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Auguste Comte et Clotilde de Vaux: les visites de “l’année sans pareille”, les moments privilégiés et ambigus d’un partage de l’intimité.

Auguste Comte et Clotilde de Vaux : les visites de « l’année sans pareille »,les moments privilégiés et ambigus d’un partage de l’intimité.

Si l’on examine attentivement le 27 visites qu’effectua l’égérie d’Auguste Comte au 10 rue Monsieur Le Prince et en retour les 18 visites du philosophe au 7 rue Payenne on trouve de la matière pour mieux saisir la nature de leur relation et sa dynamique propre. D’un côté une confiance qui se consolide peu à peu, une amitié précieuse ; de l’autre une passion souffrante qui confine à l’adoration. L’examen de l’intime partagé, de l’Autre chez Soi, appelle un effort imaginatif, d’autant plus intéressant, potentiellement fructueux, qu’il s’appuie sur des traces ou des objets tangibles, des témoignages précieusement conservés1.

La chaste et tourmentée relation d’Auguste Comte et de Clotilde de Vaux ne dépasse guère une année, mais quelle année ! Quelle période privilégiée dans deux existences si dissemblables ! Lorsque le philosophe voit, pour la première fois, en octobre 18442, celle qu’il considérera moins d’un an plus tard, comme sa « digne épouse spirituelle »3, ce dernier approche de 47 ans et Clotilde n’a pas encore 30 ans. Lorsqu’il perd, emportée par la tuberculose, le 5 avril 1846, celle auquel il vouera pendant les 11 années qu’il lui reste à vivre, un « veuvage éternel »4, cette dernière viens à peine de dépasser sa 31 ième année. Tragédie à multiples facettes et qui invite à une méditation attendrie : tragédie du destin de cette admirable Clotilde tant aimée de son adorateur, tragédie pour sa famille très aimante, en particulier pour sa mère qui ne lui survivra guère, et bien sûr tragédie pour le « père du positivisme » qui se ressourçait si avantageusement au contact de cette inspirante jeune femme, certes passablement fragile et souffrante, mais aussi pleine de tendresse, de délicatesse et de droiture.

Les deux premières visites de Clotilde à ce qui deviendra, en très grande partie à cause d’elle et à son corps défendant, le « saint domicile » du philosophe5 ne sont pas passées dans un cadre intime. La toute première visite, rappelons le, s’effectua le mardi 13 mai 1845. Nous en sommes encore au tout début de leur correspondance : Comte ne lui a fait parvenir que 2 lettres (les 3 avril et 2 mai), Mme de Vaux n’a envoyé que sa première missive (le 1er mai). Pourtant cette date a un caractère fatidique pour la famille Marie, en particulier son frère Maximilien qui avait accepté que Clotilde puisse l’ accompagner ce soir là ; pour le philosophe aussi qui ne trouva comme réponse à la morsure de l’absence après leur bref au revoir,  que de sacraliser le fauteuil dans lequel sa « noble dame » avait pris céans ; puis de consacrer ce dernier au seul usage d’elle ; puis plus tard de lui-même, en tant que « grand pontife » de la future « religion universelle »6

La seconde visite amorce la grande reconnaissance de Clotilde à l’égard de son protecteur. Elle se rend chez lui, avec sa mère et Maximilien, pour le remercier de cette « Épître sur la commémoration sociale » qu’il lui a fait parvenir à l’occasion de sa fête.7 Et voici la troisième visite qui scelle le début d’une forme d’intimité. Le mardi 12 août 1845, soit 2 mois et demi environ après sa seconde visite, Clotilde de Vaux qui a cruellement besoin d’argent pour payer son traitement médical se rend seule au domicile de son « cher et digne ami »8. Elle est aussi fort exaltée par le dépôt au journal le National9 de sa très courte nouvelle « Lucie », Elle entrevoie déjà, inspirée par les « Lettres à Marcie» de Georges Sand que Comte lui a fait parvenir, ce qui deviendra son grand projet littéraire inachevé : « Willelmine ». Elle quittera le philosophe très reconnaissante : il n’a pas hésité à lui prêter 100 francs malgré le contexte de soucis financiers qui est le sien à ce moment là.

Avant d’aborder la fatidique 5ième visite, celle du dimanche 7 septembre 1845, il nous faut prendre connaissance du contexte afin de bien saisir la paradoxale intimité entre nos deux protagonistes. Félicie la jeune épouse de Maximilien Marie a accouché d’un petit Léon qu’il s’agit de porter sur les fonds baptismaux de l’église paroissiale, la belle et majestueuse église Saint Paul Saint Louis dans le Marais. Clotilde est la marraine toute désignée, le fait que Comte soit choisit pour parrain montre le niveau très élevé d’estime dont il jouit dans cette famille. Nous connaissons les détails de la préparation de la « sublime » cérémonie du jeudi 28 août 1845, les cadeaux offerts, les factures pieusement conservées, mais aussi le baiser échangé entre le parrain et la marraine sans omettre le commencement des soupçons de la famille de Clotilde, la lente maturation de leur désapprobation. Pour Comte c’est un grand moment mystique : dans l’église même vouée au véritable fondateur du catholicisme selon ses propres vues, le philosophe, qui se donnera bientôt pour mission de devenir l’ultime Saint Paul en fondant « la religion de l’Humanité », voit son union avec celle qui lui a révélé l’Amour : un grand Amour qui ne veut pas de bornes, ni jamais cesser. A partir de ce jour, sans doute le plus heureux de son existence il ne pourra plus envisager Clotilde de Vaux autrement que comme sa « seule véritable épouse ».

Cette union ainsi mystérieusement consacrée par le prêtre baptiseur, ne pouvait qu’exacerber le désir du parrain. Clotilde qui ne lisait pas dans toutes les pensées de son « digne ami » ne fut nullement dupe de ses intentions les plus difficilement avouables. Elle fût prise d’une sorte de vertige qui l’incita à désirer quelque peu devenir mère malgré son « quasi veuvage ». Comte pourrait-il vouloir devenir père, un bon père ? C’est la raison de sa confuse venue le dimanche 7 septembre qui tourna à la déroute mais aurait bien pu tourner à une catastrophe irrémédiable. Le philosophe qui se croyait au bord d’un sursaut enchanteur, mainte fois quémandé, voit « sa » Clotilde s’enfuir sans explication. En fait l’explication ne tarda pas : Clotilde ne reproche rien à son « très digne ami », c’est elle qui demande expressément au philosophe de lui pardonner ses « imprudences ». Elle écrit d’emblée cette phrase le lendemain matin 8 septembre : « Hélas ! Je me sens encore impuissante pour ce qui dépasse les limites de l’affection. » Ayant reçu, peu après l’envoi de cette missive, celle de Comte qui offre un florilège de formules alambiquées inspirées par son impérieux et turbulent cupidon. Clotilde de Vaux met les points sur les « i » dans un court billet envoyé le soir où pour l’unique fois la cruauté de la vérité nue l’emporta sur son admirable tact : « Je suis incapable de me donner sans amour, je l’ai senti hier ». Dans ses « Eternels souvenirs périodiques d’un vertueux amour », rédigés après le décès de son égérie, le philosophe a écrit au sujet de cette visite ratée, si frustrante, si brusquement interrompue : « Notre vertueuse crise » ; façon bien propre à Auguste Comte, d’atténuer avec le recul, ce qu’il a pourtant mentionné dans sa lettre du 24 novembre comme étant « la douloureuse crise de septembre ».

