{"id":300,"date":"2017-10-14T22:20:28","date_gmt":"2017-10-14T20:20:28","guid":{"rendered":"http:\/\/cramer.hypotheses.org\/?p=300"},"modified":"2017-10-14T22:22:30","modified_gmt":"2017-10-14T20:22:30","slug":"soutenance-en-vue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cramer.hypotheses.org\/300","title":{"rendered":"Soutenance en vue !"},"content":{"rendered":"<p>Voil\u00e0, nous y sommes ! Le manuscrit a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9, le jury constitu\u00e9, et la date provisoire de soutenance fix\u00e9e au 1er d\u00e9cembre. J&#8217;attends\u00a0d\u00e9but novembre, avec une pointe d&#8217;impatience et d&#8217;inqui\u00e9tude m\u00eal\u00e9es, les pr\u00e9-rapports des deux rapporteurs.<\/p>\n<p>En attendant je vous propose de lire l&#8217;introduction de mon m\u00e9moire de th\u00e8se, reproduite ci-apr\u00e8s.<!--more--><\/p>\n<hr \/>\n<p>L&#8217;<em>Introduction \u00e0 l&#8217;analyse des lignes courbes alg\u00e9briques<\/em> de Gabriel Cramer, publi\u00e9 en 1750 \u00e0 Gen\u00e8ve, est un ouvrage aujourd&#8217;hui encore r\u00e9guli\u00e8rement cit\u00e9 dans des livres traitant d&#8217;histoire de la g\u00e9om\u00e9trie ou de l&#8217;alg\u00e8bre, dans des travaux universitaires, dans les encyclop\u00e9dies et les dictionnaires, jusque dans les manuels de l&#8217;enseignement secondaire souhaitant offrir quelque aper\u00e7u historique des notions aux programmes des lyc\u00e9es. Sa notori\u00e9t\u00e9 actuelle repose essentiellement sur le fait que le nom de son auteur est aujourd&#8217;hui tr\u00e8s \u00e9troitement associ\u00e9 \u00e0 la r\u00e8gle d&#8217;alg\u00e8bre qui donne la solution d&#8217;un syst\u00e8me lin\u00e9aire de n \u00e9quations \u00e0 n inconnues dont le d\u00e9terminant est non nul : on parle ainsi de <em>syst\u00e8me de Cramer<\/em> et de <em>r\u00e8gle de Cramer<\/em> en fran\u00e7ais, de <em>Cramer&#8217;s rule<\/em> en anglais, de <em>Cramersche regel<\/em> en allemand, etc. Cette r\u00e8gle, en effet donn\u00e9e dans un des appendices situ\u00e9s en fin d&#8217;ouvrage, lui vaut l&#8217;essentiel de sa renomm\u00e9e. Le nom du Genevois est \u00e9galement associ\u00e9 \u00e0 un c\u00e9l\u00e8bre paradoxe laissant \u00e0 penser que deux courbes alg\u00e9briques d&#8217;ordre n peuvent se croiser en davantage de points qu&#8217;il est n\u00e9cessaire pour en d\u00e9finir une seule, ou encore \u00e0 certaines courbes particuli\u00e8res (comme la <em>besace<\/em>, d&#8217;\u00e9quation cart\u00e9sienne <span class=\"wp-katex-eq\" data-display=\"false\">(x^2-by)^2=a^2(x^2-y^2)<\/span>, ou la <em>courbe du diable<\/em> d&#8217;\u00e9quation <span class=\"wp-katex-eq\" data-display=\"false\">x^4-y^4+(a^2-b^2)x^2+(a^2+b^2)y^2=0<\/span>), qui rappellent que l&#8217;<em>Introduction<\/em> est avant tout un ouvrage de g\u00e9om\u00e9trie. Ces citations et mentions, bien que nombreuses, ne permettent en aucune mani\u00e8re de se former une image pr\u00e9cise des contenus de l&#8217;ouvrage : les \u00e9l\u00e9ments cit\u00e9s ci-dessus ne repr\u00e9sentent tout au plus que quelques pages d&#8217;un livre qui en compte pr\u00e8s de sept cents. J&#8217;ai donc choisi de m&#8217;int\u00e9resser \u00e0 cet ouvrage pour en faire le sujet de mon m\u00e9moire de master d&#8217;histoire des sciences et des techniques \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 de Nantes, soutenu en 2011 : sa lecture m&#8217;a permis de passer en revue les r\u00e9sultats qu&#8217;il contient comme les m\u00e9thodes et outils mis en \u0153uvre par l&#8217;auteur pour \u00e9tudier et classer les courbes alg\u00e9briques des premiers ordres.<\/p>\n<p>S&#8217;int\u00e9resser \u00e0 un ouvrage scientifique, c&#8217;est d&#8217;abord commencer par \u00e9tudier ses contenus, puis \u00e0 la mani\u00e8re dont il r\u00e9pond aux textes traitant du m\u00eame sujet qui le pr\u00e9c\u00e8dent, et dont il se positionne relativement \u00e0 ceux qui le suivent : l&#8217;<em>Introduction<\/em> s&#8217;inscrit dans un corpus dont il s&#8217;agit de d\u00e9limiter les contours, couvrant dans une longue p\u00e9riode (de la fin du XVIIe au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle) des champs vari\u00e9s (g\u00e9om\u00e9trie, alg\u00e8bre, analyse). Le trait\u00e9 des courbes est l&#8217;unique publication d&#8217;importance de Gabriel Cramer : on n&#8217;a de lui, hormis cet ouvrage, que quelques m\u00e9moires et dissertations qui ne sont pas sans int\u00e9r\u00eat, mais n&#8217;ont pas l&#8217;envergure de ce que l&#8217;on peut appeler son chef d&#8217;\u0153uvre ou, mieux, l&#8217;\u0153uvre de sa vie. Ce questionnement initial sur le texte de l&#8217;<em>Introduction<\/em> s&#8217;\u00e9tend donc naturellement \u00e0 la connaissance de son auteur, de