un château d’enfance – ( RC )

peinture – art brésilien « naïf »… exposition au musée de Lodève – printemps 2024
Mes mains de jadis ont bâti
cette maison avec de la neige
s’éloignant dans la nuit
le passé se désagrège
Le château d’enfance est une maison
qui ne résiste pas au soleil.
Avec les années d’éveil,
inexorablement il fond.
Ce n’est pas comme un abri
aux solides piliers de pierre
qui défient le temps
J’ai oublié celui de l’enfant
qui s’est enfui
comme un rêve éphémère.
un fier destrier trottant sous les rayons de lune – ( RC )

Les choses les plus prodigieuses,
apparaissent dans le clair-obscur.
C’est la nuit, et déjà le baiser
de la femme araignée,
traverse le mensonge la mémoire.
Tu verrais la femme aimée
chevaucher un fier destrier
trottant sous les rayons de lune…
Les souvenirs forment l’aube bleutée
de la ligne d’arrivée,
où se perd le chemin
dans la perspective du miroir.
Chaque soir le rêve se répète,
et la dame porte sur sa poitrine
la fleur ensanglantée des songes…
Voudrais-tu l’embrasser
que tu heurterais de front,
aux vitres épaisses du passé,
la lune te regarde foncer
sur un cheval de plomb,
et les yeux bandés,
le repentir ne permet pas
d’anticiper l’avenir …
Juste une hypothèse sur l’existence des choses… – ( RC )

peinture H Matisse ——> ( fenêtre noire )
J’ai cru que c’était le matin.
J’ai regardé ma montre.
Il est plus de 9 heures .
La météo n’en a rien dit
( on ne l’aurait pas crue ).
Ou bien ce serait un saut dans le temps .
La nuit s’en engouffrée dans le jour
a profité d’une brèche :
J’ai ouvert la fenêtre.
L’éclipse du temps s’est étendue
pendant la nuit,
et se prolonge
jusqu’à l’immobilité des choses.
Je distingue à peine les murs d’en face.
Le béton, les cheminées, d’autres fenêtres.
Elles portent un voile de deuil.
Aucune lumière.
Les lotissements sont bien là, obscurs.
Les immeubles ne présentent que des surfaces,
plantés au sol comme des esquisses de décor.
A peine plus noirs que le fond d’encre.
Les rues où rien ne circule.
Tout a été happé par le silence.
A la façon d’un Malevitch
qui aurait peint du noir sur du noir.
C’est bien le matin,
d’après l’heure ,
mais peut-on l’appeler encore comme ça ?
Le jour s’est perdu quelque part,
happé par l’infini,
– que sais-je ?
A moins que j’aie seulement rêvé:
un rêve de lumière, caressant les roses,
la pensée d’un astre,
( juste une hypothèse sur
l’existence des choses ),
que rien ne viendrait confirmer .
–
RC
Songes recouverts de sable – ( RC )

photo RC – Bretagne
La vie en rêve va plus vite qu’on ne le pense,
les songes sont recouverts de sable,
et les instants retournent immenses
dans les châteaux instables
des instants évanouis .
On ne peut pas recommencer
les desseins des moments passés
quand le temps les a saisis.
Le monde conserve sa plage déserte
où tout s’est effacé.
C’est comme si nous n’avions jamais existé
( ou alors en pure perte)…
Voyageur solitaire – ( RC )

Voyageur solitaire, j’ai guetté
la naissance de l’aube.
Elle se fait attendre,
dans la nuit noire d’encre.
Les arbres restent figés
sur le quai désert :
le vent, comme les bateaux du port
est resté à l’ancre.
C’est en lisière, la ville
sans les activités humaines , le silence
pour quelques heures encore
étire sa somnolence.
Les trains sont de longues chenilles
qui attendent sous la bruine
le signal du départ
au pied des usines .
Les lumières fixes des lampadaires
m’ont indiqué de chemin de la gare.
Plus loin, les grues immobiles
marquaient la frontière
où la ville se confronte à la mer.
J’allais la quitter, encore endormie,
pour les lointains des terres
dont j’avais nostalgie :
j’allais retrouver les étendues sauvages,
le vaste cœur des futaies,
les neiges des sommets,
dans mon vagabondage…
Le premier train part à cinq heures.
Je verrai la chute des étoiles
rejoindre mon utopie
dans une grande spirale.
Il fait toujours plus beau ailleurs…
- il faudrait que je m’installe
dans ce genre de pays
où règne la douceur et l’harmonie –
Mais c’est un désir
de carte postale
que je ne pourrai jamais assouvir :
- éternel voyageur
en quête du bonheur absolu
auquel j’ai cru.
Je poursuis un rêve qui s’enfuit
sans plus de cérémonie ….
Le temps n’y est pour rien – ( RC )

Autres vents :
peut-on se fier autant
à l’ombre des pins
qui confond
une partie du destin
avec ces nuages de plomb ?
On n’en a jamais fini :
remonter le temps,
découper dans la nuit
un peu du rêve pâle
que partagent les amants.
Serais-tu devenue
une de ces cigales pénitente
car tu ne souviens plus
de ce que tu m’as promis ?
Il faut toujours que tu chantes,
mais bientôt tu oublies
tout, le lendemain,
dès que le vent change de direction.
Aucune ombre ne nous dira combien
de paroles ne se gravent pas dans la pierre ;
ni les flammes, ni le feu de la passion,
laissant filtrer leur lumière.
Le temps n’y est pour rien:
aucun chemin n’y aboutit .
Il a sombré corps et biens
dans l’espace infini .
Un rêve en couleurs – ( RC )

image – montage perso
Tu peux prendre les craies,
dessiner à même le sol.
Le rêve que tu fis
s’est transformé en image,
celle-ci entre en toi, elle te poursuit,
comme une chevauchée du ciel,
que tu désires encore et encore.
C’est un rêve en couleurs,
qui te supporte .
Ainsi tu flottes à sa surface ;
tu n’en connaîtras jamais la profondeur,
même si tu explores neuf dixièmes d’inconnu,
à la façon d’un iceberg :
il dérive lentement, et finit par se dissoudre.
As-tu trouvé les mots pour le dire,
la toile pour transmettre ce qui te hante ?
Beaucoup sont enroulées encore dans un coin de ta tête,
et ne verront pas le jour encore,
à vivre un peu éveillé entre le jour et la nuit.
Montrer une partie du monde,
juste avant que les années ne fondent .
–
RC – juin 2016
La fleur insolente d’une résistance – ( RC )
–
Il y a un espace blanc ;
Il semble que plus rien ne l’habite,
Sauf cet arbre,
isolé au milieu.
Au milieu d’un néant stérile,
Surgi des goudrons et graisses,
Hérissé de son tronc,
Comme au milieu de la haine.
Une haine qui a tout calciné,
réduit en cendres,
le passé trompé,
Là où vivre encore ne semble plus possible.
L’amour, pourtant, s’est fait geste ,
et a tiré de la zone indistincte ,
De quoi fleurir encore une fois :
Une plante vivace au milieu d’un désert .
Elle s’offre sous l’aride ,
Un mirage sous le réel ,
Un rêve oublié qui s’affirme ,
Avec la fleur insolente de la résistance .
–
RC- avril 2015
Nuit de pluie, pluie de joie – ( RC )
–
Pluie de joie,
Rêves au dessus de la brume,
Collines qu’un soir allume,
Lisière des bois
–
En bordure d’océans,
Matin blotti dans les voiles,
A la belle étoile,
Pluie de rêve blanc…
–
RC- sept 2013

