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Notions abordées : force, persuasion, idéologie, gouvernement, politique
Sujet 1
« Sur quoi l’on doit ajouter que les peuples sont naturellement
inconstants, et que, s'il est aisé de leur persuader quelque
chose, il est difficile de les affermir dans cette persuasion :
il faut donc que les choses soient disposées de maniére que,
lorsqu’ils ne croient plus, on puisse les faire croire par force. »
(Machiavel, Le Prince, 1513)
Dans quelle mesure ces propos éclairent-ils les ceuvres au
programme?
Corrigé proposé par Catherine-Clarisse Fournier-Bidoz
I Analyse du sujet
1 Analyse des termes du sujet
La citation repose sur un constat initial : l’instabilité des opinions po-
pulaires, les peuples étant décrits comme faciles a endoctriner et prompts
ase dédire par nature. « Faire croire par la force », c’est-a-dire en usant de
la contrainte et du contréle, est donc le reméde permettant de garantir la
stabilité politique que la persuasion ne saurait assurer seule, selon cette
anthropologie pessimiste.
Repérez bien la force logique qui verrouille le syllogisme : les peuples
sont inconstants, les peuples sont influengables, il est donc nécessaire
pour maintenir l’ordre politique d’utiliser la force.
Ce syllogisme au présent de vérité générale oui « faire croire » ricoche
en obligation civique de croire invite a réfléchir sur la continuité que
Machiavel institue entre la rhétorique de la persuasion et le contréle éta-
tique des consciences. Ce contréle se caractérise par son impersonnalité
(«on», «il est », et l’'admirablement serein « il faut donc que les choses
soient disposées de maniére que ») et le temps long, le temps immobile
qu'il vise, par opposition a la mobilité et a l’inconstance des peuples.
2 Confrontation aux ceuvres
Dans ses articles « Vérité et politique » et « Du mensonge en poli-
tique », Hannah Arendt analyse en profondeur les rapports du politique
au mensonge, faisant apparaitre leur nature commune 1a ow la tradition
condamnait une faute morale irrecevable, et donc indigne d’étre experti-
sée. La distorsion que le pouvoir politique impose aux faits, plus qu’un
moyen d'action, est donc la régle de son jeu, car ce jeu s’exerce dans
la sphére des vérités factuelles. Par suite, |’action de faire croire générePARTIE I — ROLES ET FONCTIONS DU FAIRE CROIRE
un horizon de croyance dans laquelle sont aussi pris ceux qui en sont
les instigateurs au point d’en devenir parfois aussi les dupes. Lespace
démocratique est celui qui garantit le droit de regard, ott aucune force ne
parvient a rendre invisibles ses agissements.
Lorenzaccio articule aussi une réflexion sur la dialectique du faire
croire et du croire. La croyance initiale du héros en un idéal politique
se mue en la tentative de faire croire qu’il est un dévoué serviteur du
duc. La violence de ce faire croire, comme de se faire croire, cependant
corrode le croire initial, dont la positivité se dérobe a tout jamais. C’est
le rapport rompu ou corrompu de I’idéal politique a la force qui ruine
sur scéne les figurations politiques héroiques (Lorenzo, les Strozzi) aussi
bien que celle du tyran (Alexandre).
Les Liaisons dangereuses témoignent de la puissance du faire croire
a régir la sphére de la séduction, oti tous les coups sont permis aux yeux
des libertins sans scrupules que sont Valmont et Merteuil, de préférence
ceux qui font mentir la morale ordinaire de leurs victimes. L'excitation
que leur procure la violence psychologique qui régit leur rapport avec
elles et entre eux est l’enjeu principal de ces liaisons mortiféres.
3 Problématisation
Deux théses apparaissent en filigrane du sujet : celle d'une similitude
de visée et d’action entre force et persuasion, celle de leur antinomie.
Comment comprendre que I’emploi de la force puisse s’apparenter a
une consolidation de la persuasion, alors méme que l’usage de la force
semble compromettre tout assentiment durable?
II Plan détaillé
I Forcer l’assentiment est la vocation naturelle de la persuasion
1. Pérenniser un pouvoir : faire croire 4 ses bonnes intentions
2. Pour cela, le maitre du jeu use d’un art d’agréer
3. C’est toujours un art de faire agréer, de gré ou de force
La persuasion inclut un art de la manipulation, mais l’usage explicite de la
force rompt avec tout consentement, efit-il été obtenu par le pire mensonge.
II Lusage de la violence remplace le faire croire par un faire craindre
1. Laviolence morale ou physique signe la faillite de toute persuasion
2. La force ne produit qu’un simulacre de l’adhésion : l’aliénation
3. La force crée la résistance 1a ot la persuasion la léve
Sila force parvient a faire faire, dans une logique d’aliénation, elle échoue
toujours a instaurer un régime de croyance authentique.SUJET 1 Ae
Ill La force ne persuade qu’elle-méme
1. La force méconnait l’imprévisibilité des événements
2. La force révéle un systéme idéologique en déni de réalité
3. La force ne fait croire au triomphe que celui qui l’emploie
Ill Dissertation rédigée
our l’historien et sociologue contemporain Pierre Rosanvallon, le re-
P cours a l'article 49 alinéa 3 de la Constitution pour faire adopter
un projet de loi est un passage en force qui signe l’échec de I’appel au
consensus, le mépris de la contestation nationale et suscite de sérieux
doutes sur la légitimité du gouvernement qui y recourt.
