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Leviathan 3e Partie

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Thomas HOBBES (1651)

Lviathan
Trait de la matire, de la forme et du pouvoir de la rpublique ecclsiastique et civile
Troisime partie : DE LA RPUBLIQUE CHRTIENNE
Chapitres XXXII XLIII disponibles.
Traduction originale de M. Philippe Folliot, Professeur de philosophie au Lyce Ango, Dieppe, Normandie. 12 septembre 2003. Un document produit en version numrique par Philippe Folliot, bnvole, Professeur de philosophie au Lyce Ango Dieppe en Normandie Courriel: [Link]@[Link] Site web: [Link] Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales" dirige et fonde par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cgep de Chicoutimi Site web: [Link] Une collection dveloppe en collaboration avec la Bibliothque Paul-mile-Boulet de l'Universit du Qubec Chicoutimi Site web: [Link]

Un document produit en version numrique par M. Philippe Folliot, bnvole, Professeur de philosophie au Lyce Ango Dieppe en Normandie Courriel: [Link]@[Link] Site web: [Link] [Link] partir de :

Thomas HOBBES (1651), Lviathan. Trait de la matire, de la forme et du pouvoir de la rpublique ecclsiastique et civile
traduit de l'anglais par Philippe Folliot partir de LEVIATHAN or the Matter, Forme and Power of A Commonwealth Ecclesiastical and civil by Thomas Hobbes of Malmesbury London Printed for Andrew Crooke 1651 Troisime partie : DE LA RPUBLIQUE CHRTIENNE Chapitres XXXII XXXIX disponibles. Polices de caractres utilise : Pour le texte: Times, 12 points. Pour les citations : Times 10 points. Pour les notes de bas de page : Times, 10 points. dition lectronique ralise avec le traitement de textes Microsoft Word 2001 pour Macintosh. Mise en page sur papier format LETTRE (US letter), 8.5 x 11) dition finalise le 3 janvier 2004 Chicoutimi, Qubec.

Table des matires


LVIATHAN
TROISIME PARTIE : DE LA RPUBLIQUE CHRTIENNE Chap. XXXII. Chap. XXXIII. Des Principes de la Politique chrtienne Du Nombre, de l'Antiquit, du but, de l'Autorit et des Interprtes des Livres de l'criture sainte Chap. XXXIV. De la signification des mots esprit, ange et inspiration dans les Livres de l'criture sainte Chap. XXXV. De la signification dans l'criture des dnominations Royaume de Dieu, Saint, Sacr et Sacrement Chap. XXXVI. De la Parole de Dieu, et des Prophtes Chap. XXXVII. Des Miracles et de leur fonction Chap. XXXVIII. De la signification, dans l'criture, des dnominations Vie ternelle, Enfer, Salut, Monde venir et Rdemption Chap. XXXIX. De la signification dans l'criture du mot glise Chap. XL. Des Droits du Royaume de Dieu chez Abraham, Mose, les Grands-Prtres et les Rois de Juda Chap. XLI. De la Fonction de notre Sauveur bni Chap. XLII. Du Pouvoir ecclsiastique Chap. XLIII. De ce qui est ncessaire pour tre reu dans le Royaume des Cieux. QUATRIME PARTIE : DU ROYAUME DES TNBRES Chap. XLIV. Chap. XLV. Chap. XLVI. Chap. XLVII. Des Tnbres spirituelles dues une Interprtation incorrecte de l'criture De la Dmonologie et des autres Vestiges de la Religion des Gentils Des Tnbres qui procdent d'une vaine Philosophie et de Traditions fabuleuses Des Avantages qui procdent de ces Tnbres, et qui en bnficient Rvision et Conclusion

Troisime partie

De la Rpublique chrtienne
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Troisime partie : De la Rpublique chrtienne

Chapitre XXXII
Des Principes de la Politique chrtienne

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Jusqu'ici, j'ai fait driver les droits du pouvoir souverain et le devoir des sujets uniquement des principes de la nature, ceux que l'exprience a trouv vrais 1, ou que l'accord 2 sur l'usage des mots a rendu tels; c'est--dire de la nature des hommes, qui nous est connue par exprience, et des dfinitions des mots qui sont essentiels tout raisonnement politique, dfinitions sur lesquelles on s'accorde universellement. Mais dans ce dont je vais maintenant traiter, la nature et les droits d'une REPUBLIQUE CHRETIENNE, qui reposent essentiellement sur des rvlations surnaturelles de la volont de Dieu, le fondement de mon discours doit tre, non seulement la parole naturelle de Dieu, mais aussi sa parole prophtique 3. Nanmoins, nous ne devons pas renoncer nos sens et notre exprience, ni ce qui est la parole indubitable de Dieu, notre raison naturelle, car ce sont des talents qu'il a mis entre nos mains pour ngocier 4, jusqu'au retour de notre Sauveur bni, et donc, non pour tre envelopps dans le linge d'une foi implicite 5, mais pour tre
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"such as experience has found true". (NdT) "consent". "mutuel" est ajout par F. Tricaud. G. Mairet traduit de faon infidle par "convention". (NdT) "not only the natural word of God, but also the prophetical". (NdT) "negotiate". F. Tricaud traduit : "pour tre des instruments de ngoce". (NdT) Celui qui a la foi implicite ne connat pas le dtail des dogmes mais accepte globalement ce que l'Eglise dclare. Par exemple, le croyant ne connat videmment pas le dtail des hrsies, mais il accepte globalement que ce sont des hrsies, sans avoir les connaissances thologiques et l'autorit suffisantes. Dans notre passage, Hobbes associe explicitement la foi implicite et le non exercice de la raison naturelle. La question de la foi implicite fait d'autant plus sens au XVIIme

employs acheter la justice, la paix et la vraie religion 1. En effet, quoiqu'il y ait beaucoup de choses qui dpassent la raison 2 dans la parole de Dieu, c'est--dire qui ne peuvent tre, soit dmontres soit rfutes par la raison naturelle, cependant, il n'y a rien qui ne lui soit contraire. Quand il semble en tre ainsi, la faute en revient, soit notre interprtation maladroite, soit notre ratiocination errone. Donc, quand quelque crit de cette sorte est trop difficile pour que nous l'examinions, il nous est ordonn de laisser les mots captiver notre entendement 3, et de ne pas nous fatiguer dgager par la logique une vrit philosophique de ces mystres qu'on ne peut comprendre et qui ne sont soumis aucune rgle de la science naturelle 4. En effet, il en est des mystres de notre religion comme des pilules salutaires pour les malades qui, avales d'un coup, ont une vertu curative, mais qui, mches, sont pour la plus grande part rejetes sans avoir fait d'effet. Captiver notre entendement 5 ne signifie pas soumettre notre facult intellectuelle l'opinion de quelque autre homme, mais signifie soumettre notre volont l'obissance, l o l'obissance est due. En effet, il n'est pas en notre pouvoir de changer sensation, souvenir, entendement, raison, et opinion, qui sont toujours, et ncessairement, tels que les choses que nous voyons, entendons et considrons nous les font venir l'esprit. Ce ne sont pas les effets de notre volont, c'est notre volont qui est leur effet. Nous captivons donc notre entendement et notre raison quand nous nous abstenons de contredire, quand nous parlons comme nous l'ordonne l'autorit lgale et que nous vivons conformment ses commandements; ce qui, en somme, est mettre sa confiance et sa foi en celui qui parle, mme si l'esprit est totalement incapable de produire une quelconque notion partir des mots prononcs. Quand Dieu parle l'homme, ce doit tre immdiatement 6, ou par la mdiation d'un autre homme qui il a antrieurement parl lui-mme immdiatement. Comment Dieu parle-t-il un homme immdiatement? Cela peut tre assez bien 7 compris par ceux qui il a ainsi parl, mais comment cela peut-il tre compris par un autre, il est difficile, si ce n'est pas impossible, de le savoir. En effet, si quelqu'un me prtend que Dieu lui a parl de faon surnaturelle et immdiate, et que j'en doute, je vois difficilement quelle preuve il peut produire pour m'obliger croire cela. Il est vrai que s'il est mon souverain, il peut m'obliger l'obissance, de telle sorte que je ne dclare pas, par des actes ou des paroles, que je ne le crois pas; mais il ne peut pas m'obliger penser autre chose que ce que ma raison me persuade. Mais si quelqu'un
qu'elle a t videmment ractive par la Rforme au XVIme. F. Tricaud a raison de rapprocher le verbe "to hold" de l'tymologie de "implicit" : voir le latin implicare. (NdT) Le vocabulaire montaire et commercial de ce passage ("For they are the talents which he hath put into our hands to negotiate, till the coming again of our blessed Saviour;and therefore not to be folded up in the napkin of an implicit faith, but employed in the purchase of justice, peace, and true religion") ne peut se comprendre qu' la lumire de la parabole des talents (Matthieu, XXV, 14-30 et Luc, XIX,12-27) qu'on peut rsumer ainsi : l'homme doit faire fructifier pour le Bien ce qui lui est donn. (NdT) "above reason". (NdT) "we are bidden to captivate our understanding to the words". Seuls les mots franais "captiver" et "subjuguer" rendent fidlement l'anglais "to captivate".(NdT) "and not to labour in sifting out a philosophical truth by logic of such mysteries as are not comprehensible, nor fall under any rule of natural science". (NdT) "understanding" : comprhension. (NdT) "immediately" : directement, sans mdiation. (NdT) "well enough". La traduction de F. Tricaud ("adquatement") n'est pas fidle. (NdT)

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qui n'a pas sur moi une telle autorit prtend la mme chose, rien ne m'astreint la croyance ou l'obissance. En effet, dire que Dieu lui a parl dans l'Ecriture sainte, ce n'est pas dire que Dieu lui a parl immdiatement, c'est dire qu'il lui a parl par la mdiation des prophtes, ou des aptres, ou de l'Eglise 1, de la mme manire qu'il a parl tous les autres chrtiens 2. Dire que Dieu lui a parl dans un rve n'est rien de plus que dire qu'il a rv que Dieu lui parlait; ce qui n'est pas suffisant pour gagner la croyance de celui qui sait que les rves sont pour l'essentiel naturels, et peuvent procder de penses antrieures, et, pour de tels rves, de la vanit, de la sotte arrogance, de la fausse opinion qu'un homme a de sa propre pit, ou de sa propre vertu, par lesquelles il juge avoir mrit la grce d'une rvlation extraordinaire 3. Dire qu'il a eu une vision, ou entendu une voix, est dire qu'il a rv, entre le sommeil et la veille, car, de cette faon, on prend souvent naturellement ses rves pour une vision, n'ayant pas remarqu pas qu'on s'tait assoupi. Dire qu'il parle par inspiration surnaturelle, c'est dire qu'il prouve un dsir ardent de parler, ou qu'il a quelque haute opinion de luimme, pour lesquels il ne peut allguer aucune raison naturelle et suffisante. Si bien que, mme si Dieu Tout-Puissant peut parler un homme par des rves, des visions, par la voix ou par l'inspiration, il n'oblige cependant personne croire qu'il a parl ainsi celui qui le prtend, qui, tant un homme, peut se tromper, et qui plus est 4, mentir Comment alors celui qui Dieu n'a jamais rvl sa volont immdiatement (sinon par la voie de la raison naturelle) peut-il savoir quand il doit obir ou ne doit pas obir sa parole, dlivre par celui qui dit qu'il est un prophte? Des quatre cents prophtes qui le roi d'Isral demanda conseil sur la guerre qu'il fit contre Ramothde-Galaad 5, seul Miche 6 tait un vrai prophte 7. Le prophte 8 qui fut envoy pour prophtiser contre l'autel dress par Jroboam 9, quoiqu'il ft un vrai prophte, et que les deux miracles qu'il fit en sa prsence 10 montrent qu'il tait un prophte envoy par Dieu 11, il fut cependant tromp par un autre vieux prophte 12 qui le persuada, disant que sa parole venait de la bouche de Dieu, de manger et de boire avec lui. Si un prophte trompe un autre prophte, quelle certitude avons-nous de connatre la volont de Dieu par une autre voie que celle de la raison? A quoi je rponds, partie de l'Ecriture sainte, qu'il y a deux signes, ensemble, et non sparment, par lesquels un prophte doit tre reconnu. L'un est qu'il fait des miracles, l'autre est qu'il
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L'absence de majuscule, chez G. Mairet, tonne ... (NdT) F. Tricaud ne tient pas compte de "all". (NdT) "the favour of extraordinary revelation". (NdT) "which is more". Erreur de traduction de G. Mairet ("le plus souvent"). (NdT) Ville frontire de Transjordanie, au sud-est du lac de Gnsareth. (NdT) Les prophtes du roi avaient prdit la victoire, alors que Miche avait prdit la dfaite. (NdT) 1. Rois, XXII. (Note de Hobbes) La bible dit "l'homme de Dieu", sans prciser un nom ("vir Dei" dans la Vulgate). (NdT) 1. Rois, XIII. (Note de Hobbes) 1) La main de Jroboam se dessche, et le prophte apaise Dieu pour que la main revienne (XIII, 4-6). 2) Le temple se fend et la graisse se rpand de l'autel (XIII, 5). Traduction inacceptable de G. Mairet : "bien qu'tant un vrai prophte, et cela cause des miracles accomplis". (NdT) Dieu avait interdit au prophte de manger, de boire, et de repartir par le mme chemin (XIII,9). Le vieux prophte de Bthel mentit en prtendant avoir t clair par un ange lui recommandant de faire venir l'homme de Dieu chez lui pour qu'il mange et boive (XIII,18). Dieu punit l'homme de Dieu qui fut tu par un lion et qui ne put tre enseveli dans la tombe de ses pres (XIII,21-30).

n'enseigne aucune autre religion que celle qui est dj tablie. Sparment, dis-je, aucun des signes n'est suffisant. Si un prophte surgit parmi vous, ou un visionnaire de visions, et qu'il prtend faire un miracle, et que le miracle arrive, et s'il dit : suivons des dieux trangers que tu n'as pas connus, tu ne l'couteras pas, etc.. Mais ce prophte et visionnaire de visions sera mis mort pour avoir prch la rvolte contre le Seigneur votre Dieu 1. Dans ces paroles, deux choses sont remarquer : premirement, que Dieu ne veut pas que les miracles servent seulement de preuves pour attester la vocation du prophte, mais (comme il est dit au troisime verset 2) pour prouver la constance de notre attachement 3. En effet, les oeuvres des magiciens gyptiens 4, mme s'ils n'taient pas aussi grands que ceux de Mose, taient cependant de grands miracles. Deuximement, qu'aussi grand que soit un miracle, s'il tend susciter une rvolte contre le roi ou celui qui gouverne par autorit royale, celui qui accomplit un tel miracle ne doit pas tre considr autrement que comme envoy pour mettre l'preuve leur fidlit 5. Car ces paroles, la rvolte contre le Seigneur votre Dieu, quivalent dans ce passage se rvolter contre votre roi. En effet, les Juifs 6 avaient fait de Dieu leur roi par un pacte 7 au pied du Mont Sina 8, qui les gouvernait par le seul Mose, qui tait le seul parler avec Dieu, et qui, de temps en temps, exposait au peuple les commandements de Dieu 9. De la mme manire, quand le Christ notre Sauveur se fit reconnatre par ses disciples comme le Messie (c'est--dire oint de Dieu 10, que la nation des Juifs attendait chaque jour comme roi, mais qu'elle refusa quand il vint) il n'oublia pas de les avertir du danger des miracles. De faux Christs et de faux prophtes surgiront, qui feront de grands prodiges et de grands miracles, jusqu' sduire (si c'tait possible) mme les lus 11.
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Deutronome, XIII, 1-5. (Note de Hobbes) "If a prophet rise amongst you, or a dreamer of dreams, and shall pretend the doing of a miracle, and the miracle come to pass; if he say, Let us follow strange gods, which thou hast not known, thou shalt not hearken to him, etc. But that prophet and dreamer of dreams shall be put to death, because he hath spoken to you to revolt from the Lord your God". La King James version donne : "If there arise among you a prophet, or a dreamer of dreams, and giveth thee a sign or a wonder, And the sign or the wonder come to pass, whereof he spake unto thee, saying, Let us go after other gods, which thou hast not known, and let us serve them; Thou shalt not hearken unto the words of that prophet, or that dreamer of dreams: for the LORD your God proveth you, to know whether ye love the LORD your God with all your heart and with all your soul. Ye shall walk after the LORD your God, and fear him, and keep his commandments, and obey his voice, and ye shall serve him, and cleave unto him. And that prophet, or that dreamer of dreams, shall be put to death; because he hath spoken to turn you away from the LORD your God". (NdT) Il s'agit en fait du verset 4. (NdT) "to Himself", ajoute Hobbes. (NdT) Exode, VII, 11 (pisode du bton qui devient dragon), 22 (premier flau), VIII, 3 (deuxime flau). L'insuffisance des magiciens gyptiens se rvle au troisime flau (VIII,14). (NdT) "allegiance". (NdT) L'anglais dit juste "they". (NdT) C'est l'alliance. Hobbes utilise le mot "pact". Le mot grec traduit par "alliance" peut tre aussi traduit par "testament". Ainsi, les textes de l'ancienne alliance forment l'Ancien Testament, ceux de la nouvelle alliance, le Nouveau Testament. Selon la Gense (IX,13), l'arc-en-ciel est le signe de la premire alliance entre Dieu et No, et tous les tres vivants. (NdT) Exode, XIX et XX. (NdT) On lit, en Exode, XXI, 1 : "Voici les rgles que tu leur exposeras". (NdT) "for God's anointed". Erreur de traduction de F. Tricaud qui traduit "l'oint de Dieu" : Il et fallu que le texte ft "The God's Oint" ou "The Lord's Oint". On rappellera que l'onction consistait verser de l'huile sur la tte d'un nouveau roi ou d'un nouveau grand prtre. "Oint" se dit en hbreu Machia, qui a donn Messie, et se dit en grec Christos, qui a donn Christ. (NdT) Matthieu, XXIV, 24. (Note de Hobbes) "There shall arise (...) false Christs, and false prophets, and shall do great wonders and miracles, even to the seducing (if it were possible) of the very elect".

Ce qui montre que les faux prophtes peuvent avoir le pouvoir [de faire] des miracles, et cependant, nous ne devons pas prendre leur doctrine pour la parole de Dieu. Saint Paul dit, plus loin, aux Galates, que si lui-mme, ou un ange du ciel leur prchait un autre vangile que celui qu'il leur a prch, qu'il soit maudit 1. Cet vangile tait que Christ tait roi 2, de sorte que toute prdication contre le pouvoir du roi qu'un peuple a reu est, en consquence de ces paroles, maudite par saint Paul; car son discours est adress ceux qui, par sa prdication, avaient dj reu Jsus comme le Christ 3, c'est--dire comme roi des Juifs. Tout comme les miracles, sans la prdication de cette doctrine que Dieu a tablie, la prdication de la vraie doctrine, sans l'accomplissement de miracles est une preuve insuffisante de rvlation immdiate. En effet, si un homme qui n'enseigne pas une fausse doctrine prtendait tre un prophte sans montrer un miracle, sa prtention ne doit aucunement lui gagner plus de considration, comme cela est vident par le Deutronome, XVIII, 21-22 : si tu dis dans ton coeur : comment saurons-nous que la parole (du prophte) n'est pas celle que le Seigneur a dite? Quand le prophte aura parl au nom du Seigneur, ce qui n'arrivera pas, c'est la parole que le Seigneur n'a pas dite, mais le prophte l'a dite 4 par orgueil de son propre coeur 5, ne le crains pas 6. Mais on peut ici se poser cette question : quand le prophte a prdit une chose, comment saurons-nous si cela arrive ou non? En effet, il peut la prdire comme une

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La King James version donne : "For there shall arise false Christs, and false prophets, and shall shew great signs and wonders; insomuch that, if it were possible, they shall deceive the very elect." (NdT) Galates, I, 8 (Note de Hobbes) "if himself or an angel from heaven preach another Gospel to them than he had preached, let him be accursed". Conforme la King James version. Le participe pass "accursed" correspond dans la Vulgate et dans la version grecque de Stephanus "anathme". Rappelons que l'anathme est d'abord une extermination des personnes et des biens, mais dans le Deutronome, le mot est aussi employ au sens figur : considr comme abominable. Dans le Christianisme, l'anathme est l'excommunication. (NdT) "That Gospel was that Christ was King". Autrement, cette bonne nouvelle (euaggelion en grec, evangelium en latin ecclsiastique) est que Christ est roi. G. Mairet, qui traduit "cet vangile disait que le Christ tait roi" ne semble pas connatre le sens du mot "vangile". (NdT) Effectivement, Paul s'adresse aux glises chrtienne de Galaties (qu'il a cres avec Barnabas Voir Actes), d'ailleurs cause de contre-missionnaires judasants qui prchent un vangile perverti qui tend refuser l'universalisme de la parole du Christ en redonnant force la loi de Mose (ce faux vangile faisait de la circoncision une condition essentielle du salut). C'est la raison pour laquelle, dans cet ptre (II, 16), saint Paul affirme que l'homme n'est pas justifi par les oeuvres de la loi, mais seulement par la foi en Jsus Christ (n'oublions que Paul s'occupait de l'vanglisation des incirconcis). (NdT) F. Tricaud ne tient pas compte de "it" ("but the prophet kas spoken it"). (NdT) F. Tricaud ne tient pas compte de "the pride" et traduit : "mais le prophte a parl d'aprs son propre coeur", ce qui modifie considrablement le sens du verset. La vulgate dit bien "per tumorem animi" (Le "tumor" est l'enflure, le gonflement). La Septante dit "en asebeia elalsen" (l'a dite dans l'impit). (NdT) "If thou say in thy heart, How shall we know that the word" (of the prophet) "is not that which the Lord hath spoken? When the prophet shall have spoken in the name of the Lord, that which shall not come to pass, that is the word which the Lord hath not spoken, but the prophet has spoken it out of the pride of his own heart, fear him not". La King James version donne : "And if thou say in thine heart, How shall we know the word which the LORD hath not spoken? When a prophet speaketh in the name of the LORD, if the thing follow not, nor come to pass, that is the thing which the LORD hath not spoken, but the prophet hath spoken it presumptuously: thou shalt not be afraid of him." (NdT)

chose qui arrivera dans un temps dtermin 1, longtemps aprs, au-del de la dure de la vie d'homme, ou une chose qui arrivera une poque indtermine, un moment ou un autre : auquel cas le signe que c'est bien un prophte est inutile, et c'est pourquoi les miracles qui nous obligent croire un prophte doivent tre confirms par un vnement immdiat, ou qui arrive peu aprs. De sorte qu'il est manifeste que l'enseignement de la religion que Dieu a tablie et le fait de montrer un miracle dans le prsent, runis, taient les seuls signes par lesquels on devait reconnatre, selon l'Ecriture, un vrai prophte, c'est--dire une rvlation immdiate, aucun d'eux n'tant seul suffisant pour obliger un autre homme prendre en considration ce que dit le prophte. Par consquent, tant donn que les miracles ont aujourd'hui cess, il ne nous reste aucun signe pour reconnatre les prtendues rvlations ou inspirations d'aucun particulier, et nous ne sommes plus obligs de prter l'oreille aucune doctrine, audel de ce qui est conforme aux Saintes Ecritures qui, depuis le temps de notre Sauveur, prennent la place et suffisent compenser le dfaut 2 de toute autre prophtie, et desquelles, par une interprtation sage et rudite et une ratiocination faite avec soin, on peut facilement dduire, sans enthousiasme 3 ou inspiration surnaturelle, toutes les rgles et tous les prceptes ncessaires la connaissance de notre devoir, tant envers Dieu qu'envers l'homme. Et c'est de cette Ecriture que j'ai tirer les principes de mon discours concernant les droits de ceux qui sont sur terre les chefs suprmes des Rpubliques chrtiennes, et le devoir des sujets chrtiens envers leurs souverains. Et cette fin, je parlerai, dans le prochain chapitre, des livres, de ceux qui les ont rdigs 4, du but et de l'autorit de la Bible.

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G. Mairet n'a pas compris que "certain" s'oppose "indefinitely" : "For he may foretell it as a thing to arrive after a certain long time, longer than the time of man's life; or indefinitely, that it will come to pass one time or other". (NdT) Au sens de manque, bien videmment. (NdT) "enthusiasm" : sans fanatisme, sans exaltation, sans prtention l'inspiration divine. Le sicle des Lumires fera une critique assez systmatique de cet enthousiasme (voir Hume et Kant par exemple). (NdT) "writers". La traduction de G. Mairet ("auteurs"), vu la nature du texte, est particulirement maladroite. D'ailleurs, Hobbes vite le plus souvent le mot "author". (NdT)

Troisime partie : De la Rpublique chrtienne

Chapitre XXXIII
Du Nombre, de l'Antiquit, du but, de l'Autorit et des Interprtes des Livres de l'criture sainte

Retour la table des matires Par livres de l'ECRITURE sainte, on entend les livres qui doivent tre le canon 1, c'est--dire les rgles de la vie chrtienne. Et comme toutes les rgles de vie que les hommes sont tenus en conscience d'observer sont des lois, la question de l'Ecriture est la question de ce qu'est la loi, aussi bien naturelle que civile, dans toute la Chrtient. En effet, quoiqu'il ne soit pas prcis dans l'Ecriture quelles lois chaque roi chrtien doit instituer en son propre empire, il est cependant prcis quelles lois il ne doit pas instituer. Par consquent, tant donn que j'ai dj prouv que les souverains sont les seuls lgislateurs dans leur propre empire, sont seuls canoniques, c'est--dire lois 2, les livres qui sont tablis comme tels par l'autorit souveraine. Il est vrai que Dieu est le souverain de tous les souverains, et que quand il parle un sujet,
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"the canon". (NdT) "that is, law". F. Tricaud traduit : "c'est--dire ont seuls force de loi". (NdT)

il doit tre obi, quel que soit l'ordre contraire d'un quelconque potentat de ce monde 1. Mais la question n'est pas celle de l'obissance Dieu, elle est de savoir quand Dieu a parl et ce qu'il a dit, ce qui, pour les sujets qui n'ont pas de rvlation surnaturelle, ne peut tre connu que par cette raison naturelle qui les guide, pour obtenir la paix et la justice, dans l'obissance l'autorit de leurs Rpubliques respectives, c'est--dire de leurs souverains lgitimes. Conformment cette obligation, je ne peux reconnatre comme Ecriture sainte d'autres livres de l'Ancien Testament que ceux que l'autorit de l'Eglise d'Angleterre 2 a ordonn de reconnatre comme tels. Quels sont ces livres, on le sait assez sans en dresser ici le catalogue, ce sont les mmes qui sont reconnus par saint Jrme, qui tenait les autres pour apocryphes, savoir la Sagesse de Salomon, l'Ecclsiastique 3, Judith, Tobit, le premier et le second livre des Macchabes (bien qu'il ait vu le premier en hbreu) et les troisime et quatrime livres d'Esdras. Pour ce qui est des livres canoniques, Josphe 4, un juif rudit qui crivait l'poque de l'empereur Domitien, en compte vingt-deux, faisant s'accorder ce nombre avec celui des lettres de l'alphabet hbraque. Saint Jrme fait de mme, quoiqu'ils ne comptent pas de la mme manire. Car Josphe compte cinq livres de Mose, treize des prophtes qui crivent l'histoire de leur propre poque (comment cela s'accorde avec les crits prophtiques contenus dans la Bible, nous le verrons ciaprs), et quatre d'hymnes et de prceptes moraux. Mais saint Jrme compte cinq livres de Mose, huit des prophtes, et neuf d'autres crits sacrs qu'il nomme hagiographes. Les Septante, qui taient soixante-dix rudits juifs que Ptolme, roi d'Egypte, avait envoy chercher pour traduire la loi juive d'hbreu en grec, ne nous ont pas laiss dans la langue grecque, comme Ecriture Sainte, d'autres livres que ceux qui sont reus dans l'Eglise d'Angleterre. Quant aux livres du Nouveau Testament, ils sont galement reconnus comme canon par toutes les Eglises chrtiennes, et par toutes les sectes de chrtiens, si tant est 5 que ces dernires en reconnaissent certains comme canoniques 6. Qui furent les rdacteurs 7 originaux des diffrents livres de l'Ecriture sainte, cela n'a t mis en vidence par aucun tmoignage suffisant d'une autre histoire 8, qui est la seule preuve d'une chose de fait 9, et il ne peut y avoir aucune preuve de la raison naturelle, car la raison sert uniquement convaincre de la vrit d'une conscution, non d'un fait. La lumire qui doit nous guider dans cette question doit donc tre celle que nous offrent les livres eux-mmes; et cette lumire, quoiqu'elle ne nous montre pas qui a rdig chaque livre, n'est pourtant pas inutile pour nous faire savoir quelle poque le livre a t crit. Et premirement, dans le Pentateuque, que ces cinq livres soient nomms livres de Mose n'est pas une preuve qu'ils ont t crits
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"whatsoever any earthly potentate command to the contrary". Allusion au pape. (NdT) Autrement dit, l'Eglise anglicane. (NdT) Autrement dit le Siracide (nomm dans la Septante Sagesse de Sirach, ou Sagesse de Jsus, fils de Sirach). Ne pas confondre avec l'Ecclsiaste. Flavius Josphe (37-100). (NdT) Ou "pour autant que ...". (NdT) "that admit any books at all for canonical". F. Tricaud escamote la difficult en traduisant : "qui reoivent des livres comme canoniques". Erreur de traduction de G. Mairet : "qui tiennent tout livre pour canonique". (NdT) "writers". "auteurs" serait une traduction maladroite. (NdT) "of other history" : autre que l'histoire sainte. F. Tricaud ne tient pas compte de "other". (NdT) "matter of fact". J'adopte la traduction que j'avais adopte chez Hume pour la mme expression. (NdT)

par Mose; pas plus que ces titres, le livre de Josu, le livre des Juges, le livre de Ruth, le livre des Rois, ne sont des preuves suffisantes qu'ils furent crits par Josu, les Juges, Ruth et par les Rois. Car dans les titres des livres, le sujet est aussi souvent indiqu que le rdacteur. L'histoire de Tite-Live indique le rdacteur, mais l'histoire de Scanderbeg 1 tire son titre de son sujet. On lit au dernier chapitre du Deutronome, verset 6, propos du tombeau de Mose, que personne ne connat son tombeau jusqu' ce jour 2, c'est--dire jusqu'au jour o ces paroles furent crites. Il est donc manifeste que ces paroles furent crites aprs son inhumation. En effet, ce serait faire une trange interprtation que de dire que Mose a parl de son propre tombeau (mme par prophtie) pour dire que ce tombeau n'a pas t trouv jusqu'au jour o il vivait encore. Mais quelqu'un peut peut-tre allguer que le dernier chapitre seulement, et non l'ensemble du Pentateuque, a t crit par un autre homme, mais pas le reste. Considrons donc que ce qu'on trouve au livre de la Gense, chapitre XII, verset 6 : Et Abraham traversa le pays jusqu'au lieu de Sichem, jusqu' la plaine de Mor, et les Cananens taient alors dans le pays 3, ce sont ncessairement les paroles de quelqu'un qui crivait quand les Cananens n'taient pas dans le pays, et par consquent, ce ne sont pas les paroles de Mose, qui mourut avant d'y entrer. De mme, dans les Nombres, chapitre XXI, verset 14, le rdacteur cite un livre plus ancien, intitul le Livre des guerres du Seigneur 4, ou taient consigns les actes de Mose la mer rouge et au torrent d'Arnon. Il est donc suffisamment clair que les cinq livres de Mose furent crits aprs son poque, quoiqu'il ne soit pas aussi vident [de dire] combien de temps aprs. Mais bien que Mose n'ait pas compos 5 ces livres dans leur totalit, et dans la forme o nous les avons, il a cependant rdig tout ce qu'il y est dit avoir rdig, comme par exemple le volume de la loi qui est contenu, semble-t-il, dans le chapitre XI du Deutronome, et dans les chapitres suivants jusqu'au vingt-septime, qui fut, d'aprs les ordres de Dieu, crit sur des pierres l'entre des Juifs dans le pays de Canaan 6. Ces textes, Mose les crivit lui-mme, et les donna aux prtres et aux anciens d'Isral 7, pour qu'ils soient lus tous les sept ans tout Isral, quand les Juifs se rassemblent pour la fte des Tabernacles 8. Et c'est cette loi dont les rois devaient, selon les ordres de Dieu (quand ils auraient tabli cette forme de gouvernement), recevoir des prtres et des Lvites une copie, loi que Mose ordonna aux prtres et aux Lvites de mettre cot de l'Arche 9, et qui, aprs avoir t perdue, fut, longtemps
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Georges Castriota, dit Skanderberg (ou Scanderbeg)(1403-1468) : homme de guerre albanais. (NdT) Deutronome, XXXIV, 6 : "that no man knoweth of his sepulchre to this day". Conforme la King James version (qui dit "unto this day".) (NdT) "And Abraham passed through the land to the place of Sichem, unto the plain of Moreh, and the Canaanite was then in the land". Conforme la King James version. (NdT) Recueil de pomes inconnu dont les vers cits en Nombres, XXI, sont les seuls connus. (NdT) "compile". On ne peut facilement traduire "compiler" en franais, mais traduire, comme G. Mairet, par "rdiger" est insuffisant, vu le prfixe du verbe anglais. F. Tricaud a tout fait raison de choisir le verbe "composer". (NdT) Deutronome, XXVII, 1-8. (NdT) Deutronome, XXXI, 9 (Note de Hobbes). Ou fte des Tentes (voir le sens du mot "tabernaculum") ou encore fte des Huttes : clbre aprs la moisson, alors que les juifs logeaient huit jours sous des huttes de branchages. Cette fte a lieu tous les ans, mais Hobbes fait ici allusion l'anne de la remise, septime anne. Voir Deutronome, XV. (NdT) Deutronome, XXXI, 26 (Note de Hobbes).

aprs, retrouve par Hilkija 1 et envoye au roi Josias qui, la faisant lire au peuple, renouvela l'Alliance 2 entre Dieu et le peuple juif 3. Que le livre de Josu ait t aussi crit bien aprs son poque, c'est ce qui ressort de nombreux passages du livre lui-mme. Josu fit dresser douze pierres au milieu du Jourdain 4, pour commmorer leur passage, dont le rdacteur dit : Elles y sont jusqu' ce jour 5; jusqu' ce jour tant une expression qui signifie depuis une poque pass, au-del de la mmoire humaine. De la mme manire, sur le fait que le Seigneur dise qu'il a roul loin du peuple [juif] l'opprobre d'Egypte 6, le rdacteur dit : Ce lieu est appel Guilgal 7 jusqu' ce jour 8, expression qui n'aurait pu convenir l'poque de Josu. De mme, du nom de la valle d'Akor, nom qui vient du trouble occasionn dans le camp par Akn 9, le rdacteur dit : demeure jusqu' ce jour 10, ce qui doit donc ncessairement se situer longtemps aprs l'poque de Josu. Des preuves du mme genre, il en existe beaucoup, comme en Josu, VIII, 29; XIII,13; XIV, 14; XV, 63 11. La mme chose est manifeste par des preuves du livre des Juges, I, 21,26; VI, 24; X, 4; XV, 19; XVII, 6 12, et de Ruth, I, 1 13, mais surtout des Juges, XVIII, 30, o il est dit que Jonathan et ses fils furent prtres de la tribu de Dan jusqu'au jour de la captivit du pays 14.

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2, Rois, XXII, 8 (Note de Hobbes). "covenant". (NdT) 2, Rois, XXIII,1-3 (Note de Hobbes). Josu, IV, 1-8. Pour rappeler que les eaux du Jourdain ont t coupes devant l'Arche de l'Alliance. (NdT) Josu, IV, 9 (Note de Hobbes) Autrement dit, le fait que les enfants d'Isral ns dans le dsert, aprs la sortie d'Egypte, n'aient pas t circoncis. (NdT) En hbreu, il y a un jeu de mots entre ce nom et le verbe rouler. (NdT) Josu, V, 9 (Note de Hobbes). Acte d'infidlit l'gard de l'interdit : vol d'une cape, de deux cents sicles d'argent et d'un lingot d'or. Le voleur fut lapid et brul dans la valle qui reut alors son nom. Voir Josu, VII, 1-26. (NdT) Josu, VII, 26 (Note de Hobbes). VIII, 29 : "et on leva au-dessus de lui un grand monceau de pierres qui existe encore aujourd'hui". XIII, 13 : "Gueshour et Maakath ont donc habit au milieu d'Isral jusqu' ce jour". XIV, 14 : "C'est pourquoi Caleb, fils de Yfounn, le Qenizzite a eu Hbron pour hritage jusqu' ce jour". VI, 63 : "Les Jbusites habitent donc avec les fils de Juda Jrusalem jusqu' ce jour". (NdT) I, 21 : "Quant aux Jbusites qui habitaient Jrusalem, les fils de Benjamin ne les dpossdrent pas et les Jbusites ont habit Jrusalem avec les fils de Benjamin jusqu' ce jour." I, 26 : "Cet homme s'en alla au pays des Hittites et btit une ville qu'il nomma Louz; c'est encore son nom aujourd'hui." VI, 24 : "A cet endroit, Gdon btit un autel au Seigneur et il l'appela "le seigneur est paix". Jusqu' ce jour, cet autel est encore Ofra d'Avizer." X, 4 : "Il avait trente fils qui montaient trente nons et qui possdaient trente villes appeles jusqu' ce jour les Campements de Yar au pays de Galaad." XV, 19 : "C'est pourquoi on donna le nom de Ein-Qor la source qui se trouve encore aujourd'hui Lhi." XVII, 6 : "En ces jours-l, il n'y avait pas de roi en Isral." (NdT) I, 1 : "Il y eut une fois, au temps des juges, une famine dans le pays." (NdT) "of the captivity of the land". (NdT)

Il existe des preuves semblables que les livres de Samuel furent aussi crits aprs sa propre poque : 1. Samuel, V, 5; VII, 13,15; XXVII, 6 1 et XXX, 25, o, aprs que David eut adjug une part gale du butin ceux qui avaient gard les bagages et ceux qui avaient combattu, le rdacteur dit : Il en fit pour Isral un statut et une ordonnance jusqu' ce jour 2. De mme, quand David (contrari 3 que le Seigneur ait tu Ouzza pour avoir avanc la main afin de soutenir l'Arche 4) appela le lieu Prets-Uzza 5, le rdacteur dit qu'il est appel ainsi jusqu' ce jour 6. Donc, l'poque o fut rdig ce livre doit se situer longtemps aprs l'vnement, c'est--dire longtemps aprs l'poque de David. Pour ce qui est des deux livres des Rois, et des deux livres des Chroniques, outre les passages qui mentionnent des monuments dont le rdacteur dit qu'ils demeurent jusqu' sa propre poque, tels que [Link], IX, 13; IX, 21; X, 12; XII, 19; [Link], II, 22; X, 27; XIV, 7; XVI, 6, XVII, 23; XVII, 34; XVII, 41; [Link], IV, 41; V, 26 7, le fait que leur histoire se poursuit jusqu' cette poque est une preuve suffisante qu'ils furent crits aprs la captivit de Babylone. En effet, les faits consigns sont toujours plus anciens que le registre o ils sont consigns, et beaucoup plus anciens que les livres qui font mention du registre et qui le citent, comme ces livres le font en diffrents passages, renvoyant le lecteur aux chroniques des rois de
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V, 5 : "Voil pourquoi, aujourd'hui encore, Ashdod, les prtres de Dgon et tous ceux qui entrent dans la maison de Dgon ne foulent pas le seuil de Dgon." VII, 13 : "Les Philistins furent abaisss et ils ne recommencrent plus pntrer dans le territoire d'Isral. Et la main du Seigneur fut sur les Philistins durant tous les jours de Samuel." VII, 15 : "Samuel jugea Isral tous les jours de sa vie." XXVII, 6 : "C'est pourquoi Ciqlag a appartenu aux rois de Juda jusqu' ce jour." (NdT) I. Samuel, XXX, 25. "He made it a statute and an ordinance to Israel to this day." Conforme la King James version. "et deinceps constitutum et praefinitum et quasi lex in Israhel ", dit la Vulgate. (NdT) "displeased". La traduction "boulevers", que G. Mairet emprunte la T.O.B., n'est pas fidle Hobbes. (NdT) Les boeufs flchissaient ("avaient gliss", donnent certaines traductions). (NdT) C'est la traduction que donne la version Darby. F. Tricaud crit "Phrts-Oza". La T.O.B. dit "Brche d'Uzza". (NdT) 2. Samuel, VI, 8 (Note de Hobbes). [Link], IX, 13 : "Il dit : "Quelles villes m'as-tu donnes l, mon frre!" Et on les appela Pays de Kavoul, nom qui est rest jusqu' aujourd'hui." IX, 21 : "Leurs fils qui taient rests aprs eux dans le pays et que les fils d'Isral n'avaient pu vouer l'extermination, Salomon les recruta pour la corve servile, jusqu' aujourd'hui." X, 12 : "Avec ce bois de santal, le roi fit des appuis pour la Maison du Seigneur et la maison du roi ainsi que des cithares et des harpes pour les chanteurs. Il n'arriva plus jamais de bois de santal, on n'en a plus vu jusqu' aujourd'hui." XII, 19 : "Le roi Roboam dlgua le chef des corves, Adorm, mais tout Isral le lapida et il mourut; le roi Roboam russit de justesse monter sur son char pour s'enfuir Jrusalem. Isral a t en rvolte contre la maison de David jusqu' aujourd'hui." [Link], II, 22 : "L'eau fut assainie jusqu' ce jour, selon la parole qu'avait dite Elise." X, 27 : "Aprs avoir dtruit la stle du Baal, ils dmolirent la maison du Baal dont ils firent un cloaque qui subsiste jusqu' ce jour." XIV, 7 : "C'est lui qui frappa Edom dans la valle du Sel, soit dix mille hommes et qui, au cours de la guerre, s'empara de Sla qu'il appela Yoqtel, nom qui subsiste jusqu' ce jour." XVI, 6 : "En ce temps-l, Recn, roi d'Aram, avait rendu Eilath Aram; il en avait expuls les Judens et des Edomites taient venus s'installer Eilath o ils sont rests jusqu' ce jour." XVII, 23 : "Isral fut dport loin de sa terre en Assyrie jusqu' ce jour." XVII, 34 : "Aujourd'hui encore, ils agissent selon les rites anciens." XVII, 41 : "Tout comme leurs pres ont agi, leurs fils et les fils de leurs fils agissent de mme aujourd'hui encore." [Link], IV, 41 : "Ces gens, qui viennent d'tre mentionns, vinrent donc au temps d'Ezkias roi de Juda, dtruisirent leurs tentes et les refuges qui se trouvaient l et les vourent l'interdit jusqu' ce jour." V, 26 : "Alors le Dieu d'Isral excita l'esprit de Poul, roi d'Assyrie, et l'esprit de Tilgath-Pilnser, roi d'Assyrie qui les dporta (...) et les emmena Halah, Habor, Hara et au fleuve de Gozn, jusqu' ce jour." (NdT)

Juda, aux chroniques des rois d'Isral, aux livres du prophte Samuel, du prophte Natan, du prophte Ahiyya, la vision de Jehdo, aux livres du prophte Shemaya et du prophte Iddo 1. Les livres d'Esdras et de Nhmie furent certainement crits aprs le retour de captivit des Juifs, car ils relatent ce retour, la reconstruction des murailles et des maisons de Jrusalem, le renouvellement de l'Alliance 2 et l'organisation politique. L'histoire de la reine Esther est du temps de la captivit, et le rdacteur tait donc de la mme poque, ou d'une poque postrieure. Le livre de Job ne contient aucun signe prcisant l'poque o il fut crit, et quoiqu'il apparaisse de faon suffisante (Ezchiel, XIV, 14 et Jacques, V, 11) qu'il n'est pas un personnage invent, le livre lui-mme ne semble cependant pas tre une histoire, mais semble tre un trait concernant une question trs dbattue dans l'Antiquit 3 : pourquoi les mchants ont-ils souvent prospr dans le monde, alors que les bons ont t affligs? C'est d'autant plus probable que, du dbut jusqu'au troisime verset du chapitre III, o commence la complainte de Job, le texte hbreu est (comme l'atteste St Jrme) en prose, et de l jusqu'au sixime verset du dernier chapitre en vers hexamtres, et que le reste de ce chapitre est de nouveau en prose; de sorte que le dbat est entirement en vers, et que la prose est ajoute, tenant lieu de prface au dbut et d'pilogue la fin. Or, les vers ne sont pas le style habituel de ceux qui, soit sont eux-mmes dans une grande douleur, comme Job, soit viennent les rconforter, comme le firent ses amis, mais en philosophie, surtout en philosophie morale, ce style est frquent dans l'Antiquit. Les Psaumes furent pour la plupart crits par David, l'usage du choeur. Y sont ajouts quelques cantiques de Mose et d'autres saints personnages, et certains aprs le retour de captivit, comme les psaumes 137 et 126, et il est vident par l que le psautier fut compil, et mis en forme comme nous le connaissons aujourd'hui, aprs le retour des Juifs de Babylone. Les Proverbes, tant un recueil de sages et pieuses paroles, de Salomon pour une part, d'Agour, le fils de Yaq, pour une autre, et de la mre du roi Lemoul, pour une autre encore, on ne peut pas, avec une probabilit suffisante, penser qu'ils ont t rassembls par Salomon plutt que par Agour ou la mre de Lemoul, mais il faut penser que, mme si les sentences sont les leurs, cependant les rassembler ou les compiler a t l'oeuvre de quelque autre saint homme qui a vcu aprs eux.
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Les annales des rois de Juda sont nommes en [Link], XIV, 29; XV, 7, 23; XXII, 46; 2. Rois, VIII, 23; XII, 20; XV, 6; XV, 36; XVI, 19; XX, 20; XXI, 17, 25; XXIV, 5; [Link], XVI, 11; XXV, 26, XXVII, 7; XXVIII, 26; XXXII, 32; XXXV, 26; XXXVI, 8, les annales des rois d'Isral en [Link], XIV, 19; XV, 31; XVI, 14, 27; XXII, 39; [Link], I, 18; X, 34; XIII, 8,12; XIV, 15; XIV, 28; XV, 15, 21, 26, 31; [Link], XVI, 11; XXVII, 7; XXVIII, 26; XXXII, 32; XXXV, 26; XXXVI, 8, les Actes de Samuel en 1. Chroniques, XXIX, 29, les Actes de Natan en 1. Chroniques, XXIX, 29, et 2. Chroniques, IX, 29; XX, 34; XXV, 26, la prophtie d'Ahiyya en [Link], IX, 29, la vision du voyant Ydo en 2. Chroniques, IX, 29, les Actes du prophte Shemaya en [Link], XII, 15, les Actes du prophte Iddo en [Link], XII, 15, et en [Link], XIII, 22. On peut ajouter les Annales de Salomon en [Link], XI,41, les Actes de Gad en 1. Chroniques, XXIX, 29. Tous ces textes semblent perdus. (NdT) "the renovation of the covenant". (NdT) Allusion aux stociens. (NdT)

Les livres de L'Ecclsiaste et du Cantique des Cantiques n'ont rien qui ne soient de Salomon, l'exception des titres et des incipit 1. En effet, les dnominations Les paroles du prcheur, fils de David, roi de Jrusalem, et Le Cantique des Cantiques, qui est de Salomon, semblent avoir t choisies pour pouvoir distinguer les livres de l'Ecriture quand ils furent rassembls pour constituer l'unique corps de la loi, afin que ce ne soit pas seulement la doctrine, mais aussi les [noms des] auteurs qui puissent tre conservs. Parmi les Prophtes, les plus anciens sont Sophonie, Jonas, Amos, Ose, Isae et Miche, qui vivaient l'poque d'Amasias et Azarias, encore appel Ozias, rois de Juda. Mais le livre de Jonas n'est pas ce qu'on peut proprement appeler le livre de sa prophtie, car cette prophtie est contenue en ces quelques mots 2 : quarante jours et Ninive sera dtruite 3, mais une histoire ou narration de son insoumission 4 et de sa contestation des commandements de Dieu; de sorte qu'il est peu probable qu'il en soit l'auteur, vu qu'il en est le sujet. Mais le livre d'Amos est sa prophtie. Jrmie, Abdias, Nahoum et Habaquq prophtisrent l'poque de Josu. Ezchiel, Daniel, Agge et Zacharie prophtisrent pendant la captivit. Quand prophtisrent Jol et Malachie, ce n'est pas vident par leurs crits. Mais si l'on considre les incipit et titres de leurs livres, il est assez manifeste que l'ensemble des Ecritures de l'Ancien Testament furent disposs dans la forme o nous les connaissons aprs le retour des Juifs de leur captivit de Babylone, et avant l'poque de Ptolme Philadelphe, qui les fit traduire en grec par soixante-dix hommes qui lui furent envoys de Jude dans ce but. Et si les livres apocryphes (qui nous sont recommands par L'Eglise car, quoique non canoniques, ce sont cependant des livres utiles notre instruction) peuvent sur ce point avoir notre confiance, les Ecritures furent disposs dans la forme o nous les connaissons par Esdras, comme il peut apparatre de ce qu'il dit lui-mme, dans le second livre 5, chapitre XIV, versets 21, 22, etc., o, s'adressant Dieu, il parle ainsi : Ta loi est brle, et donc aucun homme ne connat les choses que tu as faites, et les oeuvres qui doivent commencer. Mais si j'ai trouv grce devant toi, fais descendre l'Esprit-Saint en moi, et j'crirai tout ce qui a t fait dans le monde depuis le commencement, qui tait crit dans ta loi, pour que les hommes puissent trouver ton chemin, et que ceux qui veulent vivre
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"inscriptions" : il ne s'agit pas, proprement parler, de suscriptions (traduction de F. Tricaud) puisque les formules, dans le texte tel qu'il nous est connu, sont intgres et forment, aussi bien pour l'Ecclsiaste que pour le Cantique des Cantiques, le verset 1 du chapitre I. (NdT) G. Mairet n'a pas compris le sens du passage ("But the Book of Jonah is not properly a register of his prophecy; for that is contained in these few words, "Forty days and Nineveh shall be destroyed"".) et traduit : "pour la raison qu'il renferme ces quelques mots". (NdT) Jonas, III, 4. (NdT) Jonas, ne voulant pas annoncer Ninive sa destruction, s'enfuit Tarsis par navire. Dieu ayant provoqu une tempte, les marins, ayant appris l'insoumission de Jonas de sa propre bouche, le jetrent par-dessus bord. C'est l que se situe l'pisode clbre du poisson dans lequel il sjourna trois jours. Se montrant enfin docile, Jonas fut rejet sur la terre ferme et alla annoncer Ninive sa destruction. Les hommes revenant de leur mauvais chemin, Dieu prit piti et ne dtruisit pas la ville. Ce livre de Jonas est trs bref. (NdT) Il s'agit de ce que l'on appelle le quatrime livre d'Esdras (texte latin), apocryphe apocalyptique. (NdT)

dans les derniers jours puissent vivre 1. Et au verset 45 : Et il arriva, quand les quarante jours furent accomplis, que le Trs-Haut parla, disant : les premiers que tu as crits, publie-les ouvertement, que les dignes et les indignes puissent les lire, mais garde les soixante-dix derniers, pour que tu puisses les livrer seulement ceux qui sont sages parmi le peuple 2. Et voila pour ce qui concerne l'poque o furent crits les livres de l'Ancien Testament. Les rdacteurs du Nouveau Testament vcurent tous moins d'une gnration aprs l'ascension du Christ, et ils avaient tous vu notre Sauveur, l'exception de saint Paul et de saint Luc, et, en consquence, tout ce qui fut crit par eux est aussi ancien que l'poque des Aptres. Mais l'poque o les livres du Nouveau Testament furent reus et reconnus par l'Eglise comme leurs crits n'est pas tout fait aussi ancienne. En effet, de mme que les livres de l'Ancien Testament ne viennent pas d'une poque plus recule que celle d'Esdras, lequel, dirig par l'esprit de Dieu, les retrouva alors qu'ils taient perdus, de mme les livres du Nouveau Testament, dont les copies n'taient pas nombreuses et qui ne pouvaient facilement tre toutes entre les mains d'un seul particulier, ne peuvent pas venir d'une poque plus recule que celle o les chefs de l'Eglise les rassemblrent, les approuvrent, et nous les recommandrent comme les crits des Aptres et Disciples sous les noms desquels ils sont rangs. La premire numration de tous les livres, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, se trouve dans les Canons des Aptres, supposs avoir t rassembls par Clment, premier vque de Rome aprs saint Pierre. Mais, comme ce n'tait qu'une supposition, mise en doute par beaucoup, le concile de Laodice est le premier, d'aprs ce que nous savons, qui recommanda alors la Bible aux Eglises 3 chrtiennes comme tant les crits des prophtes et des Aptres, et ce concile se tint le 364me anne aprs le Christ. A cette poque, quoique l'ambition ait prvalu chez les grands docteurs de l'Eglise au point qu'ils ne considraient plus les empereurs, mme chrtiens, comme les pasteurs du peuple, mais comme de [simples] moutons, et qu'ils estimaient que les empereurs non chrtiens taient des loups, et quoiqu'ils se soient efforcs de faire passer leur doctrine, non pour des conseils et des informations de prdicateurs, mais pour des lois de chefs absolus, et qu'ils aient jug pieuses les fraudes qui tendaient rendre le peuple plus obissant la doctrine chrtienne, je suis nanmoins persuad qu'ils ne falsifirent pas pour cela les Ecritures, bien que les copies des livres du Nouveau Testament fussent entre les seules mains des ecclsiastiques, parce que, s'ils avaient eu l'intention de le faire, ils les eussent srement rendues plus favorables qu'elles ne sont leur pouvoir sur les princes chrtiens et la souverainet civile. Je ne vois par consquent aucune raison de douter que l'Ancien et le Nouveau Testament, dans l'tat o nous les connaissons
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"Thy law is burnt; therefore no man knoweth the things which thou hast done, or the works that are to begin. But if I have found grace before thee, send down the holy spirit into me, and I shall write all that hath been done in the world, since the beginning, which were written in thy law, that men may find thy path, and that they which will live in the latter days, may live". La King James version donne : "For thy law is burnt, therefore no man knoweth the things that are done of thee, or the work that shall begin. But if I have found grace before thee, send the Holy Ghost into me, and I shall write all that hath been done in the world since the beginning, which were written in thy law, that men may find thy path, and that they which will live in the latter days may live". (NdT) "And it came to pass, when the forty days were fulfilled, that the Highest spake, saying, The first that thou hast written, publish openly, that the worthy and unworthy may read it; but keep the seventy last, that thou mayst deliver them only to such as be wise among the people". Conforme la King James version. (NdT) L'absence systmatique de majuscule chez G. Mairet tonne. (NdT)

aujourd'hui, ne soient les vrais recueils de ces choses qui furent faites et dites par les prophtes et les Aptres. Il en est peut-tre de mme de certains de ces livres qui sont appels apocryphes, qui ont t laisss hors du Canon, non parce qu'ils n'taient pas en conformit doctrinale avec les autres livres, mais seulement parce qu'on ne les a pas trouvs en hbreu. En effet, aprs la conqute de l'Asie par Alexandre le Grand, peu nombreux taient les Juifs rudits qui ne possdaient pas une matrise parfaite de la langue grecque, car les soixante-dix interprtes 1 qui traduisirent la Bible en Grec taient tous des Hbreux, et existent encore les oeuvres de Philon et de Josphe 2, tous deux juifs, crites avec talent en grec. Mais ce n'est pas le rdacteur qui fait qu'un livre est considr comme canonique, c'est l'autorit de l'Eglise. Et quoique ces livres aient t crits par des hommes diffrents, il est cependant manifeste que les rdacteurs taient tous anims 3 d'un seul et mme esprit, en ce qu'ils conspirent tous une seule et mme fin, faire valoir les droits du royaume de Dieu, le Pre, le Fils, et le Saint-Esprit 4. En effet, le livre de la Gnse retrace la gnalogie du peuple de Dieu de la cration du monde jusqu' la venue en Egypte; les quatre autres livres de Mose contiennent le choix de Dieu pour roi par ce peuple, et les lois qu'il leur prescrivit pour leur gouvernement; les livres de Josu, des Juges, de Ruth, et de Samuel, jusqu' l'poque de Sal, dcrivent les actes du peuple de Dieu jusqu'au moment o il rejeta le joug de Dieu et demanda un dieu la manire des nations voisines; le reste de l'histoire de l'Ancien Testament prsente la suite des gnrations de la ligne de David jusqu' la captivit, ligne d'o devait jaillir celui qui restaurerait le royaume de Dieu, notre Sauveur bni, Dieu le fils lui-mme, dont la venue tait prdite dans les livres des prophtes, celui dont les vanglistes crivirent ensuite la vie et les actions, la revendication de la royaut 5 pendant sa vie terrestre, et enfin les Actes et les Eptres des Aptres proclamant la venue de Dieu, le SaintEsprit, et l'autorit qu'il leur laissa, eux et leurs successeurs, pour conduire les juifs et accueillir les Gentils 6. En somme, les histoires et les prophties de l'Ancien Testament, et les Evangiles et Eptres du Nouveau Testament ont eu un seul et mme but, convertir les hommes pour qu'ils obissent Dieu : 1 dans Mose et les prtres, 2 dans l'homme Christ, et 3 dans les Aptres et leurs successeurs au pouvoir apostolique. En effet, ces trois, diffrentes poques, reprsentent la personne de Dieu : Mose et ses successeurs les grands prtres et les rois de Juda, dans l'Ancien Testament; le Christ lui-mme, l'poque o il vcut sur terre; et les Aptres, et leurs successeurs, du jour de la Pentecte (quand le Saint-Esprit descendit sur eux) jusqu' ce jour. C'est une question trs dbattue entre les diffrentes sectes de la religion chrtienne de savoir d'o les Ecritures tirent leur autorit, question qui est aussi parfois prsente en d'autres termes, par exemple : comment savons-nous que les Ecritures sont la parole de Dieu? ou : pourquoi croyons-nous qu'elles sont la parole de Dieu? Et la difficult de la solution vient principalement de l'improprit des mots par lesquels la question elle-mme est formule. En effet, de tous cts, on croit que l'auteur premier et originaire des Ecritures est Dieu, et par consquent, la question
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"interpreters". (NdT) Flavius Josphe, et non "Joseph", comme l'crit G. Mairet. (NdT) "were all endued". (NdT) "which is the setting forth of the rights of the kingdom of God, the Father, Son, and Holy Ghost". (NdT) "his claim to the kingdom". (NdT) "and for the invitation of the Gentiles". (NdT)

dbattue n'est pas celle-l. En outre, il est manifeste que personne ne peut savoir qu'elles sont la parole de Dieu (quoique tous les vrais Chrtiens le croient), sinon ceux qui Dieu lui-mme a rvl sa parole de faon surnaturelle; et on a tort de poser cette question de notre connaissance 1 du fait. Enfin, quand la question pose est celle de notre croyance 2, parce que certains sont ports croire pour une raison, d'autres pour d'autres raisons, aucune rponse gnrale ne peut tre donne pour tous. La question nonce comme il faut 3 est : par quelle autorit sont-elles faites loi? Pour autant qu'elles ne diffrent pas des lois de nature, il n'y a pas de doute qu'elles sont la loi de Dieu, et qu'elles portent leur autorit avec elles, loi lisible par tous les hommes qui ont l'usage de la raison naturelle; mais ce n'est pas une autre autorit que celle des autres doctrines morales qui s'accordent avec la raison, dont les prescriptions n'ont pas t faites lois, mais le sont ternellement.4 Si elles ont t faites loi par Dieu lui-mme, elles sont de la nature de la loi crite 5, et elles sont lois seulement pour ceux qui Dieu les a rendues publiques de faon suffisante, de telle faon que nul ne peut s'excuser en disant qu'il ne savait pas qu'elles taient les lois de Dieu. Donc, celui qui Dieu n'a pas rvl de faon surnaturelle qu'elles taient ses lois, ni que ceux qui les ont rendues publiques 6 taient envoys par lui, n'est oblig d'y obir par aucune autorit, sinon par celle de celui dont les commandements ont dj force de loi; c'est--dire par aucune autre autorit que celle de la Rpublique, qui rside dans le souverain qui a seul le pouvoir lgislatif. En outre, si ce n'est pas l'autorit lgislative de la Rpublique qui leur donne force de loi, il faut que ce soit quelque autre autorit, soit prive, soit publique, venant de Dieu. Si elle est prive, elle n'oblige que celui qui il a plu Dieu de la rvler en particulier. En effet, si chaque homme tait oblig de prendre pour loi de Dieu ce qu'un particulier, sous prtexte d'inspiration ou de rvlation personnelles, cherche lui imposer (dans un si grand nombre d'hommes qui, par orgueil et par ignorance, prennent leurs propres rves, leurs extravagantes fantaisies, et leur folie pour des tmoignages de l'esprit de Dieu, ou qui, par ambition, prtendent de tels tmoignages divins, faussement et contrairement leur propre conscience 7), aucune loi divine ne pourrait tre reconnue. Si l'autorit est publique, c'est l'autorit de la Rpublique ou de l'Eglise. Mais l'Eglise, si elle est une seule personne 8, est la mme chose qu'une Rpublique de Chrtiens, nomme une Rpublique parce qu'elle est constitue d'hommes unis en une seule personne, leur souverain, et Eglise, parce qu'elle est constitue de Chrtiens, unis en un seul souverain chrtien. Mais si l'Eglise n'est pas une seule personne, alors elle n'a absolument aucune autorit, elle ne peut ni ordonner ni faire absolument aucune action, et elle n'est pas non plus capable d'avoir un pouvoir ou un droit sur quelque chose 9, elle n'a ni volont, ni raison, ni voix, car toutes ces qualits sont personnelles.
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"our knowledge". (NdT) "belief". (NdT) "The question truly stated". (NdT) "but this is no other authority than that of all other moral doctrine consonant to reason; the dictates whereof are laws, not made, but eternal". (NdT) "they are of the nature of written law". (NdT) "that published them". (NdT) "falsely and contrary to their own consciences". (NdT) "if it be one person". (NdT) F. Tricaud nglige : "nor is capable of having any power or right to anything". (NdT)

Maintenant, si la totalit des Chrtiens n'est pas contenue en une seule Rpublique, ils ne sont pas une seule personne, et aucune Eglise universelle n'a une autorit sur eux; et donc, les Ecritures ne sont pas faites lois par l'Eglise universelle. Ou, si elle est une seule Rpublique, alors tous les monarques et Etats chrtiens sont des personnes prives, sujettes tre juges, dposes et punies par un souverain universel de toute la Chrtient. De sorte que la question de l'autorit des Ecritures se rduit celle-ci : si les rois chrtiens et les assembles souveraines dans les Rpubliques chrtiennes sont absolus sur leur propre territoire, immdiatement sous Dieu, ou s'ils sont sujets d'un seul vicaire du Christ, tabli au-dessus de l'Eglise universelle, pour tre jugs, condamns, dposs, et mis mort, comme il le jugera utile ou ncessaire au bien commun. Cette question ne peut pas tre rsolue sans considrer plus prcisment le royaume de Dieu, et c'est partir de l, aussi, que nous devons juger de l'autorit qui peut interprter l'Ecriture. En effet, quiconque a un pouvoir lgitime sur un crit, pour en faire une loi, a aussi le pouvoir d'en approuver ou d'en dsapprouver l'interprtation.

Troisime partie : De la Rpublique chrtienne

Chapitre XXXIV
De la signification des mots esprit, ange et inspiration dans les Livres de l'criture sainte

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Etant donn que le fondement de toute vraie ratiocination est la signification constante des mots 1, et que, dans la doctrine qui suit, elle ne dpend pas (comme dans la science naturelle) de la volont du rdacteur, ni (comme dans la conversation courante) de l'usage commun, mais dpend du sens qu'ils revtent dans lcriture, il est ncessaire, avant que j'aille plus loin, de dterminer, partir de la Bible, le sens des mots qui, par leur ambigut, peuvent rendre obscur ou discutable ce que je dois infrer. Je commencerai par les mots CORPS et ESPRIT qui correspondent, dans le langage des coles, aux dnominations substance corporelle et substance incorporelle. 2 Le mot corps, dans son acception la plus gnrale, signifie ce qui emplit ou occupe un espace dtermin, ou 3 un lieu imagin, et qui ne dpend pas de notre imagination, mais est une partie relle de ce que nous appelons l'univers 4. En effet,
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"SEEING the foundation of all true ratiocination is the constant signification of words". (NdT) Une traduction littrale de "I will begin with the words body and spirit, which in the language of the Schools are termed substances, corporeal and incorporeal" aboutit (comme c'est le cas chez G. Mairet) appeler substances les mots corps et esprit, ce qui est videmment inacceptable. (NdT) F. Tricaud traduit "or" par "c'est--dire". (NdT) "The word body, in the most general acceptation, signifieth that which filleth or occupieth some certain room or imagined place ; and dependeth not on the imagination, but is a real part of that we call the universe". (NdT)

l'univers, tant l'agrgat de tous les corps 1, il ne peut exister aucune partie relle de cet univers qui ne soit aussi un corps, et aucune chose n'est proprement un corps sans tre aussi une partie de cet agrgat de tous les corps, l'univers. De mme, comme les corps sont sujets changer, c'est--dire, varier leur apparence aux sens des cratures vivantes, on les nomme aussi substance, c'est--dire sujet des accidents varis, par exemple tre tantt mu, tre tantt immobile, et sembler nos sens tantt chaud, tantt froid, tantt d'une couleur, d'une odeur, d'un got, d'un son, tantt autrement. Et cette diversit de semblance 2, produite par la diversit de l'opration des corps sur les organes des sens, nous l'attribuons aux altrations des corps qui oprent, et nous les nommons accidents de ces corps 3. Et, selon cette acception du mot, substance et corps signifient la mme chose, et c'est pourquoi les mots substance incorporelle, quand ils sont runis, se dtruisent l'un l'autre, comme si l'on disait un corps incorporel. Mais, au sentiment des gens du peuple, ce n'est pas tout l'univers qu'on appelle corps, mais seulement les parties qu'ils peuvent apercevoir, par le toucher, comme rsistant leur force, ou, par la vue, comme les empchant de voir plus loin. Par consquent, dans le langage courant des hommes, l'air et les substances ariennes ne sont pas habituellement considrs comme des corps, mais, comme souvent les hommes sont sensibles leurs effets, ils les appellent vent, ou souffle, ou (parce qu'ils sont appels en latin spiritus) esprits, comme ils appellent esprits vitaux et esprits animaux 4 cette substance arienne qui, dans le corps d'une crature vivante, lui donne vie et mouvement. Quant ces idoles 5 du cerveau qui nous reprsentent des corps l o ils ne sont pas, par exemple dans un miroir, dans un rve, ou, l'tat de veille, pour un cerveau drang, ils ne sont rien, comme le dit l'Aptre de toutes les idoles en gnral 6, rien du tout, dis-je, l o elles semblent tre, et dans le cerveau lui-mme, elles ne sont rien qu'un tumulte, procdant soit de l'action des objets, soit de l'agitation dsordonne des organes de nos sens. Et les hommes qui s'emploient autre chose qu' chercher leurs causes ne savent pas, par eux-mmes, comment les appeler; et ils peuvent facilement tre persuads par ceux dont ils rvrent beaucoup le savoir d'appeler certaines des corps, et de les croire faites d'un air rendu compact par une puissance surnaturelle, parce que la vue les juge corporelles, et d'autres des esprits, parce que le toucher n'aperoit rien, l'endroit o elles apparaissent, qui rsiste leurs doigts. De sorte que la signification propre d'esprit, dans le langage vulgaire, est soit un corps subtil, fluide, invisible, soit un spectre 7 ou une autre idole

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"the aggregate of all bodies". (NdT) "seeming" : je suis ici le trs subtil archasme de F. Tricaud. "Apparence" est bien sr possible. (NdT) "accidents of those bodies". (NdT) "vital and animal spirits". (NdT) "idoles". Il faut bien sr avoir en tte le grec "eidlon", image. (NdT) Aucun aptre ne dit explicitement que les idoles ne sont rien*. Il faut d'ailleurs reconnatre que la question du Nouveau Testament est moins celle des idoles que celles d'un faux vangile judasant, mme si Paul utilise le mot "idole" une dizaine de fois. Il s'agit en fait d'une rminiscence de l'Ancien Testament, trs certainement 1. Samuel, XII, 21. * Nanmoins, il est possible que Hobbes pense Paul ([Link], VIII, 4, ou XII, 2, ou Galates, IV, 8). (NdT) "ghost" : la meilleure traduction, videmment impossible, serait "esprit" (comme quand on dit : croire aux esprits), ce qui est confirm par le passage de ce chapitre 34 sur Miche. Le latin utilise "spectrum". Nous choisissons donc comme F. Tricaud la traduction "spectre". (NdT)

ou phantasme de l'imagination 1. Mais les significations mtaphoriques sont nombreuses car parfois, le mot est pris au sens d'une disposition ou d'une inclination de l'esprit, par exemple quand, pour une disposition critiquer ce que les autres disent, nous disons un esprit de contradiction, pour une disposition l'impuret, un esprit impur, pour l'enttement, un esprit rfractaire, pour l'obstination, un esprit muet, et pour l'inclination la pit et au service de Dieu, l'Esprit de Dieu. Parfois, le mot dsigne une capacit minente, une passion hors du commun, une maladie de l'esprit, comme quand une grande sagesse est appele l'esprit de sagesse, et quand les fous sont dits tre possds par un esprit. Je ne trouve nulle part d'autre signification du mot esprit, et l o le mot n'a aucune de ces significations dans lcriture 2, le passage n'est pas du ressort de l'entendement humain 3, et notre foi, dans ce cas, consiste en notre soumission, non en notre opinion 4, comme dans les passages o il est dit que Dieu est un esprit, ou l o la dnomination esprit de Dieu a le sens de Dieu lui-mme. En effet, la nature de Dieu est incomprhensible, c'est--dire que nous ne comprenons rien de ce qu'il est, nous comprenons seulement qu'il est, et c'est pourquoi les attributs que nous lui donnons ne doivent pas dire d'une personne une autre personne ce qu'il est, ni signifier notre opinion sur sa nature, mais doivent exprimer notre dsir de l'honorer avec des noms que nous concevons parmi nous tre les plus honorables. L'esprit de Dieu se mouvait la surface des eaux (Gense, I, 2) 5. Ici, si par esprit de Dieu, on entend Dieu lui-mme, alors le mouvement est attribu Dieu, et par consquent, on lui attribue [aussi] un lieu 6, ce qui n'est intelligible que pour des corps, non pour des substances incorporelles. Ainsi, ce passage est au-del de notre entendement qui est incapable de concevoir quelque chose de mu 7 qui ne change pas de place et n'ait aucune dimension; et tout ce qui a une dimension est un corps. Mais le sens de ces mots se comprend mieux par un passage semblable, en Gense, VIII, 1, quand la terre tait couverte d'eaux comme au commencement, et que Dieu, ayant l'intention de les faire baisser, et de dcouvrir nouveau la terre ferme, fait usage des mmes mots : je ferai venir mon esprit sur la terre, et les eaux diminueront 8. Dans ce passage par esprit, il faut entendre un vent (c'est--dire un air mu, ou un esprit mu) qui pouvait tre appel, comme dans le passage prcdent, l'esprit de Dieu, parce que c'tait luvre de Dieu. En Gense, XLI, 38, Pharaon appelle la sagesse de Joseph l'esprit de Dieu. En effet, Joseph lui ayant conseill de chercher un homme sage et avis et de l'tablir sur
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"is either a subtle, fluid, and invisible body, or a ghost, or other idol or phantasm of the imagination". (NdT) Traduction assez libre (mais ncessaire) de : "where none of these can satisfy the sense of that word in Scripture". (NdT) "the place falleth not under human understanding". (NdT) "and our faith therein consisteth, not in our opinion, but in our submission". (NdT) "The Spirit of God moved upon the face of the waters." Conforme la King James version. (NdT) Je pense qu'il est prfrable ici de rpter le verbe "attribuer" pour la clart du passage. (NdT) "moved". (NdT) "I will bring my Spirit upon the earth, and the waters shall be diminished." la King James version dit "and God made a wind to pass over the earth, and the waters asswaged". La vulgate utilise le mot "spiritus", le souffle, mais aussi l'esprit (mme double sens dans la Septante qui utilise le mot "pneuma"). (NdT)

la terre dgypte 1, il dit : Pouvons-nous trouver un homme tel que celui-ci, en qui soit l'esprit de Dieu 2? Et Dieu dit, en Exode, XXVIII, 3 : Tu diras tous ceux qui ont le cur sage, et que j'ai remplis de l'esprit de sagesse, de faire des vtements Aaron, pour le consacrer 3. Ici, un entendement hors du commun, quoique pour faire seulement de vtements, est appel, en tant qu'il est un don de Dieu, l'esprit de Dieu. On retrouve la mme chose en Exode, XXXI, 3-6 4 et XXXV, 31 5, et en Esae, XI, 2,3, o le Prophte, parlant du Messie, dit : l'esprit du Seigneur reposera sur lui, l'esprit de sagesse et de comprhension 6, l'esprit de conseil, et de courage, et l'esprit de la crainte du Seigneur 7, et l, manifestement, il faut entendre non pas autant de spectres 8, mais autant de grces minentes que Dieu lui donnerait. Dans le livre des Juges, un zle et un courage hors du commun dans la dfense du peuple de Dieu est appel l'esprit de Dieu, comme quand cet esprit excite Othoniel, Gdon, Jepht et Samson le dlivrer de la servitude : Juges, III, 10 ; VI, 34 ; XI, 29 ; XIII, 25 ; XIV, 6, 19 9. Il en est de mme pour Sal : il est dit que, quand il apprit l'insolence des Ammonites envers les gens de Yavesh de Galaad, l'esprit de Dieu vint sur Sal, et sa colre (ou, comme il est dit en latin, sa fureur 10) fut grandement enflamme 11 (1. Samuel, XI, 6). Il est peu probable que l'expression dsigne un spectre 12, elle dsigne un zle hors du commun pour punir la cruaut des
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Gense, XLI, 33. (NdT) "Can we find such a man as this is, in whom is the Spirit of God?" Conforme la King James version. (NdT) "Thou shalt speak (...) to ("unto" dit la KJV) all that are wise hearted, whom I have filled with the spirit of wisdom, to make Aaron garments, to consecrate him." (NdT) "et je l'ai rempli de l'esprit de Dieu, en sagesse, et en intelligence, et en connaissance, et pour tous sortes d'ouvrages, pour faire des inventions: pour travailler en or, et en argent, et en airain; pour tailler des pierres enchsser, et pour tailler le bois, afin d'excuter toutes sortes d'ouvrages. et voici, j'ai donn avec lui Oholiab, fils d'Akhisamac, de la tribu de Dan; et j'ai mis de la sagesse dans le coeur de tout homme intelligent, afin qu'ils fassent tout ce que je t'ai command."(Darby.). (NdT) Exactement le mme texte qu'en XXXI, 3-5. (NdT) "the spirit of wisdom and understanding". On peut bien sr aussi traduire par "entendement", en ayant bien en tte que, pour Hobbes, l'entendement est l'acte mme de la ratiocination. La vulgate dit "spiritus sapientiae et intellectus". (NdT) "The Spirit of the Lord shall abide upon him, the spirit of wisdom and understanding, the spirit of counsel, and fortitude, and the spirit of the fear of the Lord.". La King James version donne : "And the spirit of the LORD shall rest upon him, the spirit of wisdom and understanding, the spirit of counsel and might, the spirit of knowledge and of the fear of the LORD." (NdT) "ghosts". Le latin ajoute "de substances incorporelles". (NdT) III, 10 : "L'esprit de Dieu fut sur lui et il jugea Isral." VI, 34 : " L'esprit de Dieu revtit Gdon, qui sonna du cor, et le clan d'Avizer fut convoqu le suivre." XI, 29 : "L'esprit du Seigneur fut sur Jepht. Jepht passa par Galaad et Manass, puis par Mip-de-Galaad, et de Mip-deGalaad, il franchit la frontire des fils d'Ammon." XIII, 25 : "C'est Mahan-Dan entre Cora et Eshtaol, que l'esprit du Seigneur commena agiter Samson." XIV, 6 : "L'esprit du Seigneur pntra en lui et Samson, sans avoir rien en main, dchira le lion en deux comme on dchire un chevreau, mais il ne raconta pas son pre et sa mre ce qu'il avait fait." XIV, 19 : "Alors l'esprit du Seigneur pntra en lui. Samson descendit Ashqeln, tua trente de ses habitants, prit leurs dpouilles et les donna ceux qui avaient rvl le sens de l'nigme. Bouillant de colre, il remonta la maison de son pre." (NdT) "et iratus est furor eius nimis", dit la Vulgate : "et il s'emporta d'une fureur extrme." (NdT) "The Spirit of God came upon Saul, and his anger (...) was kindled greatly." Conforme la King James version. (NdT) "ghost". (NdT)

Ammonites 1. C'est la mme chose pour l'esprit de Dieu qui vint sur Sal quand il fut parmi les prophtes qui priaient Dieu par des chants et de la musique (1. Samuel, XIX, 20 2). Il faut entendre, non un spectre, mais un zle inattendu et soudain 3 pour se joindre eux dans leur dvotion. Le faux prophte Cdsias dit Miche (1. Rois, XXII, 24) : Par o l'esprit de Dieu est-il sorti de moi pour te parler 4 ? Ce qui ne peut s'entendre d'un spectre, car Miche annonce devant les rois d'Isral et de Juda l'issue de la bataille 5 comme par une vision, et non comme par un esprit 6 parlant en lui. De la mme manire, il apparat, dans les livres des Prophtes, que, quoique ces derniers parlassent par l'esprit de Dieu, c'est--dire par une grce spciale de prdiction, cependant leur connaissance de l'avenir ne provenait pas d'un spectre se trouvant en eux, mais provenait de quelque songe surnaturel ou vision surnaturelle. Il est dit, en Gense, II, 7 : Dieu fit l'homme de la poussire 7 de la terre, et souffla dans ses narines (spiriculum vitae) le souffle 8 de vie, et l'homme devint une me vivante 9.10 Ici, le souffle de vie insuffl par Dieu signifie qu'il lui donne vie, rien de plus, et dans Job, XXVII, 3, aussi longtemps que l'esprit de Dieu sera dans mes narines 11 ne veut rien dire de plus que aussi longtemps que je vivrai. De mme, en Ezchiel, I, 20, l'esprit de vie tait dans les roues 12 quivaut les roues taient vivantes. Et l'esprit entra en moi, et il me fit me tenir debout 13 veut dire je recouvrai ma force vitale; et non que quelque spectre ou substance incorporelle entrt dans son corps et le possdt. Au onzime chapitre des Nombres, au verset 17, Dieu dit : je prendrai de l'esprit qui est sur toi, et le mettrai sur eux (c'est--dire sur les soixante-dix anciens), et ils