son statut, de ses diff\u00e9rentes identit\u00e9s et fonctions sociales, des relations qu&#8217;il entretient avec son environnement professionnel \u2013 notamment \u00e0 l&#8217;acad\u00e9mie de Gen\u00e8ve, dans laquelle il enseigne les math\u00e9matiques d\u00e8s l&#8217;\u00e2ge de vingt ans, en 1724 \u2013, social\u00a0\u2013 en prenant en compte diff\u00e9rentes modalit\u00e9s de sociabilit\u00e9 savante : voyages, correspondances, soci\u00e9t\u00e9s, affiliations acad\u00e9miques, etc. \u2013, politique\u00a0\u2013 les institutions politiques de la R\u00e9publique de Gen\u00e8ve dans lesquelles il agit \u2013, priv\u00e9\u00a0\u2013 sa famille, ses amis \u2013, etc. Je me suis donc livr\u00e9 \u00e0 une premi\u00e8re enqu\u00eate biographique sur la personne de Gabriel Cramer, citoyen de la R\u00e9publique de Gen\u00e8ve et de la R\u00e9publique des lettres, qui donne la mati\u00e8re de la premi\u00e8re partie de ce m\u00e9moire de th\u00e8se.<\/p>\n<p>L&#8217;<em>Introduction \u00e0 l&#8217;analyse des lignes courbes alg\u00e9briques<\/em> est bien l&#8217;\u0153uvre d&#8217;une vie : non seulement s&#8217;agit-il de l&#8217;unique publication d&#8217;importance de Gabriel Cramer, mais de plus l&#8217;enqu\u00eate biographique, par l&#8217;\u00e9tude de sa correspondance, m&#8217;a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que sa r\u00e9daction a d\u00e9but\u00e9 dix ans avant sa parution, occupant ainsi un bon tiers de sa vie scientifique, qui commence en 1722 par la soutenance d&#8217;une th\u00e8se sur la propagation du son, et s&#8217;ach\u00e8ve avec son d\u00e9c\u00e8s en 1752, \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 47 ans. Cette longue dur\u00e9e de gestation du trait\u00e9 des courbes m&#8217;a conduit \u00e0 l&#8217;\u00e9tude des conditions qui ont pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la gen\u00e8se de l&#8217;ouvrage, des motivations intellectuelles et sociales qui ont conduit son auteur \u00e0 mener \u00e0 bien ce projet \u00e9ditorial, des conditions mat\u00e9rielles de son \u00e9criture et des diff\u00e9rentes \u00e9tapes du processus de r\u00e9daction, jusqu&#8217;\u00e0 sa publication et sa diffusion. Ce texte en devenir, dont les premi\u00e8res lignes sont \u00e9crites \u00e0 l&#8217;automne 1740, est l&#8217;objet de la seconde partie de ce m\u00e9moire : je me propose d&#8217;y reconstituer les diff\u00e9rentes phases de sa gen\u00e8se, notamment \u00e0 l&#8217;aide de l&#8217;\u00e9tude de la correspondance de son auteur, puis d&#8217;y ajouter l&#8217;analyse de manuscrits du trait\u00e9 des courbes, aujourd&#8217;hui conserv\u00e9s dans les archives de la Biblioth\u00e8que de Gen\u00e8ve, afin de mettre en \u00e9vidence des dynamiques au cours de cette p\u00e9riode de conception et d&#8217;\u00e9criture. Cette critique g\u00e9n\u00e9tique du texte, pour me placer dans le champ s\u00e9mantique des \u00e9tudes litt\u00e9raires auxquelles je souhaite faire quelques emprunts m\u00e9thodologiques, vise \u00e0 utiliser toutes les sources \u00e0 ma disposition pour comprendre le processus de cr\u00e9ation et de maturation du texte en devenir. Elle se termine par une \u00e9tude syst\u00e9matique des principales sources auxquelles l&#8217;auteur a puis\u00e9 pour construire son ouvrage, identifi\u00e9es par le biais des citations bibliographiques relev\u00e9es dans les manuscrits et dans le livre publi\u00e9, et des textes qui, bien que non explicitement cit\u00e9s, ont particip\u00e9 de sa connaissance du sujet des courbes alg\u00e9briques, identifi\u00e9s \u00e0 l&#8217;occasion d&#8217;une tentative de reconstruction de sa biblioth\u00e8que de travail et de l&#8217;\u00e9tude de la circulation des manuscrits au sein de son r\u00e9seau de correspondance.<\/p>\n<p>Le texte de l&#8217;<em>Introduction<\/em>, une fois &#8220;lib\u00e9r\u00e9&#8221; de son auteur et fig\u00e9 dans sa textualit\u00e9, entre alors dans une nouvelle phase de son cycle de vie. La troisi\u00e8me et derni\u00e8re partie de ce m\u00e9moire de th\u00e8se se veut une \u00e9tude de sa diffusion et des diff\u00e9rentes formes de sa r\u00e9ception par un lectorat tr\u00e8s vari\u00e9, au cours des ann\u00e9es qui ont suivi sa parution, puis au cours du long dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle. Cette \u00e9tude d\u00e9bute par les toutes premi\u00e8res lectures faites par les pairs de Gabriel Cramer, au travers des diff\u00e9rents \u00e9changes \u00e9pistolaires avec l&#8217;auteur qui ont suivi la publication du livre en 1750 (les lettres d&#8217;Euler, de Nicolas Bernoulli et surtout de D&#8217;Alembert sont riches d&#8217;enseignement \u00e0 cet \u00e9gard) et des recensions publi\u00e9es dans les journaux de la R\u00e9publique