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Voyages Du Baron de La Hontan Dans L'amerique Septentrionale

Le document décrit brièvement la géographie et l'histoire du Canada, y compris l'étendue du territoire et le fleuve Saint-Laurent.

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UNIVERSITY OF PITTSBURGH Bar. F1030


L18 1705

Uarlington

JVl.einorial J-abrary

0N

MEMOIRES
L'AMERIQUE
SEPTENTRIONALE, OU LA SUITE DES V OYAG ES DE Mr. LE
BARON DE LA HONTAN:
Qui contiennent
la Defcription d'une grande tendu de Pais de ce Continent, l'intrt des Franois 6cd.es t^inglois , leurs Commerces , leurs Navigations,
les Murs & les Coutumes des Sauvages, &c. I C T I O N A i R E de la L aague du Pau, Avec un petit Le tout enrichi de Cartes & de Figures.

D
,

TOME SECOND.
l'tj/iutenr

Secende Edition

augmente des avec un Sauvage dijUngu.

Conversations

de

A
Chez

Franois l'Honore' & Compagnie

AMSTERDAM,
MDCCV.

ICLrUicS

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1106'

par;

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nos*

Ca&TE GENERALE
])yjni{.

ITkrrE

Baye

de\laerado\r ou des\:eskimaux7^
GRAND ESPACE*

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AU ROY DE DANEMARK
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Ekrte
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Cchee de

2.00 lieues

a 2 _par deqre

.re/on

.fces

naytaoteuis^ran

Pag. s

Mmoires
&
chez
les Iroquois
:

Nouvelle Angleterre

En un mot

j'ai dit

tant

de chofes qui juf-

qu' prfent ont t caches par raifon d'Etat ou de Politique , qu'il ne dpendroitque de vous de me faire de trs-mauvaifes affaires la Cour , fi vous tiez capable de me facrifler fon reffentiment par la production

de mes Lettres. Tout ce que je vous ai crit que vous verrez encore dans
res font des vritez plus claires

&

tout ce

ces

Mmoile

que

jour.

n'pargne perfonne. Je ne fuis point partial , je lotie des gens qui ne font pas en tat de me faire du bien , & je condamne la conduite de plufieurs autres qui pourroient indirectement me faire du mal ; je n'ai point cet efprit d'intrt & de parti qui fait parler certaines gens ; je facrifie tout l'amour de la Vrit ; je n'ai point d'autre but que celui de vous marquer les chofes comme elles font ; je n'ai diminu ni altr les faits contenus dans les Lettres que je vous cris depuis u. ou 12. ans ni dans ces Mmoires. J'ai eu foin de faire des Journaux trs-particularifez pendant le cours de mes Voyages ; le dtail en feroit la peine de les coennuyeux pour vous, pier avant que de vous les envoyer demanVous trouverez ici deroit trop de temps.
ni

Je ne flatte

&

dequoi vous former une ide parfaite du vafte Continent de YAmrique Septentrionale. Je vous ai crit vingt-cinq Lettres depuis l'anne 1689. jufqu' prtent , j'en garde les copies avec beaucoup de foin. Je ne me fuis attach qu' vous mander les cho-

de l'Amrique.

chofes les plus eiTentielles pour ne pas jetter vtre efprit dans mille embarras d'affaires extraordinaires qui font arrives en ce Pas-l. Si vous confultez mes Cartes mefure que vous relirez les Lettres que je vous ai crites depuis l'anne 1683. vous trouverez tous les lieux dont je fais mention
:

elles font trs-particularifcs

& j'ofe

vous

de l correcvoyage de la Rivire longue m'a donn lieu de faire la petite Carte que je vous ai envoye de MiJJilimakinac en 1699. dans ma 16. Lettre. 11 eft vrai qu'elle ne ^rque fimplement que cette Rivire & celle des\MiJfouris , mais il falloit plusdetems que je n'en ai eu pour pouvoir la rendre plus *y * faite par la connouTance des Pais circonvoifins , qui jufqu' prfent ont t inconnus toute la Terre , auffi bien que cette grande Rivire dans laquelle je n'aurois pas eu la tmrit d'entrer fans en avoir t inftruit fond , & fans une bonne escorte. Je mets la Carte du Canada la tte de ces Mmoires ; la grce que je vous demande , c'eft de ne la communiquer perfonne fous mon nom. J'ai ajout la fin de ces Mmoires l'explication des teralTurer qu'il n'en a jamais paru
tes.

Mon

mes de Marine
nus, vous
aufli bien

&

autres qui y font conteainf

que dans mes Lettres ; la pourrez confulter lorfque vous des mots que vous n'entendrez pas.

lire!

Def

Mmoires
Defer i^tion
abrge du Canada.
croirez
,

VOus

Monfieur

que j'avance
\n Nou-

un paradoxe en vous difant que


velle France

vulgairement appelle le Canada , contient plus de terrain que ia moiti de YEuropejniis voici comment je le prouve. Vousfavez que Y Europe s'tend du Midi au Septentrion depuis le 35-. degr de Latitude jufques au 7 z. & de Longitude depuis le 9 degr juf ques au 94. Cependant prendre V Europe en fa plus grande largeur d'Orient en Occident , par exemple du Canal imaginaire du Tanais au Volga, jufqu'au Cap d? Akgle.ay en Irlande , elle n'a que 66. degr? en Longitude , qui contiennent plus Queues que les degrez qu'on lui donne vers e Cercle Polaire, quoiqu'ils foient en plus grand nombre , parce que les degrez de longitude nt ingaux ; & Comme c'eft par l'cfpace du terrain qu'on doit mefurer les Provinces,
les Ifles
,

&

les

Royaumes

iqu'on en

devroit faire de

me femble mme l'gard


,

il

des quatre parties du Monde. Meffieurs les Gographes qui partagent la Terre au gr de leur imagination dans leur Cabinet , auroient bien pu prendre garde ce que j'avance, s'ils y avoient fait plus d'attention.

Venons au Canada.
.

Tout

le

monde

fait

qu'il s'tend depuis le 39.


'

degr de latitude

jufques au 65*. c'eft dire du Sud du Lac Erri jufqu'au Nord de la Baye deHudfon; en longitude depuis le z S4. degr jufqu'au 336. favoir du fleuve de MiJJlfpi jufqu'au

&

Cap

de l'Amrique.

Cap de Rafe , en Tille de Terre-Neuve. Je dis donc que VEurope n'a que onze degr?, de latitude 6c33.de longitude plus que le Canada ; o je joints & comprcns l'Ifle de TerreNeuve , YAcadie , & toutes les autres Terres limes au Nord du Fleuve de Saint Laurent, qui cil la grande Borne ou Limite prtendue des Pais des Franois d'avec ceux des
Si je voulois compter toutes les du Nord-Oueft de ce Canada , je le trouverais beaucoup plus grand que Y Europe , mais je me renferme en ce qui eft tabli, dcouvert & pratique, ne comprenant que les Pais o les Franois vont trafiquer desCaftors avec les Sauvages, &o ils ont des Forts, des Magafins, des Mimons, &

Anglais.

terres

de

petits tablifimens.
Il

y a plus d'un lcle & demi que le Canada acte dcouvert ; Jean Verafan fut le premier qui le dcouvrit; mais fon malheur, car les Sauvages le mangrent. Jaques Cartier y alla enluite , mais aprs avoir mont plus haut que Qubec avec fon VaifTau , il repafla en France fort dgot de cePas-l. la fin on y envoya d'autres Navigateurs qui reconnurent mieux le fleuve de Saint Lau-

A
il

rent,

partit

&vers le commencement de ce ficlc de Racn une Colonie qui et allez de


, il

peine s'y tablir Quoi qu'il en foit ,

caufe des
eft

aujourd'hui

Sauvages. fi peupl

qu'on y compte iSooco. mes. Je vous ai dj dit dans mes Lettres quelque chofe de ce Pas-l, anfi je ne m'appliquerai qu' vous marquer les principaux endroits, & ce qui peut latisfaire davantage vtre curiofit.

io

Mmoires

four ce du Fleuve Saint Laurent nous a t inconnue jufqu' prefent ; car quoiqu'on l'ait remonte jufqu' feptouhuit cens lieues , on n'en a pu trouver l'origine. Le plus loin que les Coureurs de bois ayent t, c'eft au Lac de Lenemipigon qui f dcharge dans le Lac Suprieur ; le Lac Suprieur dans celui des Hurons ; le Lac des Hurons dans le Lac Erri ou de Conti ; le Lac Errie dans le Lac de Frontenac , celui-ci forme ce grand Fleuve qui coule vint lieues aiTez, enfuite trente autres avec paifiblement , beaucoup de rapidit jufqu' la Ville de Monreal , d'o il continue fon cours avec modration jufqu' Qubec , s'larguTant de l peu peu jufqu' fon embouchure, qui en eft loigne de plus de cent lieues. S'il en

La

&

&

du Nord , ce Fleudu grand Lac des AJfwipouals , qu'ils dfent tre plus vafte qu'aucun de ceux que j'ai nomm , & ce Lac des Ajfinipouals eft ftu jo. ou 60. lieues de celui de Lenemipigu. Ce Fleuve a 20. ou zi. lieues de largeur fon embouchure , au milieu de laquelle on voit Vle d'Anticoflie , qui en a vint de
faut croire les Sauvages
fort

ve

longueur.

Elle appartient au Sieur Joliet\


,

Canadien

qui y a
,

fait faire

un

petit

Ma-

gafin fortifi

afin

que

les

marchandifes

&

fa famille foient

l'abri des furprifes des

dont je vous parlerai dans la avec d'autres Nations Sauvages lavoir les Montagnois & les Papipanachois , qu'il trafique d'armes & de munitions pour des peaux de Loups Marins , & quelques
,

Eskimaux
:

fuite

c'eft

autres Pelleteries.

Vis

15

L*x\

E
,

QU

E.

II

Vis--vis de cette
ee la

lllc

Cte du Sud. perc jour fous lequel les Chaloupes feulement peuvent palier. Les Bafoues les Normands ont accoutum d'y faire la Pche Elle y cft des Morues en tems de Paix. ces PoTons y font plus trs-abondante , plus propres faire lcher que grands ceux de Terre-Neuve ; mais il y a deux grandes incommoditez, l'une que les Vailaux y courent du rifque , s'ils ne font amarrez de bons cables & arrtez par de bonnes ancres. L'autre inconvnient , c'ell qu'il n'y a ni gravier ni cailloux pour tendre ces PoiYTons au Soleil, qu'on eft oblig de fe fervir de vignaux , qui font des efpces de

on trouve l'IJle perC'ell un gros rocher

&

&

&

&

clayes.

Outre ce lieu de Pche ,

du

mme

il y en a d'autres ct quelques lieues plus haut

dans le Fleuve , favoir celui de Gafpe', o les quipages des Vailaux font quelquefois le commerce de Pelleteries avec les Gafpfiens , ce qui porte prjudice aux Propritaires de cette Rivire. Les autres font vers les Monts Ntre-Dame dans les petites Bayes ou Rivires qui fe dchargent dans le Fleuve.

De l'autre cte du Fleuve , on voit la grande terre de Labrador ou des Eskimaux , qui font des Peuples fi froces qu'on n'a jamais pu les humanifer. Il femble que
le

bon

homme Homre

veuille parler

de

malheureufe Nation Sauvage, en parlant de fes Cyclopes , car il y a trop de rapport entre eux , comme il porot parcesquacette

tre

12,

Mmoires
du neuvime Livre de fon
:

tre vers

Odyjfee,.

que

je trouve trop beaux


ici

pour ne pas ks rap-

porter

TtTtnv <T t' eZyepo /3*A>?<pp<>j


A'^v* ol'y uvJ/JjA' o'pwv vcqonn
E'v ffzrioi j/Aa<pvpo~<n*
9*,w

xn

^piSt,

xxwot

'^ '5" eu

ex^*

Cela veut
tudes

dire

que
,

ces Peuples
,

barraint pas de Plaidoyers

ni

ne s'emde multifeule-

de Loix

qu'ils

fe

plaifent

ment d'habiter le fommet des Montagnes ou les Cavernes les plus profondes que l
,

chacun borne fon


le fans fe mettre

Familen peine de fon Voifin.


droit rgler fa

Les Danois
couverte
y

font

les

elle

eft

premiers qui l'ont dremplie de Ports , de

& de Bayes , o les Barques de Qubec ont accoutum d'aller troquer les peaux de Loups marins durant l'Et avecVoici comment cela fe ces Sauvages. fait ; ds que ces Barques ont mouill l'ancre , ces Dmons viennent bord dans de petits Canots de peaux de Loups marins coufus enfemble , qui font faits peu prs comme des navettes de tieran , au milieu defquels on voit un trou en forme de celui d'une bourfe, o ils fe renferrnent affis fur les talons avec des cordes. Ils rament de cette manire avec de petites palctes , tantt droit & tantt gauche, fans pan cher le corps 7 crainte de renverfer. Ds qu'ils arrivent prs de la Barque
Havres
ils

de l'Amrique.
ils

montrent leurs

Pelleteries

13 au bout de
terris

l'aviron

&

demandent en
la

mme
balles

les

couteaux , ont befoin

dont ils des ruiils , des haches , des , chaudires , &c. enfin chacun montre ce qu'il a , & ce qu'il prtend avoir en change ; le march conclu , ils reoivent & donnent tout, au bout d'un bton. Si les coquins ont la prcaution de ne pas entrer dans nosBtimens, nous avons auffi celle de ne nous pas laiilr invertir par une trop grande quantit de Canots , car ils ont enlev aifez fouvent de petits Vaiffaux , pendant que les Matelots toient occupez manier & remuer les Pelle11 faut fe tenir teries & les Marchandmes. bien fur ls gardes durant la nuit, car ils favent faire de grandes Chaloupes, qui vont aui vite que le vent , & dans lesquelles ils C'eft pour fe mettent trente ou quarante. cela que les Maloums , qui font la Pche des Morues au petit Nord & les Efpagxols font obligez d'armer des Portochoua Barques longues pour courir la Cte & les pourfuivre , car il n'y a gures d'annes qu'ils ne furprennent a terre les quipages, & qu'ils ne les tuent , enlevant auli quel-

poudre

&

les

les Vailfeaux. Il eft confiant qu'ils font plus de trente mille Combattans, mais i\ lches Il poltrons que cinq cens Clijlinos de la Baye de Hitdfon , ont accou-

quefois

&

tum
Pars

d'en battre cinq


eft

ou
il

lix

mille.

Leur

grand

car

s'tend

depuis la

Cte, qui eft vis--vis des Ijles de Mlugan, jufqucs au Dtroit de Hudfu. Ils pailnt tous 7

14

Mmoire
&

tous les jours Yljle de Terre-Neuve par le Dtroit de Bellijle , qui n'a que fept lieues de s'ils ne viennent pas jufqu' Plaitraverfe , fance , c'efi: qu'ils craignent d'y trouver d'autres Sauvages. cette terre de Labrador r efl: jointe la Baye de Hudfon, qui Ttend depuis le cinquante-deuxime degr de latitude, & trente minutes jufqu'au ibixante - troifime. Voici d'o cette Baye a tir fon nom. Le Capitaine Henri Hudfon', Anglois de Nation , obtint un Vaifau Hollandois pour aller la Chine par un Dtroit imaginairement- litu au Nord de Y Amrique Sep-

tentrionale.

Ce fut fur les Mmoires d'un Pilote Danois fon ami, qu'il abandonna le

premier defTein qu'il avoit form de prendre fa route par la. Nouvelle Zemble. Celuiparti

ci, qui s'appelloit Frdric Anschild, toit de Norvegue ou d'I/lande, quelques

annes auparavant , defin de trouver un paflge pour aller au Japon, par le Dtroit de Davis , qui efl ce Dtroit chimrique , dont je parle. La premire terre qu'il dcouvrit , fut la Baye Sauvage fitue fur la Cte Septentrionale de la Terre de Labrador ; d l rangeant cette Cte , il entra dans un Dtroit qu'on appella vingt ou trente ans aprs, le Dtroit de Hudfon. Enfuite naviguant toujours vers l'Oieit, il aborda certaines Ctes fitues Nord Sud. Alors il courut au Nord, fe flatant de trouver un chemin ouvert pour traverfer la Mer de Jejfo ; mais aprs avoir fingl jufqu' la hauteur du Cercle Polaire,

&

&

de l'Amrique.
&
fes
fort

xf

couru rifque de
, ,

les glaces

ni paflge
pas.

dans fans trouver aucune ouverture il prit le parti de retourner fur


prir mille fois

Mais
,

comme
que
les

la

faifon

toit

avance

&

dj
trer

la furface de l'eau , dans la Baye de Hudfin, de pafr" l'Hiver dans un Port o plufeurs Sauvages fournirent fon quipage durant l'Hiver , des vivres & de trs-belles PelleteDs que la Navigation fut libre pour ries. les VailTeaux y il s'en revint en Danemarc. Cependant Hudfin l'ayant connu dans la fuite , entreprit fur les Journaux de ce Danois , de palier au Japon par le Dtroit de Davis y mais fon entreprife choua de mme que celle, d'un certain Button , & de quelques autres. Quoi qu'il en foit, Hudfin entra dans la Baye de ce nom , o il ret quantit de Pelleteries des Sauvages^ enfuite il fit la dcouverte de la Nouvelle Hollande , appelle aujourd'hui la Nouvelle Tork f de quelques autres Terres de la Nouvelle Angleterre. Cependant , on a tort d'appeller du nom de Hudfon , ce Dtroit

glaces couvroient il fut oblig d'en-

&

-,

&

&

cette Baye ,pus que mirement dcouverts ,

celui qui les a preeft le

Danois Fr-

dont je viens de vous parler , tant le premier Europe'en qui ait vu les Terres de V Amrique Septentrionale , fray le chemin aux autres. Ce fut enfuite , fur les Mmoires de ce Hudfin , que les Anglais firent des tentatives pour tablir un commerce avec les Amriquains. La quantit de Caftors & d'autres belles
dric Anschild ,

&

Pel-

i6
Pelleteries

Mmoires
qu'il

trafiqua durant l'Hiver avec les Sauvages , donnrent dans la v quelques Marchands Anglois , qui formrent une Compagnie pour entreprendre

ce nouveau

Commerce.

Ils

fournirent

quelques Btimens au Capitaine Nelfon , qui en perdit quelques - uns dans les glaces vers le Dtroit , aprs avoir Cependant , il enfailli lui-mme prir. tra dans la Baye & fe plaa l'embouchure d'une grande Rivire, qui prend fa fource vers le Lac des AJfmipouals , & fe dcharge dans cette Baye l'endroit o il ft conftruir%une redoute dfendue par quelques Canons. Au bout de trois ou quatre ans les Anglois firent d'autres petits Forts aux environs de cette Rivire ; ce qui apporta un prjudice confidrable au Commerce des Franois , qui ne trouvoient plus au Nord du Lac Suprieur les Sauvages , avec lefquels ils avoieut accoutum de trafiquer des Pelleteries. Je ne fai par quelle avanture , les nommez des Grozeliers Ratijfon rencontrrent dans ce grand Lac quelques Cliftinos , qui leur promirent de les conduire au fond de la Baye, o les Anglois n'avoient pas encore pntr. En

pour cet

effet

&

ils leur tinrent parole , ils les y me, nrent & leur montrrent plusieurs autres Rivires , au bord defquelles il y avoit apparence de faire des tablifTemens propres

effet

pour y attirer un grand Commerce de Peaux avec plufieurs Nations Sauvages. Ces Franois s'en retournrent au Lac Suprieur par le mme chemin , & de l ils
pafTe-

de l'Amrique.
palTcrent Qubec
,

17

o ils propoferent aux principaux Marchands de conduire dans la Baye de Hudfon des Vaillcaux mais on fc

moqua
rebutez
,

de

leur projet.
ils

Enfin

fe
,

allrent

en France.

voyant croyant

qu'on les couteroit mieux la Cour ; cependant aprs avoir prefent Mmoires fur Mmoires, & dpcnf beaucoup d'argent, on les traita de Visionnaires. Dans ce
le Miniftre du Roi & Angleterre , ne perdit point l'occalion de les perfuader d'aller Londres o ils furent fi bien coutez, qu'on leur donna plufieurs Vailaux qu'ils y menrent avec allez de difficult,

tcms-l

&

conflruifirent en differens endroits plu-

Forts trs-avantageux pour le Commerce. On fe repentit alors en France, mais trop tard , de n'avoir pas fait allez
fieurs

d'attention leurs

Mmoires

&

ne pou-

vant plus y remdier, on fe rfolut d'en chalTer les Anglois quelque prix que ce
fut
:

En

effet

on y

rulit aprs les

avoir

vigoureusement attaquez par Mer & par Terre, la rferve du Fort de Nelfon o il n'y avoit point d'apparence de mordre l facilement. Les Anglais, quelques annes aprs fe rfolurent de faire tout leur pofllble pour reprendre ces portes , quoi ils rifrent heureufement ; car ne voulant pas en avoir le dmenti , ils dbufquerent
leur tour les Franois;
ci

& aujourd'hui
rendre
fi

fe

prparent

leur
cil

Au
ou
glac

refte,

ce Pas-l

ceuxchange. froid durant fept


le

huit

mois de l'anne

dix pieds d'paiflur,

que que

la

Mer

fe

les

arbres

&

1$

tombe

fendent , qu'il y de neige qui couvrent la terre plus de fix mois , que pendant ce tems on n'oferoit fortir de fa
les pierres

&

Mmoires
mmes
fe

dix

ou douze

pieds

&

maifon
oreilles
cil

&

fans rifquer d'avoir le nez , les les pieds gelez. La Navigation

fi dangereufe d'Europe en caufe des glaces des courans , qu'il faut tre rduit la dernire mife're, ou poffed d'un aveuglement jufqu' la folie , pour entreprendre ce dteftable

difficile
,

&

ce Pas-l

&

Voyage.
Il

eft

tems de

paffr

maintenant de la

Baye de Hudfon wiLac Suprieur. Ce voyage eft plus facile faire fur le papier que
rellement , car il faut remonter prs de cent lieues la Rivire des Machakandibi y qui eft ri rapide & fi pleine de Cataractes, qu' peine fix Canoteurs dans un Canot allg, peuvent-ils en venir bout en trenOn trouve 1a te ou trente -cinq jours. four ce de cette Rivire un petit Lac de mme nom , d'o on eft oblig de faire un portage de fept lieues pour attraper la Rivire de Michipikoton , qu'on defeend enfuite en dix ou douze jours , quoi qu'on foit oblig de faire quelques portages. Il eft vrai qu'on faute plufieurs Cataractes en defeendant , o l'on eft contraint de porter les Canots ou de les traner en remontant. Nous voici donc ce grand Lac Suprieur qu'on eftime avoir cinq cens lieues de cuvant, y comprenant le tour des Anfs des petits Golfes. Cette petite Mer douce eft allez tranquille depuis le commence-

&

ment

de l'Amrique.

19

ment de Mai jufqu' la fin de Septembre, Le ct du Sud eft le plus aiTur pour la
Navigation des Canots par la quantit de Bayes & de petites Rivires o l'on peut relcher en cas de tempte. Je ne fche point qu'il y ait aucune Nation Sauvage fdentaire fur les bords de ce Lac, il eft vrai que durant l'Et plu(eurs Peuples du Nord, vont chnftr & pcher en certains endroits o ils apportent en mme tems les Caftors qu'ils ont pris durant l'Hiver, pour les troquer avec les Coureurs de bois qui ne manquent pas de les y joindre tous les ans. Ces lieux font Bagouafch, Lemi11 y a dj quelpifaki & Chagouamigon. ques annes que Mr. Dulhut avoit construit un Fort de pieux , dans lequel il avoit des Magasins remplis de toutes fortes de Marchandifes. Ce porte , qui s'appelloit Camanifiigoyan , faifoit un .tort confidrable aux Anglais de la Baye de Hudfon, parce qu'il pargnoit quantit de Nations la peine de tranfporter leurs Pelleteries cette Baye. Il y a fur ce Lac des Mines de cuivre, dont le mtal eft fi abondant & fi pur qu'il n'y a pas un feptime de dchet. On y voit quelques Mes allez grandes , remplies d'Elans de Caribous, mais il n'y aguresdegensqui s'avifent d'y aller exprs pourchaiTcr, cau-

&

fe

du

rifque de la traverfe.

Au

refte,

ce

Lac

abondant en Eturgeons, Truites Poflbns blancs. Le froid y eft cxceflf durant fix mois de l'anne, & la neige fe joignant la gele, glace ordinairement les eaux
eft

&

ao

Memotres
Lac Suprieur, je pai celui des auquel je donne quatre cens lieues
,

eaux de ce Lac jufqu' dix ou douze lieues au large.

Du

Hurons

de circonfrence. Or pour y aller ii faut defeendre \e Saut Sainte Marie , dont je vous ai parl dans ma quinzime Lettre.

Ce Lac

eft iitu

fous
le

un

trs-beau climat,

comme
cte du

vous

le

voyez fur

ma

Carte.

Le

plus naviguable pour les Canots, caufe de la quantit d'ifles fous lefquelles on peut fe mettre l'abri
eft

Nord

du mauvais tems.

Celui du Sud

eft

le

le plus commode pour la Chafplus beau fe des Btes fauves , qui. y font en aiTez grande quantit. La figure de ce Lac, eft peu prs celle d'un triangle quilatral.

&

de Manitoualin de vingt Les lieues de longueur & dix de largeur. Outaouas de la Nation du Talon & du Sable y habitaient autrefois , mais la crainte des Iroquois les a contraints de fe retirer avec Vis vis de" les autres MiJJilimakinac cette I fie habitent en terre-ferme les Nocke's & les MiJJitagues en deux Villages diffrens , loignez de vingt lieu's l'un de l'autre. Vers le bout Oriental de cette mme Ifle , on trouve la Rivire des Franois , dont je vous ai parl en ma feizime Lettre ; elle eft auf large que la Seine Paris & de fa fource, qu'elle tire du Lac des Nepicerini , jufqu' fon embouchure, elle n'a tout au plus que quarante lieu's de cours. On voit au Nord-Eft de cette

Parmi

fes

Mes,

celle

eft la plus coniidrable. Elle a plus

Rivi-

de l'Amrique.

21

Rivire la Baye de Toronto qui a vingt ou vingt cinq lieues de longueur & quinze d'ouverture , il s'y dcharge une Rivire qui fort du petit Lac de mme nom , formant plulieurs Cataraces impratiquablcs, tant en defeendant qu'en montant. Cette

que vous voyez marque , Carte au bord de cette Rivire, digne un gros Village de Hurons , que les Iroquois ont run. De fa fource on peut aller dans le Lac de Frontenac en faisant un portage jufqu' la Rivire de TanaouAt qui s'y dcharge. Vous pouvez remarquer au ct Mridional de la Baye de Toronto le Fort fuppofe\ dont je vous ai fait mention dans ma vingt-troilme Lettrente lieues del vers le Sud, l'on tre; trouve le Pas de Theonontate que les Iraguots ont tout fait dpeupl de Hurons. De l , je pai. droit mon Fort , fans m'arrter vous. taire une defeription inutile des Pafages dirfrens qu'on voit dans l'efpace cie plus de trente lieues. Je vous ai parl tant de fois de ce polie , que je fauterai droit la Baye du Saklnac , fans vous parler de la quantit de battures de rochers qu'on trouve cachez fous l'eau jufqu' deux lieues au large. Cette Baye a feize ou dix-fept lieues de longueur & fix d'ouverture, au milieu de laquelle on voit deux petites Mes trs-utiles aux Voyageurs qui feroient obligez le plus fouvent de faire le tour de la Baye, plutt que de s'expofer faire cette traverfe en Canot. La Rivire du Sahmac fe dcharge au fond de
tte

d'homme

fur

ma

&

la

ix

Mmoires
de cours afx
Cataractes

la Baye. Elle a foixante lieues


pailible n'ayant

que

trois petites

qu'on peut fauter fans rifque. Elle eft auffi large que la Seine au Pont de Sve. Les Outaouas & les Hurons ont accoutum d'y faire tous les deux ans , de grandes chafs de Caftors.

De cette Rivire MiJJilimakinac il n'y a point d'endroit qui mrite la peine d'en parler; je vous ai dit tout ce qu'on pouvoit dire de ce porte, fi utile pour le commerce, en vous en envoyant le plan. Ainfi je pafTerai la defcription du Lac Errie\ me fouvenant
de vous avoir fait celle du Lac des Jlin&is dans mafeizime Lettre. L'on n'a point eu tort de donner zxxLac Errie' un nom auii illuftre que celui de Coati , car c'eft ailrment le plus beau L'on peut juger de qui foit fur la terre. la bont de fon climat par les latitudes
des Pais qui l'environnent. de deux cens trente lieues

Son
,

circuit eft

d'un afpecl: fi de fes bords des Chnes , des Ormeaux , des


Chtaigniers , des Noyers , des Pommiers des Pruniers, des Treilles, qui portent leurs belles grapes jufqu'au fommet des Arbres fur un terrain uni comme la main , ce qui doit fuffire pour s'en former l'ide du monde la plus agrable. Je ne faurois d'ailleurs vous exprimer la quantit de btes fauves de Poulets d'Inde qu'on voit dans

mais par tout charmant qu'on voit le long

&

&

ces bois

& dans les vaftes prairies, qu'on dcouvre du ct du Sud. Les Bufs Sauvages fe trouvent au fond de ce Lac fur les bords de deux belles Rivires qui
*
.

_i ..

de l'Amrique.
s'y

23

dchargent fans rapides ni Cataraes. Il eft abondant en Eturgeons & Pointons blancs , mais les Truites y font rares aufll
bien que les

dans

les

Lacs
;

autres PoifTons qu'on pche des Ilnois. Il des Hurons

&

eft aufl fans

baturcs

fans rochers ni bancs

de fable

profondeur eft de 14. 15". Les Sauvages afrent que les gros vents n'y fouflent qu'en Dcembre, Janvier & Fvrier, quoique rarement, ce que j'ai lieu de croire par le peu qu'il en rit durant l'Hiver que je pafiai mon Fort en 1688. quoiqu'il fut expof au Lac Les bords de ce Lac ne font des Hurons. ordinairement frquentez, que par des guerla
brafles d'eau.
riers, foit Iroquois, Ilinois, le rifque

Oumamis&.c.&.

grand.

trop qui fait que les cerfs , les cheles poulets d'Inde courent en trouvreuils peaux le long du Rivage dans toute l'tendue des Terres dont il eft environn- Les les Andajlogiteronons qui habErrironons toient au bord de ce Lac aux environs ont t dtruits par les Iroquois, auf bien que d'autres Nations marques fur ma Carte. On dcouvre une pointe de terre du ct du Nord qui avance quinze lieues au large; trente lieues de l vers l'Orient , on trouve une petite Rivire qui prend fa fource prs de la Baye de Ganaraske ftue dans le

de

s'y arrter la chafl eft

Ce

&

&

&

Lac

Frontenac.

Ce

feroit

un palTage

allez

court d'un Lac l'autre l elle n'avoit point de Cataractes. De l au dtroit , c'eft-dire la dcharge de ce Lac, il y a trente lieues. Ce dtroit en a 14. de longueur

&

une

14 une de largeur. Ce fort fuppof que vous voyez fur ma Carte en ce lieu-l, eft un de ceux dont je vous ai parl dans ma vingttroifime Lettre. De ce prtendu Fort la Rivire de Cond il y a vint lieues. Cette Rivire a foixante lieues de cours fans Ca-

Mmoires

en faut croire les Sauvages , qui que de fa fource , on pouvoit aller dans une autre qui fc dcharge la Mer, n'y ayant qu'un portage d'une lieue. De Tune de ces Rivires l'autre je n'ai t qu' l'embouchure de celle de Cond o nos Outaouas prouvrent leurs jambes, comme je vous l'ai expliqu dans ma quinzime Lettre. Les Ifles que vous voyez fur ma Carte ftues au fonds du Lac font des parcs de chevreuils, & des arbres fruitiers que la Nature a pris plaifir de, faire poufr pour nourrir de leurs fruits les Dindons , les Faifans , & les Btes fauves. Enfin fi la Navigation des Vaifleaux toit libre de Qubec jufques dans ce Lac, -il y auroit dequoi faire le plus beau , le plus riche & le
taractes,
s'il

m'ont

afTur

plus fertile Royaume du Monde : car outre toutes les beautez dont je vous parle , il y a de trs-bonnes mines d'argent 20. lieues dans
les terres le

long d'un certain coteau d'o les Sauvages ont aport de grofls pierres qui ont rendu de ce prcieux mtal avec peu de
dchet.

Du Lac Erri je tombe dans celui de Frontenac , dont je n'ai pu m'empcher de troifime vous parler dans mes feptime Lettres. Ce Lac a, comme je vous ai dj dit , 1 80. lieues de circuit ; fa figure eft ova-

&

le,

de l'Amrique.
le
,

25-

profondeur de 20. 25*. braffes d'eau. Il s'y dcharge du ct du Sud plufieurs petites Rivires , favoir celles des Tfonontouans , des montagne s & de la Famine : du ct du Nord , celles de Ganarask de Te'onontat. Ses bords font garnis de bois de haute futaye fur un terrain allez gal , car on n'y voit point de ctes efearpes , y ayant plufeurs petits Golfes du ct du Nord. On peut aller dans le Lac des Hurons par la Rivire de Tanaonat en fajfant un portage de fept ou huit Iieus jufqu' celui de Toronto, qui s'y dcharge par une Rivire de mme nom. On peut aufi parler dans le Lac Erri par la baye de Ganafa

&

&

rask , en faifant un autre portage jufqu' une petite Rivire pleine de Cataractes. Les Villages des Onnontagues , Tfonontouans, Qnnoyontes , ne font pas fort Goyognoans Ces Peuples loignez du Lac Frontenac. Iroquois font trs - avantageufement lituez.

&

Leur

Pa's

eft

beau

&
,

fertile

mais

les

Chevreuils
aufTi bien

&

les
les

Dindons
Poiibns

leur

manquent

res n'en portent point

car leurs Rivi, de forte qu'ils font obligez de faire leurs pches dans le Lac & de les boucaner enfuite pour les pou-

que

transporter leurs Villavoir garder Us font obligez aufli de s'carter de ges. leurs terres pour faire chafTr des Caftors durant l'Hiver foit du ct de Ganaraske', du Lac Torento , ou de la grande Rivire des

&

Outaouas

o
,

il
11

feroit facile

de leur cou-

per la gorge

l'on s'y prenoit de la


l'ai

maauiT

nire que je vous

expliqu.
13

Je vous ai

Tome

II.

i<5

Mmoires
& du
Frontenac Fleuve Saint Laurent

aui parl des Forts de

&
,

de Nia-

gara,

qui femble avoir abandonn les Lacs pour courir plus troitement le long du Monreal de

&

Qubec , o fes eaux fe mlant avec celles de la Mer , deviennent fi fales qu'on n'en
fauroit plus boire.
Il

ne

me

refte plus

qu'

faire la defcrp,

tion de VAcadie

& de Vlfle de Terre-Neuve


bien
diffrens

qui font des


l'autre.

Pa's

l'un de

Les Ctes de VAcadie s'tendent depuis Keneheki, qui eft la Place frontire de la Nouvelle Angleterre , jufqu' Vlfle Perce , -fitue vers l'embouchure du Fleuve St. Laurent. Ce Pais tfAcadie contient prs de trois cens lieues de Ctes Maritimes, le long defquelles on trouve deux grandes Bayes naviguables , favoir la Baye FranIl y a quantit celle des Chaleurs. foife de petites Rivires , dont les entres font profondes pour les plus grands laines elles abondent en Saumons, Vaifaux dont on pourroit faire des Pches confidrables fi on vouloit l'entreprendre , on pcherait auffi , dans la plupart de ces Rivides petits Golfes qui les prcdent, res quantit de Morues telles qu' Vljle Perce. Car ces Poiflbns donnent la Cte en fur tout aux abondance durant l'Et , environs des IJles du Cap Breton de Saint Jean. Il eft vrai que les Ports de la premire ne peuvent fervir qu' retirer des Barques , que la fconde n'en a point du tout, mais fi ces deux Iflestoient peuples , leurs Habitans pourraient envoyer tous

&

&

&

&

&

&

de l'Amrique.
tous
les

17
Pche,

jours leurs Chaloupes

la

&

lors

que

leurs

Morues

feroient prtes

la fin d'Aot, les Vaiffeaux pourraient s'en charger. La mouiller prs de terre Rivire de Saint 'Jean , o les Sieurs d'Amour de Qubec ont un tablillment pour

&

le

Commerce

des Caftors,

eft trs-belle

&

en grains, elle eft naviguable jufqu' douze lieu's de fon embouchure. Entre la Pointe de VAcadie & rifle du Cap Breton, il y a un Canal ou Dtroit de Mer d'environ deux lieues de largeur , allez profond pour porter le plus grand VaTeau de France , on l'appelle le pajfage de Canfeaux , il ferait plus frquent qu'il n'eft, fi les Navires Marchands qui vont en Canada , vouloient partir de France vers le
trs -fertile
1 f.

de Mars

car

ils

pourraient pafTer par

tant afTurez de trouver en toute faifon

ce paiTage libre , au lieu que le chenal du Cap de Raze eft fouvent rempli de glace en Avril. De cette manire, les Vaiffaux devraient arriver Qubec au commencement de Mai. Prcfque toutes les terres de VAcadie font fertiles en bled , pois , fruits lgumes ; on y diftingue aiTez bien les quatre faifons de l'anne , quoi que les trois mois d'Hiver y foient extrmement froids. On tire de plu Meurs endroits des

&

mtures

aufl fortes

que

celles

de Norvge,

&

l'on y pourrait conftruire toutes fortes de Btimens s'il en toit befoin , car les

Chnes Europe
tiers:

furpafnt
,

s'il

en bont ceux de ntre en faut croire les Charpence Pas-l eft tout fait B % beau;

En un mot,

28 beau ; pur &

Mmoires
le climat pailablement

tempr ,

l'air
,

fain

les la
,

eaux lgres

&

claires

&

la Chaffe

&

trouvent font mme en trs-grand nombre ; ceux qui en aiment les viandes , font bien redevables aux Docs'y

Les Caitors Marins , font

Pche y font abondantes. les Loutres , & les Loups


,

le plus

les Animaux qui communment ils y

teurs qui perfuadrent aux Papes de mtamorphofer ces Animaux terreftres en Poiffons , car ils en peuvent ufer librement & fans fcrupule pendant le Carme. Au refte , la connoiitnce que j'ai de ce Pasl , me fait prvoir que tt ou tard les Anglois s'en rendront les Matres. Les raifons que j'en pourrois donner font trsplaufibles
le
ois
;

ils

Commerce

ont dj commenc runer des Pelleteries que nos Fran-

avoient accoutum de faire avec les ils achveront bien-tt de le perdre entirement. Nos Franois veulent vendre trop cher leurs Marchandifes , quoi qu'elles ne foient pas fi bonnes que celles des Anglois , qui les donnent pourtant meilleur march. Ce feroit dommage de laiflr aux Anglois un Pas dont le Commerce des Pelleteries les Pches de Morues leur en ont fait fi fouvent tenter la conqute. Il eft impoflibe qu'on les empche d'enlever les tabliiTemens des Ctes de VAcadie , par l'loignement o ils font les uns des autres , ils y riffiront comme ils ont dj fait. Les Gouverneurs Franois ont les mmes vues que ceux de bien

Sauvages,

&

&

d'autres polies d'Outre

-Mer.

ils onfid-

rent

de l'Amrique,
rcnt
leur emploi

19
d'or

comme une mine

qu'on leur donne pour en tirer de quoi s'enrichir ; ainfi le Bien public ne marche
jamais qu'aprs leur intrt particulier. Mr. de Mcneval laifa prendre le Port- Royal aux Anglais , parce que la Place n'toit revtue que de (impies palilTades , & pourquoi n'ctot-elle pas mieux fortifie ? C'effc qu'il croyoit avoir le tems de remplir fa bourfe avant que les Anglais s'avifafnt

de l'attaquer. Ce Gouverneur avoit relev Mr. Perrot, qui fut calT honteufement pour avoir fait fa principale occupation de
s'enrichir
,

&

qui tant repaff enfuite en

France revint avec plufieurs Vaifaux chargez de Marchandifes , pour faire encePasl la profeflon d'un Ngociant particulier. Celui-ci dans le tems de fon Gouvernement , laifl prendre aux Anghis plufieurs portes avantageux fans fe donner aucun mouvement ; il ie contentoit d'aller dans fes Barques de Rivire en Rivire pour trafiquer avec les Sauvages , & aprs f calTation , non content de faire Ion Commerce fur les Ctes de YAcadie, il voulut aller fur celles des Anglais , mais il lui en cota cher , car quelques Corfaires l'ayant furpris , enlevrent fes Barques & lui donnrent enfuite la Galle feche , dont il mourut fur le champ. Les trois principales Nations Sauvages qui habitent fur les Ctes , font les Abenakis , les Mikemak , & les Canibas. Il y en a quelques autres errantes , qui vont & viennent de VAcadie la Nouvelle Angleterre , qu'on appelle Mahingans r B a

gans, Soccokis & Openango. Les trois premires , & qui font fixes dans leurs Habitations
,

30

Mmoires
troitement
,

font

lies d'amiti

&

d'intrt avec les Franois


,

&
ils

l'on peut

dire

qu'en tems de guerre


fi

font des

dommageables aux Colonies Angloifes , que nous devons avoir foin d'entretenir fans celle une bonne intelligence avec eux. Le Baron de Saint Cafteim Gentilhomme tfOleronenBearn, s'eft rendu fi recommandable parmi les Abenaincurfions
kis

depuis vingt

&
de

tant d'annes
tutelaire.
Il

vivant
toit

la

Sauvage,
leur

qu'ils le regardent aujourd'hui

comme
trefois

Dieu

au-

Officier

Carignan en Canada,

mais ds que ce Rgiment fut caiTc , il f Sauvages dont il avoit appris la Langue. Il fe maria leur manire, prfrant les Forts de YAcadie aux Monts Pirenees dont fon Pais eft environn. Il vcut les premires annes avec eux d'une manire, s'en faire eftimer au del de tout ce qu'on peut dire. Ils le firent grand Chef, qui eft comme le Souverain de la Nation & peu peu il a travaill fe faire une fortune dont tout autre que lui fauroit profiter , en retirant de ce Pais - l plus de deux ou trois cens mille cus qu'il a dans fes coffres en belle monnoye d'or. Cependant il ne s'en fert qu' acheter des Marchandifes pour faire des prfens fes Confrres les Sauvages, qui lui font enfuite, au retour de leurs chais , des prfens de Caftors d'une triple valeur. Les Gouverneurs Gnraux de Canada le mnagent r
jetta che ces

&

de l'Amrique.
&
ceux de
Il

%
le crai-

la

Nouvelle Angleterre
filles

gnent.

a pluieurs

&

toutes

ma-

avantageufemcnt avec des Franois, ayant donn une riche dot chacune, il n'a jamais chang de femme , pour apprendre aux Sauvages que Dieu n'aime point les hommes inconftans. On dit qu'il tche de convertir ces pauvres Peuples , mais que fes paroles ne produifant aucun fruit , il ef donc
ries trs -

que lesjefuites leur prchent les vridu Chrim'anifme cependant ces Pres ne fe rebutent pas r ils em'ment que le Baptme confr un enfant mourant , vaut dix fois la peine & le chagrin d'habiter avec ces Peuinutile

tez

ples.

Le Port -Royal , Ville Capitale ou l'unique de YAcadie , n'eft , au bout du compte qu'une trs-petite Bicoque, qui s'eft un peu agrandie depuis le commencement de la guerre 1685?. P ar l'abord de quantit d'Habitans des Ctes du voifnage de Bafton,
Capitale de Ja Nouvelle Angleterre.
Il s'y

en

beaucoup, dans la crainte qu'ils eurent que les Anglois ne les pillalTent & ne les amenafint en leur Pas. Mr. de Menjetta

comme j'ai dj dit , rendit cette Place aux Anglois , ne pouvant fotenir ce porte avec le peu de Franois qu'il avoit, parce que les palilTades toient bals mal en ordre. Il fit fa Capitulation avec le Commandant du Parti qui l'attaqua; mais il lui manqua de parole , car il en fut trait avec toute forte d'ignominie de duret. Cette Ville eft fitue au 44. degr 40. minutes de latitude fur le
val,

&

&

&

bord

3i

Mmoires

bord d'un trs- beau Baffin de deux lieues de longueur, & une de largeur, l'entre duquel il peut y avoir feize ou dix-huit brafls d'eau d'un ct ; (car Yljle aux Chvres qui eft au milieu , femble le partager en deux ) & de l'autre fix ou fept. Le mouillage eft trs-bon en tous les endroits de ce Baffin au fond duquel on voit une langue de terre , qui fait la fparation de deux Rivires

la Mare monte dix ou douze lieu's. Elles font bordes de trs-belles Prairies o l'on trouve au Printems en Automne Le toutes fortes d'Oifeaux de Rivires.

&

Port-Royal n'eft donc qu'un petit nombre de maifons deux tages , & o peu de gens de diftin&ion habitent. Il ne fubfifte que par le Commerce de Pelleteries que les Sauvages y viennent changer pour des Marchandises ?Europe. La Compagnie des Fermiers y avoit autrefois des Magazins dont les Gouverneurs toient les Commis. Il me ferot aflz facile d'en nommer quelques-uns, fi je necraignois que d'autres que vous virulent
lire ces

JJIJle de

Mmoires. Terre-Neuve a

trois

cens lieues

de circonfrence. Elle eft loigne de France d'environ fix cens cinquante lieues, & de quarante ou cinquante du grandBanc de mme nom. La Cte Mridionale appartient aux Franois , qui y ont plufieurs tablilmens pour la Pche des Morues. L'Orientale, eft habite par les Anglois, qui occupent plufieurs poftes confidrables iituez en certains Ports, Bayes & Havres qu'ils ont eu le foin de fortifier. La Cte Occ-

eu de Matre jufqu' prfent. Cette Ifle, dont la figure eft triangulaire, eft remplie de Montagnes & de Bois impratiquables. On y trouve de grandes Prairies , ou pour mieux dire, de grandes Landes , plutt couvertes de moufle que d'herbe. Les terres n'y valent rien du tout , car elles font mles de gravois , de fable , & de pierres ; ainfi ce n'eft qu' caufe de l'utilit qu'on retire de la
Occidentale
les Franois s'y Pche , que les Anglais La Chafle des Oifeaux de font tablis. des Livres eft afRivire , des Perdrix fez abondante ; mais pour les Cerfs il eft prefque impofble de les furprendre , de caufe de l'lvation des Montagnes On trouve en cette l'paiftur des Bois.

de l'Amrique. eft deferte & n'a jamais

&

&

&

comme en celle du Cap Breton , du On a pris Porphyre de diverfes couleurs. foin d'en envoyer en France quelques blocs d'chantillon qu'on a trouv fort beaux, quoi que durs tailler. J'en ai vu de rouge tachet de verd de Ciboulle , qui paroiflbit le plus curieux du monde , mais par malheur il clate fi fort en le tirant de la Carrire qu'on ne peut l'employer que par
Ifle,

incruftation.

On

tire auffi
,

Marbre noir
de gris , Cette pierre
des
ret
fils

de l'Ifle du Cap Breton un ou efpce de Brche ven qui eft dur & reoit mal le poli.
eft fujette

s'clater

caufe
elle

-qui s'y rencontrent,

& mme
l'Ifle

eft difficile tailler,

des doux a point de Sauvages" fdentaires en

&

par l'ingalit de fa duIl n'y qui s'y trouvent.

de

J'erre-

34

Mmoires

Il eft vrai que les Eskimaux y traverfent quelquefois par le Dtroit de BelUJle avec de grandes Chaloupes , pour furprendre les quipages des VaifTeaux Pcheurs au petit Nord. Nos tabliiTemeris font Plaifance, V IJle St. Pierre , &dans la 'Baye des Trpajfez. Du Cap de Raze jufqu'au Chapeau Rouge la Cte eflfort fatne , mais du Chapeau Rouge au Cap de Raze

Terre-Neuve.

les rochers la

rendent afz dangereufe. Il afz grands pour aborder cette Ifle. La premire, que les brouillards y font fi pais jufqu' vingt lieues au large durant l'Et qu'il n'y a point de Navigateur , quelque habile ou expert qu'il

y a deux obftacles

puif tre

aflz hardi

pour porter

le

Cap

Ainfi l'on eft toujours oblig d'attendre quelques jours fcrains pour atterrer. Le fcond obitacle
le plus fcheux, ce font les Courants qui d'autre , fans qu'on s'apportent de ct peroive de cette variation , ce qui fait que les VaifTeaux donnent la Cte dans le

terre pendant qu'ils durent.

&

&

tems qu'on fe croit dix lieues au large ; mais ce qu'il y a de plus mauvais, c'eftque
* Reffac, le * Refrac les jette infenfiblement fur les

**>,

fans qu'on puille l'viter ; parce , ayant point de fonds , il eft impoP que n'y yJucMer, w vagmu fible de mouiller l'ancre C'eft ainfi que d prit le Vaiflau ^ u R ^ J l* en ,6 92u-TTet }*r Ta}- comme quantit d'autres en diffrentes oc-

Z'rSiT*

roc 'i ers

fautia cafions.
ATk

Plaifance eft le pofte le plus avantageux. le plus utile au Roi de toute Y Amrique Septentrionale , par rapport l'azile qu'y trou-

&

vent

de l'Amrique.
&

3?

vent les VaiiTeaux obligez de relcher quand ils vont en Canada ou quand ils en rtournent , mme pour ceux qui reviennent de Y Amrique Mridionale, foit qu'ils faffcnt de l'eau ou qu'ils manquent de vivres, ou qu'enfin iis ayent t dematez ou incommodez par quelque coup de vent. Cette Place cft fitue au 47. degr & quelque* minutes de latitude , prefque au fond de la Baye du mme nom, qui a vint quelques lieues de longueur dix ou douze de largeur. Le Fort eft plac fur le bord d'un Goulet ou petit dtroit de foixante pas de largeur , de fix brads de profondeur. 11 faut que les VaiiTeaux rafent, pour ainf dire, l'angle des Battions pour entrer dans le port, qui peut avoir une lieu de longueur & un demi quart de largeur. Ce port eft prcd d'une grande belle Rade d'une lieue demi d'tendue , mais tellement expofe au vent de Nord-Oieft & NordNord -Oiieft (qui font les plus terribles les plus opinitres- de tous les vents ) au

&

&

&

&

&

&

&

furieux foufle defquels ni cables ni


ni gros VaiiTeaux

Ancres

ne fauroient refifter, ce qui 11'arrive gure que dans l'arriere-faifon, Il en cota un fcond VaifTeau au Roi de
64.

Canons
le

nomm

le

Bon
;.

la
fi

mme
les

ne que

Joli fe perdit

&

anquatre

cinq autres de cette Efquadre n'eufnt la prcaution d'entrer dans le port ils auroient infailliblement couru le mme fort. Cette Rade qui n'eft donc expofee Oieftqu' ces vents de Nord-Oieft Nord-Oieft cache quelques rochers de la

ou
eu

&

bande

36
bande de
verte ,

Mmoires
Nord
,

outre ceux de la pointe

plufieurs Habitans ont accoutu-

de

faire la

pche.

Vous pouvez con-

dont j'accompagnai ma vingt - troisime Lettre. Il vient pour fordinaire trente ou quarante Vaiffaux de France Plaifance tous les ans , & quelquefois plus de 60. Les uns y viennent pour faire la pche , & les autres pour faire la troque avec les Habitans, qui demeurent l'Et de l'autre ct du Fort.
fidrer toutes ces chofes fur le plan

Le terrain des Habitations


de Grave
y

s'appelle la

Gran-

parce qu'en effet ce n'eft que du gravier fur lequel on tend les morues pour les faire fecher au Soleil aprs qu'elles font fales. Les Habitans les Vaiffaux pcheurs envoyent tous les jours leurs

&
i

Chaloupes
Elles
la

la

pche

deux

lieues

du port.

reviennent quelquefois

charges

qu'elles paroifnt

comme
que
Il

enfevclies dans

Mer

ne

reliant

les fargues.

Cela

furpaffe l'imagination.

choie pour la croire. mence l'entre de Juin & finit la miAot. On pche la bte dans le Port, frt c'eft--dire , les petits Poilbns dont on pour garnir les Hameons des morues. Les graves manquent Plaifance , ce qui fait qu'il n'eft pas fi peupl qu'il ledevroit tre;:

vu la Cette pche comfaut avoir

&

fi

du Roi

Gouverneurs prferoient le fervice l'avidit du gain on en feroit un pofte confiderable , & o bien des gens
les
;.

viendraient faire des graves leurs dpens

mais pendant que


6

Gouverneurs pilleront bien des particuliers ,. fous le beau prles

texte

de l'Amrique.
texte

du

fervice

du Roi

qu'ils

37 nomment

par tout , je ne voi point d'apparence que s'tende jamais. cette Habitation grofiiTe fon N'eft-ce pas deshonorer fon Prince

&

&

Emploi , que de
chand , tiers de
le

faire le

Pcheur

le

Mar-

Cabartier cent autres -mla plus baffe mchanique ? N'eftce pas une tyrannie , de forcer les Habitans d'acheter d'un tel ou tel Vaifau les

&

marchandifes dont ils ont bcfoin , & de vendre les morues d'autres Vaifaux o Meilleurs les Gouverneurs ont le principal intrt
?

N'eft-ce pas contrevenir aux

Ordonnances de Louis
prier les agrts

XIV.

&

les

faux qui periflnt la quipages des Navires Marchands pour faire fa pche ; de vendre les Habitations, d'empcher de haufr les enchres des effets vendus l'encan pour fe les approprier de pure autorit ; de changer les vivres des troupes dans les Magazins , y prenant de bon bifcuit* pour y en remettre de mauvais , en faire autant du buf du lard deftinez l'entretien de la garnifon ; obliger les Habitans donner leurs Valets leurs Charpentiers pour les employer des travaux o le fervice de Sa Majeft a moins de part que celui de la bourfe. Voila des abus qu'on devroit reformer , fi l'on Cepenveut que le Roi foit bien fervi. dant on ne le fait pas ; j'en ignore la rai-

quedes'aproapparaux des Vaif1 cte ; de retenir les

&

&

fon

qu'on ; Monfieur de

la

demande aux Commis de

*. Je fuis perfuad que toutes ces pirateries ne viennent point la

P**

con

38
pour
les

Mmoires
,

connoifnce du Roi
fourfrir.

car

il

eft

trop jufte
croit ni

Au

refte il

ne

bled , ni feigle , ni pois Plaifance , car la Outre que quand elle terre n'y vaut rien.
feroit auffi bonne & auffi fertile qu'en Canada , perfonne ne s'amuferoit la cultiver, car un homme gagne plus pcher des Morues durant l'Et que dix autres traIl y a quelques autres dans la grande Baye de Plaifance o les Bafques vont auffi faire la pche. C'eft le petit le grand Burin, Saint Laurent , Martyr , Chapeau rouge

vailler la terre.
petits ports

&

&c

Table des Nations Sauvages de Canada

De
Les Abenakis. Les Mikemac.
LesCanibas.
r Les Mahingans. Les OpenaSgos. LcsSoccokil Les Etechemins.
Ti/r
,

VAcaie.

1
|

,-.

^ r Guerriers plus alertes


.

Ceu x

*> nt

^
u
la

i& moins cruels que les >

f&ffi

Ur ge diffre peu, de

K
T

j L %

^g*^fe*J
Laurent depuis la

Du

Fleuve

S-aint

Mer

jufqu'a Monrcal.

Les Papinachois. 1 Les Montagnois. > Langue Algonkne, Les Gafpefiens. j Les Hurons de Loreto Langue Iroquoife. Les Abenakis de Sciller Langue AlgonLes Algonkins. f kine.
,
1

Les

de l'Amrique.
Les Agniez du Saut
quoife, braves
S.

39

&

Louis, Langue Irobons Guerriers.

Les Iroquois de la Montagne duMonreal t Langue Iroauoife , bons Guerriers.

Du Lac

des Hurons.
Iroauoife.

Les Hurons, Langue Les Outaouas. "|

Les Attikamek. * Les Outehipoues ,


Guerriers.

appeliez Sauteurs

bons

Du Lac

des Ilinois

& des environs.

Quelques Ilinois Chegakou. "Y Les Oumamis , bons Guerriers. 1 Les Maskoutens. Les Kikapous , bons Guerriers. Langue Les Outagamis, bons Guerriers. )pAlgonkine^ 1 alertes. Les Malomimis. Les Pouteouatamis. LesOjatinons, bons Guerriers. Les Sakis. }
!

Aux

environs

du Lac de Frontenac.

\ Lallgue diffrente vAlgonkine. A Onnotagues. J Onnoyoutes&Agnie's, un peu loignez.

LesTfonontouans. Goyoguans.

Aux

Mmoires
environs de la Rivire des Outaouas.

Aux

1 Les Tabitibi. Les Monzoni. ., T Algon^ngue Les Machakandibi. [ LesNopemend'Achirini. ?*'**> tous P ol_
1

LesNepiirini.

trons

'

Les Temiskamink.

J
5 aux environs du BayedeHudfon. del
,

Au Nord du
Lac

Miffifpi

Suprieur

&

ES

"| Les Affimpouals. Les Sonkaskitons. Les Ouadbatons. / Les Atintons. f Langue Les Cliftinos , braves
i

Algonkine,

Guerriers

& alertes,

Les Eskimaux.

Table des Animaux des Pais Mridionaux

du Canada.
Bufs Sauvages.
Cerfs petits. Chevreuils de trois efpeces diffrentes. Loups , comme en Europe. Loups cerviers , comme en Europe. Michibichi , efpece de Tigre poltron.
fi 11

f pfc
,

S comme en Europe.
i

Ecureuils ccndrez. Livres r en Europe.. Lapins }

mme

TaiT-

DE I'AmeRIQU
Taillons , comme en Europe. Caflors blancs , mais rares.

E.

4I

Ours

rougetres.

Rats mufquez. Renards rougetres, comme en Europe. Crocodiles au Mijfijpi. O au Miffijip.

Ceux des

Pa'is

Septentrionaux font

Orignaux ou Elans.
Caribous.

Renards noirs. Renards argentez. Elpeces de Chats fauvages , appeliez enfans du Diable.
Carcajoux. Porcs pis. Foutereaux. Martres. Fouines, comme en Europe.

Ours Ours

noirs.

blancs.

Siffleurs.

Ecureuils volants. Livres blancs.


Caftors.

Loutres. Rats mufquez.


Ecureuils Suifs.

Grands

Cerfs.

Loups Marins.

Ex-

42

Mmoires
E

Explication de ceux dont je n'ai pas fait mention dans mes Lettres.
Animaux
vanx."~

Michibichi eft une cfpece de 'Tigre , moins marquet, P^ us petit. il s'enfuit ds qu'il aperoit quelqu'un, s'il trouve un arbre il y grimpe au plus vite. Il n'y a point d'animal qu'il n'attaque dont il ne vienne -facilement bout, ce qu'il a de fingulier par deffus tous les autres Animaux , c'eft qu'il court au fecours des Sauvages lorfqu'il fe rencontre des Bufs Sau la pourfuite des Ours vages , alors il femble qu'il ne craigne perfonne, il s'lance avec fureur fur la b-

mUS

&

&
&

&

&

qu'on pourfuit. Les Sauvages difent que ce font des Manitous , c'eft--dire des efprits qui aiment les hommes , ce qui fait qu'ils les honorent les confiderent tel point qu'ils aimeroient mieux mourir que d'en
te

&

tuer

un feul. Les Cajiors blancs font forteftime caufe de leur raret. Quoique leur poil ne foit ni fi grand ni fi fin que celui des Cajiors qui
font
les ordinaires. 11 s'en trouve auffi peu de ces blancs que de parfaitement noirs.

Les Ours rougetres font mchans, ils viennent effrontment attaquer les chalTeurs,
au
lieu

que

les noirs s'enfuyent.

Ces pre-

miers font plus petits


derniers.

&

plus agiles que les

Les
J'ai

Crocodiles
celui

rien de ceux

du Mijfijipi ne diffrent en du Nil ou des autres endroits.

vu

SAngouUme

qui

eft

de

la

mme

de l'Amrique.
mme
jetter

43

que ceux-ci, quoique plus petit. La manire la plus commune dont les Sauvages les prennent en vie , c'eft de leur
figure

de grofes cordes d'corce d'arbre coulant fur le col , fur le milieu du corps , dans les pattes &c. tellement qu'aprs tre bien faif , ils les enferment entre dix

nud

ou douze Piquets o
les

ils les attachent aprs avoir tourn le ventre en haut. En cette pofture ils les corchent fans toucher la tte ni la queue, leur donnent un habit d'corce de fapin o ils mettent le

&

qui les retiendes hurlemens effroyables. Au refte les Sauvages font trs-fouvent dvorez par ces animaux , foit en traverfant les Rivires la nage , ou s'endormant fur le bord. Voyez ce que dit
nent.

feu en coupant les cordes Ils font des cris

&

YAriofte de cet

Animal dans

la 68.

Octave

de fon

s-

Chant.

Vive

su'l lito e dentro

E
Di

Corpi

Umani fon

le

a la Rivera , fue vivande

De

le perfone mifere c incaute viandanti e cTinfelici naute.

Il faut tre auffi fou que je le fuis pour Traducteur. N'imm'riger en Pote porte, voici comment j'explique cette demi

&

Octave;
77 vit fur le

Rivage

& dedans

la Rivire,
,

Il e'erafe les gens d^une dent meurtrire

Ilfe nourrit des corps des pauvres Voyageurs

Des malheureux Paffants ,


teurs.

& des NavigaLes

44

Mmoires
Les OJfa font de
petites btes

comme

des

Livres, leur refTemblant allez la referve des pieds de derrire. Elles des oreilles ne grimpent point. Les femelles courent ont un fac fous le ventre o leurs petits entrent ds qu'ils font pourfuivis , afin de fe fauver avec leur mre qui d'abord ne man-

&

&

Animaux
Stptentrio-

que pas de prendre la fuite. Les Renards argentez font faits comme ceux de Y Europe aufi-bien que les noirs. 11
s'en trouve peu de ces derniers , & lorfqu'on en peut prendre quelqu'un on eft allure de C'elt dans les le vendre au poids de l'Or. Pas les plus froids qu'on en voit de cette

*""'*

efpece.

Les Ours blancs font monftrueux ,


dinairement longs
;

extraorIls

leur tte eft effroyable,

&

leur poil fort grand

&

trs-fourni.

font fi froces qu'ils viennent hardiment attaquer une Chaloupe de fpt ou huit hommes la Mer. Ils nagent , ce qu'on prtend, cinq ou fx lieues fans fe laflr. Us vivent de PoifTon de coquillages fur le bord de la Mer , d'o ils ne s'cartent gueres. Je n'en ai vu qu'un feul de ma

&

vie dont j'aurois t dvor fi je ne l'avois aperu de loin , fi je n'euf eu aiz de

&

tems pour
Plaifance.

me

rfugier

au Fort Louis de

Les Ecureuils volants font de la grofur d'un gros Rat, couleur de gris blanc : ils font auffi endormis que ceux des autres efpecesfont veillez: on les appelle volants parce qu'ils volent d'un arbre l'autre par le moyen d'une certaine peau qui s'tend
en-

de l'Amrique.
en forme
Vols.
d'aile lorfqu'ils

as
petits

font ces

Les Livres blancs ne le font que l'Hiver , car ds le Printems ils commencent devenir gris ; peu peu , ils reprennent la couleur de ceux de France qu'ils confervent jufqu' la fin de l'Automne. Les Ecureuils Suffis font de petits animaux comme de petits Rats. On les appelle SuiJJes, parce qu'ils ont fur le corps un poil ray de noir de blanc , qui reflmble

&

&

un pourpoint de Suijfe rayes faifant un rond


Suijfe.

que ces mmes chaque cuilT ont beaucoup de raport la calote d'un
,

&

fur

Les grands Cerfs ne font pas plus grands que ceux que nous avons en Europe. On ne les appelle grands que parce qu'il y en a de deux autres efpeces dijferentes vers le Sud. Les petits ont la chair beaucoup plus dlicate. Les Loups Marins , que quelques-uns appellent Veaux Marins , font gros comme
ni plus gros

des dogues.

Ils fe tiennent quaf toujours dans l'eau, ne s'cartant jamais du Rivage

de la Mer. Ces animaux rampent plus qu'ils ne marchent, cars'tant levez de l'eau, ils ne font plus que glifr fur le fable ou fur
la vafe
;

leur tte
;

eft

faite

comme

celle

d'un Loutre

&

leurs pieds, fans

jambes,

font comme la patte d'une Oye. Les femelles font leurs petits fur des rochers ou fur des petites Mes prs de la Mer. Ges Animaux vivent de poiiTon, ils cherchent les Pais froids. La quantit en eft furpre-

nan-

46

Mmoires
r

nante aux environs de l'embouchure du Fleuve de Saint Laurent. Je vous ai parl des autres animaux de Canada dans mes Lettres. Je ne vous dis point la manire dont les Sauvages les prennent , car je n'aurois jamais fini. Ce qui eft de certain c'eft qu'ils vont rarement la qu'ils ne fe fervent de Chafl faux , leurs Chiens que pour la Chafl des Orignaux , & quelquefois pour celle desCaftors comme je vous l'expliquerai au Chapitre des

&

Chajfes Sauvages.

Oifeaux des Pais Mridionaux du Canada.


Vautours. Huards.
Cignes.

Oyes

noires.
noirs.
%

"\

Canards

Plongeons. Poules d'eau.

\> tels

qu'en Europe,

Cocqs

Rualles. d'Inde. Perdrix Roufls.


Faifans.

Gros

aigles-

Grues, Merles.
Grives.

y
?.

>

tels

qu'en Europe,

Pigeons ramiers.
Perroquets.

Plufieurs fortes d'Oifeauxde Proye, inconnus en Europe. Roffi-

de l'Amrique.
Roffignols
,

47

inconnus en Europe aufi bien que d'autres petits Oifeaux de diffrentes couleurs , & entr'autres celui qu'on appelle eau Mouche , & quantit de Pellicans. if

Oifeaux des Vais Septentrionaux

dt

Canada.
Outardes.
i
.

