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LA
VISION DE TONDALE
(TNUDGAL)
Textes francais, anglo-normand et irlandais
PUBLIES
PAR
V.-H. FRIEDEL & KUNO MEYER
PARIS
LIBRAIRIE HONORE CHAMPION, EDITEUR
5, QUAI MALAQuAIS (6%)
1907AVANT-PROPOS
Depuis article de M. Mussafia' ct les éditions des textes
latins, anglais et allemands de M. Wagner?, Ia liste des ma-
nuscrits de cette Iégende pourrait étre considérablement aug-
mentée. Notre intention n’est nullement de compléter une
histoire bibliographique intéressante, 4 coup stir, et plus lon-
gue que difficile. La place d’une pareille étude sera dans un
ouvrage d’ensemble sur les visions du moyen Age, leur popu-
larité, leur influence sur les esprits et lewc rdle dans les litte-
ratures de Europe. Ce probleme ne nous a pas tentés. Nous
voulons tout simplement faire connaitre des versions non
encore imprimées‘de la légende de Tondale : deux récits en
prose frangaise, un fragment d’un potme anglo-normand et
une traduction irlandaise. Au point de vue philologique le
texte de P, les vers anglo-normands et la prose irlandaise ne
sont pas dépourvus dintdérét.
Vv. H. F.— K.M.
Paris-Liverpool, 1906.
1. Comptes-rendus de 'Académie impériale des Sciences (classe de phi-
lologie ct d'histoire), vol. LXVII, p. 157 sv.; tirage a part, Vienne, 187
Sulla Visione di Tundalo, p. A. Mussafia.
2. Visio Tuugdali (sic !), lateinisch und alldeutsch, herausgeg. von A.
Wagner, Erlangen, 1882; Tundale, das mittelenglische Gedicht tiber die Vi-
siow des Tundalus, herausgeg. von A. Wagner, Halle a. S., 1893.
FRIEDEL. aoINTRODUCTION
Une courte introduction générale sur les origines de la Vi-
sion de Tondale nous a paru nécessaire. M. Wagner, dans la
préface de son édition critique des textes latins et allemands,
n’en a pas dit tout ce qu’on peut en dire, et sur plusieurs des
points qu’il a touchés nous sommes d’un avis différent du
sien.
Marcus, l’auteur du récit latin, était Irlandais ; cela ne fait
de doute pour personne. II se trouve dans son récit quelques
indices qui permettent d’établir qu'il était originaire du Sud
de VIrlande, du comté de Munster.
Tondale, dit-il, est né 2 Cashel (comté de Tipperary), et son
Ame a quitté le corps pour le mystérieux voyage pendant
qu'il se trouvait chez un ami dans la cité de Cork (p. 7, 8)?
Marcus ne prétend pas avoir veillé le corps pendant l’absence
dePame(p. 7, 7-9 €t 55, 26-27), maisilassure avoir appris de la
bouche méme de Tondale ce que cclui-ci avait vu dans l’au dela
postmodum, c’est-i-dire quand Tondale revint 4 lui, donna sa
fortune aux pauvres, prit le signe de la croix et commenga a
précher la parole de Dicu. Cela se passait-il toujours dans la
méme région ? Nous sommes dans le domaine de la pure fic-
tion ott le moindre détail de localisation peut étre rapporté 2
1, Crest le texte latin de I'éd. de M. Wagner que nous citons ainsi dans
notre introduction,~iv—
Vauteur lui-méme, mais oi il faut aussi se garder d’une con-
clusion hative.
Sans doute la description que Marcus fait de l’Irlande ne
s'applique pas particulitrement au Sud de Vile? ; mais la fagon
dont il place Nemias, titulaire inconnu des évéchés méridio-
naux de Cloyne et de Ross (p. 5, 10-16 et 54, 10-12), & cote
de Malachie, évéque de Down, puis archevéque d’Armagh
et primat d’Irlande comme occupant le si¢ge de saint Patrice,
rend vraisemblable que Marcus connaissait de réputation le
célébre évéque du Nord? et qu’il avait vécu dans le dioctse,
peut-étre dans Pentourage de Nemias, dans le sud de I’'Irlande.
Dans les chapitres xvi et xvilt, p. 42-43, Marcus mentionne
trois rois, Donachus, Conchober et Cormacus3, qui sont des
personages bien connus dans V’histoire de V'Irlande méridio-
nale au xu siécle. Ce que nous apprennent sur eux les dif-
férentes annales irlandaises s’accorde tout 4 fait avec les bré-
ves indications de Marcus. Donachus, qui s’appelle de son
nom irlandais Donnchad mac Muredaig, appartenait 4 la
famille des Mac Carthy. Il était le frére de Cormac, roi de
Cork et de Cashel, cité au chap. xvi. En 1127 il fut chassé
du Munster par Cormacet se réfugia dans le Connaught auprés
du roi Toirdelbach, qui appuya efficacement les prétentions
de son malheureux allié au tréne du Munster. Une série
de guerres entre le Connaught et le Munster durant les années
suivantes n’cut d’autre résultat que le ravage des deux pays.
Un des alliés de Cormac était Conchobar ua Briain, de la
famille des O'Brien de ‘Thomond, qui cst mentionné au
chap. xvi comme cnnemi de Donachus, En 1131 Cormac
1, Cette description ressemble beaucoup au modile devenu classique,
cestea-dire 4 Bede,
2. Si nous n'avions pas d'autres témoign
laadaise dite dey Hour Masters. — nous |:
suffirsit pour donner une idée de la situation p ante, de Vinfluence
ctde la célébrité de Malachias. Sur Nemias, voy. p. VII, note
cv le mentonne, 4 notre avis, pare que sa_ mort survente aprés celle de
Malt h'as, sins doute dans les premiers jours de Pannée 1149, est le der
nice évenement important qu'il eit connu en Irlande avant son départ.
