AccueilLes mondes de la poésie : acteur·ices, réseaux, pratiques, institutions
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Résumé

Cette journée d’étude entend développer des analyses écosystémiques sur la poésie de langue française des XXe et XXIe siècles, en s’intéressant aux différent·es pratiques, acteur·ices, réseaux et institutions qui constituent les « mondes de la poésie ». Elle invite à un questionnement sur les articulations entre les études poétiques et les sciences humaines et sociales.

Annonce

Argumentaire

Aborder la poésie par le prisme de ses « mondes » implique de l’envisager comme une activité insérée dans la vie sociale et, pour cela, de mettre au centre des analyses des logiques processuelles qui font dialoguer les études poétiques et les sciences humaines et sociales. Une telle approche, si elle connaît aujourd’hui un nouvel essor, n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans le sillage de perspectives sociologiques, concevant la littérature tantôt comme champ (Bourdieu, [1992] 2015), tantôt comme institution (J. Dubois, [1978] 2019), tantôt comme polysystème de réseaux (Even-Zohar, 1979). De même, les théories pragmatistes contemporaines s’intéressent aux complexes institutionnels des œuvres et aux réseaux d’acteur·ices qu’elles mobilisent (Coste, 2017 ; Hanna, 2025). Il s’agit alors de reprendre et de déplacer le concept de « monde de l’art » élaboré par Danto (1964) et Becker ([1982] 2024), afin de réfléchir à l’entour institutionnel, social, théorique et esthétique d’œuvres considérées comme le creuset d’actions collectives.

Cette journée d’étude se donne pour objectif de décrire et de problématiser les enjeux du « petit monde de la poésie » (Pinson, 2002, p. 157), envisagé par Sébastien Dubois comme un « espace social cohérent [qui] s’est formé au bout d’un processus d’autonomisation tout autant que d’institutionnalisation » (2023, p. 162). Il s’agit donc d’opter pour un regard écosystémique sur un objet qui ne saurait être réduit aux seules caractéristiques des œuvres, mais qui invite à penser conjointement les textes, les pratiques et les dynamiques sociales qui le constituent. Appliquées au domaine poétique, les théories du « monde de l’art » invitent ainsi à s’intéresser aux différent·es acteur·ices, institutions et réseaux qui prennent part aux processus de création poétique. Cela exigera de se pencher sur les inflexions intellectuelles de l’époque (théoriques et critiques), mais aussi esthétiques, qui donnent aux œuvres leur statut et leurs conditions de lisibilité.

L’inquiétude définitionnelle de la poésie des XXe et XXIe siècles en fait un lieu privilégié pour une analyse écosystémique. La période récente est en effet marquée par une diffusion de pratiques extensives (Auclerc et al., 2019) qui obligent à repenser les critères de délimitation de la poésie et les usages possibles des textes. Les mondes poétiques sont en cela pluriels et divers, ce qui requiert de les considérer sous le prisme des questions de légitimité et de pouvoir symbolique.

Une telle approche peut constituer un défi pour nos pratiques, marquées par une formation traditionnellement texto-centrée. Elle invite à un questionnement réflexif sur l’« éclectisme méthodologique » (Gefen, 2021, p. 285) et sur les articulations possibles entre les études poétiques et les sciences humaines et sociales, afin d’approcher au mieux la singularité des pratiques poétiques des XXe et XXIe siècles. Dans quelle mesure des approches issues des sciences humaines et sociales peuvent-elles enrichir les outils des études poétiques ? Comment les articuler aux perspectives poétiques et herméneutiques sans dissoudre la spécificité des œuvres, mais en contribuant à renouveler les modes de lecture ?

Les propositions de communication pourront s’inscrire dans les cinq axes suivants :

Axe 1 : Institutions

La poésie occupe un statut particulier dans le processus d’institutionnalisation de la littérature, puisque c’est en grande partie autour des milieux poétiques du XIXe siècle que se forment les normes et les valeurs de l’institution littéraire. Les XXe et XXIe siècles sont de même marqués par la coexistence d’instances institutionnelles diverses qui structurent le monde poétique. Des communications pourront ainsi envisager les évolutions historiques, les enjeux et les fonctions de ces instances : groupes poétiques, revues, maisons d’édition, collections, festivals, scènes poétiques, prix littéraires de poésie, centres d’étude et de création… Une approche géographique, centrée sur les écosystèmes institutionnels locaux, pourra être mobilisée. Il s’agira ce faisant de s’interroger sur les mutations et les rôles des différentes institutions littéraires, notamment en termes d’élaboration, de diffusion et de légitimation des productions poétiques.

