Georges Rousse – à la MeP – et Arles

carré rose à la MeP ( maison de la photographie )
A l’inverse d’artistes qui se servaient « d’écran » ou bien s’aidaient du procédé de la « camera obscura », pour reporter les lignes qui indiquaient la profondeur grâce à la notation des éléments de perspectives,

il s’agit ici de montrer l’écran ( apparemment plat ), mais qui se situe dans l’espace, en teintant les reliefs réels d’une couleur uniforme, avec une figure simple ( rectangle, cercle, étoile ), mais qui se déforme ou s’éclate dès que l’on se déplace par rapport au point de vue « unique », choisi pour que la figure soit visible
je préfère de beaucoup les points de vue multiples, et aléatoires, …


en fait ce qui m’intéresse le plus, n’est pas dans le résultat « idéal », la reconstitution, mais de voir des formes annuler l’espace,- semblant en suspension….
comme dans les œuvres de Felice Varini– qui m’intéressent davantage, car elles sollicitent moins de « mise en scène » obligatoire…,notamment quand elles se situent en extérieur.

en étant souvent ouvertes dans des lieux de passage, rues, bâtiments, pas forcément déclarés artistiques…

Georges Rousse en a effectué, dernièrement à l’extérieur du site » la Piscine » de Brest:
ici c’est réellement une anamorphose, car il faut se déplacer selon un angle précis pour que l’ellipse soit perçue comme un cercle parfait.
Dessins de plumes – ( RC )

peinture: Georges Braque – oiseaux en vol——– texte: écho du texte de Claire-Lise, visible ici: http://encresdumonde.eklablog.com/printemps-des-poetes-2014-poesie-personnelle-a107214166
Si tu prends dans ta main, un oiseau,
Son duvet, sa légèreté, te confieront,
Juste avant que tu ouvres les doigts
pour le laisser aller,
Un élan de vie, un songe ailé,
Ne pesant presque rien,
Mais qui ne rêve, en s’appuyant sur l’air,
Que de la liberté.
C’est une quête de lumière,
A atteindre toujours les sommets,
En quelques coups d’ailes,
Qui peut oublier,
Jusqu’au fracas de l’obscurité,
Les épaules lourdes du jour,
marquées par les pas des hommes,
Incrustés dans la boue.
Les oiseaux eux, ne laissent pas de trace,
Pas de rayure, de leur passage dans le ciel,
Ils s’inscrivent en allées-venues transparentes,
Et même si on s’obstine à suivre leur vol,
Il leur est facile de disparaître derrière l’horizon.
C’est un peu comme s’ils dessinaient dans l’espace.
Ils pourraient le faire , comme le fit Picasso,
Un crayon lumineux à la main .
Mais pourquoi représenter un oiseau,
Justement,
Puisqu’ils en sont … ? et,
Chacun à leur façon,
Des traceurs de liberté,
En écrivant des pages,
A tire d’ailes,
Que seuls les poètes savent lire.
–
RC
Mais n’en prendra pas ombrage – ( RC )

photo: Emilio Jimenez
En avril ,
ne te découvre pas d’un fil,
mais en mai offre toi au ciel,
à la caresse du soleil,
dorée comme le pain chaud,
étendue sur ta peau.
Très chère dame,
on voit bien l’ombre de la palme
qui se dessine
sur tes collines,
à la façon d’un cœur
posé tout en douceur
Une feuille dont les doigts
oscillent et s’emploient
à laisser leur trace claire
– un dessin sur la chair
du paysage .
Mai n’en prendra pas ombrage.
–
RC
Page sur le sable – ( RC )

image: montage perso à partir de vidéo installation de Virgile Novarina ‘quantum dream’
Il est un livre
ouvert sur le soleil,
avec une unique page :
un livre aux vertus magiques,
tout de sable blanc
que n’effeuille pas
tout à fait, le vent .
C’est ainsi qu’en pure perte
tu écrivais « je t’aime »
sur cette plage déserte .
Le livre de sable
ne s’est pas refermé,
… mais la marée
était ma fiancée.
Je ne la savais pas jalouse
de ce que tu avais écrit :
Quelques heures plus tard
tout était effacé ;
il n’en restait plus rien:
la mer a voulu que je l’épouse
corps et biens.
Elle m’a pris dans ses bras d’algues
et englouti sous les vagues .
Plus rien n’émerge,
> aucune trace de la cérémonie.
Le livre demeure là-bas
ouvert sur la page vierge
de l’oubli .
Sous l’épaisseur blanche d’une surface immaculée – ( RC )

