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ANALYSE DU DISCOURS ET ANALYSE CONVERSATIONNELLE

Michel Santacroce, Cnrs, UMR 6057 "Parole et Langage" Universit de Provence, France [Link]@[Link] Saint-Chamas, M.L.M.S. diteur, aot 2000. Rsum : Sont examins et exposs brivement les caractristisques communes et les points de convergence entre analyse du discours et analyse conversationnelle. Sommaire :
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Titres 1. Les orientations: deux paradigmes 1.1. Les proprits communes 1.1.1 L'tude des conversations naturelles 1.1.2 Cohrence 1.1.3. Logique des actions 1.2. Les diffrences 1.2.1. Le domaine de rfrence 1.2.2. Les diffrences mthodologiques 1.2.3. Les diffrences pistmologiques A- Rgles d'interprtation et rgles d'enchanement B- Pertinence conditionnelle et organisation prfrentielle 2Le modle hirarchique et fonctionnel genevois 2.1. Le cadre gnral 2.1.1. L'incursion 2.1.2 Les transactions 2.1.3 L'change 2.1.4 L'intervention 2.2. Les fonctions illocutionnaires 2.3. Les fonctions interactives 2.4. L'acte de Langage Rfrences bibliographiques Marges Linguistiques, aot 2000 -

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[Link] 1

1. LES ORIENTATIONS: DEUX PARADIGMES


L'un des domaines privilgis d'application des modles pragmatiques est le discours. Il n'est pas surprenant, en effet, que l'analyse des usages du langage permette de faire certaines prdictions sur les modes d'organisation squentielle et sur les processus d'interprtation mis en place dans le discours. Mais c'est essentiellement le domaine de l'interaction verbale qui a fait l'objet des travaux les plus significatifs d'orientation pragmatique, et on l'appelle gnralement analyse des conversations. Cet expos a pour objet de prsenter les grandes lignes de deux courants dominants dans l'analyse des conversations, classs depuis Levinson (1983)1 sous les tiquettes d'analyse du discours (discourse analysis) et d'analyse conversationnelle (conversation analysis). Ces deux domaines ont un certain nombre de caractristiques communes et de proprits divergentes.

1.1. LES PROPRITS COMMUNES

1.1.1. LTUDE DES CONVERSATIONS NATURELLES


L'analyse du discours et l'analyse conversationnelle s'intressent principalement au discours oral, et plus spcifiquement l'analyse des conversations naturelles. Par conversation naturelle, on dsigne ici toute interaction verbale en face face ou distance (tlphone, visiophone, courrier lectronique interactif, etc.), dans laquelle les facteurs situationnels, contextuels, gestuels, intonationnels jouent un rle important. Comme exemple de conversations naturelles, on mentionnera les conversations tlphoniques, les interactions parents-enfants, matre-lves, mdecinpatient, les interactions dans des lieux publics (transactions commerciales) ou dans des lieux privs (discussions de caf, discussions familiales), les dbats politiques, les interviews journalistiques, etc. L'une des consquences des analyses de conversation a t une mise en question d'un principe fondateur de la linguistique moderne, reprsent notamment dans la tradition gnrativiste, savoir le recours l'intuition du sujet parlant pour valuer les donnes. Il est cet gard symptomatique de constater que presque toutes les approches de la conversation se sont rclames d'une linguistique de la parole (par opposition une linguistique de la langue, dans son acception saussurienne) ou d'une linguistique de la performance (oppose, dans le paradigme chomskien, une linguistique de la comptence). C'est la raison pour laquelle les travaux d'origine sociolinguistique (de tradition variationniste
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LEVINSON (S.-C.) 1983. Pragmatics. Cambridge: Cambridge University Press.

chez Labov 1976 et 19781, ou relevant de l'ethnographie de la communication: Gumperz et Hymes 19722, Gumperz 19893) ont fortement influenc la tradition conversationnaliste, et mme provoqu la tentation, dans le domaine de la linguistique, d'une linguistique interactionniste (Kerbrat-Orecchioni 1990, Vion R. 1992)4.

