Programme IEFA Burundi
Evaluation à mi-parcours du programme Initiative pour l’Education des Filles en Afrique (IEFA) –Burundi, UNICEF, Burundi, sept. 2003
Environ deux ans après le début de l’IEFA au Burundi, l’évaluation à mi parcours entend procéder à une appréciation-apprentissage permettant de tirer des leçons, de capitaliser, de valoriser les acquis d’expériences pertinentes en matière de scolarisation des filles pour contribuer un tant soit peu à l’amélioration de la qualité du système éducatif burundais.
Outre les documents de référence disponibles sur la problématique de la scolarisation des filles, les différents rapports d’étape de l’IEFA (rapports techniques annuels), ainsi que d’autres documents pertinents ont fait l’objet d’une analyse appropriée pour documenter les forces et faiblesses du programme de scolarisation en faveur des filles.
Compte tenu délais d’exécution, il n’a pas été possible de mener une visite de terrain à Karusi (entretien téléphonique avec le DPE). Cependant les provinces de Ngozi, Kirundo, Muyinga ont été visitées et des entretiens effectués. Ce qui aura permis de disposer de séries de données statistiques pas toujours complètes du fait de la durée du programme, d’informations, de faits ayant contribué à la formulation de quelques recommandations fortes, lignes d’action ou de réflexion envisageables.
Au niveau international, il importe de noter la Déclaration et plan d’action du Sommet mondial pour les enfants ainsi que la Déclaration mondiale sur l’Education pour Tous qui accordent une priorité à l’éducation pour mitiger les contraintes d’un développement durable de l’Afrique en particulier. Quant à la Déclaration de Ouagadougou sur l’Education des filles, elle constitue un appel pressant des pays africains à s’engager résolument dans des initiatives permettant de faire des avancées significatives pour l’éducation des femmes qui, bien que constituant la majorité des populations du continent, n’en demeurent pas moins sous représentées dans le système scolaire. Avec le Sommet du Millénaire des Nations Unies, c’est un objectif de réduction de moitié d’ici 2015, le pourcentage des plus pauvres par rapport à la population mondiale qui est retenu.
La population du Burundi est estimée à 5 500 000 (en 1998) dont 52% de femmes. Plus de 72% de celles là sont analphabètes, contre 51,6% pour les hommes. Les violents conflits sociaux déclenchés dans différentes parties du pays depuis une décennie, y compris la capitale, ont été à l’origine du déplacement temporaire d’une proportion non négligeable de la population. En milieu urbain, environ 20% des habitants vivent avec le VIH/SIDA. La transmission d’autres maladies infectieuses continuent de croître. Malheureusement, beaucoup d’adolescents, en particulier les filles, ne disposent pas d’informations, de formation de base par rapport à ces grandes pandémies.
Environ 200.000 enfants n’ont pu fréquenter l’école durant l’année scolaire 2001/2002 à cause principalement de la pauvreté extrême de leurs parents qui sont incapables de payer les frais scolaires. Malgré quelques avancées, l’environnement socioculturel de mise en chantier de l’IEFA reste caractérisé au Burundi entre autres par la place et le rôle sociopolitiques de la femme relativement dominés.
Par rapport à un contexte pour l’application de l’accord de paix et de réconciliation nationale, en vue d’enclencher un processus soutenu de développement humain durable, le Cadre Stratégique Intérimaire de Croissance Economique et de Lutte contre la Pauvreté (CSLP-Intérimaire) a retenu six axes stratégiques prioritaires parmi lesquels la promotion du rôle de la femme au développement en veillant à l’accès de celle-ci à l’éducation et aux instances de décision. Et s’inscrivant dans la perspective de l’Initiative spéciale des NU pour l’Afrique, le Gouvernement a retenu un programme de développement pour l’éducation (dérivé du Cadre stratégique intérimaire de croissance économique et de lutte contre la pauvreté) qui inscrit comme une des priorités la problématique de l’éducation des filles, élément d’amélioration du système scolaire (équité notamment) d’une part, facteur de développement durable de la société d’autre part.
Pour la période 2002-2004, le Programme pays conclu entre l’UNICEF et le gouvernement Burundais et qui se compose de sept programmes sectoriels (Protection de l’enfant et Promotion des droits – Prévention du VIH/SIDA – Nutrition et Santé – Eau, Hygiène et Assainissement de l’Environnement – Education de Base – Communication – Appui aux programmes) ambitionne de mettre l’accent sur six axes prioritaires :avec notamment l’accroissement de l’accès à une éducation de base de qualité avec un croît de 15% du TBS, l’éducation des filles, promotion de la prise en charge et du développement du jeune enfant, éducation des adolescents.
