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Evaluation du programme de subventions ROCARE

Evaluation analytique et prospective des trois premières éditions du Programme de subventions pour la recherche en éducation, ROCARE, Bamako, juin 2008

 

Quelque six ans après le lancement du Programme ROCARE de subventions pour la recherche en éducation, il est apparu nécessaire d’apprécier le travail acquis en vue d’amplifier si nécessaire d’amplifier la dynamique enclenchée depuis 2001 et relative à la capacitation de jeunes chercheurs africains. Pour ce faire, il importait de mesurer le degré d’efficacité des principales fonctions d’une organisation ou d’un programme et que sont la Formation, la Fabrication (production), la Facilitation (dissémination) afin de pouvoir retenir des pistes d’actions à fort coefficient de coût/efficacité. Entre autres axes de questionnement et d’analyse qui ont été explorés, l’on peut retenir i) les opportunités (institutionnelles – organisationnelles –informationnelles – etc.) pouvant être maximisées ; ii) les acteurs les plus pertinents du processus avec leurs profils, leurs appartenances institutionnelles et leurs contributions pour la réussite du ‘Programme de subventions ; iii) les  facteurs handicapants et de réussite à prendre en compte pour la poursuite et la pérennisation éventuelles du ‘Programme de subventions’. Ainsi dans une première partie, il a été mis en exergue les principaux défis des systèmes d’éducation et de formation en Afrique ainsi que les réponses du ROCARE par rapport auxdits défis, avant de dessiner les principaux contours du ‘Programme de subventions’. Dans un deuxième moment, il est analysé les principaux résultats en termes de formation, de production, de dissémination. Les expériences porteuses et les leçons apprises présentées par la suite, ont permis d’indiquer quelques  pistes de réflexion et d’amélioration.

L’approche méthodologique utilisée a été holistique, c’est-à-dire une approche systémique pour identifier les diverses interrelations existantes notamment entre le ROCARE, ses domaines et zones de concentration d’une part, l’environnement des politiques d’éducation et de formation en Afrique d’autre part. Plusieurs  supports et instruments de recueil de données et d’informations ont été utilisés : documents de référence-  visites de terrain  dans sept des quatorze pays participant au Programme de subventions – entretiens approfondis – etc. Ainsi, les conclusions et recommandations  proposées, même si elles ne couvrent pas la totalité des problèmes auxquels le ‘Programme de subventions’ peut être confronté, n’en constituent pas moins un paquet d’actions qui peuvent, non seulement contribuer largement à lever maints obstacles, mais aussi constituer des mesures d’anticipation pour des performances améliorées.

Entre autres défis des systèmes d’éducation et de formation en Afrique subsaharienne, les analystes s’accordent à noter a) un accès encore difficile pour certaines catégories, notamment les filles, b) des taux d’abandon assez importants, c) un certain déficit en maîtres qualifiés, d) une gouvernance des systèmes peu performante, e)une dynamique de recherche encore timide et dont les résultats restent insuffisamment disséminés et internalisés. Par rapport à ces principaux défis, le ROCARE entend se positionner comme une plateforme et un facilitateur pour la promotion de la recherche en éducation. C’est ainsi que dans le cycle d’activités 2002-2010 du ROCARE, il est  notamment retenu  pour le ‘Programme de subventions’, de a) renforcer la capacité nationale et régionale en recherche et évaluation des politiques ; b) d’améliorer la qualité de la recherche ; c) de faciliter les échanges et la collaboration entre chercheurs, acteurs et décideurs. Pour ce faire, le ROCARE s’appuie essentiellement sur ses centaines de membres (pour la plupart officiant dans des universités et instituts de recherche) mobilisés dans des espaces d’échanges, de recherches avec des outils et procédures idoines. A cela il faut ajouter un important réseau partenarial.

En tant que système d’organisation et de promotion, le ‘Programme de subventions ‘ fait montre d’une grande adaptabilité, d’une capacité à produire et accompagner des innovations en matière de recherche en éducation notamment. En d’autres termes, les fondamentaux d’une organisation efficace et durable sont largement assurés par le management du Programme de subventions.

En termes de stock de formation dispensée, les résultats des trois éditions du ‘Programme de subventions’ sont fort appréciables. En même temps que le nombre de pays participants est passé de 10 à 14, le nombre de chercheurs impliqués dans le programme a plus que doublé en  passant de 38 (première édition) à 93 (3e édition). Le nombre cumulé de chercheurs impliqués s’élève à plus de 210 avec un pourcentage de femmes assez notable (plus de 50% dans certains pays). Dans l’ensemble, environ 2/3 des récipiendaires sont étudiants en plein temps ou Assistants. Environ  1750 hommes/jour de formation ont été dispensés à ces récipiendaires.

