La Vie des idées a interviewé Aline Angoustures et Dzovinar Kevonian à l’occasion de la sortie de l’ouvrage qu’ils ont dirigé Réfugiés et apatrides. Administrer l’asile en France (1920-1960).
Les auteurs reviennent sur l’importance politique de la distinction entre immigrés et réfugiés. Cette distinction intervient dans les années 1920 comme tentative des Etats de résoudre la question des apatrides. “L’idée n’est pas tant de les distinguer des immigrés que de leur permettre de devenir des migrants pouvant, avec un certificat d’identité et de voyage (le « passeport Nansen »), émigrer dans d’autres États que les pays de premier asile. Le certificat remplace le passeport national manquant ou impossible à obtenir.” Les deux décennies 1920 et 1930 sont marqués par des exils et déplacements massifs de populations. Après la seconde guerre mondiale, la notion de persécution dans le pays d’origine est ajoutée à celle d’absence de pays d’appartenance. La convention de Genève (1951) inscrit cette évolution dans le droit international.
La construction des catégories associées à la mobilité transfrontalière donne lieu à la création de documents associant l’identité personnelle et l’appartenance à un pays donné. Le système des passeports et des visas se généralise après la seconde guerre mondiale. Chaque pays doit articuler son propre cadre juridique avec les normes internationales et des préoccupations géostratégiques et de politique intérieure. “On peut aussi constater que l’accueil des réfugiés engendre et révèle les clivages politiques et sociaux et les formes de mobilisation des acteurs. La politique menée est le résultat d’un rapport de force et de compromis entre les différentes configurations (fraternité, indifférence, altérité) et les projections dont les réfugiés sont les représentants (guerre, misère) ou les boucs émissaires (protection de l’emploi).”
L’octroi du statut va progressivement donner naissance à la construction de services spécialisés mobilisant un ensemble d’expertises permettant d’évaluer la conformité de la demande avec les normes juridiques en vigueur au plan national et international. Le droit est en constante évolution, résistant à certains changements (la notion de réfugié climatique) et en acceptant d’autres (l’orientation sexuelle).
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Elvire Bornand (9 juillet 2017). Sur la construction de la catégorie Réfugiés. Endroits / En droits. Consulté le 27 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/o8jr