3. Clot ainsi qu'il faut cerire ces noms, et non Donacus ni Carmachus.
hronique ir-
iales FM —et Conchobar envahirent Thomond. Pendant cette expedition,
Conchobar recut une grave blessure* qui le tint longtemps
en danger de mort et dont, parait-il, il ne se remit jamais
complétement. Il succomba en 1142 4 Killaloe « after the vic-
tory of penance »?,. ‘Toirdelbach O’Brien lui succéda comme
roi. Dans la méme année Donnchad fut fait prisonnier par les
Deisi qui le livrérent & Toirdelbach O’Brien; il mourut deux
ans plus tard, en 1444, en prison 3.
Le roi Cormac de Desmond périt en 1138, assassiné
dans sa propre maison. Son régne avait été brillant. En 1134
il fit construire sur le rocher de Cashel la célébre chapelle de
Cormac (voy. Petrie, Round Towers, p. 307). Les chroni-
queurs ne disent rien de l’adulttre dont parle Marcus. Le
comte qu’il fit tuertraitreusement « juxta sanctum Patricium »
(éd. lat. p. 44-45) est peut-étre Donnchad mac Maelse-
chlainn 4,
Marcus parait donc connaitre sur la vie de ces rois des dé-
tails que les annales n’ont pas enregistrés. Ainsi quand Ton-
dale est étonné de voir ensemble dans un séjour relativement
heureux Donachus et Conchobar qu’il a
multum crudeles et inter se invicem inimicos », l’ange (c'est
dire Marcus) le charge de dire aux vivants leur repentir et
leur pardon. De méme Tondale apprend que « son seigneur
et roi » Cormac a mérité la rémission de ses péchés, excepté
deux, par des bienfaits rests inconnus dans le pays. L’ange
, C'est Marcus; Tondale qui montre tant d’inté-
enfin s'il les rend
tvus « in vita sua
qui sait cela
rét 4 ces personnages, c’est encore lu
meilleurs que leur réputation et s‘il les place dans le séjour
1, FM. a. 1134. « Conchobar Ua Briain was severely wounded by his
nt of trust, so that he was lying in his deathsickness ». Voy.
« ille enim rex Conchober diu languit, etc. »
1142.
. 1444: « Donnchad, grandson of Carthach, heir apparent of
Munster, died in fetters. » Marcus dit en exagérant, consciemment peut-
tre: « per multos annos vinculis religatus ».
4. FM, a, 1136. « Donnchadh, son of Maelseachlainn Ua Faelain, fell
by Corntac mac Carthaigh by treachery».“yr
des « non valde bonorum », cest qu'il a été un peu leur
obligé.
Tl ne peut donc pas_exister de doute sur la patrie de Mar-
cus?. Il était du Sud de l’Irlande, du comté de Munster, fort
probablement de Cashel méme qu’il appelle « australium (sc.
Hybernensium) praecellentissima » (p. 6).
Voyons la chronologie. Au moment of Marcus compose la
préface de son récit latin, saint Bernard, nous dit-il, est oc-
cupé a écrire (transscribit satis luculento sermone) la vie de son
ami Malachie, archevéque d’Armagh, qui de passage 4 Clair-
vaux pour se rendre 4 Rome était mort prés de lui?. Si l'on
peut lire dans cette allusion au travail de saint Bernard autre
chose qu’un simple renvoi 4 lopuscule récent qu’il avait sou-
vent sous les yeux, Marcus a vu saint Bernard, sans doute 4
Clairvaux, avant Pachévement de la Vie de saint Malachie. Vil-
lustre abbé lui a-t-il donné des détails sur les derniers moments
et confié les dernitres recommandations du chef de l’Eglise
irlandaise mort loin de son troupeau ? lui a
plus amples renseignements sur la vie ct sur activité de
saint Malachic dans son pays? lui a-t-il, enfin, lu ou com-
muniqué des parties du panégyrique qu'il préparait et que
il demandé de
Marcus aura admiré, lui qui aurait tant voulu pouvoir écrire
1. Fergusius ct Conallus, cités dans le chap. vit, sont des figures connues
dans la Iégende héroique d"Irlande ; leurs noms irlandais sont Fergus mac
Réich et Conall Cernach. Leur souvenir est resté jusqu’d nos jours en
Keosse aussi bien qu’en Irlande. Voy. ’Arbois de Jubainville, L'dpopie Cel-
tique en Trlande, 1, pp. $04 et 509.
2. Le copiste des propheties de saint Malachic (Ms. fr. B. N. Paris 12160,
p. 688 pap. V. XVII) dit cect A propos de la mort de saint Malachie &
Clairvaux : «il (Malachie) mourut 4 Clairvaux entre les bras de saint Bi
nard, son ami, qui fit son loge funcbre et un abrégé de sa vies il luis
aussi escrit trois epistres qui sont les 315, 316 et 317». 1
donne un abrégé de la vie et de Ja carrigre de saint Malach
3. Marcus, de son cdté, n’aura pas manqué de soumetre A saint Ber-
nard ses projets « littéraires », C’ctaicat des ambitions de ce genre réalisées,
on saitavee quel rile, qui faisaient La force des moines irlandais jusqu’
prés le xe siécle, Marcus n’attendait qu'une occasion pour produive sa
vision. Kn atl parlé & saint Bernard? Sans vouloir indiquer en quoi que
ce soit une corrélation, uotons le fait curieux qu'une des versions fran-
saises attribue Ia vision \ saint Bernard. Voy. La fin de P cindessous, p. $7.
ait
niéme copiste