Anonymous french artist, Illuminated initial “L”, 16th century, Alphabet book, ink and paint on parchment, 6 x 6 cm, The Walters Art Museum, Baltimore, inv. W.200.17V.
This section of our website serves as a kind of virtual ‘album amicorum’, for which we ask external scholars involved in our project to answer a short questionnaire.
Lotte Jensen, full professor of Dutch Cultural and Literary History at the Radboud University Nijmegen, is a member of our project’s scientific committee. She will participate as a respondent in our Kickoff (15-17 May). Professor Jensen’s research focuses on themes like disasters, national identity, peace and war. She is currently involved in the project Adapt! Lessons for dealing with tomorrow’s crisis.
For starters: what is the place of the notion of the present in your everyday life as a researcher?
As a researcher I read many books from the 18th and 19th century. While reading them, you can never escape entirely from the present day perspective, in the sense that present day perspectives and your current state of knowledge play a role in the interpretation of these sources.
What is your expertise and in what way does your research engage with the notions of time, temporality and/or the present?
My main field is Dutch literary and cultural history. I engage with topics such as war and peace, national identity, disasters and crises from a longitudinal perspective (17th century – present day). Two modes of time nearly always play a role: what continuities and changes can be witnessed over time with regard to those topics, and: how does history relate to present day concerns or even future concerns. To give one example: there are many continuities in the way the Dutch have dealt with disasters, in particular floods. The past still shapes present day narratives and even our projections onto possible future catastrophes.
Hanneke van Asperen, Lotte Jensen, (Eds.), Dealing with Disasters from Early Modern to Modern Times, Cultural Responses to Catastrophes, Amsterdam University Press, 2023.
What kind of sources do you use in your research on time, temporality and/or the present?
Poems, stories, material objects, paintings, visual imagery.
Monument Oosterscheldekering, 1986, Neeltje Jans (Zeeland, NL), inscription: ‘Hier gaan over het tij; de maan de wind en wij’, Ed Leeflang. [translation, MO: ‘In charge of the tide here; the moon the wind and we’].
Whose ‘present’ or ‘temporality’ are you particularly interested in, in your research?
I am most interested in how history helps us understand current day developments, so the ‘present’ refers to the times we live in now.
Are there any specific theorists about time that you are particularly drawn to? And/or: Have you recently encountered another project or researcher who is of particular interest regarding this topic?
Future collective thought is very much anchored in representations of the past (Szpunar and Szpunar), and in commemorative practices. Memory scholars are very relevant here (Ann Rigney, Astrid Erll etc).
Astrid Erll, Ann Rigney (Eds.), Mediation, remediation, and the dynamics of cultural history, New York: De Gruyter, 2009.
Do you think it is possible to speak of a shared perception of time or of the present at a specific historic moment (one of our research questions)?
Yes, at certain events where many poets/poems/authors express their feelings about the same event you can distill certain trends (eg. celebrations of the Treaty of Munster, 1648).
Which three terms come to mind when you think about the ‘present’ of people in Northwestern Europe between the fourteenth and seventeenth century?
War, peace, daily life
Finally, what would be your ‘research utopia’ if finances and time were not an issue?
Creating an interactive on the history of disasters and (memory) traces of disasters for the Netherlands.
Bartholomeus van der Helst, Celebration of the Peace of Münster, 18 June 1648, in the headquarters of the crossbowmen’s civic guard (St George guard), 1648, oil on canvas, Rijksmuseum Amsterdam, inv. SK-C-2, inscription: ‘Belloone walgt van bloedt / ja Mars vervloeckt het daveren / Van ’t zwangere metaal, / en ‘t zwaardt bemint de scheê: / Dies biedt de dapp’re Wits / aan d’eedele van Waveren / Op ’t eeuwig verbondt, /den hooren van de Vreê’ (poem by Jan Vos).
Charles le Téméraire en deuil à la mort de Philippe le Bon in : Chronique des ducs de Bourgogne, Bening, Simon (enlumineur), Chastelain Georges (auteur), ca. 1524, Parchemin, BnF, Folio 10 v.
