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Rien pourtant, ne demeure immobile – ( RC )

autoportrait- Rembrandt

Mes mains ne peuvent pas
changer le cours des choses.
Je ne sais vaincre le gel
de l’angoisse,
et le poids du ciel
m’écrase de son indifférence.
Je laisse passer les années,
ainsi le sable, qui file
entre mes doigts.

Même le miroir
ne me reconnaît pas.
Je change imperceptiblement,
sans identifier les différences :
peut-être que de l’extérieur,
j’arriverai à fixer un instant
un portrait trompeur
qui ressemble , juste à l’idée
que je m’en fais,

  • comme Rembrandt
    et ses auto-portraits,
    toujours davantage absorbé
    par les rides et les années
    qui défilent –
    dans le calme apparent,
    où rien pourtant,
    ne demeure immobile.

(inspiration : texte de P P Pasolini, qui suit )…


J’ai le calme d’un mort :
je regarde le lit qui attend
mes membres et le miroir
qui me reflète absorbé.
Je ne sais vaincre le gel
de l’angoisse, en pleurant,
comme autrefois, dans le cœur
de la terre et du ciel.
Je ne sais feindre ni calme
ni indifférence ou autres
exploits juvéniles
couronnes de myrte ou palmes.
Ô Dieu immobile que je hais
fais que jaillisse encore
vie de ma vie
peu m’importe comment.


Un sol, que rien n’hérisse – ( RC )

peinture:       Anselm Kiefer

 

Comme  sous  le couteau  du peintre,
Un gris dense plombe  un ciel,
Juste  strié  d’ailes noires,
Envol furtif au coeur du froid ;

Les signes dessinés des branches,
Patientent, immobiles,
Attendant un frémissement  de la terre,

Elle  qui se cache
Sous une  couverture  blanche,
Mate comme sont les bruits,
Vite absorbés par le silence.

Même les voix ne semblent plus oser,
Franchir l’espace immaculé.
De connivence avec le gris ,

Les nuances  sont  de lumière;
Et à part les chemins,
Qui rayent , de lignes fines
Champs et collines

Il semble  que tout soit uni,
Sous la laine  de l’hiver,
Toutes différences  abolies,

Des nuages  diffus traversent
Monts  et vallées
Et sans effort,  glissent,
Au-dessus du sol, que rien n’hérisse.

Les barbelés, délimitant les surfaces,
Ont été  gommés, en une nouvelle  naissance,
Les pentes sont redevenues vierges.

Les couleurs  se sont englouties,
Les pays ne connaissent plus de frontières …
De la terre, la neige  s’est faite  complice
La saison tisse doucement, le manteau lisse.

peinture: Charles Daubigny Neige près de Valmondois


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