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Programme IEFA Sénégal

Evaluation du programme IEFA–Sénégal, UNICEF, Dakar, mai 2003

 

L’IEFA fait suite à l’engagement du gouvernement du Sénégal à soutenir l’éducation des filles depuis le Forum de Fatick tenu en avril 1995. Elle est partie intégrante du Programme pays de l’UNICEF (1997-2001) qui, entre autres composantes a retenu l’Education avec : Projet d’Appui à l’Ecole Nouvelle (PAEN) – Appui à l’Alphabétisation pour le développement (PAAD) – Ecole communautaire de base (ECB) – Education des filles.

Au niveau international, le lancement de l’IEFA s’inscrit dans la dynamique de la Déclaration et du plan d’action du Sommet mondial pour les enfants ainsi que la Déclaration mondiale sur l’éducation pour Tous qui accordent une priorité à l’éducation pour mitiger les contraintes d’un développement durable de l’Afrique en particulier. A cela, il convient d’ajouter la Déclaration de Ouagadougou sur l’éducation des filles en Afrique.

Au niveau national, les résultats des programmes d’ajustement initiés depuis 1979 avec notamment le « moins d’Etat mieux d’Etat » restent assez mitigés. Ainsi, une gouvernance locale plus forte, un système démocratique renforcé apparaissent comme des valeurs, des buts largement partagés par l’ensemble des acteurs.

Malgré des avancées certaines, l’environnement socioculturel de mise en chantier de l’IEFA reste caractérisé entre autres par des pesanteurs socioculturelles impactant négativement les programmes d’éducation des filles envisagés par les pouvoirs publics. Parmi les opportunités pouvant être exploitées, la place de plus en plus prépondérante des ONG, mouvements associatifs et regroupements communautaires qui sont devenus incontournables dans la dynamique socioéconomique. Avant le démarrage de l’IEFA en 1997, l’efficience du système scolaire sénégalais était restée relativement faible. L’analphabétisme est encore très prégnant avec une moyenne de 73% et 82% chez les femmes. Une bonne proportion des enfants en âge scolaire n’est pas admise dans le système. L’accès à l’éducation de base est de 60% d’enfants scolarisés dont 53% filles. En 1994-95, le taux de redoublement entre le CI et le CM varie de 10.84% à 29.16%. S’agissant du taux d’abandon, quand la moyenne nationale varie entre 4 et 6.2%, il est de 10.4% chez les filles de CM2 contre 3.19% pour les garçons.

Quelque six ans après le lancement de l’IEFA, le contexte d’exécution a sensiblement évolué avec de nouveaux référentiels et situations dont il faut tenir compte pour mieux apprécier d’éventuelles inflexions à imprimer au programme d’éducation des filles au Sénégal. Entre autres, l’on peut noter

–        Le Sommet du Millénaire des Nations Unies qui a retenu de réduire de moitié d’ici 2015, le pourcentage des plus pauvres par rapport à la population mondiale ;

–        La table ronde nationale qui a fait suite au Forum mondial d’EPT, a adopté le document ‘Cadre d’action pour l’EPT’ qui pour l’élémentaire, fixe des objectifs d’universalisation à l’horizon 2015, avec des paliers progressifs ;

–        Le NEPAD qui ambitionne de combler progressivement l’abîme du développement de l’Afrique qui paradoxalement dispose pourtant de ressources et de potentialités, surtout humaines ;

–        Le 10e Plan de développement économique et social (2002-2007) afin i) d’impulser une croissance forte et durable, ii) de réduire la pauvreté, iii) de promouvoir la bonne gouvernance ;

–        Le Programme de Bonne Gouverne ;

–        Le Document de stratégie de réduction de pauvreté.

Quant au Programme Décennal de l’Education et de la Formation (PDEF) initié suite à l’Initiative spéciale pour l’Afrique, pour la période 2001-2010, il accorde la priorité à l’enseignement élémentaire. Pour la période 2002-2006, le programme pays UNICEF a pour but la « contribution à la réalisation des droits à la survie, au développement, à la protection et à la participation de tous les enfants et femmes sénégalais ». Ledit programme retient d’appuyer les objectifs et les priorités retenus par le PDIS et le PDEF tout en s’accordant à la stratégie de réduction de la pauvreté qui a désigné les enfants et les femmes comme cibles stratégiques.

Comme dérivés de la stratégie de la région Afrique de l’ouest et du centre, les objectifs généraux assignés à l’IEFA au Sénégal sont les suivants :

i)                l’amélioration de l’accès et du maintien des filles dans le système scolaire, ainsi que la réduction des écarts ;

ii)              l’amélioration de la qualité grâce notamment à la révision du curriculum, la formation des personnels, la fourniture de matériels et d’équipements aux écoles et aux élèves ;

iii)            l’amélioration de la performance des filles ;

iv)             le renforcement des capacités d’analyse et de planification locales en vue d’un pilotage efficace du système.

Si le projet SCOFI (avant la mise en place de l’IEFA) ambitionnait de couvrir tout le territoire national tout en donnant la priorité à 25 départements désignés par le Gouvernement du Sénégal, le programme IEFA, dès 1998, a retenu, par souci d’efficacité, de concentrer les actions dans 12 des 18 départements ciblés pour leurs faibles taux de scolarisation et pour le poids démographique. La zone IEFA a sensiblement évolué de 1997 à 2002. Ceci n’a pas pourtant affecté le nombre d’écoles qui est passé de 1846 en 1997 à 2484 en 2002.