Le premier politologue de l'histoire moderne, Machiavel, aurait plutot
salué en l’occurrence la maniére la plus efficace de gouverner un peuple
qui refuse sa confiance : « Sur quoi |’on doit ajouter que les peuples sont
naturellement inconstants, et que, s'il est aisé de leur persuader quelque
chose, il est difficile de les affermir dans cette persuasion : il faut donc
que les choses soient disposées de maniére que, lorsqu’ils ne croient plus,
on puisse les faire croire par force », écrit-il dans Le Prince en 1513. Si pas-
ser en force est ultima ratio de tout gouvernement soucieux d’affirmer
son pouvoir, le premier mouvement de ce dernier tend a la recherche
d'un assentiment, serait-ce au prix de sophismes relevant de la déma-
gogie ou de la propagande. Tout consentement individuel ou collectif
s’adosserait donc, selon Machiavel, a un faire croire docile ou extorqué
selon une gradation qui ferait passer insensiblement de la persuasion a
l'usage de la force pour l’ordonnancement des affaires humaines.
Comment comprendre que la force puisse étre la continuation de
la persuasion par d'autres moyens, alors méme que l’usage de la force
semble briser durablement tout assentiment?
Nous explorerons d’abord les présupposés de la persuasion et sa
vocation a faire croire, a forcer l’assentiment. Dans un deuxiéme temps,
nous examinerons la ligne de fracture qui sépare faire craindre et faire
croire. Pour finir, nous interrogerons le caractére durable du « faire croire
par la force », qui en menacant ou en dissolvant |’intersubjectivité annule
sur le long terme toute crédulité chez celui qui subit, toute crédibilité
pour celui qui l’impose, enfermant ce dernier dans un déni de réalité.
L“ de persuader n’a jamais fait mystére de sa vocation a générer |’as-
sentiment en forcant adroitement les réticences de |'interlocuteur.
En effet, tout pouvoir se pérennise quand il réussit a faire croire a ses
bonnes intentions grace a la rhétorique, par laquelle le démagogue per-
suade la multitude selon Platon. « opinion et non la vérité est une des
Accroche
Gitation
cetanalyse
Phmatique
PlanPARTIE I — ROLES ET FONCTIONS DU FAIRE CROIRE
bases indispensables de tout pouvoir », écrit Hannah Arendt, reprenant
l’analyse platonicienne dans « Vérité et politique »!. Les vérités factuelles
sujettes a interprétation ou falsification font les délices des bourgeois
de Lorenzaccio, se moquant des badauds toujours « plus heureux d’ap-
prendre et de répéter »*. Lorenzo est passé maitre dans l'art de paraitre
« fieffé poltron{,] une femmelette[,] l’ombre d’un ruffian énervé|,] un ré-
veur qui marche nuit et jour sans épée, de peur d’en apercevoir l’ombre a
son cété!»? : la maitrise des apparences favorables a son entreprise est
lenjeu de toute persuasion.
Pour persuader, le maitre du jeu politique, social ou littéraire pratique
un art d’agréer fondé sur les conventions et l’emphase, en particulier
l’'amplification des mérites de sa dupe, comme M'™ de Merteuil dans Les
Liaisons dangereuses : d’emblée, elle propose 4 Valmont une aventure
« digne d’un héros » qui méritera d’étre imprimée dans les « Mémoires »
d’un libertin d’exception‘. Sur la scéne théatrale, la double énonciation
dévoile avec une ironie fracassante, et pour le plus grand plaisir du specta-
teur, la supériorité éhontée de celui qui manipule aussi bien les explicites
que les implicites du discours : « [S]i vous saviez comme cela est aisé de
mentir impudemment au nez d’un butor! », déclare Lorenzo au duc, qui
félicite de sa rouerie celui qui le trompe®. En comparaison, les propos
de la marquise Cibo, qui engage le duc a réfléchir rationnellement a la
réalité de sa situation, paraissent aussi naifs et ridicules a celui-ci qu’au
spectateur : « [T]u n’es pas méchant; non, sur Dieu, tu ne l’es pas, tune
peux pas l’étre. Voyons! fais-toi violence - réfléchis un instant [...] N’y a-t-
il rien dans tout cela? »® Rien n'y reléve de cet art d’agréer indispensable
pour disposer |’interlocuteur a entrer dans une croyance.