C’est avec une approche interdisciplinaire – entre littérature et histoire – que A. Desbois-Ientile aborde la question des écrits de circonstance autour de 1500, période de transition en raison de l’émergence de nouveaux médias dans l’espace public. L’étude de ces œuvres, dont le point d’origine est un événement contemporain, ou du moins récent, au moment de l’écriture lui permet d’interroger la manière dont les auteurs représentent le temps (passé, présent, voire futur), et cherchent à y inscrire leurs textes. Son intervention est structurée par un double corpus : les textes des rhétoriqueurs d’une part et les écrits des poètes de la Pléiade d’autre part. Elle identifie des points communs dans la visée, la portée et les dispositifs rhétoriques, mais souligne néanmoins une divergence dans leur considération de la configuration du temps. Si les rhétoriqueurs tendent à présentiser le passé, les poètes de la Pléiade, quant à eux, cherchent à historiciser le présent.
Les rhétoriqueurs : auteurs de circonstance
Écrivains polygraphes, à la fois poètes et prosateurs, les rhétoriqueurs ont pu, pour certains, détenir une charge officielle, à la cour de France ou de Bourgogne. Les « indiciaires » de la cour de Bourgogne, comme on les appelait, avaient notamment pour mission de rédiger une chronique de la vie politique de leur protecteur. Cette œuvre, devant servir la cause du prince, peut être qualifiée d’écrit d’actualité puisqu’elle est écrite en réaction directe aux évènements contemporains. Parallèlement, les rhétoriqueurs sont également les auteurs d’autres textes ancrés dans l’actualité de la vie curiale, traitant de thématiques focalisées sur la personne des princes – comme leurs décès, maladies ou guérisons – ou de sujets plus larges, comme le contexte politique international. Dans le cadre de sa conférence, Adeline Desbois-Ientile met l’accent sur trois rhétoriqueurs en particulier : George Chastelain (1415-1475), Jean Molinet (1435-1507), et Jean Lemaire de Belges (1473-1524).
L’intervenante interroge la fonction ainsi que la réception de ces textes : au-delà de la personne du prince, pour qui les rhétoriqueurs écrivent-ils ? Pourquoi ? Et dans quelle temporalité inscrivent-ils leurs écrits ? Afin de répondre à ces questions, elle mobilise le texte de Jean Lemaire de Belges, LesIllustrations de Gaule et singularitez de Troye (1511-1513). L’œuvre, dont le premier volume est adressé à Marguerite d’Autriche, se présente comme une grande fresque historique, couvrant le fil des générations de Noé à Louis le Débonnaire. Pourtant, et en dépit des apparences, cette œuvre est profondément ancrée dans son contexte socio-politique : d’une part, c’est le traité de Cambrai, signé en 1508, qui fournit le prétexte d’offrir de nouveaux loisirs à la noblesse, notamment la lecture. Faisant référence à ce contexte, Lemaire de Belges explique en effet vouloir « donner occupation voluptueuse et non pas inutile ausdictes dames de France en cueillant la substance de ceste euvre » (livre I, chap. I). Ainsi, le poète écrit pour ses contemporains et contemporaines. Comme le relève A. Desbois-Ientile, « le lectorat projeté est un lectorat présentiste ». De plus, le récit historique est lui-même orienté politiquement. En particulier, en évoquant des ancêtres issus de Troie, l’auteur cherche à servir la cause politique de Marguerite d’Autriche. L’imaginaire d’une lignée fictive venant de Troie doit participer à susciter l’adhésion des sujets à sa régence, en même temps que justifier la politique de rapprochement de l’Empire et de la France dans le contexte du traité de Cambrai. Dans cette optique, le passé vient alors légitimer le présent. A. Desbois-Ientile parle ici d’un travail de remise en mémoire d’un évènement appartenant déjà à la mémoire collective contemporaine. A travers ce procédé, la conférencière observe un geste d’appropriation du passé par le rhétoriqueur.
« pour donner occupation voluptueuse et non pas inutile ausdictes dames de France en cueillant la substance de ceste euvre » (livre I, chapitre I).
