Manuel Azaña mit fin à ses fonctions de Président de la République Espagnole à Collonges sous Salève, département de la Haute-Savoie, le 27 Février 1939 dans la maison appelée « La Prasle » mise à sa disposition – ainsi qu’à celle de sa délégation et de ses proches – par Marcel et Jeanne Griaule. C’était un acte courageux car la présence d’un personnage si important dans un département et une commune politiquement à droite ne manquait pas d’attirer les plus grandes crispations.

(Fonds privé de Luc Franzoni)

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Le chef de cabinet diplomatique du Président, M. De Rivas Cherif, convoqua la presse internationale pour faire part de la décision du Président. Très rapidement après, le Président, sa famille et sa délégation partirent les uns pour Montauban, les autres pour le Mexique. J’ai eu l’honneur de rencontrer et d’échanger avec leurs descendants en Italie et en Espagne. Une plaque a été posée en 2011 pour rappeler ces évènements à l’initiative de la société d’Histoire régionale La Salévienne, l’Association Présence de Manuel Azaña à Montauban, par la Mairie et par l’auteur de cet article.

(Fonds privé de Luc Franzoni)

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Au démarrage de la 2ème guerre mondiale, les Griaule évitèrent tout risque d’utilisation de La Prasle par l’ennemi comme Kommandantur en la confiant aux Sœurs de l’ordre de Saint Vincent de Paul qui en firent un orphelinat de jeunes filles. Quant à Marcel Griaule, il se mit avec une poignée d’officiers à la disposition de la Tchécoslovaquie abandonnée par les accords de Munich. La Tchécoslovaquie les en remercia sans donner suite. Griaule, officier d’aviation alla se battre contre l’ennemi hitlérien.
La présence du Président Azaña chez Marcel et Jeanne Griaule à Collonges sous Salève s’explique par la conjugaison de deux forces motrices. Marcel Griaule, ethnologue mondialement connu grâce à ses missions sur le terrain en Afrique, s’était engagé très fortement en faveur de la défense de l’Éthiopie (seul membre africain reconnu de la Communauté Internationale de l’époque) contre l’Italie fasciste qui l’avait envahie dans les années 1930. Griaule représenta l’Éthiopie à la Société des Nations (SDN) à la demande du Négus Hailé Sélassié. Il rédigea de nombreux textes et surtout le fameux discours du Négus en 1936 qui devint plus tard une chanson de Bob Marley. Pour cette défense il avait acheté une maison proche de Genève, La Prasle, où il écrivait sur cette même table, table de Résistance. Marcel Griaule accompagna le Négus en exil à Londres où ils rédigèrent les mémoires du Roi des Rois.
L’un des très (trop) rares pays à soutenir la cause de l’Éthiopie fut l’Espagne Républicaine. Des liens avaient été tissés avec le Premier Ministre Negrín. Griaule essaya d’organiser une aide à la résistance éthiopienne et des contacts avec l’Espagne lui permirent d’espérer une affectation d’une dizaine de parachutistes spécialistes des explosifs mineurs des Asturies. Griaule aurait dirigé ce groupe, il était militaire de réserve et connaissait très bien l’Éthiopie. Les États démocratiques ne donnèrent aucune suite au projet espérant que Mussolini rejoigne leur camp. « Ainsi la place est-elle nette pour la civilisation à venir, du moins pour cette sorte toute spéciale de civilisation qui s’édifie sur des ruines et sur des charniers… Alerte aux Éthiopie futures… ».

(Fonds privé de Luc Franzoni)

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La présence de Manuel Azaña à Collonges sous Salève, c’est aussi l’engagement de la sœur de Jeanne Griaule, Geneviève Troupel, qui était fonctionnaire de la SDN au service du protocole, qui en est la cause. Elle était très républicaine et était très introduite dans la Genève Internationale et notamment était amie de la femme de Rivas Cherif (qui avait été consul général d’Espagne à Genève avant de devenir le chef de cabinet diplomatique d’Azaña).
En effet, le Président souhaitait se rapprocher de la SDN et de Paris pour exercer les dernières pressions de résistance. La Suisse lui avait interdit de s’installer sur son territoire. Geneviève pensa tout de suite aux Griaule et à leur maison de Collonges sous Salève. Les Griaule acceptèrent immédiatement la mise à disposition de leur maison Collongeoise au Président Azaña en reconnaissance de l’assistance morale apportée lors du conflit italo-éthiopien.
Texte rédigé par Dr. Luc Franzoni, petit-fils de Marcel et Jeanne GRIAULE, Collonges sous Salève
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Óscar Freán Hernández (10 septembre 2024). La démission du Président Azaña à Collonges sous Salève : l’histoire d’une table. Espagnols en Auvergne-Rhône-Alpes. Consulté le 21 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/14gr2