Axe 2 : Acteur·ices et réseaux

L’œuvre poétique est le fait d’une pluralité d’acteur·ices dont les interactions répondent à des logiques relationnelles. Les propositions pourront analyser les trajectoires d’acteur·ices du monde poétique et des réseaux de sociabilité et de collaboration qui structurent le champ et excèdent les dynamiques institutionnelles. Une attention particulière pourra être portée à la position d’« agent double » (Mertens, 1989), c’est-à-dire à la superposition d’une activité poétique et d’une activité dans une autre instance du monde poétique (universitaire, critique, animateur·ice de revue, éditeur·ice, animateur·ice d’une scène poétique ou d’un festival, etc.). Il s’agira alors de questionner la manière dont ces rôles et fonctions multiples reconfigurent à la fois les trajectoires institutionnelles et les modes de légitimation critique. On pourra en outre réfléchir à la façon dont les traductions et les réseaux transnationaux interrogent le rôle des échanges culturels dans l’organisation du monde poétique.

Axe 3 : Pratiques et usages ordinaires

Les pratiques de la poésie ne sont pas le seul fait de celles et ceux qui sont reconnu·es dans le champ littéraire comme poètes·ses. Les propositions portant sur les pratiques ordinaires de la poésie sont alors bienvenues : écritures amateurs (Mouaci, 2001 ; Belin, 2013), ateliers d’écriture, etc. Quelle relation ces pratiques amatrices entretiennent-elles avec le monde poétique ? Doit-on les considérer comme une extension ou un espace parallèle ? Quelle incidence ont-elles sur les critères de valeur et les dynamiques de légitimation de la poésie ? Cette interrogation est étroitement liée à celle des supports (cf. Axe 4), notamment parce que les nouveaux lieux de création poétique (réseaux sociaux, scènes poétiques…) peuvent affecter la distinction entre écritures amatrices et professionnelles.

Axe 4 : Matérialités

La notion de « monde poétique » invite à sonder les formes matérielles et médiatiques des œuvres poétiques – du livre d’artiste aux dispositifs numériques, en passant par la performance. Comment ces pratiques, à l’articulation des supports et des institutions, redéfinissent-elles les conditions d’existence et de circulation des œuvres ? Comment ces formes transforment-elles la notion d’œuvre poétique et ses publics ? S’intéresser aux matérialités des œuvres et aux usages de la poésie permettra à ce titre de donner à voir la vitalité des pratiques poétiques.

Axe 5 : Remises en cause

Dans la mesure où le monde poétique est marqué par des contradictions entre les normes et les valeurs qui orientent en partie ses pratiques et sa réalité sociale, il est nécessaire de s’interroger sur les pratiques qui perturbent depuis l’intérieur, à des degrés divers, son organisation. Des communications pourront à ce titre revenir sur les évolutions historiques des pratiques poétiques aux « mode[s] d’action contre-institutionnelle » (Lourau, 1972, p. 58), des avant-gardes historiques aux dispositifs post-poétiques contemporains, conçus comme des opérateurs de « désinstitutionalisation » (Hanna, 2009, p. 7) de la poésie. Les potentialités critiques des enquêtes sur le monde poétique (Coste et Huppe, 2022) pourront de ce point de vue faire l’objet de communications : l’exhibition du fonctionnement du « monde ordinaire de la poésie » (Hanna dans Martinez, 2017, p. xi) implique en effet de procéder à une démystification, à des fins politiques, des valeurs qui restent communément associées à la « Poésie ».

Modalités de soumission

Les propositions, d’environ 300-400 mots, seront accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique. Elles seront à adresser aux adresses suivantes : [email protected] ; [email protected] ; [email protected],

avant le 1er octobre 2026.

Une réponse sera donnée début novembre 2026.

Informations importantes

La journée se tiendra à l’Université Lumière Lyon 2 le vendredi 5 mars 2027.

Attention : les communicant·es doivent être de jeunes chercheur·euses (doctorant·e, jeune docteur·e). L’événement sera en revanche ouvert à tous·tes.

