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Si La Langue Francaise M Etait Contee

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Si La Langue Francaise M Etait Contee

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MAGALI FAVRE

si la
langue
franaise
mtait conte
du mme auteur
lombre du bcher
Boral, 2001
LOr blanc
Boral, 2002
Le Jongleur de Jrusalem
Boral, 2004
Castor Blanc
Alcide, 2005
Le Chteau des Gitans
Boral, 2009
21 jours en octobre
Boral, 2010
Magali Favre
si la langue franaise
mtait conte
Il l ustrati ons de Luc Mel anson
Direction ditoriale: Guylaine Girard
Direction de la production: Carole Ouimet
Adjointe la production: Jenny de Jonquires
Conception graphique et mise en pages: Bruno Lamoureux
Illustrations: Luc Melanson
Catalogage avant publication de Bibliothque et Archives nationales du Qubec
et Bibliothque et Archives Canada
Favre, Magali, 1953-
Si la langue franaise mtait conte
partir de 10 ans
isbn 978-2-7621-2907-6 [dition imprime]
isbn 978-2-7621-3206-9 [dition numrique]
1. Franais (Langue) Histoire Ouvrages pour la jeunesse. I. Melanson, Luc. II. Titre.
pc2075.f38 2011 j440.9 c2011-941446-5
Dpt lgal: 4
e
trimestre 2011
Bibliothque et Archives nationales du Qubec
Groupe Fides inc., 2011
La maison ddition reconnat laide fnancire du Gouvernement du Canada par lentremise du Fonds du livre du Canada
pour ses activits ddition. La maison ddition remercie de leur soutien fnancier le Conseil des Arts du Canada et la
Socit de dveloppement des entreprises culturelles du Qubec (SODEC). La maison ddition bnfcie du Programme
de crdit dimpt pour ldition de livres du Gouvernement du Qubec, gr par la SODEC.
imprim au canada en octobre 2011
Tous mes remerciements Maude et Christian.
Guillaume, Alexandra, Julien, Amlie, Thierry...
et tous les enfants qui ont crois mon chemin denseignante.
5
Un bouquet de mots
Dposs par les Gaulois, venus de Grce, de lOrient ou du froid, imposs par les
seigneurs germaniques, oferts par lItalie de la Renaissance, suggrs par la lan-
gue anglaise si proche, tous ces mots forment la langue franaise. Une langue issue
dchanges mondiaux, qui parle du monde et qui parle au monde; une langue multi-
ple dans ses origines, mais quunifent son rayonnement sur tous les continents, son
ardeur, lamour quon lui porte.
Cest en composant un tel bouquet de mots que Magali Favre nous raconte, avec
beaucoup de science et non moins dhumour, avec respect, avec tendresse, lhistoire
dun idiome qui nous exprime et nous unit. Cette histoire est ancienne, elle est mi-
nente; elle se poursuit avec vigueur.
Le franais na jamais t autant parl, autant crit que de nos jours; il emprunte,
il invente, il est vivant. Cest notre langue; nous sommes responsables de sa vitalit,
de son rayonnement, de son avenir. Mais pour cela, il faut en connatre lhistoire, en
pntrer les arcanes, en comprendre le destin; louvrage de Magali Favre, bouquet de
savoir et damour, nous est la meilleure solution.
Bernard Cerquiglini
Professeur de linguistique lUniversit de Paris 7
Recteur de lAgence universitaire de la Francophonie
6 si la langue franaise m tait conte
le franais possde environ 60 000mots ;
une personne cultive en connat environ 5 000.
voici lhistoire de quelques-uns
7
Avant-propos
Cher lecteur, je suis une trs belle mais trs vieille dame. Si vieille que je ne me rappelle
plus exactement la date de ma naissance.
Mme si jai perdu la mmoire de mes origines, je vais tcher de te raconter com-
ment je suis venue au monde et comment jai grandi. Ma vie na pas t toujours
facile et je dois avouer que pour devenir la grande dame que je suis jai d com-
mettre quelques indlicatesses lendroit des autres langues qui me ctoyaient.
Cela nest jamais facile de devenir une grande personne et de faire sa place dans
le monde. Dailleurs, je dois continuer me battre tous les jours pour la garder.
Cest un peu pour cette raison que je veux te raconter mon histoire, pour que tu
puisses maider rester celle que je suis devenue.
Car jai de grandes qualits. Je me transforme et menrichis en mettant au monde
chaque jour de nouveaux mots avec lesquels je dcris la vie ma manire. Et tant
que tu te serviras de moi, je ne pourrai pas mourir. Voil le secret de mon ternelle
jeunesse.
En retour, connatre mon histoire taidera comprendre do tu viens et qui tu es.
Tu pourras alors plus facilement user de moi ta guise pour parler, conter, penser,
crire et aimer.
9
Au commencement
tait le gaulois
C
e nest pas tout fait la vrit. Il y a environ sept mille ans, bien avant le
gaulois, une autre langue tait parle dont on ne connat peu prs rien.
cette poque, lcriture nexistait pas. Ces populations au pass mal connu, qui
ont habit lEurope durant des millnaires, sont restes dans ce quon appelle la
prhistoire. Nous navons aucune trace des mots ncessaires la comprhension
de leur pass et, donc, de leur histoire.
Ce nest pas une mince tche que de remonter la source de notre langue.
De nombreux savants, en particulier ceux quon appelle des tymologistes, y
consacrent leur vie. Ce sont les archologues de la langue.
Au cours des sicles, les mots ont t plusieurs fois transforms au gr des
migrations des peuples, recouverts par plusieurs couches de langue. Ces savants
choisissent un mot, le dcoupent en petits bouts et le triturent en tous sens pour
en extraire la racine. Ils lexaminent la manire dun enquteur la recherche du
10 si la langue franaise m tait conte
moindre indice. Il leur faut dduire, comparer, analyser, mettre des hypothses:
de vrais Sherlock Holmes!
Ainsi, en comparant le mot mre dans difrentes langues europennes, ils
dcouvrent des similitudes. En latin, cest mater, en gotique (la plus ancienne langue
germanique) motar, en vieil irlandais (langue celtique) mathir, en sanskrit (langue
ancienne de lInde) matar. Aprs avoir compar de nombreux autres mots, nos savants
en ont conclu que des langues comme litalien, lallemand, lirlandais ou le hindi
pouvaient tre issues dune langue commune, quils ont appele lindo-europen.
Par contre, si la racine dun mot ne sexplique par aucune source indo-
europenne mais quon trouve ce mot dans des rgions o vcurent ces popula-
tions, on peut en dduire quil porte la trace dune langue pr-indo-europenne.
La seule langue parle aujourdhui qui date de cette trs lointaine poque est
le basque (eskuara). Il est parl dans les rgions montagneuses des Pyrnes en
Espagne et du ct atlantique en France. Le basque est le dernier vestige dune
langue parle il y a plus de 7000 ans.
Nous voici doncen 2000 avant J.-C. Des tribus celtes partent de lEurope
centrale pour sinstaller en plusieurs vagues successives dans toute lEurope. En
mme temps que le travail du bronze, ces tribus introduisent une nouvelle langue.
Leur expansion en Europe atteint son apoge au iii
e
sicle avant J.-C. Les
Celtes vont sinstaller en Grande-Bretagne, en Irlande, en Espagne, au Portugal,
en France et en Italie. Vers lest, ils iront jusquen Turquie.
cette poque, le celtique est donc, en Europe, la langue la plus parle. Les
peuples qui lutilisent ne sont pas homognes mme sils ont en commun des
croyances et certaines formes dart.
Les Gaulois taient lun de ces peuples celtes. Ils occupaient le nord de lIta-
lie, la France, la Belgique et la Suisse. Le terme Gaulois est celui par lequel
Au commencement tai t l e gaul oi s 11
les Romains dsignaient les tribus de ces rgions o, beaucoup plus tard, on
parlera franais.
De la langue gauloise on estime quil ne reste que 150 mots dans le franais
daujourdhui. Comment se fait-il que le franais ait gard si peu de traces de
cette langue utilise pendant prs de quinze sicles? La culture des Gaulois tait
pourtant riche et leur conomie prospre. Ce nest pas pour rien que les Romains
voulurent les conqurir!
Mais voil, les Gaulois ne voulaient pas confer leur culture lcriture. Les
Celtes trouvaient plus beau, plus noble, plus pieux de parler, dentendre et
de se souvenir, fait valoir lhistorien Camille Julian. Il ne leur semblait pas
convenable de confer la lettre, chose morte et immuable, la parole vivante des
potes, ajoute larchologue Albert Grenier.
Ces deux historiens expliquent que les Gaulois rejetaient lcriture cause de
son caractre fg. Ils prfraient la transmission orale, la manire des conteurs.
Ils auraient pu, nayant pas une criture propre, utiliser lalphabet grec ou latin; tous
ces peuples se connaissaient depuis longtemps. Mais les seuls crits gaulois que lon
connaisse sont des relevs de comptes ou de rares pitaphes sur des pierres tombales.
Des noms de villes connues proviennent du celtes: Bonn, Dublin, Glasgow,
Genve, Londres, Dijon, Lyon, Nantes, Reims, Bologne, Milan, Vienne. Certaines
villes franaises portent le nom des peuples qui y vcurent: Paris (les Parisii),
Tours (les Turons), Amiens (les Ambiens), Chartres (les Carnutes), Poitiers (les
Pictons).
Nous pouvons toutefois nous faire une ide de cette languegrce aux langues
dorigine celtique qui sont encore parles aujourdhui comme le breton, lirlan-
dais ou le gallois. De nombreux noms de lieux ou de personnes nous viennent
galement du gaulois.
12 si la langue franaise m tait conte
Prenons Vercingtorix, ce fameux guerrier gaulois qui se battit courageuse-
ment contre Csar et ses puissantes lgions romaines. Son nom se dcoupe en
trois parties. Ver est un prfxe qui signife trs ou grand; cingeto veut dire
guerrier; enfn, rix correspond au latin rex roi. Vercingtorix pourrait donc
signiferroi grand guerrier.
De la mme faon, le nom Epordorix pourrait signifer chef des cavaliers,
puisque epo signife cheval. Avec le nombre de mots gaulois qui se terminent
par rix, on peut tout de mme se demander si ces Gaulois navaient pas plus de
chefs que dindiens!
Sil est parfois difcile de trouver les traces de mots gaulois dans le franais, la
faute en revient en partie aux moines copistes du Moyen ge. Ces moines, dune
culture latine parfois dfciente, reprenaient des mots de la langue de leur rgion
et les afublaient de terminaisons latines, pour faire plus cultivs. Certains mots
ont ainsi t longtemps considrs comme des mots dorigine latine, alors quils
taient en fait gaulois.
Quant aux Romains, ils ne se gnaient pas pour emprunter aux Gaulois leurs
inventions et les mots qui les dsignaient, les faisant ainsi entrer directement
dans la langue latine.
Selon des chercheurs, lordre des mots dans la phrase en franais viendrait du
gaulois. Certains pensent aussi que le franais aurait hrit dune faon gauloise
de prononcer le latin.
Qui taient donc les Gaulois ?
Les Gaulois taient de bons agriculteurs, de bons leveurs, dhabiles artisans et de
vigoureux guerriers. Ils inventrent la charrue avec son soc de fer, la grande faux
manie deux mains et le tonneau qui signa la disparition de lamphore romaine.
Au commencement tai t l e gaul oi s 13
Grands mangeurs de bl et buveurs de bire, ils adoraient le pain. Un pain blanc
de froment quils fabriquaient avec de la mousse de cervoise comme levure et qui
suscitait dj lenvie des peuples voisins. Ce ntait pas la baguette franaise mais
sans doute son anctre. Les Gaulois savaient galement apprter la viande pour
en faire des salaisons. Ils aimaient les charcuteries, le boudin au lait et les tripes
loignon. Ils taient friands de poisson conserv dans la saumure.
Ils plantrent de la vigne sur leurs terres et dvelopprent galement la culture
de lolivier et du fguier. Cependant, le vin tait considr comme un luxe. Une
amphore de vin valait un esclave.
Les commerants gaulois sillonnaient le pays grce des routes qui couvraient
tout le territoire.
14 si la langue franaise m tait conte
Habiles forgerons, les Gaulois travaillaient le fer dont ils faisaient des pes
redoutables. Les guerriers gaulois et leurs armes taient trs apprcis dans
larme romaine. Le costume gaulois tait original, pratique et color. Les hommes
portaient des braies, sorte de pantalons larges jambes descendant jusqu la
cheville, qui ne gnaient pas les mouvements du corps. Les soldats romains
empruntrent ce vtement aux Gaulois, le trouvant plus pratique pour monter
cheval.
Les Gaulois avaient de robustes chaussures de cuir qui faisaient aussi lenvie
des Romains, qui ne connaissaient que les sandales. Habiles tanneurs, ils se ser-
vaient du cuir non seulement pour fabriquer les fourreaux des pes et les sangles
pour les animaux, mais aussi pour en revtir leurs boucliers, voire les murailles
en bois qui protgeaient les villages. Certaines tribus se servaient des peaux pour
fabriquer les voiles de leurs navires.
Les historiens valuent dixmillions la population gauloise larrive de Csar
sur le territoire qui correspond aujourdhui la France.
Il nous reste de nombreux tmoignages de lart gaulois, en particulier des objets
en bronze fnement dcors. Cet art se caractrise par labsence de reprsenta-
tions fguratives. Leurs motifs racontent rarement une histoire comme dans la
tradition artistique gyptienne ou grecque. Il sagit essentiellement de formes
gomtriques trs savantes. En somme, de lart abstrait avant la lettre.
Par contre, il nous reste peu de chose des mythes et des chants des druides,
puisque nous nen avons pas de traces crites. On considre cependant que la
lgende du roi Arthur et des chevaliers de la Table ronde serait inspire de la
tradition celtique et serait ne pendant la lutte des Celtes contre lenvahisseur
Saxon dans lAngleterre du v
e
sicle.
Au commencement tai t l e gaul oi s 15
Au Moyen ge, les lgendes du roi Arthur, de Lancelot du lac, de la qute du
Graal, de Tristan et Yseult faisaient lobjet de longs pomes transmis oralement, et
ce, une poque o la mythologie celtique tait encore trs vivante. Au xii
e
sicle,
Chrtien de Troyes adapta ces lgendes et en ft lune des premires uvres lit-
traires en franais. Grce ses romans de chevalerie, les lgendes celtiques ont
pu parvenir jusqu nous. Aujourdhui, ces rcits font partie de notre patrimoine
littraire et inspirent encore de nombreux artistes.
Les sagas irlandaises nous renseignent galement sur la culture celte. LIrlande
ayant chapp la romanisation et ayant t christianise tardivement (vers le
vi
e
sicle), les rcits retranscrits par les moines tmoignent en grande partie de
cette culture.
la fn du vi
e
sicle, au tout dbut du Moyen ge, lhistorien Grgoire de Tours
rapporte que le gaulois est encore utilis. Selon dautres sources, cette langue tait
encore vivante dans les campagnes du centre de la France, dans louest, le sud-
ouest et les Alpes. Le nombre de mots dorigine gauloise est plus lev en occitan,
langue du sud de la France moins infuence par les Francs que le franais. Mais
cest l une autre histoire, que nous raconterons plus tard dans ce livre.

16 si la langue franaise m tait conte


ambassadeur n. m.: chez les Gaulois,
un ambactos tait une personne au
service dune autre. Le mot est pass
dans lancien franais o il a pris le
sens de mission ofcielle dun seigneur
auprs dun haut personnage dun
autre tat. Il a t emprunt par lan-
glais, loccitan, litalien, lallemand, le
famand et le fnnois. Lambassadeur est
aujourdhui un haut fonctionnaire de
ltat qui reprsente son gouvernement
auprs dun autre gouvernement. Dans
toutes les langues, le motest associ au
dvouement et la fdlit, qui sont les
qualits premires de lambassadeur.
ardoise n. f.:la racine ard- en gaulois
signifait haut. Des traces en subsistent
dans le nom de la chane de montagnes
qui spare la France et la Belgique, soit
Les mots qui nous viennent
des Gaulois respirent la campagne. Ils dsignent
des noms doiseaux (alouette, pinson, corbeau), danimaux
(blaireau, bouc, chamois, cheval, dain, mouton, truie, goret)
et des noms darbres (amlanchier, aulne, bouleau, chne,
cormier, sapin, rable, mlze, etc.). Ils appartiennent
souvent au vocabulaire agricole. Ainsi, la vie quotidienne de
ce peuple nous est perceptible travers des mots qui ont
travers les deux millnaires qui nous en sparent.
Au commencement tai t l e gaul oi s 17
les Ardennes. Or les habitants de cette
rgion utilisent lardoise, pierre plate
et grise de ces montagnes, pour couvrir
leurs toitures. Au fl des ans, lardoise
est devenue le support indispensable
tout bon colier franais pour crire
la craie. Ladjectif ardu drive gale-
ment de cette racine.Lide dlvation,
prsente lorigine, a pris un sens fgur
pour dsigner la qualit dune chose
difcile atteindre ou faire, ardue.
arpent n. m.: pour mesurer la surface
dun terrain, les Gaulois se servaient de
larependis. Il sagit dune unit de mesure
de surface, soit un carr de 12 ares et demi.
Ce mot peu peu abandonn en France
depuis limposition du systme mtrique
reste vivant au Qubec, o un arpent qui-
vant 3 418 mtres carrs.
Lancien nom de la Bretagne, lArmo-
rique, viendrait de cette racine (are +
moricum: espace prs de la mer).
bagnole n. f.: chez les Gaulois, une
benna tait un vhicule lger en osier.
Le mot a ensuite dsign une charrette
servant au transport du fumier ou du
charbon. Il a pris le sens pjoratif de
mauvaise charrette et sest transform
en bagnole sur le modle de carriole
pour dsigner une mauvaise voiture en
termes familier. Par contre, de nos jours,
on dit une belle bagnole. La citrouille
se transforme en carosse comme dans les
contes. Dans certaines rgions de France,
une banne est un panier dosier. Le mot
benne a dabord dsign un bac servant
sortir le charbon de la mine, puis la caisse,
souvent mobile, monte sur le chssis dun
camion.
balai n. m.: un mystre plane sur les
origines du nom de cet objet quotidien. Ce
qui est sr, cest quil est dorigine celtique.
Mais les chercheurs sinterrogent sur le
chemin quil a pris pour venir jusqu nous.
Le balazn tait le nom breton donn
au genet et cest avec ses branchages
que lon fabriquait les balais. Les
Bretons auraient t les premiers
fabriquer cet objet, qui se serait par la
suite rpandu dans toute la France.
Pour dautres, le mot pourrait venir
directement du gaulois banatlo qui signife
sagiter et l.
Lancienne expression rtir le balai
signife vivre dans la pauvret. En efet,
lorsquil ne reste plus que le balai rtir
barde n. m.: voil, bien sr, le nom
du matre de chant gaulois, celui qui a le
pouvoir de la voix. En efet, le mot bardos
dsignait un pote ou un chanteur.
18 si la langue franaise m tait conte
barre n. f.: barro a signif en gaulois
lextrmit, le sommet, la cime puis une
branche comme en breton. Le mot a
fni par dsigner une pice de bois longue
et rigide, mais aussi lide de sparation
ou dempchement, comme dans lexpres-
sion barrer la porte. Les drivs de
ce mot sont trs nombreux: barrire,
barreau,barricade,barrette,barrique,
baril,barrer,barrage,barreur,embargo,
embarrasser,et mme bar aprs un
dtour par langlais.
bec n. m.: bacc en gaulois voulait dire
crochet, pour devenir en franais la
bouche dun oiseau qui, bien souvent,
ressemble efectivement un crochet. Le
bec a par la suite dsign aussi la bouche
humaine, par exemple dans lexpression
familire typiquement qubcoise donner
un bec, qui signife embrasser. Il y a aussi
beaucoup dautres expressions formes
partir de ce mot, une prise de bec,
avoir le bec sucr, blanc bec qui fait
allusion au jeune homme dont la bouche
nest pas encore assombrie par une mous-
tache. Il y a de nombreux drivs: bcasse,
becqueter,becque,bcoter,bquille,
pimbche et mme bcane, qui viendrait
dune assimilation entre le grincement de
la machine et le cri de loiseau. Au dbut,
ce mot dsignait de faon familire une
vieille locomotive, puis une machine
dfectueuse, avant de dsigner une vieille
bicyclette ou une vieille moto.
beigne n. m. et f.: du gaulois bunia qui
signifait souche darbre. Au dbut, le
mot dsignait une bosse la tte. Cest
donc lide de renfement qui est reste
dans beigne, une pte qui gonfe dans
la friture, que lon appelle aussi beignet
ou bugne selon les rgions de France.
Lide de recevoir un coup est conserve
dans lexpression argotique recevoir une
beigne, synonyme de gife ou de coup
de poing, mais alors le mot est fminin.
bercer v. tr.: du gaulois berta signi-
fant secouer. Au dbut, bercer
voulait dire balancer dans un berceau
puis par extension balancer doucement.
La berceuse, qui dsignait la nourrice
charge de bercer lenfant, est devenue une
chanson au moyen de laquelle la nourrice
endort lenfant. La chaiseberante est
une locution typiquement qubcoise, plus
belle que le rocking-chair franais. Les
Hatiens, eux, lappellent la dodine.
bijou n. m.: du gaulois biz signifant
doigt. En breton, le bizou dsigne
un anneau pour le doigt. Nous ne
Au commencement tai t l e gaul oi s 19
sommes pas loin de notre bijou, cepen-
dant celui-ci peut orner de nos jours
nimporte quelle partie du corps.
boisseau n. m.: du gaulois bosta,
pour dsigner la paume de la main.
Celle-ci permet en efet de mesurer
une quantit de bl. Le boisseau est
un rcipient cylindrique. Il sagit dune
ancienne mesure qui quivaut environ
un dcalitre. Au Qubec, cette mesure
dsignait une capacit de 8 gallons,
soit 36,36 litres.
borne n. f.: le mot gaulois buttina
dsignait un bloc de pierre ou un poteau
dlimitant un territoire. Son usage est
rest peu prs le mme jusqu nos jours,
alors quune borne marque le kilomtrage
dune route. Dans la langue familire, le
mot est devenu synonyme de kilomtre:
jai march dix bornes.
Le verbe sabonner, cest--dire le
fait de souscrire un paiement rgulier en
change dun service, en est un driv.
Mais attention! le prix de labonnement ne
doit pas dpasser les bornes.
Quatre-vingts,unefaondecomptertrsgauloise!
En France, jusqu la Rvolution en 1789, sest perptu le systme vicsimal, cest--dire
qui a pour base le nombre vingt. En voici trois exemples:
On trouve lexpression six-vingts (120) dans une pice de Molire.
Paris, lhpital des Quinze-Vingts (300) rappelle le temps o le roi Louis IX (Saint
Louis) fonda cet hospice pour loger trois cents aveugles.
Le pote Franois Villon, dans un pome fameux appel Testament, fait un legs aux
onze-vingts (220) sergents de la prvt de Paris, les policiers de lpoque. Le pote ayant
men une vie de mauvais garon, ce legs est bien sr ironique.
Seul le nombre quatre-vingts nous est rest.
La base de vingt se trouve aussi dans les langues celtiques modernes. En irlandais, en
gallois, en breton, trente se dit dix et vingt, quarante se dit deux-vingts et soixante
trois-vingts.
bouc n. m.:du gaulois bucco, qui dsi-
gnait dj le mle de la chvre. Il a donn
le mot boucher. En efet, au Moyen ge,
les bouchers taient chargs dabattre le
bouc pour la boucherie. Par la suite, le
boucher est devenu celui qui prpare len-
semble des viandes destines la vente.
boue n. f.: du gaulois bawa, qui voulait
dire salet, mot devenu boe puis boue.
Lboueurest celui qui enlve la boue,
cest--dire les ordures.
bouge n. m.: voil un mot qui a eu une
bien trange destine. Le mot bleg voulait
dire gonfer en gaulois. Il devint bulga,
dsignant un petit sac de cuir. Puis il prend
le sens dune petite pice arrondie servant
de grenier, devient une petite chambre
pour un valet et dsigne enfn une maison
malpropre, en dsordre ou misrable. Le
mot a aujourdhui pris le sens pjoratif
de lieu mal fam. En Auvergne, une boge
est lendroit o on entrepose les pommes
de terre ou le bl. Par un autre chemin,
le mot bouge dsignant un sac de cuir est
devenu bougette, soit une bourse.
Les Anglais ont emprunt ce mot au fran-
ais pour en faire budget. Le ministre des
fnances, lorsquil prsentait son rapport
Au commencement tai t l e gaul oi s 21
au Parlement anglais, devait dire to open
the budget, cest--dire ouvrir la bourse.
Lexpression est devenue synonyme de
prvisions fnancires et a gard ce sens en
franais.
La bogue qui est lenveloppe arrondie
du marron a aussi la mme origine. Un
bogue dordinateur (1984) a videmment
une tout autre source. En anglais, il signife
une bestiole nuisible.
bourbier n. m.: du nom donn au dieu
gaulois Borvo qui rgnait sur les sources
thermales. Ce mot dsigne une boue
paisse et possde quelques drivs voca-
teurs: bourbeux, bourbe, embourber,
barboter et barbouiller.
braie n. f.: du gaulois bracae. Les braies
taient les pantalons des Gaulois. cette
poque, seuls les Gaulois portaient des
vtements cousus; les Romains, eux,
portaient la toge. La rputation dagilit
des cavaliers gaulois est peut-tre due ces
braies. Si les Gaulois ont fni par perdre la
guerre contre les Romains, les braies, elles,
lont emport sur la toge romaine. Recon-
naissant leur aspect pratique pour la vie
militaire, les lgions romaines les adop-
trent. Un Gaulois dbraill tait donc un
Gaulois qui perdait ses braies. Toutefois, la
braguette ntait pas encore invente.
braire v. intr.: de la racine gauloise brag-.
