Le programme POPSU Eaux-Bonnes (« Pour une nouvelle vie du patrimoine thermal : résilience et mutations d’une activité socioéconomique au service du territoire. Réflexion et prospective sur la station des Eaux-Bonnes ») est porté par l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UR 3002 ITEM) en partenariat avec le Pavillon de l’architecture de Pau.
Il s’inscrit dans le cadre du programme national POPSU Territoires (Plateforme d’Observation des Projets et Stratégies Urbaines) adossé au GIP Europe des Projets Architecturaux et Urbains (EPAU) du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des Territoires, dont l’appel en 2023 était consacré aux problématiques spécifiques des ruralités.
Le programme porté par l’UPPA figure parmi les 17 lauréats désignés en 2023 et une communauté réunissant au total cette même année 51 projets territoriaux à l’échelle nationale, dont les particularités sont d’associer les établissements de recherche et les collectivités afin de contribuer en concertation à l’action publique.
Dans le cadre de l’édition 2025 des Journées Européennes du Patrimoine, la commune des Eaux-Bonnes a présenté au casino, entre autres animations, l’exposition Autres regards sur les Eaux-Bonnes, réalisée par l’Université de Pau et des Pays de l’Adour dans le cadre du programme POPSU Eaux-Bonnes.
Visant à sensibiliser le grand public à la richesse de l’histoire de la commune ainsi qu’à la problématique du patrimoine en péril, cette exposition propose des clichés inédits, réalisés lors de campagnes photographiques documentaires entre 2019 et 2024. Elle a vocation à être présentée au sein d’autres sites dans les mois à venir.
Le territoire communal des Eaux-Bonnes se compose de quatre noyaux urbains: le bourg thermal, les villages d’Aas et d’Assouste, respectivement sur les flancs et en contrebas de la Montagne Verte, ainsi que la station de ski de Gourette, située à plusieurs kilomètres au coeur du cirque éponyme et en direction du col de l’Aubisque.
Les sources des Eaux-Bonnes, ou “Aiguas Bonas”, se trouvent à l’origine sur le territoire du village d’Aas. Le succès de leur exploitation est tel au milieu du XIXe siècle que décision est prise en 1861 de transférer la maison communale au coeur du bourg thermal et de donner à la commune le nom des sources. C’est également lors de cette reconfiguration administrative que le village d’Assouste est intégré à la commune.
Dans les premières années du XXe siècle, la station thermale souhaite exploiter ses infrastructures touristiques au-delà de la saison des cures et commence donc à développer les activités liées aux loisirs de neige, comme le ski, la luge et le bobsleigh, tout d’abord au coeur même du bourg. C’est ainsi que le cirque de Gourette, également sur le territoire communal, est rapidement investi et utilisé pour ses champs de neige, puis urbanisé avec une station de ski de troisième génération après la Seconde Guerre mondiale.
La station des Eaux-Bonnes se distingue par son riche patrimoine rappelant les temps de son âge d’or. Pour autant, depuis la fin du XIXe siècle, le dynamisme socioculturel et économique du site et, partant, ses infrastructures, ont été mis à mal en raison de divers facteurs dépendant notamment de la conjoncture nationale et internationale, tels que les crises économiques, les conflits mondiaux, les évolutions sociales (comme le remboursement puis le dé-remboursement des cures par l’assurance-maladie; le tourisme de masse balnéaire), la déprise rurale ayant suivi la Seconde Guerre mondiale, ou encore certaines décisions politiques.
L’état de conservation du patrimoine bâti et paysager eaux-bonnais témoigne ainsi des mutations urbaines et sociales ayant jalonné le XXe siècle, et démontre aussi que les temps de la villégiature thermale en son sens originel sont révolus. Il représente un intérêt historique et esthétique indéniable qui nécessite d’être préservé pour des raisons tant mémorielles que culturelles, ainsi que des potentialités exceptionnelles, et requiert donc avant tout un processus de ré-appropriation aussi bien par les pouvoirs publics que la société.
