Bifurcation
Parfois, je me dédouble.
Armé d'un objet coupant, je me tranche en deux,
parfois même en trois, en quatre, en dix, voire plus!
Alors s'ensuit une bataille acharnée,
de laquelle une unique des parties de ce qui fut moi sortira seule victorieuse.
La certitude de cette brutale fatalité écarte toute pitié
d'un affrontement devant lequel le fratricide paraît bénin.
L'arme apporte bien sûr à celui qui la possède initialement,
ou à celui qui s'en empare, un avantage meurtrier.
Mais parfois la bataille dans sa sauvagerie primordiale
se mène à coups de dents
et souvent l'anthropophagie en est l'issue pécheresse
damnant irrémissiblement son auteur aux flammes d'un enfer
où l'horreur de son geste le poursuivra pour l'éternité.
Les vaincus réduits à l'état de miettes
finissent dans les poubelles de l'histoire,
vite oubliés dans le mépris de tous,
sans que personne ne trouve à s'émouvoir le moins du monde de leur sort.
Le vainqueur, par contre, auréolé de sa gloire assassine,
a la part belle, et devient, lui, un moi
régénéré,
que tous alentour regarderont plus favorablement que le moi d'avant.
Et cependant, cette victoire reste éphémère,
car bientôt ce vainqueur d'un jour doit se résoudre à un acte sacrificiel,
et par son auto-mutilation appeler au suivant
de ces cycles de renouveau par la destruction.