Jean Lemaire de Belges, Illustratuons de Gazle et singularitez de Troye, Lyon : Etienne Baland, 1511.
Spectacle du présent : constructions rhétoriques et allégoriques
À côté de leur production historiographique, les rhétoriqueurs sont également les auteurs de récits allégoriques, sortes de mise en spectacle du présent. Ils y font usage de scènes d’énonciation fictionnelle dans lesquelles un locuteur imaginé se trouve dans un lieu fictif, imaginaire ou présenté explicitement comme rêvé. Le réel est ainsi mis à distance, ce qui est aussi le cas dans les rares textes où l’auteur parle en son nom propre. A. Desbois-Ientile y constate une mise en retrait de la voix de l’auteur. À travers des stratégies rhétoriques de distanciation, les rhétoriqueurs mettent en scène des évènements réels sous le voile de la fiction. La Couronne margaritique, par exemple, a été rédigée par Jean Lemaire à l’occasion de la mort de l’époux de Marguerite d’Autriche : l’œuvre s’ouvre sur une saynète fictionnelle, représentant le jeune comte poursuivi par la Mort en personne, pour aborder ensuite la figure de la veuve qui fait l’objet d’un autre développement allégorique rendu cohérent par la triple image de la couronne. Lire l’œuvre comme le récit de la mort du duc, ou un simple éloge de la veuve rédigé par un poète stipendié, serait réducteur. En réalité, l’œuvre pourrait viser à démontrer l’aptitude de Marguerite d’Autriche à gouverner les Pays-Bas. À nouveau, l’horizon est le présent.
Le terme clé exprimant la conception temporelle des rhétoriqueurs est sans doute celui de mémoire. Par leurs récits allégoriques, ils contribuent à forger la mémoire du présent pour leurs contemporains ; par leurs récits historiques, ils sont aussi les passeurs de la mémoire du passé. Tels des porteurs de flambeaux dans une course de relais, ils envisagent cette transmission comme celle d’un père à son fils. De ce fait le passé est toujours actualisé, ramené au présent qu’il vient éclairer. L’horizon reste présentiste.
Poètes de la pléiades : historiciser le présent en vue du futur
Tout comme les rhétoriqueurs, les poètes de la Pléiade ont cherché la protection des princes et écrit à propos d’évènements qui rythment la vie de la cour et plus largement du royaume. Une partie de leurs textes s’inscrit dans l’actualité de la cour, qu’il s’agisse de naissances, de décès, d’entrées royales, ou encore de victoires ou défaites militaires. Ils participent également à l’élaboration des fêtes de cour par la rédaction de textes destinés à être déclamés par des personnages ou représentés sur le décor. Ce sont à ce titre des poètes de l’actualité, inventeurs de fêtes et de divertissements. Comme les rhétoriqueurs, ils recourent eux aussi à l’allégorie et la délégation de la parole pour diffuser des messages politiques. À cet effet, Pierre de Ronsard (1524-1585) fait par exemple parler des sirènes énonçant une prophétie à l’attention du roi. Écrite à l’occasion d’une fête pour lundi gras en 1564, la pièce est publiée dans ses Élégies, mascarades et bergeries.
Toutefois, contrairement à leurs prédécesseurs, les poètes de la Pléiade réfléchissent aussi spécifiquement au statut de poète de cour. La problématique de la liberté de la parole poétique – question délicate puisque leur statut dépend de la reconnaissance du prince – fait partie de leurs considérations principales et modifie nécessairement la façon dont ils cherchent à se positionner en tant que poètes et à inscrire leurs œuvres dans le temps.
Un discours de rupture
Tenant un discours de rupture, ces poètes rejettent l’héritage poétique français. La Deffence et illustration de la langue françoyse de Du Bellay est très claire à cet égard : le poète qualifie d’« épiceries qui corrompent le goût de notre langue » les œuvres écrites en français par ses prédécesseurs, mais aussi celles de ses contemporains qui recourent encore aux formes poétiques anciennes. La généalogie des poètes de la Pléiade est conçue à l’horizontale, et non pas à la verticale comme chez les rhétoriqueurs. Ces poètes promeuvent l’amitié d’un petit groupe de pairs contre l’héritage des pères. Les poètes de la Pléiade se considèrent comme un groupe de contemporains : le temps, le présent, est alors partagé et non pas relayé.
