Mur translucide – ( RC )
–
et puis l’eau
durcie,
un mur,
translucide,
tu marches
dessus …
tu crois
que je ne te vois
pas
Ton ombre,
me marche
sur la tête,
je suis figé,
immobile,
dessous,
attendant
un meilleur vent
porteur
de dégel,
et le retour en grâce
des oiseaux .
–
RC – dec 2014
Ce qu’on ne voit plus – ( RC )

Image: Stephane Perraud- Galerie de Roussan
Si tu voyages sur ma page blanche,
Tu y percevras toute l’épaisseur des phrases,
Qui s’y sont déposées,
Au fil des années,
Et que j’ai inscrites,
d’encre sympathique ;
L’écriture retournant sur elle-même,
Se recouvrant et s’effaçant,
Au fur et à mesure,
Comme de nouvelles vagues,
Posant leur trace sur le sable,
Effacent le souvenir des anciennes.
Bien sûr la page n’a pas de mémoire.
Tu ne feuillèteras qu’un cahier vierge,
A la marge un peu diluée,
d’une buée rosée.
L’expression nous dit,
Qu’il faut lire entre les lignes.
C’est sans doute possible,
Mais si tu n’y vois rien,
Tu pourras juste supposer,
que l’essentiel est ailleurs,,
Que les paroles s’envolent,
Et les écrits … aussi.
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RC – juin 2014
Oiseaux sans entraves – ( RC )
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Les oiseaux migrateurs,
N’ont pas besoin d’ordinateur,
Ou de boussole, pour s’orienter.
Nous ne sommes pas des oiseaux,
Et vivons à demeure,
les pieds collés à la terre.
Les mouvements sont pesants,
Les paroles et langages
Ont du mal à franchir les frontières,
Traduire les dialectes,et les écrits
Reste une tâche difficile,
Où les erreurs sont fréquentes.
Pour se comprendre,
Les animaux sur la terre,
Ne se posent pas la question.
Bien sûr des machines
Viennent à notre secours,
Et les flux informatiques,
Parcourent la planète,
Dans tous les sens,
Calculent à notre place,
Nous informent sur la météo ,
Et des évènements aux antipodes,
Modèlent la forme des voitures
Analysent les habitudes des gens,
Et voudraient presque s’y substituer.
C’est un vaste filet,
Presque semblable à une nasse,
Se refermant sur un banc de poissons,
Dont on ne voit pas les mailles.
Une toile d’araignée,
Qui nous emprisonne,
Plutôt qu’elle ne nous libère.
Et le filet se resserre,
Chaque jour un peu plus,
Sur notre quotidien.
Déjà le ciel est rayé,
Parcouru de lignes noires
Des réseaux électriques.
Nous gesticulons dessous
Tandis que les oiseaux,
Libres, volent au-delà,
Sans entraves.
–
RC – avril 2014
Des yeux vagues, une page vide – ( RC )
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C’est d’une autre année que je parle.
On y entendait une musique;
On y voyait des accords de couleur.
Tout y composait un tableau,
Ses ambiances et ses lumières.
Je ne pourrais dire s’il était beau.
Ce serait plutôt à toi de le décrire;
Mais … je ne suis pas dans tes yeux,
Dans ce que tu percevais de l’orchestre,
Et des frémissements du coeur,
Avant que la brise
N’agite les rubans,
Et que s’envolent les chapeaux.
Tu descendais le vallon,
Parmi les herbes hautes et les fleurs.
C’était alors un printemps avancé,
Et pourtant des nuages serrés pointaient à l’horizon.
Je te vois maintenant,
Immobile et indifférente,
Et il semble que ta mémoire se heurte,
Aux murs clos d’une chambre,
Les rideaux fermés à la lumière.
De tes yeux vagues, tu contemples,
Ce qui semble une page vide,
Et les gestes sont difficiles.
Ils ne se referment même pas
Sur ton passé.
La musique y est inaudible ….
Ou alors , a-t-elle été aussi,
Emportée par le vent ?
–
RC – sept 2014
Tu as devancé le jour. . . – ( RC )
« Vois-tu », Cécile ?
Illustration d’un article de Antonello Anedda, visible sur « terres de femmes »
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» Vois-tu », Cécile,
Ce sont les yeux d’une autre,
Dont la vue s’immisce….
Mais n’atteint pas l’iris
– D’une distribution réussie,
Tu partages avec Lucie…
La légende et le martyre
Comme se transmettent les dires .
Si, même en pleine lumière
Des dieux dont tu parles,
Nous ne voyons que pierres,
Au toucher, et selon toute nécessité
Nourris ta vue, de tes caresses,
Certains disent qu’elle baisse
Mais l’éclat de la sagesse
Remporte le combat, et se nourrit de cécité….
Il n’y a plus de place,
Sur la Sainte Figure…
L’absence d’expression, sur ce visage pur
Jamais, ne laisse de trace .
–
Creuses, les orbites
Vides de leur vue…
Pour celle, sans limite
Empruntant un chemin imprévu…
Un court-circuit des sens,
Dans l’assise du jour.
Le supplice de la nuit,
Au fond de la tête, s’élance.
Les yeux sont livrés sur un plateau.
Celui-ci est d’étain,
Leur trajectoire nous étreint ,
Dépourvus de cils…
–
Vois-tu bien, Cécile,
Sur le plat de métal, ces îles ?
Le sang remplit la coupe…
( Incision et découpe )
Il n’est pas trop tard,
Pour laisser vivre ce regard :
Aucun bandeau ne dissimule
le visage anonyme.
Les portes fermées à la lumière,
Empruntent les chemins d’un désert.
Ce sont des oeillères,
Allant par paires.
La vue, malgré l’absence,
S’invite en voyance,…
C’est peut-être une chance
De voir sans les yeux.
Sur la face, seulement des creux,
Enfoncent la surface,
Les as-tu eus seulement, un jour, bleus ?
> Puisque tu franchis les ciels,
Comme autant de paupières,
Ouvertes à la lumière
Et son aveuglement de mille feux…
La ferveur supplante la couleur,
Malgré la douleur, tu ne vois,
Qu’avec les doigts
Et le trajet du coeur…
— Désormais, aucun obscur
N’efface du réel
Sa distance immatérielle.
L’infini se traverse comme le futur.
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RC – sept 2014
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Peinture: F de Zurbaràn: détail de « Sainte Lucie »