Pour Arendt, dans « Vérité et politique », il n’y a en effet que niaiserie
dans cette approche du politique (ou des rapports humains) comme mi-
roir d’une moralité ou d’un ordre divin. Car l'art d’agréer dans les sphéres
du pouvoir doit toujours se comprendre comme un art de faire agréer,
un art de l’action oratoire au risque de manipuler les esprits a leur insu,
mais aussi de susciter une prolifération bienvenue de discours contraires.
Lentrecroisement des récits divergents dans l’espace public est le ter-
reau de toute vie politique. Dans Les Liaisons dangereuses, le concert des
voix épistolaires discordantes est 4 méme de promouvoir un horizon
de vérité du méme ordre, mais seulement pour le lecteur. Ainsi, quand
Valmont utilise les armes les plus sophistiquées de la persuasion pour
se faire agréer de la présidente de Tourvel, allant jusqu’a créer illusion
d’un geste spectaculaire de charité, le double récit qui en est fait, par
lui-méme a la marquise de Merteuil’ et par M™® de Tourvel 4 M™ de
' sectionll * actel,scéneS * actel,scéne4 ‘ lettre2 ° actell,scéne4 © actelll,
scene6& 7 lettre 21SUJET 1 Mg
Volanges®, matérialise la coexistence des sordides calculs de l'un et de
l'envie de croire de l'autre. « [JJe ne puis penser que celui qui fait du
bien soit l’ennemi de la vertu», écrit M™® de Tourvel, confirmant pour le
lecteur cette volonté de croire a la « rare candeur » qu'elle pensait déja
déceler chez le vicomte®, malgré les démentis de M™ de Volanges. Selon
qui en fait le récit, l'art que déploie Valmont pour se rapprocher de Tour-
vel est outrageuse imposture ou accouchement chez la prude d’un désir
d’idéal amoureux qui n’attendait que son heure pour se manifester.
La persuasion inclut un art de la manipulation, mais l’usage explicite
de la force rompt avec tout consentement, etit-il été obtenu par le pire
mensonge.
¥ AIRE Croire par la force » est a la persuasion ce que la terreur est a la
F rhétorique : un mode qui nie Il’usage de la parole et toute forme,
méme ténue, d’adhésion volontaire.
Le recours a la violence physique ou morale signe la faillite de toute
rhétorique et de tout discours. L’état de sidération de M™ de Tourvel
apres sa possession par Valmont en est un redoutable exemple : « Figurez-
vous une femme assise, d’une raideur immobile et d’une figure inva-
riable ; n’ayant l’air ni de penser, ni d’écouter, ni d’entendre [...] 4 cette ap-
parente apathie succédaient aussitét la terreur, la suffocation, les convul-
sions, les sanglots et quelques cris par intervalles, mais sans un mot
articulé. »!° A contresens du récit de la passion victorieuse qu’en fait
Valmont, le texte laisse interpréter l’événement comme un viol, privant
M™ de Tourvel de tout langage capable de donner un sens a ce qui a
eu lieu. De méme, le meurtre anonyme de Louise Strozzi a la scene 7
de l’acte III ruine définitivement toute parole politique dans le coeur de
son pére : ce meurtre « gratuit » a une importance dramaturgique égale
au meurtre du duc qui irrigue toute l’intrigue, car il met hors de course
le vieux Strozzi, seul capable de rassembler le camp républicain aprés
la disparition du tyran : «Je men vais [...] laissez-moi men aller [...] Je
men vais ». C’est ce meurtre qui, indirectement, accomplit la prophétie
lancée par Lorenzo : « [S]i les républicains se comportent comme ils le
doivent, il leur sera facile d’établir une république, la plus belle qui ait
jamais fleuri sur la terre. [...] Je te gage que ni eux ni le peuple ne feront
rien. »!! En aucun cas la violence ne saurait donc pérenniser une vérité
politique ou personnelle.
En effet, la force ne peut pas faire croire, mais seulement produire
un simulacre de l’adhésion, qui est l’aliénation. « La persuasion et la vio-
lence peuvent détruire la vérité mais ils [sic] ne peuvent la remplacer »,
écrit Hannah Arendt!”. C’est la le noeud de Lorenzaccio : la violence que
® Jettre22 ° lettre9 ' lettre125 '! acte Ill, scéne3 « Vérité et politique »,
section VPARTIE I — ROLES ET FONCTIONS DU FAIRE CROIRE
Lorenzo s'est lui-méme infligée a détruit en lui l’idéal politique qui était
la vérité de sa jeunesse, et rien ne peut le remplacer. On peut légitime-
ment invoquer aussi chez M™ de Tourvel une perte définitive d’identité
aprés sa possession par Valmont, et une forme de soumission, consé-
cration ou aliénation a celui qui l’a abusée, entre l’amour mystique et
le syndrome de Stockholm : « je ne puis plus supporter mon existence
qu’autant qu’elle servira 4 vous rendre heureux. Je m’y consacre tout
entiére »!$, La question pour elle de savoir si elle a été abusée par amour
ounon ne se pose plus, il s’agit d’obtenir que l’abuseur croie au sien: «s'il
est forcé de reconnaitre que je l’aimais, je serai suffisamment justifiée »!4.