Reconfiguration du temps
Ce changement s’inscrit dans un contexte de revalorisation des auteurs antiques, caractéristique de la Renaissance. La redécouverte de manuscrits antiques et le développement de la philologie confèrent une nouvelle profondeur au temps, donnant l’illusion d’une transmission directe et intégrale des œuvres du passé antique. En accord avec cette tendance, Adeline Desbois-Ientile relève la présence beaucoup plus forte de motifs antiques et mythologiques dans les dispositifs allégoriques des poètes de la Pléiade. Elle met en relation la présence de ces motifs avec la « doctrine de l’imitation » qui repose sur un processus d’appropriation, et dont la fonction ne serait pas de faire revivre le passé, mais plutôt d’historiciser le présent. Cela passe par l’écriture en français d’odes, d’hymnes ou d’épopée, par la représentation « à l’antique » de l’auteur lui-même en poète couronné de lauriers, ou encore par des déguisements et des rites antiques que les poètes évoquent dans leurs textes. Dans ces différentes manifestations, la ressuscitation des lettres antiques ne viserait pas tant à faire mémoire du passé qu’à donner une nouvelle épaisseur historique au présent en le constituant lui-même en objet mythique.
Cette appropriation du passé va de pair avec l’importance grandissante de la place du poète dans la narration, et du futur comme mode temporel. L’utilisation du pronom personnel « je », dorénavant plus fréquente, permet au poète d’affirmer sa propre voix et de l’inscrire dans un horizon temporel qui déborde le lectorat constitué par ses seuls contemporains. Désormais, il ne s’agit pas uniquement d’assurer la survivance du contenu, mais la survie littéraire du poète lui-même.
Madame, je serois ou du plomb ou du bois,
Si moy, que la nature a fait naistre François,
Aux siecles advenir je ne contois la peine,
Et l’extreme malheur dont notre France est pleine.
Deux programmes temporels : entre présentiser le passé et historiciser le présent
Au travers de sa démonstration, Adeline Desbois-Ientile identifie donc deux programmes temporels différents. Le premier, celui des rhétoriqueurs, vise à présentiser le passé afin d’en faire un objet de mémoire mis au service d’enjeux contemporains. Les faits passés sont inscrits dans une continuité temporelle aboutissant au présent. Les textes sont pensés comme relayés de génération en génération, le poète s’efface alors derrière la construction et le partage de la mémoire, qui demeure au premier plan. Le deuxième, appartenant aux poètes de la Pléiade, tend à historiciser le présent afin d’en faire un objet de gloire, plus que de mémoire. Le présent est mis en relation avec un passé qui est avant tout choisi pour la valeur qui lui est donnée. À ce titre, le passé antique forme un réservoir d’idées et de formes que le poète peut reprendre pour parer le présent, en même temps que pour mettre en avant sa propre figure auctoriale, celle d’un futur poète antique pour les lecteurs à venir.
Du 15 au 17 mai 2025 se tiendra à l’Université de Lausanne le colloque d’ouverture du projet FNS Singergia “Capturing the Present in Northwestern Europe (1348 1648), A Cultural History of Present before the Age of Presentism”
Colloque d’ouverture, “Capturing the Present”, 15–17 mai 2025
DESCRIPTIF
Ce colloque d’ouverture inaugure un projet interdisciplinaire et international, financé par le Fonds national suisse (FNS, programme Sinergia), mené aux universités de Lausanne, Lille et Neuchâtel. Il explore la manière dont le présent a été pensé, représenté et vécu dans l’Europe du Nord-Ouest, entre la peste noire et la guerre de Trente Ans, à travers trois axes de recherche consacrés aux formes du moment, aux événements et aux impératifs du présent dans les dynamiques de pouvoir.