1.1.2. COHRENCE
Les deux approches s'intressent principalement l'organisation squentielle des conversations, et plus spcifiquement aux principes, rgles ou normes qui en assurent la cohrence. Il est ce titre intressant de constater qu'une grande partie des travaux sur la cohrence textuelle, dvelopps en linguistique textuelle (Beaugrande et Dressler 19815, Charolles 19886), n'ont pas, ou peu, t pris en compte dans la tradition de l'analyse des conversations. Cela dit, les problmes de cohrence ne peuvent que trs difficilement tre rsolus d'un point de vue interne au discours, et c'est principalement par le recours des principes de gestion des informations contextuelles que les thories de la conversation ont abord cette question. Il n'est pas surprenant qu'une partie des descriptions conversationnelles consistent en une description ethnographique prcise du contexte interactionnel et social. D'un autre ct, la tentation a t grande de dfinir le contexte pour l'interprtation des conversations en termes de rseaux de connaissances, et de rduire l'ensemble des informations pertinentes des univers dfinis a priori (notamment dans le domaine de l'analyse des conversations applique au dialogue homme-machine (Reichman 1986)7.

1.1.3. LOGIQUE DES ACTIONS


La troisime proprit commune l'analyse conversationnelle et l'analyse du discours est qu'elles font, implicitement ou explicitement, rfrence une logique des actions. Dans l'analyse du discours, les principes
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LABOV (W.) 1976. Sociolinguistique. Paris: Minuit et LABOV (W.) 1978. Le Parler ordinaire, 2 vol., Paris: Minuit. 2 GUMPERZ (J.) & HYMES (D.-H.) 1972. Directions in Sociolinguistics. The Ethnomethodology of Communication. New York: Holt, Rinehart & Winston. 3 GUMPERZ (J.) 1989. Engager la conversation. Introduction la Sociolinguistique interactionnelle. Paris: Minuit. 4 KERBRAT-ORECCHIONI (C.) 1990. Les interactions verbales. Paris: Armand Colin ; Coll. Linguistique ; VION (R.) 1992. La communication verbale - Analyse des interactions. Paris : Hachette. 5 BEAUGRANDE (R.A. de) & DRESSLER (W.) 1981. Introduction to Text Linguistics. Londres: Longman. 6 CHAROLLES (M.) 1988. Les plans d'organisation textuelle : priodes, chanes, portes et squences . in: Pratiques, 57, Metz. 7 REICHMAN (R.) 1986. Getting Computers to Talk like You and Me. Cambridge (Mass.), M.I.T. Press.

logiques sont fondamentalement lis la thorie des actes de langage; partir d'elle, on peut prdire (Searle et Vanderveken 1985)1 I'existence de relations entre actes dans les squences d'actes que forment les conversations (une question appelle une rponse, une invitation une acceptation, un ordre une acceptation, etc.). En analyse conversationnelle, la logique des actions qui sous-tend l'organisation conversationnelle concerne principalement les squences d'actions canoniques ou ralises de manire prfrentielle par les sujets parlants (les notions d'organisation prfrentielle et de pertinence conditionnelle).

1.2. LES DIFFRENCES 1.2.1. LE DOMAINE DE RFRENCE


La premire diffrence est lie au domaine de rfrence de ces deux approches. Les analyses du discours relvent du paradigme scientifique de la linguistique formelle et lui empruntent sa mthodologie et son pistmologie. De leur ct, les analyses conversationnelles ont pour origine la sociologie interactionniste, et notamment les courants reprsents par Goffman et par Sacks. La tradition interactionniste a dvelopp un ensemble de rflexions sur les rites d'interaction, dont la manifestation la plus importante est l'interaction conversationnelle (Goffman 1973) 2. D'un autre ct, le courant dit ethnomthodologique s'est intress aux ethnomthodes utilises par les sujets pour accomplir des tches (prendre une dcision pour un jury par exemple): I'une des ethnomthodes la plus accessible l'analyse et la moins dcrite par la sociologie est justement la conversation naturelle.