En ancien franais, ce mot tait synonyme
de crier. Il a fni par dsigner exclusive-
ment le cri de lne. Par contre, brailler
est rest le propre de lhomme. Des mots
comme bruit,bruiter,bruitage,bruyant,
bruire,bruissementont la mme racine.
brasser v. tr.: du gaulois braces, qui
dsignait une crale, plus particulire-
ment lorge broy pour la fabrication de la
bire. Le mot brasser signife donc ds
lorigine laction de prparer de la bire en
faisant macrer le malt dans leau chaude.
Par analogie, le mot dsigne aujourdhui
laction de remuer en mlangeant deux
substances.
brio n. m.:du gaulois brivo, qui signifait
valeur, dignit. Ce mot est pass par
litalien pour qualifer une pice musi-
cale particulirement vive. Par extension,
le mot exprime lide de virtuosit, de
fougue, de talent clatant.
briser v. tr.: du gaulois brisare, qui
voulait dire fouler le raisin. Il a survcu
en franais avec le sens moins spcifque
de mettre en pices par un choc, de
rompre. Ce verbe est surtout vivant au
Qubec. En France, il est surtout utilis
lcrit et dans un style soutenu; dans la
22 si la langue franaise m tait conte
langue courante, les Franais utilisent le
verbe casser. Les mots brisure,bris,
brisant,dbrisont la mme racine.
caillou n. m.: en gaulois, le mot caljo
signifait pierre. Aujourdhui, il dsigne
plutt une pierre de petite dimension, mais
on peut dire quil a gard le mme sens.
cervoise n. f.: mot gaulois pour
dsigner ce quon appelle aujourdhui de
la bire. Cette boisson fermente, bue
ds lAntiquit par les Gaulois, a connu
une grande vogue au Moyen ge, surtout
dans le nord de lEurope. Le mot bire
est dorigine germanique et correspond
larrive au xv
e
sicle en France dune
nouvelle technique de fermentation.
Le mot bire a supplant le mot
cervoise, qui reste associ la civilisa-
tion gauloise.
changer v.: du latin cambiare, mais plus
lointainement encore du gaulois. Il signi-
fait troquer, changer dans le sens
commercial. Peu peu, il a pris le sens plus
gnral de se transformer,de devenir
difrent. Par contre, le cambiste, en
passant par litalien, a gard son rle
dagent de change.
Leslanguesdrivesdelindo-europen
lextrme nord-ouest de lEurope: la branche celtique avec le breton, lirlandais (le
galique) et le gallois.
Au nord: la branche germanique avec dabord le gotique puis langlais, le nerlandais,
lallemand, lislandais, le norvgien, le sudois et le danois, sans oublier les langues baltes.
Au sud: la branche romane avec en premier lieu, bien sr, le latin, puis litalien, le por-
tugais, le castillan, le galicien, le catalan, le corse, le sarde, le franais, loccitan et le roumain.
Au sud-est: la branche hellnique avec le grec et le chypriote.
lextrme est: la branche slave avec le serbo-croate, le slovne, le bulgare, le tchque,
le slovaque, le polonais, le bilorusse, lukrainien et le russe, sans oublier lalbanais et une
langue sans territoire, le romani, la langue des Tsiganes.
Au commencement tai t l e gaul oi s 23
char n. m.: du latin carrus, emprunt au
gaulois par les Romains. Le chariot a t
un moyen de locomotion privilgi pour
la migration des populations celtes. Les
Gaulois, en particulier, qui taient dha-
biles charpentiers, ont conu difrents
moyens de transport pour mener familles,
armes et bagages sur les routes cahoteuses
de lpoque, travers toute lEurope.
Les Romains, plus sdentaires, navaient
pas su les inventer,mais surent vite en
tirer proft. Ainsi, la plupart des noms du
vocabulaire latin dsignant des voitures
ont t emprunts la langue gauloise. La
liste des mots drivs de ce carrus originel
est impressionnante: charrue,charrier,
charroyer,charger,charge,chargement,
charpente,charrette,chariot,carrosse
(par litalien), carriole(par loccitan), car
(par langlais), cargo,cargaison.
Si le mot char quon utilise au Qubec
dans la langue populaire pour dsigner
une voiture vient de langlais, il a aussi
des origines franaises, en particulier en
ancien franais o on disait aussi car.
Pas tonnant que ce mot ait t adopt par
les Qubcois.
Autre surprise, le mot caricature aurait
la mme origine mais serait venu au franais
par litalien. Caricare en italien veut dire
charger au propre et au fgur. Il sagit ici
dun dessin satirique, dune reprsentation
moqueuse qui exagre certains traits dune
personne. Ce mot est pass en franais
grce lcrivain et encyclopdiste Diderot.
chemin n. m.: du gaulois, aprs un
dtour par le latin camminus. On le
retrouve dans presque toutes les langues
romanes. Il dsigne une voie trace dans la
campagne. Les Gaulois, grands commer-
ants, avaient couvert leur territoire de
routes. Ce fut dailleurs lune des raisons
de la conqute relativement facile de la
Gaule par les Romains.
cheval n. m.: les Gaulois avaient install
leur domination par les armes mais aussi
grce leurs montures. Ctaient de redou-
tables cavaliers. Les chifres lattestent:
15 000 cavaliers furent mobiliss pour
soutenir Vercingtorix en 52 avant J.-C.,
dans sa fameuse bataille contre Csar.
Dailleurs, les Romains redoutaient les
guerriers gaulois et en intgreront plus
tard dans leurs armes pour parachever la
consolidation de leur empire. La srie de
mots servant dsigner les chevaux dans
la langue gauloise montre limportance que
ce peuple accordait lanimal:
atepo: talon
caballo: cheval de trait puis mauvais
cheval
cassica: jument
24 si la langue franaise m tait conte
epo: cheval de combat
mandu: petit cheval
marca: autre nom du cheval
veredus: cheval de parade
Les drivs sont nombreux et portent
la marque de leur origine, le son ca du
latin devient cha lorsquil se dplace
vers le nord. Le mme phnomne se
remarque dans le mot castel (de loc-
citan) qui devient chteau. On retrouve
donc les drivs chevalier,chevaucher,
chevalet,chevalire,mais aussi cavalier,
cavaler,cavale,cavalcade (par litalien) et
mme joual au Qubec.
claie n. f.: du gaulois cleda. Au Moyen
ge, la clida tait un treillis de bois o lon
dposait le cadavre dun supplici ou celui
de la victime dun meurtre. Aujourdhui, on
ne met sur ce treillis dosier claire-voie
que des fruits ou des fromages pour les
faire scher.
cloche n. f.:correspond une onoma-
tope gauloise apparente klak ou klik.
coq n. m.: quon se le dise: le coq
nest pas lanimal symbole des Gaulois.
Gallus, en latin, dsigne la fois le coq
et le Gaulois, do la confusion. Lanimal
emblmatique des Gaulois tait plutt le
sanglier. On le trouve sur leurs enseignes
et leurs monnaies. Lide du coq gaulois,
puis franais, est ne bien plus tard la fn
du xii
e
sicle. Ce sont les rudits allemands
et anglais qui rcuprrent le jeu de mots
latin et en frent lobjet dune propa-
gande pjorative contre Philippe Auguste,
dont les ambitions taient compares
lagitation ridicule dun gallinac. Le roi
de France, ignorant peu prs tout des
Gaulois cette poque, retourna limage
du coq son proft. Et le coq devint le
symbole de la France.
craindre v. tr.: du gaulois crit, qui
voulait dire avoir le frisson, trembler.
En efet, la crainte peut faire frissonner
une personne craintive.
cran n. m.: de la racinegauloise krno, qui
veut dire briser ou sparer. Il dsigne
aujourdhui une entaille faite dans un
objet pour en accrocher un autre ou servir
darrt. Il a pris divers sens fgurs: avoir
ducran pour avoir du courage, de laudace,
ou trecran pour tre en colre.
Crneau,crneler,crnelureont la
mme origine.
crme n. f.: dun mot dorigine gauloise
crama, pour dsigner aujourdhui comme
hier la matire grasse du lait dont on fait
le beurre.
Au commencement tai t l e gaul oi s 25
crpe n. f. et m.: du gaulois crych qui
voulait dire fris. Le mot a fni par
dsigner tout objet qui rappelle une
chevelure frise. La crpe ne prend-elle
pas un aspect fris en cuisant? Cest
l que la galette bretonne renoue avec
ses origines celtiques! Lorsquil est au
masculin, le crpe dsigne une tofe
ondule dont la texture est obtenue
par torsion des fls. Les drivs de ce
mot sont trs varis: crpine,crpon,
crpu,crpi,crper,dcrpi,crisper.
drap n. m.: mot dorigine gauloise
pass au franais avec le sens gnral
dtofe avant de prendre celui plus
spcifque de drap de lit. Auparavant,
le drap de lit sappelait un linceul,
objet maintenant rserv au sommeil
des morts. Le mot sparadrap vient du
latin spargere tendre et de drap.
Littralement, il sagit dun bout
dtofe appliqu sur une blessure.
dru adj.: du gaulois drto, qui voulait
dire fort, vigoureux. Le mot a presque
gard son sens premier, puisquil qualife
quelque chose de fourni et de vigoureux.
druide n. m.:prtre dont les fonc-
tions taient dordre religieux, pdago-
gique et judiciaire. Dans la civilisation
gauloise, le druvid tait quelquun de
trs savant, de reconnu pour son
immense savoir. Il fallait tudier vingt
ans pour accder cette connaissance
dont la transmission se faisait exclusi-
vement oralement. En galique, langue
de lIrlande, le drui est un sorcier.
dune n. f.: du gaulois duno, qui signife
hauteur. Le sens du mot a donc t
gard puisquil dsigne une petite colline
de sable. Lancien nom de la ville de Lyon,
en latin Lugdunum, viendrait du fait
que cette ville gauloise a t dife sur
une colline. Dunette conserve lide de
hauteur, puisquil sagit du pont suprieur
dun navire.
tain n. m.: ce mtal blanc gristre trs
mallable a t nomm par les Gaulois
stannum. Ltamage serait donc une inven-
tion gauloise. Le tain, feuille base dtain
applique derrire une glace pour en faire
un miroir, a la mme origine.
gaillard adj. et n. m.: du gaulois
galia, de la racine celtique gal- force.
Le mot est toujours associ la vigueur,
la vaillance et la bravoure. La racine
a produit aussi le verbe jaillir, qui
signife slancer imptueusement,
avec force.
26 si la langue franaise m tait conte
galet n. m.: diminutif de gallos qui signi-
fait pierre en gaulois. Le mot galoche
aurait la mme racine en raison de lpais-
seur des semelles de ce type de chaussures.
Mais le mot pourrait venir aussi de gallica,
terme latin qui dsignait les souliers des
Gaulois. Les Romains, qui ne portaient que
des sandales, taient trs impressionns
par les solides chaussures des Gaulois.
Quant la galette, elle fut appele ainsi
cause de sa forme qui rappelle le galet.
glaive n. m.: le cladi tait une pe
gauloise. Le terme comme lobjet seront
adopts par les Romains, qui trouvrent
une telle arme fort efcace pour frapper
destoc et de taille, cest--dire avec la
pointe et le tranchant; si bien quelle
deviendra indispensable tout bon gladia-
teur. Cette appropriation dun terme
gaulois par les Romains montre la bonne
rputation quavaient les forgerons gaulois
dans tout lEmpire romain. Curieusement,
le nom du glaeul a la mme origine. Cette
plante fut ainsi nomme cause de la
forme longue et pointue de ses feuilles qui
rappelle celle du glaive.
glaner v. tr.: du gaulois glenn, qui
voulait dj dire ramasser. Le mot a
pris au cours du temps un sens spci-
fque, soit celui de ramasser dans les
champs aprs la moisson les pis qui
ont chapp aux moissonneurs; puis,
plus gnralement, de cueillir au hasard
des rcoltes ou des marchs ce qui peut
tre utile. Un glaneur est une personne
pauvre qui ramasse ce quil trouve pour
survivre. Un journaliste et un auteur
peuvent aussi glaner des ides et des
informations et l pour en tirer parti.
gober v. tr.: de gobbo, bouche. Le
mot a pris le sens davaler vivement en
aspirant et, gnralement, sans mcher.
On gobe une hutre, un uf cru. Do
lexpression toutdego, qui veut dire
faire quelque chose rapidement, sans
crmonie. Anciennement, gober tait
synonyme destimer, dapprcier. Le
sens na subsist qu la forme ngative,
par exemple: Je ne peux pas gober cet
individu. Mais attention, si vous buvez
gogo, vous risquez de dgobiller.Posez
donc votre gobelet sur la table!
grve n. f.: les Gaulois faisaient-ils dj
la grve? Graba dsignait le sable en
gaulois. Do le nom de grve pour les
plages de sable du nord de la France. Or,
Paris, la place situe en face de lhtel de
ville sappelait place de Grve, en souvenir
des berges de la Seine qui en cet endroit
taient en sable avant quon y construise
Au commencement tai t l e gaul oi s 27
des quais. Sur cette place se runissaient
les ouvriers sans travail. treengrve
signifait alors chercher du travail.
Vers 1850, sest produit le passage au sens
moderne de cessation volontaire de
travail. Le gravieretlagravellequb-
coise ont la mme origine.
guenille n. f.: lorigine, wadana en
gaulois dsignait leau. Ainsi, guenille
devrait son nom au fait que les pauvres en
marchant tranaient leurs hardes dans la
boue. Au Qubec, autrefois, le guenillou
tait celui qui ramassait et revendait des
guenilles ou des objets usags; aujourdhui,
le mot est synonyme de clochard.
habiller v. tr.: driv du gaulois bilia,
tronc darbre, abiller signifait en ancien
franais prparer une bille de bois.
Le mot a peu peu pris le sens de se
prparer, squiper pour la guerre,
puis plus gnralement se vtir. Le sens
premier est ici compltement perdu.
jachre n. f.: du gaulois gansko, qui signi-
fait branche puis charrue. La jachre
est une terre laboure, cest--dire o on
28 si la langue franaise m tait conte
a pass la charrue, mais non ensemence
pour la laisser reposer. Ce sont les Gaulois
qui ont invent la pratique de la jachre
afn damliorer le rendement des terres.
jante n. f.: du gaulois cambo, courbe.
La cambita dsignait dj chez les Gaulois
le cercle de bois formant la priphrie
dune roue. Le mot illustre une fois de plus
les connaissances dveloppes des Gaulois
en matire de moyens de transport.
jarret n.m.: du gaulois garra, qui dsi-
gnait la jambe. Aujourdhui, le jarret est
rserv lanimal. Le garrot du cheval a la
mme origine. Il faut attendre lapparition
des mots jarretire ou jarretelle pour que
le terme jarret retourne lhomme, ou
plutt la femme.
lance n. f.: arme spcifque des Gaulois.
Ils partent, la pointe en avant munis
de piques quils appellent langkis,
crit Diodore de Sicile, historien grec
du I
er
sicle avant J.-C., propos de cet
quipement des soldats gaulois. Les Grecs
diront langkias, les Romains lancea, mots
qui deviendront lance en franais.
QuatreftesnousviennentdesCeltes
Au premier jour du mois de novembre, une fte marquait le dbut de lhiver. Elle voquait
le monde souterrain des morts. Halloween et la Toussaint en sont les vestiges.
En fvrier, une fte signalait la fn du froid hivernal et le retour de la vgtation et de la
vie. Elle est devenue notre mardi gras, loccasion duquel on clbre le carnaval Qubec
comme Rio ou Nice.
Une autre fte, en mai, marquait le dbut de la saison estivale. Avec le christianisme, le
mois de mai est devenu le mois de Marie, mais il reste aussi celui des amoureux.
la mi-aot, les druides se rassemblaient une date qui est devenue la fte catholique
de lAssomption, le 15 aot.
Au commencement tai t l e gaul oi s 29
Comme pour le glaive, lintgration du mot
gaulois au latin traduit ladoption de la
technique par les Romains.
lande n. f.: du gaulois landa, qui signi-
fait plaine, espace dgag. On
retrouve ce mot en anglais avec land,
mais aussi en allemand, en nerlandais,
en sudois et en danois, et tous ces mots
dsignent une terre ou une rgion.
lie n. f.: de liga, qui voulait dire tre
couch, se coucher. Le sens est
conserv dans le nom donn au dpt qui
se forme lors de la fermentation du vin ou
de la bire.
lieue n. f.: de leuga, principale mesure
de distance des Gaulois (entre 2300 et
2500 mtres). Les Romains ont bien essay
dimposer le mille comme unit de mesure,
mais sans succs. Le mille romain mesurait
mille pas, do son nom. Lusage de la lieue
comme mesure linaire dura jusqu la
Rvolution franaise o elle fut remplace
dfnitivement par le kilomtre avec lins-
tauration du systme mtrique en 1790.
losange n. m.: la lauza tait pour les
Gaulois une pierre plate. La lauze dsigne
encore aujourdhui une pierre plate qui
sert de revtement au toit dans certaines
rgions montagneuses du sud de la France.
En occitan, la lausa dsigne une dalle.
Le mot a fni par dsigner une forme
gomtrique.
luge n. f.: de slodia, mot dorigine
gauloise, mais uniquement utilis dans les
Alpes et qui dsignait un traneau trans-
portant des marchandises. Le mot a donn
to slide en anglais qui veut dire glisser.
magouille n. f.: de marga, qui voulait
dire boue en gaulois. La margouilla tait
une petite mare. Magouiller voulait dire
salir, tripoter, patauger. Dans la langue
familire, le mot dsigne aujourdhui des
activits malhonntes, des intrigues ou des
transactions dloyales.
mgot n. m.: les Gaulois ne connais-
saient pourtant pas la cigarette! Le mot,
qui viendrait du gaulois mesgue, dsignait
le petit lait qui sortait des formes do
dgouttait le lait caill. Il a pris par la suite
le sens de rsidus inutilisables et a fni par
dsigner les bouts de cigarettes que jettent
les fumeurs.
mine n. f.: le mot gaulois meina signifait
minerai, mtal brut. Il a volu pour
dsigner le lieu do lon tire les mtaux.
Au Moyen ge, miner voulait dire creuser
30 si la langue franaise m tait conte
un tunnel sous un mur pour provoquer son
efondrement lors du sige dun chteau
fort. Aujourdhui, la mine dsigne toujours
lendroit o lon creuse pour trouver du
minerai, mais aussi un engin explosif cach
dans le sol. On dit dune personne puise
par la maladie ou les soucis quelle est
mine, do le driv minable pour signi-
fer us par la misre, ou pjorativement
pour dsigner quelque chose ou quelquun
de trs mdiocre.
motte n. f.: du gaulois mutt, amas
de pierres. Le sens du mot a donc t
conserv. Dans le mme esprit, faire
lemotton dans la langue populaire au
Qubec signife avoir gagn beaucoup
dargent. Mais lorsquon a lemottondans
lagorge, on est au bord des larmes.
quai n. m.: du gaulois caio, enceinte.
Cela explique le sens premier du mot pour
dsigner un mur de maonnerie longeant
un cours deau. Le chai,cave o lon emma-
gasine le vin en ft, a la mme origine.
raie n. f.: en gaulois, rica dsignait le
sillon, la tranche ouverte dans la terre
par le soc de la charrue. partir du Moyen
ge, le mot est devenu raie et a dsign
particulirement une bande ou une ligne
de couleur sur une tofe, du papier, voire
sur le corps, par exemple la raie des fesses
ou la raie des cheveux. cette poque
porter des vtements rayures tait mal
vu. Ctait un signe dexclusion. Luniforme
ray des prisonniers, encore en vigueur
dans certaines prisons, en est un souvenir.
renfrogner (se) v. pron.: en gaulois,
frogna dsignait les narines, le nez.
Do le sens de plisser le nez par mcon-
tentement ou de contracter le visage; par
extension, tre de mauvaise humeur.
ruche n. f.: du gaulois rusca, qui voulait
dire corce. En efet, les premires
ruches taient faites en corce. Par la suite,
la ruche en paille tresse introduite par les
Francs, puis en bois, sest gnralise dans
le nord de la France. La ruche en corce a
subsist plus longtemps dans le sud de la
France comme en tmoigne le mot rusca
en occitan.
sillon n. m.: du gaulois selj, bande troite
fauche dun pr. Aujourdhui, il dsigne
une longue tranche ouverte dans la terre
par la charrue, ou une fente profonde.
soc n. m.: impossible de se tromper
sur lorigine gauloise de ce mot, puisque
ce sont les Gaulois qui ont invent cette
pice de la charrue compose dune lame
32 si la langue franaise m tait conte
mtallique qui creuse la terre. Linvention
amliora grandement le rendement agri-
cole, et par consquent la vie quotidienne
des Gaulois.
souche n. f.: du gaulois tsukka, pour
dsigner la partie restante du tronc avec
ses racines quand un arbre a t coup. Le
mot a donn de nombreuses expressions:
dormircommeunesouche, fairesouche,
tredebonnesouche, devieillesouche
ou desouche.
soue n. f.: du gaulois su-teg, pour dsi-
gner ltable des cochons. Le mot a donc
gard son sens dorigine.
suie n. f.: du gaulois sudia, qui dsignait
la matire noire de la fume forme par
des impurets qui se dposent sur dif-
rentes surfaces. Le mot a gard son sens
dorigine.
talus n. m.: du gaulois talo, front.
Une fois devenu en latin mdival talutiem,
il a pris le sens de forte inclinaison de
terrain.
tanner v. tr.: du gaulois tann, dsignant
le chne. Or, depuis trs longtemps, le
tanin du chne tait utilis dans la prpa-
ration du cuir. Le verbe tanner voulait
donc dire prparer les peaux avec du tan
pour les rendre imputrescibles et en faire
du cuir. Au Moyen ge, le verbe prend
aussi le sens fgur dagacer, dimportuner.
Ce sens reste courant dans la langue fami-
lire au Qubec o il y a peut-tre beau-
coup denfants tannants. Tann est aussi
employ dans le sens dtre fatigu, den
avoir assez. On peut donc la fois tanner
quelquun et tre tann.
tanire n. f.: du gaulois taxo,mot dsi-
gnant le blaireau. La tanire tait donc
le terrier du blaireau avant de devenir le
gte ou le repaire o sabrite tout animal
sauvage.
tonne n. f.: une tonn tait lorigine
une outre de vin. Ce sont les Gaulois qui
ont invent le tonneau de bois tel quil
est connu aujourdhui. Il supplanta les
amphores romaines pour le transport
du vin. Le mot tonne, lui, sest mis
dsigner le contenu du tonneau puis
une mesure de grande capacit. Dans le
systme mtrique, la tonne vaut 1 000 kg.
Le driv le plus intressant de tonneau,
cest sans doute le mot tunnel, qui nous
vient de langlais en passant par lancien
franais tonnelle. Le mot dsignait lori-
gine un flet tubulaire qui servait prendre
les perdrix et les alouettes. Puis il dsigna
un tuyau ou un tube, avant de prendre le
sens moderne de galerie souterraine.
trogne n. f.: du gaulois trugna, qui
dsignait le groin ou le museau. Se faire
traiter de groin ntait certainement pas
un compliment! Le mot est donc devenu
pjoratif et dsigne aujourdhui une fgure
grotesque. On dit aussi familirement une
tronche.
truand n.: du gaulois trugant, qui dsi-
gnait un malheureux, un vagabond. En
irlandais, truag veut dire misrable. Le
misreux devient parfois par la force des
choses un mendiant, un voleur ou un indi-
vidu de mauvaise vie. Ds le Moyen ge,
par glissement de sens, le mot est devenu
synonyme de bandit. Une rue de Paris
dans le quartier des Halles sappelle rue
de la Grande-Truanderie. Il tait risqu
de sy promener aprs le couvre-feu. Se
faire truander est une expression familire
encore utilise mais qui a perdu de sa force
puisquelle renvoie seulement au fait de se
faire rouler ou de se faire avoir.
vanne n. f.: la venna gauloise tait un
barrage destin la prise du poisson.
Aujourdhui, il sagit dun panneau vertical
mobile dispos dans une canalisation pour
en rgler le dbit.
vassal n.: du gaulois vassus, qui signi-
fait dj serviteur, valet, personne
soumise. Au Moyen ge, le mot vassal
dsigna, dans le systme fodal, un homme
libre li personnellement un seigneur,
son suzerain, qui lui concdait la posses-
sion dun fef en change dun soutien mili-
taire. la mme poque, le valet tait un
jeune noble attach un seigneur comme
page ou cuyer pour apprendre le mtier
de chevalier. Ce nest que plus tard que le
mot valet prendra le sens de domestique,
de serviteur.
En guise de conclusion ce chapitre,
mditons cette maxime des druidesgaulois:
Rvrelesdieux,nefaisriendemal
etendurcis-toiaucourage.
35
Le latin, bien sr,
pour une langue latine
L
e latin nest pas mort! Cest ce que disent la blague certains linguistes.
Ils nont peut-tre pas tout fait tort, car trois mots franais sur quatre pro-
viennent du latin. Le latin est la mre du franais. toutes les poques, et mme
aujourdhui, des mots latins ont continu se glisser en douce dans le franais,
comme dans dautres langues travers le monde. Si bien quaujourdhui, on ne
parle plus du latin comme dune langue morte, mais comme dune langue ancienne
dans laquelle les langues modernes vont puiser de nouveaux mots.
