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La spirale des mouvements et des mots

Workshop UPHF-Valenciennes, 12.04.2022 ; Photo de S. Hildebrand

Le défi de l’atelier (UPHF de Valenciennes, Site Arenberg – Créative Mine, 11-12 avril 2022) a été de proposer un parcours au sein duquel les participants étaient activement engagés et qui entrecroisait danse, philosophie, notation, mise en scène et prise d’images. On voulait susciter une réflexion sur les liens entre la recherche des mots, l’expérience du mouvement et la production d’images, afin de nourrir le parcours personnel de formation des étudiants et des étudiantes.

On a décidé de commencer par une expérience corporelle, un exercice de danse avec les bâtons qui était focalisé sur la relation et le mouvement – sur la relation en mouvement : l’expérience de soi et du rapport à la personne avec laquelle on était connectés par le bâton, ainsi que de la relation « élargie » à tous les autres qui étaient en mouvement dans le même espace. 

Comment est-ce que des mots peuvent jaillir de cette expérience ? Assis en cercle, nous avons commencé à faire tourner la parole à partir d’un questionnement philosophique des mots employés par les participants pour raconter ce qu’ils avaient vécu dans l’expérience proposée. C’est avec une grande générosité que les étudiants et étudiantes ont partagé des expériences et des réflexions ; à partir de celles-ci nous avons commencé un travail sur les mots qui émergeaient pour penser les relations, leur aspects lumineux et obscurs.

On recherchait ainsi des mots incarnés, proches des expériences et d’une compréhension qui ne sépare pas le ressenti et la pensée.

Travailler sur ces mots signifie les faire surgir, comprendre leur importance dans le discours de la personne qui les propose, faire émerger leurs liens réciproques, les articuler, les porter en profondeur en soi, les distinguer d’autres mots qui leur sont proches. Il s’agit aussi de voir ce qui dans la réflexion commune demande de poursuivre davantage la recherche, afin de trouver des mots qui aient leur juste poids, leur consistance d’expérience et de richesse symbolique, pour ensuite les tisser ensemble dans un discours.

Le travail sur nos mots incarnés a une importance inestimable. Les éclairer, les mettre en relation, en découvrir de nouveaux, rejeter les mots intrinsèquement vides : ces pratiques ont des effets sur nous-mêmes, sur nos conduites, mais aussi sur tout ce que l’on fait avec d’autres personnes, dans les lieux où on travaille, on étudie, on vit.

Après le moment de réflexion commune, chacun-chacune des participants a été invité à choisir un mot ou un concept qui clarifiait un aspect de la relation et de son expérience, parmi ceux qui avaient émergé dans et par l’échange (on pouvait aussi ne pas en choisir, ce qui est en effet arrivé). J’en laisse ici une trace – la trace à la fois de l’échange et d’un parcours qui a débuté à ce moment mais qui peut interpeller les participants pour qu’ils le poursuivent : libération, bienveillance, challenge-rivalité, décision, jeu, analyse, observation, silence, comparaison, disponibilité. En lisant ces mots, il faut les faire résonner dans la matière sensible : les gestes, les regards, les corps dont les photos et les vidéos nous donnent un aperçu, un témoignage.

Le workshop s’est poursuivi par un travail proposé à partir d’un protocole et une introduction à l’analyse du mouvement et à la notation, visant à faire émerger les manières multiples et irréductiblement singulières dont on peut s’assoir, se lever, prendre un stylo. Vous trouverez ici la vidéo réalisée à partir de cette expérience

Le deuxième jour de workshop a débuté avec une expérience de mouvement et de danse, dans laquelle les participants étaient tous reliés entre eux par les bâtons.

Le moment de réflexion philosophique s’est fondé sur cette expérience et ensuite sur la lecture et la discussion collective d’un texte de la poète Mariangela Gualtieri, tiré de la pièce de théâtre Caino (Caïn), sur lequel l’équipe avait déjà travaillé lors de la résidence au Centre culturel St. Exupéry de Wissous. Dans cette réflexion collective, on a effleuré plusieurs sujets : le désir d’être quelqu’un d’autre ; la haine et l’amour ; les sentiments d’angoisse et culpabilité ; le destin et la responsabilité ; l’isolement et la fermeture sur soi ; la signification à donner à la « loi de paix » qui est évoquée dans le texte ; la figuration du divin qui y apparaît, dans le rapprochement du dieu à un animal. Le texte, ainsi que travail de réflexion et articulation à partir de celui-ci ont été la base d’un atelier de mise en scène, prise d’images et interprétation de la part des étudiants.

stefaniaferrando
stefaniaferrando

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
stefaniaferrando (29 juin 2022). La spirale des mouvements et des mots. Dansophie/Dancing philosophy. Consulté le 20 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/ngqq


Une réflexion sur « La spirale des mouvements et des mots »

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