
Si le vignoble cré8 et parachevh est de 100 hectares, i1
aiira produit en sept ans 300,000 fr. de salaires aux vigne-
rons, et aura couté au fondaieur 600,000 fr., capital, in-
tcrêts et tous frais compris, et i1 doilnera désormais, chaque
snnée, à dater de Ia huitièrne, 50,000 fr. aux vignerons
et 100,000 fr. au propriétaire. 50,000 fr. représentent un
bon budget de cinquante familles de vignerons 116cessaires
à la cullure de 100 liectares de vigne. 100,000 fr. repró-
sentent l'iiltkrêt à 1 0 pour 1 0 0 de un million de capital, et
i1 n'cst pas de vigne 6 fins cépages qui rie vaille 10,000 fi..
l'hectare; le million est donc foncièrement reprksenté,
C U L T U R E D E LA V I G N B . 1Rri
Or, siir c0 million dc capital represente, i] n'y a que
000,000 ir. do d é p c n s 6 ~ ; i1 reste donc i d6penser
400,000 f f . 7 savoir : 260,000 fr. pour ies ~inées,caves,
ccllicrs, pressoirs, cuves et mobilier n6cessaires i l'exploi-
lntion; l40,000 fl'. pour Iiabitations de maitre, de rhgis-
scur, ~ l ovigncrolls, pour jardins, vergers, cldtures, etc., et
pour crdcr urio pctitc ferme annexde au vignoble.
Lo seu1 produit (lu vignoble rendra cIonc 10 pour 100
du capital avanci! pour avoir un vendangeoir seigneurial
nvoc village, mais011 principale, aisances el dílpendances,
jardins, vcrgors ct fcriiie.
Co n'cst pes tout, lcs cont liectares de vignc verseraiont,
cn outre, 50,000 ir. pai an aux cinquante familles du vil-
lago qui lcs ciillivcr'aienl, c'est le bien-être assur6 à chaque
fainille.
Te1 serait Ic rnngnifiqiie résullat obteiiu par le capitaliste,
oxigoarit 4 0 pour 4.00 par an de ses capitaux avances; mais
pour lc colonisntcur qiii se conlenternit de 5 pour 100 de
soti capital, 100,000 fr. de produit net reprbscntent deux
inillioiis dc capii,al, donl 600,000 fr. seuleinent sont
corisacrds 3 Ia ci7&atioiidu vignoble; i1 resterait donc
2,600,000 ir. pour cIintenu, pares, scrrcs, jardins et ferme
dc 500 à 600 lioclnrcs, n'ayniit l~csoinque do s'entretenir
clc scs procluils sans ricn rnpliorter, cc q~iicst Ia condition
lu plus gOnóralo dcs fermcs, et surlout cles iermes modèles,
ilnns les tci'raiiis mi!diocrcs ou mauvais. Six ceilts hectures,
inis cii ciilturo do í'crmc ílalzs 1cs Eert'[ti?lspauvres ou cldlais-
sis, ii~cessitant600,000 fr. d'nvaiiccs au minimum poiir
rendrc cn produit tic~t,nlirhs ùouzc annílcs, 15,000 fi. ou
2 112 l~ouriOO,e1 pour paycr 1~ main-d'ccuvrc de quinze
hrriillos h 1,000 fx. par an. Jamais les 600 liectnres ne
doiincronl lo rcvonu d'unc linbilalion de mailre, de rbgis-
ni de qulmc Satnillcs do paysans; jaznais, i plus forte
180 CULTURE DE L A VIGNE.
raison, n e , pourront-ils solder la dépense d'un château,
d'un parc, de serres, de jardins. Ces avantages ou ce luxe
sont Q peine l'apanage des cultures de ferme en terrains
excellents eu abaissant le revenu i 2 112 ou ii 5 p o u r 100
au plue.
Toutes les prétentions et allégations contraires sont erro-
nées, toutes les espérances contrares ont été et seront de-
çues : Ia vigne s e d e en France, et dans les rénions OY elle
9
peut murir scs fruits, a le pouvoir àe créer la ricliesse dans
les terrains pauvres et délaissés; seule elle y rendra 10
pour 100 au capital avancb, seule elle y fondera à perpé-
'uitè de grands et de ricbes domaines.
VINIFICATION

