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Participation au 56e congrès de la Renaissance Society of America (San Francisco, 19-21/02/2026)

Trois membres de Capturing the Present ont présenté les premiers résultats des recherches menées dans le cadre du projet au 56e congrès de la Renaissance Society of America qui s’est tenu à San Francisco du 19 au 21 février 2026.



Élodie Lecuppre-Desjardin a co-organisé avec Nicole Hochner (Université de Jérusalem) un panel intitulé « The Introduction of Novelty in Politics: A Question of Rhythm? », dédié à la tension entre tradition et innovation et aux évolutions des temporalités politiques, qui a regroupé trois communications…

Nicole Hochner a ouvert la matinée avec une communication intitulée “The Rhythm of Change: Novelty in Nature, Politics, and Music” et introduit une réflexion sur le lien entre pensée scientifique et pensée politique chez Nicole Oresme. En s’interrogeant sur l’incommensurabilité dans la philosophie naturelle, validée par Oresme, elle a montré comment cette manière de penser les mécanismes de l’univers ouvrait la voie vers une réévaluation positive de la nouveauté.

Elodie Lecuppre-Desjardin, dans sa communication “The Prince as a metronome: a key to introducing new political ideas?” a montré comment une nouvelle conscience des rythmes et des temporalités politiques dans le Royaume de France sous Charles V, puis au sein de la Grande Principauté de Bourgogne, coïncidait avec la mise en place de nouveaux dispositifs de la mesure du temps, notamment grâce aux horloges mécaniques. La pensée politique empruntant aux images horlogères chez Nicole Oresme, Christine de Pisan ou chez les frères Lannoy pavent la voie de nouvelles pratiques gouvernementales.

Tracy Adams (Auckland University), a observé les usages opportunistes des registres de la tradition et de la nouveauté dans une communication intitulée: “The Novelty No one Claimed: Henry VIII, Clement VIII, and the Politics of Innovation”. Dans le cadre du divorce d’Henri VIII, elle a observé les arguments du roi et du pape qui, sur fond d’immuabilité de la loi canonique, s’accusent mutuellement d’innover pour mieux renforcer la légitimé de leur position au sceau de la tradition bafouée. Si les arguments avancés n’ont rien d’original, la rhétorique directe employée par le roi pour s’opposer au pape constitue en revanche la nouveauté et pave la voie de la Réforme anglicane.

Alexandre Goderniaux a quant à lui organisé un panel « Urgence, Guerre, et Discours Politique (France et Pays-Bas, 1530–1630) » qui a donné la parole à quatre intervenants spécialistes d’histoire et de littérature. Cette approche interdisciplinaire a permis d’éclairer, par le prisme du temps, les liens entre les conflits de la première Modernité et le renouvellement des pratiques du pouvoir.

Alexandre Goderniaux a cerné les liens entre l’urgence et l’exercice du pouvoir impérial à travers des imprimés d’actualité et des documents issus des archives vaticanes produits dans le cadre de l’entrée de Charles Quint à Rome en avril 1536.

Dans un deuxième temps, Mélinda Fleury (doctorante, Université de Genève) a proposé une réflexion sur l’influence du sentiment d’urgence (issu des troubles civils et religieux) sur les pratiques historiographiques à travers le cas de Lancelot Voisin de La Popelinière, historien protestant dont l’œuvre redéfinit l’écriture du temps présent.

Ullrich Langer (professeur émérite, Université de Wisconsin-Madison) a quant à lui étudié trois expressions de la nécessité d’action au tournant des XVIe et XVIIe siècle – chez Montaigne, Aubigné et dans un discours de la Ligue – pour en déceler les composantes sémantiques, rhétoriques et dialectiques.

Enfin, Delphine Amstutz (maîtresse de conférence, Sorbonne Université) a mis en lumière une reconfiguration de l’antique valeur de « prudence » durant les décennies 1610-1630, à travers des imprimés d’actualité qui rendent visible l’urgence de certains événements politiques et des traités où la raison d’État se définit par les rapports entre le pouvoir royal et le temps.

Une publication des textes de ce panel, accompagnés de contributions d’autres collègues, est prévue.

Estelle Doudet a assuré la présidence de ces deux panels – garantissant leur parfait déroulement dans une ambiance à la fois studieuse et conviviale – et animé les discussions qui les ont suivis, grâce auxquelles les notions de rythme, d’innovation et d’urgence ont bénéficié d’échanges nourris et très enrichissants.

Enfin, Marie-Hélène Méresse a participé à un panel intitulé « Aeneas Silvius Piccolomini and His Age » (org. Simona Iaria). À travers une communication intitulée « Pius II and His Time: From Naples to the Court of Burgundy (Fifteenth Century) », elle a mis en évidence le caractère novateur d’une écriture marquée par une grande réflexivité vis-à-vis de son propre temps. Relus au prisme du présent, les Commentarii rerum memorabilium quae suis temporibus contigerunt (1462-63) et les Actes et paroles mémorables d’Alphonse d’Aragon (composés en 1455 ; traduits en français, par Jean L’Orfèvre pour le duc de Bourgogne, entre 1467 et 1476), introduisent une contemporanéité et un réalisme qui révèlent une sagesse royale désormais pragmatique et invitent à relativiser le moment machiavélien. 