From May 15 to 17, 2025, the opening symposium of the SNSF Singergia project “Capturing the Present in Northwestern Europe (1348 1648), A Cultural History of Present before the Age of Presentism” will be held at the University of Lausanne
Kick-off conference, “Capturing the Present”, May 15–17 2025
DESCRIPTIF
This kick-off conference launches an interdisciplinary and international research project, funded by the Swiss National Science Foundation (Sinergia programme), based at the universities of Lausanne, Lille and Neuchâtel. It investigates how the present was conceived, represented and experienced in Northwestern Europe between the Black Death and the Thirty Years’ War, through three work packages focusing on the forms of the moment, the shaping of events, and the imperatives of the present in power dynamics.
This is a review of Professor Vitkus‘ keynote lecture at the Renaissance Society of America Annual Conference. The following day, I presented the initial findings of my research project within the context of Capturing the Present, in a paper entitled: “National Middle Ages or Imperial Present? Time in the Libels Published under Charles V.” I would like to thank Christian Martens and Lorenzo Paoli for their exemplary organization of the panel.
In a context marked by ecological, climatic, and political crisis—at a time when fundamental research is under unprecedented attack—how can the humanities, and scholarship on the sixteenth century in particular, make a meaningful contribution to society? Conversely, how might the urgent and crisis-ridden times in which we live influence the kinds of questions we pose to documents produced in the distant past? These are the complex questions that this lecture sought to address through an approach that was both scholarly and pedagogical.
King Lear through the lens of historical materialism
Professor Vitkus takes Shakespeare—his area of specialization1—as a case study, focusing almost exclusively on King Lear. Through a series of excerpts from the play, he demonstrates how the playwright, at the end of the sixteenth century, was already engaging in sophisticated reflections on the crises of his own time—reflections that resonate powerfully with contemporary concerns. These insights are deftly analyzed using the tools of historical materialism, a methodology that Professor Vitkus advocates for its epistemological advantages and pragmatic implications.
Critical edition of William Shakespeare’s Othello. Barnes & Noble, 2007. pp. 408.
Historical materialism, he argues, shares the goals of new materialism—reworking our understanding of the material world from an anti-anthropocentric perspective—yet ultimately surpasses it by addressing its political limitations. As a systemic mode of thought that approaches power through a constant dialectic—rather than opposition—between concepts such as nature/culture, subject/object, and human/non-human, historical materialism enables the production of a powerful political critique that unveils the early modern roots of capitalism’s detrimental impact on both human and non-human entities.
Applied to King Lear, historical materialism reveals, in a series of key passages, essential insights for understanding the crises of the present. Within speeches steeped in (pseudo-) prophetic rhetoric, Professor Vitkus identifies a radical questioning of resistance to unjust policies that lead humanity to its downfall. While the play emphasizes that, in the face of the corruption of the powerful, human agency is necessary, it also manipulates the language of nature and compares tropes of the human with those of the animal to suggest that all monsters are found within nature itself—not outside it. The final act, for its part, illustrates how and why, under capitalism, leaders deny the causes of crisis and the obvious solutions they should implement to address inequality. Viewed through this lens, King Lear appears less as a work of entertaining fiction than as a political text denouncing the corruption of an opportunistic ruling class.
Shakespeare and ‘presentism’
By showing that awareness of the damage humans can inflict upon the non-human has deep historical roots, the lecture makes a compelling case for ‘presentism’. In doing so, Professor Vitkus grants this concept a broader meaning than the one proposed by François Hartog2: he invites us to consider as ‘presentist’ any document that seeks to understand its own time. From this perspective, the case study illustrates two key points. First, the present had already become a subject of critical reflection well before the end of the eighteenth century. Second, the humanities play a vital role in times of crisis. Transforming a system requires understanding how it functions. Thus calling for expertise in its structural mechanisms in order to effectively respond to their consequences. Consequently, the early modern scholar who approaches literary texts with an eye toward their political resonances, and who is equipped with the tools of historical materialism, is undoubtedly among the experts society needs now more than ever.