CHAPITRE PREMIEB
PnINcIPEç GÉNEMUX

Le grand art de faire le lion vin est &une simplicité pri-


mitivo.
Ses meilleurs préceptes sont dans la pratique tradition-
nelle, et Ia scicnce moderne ne s'y applique que pour
étudier et faire connaitre les éléments de la vinification, les
mesurer dans leilrs proportions et signaler les meilIeures
conditions des pl18nomlnes qui Ia constituent.
La chimie est h la confection du vin ce que Ia physiqiie
est iIa composition milsicale.
Le gènie du vin est dans le cep.
Lc cacliet de chaque espbce de vin est grave dans aliaque
espèce de cépage. Le sol, le climat, l'annéc, l'exposition,
modifient ce cacliet ; mais il caractérise toujours eon cep
et difflre toujours de$ autres cachels.
18F YINIPICATION.
Pour faire la soupe j. vos gens, plantez des citrouilles.
Pour rafraicliir le vulgaire, plantez des melons brodés.
Pour le service de votre table, plantez le melori cantaloup.
Mais iie demamdez jamais i ia chimie de transformei- les
citrouilles en cantaloup ni même en melon brodé, nele de-
m a n d e ~pas au sol, au climat, à l'exposition, i l'année ; ne
Ic dcmandez pas inême j. Dieu, qui laisse à votre intelli-
gence le clioix de ses dons, mais qui ne change pas ses lois
au gré de la sottise ou de l'avidilé.
Donc, pour faire le bon vin, plantez vos vignes eil bons
ckpages.
Recueillez leurs fruits quand ils sont bien miirs.
Recueillez-les promptemeiit, proprement et judicieuse-
mcnt.
Siparez les bons raisins des raisins médiocres et surtout
des raisins mauvais.
Pour faire vos vins blancs, portez rapidement les raisiils
sur vos pressoirs bien appropriés à l'avance et bien net-
toyés i chaque opération.
Distriliuez ious les jus qui sortent de chaque presse dans
des tonneaux bien préparés, bien abreuvés, sans mauvais
goiit ni mauvaise couleur. Laissez fermenter le vin dans un
lieu couvert et tempéré jusqu'à ce qu'il soit calmd; après
une ou deux semaines, descendez-le dans tine cave A tem-
péralure constante de 11 i 1 2 degrhs. Remplissez vos
1)iAces tous les huit jours : soutirez une fois, deux fois au
plus, par hiver et pendant les temps les plus secs et les plus
I'roids, et vous aurez toujours ainsi les nieilleurs vins lilancs
possibles pour ie cépage, polir le terroir, pour le climnt et
POUr l'année.
Pour faire vos vins rouges, froissez et foulez vos raisins,
soit avec des pelles de bois, soit avec les pieds nus bien Ia-
VINIFICATION. 189
vis. Emplissez-en vos cuves, nettoyées, abreuv6es et res-
suyées avec soin, jusqu'aux quatre cinquièmes de leur pro-
fondeur ; égaliscz Ia surface des raisins au moyen d'un
râteau ct tassez-Ia avec une batte plate; fcrinez les portes
de vos vinCes et ayez soin que la tempbraturo n'y descende
pas au-dcssous de 15 degrés. Ecoutez deux ou trois fois par
jour le bruit de Ia fermentation, cn appliquant votre oreillc
contre la cuve; aussitât que le silence a succédé nu tu-
multe du bouillonnement, tirez votre vin par le robinct,
préalablement adaptb au bas dc la cuve, cai. votre vin est
fait et sa fermentation est accomplie, Ic surplus est une
macération nuisible. Einplissez (lu vin dc tiragc, mais par
portions successives, vos tonneaux aux trois quarts de
leur capacite. Faites yorter aussitôt le marc au pressoir, e1
remplissez vos tonneaux égalemcnt avec lcs produits dc
toutes les presses. Quelques jours après, dcscehdcz vos ton-
neaux en cavcs ou rangez-lcs dans vos celliers. Remplisscz-
les avec soin tous les Iiuit jours, soutirez au mois de jan-
vier ou de février, et vous aurez ainsi lcs mcilleurs vins
rouges que vos ceps, votre tcrroir, votre climat et l'anaée
piiissent produire.
Pour ohtenir vos vins roses, ccil de pcrdrix, pelure d'oi-
gnon, pour faire, en u n mot, Ics vins inlermédiaircs c ~ i t r c
les vins blancs et les vins rouges, le tirage dc Ia cuve doit
être opérh au tiers, de Ia fermentalion, c'cst-i-dire vingt-
quatre Iieures au moins et quaranlc-liuit Iicurcs au plus
après le prcmier mouvemcnt de fcrmentalion saisi par l'o-
reille. On fait lc pressuragc imm6diatement après le tirage,
et le reste du traitomonl est analogue i celui dos aulres
vins.
Ces recommandations solirnaires suifiraicnt, h la rigucur,
pour que chacun piit fairo lcs bons vins, lcs mcillcurs vins
do Fran:e : mais i1 importe d'éclaircr davantngc Ia qucs-
I!.
tion, en reprenant chacune des indications yrincipales au
point de vue pratique et technique. Je n'ai pas comprie
dans ces ghéralitiis les viris mousseux et les vins de Iiqueu~.;
ces vins, fort estimables d'ailleurs, sont en quelque sorte
des préparations industrielles spéciales.
CHAPITRE I1
VENPANCE.