des lettres. Je montre ensuite que les lectures de l&#8217;<em>Introduction<\/em> varient largement dans le temps, dans l&#8217;espace, selon les champs d&#8217;activit\u00e9 math\u00e9matique de ses lecteurs et les supports sur lesquels elles s&#8217;expriment. Elles sont l&#8217;\u0153uvre de math\u00e9maticiens, amateurs ou professionnels, dans les champs de la g\u00e9om\u00e9trie, de l&#8217;analyse ou de l&#8217;alg\u00e8bre, dans des articles de revues, des ouvrages de recherche ou des manuels d&#8217;enseignement ; d&#8217;encyclop\u00e9distes et de dictionnaristes d&#8217;abord g\u00e9n\u00e9ralistes, puis de plus en plus sp\u00e9cialis\u00e9s en math\u00e9matiques, qui rendent compte de l&#8217;\u00e9tendue des savoirs en un temps et un lieu donn\u00e9 ; et enfin d&#8217;historiens\u00a0\u2013 ou de math\u00e9maticiens faisant \u0153uvre d&#8217;historien\u00a0\u2013 qui situent, au fil du temps, l&#8217;\u0153uvre de Gabriel Cramer dans leurs perceptions des progr\u00e8s de la g\u00e9om\u00e9trie ou de l&#8217;alg\u00e8bre. Il s&#8217;agit donc ici de suivre l&#8217;<em>Introduction \u00e0 l&#8217;analyse des lignes courbes alg\u00e9briques<\/em> dans ses trajectoires dans diff\u00e9rents champs de l&#8217;activit\u00e9 math\u00e9matique au cours du temps selon les points de vue math\u00e9maticiens et\/ou historiens de ses diff\u00e9rents lecteurs, afin de comprendre ce qui en a \u00e9t\u00e9 per\u00e7u, retenu, utilis\u00e9 ou au contraire ignor\u00e9 depuis sa publication jusqu&#8217;au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Mon objectif est donc d&#8217;\u00e9crire l&#8217;histoire de ce livre au fil du temps, la &#8220;biographie&#8221; d&#8217;un texte qui a un devenir et subit des mutations, dans sa phase de conception et d&#8217;\u00e9criture bien entendu, mais \u00e9galement dans sa phase de r\u00e9ception, non dans sa textualit\u00e9 elle-m\u00eame mais dans la connaissance et la perception que ses lecteurs en ont au cours des d\u00e9cennies qui ont suivi sa parution. La d\u00e9marche biographique est en histoire des sciences une option m\u00e9thodologique utilis\u00e9e depuis bient\u00f4t quarante ans qui, loin des exercices convenus de l&#8217;\u00e9loge ou du r\u00e9cit de vie \u00e9difiant contraints par des obligations ou des objectifs moraux, a fait la preuve de sa f\u00e9condit\u00e9 et de sa vitalit\u00e9, comme le montrent par exemple les textes r\u00e9unis dans l&#8217;ouvrage <em>Telling Lives in Science : Essays on Scientific Biography<\/em> par Shortland<sup><a href=\"#footnote_1_300\" id=\"identifier_1_300\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Shortland, Michael et Yeo, Richard, &eacute;ds. 1996. Telling Lives in Science : Essays on Scientific Biography. Cambridge University Press.\">1<\/a><\/sup>, les articles constituant le dossier intitul\u00e9 <em>Biography in the History of Science<\/em> de la revue ISIS sign\u00e9s par Terrall<sup><a href=\"#footnote_2_300\" id=\"identifier_2_300\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Terrall, Mary 2006. Biography as Cultural History of Science. Isis 97 (2) : 306&ndash;313.\">2<\/a><\/sup>, Porter<sup><a href=\"#footnote_3_300\" id=\"identifier_3_300\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Porter, Theodore M. 2006. Is the Life of the Scientist a Scientific Unit ? Isis 97 (2) : 314&ndash;321.\">3<\/a><\/sup> et Nye<sup><a href=\"#footnote_4_300\" id=\"identifier_4_300\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Nye, Mary Jo. 2006. Scientific Biography : History of Science by Another Means ? Isis 97 (2) : 322&ndash;329.\">4<\/a><\/sup> en 2006, les r\u00e9centes r\u00e9flexions rassembl\u00e9es dans l&#8217;ouvrage collectif <em>Les uns et les autres<\/em> sous la direction de Nabonnand et Rollet en 2012, issus de deux colloques sur les biographies et prosopographies en histoire des sciences qui se sont tenus \u00e0 Nancy en 2008 et 2009<sup><a href=\"#footnote_5_300\" id=\"identifier_5_300\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Nabonnand, Philippe et Rollet, Laurent, &eacute;ds. 2012. Les uns et les autres. . . , Biographies et prosopographies en histoire des sciences. Nancy : Presses universitaires de Nancy.\">5<\/a><\/sup>, ou encore dans le s\u00e9minaire <em>L\u2019enqu\u00eate biographique dans les \u00e9tudes sur les sciences<\/em> organis\u00e9 par Anne Collinot au Centre Alexandre-Koyr\u00e9 en 2013. D\u00e8s 1979, Hankins signe un article en d\u00e9fense de l&#8217;usage de la biographie en histoire des sciences : m\u00eame si l&#8217;auteur n&#8217;envisage alors que d&#8217;appliquer la d\u00e9marche biographique \u00e0 quelques grandes figures de la science dont le r\u00e9cit de vie restait \u00e0 \u00e9crire\u00a0\u2013 un point de vue qui para\u00eet aujourd&#8217;hui bien d\u00e9pass\u00e9\u00a0\u2013 il conclut justement son article<sup><a href=\"#footnote_6_300\" id=\"identifier_6_300\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Hankins, Thomas L. 1979. In defence of biography : the use of biography in the history of science. History of Science 17, n o 1 (mars) : 1&ndash;16.