Quand le sage montre la lune, je regarde ma tasse de café – ( RC )

« quand le sage montre la Lune, l’idiot regarde le doigt«
( en fait, je dois être un peu l’idiot
que nous décrit Li Po )
car je regarde le reflet du ciel
qui apparaît à l’intérieur de ma tasse de café,
dans un cercle fermé
bien que je ne puisse le toucher
sans le troubler
il est l’apparence du réel
à portée de regard.
Que le café soit noir
quand je me penche
sur l’image qui luit
… j’ai une idée de l’infini
qui ouvre un peu
dans les nuages et les cieux
la serrure du silence:
le goût de la cérémonie
du ciel que j’aspire:
quand je le bois, c’est comme si
je buvais l’avenir
comme d’autres savent le lire
ou déchiffrer les clés de la nuit
dans le marc de café
trouver dans l’obscur
matière à lecture
or lorsque je l’aurai bu
je vous ferai remarquer
que le ciel à disparu.
C’est donc que je l’ai avalé…
Trajectoire circulaire… dans l’inconnu – ( RC )

Le cercle n’atteint aucun commencement:
il continue sur lui-même:
c’est un serpent qui se mord la queue.
Ou alors on a oublié son origine
( une source comme l’origine du monde ) .
Faut-il y chercher dans sa roue
fermée sur elle-même le sens de rotation
sa signification ?
Un mouvement d’horlogerie
aux engrenages précis
qui toujours revient
d’où il est parti
sans aucune variation
ni fantaisie…
Je désigne un point sur la périphérie
entraîné par le cercle en mouvement :
Quand le disque ne tourne pas à vide
il laisse cette trace sur la surface.
une empreinte en pointillé,
suivie de celle d’autres points.
Et dans quelle direction à venir
si je l’associe au plan.
Ce sera une roue
qui passe sur le chemin
l’axe en sera sa volonté .
pour associer les points.
Ils arrivent à former
cette ligne continue
une strie dans l’espace.
Je resterai sur place
moi-même immobile:
un point sur la terre
dans l’exercice de la patience
doublé de l’immobilité
dans le destin des sphères:
une pose assez longue
pour que l’horlogerie du ciel
ait le temps
de déposer la lumière des étoiles
sur la photographie .
Et me voilà le témoin
d’une part de ciel
Le cercle qui s’enroule
aussi bien qu’il se déroule
vers une destination
en apparence aussi circulaire
qu’une trajectoire
dans l’inconnu…

comme s’il suffisait d’effacer la vanité du monde…- ( RC )

Se pencher pour aligner les grains de sable,
jouer de la perfection des lignes
sous l’oscillation des chandelles…
ne compter le temps qu’avec le battement du cœur
ou la résonance profonde du gong…
se perdre dans un labyrinthe de couleurs
car la perfection n’est pas dans l’achèvement.
Le cercle ne se referme
qu’avec le vent du crépuscule.
Sitôt achevé il ne reste qu’à balayer
le mandala patiemment élaboré,
comme s’il suffisait d’effacer
la vanité du monde…
RC – déc 2024
Lent cheminement dans le jour livide – ( RC )
—
Suspendu au-dessus du sol,
Et qu’on prend pour boussole
L’astre émerge de la brume du fleuve.
Des haies denses, pour épreuve
Lui, on ne le voit pas,
On le devine,
Et, portant mes pas,
Feutrés de sourdine
Ceux qui s’éloignent,
Sont ces traces en creux,
Qui témoignent,
Deux à deux,
Du lent cheminement,
Dans le jour livide,
Une marche en avant,
Prenant la lumière pour guide.
Il faut que je pousuive,
Ce mouvement, suspendu,
A de futures perspectives,
Mais l’horizon s’est perdu…
Et comme tous les repères,
Evaporés en route,
Enfouis, sous la terre,
( sous le manteau de neige, sa croûte ).
Font, qu’ils disparaissent ….
Je ne sais si je progresse,
Dans cette région curieusement déserte
Etendue et ouverte.
La marche serait ainsi, fictive
Malgré mes mouvements
Issue d’une lente dérive,
Où seul , se déplacerait le temps,
J’ai découvert des traces,
Presque gommées par le vent,
Avant que tout s’efface…
Les regarder attentivement…
Je reconnais mes empreintes,
Déjà comblées de neige .
– Leur vue me désappointe…
Tournant comme dans un manège…
A faire du sur-place,
Je reproduis un cercle dessiné,
Celui de l’astre qui cadenasse,
L’air de rien, ma destinée…
Au cheminement hivernal,
Dans le jour livide,
Je vais prendre une diagonale,
Quitte à enjamber le vide…
Ce monde reclus,
Il faut que je le quitte
De ce jour qui n’en finit plus,
Je veux en sentir les limites.
Quitte à plonger dans le noir,
Pour quitter l’enfermement,
D’un morne territoire,
Uniformément blanc.
–
RC – février 2014
Je peine à fermer le cercle de la nuit – ( RC )
–
Je peine à fermer le cercle,
Celui de la nuit.
Traversé par les éclairs,
C’est dire l’insomnie,
Et les rêves qui parcourent,
Les heures déchirées,
Alors que les animaux,
Confiants, viennent au plus près,
Me humer, moi,
> L’être saugrenu,
Débarqué ce soir,
A la belle étoile,
Comme tombé des astres…
Ma bouche ne dit plus rien,
Emmêlée du sommeil de la lumière,
Attendant que se lève,
( Et c’est toujours un « peut-être »,
…..La frange des cheveux,
Du jour ),
Qui se fait attendre, et c’est
Comme progresser vers un inconnu,
Un futur dont je ne sais rien
Mais vers lequel je vais
Porté à mon tour …
RC – 4 décembre 2013
En écho à la « Berceuse pour l’insomnie » de Jerzy Ficowski
–
Aigle d’Atlas – ( RC )

photo Mike Heller
–
Oiseau au-dessus de l’Atlas,
Vois sa découpe… Elle se prélasse
Et franchit sans ponts, ni viaducs, les vallées,
Puis se précipite dans les creux – avalée…
Les pentes se bousculent en étendues brunes,
A cette distance, on dirait que se succèdent des dunes…
Avec peine, progresse le fil d’argent d’une rivière
Au milieu de terres altières….
Elles retiennent leur souffle, agacées,
Et concèdent à regret un peu d’eau, lâchée,
Courant dans le pays, marqué ,
Comme du papier froissé,
Cette eau précieuse, dont le soleil crée sa perte,
Miroite par endroit de petites zones vertes…
—- Sois cet oiseau aux ailes de vent,
Appuyé sur l’air, en s’élevant
A distance de son ombre,
Suivi par la lumière, avant qu’elle ne sombre,
Et passe derrière le couvercle,
Obstacle au jour perdu dans un cercle…
Il porte ailleurs sa cible,
Bien au-delà du visible,
Se confondent alors les blés et les seigles,
Saut à l’oeil aiguisé de l’aigle,
Et ses ailes ouvertes tout grand,
En larges volutes s’enivrant,
De larges espaces parcourus,
A nos propres sensations celles de l’inconnu.
Bordant les infinis du désert,
Et l’Atlas, support de la terre…
–
RC – 22 et 31 octobre 2013