Ln rdcolto dos rnisin6 ori i a ve!zdange os1 10 premicr acta


do lo vinificallon, lo dernicr cL le seu1 bul dc Ia viticulturc.
Ln vcndango cst lc fail suprbmc qui rbsume et sanctio~i~ic
tous 10s I,rnvaux dii vigxioron et loutcs 1cs d8penscs du pro-
prihlniro,
Une 1)clle vcndango do rnisins murs cb abondants cst tine
vlrrilable coiirluc?tn, [Link] tl'iiue cninpagnc do six inois dnns
laqudle i1 n fiillii surrnonter Xas gcl6es (lu prinlcinps, 10spluies
froidos de jiiiti, l;i grdlri, Ics ixiscclcs, la rniiladio, lcs golbes et
les pluios d'riulowxirio : ricil ri'c~tpXus drami~tiquc,ricn n'cst
plue Omonvnnl ~1i1d1iilultc dii viticullour contre les flEaux
qlii alliicluc!ixL onii mrivrcl, lir ris relficlic ct jusqu'aii dcrnicr
rnomont: iiussi dirnri tous los pnya vignoblcs uno l~cllevcn-
dmgo c;st-0110 iin l~iornl,hu glrn6ral qui se traduil par iin
rodoulrlcmr!nl do lrrivail, d'anirnntion ct d'allbgresso do
Icirrs populril,ioil#,
hiliiri ca conccrk da rintislnctian csb raromcrit clonnO par
Ia aapriciairas RI^ ~ U M I I UBUX
, C I E I ~ U Cdo
L ~ Inqucllo le vigneron
o'nlaxidunnu nvac I'inarlio ct la htalisme (lu Turc,
Les belles et bonnes vendanges sont de plus en plus
rnres, moins h cause des intempbries des saisons qu'à
cause deu stupides ardeurs de Ia convoitisc et du besoin de
rbaliser ii'importe quoi qiii s'appellera vendange pour eri
faire n'importe quoi qui s'appellera du vjn.
I1 y a soixante ans on vendangeait encore pour fairc dii
vin : depuis cette hpoqile, mais depuis vingt ans surtout, on
fait le vin uniquement pour rargent qu'on espère réa 1'iser :
on fait le vin avec des raisins provenant de cépages gros-
siers ou de ceps entassés les uns sur les autres, on le fait
avec des raiçins verts, on expIoite audacieusement ct I'on
perd ainsi l'antiquc réputation des vins de Frailce. En vingrt
ans, le riche escompte de cette rAputation a été fait, le dis-
crédit s'ktablit partout. O fabricants et niarcliands de pré-
tendus vins de France, jusques à quand vos audacieus et
loquaees comrnis voyageurs feront-ils croire aux etrangers
que vos vins de gamais, de cliasselas, de gouais, de verdil-
lons et de verjus, remontes par des glucoses, des mélasses
et des cassonades, sont les vrais et les bons vins d e France?
La rèponse est déjà hite : l'industrie anglaise vous en offrc
de pareils , de meilleurs mêmc, faits avec des raisins do
caisse, des cassonades et des acides : i1 faut donc, si vous
voulez continuer à faire le commerce dcs viris, que vous
fassiez replanter les fins cbpages, et que vous attendicz Ia
vraie maturité de leurs fruits pour reproduire les vins de
France, 6 la fois légers et généreux, .iniinitablcs pour I'agrC-
~nent,incomparaltles pour l'liygièile du corps e1 de l'cs-
prit.