Commenons par le dbut
En 58 avant J.-C., le chef des armes romaines Jules Csar envahit la Gaule et
dclare Veni, vidi, vici
1
. Ce ntaient pas les premiers mots de latin quentendaient
1. Je suis venu, jai vu, jai vaincu. En ralit, ces paroles auraient t prononces par Csar en
47av. J.-C. aprs sa victoire contre Pharnace II, fls de Mithridate VI qui avait auparavant reconquis des
territoires au dtriment des Romains en Asie Mineure.
36 si la langue franaise m tait conte
les Gaulois. Bien avant cette date, les Romains taient implants dans le sud de
la Gaule. Les changes commerciaux y taient intenses; et ce, avec tout le monde
mditerranen. De ce mlange entre Gaulois et Romains, qui dura plusieurs
sicles, natra une civilisation appele gallo-romaine qui infuencera profondment
les murs, les lois, les arts et la langue de ce qui deviendra plus tard la France.
Tout dbute dans une valle marcageuse du Tibre, au centre de lItalie, dans une
rgion appele le Latium. L vit un petit peuple dagriculteurs autour dune bour-
gade appele Rome. Bien situe, au carrefour de voies terrestres et fuviales, Rome
devient rapidement une grande cit. partir du v
e
sicle avant J.-C., les Romains
tendent leur domination. Leur langue, le latin, commence alors se rpandre.
Elle va voluer jusquau premier sicle avant notre re. Les grands crivains
dalors en font une grande langue littraire. Cicron, en particulier, montre par
ses crits que toute pense philosophique peut dornavant tre exprime en latin
et non plus seulement en grec. Il en fait une langue universelle. Plaute (254
184avant J.-C.) est le plus illustre pote comique latin. Ses comdies, dont vingt
nous sont parvenues, mettent en scne des personnages pittoresques et bien
typs. Son uvre inspirera de nombreux auteurs italiens et franais, notamment
Molire. Il est difcile dimaginer que cette langue savante quest devenu le latin
classique fut dabord une langue de paysans. Cette origine explique pourquoi il y
a tant de mots en latin pour dcrire la campagne et la vie rurale.
Linvention des chifres romains est dailleurs une trouvaille de bergers. Imagi-
nons le berger romain en train de compter ses moutons en faisant des encoches
sur un bton de bois. Comme la perception de lil humain ne dpasse gnra-
lement pas quatre lments spars, notre berger invente une entaille difrente
pour dsigner le chifre cinq. Telle est lorigine du V pour 5 et du X pour 10. Mais
les chifres romains nont pas connu la gloire du latin et de son alphabet. Leur
Le l ati n, bi en sr, pour une l angue l ati ne 37
utilisation trop complique pour le calcul leur valut dtre abandonns au Moyen
ge au proft des chifres arabes.
Mais revenons notre petite bourgade du Latium. Vers le iii
e
sicle avant J.-C.,
toute lItalie est dj romaine. Au sicle suivant, la domination de Rome stend
largement vers lest. La Grce est conquise et devient une province romaine.
Au contact des Grecs, les Romains dcouvriront une culture forissante et
apprendront le rafnement. Llite romaine parlera et crira en grec. Elle adoptera
les dieux grecs. Elle traduira des pomes piques comme lOdysse dHomre. Le
public romain se passionnera pour le thtre grec. Le latin devient alors le vhi-
cule dune culture que lon appellera grco-romaine.
Le latin permit dtablir et de maintenir la stabilit des institutions sur ce qui
fut le plus grand et le plus durable empire de lAntiquit. Les Romains ont cr
une langue prcise quont illustre de brillants orateurs et potes comme Cicron,
Ovide et Virgile. Ce latin classique na pas chang et a conserv son unit pendant
plusieurs sicles. Cest celui que certains coliers apprennent encore deux mille
ans plus tard!
En efet, si la langue latine est efcace pour ladministration dun grand empire,
cest avant tout une langue littraire, et lducation passera dsormais par la
langue et la littrature. Un humanisme avant la lettre.
Mais il y avait aussi un autre latin, le latin des rues, celui des marchands et
des soldats. Ce nest quau premier sicle que le latin des gens cultivs et le latin
populaire scartent lun de lautre. Ce dernier fnit par se dvelopper indpen-
damment. Cest partir de ce latin oral, qui va se diversifer selon les rgions de
lEmpire, que se dvelopperont les difrentes langues romanes, dont le franais.
On connat bien le latin classique par les textes des grands auteurs romains, mais
notre connaissance de ce latin populaire demeure incertaine.
38 si la langue franaise m tait conte
En Gaule, aprs la conqute de Csar, limplantation du latin a ncessit plu-
sieurs sicles doccupation. Les Gaulois ne sont pas devenus des Romains de
faon instantane ni de faon uniforme dans toute la Gaule. Ils nont pas t
immdiatement subjugus par la culture du conqurant.
Au I
er
sicle, des druides poursuivent leur enseignement dans leur langue
gauloise. Mais llite sen dtourne de plus en plus pour accder la prestigieuse
culture romaine. Marseille, Lyon, Toulouse, Arles, Limoges, Reims et Trves
possdent des coles. Les enfants des familles aises apprennent lire et crire
en latin entre lge de sept et onze ans; cet enseignement les familiarise avec les
coutumes, la culture et la langue latines. Le latin devient la langue du pouvoir et
un instrument de promotion sociale.
Le l ati n, bi en sr, pour une l angue l ati ne 39
En 212, un dit de lempereur Caracalla accorde la citoyennet romaine tous
les hommes libres de lEmpire, marquant ainsi ltape fnale de lintgration de
la Gaule lEmpire.
Cependant, lidentit gauloise ne disparat pas compltement. Elle se trans-
forme. On peut imaginer que la population parlait alors un latin populaire forte-
ment teint de gaulois. Une sorte de dialecte, qui ntait ni du latin ni du gaulois.
Si limplantation dfnitive du latin en Gaule a ncessit plusieurs sicles,
cest sans doute aussi parce que les Romains nont pas cherch combattre
lusage du gaulois. Au contraire, ils ont permis aux deux langues de cohabiter. La
preuve en est que les noms des villes en Gaule sont rests trs majoritairement
des noms gaulois. Si les rapports avec ladministration se faisaient en latin, rien
nobligeait un individu, dans un cadre priv et mme professionnel, parler latin
plutt que gaulois.
La christianisation de la Gaule
Par la suite, la difusion du latin correspondra la progression du christianisme.
Le latin devient la langue de lglise, car il permet dtre compris par lensemble
des clercs de tous les pays. En mme temps, lglise encourage les prtres parler
la langue du peuple pour sen faire comprendre et fait ainsi progresser lusage des
langues locales aux quatre coins de lEmpire.
Le christianisme pntre dans le midi de la Gaule ds la fn du premier sicle
de notre re. Suivant la valle du Rhne, il remonte de Marseille vers Vienne et
Lyon o se constituent les plus anciennes communauts chrtiennes de Gaule.
On passe donc dun latin paen un latin chrtien.
Au iii
e
sicle, lglise prend son essor et monte jusqu Tours et Paris. Sous
Constantin, premier empereur chrtien (306-337), les communauts chrtiennes
40 si la langue franaise m tait conte
ne sont plus seulement tolres mais encourages. En 361, Martin de Tours fonde
le premier monastre de Gaule, Ligug, prs de Poitiers.
La langue latine des premiers documents chrtiens est avant tout une traduc-
tion du grec; en efet, la Bible tait alors crite en grec. Les chrtiens ont donc
intgr beaucoup de mots du vocabulaire grec dans leur latin. Ainsi glise,
ecclsiastique, aptre, vque, martyr, prtre, diacre, parabole,
catholique et diable sont tous des mots dorigine grecque. Au ii
e
sicle, cest
Carthage, alors troisime ville en importance de lEmpire romain, que les chr-
tiens traduisent la Bible en latin pour la premire fois.
Le christianisme a dabord touch les couches populaires de la socit. La foi
nouvelle a donc d adopter une langue sloignant de celle parle par les lites
romaines. Les chrtiens vont mme tirer parti de ces difrences linguistiques
pour mieux se distinguer de la culture latine paenne.
Le latin chrtien occupe une place de plus en plus grande en Gaule jusqu
devenir, la fn du iv
e
sicle, la norme crite. Tout ce qui scrit est en latin. Les
chefs de lglise recommandent alors dutiliser un style simple, propre toucher
lensemble de la population. Le latin chrtien se veut plus ouvert aux innovations:
la priorit va la comprhension du message chrtien.
Paradoxalement, cest le triomphe de lglise qui a permis, au v
e
sicle, le dve-
loppement dun latin rgional, anctre en France des langues doc et dol.
Si le latin parl se transforme peu peu en difrentes langues, le latin classique,
lui, restera une langue de culture internationale, qui survivra la chute de lEmpire
romain. Il assumera en Europe le rle de langue modle. Il survivra comme langue
crite privilgie de linstruction jusqu la fn du xix
e
sicle.
Cest en Italie et en Espagne que la formation latine perdure le plus long-
temps. La nuit du latin commence en fait en 711 en Espagne, avec la conqute
Le l ati n, bi en sr, pour une l angue l ati ne 41
arabe de la pninsule. Les Wisigoths avaient appris le latin ; les Arabes ne
lapprendront jamais.
Le franais, langue plusieurs fois latine
Si le franais nous vient indiscutablement du latin populaire, il a au cours des mille
ans de son volution continu intgrer des mots du latin classique.
Au ix
e
sicle, lempereur des Francs, Charlemagne, inquiet de ltat de dlabre-
ment dans lequel se trouvait le latin parl son poque, fait appel au savant gram-
mairien anglais Alcuin pour redonner un peu de splendeur et de puret au latin.
La renaissance carolingienne aura pour rsultat lintroduction de nombreux mots
issus du latin classique dans une langue parle qui ne lui ressemblait plus beaucoup.
Cest pourquoi on retrouve souvent en franais deux mots qui prsentent
une forme et un sens difrents tout en ayant pour origine un mme mot latin.
La premire forme vient du latin populaire et a t transforme par voie orale
de gnration en gnration. La deuxime forme vient du latin classique et a
t emprunte difrentes poques. Ces mots sont des doublets, dont voici
quelques exemples:
aigre et cre de acris
apprendre et apprhender de apprehendere
communier et communiquer de communicare
compter et conter de computare
combler et cumuler de cumulare
droit et direct de directus
douer et doter de dotare
couter et ausculter de auscultare
42 si la langue franaise m tait conte
entier et intgre de integer
forge et fabrique de fabrica
frle et fragile de fragilis
froid et frigide de frigidus
htel et hpital de hospitalis
livrer et librer de liberare
loyal et lgal de legalis
mcher et mastiquer de masticare
meuble et mobile de mobilis
nager et naviguer de navigare
oue et audition de audire
ptre et pasteur de pastor
poison et potion de potio
recouvrer et rcuprer de recuperare
serment et sacrement de sacramentum
sret et scurit de securitas
De manire gnrale, en franais, les mots savants ressemblent davantage
lorigine latine. Cette volution explique sans doute pourquoi le franais est riche
en synonymes, permettant une grande prcision dans lexpression de la pense.
Au xvi
e
sicle, poque de la Renaissance, lEurope redcouvre la civilisation
grco-romaine. Le franais senrichit alors de mots issus du latin et du grec. Cer-
tains crivains comme Pierre de Ronsard et Joachim Du Bellay crent des mots
nouveaux partir de prfxes et de sufxes venus du latin et du grec.
Dans les petits pays dEurope comme les Pays-Bas, la Pologne ou la Sude, le
latin restera une langue importante plus longtemps. En efet, comme leur langue
nest pas comprise ltranger, ils sont pratiquement contraints davoir recours
au latin pour tre entendus. En Allemagne, au xvi
e
sicle, la posie latine est
considre comme meilleure que la posie crite en allemand.
Au xviii
e
sicle, sicle des Lumires et des sciences, les savants communiquent
entre eux en latin. Leurs dcouvertes portent donc gnralement des noms latins.
Ainsi, les noms savants des animaux, des plantes et des minraux sont latins. Le
latin est la langue commune de tous les savants de lEurope, cest ce quon peut
lire dans lEncyclopdie de Diderot (1765) larticle sur les langues. cette poque,
les travaux scrivent en latin, ce qui permet quils soient compris de tous. Le latin
tait linstrument de luniversalit, la mondialisation de lpoque. Cela explique
que jusquen 1903 luniversit franaise nait attribu le titre de docteur quaux
chercheurs capables de rdiger leurs travaux en latin.
44 si la langue franaise m tait conte
Aujourdhui encore, pour nommer de nouveaux objets ou de nouvelles ides,
on utilise le latin ou le grec qui ofrent lavantage dtre compris partout dans le
monde. En botanique, en chimie, en mdecine et en droit, le latin tient une place
encore prpondrante.
Certains mots issus du latin sont passs par dautres langues avant de devenir
franais. Par exemple parfum est pass par litalien, vote par langlais. Voil
qui peut expliquer pourquoi le franais les adopte si facilement. Que lon songe
au mot campus ou la touche del de nos ordinateurs, de langlais delete qui
vient du latin delere efacer, dtruire.
Certains mots latins ont pris des sens difrents suivant la langue qui les a
adopts. Par exemple, le mot latin libraria, qui dsignait la bibliothque, fut sup-
plant en franais par bibliothque. Le mot librairie a plutt dsign lendroit
o lon vend les livres. La langue anglaise na pas connu cette volution puisque
library y dsigne toujours une bibliothque et bookshop une librairie.
Mme le fameux @ viendrait du latin! Pour certains, larobase provient vrai-
semblablement des manuscrits latins du Moyen ge o les copistes notaient ainsi
la prposition ad qui signife vers, en direction de. Le signe rapparat sur
les machines crire sudoises dans les annes trente. De l, il est pass nos
claviers dordinateurs pour sparer le nom de lenvoyeur du nom du serveur utilis
dans une adresse courriel.
De nos jours, le latin reste la langue du Vatican. Le pape continue gnralement
sadresser en latin ses cardinaux. Cest le latin qui fait foi dans les textes se
rapportant aux dogmes de lglise.
Le latin est si vivant au Vatican quune fondation appele Latinitas y tudie
les textes latins de lAntiquit et du Moyen ge, et fait la promotion du latin.
Elle runit des savants de diverses nationalits qui travaillent la rdaction dun
Le l ati n, bi en sr, pour une l angue l ati ne 45
dictionnaire du latin moderne. Rien de ce qui appartient aux ralits contempo-
raines ne doit tre impossible traduire en latin!
En voici un chantillon:
aronaute: aerius viator (voyageur de lair)
baby-sitter: infantaria (infans enfant)
basket-ball: follis canistrique ludus (follis ballon, canistrum panier, ludus jeu)
camping: campus tentorius
casino: aleatorium (alea jeu de hasard)
restaurant: taberna refectoria
Il existe dans difrentes villes europennes, Madrid, Palerme, Munich, Paris,
des cercles latins o des passionns se retrouvent pour le plaisir de parler latin.
On en trouve mme aux tats-Unis. Certains de ces cercles, face lenvahis-
sement de langlais, font la promotion du latin comme langue internationale.
Une radio, la Nuntii Latini (Les nouvelles en latin), difuse les informations
courantes en latin sur internet. On peut aussi consulter de nombreux blogues en
latin. Oui, vous avez bien lu des blogues!
Voici un tmoignage:
Quand on na pas particip des manifestations de ce genre, on nimagine pas
avec quelle passion et quelle lgret le latin peut tre pratiqu de nos jours, on
nimagine pas la joie tre ensemble quprouvent ces gens venant de nombreux
pays, la joie de partager la mme humanit, humanitas, joie encore augmente
par la pratique en commun des studia humanitatis (les tudes humanistes).
Wilfried Stroh
Cest sans doute pour eux un merveilleux voyage dans le temps o ils peuvent
communiquer avec le meilleur du pass.
46 si la langue franaise m tait conte
abricot n. m.: fruit par excellence de la
Mditerrane. En efet, son nom, apparu en
France au xvi
e
sicle, a fait le tour de cette
mer au cours des sicles. Il tait connu des
Romains pour sa prcocit, do son nom
en latin praecoquum, qui signife fruit
prcoce. Les Grecs furent les premiers
emprunter le mot, qui passa ensuite dans
la langue arabe sous la forme al barqq. La
conqute arabe lintroduisit en Espagne
o il fut adopt par le catalan, qui en ft
albercoc. Enfn, le mot arriva en France
pour devenir abricot. Mais noublions
pas que le fruit lui-mme vient de Chine.
affubler v. tr.: vient de la fbule, fne
agrafe avec laquelle les Romains puis
les Gallo-Romains attachaient leur
tunique ou leur toge. Le mot a dabord
signif agrafer puis vtir. Au
Dans la liste de mots qui va suivre,
certains viennent du latin classique, dautres du latin
populaire; certains ont t intgrs lpoque de la
Renaissance carolingienne, dautres encore au xvii
e
sicle
ou lpoque contemporaine. Dans la mesure du possible,
la date ou lpoque dattestation est indique.
Le l ati n, bi en sr, pour une l angue l ati ne 47
Moyen ge, une afublure tait syno-
nyme de vtement ou dsignait une
coifure soutenue par des agrafes, et
un afublail, une sorte de vtement.
agenda n. m.: de agere, qui signife ce
qui doit tre fait. Agenda est devenu en
franais le nom dun carnet o lon note au
jour le jour ce que lon doit faire.
album n. m.: en latin, mot dsignant
une surface blanche ou un tableau blanc en
pltre o taient afchs des avis ofciels.
Vers le xviii
e
sicle, il dsigne un cahier
destin recevoir des dessins, des photos,
ou un recueil imprim dillustrations. Le
mot vient de ladjectif latin albus, blanc.
Les drivs en sont trs nombreux et
varis: aube,aubpine,albinos,albumine,
mais aussi le prnomAlban.
ala n. m.: emprunt rcent (1852)
au latin. Le mot alea dsignait un
jeu de ds puis les ds eux-mmes.
Le franais a conserv lide de
hasard ou dvnement imprvisible
traduite par ladjectif alatoire.
alibi n. m.: mot latin signifant
ailleurs. En franais, il est devenu un
terme de droit pour dsigner un moyen
de dfense tir du fait que le suspect se
trouvait, au moment dune infraction, dans
un autre lieu. Lalibi permet laccus de
se disculper.
ami, amie n.: amicus signifait aussi
bien ami quamoureux. Au Moyen
ge, il a pris un sens plus fort en dsignant
lamante dans le vocabulaire courtois.
On disait alors mamie pour mon
amante. Le mot sest ensuite scind en
ma mie. Lami dsigne aujourdhui
une personne pour qui on a de lamiti et
non de lamour, mais la valeur ancienne
damoureux se retrouve dans des
expressions comme ami de cur ou
petite amie. Lemploi rcent du terme
familier et afectueux de mamie pour
dsigner sa grand-mre vient de
langlais mammy.
animal n. m.: mot latin qui dsigne un
tre vivant, mobile, dot du soufe vital
ou anima. Son emploi rare et savant au
Moyen ge, o lon utilisait plutt beste
pour bte, a t repris au xvi
e
sicle.
Le mot latin anima a donn entre autres
drivs: me,animer,animisme.
arne n. f.: arena signifait lorigine
sable fn. Le sable servait recouvrir la
piste des amphithtres et des cirques o
avaient lieu les combats de gladiateurs et
48 si la langue franaise m tait conte
les courses de chevaux. Larne dsigne
aujourdhui la piste o se droule une
activit sportive. Au pluriel, les arnes
dsignent un ancien amphithtre romain,
par exemple, les arnes dArles ou de
Vrone. Elles dsignent aussi le cirque
o se droulent les corridas.
Au Qubec, le mot arna a t emprunt
langlais pour dsigner un difce qui
abrite une patinoire.
En gologie, larne est encore du
sable, mais de texture grossire.
balance n. f.: du latin populaire bilancia,
balance deux plateaux. Le mot est
form de bis deux et lanx plateau. Il
a donc dabord dsign un instrument de
mesure, puis avec le verbe balancer, il a
pris le sens non seulement dquilibrer
mais aussi de faire mouvoir dun ct et
de lautre, en particulier dans lexpression
sebalancer. Le mot peut aussi vouloir dire
hsiter, comme dans lexpression mon
cur balance. Dans un registre familier,
le verbe peut tre synonyme dignorer
quelque chose ou quelquun, Je men
balance!. Do lexpression argotique de
balance pour dsigner un dlateur.
Le mot bilan a la mme origine tout en
tant pass par litalien. Ce fut dabord
un terme de banque pour dsigner des
comptes quilibrs. Aujourdhui, on
lutilise surtout pour dsigner un inven-
taire, le rsultat global dune activit ou
lvaluation dune situation.
bavarder v. intr.: du mot bave. En
efet, il en faut beaucoup pour bavarder.
Plus srieusement, le mot est une trans-
formation du latin populaire baba, qui
exprimait le babil des petits enfants
accompagn de salive.
Au Qubec, le mot baveux a gard le
sens de lancien franais efront, inso-
lent. En argot, il dsigne indifremment
un journaliste ou un avocat, en somme des
gens qui parlent beaucoup!
bouteille n. f.: issu du latin populaire,
le mot est le diminutif de buttis, rcipient
contenant des liquides ou des solides. Au
Moyen ge, il signife une outre ou un petit
tonneau. Le sens de rcipient de verre,
pour butticula, semble tre apparu dans le
nord de la Gaule.
brouette n. f.: de birota, compos de bis,
deux, et rota, roue. Pendant long-
temps, les brouettes ont ressembl nim-
porte quelle charrette deux roues munie
de brancards. La brouette une roue telle
que nous la connaissons ne remonte quau
xvi
e
sicle. En ancien franais, le mot est
devenu beroue, puis berouette.
Le l ati n, bi en sr, pour une l angue l ati ne 49
Dans la langue populaire au Qubec,
la barouette est reste un petit chariot,
et le verbe barouetter est synonyme de
transporter, de secouer, ou derrer a et
l, sefairebarouetter signife se faire
malmener, ou se faire envoyer dun endroit
ou dun service un autre.
bureau n. m.: vient du latin burra et
dsigne une laine grossire. Au Moyen ge,
le nom donn cette tofe de laine brune
assez rude est devenu celui du vtement
que portaient les moines, la bure.
la mme poque, les changeurs de
monnaie qui sinstallaient lentre des
villes disposaient un morceau de ce tissu
sur leur table de change. Par extension, la
bure a donn son nom au meuble quelle
recouvrait: le bureau. Aujourdhui, le sens
du mot stend jusqu dsigner la pice o
lon travaille et mme une administration,
comme le bureau de poste, le bureau des
douanes et le bureau de tabac o travaille le
buraliste. Mais attention, lorsquil y a trop
de bureaux, sinstalle une bureaucratie!
Burro a aussi donn bourif, cest--
dire avoir les cheveux comme de la bourre,
qui ne sont pas peigns, ce qui peut rendre
bourru.
bus n. m.: le mot complet est autobus,
qui vient lui-mme domnibus, mot latin
qui veut dire pour tous. On disait
lorigine une voiture omnibus. Lom-
nibus est donc un moyen de transport
pour tous. Le systme a t conu Paris
Lalphabetlatin
Les Romains sont les crateurs de lalphabet latin dont se servent encore aujourdhui la
plupart des pays du monde. Ils ont adapt lalphabet grec, lui-mme issu de lalphabet
phnicien.
Les premires traces de cet alphabet ont t trouves Byblos, importante ville de
Phnicie (Liban) et remontent 1100 avant J.-C. Il tait dj form de 22 consonnes. Cet
alphabet dune remarquable simplicit a fait rapidement le tour de la Mditerrane o les
Phniciens avaient de nombreux comptoirs commerciaux. Les Grecs lont adopt vers le
x
e
sicle avant notre re.
50 si la langue franaise m tait conte
par le savant et philosophe Blaise Pascal
afn damliorer la circulation. Ce fut lune
des premires formes de transport en
commun. Les omnibus circulrent Paris
de 1662 1677. Ces carrosses cinq sols,
comme on disait alors, taient des vhi-
cules huit places, tirs par des chevaux,
qui avaient des itinraires et des horaires
rguliers, ce qui reprsentait une rvolu-
tion pour lpoque. En 1906, apparurent les
omnibus automobiles; ds lors, le nom
fut rduit autobus puis bus.
Quelquesparticularitsdelalanguelatine
La phrase latine ne comporte pas darticle (le, la, un, des) et utilise trs peu les prposi-
tions (, de, pour).
De mme les adjectifs possessifs (mon, ton, ses) ou indfnis (quelques, aucun) sont
peu nombreux.
Il ny a pas de pronom personnel devant le verbe (je, tu, il)
Par contre, la terminaison dun mot varie selon sa fonction dans la phrase. Comme dans
toutes les anciennes langues indo-europennes, la terminaison des mots est dtermine
selon leur genre, leur nombre et leur fonction (sujet, complment, etc.).
En latin, chaque nom ou adjectif a six terminaisons possibles selon la fonction, avec des
variations pour le pluriel et le singulier; de plus, chacun appartient une dclinaison qui
dtermine sa terminaison, un peu comme les trois groupes de verbe en franais (er, ir, ).
La plupart des langues modernes ont perdu les dclinaisons. Seuls lallemand, lirlandais
et le russe les ont plus ou moins conserves.
En latin, les mots nont pas une place spcifique dans la phrase comme en fran-
ais, do limportance des terminaisons qui permettent par exemple de savoir
si un mot est sujet ou complment.
Outre le fminin et le masculin, en latin existe le genre neutre. En gnral, les mots
neutres en latin sont devenus masculins en franais.
Le l ati n, bi en sr, pour une l angue l ati ne 51
calcul n. m.:mot emprunt au latin clas-
sique calculus, caillou. Les Romains se
servaient en efet dune table calculer et
de petits cailloux pour faire leurs comptes.
Le nom est pass de lobjet la fonction.
