Du 2 au 7 juin 2024, une quinzaine de chercheuses et chercheurs du réseau APaSuN se sont réunis au Centre Français des Etudes Ethiopiennes à Addis-Abeba pour un séminaire de travail soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR) dans le cadre de son programme MRSEI – Montage de Réseaux Scientifiques Européens et Internationaux. Ce temps collectif avait pour objectif de poser les bases du futur projet PAGENS (Pathways, Ages and Generation from Global Norths to Global Souths). L’événement, organisé en partenariat avec le Centre français des études éthiopiennes (CFEE), a rassemblé des équipes venues d’Afrique, d’Europe et des Amériques, en présence ou en ligne, autour d’une même ambition : penser les transformations contemporaines des âges de la vie, des vulnérabilités et des rapports de genre dans une perspective Nord–Sud, interdisciplinaire et participative.

Un séminaire à la croisée du travail scientifique et de la découverte d’un terrain
Le séminaire s’est ouvert le dimanche 2 juin par une visite d’Entoto Park, espace emblématique d’un Addis-Abeba en pleine transformation urbaine, avant une première réunion préparatoire de la semaine. L’occasion pour les collègues de découvrir les dynmaiques urbaines propres à la capitale éthiopienne, dynamiques qu’ils ont eu ensuite l’occasion d’approfondir. L’atmosphère conviviale et l’accueil des premiers participants au Union Bar, sur Meskel Square, ont permis de renouer les liens tissés au fil des collaborations antérieures du réseau. Les journées suivantes ont alterné travail intensif et découvertes scientifiques sur le terrain. Le lundi 3 juin, une session en visioconférence présentant l’ensemble des partenaires, les discussions se sont concentrées sur les mobilités et les compétences croisées au sein du futur projet. L’après-midi a été consacrée à une visite-conférence sur Piazza, le vieux centre d’Addis-Abeba, guidée par Dominique Harre. La découverte des demeures d’inspiration indiennes et la promenade dans le quartier arménien, ont été précédées d’une mise en contexte par Alula Pankhurst, chercheur associé au CFEE et membre du réseau, des destructions qui menacent les quartiers historiques.

Ces moments hors du cadre académique ont été pensés comme des espaces d’observation et d’échanges : la ville, les musées et les lieux culturels devenaient autant de terrains de réflexion sur les modes de transmission, les formes sensibles de la mémoire et les lieux de savoir. Construire un projet scientifique collectif : du réseau APaSuN au projet PAGENS Les séances de travail, menées du 3 au 7 juin, ont permis de structurer les axes et les Work Packages (WP) du futur projet PAGENS. Chacun d’eux a été conçu comme un espace de dialogue interdisciplinaire entre sociologues, anthropologues, psychologues, économistes, artistes et acteurs du monde associatif, issus d’une dizaine de pays partenaires (France, Finlande, Italie, Djibouti, Canada, Togo, Burkina Faso, Éthiopie, Colombie, Madagascar). L’ensemble des collègues ont travaillé en petit groupe et tourné pour contribuer à différentes thématiques identifiées au préalable. Un premier axe de travail a porté sur la façon dont les arts, les émotions et les expressions sensibles peuvent être intégrés à la recherche participative, depuis la production des données jusqu’à la restitution des résultats. Théâtre, slam, création sonore, photographie, dessin, danse ou muséographie : autant de médiums mobilisés pour inclure de nouveaux publics et renouveler la manière de faire de la recherche avec – et non sur – les personnes concernées.

Les discussions ont également porté sur l’éthique et la place des chercheur.ses face aux populations vulnérables, sur la co-construction des savoirs et la pérennité des actions de terrain. Plusieurs partenaires ont présenté des expériences concrètes mêlant jeux participatifs, photo-élicitation, archives orales et numériques, et réflexion sur les technologies digitales comme support de collecte et de restitution. Différentes thématiques ont été croisées : tout d’abord, les relations entre le corps, la santé et les technologies, à différents âges de la vie, incluant la santé mentale, de parcours de soin, de sexualité et de genre, mais aussi les politiques publiques de prise en charge et les nouvelles formes de vulnérabilité liées à l’isolement ou au vieillissement. Ensuite, la question des crises qu’elles soient climatiques, migratoires, liées aux parcours et aux âges a stimulé les échanges. La manière dont les institutions – famille, école, travail, politiques sociales ou technologies – contribuent à normaliser les parcours de vie et les rapports de genre a enfin fait l’objet de la réflexion collective.
En articulant méthodes qualitatives et quantitatives, les chercheur.ses ont échangé sur la manière de construire des protocoles de recherche-formation comparatifs, réplicables sur différents terrains. Ce projet d’un travail commun est vu comme permettant de former de jeunes chercheur.ses par la pratique de l’enquête et la mobilité entre pays partenaires. Les échanges ont insisté sur la dimension formatrice et inclusive du projet PAGENS : favoriser des circulations Sud-Nord et Sud-Sud, penser la recherche comme un espace de formation partagée, et construire des savoirs qui traversent les frontières académiques et géographiques. Addis-Abeba, laboratoire de rencontres et d’inspirations. Au fil de la semaine, le séminaire s’est aussi ouvert sur la scène scientifique et culturelle éthiopienne. Les participants ont visité le Musée national d’Éthiopie, où les collections archéologiques invitent à réfléchir sur la profondeur du temps et les héritages matériels, et l’Institute of Ethiopian Studies (IES), haut lieu de recherche interdisciplinaire et de dialogue culturel. Le musée Yimtubezina a également donné à voir le travail de préservation et de restauration du patrimoine urbain d’Addis-Abeba. Ces visites ont aussi été l’occasion de penser la manière d’inclure la question muséographique dans le projet comme de rencontrer de futurs partenaires locaux.

Des moments de convivialité – dîner au restaurant culturel Habesha 2000, découverte de l’Alliance éthio-française, soirée jazz à Fendika – ont permis d’expérimenter la richesse artistique de la capitale. Ces expériences ont nourri les discussions autour du lien entre arts, émotions et sciences sociales, au cœur de la démarche participative que défend APaSuN. Enfin, une réunion de coordination et une séance de restitution finale en visioconférence ont permis de valider les orientations scientifiques, le calendrier prévisionnel et la répartition des responsabilités pour la rédaction du projet PAGENS.
Un réseau en mouvement
Soutenu par le programme MRSEI de l’ANR, ce séminaire marque une étape décisive dans la structuration du projet PAGENS. Il témoigne de l’engagement collectif pour une science ouverte, inclusive et sensible, capable de penser les âges de la vie et les vulnérabilités sociales à partir de perspectives croisées.
Entre rigueur scientifique et ouverture au sensible, Addis-Abeba aura été le théâtre d’une expérience de recherche collective où se sont mêlés travail, découverte, et inspiration.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
constanceperrinjoly (3 novembre 2025). Penser les âges et les évènements depuis Addis-Abeba: retour sur le séminaire du réseau APaSuN. Foisonnement biographique. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15359

