La société est faite d’un ensemble de normes – règles de conduite – et de statut correspondants à des rôles sociaux que joue chaque individu compte tenu des normes. Pour Aristote « l’homme est un animal social et raisonnable » et à Karl Marx d’ajouter qu’il est « non seulement un animal social, mais un animal qui ne peut s’individualiser que dans la société. ». Il naît dans une société qui le façonne et le fait jouer un rôle utile pour cette société. Ainsi, ni son bien être ni son comportement ne sauraient se détacher du regard de la société. Il ne peut s’individualiser dans une société qui lui offre – de par la perception de ses capacités physiques et matérielles, de son origine familiale et de son réseau social – des opportunités de réalisation personnelle.
Bref, la notion intuitive que nous appelons signal social et sur laquelle nous nous fondons du fait de notre connaissance de la société africaine, est que tout agent économique émet aux autres agents un signal. Ce signal est l’image de ses caractéristiques démographiques (origine, appartenance familiale, sexe, âge), son statut socioprofessionnel (type d’emploi, secteur d’activité, responsabilité professionnelles), ses caractéristiques économiques (patrimoine, niveau d’étude) et son capital social (bord politique, réseau social). Dans un contexte donné et une société donnée en une période donnée, ce signal est apprécié par les autres selon leurs us et habitudes. Il lui confère une certaine crédibilité, une certaine notoriété et surtout un certain pouvoir, accroît ses libertés et affecte ses relations socio-économiques avec les autres. En somme ce signal affecte ses capacités à s’offrir un avenir meilleur.
Ce signal social est illusionniste car l’image qu’il donne d’un individu à la société est rarement l’image de cet individu. Un bon signal est signe d’un certain niveau de vie – d’une bien être sociale donnée – à partir duquel la société estime – toujours en dessous ou au-dessus de la réalité – les capacités de l’individu. En effet dans la société africaine, les potentialités des individus ont tendance à être surestimer ou sous-estimer: d’une certaine façon, l’habit fait le moine. Le regard que porte la société sur la qualité de la vie d’un individu est tel que l’appréciation qui en résulte est une estimation illusoire et auto-réalisatrice des de ses capabilités. Raisonnons avec des cas extrêmes:
Si un richissime DG d’une mine de ressources naturel, disons par exemple une mine de diamant (statut socio-professionnel) veux un crédit. Il se renseignerait auprès de ses connaissances (capital social) sur les facilités offertes (officiellement et officieusement) par chacune des banques de la place (chose qu’il avait déjà surement fait). Il trouvera certainement dans son entourage un DG de banque avec qui il a diné un soir dans un restaurant de luxe qui voudrait lui offrir du crédit sans forcément connaître sa réelle capacité de remboursement. Ou peut-être irait t-il trouver un de ses frères (origine familiale) qui connait quelqu’un… Cette expression est devenue courante et normale. Quel que soit ce qu’un individu souhaite entreprendre, il se renseigne toujours pour savoir s’il ne “connait pas quelqu’un…” pour lui faciliter la tâche.
Ainsi, aux individus ayant une très bonne qualité de vie et donc d’énormes potentialités réelles, l’effet d’illusion du signal social leur accorde des capabilités effectives supérieures à leurs capabilités réelles et vice versa. L’effet d’illusion est le fait même de l’asymétrie d’information.
Nous pensons que ce signal est le principal déterminant dans toutes les interactions entre aux moins deux individus en Afrique. Il affecte le mode de vie, de consommation, de production, d’épargne. Il affecte tous les domaines et aspects de la vie et ce, à tous les niveaux. Il est même un déterminant fondamental de la corruption en Afrique. En effet, une des composante du signal social est le réseau social qui nous le savons à posteriori s’entretient par favoritisme et remerciement (forte sommes d’argent en guise de reconnaissance). Il contraint les individus à suivre un chemin de mobilité social bien défini dès leur naissance qu’ils ne peuvent changer sans intervention extérieure.
La description du comportement d’homo œconomicus en Afrique doit être revue en intégrant une forte influence de la société. Les intérêts individuels seront remplacés par les intérêts sociaux. L’agent économique en tant qu’individu fond au profit de la société (du groupe social).
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Marcel (7 juin 2013). Du signal social. Économie du développement. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/o0no