En mdecine, le mot calcul a gard
son sens original, car il dsigne des concr-
tions solides, une sorte de cailloux qui se
forment dans difrents organes, provo-
quant des troubles de fonctionnement.
calendrier n. m.: du bas latin calenda-
rium, qui dsignait un registre o taient
inscrites les dettes contractes par les
emprunteurs. Le mot venait lui-mme de
calendae, en rfrence au fait que lemprun-
teur devait payer les intrts de ses dettes
le premier du mois, calandae dsignant
chez les Romains le premier jour du mois.
Lusage du mot calendes en franais nest
utilis que dans lexpression remettre
aux calendes grecques, cest--dire un
moment qui ne viendra jamais, les Grecs
nayant pas de calendes.
candidat n.: de candidus, vtu de
blanc. Ceux qui se prsentaient pour
briguer une fonction Rome portaient une
toge blanche et taient appels candidatus.
Cette toge blanche avait pour but de
cacher leur origine sociale. Depuis 1546,
candidat dsigne le postulant un poste
et plus particulirement la personne
qui se prsente un concours ou un
examen.
La personne candide est celle qui fait
preuve de candeur, cest--dire dinno-
cence, de puret et mme de navet.
chance n. f.: du latin cadere, qui veut
dire tomber. Le mot tait employ
surtout au jeu dosselets. Il est devenu
la chaance au Moyen ge et a dsign la
manire dont tombent les ds et, de l, le
hasard et surtout le hasard heureux. Par
opposition est ne la malchance, mais
aussi le verbe meschoir qui signife tomber
mal, ne pas russir. Sorti complte-
ment de lusage, ce verbe nous a laiss son
participe mescheant qui est devenu lad-
jectif mchant (voir plus loin malin).
Cadere a aussi donn choir, synonyme
de tomber. Si le mot a vieilli et ne suti-
lise plus qu linfnitif, il a de nombreux
drivs: chute, chance, dchance et
mme dchet. En efet, un dchet est un
objet dchu, puisquon le jette.
chef n. m.: de caput, qui signife en latin
classique tte, celle des hommes comme
celle des animaux. Le mot dsigne aussi le
sommet, la cime ou la pointe dune chose,
ce qui a donn cap en gographie. Les
drivs du mot caput sont trs nombreux.
52 si la langue franaise m tait conte
Achever, inachev, chavirer (avoir la
tte lenvers, venu de loccitan), capi-
teux (qui monte la tte), caprice (qui
nen fait qu sa tte), caporal, capitaine,
cadet, cadeau, accaparer (venu de
litalien), dcapiter, occiput, cachalot
(poisson grosse tte, venu de lespa-
gnol), caboter, capital, capitole, capitale,
capituler, capoter, chef, derechef, chef
duvre, chef-lieu, couvre-chef,chapeau,
chapelet, cheptel,biceps, capiton et
capitonner, chapiteau, chapitre, rcapi-
tuler,caboche.
chtif adj.: voil un mot qui vient dun
croisement entre le latin captivus et le
gaulois cactos, signifant prisonnier,
captif. Sous linfuence du christia-
nisme, le mot a aussi dsign celui qui est
prisonnier de ses passions, captif de ses
pchs, et par consquent misrable. Dune
signifcation morale, le mot est pass
une signifcation physique. Aujourdhui, il
dsigne une personne de faible constitu-
tion, malingre.
Lexpression Chtimi qui veut dire
pauvre (chtif ) de moi, dsigne plaisam-
ment les gens du nord-est de la France.
compagnon n. m.: de cum, qui veut dire
avec, et panis, pain. Littralement,
celui qui partage le pain avec un autre.
Tous deux fnissent sans doute par devenir
des copains qui saccompagnent dans
leur travail.
comptoir n. m.: du latin computo-
rium, dsignant une table o lon fait
les comptes. Aujourdhui, il sagit dune
table longue et troite o le marchand
montre ses marchandises et o les clients
payent. Dans un dbit de boisson, il est
synonyme de bar. Le mot sert aussi
dsigner les postes de traite o lon faisait
du commerce lpoque de la Nouvelle-
France et des colonies.
Il est noter que les verbes conteret
raconter, dans le sens de relater en les
numrant des faits, des vnements, ont
la mme origine que compter. Plus tard,
pour bien distinguer les deux mots, le sens
de calculer sera rserv compter,
calqu sur le verbe latin computare.
Le mot anglais computer, qui dsigne un
ordinateur, a la mme origine. En 1955, en
franais, on invente le mot ordinateur
partir du latin ordinis, qui signife mettre
de lordre.
concours n. m.: issu du verbe concur-
rere, de cum, avec, et currere, courir,
concourir. Littralement, courir en un
mme point, do se joindre, con-
cider. La gomtrie utilise lexpression
Le l ati n, bi en sr, pour une l angue l ati ne 53
de droite concourantepour dsi-
gner des droites qui convergent vers un
mme point. Aujourdhui, la notion de
concours renvoie laction de cooprer,
mais plus couramment celle dentrer en
comptition pour obtenir quelque chose.
De la coopration, on est pass la rivalit.
dcimer v. tr.: du latin decem, qui veut
dire dix. Dans lAntiquit romaine,
lorsquil y avait des prisonniers, on en
mettait mort un sur dix, dsign par le
sort. Le chtiment tait surtout infig aux
soldats dune troupe qui avait failli son
devoir. Aujourdhui, le mot signife faire
prir en grand nombre.
dictateur n. m.: le dictator tait sous la
Rpublique romaine un magistrat unique
investi de tous les pouvoirs, dans certaines
circonstances graves, et ce, pour six mois.
Csar fut lun de ceux qui transforma la
fonction son proft. En 49 avant J.C., il
est nomm dictateur pour onze jours, en
47 pour un an, en 45 pour dix ans, et en
fvrier 44 ce sera vie. Mais il neut pas
le loisir den profter longtemps, puisquil
fut assassin quelques semaines plus tard.
Le mot signife aussi celui qui dicte,
de dictare, dire en rptant, do faire
crire. Oui, vous avez bien lu, il faut un
dictateur pour imposer une dicte des
enfants!
54 si la langue franaise m tait conte
docteur n. m.: du latin docere, ensei-
gner. Le docteur est le matre, celui qui
enseigne. Le mot a dsign ds le Moyen
ge un savant, un rudit, plus particu-
lirement dans le cadre de luniversit,
grande invention de lpoque. Son usage
pour dsigner le titulaire dun diplme de
docteur en mdecine la fait devenir syno-
nyme de mdecin.
chapper v.: dans les temps anciens,
les gens allaient vtus dun grand manteau
capuchon, nomm cappa en latin, lequel
a donn les mots cape et chape. cette
poque donc, quand quelquun tait pour-
suivi, on lattrapait dabord par sa cape.
Lorsquil sagissait dun habile voleur, il
laissait sa cape aux mains de son pour-
suivant en se glissant hors du vtement.
Le mouvement de sortie du manteau se
disait excappare, qui est devenu le verbe
chapper, mme si aujourdhui les capes
se font rares. Une escapade garde lide de
sortir, mais le mot est pass par litalien.
Au Qubec, le verbe chapper est
aussi utilis dans le cas dun objet tomb
des mains: jai chapp un verre deau.
Le verbe rescaper a la mme origine,
mais en passant par le picard, une des
langues dol du nord de la France. Le
mot sest rpandu partir de 1906. Ce
sont les journalistes qui lont utilis pour
dcrire une grave catastrophe minire. Le
mot est pass par la suite dans le franais
gnral. Il est synonyme de rchapper, de
sauver.
enfant n. m.: form du prfxe ngatif
in- et de fari, parler, le mot signife
littralement qui ne parle pas. Les
Romains distinguaient deux catgories
de jeunes humains: infans pour les plus
jeunes et, pour ceux gs de six quatorze
ans, puer (prononcer pou err). De ce mot
vient ladjectif puril, pour qualifer ce
qui est enfantin. Au Moyen ge, linfans
dsignait un enfant dorigine noble. Le mot
Lemystre
duverbealler
Les irrgularits de la conjugaison du verbe
aller sexpliquent par le mlange des trois
verbes latins dont il est issu.
Vadere est lorigine des formes du pr-
sent: je vais, tu vas, il va, ils vont.
Ire a donn les formes du futur: jirai, nous
irons.
Alare, qui est probablement la rduction de
ambulare, a donn les formes de linfnitif: aller,
et de lindicatif prsent: nous allons, vous allez.
Le l ati n, bi en sr, pour une l angue l ati ne 55
et lide sont demeurs pour dsigner les
fls ou flles des rois espagnols et portu-
gais: linfant ou linfante dEspagne ou du
Portugal.
enfer n. m.: du latin infernus, qui
signifait lieu bas. Pour les Romains,
linfernus dsignait la demeure souterraine
des morts. Selon la mythologie grecque,
Cronos, un Titan du dbut du monde, eut
trois fls: Zeus, Posidon et Hads, qui
dcidrent de se partager lunivers par
tirage au sort. Zeus devint matre du ciel,
Posidon celui de la mer et Hads, reut
le monde souterrain, les enfers, donc, qui
taient le lieu de sjour ternel des mes
des morts. En efet, les Grecs croyaient que
les mes des morts schappaient des corps
par la bouche ou la blessure du dfunt et
rejoignaient un monde invisible et sans
soleil encercl par les eaux, et gard par
le terrifant Cerbre pour que personne
ne puisse sen chapper. Cest le christia-
nisme populaire qui lui a donn son sens
de domaine du diable, lieu de soufrances
et de chtiments pour les damns. Par
comparaison, le mot dsigne une situation
douloureuse ou trs pnible.
examen n. m.: emprunt savant et tardif
du xiv
e
sicle. En latin, exigere dsigne
laction de peser. En franais, il dcrit lac-
tion dexaminer avec attention, do lide
dune srie dpreuves destines valuer
les aptitudes de chacun. Le verbe exiger a
la mme origine. Alors, parler dexamen
exigeant, cest presque une rptition.
exterminer v. tr.: emprunt tardif vers
le xii
e
sicle au latin classique exterminare,
qui veut dire chasser des frontires.
En efet, ex signife hors et terminare,
borner, fnir. Mais ds cette poque,
lide beaucoup plus forte de faire dispa-
ratre jusquau dernier a pris le pas sur
celle de bannir.
fesse n. f.: du latin populaire fssa, qui
signife crevasse, fente ou fssure.
Le latin fndere signife fendre.
noter que lexpression donnerune
fesse, ne vient pas, comme on pourrait
le croire de fesse, mais du latin fascia,
qui dsigne les faisceaux ou les verges. Le
mot renvoie alors laction de battre avec
des verges. Le rapprochement avec le mot
franais fesse a donn cette expression.
Dans la langue familire au Qubec, le
verbe fesser a le sens plus gnral de
cogner, de battre avec un outil. Si au
Qubec, donner la fesse un enfant est
trs mal vu; on peut, par contre, au sens
fgur, fesser sur quelquun ou quelque
chose, on peut mme fesserdansletas!
56 si la langue franaise m tait conte
fianailles n. f. pl.: du latin populaire
fdare, qui voulait dire avoir confance.
La fance tait au Moyen ge un serment de
fdlit. Puis, se fancer a signif engager
sa parole, pour renvoyer plus spcifque-
ment une promesse de mariage. Le mot
sutilise toujours au pluriel.
fou adj. et n.: du latin follis, qui signife
gonf de vent, ballon plein dair. Les
fous seraient donc, daprs les Romains,
des gens qui nont que du vent dans la tte!
fromage n. m.: en ralit, il faudrait
prononcer formage car le mot vient
du latin populaire formaticus, cest--dire
ce qui est fait dans une forme. Efec-
tivement, le fromage est un lait caill et
ferment auquel on a donn une forme.
Le dplacement du r se produit souvent
dans le passage du latin au franais. En
latin, le fromage se disait caseus, do queso
en espagnol.
gentil adj.: du latin gentilis, qui veut
dire propre la famille, la race.
Au Moyen ge, les gentils, les gentils-
hommes, taient ceux qui appartenaient
la noblesse. Par extension, le mot a dsign
une personne aimable et agrable. Le
gentleman anglais est un calque du franais.
Par opposition, lpoque, les personnes
qui ntaient pas nobles taient appeles
vilains, cest--dire habitants libres de
la campagne. Pour les Romains, une villa
tait une maison de campagne. Par la suite,
le mot vilain a dsign une personne
dsagrable, mchante et grossire.
gratis adv.: le mot a t repris tel quel
du latin o il signifait gracieusement. Il
a gard le mme sens, sans quil en cote
rien. Quant gratuit, il vient de gratus,
qui fait plaisir et dont on est recon-
naissant, et il a de nombreux drivs en
franais: gratitude,ingratitude,agrable,
dsagrable,ingrat,agrment, maugrer,
malgr, sans oublier grutilis dans de
nombreuses expressions commedebon
gr,bongrmalgr,demauvaisgr,
augrde,desonpleingr,degroude
force,degrgr,contrelegrde,savoir
gr.
grenier n. m.: du latin granarium, qui
dsigne lendroit o lon conserve le grain.
Le grenier a conserv trs longtemps ce
premier sens. Le mot grange a la mme
origine, mais il a pris le sens plus gnral
dendroit o on abrite les rcoltes. Le
grenier est devenu, depuis 1570, la partie la
plus haute dune maison, situe immdia-
tement sous les combles et servant le plus
Le l ati n, bi en sr, pour une l angue l ati ne 57
souvent de dbarras. Les deux sens du mot
grenier ont toujours cours.
heureux adj.: driv de heur, lui-mme
apparu au Moyen ge sous la forme de
er, issu du latin populaire augurium, qui
signife prsage, quil soit ou non favo-
rable. Lancien franais na conserv que
lide de hasard favorable, de bonne
fortune. Le mot ne se retrouve que dans
des expressions littraires comme avoir
lheurdeplairequelquun ou lheuretle
malheur. Dans la langue courante le mot
heur a peu peu disparu au proft du
bonheur ou du malheur. Le mot augure
vient du latin classique.
illico adv.: emprunt, au xvi
e
sicle, au
latin classique signifant sur-le-champ,
immdiatement. Il sagit l dun mot
arriv tardivement dans la langue franaise
et qui na pas chang depuis.
Lesjoursdelasemaine
Le sufxe di vient du latin dies qui veut dire jour. Il nous a galement donn ladjectif
diurne qui rfre ce qui se fait le jour. lexception des samedi et dimanche, introduits
par le christianisme, tous les autres jours ont gard le nom qui correspond aux sept plantes
de lastronomie latine. Les noms de ces jours auraient pris forme au dbut du Moyen ge.
lundi: le jour de la lune
mardi: le jour de Mars, dieu de la guerre
mercredi: le jour de Mercure, dieu du commerce
jeudi: le jour de Jupiter, matre des dieux de lOlympe
vendredi: le jour de Vnus, desse de lamour
samedi: le sabbat, jour de repos consacr Dieu selon la loi des juifs. Par contre, en
anglais, Saturday est demeur le jour de Saturne.
dimanche: nomm initialement Solis dies, le jour du Soleil est rest Sunday en anglais.
En franais, il a t remplac par le jour du Seigneur, issu du latin chrtien dies domini-
cus. Dans ces deux cas, les Anglais sont plus prs du latin que nous!
58 si la langue franaise m tait conte
immeuble n. m.: du latin immobilis, qui
ne bouge pas. En efet, un btiment ne
bouge pas. Tout le contraire du meuble
qui, lui, peut tre dmnag. Ici, les sens
originels sont strictement les mmes.
ignoble adj.: emprunt savant au latin, au
xiv
e
sicle, pour dsigner une personne de
basse naissance, cest--dire qui nest pas
noble. Le terme a servi par la suite dsi-
gner la bassesse morale. Un lien est ainsi
tabli entre la classe sociale et la moralit,
comme dans le cas de gentil et vilain.
imbcile adj. et n.: emprunt, au
xv
e
sicle, au latin imbecillus, qui signife
littralement sans bton, de in- et
bacillum, bton. Limbcile a donc
dabord dsign quelquun qui est physi-
quement faible. lpoque, le mot nexpri-
mait aucun mpris. Par la suite, il a pris le
sens de dpourvu dintelligence, sot.
inquiet adj.: emprunt savant au latin
inquietus, qui signife agit. Mot form
du prfxe ngatif in- et de quies repos,
prsent dans le mot quitude. Quelquun
est inquiet lorsqu on a troubl sa
quitude.
insecte n. m.: emprunt savant au
xvi
e
sicle au latin insecare, qui veut dire
couper. Pensons scier et scateur,
qui ont la mme origine. La mme ide
tait exprime chez les Grecs, qui appe-
laient les insectes entoma, coupes,
cause des tranglements et
des anneaux qui divisent leur corps.
Le mot a donn entomologie, tude
des insectes.
issue n. f.: du latin exire, sortir,
form du prfxe ex- et de ire, aller. Le
mot anglais exit a la mme origine. Au
Moyen ge, on disait issir, pour sortir.
Aujourdhui, une issue dsigne, au propre,
Le l ati n, bi en sr, pour une l angue l ati ne 59
une ouverture par o lon peut sortir, et au
fgur, le moyen de sortir dune difcult.
jouer v.: du latin populaire jocus, jeu.
Le mot jongleura la mme origine. En
latin classique, on disait ludus, pour dsi-
gner un amusement ou un jeu, lequel a
donn le terme plus savant de ludique
pour qualifer une activit lie au jeu.
Curieusement, joyau en est un driv;en
efet, cest un objet qui peut amuser, un
jouet pour adultes, en quelque sorte.
laurat adj. et n.: emprunt vers 1530 au
latin laureatus, couronn de laurier. Les
Romains honoraient le vainqueur dune
bataille en lui ofrant une couronne de
laurier. Ce terme a dabord t utilis dans
des concours de posie. Aujourdhui, on ne
dpose plus une couronne de laurier sur la
tte du vainqueur, mais on a gard lexpres-
sion cueillirleslauriers. Il faut toutefois
viter de sendormirsurseslauriers.
lavabo n. m.: lorigine, terme religieux
correspondant au premier mot de la prire
dite par le prtre lorsquil sessuyait les
mains dans un geste de purifcation aprs
lofrande de pain et de vin au moment de
leucharistie: Lavabo inter innocentes manus
meas, je laverai mes mains au milieu des
innocents. Le mot lavabo correspond
la premire personne du futur de lindicatif
du verbe latin lavare. Il a dabord dsign
le linge avec lequel le prtre sessuie les
mains. Ce nest quau xix
e
sicle que le
mot est pass dans lusage commun pour
dsigner la table de toilette, puis la cuvette
dans laquelle on se lave au moment de
faire sa toilette.
lgende n. f.: du latin legenda, signi-
fant ce qui doit tre lu, du verbe legere,
lire. Au dbut, il sagissait de rcits de
la vie des saints que les moines dans les
monastres lisaient au moment des repas.
Par la suite, au xvi
e
sicle, le mot sest
appliqu tout rcit populaire et fabuleux
transmis de gnration en gnration.
Vers 1579, avec le dveloppement de
limprimerie en Europe, le mot a pris le
sens dun bref texte qui accompagne une
image et lui donne un sens.
libellule n. f.: mot apparu en 1792, tir
du latin libellula, qui veut dire niveau.
Le mot a t choisi par les scientifques
en raison du vol plan et horizontal de cet
insecte.
livre n. m.: du latin liber. Le mot dsi-
gnait lorigine la pellicule situe entre
le bois et lcorce dun arbre, sur laquelle
on crivait avant lutilisation du papyrus.
60 si la langue franaise m tait conte
Il est devenu par la suite lobjet lui-
mme, le livre. Mais le livre de lAntiquit
ne ressemblait pas au ntre. Ctait un
rouleau qui contenait beaucoup moins
de texte. Il tait appel le volumen, qui a
donn volume en franais. Le livre, sous
sa forme moderne, cest- dire un assem-
bage de feuilles plies et relies en cahier,
est apparu au iv
e
sicle avec le codex de
parchemin (voir encadr page 69).
lutin n. m.: forg partir de Neptune, le
dieu de la mer chez les Romains, le mot a
dabord dsign, sous la forme de neitun,
un dmon de la nuit. En ancien franais, le
luitin tait un esprit mauvais. Au xiv
e
sicle,
il sest appliqu un esprit simplement
malicieux, qui aime jouer des tours. Voil
un exemple de ces mots dont le sens safai-
blit au fl des sicles. Aujourdhui, un lutin
ne fait plus peur personne.
madame n. f.: du latin domina,
matresse de maison, pouse, mais
aussi amie et souveraine. Le mot est
driv de domus, maison. Au Moyen
ge, la dame dsignait une femme noble
par opposition la demoiselle qui tait
lpouse du bourgeois. Dans le langage
courtois des troubadours, cest la dame de
cur, lamante. Au xvi
e
sicle, le mot perd
de son sens noble et dsigne tout simple-
ment une femme tout en gardant une
nuance de courtoisie. Le terme madame
est form par soudure du possessif ma,
ou du pluriel mes pour mesdames. Le
mot madame a perdu aujourdhui de son
relief. Il dsigne simplement une femme
marie par rapport une jeune femme qui
est encore clibataire et que lon appelle
Mademoiselle. Monsieur a suivi un
chemin semblable. Le mot vient de sieur
driv de seigneur. Il signife littrale-
ment mon seigneur.
malin adj. et n.: du latin malus,
mauvais. Au dbut, le mot dsignait
celui qui se plat faire du mal. Il est
ensuite devenu synonyme du diable lui-
mme, le Malin. Plus tard, le terme perd
de sa force pour dsigner quelquun de
rus et dintelligent.
Par ailleurs, le mot mchant, malgr
les apparences, na pas la mme origine.
Il vient de mescheoir, qui voulait dire qui
tombe mal, na pas de chance, mis-
rable. Appliqu un objet, il signifait
sans valeur. Ainsi, une mchante robe
tait une robe moche, dfrachie, dmode.
Mchant a ensuite dsign celui qui fait
dlibrment du mal ou cherche en faire.
maison n. f.: issu du verbe manere,
rester, demeurer. Une mansio tait un
Le l ati n, bi en sr, pour une l angue l ati ne 61
Lesmoisetleurhistoire
La plupart des pays du monde utilisent le calendrier
grgorien. Il a t tabli par le pape Grgoire XIII et
a succd, en 1582, au calendrier julien institu par
Jules Csar en 45 av. J.-C. Le mot mois vient du
latin mensis. Le n du mot latin situ devant le
s est tomb, comme il est de rgle pour les mots
issus du latin populaire. Ce n rapparat dans
certains drivs comme mensuel et mensualit.
Chez les Romains, il sagissait du mois lunaire, le
mme mot dsignant lorigine le mois et la lune.
janvier est le mois de Janus, dieu des passages.
Il est reprsent avec deux visages regardant vers
lentre et la sortie.
fvrier est un driv de februus purifca-
teur, donc le mois de la purifcation.
mars est le mois de Mars, dieu de la guerre
mais aussi du printemps. Premier mois de lan
dans les calendriers romains les plus anciens.
Ctait durant ce mois que recommenaient les
campagnes militaires. Ce dieu a donn son nom
beaucoup dexpressions relatives la guerre ou
aux armes: cour martiale, champ de Mars,
arts martiaux. Cest aussi la quatrime plante de
notre systme solaire, ainsi nomme cause de sa
couleur rouge sang.
avril vient du latin aprilis, emprunt au grec
aphro ; cest le mois dAphrodite, desse de
lamour.
mai est le mois de Maia, flle de Faunus, incar-
nation du printemps.
juin est le mois de Junon, desse de la fminit
et du mariage, pouse de Jupiter. Elle a sauv
Rome lors dune invasion gauloise.
juillet est le mois de Jules Csar. Cest lui qui en
46 avant J.-C. dclara que lanne, rgle sur la course
du soleil, aurait dsormais 365 jours. Son successeur,
lempereur Auguste donna le nom de ce rforma-
teur, Julius, au cinquime mois de lanne romaine,
notre mois de juillet, qui comportait dj 31 jours.
aot est le mois dAuguste, ainsi nomm en
son honneur car il est mort le 16 de ce mois.
La rforme julienne tant fort mal applique,
Auguste y remit bon ordre. Pour le rcompen-
ser, le Snat nomma le sixime mois de lanne
romaine augustus mensis, le mois dAuguste,
jusqualors appel sextilis mensis. Cela donna le
mois daot en franais, qui demeure August en
anglais. Par souci dquit avec Csar, le Snat lui
attribua un trente et unime jour, prlev sur le
mois de fvrier.
septembre, octobre, novembre et dcem-
bre dsignaient le septime (septem sept),
le huitime (octo huit), le neuvime (novem
neuf) et le dixime (decem dix) mois de
lanne selon le calendrier romain qui commenait
en mars.
Le calendrier julien est encore utilis par les
Berbres et par certaines glises orthodoxes,
comme aux monastres du mont Athos en Grce.
62 si la langue franaise m tait conte
relais de poste o les voyageurs pouvaient
sarrter et passer la nuit. En ancien fran-
ais, le mot est devenu maison avec le
sens actuel. Au Moyen ge, on dit avoir
masure pour demeurer. Les mots
masure, mas, manoir ont tous la mme
origine mais nvoquent pas du tout la
mme qualit dhabitation!