Pépite : Des horloges allégoriques pour enseigner aux princes

Guillebert de Lannoy, Les enseignements paternels, Bruges v. 1470 (atelier de Loyset Liédet), Bruxelles, KBR ms 10986, fol. 1

Il y a quelques mois j’attirais l’attention sur la multiplication des horloges que je qualifiais d’héraldiques dans les manuscrits bourguignons (voir billet du 01/04/2025). Tandis que l’enquête avance, je vous propose de nous laisser guider encore une fois par les images pour saisir cette nouvelle prise en compte des réalités temporelles dans la culture politique des princes. 

L’horloge représentée sur le frontispice du traité d’éducation (Les Enseignements paternels) adressé à de jeunes princes par Guillebert de Lannoy[1], n’a apparemment rien d’allégorique. Dans cette scène de dédicace, peu classique, où l’auteur ne s’agenouille pas devant son commanditaire avec son œuvre, mais fait place au potentiel dialogue d’un père avec son fils, une horloge, à la mécanique précise et apparente, figure avec réalisme l’outil qui rythme désormais la vie des nobles seigneurs, en l’occurrence Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Le souci de la juste mesure et de la norme, au cœur de l’éducation, ne pouvait qu’accueillir favorablement cet outil introduisant la ponctualité, respectée… ou non. En effet, à l’instar de Louis IX ou de Charles V dont Christine de Pizan fait l’éloge du rythme journalier dans son Livre des faits et bonne meurs du roy Charles V, le prince vertueux se doit de faire un bon usage du temps. Cette rigueur doit inviter les futurs dirigeants à adopter dès leur plus jeune âge un rythme de vie équilibré… autant d’habitudes qui, plus tard et sans excès, leur permettront de se lever tôt le matin pour œuvrer au gouvernement de leurs territoires et de leurs sujets, comme le précise Guillebert de Lannoy : 

« Appliquiez-vous à diligence et à lever matin, et expédiez legièrement ceulx qui vous prient ou ont à faire à vous, car paresse et longueur est chose mal séant en toute créature et par espécial en roys et princes qui ont le poeuple à gouverner »

(Guillebert de Lannoy, L’Instruction d’un jeune prince).

Si le prince use d’une horloge, c’est que lui-même, à l’image de Dieu, doit ordonner et régler son peuple avec mesure. Telle est sa mission. Et le Dieu démiurge devient, avec l’introduction de cet art de précision (même s’il est encore très relatif), un Dieu horloger. Dans les textes politiques de la seconde moitié du XIVe siècle, l’horloge symbolise l’ordre établi et sans friction, qui certes ne nie pas les mouvements contraires, mais qui a pour rôle de les harmoniser. L’origine de cette pensée, déclinée dans nombre de conseils aux princes, est le plus souvent attribuée à Nicole Oresme, lecteur d’Aristote, dans son Traité du ciel et du monde, daté de 1376-1377.

Nicole Oresme à son étude avec une sphère armillaire, 
Traité de l’Espère, v. 1410, BnF, ms. Fr. 565, fol. 1  

La juste mesure qui correspond à la tempérance peut ainsi être considérée comme un pouvoir divin délégué, une vertu chrétienne allégorisée, particulièrement par Christine de Pizan quelques décennies plus tard dans son Epître Othéa (1400-1401) qui formalise le lien entre gouvernement de soi et gouvernement du monde : 

« Attrempance estoit aussi appellee deesse ; et pour ce que nostre corps humain est composé de diverses choses et doit estre attrempé selon raison, peut estre figuré a l’orloge qui a plusieurs roes et mesures ; et toutefoiz ne vaut rien l’orloge, s’il n’est attrempé, semblablement non fait nostre corps humain, se attrempance ne l’ordonne ».

Christine de Pizan, Epître Othéa, adaptée par Jean Miélot pour Philippe le Bon, Loyset Liédet enlumineur, Lille, 1460. Bruxelles, KBR, ms 9392, fol 1.

La valeur éthique du temps est donc puissante et l’on comprend qu’elle soit mise à l’honneur dans le texte de de cette compilation de préceptes moraux à destination d’un jeune noble qu’est l’Epître Othéa. Or, les illustrations qui représentent Tempérance, toujours associée à l’équilibre de la mesure du temps, semblent s’adapter aux nouvelles technologies et au contexte de réception comme pour établir un lien entre réalité et allégorie et privilégier l’horloge mécanique au sablier. Par exemple, dans le manuscrit de cette œuvre offert à Philippe le Bon par Jean Miélot, l’enlumineur Loyset Liédet a dupliqué l’horloge qui figurait dans la salle d’audience ducale, pour en faire l’objet identifiant la vertu de patience et de mesure.

Epître Othéa, adaptée par Jean Miélot pour Philippe le Bon, Loyset Liédet enlumineur, Lille, 1460. 
Bruxelles, KBR, ms 9392, fol 5v.

