Education : dévolution de pouvoirs à la base
Document d’appui « Dévolution de pouvoirs à la base ; nouvelles responsabilités et développement des capacités locales » pour : améliorer la qualité de l’éducation de base en Afrique subsaharienne’, ADEA, Paris, juin 2003
Au vu des référentiels que sont le Sommet du Millénaire et le NEPAD, deux exigences majeures s’imposent aux systèmes scolaires ASS : une bonne gouvernance doublée d’une qualité des services et des produits. C’est pourquoi le questionnement central du présent exercice est de savoir si les contraintes et exigences du système éducatif en Afrique subsaharienne peuvent être prises en charge de manière efficace par les acteurs à la base qui ont pris des initiatives et/ou à qui certaines compétences ont été transférées.
En partant du présupposé selon lequel une administration déconcentrée, décentralisée, par transfert ou délégation peut être source d’innovations, d’amélioration de la créativité pour l’amélioration de la qualité de l’éducation de base en particulier, il est apparu nécessaire de faire une analyse de l’espace de l’offre et de la demande en matière de dévolution ou transfert de pouvoirs socio administratifs articulée à la qualité (performance) des produits de l’école que ne peuvent manquer de demander, de revendiquer même, les parents ayant décidé de scolariser leurs enfants.
La fin des années 70 correspond sensiblement à ce que certains ont caractérisé de ‘fin de l’Etat-providence’ en Afrique, notamment au Sud du Sahara. En prononçant le verdict de ‘défaillance’ de l’Etat central, l’on pose la question des nouveaux pouvoirs octroyés ou acquis par ceux là qui seraient appelés à prendre le relais, ou du moins à partager les nouvelles responsabilités avec les pouvoirs centraux. Cette dynamique qui dévoile en fait la redéfinition du rôle et des fonctions de l’Etat en Afrique avec l’émergence de nouveaux acteurs, peut difficilement se comprendre si elle n’est pas rapportée à des mutations intervenues ou en cours au niveau de l’espace de coopération internationale d’une part, dans le champ des administrations africaines (Résultats mitigés des Etats et essoufflement de l’aide publique –
Redéfinition du rôle et de la fonction de l’Etat central) d’autre part.
Malgré des avancées notoires en matière d’accès, les systèmes éducatifs de la sous-région n’ont pas suffisamment généré des apprentissages de qualité. Si on réfère au taux d’achèvement du cycle élémentaire, les performances de la plupart des systèmes éducatifs demeurent peu soutenues. Il en est de même des résultats aux tests de MLA (Monitoring Learning Achievement) administrés en 1999 dans plusieurs pays africains.
La dynamique de décentralisation, notamment par dévolution de pouvoirs à la base en cours dans les pays ASS, procède de la combinaison de plusieurs facteurs que sont i) la fin de l’Etat fort des années 70, ii) la globalisation de l’économie dont un des corollaires est l’affaiblissement relatif des Etats nationaux ; iii) l’explosion exponentielle des NTIC.
Pour l’essentiel, les lieux du pouvoir en matière d’éducation sont encore largement contrôlés par les Services centraux et déconcentrés. Toutefois, les ONG et autres acteurs locaux sont en voie de constituer un autre pôle d’action éducative auquel il ne manque que quelques prérogatives régaliennes. Quant aux Collectivités locales, elles restent encore confinées dans des rôles et responsabilités relativement peu stratégiques. Qui plus est, quand des compétences leur sont dévolues, les moyens de les exercer effectivement et efficacement ne sont pas toujours de mise.
Les logiques d’intervention, les domaines de concentration privilégiés par les ONG et autres OCB dont les profils et trajectoires socioprofessionnels des animateurs ont fortement évolué, contribuent dans une large mesure à une redéfinition de leurs rapports à l’Etat central.