La 6 ième visite au domicile de Comte, le mercredi 24 septembre 1845, marque le début d’une intimité enfin apaisée, réconciliatrice. Clotilde vient un mercredi, le jour préféré de son mentor, elle lui amène le début de « Willelmine ». L’égérie a retrouvé avec sa santé, l’espoir en écrivant ; elle a aussi retrouvé le calme et ses sentiments pour Comte sont désormais protégés par la confiance et la reconnaissance à son égard. Nous pouvons considérer, qu’à partir de cette paisible visite, son intimité avec le philosophe sera désormais fondée sur une amitié amoureuse authentique consolidée par le dépassement des freins, des obstacles : ceux émanant de son impatient ami, ceux aussi provenant de sa famille de plus en plus méfiante, passablement jalouse. Le dimanche 5 octobre 1845, lors de sa 7 ième visite, Clotilde apporte à son protecteur et ami une mèche de ses cheveux. Ce premier cadeau clotildien hautement symbolique sur le plan de l’intimité, sera dénommé par le père du positivisme : « le don du cœur ». Auguste Comte fut enterré en tenant dans sa main droite posée sur son cœur ce précieux talisman placé dans un médaillon.

Souvenez vous de l’alerte parentale à l’issue du baptême du fils de Maximilien : la situation s’est dégradée au point que la mère de Clotilde, Madame Marie, lui fasse parvenir une lettre toute emprunte de reproches. La jeune femme est bouleversée, elle se précipite le jeudi 16 octobre chez son ami : il est absent. Elle rédige alors sur son bureau et avec sa propre plume trop fine à son goût, une courte lettre lui demandant de venir chez elle pour s’entretenir quand il rentrera. C’est dire le désarroi de Clotilde. D’une certaine manière la voilà affranchie : elle a choisit son ami plutôt que sa mère. A n’en pas douter Comte viendra chez elle pour la toute première fois ce soir là. Il grimpera tous les étages du « donjon », depuis l’escalier principal jusqu’au 5 ième étage puis le petit bout d’escalier abrupte qui mène au 6 ième étage, sous les combles, du 7 rue Payenne. C’est ces escaliers pentus que le philosophe dévalera, moins de 6 mois plus tard, bouleversé par la mort de sa chère Clotilde, emportant avec lui cette redoutable phrase prononcée et répétée (cinq fois en tout) par sa sublime égérie, dans la dernière demi heure de sa trop courte existence : « Comte souviens toi que je soufre sans l’avoir mérité ».10

Le lundi 20 octobre 1845 Clotilde se rend au domicile de son ami pour la dixième fois. Comte est encore absent, la visiteuse laisse une lettre, sa 35ième lettre. Il notera à ce propos dans son registre intime : « sa seconde station conjugale à mon bureau ». Remarquons que la chaise fauteuil sacralisée n’a pas été le seul reposoir utilisé par Clotilde : par deux fois elle s’est assise sur le fauteuil du bureau et une fois souffrante elle s’est étendue sur le canapé. Pour sa douzième venue, le mercredi 5 novembre, la tendre égérie vient avec son aiguille11. Ainsi elle occupera ses mains en s’entretenant, « au coin du feu » avec son « digne philosophe »12. Ainsi elle pourra causer librement avec lui et partager une douce intimité réconfortante. Comte appellera ces paisibles conversations  : « nos libres épanchements ». L’échange de baisers à l’issue de cette après midi donnera pourtant au philosophe de l’inquiétude. Il redoute une répulsion de Clotilde. Une répulsion qu’il a peut être ressenti à bon escient à cause de son « souffle » altéré par un « trouble gastrique ». La réponse de l’égérie le surlendemain 7 novembre est taquine : « Mon cher philosophe, je croyais que c’était moi qui vous avait donné hier un bon baiser d’amie. S’il en est autrement, je vous offre mon absolution de bien grand cœur. ». Toutefois le rapprochement des deux amis dans un espace de vie intime comme leurs domiciles respectifs provoque souvent une forme de gêne bien compréhensible. La dernière lettre de Clotilde en donne une illustration précieuse : « Vous vous trompez quand vous dites que l’amitié n’aime pas : je n’ai jamais osé être moi-même avec vous... ». A contrario la voie épistolaire libère la possibilité de dire à l’autre l’essentiel, de maîtriser ses propres affects : elle inscrit du flou et de l’évanescent dans le précis et le durable.

La treizième venue de Clotilde de Vaux, le mercredi 12 novembre 1845, laissera un cruel souvenir à Auguste Comte : Clotilde doit s’allonger car elle se sent mal. Il lui écrira le lendemain : « Hélas ! Je vous verrai longtemps dans la douloureuse attitude que vous aviez sur mon petit sofa ». Comte a-t-il eu ce jour prémonition de la disparition de son grand amour ? Peut-être, car dans cette même lettre du lendemain, il fait l’annonce d’un deuil personnel passablement cruel : « …je dois néanmoins vous indiquer avec franchise combien j’ai cru hier acquérir la presque certitude que votre cœur ne pourra jamais dépasser envers moi la simple amitié. » D’autant plus touchante cette douloureuse plainte qu’elle vient contredire son affirmation préalable : « Notre sainte liaison est donc maintenant organisée. »

Coup de théâtre : voici que Clotilde écrit, le mercredi 19 novembre, à son protecteur : « ..je vous offre de venir me voir.. ». Le mardi 25 novembre sera celui de la seconde venue de Comte au « saint domicile » de Clotilde. La correspondance ne permet pas toujours de savoir comment telle ou telle visite s’est déroulée. Sophie Bliaux la très précieuse domestique d’Auguste Comte s’est rendue, à plusieurs reprises, à la demande du philosophe, chez Clotilde. Mais le silence est resté son lot : nous n’en savons que ce Comte a jugé opportun de mentionner. Il a d’ailleurs le plus souvent fait en sorte de donner congé à sa bonne les jours de visite de Clotilde ; il ne l’a jamais accompagné chez Clotilde, elle s’y est rendue plusieurs fois seule, à la demande de Comte, lorsque la santé de Clotilde s’est détériorée. La troisième visite du philosophe rue Payenne, autant que nous sommes en mesure de la reconstituer, aura lieu le samedi 20 décembre 1845. Nous approchons de la fin de l’année et Comte songe à lui offrir une paire de gants noirs après lui avoir offert à l’occasion du baptême une paire de gants blancs. Précieuses archives que celles de la Maison d’Auguste Comte qui renferment la facture de ces achats et de nombreuses autres factures.