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Qui voulaient crever l'oeil droit des gens de Yavesh. (NdT) Ce verset concerne les missaires de Sal. On trouve la transe de Sal dans les versets 23 et 24. (NdT) Inattendu parce que Sal veut tuer David rfugi chez Samuel. Soudain parce que la transe de Sal commence tout coup alors qu'il est en route vers les Nayoth de Rama. (NdT) "to speak to thee" (aussi bien dans le texte de Hobbes que dans la King James version), ce qui est conforme la Vulgate et la Septante. F. Tricaud traduit bizarrement : "pour entrer en toi". (NdT) Alors que les quatre cents prophtes du roi (anims par Dieu de l'esprit de mensonge) ont prdit la victoire contre Ramoth-de-Galaad, Miche prdit la dfaite (1. Rois, XXII, 6-23). (NdT) "spirit" On peut rappeler qu'Adam (hbreux dm) est tir du sol (adm). (NdT) "pneuma" en grec, "spiritus" en latin, "rouach" en hbreux. (NdT) "living soul". le mot "soul" renvoie ici au grec "psukh", au latin "anima, et l'hbreux "nphesh". La T.O.B. donne "un tre vivant". Paul dit, en [Link], XV, 45 que "le premier homme Adam fut un tre animal dou de vie." (NdT) "God made man of the dust of the earth, and breathed into his nostrils (spiraculum vitae) the breath of life, and man was made a living soul". La Kin James version dir "formed" et non "made". (NdT) "as long as the spirit of God is in my nostrils". "All the while ...", dit la King James version. (NdT) "the spirit of life was in the wheels". La King James version donne : "the spirit of the living creature was in the wheels.". (NdT) "the spirit entered into me, and set me on my feet" (II, 2). Conforme la King James version. Hobbes nglige "when he spake unto me". (NdT)

porteront le fardeau du peuple avec toi 1. Sur ce, on apprit que deux 2 des soixantedix anciens prophtisaient dans le camp, ce dont se plaignirent certains, et Josu 3 souhaitait que Mose le leur interdise, ce que ce dernier ne voulut pas. On voit par l que Josu ne savait pas qu'ils avaient reu autorit d'agir ainsi, et qu'ils prophtisaient conformment la pense 4 de Mose, c'est--dire par un esprit et une autorit subordonns aux siens 5. Dans le mme sens, en Deutronome, XXXIV, 9, nous lisons que Josu tait plein de l'esprit de sagesse, parce que Mose lui avait impos les mains 6, c'est--dire parce qu'il lui avait confr la mission de poursuivre 7 luvre qu'il avait lui-mme commence ( savoir, mener le peuple de Dieu dans la terre promise) mais que, empch par la mort, il ne pouvait mener son terme. Dans le mme sens, il est dit, en Romains, VIII, 9 : Si quelqu'un n'a pas l'esprit du Christ, il n'est pas des siens 8, ce qui ne signifie pas le spectre du Christ, mais une soumission sa doctrine. De mme, en I, Jean, IV, 2, nous lisons : Par l 9, vous reconnatrez l'esprit de Dieu : tout esprit qui confesse que Jsus-Christ est venu dans la chair est de Dieu 10 11, et il faut entendre l'esprit d'un authentique 12 christianisme, une soumission au principal article de la foi chrtienne : Jsus est le Christ, ce qui ne peut s'entendre d'un spectre. De la mme faon, par ces mots de Luc, IV, 1, et Jsus, plein d'Esprit Saint (Holy Ghost) (c'est--dire, comme en tmoignent Matthieu, IV, 1 et Marc, I, 12, plein du Saint-Esprit (Holy Spirit)), on peut entendre un zle d'accomplir luvre pour laquelle il a t envoy par Dieu le Pre, mais dire qu'il s'agit d'un spectre revient dire que Dieu lui-mme (car notre Sauveur tait Dieu) tait plein de Dieu, ce qui est tout fait impropre et ne signifie rien. Comment en sommes-nous venus traduire esprits (spirits) par le mot spectres (ghosts), qui ne signifie rien, ni dans le ciel ni sur la terre, sinon les habitants imaginaires du cerveau humain 13, ce n'est pas l'objet de cet examen, mais ce que je dis, c'est que le mot esprit (spirit), dans le texte [biblique], ne signifie rien de tel ; il signifie soit, au sens propre, une substance relle, soit,
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"I will take of the spirit which is upon thee, and will put it upon them, and they shall bear the burden of the people with thee". Conforme la King James version. (NdT) Eldad et Mdad. (NdT) Fils de Noun, au service de Mose. (NdT) "mind". (NdT) Mose dclare : "Serais-tu jaloux pour moi ? Si seulement tout le peuple du Seigneur devenait un peuple de prophtes sur qui le Seigneur aurait mis son esprit !" (XI, 29) (NdT) "Joshua was full of the spirit of wisdom, because Moses had laid his hands upon him". Conforme la King James version. (NdT) "because he was ordained by Moses to prosecute". (NdT) "If any man have not the Spirit of Christ, he is none of his". Conforme la King James version. (NdT) C'est--dire en prouvant les esprits pour voir s'ils sont de Dieu, ou s'il s'agit de faux prophtes. (NdT) Le texte de G. Mairet ("tout esprit qui confesse Jsus Christ venu dans la chair est Dieu") est incohrent. (NdT) "Hereby you shall know the Spirit of God: every spirit that confesseth that Jesus Christ is come in the flesh is of God". Conforme la King James version. (NdT) "unfeigned" : le terme fait indirectement allusion au faux vangile judasant dont Paul a beaucoup parl. (NdT) "but the imaginary inhabitants of man's brain". (NdT)

mtaphoriquement, quelque aptitude ou affection de l'esprit (mind) ou du corps hors du commun 1. Les disciples du Christ, le voyant marcher sur la mer (Matthieu, XIV, 26, et Marc, VI, 49), crurent que c'tait un esprit (spirit) 2, entendu par l un corps arien, et non un phantasme 3, car il est dit qu'ils le voyaient tous, ce qui ne peut s'entendre des illusions du cerveau 4 (qui ne sont pas communes plusieurs en mme temps, comme les corps visibles, mais sont singulires, cause des diffrences entre les imaginations), mais ne peut s'entendre que des corps. De la mme manire, quand le Christ fut pris, en Luc, XXIV, 37 5, pour un esprit 6 (spirit) par les mmes Aptres, et aussi quand Saint Pierre (Actes, XII, 15) fut dlivr de prison 7, ce n'tait pas croyable, mais quand la servante dit qu'il tait la porte, ils dirent que c'tait son ange, terme par lequel il faut entendre une substance corporelle, ou il nous faut dire que les disciples eux-mmes suivaient l'opinion commune aux Juifs et aux Gentils selon laquelle de telles apparitions n'taient pas imaginaires, mais relles, telles qu'elles n'avaient pas besoin de l'imagination 8 humaine pour exister. Les Juifs les appelaient des esprits (spirits) ou anges, bons ou mauvais, et les Grecs les dsignaient par le terme dmons. Certaines apparitions de ce type peuvent tre relles et substantielles, c'est--dire des corps subtils que Dieu peut former par le mme pouvoir que celui par lequel il a form toutes choses, corps dont il peut faire usage comme ministres et messagers (c'est--dire comme anges) pour exprimer sa volont et pour l'excuter quand il lui plat de manire extraordinaire et surnaturelle. Mais s'il les a ainsi forms, ce sont des substances dotes de dimensions, qui occupent de l'espace et peuvent se mouvoir d'un lieu un autre, ce qui est la particularit des corps, et ce ne sont donc pas des spectres incorporels, c'est--dire des spectres qui ne sont en aucun lieu, autrement dit qui ne sont nulle part, autrement dit qui, semblant tre quelque chose, ne sont rien. Mais si le mot corporel est pris de la manire la plus vulgaire, pour dsigner des substances telles qu'elles sont perceptibles par nos sens externes, alors est substance incorporelle une chose non imaginaire, mais relle, savoir, une substance tnue et invisible, mais qui a les mmes dimensions que celles qu'on trouve dans les corps plus grossiers. Le nom ANGE signifie, en gnral, un messager, et, le plus souvent, un messager de Dieu, et l'expression messager de Dieu signifie tout ce qui fait connatre sa prsence extraordinaire, c'est--dire la manifestation extraordinaire de son pouvoir 9, en particulier par un rve ou une vision. Sur la cration des anges, les critures ne disent rien. Il est souvent rpt que ce sont des esprits (spirits), mais le nom esprit signifie, autant dans lcriture que dans la
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"but either properly a real substance or, metaphorically, some extraordinary ability or affection of the mind or of the body". (NdT) Les bibles franaises disent "fantme". La Vulgate et la Stephanus grecque donnent "phantasma". (NdT) "meaning thereby an aerial body, and not a phantasm". (NdT) "the delusions of the brain". (NdT) Et non, comme le donne le texte anglais XXIV, 3, 7. (NdT) Les bibles franaises disent ici "esprit". La Vulgate donne "spiritus", la Stephanus grecque "pneuma". (NdT) Voir Actes, XII, 7-11. (NdT) "fancy". (NdT) "His extraordinary presence; that is to say, the extraordinary manifestation of His power". (NdT)

langue vulgaire, aussi bien parmi les Juifs que parmi les Gentils, tantt des corps tnus 1, comme l'air, le vent, les esprits vitaux et animaux des cratures vivantes, tantt les images qui surgissent dans 2 l'imagination 3, dans les rves et les visions, images qui ne sont pas des substances relles, et qui ne durent pas plus longtemps que le rve ou la vision dans lesquels elles apparaissent; lesquelles apparitions, quoique n'tant pas des substances relles, mais n'tant que des accidents du cerveau, ne sont cependant pas, quand Dieu les fait surgir de faon surnaturelle pour signifier sa volont, improprement nommes des messagers de Dieu, c'est--dire ses anges. De mme que les Gentils prenaient ordinairement les images du cerveau pour des choses existant rellement 4 en dehors d'eux, et ne dpendant pas de l'imagination, et, partir de ces images, formrent leurs opinions sur les dmons, bons ou mauvais, qu'ils appelaient substances, parce qu'elles semblaient exister rellement, et incorporelles, parce qu'ils ne pouvaient pas les toucher avec leurs mains, de mme aussi les Juifs, sur le mme fondement, sans rien dans l'Ancien Testament qui les contraignit cela, avaient gnralement l'opinion ( l'exception de la secte des Sadducens 5) que ces apparitions (qu'il plaisait parfois Dieu de produire dans l'imagination des hommes, pour son propre service, et qu'il appelait par consquent ses anges) taient des substances ne dpendant pas de l'imagination, des cratures permanentes de Dieu; et les anges qu'ils croyaient leur tre favorables, ils les considraient comme les anges de Dieu, ceux qu'ils pensaient leur tre nuisibles, ils les appelaient de mauvais anges, ou des esprits mauvais : tel tait l'esprit du python 6, et les esprits des fous, des lunatiques 7 et pileptiques, car ils considraient comme des dmoniaques ceux qui taient drangs par de telles maladies 8. Mais si nous considrons les endroits de l'Ancien Testament o les anges sont mentionns, nous trouverons que, dans la plupart d'entre eux, par le mot ange, on ne peut rien entendre d'autre qu'une image qui surgit de faon surnaturelle dans l'imagination, pour signifier la prsence de Dieu dans l'excution de quelque oeuvre surnaturelle; et donc, aux autres endroits, o leur nature n'est pas indique, on peut le comprendre de la mme manire. En effet, nous lisons en Gense, XVI, que la mme apparition est appele non seulement ange, mais [aussi] Dieu, o ce qui est 9 appel l'ange du Seigneur au verset
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"thin bodies". (NdT) La traduction de "in" par "de" (G. Mairet) n'est pas fidle et risque mme de "substantialiser" the fancy en facult, ce qui serait fort peu hobbesien. (NdT) "fancy". (NdT) F. Tricaud a nglig "really". (NdT) Les Saduccens refusaient l'existence des anges (Actes, XXIII, 8) et la rsurrection des morts (Matthieu, XXII, 23, Luc, XX, 27, Actes, IV, 2 ; XXIII, 8). Dans le Nouveau Testament, ils sont souvent nomms avec les Pharisiens comme adversaires de Jsus et des Aptres (par exemple Matthieu, XVI, 1, 6 ; XXII, 34 ; Actes, XXIII, 6-10). (NdT) Comme le signale F. Tricaud, certainement une allusion Actes, XVI, 16. Dans 1. Samuel, XVIII, 7-20, on voit Sal (malgr l'interdiction de Mose - voir Deutronome) consulter la pythonisse d'Endor. On crut longtemps que l'pilepsie tait lie aux phases de la lune. (NdT) Sur ces cas, voir par exemple Matthieu, IV, 24 ; VIII, 16, 28-33 ; IX, 32-33 ; XII, 22 ; XV, 22 ; XVII,14-18 ; Marc, I, 23-26, 32-34 ; V, 2-15, VII, 25-29 ; IX, 17-29 ; Luc, IV, 33-35 ; VI, 18 ; VII, 21 ; VIII, 2, 27-33 ; IX, 38-42 ; XI, 14 ; XIII, 11-13 ; Actes, V, 16; VIII, 7 ; XIX, 11 ; "that which". . Tricaud traduit : "l'tre". (NdT)

7, dit Hagar au verset 10 : je multiplierai ta descendance 1 l'extrme 2, c'est--dire qu'il parle en la personne de Dieu. Cette apparition n'tait pas un phantasme qui reprsentait quelque chose 3, mais une voix, ce qui montre bien que [le mot] ange ne signifie ici rien d'autre que Dieu lui-mme, qui provoque de faon surnaturelle chez Hagar la perception d'une voix venue du ciel ; ou plutt rien d'autre qu'une voix surnaturelle, tmoignant de la prsence spciale de Dieu cet endroit. Pourquoi les anges qui apparurent Lot, et qui sont appels hommes en Gense, XIX, 13 4, et qui, quoiqu'ils soient deux, Lot parle comme s'ils n'taient qu'un, et comme si ce dernier tait Dieu (car les mots sont : Lot leur dit : oh non! mon Seigneur !), ne pourraient-ils pas tre entendus comme des images d'hommes 5, formes de faon surnaturelle dans 6 l'imagination, tout comme prcdemment, par ange, on comprenait une voix imagine? Quand l'ange appela Abraham du haut du ciel pour retenir son bras [et l'empcher] d'immoler Isaac (Gense, XXII, 11), il n'y eut pas d'apparition, mais une voix qui, nanmoins, fut appele proprement un messager ou un ange de Dieu, parce qu'elle exprimait de faon surnaturelle la volont de Dieu, ce qui nous pargne la peine de supposer des spectres permanents. Les anges que Jacob vit sur l'chelle 7 du ciel (Gense, XXVIII, 12) taient une vision de son sommeil, et donc seulement un phantasme et un rve, et pourtant, tant surnaturelles et tant des signes de la prsence spciale de Dieu, ces apparitions ne sont pas improprement appels des anges 8. Il faut comprendre la mme chose quand Jacob dit : l'ange du Seigneur m'est apparu dans mon sommeil 9 (Gense, XXXI, 11). En effet, une apparition qui se fait chez un homme dans son sommeil est ce que tous les hommes appellent un rve, que ce rve soit naturel ou surnaturel, et ce que Dieu appelle en ce passage un ange est Dieu lui-mme, car le mme ange dit, au verset 13 : je suis le Dieu de Bthel. De mme, en Exode, XIV, 9 10, l'ange qui marchait devant l'arme d'Isral jusqu' la mer Rouge et qui vint derrire elle ensuite est, au verset 19, le Seigneur lui-mme, et il n'apparat pas sous la forme d'un trs bel homme, mais sous la forme d'une colonne de nue le jour, et sous la forme d'une colonne de feu la nuit 11, et pourtant, cette colonne, c'tait toute l'apparition, et l'ange promis Mose comme guide de l'arme (Exode, XIV, 9 12). En effet, cette colonne de nue est dite tre descendue, s'tre tenue la porte du tabernacle, et avoir parl Mose 13.
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"seed" : au sens propre, graine, semence. La Septante utilise en effet le mot "sperma". (NdT) "I will multiply thy seed exceedingly". "et non numerabitur prae multitudine", dit la Vulgate, fidle la Septante : "kai ouk arithmthsetai apo tou pltous". (NdT) "a fancy figured". (NdT) Trs clbre passage : la destruction de Sodome et Gomorrhe. La bonne rfrence est XIX, 12. Dans la Vulgate, "viri" apparat en XIX, 10. Dans la Septante, "hommes" est rpt aux versets 10, 11 et 12. (NdT) "images of men". F. Tricaud traduit "images" par "simulacres". (NdT) G. Mairet, en traduisant "in" par "par", commet de nouveau une erreur d'interprtation (qui va largement au-del d'une simple erreur de traduction - voir note plus haut ce sujet). (NdT) Dont le sommet touchait le ciel, dit la Gense, et sur laquelle des anges montaient et descendaient. (NdT) Contresens tonnant de G. Mairet : "bien qu'elles soient surnaturelles, et le signe de la prsence particulire de Dieu, ces apparitions ne sont pas improprement nommes anges". (NdT) "The angel of the Lord appeared to me in my sleep". La King James version donne : "And the angel of God spake unto me in a dream". (NdT) Erreur. La bonne rfrence est XIV, 19. (NdT) Exode, XIII, 21. (NdT) Nouvelle erreur. La rfrence est : Exode, XXXII, 34. (NdT) Exode, XXXIII, 9. (NdT)

Ici, vous voyez le mouvement et la parole, qui sont communment attribus aux anges, attribus une nue, parce que la nue servait de signe de la prsence de Dieu, et n'tait pas moins ange que si elle avait eu la forme d'un homme ou d'un enfant de la plus grande beaut possible, ou avait eu des ailes, comme dans les reprsentations habituelles destines la fausse instruction du vulgaire. En effet, ce n'est pas la forme [qu'ils revtent], mais leur fonction, qui fait d'eux des anges, et leur fonction est de signifier la prsence de Dieu dans des oprations surnaturelles, comme quand Mose (Exode, XXXIII, 14) demanda Dieu d'accompagner le camp, comme il l'avait toujours fait avant la fabrication du veau d'or 1, et que Dieu ne rpondit ni j'irai, ni j'enverrai un ange ma place 2, mais ceci : ma prsence t'accompagnera 3. Il serait trop long de mentionner tous les passages de l'Ancien Testament o l'on peut trouver le mot ange. Donc, pour les comprendre tous en une fois, je dis qu'il n'existe aucun texte de cette partie de l'Ancien Testament que lglise d'Angleterre tient pour canonique d'o nous puissions conclure qu'existe, ou qu'a t cr, quelque chose de permanent (compris sous le nom esprit ou ange) qui n'ait pas de quantit, ou qui ne puisse tre divis par l'entendement, c'est--dire considr par parties, de sorte qu'une partie puisse tre en un lieu, et la partie prochaine au lieu prochain, et, en somme qui (en prenant le corps pour ce qui est quelque chose, ou ce qui se trouve quelque part) soit corporel ; mais dans tous les passages, le sens supporte que l'on interprte le mot ange comme messager, comme quand Jean-Baptiste est appel un ange, et le Christ l'ange de l'alliance, et (selon la mme analogie) la colombe et les langues de feu, en tant que signes de la prsence spciale de Dieu, pourraient tre aussi appeles des anges. Quoique nous trouvions en Daniel deux noms d'anges, Gabriel et Michel, il est cependant clair, d'aprs le texte lui-mme, que Michel signifie Christ, non en tant qu'ange, mais en tant que prince (Daniel, XII, 1), et que Gabriel (comme les apparitions semblables produites chez d'autres saints hommes dans leur sommeil) n'tait qu'un phantasme surnaturel, par lequel il sembla Daniel, dans son rve, que deux saints conversant, l'un disait l'autre : Gabriel, faisons comprendre cet homme sa vision; car Dieu n'a pas besoin de distinguer ses serviteurs clestes par des noms, qui ne sont utiles qu'aux mmoires courtes des hommes. Il n'y a pas non plus dans le Nouveau Testament de passages partir desquels il peut tre prouv que les anges (sauf quand le mot est utilis pour des hommes que Dieu a fait les messagers et les ministres de sa parole ou de ses oeuvres) sont des choses 4 permanentes en mme temps qu'incorporelles. Qu'ils soient permanents, c'est ce qui ressort des paroles de notre Sauveur lui-mme (Matthieu, XXV, 41), o il dclare que, le dernier jour, sera dit aux mchants : vous, maudits, allez au feu ternel prpar pour le diable et ses anges 5, lequel passage montre clairement la permanence des mauvais anges ( moins qu'il ne faille penser que, par l'expression le diable et ses anges, on doit entendre les adversaires de lglise et leurs ministres), mais alors, il contredit leur immatrialit, parce qu'un feu ternel n'est pas un chtiment pour des
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Sur le veau d'or, Exode, XXXII. (NdT) Lorsque Mose demande le pardon la premire fois, Dieu dclare : c'est mon ange qui marchera devant toi (Exode, XXXII, 34). Mme chose en XXXIII, 2. (NdT) "My presence shall go with thee". Conforme la King James version. (NdT) "things". F. Tricaud traduit "tres". (NdT) "Go ye cursed into everlasting fire prepared for the Devil and his angels". La King James version donne : "Depart from me, ye cursed, into everlasting fire, prepared for the devil and his angels". (NdT)

substances qui ne peuvent ptir 1, telles que sont toutes les choses incorporelles. Ainsi, il n'est donc pas prouv que les anges soient incorporels. De la mme manire, saint Paul dit : Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? 2 ([Link], VI, 3), et on lit, en 2. Pierre, II, 4 : Car si Dieu n'a pas pargn les anges qui ont pch, mais les a jets en enfer 3; et, en Jude, I, 6 : Et les anges qui n'ont pas gard leur premier tat, mais qui ont abandonn leur propre demeure, il les a gards dans des chanes ternelles, dans les tnbres, jusqu'au jugement du dernier jour 4. Quoique cela prouve la permanence de la nature anglique, cela confirme aussi sa matrialit. Et, en Matthieu, XXII, 30 5 : A la rsurrection, les hommes ne se marient pas, ne se donnent pas en mariage, mais sont comme les anges de Dieu dans le ciel 6. Or, lors de la rsurrection, les hommes seront permanents, et non incorporels. C'est donc aussi ainsi que sont les anges. Il existe diffrents autres passages partir desquels on peut tirer la mme conclusion. Pour ceux qui comprennent la signification de ces mots substance et incorporelle (incorporelle tant pris non au sens de corps subtil, mais au sens non-corps 7), ils impliquent contradiction : de sorte que dire qu'un ange ou un esprit est en ce sens une substance incorporelle est dire, en effet, qu'il n'y a absolument aucun ange ni aucun esprit. Considrant donc la signification du mot ange dans l'Ancien Testament, et la nature des rves et des visions qui arrivent aux hommes par le cours ordinaire de la nature 8, je penchais [avant] vers l'opinion que les anges ne sont rien que des apparitions surnaturelles de l'imagination, produites par l'opration spciale et extraordinaire de Dieu, faisant connatre de cette faon l'humanit, et principalement son propre peuple, sa prsence et des commandements, mais les nombreux passages du Nouveau Testament et les paroles propres de notre Sauveur, dans des textes tels qu'on ne peut souponner aucune corruption de lcriture, ont arrach ma faible raison 9 l'aveu et la croyance qu'il existe aussi des anges substantiels et permanents. Mais croire qu'ils ne sont en aucun lieu, c'est--dire nulle part, c'est--dire qu'ils ne sont rien, comme le disent, mme indirectement, ceux pour qui ils sont incorporels, on ne peut le dmontrer par lcriture 10. De la signification du mot esprit dpend celle du mot INSPIRATION, qui, ou doit tre pris au sens propre, et alors ce n'est rien d'autre que le fait d'insuffler en un homme quelque air ou vent tnu et subtil, de la mme manire qu'on remplit une vessie par son souffle, ou, si les esprits ne sont pas corporels, mais ont seulement une existence dans l'imagination, n'est rien que le fait d'insuffler un phantasme, ce qui est une faon impropre de parler, et est impossible, car des phantasmes semblent tre
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"impatible" : qui ne peuvent ptir, qui ne peuvent souffrir. (NdT) "Know ye not that we shall judge the angels?" Conforme la King James version. (NdT) "For if God spared not the angels that sinned, but cast them down into hell". Conforme la King James version. (NdT) "And the angels that kept not their first estate, but left their own habitation, he hath reserved in everlasting chains under darkness unto the judgement of the last day". La King James version dit "great day" et non "last day". (NdT) La question pose par les Sadducens tait : une femme ayant eu plusieurs maris, de qui sera-t-elle la femme lors de la rsurrection.? (NdT) "In the resurrection men do neither marry, nor give in marriage, but are as the angels of God in heaven". Conforme la King James version. (NdT) "not body". (NdT) "by the ordinary way of nature". (NdT) "have extorted from my feeble reason". (NdT) "cannot by Scripture be evinced". (NdT)

quelque chose, mais ne sont pas quelque chose. Ce mot est donc dans lcriture utilis seulement mtaphoriquement, comme o il est dit, en Gense, II, 7, que Dieu inspira 1 en l'homme le souffle de vie, ce qui signifie seulement que Dieu lui donna le mouvement vital. En effet, nous ne devons pas croire que Dieu fit d'abord un souffle vivant, et ensuite l'insuffla en Adam aprs l'avoir fait, que ce souffle ft rel ou le semblt, mais seulement qu'il lui donna vie et souffle (Actes, XVII, 25), c'est--dire fit de lui une crature vivante. Et l o il est dit que toute criture est donne par une inspiration venant de Dieu 2 ([Link], III, 16), toute criture voulant dire ici toute criture de l'Ancien Testament, c'est une mtaphore facile pour signifier que Dieu a inclin l'esprit ou la pense de ces rdacteurs pour rdiger ce qui serait utile pour enseigner, condamner, corriger et instruire les hommes dans la voie de la justice 3. Mais quand saint Pierre dit que la prophtie, dans les temps anciens, ne venait pas de la volont de l'homme, mais que les saints hommes de Dieu parlaient en tant qu'ils taient mus par le Saint Esprit 4 (2. Pierre, I, 21), par Saint Esprit, il faut entendre la voix de Dieu dans un rve ou une vision surnaturelle, ce qui n'est pas une inspiration. Et quand notre Sauveur, soufflant sur ses disciples, leur dit : Recevez le Saint Esprit 5, ce souffle n'tait pas l'Esprit, mais un signe des grces spirituelles qu'il leur donnait. Et mme s'il est dit de beaucoup, et de notre Sauveur lui-mme qu'ils taient pleins du Saint Esprit, cette plnitude 6 n'est cependant pas entendre comme une infusion de la substance de Dieu, mais comme l'accumulation de ses dons, tels que le don de saintet de vie, le don des langues, etc., que ces dons fussent obtenus de faon surnaturelle ou par l'tude et le travail, car ce sont des dons de Dieu dans tous les cas. De mme aussi, quand Dieu dit, en Jol, II, 28, je verserai mon esprit sur toute chair, et vos fils et vos filles prophtiseront, vos vieillards auront des songes, et vos jeunes gens auront des visions 7, nous ne devons pas l'entendre au sens propre, comme si son esprit tait comme de l'eau, sujet effusion ou infusion, mais comme si Dieu avait promis de leur donner des songes et des visions prophtiques, car l'usage du sens propre du mot infus, quand on parle des grces divines, est abusif, car ces grces sont des vertus, non des corps transporter et l, et verser dans des hommes comme dans des tonneaux. De la mme manire, prendre inspiration au sens propre, ou dire que de bons esprits taient entrs en des hommes pour les faire prophtiser, ou que de mauvais esprits taient entrs en ceux qui devinrent frntiques, lunatiques ou pileptiques, ce n'est pas prendre le mot dans le sens de lcriture, car le mot esprit est pris ici au sens de pouvoir de Dieu, agissant par des causes qui nous sont inconnues. De mme, quand il est dit que le vent remplit la maison o les Aptres taient assembls le jour de la Pentecte (Actes, II, 2), il ne faut pas entendre par vent le Saint Esprit, qui est la divinit elle-mme, mais un signe extrieur de l'opration spciale de Dieu dans leurs
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"inspired". (NdT) "all Scripture is given by inspiration from God". "of God", dit la King James version. (NdT) "should be useful in teaching, reproving, correcting, and instructing men in the way of righteous living". (NdT) "Prophecy came not in old time by the will of man, but the holy men of God spake as they were moved by the Holy Spirit". Conforme la King James version. (NdT) "Receive the Holy Spirit" (Jean, XX, 22). La King James version dit "Receive ye the Holy Ghost". (NdT) "fullness". (NdT) "I will pour out my Spirit upon all flesh, and your sons and your daughters shall prophesy, your old men shall dream dreams, and your young men shall see visions". Conforme la King James version. (NdT)

curs pour produire en eux les grces intrieures et les saintes vertus qu'il jugeait ncessaires pour remplir leur apostolat.

Troisime partie : De la Rpublique chrtienne

Chapitre XXXV
De la signification dans l'criture des dnominations Royaume de Dieu, Saint, Sacr et Sacrement

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La dnomination royaume de Dieu 1, dans les crits des thologiens, et spcialement dans les sermons et les traits de dvotion, a le plus souvent le sens de flicit ternelle 2, aprs cette vie, dans le ciel le plus lev, et c'est ce qu'ils appellent aussi le royaume de gloire, et parfois, titre de garantie de cette flicit 3, la sanctification, qu'ils nomment le royaume de la grce, mais l'expression n'est jamais utilise pour la monarchie, c'est--dire pour le pouvoir souverain de Dieu sur des sujets, pouvoir acquis par leur propre consentement, qui est la signification propre du mot royaume. Au contraire, dans la plupart des passages, on trouve l'expression ROYAUME DE DIEU pour dsigner un royaume au sens propre, constitu par les suffrages du peuple d'Isral d'une manire particulire, en ce qu'ils choisirent Dieu pour roi par une convention 4 faite avec lui, sur la promesse de Dieu, qu'ils possderaient le pays de Canaan. L'expression est rarement mtaphorique, et alors, elle est prise au sens d'empire sur le pch 5 (et seulement dans le Nouveau Testament), parce qu'un tel
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"kingdom of God". la vulgate latine dit "Regnum Dei". (NdT) "eternal felicity". (NdT) "for the earnest of that felicity" : arrhes, gage, garantie. (NdT) "convention". Il s'agit bien sr de l'alliance. (NdT) "dominion over sin". (NdT)

empire, chaque sujet l'aura dans le royaume de Dieu, et sans prjudice pour le souverain. A partir de la cration-mme, Dieu ne rgna pas seulement sur tous les hommes naturellement par sa puissance 1, mais il eut aussi des sujets particuliers, auxquels il commandait par une voix, comme un homme parle un autre. C'est de cette manire qu'il rgna sur Adam et lui donna commandement de s'abstenir de l'arbre de la connaissance du bien et du mal 2; et quand Adam n'obit pas 3, mais, en y gotant, entreprit d'tre comme Dieu, jugeant du bien et du mal, non par le commandement de son crateur, mais par son propre sentiment, son chtiment fut la privation de l'tat de vie ternelle dans lequel Dieu l'avait d'abord cr 4, et ensuite, Dieu chtia ses descendants cause de leurs vices, tous sauf huit personnes, par un dluge universel 5; et en ces huit, consistait alors le royaume de Dieu. Aprs cela, il plut Dieu de parler Abraham, et de faire avec lui une convention en ces termes (Gense, XVII, 7-8) : J'tablirai ma convention entre moi et toi, et, aprs toi, les gnrations qui descendront de toi, comme une convention ternelle, pour tre un Dieu pour toi, et pour ta descendance aprs toi; et je te donnerai, toi et ta descendance aprs toi le pays dans lequel tu es un tranger, tout le pays de Canaan, pour une possession ternelle 6. Par cette convention, Abraham promet, pour lui-mme et pour ses descendants, d'obir, comme Dieu, au Seigneur qui lui a parl, et Dieu, de son ct, promet Abraham le pays de Canaan pour une possession ternelle. En mmoire et en tmoignage 7 de cette convention, il ordonna (Gense, XVII, 11) le sacrement de la circoncision. C'est ce qu'on appelle l'Ancienne Convention 8, ou Ancien Testament, et elle consiste en un contrat 9 entre Dieu et Abraham, par lequel Abraham s'oblige, et oblige ses descendants, tre d'une manire particulire assujetti la loi positive de Dieu, car, pour ce qui est de la loi morale, il tait dj oblig, comme par un serment d'allgeance. Et quoique le nom de roi ne ft pas encore donn Dieu, ni celui de royaume Abraham et sa descendance, la chose est pourtant la mme, savoir une institution par pacte de la souverainet particulire de Dieu sur la descendance d'Abraham, souverainet qui, lors du renouvellement de la mme convention par Mose au Mont Sina, est expressment appele un royaume particulier de Dieu sur les Juifs 10; et c'est d'Abraham, non de Mose, que saint Paul dit, dans l'Eptre aux Romains, IV, 11, qu'il est le pre des fidles 11, c'est--dire de ceux qui sont loyaux et ne violent pas
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"his might". (NdT) Gense, II, 17. (NdT) Gense, III, 6. (NdT) Gense, III, 19. (NdT) Gense, VII, 11,12. (NdT) "I will establish my covenant between me and thee and thy seed after thee in their generations for an everlasting covenant, to be a God to thee, and to thy seed after thee; And I will give unto thee, and to thy seed after thee, the land wherein thou art a stranger, all the land of Canaan, for an everlasting possession". Conforme la King James version. (NdT) "And for a memorial and a token of this covenant". On peut traduire "token" par "signe". (NdT) "the Old Covenant" : l'Ancienne Alliance. On peut bien videmment, dans la suite du chapitre, lire alliance, quand je traduis covenant par convention. (NdT) "contract". (NdT) G. Mairet traduit bizarrement "entre les juifs". (NdT) "the father of the faithful" : le pre des croyants. La King James version donne "the father of all them that believe". (NdT)

l'allgeance jure Dieu, par la circoncision cette poque, et ensuite, dans la Nouvelle Convention, par le baptme. Cette convention fut renouvele par Mose au pied du Mont Sina (Exode, XIX, 5 1), o le Seigneur lui ordonna de parler au peuple de cette manire : Si vous obissez vraiment ma voix, et observez ma convention 2, alors vous serez pour moi un peuple particulier, car toute la terre est mienne; et vous serez pour moi un royaume sacerdotal et une nation sainte 3 4. Pour un peuple particulier, la vulgate latine dit peculium de cunctis populis 5. La traduction anglaise faite au dbut du rgne du roi Jacques 6 dit un trsor particulier pour moi au-dessus de toutes les nations 7; et la traduction franaise de Genve dit : le plus prcieux joyau de toutes les nations. Mais la traduction la plus exacte est la premire parce qu'elle est confirme par saint Paul lui-mme, quand il dit, en Tite, II, 14, en faisant allusion ce passage, que notre Sauveur bni s'est donn pour nous, pour pouvoir purifier pour lui-mme un peuple particulier (c'est--dire extraordinaire). En effet, le mot grec est periousios 8, qui est couramment oppos au mot epiousios 9, qui signifie ordinaire, quotidien, ou, comme dans le Notre Pre 10, d'usage journalier. Le premier mot signifie ce qui est en surplus, mis de ct 11 et dont on jouit 12 d'une manire spciale, ce que les latins appellent peculium 13; et ce sens du passage est confirm par la raison que Dieu en donne dans ce qui suit immdiatement, en ce qu'il ajoute : Car toute la terre
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Et non XIX, 15, comme le note F. Tricaud. (NdT) "covenant". (NdT) Exode, XIX, 5-6. (NdT) "If you will obey my voice indeed, and keep my covenant, then ye shall be a peculiar people to me, for all the earth is mine; and ye shall be unto me a sacerdotal kingdom, and an holy nation". La King James version donne : "if ye will obey my voice indeed, and keep my covenant, then ye shall be a peculiar treasure unto me above all people: for all the earth is mine: And ye shall be unto me a kingdom of priests, and an holy nation". (NdT) "si ergo audieritis vocem meam et custodieritis pactum meum eritis mihi in peculium de cunctis populis mea est enim omnis terra et vos eritis mihi regnum sacerdotale et gens sancta haec sunt verba quae loqueris ad filios Israhel" (Vulgate, Exode, XIX, 5). Le "peculium" est l'avoir particulier, le bien amass peu peu. Ici, "in peculium" peut tre entendu au sens de "en particulier". Comme nous l'indiquons plus loin, la Septante dit "moi laos periousios". (NdT) King James devient, chez G. Mairet, le roi Jean!!!??? Que signifie cette farce? (NdT) "Now therefore, if ye will obey my voice indeed, and keep my covenant, then ye shall be a peculiar treasure unto me above all people: for all the earth is mine: and ye shall be unto me a kingdom of priests, and an holy nation. These [are] the words which thou shalt speak unto the children of Israel." (King James version, Exode XIX, 5). La version Douay-Reims donne : "If therefore you will hear my voice, and keep my covenant, you shall be my peculiar possession above all people: for all the earth is mine. And you shall be to me a priestly kingdom, and a holy nation. Those are the words thou shalt speak to the children of Israel." (NdT) En caractres grecs dans le texte de Hobbes. Le grec "periousios" est effectivement utilis dans le Nouveau Testament grec, en Tite, II, 14. Il est aussi utilis dans le passage cit de l'exode : "moi laos periousios apo pantn" (Septante). Il signifie "lu", "choisi", mais la question n'est pas simple. La "pariousia" est l'excdent, le reste, la provision, et le mot est trs proche du latin "peculium". Les remarques de Hobbes qui suivent sont justifies. (NdT) En caractres grecs dans le texte de Hobbes. (NdT) Pater, ou oraison dominicale. Matthieu, VI, 9-15. Le mot "epiousos" est utilis dans le Nouveau Testament grec au verset 11, et en Luc, XI, 3 (version Stephanus). (NdT) Accumul, amass, donc qu'on a en abondance : stored up. (NdT) "enjoyed" : ici, comme quand on parle de la jouissance d'une proprit. (NdT) Pcule, petit bien amass, conomies. "peculiaris" a le sens de : ce qui appartient en propre, ce qui est personnel, particulier, spcial. (NdT)

m'appartient 1, comme s'il disait Toutes les nations du monde m'appartiennent, mais ce n'est pas ainsi que vous m'appartenez, vous m'appartenez d'une manire spciale; car elles m'appartiennent toutes en raison de ma puissance, mais vous m'appartiendrez par votre propre consentement et votre propre convention, ce qui est une addition au droit ordinaire qu'il a sur toutes les nations 2. C'est ce qui est confirm expressment dans le mme texte : Vous serez pour moi un royaume sacerdotal et une nation sainte. La vulgate latine dit regnum sacerdotale 3, ce qui s'accorde avec la traduction de ce passage, sacerdotium regale, un sacerdoce royal 4 ([Link], II, 9), comme aussi avec l'institution elle-mme, selon laquelle personne ne pouvait entrer dans le Sanctum Sanctorum 5, c'est--dire s'enqurir de la volont de Dieu auprs de Dieu, sans mdiation, si ce n'est le grand prtre. La traduction anglaise mentionne prcdemment, suivant celle de Genve, dit un royaume de prtres 6, ce qui soit doit s'entendre de la succession des grands prtres, chaque grand prtre tant unique, soit ne s'accorde pas avec saint Pierre, ni avec l'exercice du haut sacerdoce; car il n'y avait que le grand prtre qui informait le peuple de la volont de Dieu, et aucun synode de prtres n'a jamais t autoris entrer dans le Sanctum Sanctorum. De plus, le titre de nation sainte est une confirmation, car saint signifie ce qui est Dieu par un droit spcial, non par un droit gnral 7. Toute la terre, comme il est dit dans le texte, est Dieu, mais toute la terre n'est pas appele sainte, mais est appele seulement ainsi la nation mise part pour son service spcial, la nation juive. Il est donc assez manifeste, par ce seul passage, que le royaume de Dieu signifie proprement une Rpublique, institue (par le consentement de ceux qui devaient en tre sujets) pour le gouvernement civil et le rglement de leur conduite, non seulement envers Dieu leur roi, mais aussi les uns envers les autres en ce qui concerne la justice, et envers les autres nations, aussi bien dans la paix que dans la guerre, Rpublique qui tait un royaume o Dieu tait roi, et o le grand prtre devait tre, aprs la mort de Mose, son seul vice-roi, ou lieutenant. Mais de nombreux autres passages prouvent clairement la mme chose : premirement, quand, en [Link], VIII, 7, les anciens d'Isral, accabls par la corruption des fils de Samuel, rclamrent un roi, Samuel, qui cela dplut, pria le Seigneur, qui lui rpondit : Ecoute la voix du peuple, car ce n'est pas toi qu'ils ont rejet, mais moi, pour que je ne rgne pas sur eux 8. A partir de l, il est vident que
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"For all the earth is mine" (Exode, XIX, 5). Conforme la King James version. (NdT) "which is an addition to his ordinary title to all nations". (NdT) Voir citation de la vulgate donne plus haut en note par le traducteur. (NdT) La T.O.B. donne "la communaut sacerdotale du roi", la version Darby "une sacrificature royale". (NdT) Le Saint des Saints ("Holiest of all" dans la King James version, qui utilise aussi "most holy") : alors que les prtres entraient dans le lieu saint, seul le grand prtre pouvait entrer dans le lieu trs saint une fois par an pour le Yom Kippour (voir Lvithique, XVI). Il semble que l'expression "Saint des Saints", en ce sens, ne soit utilise, dans les versions franaises, qu'en Hbreux, IX, 3. Les traducteurs utilisent souvent l'expression "trs saint" ou "trs-saint" La vulgate utilise plusieurs fois l'expression "Sanctum Sanctorum", principalement en Exode. (NdT) "a kingdom of priests". (NdT) "by special, not by general, right". (NdT) "Hearken unto the voice of the people, for they have not rejected thee, but they have rejected me, that I should not reign over them". Conforme la King James version. (NdT)

Dieu lui-mme tait alors leur roi, et que Samuel ne commandait pas le peuple, mais ne faisait que leur transmettre 1 ce que Dieu, de temps en temps, lui prescrivait. De mme, quand Samuel, en [Link], XII, 12, dit au peuple : mais quand vous avez vu que Nahash, roi des fils d'Ammon, venait contre vous, vous m'avez dit : non, mais un roi rgnera sur nous, alors que le Seigneur votre Dieu tait votre roi 2, il est manifeste que Dieu tait leur roi et gouvernait les affaires civiles de leur Rpublique. Et aprs que les Isralites eurent rejet Dieu, les prophtes prdirent sa restauration : ainsi, en Esae, XXIV, 23 : alors, la lune sera confondue, et le soleil humili 3, quand le Seigneur des armes rgnera sur la montagne de Sion et dans Jrusalem 4, le prophte parle expressment de son rgne Sion et Jrusalem, c'est-dire sur terre. En Miche, IV, 7, il est dit : et le Seigneur rgnera sur eux sur la montagne de Sion, et cette montagne de Sion est Jrusalem, sur la terre. De mme, en Ezchiel, XX, 33 : aussi vrai que je suis vivant, dit le Seigneur Dieu, assurment avec une main puissante 5 et un bras tendu, en rpandant ma fureur, je rgnerai sur vous 6. Et en Ezchiel, XX, 37 : je vous ferai passer sous la houlette 7, et je vous ramnerai dans le lien de la convention 8, c'est--dire : je rgnerai sur vous et vous ferai vous tenir cette convention que vous avez faite avec moi par Mose, et que vous avez rompue par votre rbellion contre moi aux jours de Samuel, et par votre choix d'un autre roi. Et dans le Nouveau Testament, en Luc, I, 32-33, l'ange Gabriel dit de notre Sauveur : Il sera grand, et il sera appel le Fils du Trs-haut, et le Seigneur lui donnera le trne de son pre David; et il rgnera jamais sur la maison de Jacob, et son royaume n'aura pas de fin 9. C'est aussi un royaume sur terre, car c'est pour l'avoir revendiqu qu'il fut mis mort comme ennemi de Csar, et l'inscription sur sa croix tait Jsus de Nazareth, roi des Juifs. Pour se moquer de lui, on le couronna d'une couronne d'pines 10, et, en Actes, XVII, 7, on dit des disciples, parce qu'ils l'avaient proclam roi, que tous faisaient ce qui tait contraire aux dcrets de Csar,

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"but only delivered". (NdT) "When ye saw that Nahash, king of the children of Ammon, came against you, ye said unto me, Nay, but a king shall reign over us; when the Lord your God was your king". Conforme la King James version. (NdT) La T.O.B. donne : "La lune sera humilie, le soleil sera confondu", la King James version donne : "Then the moon shall be confounded, and the sun ashamed". La Vulgate utilise le verbe "erubescere", rougir de honte : "et erubescet luna et confundetur sol". (NdT) "Then the moon shall be confounded, and the sun ashamed, when the Lord of hosts shall reign in Mount Zion, and in Jerusalem". Conforme la King James version. (NdT) La T.O.B. emploie souvent l'expression "main forte". (NdT) "As I live, saith the Lord God, surely with a mighty hand, and a stretched out arm, and with fury poured out, I will rule over you". Conforme la King James version. (NdT) Le bton du berger. L'expression signifie : je vous ferai entrer dans mon troupeau. (NdT) "I will cause you to pass under the rod, and I will bring you into the bond of the covenant". Conforme la King James version. (NdT) "He shall be great, and be called the Son of the most High, and the Lord shall give him the throne of his father David; and he shall reign over the house of Jacob for ever; and of his kingdom there shall be no end". Conforme la King James version. (NdT) Matthieu, XXVII, 29. (NdT)

disant qu'il y avait un autre roi, un certain Jsus 1. Le royaume de Dieu est donc un royaume rel, et non mtaphorique, et considr ainsi non seulement dans l'Ancien Testament, mais [aussi] dans le Nouveau. Quand nous disons : car c'est toi qu'appartiennent le royaume, le pouvoir et la gloire 2, on doit l'entendre du royaume de Dieu, en vertu de notre convention, et non en vertu du droit de la puissance de Dieu, car ce royaume en vertu du droit de la puissance de Dieu, Dieu l'a toujours, si bien qu'il serait superflu de dire dans nos prires : que ton royaume arrive, moins qu'on ne l'entende de la restauration par le Christ de ce royaume de Dieu que la rvolte des Isralites a interrompu par le choix de Sal comme roi 3. Il n'aurait pas t appropri de dire le royaume des cieux est proche 4, ou de prier que ton royaume arrive 5, si ce royaume avait encore exist. Il y a tant d'autres passages qui confirment cette interprtation qu'il serait tonnant qu'on y ft pas plus attention, si elle ne donnait une trop grande lumire aux rois chrtiens pour apercevoir leur droit au gouvernement ecclsiastique. Cela, ils l'ont remarqu, ceux qui, au lieu de un royaume sacerdotal 6, traduisent un royaume de prtres 7, car ils pourraient aussi bien traduire un sacerdoce royal 8, comme dans saint Pierre, par un sacerdoce de rois. Et, alors que pour peuple particulier, ils mettent un joyau prcieux 9, un trsor 10, on pourrait aussi bien appeler le rgiment spcial ou la compagnie spciale d'un gnral le joyau prcieux du gnral, ou son trsor. En bref, le royaume de Dieu est un royaume civil, qui consiste premirement dans l'obligation du peuple d'Isral envers les lois que Mose lui rapporta du Mont Sina, et celles que le grand prtre, dans l'avenir, leur transmettrait aprs les avoir reues devant les Chrubins dans le Sanctum Santorum 11; royaume ayant t reni par le choix de Sal comme roi, dont les prophtes prdirent qu'il serait restaur par le Christ, pour la restauration duquel nous prions quotidiennement quand nous disons dans le Notre Pre 12 : que ton royaume arrive, et dont nous reconnaissons le droit quand nous ajoutons : car c'est toi qu'appartiennent le royaume, le pouvoir et la gloire dans les sicles des sicles, Amen 13; dont la proclamation tait la prdication des Aptres, et auquel les hommes sont prpars par ceux qui enseignent l'Evangile. Les hommes qui embrassent cet Evangile (c'est--dire promettent obissance au gouvernement de Dieu), sont dans le royaume de la grce, car Dieu leur a gracieusement donn le pouvoir d'tre ses sujets (c'est--dire ses enfants) dans le monde venir, quand le Christ viendra en majest pour juger le monde et gouverner
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"That they did all of them contrary to the decrees of Caesar, saying there was another King, one Jesus". Conforme la King James version. (NdT) Dans certains manuscrits en Matthieu, VI, 13, dans le Notre Pre. (NdT) [Link], VIII, IX et X. (NdT) Matthieu, III, 2; IV, 17; X, 7. (NdT) Matthieu, VI, 10; Luc, XI, 2. (NdT) Exode, XIX, 6 dans la vulgate. (NdT) Exode, XIX, 6 dans la King James version. (NdT) [Link], II, 9. (NdT) Bible franaise de Genve, Exode, XIX, 6. (NdT) King James version, Exode, XIX, 6. (NdT) Voir l'une des notes de ce chapitre ce sujet. (NdT) Pater, ou oraison dominicale. Matthieu, VI, 9-15. (NdT) Dans certains manuscrits en Matthieu, VI, 13, dans le Notre Pre. (NdT)

rellement son propre peuple, ce que l'on appelle le royaume de gloire. Si le royaume de Dieu (appel aussi le royaume des cieux, vu la hauteur glorieuse et admirable de ce trne) n'tait pas un royaume que Dieu gouverne sur terre par ses lieutenants et vicaires qui transmettent ses commandements au peuple, il n'y aurait pas eu tant de disputes et de guerres pour savoir par qui Dieu nous parle, on n'aurait pas eu tant de prtres se proccupant de juridiction spirituelle, ni de rois pour la leur refuser. De cette interprtation littrale de l'expression royaume de Dieu rsulte la vritable interprtation du mot SAINT. En effet, c'est un mot qui, dans le royaume de Dieu, correspond ce que les hommes, dans leurs royaumes, appellent public ou royal. Le roi d'un pays est la personne publique, le reprsentant de tous ses sujets propres. Et Dieu, le roi d'Isral, tait le Saint d'Isral. La nation qui est assujettie un souverain terrestre est la nation de ce souverain, c'est--dire de la personne publique. Ainsi, les Juifs, qui formaient la nation de Dieu, taient appels une nation sainte (Exode, XIX, 6). En effet, par saint, on entend toujours soit Dieu lui-mme, soit ce qui est Dieu en proprit, tout comme public signifie toujours soit la personne de la Rpublique elle-mme, soit quelque chose qui est la Rpublique de telle faon qu'aucune personne prive ne peut en revendiquer la proprit. C'est pourquoi le sabbat (le jour de Dieu) est un jour saint; le temple (la maison de Dieu) une maison sainte, et les sacrifices, dmes et offrandes (le tribut de Dieu) des devoirs saints; les prtres, les prophtes, les rois oints sous l'autorit du Christ (les ministres de Dieu) des hommes saints, les esprits clestes au service de Dieu (les messagers de Dieu) des anges saints, et ainsi de suite; et partout o le mot saint est pris au sens propre, il signifie toujours quelque chose d'acquis en proprit par consentement. En disant Que ton nom soit sanctifi 1, nous ne faisons que prier Dieu pour la grce d'observer le premier commandement, ne pas avoir d'autres dieux que lui. Le genre humain est la nation de Dieu en proprit : mais les Juifs seuls taient une nation sainte. Pourquoi, sinon parce qu'ils devinrent sa proprit par convention. Et le mot profane est habituellement pris dans l'Ecriture au sens de commun; et, en consquence, leurs contraires, saint et propre, dans le royaume de Dieu, doivent aussi avoir le mme sens. Mais, dans un sens figur, sont aussi appels saints ces hommes qui ont men une vie trs pieuse, comme s'ils avaient renonc tout dessein mondain, et s'taient entirement vous et donns Dieu. Au sens propre, ce qui est rendu saint par le fait que Dieu se le soit appropri ou l'ait mis part pour son propre usage est dit tre sanctifi par Dieu, comme le septime jour 2 dans le quatrime commandement, et comme les lus qui, dans le Nouveau Testament, sont dits tre sanctifis quand ils ont l'esprit de pit 3. Et ce qui est rendu saint par le fait que les hommes le vouent 4 et le donnent Dieu pour que ce soit seulement utilis pour son
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"Hallowed be thy name" apparat deux fois dans la King James version et dans le version DouayRheims, dans l'oraison dominicale (Matthieu, VI, 9, et Luc, XI, 2)(Idem en Franais dans la version Darby). (NdT) Exode, XX, 8. (NdT) Il est impossible de signaler ici tous les passages du Nouveau Testament concerns. (NdT) "And that which is made holy by the dedication of men". (NdT)

service officiel est appel aussi SACRE, est dit tre consacr 1, comme les temples et les autres maisons de prire publique, les ustensiles 2, les prtres, les ministres, les victimes, les offrandes, et la matire externe des sacrements. Il y a des degrs dans la saintet car, parmi ces choses qui sont mises part pour le service de Dieu, certaines peuvent tre de plus mises part pour un service plus rapproch et plus spcial. La nation entire des Isralites tait un peuple saint pour Dieu, et pourtant, la tribu de Lvi 3 tait parmi les Isralites une tribu sainte, et parmi les Lvites, les prtres taient encore plus saints, et parmi les prtres, le grand prtre tait le plus saint. De mme, le pays de Jude tait la terre sainte, mais la cit sainte, o Dieu devait tre ador, tait plus sainte, et le temple encore plus saint que la cit, et le sanctum sanctorum encore plus saint que le reste du temple 4. Un SACREMENT est le fait de sparer une certaine chose visible de l'usage commun, et de la consacrer au service de Dieu, soit comme signe de notre admission au sein du royaume de Dieu pour tre membre de son peuple particulier, soit pour commmorer cette admission. Dans l'Ancien Testament, le signe de l'admission tait la circoncision 5, dans le Nouveau Testament, le baptme. La commmoration de l'admission, dans l'Ancien Testament, tait la manducation 6 de l'agneau pascal ( une date dtermine 7, qui tait l'anniversaire), qui remettait en l'esprit la nuit o ils furent dlivrs de leur servage d'Egypte 8, et dans le Nouveau Testament, c'est la clbration de la Cne du Seigneur 9, qui nous remet en l'esprit que nous fmes dlivrs du servage du pch par la mort de notre Sauveur bni sur la croix. Les sacrements de l'admission ne doivent tre utiliss qu'une fois, parce qu'il n'est besoin que d'une seule admission; mais parce que nous avons besoin qu'on nous remette souvent l'esprit notre dlivrance et notre allgeance, il est ncessaire que les sacrements de commmoration soient rpts. Ce sont l les principaux sacrements et, en quelque sorte, les serments solennels que nous faisons de notre allgeance. Il y a d'autres conscrations qui peuvent tre appeles sacrements si le mot renvoie la seule conscration au service de Dieu; mais s'il implique un serment, une promesse d'allgeance, il n'y en a pas d'autres, dans l'Ancien Testament, que la circoncision et la Pque, ni d'autres, dans le Nouveau Testament, que le baptme et la Cne du Seigneur.

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"consecrated". (NdT) Le mot est utilis assez souvent dans l'Ancien Testament. (NdT) Voir paticulirement Nombres, premiers chapitres. (NdT) Sur le plan et la construction du Sanctuaire, voir Exode. Sur la construction du Temple de Jrusalem, voir 1. Rois. (NdT) Gense, XVII, 9-14. (NdT) Sur la Pque juive, voir Exode, XII, 1-14. (NdT) Le dixime jour du mois des pis, premier mois dans le calendrier babylonien. (NdT) Exode, XII, 12-14. (NdT) "the celebrating of the Lord's Supper" : l'Eucharistie. Voir Matthieu, XXVI, 26-29. (NdT)

Troisime partie : De la Rpublique chrtienne

Chapitre XXXVI
De la Parole de Dieu, et des Prophtes.

Retour la table des matires Quand il est fait mention de la parole de Dieu 1, ou d'un homme, le mot parole ne signifie pas une partie d'un discours, que les grammairiens appellent un nom ou un verbe, ou un unique mot prononc 2, sans relations avec d'autres mots 3 qui le rendraient signifiant, mais un discours ou propos complet, par lequel le locuteur affirme, nie, ordonne, promet, menace, souhaite ou interroge. En ce sens, ce n'est pas vocabulum 4 qui signifie parole, mais sermo 5 (en grec logos 6 ), c'est--dire discours, propos, nonc. En outre, quand nous disons la parole de Dieu, ou d'un homme, il faut tantt l'entendre du locuteur, comme les paroles que Dieu a dites, ou qu'un homme a dites (en ce sens, quand nous disons l'Evangile de saint Matthieu, nous voulons dire que
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"the word of God". "Verbum" en latin. (NdT) "simple voice". Hobbes utilise l'anglais "voice" comme on peut parfois utiliser le latin "vox". (NdT) "words". (NdT) Nom, mot, terme. (NdT) Entretien, conversation, paroles changes. (NdT) Parole, discours, entretien, etc., mais il arrive que le mot grec signifie mot. Le texte biblique grec utilise aussi le mot "rema" (verbe, mot, parole). (NdT)

saint Matthieu en est le rdacteur), tantt l'entendre du sujet dont on parle (en ce sens, quand nous lisons dans la Bible les paroles des jours des rois d'Isral, ou de Juda, il est entendu que les actes faits pendant ces jours taient le sujet de ces paroles). Et en grec, qui, dans l'Ecriture, conserve de nombreux hbrasmes, par la parole de Dieu est entendu non ce qui a t dit par Dieu, mais ce qui se rapporte Dieu et son gouvernement, c'est--dire la doctrine de la religion 1. De telle sorte que c'est tout un de dire logos theou 2 et theologia, c'est--dire la doctrine de la religion que nous appelons habituellement thologie 3, comme le montrent clairement les passages suivants : Paul et Barnabas s'enhardirent et dirent : il tait ncessaire que la parole de Dieu vous 4 soit dite en premier, mais voyant que vous la rejetez et que vous vous jugez indignes de la vie ternelle, nous nous tournons vers les Gentils 5 (Actes, XIII, 46). Ce qui est ici appel la parole de Dieu tait la doctrine de la religion chrtienne, comme ce qui prcde le montre avec vidence 6. Et quand il est dit aux Aptres par un ange : allez vous tenir dans le Temple et parler de toutes les paroles de cette vie 7 (Actes, V, 20), paroles de cette vie a le sens de doctrine de l'Evangile, comme il est vident par ce qu'ils firent dans le Temple, ce qui est expliqu au dernier verset du mme chapitre : chaque jour, dans le Temple et dans chaque maison, ils ne cessaient d'enseigner et de prcher Jsus-Christ 8. En ce passage, il est manifeste que JsusChrist tait le sujet de cette parole de vie, ou, ce qui est tout un, le sujet des paroles de cette vie ternelle que notre Sauveur offrait aux Juifs 9. De mme, en Actes, XV, 7 10, la parole de Dieu est appele la parole de l'Evangile 11 parce qu'elle contient la doctrine du royaume du Christ, et la mme parole est appele, en Romains, X, 8-9, parole de foi 12, c'est--dire, comme cela est expliqu en cet endroit 13, la doctrine du Christ venu et ressuscit d'entre les morts. Aussi, en Matthieu, XIII, 19, on lit : quand quelqu'un entend la parole du royaume 14, c'est--dire la doctrine du royaume enseigne par le Christ. Encore, la mme parole est dite, en Actes, XII, 24, crotre et
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"the doctrine of religion". Le mot "doctrine" (voir son tymologie) dsigne ici aussi bien l'enseignement (teaching) que le contenu de l'enseignement. (NdT) En caractres grecs dans le texte. Le sens est : parole de Dieu. (NdT) "divinity", qui dsigne (quand il ne dsigne pas la divinit) la thologie ou l'enseignement religieux. (NdT) C'est--dire aux Juifs. (NdT) "Then Paul and Barnabas waxed bold, and said, it was necessary that the word of God should first have been spoken to you, but seeing you put it from you, and judge yourselves unworthy of everlasting life, lo, we turn to the Gentiles". Conforme la King James version. (NdT) Les versets qui prcdent, dans le chapitre XIII, sont en effet trs clairs sur le sens de l'enseignement de Paul. (NdT) "Go stand and speak in the Temple all the words of this life". Conforme la King James version. (NdT) Actes, V, 42 : "Daily in the Temple, and in every house, they ceased not to teach and preach Christ Jesus". Conforme la King James version. (NdT) "them". Ici, au chapitre 5, la parole ne concerne encore que les Juifs. C'est avec la vision de Pierre, puis avec la conversion et les actions de Paul (Saul), et la perscution, que la parole s'adressera aussi aux paens. (NdT) Et non XV, 17, comme le note G. Mairet. (NdT) "verbum evangelii", dit la Vulgate. (NdT) "verbum fidei", dit la Vulgate. (NdT) "That if thou shalt confess with thy mouth the Lord Jesus, and shalt believe in thine heart that God hath raised him from the dead, thou shalt be saved." (King James version, Romains, X, 9) La version Darby donne : "si tu confesses de ta bouche Jsus comme Seigneur et que tu croies dans ton coeur que Dieu l'a ressuscit d'entre les morts, tu seras sauv."(NdT) "verbum regni", dit la Vulgate. (NdT)

se multiplier, ce qui s'entend aisment de la doctrine vanglique 1, mais serait difficile comprendre et trange s'il s'agissait de la voix ou du discours de Dieu. Dans le mme sens, doctrine des dmons 2 ([Link], IV, 1) ne signifie pas les paroles de quelque dmon, mais la doctrine des paens sur les dmons et ces phantasmes qu'ils adoraient comme des dieux. Considrant ces deux significations que l'expression PAROLE DE DIEU a dans l'Ecriture, il est manifeste, en ce dernier sens (quand elle prise au sens de doctrine de la religion chrtienne), que l'Ecriture entire est la parole de Dieu, mais non au premier sens. Par exemple, bien que ces paroles Je suis le Seigneur ton Dieu 3, etc., jusqu' la fin des dix Commandements, aient t dites par Dieu Mose, cependant l'incipit Dieu pronona ces paroles et dit 4 doit tre entendu comme les paroles de celui qui rdigeait l'histoire sainte. Quand parole de Dieu est employ pour dsigner ce que Dieu a dit, il faut l'entendre tantt au sens propre, tantt mtaphoriquement. Au sens propre pour les paroles qu'il a dites ses prophtes, mtaphoriquement, pour sa sagesse, sa puissance, son dcret ternel, dans sa cration du monde. En ce sens, ces fiat (que la lumire soit, qu'il y ait un firmament, faisons l'homme, etc.)(Gnse, I) sont la parole de Dieu. Et dans le mme sens, il est dit, en Jean, I, 3 : Toutes choses furent faites par elle, et rien de ce qui fut fait ne fut fait sans elle 5; et, en Hbreux, I, 3 : il soutient toute chose par la parole de sa puissance 6, ce qui veut dire par la puissance de sa parole, c'est--dire par sa puissance. Et, en Hbreux, XI, 3 : les mondes ont t forms par la parole de Dieu;7 et beaucoup d'autres passages emploient le mme sens. De mme, chez les Latins, le mot destin 8, qui signifie proprement la parole dite, est pris dans le mme sens. En second lieu, l'expression parole de Dieu dsigne l'effet de sa parole, c'est-dire la chose mme que Dieu, par sa parole, affirme, ordonne, dont il menace, ou qu'il promet, comme au Psaume 105, verset 19, quand Joseph est dit avoir t gard en prison jusqu' ce que sa parole arrive, c'est--dire ce qu'arrive ce qu'il avait prdit l'chanson du Pharaon (Gense, XL, 13) concernant son rtablissement dans ses fonctions, car dans ce passage, que sa parole arrive signifie que la chose elle-mme arrive. De mme, en [Link], XVIII, 36, Elie dit Dieu : J'ai accompli toutes tes paroles 9, au lieu de : J'ai accompli toutes ces choses sur ta parole 1, ou sur ton ordre.
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"evangelical doctrine". (NdT) "doctrine of devils". (NdT) Exode, XX, 2 : "I am the Lord thy God". Conforme la King James version. (NdT) Exode, XX, 1. (NdT) "All things were made by it, and without it was nothing made that was made". La King James version donne : "All things were made by him; and without him was not any thing made that was made". (NdT) La king James version et la version Douay-Rheims disent bien, en effet : "upholding all things by the word of his power". Idem chez Darby ("parole de la puissance") mais pas dans la T.O.B. ("puissance de la parole"). La vulgate donne "portansque omnia verbo virtutis". La version grecque de Stephanus donne : "pheron te ta panta to remati tes dunameos". (NdT) "verbo dei", dit la Vulgate, "remati theou", dit le version grecque de Stephanus. (NdT) Hobbes donne l'anglais "fate", non le latin "fatum". (NdT) Sens : les actes ordonns par toi. Hobbes suit ici la vulgate et non la King James version : "cumque iam tempus esset ut offerretur holocaustum accedens Helias propheta ait Domine Deus Abraham Isaac et Israhel hodie ostende quia tu es Deus Israhel et ego servus tuus et iuxta praeceptum tuum feci omnia verba haec" (soulign par nous). La traduction de G. Mairet (qui ne traduit pas les citations faites par Hobbes) est totalement infidle. (NdT)

ordre. Et, en Jrmie, XVII, 15, o est la parole du Seigneur? est mis pour o est le mal dont il menaait? Et quand il est dit, en Ezchiel, XII, 28 : Aucune de mes paroles ne sera plus diffre 2, par paroles, on entend ces choses que Dieu a promises son peuple. Et dans le Nouveau Testament, en Matthieu, XXIV, 35, quand il est dit le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas 3, on entend : il n'est rien de ce que j'ai promis ou prdit qui ne doive s'accomplir. C'est en ce sens que Jean l'Evangliste, en Jean, I, 14, et, je pense, uniquement lui, dit de notre Sauveur luimme, en tant que parole de Dieu incarne, Et la parole de Dieu s'est faite chair 4, c'est--dire la parole, la promesse que le Christ viendrait dans le monde, parole qui, au commencement, tait avec Dieu 5, c'est--dire que c'tait l'intention de Dieu le pre d'envoyer Dieu le fils dans le monde pour clairer les hommes sur le chemin de la vie ternelle, mais cette intention n'tait pas encore mise excution et ne s'tait pas effectivement incarne 6. C'est ainsi que notre Sauveur est dans ce passage appel la parole, non parce qu'il tait la promesse, mais parce qu'il tait la chose promise. Ceux qui, arguant de ce passage, l'appellent couramment le Verbe de Dieu, ne font que rendre le texte plus obscur. Ils pourraient aussi bien l'appeler le nom de Dieu 7, car par nom, de mme que par verbe, on n'entend qu'une partie du discours, un mot prononc, un son 8 qui, ni n'affirme, ni ne nie, ni n'ordonne, ni ne promet, ni n'est quelque substance corporelle ou spirituelle, et qui, par consquent, ne peut tre dit tre soit Dieu soit homme, alors que notre Sauveur est les deux. Et cette parole dont saint Jean, dans son Evangile, dit qu'elle tait avec Dieu, dans sa premire ptre, au verset 1, il l'appelle la parole de vie 9, et, au verset 2, la vie ternelle 10 qui tait avec le pre; de sorte qu'il ne saurait tre appel parole en un autre sens qu'au sens o il est appel vie ternelle, ce qui signifie qu'il nous a donn la vie ternelle par sa venue dans la chair. De mme aussi, l'Aptre, en Apocalypse, XIX, 13, parlant du Christ revtu d'un manteau tremp de sang 11, dit que son nom est la parole de Dieu, ce qu'il faut comprendre comme s'il avait dit que son nom tait celui qui est venu conformment l'intention de Dieu depuis le commencement, et conformment sa parole et ses promesses transmises par les prophtes. De sorte qu'il n'y a rien ici sur l'incarnation d'une parole, mais il s'agit de l'incarnation de Dieu le fils, donc appel la parole, parce que son incarnation tait l'accomplissement d'une promesse, et c'est d'une manire semblable que le Saint-Esprit est appel la Promesse 12.
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C'est la formule que donne la King James Version : "I have done all these things at thy word". (NdT) Je reprends ici la traduction Darby. F. Tricaud traduit "ne sera ajourne davantage". (NdT) "heaven and earth shall pass away, but my words shall not pass away". Conforme la King James version. (NdT) "And the Word was made flesh". Conforme la King James version. La Vulgate donne "et Verbum caro factum est", la Stephanus grecque "kai o logos sarx egeneto". (NdT) Jean, I, 1. (NdT) "actually incarnate". (NdT) "the Noun of God". the noun : le substantif. (NdT) "a part of speech, a voice, a sound". (NdT) "verbo vitae" dans la Vulgate. (NdT) "vitam aeternam" dans la Vulgate. (NdT) "dipped in blood". F. Tricaud, trs certainement influenc par le texte grec du Nouveau testament ("kai peribeblhmenos imation bebammenon") traduit "teint de sang" (Darby traduit : "teint dans le sang") ("bamma" dsignant de faon gnrale un liquide dans lequel on trempe quelque chose, et de faon plus troite, une teinture). La vulgate ("et vestitus erat vestem aspersam sanguine") se contente d'une ide d'aspersion, d'arrosement. (NdT) Luc, XXIV, 49 et Actes, I, 4 (Note de Hobbes).

Il y a aussi des passages de l'Ecriture o parole de Dieu signifie des paroles qui s'accordent avec la raison et l'quit 1, quoique, parfois, elles ne soient dites ni par un prophte ni par un saint homme. En effet, le pharaon Nko tait un idoltre, et pourtant, ses paroles au bon roi Josias, en lesquelles il lui conseillait, par des messagers, de ne s'opposer lui dans sa marche contre Karkmish, sont dites tre venues de la bouche de Dieu 2, et il est dit que Josias, ne les coutant pas, fut tu dans la bataille 3, comme on le lit en [Link], XXXV, 21-23. Il est vrai que, selon la mme histoire relate dans le premier livre d'Esdras, c'est Jrmie 4, et non le pharaon, qui adressa ces paroles venant de la bouche du Seigneur Josias, mais nous devons ajouter foi l'Ecriture canonique, quel que soit ce qui est crit dans les Apocryphes. L'expression parole de Dieu est prise aussi au sens de prescriptions de la raison et de l'quit 5, quand cette parole est dite, dans les Ecritures, tre crite dans le coeur de l'homme, comme dans le Psaume 37 6, au verset 31, ou en Jrmie, XXXI, 33 7, en Deutronome XXX, 11-14 8, et en de nombreux autre endroits. Dans l'criture, le mot PROPHETE signifie tantt un porte-parole 9, c'est-dire qui parle l'homme de la part de Dieu, ou Dieu de la part de l'homme, tantt celui qui prophtise 10, qui prdit des choses venir, tantt quelqu'un qui parle de faon incohrente, comme ceux dont l'esprit est ailleurs 11. Le mot est le plus souvent utilis au sens de celui qui parle de la part de Dieu au peuple. Ainsi Mose, Samuel, Elie, Esae, Jrmie et d'autres taient des prophtes. Et en ce sens, le grand prtre tait un prophte, car il tait le seul entrer dans le Sanctum Sanctorum 12 pour interroger Dieu et transmettre au peuple sa rponse. Et c'est pourquoi, quand Caphe
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"such words as are consonant to reason and equity". (NdT) "from the mouth of God". (NdT) La King James version, en XXXV, 22 donne : "Nevertheless Josiah would not turn his face from him, but disguised himself, that he might fight with him, and hearkened not unto the words of Necho from the mouth of God, and came to fight in the valley of Megiddo."(Soulign par nous) La vulgate dit : "ex ore Dei" (NdT) Effectivement dans l'Apocryphe [Link] de la King James Version, on lit en I, 28 : "not regarding the words of the prophet Jeremy spoken by the mouth of the Lord". Mme rfrence pour la Vulgate qui parle de prophte sans donner le nom de Jrmie. (NdT) "the dictates of reason and equity". (NdT) "The law of his God is in his heart" ((King James version) (NdT) "After those days, saith the LORD, I will put my law in their inward parts, and write it in their hearts". (King James version) (NdT) "But the word is very nigh unto thee, in thy mouth, and in thy heart, that thou mayest do it." (King James version) (NdT) "prolocutor" : quand le mot ne dsigne pas une fonction particulire dans l'Eglise d'Angleterre, il signifie porte-parole et a quasiment le sens de "spokesman", que Hobbes utilise plus loin. En latin, le prolocutor est l'avocat, celui qui dfend un homme en parlant sa place.(NdT) "predictor". Le mot "foreteller", qui suit, a exactement le mme sens. (NdT) "as men that are distracted". "comme le font les hommes hors de sens", traduit F. Tricaud. G. Mairet choisit le mot "drangs". (NdT) Le Saint des Saints ("Holiest of all" dans la King James version, qui utilise aussi "most holy") : alors que les prtres entraient dans le lieu saint, seul le grand prtre pouvait entrer dans le lieu trs saint une fois par an pour le Yom Kippour (voir Lvithique, XVI). Il semble que l'expression "Saint des Saints", en ce sens, ne soit utilise, dans les versions franaises, qu'en Hbreux, IX, 3. Les traducteurs utilisent souvent l'expression "trs saint" ou "trs-saint" La vulgate utilise plusieurs fois l'expression "Sanctum Sanctorum", principalement en Exode. (NdT)

dit qu'il tait 1 opportun 2 qu'un seul homme meure pour le peuple 3, saint Jean, en Jean, XI, 51, dclara qu'il ne disait pas a de lui-mme mais que, tant grand prtre cette anne, il prophtisait qu'un seul homme devait mourir pour la nation 4. De mme ceux qui, dans les assembles chrtiennes, enseignaient au peuple, taient dits prophtiser ([Link], XIV, 3). C'est dans le mme sens que Dieu dit d'Aaron Mose, en Exode, IV, 16 : il sera ton porte-parole 5 auprs du peuple, il sera pour toi une bouche, et pour lui tu tiendras lieu de Dieu 6; ce qui est appel ici porte-parole est, en Exode, VII, 1, appel prophte : Vois, dit Dieu, j'ai fait de toi un dieu pour Pharaon, et Aaron ton frre sera ton prophte 7. Au sens de celui qui parle Dieu de la part des hommes, Abraham est appel un prophte en Gense, XX, 7, quand Dieu, parle Abimlek pendant un songe de cette manire : Rends donc maintenant cet homme sa femme, car c'est un prophte, et il priera pour toi 8. D'o il peut ressortir que le nom de prophte peut tre donn sans improprit ceux qui, dans les Eglises chrtiennes 9, ont pour vocation de dire les prires publiques pour l'assemble. Dans le mme sens, les prophtes qui descendaient du haut lieu, de la montagne de Dieu, avec un psaltrion, un tambourin, une flte et une harpe, avec Sal parmi eux, sont dits prophtiser, en ce qu'ils louent Dieu publiquement de cette manire (1. Samuel, X, 5-6). C'est dans le mme sens que Marie 10, en Exode XV, 20, est appele une prophtesse. C'est aussi ainsi qu'il faut le prendre, quand saint Paul, en [Link], XI, 4-5 11, dit : tout homme qui prie ou prophtise la tte couverte, etc., et toute femme qui prie ou prophtise la tte dcouverte, car prophtiser, dans ce passage, ne signifie rien de plus que louer Dieu dans des psaumes et des saints cantiques, ce que les femmes pouvaient faire l'glise, mme si la loi leur interdisait de parler l'assemble. Et c'est en ce sens que les potes paens, qui composaient des hymnes et d'autres sortes de pomes en l'honneur de leurs dieux taient appels vates 12 (prophtes), comme cela est bien connu de tous ceux qui sont verss dans les livres des Gentils, comme on le voit clairement en Tite, I, 12, quand saint Paul dit des Crtois qu'un prophte des leurs avait dit qu'ils taient des menteurs. Non que saint Paul tnt leurs potes pour des prophtes, mais il reconnat que le mot prophte tait couramment utilis pour dsigner ceux qui clbraient l'honneur de Dieu en vers.
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La King James version dit : "he prophesied that Jesus should die for that nation" (Jean, XI, 50). (NdT) "expedient". (NdT) "for the people". Rien ne correspond "tout" dans le texte anglais. F. Tricaud traduit en effet "tout le peuple". "He spake not this of himself, but being high priest that year, he prophesied that one man should die for the nation". Conforme la King James version. (NdT) "spokesman". "loquetur", dit la Vulgate. La Septante donne : "kai autos soi proslalsei pros ton laon". (NdT) "He shall be thy spokesman to the people; and he shall be to thee a mouth, and thou shalt be to him instead of God". "instead of a mouth", dit la King James version. (NdT) "See (...) I have made thee a god to Pharaoh, and Aaron thy brother shall be thy prophet". Conforme la King James version. (NdT) "Now therefore restore the man his wife, for he is a prophet, and shall pray for thee". Conforme la King James version. (NdT) Pourquoi [Link] prouve-t-il le besoin de traduire "churches" par "congrgations"? (NdT) Forme grco-latine de Miryam. (NdT) Et non, comme le note G. Mairet, XI, 45. (NdT) En latin, devin, prophte, pote inspir, mot partir duquel se construira le verbe franais vaticiner. La vulgate n'utilise jamais le mot "vates" et utilise systmatiquement "propheta", le texte grec utilisant "prophetes". (NdT)