1.2.2. LES DIFFRENCES MTHODOLOGIQUES


La principale divergence entre analyse du discours et analyse conversationnelle est mthodologique. Les analyses du discours utilisent une mthodologie classique en linguistique de la phrase et consistent en des tentatives intressantes - d'appliquer les principes de l'analyse linguistique des units plus grandes que la phrase. Pour cela, deux conditions sont requises. D'une part, la dtermination d'un ensemble de catgories ou d'units discursives, relevant non pas de la syntaxe des langues naturelles (catgories lexicales, catgories syntagmatiques) mais d'une syntaxe du
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SEARLE (J.-R.) & VANDERVEKEN (D.) 1985. Foundations of Illocutionary Logic. Cambridge: Cambridge University Press. 2 GOFFMAN (E.) 1973. La Mise en scne de la vie Quotidienne, 2 vol., Paris: Minuit.

discours (par exemple les units acte, intervention, change, transaction, incursion dans le modle d'analyse du discours genevois, (Roulet et al. 19851, Moeschler 19852). D'autre part, la formulation de principes ou de rgles de concatnation pour ces catgories (rgles d'enchanement, principes de composition) permettant de distinguer les squences discursives bien formes (cohrentes) des squences discursives mal formes (non cohrentes). Le point crucial est ici la notion de bonne formation squentielle (ou cohrence) qui se trouve tre le correspondant discursif de la notion syntaxique de grammaticalit: de mme que le sujet parlant a une capacit linguistique (une comptence) lui permettant de formuler des jugements de grammaticalit sur des phrases, I'hypothse de l'analyse du discours est que le sujet parlant est capable de porter des jugements sur la bonne formation squentielle des discours, et donc de reconnatre un discours cohrent d'un discours non cohrent. L'une des notions centrales de l'analyse du discours est la notion de cohrence, qui a fait l'objet de dveloppements parallles, surtout sur le texte crit, dans le cadre des grammaires textuelles. Il faut remarquer que, dans le cadre des analyses du discours, la notion de cohrence est une notion strictement squentielle. Mais il est impossible de distinguer les faits de squences des faits d'interprtation. La cohrence ne peut tre dfinie d'une manire strictement squentielle: c'est une notion la fois squentielle et interprtative. On notera aussi que la problmatique de l'analyse du discours, et notamment celle des units, a reu une formulation rcente insistant sur les diffrences entre la syntaxe de la phrase (ou microsyntaxe) et la syntaxe du discours (ou macro-syntaxe) dans le cadre des travaux de Berrendonner (Berrendonner et Keichier-Bguelin 1990)3 Paralllement, Charolles (1988)4 a propos une approche stratificationnelle permettant de localiser diffrents niveaux d'organisation discursive (chanes rfrentielles, espaces mentaux, structures textuelles, nonciation) et a propos une analyse du discours en termes de chanes, de portes, de squences et de priodes (voir galement Adam 1990)5. De son ct, I'analyse conversationnelle s'est principalement intresse au problme de la squentialit, et notamment aux rgles ou principes permet tant aux participants d'une conversation d'ajuster leurs prises de parole. Le systme d'allocation des tours de parole propos par Sacks, Schegloff et Jefferson (1974 et 1978)6 est bas sur les notions de slection du prochain locuteur,
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ROULET (E.) et al. 1985. L'articulation du discours en franais contemporain. Berne: Peter Lang. MOESCHLER (J.) 1985. Argumentation et Conversation - Elments pour une analyse pragmatique du discours. Paris: Hatier-Crdif ; Coll. Langues et apprentissage des langues . 3 BERRENDONNER (A.) & REICHLER-BEGUELIN (M.-J.) l990. Dcalages : les niveaux de l'analyse linguistique .in: Langue Franaise, 81, pp. 99-125. 4 CHAROLLES (M.) 1988. Les plans d'organisation textuelle : priodes, chanes, portes et squences . in: Pratiques, 57, Metz. 5 ADAM (J.-M.) 1990. Elments de linguistique textuelle: thorie et pratique de l'analyse textuelle. Lige: Mardaga ; Coll. Philosophie et Langage. 6 SACKS (H.), SCHEGLOFF (E.) & JEFFERSON (G.) 1974. A simplest systematics for the organization of turn-taking in conversation in Language, 50, 4, pp. 696-735. Repris dans SCHENKEIN (J.) 1978. Studies in the Organisation of Conversational Interaction. New York: Academic Press/7-55.