Tempérance porte une horloge sur la tête qui est similaire à celle présente sur la scène de dédicace, mais également à celle du frontispice des Enseignements paternels et de L’Histoire d’Olivier de Castille et d’Artus d’Algarbe par Pierre Camus et adaptée par David Aubert Pour Philippe le Bon à Bruges vers 1467 (Paris, BnF, ms fr 12574, fol. 1). Toutes issues de l’atelier de Loyset Liédet, elles reflètent assurément une signature d’artiste mais également l’évolution d’une pensée politique qui s’appuie désormais sur la technologie savante de l’horloge mécanique, présente à la cour de Bourgogne, pour rappeler que le prince, par délégation divine est maître du temps, mais aussi que, par cette même grâce, il lui incombe d’en faire bon usage…

À venir

Cette réflexion sera au cœur de la communication que je donnerai au Congrès de la Renaissance Society of America à San Francisco le 19 février 2026, « The Prince as a Metronome: A Key to Introducing New Political Ideas? ». Le panel The Introduction of Novelty in Politics: a Question of Rhythm? accueillera également les réflexions de Nicole Hochner (The Rhythm of Change: Novelty in Nature, Politics and Music) et de Tracy Adams (The Novelty no one claimed: Henry VIII, Clement VII and the Politics of Innovation).

Sources iconographiques

Guillebert de Lannoy, Les Enseignements paternels, Bruges v. 1470 (atelier de Loyset Liédet), Bruxelles, KBR ms 10986, fol. 1. 

P. Camus, L’Histoire d’Olivier de Castille et Artus d’Algarbe, Bruges, 1467, (Loyset Liédet enlumineur), Paris, BnF, ms. fr. 12574, fol. 1.

Christine de Pizan, Épistre Othea, adaptée par Jean Miélot pour Philippe le Bon, (Loyset Liédet enlumineur), Lille v.1460, Bruxelles, KBR, ms 9392, fol 1 et 5v. 

Sources textuelles

Guillebert de Lannoy, L’Instruction d’un jeune prince, Œuvres de Guillebert de Lannoy, éd. C. Potvin, J.-C. Houzeau, Louvain, 1878.

Nicole Oresme, Le Livre du ciel et du monde, éd. A.D. Menut, Madison, The university of Wisconsin Press, 1968. 

Christine de Pizan, L’Épistre Othea, éd. G. Parussa, Genève, Droz, 2008. 

Christine de Pizan, Le Livre des faits et bonnes meurs du sage roy Charles V, éd. S. Solente, Paris-Champion 1936-1940, réimp. Genève Slatkine, 1977. 

Bibliographie sélective

Françoise Autrand, Charles V, le sage, Paris, Fayard, 1994.

Nancy Mason Bradbury & Carolyn P. Collette, “Changing Times: The Mechanical Clock in Late Medieval Litterature”, The Chaucer Review, 2009, vol. 43, n°4, p. 351-375. 

Kevin Roger, Le motet du XIVe siècle. Une subtile histoire du temps, ArTeHiS édition, Chapitre 3, L’art du temps au XIVe siècle, https://books.openedition.org/artehis/36666, [consulté le 2/02/2026]. 

Charity Cannon Willard, « Christine de Pisan’s Clock of Temperance”, L’Esprit créateur, 1962, vol. 2, n°3, p. 149-154. 


[1] Nous n’ignorons pas le débat actuel sur l’attribution de cette œuvre à Guillebert ou à son frère Hugues de Lannoy, mais nous laissons le lecteur se faire son avis en le renvoyant à B. Sterchi, « Hugues de Lannoy, auteur de l’Enseignement de vraie noblesse, de l’Instruction d’un jeune prince et des Enseignements paternels », Le Moyen Âge. Revue d’Histoire et de Philologie, tome CX, 2004/1, p. 79-117.   

Publication d’Elodie Lecuppre-Desjardin “Du devoir de chrétien à l’utopie politique: l’idée de croisade chez Philippe de Mézières”

Cet article est issu de l’ouvrage collectif édité par Catherine Gaulier-Bougassas Les discours sur la croisade. Mémoire, fiction, recours à l’antique, rhétorique et idéologie (XIIe-XVIe siècle), dans la collection Recherche sur les réceptions de l’Antiquité, volume 5, Turnhout, Brepols, 2025, p. 157-176

Résumé

Cette étude exploite un texte peu connu de Philippe de Mézières : L’ordre de la Passion de Jésus-Christ. Produit en plusieurs étapes entre 1367 et 1396, c’est à cette dernière date que Philippe de Mézières, retiré au couvent des Célestins à Paris, remet de l’ordre dans son projet. La réflexion, menée à son terme, permet à son auteur de développer un espace ouvert propre au songe politique et de faire de la croisade, l’occasion de corriger, d’améliorer et de perfectionner une société chevaleresque abîmée et dégénérée et dont la purification des moeurs constituera la clef du salut de l’humanité chrétienne. Programme dont la précision témoigne d’un véritable dessein politique, L’ordre de la Passion Jesus-Christ permet de réfléchir à l’idée de réforme à l’aube du XVe siècle et de considérer la remobilisation d’un motif ancien au secours d’un présent chaotique sur fond de perspective sotériologique … une mise en pratique très concrète des idéaux de ce chevalier mystique de la fin du Moyen Âge.

Philippe de Mézières, Ordre de la Passion de Jésus-Christ, Costume du prince de l’Ordre de la Passion; Bodleian Library, Ms Ashmole 813, fol. 3r. Bodleian Libraries, University of Oxford.

Publication : Innovation and Medieval Communities

Innovation and Medieval communities. The circulation of Ideas and practices in and out of the town (1200-1500).

