Philippe aimait la gaieté, la gaieté du savoir, celle des rencontres et des moments partagés.
Lui qui fut un mentor pour nombre d’entre nous. La passion de Philippe était contagieuse. Tout le monde ou presque voulait en être le bénéficiaire. Dans les années 90, on s’asseyait dans ses cours avec le désir d’être surpris et émerveillés par son érudition, ses anecdotes ethnographiques, son dialogisme, son humour, sa curiosité, son goût de la provocation. Son style. Il aimait à le dire : « Le style, c’est l’homme ». On s’imaginait alors « initiés du Komo », comme il le fut chez les Minyanka du Mali dans les années 80. Ou danseurs de rumba à Cuba. Ou grimpeurs dans l’Himalaya. Nous voulions être ses « yelemas », les traducteurs du masque. Il a captivé des générations d’étudiant.e.s et révélé des vocations (dont la mienne).
Puis quelques-un.e.s d’entre nous réalisèrent une thèse sous sa direction (Anne-Marie Bouttiaux, Anne-Marie Vuillemenot, Arnaud Halloy, Pierre Lienard, Joel Noret, Alain Konen et moi-même) ou dans son entourage amical et intellectuel (Pierre Petit, Laurent Legrain, Maïté Maskens). L’amitié fut scellée par des tonnes de spaghettis bolo et des litres de soupes wantan, des pas de danse, des libations festives, des joggings, mais surtout des discussions anthropologiques et existentielles à n’en plus finir. Toujours prêt à raffermir nos enthousiasmes défaillants et à calmer nos angoisses, toujours avec le dernier livre « à lire » en main.
Avec Philippe, nous découvrions et explorions le rituel, la cognition, la pragmatique, le corps, les émotions, la transmission, les masques. Avec Philippe, se déployait sous nos yeux une anthropologie humaniste, réflexive, érudite, rigoureuse, hautement participative, anti-utilitariste, avide de montées en généralité. Une volonté de comprendre l’humain, en dialogue avec la philosophie politique, la linguistique, l’écologie, la psychanalyse, les neurosciences, encadrée par un horizon de tolérance. Jusqu’il y a quelques semaines, il disait lire et se passionner pour l’un ou l’autre texte. Hier encore, il s’enthousiasmait pour autrui, la diversité et la créativité humaines.
Philippe était d’une précieuse générosité intellectuelle, et bien plus encore. Son altruisme et sa chaleur débordaient de partout. Il était un homme généreux et hospitalier comme j’en ai rarement rencontré. Généreux par son écoute, ses mots réconfortants, ses conseils avisés, ses dons sans compter, ses éclats de rire. Les relations qu’il entretenait étaient intégrales, animées par une passion pour le savoir certes, mais aussi par une éthique de la bonne existence. Sa porte, et celle de Jeanne, sa compagne, était toujours ouverte. Il a aidé tant de gens qui en avaient besoin.
Philippe voudrait être remémoré avec joie. Comme ami, danseur, alpiniste, marathonien, humaniste, et anthropologue.
Il fut mon sherpa. Il m’a ouvert des voies et fait découvrir des passages et des paysages nouveaux, avec la tendresse et la simplicité qui étaient siennes.
Je lui dois tant. Sans lui, ma vie aurait pris une autre tournure.
Je demeurerai son yelema, son herméneute bavard, comme il disait.
Douces pensées à Jeanne.
Au moment de sa retraite, nous avions réuni une série de textes en son honneur : https://www.mollat.com/livres/665413/corps-performance-religion-etudes-anthropologiques-offertes-a-philippe-jespers
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David Berliner (May 3, 2025). Une anthropologie espiègle. Cheminer avec Philippe Jespers. David Berliner blog. Retrieved July 26, 2026 from https://doi.org/10.58079/13uy8