La quatrième visite de Comte semble bien être celle du samedi 10 janvier 1846. La missive du philosophe le lendemain mentionne explicitement « nos charmants adieux d’hier » après cette expression : « ma bien aimée ». La 21ième visite de Clotilde du mercredi 14 janvier 1846, fut sans doute celle qui combla le plus les vœux de son ami. Pour la première fois l’égérie accepta de dîner chez lui en soirée. Comte exulta de joie et nota : « notre chaste table conjugale ». Sophie a donc servie Clotilde ce soir là. La belle et délicate amie de son maître s’est donc attablée dans la salle à manger du 10 rue Monsieur le Prince, assise en tête à tête avec son ami, telle une nouvelle Mme Comte. D’une certain façon cette nouvelle « conjugalité » efface encore plus aux yeux du philosophe les traces contrariantes de la présence, pas si lointaine, de son officielle épouse Caroline Massin; celle qui avait choisit les meubles et grandement contribué à l’aménagement domestique.13

La cinquième visite du philosophe paraît être celle du samedi 24 janvier 1846. Nous ne savons que peu de choses sur l’intimité avec Clotilde à ce moment précis ; sinon le caractère modeste de l’aménagement de l’appartement souligné par Comte14. Cette fois c’est au coin du feu de Clotilde que le « libre épanchement » se passe. La 23 ième visite de Clotilde, le mercredi 4 février, nous révèle ce tempérament qu’il ne faudrait surtout pas lui disputer. Certes Clotilde a de nouveau dîné chez son ami le mercredi qui précède15, mais elle refuse le soir du 4 février de rester. Elle mentionnera dans sa lettre suivante qu’elle refuse d’ériger « en habitude » le dîner chez Comte. Ce fut une sévère contrariété pour le philosophe : encore une fois le réel résistait à ses rêves les plus exaltés. Plus grande contrariété encore pour ce dernier la dispute avec son égérie concernant ses rapports avec le publiciste Armand Marrast. Comte est maladivement jaloux. Clotilde montre encore une fois avec sa droiture un caractère bien trempé qui s’apparente bel et bien à un féminisme naissant, un véritable pré-féminisme.16

Le samedi 14 février 1846 Auguste Comte se rend au 7 rue Payenne pour ce qui semble bien être sa 6 ième visite. Les explications toutes récentes autour de Marrast font que Clotilde vexée le reçoive ce jour de manière plutôt maussade. Le philosophe très affecté reconnaît avoir « mérité » la « réserve inusité » de sa « bien-aimée »17 Bientôt ces disputes n’auront plus d’importance pour Clotilde car la maladie va, de plus en plus rapidement, s’emparer de son corps, troubler son esprit. Auguste Comte ne sait pas que l’apparition, au 10 rue Monsieur Le Prince, de Clotilde de Vaux, le mercredi 18 février 1846, constitue de fait sa dernière et 27 ième visite18. Déjà la veille de cette ultime visite Clotilde est « épuisée », elle a « passé des heures entières de la nuit à tousser »19 Sa santé se dégradera inexorablement les semaines suivantes lui laissant de moins en moins de répit. Dans 6 semaines celle qui a bouleversé la vie et la pensée de l’Auguste Ami sera tout près de la mort. Les ultimes visites de Comte rue Payenne en seront d’autant plus déchirantes et pathétiques.

Arrêtons nous quelque peu sur cette 7 ième étrange visite du philosophe le samedi 28 février 1846. Clotilde de Vaux le reçoit malgré sa grande fatigue pleinement consciente du besoin pressant de la voir, de l’entendre qu’elle suscite chez son « tendre ami »20. Dans sa lettre du lendemain 1er mars 1846 le philosophe se révèle particulièrement fébrile. Il traite, encore une fois, de « délicieux » leur entretien, mais il va plus loin dans la recherche de l’intime en mentionnant la « suavité particulière » de ses « derniers sons ». De quoi laisser cette charmante égérie bien perplexe. Il lui révèle aussi sa secrète paternité à 20 ans et la disparition de sa fille naturelle Louise, 9 années plus tard. Il revient sur ses propos de la veille pour mieux les faire accepter avec cette formule : « C’est sur vous que je concentre dignement presque tous les sentiments qu’inspire votre sexe, en vous chérissant à la fois comme épouse, comme sœur et comme fille ». Il lui parle d’elle désormais comme d’un « angélique amour ». Il lui rappelle sa promesse « d’organiser le culte de la femme ». Il se lamente de ne pas être « autant poète que philosophe ». Toutes celles et tous ceux qui portent intérêt à l’œuvre de Comte, à travers sa vie intime, reconnaissent, dans cette lettre du 1er mars 1846 l’alchimie grandiose d’un discours à la fois génial et fou, qui ne fera que prospérer pendant les onze années et demi qu’il restera au philosophe à vivre.

La dernière visite qu’il accomplira en ayant quelque peine à maintenir cette forme apaisée d’intimité à laquelle ils étaient parvenus l’un l’autre, sera la 8 ième du samedi 7 mars 184621. Le lendemain 8 mars, Clotilde rédige sa sublime et dernière missive, qui vaut testament moral et sentimental et que je vous invite à relire, sans tarder. Désormais la tendre Muse n’aura plus le goût de tremper sa magique plume dans son salvateur encrier, ni même la force de lire les dernières lettres de son ami. Les dernières irruptions de Comte rue Payenne surviendront, comme nous allons le voir, dans un contexte intensément dramatique : Clotilde devant rester alitée, de plus en plus dévorée par les souffrances engendrées par cette mortelle tuberculose dont elle ignore tout.

Examinons aussi finement que possible ce dernier mois fatal de « l’incomparable année sans pareille »22 qui scellera, dans la douleur et l’inquiétude, leur réciproque amitié jusqu’à cette « catastrophe finale » du 6 avril 1846 qui retira, vers 15h30, à Clotilde sa vie et à Comte son égérie.

Le mercredi 11 mars Clotilde n’a pu lui rendre visite. Comte se console en lui envoyant le plus souvent possible Sophie Bliaux qui le renseigne sur l’état de santé et l’humeur de Celle Aimée. Dans la lettre qu’il rédige en soirée il apporte une précision domestique : Sophie pourrait très bien passer la nuit à veiller Clotilde et lui se « passer d’elle le matin » en se faisant « chauffer, sur un foyer déjà disposé, un potage préparé la veille. » Comte rédige les 17, 18 et 20 mars 1846 ses deux dernières missives dont il aura l’amertume, après les avoir reçus de la main de Clotilde très malade, de constater qu’elles n’avaient pas été décachetées. La toute dernière lettre de la « correspondance sacrée », écrite en trois morceaux les 18 et 20 mars, nous apprend que Clotilde l’a fait venir ce vendredi 20 mars l’après midi à son chevet pour une réconciliation avec sa mère. Cette 9 ième visite est pathétique : cette fois-ci il a compris que Clotilde allait sur sa fin. Tout en espérant être, à nouveau, appelé dimanche 22 mars à son chevet (ce qui ne s’est sans doute pas produit23) il ajoute, en soirée, cette inimitable déploration qui termine son ultime lettre à sa bien aimée : « Adieu enfin, mon éternelle compagne. Vous m’avez aujourd’hui fait profondément sentir le prix de notre noble pureté, qui nous a permis, devant votre mère, de tenir tendrement vos mains dans les miennes, pendant que je contemplais cette angélique physionomie dont l’altération passagère rend encore plus touchante la suave beauté.».