En tant que sujet, M™ de Tourvel s’est mise entre parenthéses de sorte a
se faire l’objet d’une jouissance sans entrave pour le vicomte.
Forcer la réalité court-circuite toute possibilité d’entente commune
et suscite a terme la révolte de l’opinion, comme le montre Arendt dans
«Du mensonge a la violence ». La violence, toujours légitime aux yeux de
celui qui en use, loin de frayer le passage aux ambitions rationnelles qui
ont pu en préconiser l’emploi, les invalide. Penser la raison d’Etat comme
seule détentrice de la vérité politique, c’est-a-dire la force comme unique
source du droit, telles sont les contre-vérités dont |’administration John-
son s'abreuve en voulant en abreuver l’opinion américaine pendant la
guerre du Vietnam, comme le révéle l’étude des documents du Penta-
gone « "Persuader le monde" ; prouver que "les Etats-Unis étaient" [...]
prét[s] a "frapper durement l’ennemi" [a] "aider une nation a affronter
une guerre communiste de libération" [...] "la plus grande puissance du
monde" »!5, Il s’agit d’orchestrer en gigantesque campagne de promotion
intérieure un désastre de politique extérieure associé ala mort de milliers
de jeunes gens, au massacre al’arme chimique et au napalm. Cette im-
posture de la nation moderne emblématique de la liberté démocratique
trouve un écho aussi effrayant que caricatural dans les propos de I’ orfévre
florentin de Lorenzaccio dénongant la violence militaire d’Alexandre de
Médicis, qui a rompu toute attache avec le peuple qu’il gouverne : « Les fa-
milles florentines ont beau crier, le peuple et les marchands ont beau dire,
les Médicis gouvernent au moyen de leur garnison; ils nous dévorent
comme une excroissance vénéneuse dévore un malade »!%,
Si la force parvient a faire faire, dans une logique d’aliénation, elle
échoue toujours a instaurer un régime de croyance authentique.
S ELLE peut imposer ses diktats sur le court terme, la force n’est jamais
susceptible de les affermir sur le long terme, car elle ne persuade
qu’elle-méme.
13 Jettre125 "™ lettre 128 "© sectionII | actel, scéne 2SUJET 1 ol
En effet, la force, par nature, méconnait l’imprévisibilité des événe-
ments et l’irréversibilité des conséquences de l’agir, comme le montre
l’analyse de Hannah Arendt dans « Vérité et politique ». Elle les mécon-
nait, car elle prétend se rendre maitresse de l'avenir en paralysant le
présent. Or la relation, politique ou non, se joue toujours au présent,
et par essence elle enveloppe une imprévisibilité qui est autant celle des
faits que celle des vérités factuelles qu’établissent les hommes. C’est dans
cette imprévisibilité que s’enracine la fameuse inconstance déplorée par
Machiavel. La piéce de Musset fait la démonstration par l’absurde d’une
violence a priori légitime, puisqu’elle entend mettre fin a une violence
illégitime, mais incapable de donner naissance a rien de stable ni de
nouveau : l’assassinat longuement ourdi du tyran demeure un acte sans
postérité politique et de ce fait se mue en un acte apolitique, car il n’a
pas d’accroche avec le présent et les vivants de Florence. Ce meurtre d’un
« diseur de vérité » est inutile, parce qu’il vient au monde comme I’acte
désenchanté d’un homme isolé, dénué de crédibilité politique!”, ce que
souligne le protagoniste lui-méme : « [MJon orgueil restait solitaire au
milieu de tous mes réves philanthropiques. [...] [I]] faut que le monde
sache un peu qui je suis et qui il est. [...] [JJe jette la nature humaine a
pile ou face sur la tombe d’Alexandre. »!®
La force est toujours le symptéme d’un systéme idéologique en lutte
avec la réalité et dont les jours, par suite, sont comptés. Si Lorenzo est
incapable de faire croire 4 un avenement démocratique au camp républi-
cain, il n’est pas le seul : « [R]ien d’arrété? pas de plan, pas de mesures
prises ? O enfants, enfants! », se désespére le vieux républicain Strozzi!9
devant l’incurie de ses fils, qu’il partage par ailleurs. Ce ne sont guére les
bras qui manquent a Philippe Strozzi, pas plus qu’a ses fils ou a Lorenzo,
c'est la capacité de composer concrétement avec la pluralité des intéréts
dispersés dont témoigne le choeur des artisans de Florence durant toute
la piéce. Cette capacité concréte a entrer dans les intéréts de chacun
et a faire entrer chacun dans les intéréts de l’autre est justement celle
que déploie la rhétorique de la persuasion dans son ceuvre de langage,
qui suppose le respect des conditions d’une intersubjectivité, méme mi-
nimale. Cet espace d’intersubjectivité heureuse fait cruellement défaut
aussi aux libertins, qui se refusent a penser ce qu’ils disent, dans Les
Liaisons dangereuses. Les dupes sont finalement plus vivantes de leur
vie propre que les roués, qui ne sont que les rouages d’un systéme de
pouvoir qu’ils ont contribué a construire et qui les a broyés.