.,

Oyes

blanches.

>

telles

<l

r u, en Euro e

'

Canards de 10. ou 12. fortes.


Sarcelles.

Margots ou Mauvis.
Grelans.
Sterlets.

Perroquets de Mer.

Moyaques. Cormorans.
Becafs.
Becafnes.

"\

Plongeons.
Pluviers.
{^

comme

en Europe.

Vaneaux. Hrons. Courbejoux.


Chevaliers.

Bateurs de faux. Perdrix blanches. GrofTes Perdrix noires. Perdrix roufstres. Gelinotes de bois. Tourterelles. Ortolans blancs.

Etourneaux. Corbeaux.

-r

. tels

qu en *rtf*.

7?

Vau-

43
Vautours.
Eperviers.

Mmoires
-\

Emerillons. Hirondelles.

tels
>
,

qu'en Europe.

Becs de

fcie

efpece de Canard.

Jnfetles quife trouvent en

Canada.

Couleuvres.
Afpics. Serpents fonnette. Grenouilles meuglantes. Maringouins ou Coufins.

Taons.
Brlots.

Explication de ceux dont je rfai pas fait

mention dans mes Lettres.


Oifeauxdes Pai Mri- -*-' diontux.

Es Huards font des Oifeaux de Rivire

gros comme des Oyes , durs comme des n es. Leur plumage eft noir blanc, leur bec eft pointu ; Us ont le co trscourt: Ils ne font que plonger durant l'Et,

&

&

ne pouvant fe fervir de leurs ales. Les Sauvages fe font un divertifment de les forcer durant ce tems-l Ils fe mettent en fept ou hui Canots qui fe difperfent pour
:

obliger ces Oifeaux replonger ds qu'ils

veulent reprendre haleine. Les Sauvages m'ont donn plufeurs fois cet agrable amufement pendant ks Voyages que j'ai
faits

avec eux.

Les

de l'Ameiiqoe,
Les Perdrix
roujjes font farouches
,

49

petrs- diffrentes des Perdrix rouges tites , qu'on voit en Europe, aufli-bien que les Faifans , dont le plumage blanc ml de

&

taches noires
rieut.

fait

une bigarrure

fort cu-

Les Aigles les plus gros qu'on voye ne le Ils ont la font pas plus que les Cignes. la tte blanche; ils combattent fouqueue vent contre une efpce de Vautours , dont ils voit affc font ordinairement vaincus ; il frquemment ce combat en voyageant dure autant de tems que Y Aigle conferve la

&

On

force de fes ales. Les Pigeons ramiers font plus gros qu'en Europe ; mais ils ne valent rien manger. leur tete eft tout fait Us font hupe ,

&

belle.

Les Perroquets
,

fe

trouvent chez les


:

Ilinois,

& fur le Fleuve de MiJJifipi Ils font trs-petits & n'ont rien de diffrent de ceux qu'on apporte du Brezil & de Cayene.
gulire

L'efpce de Rojfignol que j'ai vu eft finen ce que cet Oifeau plus petit , que ceux ^ Europe eft bleutre , que fort chant eft plus diverffi ; qu'il f loge dans
des trous d'arbre,

&

qu'ils le joignent ordi-

nairement

trois

ou quatre

fur les arbres les

plus touffus pour y faire leur ramage cnfemblc.

comme
leur
fi

1J Oifeau Mouche eft un petit Oifeau gros le pouce & fon plumage de cou,

changeante, qu' peine fauroit-on lui en fixer aucune. Tantt il parot roujje, dor , bleu & vert , & il n'y a propre-

Tome

II.

ment

^o ment qu'

Mmoires
la

lueur du Soleil qu'on ne voit point changer l'or le rouge dont il eft couvert. Son bec eft comme une aiguille, il vole de fleur en fleur comme les Abeilles^

&

pour en fucer la fve en voltigeant. Il fe perche pourtant quelquefois vers le Midi fur de petites branches de Pruniers ou de Ceriflcrs. J'en ai envoy en France de morts , ( car il eft comme impoflible d'en garder en vie) on les a trouvez fort curieux.
Des r.i du Nord.
II

y a des

Ceux qu'on
petits,

Canards de dix ou douze fortes. appelle Branchus quoi que font les plus beaux ils ont le plu,
:

mage du co

i clatant par la varit le vif des couleurs , qu'une fourrure de cette epce n'auroit point de prix en Mofcovie ou en 'Turquie. les appelle Branchus ,

&

On

parce qu'ils fe pofent fur les branches d'arbre. 11 y en a d'une autre efpce , noirs comme du jais , qui ont le bec & le tour des yeux rouges. Les Margot s Goelans & Sterlets , font des Oifeaux qui volent inceffamment fur les les Rivires , pour prenMers , les Lacs dre de petits Poifbiis ils ne valent rien manger^ outre qu'ils n'ont prefgue point de corps , quoi qu'ils paroiilent gros comme des Pigeons. Les Perroquets de Mer portent le nom de Perroquet , parce qu'ils ont le bec fait comme ceux de terre ; Ils ne quittent jamais la Mer, ni fes rivages ; ils volent inceftmment fur la furface des eaux pour attraper de petits PoifTons Ils font noirs

&

&

fi gros comme des Poulardes ; Il y en a quantit fur le Banc de Terre-Neuve , prs des Ctes ; les Matelots les prennent avec des hameons couverts de foye de Morues qu'ils fufpendent la prou du Vaifla. Les Moyaques font des Oifeaux gros comme des Oyes ; ils ont le co court le pied large ; ce qui eft furprenant , c'eft que leurs ufs qui font la moiti plus gros que ceux des Cignes , n'ont prefque que du jaune , qui eft l pais qu'on eft oblig d'y mettre de l'eau pour en faire des ome-

de l'Amrique.

&

&

&

lettes.

Les Perdrix blanches font de la grofur de nos Perdrix rouges ; leurs pieds font couverts d'un duvet fi pais , qu'ils reffemblent ceux d'un Lapereau ; on n'en voit que durant l'Hiver ; il y a des annes qu'il n'en parot prefque point , d'autres au contraire en font fi fcondes , que ces Oifeaux ne valent que dix fols la douzaine. Cet animal eft le plusftupide du monde, il fe laiiTe aflbmmer coups de gaule fur la neige fans le donner aucun mouvement , je croi que ce grand tourdiflement vient du grand vol qu'il fait de Groenland en Canada. Cette
conjecture n'eft point fans fondement , car ces Oifeaux ne viennent en troupes qu'aprs une longue dure des vents de Nord ou de Nord-Eft. Les Perdrix noires font tout fait belles ; elles font plus grofls que les ntres ; elles ont le bec , le tour des yeux les pieds rouges ; leur plumage eft d'un noir trsbien luftrt D'ailleurs ces Oifeaux font

on remarque que

&

fiers

fi
Mers
,

Mmoires
&
femblent fentir en marchant leur

Il eft vrai qu'ils font allez rares beaut. aufl bien que les Perdrix roujjatres , qui en vireflmblent aux Cailles en groflur

&

vacit.

Les
l'Hiver

Ortolans ne paroiflnt en Canada que ; mais je ne crois pas que ce foit la

couleur naturelle de leur plumage. 11 y a de l'apparence qu'ils la reprennent en quelques lieux qu'ils aillent. Pendant l'Et, on en prend quantit aux environs des granges avec des filets qu'on tend fur de la paille ; ils font allez bons quand ils font gras, ce qui trouve rarement.

&

Infettes.

mal.

Les Couleuvres en Canada ne font point de Les Afpics font dangereux lorfqu'on
,

fe baigne dans les eaux croupies vers les Pais Mridionaux. Les Serpents Sonnette s'appellent ainfi , parce qu'ils ont au bout de la queue une efpece d'tui o font enfermez certains ofilets qui font un bruit, loxfquc ces infectes rampent , qu'on entend de trente
pas.
,

Ils

fuyent ds

qu'ils

entendent

marcher
Soleil
ils
,

&

dorment pour

l'ordinaire

au

dans les prez ou dans les bois clairs : ne piquent que lorfqu'on met le pied

fur eux.

Les Grenouilles meuglantes font ainfi appelles , parce qu'elles imitent le meuglement d'un buf elles font deux fois plus grolls qu'en Europe. Les Tams font des
:

Mu~

DE i'Ameriqui.

Mouches une fois plus grofcs que les Abeilles, mais de la figure d'une Mouche ordinaire. Elles ne piquent que depuis le Midi jufqu' trois heures ; mais li violemment que le fang en coule. Il eft vrai que ce n'eft qu'en certaines Rivires qu'oiv en
trouve.

Les Brlots font des efpces de Cirons qui s'attachent fort la peau qu'il femble que leur piquere foit un charbon ou une Ces petits animaux fon& tincelle de feu. imperceptibles & pourtant en an%s grand
nombre.
Toijfons

puis fin embouchure jufqii aux

du Fleuve Saint Laurent , d+Lacs de Canada.

Balenots.
Souffleurs.

Marfouns
Anguilles.

blancs.

Saumons, comme en Europe*


Maquereaux,
Harangs.
Gafparots.
AloVes.
Plies.

comme

en Europe.

commc
f

cn EuroP e

'

Morues.
Eperlans.
>

Turbots.
Brochets.

> comme

en Europe,

Poiflons dorez*

ftou

54
Rougets.

Mmoires
1
!

Lamproyes.
Merlans. Rayes. Congres.

\>
:

comme

en Europe.

J Vaches marines.

Coquillage,

Houmars.
Ecrevis.

Ptoncles.

Moules.

Toiffons des Lacs

& des Rivires qui fi

dchargent dedans.
Eturgeons. Poiflbns armez. Truites. Poiflbns blancs.

Efpece de Harangs.
Anguilles. Barbues.

Mulets. Carpes.* Cabot. Goujons.

y comme en Europe.
J

Voijfons

de l'Amrique.
PoiJJbns

du Fleuve

Millifipi.

Brochets, Carpes.

comme
-

en Europe.
t-,

Tanches.
Perches.

> comme

en EuroP c

Barbues
rope.

&

plusieurs autres

inconnus en Eu-

Explication de ceux dont je n'ai Pis fa:t mention dans mes Lettres.

T
-*-'

Balenot

eft

une efpece de Baleine

Ceux
?ff.*
lI*.'

<ia

mais plus

petit

&

plus charnu

ne ren-

ns

dant point d'huile proportion des Baleidu Nord. Ces poilTons entrent dans le Fleuve jufqu' cinquante ou foixante lieues

en avant.

Les Souffleurs font peu prs de la grollur , mais plus courts plus noirs ; ils jettent l'eau de mme que les Baleines par

mme

&

un trou

qu'ils ont derrire la tte, lorfqu'ils veulent reprendre haleine aprs avoir plong ; ceux-ci fuivent ordinairement les Vaiffeaux dans le Fleuve Saint Laurent. Les Marfoutns blancs font gros comme des Bufs. Ils fuivent toujours le cours de l'eau. Ils montent avec la mare jufqu' ce qu'ils trouvent l'eau douce , aprs quoi ils s'en retournent avec' le reflus. Ils font fort hideux on en prend fouvent devant Qubec.
:

Les

j6

Mmoires

Les Gafparots font de petits Poiffons peu


prs de la figure d'un Harang. Ils s'aprochent de la cte pendant l'Et en fi grand nombre

que les pcheurs de Morues en prennent autant qu'il leur en faut pour fervir d'appas leur pche. Ils fe fervent aufi de Harangs lorfque la faifon oblige les Gafparots de donner la cte pour frayer. Aurefte, tous les. PouTons qui font d'ufage pour l'hameon,

ou pour faire mordre

les

morues ,

s'appellent

Bote en terme de pche.

Les Poiffons dorez, font dlicats. Ils ont environ i j pouces de longueur. Leur caillccft jaune, & ils font fort efh'met. Les Vaches Marines font des efpces de Marfouns ; elles furpafnt en grofur des*. Bufs de Normandie. Elles ont des efpces
de pattes feuilleues

comme des Oyes

la tte

Loutre , & les dents de neuf pouces de longueur , & deux d'paiflur. C'eft on prtend qu'elle* l'y voire le plus eftim s'cartent du Rivage vers les endroits fablonneux & marcageux. Il y a aufi des Houmars dont l'efpce ne me parot diffrer en rien de ceux que nous avons en Europe.

comme un

Les Ptoncles font comme on


les ctes

les voit

fur

de France, excepte qu'ils font plus gros, d'un got plus agrable , mais d'une
chair pins indigefte.

Les Moules y font d'une grofur extra& d'un bon got , mais il eft comme impoflible d'en pouvoir manger fans
ordinaire
fe cafTcr les- dents, caufe des Perles
elles

font

remplies

je dis perles

dont mais ce

t'A

MERIQUE.
&

?>

ce font plutt des graviers par raport leur peu de valeur , car j'en aportai Paris cinquante ou foixante des plus grofls des plus belles qu'on n'eftima qu'un fol la pice. Cependant on avoit caiT plus de deux mille Moules pour les trouver. Les Eturgeons des Lacs ont communment cinq ou fix pieds de longueur. J'en aivunded+x, un autre dedouze. On les prend avec les filets durant l'hiver avec le harpon durant l't. On prtend qu'il a certaines chairs dans la tte , qui ont le got du buf, du mouton du veau ; mais aprs en avoir got plufieurs fois , je n'ai jamais rencontr ces raports prtendus, j'ai trait cela

&

&

&

&

de pure chimre.

Le

Poijfon arme'

& de
;

trois pieds
il

& demi

a des cailles f fortes fi dures qu'il efl impoffible qu'aucun autre Poiiibn puiiTe l'offenfer ; fes ennemis font les Truites les Brochets, mais il

de longueur ou environ

&

&

fait

trs-bien fe dfendre contre leur attaque


eitauffi

par le moyen de fon bec pointu qui a

de longueur, &qui
Ilefl dlicat,

&

fa chair cft

un pied dur que fa peau, auffi ferme que


pied de lon:

blanche.

Les Barbues des Lacs ont un


gueur
,

mais

elles font tout fait grofls

on

Barbues caufe de certaines barbes pendantes le long du mufeau qui font grofls comme des grains de bled Celles de Mijfifift font monflrueufes , les unes & les autres fc prennent auffi bien l'hameon qu'au filet > & la chair en efl aifez,
les appelle

bonne

Gp

tm

5"8

Mmoires
MiJJifipi font
,

Les Carpes du Fleuve de


aufi

d'une grofur extraordinaire

Se

d'un

fort

Elles font faites comme got. Elles s'aprochent du Rivage! les ntres.

bon

en Automne

&

fe laiffent prendre facile'fruits des


,

ment au filet. Les plus grofls


pieds

&

demi de longueur
,

&

Lacs ont cinq un pied de

diamtre elles ont la chair rouge. On les prend avec de gros hameons attachez des branches de
fil

d'archal.

Les Poiffons des Lacs font meilleurs que


ceux de
la

Mer &
,

les Poijfons blancs

des Rivires , fur tout qui furpafTent toutes les

autres efpeces en bont

&

en

dlicatei.

Les Sauvages qui habitent fur les bords de ces petites Mers douces prtrent le bouil,

lon de Poifton celui de viande lorfqu'ifs Ils fe fondent fur l'expfont malades. Les Franois , au contraire, trourience. vent que les bouillons de Chevreuil ou de Cerfs , ont plus de fubftance & font plus
reftaurants.

y a une infinit d'autres petits Poifbns les Rivires de Canada , qu'on ne connoit point en Europe : ceux des eaux du Septentrion font differens de ceux du ct du Midi; ceux qu'on pche dans la Rivire longue , laquelle fe dcharge dans le Fleuve de MiJJiJipi fentent fi fort la vafe & la bourbe qu'il eft impoflible d'en manger. Il en
Il

dans

faut excepter
les

certaines

petites

truites

que

Sauvages pchent dans quelques Lacs aux environs , qui font un mets aflz payable.

Les

de l'Amrique,
Les Rivires des Otentats

& des

fg

MiJJouris

produifent des Poiibns l extraordinaires par leur figure qu'on ne fauroit en faire au jufte la defcription , il faudroit les voir deflnez fur le papier. Ces PoiTons font d'afz mauvais got ; cependant les Sauvages en font grand cas ; mais cela vient , je crois , de ce qu'ils n'en connoifTent pas de
meilleurs.

Arbres
Heftres.
Meriliers.

& Fruits des Pas Mridionaux


du Canada.
i

Chnes rouges. >


Erables.

comme

en Eur

f*

Frnes.

-|

Ormeaux.
Fouteaux.
Tilleaux.

)>

comme

r ., en Europe.

J
fortes.

Noyers de deux
Chtaigniers.

Pommiers.
Poiriers.

Pruniers.
Cerifiers.

Noifetiers

comme

en Europe.

Ceps de Vigne. Efpce de Citron.

Melon

d'eau.

Citrouilles douces. Grofeilles fauvages.

Pignons de Pin

Tabac

comme

comme en Europe, en Espagne.

Arbres

60
Jtrbres

MEMO
rfe

R E

S
^

& Fruits des Pais Septentrionaux


Canada.
I

Chnes blancs. Chnes rouges.


Bouleau.
Merifiers. Erables.

}>

comme

en

r *n^

Pins. Epinetes. Sapins de trois fortes*.


Perufl.

Cdres.

Trembles.
Bois blancs. Aulnes.
Capillaire.
Fraifes.

FramboifSc
Grofilles,

Bluets.

Explication.
bois de CW faut remarquer que tous IL nada font d'une bonne nature. Ceux qui
les

ibntexpofez aux vents de Nord, font fuj ets geler; comme il parot par une efpce de roulure que la gele fait gerfer. Le Merifier eft un bois dur , fon corce
blanchtre. des Barriques la hauteur des Chnes les plus levez.
cft grife
,

le bois

en

eft

Il

en a de gros
arbre

comme
il

&

y de Cet

eft droit,

la feuille

ovale, on
s'en

s'en fert faire des poutres

6tdes foliveau autres ouvrages de charpente. Les Erables font peu prs de la mme hauteur groflur, avec cette diffrence que leur corce eft brune le bois rouf1 stre. Ils n'ont aucun rapport ceux Europe. Ceux dont je parle ont une fve adtelle qu'il n'y a point de limirable , monade, ni d'eau de cerife qui ait fi bon
,

DE

V A MER1QCE.

&

&

&

&

got,

ni

de breuvage au

monde

qui foit

Pour en tirer cette liqueur on taille l'arbre deux pouces en avant- dans le bois , & cette taille qui a dix ou douze pouces de longueur eft faite de biais ; au bas de cette coupe on enchaffe un couteau dans l'arbre auft de biais , tellement que
plus falutaire.
l'eau coulant le long.de cette taille

com-

dans une gouttire , & rencontrant- le couteau qui la traverfc , elle coule le long de ce couteau fous lequel on a le foin de mettre des vafes pour la contenir. Tel arbre en peut rendre cinq ou fix bouteilles par jour, & tel habitant en Canada en pourroit ramalTer vingt Barriques du matin au foir, s'il vouloit entailler tous les Erables de ion Habitation. Cette coupe ne porte-

me

prcieux qu'on n'a jamais trouv de remde plus propre fortifier la poitrine. Peu de gens
fi

aucun dommage cette fve du Sucre

l'arbre.

On

fait

de

& du Sirop

la patience d'en faire , car comme on n'eftime jamais les chofes communes ordinaires , il n'y a gures que les enfans qui fe donnent la peine d'entailler ces ar-

ont

&

bres.

Au

refte

les

Erables des Pais Sep-

ten.

62

Mmoires

trionaux ont plus de fve que ceux des Parties Mridionales , mais cette fve n'a pas tant de

douceur. Il y a des Noyers de deux fortes, les uns donnent des noix rondes , les autres longues, mais ces fruits ne valent rien, non plus que les Chtaignes fauvages qu'on trouve du ct
des Ilinois.

ne valent que dans le MiJJifipi on en trouve d'une efpce peu prs du got des Pommes d'api. Les Poires font bonnes, mais rares. Les Cerifes ne font pas de bon got ; elles font petites & rouges au dernier point. Les
rien crues.
Il eft

Les Pommes qui croiiTent Pommiers font bonnes cuites,


vrai

fur certains

&

Chevreuils s'en
ils

accommodent pourtant

&

ne manquent gures de

fe trouver toutes

durant l'Et fous les Cerifiers , fur tout lors qu'il vente fort. Il y a de trois efpces de Prunes admirables. Elles n'ont rien d'approchant des de la countres l'gard de la figure
les nuits

&

&

leur.

Il

y en a de longues
grofles
,

&

menues
tout

de
fait

rondes
petites.

&

&

d'autres

Les Ceps de Vigne embrafnt les arbres jufques au fommet ; fi bien qu'il femble que les grapes foient la vritable production de ces arbres , tant les branches en font couvertes. En certains Pais le grain eft petit d'un trs - bon got , mais vers le MiJJifipi la grape eft longue groil, le grain de mme ; On en a fait du vin qui aprs avoir long-tems cuv s'eft trou-

&

&

&

ve

de l'Amrique.
v de
la

63,

mme
noir

douceur que

celui

des Ca-

naries,

&

comme

de l'ancre.

fruits ainf appeliez, parce qu'ils en ont feulement la figu-

Les Citrons font des


Ils

n'ont qu'une peau, au lieu d'corcroiffent d'une plante qui s'lve jufqu' trois pieds de hauteur, tout ce qu'elle produit fe peut rduire trois ou quatre de ces prtendus Citrons. Ce fruit eft auffi falutaire que fa racine eft dangereule ; autant l'un eft fain , autant l'autre eft un fubtil mortel poifon lors qu'on
re.

ce.

Ils

&

&

&

Etant au Fort de Frontenac dans l'anne 1684. j'y V1S une Iroquoife qui rfolu de fuivre fon Mari , que la mort venoit de lui enlever , prit de ce funefte bruvage, aprs avoir, flon la formalit ordinaire de ces pauvres aveugles , dit adieu fes amis chant la chanfon de mort. Le poifon ne tarda gucres produire fon
le

en boit

fuc.

&

effet

car

cette

Veuve qu'on

regarderoit

avec juftice en Europe cle de confiance de

comme un
fidlit,
,

mira-

&

n'et pas
qu'elle et

plutt aval le jus meurtrier

deux ou trois frilfonnemens & mourut. Les Melons d'eau que les Espagnols appellent Melons d'Alger , font ronds & gros comme une boule , il y en a de rouges de blancs ; les ppins font larges , noirs ou rouges. Ils ne diffrent en rien pour le got de ceux d'Efpagne & de Portugal. Les Citrouilles de ce Pas-ci font douces & d'une autre nature que celles de V Europe o plufieurs perfonnes m'ont affur, que celles-ci ne fauroient crotre. Elles

&

font

m o ii e- s font de la groflur de nos Melons; la chahr en eft jaune comme xt-Saffran'. Onlesfaitcuire ordinairement dans le four, mais elles font meilleures fous les cendres , la manieredes Sauvages ; elles ont prefque le mme- got que la marmelade de Sommes ; maiselles font plus douces. On peut en manger tant que l'apptit le peut permettre, fans
6$
craindre d'en tre

Me

incommod.

fauvages ne valent rien queconfites ; mais on ne s'amufe gures faire ces fortes de confitures ; car le fucre eft trop cher en Canada pour ne le pas mieux employer.

Les

Groseilles

Des Pais

Septentrionaux.
trs-diff-

LEs Bouleaux

de Canada font

rens de ceux qu'on trouve en quelques Provinces de France, tant en qualit qu'en Les Sauvages fe fervent de leurgroflur. corce pour faire des Canots. Il y en a de

l'autre font blanche & de rouge. Uune galement propres cela. Celle qui a lemoins de veines & de crevafs, eft la meilleure ; mais la rouge eft la plus belle & de plus d'apparence. On fait de petites Corbeilles de jeunes Bouleaux qui font recherches en France ; On en peut faire aufli des Livres dont lesfeuilles font auffi fines que du papier. Je le lai par exprience , m'en* tant fervi trs-fouvent pour crire des Journaux de mes Voyages , faute de papier. Au refte, je me fouviens d'avoir vu en certaine Bibliothque de France un Manufcrit de l'Evan

&

de l'Amrique.
&

6$

l'Evangile de Saint Matthieu en Langue Grque fur ces mmes corces , ce qui me parut furprenant , c'eft qu'on me dit qu'il toit crit depuis mille tant d'annes :

&

Cependant

j'oferois jurer

que

c'eft

de

l'-

corce vritable des Bouleaux de la Nouvelle France qui , flon toutes les apparen, ces , n'toit pas encore dcouverte. Les Pins font extrmement hauts , droits & gros on s'en fert faire des mtures. Les fltes du Roi en tranfportent fouvent en France. On prtend qu'il y en a d'affez grands pour mater d'une feule pice les Vaillaux du premier rang. Les Epinetes font des efpeces de Pin dont la feuille eft plus pointue & plusgroffe ; on s'en iert pour la charpente ; la matire qui en dcoule eft d'une odeur qui gale celle de V encens. Il y a trois fortes de Sapins dont on f fert faire des planches , par le moyen de
:

certains
droits.

moulins que les Marchands de Qubec ont fait conftruire en quelques enPerujfe feroit tout--fait propre bdes Vaiifcaux. Cet arbre eft le plus propre de tous les bois verds pour cet ufage ;. parce qu'il eft plus ferr , que fes pores font plus condenfez , qu'il s'imbibe moins
tir

La

&

que
Il

les autres.

y a deux fortes de Cdres, des blancs des rouges ; Il faut en tre bien prs pour diftinguer l'un d'avec l'autre , parce que l'corce en eft prefque femblable. Ces arbres font bas , toufus , pleins de bran* ches

&

66

Mmoires
& &
les

a de petites feuilles femblables ches , Le bois en eft prefque des fers de lacet. aufli lger que le Lige. Les Sauvages s'en
fervent faire les clifls
leurs Canots.

Le rouge

eft tout--fait

varangues de cu-

on en peut faire de trs-beaux meu, qui confervent toujours une odeur agrable. Les Trembles font de petits arbrilTeaux des qui croiflent fur le bord des tangs , marcarivires des Pais aquatiques geux. Ce bois eft le mets ordinaire des Caftors qui , l'exemple des fourmis , ont
rieux
bles

&

&

&

le foin d'en faire un amas durant l'Automne aux environs de leurs cabanes, pour vivre lorfque la glace les retient en prifon du-

rant l'hiver.
-

Le

Bois blanc

eft

un arbre moyen qui n'eft


Il

ni trop gros ni trop petit.


auffi lger

eft

prefque

que le Cdre ,
:

& aufli facile metde Canada s'en


:-'

tre

en uvre

les habitans

fervent faire de petits Canots pour pcher

&

pour traverfer

les rivires.

bois de

commun dans les fougre dans ceux de France. Il eft eftim meilleur que celui des autres Pais. On en fait quantit de Si rop Qubec pour envoyer Paris , NanLe
Capillaire eft auffi

Canada que

la

tes

Rouen

&en

plufieurs autres Villes

du

Royaume.
Les Fraifes & les Framboifes font en grande abondance. Elles font d'un fort bon got: On y trouve auffi des Grozeilles blanches , mais elle ne valent rien que pour faire une efpce de vinaigre qui eft trs-fort.
Les

de l'Amrique.
Les Bluets font de

67

certains petits grains


,

comme
tout

de petites cerifes
ronds.

mais noirs

&

plante qui les produit eft de la grandeur des Framboifiers. s'en fert pluleurs ufages lorfqu'on les a
fait

La

On

fait

en

fait

fecher au Soleil ou dans le four. des confitures, on en met dans les

On

tourtes

vages

& dans de l'eau de vie. Les Saudu Nord en font une moilbn du,

rant l't

qui leur

eft

d'un grand fecours

&

fur tout lorfque la chaffe leur

manque.

Commerce au Canada en gnral.


en peu de mots & en gnral ce que le Commerce de Canail me fouvient vous avoir dj mand quelque chofe dans mes Lettres.

VOici
que da dont

c'eft

Les Normans font


entrepris ce

les

premiers qui ayent

commerce

ments

s'en faifoient
;

& les embarque; au Havre de Grce ou

les Rochelois leur ont fucceVaifTeaux de la Roehelle fourniilnt les marchandifes nccefires aux habitans de ce Continent. Il y en a cepende Barondant quelques uns de Bordeaux ne qui y portent des vins , des eaux de vie
les

Dieppe d , car

mais

&

partent de France pour ce pas-l ne" payent aucun droit de fortie pour leur Cargaifon , non plus que d'entre lorfqu'ils arrivent Qubec, la refer-

du Tabac & du fer. Les VaifTeaux qui

par Livre

ve du Tabac de Brezl qui paye cinq fols c'eft dire qu'un rouleau de ,
quatre

6%

Mmoires

quatre cens livres pfant doit 100. Francs d'entre au bureau des Fermiers. Les autres Marchandifes ne payent rien. La plupart des VailTeaux qui vont chargez en Canada s'en retournent vuide
la Rochelle

ou

ailleurs.

Quelques uns char-

gent des pois lorfqu'ils font bon march dans la Colonie'; d'autres prennent des Il y en a qui planches des madriers. vont charger du Gharbon de terre l'Ifle du Cap Breton pour le porter enfuite aux* Iles de la Martinique & de Guadeloupe , o il s'en confume beaucoup aux rafineries des fucres. Mais ceux qui font recommandez aux principaux Marchans du Pas ou qui leur apartiennent , trouvent un bon fret de peleteries , fur quoi ils profitent beaucoup. J'ai vu quelques Navires , lefquels aprs avoir dcharg leurs marchandifes Qubec alloient Plaifance charger des morues qu'on y achetoit argent comptant. Il y a quelquefois gagner , mais le plus fbuvent perdre. Le Sieur Samuel Bernon de la Rochelle eft celui qui fait le plus grand Commerce de ce Pas-l. Il a des magafins Qubec d'o les Marchands des autres Villes tirent les marchandifes qui leur conviennent. Ce n'eft pas qu'il n'y ait des Marchands allez riches & qui quipent en leur propre des Vaifiaux qui vont viennent de Canada en France. Ceuxci ont leurs Correfpondants la Rochelle qui envoyent& reoivent tous les ans les cargaifons de ces Navires. Il n'y a d'autre diffrence entre lesCorfai-

&

&

res

DE
de Canada,
fi

l'A

MEK!
Mers ,

tJ
les

tes qui courent les

&

e. 69 Marchands

richiflnt quelquefois

ce n'eft que les premiers s'entout d'un coup par


,

une bonne

prif

&

que

les derniers

ne

font leur fortune qu'en cinq ou fx ans de Commerce fans expofer leurs vies. J'ai connu vint petits Merciers qui n'avoient que mille cus de Capital, lorque j'arrivai Qubec en 1683. qui > lorsque j'en fuis parti, avoient profit de plus de doufce milII eft fur qu'ils gagnent cinquanle cus.
te pour cent fur toutes les marchandifs en gnral, foit qu'ils les achtent l'arnir

rive des Vaiffeaux ou qu'ils les faflnt vede France par commiflion , il y a de certaines galanteries , comme des rubans, des dentelles, des dorures, des taba-

&

tires, des

montres,

&

mille autres bijoux


ils

ou

quinquailleries fur lefquelles

profitent

jufqu' cent

ou

cent cinquante pour cent,

tous

frais faits.

Barrique de vin de Bordeaux contey vaut en tems de paix 40. livres monnoye de France ou environ, 60. en tems de guerre ; celle d'eau de vie de Nantes ou de Bayonne 80. ou 100. livres. La bouteille de vin dans les Cabarets vaut 6. fous fe France, celle d'eau de vie 20. fous. l'gard des marchandifs feches, elles valent tantt plus tantt moins. Le Tabac de Brezil vaut 40. fous la Livre en dtail , le fucre 3f. en gros , vingt fous pour le moins , quelquefois

La

nant

25*0. bouteilles

&

&

&

&

&

&

%$.

ou 30. Les premiers Vaiflaux

partent ordinaire-

70

Mmoires

la fin
;

rement de France
ble
qu'ils

d'Avril

ou au
fernfois

commencement de Mai
plus courtes,
s'ils

mais

il

me
une

feroient des traverfes

partoient la

mi-Mars

qu'ils rangeaient enfuite les Mes des Aores du cte' du Nord , car les vents de Sud & de Sud-Eft: rgnent ordinairement en ces parages depuis le commencement d'Avril jufqu' la fin de Mai. J'en ai parl fouvent aux meilleurs Pilotes , mais ils difent que la crainte de certains rochers,

&

ne permet pas qu'on fuive cette route. Cependant ces prtendus rochers ne paroiflnt que fur les Cartes. J'ai lu- quelques Defcriptions des Ports , des Rades & des
Ctes de ces
nes
,

faites

des Mers circonvoifIfles par des Portugais qui ne font

&

aucune mention des cueils qu'on remarque fur toutes ces Cartes; au contraire, ils difent que les ctes de ces Ifles font fort faines , & qu' plus de vint lieues au large on n'a jamais eu de connohTance de ces rochers
imaginaires.

Ds que
river

les

VaifTeaux de France font ar,

Qubec

les

Marchands de

cette

Ville qui ont leur Commis dans les autres Villes, font charger leurs Barques de Mar-

chandifes pour les y tranfporter. Ceux qui font pour leur propre compte aux Trois

Rivires

ou

Monreal defeendent eux-mfaire leur

mes

Qubec pour y
ils

emplette

enfuite

frtent des

Barques pour transS'ils

porter ces effets chez eux.

font les pa-

yements en peleteries; ils ont meilleur marche de ce qu'ils achtent que s'ils payoient en

DE
que
il

L'A

R argent ou en
le

fur les

parce vendeur at un profit confiderable peaux fon retour en France. Or


lettres
,

E R I Q U E. de change

Jl

que toutes ces peaux leur ou des Sauvages, fur lefquelles ils gagnent confderablement. Par exemple qu'un habitant des environs de Qubec porte une douzaine de Martres, cinq ou iix Renards , & autant de Chats Sauvages vendre chez un Marchand, pour avoir du drap , de la toile , des armes, des munitions &c. en change de ces peaux, voila un double profit pour le Marchand ; l'un parce qu'il ne paye ces peaux que la moiti de ce qu'il les vend enfuite en gros aux Commis des VaiiTeaux de la Rochelle
faut remarquer

viennent des habitans

l'autre

par

l'valuation

marchandifes qu'il ce pauvre habitant; aprs cela faut-il s'tonner que la profeffion de ces Ngotiants foit meilleure que tant d'autres qu'on voit dans le monde ? Je vous ai parl dans mes feptime & huitime Lettres du Commerce
particulier
lui
tire

des donne [n payement

exorbitante

qu'on
les
il

fait

de ce pas-l , & fur tout de ceavec les Sauvages, dont on

Caftors

&

les autres Pelleteries

ne me refte plus qu' marquer les marchandifes qui leur font propres , les peaux qu'ils donnent en change avec leur
ainfi

&

jufte Valeur.

Des

fufils

De

la

courts poudre.

&

lgers.

Des baies & du menu plomb. Des haches grandes & petites.
,

Des

7i Des couteaux gaine. Des lames d'pe pour faire des dards. Des chaudires de toutes grandeurs. Des alefnes de Cordonnier. Des hameons de toutes grandeurs. Des batefeu & pierres fufils. Des Capots, de petite Serge bleue. Des chemifes de toile commune de Bretagne,
\

Mmoires
,

'

Des

bas d'eftame courts & gros. Du Tabac de Brefil. Du gros blanc pour des filets. coudre de diverfes couleurs. Du
fil
fil

De

la ficelle
,

ou

fil

rets.

couleur de tuile. Des aiguilles grandes petites. De la Conterie de Venife ou vafade.

Vermillon

&

Quelques fers de flches, mais peu. Quelque peu de favon. Quelques fabres. Mais l'eau de vie eft de bonne vente.

Noms

des

Peaux

qu'ils

donnent en chan-

ge , avec leur valeur.

Des

Mofcovie

Caftors d'Hiver , appelles qui valent la livre ,


des Fermiers

au Magafin
nraux

G4.
1.

io.f

Caftor gras , qui eft celui qui le long poil eft tomb pendant que les Sauvages s'en font fervis Caftor veule , c'eft dire , pris

S-

I-

en Automne.
Caftor fec,

3.

1.

10.

ou

ordinaire.

3.

fi

Caftor

de l'Amrique.
Caftor d'Et
,

73

c'cft dire

pris 3.
I.

en Et.
Caltor blanc n'a point de prix,

non

plus

que

les

Renards
4.
,

bien noirs.

Les Renards Les Renards

argentcz.
ordinaires

I.

bien
2.
1.
I.
I.

conditionnez.

Les Martres ordinaires. Les plus belles. Les peaux de Loutres roufs

4.

1.

&

rafes.

2.

1.

Les Loutres d'Hiver & brunes ou plus. Les Ours noirs, les plus beaux. Les peaux d'Elan fans trepaffcs, c'eft dire

4.

1.

10.

f.

7-

1-

lent la livre

, en vert , vaenviron ,

12.

f.

Celles de Cerfs

la livre

envi8.

ron

Les Peckans Chats fauvages, ou enfans du Diable. Les Loups Marins. ou plus. Les Foutercaux, Founes &
,

1.

1.

1?.

f.

1.1.

15-. f.

Belettes.

10.
6.
5.
1.

f
f. f. f.

Les Rats mufquez.


Leurs Tefticules. Les Loups. 2. Les peaux blanches d'Orignaux,
c'eft dire
,

10.

paffes par les


8.1.
5". 1.

Sauvages , valent Celles de Cerf. Celles de Caribou. Celles de Chevreuil.


T'orne

ou plus. ou plus.

6.1.
3.1.

IL

Au

74

Mmoires
Au refte
,"

remarquer que ces peaux & d'autres fois au , prix o je les mets ; cependant cela ne diffre qu' quelque bagatelle de plus ou 4e moins.
il

fthit

font quelquefois chres

Du Gouvernement ^Canada
T
:

en gnral,
,

ne font pour ainf dire , qu'une mme chofe en Canada, puis que les Gouverneurs Gnraux les plus rufez ont fournis leur autorit
Ecclefiaftique
Militaire
,

*-

Es Gouvernemens Politique
/

Civil

&

celle des Ecclfiaftiques.

Ceux
,

qui n'ont

pas voulu prendre ce parti

s'en font trou-

vez fi mal qu'on les a rappeliez honteu.fement. J'en pourrois citer plufieurs qui pour n'avoir pas voulu adhrer aux fentides Jefuites , jnens de l'Evque n'avoir pas remis leur pouvoir entre les mains

&

&

de ces infaillibles perfonnages ont t destitraitez enfuite tuez de leurs emplois , la Cour comme des tourdis comme Mr. de Frontenac eft un des brouillons. des derniers qui a eu ce fcheux fort , il fe brouilla avec Mr. Duchefoau Intendant de ce Pais -l, qui fe voyant protg du Clerg, infulta de guet pend cet illuftre .Gnral , lequel eut le malheur de fuccomber fous le faix d'une Ligue Ecclefiaftique,

&

&

par
.tre

les refbrts

qu'elle

fit

mouvoir con-

tout principe d'honneur

&

de confeienqui veulent
thefau-

ce.

Les Gouverneurs Gnraux


.profiter

de l'occafion de s'avancer ou de

DE l'AmERI QU E.
thefaurifer, entendent

Jf

deux Mfies par jour

font obligez de fe confefTer une fois en Ils ont des Ecclevingt -quatre heures. faftiques leurs troufTes qui les accomqui font proprement pagnent par tout , Alors les Intenparler leurs Confeillers.

&

&

dans , les Gouverneurs particuliers , & le Confeil Souverain n'oferoient mordre fur leur conduite ; quoi qu'ils en euflnt aller de fujet , par rapport aux malverfations qu'ils font fous la protection des Ecclefiaftiques , qui les mettent l'abri de toutes les aceufations qu'on pourroit faire contre
eux.

Le Gouverneur
vingt mille cus
fes

y comprenant la Gardes & le Gouvernement particulier du Fort outre cela les Fermiers du Caftor mille cus de prfent. lui font encore
:

Gnral de Qubec a d'appointement annuel, paye de la Compagnie de

toutes les autres proD'ailleurs fes vins qu'on lui porte de France ne payent aucun fret ; fans compter qu'il retire pour
vifions
le

&

moins autant d'argent du Pas par fort L'Intendant en a dix -huit faire. mille ; & Dieu fait ce qu'il peut aquemais je ne rr voyes par d'autres veux pas toucher cette corde - l , de peur qu'on ne me mette au nombre de ces mfavoir
:

difans
rit.

qui difent trop fincrement la


tire
fi

V-

L'Evque

fon F.vch , que fi le bont d'y joindre quelques autres Bnfices fitnez en France , ce Prlat feroit aufli maigre chre que cent autres de fon cara&-

peu de revenu de Roi n'avoit eu la

rc

Mmoires
Royaume

de Naples. Le Major de Qubec a lix cens cus par an. Le Gouverneur des trois Rivires en a mille, & celui du Monreal deux mille. Les Capitaines
rc dans le

des Troupes cent vingt livres par mois. Les Lieutenans quatre-vingt-dix livres, lesLieutenans Rformez cinquante, les Sous- Lieutenans quarante , & les Soldats fx fols par jour, monnoye du Pais. Le Peuple a beaucoup de confiance aux Gens d'Eglife en ce Pas-l , comme ailleurs. On y eft dvot en apparence ; car on n'oferoit avoir manqu aux grandes Mefs , ni aux Sermons , fans exeufe lC'eft pourtant durant ce tems-l, gitime. que les Femmes & les Filles fe donnent carrire , dans l'afTurance que les Mres ou les Maris font occupez dans les Eglifcs. On nomme les gens par leur nom la pron dfend fous peine d'excomdication munication la lecture des Romans & des Comdies, aufi-bien que les mafques, les jeux d'Ombre & de Lanfquenet. Les Jefutes & les Recolets s'accordent aufli peu
:

les Moliniftcs & les Janfenifles. Les premiers prtendent que les derniers n'ont aucun droit de confefr. Relifez ma huitime Lettre , & vous verrez le zle indiferet des Ecclefaftiques. Le Gouverneur Gnral a la difpoftion des Emplois mili-

que

taires.

tenanes

donne les Compagnies les Lieules Sous - Lieutenances , qui bon lui femble , fous le bon plaillr de & Majeft ; mais il ne lui eft pas permis de difpofer des Gouvernemens particuliers , des
Il
,.

&

Lieu-

de l'Amrique.

77

Lieutenances de Roi , ni des Majoritez de Places. 11 a de mme le pouvoir d'accorder aux Nobles , comme aux Habitans, des terres & des tablilTemens dans toute l'tendue du Canada ; mais ces concernons fe font conjointement avec l'Intendant. Il peut aufli donner vingt -cinq congez ou perrnifions par an , ceux qu'il juge propos pour aller en trafte chez les Nations Sauvages de ce grand Pais. Il a le droit de fufpendre l'excution des Sentences envers les Criminels ; & par ce retardement il peut aifment obtenir. Meur grce , s'il veut s'intreiTer en faveur de ces malheureux mais il ne fauroir- difpofr de l'argent du Roi , fans le confentement de l'Intendant , qui feul a le pouvoir de le faire fortir des coffres du Thrforier de la Ma:

rine.

Le Gouverneur Gnral ne peut fe difpenfer

de fe fervir des Jefutes pour faire des Traitez avec les Gouverneurs de la Nouvelle Angleterre de la Nouvelle Tork , non plus qu'avec les Iroquois. Je ne fai fi c'efi: par rapport au confeil judicieux de ces bons Prs, qui connoiint parfaitement le Pais

&

&

les vritables intrts

du Roi

ou

c'eft

entendent merveille les Langues de tant de Peuples diffrens , dont les intrts font tout fait oppofez ; ou fi ce n'eft point par la condefeendance & la fomiifion qu'on eft oblig d'avoir pour ces dignes Compagnons du Sau caufe qu'ils

parlent

&

veur.

Les Confeillers qui compofent

le

Confeil

78
feil

Mmoires

Souverain du Canada, ne peuvent vendre , donner , ni laifr leurs Charges leurs Hritiers ou autres, fans le consentement du Roi, quoi qu'elles vaillent moins qu'une fmple Lieutenance d'Infanterie- Ils ont coutume de confulter les Prtres ou les Jefutes lors qu'il s'agit de rendre des Jugemens fur des affaires dlicates ; mais lors qu'il s'agit de quelque caufe qui concerne les intrts de ces bons Prs , s'ils la perdent, il faut que leur droit foit fi mauvais ,.. que
.

le plus fubtl
ie puiflfe lui

&

le plus ruf Jurifconfulte

donner un bon tour. Pluiieurs personnes m'ont afTur que les Jefutes faifoient un grand Commerce de Marchandises tfEurope & de Pelleteries du Canada; mais j'ai de la peine le croire , ou fi cela eft, il faut qu'ils ayent des Correfpondants , des

Commis
auffi fins tre.

&

qu'eux-mmes

des Facteurs auffi fcrets ce qui ne fauroit ,

&

Les Gentilshommes de ce Pas-l ont bien des mefures garder avec les Ecclele mal qu'ils en faftiques , pour le bien peuvent recevoir indirectement,. L'Evque & les Jefuftes ont allez d'afeendant fur l'efprit de la plupart des Gouverneurs Gnraux pour procurer des emplois aux enfans des Nobles qui font dvouez leur trs - humble fervice , ou pour leur obtenir

&

de ces Congez

ma

, dont je vous ai parl dans aufli huitime Lettre. Ils peuvent fortement s'intreficr rtablifiement des filles de ces mmes Nobles , en leur fafent trouver des partis avantageux.

Un

fiin-

de
faire

l'A m

erique.
mnag
,

79
il

fmple Cur doit tre

car

peut

du bien
les

&

du mal aux Gentilshommes,

Seigneuries defqucls ils ne font, pour aini dire , que Millionnaires , n'y ayant point de Cures fixes en Canada , ce qui eft un abus qu'on devroit rformer. Les Officiers doivent auifi tcher d'entretenir

dans

une bonne correfpondance avec


rafh'ques
,

les

Eccle-

fans quoi

il

cft

impoffible qu'ils

puiffent fe fotenir.

que leur conduite

non-feulement mais encore celle de leurs Soldats , en empchant les defordres qu'ils pourvoient faire dans
Il

faut

foit rgulire

leurs Quartiers.

Les Troupes font ordinairement en quarchez les Habitans des Ctes ou Seigneuries de Canada depuis le mois d'Oclobre jufqu' celui de Mai. L'Habitant qui ne fournit fimplement que l'utencile fou
tier
,

Soldat , l'employ ordinairement couper du bois , draciner des fouches , dfricher des terres , ou battre du bled dans les granges durant tout ce tems-l, moyennant dix fols par jour outre fa nourriture. Le Capitaine y trouve auffi fou compte , car pour obliger fes Soldats lui cder la moiti de leur paye , il les contraint de venir trois fois la femaine chez
lui

pour

faire l'exercice.

Or comme

'

les

loignes de quatre ou unes des autres , & qu'une Cte occupe deux ou trois lieues de terrain de front , ils aiment bien mieux s'accorder avec lui , que de faire fi fouyent tant de chemin dans les neiges & dans les

Habitations cinq arpens

font

les

boues.

go

Mmoires
A

boues. Alors volenti non fit injuria , voil le prtexte du Capitaine. l'gard des Soldats qui ont de bons mtiers, il eftaiTur de profiter de leur paye entire en vertu

d'un Cong qu'il leur donne pour aller travailler dans les Villes ou ailleurs. Aurefte, prefque tous les Officiers en gnral fe marient en ce Pas-l, mais Dieu fait les beaux Mariages qu'ils font, en prenant des Filles qui portent en dot onze cus , un Cocq une Poule, un Buf, une Vache, & quelquefois auffi le Veau , comme j'en ai vu plufieurs de qui les Amans , aprs avoir aprs avoir prouv devant ni le fait ,

&

Juges la mauvaife conduite deleurMatref, ont t forcez malgr toute leur rfiftance, moiti figue moiti raifn , par la
les

perfuafion
pilule,

des

Ecclefaftiques

d'avaler

la

en poufant les Filles en queftion. 11 y en a quelques-uns la vrit qui ont trouv de bons Partis , mais ils font rares. Or ce qui fait qu'on fe marie facilement en ce Pas - l , c'eft la difficult de pouvoir converfer avec les perfonnes de l'autre Sexe. Il faut fe dclarer aux Pres & Mres au bout de quatre viftes qu'on fait leurs Filles ; il faut parler d mariage ou cefr tout commerce , finon la mdifance attaque les uns & les autres comme il faut. On ne fauroit voir les Femmes , fans qu'on n'en parle defavantageufement , & qu'on ne traite les Maris de commodes enfin , il faut lire , boire ou dormir , pour pailr le tems en ce Pas-l. Cependant il s'y fait des intrigues , mais c'eft avec autant de
:

D E L'A 8 de circonfpcion qu'en Efpagne, o h vertu des Dames ne confiftequ' favoir bien cacher leur jeu.

MEXIQUE.

propos de Mariage , il faut que je vous conte l'avanture plaifante d'un jeune Capitaine qu'on vouloit marier malgr lui, parce que tous fes camarades l'ctoient. 11 arriva que cet Officier ayant rendu quelques viftes la Fille d'un Confeiller, on voulut le faire expliquer , & mme Mr. de Frontenac , comme parrain de la Demoifelle, qui cft apurement la plus acomplie de fon iecle , fit tout ce qu'il pt au Monde pour engager l'Officier l'poufer. Celui-ci trouvant la table de ce Gouverneur autant fon got que la compagnie de celle qui s'y trouvoit allez fouvent , refoluttpour fe tirer d'affaires, de demander d fems pour y penfer. On lui accorda deux mois , aprs quoi voulant allonger la courroye il en fouhaita encore deux , que l'Evque lui fit donner. Cependant le dernier tant expir au grand regret du Cavalier , qui joubit duplaiirde la bonne chre & de la vue' de ia Demoifelle , fut oblig de fe trouver un grand feftin que Mr. de Nelfon , Gentilhomme Anglais (dont j'ai parl en ma 23. Lettre) voulut donner aux futurs Epoux , au Gouverneur, l'Intendant, Mr. l'Evque, quelques perfonnes de considration ; comme ce gnreux Anglais toit ami du Pre & des Frres de la Demoifelle par des raifous de commerce , il ofFroit mille cus le jour des noces, qui joints mille que l'Evque donnoit, & mille autres qu'el-

& &

T) s

te

8z
le avoit

Mmoire

de fon patrimoine avec feptouhuit mille que Mr. de Frontenac offroit en congez , fans compter un avancement infaillible , faifoient un mariage allez avantageux pour le Cavalier. Le repas tant fini , on le prefl de ligner le contraft , mais il rpondit qu'ayant b quelques rafades d'un vin fumeux , fon efprit n'toit pas allez libre pour juger des conditions qui y toient 4nferes, de forte qu'on fut oblig de remettre la partie au lendemain. Ce retardement fut caufe qu'il garda la chambre jufqu' ce que Mr. de Frontenac , chez qui il avoit accoutum de manger , l'envoya qurir, afin de s'expliquer avec lui fur le champ. Or il n'y avoit point d'apparence de trouver aucun prtexte legitirne , il s'agiflbit de rpondre dfinitivement ce Gouverneur , qui lui parla en termes prcis , lui faifant connotre la bont qu'on avoit eu de lui donner tant de tems pour y penfer ; mais l'Officier lui rpondit en propres termes , que tout homme qui peut tre capable de fe marier aprs y avoir fong quatre mois toit un fou lien Je voi , dit-il, que je le. fuis , l'emprefment que j'ai d'aller l'Eglife avec Mademoifelle /)*** meconvainc de ma folie fi vous avez de l'eftime pour elle , ne permettez pas qu'elle pou^
:

fe

un Cavalier

fi

prompt

faire des extra-

vagances, pour moi je vous dclare, Monteur,, que le peu de raifon.& de jugement libre qui me relient encore me ferviront me confoler de la perte que je fais d'elle le. me repenrir de l'avoir voulu rendre
auffi

83 malheureufe que moi. Ce difcours furprit l'Evque, le Gouverneur l'entendant, gnralement tous les autres Officiers maaufl

de l'Amrique.

&

riez

lefquels cufnt t ravis

que

celui-ci et
,

donn dans le paneau leur exemple tant il eft vrai que Solamen Miferis focios habitijfe doloris. On ne s'atendoit rien moins qu' ce ddit , aufll mal en prit ce pauvre Capitaine reform ; Mr. de Frontenac lui fit une injuftice aflz grande quelque tems aprs, en donnant une Compagnie vacante au neveu de Madame de Pont chartrain , fbn prjudice, malgr les ordres de la Cour, ce qui l'obligea de palTer en France avec moi
en 1692.
fil de ma narration, Canadiens ou Croles font bien faits , robuftes , grands , forts , vigoureux , entreprenans , braves & infatigables, il ne leur manque que la connoiilnce

Pour rprendre

le

vous faurez que

les

des belles Lettres. Ils font prefomptueux remplis d'eux-mmes , s'eftimant au deiTus de toutes les Nations de la Terre , par malheur ils n'ont pas toute la vnration qu'ils devroient avoir pour leurs parens. Le fang de Canada eft fort beau , les femmes y font gnralement belles , les brunes y font rares , les fagcs y font communes ; les pareeufes y font en allez grand nombre; c'eft elles aiment le luxe au dernier point, qui mieux mieux prendra des maris au

&

&

&

&

pige.
11 y auroit de grands abus reformer en Canada. Il faudroit commencer par celui d'empcher les Ecckliaftiques de faire des

vif-

S4
vifites
ils
fi

Mmoires
frquentes chez exigent mal propos
les
la

Habitans, dont connoiiTance des affaires de leurs familles jufqu'au moindre dtail , ce qui peut tre allez fouvcnt contraire au bien de la Socit par des raifons que vous n'ignorez pas. Secondement , dfendre l'Officier de ne pas retenir la paye de fes Soldats; & d'avoir le foin de leur
faire

maniement des armes les Dimanches. Troisimement taxer les Marchandifes un prix afTez raifonnable, pour que le Marchand y trouvt fon compte & fon profit, fanscorcher Quatrimeles Habitans & les Sauvages. ment , dfendre le tranfport de France en
faire
le

Ftes

&

les

des brocards, des galons, & ru, bans d'or ou d'argent , & des dentelles de haut prix. Cinquimement , ordonner aux Gouverneurs Gnraux de ne pas vendre de congez pour aller en traite chez les Sauvages des grands Lacs. Siximement, tablir des Cures fixes. Septimement , former & difeipliner les milices , pour s'en frvir dans l'occafion aufli utilement que des

Canada

troupes.

Huitimement,

tablir les

Manu-

factures de toiles, d'tofes, &c. principale chofe feroit d'empcher

Mais la que les

Gouverneurs
Souverain
,

les Intendans , le Confeil , l'Evque & les Jefutes ne fc partageaient en factions, & ne cabalafTent les uns contre les autres ; car les fuites ne peuvent tre que prjudiciables au frvice du Roi , & au repos public. Aprs cela ce Pas vaudrait la moiti plus que ce qu'il vaut prefent Je

de l'Amrique.

$f

Je fuis furpris qu'au lieu de faire fortir de France les Protejlans qui pafTnt chez nos ennemis , ont cauf tant de dommage au Royaume par l'argent qu'ils ont aport dans leurs Pais , par les Manufactures qu'ils y ont c'tabli , on ne les ait pas envoyez en Canada. Je fuis perfuad que f on leur avoit donn de bonnes afiurances pour la libert de confeience , il y en a quantit qui n'auroient pas fait difficult de s'y tablir. Quelques perfonnes m'ont rpondu ce fujet que le remde et t pire que le mal , puifqu'ils n'auroient pas manqu tt ou tard d'en chaflr les Catholiques par le fecours des Anglais \ mais je leur ai fait entendre que les Grecs les Armniens fujets du Grand Seigneur , quoique de Nation

&

&

&

de Religion diffrente de celles des Turcs, n'ayant prefque jamais implor l'affiftance des Puiflnces trangres pour fe rebeller fecou'r le joug, on avoit plus de raifonde croire que les Huguenots auraient toujours conferv la fidlit d leur Souverain. Quoiqu'il en foit, je parle peu prs comme ce Roi ti Aragon qui f vantoit d'avoir pu donner de bons confeils Dieu pour la fymmetrie & le cours des Aftres s'il et daign le confulter. Je dis auffi que fi le Confeil d'Etat eut fuivi les miens, \a Nouvelle France auroit t dans trente ou quarante ans un Royaume plus beau & plus rlo-

&

riifant

que

plufieurs autres de. l'Europe*

&

86

Mmoires
des Anglois de Franois /'Amrique Septentrionale.

Intrts des

&

la Nouvelle France la NouvelAngleterre ne fubfiftent que par les par le Commerce de pches de Morues , toutes fortes de Pelleteries , il eft de l'intrt de ces deux Colonies , de tcher d'augmenter le nombre des VaiiTeaux qui fervent cette pche , & d'encourager les Sauvages chalTer des Caftors , en leur fourniffant les les munitions dont ils ont befoin. armes Tout le monde fait que la Morue eft d'une grande confomption dans tous les pais Mqu'il y a peu de ridionaux de V Europe , marchandife de plus prompt ni de meilleur bien dbit, fur tout lorfqu'ellc eft bonne conditionne. Ceux qui prtendent que la deftrudion des Iroquos feroit avantageufe aux Colonies de la Nouvelle France , ne connoifnt pas les vritables intrts de ce pas-l, puisque fi cela toit les Sauvages qui font aujourd'hui les amis des Franois feraient alors leurs plus grands ennemis , n'en ayant plus
le

COmme

&

&

&

&

&

craindre d'autres. Ils ne manqueraient pes d'appeller les Anglois , caufe du bon

march de leurs Marchandifes , dont ils font plus d'tat que des ntres enfuite tout le
:

Commerce de
pour nous.
Il

ce grand Pais feroit perdu


l'intrt

feroit

donc de

des Franois
,

que

les Iroquois fulfnt aifoiblis

mais non
pas

de l'Amrique.

87"

pas totalement dfaits ; il eft vrai qu'ils font aujourd'hui trop puiilns , ils gorgent tous les jours nos Sauvages alliez. Leur but eft

de

Nations qu'ils conquelque loignes qu'elles puiffent tre de leur pais. Il faudroit tcher de les rduire la moiti de ce qu'ils font, s'il toit poffible, mais on ne s'y prend pas comme il faut il y a plus de trente ans que leurs anciens ne ceflent de remontrer aux Guerriers des cinq Nations, qu'il eft expdient de fe dfaire de tous les peuples fauvages de Canada , afin de ruiner le Commerce des Franois, & de les chafcr enfuite de ce Continent ; c'eft la raifon qui
faire prir toutes les
,

noiflnt

fait porter la guerre jufqu' quatre ou cinq cens lieues de leur Pas , aprs avoir

leur

dtruit plufieurs

vers lieux

comme

Nations diffrentes en dije vous l'ai dj expli-

qu.
rer les Iroquois dans leur parti

aux Franois d'attide les em, pcher de tourmenter leurs Alliez , & de faire en mme tems avec quatre Nations
Il

feroit allez facile

Iroquoifes

tout

le

commerce

qu'elles font

Anglois de la Nouvelle Tork. Cela fe pourroit aifment excuter, moyennant dix mille cus par an qu'il en coteroit au Roi : voici comment. Il faudroit premirement rtablir au Fort Frontenac les Barques qui y taient autrefois , afin de tranfporter aux Rivires des Tfonontoiians & des Onnontagues les Marchandifes qui leur font propres , ne les leur vendre que ce qu'elles auroient cot en France ; cela n'iroit tout au plus
avec
les

&

qu'

8?

Mmoires"

qu' dix mille cus de tranfport. Sur ce pied-l , je fuis perfuad que les Iroquois ne feroient pas fi fous de porter un feul Caftor chez les Anglais par quatre raifons : la premire , parce qu'au lieu de foixante ou quatre-vint lieues qu'ils feroient obligez

dos la Nouveln'en auroient que fept ou huit faire de leurs Villages jufqu'aux Rives du Lac de Frontenac ; la deuxime qu'tant impoffible aux Anglais de leur donner des

de
le

les tranfporter fur leur


,

Tork

ils

ii bon march , fans y perdre considrablement, il n'y a point de Ngociant qui ne renont ce commerce. La troifime conlifte en la difficult de fubfifter dans le chemin de leurs Villages la Nouvelle Tork , y allant en grand nombre crainte de furprife 7 et j'ai dj dit en plusieurs endroits que les btes fauves man-

Marchandifcs

quent en leurs Pas. La quatrime c'eft qu'en s'cartant de leurs Villages pour aller
fi

loin

ils

expofent leurs

femmes

leurs

enfans

&
,

leurs vieillards
les

ennemis
les tuer

en proye leurs qui pendant ce tems-l peuvent


enlever
Il

ou

comme

il

eft arri-

faudroit outre cela leur faire des prfens toutes les annes , en
fois.

v dj deux

les exhortant lair vivre paiiiblement

nos

Sauvages Alliez , lefquels font allez fotsdc fe faire la guerre entre eux , au lieu de f
liguer contre les Iroquois qui font les Ennemis les plus redoutables qu'ils ayent crain-

dre

en un mot il faudroit mettre en ex; cution. le projet d'entreprife dont je vous ai parl en 1$. Lettre.

ma

C'efi

de l'Amrique.
C'eft

89

de dire que ces Barbares dpendent des Anglais ; cela eft fi peu vrai que quand ils vont troquer leurs pleteries IzNouvelleTork, ils ont l'audace de taxer eux-mmes les Marchnndifes dont ils ont befoin , lorfque les Marchands les veulent vendre trop cher. J'ai dj dit plusieurs fois qu'ils ne les confdrcnt que par raport au befoin qu'ils en ont, qu'ils ne les traitent de frres & d'amis que par cette
fottife

une

feule raifon

&

que

fi

les

Franois leur
les ncefitez

armes & la munition &c. ils n'iroient pas fouvent aux Colonies AngkiVoil une des principales affaires fes.
les

donnoient de la vie ,

meilleur marche

quoi l'on devroit fonger ; car fi cela toit ils fe donneroent bien garde d'infulter nos Sauvages amis & Alliez non plus que nous. Les Gouverneurs Gnraux de Canada dvroient employer les habiles gens du Pas qui connoifTent nos Peuples confderez,

pour les obliger vivre en bonne intelligence , fans fe faire la guerre les uns aux autres ; car la plupart des Nations du Sud
fe dtruifent infenliblement, ce qui fait

un

aux Iroquois. Jl feroit facile d'y mettre ordre en les menaant de ne plus porter de Marchandifes leurs Villages. Il
vrai plaifir

faudroit outre cela

tcher d'engager

deux

ou
les

trois

comme
Puants.

Nations de demeurer enfemble, font les Outaous & les Hurons ou

Sakis
)

&

les

Pouteouatarnis

(appeliez

Si tous ces Peuples

nos confe-

derez toient d'accord que leurs dmlez celfafrent , ils ne s'ocuperoient plus fi ce
n'eft

&

o
'

,.

