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La base de données ANR_Fistulae

Création de la base de données par Élise Vigier (contrat de chercheur postdoctoral, Univ. Lumière Lyon 2, CDD 7 mois), sous la responsabilité d’Aldo Borlenghi (Maître de conférence en archéologie et histoire de l’art du monde romain Univ. Lumière Lyon 2).

Enjeux

La création de la base de données ANR_Fistulae entend répondre aux besoins d’une recherche collaborative pluridisciplinaire à la croisée de l’archéologie, de l’épigraphie et de l’archéométrie. L’ambition de cette base est de mettre en place un cadre efficace pour collecter et centraliser des données homogènes sur les tuyaux en plomb. Les équipes du projet, françaises ou italiennes, partagent ainsi un outil de travail commun et des critères harmonisés. Dresser un inventaire raisonné des fistulae à cette échelle constitue déjà en soi un apport scientifique. Contexte archéologique, mise en œuvre, typologie, épigraphie et analyses archéométriques sont autant d’aspects composant le socle d’un corpus solide pour la comparaison des différents secteurs dans cette recherche sur le marché du plomb romain.

Choix techniques

Dans la perspective de partager et diffuser les données et les résultats en Open Access à la fin du projet, le choix s’est orienté vers un logiciel Open Source (code ouvert). Parmi les différentes solutions envisagées, Heurist a été sélectionné parce qu’il ne nécessite pas d’installation ni de compétences avancées en programmation.

Ce logiciel – dont une instance est hébergée sur les serveurs de la TGIR Huma-Num – permet de construire des bases de données relationnelles MySQL richement structurées sur un simple navigateur web. Le principe au cœur d’Heurist est de faciliter la réutilisation et l’adaptation de modules déjà existants entre différents projets, afin de « ne pas réinventer la roue carrée »[1]. Une base de données bénéficie ainsi de modules intégrés nativement ou « à la carte ». Cartographie, frise chronologique, synchronisation avec une bibliothèque partagée Zotero, exposition d’images déposées dans l’entrepôt Nakala, rapports personnalisables et exports sont autant d’outils précieux pour le travail en équipe (fig. 1). Heurist offre de plus la possibilité future de publier tout ou partie des données en ligne sous la forme d’un site web.

Capture d'écran de la répartition géographique des 720 tuyaux enregistrés dans la base de données
Fig. 1 : Capture d’écran de la répartition géographique de l’ensemble des 720 tuyaux enregistrés dans la base (état au 24 avril 2024)

Protocole d’enregistrement et modélisation des données

Pour modéliser la structure de la base, il a fallu dans un premier temps recenser l’ensemble des informations susceptibles d’être utilisées par les différentes équipes et spécialités du projet (archéologie, épigraphie, archéométrie) pour documenter les fistulae. Les publications d’André Cochet sur le sujet (notamment Cochet, Hansen 1986 et Cochet 2000) ont constitué pour cela une bonne trame de départ pour comprendre les aspects épigraphiques, typologiques, techniques et de mise en œuvre des tuyaux.

Ce premier travail a permis de préparer un protocole d’enregistrement commun ainsi qu’une fiche à remplir sur le terrain ou en réserve (fig. 2). Ces documents, établis et validés en amont de l’intervention des différentes équipes pour le recueil des données, ont pour but de garantir leur plus grande homogénéité possible avant leur saisie en base. Ils fournissent par exemple des préconisations pour l’emplacement des mesures à effectuer ou encore des recommandations pour l’harmonisation de la documentation graphique.

Fig. 2 : Fiche d’enregistrement utilisée pour la documentation des tuyaux dans les réserves des musées

Une fois la notice « idéale » imaginée, les informations qui la composent ont été modélisées dans différents types de champ (numérique, texte, média, géographique) dans des tables relationnelles (fig. 3). Provenance, lieu de conservation, contexte archéologique, état de conservation, morphologie, typologie, mise en œuvre du tuyau, estampilles et marques, analyses, références bibliographiques et images peuvent ainsi être enregistrés en évitant les redondances.

Fig. 3 : Modèle conceptuel détaillé de la base de données décrivant les champs de chaque table et les liens entre celles-ci.

Le tuyau comme unité de base

Un des premiers choix stratégiques dans la construction de la base de données a été de définir le tuyau comme étant l’unité de base, distincte de l’objet archéologique lui-même.

Du fait de l’histoire des réseaux hydrauliques (extensions, réparations, remplacements…) et des aléas de la conservation des vestiges, les fistulae se rencontrent sous différentes formes sur le terrain ou dans les réserves muséales.

