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Parution – “Bibliographie et Histoire littéraire” (Romantisme, n°207, 1/2025)

Le premier volume collectif d’article porté par l’ANR e-BdF vient de paraître !

Coordonné par Elsa Courant pour la revue Romantisme, il rassemble les articles d’Elsa Courant, Alain Vaillant, Anthony Glinoer, Jordi Brahamcha-Marin, Stéphane Zékian, Laurent Portes, Marine Le Bail, Fabienne Henryot et Marceau Levin.

Nous joignons à cet article le sommaire, ainsi que les premiers mots de l’introduction. Pour lire le reste, c’est par ici !

Sommaire

“Pour un discours de la méthode. Introduction”, par Elsa Courant

“La littérature, le livre et la « révolution de la lecture » dans la France de Juillet : réalités, utopies et fantasmes”, par Alain Vaillant

“Le roman mis en listes : le Dictionnaire des romans de Marc (1819) et la Petite Bibliographie biographico-romancière de Pigoreau (1821)”, par Anthony Glinoer

“La Commune de Paris vue par quelques bibliographes contemporains : vers une histoire littéraire en mode mineur ?”, par Jordi Brahamcha-Marin

“Dans la bibliothèque d’Antoine-Augustin Renouard : du catalogue comme discours d’histoire littéraire”, par Stéphane Zékian

“La France littéraire et La France littéraire (1827-1839), entreprise bibliographique de Joseph-Marie Quérard”, par Laurent Portes

“« Diamants » et « bouquets » oubliés. Le traitement bibliographique des keepsakes romantiques”, par Marine Le Bail

“Les Techener et la littérature médiévale au xixe siècle : mises en collections et bibliographies”, par Fabienne Henryot

“Le rôle de la bibliographie dans les dictionnaires biographiques”, par Marceau Levin

Bibliographie

Introduction (extrait)

“Pour un discours de la méthode”, par Elsa Courant.

La bibliographie1 est le produit d’une histoire ancienne, complexe et internationale, à laquelle ont contribué des acteurs aux motivations très diverses : les libraires, dont les catalogues sont fondés sur la valeur marchande des livres, les bibliothécaires, qui s’efforcent d’établir un classement rationnel des ouvrages, enfin les gens de lettres, pour qui la bibliographie est un outil d’acquisition et de mise en ordre des savoirs. Mais le xixe siècle consacre deux phénomènes majeurs : la professionnalisation du corps des bibliographes, matérialisée par la création d’un périodique bibliographique national, et l’émergence progressive de la notion moderne de littérature, imposant de redéfinir l’histoire qu’il s’agit d’en faire.

Ce siècle s’ouvre en effet sur une période très favorable à la bibliographie envisagée comme une procédure, un mode de raisonnement et un objet de recherche. L’expropriation des bibliothèques ecclésiastiques et privées durant l’épisode révolutionnaire rend nécessaire la création de méthodes pour inventorier, trier et répartir les trésors culturels des divers « dépôts littéraires » dans les nouvelles institutions nationales. Lorsqu’en 1796, le jurisconsulte Armand-Gaston Camus présente à l’Institut National un nouveau mémoire sur la bibliographie, il s’efforce donc d’en donner une définition pratique :

J’imagine que le premier besoin d’un homme qui veut faire usage d’une bibliothèque est de connaître les livres, de savoir lesquels appartiennent à la matière qu’il se propose d’étudier, l’utilité qu’il peut en tirer et les différences des éditions placées à sa portée. La bibliographie ou connaissance des livres doit donc se trouver à l’entrée et, pour ainsi dire, au vestibule d’une bibliothèque. C’est un préliminaire indispensable pour faire usage d’une bibliothèque quelle qu’elle soit.

Préalable méthodologique à toute étude documentée, la bibliographie pourrait alors emprunter deux voies distinctes : tantôt elle s’attacherait à la description matérielle et technique des ouvrages, se préoccupant surtout des « dehors et [de] la forme du livre », pour définir leur prix ; tantôt elle contribuerait à déterminer ceux qui sont « les plus propres à instruire », ou de plus grande qualité. Aussi le bibliographe se trouverait-il dans une posture d’administrateur des lettres, mais aussi de critique, voire de censeur. Dans ce cadre, la bibliographie idéale dont rêvent ceux qui en rédigent restituerait un système complet de la pensée humaine par la mise en rapport des ouvrages, et devrait être capable de fournir au lecteur les livres répondant parfaitement à l’ensemble de ses besoins et de ses goûts.

