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LA FACE CACHEE
DE LA PHILOSOPHIE
POLITIOUE MODERNE
JOHN G.A. POCOCK*
The Machiavellian moment,
Florentine political thought and
the Atlantic republican tradition
Princeton University Press
1975, 604 p.
Cambridge University Press
1985, 320 p.
Virtwe, Commerce and History |
Les recherches menées par John Pocock depuis le début des
années soixante ont été déterminées par une insatisfaction d ordre
historiographique vis & vis du modele interprétatif lintérieur
duquel etait menée l'étude du développement de la philosophie
poligue moderne dela premiére Renatsance am revolutions de
ance et d’ Amérique. Pocock pense en, effet que cette discipline
fa té sous 'emprise d’un double paradigme associant I'écriture de
histoire de la philosophie politique moderne dans des termes
JES gus uniquement juridiques est: dire décrivant avant tout
fs evolutions intervenues la fois dans la signification des
igoncepts de Groit et de loi et dans Ia conception de leurs rapports),
Rune écriture de cette méme histoire comme un avénement
[progressif du liberalisme, ou d'une forme d'organisation politique
sociale instituant la garantie et la défense des droits multifor-
mes que les individus ont de developer leurs activités sociales
‘sous la protection d'une loi stable et reconnue.
PP’ aux yeux de Pocock, cette situation historiographique
conduisait a concentrer V'attention des chercheurs sur les seuls
quuteurs qui étaient censés avoir apporté une contribution impor-
fante la recomposition du vocabulaire juridique qui a donné liew
+ Les deux ouvrages de Pocock sont cités respectivement : Pocock (1975)
fet Pocock (1985),308 cRITION
a la synthése libérale : Hobbes et Locke en particulier, dont fi
portance paraitrait peut-étre moindre ~ ou se situerait diffés
ment — si Ton prétait attention aux débats qui, se déroulai
effectivement a |'époque, et non a ceux qui nous intéressent d
point de vue réuospecif (0). Tinverse des auteurs qui éta
aucoup lus ~ Harrington et Neville, pour nous limiter a
ple anglais — étaient négligés parce quils ne paraissaient pas a
Contribué au débat que la grille de lecture dominante tenait pa
essentiel : la redéfinition moderne des concepts de droit et de
ainsi que la recomposition liberale de leurs rapports. Lorsq
certains auteurs paraissaient incontournables — Machiavel
exemple — on forcait linterprétation pour, montrer que sil
parlaient pas de problémes juridiques, cétait dans l’intentd
Secréte de subvertrr la philosophie juridique dominante de le
temps. Qn leur prétait donc une contribution oblique au déb
négligeant le fait que les termes dans lesquels ils s'‘exprimaient
les problémes auxquels ils s attaguaient étaient peut-tre tout af
Erdngers au domaine de la philosophie du drot. Ainsi, on né@
geait le Machiavel des Discours au profit de 'auteur du Prince,
on réduisait sa pensée politique a une contribution majew
théme de la sécularisation de la loi, et une offensive contre lid
dune articulation de la politique a la nature par le moyen de
loi naturelle (2)
En outre, le modéle dominant tendait s‘auto-valider cire
lairement, parce que seule Texistence d'un modele alternat
dinterprétation aurait permis de tester la validité de l'un et d
Tautre en faisant apparaitre quelle quantité de matériel théoriqh
issu des débats réellement en cours tout au long de la périod
moderne, ils étaient capables d'intégrer dans un ensemble cok
rent. En l'absence de paradigme concurrent, ce qui avait vocatia
a jouer le réle de contre-exemple du modele dominant se trouv.
empéché de le jouer.
Liensemble de ces inconvénients a conduit Pocock & proposd
ce modéle alternatif de lecture de la philosophie politique may
deme; clest lobjet du Machiavellian moment, paru en. 1975, q
repose sur une double hypothése - existence, dans la défense d
Tindependance des cités italiennes aux xi" et xv siécles, face aus
(1) Pocock (1985), p59.
(2) Outre le live de Leo Srmauss (Thoughts on Machiavelli, trad, fra
aise, Paris 1982), Touvrage de Felix Ras (The English face of Machiavell
University of Toronto Press, 1964) constitue un bon exemple de cette lect
réductrice de Tapport machiavélien & la philosophie politique moderne.
