Ressources numériques en sciences humaines et sociales OpenEdition Nos plateformes OpenEdition Books OpenEdition Journals Hypothèses Calenda Bibliothèques OpenEdition Freemium Suivez-nous
Mise en avant

Des Français déchus de la nationalité à Lima en 1941 : traces de la politique de Vichy appliquée en Amérique du Sud

 

Une illustration du journal La Cronica envoyée à Paris en octobre 1941. Clio condamne Pétain

L’article ci-dessous est le résultat de recherches  effectuées en 2023 à Paris  (Archives diplomatiques) et Lima (Archivo General de la Nación).

La légation de France au Pérou rédige le 2 septembre 1941 à l’intention de l’amiral Darlan, ministre secrétaire d’état aux Affaires Étrangères du gouvernement de Vichy « les renseignements d’état-civil concernant les français du Pérou déchus de la nationalité par décret du 26 avril 1941 ». La signature du document conservée aux Archives Diplomatiques est illisible, à la différence des noms de 9 Français qui se retrouvent apatrides par une décision administrative.

Il s’agit d’hommes nés en France ou au Pérou, des notables qui exercent comme commerçants (tel Paul Bert, et Jean Marcel Gondonneau arrivé au Pérou en 1902), un comptable (Marcel Cadiot),un  médecin (Charles Morin, né à Trujillo en 1901), un ingénieur (Robert Paul Valdenaire originaire de La Rochelle), Louis Poirier mécanicien employé par Renault sur place. Deux déchus de la nationalité ont été employés dans l’administration de l’Ambassade, tel l’ancien chancelier Aimé Dussol, ou l’ancien attaché commercial qui sont mis au ban de la communauté française. La plupart de ces expatriés bénéficie d’une notoriété que le décret ne peut leur enlever comme le chimiste Emmanuel Pozzi Escot, né à Bergerac en 1880, qui est membre de l’Académie des Sciences du Pérou, et professeur à l’université, à l’école d’agriculture et à l’école navale au moment de la mesure vichyste. Continuer la lecture de « Des Français déchus de la nationalité à Lima en 1941 : traces de la politique de Vichy appliquée en Amérique du Sud »

Mise en avant

Les Filles de la Charité au Pérou

Le présent texte est issu des investigations menées sur l’histoire de l’émigration aquitaine en Amérique latine dans le cadre du projet EMILA. Extrait de  «  L’arrivée des Filles de la Charité en Amérique latine : des expériences de terrain instructives » par Isabelle Tauzin.

Embarquement à Bordeaux pour le Pérou (1857-1858)

Plus de quarante religieuses et deux lazaristes partirent de Bordeaux pour le Pérou le 16 septembre 1857 à bord du Saint Vincent de Paul, un trois-mâts de plus de neuf cents tonneaux, lancé par le constructeur bordelais Arman pour les armateurs Bordes et Le Quellec qui avait déjà transporté un premier groupe de Filles de la charité à Valparaiso. La navigation fut interrompue par une escale à Rio de Janeiro où descendirent deux religieuses qui ne supportaient pas le voyage. En 1857, le voyage des religieuses fut réalisé grâce au financement apporté par la Maison Montané, du nom du consignataire du guano, qui avait été élu député de la Gironde au début du Second Empire, et avait fait construire le Louis Napoléon inauguré par l’empereur à Bordeaux en 1852 avant de se retrouver ruiné en 1858 lorsque la consignation du guano revint aux Anglais Gibbs.

Le président Castilla avait autorisé la Société de Bienfaisance de Lima à entreprendre les négociations pour la venue des Filles de la Charité dès avril 1856. Outre le soutien du consignataire gersois, Montané, un autre Gersois, l’armateur Antoine Dominique Bordes avait d’excellentes relations avec la Congrégation de la Mission, et après avoir facilité l’installation au Chili, aurait transporté gracieusement sur l’un de ses clippers les plus emblématiques les Filles de la Charité. Continuer la lecture de « Les Filles de la Charité au Pérou »

Mise en avant

La caricature d’un émigrant bordelais en Argentine (1899)

La revue satirique Caras y caretas publie à Buenos Aires une galerie de portraits d’immigrants à partir du 15 avril 1899 sous la rubrique « Galería de inmigrantes ».

L’écrivain Francisco Grandmontagne qui a vécu au Pays Basque Sud avant d’émigrer à Buenos Aires et fonder la revue La Vasconia destinée à la communauté basque sur place, est l’auteur d’une biographie fantaisiste publiée le 13 mai 1899 d’un Français, défini comme un Bordelais et qu’il baptise M. Flémond.