Par contre, les Romains avaient un autre
mot pour dsigner la demeure, casa, qui
est utilis en espagnol et en italien. En
franais, casa a donn le mot chaise,
perptu dans des noms comme labbaye
de la Chaise-Dieu, autrement dit, la
maison de Dieu.
mdecine n. f.: du latin medicina, art
de gurir. Au Moyen ge, une mde-
cine a dabord dsign un remde avant
de renouer avec le sens latin, lart de
prvenir et de soigner les maladies. En
ancien franais, le mot mire dsignait un
mdecin.
menu adj. et n.: du latin minutus,
petit, mince, minime. Le mme
sens est prsent dans minute, une petite
division du temps. Quant au menu du
restaurant, il en drive directement
puisquil dsigne la liste dtaille, par le
menu, des plats composant le repas. Le
menuet, pour sa part, a t introduit par
Molire dans sa pice Le bourgeois gentil-
homme pour dcrire une danse excute
petits pas, pas menus. Autre curiosit,
menuisier a la mme origine. Il a dabord
dsign louvrier qui excutait les ouvrages
dlicats, les plus menus, en or ou en
argent, avant de prendre le sens moderne
dartisan qui travaille le bois.
miel n. m.: issu du latin mel, qui avait le
mme sens; il sagit l dun de ces mots
dorigine indo-europenne ayant peu
chang. Au Moyen ge, une abeille tait
appele une mouchemiel. Lexpression
est encore utilise dans certaines rgions
de France.
miroir n. m.: issu du latin miror, qui
signife regarder avec tonnement,
tre surpris, do le driv admirer. Au
Moyen ge, le mirur tait en acier ou en
cristal de roche. Ctait un objet de luxe
jusqu linvention du tain, qui en a permis
plus facilement la production. Semirer,
mirage, merveille, miracle, mirador,
mirifque sont tous des drivs du miror
originel.
niais adj.: du latin populaire nidus, nid.
Par extension, le mot a dsign un oiseau
qui nest pas encore sorti du nid. On disait
par exemple un faucon niais. Plus tard, ce
Le l ati n, bi en sr, pour une l angue l ati ne 63
mot dsigne une personne dont la simpli-
cit ou linexprience va jusqu la btise.
En langue familire, au Qubec on
utilise les mots niaiseux, niaiserie et le
verbe niaiser qui, lui, est quelque peu
difrent par rapport au sens dorigine.
Niaiser quelquun cest le faire marcher,
le berner; cest alors lautre qui devient
niais ou nigaud!
orage n. m.: lorage est devenu de plus
en plus fort au cours des sicles. Le mot
vient du latin aura, qui dsignait une
brise lgre, un soufe de vent. En ancien
franais, ore avait peu prs le mme
sens, dsignant mme un vent favorable
la navigation. Au xiii
e
sicle, il devient
un vent fort qui annonce la tempte. Au
xvi
e
sicle, il grossit encore avec des tour-
billons de pluie et de tonnerre.
En franais, laura est reste extrme-
ment lgre, puisquelle dsigne latmos-
phre thre, le halo qui entoure une
personne.
otage n. m.: cest un hte que lon garde
prisonnier chez soi! En efet, le mot a la
mme origine que le mot hte qui vient
du latin hospitem, soit celui qui donne ou
reoit lhospitalit. Au Moyen ge, lostage
dsigne un aubergiste qui loue parfois
des chambres et qui tient donc un htel.
Certains tablissements religieux rece-
vaient des gens dans le besoin, ctaient des
hospices; puis lorsquils accueillirent des
malades, ces tablissements devinrent les
premiers hpitaux. Cest lpoque de la
Rvolution (1793) que le sens dotage sest
tendu une personne dont on sempare et
que lon dtient comme moyen de pression.
ovation n. f.: du latin classique ovis,
qui dsigne la brebis. Le mot ovation
viendrait-il donc du cri de la brebis? Non,
bien sr. Par contre, son origine mrite
le dtour. Lorsquils voulaient rendre les
honneurs leur gnral victorieux, les
Romains organisaient une grande cr-
monie. Le gnral en question se rendait
pied ou cheval jusquau Capitole pour y
sacrifer une brebis. Le peuple se rjouis-
sait de la victoire et poussait des cris de
joie, do le mot ovation. Toutefois, les
tymologistes ne sont pas tous daccord
avec cette explication. Ce qui est sr, cest
que le latin ovis, brebis, a donnovin
pour dsigner la famille des moutons, et
ouaille au sens fgur de fdle.
outarde n. f.: du latin avis tarda, litt-
ralement oiseau lent, contract en
outarda. Nom donn pour la premire fois
par lcrivain naturaliste romain Pline
lAncien qui la ramen dEspagne. Le mot
64 si la langue franaise m tait conte
est devenu austarda chez les Gaulois, puis
outarde. Au Qubec, cet oiseau porte
aussi le nom de bernache.
palais n. m.: le Palatin est lune des sept
collines de Rome. Lempereur Auguste y
ft construire sa demeure impriale. Par
la suite, le mot palatin sest appliqu
toutes les demeures impriales, mme
celles situes hors de Rome, puis travers
tout lEmpire. Le palatin, devenu palais,
dsigne une habitation vaste et luxueuse
destine un personnage important, en
particulier un souverain.
Le palace, lui,est rserv un riche
personnage qui se prend pour un roi.
panier n. m.: mot issu du latin pana-
rium, qui dsignait la corbeille pain,
driv de panis, pain. Peu peu, le mot a
perdu son sens dorigine pour ne dsigner
quun objet muni de poignes servant au
transport de difrents objets.
Attention! unpaniersalade ne trans-
porte par forcment de la salade; dans le
langage familier, cest une voiture de police
transportant des prisonniers. Unpanierde
crabes dsigne un groupe dindividus peu
aimables qui se disputent.
paysan adj. et n.: ce mot a la mme
origine que paen. Ils viennent tous deux
du latin paganus, signifant qui vient de la
campagne. Un paen tait celui qui ntait
pas chrtien et gardait ses croyances aux
dieux de lAntiquit, or il venait souvent
de la campagne o les rites anciens se sont
conservs plus longtemps. Le paganisme
dsigne depuis la Renaissance la religion
polythiste de lAntiquit.
Desheuresvariables
Les Romains ne comptaient les heures que du lever au coucher du soleil. Le jour tait divis
en 12 heures. La sixime commenait lorsque le soleil tait au znith. Les heures avaient
donc une dure variable selon le moment de lanne et la dure de lensoleillement.
Cette division est reste longtemps en usage. Si la division du jour en vingt-quatre
heures gales date du Moyen ge, lusage ne sest gnralis qu la Renaissance avec le
perfectionnement des horloges et des montres.
Le l ati n, bi en sr, pour une l angue l ati ne 65
Les Romains avaient divis la Gaule
en pagi, soit en rgions, divisions qui ont
t respectes par les Francs. Ce mot est
devenu pays. Encore aujourdhui, on utilise
pays comme synonyme de rgion. Quant
au paysage, il a dabord t un terme de
peinture de la Renaissance pour dsigner la
reprsentation dun site champtre.
page n. m.: de ladministration
de lpoque carolingienne, driv de
pedis, pied. En efet, ce mot qui scrivit
dabord paage signife droit de mettre
le pied. Il dsigne la taxe quon lve
sur les personnes, les animaux ou les
marchandises pour le passage dun pont,
lutilisation dune route ou lentre dune
ville. Aujourdhui, si cette taxe de pied
nexiste plus, le page est toujours l
pour les automobilistes. Le mot pitre
a la mme origine, de pedestris celui qui
va pied, mais avec un sens pjoratif,
loppos dequestris, celui qui va cheval.
Ladjectif pdestre a gard le mme sens
quen latin. Le piton,lui, est plus popu-
laire, et lepionfranchement familier
lorsquil dsigne un surveillant dlves.
plume n. f.: ce mot est issu de pluma,
dsignant en latin le duvet puis la plume
dun oiseau. Lintrt de ce mot, cest le
sens quil a pris en dsignant un instru-
ment dcriture la Renaissance. De l
ont driv de nombreuses expressions
qui dcrivent le fait dcrire: prendrela
plume, lesgensdeplume (les crivains),
guerredeplumes (polmique), fne
plume (bon crivain), plumitif (mauvais
crivain).
Le plumard, terme familier, rappelle
que les matelas des lits taient faits jadis
de plumes.
poing n. m.: du latin pugnus, qui dsigne
la main ferme. Ce qui est remarquable
dans ce mot, ce sont ses drivs innom-
brables, tant savants que familiers:
poigne, la quantit contenue dans une
main ferme, mais aussi un objet pour
ouvrir une porte ou saisir un objet avec la
main; on dit aussi une poignedemain;
poignet, la partie du corps qui rattache
lavant-bras la main, mais aussi la partie
du vtement qui termine la manche;
poigne, la force de la main pour serrer;
pogner, au Qubec, synonyme dat-
traper, mais aussi davoir du succs, de
sduire; par contre, pogn est synonyme
de coinc ou de complex;
pogne, en langage familier dsigne la
main;
pognon, nom populaire de largent;
vient peut-tre des pices que lon pouvait
saisir dans une main;
66 si la langue franaise m tait conte
poignard, arme blanche de poing;
pugilat, un exercice de lutte coups de
poing;
empoignade, une bataille gnrale
souvent coups de poing;
pugnacit, combativit, penchant pour
les afrontements;
rpugner, lorigine, action de
repousser avec les poings; aujourdhui, il
indique laversion quon a pour quelque
chose.
prestidigitateur n. m.: ce mot a
t form en 1823 partir de ladjectif
preste et du nom latin digitus, doigt.
Littralement, il signife homme aux
doigts agiles. Le crateur du mot sest
sans doute inspir du mot latin praestigiae
qui veut dire tours de passe-passe.
primate n. m.: vient du latin primas,
qui est au premier rang. Il a t invent
en 1823 pour dsigner les singes, qui sont
les premiers dans lordre des mammi-
fres. Ce mot latin a produit de nombreux
drivs arrivs dans la langue difrentes
poques:
prime et prince vers 1120, primaut
en 1545, primeur vers 1694, primaire vers
1789, priorit vers 1791, primipare vers
1812, primadonna, emprunt litalien,
vers 1833.
province n. f.: lpoque romaine,
provincia tait un terme de droit qui
dsignait le domaine o sexerce la charge
dun magistrat une fois la rgion vaincue,
vaincre se disant vincere en latin. Puis
avec lextension de lEmpire romain, le
mot stend ladministration dun terri-
toire conquis en dehors de lItalie. Le mot
est repris par les Francs pour dsigner une
rgion. Il restera comme base de ladminis-
tration du royaume de France.
Le nom de Provence, rgion du midi
de la France, vient directement du latin
provincia. En efet, ce fut la premire
rgion de la Gaule conquise et donc orga-
nise par les Romains.
Les Britanniques ont perptu la
tradition romaine, en 1763, lorsquils ont
nomm province of Quebec la Nouvelle-
France quils venaient de conqurir.
rebelle adj. et n.: du latin bellum, qui
veut dire guerre. Le prfxe re- indique
le redoublement de laction. Le rebelle,
lorigine, est celui qui recommence la
guerre. De nos jours, le rebelle est celui qui
refuse de se soumettre lautorit: il est
en guerre contre les rgles de la socit.
Nous ne sommes pas si loin de la signi-
fcation originelle. Ce mot a aussi donn
belliqueux.
Le l ati n, bi en sr, pour une l angue l ati ne 67
rcration n. f.: du verbe recreare,
produire de nouveau, do rparer,
refaire. Le premier sens franais fut
celui de rconfort. Puis la rcration
dsigna une priode de repos interrompant
le travail des moines. Les coliers imit-
rent les moines et, vers 1482, ils eurent
droit leur moment de dtente dans
la courdercration. Il y a donc belle
lurette que les enfants vont en rcr!
rpublique n. f.: ce mot est emprunt
directement au latin classique respublica,
issu de la soudure de res, chose, et
publica, publique. Chez les Romains,
on dsigne ainsi les afaires publiques, la
vie politique ou ladministration de ltat;
cest aussi une forme de gouvernement
o la fonction de chef de ltat nest pas
hriditaire. Les citoyens sont ainsi respon-
sables de la chose publique. Platon fut le
premier philosophe grec de lAntiquit
parler de Rpublique. Le mot a t repris
en 1792 lors de la Rvolution. La France
et les tats-Unis sont aujourdhui des
rpubliques.
rival adj. et n.: du latin rivales, habitant
sur la rive, cest--dire les riverains.
Lorsquon habite de part et dautre dune
rivire, on devient le rival de lautre rival.
Le mot a dabord dsign deux amants
68 si la langue franaise m tait conte
concurrents en amour, puis il a pris un
sens plus gnral de personnes qui se
disputent des avantages.
Au Moyen ge, tous les cours deau
taient des rivires. Le mot feuve,
emprunt au latin fuvius, tait un mot
savant. Puis on appela feuves les cours
deau importants. Ce sont les gographes
du xviii
e
sicle qui ont donn aux deux
mots leur sens actuel.
salaire n. m.: emprunt au latin sala-
rium, dsignant la ration de sel. Le sel
tait au Moyen ge un produit de luxe, un
or blanc. Par la suite, le mot devint la
somme donne aux soldats pour acheter
du sel, do drivent galement les mots
solde et soldat.Ds le xiii
e
sicle, le salaire
dsignait plus gnralement la rmunra-
tion dun travail.
sanglier n. m.: le singularis porcus dsi-
gnait au Moyen ge un porc qui vit seul.
Singularis en latin classique voulait dire
isol, solitaire, do le driv singu-
lier. Au cours des sicles, ce porc solitaire a
perdu son nom de porcus et est devenu un
sanglier, un cochon bien singulier en efet!
serrer v. tr.: ce mot vient du latin
populaire serrare, fermer avec une barre,
de serra, barre. Do lorigine de la
serrure.Par la suite, ce verbe a pris le sens
de presser de manire ne rien laisser
chapper.
Au Qubec et dans plusieurs rgions de
France, on utilise ce mot comme syno-
nyme de ranger: Va serrer ton linge dans
ton tiroir! dira la mre lenfant. Cet
espace de rangement tant troit, il faut
en efet presser le linge pour le faire entrer
dans le tiroir.
sinistre n. m.: en latin, sinister signi-
fait gauche, du ct gauche, et au
sens fgur fcheux ou maladroit.
La gauche ayant un aspect pjoratif,
sinistre a fni par qualifer au xv
e
sicle
quelque chose de mauvais, de funeste.
Ladjectif senestre pour indiquer le ct
gauche de quelque chose est rest long-
temps dans lusage: on disait la dextre
et la senestre pour la droite et la gauche.
Le mot gauche, quant lui, vient
du franc wenkjan devenu guenchir en
ancien franais, qui voulait dire faire des
dtours. Il est devenu gauchir qui veut
dire dformer ou scarter de la ligne
droite; puis gauche comme contraire
de droit ou de droite.
La gauche au sens politique repr-
sente les membres dune assemble
parlementaire qui sigent la gauche
du prsident et professent des ides
Le l ati n, bi en sr, pour une l angue l ati ne 69
progressistes. La fraction de lopinion que
reprsentent ces membres de lassemble
sappelle la gauche. Cet usage nous vient
du parlement anglais.
Lexpression populaire passerlarme
gauche signife mourir; comme quoi il
nest pas facile de faire perdre au mot sa
valeur pjorative.
soie n. f.: ce mot a la mme origine
que le crin du cheval, saeta signifant en
latin classique poil rude. Il a dailleurs
gard ce sens pour le poil du porc, que lon
appelle encore la soie. Le sens aujourdhui
dominant qui dsigne le fl produit par
les larves des vers soie et le tissu fait
de cette substance date du xiii
e
sicle, ce
qui sexplique par le dveloppement de
la fabrication de la soie en Europe cette
poque. En Chine, lutilisation de la soie
remonte 2500 avant notre re.
terminus n. m.: voici un bel exemple
dun mot anglais dorigine latine repris
tout naturellement en franais. En latin
classique, terminus dsignait une borne,
une limite, la fn. En franais, il a donn
terminer et tous ses drivs. En anglais,
terminus sest spcialis vers 1836 pour
dsigner la fn dune voie ferre.
Ce mot sest si bien acclimat au franais
quil est devenu linjonction bien connue:
Terminus! Tout le monde descend, ce
qui en anglais se dit Last stop!
Linventiondulivre
Une innovation, aux consquences telles quelle a pu tre compare linvention de limpri-
merie, se produit au iv
e
sicle: le codex, sous forme de cahier, se substitue au volumen,
livre en rouleau. Linvention du livre modifa profondment les habitudes de lecture en
ofrant notamment la possibilit de retrouver plus facilement une rfrence et de feuilleter.
On pouvait dsormais numroter les pages. Le codex se rpandit avec le christianisme, le
premier livre tant la Bible. Le mot bible vient lui-mme du grec biblos qui dsigne un livre.
70 si la langue franaise m tait conte
tte n. f.: du latin classique testa,
dsignant une carapace, une coquille
vide, puis un vase en terre cuite. Il a
pris par plaisanterie le sens de crne. De
l dire de quelquun que sa tte est une
coquille vide, il ny avait quun pas.
Le mot tesson a conserv lide
premire de morceau de vaisselle ou de
bouteille casse.
Le mot test a la mme origine, mais en
passant par langlais vers 1893.
texte n. m.: emprunt au latin textus,
qui dsigne un enlacement de fls,
un tissu. Ds lpoque impriale
romaine, ce mot a signif dans un sens
fgur des mots tisss ensemble pour
former un rcit.
trancher v.: ce mot est probablement
issu du latin populaire trinicare, qui veut
dire couper en trois. Depuis le Moyen
ge, cependant, on a le droit de trancher
en deux, ou de dcouper en autant de tran-
ches que lon veut, et mme de trancher
unequestion une fois pour toutes!
travailler v.: du latin populaire tripa-
liare, qui voulait dire tourmenter,
torturer avec un trepalium, instrument
de torture form de trois pieux. Au Moyen
ge, travailler signife faire soufrir
quelquun physiquement ou moralement.
Peu peu, il a pris le sens de faire de
grands eforts pour obtenir des rsultats.
Travailler au sens davoir une occupa-
tion professionnelle est apparu vers le
xv
.e
sicle. Mais pour certains, le travail
reste bel et bien une torture.
truie n. f.: la truie est la femelle du
porc. Quand elle est pleine, elle porte de
nombreux petits et fait penser au cheval
de Troie qui, lui, tait plein de valeureux
guerriers, du moins cest ce que rapporte
la lgende. En efet, les Romains disaient
porcus troianus, porc de Troie, pour dsi-
gner cet animal, devenu trois, truie.
vacances adj. et n.: du latin classique
vacare, qui veut dire tre vide. Ce sont
donc des jours quinesontpasremplis
o lon ne fait rien. Au dbut, les vacances
dsignaient seulement le moment o les
tribunaux interrompaient leurs activits.
Depuis le xvii
e
sicle, le mot semploie
couramment en parlant du temps durant
lequel les tudes cessent pour les lves.
Par la suite, il stend aux adultes. Ce sont
donc les enfants qui ont t en vacances
les premiers. Le sens originel est rest
dans le mot vacant qui veut dire vide,
inoccup.
viande n. f.: du latin populaire vivanda,
ce qui est ncessaire la vie. Au Moyen
ge, on conserve ce sens trs tendu et
le mot dsigne la nourriture, aussi bien la
viande que les fruits ou les lgumes. Le
sens troit daliment tir de la chair dun
animal apparat au xiv
e
sicle, mais ne
simpose quau xviii
e
.
villa n. f.: chez les Romains, la villa est
une ferme, une maison de campagne. En
franais moderne, cest une maison agr-
mente dun jardin. Mais ce mot a aussi
donn villanus, lhabitant de la campagne.
Ce villanus, devenu vilain au Moyen ge
pour dsigner un paysan, a pris un sens
pjoratif (voir plus haut gentil/vilain).
Au cours des sicles, les villas se sont
multiplies et ont fni par former des
villages puis des villes. Curieusement,
le mot villgiature, qui nous vient de
litalien, dsignait lorigine un sjour
la campagne. Aujourdhui, il sagit dun
sjour dans un lieu de plaisance; le mot a
gard un ct chic.
virus n. m.: en latin, le mot virus dsi-
gnait du venin ou du poison. En franais,
cest un micro-organisme infectieux depuis
les dcouvertes de Pasteur en 1880.
vulgaire adj.: du latin classique vulgaris,
qui concerne la multitude, commun,
ordinaire. Le sens latin de courant
a t conserv au Moyen ge. On parlait
alors de la langue vulgaire pour dcrire la
langue en usage chez le peuple et la dif-
rencier du latin parl par les clercs. Cest
au xvi
e
sicle que le mot devient pjoratif
en sappliquant ce qui est sans intrt,
sans lvation morale et mme grossier.
Vulgarisateur a gard le sens ancien
puisquil dsigne une personne qui rpand
le savoir auprs de tous.
73
Noublions surtout pas
les Grecs et leurs dieux
L
e franais, comme lensemble de la civilisation occidentale, trouve une de
ses sources dans lAntiquit grecque et romaine. Il est donc essentiel ici de
remonter le temps et de faire un voyage en Mditerrane.
La trace la plus ancienne de la langue grecque remonte au milieu du ii
e
millnaire
avant notre re lorsque des peuples venus du nord envahissent la Grce. Ces tribus
dorigine indo-europenne sinstallent sur difrentes parties du territoire. Ainsi se
mettent en place les bases de ce qui deviendra la civilisation hellnique. Les Hellnes,
cest ainsi quils se nomment, seront plus tard appels Grecs par les Romains.
Pendant plusieurs sicles, les potes grecs, les ades, vont chanter de cit en cit,
dans les ftes et les demeures des princes, leurs rcits fabuleux. Ils contribuent
rpandre les lgendes des Atrides, ddipe, dHracls, de la guerre de Troie ou
de la folle aventure des Argonautes: ils construisent peu peu la riche mythologie
la base de la culture grecque.
74 si la langue franaise m tait conte
Le premier tmoignage du grec littraire est celui dHomre. Les deux chefs-
duvre que sont lIliade et lOdysse ont t crits vers le viii
e

sicle avant J.-C.
Ces grandes popes racontent pour la premire fois sous une forme crite simple
et directe les sentiments des hros. Leurs peines, leurs colres, leurs amours sont
semblables celles du commun des mortels. Voil sans doute une des raisons de
leur immense succs qui se perptue jusqu aujourdhui.
Au dpart, il y avait en Grce quatre dialectes qui correspondaient aux dif-
rentes vagues dinvasions. Le relief montagneux du pays et les rivalits politiques
entre les cits, vritables tats indpendants, ont longtemps favoris le morcelle-
ment du territoire et de la langue. Cest le dialecte de lAttique qui fnit par safr-
mer cause du prestige dAthnes, devenue la capitale intellectuelle et artistique
du monde hellnique. Lattique va devenir la langue commune et le grec classique.
Les Grecs taient de grands marins et dhabiles commerants. Ils tablirent
des comptoirs et fondrent des villes tout autour de la Mditerrane, ainsi
que sur le bord de la mer Noire, rpandant leur culture et difusant leur lan-
gue. Beaucoup dtrangers taient galement attirs par Athnes et ses
nombreuses ftes.
La lgende raconte que les guerriers athniens faits prisonniers Syracuse
(Sicile), lors des guerres contre les Carthaginois, taient librs sils pouvaient
rciter leurs vainqueurs les pomes des churs du grand pote athnien Euri-
pide. Lui-mme fnit sa vie la cour du roi de Macdoine, grand amateur de tra-
gdies. Cela donne une ide de linfuence culturelle de la civilisation hellnique
qui se dveloppe ds cette poque.
partir du iv
e

sicle avant J.-C., au moment des conqutes dAlexandre le
Grand qui fonde des villes jusquaux confns de lAfghanistan, le grec devient la
langue la plus parle du monde antique.
N oubl i ons surtout pas l es Grecs et l eurs di eux 75
Par ailleurs, les Grecs avaient le souci de tout graver sur la pierre afn de laisser
la postrit un souvenir de leur passage. Aujourdhui encore, les archologues
dcouvrent des inscriptions en grec du Maroc lOuzbkistan et jusque dans les
oasis de lextrme sud de lgypte.
Les premiers auteurs romains ont eux-mmes crit en grec tant le prestige de
cette langue tait grand. Ils prirent en quelque sorte le relais de cette blouissante
culture. Tout Romain cultiv se devait de parler grec. Beaucoup de mots grecs
passent alors dans le vocabulaire latin, en particulier dans les domaines de la
philosophie, de la politique et de la mdecine.
La langue grecque est souple. Elle fabrique des mots composs partir de deux
racines ou en ajoutant des prfxes ou des sufxes. Les auteurs peuvent ainsi
inventer facilement de nouveaux mots. Cela a permis aux philosophes de nommer
des concepts et des ides nouvelles. Tous les crivains grecs ont jou ainsi avec les
mots pour renouveler la langue. partir du premier lment du mot dmocratie,
dmos, peuple, des auteurs ont ainsi invent les mots dmoboros, dvoreur de
peuple, philodmos, qui aime le peuple, misodmos, ennemi du peuple. Ces
mots composs sont si commodes que les langues modernes en forgent toujours
sur le mme modle.
La phrase grecque est galement trs souple. Il y a une libert presque entire
dans lordre des mots. Comme en latin, la terminaison des mots dtermine leur
fonction. Le grec possde cinq cas, trois nombres (le singulier, le pluriel et le
duel, qui sapplique deux personnes, deux choses) et trois genres (le fminin,
le masculin et le neutre).
Les Grecs crrent donc une des premires et des plus riches littratures.
Athnes, au v
e
sicle avant notre re, se dvelopprent la comdie et la tragdie,
lhistoire et la rhtorique, la philosophie politique et morale. Les auteurs grecs
76 si la langue franaise m tait conte
ont ainsi mis en place les fondements de toute la littrature et la philosophie
occidentale.
La Grce antique brilla non seulement par sa littrature mais aussi par sa
sculpture, son architecture, sa musique, sa cramique, et une certaine vision de
la formation de lhomme.