OSOPHIE POLITIQUE MODERNE 308
gs impériales d’assujettissement, d’un vocabulaire politique
Fe pvnaniste et republicain, dont les problémes, les stra
ars umentatives et les concepts sont irréductibles a ceux de la
hie du droit, méme s‘ils ne lui sont pas opposés, puisque
rae republicaine et défense juridique en termes d indéper-
Se Aneraineté marchent ici la main dans la main (@); la
mere hypothése porte donc sur la. ei meducble de
‘WRique et républicain, par ailleurs déja bien connu
seerimaent Sommer Jeconde hypothése porte sue
alienieur de ce vocabulaire: ine s’éteint pas avec la fin des
B républicaines italiennes, mais il resurgit dans le nord angle
cihey Harrington et ses sticcesseurs, pour constituer ensuite
ees poles du grand débat qui opposera, dans la pensée sociale
politique du xv siecle anglais Timage liberale;uridique det
ar ‘de Vhomme et du pouvoir & une image civique et
PPtaine; cet idiome se transporte enfin de Vautre cote de
war jouer un role majeur dans la formation des
fois remettre en cause
yurra a la
Pal a philosophie du droit
eduction de la philosophic politique &
Tecupre avee unt certain nombre de sagesses conventionnelles
romFrent toutes a représenter l'évolution de la pensée politique
ea fin du Moyen Age comme une transition unilinéaire et
tithique d'une conception fEodale et aristocratique de Vexis-
ene lsocule a une conception bourgeoise, individualiste, mo
® SPfiberale, Nous allons donc tenter de présenter les recher-
Fre “ae Pocock en etudiant d'abord succintement le paradigme
Glique et libéral avec lequel il entend rompre, en analysant
heuite les principales composantes du vocabulaire civique. ot
vsiste, la fois dans sa forme primitive et dans ses transfor
=p Gomme Ya bien mont Quentin Sena dan le vlume I
9 gomme a ben mont Cambridge Universi) Pres 978)
ali cig ot puta peri
Se Se eae dt eae vce, ah lis
Breit naiine Berard Bun, he eal
Gris of the ami ete emenican republis (Chapel Hil, North
aay310
r criTiod
mations ultérieures, pour situer les termes du débat
deux vocabulaire tout au long de Fépoque moderne: Nous te
rons enfin dévaluer les remises en cause aurquelles about
modéle alternatif proposé par Pocock dans le domaine de l'nt
prétation de la philosophie politique moderne et de sa formatig
Le pamoraie exoUe Er UB
‘ jeer LIBERAL UNITE INTERPRETATION
POSTULATS NORMATIFS, — beens §
Lhistoire de la philosophie
i politique, avant méme Tépoqd
modeme, est menée autour d'un petit nombre de notions cent
les: Diew nature lot; Thomme yest considéré comme habitant
osmos rex par des prinepes rationnels qui ont le statut de lo
lui-méme est considéré comme un legislateur, comme
teur des lois naturelles et morales, et comme une lex loquens
les ordres sont connaissables gre a la revelation ou @ un rai
rement philosophique portant sur Fordre du monde, sur ana
: et sur la place qu'il occupe dans ce cosm
réception ou la découverte de la loi inscrite dans Tordre dd
cchoses est donc la plus haute ex
cl lus haute expérience intellectuelle a laquel
Thomme puisse patvenir: c'est grace a elle que Ton découvre i
rincipes qui doivent gouverner lordre politique et ceux
doivent régir la conduite morale $
‘est en prenant comme toile de fond ce cosmos nomolog
quement organise que lon entreprend de reparer les evolu
jui ont conduit a la naissance d'une phik jie politic
lrme de lors, les recherches Se concentrem earane seie
problémes tous situés 4 lintérieur d'un paradigme de type jurid
Que (6): rapport enive auton eclesistique et autre civil
sécularisation de la pensée politique; probleme de lorigine di
pouvoir, institution divine inscrite dans un ordre hiérarchisl!
naturalisant les fonctions dautorité et de subordinatior
tution humaine requérant le consentement et le contrat «iy
le Touverture du monde, du nominalisme et de T'individualist
accamiens sur Vides de grande chaine des étres et sur la con
ion d'un monde politique naturellement higrarchsé. Le themed
plus important est bien entendu celui de la nature de Tautori
Poliique:: absolue ou conditionnelle ? Le détenteur de I autor
estil Soumis a la loi (legibus alligatus) ou totalement libre pat
(6) Pocock (1985) p. 37
PHILOSOPHIE POLITIQUE MODERNE
il subordonné aI
bien quil soit maitre de com-
des devoirs
rt a elle (legibus solutus)? Est
communauté (minor univers
der chacun en particulier (major singulis) A
Tégard de la communauté quill regit?