peinture RC – décembre 2013
Sous l’épaisseur blanche d’une surface immaculée,
se cache tout ce qui n’est pas révélé.
Les paroles tues viennent à l’esprit,
la fonte des neiges relâche l’eau libérée.
Elle va suivre son cours dans l’étreinte des jours.
La pensée accompagne les instants nouveaux:
ils n’avaient pas été imaginés.
Et moi, les mains dans la peinture,
qui révèle l’encre des nuits,
appelle la couleur qu’à peine j’effleure,
les ondes de lumières avec le choc des ombres,
la matière naissante, comme la peau granuleuse,
les orages de brume comme dans un Turner…
J’habille la toile d’une caresse, qu’elle me rend en retour
prêt à me perdre dans ses confins,
dans ses nuances et paysages incertains.
Ainsi naissent les mondes inexplorés.
Ceux-là surgissent sans qu’on s’en aperçoive
un moment d’absence
avec les pinceaux au bout des doigts.
Une Vénus au jardin fleuri – ( RC )

peinture – école de Fontainebleau Vénus et Cupidon – détail 1559- voir le tableau entier
une Vénus française
au jardin fleuri
qu’elle soupèse:
son île est le nombril
qu’une brise a découvert.
Nous suivrons la main alanguie
qui retient à grand peine
et plus que de raison
rose et œillets,
car nous sommes sortis de l’hiver
et la nouvelle saison
sourit avec succès
à l’arrivée du printemps :
on oubliera les lourds habits de laine,
pour quelques voiles transparents…
Des couleurs plus propices – ( RC )

La promeneuse a laissé son passé
loin derrière elle,
elle n’a plus corsage ni dentelles.
Elle se regarde dans un miroir inversé,
en même temps de face et de dos.
Une partie d’elle se cache
derrière la fenêtre :
c’est une échappée sur le ciel,
quand je la maintiens ouverte.
Je ne compte plus sur le soleil :
il n’est déjà pas au plus haut.
Si la mer le mange
le mauve va consommer l’orange.
Déjà, les plantes piquantes se replient
maigres comme l’ennui,
incertaines et peureuses
en petits parapluies,
tandis que la promeneuse.
s’éloigne en sautillant:
on dirait presque un printemps
chez Botticielli
où il n’y aurait plus de vent :
il est grand temps
de reprendre la serviette,
et de refermer la fenêtre,
avant que le fond ne s’assombrisse
On cherchera des couleurs plus propices
pour changer celles de la palette.
–
sur un tableau de Brittain Miller » the wanderer »
Rendre visible – ( RC )
On ne saisit jamais l’instant présent.
Je sais bien qu’il échappe, encore plus rapidement
que l’eau entre les doigts .
C’est peut-être pour ça que tu ne prends pas de photo.
La mémoire la remplace, dure le temps d’un souvenir,
pâlit, puis fint par s’effacer, devant d’autres instants.
On peut avancer des arguments :
» Trop de brouillard, plus de batterie,
jamais au bon endroit au bon moment ».
est-ce donc utile.. tout celà ,
je ne peux pas le saisir, tout passe…
Mais il ne s’agit pas trop de « prendre » un instant,
comme si on prélevait une tranche de quelque chose:
un bâtiment, une personne, un paysage,
mais de le restituer autrement,
de modeler son image à la nôtre,
et du plus commun, en révéler une face,
la peindre d’une autre façon que son apparente banalité,
si on y met quelque chose de soi:
On parle plus du regard intérieur
que du visible: on rend visible.
Un reflet qui se détourne de tes mains vides – ( RC )