\">6<\/a><\/sup> en rappelant :<\/p>\n<blockquote><p>A fully integrated biography of a scientist which includes not only his personality, but also his scientific work and the intellectual and social context of his times, is still the best way to get at many of the problems that beset the writing of history of science. [&#8230;] Science is created by individuals, and however much it may be driven by forces from outside, these forces work through the scientist himself. Biography is the literary lens through which we can best view this process.<\/p><\/blockquote>\n<p>La m\u00e9taphore de la lentille est reprise par Marc-Antoine Kaeser, qui voit dans l&#8217;exercice biographique la possibilit\u00e9 de poser un &#8220;<em>regard transversal et panoramique<\/em>&#8221; et de multiplier les perspectives sur le sujet de son \u00e9tude en l&#8217;utilisant comme un &#8220;<em>\u0153illeton<\/em>&#8221; au travers duquel le biographe peut orienter son point de vue et modifier ses approches conceptuelles en &#8220;<em>adapt[ant] la focale de son appareil de vis\u00e9e<\/em>&#8220;<sup><a href=\"#footnote_7_300\" id=\"identifier_7_300\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Kaeser, Marc-Antoine. 2003. La science v&eacute;cue. Les potentialit&eacute;s de la biographie en histoire des sciences. Revue d&rsquo;Histoire des Sciences Humaines 8 (1), p. 144.\">7<\/a><\/sup> . Certains pi\u00e8ges de la d\u00e9marche biographique sont point\u00e9s mais l&#8217;auteur souligne que la coh\u00e9rence du discours du biographe est &#8220;<em>garantie par l&#8217;unit\u00e9 de son sujet singulier<\/em>&#8220;, ce qui autorise de ne pas isoler les diff\u00e9rentes identit\u00e9s du sujet (scientifique, sociale, politique, priv\u00e9e, etc.) les unes des autres, et que la multiplication et la diversit\u00e9 des sources assurent une protection contre l'&#8221;<em>effet de r\u00e9el<\/em>&#8221; qui peut donner l'&#8221;<em>illusion de toucher \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 brute et vierge<\/em>&#8221; lors de l&#8217;exploitation d&#8217;un document d&#8217;archive. Bourdieu, pour sa part, avait d\u00e9j\u00e0 mis en garde contre l'&#8221;<em>illusion biographique<\/em>&#8220;, demandant notamment de d\u00e9laisser la notion de <em>trajectoire<\/em> du sujet \u00e9tudi\u00e9 comme succession d&#8217;\u00e9v\u00e9nements biographiques dans un espace social fig\u00e9 au profit de celle de placements et d\u00e9placements dans un espace social en constante mutation, dont on se doit de conna\u00eetre les \u00e9tats successifs, en relation avec d&#8217;autres agents confront\u00e9s aux m\u00eames changements<sup><a href=\"#footnote_8_300\" id=\"identifier_8_300\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Bourdieu, Pierre. 1986. L&rsquo;illusion biographique. Actes de la recherche en sciences sociales 62 (1) : 69&ndash;72.\">8<\/a><\/sup>. Le projet biographique doit donc prendre en compte la diversit\u00e9 et la dynamique des contextes dans lesquels le sujet \u00e9volue, et l&#8217;influence des mutations de ces contextes sur ses propres trajectoires ; cela se traduit chez Giovanni Levi par l&#8217;affirmation qu&#8217;il y a &#8220;<em>relation permanente et r\u00e9ciproque entre biographie et contexte ; le changement est pr\u00e9cis\u00e9ment la somme infinie de ces interrelations<\/em>&#8220;<sup><a href=\"#footnote_9_300\" id=\"identifier_9_300\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Levi, Giovanni. 1989. Les usages de la biographie. Annales. &Eacute;conomies, Soci&eacute;t&eacute;s, Civilisations 44 (6) : 1325&ndash;1336.\">9<\/a><\/sup>. Si le biographe peut utiliser ces contextes pour tenter d&#8217;expliquer des trajectoires individuelles, le r\u00e9cit de vie d&#8217;un individu permet \u00e9galement d&#8217;\u00e9clairer les arri\u00e8res-plans culturels au sens large (intellectuels, politiques, \u00e9conomiques, sociaux) dans lesquels il agit. Le potentiel du projet d&#8217;une biographie scientifique r\u00e9side aussi dans sa capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9passer l&#8217;individu pour aborder des questions relatives \u00e0 l&#8217;histoire culturelle des sciences : &#8220;<em>What can an individual life story say about larger trends or broader issues ? How is science integrated into a life, as well as into society and culture ?