This collective work edited by Élodie Lecuppre-Desjardin and Nils Bock, was published in January 2026 in the series Studies in European Urban History [SEUH 63] by Brepols.

Description

It has to be said that when it came to innovation medieval culture demonstrated its mastery of the art of the paradox. Medieval people were compelled to innovate, driven by the dissatisfaction that is part of their nature, leading to changes that could generate not only enthusiasm, but also mistrust and sometimes fear. In a world where innovation was ordinarily perceived in a negative light, societies developed discursive strategies to legitimize such developments, even going so far as to make the old out of the new. This book interrogates this gap between cultural assumptions and practical necessity. Drawing on numerous examples from the towns and cities of Western Europe between the thirteenth and the fifteenth centuries, it examines in context and in practice both sophisticated conceptions and unexamined habits of thought concerning innovation. These offered a range of possibilities for dealing with the new, often imposing novelty quietly, as the only means of maintaining the old state of affairs… at least in appearance.

Table of contents

Introduction – Élodie Lecuppre-Desjardin (Lille University, IRHiS) & Nils Bock (Münster University)

PART 1. Mastering Innovation: Communities and Individuals

Municipal law in the monastery. On becoming and being citizens in the later Middle Ages -Anne Diekjobst (Kiel University CAU)

Burghers’ reactions to new town books in Southwestern Germany in the Late Middle Ages – Olivier Richard (Fribourg University)

Innovation and ways of relating to time in memory writings by German townspeople at the dawn of the Early Modern Period – Aude-Marie Certin (Haute Alsace University)

Innovation in the Great Municipal Charter of Paris (1416) – Boris Bove (Rouen-Normandie University)

PART 2. Technological innovation at the heart of the circulation of knowledge and political intentions

Innovations catalysed by the papal court and the reconfiguration of local communities in and around early 14th-century Avignon – Valérie Theis (ENS Ulm, Paris)

The dukes of Burgundy’s Trésor de l’Épargne and reactions to it within princely administration – Rudi  Beaulant (Franche-Comté  University)

Technological innovation, social identities and the Dynastic State. Gunpowder Artillery in the Burgundian Polity (late 14th– early 16th c.) – Michael Depreter (University of Oxford)

Innovation and migration: The Economic impact of immigrant craftspeople in Late Medieval England  – Bart Lambert (Vrije University of Brussels)

Social incentives for innovation in Flemish artistic workshops: Social Network Analysis in late medieval art production – Joannes Van den Maagdenberg (UGent-ULB-Fondation Périer-d’Ieteren)

Plague Policies in the Fifteenth-Century Low Countries: Duplication, adaptation and Integration – Claire Weeda (Leiden University) 

PART 3. Think different: pioneering ideas from artists and scholars

Ecclesiological Innovations in the days of the Reform Councils of the Fifteenth-Century – Bénédicte Sère (Paris Nanterre University)

Mediaeval sacred song: creative impulses and innovation in repertoire, musical notation and transmission – Kristin Hoefener (University Nova of Lisbon, Centro de Estudos de Sociologia e Estética Musical)

“A desire to see more clearly”: theological device and sociological innovation of scholars in thirteenth-fifteenth centuries – Antoine Destemberg (Artois University)

Van Eyck’s Fictive Frames and Reinventions of Memorialisation – Andrew Murray (The Open University)

More Information

Élodie Lecuppre-Desjardin & Nils Bock (eds.), Innovation and Medieval communities. The circulation of Ideas and practices in and out of the town (1200-1500, Turnhout: Brepols, 2026.

Guillaume de Machaut, Le remède de Fortune, Paris, BnF, ms. fr. 1586, fol. 30v.

Album amicorum : Jonathan Dumont

Jonathan Dumont est docteur en Histoire, art et archéologie, collaborateur à l’université de Liège. Il est spécialiste d’histoire culturelle et politique dans les anciens Pays-Bas burgondo-habsbourgeois. Ses travaux portent principalement sur les discours et idéologies politiques. Il travaille actuellement sur le développement d’une revue en Open Access (Diamant) dans le cadre de l’université de Liège.

Jonathan Dumont a publié de nombreux articles et deux monographies importantes : Lilia Florent. L’imaginaire politique et social à la cour de France durant les Premières Guerres d’Italie (1494-1525), Paris, Champion, 2013; et Écrire un avènement. Charles de Habsbourg dans l’œuvre de Rémi Dupuis, Genève, Droz, 2024.

Le 22 janvier 2025, Jonathan a donné une conférence, intitulée Prendre le pouvoir par les mots. L’avènement de Charles de Habsbourg (1515), dans le cadre du séminaire de recherche organisé par Élodie Lecuppre-Desjardin à l’Université de Lille. En 2023, il a participé à une session sur les chronotopes dans le contexte du RSA Conference, organisée par Jan Blanc, Thalia Brero, Élodie Lecuppre-Desjardin et Marije Osnabrugge.

Le rapport au contrôle du temps (ou à la prétention du contrôle) dans la manière dont les princes se présentent dans les discours curiaux.

Histoire des idées politiques, des cultures politiques au Moyen Âge tardif et à la Renaissance.

Sources littéraires (poésie, chroniques, etc.) et correspondance

La manière dont les autorités (puissants, les princes surtout) prétendent imposer leur contrôle sur le temps par le discours.