Grandmontagne fait de la Gironde une terre mythique à la fois plantée de vignes et d’oliviers. Son personnage est une caricature, qui véhicule le cliché d’étrangers parasites prêts à exploiter le pays d’accueil. Flémont a étudié, appris surtout à compter et une fois arrivé en Argentine, trouver à s’employer dans un magasin de vins et spiritueux :

« Il n’a dérangé personne avec des lettres de recommandation, à la différence du [type du] bachelier immigrant. Ouvrier manuel et ouvrier intellectuel, homme aux multiples talents, il n’a pas perdu son temps à chercher difficilement un poste sédentaire. Il travailla comme ouvrier manuel dans une distillerie, avec cette relative indépendance dont ne jouit pas le comptable, soumis aux rebuffades patronales et pris en étau entre les intrigues des associés ».

Comme l’explique Isabel Santi dans « Algunos aspectos de la representación de los inmigrantes en Argentina » (Alhim, 2002, 4), l’immigré diplômé (« El bachiller », Caras y caretas, 15 avril 1899) qui arrive à la fin du XIXe siècle dans le Rio de la Plata, tel que le dépeint Grandmontagne, croit que tout lui est dû, du fait de son diplôme qui ne lui permettra pas d’accéder aux emplois qu’il espérait  de par ses origines et ses études.

Quant au Girondin imaginé par le même auteur, entre costumbrisme et naturalisme, Flémond fait rapidement fortune en produisant du vin frelaté, rougi par toute sorte de plantes (de la rose trémière aux algues) ; il invente des domaines viticoles, des chateaux au nom ridicule mais qui rencontrent le plus grand succès, et épouse une compatriote qui travaille à ses côtés et lui donne deux enfants, Flémond « règlemente la fécondité de la Gasconne ». Après des années à Buenos Aires, tandis que son épouse est partie s’installer à Paris, le Bordelais réalise un dernier voyage transatlantique: « M. Flémond professe à l’égard de ces jeunes pays un dédain presque olympien, croyant que notre bonnet phrygien peut être l’écuelle qui servira à porter le grain au bec de son coq français ».

Cet émigrant bordelais (en réalité Bordeaux est un prétexte, Grandmontagne ne donne aucune précision sur la ville), n’aura laissé comme trace de son passage en Amérique que « les colorants à l’aniline avec lesquels ses châteaux auront verni les estomacs contemporains ». C’est ainsi que le narrateur de Caras y caretas, conclut son portrait impitoyable et sarcastique à l’égard  de l’opportuniste qui a débarqué des rives de la Garonne pour repartir au plus vite, sans s’enraciner dans la province de Buenos Aires.

 

Sources

Caras y caretas, 1898-1899. Cervantesvirtual partiellement accessible en ligne.

Galería de inmigrantes – Monsieur FlémondCaras y caretas, Buenos Aires, n° 32, 13 mai 1899, p. 13-14.

Rodríguez Martín Carmen, « Francisco Grandmontagne y Félix Basterra: habitar en el entre trasatlántico», Estudios filosóficos Lxiv, 2015, p. 11-124, Universidad de Granada.

Santi Isabel, «  Algunos aspectos de la representación de los inmigrantes en Argentina », Amérique Latine Histoire et Mémoire. Les Cahiers ALHIM [Online], 4 | 2002

Mise en avant

L’exil uruguayen d’un capitaine normand

Passages. Vue prise de Sainte-Anne Hennebutte
Du transport de passagers à la condamnation en 1843: le sort du capitaine Louis Frémont, par Pierre Lair

Le 28 juillet 1842, le brick l’Indien pénètre dans le chenal d’entrée de Pasaia (Passages), une profonde ria située entre Fontarrabie et San-Sebastian, en Guipuscoa. Pour le capitaine Louis Frémont, qui le commande, descendant d’une dynastie de capitaines de navires normands, c’est la première fois qu’il fait escale au Pays Basque. Il quitte ce site protégé le 1er décembre suivant, avec à son bord 192 émigrants basques, qu’il va emmener à Montevideo, la capitale de l’Uruguay, une des destinations favorites des candidats à l’émigration.

Cathédrale de Montevideo, XIXe siècle.