—
C’est comme si j’avais cédé
au chant des sirènes,
et qu’après les avoir suivies
dans leur pays,
ma chanson parée
d’algues marines,
et mon sang, en eau salée .
Je me serais perdu
à moi-même,
pour toujours :
nulle part,
et partout, pourtant,
comme un sucre
quand il se dissout.
Si quelqu’un s’enquiert
de mes nouvelles,
tu lui diras que le silence
de ma voix
est couvert par celles des vagues
( tantôt tempête
ou gémissement ) .
Ton corps plongé dans l’océan ,
ne me cherche plus :
je suis quelque part
dans l’échancrure de la mémoire
comme un reflet
qui se détourne
de tes mains vides .
–
RC – avr 2018
Moondog à Manhattan – ( RC )

Pour celui qui s’est égaré dans la ville,
au pied des grands buildings,
se souvenir d’une entrevue
avec le grand viking
à l’angle de la 54è rue
( une possibilité entre mille :
il n’est jamais trop tard
pour assister au concert
en marge du progrès ):
passera un drakkar
oubliant le chant de la mer –
s’échoue sur les galets
après avoir dépassé
les temps historiques
qui n’ont plus cours
de l’autre côté de l’atlantique :
c’est le retour
du poète et musicien
surgi des heures antiques,
mariant la lune et un chien
comme dans un tableau de Miro :
un vagabond compositeur
sans impresario
coiffé d’un casque à cornes.
Dédaignant les pop-corns ,
il a traversé sans saluer
les publicités,
la statue de la liberté,
à défaut de les voir .
Broadway et ses néons
dans sa flèche oblique ,
laisse sans opinion
notre héros, dont l’allure bizarre
n’est plus de mise.
Toi qui t’es égaré dans les boulevards
errant au hasard
à travers Manhattan
tu n’as pas oublié sa musique,
flottant dans l’air électrique
parmi les fast-food
répandant au-dessus du macadam
comme un peu de poudre
dans les matins gris…
Moondog semblant sorti
tout droit de la mythologie….
A l’aplomb de l’enclume – ( RC )
( texte inspiré par celui de Susanne D… qui suit )
–
Sur tes épaules, l’imperméable,
et tu erres sur le quai,
sans but,
tu marches,
et des cales te parviennent,
les chocs d’outils heurtant la tôle,
le chant de la nuit,
en attendant
que le jour se lève .
Pourquoi es-tu attachée à la terre ?
Toi qui pourrais regarder si loin,
et t’appuyer sur l’air…
tu abandonnerais la ville,
les trottoirs humides
de la rue de Siam
pour regarder tout cela
d’en haut .
Si elles pouvaient s’exprimer,
les mouettes le diraient mieux que moi .
Tu marches dans les rues vides,
les vitrines closes sur leur opulence ,
et toujours tes pas
te ramènent vers le port ,
avec ses murailles de fer
qui se confrontent à la brume,
te parlent de voyages lointains,
de ceux qui embarquent sans repères,
passé la dernière lueur du phare,
qui s’éteint doucement
dans le fracas de la haute mer.
La pluie est l’innocence,
qui s’étale sur les rues,
et de temps en temps tu regardes
dans les glaces ta silhouette,
ou celle qui te ressemble,
qui te suit obstinément,
comme le destin.
Peut-être que la pluie arrivera
un jour à la dissoudre,
car le ciel est ton refuge,
et tu le sais.
–
Miroir de brume
soleil voilé
exactement à l’aplomb de l’enclume
doux reflet du métal
et le bruit sourd que fait le marteau
sur l’étal
Le clapotis de l’eau
dans les soutes
le pas des hommes et le pavé
qui claque
un air de jazz abandonné au vent
et le vent qui l’emporte
et l’emporte le temps
comme le son volé
à la corne de brume
son voilé sitôt dissout
dans la pluie fine froide
je serre sur mes épaules
mon imperméable
j’écoute
la musique de la nuit
au fond des cales
le chant des hommes
celui des gouttes d’eau
dans les flaques
celui du jour qui se lève
avec le long mugissement
de la ville
qui répond
à celui de la mer
à celui des bateaux qui rentrent
au port
à la criée
au jasement des mouettes rieuses
qui tournent tournent longtemps
avant de fondre sur leur proie
leurs ailes battant l’air
j’écoute
la voix de l’homme qui les disperse
et ceux là-bas
qui embarquent
sans repères
passé le dernier fanal
dans le fracas
de la haute mer
Les derniers pinceaux de lumière – ( RC )