d'auto-slection, et de point de transition pertinent. La grammaire mise en place est donc un systme de rgulation, tacitement admis et ncessaire du point de vue de l'conomie de l'interaction, dont la fonction est de permettre le bon droulement des interactions verbales. La squentialit est alors principalement aborde en termes de gestion de tours de parole. Quant au problme de la cohrence, il n'est pas formul dans le cadre d'une problmatique de la bonne formation squentielle, mais comme le rsultat de principes dirigeant l'organisation prfrentielle des conversations. Cette proprit est fondamentale, car l'organisation prfrentielle n'est pas dfinie a priori, pour des raisons internes au modle conversationnel: si certaines ractions sont dites prfres, ou non marques interactionnellement, c'est que l'on a pu montrer qu'elles apparaissaient plus souvent dans cette position que les ractions dites non prfres ou marques. Ainsi, les squences offre-acceptation, requte-acceptation, critique-contestation sont prfres, c'est dire non marques interactionnellement parce qu'elles sont plus frquentes et qu'elles entranent moins de consquences sur le droulement ultrieur de la conversation que les squences offre-refus, requte-refus ou critique-admission.

1.2.3. LES DIFFRENCES PISTMOLOGIQUES


La troisime diffrence entre analyse du discours et analyse conversationnelle est de nature pistmologique. L'pistmologie de l'analyse du discours est celle de la simulation, savoir hypothticodductive: l'objectif de l'analyse du discours est de modliser la conversation. De son ct, I'pistmologie de l'analyse conversationnelle est empirique et inductive: I'analyse conversationnelle procde par gnralisations prudentes partir d'un grand nombre de donnes conversationnelles.

A- RGLES DINTERPRTATION ET RGLES DENCHANEMENT


L'aspect de modlisation du dialogue a t le mieux reprsent, dans le cadre des analyses du discours, par la formulation de rgles d'interprtation et de rgles d'enchanement. Dans Labov (1976)1 notamment, la problmatique de l'analyse du discours est formule par trois types de rgles intervenant dans la mise en squence et dans l'interprtation des discours: (1) des rgles de production, reliant les actions programmes aux noncs qui les ralisent; des rgles d'interprtation, reliant les noncs aux actions qu'ils ralisent; (3) des rgles d'enchanement, reliant les actions entre elles. L'pistmologie de l'analyse du discours est donc dductive. Les rgles
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LABOV (W.) 1976. Sociolinguistique. Paris: Minuit.

d'interprtation et d'enchanement formules sont le rsultat des prdictions de la thorie pragmatique sous-jacente.
Rgles denchanement
Action 1 (Action 2) Action 3

Rgles de production

Rgles dinterprtation

Rgles de production

L1 L2

nonc 1 nonc 2

nonc 3

Rgles dinterprtation

Rgles de production

Rgles dinterprtation

(Action 1)

Action 2

(Action 3)