Si, par prophtie, on entend prdiction 1 des futurs contingents 2, ne furent pas prophtes seulement ceux qui qui taient les porte-paroles de Dieu, et prdisaient autrui ces choses que Dieu leur avait prdites, mais aussi tous ces imposteurs qui prtendent, l'aide d'esprits familiers, ou par une divination superstitieuse des vnements passs, partir de fausses causes, prdire les mmes vnements pour le temps venir, et (comme je l'ai dj dit au chapitre XII de ce discours) il en existe de nombreuses sortes, et il gagnent, dans l'opinion de la plupart des gens, plus de rputation de prophtie, grce un vnement fortuit qu'ils tordent dans tous les sens pour l'adapter leur intention, qu'ils n'en perdront jamais par leurs nombreux checs. La prophtie n'est pas un art, et elle n'est pas non plus, quand il s'agit de prdiction, une vocation constante, elle est une fonction extraordinaire et temporaire donne par Dieu, le plus souvent des hommes bons, mais quelquefois aussi des mchants. La femme d'Endor 3, qui est dite avoir eu un esprit familier par lequel elle fit apparatre 4 un fantme 5 de Samuel et prdit Sal sa mort 6, n'tait pourtant pas une prophtesse, car elle ne possdait aucune science par laquelle elle aurait pu faire apparatre ce fantme, et il n'apparat pas que Dieu ait ordonn cette apparition, il se contenta de guider cette imposture comme moyen pour produire la terreur et le dcouragement de Sal, et par consquent la dfaite qui amena sa chute. Quant aux propos incohrents, chez les Gentils, ils taient pris pour une sorte de prophtie, parce que les prophtes de leurs oracles, intoxiqus par un esprit ou une vapeur venant de la grotte de l'oracle pythique Delphes, taient sur le moment rellement fous et ils s'exprimaient comme des fous, et partir de ces paroles dcousues, on pouvait construire un sens adapt n'importe quel vnement, de la mme manire que tous les corps sont dits tre faits de la materia prima 7. Dans l'Ecriture, je trouve que le mot prophte est aussi pris en ce sens : Et l'esprit mauvais vint sur Sal, et il prophtisa au milieu de la maison 8 ([Link], XVIII, 10). Et quoiqu'il y ait autant de significations du mot prophte dans l'Ecriture, cependant, le plus frquemment, le mot est utilis pour dsigner celui qui Dieu dclare sans mdiation 9 ce que le prophte doit dire un autre homme dtermin ou au peuple de sa part. Sur ce point, on peut poser une question : de quelle manire Dieu parle-t-il un tel prophte? Peut-on dire, au sens propre, pourront-ils dire certains, que Dieu a une voix et un langage, alors qu'on ne peut dire au sens propre qu'il a une langue et d'autre organes comme un homme? Le prophte David argumente ainsi : celui qui a fait l'oeil ne verra-t-il pas? Celui qui a fait l'oreille n'entendra-t-il pas? 10 Mais cela peut tre dit, non comme habituellement, pour signifier la nature de Dieu, mais pour signifier notre intention de l'honorer, car voir et
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Hobbes utilise ici deux mots : "prediction" et "foretelling". (NdT) "future contingents". (NdT) [Link], XVIII, 7. (NdT) Hobbes utilise le verbe "to raise". La King James Version utilise le verbe "to bring up" et le verbe "to ascent". (NdT) "phantasm". (NdT) [Link], XVIII, 19. (NdT) Expression thomiste (Somme thologique, Ia pars, q.44). (NdT) "And the evil spirit came upon Saul, and he prophesied in the midst of the house". Conforme la King James Version. (NdT) "immediately". Psaume 94, verset 9. Hobbes ne recopie ni exactement la vulgate (Psaume 93), ni exactement la K.J.V. La King James version donne : "He that planted the ear, shall he not hear? he that formed the eye, shall he not see?". Hobbes crit : "Shall He that made the eye, not see? or He that made the ear, not hear?" (NdT)

entendre sont des attributs honorables, et peuvent tre donns Dieu pour que nous exprimions, dans la limite de nos capacits, sa toute-puissance 1. Mais si on le dit au sens strict et propre, quelqu'un pourrait arguer que, puisqu'il a fait toutes les autres parties du corps humain, il a aussi le mme usage que nous de ces parties, et comme beaucoup d'entre elles sont si disgracieuses, ce serait la plus grande insolence du monde que de les lui attribuer. C'est pourquoi nous devons interprter la manire dont Dieu parle aux hommes sans mdiation comme celle, quelle qu'elle soit, par laquelle il fait comprendre sa volont aux hommes. Et les manires dont il le fait sont nombreuses, et elles doivent tre cherches seulement dans l'Ecriture sainte o, quoique il soit souvent dit que Dieu parla telle ou telle personne, sans prciser de quelle manire, il y a cependant de nombreux passages aussi qui nous livrent les signes par lesquels ils devaient reconnatre sa prsence et son commandement, et, par ces passages, on peut comprendre comment il parla beaucoup d'hommes 2. De quelle manire parla-t-il Adam, Eve, Can et No, ce n'est pas exprim; ni comment il parla Abraham, jusqu' ce qu'il partit de son pays pour aller Sichem, dans le pays de Canaan; et alors, Dieu est dit lui tre apparu (Gense, XII, 7 3). Voil ainsi une manire par laquelle Dieu rendit sa prsence manifeste : par une apparition, ou vision. De mme, en Gense, XV, 1, la parole du Seigneur vint Abraham dans une vision 4, c'est--dire que quelque chose, comme un signe de la prsence de Dieu, apparut en tant que messager de Dieu pour lui parler. De mme, en Gense, XVIII, 1, Dieu apparut Abraham par l'apparition de trois anges 5; et de nouveau Abimlech dans un rve 6 (Gense, XX, 3); Lot 7 (Gense, XIX, 1) par l'apparition de deux anges; Agar 8 (Gense, XXI, 17) par l'apparition d'un seul ange, Abraham encore 9 (Gense, XXII, 11) par l'apparition d'une voix venue du ciel; Isaac 10 (Gense, XXVI, 24) pendant la nuit, c'est--dire, dans son sommeil, par un rve; Jacob 11 (Gense, XXVIII, 12 1) dans un rve (c'est--dire, comme le dit le
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"to declare as far as capacity can conceive His almighty power". (NdT) Exactement " beaucoup parmi les autres". (NdT) Darby : "Et le Cananen tait alors dans le pays. Et l'ternel apparut Abram, et dit: Je donnerai ce pays ta semence. Et Abram btit l un autel l'ternel, qui lui tait apparu." La vulgate utilise le verbe appareo, apparatre, tre visible, se montrer, et la King James version le verbe "to appear".. (NdT) Darby : "Aprs ces choses, la parole de l'ternel fut adresse Abram dans une vision, disant: Abram, ne crains point; moi, je suis ton bouclier et ta trs-grande rcompense." "per visionem", dit la Vulgate. (NdT) Darby : "Et l'ternel lui apparut auprs des chnes de Mamr; et il tait assis l'entre de la tente, pendant la chaleur du jour. Et il leva les yeux et regarda; et voici, trois hommes se tenaient prs de lui; et quand il les vit; il courut de l'entre de la tente leur rencontre, et se prosterna en terre."(XIX, 1-2) (NdT) Darby : "Et Dieu vint vers Abimlec la nuit, dans un songe, et lui dit: Voici, tu es mort cause de la femme que tu as prise, car elle est une femme marie." (NdT) Darby : "Et les deux anges vinrent Sodome sur le soir; et Lot tait assis la porte de Sodome. Et Lot les vit, et il se leva pour aller leur rencontre, et se prosterna le visage en terre." (NdT) Darby : "Et Dieu entendit la voix de l'enfant, et l'Ange de Dieu appela des cieux Agar, et lui dit: Qu'as-tu, Agar? Ne crains point, car Dieu a entendu la voix de l'enfant, l o il est." (NdT) Darby : "Mais l'Ange de l'ternel lui cria des cieux, et dit: Abraham! Abraham! Et il dit: Me voici." (NdT) Darby : "Et l'ternel lui apparut cette nuit-l, et dit: Je suis le Dieu d'Abraham ton pre; ne crains pas, car je suis avec toi; et je te bnirai, et je multiplierai ta semence, cause d'Abraham, mon serviteur." (NdT) Darby : "Et il songea: et voici une chelle dresse sur la terre, et son sommet touchait aux cieux; et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient sur elle" (NdT)

texte : Jacob rva qu'il voyait une chelle, etc.), et dans une vision d'anges 2 (Gense, XXXII, 1); Mose 3 (Exode, III, 2) par l'apparition d'une flamme de feu sortant du milieu d'un buisson. Aprs l'poque de Mose, quand la manire dont Dieu parlait sans mdiation aux hommes est exprime dans l'Ancien Testament, Dieu parla toujours par une vision, ou par un rve, comme Gdon, Samuel, Elie, Elise, Isae, Ezchiel, et aux autres prophtes; de mme dans le Nouveau Testament, Joseph, saint Pierre, saint Paul, et saint Jean l'vangliste dans l'Apocalypse. C'est uniquement Mose que Dieu parla d'une manire plus extraordinaire, au mont Sina, et dans le tabernacle, et au grand prtre dans le tabernacle, et dans le Sanctum Sanctorum 4 du temple. Mais Mose, et aprs lui les grands prtres, taient des prophtes d'une place et d'un rang plus minents dans la faveur de Dieu, et Dieu lui-mme dclare expressment qu'aux autres prophtes, il parle en rves et en visions, mais qu' son serviteur Mose, il parle comme on parle son ami. Les paroles sont celles-ci (Nombres, XII, 6-8) : S'il y a un prophte parmi vous, moi, le Seigneur, me ferai connatre lui dans une vision, et lui parlerai dans un rve. Pour mon serviteur Mose, il en est autrement, lui qui est fidle dans toute ma maison. A lui, je parlerai de bouche bouche, et mme de faon vidente, non par des propos obscurs 5, et il apercevra l'apparence du Seigneur 6. Et, en Exode XXXIII, 11, on lit : Le Seigneur parlait Mose face face, comme un homme parle son ami 7. Et cependant, le propos que Dieu tenait Mose se faisait par la mdiation d'un ange, ou d'anges, comme il est dit expressment en Actes, VII, 35 et 53, et en Galates, III, 19 8, et c'tait donc une vision, quoique cette vision ft plus vidente que celle qui tait donne aux autres prophtes. Conformment cela, quand Dieu dit, en Deutronome, XIII, 1 : S'il s'lve au milieu de vous un prophte, ou un rveur de rves 9, la deuxime expression n'est qu'une interprtation de la premire. Et, en Jol, II, 28 :
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Et non XVIII, 12 comme le note par erreur F. Tricaud (mme erreur, bizarrement, chez G. Mairet). (NdT) Darby : "Et Jacob alla son chemin. Et les anges de Dieu le rencontrrent." (NdT) Darby : "Et l'Ange de l'ternel lui apparut dans une flamme de feu, du milieu d'un buisson pines; et il regarda, et voici, le buisson tait tout ardent de feu, et le buisson n'tait pas consum." (NdT) Voir note dj crite ce sujet. (NdT) "per enigmata", dit la Vulgate. (NdT) "and the similitude of the Lord shall he behold". Hobbes cite la King James version. Darby donne : "S'il y a un prophte parmi vous, moi l'ternel, je me ferai connatre lui en vision, je lui parlerai en songe. Il n'en est pas ainsi de mon serviteur Mose, qui est fidle dans toute ma maison; je parle avec lui bouche bouche, et en me rvlant clairement, et non en nigmes; et il voit la ressemblance de l'ternel." Pour la dernire proposition, la vulgate utilise le latin "figura" qui dsigne la forme, la silhouette, l'apparence, la configuration extrieure. La septante utilise le bien connu "eidos". La T.O.B. donne "forme". Notons que la version Douay-Rheims se contente de "he see the Lord", "il voit le Seigneur". Hobbes, plus bas, refuse clairement, au nom de l'infinit de Dieu, que Dieu parle ou apparaisse dans sa propre nature. (NdT) "The Lord spake to Moses face to face, as a man speaketh to his friend". "unto his friend", dit la King James version. (NdT) Darby donne : "Ce Mose qu'ils avaient rejet, disant: Qui t'a tabli chef et juge? celui-l, Dieu l'a envoy pour chef et pour librateur, par la main de l'ange qui lui tait apparu au buisson."(Actes, VII, 35) "vous qui avez reu la loi par la disposition des anges, et qui ne l'avez point garde."(Actes, VII, 53) "Pourquoi donc la loi? Elle a t ajoute cause des transgressions, jusqu' ce que vnt la semence laquelle la promesse est faite, ayant t ordonne par des anges, par la main d'un mdiateur."(Galates, III, 19) (NdT) "If there arise amongst you a prophet, or dreamer of dreams". Conforme la King James version. (NdT)

Vos fils et vos filles prophtiseront, vos anciens rveront des rves, et vos jeunes gens verront des visions 1, le mot prophtie est interprt par les mots rve et vision. Et c'est de la mme manire que Dieu, en [Link], III, 15, parla Salomon, lui promettant sagesse, richesses et honneurs, car le texte dit : Et Salomon s'veilla, et s'aperut que c'tait un rve 2. De sorte que, en gnral, les prophtes extraordinaires de l'Ancien Testament ne prenaient connaissance de la parole de Dieu autrement que par des rves et des visions, c'est--dire par des imaginations qu'ils avaient dans leur sommeil ou dans une extase, lesquelles imaginations taient surnaturelles chez tout vrai prophte, alors que chez les faux prophtes, elles taient naturelles ou feintes. On dit cependant que les mmes prophtes parlaient par l'esprit 3, comme quand le prophte, parlant des Juifs, dit en Zacharie, VII, 12 : Ils ont rendu leurs coeurs durs comme le diamant, pour ne pas couter la loi et les paroles que le Seigneur des armes a envoyes dans leur esprit par les premiers prophtes 4. Il est par l manifeste que parler par l'esprit ou par inspiration n'tait pas une manire particulire que Dieu a de parler, diffrente de la vision, alors que ceux qui taient dits parler par l'esprit taient des prophtes extraordinaires, de sorte que, pour chaque nouveau message, ils devaient avoir un mandat particulier ou, ce qui est tout un, un nouveau rve, une nouvelle vision. Parmi les prophtes de l'Ancien Testament qui taient prophtes par une vocation perptuelle, certains taient suprmes, d'autres subordonns. Les prophtes suprmes furent, d'abord Mose, et aprs lui les grands prtres, un par poque, aussi longtemps que le sacerdoce fut royal 5; et aprs que le peuple juif eut rejet Dieu, pour qu'il ne rgnt plus sur lui, ces rois qui se soumirent au gouvernement de Dieu furent aussi ses prophtes en chef, et la fonction de grand prtre devint un ministre 6. Et quand Dieu devait tre consult, ils revtaient leurs habits sacrs et s'informaient auprs du Seigneur, comme le roi le leur avait ordonn, et ils taient destitus de leur fonction quand le roi le jugeait bon. En effet, le roi Sal ordonna qu'on apportt l'holocauste ([Link], XIII, 9), et ordonna au prtre d'apporter l'arche prs de lui ([Link], XIV, 18), et, parce qu'il vit qu'il avait un avantage sur ses ennemis 7, lui ordonna de la laisser tranquille 8. Et dans le mme chapitre, Sal demande conseil Dieu. De la manire, il est dit que le roi David, aprs son onction, mme avant de prendre possession du royaume, demanda au Seigneur s'il devait se battre contre les

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"Your sons and your daughters shall prophesy; your old men shall dream dreams, and your young men shall see visions". Conforme la King James version. (NdT) "And Solomon awoke, and behold it was a dream". Conforme la King James version. (NdT) "speak by the spirit". (NdT) "They made their hearts hard as adamant, lest they should hear the law, and the words which the Lord of Hosts hath sent in His Spirit by the former prophets". Conforme la King James version. (NdT) "as long the priesthood was royal". Il faut entendre, par cette formule mal choisie : "tant que le grand prtre fut grand prtre d'un peuple dont le roi tait Dieu", c'est--dire jusqu' l'lection de Sal ([Link], X) (NdT) "and the high priest's office became ministerial". La traduction de F. Tricaud, en respectant l'esprit, n'est pas fidle la lettre ("devint subordonne"). (NdT) Il entend l'agitation qui augmente dans le camp des Philistins ([Link], XIV, 19). (NdT) "to let it alone" : de ne pas y toucher (Hobbes ne suit pas exactement la King James version qui donne "Withdraw thine hand", "retire ta main", ce qui est conforme la Vulgate et la Septante). (NdT)

Philistins Cela, et David ordonna au prtre de lui apporter l'phod 1 pour demander s'il devait rester Cela ou non 2. Et le roi Salomon prit le sacerdoce Abiathar ([Link], II, 27), et le donna Sadoc ([Link], II, 35). Donc, Mose, les grands prtres, et les rois pieux, qui interrogeaient Dieu dans toutes les occasions extraordinaires [pour qu'il leur dise] comment ils devaient se conduire, ou quelle serait l'issue de leurs actions, taient tous des prophtes souverains. Mais de quelle manire dieu leur parlat-il, ce n'est pas vident. Dire que, quand Mose monta vers Dieu au Mont Sina, c'tait un rve ou une vision, comme les autres prophtes en avaient, est contraire cette distinction que Dieu fit entre Mose et les autres prophtes, en Nombres, XII, 68. Dire que Dieu parla ou apparut comme il est dans sa propre nature est nier son infinit, son invisibilit et son incomprhensibilit. Dire qu'il parlait par inspiration ou par infusion de l'Esprit-Saint, comme Esprit-Saint signifie divinit, c'est faire de Mose l'gal du Christ, en qui seul la divinit, comme le dit saint Paul en Colossiens, II, 9, habite corporellement 3. Et enfin, dire qu'il parlait par le Saint-Esprit, comme cela signifie les grces ou dons du Saint-Esprit, c'est lui attribuer quelque chose qui n'a rien de surnaturel. En effet, Dieu dispose les hommes la pit, la justice, la misricorde, la vrit, la foi, et toutes sortes de vertus 4, tant morales qu'intellectuelles, par la doctrine, par l'exemple, et par diverses occasions, naturelles et ordinaires. Et comme ces moyens ne peuvent tre appliqus Dieu, quand il parla Mose au Mont Sina, ils ne peuvent pas non plus lui tre appliqus quand il parlait aux grands prtres du propitiatoire 5. Donc, la manire dont Dieu parlait ces prophtes souverains de l'Ancien Testament, dont la fonction tait de le consulter, ne peut pas tre comprise [par nous] 6. A l'poque dont parle le Nouveau Testament, il n'y avait pas d'autre prophte souverain que notre Sauveur, qui tait la fois Dieu qui parlait, et le prophte qui il parlait. Pour ce qui est des prophtes subordonns de vocation perptuelle, je ne trouve aucun passage qui prouve que Dieu leur parlait de faon surnaturelle, il leur parlait seulement de la mme manire dont il parle aux hommes quand il les incline naturellement la pit, la croyance, la justice, et aux autres vertus tous les autres Chrtiens. Lequel moyen, quoiqu'il consiste dans le temprament, l'instruction, l'ducation, et dans les occasions et situations qui provoquent chez les hommes les vertus chrtiennes, est cependant attribu avec vrit l'opration de l'esprit de Dieu,
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Vtement liturgique dont la forme ne semble pas vidente prciser (sorte de robe?). Les nombreuses allusions l'phod, en Exode, permettent en tout cas de refuser qu'il s'agisse, comme on l'a parfois dit, d'une bande d'toffe autour des reins. (NdT) [Link], XXXIII, 6-11. (NdT) "in whom only the Godhead, as St. Paul speaketh, dwelleth bodily". Hobbes ne cite pas (pour viter ce qu'il considre comme une obscurit : la plnitude) la King James version ("For in him dwelleth all the fulness of the Godhead bodily") qui, comme la version Douay-Rheims ("For in him dwelleth all the fulness of the Godhead corporeally"), respecte la Vulgate, que Hobbes vite aussi, ("quia in ipso inhabitat omnis plenitudo divinitatis corporaliter") et le texte grec ("oti en aut katoikei pan to plrma ts thothos smatiks" - Stephanus). Darby donne : "car en lui habite toute la plnitude de la dit corporellement"(Louis Segond utilisait le mot "divinit"). (NdT) "and all manner of virtue". (NdT) "mercy seat" : couvercle (deuxime couvercle) de l'arche considr comme l'objet le plus sacr du tabernacle, puisque Dieu descend sur le propitiatoire (voir Exode, XXV, 22) pour parler. Vulgate : "propitiatorium". G. Mairet traduit par "sige de misricorde". (NdT) "is not intelligible". (NdT)

ou Saint-Esprit, que nous appelons dans notre langue Holy Ghost 1; car il n'existe pas de bonne inclination 2 qui ne vienne de l'opration de Dieu. Mais ces oprations ne sont pas toujours surnaturelles. Quand donc un prophte est dit parler dans l'esprit, ou par l'esprit de Dieu, nous devons uniquement comprendre qu'il parle conformment la volont de Dieu exprime par le prophte suprme. En effet, l'acception la plus courante du mot esprit est de signifier l'intention d'un homme, son esprit, sa disposition 3. A l'poque de Mose, outre lui-mme, il y eut soixante-dix hommes qui prophtisrent dans le camp des Isralites. De quelle manire Dieu leur parla-t-il, c'est indiqu au chapitre XI des Nombres, au verset 25 : Le Seigneur descendit dans une nue, et parla Mose, et il prit de l'esprit qui tait sur lui et le donna aux soixante-dix anciens. Et il arriva qu'aussitt que l'esprit reposa sur eux, ils prophtisrent et ne cessrent pas 4. Il est manifeste par l, d'abord, que leur fonction de prophte pour le peuple tait soumise et subordonne 5 la fonction de prophte de Mose. Pour cela, Dieu prit de l'esprit de Mose et le mit sur eux, de sorte qu'ils prophtisaient comme Mose le voulait; autrement, il n'aurait pas permis du tout qu'ils le fissent. En effet, il y eut une plainte dpose auprs de Mose contre eux (verset 27), et Josu voulut que Mose leur interdt de prophtiser, mais il ne le fit pas et dit Josu : ne sois pas jaloux en mon nom. Deuximement, l'esprit de Dieu, dans ce passage, signifie seulement l'tat d'esprit et la disposition obir 6 Mose et l'assister dans l'administration du gouvernement. Car si cela signifiait qu'ils avaient l'esprit substantiel de Dieu (c'est--dire la nature divine) insuffl en eux 7, alors ils l'avaient d'une manire gale celle du Christ lui-mme, en qui seul l'esprit de Dieu habitait corporellement 8. Cela s'entend donc du don et de la grce de Dieu, qui les conduisaient cooprer avec Mose, de qui leur esprit venait. Et il apparat au verset 16 qu'ils taient ceux que Mose lui-mme dut nommer anciens et chefs 9, car il est dit : Assemble-moi soixante-dix hommes, que tu sais tre les anciens et les chefs du peuple 10, o, tu sais quivaut tu nommes, ou tu as nomm pour tre tels. En effet, on nous a dit auparavant, en Exode, XVIII, que Mose, suivant le conseil de Jthro, son beau-pre, nomma juges et chefs du peuple ceux qui craignaient Dieu 11, et de ces hommes taient les soixante-dix que Dieu, en mettant sur eux l'esprit de Mose, inclina l'assister dans l'administration du royaume. Et c'est en ce sens que l'esprit de
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"yet it is truly attributed to the operation of the Spirit of God, or Holy Spirit, which we in our language call the Holy Ghost". (NdT) ou penchant ("inclination"). (NdT) "a man's intention, mind, or disposition". (NdT) "The Lord came down in a cloud, and spake unto Moses, and took of the spirit that was upon him, and gave it to the seventy elders. And it came to pass, when the spirit rested upon them, they prophesied, and did not cease". Conforme la King James version. (NdT) "subservient and subordinate". Les deux mots ont ici quasiment le mme sens (bien que le premier indique une subordination du service et le deuxime une subordination hirarchique). (NdT) "the mind and disposition to obey". (NdT) "they had the substantial Spirit of God; that is, the divine nature, inspired into them". [Link], qui traduit "qui les inspirait de l'intrieur", n'a pas ici compris le sens de "into". (NdT) Allusion Colossiens, II, 9. (NdT) Hobbes reprend de la King James version le mot "officers" (et tout le passage, plus loin). La vulgate dit "magistri", ceux qui ont le commandement, les chefs. Darby dit "magistrats". (NdT) "Gather unto me seventy men, whom thou knowest to be elders and officers of the people". La King James version donne : "Gather unto me seventy men of the elders of Israel, whom thou knowest to be the elders of the people, and officers over them". (NdT) Exode, XVIII, 17-24. (NdT)

Dieu est dit, en [Link], XVI, 13-14, au moment de l'onction de David, tre venu sur David et avoir quitt Sal, Dieu donnant ses grces celui qu'il choisissait pour gouverner son peuple, et les enlevant celui qu'il rejetait. De sorte que esprit signifie inclination au service de Dieu, et non quelque rvlation surnaturelle. Dieu parla aussi souvent par le rsultat des tirages au sort qui taient ordonns par ceux qui il avait donn autorit sur son peuple. Ainsi, nous lisons, en [Link], XIV, 43, que Dieu, par un tirage au sort dcid par Sal, rendit manifeste la faute que Jonathan avait commise en mangeant un rayon de miel, contrairement au serment prt par le peuple 1. Et Dieu divisa le pays de Canaan entre les Isralites par des sorts que Josu jeta devant le Seigneur Silo 2 (Josu, XVIII, 10). Il semble que ce ft de la mme manire que Dieu rvla le crime d'Acham (Josu, VII, 16 sqq.). Et ce sont l les moyens par lesquels Dieu exprima sa volont dans l'Ancien Testament. Tous ces moyens, il les utilise aussi dans le Nouveau Testament : envers la Vierge Marie, par une vision d'un ange 3, Joseph 4, dans un rve, Paul aussi, sur le chemin de Damas 5, dans une vision de notre sauveur, Pierre, dans la vision d'une nappe descendue du ciel avec diverses sortes de viandes d'animaux purs et impurs 6, dans sa prison, par la vision d'un ange 7, et envers tous les aptres et rdacteurs du Nouveau Testament, par les grces de son esprit, et envers les aptres encore, dans le choix de Mathias pour prendre la place de Judas Iscariote, par tirage au sort 8. Etant donn que toute prophtie suppose une vision ou un rve (les deux, quand ils sont naturels, sont la mme chose), ou quelque don spcial de Dieu, si rarement observ dans l'humanit qu'on les admire quand on l'observe, et tant donn aussi que de tels dons, comme les rves et les visions les plus extraordinaires, peuvent procder de Dieu, non seulement par son opration surnaturelle et immdiate, mais aussi par son opration naturelle et par la mdiation des causes secondes 9, il est besoin de raison et de jugement pour discerner entre les dons naturels et les dons surnaturels, et entre les visions et rves naturels et les visions et rves surnaturels. En consquence, il a fallu que les hommes fussent trs circonspects et prudents en obissant la voix d'un homme qui, se prtendant prophte, exige que nous obissions Dieu dans cette voie qu'il dit tre, au nom de Dieu, la voie du bonheur. En effet, celui qui prtend enseigner aux hommes la voie d'une si grande flicit prtend les gouverner, c'est--dire leur imposer des rgles et rgner sur eux, ce qui est une chose que tous les hommes dsirent naturellement, mrite donc d'tre souponn d'ambition et d'imposture, et, par consquent, tout homme, avant de lui obir, doit le soumettre un examen et le mettre l'preuve, moins que cette obissance n'ait dj t accorde lors de l'institution de la Rpublique; comme quand le prophte est le
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[Link], XIV, 24. (NdT) "by the lots that Joshua did cast before the Lord in Shiloh". Hobbes suit la King James version qui utilise en effet le verbe "to cast", qui correspond au "mitto" de la vulgate et au "ball" de la septante. Il s'agit bien sr du tirage au sort. (NdT) Luc, I, 26-38. (NdT) Matthieu, I, 20-23. (NdT) Actes, IX, 3-9. (NdT) Actes, X, 11-16. (NdT) Actes, XII, 7-10. (NdT) Actes, I, 24-26. (NdT) "may proceed from God, not only by His supernatural and immediate, but also by his natural operation, and by mediation of second causes". (NdT)

souverain civil, ou est un prophte autoris par ce souverain. Et si cet examen des prophtes et des esprits n'tait pas autoris chaque membre du peuple, il aurait t vain de poser les marques par lesquelles tout homme peut distinguer entre ceux qu'il doit suivre et ceux qu'il ne doit pas suivre. Vu donc que ces marques sont poses en Deutronome, XIII, 1 sqq., 1 pour reconnatre un prophte, et, en [Link], IV, 1, pour reconnatre un esprit 2; vu le nombre important de prophties dans l'Ancien Testament, et le nombre important de prdications contre les prophtes dans le Nouveau Testament, et vu que le nombre ordinaire de faux prophtes est beaucoup grand que le nombre de vrais prophtes, chacun doit prendre garde au fait qu'il obit leurs instructions ses risques et prils. Et d'abord, qu'il y eut beaucoup plus de faux que de vrais prophtes est visible par le fait que, quand Achab consulta quatre cents prophtes, ils taient tous des imposteurs, sauf un seul, Miche ([Link], XXII 3). Et peu de temps avant la captivit, les prophtes taient gnralement menteurs. Les prophtes, dit le Seigneur par Jrmie, en XIV, 14, prophtisent des mensonges en mon nom. Je ne les ai pas envoys, ni ne les ai commands, ni ne leur ai parl. Ils prophtisent pour vous une fausse vision, une chose de rien 4, la tromperie de leur coeur 5. A tel point que Dieu ordonna au peuple, par la bouche du prophte Jrmie (XXIII, 16) de ne pas leur obir : Ainsi parle le Seigneur des armes, n'coutez pas les paroles des prophtes qui prophtisent pour vous. Ils vous rendent vains 6, ils parlent d'une vision [qui vient] de leur propre coeur, et non de la bouche de Dieu 7. Etant donn qu'il y avait l'poque de l'Ancien Testament de telles querelles entre les prophtes visionnaires, l'un disputant avec l'autre, et demandant : quand l'esprit du Seigneur s'est-il cart de moi pour aller en toi 8? (ce fut le cas entre Miche et le reste des quatre cents [prophtes], tant donn les accusations de mensonge entre eux, comme en Jrmie, XIV, 14 9), et, de nos jours, dans le Nouveau Testament, toutes les polmiques parmi les prophtes spirituels 10, chacun tait alors

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Le chapitre XIII ne donne pas des signes, mais un seul signe : le faux prophte ordonne d'adorer d'autres dieux. (NdT) Ce chapitre donne comme signe de l'esprit de Dieu la reconnaissance de l'incarnation divine. (NdT) Le texte biblique ne dit pas que ce sont de faux prophtes, mais que Dieu a mis ponctuellement en eux l'esprit du mensonge pour qu'ils incitent le roi partir au combat en annonant faussement la victoire. (NdT) "a thing of naught". Bien que certaines traductions donnent en effet cette ide de vanit, elle n'est prsente pour ce verset ni dans la Vulgate, ni dans la Septante. La version Douay/Rheims ne fait d'ailleurs pas allusion cette ide. (NdT) "The prophets (...) prophesy lies in my name. I sent them not, neither have I commanded them, nor spake unto them: they prophesy to you a false vision, a thing of naught, and the deceit of their heart". Conforme la King James version. (NdT) L, en revanche, l'ide de vanit est bien prsente dans la Septante ("mataiousin"). (NdT) "Thus saith the Lord of Hosts, hearken not unto the words of the prophets that prophesy to you. They make you vain: they speak a vision of their own heart, and not out of the mouth of the Lord". Conforme la King James version.(NdT) "When departed the spirit from me, to go to thee?". La King James version donne prcisment : "Which way went the Spirit of the LORD from me to speak unto thee?" ([Link], XXII,24) Prcisment, dans ce verset, c'est Dieu qui s'en prend aux faux prophtes : "Then the LORD said unto me, The prophets prophesy lies in my name: I sent them not, neither have I commanded them, neither spake unto them: they prophesy unto you a false vision and divination, and a thing of nought, and the deceit of their heart" (King James version. (NdT) La version latine indique clairement qu'il s'agit de ceux qui prtendent possder le Saint-Esprit. (NdT)

tenu, et est aujourd'hui tenu de faire usage de sa raison naturelle 1 pour appliquer toutes les prophties ces rgles que Dieu nous a donnes pour distinguer les vraies des fausses. Parmi ces rgles, dans l'Ancien Testament, l'une tait la conformit de la doctrine ce que Mose le prophte souverain leur avait enseign, et l'autre le pouvoir miraculeux de prdire ce que Dieu ferait arriver, comme je lai dj montr par le Deutronome, XIII, 1sqq. Et dans le Nouveau Testament, il n'y avait qu'un seul signe, et c'tait la prdication de cette doctrine que Jsus est le Christ, c'est--dire le roi des Juifs annonc dans l'Ancien Testament. Quiconque niait cet article tait un faux prophte, quels que fussent les miracles qu'il pt sembler oprer, et celui qui enseignait cet article tait un vrai prophte. En effet, saint Jean, parlent expressment des moyens d'examiner les esprits, pour savoir s'ils sont de Dieu ou non, aprs avoir dit qu'il s'lverait de faux prophtes 2, dit ceci, en [Link], IV, 2 : A ceci, vous reconnaissez l'esprit de Dieu. Tout esprit qui confesse que Jsus-Christ est venu dans la chair est de Dieu 3, c'est--dire est approuv et autoris comme un prophte de Dieu. Non que celui qui confesse, professe ou prche que Jsus est le Christ soit un homme pieux, ou l'un des lus; mais par ce [simple] fait [de confesser, de professer ou de prcher ainsi], il est un prophte avr 4. En effet, Dieu, parfois, parlait par des prophtes dont il n'avait pas agr la personne, comme il le fit par Balaam 5, et comme il prdit Sal sa mort par la magicienne d'Endor 6. De mme, au verset suivant 7, il est dit : tout esprit qui ne confesse pas que Jsus-Christ est venu dans la chair n'est pas de Dieu. Et c'est l'esprit de l'Antichist 8. De sorte que la rgle est parfaite des deux cts : est un vrai prophte celui qui prche que le Messie est dj venu en la personne de Jsus, et est un faux prophte celui qui le nie, et le cherche en quelque imposteur venir qui se permettra de s'attribuer faussement cet honneur, imposteur que les aptres appellent de faon approprie Antichrist 9. Tout homme doit donc considrer qui est le prophte souverain, c'est--dire qui est le vicaire 10 de Dieu sur terre, qui a, juste au-dessous de Dieu, l'autorit de gouverner les chrtiens, et il doit observer comme une rgle qu'il ne faut suivre que ce que ce vicaire a ordonn d'enseigner au nom de Dieu 11, et, de cette faon, il doit faire l'examen de la vrit de ces doctrines, prouver la vrit de ces doctrines que de prtendus prophtes, avec ou sans miracles, avanceront tout moment; et s'il les trouve contraires cette rgle, de faire comme le firent ceux qui vinrent Mose pour se plaindre que certains prophtisaient dans le camp, dont l'autorit pour le faire leur semblait douteuse, et de
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"bound to make use of his natural reason". (NdT) [Link], II, 12 sqq. (NdT) "Every spirit that confesseth that Jesus Christ is come in the flesh, is of God". Conforme la King James version. (NdT) G. Mairet ne parvient pas rendre compte du sens du passage. (NdT) Nombres, XXII, 12. (NdT) [Link], XXVIII. (NdT) De la premire Epitre de Jean, autrement dit en IV, 3. (NdT) F. Tricaud : "Antchrist". "et omnis spiritus qui solvit Iesum ex Deo non est et hoc est antichristi quod audistis quoniam venit et nunc iam in mundo est" (Vulgate) La version grecque de Stephanus emploie le mot "antikhristos". Hobbes suit la King James version : "Every spirit that confesseth not that Jesus Christ is come in the flesh, is not of Christ. And this is the spirit of Antichrist". (NdT) On ne trouve le mot que dans les Eptres de Jean, prcisment : [Link], II, 18 et 22, et [Link], I, 7 et IV, 3. (NdT) "viceregent" (terme absent de la King James version), terme souvent utilis pour rendre compte de l'autorit du pape, le "vicarius", celui qui "remplace" Dieu sur Terre. C'est videmment le souverain chez Hobbes. (NdT) F. Tricaud oublie "in the name of God". (NdT)

laisser le souverain, comme les Juifs le firent pour Mose, dcider de tolrer ou d'interdire la chose aprs avoir examin le cas. S'il dsavoue ces hommes, il ne faut plus obir leurs ordres, mais s'il les approuve, il faut leur obir comme des hommes qui Dieu a donn une partie de l'esprit leur souverain. En effet, quand des chrtiens ne prennent pas leur souverain chrtien pour le prophte de Dieu, ils doivent soit prendre leurs propres rves pour la prophtie par laquelle ils entendent tre gouverns, et l'enflure 1 de leur propre coeur pour l'esprit de Dieu, soit souffrir d'tre mens par quelque prince tranger, ou par certains des autres sujets 2 de la Rpublique, qui peuvent les ensorceler par des calomnies contre le gouvernement et les pousser la rbellion 3, sans autre miracle, pour confirmer leur vocation, que, parfois, un succs et une impunit extraordinaires, dtruisant de cette faon toutes les lois, aussi bien divines qu'humaines, rduisant tout ordre, tout gouvernement et toute socit au chaos primitif de la violence et la guerre civile.

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"tumour" : voir le latin "tumeo" : tre gonfl. (NdT) La traduction de "fellow subjects" par "concitoyens" (F. Tricaud) n'est videmment pas fidle. Le choix de "congnres" par G. Mairet surprend! (NdT) "that can bewitch them by slander of the government into rebellion". (NdT)

Troisime partie : De la Rpublique chrtienne

Chapitre XXXVII
Des miracles et de leur fonction
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Par miracles, on entend les oeuvres admirables de Dieu, et c'est pourquoi ces miracles sont aussi appels des merveilles 2. Et parce qu'ils sont, pour la plupart, faits pour signifier le commandement de Dieu en des occasions o, sans eux, les hommes sont susceptibles d'prouver des doutes (suivant leur raisonnement naturel personnel 3) sur ce qu'il a command ou n'a pas command, ils sont, dans l'Ecriture, couramment appels des signes 4, au sens o les Latins les appellent ostenta et portenta 5, parce qu'ils montrent et signifient par avance ce que le Tout-Puissant va faire arriver.
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"Of miracles and their use". (NdT) "wonders". Le mot apparat videmment de nombreuses fois dans la King James Version. Il est utilis l o la vulgate utilise "ostenta", "portenta", "prodigia", "signa", et l'adjectif "mirabilis", et l o la Septante utilise assez systmatiquement "terata" (parfois "thaumata"). (NdT) "(following their private natural reasoning)". (NdT) Usage frquent du mot "signum" dans la Vulgate ("smeion" dans la Septante). (NdT) Ces deux mots latins sont largement utiliss dans la Vulgate, mais "portenta" est plus frquent que "ostenta". L'ostentum est ce qui sort de l'ordre habituel, le prodige, mais le verbe "ostendo" indique que l'ostentum est ce qui est montr ou ce qui montre quelque chose, ce qui signifie quelque chose, voire dmontre quelque chose. Le portentum est le signe miraculeux, le prodige, la merveille, la chose qui annonce (voir le verbe "portendo" : prsager, annoncer, prdire). (NdT)

Pour comprendre donc ce qu'est un miracle, nous devons d'abord comprendre quelles sont les oeuvres dont les hommes s'merveillent et qu'ils appellent admirables. Et il n'y a que deux choses qui font que les hommes s'merveillent d'un vnement : la premire est qu'il soit trange 1, c'est--dire qu'il soit tel qu'un vnement semblable n'ait jamais t produit, ou trs rarement. La deuxime est que, quand l'vnement est produit, nous ne puissions imaginer qu'il a t fait par des moyens naturels, mais seulement par la main immdiate de Dieu 2. Mais quand nous voyons quelque cause naturelle possible de l'vnement, aussi rarement que soit produit un vnement semblable, ou si un vnement semblable s'est dj souvent produit, quand bien mme il serait impossible d'imaginer un moyen naturel pour le produire, nous ne nous merveillons plus, et nous ne considrons plus l'vnement comme un miracle. Donc, si un cheval ou une vache parlait, ce serait un miracle, parce que, la fois, la chose est trange, et la cause difficile imaginer. Ce serait la mme chose si l'on voyait une trange dviation de la nature 3 dans la production de quelque nouvelle forme de crature vivante 4. Mais quand un homme, ou un autre animal, engendre un tre qui lui est semblable, mme si nous ne savons pas non plus comment cela se fait, ce n'est pourtant pas un miracle parce que c'est habituel. De la mme manire, si un homme est mtamorphos en une pierre, ou en une colonne 5, c'est un miracle, parce que le fait est trange; mais si un morceau de bois est ainsi chang, ce n'est pas un miracle, parce que nous voyons souvent la chose, et cependant, nous ne savons pas davantage par quelle opration de Dieu le premier fait arrive que nous ne le savons pour le deuxime. Le premier arc-en-ciel qui fut vu dans le monde tait un miracle, parce que c'tait le premier, que c'tait par consquent quelque chose d'trange, et qu'il servait de signe venant de Dieu, plac dans le ciel pour assurer son peuple qu'il n'y aurait plus de destruction universelle du monde par l'eau 6. Mais aujourd'hui, ce type de phnomne tant frquent, ce n'est plus un miracle, que ce soit pour ceux qui connaissent ses causes naturelles ou pour ceux qui ne les connaissent pas. De mme, il existe de nombreux ouvrages rares produits par l'art humain, mais quand nous savons qu'ils sont produits, sachant aussi par l par quels moyens ils ont t produits, nous ne les comptons pas pour des miracles, parce qu'ils n'ont pas t faonns par la main immdiate de Dieu, mais par la mdiation de l'industrie humaine 7. De plus, tant donn que l'admiration et l'merveillement rsultent de la connaissance et de l'exprience dont les hommes sont dots, certains plus, d'autres moins, il s'ensuit que la mme chose peut tre un miracle pour l'un et non pour l'autre. De l, les hommes les plus ignorants et les plus superstitieux considrent comme de
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"strange". (NdT) "but only by the immediate hand of God". (NdT) "a strange deviation of nature". (NdT) La latin "portentum", signal par Hobbes prcdemment, a aussi le sens de monstre. (NdT) Possible allusion la femme de Lot (Gense, XIX, 24). (NdT) Gense, IX, 13-17 : "Je mettrai mon arc dans la nue, et il sera pour signe d'alliance entre moi et la terre; et il arrivera que quand je ferai venir des nuages sur la terre, alors l'arc apparatra dans la nue, et je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous et tout tre vivant de toute chair; et les eaux ne reviendront plus un dluge pour dtruire toute chair. Et l'arc sera dans la nue, et je le verrai pour me souvenir de l'alliance perptuelle entre Dieu et tout tre vivant de toute chair qui est sur la terre. Et Dieu dit No: C'est l le signe de l'alliance que j'tablis entre moi et toute chair qui est sur la terre." (NdT) "because not wrought by the immediate hand of God, but by mediation of human industry". (NdT)

grandes merveilles des oprations 1 que d'autres, sachant qu'elles procdent de la nature (qui n'est pas l'oeuvre immdiate de Dieu, mais son oeuvre ordinaire), n'admirent absolument pas; comme quand les clipses de soleil et de lune ont t prises par le vulgaire pour des oprations surnaturelles, alors que cependant, il y avait d'autres hommes qui auraient pu, partir des causes naturelles de ces oprations, prdire l'heure mme laquelle elles devaient avoir lieu; ou, quand un homme, grce des complices et des renseignements secrets, ayant acquis la connaissance des actions prives d'un ignorant crdule, lui dit par ce moyen ce qu'il a fait dans le pass, et que cela semble miraculeux l'ignorant. Mais parmi les hommes sages et prudents, de tels miracles ne peuvent tre aisment faits. De plus, il appartient la nature d'un miracle d'tre produit pour donner du crdit aux messagers, ministres et prophtes de Dieu, et qu'ainsi, les hommes sachent qu'ils sont appels, envoys, et employs par Dieu, et qu'ils soient de cette faon d'autant mieux inclins leur obir. Et donc, bien que la cration du monde, puis la destruction de toutes les cratures vivantes dans un dluge universel, furent des oeuvres admirables 2, pourtant, comme elles ne furent pas faites pour donner du crdit un prophte ou un autre ministre de Dieu, il n'est pas d'usage de les appeler des miracles. En effet, quelque admirable que soit une oeuvre, l'admiration ne repose pas sur le fait qu'elle puisse tre produite, parce que les hommes, naturellement, croient que le Tout-Puissant peut tout faire, mais sur le fait qu'elle soit produite par Dieu la prire d'un homme, la parole d'un homme. Mais les oeuvres que Dieu ralisa en Egyte par la main de Mose furent proprement des miracles, parce qu'ils taient raliss avec l'intention de faire que le peuple d'Isral crt 3 que Mose venait lui, non avec le dessein de servir son propre intrt, mais en tant qu'envoy de Dieu. C'est pourquoi, aprs que Dieu lui eut ordonn de dlivrer les Isralites de leur servage d'Egypte, et que Mose dit en Exode, IV, 1sqq. : Ils ne me croiront pas, mais diront que le Seigneur ne m'est pas apparu 4, Dieu lui donna le pouvoir de transformer le bton qu'il avait la main en un serpent, et de le retransformer en bton; et, en mettant sa main dans son sein, de la rendre lpreuse, puis, la [mettant et la] retirant de nouveau, de la rendre saine 5, pour que les enfants d'Isral crussent (comme le dit le verset 5) que le Dieu de leurs pres lui tait apparu. Et, au cas o ce ne serait pas suffisant, il lui donna le pouvoir de changer les eaux en sang 6. Et quand il eut fait ces miracles devant le peuple, il est dit (verset 31 7) qu'ils le crurent. Cependant, par crainte de Pharaon, ils n'osrent pourtant pas lui obir. C'est la raison pour laquelle les autres oeuvres 8 qui furent faites pour affliger 9 Pharaon et les Egyptiens tendaient toutes faire que les Isralites crussent en Mose, et elles taient proprement parler des
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"works". (NdT) "admirable works". (NdT) La formule "faire croire", choisie par G. Mairet, est maladroite. (NdT) "They will not believe me, but will say the Lord hath not appeared unto me". La formule complte de la King James version est : "they will not believe me, nor hearken unto my voice: for they will say, The LORD hath not appeared unto thee." (NdT) Exode, IV, 6-7. (NdT) Exode, IV, 8-9. (NdT) Et non 41, comme l'indique F. Tricaud, qui recopie fidlement l'erreur de Hobbes sans la signaler en note; encore moins 5, comme le note G. Mairet, qui confond avec la rfrence prcdente. La king James version donne trs clairement au verset 31 : "And the people believed", ce qui est conforme la vulgate ("et credidit populus") et la septante ("kai episteusen o laos"). (NdT) Les clbres flaux d'Egypte (Exode, VII, 14, sqq.) "to plague" : tourmenter, harceler - a plague : un flau. Seul le verbe "affliger" est fidle au texte anglais, en tant qu'il conserve la mme racine. (NdT)

miracles. De la mme manire, si nous considrons tous les miracles faits par la main de Mose, et par les autres prophtes jusqu' la captivit, et ceux de notre Sauveur et ensuite de ses aptres, nous trouverons que leur but tait toujours de susciter ou de confirmer la croyance que ces prophtes ne venaient pas de leur propre mouvement, mais taient envoys par Dieu. Et mme, nous pouvons observer dans l'Ecriture que le but des miracles n'tait pas de susciter universellement la croyance chez tous les hommes, lus et rprouvs, mais de la susciter seulement chez les lus, c'est--dire ceux qui, comme Dieu l'avait dtermin, devaient devenir ses sujets. En effet, ces flaux miraculeux d'Egypte n'avaient pas pour but la conversion de Pharaon, car Dieu avait dit Mose, avant qu'ils n'aient lieu, qu'il endurcirait le coeur de Pharaon pour que ce dernier ne laisst pas le peuple s'en aller 1; et quand, enfin, il le laissa partir, ce ne sont pas les miracles qui le persuadrent, mais les flaux qui l'y forcrent 2. De mme, de notre Sauveur, il est crit en Matthieu, XIII, 58 qu'il ne fit pas beaucoup de miracles dans son propre pays, cause de l'incroyance des gens, et, en Marc, VI, 5 au lieu de il n'en fit pas beaucoup, on lit il ne put en faire aucun 3. Ce n'est pas parce que le pouvoir lui faisait dfaut, ce qu'on ne saurait dire sans blasphmer contre Dieu, ni que le but des miracles n'tait pas de convertir au Christ les incrdules (car le but de tous les miracles de Mose, des prophtes, de notre Sauveur et de ses aptres tait d'ajouter des hommes l'Eglise), c'tait parce que le but de leurs miracles tait d'ajouter l'Eglise, non tous les hommes, mais [seuls] ceux qui devaient tre sauvs, c'est--dire ceux que Dieu avait lus. Donc, tant donn que notre Sauveur tait envoy par son pre, il ne pouvait pas user de son pouvoir pour convertir ceux que son pre avait rejets. Ceux qui, interprtant ce passage de saint Marc, disent que l'expression il ne put pas est mise pour il ne voulut pas, le font sans [donner d'] exemple dans la langue grecque (o ne voulut pas est parfois mis pour ne put pas, pour les choses inanimes qui n'ont aucune volont, mais o ne put pas n'est jamais mis pour ne voulut pas), et ainsi, ils placent une pierre d'achoppement devant les Chrtiens faibles, comme si le Christ ne pouvait faire de miracles que parmi les croyants 4. A partir de ce que jai expos ici sur la nature et la fonction d'un miracle, nous pouvons le dfinir ainsi : un MIRACLE est une oeuvre de Dieu (en plus de son opration par le cours de la nature, ordonn lors de la cration), faite pour rendre manifeste ses lus la mission d'un ministre extraordinaire en vue de leur salut 5.

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Exode, IV, 21. (NdT) Trs exactement le dixime flau, la mort des premiers-ns gyptiens (Exode, XII, 29, sqq.). (NdT) La King James Version donne : "And he could there do no mighty work (...)", ce qui est conforme la vulgate pour ce qui est du verbe pouvoir ("et non poterat (...)"). (NdT) "credulous". Nous nous trouvons face un vritable problme : s'agit-il des croyants ou des crdules. F. Tricaud avait traduit "credulity", au chapitre XI, par "crdulit", ce qui ne pouvait tre vit, tant donn le contexte, ce qui justifierait qu'il traduise ici par "crdules", alors qu'il choisit "croyants". Mais au chapitre XXXVIII, citant l'Apocalypse, XXI, 8, Hobbes utilise le mot "incredulous" l o la King James version utilise le mot "unbelieving" (incroyant), pour rendre le passage o la vulgate utilise "incredulis" et le texte grec (Stephanus) "apistos", deux termes qui renvoient aux infidles, aux incroyants. Je pense qu'il faut donc choisir la traduction "croyants". Mais s'agirait-il alors d'une vritable pierre d'achoppement pour le chrtien faible? (NdT) "a miracle is a work of God (besides His operation by the way of nature, ordained in the Creation) done for the making manifest to His elect the mission of an extraordinary minister for their salvation". (NdT)

Et de cette dfinition, on peut infrer : premirement, que dans tout miracle, l'oeuvre accomplie n'est pas l'effet de quelque vertu [prsente] dans le prophte, parce qu'elle est l'effet de la main immdiate de Dieu, c'est--dire que Dieu l'a accomplie sans pour cela utiliser le prophte comme une cause subordonne. Deuximement, que ni diable ni ange, ni autre esprit cr ne peut faire un miracle, car il doit se faire soit en vertu de quelque connaissance naturelle, soit par incantation, c'est--dire en vertu de mots. En effet, si les enchanteurs le font par leur propre pouvoir indpendant, il y a un certain pouvoir qui ne procde pas de Dieu, ce que tous les hommes nient; et s'ils le font par un pouvoir qui leur est donn, alors ce n'est pas une oeuvre qui vient de la main immdiate de Dieu, mais une oeuvre naturelle, qui n'est donc pas, par consquent, un miracle. Il existe certains textes de l'Ecriture qui semblent attribuer le pouvoir d'accomplir des merveilles, gales certains des miracles accomplis par Dieu luimme, certaines techniques magiques et des incantations 1. Quand, par exemple, nous lisons qu'aprs que le bton que Mose avait jet par terre eut t transform en serpent, les magiciens d'Egypte firent la mme chose par leurs enchantements 2 3, et qu'aprs que Mose eut transform les eaux des ruisseaux, des fleuves, des bassins et des fontaines en sang, les magiciens d'Egypte firent la mme chose par leurs enchantements 4, et qu'aprs que Mose eut fait venir des grenouilles sur le pays par le pouvoir de Dieu, les magiciens firent aussi la mme chose par leurs enchantements, et firent monter des grenouilles sur le pays d'Egypte 5, n'aura-t-on pas tendance attribuer les miracles aux enchantements, c'est--dire l'efficacit du son des mots, et penser que cette efficacit est fort bien prouve par ce passage et par d'autres passages du mme type? Cependant, aucun passage de l'Ecriture ne nous dit ce qu'est un enchantement. Si donc un enchantement n'est pas, comme beaucoup le pensent, l'opration d'effets tranges par des incantations et des paroles 6, mais une imposture, une illusion produite par des moyens ordinaires, et si loigne d'tre surnaturelle que les imposteurs n'ont pas tant besoin, pour l'accomplir, d'tudier les causes naturelles que d'tudier l'ignorance, la stupidit et la superstition ordinaires du genre humain, ces textes qui semblent accrditer la thse du pouvoir de la magie, de la sorcellerie et des enchantements, doivent ncessairement avoir un autre sens que celui dont ils semblent revtus premire vue. En effet, il est assez vident que les mots n'ont un effet que sur ceux qui les comprennent, et qu'ils n'ont alors pas d'autre effet que de signifier les intentions ou les passions de ceux qui parlent, et, de cette faon, de produire l'espoir, la crainte, ou d'autres passions ou conceptions 7 chez l'auditeur. Donc, quand un bton semble un serpent, ou les eaux du sang, ou quand quelque autre miracle semble tre fait par enchantement, si ce n'est pas pour l'dification du peuple de Dieu, ni le bton, ni l'eau,
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"to certain arts of magic and incantation". F. Tricaud traduit "arts" par "procds". (NdT) Exode, VII, 11 (Note de Hobbes). La King James version utilise bien le mot "enchantment", la Vulgate dit "per incantationes aegyptias et arcana" (par des incantations gyptiennes et des mystres), la Septante utilise le mot "pharmakea" ( utilisation de potion, de remde, et en gnral d'un moyen magique, le "pharmakon" tant la potion, le remde, le moyen magique). Darby traduit par "enchantements" (idem chez Segond). (NdT) Exode, VII, 22 (Note de Hobbes). Exode, VIII, 7 (Note de Hobbes). "a working of strange effects by spells and words". (NdT) "or other passions, or conceptions". (NdT)

ni aucune autre chose n'est enchant, c'est--dire mis en branle par des mots, si ce n'est le spectateur. De sorte que tout le miracle consiste en ceci que l'enchanteur a tromp un homme, ce qui n'est pas un miracle, mais quelque chose de trs facile faire. Car tels sont gnralement l'ignorance et le penchant l'erreur 1 de tous les hommes, mais surtout de ceux qui n'ont pas beaucoup de connaissances des causes naturelles, et de la nature humaine et des intrts humains, qu'on peut facilement les abuser par d'innombrables ruses. Quelle rputation de pouvoir miraculeux aurait acquis un homme, avant qu'on ne sache qu'existe une science du cours des astres, qui aurait dit au peuple : telle heure, tel jour, le soleil s'obscurcira? Un prestidigitateur, par le maniement de ses gobelets et d'autres babioles, si cette pratique n'tait pas de nos jours ordinaire, serait considr comme faisant ses merveilles par le pouvoir du diable, au moins. Un homme qui s'est exerc parler en avalant de l'air (les hommes qui faisaient cela taient appels dans l'antiquit ventriloqui), et qui s'y prend ainsi que la faiblesse de sa voix semble venir, non de la faible impulsion des organes de la parole, mais de l'loignement, est capable de faire croire beaucoup que c'est une voix venue du ciel, quoi qu'il lui plaise de leur dire. Pour quelqu'un de rus, qui s'est renseign sur les secrets et les confessions familires qu'un homme fait ordinairement autrui de ses actions et aventures passes, les lui rpter n'est pas chose difficile, et pourtant, par de tels moyens, beaucoup gagnent une rputation de magicien 2. Mais ce serait un travail trop long de recenser ces diffrentes sortes d'hommes que les Grecs appelaient thaumaturgi 3, c'est--dire faiseurs de choses merveilleuses, et qui, pourtant, faisaient tout cela par leur simple habilet personnelle. Mais si nous considrons les impostures faites par collusion, il n'est rien qui ne puisse tre cru, quand bien mme il serait impossible de le faire. En effet, deux hommes de connivence, l'un pour paratre boiteux, l'autre pour le gurir par un charme, tromperont beaucoup de monde. Mais s'ils sont nombreux tre de connivence, l'un pour paratre boiteux, l'autre pour le gurir ainsi, et tous les autres pour porter tmoignage, ils en tromperont beaucoup plus. A ce penchant du genre humain donner crance avec trop de prcipitation 4 de prtendus miracles, il n'existe pas, je pense, de meilleure prcaution que celle que Dieu a prescrite, d'abord par Mose (comme je l'ai dit au chapitre prcdent), au dbut du treizime chapitre et la fin du dix-huitime du Deutronome : ne pas prendre pour prophte celui qui enseigne une autre religion que celle que le lieutenant de Dieu 5, qui tait cette poque Mose, a tablie; ni celui, mme s'il enseigne la mme religion, qui prdit des choses que nous ne voyons pas arriver. Par consquent, Mose son poque, Aaron et ses successeurs leur poque, et le gouverneur souverain du peuple de Dieu, plac juste au-dessous de Dieu lui-mme, c'est--dire le chef de l'Eglise toutes les poques, chacun doit tre consult sur la doctrine qu'il a tablie, avant que nous ne donnions crdit un prtendu miracle ou prophte. Quand cela est fait, la chose qu'ils prtendent tre un miracle, il faut la fois la voir se faire, et user de tous les moyens possibles pour examiner si elle s'est rellement faite; non seulement cela, mais si cette chose n'est pas telle qu'un homme puisse faire la mme
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"For such is the ignorance and aptitude to error". (NdT) "conjurer". (NdT) Thaumaturges. En Grec, le thaumatourgos est celui qui fait des tours d'adresse, littralement qui fait des actions qui tonnent, qui merveillent. (NdT) "this aptitude of mankind to give too hasty belief". (NdT) "God's lieutenant". (NdT)

par son pouvoir naturel, ou si, au contraire, elle exige la main immdiate de Dieu. Et pour cela aussi, nous devons avoir recours au lieutenant de Dieu, qui nous avons soumis nos jugements privs pour tous les cas douteux 1. Par exemple, si un homme prtend qu'aprs que des paroles dtermines ont t dites sur un morceau du pain 2, Dieu, tout de suite, fait que ce n'est plus du pain, mais un dieu, ou un homme, ou les deux, et si cependant il parat encore semblable au pain qu'il tait avant, il n'existe aucune raison pour qu'un homme croit que cela s'est rellement fait, ni pour qu'il craigne celui [qui prtend l'avoir fait], tant qu'il n'a pas consult Dieu par son vicaire ou lieutenant [pour savoir] si la chose a t faite ou non. Si ce vicaire rpond ngativement, suivons allons ce que dit Mose, en Deutronome, XVIII, 22 : Il l'a 3 dite prsomptueusement, tu ne le craindras pas; et s'il rpond positivement, on ne doit pas contredire le fait. De mme, aussi, si nous ne voyons pas le miracle, mais en entendons simplement parler, nous devons consulter l'Eglise lgale 4, c'est--dire son chef lgal, pour savoir dans quelle mesure on doit donner crdit ceux qui rapportent le miracle. Et c'est simplement le cas des hommes qui, de nos jours, vivent sous des souverains chrtiens, car, notre poque, je ne connais pas un seul homme qui ait vu une oeuvre merveilleuse faite par le sortilge, la parole, ou la prire de quelqu'un, oeuvre qu'un homme mme dot d'une raison mdiocre croirait surnaturelle; et la question n'est plus [de savoir] si ce que nous voyons accomplir est un miracle, si le miracle que nous entendons, dont nous lisons le rcit, est une oeuvre relle, et non le [simple] acte d'une langue ou d'une plume; mais, en termes clairs, si le rapport est vrai ou est un mensonge. De cette question, nous ne devons pas, chacun, nous faire juge par notre propre raison prive, notre propre conscience prive 5, mais laisser juger la raison publique 6, qui est la raison du lieutenant suprme de Dieu. Et en vrit, nous avons dj fait juge ce lieutenant si nous lui avons donn un pouvoir souverain pour faire tout ce qui est ncessaire notre paix et notre dfense. Un particulier a toujours la libert, car la pense est libre, de croire ou de ne pas croire en son coeur ces actes qui ont t annoncs comme des miracles, selon le bnfice qu'il verra choir, par la croyance des hommes, ceux qui les allguent et les soutiennent, et ainsi de conjecturer si ce sont des miracles ou des mensonges. Mais quand il s'agit de confesser cette foi, la raison prive doit se soumettre la raison publique, c'est--dire au lieutenant de Dieu. Mais qui est ce lieutenant de Dieu et le chef de l'Eglise, c'est que nous verrons ensuite, en un lieu appropri.

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"to whom in all doubtful cases we have submitted our private judgements". (NdT) Allusion la question de l'Eucharistie. (NdT) Le pronom "it" (dont F. Tricaud ne tient pas compte) renvoie la parole de Dieu : "When a prophet speaketh in the name of the LORD, if the thing follow not, nor come to pass, that [is] the thing which the LORD hath not spoken, [but] the prophet hath spoken it presumptuously: thou shalt not be afraid of him." (King James version) (NdT) "the lawful Church". F. Tricaud traduit "lawful" par "lgitime". (NdT) "our own private reason or conscience". (NdT) "but the public reason". (NdT)

Troisime partie : De la Rpublique chrtienne

Chapitre XXXVIII
De la signification, dans lcriture, des dnominations Vie ternelle, Enfer, Salut, Monde venir et Rdemption.

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La conservation de la socit civile dpendant de la justice, et la justice dpendant du pouvoir de vie et de mort, et [du pouvoir 1 de donner] d'autres rcompenses et chtiments moindres, pouvoirs qui appartiennent ceux qui dtiennent la souverainet de la Rpublique, il est impossible qu'une Rpublique demeure si quelqu'un d'autre que le souverain dtient le pouvoir de donner de plus grandes rcompenses que la vie, ou d'infliger de plus grands chtiments que la mort. Or, tant donn que la vie ternelle est une rcompense plus grande que la vie prsente, et que les supplices ternels sont un chtiment plus grand que la mort naturelle 2, c'est une chose digne d'tre bien considre par tous les hommes qui dsirent, en obissant l'autorit, viter les calamits du dsordre 3 et de la guerre civile, [que de savoir] ce que signifient, dans la Sainte Ecriture, vie ternelle et supplices ternels 4, et pour

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F. Tricaud n'est pas fidle Hobbes en utilisant le mot droit, absent de cette phrase : "The maintenance of civil society depending on justice, and justice on the power of life and death, and other less rewards and punishments residing in them that have the sovereignty of the Commonwealth." (NdT) "death of nature". (NdT) "confusion". (NdT) "by life eternal and torment eternal". (NdT)

quelles infractions 1, et commises contre qui, les hommes doivent tre ternellement supplicis, et par quelles actions ils doivent gagner la vie ternelle. Et d'abord, nous trouvons qu'Adam fut cr dans une telle condition de vie que, s'il n'avait pas enfreint le commandement de Dieu, il aurait ternellement 2 joui de cette condition dans le Jardin d'Eden. En effet, il y avait l'arbre de vie, dont il lui tait permis de manger aussi longtemps qu'il s'abstiendrait de manger de l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal, connaissance qui ne lui tait pas permise. Et c'est pourquoi, ds qu'il en eut mang, Dieu le chassa du Paradis, de peur qu'il ne tende la main, ne prenne aussi de l'arbre de vie, et ne vive jamais 3 4. De l, il me semble (en me soumettant, cependant, aussi bien pour cela que pour toutes les questions dont la solution dpend des Ecritures, l'interprtation de la Bible autorise par la Rpublique dont je suis sujet) qu'Adam, s'il n'avait pas pch 5, aurait eu une vie ternelle sur terre, et que la mortalit est entre en lui et en sa postrit par son premier pch. Non que la mort soit alors entre effectivement en lui, car il n'aurait jamais pu avoir d'enfants, alors qu'il vcut longtemps aprs [son pch] et vit une nombreuse postrit avant de mourir, mais l o il est dit : le jour o tu en mangeras, il est certain que tu mourras 6, il faut ncessairement l'entendre de sa mortalit et de la certitude de la mort. Etant donn que la vie ternelle fut perdue par la dchance d'Adam 7, en commettant le pch, celui qui annulerait cette dchance devrait par l recouvrer cette vie. Or, Jsus-Christ a pay pour les pchs 8 de tous ceux qui croient en lui, et il a donc recouvr pour tous les croyants cette VIE ETERNELLE qui fut perdue par le pch d'Adam.. Et c'est en ce sens que saint Paul fait cette comparaison, en Romains, V, 18-19 9 : Comme par l'infraction d'un seul, le jugement est venu sur tous les hommes pour la condamnation, de mme par la justice d'un seul, le don gratuit est venu sur tous les hommes pour la justification de la vie 10. Ce qui est dit encore de faon plus claire dans ces paroles, en 1. Corinthiens, XV, 21-22 : Car puisque par l'homme est venue la mort, par l'homme vient aussi la rsurrection des morts. Car de mme qu'en Adam tous meurent, de mme dans le Christ, tous seront rendus vivants 11.

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"offences". (NdT) "everlastingly". (NdT) Gense, III, 22. (Note de Hobbes) "lest he should put forth his hand, and take also of the tree of life, and live forever". La King James version dit exactement : "lest he put forth his hand, and take also of the tree of life, and eat, and live for ever". Hobbes ne retient pas "and eat". (NdT) "sinned". (NdT) Gense, II, 17. Hobbes suit parfaitement la King James version : "In the day that thou eatest thereof, thou shalt surely die." "morte morieris", dit la Vulgate ("tu mourras de mort", c'est--dire "tu mourras dfinitivement"), conforme en cela la Septante ("thanat apothaneisthe"). (NdT) "was lost by Adam's forfeiture". (NdT) "hath satisfied for the sins". F. Tricaud : "a satisfait". (NdT) En fait, il s'agit du seul verset 18. (NdT) Conforme la King James version : "as by the offence of one judgment came]upon all men to condemnation; even so by the righteousness of one the free gift came upon all men unto justification of life" (Hobbes crit "to" la place d' "unto". Il faut bien sr entendre : pour la justification qui redonne la vie ternelle.) La vulgate donne : "igitur sicut per unius delictum in omnes homines in condemnationem sic et per unius iustitiam in omnes homines in iustificationem vitae". (NdT) Conforme la King James version : "For since by man came death, by man came also the resurrection of the dead. For as in Adam all die, even so in Christ shall all be made alive." (NdT)

Pour ce qui est du lieu o les hommes jouiront de cette vie ternelle que le Christ a obtenue pour eux, les textes qui ont t allgus juste avant semblent le situer sur terre. En effet, si, en Adam, tous meurent, c'est--dire ont perdu le Paradis et la vie ternelle sur terre, de mme aussi, dans le Christ, tous seront rendus vivants, et c'est donc sur terre que tous les hommes revivront; car, autrement, la comparaison ne serait pas approprie. Ce qui semble s'accorder avec ce que dit le psalmiste (psaume CXXXIII, 3) : De Sion, Dieu ordonna la bndiction, et la vie jamais 1; car Sion est Jrusalem, sur terre, et avec ce que dit saint Jean, en Apocalypse, II, 7 : Au vainqueur, je donnerai manger de l'arbre de vie qui est au milieu de Paradis de Dieu 2. C'tait l'arbre de la vie ternelle d'Adam, mais sa vie devait se faire sur terre. La mme chose semble tre confirme en Apocalypse, XXI, 2 : Et moi, Jean, vis la cit sainte, la nouvelle Jrusalem, qui descendait du ciel, venant de Dieu, prte comme une pouse pare pour son mari 3. Le verset 10 4 donne le mme rsultat, comme s'il disait : la nouvelle Jrusalem, le Paradis de Dieu, au retour du Christ, descendra du ciel vers le peuple de Dieu, ce n'est pas le peuple qui montera de la terre vers ce paradis. Et cela ne diffre en rien de ce que les deux hommes en vtements blancs (c'est--dire deux anges), en Actes, I, 11, dirent aux aptres qui regardaient l'ascension du Christ : Ce mme Jsus qui vous est enlev pour aller dans le ciel, viendra ainsi, comme vous l'avez vu montrer vers le ciel 5. Il semble qu'ils disaient qu'il descendrait pour les gouverner ici ternellement, sous [l'autorit de] son pre, et non qu'il les emmnerait pour les gouverner l-haut dans le ciel, et cela est conforme la restauration du royaume de Dieu institu sous Mose, qui tait le gouvernement politique des Juifs sur terre. De mme, cette parole de notre Sauveur, en Matthieu, XXII, 30 : Lors de la rsurrection, on ne se marie pas, et on ne se donne pas en mariage, mais on est comme les anges de Dieu dans le ciel 6, est une description d'une vie ternelle qui ressemble, sur la question du mariage, celle que nous avons perdue en Adam. En effet, tant donn qu'Adam et Eve, s'ils n'avaient pas pch, auraient vcu ternellement sur terre dans leurs personnes individuelles, il est manifeste qu'ils n'auraient pas continuellement procr des tres de leur espce, car si des immortels s'taient reproduits, comme l'humanit le fait aujourd'hui, la terre, en peu de temps, n'aurait plus t capable de leur offrir assez de place pour s'y tenir. Les Juifs 7 qui demandaient notre Sauveur de qui serait la femme, lors de la rsurrection, celle qui aurait pous plusieurs frres, ne connaissaient pas les consquences de la vie ternelle, et c'est pourquoi notre Sauveur leur rappelle cette consquence de
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"Upon Zion God commanded the blessing, even life for evermore". La King James version donne : "As the dew of Hermon, and as the dew that descended upon the mountains of Zion: for there the LORD commanded the blessing, even life for evermore." Il s'agit, dans la vulgate, de la fin du verset 3 du psaume 132 : "sicut ros Hermon qui descendit in montes Sion quoniam illic mandavit Dominus benedictionem et vitam usque in saeculum". (NdT) "To him that overcometh I will give to eat of the tree of life, which is in the midst of the Paradise of God". Conforme la King James version. (NdT) Hobbes suit parfaitement la King James version : "And I John saw the holy city, new Jerusalem, coming down from God out of heaven, prepared as a bride adorned for her husband". (NdT) Le verset 10 donne, dans la King James version : "And he carried me away in the spirit to a great and high mountain, and shewed me that great city, the holy Jerusalem, descending out of heaven from God". (NdT) "This same Jesus, who is taken up from you into heaven, shall so come, as you have seen him go up into heaven". La King James version donne : "this same Jesus, which is taken up from you into heaven, shall so come in like manner as ye have seen him go into heaven." (NdT) Conforme la King James version : "For in the resurrection they neither marry, nor are given in marriage, but are as the angels of God in heaven." (NdT) Prcisment des sadducens, qui ne croyaient pas la rsurrection. (NdT)

l'immortalit : qu'il n'y aura plus de reproduction, et par consquent plus de mariage, pas plus qu'il n'y a de reproduction et de mariage chez les anges. La comparaison entre cette vie ternelle qu'Adam perdit, et que notre Sauveur a recouvre par sa victoire sur la mort, tient aussi en ceci, que, de mme qu'Adam a perdu la vie ternelle par son pch, et a cependant vcu un certain temps aprs, de mme le Chrtien fidle 1 a recouvr la vie ternelle par la passion du Christ, quoiqu'il meure d'une mort naturelle, et reste mort un certain temps, savoir jusqu' la rsurrection. En effet, tout comme la mort est compte partir de la condamnation d'Adam, et non partir de l'excution, la vie est compte partir de l'absolution, non partir de la rsurrection de ceux qui sont lus dans le Christ. Que le lieu o les hommes doivent vivre ternellement, aprs la rsurrection, soit les cieux, entendant par ciel ces parties du monde qui sont les plus loignes de la terre, comme le lieu o ses trouvent les toiles, ou au-dessus des toiles, dans un autre ciel plus lev, appel coelum empyreum 2 (dont il n'est pas question dans l'Ecriture, et qui n'est pas fond en raison 3), il n'est pas facile de trouver un texte d'o on puisse le tirer. Par Royaume du Ciel, on entend le royaume du roi qui rside dans le ciel; et son royaume tait le peuple d'Isral, qu'il gouvernait par les prophtes, ses lieutenants; d'abord Mose, et aprs lui Elazar, et les prtres souverains, jusqu' l'poque de Samuel o ce peuple se rbella 4 et voulut comme roi un homme mortel, la manire des autres nations. Et quand notre Sauveur le Christ, par la prdication de ses ministres, aura persuad les Juifs de revenir son obdience et appel les Gentils cette obdience, alors il y aura un nouveau royaume du ciel, parce que notre roi sera alors Dieu, dont le trne est le ciel, sans qu'il soit ncessaire, c'est visible dans l'Ecriture, que l'homme, pour son bonheur, s'lve plus haut que l'escabeau des pieds de Dieu 5, la terre 6. Au contraire, nous trouvons crit, en Jean, III, 13, que nul n'est mont au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le fils mme de l'homme, qui est dans le ciel 7. J'observe ici, en passant, que ces paroles ne sont pas, comme celles qui viennent immdiatement avant, les paroles de notre Sauveur, mais celles de saint Jean lui-mme, car le Christ n'tait pas alors dans le ciel, mais sur la terre. La mme chose est dite de David, en Actes, II, 34 8, quand saint Pierre, pour prouver l'ascension du Christ, utilisant les paroles du psalmiste (psaume XVI, 10) : Tu ne laisseras pas mon me en enfer, et tu ne souffriras pas que ton saint voie la corruption 9, dit qu'elles ne furent pas dites pour [parler] de David, mais pour [parler] du Christ, et, pour le
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"the faithful Christian". (NdT) Ciel empyre. L'empyre, dans le systme des anciens, est la quatrime sphre, o se trouvent les feux clestes (en grec, est "empuros" ce qui est en feu - "to puros" : le feu) et o habitent les dieux. Voir le dernier ciel dans la Divine Comdie de Dante, et les considrations de Thomas d'Aquin dans la Somme thologique ([Link].61) et dans le Trait des fins dernires (question 69) (NdT) "nor ground in reason". (NdT) [Link], VIII. (NdT) Ou "marchepied" (Segond, Darby) : Matthieu, V, 35; Actes, VII, 49; Esae, LVI, 1. Pour Matthieu, V, 34-35, la King James version donne : "But I say unto you, Swear not at all; neither by heaven; for it is God's throne: Nor by the earth; for it is his footstool". (NdT) "that man shall ascend to his happiness any higher than God's footstool the earth". (NdT) Presque conforme la King James version : "And no man hath ascended up to heaven, but he that came down from heaven, even the Son of man which is in heaven." (Hobbes crit "into heaven") (NdT) Il s'agit en fait de II, 31. (NdT) Ici au sens de dcomposition. (NdT)

prouver, il ajoute cette raison : David, en effet, n'est pas mont au ciel 1. Mais on peut aisment rpondre cela, et dire que, quoique les corps ne doivent pas y monter jusqu'au jour du jugement dernier, cependant leurs mes doivent y tre ds qu'elles sont spares de leur corps; ce qui semble aussi tre confirm par les paroles de notre sauveur qui, en Luc, XX, 37-38, prouvant la rsurrection par les paroles de Mose, dit ceci : Que les morts soient ressuscits, mme Mose l'a montr au buisson 2, quand il appela le Seigneur, le Dieu d'Abraham, et le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob, car il n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants. Ils sont en effet tous vivants pour lui 3. Mais si ces paroles doivent s'entendre seulement de l'immortalit de l'me, elles ne prouvent absolument pas ce que notre Sauveur avait l'intention de prouver, la rsurrection du corps, c'est--dire l'immortalit de l'homme. Notre sauveur veut donc dire que ces patriarches taient immortels, non par une proprit dcoulant de l'essence et de la nature de l'humanit, mais par la volont de Dieu, qui il a plu, par sa simple grce 4, d'octroyer la vie ternelle aux fidles. Et quoiqu' ce moment, les patriarches et beaucoup d'autres fidles fussent morts, pourtant, comme il est dit dans le texte, pour Dieu, ils vivaient, c'est--dire qu'ils taient inscrits dans le Livre de vie avec ceux qui seraient absous de leurs pchs, et destins la vie ternelle lors de la rsurrection. Que l'me de l'homme soit, de sa propre nature, ternelle, et une crature vivante indpendante du corps, ou qu'un homme, simplement en tant qu'homme 5, soit immortel, autrement que par la rsurrection du dernier jour, exception faite d'Enoch et d'Elie 6, c'est une doctrine qui n'apparat pas dans l'Ecriture. Tout le chapitre XIV de Job, qui n'est pas le discours de ses amis, mais son propre discours, est une plainte sur la mortalit naturelle, et pourtant, il n'y a aucune contradiction avec l'immortalit de la rsurrection. Il y a un espoir pour l'arbre, dit-il au verset 2, s'il est coup, mme si sa racine vieillit, et que la souche meurt dans la terre, pourtant, quand il flairera l'eau, il bourgeonnera et fera des branches comme un plant. Mais l'homme meurt et disparat, oui, l'homme rend l'me, et o est-il? 7 Et au verset 12, on lit : L'homme est couch, et ne se relve pas, jusqu' ce que les cieux ne soient plus 8. Mais quand estce que les cieux ne seront plus? Saint Pierre nous dit que c'est lors de la rsurrection gnrale. En effet, dans sa deuxime ptre, III, 7, il dit que les cieux et la terre qui existent aujourd'hui sont rservs pour le feu pour le jour du jugement dernier et de la perdition des impies 9, et, au verset 12 : attendant et htant la venue de Dieu, o les
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Verset 34. (NdT) Buisson ardent : Exode, III, 2. (NdT) Conforme la King James version : "Now that the dead are raised, even Moses shewed at the bush, when he calleth the Lord the God of Abraham, and the God of Isaac, and the God of Jacob. For he is not a God of the dead, but of the living: for all live unto him". (NdT) "of His mere grace". (NdT) "any mere man" : un simple homme, un homme simplement homme. (NdT) Gense, V, 21; [Link], II, 11; Hbreux, XI, 5. (NdT) "There is hope of a tree," saith he, "if it be cast down. Though the root thereof wax old, and the stock thereof die in the ground, yet when it scenteth the water it will bud, and bring forth boughs like a plant. But man dieth, and wasteth away, yea, man giveth up the ghost, and where is he?". Hobbes ne suit pas exactement la King James version, qui donne : "For there is hope of a tree, if it be cut down, that it will sprout again, and that the tender branch thereof will not cease. Though the root thereof wax old in the earth, and the stock thereof die in the ground; Yet through the scent of water it will bud, and bring forth boughs like a plant. But man dieth, and wasteth away: yea, man giveth up the ghost, and where is he?" (NdT) Conforme la King James version : "man lieth down, riseth not, till the heavens be no more". (NdT) "the heavens and the earth that are now, are reserved unto fire against the day of judgement, and perdition of ungodly men". La king James version donne : "But the heavens and the earth, which

cieux seront en feu et seront dissous, o les lements fondront dans une chaleur ardente. Nanmoins, selon la promesse, nous attendons de nouveaux cieux, et une terre nouvelle o la justice habite 1. Donc, quand Job dit : l'homme ne ressuscite pas jusqu' ce que les cieux ne soient plus, c'est exactement comme s'il disait que la vie immortelle (et l'me et la vie, dans l'Ecriture, signifient gnralement la mme chose) ne commence pas en l'homme tant qu'il n'y a pas la rsurrection et le jugement dernier; et elle a pour cause, non sa nature spcifique et la gnration, mais la promesse 2, car saint Pierre ne dit pas : nous attendons de nouveaux cieux et une nouvelle terre en vertu de la nature, mais : en vertu d'une promesse. Enfin, tant donn qu'il a dj t prouv partir de diffrents passages manifestes de l'Ecriture, au chapitre XXXV de ce livre, que le royaume de Dieu est une Rpublique civile 3, o Dieu lui-mme est souverain, en vertu de l'ancienne convention, et depuis, en vertu de la nouvelle convention 4, o il rgne par son vicaire ou lieutenant, les mmes passages prouvent aussi qu'aprs le retour de notre Sauveur dans sa majest et sa gloire, afin de rgner effectivement et ternellement 5, le royaume de Dieu doit exister sur terre. Mais parce que cette doctrine, quoique prouve partie de passages de l'Ecriture, ni rares ni obscurs, apparatra nouvelle la plupart des hommes, je ne fais que la proposer, ne soutenant rien sur ce paradoxe ou sur d'autres paradoxes religieux, mais attendant la fin de cette dispute par l'pe, qui porte sur l'autorit (dispute qui n'est pas encore tranche parmi mes compatriotes) par laquelle toutes sortes de doctrines doivent tre approuves ou rejetes, et dont les ordres, aussi bien oraux qu'crits, et quelles que soient les opinions des particuliers, doivent tre suivis 6 par tous les hommes qui entendent tre protgs. En effet, les points de doctrine concernant le royaume de Dieu ont une si grande influence sur le royaume de l'homme qu'ils ne doivent tre dtermins que par ceux qui dtiennent le pouvoir souverain [juste] au-dessous de Dieu 7. Comme pour le royaume de Dieu et la vie ternelle, l'Ecriture fait apparatre que les ennemis de Dieu, aprs le jugement, seront supplicis sur terre. Le nom de ce lieu o tous les hommes restent jusqu' la rsurrection, qu'ils aient t ensevelis ou engloutis par la terre, est gnralement dsign dans l'Ecriture par des mots qui signifient [quelque chose se trouvant] sous la terre; ce que les Latins rendent gnralement par les mots infernus et inferi, et les grecs par hades, c'est--dire un endroit o les hommes ne peuvent pas voir, et qui contient aussi bien les tombeaux que les lieux plus profonds. Mais le lieu o se trouveront les damns aprs la
are now, by the same word are kept in store, reserved unto fire against the day of judgment and perdition of ungodly men.". (NdT) Hobbes suit presque mot mot la King James version : "looking for and hasting to the coming of God, wherein the heavens shall be on fire, and shall be dissolved, and the elements shall melt with fervent heat. Nevertheless, we according to the promise look for new heavens, and a new earth, wherein dwelleth righteousness". (NdT) "not his specifical nature and generation, but the promise". (NdT) " that the kingdom of God is a civil Commonwealth". (NdT) "by virtue first of the Old, and since of the New, Covenant". On peut bien sr traduire par "ancienne alliance" et "nouvelle alliance". (NdT) "to reign actually and eternally". (NdT) "be obeyed". On notera qu'en traduisant littralement. F. Tricaud et G. Mairet font incorrectement du verbe "obir" un verbe transitif. (NdT) "For the points of doctrine concerning the kingdom of God have so great influence on the kingdom of man as not to be determined but by them that under God have the sovereign power". (NdT)

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rsurrection n'est dtermin ni dans l'Ancien, ni dans le Nouveau Testament, par aucune indication d'emplacement, les textes ne prcisant que la compagnie qui s'y trouve, et il s'agira de mchants, que Dieu, jadis, a fait disparatre de la surface de la terre de manire extraordinaire et miraculeuse, et on nous dit, par exemple, qu'ils sont in inferno, dans le Tartare, ou dans la fosse sans fond, parce que Cor, Dathan et Abiron furent engloutis vivants l'intrieur de la terre. Non que les rdacteurs de l'Ecriture aient voulu nous faire croire qu'il pourrait y avoir dans le globe terrestre, qui est non seulement fini, mais aussi, compar la hauteur des toiles, d'une taille peu considrable, une fosse sans un fond, c'est--dire un trou d'une profondeur infinie, comme celui que les Grecs, dans leur dmonologie (c'est--dire dans leur doctrine sur les dmons), et aprs eux les Romains, appelaient Tartare, dont Virgile dit : Bis patet in praeceps, tantum tenditque sub umbras, Quantus ad aethereum coeli suspectus Olympum 1: car ce n'est pas une chose envisageable, vu la distance entre la terre et le ciel, mais les rdacteurs ont voulu que nous croyions les damns cet endroit, grosso modo 2, endroit o se trouvent ceux qui Dieu a inflig une punition exemplaire. En outre, parce que ces hommes puissants qui vivaient sur la terre l'poque de No, avant le dluge ( hommes que les Grecs appelaient hros, et l'Ecriture gants, et que les deux pensaient ns de l'union des enfants de Dieu et des enfants d'hommes), furent cause de leur mchante vie, dtruits par le dluge universel, le lieu o se trouvent les damns est donc aussi parfois dsign par la compagnie de ces gants disparus; comme en Proverbes, XXI, 16 : l'homme qui s'carte du chemin de l'entendement demeurera dans l'assemble des gants, ou en Job, XXVI, 5 : Voyez! Les gants gmissent sous les eaux, et ceux qui habitent avec eux 3. Ici, le lieu o se trouvent les damns est sous les eaux. Et en Isae, XIV, 9, on lit : L'enfer s'affaire pour prparer ta rencontre (c'est--dire celle du roi de Babylone) et dplacera 4 les gants pour toi 5. Ici encore, si le sens est littral, la place des damns doit se trouver sous les eaux. Troisimement, parce que les cits de Sodome et Gomorrhe, par l'extraordinaire courroux de Dieu, furent consumes cause de leur mchancet par le feu et le soufre 6, et qu'en mme temps, avec elles, le pays fut transform en un lac bitumineux et puant, le lieu o se trouvent les damns est parfois exprim par un feu, ou un lac de feu, comme en Apocalypse, XXI, 8 : Mais les lches, les infidles, les

