Résumé
En octobre 2026, s’ouvrira au Centre Pompidou Metz la première rétrospective d’envergure internationale de l’œuvre de Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis (1864-1942), rassemblant un ensemble inédit de ses œuvres picturales, ainsi que de ses correspondances. Le colloque adossé à cette exposition « Séraphine de Senlis : enchanter les ombres » propose de croiser la recherche artistique avec les apports de la psychopathologie sur l’œuvre de Séraphine Louis et ses réceptions, et ainsi d’éclairer ses enjeux sur le plan des représentations comme des discours.
Annonce
Centre de REcherche sur les Médiations, avril 2027
Argumentaire
En octobre 2026, s’ouvrira au Centre Pompidou Metz la première rétrospective d’envergure internationale de l’œuvre de Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis (1864-1942), rassemblant un ensemble inédit de ses œuvres picturales, ainsi que de ses correspondances.
Le colloque adossé à cette exposition « Séraphine de Senlis : enchanter les ombres » propose de croiser la recherche artistique avec les apports de la psychopathologie sur l’œuvre de Séraphine Louis et ses réceptions, et ainsi d’éclairer ses enjeux sur le plan des représentations comme des discours.
Séraphine de Senlis : botaniste de l’imaginaire
L’œuvre de Séraphine Louis est avant tout marquée par un intérêt pour la botanique quotidienne. Ses premières œuvres représentent des fleurs chatoyantes, des fruits pulpeux et des ramifications végétales, lesquels colonisent l’espace pictural dans une profusion lumineuse de formes et de couleurs. En autodidacte, elle peint avec les éléments à sa portée : du ripolin acheté chez le droguiste et autres pigments domestiques.
Tandis que ses compositions s’étoffent et se complexifient au fil des années, de nouveaux motifs apparaissent (plumes, yeux, etc.), et sa peinture prend un tournant plus mystique à travers la prolifération d’une végétation imaginaire luxuriante, dans une intrigante combinaison entre écologie et expérience sensible.
La flore fabuleuse de Séraphine présente un monde en soi, entre beauté spectaculaire du végétal et puissance de l’énergie spirituelle.
Santé mentale et création, la trajectoire de Séraphine de Senlis miroir du traitement institutionnel des marges
Sa trajectoire biographique, d’une enfance écourtée dans une famille modeste à la domesticité, en passant par vingt années au service d’un couvent, et s’achevant par sa mort en asile psychiatrique après dix ans d’internement, ancre son oeuvre dans l’autodidaxie, ainsi qu’une foi ardente accompagnant la détérioration de sa santé mentale.
Le parcours de Séraphine de Senlis est marqué tant par la création que la pathologie, et les psychiatres et psychanalystes (Jean-Claude Maléval, Laurent Jodeau-Belle, Françoise Cloarec) ont depuis longtemps tenté d’éclairer son œuvre ; sur ses inspirations mystiques (appel de la Vierge, Apocalypse, etc.), sur le rôle de la peinture comme facteur de libération de ses capacités créatrices ou comme accélérateur du délitement de sa santé mentale, sur l’aspect fantasmatique de ses toiles, sur ses significations toujours mystérieuses.
Aussi, comme en témoigne la reconnaissance de ses oeuvres dans les collections célèbres d’art brut (LAM, Collection d’art brut de Lausanne, etc.), l’oeuvre de Senlis fait écho à toute une généalogie d’artistes inspiré·es (Augustin Lesage, Victor Simon, Madge Gill, Élise Müller, etc.).
Par ailleurs, suivre le difficile cheminement de l’artiste permet d’éclairer le paysage délétère des institutions asilaires de son époque, ainsi que le moment charnière de l’avènement de la psychiatrie moderne.
Une œuvre qui interroge les catégories et les institutions
La vie artistique de Séraphine de Senlis prend un tournant décisif grâce à sa rencontre avec l’amateur éclairé et collectionneur d’art allemand Wilhelm Uhde, qui lui permet d’acquérir une notoriété en tant que peintre. Cette notoriété liminaire se poursuit ensuite dans un long processus de reconnaissance institutionnelle, en France, en Europe et au-delà depuis la fin de la seconde guerre mondiale, dont il convient d’interroger les enjeux et les acteurs.
Son œuvre interroge par ailleurs les circulations – matérielles et intellectuelles – entre particuliers et collectionneurs, marchés et institutions, brouillant les frontières entre arts officiels et amateurs.
Nouvelle floraison : Séraphine de Senlis hier et aujourd’hui
Aussi, si l’œuvre de Séraphine Louis a été associée aux peintres « primitifs modernes » (Le Douanier Rousseau, Louis Vivin, Séraphine de Senlis, André Bauchant et Camille Bombois), aux peintres naïfs ou populaires, et plus généralement à “l’art brut”, son œuvre hors-normes et en marge des conventions continue d’interroger et d’ébranler les catégories esthétiques et artistiques.