A partir du 28 mars jusqu’au 5 avril, soit 9 jours consécutifs, il semble bien que Comte se soit rendu tous les jours au chevet de Clotilde. Nous en sommes donc, sous réserve d’erreur24 à 9+9 soit 18 venues de Comte rue Payenne et finalement à 27+18 soit 45 visites chez l’un ou chez l’autre. Nous pouvons, en retranchant les visites en présence d’un ou plusieurs tiers, estimer que Clotilde de Vaux et Auguste Comte, ont partagé un peu moins d’une quarantaine de fois une certaine forme d’intimité, ont pu vivre quelques heures un précieux tête à tête qui aura permis, comme les multiples rencontres chez les Marie, les rares promenades le soir, sorties aux Musées, au restaurant, au Théâtre Italien, de construire peu à peu, non sans difficultés ou déplaisantes fausses notes, le plain-chant d’un amour réciproque, aussi sublime que chaste.

La « correspondance sacrée » est muette sur les 9 derniers jours de Clotilde de Vaux mais le recoupement d’autres sources nous apporte des précisions relativement fiables. Le samedi 28 mars 1846 Comte se rend rue Payenne. Il doit désormais partager sa présence auprès de la malade alitée avec celle de la famille de Clotilde, en particulier sa mère. Le dimanche 29 mars, son amie lui offre son exemplaire de « la Journée du chrétien »25 pieusement conservé rue Monsieur le Prince. Cet acte symbolique de dessaisissement d’un objet intime nous montre bien que Clotilde commence sérieusement à se préparer à l’idée d’une mort de moins en moins évitable. Dans les quelques jours qui précèdent maintenant sa fin elle multiplie les douceurs pour apaiser son adorateur : elle lui aurait réitéré son profond attachement26. Le mercredi 1er avril elle lui remet les lettres qu’il lui a envoyé rassemblées dans la belle boîte à gants qu’il lui avait offerte à l’occasion du mémorable baptême de son neveu. Cette boîte, qui contient désormais seulement les enveloppes des 181 lettres échangées, demeure un élément précieux du « trésor mémoriel » constitué au 10 rue Monsieur le Prince.

Charles de Rouvre rapporte dans son magistral ouvrage : « L’amoureuse histoire d’Auguste Comte et de Clotilde de Vaux » paru en 1917, la cérémonie d’extrême onction de sa grande tante Clotilde, le jeudi 2 avril 1846, en présence de la famille Marie et de Comte. Selon le témoignage oral de son grand-père Maximilien, la malade avait toute sa connaissance mais ne parla pas : elle se laissa faire27. La soirée Comte ne rejoignit pas son domicile : il resta la nuit à son chevet sur le lit de sangle qu’il avait prêté, bouleversé, anéanti. Le lendemain, vendredi 3 avril, Clotilde trouva la force de lui sourire et de le taquiner quelque peu en prononçant cette tendre boutade : « Vous n’aurez pas eu une compagne bien longtemps !»28. Sans doute chercha t’elle à le soulager, à détendre l’atmosphère. Nous ne pouvons passer sous silence les violentes altercations entre la mère Madame Marie soutenue par son fils Maximilien et le philosophe qui leur disputa, jusqu’aux derniers instants de son égérie, la volonté de la soigner, de conserver, pour lui seul, les moments d’intimité avec elle. Dans ces journées éprouvantes, déchirantes, inoubliables, s’enracine l’irréconciliable haine de la famille Marie qui ne s’effacera qu’avec Charles de Rouvre29. La journée du samedi 4 avril paru « meilleure » à Comte qui fut contraint de céder à Mme Marie, pour la nuit, le lit de sangle placé au chevet de Clotilde. Le lendemain, dimanche 5 avril, Clotilde va très mal, le docteur Chérest est mandé en toute urgence. Il « ne cacha pas que la journée de deuil était venue : Clotilde n’irait pas jusqu’au soir. »30. Fidèle à sa promesse Monsieur Marie fit rappeler Comte qui se précipita au chevet de son égérie. Il s’enferma dans la chambre de la mourante, peu avant 15h. Il en ressorti, tel un dément à 15h30, pour annoncer à cette malheureuse famille Marie, désespérée, médusée, furieuse, la mort de leur fille bien aimée.

Michel Blanc, conférence à la Maison d’Auguste Comte du mercredi 20 mai 2026.

NOTES

1 Les traces les plus magistrales proviennent de la « sainte correspondance » ou « correspondance sacrée » aux dires même du père du « positivisme complet » ; soit un échange de 181 lettres rédigées entre le mercredi 30 avril 1845 et le vendredi 20 mars. Les originaux de ces lettres sont conservés à la Bibliothèque Nationale. La publication critique de cette correspondance a été scientifiquement établie par Paulo E de Berrêdo Carneiro et PierreArnaud dans le tome III intitulé  « Auguste Comte, correspondance générale et confessions », publié chez Mouton, en 1977. Cette correspondance est maintenant disponible en livre de poche depuis 2021 avec l’ouvrage intitulé : « Auguste Comte correspondance avec Clotilde de Vaux », édition présentée et annotée par Arnaud Guigne, au Mercure de France, collection : Le temps retrouvé.

2 Voir les précisions sur les circonstances et le cadre de cette première rencontre dans l’ouvrage de Bruno Gentil : « Auguste Comte, l’enfant terrible de l’École polytechnique », Éditions Cyrano, 2012, p 388.

3 Voir la fin de la lettre de Comte, du mardi 2 septembre 1845 : « Quoique vous fassiez ainsi de moi, vous n’y pourrez jamais trouver qu’un homme destiné maintenant à adorer toujours sous une forme quelconque, sa digne épouse spirituelle. »

4 La préconisation par le philosophe du « veuvage éternel », le caractère dogmatique de cette préconisation dans le cadre de la « Religion de l’Humanité », comme signe et point de ralliement d’un « positivisme complet » est directement l’expression du deuil très douloureux que lui imposa la disparition de son « Angélique inspiratrice » pendant les 11 années qui lui restait à vivre.

5 C’est à n’en pas douter à cause de cette sacralisation et à cause de la profonde dévotions de ses disciples les plus dévoués que ce domicile a été conservé tel que et que nous avons le plaisir de nous y rencontrer souvent comme ce soir.

6 Cette « religion universelle » qu’il élabore il l’appelle aussi « Religion de l’Humanité ».

7 Ce texte sera regardé ensuite par Comte comme la première des 12 « Sainte Clotilde » (appelées aussi, à partir de, 1846 : « Confessions Annuelles ») qu’il rédigera chaque année de 1845 à 1856 et qu’il lèguera à la postérité dans une volonté de magnifier toujours plus son « angélique inspiratrice ».

8Voir la terminaison de la lettre de Clotilde écrite la veille, le lundi 11 août 1845. Il faut aussi noter que dans sa missive du samedi 19 juillet l’égérie de Comte lui a écrit « ...et moi j’irai vous voir amicalement une fois par semaine, quand je pourrai. Je réserve mon chez moi pour mon atelier… ».

9 Cette nouvelle paraîtra en deux feuilletons grâce au soutien de son directeur Armand Marrast.

10 Phrase qu’il inscrira dans l’ouvrage de piété légué par Clotilde en souvenir d’une époque heureuse de sa jeunesse : lorsqu’elle séjourna pour préparer sa communion solennelle (juin 1829) au couvent de Flavigny en Lorraine, dont l’une de ses tantes maternelles était l’Abbesse. Voir les notes 3 et 4 dans mon texte : « 200ième anniversaire de la naissance de Clotilde de Vaux », mis en ligne le 15 novembre 2016 sur le carnet de recherches Hypotheses.org intitulé « Clotilde de Vaux, l’égérie d’auguste Comte ».