Comité d’organisation

  • Mihai Duma, Université Paris-Est Créteil / Sorbonne Université
  • Nathan Gilquin, Université Lumière Lyon 2
  • Laure Sauvage, Université Bordeaux Montaigne / Université de Strasbourg

Comité scientifique

  • Maxime Decout, Sorbonne Université
  • Pauline Flepp, Sorbonne Université
  • Serge Linarès, Université Sorbonne Nouvelle
  • Laure Michel, Université Lumière Lyon 2
  • Denis Saint-Amand, Université de Namur

Ainsi que les membres du CA de la SELF XX-XXI

Bibliographie indicative

AUCLERC Benoît, BELIN Olivier, GALLET Olivier, MICHEL Laure et THÉVAL Gaëlle, « Pour une poésie extensive », Elfe XX-XXI, n° 8, 2019. DOI : https://doi.org/10.4000/elfe.1418.

BECKER Howard S., Les Mondes de l’art [1982], trad. Jeanne Bouniourt, Paris, Flammarion, coll. « Champs arts », 2024.

BELIN Olivier, Le Coin des poètes. L’expression poétique dans les journaux lycéens, Paris, Pippa, 2013.

BOURDIEU Pierre, Les Règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire [1992], Paris, Points, coll. « Points Essais », 2015.

COSTE Florent, Explore : investigations littéraires, Paris, Questions théoriques, coll. « Forbidden beach », 2017.

COSTE Florent et HUPPE Justine, « Le public des poètes est-il le seul problème public des poètes ? Sociologies autochtones et allégories politiques de la poésie », L’Esprit Créateur, n° 62, 2022, p. 11-28.

DANTO Arthur, « The Artworld », The Journal of Philosophy, n° 56, 1964, p. 571-584.

DUBOIS Jacques, L’Institution de la littérature [1978], Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, coll. « Espace Nord », 2019.

DUBOIS Sébastien, La Vie sociale des poètes, Paris, Sciences po Les Presses, 2023.

EVEN-ZOHAR Itamar, « Polysystem Theory », Poetics Today, n° 1, 1979, p. 287-310.

GEFEN Alexandre, L’Idée de littérature, Paris, Corti, 2021.

HANNA Christophe, Nos dispositifs poétiques, Paris, Questions théoriques, coll. » Forbidden beach », 2009.

HANNA Christophe, Argent, Paris, Amsterdam, coll. » L’ordinaire du capital », 2018.

HANNA Christophe, Sociographies. Une écologie des écritures, Paris, Questions théoriques, coll. » Forbidden beach », 2025.

JULIENNE-ISTA Heiata, Une génération poétique en France (1990-2020) : devenir auteur dans un écosystème en mutation, thèse de doctorat de l’Université Bordeaux Montaigne, sous la direction de Magali Nachtergael et de Benoît Auclerc, École doctorale Montaigne Humanités (ED 480), soutenue le 16 juin 2026.

LOURAU René, « Sociologie de l’avant-gardisme », L’Homme et la société, n° 26, 1972, p. 45-68.

MACÉ Marielle, Façons de lire, manière d’être [2011], Paris, Gallimard, coll. » Tel », 2022.

MARTINEZ Cyrille, Le Poète insupportable et autres anecdotes, Paris, Questions théoriques, coll. « Forbidden beach », 2017.

MERTENS Pierre, L’Agent double : sur Duras, Gracq, Kundera, etc., Bruxelles, Complexe, 1989.

MOUACI Aude, Les Poètes amateurs. Approche sociologique d’une conduite culturelle, Paris, L’Harmattan, 2001.

PINSON Jean-Claude, Sentimentale et naïve. Nouveaux essais sur la poésie contemporaine, Seyssel, Champ Vallon, coll. « Recueil », 2002.

PINSON Jean-Claude, A Piatigorsk. Sur la poésie, Nantes, Cécile Defaut, 2008.

PUFF Jean-François, Le Gouvernement des poètes. La poésie dans la conduite de la vie, Paris, Hermann, coll. « Savoir lettres », 2020.

Lieux

  • 4bis rue de l'Université, 69007 Lyon - Université Lumière Lyon 2
    Lyon, France (69)

Format de l'événement

Événement uniquement sur site


Mots-clés

  • poésie, sciences sociales, institutions, réseaux, acteurs

Contacts

  • Laure Sauvage
    courriel : lab [dot] sauvage [at] gmail [dot] com
  • Nathan Gilquin
    courriel : nathan [dot] gilquin [at] univ-lyon2 [dot] fr
  • Mihai Duma
    courriel : mihaisorinduma [at] gmail [dot] com

Licence

CC0-1.0 Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons CC0 1.0 Universel.

Pour citer cette annonce

« Les mondes de la poésie : acteur·ices, réseaux, pratiques, institutions », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 07 juillet 2026, https://doi.org/10.58079/16j1x

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