<\/em>&#8221; sont les questions qui doivent s&#8217;imposer au biographe, selon Mary Terrall. La probl\u00e9matisation du projet biographique doit donc inclure dans \u00e0 la fois l&#8217;individu, avec toutes ses identit\u00e9s, les collectifs dans lesquels il agit et les contextes dans lequel s&#8217;inscrit ; comme l&#8217;affirment Nabonnand et Rollet :<\/p>\n<blockquote><p>On ne peut envisager de suivre la trajectoire d&#8217;un acteur (qu&#8217;il soit individuel, collectif ou m\u00eame abstrait) sans penser les processus sociaux et collectifs qui vont permettre de comprendre les habitus qui l&#8217;animent et de reconstruire les dynamiques des r\u00e9seaux dans lesquels il se meut. [&#8230;] La difficult\u00e9 et l&#8217;int\u00e9r\u00eat d&#8217;une biographie historique seront donc de reconstruire les identit\u00e9s d&#8217;un acteur en suivant ses trajectoires dans diff\u00e9rents champs (disciplinaires, professionnels, acad\u00e9miques, politiques, &#8230;) qui apparaissent pertinents lors de la probl\u00e9matisation du projet biographique.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00c9tymologiquement parlant, la d\u00e9marche biographique ne peut s&#8217;appliquer qu&#8217;\u00e0 des \u00eatres vivants : le r\u00e9cit de vie est ainsi g\u00e9n\u00e9ralement born\u00e9 par la naissance et la mort du sujet, m\u00eame si dans certains cas il peut largement en d\u00e9border ; ainsi, Caroline Ehrhardt rappelle qu'&#8221;<em>\u00c9variste Galois, en tant que <\/em>personne<em>, est mort en 1832. Mais &#8220;\u00c9variste Galois&#8221; en tant que <\/em>personnage<em> a connu des vies multiples et il est encore bien vivant, non seulement au travers de la th\u00e9orie math\u00e9matique qui porte son nom et qui a aujourd&#8217;hui des ramifications dans de nombreuses branches des math\u00e9matiques, mais aussi au travers de la l\u00e9gende dont il est l&#8217;objet<\/em>&#8220;<sup><a href=\"#footnote_10_300\" id=\"identifier_10_300\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ehrhardt, Caroline. 2011. &Eacute;variste Galois : la fabrication d&rsquo;une ic&ocirc;ne math&eacute;matique. Paris :\n&Eacute;ditions de l&rsquo;&Eacute;cole des hautes &eacute;tudes en sciences sociales, p. 17.\">10<\/a><\/sup>. Quelques historiens ont tent\u00e9 d&#8217;appliquer cette approche biographique \u00e0 des acteurs non-humains comme des institutions scientifiques ou des concepts math\u00e9matiques. Cela a \u00e9t\u00e9 fait, par exemple, sur un registre m\u00e9taphorique affirm\u00e9, dans les <em>\u00c9l\u00e9ments d&#8217;une biographie de l&#8217;espace projectif<\/em><sup><a href=\"#footnote_11_300\" id=\"identifier_11_300\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Bioesmat-Martagon, Lise, &eacute;d. 2010. El&eacute;ments d&rsquo;une biographie de l&rsquo;espace projectif. Nancy, France : Presses Universitaires de Nancy.\">11<\/a><\/sup> o\u00f9 la m\u00e9taphore &#8220;<em>peut \u00eatre fil\u00e9e classiquement [&#8230;] comme l&#8217;\u00e9tude d&#8217;un parcours individuel<\/em>&#8221; pour laquelle il s&#8217;agit de &#8220;<em>reconstruire les \u00e9tapes de la constitution du cadre dans lequel se d\u00e9veloppe ce qu&#8217;on appelle aujourd&#8217;hui la g\u00e9om\u00e9trie projective<\/em>&#8220;, ou comme inscription du parcours individuel de ce concept dans ses contextes d&#8217;utilisation par les math\u00e9maticiens au fil du temps, l&#8217;espace projectif devant \u00eatre &#8220;<em>saisi dans sa fonction d&#8217;exemplarit\u00e9 pour les g\u00e9om\u00e8tres ou les topologues<\/em>&#8220;. Allant plus loin, d&#8217;autres pr\u00e9tendent \u00e9crire des biographies d&#8217;objets mat\u00e9riels, comme l&#8217;indiquent les titres des ouvrages de Daston<sup><a href=\"#footnote_12_300\" id=\"identifier_12_300\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Daston, Lorraine. 2000. Biographies of Scientific Objects. University of Chicago Press.\">12<\/a><\/sup> ou de Bonnot<sup><a href=\"#footnote_13_300\" id=\"identifier_13_300\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Bonnot, Thierry. 2002. La vie des objets : D&rsquo;ustensiles banals &agrave; objets de collection. &Eacute;ditions de la Maison des sciences de l&rsquo;homme.\">13<\/a><\/sup>. Bernadette Bensaude-Vincent justifie l&#8217;extension de la d\u00e9marche biographique aux objets par le fait que &#8220;<em>la biographie sugg\u00e8re moins la n\u00e9cessit\u00e9 organique de la naissance et de la mort que la contingence des \u00e9v\u00e9nements qui constituent la trame d&#8217;une vie et d&#8217;un r\u00e9cit<\/em>&#8221; et assure que &#8220;<em>l&#8217;approche biographique permet de centrer l&#8217;enqu\u00eate sur l&#8217;interaction entre les objets et les populations humaines, et de d\u00e9gager leurs significations dans un espace culturel donn\u00e9<\/em>&#8220;. L&#8217;objet est ainsi vu comme un acteur qui &#8220;<em>se d\u00e9finit non par sa nature, mais par ses performances, ses effets sur les autres acteurs auxquels il est li\u00e9<\/em>&#8220;<sup><a href=\"#footnote_14_300\" id=\"identifier_14_300\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Bensaude-Vincent, Bernadette. 