Appel à contribution : “Sanguis Christi. Culture visuelle / culture visionnaire, XIIIe-XVIIIe siècles”, Louvain-la-Neuve, du 3 au 5 décembre 2025, date limite le 15 avril 2025
Le sujet du Sang du Christ a alimenté la culture dévotionnelle chrétienne en Europe dès le milieu du Moyen Âge, s’inscrivant dans la continuité du culte des reliques et devenant rapidement un élément central après l’institution progressive du dogme de la transsubstantiation, notamment lors du concile de Latran IV (1215), et le développement d’une liturgie destinée à célébrer spécifiquement le corpus Christi : la Fête-Dieu, encouragée dans toute la Chrétienté par la bulle Transiturus (1264).
Ce colloque interdisciplinaire se propose d’explorer comment la dévotion au Saint-Sang, sous ses multiples formes et manifestations (reliques, sacrement, miracles), a façonné et nourri l’émergence d’une culture visuelle en Europe depuis le Moyen Âge jusqu’au XVIIIe siècle.
C’est à travers la problématique du visuel, qu’il soit visible ou/et visionnaire, que seront explorés, lors de ce colloque, les liens entre les questionnements théologiques, le développement et les évolutions d’une culture dévotionnelle, jusques et y compris dans ses dimensions sociales et politiques, ainsi que leurs effets sur les modes de représentation dans l’iconographie. Par culture visuelle / visionnaire, nous entendons ainsi donner une place à une approche qui sache interroger ce qui se donne à voir du Sang du Christ, en explorant l’articulation voire la tension qui émerge entre ce que le miracle rend perceptible aux sens et ce qui, par essence, échappe à la perception, ouvrant ainsi le fidèle à une dimension spirituelle et sacrée et à de nouvelles modalités de mise en visibilité du divin.
Les propositions de communication pourront s’articuler autour des trois axes suivants.
1) Fondements doctrinaux et liturgies eucharistiques
Le premier axe s’intéressera aux points doctrinaux qui ont précédé ou fait suite à l’établissement du dogme de la transsubstantiation et à l’institution de la liturgie eucharistique. La question du visuel/visionnaire, qui émerge à partir du moment où se pose la question de la présence pleine et entière du Christ sous chacune des espèces, a introduit des difficultés inextricables quant au statut à donner au miracle par lequel le Sang du Christ est donné à voir (mirari). Relativement à cet axe, les propositions pourront porter sur certaines des discussions ou querelles qui ont pu émerger avant, pendant ou après l’élaboration de ce dogme et de cette liturgie. Certains des jalons de cette histoire pourront faire l’objet d’un traitement thématique: le concile de Latran IV, le concile de Constance (1418), le concile de Trente (1545) ; une attention particulière pourra être accordée à la Fête-Dieu, instituée en l’honneur du Corpus Christi ainsi qu’au développement des célébrations liées au culte du Saint-Sang ou au miracle eucharistique, notamment ceux de Bolsena (1263), Florence (1230), Fécamp (XIe siècle), Louvain (1347), Bruges (1146), Bruxelles (1370), Paris (1290), Passau (1477) ou encore Deggendorf (1337) ; enfin, pourront faire l’objet de propositions l’étude d’écrits théologiques qui ont cherché à établir ou à interroger le statut à attribuer à ces miracles et aux récits qui les relatent.
2) Culture visuelle/visionnaire dans l’histoire sociale et culturelle
Le deuxième axe explorera le rôle du visuel / visionnaire dans l’histoire culturelle et l’histoire sociale, en lien avec la culture dévotionnelle centrée sur le Saint Sang et la transsubstantiation. Les propositions pourront s’intéresser aux dynamiques qui ont contribué à l’élaboration d’une nouvelle culture visuelle, notamment dans le contexte d’extension de la foi dans les milieux laïcs et le développement des observances. Les soumissions pourront également aborder le développement d’une liturgie centrée sur la matérialité, sur les cinq sens, l’instauration de nouvelles formes de prédication qui articulent images sensibles, mentales et spirituelles, ainsi que la manière dont les récits de miracles se construisent à la charnière du visible et du visionnaire. Les questions sociales et politiques pourront également être abordées, en examinant comment, selon les époques, les modalités de la mise en récit de miracles eucharistiques et les manifestations liées au Saint-Sang (pèlerinages, festivités, rituels, mises en scène des reliques, pièce de théâtre, processions, ostentations) ont pu être exploitées par le clergé et les autorités laïques. Dans les propositions, ces pratiques pourront être étudiées comme outils de restauration de l’unité communautaire face aux dissidences ou comme des instruments de division sociale, servant les intérêts des groupes religieux ou politiques dans les controverses.
3) Voir le Saint-Sang : culture de l’objet-image
Le troisième axe portera sur les dispositifs de mise en visibilité du Saint-Sang à travers une culture de l’objet-image, qui n’a cessé de se diversifier et de s’enrichir au fil des siècles notamment grâce à la création de nouveaux médiums. Les contributions pourront à cet égard s’intéresser aux dispositifs visuels / visionnaires mis en place dans les cérémonies liturgiques et para-liturgiques, à l’intérêt croissant accordé à l’image et à sa mise en scène, à l’utilisation d’images mobiles, à la question du voilement et du dévoilement de l’image, à la dimension théâtrale de certaines de ces représentations, aux dispositifs de mise en dialogue des livres d’images et des murs d’images, ou enfin à la place de plus en plus importante accordée à la diffusion des gravures de petit format.
Ces différentes facettes de la mise en image du Saint-Sang, de l’Eucharistie, ou des miracles qui en procèdent pourront ainsi permettre d’interroger le statut de l’image dans ses multiples fonctions – thaumaturgique, visionnaire et sotériologique – afin d’explorer la manière dont elles participent à une médiation entre le visible et l’invisible, en même temps qu’elles façonnent par ce biais une nouvelle expérience visuelle ou/et visionnaire pour le fidèle. C’est ainsi l’histoire de l’objet-image qui pourra être réinsérée par ce biais dans l’histoire d’une culture visuelle dévotionnelle au sens large.
Modalités de soumission
Le colloque se tiendra du 3 au 5 décembre 2025 à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve. Les propositions de communication, rédigées en français ou en anglais, doivent comporter un maximum de 500 mots et être accompagnées d’un CV. Ces documents sont à envoyer avant le 15 avril 2025 aux adresses suivantes : [email protected] et [email protected]
Les communications sélectionnées feront l’objet d’une publication dans un volume collectif. Ainsi, nous vous demanderons d’axer vos propositions sur les thématiques du visible / invisible, visuel / visionnaire.
Dans la mesure du possible, les frais de logement, ainsi que ceux de déplacement si nécessaire, seront pris en charge. Nous soulignons l’importance de la participation de chercheurs issus de disciplines variées. Cette diversité permettra d’enrichir l’analyse des mécanismes à l’œuvre dans la culture du visuel et de contribuer à une réflexion collective sur les modes d’appréhension de celle-ci. Ce croisement des perspectives offrira également l’occasion de réinscrire ces dynamiques dans une histoire mentale et sociale des mouvements dévotionnels.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Fiammetta Campagnoli (24 mars 2025). Appel à contribution : “Sanguis Christi. Culture visuelle / culture visionnaire, XIIIe-XVIIIe siècles”, Louvain-la-Neuve, du 3 au 5 décembre 2025, date limite le 15 avril 2025. Collectif d'Historiens de l'Art de la Renaissance. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13k78