Fréquenté depuis le Moyen Âge, le site des Eaux-Bonnes bénéficie de rares aménagements et constructions durant les temps modernes. A partir de la Révolution, la station se développe et acquiert une renommée internationale tout au long du XIXe siècle. En seulement quelques décennies, la station aux proportions modestes se dote d’infrastructures médicales et hôtelières et d’équipements de loisirs pour optimiser ses capacités d’accueil et tirer profit de cette nouvelle économie thermale.
La station, qui devient à la fois un lieu de soin, de mondanités et de distraction, résulte pleinement du phénomène de l’industrialisation, dont elle porte non seulement l’empreinte matérielle mais aussi l’effervescence humaine, loin de la quiétude actuelle.
Autour de l’établissement thermal: les lieux du soin du corps et de l’âme
J. Caildrau, Arrivée de l’Impératrice Eugénie aux Eaux-Bonnes, “Arc de Triomphe dressé pour la réception de l’Impératrice”, L’Illustration, juill. 1855
J. Caildrau, Arrivée de l’Impératrice Eugénie aux Eaux-Bonnes – “Maison du Gouvernement affectée à son habitation”, L’Illustration, juill. 1855
V. Delpech (dir.), Patrimoine thermal. De la gloire au péril, Pau: Presses de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, 2023.
E. Castañer Muñoz, N. Meynen, L. Jalabert (dir.), Patrimoines du tourisme thermal et de la villégiature en montagne des Pyrénées et d’ailleurs, Toulouse : Presses Universitaires du Midi, 2023.
V. Delpech, Stations thermales des Pyrénées béarnaises, Bordeaux: Éd. Le Festin, 2020.
E. Castañer Muñoz, L. Jalabert, N. Meynen (dir.), Thermalisme et patrimoines dans les zones de montagne, Pau : Presses de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, 2020.
L’espace urbain et l’environnement naturel des Eaux-Bonnes portent l’empreinte d’une histoire thermale séculaire. La richesse du patrimoine architectural et des aménagements paysagers du site témoignent en particulier de l’essor fulgurant de la station au XIXe siècle. Les dispositions de l’urbanisme industriel, avec des édifices académiques et quelques rares architectures éclectiques, font toujours contraste avec un territoire fortement accidenté et aux apparences sauvages plus coutumier de l’architecture rurale vernaculaire.
Depuis la Butte au Trésor et la promenade de l’Impératrice
Les alentours de la station permettent d’appréhender l’ampleur des aménagements paysagers voués à la convalescence, aux loisirs et aux mondanités, notamment les promenades thermales, devenues sentiers de randonnée, et leur insertion dans un cadre naturel spectaculaire. Les points de vue organisés de sorte de valoriser la nature et la ville d’eaux permettent comme autrefois de prendre la mesure des interventions et de l’emprise urbaine caractéristiques du XIXe siècle.
Autour des sources jaillissant au pied de la Butte au Trésor, se déploie le coeur historique de la station, comprenant l’établissement thermal, l’église et la maison du Gouvernement (actuel Hôtel de Ville), dont la construction est ordonnée par décret en 1809, ainsi que, dans un second temps, des infrastructures complémentaires qui ne sont plus exploitées de nos jours, des immeubles à logements collectifs et quelques demeures de villégiature.
Le parc constitue un équipement majeur de l’industrie thermale au XIXe siècle. Celui des Eaux-Bonnes, investi dès le début de l’époque romantique, prend place au sein du seul espace relativement plan du site. C’est pourquoi les constructions, datant généralement du milieu du siècle, ont été reléguées à ses abords, contre la montagne d’un côté, et le précipice de l’autre, rentabilisant au maximum les réserves foncières. Ce centre de la vie thermale et de villégiature conserve de nos jours sa fonction originelle tout en témoignant cependant des évolutions urbaines d’après la Seconde Guerre mondiale, notamment la forte présence de l’automobile, qui remodèle les lieux et influent sur les usages.