2012. Vies d&rsquo;objets. Critique, n o 781 (juillet) : 588&ndash;598, p. 596.\">14<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Pr\u00eater vie aux objets, fig\u00e9s dans leur mat\u00e9rialit\u00e9 et peu sujets aux mutations que connaissant les \u00eatres vivants, est sans doute plus audacieux que de l&#8217;envisager pour les textes litt\u00e9raires ou scientifiques, qu&#8217;il est plus ais\u00e9 d&#8217;associer \u00e0 une personne ou un groupe de personnes (ses auteurs), et dont l&#8217;\u00e9volution, au cours de l&#8217;acte d&#8217;\u00e9criture, et le devenir, sous le regard de ses lecteurs et de ses commentateurs, sont plus imm\u00e9diatement perceptibles. Serait-il donc plus simple d&#8217;envisager l&#8217;\u00e9criture d&#8217;une biographie d&#8217;un ouvrage, d&#8217;un texte scientifique ? Le cycle de vie d&#8217;un ouvrage comprend plusieurs phases : conception et \u00e9criture (incluant un cycle de corrections et de r\u00e9\u00e9critures), publication et diffusion, lectures et exploitation, le cas \u00e9ch\u00e9ant r\u00e9visions et r\u00e9\u00e9ditions, dans de rares cas effacement et disparition (ce qui repr\u00e9senterait l&#8217;\u00e9tat le plus proche de la &#8220;mort&#8221; de l&#8217;ouvrage). Robert Darnton, dans l&#8217;introduction de <em>L&#8217;aventure de l&#8217;Encyclop\u00e9die<\/em><sup><a href=\"#footnote_15_300\" id=\"identifier_15_300\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Darnton, Robert. 2013. L&rsquo;aventure de l&rsquo;Encyclop&eacute;die (1775-1800) : Un best-seller au si&egrave;cle des\nLumi&egrave;res. Traduit par Marie-Alyx Revellat. Paris : Points.\">15<\/a><\/sup>, justement intitul\u00e9e <em>Biographie d&#8217;un livre<\/em>, s&#8217;int\u00e9resse au devenir d&#8217;un ouvrage dans ses dimensions mat\u00e9rielles, \u00e9conomiques, sociales et intellectuelles, et mobilise l&#8217;histoire du livre pour apporter des r\u00e9ponses \u00e0 de nombreuses questions historiques d&#8217;importance que permet d&#8217;aborder le suivi des trajectoires de l&#8217;<em>Encyclop\u00e9die<\/em> dans ces diff\u00e9rents champs. L&#8217;\u0153uvre scientifique, vue comme v\u00e9hicule de la pens\u00e9e d&#8217;une personne (ou d&#8217;un groupe de personnes), et comme r\u00e9sultat de ses choix et de ses engagements personnels, professionnels ou sociaux, permet une mise en relation &#8220;naturelle&#8221; entre texte et auteur(s), et la situe comme produit de vies &#8220;r\u00e9elles&#8221; et incarn\u00e9es. L&#8217;\u0153uvre et la vie de son auteur n&#8217;appartiennent pas \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s diff\u00e9rentes, elles sont intimement reli\u00e9es dans une &#8220;<em>dyade biographique<\/em>&#8221; dont la solidarit\u00e9 est assur\u00e9e par ce qu&#8217;Anne Collinot appelle &#8220;<em>l&#8217;\u0153uvre-travail<\/em>&#8220;, cha\u00eenon qui rattache l&#8217;\u0153uvre \u00e0 la vie en la consid\u00e9rant dans ses dimensions laborieuses, quotidiennes<sup><a href=\"#footnote_16_300\" id=\"identifier_16_300\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Collinot, Anne. 2012. Entre vie et &oelig;uvre scientifiques : le cha&icirc;non manquant. Critique, n&deg; 781 (juillet) : 576&ndash;587.\">16<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Le projet biographique appliqu\u00e9 \u00e0 la dyade \u0153uvre-auteur((J&#8217;utilise ici l&#8217;expression <em>dyade biographique<\/em> dans un sens l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rent de celui que lui donne Anne Collinot : dans le cadre de cette \u00e9tude, la dyade associe de mani\u00e8re plus restrictive un auteur (Gabriel Cramer) et une seule de ses productions scientifiques (son trait\u00e9 des courbes), et non pas son \u0153uvre enti\u00e8re dans toute la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 du terme.)) est porteur de nombreuses potentialit\u00e9s. Il permet d&#8217;abord de suivre les trajectoires de l&#8217;auteur dans les diff\u00e9rents champs dans lesquels elles se d\u00e9ploient en variant les focales et les points de vue pour contextualiser ses pratiques scientifiques et sociales, tout en donnant une perspective sur l&#8217;\u0153uvre et les conditions intellectuelles, sociales et mat\u00e9rielles de sa gen\u00e8se, de son \u00e9laboration, de sa diffusion et de ses premi\u00e8res lectures. Il permet \u00e9galement, en