{"id":747,"date":"2021-01-09T22:44:33","date_gmt":"2021-01-09T20:44:33","guid":{"rendered":"https:\/\/equus.hypotheses.org\/?p=747"},"modified":"2021-01-09T23:19:18","modified_gmt":"2021-01-09T21:19:18","slug":"evangelia-tsoni-sujet-et-ou-objet-de-mouvement-dans-les-trajectoires-derrance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/equus.hypotheses.org\/747","title":{"rendered":"Evangelia Tsoni: Sujet et\/ou objet de mouvement dans les trajectoires d\u2019errance"},"content":{"rendered":"\n<p>Le sujet et l\u2019objet, ce <em>que<\/em> ou <em>qui <\/em>constitue le questionnement central d\u2019un travail: \u00e7a renvoie presque \u00e0 une exercice grammaticale afin de trouver le sujet et l\u2019objet de la phrase de l\u2019\u00e9nonciation.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la clinique nous avons \u00e0 faire avec la question du sujet et de l\u2019objet du discours. \u00c7a renvoie \u00e0 la fameuse question ontologique, et par essence tragique, pos\u00e9e sur la sc\u00e8ne po\u00e9tique par \u0152dipe \u00e0 la Pythie de Delphes que Sphinx lui renvoie \u00e0 son tour, et que Freud situe au centre de la sc\u00e8ne analytique&nbsp;: \u00ab&nbsp;qui suis-je&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Question qui fonde le tragique de l\u2019existence, mais qui se transforme dans les coulisses de la sc\u00e8ne \u00e0 un \u00ab&nbsp;Que suis-je&nbsp;\u00bb qui fait surgir le comique sur lequel se fonde tout discours \u2013 comme Freud le d\u00e9montre pertinemment dans le <em>Mot d\u2019esprit<\/em>. Ce fameux \u00ab&nbsp;que suis-je&nbsp;\u00bb articul\u00e9 \u00e0 la question \u00ab&nbsp;Che vuoi&nbsp;\u00bb d\u00e9voile la place de l\u2019objet dans la psychopathologie de la vie quotidienne.<\/p>\n\n\n\n<p><!--more--><br><code><\/code><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la clinique on est ainsi \u00e0 la recherche du sujet et de l\u2019objet&nbsp;: nous nous interrogeons si le sujet initie l\u2019action, le mouvement de la cha\u00eene signifiante ou s\u2019il est port\u00e9 comme objet dans le mouvement discursif, dans le flux de la parole, d\u2019un <em>o<\/em>tre, auquel il s\u2019inscrit et il est inscrit, parfois presque coll\u00e9&nbsp;: s\u2019il parle ou il est parl\u00e9, en bref\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>Cette question ontologique concernant la place du sujet\/de l\u2019objet du discours, \u00e7a se transforme, j\u2019ai l\u2019impression, \u00e0 une question purement topologique dans les cliniques contemporaines de l\u2019errance et de l\u2019exclusion<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les cliniques de l\u2019errance plut\u00f4t que de chercher \u00e0 identifier le sujet qui s\u2019\u00e9clipse dans ce qu\u2019il dit, il s\u2019agit d\u2019une tentative d\u2019identifier le mouvement qui fait \u00e9clipser le sujet dans la mise en circulation d\u2019un corps qui se d\u00e9place d\u2019un lieu \u00e0 l\u2019autre. Le sujet, ayant oubli\u00e9 sa destination ou n\u2019ayant pas par ailleurs d\u00e8s le d\u00e9part de destination, est pris par le rythme, parfois monotone parfois fr\u00e9n\u00e9tique, du mouvement, dans un \u00e9ternel et infini \u00ab&nbsp;il faut que \u00e7a bouge&nbsp;\u00bb. Un mouvement qui, avant d\u2019\u00eatre sans sujet qui s\u2019y absente, volontairement ou non, et qui s\u2019y distancie, activement pour autant, de son \u00ab&nbsp;\u00eatre-l\u00e0&nbsp;\u00bb -de son propre corps et du corps de la soci\u00e9t\u00e9-, est souvent sans objet qui saurait l\u2019accrocher \u00e0 un lieu pour le loger et pour le contenir. <em>A-topos<\/em> ou ce fameux <em>no man\u2019s land<\/em> qu\u2019on utilise souvent pour d\u00e9crire les cliniques de l\u2019errance.