S’agissant de la production du Programme de subventions, plus de 60 travaux scientifiquement validés ont été réalisés par les différentes équipes,  en traitant  divers sujets déclinés à partir des thématiques générales des trois éditions. A partir des meilleurs travaux, plusieurs projets d’articles scientifiques à publier dans des Revues ont été retenus.

Pour parvenir à des tels résultats, il a fallu mobiliser, hormis les parrains scientifiques qui ont encadré les récipiendaires dans leurs processus de recherche, un large spectre d’institutions et d’organismes parmi lesquels des universités et ministères de l’éducation. Les échanges avec lesdites institutions ont été multiformes et divers même si les  flux ont été le plus souvent orientés vers le ‘Programme de subventions’. En clair, le Programme a été relativement moins pourvoyeur dans le processus d’échanges institué.

Grâce aux ‘Cafés ROCARE’ organisés à la fin de chaque édition (et qui regroupent chercheurs, décideurs, utilisateurs potentiels), un processus de dissémination des résultats de recherche a été mis en place. Quand bien même, la dynamique resterait encore assez timide, c’est là une opportunité bien porteuse à terme, surtout si l’on considère le rôle et la place que  la Revue africaine de la Recherche en Education (JeRare) peut et doit occuper dans la  reconnaissance et la  légitimation scientifiques du travail accompli.

Maintes expériences porteuses que l’on gagnerait à pérenniser et mieux à porter à l’échelle peuvent être comptabilisées.  En tant que ‘Success Stories’, ces expériences ont donné de la valeur ajoutée non seulement à des récipiendaires (individualités), mais aussi à des groupes ou chapitres nationaux, si ce ne sont des segments de systèmes d’éducation et de formation. Pour les récipiendaires, ces valeurs ajoutées peuvent être déclinées en termes de considération administrative ou scientifique renforcée,  d’effets d’entraînement ou d’ouverture à d’autres domaines ou thématiques de réflexion, de trajectoires socioprofessionnelles nouvelles, de constitution d’un réseau personnel de contacts professionnels, de développement personnel, etc. Pour les chapitres nationaux, il s’est plutôt agi d’éléments constitutifs de ‘centre-ressources’ comme lieu de rencontres et d’animation scientifiques. Les apports aux systèmes éducatifs, de formation et de recherche sont essentiellement une  intégration de plusieurs résultats dans des dispositifs pédagogico- administratifs.

Entre autres leçons apprises des trois éditions du ‘Programme de subventions’, ont peut retenir qu’il est de plus en plus dans l’agenda de la vie  des campus universitaire et de l’administration des systèmes. Le nombre et la diversité des projets de recherche soumis chaque année aux coordinations nationales, sont bien un indice de cette tendance positive en faveur du ‘Programme de subventions’. Toutefois, des facteurs handicapants sont à noter. Il s’agit notamment des risques de démobilisation, de désengagement comme corollaires ou conséquences  de candidatures par nécessité (capture de financement) ; le sentiment de marginalisation d’anciens chercheurs qui s’estimeraient comme des laissés pour compte ; l’absence de contacts soutenus avec les anciens récipiendaires.

Mais bien de facteurs  de performance existent aussi. Sous ce rapport, le système d’organisation en Réseau du ROCARE est un atout majeur. Il s’y ajoute une revalorisation de l’image que procure la désignation comme centre d’excellence par l’UEMOA, sans compter le statut d’observateur à l’Union Africaine.

Au total, trois axes majeurs d’élargissement et de consolidation des acquis enregistrés peuvent être retenus. Il s’agit d’un renforcement de i) la fidélisation / valorisation des acteurs pertinents, ii) la flexibilité dans les démarches, procédures, etc., iii) la professionnalisation de certaines fonctions tout en cherchant à maximiser les zones de synergies possibles et/ou existantes. A n’en pas douter, une masse critique en matière de recherche et d’encadrement est en voie d’être capitalisée par le ‘Programme de subventions’. Dès lors, il importe de conserver et mieux d’accroître ce potentiel.  Se faisant, s’installerait une dynamique durable de valorisation de l’image et du statut du ROCARE qui aura contribué à la constitution et à l’essaimage d’une “grappe” de chercheurs avec comme plateforme le ‘Programme de subventions’. Ce pari peut être largement gagné si les sièges nationaux deviennent de véritables centres-ressources, c’est-à-dire des espaces ouverts de rencontres, d’échanges, d’information, de documentation et qui aideraient à l’incubation, à la mutualisation pour d’éventuels  de projets inter-pays.

 

Boubacar Niane
Boubacar Niane

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Boubacar Niane (27 août 2012). Evaluation du programme de subventions ROCARE. Elites - Savoirs - Postures. Consulté le 23 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/oiup


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