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BRUNEL, Pierre - Thématologie Et Littérature Comparée

Ce document présente une discussion sur la terminologie utilisée en thématologie et littérature comparée. L'auteur propose de réserver le terme 'mythe' pour les manifestations culturelles spécifiques d'archétypes, et d'utiliser 'thème' pour les archétypes communs comme la transformation de l'homme. Il illustre cette distinction avec les mythes et thèmes du labyrinthe.

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BRUNEL, Pierre - Thématologie Et Littérature Comparée

Ce document présente une discussion sur la terminologie utilisée en thématologie et littérature comparée. L'auteur propose de réserver le terme 'mythe' pour les manifestations culturelles spécifiques d'archétypes, et d'utiliser 'thème' pour les archétypes communs comme la transformation de l'homme. Il illustre cette distinction avec les mythes et thèmes du labyrinthe.

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THMATOLOGIE ET LITTRATURE COMPARE

This paper begins with a terminological comment on the concepts of


theme and myth. The author adopts a firm culturalist position to defend
that the term theme should be applied to commom archetypes (i.e., the
transformation of man), whereas myth should be reserved to refer to
their specific cultural manifestations (i. e., Daphne's metamorphosis). In
this sense, thmatologie finds its research field in the meeting-point
between theme and myth. Secondly, the author maintains that any specific
study must be confined to a limited number of authors from different
linguistic areas but showing interactions between them. Finally, this
theoretical proposal is exemplified with an analysis of the labyrinth image
in the works of Kafka, Borges, and Butor.
QUESTIONS DE TERMINOLOGIE

Il n'y a pas de vrit absolue en matire de terminologie. Une


terminologie nest qu'un instrument ncessaire, commode, et toujours
rvisable. Ncessaire, parce qu'il est la condition mme d'une
communication. Commode, paree qu'il permet la pense de s'exprimer
et parfois mme de se trouver. Rvisable, parce qu'une terminologie n'a
rien d'absolu; elle est empirique, provisoire, susceptible de progrs. Au
fond, et pour utiliser une image en accord avec 1'exemple principal que
je retiendrai, elle nest qu'un instrument d'arpentage intellectuel.
Aussi n'aborderai -je qu'avec beaucoup de prcautions la notion de
thmatologie, et tout aussi bien la notion de mythe, que j'ai cherch
remettre en honneur partir de 1970 dans les tudes comparatistes. Yves
Chevrel, voquant avec discrtion les dbats autour de cette notion (ii
pensait en particulier au XIVme Congrs de la Socit Francaise de
Littrature Gnrale et Compare qui s'est tenu Limoges en 1977 et
Exemplaria 1, 1997, 3-12
Universidad de Huelva 2009

PIERRE BRUNEL

dont les actes ont t publis en 1981 sous le titre Mythes, Images.
Reprsentations), crit que
"la discussion s'est particulirement cristallise autour du mot 'mythe',
dont it semble que les comparatistes francais fassent un usage plus large
que leurs collegues de langue allemande, par exemple, qui, en revanche,
disposent depuis longtemps de 1'expression Stoffgeschichte pour dsigner
1'histoire des su jets traits par les crivains, et laquelle peut correspondre
la dnomination, propose par P(aul) Van Tieghem, de thmatologie
"(1989: 59).