Dans ce maquis de questions, on distingue des lignes de force
long desquelles se produit la modernisation : affirmation de la
elitique comme domaine autonome et rupture avec son ancrage
poral et religieux, évolution de la conception des lois divines
Fntellectualisme au volontarisme, ouvrant la voie & une représen-
lation des lois positives de I'Etat non plus comme la transcription
fun ordre juste inscrit dans les choses, mais comme les ordres
Pune puissance legislative souveraine caiquée sur Vidée d'un Dieu
finien termes darbitraire et de volonté; enfin, Vidée que
forigine de toute juridiction se trouve dans la communauté
blleméme provoque une redefinition de Yautorité par une ré-
jon sur la fin que les hommes ont recherchée en linstituant
Jnsi sont mis en place les fondements d'une théorie de la condi-
fionnalite du pouvoir, du nécessaire consentement des sujets et du
droit de résistance.
Le paradigme accorde une place decisive Vépoque de
bes et de Locke pour la consolidation qu’elle a su opérer dans
différentes ruptures ainsi réalisées, et pour les fondements
Iphilosophiques et anthropologiques qu'elle a su leur donner : le
ouvernement a son origine non pas dans la nature politique de
‘omme, mais dans la diversité des activités sociales des indivi
F dus sa finalité propre est de les protéger et de créer un espace de
idéveloppement legal et stable qui, permet a ces activités de se
ployer. L'époque de Hobbes et de Locke désaccentue done la
Paimension politique de Vexistence humaine pour redefinir
Thomme comme producteur et comme marchand et non plus
comme citoyen. Privatisant par la-méme les individus, et faisant
ide leur existence collective le simple moyen des activités de la
Frociété civile, elle souligne T'absence de normes morales dans
Texistence politique: I'Etat n’a pas mener les hommes sur le
Nchemin de'la vertu, ni a les protéger contre eux-mémes en les
convoquant la domination de leurs passions la vie bonne;
[son role est au contraire de protéger les hommes les uns contre
| Ics autres, sans interferer dans la conduite des activités sociales
fgoistes ni se prononcer sur leur valeur éthique ; 'instauration de
[ia paix et la protection des droits sont au cour des raisons qui ont
pousse les hommes & quitter l'état de nature pour se doter d'une
Eutorité politique, et l'on passe ainsi d'une conception éthique &
| une conception arbitrale du role de I'instance publique dans la vie32 cRITIOU
collective (7). Dans ce contexte, la participation active des citoyea
est rejetée au profit de la représentation et de la coupure entre
sujets et le souverain : les premiers abandonnent au second
gestion des impératifs politiques (la paix et la garantie des droit
en lui concédant une large autonomie aussi fongtemps ue of
action satisfait la finalite pour laquelle le pouvoir poltique a &
constitué 4 lorigine (8). Llautorite peut ainsi étre‘forte' et
pave, pourvu qu'elle Sappuie sur un cadre légal excluagl
‘arbitraire ; elle peut étre parfaiternent souveraine en excluant
contrble des sujet, puisque la participation de ceux aux deb
politiques aurait pour effet d'introduire une instabilite peu pra
Pee au développement des activités sociales, et de mobilisel
‘énergie des individus dans une sphere politique congue coms
secondaire pulsque la nature de Thomne reside Sesoemais dan
la production et les échanges (9).