Rgles denchanement Daprs Moeschler & Reboul: 1994 : 475

B-

PERTINENCE CONDITIONNELLE ET ORGANISATION PRFRENTIELLE

De leur ct, les approches du type analyse conversationnelle procdent par gnralisation: la mthodologie n'est plus dductive, mais inductive. Cela tient au fait que pour formuler une rgle ou un principe, I'analyse conversationnelle requiert un grand nombre de faits ou de donnes. Les donnes sont nombreuses, et seule la rcurrence permet de formuler une hypothse. Ainsi le problme de la squentialit ne sera pas trait en termes de rgles d'enchanement, mais en termes de pertinence conditionnelle et d'organisation prfrentielle. Pour introduire la notion de pertinence conditionnelle, il faut faire intervenir une notion centrale de l'analyse conversationnelle, celle de paire adjacente, qui reoit la dfinition suivante chez Levinson (1983, 303-4)2 : Une paire adjacente est une squence de deux noncs qui sont adjacents, produits par des locuteurs diffrents, ordonns en un premier membre et un deuxime membre, typs, en ce sens que le premier membre requiert un deuxime membre particulier . Le principe qui gouverne les paires adjacentes est la pertinence conditionnelle d'un deuxime tour (Schegloff 19723, Levinson 19834). Le
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MOESCHLER (J.) & REBOUL (A.) 1994. Dictionnaire encyclopdique de Pragmatique. Paris: Seuil. LEVINSON (S.-C.) 1983. Pragmatics. Cambridge: Cambridge University Press. 3 SCHEGLOFF (C.-A.) 1972. Sequencing in conversational openings .in: GUMPERZ (J.) & HYMES (D.) (eds) : Directions in Sociolinguistics. The Ethnomethodology of Communication, pp. 346-380, New York: Holt, Rinehart & Winston. 4 LEVINSON (S.-C.) 1983. Pragmatics. Cambridge: Cambridge University Press.

critre de la pertinence conditionnelle explique la condition de la dfinition de la paire adjacente, qui suppose une diffrence entre squence typique (paire adjacente) et squence non typique (squences intercales). La pertinence conditionnelle est dfinie de la manire suivante (Levinson 1983, 306): Dans une paire adjacente, tant donn le premier membre de la paire, un second membre est immdiatement pertinent et attendu. Si celui-ci n'apparat pas, son absence est remarque; et si un premier membre d'une seconde paire apparat sa place, il est interprt comme le prliminaire du second membre de la premire paire dont la pertinence ne peut tre mise en dfaut que par la mention de l'chec de l'action de prliminaire . Le reprage de paires adjacentes a permis de faire une hypothse tout fait gnrale sur l'organisation prfrentielle des squences conversationnelles: dans une paire adjacente, le second membre de la paire est toujours le membre prfr, ou non marqu, de la paire. Lorsque c'est le membre non prfr, ou marqu qui est slectionn, on a observ qu'il apparaissait aprs une pause, qu'il est introduit l'aide d'une prface indiquant typiquement son statut non prfr et avec une mention des raisons expliquant la non-ralisation de l'action prfre (Levinson 1983,307). La notion d'organisation prfrentielle peut ds lors tre dfinie par la rgle suivante (Levinson 1983, 333): Essayez d'viter l'action non prfre, cest dire l'action qui apparat gnralement dans un format non prfr ou marqu . Les deuximes membres de la paire sont classs en termes de constituants prfrs vs non prfrs de la manire suivante :
Offre / Invitation

Premier membre

Demande

Question

prfr

acceptation

acceptation

rponse attendue

non prfr

refus

refus

rponse inattendue ou non rponse

Daprs Moeschler & Reboul: 1994 : 479


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MOESCHLER (J.) & REBOUL (A.) 1994. Dictionnaire encyclopdique de Pragmatique. Paris: Seuil.

2. LE MODLE HIRARCHIQUE ET FONCTIONNEL GENEVOIS


2.1. LE CADRE GNRAL
Le modle hirarchique et fonctionnel genevois d'analyse de la conversation (Moeschler 19851, Roulet et al. 19852) peut tre considr comme un exemple prototypique de modle du type analyse du discours. Il est bas sur l'hypothse que la conversation est organise partir d'un ensemble hirarchis d'units de rang et de relations ou fonctions entre ces units. Les units, ou constituants, obissent au principe de composition hirarchique suivant: Tout constituant de rang n est compos de constituants de rang n - 1 . Les constituants de la conversation sont l'incursion, la transaction, l'change, l'intervention et l'acte de langage.

