Les RV de l’équipe 1 “Lettres et textes médiévaux” reviennent pour leur 4e année.
Ce ne sont pas des conférences : ce sont des moments pour se rencontrer, discuter, apprendre en échangeant… Bref : « faire science » ensemble autour d’un goûter partagé !
Scolies sur les douze types d’imbéciles répertoriés dans un texte juridique irlandais du IXe Siècle, présentées par Anna MATHESON (Université de Tours)
Date : jeudi 23 avril à 15h
Lieu : salle Berger du CESCM
Un extrait d’un ancien texte juridique irlandais, dont l’origine n’est pas identifiée, énumère douze types de drúith (« fous ») et les répartit en trois catégories : le fou doté de talent (drúth co rath), l’homme à demi-sens (fer lethchuinn) et le fou sans talent (mer cen rath)[1]. Les noms figurant dans cette taxinomie des fous sont fortement rhétoriques, constitués de kennings (par exemple rindainech « entaille-visage », celui qui entaille les visages), d’autres termes figurés (par exemple cáepthae « celui qui est bombardé de mottes de terre ») et de mots courants présentés avec une orthographe étrange. Les scolies médiévales sur ces noms sont tout aussi créatives, nourries par la pratique grammaticale latine de la dissection étymologique : une méthode, illustrée notamment dans les Etymologiae d’Isidore, qui consiste à décomposer un mot en éléments plus petits évoquant ses syllabes et permettant d’en éclairer le sens (par exemple « mutuum … ex meo tuum », Etym. 5.25.18 ; « mutuum (un prêt) … du mien au tien »). Il en résulte qu’il est difficile de déterminer avec précision quelle catégorie de personnes chaque terme de ce passage irlandais désigne.
Au cours de son intervention, Anna Matheson déchiffrera la plupart de ces douze mots énigmatiques. Elle montrera que toutes les figures représentées n’étaient pas nécessairement atteintes de déficience mentale ; cette classification ne reflète pas une compréhension élaborée de la psychopathologie. Elle recense plutôt des individus ayant le même statut juridique qu’un fou, soit parce qu’ils sont non compotes mentis, soit parce qu’ils sont des marginaux, des vagabonds ou d’autres individus en situation d’exclusion. La conférencière décryptera également les jeux de mots présents dans les gloses de ces termes. Non seulement ces scolies sont humoristiques, mais elles nous révèlent beaucoup sur les étiologies populaires de la folie et sur la circulation des savoirs. Par exemple, elles témoignent très tôt du stéréotype du fou goitreux ou de la théorie humorale concernant les vapeurs mélancoliques. À ce titre, ils présentent un grand intérêt pour les chercheurs qui étudient l’histoire culturelle de la déficience mentale ou qui s’intéressent à la formation de ceux qui ont participé à la transmission du droit irlandais médiéval.
[1] Trinity College Dublin, MS 1337 (H.3.18) xiv, p. 423a38–43 (s. xvi); London, British Library, Egerton MS 88, fol. 40vb1–5 (s. xvi); D. A. Binchy, éd., Corpus iuris hibernici: ad fidem codicum manuscriptorum recognovit, 6 vols (Dublin, 1978), iii.25-29 et iv.1381.21-24.


