Archives de catégorie : Billet

Critiques d’actualité // à première vue

De notre présent, la critique littéraire est en pleine transformation au même titre que toutes les pratiques de médiatisation soumises à l’influence de l’espace virtuel. Reflet de notre présent situé a posteriori des temps successifs de la modernité, le cyberespace illustre de manière exemplaire que notre rapport au temps et à l’espace subit de profondes transformations sans doute aussi significatives et difficiles à concevoir que celles qui ont pu traduire le basculement de l’Ancien Régime vers la modernité : d’une part, la réalité virtuelle se définit par une forme d’hyperactualité et de présent continu. Elle illustre à ce titre, un régime d’historicité défini par le « présentisme » [Hartog], une manière d’être dans le temps qui exclue à la fois projection dans le futur et recours au passé comme outil de réflexion. D’autre part, le cyberspace procède d’une dématérialisation et d’une logique de l’interconnectivité qui fait éclater la notion de territoire et de frontière pour la remplacer par des notions qui traduisent le mouvement. L’on parle de circulation et de flux , d’échanges entre univers et réseaux éphémères. Devenu un modèle de communication et de médiatisation englobant, l’espace virtuel est désormais aussi incontournable que problématique pour la critique littéraire au présent, puisqu’il remet en cause la séparation imposée par les modernes entre les formes de la critique, aussi bien qu’entre les sphères et disciplines du savoir. Défini malaisément comme la sortie de la modernité, le temps présent est ainsi marqué par une « révolution médiatique » avec le développement de l’espace virtuel, et notamment du Web 2.0. qui permet aujourd’hui à des pratiques critiques marginales ou minoritaires de devenir accessibles à défaut, dans certains cas, d’être visibles : la critique des particuliers et des amateurs confinés jusqu’alors aux courriers ou commentaires radiophoniques des lecteurs, et la critique académique diffusées par des maisons d’édition spécialisées et dont l’accès est généralement limité aux institutions universitaires et bibliothèques spécialisées. Dans tous les cas, l’ouverture au cyberespace suppose aussi l’élargissement potentiel du lectorat et laisse penser que les différentes activités critiques sont désormais soumises à la dynamique propre à l’espace virtuel qui reconfigure le rapport au temps par une forme d’hyperactualité et à l’espace à travers un mode de communication dominé par l’interconnectivité. Est-ce à dire que le déploiement des critiques d’actualité dans l’univers du Web permettrait de réunir voir d’uniformiser des pratiques critiques traditionnellement concurrentes, complémentaires voire opposées ? -SH