Inconvdnicnts ùu ban des venùnnges.- AUtrefois l'as.


scmblbe dos notnbles et des experts d'uii vignoble fixait
BINIFICATION. iQ3
pour tout le inonde Ie jour avant leque1 i1 n'était perinis i
personne de vendangcr , ct ce jour ne prdcédait jamais
In pliis complòte maturilé possible : Ia ynalité du vin était
l'orgueil et I'honneur du pays, nu1 n'avait le droit de com-
promettre unc renommée qui était le bien ct Ia satisfaction
de tous.
Le ban clc vendange existe encore sans doute dans Ia plu-
parl des localités, mais les tendances qui prévalent générn-
Icment dans sa fixation sont le désir, le besoin impérieux
de réaliser la récolle aussitôt qu'elle peut passer pour à pec
près mure. I1 faut le plus tôt possible faire argent de cette
rbcoltc, et les plnics de scptembre, les gelées d'octobre:
a~paraissentcomme des fléaux irrésistibles auxquels i1 faut
avant touJ soustraire le raisin, fdt-i1 A demi milr: qu'im-
porte Ia qualité du vin, pourvu qu'on le vende, et on le
vendra toujours, tant le vin est devenu nkcessaire. Cette.
fixation anticipée du ban de vendange s'exercc donc aujour-
d'liui eri sens inversc de Ia qualité du vin : aussi sa suppres-
sion favorisera-t-elle le progrhs. Le Iia~ztMEdoc n'a pas
de -han dc vendange, et je l'ai dit d@, ln viticultura c111
haut Médoc est Ia plus belle et la plns intelligente, elle
doit servir dc type en tous poinls.
Dnngcr d 0 S Vcndnngoa hRtlvcs. - LCS pluies de sep-
tembre e t d'octobre et lcs pclitcs gcláes blanches de cctte
saison sonl; gónéraleinenl moins rcdoulables el moins fa-
lalcs qu'an ne Ic pensc. Depuis quarantc ans j'ai obscrvE
avec int6rêt;la plupart clcs vendangcs el leurs Episodes rela-
tivement aiix eflets mbtóorologiqiies; j'ai lcplussouvcn t vil
les propriétaires de la Bourgogne, de Ia Champagne et de
Ia Toiiraine regretter d'avoir ~endangdtrop tôt, et j'ai tou-
jours constatí: que les tcmporisaleurs de ces mêmes pays
obtenaient de meilleurcs récoltcs et de meilleurs vins.
Pour í'aire les bons. 10s V ~ R ~~ F i den France,
~ sauf peui-
i 04 VIKIFICATION.
être en quelques points de son extrême llidi, i1 faut rbcolter
le raisin à son plus haut point de maturité : la perfection
de Ia maturité est presque aussi importante que Ia finesse
du cépage. En effet, le jus du chasselas mfir peut marquer
3 et 4 degrés au gleucomètre, un gamai bien mfir pe,ut
marquer 6 et 8 degrés, tandis que le plus Eranc pineau
noir en vevjus marque zbro : lorsquJil est teinté rouge, i1
marque 2 degrès, puis 4, puis 6 et 8, et ce n'est qu'en m6-
rissant davantage encore que son jus marquera 10,12 et jiis-
qu'au I 4 degrés lorsqu'il est arrfvé à sa cornplète maturité.
On voit donc que la maturité parfaite du raisin esl le complb-
rnent nécessaire de 1;i finesse du cèpaq qui le produit : ainsi
celui qui vendange son pineau dès qu'il esl noir à I'extkrieur
et alors qu'il est encore vert il'intkrieur obtient du vin i
25 fr. l'hectolitre : celui qui vendange quinze jours, un
mois plus tard, quand son pineau est noir partoiit, peut
obtenir un vili de 50 et de 100 fr. l'hectolitre. Le choix du
moment de la vendange est donc un fait capital pour le
propribtaire.
J'ai vu vendre pendant plusieurs annkes tous les raisins
fins noirs des grands vignobles de la Cliampagne, de 60 à
80 fr. Ia caque ou lcs 50 ltilogrammes, c'est-i-dire de I fr.
90 à I fr. 60 le liilogran~rrie. Or une vigne bien soignée,
sans rnoyens preservateurs, produira toujours en moyenne
4,000 kilogrammes de raisins par hectare, ce qui ferait
varier son produit brut de 4,800 B 5,600 fr. P~@'~obtenir
un parei1 prix, i1 ne faut être avare ni de soins'ni dr! de..
penses, ni de temporisation.
Avantagee des vcndningoi tordlves. - Je n'hésite pas i
formuler en prineipe qu'il faut faiie h vendange le lilus tard
possible en saison, et que tous les eí'rorts des viticulteun
distingu6srloivent lendre, non pas h arracher le raisin ciemi.
miir aus flèaux climatkriques en le vendangeant de bonile
VINIFICAPION. 195