Je ne sais pas si cela peut avoir un rapport direct avec la question du présent, mais pour le moment je lis et utilise les écrits de Karl Mannheim ((Karl Mannheim (1893-1947) qui est un sociologue allemand, principalement connu pour ses deux ouvrages : Le problème des générations (1928) et Idéologie et Utopie (1929). Je suis d’ailleurs en train d’écrire un article un article sur cette notion d’utopie en politique.

Le rapport au groupe, à la communauté ne serait-il pas essentiel pour appréhender la question d’un partage potentiel des perceptions du temps ?

Discours, princes, chronotopes

Une étude multidisciplinaire sur les discours du pouvoir dans l’Europe de la Renaissance.

Colloque international “La ville au présent. Temporalités et rythmes urbains en Europe occidentale (XIVe-XVIIe siècles)”

EN

Du 1er au 3 octobre se tiendra à l’Université de Lille (France) un colloque international dédié aux temporalités urbaines.

DESCRIPTIF

« Les temporalités sont un code de lecture pour comprendre l’espace et rendre compte d’un monde complexe et contextualisé ». Cette citation que l’on doit à la géographe Françoise Lucchini (2015) ouvre une lecture originale de l’espace urbain, considéré au rythme de ses pulsations propres. La ville, comme espace construit, aménagé, vécu et pensé, a fait l’objet de nombreuses études, qui ont ponctuellement introduit une dimension temporelle à leurs réflexions, permettant de mieux saisir la dynamique de ses évolutions et des pratiques urbaines. Toutefois, il faut reconnaître que le « sens du temps », saisi au fil des rythmicités quotidiennes comme de l’organisation planifiée des lieux, a davantage retenu l’attention des géographes, urbanistes, sociologues ou des historiens des xixe et xxe siècles. L’accélération du temps induite par l’industrialisation, les grandes métamorphoses urbanistiques qui l’accompagnèrent et le développement des nouvelles technologies permet sans doute plus aisément de s’emparer de cette matière fuyante qu’est le temps et de forger, selon l’expression conçue par François Hartog (2003), un « régime d’historicité » présentiste, censément propre à la période contemporaine.  

Pourtant, les remarques de Peter Burke (2004), commentateur des observations pionnières de Jacques Le Goff sur le « temps du marchand », invitent depuis plusieurs décennies à explorer la matière vivante des villes du Moyen Âge et de la première modernité, pour mieux comprendre le sens de la multiplicité des temporalités qui se concentrent en un même lieu et forcent à interroger le rapport entre « le champ de l’expérience » et « les horizons d’attente » des communautés médiévales (Koselleck, 1979).

C’est tout du moins l’idée qu’aimerait défendre cette rencontre, inscrite dans le projet FNS-Sinergia « Capturing the Present in Northwestern Europe (1348-1648) ». Il s’agira de saisir non seulement la mesure du temps présent, mais aussi le ressenti de son écoulement, qui troublait tant l’esprit de saint Augustin et de tous ceux qui s’efforcèrent d’en donner une définition. La question du temps subjectivement vécu peut s’avérer d’une grande banalité. Mais la replacer dans un contexte particulier, déterminé par autant de paramètres que sont les lieux, les statuts sociaux, les âges, les activités, les ambitions individuelles ou collectives ou encore les impératifs politiques, économiques, etc. lui donne toute sa richesse et comble les vœux de Marc Bloch, pour qui l’histoire se doit d’approcher « le moment humain où ces courants se resserrent dans le nœud puissant des consciences » (Bloch,1949). Dans la comparaison offerte par une vaste Europe urbaine occidentale, qui viendra en appui aux études plus spécifiquement dédiées à sa partie septentrionale, afin d’en saisir les spécificités, le but de cette rencontre est d’observer les citadins pris dans le jeu des multiples temporalités qui les traversent et nourrissent leur sentiment d’appartenance ou d’exclusion à différents groupes sociaux.

Comment les habitants de villes (mais aussi celles et ceux qui les traversent) habitent-ils le temps présent ? Comment partagent-ils cette expérience individuelle au sein des communautés auxquelles ils se réfèrent ou sont assignés ? Peut-on parler de time communities (communautés temporelles), façonnées par les contours du groupe social, de l’adhésion politique ou du partage d’une même foi ? Sur quel socle culturel se fondent cette appréhension et cette représentation du temps présent, considéré autant pour lui-même que pour le passé qu’il synthétise et l’avenir qu’il annonce ? Autant de questions non limitatives qui nourriront la réflexion. Rythmes quotidiens, dynamiques de l’événement, temps de l’intime, maîtrise du risque et impacts de l’accident, suspension de l’action, sont autant de perspectives qui permettront aux historiens et historiennes des sources de la pratique, de la littérature et des images de s’interroger sur la ville vécue et pensée dans le(s) présent(s) de celles et ceux qui l’animent.