Les expositions récentes de son œuvre (au Musée Maillol en 2008-2009, à la Galerie Dina Vierny en 2021, entre autres), les nouvelles études scientifiques et techniques de ses créations, ou encore sa représentation cinématographique (Martin Provost, Séraphine, 2008), participent à réactiver l’intérêt sinon la fascination des spectateur·trices. Davantage, son œuvre résonne aujourd’hui étroitement avec des préoccupations artistiques contemporaines touchant aux intrications entre création, soin et nature, aux alliances entre végétal et spirituel.
Modalités pratiques de soumission
Le colloque croisera les disciplines artistiques (arts plastiques, histoire de l’art, études culturelles, cinéma, etc.) et le champ de la psychologie (psychopathologie, histoire de la psychiatrie, etc.) à partir de l’œuvre de Séraphine de Senlis.
Les propositions de communication titrées et d’une longueur de 300 mots maximum seront accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique et envoyées conjointement à :
[email protected] ; [email protected] ; [email protected] ; [email protected]
L’appel est ouvert jusqu’au 1er décembre aux enseignant·es chercheur·es de toutes disciplines,mais également aux jeunes chercheur·es (masterant·es, doctorant·es, jeunes docteur·es) et aux artistes intéressés par cette thématique.
Les propositions pourront aborder, entre autres, les sujets et thématiques suivants :
- les formes et motifs de la peinture de Séraphine de Senlis ;
- la trajectoire biographique de Séraphine de Senlis ;
- les formes de reconnaissance artistique et les relations au marché de l’art du début du XXe siècle ;
- art brut, art asilaire, etc. ;
- psychopathologie de la création artistique ;
- création autodidacte ;
- alliances artistiques entre le végétal et le spirituel (écoféminismes, écospiritualités, etc.) ;
- les relations entre création artistique et psychopathologie ;
- création, soin et nature (etc.)
Comité scientifique
- Mélodie Marull
- Ophélie Naessens
- Florian Rosinski
- Aurélie Michel
- Renaud Evrard
- Romain Jallet
- Anne-Laure Vernet
Bibliographie indicative
BONNAFÉ Lucien, Le Miroir ensorcelé, Paris, Syllepse, 2002.
BOUREAU Corrine, Séraphine De Senlis - Le Souffle De L'ange, Les Écailles Du Ciel
CLOAREC Françoise, Séraphine : la vie rêvée de Séraphine de Senlis, Paris, Phoebus, 2008.
DANCHIN Laurent, Art brut, l’instinct créateur, Paris, Gallimard, 2006.
DELACAMPAGNE Christian, Outsiders, fous, naïfs et voyants dans la peinture moderne (1880-1960), Paris, Menguès, 1989.
FOL Carine, De l’art des fous à l’art des marges, Paris, Flammarion, 2015.
FOUCHER Jean-Pierre, Séraphine de Senlis, Hollande, L’œil du temps, 1968.
LORQUIN Bertrand, Séraphine de Senlis, Paris, Gallimard, 2008.
OURY Jean, Création et schizophrénie, Paris, Galilée, 1989.
PEIRY Lucienne, L’art brut, Paris, Flammarion, [1997] 2010.
PRINZHORN Hans, Expressions de la folie, Paris, Gallimard, 1984.
UHDE Willhem, Cinq maîtres primitifs (Rousseau, Vivin, Bombois, Beauchant, séraphine), Paris, éditions P. Daudy, 1949.
UHDE Willhem, Séraphine de Senlis, [trad. N. Cavaillès], Battaiellie, éditions Walkine Marguerite, 2026.
VIERNY Dina, Le monde merveilleux des naïfs, Paris, SIM, 1974.
VIRCONDELET Alain, Séraphine de Senlis, Paris, Albin Michel, 1986.
VIRCONDELET Alain, L’art jusqu’à la folie : Camille Claudel, Séraphine de Senlis, Aloïse Corbaz, Monaco, Éditions du Rocher, 2016.
VOLMAT Robert, L’art psychopathologique, Paris, PUF, 1956.
Format de l'événement
Événement uniquement sur site
Mots-clés
- arts, psychologie, botanique, art brut, psychopathologie, écoféminisme
Contacts
- Ophélie Naessens
courriel : ophelie [dot] naessene [at] univ-lorraine [dot] fr - Mélodie Marull
courriel : melodie [dot] marull [at] univ-lorraine [dot] fr
Licence
Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons CC0 1.0 Universel.
Pour citer cette annonce
« Séraphine de Senlis : enchanter les ombres », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 07 septembre 2026, https://calenda.org/1432030
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