Le 19 février suivant, Louis Frémont (qui, à ce moment-là, est en plein milieu de l’Atlantique) est condamné à un an de prison pour escroquerie par le tribunal correctionnel de Bayonne. Jean Eliçabe, natif de Tardets, en Haute-Soule, l’agent d’émigration à qui il était associé pour cette campagne, est condamné à la même peine.

Les recherches menées dans de nombreux services d’archive montrent qu’à l’exception des frères Brie, condamnés en 1841 par le tribunal commercial de Bayonne suite à leur implication dans l’émigration, il n’y a pas eu d’autres jugements pour ce motif. En première approximation, on peut expliquer la gravité de la sanction appliquée au capitaine Frémont par un concours de circonstances dont il a été victime. D’une part, en 1842, les pouvoirs publics sont exaspérés par l’importance de l’émigration. On considère généralement que sur le XIXe siècle, 100.000 Basques ont émigré en Amérique du Sud, pour une population évaluée à 400.000. D’autre part, la nouvelle du naufrage tragique de la Léopoldina Rosa survenu le 9 juin 1842 en Uruguay, est arrivée au Pays Basque en septembre, où elle a provoqué un émoi considérable.

Il ne serait pas étonnant qu’à ce moment-là, les pouvoirs publics basques aient ressenti le besoin de frapper un grand coup. Des échanges de courrier entre Jules Azevedo, le préfet des Basses Pyrénées et son ministre de tutelle, au sujet de Louis Frémont, expriment d’ailleurs clairement le fait qu’à son égard, ils ont décidé de faire un exemple, espérant ainsi  dissuader  les autres agents d’émigration. Mais une question se pose : à cette époque, de nombreux capitaines contribuaient à cette émigration, et Pasaia était un des principaux ports de départ. Alors pourquoi Louis Frémont a-t-il été le seul à être condamné ?

Un élément de réponse pourrait provenir de la façon dont Louis a recruté ses passagers : le procès-verbal de jugement précise que : « d’après la notoriété publique (Le capitaine Frémont) aurait engagé un certain nombre des émigrants à lui livrer des fonds, ou à contracter envers lui des engagements, faits qui constituent le délit d’escroquerie ». Cette terminologie évasive est précisée par un autre courrier d’Azevedo à son ministre : le texte mentionne « pour [régler] cette somme, les émigrants s’obligent par acte public, ainsi que j’ai eu l’honneur de vous en informer, à rester entièrement à sa disposition, pendant tout le temps nécessaire à l’acquittement de la dette qu’ils ont souscrite ».

Aux candidats à l’émigration qui ne disposaient pas de la somme nécessaire à la traversée, le capitaine Frémont faisait donc signer un contrat par lequel ils s’engageaient, une fois arrivés à destination, à travailler durement jusqu’à remboursement intégral du prix du passage, ce que certains contemporains considéraient comme une forme d’esclavage moderne. On est effectivement face à ce qu’on appelle aujourd’hui un passeur, ce qui fait tristement écho à ce qui se passe actuellement en Méditerranée et dans la Manche. Continuer la lecture de « L’exil uruguayen d’un capitaine normand »

Mise en avant

Les Filles de la charité à bord du Magellan (1853-1854) : cap vers le Chili

En Amérique du sud, trente Filles de la charité dont vingt-cinq françaises ont débarqué à Valparaiso dix ans après que le général Bulnes qui présidait le pays, eut demandé leur installation pour s’occuper des malades dans les hôpitaux. Un accord intervint entre l’émissaire de l’évêque de Santiago du Chili et le supérieur général des lazaristes ainsi que la supérieure générale des religieuses en juin 1853, de sorte que les Filles de la charité parties de Bordeaux à bord du Magellan le 17-18 novembre 1853 sont arrivées à Valparaiso le 15-16 mars 1854 grâce au financement de soixante mille francs apportés par le gouvernement chilien.

Le Magellan in Briot Claude et Jacqueline, Cap Horniers français… Paris, Chasse Marée, 2003.

Les aléas du voyage ont été rapportés par l’une des sœurs sous forme d’un journal adressé au supérieur général Étienne. Le témoignage précis a été publié en 1854 dans les Annales de la Congrégation de la Mission[1]. L’embarquement à bord du Magellan, propriété de l’armateur breton Le Quellec, eut lieu à la bonne saison pour franchir le Cap Horn, au moment de l’été austral.