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"Deux fois autant que la hauteur du ciel quand on regarde vers l'Olympe thr, il s'ouvre vers l'abme, et s'tend sous les ombres." (Virgile : Enide, VI, 578-9) (NdT) "indefinitely". (NdT) Hobbes ne suit pas ici la King James version, qui donne : "Dead things are formed from under the waters, and the inhabitants thereof." mais la version Douay/Rheims ("Behold the giants groan under the waters, and they that dwell with them."), fidle la vulgate : "ecce gigantes gemunt sub aquis et qui habitant cum eis". (NdT) La vulgate parle ici de ressusciter, de rveiller. (NdT) "Hell is troubled how to meet thee" (that is, the King of Babylon) "and will displace the giants for thee". Je traduis ici le texte de Hobbes, je ne prtends pas rendre compte du texte biblique luimme avec lequel notre auteur prend des liberts. Hobbes ne suit pas la King James version, qui donne : "Hell from beneath is moved for thee to meet thee at thy coming." Il ne suit pas non plus exactement la Vulgate ("infernus subter conturbatus est in occursum adventus tui suscitavit tibi gigantas (...)"). Gense, XIX, 24. (NdT)

abominables, les meurtriers, les fornicateurs 1, les magiciens, les idoltres, et tous les menteurs auront leur part dans le lac qui brle de feu et de soufre, ce qui est une seconde mort 2. Ainsi, il est manifeste que le feu de l'enfer, quand il est exprim ici par mtaphore, partir du feu rel de Sodome, ne signifie pas un genre dtermin de lieu de supplice, mais l'expression signifie, de manire non dfinie, la destruction. On lit par exemple au chapitre XX, verset 14, que la mort et l'enfer furent jets dans le lac de feu 3, c'est--dire furent abolis et dtruits; comme si, aprs le jugement dernier, on ne mourra plus, et on n'ira plus en d'enfer , c'est--dire qu'on n'ira plus dans l'Hads (mot dont, peut-tre, est driv notre mot hell 4), ce qui est la mme chose que de ne plus mourir 5. Quatrimement, d'aprs le flau des tnbres inflig aux Egyptiens, dont il est crit, en Exode, X, 23 : Ils ne se voyaient pas l'un l'autre, et nul ne se leva de sa place pendant trois jours, mais tous les enfants d'Isral avaient de la lumire dans leurs habitations 6, le lieu o se trouvent les mchants aprs le jugement est appel tnbres compltes 7, ou, comme il est dit dans l'original, les tnbres du dehors 8. Et c'est ainsi exprim en Matthieu, XXII, 13, quand le roi ordonne ses serviteurs de lier les mains et les pieds de l'homme qui n'avait pas le vtement de noce, et de le jeter eis to skotos to exoteron 9, dans les tnbres extrieures, ou tnbres du dehors, ce qui, quoique traduit par tnbres compltes, n'indique pas la grandeur de ces tnbres, mais l'endroit o elles doivent tre, savoir, en dehors de la demeure des lus de Dieu. Enfin, alors qu'il y avait un endroit prs de Jrusalem appel la valle des enfants de Hinnon 10, dont une partie est appele Tophet, o les Juifs avaient commis l'idoltrie la plus grave, sacrifiant leurs enfants l'idole Moloch, et o aussi Dieu avait inflig ses ennemis les chtiments les plus graves, et o Josias avait brl les prtres de Moloch sur leurs propres autels, comme il apparat largement en [Link],
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"whoremongers". "fornicatoribus", dans la Vulgate. (NdT) "But the timorous, incredulous, and abominable, and murderers, and whoremongers, and sorcerers, and idolaters, and all liars, shall have their part in the lake that burneth with fire and brimstone; which is the second death." Hobbes ne cite pas exactement la King James version qui donne : "But the fearful, and unbelieving, and the abominable, and murderers, and whoremongers, and sorcerers, and idolaters, and all liars, shall have their part in the lake which burneth with fire and brimstone: which is the second death." Les deux versions ci-dessus correspondent assez fidlement la Vulgate. (NdT) La King James version ne parle pas de soufre. La vulgate ajoute "voil la seconde mort" : "et inferus et mors missi sunt in stagnum ignis haec mors secunda est stagnum ignis". Idem dans le texte grec de Stephanus : "(...) estin o deuteros thanatos". (NdT) "enfer". (NdT) F. Tricaud, qui traduit "ne pas mourir", ne tient pas compte de "more" : "which is the same with no more dying". (NdT) Conforme la King James version : "They saw not one another, neither rose any from his place for three days: but all the children of Israel had light in their dwellings." (NdT) "utter darkness". (NdT) "darkness without", expression absente de la King version, qui utilise l'expression "outer darkness", en Matthieu, VIII, 12; XXII, 13; XXV, 30, et de la version Douay/Rheims qui, aux mmes passages, utilise l'expression "extrior darkness". Darby rend ces passages par "tnbres du dehors", ce qui est conforme la vulgate ("in tenebras exteriores") et la version Stephanus (" eis to skotos to exteron" - VIII, 12) (NdT) Voir note prcdente. (NdT) "Gu-Hinnom" en hbreu, qui a donn "ghenne". (NdT)

XXIII, le lieu servit ensuite pour recevoir les ordures et les dtritus qui taient ports l, hors de la cit, et il tait coutume qu'on y ft des feux, de temps en temps, pour purifier l'air et chasser la puanteur des charognes. A partir de cet abominable 1 lieu, les Juifs, depuis toujours, ont coutume de nommer ce lieu des damns la Ghenne, ou valle de Hinnon. Et c'est ce mot ghenne qui est aujourd'hui couramment traduit par ENFER; et des feux qu'on y faisait rgulirement 2, nous avons l'ide de feu ternel et inextinguible. Etant donn que personne, dsormais, n'interprte l'Ecriture comme si, aprs le jugement dernier, les mchants devaient tre tous ternellement punis dans la valle de Hinnon, ou qu'ils ressuscitaient pour tre jamais sous la terre ou sous les eaux, ou qu'aprs la rsurrection, ils ne se verraient plus les uns les autres, ni ne bougeraient d'un endroit un autre, il s'ensuit trs ncessairement, me semble-t-il, que ce qui est dit ainsi du feu de l'enfer est dit mtaphoriquement, et que, par consquent, il y a un sens propre dont il faut s'enqurir (car, dans toutes les mtaphores, il y a quelque fondement rel, qu'on peut exprimer par des mots appropris 3), aussi bien pour le lieu de l'enfer que pour la nature des supplices et des bourreaux infernaux. Et d'abord, en ce qui concerne les bourreaux, leur nature et leurs proprits sont rendues exactement et proprement par les dnominations ennemi, ou Satan 4, ou l'accusateur 5, ou le diable 6, ou le destructeur 7, ou Abaddon 8. Ces dnominations significatives, Satan, diable, Abaddon, n'indiquent aucune personne individuelle, comme les noms propres ont coutume de le faire, mais seulement une fonction, une qualit 9 et ce sont donc des noms communs, qui n'auraient pas d rests non traduits, comme dans les bibles latines et modernes, parce que, de cette faon, ces noms communs semblent tre les noms propres de dmons, et les hommes sont plus
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Le mot renvoie moins aux ordures qu'aux abominations du culte de Moloch. (NdT) "time to time". J'emprunte cet adverbe F. Tricaud qui, contrairement G. Mairet "de temps en temps", a compris qu'une traduction littrale n'tait pas compatible avec la suite. (NdT) "proper words". F. Tricaud va jusqu' traduire par "termes non mtaphoriques", ce qui est une faon habile de rendre la pense de Hobbes. (NdT) Le mot Satan ("Satan" indclinable et "satanas" dans la Vulgate. La version grecque de Stephanus utilise "diabolos" et "satanas" - "o satan" : l'ennemi - l o la Vulgate utilise "Satan". La Septante n'utilise jamais, ma connaissance, le mot "Satanas", mais utilise le mot "diabolos") est utilis dix-huit fois dans l'Ancien Testament, trente-cinq fois dans le Nouveau Testament : deux fois en [Link], treize fois en Job, trois fois en Zacharie, quatre fois en Matthieu, cinq fois en Marc, cinq fois en Luc, une fois en Jean, deux fois en Actes, une fois en Romains, deux fois en [Link], trois fois en [Link], une fois en [Link], une fois en 2 . Thessaloniciens, une fois en [Link], et huit fois en Apocalypse. (vrification faite dans la version Darby. L'utilisation est quasiment la mme dans la King James version.) (NdT) "the accuser" (NdT) "accusator" dans la vulgate, "katgroros" dans la version grecque de Stephanus (Apocalypse, XII, 10). (NdT) Le mot diable ("diabolus" dans la Vulgate, "diabolos" dans la version grecque de Stephanus) est absent de l'Ancien Testament, il est prsent trente-cinq fois dans le Nouveau Testament : six fois en Matthieu,six fois en Luc, trois fois en Jean, deux fois en Actes, une fois en Ephsiens, deux fois en [Link], une fois en [Link], une fois en Hbreux, une fois en Jacques, une fois en [Link], quatre fois en [Link], une fois en Jude, et cinq fois dans l'Apocalpse. (Vrification faite dans la version Darby). La king James version n'utilise pas le mot "diabolus" (Hobbes) mais le mot "devil", comme le fait Hobbes lui-mme dans la phrase suivante. (NdT) Le mot est utilis peine une dizaine de fois dans la Bible. Je n'ai pas trouv de rgularit de terme dans la Vulgate. (NdT) Apocalypse, IX, 11. (NdT) "but only an office or quality". (NdT)

facilement sduits et croient la doctrine des dmons qui, cette poque, tait la religion des Gentils, contraire la religion de Mose et du Christ. Et comme par l'ennemi 1, l'accusateur et le destructeur, on entend l'ennemi de ceux qui seront dans le royaume de Dieu, si ce royaume de Dieu aprs la rsurrection est sur la terre (il semble que ce soit le cas selon l'Ecriture, je l'ai montr au chapitre prcdent), l'ennemi et son royaume doivent tre aussi sur la terre. En effet, il tait aussi sur terre avant l'poque o les Juifs dposrent Dieu 2, car le royaume de Dieu tait en Palestine, et les royaumes qui se trouvaient tout autour taient les royaumes de l'ennemi. Par consquent, par le mot Satan est dsign tout ennemi terrestre de l'Eglise 3. Les supplices de l'enfer sont dsigns tantt par pleurs et grincements de dents comme en Matthieu, XVIII, 12, tantt par le ver de la conscience 5, comme en Esae, LXVI, 24, en Marc, IX, 44, 46, 48 6, tantt par le feu, comme dans le passage que je viens de citer : O le ver ne meurt pas, et o le feu ne s'teint pas, et encore dans de nombreux passages. Tantt par la honte et le mpris, comme en Daniel, XII, 2 : Et beaucoup d'entre eux qui dorment dans la poussire de la terre s'veilleront; certains pour la vie ternelle, et d'autres pour la honte ternelle et le mpris ternel 7. Tous ces passages dsignent mtaphoriquement le chagrin et le mcontentement de l'esprit de ceux qui voient cette flicit ternelle des autres, flicit qu'ils ont perdue par leur propre incrdulit et leur propre dsobissance. Et parce qu'une telle flicit chez les autres ne leur est sensible que par comparaison avec leurs propres misres prsentes, il s'ensuit qu'ils doivent souffrir les douleurs physiques et les calamits qui arrivent ceux qui non seulement vivent sous des dirigeants mauvais et cruels, mais aussi ont pour ennemi le roi ternel des saints, Dieu tout-puissant. Et parmi ces souffrances physiques, il faut compter aussi pour chacun des mchants une seconde mort. Car, quoique l'Ecriture soit claire sur la rsurrection universelle, il ne faut cependant pas comprendre que chacun des rprouvs soit promis une vie ternelle. En effet, quand saint Paul, en [Link], XV, 42-43, pour rpondre la question de savoir avec quel corps les hommes ressusciteront, dit que le corps est sem dans la corruption, et il ressuscite incorruptible 8; il est sem dans le dshonneur, et il ressuscite dans la gloire; il est sem dans la faiblesse, il ressuscite dans la puissance
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Comme nous l'avons dj prcis, c'est le sens du mot "satan", pris comme nom commun. (NdT) C'est--dire, comme il a t dj prcis, quand ils voulurent un roi la manire des autres nations : [Link], VIII. (NdT) "any earthly enemy of the Church". (NdT) "weeping, and gnashing of teeth". "But the children of the kingdom shall be cast out into outer darkness: there shall be weeping and gnashing of teeth." (King James version)(NdT) "the worm of conscience". La King James version n'utilise pas cette expression, elle se contente de "worm". Elle est aussi absente de la version Douay/Rheims. Elle n'apparat pas dans la vulgate qui se contente de parler du ver qui ne meurt pas ("ubi vermis eorum non moritur"), ni dan le Nouveau Testament grec ("opou o skles autn ou teleuta), ni dans la bible de Luther ("da ihr Wurm nicht stirbt"). On trouve l'expression "ver de la conscience" dans la somme thologique de Thomas d'Aquin (primas pars, question 64, article 3). On la trouve aussi dans l'Institution de la Religion chrtienne de Calvin, Livre I, chapitre 3. Shakespeare, dans Richard II, dit : "The worm of conscience still begnaw thy soul!". (NdT) Comme nous l'avons dit, ces passages, dans les diffrentes versions de la Bible, en franais, en anglais, en latin et en grec, n'utilisent pas l'expression "ver de la conscience". (NdT) Conforme la King James version : "And many of them that sleep in the dust of the earth shall awake, some to everlasting life, and some to shame and everlasting contempt." (NdT) Littralement, dans l'incorruption. (NdT)

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les mots gloire et puissance ne peuvent pas s'appliquer au corps des mchants, et l'expression seconde mort ne peut s'appliquer qu' ceux qui ne peuvent jamais mourir qu'une fois 2. Et mme si, dans un discours mtaphorique, une vie ternelle malheureuse peut tre appele une mort ternelle, cependant, on ne peut pas entendre ainsi une seconde mort. Le feu prpar pour les mchants est un feu ternel, c'est-dire que l'tat dans lequel nul ne peut tre sans torture, autant du corps que de l'esprit, aprs la rsurrection, sera endur pour toujours; et en ce sens, ce feu sera inextinguible, et les supplices seront ternels. Mais on ne peut infrer de l que celui qui sera jet dans ce feu et souffrira ces supplices, les endurera, leur rsistera, tant ternellement brl et tortur, et cependant jamais dtruit, ne mourant jamais. Et mme s'il y a de nombreux passages qui affirment qu'il y a un feu et des supplices ternels, dans lesquels les hommes, l'un aprs l'autre, peuvent tre successivement jets, pourtant, je n'en trouve aucun qui affirme que chaque personne individuelle, dans ces supplices, connatra une vie ternelle. Au contraire, on y affirme une mort ternelle, qui est la seconde mort : car aprs que la mort et la fosse auront libr les morts qui taient en elles, et que chaque homme aura t jug selon ses oeuvres, la mort et la fosse seront jets dans le lac de feu. C'est la seconde mort 3 4. Il est vident par ce passage qu'il doit y avoir une seconde mort de chacun de ceux qui seront condamns lors du jugement dernier, et ensuite il ne mourra plus. Dans l'Ecriture, les joies de la vie ternelle sont toutes comprises sous le nom de SALUT, ou dsignes par l'expression tre sauv 5. Etre sauv, c'est tre en scurit, soit relativement l'gard de maux spciaux, soit absolument, l'gard de tout mal, comprenant le besoin, la maladie et la mort elle-mme. Et parce que l'homme a t cr dans un condition immortelle, non sujette la corruption, et qu'en consquence, rien ne tendait la dissolution de sa nature, et qu'il a chut et perdu ce bonheur par le pch d'Adam, il s'ensuit qu'tre sauv du pch 6, c'est tre sauv de tous les maux et de tous les malheurs que le pch nous a apports. Et donc, dans la Sainte Ecriture, la rmission du pch et le fait d'tre sauv de la mort et des misres sont la mme chose, comme il apparat par les paroles de notre Sauveur qui, ayant guri un homme malade de paralysie, lui disant, en Matthieu, IX, 2 : Fils, sois heureux 7, tes pchs te sont pardonns 8, sachant que les scribes considraient
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Conforme la King James version : "It is sown in corruption; it is raised in incorruption: It is sown in dishonour; it is raised in glory: it is sown in weakness; it is raised in power". (NdT) Les lus. (NdT) Apocalypse, XX, 13-14. (Note de Hobbes) "For after death and the grave shall have delivered up the dead which were in them, and every man be judged according to his works; death and the grave shall also be cast into the lake of fire. This is the second death." Hobbes ne suit pas la King James version qui donne "death and hell"(la mort et l'enfer), ce qui est conforme la Vulgate ("et inferus et mors") et la version grecque de Stephanus ("kai o thanatos kai o hades"), et non "death and grave" (la mort et la fosse). Le mot "grave" a le sens de tombe (traduction, mon avis maladroite, de F. Tricaud), tombeau, fosse, ce dernier mot tant assez habituel pour dsigner le sjour des morts. (NdT) "The joys of life eternal are in Scripture comprehended all under the name of salvation, or being saved". (NdT) "to be saved from sin". (NdT) La vulgate dit : aie confiance ("confide fili remittuntur tibi peccata tua"), tout comme la version grecque de Stephanus ("tharsei teknon aphentai soi ai amartiai sou"), mais le mot employ en Grec porte dj l'ide de retrouver la vitalit, le courage, la hardiesse, alors que le "confido" latin indique surtout le fait d'avoir confiance. (NdT) Conforme la King James version : "Son, be of good cheer; thy sins be forgiven thee". (NdT)

comme un blasphme qu'un homme prtende pardonner les pchs, leur demanda (verset 5) s'il tait plus facile de dire : tes pchs sont pardonns, ou : lve-toi et marche, signifiant de cette faon que c'tait tout un, pour le salut du malade, de dire tes pchs sont pardonns et lve-toi et marche, et qu'il utilisait cette faon de parler seulement pour montrer qu'il avait le pouvoir de pardonner les pchs. Et il est d'ailleurs vident en raison 1 que, puisque la mort et la misre taient des punitions du pch, la rmission du pch doit aussi tre une rmission de la mort et de la misre, c'est--dire le salut absolu 2, tel que celui dont les fidles doivent jouir aprs le jugement dernier, par la puissance et la grce de Jsus-Christ, qui, pour cette raison, est appel notre SAUVEUR. Quant aux saluts particuliers, comme ceux qui sont compris en [Link], XIV, 39 (comme le Seigneur qui sauva Isral est vivant 3, c'est--dire qui sauva Isral de ses ennemis du moment), en [Link], XXII, 4 4 (tu es mon sauveur, toi, tu me sauves de la violence 5) et en [Link], XIII, 5 (Dieu donna aux Isralites un Sauveur, et ainsi, ils furent dlivrs de la main des Assyriens 6), et dans des passages du mme type, je n'en dirai rien, car il est n'est difficile ni intressant de corrompre l'interprtation de textes de ce genre. Mais quant au salut gnral, comme il doit tre dans le royaume du ciel, il y a une grande difficult concernant le lieu. D'un ct, comme par royaume on entend un Etat ordonn par les hommes pour leur scurit permanente contre les ennemis et contre le besoin, il semble que ce salut doive tre sur terre. En effet, le mot salut fait natre en nous l'ide d'un rgne glorieux de notre roi, par la conqute 7, et non l'ide de scurit par la fuite; et donc, l o l'on recherche le salut, on doit aussi rechercher le triomphe, et avant le triomphe, la victoire, et avant la victoire, la bataille, ce qu'il n'est pas possible de supposer dans le ciel; Mais si bonne que soit cette explication, je ne m'y fierai pas sans des passages trs clairs de l'Ecriture. L'tat de salut est dcrit largement en Esae, XXXIII, 20-24 : Contemple Sion, la cit de nos solennits; tes yeux verront Jrusalem, demeure tranquille, tabernacle 8 qui ne sera plus dmont, aucun de ses pieux ne sera plus enlev, ni aucune des cordes rompues. Mais l, le Seigneur glorieux sera pour nous un lieu de larges fleuves et de rivires, o n'ira aucune galre rames, o ne passera aucun superbe navire.

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"And it is besides evident in reason". (NdT) "salvation absolute". (NdT) "as the Lord liveth that saveth Israel". La king James version donne : "as the Lord liveth which saveth Israel". (NdT) La bonne rfrence est XXII, 3. (NdT) "Thou art my Saviour, thou savest me from violence". Les deux premiers mots ne sont pas dans la King James version. (NdT) "God gave the Israelites a Saviour, and so they were delivered from the hand of the Assyrians". La King James version donne : "And the LORD gave Israel a saviour, so that they went out from under the hand of the Syrians". Hobbes semble ici traduire la vulgate : "et dedit Dominus Israheli salvatorem et liberatus est de manu Syriae ". (NdT) "by conquest". F. Tricaud traduit "par droit de conqute". (NdT) "a tabernacle ". Voir le latin "tabernaculum" de la vulgate : tente. (NdT)

Car le Seigneur est notre juge, le Seigneur est notre lgislateur, le Seigneur est notre roi, il nous sauvera. Tes agrs sont relchs 1, ils ne peuvent plus maintenir leur mt, ils ne peuvent plus dployer les voiles; alors un grand butin est partag, les boiteux prennent le butin. Et l'habitant ne dira pas : je suis malade. Le peuple qui habitera l sera absous de son iniquit 2. Par ces paroles, nous connaissons le lieu d'o le salut doit venir : Jrusalem, une demeure tranquille; son ternit : un tabernacle qui ne sera plus dmont, etc.; le sauveur qui donnera ce salut : le Seigneur, leur juge, leur lgislateur, leur roi, il nous sauvera; le salut : le Seigneur sera pour eux un large foss aux eaux rapides 3, etc.; l'tat de leurs ennemis : leurs agrs sont relchs, leurs mts faibles, les boiteux prendront leur butin; l'tat de ceux qui sont sauvs : l'habitant ne dira pas : je suis malade; et enfin, tout cela est compris dans le pardon des pchs : le peuple qui habite sera absous de son iniquit. Il est vident par l que le salut sera sur terre, quand Dieu rgnera (au retour du Christ), Jrusalem, et de Jrusalem viendra le salut des Gentils qui seront reus dans le royaume de Dieu, comme il est aussi dclar plus expressment par le mme prophte (LXV, 20-21) : Et ils ( savoir les Gentils qui avaient des Juifs comme esclaves) ramneront tous vos frres, comme une offrande au Seigneur, de toutes les nations, sur des chevaux, dans des chariots et des litires 4, sur des mules, sur des animaux rapides, jusqu' ma sainte montagne, Jrusalem, dit le Seigneur, comme les enfants d'Isral apportent une offrande dans un vase pur dans la maison du Seigneur. Et je prendrai aussi parmi eux des prtres et des Lvites, dit le Seigneur. Par l, il est manifeste que le sige principal du royaume de Dieu, qui est le lieu d'o notre salut viendra, nous qui tions des Gentils, sera Jrusalem. Ce qui est aussi confirm par notre Sauveur dans l'entretien qu'il eut avec la femme de Samarie sur le lieu du culte divin, femme qui il dit, en Jean, IV, 22, que les Samaritains vouent un culte ce qu'ils ne connaissent pas, alors que les Juifs rendent un culte ce qu'ils connaissent, car le salut est des Juifs 5 (ex Judaeis, c'est-1 2

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Ou moins prcisment "cordages". "thy tacklings". La vulgate parle de "funiculi", c'est--dire de petites cordes, la septante de cordes en jonc ("skhona"). "Look upon Zion, the city of our solemnities; thine eyes shall see Jerusalem a quiet habitation, a tabernacle that shall not be taken down; not one of the stakes thereof shall ever be removed, neither shall any of the cords thereof be broken. But there the glorious Lord will be unto us a place of broad rivers and streams; wherein shall go no galley with oars, neither shall gallant ship pass thereby. For the Lord is our judge, the Lord is our lawgiver, the Lord is our king, he will save us. Thy tacklings are loosed; they could not well strengthen their mast; they could not spread the sail: then is the a great spoil divided; the lame take the prey. And the inhabitant shall not say, I am sick; the people that shall dwell therein shall be forgiven their iniquity." Hobbes suit presque parfaitement la King James version. (NdT) "a broad moat of swift waters". La king James version ne parle ni de "broad moat", ni de "swift waters". (NdT) Qui taient couvertes dans l'antiquit. Hobbes dit bien "in".(NdT) Traduction littrale tonnante de la Vulgate : "salus ex Iudaeis est" (Hobbes savait trs bien qu'il fallait traduire en anglais par "is from" ou "comes from"). La king James version et la version Douay/Rheims font de mme : "for salvation is of the Jews". A ma connaissance, cette construction n'est prsente ni en franais, ni en allemand. Les versions anglaises plus rcentes de la Bible donnent "is from" ou "comes from". Seules les versions Darby (anglaise) et Young (littrale) utilisent "is of". (NdT)

dire commence aux Juifs), comme s'il avait dit : vous rendez un culte Dieu, mais vous ne savez pas par qui il vous sauvera, tandis que nous, nous savons que ce sera par quelqu'un de la tribu de Juda, un Juif, non un samaritain. Et c'est pourquoi aussi la femme lui rpondit de faon pertinente : nous savons que le Messie viendra 1. De sorte que ce que dit notre Sauveur : Le salut vient des Juifs 2; est la mme chose que ce que dit saint Paul, en Romains, I, 16-17 : L'vangile est la puissance de Dieu pour le salut de tout homme qui croit, pour le Juif d'abord, aussi pour le Grec, car en lui la justice de Dieu est rvle par la foi et pour la foi 3 4; c'est--dire par la foi du Juif et pour la foi du Gentil. Dans le mme sens, le prophte Jol, dcrivant le jour du jugement dernier, dit, en Jol, II, 30-31 5 que Dieu montrerait des merveilles dans le ciel, et sur terre, le sang, et le feu, et des colonnes de fume. Le soleil serait chang en tnbres, et la lune en sang, avant le grand et terrible jour de la venue du Seigneur 6. Il ajoute au verset 32 : Et il arrivera que quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauv, car, sur la montagne de Sion et Jrusalem sera le Salut 7. Abdias, au verset 17 8, dit la mme chose : Sur la montagne de Sion sera la dlivrance, et l sera la saintet, et la maison de Jacob possdera leurs possessions 9; c'est--dire les possessions des paens, ce qui est expliqu plus en dtails dans les versets suivants : la montagne d'Esa, le pays des Philistins, le territoire d'Ephram, de Samarie, de Gallad, et les cits du sud, et il conclut par ces paroles : Le royaume sera au Seigneur 10. Tous ces lieux sont pour le salut, et au royaume de Dieu sur terre, aprs le jour du jugement. D'un autre ct, je n'ai trouv aucun texte qui puisse avec vraisemblance tre utilis pour prouver une ascension des saints au ciel, c'est--dire en quelque coelum empyreum 11, ou autre rgion thre, sauf ce qui est appel le royaume du ciel, expression qui peut venir de ce que Dieu, qui tait le roi des Juifs, les gouvernait par ses commandements envoys Mose par des anges venus du ciel; et aprs leur rvolte, il envoya son Fils du ciel pour les ramener l'obissance, et il l'enverra nouveau pour les gouverner et gouverner tous les autres fidles, partir du jugement dernier, ternellement; ou qui peut venir de ce que le trne de ce grand roi, ntre roi, est dans le ciel, tandis que la terre est l'escabeau de ses pieds 12. Mais que les sujets de Dieu doivent avoir quelque place aussi leve que son trne ou plus leve que l'escabeau de ses pieds, cela ne semble pas convenir la dignit d'un roi, et je ne trouve aucun texte clair ce sujet dans l'Ecriture.
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Verset 25. (NdT) Ici, Hobbes dit : "Salvation is from the Jews". (NdT) "The gospel is the power of God to salvation to every one that believeth: to the Jew first, and also to the Greek. For therein is the righteousness of God revealed from faith to faith". La King James version dit "unto salvation". (NdT) "ex fide in fidem" dans la Vulgate. (NdT) III, 3-5 pour la T.O.B. (NdT) "shew wonders in heaven, and in earth, blood, and fire, and pillars of smoke. The sun should be turned to darkness, and the moon into blood, before the great and terrible day of the Lord come". Conforme la King James version, qui commence par "I will shew". (NdT) "and it shall come to pass, that whosoever shall call upon the name of the Lord shall be saved. For in Mount Zion and in Jerusalem shall be salvation". La King ames version dit "shall be delivered" et "shall be deliverance". (NdT) Rappelons que ce livre ne comporte qu'un chapitre. (NdT) Conforme la King James version : "But upon mount Zion shall be deliverance, and there shall be holiness; and the house of Jacob shall possess their possessions." (NdT) Idem : "the kingdom shall be the Lord's". (NdT) Voir note dj faite ce sujet. (NdT) "His footstool". Voir note dj faite ce sujet. (NdT)

A partir de ce qui a t dit du royaume de Dieu et du salut, il n'est pas difficile de comprendre ce que signifie l'expression MONDE A VENIR. Trois mondes sont mentionns dans l'Ecriture : le monde ancien, le monde prsent, et le monde venir. Du premier, saint Pierre dit 1 : Si Dieu n'a pas pargn le monde ancien, mais sauv No le huitime, qui prchait la justice, amenant le dluge sur le monde des impies, etc 2. Ainsi, le premier monde alla d'Adam au dluge gnral. Du monde prsent, notre Sauveur dit, en Jean, XVIII, 36 : Mon royaume n'est pas de ce monde. En effet, il vint seulement pour enseigner aux hommes la voie du salut, et pour restaurer le royaume de son pre par sa doctrine. Du monde venir, saint Pierre dit 3 : Nanmoins, selon sa promesse, nous attendons de nouveaux cieux, et une nouvelle terre 4. C'est ce MONDE dans lequel le Christ, descendant du ciel sur les nues, avec une grande puissance et une grande gloire, enverra ses anges et rassemblera ses lus des quatre vents 5, et des parties les plus recules de la terre 6, et il rgnera dsormais sur eux, sous [l'autorit de] son pre, ternellement 7. La salut d'un pcheur suppose une REDEMTION antrieure, car une fois que quelqu'un est coupable d'un pch, il est assujetti la peine correspondante, et il doit payer (ou quelqu'un d'autre pour lui) la ranon que celui qui est offens, et qui l'a en son pouvoir, exigera. Et tant donn que la personne offense est Dieu tout-puissant, qui a pouvoir sur toutes choses, la ranon qu'il a plu Dieu d'exiger doit tre paye avant que le salut puisse tre obtenu. Mais cette ranon n'est pas destine une satisfaction pour le pch, quivalente l'offense, ce qu'aucun pcheur, pour luimme, ni aucun homme juste, pour un autre, ne sera jamais capable de faire. Le dommage qu'un homme cause un autre peut tre rpar par restitution ou ddommagement , mais on ne peut supprimer un pch par un ddommagement, car ce serait faire de la libert de pch une chose qui se vend 8. Mais les pchs peuvent tre pardonns 9 ceux qui se repentent, soit gratis, soit par une peine qu'il plat Dieu d'agrer. Celle que Dieu agrait habituellement, dans l'Ancien Testament, tait un sacrifice ou une oblation. Pardonner un pch n'est pas un acte d'injustice, mme s'il y a eu menace de punition. Mme parmi les hommes, bien que la promesse d'un bien lie celui qui promet, pourtant les menaces, c'est--dire les promesses d'un mal, ne le lient pas. Encore moins lient-elles Dieu, qui est infiniment plus misricordieux que les hommes. Le Christ notre Sauveur, donc, pour nous racheter, n'a pas en ce sens donn satisfaction pour les pchs des hommes, comme si sa mort, par sa vertu propre, aurait pu rendre injuste la punition divine des pcheurs par la mort ternelle, mais il a fait ce sacrifice et cette oblation de lui-mme, sa premire venue, sacrifice
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[Link], II, 5. (Note de Hobbes) Conforme la King James version : "spared not the old world, but saved Noah the eighth [person], a preacher of righteousness, bringing in the flood upon the world of the ungodly". (NdT) [Link], III, 13 (Note de Hobbes) Conforme la King James Version : "Nevertheless we, according to his promise, look for new heavens and a new earth", mais Hobbes ne cite pas la fin du verset : "wherein dwelleth righteousness." (NdT) Assez souvent associ aux cieux dans la Bible "four winds of heaven". (NdT) Hobbes cite ici Marc, XIII. La King James version donne : "And then shall he send his angels, and shall gather together his elect from the four winds, from the uttermost part of the earth to the uttermost part of heaven". On notera l' "oubli" de Hobbes! (NdT) "and thenceforth reign over them, under his Father, everlastingly". (NdT) "the damage a man does to another he may make amends for by restitution or recompense, but sin cannot be taken away by recompense; for that were to make the liberty to sin a thing vendible". (NdT) "pardoned". [Link] traduit par "remis". (NdT)

et oblation qu'il a plu Dieu d'exiger pour le salut, lors de sa deuxime venue, de ceux qui, entre-temps, se repentiraient et croiraient en lui. Et quoique cet acte de notre rdemption ne soit pas toujours appel dans l'Ecriture un sacrifice et une oblation, mais un prix 1, pourtant, par prix, nous ne devons pas entendre quelque chose par la valeur duquel il pourrait rclamer notre pardon son pre offens, mais le prix qu'il a plu Dieu le Pre, en sa misricorde, de rclamer.

"price". On trouve dans la King James version l'expression "price of redemption", utilise en un sens conomique (prix de rachat), en Lvitique, XXV, 51 (la vulgate dit "le prix de retour"). Le mot "price" est lui-mme quasiment toujours utilis en un sens conomique dans l'Ancien Testament, et dans le Nouveau Testament, il n'est quasiment jamais associ l'ide de rdemption. On peut donc s'tonner de l'importance que le mot "price" prend aux yeux de Hobbes.(NdT)

Troisime partie : De la Rpublique chrtienne

Chapitre XXXIX
De la signification dans l'criture du mot glise.

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Le mot glise 1 (Ecclesia 2) signifie diverses choses dans les livres de l'Ecriture Sainte. Parfois, mais pas souvent, il est pris au sens de la maison de Dieu, c'est--dire un temple dans lequel les Chrtiens s'assemblent pour remplir publiquement leurs saints devoirs 3, comme en [Link], XIV, 34 : Que vos femmes gardent le silence dans les Eglises 4. Mais le mot est pris mtaphoriquement 5 pour dsigner l'assemble runie cet endroit, et depuis, on a utilis le mot pour dsigner l'difice lui-mme, pour distinguer les temples des Chrtiens et les temples des idoltres. Le temple de Jrusalem tait la maison de Dieu, et la maison de la prire, et de mme, tout difice consacr au culte du Christ est la maison du Christ. C'est pourquoi les

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"church". (NdT) C'est le mot utilis par la Vulgate dans le Nouveau Testament, qui est rendu par certaines versions franaises par "Eglise" ou par "assemble". Le mot dsigne l'assemble du peuple avant de dsigner l'assemble des Chrtiens. Il arrive que le mot soit utilis pour dsigner l'difice. En grec : ekklsia. La King James version utilise systmatiquement le mot "church" dans le Nouveau Testament (c'est d'ailleurs aussi le cas de la version Douay/Rheims). (NdT) "to perform holy duties publicly". (NdT) Conforme la King James version : "Let your women keep silence in the churches". (NdT) Il ne s'agit nullement, dans la version grecque, d'une mtaphore, puisque le texte utilise le mot "ekklsia" (assemble) et non "kuriak" (la maison du Seigneur) : "ai gunaikes umn en tais ekklsiais sigatsan" (Stephanus) (NdT)

pres Grecs l'appellent kuriak 1, la maison du Seigneur, et de l, dans notre langue, l'difice en vint tre appel kyrke, et church. Le mot Eglise, quand il n'est pas utilis pour dsigner une maison, signifie la mme chose que le mot ecclesia dans les Rpubliques grecques, c'est--dire la runion, l'assemble des citoyens convoque pour entendre le magistrat leur parler, qui, dans la Rpublique de Rome, tait appele concio 2, et celui qui parlait ecclesiastes et concionator 3. Et quand ils taient convoqus par une autorit lgitime, c'tait une ecclesia legitima, une Eglise lgitime 4, ennomos Ekklsia 5 6. Mais quand les citoyens taient agits par une clameur tumultueuse et sditieuse, alors c'tait une Eglise en confusion 7 , Ekklsia sugkekhumen 8. Parfois, le mot est aussi utilis pour dsigner les hommes qui ont le droit de faire partie d'une assemble, mme si elle n'est pas effectivement runie, c'est--dire la multitude entire des Chrtiens, aussi disperss qu'ils soient, comme il est dit en Actes, VIII, 3 : Saul 9 ravageait l'Eglise 10. Et c'est en ce sens que le Christ est dit tre le chef de l'Eglise 11. Le mot dsigne tantt une partie dtermine des Chrtiens, comme en Colossiens, IV, 15 : Salue l'Eglise qui est dans sa maison 12, tantt aussi les seuls lus, comme en Ephsiens, V, 27 : Une Eglise glorieuse, sans tache ni ride, sainte et sans souillure 13 14; ce qui s'entend de l'Eglise triomphante, ou Eglise venir. Parfois, le mot dsigne une runion assemble d'hommes qui professent le christianisme, que leur profession de foi soit vraie ou fausse, comme il faut le comprendre, quand il est dit en Matthieu, XVIII, 17 : Dis-le l'Eglise, et s'il ne veut pas couter l'Eglise, qu'il soit pour toi comme un Gentil ou un Publicain 15.

En caractres grecs dans le texte de Hobbes, qui donne le sens immdiatement aprs. (NdT) "contio" : assemble du peuple convoque et prside par un magistrat. (NdT) L'orateur, celui qui parle dans l'assemble. Le mot a souvent aussi le sens de dmagogue. (NdT) "si quid autem alterius rei quaeritis in legitima ecclesia poterit absolvi" (Vulgate, Actes, XIX, 39.) (NdT) 5 En caractres grecs dans le texte de Hobbes. Hobbes donne la rfrence en note : Actes, XIX, 39. (NdT) 6 "ei de ti peri etern episteite en t ennom ekklsia epiluthesetai" (Nouveau Testament grec de Stephanus, Actes, XIX, 39) (NdT) 7 "it was a confused Church". "alii autem aliud clamabant erat enim ecclesia confusa et plures nesciebant qua ex causa convenissent" (Vulgate, Actes, XIX, 32) "Some therefore cried one thing, and some another: for the assembly was confused" (King James version, Actes, XIX, 32). F. Tricaud traduit par "glise dsordonne". (NdT) 8 "gar ekklsia sugkekhumen" (Nouveau Testament grec de Stephanus, Actes, XIX, 32) (NdT) 9 Confusion trange de G. Mairet entre Sal (Ancien Testament) et Saul, c'est--dire Paul (Nouveau Testament). (NdT) 10 "Saul made havoc of the church". Conforme la King James version. (NdT) 11 "Head of the Church". L'expression n'apparat qu'une seule fois, dans la King James version, en Ephsiens, V, 23. (NdT) 12 "Salute the Church that is in his house". Conforme la King James version. (NdT) 13 "immaculata", dit la Vulgate. (NdT) 14 "A glorious Church, without spot or wrinkle, holy and without blemish". Les diffrences avec la King James version sont peu sensibles. (NdT) 15 "Tell it to the Church, and if he neglect to hear the Church, let him be to thee as a Gentile, or publican." La king James version utilise "an heathen man" au lieu de "a Gentile". (NdT)

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Ce n'est qu'en ce dernier sens que l'Eglise est considre comme une seule personne 1, c'est--dire qu'on peut dire qu'elle a le pouvoir de vouloir, de prononcer, de commander, d'tre obie, de faire des lois, ou n'importe quelle autre action. Car sans autorit d'une assemble lgitime, quel que soit l'acte fait quand des gens se rassemblent 2, c'est un acte particulier de chacun de ceux qui taient prsents et qui y ont prt leur concours, et non l'acte de tous globalement 3, en tant que corps unique, encore moins l'acte de ceux qui taient absents, ou qui, tant prsents, ne voulaient pas de cet acte. Conformment ce sens, je dfinis une EGLISE une assemble d'hommes professant la religion chrtienne, unis en la personne d'un souverain unique, sur l'ordre duquel ils doivent s'assembler, et sans l'autorit duquel ils ne doivent pas s'assembler. Et puisque, dans toutes les Rpubliques, une assemble sans autorisation du souverain civil est illgale, une Eglise qui, aussi, est assemble dans une Rpublique qui le lui a interdit est une assemble illgale. Il s'ensuit aussi qu'il n'existe pas sur terre une Eglise universelle 4 laquelle tous les Chrtiens soient tenus d'obir, parce qu'il n'y a sur terre aucun pouvoir auquel toutes les autres Rpubliques soient assujetties. Il y a des Chrtiens dans les empires des diffrents princes et Etats, mais chacun d'entre eux est assujetti la Rpublique dont il est lui-mme un membre, et par consquent, il ne peut tre assujetti aux commandements de quelque autre personne. Et donc, une Eglise, telle qu'une Eglise capable de commander, de juger, d'absoudre, de condamner, ou de faire quelque autre action, est la mme chose qu'une Rpublique civile constitue de Chrtiens, et elle est appele un tat civil, pour cette raison que ses sujets sont des hommes, et une Eglise, pour cette raison que ses sujets sont chrtiens. Gouvernement temporel, gouvernement spirituel 5, ce ne sont que deux expressions introduites dans le monde pour faire que les hommes voient double et se trompent sur leur souverain lgitime. Il est vrai que les corps des fidles, aprs la rsurrection, seront non seulement spirituels 6, mais ternels, mais, dans cette vie, ils sont grossiers et corruptibles. Il n'y a donc pas en cette vie d'autre gouvernement, que ce soit de l'Etat ou de la religion, que le gouvernement temporel, et il n'existe pas de doctrine lgale qui puisse tre enseigne aux sujets si le chef, aussi bien de l'Etat que de la religion, a interdit cet enseignement. Et ce chef doit tre unique; autrement, il s'ensuivra ncessairement des factions et la guerre civile dans la Rpublique entre l'Eglise et l'Etat, entre les spiritualistes et les temporalistes, entre l'pe de justice et le bouclier de la foi 7, et, ce qui est pire, dans le coeur de homme chrtien, entre le Chrtien et l'homme. Les docteurs de l'Eglise sont appels pasteurs, et les souverains civils aussi, mais si les pasteurs ne sont pas subordonns l'un l'autre, de sorte qu'il puisse n'y avoir qu'un seul pasteur suprme 8, on enseignera aux hommes des doctrines contraires, qui peuvent tre fausses toutes les deux, et dont l'une, [au moins], doit tre fausse. Qui est cet unique pasteur suprme selon la loi de nature 9, je l'ai dj montr, savoir le
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"one person". F. Tricaud traduit "comme une personne une". (NdT) "in a concourse of people". Le mot "concourse" suggre l'ide de multitude, d'individus particuliers sans lien. (NdT) "in gross". F. Tricaud traduit "collectivement". (NdT) "universal Church". (NdT) "Temporal and spiritual government". (NdT) [Link], XV, 44. (NdT) "between the sword of justice and the shield of faith". (NdT) "one chief pastor". (NdT) "according to the law of nature". (NdT)

souverain civil. A qui lcriture a-t-elle assign cette fonction, nous le verrons dans les chapitres suivants.

Troisime partie : De la Rpublique chrtienne

Chapitre XL
Des droits du royaume de Dieu chez Abraham, Mose, les grands prtres, et les rois de Juda

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Le pre des fidles, le premier dans le royaume de Dieu par convention 1, fut Abraham, car c'est avec lui que la convention fut faite la premire fois; convention par laquelle il s'obligeait, et obligeait sa descendance aprs lui, reconnatre les commandements de Dieu et leur obir : non seulement ceux (comme les lois morales) dont il pouvait prendre connaissance par la lumire naturelle 2, mais aussi ceux que Dieu lui transmettrait d'une manire spciale, par des rves et des visions. En effet, pour les lois morales, les Juifs y taient dj obligs, et il n'tait pas ncessaire qu'elles fussent aussi l'objet d'un contrat, avec pour promesse le pays de Canaan. Il n'y avait aucun contrat qui pt s'ajouter l'obligation, ou renforcer l'obligation par laquelle aussi bien les Juifs que tous les hommes taient tenus naturellement d'obir Dieu tout-puissant. Et c'est pourquoi la convention qu'Abraham fit avec Dieu tait de prendre pour commandement de Dieu ce qui lui serait command au nom de Dieu, dans un rve ou une vision, et de transmettre ces commandements sa famille, et de faire qu'elle les observe.

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"first in the kingdom of God by covenant". La traduction de F. Tricaud ("par droit de pacte") n'est pas justifie. (NdT) "by the light of nature". (NdT)

Dans ce contrat de Dieu avec Abraham, nous pouvons observer trois points d'une consquence importante dans le gouvernement du peuple de Dieu. D'abord, lors de la conclusion de cette convention, Dieu parla seulement Abraham, et donc, il ne contracta pas avec un membre de sa famille ou de sa descendance autrement qu'en tant que leurs volonts (qui font l'essence de toutes les conventions 1) taient comprises dans la volont d'Abraham avant le contrat 2, lequel Abraham tait donc suppos avoir eu le pouvoir lgitime de faire excuter tout ce que la convention passe par lui demanderait. C'est en ce sens que Dieu dit, en Gense XVIII, 18-19 : Toutes les nations de la terre seront bnies en lui, car je sais qu'il commandera ses enfants et sa maison aprs lui, et ils garderont la voie du Seigneur 3. De l, nous pouvons conclure ce premier point : ceux qui Dieu n'a pas parl immdiatement doivent recevoir les commandements positifs de Dieu 4 de leur souverain, comme la famille et la descendance d'Abraham les reurent d'Abraham, leur pre, seigneur, et souverain civil. Par consquent, dans toute Rpublique, ceux qui n'ont pas de rvlation surnaturelle d'un commandement contraire doivent obir aux lois de leur propre souverain pour les actes extrieurs et les professions de foi extrieures. Quant la pense et la croyance intrieures des hommes, dont les gouvernants humains ne peuvent pas prendre connaissance (car Dieu seul connat le coeur), elles ne sont pas volontaires, ni ne sont l'effet des lois, mais elles sont l'effet de la volont non rvle et du pouvoir de Dieu, et par consquent elles ne tombent pas sous [le coup de] l'obligation 5. De l procde un autre point : quand l'un de ses sujets, pour accrditer une doctrine qu'Abraham avait interdite, prtendait avoir, pour lui seul, une vision, un esprit, ou autre rvlation divine 6, ou quand certains suivaient un tel homme, ou s'attachaient lui, il n'tait pas illgitime de la part d'Abraham de les punir; et en consquence, il est lgitime, de nos jours, pour un souverain, de punir tout homme qui oppose son esprit priv 7 aux lois, car ce souverain a dans la Rpublique la mme place que celle d'Abraham dans sa propre famille. De l procde aussi un troisime point : nul, sinon Abraham dans sa famille, et de mme, nul, sinon le souverain dans une Rpublique chrtienne, ne peut prendre connaissance de ce qu'est et de ce que n'est pas la parole de Dieu, car Dieu parla seulement Abraham, et ce dernier tait seul capable de savoir ce que Dieu disait, et de l'interprter pour sa famille. Et donc aussi, ceux qui ont la place d'Abraham dans la Rpublique sont les seuls interprtes de ce que Dieu a dit. La mme convention fut renouvele avec Isaac, et aprs avec Jacob, et plus ensuite, jusqu' ce que les Isralites fussent librs des Egyptiens et arrivs au pied du
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"which make the essence of all covenants". (NdT) "contract". (NdT) Conforme la King James version : "All the nations of the earth shall be blessed in him, for I know him that he will command his children and his household after him, and they shall keep the way of the Lord." (NdT) "the positive commandments". On peut penser que le mot "positive" renvoie au caractre conventionnel du commandement, qui n'est pas dcouvert par la raison naturelle. (NdT) "As for the inward thought and belief of men, which human governors can take no notice of (for God only knoweth the heart), they are not voluntary, nor the effect of the laws, but of the unrevealed will and of the power of God, and consequently fall not under obligation." (NdT) "when any of his subjects should pretend private vision or spirit, or other revelation from God." (NdT) "private spirit". (NdT)

mont Sina; et alors il fut renouvel par Mose (comme je l'ai dj dit au chapitre XXXV), de manire ce que les Isralites devinssent partir de ce moment le peuple particulier de Dieu, dont le lieutenant tait Mose, son poque, et la succession cette fonction furent choisis Araron, et ses hritiers aprs lui, pour qu'Isral ft jamais pour Dieu un royaume sacerdotal 1. Par cette constitution, un royaume est acquis Dieu. Mais tant donn que Mose n'avait pas d'autorit pour gouverner les Isralites en tant que successeur du droit d'Abraham, parce qu'il ne pouvait le revendiquer par hritage, il n'apparat pas, jusqu'ici, que les Juifs aient t obligs de le considrer comme le lieutenant de Dieu plus longtemps qu'ils ne croyaient que Dieu lui parlait. Par consquent, son autorit, malgr la convention qu'ils avaient passe avec Dieu, jusqu'ici, dpendait simplement de l'opinion qu'ils avaient de sa saintet, de la ralit de ses entretiens avec Dieu, et de la vrit de ses miracles; et si cette opinion venait changer, ils n'taient plus obligs de prendre pour loi de Dieu ce qu'il leur proposait au nom de Dieu. Nous devons donc envisager quel autre fondement 2 avait leur obligation de lui obir. En effet, ce ne pouvait pas tre le commandement de Dieu qui les obligeait, puisque Dieu ne leur parlait pas immdiatement, mais par la mdiation de Mose lui-mme; et notre Sauveur dit de lui-mme 3 : si je porte tmoignage de moi-mme, mon tmoignage n'est pas vrai 4; beaucoup moins [encore] si Mose porte tmoignage de lui-mme, surtout pour revendiquer un pouvoir royal sur le peuple de Dieu, son tmoignage doitil tre reu. Son autorit, donc, comme l'autorit de tous les autres princes, doit tre fond sur le consentement du peuple et sur la promesse de ce peuple de lui obir. Et il en tait ainsi, car le peuple (Exode, XX, 18), quand il vit le tonnerre et les clairs, et le son de la trompette, et la montagne fumante, s'carta 5 et se tint loign. Et ils dirent Mose : parle avec nous, et nous t'couterons, mais que Dieu ne parle pas avec nous, de peur que nous ne mourions 6. C'tait l leur promesse d'obissance, et ce fut par cette promesse qu'ils s'obligrent obir tout ce qu'il leur transmettrait comme commandement de Dieu. Et quoique la convention constitue un royaume sacerdotal, c'est--dire un royaume hrditaire pour Aaron, il faut l'entendre cependant de la succession aprs la mort de Mose. Car quiconque organise et tablit la politique 7, comme premier fondateur d'une Rpublique, qu'elle soit une monarchie, une aristocratie, ou une dmocratie, doit ncessairement avoir le pouvoir souverain sur le peuple pendant le temps de son action. Que Mose ait eu ce pouvoir pendant sa vie est affirm avec vidence dans l'Ecriture. D'abord, dans le texte prcdemment cit, puisque le peuple

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"to be to God a sacerdotal kingdom forever". (NdT) "ground". (NdT) Jean, V, 31 (Note de Hobbes). "If I bear witness of myself, my witness is not true" : conforme la King James version. (NdT) La vulgate et la Septante parlent de frayeur, ce dont tient compte la version Douay/Rheims, mais pas la King James version. On notera une assez grande divergence de traduction de ce passage dans les diffrentes versions postrieures, due en partie l'interprtation de "concussi", interprt par certaines versions comme un tremblement, interprt par d'autres comme un dplacement. (NdT) Conforme la King James version : "the people when they saw the thunderings, and the lightnings, and the noise of the trumpet, and the mountain smoking, removed and stood afar off. And they said unto Moses, Speak thou with us, and we will hear, but let not God speak with us lest we die". (NdT) "For whosoever ordereth and establisheth the policy". (NdT)

promit obissance, non Aaron 1, mais Mose. Deuximement, on lit en Exode, XXIV, 1-2 : Et Dieu dit Mose : montez jusqu'au Seigneur, toi et Aaron, Nadab et Abihu, et soixante-dix parmi les anciens d'Isral 2. Et Mose seul viendra prs du Seigneur, mais ils n'approcheront pas, et le peuple non plus ne montera pas avec lui 3 4. Par l, il est clair que Mose, qui fut seul appel vers Dieu (et ni Aaron, ni les autres prtres, ni les soixante-dix anciens, ni le peuple, qui il tait interdit de monter), tait le seul qui reprsentait devant les Isralites la personne de Dieu, c'est--dire, qu'il tait leur seul souverain au-dessous de Dieu 5. Et quoiqu'il soit ensuite dit, au verset 9 : ils montrent, Mose et Aaron, Nadab et Abihu, et soixante-dix parmi les anciens d'Isral, et ils virent le Dieu d'Isral, et sous ses pieds, c'tait comme si c'tait un ouvrage 6 pav de saphir, etc. 7, cependant, cela n'eut pas lieu avant que Mose et t avec Dieu et et rapport au peuple les paroles qu'il lui avait dites. Lui seul allait l pour les affaires de son peuple; les autres, comme les nobles de sa suite, taient admis pour l'honneur 8 cette grce spciale qui n'tait pas accorde au peuple, cette grce, comme il apparat au verset suivant, tant de voir Dieu et de vivre : Dieu ne porta pas la main sur eux, et ils mangrent et burent (c'est--dire vcurent), mais ils ne portrent aucun commandement venant de lui au peuple. De mme, il est dit partout Le seigneur parla Mose, comme dans d'autres circonstances en rapport avec le gouvernement,, et aussi dans l'organisation des crmonies religieuses contenues dans les chapitres XXV, XXVI, XXVII, XXVIII, XXIX, XXX, et XXXI de l'Exode, et tout au long du Lvitique; Aaron, rarement. Le veau que fit Aaron 9, Mose le jeta dans le feu 10. Finalement, la question de l'autorit d'Aaron, l'occasion de sa rvolte avec Marie contre Mose, fut (Nombres, XII) juge par Dieu lui-mme en faveur de Mose. De mme aussi, pour la question de savoir qui, de Mose ou du peuple, avait le droit de gouverner le peuple, quand Cor, Dathan et Abiron, et deux cent cinquante princes de l'assemble s'attrouprent (Nombres, XVI, 3) contre Mose et contre Aaron et dirent : vous vous permettez trop de choses 11, car toute l'assemble 12 est sainte, chacun d'eux, et le Seigneur est parmi eux. Pourquoi vous levez-vous au-dessus de

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Aaron devient bizarrement Adam chez G. Mairet! (NdT) Hobbes ne tient pas compte de "and worship ye afar off", prsent dans la King James version, conformment la vulgate ("et adorabitis procul" : "et vous adorerez de loin"). (NdT) "with him". Erreur chez F. Tricaud qui traduit "avec eux". (NdT) Conforme la King James version, sauf pour le passage dj signal : "And God said unto Moses, Come up unto the Lord, thou and Aaron, Nadab and Abihu, and seventy of the elders of Israel. And Moses alone shall come near the Lord, but they shall not come nigh, neither shall the people go up with him." (NdT) "their sole sovereign under God". (NdT) Le mot "work" de la King James version traduit le mot "opus" de la Vulgate et le mot "ergon" de la septante. F. Tricaud n'en tient pas compte. (NdT) Conforme la king James version : "Then went up Moses and Aaron, Nadab and Abihu, and seventy of the elders of Israel, and they saw the God of Israel, and there was under His feet as it were a paved work of sapphire stone". le "etc." est dans la King James version "and as it were the body of heaven in his clearness". (NdT) "for honour". (NdT) Exode, XXXII, 4. (NdT) Exode, XXXII, 20. (NdT) "ye take too much upon you", formule reprise plus tard par la Webster. La Vulgate et la Septante se contentent de "assez de vous" (ce qui est gnralement adopt par les bibles anglaises). Luther dit "vous en faites trop". (NdT) C'est le sens du mot "synagogue", qui est utilis dans la Septante. (NdT)

l'assemble du Seigneur? 1 Dieu fit que la terre engloutit vivants Cor, Dathan et Abiron, avec leurs femmes et enfants 2, et il consuma ces deux cent cinquante princes par le feu. Ce n'est donc ni Aaron, ni le peuple, ni l'aristocratie des principaux princes du peuple, mais Mose seul qui avait juste au-dessous de Dieu la souverainet sur les Isralites, et cela, non seulement pour les questions de politique civile, mais aussi pour les questions religieuses. En effet; Mose seul parlait Dieu, et c'est pourquoi lui seul pouvait dire au peuple ce que Dieu exigeait des Isralites. Nul homme, sous peine de mort, ne pouvait pousser la prsomption jusqu' s'approcher de la montagne o Dieu parlait avec Mose : Tu tabliras des bornes, dit le Seigneur en Exode, XIX, 12, pour le peuple tout autour, et tu diras : prenez garde ne pas monter sur la montagne, ne pas en toucher le bord; quiconque touchera la montagne sera de faon certaine mis mort 3 4. De mme, au verset 21 : Descends, et tmoigne 5 devant le peuple, de peur qu'il ne passe les limites, pour aller voir le Seigneur 6. De cela, nous pouvons conclure que quiconque, dans une Rpublique Chrtienne, tient la place de Mose, est le seul messager de Dieu et le seul interprte de ses commandements. En accord avec cela, nul ne doit, dans l'interprtation de l'Ecriture, dpasser les limites 7 tablies par son souverain, car les Ecritures, puisque Dieu, dsormais, parle par elles, sont le Mont Sina, et ses limites sont les lois de ceux qui reprsentent la personne de Dieu sur terre. Les regarder, y apercevoir les oeuvres merveilleuses de Dieu, et apprendre le craindre, cela est permis; mais les interprter, c'est--dire fouiller dans 8 ce que Dieu a dit celui qu'il a dsign pour gouverner au-dessous de lui, se faire juge de dcider s'il gouverne ou non comme Dieu le lui a ordonn, c'est transgresser les limites que Dieu a tablies pour nous, et le regarder sans respect. Il n'y avait pas de prophte du temps de Mose, ni de prtendant l'esprit de Dieu 9, sinon ceux que Mose avait approuvs et autoriss. En effet, de son temps, il n'y eut que soixante-dix hommes qui sont dits prophtiser par l'esprit de Dieu, et ils furent tous choisis par Mose. Concernant ces hommes, Dieu dit Mose, en Nombres, XI, 16 : Rassemble-moi soixante-dix des anciens d'Isral, que tu sais tre les anciens du peuple 10. C'est eux que Dieu communiqua son esprit, mais ce n'tait
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"gathered themselves together against Moses, and against Aaron, and said unto them, ye take too much upon you, seeing all the congregation are holy, every one of them, and the Lord is amongst them, why lift you up yourselves above the congregation of the Lord?" Conforme la King James version. (NdT) Nombres, XVI, 30-32. (NdT) Conforme la King James version : "And thou shalt set bounds unto the people round about, saying, Take heed to yourselves, that ye go not up into the mount, or touch the border of it: whosoever toucheth the mount shall be surely put to death." (NdT) On notera le "morte morietur" de la Vulgate ("omnis qui tetigerit montem morte morietur") (NdT) Le vocabulaire utilis dans la Vulgate ("contestare") et dans la Septante ("diamartura") est de nature judiciaire, ce dont rend compte la King James version en utilisant le verbe "to charge". Les versions franaises se contentent habituellement des verbes avertir, enjoindre, dfendre, etc. (NdT) Conforme la King James version, mais le verset complet est : "And the LORD said unto Moses, Go down, charge the people, lest they break through unto the LORD to gaze, and many of them perish." (NdT) "bounds". (NdT) "to pry into". (NdT) "nor pretender to the spirit of God". F. Tricaud traduit : "ou d'homme qui se prtendt inspir de Dieu". (NdT) Et ses magistrats ("ac magistri"), dit la Vulgate. La King James version n'y fait pas rfrence. Le mot grec de la Septante ("grammateis") dsigne des fonctionnaires chargs d'crire, des greffiers, mais aussi des hommes politiques de haut rang chez les Juifs. Il ne semble pas s'agir des scribes

pas un esprit diffrent de celui de Mose, car il est dit, au verset 25 : Dieu descendit dans une nue, et prit de l'esprit qui tait sur Mose, et le donna aux soixante-dix anciens 1. Mais, comme je l'ai montr prcdemment au chapitre XXXVI, par esprit (spirit), on entend tat d'esprit (mind) 2, de sorte que le sens de ce passage n'est autre que celui-ci : Dieu les dota d'un tat d'esprit conforme et subordonn celui de Mose, pour qu'ils pussent prophtiser, c'est--dire parler au peuple au nom de Dieu de manire avancer (en tant que ministres de Mose, et par son autorit) une doctrine s'accordant avec celle de Mose. Car ils n'taient que des ministres, et quand deux d'entre eux prophtisrent dans le camp, on pensa que c'tait une chose nouvelle et illgale; et comme il est dit aux versets 27 et 28 du mme chapitre, on les accusa de cela, et Josu conseilla Mose de leur interdire de prophtiser, ne sachant pas que c'tait par l'esprit de Mose qu'ils prophtisaient. Par cela, il est manifeste qu'aucun sujet ne doit prtendre prophtiser, ou avoir l'esprit, en s'opposant la doctrine tablie par celui que Dieu a tabli la place de Mose. Aaron tant mort, et aprs lui Mose aussi, le royaume, tant un royaume sacerdotal, revint en vertu de la convention au fils d'Aaron, Elazar le grand prtre; et Dieu le dclara souverain juste au-dessous de lui, en mme temps qu'il nommait Josu gnral de l'arme. En effet, Dieu dit expressment de Josu, en Nombres, XXVII, 21 3 : Il se tiendra devant Elazar le prtre, qui demandera conseil 4 pour lui devant le Seigneur. A sa parole, ils sortiront, et sa parole ils entreront, lui, et tous les enfants d'Isral avec lui 5. Le pouvoir suprme de faire la guerre et la paix appartenait donc au prtre. Le pouvoir judiciaire suprme appartenait aussi au grand prtre, car il avait la garde du livre de la loi, et les prtres et les Lvites taient seulement des juges subordonns dans les procs civils, comme il apparat en Deutronome, XVII, 8-10 6. Pour ce qui est de la manire de rendre le culte Dieu, personne ne mit jamais en doute, jusqu' l'poque de Sal, que cela relevait de l'autorit suprme du grand prtre. Donc, les pouvoirs civil et ecclsiastique taient tous les deux runis en une seule et mme personne, le grand prtre, et il doit en tre ainsi pour quiconque gouverne par droit divin 7, c'est--dire par autorit immdiate de Dieu.

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dont parle le Nouveau Testament (mme si Stephanus utilise le mme mot grec que la Septante). (NdT) "God came down in a cloud, and took of the spirit that was upon Moses, and gave it to the seventy elders". Conforme la King James version, sinon pour le passage ignor par hobbes : "and spake unto him". (NdT) F. Tricaud traduit : dispositions mentales. (NdT) Erreur de rfrence de F. Tricaud, qui donne XXXVII, 31. (NdT) La vulgate utilise le verbe "consulo", ici consulter. (NdT) "He shall stand before Eleazar the priest, who shall ask counsel for him before the Lord; at his word shall they go out, and at his word they shall come in, both he, and all the children of Israel with him." Hobbes ne cite pas tout le verset, qui est, dans la King James version : "And he shall stand before Eleazar the priest, who shall ask counsel for him after the judgment of Urim before the LORD: at his word shall they go out, and at his word they shall come in, both he, and all the children of Israel with him, even all the congregation." (NdT) "Lorsqu'une affaire sera pour toi trop difficile juger, entre sang et sang, entre cause et cause, et entre coup et coup, -des cas de dispute dans tes portes, alors tu te lveras, et tu monteras au lieu que l'ternel, ton Dieu, aura choisi; et tu viendras vers les sacrificateurs, les Lvites, et vers le juge qu'il y aura en ces jours-l, et tu rechercheras, et ils te dclareront la sentence du jugement. Et tu agiras conformment la sentence qu'ils t'auront dclare, de ce lieu que l'ternel aura choisi, et tu prendras garde faire selon tout ce qu'ils t'auront enseign." (Darby) (NdT) "in whosoever governeth by divine right". (NdT)

Pour dsigner la priode qui va de la mort de Josu jusqu' l'poque de Sal, il est dit frquemment dans le livre des Juges qu'en ces jours, il n'y avait pas de roi en Isral 1; et parfois 2 avec cet ajout : tout homme faisait ce qui tait juste ses propres yeux 3. Par ces formules, il faut entendre il n'y avait pas de roi comme ayant le sens de il n'y avait pas de pouvoir souverain en Isral. Et il en tait ainsi, si nous considrons l'exercice 4 de ce pouvoir. En effet, aprs la mort de Josu et d'Elazar, se leva une autre gnration qui ne connaissait pas le Seigneur, ni les oeuvres qu'il avait faites pour Isral, et qui fit le mal la vue du Seigneur et servit les Baals (Juges, II, 10 5). Et les juifs avaient cette caractristique, que note saint Paul, d'attendre un signe 6, non seulement avant de se soumettre au gouvernement de Mose, mais aussi aprs s'tre obligs cette soumission; alors que les signes et les miracles ont pour fin de procurer la foi, non de garder les hommes de la violer quand ils l'ont donne 7, car cela, les hommes sont obligs par la loi de nature 8. Mais si nous considrons non l'exercice du gouvernement, mais le droit de gouverner 9, le pouvoir souverain tait encore entre les mains du grand prtre. Donc, quelle que ft l'obissance donne des juges (qui taient des hommes choisis d'une faon extraordinaire par Dieu pour sauver ses sujets rebelles des mains de l'ennemi), on ne peut en tirer argument contre le droit que le grand prtre avait au pouvoir souverain dans toutes les questions de politique et de religion. Ni les juges, ni Samuel n'avaient une vocation ordinaire au gouvernement, leur vocation au gouvernement tait extraordinaire, et si les Isralites leur obissaient, ce n'tait pas par devoir, mais par respect pour leur grce auprs de Dieu, qui apparaissait dans leur sagesse, leur courage, et leur flicit. Jusqu'alors, donc, le droit de rgler les questions politiques et celui de rgler les questions religieux taient insparables 10. Aux juges succdrent les rois, et de mme qu'auparavant toute autorit, aussi bien religieuse que politique, tait aux mains du grand prtre, elle fut dsormais entre les mains du roi. En effet, la souverainet sur le peuple, qui tait auparavant, non seulement en vertu du pouvoir divin, mais aussi par un pacte particulier des Isralites, en Dieu 11, et juste au-dessous de lui, entre les mains du grand prtre, son vicaire sur terre, fut rejete par le peuple, avec le consentement de Dieu lui-mme 12. Car, quand ils dirent Samuel, en [Link], VIII, 5 : fais-nous un roi pour nous juger, comme toutes les nations, ils signifirent qu'ils ne voulaient plus tre gouverns par des
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En juges, la formule apparait quatre fois : XVII, 6; XVIII, 1; XIX, 1 et XXI, 25. (NdT) Exactement, deux fois : XVII, 6 et XXI, 25. (NdT) Hobbes cite le verset 6 du chapitre XVII (qu'on retrouve au verset 25 du chapitre XXI). La king James version donne : "In those days there was no king in Israel, but every man did that which was right in his own eyes." (NdT) Hobbes emploie les mots "act" et "exercice" qui sont ici synonymes : "if we consider the act and exercise of such power". (NdT) Et II, 11. (NdT) "there arose another generation that knew not the Lord, nor the works which He had done for Israel, but did evil in the sight of the Lord and served Baalim." Conforme la King James version. (NdT) [Link], I, 22 : "For the Jews require a sign." (King James version). (NdT) F. Tricaud a tout a fait raison de dire que Hobbes joue ici sur le double sens du mot "faith" : la foi, mais aussi la confiance, la parole. (NdT) Voir chapitre XV. (NdT) "but the right of governing". (NdT) "Hitherto therefore the right of regulating both the policy and the religion were inseparable". (NdT) "but also by a particular pact of the Israelites in God". (NdT) [Link], VIII, 7. (NdT)

commandements qui leur seraient appliqus par le prtre, au nom de Dieu, mais par ceux qui le seraient par quelqu'un qui les commanderait de la mme manire dont les autres nations taient commandes; et par consquent, en dposant le grand prtre de l'autorit royale, ils dposrent ce gouvernement particulier de Dieu. Cependant, Dieu y consentit, disant Samuel (verset 7) : Ecoute la voix du peuple, en tout ce qu'ils te diront, car ils ne t'ont pas rejet, c'est moi qu'ils ont rejet, pour que je ne rgne plus sur eux 1. Donc, comme ils avaient rejet Dieu, par le droit duquel les prtres gouvernaient, il n'y avait plus d'autorit laisse aux prtres, sinon celle qu'il plaisait aux rois de leur accorder, autorit plus ou moins importante selon que les rois taient bons ou mchants. Quant au gouvernement des affaires civiles, il est manifeste qu'il tait entirement aux mains du roi, car, dans le mme chapitre, au verset 20, ils disent qu'ils seront comme toutes les nations, que leur roi sera leur juge 2; c'est--dire qu'il aura la pleine autorit 3, aussi bien en temps de paix qu'en temps de guerre. Dans cette autorit est contenue aussi l'organisation de la religion, car il n'y avait pas d'autres paroles de Dieu, cette poque, pour rgler les choses religieuses, que la loi de Mose, qui tait leur loi civile. D'ailleurs, nous lisons, en [Link], II, 27, que Salomon chassa Abiathar de la prtrise [dont il avait la charge] devant le Seigneur 4 5 : il avait donc autorit sur le grand prtre, comme sur tout autre sujet, ce qui est une grande marque de suprmatie en religion. De mme, nous lisons aussi, en [Link], VIII, qu'il ddicaa le temple, qu'il bnit le peuple, et que lui-mme en personne fit cette excellente prire utilise dans les conscrations d'glises et d'autres maisons de prire 6, ce qui est une autre grande marque de suprmatie religieuse. Encore, nous lisons en [Link], XXII que, quand il fut question du livre de la loi dcouvert dans le temple, la chose ne fut pas dcide par le grand prtre, mais Josias l'envoya avec d'autres se renseigner au sujet du livre auprs de la prophtesse Holda 7, ce qui est une autre marque de suprmatie religieuse. Enfin, nous lisons, en 1. Chroniques, XXVI, 30, que David fit de Hasabias et de ses frres, Hbronites des fonctionnaires d'Isral parmi ceux de l'ouest 8, pour toutes les affaires du Seigneur, et pour le service du roi 9. De mme, au verset 32, qu'il fit d'autres Hbronites des chefs des Rubnites, des Gadites, et de la demi-tribu de Manass ( c'taient ceux d'Isral qui habitaient au-del du Jourdain) pour toute question en rapport avec Dieu et les affaires du roi 10. N'est-ce pas un plein pouvoir 11, aussi bien temporel que spirituel, comme l'appellent ceux qui voudraient le diviser? Pour conclure, de la premire institution du royaume de Dieu la captivit, la suprmatie religieuse tait dans les mains de celui qui avait la
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"Hearken unto the voice of the people, in all that they shall say unto thee; for they have not rejected thee; but they have rejected me, that I should not reign over them." Conforme la King James version. (NdT) La king James version donne : "That we also may be like all the nations; and that our king may judge us, and go out before us, and fight our battles." Hobbes dit "go before" au lieu de "go out". La vulgate donne "sortira devant nous" ("et egredietur ante nos"). (NdT) "the whole authority". (NdT) "sacerdos Domini", dit simplement la Vulgate. (NdT) "thrust out Abiathar from being priest before the Lord". "unto the Lord", dit la King James version. (NdT) Cette prire va de VIII, 15 VIII, 53. (NdT) XXII, 14. (NdT) "au-del du Jourdain, vers l'ouest", dit la Vulgate. "in all business of the Lord, and in the service of the king". Conforme la King James version. (NdT) "rulers over the Reubenites, the Gadites, and the half tribe of Manasseh (...) for every matter pertaining to God, and affairs of the king". Conforme la King James version. (NdT) "full power". (NdT)

souverainet civile, et, aprs l'lection de Sal, la fonction de prtre n'tait pas magistrale, mais ministrielle 1 Bien que le gouvernement politique et le gouvernement religieux fussent runis, d'abord chez les grands prtres, et ensuite chez les rois, pour autant que cela concerne le droit 2, il apparat cependant par la mme histoire sainte que le peuple ne comprit pas cela, car beaucoup parmi eux, et probablement la plus grande partie, quand ils ne voyaient plus chez leurs gouvernants de grands miracles, ou, ce qui quivaut un miracle, de grandes capacits, ou un grand succs dans les entreprises, ne donnaient plus un crdit suffisant soit la renomme de Mose, soit aux entretiens entre Dieu et les prtres, et aussi souvent que leurs gouvernants leur dplaisaient, ils profitaient de l'occasion, blmant tantt la politique, tantt la religion, pour changer de gouvernement ou pour se rvolter [et se librer] de leur obissance, selon leur bon plaisir; et de l venaient, assez rgulirement, des troubles civils, des divisions, et les malheurs de la nation. Par exemple, aprs la mort d'Elazar et de Josu, les Juifs de la nouvelle gnration, qui n'avaient pas vu les merveilles ralises par Dieu, et qui taient rduits leur faible raison personnelle 3, ne se sachant pas obligs par la convention d'un royaume sacerdotal, ne respectaient plus le commandement du prtre, ni la loi de Mose, mais chacun faisait ce qui tait juste ses propres yeux 4, et, pour les affaires civiles, ils obissaient, certaines priodes, ceux qu'ils jugeaient capables de les dlivrer des nations voisines qui les opprimaient. Ils ne consultaient plus Dieu, comme ils auraient d le faire, mais des hommes ou des femmes qu'ils supposaient prophtes cause de leurs prdictions des choses venir, et mme s'ils avaient une idole dans leur chapelle, si cependant ils avaient un lvite comme aumnier, ils considraient qu'ils rendaient un culte au Dieu d'Isral 5. Et ensuite, quand ils rclamrent un roi la manire des nations, ce n'tait pourtant pas avec le dessin de s'carter du culte de Dieu, leur roi, mais dsesprant de la justice des fils de Samuel, ils voulurent avoir un roi pour les juger dans les actions civiles 6, mais ce n'tait pas pour permettre leur roi de changer la religion qu'ils pensaient leur avoir t recommande par Mose. De sorte qu'ils gardaient toujours un prtexte en rserve, concernant soit la justice, soit la religion, pour s'affranchir de leur obissance, toutes les fois qu'ils avaient l'espoir de l'emporter. Le peuple dplut Samuel car il dsirait un roi (car Dieu tait dj leur roi, et Samuel n'avait qu'une autorit sous Dieu), et pourtant 7, Samuel, quand Sal ne suivit pas le conseil 8 de tuer Agag, comme Dieu l'avait ordonn 9, oignit un autre roi, savoir David 10, pour prendre la succession aux hritiers de Sal. Roboam n'tait pas un idoltre, mais quand le peuple jugea qu'il tait un oppresseur, ce prtexte civil lui enleva dix tribus qui revinrent Jroboam, un idoltre 11. Et de faon gnrale, tout au long de
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"and the priest's office, after the election of Saul, was not magisterial, but ministerial". (NdT) "so far forth as concerned the right". (NdT) "but were left to their own weak reason". (NdT) Juges, XVII, 6 et XXI, 25. (NdT) G. Mairet, mettant sur le mme plan l'idole et le lvite, ne semble pas comprendre la fin de ce paragraphe en traduisant : "Et, mme s'ils avaient une idole dans leur chapelle, et si leur chapelain tait un Lvite, ils pensaient rendre un culte au Dieu d'Isral". (NdT) "civil actions". (NdT) Ce "yet" n'est pas trs comprhensible ici. (NdT) [Link], XV, 9. (NdT) 1. Samuel, XV, 3. (NdT) [Link], XVI, 13. (NdT) 1. Rois, XII. (NdT)

l'histoire des rois, aussi bien de Juda que d'Isral, il y eut des prophtes qui censurrent les rois pour des transgressions religieuses, et parfois aussi pour des erreurs de gouvernement, comme Josaphat qui fut rprimand par le prophte Jhu pour avoir aid le roi d'Isral contre les Syriens 1, et Ezchias par Esae, pour avoir montr ses trsors aux ambassadeurs de Babylone 2. Par tout cela, il apparat que, quoique le pouvoir, aussi bien d'Etat que religieux, appartnt aux rois, nul d'entre eux, cependant, ne resta sans tre censur dans l'usage qui en tait fait, sinon ceux qui gagnaient les faveurs grce leurs capacits naturelles et leurs succs. De sorte que, de la pratique de ces temps, on ne peut tirer aucun argument pour prouver que le droit de suprmatie religieuse n'appartenait pas aux rois, moins de donner ce droit aux prophtes, et de conclure que, puisqu'Ezchias, priant le Seigneur devant les Chrubins, n'en reut pas de rponse cet endroit et ce moment 3, mais en reut une plus tard par le prophte Esae 4, Esae tait donc le chef suprme de l'Eglise, ou, puisque Josias consulta la prophtesse Holda sur le livre de la loi 5, de conclure que ce n'tait pas lui, ni le grand prtre, mais la prophtesse Holda, qui dtenait l'autorit suprme en matire de religion, ce qui n'est, je pense, l'opinion d'aucun docteur. Durant la captivit, les Juifs n'avaient pas du tout de Rpublique; et aprs leur retour, quoiqu'ils aient renouvel leur convention avec Dieu, il n'y eut de promesse d'obissance ni Esdras, ni quelqu'un d'autre, et juste aprs, ils devinrent sujets des Grecs, dont les coutumes et la dmonologie, et dont la doctrine des cabalistes corrompirent beaucoup leur religion, de telle sorte qu'on ne peut rien recueillir de cette confusion, aussi bien politique que religieuse, sur la suprmatie dans ces deux domaines. Par consquent, du moins pour ce qui concerne l'Ancien Testament, nous pouvons conclure que quiconque dtenait la souverainet de la Rpublique parmi les Juifs dtenait aussi la suprme autorit en matire de culte divin extrieur, et reprsentait la personne de Dieu, c'est--dire la personne de Dieu le Pre, quoiqu'il ne fut pas appel du nom de Pre tant que Jsus-Christ son fils ne fut pas envoy sur terre pour racheter les hommes de leurs pchs, et pour les conduire dans son royaume ternel pour tre sauvs jamais. Nous allons en parler dans le chapitre suivant.

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2. Chroniques, XIX, 1-3. (NdT) Esae, XXXIX, 3-7, et [Link], XX, 14-18. (NdT) [Link], XIX, 15, et Esae, XXXVII, 15. (NdT) 2. Rois, XIX, 20, et Esae, XXXVII, 21. (NdT) [Link]; XXII, 14. (NdT)

Troisime partie : De la Rpublique chrtienne

Chapitre XLI
De la fonction de notre Sauveur bni.