Me

m ir es
,

n'eft chaiTcr des Caftors


le
ils

ce qui rendroi
';

Commerce
feroient

plus abondant

&
-

d'ailleurs

en tat de fc liguer enfemble lors que les Iroquok fe mettraient en devoir d'attaquer les uns oU les autres. L'intrt des Angloi s eft de leur perfuader que les Franois ne tendent qu' les perdre, qu'ils n'ont autre choie en vue" que de les dtruire lors qu'ils en trouveront Poccafon ; que plus le Canada fe peuplera & plus ils auront iujet de craindre ; qu'ils doivent bien fe garder de faire aucun Commerce avec eux , de peur d'tre trahis

par toutes fortes de voyes ; <5u'il eft de la dernire importance de ne pas fouffrir que le Fort de Frontenac fe rtabliff, non plus
les Barques, puis qu'en vingt-quatre heures on pourroit faire des defcentes au pied de leurs Villages pour enlever leurs , Vieillards, leurs femmes leurs enfans pendant qu'ils feroient occupez faire leurs ChalTes de Caftors durant l'Hiver qu'rt ;

que

&

eft de leur intrt de leur faire la guerre de tems en tems, ravageant les Ctes & les Habitations de la tte du Pas afin d'obliger les Habitans d'abandonner le Pas, & dgoter en mme tems ceux qui au* raient envie de quitter la France pour s'tablir en Canada , & qu'en tems' de Paix il leur eft de confquence d'arrter les Coureurs de bois aux Cataracles de la Rivire des Outaouas pour confifquer les armes & munitions de guerre qu'ils portent aux Sauvages des Lacs.
-,

Il

faudrait aufi

que

les

Anglais engageai
fent

cntrcpriis Dien concertes

& q _ cvua uv i
N&x-

90
le
ils

Me moires
,

i^eft chaflcr des Caftors

ce qui rendrot
';

Commerce

plus abondant

&

d'ailleurs

feroient en tat de fc liguer cnfemble

lors

que les Iroquois fe mettraient en devoir d'attaquer les uns ou les autres. L'intrt des Anglois eft de leur perfuader que les Franois ne tendent qu' les

perdre , qu'ils n'ont autre choie en vue que de les dtruire lors qu'ils en trouveront Poccafon ; que plus le Canada fe peuplera plus ils auront fujet de craindre ; qu'ils doivent bien fe garder de faire aucun Commerce avec eux , de peur d'tre trahis par toutes fortes de voyes ; <ju'il eft de la dernire importance de ne pas foufftir que le Fort de Frontenac fe rtablif, non plus que les Barques, puis qu'en vingt-quatre heures on pourrait faire des defeentes au pied de leurs Villages , pour enlever leurs Vieillards, leurs rmmes leurs enfans

&

&

pendant
eft

qu'ils feroient

occupez

faire leurs
;

Ghafls de Caftors durant l'Hiver

qu'il

de leur intrt de leur faire la guerre de tems en tems , ravageant les Ctes & les Habitations de la tte du Pas afin d'obliger les Habitans d'abandonner le Pas, dgoter en mme tems ceux qui au* roient envie de quitter la France pour s'r tablir en Canada , & qu en tems" de Paix il leur eft de confquence d'arrter les Coureurs de bois aux Catarales de la Rivire des Outaouas pour confifquer les armes & munitions de guerre qu'ils portent aux Sauvages des Lacs.
-,

&

Il

faudrait aufll

que

les

Anglois engageaffent

^otti
'azuvtyc a//anr a la cu/f

2,

J>ay

ys

Sauuaye marte .- yielSrdJi promenant dans le rt/lag*

liunc Saui'aae Je promenarzr

dans

le

fi/Zaye

yiGaae des Jauj-aaes Je

CanaJa.

fauuage jpereant- San enfant- entrejs iras

mai**

ffi

que

les

Anglais engageai
fent

de l'Amrique.
ibnt les Tfonontouans

$x

Goyogoans s'aller tablir vers l'embouchure de la Rivire de Condvx le bord du Lac Erri, & qu'en mme tems ils y conftruifillnt un Fort des Barques longues ou Brigantins , ce pofte feroit le plus avantageux & le plus propre de tous ces Pais- l, par une infinit de raifons que je fuis oblig de taire. Outre ce Fort, ils en devroient faire un autre l'embouchure de la Rivire des Franois , alors il eft confiant qu'il feroit de toute impofibilit aux Coureurs de bois de jamais remettre le pied dans les Lacs. Il eft encore de leur intrt d'attirer leur parti les Sauvages de VAcadie ; ils le peuvent faire avec peu de dpenfe ; ceux de la Nouvelle Angleterre devroient y fonger, auli-bien que de fortifier les Ports o ils pchent les Morues. l'gard des quiperons de Flores pour enlever des Colonies, je ne leur confeillerois pas d'en faire ; car fuppof qu'ils fulTent aire- du fuccs de leurs entreprifes , il n'y a que quelques Places , dont on pourroit dire que le jeu vaules

ou

&

droit la chandelle.
glois

Je conclus & finis en difant que les Ande ces Colonies ne fe donnent pas aflz de mouvement, ils font un peu trop indolents ; les Coureurs de bois Franois
les Cafont plus entreprenants qu'eux , nadiens font affurment plus aclifs plus vigilants. Il faudroit donc que ceux de la Nouvelle Tork tchafnt d'augmenter leur

&

&

Commerce

de Pelleteries

-,

en

faifant des

entreprifes bien concertes

& que ceux de la Nm-

<H

Mmoires

Nouvelle Angleterre s'cfforaiTent rendre la Pche des Morues plus profitable cette Colonie, en s'y prenant de la manire que bien d'autres gens feroient , s'ils toient auffi bien fituez qu'eux. Je ne parle point des Limites de la Nouvelle France & de la Nouvelle Angleterre, puis que jufqu' prfent elles n'ont jamais t bien rgles , quoi qu'il femble qu'en plufeurs Traitez de Paix entre ces deux Roy. urnes, les bornes ayent t comme marques en certains Lieux. Quoi qu'il en foit, la dciion en
eft dlicate

pour un
,

roit parler
faires.

homme qui n'en faufans s'attirer de mchantes af-

Habits 5 Logemens , Comptexion prament des Sauvages.

& tem-

-*-' vif

qui ont dice qui eft cach ; nviw vpa>w* , ce qui eft fabuleux ; i^esH* , ce qu'ils ont eu pour vritable ; fe feroient bien pu pafTer d'crire cent rveries fur l'Origine des Peuples de
,

Es Chronologies Grecs
les

tems en <Mer

&

la

Terre

puis

leur

tant

que l'ufage de l'Ecriture inconnu devant le Sige de

Troye\ il faut qu'ils s'en foient rapportez aux Manufcrits fabuleux des Egyptiens & des Chaldens , gens visionnaires & fuperftiticux. Or fuppofons que ceux-ci foient les Inventeurs' de cette Ecriture, comment
pourra- 1-

on

ajouter

foi tout ce qu'ils

difent

d
4

l'Amrique.
claire*
,

5>3

difent tre arriv avant qu'ils euifent trouv cette invention. Apparemment ils
taient
ni

plus

ni

plus

n'favans
t

forte

Chronologies que les Amenquains , que fur ce pied-l ils auraient

de

fort embarrafz raconter fidlement les Avanturcs les Faits de leurs Anctres. Je fuis maintenant convaincu

&

que

la

gue
de

Tradition eft trop fufpe&e, inconftante, obfcure, incertaine, trompeufe & va,

pour

fe fier elle

J'ai

obligation

aux Sauvages de Canada. qui ignorant ce qui s'eft patte dans leur Pais il y a deux cens ans, me font rvoquer en doute la puret & l'incorruptibilit de la Tradition. Il eft aif de juger, fur ce Principe, que ces pauvres Peuples feyent suffi peu leur Hitfoire & leur Origine , que les Grecs & les Chaldens ont lu la leur. Contentons-nous donc, Monsieur, de croire qu'ils font defeendus comme vous & moi , du bon homme Adam;
Jgnaras

cette ide

Hominum

fafpendunt

Numina

mentes.
J'ai lu quelques Hiloires de Canada que des Religieux ont crit en divers tems. Ils

ont

&

fait quelques deferiptions aiTez (impies exactes des Pas qui leur toient connus. Mais ils fe font groffirement trom-

pez dans le rcit qu'ils font des murs, des manires, &c. des Sauvages. Les Re(lers,

colcts les traitent de gens (tupides , grofrufliqucs , incapables de penfer

&de

rflchir

quoi que ce foit. Les Jefuites tiennent un langage trs-diffrent , car ils
fo-

^4

Mmoires
,

bon fens, de la mmoire , de la vivacit d'efprit mle d'un bon jugement. -Les premiers difent

fotiennent qu'ils ont du

qu'il eft inutile de palier fon tems prcher l'Evangile des gens moins clairez que les Animaux. Les fconds prtendent au contraire, que ces Sauvages fe font un plaifir d'couter la Parole de Dieu , qu'ils entendent l'Ecriture avec beaucoup de facilit. Je fai les raifons qui font parles autres ; elles font ler inf les uns allez connues aux perfonnes qui favent que ces deux Ordres de Religieux ne s'accordent pas trop bien en Canada. J'ai dj vu* tant de Relations pleines d'abfurditez quoi que les Auteurs paflffent pour des Saints, qu' prfent je commence croire -que toute Hiftoire eft un Pyrrhonifme per-

&

&

ptuel. Si je n'avois pas entendu la Langue des Sauvages , j'aurois pu croire tout ce qu'on a crk leur gard , mais depuis que j'ai raifonn avec ces Peuples , je me fuis entirement defabuf , connoifTant que les Recolets & les Jefutes fe font contentez d'effleurer certaines chofes , fans parler de la grande oppofition qu'ils ont trouv de la part de ces Sauvages leur faire entendre les vritez du Chriftianifme. Les uns les autres fe font bien gardez de toucher cette corde-l par de bonnes raifbns. Je vous avertis que je ne parle feulement que des Sauvages de Canada , fans y comprendre ceux qui habitent au del du Fleuve de dont je n'ai pu nnotre les MiJJifipi , murs les manires comme il faut,

&

&

pare

parce que

95 inconnues, & que d'ailleurs, le tems ne m'a pas permis de faire un aiTez long fjour dans
leurs

de l'A m

e r

Langues

q u e. me font

leur Pais,

j'ai dit
la

Voyage de
par
les

dans mon Journal du Rivire Longue , qu'ils taient


,

extrmement
marquer.

polis

il

eft facile

d'en juger

circonftances que vous avez

pu

re-

Ceux

comme
car

qui ont dpeint les Sauvages velus des Ours, n'en avoient jamais vu
,

il ne leur parot ni poil , ni barbe , en nul endroit du corps , non plus qu'aux femmes , qui n'en ont pas mme fous les aiflelles , s'il en faut croire les gens qui doivent le favoir mieux que moi. Ils font gnralement droits , bien faits , de belle

taille

&

Amriquaines

mieux proportionnez pour les que pour les Europens;


,

grands , plus vaillans plus rufez que les autres Peuples mais ; moins agiles moins adroits, tant la guerre qu' la chafl , o ils ne vont

les Iroquois font plus

&

&

mais qu'en grand nombre. Les Ilinois les Onwiamis , les Outagamis & quelques autres Nations font d'une taille mdiocre courant comme des lvriers, s'il m'efl permis de faire cette comparaifon. Les
taouas

ja-

&

Ou-

la plupart des autres

fitnos)

des Clifont des poltrons, laids malfaits. Les Hurons font braves , entreprenans fpirituels , ils reiemblent aux Iroquois de taille & de vifage.

Nord

Sauvages du

( la rferve des Sauteurs

& &

&

Les Sauvages font tous ianguins, &de couleur prefque olivtre , leurs vifages

&

fout

96
taille.

Mmoires
,

que leur de boiteux, de borgnes , de bofTus , d'aveugles , de muets , &c. Us ont les yeux gros & noirs de mme que les cheveux, les dents blanches comme l'yvoire , & l'air qui fort de leur bouche eft aum* pur que celui qu'ils refpirent , quoi qu'ils ne mangent prefque jamais de pain , ce qui prouve qu'on fe trompe en Europe , lors qu'on croit que la viande fans pain rend l'haleine forte. Ils ne font ni fi forts, ni fi vigoureux que la plupart de nos Franois , en ce qui regarde la force du Corps pour porter de grofles charges , ni celles des bras pour lever un fardeau & le charger fur le dos. Mais en rcompenfe, ils font infatigables, endurcis au mal , bravant le froid & le chaud fans en tre incommodez ; tant toujours en exercice, courant de &dd, foit laChail, ou la Pche, toujours danfant, & jouant . de certains jeux de Pelotes, o les jambes
aufli-bien
11 eft

font beaux en gnral

trs-rare d'en voir

font aflz nceflires. Les femmes font de la taille qui pai la mdiocre , belles autant qu'on le puif imaginer, mais fi mal faites, i\ grafts i pefantes , qu'elles ne peuvent tenter que des Sauvages. Elles portent leurs cheveux roulez derrire le dos avec une efpce de ruban , ce rouleau leur pend jufqu' la ceinture ; elles ne les coupent jamais , les lailfant crotre pendant toute leur vie fans y toucher, au lieu que les hommes les coupent tous les mois. Il feroit fouhaiter

&

&

qu'ils fuiviflnt les autres

avis

de St

PW
par

de l'Amrique.

97

par le mme hazard qu'ils fuivent celui-l. Elles font couvertes depuis le co jufqu'au defbus du genouil , croifant leurs jambes lors qu'elles s'afieyent. Les Filles le font pareillement ds le berceau je me fers de ce terme de berceau mal propos , car il
:

n'eft pas

connu parmi

les

Sauvages. Les

de certaines petites planches rembourres de coton , fur lefquelles il femble que leurs Enfans ayent le dos col ; d'ailleurs ils font emmailloter ntre manire , avec des langes fotenus par de petites bandes paiTes dans les trous qu'on fait ct de ces planches. Elles y attachent aum" des cordes pour fufpendrc

Mres

fe fervent

leurs enfans des branches d'arbres

, lors qu'elles ont quelque chofe faire, dans le

au bois. Les Vieillards mariez ont une pice d'toffe qui leur couvre le derrire & la moiti des cuifls par devant , au lieu que les jeunes gens font nuds comme la main. Ils difent que la nudit ne choque la bienfance que par l'ufage , & par l'ide que les Europens ont attach cet tat. Cependant, les uns & les autres portent ngligemment une couverture de peau ou d'carlate fur leur dos , lors qu'ils fortent de leurs Cabanes pour fe promener dans le

tems

qu'elles font

&

les

hommes

Village , ou faire des vifites. Us portent des Capots , flon la faifon , lors" qu'ils vont la guerre ou la chaf , tant pour
le parer

du froid durant l'Hiver moucherons pendant l'Et. Ils

que des

fe fervent

alors de certains Bonnets de la figure

ou de

Tome IL

o8
la

Mmoires

forme d'un Chapeau , & des Souliers de peau d'Elan ou de Cerf, qui leur montent jufqu' mi-jambe. Leurs Villages font forde doubles paliffades d'un bois trs-dur comme la cuifl , de 15-. pieds de hauteur , avec de petits quarrez au milieu des Courtines. Leurs Cabanes ont ordinairement 80. pieds de longueur, if. ou 30. de largeur , & 20. de hauteur. Elles font couvertes d'corce d'Ormeau , ou de bois
tifier

grofls

blanc.

On

voit deux eftrades l'une droit


,

& l'autre gauche de neuf pieds de largeur, & d'un pied d'lvation. Ils font leurs feux entre ces deux eftrades & la fume fort
,

par des ouvertures faites fur le fommet de ces Cabanes. On voit de petits Cabinets

mnagez

lefquels les

long de ces eftrades , dans ou les gens mariez ont coutume de coucher fur de petits lits levez d'un pied tout au plus. Au refte, trois ou quatre familles demeurent dans une mme Cabane. Les Sauvages font fort fains & exemts de quantit de maladies dont nous fommes attaquez en Europe , comme de paralyfie , d'hydropifie , de gote, dephtile, d'afthme , de gravelle & de pierre. Ils font fujets la petite vrole aux pleureiies. Quand un homme meurt l'ge de foixan- 1 te ans, ils difent qu'il eft mort jeune, parce qu'ils vivent ordinairement quatre-vingt jufqu' cent ans, & mme j'en ai vu deux qui alloient beaucoup au del. Cependant, il s'en trouve qui ne pouffent pas ( loin par leur propre faute , car ils s'empoifbnnent
le
filles

&

quel-

de l'Amrique.
quelquefois
ailleurs
11 cette
; ,

comme

99

je

vous l'expliquerai

il

femble

qu'ils fuivent allez bien

occafion les maximes de Zenon des Stociens , qui fotiennent qu'il eft per-

&

mis de
fophes.

fe

donner

la

qu'ils font aufi fous

mort ; d'o je conclus que ces grands Philo-

Murs

& Manires des Sauvtes.

Es Sauvages ne connoifnt ni le tien , ni le mien, car on peut dire que ce qui eft l'un eft l'autre. Lors qu'un Sauvage

n^a pas ruffi la.Chafl des

Caprs,

fcs

Confrres le fecourent fans en tre priez. Si fon fufil fe crev ou fe caf, chacun d'eux s'cmprefie lui en offrir un autre.
Si fes enfans font pris

nemis

on

qu'il en a n'y a que ceux qui font Chrtiens qui , demeurent aux portes de nos Villes , chez qui l'argent foit en ufage. Les autres

ou tuez par les endonne autant d'efclaves befoin pour le faire fubfifter. Il
lui

&

qu'on , , qu'on fe vend , & qu'on fe trahit parmi nous pour de l'argent que ; les Maris vendent leurs Femmes , & les Mres leurs Filles pour ce mtal. Ils trouvent trange que les uns ayent plus de bien que les autres , & que ceux qui en ont le plus foient eftimez davantage que ceux qui en ont le moins. Enfin , ils difent que le titre de Sauvages, dont nous les qualifions
fe diffame
,

ni le manier, ni le voir, l'appellent le Serpent des Franois. Ils difent qu'on fe tue qu'on fe pille
ils

ne veulent

mme

2,

nous

oo

Mmoires

nous conviendroit mieux que celui d'hommes , puis qu'il n'y a rien moins que de l'homme fage dans toutes nos actions. Ceux qui ont t en France m'ont fouvent tourment fur tous les maux qu'ils y ont

vu

faire

&

fur les defordres qui fe

com-

mettent dans nos Villes , pour de l'argent. On a beau leur donner des raifons pour leur faire connotre que la proprit des biens eft utile au maintien de la Socit; ils fe moquent de tout ce qu'on peut dire fur cela. Au refte , ils ne fe querellent, ni ne fe battent , ni ne fe volent , & ne mdifent jamais les uns des autres. Us fe moquent des Sciences & des Arts , ils f raillent de la grande fubordination qu'ils remarquent parmi nous. Us nous traitent d'efclaves, ils difent que nous fommes des mifrables dont la vie ne tient rien , que nous nous dgradons de ntre condition en nous rduifant la fervitude d'un feul homme qui peut tout , qui n'a d'autre loi que fa volont ; que nous nous battons nous querellons incefmment , que les enfans fe moquent de leurs pres , que nous ne fommes jamais d'accord ; que nous nous emprifonnons les uns les autres ; que mme nous nous dtruifons en public. Us s'eftiment au del de tout ce qu'on peut s'imaginer , & allguent pour toute raifon qu'ils font auffi grands matres les uns que les autres , parce que les hommes tant ptris d'un mme limon , il ne doit point y avoir de diftinhon , ni de fubordination entre eux. Us prtendent que leur con-

&

&

&

..

DE L'AMERIQOE.

10*

contentement d'efprit furpafTc de beaucoup nos richefis ; que toutes nos Sciences ne valent pas celle de favor pafler la vie dans une tranquillit parfaite ; qu'un homme n'eft homme chez nous qu'autant qu'il eft riche. Mais que parmi eux, il faut pour tre homme avoir le talent de bien courir, chafTer , pcher , trer un coup de flche de fufil , conduire un Canot , favoir faire la guerre , connoitre les Forts , vivre de peu, conftruire des Cabanes , couper des arbres , & favoir faire cent lieues dans les Bois fans autre guide ni provision que Ils difent encore fon arc & fs flches. que nous fbmmes des trompeurs qui leur vendons de trs - mauvaifes Marchandifes

&

quatre

fois

plus

qu'elles
;

change de leurs Cajlors

ne valent Que nos

en

fufils

crvent tout moment les eftropient, aprs les avoir bien payez. Je voudrois avoir le tems de vous raconter toutes les fottifes qu'ils difent touchant nos manires
,

&

il

y auroit dequoi m'occuper dix ou;


jours.

douze
Ils
li
,

de
le

&

ne mangent que du rti du bouilavalant quantit de bouillons de viande poifbn Us ne peuvent fbuffrir
:

&

ils font got du fel , ni des piceries furpris que nous puiffions vivre trente ans, caufe de nos vins, de nos piceries, &de l'ufage immodr des femmes. Ils dnent ordinairement quarante ou cinquante de compagnie, & quelquefois ils font plus de trois cens. Le prlude eft une danfe de deux heures avant le repas , chacun y chan-

tant

loa

Mmoires
&
eft feul

ceux de fes Anctres, en cette occafion les autres font afls fur le derrire , qui marquent la cadence par un ton de voix h, h, h, h, & chacun fe lev fon tour
tant fes exploits

Celui qui danfe

&

pour faire fa danfe.

Les Guerriers n'entreprennent jamais rien fans la dlibration du Confeil, qui eft com^ pof de tous les Anciens de la Nation, c'eft dire, des Vieillards au deflus de foixante Avant que ce Confeil s'afimble , le ans.
rieur avertit par
tes les rus
les cris qu'il fait
:

dans tou-

du Village

alors ces vieilles

gens accourent certaine Cabane deftine exprs pour cela , o ils s'affeyent fur le derrire en forme de lozange , & aprs qu'on 3 dlibr fur ce qu'il eft propos de faire pour le bien de la Nation, l'Orateur fort les jeunes gens le renferde la Cabane ment au centre d'un Cercle qu'ils compofent ; enfuite ils coutent avec beaucoup

&

d'attention les dlibrations cs Vieillards,

en
Twtet
cet

criant la fin de toutes

les priodes,

'voil
\\ s

qui

eft bien.
,

ont piufieurs fortes de danfs


eft celle
,

la

veltnT principale
compares
la Pyrrhi-

ce Tcve c a~rf les Salva- trs


''
s

du Calumet, les autres font la danfe du Chef la danf de Guerre , } a danfe de Mariage , & la danfe du Sacri-

Elles font diffrentes les unes des au,


:

tant
la

er 'f

"tenant d'une gra*

^ re
,

fauts

pour la cadence que pour les mais il me feroit impolible d'en defeription , par le peu de rapport

qUC
les

vite f.Hgttli re,


unir fi les

ques d'Achille Sauvages j-rijes des Sauvages,

Cadences de certaines Chanftns appelaient Hyporchtma;iques.


les

qnt les Milices Grecpas facile de fales

// ri efi

ont apprifa sks

G recs

tu fi

Us Grecs

tntaf*

de l'Amrique.
que
ve.

103
Celle
plus gralors

ces danfes ont avec les ntres.


eft la

du Calumet
Il
efl:

plus belle
la

&

la

vrai

qu'on ne
,

danfe qu'en

certaines occafons
les

c'eft dire,

que

Etrangers paflnt dans leur Pas , ou que leurs ennemis envoyent des Ambaildeurs pour faire des propositions de Paix. Si c'eft par terre que les uns ou les autres s'approchent du Village , lors qu'ils font prts d'y entrer, ils dputent un des leurs, qui s'avance en criant , qu'il porte le Calumet de Paix ; cependant les autres s'arrtent jufqu' ce qu'on leur crie de venir. Alors quelques'jeunes gens fortent du Village , la porte duquel ils forment un ovale , & les Etrangers s'approchant jufquesl , ils danfent tous la fois en formant un fcond ovale l'entour du porteur de ce Calumet. Cette danfe dure une demi-heure. Enfuite on vient recevoir en c-

rmonie

les

Voyageurs

pour

les

con-

duire au Feftin. Les mmes crmonies s'obfervent envers les trangers qui viennent par eau ; avec cette diffrence qu'ils envoyent un Canot jufqu'au pied du Village , portant le Calumet de Paix la proue en forme de mt , & qu'il en part un du Village pour aller au devant. La danfe de Guerre fe fait en rond , pendant laquelle les Sauvages font affis fur le derrire. Celui qui danfe fe promen en danfant droit & gauche , il chante en mme tems la fes Exploits, & coux de fes Ayeuls. fin de chaque Exploit, il donne un coup de maiuc fur un poteau plant au centre

du

ic>4

Mmoires
,

prs de certains Joueurs qui mefure fur une efpece de timbale. Chacun fe lev fon tour pour chanter la chanfon , c'eft ordinairement lorsqu'ils vont la guerre, ou lorfqu'ils en re-

du Cercle
battent la

viennent.

plus grande paffion des Sauvages, haine implacable qu'ils portent leurs ennemis , c'eft--dire , toutes les Nations avec lefquelles ils font en guerre ouverte. Ils fe piquent auffi beaucoup de valeur, mais cela prs ils font de la dernire indolence fur toutes chofes. L'on peut dire qu'ils s'abandonnent tout--fait leur temprament , que leur Socit eft toute machinale. Us n'ont ni Loix , ni Juges, ni Prtres, ils ont naturellement du penchant pour la gravit , ce qui les rend fort dans leurs circonfpecls dans leurs paroles Ils gardent un certain milieu enactions. Ntre vila mlancolie. tre la gayet il n'y a vacit leur paroit infuportable , que les jeunes gens qui aprouvent nos maeft la

La

&

&

&

&

nires.
J'ai vu fouvent des Sauvages qui revenant de fort loin difoient la famille pour tout compliment , j'arrive , je vous fozthaite tous beaucoup d'honneur. En fuite
ils

fument

leur pipe tranquillement fans in-

terroger,

&

lorsqu'elle eft finie,

ils

difent,

coutez Parens , je viens d'un tel endroit , j'ai

va

telle chofe , &c. Quand on les interroge , leur rponfe eft concife & prefque monofyllabique, moins qu'ils ne foientdans le Confeil , autrement vous les entendez

dire

"^flrme g 'T'as?-

#4

de l'Amrique.
<& valeur.

-iof

dire, Voil qui ejl bien , ff/rf ne"vaut rien , rc/rf f/? admirable , ^Wtf *y2 raisonnable , /< <r/2

Qu'on vienne annoncer


mille
,

un Pre de

fa-

que fes enfans fe font fgnalez contre les ennemis , & qu'ils ont fait plusieurs efclaves , il ne rpondra que par un , voil qui ejl bien, fans s'informer du refte. Qu'on lui dife que fes enfans ont t tuez , il dit d'abord cela ne vaut rien , fans demander

comment

la

chofe eft arrive.

Qu'un Jefuite
Chrils

leur prche les vritez de la Religion

tienne , les Prophties , les Miracles, &c.

le

payeront d'un cela ejl admirable , & rien plus. Qu'un Franois leur parle des Loix du des Royaume, de la juftice, des murs manires des Europens, ils rpteront cent

&

fois

cela

ejl.

raisonnable

de quelque entreprife qui

foit

qu'on leur parle d'importance

ou
que

difficile

excuter

ou qui demande

l'on y faiTe quelques rflexions , ils diront que cela eji de valeur,, fans s'expliquer

plus clairement
La fin

& ils couteront jufqu' , avec une grande attention. Cepenpendant il faut remarquer que lors qu'ils, font avec des Amis fans tmoins , & fur tout dans le tte tte , ils raifonnent avec autant de hardielTe que lors qu'ils font dansle

Confeil.
,

Ce

qui paratra extraordinai-

que n'ayant pas d'tude , & fuivant les pures lumires de la Nature, ils. foient capables malgr leur rufticit , de
re
c'efl

fournir des conversations qui durent fouvent plus de trois heures , lefquelles roulent fur toutes fortes de matires
,

&

dont
ils.

io6
ils

Mmoires

ii bien que Ton ne regrette ja, mais le tems qu'on a paff avec ces Philosophes ruftiques. Lorfqu'on va vifter un Sauvage , on dit en entrant dans fa Cabane , je viens voir un tel. Alors Prs , Mres , Femmes Enfans fortent ou fe tirent quartier vers Tune des extrmitez de la Cabane, qui que ce foit ne vient interrompre la convention ; la coutume de celui qui eft vifit, eft d'offrir boire, manger, ou fumer, comme les compliments ne font pas de mife chez ces Peuples , l'on agit chez eux avec une entire libert. S'il arrive qu'on

fe tirent

&

&

vifte

la

Femme ou

les

Filles

du

mme

Sauvage, on dit en entrant^ viens voir une telle , chacun fe retire de mme , & on demeure feul avec celle qu'on vient voir; aurefte, on ne leur parle jamais d'amourettes durant le jour , comme je l'expliquerai
ailleurs.

Rien ne m'a tant furprisquedevoirl'ifTu des difputes qui furviennent au jeu entre les enfans ils fe difent l'un l'autre de trois ou quatre pas aprs s'tre un peu chaufez tu n'as point d'efprit,tu es mchant , tu as le cur gt. Cependant leurs Camarades qui les renferment comme dans un cercle, coutent tout fans prendre aucun parti jufqu' ce qu'ils reprennent le jeu; que fi par hafard ils veulent en venir aux mains , ils fe divifent en deux troupes , les ramnent leurs Cabanes. Quoi que les Sauvages n'ayent aucune connoifnce de la Gographie non plus que ces
:

&

de l'Amrique.
,

107

font les Cartes du Monde les plus correctes des Pais qu'ils connoifnt , auxquelles il ne manque que les Latitudes les Longitudes des lieux.

des autres Sciences

ils

&

y marquent le vrai Nord flon VEtoile Polaire , les Ports , les Havres , les Riviles Ctes des Lacs, les res, les Anfes
Ils

&

les Bois , les , &c. en comptant les diiances par journes , demi -journes de Guerriers , chaque journe valant cinq lieues. Ils font ces Cartes Chorographiques particulires fur des corces de Bouleau , & toutes les fois que les Anciens tiennent des Confeils de Guerre & de Chaffe , ils ne manquent pas de les conful,

Chemins
,

les

Montagnes
,

Marais

les Prairies

ter.

L'Anne des Outaouas , des Outagamis , des Hurons, des Sauteurs, des Ilinois, des Ournamis, de quelques autres Sauvages, eft compofe de douze mois Lunaires Synodiques , avec cette diffrence qu'au bout de trente Lunes ils en laiffent toujours paf-

&

fer

une fumumeraire
,

qu'ils
ils

appellent la

Lune perdue

continuent leur compte l'ordinaire. Au refte, tous ces mois Lunaires ont des noms qui leur conenfuite
Ils

viennent.

appellent
la

celui

que nous
par-

nommons Mars,

Lune aux Vers ,

ce que ces animaux ont accoutum de fortir dans ce tems-l des creux d'arbre , o ils fe renferment durant l'Hiver. Celui Avril , la Lune aux Plantes , Mai la Lune aux Hirondeles , ainl des autres. Je dis donc qu'au bout de trente mois Lunaires , le

6*

pre-

108
le

Mmoires
fuit
eft
;

furnumeraire & ils ne nous fommes prefent dans la Lune de Mars , que je fuppofe tre le trentime mois Lunaire, par confquent le dernier de cette pO"
premier qui

comptent pas

par exemple

&

que
la

fur ce pfcd-l

celle d'Avril devroit

fuivre

immdiatement

ra la

Lune

cependant ce ; perdue qui pafTera la premi-

re, parce qu'elle eft la trente-unime. Enfuite celle d'Avril entrera on commencera en mme tems le priode de ces trente mois Lunaires Synodiques , qui font environ deux ans demi. ils n'ont point de femaines , ils font obligez de compter depuis le premier jufqu'au vingt- fxime de ces fortes de mois ; ce qui contient juftement cet efpace de tems qui court depuis l'inftant que la Lune com-

&

&

Comme

mence
le foir

fil de fon croifnt fur jufqu' ce qu'aprs avoir fini fon priode elle devient prefque imperceptible au matin , ce qu'on appelle mois d'illumi-

faire voir le

nation.
partis le

Par exemple un Sauvage dira, je premier du mois des Eturgcons

(qui eft celui d'Aot) & je revins le 29. du mois au bled d'Inde , qui eft celui de
Septembre,, enfuite
le dernier je
le

jour fuivant quitoit

me

repofai.

Cependant com-

encore trois jours & demi de Lune morte , pendant lefquels il eft impoffble de la voir , ils leur ont donn le nom de jours nuds. Ils ont auffi peu d'ufage des heures que des femaines, n'ayant jamais eu l'induftrie 4e faire des Horloges ou des fabliers pour

me

il

refte

div-

DE
divifer
le

L'A M E R I Q U E. 109 jour naturel en parties gales,


ces petites

par le

moyen de

forte qu'ils font obligez


artiliciel

machines ; de de rgler le jour

de mme que la nuit par quart, demi quart, moiti, trois quarts, Soleil levant & couchant , Aurore & Vpre. Mais comme ils ont une ide merveilleufe de tout ce qui eft de la porte de leur efprit, ayant acquis la connoiflnce de certaines chofes par une longue exprience par habitude, comme de traverfer des forts de cent lieues

&

de fuivre des pi; d'une bte fur l'herbe & fur les feuilles ; ils connoilnt exactement l'heure du jour & de la nuit, quoique le tems tant couvert, le Soleil & les autres
lles

en droiture fans s'garer


d'un

homme ou

Aftres ne puiffent parotre. J'attribue ce talent une extrme attention qui ne peut tre
naturel qu' des gens auifi peu diftraits qu'ils
le font.
Ils font plus tonnez de voir rduire en pratique quelques petits problmes de Go-

mtrie, que nous ne le ferions de voir changer l'eau, en vin. Ils prenoient mon Gra-

phometre pour un * Efprit , ne concevant * Efprit, c cDi ~ pas qu'on pt connotre fans magie les di- '^" ftances des lieux , fans les mefurer mcaniquement avec des cordes ou des verges. La Longimetrie leur plat incomparableparce ment davantage que l'Altimetrie
,

qu'ils croyent plus ncefire

la largeur d'une d'un arbre, &c. Je me fouviens qu'tant un jour dans le Village des Outaouas MijfiIxmakwac , un efclave porta dans la Ca.-

de connotre Rivire que la hauteur

banc

uo
bane o je

Mmoires
,

me trouvai , une efpce de d'une grofl pice de bois mol dont il qu'il avoit artiftement perce , "prtendoit fe fervir pour conferver de Tous les Sauvages qui vil'eau d'rable. rent ce VailTeau fe prirent raifonner fur fa voucapacit , tenant un pot la main lant pour terminer leur diffrent faire Il n'en porter de l'eau pour le mefurer. falut pas davantage , pour m'oblger de gager contr'eux pour un feftin, quejetrouverois mieux qu'ils ne le pourroient faire, la quantit d'eau que ce VailTeau pouvoit contenir ; de forte que trouvant enfuite flon ma fupputation qu'il en contenoit 248. pots ou environ , j'en fis faire aufTi-tt l'preuve. Ce qui les furprit davantage fut,
muid
fait

&

qu'il

ne s'en

faloit

qu'un ou deux pots que


,

je n'eul rencontr jufte


tins

&

je leur fou-

deux pots qui manquoient s'toient imbibez dans ce bois neuf. Mais ce qui eft de plus plaifant , c'eft qu'ils me prirent tous de leur aprendre la Stromtrie , afin de pouvoir s'en fervir dans le belbin. J'eus beau leur dire qu'il me fetoit impoflble de pouvoir la leur faire comprendre, leur allegant plufieurs raifbns qui auraient convaincu tout autre que des

que

ces

Sauvages,

lis

perfifkrent

fi

fort

me

tour-

menter que les

que

je fus oblig de les perfuader

Jefuites feuls toient

capables d'en

venir bout.

Les Sauvages prfrent les petits Miroirs convexes de deux pouces de Diamtre toute autre forte , parce qu'on y dcouvre

moins

de l'Amrique.
moins diftinclement que
boutons
Je

m
Tous

&

fur les grands, les les tannes qui croiffent au vifage.

fouviens qu'tant MiJJilimakinac un Coureur de bois y porta un Miroir concave aifez grand , lequel par confquent
faitbit parotre les vifages difformes.

me

Sauvages qui virent cette pice de Catoptrique , la trouvrent auffi miraculeufe que les montres rveil , les lanternes magiques , & les pagodes relTort. Ce qui eft de plus plaifant , c'cft qu'il fe trouva dans la foule des Spectateurs une jeune Hurone qui dit en fouriant ce Coureur de bois, que li fon Miroir avoit afz de vertu pour rendre les objets rellement aufi gros qu'il les rcprfentoit , toutes fes camarades lui donneroient en change plus de peaux de Caftors qu'il n'en faudrait pour faire fa forles

tune.

Les Sauvages ont


de de
la
f

la

mmoire du mon-

Ils f refbuviennent plus heureufe. loin que lorfque nos Gouverneurs , ou

leurs Subftituts tiennent Confeil avec eux pour des affaires de Guerre, de Paix ou de qu'ils leur propoent des Commerce ,

&

chofes
f
il

contraires ce qu'on leur a propo-

y a trente ou quarante ans ; ils rles Franois fe dmentent qu'ils changent de fentiment toute heure , qu'il y a tant d'annes qu'ils leur ont

pondent que

pour mieux aiurer dit ceci cela ; leur rponfe ils font apporter les Coliers de Porcelaines qu'on leur a donn dans ce
tems-l.
trats

&

&

Car ce font des efpces de conje


l'ai

(comme

expliqu

dans

ma
fep-

IIX

MEMO'IJlS>

feptieme Lettre ) fans lefquels il eft impoffible de conclurre aucune affaire d'importance avec les Sauvages.

honorent extrmement la Vieillefc, des Confeils de fon Pre qui tremble devant fon ayeuL Ils coutent les
Ils

tel fils fe rit

Vieillards

comme

des Oracles.
qu'il eft

S'il arrive

qu'un Pre dife fon fils fe marie , ou qu'il aille Chaffe ou la Pche , il
quefois
c'eft

tems qu'il Guerre, la lui rpondra quelde valeur, j'y penferai , mais fi
la
,

l'ayeul lui parle


eft

il

dira d'abord
Si par

voil qui

bien , je le ferai.

Sauvage tu des Perdrix , , Canards, ou prend quelque PoilTon dlicat,, il ne manque pas d'en faire prfent fe$
plus vieux pareils* Les Sauvages font des gens fans fbuc, qui ne font que boire, manger, dormir, courir la nuit , dans le tems qu'ils font leurs Villages. Ils n'ont point d'heures rgles pour leur repas \ Us mangent quand ils ont faim , le font ordinairement en bonne compagnie des feftins de del. Les filles les femmes en font de mme entr'elles, fans que les hommes puiffent tre de leur partie. Les femmes efclave* ont le foin de cultiver les Bleds d'Inde &. d'en faire la rcolte ; les hommes efclaves , ont le foin des Chaflcs & des Pches

lmard quelque des Oyes des

&

&

&

&

&

de fatigue , quoique leurs Matres fe donnent aflz fouvent la peine de les aider. Us ont trois fortes de jeux ; celui des Failles eft un jeu dnombres, o celui qui fait, compter, divifer , fouftraire ou multiplier
le

de l'Amrique.
le

"113

mieux par ces pailles , eft afsr de gagner, c'eft purement un jeu d'efprit. Celui des Noyaux eft un jeu de hazard , ils font
noirs d'un ct & blancs de l'autre , on n'y joue qu'avec huit feulement. On les met dans un plat , qu'on pofe terre , aprs avoir Le cte fait fauter ces Noyaux en l'air. noir eft le bon ; le nombre impair gagne & les 8 blancs ou noirs gagnent double , ce qui n'arrive pas fouvent. Le jeu de la

Pelote

eft

un jeu

d'exercice
,

elle eft groi


les

comme
dont
ils

les

deux points

&

raquettes

peu prs faites comme les ntres , la referve que le manche a trois pieds de longueur. Les Sauvages qui y jouent ordinairement trois ou quatre cens la fois , plantent deux piquets cinq ou fx cens pas l'un de l'autre, enfuite ils fe partagent galement en deux troupes,
fe fervent font
ils

min

en l'air moiti chedes deux piques. Alors chaque bande tche de la pouflr jufqu' fon piquet , les uns courent la ble les autres fe tienjettent la Pelote

&

nent droit
fin

&

gauche

l'cat t

porte d'accourir

elle

pour tre , retombera ; en-

ce jeu eft tellement d'exercice, qu'ils s'corchent fe meurtriflnt les jambes trsfouvent avec leurs raquettes pour tcher d'enlever cette ble. Au refte tous ces jeux fe font pour des feftins pour quelques au-

&

&

remarquer , que , ils ne le mettent jamais de leurs parties , auii peut-on dire que l'intrt n'a jamais cauf de divilon
tres bagatelles ;
ils

car

il

faut

comme

hailnt l'argent

eatr'eux.

On

ii4

Mmoires

ne fauroit difconvenir que les Sauvages n'ayent beaucoup d'efprit , & qu'ils
n'entendent parfaitement bien les intrts de leurs Nations. Ils font grands Moralises , fur tout lorfqu'il s'agit de critiquer les arions des Europens, ce qu'ils fe gardent bien de faire en leur prcfence , moins que ce ne foit avec quelques Franois de D'ailleurs ils ont inleurs intimes Amis. crdules obftinez au dernier point , incapables de distinguer une fuppofition chimrique d'un principe allure , ni une confquence bien tire d'une fauile, comme je vai vous l'expliquer dans le chapitre fuivant, qui eft celui de leur croyance , dans lequel vous trouverez, je m'aiure, des choies qui vous furprendront.

On

&

Croyance des Sauvages

&

les obftacles

leur converjon.

TOus
faut

les

Sauvages foutiennent

qu'il

y ait- un Dieu, puifqu'on ne voit rien parmi les chofes matrielles qui fubfifte ncefTairement & par fa propre Nature. Ils prouvent fon Exiftence par la compofition de l'Univers qui fait remonter un Etre fuperieur & tout puifnt; d'o il s'enfuit (difent-ils) que l'homme n'a pas t fait par hazard , & qu'il eft l'ouvrage d'un Principe fuperieur 'en fagelTe
qu'il

en connoiffance, qu'ils appellent

le

& GRand
&
la

Esprit ou
adorent de
la

le

Matre de manire du

la vie

qu'ils

monde

plus

abftrai-

t>e
abftraite.

l'Amrique.
comment
ils

ii?

Voici

s'expliquent

fans dfinition qui puifl contenter. L'Exiftence de Dieu tant infparablement unie avec fon Efnce , il contient tout , il il donparot en tout, il agit en tout, ne le mouvement toutes chofes. Enfin tout ce qu'on contout ce qu'on voit ,

&

&

qui fubfiftant fans borfans corps , ne doit nes , fans limites , point tre reprfent fous la figure d'un Vieillard, ni de quelque autre que ce puiff tre , quelque belle , vafre ou tendue* qu'elle foit. Ce qui fait qu'ils l'adorent en tout ce qui parot au Monde. Cela eft fi vrai que ds qu'ils voyent quelque choie de beau, de curieux ou de furprenant, fur les autres Aftres , ils s'tout le Soleil
oit eft ce
,

Dieu

&

&

crient ainfi

Grand Efprit nous te voyons


,

par tout.

C'eft de cette manire qu'en r-

flechifnt fur les

moindres bagatelles

ils

reconnoiflnt

nom
Vie.

un Etre Crateur fous ce de Grand Efprit , ou de Matre de la

J'oubliois de vous avertir , que les Sauvages coutent tout ce que les Jcfuites leur prchent fans les contredire, ils fe contentent de fe railler entr'eux des Sermons que ces Prs leur font PEglife ; s'il arrive qu'un Sauvage parle cur ouvert quelque Franois , il faut qu'il foit bien perfnad de fa difertion de fon amiti. Je me fuis trouv cinquante fois avec eux trs-embarraif rpondre leurs objections impertinentes , car ils n'en fauroient faire d'autres, par rapport la Religion:

&

&

Je

n6
Je

Mmoires
fuis toujours tir d'affaires

me

vitant prter l'oreille


fuites.

en les inaux paroles des Je-

Venons
talit talit

leur

non pas parce qu'elle eft ; que la deftrution d'un fimplc , Etre dans la nature, ne fe peut faire fans la. fparation de fes parties Ils ne connohTent point ce raifonnement. Ilsdifent feulement que fi l'ame toit mortelle , tous les homune

de l'ame. de l'ame

raifonnement fur l'immorIls croyent tous l'immor-

&

&

mes

feroient galement heureux dans cette

tout vie , puis que Dieu tant tout parfait fage , n'auroit pu crer les uns pour les renIls dre heureux & les autres malheureux. prouvent donc l'immortalit de l'ame par les fcheux accidens o la plupart des hom-: mes font expofez durant cette vie, fur tout les plus honntes gens , lors qu'ils font tuez, efropiez, captifs &c. car ils prtertdent que Dieu veut par une conduite qui ne s'accorde pas avec nos lumires , qu'un certain nombre de Cratures fouffrent en cemonde pour les en ddommager en l'autre, ce qui fait qu'ils ne peuvent fouffrir que les Chrtiens difent qu'un tel a t bien malheureux d'tre tu, brl ou fait efclave ; prtendant que ce que nous croyons malheur, n'eft malheur que dans nos ides, puis que rien ne fe fait par les Dcrets de cet Etre infiniment parfait, dont la conduite
n'efl:

&

ni bizarre ni capricieufe,

comme

ils

prtendent fauiTement que les Chrtiens le publient, qu'au contraire c'efl: un bonheur qui arrive ces gens qui font tuez,.

&

brlez

de l'Amrique.
brlez
,

117

captifs

&c,

C'eft

dommage que

ces pauvres aveugles ne veuillent point fe laifr inftruire ; leur fentiment n'eft pas tout fait contraire la clart de l'Evangile Ils croyent que Dieu pour des raifons impntrables , f fert de la foufFrance de quelques honntes gens pour mani:

fefter

fa

juftice.
,

Nous ne
puis

fau rions
c'eft

les

contredire en cela
points
fer la

que

un des
;

lors qu'ils concluent

du Syftme de ntre Religion mais que nous faifons pafDivinit pour un Etre fantafque &
,

grand tort premire Caufe doit tre aufl la plus fage pour le choix des moyens qui conduisent une fin ; s'il eft donc
capricieux
n'ont-ils pas le plus

du monde

La

vrai

comme

c'eft

un

principe incontesta-

ble de ntre Culte , que Dieu permet la fourfrance des innocens , c'eft nous d'a-

dorer fa Sagefl , non pas de nous ingrer de la contredire. L'un de ces Sauvages raifonnant groffirement , me difoit
,

&

que nous nous


petit trajet

failions

une ide de

Dieu comme d'un


qu'un
te

de

homme qui n'ayant Mer palier prendroit


fix

un dtour de cinq ou
faillie

ne
,

laifla

pas
,

Pourquoi
duire

difoit-il

cens lieues. Cetde m'embarraflr. Dieu qui peut con


le la flicit

aifment les hommes ternelle , en rcompenfant


la

ge

Vertu , ne prend-il pas cette pourquoi mne-t-il un Jufte par le ; chemin de la douleur au but de fa batitude ternelle. C'eft ainfi que ces Sauvages
fe contredifent

Mrite 6c voye abr-

eux-mmes

&

c'e ce qui
fait

ii8
fait

Mmoires
&

voir que Jefus-Chrift ntre Matre , nous enfeigne lui feul des Vritez qui fe fotienqui ne reoivent aucune atteinte de ncnt ,
contradiction.

Voici maintenant une manie fnguliere de qui f rduit ne croire , abfblument que les chofes vifibles & probables. C'eft-l le point principal de leur Reces malheureux

Cependant quand on leur demande comment ils peuvent prouver qu'ils


ligion abftraite.

ont plus de raifon d'adorer Dieu dans le Soleil , que dans un arbre ou une Montagne ; ils rpondent qu'ils choififnt la plus belle chofe qui foit dans la Nature , pour admirer ce Dieu publiquement. Les Jefuites employent toutes fortes de moyens pour leur faire concevoir la confquence du Salut. Us leur expliquent in-

ceflmment l'Ecriture Sainte , & la manire dont la Loi de Jefus-Chrift s'eft tablie dans le Monde ; le changement qu'elle y a apport ; les Prophties ; les RvMiracles ; ces mifrables font de rpondre prcifment aux caractres de Vrit , de Sincrit , & de Divinit qui fe remarquent dans l'Ecritulations
les

&

fort loignez

ils font incrdules au dernier point ; ; tout ce que ces bons Prs en peuvent tirer, fe rduit quelques acquieicemens Sauvages, contraires ce qu'ils penfent;

re

&

par exemple : Quand ils leur prchent l'incarnation de Jefus-Chrift , ils rpondent que cela eft admirable; lors qu'ils leur demandent s'ils veulent fe faire Chrtiens,
ils

rpondent que fejl.de valeur,

c'et di-

re,

d
tres

l'A m e r
,

qu
Et

e.
fi

te, qu'ils penferont cela.

119 nous aula

Europens

les

exhortons d'accourir

en foule l'Eglife pour y entendre role de Dieu , ils difent que cela eji
nable

Pa-

raifoft~

c'eft dire , qu'ils y viendront ; mais , au bout du compte, ce n'eft que pour attraper quelque pipe de Tabac qu'ils s'approchent de ce lieu faint , ou pour fe moquer de ces Prs , comme je vous l'ai dj dit ; car ils ont la mmoire fi heureufe que j'en connois plus de dix, qui favent Mais voyons l'Ecriture Sainte par cur. ce qu'ils difent de la Raifon, eux qui paflnt pour des btes chez nous. Ils fotiennent que l'homme ne doit jamais fe dpouiller des privilges de la Raifon, puis que c'eft la plus noble Facult dont Dieu l'ait enrichi, & que puis que la Religion des Chrtiens n'eft: pas fomif au jugement de cette Raifon , il faut abfolument que Dieu fe foit moqu d'eux en leur enjoignant de la confulter pour difcerner ce qui eft bon d'avec ce qui ne l'eft De l ils fotiennent qu'on ne lui pas. doit impofer aucune Loi , ni la mettre dans la nceffit d'approuver ce qu'elle ne comprend pas ; & qu'enfin ce que nous appelions article de foi eft; un bruvage que la Raifon ne doit pas avaler, de peur de s'enyvrer & de s'carter enfuite de fon chemin , d'autant que par cette prtendue foi on peut tablir le Menfonge aufli-bien que la Vrit. Si l'on entend par l une facilit

croire fans rien approfondir , ils prtendent en fe fervant de ntre Langage Chrtien,

j20
tien
,

Mmoires
qu'ils

peuvent avoir

le

mme droit de

fotenir, en excluant la Raifon, que leurs opinions font des myftres incomprhenfique ce n'eft point nous fonder bls ,

&

de Dieu , qui font trop au deifus de ntre foible porte. On a beau leur remontrer que la Raifon n'a que des lueurs & une lumire trompeufe , qui mne au prcipice ceux qui marchent la faveur de cette fauf clart , & qui s'abandonnent la conduite de
les fecrets

cette infidle
foi

doit lui

On a beau , dis-je , leur reprque l'Ecriture Sainte ne peut rien contenir qui rpugne directement la droiIls fe moquent de toutes ces dte Raifon monftratons , parce qu'ils fuppofent une fi grande contradiction entre l'Ecriture & la Raifon , qu'il leur femble impoflble ( n'senter
:

plique , Matre.

laquelle tant efclave de la fans rcomme un Iroquois captif fou


,

obir aveuglment

&

tant pas convaincus de l'infaillibilit de l'u-

ne par prenne
de foi
difent

les

des

lumires de l'autre) qu'on ne opinions trs-douteufes pour

des vcrirez certaines les tourdit ,

&

videntes.
s'en

Ce mot
,

ils

moquent

ils

des Sicles pafz font faux , fuppofez , changez ou altrez , puis que lesHiftoires de nos jours ont le mme fort. Qu'il faut tre fou pour croire qu'un Etre tout-puifint foit demeur dans l'inles crits

que

action pendant toute une ternit , & qu'il ne fe foit avfe de produire des Cratures que depuis cinq ou fix mille ans , qu'il ait cr Aam pour le faire tenter par un mchant

de l'Amrique.
mchant
rite,

ru
Pomme,

Efprit

manger d'une

qui a cauf tous les malheurs de fa Portepar la tranfmirion prtendue de fon Ils tournent en ridicule le Dialopch. le Serpent , prtendant gue entre Eve que c'eft faire une injure Dieu, de fuppofer qu'il ait fait le miracle de donner

&

Animal dans le de perdre tout le Genre Humain. Qu'enfuite pour l'expiation de ce pch, Dieu pour fatisfaire Dieu , ait fait mourir Dieu ; que fon Incarnation , la honte de fon fupplice , la crainte de la mort l'ignorance de fes Difciples , pour porter la Paix au Monde , font des chofes inoues. D'autant plus que le pch de ce premier Pre a plus fait de mal , que la mort de ce Dieu n'a fait de bien , puis que fa Pomme a perdu tous les Hommes , & que le Sang de Jefus-Chriji n'en a pas fauve la moiti. Que fur l'humanit de ce Dieu les Chrl'ufage de la parole cet delTein

&

une Religion fans principes, au changement des chofes humaines ; qu'enfin cette Religion tant divife & fubdivife en tant de Sectes , comtiens

ont

bti

&

fujette

me

celle des Franois


,

des Anglois

&

des

autres Peuples

il

faut

vrage humain

puis
fa

que ce foit un Ouque fi elle avoit Dieu

pour Auteur

nu

cette diverfit

prvoyance auroit prvede fentimens par des d;

cifions fans ambigut

c'eft dire

que

fi

defeendu du Ciel , l'on n'y trouverait point les obfcuritez, qui font le fujet de la difinfon , que Dieu prvoyant les chofes futures aucette
toit

Loi Evangelique

&

Tomc IL

rok

122
roit parl

Mmoires
en termes
fi

claies

&

fi

prcis,
la

qu'il n'auroit point laifl

de matire

mais fuppof , difent-ils, que cette Loi foit un ouvrage divin ; laquelle de ces Sectes Chrtiennes nous dtermichicane:
nera-t-on
entr'elles
,

puis qu'aprs avoir bien choif

on

court encore rifque de fon

nombre infini de grand article , & qu'ils ont le plus de peine concevoir , c'eft celui de l'incarnation d'un Dieu, ils fe rcrient fur ce que le Verbe Divin a t renferm neuf mois dans les entrailles d'une Femme ; enfuite ils tournent en extravagance, que ce mme Dieu foit venu prendre un Corps de terre en ce monde, pour le porter dans fon Ciel; ils vont encore plus loin, quand ils raillent de l'ingalit de la Volont de Jefus-Chrifi: ils dient qu'tant venu pour mourir , il parot enfuite qu'il ne le veuille
falut par le fuffrage d'un

Chrtiens

Le

pas

&

qu'il craigne la

mort

que

Dieu

&
de

l'homme
prier
,

mme
mme

n'avoient t en lui qu'une Perfonne , il n'auroit pas eu befoin


ni
la

de rien demander ; que quand Nature Divine n'auroit pas t la Dominante , il n'auroit pas d craindre la mort , puis que la perte de la vie temporelle n'eft rien lors qu'on eft allure de
revivre ternellement , qu'ainfi JefusChrifi auroit d courir la mort avec plus de plaifir qu'eux , { lors qu'ils s'empoifon-

&

nent pour aller tenir .compagnie leurs Parens dans le Pais des mes , ) puis qu'il
toit allure

tent Saint

du lieu o il alloit. Ils traiPaul de Vifionnaire, fotenant


qu'il

de l'Amrique.
qu'il fe contredit fans cef
,

123

&

qu'il raifon-

ne pitoyablement ; & de plus , ils fe moquent de la crdulit des premiers Chrtiens

pies

des gens (imprennent occafion de dire que cet Aptre auroit eu bien de la peine perfuader les Peuples de Canada qu'il avoit t ravi jufqu'au troifime Voici un paifage de l'Ecriture qui Ciel. les choque , multi vocati , pauci vero eleci ,
,

qu'ils regardent
;

comme
ils

& fuperftitieux

d'o

c'eft ainf qu'ils s'expliquent Dieu a dit qu'il y en avoit beaucoup d'appellez, mais peu d'lus ; fi Dieu l'a dit , il faut que cela foit, car rien ne peut l'empcher. Or ii de trois hommes il n'y en a qu'un de fauve , & que les deux autres foient
:

damnez

la

condition d'un cerf

eft

pr-

frable celle de l'homme , quand mme le parti feroit gal, c'eft dire, qu'il n'y en auroit qu'un de damn. C'eft l'objeion que le Rat, ce fin & politique Chef des Sauvages, dont je vous ai tant parl,

me
Je

un jour tant la cha avec lui. rpondis , qu'/V falloit tcher d'tre les ce bienheureux lu en fuivant la Loi Prceptes de J efus-ChriJl ; mais ne fe payant
fit

lui

&

pas de cette raifon , eu gard au grand rifque de deux perdus pour un de fauve, par un Dcret immuable , je le renvoyai aux Jefuites , n'ofant pas l'aifurer qu'il ne tenoit qu' lui d'tre lu , car il m'auroit
fait

moins de quartier qu' Saint fur tout l'gard de la Religion (

Paul: o ils

demandent de

la

probabilit

celui
fi

je viens de parler n'toit pas

Fa

dont dpourvu de

1*4
de bon feus
penfer
fur la
,

Mmoires
qu'il ne pt tre capable de bien de faire de bonnes rflexions Religion , mais il toit fi prvenu

&

que

la foi

des Chrtiens
n'ai

eft

contraire la

Raifon, que je
avoir tch
les

pu

plusieurs

convaincre aprs fois de le dlivrer


le

je lui mettois deRvlations de Motfe des autres Prophtes , ce confentement prefque univerfel de toutes les Nations reconnotre Jcfns - Chrifi , le martyre des Difciples des premiers Fidles, la fucceflon perptuelle de nos facrez Oracles, la rune entire de la Rpublique des 'Juifs', la deftruc~Hon de Jrufalem prdite par Nfes prjugez.

de

Quand

vant

yeux

les

&

&

Sauveur ; il me demandoit fi moi) r / Pre ou mon Ayeul avoient vu tous ces/ vnemens , & fi j'tois afz crduKe pour m'imaginer que nos Ecritures fufcnt voyant que les Relations de ., vritables , leurs Pais , crites depuis quatre jours, toient pleines de Fables ; Que la foi dont les Jefuites leur rompoient la tte n'ctoit autre chofe que rerigan (c'eft dire/^rv
tre
l

fuajion)

qu'tre perfuad, c'eft voir de fes

propres yeux une chofe , ou la reconnotre foides ; Que par des preuves claires - ces Pres & moi bien loin de leur faire voir , ou leur prouver la vrit de nos myftres , nous ne failons que leur rpandes obfuritez dans dre des tnbres l'efprit. " Voil jufqu'o va i'enttement de ces Peuples. Del, Monfieur, vous pouvez juger de leur opinitret. Je me flatte que

&

&

ce dtail vous aura diverti fans vous

fcait-

dall-

M4
de bon fcns
penfer
fur la
,

Mmoires
qu'il ne pt tre capable de bea de faire de bonnes rflexions Religion , mais il toit fi prvenu

&

que

la foi

des Chrtiens
n'ai

eft

contraire la

Raifon, que je
avoir
tch
les

pu

pluiieurs

convaincre aprs fois de le dlivrer


le

de

je lui mettois deRvlations de Moife des autres Prophtes , ce confentement prefque univerfel de toutes les Nations reconnotre Jcfus - Chrij , le martyre des des premiers Fidles, la fucDifciples ceflon perptuelle de nos facrez Oracles, la ruine entire de la Rpublique des Juifs', la deftrution de Jrufalem prdite par Nfes prjugez.

Quand

vant

yeux

les

&

&

tre

Sauveur

il

me

demandoit
avoient
j'tois alz

fi

moi>
ces/

Pre ou mon Ayeul


vnemens
.,
,

vu tous

&

fi

crduKe
Aillent

pour m'imaginer que nos Ecritures


vritables
,

Relations de leurs Pa's , crites depuis quatre jours, toient pleines de Fables ; Que la foi dont
les

voyant que


,,

les Jefuitcs leur

rompoient

la tte n'ctoit

autre chofe , que trergan (c'eft dire /><?;> fuajion) qu'tre perfuad, c'eft voir de les

propres yeux une chofe , ou la reconnotre foides ; Que par des preuves claires ces Pres & moi bien loin de leur faire voir , ou leur prouver la yrit de nos myftres , nous ne failions que leur rpandre des tnbres des obfuritez dans l'efprit. " Voil jufqu'o va l'enttement de ces Peuples. Del, Monfieur, vous pouvez juger de leur opinitret. Je me flatte que

&

&

ce dtail vous aura diverti fans vous

feart-

dali-

&>!? ct~m&
'

'

trm-2'

7W? IX

DE L'AMERIQUE.
dalifer.

I2>f

Je vous crois trop ferme & trop inbranlable dans ntre fainte Foi pour que toutes ces impitcz faifent aucune dangereufe imprefon fur vous. Je m'aflure que vous vous joindrez moi pour plaindre le dploAdmirons enrable tat de ces ignorans. mble les profondeurs de la Divine Providence , qui permet que ces Nations ayent tant d'loignement pour nos divines Vritez, profitons de l'avantage dont nous joufons- par defus- elles- fans l'avoir mriEcoutons maintenant, ce que ces mt. mes Sauvages nous reprocheront ds qu'ils fe feront retranchez dans la Morale Ils diront d'abord que les Chrtiens fe mo quent des Prceptes de ce Fils de Dieu, n qu'ils prennent tes dfenfes pour un jeu qu'ils croyent qu'il n'a pas parl f rieufement, puis qu'ils y contreviennent fans cefTe , qu'ils rendent l'adoration qui lui eft due l'argent , aux Caftors l'intrt , murmurant contre fon Ciel contre lui ds que leurs affaires vont mal, qu'ils travaillent les jours confacrez la pit, comme le relie du tems, jouant, fe difant des in s'enyvrant , fe battant jures; Qu'au lieu de foulager leurs Prs ,j de mif ils les lailfent mourir de faim re ; qu'ils fe moquent de leurs con-feils ; qu'ils vont mme jufqu'leur fouhaiterla avec impatience; ,, mort qu'ils attendent qu' la rferve des Jefuites tous les autres courent les nuits de Cabane en Cabane pour dbaucher les Sauvagejfes ; qu'ils fc tuent tous les jours pour des larcins pour F 3. des

&

&

&

&

&

&

n6

Mmoires

des injures, ou pour des femmes ; qu'ils fe pillent & fe volent , fans- aucun gard au fang & l'amiti, toutes les fois qu'ils trouvent l'occafon de le faire impun-

ment ; qu'ils- fe dchirent & fe diffament les uns les autres , par des mdifances atro ces , mentant fans fcrupule ds qu'il s'a git de leur intrt Que ne fe contentant pas du commerce de& filles libres ils dj, bauchent les femmes maries, & que ces femmes adultres font en l'abfence de leurs; ,

,,


de

maris , des enfans dont le pre eft inconnu ; Qu'enfin les Chrtiens, aprs avoir eu allez de docilit pour croire l'humanit de ce Dieu , quoi que ce foit la chofe

du monde la plus contraire la Raifon femblent douter de fes Commandemens & de fes Prceptes, lefquels, quoi que
trs-faints

&

fort raifonnables

ils

trans-

grelTent continuellement.
fini

"

Je n'aurois

jamais

fi j'entreprenois de faire le dtail raifonnemens fauvages ; ainfi je crois qu'il vaut mieux pafr droit aux adorations qu'ils font ordinairement au Kitchi

leurs

Manitou , c'eft dire , Grand Efprit ou Dieu , que de vous fatiguer de cette Philofophie , qui n'ft que trop vraye dans le fond & qui doit faire gmir toutes les bonnes mes perfuades de la Vrit du Chriftianifme,

Adora-

de l'Amrique.
Adorations des Sauvages.

d'entrer en matire il ef bon de remarquer , que les' Sauvages appellent * Gnie ou Efprit , tout ce qui fur- * G(nie fi paTe la capacit de leur entendement , & ZtTt*. dont ils ne peuvent comprendre la caufe. u&t cc* Les Ils en croyent de bons & de mauvais. premiers font l'Efprit des Songes , le Michibichi , dont j'ai parl la table des Animaux; un Quadran Solaire , un Rveil,
J

"
fk

Vant que

'

&

cent autres chofes qui leur paroiflnt inLes derniers font le tonner-^ re , la grle qui tombe fur leurs bleds , un grand orage ; en un mot , tout ce qui leur

concevables

eft prjudiciable,

&dont

ils

ignorent la cau-

fe

ds qu'un fulil eftropie un homme en crevant , ou parce qu'il toit de mchant fer , ou pour l'avoir trop charg , ils di;

mchant Efprit s'y toit renferrmard une branche d'arbre borgne un Chaffeur , c'eft le mchant Efprit qui l'a fait fi quelque coup de vent les furprend lors qu'ils font en Canot au milieu de quelque traverfe dans les Lacs, c'eft le mchant Efprit qui agite l'air (i par un reli de maladie violente quelqu'un perd l'ufage de la Raifon , c'eft le mchant Voil ce qu'ils Efprit qui le tourmente. appellent Matchi Manitous , au nombre
fent

que
ii

le

par

defquels
Il

ils

mettent

aufll

l'or

&

l'argent,

remarquer nanmoins qu'ils parlent de ces Efprits en plaifantant , & peu prs , comme nos Efprits forts fe raillent
eft

F 4

<

des

12,8

Mmoires
&
des Magiciens.
dire

Je ne fauencore une fois qu'il en cft des relations de Canada , comme des Cartes Gographiques de ce Pasl ; c'eft dire , que de bonne foi je n'en ai vu qu'une feule de fidle entre les mains d'un Gentilhomme de Qubec, dont l'impreflion fut enfuite dfendue Paris. , fans des Sorciers
rois

m'empcher de

que j'en fche

la raifon.

Je dis ceci pro-

pos du Diable , dont on prtend que les Sauvages ont la connoiflnce ; j'ai lu cent
crites par des. gens , qui fotiennent que ces Peuples ont des confrences avec lui , qu'ils le consultent qu'ils lui rendent quelque forte
folies fur ce fujet

d'Eglife

&
;,

d'hommage.
ridicules
nifeft

Toutes

ces fuppofitions font

car le Diable ne s'eft jamais

ma-

ces Amriquains.
infinit
l'et

Je

me

fuis inr

de Sauvages , s'il toit jamais vu fous quelque figure d'homme ou d'animal ; j'ai consult fur cela tant d'habiles Jongleurs . qui font des efpces de Charlatans , qui divervrai

form d'une
qu'on

&

tilfent

beaucoup

comme
eft

je l'expliquerai

prfumer avec raifon , que fi le Diable leur toit apparu, ils n'auroient pas manqu de me le dire.
la fuite) qu'il

dans

Ainfi aprs avoir fait tout ce que j'ai pu pour en tre parfaitement clairci ; j'ai jug que ces Ecclefiaftiques n'entendoient pas ce grand mot de Matchi Manitou (qui veut dire mchant Efprit , tant compof de Matchi, qui lignifie mchant, de Manitou, qui veut dire Efprit , ) moins que par le mot de Diable , on n'entende les chofes qui

&

12,8

Mmoires
&
des Magiciens.
dire

Je ne fauencore une fois qu'il en cft des relations de Canada , comme des Cartes Gographiques de ce Pasl ; c'eft dire , que de bonne foi je n'en ai vu qu'une feule de fidle entre les mains d'un Gentilhomme de Qubec, dont l'impreffion fut enfuite dfendue Paris. , lans des Sorciers
rois

m'empcher de

que j'en fche

la raifon.

