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Le rôle du notateur

Nous sommes le 29 juin 2022, et notre Pilote 2 s’arrête officiellement demain.

Avant de conclure cette expérience, je voulais encore partager quelques mots sur le rôle du notateur dans ce projet.

Le notateur, s’il n’est pas lui-même le chorégraphe ou l’acteur du mouvement dont on souhaite garder une mémoire et une analyse, se retrouve dans la position du traducteur. 

Il écrit dans un langage inconnu ou mal connu par l’auteur du mouvement ses mots, ses mouvements, ses choix. Parfois ce sont des choix conscients, parfois ce sont des habitudes de mouvements.

Comme chorégraphe, il arrive qu’on dise une chose et qu’on en fasse une autre. Il arrive qu’on ne sache pas faire physiquement ce qu’on attend de l’interprète. Il arrive que l’interprète ait des difficultés à faire ce que l’on lui demande. Il arrive qu’on soit comme chorégraphe, comme interprète, conscient de tout cela, ou pas.

Dans tous les cas, le notateur se doit de combler au maximum ces écarts pour rendre dans sa partition une version qui puisse donner au futur lecteur une idée la plus précise possible du mouvement tel qu’il doit être réalisé, en respectant les choix du chorégraphe et en indiquant par les termes et la syntaxe choisis, un vocabulaire et une coordination du mouvement la plus fidèle et juste possible.

Mais le notateur est aussi un danseur, il a aussi des préférences et un sens propre du mouvement. Même s’il cherche à se fondre tant qu’il peut dans le travail d’un autre, il fait, tout comme un traducteur, des choix qui lui sont propres.

Cela nécessite une grande confiance de la part de celui qui ne sait pas lire.

Pour chaque mouvement, il y a de nombreuses possibilités d’écriture, comme avec le langage alphabétique.

Par exemple pour descendre s’asseoir on peut préférer parler d’un changement de niveaux plutôt que des genoux qui se plient ou bien encore on peut écrire de plusieurs façons le fait de plier un bras, en parlant de l’amplitude qui se réduit ou en donnant des informations sur les directions des différents segments concernés. Le résultat sera presque le même, mais la façon de faire, l’engagement du corps et donc malgré tout le résultat sera tout de même bien différent.

Le notateur peut choisir des concepts dont le chorégraphe ne parle pas pour rendre compte d’un mouvement parce qu’il pense que la description donnera un résultat plus proche d’un point de vue de sa réalisation ou que l’explication du chorégraphe si on la transcrivait “littéralement” pourrait induire le lecteur en erreur. Il peut aussi faire des choix qui lui sont propres parce qu’il a des affinités avec certains concepts plus qu’avec d’autres. Et il y a parfois une totale similitude entre les notions choisies par le notateur et le vocabulaire du chorégraphe.

Les discussions, quand elles peuvent avoir lieu entre le notateur et le chorégraphe, ou avec les interprètes, vont également influencer le regard et la conception du mouvement de ces derniers, et cela de façon irréversible, comme toute nouvelle connaissance et prise de conscience.

Mais tout cela reste subjectif, et le notateur, auteur de la traduction, s’implique, influence et signe de son regard, avec respect, une œuvre qui n’est pas la sienne.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Irénée Blin (29 juin 2022). Le rôle du notateur. Dansophie/Dancing philosophy. Consulté le 20 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/ngqs


Une réflexion sur « Le rôle du notateur »

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