Après l’estuaire de la Gironde, « commencent nos tribulations » écrit anonymement la correspondante du supérieur des pères lazaristes. Les religieuses sont victimes de malaises : « C’était une scène aussi grotesque que pitoyable de voir tout ce monde étendu, les unes dans leurs cabines, les autres dans la salle, ces plaintes que laissent échapper chacune à sa manière » (Annales, 1854, p. 263). Le dimanche 20 novembre, trois jours après le départ et la descente de la Gironde, les missionnaires renoncent à porter la cornette pour mettre le costume de voyage que « chacune trouve sur son lit : une pèlerine noire, un fichu blanc et une capote » (op. cit., p. 265). Continuer la lecture de « Les Filles de la charité à bord du Magellan (1853-1854) : cap vers le Chili »

Mise en avant

Les racines basques de Madeleine Truel Larrabure – Ascendencia vasca

Le Pays basque a été dépeuplé par l’émigration au cours du XIXe siècle.  Montevideo, Buenos Aires et Valparaiso sont des escales pour les migrants qui continuent jusqu’au Callao, le principal port du Pérou. La république andine connaît un essor exceptionnel à partir du milieu du siècle grâce à l’exportation de guano pour améliorer les rendements agricoles.

Vue de Suhescun. Source: Isabelle Tauzin

C’est vers cet Eldorado que les familles Gaillour et Larrabure partent du même village et émigrent au milieu du siècle. Ils quittent Suhescun, une commune située à quelques lieues de Saint-Jean-Pied-de-Port. Leur père, André Larraburu est métayer et marié à une jeune compatriote, Marie Aphat. Les registres du village basque enregistrent les noms de Larraburu, Larrabure et Larruburu pour la même famille. André Larraburu n’a pas pu apprendre à écrire. D’autres signent pour lui les registres de naissance des enfants. Continuer la lecture de « Les racines basques de Madeleine Truel Larrabure – Ascendencia vasca »

Mise en avant

Dédé et Ducasse, émigrants papetiers, de la Charente au Pérou

L’aventure américaine a enthousiasmé de nombreux habitants des départements aquitains, proches ou éloignés du littoral Atlantique et prêts à aller jusqu’au Pacifique pour faire fortune.

Isaac Dédé est né en Charente en 1801 dans la petite commune de Verrières ; fils d’agriculteur, il se forme à la papeterie et à la reliure et obtient les brevets de libraire, de lithographe et d’imprimeur pour exercer le métier. Il est installé à Cognac de 1829 à 1838 selon le dictionnaire des imprimeurs lithographes du XIXe siècle, éditée en ligne par l’École Nationale des Chartes.

Pierre Guillaume Gustave Ducasse est né à Bordeaux en 1809 et est connu au Pérou sous son troisième prénom, Gustave.  C’est le fils d’un chapelier du quartier des Chartrons à Bordeaux ; il est parti en 1832 à la Nouvelle-Orléans comme commis négociant puis deux ans plus tard, de retour en Gironde, obtient un passeport pour Lima en 1834, il réalise ainsi plusieurs voyages entre la France et le Pacifique comme négociant. Continuer la lecture de « Dédé et Ducasse, émigrants papetiers, de la Charente au Pérou »

Histoire de voyages, martyrs et territoires Europe, Amérique et Asie, XVIe-XVIIe siècles

Le colloque Histoire des voyages, martyrs et territoires Europe, Amérique et Asie, XVIe-XVIIe siècle,  a eu lieu les 10 et 11 juin 2026 à l’Université Nationale de Tucuman, organisé par l’historien argentin Marcelo Fabián Figueroa dans le prolongement d’une recherche collective initiée entre Tucuman et Buenos Aires depuis le début de la décennie.

Le colloque a comporté quatre sessions avec des intervenants argentins et internationaux qui se sont exprimés sur les dynamiques complexes des témoignages de martyre, des récits de voyage et des discours de résistance au début de la modernité. Programme en ligne. 

El Instituto Superior de Estudios Sociales (ISES CONICET-UNT) y las Cátedras de Historia Medieval y Moderna, en el marco del Proyecto PIUNT H-721, llevaron a cabo con éxito el Workshop Híbrido “Historias de viajes, mártires y territorios (Europa, Asia y las Américas), siglos XVI y XVII”. El encuentro, que se desarrolló durante los días miércoles 10 y jueves 11 de junio en la sede de Gral. Paz 931 (San Miguel de Tucumán), se estructuró en cuatro bloques de ponencias donde destacados especialistas y asistentes nacionales e internacionales expusieron sobre las complejas dinámicas de los testimonios de martirio, los relatos de viajes y los discursos de resistencia en la temprana modernidad. Gracias a su modalidad híbrida, el workshop reunió  a una gran cantidad de asistentes tanto de forma presencial como virtual, consolidándose como espacio clave para el debate académico y el intercambio de investigaciones sobre América del Norte y Sur, Asia y Europa.