contrechamp, d&#8217;observer les \u00e9volutions du texte en devenir et de reconstituer les diff\u00e9rentes \u00e9tapes du processus de r\u00e9daction, t\u00e9moins du travail de l&#8217;auteur (documentation, \u00e9criture et corrections, promotion et diffusion) pour fa\u00e7onner son \u0153uvre, puis de suivre les trajectoires du texte lui-m\u00eame, &#8220;lib\u00e9r\u00e9&#8221; de son auteur une fois publi\u00e9, au travers des regards port\u00e9s par ses lecteurs et ses commentateurs au fil des ann\u00e9es et des d\u00e9cennies qui suivent sa publication, qui n&#8217;en ont pas tous la m\u00eame vision selon le point de vue (professionnel, disciplinaire, historien) depuis lequel ils l&#8217;observent.<\/p>\n<p>Dans cette th\u00e8se je souhaite illustrer les potentialit\u00e9s de cette approche biographique d&#8217;une \u0153uvre scientifique en prenant l&#8217;exemple de l&#8217;<em>Introduction \u00e0 l&#8217;analyse des lignes courbes alg\u00e9briques<\/em> de Gabriel Cramer. La biographie de l&#8217;auteur, citoyen de la R\u00e9publique de Gen\u00e8ve et de la R\u00e9publique des lettres, qui fait l&#8217;objet de la premi\u00e8re partie de ce m\u00e9moire de th\u00e8se, est le premier \u00e9l\u00e9ment de la dyade biographique dont parle Collinot. La vie de l&#8217;auteur, son statut social, sa formation scientifique, son activit\u00e9 d&#8217;enseignement et de recherche, les \u00e9changes avec ses pairs, sa sociabilit\u00e9 savante, ses ambitions acad\u00e9miques, son action politique \u00e0 Gen\u00e8ve, l&#8217;\u00e9tude de tous ces aspects de sa vie et de son travail me permettront de &#8220;planter le d\u00e9cor&#8221; et d&#8217;aborder les conditions de la production de son trait\u00e9 des courbes dont, fait remarquable et int\u00e9ressant pour mon \u00e9tude, la r\u00e9daction s&#8217;est \u00e9tendue sur une p\u00e9riode de dix ans (1740-1750). Dans les deux parties suivantes, je m&#8217;attacherai \u00e0 l&#8217;\u00e9tude du texte lui-m\u00eame, de sa conception, des \u00e9tapes du processus de sa r\u00e9daction (en mobilisant essentiellement la correspondance de l&#8217;auteur), des dynamiques d&#8217;\u00e9criture (notamment par l&#8217;\u00e9tude des manuscrits du trait\u00e9 conserv\u00e9s \u00e0 Gen\u00e8ve), de ses filiations (par l&#8217;\u00e9tude de ses sources), des motivations de son auteur pour le publier et le diffuser, avant d&#8217;en examiner les r\u00e9ceptions et les lectures (math\u00e9maticiennes, encyclop\u00e9diques, historiennes) au cours des 150 \u00e0 200 ans qui ont suivi sa publication. Ma d\u00e9marche empruntera ponctuellement \u00e0 diff\u00e9rents champs de recherche : histoire culturelle et sociale des sciences, histoire du livre, critique g\u00e9n\u00e9tique par exemple, tra\u00e7ant certaines pistes m\u00e9thodologiques qu&#8217;il conviendra sans doute d&#8217;explorer davantage et d&#8217;approfondir si elles apparaissent prometteuses. Les questions relatives au trait\u00e9 des courbes de Gabriel Cramer que je me pose ici sont nombreuses et vari\u00e9es : pourquoi l&#8217;auteur commence-t-il \u00e0 \u00e9crire son trait\u00e9 des courbes, et \u00e0 destination de quels lecteurs, avec quels objectifs (avou\u00e9s ou cach\u00e9s) ? Comment l&#8217;auteur se documente-t-il, comment se d\u00e9roulent et se succ\u00e8dent les phases d&#8217;\u00e9criture, de quelle mani\u00e8re sont pr\u00e9sent\u00e9s, retravaill\u00e9s, organis\u00e9s les contenus ? Comment ce travail d&#8217;\u00e9criture s&#8217;inscrit-il mat\u00e9riellement dans la vie professionnelle de son auteur ? Quels sont les autres acteurs qui participent de ce processus de r\u00e9daction et de publication, de quelle mani\u00e8re le travail en cours est-il partag\u00e9 avec ses pairs ? Comment l&#8217;auteur accompagne-t-il la diffusion de son \u0153uvre, quels sont les circuits et les acteurs qui permettent sa diffusion ? Comment l&#8217;auteur inscrit-il son \u0153uvre dans les productions scientifiques de son \u00e9poque ? Quelles sont les fonctions et les valeurs (scientifiques, p\u00e9dagogiques, sociales) que lui accordent l&#8217;auteur, puis ses lecteurs ? La d\u00e9marche biographique, appliqu\u00e9e \u00e0 dyade form\u00e9e par l&#8217;<em>Introduction \u00e0 l&#8217;analyse des lignes courbes alg\u00e9briques<\/em> et son auteur, Gabriel Cramer, ambitionne ainsi de donner des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 ces questions particuli\u00e8res, tout en cherchant \u00e0 en donner une port\u00e9e plus g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<ol class=\"footnotes\">\n<li id=\"footnote_1_300\" class=\"footnote\">Shortland, Michael et Yeo, Richard, \u00e9ds. 1996. Telling Lives in Science : Essays on Scientific Biography. Cambridge University Press.