Enfin, epoque de Hobbes et de Locke est censée avoir fon
les bases philosophiques de la synthése liberale en. introduisant
une conception mécaniste de homme qui a pour effet de natu
liser les passions et de les dédouaner sur le plan moral : Thomrn
SF desormas,convogué, non plus a la realisation dun ided
éthique, mais a une auto-limitation de ses passions qui permet
de mieux les satisfaire, & un caleul de leur bon usage et non a
refoulement
e Xuir siéele aurait donc apporté un couronnement a ld
recherche de la redéfinition libérale des rapports entre le droit
la loi, et fourni le point d'orgue des évolutions internes au para
digme juridique qui ont présidé la naissance de la synt
ibérale: le politique enfin séparé de léthique et result aa jai
que, la distinction enfin faite entre sphére privée et sphére publi
gue grace a la récusation principiele de [a fonction tmordle de
TBtat; la non-ingérence de la puissance publique dans les affaires
(0) Ct dans Pocock (1985) ensemble de article inttulé« Authority and
Property, the question of liberal origins », en particulier p. 61-64. :
(G) Les partisans de a synthe liberal tone jugar reprocher & Locke
avoir cédé Tarchaisie en affrmant que, menie sla menarche abvote
goer au moyen du cadre gla Sale cle ne sur Ee un ore
le gouvernement cil egtime parce quelle s'est pas = conseniies por ey
sujets sur ce pont, cf. Pocock (1985) p. 161-166, Hue insstera lai see ar
Tide ‘qu, a monarchie abolue pet ere une forme de gouvernement
lgtime, ef, Duncan Foraes, Hume’ pilosophicelpolites (Casnbridge Tor
ai Philosophical poles (Cambridge, 197)
(9) Pocock, (1985) p. 62-63 et p. 108.110.
faroit tente
‘PHILOSOPHIE POLITIQUE MODERNE
ées des individus, qui apparait jusqu’a aujourd'hui comme la
e méme de la liberté.
‘Cette liberté est désormais définie négativement : elle consiste
uir des droits et des priviléges attaches au statut de membre
fune collectivité — (le droit de « bourgeoisie »(10)) ~ mais elle
timplique pas, comme le dira Charles I sur Téchafaud, la
ticipation active au gouvernement de I'Etat: la distinction est
nc faite entre la libertas et imperium : étre libre ne signifie pas
nir 'autorité ou participer a lélaboration de la loi, mais leur
‘assujetti; en ce sens, le citoyen est devenu sujet (11). Pocock
‘que la synthése libérale a partie liée avec un mouvement de
idisation des rapports entre les hommes : le droit a en effet son
gine dans la possession des choses, leur administration, leur
ge; cest donc tout naturellement que la philosophie du
vit soriente vers les rapports que nouent les hommes en tant
producteurs et en tant que marchands, délaissant par lé-
Inéme les rapports immédiats dégalité et de réciprocité que
farimal politicum entretient avec ses pairs dans le cadre de la
(12), Cest le mérite de la pensée juridique de montrer que,
lorsque l'homme se pense avant tout comme citoyen, if vit
‘dans un univers de choses matérielles et sociales, quill est
nvironné de toute part d’épaisses couches de cette réalité, et qu'il
iy rapporte par toute une série de comportements sur lesquels le
le nous éclairer. En attirant notre attention sur la
imension productive et sociale de existence humaine — que les
négligeaient parce quils lestimaient inférieure — la pensée
idique enrichit donc notre compréhension des mentalités
jumaines et de leur histoire (13), Mais a l'inverse, parce quelle
fintéresse d’abrod au rapport de homme avec les choses (le jus
re et le jus ad rem), elle tend a réduire les rapports que les,
Imes nouent entre eux aux rapports quills entretiennent @
des choses: en. situant les rapports inter-humains sur le
rain des droits qu'une personne peut revendiquer vis-a-vis
(10) Pocock, (1985) p. 44
(11) Ibid, p'40.41
(12) Ibid, p. 40 et 104; cf. également LGA. Pocock, « Cambridge para-
igms and Scotch philosophers a study of the relations between the civic
Qhamanist and the civil jurisprudential interpretations of the eighteenth:
‘entury social thought» in Weal and virtue, the shaping of political economy
lithe scotish enlightenment I. Hont et M. Ignatieff eds. (Cambridge University
Press, 1983)
113) Poco, (1985) p. 42-43.3a cRITIO
dune autre sur telle chose ou 4 telle chose, la pensée juridique
des rapports avec les choses la condition des rapports entre
hommes, comme si ces derniers ne se nouaient qu’ propos d
choses et par leur intermédiaire ; ainsi médiatists, les rapp
enire les hommes tendent metre plus que des rappors ented
Par exemple, quand le droit entreprend de definir la justi
Végalité et la vie bonne, il pose le probleme en termes de r
tion; construire une societé juste, c'est distribuer a chacun
choses et les droits qui lui reviennent ; légalité et la justice ne
pensent plus au niveau de la participation égale de tous a un
hon répartissable (activité civique) mais a celui de la distributia
des objets et des avantages, comme si Tunivers des activi
sociales etait le lieu exclusif de la justice (15). Dans ce mouvere
de juridisation, le rapport entre les hommes et les choses 1
production et appropriation) n’apparait plus comme la conditia
des rapports entre les hommes au niveau politique, mais Iq
rapporis politiques eux-mémes commencent a apparaitre com!