Je dis ceci pro-

pos du Diable , dont on prtend que les Sauvages ont la connoiflnce ; j'ai lu cent
crites par des. gens , fotiennent que ces Peuples qui , ont des confrences avec lui , qu'ils le conqu'ils lui rendent quelque forte fultent d'hommage. Toutes ces fuppofitions font ridicules car le Diable ne s'eft jamais manifeft ces Amriquains. Je me fuis inform d'une infinit de Sauvages , s'il toit vrai qu'on l'et jamais vu fous quelque fij'ai congure d'homme ou d'animal ; sult fur cela tant d'habiles 'Jongleurs , qui font des efpces de Charlatans , qui diverfolies fur ce fujet

d'Eglifc

&
;,

&

tillnt

beaucoup

comme
eft

je l'expliquerai

prfumer avec raifon , que li le Diable leur toit apparu ils n'auroient pas manqu de me le dire. Ainfi aprs avoir fait tout ce que j'ai pu pour en tre parfaitement clairci ; j'ai jug que ces Ecclefiaftiques n'entendoient pas ce grand mot de Matchi Manitou (qui veut dire mchant Efprit , tant compof de Matchi, qui lignifie mchant, de Manitou, qui veut dire Efprit ,) moins que par le mot de Diable , on n'entende les chofes qui

dans

la fuite) qu'il

&

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L'AKfERlQtJE.

r29

qui leur font nuiiibles, ce qui flon le tour de ntre Langue peut fe rapporter aux ter? inmes de Fatalit, de Mauvais Deftin , non pas ce mchant Efprt fortune ; &c. qu'on reprfente en Europe fous la figure d'un homme longue queue, grandes cornes & avec des griffes. Les Sauvages ne font jamais- de facrifices de Cratures vivantes au Kichi Manitou , c'eft ordinairement des Marchandifes qu'ils trafiquent avec les Franois pour Plufeur-s perfonnes dignes de des Caftors. foi m'ont racont qu'ils en ont brl en un feul jour pour la valeur de cinquante mille cus MiJJilimakinac. Je n'ai jamais vu quoiqu'il en de crmonie fi haut prix Il faut foit , voici le dtail de ce facrifice. que le jour foit clair & ferain , l'Horifon net & le tems calme , alors chaque Sauvage porte fon Oblation fur le Bcher enfuite le Soleil tant fon plus haut degr , les enfans fe rangent autour du Bcher avec des ccorces allumes pour y mettre le feu j les guerriers danfent & chantent l'entour confum, jufqu' ce que tout foit brl pendant que les vieillards font leurs Harangues au Kitchi Manitou en prfentant de tems en tems des pipes de tabac allumes

&

&

&

&

au Soleil. Ces Chanfons, ces Danfes &ces Harangues durent jufqu' ce que le Soleil foit couch , quoiqu'ils prennent pourtant quelque intervalle de relche pour s'aioir & fumer leur aife. Il ne me refte plus qu' raporter ici (avant que de finir ce Chapitre) les propres paroles de F 57

M'O-i-r e s de ces vieux Harangueurs , avec les Chanfons des Guerriers. Grand Efprit Ma tre de nos vies , Grand Efprit Matre des
130
,

Me

chofes vifibles & invifibles Grand Efprit Matre des autres Efprits bons & mau vais commande aux bons d'tre favora bls tes enfans les Outaouas ou &c.
,
,

3,

Commande
d'eux.

aux mchants de s'loigner


la for-

Grand Efprit, conferve

de nos Guerriers pour Con5 , reffter la fureur de nos ennemis. 3, ferve les Vieillards de qui les corps ne pourdon3 , font pas encore tout fait ufex ner des Confeils la JeuneiTe. Confer* ve nos Enfans , augmentes-en le nom3, bre , dlivre-les des mauvais Efprits , & 3, de la main des mchants hommes , afin qu'en ntre vieillefl ils nous fafnt vinous rjouint. Conferve nos vre moiflbns , & les Animaux , (1 tu veux Gar3, que nous ne mourions pas de faim. de nos Villages , & les Chaiurs en leurs Chafls. Dlivre-nous de funefte furpri f pendant que tu cefTes de nous donner la lumire du Soleil qui nous prche ta grandeur & ton pouvoir averti-nous par l'Efprit des fonges de ce qu'il te plait que nous falfions , ou que nous ne raflions
ce
le courage-

&

&

3,

il te plaira que nos vies envoy- nous (dans le grand Pas des mes) o fe trouvent celles de nos Prs , de nos Mres , de nos Fem mes, de nos Enfans, &de nos autres Pa-

pas.

Quand
,

5,

Unifient

,j

rens.

Grand

Efprit
la

Grand

Efprit,
tes

coute la voix de

Nation, coute tous


?)

de l'Amrique.
tes cnfans
,

131

&

fouvien-toi toujours d'eux,

riers fe fervent

termes mmes dont les Guerdans leurs Chanfons , qui durent jufqu'au coucher du Soleil. CouVoici
les

ouvrages font grands ou jour a paru beau Il eft bon , ce Grand Efprit, c'eft lui qui fait tout agir. 11 eft le Matre de tout. Il fe plat nous entendre ; mes frres , prenons courage ; nous vaincrons nos ennemis, nos champs porteront des bleds , nous ferons de gran des Challs , nous nous porterons tous bien, les Vieillards fe rjouiront , leurs Enfans augmenteront, la Nation profpe rera ; mais le Grand Efprit nous aime, fon Soleil s'eft retire, il a vu les Ontaouas ou &c. C'en eft fait ; oui c'en eft fait ; le Grand Efprit eft content , mes frres , pre nons courage. Il faut remarquer que les Femmes lui font aufl des Harangues ordinairement quand le Soleil fe lev, en prsentant leurs Les Guerriers fortent cnfans cet Aftre. aufli du Village lorfqu'il eft prt fe coucher pour danfer la aanfe du Grand Efprit. Cependant il n'y a ni jour , ni tems fixe
ge.
fes
!

rage

le

beau Soleil

Grand Efprit nous donne un f mes frres, prenons coura,


!

Que

que

le

pour

les facrifkes

non

plus

que pour

les

danfts particulires des uns

&

des autres,

F 6

dmonri

i2t

Mmoires
&
Aiariages des Sauvages.

Amours

y auroit mille chofes curieufes dire IL au fujet des Amourettes & du Mariage

de ces Peuples; mais comme cela m'emporteroit trop de tems & que vous pourriez peut-tre vous rebuter d'un dtail trop parti cularif
,

je

me

contenterai d'en raporter

l'entiel.

On

peut dire que les

hommes

indifferens

que

les

filles

font auffi font paflonnes.

Ceux-l n'aiment que la Guerre & la Chaffe, c'eft o ils bornent toute leur Ambition. Cependant lorfqu'ils font chez eux fans occupation ils courent Vallumete c'eft le terme dont ils Te fervent pour dire courir de nuit. Les jeunes gens ne fe marient qu'- l'ge de. trente ans , parce qu'ils prtendent que le commerce des femmes les nerve de telle forte, qu'il n'ont plus la mme force pour effuyer de girofles, fatigues , ou les jarrets af& fci forts pour faire de longues courfes pour courir aprs leurs ennemis ; qu'enfin ceux qui parmi eux ont voulu fe marier ou courir Fallumte un peu trop frquemment, i font fouvent laiffez, prendre par les Iroquois, pour avoir fenti de la foiblefe dans leurs jambes & leur vigueur ralentie. Ce n'eft
, ,
.

pourtant pas dire qu'ils gardent Ta chaftet jufqu* cet ge-l , car ils prtendent que comme une trop grande continence leur caufe des vapeurs, des maux de reins ,& des rtentions d'urine
,

il

eft abfolument ncclTaire

pour

Va porz/ztr

la2umca

32/

&r de/it

jamais

ggs

Mmoires
&
Mariages des Sauvages.

Amours

TL

y auroit mille chofes curieufes dire fujet des Amourettes & du Mariage de ces Peuples; mais comme celam'emporteroit trop de tems & que vous pourriez peut-tre vous rebuter d'un dtail trop particularif , je me contenterai d'en raporter

* au

l'elTentiel.

On

peut dire que les

hommes

indifferens

que

les

filles

font auffi font paiTionntes.

Ceux-l n'aiment que la Guerre & la Chaffe, c'eil o ils bornent toute leur Ambition. Cependant lorfqu'ils font chez eux fans occupation ils courent l.allumte c'eft le terme dont ils Te fervent pour dire courir de nuit. Les jeunes gens ne fe marient qu' l'ge de trente ans , parce qu'ils pre'tendcnt que le commerce des femmes les nerve de telle forte, qu'il n'ont plus la mme force pour elTuyer de gcofs- fatigues, ou les jarrets afiz forts pour faire de longues courfes , & pour courir aprs leurs ennemis ; qu'enfin ceux qui parmi eux ont voulu fc marier ou courir Pallume'te un peu trop frquemment, f font fouvent laiflz prendre par les Iroquois, pour avoir fenti de la foiblcfe dans leurs jambes & leur vigueur ralentie. Ce n'ft
,

pourtant pas dire qu'ils gardent l'a chaftetjufqu' cet ge-l, car ils prtendent que comme une trop grande continence leur caufe des vapeurs , des maux de reins , & des rtentions d'urine , il eft .absolument necifaire pour

J'crm X

J?Ag

J33

Jtiurayc j>riantmattrc//e
mjitr-c/fc

Zbmete

az/ fit-

de /a

fut Co/i/nt- de Zadme~&"C


cctz:

ui ne zurufarrr- x>as 7a*Zmerfre

c/i .'e/tetartaiTtr-

al/usnete

auprs

cStSb /e

courre

Zz yi/S^e ttc/a.

Courenfurc-

Jzwa^e
de

cri

matfre//

c/tant- afs

Jur- /a

j?r.-J

?r/z> ~ i'atarre Zz mr-te'e

acornpayrzc Je jes

/en. //t~

jrarerztrs

poi

de l'Amrique.

i-33

pour l'entretien de la fant de courir Palluvnu une fois toutes les femaincs. Si les Sauvages toient capables de s'afujetir

l'empire

de l'Amour

il

faudroit

qu'ils eulTcnt

une force

d'efprit extraordi-

naire, pour diimuler la jufte jaloule qu'ils pourroient avoir de leurs Matreis ,

&

pour s'empcher en

tems d'infulter leurs rivaux. Je connois mieux le gnie desSauvages qu'une infinit de Franois qui ont paiT toute leur vie avec eux, car j'ai tudi leurs murs avec tant d'exactitude , que toutes leurs manires me font aufli parfaitement connues que i j'a-r C'en; vois pafT toute ma vie avec eux. ce qui me fait dire qu'ils n'ont jamais eu cette forte de fureur aveugle que nous Ils fe contentent d'une appelions amour.
,

mme

qui n'eft point fujette amiti tendre, tous les excs que cette paflon caufe ceux qui en font pofdez , en un mot ils aiment tranquillement qu'on pourroit appeller leur amour une fimple bien-veiils font diferets au del de tout ce lance
:

&

qu'on peut s'imaginer

leur amiti
,

quoi-

que

forte

cft

fans

emportement

veillant

laquelle

toujours fe conferver la libert du cur, ils regardent comme le trefor le D'o plus prcieux qu'il y ait au Monde. je conclus qu'ils ne font pas tout fait fi Sauvages que nous. Les Sauvages ne le querellent ,, ne s'injurient ni ne mdifent jamais de leur prochain , ils font aufli grands Matres les uns juc.ies autres, car tout eft gal entre eux.:

jamais

r e s~ 134 jamais fille ni femme n'a cauf de defordre parmi ces gens-l , les femmes font fages & leurs maris de mme; les filles font folles & les garons font allez fouvent des Il leur eft permis de faifolies avec elles. re ce qu'elles veulent ; les Prs , mares frres , foeurs , &c. n'ont rien- redire fur leur conduite ils difent qu'elles font Matreffes de leurs corps, qu'elles font libres de faire ce qu'elles veulent par le droit de les femmes au contraire ayant cellibert le de quitter les maris quand il leur plat, aimeroient mieux tre mortes que d'avoir commis un adultre. Les maris de mme ayant ce privilge , croiroient paffer pour des infmes s'ils toient infidles leurs :

Mem'oi

poufes.

ne parle jamais de galanterie aux Sauvagejfes durant le jour, car elles ne veulent pas l'couter
;

On

Elles difent que le tems

de
li

la nuit eft le plus

propre; tellement que

par hazard un garon alloit dire de jour une fille, je t'aime plus que la clart du Soleil ( c'eft la phrafe fauvage ) coute que je
te parle, &cc. elle lui diroit quelque fottife en fe retirant. C'eft une rgie gnrale que quand on veut s'attirer l'eftime des
filles, il faut leur parler durant le jour de toute autre matire. On a tant de tte tte qu'on veut avec elles on peut parler de mille avantures qui furviennent tout moment , quoi elles rpondent joliment; leur humeur enjoiie font leur gayet inconcevables , riant alz aifment de
:

&

&

l'air

du monde

le

plus engageant.

Ceft
dans

t.

l'A

me

qu

e.

ijy
Sauvages

dans ces Converfations que

les

s'aperoivent par leurs regards de ce qu'elles ont dans l'ame , &- quoique les fujets

dont on

traite foient indiffcrens

on ne

laif

pas d'agiter une autre matire par le langage des yeux. Ds qu'un jeone homme aprs
avoir rendu deux
treffe

ou

trois viftes fa
l'a

fouponne

qu'elle

regard de

Mabon

il, voici comment il s'y prend pour en Il faut remartre tout fait perfuad. quer que les Sauvages n'ayant ni tien n mien , ni fuperiorit , ni fubordinatiou , vivant dans une efpece d'galit conforme aux fntimens de la Nature , les voleurs les ennemis particuliers ne font pas craindre parmi eux , ce qui fait que leurs Cabanes font toujours ouvertes de nuit de jour ; de plus il faut favoir que deux heures aprs le coucher du Soleil les Vieillards ou les efclaves qui ne couchent jamais dans la Cabane de leurs Matres, ont foin de couvrir les feux avant que de fe retirer ; alors le jeune Sauvage entre bien couvert dans la Cabane de fa belle, bien envelop , allume au feu une efpece d'allumte , puis ouvrant la porte de fbn Cabinet il s'aproche auffi-tt de fon lit , fon allumte , il ii elle foufrle ou teint fe couche auprs d'elle ; mais fi elle s'enfonce dans la couverture , il fe retire. Car c'eft une marque qu'elle ne veut pas le recevoir. Au refte, elles boivent le jus de certaines racines qui les empchent de concevoir , ou qui fait prir leur fruit , car s'il arrivoit qu'ujie fille et fait un enfant,

&

&

&

cils

r" e " ne trouveroit jamais fe marier; ce" qui eft de plus fingulier c'eft qu'elles per>mettent quelques uns de s'aloir fur le pied de leur lit , fimplement pour caufer & qu'une heure aprs un autre furvenant qui foit de leur got , elles n'hfitent point

j^6

Me moi

elle

lui accorder
raifon

les

dernires faveurs.

La

de ceci eft (flon le raport de quelques Sauvages plus rafinez) qu'elles ne^ veulent point dpendre de leurs Amante, tant aux uns & aux autres toute matire de foupon, afin d'en agir comme il- leur
plait.

Les Sawvageffes aiment plus les Franois que les gens de leur propre Nation , parce que ces premiers fc foucient moins de conferver leur vigueur, & que d'ailleurs, ils font afCependant fidus auprs d'une Matrefl.
n'pargnent rien pour traverfer riflr , ils ont de bons Vieillards dans toutes les Cabanes, qui comme de fidles efpions , leur raportent ce qu'ils voyent , ou ce qu'ils entendent. Ceux qui ont le malheur d'tre dcouverts , font nommer publiquement au Gouen chaire, dnoncez l'Evque
les Jefuites
-

ce

commerce ;,& pour y

verneur Gnral , excommuniez comme des Infrateurs- de la Loi;

& &

traitez

Mais

malgr toute l'adrefl & toute l'opofition de ces bons Prs il eft confiant qu'il f paf dans les Villages quantit d'intrigues dont ils n'ont aucune connoiflnce. Au refte, les "Jefuites ne s'avifent jamais de trouver redire au commerce des jeunes Sauvages avec -les
filles; car

ds qu'ils s'ingejnf-

de l'Amrique.
rent de les cenfurer

137
avec la
,

&

de

les traiter

mme
on
leur

libert qu'ils

traittent les Franois

rpond nettement qu'ils fe fchent de ce qu'on veut coucher avec leur Matrefle c'clt la rponfe qu'un Huron ft un
:

jour en pleine Eglife, unjefuite, qui dreflant lui prchoit avec une libert
poftolique contre les courfes

s'a-

A-

no&urnes des

Sauvages. Ces Peuples ne peuvent pas concevoir que les Europens qui s'attribuent beaucoup d'efprit &de capacit, foient aflez aveugles ou ignorans pour ne pas connotre que le Mariage cft pour eux une fource de peine de chagrin. Cet engagement pour la vie leur caule une iurprife dont on ne peut regardent comme ils les faire revenir ; une chofe monftrueufe de fe lier l'un avec l'autre fans efperance de pouvoir jamais rompre ce nud ; enfin de quelques bonnes raifons qu'on puifl les preiTer, ils fe tiennent fermes immobiles dire que nous naiffons dans l'efclavage , & que nous ne mritons pas d'autre fort que celui de la

&

&

fervitude.

Leur Mariage paflroit chez nous jufpour un commerce criminel. Par exemple un Sauvage qui s'eft aquis la rtc titre

putation de brave Guerrier s'tant fignal


plusieurs fois contre les

Ennemis de

la

Naou

tion

voudra

fe

marier par un contrat,,

pour mieux dire par un bail de trente annes, dans l'efperance de fe voir pendant fa Vieillcffe une famille qui le ffl fublfter. Ce brave cherchera une fille ^ui lui convien-

13$
:

Mmoires'
Ceux - ci
n'oferoient y contredire
, ,

vienne enfuite les deux parties tant d'acord elles font part du defTein leurs parens.
il

faut qu'ils y confentent

&

pour

tre t-

moins de la Crmonie , ils s'affemblent dans la Cabane du plus ancien parent o


le feftin fe

trouve prt au jour

fix.

La

ta-

ble eft couverte avec profufion de tout ce qu'il y a de plus exquis, l'Afmble eft or-

dinairement on y danfe
re

nombrcufe.

On

chante

&

l'on s'y divertit la

mani-

du Pais. Aprs la fin du repas des divertiflments , tous les parens du futur poux fe retirent , la rferve des quatre plus vieux enfuite la future poufe fe prfente l'une des portes de cette Cabane accompagne de fes quatre plus vieilles parentes aui-tt le plus dcrpit la vient recevoir , la conduit fon pr: :

&

&

tendu dans un lieu o les deux poufez fe tiennent debout fur une belle natte, tenant une baguette chacun par un bout, pendant qae les Vieillards font de trs-courtes Harangues. Dans cette pofture ces mariez fe haranguent tour tour & danfent enfemble en chantant , & tenant toujours la baguette , laquelle ils rompent enfuite en autant de morceaux, qu'il fe trouve de tmoins pour les leur diftribuer. Cela tant fait , on reconduit la marie hors de la Cabane o les jeunes filles l'attendent pour la remener en crmonie celle de fon Pre, o le mari eft oblig d'aller la trouver quand *l lui plait , jufqu' ce qu'elle
ait

un enfaM

car alors elle

fait

porter fes hardes

de l'Amrique.

139

hardes chez fon poux pour y demeurer jufqu' ce que le Mariage foit rompu.
Il eft permis l'homme & la femme de fe fparer quand il leur plaie. Ordinairement ils s'avertifnt huit jours auparavant , fe donnent des raifons pour fe quitter plus honntement, mais ordinairement, ils ne fe difent autre chofe, fi cem'eft qu'tant malades le repos eft plus convenable leur fant que le Mariage ; alors les petits morceaux de baguette qui ont t diftribuez aux parens des marier, font portez dans la Cabane o la crmonie s'eft faite pour y tre brlez en leur prfence. Il faut remarquer que ces fparations fe font fans

querelle ni contradiction. Les font aui libres que les hommes de Mais le remarier qui bon leur femble. pour l'ordinaire elles attendent trois mois
difpute
,

femmes

6c quelquefois
les

fix

de fcondes noces.
les

avant que de repafr Lorfqu'ils fe fparent

enfans font partagez galement , car enfans font le trfor des Sauvages : f'fenombre eft impair, la femme en a plus que le mari. Quoi que la libert de changer foit entire, on voit des Sauvages qui n'ont ja-

mais eu qu'une mme femme , laquelle ils ont garde pendant toute leur vie. J'ai dj dit qu'ils fe gardent l'un l'autre une fidlit inviolable pendant tout le tems du Mariage ; mais ce qui eft encore de plus difiant , c'eft que d'abord que la femme s'eft dclare groife , les deux conjoints s'abftiennent exactement du droit , & ob-r
fer-

14

Mmoires

fervent exactement la continence jufqu'atf trentime jour aprs l'accouchement. Lors que la femme eft fur le point d'accoucher,

dans une certaine Cabane den> ne cet ufge fes fervantes efclaves l'accompagnent , la fervent & l'aident en tout ce qu'elles peuvent. Au refte , le Sexe i
elle fe retire
;

dlivre

du fardeau

naturel fans le fecours

de Sages-femmes , car les Sauvagejfes mettent leurs enfans au monde avec une facilit que nos Enropenes auroient peine concevoir, & le temps de leurs couches ne durent pas plus de- deux ou trois jours. Elles obfervent une efpece de purification pendant trente jours, fi c'eft un enfant mle , ce quarante fi c'eft une fille; ne retournant la Cabane de leurs Maris , qu'aprs ce terme
expir.

leurs enfans viennent au monde plongent dans l'eau tide jufqu'au menton ; enfuite elles les emmaillotent fur de petites planches rembourres de coton, le long defquelles elles les couchent fur le dos tout du long , comme je l'ai expliqu au Chapitre des Habits , Logemens , Complexion, &c. des Sauvages. Elles nefe fervent quafi jamais de Nourrices , moins qu'elles ne foient incommodes, elles ne fvrent jamais leurs enfans, leur donnant la mammelletout auf long-tems qu'elles ont du lait, dont elles font alfurment trs-bien

Ds que

elles- les

&

fournies.

Les femmes ne trouvent


rier aprs

plus fe

ma-

de

mme

cinquante ans; car les hommes ge difent que ne pouvant plus


avoir

de l'Amrique.
avoir d'enfans,
ils

141

feroient

une

folie

de

les

prendre,

jeunes gens fotiennent de mme que leur beaut fltrie n'a pas afTez de pouvoir pour les charmer dans le rems qu'ils trouvent tant de jeunes filles choiles

&

iu.

Ainii les

hommes

faits,

ne

les

vou-

lant point

pour femmes,

ni les

jeuaes geus

pour MatrefTes , elles font obliges, lors qu'elles font de complexion amoureuf, d'adopter quelque prifonnier de guerre qu'on leur donne, pour s'en fervir dans le prefnt
befoin.
mourir, mois ; & fi pendant ce tems-l celui des deux conjoints qui refte, fonge l'autre deux nuits de fuite pendant le fommeil , alors il s'emla

Le Mari ou

femme
,

venant
fix

le

Veuvage ne dure que

poifonne d'un grand fens froid & avec un chantant mme air tout fait content , d'un ton qu'on peut dire venir du fond du cur ; mais fi le Veuf ou la Veuve ne rve qu'une feule fois au dfunt ou la dfunte, ils difentque PEfprit des Songes n'toit pas bien allure

que
,

le

mort s'ennuyt

dans

le

Pais des mes

puis qu'il n'a fait

que palier fans ofer revenir; & qu'ainf ils ne fe croyent pas obligez d'aller lui tejiir compagnie. Les Sauvages ne font pas fufceptibles de jaloufie , & ne connoilnt point cette pafIls fc moquent l-defifus des Eurofion. pens ; ils appellent une vritable folie la dfiance qu'un homme a de fa femme,

comme
afirez

fi,

(difent-ils)
fragile

ils

n'toient pas
eft

que ce

Animal

dans l'impofbi-

14Z
poflbilit

Mmoires

de garder la foi. Ils ajoutent par un faux raifonnement , que le foupon n'eft qu'un doute , & qu'ainfi de douter de ce qu'on voit, c'eft tre aveugle ou fou, ds que la chofe eft relle & vidente:
te

qu'enfin , il eft impolfible que la contrainla continuit qui fe trouve dans nos

&

Mariages

ou Tapas de

l'or

&

n'obligent une

femme dgote

de l'argent d'un m-

Mari , de fe ragoter en fe divertiflnt avec un autre homme. Je fuis perfuad qu'un Sauvage foufFriroit plutt la mutilation , que d'avoir careff la femme de fon Voifin. Les Sauvagejfes ne font pas d'une chaftet moins aultre. Je ne crois pas qu'en l'efpace de cinquante ans homme ou femme ait fait aucune tentative fur la couche d'autrui. Il eft vrai que les Franois ne pouvant pas distinguer les femmes d'avec les filles, les prenait quelquefois lors qu'ils les trouvent feules la chafle dans le Bois , ou dans le tems qu'elles fe promnent dans leur champ , mais celles qui font maries leur rpondent en ces termes empche de Vami qui eji devant mes yeux

me

te voir.

Les Sauvages portent toujours le nom de leur Mre. Je m'explique par un exemple le Chef de la Nation des Hurons , qui s'appelle Sajlaretfi tant mari avec une fille d'une autre famille Hurone dont il aura plufieurs enfans , le nom de ce Chef s'teint par fa mort , parce que fes enfans ne s'appellent plus que du nom de leur Mre. Comment ell-ce donc que ce nom a
:

fubf-

de l'Amrique.
.(ubfift
..qu'il

143

depuis fept
:

ou

fyuit

fublftera

c'eft

que

la

cens ans , fur de ce Sa-

&

fiaretfi

venant fe marier avec un autre que nous appellerons Adario y , les enrans qui proviendront de ce Mariage s'appelleront Saftaretfi y qui eft le nom de la femme , & non pas Adario qui eft celui du Mari. Quand je leur ai demand la raifon de cette coutume , ils m'ont rpondu que les enfans ayant reu l'ame de la part de leur pre , & le corps de la part de la mre ; il toit raifonnable qu'ils perptuaient le nom maternel. Je leur ai dit cent fois que Dieu feul eft le Crateur des

Sauvage

& qu'il toit plus vrai-femblablc de que c'toit , parce qu'ils toient a frez de la mre, &non pas du pre, mais ils prtendent dcifivement, que cette raifbn eft abfurde , fans en apporter aucune
mes,
croire

preuve.

Lors qu'une femme

a perdu

&
fix

qu'il a d'autres frres qui

fon Mari., ne font pas enla

core mariez, l'un d'eux poufe

Veuve

mois

aprs.

Ils

en

agiilnt

de

mme

avec les furs de leur femme , laquelle venant mourir l'une de fes furs remplit ordinairement fa place ; mais il faut remarquer que cela ne s'obferve qu'entre des Sauvages qui fe piquent d'une plus grande fagefl que les autres. Il y a des Sauvages qui obfervent le Clibat jufqu' la mort , & qui ne vont jamais la guerre
,

ni la chafl
,

parce qu'ils font


;

ou

lunatiques

foit

quoi qu'il on a pour eux autant de confdration

ou incommodez

que pour les plus fains & les plus braves du Pas, & fi l'on en fait quelques railleries , ce n'cft jamais en leur ptfence. L'on trouve parmi les Ilinois quantit # Herration

144

Mmoires

maphrodites ; ils portent l'habit de femme, mais ils font indiffremment ufage des deux

Ces Ilinois ont un malheureux penchant pour la Sodomie , auffi-bien que les autres Sauvages qui habitent aux environs
Sexes.

du Fleuve de

MiJJiJipt.

Voil tout ce que je puis vous apprendre de plus particulier touchant le Mariage les Amours de ces Ame'riquains , qui bien loin de courir toute bride & comme des chevaux chapez dans le Pas de Venus, ce qu'on pourroit juftement reprocher ntre Europe , vont toujours bride en main , tant modrez dans le commerce des femmes, dont ils ne fe fervent que pour la propagation de leurs familles & pour conferver
leur faute.

&

Je vous ai fait remarquer que lors qu'u-' ne fille a eu des enfans , elle ne trouve jamais fe marier , mais je devois ajouter que d'autres filles ne veulent point entendre parler de Mari, par un principe de d-

bauche. Celles-ci s'apellent Ickouene Kiouffa. femme deChajfe, parce qu'elles i divertifTent ordinairement avec desChaffurs , allguant pour raifon qu'elles fe (entent trop indiffrentes pour s'engager dans le lien conjugal , trop ngligentes pour trop impatientes pour lever des enfans, paflr tout l'Hiver dans le Village, voil comment elles colorent leurs drglec'eft dire,

&

&

mens.

D E L V .M E R I QXJ E. 14J mens. Leurs Parens n'oferoient s'ingrer de leur reprocher leur mauvaife conduite ; au contraire , ils paroifnt l'approuver, en difant, comme je crois vous l'avoir dj marqu , que leurs Filles font Matrefls

de leurs corps , qu'elles difpofent de leurs perfonnes , & qu'il leur eft permis de faire tout ce qu'elles jugent propos. Au relie, les enfans de ces publiques font rputez, lgitimes , jount de tous les privilges des enfans de famille ; avec cette diffrence , que les Chefs de Guerre ou de Confeil , ne voudraient jamais les accepter pour Gendres , & qu'ils ne pourraient entrer non plus dans certaines familles anciennes , quoi que d'ailleurs elles ne jouiTent d'aucun droit , ni d'aucune pr-

minence qui leur

foit particulire.

Les

pour arrter le defordre de ces filles dbauches ; ils ne celTent de prcher aux Parens que leur indulgence eft fort defagrable au Grand Efprit, & qu'ils rpondront devant Dieu du peu de foin qu'ils prennent de faire vivre leurs
Jefuites font tous leurs efforts

enfans dans la continence dans la chartet , qu'il y a des feux allumez dans l'autre

&

monde pour
s'ils

les tourmenter ternellement, ne font pas plus foigneux de corriger

le vice.

Les hommes rpondent cela eft admirable, les femmes ont coutume de dire aux bons Prs en fe moquant, que fi leur menace eft bien fonde , il faut que les Mon-

&

tagnes de cet autre monde foient formes de la cendre des mes.


l'orne

IL

Mata*

S4<$

Mmoires
&
Remdes des Sauvages.

Maladies

Es Sauvages font robuftes & vigoureux d'un temprament fanguin , & d'une admirable complexion. Us ne connoiilnt
-*-'

point ce grand nombre de Maladies dont les Europens font accablez , comme Goutte,

Grave Ile, Hydropijie , &c.


fant inaltrable
,

Us font d'u-

quoi qu'ils ne prennent aucune prcaution pour la conferver, quoi qu'ils devroient,ce femble, l'affoiblir par les exercices violents de la Danfe, de la Chall , des Courfes de Guerre , o ils panent dans un mme jour du chaud au froid , & du froid au chaud , ce qui feroit en Europe une caufe de maladie mortelle. Il eft vrai pourtant que quelquefois ils attrapent de bonnes Pleurefies , mais cela

ne

&

&

eft auffi rare qu'il eft

peu ordinaire

qu'ils

en

gurifint lors qu'ils en font attaquez,

car c'eft l'unique maladie contre laquelle tous leurs remdes font inutiles. La petite Vrole eft auffi ordinaire au Nord du Canada, que la grojfe l'eft vers le Midi. La premire de ces deux maladies eft trs-dangereufe en Hiver , par la difficult de la tranfpiration. Cependant , quoi qu'elle foit mortelle , les Sauvages en font peu de cas, qu'ils fe promnent dans le Village de Cabane en Cabane s'ils en ont la force,

iinon ils s'y font porter par leurs efclaves. La maladie Vnrienne eft tout fait comdu Fleuve de mune du ct des llinois Mijfijipi. Je me fouviens qu'tant avec

&

les

de l'Amrique.
les

147

Akanfas que je rencontrai fur ce grand Fleuve la iortie de la Rivire des Mijfouris , ( comme je vous l'ai marqu dans ma feizime Lettre,) je vis un Sauvage qui s'tant dpouill devant moi me fit voir une partie de fon corps tombant en pourriture
;

il

faifoit bouillir

des racines
il

&

lui

ayant

demand

quel ufage,
,

me

rpon-

dit par interprte

qu'il

efproit bien tre

guri au bout d'un mois en buvant le fuc en prenant incefde ces mmes racines de famment de bons bouillons de viande

&

&

poiffon.
fait un terrible ravage chez Peuples du Canada , car le nombre de ceux qui en boivent eft incomparablement plus grand que le nombre de ceux qui ont Cette boilTon qui la force de s'en abftenir. eft meurtrire d'elle-mme , que l'on ne porte pas en ce Pas-l fans l'avoir mixtionne, les confume fi fort qu'il faut en

L'eau de vie

les

&

avoir vu les funeftes effets pour les croire. Elle leur teint la chaleur naturelle les fait prefque tous tomber dans cette langueur qu'on appelle confomption. Vous

&

les

voyez ples

livides

&

affreux

comme

Leurs Feftins qui font de copieux repas o l'on fe fait un mrite de ne rien laifier , leur ruine abfolument l'eftomach. Ils prtendent qu'en buvant beaucoup d'eaux ou de bouillons , la digefion le fait plus aifment chez eux que chez nous autres Europens , qui chargeons ntre eftomach de vin & d'autres liqueurs qui nous produifent des cruditez. Les Sauvages G z
des fquelettes.

14
Ils

Mmoires

vages ne s'tonnent pas de leurs maladies.


craignent beaucoup moins la mort que

douleur du mal & fa dure. Lors qu'ils font malades ils ne prennent que des bouillons, mangent peu, & lorsqu'ils font allez heureux que de pouvoir dormir ils fecroyent
la

m'ont dit vingt fois que lefomfueurs toient capables de gurir l'homme du monde le plus accabl d'infirmfauvez.
Ils

meil

&

les

tez.

Quand

ils

font

fi

fort affoiblis qu'ils

ne

peuvent
danfer
vertir.

fortir

du

lit,

leurs Parens viennent

devant eux , pour les diils ne manquent jamais d'tre viftez par les Jongleurs , dont il eft bon de dire ici deux mots en paint. Jongleur eft une efpce de Mdecin ou, pour mieux dire , de Charlatan, qui s'tant guri d'une maladie dangereufe , eft afez fo pour s'imaginer qu'il eft immortel, & qu'il a la vertu de pouvoir gurir toutes fortes de maux en parlant aux bons aux mauvais Efprits. Or quoi que tout le monde fe raille de ces Jongleurs en leur abfence , qu'on les regarde comme des fous qui ont perdu le bon fens par quelque violente maladie , on ne laif pas de les laiftr approcher des malades , foit pour les divertir par leurs contes, ou pour les faire voir rver, fauter, crier, hurler, des grimaces des contorfions , comme
fe rjouir
refte
,

&

Au

Un

&

&

&

&

s'ils

toient pofledez

&

tout ce tintamarre

fe termine par

demander un Feftin de Cerf ou de groffes Truites pour la Compagnie, qui a le plaifr de la bonne chre & du divertifiment.

Ce

caianc Crtnt-.ett.

ordtwance

c&t

-parents <u mort-

14S

Mmoires

vages ne s'tonnent pas de leurs maladies. Ils craignent beaucoup moins la mort que la douleur du mal & fa dure. Lors qu'ils font malades ils ne prennent que des bouillons , mangent peu, & iors qu'ils font afz heureux que de pouvoir dormir ils fecroyent fauvez. Ils m'ont dit vingt fois que lefommeil & les fueurs toient capables de gurir

l'homme du monde
tez.

le
fi

plus accabl d'inflrmifort affoiblis qu'ils

Quand

ils

font

ne

peuvent
danfer
vertir.

fortir

du

lit,

leurs Parens viennent

devant eux , pour les diils ne manquent jamais d'tre vifitez par les Jongleurs , dont il eft bon de dire ici deux mots en pafTnt. Jongleur eft une efpce de Mdecin ou, pour mieux dire , de Charlatan, qui s'tant guri d'une maladie dangereufe , eft affez fo pour s'imaginer qu'il eft immortel, & qu'il a la vertu de pouvoir gurir toutes fortes de maux en parlant aux bons aux mauvais Efprits. Or quoi que tout le monde fe raille de ces Jongleurs en leur abfence , qu'on les regarde comme des fous qui ont perdu le bon fens par quelque violente maladie , on ne laifl pas de les laifr approcher des malades , foit pour
fe rjour
refte
,

&

Au

Un

&

&

les divertir par leurs

contes , ou pour les voir rver, fauter, crier, hurler, faire des grimaces des contorfions , comme s'ils toient poftedez, tout ce tintamarre fe termine par demander un Feftin de Cerf

&

&

&

ou de
qui a

groffes Truites

plaifir

de

la

pour la Compagnie, bonne chre & du di-

vertifment.

Ce

demi

d?a.tf.

Jf-9

wB&'''-

^HSsV}' garent?

du. rria!jtd<r

fui

dittt/en'C

.^sf=pfes

fruit? ma7z/hreu/j>Jitr /e

repas

du meJecrn et de.Jes
parents du mort-gui
dan/errt~

etc

MIfT
eni~ererrzanr

dun Sauuaa&
Ctmetzere des

t/cZdsdu
fret jlmt/fZ

Sauuaae

*yy r

-Parentes du mort- auz

mt

dan/enf

DE
Ce
mchant

l'A M E R

QU

E.

149

Jongleur vient voir le Malade, l'examine fort foigneufement , en difant , fi le


Efprit eft
:

vte dloger

ici nous Aprs quoi il

le

ferons bien

fe retire feul

dans une petite Tente faite exprs , o il chante & danfc , hurlant comme un Loupgarou , (ce qui a donn lieu aux Jefuites de dire que le Diable parle avec eux. ) Aprs
qu'il a fini fa charlatanerie le
il
,

il

vient fucer
,

Malade en quelque
lui dit

partie

du corps

&

en

tirant

quelques olTelets de fa

bouche , que ces mmes ofielets font for tis de fon corps , qu'il prenne courage, puifque fa maladie eft une bagatelle , & qu'afin d'tre plutt guri il eft exp dient qu'il envoy fes efclaves , & ceux de fes Parens la Chafie aux Elans , aux Cerfs , &c. pour manger de ces fortes de viandes , dont fa gurifon dpend ab folument. Ces mmes Jongleurs leur apportent ordinairement certains jus de Plantes ou de Simples , qui font des efpces de Purgations qu'on appelle Maskikik ; mais les Malades les gardent par complaifance plutt que de les boire, parce qu'ils croyent que les Purgatifs chauffent la malle du fang, & qu'ils
nftbiblifient les veines

&
;

les artres
ils

par

leurs

violentes

fecoufls
fe tenir
le

tent de fe faire

contenbien fuer, de prendre des


fe

bouillons

de
s'ils

bien

chaudement,

de dormir

peuvent , & de boire de l'eau du Lac ou de la Fontaine, auffi-bien durant l'accs des fivres que dans les autres

maux.

Ils

ff

Mmoires

Us ne peuvent comprendre comment nous fbmmes allez, fous pour nous fervir de vomitifs ; car toutes les fois qu'ils voyent des Franois qui ulent de ces remdes violents ils ne fauroient s'empcher de dire que nous avalions un Iroqnois. Us prtendent que cette forte de remde branle toute la machine,

&

qu'il fait faire des efforts terribles

mais ils font ; encore plus furpris de la faigne , parce que difent-ils, le fang tant la mche de la vie, il feroit plus avantageux d'en remettre dans les vaiilaux que de l'en faire fortir , puis que la vie fe difpe quand on en te le principe & la caufe , d'o il fuit ncelTairement qu'en perdant le fang la Nature n'agit plus qu'avec lenteur & foiblefl, que les
toutes les parties internes
entrailles s'chauffent
ties fe
,

que toutes

les par-

ce qui donne lieu toutes les maladies dont les Europens font acdelTchent
,

cabler.

Les Sauvages ne
fans fuer
,

paflcnt jamais huit jours

malades , ou avec cette diffrence que quand ils jouint d'une fant parfaite, ils vont fe jetter l'Et dans la Rivire encore tous humide de fueur , & l'Hiver dans la neige ; au lieu que lors qu'ils font incommodez , ils rentrent chaudement dans leur lit. Cinq ou fix Sauvages fuent aifment dans un lieu deftin cet ufage, lequel endroit eft une efpce de four couvert de nattes & de peaux , &c. On y met au centre une cuelle pleine d'eau de vie brlante , ou de grolis pierres enflammes
foit qu'ils foient
,

qu'ils fe portent bien

ce

ce qui caufe une

E R I Q V E. Ifr grande chaleur qu'en moins de rien on y fu prodigieufement. Au refte , ils ne fe fervent jamais de bains chauds, nonplusquedelavemens, moins qu'ils ne fe laiflnt perfuader par les Jefuites , ou par nos Mdecins d'ufer de ces Remdes. Un Sauvage me difoit un jour de fort bon fens que le bon air , les bonnes eaux & le contentement d'efprii n'empchoient pas la vrit que l'homme ne trouvt la fin de fa vie , mais qu'au moins l'on ne pouvoit pas difeonvenir que cela ne contribut beau-

DE

L*A

fi

coup

leur faire pafr cette

mme vie

fans

aucune incommodit. Il fe moquoit en mme tems de l'impatience des


refentir

Europens , qui veulent tre auf-tt guris prtendant que la crainte que , nous avons de mourir, lors que nous fonv mes attaquez de la moindre fivre , en re* double tellement les accs que cette peur nous tu le plusfouvent, au lieu que fi nous traitions le mal de bagatelle, aufl-bien que la mort , en gardant le lit avec bien du courage & de la patience, fans violenter la Nature par la force de nos Remdes & de nos Drogues , cette bonne Mre ne manquerait pas de nous fbulager & de nous rtablir peu

que malades

peu.

Les Sauvages ne veulent jamais fe fervir de nos Chirurgiens , ni de nos Mdecins. Us fotiennent que tout mlange de Drogues

un poifon qui dtruit la chaleur naqui confume la poitrine. Ils prtendent que les lavemens ne font falutairesefl:

turelle

&

qu'aux

i?i

Mmoires
&

ils en prennent pourtant quelquefois lors que les Franois- fe trouvent leurs Villages. Ils croyent que la diette chauffe le fang , qu'il eft trsdangereux de refufer fon apptit ce qu'il demande , pourvu que les aliments foient de' bon fuc. Us mangent les viandes un peu plus qu' demi cuites , mais pour le poiibn ils le veulent extraordinairement cuit. Ils ne mangent jamais de falade , prtendant que toute herbe crue" fait travailler l'eftomach avec effort. II n'y a ni playe , ni diflocation qu'ils , ne gurifnt avec des Simples des Herbes dont ils connoiilent la proprit ; ce qui eft de fngulier, c'eft que la cangrne

qu'aux Europens,

&

&

ne

fe

met jamais

leurs blefures.

Il

faut pourtant pas attribuer cela ces

ne Her-

bes , ni l'air du Pas , mais plutt leur bonne complexion , parce que cette can-

grne malgr ces mmes Remdes s'introduit dans les playes des Franois , qui fans
contredit font
les
fel

plus difficiles gurir

Sauvages.

Ces Peuples

l'attribuent

que au

que nous mangeons , s'imaginant qu'il caufe de toutes nos maladies , parce qu'ils ne peuvent manger rien de fal fans tre malades mourir , & fans boire continuellement. Us ne peuvent non plus le rfoudre boire de l'eau la glace, preft la

tendant qu'elle

affoiblit

l'eftomach

&

qu'el-

le retarde la digeftion.

Voil

le

jugement

bizarre qu'ils font de toutes chofes par l'enttement qu'ils ont de leurs Coutumes de leurs, manires. On a beau les ailes

&

voir.

db l'Amrique.

i-j-g

voir lors qu'ils font l'extrmit pour les exhorter le taire faigner , ou prendre quelque purgation , ils rpondent qu'ils ne fouffrent pas jufqu'au point de pouvoir fe rfoudre d'avancer leur mort par les remdes des Franois , lefquels remdes ils croyent, difent-ils
,

auffi

mchans que ceux qui les doneft

nent.

Ds qu'un Sauvnge
le plus

mort on

l'habille

proprement qu'il cft polhble , & les efclaves de fes Parents le viennent pleurer. Ni mres , ni feeurs , ni frres , n'en paroiffent nullement affligez , ils dirent qu'il eft bienheureux de ne plus fouffrir , car ces bonnes gens croyent , & ce n'eit pas o ils fe trompent, que la mort eft un paffage une meilleure vie. Ds que le mort eft habill , on l'aflled fur une natte de la mme manire que s'il toit vivant ; fes parens s'afeyant autour de lui, chacun lui fait une Harangue fon tour o on lui raconte tous fes Exploits & ceux de fes Anctres ; l'Orateur qui parle le dernier s'explique en ces termes Un tel , te voil ajjis avec nous , tu as la mme figure que
:

nous , jambes.

il

ne te manque ni bras

ni tte

Cependant , tu ceffes d'tre , tu commences t^ vaporer comme la fume de cette pipe. Qui ejl-ce qui nous par loi t il y a deux jours? ce n'ejl pas toi , car tu nous parlerais encore , il faut donc que ce fait ton ame qui ejl prfent dans le %r~an Pais des mes avec celles de notre Nation, l'on corps que nous voyons ici , fera dans fix mais ce qu'il
toit il

&

ni

y a deux

cens ans.

"Tu ne fens rien,

tfi

1^4

Mmoires
& &

tu ne vois rien, farce tu ne connois rien, que tu n'es rien. Cependant , par l'amiti que nous portions ton corps lors que Vejprit t'animoit , nous te donnons des marques de la vnration dm a nos frres nos amis. Ds que les Harangues font finies , les parens forcent pour faire place aux parentes, qui lui Font les mmes complimens, enfuite on l'enferme vingt heures dans la Cabane des Morts , pendant ce tems-l on des fltins qui ne paroiffait des danfes Les vingt fent rien moins que lugubres. heures tant expires, fes efclaves le portent fur leur dps jufqu'au lieu o on le met fur des piquets de dix pieds de hauteur , enfveli dans un double cercueil d'corce, dans lequel on a eu la prcaution de mettre fes armes , des pipes , du Tabac du bled d'Inde. Pendant que ces efclales paves portent le cadavre , les parens rentes danfent en l'accompagnant , d'autres efclaves fe chargent du bagage , dont le transles parens font prefent au mort , Les Sauvages de portent fur fon cercueil. la Rivire Longue brlent les corps , com-

&

&

&

& &

&

me je
y en

l'ai

dit ailleurs;

&mme

ils

les

con-

fervent dans des


ait

1*1

Caveaux jufqu' ce qu'il afz grand nombre pour les.

brler tous enfemble , ce qui fe fait hors du Village dans un lieu deftin pour cette

crmonie.

Au refte

les

Sauvages ne con-

noiffent point de deuil,

& ne parlent jamais

des morts en particulier , c'eft dire , les nommant par leur nom; ils fe moquent de nous , lois qu'ils nous entendent raconter le
fors

'Suj'ay.

litre

-flj

~"

1^4

Mmoires
&
&

tu ne vois rien , pare tu ne connais rien , que tu n'es rien. Cependant , par l'amiti que nous portions ton corps lors que Vesprit fai~ moit , nous te donnons des marques de la ve'ne'ration due nos frres nos amis. Ds que les Harangues font finies , les parens fortent pour faire place aux parentes, qui lui font les mmes complimens, enfuite on l'enferme vingt heures dans la Cabane des Morts , pendant ce tems-l on des feftins qui ne paroif"fait des danfes Les vingt lent rien moins que lugubres. heures tant expires, fes efclaves le portent fur leur dos jufqu'au lieu o on le met fur des piquets de dix pieds de hauteur, enfveli dans un double cercueil d'corce, dans lequel on a eu la prcaution de mettre fes armes , des pipes , du Tabac du bled d'Inde. Pendant que ces efclaves portent le cadavre , les parens les parentes danfent en l'accompagnant , d'autres efclaves fe chargent du bagage , dont le transles parens font prefent au mort , Les Sauvages de portent fur fon cercueil. la Rivire Longue brlent les corps, com-

&

&

&

& &

&

me je
y en

l'ai dit

ailleurs;

&mme

ils

les

con-

fervent dans des


ait

1*1

Caveaux jufqu' ce qu'il allez grand nombre pour les.

brler tous enfemble , ce qui fe fait hors du Village dans un lieu deftin pour cette

crmonie.

Au refte

les

Sauvages ne con,

noifTent point de deuil,

& ne parlent jamais


c'eft dire
ils
,

des morts en particulier nommant par leur nom;

les

fe

moquent de
le

nous ,

lors qu'ils

nous entendent raconter

fors

Zemz

J>*JJS?-

M' E R I Q tJ E, I) E I ff L' nos Parens , de nos Rois & de nos Gnraux, &c. Ds qu'un Sauvage cft mort , fes efclaves f marient avec d'autres femmes efclaves; &ils font cabane enfemble tant alors libres, c'eft dire , n'ayant plus de Matre iervir. Les enfans qui proviennent de ces Mariages font adoptez & rputez enfans de la Nation , parce qu'ils font nez dans le Village & dans le Pas ; & qu'ils
fort de

ne doivent pas

difent

- ils

porter le mal-

heur de leurs pres , ni venir au monde dans l'efclavage, puis qu'ils n'ont certainement contribu en rien leur cration. Ces mmes efclaves ont le foin d'aller tous les jours en recoimoiffance de leur libert au pied du cercueil de leur Matre pour leur offrir quelque pipe de Tabac. Mais
puis
je ni

que vous

je fuis fur le chapitre


dirai

du Tabac,

que

les
ils

prefque tous, mais

Sauvages fument n'en prennent jamais

en poudre , ni en machicatoire. Ils en fment & ils en recueuillent en quantit y mais il eft diffrent' de celui d'Europe , quoi que les premires femences foient venues de YAmrique : Et comme il ne vaut prefque rien, ils font obligez d'acheter de celui du> Brez.il qu'ils mlent avec une certaine feuille d'une odeur agrable, qu'on appelle Sagakomi.
Je n'ai plus rien dire fur cette matire, croyant vous avoir donn une connoilnce fuffifante de leurs Maladies & de leurs-

Remdes , qui font mon gr aufl fauvages qu'eux-mmes ; quoi qu'il en foit , ilsG. 6

n&

E M O.I R SIf6 ne meurent gures que de pleurefes pous les autres maladies, ils en rechapent avec le plus grand hazard du monde , car la referve du courage & de la patience qu'ils ont au del de tout ce qu'on peut s'imaginer ils font tout ce qu'il faut faire pour le crever, mangeant, buvant avec de groiTes fivres , & fumant la fin de l'accs de ce Tabac de Brezil , dont je vous ai parl, qui
:

fans contredit ef; le plus fort de tous ceux qui nous font connus. Les femmes font fujettesli, comme.ailleurs, aux indifpofitions naturelles dont m-

meurent quelquefois ; il eft vrai un remde admirable contre les fuites fcheufes de cette incommodit , c'etl un certain brvage , mais qui ne peut oprer , moins, qu'elles ne s'abiennent de
elles

me

qu'elles ont

tout excs

quoi

elles fe rfolvent fort

Quelques Chirurgiens Franois m'ont allure que les Europenes perdoient deux fois plus & beaucoup plus longtems que les Sauvageffes , celles-ci n'tant incommodes tout au plus que deux jours. L'autre incommodit qu'elles ont ai foudifficilement.
.

vent , eft la trop grande quantit de lait mais pour en tre foulages elles fe font tetter par de petits Chiens

CbaJJi

DE i'Am'eii.qve.
'

IJTi

ChaJJe des S.anvages.

parl de la ChalTe des Orignaux & de quelques autres Animaux de Canada dans onzime Lettres, ce qui mes dixime

J'Ai

&

que je ne m'arrterai proprement qu' vous faire une defeription exa&e de laChaffait

fe des Caftors qui font des prtendus

am-

phibies

vous l'almarqu dans ma feizime Lettre en vous envoyant la figure de ces Animaux. Cependant comme l'adrei & l'admirable iniHnd de ces btes font quelque chofe de furprenant, ileftbon de vous faire favoir en quoi elles confident^ en vous envoyant le defin des tangs qu'ils favent faire beaucoup plus artiftement que
,

comme

je

,..

les

hommes.

Les Caftors donnent vages de Canada fur la


ture
leurs
,

penfer aux Sau^

qualit de leur na-

difant qu'ils ont t^>p d'efprit, de ca-

& de jugement , pour croire que mes meurent avec le corps ; ils ajoutent que s'il leur ctoit permis de raifonner fur les chofes invilibles & qui ne tombent point fous les fens , ils oferoient iMtenir
pacit
qu'elles
tres.

font immortelles comme les nSans m'arrter cette opinion chimrique, il faut convenir qu'il y a une infinit

fnr-4a terre, (fans prtendre parTartares , des Pafans Moscovites Norvgiens , ou de cent autres Peuples) qui n'ont pas la centime partie de l'entendeler des

d'hommes

&

ment de

ces

Animaux.

Les

15-8

Mmoires
au feul
inftnc"t
,.

Les Caftors font parotre tant d'artifice dans leurs Ouvrages, qu'on ne peut fans
fe faire violence l'attribuer

car

il

eft

permis de douter de certaines

chofes dont on n'apperoit aucunement la caufe , pourvu qu'elles n'ayent point d'enchanre avec la Religion Il en eft qu'on voudroit avoir vu foi-mme pour y ajouter foi , tant elles font loignes du Bon Sens & de la Raifon. Quoi qu'il en foit je me hazarde de vous crire fur ce fujet plufeurs particularits , qui pourront peuttre vous faire douter de la fmcrit de ma
:

Je commencerai par vous afiuque ces Animaux font enfemble une focit de cent , & qu'ils femblent fe parler , & raifonner les uns avec les autres par de certains tons plaintifs non articulez Les Sauvages difent qu'ils ont un jargon intelligible , par le moyen duquel ils fe communiquent leurs fentimens & leurs penfes. Je n'ai jamais t tmoin de ces fortes d'Ailmbles , mais quantit de Sauvages & de Coureurs de bois , gens dignes de foi , m'ont aflur qu'il n'y avoit rien de plus vrai ; ils ajotoient que les Caftors
narration.
rer
i confultent

entr'eux touchant ce qu'ils doivent faire pour entretenir leurs Cabanes, leurs Digues leurs Lacs, pour tout ce qui regarde la confervation de leur Rpublique ? ces bonnes gens vouloient me perfuader que ces btes tabliflnt des fcntinellcs , pendant qu'elles travaillent couper des arbres gros comme des barriques, avec les dents aux environs de leurs

&

&

petits

petits

i> e Lacs ,

l'Amrique.
&
que ces

15*9 fentinelles criant

l'approche des

hommes ou

des btes

tous

les travailleurs fe jettent l'eau

&

fe fau-

vent en plongeant jufqif leurs Cabanes J'avance ce fait fur le rapport de mille perfonnes , qui n'ont aucun intrt de vouloir en impofer par des fables , mais voici ce que j'ai obferv moi - mme fur cette matire au Pas de Chaie des Outagamis , dont j'ai parl au commencement de ma feizime Lettre. Les Caftors fe trouvant dans une prairie traverfe de quelque ruiiau, ils fe dterminent faire des digues & des chauffes, lefquelles arrtant le cours de l'eau, caulent une inondation fur toute cette prairie , qui fe trouve avoir quelquefois deux lieues de circonfrence. Cette digue eft fate d'arbres qu'ils coupent avec leur quatre greffes dents incilives , & qu'ils tranent enfuite la nage. Ces bois tant au fond de cette prairie rangez de travers, ces Animaux fe chargent d'herbes & de
terre

gralTe

qu'ils

tranfportent

fur

leur

grande queue & qu'ils jettent entre ces bois avec tant d'art & d'induftrie , que les plus habiles Maons auroient bien de la peine faire des murailles chaux & ciment qui fuflnt plus fortes. On les entend durant la nuit travailler avec tant de vigueur & de diligence , qu'on croiroit que ce feroit des

hommes,
,

fi

on

n'toit pas affur

que ce font des Caftors.


fervent de truelles

Les queues

leur

de haches , leurs pattes de mains , & leurs pieds de rames , enfin ils font des digues de quatre
leurs dents

ou

l6o

MEMOIRES
pas

de vingt , de fept ou huit d'pailfeur en cinq ou fix mois de tems , quoi qu'ils ne foient que cent travailleurs tout au plus. 11 faut remarquer en palTant que les Sauvages ne rompent jamais ces digues par fcrupule de confcience , fe contentant feulement d'y faire un trou , comme je l'expliquerai dans la fuite. Outre le talent qu'ils ont de couper des arbres > celui de
pieds de hauteur

ou cinq cens

de longueur

&

les faire
fait

tomber fur
r

l'eau
il

me

parot tout

furprenant

car

faut

du jugement

&

de l'attention pour y rifTir , & fur tout pour prendre au jufte.le tems que le vent peut les aider* rendre la chute de ces ambres plus facile
,

&

les

faire

leurs petits Lacs.

ouvrage de ces celui de leurs , Cabanes furpai l'imagination ; car enfin


la force de des trous au fond de l'eau pour y planter ix pieux , qu'ils ont le foin de placer directement au milieu de l'tang ; c'eft
il

Ce n'eft Animaux

tomber fur pas le plus bel

faut- qu'ils ayent l'adreil

&

faire

fur ces fix pieux qu'ils font cette petite maifonnette conrue en figure de four, tant faite de terre grafl , d'herbe. & de branches d'arbres trois tages pour monter de l'un l'autre quand les eaux croiffent par les pluyes ou par les dgels. Les planchers font de joncs , & chaque Caftor a. fa chambre part. Us entrent dans leur

Gabane par defbus

l'eau

l'on voit

un

grand trou au premier plancher , environn de bois de tremble , coup par morceaux pour les attirer plus facilement dans
leurs

fcfrc j?,

G-

Jrvgtutis .n

iZ>J

Z^

J'a/n*,

160

Mmoires
pas

de vingt , de fept ou huit d'paiffeur en cinq ou fix mois de tems , quoi qu'ils ne foient que cent travailleurs tout au plus. 11 faut remarquer en pallant que les Sauvages ne rompent jamais ces digues par fcrupule de confcience , fe contentant feulement d'y faire un trou , comme je l'expliquerai dans la fuite. Outre le talent qu'ils ont de couper des arbres ^ celui de les faire tomber. fur l'eau me parat tout
pieds de hauteur

ou cinq cens

de longueur

&

fait furprenant r car il faut du jugement & de l'attention pour y riiiir , & fur tout pour prendre au jufte le tems que le vent peut les aider rendre la chute de ces ar* bres plus facile , & les faire tomber fur leurs petits Lacs. Ce n'eft pas le plus bel ouvrage de ces Animaux , celui de leurs Cabanes furpaffe l'imagination ; car enfin
i

il

faut- qu'ils ayent Padreif

&

laforce.de

des trous au fond de l'eau pour y planter fix pieux , qu'ils ont le foin de placer directement au milieu de l'tang ; c'eft
faire

fur

ces

fix

pieux qu'ils font cette petite

maifonnette conftruue en figure de four, tant faite de terre grafl , d'herbe. & de branches d'arbres trois tages pour monter de l'un l'autre quand les eaux croiffent par les pluyes ou par les dgels. Les planchers font de joncs , chaque Caftor

&

chambre part. Cabane par deflbus


a
fa

Us entrent dans leur l'eau o l'on voit un

grand trou au premier plancher , environne de bois de tremble , coup par morceaux pour les attirer plus facilement dans
leurs

C'tftz/scs

des Ca/tors

jz"/7Zr-&e/z
/ett~
-

i/out ma reme

_P<ty&
JZurpre/z/ztZcs Cadurs -atc/n

Jrajz/ots

3 Clameurs ra^em^/es j'ena/zt a Zz rencantre

C ^auraye Ju/prts

et-/irj?ri/jnier

de auerre

D
E
G

^auraye Surpris

et tue

en

/e

Jfenaant-

Jnaatta e/rtu/yues firanf- /es Oes Canofs enemis

Jrj^uvzs .zranryr

/es

Canuts

tjrne

yen duyentr

H
I

Jaui-ayes yui/nyui'e/zt dans leurs Carats

Canc& dcorce
Jaur/z^yes gi/iya/T/uf-e/zt
gui/c/tfq'-i.'7zt-j7i>rz?z- leurs eszyanis

M. -femmes

CaSanc Jz dix C&ayscur's

3>i/tricr-j?e>ur une

Cabane de

10 ctaf/feurs

Jituee

au

mi/ieu

-"1/ ujrcfrt-jac

au mdieu dtyue/

/es

Ca/tars afr/7ent- es

aPartes

\Tm

Paff

1&

de
ger;
car
,

l'A

meriqoe.

161

leurs cellules lors qu'ils ont envie de

man-

comme
ils

c'eft

leur nourriture or-

ont la prcaution d'en faire toujours de grands amas , & fur tout durant l'Automne, prvoyant que les geles doivent glacer leur tang , & les tenir enfermez deux ou trois mois dans leurs Cadinaire

banes.

Je n'aurois jamais fini , fi je me metdes diffrens faire la defeription ouvrages de ces ingnieux Animaux, l'ordre tabli dans leur petite Rpublique, les prcautions qu'ils prennent pour fe mettre l'abri de la pourfuite des autres Animaux ce que je remarque c'eft que tous les autres qui font fur la terre , en ont d'autres craindre, quelque forts, agitois

&

ou vigoureux qu'ils puiflnt tre, mais ceux dont je parle n'ont uniquement que les hommes apprhender , car les Loups, les Renards , les Ours, &c. n'ont garde de s'ingrer de les aller attaquer dans leurs Cabanes, quand mme ils auroient la facult de plonger. Il eft ir qu'ils n'y troules

veraient pas leur compte , car les Caftors s'en dferaient fort aifment avec leurs dents incifives Il tranchantes : n'y a donc qu' terre o ils pourraient tre infultez , c'eft ce qui fait aufl que quoi qu'ils ne s'cartent jamais de vingt pas du bord de leur tang, ils ont des fentinelles fur

&

&

les ailes

(comme

je

l'ai

pour
1]

les avertir lors qu'ils

dj dit) qui crient entendent le moin-

dre bruit.

ne

me

re.fte

qu' expliquer la nature des

i6
des Pars

Mmoires
o
fe fait
la chaf

des Caftors,

dont quelques-uns font marquez fur ma Carte ; il faut favoir premirement qu'on ne fauroit marcher quatre ou cinq lieues dans les Bois de Canada, fans trouver quelque petit Lac Caftor , de forte qu'on pourrait dire que tout ce vafle Continent n'eft qu'un Pais de chajf de Caftor ; mais Ces lieux de ce n'eft pas ce que j'entens. chaiTe dont je parle font quantit de petits tangs remplis de ces Animaux , dont la diftance des uns aux autres eft peu confidrable. Par exemple , celles du Saguinan , de YOurs qui dort , de la Rivire des Puants , &c. font de vingt lieues de longueur , & de manire qu'en tout cet efpace de terrain , ri fe trouvera foixante
,

&

petits

Lacs de Caftors plus ou moins

certain
fer
la fin

nombre de Sauvages pourront

chaf-

C'cft ordinairement durant l'Hiver. de l'Automne qu'ils partent de leurs

Villnges en Canot pour s'aller pofter en ces lieux de ChafTe ; comme ils les connoifnt mieux que je ne connois les rues de Qubec , ils conviennent entr'eux y chemin faifant , du diftric~t de chaque famille ; de forte qu'arrivant l, ils fe divifent par Tribus. Chaque Chailur tabliffant fon domicile au centre du terrain de fon

&

diftricT:,

cette figure.

&

le voyez marqu dans y a huit ou dix Chaflurs dans chaque Cabane, qui pour leur partent quatre ou cinq tangs. Sur chaque tang il y a tout au moins une loge Caftors, quelquefois deux ou trois. Ces ChafIl

comme vous

furs

D
Ours,
les

l'A m e r

qv
,

e.

163

leurs s'occupent, ds qu'ils f font cabanes,


faire des piges Loutres
Caftors terriens

&
,

Renards , Martres, fur


ils

bords de leurs tangs

enfuite

les

vont rgulirement vifitcr tous les jours; mais fur tout, ils aimeroient mieux mourir de faim que de fortir des bornes qu'ils f font prefcrites pour aller piller les btes priIls fes aux piges de leurs Camarades. font trs - bonne chre pendant le tems de cette Ghafle qui dure quatre mois, trouvant
Livres
plus qu'ils n'ont befoin , des Truites , des des Ours des Geinotes de bois , ,

&

en abondance

&

quelquefois des Cerfs

&

des Chevreuils. Les Caftors fe prennent rarement aux piges , moins que d'y mettre certain bois de tremble rouge * qu'ils aiment beau- * coup , qui ne fe trouve pas facilement.

tjt

&

les prend l'Automne en faifant un grand trou au pied de leur digue pour faire couler toute l'eau de l'tang , enfuite les Caftors fe trouvant fec , les Sauvages les tuent tous , la rfrve d'une douzaine de femelles & d'une demi douzaine de mles, enfuite ils reparent avec beaucoup d'exa&itude le trou qu'ils ont fait , & ils font en forte que l'tang fe remplit d'eau comme

On

Y's^l"

auparavant. Pour ce qui

de la chafTe que l'on fait que l'tang eft glac , ils font des trous aux environs de la loge des
eft

en Hiver
,

lors

Caftors

dans lefquels

ils

paflent des rets

de l'un

l'autre,
il

&
ils

lors qu'ils font tendus

comme

faut

dcouvrent coups de hache

164
hache
la

Mmoires
Cabane de ces pauvres Animaux

leine ces trous


:

venant prendre has'envelopent dans les il n'en chape pas un feul , filets mais comme les Sauvages ne veulent pas les dtruire T ils rejettent dans les trous le mfemelles, me nombre de Calors mles comme je viens de vous dire qu'il fe pratique dans les chais qu'ils font en Auqui fe jettant l'eau
,

&

ils

&

tomne.

On

peut
,

les tuer aufi

lors qu'ils

nagent

fur l'eau

ou quand

couper des arbres , cache & ne pas fe remuer

viennent terre mais il faut tre ben


ils
,

car au

moin-

dre bruit qu'ils entendent , ils fe jettent dans l'eau & plongent jufqu' leurs CabaCette manire de chafTer eft proprenes. ment celle des Voyageurs, qui fe trouvant campez proche de quelque tang Cafors tchent d'en furprendre quelques-uns en s'embufquant derrire quelque fouche ,. ou quelque gros arbre jufqu' l'entre de la
nuit.