Cest dans la pninsule grecque que naissent les premires formes de dmocra-
tie, de dmos, peuple et kratos, pouvoir. Le citoyen grec se devait de participer
la vie de la cit et, pour ce faire, il devait tre cultiv. Il devait non seulement
savoir lire et crire mais aussi jouer de la musique et tre un orateur loquent
lors des dbats politiques. Lducation du jeune Grec avait deux objectifs: former
lesprit et dvelopper le corps. Tout citoyen devait tre galement en mesure de
dfendre sa cit.
Le grec, comme le latin, est une langue indo-europenne. Il a t parl pendant
2 000 ans, de 800 avant J.-C. jusqu la chute de lEmpire byzantin vers 1500.
Lorsque lEmpire romain se divisa en deux, le grec devint la langue ofcielle de
lEmpire dOrient.
Les linguistes considrent que le grec moderne est apparu autour du xv
e

sicle
et quil descend en droite ligne du grec ancien. Loccupation turque de la Grce
durant quatre sicles na pas transform la langue en profondeur. Elle a surtout
renouvel le vocabulaire. Si la prononciation du grec sest profondment modife
et la grammaire simplife, le grec moderne ne sloigne pas beaucoup de la langue
dAristote. Quelquun qui a tudi le grec ancien ne comprendra peut-tre pas
un mot de ce que les gens se disent dans les rues dAthnes, mais il pourra lire le
journal sans grande difcult.
travers une histoire longue de trois mille ans, le grec est la langue dEurope
dont les traces crites sont les plus anciennes.
Le franais, petit-fils du grec
De nombreux mots franais viennent directement du grec, dautres nous sont
parvenus par lintermdiaire du latin, dautres encore sont des emprunts rcents.
La mythologie grecque est aussi une source inpuisable de nouveaux mots, comme
nous le verrons plus loin.
Les premiers emprunts du latin au grec sont surtout passs par la voie orale. Ils
dsignent en particulier des ralits concrtes. Par exemple, porphura est devenu
purpura en latin, puis pourpre en franais. Ces mots ont dabord t latiniss
pour correspondre la faon de parler des Romains.
Le mot grec pass par le latin nest pas toujours facile dceler. Ainsi, du mot
grec puxida, les Romains ont fait buxta, qui est devenu bote en franais.
Au fur et mesure du dveloppement des liens entre les cultures grecque et
romaine, les emprunts par voie crite se sont aussi dvelopps. Ces mots ont alors
78 si la langue franaise m tait conte
gard leur forme originelle. Si bien que le mme mot grec, suivant des chemins
difrents, a pu donner deux mots franais dsignant des ralits bien difrentes,
comme lillustrent les mots amande et amygdale, tous deux issus du grec
amugdal.
En 1453, Byzance, devenue Constantinople, est prise par les Turcs. Beaucoup de
Grecs migrent alors en Occident o dj une certaine curiosit se manifestait
lgard de la culture grecque. Leur prsence va permettre la connaissance du grec
de se rpandre. Les premiers cours de grec sont donns luniversit Paris. Les
lettrs et les savants ne veulent plus lire les traductions latines mais les originaux.
Peu peu, tous les auteurs grecs vont tre traduits. Ainsi se dveloppe la Renais-
sance, poque forissante de la culture occidentale qui redcouvre lAntiquit.
Des mots grecs sont alors intgrs directement la langue franaise par les
admirateurs du grec classique comme le pote franais Ronsard. Des mots comme
enthousiasme, athe, sympathie, disque, pithte, hexagone,
hypothse.
Ds cette poque, les emprunts directs concernent en particulier les sciences.
Le savant franais Ambroise Par utilise des mots comme hygine, symp-
tme ou larynx.
La prsence de mots grecs en mdecine remonte aux Romains. Les premiers
traits de mdecine sont des traductions du grec. On calcule que 60% du vocabu-
laire mdical franais vient du grec. Des termes de mdecine qui peuvent sembler
obscurs sexpliquent facilement lorsquon connat un peu de vocabulaire grec:
cphal, tte, derm, peau, opthtalmo, il, oto, oreille, rachi, moelle pi-
nire, hmato, sang, rhino, nez, cardio, cur, gastro, estomac.
Contrairement aux mots latins, qui se sont beaucoup transforms pour deve-
nir franais, les mots grecs ont conserv leur forme dorigine. Il est facile de les
N oubl i ons surtout pas l es Grecs et l eurs di eux 79
reconnatre dun coup dil. La prsence de h, y ou ph en est un bon
indice. Mais attention, il ne faut pas toujours sy fer. Toute rgle a ses exceptions.
Le nnuphar na rien de grec, il nous vient de Perse. Par contre, le cristal est
bien dorigine grecque.
Aprs le latin, cest le grec qui fournit le plus de mots au franais. On value
dans un texte courant que jusqu 10% des mots sont issus du grec. Le compte
exact est difcile faire, car le franais perd et gagne de nouveaux mots chaque
jour. Or, ces nouveaux mots, mme aujourdhui, ne viennent pas toujours de
langlais, comme on pourrait le croire, mais assez souvent du grec ou du latin.
Ainsi le mot internaute, avec ses lments inter, entre et naute, naviga-
teur, est tout sauf de langlais. Il en est de mme pour tous les mots crs partir
de la racine cyber, qui vient de kubern piloter.
Les Grecs de lAntiquit nont jamais entendu parler du tlphone ou du
clonage, mais cest leur vocabulaire qui a permis de nommer ces ralits
modernes. On peut mme dire que linfuence du grec a grandi avec le dvelop-
pement des nouvelles techniques. Quon pense cosmonaute, cybercaf,
lectronique, nosocomial, tlvision.
De nombreuses marques ont emprunt leur nom au grec et au latin: Electro-
lux, Panasonic, Ajax, Clio, Dcathlon, Fanta, Galak, Herms, Lgo, Mtro, Nike,
et mme Pepsi-Cola.
Les racines grecques sont galement utilises dans la plupart des langues euro-
pennes, comme langlais, lallemand, lespagnol, litalien. Qui pourrait deviner,
en sen tenant au mot, que le stthoscope est un mot franais et le priscope un
mot anglais?
80 si la langue franaise m tait conte
acrobate n.: le tout premier acrobate
devait tre un funambule. En efet, ce
mot est un emprunt savant (1751) au grec
akrobats, qui marche sur la pointe des
pieds. partir du sens strict de danseur
de corde, le mot sest tendu toute
personne qui excute des exercices dagi-
lit et dadresse.
air n. m.: en grec, ar dsignait le vent,
latmosphre. Ce mot nous est parvenu en
passant par le latin et na gure vari. Le
sens daspect et dexpression, comme
dans la locution avoir lair de, semploie
depuis 1580 sous linfuence de lita-
lien aria. Do, par extension, le sens de
mlodie, le chant tant une manire
de faire de la musique. Nest-ce pas lair
qui fait la chanson?
Le mot malariavient aussi de litalien. Il
voulait dire littralement le mauvais air
et qualifait lodeur des marcages que lon
tenait pour responsables de cette fvre.
On sait aujourdhui que cette maladie est
due une piqre de moustique.
N oubl i ons surtout pas l es Grecs et l eurs di eux 81
amphore n. f.: lamphore grecque est
devenue avec le temps une petite ampoule
lectrique. Lamphoreus, de amphi, des
deux cts, et phoros, qui porte, tait
une jarre deux anses dans laquelle taient
transports de lhuile, du grain ou du vin.
Ce mot est devenu en latin ampulla, pour
dsigner une petite amphore. En franais,
depuis le Moyen ge, lampoule est une
fole renfe. partir de 1881 et linvention
de llectricit, une ampoule est un globe de
verre renfermant un flament incandescent.
apothicaire n. m.: du grec apothk, qui
dsignait un magasin. Lapothicaire grec
est donc un simple boutiquier. Ds la fn du
Moyen ge, ce terme dsigne une personne
qui vend des mdicaments et des produits
rares comme les pices et le sucre. Il a t
remplac par le mot pharmacie au dbut
du xix
e
sicle. Ce mme mot grec a donn
par voie orale, en passant par lEmpire
byzantin, laboutique, devenu botica en
occitan, puis boutique en franais.
atome n. m.: ce mot est plus ancien quil
ny parat. Les Grecs utilisaient atomos,
pour dsigner quelque chose quon ne peut
diviser ou couper. Le sens moderne de
particule dun lment chimique formant
Certains mots qui commencent par un a doublent leur consonne, dautres pas. Lexpli-
cation de ce choix est dans ltymologie de chacun.
Les mots dorigine grecque qui sont forms avec le a privatif, signifant sans, ne
doublent pas leur consonne. Par exemple: amorphe, sans forme, atone, sans vigueur,
aphasique, sans parole, anormal, sans rgle.
Par contre, les mots qui sont forms partir du latin ad, qui marque une ide de direc-
tion vers un but, doublent leur consonne. Par exemple: accoler, allonger, asso-
cier, apporter. La rencontre entre le d de ad et la consonne initiale fait que lon a
une consonne redouble. Bien sr, il y a des exceptions, car certains redoublements ont
t abandonns au cours du temps.
Quandltymologieaidelorthographe
82 si la langue franaise m tait conte
la plus petite quantit susceptible de se
combiner date de 1845. Un autre mot
dorigine latine cette fois, traduit la mme
ide: individu, cest--dire un tre formant
une unit distincte.
azote n. m.: terme fabriqu en 1787 par
Lavoisier, du a privatif et de zo, vie,
pour exprimer lide que ce gaz nentretient
pas la vie. Ce mme savant a forg le mot
hydrogne, avec le sens de ce qui produit
de leau, de hudr, eau et genos, gne.
En efet, lhydrogne est llment essentiel
de la composition chimique de leau.
bain n. m.: du grec balaneion, qui dsigne
un tablissement o lon vient se baigner.
partir de 1525, le bain devient le rcipient
dans lequel on se plonge pour se laver,
appel aussi baignoire. Curieusement, le
mot bagne, pour prison, a la mme origine.
Ce mot vient de litalien bagno, pour
dsigner la prison de Livourne en Italie,
construite sur un ancien tablissement de
bains.
Le bain-marie, quant lui, est une
technique culinaire servant cuire ou
rchaufer une prparation en plongeant
le rcipient qui la contient dans un autre
empli deau en bullition. Ce terme de
cuisine date de la fn du Moyen ge. On
disait alors le bain de Marie. lori-
gine, ctait une technique utilise par les
alchimistes qui la nommrent ainsi en
hommage Marie-la-Juive, une des fonda-
trices de lalchimie de lAntiquit.
baller v. intr.: du grec ballein, jeter. Ce
verbe synonyme de danser nest plus trs
utilis, sauf en Louisiane. Par contre, il a
donn de nombreux drivs trs populaires.
Le bal et le ballet, qui vient de litalien.
Laballade et le baladin, quisontpasss
par loccitan, langue des troubadours.
Deslettresdevenuesmots
Quelques lettres grecques ont pris en fran-
ais valeur de mot. Ainsi dans alphabet, on
reconnat le nom des deux premires lettres
grecques alpha et bta .
La lettre gamma dsignait la premire
note dans la notation musicale antique, do
le mot gamme.
Par analogie de forme, la majuscule de la
quatrime lettre delta a donn son nom
lembouchure du Nil, puis celle de tous
les feuves qui se jettent dans la mer en for-
mant un triangle la faon du Nil. Il y a aussi le
delta plane, dont les ailes forment un delta.
N oubl i ons surtout pas l es Grecs et l eurs di eux 83
Ironiquement, lorsquon utilise lexpres-
sion argotique se faire envoyer baller,
autrement dit se faire jeter, on retourne
aux origines grecques. Les Espagnols avec
baillar, les Italiens avec ballare, les Portu-
gais avec bailar sont rests fdles au grec.
Rappelons quun des pas de danse classique
sappelle un jet, peut-tre en souvenir
du ballein grec.
barbare adj. et n.: Barbaros tait le
nom donn par les Grecs aux peuples qui
ntaient pas grecs, les trangers, sans
connotation pjorative. Le mot viendrait
dune onomatope voquant le bredouillis
de ceux qui parlent une langue incompr-
hensible. Peu peu, il est devenu syno-
nyme de rude, grossier ou inculte.
Ladjectif brave aurait la mme origine en
passant par loccitan brau, qui veut dire
sauvage, fer et qui dsigne quelquun
qui a de la bravoure. Bravo! est une inter-
jection qui vient de lopra italien visant
encourager et approuver. Elle accom-
pagne les applaudissements qui remercient
les acteurs ayant eu la bravoure de monter
sur scne. Bravade, bravacheen sont des
drivs plus populaires.
bibliothque n. f.: bibliothk est
form partir de biblion, livre, et thk,
cofre, bote. Le sens de collection
de livres apparat en franais au Moyen
ge. Puis, il dsigne une armoire o sont
rangs les livres. Cest seulement au xvii
e

sicle que le mot dsigne un btiment o
sont conservs de nombreux livres. Le mot
bible a la mme origine. Il dsigne dabord
en grec le papyrus pour crire, puis le livre
lui-mme. Il a t repris par le latin pour
dsigner le livre contenant les textes sacrs
du christianisme. Au sens fgur, cest un
ouvrage faisant autorit dans un domaine.
canap n. m.:du grec knps, qui
dsigne le moustique. Le latin conopeum
la transform en moustiquaire, puis il
est devenu une sorte de lit entour dune
moustiquaire. Au xvii
e
sicle, la mode fut
lance du canap-lit. Puis on oublia le lit
pour ne garder que le canap, devenu une
sorte de divan. Par analogie, on appelle
canap un morceau de pain sur lequel
on tartine par exemple une mousse de
saumon servant dapritif.
canon n. m.: quel est le lien entre un
top-modle et un chanoine? Cest lorigine
grecque du mot. Kann en grec dsigne la
rgle, le modle suivre. Le chanoine est
celui qui respecte les rgles de lglise,
et le top-modle, les rgles de la beaut.
Lge canonique tait lge partir duquel
une femme pouvait entrer au service dun
84 si la langue franaise m tait conte
Arbregnalogiquedesdieuxgrecs
(Chaos originel)
Gaa
Ga
(Mre-Terre)
Ouranos
Uranus
Rha Titans Cyclopes Cronos
Saturne
Athna
Minerve
Herms
Mercure
Aphrodite
Vnus
Dyonisos
Bacchus
Persphone
Proserpine
Apollon
Phbus-
Apollon
Artmis
Diane
Ars
Mars
Hphastos
Vulcain
Hra
Junon
Zeus
Jupiter
(roi des dieux)
Lt Hads
Pluton
Posdon
Neptune
Dmter
Crs
N oubl i ons surtout pas l es Grecs et l eurs di eux 85
prtre, soit quarante ans. Aujourdhui, lex-
pression dsigne une personne trs ge.
Canoniser, pour lglise catholique, cest
reconnatre une personne comme sainte.
Le canon dartillerie, lui, na rien voir
avec cette origine. Il vient de litalien
cannone pour dsigner un gros tube.
chaise n. f.: du grec kathedra, sige,
sjour, do le mot cathdrale qui est le
sige de lvque. Chaireet chaise ont t
synonymes jusquau xvii
e
sicle. La chaise
a alors perdu de son prestige pour devenir
un sige dusage courant. La chaire a gard
sa bonne rputation dans les universits,
o lon ofre des chaires, cest--dire des
postes levs, certains professeurs.
chirurgie n. f.: ce mot a gagn en pres-
tige tout au long de son histoire. Il vient
du grec kheir, main, et ergon, travail,
il sagit donc de travailler avec les mains.
Il a pris ds lAntiquit le sens dopration
mdicale. Au Moyen ge, la pratique de la
chirurgie est condamne et nest prati-
que que par des barbiers que lon appelle
chirurgiens, mais ceux-ci ne pratiquent
que de petites oprations. Ce nest quau
xvii
e
sicle que la chirurgie va gagner en
prestige avec les progrs de la mdecine.
La chiromancie, qui est la divination
par ltude des mains, a la mme origine.
chmage n. m.: dj connu des Grecs?
Non, kauma en grec dsignait les fortes
Crerdesmotsnouveaux
La cration dun mot nouveau obit certaines rgles. Ainsi, de faon gnrale, la jonction
des mots dorigine grecque se fait par un o, tandis que pour le latin, cest la voyelle i ,
par exemple: ethnologie, morphologique, misogyne, agricole, granivore, omniprsent.
En gnral, on respecte une certaine unit. Si la racine est grecque, on utilisera un
prfxe ou un sufxe grec. Cependant, certains mots, dits hybrides, sont composs de
grec et de latin:
polyvalent: grec polus, nombreux + latin valere valoir
tlvision: grec+latin grec tle, loin + latin visio action de voir
automobile: grec autos, de lui-mme + latin mobilis, qui peut bouger
bicphale: latin bis, deux fois + grec kephal, tte
monocle: grec monos, unique + latin oculus, il
86 si la langue franaise m tait conte
chaleurs. Avec les Romains, caumare est
devenu le fait de se reposer pour le paysan
lorsquil y a de grandes chaleurs. Le mot
exprimait alors lide de cesser de travailler
cause de la temprature. Au Moyen ge,
il sagissait darrt volontaire du travail les
jours fris. Puis lide dtre empch de
travailler, cause dun bris de machine par
exemple, sest renforce, pour devenir au
xix
e
sicle le fait de ne pas avoir de travail
salari, dtre chmeur. Le mot calme,
comme dans un calme plat, a la mme
origine; en efet, lors de grandes chaleurs,
la mer est calme. Il nous est venu par
litalien.
cinma n. m.: le mot dorigine est
cinmatographe. Il a t invent par les
frres Lumire en 1892 partir de kinma,
mouvement, et graphe, qui transcrit.
Lusage a tout de suite adopt la forme
abrge cinma pour cette invention
qui reproduit le mouvement partir dune
suite de photographies. Le mot a dabord
dsign lappareil, puis lart de raliser un
flm.
coffre n. m.: le cofre, qui est la pice
matresse du mobilier au Moyen ge, vient
de kophinos, corbeille. Coufn, berceau
en forme de corbeille pour transporter un
bb, a la mme origine. Aujourdhui, un
cofre contient souvent des biens prcieux
ou de largent, surtout lorsquil est dans
une banque. Par contre, larrire dune
voiture, son usage est plus modeste. Quant
celui qui se fait cofrer, il se retrouve en
prison.
colre n. f.: le grec kholera, qui dsigne
la bile et les maladies qui sy rapportent, a
donc gard son sens premier dans le mot
cholra. Par contre, sil a donn le mot
colre, cest que la colre tait interprte
jadis comme un chaufement de la bile;
dailleurs, au xvi
e
sicle, il scrivait cholre.
Ce mot a totalement vinc des termes
qui avaient cours autrefois pour dsigner
lemportement, comme lire et le cour-
roux, tous deux venus du latin.
comte n. f.: le mot kom dsignait la
chevelure chez les Grecs. En efet, avec sa
trane lumineuse, la comte leur appa-
raissait comme un astre chevelu. La longue
queue lumineuse et bleute des comtes
peut stirer sur des centaines de millions de
kilomtres! Leur apparition tait toujours
un signe inquitant pour les anciens.
cosmos n. m.: quel lien y a-t-il entre
le cosmos et les cosmtiques? Lart de
mettre de lordre, dorganiser, dorner. Pour
les philosophes grecs, le kosmos dsigne
N oubl i ons surtout pas l es Grecs et l eurs di eux 87
Lalphabetgrecensciences
88 si la langue franaise m tait conte
lunivers mais aussi lordre du monde. Seul
le sens dunivers a t gard en franais.
Quant aux cosmtiques, ils servent
embellir et donc entretenir un certain
ordre de la beaut.
cuillre n. f.: lorigine du mot est parti-
culire. Pour manger les escargots quils
aimaient beaucoup et appelaient cochlea en
latin, les Romains se servaient dun instru-
ment creux manche quils nommaient
cochlearium. Le mot venait du grec kokhlias,
coquillage. La cuillre a fni par tre
utilise pour manger la soupe et non plus
les escargots, qui demeurent par ailleurs
un mets succulent.
dinosaure n. m.: ce mot a t cr par
le palontologue britannique Richard
Owen vers 1840. Cest un exemple de mots
modernes forms partir de deux racines
grecques; deinos veut dire terrible et
sauros, lzard. Le nom de chaque dino-
saure est construit de la mme faon: le
brontosaure, le lzard tonnerre, ou le
tyrannosaure, le lzard tyran.
N oubl i ons surtout pas l es Grecs et l eurs di eux 89
diplme n. m.: en grec, le diplma tait,
comme lindique son prfxe di- un objet
double. Dans le langage administratif, il
sagissait dune tablette ou dun papier
pli en deux. Au cours du temps, il a pris
le sens dacte ofciel, puis de document
attestant lobtention dun titre, dun grade.
Le diplomate, pour sa part, soccupait
lpoque dtudier les documents of-
ciels; aujourdhui, il soccupe des relations
internationales.
drage n. f.: sans doute est-ce une
friandise trs ancienne puisque tragma
dsignait dj une friandise chez les Grecs.
Sa longvit sexplique peut-tre par le
fait que la drage est lie aux ftes de la
naissance et du baptme des enfants. Le
verbe trgein, croquer a t conserv en
grec moderne; il signife manger, et pas
seulement des friandises.
clipse n. f.: du grec ekleipsis, de ek, hors
de, et leipein, laisser, abandonner. Il
sagit donc de quelque chose qui disparat.
Ce terme dastronomie dsigne la dispa-
rition temporaire dun corps cleste dans
lombre dun autre astre. Sclipser, au sens
fgur, cest partir furtivement.
cureuil n. m.: ce mot provient du grec
skiouros, de skia, ombre, et oura, queue.
Littralement, qui fait de lombre avec la
queue. Ce mot est pass par le latin popu-
laire scuriolus pour devenir en franais escui-
reul, puis fnalement cureuil. Au Qubec,
on disait cureux et dans le sud-ouest de
la France esquirol.
nergumne n. m.: mot emprunt
par le latin ecclsiastique au xvi
e
sicle
pour dsigner une personne possde
du dmon. Du grec energein, agir et
inspirer, infuencer. Le mot est beau-
coup moins fort aujourdhui puisquil sagit
dune personne bizarre ou au comporte-
ment inquitant. Le mot nergie vient de
la mme racine grecque.
nigme n. f.: du grec ainigma, qui signi-
fait parole obscure, quivoque. Ce nest
quau xvii
e
sicle que lnigme devient un
jeu desprit, un nonc obscur dont il faut
deviner le sens.
Voici une nigme de Voltaire:
Cinq voyelles, une consonne
en franais composent mon nom,
et je porte sur ma personne
de quoi lcrire sans crayon.
Rponse: un oiseau.
paule n. f.: voil un mot dorigine
grecque, spath, pe, qui a eu de
nombreux drivs. Le latin en a fait une
90 si la langue franaise m tait conte
spatula, cest--dire un battoir qui est
devenu notre spatule.En ancien franais,
ce mot sest transform en espalle pour
devenir une paule. Le spadassin,
emprunt litalien etdont Rabelais a fait
un nom propre, tait un homme dpe
dont on louait les services pour sa protec-
tion. Lpaulard est ainsi nomm cause
de sa nageoire dorsale laspect acr.
Lespadon, lui, nous vient de litalien
spadone qui veut dire grande pe;
ce poisson a en efet une mchoire
suprieure qui se prolonge en forme
dpe.
phmre adj. et n.: du grec ephmeros,
qui signifait qui ne dure pas ou qui
ne vit quun seul jour. Le sens a donc t
conserv tant pour le nom de linsecte que
pour dsigner quelque chose de bref.
fantme n. m.: ce mot a la particularit
de nous venir du grec de Marseille, ville du
sud de la France fonde par les Grecs. Il
est donc pass par une forme mridionale;
de phantagma, il est devenu fantauma, puis
fantme.
Le fantasme, lui, a t emprunt au
latin phantasma, qui dsignait une image,
une reprsentation par limagination. Il est
issu du mme mot grec.
Les fantasmagories taient lorigine,
en 1797, des images lumineuses et mobiles
cres laide dune lanterne magique,
le fantascope.Cette racine a donn aussi
fantaisie,fantastiqueetfantasque.
galaxie n. f.: les Romains appelaient
dj cet amas dtoiles dans le ciel, obser-
vable par les belles nuits dt, galaxias.
Du grec gala, lait, et du latin axis,
essieu; cela signifait donc peu prs
axe laiteux. Elle serait dailleurs dans la
mythologie grecque le rsultat dune gicle
de lait sortie du sein de la desse Hra. La
mme image a t conserve dans la Voie
lacte. Les Anglais disent de mme the
Milky Way.
grammaire n. f.: du grec grammatik,
qui voulait dj dire grammaire dans le
sens art dcrire et de lire les lettres.
Plus tard, ce mot a pris le sens de culture,
drudition. Le grammatikos tait celui qui
connaissait la littrature. Ce mot a comme
racine graphein crire, qui a donn
de nombreux drivs, dont les sufxes
franais -graphe, -graphie, -graphique. Au
Moyen ge, la grammaire dsignait ltude
du langage mais aussi de la littrature.
La grammaire latine tait cette poque
tellement inintelligible pour le commun
des mortels quelle est devenue synonyme
N oubl i ons surtout pas l es Grecs et l eurs di eux 91
de grimoire, altration du mot gram-
maire pour dsigner un livre de magie
ou un livre incomprhensible. Encore
aujourdhui, un manuel de grammaire peut
ressembler un grimoire pour beaucoup
dcoliers.
grotte n. f.: ce mot nest vritablement
utilis qu partir du xvi
e
sicle. Cest un
emprunt litalien grotta dont la racine
grecque, krupt, souterrain, nous a
donn plus directement crypte. Au Moyen
ge, les grottes sappelaient des croutes ou
des crotes. Cest le pote franais Ronsard
(on comprend que le mot crote ne lins-
pirait pas!) qui francisa le mot italien en
grotte. Le grotesque vient aussi de
lItalie. Les grottescas taient des peintures
caricaturales qui sinspiraient de fresques
romaines dcouvertes la Renaissance lors
de fouilles archologiques. Aujourdhui,
grotesque est synonyme de ridicule.
gymnase n. m.: chez les Grecs, les
preuves sportives se pratiquaient nus. Le
grec gumnos, nu, a donn le gumnasion,
lieu destin aux exercices du corps. Notre
gymnase conserve la mme ide, toutefois,
aujourdhui, nous y allons habills. En
Allemagne et en Suisse, le gymnase est un
tablissement denseignement secondaire.