Les sources d’inspiration d’IEFA demeurent la politique de l’UNICEF pour l’enfant en général, pour les filles en particulier et fondée sur une vision multidimensionnelle qui s’est déclinée dans plusieurs plans et instruments tels le ‘World fit for children’, le ‘Plan stratégique à moyen terme’, les ‘Plans nationaux d’action Education Pour Tous’, etc.
La situation scolaire des quatre provinces (Karusi – Kirundo – Muyinga – Ngozi) d’implantation est relativement peu performante (malgré une zone assez sécurisée). Pour l’année 2000, le taux brut d’admission des filles, au niveau national, était de 61%, contre 76% pour les garçons. Pour la même année au niveau des provinces IEFA, le taux d’admission le plus élevé était de 52% (Karusi), et celui le plus bas de 39% (Kirundo). Quant au TBS et TNS, ils étaient au niveau national, respectivement de 59.2% et de 43.1% pour les filles, alors que les garçons avaient un score de 75.2% et de 52.5%. Toujours en 2000, le taux d’abandons des filles était encore élevé au niveau des provinces ciblées : 12% à Karusi, 19% à Muyinga, 32% à Ngozi.
L’IEFA a effectivement démarré ses activités en septembre 2001 dans les quatre provinces pilotes avec comme buts principaux :
i) l’amélioration de l’accès des filles à une école de qualité où elles devraient rester pour terminer leurs études ;
ii) le soutien approprié aux enseignants et parents en matière d’éducation de la jeune fille ;
iii) la contribution au développement de capacités locales pour la planification et la gestion efficace de l’enseignement, en particulier pour les filles ;
iv) la promotion de l’enseignement des life skills pour les filles et le renforcement des capacités des enseignants à gérer des situations de stress (liées aux conflits armés et à l’épidémie du VIH/SIDA).
Mobilisation sociale : Un des volets les plus importants et pour lesquels l’IEFA Burundi s’est nettement impliquée jusqu’ici, est sans aucun doute la mobilisation sociale en faveur de la scolarisation des filles. C‘est ainsi que des visites d’information de leaders religieux, de chefs de secteur, de représentants d’ONG, de représentants des populations, ont été systématiquement organisées. Il a été aussi initié des Journées nationales de sensibilisation qui ont permis des débats fructueux sur la scolarisation des filles au Burundi. Ces activités ont été rendues possibles par les différents comités IEFA mis en place, un Réseau de journalistes pour l’éducation des filles et l’ONG FAWE/Burundi. Toutes les manifestations et visites ont été largement relayées par les médias.
Pilotage : En vue d’un pilotage efficace et décentralisé de l’IEFA, plusieurs organes ont été institués. Outre le Comité national de pilotage, il a été institué, tant au niveau provincial que cantonal, des Comité de pilotage. Les Clubs IEFA déjà en place au niveau des établissements, sont animés par les directeurs et enseignants avec la participation des élèves.
Amélioration de l’environnement scolaire : Puisque un environnement scolaire sain, accueillant et sécurisé a des effets positifs sur notamment l’accès et le maintien à l’école, des actions d’amélioration physiques et sanitaires ont déjà vu le jour.
Formation : Diverses actions de formation, de partage d’informations ont été menées dans le cadre de l’IEFA à l’intention des inspecteurs de l’éducation, directeurs d’écoles, chargés des cartes scolaires au niveau des Directions provinciales de l’éducation, responsables de services centraux du Ministère chargé de l’éducation, etc.
Amélioration de l’accès : Même si l’on ne peut parler d’une amélioration durable, force est de constater qu’entre 2001/2002 et 2002/2003, les résultats en matière de présence des filles dans la zone IEFA présentent des caractères encourageants. Dans l’ensemble des écoles IEFA, le pourcentage de filles dans les effectifs a sensiblement augmenté. Le gain moyen en pourcentage de filles entre 2001/2002 et 2002/2003 y est de 0.6 points. En considérant les quatre provinces d’implantation IEFA, le croît annuel en termes d’effectifs de filles y est un peu plus important (40.5% à 42.3%) qu’au niveau national (43.9% à 44.7%). Autrement dit, les tendances semblent plus dynamiques dans la zone, qu’au niveau national. Partout, surtout à Karusi, les efforts de sensibilisation et d’information semblent avoir porté des fruits. Ce qui se traduit par un TBS des filles un tant soit peu amélioré (42.3% en 2002/2003 pour l’ensemble des quatre provinces).
Amélioration de la qualité : Maintes études ont montré que les performances scolaires des écoliers africains en général sont négativement impactées par le manque de manuels et outils scolaires. Ce qui explique l’important lot de matériels scolaires mis à la disposition des élèves des écoles IEFA. A défaut d’avoir considérablement baissé dans les écoles concernées, le taux d’abandon des filles se situe dans des limites peu alarmantes par rapport aux garçons. Les filles peuvent bien réussir au concours national de fins d’études primaires. Par exemple dans la province de Karusi, le taux de réussite des filles en 2001/2002 était de 17.9% contre 24.6% pour les garçons (Statistiques scolaires). En 2002/2003, sur les 206 lauréats de la province, 113 (soit 54.8%) sont des filles.