Les Sauvages prennent

auffi

d'autres

Animaux dans
ftors
,

ces Pais de Chafi de

CaJ'ai

en courant de ct
,

&
o

d'autre.
les

dit qu'ils faifoient des trapes les

Loups

les

Martres

&

les

Renards, Loutres fe

font crafer ds qu'ils mordent l'appas. J'ai expliqu la manire dont on fait ces fortes de piges dans ma Lettre onzime. Ces machines ne diffrent les unes des autres qu'en grandeur. Celles des Ours font les plus fortes , mais- ils ne s'y prennent que

jufqu'au

commencement de

l'Hiver

,.

car

alors

de l'Amrique.
alors
ils

6f

cherchent de gros arbres qui foient creux l'endroit des premires branches pour s'y nicher. Plufieurs perfonnes ont de la peine croire que ces Animaux puiffent vivre trois mois dans ces priions fans autre nourriture que le fuc de leurs patC'eft tes qu'ils lchent continuellement. pourtant ira fait inconteftable ; qui ne me parot pas ( difficile croire , que cefur tout dans le lui d'y pouvoir grimper , tems qu'ils font fi gras que deux Sauvages les conduifent ou ils veulent avec des gaules ne pouvant prefque pas marcher. C'elt ce que j'ai vu trois ou quatre fois pendant l'Hiver de 1687. lors que j'hivernai au Fort St. Jofeph : car les Hurons du parti de Saentouan en amenrent quelques-uns qui ne firent aucune difficult d'y
entrer.

Les Sauvages font


les
j'ai

aufl des trapes pour Caftors terriens , qui , par la raifon que cit dans ma feizime Lettre , fe lo-

gent dans
les

la

terre
les

comme
,

les

Renards,
quoi qu'ils

Lapins

&

Blereaux

&

pourfuivis par les autres Caftors , ils font cependant leurs trous aux environs des tangs , des ruiffeaux ou des Rivires. Ceux-ci fe prennent aifment ces piges , fur tout lors qu'on y met la
foient chaflz

&

d'un Loutre pour fervir d'appas. Il y a une fi forte antipathie entre ces deux fortes d'Animaux , qu'ils fe font une guerre
tte

continuelle.

Les Sauvages m'ont racont avoir vu


quantit

de

Loutres

raffemblez

vers

le

mois

i<S6

Mmoires
&
:

qui ayant l'audace d'aller at, taquer les Cuftors jufques dans leurs Cabanes fe laiiloient pourtant repouflr chaffer de l'tang avec perte ils ajotoient qu'un Caftor peut fe dfendre vigoureufement contre trois Loutres coups de dents de queue. Au refte , les Caftors des tangs fe prennent rarement aux trapes ,

mois de Mai

&

&

moins qu'on n'y mette pour fervir d'appas de ce bois de tremble, dont je vous ai dj parl. J'ai dit que les Sauvages vifitent chaque jour leurs piges , apportant dans leurs Cabanes la proye qu'ils y trouvent.
Aufl-tt
les
ils

efclaves corchent ces btes

en tendent les peaux l'air, pour les faire fecher ; cela dure autant que la fin de la Chafl , qui finit par le grand dgel , auquel tems ils mettent leurs Pelleteries en paquets , les tranfportant enfuite jufqu'au lieu o ils ont laile les Canots en arrivant dans ce Pas de
prifes, puis

ou

la gele

Chaire.

Sauvages ayent beaucoup ennemis, pendant qu'ils font difperfez de ct & d'autre , occupant , comme j'ai dit , plus de vingt lieues de terrain , ils n'ont prefque jamais la prcaution d'envoyer par tout des dcouvreurs, ce qui fait qu'ils font trs-fouvent furpris lors qu'ils y penfent le moins. Je pourrois
les

Quoi que

craindre de leurs

citer ici vingt funeftes courfes des Iroquois

ils

dans les Pas de ChalTe dont je parle , o ont gorg quantit de nos Amis

&

Alliez.
faire

J'ai

fait

tout ce que

j'ai

entendre ces derniers

pu pour qu'ils manquoient

de l'Amrique.
&
fe mettre l'abri
blifant des

i6j

de conduite en cette renquoientd'efprit contre-l , puis qu'ils pouvoient facilement

de pareilles infultes, taCabanes o ils poferoient des Corps de Garde, qui auroient l'il au guet, pour dcouvrir les ennemis qui pourroient s'avancer aux environs de ces Pas de Chafs. Ils fe contentent de rpondre que cela eft raifonnable , & qu'il eft vrai qu'ils ne dorment point en furet. Enfin , ils s'imaginent que leurs ennemis tant occupez chafr de leur ct , ils font affez fots pour ne pas prendre aucune prcaution. Cependant , je fai que les Iroquois en ufent tout autrement; ayant des Avant-gardes, & des batteurs d'eftrade qui font toujours en mouvement , ce qui fait qu'on ne les trouble Au prefque jamais dans leurs ChafTes. refte , je ne crois pas devoir finir ce chapitre fans rapporter deux occaiions o les Iroquois ont manqu leur coup en voulant furprendre leurs ennemis , quoi qu'ils ayent parfaitement bien
cafons.
rirTi

dans pluleurs autres oc-

L'anne 1680.

les

Oumamis

&

les Ilinois

tant la ChafTe prs de la Rivire des Oumamis, un parti de quatre cens Iroquois les

ayant furpris , turent trente ou quarante firent trois cens prifonniers , y Chaffeurs

&

comprenant
fuite

les

aprs

s'tre

femmes & les enfans. un peu repofez


,

Enils

fe

prparoient retourner chez eux petites journes , ayant lieu de croire qu'ils auroient regagn leurs Villages avant
Ilinois

&

les

Oumamis

euilnt eu le

que les tems de

i68 de fe rallier & d'envoyer des Coureurs pour avertir ceux de ces deux Nations difperfes qui chafbient en des endroits plus loignez. Mais ils fe tromprent fi fort que ces Ilinois & Oumamis s'tant ralliez au nombre de deux cens , rfolurent de prir plutt que de fouffrir que leurs gensfufnt emmenez par les Iroquois. Cependant, com-

Mmoires

me

la partie n'toit pas gale,

il

s'agifbit

de trouver quelque bon expdient; en effet , aprs avoir bien reflchi fur la maniils conclurent qu'on re de les attaquer , devoit les fuivre d'un peu loin jufqu' ce
qu'il

comment

riifllt

&

le

pleuvoir. Leur projet Ciel fembla le fvorifer , car

la pluye ne difcontinua point depuis le matin jufqu'au foir , ils doublrent le pas ds que l'eau commena tompafnt deux licus cber du Ciel ,

un jour que

&

de ces Iroquois
dreffer

ils

prirent

le

devant

une embufeade au milieu d'une prairie , que ces derniers voulurent oilsavoient traverfer pour gagner un bois defin de s'arrter pour faire de grands
pour leur
,

feux.

Les
le

Ilinois

&

Oumamis

tant cou,

chez fur

ventre dans des fougres

at-

tendirent que les Iroquois Aillent au milieu

Enfuite vigoureufement la cane-tte la main , que ceux-ci ne pouvant fe fervir de leurs fufls les amorces tant mouilles , furent contraints de les jetter par terre pour fe dfendre avec les mmes armes dont ils toient attaquez, f j'entens avec leur caffe-tte) mais comme
ils

d'eux pour dcocher leurs flches.


les

attaqurent

fi

J'ai

de l'Amrique.
j'ai dit

io>

ci-devant que les Ilinois font une fois plus agiles que les Iroquois. plus adroits Ces derniers furent obligez de cder aux premiers, fe battant en retraite jufqu' l'entre de la nuit , aprs avoir perdu cent qua-

&

Le Combat qui ne dura qu'une heure et dur toute la nuit , fi les vainqueurs n'euffnt pas craint que leurs gens tant encore liez , & demeurant derrire eux ne fufnt expofez quelque furpride forte qu'aprs les fe dans l'obfcurit , avoir rejoints , & s'tre faifi de tous les fufils des fuyards difperfez de & del , ils s'en retournrent en leurs Pais , fans avoir voulu prendre un feul Iroquois, de peur de
tre vints Guerriers.
s'afFoiblir.

fconde affaire arriva trois ans aprs , dans le Pais de Chaf des Outaga?nis, o je vous ai marqu dans ma 16. Lettre que le Chef de cette Nation me donna dix Guerriers pour m'accompagner la Rivire Longue. Voici comment le coup le corps de mille Iroquois tant venu fit. en Canot la fin de l'Automne jufqu' la Baye des Mijffagues , dans le Lac des Hurons, fans tre dcouvert , mit pied terre
celle-ci

La

Un

en ce
breux

lieu-l
,

& comme

ils

toient

nom-

mirent en marche , portant des filets pour pcher dans les petits Lacs Rivires , en attendant la failon des glaces qui arriva peu de jours aprs. Ds
ils

fe

&

qu'elles furent afz fortes

pour

paflr def-

fus,

continurent leur route, ctoyant le grand Lac des Hurons jufqu' cinq ou fix lieues au deifous du Sault Sainte Marie
ils

tome IL

ou

tyo o ils ne voulurent

Mmoires

pas aller , craignant de trouver des Coureurs de Bois dans le Fort

des Jefuites. Ayant traverf la Baye ils jjugercnt propos de faire de trs -petites journes , de peur d'tre dcouverts ; & ils curent la prcaution de marcher tous de le fur la neige ; afin que fi par hazard on venoit dcouvrir leurs piftes on crt qu'ils ne feroient que trente ou quarante tout au plus- Ils marchrent de cette manire jufqu'au quinze ou vintime de Fvrier, fans qu'on les appert , mais malheureufement pour eux quatre Sauteurs les ayant vu palier en fi grand nombre fur un petit Lac , coururent toute jambe au Pais de Chaf des Oufagamis pour les en avertir, quoiqu'ils fufient en guerre avec eux. Cependant le dgel tant furvenu contre l'attente de ces Iroquois , qui comptoient d'avoir encore une vingtaine de jours de gele flon la coutume ordinaire de la faifon , leur fit doubler le pas , cherchant les paifages les
plus troits

&

les

Outagamis toient

fort embarralfez
Il

moins frquentez. Les du parti


eft

qu'ils avoient prendre.

fur qu'ils

pouvoient ratraper leurs Villages en toute furet , mais ils auroient t contraints d'abandonner leurs femmes & leurs enfans qui n'auroient pas eu la force de courir Enfin aprs auffi vite que les hommes. avoir tenu Confeil entr'eux , ils rlblurent de s'avancer jufqu' un certain paflge d'une demi lieu de longueur , & de trente pas de
largeur entre deux petits Lacs
,

par

ils

voyoient bien que les Iroquois dvoient abfo-

lument

de l'Amrique.
lument
palier.

171

Ces Ontagamis n'tant que

quatre cens jugrent propos de fe partager c'eft- -dire, que deux cens fe tieudroient un bout du palfage , qu'ils fortifirent aul - tt de pieux dans une tra-

en deux Corps,

que les verfe de pieux d'un Lac l'autre ; deux cens qui reftoient s'en iroient un
quart de lieu ct de l'autre bout du paffage par lequel les Iroquois dvoient entrer, afin qu'aprs avoir coup chacun un pieu ils accourulTcnt diligemment pour le fermer qu'aul-tt que les Iroquois auraient en-

&

&

fil le

chemin les dcouvreurs envoyez pour obferver leur marche , viendroient promptement en donner avis , ce qui fut ponctuellement excut ; car ds que ce gros parti qui cherchoit les chemins les plus troits fut entr dans celui-ci, les deux cens Outagamis qui toient un quart de lieu ct , accoururent de toute leur force portant allez de pieux pour fermer ce petit efpace de terrain born par les deux petits Lacs ; de forte qu'ils eurent tout le tems de les planter de les appuyer avec de la terre avant que les Iroquois , tonnez d'avoir trouv le chemin ferm l'autre bout , fulnt revenus fur leurs pas , pour f voir renfermez entre deux barricades. Or quoique , comme je vous l'ai dj dit bien des fois , les Sauvages n'ayent jamais eu la tmrit d'attaquer un rduit de cinquante pieux , ces Iroquois ne lailrent pas de vouloir elfayer le coup ; ils vinrent en foule toute jambe pour forcer la nouvelle Barricade , mais ils lchrent pied ds la

&

2.

pre-

172,

Mmoires
nombre des Outagamis
il

premire dcharge que les Outagamis firent entre l'efpace des pieux , car ils n'avoient pas eu le temps de les joindre comme il faut. Les Iroquois le voyant ainf renfermez crurent que le
toit plus

de forde cette prifon; or de fe jetterdans l'eau pour traverser l'un de ces Lacs il y avoit de la
grand.
tir

Cependant

toit queftion

vie , outre qu'il falloit avoir bonne haleine bon cur , car le trajet toit large l'eau trsfroide , les glaces ne faifant que de fe fondre : pendant ce tems-l les Outagamis fortifioient

&

&

leurs barricades de mieux en mieux ; envoyant des coureurs difperfez de diftance autre fur les rives de ces deux tangs pour aiTommer tous ceux qui voudroient aborder
la nage.

Malgr toutes ces prcautions les Iroquois trouvrent un expdient merveilleux qui fut de travailler faire des radeaux avec les arbres dont ils ctoient environnez ; mais les coups de hache retentiflnt un peu trop fort , firent juger aux Outagamis du deiTein qu'ils avoient , ce qui fut caufe qu'ils firent des Canots de peau de Cerfs pour roder fur Ces races deux tangs durant la nuit. deaux furent faits en cinq ou fix jours , pendant lequel tems les Iroquois pchrent des Truites en quantit la v des Outagamis , qui ne pouvoient l'empcher. Il n'toit plus queflion que de traverfr l'un des de fe bien battre en abordant terLacs , re, au cas que leur navigation fecrete fut dcouverte. Pour mieux runir ils firent

&

une

feinte

dont

le fuccs eut t infailli-

ble.

E L'A- M73 fonds de ces Lacs n'eut pas t bourbeux. Car ayant facrifi vers la minuit fur l'un des deux Lacs vingt efclaves qu'ils obligrent pouflr un radeau , ils fe mirent en devoir de palTer l'autre tang fur la mme voiture , fe fervant de grandes perches ou lates au lieu de rames ; mais comme ces perches s'enfonoient tellement dans la vafe que nos navigateurs avoient beaucoup de peine les retirer , cela les fit aller plus lentement; fi bien que les Outagamis, qui d'abord avoient pris le change , en s'attachant aux efclaves , eurent le tems de courir l'autre Lac, o ils apperceurent les Iroquois , loignez du bord environ la porble,
fi

ERIQUE.

le

du moufquet. Ds que ceux-ci fe trouvrent trois pieds d'eau ils s'y jetterent fufil band , efyant les vigoureufes dcharges des Outagamis qui n'toient que trois cens, parce qu'ils avoient lailT cinquante
te

hommes

chaque barricade.

Ce

fut

un

miracle que les Iroquois ne furent pas tous afbmmez en gagnant terre , car ils enfonIl aient dans la vaze jufqu'au genou. eft urai que comme c'toit pendant la nuit, tous les coups des Outagamis ne portoient pas; quoi qu'il en foit, il en demeura cinq cens fur l'eau , & le refte ayant pris terre malgr la refiftance de l'ennemi, ces Iroquois

dbarquez attaqurent fi vigoureufement les Outagamis, que l] les cent hommes deftinez la garde des barricades n'toient accourus promptement au bruit de la moufqueterie les pauvres Outagamis toient en rifque de relier fur la place. Ils fe btirent jufqu'au jour 3

?4

Mmoires

jour ple mle avec une rage pouvantable, difperfez de & del dans le bois, les gens de mme parti fe tuant les uns les autres fans fe connotre ; mais les Irequois , qui jufques-l s'toient obftinez ne pas cder le champ de bataille caufe de leurs bleflz, & auffi parce qu'ils ne vouloient pas que les Outagamis profitaffnt de la chevelure de leurs morts , furent obligez de lcher
pied , fans tre pourfuivis , ils s'enfurent -une demi lieue' , o ils fe rallirent. J'ai f par divers Iroquois quelques annes aprs

&

ce

Combat

que ceux qui

reftoient

vou-

loient

recommencer un nouveau choc,

mais comme la poudre leur manquoit, que d'ailleurs ils toient obligez de repafer fur les terres des Sauteurs pour s'en retourner dans leur Pais par le mme chemin, ils changrent de rfolution, en quoi ils eurent grand tort , car tant encore au nombre de trois cens , ils eulTent infailliblement t les plus forts , les Outagamis tant plus foibles d'un tiers , & ayant perdu la moiti de leurs gens dans ce violent combat, outre que parmi les deux cens qui

&

y avoit trente bleflz ; ceux-ci dans le mme endroit o l'action s'toit pafTe , donnrent leur premier foin panfer les bleflz tant ceux
reftoient
s'tant
,

il

retranchez

aprs avoir des Iroquois que les leurs , pel la tte de tous les morts ennemis, ils envoyrent des dcouvreurs pour obferver la marche des Iroquois , enfuite ils

&

retournrent
dre

chez

eux

fans

rien

crain-

Arr-

de l'Amrique.

kjf

Arrivez leurs Villages , ils dbutrent par une action de reconnoiance envers les quatre Sauteurs qui les avoient avertis de l'aproche des Iroquois , les proclamant grands Chefs de guerre, leurfaifant part de la moiti de leur ChaiTe, qui fe montoit plus de 60000 cus , & prtendant que ces quatre Sauvages des autres dvoient hriter des Caftors Pelleteries des Outagams qui avoient pri dans le Combat enfin aprs avoir fait ces donneurs d'avis toute la bonne chre poffible & tous les honneurs qu'ils font capables de rendre la manire duPas, ils ks renvoyrent en Canot au Saut Sainte Marie par la Baye des Puans avec une efeorte de cinquante Guerriers^ Ceux-ci refuferent en vain les prefens & le Cortge, pareeque les deux Nations toient en guerre ; on les fora de les accepter, &c'eft ce qui fut caufe que la Paix fe fit entr'elles au bout de quatre mois.

&

En

pour vous faiSauvages courent la Chaf des Caftors : cependant, quoique je ne faff que finir deux avantures de guerre, je ne lainerai pas de vous aprendre dans le chapitre fuivant en quoi confie leur Art militaire, vous y verrez un dtail qui pourra vous divertir & faire plaifir
voila,
aiTez
les

cemefemble,

re concevoir les rifques

que

yos

Amis.

Guerre

ij

Mmoires
Guerre des Sauvages.
Sauvage
parl
ii

dont je vous fouvent , m'a dit pluieurs fois que la chofe du monde qui embarraffoit le plus fon efprit , c'toit de voir que les hommes fiflent la guerre aux hommes. Vois-tu , difoit-il , monfrre; nos Chiens s'acordentparfaitement bien avec ceux des Iroquois, &F ceux des Iroquois avec ceux des Franois. jft ne fche point que les animaux de la mme efpece fe faffent la guerre l exemple des hommes qui paroiffent moins Naturels en cela que Pour moi, je croi , continuoit-il tes btes. que files animaux pouvoientpenfer, raifonner, fe communiquer leurs fentimens , il leur ferait facile de dtruire tout le genre humain ;

*-

nomm le Rat,

ai

&

les Loups toient capales Ours former une Rpublique , qui les empde cheroit de s'attrouper dix ou douze mille venir fondre fur nous ; aurions-nous en ce cas- l

car enfin fi

&

bles de

&

de quoi nous dfendre ? rien ne leur feroitplus eifque defcalader nosVilloge s pendant la nuit, nous dvorer. Pourrenverfer nos Cabanes ri&ns-nous entreprendre une ChaJJe fans courir le danger d'tre dchirez ? nous ferions rduits 5 vivre de glands , 5 de racines , privez dertoujours en rifque de de vtemens , mes

&

&

&

de ces Animaux froces ; neferions-nous pas obligez de cder leurforce leur adreffe ? Concluons donc , mon cher frre, que la Raifon des hommes efi le plus que s'ils grandinflr ument de leur malheur ,

tomber entre

les pattes

&

&

n?A-

DE L'AMERIQUE.

177

7? avoient point la facult de penfer , de raifon^ ner dparier , ils ne fefer oient pas laguerre

&

ils font fans aucun gard P humanit bonne foi. Voil U Morale d'un Sauvage , qui fe mle dePhilofopher fur la coutume de tuer les hommes avec juftice & avec honneur. Les Jefuites tchent de dtruire ce fcrupule par leurs raifons bonnes ou mauvaifes ; ce qu'ils font auffi fur plufieurs autres matires; les Sauvages les coutent, mais ils leur

comme

&

la

avouent franchement qu'ils ne


pas.

les

conoivent

Les Sauvages fe font la guerre au fujet la Chaf ou du paffage fur leurs terres Chaparce que les limites font rgles. que Nation connoit les bornes de fon Pas. Mais ces Amriquains font auffi cruels ende

ennemis qu'ils font quitables envers leurs Alliez ; car il fe trouve parmi eux des Nations qui traittent leurs prifonniers de guerre avec la dernire inhumant t ; Je vous la ferai mieux connotre dans la fuite. Lorfque les Europens s'ingrent
vers leurs

de reprocher ces Sauvages leur frocit , ils vous rpondent froidement que la. vie n'cft rien , qu'on ne fe vange pas de fes ennemis en les gorgeant mais en leur faifant fouffrir des tourmens longs , pres & aigus ; & que s'il n'y avoit que la mort . craindre
,.

la guerre , les femmes la feraient auffi librement que les hommes.l'ge de vingt ans ils commencent endoiTr le harnois, & le quittent leur cinquantime anne. S'ils portent les armes plutt ou plus

dans

tard

ty%

Mmoires
,

que pour marauder , mais iis ne font point compris dans le nombre des
tard ce n'eft
guerriers.

Le fort des Iroquols

c'eft

de

fe battre

dans

une Fort avec des armes feu ; car

ils ti-

rent fort adroitement , outre qu'ils favent trs-bien mnager leur avantage , fe couvrant des arbres , derrire lefquels ils tiennent ferme fans lcher le pied aprs avoir

quoique leurs ennemisdoublement fuperieurs,Mais comme ils font plus grands & moins agiles que les Mridionaux , ils font moins propres manier la maffu , & caufe de
fait

leur dcharge

foient quelquefois

cela

ils

font prefque toujours dfaits en plei-

ne campagne o l'on fe bat avec cet infiniment, ce qui fait qu'ils vitent les prairies
autant qu'il leur
efl:

poffible.

fe font la guerre que par furprife , c'eft dire que ceux qui dcouvrent font prefque toujours ailiirez de vaincre ; ayant choifir d'attaquer la pointe du jour ou dans les dfilez les plus dan-

Les Sauvages ne

gereux.

Les Sauvages prennent


cautions

toutes

les pr-

imaginables pour couvrir leur marche pendant le jour, envoyant des dcouvreurs de tous cotez , moins que le Parti ne fe fente affez fort pour n'avoir rien craindre ; car alors ils fe contentent de marcher fort ferrez. Mais autant f ngligent-ils pendant la nuit , n'ayant ni Sentinelles, ni corps de garde l'entre de leur camp ; ils font la Chaffe des Gaftors avec la. mme affurance la mme fecu-

&

rit,

de l'Amrique.
rite.

179

M'tant informe de la raifon de cette mauvaife difcipline , l'on m'a allure que ces Sauvages en ufoient ainfi par prfomption, comptant allez fur la rputation de leur valeur , pour s'imaginer que leurs ennemis n'auront pas l'audace de les attaquer, & que lorfqu'ils envoyent la dcouverte pendant le jour , c'eft moins par la crainte qu'ils ont d'en tre furpris, que par le delir qu'ils ont de les furprendre. Quantit de Nations Sauvages en Canada tremblent au feul nom des Iroquois ;
car ceux-ci font braves, experts , entreprecapables de bien excuter un nants , projet. Il eft vrai qu'ils font moins alertes-

&

que

la

plupart de leurs ennemis

&

moins

maflu ; c'eft pour cela qu'ils ne forment jamais que des partis nombreux, & qu'ils marchent plus petites journes que les autres Sauvages. Au refte vous avez d voir la table des Nations c Canada celles qui font belliqueufes & celles qui ne font propres qu' chafadroits

pour

le

combat de

la

fer.

Les Sauvages ont des talens merveilleux faire une guerre de furprife , car ils connoilTnt mieux la pifte des hommes ou des btes fur l'herbe & fur les feuilles, que les Europens ne le pourraient connotre fur la neige ou fur le fable mouill. Oupour
tre cela ils diftinguent

facilement
,

li

ces tra-

ces font vieilles

ou nouvelles

aufi

bien

que

le

nombre & l'efpece qu'elles deliguent


fuivent ces vertiges des jours entiers
le

&

ils

fans prendre

change

c'eft

une

vrit

dont

'o

Mmoires
je

dont

ne faurois douter aprs en avoir r tant de fois le tmoin. Les Guerriers n'entreprennent jamais rien fans l'avis des Anciens aufquels ils propofent les deflins qu'i ls ont de faire des parties :: ces
Vieillards s'afTemblent alors
,

&

ils

dlibrent'

fur les proportions des Guerriers ; enfuite l'Orateur fortant de la Cabane du Confeil dclare tout haut ce que l'on a refolufur les propositions , afin que tout le Village enfoit
inform..
11 faut remarquer que chaque Village a fon grand Chef de guerre , qui pour fa va-

leur

fa capacit

&

fon exprience

a t

proclam tel d'un confentement unanime. Cependant ce ttre ne lui donne aucun ces fortes de pouvoir fur les Guerriers gens ne connoiiant point la fubordination Militaire non plus que la Civile. Cela eft tellement vrai que fi ce Grand Chef s'avifoit de commander quelque chofe au moindre homme de. fon parti r celuirci qui ne fera peut-tre qu'un fat & qu'un malotru, eft en droit de rpondre nettement
;.

cette figure de Capitaine qu'il ait faire lui-

mais ; ne fai fi l'on en Cette indpourroit citer un exemple. pendance nanmoins ne caufe aucun prjudice. Le Grand Chef fans tre revtu de pouvoir & d'autorit ne laii pas de trouver un parfait acquiefeement ;. car peine il ouvre la bouche pour dire, je trouve propos ceci ou cela il faudroit dtacher dix on vingt hommes &c. que la chofe eft exle

mme

ce qu'il ordonne aux autres


fi

cas eft

rare

que

je

cute.

moindre, Outre ce Grand Chef, il y en oppofition. a quelques autres , qui ont chacun certaine quantit de Guerriers, attachez eux de forte par confdration & par amiti ; que ceux-ci ne font regardez comme Chefs de leur que par les gens de leur Famille
ente fur
,

de l'Amrique. & fans la le champ

i8t

&

Parti.

Quand les Anciens trouvent propos qu'un Parti de Guerriers fe mette en campagne , le Grand Chef de Guerre qui fe trouve toujours au Confeil, a le privilge de fe mettre la tte prfrablement tout autre, ou de demeurer au Village fi bon
lui femble.
S'il

arrive qu'il

veuille

mar-

cher, il fait crier dans toutes les rus du Village par le Crieur de la Nation qu'un tel jour il donne un feiiin de Guerre aux gens qui voudront bien s'y trouver. Alors ceux qui ont envie d'tre du Parti , font porter leurs plats la Cabane de ce Grand Chef au jour nomm, ne manquant pas de L'Aimble tant s'y trouver avant midi. complecte, le Grand Chef fort dans la Place publique la malTu la main, fuivi de fes Guerriers qui s'alTeyoient autour de Aufl-tt fix Sauvages portant chacun lui. une efpce de timbale propre plutt au charivari qu'au fon de la guerre, viennent s'accroupir au pied d'un poteau plant au centre de ce grand Cercle en mme tems le Grand Chef regardant fixement le Soleil , ce que toute fa troupe fait aulTi fon

&

imitation

il

harangue

le

aprs quoi l'on offre ordinairement

Grand Efprit; un Sacrifice,

li 7

iSr
crifice.

MEMOIRES
&

Cette crmonie acheve, ilchante fa chanfon de Guerre , pendant que les Timbaliers battent la mefure leur manire , la fin de chaque priode qui contient un de fes exploits , il donne un coup de maiu au poteau. Le Grand Chef ayant fini fa chanfon , chaque Guerrier chante la fenne avec la mme mthode , pourvu cependant qu'il ait fait une

campagne , autrement il eft oblig de garder le lilence. Enfuite la troupe rentre dans la Cabane du Chef o le repas fe trouve
prpar..
S'il arrive

que leGraxdChefne juge pas

propos de
veuille

commander

le

parti

&

qu'il

demeurer au Village ; les Guerriers, qui ont deffein de marcher, choififfent un des petits Chefs dont je viens de parler. Celui-ci obferve les mmes crmonies de Harangue , de Sacrifice , de danfes , & du feftin qui fe continu chaque jour jufqu'
celui

du dpart. Parmi les Sauvages de Canada,

quel-

ques uns de ces Partis font la moiti ou les trois quarts du chemin en Canot. Ce font ceux qui habitent fur les rives des

Lacs

aufli-bien

que

les Iroquois

ceux-ci

ont cet avantage fur; leurs ennemis qu'ils font tous armez, d'un bon fufil , au lieu que les autres ne portant cet infrrument que pour la Chafi , il n'y a ordinairement que la moiti du Parti pendant le voyage
ils

qui en foit pourvu , ce qui fait que plus approchent du Pais de leurs ennemis,
ils

moins,

s'cartent

pour

chalTer

fur tout

avec

D E
avec
roit
les

L'

A MERIQOE.
le bruit les

83

il$-

armes feu dont


dcouvrir.
lieues

pour^
,

faire

Ds

qu'ils

font

trente

ou quarante

du danger

ue chaflnt plus , fe contentant de porter chacun un petit fac de farine de bled d'Inde de la pefanteur de dix livres , laquelle ils mangent dtrempe avec un peu d'eau fans tre cuite, n'ofant pas faire de
feu.

Si ces Peuples qui font la guerre aux Iroquoi , font Ilinois , Outagamis , blutons ou. Sauteurs , 5c que ces Partis veuillent faire un

coup de main, ne

fuflnt-ils

que trente,

ils

n'hritent pas s'avancer jufqu'au pied

du

Village des- ennemis, comptant fur


fe de leurs

la vteP-

jambes, en cas qu'ils fuiTent dcouverts. Cependant, ils ont la prcaution de marcher l'un aprs l'autre , & celui qui fe trouve le dernier a l'adreiTe de rpandre des feuilles pour couvrir la pifte. Aprs avoir
franchi ce pas prilleux
,

&

lors qu'ils font

entrez dans les champs des Iroquois , ils courent toute la nuit, paffant la journe couchez far le ventre dans de petits Bois ou; dans des broufilles , tous enfemble , ou
difperfez.
leil eft

Vers le foir , ou fi-tt que le Socouch , ils fortent de leur embus-

cade attaquant tous ceux qu'ils rencontrent, fans diftintion d'ge ni de Sexe ; la coutume de ces Guerriers elt de n'pargner ni les enfans, ni les femmes. Lors qu'ils ont fini leur malTacre, & qu'ils ont lev la chevelure des morts , ils ont encore la hardiefl de faire le cri lugubre. Appercevant de loin quelques Iroquois , ils s'efforcent de
leur

84

Mmoires
la feputure,

leur faire entendre qu'on a tu quelquesuns de leurs gens , qu'ils viennent leur

donner

que

l'action s'eft faite

par un tel Chef, par une telle Nation y aprs quoi ils s'enrayent tous le plus vite qu'il leur eil poffible par des chemins diffrens,. jufqu' certain rendez-vous trente ou quarante lieues de l , fans tre pourfuivis des Iroquois, qui ne fe donnent pas cette peine , fchant bien qu'ils n'ont pas les jarrets afli fouples pour les pouvoir
atteindre..

&

Si ces Partis font de deux ou trois cens

hommes
ment

ils

tentent
le

d'entrer

adroite-

Village , faifant efcalader les palifTades par un ou deux Guerriers pour ouvrir les portes , en cas qu'elles foient fermes mats il faut remarquer
la nuit
;.

dans

Outaouas auffi-bien que les autres Sauvages, qui n'ont ni tant de cur, ni tant d'agilit , fe contentent de chercher les Iroquvis dans leur Pas de Chafl ou de Pche, n'ofant approcher de leurs Villa-r ges qu' la diftance de quarante lieues , moins qu'ils ne foient afTurez d'un azilo en cas-qu'ils foient dcouverts ou pourfuivis ; ces lieux de refuge ne peuvent tre que de petits Forts gardez par. les Fran*

que

les

fois.

Les Sauvages ne font jamais de


liiers

prifon^

aux portes des Villages de leurs ennemis, caufe de la diligence qu'ils font obligez de faite, courant jour & nuit pour fe fauver. C'tfl ordinairement dans les Pas de ChafTe, de Pche, & en d'autres
lieux

~4faJ/ue opeue^

.:

yrufte j>ar-Ss

enen

-r'v

184

Mmoires
la fepulture,

leur faire entendre qu'on a tu quelquesuns de leurs gens , qu'ils viennent leur

donner

que

l'action

s'efl:

faite

par un tel Chef, par une telle Nation y r aprs quoi ils s enfuyent tous le plus vite qu'il leur eit poiible par des chemins- diffrens r juqu' certain rendez- vous trente ou quarante lieues de l, fans trepourfuivis des Iroquois, qui ne fe donnent pas* cette peine , fchant bien qu'ils n'ont pas les jarrets aiz fouples pour les pouvoir
atteindre..

&

Si ces Partis font de

deux ou
d'entrer

trois

cens

hommes
ment

ils

tentent

adroite-

faifant efla nuit dans le Village , calader les paliflades par un ou deux Guerriers pour ouvrir les portes , en cas qu'elles foient fermes mais il faut remarquer
;.

Outaouas aufi-bien que les autres Sauvages, qui n'ont ni tant de cur, ni tant d'agilit , fe contentent de chercher les Iroquois dans leur Pas de Chafl ou de Pche, n'ofant approcher de leurs Villa-r ges qu' la diftance de quarante lieues , moins qu'ils ne foient aflurez d'un azilo en cas -qu'ils foient dcouverts ou pourfuivis ; ces lieux de refuge ne peuvent tre que de petits Forts gardez par. les Fran*

que

les

fois.

Les Sauvages ne font jamais de

prifon-

niers aux portes des Villages de leurs en-

nemis, caufe de la diligence qu'ils font obligez de faice, courant jour & nuit pour fe fauvcr. C'ti ordinairement dans les Pas de Chafl, de Pche, & en d'autres
lieux

JU/

7di'

~4aJ7e apeffee

Cajjtete

jflect

fuutZge j>ns *n guerre et~ ~hhif/ejparS& enemts

etn/ne gut- Comdamrz a. mort fi jrri/orzier au<m luir Jorzrze

it"

^emme gui Jcne


0UO/Z /U~

u'ze au_pri/7ner

tLt77Z7TC

tfauuu^-trs

reuenan dcjror/z

Wd^^^s^\M^

de l'Amrique.
lieux

iSj-

l'avantage de la furprife leur don-

ne celui de la Victoire, qu'ils fe faillirent de leurs ennemis ; alors le Parti le plus foiblc aprs avoir bien combattu , tant oblig de cder & de fe battre en retraite
fans ordre
les

ni

difeipline
il

&

fuyant cha-

cun de fon ct,

ne

fe peut faire

que

Vainqueurs ne falTent des prifonniers. Il y a des Sauvages az forts & aiz adroits pour terrailr un homme, & le lier dans un moment. Mas il s'en trouve parmi les Vaincus , qui aiment mieux fe tuer que de fe lailr prendre ; & d'autres qu'on eft contraint de bleflr pour en venir bout. Ds qu'un Sauvage eft li il chante fa chanfon de mort , de la manire que je l'ai exprim dans ma vingt-troiilme Lettre. Les Iroquois qui ont le malheur d'tre pris, n'ont qu' fe prparer des tourmens affreux s'ils tombent entre les mains des

Qumamis, des "utaouas , des Algonkins , des Sauvages de YAcadie ; car ces Peuples font extrmement cruels envers leurs captifs ; le moindre fupplice qu'ils leur font
fouffrir
,

&

c'eft

d'obliger

ces

mifrables

mettre le doigt dans le trou de la pipe du Victorieux lors qu'il fume, ce qui fcrt d'amufement celui-ci pendant le voyage. Les autres Nations en ufent avec beaucoup plus d'humanit. Ce n'eft pas que depuis quelques annes les Franois tchent de leur perfuader de faire leurs ennemis le mme traitement qu'ils en reoivent. L'on doit conclurre de l qu'il faut faire une grande diffrence entre les divers Peuples

iS6
autres

Mmoires
les

Peuples du Canada,

uns font bons, les uns belliqueux , les autres lches; les uns agiles & les autres lourds pefants ; en un mot , il en eft de cette partie de V Amrique comme de ntre Europe , o chaque Nation ne fe reffemble pas dans le bien & dans le mal de forte que les Iroquois , & ceux que je viens dnommer avec eux, brlent la plupart de leurs captifs , pendant que les autres fe contentent de les retenir dans l'efclavage fans en faire mourir aucun. C'eil des premiers dont je parlerai dans les trois articles fuivans. Si - tt qu'un Parti de ces Barbares approche du Village, ils font autant de cris de mort qu'ils ont perdu d'hommes r & lorsqu'ils n'en font plus loignes que de la porte d'un moufquet , ils recommencent le chant funefte le rptent autant de fois qu'ils ont tu d'ennemis.. Alors la jeunef. au defbus de feize ans , & au deifus de douze , fe met en haye arme de btons pour en frapper les prifonniers , ce qu'ils excutent de toute leur force, ds que les Guerriers ont fait leur entre , portant au bout de leurs arcs les chevelures de ceux qu'ils ont

mauvais

les

&

&

tuez.

Le
niers

jour fuivant
qui
font

les

Anciens s'aimblent

au Confeil pour
,

la distribution des prifon-

aux femmes ou
t tuez, claves
;

filles

ordinairement prefentez de qui les parens ont


fait

ou

celles qui

le

partage tant

manquent d'eftrois ou qua,

tre jeunes

nent

&

coquins de quinze ans les prenles conduifent chez ces femmes

rta&zs

&

iS6
autres

Mmoires
les

Peuples du Canada,

uns font bons, les uns belliqueux , les autres lches; les uns agiles & les autres lourds & pefants ; en un mot , il en eft de cette partie de V Amrique comme de ntre Europe , o chaque Nation ne fe reffemble pas dans le bien & dans le mal de forte que les Iroquois , & ceux que je viens de nommer avec eux , brlent la plupart de leurs captifs , pendant que les autres fe contentent de les retenir dans l'efclavage fans en faire mourir aucun. G'eft des premiers dont je parlerai dans les trois articles fuivans. Si -tt qu'un Parti de ces Barbaresapproche du Village, ils font autant de cris de mort qu'ils ont perdu d'hommes r & lorsqu'ils n'en font plus loignes que de la porte d'un moufquet , ils recommencent le chant funefte & le rptent autant de fois qu'ils ont tu d'ennemis.. Alors la jeunef. au deflbus de feizeans, & au deffus de douze, fe met en haye arme de btons pour en frapper les prifonniers, ce qu'ils excutent de toute leur force , ds que les Guerriers ont fait leur entre , portant au bout de leurs arcs les chevelures de ceux qu'ils ont

mauvais

les

tuez.

Le
niers

jour fuivant
qui
font

les

Anciens s'affemblent
des prifon-

au Confeil pour
,

la diftribution

ordinairement prefentez aux femmes ou filles de qui les parens ont t tuez, ou celles qui manquent d'efclaves ; le partage tant fait , trois ou quatre jeunes coquins de quinze ans les prennent les conduifent chez ces femmes

&

Q.

ttt&S^

de l'Amrique.

87

ou che ces filles. Or fi celle qui reoit le fien veut qu'il meure, elle lui dit que fou n'ayant pre, fon frre, fon mari, &c. point d'efclave pour le fervir dans le Pais
Morts , il eft nceiTaire qu'il parte & s'il y a des preuinceffamment ves que ce mifrable prifonnier ait tu
des
:

des femmes , ou des enfans durant fa vie ; ces jeunes Bourreaux le mnent au Bcher o ils lui font fouftrir ces cruauts atroces , dont je vous ai parl dans ma
vingt- troiiime Lettre
,

&
de

fouvent
plus

mme

quelque chofe encore

horrible.

Mais fi l'infortun captif peut vrifier qu'il n'a jamais tu que des hommes, ils fe conSi cette femme , ou tentent de le fufiller. fille , veut le fauver ( ce qui arrive aiTez aprs fouvent) elle le prend par la main,

&

l'avoir fait entrer dans fa Cabane elle coupe fes liens, lui faifant donner des hardes,

des armes
le

El, & dequoi manger & fumer accompagne ordinairement cette honntet de ces paroles ; Je fai donn la vie , je:

t'ai

dli

n'aye pas le cur

jet de te

pren courage , fers moi bien , mauvais , tu auras fuconfoler d'avoir perdu ton Pais 5*
,

&
&

tes Parens. Les femmes Iroquoifes adoptent quelquefois les prifonniers qu'on leur donne alors ils font pour s'en fervir leur gr, regarder comme gens de la Nation. Quant

aux femmes prifonnires on les diitribu aux hommes , & ceux-ci leur accordent infailliblement la vie. les Sauvages de Il faut remarquer que Canada n'changent jamais leurs prifonniers.

iS8
nicrs.

Mmoires
Ds

qu'ils font liez, ils font confidrez comme morts de leurs Parens , auflbien que de toute leur propre Nation, moins qu'ils n'ayent t fi fort bleflz (quand on les a pris) qu'il leur ait t impoffible de fe tuer eux-mmes ; en ce cas ils les reoivent lors qu'ils peuvent fe fauver, au lieu que quand les autres reviendroient, ils feroient mconnus mme de leurs plus proches , perfonne ne vou-

&

dront abfolument les recevoir. re dont les Sauvages font la

La maniGuerre eft firude qu'il faut avoir des corps de fer , pour rfifter aux fatigues qu'ils font obligez d'efTellement que cela joint au peu fuyer de quartier qu'ils fe font les uns aux au:

tres

n'pargnant ordinairement ni femmes r


,

ni

enfans-

il

ne

faut pas s'tonner


fi

fi

le

nombre de

leurs Guerriers eft

petit

pei-

ne quelquefois s'en trouve-t-il mille dans une


Nation. Les Sauvages ont allez de peine f rcfoudre de dclarer la Guerre. 11 faut qu'ils
qu'ils foient tiennent bien des Confeils , trs-affurez des Nations voifnes dont ils demandent l'Alliance ou la Neutralit. Outre cela, ils veulent connotre fonds
les intentions

&

de

celles

qui font

les

plus

loignes,
fles,

afin de prendre des

mefures ju-

examinant frieufement les fuites tchant de prvoir tous les accidens qui Ils ont la prcaution pourroient furvenir. d'envoyer chez les Peuples avec lefquels pour favoir adroiteils veulent s'allier ,

&

ment

fi

les

Anciens ont d'afz bonnes ttes

pour

1om-Z

y'i/ >fy

iS8
niers.

Mmoires
Ds

qu'ils font liez, ils font confidrez comme morts de leurs Parens , auflbien que de toute leur propre Nation, moins qu'ils n'ayent t fi fort blefz

(quand on

les

a pris) qu'il leur

poffible de fe tuer

eux-mmes

ils les reoivent lors qu'ils ver, au lieu que quand les autres reviendroicnt, ils feroient mconnus mme de leurs plus proches , perlbnne -ne vou-

t imen ce cas peuvent fe fauait


;

&

abfolument les recevoir. La manire dont les Sauvages font la Guerre eft fi rude qu'il faut avoir des corps de fer , pour rfifter aux fatigues qu'ils font obligez d'efTellement que cela joint au peu fuyer de quartier qu'ils fe font les uns aux audrait
:

tres

n'pargnant ordinairement ni femmes


,

ni

enfans-

il

ne faut pas s'tonner


fi

fi

le

nombre de
Nation..

leurs Guerriers eft

petit

pei-

ne quelquefois s'en trouve-t-il mille dans une

Les Sauvages ont aflz de peine f rcfoudre de dclarer la Guerre. 11 faut qu'ils
tiennent bien des Confeils , qu'ils foient trs-aifurez des Nations voifines dont ils demandent l'Alliance ou la Neutralit. Outre cela, ils veulent connotre fonds
.

&

les intentions

de

celles

qui

font

les

plus

loignes,
ftes,

afin de prendre des

mefures ju-

examinant frieufement les fuites tchant de prvoir tous les accidens qui Ils ont la prcaution pourroient furvenir. d'envoyer chez les Peuples avec lefquels pour favoir adroiteils veulent s'allier ,

&

ment

fi

les

Anciens ont d'aflz bonnes ttes

pour

lom

f^nf 1S0

Armef c&s

ottufaTm's apeZks renards

Ir/ncs i/cs oatc/rij?Jucs ajTpsfes

fauteurs

1 S9 DE L* M E R I Q U E. pour gouverner & confeiller judicieufement & propos leurs Guerriers , dont ils veulent connatre le nombre aufi bien que Aprs cela ils la valeur & l'exprience. confidrent les moyens de faire leur commerce de Pelleteries avec les Franois fans defavantage , & ceux de pouvoir chaflr

les

Caftors durant l'Hiver fans courir auIls propofent fur tout leurs Alliez de ne finir point la guerre, qu'aprs avoir entirement dtruit leurs ennemis , ou les avoir obligez d'abandonner

cun danger.

leur Pais.

Tel

fut

l'engagement du Rat

avec Mr. Denonville ,


devant.

comme je

l'ai dit ci-

La manire dont les Sauvages


la
la

fe dclarent

guerre,

c'eft

en renvoyant un efclavedc

ler;

Nation avec laquelle ils veulent fe brouil& lui recommandant de porter au Village de fes gens une hache dont le manche
eft peint
ils

de rouge & de noir. Quelquefois en renvoyent trois ou quatre, aufquels ils font promettre avant que de partir,qu'ils ne porteront point les armes contre eux ce que
,

ceux-ci obfervent ordinairement fur leur parole.


refte plus qu' vous dire comfont la Paix, il faut favoir que ce n'eft jamais qu'aprs une longue guerre que les Sauvages tchent d'entrer en accommodement. Mais lors qu'ils connoilTent qu'il cil de leur intrt d'en venir l , ils dtachent cinq, dix, quinze ou vingt Guerriers,
Il

ne

me

ment

ils

plus

ou moins

(itious leurs

pour aller faire des propoquelquefois ces ennemis


;

En-

jo Envoyez vont par terre , & quelquefois en Canot portant toujours le Grand Calumet de Paix la main , peu prs comme un
Cornette porte fon tendard. Je vous ai dit dans ma feptime Lettre, la vnration que tous les Sauvages de Canada ont pour cette fameufe pipe ; il n'y a point d'exemple qu'ils en ayent jamais viol les droits facre avant l'Ambaffade du Chevalier Do , en revanche de l'affaire du Rat, comme il eft expliqu dans ma dix-feptime Lettre.

Mmoires

Ds que

ces

rivent la porte

Envoyez par terre ardu moufquet du Villa-

fe ge, quelques jeunes gens en fortent, Aufll-tt celui placent en figure ovale. qui porte ce grand Signe de Paix , s'avance danfant la danfe du vers eux chantant Calumet , ce qui fe fait pendant que les Anciens tiennent confeil. Si les Habitans du Village ne trouvent pas propos d'accepter la Paixi V Orateur vient haranguer le porteur du Calumet, qui va rejoindre

&

&

fes

Compagnons

on
,

rgale cette bande

qui confiftent en tenpoilTon ; mais on lui Si lignifie de fe retirer ds le lendemain. au contraire les Anciens confentent la Paix , l'on va au devant de ceux qui la propofent , on les fait tous entrer dans le on les loge parfaitement bien Village , en les dfrayant copieufement pendant tout le temps de la Ngociation. Ceux qui abordent par eau dtachent un Canot pendant
pacifique de prfens tes , bled , viande

&

&

que
Je

les autres

demeurent derrire,

moment

qu'il

& dans approche du Village, on


en-

Mmoires

Envoyer vont par terre , & quelquefois en Canot portant toujours le Grand Calumet de Paix la main , peu prs comme un
Coruette porte fon tendard. Je vous ai dit dans ma feptime Lettre, la vnration que tous les Sauvages de Canada ont pour cette fameufe pipe ; il n'y a point d'exemple qu'ils en ayent jamais viol les droits facrez avant l'AmbaiTade du Chevalier Do , en revanche de l'affaire du Rat, comme il eft expliqu dans ma dix-feptime Lettre.

Ds que

ces

rivent la porte

Envoyez par terre ardu moufquet du Villa-

ge , quelques jeunes gens en fortent , le placent en figure ovale. Auffi-tt celui qui porte ce grand Signe de Paix , s'avance danfant la danfe du vers eux chantant Galumet , ce qui fe fait pendant que les Anciens tiennent confeil. Si les Habitans du Village ne trouvent pas propos d'accepter la Paix; V Orateur vient haranguer le porteur du Calumet, qui va rejoindre fes Compagnons : on rgale cette bande pacifique de prfens , qui confident en tenpoifbn ; mais on lui tes , bled , viande lignifie de fe retirer ds le lendemain. Si au contraire les Anciens confentent la Paix , l'on va au devant de ceux qui la propofent, on les fait tous entrer dans le on les loge parfaitement bien Village , en les dfrayant copieufement pendant tout le temps de la Ngociation. Ceux qui abordent par eau dtachent un Canot pendant

&

&

&

&

que

les autres

demeurent derrire,

moment

qu'il

dans approche du Village, on en-

&

Tarn-

<L-

Pag. )9t

<r < 4*

T
<-L

4"
.

^ ^i ##
4*

4-

Al
4"

19*

Mmoires
font ceci pour faire connotre aux all'exploit qu'ils

arbre dpouill de fou corce quelquefois dix ou douze ans fans que la pluye les puiife
effacer.
Ils

lans

& aux venans

ont

fait.

Les armes de la Nation & mme quelquefois la marque particulire du Chef du parti ,

dont je

y font peintes avec les couleurs &c. me fuis avif de vous faire la def-

cription.

cinq Nations Outaouafes portent de quatre Elans de Sable cantonnez regardant les quatre angles de l'cu au monceau de gravier en cur. Les llinois portent la feuille de Htre au papillon ^argent. Les Nadouejfis , ou Scioux , portent l'cureuil de Gueule mordant une Citrouille

Les

Simple

&

dV.
Les Hurons portent au Caftor de Sable acroupi fur une Cabane ? argent au milieu
d'un tang. Les Outagamis portent la prairie de Simple traverse d'une Rivire ferpentant en pal , a deux Renards de Gueule aux deux extrcmitez de la Rivire , Chef & pointe.

Les Ponteouatamis

appeliez

Puants , por-

tent au chien d'argent dormant fur une natte dV. Ceux-ci fuivent moins les rgies du

Blafon que les

autres.

Les umamis portent

l'Ours de Sable,

dchirant de fes deux pattes un arbre de Sinocouch en face. pie , mouffii Les OutchipQues appeliez Sauteurs portent

&

de l'Amrique.
l'aigle de Sable perch fur le

193

Rocher
Gueule.

d'argent

&

fommetd'un dvorant un hibou de

Explication des Hiroglyphes


vis- a -vis des Lettres

ici

dpeints

ABCDE
.

GHIK
le

places
le

cot

de la

Colomne qui reprefente


bre fuppof.

pied d'un ar-

A
me

Prendre

mot de Hiroglyphe en

fa

lignification naturelle, c'eft

uniquement

la reprfentation des objets fixerez

&

divins

que nos ides

fe

forment

cependant fans

avoir gard l'origine de ce mot Grec, fervant du privilge d'une infinit d'Aueil

teurs, j'appellerai fymboles Hiroglyphiques,

tout ce qui
fuivantes.

dpeint ct des Lettres

A. Vis--vis de cette Lettre, vous voyez armes de France & une Hache au deius. Or la Hache eft le fymbole de la guerre parmi les Sauvages, comme le Calumet eft celui de la Paix ; ainfi cela lignifie que les Franois ont lev la Hache , c'eft - - dire qu'ils ont t la guerre au nombre d'autant de dixaincs d'hommes que vous voyez de marques aux environs , lefquelles tant au nombre de 1 8. font 1 80. Guerriers Franles

ois.

B. Vis--vis de cette Lettre vous voyez une montagne qui reprfente la Ville de Monreal (flon les Sauvages) & TOifeau partant du fommet lignifie le dpart. Cette
T'orne

IL

Lune

s94

Mmoires
fur le dos

Lune

du Cerf

fgnifie le terris

du

premier quartier de celle de Juillet, appelle la Lune au Cerf. C. Vis--vis de cette Lettre vous dcouvrez un Canot, qui fignific qu'on a voyag par eau autant de journes que vous y voyez

de Cabanes

D.

c'eft--dire , 2 1 .jours. ; Vis--vis de cette Lettre vous

dcou-

vrez un pied, qui fignifle qu'on a march enfuite autant de jours que vous y voyez de Cabanes ; c'eft--dire , 7. journes de Guerriers, chacune valant s- lieues communes de France , ou de vingt au degr. E. ct de cette Lettre vous voyez une main , trois Cabanes , qui lignifient qu'on eft aprochc jufqu' trois journes du Village des Iroquo'u Tfonontouans , dont les armes font la Cabane avec les deux arbres panchez que vous dcouvrez. Enfuite ce Soleil marque que c'eft juftement l'Orient de ce Village qu'on a t. Car il faut remarquer que fi l'on eut march l'Occi-

&

dent

les

armes de ces Sauvages feroient

places l'endroit

eft

la

main

&

la

tourne & place l'endroit o font ces armes d'une Cabane & deux ar-

main

feroit

bres.

ct de cette Lettre vous voyez fignifient douze dixai, qui nes d'hommes comme la Lettre A. La Cabane avec ces deux arbres tant les armes des Xjomntouatts , fignifle que ce font
F.

douze marques

Et l'homme des gens de cette Nation. qui parot couch marque qu'ils ont t furpr. C. Vous

G.

DE L'A M E R I QU E. Vous voyez ct de cette


,

10?
Lettre

& onze ttes , ce qui lignifie qu'on a tu onze Tfonontouans & les cinq hommes debout fur cinq marques fignifient autant de dizaines de priibnniers de guerre qu'on amne. ct de cette Lettre vous voyez H. dans un arc neuf ttes , c'eft--dire que neuf des agrefieurs ou du parti vainqueur, que j'ai fuppof tre Franois , ont t tuez , & les douze marques qui paroillnt au deflbus fignifient un tel nombre de bleflz. /. ct de cette Lettre vous voyez des flches dcoches en l'air, les unes de les autres del , qui fignifient une bonne dfenfe ou une refiftance vigoureufdepart
une malu

& d'autre.
tes

toufuppof que les vaincus l'ont t en fuyant ou en fe battant en retraite , en confufion en deforles flches filant
,

K.

Vous voyez

d'un

mme

ct

&

dre.

Tout ceci
re

que

rduit en quatre mots veut di80. Franois tant partis de Monreal

la Lune de Juillet navigurent vingt-un jours enfuite aprs avoir fait trente-cinq lieues pied , ils furprirent 110. Tfonontouans l'Orient de leur Village , d'entre lefquels onze perdirent cinquante furent pris , avec perte la vie de la part des Franois de neuf hommes de douze bleffez , le combat ayant t fort

au premier quartier de

&

&

opinitre.

Nous conclurons de l vous & moi que nous devons bien rendre grces Dieu de I % nous

396

Mmoires de l'Amrique.

nous avoir donn les moyens d'exprimer nos penfes& nos fenti mens par le fimple arrangement de 23. Lettres, fur tout, de pouvoir crire en moins d'une minute un difeours dont les Amricains ne fauroient donner l'intelligence dans une heure avec leurs impertinens Hiroglyphes le nombre qu'ils en ont, quoi qu'allez, mdiocre, eft capable d'embarraffer extrmement l'efprit d'un Europen, ce qui fait que je me fuis contente
;
-

d'aprendre les plus efntiels plutt par nque par curiofit. Je pourrois vous en envoyer d'autres auffi extravagans que ceuxceffit
ci , mais comme ils ne vous feroient d'aucune utilit, je m'pargnerai la peine de les tracer fur le papier, en vous pargnant le tems de les examiner.

Je fuis, Monfieur, vtre &c.

C O N-

CONVERSATIONS
D E

L'A

T E
AVEC

DE CES VOYAGES

ADARIO
SAUVAGE DISTINGUE';
O l'on
voit

Coutumes ,

une Defcription exacte des des Inclinations & de*


de ces Peuples.

Murs

I.

CONVERSATION.
Sur

U Religion. La Hontan.
!

c'cft

donc vous ,
foyez

mon

cher

Adario,

le trs-bien

venu: J'ai une vraie joiede pouvoir vous entretenir la Matire comme vous favez ne peut etre plus mportante puilque nous fommes convenus I 3
;
i

iqS

Conversations bu

venus de parler de Religion ; & que je dois vous expliquer les grands Myftres de la mienne.

A
Il

D A R

O.

ne

tient qu' toi

de parler

mon

cher Frre,

je t'couteraiavecplaifir,

&

tu m'obligeras de m'inftruire fonds des chofes dont les Jefutes nous fatiguent les oreilles depuis fi long-temps : mais condition que nous parlerons avec une entire
franchife.

Avant que de commencer


,

di-

moi

tu es auffi perfuad que les Jefutes prtendent l'tre ? Car en ce cas-l il eft inutile d'entrer en matire. Ces.
,

je te prie

fi

gens-l

nous dbitent tant de Fables, tant

des Sottifes fi grofieres , que , je leur crois trop d'efprit pour en tre convaincus ; c'eft toute la grce que je puis

de

Romans

&

leur faire.

La Hontan*
Je ne repondrai point du fentiment des Je; mais je croi que mes Raifons s'accorderont fort bien avec les leurs. Il faut fuppofer d'abord que le Paradis n'efl: que pour ceux qui profeint la Religion Chrtienne. Le Grand Efprit n'a permis la dcouverte de Y Amrique que pour en fauver les Peuples par la Lumire de l'Evangile i
futes

Oui
fir

il

faut

que tu fches que

le

bon

plai-

de Dieu a t qu'on prcht les Veritez d la Religion Chrtienne ta Nation pour


lui

Baron de la Hontan.
fui

199

procurer l'entre- du Ciel qui doit tre le fejour ternel de toutes les bonnes Ames. C'eft un grand malheur pour toi que tu refufes de profiter pour ton falut des belles Qualitez dont Dieu a bien voulu te partager.

La

Vie

n'eft

qu'un foufle
,

tu peux

mourir

tous

momens

&

le

Temps eft in-

finiment prcieux. Celte donc de t'imaginer que le Chriftianifme foit fi rigoureux, dplore les Anhte-toi de Fembraflr; nes que tu ns palI dans l'Aveuglement,, fans connotre ni le vrai Dieu ni le Culte qui lui appartient.

&

D A R

O.

Sans connatre le vrai Dieu l Penfs-tu donc bien ce que tu dis > Je crois que tu rves. Aprs avoir demeur fi long-temps parmi nous, es-tu allez limple pour nous croire fans Religion ? Ignores-tu que nous reconnohTons le Crateur de l'Univers fous le ttre de Grand Esprit ou de Matre de la Vie, qui eft en tout, & que rien ne borne. Nous croyons de plus que ntre Ame ne meurt point , & que le Grand Efprit nous a donn le pouvoir de raifon-

Bien aufli loign de la Terre , afin d'obfervcr les Rgles de la Juftice & de la Sngeile. Ce Grand Matre de la Vie veut
,

ncr

&

de connotre
le

le

du Mal que

Ciel

l'eft

que ntre Ame

foit pailible

&

tranquille;

il

abhorre le trouble & l'inquitude del'Efprit parce que c'eft ce qui rend les Hommes mdians. Nous fommes perfuadez que la Vie
I.4,
n'eft.

200
n'eft

qu'un Songe
,

Considrations du & que la Mort


aprs lequel

efl:

le

movoit

ment du Rveil

l'Ame

diftintemcnt la Nature toutes chofes v Ntre

& les Qualit* de Ame cft d'une ten-

fi borne qu'elle ne peut pas s'lever d'un pouce au deffus de la Terre ; fi bien que nous ne devons point la tourmenter ni la gter par de vains efforts pour approfon-

due

dir des chofes qui font auffipeuvraifembla-

bles qu'elles font effectivement

inyifibles.

Voil,
tre

mon

cher

Crance, nos Murs.


prs la

&

de nnous y ajuftons exactement Nous ne doutons point qu'ale principal

Ami,

Mort il n'y ait un Pays des Ames ; mais nous ne conviendrons jamais avec vous qu'aprs cette Vie il y ait deux diffrentes Demeures , l'une bonne & l'autre mauvaife; car nous ne favons pas fi pour cela le Grand Efprit met allez de diffrence entre ce que nous apellons le Bien & le Mal. Parce que vtre Culte efl: diffrent du ntre, s'enfuit-il que nous n'ayons point de Reli-. gion ? Tu fais que j'ai t en France, la Nouvelle York & Qubec o je me fuis inftruit des Ufages & des Opinions des.
Anglais

&

des Franois.
fix

Vos

Jefutes pr-

tendent que de

ou

fept cens fortes

de Re-

ligions qu'il y a peut- tre dans le vritable feule eft la bonne

Monde une
,

&

favoir, la

leur; hors de laquelle perfonne ne peut viter je ne fai quelles Fimes qui brleront les Ames ternellement. Ils avancent hardi-

ment cette rverie & quand nous leur demandons des Preuves ils nous accablent de.
,

mots qui ne prouvent

rien.

La

Baron de la H ont an.

UfV

La H
de fotenir

o n t a

n.

Nos Jefutcs ont grand' raifon


qu'il y a

Adario r

de mchantes Ames ;: quand il n'y auroit que la tienne elle pourroit leur fervir de Preuve. En vain demandes-tu nos gens de te convaincre par Raifon. Pour tre perfuad des Veritez de la Religion Chrtienne, il faut fou mettre entirement fon Efprit tout ce qu'elle enfeigne. Tout ce que tu as allgue en faveur de ta Caulc n'efl: qu'une pure extravagance. Tu
te figures cette

demeure des

Ames comme
,

un

Pays- de ChalTe femblable celui-ci

&

une Chimre. Nos Saintes Ecrituresnous donnent une ide toute diffrente do
c'eft

l'autre

Monde

elles nous-

un Paradis

fitu

aprennent qu'il y au del des Etoiles les plus

leves, lieu

o
,

le

Grand

Efprit

fait fa

prin-

environn de fa Gloire des Ames de tous les bons Chrtiens Ces mmes Ecritures nous obligent craindre un Enfer que nous croyons plac au Centre de la Terre; c'elt-l que les Ames tant de ceux qui ont rejette la Vrit de l'Evangile que celles des mauvais Chrtiens brleront pendant toute l'Eternit fans jamais tre confumes. C'cft furquoi tu dois faire une fc*
cipale Refidence
:

&

rieuie rflexion.

A D a
Si bien

c.

ces faintes Ecritures

donc que pour tre que toi &


I

clair par
tes Jefuites

nous

aoa Cqktersations ut? nous citez fans ceiTe, il faut dbuter par cette Foi aveugle dont Ces bons Pres nous tourdifnt tout moment. Mais di-moi, je te prie^ avoir une pleine Foi, & tre tout
fait perfuad, n'eft-ce pas prcisment
la,

mme
le

chofe

Tu ne me feras jamais conce-

voir qu'on puifl croire quelque chofe fansl'avoir vu de fes propres yeux , ou fans qu'el-

nous

foit

&

folides

qui

prouve par des Vcritez claires nous font dj connues?.

veux-tu quej'aye cette Foi,, puifque tu ne faurois ni me montrer . l'uil, ni me prouver clairement la moindre chofe de ce que ta m'avances Croimoi , mon cher Am , ne t'enfonce point dans ces- tnbres , renonce tes Saintesr Ecritures, ce n'eft qu un amas deMenfonges & de Virions: ne m'objecte plus ces fortes de Chimres , ou rompons la Converfation \ car il faut que tu te fouviennes une
?.

Comment donc

bonne

fois pour toutes, que nous n'admettons rien fans Preuve. Sur quel Fondement folide apuyes-tu cette opinion des bonnes Ames qui demeurent avec le Grand Efprit des mauvails qui au del des* Etoiles ,

&

font tourmentes au Centre de la Terre ?

Suppof que Dieu


le

ait fait

un

Homme pour

rendre ternellement malheureux on ne peut difculper ce mme Dieu de Tyrannie de Cruaut. Je te vois venir l-deiTus avec tes faintes Ecritures; H bien je te les paT : mais il faut que tu. tombes d'accord que fi les Ames des Mechans font tourmentes ternellement au Centre de la Terre f

&

lie.

doit

donc durer toujours

or

tes Jefui-

tes

Baron de la Hontn.
tes

2.03

nous enfeignent pofitivement le contraire. Si flon eux la Terre doit tre con fume, vtre Enfer ne fubfiltcra plus. D'ailtant flon toi unpurEfmille fois plus legere que la fume, comment peux-tu t'imnginer que contre fa propre Nature elle tende au Cen-

leurs, cette

Ame

prit,

&

en

effet

de la Terre? Sa lgret ne doit-elle pas plutt l'emporter vers le Soleil? Vous pourriez avec beaucoup plus de vraifemblance
tre

tablir vtre

qu'elle eft

Enfer dans cette Etoile vu incomparablement plus chaude


,

que

la

Terre.

La H
Vcux-tu m'en
e'eft

o n t a

n.

croire , mon cher Adaton extrme Aveuglement qui fait tout ton malheur ; ton infenfibilit ett la vraye caufe qui te fait rejetter la Foi de nos Ecritures. Si tu voulois faire un bon effort pour fecouer les prjugez de ta naiffance, tu gouterois d'abord nos feintes Vrits. Jette les yeux fur nos Prophties , il eft certain qu'elles ont t crites avant les

R1o?

Evcnemens
par
le

qu'elles

prdifent.
rejettes eft

D'ailleurs

cette Ecriture

que tu

Tmoignage

mme

confirme des Auteurs Paincontcftables

yens,

&

par des

Monumens

de l'Antiquit la plus recule. Compte fur ce que je te dis. Si tu voulois rflchir freufemcnt fur la minire dont la Religion Chrtienne a t tablie dans le Monde & fur les grands effets qu'elle a produit parmi
les

Hommes

fi

tu voulois appercevoir ces

16

Ca-

xo4

Caractres de Vrit , de Sincrit, de Div^ nit qui brillent dans nos Ecritures; enfin, (i tu te donnois la peine d'entrer dans le dtail de ntre Culte tu ferois contraint d'avouer que fes Dogmes , fes Prceptes , tes Promeffes , fes Menaces n'ont rien- que de raifonnable, que de jufte, que de conforme aux

Conversations du &

Lumires & aux Sentimens de la Nature, en un mot qui ne convienne au Bon-Sens

&

la Confcicnce..