 

Lettres de Charles Barroilhet à ses parents, 1827.

Lettre de Charles Barroilhet à sa mère,  5 janvier 1827. Source: Pierre Simonet.

Charles Barroilhet évoque le préjudice causé par le retard prévisible de l’embarquement; il se voit obliger d’engager « des dépenses énormes » à Bordeaux du fait du séjour qui se prolonge et de la nécessité de revoir son équipement pour voyager en Amérique du Sud. Il s’exprime  au nom de « mon ami Dutey et moi » : « Nous vivons ensemble dans le même hôtel, dans la même chambre, nous mangeons à la même table, enfin nous ne nous quittons plus » et célèbre « le caractère droit et loyal de cet excellent jeune homme sympathise on ne peut mieux avec le mien ; aussi vivons-nous plus comme deux frères dans la plus parfaite harmonie ».

La lettre porte aussi sur le colonel Sauveur Soyer : « Nous passons 3 ou 4 heures de la journée avec le colonel Soyer qui nous fait toujours l’accueil le plus amical […] tout nous fait croire que nous aurons en lui un zélé et puissant protecteur ».

Monsieur Flémond, par Francisco Grandmontagne

Caras y caretas, Buenos Aires, n° 32, 13 mai 1899, p. 13-14

Galería de inmigrantes

Monsieur Flémond

Es bordelés. Nació entre racimos, en los olivíferos campos de la Gironde. Fueron sus padres anfibios de mercaderes y agricultores. Ejercieron el comercio de cabotaje en aquel río enchocolatado por los arrastres de greda, y a la vez podaron su viña, herencia secular de sus más remotos abuelos. En la familia de los Flémond se unió el espíritu del mercader con el del labrador, la codicia de aquél y la fuerza de éste, el cálculo y el puño, el azadón y el remo, la podadera y la pluma, verdadero fenómeno de comunión de esfuerzos que sólo se observa en el cultérrimo pueblo francés.

A Charles Flémond metiéronle sus padres en los escritorios de Burdeos, para que aprendiera cómo las cabezas explotan a los brazos, cómo el espíritu acumulativo, germen de todo progreso, se desenvuelve más poderoso en el hombre de números que en el hombre de labor manual.

En Burdeos, alambique obligado del mosto de las dos Hesperias, del italo-español aprendió Flemond a llevar libros y a catar caldos, estudiando al mismo tiempo las finanzas y las costillas de que se compone un barril. Casó componentes, unificó el zumo de distintas regiones vinícolas, analizó yerbas y colorantes, haciéndose un doctor en química de bodega. Así fue desarrollándose en su espíritu el genio de su pueblo, la fantasía licuosa de los chateaux, un género de poesía espumante que tiene exaltados a todos los cerebros bordeleses.

Su genio creador de alegres líquidos no encontró en el trabajado suelo patrio el apoyo de los capitalistas. Allí el capital no es aventurero, necesita las seguridades del éxito, y el negocio de los chateaux es bastante vidrioso, como todas las empresas en que interviene más la imaginación que el trabajo efectivo.

En cierto modo se parece el negocio de los chateaux al de las revistas literarias: en éstas hay que acertar con el título, con las dimensiones, con el grabado y con los colorines, lo mismo que en aquéllos es necesario dar con un nombre provocador al paladar, con una botella incitante, de raro atractivo, y con una etiqueta llena de ringorrangos litográficos. En las revistas lo de menos es el texto, lo mismo que el líquido en los chateaux. En las primeras hay que poner pocas ideas, poca filosofía indigesta, y sí muchas bromas que disfracen la seriedad de la vida y… el hambre de los redactores. En los segundos, poco vino vigoroso y muchas yerbas aromatizadas, ilusoria triaca del alcohol.

***

No logró Charles Flémond ser profeta entre las neblinas de zumo de su tierra, y pensando en otra, aún más fantástica que la francesa, se acordó de América, de estos países jóvenes, como si dijéramos en el período de la dentición. En aquel puerto, principal punto de partida de la pauperista peregrinación europea que viene a la Meca pampera, se embarcó Flémond con rumbo a Buenos Aires “en un velero bergantín”, por el año 60, entre una legión de propietarios fecundadores del suelo americano, de recias cabezas pobladas de robustos ensueños, caras tostadas por los soles de los campos europeos y brazos endurecidos en la aridez de las heredades agotadas, donde las sementeras germinan enanas, porque ni Favonio ni Subsolano tienen ya fuerza seminal para procrear en las viejas entrañas de una tierra muerta de cansancio.