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Nous voyons dans lcriture sainte que la fonction du Messie est triple 1 : il a d'abord la fonction d'un rdempteur, d'un sauveur 2; deuximement, la fonction d'un pasteur, de quelqu'un qui conseille, qui enseigne 3, c'est--dire la fonction d'un prophte envoy par Dieu pour convertir ceux que Dieu a lus en vue du salut; troisimement, la fonction d'un roi, d'un roi ternel, mais au-dessous de son Pre 4, comme Mose et les grands prtres le furent chacun en son temps. Et ces trois fonctions 5 correspondent trois priodes. En effet, il a oeuvr pour notre rdemption sa premire venue, par le sacrifice dans lequel il s'offrit sur la croix pour nos pchs; notre conversion, il y a oeuvr en partie ce moment, dans sa propre personne, et y oeuvre dsormais par ses ministres, et continuera jusqu' son retour. Et enfin, aprs son retour, commencera un rgne glorieux sur ses lus qui doit durer ternellement.

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Littralement, Hobbes dit : Nous trouvons dans l'Ecriture sainte trois parties de la fonction du Messie ("WE FIND in Holy Scripture three parts of the office of the Messiah"). (NdT) "the first of a redeemer, or saviour". (NdT) "the second of a pastor, counsellor, or teacher". (NdT) "the third of a king, an eternal king, but under his Father". (NdT) Hobbes dit " ces trois parties". (NdT)

A la fonction de rdempteur, c'est--dire de celui qui paie la ranon du pch, laquelle ranon est la mort, appartient le fait qu'il ait t sacrifi, et que, par l, il porte sur sa propre tte, tant ce poids de la ntre 1, nos iniquits, comme Dieu l'a exig. Non que la mort d'un seul homme, mme sans pch, puisse acquitter tous les hommes de leurs pchs, selon la rigueur de la justice, mais elle le peut selon la misricorde de Dieu qui a dcrt, pour les pchs, les sacrifices qu'il lui a plu d'agrer en sa misricorde. Dans l'ancienne loi, comme on peut le lire en Lvitique, XVI, le Seigneur exigea qu'il y et, une fois par an un grand Pardon 2 des pchs de tout Isral, des prtres et des autres, et pour cette crmonie, Aaron seul devait sacrifier pour lui-mme et les prtres un jeune taureau, et pour le reste du peuple, il devait recevoir d'eux deux jeunes boucs, et il devait en sacrifier un; mais pour l'autre, qui tait un bouc missaire 3, il devait imposer les mains sur sa tte, et par une confession des iniquits du peuple, les dposer toutes sur sa tte, et le bouc tait emmen dans le dsert par l'homme qui convient, pour qu'il s'chappe et emporte les iniquits du peuple. Tout comme le sacrifice d'un bouc tait un prix suffisant (parce que Dieu pouvait l'agrer) pour la ranon de tout Isral, la mort du Messie est un prix suffisant pour les pchs de toute l'humanit, puisque rien de plus ne fut exig. Les souffrances de notre Sauveur le Christ semblent tre reprsentes aussi clairement que dans l'offrande d'Isaac, ou dans toute autre offrande de ce genre dans l'Ancien Testament. Il tait la fois le bouc sacrifi et le bouc missaire : il fut opprim, et il fut afflig; il n'ouvrit pas la bouche, il a t amen comme un agneau l'abattoir, et comme une brebis est muette devant le tondeur; ainsi, il n'ouvrit pas la bouche 4 (Esae, LIII, 7). Voil le bouc sacrifi. On lit, au verset 4 : Il a port nos peines et s'est charg de nos chagrins 5; et au verset 6 : Le Seigneur a fait retomber sur lui les iniquits de nous tous 6; et ainsi, il est le bouc missaire. On lit au verset 8 : Il a t retranch de la terre des vivants cause de la transgression de mon peuple 7; l encore, il est le bouc sacrifi. Et de nouveau, au verset 11, on lit : Il portera leurs pchs; il est le bouc missaire. Ainsi l'agneau de Dieu est quivalent ces deux boucs : sacrifi, parce qu'il est mort; et s'chappant, dans la rsurrection, tant
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Tentative de rendre au mieux le verbe anglais ici littralement intraduisible : "and carried away from us". (NdT) "atonement". On ne peut retrouver, pour le Lvitique, dans la vulgate, une rgularit de terme qui correspondrait l'utilisation du mot "atonement" dans la King James version et du mot "propitiation" dans la Darby franaise. On trouve nanmoins plusieurs fois le mot "expiato" (expiation). Le mot "reconciliationem" utilis par Hobbes en latin est absent du Lvitique (il est surtout utilis dans le Nouveau Testament, au sens assez habituel de rconcilation avec Dieu, mais pas au sens d'expiation). La Septante offre par contre une grande rgularit ("exilasetai") en se contentant du verbe sacrifier. Que donnent les traductions franaises (pour le chapitre XVI)? Segond : "expiation". Darby : "propitiation". TOB : "absolution". Crampon : "expiation". Bible de Jrusalem : "expiation". Toutes les bibles anglaises consultes utilisent le mot "atonement", sauf la version Douay/Rheims qui utilise simplement le verbe "to pray", prier, au chapitre XVI du Lvitique. Luther utilise plusieurs fois "vershnen", rconcilier. Ce jour est le jour du grand pardon, jour des expiations, "Yom Kippour" dans la liturgie juive. (NdT) "scapegoat". (NdT) "He was oppressed, and he was afflicted; he opened not his mouth; he is brought as a lamb to the slaughter, and as a sheep is dumb before the shearer, so opened he not his mouth". Les diffrences avec la King James version sont ngligeables. (NdT) "He hath borne our griefs and carried our sorrows". Conforme la King James version. (NdT) "the Lord hath laid upon him the iniquities of us all". Conforme la King James version. (NdT) "He was cut off from the land of the living for the transgression of my people". La king James version donne : "he was cut off out of the land of the living: for the transgression of my people was he stricken." (NdT)

ressuscit au moment opportun par son Pre, et cart du sjour des hommes par son ascension. Donc, dans la mesure ou celui qui rdime 1 n'a aucun titre sur la chose rdime, avant la Rdemption et le paiement de la ranon, et dans la mesure o cette ranon est la mort du rdempteur, il est manifeste que notre Sauveur, en tant qu'homme, n'tait pas le roi de ceux qu'il rdimait avant d'avoir souffert la mort, c'est-dire durant sa vie corporelle sur la terre. Je dis qu'il n'tait pas alors roi ce moment-l, en vertu du pacte que les fidles font avec lui par la baptme; nanmoins, par le renouvellement de leur pacte par le baptme, ils taient obligs de lui obir comme un roi, au-dessous de son Pre, quand il lui plairait de prendre le royaume sous son autorit. En accord avec cela, notre Sauveur lui-mme dit expressment, en Jean, XVIII, 36 : Mon royaume n'est pas de ce monde 2. Or, tant donn que l'Ecriture ne fait mention que de deux mondes, le monde actuel, qui existera jusqu'au jour du jugement, qui est donc aussi appel le dernier jour, et celui qui existera aprs le jour du jugement, quand il y aura un nouveau ciel et une nouvelle terre, le royaume du Christ ne doit pas commencer avant la rsurrection gnrale. Et c'est ce que notre Sauveur dit en Matthieu, XVI, 27 : Le fils de l'homme viendra dans la gloire de son Pre, avec ses anges, et alors il rcompensera tout homme selon ses oeuvres 3. Rcompenser tout homme selon ses oeuvres, c'est exercer la fonction d'un roi, et cela ne sera pas tant qu'il ne sera pas venu dans la gloire de son Pre, avec ses anges. Quand notre Seigneur dit, en Matthieu, XXIII, 2 : les scribes et les pharisiens sigent dans la chaire de Mose. Donc, tout ce qu'ils vous ordonnent, observez-le et faites-le 4, il dclare clairement que, pour cette priode, il attribue le pouvoir aux scribes et aux pharisiens, non lui-mme. Et c'est la mme chose quand il dit, en Luc, XII, 14 : Qui m'a fait votre juge? Qui m'a tabli pour faire vos partages? 5 Et, en Jean, XII, 47 : je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde 6. Cependant, notre Sauveur est venu en ce monde pour pouvoir tre roi et juge du monde venir, car il tait le Messie, c'est--dire le Christ 7, c'est--dire le prtre oint et le prophte souverain de Dieu, c'est--dire qu'il devait avoir tout le pouvoir que dtenaient Mose le prophte, les grands prtres qui succdrent Mose, et les rois qui succdrent aux prtres. Et saint Jean dit expressment, en V, 22 : Le Pre ne juge personne, mais il a confi tout jugement au Fils 8. Et ce n'est pas contraire cet autre passage : je ne suis pas venu pour juger le monde, car il est ici question du monde prsent, et prcdemment du monde venir. De mme, quand il est dit, en Matthieu, XIX, 28, que lors de la seconde venue du Christ, vous qui m'avez suivi dans la rgnration,

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"he that redeemeth". (NdT) "My kingdom is not of this world". Conforme la King James version. (NdT) "The Son of Man shall come in the glory of his Father, with his angels; and then he shall reward every man according to his works." Conforme la King James version. (NdT) "The Scribes and Pharisees sit in Moses' seat; all therefore whatsoever they bid you do, that observe and do." Conforme la King James version. (NdT) Traduction assez libre de "Who made me a judge or divider over you?". La vulgate et la version grecque de Stephanus confirment qu'il s'agit de diviser. De plus le sens du passage est clair, puisque Jsus s'adresse quelqu'un qui veut que son frre partage l'hritage avec lui. (NdT) "I came not to judge the world, but to save the world". Conforme la King James version. (NdT) Le grec "Khristos" signifie "messie". (NdT) "The Father judgeth no man, but hath committed all judgement to the Son." "unto the Son", dit la King James version. (NdT)

quand le Fils de l'homme sigera sur son trne de gloire, vous sigerez aussi sur douze trnes, jugeant les douze tribus d'Isral 1. Si alors le Christ, pendant qu'il tait sur terre, n'avait pas de royaume en ce monde, quelle fin visait sa premire venue? C'tait pour restituer Dieu, par une nouvelle convention, le royaume qui, tant sien par l'ancienne convention, lui avait t enlev par la rbellion des Isralites lors de l'lection de Sal. Pour ce faire, il devait leur prcher qu'il tait le Messie, c'est--dire le roi que les prophtes leur avaient promis, et s'offrir en sacrifice pour les pchs de ceux qui, par la foi, se soumettraient ce royaume; et au cas o la nation dans son ensemble le refuserait, d'appeler son obdience ceux qui croiraient en lui parmi les Gentils. De sorte qu'il y a deux parties dans la fonction de notre Sauveur durant son sjour sur terre : l'une de se proclamer le Christ, l'autre de persuader les hommes, par l'enseignement et par l'accomplissement de miracles, de vivre de faon tre dignes de l'immortalit dont doivent jouir les croyants 2, de les y prparer, au moment o il viendrait en sa majest prendre possession du Royaume de son Pre. Et c'est pourquoi il appelle souvent le temps de sa prdication la rgnration 3, qui n'est pas proprement parler un royaume, et qui, par l, n'tait pas une autorisation de refuser d'obir aux magistrats qui existaient alors, car il ordonnait d'obir ceux qui sigeaient dans la chaire de Mose 4, et de payer le tribut Csar 5. C'taient seulement des arrhes sur le royaume de Dieu qui devait venir pour ceux qui Dieu avait donn la grce d'tre ses disciples et de croire en lui, et c'est la raison pour laquelle les hommes pieux sont dits tre dj dans le royaume de la grce 6, en tant qu'ils sont naturaliss dans ce royaume cleste 7. Jusqu'ici donc, il n'y a rien de fait ou d'enseign par le Christ qui tende diminuer le droit civil des Juifs ou de Csar, car, pour ce qui est de la Rpublique qui existait alors parmi les Juifs, aussi bien ceux qui faisaient les lois que ceux qui taient gouverns attendaient le Messie du royaume de Dieu, ce qu'ils n'auraient pu faire si leurs lois avaient interdit celui qui vint de se manifester et de se dclarer. Donc, tant donn qu'il ne fit rien, sinon de prcher et d'accomplir des miracles pour prouver lui-mme qu'il tait le Messie, il ne fit rien en cela contre leurs lois. Le royaume qu'il revendiqua devait exister dans un autre monde. Il enseignait aux hommes qu'il fallait obir en attendant ceux qui sigaient dans la chaire de Mose, et il leur permit de donner Csar son tribut 8, et il refusa d'assumer la charge d'un juge 9. Alors, comment ses paroles et ses actions auraient-elles pu tre sditieuses, ou tendre au renversement du gouvernement civil d'alors? Mais Dieu, ayant dtermin son sacrifice pour ramener ses lus l'obissance la premire convention, comme moyen pour produire cet effet, utilisa leur malice et leur ingratitude. Et cela n'tait pas
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"Ye that have followed me, in the regeneration when the Son of man shall sit in the throne of his glory, ye shall also sit on twelve thrones, judging the twelve tribes of Israel." Conforme la King James version. (NdT) "to live so as to be worthy of the immortality believers were to enjoy". (NdT) Le mot n'est utilis que deux fois dans le Nouveau Testament, en Matthieu, XIX, 28, et en Tite, III, 5. (NdT) Matthieu, XXIII, 2. (NdT) Matthieu, XXII, 21; Marc, XII, 17; Luc, XX, 25; (NdT) Cette expression augustinienne est ma connaissance absente des textes bibliques. (NdT) "for which cause the godly are said to be already in the kingdom of grace, as naturalized in that heavenly kingdom." (NdT) Matthieu, XXII, 21; Marc, XII, 17; Luc, XX, 25; (NdT) Luc, XII, 14 et Jean XII, 47. (NdT)

non plus contraire aux lois de Csar. En effet, quoique Pilate 1 lui-mme, pour plaire aux Juifs, leur livrt le Christ pour qu'il ft crucifi, cependant, avant de le faire, il dclara ouvertement qu'il ne lui trouvait aucune faute, et comme titre d'accusation, il mit, non comme les juifs l'exigeaient qu'il prtendait tre roi, mais simplement qu'il tait le roi des Juifs 2; et malgr leurs cris, il refusa de changer, disant : ce que j'ai crit, je l'ai crit 3. Pour ce qui est de la troisime partie de sa fonction, qui tait d'tre roi, j'ai dj montr que ce royaume ne devait pas commencer avant la rsurrection. Mais alors, il sera roi, non seulement en tant que Dieu (en ce sens, il est dj roi, et le sera jamais, de toute la terre, en vertu de sa toute-puissance), mais aussi particulirement roi de ses lus, en vertu du pacte qu'ils font avec lui par leur baptme. Et c'est pourquoi notre Sauveur, en Matthieu, XIX, 28, dit que ses aptres sigeront sur douze trnes, jugeant les douze tribus d'Isral : Quand le Fils de l'homme sigera sur son trne de gloire (il veut dire par l qu'il rgnera dans sa nature humaine); et en Matthieu, XVI, 27 : Le fils de l'homme viendra dans la gloire de son pre, avec ses anges, et alors, il rcompensera tout homme selon ses oeuvres 4. Nous lisons la mme chose en Marc, XIII, 26; XIV, 62 5, et d'une manire plus expressive pour l'poque, il est dit en Luc, XXII, 29-30 : Je dispose du royaume en votre faveur, comme mon pre en a dispos en ma faveur 6, pour que vous puissiez manger et boire ma table, dans mon royaume, et sigiez sur les trnes, jugeant les douze tribus d'Isral 7. Il est manifeste par l que le royaume du Christ, mis sa disposition par son Pre, ne doit pas exister avant que le Fils de l'homme ne vienne dans sa gloire, et ne fasse de ses aptres les juges des douze tribus d'Isral. Mais on peut ici demander, tant donn qu'il n'y a pas de mariage dans le royaume du ciel, si l'homme mangera et boira ce moment. De quelle nourriture s'agit-il ici? C'est expliqu par notre Sauveur quand il dit, en Jean, VI, 27 : Ne travaillez pas pour la nourriture qui prit, mais pour cette nourriture qui dure pour la vie ternelle que le Fils de l'homme vous donnera 8. Ainsi, quand on parle de nourriture la table du Christ, il faut entendre la nourriture de l'arbre de vie, c'est--dire la jouissance de l'immortalit dans le royaume du Fils de l'homme. Par ces passages, et par beaucoup d'autres, il est vident que le notre Sauveur rgnera dans son royaume dans sa nature humaine 9.
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Matthieu, XXVII, Marc, XV, Luc, XXIII, et Jean, XVIII. (NdT) "Iesus Nazarenus rex Iudaeorum" (Vulgate). (NdT) "quod scripsi scripsi" (Vulgate, Jean, XIX, 22). (NdT) "The Son of Man shall come in the glory of his Father, with his angels, and then he shall reward every man according to his works". Conforme la King James version. (NdT) XIII, 26 : "Et alors ils verront le fils de l'homme venant sur les nues avec une grande puissance et avec gloire." XIV, 62 : "Et Jsus dit: Je le suis; et vous verrez le fils de l'homme assis la droite de la puissance, et venant avec les nues du ciel." (Traduction Darby) (NdT) La vulgate ("dispono") et la Stephanus ("diatithmai") utilisent le verbe "disposer". Je crois que la meilleure traduction est celle de Segond, que je reprends ici. Le verbe utilis par la King James version (que reprend Hobbes), le verbe "to appoint", signifie "nommer", "dsigner", "assigner", et il me parat assez mal choisi. La traduction la plus fidle serait certainement : "je vous confre". (NdT) "I appoint unto you a kingdom, as my Father hath appointed to me, that you may eat and drink at my table in my kingdom, and sit on thrones judging the twelve tribes of Israel". Conforme la King James version. (NdT) "Labour not for the meat which perisheth, but for that meat which endureth unto everlasting life, which the Son of Man shall give you." Conforme la King James version. (NdT) "it is evident that our Saviour's kingdom is to be exercised by him in his human nature." (NdT)

En outre, il ne doit tre alors roi que comme subordonn, vicaire de Dieu le Pre 1, comme l'tait Mose dans le dsert, et comme les grands prtres l'taient avant le rgne de Sal, et comme les rois le furent ensuite, car c'est l'une des prophties sur le Christ, qu'il sera semblable, dans sa fonction, Mose : Je leur susciterai un prophte, dit le Seigneur en Deutronome, XVIII, 18, parmi leurs frres, semblable toi, et je mettrai mes paroles dans sa bouche 2. Et cette ressemblance avec Mose apparat aussi dans les actions de notre Sauveur lui-mme pendant sa vie sur terre 3. En effet, de mme que Mose choisit douze princes des tribus pour gouverner sous son autorit, de mme que Mose autorisa soixante-dix anciens recevoir l'esprit de Dieu et prophtiser devant le peuple, c'est--dire (comme je l'ai dj dit) leur parler au nom de Dieu, de mme notre Sauveur ordonne aussi soixante-dix disciples pour qu'ils prchent son royaume et le salut toutes les nations. Et de mme que, quand une plainte fut dpose contre ceux des soixante-dix qui prophtisaient dans le camp d'Isral, il les justifia comme tant dans cette fonction ses subordonns dans le gouvernement, de mme, notre Sauveur, quand saint Jean se plaignit lui qu'un certain homme chassait les dmons en son nom, le justifia dans cet acte, disant : Ne lui interdis pas car qui n'est pas contre nous est pour nous (Luc, IX, 50) 4. De mme, notre Sauveur ressemblait Mose dans l'institution des sacrements, aussi bien pour l'admission dans le royaume de Dieu que pour la commmoration de la dlivrance de ses lus de leur misrable condition. De mme que les enfants d'Isral avaient, pour sacrement de leur rception dans le royaume de Dieu, avant l'poque de Mose, le rite de la circoncision 5, rite qui a t oubli dans le dsert et qui fut restaur ds qu'ils arrivrent dans la terre promise 6, de mme aussi les Juifs, avant la venue de notre Sauveur, avaient le rite du baptme, c'est--dire qu'ils lavaient avec de l'eau 7 tous les Gentils qui embrassaient le Dieu d'Isral. Ce rite, saint Jean-Baptiste, qui prchait que le Messie tait dj arriv dans le monde, l'utilisait pour recevoir ceux qui s'engageaient auprs du Chist 8; et notre Sauveur l'institua comme le sacrement que devaient recevoir tous ceux qui croyaient en lui. Quelle est l'origine du rite du baptme, l'criture ne l'explique pas formellement, mais on peut avec vraisemblance penser qu'il s'agit d'une imitation de la loi de Mose sur la lpre 9, quand on ordonnait au lpreux de rester hors du camp un temps dtermin; et, le temps coul, que les prtres jugeaient si le lpreux tait purifi, et s'il l'tait, il tait admis l'intrieur du camp aprs avoir t lav solennellement. Et ce peut tre une pratique symbolique renvoyant l'ablution baptismale, par laquelle les hommes purifis de la lpre du pch par la foi sont reus dans l'Eglise par la crmonie du baptme. Il y a une autre hypothse tire des crmonies des Gentils, dans un cas qui arrive rarement : quand un homme que l'on croyait mort recouvrait par hasard la vie, les autres hsitaient s'entretenir avec lui, comme s'ils avaient d converser avec un
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" than as subordinate or vicegerent of God the Father". (NdT) "I will raise them up a prophet (...) from amongst their brethren like unto thee, and will put my words into his mouth". Conforme la King James version. (NdT) "whilst he was conversant on earth" : pendant qu'il tait familier de la terre. (NdT) "Forbid him not, for he that is not against us is on our part." La King James version donne plus simplement : "for he that is not against us is for us." La vulgate dit : "contre vous" et "pour vous". (NdT) Gense, XVII, 9-14; Josu, V,1-9. (NdT) Josu, V, 1-9. (NdT) "washing with water". (NdT) Matthieu, XXI; Marc, XLI; Luc, III, VII; Actes, XIII, XIX, Lvitique, XIV. (NdT)

spectre, moins qu'il ne ft de nouveau reu au nombre des hommes par une ablution, comme les nouveaux-ns taient lavs de l'impuret de leur naissance, ce qui est une sorte de nouvelle naissance. Il est probable que cette crmonie grecque se soit introduite dans la religion des Juifs l'poque o la Jude tait sous l'empire d'Alexandre et des Grecs qui lui succdrent. Mais tant donn qu'il n'est pas vraisemblable que notre Sauveur ait accrdit un rite paen 1, il est plus vraisemblable que le baptme provienne de la cronomie lgale de l'ablution aprs la lpre. Et pour ce qui est de l'autre sacrement, la manducation de l'agneau pascal, il est manifestement imit de la Cne du Seigneur, o rompre le pain et verser le vin commmorent 2 notre dlivrance de la misre du pch par la Passion du Christ, tout comme la manducation de l'agneau pascal commmore la dlivrance des Juifs de l'esclavage d'Egypte. Donc, tant donn que l'autorit de Mose n'tait que subordonne, et qu'il n'tait qu'un lieutenant de Dieu, il s'ensuit que le Christ, dont l'autorit, en tant qu'homme, tait semblable celle de Mose, n'tait rien de plus que subordonn l'autorit de son Pre, ce qui est signifi plus expressment dans cette prire qu'il nous a enseigne : Notre pre, que ton royaume arrive 3, et C'est toi qu'appartiennent le royaume, la puissance et la gloire 4, et par le fait qu'il soit dit qu'il viendra dans la gloire de son Pre; et par le fait que saint Paul dise, en [Link], XV, 24 : alors vient la fin, quand il aura remis le royaume Dieu le Pre; et par beaucoup d'autres passages trs explicites. Donc, notre Sauveur, aussi bien dans son enseignement que dans son rgne, reprsente, comme le fit Mose, le personne de Dieu, lequel Dieu est appel depuis ce temps, mais pas avant, le Pre, et tant toujours une seule et mme substance, est une seule personne en tant que reprsent par Mose, et une autre personne en tant que reprsent par le Christ son fils, car la personne tant relative au reprsentant, c'est la consquence d'une pluralit de reprsentants qu'il y ait une pluralit de personnes, quoique ces reprsentants soient reprsentants d'une seule et mme substance 5.

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"But seeing it is not likely our Saviour would countenance a heathen rite". (NdT) "keep in memory". (NdT) Oraison dominicale (ou Pater, ou Notre Pre) : Matthieu, VI, 10; Luc XI, 2. (NdT) Addition au Notre Pre dans certaines bibles non catholiques (Matthieu, VI, 13 dans la King James version. Passage videmment absent de la version Douay/Rheims). (NdT) "For person being a relative to a representer, it is consequent to plurality of representers that there be a plurality of persons, though of one and the same substance." (NdT)

Troisime partie : De la Rpublique chrtienne

Chapitre XLII
Du Pouvoir ecclsiastique.

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Pour comprendre ce qu'est le POUVOIR ECCLESIASTIQUE, et qui le dtient, il faut distinguer deux parties dans le temps [coul] depuis l'ascension de notre Sauveur : l'une avant la conversion des rois et des hommes dots du pouvoir civil souverain, l'autre aprs leur conversion. En effet, il se passa beaucoup de temps avant qu'un roi ou un souverain civil n'embrasst la religion chrtienne et n'autorist publiquement son enseignement. Jusque-l, il est manifeste que le pouvoir ecclsiastique 1 tait dtenu par les aptres, et aprs eux par ceux qu'il avaient ordonns 2 pour prcher l'vangile et convertir les hommes au Christianisme, et pour diriger dans la voie du salut ceux qui taient convertis. Aprs eux, le pouvoir fut transmis nouveau par ces hommes ordonns d'autres, et cela se faisait par l'imposition des mains sur ceux qui taient ordonns, ce qui signifiait que le Saint-Esprit, ou esprit de Dieu, tait donn ceux qu'ils ordonnaient ministres de Dieu pour qu'ils oeuvrent au progrs du royaume. De sorte que l'imposition des mains n'tait rien d'autre que le sceau de leur mandat pour prcher le Christ et enseigner sa doctrine, et le don du Saint-Esprit par cette crmonie d'imposition des mains tait une imitation de ce que Mose avait fait, car Mose utilisa la mme crmonie 3 pour son ministre Josu, comme nous le lisons en
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"power ecclesiasticall". (NdT) "ordained". (NdT) "ceremony". F. Tricaud traduit par "rite". (NdT)

Deutronome, XXXIV, 9 : Et Josu, fils de Nun, tait rempli de l'esprit de sagesse car Mose avait pos ses mains sur lui 1. Notre sauveur, donc, entre sa rsurrection et son ascension, donna son esprit aux aptres : d'abord en soufflant sur eux et disant : recevez le Saint-Esprit (Jean, XX, 22), et aprs son ascension en envoyant sur eux un vent violent et des langues de feu fourchues 2 (Actes II, 2-3), et non par l'imposition des mains, comme Dieu, qui ne posa jamais ses mains sur Mose. Ensuite, ses aptres transmirent le mme esprit par imposition des mains, comme Mose le fit Josu. De sorte qu'on voit clairement en quelles mains demeura continuellement le pouvoir ecclsiatique en ces premiers temps o n'existait aucune Rpublique chrtienne, savoir entre les mains de ceux qui l'avaient reu des aptres, par impositions successives des mains. Ici, le rle de la personne de Dieu est tenu pour la troisime fois 3. En effet, de mme que Mose et les grands prtres furent les reprsentants de Dieu dans l'Ancien Testament, et notre Sauveur lui-mme, en tant qu'homme, durant son sjour sur terre, de mme le Saint-Esprit, c'est--dire les aptres et leurs successeurs dans la fonction de prdication et d'enseignement, qui avaient reu le Saint-Esprit, l'ont reprsent depuis lors 4. Mais une personne (comme je l'ai dj montr au chapitre XVI 5) est celui qui est reprsent, aussi souvent qu'il est reprsent, et Dieu, qui a t reprsent (c'est--dire personnifi) trois fois, peut donc tre dit, assez proprement, tre trois personnes, quoique ni le mot personne, ni le mot trinit ne lui soient attribus dans la Bible. Saint Jean dit bien, dans sa premire ptre (V, 7) : ils sont trois qui portent tmoignage 6 dans le ciel, le Pre, la Parole, et le Saint-Esprit, et ces trois sont un 7. Or cela s'accorde bien avec trois personnes, au sens propre du mot personne : quelqu'un qui est reprsent par un autre. En effet, ainsi, Dieu le Pre, en tant qu'il est reprsent par Mose, est une personne; et en tant que reprsent par son Fils, une autre personne, et en tant que reprsent par les aptres et par les docteurs qui enseignent par une autorit qui leur vient d'eux, il est une troisime personne. Pourtant, ici, chaque personne est la personne d'un seul et mme Dieu. Mais on peut ici demander de quoi les trois portaient tmoignage. C'est la raison pour laquelle saint Jean nous dit au verset 11 qu'ils portent tmoignage que Dieu nous a donn la vie ternelle en son fils 8. En outre, si l'on demande o ce tmoignage apparat, la rponse est aise, car il a attest cela par les miracles qu'il a accomplis, d'abord par Mose, puis par son Fils lui-mme, et enfin par ses aptres qui avaient reu le Saint-Esprit,
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"And Joshua the son of Nun was full of the spirit of wisdom; for Moses had laid his hands upon him." Conforme la King James version. (NdT) "des langues divises, comme de feu", disent la Vulgate ("dispertitae linguae tamquam ignis") et la version grecque de Stephanus ("diamerixomenai glssai sei puros"). Hobbes ("mighty wind, and cloven tongues of fire") ne suit pas la King James version qui donne : "cloven tongues like as of fire"("langues fourchues comme de feu"). (NdT) Littralement : nous avons la personne de Dieu porte ("we have the person of God born"). (NdT) "have represented him ever since". (NdT) Et non XIII, comme l'indique G. Mairet. (NdT) "bear Witness". La King James version dit "bear record", la version Douay/Rheims "give testimony". (NdT) "There be three that bear witness in heaven, the Father, the Word, and the Holy Spirit; and these three are one." Pre, parole et esprit saint : la version grecque de Stepanus donne en effet "o pater o logos kai agion pneuma", mais la Vulgate donne "l'esprit, l'eau et le sang" ("Spiritus et aqua et sanguis") (NdT) "God hath given us eternal life in His Son". La King James version donne : "God hath given to us eternal life, and this life is in his Son." La Vulgate ("in Filio") et la version grecque de Stephanus ("en t ui") disent bien "en son fils" (ou dans). (NdT)

chacun d'eux reprsentant la personne de Dieu en son temps; et tous, ils prophtisrent ou prchrent Jsus-Christ. Pour ce qui est des aptres, c'est le propre de l'apostolat (chez les douze premiers et grands aptres) de porter tmoignage de la rsurrection du Christ, comme cela apparat expressment en Actes, I, 21-22, quand saint Pierre dit, alors qu'un nouvel aptre devait tre choisi la place de Judas Iscariote : De ces hommes qui nous ont accompagns tout le temps o le Seigneur Jsus est venu parmi nous et est parti, du baptme de Jean jusqu'au jour-mme il nous a t enlev, l'un doit tre ordonn pour tre tmoin avec nous de sa rsurrection 1. Ces paroles interprtent l'expression porter tmoignage 2 mentionne par saint Jean 3. Le mme passage mentionne une autre Trinit de tmoins sur terre, car il dit au verset 8 4 : il y en a trois qui portent tmoignage sur terre, l'esprit, et l'eau, et le sang, et ces trois s'accordent en un seul 5. Il s'agit des grces de l'esprit de Dieu et des deux sacrements, le baptme et la Cne du Seigneur, qui s'accordent en un seul tmoignage pour assurer de la vie ternelle la conscience des croyants. De ce tmoignage 6, il dit, au verset 10 : Celui qui croit au Fils de l'homme a le tmoignage en lui-mme 7. Dans cette Trinit terrestre, l'unit n'est pas unit de la chose, car l'esprit, l'eau et le sang ne sont pas la mme substance, quoiqu'ils donnent le mme tmoignage, mais dans la trinit cleste, les personnes sont les personnes d'un seul et mme Dieu, quoique reprsent trois moments diffrents et dans trois circonstances diffrentes. Pour conclure, la doctrine de la Trinit, pour autant qu'elle puisse tre tire directement de l'Ecriture, est en substance celle-ci : Dieu, qui est toujours un et le mme, tait la personne reprsente par Mose, la personne reprsente par son Fils incarn, et la personne reprsente par les aptres. En tant que Dieu est reprsent par les aptres, le Saint-Esprit par lequel ils parlaient est Dieu; en tant que reprsent par son Fils, qui tait Dieu et homme, le Fils est ce Dieu; en tant que reprsent par Mose et les grands prtres, le Pre, c'est--dire le pre de notre Seigneur Jsus-Christ, est ce Dieu. De l, on peut tirer la raison pour laquelle ces dnominations Pre, Fils, et Saint-Esprit ne sont jamais utilises dans l'Ancien Testament au sens de Divinit : en effet, ce sont des personnes, c'est--dire qu'elles tiennent leur nom du fait de reprsenter, ce qui ne pouvait pas tre avant que divers hommes n'aient reprsent la personne de Dieu en gouvernant ou en dirigeant sous lui 8. Ainsi, nous voyons comment le pouvoir ecclsiastique fut laiss aux aptres par notre Sauveur, et comment, afin qu'ils pussent exercer au moins ce pouvoir, ils furent dots du Saint-Esprit, qui est donc parfois appel Paracletus dans le Nouveau Testament 9, mot qui signifie quelqu'un qui assiste, qui est appel l'aide 1, quoique
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"Of these men which have companied with us all the time that the Lord Jesus went in and out amongst us, beginning at the baptism of John, unto that same day that he was taken up from us, must one be ordained to be a witness with us of his resurrection" Conforme la King James version. (NdT) "the bearing of witness". (NdT) L'expression est aussi utilise plusieurs fois par Paul. (NdT) De [Link], V. (NdT) "there are three that bear witness in earth; the Spirit, and the water, and the blood; and these three agree in one". Conforme la King James version. (NdT) "testimony". (NdT) "He that believeth on the Son of Man hath the witness in himself." Conforme la King James version. (NdT) "in ruling or in directing under Him". (NdT) A ma connaissance, le mot latin "paracletus" ne se trouve dans la Vulgate qu'en Jean, XIV, 16,26; V, 26, et XVI, 7 (idem pour "parakltos" dans la version grecque de Stephanus). On trouve dans plusieurs parties de l'Evangile le mot "paraklsis", qui correspond dans la Vulgate "consolatio"

qu'on le traduise communment par consolateur 2. Considrons maintenant le pouvoir lui-mme, ce qu'il fut et sur qui il s'exera. Le cardinal Bellarmin, dans la troisime de ses controverses gnrales, a trait d'un grand nombre de questions concernant le pouvoir ecclsiastique du pape de Rome, et il commence en se demandant si ce pouvoir doit tre monarchique, aristocratique ou dmocratique, lesquelles sortes de pouvoir sont toutes souveraines et coercitives. Si maintenant il apparat que notre Sauveur n'a laiss aux ecclsiastiques aucun pouvoir coercitif, mais seulement le pouvoir de proclamer le royaume de Dieu, et de persuader les hommes de s'y soumettre, et, par des prceptes et des bons conseils, leur apprendre ce que doivent faire ceux qui se sont soumis pour tre reus dans le royaume de Dieu quand il viendra, et que les aptres, et les autres ministres de l'Evangile sont nos matres d'coles 3, et non nos chefs 4, et que leurs prceptes ne sont pas des lois, mais des conseils salutaires, alors tout ce dbat serait vain. J'ai dj montr au chapitre prcdent que le royaume du Christ n'est pas de ce monde, et que par consquent ses ministres ne peuvent pas, moins d'tre rois, exiger l'obissance en son nom. En effet, si le roi suprme n'a pas son pouvoir royal 5 dans ce monde, par quelle autorit l'obissance ses officiers peut-elle tre exige? Comme mon pre m'a envoy, dit ainsi notre Sauveur, je vous envoie 6. Mais notre Sauveur fut envoy pour convaincre les juifs de revenir au royaume de son Pre, et pour inviter les Gentils le recevoir, et non pour rgner en majest, pas mme comme lieutenant de son pre, avant le jugement dernier. Le temps entre l'ascension et la rsurrection gnrale est appel, non un rgne, mais une rgnration, c'est--dire une prparation des hommes la seconde et glorieuse venue du Christ au jour du jugement, comme il apparat par les paroles de notre Sauveur, en Matthieu, XIX, 28 : Vous qui m'avez suivi dans la rgnration, quand le Fils de l'homme sigera sur le trne de sa gloire, sous sigerez aussi sur douze trnes 7; et par les paroles de saint Paul, en Ephsiens, VI, 15 : Ayant vos pieds chausss de la prparation de l'Evangile de paix 8. Ce temps est compar par notre Sauveur une pche 9, c'est--dire au fait de gagner les hommes l'obissance, non par la coercition et la punition, mais par la persuasion. Et c'est pourquoi il ne dit pas ses aptres qu'il en fera autant de Nemrods
et exhortatio". Le Paraclet est le Saint-Esprit. Le mot a le sens de celui qu'on appelle au secours, l'aide, exactement qu'on appelle prs de soi. (NdT) "which signifieth an assister, or one called to for help". (NdT) "comforter". C'est le mot prsent dans la King James version (que l'on retrouve dans la Darby anglaise), alors que la version Douay/Rheims choisit "Paraclete". Darby (dans la version franaise) et Segond traduisent par "consolateur", Crampon par "intercesseur". la T.O.B par "paraclet". (NdT) "our schoolmasters". (NdT) "ours commanders". (NdT) "regal power". (NdT) Jean, XX, 21 : "As my Father sent me, (...) I send you." La citation n'est pas souligne par Hobbes. (NdT) "You that have followed me in the regeneration, when the Son of man shall sit in the throne of his glory, you shall also sit upon twelve thrones." Conforme la King James version. Hobbes ne cite pas la fin du verset : "judging the twelve tribes of Israel." (NdT) "Having your feet shod with the preparation of the gospel of peace." Conforme la King James version. Vulgate : "et calciati pedes in praeparatione evangelii pacis." (NdT) "fishing". (NdT)

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de chasseurs d'hommes, mais qu'il en fera des pcheurs d'hommes 2. Ce temps est aussi compar au levain 3, aux semailles 4, et la croissance d'une graine de moutarde 5, ce qui exclut toute contrainte, et par consquent, ce temps ne pourra pas tre celui d'un rgne effectif 6. La tche des ministres du Christ est l'vanglisation, c'est--dire la proclamation du Christ et la prparation de sa seconde venue, comme l'vanglisation de Jean-Baptiste tait une prparation sa premire venue. De plus, la fonction des ministres du Christ dans ce monde est de faire que les hommes croient et aient foi dans le Christ; mais la foi n'a pas de relation, ni de dpendance l'gard de la contrainte ou du commandement, elle repose seulement sur la certitude, ou sur la probabilit d'arguments tirs de la raison 7, ou de quelque chose auquel les hommes croient dj. Par consquent, les ministres du Christ dans ce monde n'ont ce titre aucun pouvoir de punir un homme parce qu'il ne croit pas ou contredit ce qu'ils disent. Ils n'ont, dis-je, au titre de ministres du Christ, aucun pouvoir de punir une telle action. Mais s'ils dtiennent le pouvoir civil souverain, par institution politique, alors ils peuvent en vrit lgalement punir tout ce qui contredit leurs lois, et saint Paul dit de lui-mme et des autres prdicateurs de l'poque de l'Evangile, en paroles claires : Vous n'avons aucun empire sur votre foi, mais nous collaborons [seulement] votre joie 8 9. Une autre preuve que les ministres du Christ, dans ce monde actuel, n'ont aucun droit de commander, peut tre tire de l'autorit lgitime 10 que le Christ avait laisse tous les princes, aussi bien aux princes chrtiens qu'aux infidles. Saint Paul dit, en Colossiens, III, 20 : Enfants, obissez vos parents en toute chose, car cela est trs agrable au Seigneur, et au verset 22 : Et serviteurs, obissez en toute chose vos matres selon la chair, non parce que le service est surveill 11, pour plaire aux hommes, mais dans la simplicit du coeur, dans la crainte du Seigneur 12. Cela est dit ceux dont les matres sont des infidles, et pourtant, on ordonne aux serviteurs d'obir aux matres en toute chose. De mme, concernant l'obissance aux princes, saint Paul, en Romains, XIII, 1-6, exhorte les hommes s'assujettir aux pouvoirs
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Gense, X, 8-12; [Link], , 10. (NdT) Matthieu, IV, 19; Marc, I, 17. (NdT) Selon moi, Hobbes se trompe. C'est le royaume des cieux qui est compar du levain, en Matthieu, XIII, 33 et Luc, XIII, 20. Dans le Nouveau Testament, le mot levain est pris plusieurs fois en mauvais part, pour dsigner l'influence des Pharisiens et des Sadducens (par exemple en Matthieu, XVI, 6,11,12 ou Marc, VIII, 15), et en [Link] et Galates, il est question de se dbarraser du vieux levain, et la sincrit et la vrit sont compares un pain sans levain. (NdT) Par exemple Matthieu, XIII; Marc, IV, Luc, VIII. (NdT) Snev ou sinape (Vulgate : "grano sinapis"). Par exemple Matthieu, XIII; Marc, IV, Luc, VIII (NdT) "and consequently there can in that time be no actual reigning." (NdT) "but only upon certainty, or probability of arguments drawn from reason". (NdT) 2. Corinthiens, I, 24. (Note de Hobbes) "Nous sommes les aides (aduitores)", dit la Vulgate. La Version grecque de Stephanus dit "synergo" : ceux qui font le mme travail, qui collaborent, ou qui prtent leur concours, qui aident. (NdT) "the lawful authority". (NdT) La vulgate dit simplement : "non ad oculum servientes". (NdT) "And servants, obey in all things your masters according to the flesh, not with eye-service, as menpleasers, but in singleness of heart, as fearing the Lord." Conforme la King James version. (NdT)

suprmes, et il dit que tout pouvoir est ordonn par Dieu 1, et que nous devons leur tre assujettis, non par crainte d'encourir leur courroux, mais par acquit de conscience 2. Et saint Pierre dit, en 1. Pierre, 13-15 : Soumettez-vous toute ordonnance humaine, cause du Seigneur, qu'il s'agisse d'un roi, parce qu'il est suprme, ou des gouverneurs, en tant qu'ils sont envoys par ce roi pour le chtiment de ceux qui font le mal et pour la rcompense de ceux qui font le bien; car c'est la volont de Dieu 3. Et encore, saint Paul dit, en Tite, III, 1 : Rappelle-leur d'tre assujettis aux principauts et aux pouvoirs, et d'obir aux magistrats 4. Ces princes et ces pouvoirs dont parle ici saint Pierre et saint Paul sont tous infidles. Nous devons donc d'autant plus obir aux Chrtiens que Dieu a ordonns pour avoir le pouvoir souverain sur nous. Comment alors pourrions-nous tre obligs d'obir un ministre du Christ s'il nous ordonnait de faire quelque chose de contraire au commandement du roi ou d'un reprsentant souverain de la Rpublique dont nous sommes membres 5 et dont nous attendons d'tre protgs? Il est donc manifeste que le Christ n'a laiss en ce monde ses ministres aucune autorit de commander aux autres hommes, moins qu'ils soient aussi dots d'une autorit civile 6. Mais, peut-on objecter, si un roi, un snat, ou une autre personne souveraine nous interdit de croire au Christ? A cela, je rponds qu'une telle interdiction n'est d'aucun effet parce que la croyance et l'incroyance ne suivent jamais les commandements humains. La foi est un don de Dieu qu'on ne peut jamais donner en promettant une rcompense, ou supprimer en menaant de tortures. Et si l'on va plus loin et qu'on demande : et si notre prince lgitime nous ordonne de dire avec la langue que nous ne croyons pas, devons-nous obir son ordre? Professer par la langue n'est qu'une chose extrieure, ce n'est rien de plus qu'un geste par lequel nous signifions notre obissance, et en cela, un Chrtien qui possde la foi du Christ fermement dans son coeur a la mme libert que celle que le prophte Elise accorda Naaman le Syrien. Naaman tait converti dans son coeur au Dieu d'Isral, car il dit, en 2. Rois, V, 17 : Ton serviteur n'offrira plus l'avenir d'holocauste ni de sacrifices d'autres dieux que le Seigneur. Pour cela, que le Seigneur pardonne son serviteur, car quand mon matre va dans la maison de Remmon pour y rendre le culte, et qu'il s'appuie sur ma main, je me prosterne dans la maison de Remmon; quand je me prosterne dans la maison de Remmon, que le Seigneur pardonne ton serviteur pour cet acte 7. Le prophte accepta et lui dit d'aller en paix. Ici, Naaman croyait dans son
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C'est le trs clbre "omnis anima potestatibus sublimioribus subdita sit non est enim potestas nisi a Deo quae autem sunt a Deo ordinatae sunt". (Vulgate, Romains, XIII, 1). La King James version donne : "Let every soul be subject unto the higher powers. For there is no power but of God : the powers that be are ordained of God." (NdT) " cause de la conscience", dit la Vulgate ("et propter conscientiam"). (NdT) "submit yourselves to every ordinance of man, for the Lord's sake, whether it be to the king, as supreme, or unto governors, as to them that be sent by him for the punishment of evildoers, and for the praise of them that do well; for so is the will of God." Conforme la King James version. (NdT) "Put men in mind to be subject to principalities, and powers, and to obey magistrates". Conforme la King James version. La fin du verset est : "to be ready to every good work." (NdT) Cette question, fondamentale l'poque, avait t envisage par Bellarmin. Elle est, certains gards, toujours actuelle, certains Chrtiens utilisant encore aujourd'hui Bellarmin pour fonder un droit de rsistance la contraception, l'avortement et l'euthanasie. (NdT) "It is therefore manifest that Christ hath not left to his ministers in this word, unless they be also endued with civil authority, any authority to command other men". (NdT) "thy servant will henceforth offer neither burnt offering nor sacrifice unto other gods, but unto the LORD. In this thing the LORD pardon thy servant, that when my master goeth into the house of

coeur, mais en se prosternant devant l'idole Remmon, il reniait le vrai Dieu dans les faits autant qu'il l'aurait fait avec ses lvres. Mais alors, que rpondrons-nous notre Sauveur qui dit : Quiconque me renie devant les hommes, je le renierai devant mon Pre qui est dans le ciel 1. Nous pouvons dire ceci : si quiconque, en tant que sujet, comme l'tait Naaman, est contraint d'obir son souverain, et obit, non selon son tat d'esprit priv 2, mais conformment aux lois de son pays, cette action n'est pas son action, mais celle du souverain, et dans ce cas, il ne renie pas le Christ devant les hommes, mais devant son gouverneur et les lois de son pays. Si quelqu'un accuse cette doctrine d'tre incompatible avec le Christianisme vrai et sincre, je lui demande ceci : au cas o il y aurait un sujet, en quelque Rpublique chrtienne, qui soit intrieurement, dans son coeur 3, de la religion mahomtane, si son souverain lui ordonne d'tre prsent au service divin de l'Eglise chrtienne, et cela sous peine de mort, jugera-t-on ce Mahomtan oblig en conscience 4 de souffrir la mort pour cette raison, plutt que d'obir ce qu'ordonne le prince lgitime? Si l'on dit qu'il devrait plutt subir la mort, alors on autorise tous les particuliers dsobir aux princes pour conserver leur religion, vraie ou fausse. Si l'on dit qu'il doit obir, alors il s'autorise ce qu'il refuse aux autres, contrairement aux paroles de notre Sauveur : Tout ce que vous voudriez que les hommes vous fassent, faites-le leur 5; et contrairement la loi de nature (qui est la loi indubitable et ternelle de Dieu) : Ne fais pas autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te ft 6. Mais alors, que dirons-nous de tous ces martyrs dont l'histoire de l'Eglise nous dit qu'ils ont sans ncessit renonc leur vie? Pour rpondre cette question, nous devons faire une distinction entre les personnes qui ont t mises mort pour ce motif : certains ont reu la vocation de prcher et de professer ouvertement 7 le royaume du Christ; d'autres n'avaient pas une telle vocation, et d'eux, il n'a rien t exig d'autre que leur foi personnelle. Ceux de la premire sorte, s'ils ont t mis mort pour avoir port tmoignage que Jsus-Christ tait ressuscit d'entre les morts, furent de vrais martyrs, car un martyr (si l'on veut donner la vritable dfinition du mot) est un tmoin de la rsurrection de Jsus le Messie, et l'on ne peut tre tel qu'en ayant vcu avec lui sur terre, et en l'ayant vu ressuscit. En effet, un tmoin doit avoir vu ce qu'il atteste, ou autrement, son tmoignage n'est pas valable 8. Que personne, sinon ce type de tmoin, ne puisse tre proprement appel martyr du Christ, se tire manifestement des paroles de saint Pierre, en Actes, I, 21-22 : De ces hommes qui nous ont accompagns tout le temps que le Seigneur Jsus vint parmi nous et s'en alla, du baptme de Jean jusqu'au jour o il nous fut enlev, l'un doit tre ordonn pour tre
Rimmon to worship there, and he leaneth on my hand, and I bow myself in the house of Rimmon: when I bow down myself in the house of Rimmon, the LORD pardon thy servant in this thing." Conforme la King James version. (NdT) "But whosoever shall deny me before men, him will I also deny before my Father which is in heaven." Conforme la King James version. (NdT) "not in order to his own mind". (NdT) "inwardly in hisheart". (NdT) "obliged in conscience". (NdT) Luc, VI, 31 : "Whatsoever you would that men should do unto you, that do ye unto them." La King James version donne : "And as ye would that men should do to you, do ye also to them likewise." (NdT) "Do not to another that which thou wouldest not he should do unto thee." Phrase absente des textes bibliques sous cette forme. (NdT) "openly". (NdT) "good". (NdT)

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avec nous un martyr (c'est--dire un tmoin) de sa rsurrection 1. Nous pouvons remarquer ici que celui qui doit tre un tmoin de la vrit de la rsurrection du Christ, c'est--dire de la vrit de l'article fondamental de la religion chrtienne qui affirme que Jsus tait le Christ, doit tre un disciple qui a vcu avec lui, et qui l'a vu avant et aprs sa rsurrection; et par consquent, il faut qu'il soit l'un des premiers disciples 2, alors que ceux qui ne l'taient pas ne pouvaient rien tmoigner d'autre que le fait que leurs prdcesseurs avaient dit qu'il tait ressuscit, et ils n'taient donc que les tmoins du tmoignage d'autres hommes, que des seconds martyrs 3, ou martyrs des tmoins du Christ. Celui qui, pour soutenir toute doctrine qu'il a lui-mme tire de l'histoire de la vie de notre Sauveur, et des Actes ou Eptres des aptres, ou qu'il croit sur l'autorit d'un particulier, s'oppose aux lois et l'autorit de l'Etat civil, est trs loin d'tre un martyr du Christ, ou un martyr de ses martyrs. Un unique article fait qu'en mourant, on mrite un nom si honorable, et cet article est que Jsus est le Christ, c'est--dire celui qui nous a donn la rdemption 4, et qui renviendra pour nous donner le salut, une vie ternelle dans le royaume glorieux. Mourir pour chaque dogme qui sert l'ambition ou le profit du clerg n'est pas exig. Ce n'est pas non plus la mort du tmoin, mais le tmoignage lui-mme, qui fait le martyr, car le mot ne signifie rien d'autre que l'homme qui porte tmoignage, qu'il soit mis mort ou non pour son tmoignage. De plus, celui qui n'est pas envoy pour prcher cet article fondamental, mais prend sur lui de le faire, de sa propre autorit prive, mme s'il est un tmoin, et en consquence un martyr (soit martyr primaire du Christ, soit martyr secondaire de ses aptres), n'est cependant pas oblig de souffrir la mort pour ce motif, parce que, n'y tant pas appel, cette mort n'est pas exige, et il ne doit pas se plaindre s'il n'obtient pas la rcompense qu'il esprait de ceux qui ne l'ont jamais lanc dans cette tche. Nul, donc, ne peut tre un martyr, ni du premier, ni du second degr, s'il n'a le mandat de prcher le christ venu dans la chair 5, c'est--dire personne, sinon ceux qui sont envoys pour convertir les infidles. En effet, nul n'est tmoin pour celui qui croit dj et qui n'a donc pas besoin de tmoin, mais on est tmoin pour celui qui nie une chose, qui en doute, ou qui n'en a pas entendu parler. Le christ a envoy ses aptres et ses soixante-dix disciples avec l'autorit de prcher, il n'a pas envoy tous ceux qui croyaient, et il les envoya vers les incroyants : Je vous envoie, dit-il, comme des brebis au milieu des loups 6, non comme des brebis vers d'autres brebis. Enfin, leur mandat tel qu'il est consign expressment dans l'Evangile, ne contient aucun point leur donnant une autorit sur ceux devant lesquels ils prchent 7.

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"Wherefore of these men which have companied with us all the time that the Lord Jesus went in and out amongst us, beginning from the baptism of John unto that same day he was taken up from us, must one be ordained to be a martyr" (...) "with us of his resurrection." Conforme la king James version. (NdT) " must be one of his original Disciples". (NdT) " must be one of his original Disciples". F. Tricaud traduit "martyrs en second". (NdT) "he that hath redeemed us". (NdT) "that have not a warrant to preach Christ come in the flesh." (NdT) Matthieu, X, 16; Luc, X, III. (NdT) "over the congregation". (NdT)

Nous lisons d'abord, en Matthieu, X, que les douze aptres furent envoys aux brebis perdus de la maison d'Isral 1, et qu'ils avaient ordre de prcher que le royaume de Dieu tait tout proche 2. Or, prcher, l'origine, c'est l'acte qu'un crieur, un hrault, ou un autre officier a coutume de faire publiquement pour la proclamation d'un roi. Mais un crieur n'a pas le droit de donner des ordres quelqu'un. Et les soixante-dix disciples (Luc, X, 2) sont envoys comme ouvriers, non comme matres de la moisson 3, et ils ont l'ordre (verset 9) de dire : Le royaume de Dieu est venu prs de vous 4, et par royaume, il faut entendre, non le royaume de la grce, mais le royaume de gloire, car ils ont l'ordre de l'annoncer 5 comme une menace 6 (verset 11) aux cits qui ne les recevraient pas, leur disant que ce jour-l sera plus supportable pour Sodome que pour elles. Et notre Sauveur, en Matthieu, XX, 28, dit ses disciples, qui recherchaient la premire place, que leur fonction tait de servir, tout comme le Fils de l'homme tait venu, non pour tre servi, mais pour servir 7. Les prdicateurs, par consquent, n'ont pas un pouvoir magistral, mais un pouvoir ministriel 8 : Ne soyez pas appels matres 9, dit notre Sauveur en Matthieu, XXIII, 10, car un seul est votre matre, le Christ. Un autre point de leur mandat 10 est d'enseigner toutes les nations, comme il est dit en Matthieu, XXVIII, 19, ou en saint Marc, XVI, 15 : Allez dans le monde entier, et prchez l'vangile toute crature 11. Par consquent, enseigner est la mme chose que prcher, car ceux qui proclament la venue d'un roi doivent en mme temps faire connatre en vertu de quel droit il vient, s'ils ont l'intention que les hommes se soumettent lui, comme saint Paul le fit envers les Juifs de Thessalonique, quand pendant trois jours de Sabbat, il raisonna avec eux partir de l'Ecriture, leur dcouvrant 12 et leur allguant que le Christ devait ncessairement
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Matthieu, X, 6; XV, 24. (NdT) Matthieu, III, 2; IV, 17;X, 7; Luc, I, 15; X, 9, 11. "car le royaume du ciel s'est approch", dit la Vulgate ("adpropinquavit enim regnum caelorum"). (NdT) "Labourers, not as lords of the harvest". (NdT) Luc, X, 9,11 :"The kingdom of God is come nigh unto you." Conforme la King James version. (NdT) L'usage du verbe "denounce" (on pouvait attendre "to announce") peut ici tonner, mais son usage est correct en tant que l'annonce, ici, se fait contre ceux qui tenteraient de rsister la parole. Le sens de "denounce" est ici : "annoncer contre", autrement dit, annoncer sous la forme d'une menace. (NdT) "as a threatening". (NdT) "their office was to minister, even as the Son of Man came, not to be ministered unto, but to minister.". Matthieu, XX, 28 (et Marc, X, 45). La traduction de G. Mairet ("non pour tre administr, mais pour administrer") indique une mconnaissance de la vulgate et de son sens : "sicut Filius hominis non venit ministrari sed ministrare et dare animam suam redemptionem pro multis". A dfaut, l'tymologie du verbe "to minister" tait suffisante pour rendre fidlement le texte de Hobbes. (NdT) "ministerial power" : un pouvoir de serviteur, de ministre, non de matre, de chef. (NdT) "magistri" dans la Vulgate. La Stephanus utilise le mot "kathgts", conducteur, guide, celui qui montre le chemin, matre. (NdT) "their commission". (NdT) "Go into all the world, and preach the gospel to every creature." Conforme la King James version. (NdT) La Vulgate utilise en Actes, XVII, 3, le verbe "adaperio" qui a autant le sens de dcouvrir (ce qui est cach, clos) que d'ouvrir (voir par ex. Nahum, III, 13). Le verbe grec "dianoig", utilis par Stephanus, prsente le mme sens propre et le mme sens figur. F. Tricaud traduit "les leur ouvrant". (NdT)

souffrir, et ressusciter d'entre les morts, et que ce Jsus tait le Christ 1. Mais enseigner partir de l'Ancien Testament que Jsus tait le Christ, c'est--dire le roi, et ressuscit d'entre les morts, ce n'est pas dire que les hommes, croyant alors cela, sont tenus d'obir ceux qui le leur ont dit contrairement aux lois et aux commandements de leurs souverains, c'est dire qu'ils attendront sagement la venue prochaine du Christ dans la patience et dans la foi, en obissant leurs magistrats actuels 2. Un autre point de leur mandat est de baptiser 3, au nom du Pre, et du Fils, et du Saint-Esprit 4. Qu'est-ce que le baptme? C'est une immersion dans l'eau. Mais qu'est-ce qu'immerger dans l'eau un homme au nom de quelque chose? Le sens des paroles du baptme est celui-ci : celui qui est baptis est immerg, lav, comme signe qu'il devient un nouvel homme et un sujet fidle de ce Dieu dont la personne fut reprsente dans l'antiquit par Mose et les grands prtres, quand Dieu rgnait sur les Juifs, et par Jsus-Christ, son Fils, Dieu et homme, qui nous a donn la Rdemption 5, et qui, dans sa nature humaine, reprsentera la personne de son Pre dans son royaume ternel aprs la rsurrection; fidle [aussi] dans le fait de reconnatre que la doctrine des aptres qui, assists par l'esprit du Pre et du Fils, furent laisss comme guides pour nous mener dans ce royaume, est la seule voie assure d'y [accder]. C'est l notre promesse dans le baptme; et les souverains terrestres n'tant pas dposs de leur autorit jusqu'au jour du jugement (ce qui est expressment affirm par saint Paul, quand il dit, en 1. Corinthiens, XV, 22-24 : De mme qu'en Adam tous meurent, de mme dans le Christ tous seront rendus vivants. Mais chaque homme son propre rang, le Christ tant les prmices 6, ensuite ceux qui sont au Christ, sa venue, puis vient la fin, quand il remettra le royaume Dieu, le Pre, quand il aura aboli toute rgle, et toute autorit, et tout pouvoir 7), il est manifeste que, par le baptme, nous ne constituons pas sur nous une autre autorit par laquelle nos actions extrieures doivent tre gouvernes en cette vie, mais nous promettons [simplement] de prendre la doctrine des aptres pour nous diriger dans le chemin de la vie ternelle.

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Actes, XVII, 3, quelques mots prs : "three Sabbath days he reasoned with them out of the Scriptures, opening and alleging that Christ must needs have suffered, and risen again from the dead, and that this Jesus is Christ." La King James version donne plus fidlement : "and three sabbath days reasoned with them out of the scriptures, opening and alleging, that Christ must needs have suffered, and risen again from the dead; and that this Jesus, whom I preach unto you, is Christ." (NdT) "But to teach out of the Old Testament that Jesus was Christ, that is to say, king, and risen from the dead, is not to say that men are bound, after they believe it, to obey those that tell them so, against the laws and commands of their sovereigns; but that they shall do wisely to expect the coming of Christ hereafter, in patience and faith, with obedience to their present magistrates." (NdT) "baptize". (NdT) Dans le texte biblique, cette expression n'apparat qu'une seule fois, en Matthieu, XXVIII, 19. (NdT) "that hath redeemed us". (NdT) "first fruits". "primitiae" dans la Vulgate. La traduction "prmisses" de F. Tricaud tonne. (NdT) "As in Adam all die, so in Christ all shall be made alive. But every man in his own order, Christ the first fruits, afterward they that are Christ's at his coming; then cometh the end, when he shall have delivered up the kingdom to God, even the Father, when he shall have put down all rule, and all authority and power." Conforme la King James version. (NdT)

Le pouvoir de rmission et de rtention des pchs 1, appel aussi le pouvoir de dlier et de lier 2, et parfois les clefs du royaume du ciel 3, dcoule de l'autorit de baptiser ou de refuser de baptiser, car le baptme est le sacrement d'allgeance de ceux qui doivent tre reus dans le royaume de Dieu, c'est--dire dans la vie ternelle, c'est--dire ceux qui [connatront] la rmission des pchs. En effet, la vie ternelle fut perdue en commettant le pch, elle sera recouvre par la rmission des pchs des hommes. La fin du baptme est la rmission des pchs; c'est pourquoi saint Pierre, quand ceux qui avaient t convertis par son sermon du jour de la Pentecte 4 lui demandrent ce qu'ils devaient faire, leur conseilla de se repentir et de se faire baptiser au nom de Jsus pour la rmission des pchs 5. Par consquent, tant donn que baptiser est proclamer que les hommes sont reus dans le royaume de Dieu, et que refuser de baptiser est proclamer leur exclusion, il s'ensuit que le pouvoir de proclamer qu'ils taient rejets ou retenus en ce royaume tait donn aux mmes aptres, leurs substituts et leurs successeurs. Et donc, aprs avoir souffl sur eux, notre Sauveur dit, en Jean, XX, 22 : Recevez le Saint-Esprit, et il ajoute au verset suivant : A quiconque vous remettez les pchs, ils sont remis, quiconque vous les retenez, ils sont retenus 6. Par ces paroles n'est pas concd une autorit de pardonner ou de retenir les pchs purement et absolument 7, comme Dieu les pardonne ou les retient, lui qui connat le coeur de l'homme et sait si sa pnitence et sa conversion sont vritables, mais une autorit de pardonner ou de retenir les pchs conditionnellement 8, celui qui se repent; et ce pardon, cette absolution, au cas o celui qui est absous fait semblant de se repentir, est de ce fait, sans autre action ou sentence de celui qui absout, rendue nulle, et n'a absolument aucun effet sur son salut, mais au contraire aggrave son pch. Les aptres et leurs successeurs ne doivent suivre que les marques extrieures de repentir, et quand ces marques se manifestent, ils n'ont aucune autorit pour refuser l'absolution, et si elles ne se manifestent pas, aucune autorit pour absoudre. La mme chose s'observe aussi pour le baptme, car, pour un Juif ou un Gentil converti, les aptres n'avaient pas le pouvoir de refuser le baptme, ni de l'accorder un non-pnitent. Mais tant donn que nul homme n'est capable de distinguer la vrit du repentir d'un autre homme, sinon dans les limites des marques extrieures tires de ses paroles et de ses actions, paroles et actions qui sont sujettes

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"The power of remission and retention of sins". G. Mairet ("le pouvoir de remettre les pchs, et leur rmission") ne tient absolument pas compte de la rtention, clairement exprime par Jean, en XX, 23 : "quorum remiseritis peccata remittuntur eis quorum retinueritis detenta sunt" (Vulgate), et clairement formule par le cathchisme romain (Concile de Trente). La traduction de G. Mairet est d'autant plus tonnante que Hobbes va citer plus loin Jean, en utilisant clairement le verbe "to retain". Le sens est simple : celui qui croit voit ses pchs remis, et il est libr (n'est plus li, comme le dit plus loin Hobbes). Celui qui demeure dans l'incroyance reste li au pch, ce pch lui est retenu. Autant "remissio" est trs prsent dans la Vulgate, autant "retineo" est rare. A ma connaissance, il n'apparat que dans le passage cit de Jean. La Stephanus utilise "aphimi" (qui, dans tous les sens, porte l'ide d'loignement) et "krate", ce dernier verbe signifiant tenir fortement, tre le matre de, retenir. (NdT) Matthieu, XVI, 19 et XVIII, 18. (NdT) L'expression est utilise par Matthieu en XVI, 19 ("claves regni caelorum" dans la Vulgate). (NdT) Actes, chapitre II. (NdT) Actes, II, 38. (NdT) "Whosesoever sins ye remit, they are remitted unto them; and whosesoever sins ye retain, they are retained." Conforme la King James version. (NdT) "simply and absolutely". (NdT) "conditionally". (NdT)

l'hypocrisie 1, une autre question surgira : qui est constitu juge de ces marques? Et cette question est rsolue par notre Sauveur lui-mme : Si ton frre, dit-il, t'offense, va et parle-lui de sa faute seul seul. S'il t'coute, tu as gagn ton frre. Mais s'il ne t'coute pas, alors prends avec toi encore 2 une ou deux personnes, et s'il ne veut pas t'couter, dis-le l'Eglise, et s'il ne veut pas couter l'Eglise, qu'il soit pour toi comme un paen et un publicain 3 4. Par l, il est manifeste que le jugement concernant la ralit du repentir n'appartient pas un seul homme, mais appartient l'Eglise, c'est--dire une assemble de fidles, ou ceux qui ont autorit pour tre leur reprsentant. Mais outre le jugement, il est aussi ncessaire que la sentence soit prononce, et cette fonction appartient toujours l'aptre, ou quelque pasteur de l'Eglise, en tant que porte-parole 5. Notre Sauveur parle de cela au verset 18 : Tout ce que vous lierez sur la terre sera li dans le ciel, et tout ce que vous dlierez sur terre sera dli dans le ciel 6. Et la pratique de saint Paul tait conforme cela, quand il dit, en 1. Corinthiens, V, 3-5 : Car moi, en vrit, absent de corps, mais prsent en esprit, j'ai dj dtermin 7, comme si j'tais prsent, l'gard de celui qui a ainsi fait cette action; au nom de notre Seigneur Jsus-Christ quand vous tes assembls, et avec mon esprit, avec le pouvoir de notre Seigneur Jsus-Christ, de livrer cet homme Satan 8, c'est--dire de le rejeter de l'Eglise, comme un homme dont les pchs ne sont pas pardonns. Ici, Paul prononce la sentence, mais l'assemble a d'abord eu entendre la cause (car saint Paul tait absent), et elle l'a donc condamn. Mais dans le mme chapitre, aux versets 11 et 12, le jugement, pour un tel cas, est plus expressment attribu l'assemble : Mais maintenant je vous ai crit que, si un homme qui est appel un frre est un fornicateur, etc., il ne faut pas le frquenter, et ne pas manger avec un tel homme. En effet, qu'ai-je faire de juger ceux qui sont au dehors? Ne jugez-vous pas ceux qui sont au dedans? 9 Donc, la sentence par laquelle un homme tait rejet de l'Eglise tait prononce par l'aptre, le pasteur, mais le jugement concernant le bien-fond de la cause 10 appartenait l'Eglise, c'est--dire, comme c'tait avant la conversion des rois, et avant qu'il y et des hommes dtenant
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"further than by external marks taken from his words and actions, which are subject to hypocrisy". (NdT) La vulgate dit : "adhuc unum vel duos". (NdT) Matthieu, XVIII, 15-17 (Note de Hobbes) "If thy brother (...) shall trespass against thee, go and tell him his fault between thee and him alone; if he shall hear thee, thou hast gained thy brother. But if he will not hear thee, then take with thee one or two more. And if he shall neglect to hear them, tell it unto the Church; but if he neglect to hear the Church, let him be unto thee as an heathen man and a publican." Conforme la King James version, mais Hobbes n'a pas cit "that in the mouth of two or three witnesses every word may be established". (NdT) "prolocutor". (NdT) "Whatsoever ye shall bind on earth shall be bound in heaven; and whatsoever ye shall loose on earth shall be loosed in heaven". Conforme la King James version. Li, dli : "ligata" et "soluta" dans la Vulgate, "dedemena" et "lelumena" dans la Stephanus. (NdT) La Vulgate utilise le verbe "judicare", juger, dire le droit. (NdT) "For I verily, as absent in body, but present in spirit, have determined already, as though I were present, concerning him that hath so done this deed; in the name of our Lord Jesus Christ, when ye are gathered together, and my spirit, with the power of our Lord Jesus Christ, to deliver such a one to Satan." Conforme la King James version, qui dit "unto Satan". NdT) "But now I have written unto you not to keep company, if any man that is called a brother be a fornicator," etc., "with such a one no not to eat. For what have I to do to judge them that are without? Do not ye judge them that are within?" Conforme la King James version. Le "etc." correspond "or covetous, or an idolater, or a railer, or a drunkard, or an extortioner". (NdT) "the merit of the cause". (NdT)

l'autorit souveraine dans la Rpublique, l'assemble des Chrtiens habitant dans la mme cit, comme Corinthe il appartenait l'assemble des Chrtiens de Corinthe. Cette partie du pouvoir des clefs 1, par laquelle les hommes taient chasss du royaume de Dieu, est appele excommunication, et excommunier, l'origine aposunaggon poiein 2, c'est jeter hors de la synagogue, c'est--dire hors du lieu du service divin : un mot tir de la coutume qu'avaient les Juifs de jeter hors de leurs synagogues ceux dont ils jugeaient les moeurs et la doctrine contagieuses, tout comme les lpreux, par la loi de Mose, taient spars de l'assemble d'Isral tant qu'ils n'taient pas dclars purifis par le prtre. Le rle, l'effet de l'excommunication, tant qu'elle ne fut pas encore renforce par le pouvoir civil, se limitait ceci : ceux qui n'taient pas excommunis devaient viter la compagnie de ceux qui l'taient. Il n'tait pas suffisant qu'ils passent pour des paens 3, ces derniers n'ayant jamais t chrtiens, car, avec les paens, ils pouvaient manger et boire, ce qu'ils ne pouvaient pas faire avec des personnes excommunies, comme il apparat dans les paroles de saint Paul, en 1. Corinthiens, V, 9, quand il leur dit qu'il leur a formellement interdit de frquenter les fornicateurs 4, mais, comme cela ne pouvait tre sans sortir du monde, il restreint pour les fidles l'interdiction aux fornicateurs et autres personnes atteintes de vices 5 qui seraient leurs frres. Avec un tel homme, dit-il, ils ne doivent pas avoir de compagnie, pas mme pour manger. Et ce n'est rien de plus que ce que dit notre Sauveur en Matthieu, XVIII, 17 : qu'il soit pour toi comme un paen et comme un publicain. En effet, les publicains 6 (le mot signifie les fermiers 7 et les percepteurs du revenu de la Rpublique) taient si has et dtests par les Juifs qui devaient payer l'impt, que, parmi eux, publicain et pcheur voulaient dire la mme chose; tel point que, quand notre Sauveur accepta l'invitation du publicain Zache 8, bien que ce ft pour le convertir, cela lui fut pourtant reproch comme un crime 9. Et donc, quand notre Sauveur, paen, ajoutait publicain 10, il leur interdisait de manger avec un homme excommuni. Pour ce qui est de les tenir hors de leurs synagogues, ou des lieux de runion, ils n'en avaient pas le pouvoir, c'tait le propritaire de l'endroit, qu'il ft chrtien ou paen, qui avait ce pouvoir. Et comme tous les lieux sont de droit sous l'empire de la Rpublique, l'excommuni, comme le non-baptis, pouvait entrer en ces lieux par mandat du magistrat civil 11, tout comme Paul, avant sa conversion, entrait dans les synagogues de Damas 12 pour apprhender les chrtiens, femmes et hommes, et les envoyer enchans Jrusalem, par mandat du grand prtre.
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"This part of the power of the keys". (NdT) En caractres grecs dans le texte. Littralement faire hors de la synagogue, autrement exclure, agir en mettant dehors. On peut signaler l'emploi qu'en fait Jean en Jean, IX, 22, quand il est dit que les Juifs menacent ceux qui diraient que Jsus est le Messie d'tre exclus de la synagogue. (NdT) "It was not enough to repute them as heathen". (NdT) "scripsi vobis in epistula ne commisceamini fornicariis" (Vulgate). (NdT) Ces vices sont nomms au verset 11. (NdT) "publicans". (NdT) Ceux qui peroivent les impts, comme on parla plus tard de fermiers gnraux. (NdT) Luc, XIX. (NdT) Luc, XIX, 7. (NdT) Matthieu, IX, 10-11; XI, 19; XXI, 31-32; Marc, II, 15-16; Luc, V, 30; VII, 34; XV, 1. (NdT) "by commission from the civil magistrate". (NdT) Actes, IX, 2 (Note de Hobbes)

Par l, on voit que pour des chrtiens qui devenaient apostats dans un lieu o le pouvoir civil perscutait l'Eglise, ou ne l'aidait pas, l'excommunication ne produisait aucun effet, aucun dommage dans ce monde, aucune terreur : aucune terreur parce qu'ils taient incroyants, aucun dommage parce qu'ils revenaient par l dans les faveurs du monde; et dans le monde venir, leur condition ne serait pas pire que la condition de ceux qui n'avaient jamais cru. Le dommage retombait plutt sur l'Eglise, car l'excommunication incitait ceux qu'elle chassait exercer plus librement leur malice 1. L'excommunication n'avait donc d'effet que sur ceux qui croyaient que JsusChrist devenait revenir dans la gloire pour rgner sur les vivants et les morts et pour les juger, et qu'il refuserait donc l'entre dans son royaume ceux dont les pchs seraient retenus, c'est--dire ceux qui seraient excommunis par l'Eglise. C'est de l que saint Paul appelle excommunication le fait de livrer une personne excommunie Satan 2, car, aprs le jugement dernier, en dehors du royaume du Christ, tous les autres royaumes sont compris dans le royaume de Satan. C'est ce qui tenait les fidles en crainte, aussi longtemps qu'ils demeuraient excommunis, c'est--dire dans un tat o leurs pchs n'taient pas pardonns. Ce qui nous fait comprendre que l'excommunication, une poque o la religion chrtienne n'avait pas une autorit provenant du pouvoir civil, n'tait utilise que pour corriger les moeurs 3, et non les opinions errones. En effet, c'est un chtiment auquel personne n'tait sensible, sinon ceux qui croyaient au retour de notre Sauveur pour juger le monde, et qui l'attendaient; et ceux qui croyaient cela n'avaient besoin d'aucune autre opinion pour tre sauvs : seule suffisait une vie droite. On peut tre excommuni pour injustice 4 : si ton frre t'offense, parle-lui en priv, puis avec tmoins, enfin, dis-le l'Eglise, et si alors il n'obit [toujours] pas, qu'il soit pour toi comme un paen et un publicain (Matthieu, XVIII) 5. Et on peut tre excommuni cause d'une vie scandaleuse, comme il est dit en 1. Corinthiens, V, 11 : Si quelqu'un qui est appel frre est un fornicateur, ou un homme avide, ou un idoltre, ou un ivrogne, ou un extorqueur 6, avec un tel homme, vous ne devez pas manger 7. Mais excommunier quelqu'un parce qu'il dfend le principe 8 que Jsus est le Christ, pour une diffrence d'opinion sur certains points qui ne dtruisent pas ce principe, on ne voit rien qui l'autorise dans l'Ecriture, et on n'en trouve aucun exemple
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"The damage redounded rather to the Church, by provocation of them they cast out to a freer execution of their malice." (NdT) 1. Corinthiens, V, 5. Le mot "excommunicatio" est absent de la Vulgate. On trouve plusieurs fois le mot "anathema" (idem dans la version grecque de Stephanus). (NdT) "was used only for a correction of manners". (NdT) "There lieth excommunication for injustice". (NdT) Adaptation des versets 15, 16 et 17 par Hobbes. La king James version donne : "Moreover if thy brother shall trespass against thee, go and tell him his fault between thee and him alone: if he shall hear thee, thou hast gained thy brother. But if he will not hear thee, then take with thee one or two more, that in the mouth of two or three witnesses every word may be established. And if he shall neglect to hear them, tell it unto the church: but if he neglect to hear the church, let him be unto thee as an heathen man and a publican." (NdT) La vulgate dit "rapax" (rapace, ravisseur, pilleur, voleur), la Stephanus "arpas" (mme sens). Hobbes utilise ici le mot "extorioner", celui qui extorque. (NdT) "If any man that is called a brother be a fornicator, or covetous, or an idolater, or a drunkard, or an extortioner, with such a one ye are not to eat." La king James version ajoute "a railer" ("maledicus" dans la Vulgate : mdisant). (NdT) "foundation". (NdT)

chez les aptres. En vrit, il existe un texte de saint Paul, en Tite, III, 10, qui semble contraire ce que je dis : Un homme qui est un hrtique, aprs une premire et une deuxime remontrances, rejette-le 1; car un hrtique est celui qui, tant membre de l'Eglise, enseigne cependant quelque opinion prive 2 que l'Eglise a interdite, et un tel homme, saint Paul avertit Tite qu'il doit tre rejet aprs une premire et une deuxime remontrances. Mais ici, rejeter un homme, ce n'est pas l'excommunier, mais c'est cesser de lui faire des remontrances, le laisser seul, ne plus disputer avec lui, comme quelqu'un qui ne peut tre convaincu que par lui-mme. Le mme aptre dit, en 2. Thimothe, II, 23 : Evite les questions sottes et ignorantes 3. Dans ce passage, le mot vite, et le mot rejette dans le passage prcdent correspondent au mot grec original paraitou 4, mais on peut mettre de ct 5 des questions sottes sans tre excommuni. Mme chose en Tite, III, 9, pour vite les questions sottes, o l'original periistaso (mets-les de ct 6) est quivalent au mot rejette du premier passage. Il n'existe pas d'autre passage qu'on puisse avec vraisemblance utiliser pour justifier de rejeter hors de l'Eglise des hommes fidles, qui croient au principe, [les rejeter] seulement cause d'une construction singulire de leur cru, qui procde peut-tre d'une conscience bonne et pieuse 7. Mais, au contraire, tous les passages de ce type qui commandent d'viter de pareilles disputes ont t crites comme une leon pour les pasteurs tels que Thimothe et Tite, pour qu'ils ne fassent pas de nouveaux articles de foi en dcidant de chaque petite controverse, articles de foi qui obligent les hommes charger leur conscience d'un fardeau inutile ou qui les incitent rompre leur union l'Eglise, laquelle leon est bien observe par les aptres eux-mmes. Saint Pierre et saint Paul, quoique la controverse qui les opposa ft importante 8, comme nous pouvons le lire en Galates, I, 11, ne s'exclurent pas l'un l'autre de l'Eglise. Nanmoins, au temps des aptres, il y eut d'autres pasteurs qui ne l'observrent pas, comme Diotrphs (3. Jean, 9 sqq. 9) qui rejeta hors de l'Eglise
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"A man that is an heretic, after the first and second admonition, reject." Conforme la King James version. (NdT) "some private opinion". (NdT) "Foolish and unlearned questions avoid". Conforme la King James version. "stultas autem et sine disciplina quaestiones" dans la Vulgate : "questions sottes et ignorantes (exactement : sans instruction, non instruites, grossires)". Mme sens dans la Stephanus grecque : "tas de mras kai apaideutous ztseis" (NdT) En caractres grecs dans le texte de Hobbes. En 2. Thimote, II, 23, on lit : "tas de mras kai apaideutos ztseis paraitou eids oti gennsin makras (soulign par nous)" : dtourne-toi des questions sottes et ignorantes, sachant qu'elles engendrent des querelles. (NdT) "but foolish questions may be set by". (NdT) Exactement se dtourner pour viter. Stephanus : "moras de zeteseis kai genealogias kai ereis kai makhas nomikas periistaso eisin gar anpheleis kai mataioi" : "Evite les questions sottes, et les gnalogies, et les disputes et les querelles sur la loi, car elles sont inutiles et vaines." (Soulign par nous) (NdT) "There is no other place that can so much as colourably be drawn to countenance the casting out of the Church faithful men, such as believed the foundation, only for a singular superstructure of their own, proceeding perhaps from a good and pious conscience." (NdT) Effectivement, il y allait de l'essence mme du Christinisme, le comportement de Pierre (Cphas = Petros) par rapport aux paens et aux Juifs risquant de favoriser un Evangile judasant contre lequel Paul s'efforait de lutter : la question centrale est videmment : justifi par la foi en J.C. (vritable Evangile qui accueille aussi les paens) ou justifi par les oeuvres de la loi (Evangile judasant pour le peuple lu). (NdT) "J'ai crit quelque chose l'assemble; mais Diotrphe, qui aime tre le premier parmi eux, ne nous reoit pas; c'est pourquoi, si je viens, je me souviendrai des oeuvres qu'il fait en dbitant de mchantes paroles contre nous; et, non content de cela, lui-mme il ne reoit pas les frres et il empche ceux qui veulent les recevoir, et les chasse de l'assemble."(Versets 9 et 10) (NdT)

ceux que saint Jean lui-mme jugeait aptes l'admission, et cela cause de l'orgueil qu'il tirait de se prminence. Ainsi, ds le dbut, la vanit et l'ambition avaient russi s'introduire dans l'Eglise du Christ. Pour que quelqu'un soit passible d'excommunication, beaucoup de conditions sont requises, comme d'abord, qu'il soit membre de quelque communaut, c'est--dire de quelque assemble lgitime 1, c'est--dire de quelque Eglise chrtienne ayant le pouvoir de juger de la cause pour laquelle il doit tre excommuni, car l o il n'existe aucune communaut, il ne peut y avoir d'excommunication, et l o n'existe aucun pouvoir de juger, il ne peut y avoir un quelconque pouvoir de rendre une sentence. Il suit de l qu'une Eglise ne peut pas tre excommunie par une autre Eglise : en effet, soit elles ont un gal pouvoir de s'excommunier l'une l'autre, auquel cas l'excommunication n'est pas une mesure disciplinaire 2, ni un acte d'autorit, mais un schisme et une dissolution de la charit 3; soit l'une est si subordonne l'autre qu'elles n'ont ensemble qu'une seule voix, et alors elles ne forment qu'une seule Eglise, et la partie excommunie n'est plus une Eglise, mais un nombre de personnes individuelles sans unit 4. Et comme la sentence d'excommunication comporte l'avis de ne pas demeurer en compagnie ni de manger avec celui qui est excommuni, si un prince souverain ou une assemble souveraine sont excommunis, la sentence ne peut avoir aucun effet. En effet, par la loi de nature, tous les sujets sont tenus d'tre en compagnie et en prsence de leur propre souverain quand il l'exige, et ils ne peuvent lgitimement soit le chasser de quelque lieu de son propre empire, profane ou sacr, soit sortir de son empire sans sa permission 5. Encore moins peuvent-ils refuser de manger avec lui s'il leur fait cet honneur. Et quant aux autres princes et Etats, comme ils ne sont pas des parties d'une seule et mme congrgation, ils n'ont pas besoin de quelque autre sentence pour tre empchs de frquenter l'Etat excommuni, car l'institution-mme, en tant qu'elle unit de nombreux hommes en une seule communaut, spare ainsi chaque communaut de l'autre, et de cette faon, l'excommunication n'est pas ncessaire pour tenir les rois loigns l'un de l'autre, et elle n'a pas d'autre effet que celui qui est inhrent la nature de la politique elle-mme, si ce n'est qu'elle incite les princes se faire la guerre. L'excommunication d'un sujet chrtien qui obit aux lois de son propre souverain, chrtien ou paen, n'est d'aucun effet non plus, car s'il croit que Jsus est le Christ, il a l'esprit de Dieu 6 ([Link], 1), et Dieu demeure en lui, et lui en Dieu 7
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"of some lawful assembly". (NdT) "discipline". (NdT) "dissolution of charity". (NdT) "but a dissolute number of individual persons". (NdT) "his leave". (NdT) "Jesus is the Christ, he hath the Spirit of God". Citation plus qu'approximative. En effet, le verset 1 donne : "Beloved, believe not every spirit, but try the spirits whether they are of God: because many false prophets are gone out into the world." (ce qui est conforme la Vulgate : "carissimi nolite omni spiritui credere sed probate spiritus si ex Deo sint quoniam multi pseudoprophetae exierunt in mundum".) Peut-tre Hobbes pense-t-il au verset 2 : "Hereby know ye the Spirit of God: Every spirit that confesseth that Jesus Christ is come in the flesh is of God." (NdT) "and God dwelleth in him, and he in God". Le verset entier est "Whosoever shall confess that Jesus is the Son of God, God dwelleth in him, and he in God." (King James version) (NdT)