Finalement, l’usage de la force berne surtout celui qui l’emploie,
le ravalant a une barbarie qui lui interdit d’accéder a sa propre vérité
et le prive d’avenir. Dans sa profession de foi de la célébre lettre 81,
7 actelV.scéne7 | actelll,scéne3 ™ acte Ill, scéne2Réponse
Ouverture
02 PARTIE I— ROLES ET FONCTIONS DU FAIRE CROIRE
ou se déploient tous les outils de la persuasion au service de |’ affirmation
d'une puissance absolue sur soi et le monde, M™ de Merteuil s'illusionne
sur ce que peut la guerre a mort d’une femme contre les hommes et le
genre humain. La défiguration finale de la marquise, borgne, hideuse et
condamnée a la fuite, est la rancon de sa subjectivité absolue, du délire
de toute-puissance qu’instaure le mensonge devenu systéme. Privé de
partage véritable et de limites, le personnage de fiction paie plus cher
dans la fable romanesque ou théatrale son déni de réalité que I’élite du
Pentagone, que Hannah Arendt décrit dans « Du mensonge en politique »
comme enfermée dans une rhétorique perverse de l’autocélébration :
le plus mal informé de la réalité finit par y étre celui qui occupe le plus
haut poste de I’Etat... Un peu a la maniére d’Alexandre de Médicis dans
la piéce de Musset disant a la marquise : « Tu te figures que les Florentins
ne maiment pas; je suis sir qu’ils m’aiment, moi. Eh! parbleu! quand tu
aurais raison, de qui veux-tu que j’aie peur? »2°
A FORCE ne peut donc pas étre la continuation de la persuasion par
d'autres moyens, malgré qu’en aient Machiavel et les temps troublés
qu’il a traversés sa vie durant. Sila persuasion, par sa vocation naturelle a
faire croire, parait souvent forcer l’assentiment, un gouffre sépare le faire
craindre du faire croire. Lemploi de la force nie toute rhétorique de la
persuasion, car elle n’accéde pas au sens propre, au langage. La volonté
de faire croire par la force dissout les conditions de l’intersubjectivité
nécessaire a toute véritable communication. Elle isole le forcené qui y
recourt dans une temporalité immobile ow !’autre, l’événement et le flux
historique sont niés. Finalement, la force ne persuade qu’elle-méme.
N’est-ce pas 1a la terrible faiblesse de toute idéologie, celle qui n’épar-
gne pas méme les systemes d’idées aux apparences les moins autori-
taires, comme cette « fin de l'Histoire » prophétisée par Francis Fukuyama
en 1992 au terme, selon lui, de la victoire planétaire et définitive de la
démocratie libérale ?
IV_ Eviter le hors-sujet
Attention a ne pas confondre le probléme articulé par ce sujet avec
celui que pose l’adage : « Gouverner, c'est faire croire », traditionnellement
attribué a Machiavel. Si les deux sujets peuvent se recouper étroitement,
« Gouverner, c'est faire croire » exige une réflexion qui interroge la notion
de consentement et de consensus plus que celle de contrainte par la
force, qui n’en est qu’un des aspects et ne peut donc faire l’objet de plus
d'une partie du devoir.
20 acte lll. scene 66S
Notions abordées : vérité, plaisir, désir, doute, science, morale, possibilité
Sujet 2
«Je ne jurerais pourtant pas que cela fat vrai, mais je le tiens
pour vrai, parce qu’il me fait plaisir a croire ».
(Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, 1686)
Vous examinerez la pertinence de ce propos en le confrontant
aux trois ceuvres au programme.
Corrigé proposé par Alexis Tytelman
I Analyse du sujet
Ce sujet est une citation qui peut impressionner : en effet, on n’en con-
nait pas le contexte immeédiat ; sa briéveté et son ton lapidaire peuvent
dérouter. Pourtant, plus la citation est courte et notre ignorance des
intentions de l’auteur est grande, plus la pluralité interprétative s’impose.
1 Analyse des termes du sujet
Cette déclaration de Fontenelle, extraite des Entretiens sur la pluralité
des mondes (petit essai de vulgarisation scientifique présenté comme un
dialogue libertin) commence par une proposition en apparence para-
doxale — tenir pour vrai ce qu’on refuserait de jurer — et se poursuit par
une explication. Le locuteur affirme que méme si l’on doute de quelque
chose, on peut tout de méme le tenir pour vrai, car cette croyance lui pro-
cure du plaisir. Immédiatement surgit un probleme : comment peut-on
tenir pour vrai ce dont on refuserait d’affirmer avec certitude la vérité?