11 est bien de remonter Paul Van Tieghem, qui a t 'un des fondateurs
de la littrature compare en France et dont le manuel sur La Littrature
compare (Van Tieghem 1931) a longtemps fait autorit. "Thmatologie"
prend place dans la langue frangaise, et Raymond Trousson peut faire
appel ce terme comme un mot courant dans son livre Themes et mythes
en en faisant, comme Yves Chevrel, 1'quivalent de la Stoffgeschichte
(1981: 7). On ne saurait toutefois oublier la fortune du mot thematology
chez les comparatistes anglais et amricains. On est oblige de tenir compte
du fait qu'un comparatiste allemand (enseignant en Italie), Manfred Beller,
a cru devoir distinguer la Stoffgeschichte de la thmatologie, dsignant
par Stoff la matire, le sujet, et par Thema ce qui concerne la fois la
matire et la forme expressive (1970: 36) Son plaidoyer pour la
thmatologie s'est d'ailleurs heurt aux rticences, voir aux attaques de
J. Schulze en 1975 et de Henry Levin, qui ny voit autre chose qu" une
approximation scientifique" et rejette un nologisme superflu (Trousson,
1981: 16).
En 1983, charg de mettre jour et de completer le prcieux manuel
de Claude Pichois et Andre-Michel Rousseau, La Littrature compare
(1967), j'introduisis dans le nouveau livre, Qu 'est -ce que la littrature
compare, publi chez le mme diteur, un chapitre, le chapitre VI, que
j'intitulai "Thmatique et thmatologie". Partant de 1'hesitation de S. S.
Prawer entre thematics et thematology (1973: 99), je rservai thmatique
pour designer une mthode, thmatologie pour designer un domaine
(1983: 116), cette thmatologie appelant d'ailleurs d'autres mthodes que
la mthode thmatique. Je choisis d'inclure 1'tude des mythes littraires
(1983: 124-129), aussi bien que 1'tude des themes (1983: 129-132) dans
cet ensemble thmatologique.
POUR UNE NOUVELLE DEFINITION

A cette vision globale de 1983, je voudrais substituer aujourd'hui une


analyse et une terminologie plus fines. A dire vrai, j'avais dj rencontr
la probleme en 1974 quand, dans 1'enthousiasme du lancement de la

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THMATOLOGIE ET L11TERATURE COMPARE

collection "Mythes" chez Armand Colin, j'avais publi Le Mythe de la


mtamorphose. Jean Rousset, qui devait bientt donner a cette collection
son titre ultime, Le Mythe de Don Juan, me fit part de son tonnement,
voyant dans la mtamorphose un processus gnral beaucoup plus qu'un
mythe particulier. Je n'avais d'ailleurs pas pris mes exeinples dans une
seule culture, domine par les Mtamorphoses d'Ovicle et par celles
d'Apule, mais je m'tais promen du Popol-V uh des Indiens maya-quichs
au Kojiki japonais, des Hommes de mais de Miguel-Angel Asturias aux
Contes de pluie et de Lune de Ueda Akinari. Je ne renie pas ce livre
aujourd'hui, mais je reconnais volontiers que j'tais encore sous 1'emprise
de conceptions supra-culturalistes du mythe, dont je me suis loign par
la suite, tant dans la Prface du Dictionnaire des mythes littraires (d.
du Rocher, 1988) que dans Mythocritique.-Thorie et parcours (P.U.F.
1992). Je pense en particulier aux definitions de C. G. Jung dans Types
psychologiques quand it part la recherche d'images primordiales,
engrammes ou archetypes, et quand it affirme que "les principaux motifs
mythologiques se retrouvent chez toutes les races et toutes les poques"
(1920: 434). Je note au passage qu'Yves Chevrel retient ce mot de "motif'
(sans doute au sens allemand) propos du labyrinthe (1989: 60).
Une position culturaliste stricte, - qui serait aujourd'hui la mienne -,
doit s'interdire de parler d'un mythe de la metamorphose (en general)
ou d'un mythe du labyrinthe. De la mme maniere, on ne cherchera pas
de mythe de Don Juan en dehors d'une Europe chrtienne (et de ses
prolongements), ou disons plus vaguement encore, d'une aire baroque.
En revanche, elle ne s'interdira pas de parler des mythes de la
metamorphose, ou des mythes du labyrinthe, chacun de ces mythes etant
culturellement enracines et tous pouvant faire apparaitre un archetype
commun. Get archetype commun ne sera pas le mythe de Narcisse, mais
la transformation de l'homme en une autre espce, et mme dans un
autre rgne. I1 ne sera pas le labyrinthe de Crete, mais "una casa labrada
para confundir a los hombres" (1979 8 : 15), un espace-pige.
Nous tenons, me semble-t-il, deux bouts de la chaine terminologique,
avec d'un cote un theme, et de 1'autre ct un mythe. C'est parfaitement
clair, par exemple, dans les Sonnets Orphe de Rainer-Maria Rilke, et
en particulier dans celui qu'on pourrait appeler le sonnet de la
metamorphose: " W olle die W andlung " (II, 12). Ce qui est nonc au
dbut du poeme, c'est un theme, - et d'ailleurs aussi un scheme -, celui
de la transformation. Mais le sonnet s'achve sur un mythe, sur 1'vocation
explicite de Daphne mtamorphose en laurier:
Und die verwandelte Daphne
will, seit sie lorbeern fhlt, dass du did wandelst in Wind.