2.1.1. LINCURSION
L'incursion est le constituant maximal coextensif l'interaction (verbale) entre deux ou plus de deux locuteurs. Outre le fait d'tre compose d'une ou de plusieurs transactions, l'incursion a pour caractristique principale d'tre initie par un change d'ouverture et termine par un change de clture. Les changes d'ouverture et de clture sont typiquement des changes confirmatifs (Goffman 1973)3: ils ont pour fonction de confirmer l'existence des relations sociales entre les interlocuteurs de l'incursion, et participent de ce fait aux rituels de confirmation.

2.1.2. LES TRANSACTIONS


Les transactions constituent des domaines thmatiques homognes. Par exemple, dans une interaction en librairie, on distinguera des transactions de demande d'achat, d'offre de commande, d'offre de vente, de demande de renseignement, de demande de prcision, etc. (Auchlin et Zenone 1980)4. Le domaine de la transaction concerne strictement parler l'organisation de l'information, et plus particulirement la macro-structure
1

MOESCHLER (J.) 1985. Argumentation et Conversation - Elments pour une analyse pragmatique du discours. Paris: Hatier-Crdif ; Coll. Langues et apprentissage des langues . 2 ROULET (E.) et al. 1985. L'articulation du discours en franais contemporain. Berne: Peter Lang. 3 GOFFMAN (E.) 1973. La Mise en scne de la vie Quotidienne, 2 vol., Paris: Minuit. 4 AUCHLIN (A.) & ZENONE (A.)1980. Conversations, actions, actes de langage : lments d'un systme d'analyse . in: Cahiers de linguistique franaise, 1, pp. 6-41, Universit de Genve.

actionnelle. Le niveau macro-structurel, au plan des relations fonctionnelles, est dtermin par la condition si... alors et les arguments de la relation sont exprims par la relation positive (satisfaction) ou ngative (chec). Par exemple, on trouvera dans la macrostructure des relations du type: si la demande d'achat choue, alors engagez une transaction de demande de commande ; si la demande de commande est satisfaite, alors passez l'offre de commande , etc.

2.1.3. LCHANGE
Structurellement, une transaction est compose d'changes rparateurs (Goffman 1973). Un change rparateur est une structure renvoyant au rituel de rparation d'une offense territoriale, provoque par exemple par la ralisation d'une demande. Pour l'analyse de l'interaction verbale, (Goffman: 1973) dfinit deux cycles rparateurs, comprenant respectivement les mouvements (moves) de rparation-satisfaction d'une part et d'apprciation-minimisation d'autre part, la minimisation pouvant tre absente. Les constituants de l'change sont les interventions (move chez Goffman 1973 et Sinclair et Coulthard 1975 1). Dans le modle hirarchique et fonctionnel, la structure basique d'un change rparateur est une structure trois interventions. La structure basique d'un change peut tre reprsente sous la forme arborescente suivante2 :
I1 initiative I = intervention E = change

I2

raction

I3

valuation

Daprs Moeschler & Reboul: 1994 : 481

Le nombre des interventions de l'change varie en fonction de la nature de l'change. Si la raction est ngative, alors l'change se poursuit et donne lieu un nombre d'interventions variables. Les principes mis en place par
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SINCLAIR (J.) & COULTHARD (R.-M) 1975. Towards an Analysis of Discourse. The English Used by Teachers and Pupils. Oxford: Oxford University Press. 2 MOESCHLER (J.) & REBOUL (A.) 1994. Dictionnaire encyclopdique de Pragmatique. Paris: Seuil.