Je ne garde de la fin du jour
qu’un instant suspendu,
entre les mains effilochées des nuages.
Je traque les couleurs de cendre,
l’écho lointain du soleil,
tissant au-dessus des nuées
des franges d’or.
Nous étions sur ce bord de mer,
t’en souviens-tu, ?
les rubans d’algues noires
parmi lesquelles couraient ces oiseaux,
que l’on nomme bécasseaux,
évitant les vaguelettes
aux bords ourlés de crépuscule.
Nous avons poursuivi un temps
notre marche au pied des dunes,
déjà le gris avait envahi le sable,
un gris aux mille nuances,
jouant avec les facettes rudes
du blockhaus renversé,
fossile sinistre de décennies trépassées.
Nous nous abreuvons de leur distance,
le béton inutile, aussi dérisoire
qu’une coquille vide repoussée par la marée.
Les algues mortes semblent les membres
d’un corps abandonné, avec doigts épars
et têtes spongieuses.
Incapables de reconstituer l’ensemble,
mais contribuant au contour, à la dramaturgie
d’une scène, dont nous sommes absents,
C’est comme s’il manquait des pièces au décor,
pour qu’on y croie vraiment,
– peut-être à cause de la quiétude
qui a suivi la tempête – ,
et l’activité joyeuse des petits oiseaux.
Ils sont toujours, à quelque distance,
se poursuivant de manière comique,
bien loin des idées sombres,
alors que l’astre solaire
délivre ses derniers pinceaux de lumière,
gravant leur dessin dans ma mémoire.
Il commence à faire froid, je garde ta main dans la mienne.
Le vent s’est levé ; il est temps de rentrer
A Sète, la mer attend que le soir se pose – ( RC )

Tout en haut de la ville de Sète,
la mer attend que le soir se pose,
elle ressemble à un mur qui se dresse .
Il n’y a plus d’ailleurs.
Le soleil se rapproche des vagues,
et ce sont des milliers d’yeux qui clignotent.
Il y a sans doute aussi, de même,
des bouches, des lèvres et des murmures,
qui se prolongent sur le port .
Les ombres des croix
du cimetière marin s’allongent sur le sol .
On dira bientôt que le jour dort.
Mais il n’est jamais mort: chaque jour le matin revient
à peu près à la même heure :
le désir ne meurt pas de sitôt .
RC- nov 2020
Je n’ai pas gravé d’alphabet dans l’argile – ( RC )
Je n’ai pas gravé d’alphabet dans l’argile,
ma mémoire se croise
avec d’autres langages
et peut-être les pétrit à sa façon.
Mes gestes n’ont pas laissé de trace,
et parfois leur sens m’échappe,
entrecoupés de ceux que j’ai apprivoisés
dont la provenance ne m’est pas connue.
Je ne sais pourquoi, à l’instant,
me revient en pensée la Victoire de
Samothrace: comme une figure de proue;
elle n’a pas de tête mais des ailes immenses.
Traversant les siècles,
elle est pourtant énigmatique,
mais davantage déchiffrable
que les écritures oubliées.
Une vie ne suffirait pas
pour savoir où elle nous conduit,
ni savoir de quoi elle est née.
C’est que celui qui l’a sculptée n’a pas laissé de traces.
Pas davantage que la trace de ses doigts dans l’argile,
ni le reflet des étoiles dans ses yeux.
La puissance créatrice a grandi démesurément
en effaçant le souvenir même, du créateur.
traces persistantes – ( RC )
photo – repro de photo d’Anaelle Vanel
J’ai gardé de toi quelque chose,
une trace;
quant à savoir si cette trace te correspond,
maintenant avec tant de décalage,
rien n’est sûr, au long cours des années :
c’est comme si je croyais que la photographie
conserve à jamais les choses, ne jaunit pas,
que le matin préservé ne se change jamais en crépuscule.
A défaut d’oubli, cette trace est en moi,
et je ne peux la recouvrir par aucune autre, plus récente.
Ce sont des réminiscences feutrées qui m’habitent,
d’encres et de fusain, modelant ton image
dans un dessin, qui peut-être, n’a plus grand chose à voir
avec le modèle .
Je repense à tout cela comme d’un songe,
qui fructifie les routes des rêves,
mais nourri seulement d’imaginaire ,
une plante qui jamais ne s’étiole
et ne grandit pas au flux de vents et pluies ruisselantes,
alors que tu es devenu chêne
dans un quelque part , restant pour moi inconnu .
–
RC – juin 2019
Réincarnation – ( RC )