LANGUES

Français/anglais

ORGANISATEURS

Elodie Lecuppre Desjardin ([email protected]) ; Sebastian Hackbarth ([email protected]) ; Anne-Frédérique Provou ([email protected])

INFORMATIONS PRATIQUES

IRHiS-UMR 8529 (Univ. Lille, CNRS)

Salle de séminaire (A1.152)
Université de Lille
Site du Pont-de-Bois
59653 Villeneuve d’Ascq 

PROGRAMME

International conference “Present in the City. Urban temporalities and rhythms in Northwestern Europe (14th-17th centuries)”

FR

From 1 to 3 October, the University of Lille (France) will host an international symposium dedicated to urban temporalities

DESCRIPTION

“Temporalities are a common code for deciphering space and giving an account of a complex, contextualized world”. This quotation from geographer Françoise Lucchini (2015) opens up an original reading of urban space, considered in the rhythm of its own pulsations. The city, as a space that is built, developed, inhabited and conceived, has been the subject of numerous studies, which have occasionally introduced a temporal dimension to their reflections, enabling us to better grasp the dynamics of its evolutions and urban practices. However, it has to be said that the “sense of time”, captured in the rhythms of daily life and the planned organization of places, has attracted more attention from geographers, urban planners, sociologists and historians of the 19th and 20th centuries. The acceleration of time induced by industrialization, the great urban metamorphoses that accompanied it and the development of new technologies undoubtedly makes it easier to take hold of this elusive material that is time and to forge a presentist “regime of historicity”, supposedly specific to the contemporary period, according to the expression conceived by François Hartog (2003). 

And yet, for several decades now, Peter Burke’s (2004) commentary on Jacques Le Goff’s pioneering observations on “merchant time” has been inviting us to explore the living matter of medieval and early modern cities, to better understand the meaning of the multiplicity of temporalities concentrated in a single place, and to question the relationship between the “field of experience” and the “horizons of expectation” of medieval communities (Koselleck 1979). There is thus another cultural history of time to be written, in which forms of presentism other than the one that prevails today may have asserted themselves. 

At least, that’s the idea behind this meeting, part of the SNSF-Sinergia project “Capturing the Present in Northwestern Europe (1348-1648)”. The aim is to capture not only the measurement of present time, but also the feeling of its passing, which so troubled the mind of Saint Augustine and all those who strove to define it. The question of subjectively experienced time may seem trivial. But placing it in a particular context, determined by as many parameters as places, social status, ages, activities, individual or collective ambitions, political or economic imperatives, etc., gives it all its richness and fulfils the wishes of Marc Bloch, for whom history must approach “the human moment when these currents tighten in the powerful node of consciences” (Bloch, 1949). In the comparison offered by a vast Western urban Europe, which will support studies more specifically dedicated to its northern part, in order to grasp its specificities, the aim of this meeting is to observe city dwellers caught up in the game of multiple temporalities that cross them and feed their sense of belonging or exclusion to different social groups. 

How do city dwellers (and those who pass through these places) live in the present? How do they share this individual experience within the communities to which they refer or are assigned? Can we speak of time communities , shaped by the contours of a social group, political membership or shared faith? What degree of awareness and what cultural foundation underlies this apprehension and representation of the present, considered as much for its own sake as for the past it synthesizes and the future it heralds? These are just some of the questions that will be addressed. Daily rhythms, the dynamics of events, intimate time, risk control and the impact of accidents, the suspension of action – these are just some of the perspectives that will enable historians of practical sources, literature and images to examine the city as lived and thought in the present(s) of those who live in it. 

LANGUAGES

English/French

ORGANIZERS

Élodie Lecuppre Desjardin ([email protected] ); Sebastian Hackbarth ([email protected]) ; Anne-Frédérique Provou ([email protected])

PRACTICAL INFORMATIONS

IRHiS-UMR 8529 (Univ. Lille, CNRS)
Salle de séminaire (A1.152)

Université de Lille
Site du Pont-de-Bois
59653 Villeneuve d’Ascq 

PROGRAMME

Call for papers: In search of Lost Time? Women’s experience of Time and Temporality (1400-1700)

Renaissance Society of America Annual Conference 2026 (February 19-21, 2026)

Peter Paul Rubens, Les Parques filant le destin de la reine Marie de Médicis sous la
protection de Jupiter et de Junon, 1622-1625, Huile sur toile, 155 x 394 cm,
Paris, Musée du Louvre.

DESCRIPTION

In her 1659 essay on the possibility for a woman to be a scholar, Dutch savante Anna Maria van Schurman lists the following limitations:

“that the condition of the times, and her quality be such, that she may have spare hours from her general and special calling, that is, from the exercises of piety and household affairs. To which end will conduce, partly her immunity from cares and employments in her younger years, partly in her elder age either celibate, or the ministry of handmaids, which are wont to free the richer sort of matrons also from domestic troubles.”

This passage, which shows the difficulty for a woman of finding leisure time, and calls to mind for modern readers the ideas expressed in Virginia Woolf’s A Room of One’s Own, suggests an early modern awareness of women’s differentiated experience of time and its determination by their sex, age, and wealth.  As books of civility and household manuals rose in popularity over the sixteenth and seventeenth centuries especially, women’s time seemed to have been increasingly codified on a daily basis and over their lifetime, with different rules of conduct applying to women depending on their age, fertility, and marital status. These considerations, however, need to be nuanced in situations that fall outside of a gendered division of labour, especially as we move away from the bourgeoisie and consider both working women and women who held minor and major political positions. The numerous female rulers in France, England, or the Habsburg dynasty, among others, raise the question of their relationship not just to the present time (especially crucial to temporary rulers like regents) but to other temporalities. Their political role also implied a relationship to an individual and collective history and fate, such as the historical figures, ancestors and family members they could relate to in order to establish their legitimacy, as well as the future they sometimes had to ensure through childbearing and political manoeuvring. Important artistic commissions, such as Maria de Medici’s cycle for the Luxembourg Palace in Paris (1621–1625) or Amalia van Solms’s for the Huis ten Bosch in The Hague (1648–1651), immortalised and fictionalised their role as historical characters by emphasising their central position in the history of their country or even Europe, showing the cruciality of mastering time to assert their political agency.