Que je veuille y croire suffit-il 4 induire en moi cette croyance? Pour
surmonter ce paradoxe, il est important de montrer que d’autres interpré-
tations sont possibles. Par exemple, « tenir pour vrai » peut implicitement
signifier « vouloir croire ». Ou encore, renvoyer a un refus pragmatique
d’assumer une opinion susceptible de valoir des ennuis a celui qui la
défend.
Le sujet nous invite a interroger le lien entre croyance et plaisir et, im-
plicitement, entre le fait de croire et le désir de croire. Enfin, entre doute
et certitude. Les concepts principaux pour problématiser ce sujet sont
des formes verbales. Le verbe « jurer » signifie engager sa parole. Dans le
vocabulaire juridique, il correspond a l’acte de mettre sa responsabilité
en jeu. Le locuteur affirme qu’il ne jurerait pas, qu’il ne s’engagerait pasPARTIE I — ROLES ET FONCTIONS DU FAIRE CROIRE
a affirmer sa certitude a ce sujet. En somme, qu’il doute de la vérité de
cette proposition. « Tenir pour vrai», pourtant, renvoie au croire — con-
sidérer une proposition comme vraie. Enfin, le plaisir se définit comme
une sensation agréable que l’on a tendance a rechercher. La formule
«il me fait plaisir a croire » pourrait étre reformulée, dans un vocabulaire
contemporain, en « cela me fait plaisir d’y croire ».
2 Confrontation aux ceuvres
Lorenzaccio met en scéne des personnages dont certains, et en par-
ticulier Lorenzo, se mentent 4 eux-mémes. Ce dernier, dans plusieurs
passages, semble essayer de se convaincre de l'impossibilité de sortir de
l'immoralité dans laquelle il s'est volontairement plongé pour accomplir
une tache qu'il considére nécessaire. De méme, il semble chercher a se
persuader que les humains sont vils pour se dédouaner de ses propres
vices. Il est donc aisé d’illustrer le paradoxe soulevé par la citation de
Fontenelle en évoquant ses tourments intérieurs.
Dans Les Liaisons dangereuses, la duperie et l'ambiguité du discours
sont omniprésentes. Les personnages, a plusieurs reprises, paraissent
se fourvoyer sur la nature de leurs sentiments et de leurs désirs, sur leur
capacité a surmonter leur condition ou l’attachement que leur portent
leurs amis et amants. Personne n’incarne mieux ce paradoxe que la pré-
sidente de Tourvel, qui doute des beaux discours de Valmont, et prend
plus de plaisir a les croire qu’a les réfuter, méme si cela finit par lui cotter
la vie. Le registre religieux permet quant a lui de questionner la nature de
la foi comme élan optimiste face au doute et au désespoir.
Enfin, les articles de Hannah Arendt insistent sur le fait que la vérité
doit s’imposer a l’esprit dés lors qu’elle est apergue. Par conséquent,
le doute apparait comme un obstacle trés fort a la croyance. Mais ils
illustrent également la différence entre |’attitude scientifique, ott ce qui
est douteux semble a priori devoir étre rejeté, et l’attitude politique qui,
en pratique, doit se doter de principes d’actions forts et d’une capacité a
dissimuler ses convictions.
3 Problématisation
Peut-on, parce que cela nous fait plaisir ou parce que nous le désirons,
choisir nos croyances ? La présence du doute ou de la certitude - qui sont
des sentiments — ne devrait-elle pas, en théorie, nous priver de cette
liberté? Ne s'agit-il pas plutét, dans cette déclaration, de l’expression
d’un simple désir de croire ou d’une forme de prudence 2SUJET 2
Il Plan détaillé
I Le doute peut engendrer une souffrance dont nous cherchons a nous
débarrasser en considérant des propositions réconfortantes ou plai-
santes
1. Le doute est un désagrément dont nous cherchons a nous débar-
rasser
2. Ilnous arrive d’essayer de nous convaincre de quelque chose parce
que cela nous réconforte
3. Ou d’essayer de nous persuader de la vérité d’une idée séduisante
D’un cété, il nous arrive réguli¢rement de tenter de nous convaincre de
quelque chose, car cela conforte nos désirs ou nous procure un plaisir
intellectuel. Les raisons de croire ne sont pas, a premiére vue, exclusivement
théoriques. Mais de l'autre, peut-on vraiment considérer qu’un individu
puisse, au sens fort, croire ce qu'il sait faux ou douteux?
IL Mais au sens strict, nous ne pouvons pas croire ce dont nous doutons
1. Croire vrai ce qu’on sait faux ou douteux est un non-sens
2. En matiére scientifique, il faut rejeter ce qui est douteux
3. En matiére pratique, le doute peut paralyser l’action
S'il ne faut pas confondre la volonté de croire et la croyance en tant que
telle, cela signifie-t-il que, d’un point de vue pratique, il soit nécessaire de
ne soutenir que ce dont nous sommes certains ?