(1. Jean, IV, 15). Mais celui qui a l'esprit de Dieu, celui qui demeure en Dieu, celui en qui Dieu demeure, ne saurait recevoir un mal de l'excommunication des hommes. Donc, celui qui croit que Jsus est le Christ est affranchi de tous les dangers qui menacent les personnes excommunies. Celui qui ne le croit pas n'est pas chrtien. Par consquent, un vrai chrtien, sincre, n'est pas passible d'excommunication 1. Celui qui se fait passer 2 pour chrtien non plus, tant que son hypocrisie n'apparat pas dans ses moeurs, tant que sa conduite n'est pas contraire la loi du souverain, loi qui est la rgle des moeurs, et laquelle le Christ et les aptres nous ont ordonn d'tre assujettis. En effet, l'Eglise ne peut juger des moeurs que par les actions extrieures, lesquelles actions ne peuvent jamais tre illgitimes que si elles sont contraires la loi de la Rpublique. Si le pre, la mre, ou le matre d'un homme est excommuni, il n'est cependant pas interdit ses enfants de demeurer en sa compagnie ou de manger avec lui, car ce serait obliger la plupart d'entre eux de ne pas manger, faute de moyens d'acqurir de la nourriture, et ce serait leur donner l'autorisation de dsobir leurs parents et leurs matres, contrairement aux prceptes des aptres En somme, le pouvoir d'excommunier ne saurait tre tendu au-del de la fin pour laquelle les aptres et les pasteurs tiennent leur mandat de notre Sauveur, qui est non pas de gouverner par le commandement et la coercition mais en enseignant et en dirigeant les hommes dans la voie du salut dans le monde venir 3. Et de mme qu'un matre en quelque science peut abandonner son lve quand celui-ci nglige obstinment la pratique de ses rgles, mais ne saurait l'accuser d'injustice puisque l'lve n'a jamais t tenu de lui obir 4, de mme celui qui enseigne la doctrine chrtienne peut abandonner ses disciples qui continuent obstinment vivre de faon non chrtienne, mais il ne saurait dire qu'ils lui font du mal, parce qu'ils ne sont pas obligs de lui obir. En effet, un matre qui se plaindrait de cette faon, on pourrait appliquer la rponse que Dieu fit Samuel dans le mme cas : Ce n'est pas toi qu'ils ont rejet, c'est moi 5. L'excommunication est donc sans effet, et on ne doit pas la craindre, quand il manque l'assistance du pouvoir civil, comme c'est le cas quand un Etat chrtien ou un prince chrtien est excommuni par une autorit trangre. L'expression fulmen excommunicationis (c'est--dire : les foudres de l'excommunication) 6 vient de ce qu'un vque de Rome, qui l'utilisa le premier, s'imagina tre le roi des rois, comme les paens faisaient de Jupiter le roi des dieux et lui attribuaient, dans leurs pomes et leurs images, un foudre 7 pour subjuguer et punir les gants qui oseraient nier son pouvoir. Cela se fondait sur deux erreurs : l'une, que le royaume du Christ est de ce monde, contrairement aux propres paroles de notre Sauveur (Mon royaume n'est pas de ce monde 8), l'autre, qu'il tait le vicaire du
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"Therefore a true and unfeigned Christian is not liable to excommunication". (NdT) "nor he also that is a professed Christian". La traduction de F. Tricaud ("qui fait profession d'tre chrtien") n'est pas assez fidle. Meilleure est la traduction (une fois n'est pas coutume) de G. Mairet : "qui affecte d'tre chrtien". (NdT) "which is not to rule by command and coercion, but by teaching and direction of men in the way of salvation in the world to come." (NdT) On peut s'tonner ici que Hobbes n'envisage pas l'ide d'un contrat - au moins tacite - entre le matre et l'lve, mais il faut trs certainement penser que notre auteur fait ici abstraction d'une autorit transcendante qui institutionnaliserait le rapport entre le matre et l'lve. (NdT) 1. Samuel, VIII. (Note de Hobbes) "The name of fulmen excommunicationis (that is, the thunderbolt of excommunication)". (NdT) "a thunderbolt", et non pas "la foudre", comme le traduit G. Mairet. (NdT) Jean, XVIII, 36. (NdT)

Christ, non seulement sur ses propres sujets, mais sur tous les Chrtiens du monde, ce dont on ne trouve aucun fondement dans l'Ecriture, et le contraire sera prouv au lieu qui convient. Quand saint Paul arriva Thessalonique, o il y avait une synagogue des Juifs, comme son habitude, il alla vers eux, et pendant trois jours de Sabbat, il raisonna avec eux partir de l'Ecriture, leur dcouvrant 1 et leur allguant que le Christ devait ncessairement souffrir, et ressusciter d'entre les morts, et que ce Jsus tait le Christ 2 (Actes, XVII, 2-3). Les Ecritures dont il est fait ici mention sont celles des Juifs, c'est--dire l'Ancien Testament. Les hommes qui il devait prouver que Jsus tait le Christ et qu'il devait ressusciter d'entre les morts, taient aussi des Juifs qui croyaient dj que ces Ecritures taient la parole de Dieu. A la suite de cela, comme il est dit dans le verset 4 3, certains d'entre eux crurent, et, comme il est dit dans le verset 5 4, d'autres ne crurent pas. Pour quelle raison, alors qu'ils croyaient tous l'Ecriture, ne crurent-ils pas tous de la mme faon, certains approuvant, d'autres dsapprouvant l'interprtation de saint Paul qui la citait, chacun interprtant l'Ecriture pour lui-mme? Celle-ci : saint Paul venait vers eux sans mandat lgal, et la manire de quelqu'un qui ne veut pas commander, mais persuader, ce qu'il devait ncessairement faire, soit par des miracles, comme Mose le fit en Egypte pour les Isralites, pour qu'ils pussent voir son autorit dans les oeuvres de Dieu, soit en raisonnant partir de l'Ecriture dj accepte, pour qu'ils pussent voir la vrit de sa doctrine dans la parole de Dieu. Mais quiconque persuade en raisonnant partir de principes crits rend celui qui il parle juge, aussi bien du sens de ces principes que de la force des infrences faites partir de ces principes. Si ces Juifs de Thessalonique n'taient pas juges de ce que saint Paul allguait partir de l'Ecriture, qui d'autre l'tait? Si c'tait saint Paul, quel besoin avait-il d'en citer des passages pour prouver sa doctrine? Il aurait t suffisant de dire : Je trouve cela dans l'Ecriture, c'est--dire dans vos lois dont je suis l'interprte, en tant qu'envoy par le Christ. Par consquent, l'interprte de l'Ecriture, l'interprtation duquel les Juifs de Thessalonique taient tenus de se tenir ne pouvait tre personne : chacun pouvait croire ou ne pas croire, selon que les allgations lui semblaient s'accorder ou ne pas s'accorder avec le sens des passages allgus. Et gnralement dans tous les cas, celui qui prtend dtenir une preuve fait juge de cette preuve celui qui s'adresse son discours. Et pour le cas des Juifs en particulier, ils taient tenus par des paroles expresses (Deutronome, XVII 5) de n'accepter la dcision de toutes les questions
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La Vulgate utilise en Actes, XVII, 3, le verbe "adaperio" qui a autant le sens de dcouvrir (ce qui est cach, clos) que d'ouvrir (voir par ex. Nahum, III, 13). Le verbe grec "dianoig", utilis par Stephanus, prsente le mme sens propre et le mme sens figur. F. Tricaud traduit "les leur ouvrant". (NdT) "as his manner was, went in unto them, and three sabbath days reasoned with them out of the scriptures, opening and alleging, that Christ must needs have suffered, and risen again from the dead; and that this Jesus, whom I preach unto you, is Christ." Conforme la King James version. (NdT) "And some of them believed, and consorted with Paul and Silas; and of the devout Greeks a great multitude, and of the chief women not a few." (King James version) (NdT) "But the Jews which believed not, moved with envy, took unto them certain lewd fellows of the baser sort, and gathered a company, and set all the city on an uproar, and assaulted the house of Jason, and sought to bring them out to the people." (King James version) (NdT) "Lorsqu'une affaire sera pour toi trop difficile juger, entre sang et sang, entre cause et cause, et entre coup et coup, des cas de dispute dans tes portes, alors tu te lveras, et tu monteras au lieu que l'ternel, ton Dieu, aura choisi; et tu viendras vers les sacrificateurs, les Lvites, et vers le juge qu'il y aura en ces jours-l, et tu rechercheras, et ils te dclareront la sentence du jugement. Et tu agiras conformment la sentence qu'ils t'auront dclare, de ce lieu que l'ternel aura choisi, et tu

ardues que des prtres et des juges d'Isral de l'poque. Mais cela doit s'entendre des Juifs qui n'taient pas encore convertis. Pour la conversion des Gentils, il tait inutile d'allguer les Ecritures, auxquelles ils ne croyaient pas. Les aptres, donc, travaillaient rfuter leur idoltrie par la raison 1, et cela fait, les persuader d'avoir foi dans le Christ par leur tmoignage de sa vie et de sa rsurrection. De sorte qu'il n'y avait pas non plus de controverse quant l'autorit qui devait interprter l'Ecriture, tant donn que nul n'est oblig, tant qu'il est infidle, de suivre l'interprtation de quelqu'un, sauf l'interprtation des lois de son pays par son souverain. Considrons maintenant la conversion elle-mme, et voyons ce qu'il y avait en elle qui pt tre la cause d'une telle obligation. Les hommes n'taient convertis rien d'autre qu' croire ce que les aptres prchaient, et les aptres ne prchaient qu'une chose, que Jsus tait le Christ, c'est--dire le roi qui devait les sauver et rgner sur eux ternellement dans le monde venir, et que par consquent, il n'tait pas mort, mais ressuscit d'entre les morts, et mont dans le ciel, et qu'il reviendrait un jour pour juger le monde (qui devait aussi ressusciter pour tre jug), et pour rcompenser chaque homme selon ses oeuvres. Aucun d'eux ne prchait que lui-mme, ou un autre aptre tait cet interprte de l'Ecriture auprs duquel ceux qui devenaient chrtiens devaient prendre l'interprtation comme loi. En effet, interprter les lois est une partie de l'administration du royaume actuel, que les aptres ne possdaient pas. Alors, ils priaient, et depuis, tous les autres aussi : Que ton Royaume arrive 2; et ils exhortaient les convertis obir leurs princes paens d'alors 3. Le Nouveau Testament n'tait pas encore publi en un seul corps. Chaque vangliste tait interprte de son propre Evangile, et chaque aptre de sa propre Eptre, et de l'Ancien Testament, notre Sauveur lui-mme dit aux Juifs, en Jean, V, 39 : Scrutez les Ecritures 4, car en elles, vous pensez avoir la vie ternelle, et ce sont elles qui tmoignent de moi 5. S'il n'avait pas eu l'intention qu'ils les interprtassent, il ne leur aurait pas ordonn d'y prendre la preuve qu'il tait le Christ. Soit il les aurait interprtes lui-mme, soit il les aurait renvoys l'interprtation des prtres. Quand surgissait une difficult, les aptres et les anciens de l'Eglise s'assemblaient, et dterminaient ce qui serait prch et enseign, et comment ils
prendras garde faire selon tout ce qu'ils t'auront enseign. Tu agiras conformment la loi qu'ils t'auront enseigne, et selon le droit qu'ils t'auront annonc; tu ne t'carteras, ni droite ni gauche, de la sentence qu'ils t'auront dclare." (Deutronome, XVII, 8-11, Darby) "If there arise a matter too hard for thee in judgment, between blood and blood, between plea and plea, and between stroke and stroke, being matters of controversy within thy gates: then shalt thou arise, and get thee up into the place which the LORD thy God shall choose; And thou shalt come unto the priests the Levites, and unto the judge that shall be in those days, and enquire; and they shall shew thee the sentence of judgment: And thou shalt do according to the sentence, which they of that place which the LORD shall choose shall shew thee; and thou shalt observe to do according to all that they inform thee: According to the sentence of the law which they shall teach thee, and according to the judgment which they shall tell thee, thou shalt do: thou shalt not decline from the sentence which they shall shew thee, to the right hand, nor to the left." (King James version) (NdT) "The Apostles therefore laboured by reason to confute their idolatry". (NdT) Matthieu, VI, 10; Luc, XI, 2. (NdT) "to obey their then ethnic princes". (NdT) "scrutamini scripturas", dit la Vulgate. (NdT) "Search the Scriptures; for in them ye think to have eternal life, and they are they that testify of me." Conforme la King James version. (NdT)

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interprteraient les Ecritures au peuple, mais ils n'enlevaient pas au peuple la libert de les lire et de les interprter par eux-mmes. Les aptres envoyrent plusieurs lettres aux Eglises, et d'autres crits, pour leur instruction, ce qui aurait t fait en vain si les Eglises n'avaient pas eu la permission d'interprter les Ecritures, c'est--dire d'en considrer le sens. C'tait l'poque des aptres, et ce dut tre ainsi jusqu' ce qu'il y et des pasteurs qui pussent autoriser un interprte, l'interprtation duquel on se tiendrait gnralement. Mais cela tait impossible tant que les rois n'taient pas pasteurs, ou les pasteurs rois. Un crit peut tre dit canonique 1 en deux sens : en effet, canon signifie rgle 2, et une rgle est un prcepte par lequel un homme est guid et dirig en une action, quelle qu'elle soit. Ces prceptes, mme donns par un matre 3 ses disciples, ou par un conseiller son ami, sans pouvoir de contraindre celui qui les observe, sont nanmoins des canons, parce que ce sont des rgles. Mais quand ils sont donns par quelqu'un qui celui qui les observe est tenu d'obir, alors ces canons ne sont pas seulement des rgles, mais ce sont des lois. La question est donc ici celle du pouvoir de faire les Ecritures, qui sont les rgles de la foi chrtienne, des lois. Cette partie de l'Ecriture qui devint la premire loi fut les Dix Commandements, crits sur deux tables de pierre, donns par Dieu lui-mme Mose, et ports la connaissance du peuple par Mose. Avant cette poque, il n'y avait aucune loi crite de dieu qui, n'ayant pas encore choisi un peuple pour tre son royaume particulier, n'avait pas donn de lois aux hommes, sinon la loi de nature, c'est--dire les prceptes de la raison naturelle, crits dans le coeur de tout homme 4. La premire de ces deux tables contient la loi de souverainet : 1 Que les Isralites n'obissent pas aux dieux des autres nations, et qu'ils ne les honorent pas, ce qu'on trouve dans ces paroles : Non habebis Deos alienos coram me 5, c'est--dire : Tu n'auras pas pour dieux les dieux que les autres nations adorent, mais seulement moi 6, paroles qui leur interdisaient d'obir et de rendre honneur comme leur roi et gouverneur un autre Dieu que celui qui leur avait parl par Mose, et ensuite par le grand prtre. 2 Qu'ils ne fabriquent aucune image pour le reprsenter 7, c'est--dire qu'ils ne devaient se choisir, ni dans le ciel ni sur terre, aucune reprsentation de leur propre fantaisie 8, mais obir Mose et Aaron qu'il avait dsigns pour cette

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"canonical". (NdT) "canon signifieth a rule". (NdT) "teacher". (NdT) "but the law of nature, that is to say, the precepts of natural reason, written in every man's own heart". (NdT) Exode, XX, 3 (Vulgate) En Deutronome, V, 7, on a : "non habebis deos alienos in conspectu meo". (NdT) "Thou shalt not have for gods, the gods that other nations worship, but only me". Pour le verset cit en latin, la King James version donne : "Thou shalt have no other gods before me." (idem en Deutronome, V, 7) (NdT) "should not make any image to represent Him". La King James version, en Exode, XX, 4, donne : "Thou shalt not make unto thee any graven image, or any likeness of any thing that is in heaven above, or that is in the earth beneath, or that is in the water under the earth." Et en Deutronome, V, 8 : "Thou shalt not make thee any graven image, or any likeness of any thing that is in heaven above, or that is in the earth beneath, or that is in the waters beneath the earth". (NdT) "their own fancing". (NdT)

fonction. 3 Qu'ils ne prennent pas le nom de Dieu en vain 1, c'est--dire qu'ils ne parlent pas la lgre de leur roi, qu'ils ne disputent pas son droit, ni les mandats de Mose et Aaron, ses lieutenants 2. 4 Que chaque septime jour, ils s'abstiennent de leur travail ordinaire 3, et qu'ils emploient ce temps lui rendre un honneur public. La seconde table contient les devoirs des hommes les uns envers les autres, comme honorer ses parents, ne pas tuer, ne pas commettre d'adultre, ne pas voler, ne pas corrompre le jugement par un faux tmoignage, et finalement ne pas projeter, mme dans son coeur, de se causer du tort l'un envers l'autre 4. La question est maintenant : qui donna ces tables crites la force obligatoire des lois? Sans aucun doute, elles furent faites lois par Dieu lui-mme. Mais comme une loi n'oblige pas, que ce n'est une loi pour quelqu'un que s'il a reconnu qu'elle tait l'acte du souverain, comment le peuple d'Isral, qui il tait interdit d'approcher de la montagne pour entendre ce que Dieu disait Mose, pouvait-il tre oblig d'obir toutes ces lois que Mose leur exposait? Il est vrai que certaines d'entre elles taient des lois de nature, comme toutes celles de la seconde table, et elles pouvaient donc tre reconnues comme lois de Dieu, pas seulement par les Isralites, mais par tous les peuples, mais pour celles qui taient particulires aux Isralites, comme celles de la premire loi, la question demeurerait s'ils ne s'taient pas obligs, juste aprs qu'elles furent exposes, obir Mose en ces termes : Parle-nous, et nous t'couterons, mais que Dieu ne nous parle pas, de peur que nous ne mourrions 5 (Exode, XX, 19). C'est donc alors seulement Mose, et aprs lui le grand prtre, qui, par Mose, Dieu dclara qu'il administrerait son royaume particulier, qui avait sur terre le pouvoir de faire de ce court crit du Dcalogue la loi de la Rpublique d'Isral. Mais Mose, et Aaron, et les grands prtres qui leur succdrent furent les souverains civils. Par consquent, jusque-l, l'acte qui rendait un crit canonique, qui faisait de l'Ecriture une loi, appartenait au souverain civil 6. La loi judiciaire 7, c'est--dire les lois que Dieu a prescrites aux magistrats d'Isral comme rgle de leur administration de la justice, et des sentences ou jugements qu'ils prononceraient dans les procs 8 d'homme homme, et la loi lvitique 9, c'est--dire la rgle que Dieu a prescrite pour les rites et les crmonies des prtres et des lvites, sont toutes transmises aux Isralites par le seul Mose, et donc, elles deviennent aussi lois en vertu de la mme promesse d'obissance Mose.

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"they should not take the name of God in vain". La King James version donne, en Exode, XX, 7 : "Thou shalt not take the name of the LORD thy God in vain". Mme chose en Deutronome, V, 11. (NdT) "they should not speak rashly of their King, nor dispute his right, nor the commissions of Moses and Aaron, His lieutenants." (NdT) "they should every seventh day abstain from their ordinary labour". En Exode, XX, 9-10, la King James version donne : "Remember the sabbath day, to keep it holy. Six days shalt thou labour, and do all thy work: But the seventh day is the sabbath of the LORD thy God: in it thou shalt not do any work, thou, nor thy son, nor thy daughter, thy manservant, nor thy maidservant, nor thy cattle, nor thy stranger that is within thy gates". Presque semblable en Deutronome. (NdT) "Not so much as to design in their heart the doing of any injury one to another". (NdT) "Speak thou to us, and we will hear thee; but let not God speak to us, lest we die". Conforme la King James version. (NdT) "Therefore hitherto the canonizing, or making of the Scripture law, belonged to the civil sovereign." (NdT) "The judicial law". (NdT) "in pleas". (NdT) "Levitical law". (NdT)

Si ces lois furent alors crites, ou non crites mais rcites oralement 1 au peuple par Mose, aprs ses quarante jours passs avec Dieu sur la montagne, ce n'est pas dit dans le texte; mais elles taient toutes des lois positives, et quivalaient un texte sacr 2, et elles furent rendues canoniques par le souverain civil Mose. Aprs que les Isralites furent venus dans les plaines de Moab, en face de Jricho, et qu'ils furent prts entrer dans la terre promise, Mose ajouta aux premires lois diverses autres lois, qui sont pour cela appeles Deutronome, c'est-dire la seconde loi 3, et elles sont, comme il est crit en Deutronome, XXIX, 1, les paroles de la convention 4 que le Seigneur commanda Mose de faire avec les enfants d'Isral, en plus de la convention qu'il avait faite avec eux sur l'Horeb 5 6. En effet, ayant expliqu ces premires lois, au dbut du livre du Deutronome, il en ajoute d'autres, qui commencent au chapitre XII et continuent jusqu' la fin du chapitre XXVI du mme livre. Il leur fut ordonn, leur passage du Jourdain, d'crire ces lois sur des pierres enduites de chaux (Deutronome, XVII, 1) 7. Cette loi fut aussi crite par Mose lui-mme dans un livre qu'il remit entre les mains des prtres et des anciens d'Isral (Deutronome XXXI, 9), et Mose ordonna (verset 26) de la mettre ct de l'Arche, car dans l'Arche elle-mme, il n'y avait rien d'autre que les dix commandements. C'est de cette loi que Mose ordonna aux rois d'Isral de conserver une copie (Deutronome, XVII, 18), et c'est cette loi qui, ayant t perdue longtemps, fut retrouve dans le temple l'poque de Josias, et qui fut reue comme loi de Dieu par son autorit. Mais les deux, Mose quand il l'crivit, et Josias quand il la retrouva, dtenaient la souverainet civile. Jusqu' ce moment, donc, le pouvoir de rendre l'Ecriture canonique appartenait au souverain civil. En dehors de ce livre de la loi, il n'existait pas d'autre livre, de l'poque de Mose jusqu' la captivit, reu par les Juifs comme loi de Dieu, car les prophtes, sinon un petit nombre, vcurent l'poque-mme de la captivit, et les autres peu de temps avant; et ils taient loin de voir leurs prophties gnralement reues comme lois qu'ils taient perscuts, en partie par les faux prophtes, en partie par les rois qui taient sduits par ces prophtes. Et le livre lui-mme, que Josias authentifia comme loi de Dieu, et avec lui toute l'histoire des oeuvres de Dieu, fut perdu pendant la captivit et le sac de la cit de Jrusalem, comme on le voit par 2. Esdras, XIV, 21 : Ta loi est brle, et donc, personne ne sait les choses qui sont faites par toi, ou les oeuvres qui commenceront 8. Et avant la captivit, entre le moment o la loi fut perdue (ce qui n'est pas mentionn dans l'Ecriture, mais on peut avec vraisemblance penser que ce fut au temps de Roboam, o Ssaq, roi d'Egypte, pilla 9 le temple 1) et
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"dictated". (NdT) "but they were all positive laws, and equivalent to Holy Scripture". (NdT) En grec, "deuteros" : second, deuxime. "nomos" : loi. (NdT) de l'alliance. (NdT) Le mont Horeb = le mont Sina. (NdT) "the words of a covenant which the Lord commanded Moses to make with the children of Israel, besides the covenant which he made with them in Horeb". La king James version prcise, aprs "Isral" : "in the land of Moab". (NdT) "calx" dans la Vulgate, "konia" dans la Septante. Deurnome XVII, 2 (et non 1). (NdT) "Thy law is burnt; therefore no man knoweth the things that are done of Thee, or the works that shall begin". (Apocryphe) Conforme la King James version. (NdT) "took the spoil" : prit les dpouilles, le butin. Comme la Septante, la Vulgate dit "les trsors" ("et tulit thesauros domus Domini et thesauros regios et universa diripuit scuta quoque aurea quae fecerat Salomon"). (NdT)

le moment o Josias la retrouva, il n'exista aucune parole crite de Dieu, mais il y eut des rgles la discrtion des rois, ou des directives de ceux que chacun d'eux jugeait prophte 2. Nous pouvons infrer de l que les Ecritures de l'Ancien Testament que nous avons ce jour ne furent pas canoniques, ni ne furent une loi pour les Juifs jusqu'au renouvellement de leur convention avec Dieu au retour de la captivit, et la restauration de leur Rpublique sous Esdras. Mais partir de ce moment, elles furent considres comme la loi des Juifs, et traduites comme telles par soixante-dix anciens de Jude, et mises dans la bibliothque de Ptolme Alexandrie, et reconnues 3 comme la parole de Dieu. Or, tant donn qu'Esdras tait le grand prtre, et que le grand prtre tait leur souverain civil, il est manifeste que les Ecritures ne furent jamais faites lois, sinon par le pouvoir civil souverain. Par les crits des Pres qui vcurent avant que la religion chrtienne ne soit reue et autorise par l'empereur Constantin, nous pouvons voir que les livres que nous avons maintenant du Nouveau Testament taient tenus par les Chrtiens de l'poque (mis part quelques-uns, et par rapport une minorit 4 qu'on appelait des hrtiques, les autres taient appels l'Eglise Catholique) pour les prceptes du SaintEsprit 5, et par consquent tenus pour le canon, la rgle de foi 6 : tels taient le respect et l'opinion qu'ils avaient l'gard de leurs matres car, en gnral, le respect que les disciples portent leurs premiers matres, quelle que soit la doctrine reue, n'est pas mince. Il n'y a donc aucun doute que, quand saint Paul crivait aux Eglises qu'il avait converties, ou quand un autre aptre ou disciple du Christ crivait ceux qui avaient embrass la foi dans le Christ, ces derniers recevaient ces crits comme la vraie doctrine chrtienne. Mais cette poque, alors que ce n'taient pas le pouvoir et l'autorit du matre, mais la foi de celui qui coutait, qui faisaient qu'il la recevait, ce n'taient pas les aptres qui rendaient leurs propres crits canoniques, mais chaque converti les considrait comme tels pour lui-mme. Mais ici, la question n'est pas de savoir ce que chaque Chrtien considrait comme loi ou canon pour lui-mme, qu'il pouvait [d'ailleurs] rejeter par le mme droit qu'il l'avait reu, elle est de savoir ce qui leur tait rendu canonique de telle faon qu'ils ne pouvaient sans injustice faire quelque chose qui y ft contraire. Que le Nouveau Testament ft canonique en ce sens, c'est--dire ft une loi en des lieux o la loi de la Rpublique ne l'avait pas rendu tel, cela est contraire la nature d'une loi, car une loi, comme je l'ai dj montr, est le commandement de l'homme ou de l'assemble qui nous avons donn l'autorit souveraine pour faire des rgles pour la direction de nos actions comme il le jugera bon 7, et pour nous punir quand nous faisons quelque chose de contraire la loi. Quand donc quelqu'un nous propose d'autres rgles que celles que le lgislateur souverain 8 a prescrites, elles ne sont que des conseils, des recommandations 9 que celui qui est conseill, que ces conseils
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1. Rois, XIV, 26 (Note de Hobbes) "but ruled according to their own discretion, or by the direction of such as each of them esteemed prophets." (NdT) "approved". (NdT) "paucity" : raret. (NdT) "for the dictates of the Holy Ghost". (NdT) "and consequently for the canon, or rule of faith". (NdT) " to make such rules for the direction of our actions as he shall think fit". (NdT) "the sovereign ruler" : littralement, le rgleur souverain. (NdT) "they are but counsel and advice". (NdT)

soient bons ou mauvais, peut sans injustice refuser d'observer; et si ces conseils sont contraires aux lois dj tablies, il ne saurait les suivre sans injustice, aussi bonnes soient-elles selon son ide 1. Je dis qu'il ne saurait dans ce cas observer ces conseils dans ses actions, et pas non plus dans ses entretiens avec les autres hommes, quoiqu'il puisse sans tre condamn 2 croire ses matres privs et souhaiter avoir la libert de mettre en pratique leurs recommandations, et souhaiter que ces recommandations soient publiquement tenues pour lois 3, car la foi intrieure est par sa propre nature invisible, et par consquent elle est soustraite toute juridiction humaine, alors que les paroles et les actions qui viennent de cette foi sont, en tant que ruptures de l'obissance civile, une injustice la fois devant Dieu et devant les hommes. Attendu que notre Sauveur a ni que son royaume soit de ce monde, attendu qu'il a dit qu'il ne venait pas pour juger le monde, mais pour le sauver, il ne nous a pas assujettis d'autres lois que celles de la Rpublique, c'est--dire qu'il a assujetti les Juifs la loi de Mose (dont il dit en Matthieu, V, qu'il n'est pas venu pour la dtruire, mais pour l'accomplir 4), et les autres nations aux lois de leurs souverains respectifs, et tous les hommes aux lois de nature. L'observation de ces lois, lui-mme et ses aptres l'ont recommande dans leur enseignement comme une condition ncessaire pour tre admis par lui, au dernier jour, dans son royaume ternel, o nous connatrons une protection et une vie ternelles. Donc, tant donn que notre Sauveur et ses aptres ne nous ont pas laiss de nouvelles lois pour nous obliger en ce monde, mais une nouvelle doctrine pour nous prparer au monde venir, les livres de l'Ancien Testament, qui contiennent cette doctrine, jusqu' que ceux qui Dieu donna le pouvoir d'tre les lgislateurs terrestres nous ordonnent de leur obir, ne furent pas des canons obligatoires 5, c'est--dire des lois, mais seulement des recommandations bonnes et salutaires pour diriger les pcheurs dans le chemin du salut, recommandations que chacun pouvait suivre ou refuser sans injustice, ses risques et prils. D'ailleurs, le mandat donn par le Christ ses aptres et disciples consistait proclamer son royaume, non prsent mais venir, d'enseigner toutes les nations, de baptiser ceux qui croiraient, d'entrer dans les maisons de ceux qui les recevraient, et l o ils ne seraient pas reus, de secouer la poussire de leur pieds contre ceux qui ne les recevraient pas 6, mais non d'en appeler au feu du ciel pour les dtruire, ni de les contraindre l'obissance par l'pe. Dans tout cela, il n'est pas question de pouvoir, mais de persuasion. Il les envoyait au dehors comme des brebis vers les loups 7, non comme des rois vers leurs sujets. Ils n'avaient aucun mandat pour faire des lois, mais leur mandait stipulait d'obir et d'enseigner l'obissance aux lois institues 8, et, par
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"how good soever he conceiveth it to be". "without blame". (NdT) Que Hobbes soit bien compris : la mise en pratique n'est pas ici permise si elle est contraire aux lois. Il ne s'agit que d'un souhait li la croyance. (NdT) "which he saith he came not to destroy, but to fulfil". La King James version, au verset 17, donne : "Think not that I am come to destroy the law, or the prophets: I am not come to destroy, but to fulfil." La Vulgate utilise le verbe "adimplere", accomplir, remplir, et la Stephanus le verbe "plro", qui a le mme sens, et aussi le sens de fconder. (NdT) "were not obligatory canons". (NdT) La king James version donne, en Matthieu, X, 14 : "And whosoever shall not receive you, nor hear your words, when ye depart out of that house or city, shake off the dust of your feet." Voir aussi Marc, VI, 11; Luc, IX, 5; X, 11; Actes, XIII, 51. (NdT) Voir Matthieu, X, 16, et Luc, X, 3. (NdT) "They had not in commission to make laws; but to obey and teach obedience to laws made". (NdT)

consquent, ils ne pouvaient pas faire de leurs crits des canons obligatoires sans l'aide du pouvoir civil souverain. Et donc, les crits du Nouveau Testament sont lois seulement l o le pouvoir civil lgal les a rendus tels. Et l aussi, le roi, le souverain, en fait une loi pour lui-mme, par laquelle il s'assujettit, non au docteur ou l'aptre qui l'a converti, mais Dieu lui-mme, et son Fils Jsus-Christ, aussi immdiatement que le firent les aptres eux-mmes. Ce qui peut sembler donner au Nouveau Testament force de lois, au regard de ceux qui avaient embrass la doctrine chrtienne, l'poque et aux endroits o ils furent perscuts, ce sont les dcrets que les Chrtiens faisaient entre eux dans leurs synodes 1. En effet, en Actes, XV, 28, nous lisons le genre de faon avec lequel s'exprime le concile des aptres, des anciens, et de toute l'Eglise : Il a sembl bon au Saint-Esprit, et nous, de ne vous imposer aucun autre fardeau que ce qui est ncessaire 2, etc.; ce qui signifie un pouvoir d'imposer un fardeau ceux qui ont accept leur doctrine. Or, imposer un fardeau autrui semble tre la mme chose qu'obliger, et les actes de ce conseil taient donc des lois pour les Chrtiens d'alors. Cependant, ils n'taient pas davantage lois que ces autres prceptes : repentez-vous, soyez baptiss, gardez les commandements, croyez en l'Evangile, venez moi, vends tout ce que tu as, donne-le au pauvre, et suis-moi, qui ne sont pas des commandements, mais des invitations, des appels au Christianisme, comme ceux d'Esae, LV, 1 : Oh! Que tout homme qui a soif vienne aux eaux, venez, achetez du vin et du lait sans payer 3. En effet, le pouvoir des aptres n'tait rien d'autre que le pouvoir de notre Sauveur, pour inviter les hommes embrasser le royaume de Dieu, qu'ils reconnaissaient eux-mmes comme un royaume non prsent, mais venir, et ceux qui n'ont pas de royaume ne peuvent pas faire de lois. Deuximement, si les actes de leur concile taient des lois, ils ne pouvaient pas leur dsobir sans pcher. Mais nous ne lisons nulle part que ceux qui n'acceptaient pas la doctrine du Christ le faisaient en pchant, mais qu'ils mouraient dans leurs pchs, c'est--dire que les pchs contre les lois auxquelles ils devaient obir ne leur taient pas pardonns. Et ces lois taient des lois de nature, et les lois civiles de l'Etat, auxquelles tout Chrtien s'tait soumis par pacte 4. Et donc, par fardeau (que les aptres pouvaient imposer ceux qu'ils avaient convertis), il ne faut pas entendre des lois, mais des conditions proposes ceux qui recherchaient le salut, qu'ils pouvaient accepter ou refuser leurs risques et prils, sans faire un nouveau pch, quoiqu'avec le risque d'tre condamns et exclus du royaume de Dieu pour leurs pchs passs. C'est pourquoi, des infidles, saint Jean ne dit pas que la colre de Dieu viendra sur eux, mais que la colre de Dieu demeure sur eux 5, et non qu'ils seront condamns, mais qu'ils sont dj condamns 6. On ne peut pas non plus concevoir que le bnfice de la foi soit la rmission des pchs, sans concevoir en mme temps que la punition de l'infidlit soit leur rtention.
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"in their synods". (NdT) "It seemed good to the Holy Ghost, and to us, to lay upon you no greater burden than these necessary things". Conforme la King James version. (NdT) "Ho, every man that thirsteth, come ye to the waters, come, and buy wine and milk without money." La Kink James version donne : "Ho, every one that thirsteth, come ye to the waters, and he that hath no money; come ye, buy, and eat; yea, come, buy wine and milk without money and without price." (NdT) "and the civil laws of the state, whereto every Christian man had by pact submitted himself". (NdT) Jean, III, 36. (Note de Hobbes) Jean, III, 18. (Note de Hobbes)

Mais, demandera-t-on, dans quel but les aptres et les autres pasteurs de l'Eglise, aprs cette poque, se seraient-ils runis pour s'accorder sur la doctrine enseigner, tant pour la foi que pour les moeurs, si personne n'tait oblig d'observer leurs dcrets? A cela, on peut rpondre que les aptres et les anciens du concile taient obligs, par le fait mme qu'ils en faisaient partie, d'enseigner la doctrine qui y tait dtermine, et de dcrter qu'elle ft enseigne, dans la mesure o aucune loi prexistante laquelle ils taient obligs d'obir n'tait pas contraire, mais que tous les autres Chrtiens n'taient pas obligs d'observer ce qu'ils enseignaient. En effet, mme s'ils pouvaient dlibrer sur ce que chacun d'entre eux devait enseigner, ils ne pouvaient cependant pas dlibrer sur ce que les autres feraient, moins que leur assemble n'et un pouvoir lgislatif, que personne ne pouvait avoir, sinon les souverains civils. Car quoique Dieu soit le souverain du monde entier, nous ne sommes pas tenus de considrer comme sa loi tout ce qui est propos par chaque homme en son nom, ou tenus quelque chose de contraire la loi civile, laquelle Dieu nous a expressment commands d'obir. Etant donn que les actes du concile des aptres n'taient pas alors des lois, mais n'taient que des conseils, sont encore moins lois les actes de quelque autre docteur ou concile tenu depuis sans l'autorit du souverain civil. Et par consquent, les livres du Nouveau Testament, quoiqu'ils soient les plus parfaites rgles de la doctrine chrtienne, ne pouvait tre faits lois par une autre autorit que celles des rois ou des assembles souveraines. Le premier concile qui rendit les Ecritures canoniques n'est pas connu, car le recueil des canons des aptres, attribu Clment, le premier vque de Rome aprs saint Pierre, est sujet discussion. En effet, quoique les livres canoniques y soient recenss, ces paroles, cependant : Sint vobis omnibus Clericis & Laicis Libri venerandi, etc.1, contiennent une distinction entre le clerg et les lacs qui n'tait pas en usage une poque si proche de celle o vcut saint Pierre. Le premier concile ayant tabli les Ecritures canoniques (qui nous soit connu) est celui de Laodice qui, dans son 59 canon 2, interdit la lecture des livres non canoniques dans les Eglises, ce qui n'est pas un commandement adress tout Chrtien, mais seulement ceux qui avaient l'autorit de lire quelque chose publiquement dans l'Eglise, c'est--dire aux seuls ecclsiastiques. Parmi ceux qui avaient des fonctions ecclsiastiques l'poque des aptres, certains avaient des fonctions magistrales, d'autres des fonctions ministrielles 3. Magistrales taient les fonctions de prdication de l'Evangile du royaume de Dieu auprs des infidles, d'administration des sacrements et de service divin, et d'enseignement des rgles de foi et des moeurs ceux qui taient convertis. Ministrielle tait la fonction de diacre, c'est--dire de ceux qui taient nomms pour l'administration des ncessits sculires de l'Eglise, une poque o ils vivaient d'un fonds commun en argent 4 venant des contributions volontaires des fidles.

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"Que ces livres soient pour vous tous vnrables, clercs et lacs". Ce concile (360) confirma le canon sacr des 66 livres de la Bible. (NdT) "Of ecclesiastical officers in the time of the Apostles, some were magisterial, some ministerial.". (NdT) "at such time as they lived upon a common stock of money". (NdT)

Parmi ceux qui avaient la fonction magistrale, les premiers et principaux furent les aptres, qui n'taient que douze au dbut, et qui furent choisis et institus par notre Sauveur lui-mme, et leur fonction tait non seulement de prcher, d'enseigner, de baptiser, mais aussi d'tre martyrs (tmoins de la rsurrection de notre Sauveur). Ce tmoignage tait la marque spcifique et essentielle par laquelle l'apostolat se distinguait des autres magistratures ecclsiastiques, car il tait ncessaire pour un aptre, soit d'avoir vu notre Sauveur aprs sa rsurrection, soit d'avoir vcu avec lui avant, et d'avoir vu ses oeuvres, et les autres preuves de sa divinit, et ainsi, l'aptre pouvait tre considr comme un tmoin satisfaisant. C'est pourquoi, l'lection d'un nouvel aptre la place de Judas Iscariot, saint Pierre dit, en Actes, I, 21-22 : De ces hommes qui nous ont accompagns tout le temps o le Seigneur Jsus est venu parmi nous et est parti, du baptme de Jean jusqu'au jourmme il nous a t enlev, l'un doit tre ordonn pour tre tmoin avec nous de sa rsurrection 1, o, par le mot doit, est implique une proprit ncessaire d'un aptre : avoir accompagn les premiers et principaux aptres l'poque o notre Sauveur s'est manifest dans la chair. Le premier des aptres qui ne furent pas institus par le Christ l'poque o il tait sur terre fut Matthias, choisi de cette manire : il y avait environ cent vingt Chrtiens qui taient assembls Jrusalem (Actes, I, 15). Ils nommrent deux hommes, Joseph le Juste et Matthias (verset 23) et firent tirer au sort, et le sort tomba sur Matthias, et il fut compt au nombre des aptres 2 (verset 26). De sorte que nous voyons que l'ordination de cet aptre tait un acte de l'assemble 3, et non de saint Pierre, et que les onze aptres taient au mme niveau que les autres membres de l'assemble. Aprs lui, aucun autre aptre ne fut ordonn, hormis Paul et Barnab, ce qui fut fait, lisons nous en Actes, XIII, 1-3, de cette manire : Il y avait dans l'Eglise d'Antioche certains prophtes et docteurs, comme Barnab, Simon qu'on appelait Niger, Lucius de Cyrne, et Manahem, qui avait t lev avec Hrode le ttrarque, et Saul 4. Comme ils servaient le Seigneur et jenaient, le Saint-Esprit dit : Mettez-moi part 5 Barnab et Saul pour l'oeuvre laquelle je les ai appels. Et quand ils eurent jen et pri, et qu'ils leur eurent impos les mains, ils les renvoyrent 6.

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"Of these men which have companied with us all the time that the Lord Jesus went in and out amongst us, beginning at the baptism of John, unto that same day that he was taken up from us, must one be ordained to be a witness with us of his resurrection" Conforme la King James version. (NdT) "and the lot fell on Matthias, and he was numbered with the apostles". La King James version dit prcisment : "And they gave forth their lots; and the lot fell upon Matthias; and he was numbered with the eleven apostles." (NdT) "congregation". (NdT) Deuxime confusion trange de G. Mairet entre Saul (Paul) et Sal. Plus tonnante est la confusion chez F. Tricaud. (NdT) La vulgate utilise le verbe separare : sparer, mettre part, distinguer. (NdT) "There were in the church that was at Antioch, certain prophets and teachers; as Barnabas, and Simeon that was called Niger, and Lucius of Cyrene, and Manaen; which had been brought up with Herod the Tetrarch, and Saul. As they ministered unto the Lord, and fasted, the Holy Ghost said, Separate me Barnabas and Saul for the work whereunto I have called them. And when they had fasted, and prayed, and laid their hands on them, they sent them away." Conforme la King James version. (NdT)

Ainsi, il est manifeste que, quoiqu'il furent appels par le Saint-Esprit, leur vocation leur fut dclare et leur mission autorise par l'Eglise particulire d'Antioche. Que leur vocation soit l'apostolat, cela apparat par le fait qu'ils sont tous les deux appels aptres en Actes, XIV, 14, et que ce soit en vertu de cet acte de l'Eglise d'Antioche qu'ils furent aptres, saint Paul le dclare clairement en Romains, I, 1, en utilisant le mot que le Saint-Esprit a utilis pour l'appeler. En effet, il se nomme lui-mme un aptre mis part pour l'Evangile de Dieu 1, faisant allusion aux paroles du Saint-Esprit : mettez-moi part Barnab et Saul, etc. Mais tant donn que la tche d'un aptre tait d'tre un tmoin de la rsurrection du Christ, on peut ici demander comment saint Paul, qui n'avait pas vcu avec notre Sauveur avant sa Passion, pouvait savoir qu'il tait ressuscit. A cela, il est facile de rpondre que notre Sauveur lui-mme lui apparut sur le chemin de Damas, du haut du ciel, aprs son ascension, et le choisit comme un vaisseau 2 pour porter son nom devant les Gentils, les rois, et les enfants d'Isral 3, et que, par consquent, ayant vu le Seigneur aprs sa Passion, il tait un tmoin de sa rsurrection comptent. Quant Barnab, il tait un disciple avant la Passion. Il est donc vident que Paul et Barnab taient des aptres, pourtant choisis et autoriss, non par les premiers aptres seuls, mais par l'Eglise d'Antioche, comme Matthias fut choisi et autoris par l'Eglise de Jrusalem. Le mot vque 4, qui s'est form dans notre langue partir du mot grec episcopus 5, signifie le surveillant, le surintendant d'une affaire, et particulirement un pasteur, un berger. De l, il a t utilis comme mtaphore, non seulement parmi les Juifs qui taient l'origine des bergers, mais aussi parmi les paens, pour dsigner la fonction d'un roi, ou de quelque autre dirigeant ou guide du peuple, qu'il dirige par des rgles ou par doctrine 6. Ainsi, les aptres furent les premiers vques chrtiens, institus par le Christ lui-mme : c'est en ce sens que l'apostolat de Judas est appel (Actes, I, 20) son piscopat. Par la suite, quand on institua des anciens dans les Eglises chrtiennes, avec pour charge de guider le troupeau du Christ par leur doctrine et leurs recommandations, ces anciens furent aussi appels vques. Timothe tait un ancien (lequel mot, ancien, dans le Nouveau Testament, est le nom aussi bien d'une fonction que d'un ge), et il tait pourtant vque. Et les vques se contentaient alors du titre d'anciens. Mieux! Saint Jean lui-mme, l'aptre bien-aim de notre Seigneur, commence sa seconde ptre par ces mots : l'ancien la dame lue. Il est donc vident qu'vque, pasteur, ancien, docteur, c'est--dire enseignant, n'taient qu'autant de noms diffrents pour dsigner la mme fonction au temps des
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Si la King James version utilise en effet le mme verbe ("to separate"), la vulgate n'utilise pas "separare" en Romains, I, 1, mais "segregrare" (mais le sens est le mme). La Stephanus utilise dans les deux cas le verbe "aphoriz" : sparer, distinguer. (NdT) La vulgate dit "est pour moi un vaisseau de choix" ("vas electionis est mihi"). La polysmie du mot "vas" ne simplifie pas la traduction. Il peut s'agir aussi d'un instrument, d'un vase, d'un rcipient. La Bible de Luther, la Segond, la Crampon, la TOB et la Bible de Jrusalem disent "instrument choisi". Darby traduit "vase d'lection". On retrouve les mmes sens dans l'anglais "vessel". On notera que la Stephanus grecque dit aussi "instrument choisi" (skeuos ekloges"). (NdT) "and chose him for a vessel to bear his name before the Gentiles, and kings, and children of Israel". La Kinj James version donne, en Actes, IX, 15 : "for he is a chosen vessel unto me, to bear my name before the Gentiles, and kings, and the children of Israel." (NdT) "Bishop". (NdT) Il s'agit bien sr du grec episcopos, non episcopus comme le note Hobbes. Le mot grec signifie celui qui observe, qui veille, le gardien (le verbe "episkope" signifie regarder, inspecter, veiller).(NdT) "whether he ruled by laws or doctrine". (NdT)

aptres. En effet, il n'y avait pas de gouvernement par coercition, mais seulement par la doctrine et la persuasion. Le royaume de Dieu tait encore venir, dans un nouveau monde; de sorte qu'il ne pouvait y avoir d'autorit pour contraindre en aucune Eglise tant que la Rpublique n'avait pas embrass la foi chrtienne, et par consquent, pas de diversit d'autorit, quoiqu'il y et diversit d'emplois. En dehors de ces fonctions magistrales dans l'Eglise, savoir aptres, vques, anciens, pasteurs et docteurs, dont la vocation tait de proclamer le Christ aux Juifs et aux infidles, et de diriger et d'enseigner ceux qui croyaient, nous n'en trouvons pas d'autres. En effet, par les noms vanglistes et prophtes, on ne dsigne pas des fonctions, mais diffrents dons par lesquels divers hommes ont t utiles l'Eglise : les vanglistes, en rdigeant la vie et les actes de notre Sauveur, comme saint Matthieu et saint Jean, aptres, et saint Marc et saint Luc, disciples, et n'importe qui d'autre crivant sur ce sujet, comme saint Thomas et saint Barnab, quoique l'Eglise n'ait pas accept 1 les livres qui ont circul sous leurs noms; les prophtes, par le don d'interprtation de l'Ancien Testament, et quelquefois en dclarant leurs rvlations particulires l'Eglise. En effet, ni ces dons, ni les dons de langues, ni le don de chasser les dmons ou de gurir d'autres maladies, ni rien d'autre, ne constituaient une fonction dans l'Eglise, sauf la vocation et l'lection la charge d'enseigner, comme il se doit. De mme que les aptres Matthias, Paul et Barnab ne furent pas faits aptres par notre Sauveur lui-mme, mais furent lus par l'Eglise, c'est--dire par l'assemble des Chrtiens, savoir Matthias par l'Eglise de Jrusalem, et Paul et Barnab par l'Eglise d'Antioche, de mme les prtres 2 et les pasteurs, dans d'autres cits, taient lus par les Eglises de ces cits. Comme preuve, d'abord, considrons comment saint Paul procda l'ordination des prtres dans les cits o il avait converti les hommes la foi chrtienne, immdiatement aprs que Barnab et lui eurent reu leur apostolat. Nous lisons en Actes, XIV, 23 : Ils ordonnaient 3 des anciens dans chaque Eglise 4, ce qui, premire vue, peut tre pris comme la preuve qu'ils les choisissaient euxmmes et leur donnaient eux-mmes leur autorit. Mais si nous considrons le texte original, il sera manifeste qu'ils taient autoriss et choisis par l'assemble des Chrtiens de chaque cit : kheirotonsantes autois presbuterous 5 kat ekklsian 6, ce qui signifie : quand ils les eurent ordonns anciens en levant les mains 7 dans chaque assemble 8. Or, il est bien connu que dans toutes ces cits, c'tait par la majorit des suffrages qu'on choisissait les magistrats et les officiers, et comme la faon ordinaire de distinguer les votes pour des votes contre tait de lever les mains, ordonner un officier dans l'une de ces cits n'tait rien de plus qu'assembler le peuple pour qu'il procde l'lection la majorit, que ce ft par la majorit des mains leves, ou par la majorit des voix, ou la majorit des boules, des fves, des petits cailloux, que chacun jetait dans une urne ou taient nots pour ou contre, les diffrentes cits ayant
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Comme canoniques. (NdT) "presbyters". (NdT) La vulgate utilise le verbe "constituere" : instituer, tablir. (NdT) "they ordained elders in every church". Conforme la King James version. (NdT) Anciens, qui voient loin (presbytes). (NdT) En caractres grecs dans le texte. On notera que F. Tricaud et G. Mairet font tous deux des fautes en citant le passage. (NdT) Le verbe grec "kheirotone" signifie voter main leve, lire, investir quelqu'un main leve. (NdT) "when they had ordained them elders by the holding up of hands in every congregation". (NdT)

diffrentes coutumes sur ce point. C'tait donc l'assemble qui lisait ses propres anciens. Les aptres taient seulement prsidents de l'assemble, pour la convoquer pour de telles lections, pour dclarer qui tait lu, et pour donner aux lus leur bndiction, ce qui est appel de nos jours conscration. Et c'est pour cette raison que ceux qui taient prsidents de l'assemble, comme quand les aptres taient absents, taient appels proesttes 1, et en latin antistites 2, ces mots dsignant la personne principale de l'assemble, dont la fonction tait de compter les voix, et de dclarer ainsi qui avait t choisi, et quand il y avait galit des voix, de trancher la question en ajoutant sa propre voix, ce qui est la fonction du prsident d'un conseil. Et comme dans toutes les Eglises, les prtres taient ordonns de la mme manire, quand nous trouvons le mot instituer 3 (comme en Tite, I, 5 : ina katastss kata polin presbuterous : pour cette raison, je t'ai laiss en Crte afin que tu institues des anciens dans chaque cit 4, nous devons comprendre la mme chose, savoir que celui qui devait convoquer les fidles ordonnait les prtres la majorit des suffrages. Il aurait t trange que dans une ville o les hommes n'avaient peut-tre jamais vu un magistrat choisi autrement que par une assemble, ceux de cette ville qui taient devenus chrtiens eussent pens un autre moyen d'lire leurs docteurs et guides, c'est--dire leurs prtres (appels aussi vques) que par la majorit des suffrages, ce qui est indiqu par saint Paul 5 (en Actes, XIV, 23) dans le mot kheirotonsantes 6. Et le choix des vques, avant que les empereurs ne trouvent ncessaire d'y mettre de l'ordre pour conserver la paix entre les Chrtiens, ne se fit jamais autrement que par les assembles de Chrtiens dans les diffrentes villes. Cela est aussi confirm dans la pratique (qui s'est continue jusqu' nos jours) par l'lection des vques de Rome. En effet, si l'vque d'un endroit avait eu le droit de choisir son successeur la fonction pastorale, dans une cit, au moment o il partait l'exercer ailleurs, plus forte raison aurait-il eu le droit de dsigner son successeur l'endroit o il rsidait en dernier et mourait. Or, nous ne trouvons jamais qu'un vque de Rome ait dsign son successeur, car ils furent longtemps choisis par le peuple, comme on peut le voir par la sdition qui s'leva propos de l'lection entre Damase et Ursin, et Ammien Marcellin dit qu'elle fut si violente que le prfet Juventius, incapable de conserver entre eux la paix, fut forc de sortir de la cit, et qu'on trouva dans l'glise-mme plus d'une centaine d'hommes morts cette occasion 7. Et quoiqu'ensuite, les vques de Rome fussent choisis, d'abord par tout le clerg de Rome, puis par les cardinaux, cependant, aucun ne fut jamais nomm la succession par le prdcesseur. Si donc ils ne prtendaient aucun droit de nommer leur propre
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En caractres grecs dans le texte. Le mot est utilis dans la Stephanus grecque, en 1. Thimothe, V, 17. On peut traduire ici par prsidents. (NdT) Le mot est absent de la Vulgate. Il a exactement le mme sens que le mot grec prcdent. (NdT) "constitute" : instituer, tablir. (NdT) La traduction exacte du passage grec cit est : "pour que tu institues dans chaque cit des anciens." Le verset complet, dans la King James version, est : "For this cause left I thee in Crete, that thou shouldest set in order the things that are wanting, and ordain elders in every city, as I had appointed thee". (NdT) F. Tricaud a raison de faire remarquer que ce n'est pas Paul qui parle dans ce passage. (NdT) Dj rencontr plus haut : c'est le vote main leve. (NdT) Le pape Libre mort (366), une partie des Chrtiens dsigna Ursin (Ursinus), qui fut consacr par l'vque Paul de Tivoli. Un autre parti, plus important, pendant ce temps, lit l'Espagnol Damase qui fut consacr par l'vque d'Ostie. Les deux groupes s'affrontrent dans les rues. Le prfet ne se souciait gure de la question religieuse, il voulait simplement que le calme revnt Rome, et il donna raison au parti le plus important. Restaient des irrductibles ursiniens que massacra la milice de Damase. Dans l'Eglise o ils s'taient rfugis, on trouva cent trente-sept corps. C'est Ammien Marcellin (Histoire) qui nous fait le rcit de ces vnements. (NdT)

successeur, je pense pouvoir raisonnablement conclure qu'ils n'avaient aucun droit de nommer les successeurs des autres vques sans avoir reu quelque nouveau pouvoir, que personne ne pouvait prendre l'Eglise pour le lui octroyer, sinon ceux qui avaient une autorit lgitime, non seulement d'enseigner l'Eglise, mais aussi de la commander, ce que nul ne pouvait faire hormis le souverain civil. Le mot ministre, diakonos 1 l'origine, dsigne quelqu'un qui fait volontairement la tche d'un autre homme, et qui diffre d'un serviteur seulement en ceci que les serviteurs sont obligs en vertu de leur tat de faire ce qui est ordonn, alors que les ministres sont seulement obligs en vertu de leur mission 2, et ils ne sont tenus de faire rien de plus que ce que leur mission exige; de sorte que ceux qui enseignent la parole de Dieu et ceux qui administrent les affaires sculires de l'Eglise sont tous des ministres, mais les ministres de personnes diffrentes. En effet, les pasteurs de l'Eglise, appels en Actes, VI, 4, les ministres de la parole 3, sont des ministres du Christ dont c'est la parole, mais le ministre d'un diacre, qui est appel au verset 2 du mme chapitre le service des tables 4, est un service pour l'Eglise ou l'assemble. De sorte que ni un seul homme, ni l'Eglise entire, ne pouvait jamais dire de leur pasteur qu'il tait un ministre; mais un diacre, si la mission dont il se chargeait tait de servir table, ou de distribuer des moyens de subsistance aux Chrtiens, quand ils vivaient dans chaque ville sur un fonds commun, ou sur des collectes, comme dans les premiers temps [du Christianisme], ou de prendre soin de la maison de prire, ou des ressources, ou de quelque autre affaire terrestre de l'Eglise, l'ensemble de l'assemble pouvait proprement l'appeler son ministre. En effet, leur emploi comme diacres tait de servir l'assemble, mme si, l'occassion, ils ne manquaient pas de prcher l'Evangile et de soutenir la doctrine du Christ, chacun selon ses dons, comme le fit saint Etienne; et de prcher et de baptiser, comme le fit Philippe; car ce Philippe, qui prcha l'Evangile Samarie (Actes, VIII, 5) et qui baptisa l'eunuque (verset 38) tait Philippe le diacre, non Philippe l'aptre. Car il est manifeste (verset 1) que quand Philippe prcha Samarie, les aptres taient Jrusalem, et (verset 14) quand ils entendirent que Samarie avait accept la parole de Dieu, ils envoyrent Pierre et Jean 5. C'est par leur imposition des mains que ceux qui taient baptiss (verset 15) reurent le Saint-Esprit (qu'ils n'avaient pas reu auparavant par le baptme de Philippe). Il tait en effet ncessaire, pour leur confrer le Saint-Esprit, que leur baptme soit administr ou confirm par un ministre de la parole, non par un ministre de l'Eglise. Et donc, pour confirmer le baptme de ceux que Philippe le diacre avait baptiss, les aptres envoyrent deux d'entre eux de Jrusalem Samarie, Pierre et Jean, qui confrrent ceux qui n'avaient t que baptiss ces grces qui taient les signes du Saint-Esprit 6 qui, cette poque, accompagnaient tous les vrais croyants. Ce qu'elles taient peut tre compris par ce ce

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Le mot dsigne celui qui sert, le serviteur, celui qui fait un service. Il peut avoir le sens de diacre. Le mot est trs prsent dans le Nouveau Testament grec, et il est gnralement traduit par serviteur (par exemple : Matthieu, XX, 26; XXII, 13; XXIII, 11; Marc, IX, 35; X, 43, etc. Dans la Vulgate, on trouve systmatiquement le mot "minister". (NdT) "undertaking". (NdT) "the ministers of the word". (NdT) "serving of tables". (NdT) "when they heard that Samaria had received the word of God, sent Peter and John to them". La King James version dit "unto them". (NdT) "those graces that were signs of the Holy Spirit". (NdT)

que dit saint Marc en XVI, 17 1 : Ces signes suivent ceux qui croient en mon nom : ils chasseront les dmons, ils parleront de nouvelles langues, ils prendront des serpents, et s'ils boivent quelque chose de mortel, cela ne leur fera aucun mal, ils imposeront les mains aux malades, et ces derniers guriront 2. Philippe ne pouvait pas leur faire don de cela, mais les aptres le pouvaient, et comme il apparat dans ce passage, ils le firent effectivement pour tous ceux qui croyaient vraiment, et ils furent baptiss par un ministre du Christ lui-mme. Ce pouvoir, notre poque, les ministres du Christ ne peuvent pas le confrer, ou alors il y a trs peu de croyants, ou le Christ a trs peu de ministres 3. Que les premiers diacres furent choisis, non par les aptres, mais par l'assemble des disciples, c'est--dire de Chrtiens de toutes sortes, c'est qu'on voit clairement en Actes, VI, o nous lisons que les douze, aprs que le nombre de disciples se fut mutipli, les convoqurent, et leur ayant dit qu'il n'tait pas bon pour les aptres de dlaisser la parole de Dieu et de servir table, leur dirent (verset 3) : Frres, cherchez parmi vous sept hommes de bonne rputation, pleins du Saint-Esprit et de sagesse, que nous dsignerons pour cette tche 4. Il est manifeste ici que, mme si ce furent les aptres qui dclarrent leur lection, c'est cependant l'assemble qui fit le choix, ce qui est aussi dit plus expressment au verset 5, o il est crit : ce discours plut toute la multitude, et ils en choisirent sept 5, etc. Sous l'Ancien Testament, la tribu de Lvi avait seule la comptence de la prtrise et des autres fonctions infrieures de l'Eglise. La terre tait partage entre les autres tribus (sauf la tribu de Lvi) qui taient encore douze par la subdivision de la tribu de Joseph en Ephram et Manass. A la tribu de Lvi taient assignes certaines cits pour leur habitation, avec les banlieues pour leur btail, car comme part, ils devaient avoir le dixime des fruits de la terre de leurs frres, et les prtres, pour leur subsistance, avaient le dixime de ce dixime, et aussi une partie des oblations et des sacrifices. En effet, Dieu avait dit Aaron (Nombres, XVIII, 20) : Tu n'auras pas d'hritage dans leur terre, ni aucune part parmi eux. Je suis ta part et ton hritage parmi les enfants d'Isral 6. En effet, Dieu tant alors roi, et ayant institu la tribu de Lvi pour que ses membres fussent ses ministres publics, il leur accordait pour leur subsistance le revenu public, c'est--dire la part qu'il s'tait rserve pour lui-mme, les dmes et les offrandes, et c'est ce qu'il faut entendre quand Dieu dit : Je suis ton hrirage. Et c'est pourquoi on peut sans improprit attribuer aux Lvites le nom de

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Et 18. (NdT) "These signs follow them that believe in my name; they shall cast out devils; they shall speak with new tongues; they shall take up serpents; and if they drink any deadly thing, it shall not hurt them; they shall lay hands on the sick, and they shall recover". Dans la King James version, "in my name" est li la deuxime phrase, ce qui est le cas dans la plupart des versions anglaises, franaises et allemandes. (NdT) "which power either Christ's ministers in this age cannot confer, or else there are very few true believers, or Christ hath very few ministers". Le propos est-il ironique? (NdT) "Brethren look you out among you seven men of honest report, full of the Holy Ghost, and of wisdom, whom we may appoint over this business". Conforme la King James version. (NdT) "the saying pleased the whole multitude, and they seven". Conforme la King James version. (NdT) "Thou shalt have no inheritance in their land, neither shalt thou have any part amongst them; I am thy part and thine inheritance amongst the children of Israel". Conforme la King James version. (NdT)

clerg, qui vient de klros 1, mot qui signifie lot ou hritage. Non qu'ils fussent plus qu'un autre hritiers du royaume de Dieu, mais l'hritage de Dieu tait leur subsistance. Donc, tant donn qu' cette poque Dieu lui-mme tait leur roi, que Mose et Aaaron et les prtres qui leur ont succd ses lieutenants, il est manifeste que le droit aux dmes et aux offrandes tait institu par le pouvoir civil 2. Aprs avoir rejet Dieu en demandant un roi, les Isralites jouirent encore du mme revenu, mais ce droit venait de ce que les rois ne leur avait jamais enlev ce revenu, car le revenu public tait la disposition de celui qui tait la personne publique, c'est--dire, avant la captivit, le roi. A nouveau, aprs le retour de captivit, ils payrent leurs dmes comme avant au prtre. Jusqu'alors, donc, les moyens de subsistance de l'Eglise taient dtermins par le souverain civil. Pour ce qui est de la subsistance de notre Sauveur et de ses aptres, nous lisons seulement qu'ils avaient une bourse (que portait Judas Iscariot 3), et que ceux des aptres qui taient pcheurs exeraient parfois leur mtier, et que, quand notre Sauveur envoya les douze aptres prcher, il leur interdit de porter de l'or, de l'argent et du cuivre dans leur bourse, car le travailleur mrite son salaire 4. Il est probable que leur subsistance ordinaire convenait leur fonction, car cette fonction tait de donner gratuitement parce qu'ils avaient reu gratuitement 5 (verset 8), et leur subsistance tait le don gratuit de ceux qui croyaient en la bonne nouvelle qu'ils colportaient de la venue du Messie leur Sauveur. A quoi nous pouvons ajouter les dons de gratitude de ceux que notre Sauveur avait guris de leurs maladies, parmi lesquels sont mentionns, en Luc, VIII, 2-3 certaines femmes qui avaient t guries d'esprits malins et d'infirmits, Marie-Madeleine, de qui sortirent sept dmons, Jeanne, la femme de Chouza, l'intendant d'Hrode, et Suzanne, et beaucoup d'autres qui l'assistaient 6 de leurs biens 7. Aprs l'ascension de notre Sauveur, les Chrtiens de chaque cit vcurent en commun 8 sur l'argent obtenu par la vente de leurs terres et de leurs possessions, qu'ils dposaient au pied des aptres, de bonne volont, non par devoir. En effet, saint Pierre dit Ananie, en Actes, V, 4 : tant que tu gardais la terre 9, n'tait-elle pas

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En caractres grecs dans le texte. Le mot dsigne l'objet dont on se sert pour tirer au sort (petits cailloux par exemple), et dsigne aussi ce qui est obtenu par ce tirage, le lot, la part. Il prend le sens de bien hrit, de domaine, puis de part attribu une Eglise, pour enfin dsigner les membres de l'Eglise qui reoivent cette part. (NdT) "it is manifest that the right of tithes and offerings was constituted by the civil power". (NdT) Jean, XII, 6. (NdT) Matthieu, X, 9-10 (note de Hobbes) "to carry gold, and silver, and brass in their purses, for that the workman is worthy of his hire". La King James version dit : "Provide neither gold, nor silver, nor brass in your purses, Nor scrip for your journey, neither two coats, neither shoes, nor yet staves: for the workman is worthy of his meat.". (NdT) "freely to give, because they had freely received". La king James version dit : "freely ye have received, freely give". (NdT) La vulgate utilise le verbe "ministare". (NdT) "certain women which had been healed of evil spirits and infirmities; Mary Magdalen, out of whom went seven devils; and Joanna the wife of Chuza, Herod's steward; and Susanna, and many others, which ministered unto him of their substance". Conforme la King James version. Actes, IV, 34 (Note de Hobbes) Littralement "tant que la terre restait", ce qui est fidle la Vulgate qui utilise le verbe "maneo" (la version grecque de Stephanus utilise le verbe "men" qui a ici le mme sens). (NdT)

toi? Et aprs sa vente, l'argent n'tait-il pas en ton pouvoir? 1 Cela montre qu'il n'avait pas besoin de mentir pour conserver sa terre ou son argent puisqu'il n'tait absolument pas tenu d'apporter sa contribution, sinon selon son bon plaisir. Et comme au temps des aptres, et ensuite, jusqu'aprs Constantin le Grand, nous voyons que la subsistance des vques et des pasteurs de l'Eglise chrtienne n'tait assure que par la contribution volontaire de ceux qui avaient embrass leur doctrine. Il n'tait pas encore fait mention de dmes. Mais au temps de Constantin et de ses fils, l'affection des Chrtiens pour leurs pasteurs, comme le dit Ammien Marcellin en dcrivant la lutte de Damase et d'Ursin pour l'piscopat, tait telle que cette charge tait digne de leur rivalit, car les vques de cette poque, grce la libralit de leur troupeau, et spcialement des matrones, vivaient superbement, taient transports en voiture, somptueux dans leur chre et dans leurs habits. Mais ici, peut-tre quelqu'un demandera-t-il si les pasteurs taient alors tenus de vivre sur des contributions volontaires, comme sur des aumnes. Saint Paul dit en 1. Corinthiens, IX, 7 : Car qui va la guerre ses propres frais? Qui fait patre un troupeau et ne boit pas du lait du troupeau 2? ou encore : Ne savez-vous pas que ceux qui sont serviteurs des choses saintes vivent des choses du temple, et que ceux qui servent l'autel ont part l'autel 3? 4 c'est--dire ont une part, pour leur subsistance, sur ce qui est offert l'autel. Et il conclut alors : De mme, le Seigneur a dcid que ceux qui prchaient l'Evangile vivraient de l'Evangile 5. De ces passages, on peut en effet infrer que les pasteurs de l'Eglise devaient tre entretenus par leurs troupeaux, mais non que les pasteurs devaient dterminer la quantit ou la nature de ce qui leur tait allou en propre, et d'tre, si l'on peut dire, leurs propres cuyers tranchants 6. Ce qui leur est allou doit ncessairement tre dtermin soit par la gratitude et la libralit de chaque particulier du troupeau, soit par l'assemble entire. Par l'assemble entire, ce n'tait pas possible parce que leurs actes n'taient pas alors des lois, et donc, avant que des empereurs et des souverains civils ne fissent des lois pour instituer cela, l'entretien des pasteurs n'tait assur que par la charit 7. Ceux qui servaient l'autel vivaient sur ce qui tait offert. Les pasteurs pouvaient aussi prendre ce qui leur tait offert par leur troupeau, mais ils ne pouvaient exiger ce qui ne leur tait pas offert. En quelle cour auraient-ils pu intenter un procs ce sujet alors qu'il n'y avait aucun tribunal 8? En admettant qu'il y et des arbitres parmi eux, qui aurait fait excuter les jugements de ces arbitres alors qu'il n'avaient aucun pouvoir d'armer ceux qui devaient s'en charger? Il demeure donc qu'aucune subsistance dtermine ne pouvait tre assigne aux pasteurs de l'Eglise, sinon par l'assemble entire, mais
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"whilst the land remained." saith St. Peter to Ananias, "was it not thine? And after it was sold, was it not in thy power?" La King James version donne : "Whiles it remained, was it not thine own? and after it was sold, was it not in thine own power?" (NdT) "For who," saith St. Paul, "goeth to war at his own charges? or who feedeth a flock, and eateth not of the milk of the flock?" Le verset complet, dans la King James version, est : "Who goeth a warfare any time at his own charges? who planteth a vineyard, and eateth not of the fruit thereof? or who feedeth a flock, and eateth not of the milk of the flock?" (NdT) 1. Corinthiens, IX, 13 (Note de Hobbes) "Do ye not know that they which minister about holy things live of the things of the Temple; and they which wait at the altar partake with the altar". Conforme la King James version. (NdT) Verset 14 : "Even so hath the Lord appointed that they which preach the gospel should live of the gospel". Conforme la King James version. (NdT) "their own carvers" : leurs propres dcoupeurs. L'ecuyer tranchant tait l'officier qui dcoupait les viandes. (NdT) "benevolence" : bienveillance, charit. (NdT) "In what court should they sue for it who had no tribunals?" (NdT)

seulement partir du moment o leurs dcrets auraient force de lois, et pas seulement de canons, lesquelles lois ne pouvaient tre faites que par les empereurs, les rois et les autres souverains civils. Le droit des dmes, qui figure dans la loi de Mose, ne pouvait pas tre appliqu aux ministres de l'Evangile d'alors parce que Mose et les grands prtres taient sous Dieu des souverains civils du peuple, dont le royaume tait prsent parmi les Juifs, alors que le royaume de Dieu par le Christ est encore venir. Nous avons montr jusqu'ici ce qu'taient les pasteurs de l'Eglise, quels taient les articles de leur mandat, comme le fait qu'ils devaient prcher, enseigner, baptiser, tre prsidents des diffrentes assembles, nous avons expliqu ce qu'tait la censure ecclsiastique, c'est--dire l'excommunication, c'est--dire, aux endroits o le Christianisme tait interdit par les lois civiles, le fait de se mettre soi-mme hors de la compagnie des excommunis, et dans les endroits o le Christianisme tait ordonn par la loi civile, le fait d'exclure l'excommuni de l'assemble des Chrtiens. Nous avons vu qui lisait les pasteurs de l'Eglise, c'tait l'assemble, qui les consacrait et les bnissait, c'tait le pasteur, quel tait le revenu qui lui tait d, et nous avons vu qu'il n'tait constitu que de ses propres possessions, de son propre travail, et de la contribution volontaire des Chrtiens dvots et reconnaissants. Nous avons maintenant considrer quelle est la fonction dans l'Eglise de ces personnes qui, tant souverains civils, ont embrass aussi la foi chrtienne. Et d'abord, nous devons nous souvenir que le droit de juger quelles doctrines sont propices la paix et doivent tre enseignes aux sujets, dans toutes les Rpubliques, est insparablement attach (comme je l'ai dj prouv au chapitre XVIII) au pouvoir civil souverain, qu'il soit en un seul homme ou une assemble d'hommes. En effet, il est vident, [mme] celui qui a les plus petites capacits, que les actions des hommes viennent des opinions qu'il ont du bien et du mal qui retombera sur eux par ces actions, et par consquent que les hommes, une fois que l'ide que leur obissance au pouvoir souverain leur sera plus nuisible que leur obissance s'est empare d'eux, dsobiront aux lois, renverseront ainsi la Rpublique 1, et introduiront la confusion et la guerre civile que tout gouvernement civil est institu pour viter. Et donc, dans toutes les Rpubliques des paens, les souverains ont eu le nom de pasteurs du peuple parce qu'aucun sujet ne pouvait lgalement enseigner le peuple sans leur permission et leur autorit. Ce droit des rois paens, on ne peut pas penser qu'il leur soit t parce qu'ils se sont convertis la foi du Christ, qui n'a jamais ordonn que les rois, parce qu'ils croyaient en lui, fussent dposs, c'est--dire assujettis uniquement lui, ou, ce qui est tout un, qu'ils fussent privs du pouvoir ncessaire la conservation de la paix parmi leurs sujets et leur dfense contre les ennemis trangers. Les rois chrtiens sont donc toujours les pasteurs suprmes de leur peuple, et ont le pouvoir d'ordonner les pasteurs de leur choix, pour enseigner l'Eglise, c'est--dire pour enseigner le peuple confi leur charge. De plus, si le droit de choisir ces pasteurs appartenait, comme avant la conversion des rois, l'Eglise (car il en allait ainsi du temps des aptres eux-mmes, comme je l'ai dj montr dans ce chapitre), mme dans ce cas, le droit appartiendrait au souverain civil chrtien, car, en tant qu'il est un Chrtien, il leur permet d'enseigner, et en tant qu'il est le souverain (qui est autant dire l'Eglise par