Llegó Flémond a Buenos Aires, sin un sou, pobre como las ánimas benditas. No molestó a nadie con tarjetas de recomendación, como el inmigrante bachiller. Obrero de brazos y obrero de cabeza, hombre de doble maña, no perdió el tiempo en el difícil hallazgo del pupitre sedentario. Trabajó como obrero manual en una licorería, con esa independencia relativa que no goza el tenedor de libros, sometido a los desplantes patronales y obligado a ser el balancín de la intriga entre los consocios.

Con los primeros ahorros se instaló en una habitación más espaciosa, donde cupieran además del catre del obrero, los enseres del manipulador; un barril, una tina de agua, un decalitro, tila, anilina, coriandro, flores de sauco y un cajón de pasas de Corinto, para extraer de entre sus arrugas el dormido alcohol que comunicara su espíritu a los demás componentes. Con el producto de las primeras botellas, vendidas en el barrio, fue adquiriendo nuevos elementos de producción, algas, orchilla, maqui, ros tremier y otros frutos de nuestra opulenta flora en sus aplicaciones a la industria licorera.

El guindao Flémond hizo época. La mulatada del año 60 paladeó con fruición inefable tan exquisito licor, y de aquellos tiempos data la ruina de las negras que hoy vemos pidiendo limosna por las calles de Buenos Aires.

Pero el ideal de M.Flémond fue siempre acertar con un insuperable tipo de château. Era para él como una cuestión de amor propio, algo como el puntillo de honor bordelés. Acostado por la noche, miraba todos los chismes de su laboratorio esparcidos al pie del catre, ideando nuevas fórmulas, nuevos casorios entre el coriandro y la tila, el regaliz y las flores de sauco. Su sueño era de ensueños licuosos, gestación creadora, arrancándole el demonio de la inspiración trasudores en la raíz del pelo. Compuso diversas clases de chateaux, dándoles nombres muy insinuantes, aunque los más apropiados a la índole del líquido fueran los de Chateau Robinet et Chateau la Pompe.

Por aquella época contrajo matrimonio con una gascona, hábil cocinera, de sana belleza, entre cuyas robustas caderas cabía una generación de Cyranos.

En lo que atañe al matrimonio, M. Flémond estaba de acuerdo con Pío Cid, el protagonista de la admirable novela de Ganivet, quien opinaba que la felicidad conyugal de los hombres fuertes de pecho y de alma, está en formar su tálamo con mujeres proletarias.

A sus conocimientos culinarios agregó la gascona los de embotellar y lacrar chateaux. Aquel matrimonio, además de una intensa comunión espiritual, fue una asociación de fuerzas para luchar por vivir bien, por vivir a la francesa, que es todo lo mejor que se puede vivir. Ella cuidaba admirablemente a su bordelés, inventando platos suculentos que fortalecían en M. Flémond los afectos de su espíritu con aquellos otros, no menos vigorosos, que arrancan del calor del estómago, base en que se asientan todas las torres del alma y toda la chapitelería del pensamiento. Mientras ella le cuidaba amorosamente, cautivándole con su afecto y con exquisitas coqueterías culinarias, seguía él, terne que terne, inventando chateaux, y entre los dos, en paz dulce, en paz que arrancaba de una profunda satisfacción de convivencia, consumían en expansiva sobremesa los chateaux no acreditados, que siempre eran los mejores.

La revolución del 74 dio a M. Flémond la base de la inmensa fortuna que hoy posee. El vino que entonces inventó no era ni mejor ni peor que los otros. Su acierto estuvo en la etiqueta, en la cual hizo estampar un gracioso diseño de la nariz de Alsina, poniendo debajo: “Chateau La Verde”. El éxito fue colosal. Los vencedores en aquella trifulca desdeñaban el champagne de Madame Cliquot, por el chateau de M. Flémond. Al poco tiempo montó una gran licorería, su hijo importador estableció una casa en Burdeos y otra en Marsella. Hoy es millonario en francos, sin poseer una teja en este país.