11Je la vois bien tricotant, en ce mois de novembre, un joli vêtement de laine pour son filleul.

12Ce qui lui permettait d’économiser un peu sur sa dépense de chauffage qui pesait lourdement dans son budget,.

13 Voir la lettre de Comte à Mme Marie, du 15 avril 1846 , où il lui réclame la restitution du linge prêté à Clotilde, marqué CM, soit les initiales de sa femme Caroline Massin.

14 Voir la missive de Comte du dimanche 2 janvier : « La noble simplicité de votre modeste asile... ».

15 Ce second dîner au 10 rue Monsieur le Prince de celle qui sera bientôt magnifiée par le fondateur de la religion de l’Humanité par le titre « d’angélique inspiratrice » est aussi, à notre connaissance le dernier, l’ultime attablement « conjugal » dans le « saint domicile ». Il fût aussi beaucoup plus frugal que le précédent, sans doute sur l’insistance de Clotilde.

16 Voir notre texte « Clotilde de Vaux, l’égérie d’Auguste Comte : originalité et pré-féminisme de ses attitudes et de ses idées », mis en ligne le 20 aout 2020 dans le carnet de recherches Hypotheses.org intitulé « Clotilde de Vaux, l’égérie d’auguste Comte ». Voir également : « Clotilde de Vaux, l’égérie d’Auguste Comte » dans l’ouvrage collectif : « Femmes et positivismes », sous la direction de David Labreure et Annie Petit, PU de Strasbourg, 2020, page 81.

17Voir la longue lettre de Comte du lendemain 15 février 1846.

18 Voir notre texte : « Les 27 visites de Clotilde de Vaux au 10 rue Monsieur le Prince », du 26 février 2018, dans le carnet de recherches Hypotheses.org intitulé « Clotilde de Vaux, l’égérie d’auguste Comte ».

19Voir la lettre de Clotilde du 17 février 1846.

20Voir l’expression « mon tendre ami » dans les lettres de Clotilde du 17 et du 23 février 1846.

21Dans le post-scriptum de sa lettre du 11 mars Auguste Comte écrit : « L’agitation que vous m’avez vue samedi s’est dissipée. ».

22 Auguste Comte écrivant tantôt « incomparable année » tantôt « année sans pareille », nous avons fait cette surenchère comme une forme de clin d’œil.

23Aucune trace d’une visite ce jour dans les papiers intimes de Comte.

24 Les recoupements que nous avons effectués peuvent rentrer en désaccord avec des sources pas totalement fiables. Ainsi « l’ouvrage positiviste » conservé à la Maison d’Auguste Comte, propose au tome 3 , page 850, de retenir une visite de Comte le 22 mars 1846 que nous ne retenons pas faute de mention dans la liste des images de Comte pourtant soigneusement collationnée à cette douloureuse époque.

25 Voir ici la provenance de cet ouvrage dans la note 10. Rappelons que Clotilde avait écrit à la dernière page de cet opuscule, en écho à son titre : « Telle doit être la mienne et pourtant !». Phrase révélatrice de l’évolution des sentiments religieux de Clotilde de Vaux.

26 Dans ses « Souvenirs de l’incomparable année » Comte note pour le 31 mars 1846: « Son extrême appel conjugal ». Il note aussi dans son « Testament » pour le lendemain 1er avril ce voeu plaintif « devant sa mère » : « Je voudrais bien aller coucher chez vous ».« Voir le « Testament  d’Auguste Comte » (rédigé en 1855, publié en 1884 et 1896) au chapitre « prières quotidienne », page 88.

27 Charles de Rouvre mentionne l’éloignement de la religion de la famille Marie. Nous avons également conjecturé cet éloignement dans le « Focus sur la mère de Clotilde de Vaux », mis en ligne le 22/2/2021 dans le carnet de recherches Hypotheses.org intitulé : « Clotilde de Vaux, l’égérie d’auguste Comte ».

28 Voir à nouveau le « Testament  d’Auguste Comte » (rédigé en 1855, publié en 1884 et 1896) au chapitre « prières quotidienne », page 88.

29 Charles de Rouvre constitue la plus précieuse source biographique. Voir ses trois ouvrages : « L’amoureuse histoire d’Auguste Comte et de Clotilde de Vaux » (Calmann Levy, 1917) ; « Méditations sur Clotilde de Vaux, à l’occasion du centenaire de sa mort » (Archives positivistes, 1946) ; « Histoire de mes grands parents » (Ed du Scorpion, 1959),

30Voir Charles de Rouvre : « L’amoureuse histoire d’Auguste Comte et de Clotilde de Vaux » (Calmann Levy, 1917), page 373.

Focus sur la mere de clotilde de Vaux

Mme Marie une mère très dévouée à ses enfants, une raison de fierté et un modèle pour l’égérie d’Auguste Comte.

L’année où Clotilde Marie épouse Amédée de Vaux, l’année 1835, sera celle de la parution, à compte d’auteur, d’une brochure de 75 pages intitulée : « Proposition d’une association religieuse et perpétuelle des femmes pour travailler au soulagement des malheureux et à l’extirpation de la mendicité ».

 Cette brochure est rédigée par « Mme Marie née de Ficquelmont » et vendue au 58 place de l’Estrapade dans la librairie de Mme Veuve Pichot. Une adresse figure sous le nom de l’autrice, reportée ultérieurement à la main, sur l’exemplaire conservé dans les archives de la maison d’Auguste Comte. Elle nous indique le domicile des époux Marie après qu’ils eurent rétrocédé au jeune couple leur appartement de fonction à Méru. Cette adresse est ainsi mentionnée : « rue pavée 24 au marais », c’est l’adresse bien connue qui correspond à l’hôtel Lamoignon, lequel abrite de nos jours la  Bibliothèque Historique de la Ville de Paris.

 Nous savons la ferveur avec laquelle Auguste Comte a rendu visite, à maintes reprises depuis l’installation du jeune couple dans ce modeste entresol en 1844, à Maximilien et sa très jeune épouse Félicité ainsi qu’à Mme Marie, laquelle « épaulait » jour après jour son fils et sa bru. Auguste Comte a effectué  jusqu’à 3 visites par semaine, les après-midi avec d’abord le secret espoir, puis  la certitude, de pouvoir voir, entendre et parler à cette jeune femme dont il s’était éprit : Clotilde de Vaux. Celle-ci venait dîner au 24 rue Pavée chaque soir. Nous savons que la vocation rêvée de cette délicate « quasi-veuve » aux « yeux émeraude », belle et courageuse, fière et dévouée, passablement démunie, menacée dans sa santé et au destin tragique, fût de parvenir par l’écriture à un statut social; bref, de laisser un nom dans le domaine alors fort convoité et même passablement encombré des femmes et des hommes de lettres[1].

Clotilde avait de qui tenir, c’est que nous voudrions examiner dans ce billet  en nous attardant sur sa mère Henriette. Dans une autre contribution nous montrerons que Maximilien a lui aussi « hérité » de sa mère et développé une fibre sociale cohérente en même temps qu’une capacité intellectuelle très productive, insuffisamment reconnue.   