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PIERRE

BRUNEL

Je proposerai donc de considrer que le domaine restreint de la


thmatologie est ce lieu de rencontre du theme et du mythe. Ce qui
permet de laisser d'un ct le domaine des themes, de l'autre celui des
mythes, sans oublier qu'existe tout un systme de passerelles. L'objet
propre de la thmatologie sera donc tout particulirement des ensembles
fort difficiles enfermer dans une dnomination, comete la mtamorphose
et le labyrinthe.
THEME ET M THE: PROPOS DU tABYR1`'THE

A propos du labyrinthe, j'tais rest sur le terme utilis par Yves


Chevrel: motif. I1 me para?t difficile d'envisager ce terme en francais
comme dsignant le matriau thmatique, Stoff, et quelque chose qui
constituerait un ensemble. Je suis partisan d'un usage minimaliste du
motif, en disant par exemple que, dans un texte, le mythe peut se rduire
(apparemment du moins) un motif caractre ornemental. Voici un
exemple que j'emprunte au roman d'Alain Robbe-Grillet. Dans le
labyrinthe(1959), - la description de I'ampoule lectrique d'un rverbre:
"Cest encore le mme filament, celui d'une lampe identique ou
peine plus grosse, qui brille pour rien au carrefour des deux rues, enferm dans sa cage de yerre en haut d'un pied de fonte, ancien bec de gaz
aux ornements dmods devenu lampadaire lectrique".

L'exemple est intressant. car dans le labyrinthe des rues, ce fil lumineux
est bien une maniere de fil d'Ariane, mais il est lui-me-me enferm dans
la prison de 1'ampoule. Si theme it y a, c'est ici un theme-objet. Et le
labyrinthe peut avoir en effet une existence objective: songeons par
exemple au jardin-labyrinthe. L'objet lui-mme peut prendre forme de
labyrinthe: c'est ce "laberinto de fuego" dont parle Borges dans "Los
telogos" (El A leph), citant l'hrsiarque Euphorbe au bcher. On pourrait
aller partir de l dans le sens d'une analyse bachelardienne, d'une
nouvelle psychanalyse du feu.
Prenant 1'exemple du labyrinthe, Yves Chevrel tend encore le rduire
une "situation". C'est--dire qu'il pense moins au labyrinthe en tant
qu'objet qu' la situation d'un sujet dans ce labyrinthe. Sans aucun doute
il a present l'esprit ce que Raymond Trousson, dans la premiere version
de son livre (1965) appelait "themes de situation", en les distinguant des
"themes de hros". La situation sera donc celle d'un individu pris dans
un labyrinthe: c'est celle du K. de Franz Kafka, dans Le Chteau, quand
it ne peut avoir accs, comme Barnab, l'antichambre des bureaux. "I1
(Barnab) a le ciroit d'entrer dans les bureaux", dit-il Olga, "ou, si tu
veux, dans une antichambre, mettons que c'est une antichambre, mais it
y a des portes qui donnent au-del, des barrieres qu'on peut franchir, si

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THA1ATOLOGIE ET LrVTERATI

in

coMPARti

I'on est assez adroit pour cela. Moi, par exemple, je n'ai, du moins
provisoirement pas accs a cette antchambre". K. se perci dans le
labyrinthe de l'auherge des Messieurs (294), comme Jacques Revel peut
se perdre dans Bleston, la ville anglaise de L Emploi clu temps (1956: 1.2)
de Michel Butor: son arrive, it quitte la gare, erre quelque temps avec
ses bagages, et se trouve dans une autre gare. I1 est done, avec un possible
jeu de mots, "gar":
"Quand je Buis entr. j'ai d me rendre I'vidence: dja ce court
prple m'avait gar: j'tais arriv dans une autre gare, Bleston New
Station, tout auss vide que la premiere.
Mes pieds me faisaient mal, j'tais tremp, j'avais des ampoules aux
mains; meux valait en rester 1d".