Benjamin West, King Lear and Cordelia Act IV, scene VII, 1793, 48.1 x 60 cm, Folger Shakespeare Digital Collections.
In summation, professor Vitkus delivered a passionate lecture driven by the conviction that the multiple crises we face today all originate in a shared economic system. At once highly instructive and effective, the talk skillfully wove together distant historical contexts and urgent contemporary issues. It powerfully demonstrated the value of historical materialism and, in doing so, offered a persuasive defense of the humanities’ essential societal role.
Recommended reading for further exploration
Stuart Hall, “Cultural studies and its theoretical legacies”, in Cultural studies, ed. Lawrence Grossberg, Cary Nelson, Paula Treichler, Routledge, 1992, p. 277-294.
Martin Puchner, Literature for a Changing Planet, Princeton University Press, 2022.
Daniel Vitkus, “Red-Green Intersectionality beyond the New Materialism: An Eco-Socialist Approach to Shakespeare’s The Tempest” in Intersectionalities of Class in Early Modern English Literature, ed. Ronda Arab and Laurie Ellinghausen, Palgrave Macmillan, 2023.
Id., “How the 1% Came to Rule the World: Shakespeare, Long-Term Historical Narrative, and the Origins of Capitalism” in Shakespeare and the 99%: Literary Studies, The Profession, and the Production of Inequity, ed. Sharon O’Dair and Timothy Francisco, Palgrave Macmillan, 2019, p. 161-181.
See Critical Edition of William Shakespeare’s Othello, Barnes & Noble, 2007 [↩]
Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Le Seuil, 2003 [↩]
Croniques de Hollande, de Zeelande et de Frise de Johannes de Beka (traduction française dédiée au duc de Bourgogne Philippe le Bon), Bruges v. 1470-1480, BnF, ms. fr., 9002, fol. 29v.
Pour les amateurs d’enluminures médiévales, la scène est classique. L’image s’ouvre sur un intérieur palatial, situé en bordure d’une rivière animée par le passage des bateaux à proximité d’une ville, promesse de richesse. Elle illustre la traduction française de la Chronographia de Johannes de Beka, une œuvre composée par un chanoine de Saint-Martin d’Utrecht accueilli à l’abbaye d’Egmond dans la première moitié du XIVe siècle, et adaptée en français pour le duc de Bourgogne Philippe le Bon, peu de temps après son arrivée à la tête du triple comté de Hainaut-Hollande-Zélande, en 1433. Dans cette version enluminée attribuée au Maître de la Vraie cronique d’Escoce (v.1455-1460), l’artiste met en image un texte qui pose les fondations de cette principauté : Cy commence lystoire des contes de hollande et premierement comment Charles le Chauve empereur des rommains et roy de France mist le premier conte en hollande qui fut nommé Theoderic, lequel ediffia l’abbaye degmonde. Si le chanoine d’Egmond multiplie les erreurs en confondant le règne de l’empereur Charles II le Chauve (875-877) avec celui du roi Charles III le simple (898-922) qui accorda à Thierry (Dirk) en 922 l’un des diplômes servant d’assise au comté dont les seigneurs ne prirent le titre de comte que vers le milieu du XIe siècle, la créativité de l’artiste introduit quant à elle une symbolique originale qui ne manque pas d’attirer l’attention.
Ramenée aux codes vestimentaires, architecturaux, technologiques de cette fin du XVe siècle, la scène, qui se déroule aux temps carolingiens, emprunte également à l’héraldique son langage du pouvoir. Ainsi les bateaux ont des allures de Kogge, les nobles sont vêtus de pourpoints courts et serrés à la taille, les tours sont rondes et crénelées, l’armure du comte Thierry n’aurait pas dépareillé à Brouwershaven (1426) ou à Guinegatte (1479), etc. Et surtout, Charles, roi des Francs et empereur d’Occident est représenté avec un tabard mi-parti, à dextre d’or à l’aigle bicéphale de sable, et à senestre d’azur semé de fleur de lys d’or, alors que l’héraldique n’apparaît qu’au XIIe siècle. Ce décalage n’est pourtant pas le signe d’une absence de conscience historique en cette fin de Moyen Âge. Au contraire, ces apparents anachronismes permettent de souligner l’actualité du passé. Ainsi, l’image répète, cette fois-ci aux côtés d’une horloge, des armoiries doubles, rappelant évidemment la suzeraineté de l’Empire sur la Hollande, mais également la légitimité des Valois, issus de la Maison de France, à gouverner ce nouveau territoire tombé récemment dans l’escarcelle bourguignonne.