Ces pays ont donc gard le souvenir dun
autre usage du gymnase grec. En efet, le
gymnasium constituait aussi un lieu de
rendez-vous et de discussions philoso-
phiques. Platon se rendait lAcadmie et
Aristote au Lyce, deux clbres gymnases
dAthnes.
LesGrecsamliorentlalphabetphnicien
Environ huit sicles avant J.-C., les Grecs empruntrent lalphabet des Phniciens. Ils ladap-
trent car celui-ci ntait form que de consonnes. Ils ajoutrent des voyelles quils prirent
lalphabet aramen. alpha, epsilon, omicron, upsilon: quant au iota, ce fut une
de leurs inventions. Cet alphabet a ensuite t adopt et transform par de nombreux
peuples, dont les Romains, pour crire le latin. Il comptait alors 22 lettres; au fl du temps
apparurent les lettres k, j, v et w.
92 si la langue franaise m tait conte
hcatombe n. f.: les Grecs organisaient,
comme beaucoup dautres peuples de
lAntiquit, des crmonies religieuses avec
des sacrifces danimaux. Il sagissait de
tuer un animal suivant un rite prcis sur
lautel consacr un dieu, afn dobtenir ses
faveurs. Ils avaient un rite particulier pour
les situations graves qui consistait sacri-
fer cent bufs en une fois. Ce sacrifce
sappelait hekatomb, de hekaton, cent.
Cest partir du xvii
e
sicle que lon
emploie le mot hcatombe pour dsigner le
massacre dun grand nombre de personnes
dans un contexte de guerre, et plus tard, un
grand nombre de personnes tues par des
accidents naturels ou des pidmies.
Desprfxesgrecsoulatinsauchoix!
Pour exprimer la petitesse, on utilise soit mini- du latin ou micro- du grec.
Mais les deux ne sont pas interchangeables. De mme pour la grandeur,
on a le choix entre maxi- du latin et mga- du grec. Il en va de mme pour:
la moiti: semi- ou demi- en latin et hmi- en grec
la quantit: multi- en latin et poly- en grec
lgalit: qui- en latin et iso- en grec
le double: bi- en latin et di- en grec
quatre: quadri- en latin et ttra- en grec
lensemble: omni- en latin et pan- en grec
Deux mots pour le prix dun
Il arrive que prennent forme deux mots, lun sur une racine grecque
et lautre sur une racine latine. Pourtant, ils ont le mme sens.
Hmicycle et demi-cercle
Monochrome et unicolore
Polymorphe et multiforme
Ttragone et quadrangulaire
N oubl i ons surtout pas l es Grecs et l eurs di eux 93
huile n. f.:dans lAntiquit, lhuile tait
produite partir de lolive. Lorigine du
mot en est la preuve, puisque elaia en grec
dsignait lolive. Avec elaia, les Grecs ont
fait elaion, lhuile, et les Romains, oleum.
Au Moyen ge, on fait de lhuile partir
dautres produits, mais on garde le mot oile
qui devient notre huile daujourdhui.
Dans le langage scientifque, on a gard
llment olo- pour former des mots
en lien avec lhuile, comme olagineux
ou oloduc.
hygine n. f.: ce mot a t cr en
1575 par un homme de science franais,
Ambroise Par, partir du grec hugieinon,
sant. Le mot, inspir de la desse
Hygie, personnifcation de la sant, scri-
vait alors hygiaine. Il dsigne donc la partie
de la mdecine traitant du mode de vie qui
conserve et amliore la sant.
hypocrite adj. et n.: lhypokrits grec
tait celui qui interprtait les songes, puis
le mot a pris le sens dacteur, de celui
qui joue un rle. Do le sens actuel de
celui qui fait semblant, qui est fourbe,
qui cache son opinion.
manie n. f.: du grec mania, folie,
fureur et passion, enthousiasme.
En ancien franais, le mot a gard lide
de dmence, avant dtre supplant par
folie dans lusage courant. La manie
reste un terme utilis en psychiatrie pour
dsigner des troubles de lhumeur. Le mot
sest afaibli pour ne dsigner aujourdhui
quune habitude bizarre ou excessive.
Par contre, dans le driv maniaque, on
retrouve lide de folie.
marmelade n. f.: cette douceur
remonte aux Grecs, mais en faisant tout un
voyage. Les Grecs mangeaient du meli-
mlon, une sorte de compote faite de miel
et de pommes. Au xvi
e
sicle, les Portugais
mangeaient de la confture de coings quils
appelaient marmelada. Mais le mot marme-
lade en franais nous est venu par langlais
et il voque surtout une confture faite
partir dagrumes. Le mot peut aussi avoir
un sens pjoratif pour dsigner une prpa-
ration trop cuite qui devient une bouillie
et, par mtaphore, une situation confuse.
On peut aussi avoir les jambes en marme-
lade pour avoir trop march.
mastic n. m.: le mastikk dsignait en
grec la rsine dun arbuste, le lentisque.
Cette gomme pouvait se mcher. Le mot a
dabord pris le sens de mlange pteux et
adhsif. De l, il a t employ pour dsi-
gner spcifquement la pte servant fxer
les vitres aux fentres. Par contre, le verbe
94 si la langue franaise m tait conte
mastiquera gard le sens de mcher avec
application. Ce verbe dusage courant a
remplac lancien s de mastiquer par un
accent circonfexe; de mme, le son k
est devenu ch en montant vers le nord
de la France. Les fameux mchicoulis des
chteaux forts du Moyen ge ont la mme
origine. Ce mot voulait dire littralement
mcher le cou. En efet, ces ouvertures
pratiques au haut des murailles servaient
lancer des objets de toutes sortes sur
les assaillants pour les assommer ou leur
casser le cou.
mlancolie n. f.: du grec melas,
sombre, noir, et kholia, humeur,
bile (voir plus haut colre). La mlan-
colie dsigne depuis le Moyen ge un tat
de tristesse profonde dans lequel on a les
ides noires. Le mot grec melas a donn
des drivs aussi divers que Mlansie,
les noires, mlanine, un pigment noir,
ou le prnom Mlanie.
mtronome n. m.: le metronomos tait le
magistrat contrleur des poids et mesures
Athnes. Le terme a t repris en fran-
ais en 1815 pour dsigner un instrument
dtude musicale marquant le rythme.
microbe n. m.: terme cr en 1878 par
le chirurgien franais Charles Sdillot en
utilisant deux racines grecques: bios, vie,
et mikros, petit. Il voulait ainsi dsigner
le plus petit organisme vivant invisible
lil nu.
mime n.: chez les Grecs, le mimos tait
un acteur qui chantait, dansait et rcitait.
Au cours des sicles, il a perdu lusage de la
parole. En efet, notre mime daujourdhui
ne peut se faire comprendre quavec des
mimiques et des pantomimes.
myriade n. f.: du grec muriades, nombre
de dix mille. Aujourdhui, les myriades
ne se comptent plus! Elles sont devenues
synonyme de quantits innombrables.
otarie n. f.: ce mammifre marin a t
ainsi nomm par le naturaliste franais
Franois Pron vers 1810 partir du grec
tarion, qui veut dire petite oreille, de
tos oreille. Otite, dsignant une infam-
mation des oreilles, a la mme racine. Le
mot phoque vient lui aussi du grec; phok
voulait dire veau marin.
paradis n. m.: le paradeisos tait le
parc clos des rois perses o se trouvaient
des btes sauvages, une sorte de zoo de
lpoque. Le mot a pris le sens de jardin
dagrment. Puis lorsque la Bible fut
traduite en grec, on lutilisa pour dsi-
N oubl i ons surtout pas l es Grecs et l eurs di eux 95
gner le jardin dden de la Gense, lieu de
dlices que Dieu donna Adam et ve lors
de la cration. Au Moyen ge, le paradis
dsignait aussi le portique, le vestibule
situ devant lglise, ce qui est devenu
le parvis. Aujourdhui, un parvis est une
vaste place amnage devant un difce.
pentecte n. f.: du grec pentkostos, qui
signife cinquantime. En efet, cette
fte chrtienne se clbre cinquante jours
aprs Pques. Le prfxe tir du grec pente
cinq a aussi donn pentagone, qui
dsigne une forme gomtrique cinq
cts, pentadre, un volume cinq faces,
Pentateuque, les cinq premiers livres de
la Bible, pentathlon, un sport comprenant
cinq preuves athltiques, et pour fnir en
musique, une gamme pentatonique
a cinq tons.
ptrole n. m.: du grec petros, pierre.
Les Romains, eux, ont cr le mot petro-
leum pour dsigner cette huile qui leur
semblait venir de la pierre. Ils navaient
pas tort car le ptrole provient de la lente
dcomposition dans les profondeurs de la
terre dorganismes vivants. Aujourdhui, on
surnomme le ptrole lor noir. Le verbe
ptrifer, changer en pierre, a la mme
origine. Le persilgalement; en efet le
petroselinon est une plante aromatique qui
tes-vousbaptisengrec?
Agathe, la bonne
Alexis, Alexandre, le dfenseur
Ambroise, limmortel
Amlie, linsouciante
Andr, lhomme
Ariane, la trs pure, nom de la flle du roi
de Crte, Minos, qui aida Thse sortir du
Labyrinthe
Daphn, le laurier, nom dune nymphe
aime dApollon et transforme en laurier
Georges, le travailleur de la terre
Irne, la paix
Iris, nom de la desse de larc-en-ciel,
messagre des dieux
Marguerite, la pierre prcieuse, la perle
Mlanie, la noire
Monique, la solitaire
Nicolas, le vainqueur
Ophlie, la secourable
Pamla, tout miel
Philippe, qui aime les chevaux
Philomne, qui aime la lune
Sbastien, le vnrable
Sophie, la sage
Thodore, le don de Dieu
Timothe, qui honore Dieu
Zo, la vie
96 si la langue franaise m tait conte
pousse ltat sauvage entre les pierres. Le
salptre est, lui, le nom du sel de pierre,
ainsi nomm par les alchimistes. Cest ce
que nous appelons aujourdhui du nitrate
de potassium de faon beaucoup moins
potique.
pharmacie n. f.: en grec, pharmakeia
dsigne les remdes. En franais, vers le
xviii
e
sicle, ce mot a dsign le lieu o
sont vendus les remdes prpars par le
pharmacien, qui sappelait jusqualors un
apothicaire (voir plus haut).
police n. f.: du grec polis, la cit. La
politeia dsignait lensemble des citoyens.
Le mot a pris en franais le sens de
manire dont ltat est organis. Au
xvii
e
sicle, il passe dans lusage courant
en dsignant lensemble des institutions
qui assurent le maintien de lordre public
et rpriment les infractions, cest-dire
lensemble des policiers. Le mot politique
a la mme origine. De nombreux mots ont
t forms partir de ce polis grec: acro-
pole, la haute ville, cosmopolite, citoyen
du monde, mtropole, ville principale
dun pays, ncropole, la ville des morts,
autrement dit un cimetire.
rglisse n. f.: le glukkurriza est une
plante dont les racines sont riches en
sucre. Le mot signifait en grec racine
douce. Glukus, qui veut dire doux,
a donn glucose et rhiza, qui signife
racine, a donn rhizome.
rhinocros n. m.: ce nom danimal na
presque pas chang puisque les Grecs lap-
pelaient dj rhinokros, partir de rhinos,
nez, et keras, corne dun animal.
Llment rhino- entre dans la formation
de nombreux termes scientifques pour
dsigner ce qui se rapporte au nez.
sarcophage n. m.: du grec sarkophagos,
de sarkos, chair, et phago, manger.
Littralement, qui mange, qui consume
la chair. Or la pierre des tombeaux, selon
les croyances de lAntiquit, dtruisait
les cadavres. Le mot dsigne depuis le
xv
e
sicle un cercueil de pierre. Le mot
cercueil aurait la mme origine par une
dformation populaire de sarco.
sphre n. f.: la sphaira dsignait tout
corps rond, balle, ballon ou globe. Le mot
a dabord dsign la vote cleste, puis a
t utilis dans un sens scientifque au
xvi
e
sicle. Peu peu, le mot prend aussi le
sens de domaine o sexerce linfuence
de quelque chose ou de quelquun,
synonyme de zone. De nombreux mots
scientifques ont t crs partir de
N oubl i ons surtout pas l es Grecs et l eurs di eux 97
sphre: atmosphre, hmisphre,
biosphre.
squelette n. m.: le skeletos grec dsignait
un corps dessch, une momie. Ce mot est
repris au xvii
e
sicle pour dsigner len-
semble des os des mammifres vertbrs.
sympathie n. f.:avoir de la sumpatheia
signifait participer la soufrance dautrui,
prouver de la compassion. travers le
latin, le mot a pris le sens dafnit natu-
relle, dattirance. Cest avec ce sens quil
est pass en franais.
symphonie n. f.: la sumphnia grecque
dsignait un accord de voix ou de sons,
compos de sun, avec, ensemble, et
phn, son, voix. Le mot dsignait
au Moyen ge un instrument cordes,
une varit de vielle, la cifonie. Lacaco-
phonie vient aussi du grec,kakos, voulant
dire mauvais. Llment phone a t
normment utilis pour nommer des
98 si la langue franaise m tait conte
inventions modernes: le tlphone, la
phontique, lhomophone, le phono-
graphe, le phonolithe, la phonologie,
lorthophonie, la phonothque,lemicro-
phone,lesaxophone. Et il y en a dautres
on en reste aphone.
tapis n. m.: ce mot grec ne vient pas
cette fois de lAntiquit, mais du temps
des croisades au Moyen ge. En efet, ce
sont les croiss qui lont ramen dans leurs
bagages. Le taption dsignait une petite
couverture, diminutif de tap, couver-
ture. Pendant longtemps, le tapis a t
une pice de tissu servant la dcoration
des murs. Le sens moderne et restreint
douvrage tiss tendu sur le sol ne date
que de la fn du xviii
e
sicle. La tapisserie
a conserv lancien sens de tapis.
tlphone n. m.:ce mot est une cration
moderne (1809), de tle, loin, et phone,
son, voix. Le tlphone est donc un
appareil qui permet de parler de loin. Les
mots tlvision, tlescope, tlgraphe,
tlpathie sont forms sur la mme base.
Lesnumratifsgrecsetleursdescendants
Un mon(o), comme dans monarchie
Deux di, diplo, comme dans diode et diplodocus
Trois tri, comme dans triangle
Quatre tetr(a), comme dans ttracorde
Cinq pent(a), comme dans pentagone
Six hexa, comme dans hexadre
Sept hepto, comme dans hebdomadaire
Huit octa, comme dans octave
Dix deca, comme dans dcade
Cent hecto, comme dans hectogramme
Mille kilo, comme dans kilomtre
Dans la composition des noms dunit du systme mtrique, la rgle de dpart est
assez simple. Des prfxes grecs pour les multiples (dca, hecto, kilo, mga, giga) et des
prfxes latins pour les sous-multiples (dci, cent, milli).
N oubl i ons surtout pas l es Grecs et l eurs di eux 99
trapze n. m.:le mot grec trapezion dsi-
gnait une petite table. Cest le philosophe
grec Aristote qui le premier a utilis ce mot
pour nommer cette fgure gomtrique.
trfle n. m.: mot emprunt au grec
de Marseille triphullon, qui veut dire
trois feuilles, de tri, trois, et phullon,
feuille. Mais ce sont les trfes quatre
feuilles qui sont des porte-bonheur.
trsor n. m.: le thsauros grec dsignait
un entrept o taient enferms des provi-
sions et des objets prcieux. Ds le dbut,
le mot dsigne en franais non plus le lieu,
mais lensemble des objets prcieux. Le
mot thsaurusa t gard pour dsigner
une riche collection de donnes; il est
pass dans plusieurs langues europennes,
en particulier en anglais comme synonyme
de lexique.
tympan n. m.: du grec tumpanon,
tambourin. En ancien franais, le
mot avait le mme sens et dsignait un
tambour; ce sont les anatomistes du xvi
e

sicle qui ont appel ainsi, par analogie,
la cavit de loreille tapisse dune
membrane. Les mots tambourin, tambour
et timbre ont la mme racine, mais sont
venus dune prononciation particulire du
grec de Byzance ou le p devenait b.
xylophone n. m.:ce mot est une
construction rcente (1868) partir de
xulon, bois, et phone pour dsigner
un instrument de musique percussion
compos de lames de bois de longueurs
ingales sur lequel on frappe avec de petits
maillets.
zone n. f.: du grec zn, qui dsigne la
ceinture porte par une femme mais aussi,
au sens fgur, un objet qui entoure comme
une ceinture. En franais, le mot a dabord
pris un sens scientifque, vers 1370, en
dsignant des parties de la sphre cleste
et terrestre. Puis au xviii
e
sicle, il qualife
une portion de territoire, une rgion. Par
la suite, au xx
e
sicle, le mot dsigne
Paris les faubourgs dhabitations prcaires
sur les terrains vagues entourant la ville.
Aujourdhui, la zone dsigne en termes fami-
liers une banlieue pauvre et mal amnage
autour dune grande ville et celui qui lhabite
est appel de faon pjorative un zonard,
devenu synonyme de voyou, de racaille.
zoo n. m.:en grec, le mot zn dsi-
gnait un tre vivant. En franais, il
sapplique seulement au monde animal.
Il entre dailleurs dans la composition de
nombreux termes scientifques se rappor-
tant au monde animal.
100 si la langue franaise m tait conte
amazone n. f.: les Amazones apparte-
naient une race fabuleuse de guerrires
cheval vivant dans le Caucase. Gouver-
nes par une reine, elles nacceptaient la
prsence des hommes quune fois par an
pour perptuer la race et mettaient mort
les nouveau-ns mles. Elles se brlaient
le sein droit afn de pouvoir mieux tirer
larc. Dailleurs, le mot est form du a
privatif et du grec mazos, sein. Monter
enamazone dsigne une faon particulire
de monter cheval en ayant les jambes du
mme ct, ce qui permet aux femmes de
faire du cheval avec une robe. Le feuve
Amazone au Brsil a t ainsi nomm car
les premiers explorateurs ont cru, daprs
les rcits des Amrindiens, quune tribu de
femmes vivait en amont du feuve.
araigne n. f.: Arachn tait une jeune
flle qui excellait dans lart du tissage. Intri-
gue, Athna se dguisa en vieille femme
pour rendre visite la jeune tisseuse et
observer son travail. Arachn se vanta
devant elle dtre la meilleure tisseuse du
monde, pouvant surpasser Athna elle-
mme. Devant les prtentions de cette
simple mortelle, la dsse entra dans une
grande colre. Elle organisa un concours
que gagna la jeune femme. Furieuse,
Athna dchira louvrage de la jeune flle.
Humilie, Arachn alla se pendre. La
desse, prise de remords, dcida de lui
ofrir une seconde vie: elle la changea en
araigne suspendue son fl, pour quelle
puisse nouveau tisser sa toile. Cest
Ovide, grand pote latin, qui raconte cette
lgende dans les Mtamorphoses.
atlas n. m.:dans la mythologie grecque
Atlas est un Titan, arrire-petit-fls de
Gaa, la terre-mre. Il prit le parti des
Titans contre les Olympiens. Pour le punir
de sa rvolte, Zeus le condamna porter
le ciel sur ses paules. Le premier recueil
de cartes publi en 1593 par le gographe
Les trs nombreux mots qui nous
viennent de la mythologie grecque montrent jusqu
quel point nous avons t infuencs par la civilisation
grco-romaine. En voici des exemples surprenants.
N oubl i ons surtout pas l es Grecs et l eurs di eux 101
Mercator fut illustr par un dessin repr-
sentant Atlas portant le monde sur ses
paules. On a fni par appeler un atlas tout
livre qui est un recueil de cartes.
Par allusion au chtiment du Gant,
on appelle atlas la vertbre cervicale qui
soutient la tte.
castor n. m.: le castor vient de Grce!
Kastr tait le nom dun hros grec, fls
de Lda et frre jumeau de Pollux. Le
mot signifait celui qui brille, excelle, se
distingue. Par la suite, le mot a dsign
lanimal. En efet, on utilisait une scrtion
de lanimal pour soigner des maladies de
lutrus. Comme Castor tait le protec-
teur des femmes, on a donn son nom
lanimal. En franais, cest au Moyen ge
que le nom de bivre, dorigine gauloise,
a t remplac par castor. Les Anglais
ont gard beaver. On retrouve souvent en
France des noms de rivires ou de lieux
Lesjeuxolympiques
Les Grecs de lAntiquit exaltaient les exercices physiques qui permettaient un dvelop-
pement harmonieux du corps. Ils organisaient des jeux qui taient loccasion de grands
rassemblements o toutes les rgions de la Grce taient reprsentes. Il y avait les jeux
pythiques de Delphes, les jeux nmens dans le Ploponnse, les jeux isthmiques de Corin-
the en lhonneur de Posidon et les jeux dOlympie lis au culte de Zeus qui avaient lieu
tous les quatre ans.
Lors de ces jeux olympiques, tout autour de lenceinte du sanctuaire de Zeus taient
dresses des tentes o sinstallait une sorte de foire. Il sy donnait des concerts, des
confrences philosophiques, des discours dapparat ou des lectures duvres littraires.
Il ne sagissait donc pas seulement de concours sportifs comme dans les jeux olympiques
modernes. Des messagers taient envoys dans toutes les cits pour dclarer la trve
sacre. Les combats devaient cesser et les condamns ntaient pas mis mort. Le stade
dOlympie offrait 40 000 places. Les cinq anneaux de lautel dOlympie sont encore
aujourdhui le symbole des Jeux.
102 si la langue franaise m tait conte
portant le nom de Bivre. En hraldique,
lart des blasons, le castor est le symbole de
la paix et du travail persvrant. Aux tats-
Unis, plusieurs universits ont le castor
comme emblme, sans doute pour encou-
rager la persvrance chez leurs tudiants.
cerbre n. m.: Cerbre tait un
chien trois ttes qui gardait lentre
des enfers pour empcher les morts
den sortir. Son cou tait hriss de
serpents et ses crocs renfermaient
du venin. Aujourdhui, un cerbre est
un gardien particulirement zl.
chaos n. m.: Khaos reprsentait chez
les Grecs le vide obscur et infni davant
les dieux, ltat primordial de lunivers.
Le mot conserve aujourdhui lide de
dsordre total.
cho n. m.: cho tait une petite
nymphe bavarde qui avait t charge par
Zeus de dtourner lattention dHra, sa
femme, pendant quil la trompait avec de
belles mortelles. Un jour, Hra sen aperut
et punit cho: Dsormais tu auras le
dernier mot, mais jamais le premier.
Alors la pauvre cho, dsespre, cessa de
se nourrir et son corps fnit par disparatre.
Il ne resta plus que sa voix qui continuait
rpter les derniers mots quelle entendait.
olienne n. f.: ole, fls de Posidon,
tait le matre des vents. Dans lOdysse,
Ulysse est sur le point de rejoindre Ithaque,
lle dont il est le roi, lorsque son navire est
emport trs loin par des vents contraires.
Un de ses marins vient douvrir par curio-
sit une outre quole lui-mme avait
confe Ulysse pour faciliter son retour.
Loutre contenait tous les vents pouvant
lempcher de retourner chez lui. Il dut
Lesmotsduthtre
Le mot mme de theatron dsigne, en grec,
le lieu o lon regarde, le lieu du spectacle, le
thtre.
Ldeion tait ldifce destin aux concours
de musique. De nos jours, de nombreuses
salles de spectacle ou de cinma sappellent
lOdon.
La kmdia dsignait une procession
burlesque.
La tragdia dsignait un genre de thtre
auquel se joignait un chur.
Le drama signifait laction au thtre.
La skn dsignait un endroit abrit, une
tente.
Lhypocrits dsignait lacteur de thtre.
N oubl i ons surtout pas l es Grecs et l eurs di eux 103
donc errer encore bien longtemps travers
la Mditerrane avant de retrouver les siens.
Europe n. f.: ce ntait pas une desse,
mais une simple mortelle dont la beaut
attira le regard de Zeus. Afn de lattirer
lui, il se transforma en un magnifque
taureau blanc. Europe, sduite par la
douceur de cet animal qui se couchait ses
pieds, monta sur son dos. Elle fut aussitt
emporte malgr ses cris jusquen Crte,
o elle lui donna trois fls. La lgende
raconte que son frre Cadmos la chercha
pendant des annes en suivant un trac qui
rappelle les limites du continent europen.
La Grce a conserv la mmoire de ce
mythe en gravant au revers de ses pices
de deux euros lenlvement dEurope.
hermtique adj.:Herms tait le
protecteur des commerants et des
voleurs. Dieu rus et inventif, il avait des
pouvoirs de divination et tait considr
comme linventeur de la lyre. Il a t
assimil au dieu gyptien Thot, le patron
des alchimistes. Ce mot a dabord dcrit
une technique particulire quavaient les
alchimistes pour sceller des rcipients, le
sceau hermtique. Aujourdhui, parler
dun texte hermtique signife quil est
difcile comprendre, mme sil na plus
rien voir avec les secrets de lalchimie.