Porque ni el bordelés ni la gascona han podido nunca fundir sus espíritus en el espíritu americano. Hijos de un pueblo supercivilizado, las toscas sinuosidades de esta sociedad han hecho recogerse en sí, llevando intacto consigo el culto a su patria, traducido en amor irreductible. Su patriotismo no es el furor patriótico español, ni el algazaroso de los italianos, a tambor y cornetín. Estos dos elementos se confunden mejor con el espíritu americano, por analogías en la gradación de su progreso espiritual, teniendo, por lo tanto, más arraigo en el orden económico.

  1. Flémond profesa a esos países jóvenes un desdén casi olímpico, creyendo que nuestro gorro frigio puede ser la escudilla para llevar el grano al pico de su gallo francés. Sus dos hijos, únicos que tuvo, pues reglamentó la fecundidad de la gascona, están en Francia desde niños, habiendo hecho allí el servicio de las armas: son franceses. M. Flémond, que los quiere con toda su alma, ha temido quedarse sin ellos en algún atrio electoral si permanecían en su tierra, pues cree que la política solo sirve aquí como piedra de desgaste a la superabundancia de nuestras energías anímicas.

La gascona hace muchos años que está en París con sus hijos. Estos, ya mozos, vinieron una vez con su padre a visitar Buenos Aires, y nostálgicos de Francia a los dos días, volviéronse enseguida, demostrando que el patriotismo es un sentimiento puramente animal, que más radica en la costumbre de residencia que en amor al punto de nacimiento. Es una pasión adquirida, no innata. El generador del patriotismo es más bien el idioma que la tierra. La tierra por si sola no inspira nada, ni pone en comunicación a los hombres, que es lo que forma el espíritu colectivo y la geografía política de los pueblos.

Cada dos años va y viene M. Flémond. De buena gana se quedaría por allá per secula seculorum; pero la codicia le devuelve a América, a girar una visita a su antigua licorería, yunque de tantos años de fatigas persistentes. Bajo este anhelo, en visión perenne, flota en su espíritu el recuerdo de aquel cuarto humilde y de aquel catre en que madurara sus creaciones en noches alargadas por el insomnio. Siempre visita aquella habitación, llevado de ese extraño cariño que guarda el hombre a los lugares en que ha luchado con la penuria.

Los comandantes de los buques en que va y viene M. Flémond, trátanle con especiales atenciones por su influencia en la colonia francesa y por ser capaz de inclinar la carga en favor de la empresa naviera que mejor le trate.

A pesar de esto, de lo muy conocido que es en el comercio de esta plaza y de lo mucho que todos le queremos, la visita de este año será la última con que nos honrará M. Flémond, quien no habrá dejado otro signo de su paso por América más que los tintes de anilina con que sus chateaux habrán barnizado los estómagos contemporáneos.

Francisco Grandmontagne.

Portraits de familles de photographes à Lima: les Courret et les Dubreuil

Recensement de la famille Courret en 1841 à Angoulême. François Courret est alors installé à Lima, absent lors du recensement. AD 16

 

Les photographies, les portraits de groupe familiaux comme les portraits individuels, ne sont pas des clichés pris au hasard dans la seconde moitié du XIXe siècle, les portraits photographiques qui concurrencent la peinture, ont fait l’objet de toute une mise en scène artistique en vue d’un message à transmettre à la parentèle souvent éloignée.

Les Dubreuil sont au centre de la photo prise par Courret. BNP.
BNP

Ainsi, les clichés de groupes témoignent de la proximité des familles des deux photographes français Courret et Dubreuil établis au Pérou et successeurs d’Eugène Maunoury revenu à Paris en 1866. Peu de clichés ont été conservés des frères Courret eux-mêmes.

Chalet des Courret à Miraflores.  BNP.

Continuer la lecture de « Portraits de familles de photographes à Lima: les Courret et les Dubreuil »

Voyage en Amérique du Sud (1833-1835). Transcription, introduction et notes par Pascal Riviale

Eugène de Sartiges, Voyage en Amérique du Sud (1833-1835). Transcription, introduction et notes par Pascal Riviale, Paris, Ginkgo, 2025, 457 p.

Pascal Riviale offre aux lecteurs un témoignage unique sur le Pérou des années 1830 après avoir défriché le terrain des écrits d’exploration avec la transcription des cahiers de Théodore Ber retrouvés à Figeac après un séjour de quarante ans au Pérou (2014) ou encore le récit de Charles Wiener missionné en 1875 par le ministère de l’Instruction (2010).