Cette situation de l'homme dans le labyrinthe peut tre toute


tntaphorique. Ainsi, rappelle Borges clans "Los telogos ", saint Augustin
oppose les paiens, les impes, qui errent dans un "laberinto circular", aux
chrtiens qui suivent "la va recta" de Jsus (1979, 39). Elle peut tre
largie si l'on considere le cosmos tout entier comme un immense
labyrinthe: ainsi doit tre le monde pour Carlos Argentino, qui s'est
propos de "versificar toda la redondez del planeta" (1979": 161). Claudel
a vu le Pote comme une sorte d'arpenteur, "l'Inspecteur de la cration"("Le
Promeneur", dans Connaissartce de lbs t.), le "Vrificateur de la chose
prsente"; et l se sail capable de prendre ses repres. de dcouvrir "la
prsence ternelle de quelqu'un d'autre"(Art [Link]). Mais Carlos Argentino le peut -il, pris comme it lest dans le vertige d'un catalogue
infini?
Le risque, pour l'crivain du lahyrinthe, c'est de cder la tentation
de l'largissement thmatique. Aussi prend-il soin, tres souvent, de
chercher des assises mythiques. Si Kafka se passe de rfrence au
labyrinthe de Crete, Borges place dans 'un des contes de El A leph la
figure emblmatique d'Astrion, autre nom du Minotaure ("La casa de
Asterin"). Comme le rappelle Raymond Christinger,
"le Minotaure, galement nomm Astrios, l'toil, est parfoi.s symbolis
par un astre plac au coeur du labyrinthe. Sur certaines monnaies crtoises,
le centre d'un labyrinthe symbolis par un svastika est occupe par un
-

croissant de lune "(1971: 79).


Mais c'est certainement Michel Butor qu Arend le plus ostensiblement

ce point d'appui mythique quand it place dans le Muse de Bleston la


srie des dix-hut tapisseres de la vie de Thse, faisant du onzime
panneau le "panneau-pivot" (1956, 157), le seul d'ailleurs que Jacques
Revel identifi.e tout de suite, - celui qu reprsente le jeune hros en
cuirasse affrontant le monstre dans le labyrinthe et le tuant de son epe
poigne tres orne.

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8 PIERRE BRUNEL

L'pe. voila bien l'objet mythique qui semblait pourtant ne devoir


tre qu'un motif dans le roman de Butor (cf. le restaurant appel The
Sword). Mais ce n'est pas un hasard si, un soir, dinant au Sword, Jacques
Revel songe aux tapisseries du Muse (1956, 163). Et le mythe du labyrinthe
pourra prolifrer, essaimer en divers objets, le plan de Bleston vendu par
Ann, vritable fil d'Ariane, mais labyrinthe aussi, et cet autre fil, cet autre
labyrinthe, le journal de Jacques, le texte romanesque qui se droule
sous les yeux du lecteur.
I1 est normal que le mythe du labyrinthe crtois nourrisse ainsi la
thmatologie du labyrinthe. Mais on observera qu'il n'est pas
ncessairement le seul, et qu'un enchevtrement de mythes peut se
produire, qui ne laisse pas d'avoir quelque chose de labyrinthique. Dans
El A leph, le narrateur de Borges (ou Borges lui-mme) voit "infinitas
cosas" dont "las muchedumbres de Amrica ", "un laberinto roto (era
Londres)" et "una plateada telaraa en el centro de una negra pirmide"
(1979 8 : 169-170). Dans L'Emploi du temps Jacques Revel sent, comme
l'Arachn d'Ovide, "tout autour de (lui), les fils de la chane envahir la
trame comme une mare". Et it constate:
"(...) bientt mes mains seront prises dans cette toile, et moi, tout
enferm dans ce mtier ( tisser), je ne russis pas dcouvrir le levier
mouvoir qui changerait le point" (1956: 218).
Mme Kafka, plus avare de rfrences mythiques, fait de Frieda, la
maitresse de K. (et de Klamm), une tisseuse qui est l, "dans la salle
(d'auberge) comme l'araigne au nid, elle avait tiss partout ses fils,
qu'elle tait seule connaitre" (1984: 345).
L'TABLISSEMENrr D'UN CORPUS
Jouant 1'intrieur d'un espace culture!, la thmatologie appelle une
multiplicit de rfrences et d'exemples. Pour une tude dii labyrinthe,
on sera saisi de vertige devant les listes trs fournies que donne Andr
Peyronie dans son article du Dictionnaire des mythes littraires. Le risque,
prcisment, est de s'y perdre. Andr Siganos propose un corpus plus
raisonnable: it a choisi, dit-il, de se limiter " une vingtaine d'oeuvres
contemporaines dont la grande diversit de genres, de factures et d'origines
nationales autorisera sans doute rendre compte avec quelque fruit d'un
mythe aujourd'hui sans cesse reconvoqu" (1993: 57). Cette liste, la voici,
dans l'ordre chronologique:
Montherlant, Pasipha (1928, piece cre en 1938)
Andr Gide, Thse (1946)
Julio Cortazar, Los Reyes (1947)

