La notion de migration mixte

Dans son article “Réfugiés à l’ouest rien de nouveau” (25/07/2017) Catherine Wihtol de Wenden mentionne  la notion de flux mixte. Un clic sur les mots m’amène sur une page du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) intitulé “La protection des réfugiés et les mouvements migratoires mixtes“. L’article comprend 4 paragraphes structurés comme suit : 1) définition du terme migrant, 2) différenciation entre migrant et réfugié, 3) constat de l’existence d’un flux migratoire mixte, 4) présentation du plan d’action  de 2006 du HCR concernant ce flux.

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Première info pour moi, la terminologie est moins récente que ce que je pensais. L’intérêt principal de cette lecture est la clarté avec laquelle la différence est opérée entre migrant et réfugié, “Le terme migrant désigne largement toutes les personnes se rendant dans un pays étranger pour une période donnée (…)  Les migrants, en particulier les migrants économiques, choisissent de se déplacer pour améliorer leur qualité de vie. Les réfugiés sont forcés de fuir pour rester en vie ou pour conserver leur liberté.” La différenciation s’appuie sur  deux critères relatif au déplacement géographique d’un pays à un autre: le choix et la finalité. Le migrant a le choix et a comme finalité d’améliorer sa vie. Le réfugié n’a pas le choix et a comme finalité de préserver sa vie.

Or le problème pour les pays d’accueil et les institutions telles que le HCR est que migrants et réfugiés se déplacent ensemble, font les mêmes trajets, “les mêmes routes et les mêmes moyens de transport pour se rendre à l’étranger.” Comment alors engager une politique spécifique de protection en direction de ceux qui ne choisissent pas le déplacement et l’effectue pour préserver leur vie ?

L’intérêt principal de cette notion de flux mixte me semble résider dans le fait qu’elle normalise l’objectif politique d’une distinction et d’un traitement séparé des personnes en fonction du choix et de la finalité du déplacement. Ce faisant, elle incorpore un principe de justice concernant l’accueil des migrants, la protection du pays d’accueil est offerte à ceux qui ne souhaitent pas être dans le pays d’accueil mais n’ont eu d’autre choix que de quitter leur chez eux pour venir dans notre chez nous. A contrario, elle opaque le rapport à l’enjeu économique en le renvoyant du côté du migrant (migration économique) et non du réfugié alors que, en France notamment, la question de l’accueil est toujours liée à une préoccupation économique.

«Souvenez-vous de ce que disait Michel Rocard, l’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle peut prendre sa part de cette misère.» 

Michel Sapin, le  20 avril 2015, propos repris par le journal Libération.

Dans un article paru dans The conversation, ” Géopolitique du risque : les réfugiés une chance pour l’économie” Ranabir Samaddar souligne  que “la question qui est le plus souvent posée est celle de l’impact des réfugiés sur l’économie du pays d’accueil, sans se poser celle de la raison pour laquelle cette économie ne peut se passer des réfugiés. Ce que l’on pourrait appeler l’économie des réfugiés. La relation entre réfugiés et économie est, dès lors, mal comprise.” On retrouve à travers la notion de contribution dans le pays d’accueil la question de la justice posée à travers son destinataire : le réfugié dans ce pays ou l’habitant de ce pays, accueillir l’un sans léser l’autre. 

Elvire Bornand
Elvire Bornand

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Elvire Bornand (25 juillet 2017). La notion de migration mixte. Endroits / En droits. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/o8js


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