"will disobey the laws, and thereby overthrow the Commonwealth". (NdT)

reprsentation 1), ceux qu'il lit pour enseigner sont lus par l'Eglise. Et quand une assemble de Chrtiens choisit son pasteur dans une Rpublique chrtienne, c'est le souverain qui l'lit parce que cette lection se fait en vertu de son autorit, de la mme manire que quand une ville choisit son maire 2, c'est l'acte de celui qui dtient le pouvoir souverain, car tout acte fait est l'acte de celui sans le consentement duquel l'acte est invalide. Par consquent, quelque exemple qui puisse tre tir de l'histoire sur l'lection des pasteurs par le peuple ou par le clerg, ce ne sont pas des arguments contre le droit du souverain civil, parce que ceux qui les lisaient le faisaient en vertu de son autorit 3. Etant donn que dans toute Rpublique chrtienne, le souverain civil est le pasteur suprme, la charge duquel est confi tout le troupeau de ses sujets, et que par consquent, c'est en vertu de son autorit que les autres pasteurs sont faits pasteurs et ont le pouvoir d'enseigner et de remplir tous les autres fonctions pastorales, il s'ensuit aussi que c'est du souverain civil que tous les autres pasteurs tirent leur droit d'enseigner, de prcher, et d'exercer toutes les autres fonctions en rapport avec cette fonction, et qu'ils ne sont que ses ministres, de la mme manire que les magistrats des villes, les juges des cours de justice, et les chefs d'armes ne sont que des ministres de celui qui est le magistrat de la Rpublique entire 4, juge de toutes les causes, chef de toute l'arme, et ce magistrat est toujours le souverain civil. Et la raison de cela, ce n'est pas que ceux qui enseignent sont ses sujets, mais que sont qui doivent tre enseigns le sont. En effet, en supposant qu'un roi chrtien confie 5 l'autorit d'ordonner les pasteurs dans ses empires un autre roi (comme divers rois chrtiens accordent ce pouvoir au pape 6), il n'institue pas pour cela un pasteur audessus de lui, ni un pasteur souverain au-dessus de son peuple, car ce serait se priver du pouvoir civil qui, dpendant de l'opinion que les hommes ont de leur devoir envers lui, et de la crainte de chtiments dans l'autre monde, dpendrait aussi de l'habilet et de la loyaut des docteurs 7, qui ne sont pas moins assujettis que les autres sortes d'hommes, non seulement l'ambition, mais aussi l'ignorance. De sorte que l o un tranger a l'autorit de nommer ceux qui enseignent, elle lui est donne par le souverain des empires o il enseigne. Les docteurs chrtiens sont nos matres d'cole pour le Christianisme, mais les rois sont les pres de famille 8, qui peuvent accepter des matres d'coles pour leurs sujets sur la recommandation d'un tranger, mais non sur son ordre, surtout si le profit important et manifeste du mauvais enseignement des sujets doit retomber sur celui qui les recommande. Et les souverains ne sauraient tre obligs de les garder plus longtemps que ne le requiert le bien public, dont ils continuent tre chargs de prendre soin aussi longtemps qu'ils conservent les autres droits essentiels de la souverainet. Donc, si l'on demande un pasteur, dans l'excution de sa fonction, comme le demandrent les principaux prtres et anciens du peuple notre Sauveur (Matthieu, XXI, 23) : En vertu de quelle autorit fais-tu ces choses, et qui t'a donn cette
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"which is as much as to say, the Church by representation". (NdT) "when a town choose their mayor". (NdT) "they are no arguments against the right of any civil sovereign, because they that elected them did it by his authority". (NdT) "of him that is the magistrate of the whole Commonwealth". (NdT) "commit". (NdT) Il ne s'agit videmment pas ici d'un simple exemple! (NdT) "depend also on the skill and loyalty of doctors". (NdT) "Christian doctors are our schoolmasters to Christianity; but kings are fathers of families". (NdT)

autorit? 1 il ne peut faire d'autre rponse juste que celle-ci : il le fait en vertu de l'autorit de la Rpublique qui lui a t donne par le roi ou par l'assemble qui la reprsente. Tous les pasteurs, except le pasteur suprme, remplissent leur charge selon le droit 2, c'est--dire en vertu du souverain civil, c'est--dire jure civili 3 , mais le roi et tout autre souverain remplissent leur fonction de pasteur suprme en vertu d'une autorit immdiate venant de Dieu 4, c'est--dire selon le droit de Dieu, ou jure divino. Et donc, seuls les rois peuvent mettre sur leurs titres une marque de soumission Dieu seul, Dei grati rex 5, etc. Les vques devraient dire, au dbut de leur mandat : Evque de tel diocse par la grce de la Majest du roi, ou, en tant que ministres civils : Au nom de sa majest. En effet, en disant divin providenti 6, ce qui est la mme chose que Dei grati, ils nient, quoique d'une faon dguise 7, avoir reu leur autorit de l'Etat civil, enlevant sournoisement le collier de leur sujtion civile, contrairement l'unit et la dfense de la Rpublique 8. Mais si tout souverain chrtien est le pasteur suprme de ses propres sujets, il semble qu'il ait aussi l'autorit, non seulement de prcher, ce que peut-tre personne ne niera, mais aussi de baptiser, et d'administrer le sacrement de la Cne du Seigneur 9, et de consacrer, pour le service de Dieu, aussi bien les temples que les pasteurs, ce que la plupart des hommes nient, en partie parce que les souverains n'ont pas coutume de le faire, en partie parce que l'administration des sacrements et la conscration des personnes et des lieux destins aux usages sacrs requirent l'imposition des mains d'hommes qui, par la mme imposition, ont t depuis l'poque des aptres successivement ordonns au mme ministre. Donc, pour preuve que les rois chrtiens ont le pouvoir de baptiser et de consacrer, je dois rpondre ces deux questions : 1 Pourquoi les souverains n'ont-ils pas coutume de le faire? 2 Comment, sans la crmonie ordinaire d'imposition des mains, les souverains ont-ils t rendus capables de le faire s'ils le veulent? Il est hors de doute qu'un roi qui serait vers dans les sciences 10 pourrait donner des cours dans ce domaine par le mme droit de sa fonction que celui par lequel il a autoris d'autres hommes donner ces cours dans les universits. Cependant, comme le soin de la somme des affaires de la Rpublique lui prend tout son temps, il ne lui serait pas commode de se mettre lui-mme cette tche
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"By what authority doest thou these things, and who gave thee this authority". Conforme la King James version. (NdT) "in the right". (NdT) Par droit civil. (NdT) "by immediate authority from God". (NdT) Roi par la grce de Dieu. (NdT) Par la providence divine. (NdT) Je pense, contrairement F. Tricaud (et G. Mairet) que "though disguised" se rapporte "they deny" (voir la phrase complte dans la note suivante). En effet, on ne peut pas dire que l'expression "par la divine providence" soit un dguisement de "par la grce divine". En revanche, ces deux expressions sont bien (parfois) de faon dguise la reconnaissance d'une autorit distincte de l'autorit souveraine : celle du souverain pontife. C'est tout l'anglicanisme de notre auteur qui se manifeste ici. Le lecteur songe aussi videmment toute l'histoire des luttes entre souverains civils et papes. (NdT) "For in saying, Divina providentia, which is the same with Dei gratia, though disguised, they deny to have received their authority from the civil state, and slyly slip off the collar of their civil subjection, contrary to the unity and defence of the Commonwealth." (NdT) Eucharistie. (NdT) "skilful in the sciences". (NdT)

particulire. Un roi peut aussi, s'il en a envie, siger en jugement 1, pour entendre et juger toutes sortes de causes, de la mme faon qu'il donne d'autres autorit pour le faire en son nom. Mais la charge de commander et de gouverner, qui repose sur lui, le contraint d'tre continuellement la barre et de confier les fonctions ministrielles d'autres sous lui 2. De la mme manire, notre Sauveur, qui avait l'vidence le pouvoir de baptiser, ne baptisait lui-mme personne 3, mais envoyait ses disciples pour le faire. De mme, saint Paul, parce qu'il tait dans la ncessit de prcher dans divers endroits loigns, baptisait peu : parmi tous les Corinthiens, il baptisa seulement Crispus, Caius et Stphane 4, et la raison est que sa principale charge tait de prcher 5. Par l, il est manifeste que la plus importante charge, tel le gouvernement de l'Eglise, dispense de charges moins importantes. La raison pour laquelle les rois chrtiens n'avaient pas coutume de baptiser est donc vidente, et c'est la mme raison pour laquelle, de nos jours, peu sont baptiss par des vques, encore moins par le pape. Pour savoir si l'imposition des mains est ncessaire pour autoriser un roi baptiser et consacrer, nous devons considrer ceci. L'imposition des mains tait la plus ancienne crmonie publique chez les Juifs, par laquelle tait dsigne de faon certaine la personne ou la chose pour laquelle taient faits une prire, une bndiction, un sacrifice, une conscration, une condamnation, ou un autre discours. Ainsi, Jacob, en bnissant les enfants de Joseph (Gense, XLVIII, 14) posa sa main droite sur Ephram, le cadet, et sa main gauche sur Manass, l'an 6, et cela, il le fit dessein (pourtant, ils lui taient prsents de telle faon par Joseph qu'il ft forc pour le faire d'tendre ses bras en les croisant 7), pour dsigner celui qui il voulait donner la plus grande bndiction 8. De mme, dans le sacrifice d'holocauste, on ordonne Aaron, en Exode, XXIX, 10, de poser ses mains sur la tte du taureau 9, et, au verset 15, de poser ses mains sur la tte du blier 10. La mme chose est rpte en Lvitique, I, 4 11 et en VIII, 14 12. Egalement,
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"A king may also, if he please, sit in judgement". (NdT) "and to commit the ministerial offices to others under him". (NdT) Jean, IV, 2 (Note de Hobbes) 1. Corinthiens, I, 14-16 (Note de Hobbes) 1. Corinthiens, I, 17 (Note de Hobbes) "Laid his right hand on Ephraim the younger, and his left hand on Manasseh the firstborn". Le verset complet, dans la King James version, est : "And Israel stretched out his right hand, and laid it upon Ephraim's head, who was the younger, and his left hand upon Manasseh's head, guiding his hands wittingly; for Manasseh was the firstborn." (NdT) Normalement, la plus grande bndiction doit aller l'an, et c'est la raison pour laquelle Joseph prsente Manass la main droite de Jacob. Or, ce dernier entend privilgier le cadet et c'est la raison pour laquelle il doit croiser les bras. "commutans manus", dit la Vulgate. La Septante utilise le verbe "enalass", de mme sens : changer, intervertir. (NdT) "to design to whom he whom he intended the greater blessing". (NdT) "to lay his hands on the head of the bullock". Le verset complet, dans la King James version, est : "And thou shalt cause a bullock to be brought before the tabernacle of the congregation: and Aaron and his sons shall put their hands upon the head of the bullock." (NdT) "to lay his hand on the head of the ram". Le verset complet, dans la King James version, est : "Thou shalt also take one ram; and Aaron and his sons shall put their hands upon the head of the ram". (NdT) "And he shall put his hand upon the head of the burnt offering; and it shall be accepted for him to make atonement for him." (King James version) (NdT) "And he brought the bullock for the sin offering: and Aaron and his sons laid their hands upon the head of the bullock for the sin offering." (King James version) (NdT)

Mose, quand il ordonna Josu comme Capitaine des Isralites, c'est--dire quand il le consacra au service de Dieu, posa ses mains sur lui et lui donna sa charge 1 (Nombres, XXVII, 23), dsignant de faon certaine qui ils devaient obir la guerre. Et lors de la conscration des Lvites (Nombres, VIII, 10), Dieu ordonna que les enfants d'Isral missent leur mains sur les Lvites 2. Et lors de la condamnation de celui qui avait blasphm le Seigneur, Dieu ordonna que tous ceux qui l'avaient entendu posassent leurs mains sur sa tte, et que toute l'assemble le lapidt 3 (Lvitique, XXIV, 14). Pourquoi sont-ce seulement ceux qui l'ont entendu qui posent leurs mains sur lui, plutt qu'un prtre, ou un Lvite, ou un autre ministre judiciaire, sinon que personne d'autre n'tait capable de dsigner (et d'en faire la dmonstration) aux yeux de l'assemble qui avait blasphm et devait mourir? 4 Dsigner, aux yeux des autres, un homme, ou autre chose, par la main, est moins sujet erreur que quand c'est fait l'oreille en disant le nom. Cette crmonie tait tant observe qu'en bnissant l'assemble entire en une seule fois (ce qui ne pouvait tre fait par une imposition des mains), Aaron, cependant, leva les mains vers le peuple pour le bnir 5 (Lvitique, IX, 22). Et nous lisons aussi qu'existait la mme crmonie de conscration des temples chez les paens, que le prtre posait ses mains sur un pilier du temple, tout le temps qu'il prononait les paroles de la conscration; tant il est naturel, dans le domaine du service public de Dieu, de dsigner une chose individuelle par la main, pour donner une certitude aux yeux, plutt que par des paroles, pour informer l'oreille. Cette crmonie n'tait donc pas nouvelle l'poque de notre Sauveur, car Jare, dont la fille tait malade supplia notre Sauveur, non de la gurir, mais de poser ses mains sur elle, pour qu'elle pt gurir 6 (Marc, V, 23). Et ils lui amenaient des petits enfants, pour qu'il post ses mains sur eux et prit 7 (Matthieu, XIX, 13). Conformment cet ancien rite, les aptres, les prtres, et le collge des prtres 8 lui-mme imposaient leurs mains sur ceux qu'ils ordonnaient pasteurs, et priaient en mme temps pour qu'ils pussent recevoir le Saint-Esprit, et cela pas seulement une fois, mais parfois plus souvent, quand une nouvelle occasion se prsentait; mais le but tait toujours le mme, savoir la dsignation religieuse exacte
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"laid his hands upon him, and gave him his charge". Conforme la King James version. (NdT) "the children of Israel should put their hands the Levites". La King James version dit : "and the children of Israel shall put their hands upon the Levites". (NdT) "all that heard him should lay their hands on his head, and that all the congregation should stone him". La King James version donne : "let all that heard him lay their hands upon his head, and let all the congregation stone him". (NdT) "but that none else were able to design and demonstrate to the eyes of the congregation who it was that had blasphemed and ought to die?" (NdT) "did lift up his hand towards the people when he blessed them". La King James version donne : "And Aaron lifted up his hand toward the people, and blessed them". (NdT) "to lay his hands upon her, that she might be healed". La king James version donne : "And besought him greatly, saying, My little daughter lieth at the point of death: I pray thee, come and lay thy hands on her, that she may be healed; and she shall live". (NdT) "they brought unto him little children, that he should put his hands on them, and pray". Quasiment conforme la King James version. (NdT) "presbytery". Le mot n'apparat qu'une seule fois dans la King James version, en 1. Timothe, IV, 14 ("Neglect not the gift that is in thee, which was given thee by prophecy, with the laying on of the hands of the presbytery"). Le mot utilis dans la Stephanus grecque est "presbuterion", le conseil des anciens, qui est aussi utilis en ce sens en Luc, XXII, 66 et Actes, XXII, 5. (NdT)

d'une personne ordonne, soit la charge pastorale en gnral, soit pour une mission spciale. Ainsi, en Actes, VI, 6, les aptres prirent et posrent les mains 1 sur les sept diacres, ce qui fut fait, non pour leur donner le Saint-Esprit (car ils taient remplis du Saint-Esprit avant d'tre choisis, comme il apparat immdiatement avant, au verset 3), mais pour les dsigner cette fonction. Et aprs que Philippe le diacre eut converti certaines personnes en Samarie, Pierre et Jean (Actes, VIII, 17) descendirent et posrent leurs mains sur eux, et ils reurent le Saint-Esprit 2. Et ce n'taient pas seulement les aptres qui avaient ce pouvoir, un prtre l'avait aussi, car saint Paul avertit Timothe en ces termes (1. Timothe, V, 22) : n'impose les mains prcipitamment personne 3, c'est--dire ne dsigne personne la lgre pour la fonction de pasteur. Le collge presbytral entier imposa les mains Timothe, comme nous le lisons en [Link], IV, 14, mais il faut entendre que quelqu'un de dsign par le collge le fit, probablement leur proests 4, leur porte-parole 5, qui tait peut-tre saint Paul lui-mme. En effet, dans sa seconde Eptre Timothe, au verset 6, il lui dit : Rveille 6 le don de Dieu qui est en toi par l'imposition de mes mains 7 (o l'on peut noter, en passant, que par Saint-Esprit, il ne faut pas entendre la troisime personne de la Trinit, mais les dons ncessaires la fonction pastorale). Nous lisons aussi que saint Paul eut deux fois l'imposition des mains, une fois par Ananie, Damas, au moment de son baptme (Actes, IX, 17-18) 8, et une autre fois Antioche 9 (Actes, XIII, 3), la premire fois qu'il fut envoy prcher. En ce temps-l, la fonction de cette crmonie, en ce qui concerne l'ordination de pasteurs, tait de dsigner la personne qui ils donnaient un tel pouvoir. Mais s'il y avait eu un Chrtien possdant dj le pouvoir d'enseigner, son baptme (c'est--dire en faire un Chrtien) ne lui aurait pas donn un nouveau pouvoir, il lui aurait seulement fait prcher la vraie doctrine, c'est--dire qu'il aurait [ds lors] utilis son pouvoir correctement 10; et donc, l'imposition des mains n'aurait pas t ncessaire, le baptme lui-mme aurait suffi. Mais tout souverain, avant le Christianisme, avait le pouvoir d'enseigner et d'ordonner ceux qui enseignaient, et donc le Christianisme ne leur a donn aucun nouveau droit, il les a seulement dirigs dans la voie de l'enseignement vritable. Par consquent, ils n'avaient pas besoin d'imposition des mains (en plus du baptme) pour tre autoriss exercer une partie quelconque de la fonction pastorale, savoir baptiser et consacrer. Et, dans l'Ancien Testament, mme si le prtre seul
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"The Apostles prayed, and laid their hands". La King James version donne : "and when they had prayed, they laid their hands on them." (NdT) "and laid their hands on them, and they received the Holy Ghost". Conforme la King James version. (NdT) "Lay hands suddenly on no man". Conforme la King James version. (NdT) En caractres grecs. Le mot (absent du Nouveau Testament grec de Stephanus) signifie celui qui est devant, le prsident, le matre (voir le verbe "proistmi" : mettre en avant, se placer devant, etc. Ce verbe est utilis au sens de "prsider" en 1. Timothe, V, 17). (NdT) "prolocutor". (NdT) La Stephanus grecque utilise le verbe "anazpure", rallumer, ranimer. Le vulgate utilise le verbe "resuscitare", rveiller, rallumer, ressusciter. (NdT) "Stir up the gift of God which is in thee, by the laying on of my hands". Le verset complet, dans la King James version, est : "Wherefore I put thee in remembrance that thou stir up the gift of God, which is in thee by the putting on of my hands." (NdT) "Et Ananias s'en alla, et entra dans la maison; et, lui imposant les mains, il dit: Saul, frre, le Seigneur, Jsus qui t'est apparu dans le chemin par o tu venais, m'a envoy pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli de l' Esprit Saint." (Traduction Darby) (NdT) "Et comme ils servaient le Seigneur et jenaient, l'Esprit Saint dit: Mettez-moi maintenant part Barnabas et Saul, pour l'oeuvre laquelle je les ai appels. Alors, ayant jen et pri, et leur ayant impos les mains, ils les laissrent aller." (versets 2 et 3, Traduction Darby) (NdT) "aright". (NdT)

avait le droit de consacrer durant le temps o la souverainet fut dtenue par le grand prtre, cependant, il n'en fut plus ainsi quand la souverainet fut entre les mains du roi, car nous lisons en 1. Rois, VIII, que Salomon bnit le peuple, consacra le temple, et pronona la prire publique qui est de nos jours le modle pour la conscration de toutes les glises et chapelles chrtiennes. Par l, on voit qu'il n'avait pas seulement le droit de gouvernement ecclsiastique, mais qu'il avait aussi celui d'exercer les fonctions ecclsiastiques 1. Par cette runion 2 du droit public et du droit ecclsiastique dans les mains des souverains chrtiens, il est vident qu'ils ont sur leurs sujets toutes les sortes de pouvoir qui peuvent tre donnes l'homme pour le gouvernement des actions humaines extrieures, aussi bien en politique qu'en religion, et qu'ils peuvent faire, pour gouverner leurs propres sujets, les lois qu'ils jugeront eux-mmes les plus adaptes 3, la fois en tant qu'ils sont la Rpublique et qu'ils sont l'Eglise, car l'Etat et l'Eglise sont composs des mmes hommes. S'ils le veulent, ils peuvent donc, comme le font de nos jours de nombreux rois chrtiens, confier 4 le gouvernement de leurs sujets, pour ce qui concerne la religion, au pape; mais alors le pape, sur ce point, leur est subordonn et il exerce cette charge dans l'empire d'un autre souverain jure civili, selon le droit du souverain civil, et non jure divino, selon le droit divin; et il peut donc tre dmis de cette fonction 5 quand le souverain le jugera ncessaire pour le bien de ses sujets. Ils peuvent aussi, s'ils le veulent, confier le soin de la religion un seul pasteur suprme, ou une assemble de pasteurs, et leur donner sur l'Eglise, ou l'un sur l'autre, le pouvoir qu'ils jugeront le plus opportun 6, et leur donner les titres d'honneur qu'ils voudront, vques, archevques, prtres, presbytres, et ils peuvent faire des lois pour leur subsistance, soit par des dmes, soit autrement, comme ils l'entendent, s'ils le font partir d'une conscience sincre 7, que Dieu seul juge. C'est le souverain civil qui doit nommer les juges et les interprtes des critures canoniques car c'est lui qui en fait des lois. Il est aussi celui qui donne force aux excommunications, excommunications qu'il faudrait ddaigner, sinon pour que ces lois et punitions mortifient les libertins obstins et les poussent revenir au sein de l'Eglise 8. En somme, il a le pouvoir suprme dans toutes les causes, aussi bien ecclsiastiques que civiles, dans la mesure o elles concernent les actions et les paroles, car elles seules sont connues et susceptibles d'tre l'objet d'une condamnation. Pour ce qui ne peut tre l'objet d'une accusation, il n'existe absolument aucun juge, hormis Dieu, qui connat le coeur 9. Et ces droits appartiennent tous les souverains, qu'il s'agisse de monarques ou d'assembles, car

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"whereby it appears he had not only the right of ecclesiastical government, but also of exercising ecclesiastical functions." (NdT) "consolidation" : consolidation, runification. (NdT) "and may make such laws as themselves shall judge fittest". (NdT) "commit". (NdT) "and may therefore be discharged of that office". (NdT) "convenient". (NdT) "as they please, so they do it out of a sincere conscience". (NdT) "It is he also that giveth strength to excommunications; which but for such laws and punishments as may humble obstinate libertines, and reduce them to union with the rest of the Church, would be contemned." Erreur de traduction de G. Mairet, qui confond "to contemn" et "to content". (NdT) "and of that which cannot be accused, there is no judge at all, but God, that knoweth the heart". (NdT)

ceux qui sont les reprsentants d'un peuple chrtien sont les reprsentants de l'Eglise : une Eglise et la Rpublique d'un peuple chrtien sont une [seule et] mme chose 1. Quoique ce que j'ai dit ici, et ailleurs dans ce livre, semble assez clair pour revendiquer 2 le pouvoir ecclsiastique suprme des souverains chrtiens, cependant, comme la prtention du pape exercer ce pouvoir universellement a t soutenue principalement, et je pense aussi fortement que possible, par le cardinal Bellarmin dans sa controverse De Summo Pontifice, j'ai jug ncessaire, aussi brivement que possible, d'examiner les fondements et la force de son discours. Des cinq livres qu'il a crits sur ce sujet, le premier contient trois questions : l'une est : quel est dans l'absolu le meilleur gouvernement, la monarchie, l'aristocratie ou la dmocratie? Il ne se dcide pour aucun, mais pour un gouvernement mixte, qui mle les trois 3. Une autre question est celle-ci : Lequel, de ces trois gouvernements, est le meilleur gouvernement de l'Eglise? et il conclut pour le gouvernement mixte, mais qui participerait davantage de la monarchie. La troisime question est : Dans une monarchie mixte, saint Pierre avait-il la place de monarque? Pour ce qui est de sa premire conclusion, j'ai dj suffisamment prouv (chapitre XVIII) que tous les gouvernements auxquels les hommes sont tenus d'obir sont simples et absolus 4. Dans une monarchie, il n'y a qu'un seul homme suprme, et tous les autres qui ont dans l'Etat quelque genre de pouvoir l'ont par son mandat 5 (aussi longtemps qu'il le dsire) et l'excutent en son nom. Dans une aristocratie et dans une dmocratie, il n'y a qu'une assemble suprme, avec le mme pouvoir que celui qui appartient en monarchie au monarque, et ce n'est pas une souverainet mixte, mais une souverainet absolue. Et de ces trois sortes, laquelle est la meilleure? Une telle question ne pas tre dbattue quand l'une de ces sortes est dj tablie, le gouvernement prsent doit toujours tre prfr, soutenu, et considr comme le meilleur, parce qu'il est contraire aussi bien la loi de nature qu' la loi divine positive de faire quelque chose qui tende le renverser. En outre, la question de savoir quel genre de gouvernement est le meilleur n'a aucun rapport avec le pouvoir d'un pasteur ( moins qu'il ne possde la souverainet civile), parce que sa vocation n'est pas de gouverner les hommes par des commandements, mais de les enseigner et de les convaincre par des arguments, et de les laisser considrer s'ils embrasseront ou rejetteront la doctrine enseigne. En effet, la monarchie, l'aristocratie et la dmocratie dlimitent trois sortes de souverains, et non trois sortes de pasteurs, ou, si l'on peut dire, trois sortes de chefs de famille, et non trois sortes de matres d'cole pour leurs enfants. La seconde conclusion, qui concerne la meilleure forme de gouvernement de l'Eglise, n'a donc rien voir avec la question du pouvoir du pape en dehors de son propre empire, car dans toutes les autres Rpubliques, son pouvoir (s'il en a un) est seulement celui d'un matre d'cole, et non celui d'un chef de famille. Pour la troisime conclusion, qui est que saint Pierre tait monarque de l'Eglise, il apporte comme principale preuve ce passage de saint Matthieu, en XVI,
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"for they that are the representants of a Christian people are representants of the Church: for a Church and a Commonwealth of Christian people are the same thing". (NdT) "for the asserting". (NdT) Hobbes dit simplement "for a government mixed of all three". (NdT) "all governments, which men are bound to obey, are simple and absolute". (NdT) "by his commission". (NdT)

18-18 : Tu es Pierre, et sur ce roc 1, je btirai mon Eglise, etc. Et je te donnerai les clefs du ciel. Tout ce que tu lieras sur terre serait li au ciel, et tout ce que tu dlieras sur terre sera dli dans le ciel 2. Ce passage, tout bien considr, ne prouve rien de plus que la fondation de l'Eglise du Christ sur cet unique article : savoir celui que saint Pierre professe au nom des aptres 3, qui donna l'occasion notre Sauveur de prononcer les paroles cites ici. Pour comprendre clairement cela, nous devons considrer que notre Sauveur, par lui-mme, par Jean-Baptiste, et par les aptres, ne prcha que cet article de foi, qu'il tait le Christ, tous les autres articles ne requrant la foi qu'en tant que fonds sur cet article. Jean commena le premier, prchant seulement ceci : Le royaume de Dieu est proche 4 (Matthieu, III, 2). Puis notre Sauveur lui-mme prcha la mme chose (Matthieu, IV, 17 5, et quand il donna ses douze aptres leur mandat (Matthieu, X, 7 6), aucune mention n'est faite de prcher un autre article que cet article. C'tait l'article fondamental, le fondement de la foi de l'Eglise. Ensuite, les aptres tant revenus lui, il leur demanda tous, et pas seulement Pierre, ce que les hommes disaient qu'il tait (Matthieu, XVI, 13 7), et ils rpondirent que certains disaient qu'il tait Jean le Baptiste, d'autres qu'il tait Elie, et d'autres [encore] qui disaient qu'il tait Jrmie ou l'un des prophtes 8. Puis, au verset 15, il leur demanda de nouveau tous : Qui dites-vous que je suis 9? Saint Pierre rpondit pour tous : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant 10, et je dis que c'est le fondement de la foi de l'Eglise entire, car cette occasion, notre Sauveur dit : Sur cette pierre 11, je btirai mon Eglise 12, et il est ici manifeste que par pierre fondatrice 13, il faut entendre l'article fondamental de la foi de l'Eglise. Mais alors, objecteront
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La bible anglaise ne peut conserver le jeu de mots aramen d'origine, que mme la Vulgate ("et ego dico tibi quia tu es Petrus et super hanc petram aedificabo ecclesiam meam et portae inferi non praevalebunt adversum eam") et la Stephanus ("kag de soi leg oti su ei petros kai epi taut t petra oikodoms mou tn ekklsian kai pulai adou ou katiskhusousin auts") ne rendent pas parfaitement (Soulign par nous) On notera que l'allemand ne permet pas non plus de conserver le jeu de mots. La bible de Luther donne : "Und ich sage dir auch: Du bist Petrus, und auf diesen Felsen will ich bauen meine Gemeinde, und die Pforten der Hlle sollen sie nicht berwltigen." On pourra aussi remarquer que Darby, dans sa traduction franaise, vite comme dans sa version anglaise, le jeu de mots : "Et moi aussi, je te dis que tu es Pierre; et sur ce roc je btirai mon assemble". (NdT) "Thou art Peter, and upon this rock I will build my church," etc. "And I will give thee the keys of heaven; whatsoever thou shalt bind on earth shall be bound in heaven, and whatsoever thou shalt loose on earth shall be loosed in heaven". Conforme la King James version. Plus loin, Hobbes va utiliser le mot "stone" (pierre) qui n'apparat pas dans la King James version. (NdT) Autrement dit, que Jsus est le Christ, comme Hobbes le dit plus loin. (NdT) "The kingdom of God is at hand". La King James version donne : "the kingdom of heaven is at hand". (NdT) La King James version donne : "From that time Jesus began to preach, and to say, Repent: for the kingdom of heaven is at hand". (NdT) La King James version donne : "And as ye go, preach, saying, The kingdom of heaven is at hand". (NdT) King James version : "When Jesus came into the coasts of Caesarea Philippi, he asked his disciples, saying, Whom do men say that I the Son of man am?" (NdT) "some said he was John the Baptist, some Elias, and others Jeremias, or one of the Prophets" (verset 14). Conforme la King James version. (NdT) "Whom say ye that I am?". Conforme la King James version. (NdT) "Thou art Christ, the Son of the living God". Conforme la King James version (verset 16). (NdT) Ici "stone". (NdT) "upon this stone I will build my Church". Nous avons dj cit la King James version, qui n'utilise pas "stone" mais "rock". La version Douay/Rheims utilise aussi le mot "rock". (NdT) "foundation-stone". (NdT)

certains, pourquoi notre Sauveur interpose-t-il ces mots Tu es Pierre? Si le texte original avait t rigoureusement traduit, on aurait vu facilement la raison. Nous devons en effet considrer que l'aptre Simon tait surnomm Pierre 1 (ce qui est le sens du mot syriaque cephas, et du mot grec petrus 2). Donc, notre Sauveur, aprs la confession de cet article fondamental, faisant allusion son nom, dit ceci (comme si c'tait en anglais) : Tu es Pierre, et sur cette pierre, je btirai mon Eglise, ce qui a le mme sens que : Cet article - que je suis le Christ - est le fondement de toute la foi que j'exige de ceux qui doivent tre membres de mon Eglise. Cette allusion au nom n'est pas non plus une chose inhabituelle dans la conversation courante, mais 'aurait t un propos trange et obscur si notre Sauveur, ayant l'intention de construire son Eglise sur la personne de saint Pierre, avait dit : Tu es une pierre, et sur cette pierre, je btirai mon Eglise, quand il tait tout indiqu, sans ambigut, de dire : Je construirai mon Eglise sur toi. Et cependant, il y aurait toujours eu la mme allusion son nom 3. Et quant aux paroles suivantes : je te donnerai les clefs du ciel 4, etc., ce n'est rien de plus 5 que ce que notre Sauveur donna aussi aux autres de ses disciples : tout ce que vous lierez sur la terre sera li dans le ciel, et tout ce que vous dlierez sur la terre sera dli dans le ciel 6 (Matthieu, XVIII, 18). Mais quelle que soit la faon dont on interprte ce verset, il n'y a aucun doute que le pouvoir ici accord appartient tous les pasteurs suprmes, comme le sont tous les souverains civils chrtiens dans leurs propres empires. A tel point que si saint Pierre, ou notre Sauveur lui-mme, avait converti l'un d'entre eux le croire 7 et reconnatre son royaume, cependant, comme son royaume n'est pas de ce monde, il aurait laiss le soin suprme de convertir ses sujets personne d'autre qu' lui; ou autrement, il l'aurait ncessairement priv de la souverainet laquelle est insparablement attach le droit d'enseigner 8. Ce que j'ai dit est suffisant pour rfuter le premier livre dans lequel Bellarmin voulait prouver que saint Pierre avait t le monarque universel de l'Eglise, c'est--dire de tous les Chrtiens du monde. Le second livre comporte deux conclusions. L'une, c'est que saint Pierre tait vque de Rome et y mourut; l'autre que les papes de Rome sont ses successeurs, deux thses qui ont [dj] t discutes par d'autres. Mais en les supposant vraies, cependant, si par vque de Rome, on entend soit le monarque de l'Eglise, soit son suprme pasteur, ce n'tait pas Silvestre 9, mais Constantin 10 (qui fut le premier
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"Stone". F. Tricaud a tort de traduire ici par "roc". (NdT) Il s'agit bien sr de "petros", non de "petrus" latin). Existe aussi le mot grec "petra", rocher, roche. La Stephanus utilise d'ailleurs dans le verset concern les deux mots, "petros" et "petra", ce qui attnue le jeu de mots aramen. (NdT) On comprend pour quelles raisons, dans le cadre d'une rfutation de Bellarmin, Hobbes ne veut pas fonder l'Eglise chrtienne sur un homme, mais il faut reconnatre que son argumentation, ici, est d'assez mauvaise foi. (NdT) "I will give thee the keys of heaven". La King James version donne, en Matthieu XVI, 19 : "And I will give unto thee the keys of the kingdom of heaven". (NdT) Sous-entendu : Pierre. (NdT) "Whatsoever ye shall bind on earth shall be bound in heaven. And whatsoever ye shall loose on earth shall be loosed in heaven". Conforme la King James version. (NdT) "To believe him". (NdT) "or else he must have deprived him of the sovereignty to which the right of teaching is inseparably annexed". (NdT) Ou Sylvestre, trente-troisime pape (314-335). (NdT) Il convoqua personnellement le synode d'Arles en 314. (NdT)

empereur chrtien) qui tait cet vque; et comme Constantin, tous les empereurs chrtiens taient aussi de droit vques suprmes de l'empire romain. Je dis de l'empire romain, non de toute la Chrtient, car d'autres souverains chrtiens avaient le mme droit dans leurs territoires respectifs, droit une fonction attache de faon essentielle leur souverainet 1. C'est l ce qui sert de rponse au second livre. Dans le troisime livre, il traite de la question de savoir si la pape est l'antichrist 2. Pour ma part, je ne vois aucun argument prouvant qu'il l'est, au sens utilis par l'Ecriture. Je ne tirerai pas non plus d'argument de la qualit d'antichrist pour contester l'autorit qu'il exerce, ou a exerc jusqu' aujourd'hui, dans les empires de quelque autre prince ou Etat. Il est vident que les prophtes de l'Ancien Testament prdisaient, et que les Juifs attendaient, attendaient un Messie 3, c'est--dire un Christ, qui rtablirait parmi eux le royaume de Dieu qui avait t rejet par eux l'poque de Samuel quand ils exigrent un roi la manire des autres nations. Cette attente les exposait l'imposture de tous ceux qui avaient la fois l'ambition de tenter d'obtenir ce royaume, et l'art de tromper le peuple par de faux miracles 4, par une vie hypocrite, ou par une doctrine et des discours enjleurs. C'est pourquoi notre Sauveur et ses aptres mirent en garde les hommes contre les faux prophtes et les faux Christs. Les faux Christs sont ceux qui prtendent tre le Christ, mais ne le sont pas, et ils sont proprement appels antichrists, exactement comme quand arrive un schisme dans l'Eglise par l'lection de deux papes, l'un appelant l'autre l'antipape, ou le faux pape 5. L'antichrist, au sens propre, a deux marques essentielles : la premire, c'est qu'il nie que Jsus soit le Christ, la deuxime, qu'il professe tre lui-mme le Christ. La premire marque est indique par saint Jean dans sa premire ptre, IV, 3 : Tout esprit qui ne confesse pas que Jsus-Christ est venu dans la chair n'est pas de Dieu 6; et c'est l'esprit de l'antichrist 7. L'autre marque est indique dans ces paroles de notre Sauveur, en Matthieu, XXIV, 5 : Beaucoup viendront en mon nom, disant je suis le Christ 8; et aussi : Si quelqu'un vous dit : voyez, le Christ est ici, le Christ est l, ne le croyez pas 9. L'antichrist doit donc tre un faux Christ, c'est--dire l'un de ceux qui se prtendront le Christ. Et de ces deux marques, nier que Jsus soit le Christ, et affirmer tre soi-mme le Christ, il s'ensuit qu'il doit aussi tre un adversaire de Jsus le vrai Christ, ce qui est une autre signification habituelle du mot antichrist. Mais parmi ces nombreux antichrists, il en est un particulier, o Antikhristos 10, l'Antichrist,
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" Christian sovereigns had the same right in their several territories, as to an office essentially adherent to their sovereignty". (NdT) "whether the Pope be Antichrist". (NdT) Le texte est ainsi fait : "and the Jews expected, a Messiah". Je rpte le verbe attendre pour rendre compte de la virgule. (NdT) Exactement, miracles feints, contrefaits : "counterfeit miracles". (NdT) Voir par exemple ce qui a t dit prcdemment de Damase et Ursin, lus papes en mme temps. (NdT) Vulgate : "ex Deo non est". (NdT) "Every spirit that confesseth not that Jesus Christ is come in the flesh is not of God; and this is the spirit of Antichrist". Conforme la King James version. (NdT) "Many shall come in my name, saying, I am Christ". Conforme la King James version. (NdT) Matthieu, XXIV, 23 : "If any man shall say unto you, Lo, here is Christ, there is Christ, believe it not". Conforme la King James version. (NdT) En grec dans le texte ("antichristus" dans la Vulgate). Le mot grec n'est utilis que par Jean (1. Jean, II, 18,22; IV, 3; et 2. Jean, I, 7). Matthieu (XXIV, 24), Marc (XIII, 22) utilisent le mot

ou Antichrist dfini 1 comme une personne dtermine, non un antichrist de faon indtermine. Or, tant donn que le pape de Rome ne prtend pas tre lui-mme le Christ et qu'il ne nie pas que Jsus soit le Christ, je ne vois pas comment il peut tre appel Antichrist, mot qui signifie, non celui qui prtend faussement tre le lieutenant ou le vicaire gnral du Christ, mais celui qui prtend tre le Christ. Il existe aussi une marque de l'poque de cet Antichrist particulier : ce sera (Matthieu, XXIV, 15) quand ce destructeur abominable 2, dont parle Daniel 3 se tiendra dans le lieu saint, et qu'il y aura une tribulation 4 telle qu'il n'y en a pas eu depuis le commencement du monde, et qu'il n'y en aura pas d'autre, un point tel que si elle devait durer longtemps, aucune chair ne pourrait tre sauve; mais par gard pour les lus, ces jours seront abrgs (rendus moins nombreux). Mais cette tribulation n'est pas encore venue, car elle doit tre immdiatement suivie par un obscurcissement du soleil et de la lune, une chute des toiles, un branlement des cieux, et le retour glorieux dans notre Sauveur dans les nuages 5. Et donc, l'Antichrist n'est pas encore venu, alors de que nombreux papes sont venus et s'en sont alls. Il est vrai que le pape, en prtendant donner des lois 6 tous les rois chrtiens et toutes les nations chrtiennes, usurpe en ce monde un royaume auquel le Christ n'avait pas prtendu; mais il ne le fait pas en tant que Christ, mais pour le Christ, ce qui n'a rien voir avec l'Antichrist. Dans le quatrime livre, pour prouver que le pape est le juge suprme dans toutes les questions de foi et de moeurs (ce qui revient tre le monarque absolu de toutes les Chrtiens du monde) il apporte trois propositions : la premire, que ses jugements sont infaillibles; la seconde qu'il peut faire de vritables lois, et punir ceux qui ne les observent pas; et la troisime, que notre Sauveur a confr toute juridiction ecclsiastique au pape de Rome. Pour l'infaillibilit de ses jugements, il allgue les Ecritures. D'abord ce passage de Luc , en XXII, 31 : Simon, Simon, Satan vous a demands pour vous passer au crible comme du bl, mais j'ai pri pour toi, afin que ta foi ne fasse pas dfaut; et quand tu seras converti, fortifie tes frres 7. Cela veut dire, selon l'expos
"pseudochristos" (dans la Vulgate "pseudochristus"), faux Christ. On notera qu'il s'agit toujours d'un pluriel : de faux Christs. (NdT) "or Antichrist definitely". (NdT) "that abominable destroyer". La destruction abominable, dit la Vulgate : "cum ergo videritis abominationem desolationis quae dicta est a Danihelo propheta stantem in loco sancto qui legit intellegat". (NdT) Daniel, IX, 27 (Note de Hobbes) Vulgate : "tribulatio": tourment, accablement (le "tribulum" est une sorte de herse). Stephanus : "thlipsis" : pression, oppression. Le verbe grec "thlib" signifie presser, serrer, comprimer, accabler, opprimer. Le mot grec "thlipsis" apparat assez rgulirement dans la Septante, par exemple en Gense, XLII, 21, en Exode, IV, 31, en [Link], XIII, 4, en Job, XV, 24. Ce terme est gnralement traduit dans l'Ancien Testament par dtresse, affliction, oppression. Jrme, dans la Vulgate, n'a pas rendu systmatiquement "thlipsis" par "tribulatio". Il lui arrive d'utiliser les mots "angustiae" (tat de gne, difficult) et "adflictio" (affliction, malheur). (NdT) Matthieu, XXIV, 29-30. La King James version donne : "Immediately after the tribulation of those days shall the sun be darkened, and the moon shall not give her light, and the stars shall fall from heaven, and the powers of the heavens shall be shaken. And then shall appear the sign of the Son of man in heaven: and then shall all the tribes of the earth mourn, and they shall see the Son of man coming in the clouds of heaven with power and great glory." (NdT) "in taking upon him to give laws". (NdT) "Simon, Simon, Satan hath desired you that he may sift you as wheat; but I have prayed for thee, that thy faith fail not; and when thou art converted, strengthen thy brethren." Conforme la King

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de Bellarmin, que le Christ donna ici Simon Pierre deux privilges : l'un, que la foi ne lui fasse pas dfaut, lui et ses successeurs, l'autre que ni lui, ni ses successeurs ne dfinissent jamais un point concernant la foi ou les moeurs de faon errone, ou contrairement la dfinition d'un pape antrieur, ce qui est une interprtation trange et qui fait trs violence au texte. Mais celui qui lit avec attention ce chapitre trouvera que n'existe aucun passage dans toute l'Ecriture qui n'aille pas davantage contre l'autorit du pape. Les prtres et les scribes, cherchant tuer notre Sauveur lors de la Pque, et Judas, possd par la rsolution de le trahir, et le jour d'immoler la Pque tant venu 1, notre Sauveur clbra la Pque avec ses aptres, ce qu'il ne ferait plus, dit-il, jusqu' ce que le royaume de Dieu vienne, et il leur dit en mme temps que l'un d'eux devait le trahir. L-dessus, il lui demandrent qui le trahirait, et en mme temps (voyant que la prochaine Pque que leur matre clbrerait serait quand il sera roi) ils entamrent une dispute pour savoir qui serait alors le plus grand. C'est pourquoi notre Sauveur leur dit que les rois des nations avaient l'empire sur leurs sujets, et qu'ils taient appels d'un nom qui, en hbreu signifie bienfaisant 2 : mais je ne peux pas tre tel pour vous, vous devez vous efforcer de vous servir les uns les autres; je vous destine 3 un royaume, mais c'est celui que mon Pre m'a destin, un royaume que je dois maintenant payer de mon sang, et que je ne possderai qu' mon retour. Alors, vous mangerez et boirez ma table, et sigerez sur des trnes, jugeant les douze tribus d'Isral 4. Et alors, s'adressant saint Pierre, il dit : Simon, Simon, Satan cherche, en te suggrant une domination prsente, affaiblir ta foi future 5; mais j'ai pri pour toi, pour que ta foi ne te manque pas. Toi donc (notez ceci), tant converti, et comprenant que mon royaume est d'un autre monde, confirme 6 la mme foi en tes frres. Et saint Pierre rpondit (comme quelqu'un qui n'attend plus aucune autorit en ce monde) : Seigneur, je suis prt partir avec toi, non seulement en prison, mais [aussi] la mort 7. Il est ainsi manifeste que saint Pierre, non seulement n'avait aucune juridiction qui lui avait t donne dans ce monde, mais il avait [de plus] la charge d'enseigner tous les autres aptres qu'ils n'en auraient pas non plus. Et pour ce qui est de l'infaillibilit de la sentence de saint Pierre dfinissant un point de foi, partir de ce texte, on ne peut attribuer cette sentence rien de plus que ceci : qu'il devait continuer croire que le Christ reviendrait et possderait le royaume au jour du

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James version. Le verbe "convertere" utilis par la Vulgate ("et tu aliquando conversus confirma fratres tuos") a donn lieu deux traductions : 1) retourner, revenir. 2) se convertir. La mme ambigut se trouve dans le version grecque de Stephanus, avec le verbe "epistreph". (NdT) "and the day of killing the Passover being come". G. Mairet se contente de traduire par : "le jour de la pque tant arriv." Il s'agit du sacrifice de l'agneau pascal. (NdT) Luc, XXII, 25. La vulgate dit "benefici" (bienfaisants), la Version grecque de Stephanus "euergetai" (idem). (NdT) Hobbes utilise le verbe "to ordain" alors que La King James version utilise "to appoint". (NdT) Hobbes utilise assez librement le chapitre 22 de Luc. (NdT) "your faith of the future". Erreur de traduction de G. Mairet ("ta foi en l'avenir"). En effet, Hobbes n'crit pas : "your faith in the future". On notera qu'il ne s'agit pas d'une citation biblique mais d'une interprtation de Luc, XXII, 31 par Hobbes. (NdT) Ce verbe "to confirm" est absent de l'Evangile selon Luc dans la King James version. J'ai d'abord pens qu'il pouvait s'agir d'une rminiscence d'Actes, XV, 32 : "And Judas and Silas, being prophets also themselves, exhorted the brethren with many words, and confirmed them.", mais il s'agit en fait d'une citation arrange du verset 32 du chapitre 22 de Luc de la version Douay/Rheims de la Bible : "But I have prayed for thee, that thy faith fail not: and thou, being once converted, confirm thy brethren." (NdT) "Lord, I am ready to go with thee, not only to prison, but to death" (verset 33). La King James version donne : "I am ready to go with thee, both into prison, and to death". (NdT)

jugement; ce qui ne fut pas donn par ce texte tous ses successeurs, car nous voyons qu'il revendiquent ce royaume dans le monde prsent 1. Le second passage est pris en Matthieu, XVI : Tu es Pierre, et sur ce roc, je btirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prvaudront 2 pas contre elle 3. Ce passage, comme je l'ai dj montr dans ce chapitre, ne prouve rien de plus que ceci : les portes de l'enfer ne prvaudront pas contre la confession de Pierre, qui fut l'occasion de ce propos, savoir que Jsus est le Christ, le Fils de Dieu. Le troisime texte est pris en Jean, XXI, 16-17 : Fais patre mes brebis 4, ce qui n'est rien de plus qu'un mandat d'enseigner. Si nous accordons que le reste des aptres est compris sous le nom de brebis, alors c'est le pouvoir suprme d'enseigner; mais c'tait seulement pour le temps o n'existaient pas encore de souverains chrtiens possdant cette suprmatie. Mais j'ai dj prouv que les souverains chrtiens sont dans leurs propres empires les pasteurs suprmes 5, institus cette fonction en vertu de leur baptme, quoique sans imposition des mains. En effet, une telle imposition tant la crmonie qui dsigne la personne, elle est inutile quand le souverain est dj dsign au pouvoir d'enseigner la doctrine de son choix en vertu du fait qu'il est institu pour avoir un pouvoir absolu sur ses sujets. Car, comme je l'ai prouv prcdemment, les souverains, en gnral, sont les enseignants suprmes en vertu de leur fonction, et ils s'obligent donc 6, par leur baptme, enseigner la doctrine du Christ; et s'ils supportent que d'autres enseignent leur peuple, ils le font au pril de leur me, car c'est aux chefs de famille que Dieu demandera compte de l'instruction de ses enfants et serviteurs. C'est d'Abraham lui-mme, non d'un salari, que Dieu dit, en Gense, XVIII, 19 : Je sais qu'il commandera ses enfants et sa maison aprs lui de garder la voie du Seigneur, et de faire justice et jugement 7. Le quatrime passage est pris dans Exode, XXVIII, 30 : Tu mettras dans le pectoral de jugement l'Urim et le Thummin 8, mots qui, dit-il, sont traduits dans la Septante par les mots delsin et altheian 9, c'est--dire vidence et vrit; et il conclut de l que Dieu a donn au grand prtre l'vidence et la vrit, ce qui est presque l'infaillibilit. Mais que ce soient l'vidence et la vrit elles-mmes qui
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"for we see they claim it in the world that now is". (NdT) La vulgate utilise le verbe "praevalere", la Stephanus le verbe "katiskhu". Les deux ont le sens de prvaloir, l'emporter, valoir plus. (NdT) "Thou art Peter, and upon this rock I will build my Church, and the gates of hell shall not prevail against it" (verset 18). Conforme la King James version. (NdT) "feed my sheep" (verset 16). Conforme la King James version. (NdT) "But I have already proved that Christian sovereigns are in their own dominions the supreme pastors". (NdT) G. Mairet, comme son habitude, ajoute inutilement "eux-mmes". (NdT) "I know him that he will command his children, and his household after him, that they keep the way of the Lord, and do justice and judgement". "and they shall keep", dit la King James version. (NdT) Les Urim et les Thummim taient des objets (peut-tre des ds) qui se trouvaient dans le pectoral (que la Vulgate appelle le "rationale" - "in rationali iudicii " - , la Septante le "logeion" - "logeion krossous" -), morceau d'toffe qui se portait sur la poitrine. Ces objets taient utiliss pour connatre la volont de Dieu pour la nation. Les passages bibliques qui y font rfrence sont 1) Pour les deux : Exode, XXVIII, 30; Lvitique, VIII, 8; Deutronome, XXXIII, 8; Esdras, II, 63; Nhmie, VII, 66. 2) l'urim seul : Nombres, XXVII, 21; [Link], XXVIII, 6. (NdT) En caractres grecs. La Septante utilise bien ces deux termes grecs. La "dlosis" est l'action de montrer, de faire comprendre. Le verbe "dlo" signifie : rendre visible, montrer, manifester, faire savoir, faire connatre, et mme prouver, montrer comme vident. L' "altheia" est la vrit. (NdT)

furent donnes, ou qu'il ne s'agisse que d'un avertissement au prtre de s'efforcer de s'informer clairement et de rendre les jugements droitement, il n'en demeure pas moins que ce don tait fait au grand prtre, il tait fait au souverain civil (car tel tait le grand prtre dans le Rpublique d'Isral, juste au-dessous de Dieu), et c'est l un argument pour l'vidence et la vrit, c'est--dire pour la suprmatie ecclsiastique des souverains civils sur leurs propres sujets, contre le prtendu pouvoir du pape 1. Ce sont l tous les textes qu'il apporte pour [dmontrer] l'infaillibilit du pape en matire de foi. En faveur de l'infaillibilit de son jugement en matire de moeurs, il apporte un seul texte, en Jean, XVI, 13 : Quand l'esprit de vrit sera venu, il vous conduira vers toute vrit 2. Dans ce texte, dit-il, par l'expression toute vrit, il faut entendre au moins toute vrit ncessaire au salut. Mais avec cette restriction, il n'attribue pas plus d'infaillibilit au pape qu' un homme quelconque qui professe le Christianisme et qui ne doit pas tre damn. Quels sont ces points, je le dirai partir de l'Ecriture dans le chapitre suivant. Pour l'instant, je ne dis rien de plus que ceci : mme si l'on accorde qu'il n'est absolument pas possible que le pape enseigne une erreur, cependant cela ne lui donne pas le droit une quelconque juridiction dans l'empire d'un autre prince, moins qu'on dise aussi qu'on est oblig en conscience de donner dans tous les cas le travail au meilleur ouvrier, alors mme qu'on a antrieurement promis ce travail un autre. En plus de ce texte, il argumente partir de la raison 3 ainsi : si le pape pouvait errer dans les choses ncessaires 4, alors le Christ n'aurait pas pourvu de faon suffisante au salut de l'Eglise, puisqu'il lui a command de suivre les directives du pape. Mais cette raison n'est pas valable, moins qu'il ne montre quand et o le Christ a command cela, ou a tenu compte en quelque faon de la question du pape. Mieux! Mme en accordant que ce qui fut donn saint Pierre fut donn au pape, tant donn cependant qu'il n'y a dans l'Ecriture aucun ordre de lui obir, nul homme ne peut tre juste en lui obissant quand ses commandements sont contraires ceux de son souverain lgitime. Enfin, il n'a t dclar ni par l'Eglise, ni par le pape lui-mme, que le pape est le souverain civil de tous les Chrtiens du monde, et les Chrtiens ne sont donc pas tenus de reconnatre sa juridiction en matire de moeurs. Car la souverainet civile et la judicature suprme dans les controverses sur les moeurs sont la mme chose, et ceux qui font les lois civiles ne sont pas seulement ceux qui proclament la justice et l'injustice des actions, ils sont aussi ceux qui crent 5 cette justice et cette injustice des actions, car il n'y a rien dans les moeurs des hommes qui les rende justes ou injustes 6, sinon leur conformit la loi du souverain. Par consquent, quand le pape prtend la suprmatie dans les controverses sur les moeurs, il enseigne aux hommes dsobir au souverain, ce qui est une doctrine errone, contraire aux nombreux prceptes que notre Sauveur et ses aptres nous ont transmis dans l'Ecriture.

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F. tricaud nglige "against the pretended power of the Pope". (NdT) "When the Spirit of truth is come, he will lead you into all truth". La King James version donne : "Howbeit when he, the Spirit of truth, is come, he will guide you into all truth". (NdT) "he argueth from reason". (NdT) Il faut entendre "ncessaires au salut". (NdT) Hobbes dit "but also makers of the justice and injustice of actions". (NdT) "that makes them righteous or unrighteous". (NdT)

Pour prouver que le pape a le pouvoir de faire des lois, il allgue de nombreux passages. Le premier se trouve en Deutronome, XVII, 12 : L'homme qui agira prsomptueusement 1 et n'coutera pas le prtre, qui se tient l pour servir devant le Seigneur ton Dieu, ou le juge, cet homme-l mourra, et tu teras le mal d'Isral 2. Pour rpondre cela, nous devons nous rappeler que le grand prtre, juste immdiatement sous Dieu 3, tait le souverain civil, et que tous les juges taient institus par lui. Les paroles allgues doivent donc tre entendues ainsi : L'homme qui aura la prsomption de dsobir au souverain civil du moment, ou l'un de ses officiers, dans l'excution de leurs fonctions, cet homme mourra, etc., ce qui est clairement en faveur de la souverainet civile et contre le pouvoir universel du pape. Deuximement, il allgue ce passage, en Matthieu, XVI : Tout ce que vous lierez, etc., et il interprte ce lien comme celui qui est attribu aux scribes et aux pharisiens, en Matthieu, XXIII, 4 : Ils lient des lourds fardeaux, pnibles porter, et ils les dposent sur les paules des hommes 4. Par lier, dit-il, il faut entendre faire des lois, et il conclut de l que le pape peut faire des lois. Mais cela aussi est l'avantage du pouvoir lgislatif des souverains civils, car les scribes et les pharisiens sigeaient dans la chaire de Mose, mais Mose, juste sous Dieu, tait le souverain du peuple d'Isral, et donc, notre Sauveur leur ordonne de faire tout ce qu'ils diraient, mais pas tout ce qu'ils feraient, c'est--dire qu'il leur ordonne d'obir leurs lois, non de suivre leur exemple. Le troisime passage se trouve en Jean, XXI, 16 : Fais patre mes brebis, ce qui n'est pas le pouvoir de faire des lois, mais l'ordre d'enseigner. Faire des lois appartient au seigneur de la famille qui, sa propre discrtion 5, choisit son aumnier comme on choisit aussi un matre d'cole pour enseigner ses enfants. Le quatrime passage, en Jean, XX, 21, va contre son intention. Les paroles sont : Comme mon Pre m'a envoy, je vous envoie aussi 6. Mais notre Sauveur fut envoy pour rdimer par sa mort ceux qui croiraient et, par sa prdication et celle de ses aptres, pour les prparer leur entre dans son royaume, qui, dit-il lui-mme, n'est pas de ce monde; et il nous a enseign prier pour sa venue future, quoiqu'il ait refus de dire ses aptres quand il reviendrait (Actes, I, 6-7). Dans ce royaume, quand il viendra, les douze aptres sigeront sur douze trnes (et chaque trne sera peut-tre aussi lev que celui de saint Pierre) pour juger les douze tribus d'Isral. Etant donn, donc, que Dieu le Pre n'envoya pas notre Sauveur pour faire des lois dans ce monde prsent, nous pouvons conclure du texte que notre Sauveur n'a pas envoy non plus saint Pierre pour faire des lois ici, mais pour persuader les hommes d'attendre sa seconde venue avec une foi inbranlable 7 et, en attendant, s'ils sont sujets, d'obir leurs princes; et s'ils sont princes, la fois de croire eux-mmes
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"qui autem superbierit", dit la Vulgate. (NdT) "The man that will do presumptuously, and will not hearken unto the priest, that standeth to minister there before the Lord thy God, or unto the judge, even that man shall die, and thou shalt put away the evil from Israel". Conforme la King James version. (NdT) "next and immediately under God". (NdT) "They bind heavy burdens, and grievous to be borne, and lay them on men's shoulders". Conforme la King James version. (NdT) "by his own discretion". (NdT) "As my Father sent me, so send I you". La King James version dit : "as my Father hath sent me, even so send I you." (NdT) "with a steadfast faith". (NdT)

cette venue, et de faire de leur mieux pour inciter les sujets croire, ce qui est la fonction d'un vque. Par consquent, ce passage tend trs fortement joindre la suprmatie ecclsiastique la souverainet civile, contrairement la raison pour laquelle le cardinal Bellarmin l'allgue. Le cinquime passage est en Actes, XV, 28 1 : Il a paru bon, au Saint-Esprit, et nous-mmes, de ne pas vous imposer un fardeau plus lourd que les choses ncessaires : que vous vous absteniez des viandes offertes aux idoles, du sang, des animaux trangls 2, et de la fornication 3. Ici, il entend par imposition de fardeaux le pouvoir lgislatif. Mais qui, lisant ce texte, peut dire que cette formule des aptres ne peut pas tre aussi proprement utilise pour donner des conseils que pour faire des lois? La formule d'une loi est Nous ordonnons, mais Nous pensons bon est la formule habituelle de ceux qui ne font que donner leur avis; et ceux qui donnent un avis imposent un fardeau, quoiqu'il soit conditionnel 4, c'est--dire si ceux qui ils donnent cet avis veulent atteindre leur but. Tel est le fardeau de s'abstenir de choses trangles, et de sang, qui n'est pas absolu, mais [valable] seulement au cas o ils ne veulent pas errer. J'ai dj montr (chapitre XXV) qu'une loi se distingue d'un conseil en ceci que la raison d'une loi vient du dessein et de l'avantage de celui qui la prescrit, alors que la raison d'un conseil vient du dessein et de l'avantage de celui qui le conseil est donn. Mais ici, les aptres ne visent que l'avantage des Gentils convertis, savoir leur salut, non leur propre avantage, car, ayant fait tous leurs efforts, ils seront rcompenss, qu'ils soient obis ou non. Par consquent, les actes de ce concile n'taient pas des lois, mais des conseils. Le sixime passage est en Romains, XIII : Que toute me soit assujettie aux pouvoirs suprieurs, car il n'est de pouvoir que de Dieu 5. Cela s'entend, dit-il, non seulement des princes sculiers, mais aussi des princes ecclsiastiques. A quoi je rponds, premirement, qu'il n'existe pas de princes ecclsiastiques qui ne soient pas aussi souverains civils, et que leurs principauts n'excdent pas les limites de leur souverainet civile. Au-del de ces limites, mme s'ils peuvent tre considrs comme docteurs, il ne sauraient tre reconnus comme princes. En effet, si l'aptre avait voulu dire que nous devrions nous assujettir la fois nos propres princes et au pape, il nous aurait enseign une doctrine que le Christ lui-mme nous a dite impossible, savoir servir deux matres 6. Et mme si l'aptre dit dans un autre passage : j'cris ces
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Et 29. (NdT) L'animal trangl ou touff ne peut pas tre parfaitement vid de son sang. Gense, IX, 4 : "vous ne mangerez pas la chair avec sa vie, c'est--dire son sang" (Darby). Lvitique, III, 17 : "vous ne mangerez aucune graisse ni aucun sang" (Darby). Lvitique, VII, 26 : "Et vous ne mangerez aucun sang, dans aucune de vos habitations, soit d'oiseaux, soit de btail" (Darby). Etc. (NdT) "It hath seemed good to the Holy Spirit, and to us, to lay upon you no greater burden than these necessary things, that ye abstain from meats offered to idols, and from blood, and from things strangled, and from fornication". Conforme la King James version, qui utilise comme Hobbes une virgule aprs "from blood" (idem dans version Douay/Rheims de Martin). La Vulgate incite supprimer la virgule : "et sanguine suffocato". En revanche la Stephanus grecque incite la rtablir : "kai aimatos kai pniktou". (NdT) "conditional". Plus loin, "absolute". (NdT) "Let every soul be subject to the higher powers, for there is no power but of God". Conforme la King James version. La fin du verset est :"the powers that be are ordained of God". Il s'agit d'un verset souvent cit dans l'histoire de la pense, pour des raisons videntes, et que Bellarmin ne pouvait videmment pas ngliger : "omnis anima potestatibus sublimioribus subdita sit non est enim potestas nisi a Deo quae autem sunt a Deo ordinatae sunt" (Vulgate). (NdT) Matthieu, VI, 24, et Luc, XVI, 13. (NdT)

choses tant absent, pour ne pas, tant prsent, tre plus tranchant 1, selon le pouvoir que le Seigneur m'a donn 2, cela ne signifie pas qu'il revendique un pouvoir, soit de mettre mort, d'emprisonner, de bannir, de fouetter, soit de frapper d'une amende l'un d'entre eux, car ce sont des chtiments, mais seulement le pouvoir d'excommunier qui, en dehors du pouvoir civil, n'est que le fait de renoncer leur compagnie, et de n'avoir pas plus affaire avec eux qu'avec un paen ou un publicain 3, ce qui, en de nombreuses cas, peut tre une peine plus lourde pour celui qui excommunie que pour celui qui est excommuni. Le septime passage est en 1. Corinthiens, IV, 21 : Viendrai-je vers vous avec une verge, ou dans l'amour 4 et l'esprit de douceur?5 Mais ici, de nouveau, ce n'est pas le pouvoir qu'a un magistrat de punir ceux qui enfreignent la loi 6 (c'est ce que veut dire la verge), mais seulement le pouvoir d'excommunication, qui n'est pas, par sa nature, un chtiment, mais est seulement le fait d'annoncer le chtiment que le Christ infligera, quand il sera en possession de son royaume au jour du jugement. Et alors, ce ne sera pas proprement parler un chtiment, comme pour un sujet qui a enfreint la loi, mais une vengeance, comme on se venge d'un ennemi ou d'un rvolt qui nie le droit de notre Sauveur au royaume. Cela ne prouve donc pas qu'un vque qui ne possde pas le pouvoir civil possde le pouvoir lgislatif. Le huitime passage se trouve en Timothe, III, 2 : Un vque ne doit tre le mari que d'une seule femme, vigilant, sobre, etc. 7, et il dit que ce verset est une loi. Je pensais que personne ne pouvait faire une loi dans l'Eglise, sinon le monarque de l'Eglise, saint Pierre. Mais supposons que ce prcepte ait t fait par l'autorit de saint Pierre; je ne vois cependant aucune raison de l'appeler une loi plutt qu'une recommandation, tant donn que Timothe n'tait pas un sujet, mais un disciple de saint Paul; le troupeau la charge de Timothe n'tait pas form pas ses sujets dans le royaume, mais par ses lves dans l'cole du Christ. Si tous les prceptes qu'il donne Timothe sont des lois, pourquoi ce verset n'est-il pas aussi une loi : Ne bois plus d'eau, mais use d'un peu de vin pour ta sant 8? Et pourquoi les prceptes des bons mdecins ne sont-ils pas autant de lois? Ce n'est pas la forme imprative du discours mais une sujtion absolue une personne qui fait de ses prceptes des lois.

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"ut non praesens durius agam", dit la Vulgate. La Stephanus grecque dit "apotoms", d'une faon tranchante, durement. (NdT) "I write these things being absent, lest being present I should use sharpness, according to the power which the Lord hath given me" (2. Corinthiens, XIII, 10). Conforme la King James version. (NdT) Allusion Matthieu, XVIII, 17. (NdT) Il s'agit bien sr de l'agap dont parle la Stephanus grecque, rendu dans la Vulgate par le mot "caritas". (NdT) "Shall I come unto you with a rod, or in love, and the spirit of lenity?" La King James version dit "and in the spirit of meekness" (tout comme la Douay/Rheims) : et dans l'esprit de douceur. La Vulgate dit "in caritate et spiritu mansuetudinis".(NdT) "to punish offenders". J'ai expliqu dans une note d'un autre chapitre pourquoi je refusais de traduire "offender" par dlinquant. (NdT) "A bishop must be the husband but of one wife, vigilant, sober". La King James version donne : "A bishop then must be blameless, the husband of one wife, vigilant, sober". (NdT) [Link], II, 23. (NdT)

De la mme manire, le neuvime passage, en 1. Timothe, V, 19 : Contre un ancien, ne recevez pas d'accusation, sinon devant deux ou trois tmoins 1, est un sage prcepte, mais pas une loi. Le dixime passage se trouve en Luc, X, 16 : Celui qui vous coute m'coute; et celui qui vous ddaigne 2 me ddaigne 3. Il n'y a aucun doute que celui qui ddaigne le conseil de ceux qui sont envoys par le Christ ddaigne le conseil du Christ lui-mme. Mais aujourd'hui, qui sont ceux qui sont envoys par le Christ, sinon ceux qui ont t ordonns pasteurs par une autorit lgitime? Et qui sont lgitimement ordonns, sinon ceux qui sont ordonns par le pasteur souverain? Et qui est ordonn par le pasteur souverain, dans une Rpublique chrtienne, sinon celui qui est ordonn par l'autorit du souverain de cette Rpublique? De ce passage, il s'ensuit donc que celui qui coute son souverain, tant chrtien, coute le Christ, et que celui qui ddaigne la doctrine laquelle son roi chrtien donne autorit ddaigne la doctrine du Christ, ce qui n'est pas ce que Bellarmin envisage de prouver ici, mais le contraire. Mais tout cela n'a rien voir avec une loi. Mieux encore : un roi chrtien, pasteur et docteur de ses sujets, ne fait pas pour cela de ses doctrines des lois. Il ne peut pas obliger les hommes croire, mme si comme souverain civil il peut faire des lois conformes sa doctrine, ce qui peut obliger les hommes certaines actions, et parfois des actions qu'autrement ils ne feraient pas, et qu'il ne devrait pas ordonner. Et pourtant, quand elles sont ordonnes, ce sont des lois; et les actions extrieures faites en obissant ces lois, sans approbation intrieure 4, sont les actions du souverain, et non des sujets qui, dans ce cas, ne sont que des instruments, absolument privs de motion personnelle, parce que Dieu a ordonn d'obir ces lois. Le onzime texte de citations regroupe tous les passages o l'aptre, pour un conseil, utilise quelque mot par lequel les hommes ont coutume de signifier un commandement, ou appelle obissance le fait de suivre son conseil. Les passages allgus, donc, sont sortis de 1. Corinthiens, XI, 2 : Je vous loue 5 d'avoir conserv mes prceptes comme je vous les ai transmis 6. Le passage, en grec, dit : je vous loue d'avoir conserv ces choses que je vous ai transmises comme je vous les ai transmises 7 ce qui est loin de signifier que ce furent des lois, ou quelque chose d'autre que des bons conseils. Et ce passage de [Link] : Vous savez quels commandements nous vous avons donns 8. L'expression grecque employe est paraggelias edkamen
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"Against an elder receive not an accusation, but before two or three witnesses". Conforme la King James version. (NdT) La Vulgate utilise le verbe "spenere" : rejeter, ddaigner, mpriser. La Stephanus grecque utilise le verbe "athete" : mettre de ct, refuser son assentiment, violer (un serment, un trait). (NdT) "He that heareth you, heareth me; and he that despiseth you, despiseth me". Conforme la King James version. (NdT) "without the inward approbation". (NdT) La Vulgate utilise le verbe "laudare", la Septante le verbe "epaine". Les deux ont le sens de louer, d'approuver. Hobbes utilise ici le verbe "to commend", qui signifie louer, mais aussi recommander. La King James version est beaucoup plus claire (comme la version Douay/Rheims) en utilisant le verbe "to praise". (NdT) "I commend you for keeping my precepts as I delivered them to you". "epain de umas adelphoi oti panta mou memsthe kai kaths paredka umin tas paradoseis katekhete", ce que je traduis par "je vous loue, frres, de vous souvenir de moi en tout et de conserver les [choses] transmises comme je vous les ai transmises". Certaines traductions anglaises traduisent "paradoseis" ([choses] transmises) par "ordinances", ce qui indique l'influence de la Vulgate ("praecepta")("laudo autem vos fratres quod omnia mei memores estis et sicut tradidi vobis praecepta mea tenetis"). (NdT) "You know what commandments we gave you". Conforme la King James version. (NdT)

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quivalent paredkamen 2, que nous vous avons transmis, comme dans le passage allgu juste avant 3, ce qui ne prouve pas que les traditions des aptres fussent rien de plus que des conseils, mme s'il est dit dans le verset 8 : Celui qui les ddaigne ne ddaigne pas l'homme, mais Dieu 4, car notre Sauveur lui-mme ne vint pas pour juger, c'est--dire pour tre le roi en ce monde, mais pour se sacrifier pour les pcheurs, et pour laisser les docteurs dans son Eglise, pour les guider vers le Christ, non pour les entraner de force vers lui 5 qui n'a jamais accept les actions forces (ce que la loi produit), mais [qui voulait] la conversion intrieure du coeur 6, conversion qui n'est pas l'oeuvre des lois, mais des conseils et de la doctrine. Il y a aussi ce passage de [Link], II, 14 : Si un homme n'obit pas notre parole qui se trouve dans cette ptre, notez qui est cet homme, et ne le frquentez plus, pourqu'il ait honte 7. En partant du mot obit, il voudrait infrer que cette ptre tait une loi pour les Thessaloniciens. Les ptres des empereurs taient vraiment des lois. Si donc l'ptre de saint Paul tait aussi une loi, ils devaient obir deux matres. Mais le mot obit, comme il est dans le grec avec le mot upakouei 8, signifie couter, ou mettre en pratique, non seulement ce qui est command par celui qui a le droit de punir, mais aussi ce qui est transmis titre de conseil pour notre bien. Et c'est pourquoi saint Paul n'ordonne pas de tuer celui qui dsobit, ni de le battre, ni de l'emprisonner, ni de le condamner une amende, ce que les lgislateurs peuvent tous faire, mais d'viter sa compagnie, pour qu'il ait honte. Il est par l vident que ce n'est pas l'empire d'un aptre (sur eux), mais la crainte de perdre leur rputation parmi les fidles, qui maintenait les Chrtiens dans la peur 9. Le dernier passage se trouve en Hbreux, XIII, 17 : Obissez vos chefs, et soumettez-vous eux, car ils veillent sur vos mes, comme ceux qui doivent rendre compte 10 11. Et ici aussi, obissance signifie le fait de suivre leurs conseils, car la raison de notre obissance n'est pas tirer de la volont et des ordres de nos pasteurs,
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En caractres grecs dans le texte de Hobbes. Le mot grec "paraggelia" (rgle, prcepte, instruction) porte dj en lui l'ide de transmission, le verbe "paraggel" signifiant autant ordonner que transmettre un ordre, le faire savoir. "edkamen" : du verbe "didmi", donner, livrer, transmettre, offrir. (NdT) En caractres grecs dans le texte de Hobbes. (NdT) C'est--dire 1. Corinthiens, XI, 2. (NdT) "he that despiseth them, despiseth not man, but God". Conforme la King James version. (NdT) "to lead, not to drive men to Christ". Le verbe "to drive" suppose en anglais une action mcanique, une force qui agit sur quelque chose. On traduit certes ce verbe assez habituellement par conduire, mais justement, dans ce cas, le troupeau du Christ serait dans la situation d'une ralit qui ne peut que suivre la contrainte du conducteur, sans choix. (NdT) "but the inward conversion of the heart". (NdT) "If any man obey not our word by this epistle, note that man, and have no company with him, that he may be ashamed". Conforme la King James version. (NdT) Ce verset utilise en effet le verbe "upakou" : couter en baissant la tte, rpondre favorablement une invitation ou une demande de comparution, obir (y compris aux lois). Sans vouloir donner tort Hobbes, il faut reconnatre que le verbe du texte grec (qui est form des mots "sous" et "couter") tend largement mettre celui qui reoit la prescription en tat d'infriorit, comme un sujet. (NdT) "stood in awe". On peut traduire par "tenir en respect". J'ai dj expliqu dans un autre chapitre la raison pour laquelle j'avais prfr la traduction choisie. (NdT) "reddere rationem" dans la Vulgate. (NdT) "Obey your leaders, and submit yourselves to them, for they watch for your souls, as they that must give account". La King James version donne : "Obey them that have the rule over you, and submit yourselves: for they watch for your souls, as they that must give account". (NdT)

mais de notre propre avantage, puisque c'est sur nos mes qu'ils veillent, non l'exaltation de leur pouvoir et de leur autorit personnels. Si cela voulait dire que tout ce qu'ils enseignent est loi, alors non seulement le pape, mais aussi tout pasteur dans sa paroisse, aurait un pouvoir lgislatif. De plus, ceux qui sont tenus d'obir leurs pasteurs n'ont pas le pouvoir de faire l'examen de leurs commandements. Que dironsnous saint Jean, qui nous ordonne dans sa premire ptre (IV, 1) de ne pas croire tout esprit, mais d'prouver les esprits pour voir s'ils sont de Dieu, parce que de nombreux faux prophtes sont sortis dans le monde 1? Il est donc manifeste que nous pouvons discuter la doctrine de nos pasteurs, mais personne ne peut discuter une loi. Les commandements des souverains civils sont considrs par tous 2 comme des lois. Si quelqu'un d'autre que le souverain lui-mme peut faire une loi, c'en est fini de toute Rpublique, et par consquent de toute paix et de toute justice 3, ce qui est contraire toutes les lois, tant divines qu'humaines. On ne peut rien tirer de ces passages, ou d'autres passages de l'Ecriture, pour prouver que les dcrets du pape, lorsqu'il ne possde pas aussi la souverainet civile, sont des lois. Le dernier point qu'il voudrait prouver est que notre Sauveur le Christ n'a confi 4 la juridiction ecclsiastique personne d'autre qu'au pape, et cela sans intermdiaire 5. Ici, il ne traite pas de la question de la suprmatie entre le pape et les rois chrtiens, mais entre le pape et les autres vques. Et d'abord, il dit qu'il est accord que la juridiction des vques est, du moins d'un point de vue gnral, de jure divino, c'est--dire de droit divin. Pour cela, il allgue saint Paul, en Ephsiens, IV, 11, quand il dit que le Christ, aprs son ascension dans le ciel, a donn des dons aux hommes, certains d'tre aptres, d'autres prophtes, d'autres vanglistes, d'autres encore pasteurs, et d'autres encore docteurs 6, et de l, il infre qu'ils tiennent rellement leur juridiction de droit divin, mais il ne veut pas accorder qu'ils le tiennent immdiatement de Dieu. Selon lui, ils le tiennent par la mdiation du pape. Mais si quelqu'un peut tre dit dtenir sa juridiction de jure divino, et cependant pas immdiatement, quelle juridiction lgitime, mme simplement civile, y a-t-il dans une Rpublique chrtienne, qui ne soit aussi de jure divino? En effet, les rois chrtiens tiennent immdiatement leur pouvoir civil de Dieu, et les magistrats exercent sous eux leurs diffrentes charges en vertu de leur mandat, et donc, ce qu'ils font n'est pas moins de jure divino mediato 7 que ce que font les vques en vertu de l'ordination du pape. Tout pouvoir lgitime est de Dieu, immdiatement pour le chef suprme, et mdiatement pour ceux qui dtiennent une autorit sous lui; si bien qu'il doit, soit accorder que tout agent de police, dans l'Etat, tient sa fonction de droit divin, soit ne pas soutenir qu'un vque la tient de la mme manire, hormis le pape lui-mme. Mais toute cette discussion, si le Christ a laiss la juridiction au seul pape, ou d'autres vques aussi, si on la considre hors des endroits o le pape dtient la
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"not to believe every spirit, but to try the spirits whether they are of God, because many false prophets are gone out into the world". Conforme la King James version. (NdT) Hobbes dit : "de tous cts". (NdT) "all Commonwealth, and consequently all peace and justice, must cease". (NdT) "has commited". (NdT) Prcisment, Hobbes dit "immediatly". (NdT) "gave gifts to men, some Apostles, some prophets, and some evangelists, and some pastors, and some teachers". Conforme la King James version, mais "gave gifts unto men" se trouve au verset 8, non au verset 11. (NdT) De droit divin mdiat, de droit divin par un intermdiaire (ici les rois chrtiens). (NdT)

souverainet civile, est une dispute de lana caprina 1, car aucun d'eux, o ils ne sont pas souverains, n'a la moindre juridiction. En effet, la juridiction est le pouvoir d'entendre les causes entre un homme et un homme, et d'en dterminer l'issue, et ce pouvoir ne peut appartenir personne d'autre qu' celui qui dtient le pouvoir de prescrire les rgles du bien et du mal 2, c'est--dire le pouvoir de faire des lois et, avec l'pe de justice, de contraindre les hommes obir ses dcisions 3, qu'elles soient nonces par lui-mme ou par les juges qu'il a ordonns pour cela, ce que nul homme ne peut lgitimement faire, sinon le souverain civil. Donc, quand il allgue, partir du chapitre VI de Luc, que notre Sauveur a assembl ses disciples et en a choisis douze qu'il nomma aptres, il prouve qu'il les a lus (tous sauf Matthias, Paul et Barnab) et qu'il leur a donn le pouvoir et l'ordre de prcher, mais non de juger des causes entre un homme et un homme, car c'est un pouvoir auquel il refusa de prtendre lui-mme, disant : Qui m'a fait juge ou arbitre parmi vous? 4 et un autre endroit : Mon royaume n'est pas de ce monde 5. Mais celui qui ne dtient pas le pouvoir d'entendre des causes entre un homme et un homme et d'en dterminer l'issue ne peut absolument pas tre dit dtenir une quelconque juridiction. Et cela n'empche pourtant pas que notre Sauveur leur a donn le pouvoir de prcher et de baptiser dans toutes les parties du monde, en supposant que leur souverain lgitime ne le leur interdise pas, car, nos propres souverains, le Christ luimme et ses aptres nous ont, dans divers passages, expressment ordonn d'tre obissants en toutes choses. Les arguments par lesquels il voudrait prouver que les vques reoivent leur juridiction du pape (tant donn que le pape, dans les empires des autres princes, n'a lui-mme aucune juridiction) sont tous vains. Cependant, parce qu'ils prouvent, au contraire, que tous les vques reoivent leur juridiction, quand ils en ont une, de leurs souverains civils, je n'omettrai pas de les exposer. Le premier est tir de Nombres, XI, quand Mose, n'tant pas capable de supporter seul le fardeau entier de l'administration des affaires du peuple d'Isral, Dieu lui ordonna de choisir soixante-dix anciens, et qu'il prit une partie de l'esprit de Mose pour la dposer sur ces soixante-dix anciens. Il faut entendre, non que Dieu affaiblit l'esprit de Mose, car cela ne l'aurait absolument pas soulag, mais qu'ils tenaient tous leur autorit de Mose. En cela, il interprte le passage exactement et sincrement. Mais tant donn que Mose avait l'entire souverainet dans la Rpublique des Juifs, il est manifeste qu'il est signifi par l qu'ils tenaient leur autorit du souverain civil; et donc, ce passage prouve que les vques, dans toutes