A
Efprit

T>

a r

l o.

Voil justement le Galimatias ordinaire de vos Jefuites. Us prtendent que le Grand


ait ordonn irrvocablement tout ce qui s'eftpae depuis, cinq ou- fix. mille ans. Ils nous content comment le Ciel la Terre ont t crez, comment l'Homme fut la Femme tire d'une ptri de la boue , cte de l'Homme ,. comme fi l'Ouvrier ne pouvoit pas former ce couple de la mme

&

&

Ils jargonnent encore que cet Homnouvellement bti fut mis dans un Jardin fruitier , o la follicitation d'un Serpent il mordit une Pomme, ce qui mit le Grand Efprit dans une telle colre qu'il fit pendre fon propre Fils pour racheter le GenSi je te fotiens qu'ils ne nous re humain. dbitent en tout cela que des Imaginations & des Fables, tu ne manqueras pas de m'alleguer ton Ecriture. Examinons donc un. peu l'Autorit de cette mme Ecriture, qui. fait le Fondement & la force de toutes tes, preuves.. Je te prens d'abord par ton pro-

toffe.

me

pre.

B>ARON DR LA
eu un commencement

H OS' TAN.

1G?

prc aveu; tu conviens que cette Ecriture a

que la date de fon , invention n'eft pns plus ancienne que de trois ou quatre mille ans , & que mme elle n'eft imprime que depuis environ trois Sicles. Or quand on conldcre les diffrents venemens qui peuvent arriver dans le cours de pluficurs Ages , il faut tre d'une crdulit bien ridicule pour acquiefcer toutes les fadaifes contenues dans ce
grand Livre auquel vous voulez nous
re
facrifier
fai-

Servons-nous, d'une comparaifon les Livres que. vos. Jefuites font fur les affaires de ntre Pays font-ils autre chofe qu'un amas de Fictions, de Fauiltez & de Menfonges ? Si donc nous trouvons fi peu de vrit dans ce qui s'imprime fous nos yeux, comment me perfuaderas-tu que cette Ecriture qui nous raconte des faits fi extraordinaires & fi anciens , qui a coule travers un fi grand nombre de Sicles par plusieurs Langues inconnues , ait t iincere dans fon Origine, ou que du moins elle n'ait pas t
ntre

Raifon.
:

corrompue par l'Ignorance ou par


lice

la

ma-

des Copiltcs pourrois t'apporter

&

des Traducteurs. Je d'autres ici quantit

Raifons non moins folides que celle-l. pour te convaincre que je ne dois ajouter
bles.

foi

qu'

des choies vifibles

&

proba-

La

*o6

Conversations Dr

La Hontan.
je dplore ton' beau t'xpofer l'vidence & la certitude de la Religion Chrtienne ; bien loin de te rendre mes Raifons, tu m'oppofes des Chimres & des grofls fottifes. Ta comparaifon touchant les Ecrits des Jefuites ne vaut rien ; ces bons Pres ont pu tre trompez par ceux qui leur ont fourni des Mmoires. Tu as certainement bonne grce de mettre en parallle des minuties comme font les Defcriptions de Canada, avec un Livre qui traitant de la grandeur de Dieu & du falut des Hommes eit de la dernire importance, & auquel Livre cent differens Auteurs ont travaill fans le contre-

Mon

pauvre
:

Ad A Rio,
J'ai

Aveuglement

<&re..

A
Sans
fs-tu?

D A R
!

O.

fe contredire

ferieufement y pen*

Ce Livre que

tu appelles faint n'enV

ce pas une fource inpuifable de Contradictions? Ce mme Evangile que tes Jefuites ont fans cef la bouche, n'eft-il pas une occafion ternelle de Difcorde entre les-/$#glois

& les Franois & cependant


;

vous nous

aflurez d'un air de certitude qu'il n'y a pas une feule phrafe dans ce Livre qui ne fot

mane de la bouche du Grand Efprit. Je te demande: -fi le Grand Efprit a eu defTinde


f faire entendre, pourquoi parler

confudit eft-il

fment?. pourquoi tout ce qu'il

rem-

Baron de la Hntan.

107

empli de doutes & d'ambiguitez ? De deux, choies l'une: Si Dieu a converf fur la Terre avec les Hommes, il a d leur parler fi clairement qu'il fut mme intelligible aux Enfans , auquel cas il s'enfuit manifeitement qu'il ne refteroit plus rien de tout ce qu'il a dit. Si au contraire ce que vous appeliez fon. Evangile eft vritablement de lui il faut donc conclurre que Dieu n'a parl fur la Terre que des' Divipour y exciter des Troubles sons , ce qui eft incompatible avec fa Bont. Que je confulte xxnAnglois, il m'afure

&

que vous

&

lui faites

profeflion

du

mme

Evangile & cependant il y a une diffrence entre vos deux Religions comme du jour La nuit. \J.Anglois dit, ma Religion eft con-

ftamment la meilleure

lejefuite, tout autre Culte

digne de l'Enfer. bigarre de Religions, qui faudra-fil s'adreffer pour connoitre frement la vritable ?

, repond que le mien eft Puifque la Terre eft toute


:

cela eft faux

Dans un nombre

infini

d'hommes qui

afpi-

rent au falut par des Routes toutes oppofes quelle capacit peut fuffirc pour en dcouvrir le

bon & unique Chemin? Fai fond fur dis-, mon Ami ; Le Grand Eftoutes fes Oeuvres font parfaiprit eft fage tes, c'eft lui qui nous a formez, & lui feul fait ce que nous deviendrons. C'eft donc nous de vivre en repos fans nous inquiter de ce qui nous eft impntrable. Il t'a fait natre en France afin que tes yeux & ta Raifon te Il m'a fait naitre Huron pour fuflnt inutiles ne rien croire que ce que je vois & que ce que
ce que je te
,
:

je comptais.

LA

so8

Conversations du

La H
!

o n t a

n.

Pauvre Aveugle c'eft faute d'couter aftaRaifonque tu refufes d'tre Chrtien. N'oppofe rien la clart de cette Raifon , tu apercevras auii-tt que ntre Evangile eft uniforme & qu'il ne renferme aucune contradiction. Les Anglois & les Franois adorent le mme Jefus Chrfl & leur Culte fefz
,.

roit tout fait le

mme

ce

n'eft' qu'ils in-

terprtent diffremment certains endroits

de

ntre Evangile. Voici le principal fujet de leurs Difputes Le Fils de Dieu ayant dclar avant fa mort qu'un morceau de Pain. toit (on Corps , les Franois prennent la chofe la lettre allguant pour Raifon que Dieu ne fauroit mentir. Le mme Fils de Dieu ordonna fes Sectateurs de manger fouvent en mmoire de lui ce mme Pain devenu fon Corps. En vertu de cette Ordonnance les Franois clbrent tous les jours
:

une Crmonie
dans laquelle
ils

qu'ils

nomment

la
le

Mefl r
Pain au

croyent changer

Corps du Fils de Dieu , & le mangent , perfuadczque la plus petite particule de ce Pain confacr eft le Corps tout entier de Jefusque
contraire les Anglois prtendent de Dieu faifantfonfjour dans le Ciel, ne peut pas avoir une prfence corporelle fur la Terre ; & ils emploient les Paroles mmes de l'Ordonnance de Jcfus-Chrijl pour prouver qu'il n'eft dans le pain que par Figure & par RefTemblance. Voil la grande Barrire qui nous fepare quant au reftepeufctre pourroit-on s'accommoder.
Chrijl.
le Fils
:

Au

Baron de la Ho s tan.

209

d a r

o.

Il eft donc au moins certain que ce Fils du Grand Efprit s'eft expliqu d'une mani-

re cmbarraic

que
tant

les

Anglais

& fujette contradiction, puif& les Franois difputentavec


le fcns vrita;

de chaleur pour trouver

ble de fes paroles


croire
la

jufques-l qu'on peut

que cette conteitation eft la fourcede Haine implacable & de la grande Animoit que l'on voit entre les deux Nations. Mais ce n'eft pas fur quoi je veux infifter. Veux-tu que je te dife , mon Frcre ? Les Anglais

&

les

Franois font galement foux de

croire fur l'Autorit d'une Ecriture toute

remplie d'ambiguitez, que le Grand Efprit pu devenir Homme; d'une Ecriture, disje , o l'on trouve des groflieretcz qui ne s'accordent abfolument point avec un Etre fi
ait

Les Jefuites nous aflurent que le Fils du Grand Elbrit a dclar qu'il vouloit fincerement fauver tous les Hommes. Qui ne croiroit aprs cela que pas un Homme ne fera damn ? Vtre mme Fils de Dieu a
parfait.

pourtant dit , pluficurs font appeliez, mais peu font chot'fis. Contradiction manifefte. Dieu, dilnt les bons Pres, veut bien fauver les Hommes, mais condition que les Hommes

voudront eux-mmes tre fauvez. Mais Dieu a parl pofitivement. Pourquoi donc ajouter une condition ? Je me trompe fort fi je ne vais pas vous dire le nud de l'affaire. Les Jefuites pour fe rendre neceffaires r prtendent l'avoir mieux que les autres le fi>
cret

ao
cret

Conversations du

du ToutpuilTant. Je te pofe un Cas: Le Grand Capitaine Gnral de France ordonne en Matre tous fes Efclaves de Canada de venir en France pour y faire fortune ces Efclaves rpondent , nous n'en ferons rien. Ce Grand Capitaine Gnral de la France, quelque irrefftibleque foit l Volont, n'a pu dterminer cela fans ntre confentement ;
:

n'eft-il

pas vrai,

ntre

Ami, qu'on

traite-

roit leur

forceroit

Rponfe de ridicule & qu'on de faire le Voyage de France.


de

les

Je.

vous

dfie

les Jefuites

me rpondre l-deflus. Enfin me proposent tant d'abfurditez,

tant de contrarietez tires de vos Ecritures

que j'admire comment ils font ailez ridicupour appeler ce Livre-l un Livre facr. Prenons cette Ecriture par le Fondement; elle pofe d'abordqne l'Homme & la Femme ne fafant que fortir des mains du Grand Efprk mangent contre fon ordre du plus beau fruit du Jardin , & en font galement punis. Je n'examine point quelle a t cette punition, ileft toujours vrai que Dieu ayant trs-bien i que ces pauvres gens ne manqueroient pas de fuccomber la Tentation , ils toient en droit de lui reprocher qu'il ne les avoit formez que pour les rendre malheureux. PaiTons du premier Homme fa Pofterit , que les Jefuites prtendent avoir Eft-ce t envelope dans fon Chtiment. donc que lesEnfans font refponfables de la gourmandife du Pre &delaMerc. Si quelqu'un de nous avoit tu fon Capitaine feles
,. ,

roit-il jufte

d'tendre

la

Punition fur toute la


la

Famille du Meurtrier? Faudroit-il pour ce-

Baron de la Hontas.
la

in

exterminer Pre

Mre,

Frres, Enfans,

Coulins , Oncles , toute la Gnration ? Rcpondrez-vous que le Grand Efprit en crant l'Homme, ignoroitce que cet Ouvrage feroit aprs la Cration ? Ce feroit une abfurdit groficre. Mais je veux bien te paflr que tout le Genre Humain ait t complice du Crime (quoiqu'au fonds il n'y ait rien de plus injufte ni de plus ridicule) comment accorder cette Punition avec le Tmoignage

de vtre Ecriture qui


eft

dit

que

le

Grand Efprit

fouverainement Bon , &que faTendreffe pour l'Homme furpalTe infiniment tous fes autres Attributs. L'ide qu'on fe forme de fa Puiffance eft fi vafte que quand on concevait tous les Hommes pafiez , prfens nvenir runis dans une feule Perfonne, ce ne feroit encore qu'un Atome en comparaifonde fon Pouvoir. Puis donc qu'il eft encore incomparablement meilleur qu'il n'eft PuhTant , eft- il concevable qu'il n'ait pas daign faire grce ce Criminel & fes Defcendans ? Cela ne lui auroit cot qu'un mot. Dplus, cet Etre eft Grand , Infini, Incomprchcnfible , & cependant vous le croyez un Homme qui a men ici bas une

&

vie mifcrable,

fme,

&qui a fini par une mort intout pour une chetive Crature cent millions de millions de fois plus au defle

fous de lui qu'une Mouche ne l'cft du Soleil & des Etoiles. De bonne foi cela peut-il entrer dans le Bon-fens ? En quoi donc fa Toutcpuiflance lui feroit-elle utile ? O feroit ici la moindre trace de fa Grandeur ? Autant que je puis le comprendre, mettre

Dieu

an

Conversations du

Dieu dans

la Baffeil , c'eft avoir une fauf Ide de la Nature du Souverain Etre ; & cela ne peut venir en nous que d'un fonds

d'orgueil

& de pre'fomption.

La H
Tu
n'y es pas
,

o n t a

n.

mon

cher

Adario:

C'eft par la

Grandeur de Dieu mme que tu dois mefurer l'normit du Crime , & autant le Grand Efprit eft parfait, autant la Dsobefnce du premier Homme doit te
parotre afreufe.
la chofe.

Un

Exemple
eft
,

t'claircira

Que

je maltraite fans raifon

un
fi

de mesfoldats,
je fais

ma faute
au Roi

lgre; mais

un

affront

la

Majeft de la

Perfonne offenfe aggrave mon Crime & le rend impardonnable. Ainfi Adam s'tant rvolt contre le Grand Efprit , le Roi des Rois & l'Auteur de l'Univers, & tous les Hommes tant renfermez dans Adam r comme dans leur Pre & leur Chef, la Juftice Divine ne pouvoit tre apaife par une moindre fatisfaction que par la Mort d'un Homme-Dieu.

Le Grand

Efprit , dis-tu

n'avoit qu' pro-

noncer le mot pour nous abfoudre r c'eft dequoi je ne puis abfolument difeonvenir ; mais pour des Ratfons qui font au deflus de ta porte & de la mienne, fon bon plaifira t de faire crucifier fon Fils entre deux Voleurs pour marquer plus fenfiblement aux
,

Hommes &
,

l'normit de leur Offenf

&

de fon Amour. 11 n'toit pas impofible au Grand Efprit , je te Tavou, de pardonner au premier Homme imla

grandeur

infinie

Baron de la Hontan.
immdiatement aprs
fa chute
,

213

car fa

Mi-

fericorde eft grande, fa Clmence n'a point c'ell fur fa feule Bont que de bornes ,

&

nous fondons toutes nos Efperances pour le Salut ternel. Mais le Grand Efprit devoit pourvoir au maintien de fon Autorit ; il y
alloit

de fa Gloire d'imprimer aux


fes

Hommes
;

un profond Refpet pour

Ordres

&

s'il

avoit pardonn la premire OfFenl, peut-tre auroit-on eu l'infolencc de mprifer fes

Commandemens.

D A R

O.

Que tu me dis l des Pauvretez , mon cher Baron. Plus j'examine cette Incarnation prtendue , moins j'y trouve de vraifemblance. Quoi ? tu veux me perfuader que cet Incompreheniible Auteur de l'Univers ait pu s'abaiffer une Prifon de neuf Mois dans le Ventre d'une Femme, qu'il ait men fur la Terre la Vie du monde la plus pauvre & la plus miferable , qu'il fe foit afbci avec des Pcheurs tels qu'toient ceux qui ont crit vtre Evangile, qu'il ait t battu, foiiet,
crucifi

comme un

feelerat.

Non

cela

ne

d'un Homme d'efprit. Les mmes Ecrivains qui nousdifent que ce Dieu Incarn n'toit venu fur la Terre que pour mourir, nous aiurent qu'il a trembl la vue de la Mort. Je trouve l une dou-

peut entrer dans

la tte

Premirement la crainte de la Mort n'tant fonde que fur l'Incertitude de ce que nous deviendrons , le Fils de Dieu ne pouvoit pas raifonnablement tre
ble contradiction.
atta-

j4

Conversations du
s'en faut
,

attaqu de cette frayeur, puis qu'il toit fur de retourner au Ciel d'o il toit defeendu:

Tant

qu'il avoit choifi devoit lui caufer

malheureux genre de Vie une impatience de remonter fon Pre. Ne voistu pas tous les jours nos Sauvages qui f tuent fans faon pour rejoindre leurs Femmes, ou leurs Maris , quoi qu'ils foient bien moins affrez que ton Jefus-Chriji , du fort
le

qui

les

attend aprs cette Vie.


?

me

rpondre cela

Que peux-tu En fcond lieu vos


,

Ecritures affirment

que

le Fils a le

mme

Pouvoir que le Pre ; pourquoi donc prioitil fon Pre de lui fauver la Vie ? Que n'ufoit-il de fa propre Puifnce pour viter la Mort ? & de plus lors qu'il prioit fon Per
il

f prioit foi
,

mme.

Je t'avoue

mon

Ami

que je ne comprens rien

tout ce

Galimatias-l.

LaHontan.
arencontrois pas trop mal , tu me difois il n'y a qu'un moeft fi borne qu'elle ne ment, que ton peut pas s'lever d'un pouce au defus de la Terre: tu ne le prouves que trop par ta manire de raifonner. Je ne m'tonne plus fi les

Tu ne

Ad

rio, quand

Ame

Jemites fe plaignent de trouver chez vous autres un horrible endurciffment , lors qu'ils font tous leurs efforts pour vous faire comprendre nos faints Myfteres. Il eft vrai que je ne dois m'en prendre qu' mafbttife: J'ai tort de me commettre avec un Sauvage , incapable de diftinguer un Sophifme d'avec un Rai-

Baron de la Bontah.
Raifonnement
jufte
,

itf

une Confquence mal tire d'avec une bonne Conclufon. Voici un exemple que je te donne. Quand tu difois tout l'heure que cette Proportion
ni
fe contredit
:

Le Grand Efprit

tous les Hommes ,


fes grof firement

& cependant un petit nomTu


t'abuil
,

veut fauver

bre d'Hommes obtiendra le Salut.


,

dre.

Dieu

n'y a rien l qui ne quaveut bien mettre tous les Hommes

dans fon Paradis


leur

mais dependamment de

Volont

fa Parole,

& condition qu'ils croiront & qu'ils obferveront fesCom-

mandemens. Mais comme peu d'Hommes


font capables de fe fomettre ces deux claufes, de l vient que la Multitude eft condamne ces Flammes qui doivent brles Impies : ler ternellement les Incrdules Pren garde que tu ne fois du nombre. J'en ferois extrmement fch pour l'amour de toi, car je nelaiil pas d'aimer ton bon Naturel. Ce feroit pour lors que ntre Evangile te parotroit dans toute fon vidence : tu n'y trouverois plus ni chimres ni contradiction tu ne demanderois pas alors de ces

&

Preuves groffieres & conformes ta foible Imagination tu ferois alors pntr d'un funefle Repentir, d'avoir trait nos Saints Evangeliftcs d'Ignorans & de pitoyables Conteurs de Fadaifes. Mais helas il feroit trop tard. Penfs y bien, au moins, mon cher, il y va du plus grand de tous les In: i

trts.

te

Pour moi, je te dclare que fi tune rends aux Preuves inconteftables que je t'ai allgues , je t'abandonne ton Aveuglement , de ma vie je ne te parle de Religion.

&

D A-

zi6

Conversations du

A
Tout beau
vien-toi
,

D A R

O.

ntre

Ami

tout beau

fbu-

que nous fommes convenus de raifonner fans emportement. Pour moi , je ne t'empche point de croire ton Evangile je te demande feulement la grce de ne pas trouver mauvais que je ne croye rien de tout ce que tu mdis. Il eft trs -naturel aux Chrtiens de croire leurs Saintes Ecritures parce qu'ayant t levez ds l'Enfance dans cette Foi , le Prjug a pris un tel Empire fur leur Efprit, qu'ils ne font plus capables d'couter la voix de la Raifon. Quant nous autres Sauvages qui nous attachons uniquement aux Lumires duBonfens, il nous eft naturel d'examiner tout: Et je t'aiTure qu'il n'y a pas un feuldenos Hurons qui nepuif oppofer cinquante Raifonnemens folides toutes les Fables que vos Jefuites nous d, ,

bitent depuis tant d'annes touchant ce prtendu Fils du Grand Efprit. Et pour ne parler que de moi , je te dclare que je fuis trsfortement perfuad que fi le Grand .Efprit toit defeendu fur la Terre, il n'auroit pas manqu de fe manifefter tous les Hommes tout le Genre humain auroit fenti les bons il auroit par tout effets de fa Prfence clair les Aveugles , redrciT les Boiteux guri les Malades , relTufcit les Morts. Enfin il auroit donn chez toutes les Nations des Tmoignages indubitables de fa Miffion ;
: :
.

Il fe feroit

expliqu clairement
la

&

il

auroit
qu'il

propof fans

moindre Equivoque tout ce

Barokde
qu'il
les

la Hontan.

117

ordonne
le

tant pour la

Crance que pour

Murs.

S'il

avoit tenu cette conduite- l,

tout

&

feroit de fa Religion rpandue fur la Terre auroit t une preuve confiante 5c durable de la vrit d'un Culte reu en mme tems dans tous les endroits du Monde. Mais au

Genre humain

cette uniformit

lieu

tre

de ce Confentemcnt gnral il y a peutfurlaTerre plus de fx cens Religions, vous autres MeiTieurs les Franois avez l'arrogance de foutenir que la vtre feule eft

&
la

bonne
:

&

la vritable.
fait

Veux-tu que

je te

parle net

Aprs avoir

fur toutes ces Enigmes pellent des Myfteres , je ne puis

mille fois rflexion que vos Jefuites ap-

m'empcher

d'en conclurre qu'il faut tre n au del du grand Lac , c'elt dire, Anglois ou Franois

pour fe repatre de Chimres ii ridicules. par exemple , que ils nous difent , Dieu , qui ne peut tre reprfent fous aucune forme, a produit un Fils fous la Figu,

Quand

re

humaine ;

il

me vient d'abord dans


:

l'efprit

'

de leur rpondre qu'une Femme peut donc accoucher d'un Caftor or cela eft directement contraire la Nature , puifqu'elle a difpof chaque efpce ne produire que fon fcmblable. Dplus, fi avant la venue de ce Fils de Dieu tous les Hommes toient les Enfans du Diable , comment a-t-il pu fe revtir d'une Nature que lui-mme dteftoit? Que nechoililbit-il une Efpce innocente? Que ne paroiflbit-il en Pigeon , comme vous dites qu'a fait fon Frre , la dernire de ces trois Perfonnes , que vous affirmez contre toute forte de bon fens , & par un Galima-

Tom. II.

tias

ai8
tias

Conversations du

formellement contradictoire n'tre qu'ua

mme Eiprit.

La H
o

o n t a
,

N.

Que ton Syftme eft fauvage

A da r
&

o;

vas-tu chercher toutes ces Rveries qui, lle font rien la quefiion ? Je te le rpte encore un coup , je perds mon tems ma peine t'inftruire, tu es d'une Intelligence trop paifl pour comprendre rien aux

&

grandes Veritez que je voudrois t'enfeiguer. Je laiff donc aux Jefuitcs la bonne uvre de ta Converfion. Cependant tu veux bien que je t'avertifl d'une chofe 'certaine, &qui n'efi nullement au defls de ta porte , c'eft qu'il ne iuffit pas de croire l'Evangile pour obtenir le Paradis 11 faut encore joindre la Pratique la Croyance, & obfervcr inviolablement tous les Prceptes contenus dans la Loi, n'adorer que le Grand Efprit, s'abftenir de tout travail manuel les jours coniacrez fon fervice , honorer fon Pre & fa Mre, n'avoir aucun penchant pour fe divertir avec le Sexe, & n'avoir de Commerce charnel qu'avec une feule & lgitime Femme, ne point contribuer ni directement ni indirectement ter la vie perfonnc, ne point mdire, ne point mentir, ne point convoiter la Femme ni le Bien d'autrui , aller la Mfie toutes les foi%que les Jefui:

tes

l'ordonnent, jener
,

ou

faire

aux jours deftinez


le

pour mortifier

Abflinencef la Chair.

Car quand tu ferois autant perfuad que nous

fommes de

l'autorit des Saintes Ecritu-

res

Baron de la Hontam.
res
,

219
-

fi

tu violes

un

feul

de ces

Commande

mens que

tu viens d'entendre , c'en eft fait tu iras brler aprs cette vie , de ton tant d'audans les Feux ternels, que toi tres Incrdules traitez prefent de Chimre.

Ame &

&

A
mdire,
celui par

D A R

O.

J'approuve fort tout ce que tu viens de & il y a long- temps que jet'atten-

dois fur ce point-l.

Cet endroit

n'eft pas

je defapprouverois ton Evangile.

Je veux bien vous pafTer tous vos Prceptes, je ne m'arrterai point te les difputer.

&

Ne diroit-on
l foi?

Vous voulez nous

pas que vous agitiez de mauvaiperfuader que la

croyance de l'Evangile ne fert de rien , moins qu'on n'obferve exactement ce qu'il & cependant on ne connoit rien ordonne de ce mme Evangile dans vtre conduite dans vos Murs. Quand on compare ce que vous dites avec ce que vous faites ce n'eft qu'une pure contradiction. Vous affectez de trembler au feul du Grand Efprit, quand on examine fond cette vnration, il femble que vous forgiez des termes tout exprs pour nous abufer Par exemple dans le Commerce que vos Franois font avec nous, ne jurent-ils pas faufTement par le de Dieu qu'ils vendent la Marchandife moindre prix qu'ils ne l'ont achete? Mais quand il s'agit de tmoigner au Grand Efprit leur Rcconnoiflance par les Effets , ils font fort foigneux de garder la Denre & ils ne s'avifent jamais de lui facrifier le meilleur
:

&

Nom

&

Nom

2.

mor-

2ZO COXVERSATIONS DU morceau du march comme ils nousvoyent faire tous les jours. Quant l'obfervation des Jours confacrez aux Exercices de Dvotion , vous avez aflrement bonne grce de
nous en
Si vous diitinguez ces Fpour faire plus de mal: non feulement vous faites ces jours-l le Trafic ordinaire, mais encore vous jouez, vous vous querellez , vous beuvez ; enfin il femble que le temps deftin honorer le Grand Efprit vous infpire la licence de commettre toute forte d'excs. Venons au Refped & la TendrefTe qu'on doit aux Parens ; ne violez-vous pas d'une manire indigne ce beau Prcepte de la Nature ? Au lieu que nous confultons nos Pres & nos Anciens comme nos Oracles, vousmprifezlesConfeils de ceux qui vous ont donn le Jour, vous vous fparez d'eux , vous les abandonnez aux malheurs de la Vieineife, vous les fuparler.

tes, c'eft

leur mifere,

cez jusqu'au fang fans jamais tre fenlbles & s'ils font en poflfTion de

quelque bien que vous ne puifliez leur ravir vous faites des Vux pour leur Fin , vous attendez leur Mort avec impatience. Vous me parlez du Clibat tez moi vos Jefuites , encore ne voudrois-je pas rpondre

&

pard'eux, fe trouvera-t'il un feul mi vous qui l'on puiie donner l'Eloge de Chaftet ? Ne voyons-nous pas tous les jours que vos jeunes Gens tachent de corrompre

Homme

Femmes & nos Filles par des bienfaits ? courez-vous pas toutes les Nuits de Cabane en Cabane pour dbaucher nos Filles. Je m'en rapporterois ta propre Confcience,
nos

Ne

&

Baron de la Hontan.
& je
te

22t defk de difeonvenir de tout ce que

tes Soldats font l-delus.

Vous me parlez

Ofez-vous bien toucher ce point-l ? N'eft-il pas vrai que pour la moindre bagatelle vous mettez l'Epe la main, & que vous tes toujours prts vous enIl me fouvient qu'tant Paris tr'gorger. je ne me levois jamais que je n'entendif parler de Meurtre, & l'on m'ailiroit mme que je ne pourrois aller jufques la Rochelle fans danger. Quant au Menfonge & la Mdifancc, voil juftement vtre vilain endroit. Vous autres Franois pouvez -vous vous empcher de vous dchirer les uns les autres vous ne fauriez tre quatre enfem?
,

du Meurtre

&

ble fans dtruire la rputation des abfns, je crois que vous vous parferiez plutt de

boire

&

de manger que du
Si je revelois

plairir

de
,

la
j'ai

Mou

difance.

ici

ce que

dire vos gens contre le Viceroi

l'Inten-

n'tes pas except

mille autres dont vous vous tomberiez d'accord que vous autres Franois pofldez mieux que toutes les autres Nations, l'Art de la Mdifancc Et pour ne me pas arrter plus longtems fur les Menfonges dont ils noircilTent leurs prochains , pas un feul de vos Marchands netroqueroit une peau de Caftor fans
les Jcfuites,
,

dant,

&

dire mille faufietez.

S'agira-t-il des

Femmes?

vous tes aiTrement de jolis Memeurs quand vous nous dfendez l'ufage du Sexe. H ne vous voions-nous pas tous les jours, fur tout quand vous avez b , vous vanter de vos bonnes Fortunes, fauiTs ou vritables, & triompher cnfemblc de lafimplicit
!

des

212
des

Conversations du
la
,

Femmes & des Filles


dernire faveur.

d
loin

qui vous ont accorN'allons pas plus

Bde nos Coureurs de Bois pendant i'abfence de leurs Maris ? Il


faites-vous de petits
tards avec les

combien nous

Femmes

ne

faut point, dites-vous, ravir le ftien d'au-

pourquoi donc vos Coureurs de Bois Voleurs de profefon, gens qui ne vivent que de Brigandage , quoiqu'on les prenne fouvent fur le fait , & qu'on les putrui,
font-ils

Rien n'eft plus comparmi vous que le vol , l'on ne marche dans vos Villes pendant la nuit qu'en tremblant , & vous n'oferiez mme lahTer vos Portes ouvertes. Qu'eft ce que vtre Mef ? Un certain badinage que l'on vous propofe en Langue inconnue , & o vtre peuple ne comprend rien ; vous y allez par routine , & le plus fouvent pour toute autre chofe que pour prier. Je fai que vtre prtendu Sacrifice eft Qubec une occafion bien favorable aux Amans pour fe voir & pour f parler. N'eftil pas fort difiant de voir vos Dames pares comme des Princefls , venir dans le Temple qui eft un lieu d'Humiliation , s'agenouiller fur un carreau par un principe de molleffe & de vanit , tirer d'un fuperbe fac un Livre magnifique qu'elles tiennent pour la forme pour cacher les uillades qu'elles envoyent leurs Galans. Enfin , que faites-vous l'Eglife la plupart de vous autres Franois ? Vous caufez, vous riez, vous prenez du tabac, & s'il vous arrive quelquefois de channilf ilon leur mrite?

mun

&

ter, c'eft plutt par divertiflment

que par

De-

s tan. Baron de la 213 Dvotion. Pour compatir vos Abftinences, vous tes afirement de rudes Jeneurs hfatiguez de las que vous tes plaindre viande, vous vous dlailez par tout ce qu'il y a de plus dlicat en Poillbn, vous outrez alors la bonne chre , & vous appeliez cela dompter la gravement mortifier les fens , concupifcence. Conclufion , ntre Ami , vos Franois n'ont la Foi que fur la langue, l'on ne trouve rien dans leur conduite de ce Vrai de ce Soliie , de ce Grand,qu'i!s prnent fans celle l'Ignorance & la Prefomption font leur
!

Ho

&

vritable caractre.

La H
Ne
vois-tu pas
,

o n t a

n.

Adario,

que tu

rai-

fonnes du particulier au gnral ; c'eft l philofopher en Huron. Suivant ta fauffe ridicule Ide le Paradis feroit ferm pour tous nos Franois. Mais tu t'abufes lourdement, car il faut que tu fches que la France eft de tous les Etats celui qui envoie de plus nombreufes Colonies au pais des Cieux ; & je t'en fais Juge parce grand nombre d'Images & de Statues , qu'on orne , qu'on encenfe, qu'on claire, qu'on invoque dans nos Eglifcs. Je t'accorde que tous ceux qui font profeffion de croire ne pratiquent pas la Morale de ntre faint Evangile , mais cela vient de ce que leur Foin'eft pas allez forte. Ainfi tout le reproche que tu nous fais de contradiction , ne doit tomber que fur ces derniers-. Mais , diras-tu puifque ces gens, l font tres-perfuadez que le Grand Efprit a

&

don-

Conversations du 224 donn tous ces commandemens , pourquoi


refufent-ils

reflexion

&

de s'y conformer ? Tu dois faire que l'Homme eft un animal foible corrompu , emport par la violence de fes
,

chofon intrt temporel , ce qui fait que fa mauvaife pente l'entrane fouvent malgr l'imprefllon de la Vrit, qu'il a befoin d'un fecours extraordinaire pour renfler la Tentation.
Paillons
fait vers les

panchant tout
,

fes terreftres

& attach

&

A
A

D a r

o.

ce que je vois, mon cher Baron', ta Philofophie Franoise ne vaut pas mieux que mon Huronage. Garde, jet prie, garde pour ta propre nation tout ce travers d'efprit de cur que tu attribues au Genre humain. Grces au Grand Efprit qui ne nous

&

a donn que la Lumire naturelle, nous n'teignons point ce flambeau, nous fuivons exactement les Prceptes de la Raifon , tu connois allez nos manires pour tre convaincu que l'Intrt temporel ne nous fait jamais renoncer l'Equit. Mais , mon Frre, cen'eftpas l o j'en veux venir. Je me fuis fouvent entretenu avec vos Franois fur leurs drglements ; ils m'ont avou qu'ils n'obfervoient pas les Prceptes, mais ils difoient en mme temps pour excufe qu'on violentoit chez eux la nature , & qu'ils ne pouvoient pas obferver des commandemens ( rigoureux. Sur cela je leur demandai s'ils n'toient pas vritablement perfuadez que

&

l'inobfervance des Prceptes leur cauferoit la

damna-

Baron de la Hontan.
damnation temelle
, :

225*

&

voici ce qu'ils

me

repondirent Que Dieueflji bon qu'il fauvera tous ceux qui fe confient en fa mifericorde : Que r Evangile cji une Alliance de Grce par laquelle Dieu compatit auxfoibleffes de l'Homme, lui pardonnant toutes les offenfes que la la foiblefje de la natuforce de la tentation re humaine lui font commettre ; que dans ce Monde - ci tout Homme efl fujet pcher , qu'il n'y a de Perfection que dans le Reiaume des deux. Cette Morale ne me choqueroit pas tant que celle de vos Jefuites qui nous

&

&

damnent pour une Peccadille. Mais je ne m'tonne pas que vous ne puiflez obfcrver
vtre Loi. L'intrt perfonel fait toute-vtre Divinit, attachez jufques l'acharnement

au Mien

&

auTten.

Pouvez vous nous

re-

garder fans rougir , nous autres Sauvages que vous traitez de Brutaux &qui cependant ne voudrions pas nous procurer aucun bien aux dpens des autres ?

La Hontan.
O
difi

tu as raifon

mon
:

cher

Ami

je fuis

de vtre manire de vivre plus que je ne puis l'exprimer il rgne parmi vous une Innocence inconnue aureftedes nations, c'eft caufe de cela mme que je fouhaite vtre converfion avec tant d'emprefment. Il ne vous manque pour le Paradis que de

&

&

croire l'Evangile. Otez-moi vtre libertinage fur l'article des Femmes , vous pratiquez tous nos Prceptes ; mais vos Garons vos Filles ne fc font point un fcrupule de

Kf

fe

n6
dit,

Conversations du
enfemble,
les

fe divertir

Hommes &

lc$

Femmes ne fejoignent que pour la commo-

& le Mariage ne tient parmi vous qu'auque


les conjoints font d'accord.

tant

C'efl

pourtant

un oracle prononc par la Bouche du Grand Efprit , qu'il n'y a que l'adultre ou la mort qui puifcnt rompre le nud de ce
divin facrement.

ADARia
Remettons une autre fois ce Monftrc que tu te forges dans ton imagination contre ntre falut. Mais en attendant tu veux bien que jetedife qu'il nous revient un grand avantage de cette libert que nous permettons entre nos Garons & nos Filles. Premirement un jeune Guerrier ne veut
d'obftacle

point s'tablir avant qu'il ait fait plufieurs Campagnes contre les Iroquois , afin d'exterd'avoir miner les ennemis de la nation , un nombre d'Efclaves qui lui foient utiles pour tous pour la Chai, pour la Pche les autres exercices qui fervent rendre la

&

&

qui font neceflfaircs pour faivie agrable t re fubfifter une Famille commodment. D'ailleursces jeunes gens ne veulent pas affoiblir par le devoir

&

conjugal des forces qu'ils

peuvent employer plus utilement au fervice de la Patrie: joignez cela que s'il leur arrive d'tre tuez ou faits prifonniers, ilsnelai
fcnt ni
la

Femmes

ni enfans miferables par leur

mort ou parleur

captivit- Mais parce que continence perptuelle rpugne entire-

ment la

nature , fur tout lorsqu'elle

cit

dans

&

Baron de la Hontan.
fa plus grande vigueur
,

217
de

il

eft ridicule

les Filtrouver mauvais que les Garons les s'approchent de tems en tems , chacun flon fes befoins. Si nous retranchions cette libert , quels defordres n'expoferions-nous pas ntre Jeunef ? J'en juge par l'experiencc de quelques-uns, qui , croiant devenir plus

&

forts

& plus robuftes par une longue abftinen-

ce de l'ufagedufexe, fe font attirez dedangerefes maladies ; outre que nos Filles ne pouvant pas fe contenter autrement feroient
contraintes
la
,

pour

fatisfaire

aux neceffitez de
les

nature , de fe fouiller avec

Efclaves.

La Hontan.
as beau , mon cher Ami , dmontrer avantages de cette Pratique, le Grand Efpritne fepaye pas de ces fortes de raifons. Il ordonne poltivement ou de fe marier ou
les

Tu

s'abftenir de l'autre fexe. Et fon commandement eft fi rigoureux l - dfais que non feulement toute jou'nTance & toute pofmais mme le moindre defir amoufefTion

de

reux, ds qu'il eft volontaire, eft dfendu fous peine du feu ternel. Tu prtens que la continence eft impofible Malheureux! ofestu bien dmentir le Grand Efprit , qui ordonne plufieurs perfonnes un clibat perptuel , &qui pourtant n'ordonne rien que de poffiblc&qucd'aif. Nousfommes matres de nos curs, & il nous eft libre dedomter nos Panions. Dieu n'exige que leconfentement & la bonne volont; tous ceux qui croyent en lui font obligez d'obferver fes Pr6
:

228

de refifter aux tentations avec Prceptes le fecours de fa grce qu'il ne leur refufe jamais. Par exemple quand un Jcfuite voit une jolie Fille , penfes-tu que le bon Pre foit infenfible, que fon cur ne foit point chatouill , qu'il ne fente point enfin cette agrable motion que la vue d'un bel objet produit naturellement ? Dcfabuf-toi de cela
croi moi , mon pauvre Adario, ces faints Perfonnages font ptris du Limon commun ; ils ne font ni de bois ni de fer non plus que
les autres. Mais fais-tu ce qu'ils font pour triompher de la nature ? Ils implorent l'arTiftancedu Grand Efprit qui ne manque point d'amortir en eux les Flammes de la concupifcence & par un nouveau genre de victoire de mettre ces braves Athltes en tat d'aller toujours la

Conversations du &

Lance

baiflee contre les ten-

tations

de la chair. C'eft cette abftinence que nos Jefuites & nos Prtres s'engagent
prennent
l'habit noir. Ils dclarent

lorfqu'ils

une Guerre

irrconciliable Satan,

s'obli-

geant de repoufr toutes fes follicitations de gagner le Ciel par violence ; d'o vient que ceux quife dfient de leurs propres forqui craignent de fuccomber aux atces , taques de ce Malin Efprit , fe retirent du s'enfeveliflnt tout vivans dans Monde i'obfcuritc d'un Clotre.

&

&

&

Adario.
Tu me fais plaifir de toucher cet article &
,

je ne voudrais pas
Ri'il

me

fut

pour dix peaux de Caftor dfendu de parler l-defls. Je


trou-

Baron de la Hontak.
&

119

vos Moines ne trouve que vos Prtres peuvent fe lier par cet engagement que vous
appeliez Vu de Chajlet, fans commettre un crime contre la Nature ; car je te demande pourquoi Dieu a cr les Hommes

&

les

peu prs en nombre gal? N'eft-ce pas pour travailler enfemble au grand Oeuvre de la Propagation de l'Efpece? Tout multiplie ici bas, la Fcondit eft l'Ame de la Nature, & fait fa confervation. Les Quadrupdes , les Oifeaux les Infectes, jufqu'aux Arbres mmes & aux Plantes , tout renat &fe renouvelle. Chaque Efpece nous fait fur cela une Leon confiante & invaria-

Femmes

qui nelafuivent pas font Terre , indignes de la nourriture qu'elle leur fournit pour le commun & laquelle ils ont nanmoins l'ingratitude de n'employer que pour leur propre entretien, D'ailleurs cette bizarre Promef les jette dans un autre prcipice, c'eft que quand la Nature eft la plus forte chez eux , ils violent fans faon leur Serment, & fe moquent ainfi du Contract qu'ils ont pafT avec le Grand Efprit. Combien de defordres ne reble; les
inutiles fur la

Hommes

fultent point de cette violation


tres

? Si vos Prpchent avec une Fille, ils lui raviffent un honneur qu'ils nefauroient lui rendre, ils cueuillent cette Fleur que vous jugez fi pre-

cicuf

que vous eftimez un

fi

friand

mor-

ceau, & dont vous tes fi jaloux & fi avides dans vos Mariages. Je ne te dis rien de ces moyens abominables dont ils fe fervent pour empcher la gnration. S'ils tombent dans un Adultre , les voila rcfponfables de l'infi-

dlit

i^o
dclit

Conversations du

de la Femme , de la honte que vous en faites au Mari , du Vol que l'Enfant fuppof fait fon Pre , fes Frres ou fs Surs putatives. Mais de quelle manire s'y prennent-ils

pour aflbuvir leur brutalit


,

L'Hyne leur

pocrifie

la

Profanation
Ils

le Sacrilge

corrompent en particulier en public , & aprs avoir menac des Foudres du Ciel les impudiques & les voluptueux , ils fe radoucient avec la Femelle , & lui font comprendre que toute cette auftere Morale n'eft qu'un vain Fantme , dont on fe fert pour pouvanter les fimples. Je parle jufte, Baron, & je te dfie de m'en ddire. Etant en France n'aije pas vu vos Moines avec les Dames ne pas enfouir le talent amoureux au fond du Capuchon ? Prne tant que tu voudras ta prtendue vertu de Chaftet ; Je foutiens qu'il n'eft pas au pouvoir de vos gens fur tout
cotent
rien.

celles qu'ils

ont

inftruit

dans un certain ge de s'abftenir des Fem& encore moins de delrs charnels dont , vous faites un crime damnable. Quant cette Refiftance & ces gnreux efforts que tu

mes

allgues, cela m'eft fort fufpect; auffi bien

que la fuite des occasions par la retraite dans un Couvent. Si ce lieu eft un Afyle affur
contre la Tentation , pourquoi permettezvous aux Moines de confeflrleSexe? Appellez-vous cela viter le pril plutt le chercher ? quel
?

n'eft-ce pas

Homme

de bon

fens perfuaderez-vous jamais que vtre Confefion ne foit pas un voile myfterieux, une

couverture dvote qui cache la Dbauche l'Iniquit } Le brave Champion pour la caufe

&

Baron de la Hoxtan.
f

131

du Clibat qu'un gros Moine bien dodu


,

vigoureux
fa chre

qui ne refufe rien qui fe nourrit , du meilleur vin , de viandes fucculentes ailifonnces d'piceries , vritables allumet-

rubicond

&

prccieufe nature

&

Concupifccnce Pour moi , quand Morale, je t'avoue que je ne feros nullement furpris quand on m'aiureroit qu'aucun de vos Ecclefiafh'ques n'entrera dans le Paradis du Grand Efprit. Quand tu me dis que ces fortes de gens fe retirent du Monde, pour fe battre en retraite contre les aiguillons de la Chair, c'eft fe jouer de la Vrit ; car tu fais mieux que moi
tes

de

la

je rflchis fur cette

qu'il n'y a point

d'Hommes plus lafeifs

plus

addonnez au Vice que vos gens noirs & encapuchonn*. Des Franois judicieux m'ont avou de bonne foi que la plupart de ceux qui embraflnt cette bizarre vie ne le font que par mollefT , & pour fe faire un rempart allure contre la mifere , & contre les devoirs de la Socit civile, conlubriques
,

plus

tre les fatigues


Il

& le danger de la Guerre.

que deux moyens pour rendre vos Prtres propres leur Miniftere , un Mariage lgitime , ou ne les inftaller qu'aprs foixante ans , auquel cas ils auroient pu remplir toutes leurs fondions , fur tout comn'y auroit

&

mercer avec
fans pril
:

l'autre
ils

alors
les

Sexe , fans fcandale ne feroient plus en tat


les

&

de feduire

Femmes &
;

Filles fous le

mafque du Zle
paration

&

d'ailleurs inutiles par


,

leur grand ge l'exercice militaire

leur fe-

du Monde

feroit

moins

prjudicia-

ble la Rpublique.

La

*3

Conversations du

La Hontan.
Cela eft pitoyable: Ne vous ai-je pas dj ne faut jamais fe prendre au gnral du dfaut des Particuliers ? Je conviens avec vous que plufieurs ne fe font Prtres ou Moines que pour fubiifter plus grailment , & que ces gens-l oubliant les devoirs de leur Profeiion ne penfent qu'aux
dit qu'il

Chapons du Bnfice. Non,

les Ecclefiafti-

ques ne font exempts d'aucun Drglement la Licence ne rgne pas moins parmi cette Milice Spirituelle que dans nos Armes la diffrence ne confifte qu' mieux fauver le dehors : l'on voit des Prtres & des Moines diflblus en paroles & en actions , fenfuels , y vrognes , addonnez l'une & l'autre Venus , blafphemateurs ; d'une langue acre pour la Medifance ; d'une Avarice fordide ; d'une Vengeance implacable, d'un Orgueil qui ne dfenfle jamais ; d'une Ignorance craf, & enfin fans autre Mrite que celui de leur Habit. Je ne ferai pas mme difficult de t'avouer qu'un bon Ecclefiaftique eft un Oifeau bien rare. Mais cela ne donne aucun atteinte aux intentions de l'Eglife , qui ne voudrait que des Minires irrprochables, & qui les prouve par toute forte de moyens avant que de les rece-

&

Il eft vrai que les prcautions que l'on prend pour exclurre du Sanctuaire les Vicieux & les Sclrats , fe trouvent fouvent inutiles. C'eft un grand malheur, car rien u'eft plus contagieux que le mauvais exem-

voir.

ple

Baron de la Hontan.
pie des Ecclelafh'ques
;

133

de la Parole de Dieu s'aftbiblit dans leur bouche; nos incomprehenfbles Myftcres deviennent fufpec~ts ; les Sacrements font profanez , & Je Peuple fecouant le joug de la Religion s'abandonne une Licence effrne. Mais ce Mal, quelque grand qu'il foit, n'eft pas fans Remde ; dans un tel cas ntre Foi nous fert de Bouclier, & nous favoris fort bien diftinguer entre la Doctrine qu'on nous prche, & le Prdicateur qui ne la pratique
la vrit

pas.

Appuyez

fur le

Fondement

invariable

Rvlation du Grand Efprit , la Vie fcandaleufe des Eccleiiaftiques n'branle point ntre Croyance ; nous ne concluons rien de leurs mauvaifes Murs contre l'Infaillibilit de nos Saintes Ecritures. Et h* tu

de

la

aux Dbauches

accoutum que nous le fommes & aux Derglemens des Prtres & des Moines , tu ne t'en ferois pas le moindre fcrupule contre la Certitude de
tois aufn*

l'Evangile. Enfin, pour finir ce Chapitre, fche une bonne fois que les Evques tablis par la Grce de Dieu & du Pape, font obligez de ne promouvoir au fervice du Culte , que des fujets qui en foient dignes de chtier rigoureusement ceux qui ne rpondent point par une bonne conduite la Saintet de leur Vocation.

&

A
Tu
bats la

D A R

O.

Campagne, mon cher Baron

ne viens jamais au fait ; fertile en Digreilions, les carts ne te cotent rien: c'eft grand
tu

&

Z34
grand'

Conversations du
piti

que

je te trouve toujours ct

de la queition. Faut-il qu'un Sauvage foit ton Matre , pour t'apprendre raifonner jufte ? mais je veux bien aller la bouline & la traverfe avec toi. Venons ton Pape.

Un Anglois

m'en
:

faifoit l'autre

jour
fe

un

plaifant Portrait

Il

me

difoit

en

mo-

quant, de" vtre fotte Crdulit , que vtre Pape, quoiqu'un {impie homme comme les autres, difpofoit en Matre abfolu du fort
des
fes

Ames

dans

l'autre

Monde;

qu'il livroit

Fureur ternelle du Grand Diable ; qu'en vertu de fon PafTeport il dlivrait d'un moindre Enfer , dont tu ne m'as

Ennemis

la

point parl
dis
,

&

qu'ayant

les

Clefs

du Para-

y faifoit entrer ceux qu'il honore de fes bonnes grces. Suivant cette ridicule pas un Fable, quel Homme que ce Pape Mortel n'approche de fon importance; rien ne feroit plus affreux que fa Haine , & l'on ne pourrait trop faire pour mriter fon AmiCependant mon Anglois m'affra que ti. cette Autorit Papale efl: une Chimre en Angleterre , & qu'on la tourne en ce pas-l impunment en raillerie. Je te prie de me
il
!

developcr ce myflere.

La Hontan.
Tu me jettes l fur une
fante matire ;
il

ample & embarraf-

plus de quinze jours pour t'inftruire l-deus. Confulte te nos Jefuites , ils t'clairciront ce point donneront une nue de Raifons dont tu pourras choifir les meilleures. En attendant je me con-

me faudroit

&

Baron de la Hontan.

235*

contenterai de te dire que V Anglais tout en riant n'a pas laiflc de dire une partie de la vrit. Il eft certain que les Anglois fe font affranchis de la domination

reconnu que
vantail
droit

du Pape ils ont les Foudres de ce faint Homme n'etoient qu'un vain Epou;

les

menaces

&

moyen d'aller , -& ils ont trouv le en Paradis fans fon Paffeport , par cette Foi vive dont nous parlions tantt , & en fe confiant fur la mort & far les mrites de Aini, comme vous voyez, Jefus-Chrift. l'on fe fauve parmi les Anglois fans la Doctrine des bonnes oeuvres. Quant nous autres Franois, nous fommes terribles fur ce Chapitre-l. Nous fommes hors de falut (ans les bonnes uvres & cependant de mille
Franois peine s'en troVe t'il un qui les pratique. Ainfile Franoise. 1''Anglois ont tous deux la foi puifqu'ils aquiefeent tous deux
l'autorit des Ecritures , du moins quant aux points fondamentaux ; mais le Franois , quand il enfraint la loi , quand il n'ob-

ferve pas les commandemens , contribue fa perte, il eft lui mme l'artifandefa damnation , c'eft en quoi la condition du Fran-

&

beaucoup plus trifte que celle de Y Anglois. Celui-ci jout encore d'un autre avantage ; c'eft que dans le voyage de l'autre Monde il ira au bon gte tout d'une traite ; point de paufe , point de ftaton , point de cette cruelle auberge que nous nommons Purgatoire, Car les Anglois ne font ni fi dociles ni fi crdules que nous autres bonnes dupes de Franois. Je ne m'explique pas bien. L' Anglois ne fauroit le mettre en tte qu'un Etre
ois eft

fou-

%^6

Conversations du

fouverainement bon puifTe tourmenter pendant des milliers d'annes une crature qui n'eft point fon ennemie, & qu'il regarde comme le prix du fang de fon fils. Eft-ce donc qu'on aime les gens pour leur faire fouffrir des douleurs enrages ? Procurer le bonheur force de gne de torture & de tourmens, quelle efpce de bienveillance, quelle forte de gnralit! Enfin, dit VAn,'

, j'aime mieux cder ma part du Paraque d'y entrer par une fi terrible porte. Mais le Franois raifonne mieux. On ne peut trop , dit-il , acheter les plaiiirs du Ciel ; pofons cent millions d'annes de brlure, que feroit-ce pour une joie qu'on ne peut concevoir, & qui ne finira jamais? Tu peux remarquer par l que les Franois & les Anglois font directement oppofez en ce qui concerne le Pape. Les Anglois aiment mieux nier le Purgatoire que de s'adreflr au faint Pontife pour tre afranchis de cet afreux tribut; ils font bien. Le Pape ayant de grandes

glois
dis

Jui pour des rebelles

prtendions fur les Anglois qui pallnt chez , pour les ufurpateurs des deniers facrez, n'auroit garde de leur accorder des pafTeports pour viter le

&

page
faut

le bureau du Purgatoire ; tant s'en leur donneroit plutt des Bulles des Lettres patentes pour l'Enfer. Mais nous auil

&

&

tres Franois qui croyons le Pape un peu moins puifnt que Dieu , & qui d'ailleurs commettons beaucoup de pchez ; nous ngocions une quitance de peine un acquit de fatisfaclion au comptoir du faint hom,

me & tel dbauch


,

dont

la

fentence porte.

roit

Baron de la Hontan.
roit cent mille

237

de roans de brlement tillure fera franc en vertu de la difpenfe paentrera de plein faut dans le pas de pale,

&

&

& du raviilment. Mais adrefl-toi aux Jefutcs; ils te diront l deiTusdcs merveilles; il n'y a pas de gens au monde qui entendent mieux le profond myftere de la toute-puilTance du Pape , & le fecret utile des fourneaux fouterrains.
l'extafe

A
C'eft
glois
fition entre vtre
;

D A R

O.
cette

un abyme pour moi que


croyance

oppo-

Anmoins je la comprens. Quelle ide nous donnez-vous en cela du Grand Efprit ? Ne lui feriez vous pas beaucoup plus d'honneur en difant qu'il a
celle des

&

plus j'y fais reflexion

donn aux hommes tous


fairesauvrai culte

les

fecours necef-

&

leur falut?

Non feu-

trouve des contradictions formelles entre vos diffrentes Religions ; mais auffi une mme communion cil quelquefois toute bigarre par la diverfit des fentiil

lement

fe

mens

& des ufages. Vos Moines


?

par

exema

ples font-ils uniformes

Chaque

Inftitut

des pratiques qui


ces fainantes

&

font particulires, pareflufes cohortes ne forlui

&

ment

pas

un aifemblage moins

bizarre par

que par leurs habits. Veux-tu que je te parle franchement ? Cette nombreufe varit de croyance dont la terre eft couverte me feroit fouponner que peu de gens font de bonne foi dans la Religion qu'ils profeflnt extrieurement. Je m'imaleurs opinions

gine

238

Conversations du

gine que les perfonnes de bon fens prennent ce prodigieux monceau de controverfes ce qui les accommode , &fe font ainfi une ReEft-il croyable, que le ligion leur guife. la bont Grand Efprit , lui qui eft la juftice mme , perde une infinit d'innocens , qu'abandonnant tout le refte du genre humain aux Flammes ternelles il n'accorde fon Paradis qu' un fort petit nombre de vos gens ? Croi-moi , mon pauvre Baron , il fait bien obfcur dans l'autre Monde; une nuit paiffe nous en drobe la vue ; les fombres noirs habitans de ce pas-l ne fe font point encore avifez de commercer avec nous ; il eft trs-malaif de favoir ce qui s'y paf. Pour moi voici ma perfuafion , c'eft que nous

&

&

&

autres Hurons nous foumes les ouvrages les cratures du Grand Efprit, qu'ifnous a fans malice , au lieu que vous faits bons tes des feelerats amenez en ce pas-ci par la

&

&

Providence afin de vous corriger fur nos exemples, & d'imiter la droiture & la (implicite de nos murs. Vante-toi donc , tant que tu voudras , mon Ami , de tes connoiffances, de tes lumires, de ta foi, fuiTes-tu
le plus clair des

hommes

tu n'entreras ja-

mais dans le bon pais des Ames fi tu ne vis en Huron. L'loignement du vice , l'humanit envers tes femblables
,

le

repos d'efprit
desinterefle-

caufparunfincere

& gnreux

ment

font trois points que le

Grand

Efprit

exige.de tous les hommes. Nous obfervons exactement <3r fans la moindre rpugnance

ces grands devoirs dans nos hameaux. Mais pour vous autres Europens vous ne connoiA
fez

Baron de la H ont an.


fez cette aimable innocence

230

que de nom ; de crime qui vous effraye; il n'y a point vtre principale attention c'eft devousfupplanter & de vous dtruire les uns les autres ; vous tes en proie vos delirs drglez , & la fureur d'accumuler ou de s'agrandir vous tient dans une agitation toujours violente , & prive vtre cur du prcieux

&

incftimable trfor de la tranquillit

en-

du Grand Efprit ne vous empche point de donner dans toutes fortes d'excs , & je croi que vous ne penferiez
fin la crainte

jamais lui i vous n'affectiez d'en parler aux Hurons. Mais il eft temps de finir; Adieu , mon cher Frre , je vais repaffer dans ma Cabane tout ce que nous avons dit ,
je ferai

&

demain bien
le Jefuite.

ferr

pour eftocader

contre

II.

CONVERSATION.
Sur
les Lqx.

La Hontan.
ou le Jefuite, "P "^comment t's-tu tir d'nffairePCeDoclcur
bien
tu as
t'aura, fans doute, ouvert les yeux,
diffip, je
il aura lueur de toutes tes objections. Car un Jefuite eft tout un autre homme qu'un Cavalier pour en-

Adario,

m'imagine,

la faufTe

feigner

240

Conversations du

feigner nos faints Myitres. En fait de Religion nous autres gens de guerre ne fommes

pas fort propres dfendre le terrain ; iln'eft pas trop difficile de nousdefarmerl-deffus, quoi qu'il n'y ait rien de plus important que de bien connotre le falut, nouslefup-

&

pofons volontiers ; nous nous en raportons fans peine aux Lumires ou la bonne foi de nos Pharifiens,& il n'y a fi petit amufement qui ne nous occupe plus que la grande affaire

de

l'intrt ternel.

fuite ?

Oh
il

c'eft

Mais pour un Jeun excellent Aptre ; il


fubtilit : profcrupules les plus ap-

catechife avec
pareils

une admirable
les
fi

pofez un Jefuite
,

interprte

finement fa mani-

Enfin je fuppofe un re qu'il vous gurit. le plus proincrdule qui foit le plus vif fond de tous les raifonneurs , je foutiens

&

que le qu'un Jefuite terrafra ce Lion , rendant un Agneau doux & docile il l'attachera fans refftance la chane de la Foi.

&

D A R

0.

'

Il faut afrment, Baron, quejefoisun mauvais raiibuneur ; car je c'afre que ton Jefuite ne m'a point du tout branl ; tout ce qu'il a dit m'a paru un vrai Galimatias ; je n'y ai pas aperu une gote de bon fens, & entre nous , je croi que le bon Pre adirriroit lui-mme la facilit qu'il a de parler long-temps fans fe comprendre. D'ailleurs, cet importun difeoureur rebat fans celle la mme chofe; te fouvient-il que je lui ai re-

pioch devant toi qu'il rebutoit par

fes redites

Baron de la Hontan.
tes

241

par fes rptitions ? Ce qu'il y a de plaifant, c'eft que par la raifon qu'il ne poffede pas allez ntre Langue, il veut que j'explique aux autres des chofes que je n'enla il me prefl de fourrer dans ; de nos Hurons fon inconcevable jargon. Mais il a beau faire, il ne m'obligera jamais

&

tens point
tte

dbrouiller

un Cahos o lui-mme ne

di-

ftingue rien nettement.

Qu'il inonde tout

ntre Village de cette eau du Batme dont


il

foit

ne fauroit me donner une dfinition tant peu vraifemblable , qu'il Chriftianife n-

ne m'emploie point des fottifes, & qu'il me laifte jour de ma Raifon. Finifbns fur la matire du Culte & caufons un peu des Loix. Ce terme de Loi nous eft tout fait trantre Habitation, j'y confens, pourv;qu'il

ger

mais je m'arrte ce
j'ai

qu'il fignific, ce

je croi ntre pas fort loign de le

compren-

dre:

trouv ton explication bonne & les exemples dont tu l'as confirme m'ont frap. Quand tu cites les Loix n'entens-tu pas cette imprefon naturelle grave dans nos Ames, qui nous preferit ou qui nous dfend une choie fuivant que cette chofe eft conforme ou oppofc la juftice la droite Raifon ? Tu ne m'as point , ce me femblc, propof les Loix fous une autre ide ; \ bien qu'ober aux Loix, c'eft fuivre la plus pure

&

Lumire de

1'Efprit , c'eft proprement acquiefeer au Bon-fens la Raifon. Or, de deux chofes l'une , ou vtre Raifon eft d'une autre cfpce que la ntre , ou iurement vous ne pratiquez point ce que la Rai-

&

fon vous ordonne.

Tome IL

La

24

Conversations du

La Hontan.
O
vas tu ,

mon Ami ?

tu rafines toute

outrance, tu t'vapores dans tes diftincions. Ignores-tu ton ge que les Franois penfent comme les Hurons , que la Raifon, cet attribut efntiel de ntre Efpce , eft de tout Pays , de toute Nation , qu'elle eft la mme par tout ? Tu nous reproches donc de ne pas obferver les Loix ? D'accord ; fi chacun les fuivoit, il n'y auroit plus* de punition faire , tous les tribunaux dces Juges que tu as viendroient inutiles , vus Qubec & Paris ne pouvant plus profiter de l'injuftice des hommes, feroient contraints d'avoir recours d'autres moiens pour s'enrichir. Mais comme la furet publique n'eft fonde que fur le maintien des Loix c'eft une neceffit abfolu de punir les inla violenfradeurs; autrement la malice ce l'emporteroient par tout ; nos biens , ntre honneur, nos vies feroient la merci du plus adroit ou du plus fort, &rien neferoit plus dplorable que ntre condition.

&

&

&

&

D A R

O.

Pourroit-elle tre plus dplorable ? N'ctes-vous pas dj plongea dans le plus grand des malheurs ? Je ne conoi point de Situation plus violente que celle de taire ce qu'on d'agir toujours malgr foi ; ne veut pas ,

&

pourtant vtre tat vous autres ropens , qui n'oferiez fuivre vos inclinations,
c'eft

&

&

de la '243 qui n'vitez le mal que par la crainte de Vous e'tes infubir la rigueur des Loix. dignes de porter le nom d'homme. J'hOnorcrois bien plutt de ce titre nos Caftors qui font voir dans leur conduite toute uniforme , du gnie , de la prvoianec, de l'indurtrie

Baron

Hontak.

&

de

l'adrefTe,

&qui

d'ailleurs

ne

fe

dran-

gent en rien dont on puilfeleur faire un crime. Mais qui convient proprement ce beau nom d'homme ? N'eft-ce pas celui

chez qui le Bon-Sens domine, & qui fe porte naturellement au bien par un principe de C'tit prcifment fur cela que rouraifon. lent ntre genre de vie & toute ntre MoUniquement & inviolablement attarale. chez l'ineitimable maxime de ne rien introduire parmi nous qui puifle altrer cet aimable 5c folide repos d'efprit , cette

&

forment ici bas ntre fouverain bonheur , nous ne voulons ni or ni argent , & autant vous adorez ces dangereux mtaux, autant les avons-nous en horreur. Tant que nous aurons foin de nous conferver l'abri de ce rem-

union

fraternelle, qui

part, l'Intrt, ce perturba*<:ur ternel des

ne pntrera point dans nos ne rompra point les liens du fang & de l'amiti, il ne troublera point nos il in no ans & tranquilles plailirs ne nous privera point d'un doux & pailiblefommeil; nous vivrons fans Loix, fins procs, f.ns Juges, &nous conferverons en cela le prcieux hciitagc que no<; Prs nous ont lai/T depuis la Fondation du Monde. Tu vois,
,

hommes

Cabanes,

il

au

refte,

que

je n'avois pas tort

de dire que
les

& les Riches en fecouent aifmentle joug, & qu'il n'y a que les pauvres & les malheu-

Conversations du 44 Loix ne lignifient rien moins parmi vous que le Droit & l'Equit , puifque les Grans
les

reux qui ne puiint s'en difpenfer. Mais examinons plus amplement en quoi confinent ce jufte, ce raifonnable que vous vous vantez d'obfervcr & que vous nommez vos Loix. Les Gouverneurs de Canada foutiennent depuis cinquante ans que nous fommes fous la domination de leur Grand Capitaine. Nous ne reconnoifns point de Suprieur ni de Matre , repondons-nous ; nous vivons fans fubordination &dans une
galit parfaite,

un mme efprit , un mme cur , nous anime , nous fommes tous libres, & nous n'apartenons qu'au Grand
incomparablement plus nobles en , cela que vtre Nation qui n'eft qu'un affemblage d'efclaves fous la volont abfoluc d'un feul homme. Cette prtention des
Franois
cft auffi ridicule qu'elle
efl:

Efprit

injufte;

quel titre, de quel droit, par quelle convention nousa-t-il aquis? Sommes nous allez le chercher ? Nous fommes-nous vendus lui? Avons-nous ftipul que nous lui obirions & qu'il nous protegeroit ? Les Franois au contraire ont traverf les Mers pour venir nous trouver ; tout le pays qu'ils ont ufurp apartient de temps immmorial aux Algonkins ; ainfi nous pourrions avec beaucoup de raifon nous attribuer un droit d'empire & de commandement fur les Franois ; mais la prudence nous retient , nous voulons tre plus fages qu'eux ; qu'ils le repaiffent

an. 24 f fent des fruits chimriques de leur violence, nous le tolrons par amour propre,

Baron de la H ont
les

&

pour

viter

querelles

&

les differens.