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_300\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_2_300\" class=\"footnote\">Terrall, Mary 2006. Biography as Cultural History of Science. Isis 97 (2) : 306\u2013313.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_300\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_3_300\" class=\"footnote\">Porter, Theodore M. 2006. Is the Life of the Scientist a Scientific Unit ? Isis 97 (2) : 314\u2013321.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_300\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_4_300\" class=\"footnote\">Nye, Mary Jo. 2006. Scientific Biography : History of Science by Another Means ? Isis 97 (2) : 322\u2013329.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_4_300\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_5_300\" class=\"footnote\">Nabonnand, Philippe et Rollet, Laurent, \u00e9ds. 2012. Les uns et les autres. . . , Biographies et prosopographies en histoire des sciences. Nancy : Presses universitaires de Nancy.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_5_300\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_6_300\" class=\"footnote\">Hankins, Thomas L. 1979. In defence of biography : the use of biography in the history of science. History of Science 17, n o 1 (mars) : 1\u201316.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_6_300\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_7_300\" class=\"footnote\">Kaeser, Marc-Antoine. 2003. La science v\u00e9cue. Les potentialit\u00e9s de la biographie en histoire des sciences. Revue d\u2019Histoire des Sciences Humaines 8 (1), p. 144.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_7_300\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_8_300\" class=\"footnote\">Bourdieu, Pierre. 1986. L\u2019illusion biographique. Actes de la recherche en sciences sociales 62 (1) : 69\u201372.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_8_300\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_9_300\" class=\"footnote\">Levi, Giovanni. 1989. Les usages de la biographie. Annales. \u00c9conomies, Soci\u00e9t\u00e9s, Civilisations 44 (6) : 1325\u20131336.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_9_300\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_10_300\" class=\"footnote\">Ehrhardt, Caroline. 2011. \u00c9variste Galois : la fabrication d\u2019une ic\u00f4ne math\u00e9matique. Paris :<br \/>\n\u00c9ditions de l\u2019\u00c9cole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales, p. 17.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_10_300\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_11_300\" class=\"footnote\">Bioesmat-Martagon, Lise, \u00e9d. 2010. El\u00e9ments d\u2019une biographie de l\u2019espace projectif. Nancy, France : Presses Universitaires de Nancy.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_11_300\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_12_300\" class=\"footnote\">Daston, Lorraine. 2000. Biographies of Scientific Objects. University of Chicago Press.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_12_300\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_13_300\" class=\"footnote\">Bonnot, Thierry. 2002. La vie des objets : D\u2019ustensiles banals \u00e0 objets de collection. \u00c9ditions de la Maison des sciences de l\u2019homme.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_13_300\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_14_300\" class=\"footnote\">Bensaude-Vincent, Bernadette. 2012. Vies d\u2019objets. Critique, n o 781 (juillet) : 588\u2013598, p. 596.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_14_300\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_15_300\" class=\"footnote\">Darnton, Robert. 2013. L\u2019aventure de l\u2019Encyclop\u00e9die (1775-1800) : Un best-seller au si\u00e8cle des<br \/>\nLumi\u00e8res. Traduit par Marie-Alyx Revellat. Paris : Points.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_15_300\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<li id=\"footnote_16_300\" class=\"footnote\">Collinot, Anne. 2012. Entre vie et \u0153uvre scientifiques : le cha\u00eenon manquant. Critique, n\u00b0 781 (juillet) : 576\u2013587.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_16_300\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voil\u00e0, nous y sommes ! Le manuscrit a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9, le jury constitu\u00e9, et la date provisoire de soutenance fix\u00e9e au 1er d\u00e9cembre. J&#8217;attends\u00a0d\u00e9but novembre, avec une pointe d&#8217;impatience et d&#8217;inqui\u00e9tude m\u00eal\u00e9es, les pr\u00e9-rapports des deux rapporteurs. 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