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De laine de chvre, au sujet de laine de chvre. Expression (assez commune) que l'on trouve dans Horace (Eptres, I, 18, 15). Le passage complet est : "10 Alter in obsequium plus aequo pronus et imi derisor lecti sic nutum diuitis horret, sic iterat uoces et uerba cadentia tollit, ut puerum saeuo credas dictata magistro reddere uel partis mimum tractare secundas; 15 alter rixatur de lana saepe caprina, propugnat nugis armatus: 'Scilicet, ut non sit mihi prima fides et, uere quod placet, ut non acriter elatrem? Pretium aetas altera sordet.' Ambigitur quid enim? Castor sciat an Docilis plus, 20 Brundisium Minuci melius uia ducat an Appi." (NdT) "and can belong to none but him that hath the power to prescribe the rules of right and wrong". (NdT) "and with the sword of justice to compel men to obey his decisions". (NdT) "Who made me a judge, or a divider, amongst you" (Luc, XII, 14). La King James version dit "over you". (NdT) "My kingdom is not of this world" (Jean, XVIII, 36). Conforme la King James version. (NdT)

les Rpubliques chrtiennes, tiennent leur autorit du souverain civil, et du pape seulement dans ses propres territoires, et non dans les territoires des autres Etats. Le second argument est tir de la nature de la monarchie, o toute autorit se trouve en un seul homme, et en d'autres en tant que leur autorit provient de ce monarque. Mais le gouvernement de l'Eglise, dit-il, est monarchique. [Or], cet argument va dans le sens des monarques chrtiens, car ils sont rellement monarques de leur propre peuple, c'est--dire de leur propre Eglise (car l'Eglise est la mme chose qu'un peuple chrtien), alors que le pouvoir du pape, ft-il saint Pierre, ni n'est monarchique, ni n'a quelque chose d'archique ou de cratique, mais a seulement quelque chose de didactique, car Dieu n'admet qu'une obissance volontaire, et non une obissance force. Le troisime argument est tir de ce que le sige de saint Pierre est appel par saint Cyprien la tte 1, la source, la racine, le soleil, d'o provient l'autorit des vques. Mais en vertu de la loi de nature, qui est un meilleur principe du juste et de l'injuste que la parole de quelque docteur qui n'est qu'un homme, le souverain civil est, dans chaque Rpublique, la tte, la source, la racine, et le soleil, d'o provient toute juridiction. Et la juridiction des vques provient donc du souverain civil. Le quatrime argument est tir de l'ingalit de leurs juridictions, car si Dieu, dit-il, avait sans mdiation donn chaque vque une juridiction, il la leur aurait donne galement, comme il leur donne l'galit de l'ordre. Or, nous voyons que certains ne sont vques que d'une seule ville, d'autres d'une centaine de villes, et d'autres encore de plusieurs provinces entires, lesquelles diffrences ne furent pas dtermines par le commandement de Dieu. Par consquent, leur juridiction ne vient pas de Dieu, mais de l'homme, et l'un a une plus grande juridiction, l'autre une plus petite, comme il plat au prince de l'Eglise. Cet argument, si Bellarmin avait d'abord prouv que le pape avait une juridiction universelle sur tous les Chrtiens, aurait servi son propos, mais tant donn que cela n'a pas t prouv, et qu'il est notoirement su que la grande juridiction du pape lui fut donne par ceux qui la possdaient, c'est-dire par les empereurs de Rome (car le patriarche de Constantinople, partir du mme titre, savoir celui d'vque de la capitale de l'empire, o sige l'empereur, revendiquait d'tre son gal), il s'ensuit que tous les autres vques tiennent leur juridiction des souverains de l'endroit o il l'exercent, et, pour cette raison, ils ne tiennent pas leur autorit de juro divino, tout comme le pape ne tient pas non plus la sienne de jure divino, sauf quand il est aussi le souverain civil. Son cinquime argument est celui-ci : Si les vques tenaient directement leur juridiction de Dieu, le pape ne pourrait pas la leur prendre, car il ne peut rien faire de contraire l'ordination de Dieu; et ce raisonnement est bon et bien prouv. Mais, ditil, le pape peut le faire et l'a fait. Cela aussi, je l'accorde, s'il le fait dans son propre empire ou dans l'empire de quelque autre prince qui lui a donn ce pouvoir, mais il ne peut pas le faire universellement, en vertu du droit papal, car ce pouvoir appartient chaque souverain chrtien, dans les limites de son propre empire, et ce pouvoir est insparable de la souverainet. Avant que le peuple d'Isral ait, par le commandement de Dieu Samuel, institu au-dessus de lui un roi la manire des autres nations, le grand prtre dtenait le gouvernement civil, et personne d'autre que lui ne pouvait instituer ou dposer un prtre subalterne. Mais ce pouvoir appartint ensuite un roi, comme on peut le prouver par le mme argument de Bellarmin, car si le prtre, qu'il
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On rappellera que ce pauvre Cyprien perdit la sienne en 258 : il fut dcapit. (NdT)

soit le grand prtre ou un autre, tient sa juridiction directement de Dieu, alors le roi ne peut pas la lui enlever, puisqu'il ne peut rien faire de contraire l'ordonnance de Dieu. Mais il est certain que le roi Salomon dposa Abiathar le grand prtre de sa fonction (1. Rois, II, 26), et qu'il mit Sadoc (verset 35) sa place. Par consquent, les rois peuvent de la mme manire ordonner et dposer des vques, comme ils le jugent bon pour le bon gouvernement de leurs sujets. Son sixime argument est celui-ci : si les vques ont leur juridiction de jure divino, c'est--dire immdiatement de Dieu, ceux qui soutiennent cette thse doivent fournir quelque parole de Dieu pour la prouver; mais ils ne peuvent en fournir aucune. L'argument est bon : je n'ai donc rien dire contre, mais c'est un argument qui n'est pas moins bon pour prouver que le pape lui-mme n'a aucune juridiction dans l'empire des autres princes. Enfin, il apporte comme argument le tmoignage de deux papes, Innocent et Lon, et je ne doute pas qu'il aurait pu, avec autant de raison, allguer les tmoignages de presque tous les papes depuis saint Pierre. En effet, considrant l'amour du pouvoir naturellement implant en l'humanit, quiconque serait fait pape serait tent de soutenir la mme opinion. Nanmoins, ils ne feraient en cela, comme Innocent et Lon, que porter tmoignage 1 d'eux-mmes, et leur tmoignage ne serait donc pas valable. Dans le cinquime livre, il a quatre conclusions. La premire est que le pape n'est pas le seigneur du monde entier; la deuxime, que le pape n'est pas le seigneur de tout le monde chrtien; la troisime, que le pape en dehors de son propre territoire, ne possde DIRECTEMENT aucune juridiction temporelle. On accorde aisment ces trois conclusions. La quatrime est que le pape possde, dans les empires des autres princes, le pouvoir temporel suprme INDIRECTEMENT, ce que je nie, moins qu'il entende par indirectement le fait qu'il l'ait obtenu par des moyens indirects, ce qui est alors est aussi accord. Mais je comprends que quand il dit qu'il la possde indirectement, il entend que cette juridiction temporelle lui appartient de droit, mais que ce droit n'est qu'une consquence de son autorit pastorale qu'il ne pourrait pas exercer sans avoir l'autre droit en mme temps; et donc, au pouvoir pastoral, qu'il appelle spirituel, est ncessairement annex le pouvoir civil suprme, et ainsi il aurait le droit de changer les royaumes, les donnant l'un, les enlevant un autre, quand il jugera que cela conduit au salut des mes. Avant d'en venir considrer les arguments par lesquels il voudrait prouver cette doctrine, il ne serait pas hors de propos d'en exposer les consquences, afin que les princes et les Etats qui possdent la souverainet civile dans leurs Rpubliques respectives rflchissent pour savoir s'il est avantageux pour eux, et si cela conduit au bien de leurs sujets (dont ils doivent rendre compte au jour du jugement), de l'admettre. Quand il est dit que le pape ne possde pas, dans les territoires des autres Etats, le pouvoir civil suprme directement, nous devons comprendre qu'il n'y prtend pas, comme les autres souverains civils le font, en vertu de la soumission originelle ce pouvoir par ceux qui doivent tre gouverns 2. En effet, il est vident (et cela a dj
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"bear witness". (NdT) "from the original submission thereto of those that are to be governed". (NdT)

t suffisamment dmontr dans ce trait) que le droit de tous les souverains est originellement driv du consentement de chacun de ceux qui doivent tre gouverns, que ceux qui choisissent le souverain le fassent pour la dfense commune contre un ennemi, comme quand ils s'accordent entre eux pour dsigner un homme ou une assemble pour les protger, ou qu'ils le fassent pour sauver leur vie, en se soumettant un ennemi conqurant 1. Par consquent, le pape, quand il renonce dtenir directement le pouvoir suprme sur les autres Etats 2, ne nie rien de plus que le fait que son droit lui vienne par cette voie, il ne cesse pas pour autant d'y prtendre par une autre voie, c'est--dire sans le consentement de ceux qui doivent tre gouverns, par un droit qui lui est donn par Dieu en tant lev la papaut, voie qu'il appelle indirecte. Mais par quelque voie qu'il y prtende, le pouvoir est le mme, et il peut, si on lui accorde que c'est son droit, dposer les princes et les Etats, aussi souvent que c'est ncessaire au salut des mes, c'est--dire aussi souvent qu'il le veut, car il revendique aussi le pouvoir exclusif de juger si c'est [ncessaire] ou non au salut des mes. Et c'est la doctrine non seulement de Bellarmin ici, et celle que de nombreux autres docteurs enseignent dans leurs sermons et dans leurs livres, mais aussi celle que certains conciles ont dcrte, et que les papes, quand l'occasion les a servis, ont mis exactement en pratique. En effet, le quatrime concile de Latran 3, tenu sous le pape Innocent III, a choisi ce canon (au troisime chapitre : De haereticis) : Si un roi, sur l'avertissement du pape, ne purge pas son royaume des hrtiques, et si, excommuni pour cela, il ne rpare pas sa faute dans l'anne qui suit, ses sujets sont affranchis de leur obissance 4. Et on a vu ce canon mis en pratique en diffrentes occasions, comme la dposition de Chilpric, roi de France, le transfert de l'empire romain Charlemagne, l'abus d'autorit contre Jean, roi d'Angleterre, le transfert du royaume de Navarre, et dans les dernires annes, la ligue contre Henri III de France, et il y a eu d'autres cas nombreux. Je pense qu'il existe peu de princes qui ne considrent pas cela comme injuste et gnant, mais je souhaiterais qu'ils se dcident tous tre rois ou sujets. Les hommes ne peuvent servir deux matres. Les princes doivent donc les soulager, soit en tenant entirement les rnes du gouvernement dans leurs mains, soit en les remettant entirement dans les mains du pape, pour que ces hommes qui veulent obir puissent tre protgs dans leur obissance, car cette distinction entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel n'est que verbale. Qu'on partage le pouvoir avec un autre pouvoir indirect, ou avec un pouvoir direct, le pouvoir est [toujours] rellement divis et aussi dangereusement dans tous les cas. Mais venons-en ses arguments. Le premier est celui-ci : le pouvoir civil est assujetti au pouvoir spirituel. Donc, celui qui possde le pouvoir spirituel suprme a le droit de commander les princes temporels et de disposer de leurs [biens] temporels en vue du spirituel. Pour la distinction entre temporel et spirituel, considrons en quel sens il peut tre dit de faon intelligible que le pouvoir temporel ou civil est assujetti au pouvoir spirituel. Il
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On se souviendra de ce qui a t dit de la conqute dans une longue note du chapitre XX. Ici, il s'agit donc de quelqu'un qui assujettit, qui subjugue, non simplement d'un vainqueur. Malheureusement, G. Mairet traduit par "vainqueur". (NdT) F. Tricaud nglige "over other states". (NdT) Ce concile (1215) avait pour but principal de lutter contre l'hrsie cathare. On signalera que les reprsentants des diffrents souverains prsents n'ont pas remis en question le canon qui suit. (NdT) "If a king, at the Pope's admonition, do not purge his kingdom of heretics, and being excommunicate for the same, make not satisfaction within a year, his subjects are absolved of their obedience

n'y a que deux faons de donner un sens ces paroles. En effet, quand nous disons qu'un pouvoir est assujetti un autre pouvoir, cela veut dire soit que celui qui possde l'un est assujetti celui qui possde l'autre, soit que l'un des pouvoirs est l'autre comme le moyen la fin 1. Car nous ne pouvons pas comprendre qu'un pouvoir ait pouvoir sur un autre pouvoir, ou qu'un pouvoir puisse avoir un droit ou un commandement sur un autre pouvoir. En effet, la sujtion, le commandement, le droit et le pouvoir sont des accidents 2 des personnes, non des pouvoirs. Un pouvoir peut tre subordonn un autre pouvoir, comme l'art du sellier l'art du cavalier. Et s'il est accord alors que le gouvernement civil est un moyen destin nous donner la flicit spirituelle, il ne s'ensuit pas cependant que si un roi possde le pouvoir civil et que le pape possde le pouvoir spirituel, le roi soit par l tenu d'obir au pape, pas plus que tout sellier n'est tenu d'obir tout cavalier. Donc, de mme que de la subordination d'un art ne peut tre infre la sujtion de celui qui l'exerce, de mme, de la subordination d'un gouvernement ne peut pas tre infre la sujtion de celui qui gouverne. Quand donc il dit que le pouvoir civil est assujetti au pouvoir spirituel, il veut dire que le souverain civil est assujetti au souverain spirituel. Et l'argument est celui-ci : le souverain civil est assujetti au souverain spirituel, et le prince spirituel peut donc commander les princes temporels (o la conclusion est la mme que l'antcdent qu'il aurait d prouver). Mais, pour le prouver, il allgue d'abord cette raison : les rois et les papes, le clerg et les lacs, ne font qu'une seule Rpublique, c'est--dire qu'une seule Eglise, et dans tous les corps, les membres dpendent les uns des autres, mais les affaires spirituelles ne dpendent pas des affaires temporelles. Donc, les affaires temporelles dpendent des affaires spirituelles, et leur sont donc assujetties. Dans cette argumentation, il y a deux erreurs grossires : l'une est que tous les chrtiens, rois, papes, clerg, et tous les autres chrtiens ne forment qu'une seule Rpublique, car il est vident que la France est une seule Rpublique, l'Espagne une autre, Venise une troisime, etc. Et ces Rpubliques sont composes de Chrtiens, et ce sont donc aussi diffrents corps de Chrtiens, c'est--dire diffrentes Eglises, et leurs souverains respectifs les reprsentent et ils sont ainsi capables de commander et d'obir, de faire ou de ptir, comme un homme naturel. Aucune Eglise gnrale ou universelle n'est ainsi tant qu'elle n'a pas de reprsentant, ce qu'elle n'a pas sur terre, car si elle avait cette capacit, il n'y a aucun doute que toute la Chrtient ne serait qu'une seule Rpublique, dont le souverain serait le reprsentant, aussi bien dans les affaires spirituelles que dans les affaires temporelles. Et il manque au pape, pour qu'il se fasse ce reprsentant, trois choses que notre Sauveur ne lui a pas donnes : commander, juger et punir autrement qu'en excommuniant, c'est--dire en fuyant ceux qui ne veulent pas recevoir l'enseignement. Car mme si le pape est le seul vicaire du Christ, il ne pourrait pas cependant exercer son gouvernement avant la seconde venue de notre Sauveur, et alors, ce n'est pas le pape, mais saint Pierre luimme, avec les autres aptres, qui doivent tre les juges du monde. L'autre erreur de son premier argument est qu'il dit que les membres de chaque Rpublique, comme ceux d'un corps naturel, dpendent les uns des autres. Il est vrai qu'il y a cohsion mutuelle, mais ils dpendent seulement du souverain, qui est l'me de la Rpublique, et quand cette me fait dfaut, la Rpublique se dissout dans la guerre civile, aucun homme n'tant plus en cohsion avec un autre, par manque d'une dpendance commune l'gard d'un souverain connu; exactement comme les membres d'un corps naturel se dissolvent dans la terre quand manque une me pour
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"or that the one power is to the other as the means to the end". (NdT) "are accidents". (NdT)

maintenir la cohsion 1. Par consquent, rien dans cette ressemblance ne permet d'infrer une dpendance des lacs par rapport au clerg, ou une dpendance des officiers temporels par rapport aux officiers spirituels, on ne peut qu'infrer la dpendance des deux par rapport au souverain civil, qui doit certes diriger ses commandements civils vers le salut des mes, mais qui n'est pas pour autant assujetti quelqu'un d'autre qu' Dieu lui-mme. Ainsi, vous voyez la fausset dont on a nourri le premier argument, pour tromper ceux qui ne distinguent pas entre la subordination des actions dans le chemin qui mne une fin et la sujtion des personnes les unes aux autres dans l'administration des moyens. Car pour chaque fin, les moyens sont dtermins par nature, ou de faon surnaturelle par Dieu lui-mme, mais, dans chaque nation le pouvoir de faire utiliser aux hommes les moyens est laiss au souverain civil par la loi de nature qui interdit aux hommes de violer la foi donne. Son second argument est celui-ci : toute Rpublique, comme elle est suppose parfaite et se suffisant elle-mme, peut commander une autre Rpublique qui ne lui est pas assujettie, et la forcer changer l'administration du gouvernement, et mme dposer le prince, et en mettre un autre sa place, si elle ne peut pas se dfendre autrement contre les injustices qu'il s'apprte lui faire subir; plus forte raison une Rpublique spirituelle peut commander une Rpublique temporelle de changer l'administration de son gouvernement, et peut dposer les princes, et en instituer d'autres, quand elle ne peut pas dfendre autrement le bien spirituel. Qu'une Rpublique, pour se dfendre contre les injustices, puisse lgitimement faire tout ce qu'il a dit ici, c'est trs vrai et cela a t dj suffisamment dmontr prcdemment. Et s'il tait aussi vrai qu'il y ait aujourd'hui dans le monde une Rpublique spirituelle distincte d'une Rpublique civile, le prince pourrait alors, s'il est victime d'injustices, ou parce qu'il n'a pas la garantie que des injustices ne lui seront pas causes dans l'avenir, obtenir rparation et se mettre en scurit par la guerre, c'est--dire, en somme, dposer, tuer, subjuguer, ou faire n'importe quel acte d'hostilit. Mais par la mme raison, il ne sera pas moins lgitime, pour un souverain civil, partir des mmes injustices subies ou craintes, de faire la guerre un souverain spirituel, ce qui, je crois, est plus que ce que le cardinal Bellarmin aurait infr de sa propre proposition. Mais de Rpublique spirituelle, il n'en existe aucune dans le monde, car c'est la mme chose que le royaume du Christ qui, a-t-il lui-mme dit, n'est pas de ce monde 2, mais existera dans le prochain monde, lors de la rsurrection, quand ceux qui ont vcu justement, et ont cru qu'il tait le Christ, renatront comme corps spirituels, alors qu'ils sont morts corps naturels,3 et c'est alors que notre Sauveur jugera le monde, subjuguera 4 ses adversaires, et tablira une Rpublique spirituelle. En attendant, tant donn qu'il n'existe pas d'hommes sur terre dont les corps soient spirituels, il ne peut y avoir de Rpublique spirituelle parmi les hommes qui sont encore dans la chair, moins que nous n'appelions Rpublique des prdicateurs qui ont mandat d'enseigner les hommes et de les prparer tre reus dans le royaume du Christ lors de la rsurrection. J'ai dj prouv qu'il n'en existait aucune.
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"for want of a soul to hold them together". (NdT) Luc, XVIII, 36. (NdT) 1. Corinthiens, XV, 44. La King James version donne : "It is sown a natural body; it is raised a spiritual body". (NdT) "conquer" : voir l'une des notes prcdentes ce sujet. (NdT)

Le troisime argument est celui-ci : il n'est pas lgitime que des Chrtiens tolrent un roi infidle ou hrtique, au cas o il s'efforcerait de les tirer vers l'hrsie ou l'infidlit. Mais c'est au pape qu'il appartient de dcider si un roi tire ou non ses sujets vers l'hrsie. Par consquent, le pape a le droit de dterminer si le prince doit tre dpos ou non. A cela, je rponds que ces assertions sont toutes les deux fausses. En effet, des Chrtiens, ou des hommes de n'importe quelle religion, s'ils ne tolrent pas leur roi, quelque loi qu'il fasse, mme si elle concerne la religion, violent leur parole 1, contrairement la loi divine, tant naturelle que positive. Il n'existe aucun juge de l'hrsie parmi les sujets, seul leur propre souverain civil est ce juge 2. Car l'hrsie n'est rien d'autre qu'une opinion prive, soutenue obstinment, contrairement l'opinion que la personne publique (c'est--dire le reprsentant de la Rpublique) a command d'enseigner. Par l, il est manifeste qu'une opinion dsigne officiellement pour tre enseigne ne peut pas tre une hrsie, et le prince souverain qui l'autorise ne peut pas non plus un hrtique, car les hrtiques ne sont que des particuliers qui dfendent avec enttement une doctrine prohibe par leur souverain lgitime. Mais pour prouver que les Chrtiens ne doivent pas tolrer des rois infidles ou hrtiques, il allgue un passage du Deutronome, XVII, o Dieu interdit aux Juifs, quand ils placeront un roi au-dessus d'eux, de choisir un tranger 3; et de l, il infre qu'il est illgitime pour un Chrtien de choisir un roi non chrtien. Et il est vrai que celui qui est chrtien, c'est--dire qui s'est dj oblig recevoir notre Sauveur comme son roi quand il viendra, tentera trop Dieu en choisissant pour roi en ce monde quelqu'un dont il sait qu'il s'efforcera, aussi bien par la peur que par la persuasion, de lui faire violer sa foi. Mais, dit-il, le danger est le mme de choisir comme roi quelqu'un qui ne soit pas chrtien, ou de ne pas le dposer quand il est choisi. A cela, je dis que la question n'est pas celle du danger de ne pas le dposer, mais celle de la justice de cet acte. Le choisir peut en certains cas tre injuste, mais le dposer, quand il est choisi, n'est en aucun cas juste, car il s'agit toujours d'une violation de la parole 4, donc quelque chose de contraire la loi de nature qui est la loi ternelle de Dieu. Nous ne lisons pas qu'une telle doctrine ft considre comme chrtienne au temps des aptres, ni au temps des empereurs romains, avant que les papes n'eussent la souverainet civile de Rome. Mais cela, il rpond que les Chrtiens de l'antiquit ne dposrent pas Nron, Diocltien, Julien ou Valens (un arien 5) uniquement parce que les forces temporelles leur faisaient dfaut. C'est peuttre le cas. Mais notre Sauveur, qui pouvait appeler douze lgions d'anges immortels et invulnrables, manquait-il de forces pour dposer Csar, ou au moins Pilate qui, injustement, sans lui trouver de faute, le livra aux Juifs pour qu'il ft crucifi? Et si les forces temporelles faisaient dfaut aux aptres pour dposer Nron, leur tait-il donc ncessaire, dans leurs ptres, d'enseigner aux nouveaux convertis, comme ils le
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"do violate their faith". (NdT) La traduction de F. Tricaud (qui veut respecter la construction de la phrase) est maladroite, en tant qu'elle range le souverain parmi les sujets : "il n'existe pas d'autre juge des hrsies, parmi les sujets, que leur propre souverain civil" ("nor is there any judge of heresy amongst subjects but their own civil sovereign".) (NdT) La King James version, en XVII, 15, donne : "Thou shalt in any wise set him king over thee, whom the LORD thy God shall choose: one from among thy brethren shalt thou set king over thee: thou mayest not set a stranger over thee, which is not thy brother". (NdT) "violation of faith". (NdT) L'arianisme est une hrsie trinitariste dclare telle au concile de Nice. (NdT)

firent, d'obir aux pouvoirs constitus au-dessus d'eux (ce qui tait le cas de Nron), et de leur enseigner qu'ils devaient leur obir, non par crainte de leur colre, mais par motif de conscience? 1 Dirons-nous que, par manque de force, ils n'obissaient pas seulement, mais enseignaient aussi ce qu'ils ne pensaient pas? Ce n'est donc pas faute de force, mais par motif de conscience que les Chrtiens doivent tolrer leurs princes paens, ou des princes (car je ne saurais appeler hrtique quelqu'un dont la doctrine est la doctrine officielle) qui autorisent l'enseignement d'une erreur. Pour le pouvoir temporel du pape, il allgue en plus que saint Paul (1. Corinthiens, VI) dsigna des juges sous des princes paens de l'poque, tels qu'ils n'taient pas ordonns par ces princes, ce qui n'est pas vrai, car saint Paul ne fait que leur conseiller de choisir certains de leurs frres comme arbitres pour rgler leurs diffrends 2, plutt que d'avoir recours la justice l'un avec l'autre devant les juges paens 3, ce qui est un prcepte sain, et plein de charit, susceptible d'tre mis en pratique aussi dans les meilleures Rpubliques chrtiennes. Et pour le danger qui peut natre pour la religion de ce que les sujets tolrent un prince paen ou qui se trompe, c'est un point sur lequel un sujet n'est pas un juge comptent. Ou s'il est comptent, les sujets temporels du pape peuvent aussi juger sa doctrine. En effet, tout prince chrtien, comme je l'ai dj prouv, n'est pas moins le pasteur suprme de ses propres sujets que le pape des siens. Le quatrime argument est tir du baptme des rois par lequel, pour tre faits chrtiens, ils soumettent leurs sceptres au Christ, et promettent de garder et de dfendre la foi chrtienne. C'est vrai, car les rois chrtiens ne sont rien de plus que des sujets du Christ, mais ils peuvent, malgr cela 4, tre les gaux du pape; ils sont en effet les pasteurs suprmes de leurs propres sujets, et le pape n'est rien de plus qu'un roi et pasteur, mme si c'est Rome. Le cinquime argument est tir de ces paroles de notre Sauveur : fais patre mes brebis 5, paroles par lesquelles fut donn tout pouvoir ncessaire un pasteur, comme le pouvoir de chasser les loups, comme le sont les hrtiques, le pouvoir d'enfermer les bliers, s'ils sont fous ou donnent des coups de cornes aux autres moutons, comme le sont les mauvais rois, mme chrtiens; et le pouvoir de donner au troupeau la nourriture qui convient. De cela, il infre que saint Pierre a reu ces trois pouvoirs du Christ. A cela, je rponds que le dernier de ces pouvoirs n'est rien de plus que le pouvoir, ou plutt le commandement, d'enseigner. Pour le premier, qui est de chasser les loups, c'est--dire les hrtiques, il cite ce passage, en Matthieu, VII, 15 : Mfiez-vous des faux prophtes qui viennent vous en habits de brebis mais qui sont intrieurement des loups rapaces 6. Mais les hrtiques ne sont pas de faux prophtes, ils ne sont pas prophtes du tout; et, en admettant que par loups il faille entendre les hrtiques, l'ordre ne leur fut pas donn de les tuer, ou si ces hrtiques taient des rois, de les dposer, mais [simplement] de s'en mfier, de les fuir et de les viter. De plus, ce ne fut pas saint Pierre, ou l'un des aptres, mais la multitude des Juifs qui le suivirent dans la montagne (pour la plupart des hommes qui n'taient pas encore convertis) qu'il donna ce conseil de se mfier des faux prophtes. Par
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Ephsiens, VI, 5-6; Colossiens, III, 22. (NdT) "to compound their differences". (NdT) La King James version donne en VI, 4 : "If then ye have judgments of things pertaining to this life, set them to judge who are least esteemed in the church." (NdT) Erreur de traduction de G. Mairet, qui traduit "for all that" par "justement". (NdT) Jean, XXI, 16. (NdT) "Beware of false prophets which come to you in sheep's clothing, but inwardly are ravening wolves". Conforme la King James version. (NdT)

consquent, ce conseil, s'il confre un pouvoir de chasser les rois, ne fut pas donn seulement des particuliers, mais [aussi] des hommes qui n'taient absolument pas chrtiens. Et pour ce qui est de sparer et d'enfermer les bliers furieux 1, expression par laquelle il entend les rois chrtiens qui refusent de se soumettre au pasteur romain, notre Sauveur refusa de prtendre lui-mme [ ce pouvoir] dans ce monde, mais il conseilla de laisser le [bon] grain et l'ivraie crotre ensemble jusqu'au jour du jugement. Encore moins le donna-t-il saint Pierre, et encore moins saint Pierre le donna-t-il aux papes. Il a t ordonn Saint Pierre et tous les autres pasteurs de considrer les Chrtiens qui dsobissent l'Eglise, c'est--dire qui dsobissent au souverain chrtien, comme des paens et des publicains. Etant donn que les hommes ne prtendent pour le pape aucune autorit sur les princes paens, ils ne doivent pas y prtendre sur ceux qui sont considrs comme paens. Mais du seul pouvoir d'enseigner, il infre aussi un pouvoir coercitif du pape sur les rois. Le pasteur, dit-il, doit donner son troupeau la nourriture qui convient. Par consquent, le pape peut et doit contraindre les rois faire leur devoir. Il s'ensuit que le pape, en tant que pasteur des hommes chrtiens, est le roi des rois; ce que tous les rois chrtiens doivent en vrit reconnatre, ou sinon assumer eux-mmes la charge pastorale suprme, chacun dans son propre empire. Son sixime et dernier argument est tir d'exemples. A quoi je rponds, d'abord, que des exemples ne prouvent rien; deuximement, que les exemples qu'il allgue n'ont mme pas une vraisemblance de droit 2. Le meurtre d'Athalie par Joad (2. Rois, 11) soit fut commis par l'autorit du roi Joas, soit fut un horrible crime de la part du grand prtre qui, aprs l'lection du roi Sal, n'tait jamais qu'un simple sujet. L'excommunication de l'empereur Thodose par saint Ambroise fut (s'il l'excommunia vraiment) un crime capital. Pour ce qui est des papes Grgoire Ier, Grgoire II, Zacharie et Lon III, leurs jugements sont nuls en tant qu'ils ont t rendus en leur propre cause; et les actes qu'ils firent conformment cette doctrine sont les plus grands crimes (surtout ceux de Zacharie) qui puissent appartenir la nature humaine. Et voil pour ce qui est du pouvoir ecclsiastique. J'aurais t plus bref, m'abstenant d'examiner ces arguments de Bellarmin, si ces arguments avaient t les siens en tant que particulier et non les siens en tant que champion de la papaut contre tous les princes et tats chrtiens.

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"furious rams". L'expression est absente de la Bible. (NdT) "that the examples he allegeth make not so much as a probability of right". (NdT)

Troisime partie : De la Rpublique chrtienne

Chapitre XLIII
De ce qui est ncessaire pour tre reu dans le Royaume des Cieux.

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Le prtexte le plus frquent de sdition et de guerre civile 1 a longtemps procd de la difficult, pas encore rsolue de faon suffisante, qu'il y a obir en mme temps Dieu et l'homme quand leurs commandements sont contraires l'un l'autre. Il est assez manifeste que, quand un homme reoit deux commandements contraires, et qu'il sait que l'un d'eux est un commandement de Dieu, il doit obir celui-ci, et non l'autre, mme si ce dernier commandement est le commandement de son souverain lgitime 2 (qu'il soit un monarque ou une assemble souveraine) ou le commandement de son pre. La difficult consiste donc en ceci que les hommes, quand ils sont commands au nom de Dieu 3, ne savent pas, en diverses occasions, si le commandement est de Dieu ou si celui qui commande n'abuse pas du nom de Dieu pour certaines fins personnelles qui lui sont propres 4. En effet, de mme qu'il y avait dans lglise des Juifs de nombreux faux prophtes qui cherchaient gagner une
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"THE most frequent pretext of sedition and civil war". (NdT) "though it be the command even of his lawful sovereign". (NdT) "when they are commanded in the name of God". (NdT) "for some private ends of his own". (NdT)

rputation auprs du peuple par des visions et des rves simuls 1, de mme y a-t-il eu de tout temps dans l'Eglise du Christ, de faux docteurs qui cherchent gagner une rputation auprs du peuple par des doctrines fantastiques et fausses 2, et, par cette rputation, comme c'est la nature de l'ambition, de les gouverner pour leur avantage personnel. Mais cette difficult d'obir la fois Dieu et au souverain civil sur terre n'est d'aucune importance pour ceux qui savent distinguer ce qui est ncessaire de ce qui n'est pas ncessaire pour tre reu dans le royaume de Dieu; car, si le commandement du souverain civil est tel qu'on peut lui obir sans dchoir de la vie ternelle 3, ne pas obir est injuste, et le prcepte de l'aptre est de circonstance : serviteurs, obissez vos matres en toutes choses 4, et : enfants, obissez vos parents en toutes choses 5, et le prcepte de notre Sauveur : les scribes et les pharisiens sigent dans la chaire de Mose, observez donc tout ce qu'ils diront, et faites-le 6. Mais si le commandement est tel qu'on ne peut lui obir sans tre condamn la mort ternelle, alors ce serait folie d'obir, et le conseil de notre Sauveur (Matthieu, X, 28) a ici sa place : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l'me 7. Par consquent, il faut apprendre ceux qui voudraient viter la fois les chtiments qui doivent tre dans ce monde infligs pour dsobissance leur souverain terrestre, et ceux qui seront infligs dans le monde venir pour dsobissance Dieu, bien distinguer entre ce qui est, et ce qui n'est pas, ncessaire au salut ternel. Tout ce qui est NECESSAIRE au salut est contenu dans ces deux vertus : foi dans le Christ, et obissance aux lois. La dernire de ces vertus, si elle tait parfaite, serait selon nous suffisante, mais comme nous sommes tous coupables de dsobissance la loi de Dieu, non seulement originellement en Adam, mais aussi actuellement par nos propres transgressions, il est exig de nous maintenant, non seulement l'obissance pour le reste de notre temps, mais aussi une rmission des pchs pour le temps pass, laquelle rmission est la rcompense 8 de notre foi dans le Christ. Que rien d'autre ne soit exig comme ncessaire au salut, c'est ce qui est rendu manifeste par le fait que le royaume des cieux 9 n'est ferm personne d'autre qu'aux pcheurs, c'est--dire ceux qui ont dsobi, qui ont transgress la loi, non ceux

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"by feigned dreams and visions". (NdT) "by fantastical and false doctrines". (NdT) G. Mairet, en traduisant "without the forfeiture of life eternal" par "sans trahir la vie ternelle" n'a pas compris que le mot "forfeiture" ne s'applique pas au pch mais sa punition ventuelle, c'est-dire la dchance, la perte d'un bien, la confiscation. (NdT) Ephsiens, VI, 5 et Colossiens, III, 22 : "Servants, obey your masters in all things". La King James version donne : "Servants, be obedient to them that are your masters ". La version Douay/Reims donne : "Servants, obey in all things your masters". (NdT) Ephsiens, VI, 1 et Colossiens, III, 20 : "Children, obey your parents in all things" (conforme la version Douay/Rheims). La King James version donne : "Children, obey your parents in the Lord". (NdT) Matthieu, XXIII, 2 : "The Scribes and Pharisees sit in Moses' chair; all therefore they shall say, that observe, and do". La King James version donne : "The scribes and the Pharisees sit in Moses' seat: All therefore whatsoever they bid you observe, that observe and do". (NdT) "Fear not those that kill the body, but cannot kill the soul". La King James version donne : "And fear not them which kill the body, but are not able to kill the soul*". * "anima" dans la Vulgate, "psukh" dans la Stephanus grecque. (NdT) "reward". F. Tricaud traduit par "rtribution". (NdT) F. Tricaud traduit bizarrement "kingdom of heaven" par "royaume de Dieu". (NdT)

d'entre eux qui se repentent et croient tous les articles de la foi chrtienne ncessaires au salut. L'obissance exige de nous par Dieu est un effort srieux de lui obir, lui qui, dans toutes nos actions, considre que la volont quivaut l'acte 1, et cette obissance est qualifie par des dnominations qui expriment cet effort. Et c'est pourquoi l'obissance est quelquefois appele charit et amour, parce que ces dnominations impliquent une volont d'obir, et notre Sauveur lui-mme fait de notre amour pour Dieu, et de l'amour des hommes entre eux, l'accomplissement 2 de la loi entire; et parfois, il utilise le mot justice 3, car la justice n'est que la volont de donner chacun son d 4, c'est--dire n'est que la volont d'obir aux lois, parfois le mot repentir, parce que se repentir implique qu'on se dtourne du pch, ce qui est la mme chose que le retour de la volont l'obissance. Donc, quiconque dsire sincrement 5 accomplir les commandements de Dieu, ou se repentir vritablement de ses transgressions, ou qui aime Dieu de tout son coeur, et son prochain comme luimme, a toute l'obissance ncessaire pour tre reu dans le royaume de Dieu, car si Dieu exigeait une parfaite innocence, aucune chair ne pourrait tre sauve. Mais quels sont les commandements que Dieu nous a donns? Toutes ces lois qui furent donnes aux Juifs par la main de Mose sont-elles les commandements de Dieu? Si elles le sont, pourquoi n'apprend-on pas aux Chrtiens leur obir? Si elles ne le sont pas, quelles autres lois le sont, en dehors de la loi de nature? En effet, notre sauveur le Christ ne nous a pas donn de nouvelles lois, mais le conseil d'observer celles auxquelles nous sommes assujettis, c'est--dire aux lois de nature, et aux lois de nos souverains respectifs. Il n'a pas non plus, dans son sermon sur la montagne, donn une quelconque nouvelle loi, mais il a seulement expos les lois de Mose, auxquelles les Juifs taient dj assujettis. Par consquent, les lois de Dieu ne sont rien d'autre que les lois de nature, dont la principale est que nous ne devons pas violer notre foi, ce qui est le commandement d'obir nos souverains civils, que nous avons institu au-dessus de nous par un pacte mutuel des uns avec les autres. Et cette loi de Dieu, qui commande l'obissance la loi civile, commande en consquence l'obissance tous les prceptes de la Bible, et j'ai prouv dans le chapitre prcdent que la Bible n'est loi que l o le souverain civil l'a rendue telle. Ailleurs, elle n'est que conseil, auquel on peut, sans injustice, [mais] ses risques et prils, refuser d'obir. Sachant maintenant quelle est l'obissance ncessaire au salut, et qui elle est due, nous devons maintenant considrer, en ce qui concerne la loi, qui nous croyons et pourquoi, et quels sont les articles ou points ncessaires auxquels ceux qui seront sauvs doivent ncessairement croire. Et d'abord, pour ce qui est de la personne que nous croyons, comme il est impossible de croire quelqu'un avant de savoir ce qu'il dit, il est ncessaire que cette personne soit quelqu'un que nous avons entendu parler. Donc, la personne que croyaient Abraham, Isaac, Jacob, Mose et les prophtes, tait Dieu lui-mme, qui leur parlait de faon surnaturelle, et la personne que les aptres et les disciples qui vivaient avec le Christ croyaient tait notre Sauveur lui-mme. Mais pour ce qui est de ceux qui ni Dieu le Pre, ni notre Sauveur n'a jamais parl, on ne
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Traduction assez libre de "The obedience required at our hands by God, that accepteth in all our actions the will for the deed, is a serious endeavour to obey Him". (NdT) " fulfilling of the whole law". Un lecteur de la Bible anglaise sait que le verbe "to fulfil" est trs prsent dans le Nouveau Testament. (NdT) "righteousness". (NdT) "the will to give to every one his own". (NdT) "unfeignedly" : d'une faon non feinte, non simule. (NdT)

peut pas dire que la personne qu'ils croyaient tait Dieu. Ils croyaient les aptres, et aprs eux les pasteurs et les docteurs de l'Eglise, qui recommandaient leur foi l'histoire de l'Ancien et du Nouveau Testaments; de sorte que la foi des Chrtiens, depuis le temps de notre Sauveur, a eu pour fondement, d'abord la rputation de leurs pasteurs, et ensuite l'autorit de ceux qui firent que l'Ancien et le Nouveau Testaments furent reus comme la rgle de la foi, ce que personne ne pouvait faire sinon les souverains chrtiens qui sont donc les pasteurs suprmes et les seules personnes que les Chrtiens entendent aujourd'hui transmettre la parole de Dieu 1, l'exception de ceux auxquels Dieu, de nos jours, parle de faon surnaturelle. Mais tant donn que de nombreux faux prophtes sont sortis dans le monde 2, les autres hommes doivent examiner si de tels esprits, comme saint Jean nous le recommande dans sa premire ptre (IV, 1), sont de Dieu, ou non 3. Et donc, tant donn que l'examen des doctrines appartient au pasteur suprme, la personne que doivent croire tous ceux qui n'ont pas de rvlation spciale, en chaque Rpublique, est le pasteur suprme, c'est--dire le souverain civil. Les causes pour lesquelles les hommes croient en une doctrine chrtienne sont varies, car la foi 4 est un don de Dieu, et Dieu l'opre 5 en chaque homme par les voies qui lui semblent bonnes. La cause immdiate la plus ordinaire de notre croyance 6, pour ce qui est d'un point quelconque de la foi chrtienne, est que nous croyons que la Bible est la parole de Dieu. Mais pourquoi croyons-nous que la Bible est la parole de Dieu, c'est une question trs dbattue, comme doivent ncessairement l'tre toutes celles qui ne sont pas bien poses. En effet, ceux qui dbattent ne posent pas la question pourquoi le croyons-nous? mais la question comment le savons-nous? comme si croire et savoir taient tout un. Pour cette raison, d'un ct, certains fondent leur connaissance sur l'infaillibilit de l'Eglise, et de l'autre ct, certains la fondent sur le tmoignage de l'esprit personnel 7, et aucun parti ne mne ce qu'il prtend jusqu' la conclusion. Car comment connatra-t-on l'infaillibilit de l'Eglise, sinon en connaissant d'abord l'infaillibilit de l'Ecriture? Ou, comment un homme saura-t-il que son esprit personnel est autre chose qu'une croyance fonde sur l'autorit et les arguments de ceux qui lui ont enseign, ou sur la prsomption de ses propres dons 8? D'ailleurs, il n'y a rien dans l'Ecriture d'o nous puissions infrer l'infaillibilit de l'Eglise, encore moins d'une Eglise en particulier, encore moins que tout d'un homme particulier. Il est donc manifeste que les Chrtiens ne savent pas que l'Ecriture est la parole de Dieu, mais qu'ils le croient seulement, et que les moyens de les faire croire, qu'il plat Dieu de donner ordinairement aux hommes, sont conformes la voie de la nature, c'est--dire qu'il s'agit de ceux qui les enseignent 9. C'est la doctrine de saint Paul sur la foi chrtienne en gnral (Romains, X, 17) : la foi vient de l'audition 10,
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"whom Christians now hear speak from God". (NdT) 1. Jean, IV, 1 : "gone out into the world". Conforme la King James version "whether they be of God, or not". "but try the spirits whether they are of God", dit la King James version. (NdT) "faith". (NdT) "worketh". (NdT) "belief". (NdT) "the testimony of the private spirit". Il s'agit bien sr de l'inspiration personnelle. (NdT) "or upon a presumption of his own gifts". (NdT) "their teachers". (NdT) "Faith cometh by hearing". Conforme la King James version. (NdT)

c'est--dire qu'elle vient en coutant nos pasteurs lgitimes. Il dit aussi, en X, 14-15 : Comment croiront-ils en celui dont ils n'ont pas entendu parler? Et comment [en] entendront-ils [parler] sans un prdicateur? Et comment prcheront-ils s'ils ne sont envoys? 1 Par l, il est vident que la cause ordinaire de la croyance que les Ecritures sont la parole de Dieu est la mme que la cause de la croyance aux autres articles de notre foi, savoir, l'audition de ceux qui sont autoriss et dsigns par la loi pour nous enseigner, comme nos parents dans leurs maisons, et nos pasteurs dans les glises; ce qui peut tre rendu encore plus manifeste par l'exprience, car par quelle autre cause peut-on expliquer que, dans les Rpubliques chrtiennes, tous les hommes croient, ou du moins professent, que l'Ecriture est la parole de Dieu, alors que dans les autres Rpubliques ils sont rares, sinon que, dans les Rpubliques chrtiennes, on l'enseigne aux hommes ds leur enfance, et qu'on enseigne autre chose dans les autres Rpubliques? Mais si l'enseignement est la cause de la foi, pourquoi tous ne croient-ils pas? Il est donc certain que la foi est un don de Dieu, et il la donne qui il veut. Cependant, comme ceux qui il la donne, il la donne au moyen des professeurs, la cause immdiate de la foi est l'audition. Dans une cole, o beaucoup reoivent un enseignement, certains en tirent profit, d'autres non, la cause de l'instruction dont certains tirent profit tant le matre. Pourtant on ne peut pas de l infrer que l'instruction ne soit pas un don de Dieu. Toutes les bonnes choses viennent de Dieu. Pourtant on ne peut pas dire que tous ceux qui ont ces choses sont inspirs 2, car cela impliquerait un don surnaturel et la main immdiate de Dieu, et celui qui y prtend prtend tre un prophte, ce qui est sujet un examen de l'Eglise. Mais que les hommes sachent, qu'ils croient ou qu'ils accordent que les Ecritures sont la parole de Dieu, si, partir de passages des Ecritures, passages sans obscurit, je montre quels articles de foi sont ncessaires, et seuls ncessaires au salut, les hommes devront ncessairement les connatre, les croire ou les accorder. L'unum necessarium 3, le seul article de foi que l'Ecriture rend absolument ncessaire au salut est que JESUS EST LE CHRIST. Par le nom de Christ, il faut entendre le roi que Dieu avait dj promis (par les prophtes dans l'Ancien Testament) d'envoyer dans le monde, pour rgner (sur les Juifs et sur les nations qui croiraient en lui) sous lui ternellement, et pour leur donner cette vie ternelle qu'ils avaient perdu par le pch d'Adam. Quand j'aurai prouv cela partir de l'Ecriture, je montrerai de plus quand, et en quel sens, certains autres articles peuvent tre aussi appels ncessaires. Pour prouver que la croyance en cet article, Jsus est le Christ, est toute la foi exige pour le salut, mon premier argument sera tir du but vis par les vanglistes, qui tait, par la description de la vie de notre Sauveur, d'tablir cet unique article, Jsus est le Christ. Je donne un rsum de l'vangile de saint Matthieu : Jsus descendait de David, naquit d'une vierge (ce sont les marques du vrai Christ), les mages vinrent l'adorer comme le roi des Juifs, Hrode, pour la mme raison, chercha
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"How shall they believe in him of whom they have not heard? And how shall they hear without a preacher? And how shall they preach, except they be sent?" Conforme la King James version. (NdT) "are inspired". (NdT) Allusion Luc, X, 42, dans la Vulgate : "porro unum est necessarium Maria optimam partem elegit quae non auferetur ab ea". (NdT)

le tuer, Jean-Baptiste proclama sa venue, Jsus prcha par lui-mme et par ses aptres qu'il tait ce roi, il enseigna la loi, non comme un scribe, mais comme un homme d'autorit, il gurit des maladies seulement par sa parole, et il fit de nombreux autres miracles dont on avait prdit que le Christ les ferait, il fut salu comme roi quand il entra dans Jrusalem, il les prvint de prendre garde tous les autres qui prtendraient tre le Christ, il fut arrt, accus et mis mort pour avoir dit qu'il tait roi, la cause de sa condamnation, crite sur la croix, tait JESUS DE NAZARETH, LE ROI DES JUIFS. Tout cela ne tend nulle autre fin qu' celle-ci : que les hommes croient que Jsus est le Christ. Tel est donc le but vis par l'vangile de saint Matthieu. Mais le but vis par tous les vanglistes, comme on le voit en les lisant, tait le mme. Par consquent, le but vis par l'Evangile entier est d'tablir ce seul article. Et saint Jean fait de cet article sa conclusion, en Jean, XX, 31 : Ces choses sont crites pour que vous puissiez savoir que Jsus est le Christ, le Fils du Dieu vivant 1. Mon second argument est tir du sujet des sermons des aptres, tant pendant que notre Sauveur vivait sur terre qu'aprs son ascension. Au temps de notre Sauveur, les aptres furent envoys (Luc, IX, 2) pour prcher le royaume de Dieu, car ni dans ce passage, ni en Matthieu, X, 7, il ne leur donne d'autre mandat que celui-ci : Quand vous irez, prchez et dites que le royaume des cieux est proche 2, c'est--dire que Jsus est le Messie, le Christ, le roi qui devait venir. Que leur prdication ait t la mme aprs son ascension est manifeste partir de Actes, XVII, 6 : Ils tranrent Jason, dit saint Luc, et certains frres, devant les dirigeants de la cit, criant : ceux qui ont mis le monde sens dessus dessous sont venus aussi ici, et Jason les a reus. Et tous ceux-l font ce qui est contraire aux dcrets de Csar, disant qu'il y a un autre roi, un certain Jsus 3; et partir des versets 2 et 3 du mme chapitre, o il est dit que saint Paul, selon son habitude, entra vers eux, et pendant trois jours de sabbat, il raisonna avec eux partir des critures, leur dcouvrant et leur allguant que le Christ devait ncessairement souffrir, et ressusciter d'entre les morts, et que ce Jsus tait le Christ 4. La troisime argument est tir de ces passages de l'Ecriture o il est dclar que la foi exige pour le salut est facile. Car si un assentiment intrieur de l'esprit 5 toutes les doctrines sur la foi chrtienne enseignes aujourd'hui, et dont la plus grande partie est objet de dbat, tait ncessaire au salut, rien ne serait si difficile dans le monde que d'tre un Chrtien. Le voleur 6 sur la croix, malgr son repentir, n'aurait pas pu tre sauv pour avoir dit : Seigneur, souviens-toi de moi quand tu entreras

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"These things are written, that you may know that Jesus is the Christ, the Son of the living God". La King James version donne : "But these are written, that ye might believe that Jesus is the Christ, the Son of God; and that believing ye might have life through his name". (NdT) "As ye go, preach, saying, the kingdom of heaven is at hand". Conforme la King James version. (NdT) "They drew," saith St. Luke, "Jason and certain brethren unto the rulers of the city, crying, These that have turned the world upside down are come hither also, whom Jason hath received. And these all do contrary to the decrees of Caesar, saying that there is another king, one Jesus". Conforme la King James version. (NdT) Dj cit au Chapitre XLII. (NdT) "if an inward assent of the mind". (NdT) "The thief". La Vulgate utilise le mot "latro" (voleur, bandit), la Stephanus le mot "kakourgos" (qui fait le mal, malfaiteur). (NdT)

dans ton royaume 1, paroles par lesquelles il n'affirmait aucune autre croyance un article que la croyance celui-ci, que Jsus tait le roi. Il ne pourrait pas tre dit non plus, comme il est dit en Matthieu, XI, 30, que le joug du Christ est facile, et son fardeau lger 2, ni que les petits enfants croient en lui 3 (Matthieu, XVIII, 6), et saint Paul ne pourrait avoir dit (1. Corinthiens, I, 21) : Il a plu Dieu, par la folie 4 de la prdication, de sauver ceux qui croient 5. Saint Paul lui-mme n'aurait pas pu tre sauv, encore moins avoir t un si grand docteur de l'Eglise d'une faon aussi soudaine, lui qui, peut-tre, n'avait jamais pens la transsubstantiation, au purgatoire, ou d'autres articles nombreux avec lesquels on nous importune dsormais. Le quatrime argument est tir de passages explicites qui ne sont pas l'objet de controverses quant leur interprtation. D'abord, Jean, V, 39 : Scrutez les Ecritures 6, car en elles vous pensez avoir la vie ternelle, et ce sont elles qui rendent tmoignage en ma faveur 7. Ici, notre Sauveur parle seulement des Ecritures de l'Ancien Testament, car les Juifs, cette poque, ne pouvaient pas scruter le Nouveau Testament qui n'tait pas [encore] crit. Mais il n'y a rien dans l'Ancien Testament sur le Christ, sinon les signes par lesquels les hommes pourraient le reconnatre lors de sa venue, comme le fait qu'il descendrait de David, qu'il natrait Bethlem, et d'une vierge, qu'il ferait des miracles, et ainsi de suite. Par consquent, croire que ce Jsus tait [bien] le Christ tait suffisant pour la vie ternelle; mais ce qui est plus que suffisant n'est pas ncessaire, et en consquence, aucun autre article n'est exig. En Jean, XI, 26, on lit aussi : Quiconque vit et croit en moi ne mourra pas, cela ternellement 8. Croire au Christ est donc une foi suffisante pour la vie ternelle, et, en consquence, il n'est pas ncessaire de croire plus que cela. Mais croire en Jsus et croire que Jsus est le Christ, c'est tout un, comme il apparat dans les versets qui suivent immdiatement. Car quand notre Sauveur eut dit Marthe : crois-tu cela? elle rpondit, au verset 27 : Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fil de Dieu, qui devait venir dans le monde 9. Cet article seul, donc, est la foi suffisante pour la vie ternelle, et ce qui est plus que suffisant n'est pas ncessaire. Troisimement, on lit en Jean, XX, 31 : Ces choses sont crites que que vous croyiez que Jsus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu'en croyant, vous ayez la vie par son nom 10. Ici, croire que
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Luc, XXIII, 42 : "Lord, remember me when thou comest into thy kingdom". Conforme la King James version. (NdT) "Christ's yoke is easy, and his burden light". Le texte, dans la King James version, est : "For my yoke is easy, and my burden is light.". (NdT) "little children believe in him". La King James version dit : "of these little ones which believe in me". (NdT) Oppose la sagesse qui n'a pas dcouvert Dieu : "nam quia in Dei sapientia non cognovit mundus per sapientiam Deum placuit Deo per stultitiam praedicationis salvos facere credentes". (Vulgate) "It pleased God by the foolishness of preaching, to save them that believe". Conforme la King James version. (NdT) "scrutamini scripturas", dit la Vulgate. (NdT) "Search the Scriptures, for in them ye think ye have eternal life, and they are they that testify of me". Conforme la King James version. (NdT) "Whosoever liveth and believeth in me shall not die eternally". La King James version donne : "And whosoever liveth and believeth in me shall never die". (NdT) "Yea, Lord: I believe that thou art the Christ, the Son of God, which should come into the world". Conforme la King James version. (NdT) "These things are written that ye might believe, that Jesus is the Christ, the Son of God, and that believing ye might have life through his name". Conforme la King James version. (NdT)

Jsus est le Christ est une foi suffisante pour l'obtention de la vie, et aucun autre article n'est donc ncessaire. Quatrimement, on trouve en [Link], IV, 2 : Tout esprit qui confesse que Jsus Christ est venu dans la chair est de Dieu 1, et en 1. Jean, V, 1 : Quiconque croit que Jsus est le Christ est n de Dieu 2; et au verset 5 : Qui est celui qui vainc le monde, sinon celui qui croit que Jsus est le Fils de Dieu?3 Cinquimement, on lit en Actes, VIII, 36-37 : Vois, dit l'eunuque, voici de l'eau, qu'est-ce qui m'empche d'tre baptis? Et Philippe dit : si tu crois de tout ton coeur, tu peux [l'tre]. Et il rpondit et dit : je crois que Jsus-Christ est le Fils de Dieu 4. Par consquent, croire en cet article (que Jsus est le Christ) est suffisant pour tre baptis, c'est--dire pour tre reu dans le royaume de Dieu, et, en consquence, c'est le seul article ncessaire. Et gnralement, dans tous les passages o notre Sauveur dit quelqu'un : ta foi t'a sauv 5, la cause de cette parole est quelque confession qui, directement, ou par ses consquences, implique la croyance que Jsus est le Christ. Le dernier argument se tire des passages o on fait de cet article le fondement de la foi, car celui qui soutient ce fondement sera sauv. Ces passages sont, d'abord Matthieu, XXIV, 23 : Si quelqu'un vous dit : voyez, le christ est ici, ou il est l, ne le croyez pas, car il s'lvera de faux Christs et de faux prophtes, et ils montreront de grands signes, et des merveilles 6, etc. Ici, nous voyons qu'il faut soutenir cet article (Jsus est le Christ), mme si celui qui enseigne le contraire devait faire de grands miracles. Le second passage se trouve en Galates, I, 8 : Mme si quelqu'un, nous ou un ange venu du ciel, vous prchait un autre vangile que celui que nous vous avons prch, qu'il soit maudit 7. Mais l'Evangile que prchaient Paul et les autres aptres tait 8 seulement cet article, que Jsus est le Christ. Donc, pour la croyance en cet article, nous devons rejeter l'autorit d'un ange venu du ciel, et encore plus celle d'un homme mortel, s'ils enseignent le contraire. C'est donc l'article fondamental de la foi chrtienne. Un troisime passage se trouve en 1. Jean, IV, 1 : Bien-aims, ne croyez pas tout esprit. Par ceci, vous reconnatrez l'esprit de Dieu : tout esprit qui confesse que Jsus-Christ est venu dans la chair est de Dieu 9. Par cela, il est vident que cet
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"Every spirit that confesseth that Jesus Christ is come in the flesh is of God". Conforme la King James version. (NdT) "Whosoever believeth that Jesus is the Christ is born of God". Conforme la King James version. (NdT) "Who is he that overcometh the world, but he that believeth that Jesus is the Son of God?" Conforme la King James version. (NdT) "See, (...) here is water, what doth hinder me to be baptized? And Philip said, If thou believest with all thy heart thou mayst. And he answered and said, I believe that Jesus Christ is the Son of God." Conforme la King James version. (NdT) Dans la King James version, on trouve cette formule ("Thy faith hath saved thee") en Luc, VII, 50 et Luc, XVIII, 42. (NdT) "If any man shall say unto you, Lo, here is Christ, or there, believe it not, for there shall arise false Christs, and false prophets, and shall shew great signs, and wonders". Conforme la King James version. (NdT) "Though we, or an angel from heaven, preach any other gospel unto you than that we have preached unto you, let him be accursed". Conforme la King James version. "anathme", disent la Vulgate et la Stephanus grecque. (NdT) F. Tricaud et G. Mairet vitent tort de traduire "was" par tait, utilisant le verbe "consister". Etant donn le sens du mot "vangile" (bonne nouvelle : euagelion), la phrase est correcte. (NdT) "Beloved, believe not every spirit. Hereby ye shall know the Spirit of God; every spirit that confesseth that is come in the flesh is of God". Conforme la King version, mais Hobbes ne tient pas compte de "but try the spirits whether they are of God: because many false prophets are gone out into the world." (NdT)

article est la mesure, la rgle par laquelle il faut valuer et faire l'examen des autres articles 1, et il est donc seul fondamental. Un quatrime passage se trouve en Matthieu, XVI, 18, o, aprs que saint Pierre eut profess cet article, disant notre Sauveur : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant 2, notre Sauveur rpondit : Tu es Pierre, et sur ce roc 3, je btirai mon Eglise. J'infre de l que cet article est celui sur lequel toutes les autres doctrines de l'Eglise sont construites, comme sur leur fondation. Un cinquime passage se trouve en 1. Corinthiens, III, 11-12 sqq : Personne ne peut poser d'autre fondement que celui qui est pos, Jsus est le Christ. Or, si quelqu'un construit sur ce fondement de l'or, de l'argent, des pierres prcieuses, du bois, du foin, du chaume, l'ouvrage de chacun sera rendu manifeste, car le jour le fera connatre, parce qu'il sera rvl par le feu, et le feu prouvera l'ouvrage de chacun pour savoir de quelle sorte est cet ouvrage 4. Si l'ouvrage qu'un homme a construit dessus demeure, il recevra une rcompense. Si l'ouvrage brle, il souffrira une perte; mais lui-mme sera sauv, toutefois comme par le feu 5. Ces paroles tant en partie claires et faciles comprendre, et en partie allgoriques et difficiles, de ce qui est clair, on peut infrer que les pasteurs qui enseignent ce fondement, que Jsus est le Christ, mme s'ils en tirent de fausses consquences (ce quoi tous les hommes sont parfois sujets), peuvent nanmoins tre sauvs; et encore plus peuvent tre sauvs ceux qui, n'tant pas pasteurs, mais auditeurs, croient ce qui leur a t enseign par leurs pasteurs lgitimes. Par consquent, la croyance en cet article est suffisante, et en consquence, aucun autre article de foi n'est exig de faon ncessaire pour le salut. Maintenant, pour ce qui est des parties allgoriques, comme le feu prouvera l'oeuvre de chacun 6 et ils seront sauvs, mais comme par le feu 7, ou travers le feu (car l'original est dia puros 8), elle ne s'opposent en rien la conclusion que j'ai tire des autres paroles claires. Cependant, comme on a utilis ce passage comme un argument pour prouver le feu du purgatoire, je vais aussi prsenter mon hypothse sur le sens de cette mise l'preuve des doctrines et du salut des hommes comme par le feu 9. L'aptre, ici, semble faire allusion aux paroles du prophte Zacharie (XIII, 8-9), qui, parlant de la restauration du royaume de Dieu, dit ceci : deux parties y seront retranches et mourront, mais la troisime y sera laisse; et j'amnerai la troisime
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"by which to estimate and examine all other articles". (NdT) XVI, 16 : "Thou art the Christ, the Son of the living God". Conforme la King James version. (NdT) Voir note dj faite ce sujet dans le chapitre XLII. (NdT) "opus quale" dans la Vulgate. (NdT) "Other foundation can no man lay than that which is laid, Jesus is the Christ. Now if any man build upon this foundation, gold, silver, precious stones, wood, hay, stubble; every man's work shall be made manifest; for the day shall declare it, because it shall be revealed by fire, and the fire shall try every man's work, what sort it is. If any man's work abide which he hath built thereupon, he shall receive a reward. If any man's work shall be burnt, he shall suffer loss; but he himself shall be saved, yet so as by fire" (versets 12,12,14,15). Conforme la King James version. (NdT) "the fire shall try every man's work" ([Link], III, 13). Conforme la King James version. (NdT) "shall be saved, but so as by fire" ([Link], III, 15). La King James version dit "yet" et non "but". (NdT) En caractres grecs dans le texte. Le verset complet est "ei tinos to ergon katakasetai zmithsetai autos de sthsetai outs de s dia puros". (NdT) "I will also here offer you my conjecture concerning the meaning of this trial of doctrines and saving of men as by fire". (NdT)

partie travers le feu et les affinerai 1 comme l'argent est affin, et les prouverai 2 comme l'or est prouv; ils invoqueront mon nom et je les entendrai 3. Le jour du jugement est le jour de la restauration du royaume de Dieu, et saint Pierre 4 nous dit qu'en ce jour il y aura la conflagration du monde dans laquelle les mchants priront. Mais ceux qui restent, que Dieu veut sauver, ils passeront indemnes travers ce feu, et ils y seront prouvs (comme l'argent et l'or sont purifis de leurs scories), et purifis de leur idoltrie, de faon ce qu'ils invoquent le nom du vrai Dieu. Faisant allusion cela, saint Paul dit que le Jour (c'est--dire le jour du jugement, le grand jour de la venue de notre Sauveur pour restaurer le royaume de Dieu en Isral) prouvera la doctrine de chaque homme, en jugeant ce qui est or, argent, pierres prcieuses, bois, foin, chaume. Et alors, ceux qui ont bti de fausses consquences sur le vrai fondement verront leurs doctrines condamnes; cependant, ils seront euxmmes sauvs, et passeront indemnes travers le feu universel, et ils vivront ternellement, pour invoquer le nom du seul et vrai Dieu. En ce sens, il n'y a rien qui ne s'accorde avec le reste de la Sainte Ecriture, et rien qui laisse entrevoir le feu du purgatoire. Mais on peut ici demander s'il n'est pas ncessaire au salut de croire que Dieu est le crateur tout-puissant du monde, que Jsus-Christ est ressuscit et que tous les autres hommes ressusciteront au dernier jour, comme il est ncessaire de croire que Jsus est le Christ. Je rponds cela qu'il est [en effet] ncessaire d'y croire, et c'est aussi valable pour de nombreux autres articles. Mais ils sont tels qu'ils sont contenus en ce seul article, et peuvent en tre dduits, avec plus ou moins de difficult. En effet, qui ne voit pas que celui qui croit que Jsus est le Fils du Dieu d'Isral, et que les Isralites avaient pour Dieu le crateur tout-puissant de toutes choses, croit aussi en cela que Dieu est le crateur tout-puissant de toutes choses? De mme, comment peut-on croire que Jsus est le roi qui rgnera ternellement, sans croire aussi qu'il est ressuscit d'entre les morts? Car un homme mort ne peut exercer la fonction d'un roi. En somme, celui qui soutient ce fondement, Jsus est le Christ, soutient expressment tout ce qu'il voit s'en dduire correctement, et implicitement toutes ses consquences, mme s'il n'a pas assez d'habilet pour discerner la conscution. Par consquent, il est toujours correct de dire que la croyance en ce seul article est une foi suffisante pour obtenir la rmission des pchs des pnitents, et en consquence pour les conduire au royaume des cieux. Maintenant que j'ai montr que toute l'obissance exige pour le salut consiste en la volont d'obir aux lois de Dieu, c'est--dire dans le repentir, et que toute la foi exige pour ce salut est comprise dans la croyance en cet article, Jsus est le Christ, je citerai de plus les passages de l'Evangile qui prouvent que tout ce qui est ncessaire au salut est contenu dans ces deux articles runis. Les hommes qui saint Pierre prchait le jour de la Pentecte, juste aprs l'ascension de notre Sauveur, lui demandrent, ainsi qu'aux autres aptres (Actes, II, 37) : Hommes et frres, que
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La Vulgate utilise le verbe "urere", brler, faire souffrir, torturer. Le texte grec utilise le verbe "puro", de mme sens. On notera que la Douay/Rheims catholique utilise aussi le verbe "to refine". (NdT) La vulgate utilise le verbe "probo", faire l'essai, prouver, vrifier. Le texte grec utilise le verbe "dokimaz", qui a le mme sens. (NdT) "Two parts therein shall be cut off, and die, but the third shall be left therein; and I will bring the third part through the fire, and will refine them as silver is refined, and will try them as gold is tried; they shall call on the name of the Lord, and I will hear them". Conforme la King James version. (NdT) 2. Pierre, III, 7,10,12 (Note de Hobbes).

devons-nous faire 1, et saint Pierre rpond au verset suivant : repentez-vous, et que chacun d'entre vous soit baptis, pour la rmission des pchs, et vous recevrez le don du Saint-Esprit 2. Donc, se repentir et se faire baptiser, c'est--dire croire que Jsus est le Christ, est tout ce qui est ncessaire au salut. De mme, notre Sauveur, qui un certain chef 3 demande, en Luc, XVIII, 18 : que dois-faire pour hriter de la vie ternelle 4, rpondit : tu connais les commandements, ne commets pas d'adultre, ne tue pas, ne vole pas, ne porte pas de faux tmoignage, honore ton pre et ta mre 5. L'homme ayant dit qu'il les avait observs, notre Sauveur ajouta : vends tout ce que tu as, donne-le au pauvre, et viens et suis-moi 6, ce qui revient dire : fie-toi moi, qui suis le roi. Donc, accomplir la loi et croire que Jsus est le roi, c'est tout ce qui est exig de l'homme pour qu'il soit conduit la vie ternelle. Troisimement, saint Paul dit, en Romains, I, 17 : le juste vivra par la foi 7; pas tout le monde, mais le juste. Par consquent, la foi et la justice (c'est--dire la volont d'tre juste, ou repentir) sont tout ce qui est ncessaire la vie ternelle. Et notre Sauveur, en prchant, disait (Marc, I, 15) : le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche, repentez-vous et croyez l'Evangile 8, c'est--dire la bonne nouvelle de la venue du Christ. Donc, se repentir et croire que Jsus est le Christ, voil tout ce qui est exig pour le salut. Etant donn donc qu'il est ncessaire que la foi et l'obissance (impliques dans le repentir) concourent toutes les deux notre salut, la question de savoir par laquelle des deux on est justifi n'est pas une question qu'on peut disputer avec pertinence. Nanmoins, il ne serait pas impertinent de montrer de quelle manire chacune d'entre elles y contribue, et en quel sens il est dit que nous devons tre justifis par l'une ou par l'autre. Et d'abord, si par justice 9, on entend la justice des oeuvres elles-mmes, personne ne peut tre sauv, car il n'en existe aucun qui n'ait pas transgress la loi de Dieu. Et donc, quand nous disons tre justifis par les oeuvres, il faut l'entendre de la volont, que Dieu agre toujours comme si l'oeuvre elle-mme tait faite, aussi bien chez les bons que les chez les mchants. C'est en sens seulement qu'un homme est appel juste ou injuste, et que sa justice le justifie, c'est-dire lui donne le titre de juste par l'agrment de Dieu, et le rend capable de vivre par sa foi, ce qui n'tait pas le cas avant. De sorte que cette justice le justifie au sens o justifier est la mme chose que dnommer un homme juste, et non au sens de s'acquitter de la loi, ce qui rendrait le chtiment de ses pchs injuste. Mais un homme est aussi dit tre justifi quand sa dfense 10, quoiqu'insuffisante en elle-mme, est agre, comme quand nous invoquons notre
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"Men and brethren, what shall we do". Conforme la King James version. (NdT) "Repent, and be baptized every one of you*, for the remission of sins, and ye shall receive the gift of the Holy Ghost". (*) : "in the name of Jesus Christ", dit la King James version. (NdT) "quidam princeps", dit la Vulgate. (NdT) "What shall I do to inherit eternal life?" Conforme la King James version. (NdT) "Thou knowest the commandments, Do not commit adultery, Do not kill, Do not steal, Do not bear false witness, Honour thy father and thy mother". Conforme la King James version. (NdT) "Sell all thou hast, give it to the poor, and come and follow me". La King James version donne : "sell all that thou hast, and distribute unto the poor, and thou shalt have treasure in heaven: and come, follow me". (NdT) "The just shall live by faith". Conforme la King James version. (NdT) "The time is fulfilled, and the kingdom of God is at hand; repent and believe the Evangel". "repent ye, and believe the gospel", dit la King James version. (NdT) "if by righteousness". (NdT) "his plea". (NdT)

volont, notre effort d'accomplir la loi 1, et que nous nous repentons de nos manquements, et que Dieu agre cette volont comme s'il s'agissait de l'excution elle-mme. Et puisque Dieu n'agre la volont comme si l'acte avait t fait que chez les fidles, c'est donc la foi qui rend notre dfense bonne et c'est en ce sens seulement que la foi justifie; de sorte que foi et obissance sont toutes les deux ncessaires au salut, chacun d'elles tant dite nous justifier, mais en des sens divers. Ayant ainsi montr ce qui est ncessaire au salut, il n'est pas difficile de concilier notre obissance Dieu avec notre obissance au souverain civil, qu'il soit chrtien ou infidle. S'il est un Chrtien, il accepte la croyance en cet article, que Jsus est le Christ, et tous les articles qui sont contenus en lui, ou qui en sont dduits par des conscutions videntes. C'est l toute la foi ncessaire au salut. Et puisqu'il est un souverain, il exige l'obissance toutes ses propres lois, c'est--dire toutes les lois civiles, dans lesquelles sont aussi contenues toutes les lois de nature, c'est--dire toutes les lois de Dieu; car en dehors des lois de nature et des lois de l'Eglise, qui font partie de la loi civile (car l'Eglise qui peut faire des lois est la Rpublique), il n'existe pas d'autres lois divines. Donc, quiconque obit son souverain chrtien n'est pas par l empch de croire en Dieu et de lui obir. Mais supposons qu'un roi chrtien tire, partir ce fondement Jsus est le Christ, des consquences fausses, c'est--dire qu'il fasse certaines constructions de foin ou de chaume 2 et ordonne leur enseignement. Pourtant, vu ce que saint Paul dit, il sera sauv, et le sera encore plus celui qui les enseigne par son ordre, et plus encore celui qui n'enseigne pas mais croit seulement celui qui lui enseigne lgalement. Et au cas le souverain civil interdit un sujet de professer certaines de ses opinions, partir de quel fondement peut-il dsobir? Les rois chrtiens peuvent se tromper en dduisant une consquence, mais qui en jugera? Sera-ce un particulier qui jugera, alors que la question est celle de sa propre obissance? Sera-ce quelque homme en dehors de celui qui est dsign pour cela par l'Eglise, c'est--dire par le souverain civil qui la reprsente? Ou si c'est le pape ou un aptre qui juge, ne peut-il pas se tromper en dduisant une consquence? L'un des deux, saint Pierre ou saint Paul, ne se trompait-il pas en faisant une construction mentale 3, quand saint Paul rsista avec aplomb saint Pierre? 4 Il ne peut donc y avoir de contradiction entre les lois de Dieu et les lois d'une Rpublique chrtienne. Et quand le souverain civil est un infidle, celui qui, chez ses sujets, lui rsiste, pche contre les lois de Dieu (car telles sont les lois de nature), et rejette le conseil des aptres qui recommandaient tous les Chrtiens d'obir leurs princes, et tous les enfants et les serviteurs d'obir leurs parents et leurs matres en toutes choses 5. Quant leur foi, elle est intrieure et invisible, ils ont la libert que Naaman avait 6, et n'ont pas besoin de se mettre eux-mmes en danger pour elle. Mais s'ils le font, ils doivent attendre leur rcompense dans les cieux, et ne pas se plaindre de leur souverain lgitime, encore moins lui faire la guerre. En effet, celui qui n'est pas content d'avoir une juste occasion d'tre martyre n'a pas la foi qu'il professe, mais il prtend seulement l'avoir, pour dissimuler sa propre indocilit. Mais quel souverain infidle serait assez draisonnable, sachant qu'il a un sujet qui attend la seconde venue du Christ, quand le prsent monde sera brl, qui a l'intention d'obir alors au Christ
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"as when we plead our will, our endeavour to fulfil the law". (NdT) "some superstructions of hay or stubble". (NdT) "a superstructure". (NdT) Voir Galates, Chapitre II. (NdT) Colossiens, III, 20, 22. (NdT) Voir [Link], Chapitre V. (NdT)

(c'est l'intention qui se trouve dans la croyance Jsus est le Christ), et qui, en attendant, se juge tenu d'obir aux lois de ce roi infidle (ce que tous les Chrtiens sont obligs en conscience de faire), pour mettre mort un tel sujet ou le perscuter? Cela suffira pour ce qui est du royaume de Dieu et de la politique ecclsiastique. En cela, je ne prtends pas mettre en avant des positions de mon cru, je veux seulement montrer quelles sont les consquences qui me semblent pouvoir tre dduites des principes de la politique chrtienne (qui sont les saintes Ecritures), pour la confirmation du pouvoir des souverains civils et du devoir de leurs sujets. En citant l'Ecriture, je me suis efforc d'viter les textes d'interprtation obscure ou controverse, et de ne citer que ceux dont le sens est le plus clair et le plus conforme l'harmonie et au but de la Bible entire, qui a t crite pour le rtablissement du royaume de Dieu dans le Christ. Car ce ne sont pas les simples mots en eux-mmes, mais le but de l'crivain, qui donne la vraie lumire par laquelle un crit doit tre interprt, et ceux qui s'appuient sur des textes isols, sans considrer le dessein principal, ne peuvent rien en tirer avec clart, mais plutt, en jetant des atomes d'Epicure 1 comme de la poussire dans les yeux des hommes, ils ne peuvent que rendre toutes les choses plus obscures qu'elles ne sont, et c'est l'artifice ordinaire de ceux qui cherchent leur propre avantage, et non la vrit.

C'est--dire des lments spars, sans finalit d'ensemble. Voir le mcanisme anti-finaliste des picuriens. (NdT)

Common questions

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La foi en Jésus comme Christ est considérée suffisante pour le salut, car elle contient l'essentiel nécessaire pour obtenir la rémission des péchés et accéder au royaume des cieux . Cette croyance signifie reconnaître Jésus comme le roi promis par Dieu, qui règnera éternellement et délivrera la vie éternelle perdue par le péché d'Adam . Les Écritures montrent que les apôtres et l'Évangile insistent sur cet unique article de foi - la reconnaissance de Jésus comme le Christ - comme fondement de la foi chrétienne et comme nécessaire au salut . Ainsi, croire que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, assure la vie éternelle . Les écrits évangéliques et les sermons apostoliques confirment que cette foi est tout ce qui est requis , et d'autres articles ne sont pas nécessaires au salut .

Le texte établit une dichotomie en montrant que l'excommunication était initialement une mesure stricte et légale de purification sociale et religieuse, vue par analogie avec les lépreux qui devaient être séparés jusqu'à purification. Dans le contexte chrétien, le concept prend une dimension spirituelle mais reste centré sur la discipline au sein de la communauté croyante .

Les rois chrétiens conservent un rôle suprême dans la nomination des pasteurs car, en tant que souverains civils, ils ont le droit de choisir les pasteurs qui enseigneront leur population. Cela est fondé sur l'idée que les rois chrétiens, comme leurs prédécesseurs païens, sont les pasteurs ultimes de leur peuple et que les actions des pasteurs sont effectuées en vertu de leur autorité souveraine .

L'interprétation du "royaume de Dieu" par les apôtres avant et après l'ascension de Jésus implique la compréhension de ce royaume comme étant à la fois un royaume imminent et un royaume de gloire à venir. Avant l'ascension, les apôtres comprenaient le "royaume de Dieu" comme une future réalité physique et tangible qui serait établie sur terre, à laquelle ils faisaient référence dans leurs prédications que le royaume des cieux était proche . Après l'ascension, ils continuaient à proclamer ce même royaume, mais avec une interprétation plus spirituelle, étant donné que Jésus enseignait que le royaume était aussi une préparation spirituelle pour le jugement et la régénération finale . Les apôtres ont enseigné que le royaume de Dieu serait pleinement manifesté lors du retour du Christ pour juger le monde et établir sa souveraineté éternelle . Ainsi, le "royaume de Dieu" comporte une dimension à la fois présente et future, servant de fondement à la mission apostolique d'amener les hommes à embrasser l'Évangile et à se préparer pour l'éternité .

Le concept d'"Esprit de Dieu" est utilisé dans le texte pour expliquer l'inspiration prophétique comme une inclination ou disposition à la piété et au service de Dieu, ou comme une capacité éminente accordée par Dieu . Il est souvent décrite comme une influence ou une grâce spéciale donnée à des individus pour accomplir des actes de sagesse, prophétiser ou participer au zèle divin . Dans les récits scripturaires, par exemple, l'inspiration prophétique est souvent perçue comme un don divin, un esprit de sagesse ou de compréhension attribué à des personnes choisis par Dieu comme Moïse ou les soixante-dix anciens . En outre, cet esprit n’est pas compris comme la nature divine elle-même, mais plutôt comme une impulsion ou une disposition à concrétiser la volonté de Dieu à travers leurs actions . Ainsi, dans la pratique prophétique, l'Esprit de Dieu fonctionne comme une attribution de capacités et de savoir-faire divins pour juger, gouverner ou éclairer, plutôt qu’une incarnation ou possession permanente de la nature divine .

Le rôle de Moïse en tant que prophète différait des autres prophètes de plusieurs manières essentielles. Contrairement à d'autres prophètes qui recevaient des révélations principalement par des rêves et des visions, Dieu parlait à Moïse "bouche à bouche", c'est-à-dire directement et clairement, sans passer par des visions énigmatiques, comme on parle à un ami . Moïse était également unique en ce que Dieu lui confiait la parole directement, souvent à travers la médiation d'anges, dans des lieux sacrés comme le mont Sinaï et le Sanctum Sanctorum . De plus, Moïse avait une autorité unique sur les autres prophètes; Dieu prit de l'esprit qui était sur Moïse pour le donner à d'autres, signifiant que leur prophétie était subordonnée à celle de Moïse . Cette autorité prophétique suprême était incomparable parmi les autres prophètes qui, pour la plupart, étaient considérés comme subordonnés et prophétisaient en accord avec la doctrine établie par Moïse .

La position du texte sur l'institution de pasteurs dans le contexte de souveraineté chrétienne soutient que ce droit revient au souverain civil chrétien. C'est le souverain, en tant que chef de l'État et représentant de l'Église, qui détient l'autorité d'élire ceux qui enseignent, donc les pasteurs, en vertu de son autorité. Cela signifie que les pasteurs exercent leurs fonctions sous l'autorité souveraine du souverain civil, qui est vu comme le pasteur suprême . Cette position implique que les évêques et les pasteurs ne détiennent leur autorité que comme ministres du souverain civil, et leur rôle est d'enseigner en vertu de cette autorité séculière. En conséquence, leur pouvoir n'est pas indépendant et doit être exercé dans le cadre des lois civiles .

Le concept d'excommunication est central dans le contexte de pouvoir ecclésiastique et civil car il illustre la hiérarchie et la tension entre l'autorité spirituelle et l'autorité temporelle. L'excommunication représente un outil par lequel le pouvoir spirituel, en particulier celui du pape, peut influencer ou contraindre le pouvoir civil. Historiquement, le pape a affirmé que le pouvoir spirituel prévalait sur le pouvoir temporel et s'est réservé le droit de déposer des princes ou de délégitimer leur autorité en cas d'hérésie, notamment lors du quatrième concile de Latran . Cette capacité de révoquer l'obéissance des sujets envers un souverain excommunié souligne l'importance de l'excommunication en tant que moyen coercitif pour maintenir l'ordre spirituel et influencer les décisions politiques des souverains civils . Ainsi, l'excommunication sert de levier pour aligner les autorités civiles avec les objectifs spirituels, montrant la prétention de l'autorité spirituelle à une juridiction indirecte sur les affaires temporelles .

La "donné aux soixante-dix anciens signifie, dans le texte, l'acquisition d'une disposition et d'un état d'esprit favorables à l'obéissance et à l'assistance de Moïse dans l'administration du gouvernement . Il ne s'agit pas de recevoir une nature divine, mais plutôt une inclination à collaborer avec Moïse, étant une manifestation du don et de la grâce de Dieu . Prophétiser dans ce contexte signifie qu'ils se conformaient à la volonté de Moïse et que leur rôle était subordonné à celui de Moïse .

La prédication apostolique, au temps de Jésus et après son ascension, était centrée sur le thème unique que Jésus est le Christ. Pendant la vie de Jésus, les apôtres étaient envoyés pour prêcher que le royaume des cieux était proche, ce qui était interprété comme l'annonce que Jésus est le Messie, le Christ, le roi qui devait venir . Après son ascension, cela est demeuré le cœur de leur message, comme le montrent les sermons où ils proclamaient que Jésus est le roi et le Christ, qui a ressuscité d'entre les morts . L'idée centrale était de conduire les gens à croire en Jésus comme le Christ, et cette croyance suffisait pour le salut .

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