Conrefl donc, mon cher Ami, confeil que la Raifon de France eft une extravaganSur ce pied l je te confeille, te Raifon. en frre, de te joindre nous &de te faire Huron. Que tu es plaindre au prix de moi! Je fuis matre de ma perfonnec j'en puis difpofer mon gr; je ne dpens point d'un tyran, qui tout en me volant mon bien, tout en me rendant miferable, exige encore de moi de profonds refpes , & veut que je tremble devant fa grandeur ; je fuis d'une Nation qui n'a point d'autre Souverain que le Bon-Sens, & chez laquelle le Bonplaifir eft galement diflxibu tous les particuliers; point de premier ni de dernier parmi nous; hzsHurons s'appellent frres, le font encore plus ; je fouhaiterois trouver des termes pour te faire fentir mon bonheur; penfe bien ce que je vais te dire ; je n'aime les hommes que par la Raifon ; j'ai le dernier mpris pour leur folie & pour leur travers ; je veux du bien tous mes femblables , je n'en crains aucun, perfonne n'a droit de me contredire , je ne fuis l'infrieur & le

&

fujet

que du Grand Efprit. Compare main-

tenant ta condition avec la mienne; montre-moi , fi tu le peux , que je raifonne mal. N'eft-il pas vrai que ton grand Capitaine, ou ceux qui agifint fous fon autorit peu-

&

vent

te caufer

mille chagrins,
tout

& mme

te

faire prir, fuiTcs-tu

fait

innocent?
envi-

D'ailleurs

de combien de

prils n's-tu pas

246
cipices
;

Conversations bu

.environn?

Tu ne marches que fur des prlatrahifon, la calomnie, le vol, l'afTaffinat, font des maux dont il ne t'eft pas poffible de te garantir, fouvent ceux en qui tu as le plus de confiance, que tu

&

&

crois tes meilleurs amis machinent ta perte.

Sont-ce l des fauftez ? L'exprience journalire confirme la vrit de ce que je dis,

&

tu n'oferois

m'en dmentir. Vien donc,

vien participer ntre , bonheur. Mais non , un Franois ne veut point entendre parler de devenir homme ; il eft trop endurci la pefantenr de fa chane , & il prfre un lche & vil efclavage ntre incomparable Libert. Servez , rampez, la bonne heure, enfans dgradez de vtre dignit , honte & deshonneur de la Nature qui ne vous a faits que pour jour de vous-mmes, vous qui faites confifter tout vtre bonheur dpendre d'un Tyran.

mon

cher Frre

Oh
re

que

le

Franois

eft

une charmante
que
lui

figu-

d'homme! Ecoutez-le, perfonne, l'enpour


l'cfcladit Franois dit le plus intrpide

tendre,n'a plus d'horreur

vage, qui

de tous les bretteurs pour la gloire de la Nature humaine. Mais ne paiTez pas de la fanfaronnade du Franois fa conduite ; vous y trouveriez une trange contradiction vous verriez alors que le Franois eft le plus efclave de tous les animaux, & que s'il parle de Libert comme un Dieu, frement il en jout moins qu'une bte.
:

La

Baron de la Hontan.

247

La Hontan.
En
vrit,

bon

Homme,

je

ne

te

recon-

nois point dans tout ce que tu dis l ? Eftde ce toi qui as fait le voyage de France la Nouvelle Angleterre ? Eft-ce toi chez qui

&

j'ai

trouv tant de fois ce Bon-Sens pur de prjugez, cette Raifbn toute nu qui fait tant de plaifir tous les gens de la bonne tournure ? Eft-ce toi , enfin que je croiois tout a fait Dehuronnif 7 De quoi font fervi tes Voyages ? o .eft le fruit de tout ce que tu as vu parmi nous ? Qu'entens-tu par ces
.

Loix, par cette dpendance, par cet efclavage que tu ne cefs de me prner ? Pour moi je croi que tu ne fais mieux que tu ne dis. C'eft bien un Huron vraiment nous prcher le bonheur de la vie Fy, fy, n'avez-vous pas de honte, a Rio ? Vous
!

Ad

prtendez que vtre Philofophie eft meilleure que la ntre ? Et quoi , je vous prie, boire, fe termine toute vtre Morale ? manger, dormir, fumer, chafTer & pcher, faire un demi million de lieues pour gober quatre ou cinq Iroquois. Parlez-moi de ntre Nation qui employ tout fon efprit fe procurer le plailr Vous la molefle. m'allguez nos Loix? Eh! ces Loix ne font que pour les pauvres ou pour les fots ; on

&

les vite

par

un peu

d'adrefl;

on

s'en

di

penfe par beaucoup de fortune ; les Grands ne les craignent prcfquc point, le Souverain qui en eft ordinairement le plus grand infraclcur ne les maintient que pour femain-

&

tenir

148
<

Conversations du
des Loix.

tenir

foi-mme. Ajoute tout cela que la Probit rend libre,- & qu'un honnte-hom-

me

eft affranchi

A
le dife

D A R

O.

Je t'arrte ici , Baron ; fouffre que je te avec toute la candeur Huronnoife , tu ne fais ce que tu dis. Tu te piques de droiture ; je ne voudrois pourtant pas te cautionner ; car tu as la mine , nonobstant toute ta hncerit aparente , de ne pas mieux valoir que les autres ; mais je te fuppofe irrprochable ; mais fi quelcun de tes ennemis s'avifoit de fufeiter contre toi deux faux tmoins bien ferrez , tes Loix te fauveroientclles ? N'en reconnoitrois-tu pas alors l'inconvnient ? Ne donnerois-tu pas tous les Lgislateurs au D. ? Interrogez nos coureurs; ils vous foutiendront avoir vu facrfkr ces rigoureufes Loix vingt perfonnes dont l'innocence a t reconnue aprs leur injufte& cruelle mort. toi permis de t'inferire en faux contre leur tmoignage ; mais tu ne ce que furois nier ce que je vais te dire , j'ai vu ; c'eft qu'en France on livre quel-

&

quefois les innocens des tortures afreufes leur arracher de la bouche par la violence de la douleur l'aveu d'un crime qu'ils n'ont point commis. La Nature fe bulve l contre, cette inhumanit fait horreur; di, di aprs cela que tes Fravpis font des hommes. Les femmes mme ne font pas

pour

exemtes de cet horrible fupplice que vous


appeliez Queftion;

Oh

que ne fouffre point


ce

Baron de la Hontan.

149

ce tendre fexc dans ces tourmcns foit par la dure preion , foit par la barbare extenfon des nerfs. Au refte, ces malheureux difent oui tout ce qu'on leur demande , & prefrt

que toujours ils prononcent eux-mmes l'arde leur condamnation. Ne font-ils pas

bien? Ils s'aceufent faux, direz-vous, ils calomnient , ils fe noircirent & fe font prir par un menfonge atroce; d'accord ; mais auffi f dlivrent -ils de cinquante morts par celle qu'ils ( procurent , je trouve qu'en cela ils ont grande raifon. Car fuppofons qu'ils aient aflz de courage pour ne pouvoir tre tirez de la ngative par toute la violence des tourmens, cette Quefrion* fe tentant leur laifl de pitoyables reftes, toute leur vie des violentes fecoufls que leurs membres ont reu dans cette preuve, ils ne vivent plus, ils languifnt& meurent Croi-moi, mon cher Ba tous momens. ron , croi-moi , ces Diables noirs cornus, dont tes Jefuites qui nous prennent pour des enfans , veulent nous faire peur & -lefquels
fe

&

&

&

ils

nous difent

tre

occupez
,

lir,

griller les

mes

rtir, bouilces Diables, dis-je,

ne font point en Enfer ; non ndn , ils vous fuivent, ils vous accompagnent par tout,

&

vosLoix, vtre police, vos plailrs, vtre Socit leur fournirent une matire inpuifable d'exercer leur diablerie
les

& de tourmenter

hommes.

La

2j-o

Conversations du

LaHontan.
Ni
toi
,

ni tes

Coureurs n'entendez rien

ntre manire de punir le crime , je vais l'expliquer ce que c'eft. Deux faux tmoins

dpofent contre un innocent


Ils

que

fait-on

font interrogez plufieursfoisfparment. Le Juge employ toute fon adrcfl pour voir

coupent point, fi leurs rponuniformes. Si l'on a le bonheur de dcouvrir le complot , c'en eft fait de leur vie, ils fubiffent le dernier fupplice. Mais fi l'on ne peut percer l'iniquit du myftere,. f ces tmoins s'accordent dans toutes leurs dpositions , fi confronte!, l'Accuf celuis'ils

ne

fe

&

fes font

de raifon valable pour les oblig de s'en rapporter leur confcience; enfin, fi ces tmoins jurent affirment par la vrit du Grand Efprit qu'ils ont vu commettre la mauvaife ation dont il s'agit , alors rinjuftice triomphe , l'Innoci n'allguant point

reculer,

eft

&

cence

efi:

opprime

&

le

prtendu coupa-

ble eft condamn la mort. Quant la torture , on y applique l'Accuf lorfqu'l n'y

a contre
re
,

un

ce

&

qu'une demi-preuve c'eft--ditmoin , ou lorfque l'importanl'normit du cas requirent qu'on


lui
,,

ful

mas tu dois favoir aprs ; tout que nos Juges ne procdent pas la qu'ils apportent tous leurs foins lgre, bien difcerner le coupable d'avec l'innc**
l'aprofondifl

&

cent.

Ad a-

Baron de la Hontan.

25-1

A
que tu
chofe.

D a r

o.

Que m'as-tu apris par ton explication ? Ce me dis l & rien c'eft toute la mme
,

Je veux qu'on interroge fparement les faux tmoins ; mais ces miferablcs affaffins, avant que de fe produire, ne font-ils pas convenus de tout? Tourne, comme tu voudras, cette dteltable Queftion , qui fait la meilleure machine de vos Juges, il eft toujours confiant que par ce moyen un Sclrat

pour fe vanger ou pour fe divertir , peut expofer le plus honnte homme du monde des tourmens afreux. Quand mme on tourmenteroit l'Accuf fur une dpofition vritable , penfes-tu que le tmoin ne me caufroit pas de l'horreur ? Quoi un Franois peut fauver la vie fon femblable , fon frre , un autre Franois , il n'en fait rien , quels monftres de gens tes-vous donc vous autres ? oferiez-vous dire que vous apartenez ntre Efpce? connoifez-vous feulement l'humanit ? Mais propos de vos Juges, je te prie de m'claircir fur un point. Elt-il vrai qu'il y a des Juges d'une ignorance l crafl & f groffiere qu'un certain

&

oifeau

fameux par fon ramage

&

par fs

oreilles meriterot autant

robbe & le bonnet. mais efl-il vrai que l'amiti

qu'eux de porter la Palfe pour l'ignorance;


,

que

l'intrt,

que l'amourette
ble

quefouvent ce font ces faux poids qui rglent la balance de la Juflie ? Tu ne vas pas manquer de nier le fait
a^ift rature
,

fe gliiTent

dans

la

vnera-

&

L6

&

i)-!

Conversations du
me
;

fotenir que tes Juges font incormais je ne t'en croirai pas fur ta parole. Je fai de fcience certaine que Dame Juftice , bien loin d'tre intraitable , eft de
ruptibles
fort bonne compofition. Le pauvre Plaideur a-t-il mis fon droit dans un jour inconteftable ? a-t-il prouv clair comme la lumire du Soleil , qu'on lui retient injuftement fon bien ? Sa Partie n'a qu' faire agir ce

&

de

Grand,
ler l'or

cet

Ami,

cette MatreiTe

cette belbril-

le Solliciteufe, fa Partie n'a

qu' faire
les

Juges s'humanifent , ils fe laiflnt defarmer , ils cdent au pouvoir de ces charmes & de ces attraits. C'eft par les mmes moiens qu'on le garantit du glaive de la Juftice , & que le crime demeure impuni. Vivent donc, vivent les Hurons , qui fans Loix , fans Triles
, , fans torture, marchent lueur de la pure Raifon , jount par l d'une heureufe tranquillit dont vous autres Franois ne connoifz pas
,

ou

prfens

Merneurs

bunaux

fans prifon
la

frement

&

N'ayant point d'autre l'neftimable prix. Matre ni d'autre Guide que la fagc & provide Nature , qui a imprim fs Loix bien avant dans nos curs , un mme efprit nous anime, une mme volont nous meut, & rien ne trouble la douceur de ntre union.
des traits de la difcorAffranchis du venin de, les procs, les chicanes, les querelles ne dfigurent point ntre Socit. Chacun poflede fans tre envi , parce que chacun pofde autant pour les befons des autres

&

que pour

les fiens,

&

le

culier fait infailliblement le

bonheur du partibonheur com-

mun.

Baron de la Hontan.
mun.

1^3

Que
!

plorable

vtre condition me paroit dVous tirez toute vtre furet de

vos Loix

& &

ces

Loix pouvant
,

tre

admi-

niftres par des ftupides

par des ignorans par des fcelerats, , o eft le principe fixe de de vtre confervation ? Avoue vtre repos la dette , mon pauvre Baron , tu ne faurois t'en dfendre ; n'eft-il pas vrai que ce qu'on

nomme

parmi vous Juftice n'efl d'orditrafic honteux , qu'un infme brigandage , qu'une abominable invention pour ruiner les familles., & pour oprimer l'innocent ? Vous n'en difeon venez pas vous autres Franois. Je me fouviens d'avoir ou dire quelques rieurs de vos gens
naire qu'un

que
re

Dame Juftice
,

toit la plus riche hriti-

que Monfieur le Juge gob l'huitre renvoioit les Plaideurs chacun une caille la main. Je me fis
aiant

du Roiaume

&
,

expliquer la chofe
fort

&

la raillerie

me

parut

bonne.

La Hontan.
N'entendras-tu jamais raifon , mon Ami ? crois bonnement tout ce qu'on te dit tu ne fais pas rflexion qu'on te raportera vingt faufltez contre une vrit. Quoi? aceufer nos Juges d'agir par pafllon ou par intrt , & de fe laifler corrompre ? c'eft une noire mdifance , c'eft une calomnie atroce. Non , non , ce n'efl pas fous la robbe d'un Juge que la friponnerie va le cacher ; elle y feroit bien venue , vraiment. Peut-tre trouverois-tu quatre fcelerats dans toute ntre

Tu

&

Na-

Conversations du 2^4 Nation chicancufe , un chaque coin du Roiaume, eft-ce trop ? Enfin , c'eft un Caftor blanc qu'un mauvais Juge en France. Veuxtu que je te faT ici une peinture nave de nos Magiftrats ; mais garde toi bien au moins
la chofe contreverit. Nos Magiftrats font des hommes parfaitement dvouez au maintien de la furet publique : apliquez uniquement conferver l'ordre, le faire fleurir, ils fe ngligent pour les autres , ne vivent que pour le bien commun. Toujours occupez de la prfence du Grand Efprit , qui doit leur demander compte un jour de leur adminiftration , qui d'ailleurs jugera les Monarques les

de prendre

&

&

&

&

cette prBergers par le mme principe fence eft un rempart l'abri duquel ces Meffieurs fe tiennent fermes & inbranlables Leur dans la pratique de leurs devoirs. cur eft une glace que l'amour , avec tous fes feux , ne fauroit fondre ; en vain la Beaut drefl toutes fes batteries contre ce cceur,
:

ft-ce
Ils

une Venus,

elle

abandonne

la place.

ne font pas plus fenibles au brillant de for ni l'clat de la Grandeur; prendre un Juge par l'endroit de la fortune ou de l'lvation ? fon intgrit fe rvolte , le zl qu'il a pour la Juftice lui infpire alors tous les fentimens d'une Vierge avec qui l'on voudroit trafiquer un bijou qu'elle eftime plus que fa vie. La tentation l'irrite , & il ne pardonne jamais au tentateur. Pour donner le dernier trait la reprsentation de nos Juges , tu dois te les imaginer dans l'exercice de leurs charges & de leurs emplois
coin-

Baron de la Hostan. iff comme des rochers au milieu des flots, comme des colones au milieu des vents comme des hommes rares, & d'une vertu que tous les attraits &tous les appas du Monde
ne fauroient entamer. Perfonnc ne connoit mieux que moi le mrite angelique de la Magiftrature Franfoife. Les Juges de Paris m'ont fait la grce de me dcharger du pefant fardeau de

mon

patrimoine
,

&

par la

ne m'ont laiiT que mon pe pour vivre; mais penfes-tu qu'caufe de cela je les taxed'injuftiperte de trois
ils

ou quatre procs

ce

tu t'abuferois bien fort. 11 eft vrai que Parties dont la caufe ne valoit rien fe prvalurent beaucoup de leur bourfe de
?

mes

&

leurs puiiTans amis

mais avec tout cela mes Juges m'aiurerent que, fuivant leurs obli;

gations

ils

n'avoient

fait

qu'interprter les

Loix moi ,

que ces mmes Loix toient contre & que c'toent proprement elles qui m'av oient condamn ; or les Loix ne pouvant tre injuftes , je dois favoir bon gr
,

mes Juges de m'avoir


je

rduit la befacc,

&

ne puis
ai

me

plaindre
la

que de moi-mme

qui

mal expliqu

Loi.
i

A
Tu me
Frre,
grofTe
dis l

D a r

o.

&

il

faut
fi

dupe

de grands riens , mon cher que tu me prennes pour une tu te figures que je me rende

Tu ne faurois te battre contre moi forces gales , car la Raifon n'eft pas aiFe de ton ct ; pour fuppler ce dfaut , tu rufes tu voudrois m'aveu ton galimatias.

&

gle?

i$6

Conversations du
,

gler de poulere
tre ta fineie
,

mais je

fuis

en garde conPre-

& je furai me garantir.


je

mirement
toi

ne conviendrai jamais avec qu'on m'ait mal inform fur l'article de


,

vos Juges; j'ai apris leur dpravation par le raport uniforme de tant d'honntes gens que je ne puis raifonnablement en douter. Pourquoi veux-tu que je te croyc au prjudice de tous ces tmoins , qui n'ont aucun fujet de m'en impofer l-defus ? Mais quand je t'accorderois qu'on ne m'a point rapport jufte, n'ai -je pas eu plus d'une fois occafion de m'inftruire fur cette matire par le tmoignage mme de mes propres yeux ? Pren garde ce que je vais te dire , & , fi tu le peux, tire-toi de ce pas-l. J'ai vu fur le chemin de Paris Verfailles un Payfan prt tre foiiet publiquement par la main du bourreau , pour avoir attrap quelque peu de gibier. Allant de la Rechelh Paris je rencontrai un homme condamn aux Galres pour avoir t trouv portant un fac de Ici. Ces deux infortunez fubirent le chtiment ; mais en quoi confiftoit leur crime ? L'un avoit tu quelque bte : l'autre avoit pris fecrtement un peu d'eau de mer condenfe ; tous deux cherchoient faire fubffter leur pauvre famille, beau fujet de punition ! pendant qu'on fe profterne devant ceux qui volent impunment les peuples , & qui , pour
fournir leur horrible fuperflu puifent la Nation ; pendant qu'on adore certaines Idoles qui , pour contenter une pafion drgle font couler des torrens de fang , dpeuplent le,

&

Genre humain

enfin

pendant qu'on

fait

la

Baron de la Hontan.
la

157

cour des gens que l'on fait n'tre fortis de la boue, & ne s'tre levez au deflfus du commun que par la fourberie & la mauvaife foi.

&

l'quit

Vante , aprs cela , vante la j uftice d tes Loix ; ofe foutcnir que tes

Legiflateurs

Efprit,

& tes Juges craignent le Grand & que dans leurs reglemens ils n'ont

gard qu' la Probit. vous entendre , il femble quejnous autres Hurons foions des machines figure humaine , fans Ame & fans Raifbn; mais que vos Franois examinent bien nos murs , & ils feront forcez d'avouer que nous fuivons auf exactement les rgles immuables de la Jufh'ce & de l'Equit que vous ngligez, que vous tranfgrellez ces mmes rgies. Un tiuron ne craint de la part de fa femme ni des cornes fur le front ni des btards dans fa famille ; fans connotre ni dettes, ni crdit
,

ni pauvret,

nous

changeons fur
fans retour.
triftes effets

le

champ , ou nous donnons


reflntons point les

Nous ne
du mien

&

du

tien

fi

ce

Lion

furieux qui caufe tant de ravage dans le refte


fe trouve parmi nous , il a les , dents tout--fait limes ; fi ce Serpent qui infc&c de fon venin prefque tous les hommes , n*cft pas abfolument banni de nos Cabanes , il y entre au moins fans pointe fans aiguillon nous n'aimons ce qui nous appartient qu'autant que nos frres peuvent le riche ne polTde plus rien s'en pafr , en propre ds qu'il s'agit de fubvenir la nccclit du pauvre. Comme nous fommes unis d'une parfaite galit, la Raifon ne veut pas que le bienfaiteur exige aucune recon-

du Monde

&

&

noif-

ij8

Conversations
,

t>v

noifance

mais

feffion d'tre

comme nous faifons prohommes. La mme Raifon


fait

veut que celui qui l'on


point ingrat.
fruit

du bien ne foit

Le

defir infatiable d'amaflr


,

ne nous ronge point

nous jouibns du

de ntre travail , & nous en faifons jour ceux dont la peine a t moins heutrouvant
rcufe que la ntre. D'ailleurs l'envie ne par o s'infnuer nous fommes

exempts de divifons , de querelles, de meurtres ; nous ne fentons point les morfures lunettes de la Difcordc ; la maladie & la guerre font les deux feules portes par o la mort entre chez nous. Enfin, Baron, traite tant qu'il te plaira, de folle & d'extravagante ntre Rpublique impolice , je te foutiens qu'elle cft cette Rpublique apparemment fauvage l'afile que la droite Raifon bannie de la plupart des Nations a choifi pour s'tablir , & que c'eft ici o vos prtendus Sa?es devroient venir entendre la voix de la
Nature qu'ils coutent
fi

&

qu'ils confultent

peu.

La Hontan.
Doucement
emporter

Ada r

tu te

laifTs

trop

ton imagination ; tu ne fais que voltiger de fuperficie en fuperficie , & ton peu de pntration ne te permet pas de rien
aprofondir. Ecoute-moi fans proccupation, tu connotras bien vite la juftice de nos

&

Loix.

unis enfemble

premiers Franois fe font ont cr que le moyen te plus efficace pour'conferver le repos ,
les
,

Quand

ils

&

pour

Baron de la Hontan.
pour augmenter
le

159

bonheur d'une Socit., c'toit de dfrer , fous de certaines reftritions que nous appelions Loix fondamentales, le fouverain pouvoir un feul homme, & de le rendre Matre abfolu de toutes chofes. C'eft celui - l que nous nom-

mons ntre Prince , ntre Monarque, ntre Roi. Avant qu'on lui mette la Couronne fur la tte , on l'oblige faire ferment fur ce qu'il y a de plus facr dans la Religion qu'il obfervcra exactement les Conft itutions primitives & originales de la Monarchie. Tant qu'il tient parole, tout va le mieux du

Monde

foit

pour

le

gnral

foit

pour
les

le

particulier.

On excute fidlement

Trai-

tez , par l l'on entretient une bonne intelligence avec les Voifins; jamais.de guerre que pour demander ce qui appartient in-

&

conteftablement ou que pour fe dfendre contre la violence & l'opprefon ; les fujets ne font point accablez de fubfides , & les peuples ne fournilnt que ce qui eft prcifment ncefTaire aux befoins de l'Etat. Chacun eft fur de travailler pour foi, fur ce motif le Commerce fleurit les Arts fe perfectionnent. Le Vice eft puni , le Mrite recompenf ; le Droit, l'Ordre, la Raifon triomphent , le tort & le travers font con-

&

&

par tout. Mais qu'arrive-t-il , mon que ces Princes religieux obfervateurs de leurs obligations de leurs en-

damnez

Ami ?

c'eft

&

gagerons font extrmement

rares.

Un
fou-

Monarque
qui ne
quelles
foit

fur

fonThrne ne veut

rien voir

au deflbus de foi; ces Loix auxa prtendu l'aftraindre

on

&

le

met-

i6o
mettre

Conversations du
lui

paroiffent

comme
,

des liens in-

commodes qui

le ferrent

& qui l'empchent

de fe mouvoir comme il lui plat. Ce Roi ne veut point d'exception dans fon indpendance , & il fecoiie tout ce qui pourroit borner tant foit peu fon autorit. Ce n'eft plus alors le falut de la Nation qui eft la Loifuprme, c'eft la Volont du Monarque. De ce def ordre capital naiflnt tous les autres
dfauts qui dfigurent la face

du Gouverne-

ment. Le Prince n'aiant plus d'autre rgle que fon Vouloir , c'eft une fuite neceffaire que tout dpende de fes caprices & de fes paillons. Il ordonne des chofes injuftes & criantes ; une partie de fes fujets excute les ordres aux dpens de l'autre partie , & les premiers deviennent en cela les inftrumens Si ce Prince les fupts de la Tyrannie. eft drgl dans fes murs, fon Exemple autorife le crime , & fes excs ne paflnt plus que pour des gentilleffes. Veux-tu que dario? je te dife tout en peu de mots , Quand le Monarque rgne par les Loix, quand le Monarque s'rige rien de mieux lui-mme en Loi , rien de pis.

&

A
plt

D A R

O.

, mon cher Baron , & Dieu que tu m'euffes toujours rMais di-moi, je pondu aufl folidement te prie. Lors qu'on a le malheur de tom-

Je te comprens

ber entre les mains d'un de ces Opprefurs dont tu parles , pourquoi ne pas dthrner le Tyran ? pourquoi ne pas fe donner un meil-

Baron de la Homtan.

161

meilleur Matre ? Que tout un grand Peuple gemiife pour le plailir d'un feul homme, je ne penfe pas qu'il fe puile rien concevoir de plus bizarre , ni de plus contraire la droite Raifon.

La Hontan.
Aufl fe trouve-t-il dans ntre Europe une Nation allez brave & allez courageufe pour ne pas fouffrir que le Souverain tranfgrefT les Loix , & pour s'oppofer fon ufurpation. Mais ce qui fait que ces dpoltaires de la Libert , que ces vritables hommes trouvent fi peu d'imitateurs , c'eft qu'un Ty-

ran a de grandes relburces contre

le

dthr-

nement.

Il fait

accroire fes fujets


,

que
ils

le

Grand
vent
tous

Efprit l'ayant tabli fur eux

doi-

lui
les

ober

ft -il le plus excrable


:

Monftres

on ne

celle

cette belle

Morale ; les uns la bonne foi , les autres par crainte, par intrt, ou pour avoir le plailir de dfendre une mauvaife caufe. Mais le peuple eft toujours la dupe de ces Docteurs , & donnant avec
fa crdulit ordinaire
il

de de rebattre prnent de

dans ce barbare dogme, refpe&e la main qui le frappe, & il baife les fers dont le Tyran le tient enchain.

D A R
-

O.

Oh pour ce coup l je te tiens Baron. Tu ne faurois me nier, fans renoncer tou,

te

pudeur , que vos Franois deshonorent

le

Grand Efprit

par les ides qu'ils s'en forment.

Car

%6i Conversations do Car quand ils croient qu'il ordonne fous peine des feux ternels 'toute une nombreufe Nation d'obir un mchant Roi n'eft-ce pas dire que le Grand Efprit eft mchant lui-mme,
la juftice

& qu'il
?

prend

plaifir fai-

re fouffrir des innocens

Mais revenons

de vos Loix.

Tu

te

fouviens de

ces deux pauvres Diables qui fe rfugirent

anne Qubec de peur d'tre brlez di-moi , je te prie , de quel crime toient-ils coupables ? On les aceufoit de magie, & quelle bte eft-ce que cette magie ? Apparemment rien autre chofe qu'une cervelle drange, & i un homme qui eft magicien de bonne foi doit tre livr au bourreau , il faut le mettre entre les mains d'un Mdecin. Tu fais que nous avons auffi nos Sorciers ou nos Jongleurs ? Ils le vantent de gurir les malades par des preftiges , par des enchantemens. Mais nous nefommes pas allez ftupides pour tre leurs dupes: nous les regardons comme des fourbes , ou
l'autre
;

vifs

&

comme
zarrerie

des fous

leurs virions

&

la bi-

de leur conduite nous


les

divertifnt

&

quant aurefte, nous

lahTons vivre en

repos.

La Hontan.
Ta
tres

comparaifon ne vaut rien du tout,

Jongleurs font bien d'augens que les vtres. Il faut que tu fiches qu'en France , & en plufieurs autres Pas de V Europe un Sorcier eft plus craindre qu'une arme. G'eil un homme qui en
vertu

Adario. Nos

Baron de la Hontan.

2,63

Vertu d'un certain contrat qu'il a palT avec rEfprit noir , peut faite tout le mal dont il 11 donne la rage d'amour aux pers'avife. les plus froifonnes les plus indiffrentes , des ; il glace les amans les plus emportez le jeune poux qui le croit au comble de fon bonheur le jour de fon mariage , tombe la nuit, parle malfice de l'Enchanteur, dans l'infcnfibilit. Ce dans la paralyfk, feelerat empche la maturit des groiTefTes;

&

&

&

il

telle

dans une langueur morfemences dans le fein de la terre, & le btail dans les pturages, ou dans les tables. Quelquefois il fe contente de rpandre la terreur dans tout fon
jette les plus fains
;

il

fait

prir les

Canton.
telle figure
lt

lui femble, il en choiqui caufent d'horribles tranfes ceux qui qui leur fait dreTer les le rencontrent , cheveux. Tantt c'dt un fpetre de la hau-

Ayant le que bon

fecret d'apparotre fous

&

teur d'un

Chne
,

tantt c'eft
fes cris

un quadruphurlemens

de norme

&

tantt
,

un oifeau des plus


,

afreux. Ses plaintes

fes

le bruit des chaincs qu'il tire aprs foi

blent l'pouventc

redouEnfin , le Diable qui eft fon ami de dbauche , & avec lequel il fc plonge la nuit dans les plus fa-

&

l'horreur.

ratele

ordures, lui communique toute la fcelede fon pouvoir. ton avis ce Sorcier n'elt-il pas bien dment brl ?
les

A
I

&

A
Tu me
Baron
,

D A

K.

O.

fais

aiTurment bien de l'honneur,

quand tu

me

dbites toutes ces fadai-

%64t
daifes.

Conversations bu
T'ai-je

donc donne

fujet d'avoir

fi

mauvaife opinion de mon difeernement ?Je te


confeille d'entreprendre aufli de

me perfuader

qu'Efope

eft

un vritable
ont dit ,

& que
fes
cellerie
,

les btes

& fidle Hiftorien & fait toutes les cho-

rapporte. Si tu as prtendu railler avec toute ta for,

que ce judicieux Singe nous


je te le

moi pour
ment

te payer

te forger ici

pardonne ; & il ne tient qu' en mme monnoye , de des menfonges aufi ridicule-

inventez.

Mais

fi

tu parles ferieux
,

&

en

rit,

homme qui croit ce qu'il dit mon pauvre Frre tu me fais


,

en vgrande

compaiion , & je dplore ton aveuglement. Je fuppofe qu'il y ait un mchant Efprit , je veux que cette bte cornes, queue, & pieds fourchus que vous nommez Diable , foit dans l'Etre des chofes , & que ce ne foit pas plutt un Fantme invent pour faire peur aux fimples, quel befoin y a-t-il de lui donner ces Minires , & ces fupts qu'on qualifie Sorciers? Ds que le Dmon auroit influence & pouvoir fur il agiroit de les productions de la Nature
,

fans emtous cotez par fa vertu invifible , prunter le fecours humain il ne tiendroit qu' lui de caufer fur la Terre des maux infinis. D'ailleurs, fi ce filain Diable communique fa malice furnaturelle aux mechans, comment le Monde ne fourmi ile-t-l pas de

&

Sorciers

car tu fais

Baron
eft

mon Ami,

je ; gagerois, fi cela fe pouvoit, qu'il y a mille feelerats contre un homme de bien. Outre cela, j'ai ou dire que prefque tous vos Sor-

que

le

nombre

des bons

bien petit

ciers

Baron de la Hcntan.
ciers toient

i6$*

desgardeux de btes , designoComment le Diable, rans & des gueux. leur Seigneur & Matre , & auquel ils fe font donnez corps & ame , ne leur fait - il point un peu de part de fes lumires, cornment ne fait-il point leur fortune? Ses bons ferviteurs, fes meilleurs amis vivent en ce monde-ci dans la cralfelaplusfordide, dans la mifere la plus afreufe , & pour toute recompenfe de lui avoir t fidles, ils brleront ternellement dans l'autre vie ? Ne fautil pas tre bien ennemi de foi-mme pour fc choifr un tel Matre ? Mais enfin , je ne trouve rien deplusfcandaleuxque cette opinion de Magie & de fortilege? Quelle ide me donnes-tu en cela du Grand Efprit? Tu veux me perfuader qu'il laifie faire le Diable en ce cas-l Dieu eft donc le complice de tous les crimes & de toutes les horreurs du Grimoire ; car enfin confentir un defordre que l'on pourroit empcher trs - aifement, fi ce n'elt pas en tre l'auteur, ton avis cela vaut-il mieux ? Je te rais une com:

paraifon

Frre , je te dfie d'y rpondre. chane dans ma Cabane un chien enrag : cet animal eft d'une force monftrueufe, d'une agilit furprenante, fa peau eu impntrable, & il n'y a point d'homme
,

&

J'ai la

aflz

hardi pour ofer lui porter un coup. Si je lche ce chien dans le Village, n'eft-il pas vrai qu'il y tranglera autant d'hommes

&

de btes

qu'il

Mais

n'eft-il

pas confiant aufTi

en tombera fous fa patte ? que je ferai la

vraie caufe de cette horrible defolation?

Va
:

maintenant au Diable

Tome IL

Seigneur Baron

puis

266

Conversations du
fait

puis qu'il

pourquoi
il

le

grand
?

tant de ravage fur la Terre; bon Efprit lui permet-

&

d'y venir

que ne

lui

dfend-il de fortir

de fon Enfer ? En vrit fi Dieu veut bien que le Diable fe fourre par tout , Dieu veut bien aufi que cet Efprit pervers fomente la fcelerateiTe parmi les hommes & qu'il contribue leur damnation ; or je te demande l Dieu peut tolrer ce mal fans en tre
,-

refponfable ? Pour raifonner conformment la nature la perfection du Grand Efprit , il vaudroit bien mieux dire qu'il a renferm pour jamais tous les mauvais An-

&

ges,
'

& qu'il
,

a fix leur condition

demeu-

rer avec les

Damnez
que
le

on

ajoteroit

tourmenter : Grand Efprit, au con,

&

les

traire

infpire

aux

hommes
les aide

la

vertu

les

dans le grand Quant aux Ames que uvre du falut. tu prtens revenir de ton prtendu PurgaElles viennent, dis-tu, toire, autre fottife
:

dtourne du vice,

&

folliciter le fecours des prires

, des offrandes des vux ; mais les vivans que ces pauvres Ames prennent pour mdiateurs va-

&

mieux qu'elles ? n'ont-ils pas allez Dieu pour eux-mmes ? & d'ailleurs ds que le Grand Efprit trouve bon que ces fouffrants quittent le Purgatoire , & viennent fur la Terre implorer l'afTilent-ils

faire d'appaifer

ftance de leurs amis , il ne lui en couterpit de les pas davantage d'abrger leur peine, enlever de plein vol dans fon Paradis. Gar-

&

tes Aparide donc pour toi ta Diablerie tions; c'eftun bien que je ne t'envie point, Si tu je t'en cde ma part trs-volontiers.

&

me

Baron de la Hontan,
me

267
,

dbites ces fornettes pour te divertir tu es fort mal adrelT , va t'en dogmatifer la plus chctive fcmmelte de ntre Village,
fuis-je bien fur qu'elle te

encore

regardera

d'abord aux yeux ,

& qu'elle te prendra


:

pour

une

cervelle

dmonte

mais

fi

tu parles

fi tu crois ce que tu dis fcrieufement , aflurment , mon Gentilhomme , tu n'as gure d'obligation la Nature, elle t'a bien mal partag de raifon. 11 me vient encore une penfee touchant les Negromanciens.

&

D'o

que la Sorcellerie eft inconnue du Canada 2 Ces bonnes gens quoi que dn'y entendent point fmel pourvus de ces vives & divines lumires dont vous vous piquez vous autres, & qui certainement ne vousrcndenr pas meilleurs, ils marchent la lueur du Bon-fens, & ils il lmblc vont rondement en befogne. donc que le Diable feroit bien ls affaires car ne fe dfiant point de lut, avec eux rien ne l'empcheroit de leur en faire accroicependant nos Canadiens n'ont aucun re commerce avec Satan. D'o je conclus ou que vous tes des cerveaux creux qui vous repaifTez de chimres , ou que vous fympathifez allez avec le Diable , pour entretenir correfpondance avec lui ; au lieu que , ou nous ne croyons rien qui ne foit folide, & conforme la faine Raifon, ou le mchant Efprit ne s'accommode point de nos moeurs, & il nous trouve trop de droiture & de probit pour commercer avec C'en cil alTcz ntre Nation. & mme beaucoup trop fur une matire fi ridicule;
vient nos Peuples
.

obli-

a68

Conversations du

oblige moi de ne me point rpliquer l-deffus; tu ne pourrois m'ai lguer que de nouvelles extravagances ; retournons vos Loix par un chemin plus clair, o l'on puifi comprendre ce que l'on dit. Pourquoi

&

fouffrent-lles ces

Loix qu'on

trafique

de

l'honneur de l'autre fcxe ? Ne font -ce pas des temples fort vnrables que ces Maifons publiques o la PrctrefTe de Venus vous donne pour vtre argent le choix entre les Victimes qui fe font confacres cette lubrique Divinit ? Pourquoi permettre fans aucune autre raifon que celle d'une fotte vanit de porter une pe qui fert fi fouvent tuer ceux qui n'en ont point ? La jufte guerre excepte, ne faudroit-ii pas loigner tout fait cet inftrument de colre de fureur ? Comment Iaif-t-on aux vendeurs de Vin de liqueurs fortes de donner des gens yvres tout autant boire qu'ils en demandent ? N'prouve-t-on pas tous les jours que la bouteille , comme vous parlez vous autres , produit d'tranges effets ? Combien de querelles de meurtres Qubec par la nos bonnes gens mme ne s'boulon ? forgent-ils pas quand ils en ont trop pris? je Cabaretier n'efl point coupable , dirastu; il fait fon mtier; mais c'eft au Buveur lever le piquet lorsqu'il feconnotre, Cette rfe fent prs palier les bornes. ponfe ne vaut rien ; car cet homme que tu uppofes avoir dj beaucoup de vin dans la qui d'ailleurs a du penchant la dtte, bauche, eft-il en tat de fe fervir de fa Raidans ces momentsfon ? Point du tout ,

&

&

& &

&

&

&

Baron de la Hontan.
&

169

IlePhilofophe le plus phlegmatique eft emport par la vapeur du jus , & par l'attrait du plailr. Pourquoi vos Magiftrats ne veil prvelent-ils point modrer le jeu, nir ls excs ? Quelle fource de malheurs que le jeu ? Le Pre y ruine fa famille ; le Fils y endette fon Pre; la Femme , aprs fesniavoir perdu fon argent, fes bijoux pes , y engage le front de fon Mari ; du jeu naifent la mifere , la divifon , le meurtre tant d'autres fuites pernicieufes. Ce font ,' l mon Frre , des abus dangereux & crians que vos Loix devroient retrancher. Au lieu dcela, vous commette tous cesdefordres impunment , & l'abri des Loix. Une telle reformation n'eft point neceflaire parmi nos Hurons : Ils ne connoiflnt point tous ces travers ni tous ces derglemens : Le Bon-fens eft leur Code, l'Equit leur Digelte ; ne faire tort ni foi-mme , ni aux autres ; faire tout le bien raifonnablement polfible fa propre perfonne , fes femblables, voil ntre Jurifprudence, ce font toutes nos Loix.

&

&

&

&

La Hontan.
Mon Dieu que tu bats la campagne, Adario que tu t'chaufes & que tu
!

emploies de paroles pour rien! Je n'ai qu'un mot te rpondre, & tu n'as gure de cette Raifon que tu prnes tant fi tu ne t'en paies pas. Nos Loix font digue au dbordement,

&

l'inondation
;

du

vice autant
la plupart

que

cela fe
les

peut

mais parce que

de nos Vil-

ijo
les

Conversations du

font trop tendues pour que le Magiftrat puile avoir l'uil fur la conduite de chaque particulier , on fait des dfenfes gnrales on les obferve avec toute l'exactitude poffible , du relie on tolre ce qu'on ne peut

&

empcher.

D A H

O.

Je voudrais que tu diiTes vrai. J'aime d'inclination les bons Franois, je ne puis mieux leur marquer ma bonne volont qu'en

&

leur fouhaitant une vie libre telle qu'eft la ntre. Mais

&

tranquille,

comment vos

& agrable
font
le

Loix pou rr oient-elles vous procurer ce fur repos ? N'ai-je pas vu qu'elles
les

plus violes par ceux qui font obliadminiftrer ou de les fbutenir ? Qu'eft- ce que c'eft chez vous que ces lieux fi redoutables tablis pour punir le crime, pour autorifr le droit , pour exercer la Juftice ? Ces Tribunaux ne font-ils pas trop fouvent des coupe-gorge , des endroits de vol, Plaide violence ? de brigandage deur, venu peut-tre de cent lieues pour de-

gez de

&

Un

mander fon
dant que

confume en frais , penSupots de ce Repaire que vous nommez Barreau s'enrichiflnt des dpouilles de ce malheureux , & fi aprs qu'on l'a puif par des longueurs , des rufes & des chicanes, il gagne fa caufe, peine lui refte-t-il allez pour paier les Dpens ; il ne profite que du parchemin. Tu fais mieux
bien , fe
les

que moi ce que

l'argent

la

faveur

&
,

l'a-

mour peuvent

fur le coeur d'un Juge

tu
fais

171 machines jettent de veuves, d'orphelins, d'innocens , dans la miferc & dans ropprelion. Allons du Palais la Cour: fe peut-il rien de plus inique & de plus barbare que les Loix qui manent du Confeil de vtre Matre ? Il difpofe du bien de fes fujets ni plus ni moins que nous difpoibns quand il nous plat deeequiapartient nos Efclaves: Le particulier ne jout de quoi que ce foit dont il ne paye le tribut: on le taxe mme pour fa tte & pour les lemens , & lors qu'il s'imagine qu'on ne
fais

Baron de la Hontan.
ces puiflantes

combien

fauroit plus rien lui

demander,

il

eft

tout

tonn de voir qu'on le pille , & qu'on le repille plus que jamais. Encore pail ii le Prince, je ne dirai pas , voloit ; j'adoucirai le

mot

fes fujets

, f le Prince prenoit le bien de d'une manire quitable , je veux

dire h" chacun contribuoit flon fes forces ; mais helas! il s'en faut bien. Les plus pau-

vres font
tel

les plus chargez proportion, miferable artifm qui n'a pour tout capi-

&

tal

que

l'ufage de fes bras

donne prefque

tout fon gain , -pendant que Monieur le gros gras Financier fe fait grand honneur

&

grand plailr de ce qu'il drobe au Public. Voil les excellens fruits que vous retirez de vos Loix. Comparez maintenant vtre condition avec la ntre. La Raifon eft ntre un que & Souverain Juge: Elle nous ordonne de nous rendre heureux les uns les autres, & de concourir au bonheur commun par une galit de biens, nous lui obeflbns exactement: elle nous commande encore de travailler pour l'abondance
;

&

&

pour

i7z
pour

Conversations du
la furet

faifons de

du Village , c'eft ce que nous bon cur ; qu'arrive-t'il ? Bannifde chez nous
le

nt par

ces deux grands Perturbateurs

Mien & le 7/V#, du Monde,

nous menons une vie exemte d'ambition & de difpute, & confquemment nous gotons une folide & inaltrable flicit. En voil bien allez pour aujourdhui auli bien mon Franois, qu'eft ce que je dis ? aufli
:

bien mon Efclave me vient qurir. demain. Adieu.

Lerefte

III.

CONVERSATION.
D
Intert propre,

La Hontan.
tu n'as fi matin ? Oh bon homme tu en veux dpas l'ame contente , coudre encore, je le vois bien. Mai* cro-

TJoi

&

Adario, plus de controverfe ; tenons-nous-en chacun nos fentimens, vivons bons amis. Pour moi je t'abandonne C'eft avec chagrin, ton aveuglement. nanmoins; car je t'eftime beaucoup: tuas de l'efprit , de l'exprience & de la valeur ; je me ferois fait un grand plaifir de t'arramoi,

&

comcher tous tes prjugez fauvages, me ta Nation , qui te venere , a pour toi toute la dfrence poflible , comme tu es l'oracle des forons, j'aurois cr les convertir tous

&

Baron de la H on tan.

273

tous en te convertiflnt.Mais encore un coup j'y renonce ; il n'y a pas moien de te faire entendre raifon. Tu ludes la force de mes preuves, tu conclus du particulier au gnral enfin tu prens toujours gauche , pour ne te rien deguifer , aprs avoir bien batu la campagne tu reviens ta prven:

&

tion.

A
Tu
de
chapitre,
croire le

D A r

o.

te contredis

groferement fur mon ds l j'ai fujet de te difeernement faux. Selon toi j'ai

Baron,
,

&

l'cfprit

& cependant je ne puis diftinguer


;

le vrai d'avec le faux

un
le

entt,

peux. aie point


injuftice.

il

je raifonne comme comme un fat; ajufte cela tu Que j'aie du gnie ou que je n'en eft toujours vrai que tu me fais
fi

Afin que tu le fches, quand je difpute contre toi je ne fuis ni Franois, ni Huron; je mets tout prjug part je t-

&

che de ne me fervir que de mon Bon-fens. Sur ce pie-l je fuis autant en droit de me plaindre de ton enttement que tu es en droit de crier contre mon opinitret. Cela efi:
plaifant
tes,
:

&

que

parce que les Jefuites font Jefuiles Franois font Franois , ils
,

font

infaillibles

& parce
il

que nous fommes


faut neccflirement

Sauvages

&

Hurons,

que nous aions tort. H! par quel endroit, s'il vous plat, vtre fens eft-il meilleur que le ntre ? Tant s'en faut. Nous devons raifonner beaucoup plus jufte que vous; car nos vues font plus imples & nous n'obfcur-

cillons

274

Conversations du

cillons point la lumire naturelle partant de prjugez,& par l'impreffion d'un fi prodigieux

nombre d'objets. Ne t'imagine donc pas,mon


Frre , m'tourdir de ton galimatias.

Non,

vous ne connoifTez point le vrai bonheur, vous autres Europens ; vous donnez tout
l'imagination , & prefque rien cette belle partie de nous-mmes , qui nous fait raifonner; enfin vous ne mritez pas le beau nom d'Homme. Par exemple je te foutiens qu'une Nation parmi laquelle l'Intrt propre domine , & dont l'argent eft l'ame , le lien le nerf, je te foutiens , dis-je , qu'une telle Nation doit tre neceiTairement dfigure par toutes fortes de crimes & d'excs. Il eft la chofe eft inutile d'en venir l'indu&ion

&

claire

comme un & un font deux

toi-mme

tu n'en doutes pas. Mais je confns que tu foutiennes la gageure. Prouve-moi, donc que vous tes aufl innos'il eft polTible , cens , aui tranquilles, aufli heureux avec vtre argent que nous qui dtelions ce perniqui le craignons comme la cieux mtal ,

&

pefte.

La H
Je t'accorderai
dres parmi nous
,
fi
;.

o n t a

n*

tu veux , que le Tiers

& le Mien font une occafion de grands deformais l'inftitution n'en eft la confervation n'en eft pas moins bonne pas moins necefiaire. Il n'y a rien de fi bon fur la Terre qu'il ne puiil dgnrer en abus, conviens-tu pas,. ou tourner en mal.

&

Ne

Ad ar i a

que

les

mains

& les bras ornent


l'hom-

Baron de la Hontan.
l'homme,

iys

que ces inftrumens lui font tout fait necellires ? Cependant il eft certain que Ci la Nature avoit fait les hommes fans bras , les hommes ne fe tueroient point comme ils font, en cela plus furieux que les btes les plus froces. Il en va de mme de s'il en ntre argent & de ntre proprit refuite de grands maux, ii en revient auffi de grands avantages. Et, fans nous donner la peine de defeendre dans un dtail d'o nous ne fortirions jamais, n'eft-ce pas l'argent que nous devons la force & le luftre de nos Societez ? Le Prince met fur pi de nombreufes armes ; il tend fes frontires, &il fe fait la terreur de fes ennemis ; les autres Nations n'oferoient l'attaquer , & fe tiennent trop heureufes qu'il les laille en repos quel
:
:

&

eft le reffort

de cette puitfance

c'eft l'argent.

Ce

mtal n'influe pas moins au dedans de la Nation pour l'ordre, & pour la beaut. Nos Rois ont des thrfors & des richeis immenfes, il eft vrai; mais fans cela feroientils en tat d'upuier lesLoix, d'empcher les rvoltes, de punir le vice, dcrecompenferla

vertu, defoutenir l'clat de leur dignit? Si vous retranchez la diverfit d'intrt , le thtre des Grands, des Nobles des Riches tombe ; leur luxe , leur fafte , leur fracas s'evanout , ils feront confondus dans la fouils il'auront plus rien qui les diftinle, gue de leurs Compatriotes. Mais combien aufll la Socit perdroit-elle ce changement? Nous ne verrions plus ces Htels fuperbes, ces Palais magnifiques, ces riches amcuble-

&

&

mens; nos

villes

ne retentiroient plus du 6 bruit

%y6
fes

Conversations du
:

bruit des Carofls

tant d'autres belles cho-

ne te dis point ? quand nous ne perdrions que le plailr de voir un Fat que la naifnce ou la fortune femblent n'avoir mis en place que pour taler fes dfauts de corps & d'efprit & que pour montrer la bailfl d'ame des flateurs que lui font la Cour, nous
que
je

perdrions l'un ds plus divertifins fpetacles de la Scne.

AD

A R

O.

Tu prtens donc que la force & Tordre d'une Nation foient fondez fur le Tien & le Mien ? abus , mon Ami , abus. Je fupofe ce qui probablement n'arrivera pas fi-tt qu'on aboliiTe la Roiaut en France, & que chaque Ville devenant Souveraine tablifl une communaut de biens entre fes habtans ; en quoi vtre France feroit-elle moins
puifnte ? Ces Villes n'auroient qu' s'unir toutes contre l'Ennemi commun ; elles fourniroient plus ou moins de troupes , proportion qu'elles feroient plus ou moins peuples ; enfin ces Villes feroient ce que font nos Villages lorsqu'il s'agit dfaire la guerQuant au bon ordre, ne re aux Iroquois.

vois-tu pas

mon

cher Frre

qu'il feroit

beaucoup mieux obferv dans le cas de ma fupoftion ; car chaque Chef de famille aiant abondamment fon neceiTaire en jouroit
paifiblement fans troubler perfonne,

&

fi

quelcun s'mancipoit faire le moindre tort fon Compatriote, tous les autres s'leveroient contre lui pour le maintien du bonheur

Baron de la Hontan.

277

heur commun. Pour ce qui eft de ce lurtre & de cette beaut qui frapent les yeux , tu me la donnes belle, Baron. Di plutt que c'eftune laideur, une ombre, une affreufe diformit. Je te fais encore une comparail'une fon. L'on te prfente deux femmes a le vifage parfaitement rgulier , la gorge
:

&

les

mains
eft

belles
:

mais tout

le refte

du

corps

affreux

l'autre n'eft pas

une de ces

Beautez clatantes ; mais elle n'a rien qui choque, tant elle eft bien proportionne, on diroit que la Nature en formant cet ouvrage s'eft tudie n'y pas lailTer gliflr le moindre dfaut. A ton avis, Seigneur Baron, de laquelle de ces deux Princefls t'accommoderois-tu le mieux ? Tu ne balancerois pas d'un moment pour la dernire , & comme tu ne manques ni de bon got ni d'apetit, il me femble te la voir prendre avide-

ment par la main. j'en veux venir.

Tu vois,

je m'afure,

Ces deux femmes , ce font

deux Nations ou deux Socits. La premire de ces femmes eft la figure du Corps civil o rgnent le Tien & \cMien. CeCorp$ eft beau & agrable voir par l partie fi> pericure: la Cour & le Chteau de ce Monarque, la Maifon & les Equipages de ce Grand , les Feftins & la dpenfe de ce Riche, voila les endroits brillans de laSociet. Mais lors que nonobftant un grand nombre d'Hpitaux , on ne laii pas de voir vos Carfours afllcgc de pauvres & de mendians ; lors que dans un tems de famine on trouve les morts dans les grands chemins & dans les rues , pendant que Monlieur le Riche

n'en

2>8
lef

Conversations du
mole

n'en rabatroit pas d'un denier pour fa

&

pour
,

fes plailirs
,

lors

qu'on voit

peuple priv des douceurs de la vie, fouffrir la faim la nudit pour fournir aux defirs infatiables d'un feul homme , qu'en dis-tu , mon Ami, vos Societez ne font-elles pas horreur par cette dgotante afreufe moiti ? Oppofe maintenant ce Corps civil une Nation qui ait bani pour jamais de chez elle toute diffrence en matire de richeffes , & d "honneur ; toute fubordination en fait d'autorit. Ces hommes concourent avec un emprefment mutuel fe rendre heureux ; perfonnc ne travaille pour foi Chacun confacre fon adreffe & fon induftrie au bonheur comvillageois
l'artifan

le

menu

&

&

&

mun

la difette

&

la

haine n'entrent point

dans une telle Socit ; l'abondance & l'amiti en font les deux liens principaux. Enfin cette Nation eft uniforme en tout: cela ne vaut-il point infiniment mieux que vtre haut & bas ? je te dfie d'en difeonvenir de

bonne

foi.

La Hontan.
Tu
btis

fur l'impofliblc

&

par confl'air.

tous tes coups en que ta fupofition devint effective

quent tu

tires

Afin

&

fe tour-

nt en ralit , il faudroit que le Grand Efpritenvoit un nouveau Dluge fur la face de ntre vafte Continent , que couvrant la fuperficiede la Terre d'une autre Peuplade,

&

ces

le biais

nouveaux hommes eufiTent choiir fur , & fur les moiens de fe rendre heureux.

I3arok de la Homtan.
rcux.

Dans
,

l'tat

ges bien plutt

Ad

179 o font les chofes tu jua Rio, qu'on en viendroit

un matfacre gnral que d'en venir une galit de biens. Les opulens de la

premire vole perdroient trop ; ceux qui font dans la mdiocrit n'y gagneroient pas allez; le plus gros profit iroit aux pauvres, comme ces derniers font le parti le plus

&

foible
la

comment s'y prendront-ils pour condeux autres


partis

traindre les

renoncer

proprit?

A
me
bien tu
fais
;

D A R
j'ai

O.

Arrte, Baron;

t en France,

com-

je connois le

Gouverne-

ment

fans capital

& je te fotiens qu'en ton pas les gens & fans fortune font le plus grand
:

nombre

rien n'empcheroit
:

donc
Ils

qu'ils

ne

fe rendiflnt les plus forts

pourroient le faire d'autant plus aifmentquele gros de la puiffance de la Nation eft de l'ordre des Infortunes. Car di-moi, je te prie, qu'eftcc quec'eft que ces trois cens mille loldats plus ou moins , que vtre Monarque a dans fon Roiaume, &qui le rendent Ci formidable fi fier? Ne font-ce pas trois cens mille gueux qui moiennant quelques fols par jour veulent bien fe faire tuer, & pour qui? pour le Riche depuis le premier jufqu'au dernier; pour la conservation de fa plnitude ; pour le maintien de fes plaifirs de fes excs, pour l'augmentation de fa profperit. Mais tous ces milliers de foldats procurent-ils par fcrTufiori de leur fang par la perte de leur

&

&

&

vie

iSo

Conversations nu
Ca-

vie le moindre avantage ceux de leur de leur Clafl, je veux. dire, tgorie

&

aux

Habitans destituez de bien? aucun fi cen'eft d'accrotre leur mifere , & d'en multiplier Il ne tiendrait donc qu' ces le nombre. Troupes de faire rentrer la Nation dans fes
droits
liers,
,

de

d'anantir la proprit des particufaire une gale jufte compenfa-

&

une forme humaine , un plan fi quitable de Gouvernement que tous les membres de la Socit participaient , chacun fuivant fa portion des biens, en
fi

un mot

d'tablir

te

la flicit

commune.

La H
.

o n t a

n.

Quand tu me propofes le fcours du fodat pour l'excution de ton Graid Oeuvre, j'aimerois autant que tu confeillafs aux btes de fe runir toutes pour fe fouftraire la tyrannie , la cruaut , la gourmandife de l'Homme. Eft-ce qu'un Gnral ne mne pas fes Troupes au feu peu prs comme un Boucher conduit fes bufs fes

&

moutons la tuerie , fans que les uns ni les autres s'avifent de demander pourquoi l'on
.

veut
fi

qu'ils

meurent , fans

qu'ils s'informent

juftement ou injuftement qu'on les fait prir? D'ailleurs, on perfuade aux foldats qu'ils font obligez en confeience de le foumettre aveuglment , & l'on punit leur
c'eft

comme le plus norme des crimes, parce qu'en effet, il n'y a rien dplus dangereux pour les Grands & pour les Rirefiftance

ches.

Si le foldat fe mloit de philofopher,


s'il

Baron de la Hontan.
s*il

1S1

vouloit entendre raifon , s'il s'ingeroit de prendre connoilance de la conduite du Prince, de Poprefon des fujets, des abus &des injuftices qui fe commettent dans l'adminiftration publique, combien de Colofls feroient renverfez? Mais enfin, fanslafubordination militaire il n'y a plus de furet au dehors, ni au dedans d'un Etat; l'anarchie &laconruion fuccederoient la tranquillit; le monde ne feroit plus qu'un Cahos, cela eftfi vrai que vous autres Hurons , vous avez pour vos Chefs , quoique vos gaux ,

&

la

mme
s'ils

que

dfrence le mme aquiefeement toient vos Suprieurs.

&

A D A RM

O.

Oh , mon Brave , fi je voulois je ne demeurerais pas court fur tout cela: leBonfens me fournit de quoi foudroier tes reponfes , & les battre en ruine ; mais comme ce n'eftpas mon deifein de te dplaire, je ne
rpliquerai point tes dernires inftances,

&

je

contenterai de t'alleguer une raifon dont tu ne faurois raifonnablement te fean-

me

oui dire aux Jefuitesque tous les tendent toujours au plus grand bien je fens en moi-mme qu'ils ont raifon, fi je concevois aufii bien tout le refle de ce qu'ils me prchent , j'irois au plutt me faire laver la tte avec cette eau merveilleufe qui blanchit l'ame, je ferois Chrtien Catholique brler. J'ai dit que je fentois bien en moi-mme qu'ils avoient raifon; car en effet je m'aperois que fans examiner
dalifer. J'ai

hommes
:

&

&

&

&

au meilleur pour prendre ce qui m'acommode le mieux. Or il faut que tu tombes d'accord que ntre genre de vie eft beaucoup plus doux & incomparablement plus agrable que le vtre ; donc vous devriez l'embraiTr , & vous allez contre l'impreffion de la Nature , vous faites violence cette bonne Mre quand vous ne vous rendez pas aufll heureux que nous le fommes.
reflchir je vile toujours

%$z &fans

Conversations du

& je quite le moins bon

La H
&

o n t a

n.

Quoi un Sauvage moralifer fi finement d aJe ne defefpere plut de ta converfion , rio; puifque nos Jefuites ont bien pu te faire pntrer dans le dernier repli du cur humain , ils pourront bien auf t'introduirc dans la connoiTarice de nos Myftres.

A
:

D A R

O.

Nous ne faurions tre plus oppofez , Seigneur Baron tu t'tonnes qu'un Sauvage dont l'ame eft dans fon aflicte naturelle

&
de

dont

l'efpritn'eft point gt par


,

un amas

fauffes ides

ni par le trouble des paf-

comprenne les premires veritez de laPhilofophic, moi j'admire comment vous autres qui tes acoutumez ds l'enfnce croire ce que vous ne concevez point confervez encore afz de lumire pour discerner le vrai d'avec le faux. Touchant ce que tu nommes ma converlion , je te confons,

&

fejt-

Baron de la Hontan.
fcille

183

en ami de ne pas efperer trop fort car tu pourrois bien avoir le chagrin de ftre tromp. Vois tu, mon Ami, quand les Jefuites

de

la

me parlent raifon, jelesentens: peine les comprendre d'abord

fi

j'ai

j'en

viens bout avec un peu de reflexion , alors je me rejous la vue de la Vrit; je cela la gote, j'en favoure la douceur,

&

&

me fait un certain
exprimer.
lent

plaiir

que

je

ne

te faurois

Mais quand

tes Jefuites

me

par-

Myftere , qu'ils m'ordonnent de fermer les yeux pour voir; c'eft comme s'ils me tiroient de la clart du Soleil & du jour pour me faire entrer dans une Caverne o plus l'on avance, plus on defeend dans une nuit paif franchement j'aime voir clair , je veux favoir o je mets le pi.
:

&

La Hontan.
Ne
pour
t'offre-t-on pas le
t'clairer

&

pour

te

flambeau de la foi conduire dans ces

routes obfcures ? Mais ne nous rembarquons point fur l'immenfe & profond Ocan de la Controverfe. J'aime mieux rpondre la dernire preuve que tu as allgue contre l'Intrt propre. Nous tendons toujours au plus grand bien, dis -tu? D'accord. La vie des Hurons efi; un plus grand bien que la ntre; c'efl: ce que je te nie abfolument. Apelles-tu bonheur d'employer la plus grande partie de fon tems la chafl , la pche , la guerre ? Ces trois exercices n'en-

&

traincnt-ils pas

immanquablement beaucoup
,

de peine , de

travail

de fatigue ,

& quantit
d'ac-

284

d'accidens fcheux ? Vtre loifir vtre repos ne font gure plus agrables. Vtre train de vie eft tout uni, confquemment trs-ennuyeux. Vous favez vtre rveil tout ce -quoi vous devez paffer la journe ;

Conversations du &
&

chaque matin vous favez la mme chofe & vous ne connoiTez point le ragot piquant de l'avanture , ni du changement.

A
re de vivre

D A R

O.

Je fuis d'avec toi, Baron: Ntre manine convient nullement ces hommes effeminez , ces idoles vivantes qui croient n'tre au Monde que pour courir qui palTnt tout de dlices en dlices ,

&

leurtems
lupt.

raflner fur le plaifir


foi
,

&

fur la vo-

Mais en bonne

mous
tre

&

ces hommes indolens ne font-ils pas honte n-

meritent-ils d'en tre les in, dividus ? Tous les honntes gens font de mon fentiment , les Franois , comme les Hurons , pour peu qu'ils foient raifonnables ont un fouverain mpris pour ces Ventres Parefeux dont toute l'inquitude eft de d'irriter leurs fens par quelque reveiller cesfaneans nouvel apas. Ces voluptueux qui jouflnt l lchement des travaux de

Efpce

&

&

&

&

leurs Pres

&

qui difllpent brutalement ce

qu'on leur a aquis avec des foins , de la vigilance , de la conduite , & de la fobriet ces fainants , dis-je, ne font pas chez vous autres le gros & le gnral de la Nation. Le nombre de ceux qui s'occupent , foit pour l'utilit publique, foit pour leur intrt

Barox de
rct particulier
,

r.A

Hontak.

l8f

incomparablement plus grand. Mais quand toute la France ne feroit peuple que d'indolens que de fenfuels , que de dbauchez, pcnfes-tu que pour cela j'eftimerois les Franois plus heureux que les Htirons ? A Dieu ne plaife. J'ai tudi autant que j'ai pu pendant mon voyage en Europe, ces Partifans dclarez du plailir: je te jure, mon Frre, que je n'ai jamais envi tant (bit peu leur condition. Toujours dans le bruit & dans le tumulte la bon, ne difpofition de l'ame , le contentement d'efprit , la joie folide & tranquille ne font point du tout pour eux. Ce doux amufement qui les a tourdis pendant quelques heures, s'eft-il envol ? Mes gens, pour s tre trop raffoliez tombent dans le de, got:; on rentre en foi-mme avec chagrin ;
eft
,

on bille, on s'tend, on s'ennuie;


nation

&

l'imagirien

les forces

font puifes
fe

fait plailir,

perde dans un trifte infupportable anantiiTement. D'ailleurs quelles font les fuites les fruits de l'indolence & de la volupt, quelle qu'elle foit, ds qu'on paffe les bornes ? des incommoditez tant plus qui rendent la vie onereufe, qui en abrgent le cours.
il

&

ne

fcmble qu'on

&

&

&

&

La Hontan.
Laide l ces Frelons quoi que dans la Rpublique, ils lui font trangers, & nous les regardons comme la vermine & l'cxcre:

ment de
utiles
,

la Socit.

&

du Corps de

Parlons des Membres la Nation. N'eft-l pas

286

Conversations du
?

pas vrai que le Commun de nos Franois vivent avec un tout autre agrment que ne vivent les Hurons

A
plat?

D A R

O.

Je fbutiens que non.

En

quoi

s'il

vous

La Hontan.
En tout.
Nourriture , fentimens , befoins
la vie, amiti,

&

commoditez de

converfa?

tion, frquentation,

que
c'eft

fai-je

moi
,

tant

d'autres bonnes chofes femblables

&

pour

comble de bonheur,
necefitez

du commerce on nous

&

que par le moyen prvient dans nos dans nos defirs , un habitant de
fa porte tout

grande Ville trouve prefque


ce qu'il peut fouhaiter.