Grâce aux efforts déployés dans la zone l’IEFA notamment, le TBS des filles a progressé de 1996/97 à 1999/2000, plus vite que celui des garçons en passant de 53% à 63% contre 67% à 73% pour les garçons. Il en est de même du TBS moyen qui n’a cru que de 8 points quand les filles affichent un accroissement de 10 points. Entre 1998/99 et 2000/2001, l’écart entre garçons et filles est passé de 15 à 9 points. Le nombre des filles dans les écoles de la zone IEFA est passé de 167 440 en 1997 à 209 637 en 2002, soit une progression (+ 42 197 unités) plus importante que celle des garçons (+39 864) pour la même période.

Avec l’IEFA, la plupart des composantes de la qualité ont connu pour l’essentiel des résultats assez appréciables. Cependant, en matière d’apprentissage, des efforts restent à faire pour inverser la tendance à la hausse du taux de redoublement. Le poids du taux de redoublement chez les filles dans cette situation est manifeste. Les taux de déperdition (moyenne nationale de 2.9 en 1997 contre 5.5 en 2000 – score des filles 3.8 en 1997 à 8.0 en 2000) et d’achèvement de l’élémentaire demeurent encore relativement insatisfaisants notamment pour les filles.

Parmi les autres productions de l’IEFA au Sénégal on peut retenir de multiples études et recherches, la production d’indicateurs de suivi des performances des élèves et du système en général, la contribution à l’élaboration du PDEF, du nouveau curriculum, etc.

Diverses actions de formation, d’information partage ont été menées dans le cadre de l’IEFA. Pour l’essentiel, elles ont concerné des membres du corps de contrôle et d’animation (inspecteurs et directeurs d’école) des cadres des services centraux du ministère de l’éducation, des agents des IDEN. Les thèmes y afférents ont été : Genre et développement – Planification – Statistiques scolaires – Gestion de la qualité –  Elaboration et mise en œuvre de projets d’école.

Grâce à la stratégie « Ecoles amies des filles », l’environnement scolaire et physique de 97 établissements dans les 17 IDEN ciblées par le programme a été amélioré. En 2002 par exemple, 97 écoles ont été équipées de points d’eau et de blocs sanitaires (avec séparations garçons/filles). En 2003, la tendance s’est poursuivie avec 102 autres établissements. A cela s’ajoute l’appui aux IDEN en moyens logistiques et équipements de bureau pour faciliter le travail d’encadrement.

Un des volets les plus développés par l’IEFA est sans conteste la mobilisation sociale en faveur de la scolarisation des filles tant au niveau national que dans la zone IEFA et ceci pour les deux périodes d’inscription au CI. En 1997, la campagne nationale organisée dans 25 départements a ciblé 2500 écoles avec environ 10 000 enseignants et 500 000 élèves dont 220 000 filles. Pour la seule année 2001, la campagne nationale d’inscriptions au CI  a permis d’enrôler 245 000 enfants dont 119 000 filles (48%) soit une augmentation de 20 000 unités par rapport aux deux précédentes campagnes.

Même si l’IEFA n’est pas le seul élément de contribution, il n’en demeure pas moins qu’elle a participé à l’évolution positive de certains indicateurs du système éducatif, sans compter les effets induits dans l’environnement socio administratif : sensible amélioration de l’accès – évolution satisfaisante de certains ratios d’apprentissage – amélioration de la qualification des enseignants – rénovations pédagogiques et administratives parmi lesquelles l’instauration de Collectifs de directeurs d’école, la mise en place de système de tutorat pour renforcer les apprentissages – maintien et renforcement de l’engagement des pouvoirs publics visibles à travers de nouvelles dispositions législatives et réglementaires ainsi que la part des budgets relatifs à l’éducation et à l’enfance.

Si l’IEFA a pu permettre de développer de très bons rapports de partenariat avec les services centraux et déconcentrés de plusieurs départements ministériels concernés par l’éducation des filles, sa base de soutien populaire demeure encore assez restreinte et non permanente. A l’évidence, l’IEFA dispose d’un leadership avéré dans l’éducation des filles au Sénégal. Elle apparaît comme une composante essentielle pour l’amélioration de l’accès et de la qualité de l’école au Sénégal. Même si les résultats obtenus dans le domaine de la qualité de l’éducation restent mitigés, l’IEFA a permis de disposer de plusieurs éléments d’internalisation de l’éducation des filles comme levier de démocratisation, axe fondamental de contribution au développement. Le principal challenge qui se pose a trait au problème des médiations d’entretien, de valorisation, donc de pérennisation de ce stock.

Afin de gagner un tel challenge, il importe d’élargir et de renforcer la base de soutien de l’éducation des filles. Celle-ci ne pourra véritablement être effectivement et durablement prise en compte dans le système éducatif sénégalais sans une implication, un engagement fort et soutenu d’un large spectre de partenaires à la base. Autrement dit, une des voies royales pour gagner la bataille de l’éducation des filles consisterait à aller vers une plate-forme intégrative des acteurs à la base pour l’ancrage de l’IEFA.

 

 

Boubacar Niane
Boubacar Niane

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Boubacar Niane (28 août 2012). Programme IEFA Sénégal. Elites - Savoirs - Postures. Consulté le 25 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/oivc


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