Depuis 1878, Eugène de Sartiges, lui, n’avait pas été réédité en France, alors que son œuvre a retenu l’attention à Lima et donné lieu à deux éditions au cours du XXe siècle, à la mesure de son témoignage exceptionnel, contemporain des Pérégrinations de Flora Tristan.

L’édition établie par Pascal Riviale est unique car elle repose sur les archives que l’historien a identifiées, classées et transcrites avec le plus grand professionnalisme après avoir noué des relations avec l’arrière-petit-fils d’Eugène de Sartiges, Emmanuel de Sartiges, qui a fait don des carnets familiaux, des cartes topographiques, des dessins, une quantité de documents inédits, désormais conservés aux Archives nationales. Continuer la lecture de « Voyage en Amérique du Sud (1833-1835). Transcription, introduction et notes par Pascal Riviale »

Registre d’immigration Montevideo 1833-1835

Les Archives Nationales d’Uruguay conserve les listes des arrivants à Montevideo. Le livre 39 porte la mention Libro de pasaportes 1833-1835 et liste les voyageurs en précisant la nationalité, l’âge, le bateau, le métier et l’adresse à Montevideo. Les informations sont moins précises quand le flux des immigrants augmente. La collecte de photos a été réalisée en avril 2023 dans le cadre du projet EMILA.

La mention “Basque français” est remarquable comme l’indication identitaire de l’arrivant.

La frégate La Gabrielle de Bordeaux débarque ses passagers le 5 juin dont plusieurs cultivateurs et tanneurs.

Le saloir de D. Jaime Legris reçoit un contingent de 9 ouvriers .

Plus d’informations dans le carnet EMILA

Traces de l’émigration française en Uruguay d’Isabelle Tauzin

Le registre des immatriculations françaises en Uruguay de Daniel Muracciole Champenois

Vidéo de présentation de L’enfant du métro, 1943 Les soeurs Truel entre la France et le Pérou

L’enfant du métro est un texte fascinant, archétype de la littérature clandestine, inventive et fragile, écrite en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Madeleine et Lucha Truel ont écrit un roman d’apparence enfantine ; elles dénonçaient de manière à peine dissimulée le temps présent : l’Occupation nazie.

Décrypter leurs illustrations et leurs récits est le point de départ de cet essai qui ressuscite deux oubliées de l’Histoire.

La vidéo de présentation, le feuilletage du conte pour enfants, la lecture de l’essai  chapitre par chapitre, le téléchargement pdf sont accessibles en ligne grâce à Stéphanie Vincent Guionneau, (2025).

Interview de l’autrice Isabelle Tauzin-Castellanos (Version 1). NAKALA – https://nakala.fr (Huma-Num – CNRS). https://doi.org/10.34847/NKL.B9544Z71

 

Traces de l’émigration française en Uruguay

Le premier passeport des archives départementales de la Gironde pour Montevideo a été établi à la demande du négociant parfumeur Mathieu Charles Dupin. C’est le seul passeport pour Montevideo émis pendant un quart de siècle, avant que les demandes ne se multiplient à partir de 1828, à la fin de la guerre qui scelle l’indépendance de l’Uruguay. Ce premier passeport bordelais, concerne un jeune homme de 18 ans. Un seul passeport est émis également pour Buenos Aires entre 1801 et 1815, pour un autre Bordelais dont le métier n’est pas renseigné.

La rareté des informations sur les voyageurs ne doit pas conduire à la conclusion qu’il n’y avait pas de flux de voyageurs vers l’Amérique méridionale. Rien n’arrêtait les hommes décidés à émigrer, pas même le blocus des côtes françaises du fait de l’Empire hostile aux monarchies de la péninsule ibérique. Plusieurs des marins du Consolateur parti de Bayonne en mai 1808 au moment de l’invasion de l’Espagne par les armées napoléoniennes, fondèrent ensuite une famille dans le Rio de la Plata.

Juan Manuel Besnes e Irigoyen

En septembre 1808, à Montevideo, le gouverneur François Xavier Elio ordonna l’arrestation d’une quarantaine de commerçants français. Certains étaient probablement arrivés du fait de la législation espagnole qui assimilait les habitants de la Basse Navarre française aux autres provinces de la Péninsule et n’exigeait pas de passeport pour arriver à Montevideo.

Juan Manuel Besnes, Paquete Primera de Platero, Musée Historique National, Montevideo.

Juan Manuel Besnes, Echouage du vapeur anglais Le Gorgon 1844, Musée Historique National, Montevideo. 

Continuer la lecture de « Traces de l’émigration française en Uruguay »