Ill Hest parfois utile et fécond de simuler la croyance
1. Les scientifiques partent souvent d’hypothéses et de postulats
incertains
2. En morale, il est salutaire d’afficher une forme d’optimisme de
principe
3. Parfois, il est préférable de ne pas afficher ses croyances publique-
ment
III Dissertation rédigée
ANS ses Méditations métaphysiques, René Descartes affirme vouloir
faire table rase de toutes les opinions douteuses qu'il a regues
durant son éducation afin de reconstruire les sciences de la nature sur
une base indubitable.
D’un cété, une idée sur laquelle nous ne serions pas préts a engager
notre responsabilité dans une discussion rationnelle semble, en ce sens,
correspondre a une idée dont nous suspectons qu'elle pourrait se révé-
ler fausse. En ce sens, ce n'est pas parce que je pense qu’ il y a de fortes
Aceroche
Citation
et analysePbmatique
Plan
86 PARTIE I — ROLES ET FONCTIONS DU FAIRE CROIRE
chances pour qu’une théorie scientifique soit vraie que je soutiens sa
vérité sans réserve. Dés lors, tenir pour vrai — c’est-a-dire croire et dé-
fendre cette croyance - semble distinct du simple fait de vouloir croire ou
d’espérer. Mais de l'autre, la citation de Fontenelle semble suggérer qu’un
agent puisse décider de tenir pour vraie une idée en dépit de son absence
de certitude. Interprétée au sens littéral, elle nous invite 4 considérer la
possibilité de décider de croire en ce dont nous doutons parce que, écrit-
il, cela nous ferait plaisir. Certes, je peux essayer de me convaincre que la
paix internationale adviendra un jour en dépit de mes interrogations sur
la capacité des humains a cesser de s’entretuer. De méme, la foi religieuse
peut étre considérée comme une croyance réconfortante que l'on adopte
pour surmonter une forme de désespoir face a l’absurdité apparente de la
vie. Ainsi, une compatibilité entre croyance et doute serait envisageable.
Peut-on, parce que cela nous fait plaisir ou parce que nous le dési-
rons, choisir nos croyances? La présence du doute ne devrait-elle pas,
en théorie, nous priver de cette liberté ? En d'autres termes, dire que l'on
tient pour vrai quelque chose parce que cela procure un plaisir, n’est-ce
pas exprimer un désir de croire ou, dans une perspective pratique, une
tentative prudente de dissimuler ses convictions ?
Si le doute peut engendrer une souffrance dont nous cherchons a
nous débarrasser en considérant des propositions réconfortantes ou
séduisantes, il est contradictoire que doute et conviction se rapportent a
la méme proposition pour un agent. Cela ne signifie pas pour autant que
simuler la croyance ne soit jamais utile ou fécond.
ERTES, le doute est un désagrément dont nous cherchons a nous
débarrasser.
Douter, c'est ou bien ne pas connaitre la réponse a une question,
ou bien étre incapable de choisir entre des réponses incompatibles. De la
nait une perplexité plus ou moins désagréable que Danceny, dans la
lettre 80 des Liaisons dangereuses, associe explicitement au malheur :
« tout est privation, tout est regret, tout est désespoir [...]. Je pense a vous
sans cesse, et n'y pense jamais sans trouble », s’exclame-t-il en évoquant
ses doutes a propos des sentiments de Cécile Volanges. Les libertins,
dans le roman, prennent un malin plaisir a alimenter cette détresse pour
manipuler les ingénus. De méme, dans Lorenzaccio, la marquise Cibo se
mortifie d’avoir plongé son mari dans la perplexité : «O mon Laurent!
J'ai perdu le trésor de ton honneur, j'ai voué au ridicule et au doute les
derniéres années de ta noble vie »'.
Pour sortir d’un tel doute, les humains recherchent la douceur d’idées
réconfortantes : « la réalité ne dérange pas moins la tranquillité du rai-
sonnement de bon sens qu'elle ne dérange I’intérét et le plaisir », écrit en
1 acte III, scéne 4SUJET 2
ce sens Hannah Arendt dans la quatriéme section de l'article « Vérité et
politique ». Les faits, remarque-t-elle, se dressent en permanence contre
nos désirs et intéréts. Par exemple, le désir de devenir un grand poéte
peut se heurter a un manque de talent littéraire. Il sera alors salvateur de
tenter de se convaincre que l’échec rencontré provient d'un autre facteur
—comme un contexte défavorable. De méme, dans la lettre 60, Danceny
écrit que «le seul soulagement » dont il dispose dans son malheur est la
considération de l’amitié du vicomte de Valmont. Considération, c’est-a-
dire examen d’une proposition, et non croyance.