Iieure, mais à le protéger contre ces flèaux jusqu'à sa vai1-


faite maturité.
L'exemple de celte pratique et la preuve de ses résultats
lucratifs sont donnés par Thomery : c'est dans cet intelIi-
gent pays qu'on peut apprendre an quoi consiste la véri-
table maturitiS du raisin. Lorsqu'au mois de septembre oii
visite les treilles ou les contre-espaliers de MM. Rose et
Constant Ctiarmeux, on admire leurs grappes transparentes
et dor6es, et, lorsque l'on s'extasie sur la belle maturité de
ce raisin, et que ces liabiles viliculteurs vous déclarent qu'il
lui faut encore dcux ou trois semaines pour atteindre sa
parfaite maturilój on est tente de croire qu'ils s'amusent dc
votre crtidulité : i1 n'en est rien pourlant, car dans quirizc
jours ou trois scmaines ce raisin aura acquis une valeur
do~ible; aussi n'épargnent-ils rien pour abriter des pluies
et des gelbes blanches d'automne leurs contre-espaliers
aussi bien que leurs treilles.
Beaucoup de vignobles, Vouvruy , Sauterne et d'autres
crus, sans employer de moyens protecteurs, vendan'gent
aussi le plus tard possible, ct ils ont grandement raison.
Dans quclqucs localiids, on atlend que la pellicule du raisiu
soit nrrivde A la fcrmentation, qu'elle soit couverte de moi-
sissure pour faire le vin le meilleur et le plus justement
estimb. I'ai vu par moi-rnême coinbien cette pratique était
asçellcntu :i'ai fait en 4846 une feuillette de vin blanc avec
dos raisim do mesliors qui tous Qtaient couverls de moisis-
suro Ia surfiice, au'point qu'en l e ~détachant du cep i1
s'en ólcvait u n nuage de poussière et que les grains, pour-
ris en upparence, tombaient tous de la rafle au moindre
otkoc. Ge vin s'esl conservÉ d'une finesse admirable et sans
la inoindro goQ1de pourri ou de moisi.
Puur obtenir les bons vins, les vendanges successives des
grappes hmesure qu'ellea atteignent leur parfaite maturité
496 YINIFICATION.
seinbleraient au premier coup d'ceil une excellentc. pra-
tique; nous verrons plas loin ce qri'il faut en penscr; mais,
dans tous les eas