Sous le Second Empire, la dernière phase de développement urbain prolonge les contours de la station vers le ruisseau du Valentin, que la rue de la Cascade surplombe magistralement, et la route du village d’Aas par la Montagne Verte. De nombreuses maisons de guide et pensions, mais aussi d’autres équipements thermaux, complètent le site dans la seconde moitié du XIXe siècle, et sont aujourd’hui dévolus à l’habitat sédentaire ou à la location saisonnière. Si le patrimoine bâti porte la mémoire de l’âge d’or de l’économie thermale, les fonctions de ces édifices ont évolué et relèvent de nouveaux systèmes d’hébergement et d’autres motivations de voyage.
Le programme POPSU Eaux-Bonnes (« Pour une nouvelle vie du patrimoine thermal : résilience et mutations d’une activité socioéconomique au service du territoire. Réflexion et prospective sur la station des Eaux-Bonnes ») est porté par l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UR 3002 ITEM) en partenariat avec la commune des Eaux-Bonnes et le Pavillon de l’architecture de Pau.
Il s’inscrit dans le cadre du programme national POPSU Territoires (Plateforme d’Observation des Projets et Stratégies Urbaines) adossé au GIP Europe des Projets Architecturaux et Urbains (EPAU) du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des Territoires, dont l’appel en 2023 était consacré aux problématiques spécifiques des ruralités.
Le programme porté par l’UPPA figure parmi les 17 lauréats désignés en 2023 et une communauté réunissant au total cette même année 51 projets territoriaux à l’échelle nationale, dont les particularités sont d’associer les établissements de recherche et les collectivités afin de contribuer en concertation à l’action publique.
Les projets sélectionnés en métropole et dans les outre-mers s’organisent autour de 12 thèmes de recherche allant du changement climatique à la culture, l’habitat, la coopération territoriale ou la santé. Le programme POPSU Eaux-Bonnes relève ainsi des thématiques liées à la culture et au patrimoine tout en générant également une réflexion sur l’habitat, l’immobilier et les formes urbaines, ainsi que sur le modèle économique et la coopération territoriale.
Appuyé sur des études de cas, POPSU Territoires vise à produire “une “plateforme de débats acteurs-chercheurs-élus, accompagner l’action publique locale, construire de nouveaux récits par et pour les petites villes ainsi qu’écouter, apprendre, expérimenter“. Pour ce faire, la méthode de ce projet de recherche-action s’articule autour de séminaires de co-construction et de recherches de terrain afin de produire une analyse et une synthèse constituant une aide à la décision pour les acteurs du territoire.
Ces études de cas sont valorisées au sein de la collection Carnets de territoires (Éditions Autrement), des conférences POPSU, de films documentaires, de reportages photographiques, de la série de podcast “Dans la France des petites villes” et, à l’échelle de l’ensemble du projet, lors des rencontres annuelles POPSU.
Triomphant au XIXe siècle, la station thermale des Eaux-Bonnesconnaît un important déclin depuis plusieurs décennies. Étendue sur un territoire de 38,52 km2 composé de 90 % de zones naturelles (montagnes, bois, rivières, cascades) entre 520 m et 2 619 m d’altitude, cette commune de la vallée d’Ossau (Pyrénées-Atlantiques) a longtemps attiré les foules pour son environnement exceptionnel, ses mondanités et ses eaux bienfaisantes, promus par des personnalités comme l’impératrice Eugénie.
La station s’est ainsi constitué un patrimoine bâti remarquable, mais qui a peu résisté aux évolutions sociales et économiques du XXesiècle, donnant à voir de nos jours une sorte de village-fantôme, lieu de passage sur la route de la station de ski de Gourette située sur le territoire communal. C’est sur la réappropriation de ces espaces que se focalise la présente recherche-action, visant à sauvegarder un patrimoine riche et porteur d’histoire tout en œuvrant à la revitalisation culturelle, sociale et économique de tout un territoire valléen.