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TI iIMATOLOGIE ET LITTERATURE COMPARE


-

Marguerite Yourcenar, Qui n'a pas son Minotaure (1947)


Jorge Luis Borges, La Casa de A sterin (1947)
Nikos Kazantzakis, 7hse (1949)
Andr Suars, Minos et Pasipha (1950)
Jules Supervielle, Le Minotaure (dans Le Petit bois et autres
contes, 1942)
Mary Renault, The K ing must die (La Danse du taureau, 1958)
Jean Cocteau, Le Requiem (1962)
Christiane Baroche, Le Tore de Minos (1983)
Nikos Kazantzakis, Dans lejardin de Minos (1984)
Friedrich Drrenmatt, Minotaurus (1985)
_Jean Prol, Qui ne veut pas sacrifier le taureau (dans Ruines
mres, 1993).
Ce choix, sans doute significatif pour le Minotaure, l'est moins pour
le labyrinthe. Pourquoi pas le Dedalus de Joyce (The Portrait of'the artist
as a young man), pourquoi pas Marelle de Cortazar? Mais la liste pourrait
tre dmesurment allonge.
I1 est sage, dans le cadre d'une tude thmatologique et comparatiste,
de se proposer un corpus restreint mais cohrent. C'est le cas si on runit
Kafka, Borges et Butor. Tout peut commencer avec Le Chateau (Der
Schloss, commenc en 1922, inachev comme it convient sans doute
un rcit labyrinthique et publi en 1926). I1 faudrait y ajouter au moins la
nouvelle Le Terrier(DerBau), crite Berlin pendant l'hiver 1923-1924,
publie en 1931).
[Link] a t un grand lecteur de Kafka. Ds le 2 juin 1935 it a
donn La Prensa un article sur "Las Pesadillas de Franz Kafka", signal
par Jean-Pierre Berns dans 1'dition cle la Pliade, mais malheureusement
non repris dans le volume. Ce volume contient en revanche un article
d'aoi t 1937, publi dans la revue El Hogar, o Borges donne ses
impressions aprs avoir lu la traduction anglaise (The Trial) du Procs.
Parlant en gnral de ces rcits "d'une terrible simplicit", it rappelle le
sujet du Chateau :
"Dans un autre rcit de Kafka, le hros est un arpenteur appel se
rendre dans un chateau. I1 ne parvient jamais y pntrer ni tre
reconnu par les autorits qui le rgissent"(1993: 1092).

Les oeuvres de Kafka lui apparaissent comme des cauchemars jusque


dans leurs dtails extravagants et i1 leur reconnait une intensit
indiscutable. I1 ne juge pas inexactes les interprtations thologiques qui
en ont t faites, mais it les considre comme non ncessaires. En revanche
it se plait voir dans l'Elate Znon, dans ses fictions d'chec impossible
et d'obstacles minimes et infinis (Achille et la tortue), un prcurseur de

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PIER R E

BRUNEL

Kafka. C'est justement aux prcurseurs de Kafka quest consacr le texte


intitul " Kafka y sus precursores . publi dans Otras inquisiciones (1979 2 :
107), publi en 1952, donc chronologiquement proche des nouvelles de
ElA leph. Tout commence avec Znon d'Ele:

"Un mvil que est en A (declara Aristteles) no podr alcanzar el


punto B. porque antes deber recorrer la mitad del camino entre los dos,
y antes, la mitad de la mitad, y antes, la mitad de la mitad de la mitad, y
as hasta el infinito; la forma de este ilustre problema es, exactamente, la
del El Castillo, y el mvil y la flecha y Aquiles son los primeros personajes kafkianos de la literatura" (1979 2 : 107).