Le cas le plus simple et le plus fréquent est celui où l’objet archéologique correspond à un tuyau entier ou fragmentaire, avec ou sans traces de raccordement (fig. 4, a). La portion conservée peut également être constituée de deux tuyaux (ou plus) encore assemblés bout à bout en conduite (fig. 4, b). Ce type de jonction aux extrémités doit être distingué des branchements, où un ou plusieurs tuyaux de conduites secondaires s’insèrent dans la paroi d’un tuyau d’une conduite principale (fig. 4, c). Dans la plupart des cas, les cassures ou découpages n’ont pas lieu aux extrémités des tuyaux.

Fig. 4 : a) Tuyau isolé ; b) assemblage bout à bout ; c) branchements de conduites secondaires sur une conduite principale. (Photographies : ANR Fistulae – Élise Vigier, Univ. Lyon 2, ArAr UMR 5138 / a et b) dépôts du musée Lugdunum, au musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal : inv. SRG.DPB010 et inv. SRG.DPB002 ; c) Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Vienne : inv. 2010.0.37)

L’identification et la description précise de chacun des tuyaux entrant dans ces montages parfois complexes est nécessaire pour que les analyses puissent apporter des éléments de réponse pertinents sur l’origine du minerai et la composition du métal utilisé. Chaque tuyau fait ainsi l’objet d’un enregistrement détaillé (fig. 5).

Interface
Fig. 5 : Capture d’écran de l’interface d’enregistrement des données relatives à un tuyau

Cela s’avère d’autant plus indispensable qu’une conduite peut être constituée de tuyaux portant des estampilles différentes qui ne relèvent pas forcément du même atelier ou artisan (fig. 6). Sur l’exemple illustré, le fragment de gauche (inv. SRG.DPB011) porte l’estampille S.P.IVLIANI, tête en bas, tandis que le fragment de droite (inv. SRG.DPB012) est estampillé C.SEGELL.MARN.VF. La cassure s’est produite sur FR-69-SRG-XXX-002, indépendamment de l’emplacement de la jonction. Il faut ainsi être en mesure d’identifier chacun des tuyaux de manière individuelle, et ce, même s’ils sont encore raccordés.

Fig. 6 : Conduite formée par l’assemblage bout à bout de deux tuyaux portant des estampilles différentes (FR-69-SRG-XXX-001 et FR-69-SRG-XXX-002) et raccordés à l’aide d’un nœud de jonction dit « en olive » (Photographie : ANR Fistulae – Élise Vigier, Univ. Lyon 2, ArAr UMR 5138 / Dépôts du musée Lugdunum, au musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal : inv. SRG.DPB011 et inv. SRG.DPB012).

Nommage des tuyaux et de la documentation associée

Chaque tuyau bénéficie ainsi d’un identifiant unique formé d’une chaîne alphanumérique constituée de plusieurs éléments séparés par des tirets (fig. 7).

Ce système ouvert est utilisé dans la base de données pour identifier les tuyaux mais aussi sur l’ensemble de la documentation graphique (photographies, dessins des sections, frottis et relevés analytiques des estampilles). Les inscriptions, qu’il s’agisse d’estampilles ou de marques, reprennent quant à elles cette numérotation en y adjoignant un numéro d’ordre séparé par un tiret bas (underscore).

Cette stratégie de nommage est non seulement utile durant la phase de récolte et d’analyse des données, mais elle prépare également au mieux l’archivage numérique de la documentation, conformément à notre plan de gestion des données (PGD).

PaysDépartement (France) / Province (Italie)CommuneNom du siteFistula
Code ISO2 chiffres / 2 lettresTrigrammeTrigrammeNuméro d’ordre
FR69LYOCHO001
ITROROMPAT001

Fig. 7 : Tableau détaillant le système de numérotation ouvert mis au point pour identifier les tuyaux et leur documentation associée

Le protocole d’enregistrement des fistulae et la création de la base de données ont nécessité un travail d’environ deux mois, de la détermination des besoins à la validation par l’ensemble des équipes.


Bibliographie

Cochet 2000
Cochet A., Le plomb en Gaule romaine. Techniques de fabrication et produits, Montagnac : M. Mergoil, coll. « Monographie Instrumentum », 13.

Cochet, Hansen 1986
Cochet A., Hansen J., Conduites et objets de plomb gallo-romains de Vienne (Isère), Paris : CNRS Editions, coll. « Suppl. à Gallia », 46.


[1] L’un des principes du développement informatique est de « ne pas réinventer la roue carrée », c’est-à-dire de ne pas perdre de temps à développer une fonctionnalité qui existe déjà dans une bibliothèque Open Source ; la roue est carrée si, en plus, cette recréation ne fonctionne pas.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Elise Vigier (27 avril 2024). La base de données ANR_Fistulae. Fistulae. Le marché du plomb à l'époque romaine. Consulté le 21 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/14gr3


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