Face au déclin, le pouvoir de la résilience patrimoniale
L’aire d’étude se concentre sur une commune, qui, malgré seulement 200 habitants à l’heure actuelle, a exercé une influence prégnante sur le développement et l’aménagement du territoire local et régional. Les équipements autrefois dévolus aux curistes mêlent désormais un habitat sédentaire et des hébergements locatifs soumis à une forte saisonnalité, lorsqu’ils ne sont pas en mauvais état, démolis ou en ruines.
De tous temps, les autorités locales ont eu conscience de la valeur de ce parc immobilier et ont tenté, parfois sans succès, des stratégies de redynamisation, comme celle ayant mené à la fermeture de l’établissement thermal en 2017. Pour autant, ce patrimoine bâti est doté d’un potentiel symbolique et physique bien réel qui dépasse son origine thermale et peut constituer en lui-même une importante source d’activités socioéconomiques. La fermeture (même temporaire) des thermes, qui n’est donc pas forcément une fatalité, peut aussi être envisagée comme une opportunité de renouvellement de l’espace et des usages urbains en ces temps où la société se questionne sur son rapport à l’environnement, à la vie active et au système libéral, ou bien au corps et à son intégrité physique.
Changement de regard
Le patrimoine bâti eaux-bonnais, considéré ici comme un gisement susceptible de répondre à de nombreux enjeux contemporains, doit donc faire l’objet d’un changement de paradigme et d’une réappropriation dans l’imaginaire collectif. Afin de susciter une prise de conscience de sa plus-value et d’impulser une dynamique de projets et de valorisation au sens large, cette recherche-prospective invite la population, les élus et les acteurs publics et privés à s’unir pour faire émerger les formes d’optimisation et de reconversion du patrimoine lié au thermalisme et d’en faire un levier de la solidarité culturelle et interterritoriale, montrant que la situation actuelle ne présage pas une disparition programmée mais, au contraire, peut aussi annoncer une nouvelle vie fondée sur la mémoire des lieux.
La synergie entre chercheurs et acteurs du territoire autour d’une mémoire commune
Appuyée sur la synergie des entités impliquées sur le territoire valléen, cette recherche-action favorise l’émulation entre chercheurs, acteurs de terrain et société civile pour œuvrer conjointement à la construction des savoirs.
Dans un cadre multidisciplinaire, les moments d’échange (ateliers, séminaires de co-construction, journées d’études, colloques) sont complétés par la recherche en histoire récente, des enquêtes et des entretiens, pour produire un diagnostic mémoriel et un état des lieux partagé de la connaissance, à l’issue desquels aura lieu la réflexion prospective commune visant à projeter des solutions d’avenir en termes de valorisation culturelle et de reconversion fonctionnelle des espaces bâtis.
Répondant aux enjeux de la science ouverte, le projet fait aussi l’objet d’une valorisation spécifique, avec la production du présent carnet de recherche, d’outils numériques, d’une exposition finale ainsi que d’une synthèse écrite et imagée permettant de visualiser concrètement le processus et ses conclusions, et d’impulser une nouvelle dynamique fondée sur le principe de la résilience patrimoniale.
Le projet POPSU Eaux Bonnes s’inscrit dans le cadre du programme national POPSU Territoires (Plateforme d’Observation des Projets et Stratégies Urbaines) adossé au GIP Europe des Projets Architecturaux et Urbains (EPAU) du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des Territoires, dont l’appel en 2023 était consacré aux problématiques des spécifiques des ruralités.
Le programme porté par l’UPPA figure parmi les 17 lauréats désignés en 2023 et une communauté réunissant au total 51 projets territoriaux à l’échelle nationale, dont les particularités sont d’associer les établissements de recherche et les collectivités afin de contribuer en concertation à l’action publique.