Mais it pense aussi Han Yu, crivain chinois du IXme sicle,


Kierkegaard, Robert Browning, aux Histoires dsobligeantes de Lon
Bloy. Borges n'a pas traduit Le Chteau, mais it a traduit La Mtamorphose,
avec un prologue ([Link], 1938).
Mme si Michel Butor n'a consacr aucun texte de ses Rpertoires
Kafka, nous savons par Georges Raillard qu'il 1'a lu, et tres tot, des 19431944, quand it tait en hypokhagne Louis-le-Grand: s'il tait alors dcu
par l'enseignement qu'il recevait, it dvorait des livres, et choisissait les
grands, - Kafka, Joyce, Proust (Raillard 1968: 17). Dans les Essais sur le
roman, on trouvera au moires des mentions du journal de Kafka, l'crivain
apparaissant Butor comme "le cas limite, (...) extrmement rare, de
l'auteur qui travaille vritablement pour lui-mme, pour pouvoir plus
tard faire le point, et qui n'a nullement l'intention de donner lire
autrui ce qu'il note" (162). Et it ajoute:
"Kafka sait bien dans son Journal que c'est lui-mme qu'il s'adresse,
mais qui ne voit que point ce lui-mme futur est au jour de la rdaction
un inconnu? II crit pour savoir ce que cela pourra lui dire; s'il le savait
dj, justement parce qu'il ne suppose point d'autre public, quel besoin
aurait-il d'crire? Il demande ce frre lointain: '`Qui suis-je?", c'est-dire: "Qui es-tu?", si incroyablement lointain dont it ne peut presque rien
dire si ce n'est qu'il sera vraisemblablement perdu comme lui, et que
cette trace laisse sur le papier pourra peut-tre 1'aider se reconna?tre,
s"y' reconna?tre" (166-167).

On voit l'intrt de ce corpus rduit pour une tude de thmatologie. Les


trois auteurs considrs appartiennent trois domaines linguistiques
diffrents, mais it y a entre eux interaction. Ce sera le point de dpart de
la comparaison proprement dite. Et cette comparaison mrite d'autant
plus d'tre faite qu'elle a t lointainement amorce. Des 1945, Ernesto
Sbato distinguait les labyrinthes de Borges de ceux de Kafka (Sul, n125,
71; Cit par [Link], Pliade, 1605):
"Les labyrinthes de Borges relvent de la gomtrie ou du jeu d'checs
et produisent, tout comme les problmes de Znon, une angoisse
intellectuelle qui nait de la lucidit absolue des lments mis en jeu;

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THMATOLOGIE ET LITrERATURE COMPARTE

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ceux de Kafka, en revanche, sont des corridors obscurs, sans fond, insondables et l'angoisse est une angoisse de cauchemar ne de la
mconnaissance absolue des forces en jeu. (...) I1 y a aussi chez Kafka
une Loi inexorable mais infiniment ignore (...)".

J'arrterai l la prsentation de l'exemple, qui voulait seulement venir


l'appui de considrations thoriques. Rduire le domaine de la
thmatologie pure ce lieu de rencontre, dans le texte littraire, du
theme et du mythe, ce nest pas, je crois, appauvrir la littrature compare.
Cela n'interdit par ailleurs ni les tudes de themes ni les tudes de mythes.
Mais on devrait pouvoir ainsi mieux aborder de grands sujets, difficiles
rpertorier, sinon thmatologiquement. L'tude de theme sort renforce
de la prsence du et des mythes. L'tude comparatiste trouve l, elle
aussi, son assise: partir d'un fonds culture! commun (le mythe), un
dveloppement thmatique original. Une fois de plus, comparatisme de
la ressemblance et comparatisme de la diffrence se rvlent
complmentaires.
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PIERRE BRUNEL
CENTRE DE RECHERCHE EN LITTRATURE COMPARE ICE PARIS IV

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