Réseaux francophones des professionnels de l’éducation
Etude des réseaux francophones de professionnels de l’éducation, ADEA, Paris, Juillet 2002
L’échantillon de six Réseaux africains francophones de professionnels de l’éducation (SISED – ROCARE – FEA – RAFESI – Mentoring – ANCEFA) qui fait l’objet de la présente étude, révèle des dispositions, de potentialités certaines pour pouvoir –comme points d’appui essentiels- contribuer de manière significative au développement soutenu de l’école en Afrique. Il reste cependant à mettre davantage sur orbite ces opportunités, en les rendant plus proactives, plus efficientes.
Le contexte actuel de leurs émergence et déploiement, ainsi que la philosophie d’action de l’Association pour le Développement de l’Education en Afrique (ADEA) qui privilégie une approche « praxique » avec des acquis notables dans la mobilisation de partenaires intéressés par l’amélioration du système éducationnel africain d’une part, le fonctionnement de onze Groupes de Travail mis sur pied pour être des instances de réflexion, d’échanges d’autre part, apparaissent comme un environnement relativement favorable pour exploiter au mieux le potentiel latent et amplifier maintes initiatives réussies et/ou postures pertinentes pour mitiger les principales contraintes observées dans les systèmes socio-économiques en général, des dispositifs éducationnels en particulier, tout en maximisant les opportunités qui s’offrent à ces différents pays africains.
Aller plus loin, aller vers tous comme l’ambitionne l’ADEA, suppose disposer de savoirs, savoir-faire, de savoir-être ‘réseautés’ et donc potentiellement partageables. Ce qui revient à esquisser au moins les contours des conditions dans lesquelles les Réseaux peuvent constituer pour l’ADEA en particulier, un puissant levier de promotion de l’Education en Afrique.
S’il est admis que les Réseaux et leurs membres interagissent dans un contexte déterminant très largement leurs orientations et actions, celles là ne manquent pas non plus de modifier un tant soit peu cet environnement. Du coup, en s’interdisant d’analyser cet espace d’offre et de demande des biens socio-économiques comme l’éducation, l’on peut difficilement identifier les points d’ancrage, de bonification des initiatives des Réseaux par l’ADEA. L’environnement sociopolitique de l’émergence des Réseaux de professionnels de l’éducation présente quelques tendances lourdes parmi lesquelles :
i) Une pauvreté endémique et une paupérisation qui frappe davantage les femmes et les jeunes, notamment en milieu rural car maintes politiques supposées alternatives de croissance ont connu des résultats assez mitigés ;
ii) Une gouvernance locale plus forte, un système démocratique renforcé apparaissent comme des valeurs, des buts largement partagés par l’ensemble des acteurs des sociétés africaines ;
iii) Longtemps à la périphérie des systèmes socio-administratifs africains, les ONG, mouvements associatifs et regroupements communautaires sont de plus en plus « ennoblis » et finissent d’occuper une place prépondérante dans la dynamique socioculturelle ;
iv) Quand bien même des percées notoires existeraient en matière de NTIC, les infrastructures de communication restent encore médiocres, occasionnant un déficit communicationnel, handicap majeur pour l’implication des populations ;
v) Les espaces d’écoute, d’échanges, de concertation contribuent à libérer des initiatives individuelles et/ou collectives et du coup, permettent de déterminer ce que veulent réellement les partenaires-cibles, les potentialités dont ils disposent, les contraintes qui peuvent faire obstacle à l’atteinte des résultats escomptés ;
vi) Les changements relativement fréquents des domaines de concentration et zones prioritaires des partenaires au développement constituent des facteurs contraignants, sans compter « le syndrome du projet pilote, qui se caractérise par l’abandon d’initiatives à la suite d’un désengagement du soutien financier externe » (Maclure, 1997 : 11).
Quant à la situation de l’éducation en Afrique, l’on peut noter
i) La persistance de systèmes d’éducation extravertis, qui ne permettent pas de prendre suffisamment en compte les besoins et attentes essentielles des populations. Il s’y ajoute des coûts directs d’éducation relativement importants pour une large proportion des familles frappées par la pauvreté, en particulier en milieu rural.
ii) Malgré des avancées notoires, plusieurs catégories comme les filles, les handicapés, les minorités ethniques et linguistiques demeurent encore relativement marginalisées par les systèmes, même parmi les plus démocratiques. C’est parce qu’entre autres, les guerres et conflits ainsi qu’une relative instabilité politique dans plusieurs pays, sans compter des pandémies comme le VIH/SIDA, ont largement contribué à la détérioration de la situation de l’éducation.
iii) La dynamique de décentralisation de l’offre, de la décision et du contrôle en matière d’éducation reste encore timide.
iv) Même si de multiples études sur l’éducation africaine ont été menées, il n’en demeure pas moins qu’elles sont loin de couvrir tous les besoins afférents à ce domaine essentiel pour la connaissance et l’amélioration d’un système. En outre, nombre de ces études ne sont pas diffusées et du coup ne peuvent véritablement servir.
v) La prépondérance, pour ne pas dire l’omnipotence des soutiens technique et financier des partenaires extérieurs.
vi) Le faible développement de l’économie de l’éducation empêche de prendre suffisamment en compte les valeurs ajoutées de l’éducation, dans les processus de macro-planification.
Pour espérer améliorer la situation susmentionnée, l’on ne peut manquer d’agir sur plusieurs fondamentaux parmi lesquels
- La définition partenariale des principales orientations
i) en promouvant une « demande impérieuse » des différents acteurs (notamment de la base) concernés par l’Ecole et la formation grâce notamment à la stratégie du « besoin aspirant » (faire reconnaître, apprécier les avantages d’une implication de tous dans la détermination des objectifs de développement de l’éducation dans le terroir ou le quartier) afin de créer une sorte d’accoutumance. Ce qui revient à impulser un dialogue social centré sur les rôles et responsabilités des différents agents engagés dans l’éducation ;
ii) en luttant contre les préjugés culturels qui jurent d’avec une volonté de généralisation de la scolarisation ;
iii) en développant des programmes de mobilisation sociale autour notamment de la participation communautaire (partenariat dynamique) qui constitue une autre voie royale pour espérer une sensible amélioration de l’éducation en Afrique ;
iv) en initiant une large politique de communication entre enseignants et parents ;
v) en revalorisant l’image des institutions d’éducation de base.
- L’amélioration quantitative et qualitative des productions éducationnelles, ainsi que leur large diffusion
i) L’adaptation plus accrue des contenus de l’éducation aux réalités locales ;
ii) Le rehaussement du niveau de formation des enseignants, avec un accent particulier sur la mise en place d’équipes pédagogiques
- L’endogénéisation plus accrue du financement de l’éducation
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Boubacar Niane (28 août 2012). Réseaux francophones des professionnels de l’éducation. Elites - Savoirs - Postures. Consulté le 25 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/oiv9