CRITERIA FOR SUBMISSIONS

In this call, we seek participants for an on-location roundtable session. Participants are asked to present a brief case study exploring women’s experiences of time in early modern Europe and crucial methodological questions.

Is there indeed a gendered experience of temporality? By what factors is the experience of time structured? How did women’s experience of time generate visual or textual traces, or how were women’s temporal experiences shaped by visual and textual artifacts? How do we discuss women and time without lapsing into overly simplified biological determinism?

Case studies might include, but are not limited to:

  • discussions of women relating to or being depicted as historical or biblical figures; 
  • the legal, scientific, and social division of women’s lifetime and the rights and duties associated to each different stage; 
  • the structural role of religion in women’s everyday life; 
  • imitation and creation of precedent; 
  • questions of memory and immortality; 
  • relationship to technology
  • concepts of fame, dynasty, and legitimacy

Although the organizers both work on the Low Countries, we welcome submissions from across geographic boundaries and throughout the duration of the Renaissance and Early Modern periods. We welcome interdisciplinary, case-based contributions to be briefly presented before our collective discussion. 

SUBMISSION DEADLINE

Proposals should be 300 words long and centred on a case study. They should be sent on 31 July at the latest, along with a CV and a short biography, to both Dr. Saskia Beranek ([email protected]) and Dr. Léon Rochard ([email protected]). Accepted participants are required to be members of the Renaissance Society of America by the time of the conference and should be able to be present in person in San Francisco during the conference (19-21 february 2026).

Album amicorum : Wim Blockmans

Wim Blockmans est un historien belge, professeur émérite de l’université de Leyde, membre de l’Académie Royale de Bruxelles. Il est spécialiste d’histoire urbaine et d’histoire politique pour la fin du Moyen Âge et l’époque moderne. Ouvert à l’histoire européenne saisie dans un contexte global, il est l’auteur de très nombreux ouvrages et de synthèses de référence. On citera notamment :

Metropolen aan de Noordzee. Geschiedenis van de Nederlanden (1100-1555), Amsterdam, Promotheus, 2010.

The Routledge History Handbook of Maritime Trade around Europe (1300-1600), (co-ed. With M. Kron & J. Wubs-Mrozewicz), Routledge, London & New York, 2016.

The Voice of the People? Political Participation before the Revolutions, Routledge, London & New York, 2024. 

Metropolen aan de Noordzee. Geschiedenis van de Nederlanden (1100-1555), Amsterdam, Promotheus, 2010.

Le temps apparaît dans son rythme pressant : L’agenda, les priorités, les délais imposés.

Je m’intéresse notamment aux innovations sans précédent qui se sont développées au cours du Moyen Âge : les communes autonomes, la participation politique aux niveaux local, régional, ‘national’, conciliaire. Tout cela m’incline  à observer le temps requis pour prendre des décisions consensuelles après consultations avec ‘la base’.

The Voice of the People? Political Participation before the Revolutions, Routledge, London & New York, 2024. 

Les comptabilités, les correspondances.

En tant spécialiste d’histoire politique et économique, le temps des gouvernants et gouvernés, le temps marquant les correspondances commerciales et les lettres de change retiennent particulièrement mon attention.

Ce sont les occasions qui me semblent conduire à une perception partagée du temps : les calendriers, les anniversaires, les fêtes liturgiques, le cadre de l’organisation des foires et marchés…

La communauté locale, des princes qui s’affirment, la Réforme qui introduit d’autres déterminants

Identifier les maîtres ou les déterminants des diversités temporelles.

Pépite : Les « horloges héraldiques » dans les manuscrits bourguignons 

Billet rédigé par Elodie Lecuppre-Desjardin

Pour les amateurs d’enluminures médiévales, la scène est classique. L’image s’ouvre sur un intérieur palatial, situé en bordure d’une rivière animée par le passage des bateaux à proximité d’une ville, promesse de richesse. Elle illustre la traduction française de la Chronographia de Johannes de Beka, une œuvre composée par un chanoine de Saint-Martin d’Utrecht accueilli à l’abbaye d’Egmond dans la première moitié du XIVe siècle, et adaptée en français pour le duc de Bourgogne Philippe le Bon, peu de temps après son arrivée à la tête du triple comté de Hainaut-Hollande-Zélande, en 1433. Dans cette version enluminée attribuée au Maître de la Vraie cronique d’Escoce (v.1455-1460), l’artiste met en image un texte qui pose les fondations de cette principauté : Cy commence lystoire des contes de hollande et premierement comment Charles le Chauve empereur des rommains et roy de France mist le premier conte en hollande qui fut nommé Theoderic, lequel ediffia l’abbaye degmonde. Si le chanoine d’Egmond multiplie les erreurs en confondant le règne de l’empereur Charles II le Chauve (875-877) avec celui du roi Charles III le simple (898-922) qui accorda à Thierry (Dirk) en 922 l’un des diplômes servant d’assise au comté dont les seigneurs ne prirent le titre de comte que vers le milieu du XIsiècle, la créativité de l’artiste introduit quant à elle une symbolique originale qui ne manque pas d’attirer l’attention. 