Par ailleurs, le mot a gard son sens
concret pour qualifer une fermeture
tanche, un rcipient trs bien ferm.
hideux adj.: lHydre tait un animal
monstrueux. Tuer lHydre de Lerne fut
lun des douze travaux dHracls (Hercule
chez les Romains). Cette crature tait
dcrite comme un serpent deau corps
de chien possdant plusieurs ttes, dont
une immortelle. Ses ttes repoussaient en
double lorsquelles taient tranches. Son
haleine soufe par ses multiples gueules
exhalait un poison fatal. On comprend
ainsi la force vocatrice de cet adjectif.
labyrinthe n. m. et ddale n. m.:
deux mots synonymes pour dsigner un
lieu aux couloirs compliqus, qui nous
viennent de la mme lgende grecque. Sur
les ordres du roi de Crte, Minos, larchi-
tecte de gnie Ddale dut construire un
labyrinthe pour y enfermer le Minotaure,
monstre au corps dhomme et tte de
taureau qui se nourrit de chair humaine.
Cest Thse qui ira en Crte afronter et
tuer le Minotaure. Du Bellay, pote franais
de la Renaissance fait entrer ce mot dans
la langue. Il scrivait alors labarinte.
On y rajouta un y et un h pour bien
montrer son origine grecque.
104 si la langue franaise m tait conte
laus n. m.: Laus tait le roi de Thbes
et le pre ddipe. En 1804, le sujet
de composition franaise au concours
dentre Polytechnique portait sur le
discours de Laus son fls. Ce sujet
ayant inspir les candidats, ils en crivirent
des pages et des pages. Depuis, laus est
synonyme de discours long et emphatique.
mduser v. tr.: Mduse tait lune des
trois Gorgones. Ces cratures terrifaient
les mortels par leur chevelure hrisse de
serpents, leurs dents de sanglier et leurs
yeux qui transformaient en pierre ceux
qui croisaient leur regard. Perse, fls de
Zeus, parvint au repaire des Gorgones
quil trouva endormies. Grce au bouclier
dAthna dont il se servit comme dun
miroir, il parvint combattre Mduse
sans croiser son regard et en se fant son
refet. Il lui trancha la tte quil ofrit la
desse. Celle-ci la plaa au centre de son
bouclier, mettant en fuite tous ses adver-
saires. Cest par allusion cette frayeur
mle dtonnement que lon cra le verbe
mduser, synonyme de stupfer.
Quant lanimal marin qui porte le nom
de mduse, il a t nomm ainsi par les
naturalistes du xviii
e
sicle cause des
tentacules qui leur rappelaient les serpents
qui formaient la chevelure de la Mduse
mythologique.
mgre n. f.: Mgre tait lune des
trois rinyes, ces femmes au corps ail et
la chevelure de serpents, instruments
de la vengeance des dieux. Les Romains
les appelaient les Furies. Les hommes les
craignaient et les fuyaient. Mgre avait
pour rle de susciter parmi les hommes
les crimes de lenvie et de la jalousie. En
franais, dans le mot furie, cest la
colre qui domine, dans mgre, cest la
mchancet.
mmoire n. f.: Mnmosyne tait la
desse de la mmoire chez les Grecs et
elle tait considre comme la mre des
Muses. Le mot amnsie, dsignant une
perte de mmoire, a la mme origine.
La mnmotechnie est un procd de
mmorisation.
muse n. m.: pour les Grecs, les arts
taient dorigine divine. Le mouseion tait
le temple des Muses, les neuf flles de
Zeus. Les Muses taient des inspiratrices
et avaient chacune un don particulier:
danse, chant, loquence, posie, comdie.
Le muse a dabord dsign un lieu o
lon pratiquait les arts. Il na pris son sens
actuel de lieu de conservation des uvres
dart qu la fn du xviii
e
sicle. Le mot
musique a la mme origine. Initialement,
ce terme sappliquait lensemble des arts
N oubl i ons surtout pas l es Grecs et l eurs di eux 105
rgis par les muses avant de se limiter
lharmonie des sons. La mosaque, qui
nous vient de litalien, dsignait lorigine
les dcorations utilises dans les grottes
ddies aux Muses.
narcisse n. m.: jeune homme dune
grande beaut, Narcisse repoussait les
avances des jeunes flles amoureuses de
lui. Pour le punir de son indifrence, les
dieux le condamnrent sprendre de
lui-mme. Lorsque Narcisse dcouvrit
son image dans leau dune source, il en
oublia de boire et de manger et se laissa
mourir. Il prit racine auprs de la fontaine
sous la forme de la feur qui porte encore
aujourdhui son nom. Ladjectif narcis-
sique qualife une personne qui saccorde
une importance excessive.
nectar n. m.: les dieux de lOlympe se
nourrissaient dambrosia, une succulente
prparation base de miel qui confrait
linvulnrabilit et la jeunesse ternelle. Ils
buvaient galement le nektar sucr prove-
nant de la distillation de certaines plantes.
Aujourdhui encore, le nectar et lambroisie
dsignent des mets exquis.
nuit n. f.: dans la mythologie grecque,
Nyx et son frre rbe sont les premires
divinits issues du Chaos primordial.
106 si la langue franaise m tait conte
Marie Hypnos, le dieu du sommeil, elle
donna naissance Morphe, le dieu des
rves. Quelle famille!
ocan n. m.: keanos tait un feuve
puissant, au cours tumultueux, que rien ne
dlimitait une poque o il ny avait encore
pour les Grecs ni ciel ni terre. Il sunit
Tthys, masse deau fminine. Par la suite
Ocan devint le feuve qui entoure lunivers.
pactole n. m.: invit par Dionysos, dieu
du vin, faire un vu, le roi Midas avait
souhait par cupidit que tout ce quil
touche se transforme en or. Ne pouvant
plus manger, car toute la nourriture quil
touchait devenait or, il risquait de mourir
de faim et de soif. Il supplia donc Dionysos
de le dlivrer de son vu insens. Il lui
fut impos daller se laver dans le feuve
Pactole qui, depuis lors, charrie des
paillettes dor. Ce sont ces paillettes,
qui permirent Crsus daccumuler son
immense fortune. Un pactole est de nos
jours une source de proft ou de richesse
inespre.
Legrec,langueduchristianismenaissant
Ds le iii
e
sicle avant J.-C., la Bible, qui est alors lAncien Testament crit en hbreux, est
traduite en grec, dabord pour les besoins des Juifs grecs, puis par la suite pour les chr-
tiens. Cela infuencera grandement le vocabulaire du latin chrtien qui conserve beaucoup
de mots grecs.
Le Nouveau Testament, crit par les disciples de Jsus, sera galement rdig en grec.
Ces premiers textes chrtiens utilisent la langue grecque parle. Lors des traductions
latines, beaucoup dlments de ce grec populaire passeront dans le latin, puis dans les
langues europennes.
travers ces traductions de la Bible, plusieurs mots hbreux sont donc entrs dans le
franais. Ils sont souvent directement relis la liturgie chrtienne: hosanna, allluia,
amen. Mais on retrouve aussi des termes comme lden, synonyme de paradis, les
sraphins et les chrubins, qui sont des anges, la manne, qui dsigne une nour-
riture abondante, et mme le messie.
panace n. f.:la flle du dieu de la
mdecine sappelait Panace, de pan,
tout, et akos, remde. Elle avait le
don de tout gurir avec les plantes. Lusage
moderne a fait de panace un prtendu
remde tous les maux.
panique n. f.: le dieu Pan tait dune
telle laideur que sa propre mre lavait
rejet ds sa naissance. Mi-homme et
mi-bouc, Pan possdait des cornes et des
pieds fourchus. Il samusait paratre
brusquement devant ses victimes. Voulant
lui chapper, panique, la nymphe Syrinx
se transforma en roseau. Mais Pan cueillit
les roseaux et en ft son instrument favori,
la fameuse ftedePan.
phobie n. f.: Ars, dieu de la guerre,
avait un fls du nom de Phobos qui semait
la terreur. Notre phobie vient donc de son
nom. Il a t utilis comme sufxe pour
nommer difrentes peurs ou aversions:
agoraphobie, peur de la foule, hydro-
phobie, peur de leau, ou xnophobie,
peur de ltranger.
sirne n. f. : les sirnes grecques
ntaient pas de charmantes cratures
queue de poisson mais des femmes corps
doiseau qui attiraient les marins par leurs
chants pour mieux les dvorer. Seul Ulysse,
attach au mt de son navire, put les
couter sans prir. Aujourdhui, la sirne
na plus rien de mlodieux. Dabord rserv
aux navires dans les ports, cet appareil sert
produire des signaux sonores souvent
dsagrables loreille.
Pour conclure, laissons parler un grand philosophe grec:
Toutcequejesais,cestque
jenesaisrien.
Socrate
109
Puis arrivrent
les Francs, un peuple
germanique
R
evenons en Gaule. Nous sommes au iv
e
sicle et la civilisation gallo-romaine
est bien implante sur tout le territoire. La Gaule, trs riche cette poque,
pouvait nourrir une population suprieure celle qui loccupait. De quoi susciter
bien des convoitises.
partir du iii
e
sicle, difrentes tribus germaniques venues des plaines dEu-
rope du Nord et de lEst sinstallent autour et dans lEmpire romain, qui com-
mence tre trs afaibli cette poque par des luttes politiques internes. En 395,
celui-ci est partag en deux, lEmpire dOccident avec Rome comme capitale, et
lEmpire dOrient avec Constantinople, aujourdhui Istanbul.
Par la suite, le phnomne sacclre cause de la pousse des Huns, de ter-
ribles cavaliers qui viennent des steppes du nord du Caucase. Ces migrations
110 si la langue franaise m tait conte
de peuples divers qui touchent lensemble du territoire de lEmpire romain et
prcipitent sa chute sont appeles les Grandes Invasions. Le dernier empe-
reur, Romulus Augustule, doit abdiquer en 476. Cest une poque charnire entre
lAntiquit et le Moyen ge. Lancien monde scroule et peu peu apparaissent
les bases de ce que sera la civilisation de lEurope occidentale.
Dans le nord de la Gaule sinstallent les Francs dorigine germanique. Paens
pour la plupart, mais tolrants, ils sont assez bien accueillis par les popula-
tions chrtiennes locales. Ils vont influencer ce territoire par leur langue
mais aussi par leurs usages et leurs coutumes, tout en se convertissant au
christianisme.
Mais en Gaule, il ny a pas que les Francs. En ralit, quatre peuples germaniques
se partagent le territoire.
Les Wisigoths, installs depuis 416 en Aquitaine, tendent leur domination
vers le nord jusqu la Loire et vers le sud en Auvergne, en Languedoc et jusqu
la Provence. Ils pntrent galement en Espagne.
Les Burgondes,installs en 443 entre les Alpes et le Jura, prennent peu peu
possession des valles de la Sane et du Rhne. Ils font de Lyon leur capitale. Mais
ds 534, le royaume burgonde est dfnitivement incorpor au royaume franc. La
seule trace linguistique quil nous reste des Burgondes est le nom de la rgion de
la Bourgogne, qui tait au centre de leur royaume.
Le nord se partage entre les Francs et les Alamans. Ces derniers sont rapide-
ment refouls par les Francs au-del du Rhin o ils sinstallent.
Le nom des Francs est cit pour la premire fois vers 241. Par la suite, ils sont
rgulirement mentionns comme sopposant aux Romains. Pendant plus de deux
sicles, les Francs restrent au premier plan de lhistoire militaire de la Gaule
romaine. Leur nom signife homme libre, mais aussi hardi et courageux.
Pui s arri vrent l es Francs, un peupl e germani que 111
Ils le furent certainement, puisque huit cents ans plus tard leur royaume devait
prendre le nom de France et devenir le plus puissant dEurope.
Les Francs occupent dabord le sud de la Hollande puis le nord de la Belgique
actuelle. Vers 450, ils abordent le nord du territoire franais. cette poque, les
Francs ne formaient pas vritablement un peuple uni mais un ensemble de tribus.
Les Gallo-Romains sadaptent assez bien ces Barbares. Ils les engagent mme
dans leur arme et certains y accdent des postes importants. Ainsi Childric,
le pre du futur roi des Francs, Clovis (Chlodowig), dfend les frontires romai-
nes contre les Wisigoths et les Saxons. Les chefs francs se familiarisent avec la
culture romaine et sont de moins en moins considrs comme des trangers par
llite de la Gaule, habitue depuis deux gnrations traiter avec des peuples
beaucoup plus menaants. Finalement, linstallation des Francs en Gaule entrane
leur romanisation et leur christianisation.
En 481, Clovis se fait nommer roi des Francs, tablissant la dynastie des Mro-
vingiens, la premire des rois de France, du nom de son grand-pre, Mrove.
Clovis installe sa rsidence Paris. Il rassemble autour de lui tous les autres
rois francs et surtout, il adopte le catholicisme, religion de la majorit de ses sujets
gallo-romains. Sa conversion est avant tout un geste politique. Il est alors le seul
souverain avec lempereur dOrient professer cette religion. Ainsi est passe
entre la royaut franque et lglise une alliance qui permettra aux deux pouvoirs
de se dvelopper et de se fortifer mutuellement.
Par la suite, Clovis porte un coup mortel au royaume wisigoth de Toulouse, le
repoussant jusquaux ctes mditerranennes. Aprs leur dfaite, les Wisigoths
installent leur royaume en Espagne, plus particulirement en Castille. Leur
capitale devient Tolde. Ils ne garderont en Gaule que le Roussillon et le bas
Languedoc.
112 si la langue franaise m tait conte
Lorsquil meurt, Clovis a tendu son autorit aux trois quarts de la Gaule.
Cette brillante russite sera exceptionnellement durable. Les Francs et la dynastie
mrovingienne (v
e
-viii
e
sicle) conserveront la suprmatie en Gaule bien aprs la
disparition des autres royaumes barbares crs sur le sol de lempire dOccident.
Cest vers le dbut du xi
e
sicle que le nom de France supplantera celui de Gaule.
Les Francs crent, malgr leur petit nombre, une civilisation nouvelle, consti-
tue pour une part de leurs propres traditions et, dans une large mesure, dem-
prunts la civilisation gallo-romaine et au christianisme.
Leur conception du pouvoir est centre sur le roi. la notion romaine dun
tat suprieur aux individus succde celle dune royaut hrditaire et attache
la possession de la terre. Elle devient linstitution fondamentale. En efet, la
conqute de la Gaule a fait du chef militaire la tte de ses troupes un souverain
qui tous les habitants sans exception sont soumis. Il sentoure dun palais qui
runit les services, les grands ofciers et les hauts fonctionnaires. Nomade comme
le roi, ce palais suit ses dplacements de domaine en domaine. Au plan local, le roi
est reprsent par le comte, qui exerce en son nom tous les pouvoirs, judiciaires,
fnanciers et militaires. Ainsi se met en place peu peu le systme fodal.
Les arts du mtal connaissent cette poque un remarquable essor. La
construction dglises et de monastres prolifre. La langue franque, anctre
lointain du nerlandais actuel, nest pas encore crite et napparat aprs Clovis
que dans quelques formules juridiques. Le latin reste la langue de lcriture.
Si les Francs reconstituent lunit de la Gaule, ils ne peuplent massivement
quune zone assez troite louest du Rhin. Le reste du royaume est simplement
supervis par une aristocratie lie lentourage royal. Ils napportrent donc leur
langue qu une faible partie du territoire gaulois. Mais comme ils formaient llite
de la population, leur infuence linguistique en fut tout de mme renforce.
Pui s arri vrent l es Francs, un peupl e germani que 113
Partout, le latin parl par la population est devenu cette poque mconnais-
sable. Prononc la manire germanique, parsem de nouveaux mots, il sest
transform en une rustica romana lingua que les linguistes appellent le romanou
le latin des illettrs. Ce nest pas encore du franais, mais ce nest plus du latin.
Lettrs et illettrs ont de plus en plus de difcults se comprendre.
Ce parler roman se difrencie selon les rgions. La Gaule se retrouve peu
peu divise en deux zones linguistiques distinctes: la langue doc au sud, la langue
dol au nord. Ces deux mots, oc et ol, viennent de la faon dont chacune dit
oui. Cette division sexplique par les difrents peuples germaniques qui les
ont conquises, mais aussi par les liens qui ont t plus ou moins conservs avec
la culture latine.
Ainsi, on dit souvent que le franais (la langue dol) est la langue romane la
plus germanique, celle qui a t le plus infuence par le franc (ou francique).
Loccitan (la langue doc), par contre, a conserv plus de traces du latin. Elle a t
peu infuence par la langue des Wisigoths, ce qui fait quon y retrouve galement
plus de mots dorigine gauloise et mme grecque.
Le dclin des coles gauloises dans la Gaule du nord lpoque franque contri-
bue renforcer linfuence germanique dans la formation du roman. Avec la dis-
parition de lducation antique, lapprentissage du latin disparat. la difrence
des Wisigoths du sud de la France, les Francs nencouragent pas la culture latine,
et les coles lgues par lAntiquit ont disparu au vi
e
sicle.
Sous lEmpire romain, les gens riches dpensaient des fortunes pour faire
duquer leurs enfants. Avec les Francs, limportant devient de former une
lite militaire. Leurs fls doivent avant tout tre de bons guerriers. Il nest pas
important quils sachent lire ou crire. Les seules personnes instruites sont
alors les clercs et les moines. Cette situation va accrotre lcart entre le latin
114 si la langue franaise m tait conte
crit et le latin parl. Mme laristocratie comprendra de moins en moins les
textes latins.
Durant toute lpoque mrovingienne, le franc est la langue du pouvoir
politique, le latin celle de la culture et de la religion, tandis que le peuple parle
roman. Finalement, ce sont les envahisseurs sduits par la culture gallo-romaine
et la modernit du christianisme qui adoptent la langue de ceux quils ont envahis.
Peu peu, laristocratie franque laisse tomber sa langue pour adopter le roman.
Les seigneurs francs se mettent apprendre, puis parler la langue de leurs vas-
saux. Pendant plusieurs sicles, la classe dirigeante sera bilingue.
Les dformations opres par les Francs sont valorises socialement, car elles
manent de la classe dirigeante. Elles sont les marques de la distinction. Par
ailleurs, les Francs amenaient avec eux de nouvelles techniques, de nouveaux
concepts juridiques et politiques quils nommaient avec leurs mots.
La renaissance carolingienne
Quelque deux sicles et demi plus tard, la dynastie franque des Mrovingiens est
considrablement afaiblie. Un des personnages les plus puissants du royaume,
Ppin le Bref, va planifier un coup dtat pour prendre le pouvoir en allant
chercher lappui indispensable du pape Rome. Il se fait lire roi la place de
Childric III, qui est envoy dans un monastre. Ainsi sinstalle une nouvelle
dynastie, celle des Carolingiens, du nom du fls de Ppin le Bref, Charles (Caro-
lus en latin). Celui-ci runira sous son autorit la plus grande partie de lOcci-
dent chrtien et se fera couronner empereur en 800. Nous le connaissons sous
le nom de Charlemagne, du latin magnus qui veut dire grand, autrement dit
Charles le Grand.
Pui s arri vrent l es Francs, un peupl e germani que 115
Charlemagne, roi puis empereur des Francs de 768 814, veut rtablir un bon
usage du latin. Selon lui, le gouvernement dun territoire aussi considrable que
le sien exige une langue stable, rdige clairement et crite lisiblement. Or, cette
poque, linstruction du clerg lui-mme sest beaucoup dgrade. Lempereur
ordonne donc de publier des grammaires latines, de recopier et de corriger de
nombreux manuscrits. En efet, les textes originaux, force dtre recopis, sont
pleins derreurs. Il fonde aussi des coles latines et sentoure des plus grands
savants de lpoque qui viennent de toute lEurope. Il fait appel en particulier au
thologien et pdagogue anglo-saxon Alcuin, directeur de lcole cathdrale dYork
en Angleterre, pays o le latin est mieux conserv puisque li essentiellement
116 si la langue franaise m tait conte
lcrit, la langue de la population tant langlo-saxon ou le celtique. Il tait consi-
dr comme lhomme le plus savant de son temps.
Les ateliers de copistes, les scriptorium, se multiplient. Aux ix
e
et x
e
sicles,
chaque abbaye, chaque monastre possde le sien. Les scribes calligraphient
leurs textes avec une nouvelle criture, la minuscule caroline, qui remplace
lancienne criture, particulirement difcile dchifrer.
Cette nouvelle calligraphie et ces nouveaux manuscrits circulent travers tout
le continent. Ainsi se dveloppe un formidable mouvement littraire, religieux et
artistique que lon appelle la Renaissance carolingienne.
Paralllement, le peuple cesse tout fait de comprendre le latin, considr
dsormais comme la langue des instruits, qui sont dabord des religieux. Car
si laristocratie franque parle dsormais le roman, elle reste en grande partie
inculte, ignore le latin et ne sait ni lire ni crire. Un bon guerrier na pas besoin
dtre instruit. Ce domaine est rserv aux clercs. Ils sont les seuls manier la
langue crite et orale, le latin et le roman. Ce sont eux, en quelque sorte, qui
vont tablir les normes du franais crit. Ils veulent fabriquer des textes en
mettant au point une langue qui sera la langue commune des rgions du nord
de la Gaule.
Rares sont alors les lacs qui matrisent lcriture. Ainsi, Charlemagne lui-mme,
qui est sans doute lhomme le plus puissant dEurope occidentale cette poque,
ne sait pas crire. Il signe les actes impriaux dune croix quil appose dans les
boucles de la signature que lun de ses scribes a prpare. Sa langue maternelle
est le franc et il ne parle pas le roman. Par contre, il parle fort bien le latin, ce
qui lui permet de se faire comprendre des lettrs et des clercs de son immense
empire aux multiples langues. Le latin devient de plus en plus une langue inter-
nationale, comprise par tous les intellectuels dEurope. Cette langue de culture
Pui s arri vrent l es Francs, un peupl e germani que 117
est dsormais apprise lcole, tandis que les langues romanes et germaniques
safrment comme langues du peuple.
Ce retour au latin aura une influence notable sur lvolution de la langue
romane. En efet, de nouveaux mots sont crs partir de formes latines. On
assiste alors un phnomne de re-latinisation du roman.
Au ix
e
sicle, la conscience de parler une langue difrente du latin, surtout dans
les rgions du nord de la Gaule, a t renforce par les rformes carolingiennes.
Cest pourquoi la langue dol sera la premire safrmer par rapport aux autres
langues romanes.
Le roman et le franc coexistent donc du v
e
au x
e
sicle. Les rois mrovingiens,
puis carolingiens sont bilingues.
En 987, Hugues Capet, comte de Paris, fonde son tour une nouvelle dynas-
tie, celle des Captiens, en se faisant lire roi des Francs. De langue maternelle
romane, il semble avoir t le premier souverain a avoir eu besoin dun interprte
pour comprendre le franc.
En 813, un concile runit Tours les prlats de la chrtient et ofcialise les
pratiques en vigueur depuis le vii
e
sicle, en admettant la langue vulgaire, cest-
-dire le roman, dans les sermons prononcs aux ofces. Vulgaire, cette
poque, signife populaire et na pas la connotation pjorative daujourdhui
(du latin vulgus, peuple, foule). Cela montre bien que le peuple ne comprend
plus le latin et quil est urgent pour les prtres de lui parler dans sa langue sils
veulent tre compris.
Les premiers crits en franais
Le 14 fvrier 842, les petits-fls de Charlemagne, Louis le Germanique et Charles
le Chauve scellent une alliance contre leur frre Lothaire en signant les Serments
118 si la langue franaise m tait conte
deStrasbourg. Les armes de lun parlent le germanique, lautre, le roman; il ne
peut donc tre rdig en latin. Chacun des frres prte serment dans la langue
de lautre: Charles sengage en teudisca lingua (germanique), et Louis, en rustica
romana lingua (roman), afn que le serment de lun soit bien compris des sujets
de lautre.
La version romane des Serments de Strasbourg est considre comme le pre-
mier texte du plus ancien franais.
Lautre texte important est la CantilnedesainteEulalie, pome compos
vers 880. Ce sont les premiers vers de la posie franaise qui semble encore plus
prs de la langue courante de cette poque que les Serments, un texte juridique.
Buona pulcella fut Eulalia,
Bel avret corps, bellezour anima
Bonne pucelle fut Eulalie,
Elle avait beau le corps, plus belle lme.
Pui s arri vrent l es Francs, un peupl e germani que 119
Ces deux documents sont considrs comme des preuves quune langue nouvelle
stait dveloppe dans le peuple qui ntait plus du latin, mais bien du franais.
Ils attestent que le franais fut la premire langue romane crite distincte du latin.
Le franais apparat avec normment de variantes rgionales appeles les
langues dol. Il y avait, entre autres, le normand, le picard, le champenois,
lorlanais, le wallon et le franois. Les linguistes se sont longtemps disputs afn
de dterminer celle qui lemporta sur les autres.
Le dialecte parl en le-de-France, la rgion autour de Paris, tait le franois. Lad-
jectif latin franciscus, driv du nom des Francs, est lorigine de ce nom. Il apparat
pour la premire fois dans la Chanson de Roland. Le franois dsigne pour les linguistes
le dialecte qui correspond cette rgion. Ils lappellent aujourdhui le francien.
Les tout premiers textes qui tmoignent du franais crit ne sont jamais
lexpression du parler dune rgion en particulier. On ne peut donc pas dire que
lun dentre eux lemporta. Certains textes sont dinfuence normande, dautres
picarde, champenoise ou bourguignonne.
Ladoption dun systme dcriture conventionnel pour la cration littraire
et les textes juridiques, afn que tous se comprennent, a peu peu gomm les
difrences. Cest cette faon dcrire commune aux difrentes langues dol qui
serait lorigine d