Ce rêve bibliographique, qui prend racine dans l’ambition synthétique de l’encyclopédisme, resurgit au xixsiècle dans la plupart des textes qui visent à exposer soit l’intérêt de la bibliographie – dont l’austérité rebuterait les lecteurs – soit la méthode d’un discours historique sur la littérature. Ainsi Jacques-Charles Brunet, dans la préface de son Manuel du libraire (1810), se félicite que la « bibliographie proprement dite, cette branche si essentielle et aujourd’hui si étendue de l’histoire littéraire » ne se borne plus à de « simples inventaires », mais qu’elle soit devenue « une sorte de science » en embrassant pleinement sa vocation heuristique, pour « la connaissance des livres dans tous ses plus minutieux détails ». À sa suite, Joseph-Marie Quérard, vantant les progrès de la bibliographie dans La Littérature française contemporaine (1842), constate qu’en intégrant le commentaire à la nomenclature, elle serait enfin devenue le « canevas de l’histoire littéraire d’un pays ». Le Grand Dictionnaire universel de Pierre Larousse (1862) résume son importance première par une question de bon sens : « Comment écrire l’histoire de la littérature, si l’on n’a pas sous les yeux le tableau des ouvrages livrés au public dans les différents siècles ? » Enfin Gustave Lanson, définissant la bibliographie comme une des « sciences auxiliaires » de l’histoire des lettres, fait lui-même œuvre de bibliographe dans un Manuel pour donner aux élèves de l’École normale « les moyens d’aller eux-mêmes aux textes et aux documents, qui sont les matériaux de l’histoire littéraire et par lesquels on se fabrique une connaissance de première main » (1913).

À cette période comme aujourd’hui, il est naturel que la bibliographie soit d’abord définie comme l’outil premier de l’historien des lettres. Ce dernier, comme n’importe quel autre lecteur passant la porte de la bibliothèque ou de la librairie, doit s’orienter dans l’extraordinaire masse textuelle produite par le rythme nouveau d’impression des ouvrages. Au xixe siècle, l’impossible taxinomie de cette matière livresque foisonnante impose alors que la bibliographie devienne « une science presque aussi vaste que la botanique ou la minéralogie », selon les mots de Larousse.

Or s’il est entendu que la bibliographie participe de la méthode historique, au moins dans ses préliminaires, il était moins évident de l’associer au discours de l’histoire littéraire lui-même. Mais cette distinction entre méthode et discours historique est un leurre. D’une part, toute méthode induit un discours, en vertu des principes qui la guident et la justifient. D’autre part, même la bibliographie la plus sèche, adoptant toutes les apparences de la rigueur et de la neutralité, tient un propos, implicite ou explicite, sur la littérature, sur ce qu’il convient de définir comme tel et de conserver en mémoire, pour l’histoire qu’il s’agira un jour d’écrire. Symétriquement, si les usages, la méthode et les finalités de l’histoire littéraire ont fait l’objet de multiples débats, l’un des plus importants, et qui provoque des interrogations semblables, tient précisément au geste bibliographique initial : que faut-il commenter, de quoi faut-il se souvenir, quelles œuvres sont dignes d’entrer dans le récit national ?

Ce numéro s’attache donc à étudier la porosité ambiguë entre bibliographie et histoire littéraire. Nous souhaitions ôter à leurs liens le caractère d’évidence dont sont marqués les objets sans recherches.

  1. Cet extrait tiré du brouillon de la version auteur ne comprend aucune note de bas de pages. Pour citer ce texte, il faut se référer à l’ouvrage, disponible sur Cairn. []

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Elsa Courant (4 avril 2025). Parution – “Bibliographie et Histoire littéraire” (Romantisme, n°207, 1/2025). ANR e-BdF. Une édition numérique de la Bibliographie de la France (1811-1900). Consulté le 27 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13oph


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