tune condition subordonnée permettant de régler adéquatem:
les rapports de l'homme aux choses qu'il posséde. Cette inversia
des rapports du subordination entre le social et le politig
accompagne la redéfinition de 'homme comme animal prod
teur et appropriateur et Ia désaccentuation de la_dimensia
politique de son existence comme vecteur de la realisation de
humanité (16), D’une certaine facon, c'est donc tout naturellemed
wil existe une solidarité entre la pensée juridique, qui defi
image de lindividualisme possessif bien avant le xvir siécle, et
synthése libérale (17).
Dans lécriture conventionnelle de 'histoire de la philosop!
politique moderne, dit Pocock, on pense que cette philosophie ef
devenue libérale a 'époque de Hobbes et de Locke, grace at
emprunts a la pensée juridique, la redéfinition de la liberté ef
termes négatifs, et a la conception arbitrale de I'Etat comm
garant des droits ; on pense aussi qu'elle lest restée massivemer
jusqu’au début du x0e sigcle, et que le paradigme libéral a réer
Sans partage sur la pensée politique occidentale jusqu’a l'€poq
(14) Ibi, p. 103-106.
(05) tid, 104
U6) CL Andre} Raracansia, Nature and pois liberalism in the philog
phies of Hobbes Locke and’ Rousseau (Comet! University Press 198
plletts
7) Pocock, « Cambridge paradigms.» article cit
PHILOSOPHIE POLITIQUE MODERNE 315
Marx, aprés avoir résolu le probleme de la liberté politique
fe a la synthése entre les idees d'individu, de contrat, d'ato-
sme social, de regne de la loi et de défense des droits individuels
ibjectfs (18).
Cette these semble entretenue — quoique de maniére diff
te ~ par les trois écoles qui se partageaient la scéne historio-
graphique en matiére dhistoire de la philosophie politique
hoderne au début des années soixante : les libéraux purs et durs
dabord, qui n‘ont pas d'états dame, parce que le monde fermé et
wustére de la cité antique néveille chez eux aucune espéce de
ostalgie; Ia rupture avec Vexistence politique comme systéme
‘édiat de rapports d’égalité, le remplacement de I’homo polit
spar homo aeconomicus et socialis, sont pour eux une rupture
faisante avec une cité incapable de se doter d'une législation
ble, écrite et consentie, grace A laquelle les individus peuvent,
foute sécurité, développer leurs activités sociales et en recueillir
Tes fruits legitimes; incapable également de proguire t de defen:
Tes droits individuels parce quelle confond outrageusement
isphére privée et sphére publique.
‘Quant aux marxistes — qui constituent ici la seconde école —
souscrivent globalement a la vision de l'histoire des idées
gues medees que propose le Raradigme juridique et ibe.
fal; ils procédent alors, instar de Mac Pherson (19), a un
fepérage des éléments philosophiques qui correspondent, dans
Fleur modéle, a l'avenement d’un monde de production bourgeois
individualisme, atomisme social, contractualisme, idée des droits
Tuubjectifs,idée de la loi et de l'autorité politique comme garanties
Secrolts quot viennent sajouter [es concepts économiques
(marche, concurrence appropriation i accumulation) qui
corps avec la représentation libérale des rapports de l'homme
Pet du pouvoir politique. Les auteurs marxistes ne siintéressent
{qiaux philosophes qui ont conrsbué a cee composition, inté-
jes ceuvres dont le vocabulaire est pourtant
a leur modele
fort éloigné de celui de la synthése libérale (Harrington), ou
E fejetant comme tenants d'une politique réactionnaire et féodali-
‘ante des philosophes dont orientation parait critique vis-&-vis de
118) Pocock; « The machin miement vevised » in Journal af Moder
jor LIM, 1981, p.70 et 7H
(19) Pocock, (1985) p- 60-111
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