<\/p>\n\n\n\n<p>Suivre le mouvement \u2013 ce qui n\u2019est pas sans nous rappeler le mouvement pulsionnel lorsqu\u2019il n\u2019arrive pas \u00e0 s\u2019ancrer \u00e0 un objet, cette \u00e9nergie qui se d\u00e9place librement d\u00e9li\u00e9 et sans point d\u2019ancrage-, identifier de lieux possibles (si possible) afin de l\u2019ancrer quelque part (m\u00eame momentan\u00e9ment, pour une pause afin que le mouvement reprenne son cours), pour ensuite faire appel au sujet qui saurait r\u00e9habiliter les lieux avec son corps et\/ou par son discours, c\u2019est le travail qu\u2019on est invit\u00e9 \u00e0 faire lorsqu\u2019on rencontre des sujets exclus pris dans un mouvement erratique. Et cela afin d\u2019arriver \u00e0 instaurer les contours du parcours, les bords de ce qui est de l\u2019ordre de l\u2019intime, les limites entre le dedans et le dehors, entre l\u2019objet mouvant et le sujet du mouvement. Agencement du mouvement, retracement de l\u2019architecture rhizomatique et des mouvements de la ritournelle, comme dirait Deleuze, afin d\u2019\u00e9tablir de nouvelles terres, \u00ab&nbsp;d\u2019inventer des nouveaux espace-temps&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 o\u00f9 le corps est port\u00e9, presque command\u00e9, par le mouvement, ses al\u00e9as et ses dangers, la parole et sa charge traumatique se tait ou se met entre parenth\u00e8ses. Nous sommes au-del\u00e0 des temps du trauma, dans un non-lieu atemporel. Le sujet est dans le qui-vive.&nbsp; Ce n\u2019est que dans un second temps, qu\u2019il y a la place pour interroger le sujet et pour nous lancer \u00e0 nos pr\u00e9occupations grammaticales, de d\u00e9cryptage et de d\u00e9codage, de loger le sujet dans sa propre parole et de traiter ce qui trouve dor\u00e9navant l\u2019espace pour se manifester \u2013 traumas, sympt\u00f4mes, d\u00e9construction du sens et construction des sens singuliers. Et cela, \u00e0 condition que, dans ce premier temps de traitement du mouvement, l\u2019errance n\u2019appara\u00eet pas comme solution subjective de l\u2019ordre d\u2019une invention pour \u00e9viter l\u2019effondrement \u2013 l\u00e0 nous n\u2019avons que suivre le sujet dans ses trajectoires essayant avec lui de consolider les points d\u2019ancrage,&nbsp; et de rep\u00e8res, de lui permettre de tracer les lignes de fuite qui le parcourent, et qui lui permettront de continuer \u00e0 bouger, mais all\u00e9geant un peu l\u2019imp\u00e9ratif du \u00ab&nbsp;il faut que \u00e7a bouge&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui me semble r\u00e9unir les trajectoires d\u2019errance et d\u2019exclusion, lorsqu\u2019on les croise dans la clinique, c\u2019est qu\u2019au d\u00e9part, avant m\u00eame d\u2019entrer dans un traitement du discours et de son trauma constitutif, c\u2019est une n\u00e9cessit\u00e9 de traiter, voire de dialectiser, le mouvement. Pas de l\u2019interroger au sens de le mettre en question, mais de s\u2019y int\u00e9resser, de le faire parler dans le pr\u00e9sent et d\u2019\u00eatre \u00e0 son \u00e9coute. Le sujet en errance semble \u00eatre port\u00e9 par le mouvement, le suivre, parfois m\u00eame le subir&nbsp;: \u00e7a le guide plut\u00f4t qu\u2019il le guide. On est donc souvent convoqu\u00e9 \u00e0 suivre le mouvement dans le r\u00e9el du sujet errant, m\u00eame parfois dans ces d\u00e9bordements \u2013 cela semble rejoindre aussi le premier temps des rencontres dans la clinique de la psychose, pour autant j\u2019ai l\u2019impression que les trajectoires et le travail engag\u00e9s ne sont pas tout \u00e0 fait les m\u00eames. C\u2019est le temps \u00e0 prendre afin de retracer les chemins, d\u2019identifier ce qui bouge et dans quelle direction \u2013 si direction il y en a&nbsp;: s\u2019il y a un sujet qui initie le mouvement ou s\u2019il est port\u00e9 par celui-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>Prendre ce temps de tracer le trajet, de nommer les lieux, de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce qui bouge sans l\u2019arr\u00eater forc\u00e9ment, de r\u00e9injecter, voire d\u2019introduire quelque chose du c\u00f4t\u00e9 de la vie dans un mouvement mortif\u00e8re, peut ranimer quelque chose de vivant, de cr\u00e9atif, de d\u00e9sirant. Car la question souvent est de transformer une trajectoire de survie au cours duquel le corps\/\u00e7a bouge, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 du mouvement et dans l\u2019urgence pour ne pas mourir, \u00e0 un processus plus actif et cr\u00e9atif, \u00e0 un mouvement port\u00e9 par un corps qui identifie et d\u00e9finit les lieux. Lorsque les espaces sont trac\u00e9s et d\u00e9finis, ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 ce moment l\u00e0 qu\u2019un d\u00e9placement peut \u00eatre op\u00e9r\u00e9 entre l\u2019objet mouvant\/en mouvement et le sujet qui est en mouvement. On n\u2019est pas loin de la topologie des surfaces que Deleuze encore propose<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> , faite par des rencontres et d\u2019\u00e9v\u00e9nements singuliers&nbsp;: \u00ab&nbsp;D\u00e9finir quelque chose ne revient pas \u00e0 expliquer ce que cela signifie, mais expliquer ce que c\u2019est, c\u2019est-\u00e0-dire le faire ou le produire dans le r\u00e9el&nbsp;\u00bb, avec une constante red\u00e9finition des bords, des fronti\u00e8res, des limites&nbsp;: \u00ab&nbsp;lignes de flottaison&nbsp;\u00bb qui permettent de rattacher le dedans du dehors afin d\u2019en r\u00e9sister.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut le temps des rencontres multiples afin d\u2019identifier comment le sujet se situe dans le mouvement, en retranscrivant ses trajectoires, en se perdant parfois dans des chemins qui ne m\u00e8nent nulle part, en instaurant, le moment propice, avec lui d\u2019autres trajectoires, ou ouvrant la possibilit\u00e9 de la mise en place des espaces transitionnels qui pourraient d\u00e9limiter l\u2019espace et dessiner les contours qui s\u00e9parent l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019ext\u00e9rieur. Un premier temps de retranscription du mouvement, et d\u2019errance avec le sujet qu\u2019on rencontre dans ces cliniques et de la mise en place de points de rep\u00e8re, ou plut\u00f4t de points de suspension &#8211; des ponts&nbsp;: r\u00e9tablissement de la physique classique qui cerne le temps \u00e0 partir d\u2019un espace born\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette clinique singuli\u00e8re nous invite \u00e0 sortir du temps confortable des consultations par la parole, \u00e0 sortir des espaces bien limit\u00e9es et \u00e0 bouger aussi de notre part, \u00e7a nous invite \u00e0 initier un mouvement d\u2019associations et de connexions, \u00e0 s\u2019introduire en bref \u00e0 un travail \u00e0 plusieurs&nbsp;: plusieurs espaces, plusieurs interlocuteurs et lieux d\u2019accueil.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce mouvement nous nous situons comme un point parmi d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant et en parall\u00e8le du traitement de la parole, il y a un corps qui bouge, qui s\u2019agite, et a besoin de lieux pour se poser&nbsp;; il y a souvent une langue qui, malgr\u00e9 le mouvement, reste attach\u00e9 \u00e0 ses origines et ne trouve pas ou ne se sent pas en s\u00e9curit\u00e9 pour s\u2019ancrer \u00e0 la langue de l\u2019autre qui l\u2019accueille. Ce premier temps des rencontres avec le sujet en errance, le sujet en exil, le sujet qui bouge sans cesse aux marges, c\u2019est souvent un temps d\u2019orientation, de d\u00e9limitation, \u00e0 savoir le temps pour qu\u2019il y ait le temps, le temps de la mise en place des sens au pluriel, au sens des directions, et des points topographiques. C\u2019est le temps n\u00e9cessaire pour inscrire une topographie qui pourrait ou non se transformer \u00e0 une topologie (de l\u2019\u00e9criture \u00e0 la parole&nbsp;; du graphe au logos). C\u2019est aussi le temps de l\u2019invention d\u2019une langue interm\u00e9diaire qui permettra que l\u2019exp\u00e9rience soit partag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Arriver \u00e0 nommer les lieux du trajectoire, \u00e0 tracer le chemin, \u00e7a permet que les lieux prennent vie&nbsp;; et que la pulsion arrive \u00e0 se canaliser a minima\u2026.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Gilles Deleuze, <em>Logiques du sens, <\/em>Paris, \u00e9d.de Minuit, 1969, p.133&nbsp;; <em>Diff\u00e9rence et r\u00e9p\u00e9tition, <\/em>Paris, PUF, 1968, p.236-246.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le sujet et l\u2019objet, ce que ou qui constitue le questionnement central d\u2019un travail: \u00e7a renvoie presque \u00e0 une exercice grammaticale afin de trouver le sujet et l\u2019objet de la phrase de l\u2019\u00e9nonciation. 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