La présence de cette horloge associée aux armoiries intrigue et pourrait être la première d’un genre qui exprime, par cette combinaison de la maîtrise du temps et de l’héraldique, la marque de l’autorité. Dans Les Faits et dits mémorables de Valère Maxime traduits par Simon de Hesdin et enluminés à Bruges quelques années plus tard par celui qu’on appelle « Le Maître de Marguerite d’York » (BnF, ms fr. 288, fol.1), elle apparaît également sur le frontispice du manuscrit. Surplombant les seules armes de France, elle semble alors rappeler la supériorité du roi mis à l’honneur, à savoir Charles V, commanditaire de cette traduction désormais mise à disposition de Louis de Bruges, seigneur de Gruuthuse (1427-1492). Ce dernier, dont le palais brugeois accueille aujourd’hui un musée à son nom, fut chevalier de la Toison d’Or, conseiller de Philippe le Bon, puis de Marie de Bourgogne et membre du conseil de régence de Flandre entre 1483 et 1485. Grand collectionneur, il confia nombre de ses manuscrits au Maître de Marguerite d’York, à tel point que, selon Pascal Schandel, il serait plus juste de l’appeler Maître de Louis de Bruges. Toujours est-il que les deux hommes semblent partager un même intérêt pour la mesure du temps si l’on veut bien prendre en compte une autre image réalisée par les mêmes pinceaux en faveur de ce noble que l’on retrouve représenté au sein de son groupe familial, émerveillé devant … une horloge à poids, dans le traité d’Henri de Suso : L’horloge de Sapience (BnF, ms fr. 455, fol. 9). La piste des cadrans solaires et des horloges semés à de nombreuses reprises dans les enluminures de l’artiste et de ses confrères brugeois ouvre un dossier que l’on pourra d’ailleurs compléter avec des mentions de mobilier urbain. À la même époque, à Lille, dans les années 1476, la municipalité avait en effet rémunéré un certain Willaume Liédet pour avoir peint sur le cadran de l’horloge de l’hôtel de ville des armes du duc et de la duchesse de Bourgogne… ou quand l’image devient réalité.
À VENIR
Élodie Lecuppre-Desjardin, « Les horloges dans les manuscrits bourguignons de la seconde moitié du XVe siècle ». Cette recherche complètera les premiers résultats livrés dans « Se mettre au vert sans échapper au temps. Le prince, maître des horloges à Hesdin au XVe siècle », dans Ead., M. Vivas et F. Duceppe-Lamarre (ed.), La cour se met au vert. Mises en valeur et usage politiques des campagnes entre Moyen Âge et première modernité, Villeneuve d’Ascq, (à paraître fin 2025).
BIBLIOGRAPHIE
D.E.H. de Boer et E.H.P. Cordfunke, Graven van Holland. Middeleeuwse vorsten in woord en beeld (880-1580), Zutphen, 2010.
A. Hagopian Van Buren, « Le sens de l’histoire dans les manuscrits du XVe siècle », in Pratiques de la culture en France au XVe siècle, M. Ornato & N. Pons (ed.), Louvain-la-Neuve, 1995, p. 515- 525.
I. Hans-Collas, P. Schandel, avec la collab. de H. Wijsman, Manuscrits enluminés des anciens Pays-Bas méridionaux, I. Louis de Bruges, Paris, 2009, p. 98-99.
H. Wijsman, Luxury Bound. Illustrated Manuscript Production and Noble and Princely Book Ownership in the Burgundian Netherlands (1400-1550), [Burgundica, XVI], Turnhout, 2010, p. 241-242 et 267-268.