La mère de Clotilde de Vaux, née Henriette de Ficquelmont en 1782, fut une belle et charmante personne, dévouée et énergique ; en un mot une personnalité sensible et bien trempée qui, tout en conservant le meilleur de son éducation aristocratique avait su imposer aux siens un mariage d’amour avec un capitaine d’Empire, bel homme mais peu cultivé, modestement fortuné : Simon Marie. Henriette Marie née de Ficquelmont (comme elle tient à le rappeler) fut aussi une mère prévoyante qui se battra  pour obtenir l’argent nécessaire afin que ses enfants puissent étudier puis s’installer et vivre décemment en ménage. Elle mourra de « chagrin » deux ans après la disparition de sa chère Clotilde. Tout nous montre qu’elle avait une haute idée d’elle-même et le sens du devoir. Nous allons explorer un aspect moins connu de sa personnalité : sa sollicitude envers les miséreux au travers d’un projet ambitieux qu’elle a élaboré, puis décrit et tenté de propager par l’intermédiaire de 2 brochures dont elle assume pleinement la maternité. Un première brochure d’abord publiée en 1835 qui sera suivie d’une seconde brochure datant de 1844. L’analyse comparative des deux textes nous permettra de comprendre un peu l’évolution de ses intentions, de ses idées,  dans le cheminement de sa propre vie intellectuelle et spirituelle.

La brochure de 1835 :

         Cette brochure publiée, à compte d’auteur[2], se livre d’emblée dans son titre, à rallonge, avec des mots clés : « proposition », « association religieuse », «perpétuelle »,  « des femmes », « pour travailler », « au soulagement », « à l’extirpation »..[3]

Mme Marie commence par réfléchir, par s’informer et sans doute discuter autour d’elle, puis elle se lance dans cette « proposition » avec l’intention ferme d’agir sans tarder et d’obtenir des résultats. C’est en 1835 une chrétienne fervente  qui s’exprime et avance sous les auspices des vertus théologales avec l’accent sur la troisième (débouché ultime des deux premières) : « La charité, rien que la charité : tel est notre titre, et il comprend tout l’esprit de notre association »[4].

 L’esprit évangélique l’anime indéniablement dans une époque où les « dames » et les « messieurs » de la bourgeoisie « triomphante » entremêlaient souvent l’absence ou la tiédeur de leurs sentiments religieux avec un égoïsme de classe porté à l’indifférence voire à l’arrogance. Henriette n’est pas de celles-là : visiblement elle est dérangée par la misère qu’elle côtoie, elle a saisi ce que le Dieu chrétien qu’elle vénère profondément indique comme chemin, elle l’a saisi sans excès de bigoterie avec une grande ouverture d’esprit : c’est ce que nous allons tenter de montrer. D’abord elle veut essentiellement agir, elle veut déboucher sur du concret, du tangible, de l’efficace et elle a compris pour cela qu’il fallait ne pas se contenter de désirer et d’agir seule. Si nous examinons l’ossature doctrinale d’Henriette Marie nous découvrons vite que le Dieu qu’elle invoque est essentiellement principe d’espérance puisqu’il a définitivement opéré le rachat des fautes : « Voilà Dieu ! voilà l’antique Jourdain où il nous a rendu l’innocence ». [5]   

 Curieusement elle ne parle qu’à la première personne de ce Dieu chrétien conçu en trois personnes. Elle ne mentionne jamais «  Celui » qui est censé avoir opéré ce rachat salvateur par son propre sacrifice : Jésus Christ.[6] L’intérêt doctrinal de sa Foi sera, par voie de conséquence, que toute les misères et injustices humaines ne peuvent être dans le dessein de la Providence, ni même être vues comme des formes d’expiation des péchés, de la faute originelle. Nous retrouvons bien dans cette belle âme romantique les aspirations utopisantes des penseurs de son temps :  « Dieu ne reconnaît pas la misère comme une nécessité de sa belle création ; il ne l’a point voulue, il ne l’a pas faite : elle est le produit des fausses passions des hommes et du mouvement des sociétés[…] Dieu veut toujours conserver la prospérité et la bonne harmonie dans le monde ».[7]

A partir du moment où il incombe, précisément à celles et ceux que la misère ou la maladie épargnent, de porter secours, la grande question est celle de l’efficacité et de la continuité de cette action. Pour Henriette Marie et en cela elle est bien une femme inscrite dans la dynamique des idées de son époque, une seule solution s’impose : la libre association.[8] Cette association « perpétuelle » dont elle tente de dessiner les contours porte toutes les marques de cet héritage familial et de cette douceur personnelle qui caractérise la mère de Clotilde : « L’association se mettra sous la protection de la sainte Vierge. Les associées prendront le titre de Dames de Sainte-Marie ; elles porteront une médaille à l’effigie de la sainte Vierge : cette médaille sera suspendue à un ruban bleu, liseré d’or ».

Il ne faut pas regarder comme une puérilité ce patronage marial, ses rites et symboles : la « philanthropie féminine chrétienne » mise en avant par Mme Marie est vécue dans le cadre d’une libre association, elle fonctionne comme une forme « d’élection – initiation » ; chaque  femme qui s’agrège reçoit ainsi un véritable titre de noblesse :  « la médaille conférera aux demoiselles le titre de dame »[9].

Mais au-delà de la doctrine et du cadre à la fois laïc et religieux de l’association de secours perpétuel nous découvrons un ingénieux système de financement des actions nombreuses et donc coûteuses envisagées. Il s’agit pour les femmes chrétiennes « de tout âge et de toute condition » qui le pourront d’abandonner pendant 10 ans (renouvelables à volonté), les intérêts du capital qu’elles auront mis à la disposition de l’association. Ce capital gelé pendant une décennie, récupérable à terme, devrait représenter selon Mme Marie 2,5 % du revenu de chacune des associées. Nous voyons combien la mère de Clotilde qui gérait très étroitement les maigres ressources familiales[10] avait le sens du concret. Elle pousse son sens du détail dans la prévision d’une catégorie de femmes « agrégées » à l’association qui ne fourniraient que des dons annuels. Ces femmes « porteront la médaille comme les associées ; elles la quitteront en quittant l’agrégation ».[11] Les hommes ne sont pas en reste mais ils ne sont pas placés naturellement comme les Dames sous la très haute tutelle de la sainte Vierge : « Les hommes pourront être reçus comme agrégés…Ils porteront un simple ruban bleu sans médaille ».

Comment va être collecté et géré l’argent du secours, de la solidarité avec les pauvres ; l’argent ayant aussi pour but « l’extirpation de la mendicité » ? [12] Tout simplement pour Mme la préceptrice de Méru il sera collecté sous le contrôle des préfets et gérés avec l’aide des « receveurs généraux » des départements. Le caractère associatif permettra d’organiser des élections de personnes aptes à distribuer les aides : une « intendante » par département, laquelle sera épaulée par des « sous-intendantes » d’arrondissement, des « fonctionnaires » de canton, des « assistantes » dans les villes et des  « associées libres » en renfort.