Enfin, il nous arrive d’essayer de nous persuader de la vérité d’une
idée percue comme séduisante. En effet, séduisante est la perspective du
salut de Lorenzo évoquée par Philippe lors de leur discussion : « si tu es
honnéte, quand tu auras délivré ta patrie, tu le redeviendras », lui lance-t-
il sur un ton optimiste avant de lui promettre, sur un ton prophétique,
qu’il « redeviendra aussi pur que les statues de bronze d’Harmodius et
d’Aristogiton »*. Y croit-il vraiment? Rien n'est moins sar. En outre, cette
tendance humaine al’autopersuasion et au déni de réalité s’applique éga-
lement aux gouvernants. Les politiciens professionnels, affirme Arendt
dans « Du mensonge en politique », « croient en la toute-puissance de la
manipulation sur l’esprit des hommes et pensent qu'elle peut permettre
de dominer réellement le monde ». Mais y souscrivent-ils vraiment, ou ne
s'agit-il que d’une posture?
D’un cété, il nous arrive réguliérement de tenter de nous convaincre
de quelque chose, car cela conforte nos désirs ou nous procure un plaisir
intellectuel. Les raisons de croire ne sont pas, a premiére vue, exclusi-
vement théoriques. Mais de l'autre, peut-on vraiment considérer qu’un
individu puisse, au sens fort, croire ce qu’il sait faux ou douteux?
LNE semble pas possible pour l’homme de croire tout et n'importe
I quoi.
Premiérement, croire vrai ce qu’on sait faux ou douteux est un non-
sens. Vouloir croire n’est pas croire. Confondre les deux, c’est prendre
ses désirs pour des réalités. Et s’il nous arrive de commettre des erreurs,
c’est-a-dire de prendre le faux pour le vrai ou inversement, croire qu'une
proposition est vraie revient par définition a l’adopter. Comme I’écrit
Arendt : « la vérité porte en elle-méme un élément de coercition »°. Elle
s'impose a notre esprit. Mais alors, comment interpréter la déclaration de
Fontenelle? Nous pourrions d’abord y voir l’expression d’une croyance
portant sur le possible. Une seconde interprétation consisterait 4 soutenir
que, lorsqu’un individu affirme qu’il croit quelque chose car cela lui fait
2 acte III, scene 2PARTIE I — ROLES ET FONCTIONS DU FAIRE CROIRE
plaisir, il n’exprime que son désir ou sa volonté de croire. Ainsi, dans
la lettre 32 des Liaisons dangereuses, M™® de Volanges exprime-t-elle
sa volonté de croire aux bonnes intentions de Valmont : « je veux croire
qu elles sont louables », écrit-elle a la présidente de Tourvel qui s'interroge
au sujet de son prétendant.
S’il est donc impossible, a moins d’étre en présence d’un esprit scindé
en deux, de croire ce dont on doute au moment oi !’on en doute, l’exi-
gence intellectuelle passe par le rejet des opinions incertaines et la re-
cherche scrupuleuse de la vérité. Il s’agit, dans les sciences, de ne pas
se leurrer, ne pas endosser des prémisses douteuses pour garantir la
certitude de la conclusion. Dans « Du mensonge en politique », Arendt
cite le philosophe Hegel affirmant que «1’unique intention de la contem-
plation philosophique est I’élimination de I’accidentel »*, c’est-a-dire la
recherche de ]’exactitude dans le domaine du savoir. La raison cherche,
sil’on en croit Arendt, ce qui ne peut pas ne pas étre, ce qui est néces-
saire. Et, par la, 4 surmonter les interrogations qui mettent en marche
l’esprit pour mieux, dans certains cas, résoudre les problémes auxquels
nous faisons face. C’est ainsi que, grace a ses connaissances médicales,
le vicomte de Valmont parvient a déceler le mensonge de M™ de Tourvel
sur son état de santé?.
Dans I’action, mieux vaut en effet disposer de certitudes. Le doute,
par nature, est susceptible de paralyser l’action et, lorsqu’il intervient a
posteriori, de nous faire regretter nos actes. De cette méfiance indispen-
sable témoignent les efforts démesurés de Lorenzo pour convaincre son
oncle de sa loyauté : « Je suis des v6tres, mon oncle. [...] N’en doutez pas
un seul instant; l’amour de la patrie respire dans mes vétements les plus
cachés »®. S'il y a, comme le soutient Arendt dans « Vérité et politique »,
conflit entre la valeur de sincérité et |’activité politique, il n'y en a pas
entre la politique et la détermination a agir. Que de tels principes d’ac-
tions existent ou non, il est nécessaire de les rechercher ou, a minima,
d’étre convaincu de |’existence d’un choix optimal pour prendre une
décision. Pour cette raison, souligne-t-elle en faisant référence a Platon,
« aux opinions toujours changeantes du citoyen sur les affaires humaines,
[...] le philosophe opposa la vérité » afin d’en « faire dériver des principes
pour stabiliser les affaires humaines »’.
S’il ne faut pas confondre la volonté de croire et la croyance en tant
que telle, cela signifie-t-il que, d’un point de vue pratique, il soit néces-
saire de ne soutenir que ce dont nous sommes certains ?
4 findelasectionI © lettre25 © actell,scéne4 7 début de lasection II
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