repro:
–
Ainsi se ferment les cieux,
l’amour et l’ombre:
la pluie qui tombe
couvre les chant des adieux.
Il est trop tard
pour sortir les mouchoirs…
La nuit est passée par là:
on se passe de discours
pour un voyage sans retour
à moins que l’au-delà
ne fasse que somnoler
si le temps s’arrête :
– on connait bien des momies
qui défont leurs bandelettes
et l’eau qui a gelé
reviendra à la vie
( ainsi croit-on
à la réincarnation ).
Qui voudra tourner la page
revenir en arrière
les pieds sur la terre?
S’il suffit d’un sarcophage
et de le vouloir
pour le pouvoir …
Un tour de manivelle
– que les horloges tournent à l’envers –
> les poupées gigognes répondent à cet appel
s’enfantant d’elles-même,
sortant de la poussière :
– je vois que tu connais le stratagème…
Une distance que l’on porte en soi – ( RC )

photo Catherine Loth – musée des moulages – Lyon
Ce qu’il y a entre nous
est quelque chose d’indéfinissable.
Je me reconnais en toi,
comme si c’était un miroir:
tes yeux me le rappellent…,
mais j’ai beau me rapprocher,
te toucher,
Tu ne seras jamais moi,
et jamais je ne verrai par ton regard.
Peut-être que son éclat
est l’image de tes pensées,
qu’elles aussi je ne peux saisir.
Je ne serai jamais toi,
et dans sa limite la plus ténue,
même chair contre chair,
il y a toujours
cette distance infranchissable,
que l’on porte en soi.
–
RC – juill 2018
–
voir aussi, sur une autre photographie de Catherine Loth, cet autre texte, créé le même jour…
Mon visage de roche – ( RC )

La lumière des cendres,
sourd sous la roche .
C’est mon visage de lave,
où la bouche sèche
s’ouvre sans proférer de son.
S’il y a la terre,
celle-ci s’est fondue
et déformée
sous mon masque
en pierre.
Je ne regarde que le ciel,
et peut-être seulement l’orage sombre
viendra me rafraîchir,
apporter l’antidote ,
réparer les cicatrices.
Jusqu’à présent,
elles palpitent le feu,
et mon visage
parcouru de fissures,
se plisse de souffrance .
–
RC – juill 2019
Une maison hantée, habitée par soi-même – ( RC )


L’ombre garde la maison,
On ne sait si elle est protectrice,
Et si elle est au bout,
D’un labyrinthe,
Dont la sortie reste à trouver .
Une maison de cœur,
Aux hiéroglyphes indéchiffrables
Tapissée d’un épais crépi,
D’où s’enfuir est peut-être,
La seule issue .
S’enfuir, si le corps fait défaut,
S’enfuir de soi-même,
A se rompre ses propres veines,
Vers un ailleurs, toujours ailleurs,
Et qu’on ignore .
Toujours vêtu d’ombre,
Indissociable de l’être,
Comme si l’on transportait
Sa carapace : une maison hantée,
Habitée par soi-même, et dont on ne sort pas.
–
RC- dec 2014
Je parle à mes démons de glace – ( RC )