C’est un véritable maillage du type « assistante sociale » qui est proposé : il faudra recenser au plus près les besoins et distribuer les aides en toute transparence avec une grande liberté d’initiative et d’action. Mme Marie voit loin, elle combine les deux dimensions de l’action sociale : celle « laïque » pouvant faire appel à la puissance publique car émanant de citoyennes mobilisées distribuant des secours en dehors de toute considération religieuse, celle « spirituelle » émanant de chrétiennes qui veulent ainsi mettre en pratique les exigences évangéliques.  Au-delà des secours, c’est l’éducation des pauvres, en particulier celle de leurs enfants qui est mise en avant ; c’est un long travail de persuasion visant à donner des perspectives et confiance en soi qui doit accompagner les aides ; c’est le respect des personnes déchues, des vieillards en particulier. Et au bout du rêve, de l’utopie esquissée, c’est la « grande œuvre de la régénération d’une classe si nombreuse »[13] qui est convoquée. Ce premier opuscule de 1835 qui sera cité à titre de première ébauche et de prospectus en 1844 lors de la diffusion du second opuscule que nous allons examiner maintenant, porte témoignage de la générosité, de l’ambition et de la hauteur de vue de Mme Marie, de son influence dans les cercles bourgeois et aristocratiques de Méru et des environs du département de l’Oise.

La brochure de 1844 :

Cette seconde brochure (dont dispose la Maison d’Auguste Comte) a été publiée en 1844[14] et s’annonce comme un « Récit entièrement vrai » sous le titre : « Le sculpteur en bois ». Mme Marie dédie son travail à ses enfants : « Clotilde, Maximilien et Léon, mes enfants, je vous dédie ces quelques passages, pour vous laisser un bon souvenir de votre mère : comme elle, aimez dieu et tâchez de servir vos frères. »

Examinons ce curieux opuscule qui tranche nettement avec le précédent tout en présentant une certaine forme de continuité. La préoccupation majeure concernant la pauvreté et le statut du pauvre, l’aide des plus fortunés comme double geste de  fraternité et de charité, les modes d’organisation rationnelle des secours, le souci d’efficacité, l’appel au débat, tous ces items se retrouvent une dizaine d’année plus tard. Pourtant la tonalité n’est plus la même : la dramaturgie de la misère atrocement abandonnée se fait plus âpre en 1844, l’élan chrétien plus dépouillé : il n’est plus question d’une vocation charitable savamment entretenue par des Dames inspirées par la sainte Vierge mais de l’entrelacement nécessaire de la charité chrétienne et de la philanthropie des personnes de cœur et raisonnables.

La forme de cette brochure qui a un volume proche de la précédente : 75 pages pour celle de 1835 et 60 pages pour celle-ci, est très différente : non pas une proposition déployée  du début à la fin, mais 6 courts textes dissociés et articulés.

 Le premier texte élabore (sur 18 pages) le récit éponyme du « sculpteur en bois » lequel meurt de misère à la suite d’un accident du travail et de l’impossibilité d’une prise en charge durable dans un hospice. Ce « récit vrai » est poignant et l’on y perçoit le déchirement d’Henriette Marie, son refus de s’accommoder, sa protestation contre l’interdit hypocrite de mendicité. N’oublions pas à cet égard qu’entre 1835 et 1844 il y a eu le drame de 1839 : ce moment accablant où Amédée de Vaux fuit, pour dette de jeux et malversations, celle qu’il a épousée en 1835 ainsi que son emploi de percepteur à Méru ; laissant dans le plus grand désarroi, la gêne même, voire une certaine forme de déshonneur Clotilde et sa famille toute entière. La bonne société de Méru est désormais bien loin et sans doute a t-elle été décevante. C’est un repliement sur la vie parisienne dans le Marais qui s’impose pour les Marie. C’est une vie plutôt chiche sur le plan financier et sans doute plus discrète qui se dessine. Mme Marie est restée charitable mais elle évoque la modicité de ses moyens et semble faire écho au désarroi de ce brave ouvrier rencontré « assis sur une borne, au coin d’une grande porte cochère, dans la rue du faubourg saint-Honoré »[15] ; cet homme encore jeune injustement traité par la société.

 Le second texte (de 16 pages) déploie une réflexion intitulée : « Un mot sur l’organisation du travail ». Nous ne sommes pas si éloignés que cela des préoccupations des socialistes de son époque à commencer par celles qui constitueront l’œuvre politique la plus remarquable de Louis Blanc. Henriette Marie s’avance dans la direction de ce qui deviendra le « droit au travail », bien consciente de tout ce que la Nation doit au « peuple des ateliers ». Elle mentionne explicitement la nécessité de la prise en compte des droits liés aux accidents du travail et ceux afférents à la vieillesse. Elle évoque même ce qui deviendra le thème de la grève générale : « Oui, en voilà un nombre immense de ces hommes dédaignés, qui ont si bien pour eux le droit et la puissance, qu’il leur suffirait de croiser les bras !.. »[16] Enfin c’est l’école même de Proudhon quelle défend contre ses calomniateurs.[17] Sans mentionner explicitement le retentissant ouvrage paru en 1840 : « Qu’est-ce que la propriété ? » ni son auteur, elle dit son sentiment favorable en évoquant les « esprits » qui se sont « imaginés que  puisque la société ou son pouvoir n’avait pas le droit de nous imposer le don, elle pouvait du moins, elle devait même, ressaisir la propriété pour en répartir les produits ».[18] La mère de Clotilde de Vaux enchaîne : «On a calomnié les intentions de cette école » puis elle tranche :  « Que des hommes pervers aient cru trouver là un appel à la violence ; que d’un autre côté les hommes craintifs aient  cru y voir un grand danger, faut-il s’en étonner ? Et parce qu’il y aura toujours chez toutes les nations des hommes pervers et des hommes craintifs, faudrait-il étouffer toute pensée généreuse ? »[19] 

Le troisième texte (de 10 pages) se donne comme un court « Essai sur la philanthropie ». Henriette Marie revient sur son idée de 1835 toute centrée sur la charité chrétienne et avoue son échec face à l’incrédulité : « vous ne réussirez pas »[20]. Son évolution est nette : elle distingue ce qui ressort de la charité dans un effort sans fin au jour le jour et ce qui ressort de la société civile : « l’extirpation de la mendicité », « la guérison complète de la pauvreté ».[21] le tournant social est net : « Voici l’œuvre de la philanthropie » qui est  « devenue le complément nécessaire » de la charité.[22] Les arguments en faveur de la philanthropie sont précis : « La charité se fait pour Dieu et avec Dieu, tandis que la philanthropie se fait pour l’homme et avec l’homme : à la philanthropie appartient donc la publicité et la communauté d’action, elle procède par association, elle s’empare de la question de l’avenir. »[23]

Le quatrième texte qui s’intitule « Récapitulation » est très court (3 pages). Toujours cette tension entre la nécessaire charité et l’indispensable philanthropie selon le type de secours à envisager. Trois taches essentielles sont récapitulées : connaître les pauvres, les secourir et enfin les aider à s’améliorer. La mère de Clotilde propose de sortir les pauvres de leur isolement afin de leur faire bénéficier « d’une masse à laquelle il faut les rattacher par tous les liens de la fraternité et de l’honneur ».[24]

Le cinquième texte intitulé : « Idée sommaire d’une organisation philanthropique » est  aussi très court (4 pages). Il s’agit de la présentation très succincte d’une originale « organisation philanthropique » qui rappelle les ventes du carbonarisme. A la base le regroupement de 10 personnes « heureuses » en vue d’œuvrer dans le sens d’agir pour « le bien être des classes ouvrières », afin de « répandre parmi elles les bonnes notions et de les mettre à leur portée » ainsi que « de les secourir dans leurs besoins corporels ».[25] Mme Marie comme si elle voulait enfin pouvoir répondre à l’appel poignant du « sculpteur en bois » propose une nouvelle forme d’association mixte et à caractère laïc : 10 individus regroupés pour agir = une « décurie », 10 « décuries » regroupées =  une centurie, 10 centuries = une « millénairie ». A chaque niveau de regroupement, les associés se choisissent un responsable qui resterait en même temps membre de sa « décurie » d’origine qu’il soit « décurion », « centurion » ou « millénairien ».