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l'analyse hirarchique sont de deux types: un principe de segmentation, qui permet de dterminer les constituants de l'change (les interventions) et un principe de clture. Le principe de segmentation est motiv par le fait que, dans le modle hirarchique et fonctionnel, il n'y a pas de relation un-est-un1 entre tours de parole et constituants de l'change (interventions): la forme superficielle du dialogue en alternance de tours de parole ne reflte ni la structure hirarchique de l'change ni son organisation fonctionnelle. En effet, un tour de parole peut tre le lieu de la fin d'un change et le lieu du dbut d'un autre. En second lieu, la dfinition de l'change suppose un principe de dfinition de l'change complet, c'est--dire un principe de clture. On dira qu'un change est complet ou clos, s'il satisfait la compltude interactionnelle ou contrainte du double accord, imposant aux deux dernires interventions d'tre coorientes argumentativement (Moeschler 19822, Roulet et al. 19853). A l'analyse hirarchique de l'change se superpose l'analyse fonctionnelle. D'une part, les constituants de l'change reoivent une fonction (une interprtation pragmatique); d'autre part, l'organisation fonctionnelle n'obit pas au principe de composition hirarchique, mais un principe rcursif fonctionnel.

2.1.4. LINTERVENTION
L'intervention est la plus grande unit monologique du dialogue. Selon le principe de composition hirarchique, l'intervention est compose d'actes de langage. Mais le principe de rcursivit autorise des structures d'intervention formes partir d'changes, d'interventions et/ou d'actes de langage. Principe de rcursivit selon lequel tout constituant complexe (de rang change et de rang intervention) est un constituant rcursif, c'est--dire peut tre constituant d'intervention. Pour rendre compte du principe de rcursivit, il est ncessaire de complter le principe de composition hirarchique par un principe fonctionnel, le principe de composition fonctionnelle, qui associe aux constituants de l'change et de l'intervention non plus des contraintes de rang catgoriel, mais des contraintes de fonctions pragmatiques4. Ainsi l'change est compos de constituants relis par des fonctions illocutionnaires (des interventions); I'intervention est compose de constituants relis par des fonctions interactives (des changes, des interventions et/ou des actes de langage).
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Une relation un-est--un est une relation qui un lment d'un ensemble de dpart associe un et un seul lment de l'ensemble d'arrive. Ainsi, la relation entre tour de parole et intervention n'est pas un-est--un, car un tour de parole peut contenir plus d'une intervention. 2 MOESCHLER (J.) 1982. Dire et Contredire. Pragmatique de la ngation et acte de rfutation dans la conversation. Berne: Lang. 3 ROULET (E.) et al. 1985. L'articulation du discours en franais contemporain. Berne: Peter Lang. 4 L'analyse fonctionnelle est bien indissociable de l'analyse hirarchique raison pour laquelle les analyses produites dans ce cadre sont souvent appeles analyses hirarchiques fonctionnelles.

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2.2. LES FONCTIONS ILLOCUTIONNAIRES


Les fonctions illocutionnaires associes aux interventions constituantes de l'change sont de trois types gnriques: initiatives, ractives-initiatives et ractives. Une fonction initiative est associe obligatoirement la premire intervention d'un change: c'est elle qui commande la direction thmatique (cohsion) et la direction illocutionnaire (cohrence) de la squence dialogale. Les fonctions ractives sont associes aux interventions clturant l'change, et sont dpendantes, du point de vue de l'enchanement et de la cohrence du dialogue, des fonctions initiatives. Enfin, les fonctions ractives-initiatives sont associes aux interventions suivant une intervention (ractive-) initiative et ont la proprit structurelle d'tre intermdiaires dans la structure de l'change. Le modle hirarchique et fonctionnel s'appuie sur la thorie des actes de langage. Les constituants pertinents du point de vue de l'assignation d'une force illocutionnaire (une fonction illocutionnaire) sont les constituants de l'change, savoir les interventions. La dpendance du modle d'analyse du discours vis--vis de la thorie des actes de langage est lie la relation un-est--un entre intervention et fonction illocutionnaire: la fonction illocutionnaire donne l'interprtation de l'intervention dans la squence dialogique. Mais c'est la relation d'enchanement entre interventions qui est l'origine de telles interprtations.