Amélioration de l’équité : Même si des efforts sont encore à faire en matière d’équité par rapport à l’éducation, il n’en reste pas moins que des actions riches en symboles ont été menées avec notamment la scolarisation d’enfants Batwa. En outre, d’autres productions sont aussi disponibles comme i) des Etudes et recherches menées sous l’impulsion de l’IEFA, ii) des Modules de formation en approche genre, iii) l’identification de plusieurs éléments devant être intégrés dans un nouveau curriculum.
Plusieurs initiatives et/ou situations à la base apparaissent comme des opportunités ou « intrants » qui, si elles sont judicieusement exploitées, peuvent non seulement contribuer à une plus grande efficacité de l’IEFA, mais aussi devenir des valeurs ajoutées pour un développement humain durable dans la zone. Entre autres exemples l’on peut noter la mise en place d’un Fonds de soutien à l’éducation (FSE) à Kirundo, les facteurs de performance de l’école de Muruma, le potentiel des femmes enseignantes dans la zone.
Les points faibles de l’IEFA telle que déroulée jusqu’ici concernent
ð Les lourdeurs de certaines procédures administratives et financières qui impliquent notamment des retards dans la mise en place d’intrants ;
ð L’agrégation (consolidation) non encore systématique des données statistiques spécifiques aux écoles IEFA et qui sont pourtant disponibles dans les écoles et DPE ;
ð L’absence d’un plan d’action national pour la scolarisation des filles et engageant de manière officielle, l’UNICEF, le Ministère de l’Education, les collectivités et populations locales ;
ð Les clubs IEFA et les Comités de pilotage provinciaux qui bien qu’existant, n’ont pas encore rendu disponibles leurs rapports d’activités.
Non seulement l’IEFA peut être créditée d’ores et déjà de plusieurs points forts, mais des opportunités existent pour espérer amplifier et pérenniser les acquis enregistrés.
1) La pertinence du choix de la zone et de l’approche d’intervention
2) L’option d’implication et de responsabilisation à la base (déconcentration)
3) Le développement d’une synergie avec d’autres programmes de l’UNICEF
4) Une mobilisation sociale multiforme impliquant divers vecteurs comme les leaders religieux et traditionnels, les communicateurs, etc.
5) Un fort engagement de FAWE Burundi
6) La disponibilité (existence) de capacités nationales et locales pour non seulement supporter, mais s’approprier durablement l’initiative
7) Le pourcentage de femmes enseignantes dans la zone ainsi que leur degré de qualification apparaît comme un stock de ressources humaines pouvant être mises à contribution pour la scolarisation des filles
8) Les possibilités de renforcer et d’élargir des partenariats efficaces avec FAWE Burundi, le CAFOB, Scouts, etc.
9) La possibilité de disposer de contributions supplémentaires grâce à la mise en place de FSE.
A mi-parcours du déroulement de l’IEFA, même si l’on ne peut encore apprécier des impacts, il n’en demeure pas moins que certains effets positifs peuvent être observés, comme quelques leçons peuvent être retenues. Aussi bien au niveau national, provincial, que des écoles, de nouveaux comportements prenant en compte la scolarisation des filles ou pouvant contribuer à son développement, commencent à émerger. C’est ainsi qu’au niveau national, la question de la promotion de la scolarisation des filles est désormais dans l’agenda de différentes réunions nationales consacrées à l’éducation et/ou à la promotion de la femme. Au niveau provincial, l’élaboration d’un guide (document) de travail pour les DPE et Comités de pilotage IEFA a permis de mieux faire prendre conscience des exigences d’une bonne planification des activités. Des activités décentralisées novatrices sont aussi initiées, à l’instar du Comité de Muyinga qui a pu, en partenariat avec des ONG intervenant dans la province, organiser des cérémonies de remise de prix aux meilleures filles.
Plusieurs leçons peuvent être tirées.
q Il existe une disponibilité et un engagement moral des communautés et bénéficiaires pour la scolarisation des filles.
q Impliquées et suffisamment responsabilisées, les associations locales, notamment féminines (cf. FAWE), contribuent de manière efficace à la scolarisation des filles.
q Quand les collectivités territoriales s’impliquent effectivement pour l’amélioration de l’accès et de qualité de l’éducation, elles font montre d’initiatives novatrices (cf. FSE).
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Boubacar Niane (28 août 2012). Programme IEFA Burundi. Elites - Savoirs - Postures. Consulté le 24 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/oivd