Enfin le tout dernier apport d’Henriette Marie (née de Ficquelmont) tient en 4 pages sous l’annonce : « Comparaison et démonstration » et revient très explicitement sur la détresse de celui qu’elle appelle : « mon  pauvre sculpteur ». Elle pense à cette « centurie »  qu’on aurait pu former, « rue Frépillon », pour lui venir durablement à l’aide, l’empêcher de désespérer, le sauver.

Les dernières phrases de l’opuscule de 1844 expriment bien, nous semble-t-il, le point d’aboutissement des propositions plus ou moins utopiques, mais toujours d’actualité en fait,  de la très aimée mère de Clotilde de Vaux, aussi nous les prendrons pour conclusion de cette présentation : « Les hôpitaux doivent ou devraient suffire au nombre de malades… Ensuite il est question de chercher les moyens d’organiser le travail, de protéger les travailleurs, d’équilibrer le prix des marchandises  avec la consommation pour en tirer un salaire suffisant à la main d’œuvre. Longue étude, qui ne se fait pas bien dans le cabinet, et qu’il est temps d’entreprendre sur le terrain même de la pratique et des souffrances. »[26]

NOTES:


[1] Voir nos sources biographiques et « l’hommage pour les 200 ans de la naissance de Clotilde de Vaux » que nous avons proposé le 2 avril 2015 à la Bibliothèque des Amis de l’Instruction (in kiosque à conférences sur le site bai.asso.fr ) et les textes en libre accès sur  le carnet de recherche d’hypotheses.org intitulé : « Clotilde de Vaux, l’égérie d’Auguste Comte ».

[2] Très vraisemblablement en peu d’exemplaires.

[3] Rappelons ce titre haut en couleur : « Proposition d’une association religieuse et perpétuelle des femmes pour travailler au soulagement des malheureux et à l’extirpation de la mendicité ».

[4] Opus cité page 26.

[5] Opus cité page 2.

[6] Sans doute y faut-il voir dans ce relatif effacement de la figure christique l’héritage « daté » de sa propre formation chrétienne.

[7] Avec certes moins de force, de panache et de continuité nous retrouvons cependant chez la mère de Clotilde de Vaux des accents qui ne sont pas sans rappeler, ceux à la même époque, de l’inoubliable Flora Tristan.

[8] Grande pulsation « associationniste » en contrepoint de la montée en puissance de l’individualisme bourgeois en cette époque socialement très difficile dans les décennies 1830, 1840. Là encore la figure tutélaire de Flora Tristan qui laissera en lègue sa grande idée « d’association ouvrière » se rappelle à notre souvenir.

[9] Opus cité page 11.

[10] Les ressources de Mme Marie et de son époux le capitaine Marie restaient modestes en 1835 et le seront plus encore après la fuite d’Amédée de Vaux : Clotilde restant très démunie, son frère Maximilien marié en 1844 et bientôt père de famille devra vivre longtemps avec des ressources à peine suffisantes, tandis que cadet Léon  devra encore poursuivre ses études.

[11] Opus cité page 16.

[12] Ce but est donné dès la page titre : il est au cœur de la proposition d’Henriette Marie. La mendicité était omniprésente à cette époque à Paris tant le nombre de pauvres ne cessait d’augmenter. La mère de Clotilde de Vaux ne pouvait se résoudre à verser son obole de bonne chrétienne sans tenter une proposition pour espérer en finir avec la misère, tous les maux et les maladies qu’elle engendre .

[13] Opus cité page 34.

[14] Toujours en peu d’exemplaires et à compte d’auteur.

[15] Opus cité page 5.

[16] Encore une fois sa voix semble faire écho à celle de Flora Tristan qui voyait dans l’Union ouvrière l’irrésistible levier de l’émancipation prolétarienne.

[17] Ce point est d’autant plus intéressant que, comme nous le verrons dans un prochain texte dédié à Maximilien Marie, cette sympathie pour le socialisme proudhonien sera l’un des fils conducteurs de la pensée politique et sociale du son cher Max.

[18] Opus cité page 35.

[19] Opus cité page 36. Mentionnons cet éloignement idéologique manifeste d’Henriette Marie avec son frère Charles de Ficquelmont qui exerce alors de hautes fonctions à la cour de Vienne. Voir l’ouvrage  proposé par le Comte F de Sonis : « Lettres du comte et de la comtesse de Ficquelmont à la comtesse Tiesenhausen », Paris, Plon, 1911. Ainsi cette lettre de Charles du 11 décembre 1844 : « J’ai eu à dîner chez moi tout le promisat Salm-Clary. Demain je vais à un concert à la cour, dans le petit appartement de l’Impératrice… », page 82.

[20] Opus cité page 40.

[21] Opus cité page 42.

[22] Opus cité page 44.

[23] Opus cité page 44.

[24] Opus cité page 50. Notons que nous sommes tout proche des idées les plus à la pointe aujourd’hui dans le domaine de l’action sociale comme celles portées par ATD Quart Monde.

[25] Opus cité page 55.

[26] Opus cité page 58.

Clotilde de Vaux, l’égérie d’Auguste Comte : originalité et pré-féminisme de ses attitudes et de ses idées.

Le but de ce travail en trois parties est de tenter de saisir la pensée et les attitudes de Clotilde de Vaux en scrutant attentivement sa correspondance et ses maigres entreprises littéraires, en y intégrant une lecture critique des lettres d’Auguste Comte et de ses témoignages. L’hypothèse à tester est celle des multiples manifestations d’une originalité d’attitudes et d’idées indéniable et d’un pré-féminisme patent, non exempts de reculs, d’hésitations, voire de contradictions. 

(NB: pour  la lecture des notes allez en page 3, le retour au texte se fait par un retour à la page 2)

Eléments pour la réévaluation de la vie et des idées de Clotilde de Vaux : sa correspondance de jeunesse inédite.

 Nouveau billet de recherche proposé par  Michel Blanc, sociologue, membre de « La Maison d’Auguste Comte » et de la « Bibliothèque des Amis de l’Instruction »  avec l’aimable  collaboration de David Labreure, responsable du centre de Recherche : « La Maison d’ Auguste Comte ».

Éléments pour penser le rapport hommes/femmes au dix-neuvième siècle