2.3. LES FONCTIONS INTERACTIVES


Les relations entre constituants de lintervention sont dfinies comme autant de fonctions interactives. Une fonctions interactive est une fonction monologique qui associe un constituant principal ou directeur (de rang acte ou intervention, respectivement Ad ou Id) un constituant subordonn (de rang acte, intervention ou change, respectivement As, Is et Es). Dans une intervention, le constituant directeur dominant est celui qui donne sa fonction illocutionnaire l'intervention. Le processus d'assignation fonctionnelle est donc double: au niveau de la structure de l'change, c'est l'enchanement qui permet de caractriser la fonction du constituant adjacent; au niveau de l'intervention, c'est le constituant directeur qui dtermine l'interprtation fonctionnelle. Il y a une asymtrie fondamentale entre les constituants directeurs et les constituants subordonns de l'intervention: seuls les constituants monologiques peuvent tre directeurs, alors que n'importe quel constituant (A, I, E) peut tre subordonn. Cette asymtrie a une raison fonctionnelle et non structurelle. Du point de vue de la hirarchie dialogale, rien n'interdit des constituants-changes directeurs par rapport d'autres changes ou interventions. Si un change peut tre directeur, il faut, pour qu'une fonction illocutionnaire puisse lui tre associe, qu'il hrite cette
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fonction d'un de ses constituants, cest dire d'une de ses interventions. La question est alors de savoir quelle intervention dtermine la fonction de l'change. Si l'on diffrencie les fonctions des constituants de l'change, cela revient tablir pour la structure de l'change une hirarchie parallle celle existant entre constituants de l'intervention et annuler la pertinence de la diffrence entre fonction illocutionnaire et fonction interactive.
Constituant monologique dialogique
1

rcursif intervention

non rcursif

acte de langage incursion change transaction Daprs Moeschler & Reboul: 1994 : 486

Si un change est directeur, par rapport quel constituant lest-il ? Dans la hirarchie des fonctions, un change directeur devrait l'tre dans le cadre d'une intervention. Le paradoxe serait atteint, car les changes devraient tre chaque fois intgrs dans une intervention, et ultimement, tout discours dialogique aurait la structure d'un discours monologique. ll est donc prfrable de conserver une asymtrie entre constituants rcursifs (change-intervention) et non rcursifs (acte, mais aussi incursion et transaction) d'une part, et entre constituants monologiques (acte et intervention) et constituants dialogiques (change, transaction et incursion) d'autre part, ce que reprsente la figure prcdente2.

2.4. LACTE DE LANGAGE


L'acte de langage, comme unit de discours, possde trois proprits: (1) c'est l'unit segmentale minimale; (2) il a une fonction interactive (tre directeur versus tre subordonn); (3) il peut transfrer son potentiel illocutionnaire au constituant de rang suprieur3. En tant qu'unit de rang, l'acte de langage est une unit de discours, et la diffrence entre fonction interactive et fonction illocutionnaire montre qu'on ne peut associer l'unit de discours acte de langage l'unit de communication acte de langage de la thorie des actes de langage (Moeschler 19904). La raison tient ce que, dans une structure d'intervention, un acte a une fonction principalement argumentative: il reprsente soit un argument pour, soit un argument contre, soit une conclusion. ll n'est pas surprenant ds lors que les principes de base de l'organisation squentielle relvent de la thorie de l'argumentation
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(Anscombre et Ducrot 19831, Ducrot 19802, Ducrot 19843, Ducrot et al. 19804). On en trouvera une formulation explicite dans le principe de dpendance de l'intgration fonctionnelle vis--vis de l'intgration argumentative des constituants, ou encore l'hypothse de la coorientationargumentative comme condition de la cohrence 5 6 conversationnelle (Moeschler 1982 , Moeschler 1985 et Roulet et al. 19857). Rfrences bibliographiques:
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