Je parle à mes démons de glace :
ils ne me regardent jamais en face :
j’ai dû oublier les fois
où je te tenais contre moi…
Je ne parle qu’à voix basse
avant que ton portrait ne s’efface
avec l’eau teintée de crépuscule,
d’où montent lentement quelques bulles…
Je poursuis ton reflet jauni
sur une vieille photographie :
c’est un monde révolu ,
auquel je n’appartiens plus .
Je suis pieds et poings liés,
à mes fantômes familiers ,
ils m’ont laissé , solitaire
…. cette obscurité où je me perds .
–
RC – juin 2018
La lente houle de l’inquiétude – ( RC )
Au-delà du cercle, un peu plus lumineux,
( mais à peine ) , de la clairière, la nuit venue,
c’est comme se poster à la lisière du monde.
Les arbres se confondent entre eux,
ils s’associent, solidaires, blocant l’intrusion
de la plus petite lueur, noirs sur anthracite,
car le ciel se distingue par une neutralité plate,
bouché par les nuages, que même la lune ne peut franchir .
On dirait que la mémoire du monde s’est absentée,
qu’il n’y a rien au-delà des robes d’ombre,
une perte, où seuls les feuillages mêlés,
et les troncs, se rappeleraient du jour lointain.
Va-t-il revenir ? On se le demande.
Faut-il progresser à travers la forêt?
Mais alors ce seraient des murailles
impénétrables au regard si on s’aventurait
en dehors de la clairière.
Il n’y a pas d’autre choix que rester sur place,
et de s’habituer à l’obscurité comme au commencement
d’un autre monde, où finalement on se guiderait aux sons.
Ceux des animaux, les déplacements furtifs dans les herbes hautes,
le balancement des fougères, le frottement des ramures,
les cris ponctuels des chouettes se répondant par-delà les espaces.
Des espaces qu’il ne nous seraient pas donnés de connaître,
nous interdisant d’évaluer les distances, reliés ,de plus
( si malgré tout on pouvait , par hasard, distinguer un peu les formes ),
par des écharpes de brumes, paresseuses.
Inversement, des yeux de braise peuplent les branches,
courent au ras du sol .
On se sent observé, dans l’oscillation de la meute végétale.
On frissonne, – de froid, comme d’effroi –
c’est comme si on vivait pour de vrai, un mauvais rêve,
débarqués à l’improviste dans un pays dont on ne connaît pas le langage.
La tête prise dans les filets de l’humidité,
qui se dépose lentement,
on se sent intrus dans la force obscure de la nuit
dépossédé de l’assurance que donne le jour aux hommes.
Comment s’étonner alors que tout semble receler une menace,
ne serait-ce que , si on risque quelques pas,
se prendre les pieds dans une racine,
se heurter la tête avec une branche basse.
Privés de repères,
il ne reste qu’à espérer le retour des heures,
qui se concrétise par la lueur de l’aube .
L’inquiétude a cours.
Elle se prête alors au retour des légendes et contes de l’enfance .
C’est une lente houle qui nous enveloppe, et déferle, immobile , sur nous.
–
RC – sept 2016
Mon visage — endormi – ( RC )

sculpture: Ron Mueck
Je suppose ta présence,
où précisément ? … je ne saurais dire,
car tes yeux ont bu toute lumière,
et les fenêtres ne débouchent que sur l’obscur.
Tu es donc légère, et invisible :
mes yeux ne me servent plus,
comme si tu avais emprunté mon regard
pour te diriger , même dans le noir .
Si les ombres bougent,
tu es sans doute parmi elles,
je patienterai jusqu’à percevoir ton souffle
et la caresse de tes mains sur mon visage – endormi .
–
RC – nov 2017
Princesse ordinaire – ( RC )

costume: Valentine Schlegel
–
Princesse ordinaire
es tu venue me mettre la tête à l’envers
faire que l’univers s’allume
quand tu ôtes ton costume ?
Celui-ci est assez étrange ;
il s’envole légèrement
(d’un seul mouvement
tu en perds tes losanges…)
Si c’est celui de la comédie dell’arte,
je te vois ôter celui d’Arlequin
en un tournemain
sans le faire grelotter .
Tu me mets l’eau à la bouche
chère Colombine
aux petits seins prâline
qui s’éveillent quand on les touche
et n’ont pas de repentir
quand mes mains vagabondent
au creux de ta mappemonde,
terre de désir…
–
RC – août 2019
Comme un orgue, et la lumière d’or – ( RC )

Comme un orgue,
où la lumière d’or,
jaillit d’entre les fûts,
accord souverain,
toccata des sommets,
filtrée des feuillées…
brume aérienne
d’une forêt magique,
haute futaie
sur son tapis de mousse,
prélude et fugue,
j’aurais embrassé ses troncs
pour te retrouver
et parcourir ses sentiers .
RC – août 2017