A
Di donc
qu'il

D A R

O.

auffi qu'il y trouve fouvent ce convoite avec paffion , ce qu'il ne peut obtenir faute de monnoye ; ce qui ne le fait pas mal pefter contre la rigueur de fon deftin. Mais pour te rpondre en for-

&

, Baron, toi qui nous conqui vis avec nous, oferois-tu mettre nos coutumes en parallle nos manires avec les vtres. Vous cherchez dans les alimens la dlicatef , la propret , la diverfit , l'aflifonnemcnt nous ne voulons point de tout cet attirail dans nos repas

me,
nois

oferois-tu

&

&
'

Baron de la Hontan.
&

287

comme nous ne mangeons que pour pas , entretenir la vie, nous tchons de ne donner la Nature que ce qu'elle demande, nos repas font plus fimplcs, plus courts, moins dlicieux que les vtres ; mais que

&

t avec

l'on balance les avantages de ntre frugaliceux de vtre bonne chre , lequel

des deux crois-tu qui l'emporte , mon Ami ? Nous foumes toujours frais, robuftes, allertes , faifant bien toutes nos fonctions ; nous n'avons pas befoin de Mdecins qui exercent leur charlatanifme aux dpens de ntre fant ; nous n'avons pas befoin d'Apothicaires qui nous empoifonnent pour ntre argent; nous n'avons pas befoin de Chirurgiens qui nous ouvrent les veines , qui nous tailladent, qui nous cicatrifent , &qui le feu fur nos corps ; nous emploient le fer n'avons point tant de morts prcoces avances ; nos gens parviennent une verte ce vigoureufe vieilleile ; ils finifnt avec la la lampe s'teint aprs chaleur naturelle, que toute l'huile eft confume. Voi , Baron , voi fi c'eit le mme en France , & chez

&

&

&

Nations de vtre Continent. Veuxtu que j'en vienne aux habits ? ne devrois pas le fouhaiter pour l'honneur de tes Compatriotes. n'ignores pas qu'ils font traitez de fous fur ce chapitre , mme par
les autres

Tu

Tu

&

ceux de leurs voifins, qui ont le travers & le ridicule de fc vtir comme eux. Quelle
inconftance, quelle lgret , quelle bizarrerie dans ce que vous nommez Mode? On ne doit s'habiller precifment que pour fe garantir de l'intemprie de l'air , que pour

&

ca-

288

Conversations du

cacher certaines parties du corps , que la bienfance & la pudeur ne permettent pas de dcouvrir ; c'eft quoi les Hurons s'en
tiennent uniquement , comme rien n'eft plus propre cet ufage que les peaux de btes , ce font auffi ces fourrures qui nous ga-

&

du froid & de la nudit. Nous ne tournons point en parure & en ornement


rantiffent

de ntre foibleiT & de ntre honte nous ne tirons point vanit de ce que la Nature nous a traitez moins favorablement que les btes. Nous n'avons point d'ailleurs , la fotte & folle vanit de nous charl'effet

&

Chez nous on ne

brillant fuperflu. ger le corps d'un riche voit point les hommes courbez fous le poids d'une ample perruque,

&

qui bien que defline la feule tte, cache qui peut-tre, la moiti de la perfonne, outre le crin de cheval , eft tiiue des cheon ne les voit point veux d'un fupplici s'acrocher par tout ni drober table la faularges ce de leurs voifins avec de longues manches on ne les voit point fucr Tous la pefanteur d'une toffe paye chrement qui paroit peine, tant elle eft charge d'or d'argent. Il en eft de mme de nos Femmes ; le luxe ne les fait point tomber dans la feule Raifon les guide l'extravagance, bandent-elles tous dans leurs habillemens les relTorts de leur fconde imagination, toute puifent-elles toute leur induftrie leur adreffe pour fe prparer une coeffure? de retours , que de plis Que de tours de dcde replis , que de peine , de foin penl le fexe emploie chez vous pour fe cou-

&

&

&

&

&

&

&

&

&

vrir

Baron de la Ho n tan.
vrir la tcte?

2S9
cil

Telle

femme dont

le

crne

bien mal tourn ne laifl pas bien foiblc de porter fur ce crne un fuperbe difice quatre tages ; telle femme dont le trois vifage tirant fur la guenuche a la vertu d'teindre les feux d'un amour criminel , ne laiiTe pas d'enchafr ce mme vifage dans magnifique tui , ce qui fait un prcieux

&

&

&

aux rieurs qu'elles n'pargnent rien pour donner un grand relief leurs dfauts. Tu
dire

ne l'ignores pas, mon Ami. Le refte du vtement & de la parure fuit proportion. J'ai vu Qubec, & encore plus en France
qui me paroiilbient comme endans leurs ornemens ; c'toit une bigarrure d'toffe, de frange , de dentelle, de ruban, de galon, de pierreries ; j'avois peine les trouver dans cet amas confus ; je croi que de ce qu'elles avoient de trop on en auroit habill fort honntement une centaine de pauvres Demoifelles je me fchois fur tout contre ces queues monurueufes qui fuivent de Ci loin les Nymphes, qui les trainent. quoi bon cette queue, difois-je? nettoier la ru , cueillir la pouflere d'un plancher , ou fatiguer le bras d'un domeftique ? Peut -on prodiguer ainf l'argent , & voir fon frre & fon femblable mourir de faim & de froid ? Il faut n'avoir pas le moindre fentiment d'humanit.

des

Dames

fevelics

La H

o n t a

n.

Quel Evangile me viens -tu prcher l? E(t_ce que je fuis oblig de me priver du Tome II, moin-

Conversations d 290 moindre plaifir pour foulager un malheureux ?

D a r

o.

Si tu y es oblig ? Outre que la Nature te l'infpire , la Religion que tu profefTes , ne te j'ai ou plus recommande autre chofe , d'une fois les Jefuitcs afurer qu'au dernier

&

jour tous ceux qui auront refuf d'aflifter livrez au feu les pauvres feront maudits

&

ternel.

La Hontan.
Cela
eft vrai
:

les Jefuites

le

prchent

tous nos Gens


font rien.
il

le

croient

& tous nos Gens,

fans en excepter mme les Jefuites , n'en Si la gageure e'toit faifable , je poferois en fait que de cent mille Chrtiens n'y en a pas dix qui foient d'humeur facrifier un lger contentement pour le fecours de ceux qui ptiflnt. Oui , je t'a-

que Jefus-Chrijl l'Enfer tous les hommes qui pouvant faire du bien aux miferablcs les que ce divin Legiflateur laiflnt fouffrir, fa Philofophie fur toute rouler fait prefque

voue,

mon bon homme,

condamne

&

la Charit

mais

il

faut bien

qu'on

fe per-

fuade qu'il exagre,


ft

& qu'on ne prenne


:

pas
le

Morale dans

le ferieux

autrement,
:

Fafte Rifiniment par tout fur la Libralit Les nediffiches qui fe vantent d'afpirer au Ciel pas au luxe, la bonne chre, au peroient r vin

&

le Plaifir

ne l'emporteroient pas

in-

Baron de la Hontan.
&
&
un
bien dont
ils

vin, aux femmes, au jeu, aux fpeacles a tous les autres amufemens ordinaires

t
'

pourraient faire tant d'heu' reux dans la Socit ; un Monarque dvot qui ne cederoit pas fa bonne part du Paradis, n'emploiroit pas de centaines de millions fes menus gros plailrs pendant
'

&

que

le tiers

de fes fujets meurt de faim.

A
Tu
vois dj

D A

R.

o.

mon

ne m'aprens rien l de nouveau pa; fait la mme remarque, &je't'aurois dit tout ce que tu viens de me dire i

du Chriftianifme moins difeonvenic que fi vtre Jefus -Chrift n'eft pas un impolteur, vous tes prefque tous des impies
ioit
;

certitude

dont or* de ce qu'elle ordonne le plus formellement. 1 u ne manqueras pas de me rpliquer que cet abus, quoi que gnral, ne fait rien la
le

plus grands maux qu'il y ait parmi vous autres. Cette fincerit me plat beaucoup pour la tourner mon profit , tu me permettras de douter d'une Religion

lu jet m'y avoit conduit. Je fuis ravi Baron, que tune me deguifes point l'un des

&

joue ,

&

l'on fait tout le contraire

a la vrit tu ne faurois au

&

des hypocrites , de faux Chrtiens Le Grand me preferve donc d'tre des vtres je craindrais la contagion, j'aurais peur* que la foule ne m'entrant vers le
:

Efprit

&

nel.

Mais tu m'as tir de la garderobe de vos femmes ; j'y veux retourner. On Franois

feu ter-

me

fit

bien

rire

dernirement fur cette a a.

ici

Conversations du
Nos
Franoifes,

matiere-l.

me

difoit-il,

font mettre fans faon de belle bonne tofe toute neuve en capilotade , devineroistu pourquoi ? Pour faire fur leurs jupes fur leurs charpes certains cercles de plis qu'elles nomment Falbalas je crus d'abord qu'il badinoit ; mais il m'afura la chofe fort ferieufement, & comme je connoiffois d'ail:

&

&

leurs la probit

du Perfonnage

je n'ofai le

contredire.

La Hontan.
Tu aurois eu grand tort. On m'crit de Paris cette nouvelle fureur de mode , mon Ami me mande , en plaifantant , que les femmes ne fchant plus qu'inventer pour l'ornement de leurs corps , fe font tellement dpites contre les tofes qu'elles les ont mifes en petits morceaux ; mais tant revenues de cet emportement, elles ont raffem-

&

bl tous ces petits morceaux


fes de s'en parer.

&

fe font avi-

A
Ne
foifes,
fi

D a r

o.

feros tu pas plus

d'honneur aux Fran-

tu difois qu'elles emploient tous ces fragmens comme autant de matriaux propres conftruire des murs , des avant-

murs

& des

remparts fur leurs jupes?

La

Baron de laHoktan.

293

La Hontan.
En
nion
fies,

vrit

Adario,
;

nos

Dames

te

font bien redevables


d'elles
:

tu as affez

bonne opi-

pour les croire des places fortice n'cl pourtant pas leur ordinaire
,

long-tems & communment elavant mme qu'il y ait brche. Celles de ces Fortereffes vivantes qui font

de

reifter

les capitulent

le

plutt

mieux revtues tombent affz fou-vent le & fi l'on en excepte l'ouvrage


,

corne qui
tres parties
rien.

fubfifte

long-tems , toutes

les

au-

de

la fortification n'y

fervent de

Adario.
Quoi que
Ingnieurs
,

les

j'entens peu prs ce

Sauvages foient de mauvais que

veux

me
que

dire.

Mais

laiffant la foibleie

ou

la force
l'article

de ces aimables Citadelles, finiflons des habits. ne peux me con-

Tu

ne foit un matre fcheux , bourru , vtilleux , inconftant , qui fe joue de tous ceux qui fuivent le torrent qui fait tourner au gr de fes caprices cette multitude innombrable d'hommes & de femmes , qui n'ont ni la fagcle , ni le courage de s'arranchir de cette tyrannie: Ellccfioncreufe aux Grands & aux Petits ; aux Riches aux Pauvres au Ngociant & l'Artifan. La Mode fait faire aux Grands des dpenfes qui altrent leurs revenus dj bien cornez. Tel Seigneur fe fait traner habill magni3
tefter
la

Mode

&

294

Conversations du

magnifiquement , & dans un quipage pompeux , qui feroit compaflion fur le pav s'il avoit feulement pay la moiti de fes dettes ^ telle Dame-qui porte en ajuftemens & en bijoux toute une terre fur fa perfonne, ne marcheroit plus qu'en iimple Grifette , fi elle proportionnoit fonluxe au dlabrement des afaires de fa maifon.

La Hontan.
Brife

fur
;

cette matire

Ad a Rio
Tu
?[ui

je

t'en

prie

tu ne finirois pas aujourd'hui.

A
dis vrai t'euf fait

D a r
:

o.

Baron car avant que je , un dtail de tous les inconveniens


de vos

refultent

Modes

foit

pour

la

nt , foit pour la bourfe , foit pour la dou-

de la vie , je croi qu'en tems de nous feparer. Je te fais donc grce de ce qui me reftoit dire l defTus. Mais j'ai te rpondre fur un autre point , c'eft celui de la frquentation & de
ceur
effet
il

& la commodit
feroit

l'amiti.

La Hontan.
C'eft
bile
fi

je t'attendois.

Tu feras bien

ha-

prouves que par cet endroit-l nous ne fommes pas plus heureux que les Hurons*
tu

me

A-

Baron de la Hontan.

29?

D a r

o.

Te voil log , mon Frcre , la prcfomption Franpife , & tu te figures prefque avec toute ta Nation qu'il n'y a point de gens au Monde comme vous autres , pour l'agrment du commerce de la vie & de la
Voions donc i je pourrai t'ouvrir yeux de ce ct-l. Je dbute par t'accorder que les Franois obfervent parfaitement le dehors & Intrieur de l'amiti. Moi-mme j'y fus pris , mais pris comme une grolfe dupe, pendant mon fejour en France. Sans tre Huron tout Etranger de bonne foi eut donn dans le panneau. Les Hommes s'inclinent & fe courbent profondment les uns devant les autres ; ils s'emSocit.
les

braiTent, febaifent, fe prennent


la

&

fe ferrent
le

main
,

les

femmes

plient

fouplement

jarret

&

fe font

ques.
rel
,

Tout

aum" des carefs rciprocela fe fait d'un air aif, natu-

ouvert , & l'on jureroit que toutes ces honntets viennent du cur. Les paroles dont on fe fert communment dans ces rencontres quadrent admirablement avec les
poftures

va

Comment vous en pour vtre fervice ? croiesmoi le meilleur de vos amis , dfpofez de ma bourfe & de mon crdit; Adieu, je fuis tout vous. H, qu'en dis-tu, mon Brave? ne font-ce pas l de ces phrafes tendres & ontueufes que vous nommez Complimens ? D'ailleurs , je confclle encore que vos Gens font de grands faifeurs de viiites.
les geftes.
?

&

n'y

a-t-il rien

C'eft

296 Conversations dxj Oeft l'occupation dominante de la plufpart de ceux qui n'ont rien faire qu' vivre &
,

quifembient n'tre nez que pour faire nombre dans la Socit. Ils le font une loi & une obligation de fe voir tour tour chez eux une heure ou deux l'un , autant l'autre; ainfi le tems fe coule, & la vie qui fans cela leur feroit charge fe paf avec moins d'ennui. Que l'on demande quoi bon toutes ces vifites ?* C'efl: , difent-ils , pour entretenir l'amiti en effet , ces deux gens fe voient donc ils foui amis , c'efl chez vous un raifonnement concluant. Enfin , j'ai remarqu que vos Franois mangent , boivent , & jouent fouvcnt enfemble ils fe donnent & fe rendent des repas fomptueux ; ils pouffent la dbauche jufqu' noier laRaiLes femmes , celles mfon dans le vin me , qui fe piquent d'une je ne fai quelle chimre de qualit , n'en cdent pas aux hommes quelquefois l defus ; Bacchus a des Prtreffes & des viclimes parmi le beau fexe , & fi vos Franotfes ont aflz de retenue pour n'ofer fe commettre avec le vin
: : ,
:
:

elles s'en

ddommagent
faire

par d'autres boif-

fons

qui fans

bouillir la cervelle

fourniffent au plaifir de boire

& de choquer quelque fejour dans une Ville , o je me faifois un plaifir de faire certaine heure un tour de rues , pour voir vos Franoifes courir le Caff ; je ne manquois point de les rencontrer par bandes comme des
enfemble.
J'ai fait

fage,

biches, toutes aiant la joie peinte fur le vicomme tant toutes remplies de l'ide

du doux

pafl-tems qu'elles alloient goter.

Quant

Barok de la Hontat.
Quant au jeu fur la Nation
tu fais
cil

297 combien fon influence

tendue.

La H
Je

o n t a

n.

commence
:

me

fatiguer

mon bon
faire palier
,

Homme
rio

as-tu

donc refolu de
11

toutes nos

murs en rev ? Au fait


fait.

Ada-

de favoir s'il y a moins d'amiti parmi nous que parmi les Hurons : prouve moi l'armative de cette
s'agit

, au

queftion

jetcq.uite.

A
Oh
vite vite
!

D A R
,

O.

voila

mon

Franois aux;

champs Vous tes gens courte patience,, vous autres. C'eft vous laflr que d'tablir
en toutes chofes , & de toutes manires vous courez la conclufion. Avec cette pntration & cette fagacit dont tu es fi bien pourvu ne decouvres-tu pas o j'en veux venir ? J'ai voulu taler tes yeux le. voile, le mafque , l'apparence & le beau femblant de Vim Fraaoife ; voions prefent ce qu il y a de cach fous ce beau dehors. Tu fais mieux que moi quel fond on doit faire fur ces falutations , fur ces embraildes, fur ces ferremens demain, fur ces termes obligeans, fur ces invitations, ces offres, cespromeffes dont vous vous rgalez prefque toujours la rencontre. Le fon d'une cloche ou d'un inltrument & cela c'ell toute la mme chofe une Socit de Singes ou de Perroquets qui auroient tudi les
fes principes
:

hon>

29S

Conversations du

hommes

l-demis agiroient ou parleroient tout de mme. Ce Compatriote qui vous falue tout bas, &avec un vifage fi riant, qui

vous flatte & qui vous carefl , en eft-il moins rong d'envie contre vtre pouvoir,
contre vtre fortune, contre vos talens? Il met fa tte vos pieds &il fouhaiteroit voir d'une autre manire lavtre aux liens: cette

mme Langue dont


,

il

vous

flicite

& vous

loue

vient peut-tre

& tout

rcemment de

vous accommoder de toutes pices ; & ce mme homme qui dit prendre tant de part vtre bonheur vous dnigroit tout l'heure, dchiroit vtre rputation, & machine
actuellement vtre perte. Il n'y a pas plus de droiture & de fincerit dans les autres moiens dont on prtend fe fervir pour fomenter & pour entretenir la bienveillance rciproque. Les vilites ne font-elles pas une acadmie de medifanec , & cette mme perfonne qui dfraie fi bien aujourd'hui la convention aux dpens des abfens , divertira demain autre part fa compagnie vos propres dpens. C'eft un vrai tribunal qu'une Une vifite , mais un tribunal d'iniquit. avantureeft- elle arrive quelcundela conloiflance du Cercle ? Cequelcun eft-il charg defoupons? Court-ildeluidanslaVille le moindre bruit defavantageux ? On lui fait Ibn procs toute rigueur & fans l'entendre; tous les viliteurs & tous les vifitez font on le condamne par fes Juges & fes Parties
:

contumace; on
que
f

fltrit

for.

honneur; on le
,

dclare indigne de toute eftime

&

notez
fait

ce prtendu coupable

cil

en place c

Baron de la H on tan.
fait

ap9

Juges iront peut-tre ds le mme jour ramper devant lui pour en obtenir quelque faveur. Vos fcltins, vos dbauches, vos jeux ne font pas des indices moins quivoques, ou plutt moins impofkurs de l'amiti. Chacun cherche en tout cela fon plaifir ou fon intrt. Le Gueux repar fait montre de fon opulence fur fa table fplendidement couverte: ilfe fait gloire d'y voir aiis des Grands dont lanobleii dcrpite rentre en roture par le dlabrement du bien ceux-ci comparoiffent l'heure de l'invitation , mangent & boivent largement bon compte ; mais ils n'ont pas plutt remerci leur hte & pris cong de lui qu'ils vont turlupiner fa fotife & le dauber fuivant fon mrite. Les Compagnons ou les Compagnes de dbauche peuvent peine fe fouffrir de fang froid , & les joueurs &joueufes font toujours prts quereller ceux qui gagnent leur argent.
figure
,

fes

&

La H
Morale ?

o n t a

n.

Quelle confquence tireras -tu de cette Il y a chez nous quantit de faux amis ? je te l'accorde : donc il n'y en a pas un affez grand nombre de vritables de gnreux pour rendre ntre Socit plus heureufe que celle des Murons; c'eft-ce que je tenieabfolument.

&

A D a-

^oo

Conversations du

A
Un
aflfez

d a r

o.

grand nombre , bon Dieu h o - tu , mon pauvre Baron? Fai moi le plaifir de me les amener tous ; nous logerons cette prcieufe troupe dans nos Cabanes, &je fuis certain que nous ne ferons point obligez pour cela ni d'en fortir , ni de
!

Ici prendrois

les agrandir.

La Hontan.
Tu
crois

donc nos Franois de grands

trompeurs ,

& de grands fourbes ?

A
mais

D A R

O,

Ou fans doute fur ce chapitre-l; je fuis fch de te paer une dclaration fi dfagrable
;

la

candeur Huronne ne

me

permet

pas de faire autrement.

La Hontan^
Oui,'mais
die djuger

& auffi
de?

candeur Huronne te permetmal d'une Nation aufl polie prvenante qu'il y en ait au monta
fi

A
Un Huron de
exemples

D A R
bon

O.

fens doit raifonner des au gnral. Or j'ai tant x dlngratitude & de duret parmi vous auparticuliers
tres

i>e la Hontan. 501 que je croi pouvoir charger la Nation de ces deux vices fans lui faire tort. Cependant je ne prtens point que mon imputation donne aucune atteinte l'honneur des belles & bonnes mes: il y en a queltrs Franois

Baron

ques, unes
elle

je le fai

mais

il

n'y en a gure

& plus la troupe

en

efl petite y plus j'ai

pour

de vnration-

La Hontan.
ce que je vois
leurs largeis

tu n'as tudi nos'Fr*

f ois que par leurs dfauts.

Si tu les avois exafait

minez du bon ct, tu aurois

attention

&

leurs bienfaits.

N'as-tu

donc point vu dans nos Egttfes des balfins ou des facs remplis d'argent ? n'as-tu point vu dans nos Villes de grands & riches hpitaux pour les pauvres

&
I

pour

les

mala-

des?

A
J'ai

D A R
di3
,

O.

vu

ce

que tu

& j'ai

vu encore
dis pas,
ici.

pluleurs autres Liberalitez

que tu ne

&

qui froient trop longues raporter


je

Mais a

raporte ta confcicnce , Baron ; crois-tu que toutes ces largeifes coulent de la bonne ibur c? Crois-tu que communment elles viennent d'un noble loua-

m'en

&

ble panchant faire

du bien, & adoucir la malheureufe condition de fon femblablc? N'eft-il pas vrai que l'oftentatiou , la coutume & la crainte font parmi vous les mobiles ordinaires de la Charit ? Otez moi de vos 7

30Z

Conversations du

vos Socits, l'envie d'tre eftim riche on gnreux ; l'aprehenfon d'tre not d'avarice ou d'inhumanit ; la crainte de Penfef f l'on ne reftitue le bien mal aquis , fi du moins on ne le rectifie en le confacrant des ufages pieux , fi l'on ne rachet fes pchez par des aumnes , retranchez-moi , dis-je, de vos
Societezces refbrts &ces motifs, on verra tomber bien vite toutes ces largefTes que vous nommez des uvres de charit , d'human't , & qui ne font au fond que les productions de l'Amour propre.

La H

o n t a
il

k.

Suivant ton compte ,

n'y aura point

vritable gnroft fur la Terre; car

de l'Hom-

me cherche par tout contenter fon amour qu'il propre, mme lors qu'il s'apauvrit le plus ouvert des prodigues fe rune, ne s'aime pas moins que !e plus ferm des

&

&

avares.

A
Tu as
raifon.
,

D A R

O.

Auffi regarda-je l'Amiti pure , l'Humanit fans retour, comme des couleurs des nuances dont ntre Orgueil fe pare , je les regarde comme de grands noms dont on fe fait un mrite imaginaire. Prens y garde un peu de prs mon cher Baron , les vertus ne font que des phantmes brillans nous voulons kuicn& le mal flon la difpofition
desinterefle
la Charit

&

mechanique

&

machinale du temprament,

&

Baronde la Hontan.
&
proportion

303.

que ntre vouloir eft fort ou foible, nous fommes bons on mauvais. Je t'avouerai donc trs-volontiers que les hommes dans toutes leurs actions ne font que fuivre l'imprefTion de l'Amour propre , mais ils n'en font pas moins eftimables , lors qu'ils font humains charitables, gnreux & fidles amis. Ce patriote ne s'aime que pour foi ;
,

ds lors il publique,
fervices
tenir
7

indigne de vivre dans la Ril lui rendrotdes elle n'eft point oblige de lui en
eft

&

quand mme

C'eft qu'il ne traque pour fon propre intrt. Mais cet autre Patriote s'aime pour fes proches , pour fts fcmblablcs , pour le Corps civil dont il eft membre ; il fait du bien autant que fon avoir & fa Raifon le permettent , tu conviendras que ce dernier diffre du prcdent comme
vaille

compte , pourquoi ?

une
fe
,

pierre prcieufe diffre d'une pierre fauf-

comme le jour diffre de la nuit.

La Hontan.
Je ne defaprouve point ta comparai fon; mais qui t'a dit que la France n'abondoit pas en ces habitans que tu fais rclfembler aux
pierres prcieufes
?

D A R

C'a t ce prodigieux nombre cTinfortune qu'il n'a tenu qu' moi de remarquer dans vos Villes, dans vos Bourgs, & dans vos Campagnes. Comme je les voiois ples r maigres, dchanez, enfin devrais fquletes

304

Conversations du
,& d'ailleurs tout nuds, quelques
,

tes vivans

haillons prs
toiable tat.

j'tois curieux
les

de m'informer

quel accident fons


:

avoit rduits dans ce pi-

m'alleguoit diverfes raid'abord la dbauche , le libertila faineantife. Je confei que ceuxnage l me touchoient le moins ; il m'chapa mme de rpondre qu'ils toient juftement puc'toit

On

&

nis

Mais

aprs y avoir
ils

fait

rflexion je

me

ne font tort qu' euxmmes, & d'ailleurs fi tous ces gens dont on relve fi fort la fagel , la prudence & la bonne conduite toient nez de la mme humeur & dans les mmes circonftances que ces miferables ; Meilleurs les fages n'en auraient pas moins fait. Sur cette penfe la compaffionme faifit, &jefouhaitaique la Repu.-difois, aprs tout

blique

comme

une tendre mre


,

comme

une bonne

tutrice

contraignt ces enfans

devoiez vivre plus commodment a &leur/ en fournt les moiens.

La
Tu
fous
le

H' o n t a
,

n.

n'y

entens- rien
fi

Adario;
fort la

ces

Gueux qui te choquent

vue cachent

dehors afreux de leur mendicit des

dlices qu'ils nechangeroientpas contre

une

honnte
plus
, il

&

profitable occupation

eft

elle tire le

bon de ne pas ter cette mauvais air du Corps politique,


fi

mais de vermine :

& les
fi

&

horreur d'une meprifable condition s'excitent s'encouragent .travailler,


baffe

efprits bien rglez aiant

&

Ad a*

Baron de la Hontan.

30$-

d a r

o.

Abandonnons donc

ces pareflux leur

mauvais gnie & leur travers , j'y confens. Mais que ferons-nous d'une inanit d'innocens qui fouirent fans avoir contribu en
rien ce

denment

total

ils

font plon-

gez? Un homme n'a point d'autre patrimoine que fon labeur ; quelque peine qu'il fe donne, quelques efforts qu'il fafle il ne peut fournir fesbefoins, nia ceux d'une famil-

& la mal-tte lui enlvent de fon travail ; peine peut-il paier fa cotte part pour l'ambition , pour le luxe & pour les plailrs du Monarque , & s'il ne peut atteindre jufquc l, on le confine dans une prifon , &il lui en cote fa libert. Voil donc ntre homme qui meurt de faim pendant que les Commis & les Financiers & quel eft le fe regorgent de fa fubftance riche de fon voilinage ou de fa connoifnce
le; les fubfides
le fruit

tout

qui s'en inquite , dre foulagement?

&

qui lui offre

le

moin-

La Hontan.
C'eft

un mai'

necefiaire,

Ad a Rio, &

un Gouvernement Monarchique. N'as - tu jamais ou parler de ce Conte , o l'on feint que tous les membres du corps humain fe rvoltrent contre l'eftomac ? Toutes les parties de la machine, fur tout la tte, les mains, & les pieds fe plaignent qu'ils languTent de fatigue
cet inconvnient elt invitable dans

o6
gue

Conversations du
&
de
lailtude

pendant que 1'etomac manger , & qu'il ne s'occupe que de digefh'on. Sur cela on prend la refolution dans le Confeil des membres de ne plus rien faire pour ce Matre pareffux, & ils complotrent tous de fe tenir en
reoit tout le boire

& le

repos. Qu'arriva-t-il

A
:

D A R

O.

Je le fai ces btes de membres s'aperurent qu'ils jenoient avec l'eftomac , qu'infailliblement ils periroient avec lui s'ils ne re~

&

commenoient

le nourrir.

Y fuis-je

La Hontan.
Tout jufte , quand tu aurois t tmoin oculaire de l'vnement , tu ne pourrois pas en mieux expliquer la conclufion.

&

A
Tu me
vile

D A R

O.

la donnes belle avec ta guerre cidu Corps humain. Il eft ridicule de vouloir btir la Vrit fur une rverie & fur un menfonge ; mais d'ailleurs ton Apologue n'y vient point du tout. Cet eftomac qui fe

charge d'abord de toute la nourriture ne la digre qu' condition qu'enfuite le fuc fera
befoins

membres proportion de leurs mais dans vtre Gouvernement le Seigneur Eftomac n'a que fon enbonpoint en vue; il n'influe que de fon trop, il ne donne que ce qu'il ne peut garder , & pendiftribu aux
;

dant

Baron de la Hontan.
dant qu'il
eft

307
pieds

plong dans

la

molefTe ,

les

& &
&

les

le

mains du corps , je veux dire l'Artifan Laboureur meurent de faim ; il n'y a

pas jufqu'aux yeux, j'entens les Magiftrats jufqu'aux parties nobles , j'entens les Gen-

tilshommes, qui ne foient dans l'abatement.

La Hontan.
Arrte, Huron,
le pain
l
il

j'ai
fi

l'honneur de manger
te faire taire.

du Roi

&

tu continuois fur ce ton-

feroit

de mon devoir de

A
Ne
voila
t'il

D A R

O.

pas mon vil efclave ? Ditranois, es-tu plus ton Roi qu' ta Patrie? Elt-ce le pain du Roi que tu manges? N'eft-ce pas celui de la Nation , conlequemment n'eft-ce pas le tien ? Mais vous en tes tous logez l vous autres gens de vtre Continent qui dpendez de l'Autorit fuprme d'un feul homme: Cen'eftpas allez qu'il vous puife & qu'il vous fuce jusqu' la moelle des os, vous autorifez encore fes violences en le traitant de Propritaire Univerfel: c'eft l'Arme du Prince, ce font les vaiffeaux du Prince, c'eft l'argent du Prince , ft-il le plus grand tyran du Mon-

moi indigne

&

&

de, de l'aveu de fesfujets

que ce qui

luiapartient.

mme il ne prend Mais puis que taferta foiblelfe

vitude t'aveugle aflz pour ne pouvoir entendre ces veritez fans fcrupule& finis chagrin,
je

veux bien avoir


pas plus avant.

piti

de

& n'al-

ler

L A

308

Conversations du

La Hontan.
Tu me
fais plaiiir

nos miferes , des Hurons.

Adario, laifl l & jette-toi plutt fur le bonheur


,

Adario*
Ah

ah

mon Brave
?

tu

commences donc

ouvrir les yeux

L'image de vos miferes

vous par ot hideufe , elle rvolte vtre imagination , pour vous tirer de cet objet dgotant il vous faut de l'humanit Hu-

&

Veux? h bien oui , vous en aurez. tu que je te fafT d'aprs nature le tableau d'une Socit de Hurons ? Ce font des homronne

mes chez

qui le Droit naturel fe trouve dans toute fa perfection. La Nature ne connot point de diftin&ion, ni de prminence dans la fabrique des individus d'une mme efp-

ce, aum* fommes-nous tous gaux , & le titre de Chef ne lignifie autre chofe que celui qu'on juge le plus habile pour confeiller pour agir. Le pauvre dnu de tout fecours , & de tout moyen pour vivre a un droit naturel fur le faperflu des Riches ; mais nous ne fommes jamais la peine de faire d'obferver cette loi, valoir ce principe , bien differens de vous qui par une prpendez un malcaution barbare foutez heureux qui dans un tel cas auroit drob l'un de nos plus grands foins c'eft d'empcher qu'aucun de nos Compatriotes ne tomLa Loi naturelle ins,be dans l'indigence.

&

&

&

&

pire

Baron de la Hohtan.
pire

309

de ne rompre avec un ami que par l'endroit de fa noirceur & de fon infidlit; aufll pratiquons-nous exactement cette maxime; nous aimons nos amis dans leurs foibleffes & dans leurs dilgraces, & il n'y auroit que la perfidie la trahiibn qui nous empcheroient de partager avec eux ntre cur, ntre bourfc ,& ntre fecret. Enfin l'quit veut que nous aions de lareconnoiffance pour nos bienra&eurs ; aufli fommesnous exempts , grces ntre bon deftin , de ces lches ingratitudes qui font fi communes parmi vous. On ne nous voit point faire des honntetez & des" proteftations d'un fouve-

&

nir ternel

quelcun pour l'engager


,

nous

rendre un fervice important

quelquefois

mme

&

dangereux , puis

laiffer l

cequelcun

tourner le dos aprs en avoir obtenu ce que nous voulions. On ne nous voit point abandonner avec la fortune cet homme qui nous avons fait aflldment ntre Cour tout aufll long-tems qu'il a pu nous tre bon quelque chofe. LavieilleiTe de nos parens de nos proches ne nous rebute point ; nous ne foupirons point aprs leur mort , foit pour tre dchargez de ce qu'ils nous cotent, toit pour nous emparer de leur fucceflon
lui

&

La Hontan.
Que tu es un terrible homme, Adario!
il

que ton humeur fatirique terentrainc de par tout. Tu dois me parler de la flicit Huronne , & au lieu de cela tu nous pinces , & tu nous mords plus que jamais. D A-'
faut

310

Conversations

&c.

d a r

o.

C'elt que vous tes nos vrais antipodes pour les murs, & je ne puis pas examiner ntre innocence fans rflchir fur vtre cor-

ruption.

Remarque donc

bien,

mon Ami,

que

cette

aimable obferyation du Droit Na:

proprement le feul & l'unique lien c'eft elle qui nous tient de ntre Socit lieu de Loix , d'ufages , & de coutumes. Ntre paix domeftique , ntre abondance & ntre furet pour le dehors ne font fondes que l-deffus. Pourquoi n'y a-t-il point parmi nous de procs , de querelles , ni de diviions ? Pourquoi vivons-nous avec la fimplicit, la droiture, le contentement des enfans? Pourquoi le Huron, qui va effuier les fatigues de la Pche & de la Chafl ne porte-t-il point d'envie au Huron qui refte tranquillement dans fa Cabane ? Pourquoi enfin fommes-nous tous animez d'une mme ardeur contre les Iroquois, & contre nos autres ennemis ? C'eft que nous confultons uniquement la Lumire naturelle , & que nous y ajuftonsnosfentimens & nosvolontet. Nous ne nous contentons pas de dire que nous fommes les membres d'un mme corps , nous le croons effectivement , & nous agiffons de mme. Voici quelcun qui m'apelle, le refte une autrefois. Adieu.
turel eft

DICTIO-

DICTIONAIRE
DE LA LANGUE

DES SAUVAGES.

DICTIONAIRE
DE LA LANGUE

DES SAUVAGES.
'Aurois bien pu vous envoyer un Didh'onaire de tous les

mots Sauvages , fans en excepter aucun , avec plufieurs


phrafs curieufes, mais cela ne vous et t d'aucune utique vous voyiez les plus ordife fert

lit

il

fuffit

naires dont

on

tout

moment.

Il

en

a fuffifamment

pour un

homme qui vouentendre des

droit paflr en

traverie
il

il

Canada ; car fi pendant la apprenoit tous ceux qui font ici,

pourroit parler
les

&

f faire

Sauvages aprs
trois
Il

avoir frquentez deux

ou

mois.
n'y a que deux

te l'tendue

Mres Langues en toudu Canada , que je renferme dans les bornes du Fleuve de Mijfifipi au del duquel il y en a une infinit d'autres que peu d' Europens ont pu apprendre jufqu' prefent , caufe du peu d'habitude
,

Tante

IL

qu'ils

314
iituez.

DlCT IONAIRE DE LA
eu avec
les

qu'ils ont

Sauvages qui y font

Ces deux Mres Langues , font la Huronwe


YAlgonkine. La premire fe fait entendre des Iroquois , n'y ayant pas plus de
Il

&

que du Normand au y a auffi des Sauvages qui habitent fur les Ctes de la Nouvelle Tork qui ont le mme langage , quelque chodiffrence entr'elles

Franois.

fe prs.

Les Andafloguerons ,
,

les

Toronto-

gueronons
tres

les

Errieronons

&

plufieurs au-

Nations Sauvages que


,

les Iroquois

ont

totalement dtruites
,

me Langue La fconde Langue

parloient auffi la ms'entendant parfaitement bien.

eft auffi eftime en ce & le Latin le font en Grec le que Pas-l Europe, quoi qu'il femble que les Algonkins , dont elle eft originaire , la deshonnorent par le peu de gens qui refte de cette Nation , n'tant pas deux cens hommes tout

au

plus.
Il

faut remarquer que toutes les Langues je de Canada, lajreferve de celles dont tant de pas diffrent ne parler , viens de VAlgonkine , que l'Italien de l'Efpagnol, les ce qui fait que tous les Guerriers & Anciens de tant de Peuples diffrens fc pide- I quent de la parler avec toute forte de
lcateffe.

Elle

eft

tellement nceflire pour*"


lieu'

voyager en ce Pas-l qu'en quelque

allure de fe l'on puiffe aller , on eft fortes de Sauvages,, toutes entendre faire
foit les

VAcadie,

la

Baye de Hudfon, dans

Lacs

& mme
il

lefquels *

chez les Iroquois, parmi lont s'en trouve quantit qui


appri-

Langue des Sauvagesapprifc par raifon d'Etat


,

$i

quoi

qu'il fe

plus de diffrence de celle-ci la nuit au jour.

trouve leur que de la

La Langue
cens
,

Algonkine n'a ni tons ni actant aufl facile la prononcer qu'


,

l'crire

&

dans

les

mots.

n'ayant point de lettres inutiles 1 Elle n'en pas abondante


autres

non

plus que les

Langues Amri-

quaines ; car les Peuples de ce Continent n'ont la connoilTance ni des Arts , ni des Sciences Ils ignorent les termes de crmonies & de complimens, quantit de verbes dont les Europens fe fervent pour donner plus d'nergie leurs difeours Ils ne favent parler que pour favoir vivre n'ayant aucun mot d'inutile de fuperflu.
:

&

&

Au

refte

cette

Langue

n'a ni

F,

ni

V,

confone. J'ai mis la fin quatre tems de l'Indicatif du verbe faime. L'indicatif fe forme de l'infinitif, y ajoutant la note perfonnelle m, qui vent dire en abrg moi ou je ; tellement que Sakia lignifie aimer, au lieu qu'ajoutant cette note perfonnelle ni l'infinitif, on fait
nifakia, qui veut dire faime. de tous les autres verbes.
Il
Il

en

cft ainl

eft

facile
,

cette

Langue

de conjuguer les verbes de ds qu'on fait le prefent

de
qui

l'indicatif.
fait

On

ajoute l'imparfait
c'eft dire,

Ban

Sakiaban,

faimois; au

parfait

on met
,

ki aprs la

par exemple

ni kifakia

mme au futur un ga , par exemple , ni gafakia ou nin gafakia, f aimerai. On peut faire tous les autres tems d'un verbe avec

note perfonnelle, j'ai aim ; & de

Oi

le

%\6

DlCTIONAIRE DE LA
f

de l'indicatif, comme par exemaimerois , ningoakiaban ; feujfe aim, ple , ni kiofakiaban ; en un mot , quand on fait
le prefcnt

bien le prefent de l'indicatif,

& les particules

qu'on doit ajouter aux autres tems , on apprend cette Langue en trs -peu de tems. Pour ce qui eft de l'impratif , il fe forme d'un a qu'on met la tte de l'infinitif; par exemple , fakia , veut dire aimer : Afakia veut dire aime, & le plurier aimons, fe fait en ajoutant ta la queue de l'infinitif, par exemple, fakia, c'eft aimer, & fakiata veut dire aimons. 11 ne nous manque plus que les
notes perfonnelles ,
c'eft dire,

Je ou Moi , Nir,

Tu ou Toi, Kir,
Ilo#Lui, Ouir,

Vous Vous
Ils

& Nous, Kiraoueint.


Eux,
Ouiraeua.

Kiraoua.

ou

Nous, Niraoueint.
A.

ABandonner, dlaifr, j'abandonne Pac,

kitan.

Accourir, j'accours, Pitchiba. Agrer, plaire, j'agre, Mirorindan. Aider, affilier, Maouinesua.

Aimer,

chrir, Sakia.

Aiguille coudre , CJtabounikan. Aller par terre, je vas, Tija. Aller par eau, Pimifca. Appel 1er, nommer, Tichinika.

A prefent,

Nongom.

Arriver, j'arrive, Takouchin. Allez , c'eft aflz , Mimilic.

Ava-

Langue des Sauvages.


Avare, Safakijfi. Aviron, Appou. Aujourd'hui, Ningom. Avoir, Tindula.
Autrefois , Piraouigo. Autre, Coutac.

317

folle Avoine, inconnue en Europe, Mahmln. Anglois , Ouatfakamink dachirjm. Admiration des Sauvages, c'fl admirable, Pilaoa, en ce cas c'en: par dniion.

Avoine,

B.

T) Arbe, Mifcbho*.

"* Baril,

Aoyentagan.
Dibilinchibifon.

Bague, anneau,

Baies, Alo'tn. Barbue , Poiilbn , Malamek. Batefeu , fufil faire du feu , Scouteka. Bas, chaudes, Mitas. Battre, je bats, Packite. Brave, courageux Soldat, Simaganis.

Beau, Olchichtn. Beaucoup, Nibila.


Bien-tt, Kegatch. Bien, voil qui eft bien, Oeoelim. Bien , donc , Ach'mdach, bien , Bois brler, Mittik.

&

&

Bled d'Inde, Mitamin. Blanc, Onabi. Boire, je bois, Minibue.

Bon,

Kvuelatch.

Borgne, Paskingof.
Bouclier, Pakahtt.

Boyau,

3*8 Boyau,

DlCTIONAlRE DE LA
Olakich.
,

Bouillon, on fuc, Oabou. Bord , de l'autre bord , ou ct Boiteux, Kakkat.


Bouteille, Chichigou.

Gaamink.

Brochet, Kinong. Bouillie , ou fuc de farine de bled d'Inde %

Mkaminabou.
C.

CAftor,

animal, Amik.

Ca, or fus, Mappe. Capot, Capoto'tan. Canard, Chichip.


Caftor, peau de Caftor, Apiminikoe. Canot, Cb'tman. Camarade , chez mon Camarade , Kitchi^
Nitchikioue.

Cachet , en cachet , Kimouch.

Cabane, Ouikioam.
Capitaine , Chef, Okima. C'en eft fait, Cbay. Cerf, Micheou.

Cendre, poudre, poufere, Pingol Cela, Manda. Celui-l, Maba. Chauderon, Akikons.
Chaudire, Akik. Chevreuil, Aoaskech.

Chemife, Papakiouian..
ChafTer, je chaife, Kioujfe. Chercher je cherche , Nantaouerima.
,

Chemin, Mickan. Chaud, Akichatt,


Che-

Langue des Sauvages.


Cheveux, Chez moi
L'tJJis.
,

319

Kntayank.
,

Chien, Alim. Almons. Petit Chien

Chacun, Pepegik.
Changer,
je change, Mifcoutch. Ciel, terre d'enhaut, Spiminkakou'm.

Corps, Tao. Connotre, je connois, Kikerima. Coucher, Oupema.

Comment,

Tant.

Couteau, Mockoman. Couteau crochu, Coutagan. Courage, j'ai courage, Tagoamijft. Couverture de laiue blanche, Ottabiottian,

Combien

, Tantafou ou Tanimilik. Courir, Pitchibat.

Cul, Miskoafab.
Culotes, circonlocution , ce qui cache le cul, Kipokitie Koafab. Champs enfemencez , KJttegamnk. Chanter, Chichin. Conftruire Vaiflaux ou Canots , Chimth
n'tke.

C*

Maskimout.

Croire, Tikerima. Cuillre, Mkkottan.

D.

DAnfer,
Darder

je danfe,

Danfe des Sauvages


baffes, Chichikoue.

Nimi. au fon des ,

cale-

dire &c. , je darde, terme ufit pour Patchipaoxa.

D'abord,

320

DlCTIONAIRE DE LA

D'abord, Ouibatch.
Dlibrer, reToudre, je dtermine, Tibelmdan.

Drober, Klmoun. Dents, Tibit.

Demain, Ouabank.
Aprs demain
Dire, je
Dit-il,
il
,

Oufouabank.

dis quel, Tita.

terme fort uft, Youa. Matre de la vie. Grand , Elprit, tre inconnu, Kitchi-Manitou. Donner, je donne, Mila.
dit,

Dieu du Ciel

Doucement, Peccabogo. Dormir, Nipa. D'o, Tampi. Diable, mchant efprit, Matchi Maniio.

De en de, Undach.

"CAu,

Nipi.
,

--'Etre, refter, 7apia. Eau de vie , Suc ou bouillon de feu


tioabou.

Seau-

Enfemble, Mamaoue.
Entendre, Nifitotaoua.
Enfuite, Mipidach.

Et Gaye ou Mipigaye.
,

En En

vrit, Keket.
petit enfant,
,

Enfant,

Bobihuchins.
,

Et bien

&

donc

qu'eft-ce

"Taninentien.

autre endroit, ailleurs, Coutadibi.

Encore, Minaouatch. Entirement Napitch. En avant dans les bois


,

Nopemenk,
Efti-

Langue des Sauvages.


lima.

3*r

Eftimer, je confidere, j'honnore, NapiteEcrire, j'cris, Majnaike.

Epce, Simagan.
Efprit, avoir de l'cfprit, Nibouacka.
Efprit, intelligence, tre irivifble
tou.
,

Mani-

Efclave, Ouackan.
Etoile, Alank. En de , Vndachdibi.

Egal

femblable

l'un

comme

l'autre, Tar-

bifioutch.

Efturgcon , poifbn , Lamek. Etonnant , c'eft tonnant ou admirable , Etteon.

TC Aire

Fatiguer, je fuis fatigu, Takouj. Faim, j'ai faim r Packat. Fcher, je me fche, IskatiJJl. Faire ou tirer du feu d'une pierre , Scow
tecke.

je fais

Tochiton.

Faire la cuifine

je fais chaudire,

terme,

Poutaoue.

Feu,

Scoute.

Fer, Piouabik.

Femme,

Ickoue.

Fille, IckoueJfe>js.

Fort, forterefi, Ouachaigan. Fort, ferme, dur, Mafcbkaoua. Fort, homme de force, Mach KaoueJJ. Fourche , NaJJ'aouahuat. Frre, Nicamcb.

France

g22

DlCTrONAIRE DE LA

France, Pas des Franois , Mittigouchioutk


endalakiank.

Froid, avoir froid, Kikatcb.


Fuzil
,

Paskifignan.
je

Fumer, Fumer,

faire

fume du tabac, Pentakoe. fume, Sagajfoa.

Franois, appeliez conftru&eurs de Vaiffaux, Mittigouch.


Fils, enfant, Nttianis.

Fortifier, je fais des forts, Ouackaike.

G.
/"2Arder, je conferve, Ganaouerima. ^-* Gagner au jeu, je gagne, Packitan* Grand , en mrite, valeur, courage, &c.
Kitchi.

Grand, haut, Memitou.


Gouverner, je difpofe, Tiberim*. Graille, Pimite.

Gens, peuples,

Irini^

Guerre, Nantobali.
Guerriers , Nantobalitchik.

Gouverneur Gnral de Canada, Kitchi okima fimaganicb , c'eft- -dire grand Capitaine de guerre , ou grand Chef des Soldats.
Guerroyer ma.
,

faire la

guerre

Naxtoubali-

Geler, Kijjin.

gel fort, Kijfina magot*

Hair

Langue des Sauvages.


H.

3*3

Hache grande , Agackouet. Hache petite Agackouetons.


-*
,

TJAr,

j'abhorre, Chir.giiertma,

Haut, en haut, Simnk. Herbe, Myask.


Hiver, Pipoun. Hier, Pitchilago.

Homme,

Alijinape.

Honorer, Mackaouala.
Hiverner, je palTe l'hiver, Pipounicbi Hurons, peuples, Naduuek,
I.

TRoquos, au plurier, Matchinadoaeh * Jamais, Kaomcka.


Jaune, Ouzao. Jefuitc, robe noire, Mackate oc kola. Jetter , je jette, j'abandonne, terme de rpudier fa femme, Qucbnan. Jeune, Ouskinekijfi. Ici , Acbonda ou achomanda.
Joli, propre, Safega.

Jour, un jour, Okonogat, Jouer, Packigou. Incontinent , Ouibatch.

Me, Me,

Minis. peninfule, Minijjin. Ivre, fou, ivrogne, Ouskonebt,

Impofteur, Malatijji.

Lair

3M

DlCTlONA-IRE DE LA
L.

T
L
Las

Afr, Packitan.

^Langue,

Outon.

Lac, grand Lac, Khchigamink* L, parla, Mandadibu


loin, par l haut, OuatfadbL Takouj. , je fuis las ,

Livre, Ouapous.
Libral, Oualatjji.

Loup, Mahingan.
Long-tems il y a long-tems , Chachay. Loin Ouatfa.
, ,

Loutre, Nikik*
clart, Vendao. Lettre, Mafinaygan.

Lumire,

Lune,

l'Aftre

de

la nuit,

Dsbikat Ikizis.

M.
\Jf Archer, je marche, Pimouffe. *** Marier, je prens femme, Ouioum.
Manger, Ouijjin. Mauvais mchant
, ,

parlant des Iroquois Ma-

lajfi.

Malicieux, fourbe, qui a le cur mauvais Malatchtehe MatrefTe, amie, Nirimoufens. Maie, Nape.

Malade, utincous. Mari qui cft mari , poux , Napema.


,

Marchandifes , Alokatcbigan. ^ler , grand Lac fans bornes gaminck.

Agankitchi-

Me-

Langue des Sauvages.


Mdecine , breuvage, Maskikik.
Miroir, Ouabemo. Mort, Nipouin.

3ij:

Mourir ,

je la

me meurs

,
,

Nip.
atizer le feu
,

Moucher

chandelle facolendamaoua.

Oua-

Moiti, Nabal. Mal, cela va mal, cela ne vaut rien , p'ttch, Malatat.

Na-

N.

NOn,

nenni, Ka.
Yack.

Nez,

Nouvelles, Tpatchimou Kan^ Nouvelles, je porte nouvelles , Tepatchmou, Nuit, Debikat. Noir, Mackate. Nager, ramer, Tapoue. Naviguer, je navigue, Pimifca.

O.

Mi ou Mincou. OUi Oui fans doute vraiment


, ,

oui , Antc

ou Sankema.
Oifeau, Pil. Orignal, Elan, Mons.

Ours, Mackoua. Ourln, petit Ours, Nakons.


quel ct eft-il ? anipi apL D'o viens-tu? de quel cte viens-tu? Tantp't endayenk.
eft-il ?

De

vas tu? de quel ct vas tu?

TagaKiOri~

tija.

%6

Orignal, jeune O, Ta.

DlCTIONAIRE 1>F LA: & petit, Man'tchicb.

PArler,

Galoula,

Pain , Pa bouchikan. Part, en quelle part, Ta nifh Pas, Endalakian. Paix, Peca^ Faire la Paix , Pecatcbi. Parent, Taouema. Payer, je paye, Tipaham.. Pas encore , Ka Mafchi. Parce que , ou , d'autant que , Mouinch* ParefTeux, Kittimi.. Perdrix, Pilejoue.

Peau, Packikin. Perfonne , Kagouetch ou Kaouia.


Penfer, avoir opinion
Petit, Ouabiloucheins.
,

Tilelindatt.-

Pre,

mon

pre, Noufc.

Pendant que, Megoatch. Peu, Me Mangis. Peine, tre en peine, tre inquiet, Tali*
mijj.

PilTer,

Minfu

Pile, mortier de bois piler

du bled d'Inde,

Poutagan.
avoir piti , Chaouerima. , Periuafon , Tirerigan. Pierre, ajjin. Pipe, calumet, Poagan.
Piti

Pluye, Kimlouan*
Plein, MoHskinet,

Langue des Sauvages.


Plat d'Erable
,

317

Sole M'tckoan.

Puis, enfuite, Mipdacb. Poiflbns, Kikons.. Poillbns blancs , Attikamek. Pourcelaine , grain de pourcelaine , Aot/s* Point du tout, Kamamenda, Poil des animaux , Pioel. Portage, C'appt agan. Porter, Pitou ou Pita^ Pourfuivre , Nopiaala. Point du tout, Kagouetch. Pourquoi , Taninentien.
tirer , Pingoe Mackate. Prendre, je prens, Takounan* Printemps , Mirockamink. Propre, Safega. Prier Dieu , Talamia Khchi Manitou. Proche, Pechouetch. Perdre au jeu , je pers , Packilague.

Poudre

Q-

QUi eft-ce?
Qui

Ouancouini.

eft celui-l?

Quaneouinl Mabk

Qu'y-a-t'il? Kekouanen.

R.

Raifon , avoir raifon , Tepoa, Rencontrer, Nantouneoua*

*^

"D Acine,

Ouftikoues.

Rpofer , Chinkichin. Regarder, Ouabcmo.


Rgreter, Goiloma. Rivire, Sipim.

Rien,

gi8

DlCTIONAIRE DE LA

Kien, Kakegou.
Rire, Pops.

Robe, Ockola. Roi de France, grand Chef des Franois,


Mittigou, Kitcbi Okima.

Rouge, couleur, Mifcoue. Rouge poudre rouge eftimc des Sauvages,


,

Qulamar. Renard, Outagamu Raifin, Choemin.


Reiperer, Talamiska*
S,

SAc,

Maskimout.

Sachet tabac, Cafpitagan* Sans doute , Antetatmba. Sang, Mifcoue. Saluer, Mackaoula. Sable, Negao. Savoir, Kikerwdan. Soldat, Simagan'tch.
Soleil, Kijis.

Souliers, Mackijn.

Suer, Matoutou. Songer, penfer, 'thlindan,

T.

TAbac,
Tte
0.
,

Sema. Tafle d'corce , Oulagam Terre, Acke ou A'c hum.


Ouftikouan.

Tems, ilyalong-tems,

CbachayePiraoui-

Tout

Langue des Sauvages.


Tout par tout , Aloucb Tomber, Panktfw.
Tourterelle, Mim't. Toujours, Kakeli.
bogo.

319

Tout

Kakina.

Troquer, Tataouan. Trs, fort, Magat.


Trifte, tre
trifte,

TalimiJJl.

Trouver, Nantouneoua. Trop, OJfam.

Trop peu

OJfame mangis.

Tuer, NJJa. Tien, pren, Emanda.

Tous,

Mijfout.

VAifau, ou grand Canot, RitchiChiman.


c'eft de valeur , de confequence &c< arimat. Verfr, Sibikina. Vrit, en vrit, Kcket. Vent, Loutin. Ventre, Mifchimout.

Valeur,

Venir, Pimatcha. Vite, Ouelibik. Village, Ouenanc. Vin, fuc ou bouillon de raifin; Choemin
abau.
Vifiter, rendre vifte, Pimatijfa.

Vieux,

K'toueche'tns.

Vivre, Nuutcbimou.

Viande, Oias.

V*. Patchagon.

330

DlCTIONAIRE DE [A
eft

Voil,, qui

bien, Oueouelim.

Voler, piller, drober, Kimouin. Voir, Ouabemo. Vouloir, Ouifch. Vie, Noutchimoin.

Y.

Eux,

Ouskinchic.

les quatre

contente de mettre ici feulement tems de l'indicatif d'un feul verbe, fur quoi on pourra fe rgler pour tous les autres. J'aurois bien pu m'tendre un peu plus fur cette matire ; mais il y auroit tant de chofes dire qui m'entraineroient de l'une l'autre, qu'il faudroit la fin me rfoudre faire une Grammaire eu
Je

me

forme

Aimer,

Sakia.

Prefent.

J'aime, Nifakia,

Tu aimes,
Il

Kifakia. aime , Ou fakia. Nous aimons , Ni fakiamin. Vous aimei Kifakiaoua. Nous & vous aimons, Kifakiaminatua..
,

Ils

aiment, Sakiaouak.

Tu
Il

Imparfait. J'aimois , _2W fakiaban. aimois, Ki fakiaban.

aimoit

Ou fakiaban.
Nous

Langue des Sauvages.


,

331

Nous aimions, Ni fakiaminaban. Vous aimiez Ki fakiaouaban. Nous & vous aimions, Ki fakimintonaban*
Ils

aimoient, Sakiabanik.

aim , Ni kifakia. Ki kifakia. as aim Il a aim Ou kifakia. Nous avons aim, Ni kifakiamin. Vous avez aim , Ki kifakiaoua. Nous & vous avons aim, Ki kifakiamittaoua. Ils ont aim , KifakiaouaL
J'ai

Tu

J'aimerai, Ningafakia.

Tu
Il

aimeras , Ki gafakia. aimera, Ou gafakia. Nous aimerons , Nin gafaklamin. Vous aimerez , Ki gafakiaoua. Nous & vous aimerons , Ki gafakiaminaous. Ils aimeront, Gafakiaouak.

Aime, Afakia. Aimons, Afakiata.


ils ne fe dclinent forme d'un k qui finit en voyelle la fin du mot, par exemple Al'tfinape , qui lignifie un homme; on dit au plurier Alifinafek, c'eft dire, des hommes ; & s'il finit par une confone on n'a qu' ajouter ik , par exemple minis, fignifie une Ifle , auquel mot pofant ik la fin on trouvera M'wiffik qui font des Mes. De mme que Paski/gan, qui fignifie un fufil au lingulier , & Faskifga*

l'gard des

noms
fe

point ,
:

le plurier

nik

des

fufils

au plurier.

Mani/re

33*

DlCTIONAIRE DE LA

Manire de compter des Algonkins.

UN, Deux,

Pegik.

Ninch. Trois, Nifjoue. Quatre, Neou.

Cinq, Naran.
Six, Ningoutouaffou. Sept , Ninchouajfou.

Huit, Nijfouajfou.

Neuf, Changajfou. Dix, Mittajfou,

Onze , Mittajfou , achi pegik. Douze, Mitajfou achi ninch.


,

Treize , Mitajfou achi niffoue. Quatorze, Mitajfou achi neou. Quinze , Mitajfou achi naran. Seize, Mitajfou achi ningotouajfou. Dix-fept, Mitajfou achi ninchoaffou. Dix-huit , Mitajfou achi nijfouaffou. Dix-neuf, Mitajfou achi changajfou. Vingt, Ninchtana. Vingt-un, Ninchtana achi pegik. Vingt-deux , Ninchtana achi ninch. Vingt-trois , Ninchtana achi niffoue. Vingt-quatre , Ninchtana achi neou. Vingt-cinq , Ninchtana achi naran. Vingt-fix, Ninchtana achi ningotouajfou. Vingt-fpt, Ninchtana achi ninchoajfou. Vingt-huit, Ninchtana achi niffoaffo. Vingt-neuf, Ninchtana achi changaffo. Trente, Nijfouemitana. Trente-un , Nijfouemitana achi pegik , &c Quarante , Neoumitana.

Cinquan-

Langue des Sauvages.


Cinquante, Naran mitana.
Soixante , NingoutouaJJbu mitana. Septante, NinchouaJJ'ou mitana. Huitante, Nijjbuajjou mitana. Nonante, Changaffbu mitana. Cent, Mitajfou mitana.

333

Mille , MitaJfoH mitajfou mitana.


faura une fois compter jufcent , on pourra facilement compter par dixaines , de mille jufques cent mille, qui eft un nombre quafi inconnu des Sauvages , par confquent inufit en leur

Quand on

ques

&
,

Langue.

Au

refte

il

faut prendre garde de bien


les lettres

des mots, qui fe trouvent la fin. On n'a pas de peine le faire, car il n'y a point de lettre du gozier , ni du palais, comme le j confone des EJpagnols, leur g ou leur x , non plus que comme le th des Anghis , qui met une langue trangre la torture.

prononcer toutes
d'appuyer fur
les

&

A,

Je dirai de
Iroquois
qu'il
les
\

la

Langue

des Hurons

&
qui

des
eft

une choie
s'y

allez curieufe,

ne
c'eft

trouve point de lettres labia dire de b, /, m, p. Cependant


des Hurons parot
tre fort

cette

Langue

d'nn fon tout fait beau ; quoi qu'ils ne ferment jamais leurs lvres en parbelle
lant.

&

Les
feils
,

Irocftiois

s'en fervent ordinairement

dans leurs Harangues,


lors qu'ils

&

entrent

avec

les

Franois

ou

les

dans leurs Conen ngociation Anghis. Mais entre

334
tre

DlCTIONAIJtE DE LA
ils

eux

ne parlent que leur langue ma-

ternelle,
Il n'y a point de Sauvages en Canada qui veuillent parler Franois, moins qu'ils ne croyent qu'on pourra concevoir la force de leurs paroles , tellement qu'ils le veulent bien favoir avant que de s'expofr vouloir s'expliquer , moins que la ncefkc ne les y oblige , lors qu'ils fe trouvent avec des Coureurs de bois qui n'entendent pas

leur

Langue.

Je dis donc , pour revenir celle des Hurons, que n'ayant point de lettres labiales , non plus que les Iroquois , il eft presque impoffible que les uns ni les autres puffent jamais bien apprendre le Franois. J'ai pafle quatre jours vouloir faire pro-

noncer des Hurons les lettres labiales, mais je n'ai pu y riflir , & je crois qu'en dix ans ils ne pourront dire ces mots, Bon., Fils, Monjieur, Pont char train; car au lieu de dire Bon, ils diroient Ouon\ au lieu de Fils, ils prononceraient Rils ; au lieu de Monfieur , Caounjieur, au lieu de Pontchartra'm
,

C ont chartrain.
mis
afin
ici quelques mots de leur Lanque vous voyiez par curioiit la

J'ai

gue ,
le-ci
;

diffrence qu'il y a de la prcdente cel-

que

dont vous pourrez faire telle remarvous plaira. Au refte , elle fe parle avec beaucoup de gravit , & presque tous les mots ont des afpirations , Y devant tre prononce le plus qu'il eft pofqu'il
fible.

Je ne

fche point

qu'aucune Langue Sau-

Langue des Sauvages.

335-

Sauvage de Canada ait de F. Il eft vrai que les EJfanape's & les Gnacfitares en ont ; mais comme ils font lituezaudelduTkf^Jtpi fur la Rivire Longue , ils font au del des bornes du Canada.

Quelques mots Murons.

Voir de
,

Fcfprit

Hondionn.

Efprit, Divinit,

Oeku

Le feu Tfifla. Le fer, Aouifla. Femme, Ontchtien, F util, Ouraotienta.


Se fcher
II fait
,

tre fch

Qmgaroun,

froid, Outoirha.
,

Graille

Skoueton.
,

Homme

Onnonhoite.

Hier, Hiorheha.

Jfutte,^
Loin, Dehern. Loutre, Taouinet.

Non,

Staa.

Oui , En due.
Calumet, pipe, Gannondaoua.
Proche, T'ouskeinhia.
Soldats , Skenragueite'. Saluer, Igonoron. Des Souliers, Arrachiou. Je trafique, Attendinon. Tout fait, Tiaoundi.

Tous, Aouetti. Tabac Oyngoua.


,

C'elt de valeur, difficile, de confquence,

Gaanoron.
S'en

o en

|3

DlCTio MAIRE,
aller
,

&C.

Saraskoua.

Avare, Omonjl.

Beau* propre, Akouafti. Beaucoup, Atoronton.


Voil qui eft bien, Andeya. Je bois, Ahirrha. Bled d'Inde, ftbfc Des Bas, Arrhich.

Une

Bouteille, Gatfeta.

Brave, qui a du cur, Sonruitebe. C en eft fait, Houna. Mon frre, Ttfi.

Mon
Le

Camarade,
,

Yattaro.

Ciel

Toendi.

Cabane, Honnonchia. Cheveux, Eonhora.


Capitaine, Otcon.

Chien, Agnenon.

Doucement, Skenonha. Poux, Skenon.


Je dis, Attatia.
Acbetek. Etre, Sackie.

Demain,

N.

TABLE

TABLE
Des Matires
principales contenues

dans ce II. Volume.

DEfcription 1

abrgs
.

du

Canada.

pag-8
38

Table des Nations Sauvages de Canada.

Des Animaux du Canada


plication de ceux dont
il

avec l'Exn'eft pas parl


,

dans

le I.

Tome.

40
du Canada

Des Oifeaux

& des Tnfetles

avec l'Explication de ceux dont on n'a pas fait mention dans le I. Tome, 46 Des PoiJJbns , avec Explication de ceux
dont on n'a rien dit dans le I. Tome,

ff

Des Arbres du Canada. fo Du Commerce du Canada en gnral. 6~/ Du Gouvernement du Canada en gnral.
des Anglois de Franois 6" /'Amrique Septentrionale. 8 Habits , Logemens , Complexion Temprament des Sauvages. 02,
Intrts des

&

&

Murs & Manires des Sauvages.


Croyance des Sauvages\
leur Converjton.

99
1
1

&
P

les

Ob( actes

Tome

II.

Ado-

TABLE.
adorations des Sauvages,

Leurs Amours leurs Mariages. Maladies Remdes des Sauvages*

&

nj
132,
1 I

&

46

y Guerre des Sauvages. \ j6 Des Armoiries de quelques Nations Sauvages,

Leur

Chajfe.

ipi
1

Explication des Hiroglyphes &c.

p2

CONVERSATIONS DE L'AUTEUR AVEC UN SAUVAGE,


o
l'on voit

une Defcription

exafcc

des Coutumes , des Inclinations

& des

Murs de ces Peuples.


I.

Conversation,
gion.

fur la Reli-

ip7
furies Loix.

II.

Conversation,
Conversation,

III.

Jet* Intrt
2.72.

propre

DICTIONAIRE
des Sauvages.

de la Langue

315

N.

Deacidified using the Bookkeeper process


Neutralizing agent:

Magnsium Oxide

Treatment Date: Dec. 2004

PreservationTechnologies
A

WORLD LEADER
1 1 1

IN

PAPER PRESERVATION
PA 16066

Thomson Par* Onve

Cranberry Township.

(724)779-2111

>JUHJ$
BHjrj)

U/'.K/r/ \VtA0Ui9yi

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