Cependant, la valorisation des potentialités dont disposent les acteurs à la base peut être annihilée ou du moins retardée par plusieurs biais liés à l’histoire sociale des politiques de développement socio administratif en ASS et se manifestant à travers i) une certaine duplicité des agents de l’Etat central et des services régionaux qui pendant des décennies ont «pensé et agi » à la place des populations et qui sont hantés par la perte de leur aura ; ii) l’effet attraction de l’ ‘administration parallèle’ que sont les projets qui, dans l’imagerie populaire, sont devenus la voie royale pour ‘s’en sortir’ ; iii) le faible degré de cohérence entre les stratégies des partenaires au développement, des administrations centrales, des collectivités locales et des organismes à la base.
Le flux de soutiens aux acteurs à la base est relativement diversifié. Il va de l’appui financier et/ou matériel, en passant par le renforcement des capacités. Pour l’essentiel, les ONG et la coopération décentralisée y occupent une place assez prépondérante. Et les acquis engrangés par plusieurs expériences et initiatives attestent éloquemment que quand des acteurs et organes à la base sont responsabilisés, disposent de certaines compétences, ils peuvent faire montre de capacités d’organisation, d’innovation pour induire la qualité dans l’éducation.
Pour l’avènement des fondamentaux de la qualité de l’éducation en ASS et l’obtention des valeurs optimums de paramètres d’efficacité et de performance, les acteurs à la base, en particulier les collectivités locales devront être légitimés.
- La place de plus en plus prépondérante des ONG et autres associations à la base procéderait largement de la critique de l’Etat en tant que structure de promotion et de gestion de l’aide au développement d’une part, d’une tentative de réponse à la crise socio-économique très prégnante en milieu rural et semi urbain des pays en développement.
- Les acteurs émergents en ASS semblent être porteurs d’une nouvelle alternative pour amoindrir l’omnipotence des pouvoirs centraux : le contournement ou la disqualification de l’Etat central.
- La coopération décentralisée bien qu’étant une opportunité pour la promotion de l’éducation n’en contribue pas moins à favoriser une approche peu harmonisée et peu concertée avec les services centraux.
- La contractualisation apparaît comme un moyen de favoriser la libération d’énergies créatrices (innovations et efficacité).
- Le processus de dévolution de pouvoirs reste assez timide car il persiste encore une certaine résistance des sphères centrales peu enclines à se dessaisir de leurs pouvoirs.
- Les domaines de dévolution sont relativement limités. Pour l’essentiel, les acteurs locaux sont confinés à un apport financier par participation aux frais de scolarité, de construction ou d’entretien des écoles. Ils seraient comme suspectés d’incapacité essentielle pour contribuer à la qualité en intervenant dans l’organisation scolaire, la détermination des contenus et procédures d’évaluation des apprentissages.
A n’en pas douter, l’amélioration de la qualité de l’éducation de base en ASS pourrait être notamment stimulée par une promotion soutenue de la « citoyenneté scolaire » comme médiation, indicateur de la légitimité accordée par les populations aux pouvoirs centraux et locaux, mais aussi et surtout comme médiation principale de pérennisation d’une contribution effective pour gagner le challenge de la qualité. Cette nouvelle forme de citoyenneté pourrait advenir grâce notamment :
1) Au développement d’une culture des droits et responsabilité.
2) A une large diffusion de la répartition des coûts et du financement.
3) A la capacitation des acteurs locaux, notamment en soutenant la mise en place de réseaux fondés sur le principe du partage d’expériences réussies en matière d’amélioration de la qualité des apprentissages.
4) A l’implication accrue des communautés et parents dans la prise de décision.
5) A l’intégration, dans les curricula, de certaines connaissances et /ou pratiques communautaires pertinentes pour l’amélioration de la qualité..
6) A la mise en place d’un système d’incitation et d’émulation des collectivités locales pour l’éducation en général, tout en engageant un plaidoyer pour l’intégration d’une composante qualité dans les Plans locaux de Développement
7) A l’émergence d’autorités locales et acteurs à la base comme « centres de veille de la qualité de l’éducation ».
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Boubacar Niane (28 août 2012). Education : dévolution de pouvoirs à la base. Elites - Savoirs - Postures. Consulté le 24 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/oivb