Ramenée aux codes vestimentaires, architecturaux, technologiques de cette fin du XVe siècle, la scène, qui se déroule aux temps carolingiens, emprunte également à l’héraldique son langage du pouvoir. Ainsi les bateaux ont des allures de Kogge, les nobles sont vêtus de pourpoints courts et serrés à la taille, les tours sont rondes et crénelées, l’armure du comte Thierry n’aurait pas dépareillé à Brouwershaven (1426) ou à Guinegatte (1479), etc. Et surtout, Charles, roi des Francs et empereur d’Occident est représenté avec un tabard mi-parti, à dextre d’or à l’aigle bicéphale de sable, et à senestre d’azur semé de fleur de lys d’or, alors que l’héraldique n’apparaît qu’au XIIe siècle. Ce décalage n’est pourtant pas le signe d’une absence de conscience historique en cette fin de Moyen Âge. Au contraire, ces apparents anachronismes permettent de souligner l’actualité du passé. Ainsi, l’image répète, cette fois-ci aux côtés d’une horloge, des armoiries doubles, rappelant évidemment la suzeraineté de l’Empire sur la Hollande, mais également la légitimité des Valois, issus de la Maison de France, à gouverner ce nouveau territoire tombé récemment dans l’escarcelle bourguignonne. 

La présence de cette horloge associée aux armoiries intrigue et pourrait être la première d’un genre qui exprime, par cette combinaison de la maîtrise du temps et de l’héraldique, la marque de l’autorité. Dans Les Faits et dits mémorables de Valère Maxime traduits par Simon de Hesdin et enluminés à Bruges quelques années plus tard par celui qu’on appelle « Le Maître de Marguerite d’York » (BnF, ms fr. 288, fol.1), elle apparaît également sur le frontispice du manuscrit. Surplombant les seules armes de France, elle semble alors rappeler la supériorité du roi mis à l’honneur, à savoir Charles V, commanditaire de cette traduction désormais mise à disposition de Louis de Bruges, seigneur de Gruuthuse (1427-1492). Ce dernier, dont le palais brugeois accueille aujourd’hui un musée à son nom, fut chevalier de la Toison d’Or, conseiller de Philippe le Bon, puis de Marie de Bourgogne et membre du conseil de régence de Flandre entre 1483 et 1485. Grand collectionneur, il confia nombre de ses manuscrits au Maître de Marguerite d’York, à tel point que, selon Pascal Schandel, il serait plus juste de l’appeler Maître de Louis de Bruges. Toujours est-il que les deux hommes semblent partager un même intérêt pour la mesure du temps si l’on veut bien prendre en compte une autre image réalisée par les mêmes pinceaux en faveur de ce noble que l’on retrouve représenté au sein de son groupe familial, émerveillé devant … une horloge à poids, dans le traité d’Henri de Suso : L’horloge de Sapience (BnF, ms fr. 455, fol. 9). La piste des cadrans solaires et des horloges semés à de nombreuses reprises dans les enluminures de l’artiste et de ses confrères brugeois ouvre un dossier que l’on pourra d’ailleurs compléter avec des mentions de mobilier urbain. À la même époque, à Lille, dans les années 1476, la municipalité avait en effet rémunéré un certain Willaume Liédet pour avoir peint sur le cadran de l’horloge de l’hôtel de ville des armes du duc et de la duchesse de Bourgogne… ou quand l’image devient réalité. 

À VENIR

Élodie Lecuppre-Desjardin, « Les horloges dans les manuscrits bourguignons de la seconde moitié du XVsiècle ». Cette recherche complètera les premiers résultats livrés dans « Se mettre au vert sans échapper au temps. Le prince, maître des horloges à Hesdin au XVe siècle », dans Ead., M. Vivas et F. Duceppe-Lamarre (ed.), La cour se met au vert. Mises en valeur et usage politiques des campagnes entre Moyen Âge et première modernité, Villeneuve d’Ascq, (à paraître fin 2025).  

BIBLIOGRAPHIE

D.E.H. de Boer et E.H.P. Cordfunke, Graven van Holland. Middeleeuwse vorsten in woord en beeld (880-1580), Zutphen, 2010. 

A. Hagopian Van Buren, « Le sens de l’histoire dans les manuscrits du XVe siècle », in Pratiques de la culture en France au XVe siècle, M. Ornato & N. Pons (ed.), Louvain-la-Neuve, 1995, p. 515- 525.

I. Hans-Collas, P. Schandel, avec la collab. de H. Wijsman, Manuscrits enluminés des anciens Pays-Bas méridionaux, I. Louis de Bruges, Paris, 2009, p. 98-99. 

H. Wijsman, Luxury Bound. Illustrated Manuscript Production and Noble and Princely Book Ownership in the Burgundian Netherlands (1400-1550), [Burgundica, XVI], Turnhout, 2010, p. 241-242 et 267-268.